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| | [Janv 97] Bon retour enneigé (pv Patience) | |
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¤ Poufsouffle ¤ 7ème année ¤ÂGE: 23
MESSAGES: 129
 FEUILLE DE PERSONNAGEORIGINE: SANG MÊLÉ MYSTÈRES: Un peu trop épris de magie pour être tout à fait honnête POINTS PERSONNELS: 150  | Sujet: Re: [Janv 97] Bon retour enneigé (pv Patience) Mar 27 Sep 2011 - 16:15 | |
| Un faible sourire était né sur les lèvres de Patience quand il écouta les fanfaronnades de Justin et il devait bien s’avouer qu’il y avait en lui une certaine propension à goûter les airs protecteurs que son ami n’hésitait pas à prendre, quoique de bien des manières, il y eût peu d’élèves à Poudlard qui eussent moins besoin d’être protégés que Patience Saint-Clair.
Mais, en l’occurrence, il jugeait beaucoup plus prudent de confier cette tâche à Justin plutôt que de l’exécuter lui-même en s’exposant à un résultat incertain : il se souvenait de la quatrième année, il se souvenait du gros chien, de la maîtrise innée du Serdaigle pour le sort de protection et il ne doutait pas que tout cela se reproduisît, parfaite anecdote de leur journée, rien d’important — une affaire bien vite pliée.
Les événements ne tardèrent pas à le détromper. Quelques secondes à peine après l’ouverture de l’armoire, il était clair que la forme qui s’en échappait péniblement n’avait rien à voir avec le mâtin enragé qui jadis formait la peur le plus tangible de Justin ; Patience se maudissait de ne pas y avoir songé : Justin, bien sûr, avait vieilli, il était devenu plus mature et ses peurs, avec lui, avaient cru et s’étaient formées autour de choses plus importantes. Le Poufsouffle s’en voulait de ne pas y avoir songé.
Il n’eut pas le moindre mal à reconnaître en la personne du cadavre qui s’avançait vers eux la figure d’Alexandra Montaigne. Il avait discuté parfois avec la jeune femme, qui était après tout la sœur de son meilleur ami, et il partageait instinctivement l’affection que son frère avait pour lui, parce que l’intérêt qu’il avait pour Justin le conduisait à en avoir également pour tout ce qui lui tenait à cœur.
Cette apparition, d’une certaine façon, n’était pas surprenante et, pendant une demi-seconde, il sembla à Patience que Justin n’éprouverait pas de difficulté pour la dissiper, qu’il devait s’y être habitué ; mais c’était manifestement une nouveauté pour son ami, et une nouveauté qui lui était difficile de surmonter. Peu habitué à être le témoin d’un si profond ébranlement chez son camarade, Patience resta quelques secondes interdit.
Quand il porta la main à sa baguette pour se jeter finalement dans la bataille et, en dépit de ses propres appréhension, porter assistance à Justin, il trouva que le jeune homme s’était débarrassé de la créature, sans doute moins pour résoudre le problème de sa présence que pour ôter de son propre regard une vision qui l’éprouvait au-delà de ce qu’il imaginait pouvoir supporter.
Patience, comme à son ordinaire dans le cœur du danger, s’était débarrassé de ses hésitations et avait retrouvé sa vivacité d’esprit. L’épouvantard n’était pas conjuré : l’éclat de rire salvateur ne s’était pas produit, l’impression qu’il avait faite sur Justin était trop forte et il avait pu s’en nourrir. Il était enfermé cependant et Patience, à la fois parce qu’il ne désirait pas abandonner son ami dans une semblable détresse et parce qu’il avait par ailleurs conscience que tenter d’affronter un épouvantard dans un endroit qui respirait à présent l’angoisse et la douleur était une imprudence inutile, jugea que le plus urgent n’était pas de se livrer à une nouvelle tentative.
Il envoya le coffre dans l’armoire d’un coup de baguette, referma la porte du meuble d’un autre coup et un dernier mouvement fut consacré à la sceller : l’épouvantard était bien actif à l’intérieur de son coffre, mais il était peu probable qu’il pût se délivrer de si tôt de ses multiples entraves. Toute la prévenance de Patience pouvait donc s’employer à s’occuper de Justin.
Le Poufsouffle rengaina sa baguette et alla s’agenouiller après de son camarade. Leur intimité nouvelle rendait plus naturelle les gestes de tendresse qui sont les fondements de toute consolation et ce fut, pour une fois, sans hésiter, que Patience déposa sa main sur la joue de Justin, pour la caresser doucement.
« Justin. Calme-toi. Ecoute-moi. »
Il s’approcha un peu plus de lui encore et, après une ou deux secondes, l’attira contre lui dans ses bras. Patience qui, quelques minutes auparavant encore, observait l’armoire avec une incertitude qui avait rendu presque déchirante la fragilité de ses traits, avait retrouvé brusquement l’assurance protectrice qui était souvent la sienne et sa présence semblait, comme en bien des occasions, un rempart contre tous les dangers.
« C’est un épouvantard. Pas un devin, pas un prophète, pas une image de l’avenir. Il ne montre pas ce qui va se produire. Il montre juste ce dont tu as peur. »
Il murmurait d’une voix calme et apaisante ses paroles rassurantes à l’oreille de son ami, tout en continuant à le serrer contre lui. Le spectacle de la détresse de Justin faisait vibrer plus profondément en son cœur la culpabilité d’avoir abandonné son ami à une épreuve et, bien qu’il sût qu’il ne soupçonnât pas qu’elle pouvait être si terrible, il se reprochait de ne l’avoir pas imaginé.
« Alexandra est jeune, parfois un peu turbulente, et puis tu es son grand-frère. C’est normal que tu ais peur pour elle. C’est même une chose très noble, très mature, très altruiste. Tu as été très courageux. »
L’armoire vibra brutalement, comme pour contredire, par la présence encore de l’épouvantard, les paroles de Patience ; ce dernier cependant ne doutait pas de ce qu’il disait et il n’avait du reste pas l’habitude de mentir, fût-ce pour consoler des personnes chères. C’était sa pensée véritable qu’il livrait à Justin.
Il n’empêchait qu’il fallait tout de même se défaire du monstre. Confronter à nouveau Justin à la bête lui paraissait désormais parfaitement exclu. Au pied du mur, Patience n’envisageait plus de reculer.
« Je suis désolé de t’avoir mis face à cela ; je ne pensais pas que ça se passerait ainsi, mais j’aurais dû me douter que tu n’aurais plus peur des chiens. »
Avec un rien d’incertitude qu’il s’employa à dissimuler, il ajouta :
« Je vais m’en occuper, ne t’inquiète pas. Si tu préfères, tu peux m’attendre hors de la pièce. Je n’en aurai que pour une minute et tout ira bien. »
De toute façon, s’il ne parvenait pas à ridikuliser l’épouvantard, il lui restait toujours l’alternative de le réduire en miettes, qui n’était pas la solution la plus élégante ni la plus simple, mais elle fonctionnait. Réduire les choses en miettes était justement l’une des grandes spécialités de Patience.
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|  | | ¤ Serdaigle ¤ Préfet-en-chef ¤ÂGE: 21
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 FEUILLE DE PERSONNAGEORIGINE: INCONNUE MYSTÈRES: Des rumeurs à votre sujet ? Sait-on tout de vous ? POINTS PERSONNELS: 5.772  | Sujet: Re: [Janv 97] Bon retour enneigé (pv Patience) Sam 1 Oct 2011 - 22:27 | |
| Après cette vision d'horreur, de chagrin qui lui peinait horriblement le coeur, Justin s'écarta. Bien que les paroles de Patience se voulaient réconfortantes, il ne pouvait effacer l'image que l'épouventard lui avait fait part. Il savait pourtant qu'il s'agissait là juste d'une crainte profonde, quelque chose de certain en lui, mais qui n'était pas pour autant réel. De plus, un épouventard n'était qu'une créature magique sortie tout droit des ténèbres. Elle n'était pas du genre à donner là l'élocution du prophétie peut être réelle. Au moins Justin savait une chose, il aimait sa soeur profondément, chose dont il avait toujours douté. Combien de fois il aurait voulu la voir plus attentive, plus mature et objective ? Combien de fois il rêvait de la voir s'effondrer sur le sol après avoir commis un acte incorrect ou bien même la voir s'effacer pour enfin souffler tranquillement. Justin se trouvait horriblement cruel envers sa soeur, mais maintenant qu'il avait vu cette scène atroce, il se soulageait presque, la main sur le coeur.
Préférant ne pas visionner les craintes de Patience, et voulant garder ainsi une part de mystère dans cette relation ambiguë, le jeune Serdaigle quitta la pièce et ferma la porte derrière lui. Le voilà seul dans ce pénible couloir infini, dont les portes semblaient le narguer par leurs aspects identiques. Il transpirait malgré l'atmosphère agréable de la maison. Justin se laissa glisser contre le mur du couloir circulaire et se retrouva en tailleur sur un parquet bien entretenu. Il enleva son pull en laine sombre et passa le revers de sa chemise blanche sur son front. Il détestait sentir les gouttes de transpiration couler le long de son visage. Curieusement, Justin se demandait bien quelle était la plus grande inquiétude de son ami. A vrai dire, il ne se souvenait plus vraiment de l'épouventard qui s'était métamorphosé devant les yeux de Patience durant sa quatrième année à Poudlard. Mais maintenant, qu'est-ce qui pouvait bien lui faire peur ? En fait, Justin était incapable de le savoir. Malgré les nombreuses choses qu'il savait sur son ami, il y avait toujours cette part de mystère qui trônait autour de sa famille. Certes il avait vu la mère Saint Clair, mais ne connaissait rien du père de famille. Il ne savait même pas que Patience vivait à Pré-au-lard jusqu'à ce jour.
En fait, Patience était resté plutôt discret sur sa vie familiale. En même temps, il n'avait ni frère ni soeur à Poudlard, donc difficile d'interposer une conversation adéquate sur sa famille. De plus, Justin de nature curieux, ne s'était jamais donné la peine d'en savoir plus sur Patience. Il s'était toujours dit que son ami en parlerait le jour venu. Ses yeux d'un bleu profond parcoururent l'immense couloir vide. Il n'y avait pas un tableau accroché au mur, la tapisserie était neutre et les lampes plus qu'immobiles donnaient une impression étrange et peu rassurante. Soudain un craquement sonore se fit entendre et la poignet tourna lentement.
Justin se leva doucement, posa son pull sur l'épaule droite. Le visage de Patience apparut dans l'encadrement de la porte, un faible sourire se dessinait peu à peu sur son visage. Content de voir que le Poufsouffle tenait sur ses jambes, Justin se trouvait légèrement pitoyable face à Patience. Il était quand même plus doué en magie et plus intelligent. Comment avait-il pu échouer ? Enfin, il balaya cette mauvaise pensée de son esprit et prit Patience dans ses bras pour lui donner l’accolade, comme deux bons camarades de Quidditch après un match dur, mais loyal.
"Merci Patience. Je ne sais pas trop quoi dire... Mais merci."
Il se retira péniblement de l'étreinte corporelle, puis passa une main rapide dans ses cheveux sombres, montrant une certaine gêne, mais également un tic nerveux qu'il n'arrivait pas à se débarrasser.
"Je pense qu'il serait temps de retourner à Poudlard tu ne crois pas ? Il doit être bien 18 h passé. Avec l'intervention de ta mère et cette histoire d'épouventard, on aura pas eu l'occasion d'en profiter."
Justin était en quelque sorte déçu, mais également soulagé. Soulagé que cette histoire d'amour n'aille pas plus loin. Il ne savait toujours pas si cette relation était normale, ou s'il éprouvait toujours des sentiments à l'égard d'Erin. Car dès qu'il s'approchait de Patience, son coeur s'emballait, mais ses pensées restaient figées sur le visage doux et harmonieux de la belle Erin Van Hall. Que pouvait il faire ? Il n'avait pas envie de briser le coeur de Patience, mais cette histoire ne pouvait pas non plus durer. Il resta simplement neutre, attendant une réponse de la part du Poufsouffle. Mais l'espoir de vivre une histoire d'amour et d'eau fraiche était bien présent dans l'esprit du Serdaigle. |
|  | | ¤ Poufsouffle ¤ 7ème année ¤ÂGE: 23
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 FEUILLE DE PERSONNAGEORIGINE: SANG MÊLÉ MYSTÈRES: Un peu trop épris de magie pour être tout à fait honnête POINTS PERSONNELS: 150  | Sujet: Re: [Janv 97] Bon retour enneigé (pv Patience) Sam 1 Oct 2011 - 23:06 | |
| Patience ne tint pas rigueur à son camarade de ne pas rester dans la pièce alors qu’il s’apprêtait à affronter l’épouvantard. D’une part, il comprenait que la situation déjà éprouvante poussait Justin à ne pas vouloir prendre le risque de s’exposer à nouveau à l’image macabre de sa sœur mourante et, d’autre part, plus égoïstement, il n’était pas certain de désirer que son ami vît ce qui constituait à présent sa plus grande peur avant d’avoir lui-même pu s’assurer que le spectacle ne serait pas trop intime et pas trop affreux.
Il accompagna donc la retraite de Justin d’un sourire dans lequel perçait malgré tout un peu d’anxiété et, quand la porte se fut refermée derrière le Serdaigle, il laissa sa baguette glisser dans sa main, sans pour autant se précipiter pour ouvrir la porte de l’armoire ; il considéra plutôt le meuble pendant quelques longues secondes silencieuses, tentant de faire le vide dans son esprit, de chasser toutes ses inquiétudes, de reprendre pleinement le contrôle de lui-même.
Finalement, d’un air déterminé et héroïque, que malheureusement personne n’était là pour admirer à sa juste valeur, Patience ouvrit la porte d’un coup de baguette, puis le coffre à son tour. Une légère fumée noire s’en échappa qui troubla sa vision et absorba l’armoire puis, lentement, de cet obscur brouillard, une forme émergea, qui se précisait peu à peu, une forme humaine semblait-il, une forme qui, Patience en était certain, lui était à peu près familière.
Quelques secondes plus tard, Patience se retrouva face à lui-même. L’épouvantard avait copié son corps, le moindre de ses traits, mais il avait quelque chose de changer, ce n’était pas le reflet de tous les matins, dans le miroir : il était plus pâle et les yeux, les yeux d’ordinaire d’un bleu si profond et si expressif, étaient pour une fois parfaitement vides. Patience fronça les sourcils. C’était cela, sa plus grande peur ? De perdre l’éclat de son teint ? Etait-il donc si superficiel ?
Mais le portrait ne tarda pas à se faire encore moins plaisant : bientôt, du sang se mit à couler lentement de la bouche de la réplique de Patience, qui conservait cependant son impassibilité, offrant au jeune homme un spectacle morbide et parfaitement traumatisant. De toute évidence, Patience était en train de se regarder mourir ou, à défaut, dépérir. Le sorcier ne réagissait pas cependant, captivé par cette fiction éprouvante, comme une proie fascinée par son prédateur.
Le double leva lentement une baguette et Patience, qui s’était concentré jusqu’à lors sur l’écoulement lent du sang, remarqua que les yeux de son autre moi pleurait. Il ne prit même pas la peine de tenir sa propre baguette prête, sachant pertinemment que celle que manipulait l’épouvantard n’était qu’une extension de la créature et qu’en aucun cas cette dernière ne pouvait lancer un vrai sort.
Ce n’était du reste pas vers lui qu’elle dirigeait son arme, mais vers sa propre tempe. Il y eut une seconde d’hésitation dans les yeux du monstre, puis un petit éclair et le corps mimé de Patience s’effondra sur le parquet. Le véritable Patience demeura encore interdit et ce ne fut que lorsque la créature se releva pour répéter exactement la même scène depuis le début que le jeune homme comprit le sens de cette sinistre mascarade : sa plus grande peur était donc de se donner la mort à lui-même.
Patience déglutit péniblement. Avec la meilleure volonté du monde, il lui était impossible de tourner cela en ridicule et jamais il ne pourrait rire d’une démonstration qu’il ne sentait que trop véritable. Il leva sa baguette et murmura du bout des lèvres quelques mots. Une décharge d’énergie s’échappa du bois magique et frappa le monstre. Projetée contre l’armoire par la violence du choc, la créature se tordit quelques secondes de douleur, passant par les formes les plus extravagantes, avant de se dissiper brutalement dans un souffle de fumée noire. C’était fini.
Patience avait la nette impression d’avoir été piétiné par une horde de trolls : il se sentait incapable de formuler la moindre pensée un peu nette. Sous la forme de l’épouvantard, son état psychologique lui était apparu avec une clarté qu’il s’était refusée à lui-même ces derniers jours et il ne savait pas que faire, il ignorait même s’il y avait rien qu’il pût faire. Il aurait voulu traiter la manifestation de la créature comme un mensonge, mais ne pouvait se résoudre en toute honnêteté à ne pas le tenir pour véritable.
Il avait envie d’être seul. Il ne se sentait pas le courage de sortir de ce grenier, de sourire, de dire que tout s’était bien passé, que l’affaire était réglée et d’entretenir Justin avec joie. Il avait envie d’être seul. De se rouler en boule au fond de son lit, loin du monde, de pleurer comme un enfant, de jeter la vaisselle contre les murs, de déchirer de vieilles lettres et d’écouter de la mauvaise musique mélancolique. Seul.
Il fallait sortir cependant. Patience prit une profonde inspiration. Une autre. Une autre encore. Il passa une main dans ses cheveux, rangea sa baguette et sortit enfin dans le couloir. Un peu mécaniquement, il se laissa aller dans les bras de Justin. Quelque chose dans cette étreinte, brutalement, lui paraissait faux et maladroit, mais il ne savait s’il y avait dans cette sensation une part de réalité ou si simplement la mélancolie éveillée par l’épouvantard avait peint tout en noir pour le reste de la journée.
Il sourit faiblement aux remerciements de Justin mais ne répondit rien et son regard, par pudeur, pour ne pas laisser voir son trouble, se détournait de celui de son camarade et se perdait dans un vide indéfini, entre deux portes noires semblables à toutes les autres portes noires du couloir.
Il trouva Justin bien pressé de partir, et ce fut une nouvelle blessure. D’un autre côté, il désirait qu’effectivement il s’en allât : il se sentait incapable de faire illusion (et faisait-il seulement illusion ?) ne fût-ce que dix minutes de plus. Tous les événements de la semaine remontaient lentement à la surface et tous les événements de la journée également : toutes les hésitations de Justin, toutes ces inquiétudes, toutes ces exigences et, l’espace d’un instant, Patience se sentit dévasté par l’injustice de sa situation.« Oui. »Il avait répondu machinalement, et c’était comme si le mot était sorti malgré lui de sa bouche. La faiblesse de sa voix le surprenait lui-même. Il avait l’impression d’être sur le point de s’évanouir. Il serra les dents, tenta de ravaler son angoisse, prit une profonde inspiration et offrit à Justin le simulacre dénué de toute conviction du parfait héros, éloigné des turpitudes de l’existence.« Tu as raison. Je te raccompagne à la porte. Je rentrai demain. Mon autorisation de sortie couvre encore cette nuit et je dois… »Ranger sa chambre, faire son sac, prendre des médicaments, écrire des lettres, pleurer, résister à l’envie de s’enfuir, etc.« … Enfin bref, demain. Par là. »Son regard évitait toujours celui de Justin. Il ne lui prit pas non plus la main. Il avait enfoncé les siennes dans ses poches et marchait, le visage baissé, dans le couloir. Quelques dizaines de secondes plus tard, ils se retrouvèrent près de la porte d’entrée et le porte-manteau, qui avait mystérieusement disparu tout ce temps, sembla surgir de lui-même hors du mur.
Patience laissa Justin se rhabiller en silence, puis lui ouvrit la porte. Pendant un instant, il sembla qu’il allait la refermer derrière son ami sans tenter de l’embrasser, sans un sourire, sans rien. Puis, au dernier moment, les yeux bleus de Patience bondirent vers ceux de Justin et y déversèrent un torrent de fragilité secrète, de blessures inavouées, d’inquiétudes, et c’était comme si le regard de Patience hurlait à Justin : protège-moi.
Patience ouvrit la bouche pour dire quelque chose, se mordit la lèvre, esquissa un sourire mélancolique et tendit la main pour effleurer sa joue. La caresse silencieuse dura quelques secondes puis Patience murmura :« A demain, Justin Montaigne. »Et referma la porte. A peine s’était-elle refermée qu’une série interminable de cliquetis se fit entendre, qui témoignait de la mise en place automatique des multiples sécurités de la Tour Saint-Clair. La porte extérieur ne présentait pas le même aspect qu’à leur arrivée : elle était couverte de serrures, toujours, mais elles semblaient avoir changé de place, de sorte qu’il était impossible apparemment de retrouver la bonne. Et l’on ne pouvait qu’avoir l’intuition que frapper à la porte aurait été une très, très mauvaise idée.
Ainsi, même si Justin avait voulu rejoindre Patience, le forcer à avouer ce qui n’allait pas ou, sans lui faire rien dire, le consoler simplement, la chose eût été impossible : il était contraint de rejoindre Poudlard, avec la sensation funeste que la voix de Patience avait portée dans ses derniers mots.
De l’autre côté de la porte, le maître des lieux s’était appuyé contre le mur et il pleurait à chaudes larmes, sans aucune élégance, reniflant, sanglotant, submergé par une douleur qu’il ne comprenait qu’à moitié. Ce ne fut qu’après vingt minutes, une demi-heure peut-être, qu’il reprit un peu le contrôle de lui-même, se redressa et se dirigea vers sa chambre.
Elle était sobre. Sur son bureau, contre la fenêtre, quelques lettres ouvertes auxquelles il comptait répondre, deux ou trois ouvrages, un chapelet. Aux murs, pas d’affiche. Dans le grand placard entrouvert, un banc d’exercices, des vêtements jetés en vrac, d’autres livres empilés, un vieux balai qui n’avait presque jamais servi. Sur sa table de nuit, des ouvrages achetés tout récemment : des introductions à l’herboristerie curative, à la pharmacie et à la médecine magiques.
Patience sortit des vêtements du placard et entreprit de faire son sac pour le lendemain, essuyant de temps à autre, du revers de la manche, un peu de sang qui s’écoulait au coin de sa bouche.FIN |
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