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[23 décembre 97] Défaite de famille

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AuteurMessage
Serpentard7ème annéePréfet
    Serpentard
    7ème année
    Préfet
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 197

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [23 décembre 97] Défaite de famille Ven 26 Oct 2018 - 13:24




Les flocons avaient pris possession du paysage, le ciel troquant son apparence grisâtre pour s'emmitoufler dans son manteau pâle. Dégarnis jusqu'à leurs os de bois, les arbres s'agitaient sous les différents assauts du vent qui ne cessaient de malmener l'Angleterre depuis une bonne semaine, ôtant à la majorité des habitants la moindre envie de mettre le pied dehors. Assis sur les quelques coussins bordant la fenêtre de sa chambre, située au premier étage de la maison, Léon avait allongé ses jambes et reposait son dos contre le mur, ses yeux nuageux perdus dans le paysage monotone du quartier résidentiel, son regard glissant des toits recouverts d'une épaisse couche de neige aux cheminées d'où serpentait la fumée noire résiduelle des feux qui crépitaient dans les foyers. Noël et cette ambiance particulière où la majorité du temps était dédiée à la famille. L'étudiant mordilla ses lèvres pâles. Il détestait tout ça : le soleil qui se couchait si tôt qu'il fallait allumer les bougies dans ce qu'il considérait encore comme l'après midi, ce froid mordant qui poussait sa mère à allumer le chauffage et à le mettre tellement à fond que l'air semblait lourd et chargé, l'odeur du sapin qui trônait dans le salon, celui des pâtisseries qu'elle cuisinait en bas, comme si en faire trop pour ce Noël pouvait rattraper tout ceux où il n'était pas rentré. Toute cette panoplie des fêtes lui nouait le ventre. Il ne se sentait pas à sa place. Il souffla et de la buée s'étala sur le carreau de la fenêtre, troublant un instant son propre reflet, celui d'un étudiant à la mine renfrognée et au teint pâle, les joues légèrement rosies par les vingt trois degrés réglementaires que Donia imposait à la maisonnée. La fatigue s'était invitée à mesure que les nuits s'étaient de nouveau peuplées d'insomnie, et de petites cernes violacées s'étendaient juste en dessous de ses yeux. Il avait l'air malade, malgré l'apparente bonne humeur qu'elle avait manifestée dès qu'elle l'avait récupéré avec Lukas à la gare, quelques jours plus tôt.  Il ne pouvait pas lui enlever ça : c'était une excellente actrice. Comme si cela pouvait changer quelque chose. Il plaqua son front contre la vitre, laissant l'air glacial qu'il sentait au travers le faire frissonner. Au dessous de lui, il vit la lumière de leur porche s'allumer alors que la porte d'entrée s'ouvrait pour laisser sortir Ed, son beau-père, qui remonta le col de son manteau face à l'assaut de ce vingt-trois décembre, avant de serrer étroitement sa baguette magique entre ses doigts et de transplaner, la neige retombant mollement au sol alors qu'il disparaissait. Mia, sa fille aînée, avait fait parvenir en début d'après-midi une invitation de dernière minute à venir manger chez elle et son nouveau mari, non loin de Londres. En réalité, ils étaient tous conviés mais Léon avait immédiatement décliné. Peut-être qu'elle avait eu pitié, ou peut-être était-ce l'envie de grappiller du temps avec son fils, aussi morose soit-il, mais Donia, après un regard à son mari, s'étaient empressée de secouer la tête. Ed avait souri et, comme toujours, compris avec bienveillance, pour le plus grand énervement de Léon qui n'en pouvait plus de cet homme si bien sous tous les rapports et pour qui rien n'était jamais grave. Si au moins Lukas avait suivi son père, Léon aurait pu au moins se sentir délesté de ce demi-frère par alliance dont il ne supportait pas l'affection, mais l'adolescent s'était senti l'obligation de rester faire tampon entre la mère en mal de reconnaissance et son grognon de fils se moquant de ses efforts. Parce que Lukas, lui, savait les apprécier : les chocolats chauds savaient le faire sourire, il adorait aller chercher le bois dehors et rien ne lui faisait plus plaisir que de s'exclamer sur la réussite de la soupe au potimarron. Ces petites attentions envers Donia semblaient encore plus présentes que de coutume, comme si le Poufsouffle saisissait à quel point l'humeur massacrante de Léon pesait sur le moral de sa belle-mère. L'étudiant décrocha son visage de la vitre à contre coeur en entendant des pas dans les escaliers et se redressa, balayant du regard sa chambre. Elle ne ressemblait pas à celle d'un adolescent : aucune touche personnelle ne venait habiller les murs, pas de photos ni de poster affichant une quelconque affinité pour une équipe de Quidditch locale. Le bureau de bois, basique, était ordonné, ses livres de cours encore ouverts, un parchemin déjà bien noirci trônant au centre, preuve de sa seule occupation depuis qu'il avait remis les pieds dans cette maison qu'il avait en horreur. Un sac reposait non loin de l'étagère vide qui n'avait jamais vraiment était gardienne de ses affaires, le Serpentard se contentant de fouiller dans sa valise de l'école plutôt que de prendre la peine d'y ranger ses vêtements lors des vacances d'été où il était contraint de rentrer. Tout en la pièce semblait clamer le peu de temps qu'il y avait passé ainsi que l'absence totale d'envie d'en faire un endroit chaleureux. Il détestait cet endroit et ce qu'il avait toujours signifié : le devoir de jouer à la parfaite petite famille recomposée. Comment ce brave Ed aurait-il pu souffrir du fait que son adorable femme ne puisse pas vivre avec son fils chéri dont elle lui avait tant parlé et qu'elle avait était si malheureuse d'abandonner à sa grand-mère ? Non, il fallait que Léon fasse partie du tableau, fasse partie de cette image de douceur et de bienveillance dont Ed était tombé amoureux, il ne pouvait pas en être autrement ! La vérité, moins glamour, Donia ne l'assumait pas  : elle était tombée enceinte et ce bébé, dont elle n'avait jamais voulu et qui aurait pu lui voler sa jeunesse, elle l'avait abandonné chez sa mère - mère qu'elle haïssait, au passage - pour ne jamais lui accorder la moindre attention avant ses quatorze ans. Mais comme il était plus simple d'enrober, Donia avait brodé les détails à son avantage pour terminer en mère éplorée et n'ayant à présent de cesse de se racheter. Ca, c'était la version officielle que gobaient Ed et Lukas. Officieusement, Donia ne s'intéressait à Léon que dans la mesure où elle devait conservée cette image de mère repentie et non pas indifférente, comme cela avait toujours été le cas et comme cela l'était toujours. Léon se croyait au moins doté du bon sens de voir clair dans le jeu de celle qu'il n'avait jamais eu envie d'appeler maman. Trois coup résonnèrent contre la porte en bois blanche, juste avant que la silhouette de la comédienne n'entre en scène. Mais ils étaient seuls, Lukas était à la douche - il entendait l'eau couler - alors elle n'avait pas à enfiler le moindre masque. Il plongea ses yeux gris dans les siens, la sonda comme l'on examinait un animal intéressant, penchant la tête sur le côté. Etait-elle là pour le second round ?

__ Si c'est pour discuter de nouveau du soir de Noël, tu perds ton temps, la devança-t-il en s'asseyant pour lui faire face, sa voix claquant d'un air résigné alors qu'il la détaillait avec minutie. Elle avait enfilé une robe crème à manche longue qui mettait en valeur sa taille fine encerclée par une ceinture en tissu, ton sur ton. Ses cheveux châtains clairs étaient relevés en un chignon simple dévoilant son cou gracile paré d'un collier en petites perles de nacre. Drôlement habillé, pour un dîner à la maison. Tu vas quelque part ? demanda-t-il sans camoufler la lueur d'espoir dans sa voix. Peut-être que finalement, Lukas et elle s'étaient décidés à rejoindre Ed. Rien, ce soir, ou presque, ne lui aurait fait plus plaisir qu'un peu de solitude.
__ Non, répondit-elle en entrant puis refermant la porte à sa suite, ses escarpins claquant sur le parquet de la chambre. Talon haut et robe. Pourquoi avait-il l'impression que la suite n'allait pas lui plaire ? Elle s'avança vers le sac en tissu posé à même le sol, s'abaissant avec grâce en pliant les genoux pour en extirper un polo bleu marine qu'elle déposa sur le lit, sous le regard circonspect de Léon qui serrait les dents. Elle ouvrit l'armoire et en tira l'un des pulls noirs en laine fine qu'elle lui avait offert et que l'adolescent n'avait jamais daigné porter ni emmener à l'école. Elle le secoua pour s'assurer qu'il n'y ait aucun plis, puis le déposa au dessus de l'autre tissu. Je viens de recevoir un hibou de Mrs Taylor. T'ais-je déjà parlé d'elle ?, demanda-t-elle sans attendre de réponse, alors que Léon se retenait de lever les yeux au ciel.


Le contraire aurait été difficile, Donia ne cessait de vanter le mariage si bien assorti de Mrs Taylor, la si belle maison de Mrs Taylor, le si bel emploi de Mr Taylor - d'ailleurs, n'était-il pas tout en haut de la hiérarchie ministérielle de Ed ? et le si grand bonheur que cela serait de se lier d'amitié avec un couple aussi charmant. Charmant ? Influant aurait été un mot plus adapté. Mrs Taylor n'était-elle pas membre de la société de femmes sorcières la plus en vogue de Grande-Bretagne ? Ne serait-il pas charmant - comprenez utile - que cette bonne Mrs Taylor, chez qui elle reconnaissait une si parfaite gentillesse et un si bon caractère - ne la présente à ce groupe de femme ? Comme elle était gentille, cette Mrs Taylor, si compréhensible et si bien mariée, n'est-ce-pas Ed ? Peut-être pourrait-elle parler de lui, si vaillant et si assidu au travail, à son mari ? Ne serait-ce pas si obligeant de sa part ? Les oreilles de Léon résonnaient toujours de ces jacassements au sujet de cette bonne femme. La seule chose qui l'avait fait sourire concernant ce projet, c'était le refus catégorique d'Ed qu'elle ne se serve de la femme ne son supérieur pour lui obtenir la promotion qu'il espérait depuis si longtemps et dont, financièrement, ils auraient bien besoin pour s'élever dans la classe sorcière. Ainsi donc, son beau-père était capable d'un sursaut d'autorité pour ce qui était de son honneur. Il n'en aurait pas été témoin, il n'y aurait pas cru. C'était dire le grand cas qu'il faisait de l'autorité d'Ed dans cette maison.

__ Elle se disait enchantée de venir prendre le repas chez nous au plus vite et espérait que l'on trouve une date coïncidant avec son emploi du temps tellement chargé. C'est une femme importante, tu sais, très occupée, poursuivit-elle. Léon ne répondit pas, désireux d'entendre l'histoire si bien huilée qu'elle était en train de lui servir. Et il se trouve que, comble de chance, elle est libre ce soir et en compagnie d'un ami à elle dont j'ai fait l'aimable connaissance un peu plus tôt, lança-t-elle en continuant ses va-et-vient, choisissant plusieurs pantalons et les mettant à auteur de ses yeux chocolats, semblant hésitante. Le noir. Plus classe, décida-t-elle après quelques secondes de réflexion, en rangeant le jean qu'elle lui avait offert lors de son anniversaire de l'année précédente. Ils seront là d'ici une petite demi-heure, lui annonça-t-elle en ouvrant un tiroir, choisissant une ceinture en cuir noire.

Léon la suivait des yeux alors qu'une paire de chaussette et des souliers vernis venaient agrémenter la tenue qu'elle était en train de préparer pour son fils, le petit grain de sel de toute la machinerie qu'elle avait mis en place,  grain de sel dont il fallait au plus vite qu'elle s'assure l'entière coopération. Elle se recula de quelques pas pour admirer la tenue dans son ensemble, puis se tourna vers l'adolescent mutique qui, elle le savait, n'allait pas lui simplifier la tâche.

__ J'aimerai que tu enfiles tout ça et que tu me rejoignes en bas pour les acceuillir. Ce repas est important, pour moi, conclu-t-elle avec le plus de douceur dont elle était capable. Intéressant, de vouloir la jouer comme ça. Que croyait-elle, au juste, qu'il avait pitié ?Allons, Donia, pas à moi... songea l'adolescent en la dévisageant de longues secondes.
__ Tu en as de la chance, répondit-il, sarcastique, en se redressant, la voix si chargée d'ironie que Léon était tout à fait certain qu'elle saisissait sans mal la moquerie. Comme cette invitation de Mia tombe à pique, dit-il remarquer en secouant la tête d'un air dépité. Si la moitié de ses gênes tenaient d'une manipulatrice comme cette femme, pas étonnant que le choixpeau ait préféré Serpentard à Serdaigle.
__ De quoi parles-tu ? sembla-t-elle s'étonner, avec juste ce qu'il fallait de surprise dans la voix, ni trop ni trop peu. Elle était douée. Il va s'en dire que j'aurais préféré qu'Ed soit présent, mais il se trouve qu'il était déjà parti voir sa fille lorsque j'ai appris que Mrs Taylor nous ferait l'honneur de ce dîner. Son absence est fâcheuse, mais je n'allais pas le faire revenir alors que sa fille le priait de l'honorer de sa présence. C'est drôle, parfois, comment l'enchaînement des évènements se présente à nous, conclut-elle en soutenant le regard appuyé de son fils.
__ Drôle n'est pas le mot que j'aurais employé, souffla son fils, parce qu'à part le hibou que tu as envoyé à Mia en rentrant de tes achats de Noël, ce matin, et celui de Ed acceptant son invitation - ou la tienne, d'invitation, je ne sais plus trop comment appeler ça ? -  je n'ai vu aucun autre message te parvenir.

Une petite veine palpita sur le front de Donia, mais elle se reprit bien vite.

__ C'est curieux, tu n'as pas dû bien regarder, rétorqua-t-elle, avant de croiser les bras. Elle se mordit les lèvres brièvement. Son grain de sel allait rendre tout ça bien plus compliqué, si elle ne fournissait pas au plus vite de carotte à lui agiter sous le nez. Peut-être étais-tu perdu dans tes pensées, cherchant comment rédiger la lettre à tes amis pour accepter leur invitation à passer Noël à l'extérieur, puisque ta mère ne voit plus aucune objection à ce projet ? questionna-t-elle.

Léon arqua un sourcil en la dévisageant. C'était presque trop simple, après tant d'houleuses discussions et promesse de fugue - puisqu'après tout, il était majeur n'est-ce-pas ? Ainsi donc, elle était prête à céder. Alors même qu'elle avait joué la carte de la mère désireuse d'avoir toute sa famille auprès d'elle, elle le laisserait partir, pour peu qu'il daigne fermer les yeux sur le fait qu'elle ait évincé Ed d'un dîner dont il ne voulait pas, en se servant de sa fille aînée à qui elle avait dû promettre il ne savait quoi. Il se serait offusqué si le compromis n'était pas aussi avantageux : il pourrait sortir de cette maison dans son bon droit - ce qui avait semblé être une condition essentiel pour lui - en monnayant sa participation obéissante à un simple repas.

__ C'est sûrement ça, capitula l'étudiant en se dirigeant vers son lit, attrapant les affaires  et les déposant sur son avant bras. Maintenant que j'y pense, ta correspondance avec Mrs Taylor aujourd'hui aurait pu m'échapper.

Elle se détendit de manière imperceptible avant de se diriger vers la porte. Arrivée à hauteur de la commode, elle attrapa le cadre en bois dans lequel trônait l'unique photographie de la pièce, le représentant à l'âge d'une dizaine d'année en compagnie du labrador qui avait été son fidèle compagnon - et sa seule source d'affection - durant les premières années de sa vie.

__ Je pense qu'il ira très bien dans le salon, pour ce soir, lui dit-elle en le gratifiant d'un long regard entendu. Il avait compris. Comment aurait-elle expliquer à cette bonne Mrs Taylor l'absence de photo de son fils sinon ? Après tout, Teddy faisait parti de la famille et nous sommes une famille soudée, comme tu le sais très bien. Mrs Taylor a hâte de te rencontrer mon fils. Je lui ai beaucoup parlé de toi.
__ Je n'en doute pas, maman rétorqua le jeune homme, sa voix ripant sur le mot alors qu'il déglutissait avec difficulté.

Il aurait juré que cela lui avait écorché les lèvres mais cela eut au moins l'effet escompté. Elle hocha la tête, satisfaite de s'être si bien fait comprendre et semblant rassurée de s'être assurée la participation obéissante de son fils pour les quelques heures qui allaient suivre. Se rendait-elle compte qu'elle ne l'avait obtenu que par chantage ? Probablement. Elle se détourna enfin et sortit de la pièce, refermant la porte derrière elle. La solitude envahit Léon qui resta immobile quelques secondes, fixant la porte close de manière vague. Un goût âpre se diluait dans sa bouche à mesure qu'il prenait totalement conscience que Donia n'en avait jamais eu rien à faire qu'il rentre pour les vacances, ni même qu'il ne le fasse que dans le but de pouvoir passer les fêtes de fin d'année en dehors de la maison. Certes, il était rentré chez les Mills pour la première fois de toute sa scolarité uniquement dans le but de pouvoir s'échapper quelques jours pour Noël. Seulement, quelle agréable comédie elle avait semblé jouer ! N'avait-elle pas exprimé immédiatement par hibou express sa joie de le voir venir enfin à la maison pour les vacances, lorsqu'il lui avait écrit à la dernière minute pour prévenir de son retour ? N'avait-elle pas sourit sur le quai de la gare lorsqu'elle l'avait récupéré ? Et les deux derniers jours, n'avait-elle pas multiplié les arguments pour le voir passer Noël avec eux parce que ça ferait plaisir à Ed, Lukas, tout le monde, parce que ça lui fairait plaisir à elle ou encore - et de loin l'argument le plus déloyal - parce qu'elle avait envie que, pour la première fois, ils passent Noël tous les deux, mère et fils ? D'accord, il n'y avait pas cru - ou alors juste un peu ? Evidemment, il avait tout rejeté en bloc - il avait des projets, des projets bien plus désirables que cette comédie familiale. Alors s'il n'avait pas été dupe à cette fausse envie de le voir rester - allant même jusqu'à l'interdiction pure et dure de sortir - pourquoi se sentait-il soudain si mal de la voir monnayer ce fabuleux Noël enfin réunis contre un pauvre dîner dans l'espoir de réussir à obtenir une promotion pour Ed ? Voilà où s'arrêter l'affection de Donia : sur le pas de ses propres ambitions. Ce qui le peinait encore plus que le misérable sentiment de ne pas compter, c'était que tout ça ait encore de l'importance pour lui. Pire, une petite part de lui avait forcément dû y croire, à tout ça, à cette peine qu'elle aurait qu'il ne passe pas Noël avec eux, à cette fausse joie de le voir rester. Une petite lueur semblait continuer à briller de sa flamme fragile et malgré son ressentiment perpétuel et ses suspicions habituelles, force était de constater qu'il n'avait toujours pas réussi à la faire complètement mourrir. La flemme vacillante de l'espoir. L'espoir de compter. Il y a bien longtemps que Donia semblait pourtant s'être résignée, ne jouant son rôle devant le reste de la famille que pour conserver la face du personnage qu'elle avait crée. Et pourtant, pourtant, Léon reconnaissait à contre coeur qu'il aurait aimé qu'elle continue à lutter pour le garder ici à Noël, mais non, elle s'était résigné dès que son intérêt lui avait permis de conclure un compromis. Elle avait abandonné bien plus vite qu'il ne l'aurait crû. Peut-être même n'avait-elle rien abandonné du tout et était-elle bien heureuse qu'il ne compte pas rester pour les fêtes de famille. Léon n'avait jamais souhaité en faire partie et la vérité était probablement que Donia s'en accommodait très bien comme ça. Il était beaucoup plus facile de feindre l'affection en l'absence de son fils que de donner le change lorsqu'il était présent. L'étudiant inspira un bon coup puis se glissa dans le couloir pour rejoindre la salle de bain que Lukas venait de quitter. Il se demanda un instant comment Donia avait-elle servi à l'adolescent le fait que des invités arrivaient sans que son père ne soit là, puis décida qu'il s'en moquait éperdument. Ce maudît Poufsouffle vouait une admiration à sa belle-mère, cette femme qui était une sorcière là où sa propre mère n'était qu'une moldue et ne pouvait pas tout comprendre sur les craintes et aspirations de son fils. Quoi que Donia ait pu lui raconter, Lukas devait être parfaitement d'accord avec elle. A la bonne heure.

Il s'engouffra dans la salle de bain qu'il verrouilla, ôta ses vêtements avant d'allumer l'eau pour se couler dedans. Il tourna les robinets jusqu'à la limite de sa peau qui rougissait déjà, laissant ses muscles se délasser sous la chaleur brûlante qui s'éparpillait en ruisseaux le long de son corps. Les yeux clos, l'étudiant s'accorda de longues minutes d'accalmie, comme si l'eau pouvait avoir le pouvoir de laver son mécontentement et sa peine, ainsi que la frustration de devoir passer tout le reste de la soirée à avoir l'air d'une famille soudée. Ces deux mots raisonnèrent un instant en boucle d'en son esprit avant qu'il ne les chasse, ses pensées se perdant enfin en vagabondant jusqu'à Poudlard et sa bibliothèque. Un bref instant, il se laissa envelopper par des souvenirs beaucoup plus plaisants que ne le serait les prochaines heures : leur conversation, son souffle lorsqu'il lui avait parlé de tentation, le plaisir d'y céder, la sensation de presque ivresse qu'il avait ressenti en découvrant du bout des lèvres sa peau et en goûtant à son odeur. Puis, son invitation et la promesse soudaine d'un Noël qui, pour une fois, lui faisait hâte. Il rouvrit ses yeux d'un bleu délavé, éteignant l'eau puis s'enveloppant dans un serviette. Vingt-quatre heure. Dans un peu moins d'une journée, il ferait son sac et partirait de cette foutue maison pour le rejoindre à l'adresse qu'il lui avait communiqué, comme ils en avaient convenu. Ce sentiment le galvanisait presque : pour une fois, quelqu'un l'attendait. Il frissonna en se séchant, enfilant les affaires que Donia lui avait sommé d'enfiler, ajustant le col du polo qu'il avait mis en dessous du pull. Il devait au moins accorder ça à sa mère : ce choix vestimentaire semblait être le plus adapté pour mettre en valeur la couleur si particulière de ses yeux. Il passa sa main sur le miroir rempli de buée pour accrocher son reflet, passa une main dans ses cheveux pour les ordonner avant de poser ses mains de chaque côté du lavabo, prenant de grandes inspirations.

Quelques heures. Cela n'allait durer que quelques heures à sourire, être d'accord avec Donia, avoir l'air d'aussi bien s'entendre avec sa mère que le pouvait un adolescent de dix-sept ans. Il n'avait qu'à lui laisser mener la danse, après tout elle était passer maître dans l'art de le faire, d'acquiescer au bon moment et de ne pas faire de faux pas. Attention, il ne se sentait aucune envie de lui simplifier la tâche lui poussait soudainement. Non, c'était juste cette promesse à demi mot de le laisser partir le lendemain qui allait le pousser à bien se comporter, ou du moins aussi bien que Donia pouvait l'espérait pour convaincre Mrs Taylor de la mère exemplaire qu'elle était. Ce passe droit, il s'en serait volontiers passé et s'était même résigné à fuguer si besoin, mais il avait insisté longuement sur le fait qu'il voulait que tout cela se fasse dans les règles. Le compromis était simple : soit il passait Noël à Poudlard et devrait rejoindre son dortoir le vingt quatre au soir, soit il passaut les vacances en dehors de l'école pour espérer pouvoir passer deux jours en sa compagnie. Inutile de préciser que Léon avait vivement défendu la deuxième option, juste avant qu'une nouvelle condition ne s'y ajoute. Personne ne devait le chercher, autrement dit il était hors de question de quitter l'école pour ne pas rejoindre sa famille. Les Mills étaient apparus comme la solution, une solution qui avait rendu exsangue l'adolescent et l'avait dôté d'une particulière affabilité. Ne pensait-il pas pouvoir rentrer, puis négocier de fêter Noël à l'extérieur, lui avait-il demandé ? Si, bien sûr que si avait-il promis. Sauf que jusqu'au précédent quart d'heure, Léon avait dû se résigner - devant le refus catégorique de Donia à le laisser partir - à devoir briser l'entente pour fuguer en dehors de la maison le temps d'une soirée et d'une nuit. Bénie soit, finalement, cette Mrs Taylor. Et bénie soit également la faible motivation de Donia à conserver son fils auprès d'elle. S'il était tout à fait déçu de sa mère, Léon lorgnait désormais sur la récompense promise s'il participait à ce dîner. Celle de pouvoir rejoindre Octave Holbrey le lendemain soir, en ayant respecté l'intégralité des conditions et en lui assurant que personne ne le chercherait. Une soirée avec le bibliothécaire, une nouvelle parenthèse en dehors du chao du monde sorcier, cela valait sans aucun doute tous les faux sourires qu'il allait devoir esquisser pour les prochaines heures.

L'adolescent prit une grande inspiration alors que la voix de Lukas, à travers la porte, lui indiquait que les invités étaient arrivés. Il fixa son reflet quelques instants avant de secouer la tête de dédain une dernière fois, puis s'appliqua à coller un sourire sur son visage afin de camoufler sa mauvaise humeur. Les pas de Lukas s'éloignaient  et des brides de conversations et de salutations lui parvinrent alors qu'il se dirigeait à sa suite dans l'escalier pour arriver dans le salon qu'il balaya du regard. Elle avait fait les choses en grand : feu de cheminée, nappes blanches et bougies sur la table impeccablement dressée, les assiettes du service en porcelaine qu'elle avait eu de son mariage côtoyant l'argenterie de la famille Schepper. Sur la table basse du salon, des amuse-bouche et des verres à pieds attendaient sagement que les invités prennent part à l'apéritif, les canapés en cuir marron rapprochés pour que chacun puisse s'installer confortablement. Pas mal, pour un dîner de dernière minute, qu'elle avait du dresser en quatrième vitesse dès le départ d'Ed. Elle avait dû préparer toutes les petites verrines et autres mets à son insu durant la majorité de l'après-midi. Il secoua la tête en traversant la pièce pour rejoindre l'entrée dans laquelle Donia s'affairait à récupérer les manteaux de ses invités. De là où il était, il ne percevait que la voix chantante de celle qui devait être Mrs Taylor.

__ [...]...maison vraiment charmante,complimentait-elle.
__ Votre commentaire me touche, Elizabeth et je... Oh, il ne fallait vraiment pas ! s'exclama soudain Donia.
__ Mais si, s'éleva une voix masculine. Léon se figea, à quelques pas d'eux. Cela n'était pas possible. C'est un excellent crû, vous verrez, il s'agit d'un Bordeaux de 1990.

Le sang de l'étudiant ne sembla faire qu'un tour. Il connaissait les inflexions de cette voix, le timbre velouté qui enrobait chaque syllabe et le phrasé délicat avec lequel il prononçait chaque mot. A quelques mètres de lui, Donia qui remerciait encore chaleureusement l'aimable ami de Mrs Taylor s'aperçut de la présence de son fils et s'empressa de faire les présentations.

__ Voici Léon, mon fils dit-elle en lui jetant un regard entendu pour qu'il s'approche.

Toujours aussi stupéfait, l'étudiant marqua un temps d'hésitation avant de sembler enfin reprendre ses esprits et de s'avancer. Mrs Taylor lui sourit aimablement alors qu'il la saluait, puis il tendit une main qu'il espérait ne pas trembler vers l'homme qui se tenait à côté d'elle.

__ Bonsoir, Monsieur Holbrey, souffla Léon d'une voix rauque alors que leurs paumes entraient en contact un bref instant. Il retira la main comme s'il s'était brûlé, ses yeux accrochant un instant l'émeraude des siens avant qu'il ne se recule de quelques pas.

Oh. Mon. Dieu. Pensait-il en boucle. C'était l'effervescence dans son esprit, alors qu'Elizabeth et Donia plaisantaient sur le fait que le monde était décidément bien petit, puisqu'elles n'avaient pas eu le temps d'en parler un peu plus tôt mais que ce bon Mr Holbrey travaillait depuis peu comme bibliothécaire à l'école de sorcellerie. Ainsi donc vous connaissez Monsieur Holbrey  ? demandait Donia. Et aux jeunes hommes d'acquiescer sans mot dire. Non vraiment, que le monde était petit, s'exclamait Mrs Taylor. Le préfet des vert et argent déglutissait avec difficulté, mutique.Léon vit Donia pincer brièvement les lèvres - peut-être avait-elle peur qu'Octave ne puisse contredire la version de famille soudée qu'elle s'apprêtait à livrer ? Qu'y avait-il dans le dossier scolaire de son fils dont cet homme pouvait-il être au courant : de l'animosité entre son demi-frère par alliance et son fils, du fait qu'il ne rentre jamais à aucune des vacances scolaires ou qu'il ait vécu chez sa grand-mère jusqu'à ses quatorze ans ? Léon posa ses yeux sur elles quelques secondes, la connaissant assez pour savoir que ce petit déconvenue ne lui plaisait pas. Poudlard est si grand, s'exclamait-elle, que Monsieur Holbrey ne devait même pas connaître tous les élèves faisait-elle remarquer aimablement. Si tu savais, songeait l'adolescent, mortifié. A quelques pas de lui, Lukas semblait tout aussi mal à l'aise. Peut-être était-ce la réputation du bibliothécaire, qui avait déjà torturé plusieurs élèves de l'école ? Il dansait d'un pied à l'autre et Léon se demanda quelles croyances le Poufsouffle pouvait-il avoir sur Octave. Le pensait-il Mangemort ? Dangereux, à coup sûr, car il semblait soudain bien peu loquace.  Léon lui, se bornait à regarder ailleurs pendant que les trois adultes conversaient. Il se faisait violence pour ne pas rougir à la pensée de la dernière fois où il avait vu l'adulte, essayant de ne pas songer aux étreintes ni à ses lèvres, ni à l'intensité de ses émotions durant la soirée qu'ils avaient passé ensemble. Son coeur semblait battre si fort dans sa cage thoracique qu'il lui semblait entendre le bruit des conversations comme à travers un tampon d'ouate, comme si les sons s'engluaient dans un tapis épais d'eau et de bout, parvenant difficilement à ses tympans. Mais que faisait-il ici, par tous les fondateurs ? Il inspira du mieux qu'il le pouvait en reprenant doucement contenance, suivant des yeux Mrs Elizabeth Taylor et Donia qui se dirigeaient en conversant vers le salon, Lukas à leur suite. Un bref instant, il releva la tête pour regarder le bibliothécaire dans les yeux, rivant ses yeux métallique dans les siens, un sentiment d'horreur se lisant sans mal sur les traits de l'étudiant, avant de lui indiquer d'un geste de la main le salon comme pour l'inviter à entrer en piste. C'était exactement ça. C'était la scène d'un cirque. Et ça n'avait rien de drôle, car c'était une double comédie qu'il allait donc falloir jouer ce soir. Etre le fils aimant sa mère détestable, et ne connaissant pas - ou très peu - Octave qu'il brûlait pourtant de rejoindre depuis les trois derniers jours.

__ Qu'est-ce qui vous ferez envie Monsieur Holbrey ? s'enquérait Donia alors qu'Elizabeth tenait déjà un verre de vin blanc à la main et prenait place dans le canapé. Léon, mon grand, dit-elle et l'adolescent se crispa lorsqu'elle posa sa main sur son épaule, Fais donc plaisir à Monsieur Holbrey. Sers lui quelque chose.



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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
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SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [23 décembre 97] Défaite de famille Dim 28 Oct 2018 - 18:54

A travers le verre cristal clair de lunettes tendues à bout de poignet, Octave observait le visage de la très réfléchie Madame Elizabeth Taylor. La soie glissait tour à tour entre ses doigts déliés, tandis qu’elle en comparait la couleur et le grain, qu’elle aimait l’une profonde et l’autre fin. Dans ses cheveux blonds, un peigne d’écaille accrochait la lumière ambrée et semblait la distribuer parmi la rondeur de ses larges boucles. Son profil de camée, ses gentilles narines roses, son long cou français, blanc comme le lis, les pleins et les déliés de ses contours émouvaient les sens de la même façon qu’une très jolie perle. Le flegme de son attitude lui prêtait le charme particulier d’une femme qui ne connaissait pas sa beauté. Visage et épaules pleines et candides, exprimant la calme séduction de la femme naturelle, sûre de sa force ; calme sérénité d’une jeune femme encore enjouée, prompte à essayer son corps dans un effort espiègle. Le calme tranquille d’Eve, amoureuse de sa propre nudité, se connaissant comme évidemment, éternellement désirable. Cette assurance naturelle était beignée par une insouciance encore plus captivante que sa propre beauté, qui conférait à son maintient l’étourderie de tous les charmes dont sa grâce était capable. Et ce qui était absolument mirifique chez cette femme, c’était que ce trait de génie, d’abord travaillé, était devenu une véritable seconde nature, si bien qu’on ne la soupçonnait pas un seul instant d’avoir un jour su se tenir autrement qu’avec le dos droit et le cou dégagé. Octave régla la distance de son monocle clandestin, ferma un œil et loucha pour voir les petites boucles récalcitrantes qui parsemaient sa nuque tels des fils d’or, éclatants et clairs comme de petits rayons de lumière. Elle était, bien évidemment, à la mode. Non pas celle qui était passagère, mais celle absolue et éternelle. Elle ne jurait que par le transcendant : petite robe noire, vestes en jersey et autres cardigans étroits pour souligner l’élancement de ses hanches. Sa robe comportait une petite tournure de crin sur les reins et les manches gigot se serraient en un étroit fourreau sur ses avant-bras. La jupe a godet s’évasait en une large corolle d’un ton mauve très égal. Elle était par ailleurs l’une des rares à avoir un teint suffisamment noble pour porter cette couleur. Elizabeth Taylor trouvait vulgaire de suivre la mode. Elle avait d’ailleurs pour habitude de reléguer chaque année dans une armoire ses nouvelles tenues jusqu’au moment où elle pourrait les porter sans sembler faire preuve d’ostentation. Octave envisagea la façon très noble avec laquelle le moindre de ses accessoires soulignait un quelconque avantage de son physique. Les escarpins fermés par exemple, avaient la même couleur de cuir que son sac. Le bleu dilué du petit topaze qu’elle portait au cou renvoyait sa couleur au bleu noyé de ses yeux. Elizabeth sortit soudain de sa transe et se saisit d’un chapeau tout proche qu’elle coiffa sur sa tête et regarda le miroir juste en face, avant de soupirer. Le chapeau était grand et romanesque, à large bords, avec une aile irisée et une longue plume tombante argent fascié de noir.

« Quel goût extravagant… »
Murmura-t-elle, songeuse, avant de reprendre les deux cravates sur lesquelles, à force d’observations, elle ne parvenait plus à apposer ni un avis, ni un jugement quelconque.
« C’était les seules qui me plaisaient ici et je commence à croire qu’elles sont aussi laides que les autres. »

Malgré sa longue attente, Octave ne s’ennuyait jamais avec elle. Il aimait l’observer, puis comparer son incroyable métamorphose à ses souvenirs. Cette femme n’avait plus rien avoir avec la fille de l’allée des embrumes, lourdement fardée, le visage tentant d’imiter l’apparence de quelqu’un qu’elle n’était pas et ne savait pas comment être, caricaturant chaque trait à outrance. Sa robe de coton s’ornait de motifs campagnards et ses boucles châtain étaient négligemment teintes en roux de feu ; elle brandissait une photo qu’elle était parvenue à faire auprès d’un petit journal pour promouvoir une carrière de model. A l’époque, elle était couturière dans un pressing et rêvait de poser pour des grands magazines. Octave avait fait sa connaissance parce qu’elle possédait un doigté assez particulier ; elle savait recoudre de la broderie déchirée sans laisser la moindre trace. Elle lui avait montré sa photo avec l’espoir de déclencher quelque chose chez ce jeune homme qui lui ramenait tout le temps des vêtements chics à repriser : accroupie dans une pose d’araignée, le regard bovin et les talons hauts, elle ne portait presque rien et s’en vantait. « Des collants comme chez Dolce&Gabbana à soixante billets, mais je les ai trouvés pour trente ! ». Un employé du pressing désireux de lui passer dessus lui avait même demandé un autographe ; elle avait sorti le champagne. Il fallait battre le fer tant qu’il était encore chaud. Son smoky-eye lui donnait l’air d’avoir deux cocards et tout le monde la prenait pour une Dora l'exploratrice, mais Octave aimait bien son ambition. Elle ne savait pas comment s’y prendre, mais elle faisait tout son possible. Son mec était une petite brute employée par de petits politiciens pour faire de l’intimidation auprès de petites gens. Bref, il frappait les faibles pour protéger les c*ns. Il était encore plus vulgaire qu’elle, mais il l’adorait et elle restait avec lui le temps de trouver mieux. Il lui a foutu un troisième cocard le jour où elle lui avait expliqué en gueulant que passer sa vie avec un pécore de rez-de-chaussée ne faisait pas partie de ses ambitions. A l’époque, tout le monde l’appelait Beth, parce que ça faisait penser au mot bête. « Plutôt crever que d’traite les chèvres comme ma mère ! ». Son coup de maître restait une irruption forcée dans le bureau d’un magazine de beauté pour lequel elle avait absolument voulu travailler. Sa photo de journal avait fait rire tout le monde, mais la rédactrice en chef lui avait fait une fleur subite en expliquant que les gens qui apparaissaient en couverture de son journal avaient atteint ce statut par le chemin de l’humiliation, du sang et de la sueur, en cassant les os de leurs concurrents et s’élevant au-dessus du panier de crabe. Il y avait deux types de beautés en ce monde et Elizabeth ne convenait à aucun. Pas de fesses, pas de seins, pas de sourcils, le cou trop court, le nez pas droit, la lèvre inférieure trop grosse : elle avait l’apparence d’une petite bâtarde, gonflée comme un concombre des mers. Ce qui n’était pas faux. Le quatrième cocard, elle l’avait eu lorsque le vigile s’était fait virer en même temps qu’elle du bâtiment pour l’avoir laissée passer.

Octave connaissait un type, à l’aube de la trentaine et employé dans les hautes sphères du ministère, qui s’était mis à se chercher une femme pour satisfaire les volontés de sa très vieille et très vénérable mère. Elle voulait absolument une famille pour son fils et des petits enfants. Mais son fils était dans les affaires, il n’avait jamais le temps pour nouer de relations sérieuses avec quiconque et dans son milieu de toute façon, personne ne lui plaisait. Il aimait les femmes simples et sans prétentions, là où l’argent rendait la simplicité et l’humilité quasiment impossibles. L’improbable intuition amena Octave à présenter la très simple Beth au très riche Mr Taylor. Au préalable, un travail fut, bien évidemment, accompli. Une rencontre brute et sans filtre n’aurait su faire abstraction de l’énorme faussé qui les séparait : il fallait seulement l’intéresser, le reste, elle allait l’apprendre elle-même. Les beaux vêtements, les bijoux, les restaurants huppés, ça vous transformait, Octave en savait quelque chose. Il avait, de toute façon, toujours été convaincu qu’Elizabeth s’adaptait au milieu dans lequel elle évoluait, au lieu de voir en amont, et que lui passer un corset en l’emmenant à une soirée mondaine redresserait autant ses épaules que son nez de travers. Et effectivement, au bout d’une semaine elle savait distinguer un diamant d’un zircon. Même son accent à l’ « ô » fléchi s’était rapidement dilué, sans jamais toutefois totalement disparaître : quelque chose qui plaisait beaucoup à Mr Taylor et qui lui rappelait qu’elle n’était pas comme toutes ces brindilles capricieuses qu’il détestait. Mr Taylor ne voulait pas d’une minette ; il aimait Grace Kelly et voulait rapidement se marier à une femme mûre qui ne le ferait pas chier. Alors, avant de le rencontrer, Liz avait teint ses cheveux en un très joli blond, coiffés en chignon, enfilé des perles et une robe en satin blanc, aussi doux que son caractère. Dès lors, Monsieur et Madame Taylor furent tous les deux très redevables à Monsieur Holbrey qui n’avait, pour ainsi dire, pas fait grand-chose. De temps en temps encore, lorsqu’ils n’étaient que tous les deux, Liz prenait la liberté de ruminer un chewing-gum pendant des heures entières en jurant ponctuellement, comme avant. Du reste, Beth n’existait plus vraiment. Et ce qui était le plus merveilleux dans cette transformation, c’était qu’elle fut entièrement naturelle, parce que c’était tout ce à quoi elle avait aspiré : quelque chose qui ne pouvait s’acquérir ni dont on pouvait être propriétaire, mais qui se développait lentement au fil du temps, un peu comme une patine de bronze. Maintenant, quelques fois par an, sa photo apparaissait dans la Gazette du dimanche.

« Bon, tu me rends mes lunettes ?
- Tu crois que ca va rendre tes cravates plus jolies ? »
Liz fronça son nez, pencha la tête pour souligner son regard avec le bord du chapeau, puis récupéra ses lunettes des mains molles du bibliothécaire sans l’ombre d’un reproche dans les yeux. Ils savaient tous les deux que leur espièglerie commune les détendait d’un quotidien parfois trop superficiel. Son goût pour les jolies choses s’était tellement affuté que Liz achetait quasiment tous les vêtements de son mari, au grand désarroi de sa belle-mère, complètement évincée de la moindre responsabilité. Tandis qu’elle continuait à mesurer sans conviction les différents tissus, Octave, confortablement installé dans le seul canapé de la boutique, jeta son dévolu sur une femme qui, depuis quelques minutes, semblait vouloir approcher et aborder Liz sans savoir comment s’y prendre. Elle tournait autour des tables et faisait mine de regarder les ceintures tout en jetant des regards répétitifs au dos de Madame Taylor. Ce manège dura un temps, jusqu’à ce qu’elle opte pour l’incident maladroit et fatal en reculant sur Liz avec l’air de ne pas l’avoir vu. Lorsque coude de l’inconnue toucha celui de Liz, l’artiste se retourna et s’exclama sous le coup d’une surprise un peu trop longue pour être réelle, quoi que très bien imitée quand même :

« Je suis navrée… Oh ! Madame Taylor ! Liz, quel plaisir de vous rencontrer ici ! »
Liz lui rendit son hommage de façon très aimable et les deux femmes se firent une bise à la française, sans se toucher la joue à cause du chapeau très imposant qui coiffait encore la tête de l’une.
« Ces hommes, il faut tout faire à leur place… »
Ricana Liz en remarquant la ceinture que Madame… quelque chose tenait entre ses doigts. Trophée probable et inutile de ses aléas entre les rangées du magasin lors de sa furtive tentative d’approche, se dit un Octave particulièrement amusé et passablement avachi entre les coussins. Son rôle de spectateur dura néanmoins bien peu car après avoir cassé un peu du sucre sur le dos de leurs incapables de mari respectifs en rigolant, Liz se tourna vers son accompagnateur et le contraignit à se lever pour venir serrer la main de…
« Je te présente Donia Mills. Son mari travaille au ministère. Donia, je vous présente Octavius Holbrey. »
Il serra donc la main vigoureuse et enthousiaste de Donia Mills, avant que les deux femmes ne repartent dans une conversation assez banale. Octave demeura quelque peu silencieux, attendant avec une certaine impatience de savoir dans quel but exactement Madame Mills s’était évertuée à un parcours du combattant simplement pour aborder Liz. Une pareille manœuvre militaire ne pouvait être nourrie que par un plan et bientôt, de fil en aiguille, Madame Mills se dévoila :
« Elizabeth, j’aimerai vraiment vous inviter, vous et votre ami, à venir dîner ce soir chez moi. Vous m’avez déjà invitée dans votre demeure et je m’en veux beaucoup de ne pas vous avoir rendu la pareille. »

L’espoir fut si brûlant dans ses yeux que Liz, échangeant un regard avec Octave, accepta. Ce ne fut qu’après son départ qu’elle questionna honnêtement le bibliothécaire, revenu s’assoir dans le fauteuil, les deux mains longeant la courbe ouverte des accoudoirs. Ils avaient compté dîner ensemble, mais Octave lui adressa une grimace d’indifférence, ayant surtout accepté parce qu’il savait que Liz adorait lorsque des gens qui ressemblaient à ce qu’elle avait été, flattaient la personne qu’elle était devenue.

« C’était qui ? »
S’enquit-il en rêvassant, tandis que Liz reposait l’imposant chapeau sur son perchoir pour observer les boutons de manchette sous la vitre du comptoir, juste à côté du fauteuil.
« Une pauvre fille de la campagne, incapable d’impressionner une oie.
- Je te trouve franchement cruelle. Elle est charmante.
- Tu n’as qu’à la courtiser, je suis sûre qu’elle abandonnera son mari pour ton argent comme on abandonne son régime pendant les fêtes.
- Tu es cruelle. »
Bien sûr, Octave répétait cela pour la pousser à lui expliquer en quoi cette Madame Mills méritait tant sa prétention. Mais Elizabeth ne s’en rendait pas compte et continua son récit avec le ton d’une gardienne de secrets : elle savait en revanche qu’Octave venait la voir, entre autres, pour ça, les ragots de la haute sphère.
« Elle sent la province. J’accepte sa robe, le fourreau noir sans manches, je tolère sa coiffure romantique, je n’aime guère ces escarpins chaussés à même le pied nu, son parfum sans nom, passe encore, mais, mon trésor, j’abhorre, je repousse son lipstock livide. C’est peut-être la mode dans ce bon vieux Londres Sud, mais ça ne se fait plus, ni ici, ni à Paris. »
Octave arqua ses ailes irisées, se leva à demi, puis retomba dans son fauteuil avec l’un de ces rouges à lèvre couleur chair à la main et après un mouvement expert, força sa bouche en trompette et postillonna :
« Comme ceci dear ? »
Elle ne le regarda pas tout de suite, jeta un coup d’œil rapide avant de le fixer, les yeux ronds. Un sourire se dessina sur sa bouche à la lèvre inférieure parfaite, absolument narquois. Elle tira de son sein un petit mouchoir et le tendit à Octave qui, faisant d’abord mine de vouloir garder sa couleur à la bouche, découvrit finalement ses grandes dents et frotta ses lèvres sans pitié.
« Passons aux choses sérieuses. Elle est tombée enceinte à dix-huits ans et a gardé son cake.
- Un riche héritier ? » Taquina-t-il l’innocente Madame Mills, sachant déjà que tel n’aurait pas été son lot si l’héritier avait été riche. Liz souffla avec mépris.
« Penses-tu. Si seulement ! Personne ne sait. Elle n’a jamais voulu le dire. Au début ça avait son charme, elle a pu rencontrer quelques personnes intéressantes, mais très vite son mystère s’est essoufflé et tout le monde a déduit de son long silence qu’elle avait honte. Depuis, la seule chose à laquelle elle a pu aspirer, c’est Ed Mills et son ex-femme moldue. Elle rêve encore de pouvoir rentrer dans le Club des Sorcières, mais elle peut rêver. Ce n’est certainement pas moi qui vais la recommander.
- Pourquoi tu as accepté son invitation, alors ?
- Franchement ? Je m’ennuie. Pas avec toi mon trésor, cela va sans dire. Puis j’espère encore qu’elle vacille et m’avoue dans la confidence qui est ce type dont elle ne veut pas parler.
- Je suis très étonné que tu n’aies encore engagé personne pour le savoir. Dis-moi son nom de jeune fille, je te le retrouve cet étalon, moi. »
Elizabeth le jaugea longuement avec un sourire énigmatique, fit la pose en pliant un genou et en déhanchant ses reins, puis éclata d’un rire très tenté.
« Je préfère qu’elle me le dise. Mais tu sais au fond, c’est une fille fatale, une pâle beauté, une briseuse de cœurs, cette Donia. Reconvertie en mère de famille tout à fait respectable. Elle aurait pu faire tellement plus sans son cake… J’aimerai l’aider à faire plus, comme toi tu sais… Mais à part te la proposer en épousailles, je ne vois pas ce que je peux faire d’autre à part la fréquenter, cette ex-Madame Schepper ! »

Elle avait, bien évidemment, laissé le meilleur pour la fin, satisfaisant inopinément sa curiosité. Octave, quant à lui, se sentit soudain transpirer. En d’autres circonstances, il aurait déjà plaisanté sur un éventuel mariage le soir-même et une bague ancestrale qu’il irait quémandait à sa mère pour bénir ses noces futures, mais la révélation l’avait arrêté dans son élan avec la même efficacité qu’une crise cardiaque. Liz s’aventura dans de plus amples explications en évoquant que Donia Mills aurait pu valoir un yard - comprenez, un milliard – et que maintenant c’était beaucoup trop tard pour elle d’aspirer à beaucoup plus que le médiocre qu’elle possédait en sa possession, sans se rendre compte que son ami s’enfonçait dans son fauteuil en tentant de faire la connexion inouïe entre Léon Schepper et Donia Mills. Il ne savait même pas exactement pourquoi une telle panique le domina l’espace d’un bref instant, mais elle le paralysa pour de bon, si bien qu’il fut reconnaissant d’avoir découvert ce fait en amont, lorsque la maîtrise de ses sentiments était encore possible. La réalité ne les avait encore jamais heurtés de façon aussi frontale à l’école qu’elle allait le faire le soir-même. Il songea un instant à refuser l’invitation, mais savait qu’Elizabeth n’accepterait jamais un pareil revirement d’opinion sans le questionner pendant une éternité sur un engagement qu’il avait pourtant donné avec tant de calme et d’indifférence auparavant. Eviter à Léon une déconvenue la veille de leurs retrouvailles lui sembla être une raison suffisante pour affronter la mitrailleuse d’Elizabeth, mais au fond, ne valait-il pas mieux qu’ils se familiarisent avec cette réalité, entourés de gens inoffensifs comme l’étaient ces femmes qui se préoccupaient bien peu qu’un bibliothécaire puisse retrouver par pur hasard son élève chez l’amie de son amie ? Avant qu’une quelconque supposition sérieuse ne se fasse, on allait davantage les soupçonner d’être malades ou emplis de haine l’un envers l’autre plutôt qu’en train de cacher un massif et irrépressible désir. Elizabeth parlait encore en tendant entre ses doigts un carré de foulard à l’autre bout de la boutique, une vendeuse ramassant déjà ce qu’elle avait décidé d’acheter. Lorsqu’elle revint à lui en parlant de toutes les cibles qui étaient atteintes et de toutes les queues qu’il fallait faire avant de parvenir à quelque chose en ce monde, Octave avait déjà retrouvé une parfaite maîtrise, souriait même un peu en ayant le regard plongé dans le vide. Le monde était petit, ça ne le surprenait pas, mais il avait par quelques détours naïfs imaginé qu’ils n’auraient jamais à affronter quoi que ce fut, que leur mystère demeurerait entier et intouchable. Mais l’existence tangible exigeait d’eux qu’ils se fondent dans le décor sans résister, tant il fallait se faire voir des autres pour véritablement pouvoir prétendre à la réalité. Dans la bibliothèque, dans leur chambre, ils étaient relégués aux confins de l’oubli, la nature souffrant mal des choses qui se cachaient. Négligeant et vaguement dédaigneux, il ricana méchamment :

« T’as qu’à lui proposer de faire le ménage chez les Baker, il paraît qu’ils ont renvoyé leur bonne. Il faut bien que Madame Mills commence, ou recommence, quelque part, si elle ne peut pas trouver la gloire avec son mari et sa famille plus que quelconques.
- La bonne des Baker a été renvoyée parce qu’elle a eu la merveilleuse idée de raconter à Madame Baker que Monsieur Baker l’a harcelée sexuellement. Elle croyait que ça intéressait Madame Baker…
- Certains ne supportent pas la pression qu’il faut pour devenir un diamant. »



Lorsque la porte de la maison s’ouvrit, Octave laissa Elizabeth faire son entrée : chose dont elle s’acquitta dans d’excellentes conditions de clair-obscur. Vêtue d’une robe pailletée, le visage plongé dans un flou artistique, elle s’arrêta sur le seuil de la porte, scrutant le contenu humain du hall d’entrée, avant d’esquisser un sourire rayonnant. Elle s’avança vers son hôte, vêtue de crème, les bras tendus en avant pour embrasser Madame Mills. « Donia ! » s’exclama-t-elle avec une exaltation de commande. Octave tapota la main qui lui fut tendue et offrit son vin réglementaire, se débarrassant de son manteau. A la demande d’Elizabeth, il avait revêtu un trois pièces d’un bleu pétrole façon sorcier, en mohair relativement épais et de saisons. Pour sa part, elle était étincelante, mais très simple, aimant à rappeler que sa stature n’avait aucun rapport avec l’argent et tout avec son talent et son bon goût. Les deux femmes préludaient avec mille grâces à la conversation quand, d’un signe bref, Donia marqua la présence de ses deux fils et les introduisit tour à tour. Octave fut heureux de constater que la surprise éventuelle n’avait sur lui plus aucun pouvoir contrairement à Léon et mieux encore, il sentit dans la bouche le goût des réminiscences. Vaste désir qu’il prît un tel plaisir à réprimer qu’un sourire se dessina naturellement sur ses lèvres, mielleux à souhait, le regard huilé et la bouche luisante. Fort avantageusement, leurs rapports officiels étaient suffisants pour justifier le trouble profond de l’un et le sadique plaisir de l’autre, aussi Octave se saisit-il avec magnanimité des deux poissons morts qui lui furent servis en guise de poignée de main et regarda longuement les deux garçons se tortiller sur les braises de leur inconfort. Il n’eut par ailleurs pas plus d’égard pour l’un que pour l’autre, mais la seconde poigne l’électrisa plus qu’il ne s’y fut attendu. La séparation, qu’il avait enduré avec insouciance les jours précédents, le rattrapa soudain à l’instant même où leurs doigts entrèrent en contact, alors qu’il se souvenait très distinctement avoir embrassé ses phalanges précieuses en sentant sur sa langue un goût salé, mélange entre ce qu’il supposa être ses rares larmes et la sueur de la peau tendre. Cependant, il était usé de ces soirées où il fallait sans cesse dissimuler quelque chose, et au même titre que Liz étouffait sa curiosité maladive et peu subtile, Octave laissa le petit frisson de plaisir retrouvé lui soulever le dos, mais n’en laissa rien paraître, ni aux autres, ni à Léon. Il suivit docilement les directives, scrutant la cossue maison joliment décorée d’un style vaguement colonial britannique. Un curieux concours de circonstances amena Madame Mills à vouloir réduire à peu de choses le lien éventuel que le bibliothécaire de l’école pouvait avoir avec ses deux fils, ce à quoi le concerné ne répondit rien et se contenta de sourire de façon énigmatique. Elizabeth, il le savait, devait frétiller de l’emmener en cuisines à couvert d’excuses pour le gronder de ne pas avoir souligné et re-souligné ce détail, avant de le perdre sous une avalanche de questions. Mais Octave savait ce qu’il avait à faire. Il savait ce qu’elle attendait de lui : que son œil remarque ce que le sien allait sûrement manquer. Bonne nouvelle, Léon et Lukas pouvaient rougir autant qu’ils le voulaient, tout malaise venait de trouver sa justification idéale : la crainte de l’autorité. Donia de son côté semblait craindre une réalité toute autre. Pour sa part, une allégresse curieuse et légère l’habitait, sans qu’il ne sût dire si c’était parce qu’il était en vérité parfaitement à l’aise dans cette situation plus que caduque, ou parce qu’il venait de retrouver l’orage des yeux gris, vers lesquels il était condamné à lever la tête pour en percevoir les éclairs. Avant de passer dans le salon, Léon lui jeta un long regard de pure souffrance et Octave se dit avec une certaine amertume que tout ceci n’était que le prélude des prédictions qu’il avait faites. Sans dire un mot, ni sans répondre d’une quelconque autre façon, il poursuivit cette rencontre dans le salon attenant.

« Qu'est-ce qui vous ferait envie Monsieur Holbrey ? Léon, mon grand. Fais donc plaisir à Monsieur Holbrey. Sers-lui quelque chose.
- Vous laissez votre fils d’à peine dix-sept ans me servir un gin tonic ? »
Elle allait le détester, le mépriser, mais le pouvoir était un jeu difficile et Elizabeth n’attendait rien d’autre que de la douce cruauté de sa part. Octave échangea quelques regards circonspects avec les gens présents avant de tuer le suspense et les suspicions :
« Une portion de gin, deux de tonic. Et une tranche de concombre si vous en avez, Monsieur Schepper. »
Souligna-t-il la différence de nom de famille de façon hasardeuse en apparence. Bien sûr que Léon savait faire un gin tonic, il avait été barman à seulement seize ans ! Chose que Donia devait absolument garder secret, et dont l’évocation à priori aveugle avait dû stresser ses nerfs de femme bien sous tous rapports. En attendant que son mélange fut fait, Octave s’approcha du bar à alcool et à l’abri des regards, posa ostensiblement et sans l’ombre d’un doute sa main aux doigts déliés dans le creux du dos adolescent, puis chuchota du bout des lèvres :
« Tu es très beau ce soir. Très, hum… désirable. »
Il jugea cette brève réassurance nécessaire, quand bien même elle dut renflouer le visage étudiant d’un dégradé de rouge. Il avait de quoi se cacher derrière la préparation du gin tonic autant que c’était nécessaire. Dans la foulé, le geste l’ayant approché de l’âtre de la cheminée, Octave détourna habillement l’attention en se saisissant d’une photo encadrée sur le foyer et retirant sa main du dos incurvé et étroit, il brandit sa trouvaille en direction d’Elizabeth. Il connaissait son rôle, il ne restait plus qu’à prouver à Léon que la difficulté ne résidait que dans l’importance que l’on y accordait.
« Liz ! tu ne trouves pas que le jeune Schepper ressemble un peu à Justin Diggle sur cette photo ? »
Gros criminel de la dernière décennie, au demeurant, dont la photo avait circulé dans tous les journaux sorciers de l’époque. Aucun rapport avec le Seigneur des Ténèbres, Diggle était un autre genre d’extrémiste, et sa seule ressemblance avec Léon résidait dans le fait que tous deux étaient des hommes, mais Elizabeth attendait la première occasion pour exhumer ce sujet et tôt valait mieux que tard pour pouvoir y revenir tout du long. Octave s’approcha du canapé et lui tendit le cadre pour observation, servant son but comme l’homme docile qu’il était.
« Ou bien à Godric Vector… ?
- Le nez et les sourcils ! »

Voilà qu’ils oscillaient entre un criminel et un millionnaire de sang pur pour taquiner sans en avoir l’air la pauvre Madame Mills. Les gens avaient tendance à préférer contredire une vérité assurée plutôt que d’être tout de suite honnêtes, et quoi que les deux complices eussent des doutes quant à ce que leurs suppositions aient un quelconque effet confessoire, ils donnèrent volontiers la cadence. Ils ne lui posèrent en outre, aucune question. D’ailleurs, Octave vint s’assoir à côté d’Elizabeth et indiqua de façon tout à fait inopinée, en se penchant par-dessus les jambes féminines pour rendre le cadre à sa propriétaire, quelle était la nature de leur relation. Sa main vint se poser sur l’un des genoux de Madame Taylor, avertissant ainsi qu’aucun des Mills n’auraient les faveurs de l’un sans avoir les faveurs de l’autre. Ils étaient ce soir qu’une seule personne, chose qu’Elizabeth confirma en recouvrant brièvement de sa petite paume celle, bien plus large, d’Octave. Celui-ci se redressa bientôt, retira ses doigts pour se saisir du verre qui fut mis à sa disposition. De toute façon, ni Donia ni Elizabeth n’étaient dupes : ce dîner était une épreuve à tenir et chacun avait ramené ses atouts. Voilà où ils en étaient à présent : cela promettait – pour rester fidèle aux poncifs du genre – d’être un dîner exquis, plein de gaieté, se prolongeant fort tard ; et, bien que la conversation dût consister en points d’esprit de famille et en brillantes banalités, le souvenir de cette soirée allait rester gravé dans la mémoire de chacun des convives comme une expérience chargée de signification et point tout à fait agréable. Trempant ses lèvres dans le gin pétillant, Octave laissa à Elizabeth le loisir de développer innocemment le sujet, bien qu’il sût au fond que même si les flèches étaient toutes destinées à Donia, Léon ne pouvait s’en réjouir, les oreilles soudain tendues aux évocations improbables des invités quant à ce qu’il avait toujours voulu savoir.

« Non, c’est un très beau jeune homme que vous avez là Donia. Très grand ! L’homme de la famille… Je trouve qu’il vous ressemble. Plus que le jeune Monsieurs Mills ! » Dit-elle en se tournant vers Lukas, toujours aussi intimidé et recroquevillé. « Lui, ressemble davantage à Ed. » Elle soupira doucement, comme prise d’un très léger chagrin : « Vous avez de la chance. Ni mon mari, ni Holbrey, ni moi ne ressemblons à nos mères et ça les aura toujours beaucoup exaspérés ! Je crois que pour une mère, avoir un fils qui lui ressemble est une sorte de consécration, non ? Trésor… ? »
Elle pouvait appuyer sur la plaie autant qu’elle le voulait, ils savaient tous les deux qu’elle était refermée depuis longtemps.
« Ca dépend de la mère, je dirais. Et ça dépend de la ressemblance. Regarde, Madame Mills doit être enchantée que son fils ait sa bouche en arc de chasse. Ta mère en revanche n’a jamais supporté que tu aies un caractère aussi déterminé que le sien. »
Doucement, ils pouffèrent de cette blague intimement personnelle, mais qu’ils jetaient pourtant en pâture comme si ça ne valait rien. Et ça ne valait, effectivement, rien pour eux.

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SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [23 décembre 97] Défaite de famille Dim 4 Nov 2018 - 23:29




Octave dans le salon de la maison des Mills. Si on lui avait dit un peu plus tôt que sa soirée se terminerait à quelques centimètres du bibliothécaire, Léon aurait plutôt parié sur une fugue le menant jusqu'à sa porte plutôt qu'à un dîner improvisé juste en dessous de sa chambre. On aurait dit le début du scénario d'un mauvais film dont la seule vocation comique aurait été de créer une situation ou le moindre détail pouvait allumer un brasier, pour le plus grand plaisir de spectateurs se demandant lequel des protagonistes trébucherait en premier. S'il n'avait pas fait parti du casting, sans doute aurait-il regardé tout ça avec un amusement proche de la moquerie. Sauf que là, ça ne le faisait absolument pas rire. Légèrement adossé contre le bar, Léon se demanda un instant lequel des deux masques allait être le plus compliqué à jouer. Celui du fils aimant, ou bien celui de l'étudiant ne connaissant pas un homme qui, pourtant, quelques jours plus tard, l'avait embrassé en le collant contre l'une des étagères de l'école. Ses yeux gris se posèrent une fraction de seconde sur lui lorsque le fil de sa pensée s'égara plus longtemps qu'il ne l'aurait souhaité, puis dévièrent de façon logique vers la femme qui se tenait à ses côtés. Elizabeth Taylor, qu'il avait trouvé ennuyante dans la bouche de sa mère, venait en quelques minutes de devenir particulièrement intéressante. Et cela n'avait rien à voir avec la robe pailletée qu'elle portait, ni aux formes que la coupe de sa tenue mettait agréablement en valeur. Elle n'était pas très grande - peut-être légèrement plus petite que Donia - mais avait une façon de soulever son petit menton lorsqu'elle parlait qui témoignait du maintien altier qu'elle voulait se donner. Ca lui rappelait quelqu'un, tiens. Joues légèrement fardées, discrète ombre à paupière qui soulignait ses yeux d'un bleu légèrement plus foncé que les siens et un peu de mascara pour accentuer un regard que Léon devinait plein de malice. Leurs yeux s'accrochèrent - peut-être avait-elle senti l'insistance avec laquelle l'adolescent l'avait observé ? - mais l'étudiant détourna immédiatement la tête. Quoi que cette Mrs Taylor pourrait se dire concernant l'intérêt qu'il lui avait porté, il la savait bien loin de la réalité. Ce qui rendait curieux le préfet, c'était la personne à côté de laquelle elle se tenait. Il redressa de nouveau la tête, la détaillant de biais avec quelques secondes d'insistances de plus que la politesse ne l'aurait exigée, mais fut interrompu dans son inspection par la demande de Donia, laquelle ramena l'éclat métallique vers celui qu'il tâchait par tous les moyens de ne surtout pas regarder. Fuyant le vert dans lequel il brûlait pourtant de plonger, il porta son attention sur le costume bleu nuit dont il s'était vêtu. Un trois pièce, comme toujours, parce qu'Octave aimait à être tiré à quatre épingles. Il su immédiatement que ce genre de détail était en train de faire regretter à Donia de ne pas lui avoir choisi une tenu plus habillée que celle qu'elle lui avait fait revêtir. De quoi avaient-ils tous l'air face à deux individus habillés comme s'ils avaient été invités à l'investiture du nouveau ministre de la magie en personne ? Donia était le genre de personne qui aimait avoir tout prévu et elle sentait déjà que son plan ne serait pas aussi bien huilé qu'elle l'avait imaginé. Il pouvait, d'ailleurs, presque sentir la tension qui émanait d'elle depuis qu'elle avait saisi la fonction qu'Octave exerçait et un petit sourire manqua de s'étaler sur ses lèvres pâles lorsqu'il songea qu'elle aurait pu tout à fait arrêter sa comédie tout de suite. Elle ne pouvait pas le deviner, mais aucun de ses efforts ne pourrait espérer convaincre le bibliothécaire quant à la nature de leur relation mère-fils, que Léon se souvenait parfaitement lui avoir raconté à de multiples reprises. Et il y avait bien d'autres choses qu'elle n'était pas prête de soupçonner, d'ailleurs, comme le fait que cela n'était pas chez des amis qu'il allait passer les fêtes du lendemain, mais bien avec celui vers lequel elle lui demandait à présent de servir un verre.

__ Vous laissez votre fils d’à peine dix-sept ans me servir un gin tonic ? s'étonna Octave alors que Léon peinait soudain à retenir ses lèvres de s'arquer d'un discret sourire.

Il ne savait pas ce qui était le plus drôle : la petite veine qui palpita quelques instants contre la tempe de Donia, le à peine dont Octave semblait s'offusquer en parlant de son âge - âge qui n'était d'ailleurs pas le bon - alors même qu'il s'en était éperdument moqué lorsqu'il s'était agi de lui faire boire de l'alcool le soir de ce même anniversaire, ou bien son étonnement feint quand au fait qu'il lui prépare un cocktail. Il baissa les yeux, fixant le plancher de bois pour camoufler son amusement alors que ses souvenirs divaguaient sans mal quelques mois avant, lorsqu'il s'était approché  de lui avec une description approximative dans l'un des bars miteux de Londres, sans savoir que leurs univers allaient se télescoper d'une manière qu'il n'aurait jamais pu soupçonner. Il redressa la tête lorsqu'Octave lui adressa la parole, tiqua sur le vouvoiement qui lui sembla sonner d'une façon bien étrange dans une bouche qu'il se souvenait avoir explorée longuement quelques jours auparavant et acquiesça à l'entente de la recette. Il se détourna, laissant libre court à son sourire lorsqu'il fut certain d'être de dos. Il ne savait pas pour qui les taquineries d'Octave étaient destinées, mais la non-conversation à double sens que le bibliothécaire et lui venaient d'échanger avait redonné un peu de couleurs à ses joues d'une blancheur laiteuse. Tout ceci n'était qu'un jeu, n'est-ce-pas ? Demain, il ne serait plus question de Monsieur Holbrey, ni de l'usage de ce vous ou de cette passable indifférence les concernant qu'ils seraient tenues de mettre en scène toute la soirée. Il attrapa un verre en se penchant légèrement par dessus le bar, se saisissant dans le même élan la bouteille de Gin, puis se figea. Dans son dos, une large paume venait de s'étaler dans le creux de ses reins. La proximité soudaine le dérouta et il sentit de nouveau ses pensées se perdre quelques nuits plus tôt. Il se souvenait des doigts sur les os de l'aine, de la façon dont il l'avait poussé contre le bois de la bibliothèque, des poignets qu'il avait tenus ferment enlacés. Un souffle chaud caressa sa nuque et il ferma les yeux, un long frisson parcourant sa colonne vertébrale alors qu'il pinçait ses lèvres, se souvenant de l'haleine brûlante qu'il avait goûté à de nombreuses reprises. Oscar Wilde pouvait reprendre du service, parce que la tentation venait de faire de nouveau une entrée fracassante dans la partie.

__ Tu es très beau ce soir. Très, hum… désirable, murmura-t-il alors que ses joues dévoilaient à présent un rouge carmin qu'il lui faudrait de longues secondes pour faire disparaître.

Le jeune homme déglutit sous le compliment, sa respiration trébuchant sous le velouté avec lequel il avait prononcé le dernier mot. La pression s'exerça encore quelques secondes contre le creux de ses reins et l'étudiant savoura le bref instant, sachant qu'il serait probablement une des seules marques d'affection de la soirée. Il se souvenait très bien de leur discussion dans la bibliothèque avant de pêcher un peu plus en osant voler une nuit à l'intérieur du château, avait compris qu'en acceptant céder au désir qu'ils éprouvaient, ils s'engageaient également à devoir tenir un rôle en public. Octave n'avait-il pas alors dit qu'il leur faudrait mentir et potentiellement se faire du mal, pour que le secret demeure, et qu'il devrait avoir confiance ? N'empêche que même en s'en souvenant, la réassurance n'était pas de trop. Les doigts brûlants - en tout cas, ils lui semblaient brûlant même à travers son pull en laine fine - glissèrent le long de son dos et Léon le sentit s'éloigner de lui, presque à contre coeur. Il lui tardait déjà que ce dîner prenne fin et que la journée du lendemain commence. Il avait hâte de le retrouver dans une place un peu plus intime que le salon de sa propre maison. Les joues toujours colorées d'un rouge soutenu, il faisait dos aux invités, versant le Gin dans le verre en crystal avant d'y ajouter l'eau gazeuse, se laissant tout le loisir de rester à couvert pour camoufler son trouble.

__ Liz ! tu ne trouves pas que le jeune Schepper ressemble un peu à Justin Diggle sur cette photo ? lança soudain le bibliothécaire, alors que Léon le voyait disparaître de son champ de vision, le cadre le représentant enfant à la main.

Du gros, du lourd. Le passé, jeté en pleine figure alors même qu'il ne s'y attendait pas. Dans son dos, Octave et son amie se lançaient dans les suppositions d'une quelconque ressemblance avec plusieurs hommes dont Léon ne connaissait les noms que superficiellement. Il eut l'impression soudaine de se faire gifler, ses doigts se resserrant autour du verre alors qu'un silence prenait place dans le salon. La plaisanterie ne pouvait être innocente que pour Lukas qui n'était pas assez manipulateur pour être perspicace sur le sujet, mais Léon avait compris où ils voulaient en venir tout autant, il en était certain, que Donia devait soudain transpirer dans sa robe couleur crème. S'il y a bien un thème qu'elle souhaitait ne pas voir lancé dans son salon, ce soir, c'était bien celui concernant le père de son fils. La dernière fois que le sujet avait été réellement abordé, Léon avait alors onze ans et trop de questions dans la tête pour que Donia ne puisse les ignorer plus longtemps. Trop d'espoirs informulés, également, car il avait toujours fantasmé sur celui dont il savait juste être le portrait. Elle avait piétiné tout ça en lui parlant d'une histoire sans lendemain, d'un bar et d'un moldu, d'un trop plein d'alcool et de conséquences auxquelles elles n'avaient pas pensé. La conséquence en question s'était retrouvée doté d'un père dont il ne savait, au final, pas grand chose de plus ormis la certitude qu'il ne le cherchait pas, ainsi que la preuve formelle que Donia n'avait jamais souhaité sa naissance. Pire : elle avait honte. Il n'avait été que le fruit d'une erreur. Tendu presque à l'extrême, Léon s'exhorta au calme en soufflant doucement son air. Son père n'était plus vraiment l'objet de sa curiosité. Il ne le considérait que comme une structure moléculaire s'étant assemblée à une autre structure moléculaire un peu plus grosse. Son rôle s'arrêtait là et le sujet ne l'aurait pas autant touché, ni ne l'aurait mis dans cet état si le statut de moldu de ce géniteur ne pouvait pas lui compliquer passablement l'existence, à l'aube d'un dictature où la lignée se devait d'être connue et irréprochable. Donia le savait parfaitement et il n'était pas dans son intérêt de confier l'identité de cet homme, aujourd'hui encore moins que les dix sept années précédentes. Et surtout pas pour la curiosité déplacée de deux invités qui, si elles voulaient s'attirer les faveurs, venaient clairement de dévoiler l'objet de leur visite. Donia s'était trompée en croyant mener la danse. L'étudiant se retourna à demi vers elle, observant ses traits crispés, le discret pincement de ses lèvres et la façon dont elle avait croisé ses chevilles en dessous de la chaise. Le mot contrariété semblait flotter sur son front, mais elle n'offrit qu'un discret sourire aux allusions et ne fit aucune remarque, se contentant de regarder de manière aimable le bibliothécaire qui prenait place aux côtés de sa ravissante amie. Il comprenait qu'ici, dans cette maison, ils ne se connaissaient pas. Il n'était que Monsieur Holbrey, qui accompagnait cette Mrs Taylor qui - Léon le devinait sans mal - n'était qu'une de ces énièmes femmes qui allaient chercher à questionner Donia quant à ses erreurs de jeunesse. Il ne l'avait jamais plainte de la rétrogradation qu'elle avait subit en le mettant au monde, ni même des rumeurs dont elles s'étaient à de nombreuses reprises confié aux dîners de famille, mais lui concéda à quel point ça lui collait toujours à la peau. Donia Schepper était et resterait, aux yeux de la société sorcière, cette pauvre fille qui s'était faite engrosser trop jeune et qui avait perdu de son attrait en devenant mère à l'âge où on devait rester désirable. Il se mordit les lèvres en observant Liz et décida qu'elle ne lui plaisait pas. Sentiment qui s'accentua lorsque le bibliothécaire se pencha en avant, déposa cette même main qui lui avait caressé le dos contre les jambes fuselées de sa voisine, dévoilant une intimité qu'elle confirma en recouvrant de sa petite paume l'élan de complicité. Léon se détourna vivement, fixant le mur en face du bar. Quelque chose avait pris feu dans son ventre, un bref instant. Ses doigts se crispèrent sur le bois du bar et puis, dans un élan de frustration, il avala l'intégralité du Gin Tonic. D'un trait. Il contempla le verre vide avant qu'un sourire narquois ne se dessine sur ses lèvres. Très bien Monsieur Holbrey. Avec dextérité, il s'empara de la bouteille de rhum blanc et en versa un tiers dans le verre. La rondelle de citron flotta de nouveau à mesure qu'il remplissait le verre d'eau gazeuse et, attrapant le reste du citron il le pressa dans le verre jusqu'à qu'il ne reste plus la moindre trace de jus. Se penchant légèrement en avant, il se saisit de la salière, rajoutant quelques pincés. Ca allait être trop acide, trop salé, et il était persuadé que le rhum blanc ne se mariait que très peu avec l'eau gazeuse. C'était, en fait, aussi imbuvable que l'adolescent avait trouvé la conversation et sa proximité avec cette Mrs Taylor. Son délit en main, il quitta enfin sa cachette pour se diriger vers le bibliothécaire à qui il tendit le verre avec amabilité.

__ J'ai pris la liberté de mettre un peu de citron, dit-il poliment, pour contre carrer l'amertume du Gin précisa-t-il, un sourire en coin, avant de s'installer à la seule place disponible, de l'autre côté de Mrs Taylor. Et j'ai eu dix-huit ans en Décembre, en réalité, Monsieur Holbrey corrigea-t-il  puis, il se tourna vers la jeune femme, et chuchota un peu plus bas à son intention. Je vous direz bien comment j'ai fait honneur à cette année supplémentaire, mais le personnel de l'école, murmura-t-il en marquant une pause, regardant en coin Octave, n'est pas friand de ce genre de festivité. Mais, croyez moi, c'est un anniversaire qui m'a plu, vraiment. Beaucoup. Il lui adressa un sourire, puis détourna les yeux. Il était certain qu'Octave avait entendu cette allusion à leur soirée, et celle aussi aux mots qu'il avait prononcé ce soir là. Tu me plais, vraiment. Beaucoup, toi aussi Monsieur Holbrey songea-t-il en s'enfonçant dans le canapé moelleux. Mais le cocktail était amplement mérité, pensa-t-il avec un soupçon de sadisme en se demandant si l'adulte allait le finir, ou bien le reposer sur le coin de la table avec discrétion. Ce dont il était presque sûr, c'était qu'il ne s'en offusquerait pas à voix haute car il aurait été compliqué d'expliquer pourquoi un adolescent de l'école avait volontairement préparé au bibliothécaire quelque chose de tout à fait imbuvable. Non, c'était quelque chose qui resterait, ce soir, entre eux deux. Comme l'étreinte un peu plus tôt. Il n'en voulait pas à Octave pour le sujet de son père, mais avait néanmoins envie qu'il sache qu'il l'avait pris un peu comme le cocktail l'était. Avec acidité. Et c'était dans cette non conversation entre eux et dans ces allusions qu'eux seuls comprenaient, que Léon savait pouvoir supporter le dîner, et cette femme à côté de laquelle il était installé.

Laquelle s'évertuait maintenant à le complimenter et à inventer des ressemblances entre Donia et lui, qui, même pour quelqu'un ayant une très mauvaise vue, aurait été flagrante par leur inexistence. La mère et le fils n'avaient absolument rien en commun et Léon l'écouta, s'attachant plus sur ce qu'elle dévoilait entre les lignes que sur les mots qu'elle employait réellement. L'homme de la famille. Elle se moquait déjà d'Ed, donc, rétrogradant a Monsieur Mills la fonction même qui aurait dû lui incomber. L'étudiant aurait pu s'en sentir flatter qu'il ne devinait pas que sous couvert d'une politesse à laquelle il aurait été bien malvenu de faire la moindres objection, la charmante Mrs Taylor - et par charmante, entendez désagréable puisque, de toute façon, il ne l'aimait pas - n'était pas en train de bien insister sur le manque de caractère de son beau-père. Il était parfaitement d'accord avec elle - mais ne le dirait pas - sauf qu'il n'était absolument pas dans son intérêt de la laisser ainsi mener le jeu. Donia avait été très claire lorsqu'elle était venue un peu plus tôt dans sa chambre : elle voulait de l'aide pour amener le sujet de la conversation exactement où elle le voulait, et Léon n'en récolterait rien de moins que la permission de pouvoir s'éclipser autant qu'il le souhaitait. Ce soir, il lui devrait donc d'être dans le camp de Donia et si Octave jouait le jeu de cette Mrs Taylor, il ignorait totalement à quel point il était en train de leur mettre des bâtons dans les roues pour se retrouver le lendemain.

__ Lui, ressemble davantage à Ed,conclut Elizabeth en terminant sa ridicule comparaison des traits de la famille. Que cherchait-elle à souligner au juste ? Le fait qu'Ed n'avait absolument aucune autorité dans la famille, que son fils semblait tout aussi inexistant que l'homme qui travaillait pour son mari, ou bien le fait que leur famille recomposée sortait totalement des clous, puisqu'elle soulignait sans mal que Lukas portait le nom des Mills alors même que lui ne le portait pas ? Ou peut-être tout à la fois. Vous avez de la chance. Ni mon mari, ni Holbrey, ni moi ne ressemblons à nos mères et ça les aura toujours beaucoup exaspérés ! Je crois que pour une mère, avoir un fils qui lui ressemble est une sorte de consécration, non ? Trésor… ? dévia-t-elle à l'intention de Donia.
Léon se crispa sous le petit surnom qu'elle adressait à Octave et manqua de pouffer de nervosité. Trésor. Ainsi donc se sentaient-ils tous les deux dans le besoin d'afficher leur complicité, tantôt une main sur le genou, tantôt un surnom débile. Quel était la nature de leur intimité, ça, Léon n'en avait cependant aucune idée mais il sentait bouillir dans son ventre un sursaut d'exaspération - à moins que cela soit de la jalousie ? - à leur apparente proximité.
__ Ca dépend de la mère, je dirais. Et ça dépend de la ressemblance, rétorqua le bibliothécaire. Regarde, Madame Mills doit être enchantée que son fils ait sa bouche en arc de chasse. Ta mère en revanche n’a jamais supporté que tu aies un caractère aussi déterminé que le sien.
Léon les regarda pouffer l'un et l'autre en se disant qu'ils faisaient, décidément, très bien la paire tous les deux. En quelques phrases et gestes, ils avaient tous les deux bien fait comprendre à l'assistance le degré de leur connaissance mutuelles et de leurs affections mutuelles. Ils se taquinaient, parlaient le même langage inaudible de ceux partageant le même objectif commun et semblaient comprendre où l'autre voulait en venir sans avoir vraiment besoin de communiquer entre eux. Donia n'avait, en fait, strictement aucune chance contre eux deux. Il était presque persuadé que cette Liz n'était venu que dans le but de la questionner un peu plus quant à son passé. Et Octave semblait être tout à fait disposer - ou bien était-il obligé de le faire pour tenir le change face à cette amie - à lui venir en aide pour ce qui était de mettre mal à l'aise celle qui avait essayé de se croire la plus maline en orchestrant ce dîner. Son regard dévia vers elle et il lut dans ses yeux qu'elle comprenait à quel point il lui faudrait redoubler d'ingéniosité pour réussir à ce que ce dîner soit fructueux. Et elle n'avait à sa disposition que ses talents culinaires et deux adolescents dont l'un restait prostré sur sa chaise, et l'autre qu'elle savait ne pas être réellement de son côté. Son sourire, pourtant, n'avait pas vacillé et Léon devait au moins lui reconnaître sa capacité à ne pas montrer son trouble.
__ Je suis très fier de Léon, en effet, rebondit-elle en couvant son fils des yeux. Il détourna la tête, fixant le plat de toast qui était à moitié vide, le regard dans le vague. Ce genre de compliment le désarçonnait, car il ne savait pas quelle était la part de Donia et quelle était la part de sa manipulation, ni du rôle qu'elle voulait jouer. Les enfants, c'est notre plus belle réussite, je crois. Peu importe comment ils surviennent dans nos vies, ils la bouleversent. Je crois qu'il faut devenir mère, pour comprendre à quel point nos choix sont influencés par eux, même lorsqu'on les porte encore, dit-elle avec ce qu'il fallait d'émotion pour que Léon soit à deux doigts de la croire. En revanche, il fallait lui reconnaître de l'ingéniosité. Passer pour la mère qui avait pris des décisions que personnes de son âge n'aurait pu comprendre lorsqu'elle avait dix huit ans, comme le fait de conserver sa grossesse, en mettant l'amour en avant était une chose brillante. Evidemment, cela aurait été moins glamour de dire la vérité, à savoir qu'elle avait découverte sa grossesse beaucoup trop tard pour pouvoir y mettre un terme. Il garda la tête baissée. Tout ça, ça lui faisait encore plus de mal que les allusions des Mrs Taylor et d'Octave. Parce que c'était des mensonges qu'ils auraient aimé être la vérité.
__ Arrête maman, tu vas me faire rougir, souffla Léon alors que sa bouche s'asséchait et qu'il sentait ses yeux commencer à le piquer. Qu'elle arrête. Il la regardait droit dans les yeux, la tête légèrement incliné sur le côté. Il trouvait ce petit jeu bien plus blessant que ce qu'il aurait cru pouvoir l'être. Preuve était sûrement qu'il n'était pas si indifférent que ça à Donia. Du moins, pas autant qu'il ne l'aurait cru. Mimant toujours l'adolescent dérangé par tant de compliment, il se leva pour attraper les plateaux vides et adressa un petit regard à Lukas pour le sommer de venir l'aider. Les deux adolescent se levèrent pour rejoindre la cuisine, alors même que Donia reprenait la parole pour continuer la conversation. Avant que la porte battante de la cuisine ne se referme derrière eux, Léon perçu sa question.
__ Peut-être aurez-vous la joie de connaître ça, Liz, un jour, conclut-elle poliment avant de se tourner vers Octave. Et vous, monsieur Holbrey, y'a-t-il une Madame Holbrey, ou bien des enfants ? questionna-t-elle.


Il posa brusquement les plateaux sur la table de la cuisine, levant les yeux au ciel et soupirant pour relâcher un peu de la pression qu'il avait senti s'accumuler depuis le début de la soirée. Les paroles de Donia avaient allumer un feu dans son esprit et il oscillait toujours entre l'envie de l'enfoncer en se servant des langues qu'ils devinaient bien acérées de Liz et Octave. Cependant, un soupçon d'orgueil l'empêchait d'envisager cette solution comme la meilleure. Donia, il voulait en faire son affaire. Personnellement. Pas aux dépits d'autres personnes. Il ne voulait pas régler ses comptes dans ce salon en plein milieu d'invités, en plein milieu d'une sordide comédie. Sa rancune envers elle méritait beaucoup plus qu'une conversation à demi mot, et il ne pouvait pas non plus faire une esclandre. Les mains presque tremblantes de colère, il se saisit des verrines que Donia avait passé l'après midi à faire - poireaux et parmesan, betterave et fromage frais -  et les disposa d'un geste rageur. A ses côtés, Lukas rechargeait un autre plateau de petits rouleaux de viandes frits accompagnés de diverses sauces. Il lui jeta un regard en biais, soupirant déjà par avance de la descision qu'il était en train de prendre. Aider Donia ce soir pour avoir le plaisir ensuite de pouvoir la savoir être redevable envers lui. Ca dépassait l'envie de juste vouloir rejoindre Octave. C'était au delà de ça. Il voulait lui faire mal. Lui montrer qu'il pouvait être capable, lui aussi, de jouer un jeu. Lui faire miroiter ce qu'elle aurait pu avoir si elle avait été capable d'être une aussi bonne mère en privée qu'elle s'efforçait de l'être en public. Jamais Lukas ou Ed n'auraient compris aussi bien que lui ce qu'elle attendait de cette soirée, jamais aucun de ces deux imbéciles n'auraient été capable de saisir les piques de Mrs Taylor ni d'essayer de les contrer avec habilité. Mais lui, si. Donia lui avait au moins donné ça. Et il comptait bien à ce qu'elle regrette de ne pas pouvoir en bénéficier plus longtemps qu'une soirée. Elle voulait un fils brillant, aimant, redevable, serviable, à son image ? Parfait, elle l'aurait l'instant d'une soirée. Une dernière soirée et ensuite il lui ferait plaisir de redoubler d'effort pour lui montrer à quel point il la haïssait. Il se mordit violemment les lèvres puis stoppa son geste pour ne pas aller jusqu'au sang - allait expliquer ça, ensuite ! - puis il releva la tête vers Lukas.
__ Tu vas bien m'écouter, prévient-il, avant de désigner d'un coup de tête la porte de la cuisine les séparant du salon. Tu sais pourquoi ils sont là ? lui demanda-t-il.
__ Parce que Donia veut que Mrs Taylor parle de papa à son mari répondit le Poufsouffle. Bien. Au moins avait-il au moins compris ça. Elle a l'air gentille, d'ailleurs. Par contre le bibliothécaire je ne suis pas vraiment rassuré qu'il...
__ Tais toi, écoute juste. Holbrey et cette femme n'en ont rien à faire d'Ed et ne sont absolument pas dupes du fait que Donia veuille se servir d'eux pour obtenir une promotion. Tu as entendu leurs allusions concernant ma possible ressemblance avec deux hommes ? demanda-t-il. Il hocha la tête. Ils veulent juste se moquer de Donia qui m'a eut adolescente d'un inconnu, de ton père qui a besoin de l'aide de sa femme pour avoir une promotion et de notre famille qui sort complètement des clous. Ta mère est moldue, ton père divorcé, moi je suis un enfant illégitime... tu réalises la farce que c'est pour eux ? On est en train de les divertir.
__ Je n'avais pas...continua-t-il mais Léon posait déjà une main sur sa bouche.
__ Ecoute moi, parce qu'on ne va pas mettre non plus quarante minutes à préparer la suite de l'apéritif, le coupa-t-il. Donia va vouloir leur vendre la famille parfaite et on va faire la même chose. Te méprend pas, je vous déteste toujours tous autant que vous êtes, mais je n'ai pas franchement envie de leur donner la satisfaction de nous tourner en ridicule. Alors quoi qu'on fasse, soit d'accord. Ne soit pas surpris.
__ Et je vous aide comment ? demanda-t-il. Léon reconnaissait bien le stupide Poufsouffle là dedans. Il lui disait le détester, et il voulait aider. Toujours prêt à se sacrifier pour la famille. Que c'était prévisible. Mais ça ne lui faisait ni chaud, ni froid.
__ Tu suis le mouvement, ordonna-t-il avant de se saisir du plateau et de lui mettre entre les mains. T'as toujours rêvé que je sois ton frère alors va y, donne t'en à coeur joie. Convint-les.

Il attrapa l'autre plateau puis ouvrit la porte, rejoignant le salon. Ils reprirent leur place, déposant le reste de l'apéritif sous les compliments des hôtes. Le préfet des verts et argents se tourna vers Mrs Taylor, alors qu'il lui tendait une verrine en l'enjoignant à goûter.

__ En faite, vous êtes très mal renseignée sur notre famille, lui souffla-t-il en plongeant ses yeux gris dans les siens, soutenant le bleu sans sourciller, lui souriant de manière polie. Il était prêt à parier que c'était, justement, le genre de personne à être très bien rencardée. Mais il comptait bien lui dresser le tableau de la famille modèle, puisqu'il serait beaucoup plus crédible que Donia dans ce rôle là. Elle avait toute les raisons de se méfier de celle dont elle avait probablement deviné l'intention de se faire bien voir, tellement Donia lui passait et repassait de la crème depuis le début de la soirée. Mais pourquoi ne croirait-elle pas son aimable fils ? Tout à l'heure, vous parliez de la ressemblance entre ma mère et moi et la compariez à celle entre elle et Lukas. Mais il n'est pas mon frère, alors c'est bien normal qu'il ne ressemble pas à maman. Cela dit, elle ne fait tellement pas de différence dans son affection entre lui et moi, que c'est normal que vous n'ayez pas remarqué, l'excusa-t-il. Nouveau sourire. Il était certain que cette femme n'aimait pas ne pas remarquer un détail. Peut-être d'ailleurs était elle au courant et que cette maladresse n'avait été qu'une façon de souligner il ne savait quoi dont elle avait l'intention de mettre Donia mal à l'aise. Mais là, que comptait-elle avoir à objecter ? Que pouvait-elle retrouver à dire à une mère si aimante qu'elle acceptait le fils de son mari comme le sien ? Et puisque cela n'était pas le sujet qui l'intéressait, autant revenir vers ce dont elle était friande. Un peu comme Ed, au final d'ailleurs. Il est comme un père, pour moi, reprit-il en insistant légèrement sur le mot. Si c'était le sujet qui l'intéressait, elle n'avait qu'à le questionner à lui. Et en ça et le fait qu'il nous accepte, maman et moi, sans un regard pour notre passé un peu hors norme, c'est plutôt lui, L'homme de la famille. Sa discrétion quant à notre passé est une délicatesse dont peu de personnes sont capables précisa-t-il, sachant très bien qu'il était très clair que c'était un potentiel reproche quand à ses potentielles et futures indiscrétions. Etes vous en dessous de ce bon Ed que vous critiquez, si vous vous rabaissez à nous tenir rigueur du fait que l'on ne ressemble pas la parfaite famille modèle londonienne ? C'est dommage qu'il ne soit pas là, ce soir, vous auriez eu plaisir à le rencontrer, j'en suis certaine, supposa-t-il.

Il tourna la tête vers sa mère, la couvant d'un long regard bienveillant. Il ne l'avait jamais regardé comme ça, et il sut qu'elle avait compris à quel point tout ceci, cela n'était que du vent. Il lui rendait un service et saurait en demander bien plus que ce qu'elle lui avait promis un peu plus tôt. Aucune de ses paroles n'étaient vraies et elle le savait, il en était intimement convaincu. Il en avait le ventre retourné et presque la nausée de déblatérer autant de niaiseries à la minutes, seulement il était aussi tout à fait certain du réel intérêt que toute cette soirée pouvait avoir. Ce soir, il était de son côté et allait essayer de l'aider à obtenir ce qu'elle désirait ou au moins, la satisfaction de ne pas se faire humilier comme cela avait été le cas pendant les nombreuses années précédentes. Cela n'était aucunement une façon de payer sa dette - parce qu'il n'estimait en avoir aucune pour elle - mais plutôt un moyen d'inverser la vapeur. Il voulait qu'elle comprenne ce que tout ça aurait pu être. Il voulait qu'une fois les invités partis, elle ressente ce manque là au moins autant que lui l'avait ressenti durant toutes ces années. Que quand elle pose ses yeux sur lui, ce soir, elle se dise qu'elle aurait bien aimé que tout cela soit vrai. Et que demain matin, il ne lui reste que le fantôme de ce que leur relation aurait pu être. Elle détourna les yeux avant lui, et Léon su qu'elle savait. Force était d'ailleurs de constater qu'ils se comprenaient, au final, extrêmement bien. D'ailleurs, Donia rebondissait déjà sur le sujet qui l'intéressait. Léon lui avait ouvert la piste d'introduire Ed et elle comptait bien s'en servir pour décoller.

__ Oh oui Liz, j'aurais été tout bonnement ravie de vous présenter Ed. Il faudra que vous reveniez manger ici, Monsieur Taylor et vous, afin que vous puissiez le rencontrer. Mais j'étais tellement impatiente de vous avoir ce soir que je vous ai invité sans savoir que pendant que nous convenions de ce dîner, mon mari s'engageait ailleurs, s'excusa Donia, portant à ses lèvres son verre et avalant quelques gorgées avant de poursuivre. Ca, c'était son scénario et elle était tout à fait à l'aise avec. Quoique Léon ne la trouvait pas tout à fait convaincante. Il manquait un peu de simplicité, dans tout ça. Mais Ed ne s'arrête jamais. Toujours du temps à consacrer à tout le monde ! Je le laisse cinq minutes pour faire des emplettes, et il accepte un dîner chez sa fille aînée. Mia, ma belle-fille, s'est mariée il y a peu et voulait absolument inviter son père dans leur nouvel appartement. Nous étions bien embêtés tout à l'heure, avec nos deux invitations respectives, rigola-t-elle en regard tour à tour Liz et Octave. Et puis, nous avons décidé d'honorer les deux, chacun séparément. C'est important, dans un couple, de pouvoir faire aussi des choses chacun de notre côté. Cela dit je dois vous dire, ma chère Liz, qu'Ed ne m'aurait jamais laissé aller à un dîner avec un autre homme, surtout aussi charmant que votre ami ! la taquina-t-elle en lorgnant quelques instants sur leur proximité. Léon suivit le regard de sa mère des yeux, un petit sourire s'étalant sur ses lèvres. Effectivement, Octave était plutôt charmant.
__ Sous entends-tu qu'Ed serait jaloux ? plaisanta Léon, se redressant pour mieux voir Octave, dont il chercha le regard. Cela dit, c'est bien une attitude masculine, ça. La jalousie. soupira-t-il théâtralement en plongeant ses yeux métalliques dans ceux d'Octave, comme s'il lui disait ça à lui particulièrement puisqu'il était le seul autre homme de la pièce - Lukas étant tout bonnement trop enfantin pour avoir se genre de préoccupation. Ou la possessivité. Cela dit, il espérait qu'Octave comprendrait le second sens de sa phrase. Il en profita pour lever son verre à hauteur de ses yeux. Enfin, laissons la potentiel jalousie de votre mari ou d'Ed de côté, et trinquons à cette agréable soirée, et à la cuisine fabuleuse de maman, rajouta-t-il en faisant teinté son verre contre celui de Liz et en lui offrant son sourire le plus charmant, avant de tendre son verre vers celui d'Octave, qu'il savait tout bonnement imbuvable. Et aux vacances en dehors de Poudlard, aussi , dit-il en se penchant au dessus de Liz pour trinquer avec Octave, dont il soutînt le regard durant le temps que leurs verres entraient en contact. Aux vacances avec toi, aurait-il voulu pouvoir dire. Plusieurs tintement résonnèrent à mesure que les invités frottaient leur verres les uns contre les autres, puis Léon se tourna de nouveau vers sa voisine, dont il était curieux uniquement pour s'assurer qu'elle se tienne le plus éloignée possible des sujets de conversations fâcheux qu'il préférait la voir éviter. Et donc, vous connaissez Maman depuis longtemps ? De la faculté de droit de Randall, d'où maman est diplômée peut-être ? demanda-t-il. Il savait pertinemment que c'était faux, puisque Donia leur aura dit lors de ses nombreux monologues sur Mrs Taylor que sa seule avancée sociale avait été son mariage. Donia avait beau avoir été enceinte bien trop tôt, elle avait pour elle une carrière brillante donc Léon était bien décidé à lui faire la publicité. Ce soir, il défendrait Donia. Pour mieux la détruire demain.Dans quel domaine exerçait-vous ? questionna-t-il avec la politesse d'usage d'un hôte pour une invitée dont il ne connaissait rien.




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MessageSujet: Re: [23 décembre 97] Défaite de famille Mar 6 Nov 2018 - 2:25

Il avait bien fait de n’y tremper que ses lèvres. Quoi que l’optimisme fût discutable car il n’avait pas suffisamment goûté pour comprendre à quel point le contenu de son verre, pourtant joyeusement pétillant, était abjecte, mais assez pour se rendre compte qu’il y avait une inadéquation très claire entre ce qu’il avait demandé et ce qu’il avait reçu. Il fut donc contraint de reprendre une seconde gorgée plus conséquente pour s’en assurer, et manqua de grimacer en déglutissant tant bien que mal ce cocktail maléfique, qui lui rappelait vaguement le dernier verre de la soirée dans lequel on mélangeait tous les fonds de bouteille avant de le faire boire au volontaire désireux de finir dans un coma éthylique. Déjà, avant même de supposer que le mélange était malheureux, il fallût conclure qu’il n’y avait pas de Gin. Du tout. Léon aurait pu se tromper dans le dosage que ça n’aurait pas eu un effet aussi improbable. Et de toute façon Léon ne pouvait tout bonnement pas se tromper dans les dosages parce qu’il avait littéralement été barman pendant toutes les vacances, si Octave s’en souvenait bien, et qu’il aurait été un comble pour un barman que de ne pas savoir faire un Gin Tonic correcte. Non, la malveillante intention se révéla lorsqu’il reconnut sur sa langue, noyé entre toutes ces bulles et l’acidité exécrable du citron, le goût trop sucré et aromatisé de la mélasse de rhum. Il avait lentement relevé un regard soigneusement inexpressif vers Léon, pour s’assurer de la tromperie, mais n’eut même pas besoin de le confronter tant l’étudiant se répandait déjà en palabres mielleux ; il ne lui manquait plus qu’une raie peignée au bois dans ses cheveux pour avoir complètement l’air du garçon sage et poli qu’il se donnait. Misérable farfadet, petit cornu aux sabots fendus et aux jambes poilues ! Manière comme une autre, me dire-vous, de peser sur son vis-à-vis et de lui imposer sa force, de s’introduire dans son intimité brûlante et palpit… euh, son espace vital, disons. A ce rythme, il n’allait rien manger de la soirée par peur que Léon n’y ait mélangé quelque chose pour se venger d’une autre parole ou geste malencontreux. Et ce juste après qu’il lui ait posé la main dans le dos ! Quel ingrat. Mais ce n’était pas une nouveauté ça, qu’il était un morveux sans cœur, et une petite fumée noire condensée à l’intérieur de son crâne en guise d’âme. Il lui aurait craché sa mélasse à la tronche, lorsque Léon s’était mis à corriger avec un malin plaisir les inexactitudes dites à son sujet. Un peu de citron qu’il disait ? Il allait en avoir dans les yeux. Ca aussi, ça allait lui plaire. Vraiment. Beaucoup. Octave dut déglutir plusieurs fois avant de faire partir l’impression de s’être rincé la bouche avec de l’eau de Cologne, puis posa sagement le verre sur la table comme s’il s’était agi d’un élément hautement radioactif. Très ingénieux de mêler l’agréable au désagréable comme ça, mais il s’enfonçait un peu le doigt dans l’œil jusqu’au coude s’il pensait que le bibliothécaire était friand de ce genre de souffrances. Par reflexe, Octave serra un peu sa cravate, protégeant soigneusement les deux olives noires qui faisaient ressembler sa gorge à un verre de martini. Etonnamment, les marques avaient brûlé d’un rouge intense pendant quelques jours avant de muer vers un violacé soutenu, jusqu’à se dégrader d’un noir assez laid, suivant un entrelac de veines coagulées. Il était pourtant sûr de l’avoir vu prendre une bouteille de Gin avant de partir ; qu’en avait-il donc fait ? Dans son imaginaire éloigné et chaotique, Octave pressait de la peau de citron en direction du visage désarmé de l’étudiant avec un rire à s’en fracturer les cordes vocales. Toutefois une escalade vindicative n’allait pas améliorer leur affaire et Léon n’était certainement pas prêt à jouer un double jeu de dessous de table, en mêlant désinvolture et sérieux. La vengeance allait donc être pour plus tard. Pour le lendemain, par exemple.

De toute façon, le comportement de Liz à elle seule allait très vite le désenchanter dans ses tentatives d’espièglerie. Donia, probablement, ne tarderait pas à suivre sur le chemin où aucun jeu ne serait capable de rivaliser avec les mensonges se mêlant entre leurs mains. La soirée sonnait à peine son ouverture que déjà, Léon serrait les dents en se confrontant à des frustrations auxquelles il n’avait pas l’habitude. Octave s’en fit la supposition lorsque mère et fils se mirent à roucouler, l’espace public contribuant comme à l’ordinaire à rouvrir ce qu’il appelait par gallicisme des portes condamnées et, tout en se dérobant dans une succession de regards manqués, tous deux se mirent à explorer ce que Octave savait être un mensonge d’apparat. Après les avoir considérés un instant flatter puis rougir, il baissa ses propres yeux sur ses genoux, sur une petite plume qui s’était posée, puis probablement coincée dans la laine brossée de son pantalon. Combien cela avait dû lui coûter pour ne serait-ce que répondre cet « Arrête maman, tu vas me faire rougir » ? Il découvrait en tout cas un Léon menteur bien plus enthousiaste et appliqué qu’il ne l’aurait cru. Il releva brièvement les yeux pour constater l’expression du jeune visage, véritablement ému, mais probablement pas vraiment flatté. Il baissa à nouveau les yeux. Octave connaissait très bien ce langage, puis ce ton de politesse qui n’avait rien de naturel et qui, même si possiblement vrai, perdait de son charme à cause de sa théâtralité. Lui aussi avait été jadis assis comme Léon, entouré de gens qu’il ne connaissait pas et, encore plus primordial comme condition, qui ne le connaissait pas lui – à priori, aujourd’hui étant une grossière erreur de calcul de la part de Madame Mills. Sinon, il aurait été impossible à sa mère de l’introduire en racontant des cracks à leur sujet. Elle fixait les règles et Octave devait les suivre sans pinailler, comprenant souvent ce qu’elle voulait sans nécessiter de plus amples explications, tant il était accoutumé à comprendre le langage ailé de la suggestion. Par naïveté, il avait longuement cherché à prendre part aux soirées mondaines de sa mère, volontairement, promettant d’être sage et obéissant, simplement pour l’entendre dire à quel point elle aimait son fils. Il en avait eu la tête qui tournait, la joie lui faisant grincer des dents. Ses tendances maniaco-dépressives adolescentes avait pris naissance dans ces moments-là, lorsqu’il explosait d’enthousiasme pour retomber dans l’ignorance et la négligence le soir-même. Ces extrémités avaient suffi à lui imposer des exigences plus élevées. Sa tolérance à l’alcool s’en était trouvée accrue, de même qu’un nouveau réseau neuronal s’était probablement développé en prévision d’un futur appétit pour le crack et les analgésiques. Le plaisir sincère s’était très lentement dépouillé pour s’ancrer dans un profond sarcasme désinvolte lorsqu’il avait fini par comprendre que les mots que sa mère disait ne lui étaient pas destinés personnellement, mais à leurs spectateurs attentifs. Elle ne parlait peut-être même pas de lui, d’ailleurs, mais d’une coquille qu’elle tentait de coloniser à partir de la réalité qu’elle connaissait et de son degré de travestissement. Même dans le monde de la bourgeoisie, les gens aimaient les histoires difficiles où l’amour et la délicatesse triomphaient. Octave avait cependant accepté qu’il n’était pas le fils que sa mère s’époumonait à décrire avec un naturel désarmant. Ou bien l’était-il, mais elle ne l’eut alors jamais remarqué, ou lui en demandait toujours plus, dénaturant sa déception en contentement pour les yeux des foules. A partir de là, Octave s’était retrouvé quasiment incapable d’avoir une expression naturelle. Ses mimiques et réactions semblèrent avoir été étudiées, apprises, ce qui était également le cas. Naturellement, une dissociation s’était faite entre sa mère, lui et les autres, puis entre sa mère et lui. Il ne l’avait plus cru, ne lui avait plus fait confiance, mais ils s’étaient retrouvés à deux à entretenir une légende, dans laquelle il avait fallu accepter d’être le réceptacle de paroles dédiées à quelqu’un qui n’existait pas, ou à quelqu’un qui du moins, n’était pas lui et n’était jamais destiné à le devenir. D’ailleurs, Léon s’était levé et Octave le suivit des yeux, entrainant son frère pour du complotage en cuisine ou pour l’évincer d’une attention qui ne manquerait pas, à défaut de la présence du grand, à se détourner vers celle du petit, à n’en point douter. Ainsi s’était-il senti indisposé à se faire retrancher de son propre corps par les propos de sa mère, à tel point qu’il lui fallut quitter la pièce pour espérer redevenir soi-même à nouveau.  

« Peut-être aurez-vous la joie de connaître ça, Liz, un jour. Et vous, monsieur Holbrey, y'a-t-il une Madame Holbrey, ou bien des enfants ? »
Octave se retourna vers Donia et la regarda avec une expression étrange, indéchiffrable. Un peu trop longtemps, car du coin de l’œil, il vit Liz perdre son sourire de connivence ; sourire qu’il s’empressa de reprendre en plissant délicatement ses yeux de velours, observant Madame Mills avec un fixisme insistant.
« Non, absolument personne. »
Articula-t-il lentement sans lui laisser le moindre répit. Avant qu’elle n’ait pu rougir néanmoins, de trouble ou de timidité, Octave se montra magnanime et se releva d’un geste souple en emportant avec soi le verre empoisonné jusqu’au bar :
« Vous permettrez que je m’en resserve un verre ? Je crois que votre fils a confondu Gin et Rhum. »
Donia allait certainement s’en sentir contrariée, parce que c’était son but ultime que d’être parfaite, s’interdisant le moindre défaut, même le plus insignifiant, qui sortirait des gonds de son contrôle. Un travers fortuit s’excusait, comme un couteau tombé de table, mais elle avait demandé à Léon de servir un verre et le pauvre farfadet avait failli. Cela, il l’avait presque fait exprès, pour l’agacer, sans penser à Léon ou à l’apéritif imbuvable qui lui avait été servi : Donia, en ombre éloignée et beaucoup moins fatale, lui rappelait ce soir sa mère. Mère qu’il avait toujours su décevoir, dont il s’était presque fait une occupation à temps plein, sans l’humilier publiquement, mais simplement en heurtant spécifiquement ce qu’il savait être douloureux uniquement pour elle. Les petits détails, les diverses inexactitudes, dont tout le monde se foutait sauf elle. Dans son dos, il l’entendit hoqueter -Donia, ou bien sa mère ? -, puis probablement préparer des excuses, mais se raviser, Octave étant déjà bien occupé à se resservir un verre sans demander aucune autorisation. L’incident fut clos comme il fut ouvert : naturellement.
« Oh c’est bien dommage, un homme aussi charmant que vous et avec une bonne situation. Mais je suppose que Liz a plein d’agréables connaissances à vous présenter. Je ne vois par contre dans mon cercle, personne qui pourrait vous convenir. »
Il sourit à son verre, qu’il accommodait du nombre exact de glaçons que Léon lui avait servi, y jetant une tranche de citron semblable alors que lui-même préférait une longue pelure – que l’étudiant remarque le subterfuge ? Jamais. Comme si le célibat était nécessairement un défaut…
« C’est vous que Liz me présente ce soir en tout cas. »
A son tour de la mettre mal à l’aise. Sorte de vengeance pour Léon. Liz, menteuse ou joueuse, renchérit :
« L’une de mes connaissances les plus agréables ! »

Octave se laissa tomber dans le canapé, dégustant cette fois un verre aux allures familières, semblable à ce qu’il préférait en Léon : non pas qu’il fut acide et insipide, mais voluptueux en bouche, avec juste ce qu’il fallait de pétulance pour faire apprécier ses brûlures passagères. Donia était maintenant pleinement en droit de se demander si Octave était ce qu’on pouvait appeler un gentleman ; sa vertu se trouvait-elle en danger et pouvait-on librement abuser de celle de l’invité pour assouvir quelques desseins ? Etait-ce par ailleurs normal et acceptable, voir même encouragé ? Ed allait-il se retrouver excommunié du ministère parce que sa douce femme aura refusé les avances et proposition d’un membre suffisamment éminent du pouvoir social ? Cela pouvait très bien d’ailleurs être un jeu, une condition quelconque : ce ne serait pas la première fois qu’Octave verrait une femme tester les ambitions d’une autre en lui suggérant une nuit d’abandon avec un enthousiaste. Ils n’eurent néanmoins pas plus de temps pour échanger davantage qu’une paire de regards : Léon, suivi par son frère, revint de la cuisine avec d’autres gourmandises, ne manquant pas d’en proposer une spécifiquement à Liz, ce qui haussa le sourcil habituellement circonspect du bibliothécaire – il agrémente sa carrière de menteur par celle de dragueur ?

« En fait, vous êtes très mal renseignée sur notre famille… »

Une réunion de connivence, donc. Pire que ça, Léon semblait y avoir trouvé assez de courage pour appuyer les propos de sa mère, se perdant entre quelques inexactitudes trop appuyées, qu’Octave remarqua du seul fait de son entendement, mais dont Liz ne perçut rien et fut passablement subjuguée par l’assurance du jeune homme. Il sourit à la dérobée ; elle n’allait pas être très contente de se faire recadrer de la sorte, alors qu’une flatterie destinée à une autre était en train de se faire bâtir sur les piliers de son défaut. Elle pouvait être de suffisamment mauvaise foi pour se défendre que Donia ne gagnait rien, dans le monde présent, à aimer un enfant qui n’était pas le sien et qui de surcroit avait une mère ouvertement moldue. Mais curieusement, ou humblement, elle ne le fit pas et haussa simplement les sourcils en guise de réponse : ce soir elle se contentait de célébrer automatiquement le rite qui consistait à percevoir l’endurance, et non pas la perfection de cette Donia -quoi que l’un eut, pour certains, défini l’autre. D’un regard en tapinois, Octave couva l’étudiant surjouer ses amours et complicités, voyant déjà l’erreur qu’il faisait : à trop mentir, il risquait de complètement se perdre. Heureusement, ces exercices-là ne semblaient pas lui être imposés de façon régulière. Pour sa part, Octave avait appris qu’à mentir sur un sentiment menait souvent à devoir, plus tard, le mimer. Or si évoquer quelque chose d’inexistant était plutôt simple, lui donner corps alors qu’on n’en croyait rien devenait tout de suite beaucoup plus compliqué, dévoilant souvent le mensonge par l’inadéquation entre les paroles et les actes. Prions pour qu’Ed n’ait pas l’idée de se pointer trop tôt et que Léon ait à inventer respect et amour pour tous les membres de sa famille. Quoi que Ed allait probablement lui faire de gros yeux en le priant de cesser cette mascarade. Dès lors, Octave n’eut d’yeux que pour Donia, qui accueillait les paroles de son fils comme un très joli bloc de granite. Rien ne bougea en elle pendant l’écoute – d’étonnement ou par incapacité à encaisser tout ce qu’elle avait espéré, mais jamais entendu dans la bouche de son acteur de fils. Mentir aux autres était aisé, mais faire participer des complices à ce mensonge pouvait parfois vous renvoyer l’étendue de votre propre médiocrité. Cela n’avait, hélas, jamais marché avec Vivienne : elle n’avait jamais eu aucun scrupule, pour rien ni personne. Octave faillit applaudir par ailleurs, c’était vraiment bien tourné, toute cette emphase délicate autour des qualités sensibles auxquelles on n’aurait pas nécessairement songé, et que l’on aurait encore moins su souligner de façon élégante. Autant l’ingéniosité lui donnait envie de sourire, autant il n’éprouva qu’une paisible amertume à entendre Léon mentir sur ce qui n’existait pas, puis s’inventer de la tendresse pour quelque chose qui était effectivement là, mais dont il était incapable de se satisfaire. Liz en revanche était clouée, il la sentait immobile à ses côtés, en train d’apprécier à contre cœur non pas la beauté de cette famille unie, mais bien leur commune capacité à retourner quasiment n’importe quoi en leur avantage.

« C'est dommage qu'il ne soit pas là, ce soir, vous auriez eu plaisir à le rencontrer, j'en suis certain.
- Il me plait déjà, ne vous inquiétez pas. On ne peut qu’aimer un homme qui nous est recommandé de la sorte. »

Répondit-elle avec bienveillance, sans l’once du moindre sarcasme dans la voix. Elle abdiquait que parce qu’elle savait pouvoir progresser et appuyer ailleurs, tester leur endurance et résistance plus tard. S’acharner ne servait à rien et Ed semblait effectivement être un homme d’une plutôt bonne nature, qui n’avait rien à faire dans ce nid de vipères. Le silence d’Octave lui permit de poursuivre son observation minutieuse, trempant négligemment le bout de son doigt dans le verre qu’il tenait à la main, comme les aveugles désireux de connaître le niveau du liquide à remplir. Parce qu’il connaissait les jupons de la vérité, la scène lui sembla être assez monstrueuse pour tous les efforts qu’il devinait se tourmenter dans l’ombre des grandes déclarations. L’inconfort avait depuis longtemps déserté sa compréhension quant aux situations semblables, mais il entendait néanmoins parfaitement à quel point, une fois les invités partis, la maison allait paraître vide de tout, comme si les convives avaient emporté avec eux tous les bons sentiments évoqués pendant la soirée. Ce qui était vrai quelque part, tant la majorité de ce qui fut dit ne l’avait été que pour impressionner et combler les attentes d’autrui. Donia, un peu trop dans la démonstration d’ailleurs, entacha quelque peu l’habilité de son fils par des boursoufflures inutiles, ce qui ramena le sourire de Liz à la tension moindre qui convenait mieux à la politesse qu’à l’enjouement exprimé plus tôt. A force d’être soulignée, l’absence de ce mari intrigua Octave, au point il se demandât s’il ne s’agissait pas en fait d’une quelconque dispute que Donia tentait de camoufler derrière un monticule de bonnes intentions. Pourquoi cet homme n’était-il pas là si sa présence était si désirée ? Au vu de son engagement et de sa forte volonté, Donia n’aurait su laisser échapper un mari absolument nécessaire au bon déroulement de son dessein. Il fallait donc conclure que la présence de Monsieur Mills n’était en fait pas du tout requise et que son fantôme invoqué suffisait amplement. Si la description de Léon était vraie, Ed Mills n’avait effectivement aucun avantage à tirer d’un dîner pareil. Ce qui était encore une grossière erreur. Un jour, demain, ou la semaine prochaine, ou l’année d’après, Ed Mills allait fatalement se présenter dans toute sa splendeur équivoque devant les yeux d’Elizabeth, et alors toute cette soirée n’aurait plus aucun sens. Ed, probablement inconscient ou incapable de pareilles manipulations, détruirait l’une après l’autre les illusions érigées de sa délicieuse femme. Toujours mentir avec quelqu’un et jamais aux dépens de : Vivienne lui avait au moins appris ça.

« Cela dit je dois vous dire, ma chère Liz, qu'Ed ne m'aurait jamais laissé aller à un dîner avec un autre homme, surtout aussi charmant que votre ami !
- Oh vous savez Donia, j’ai de la chance, Dan et moi, on se fait absolument confiance. »
Ayant perdu le fil de la discussion, Octave releva lentement la tête, qu’il avait rêveusement penchée sur ses genoux, et jaugea les dames, puis le sourire mesquin du jeune homme. Dan Taylor était trop occupé pour être jaloux, déjà, puis Liz avait trop la trouille de perdre sa position pour songer à aller voir ailleurs.
« Sous entends-tu qu'Ed serait jaloux ? Cela dit, c'est bien une attitude masculine, ça. La jalousie. Ou la possessivité. »
Léon chercha son regard et il le trouva : empli d’une impertinence étudiée. Ce n’était certainement pas lui qui allait être jaloux des talents de Léon en drague, ça c’était certain. Pour la peine, Octave était même prêt à venir essuyer une trace invisible sur la joue de Liz, ou à ramener une boucle récalcitrante derrière sa rose oreille. Mais en vérité, son corps le faisait souffrir et seule une étreinte aurait su le soulager. Alors il abandonna la provocation, se laissant aller à la louange que recelait le sous-entendu, songeant à la proche caresse qui allait bientôt le délivrer et qui était si bien promise. Les verres s’entrechoquèrent, mais Octave ne but pas et soudain inspiré par le regard que Léon lui porta, il laissa tomber, un peu par hasard et sans penser à rien :
« Ce n’est pas grave, la jalousie et la possessivité sont souvent l’adage des gens qui s’aiment. »
Liz rougit et le regarda avec une reconnaissance particulière, indéchiffrable. Elle aimait son mari ; elle l’avait longuement désiré pour ce qu’il avait représenté, mais elle avait fini par l’aimer tel qu’il était et en réalité, malgré ce qu’elle avait pu dire, elle craignait toujours qu’il en trouve une autre, crainte qui l’obligeait à être d’autant plus sage et accommodante. Elle l’aimait, le jalousait horriblement et aimait lorsque l’on soulignait non pas sa bonne position, mais ses sentiments sincères.
« Et donc, vous connaissez Maman depuis longtemps ? De la faculté de droit de Randall, d'où maman est diplômée peut-être ? Dans quel domaine exercez-vous ? »

Le regard d’Octave se dédia entièrement à Liz cette fois-ci, qu’il savait parée pour ce genre de questions désavantageuses, mais toujours très contrariée lorsqu’on les lui posait, au point d’éprouver une légère honte. En cela, il avait de la pitié pour elle, comme pour toutes les personnes qui s’efforçaient de cacher une provenance ou un parcours atypique derrière une kyrielle de savantes dissimulations, parvenant à éluder sans en faire un mensonge qu’on pourrait leur reprocher. Liz savait qu’il n’y avait rien de pire que le mensonge, car il finissait toujours par être confronté à la réalité, alors elle parabolait au moyen d’exagérations et d’emphases stratégiques. C’était des instants qui le rendaient vaguement triste, car il connaissait la honte qui se recroquevillait derrière la beauté lyrique et blonde de la très déterminée Elizabeth Woodall. Il éprouvait de la tristesse parce qu’il savait à quel point elle avait souffert, et à quel point elle avait sacrifié certaines de ses valeurs au nom de son ambition de vivre mieux, et que l’on pouvait quand même la ramener à tout instant plus bas que terre pour des défauts sur lesquels elle n’avait strictement aucun pouvoir. Si elle avait pu remonter le passé et réintégrer l’utérus de sa mère pour naître d’une autre femme, elle l’aurait fait. Elle n’avait jamais eu assez d’argent pour aucune formation descente proposée par le ministère et les métiers sélectionnant leurs apprentis sur dossier lui avaient définitivement fermés leurs portes lorsqu’elle avait raté une bonne partie de ses examens finaux en s’absentant ponctuellement de l’école lors de la dernière année. Liz ne lui avait jamais dit pourquoi elle avait raté ses examens, mais il était convaincu que sa volonté n’y avait en rien participé. Dès lors, elle n’avait jamais voulu se contenter de peu, n’avait jamais pu s’y résoudre, et avait préféré ne suivre aucune étude supérieure pour mieux se consacrer à ses autres projets. Sa mère lui avait appris à coudre et c’était ce qu’elle avait fait pour survivre, ne se voyant néanmoins jamais gravir les échelons dans un domaine autre que celui du social. Pourtant, son très joli surfilage et son toucher délicat étaient parvenus à la faire embaucher chez un très bon tailleur de la capitale. Mais ça n’avait jamais été son rêve, aussi ne l’avait-elle pas vraiment considéré comme une qualité quelconque, mais un défaut auquel on se consacrait par dépit d’avoir mieux, ou autre chose. Cependant, elle savait aussi que Donia avait beau avoir fait des études, possédant donc une situation plus avantageuse que la sienne, son incapacité à percer le plafond de verre faisait d’elle une réprouvée qu’aucune bonne note n’avait pu sauver, ni élever suffisamment haut pour pouvoir espérer autre chose que ce qu’elle avait. Liz pinça ses lèvres et soupira doucement, comme possédée par un souvenir agréable mais révolu, mimant parfaitement la nostalgie d’une vie qu’elle ne regrettait néanmoins pas. Mais au fond, Octave savait qu’elle avait honte, même si elle n’avait pas eu le choix ni n’avait pu faire autrement. Elle avait honte alors que ce n’était pas une nécessité, que personne ne l’y forçait, à cette honte, à part elle-même et la perception qu’elle avait de sa propre condition. Elle avait honte parce qu’elle croyait qu’elle devait et que c’était ce que les autres attendaient de sa part, ce qui, encore une fois, le rendait triste.

« On se connait depuis l’école… On ne se fréquentait pas vraiment, j’étais plus âgée que votre mère, mais oui, on se connait depuis longtemps. » Elle eut un regard de tendresse pour Donia, si juste que même Octave ne sut dire s’il était feint ou non. Peut-être qu’avant son mariage, ses seuls bons souvenirs remontaient à Poudlard. Ou peut-être jubilait-elle que cette époque eut rimé avec grossesse pour Donia, quand bien même n’avait-elle pas eu l’occasion de contempler sa chute. Octave n’était jamais sûr quant au degré de sa méchanceté, ou de sa motivation, ni à quel moment la pauvre greluche démunie pouvait se résoudre à prendre en pitié l’adolescente enceinte. Il savait en revanche que le diplôme de Donia, parce qu’il ne lui avait jamais servi dans ses ambitions, n’avait aucune importance aux yeux de Liz, chose qu’elle ne manquerait pas de le souligner en évoquant son métier plus modeste : « J’étais couturière, petite main pour Ozwald Boateng. Je n’ai pas eu la chance de faire d’aussi bonnes études que Donia, mais nos chemins se sont très vite recroisés, le monde sorcier est petit. C’est d’ailleurs en travaillant chez Ozwald que j’ai rencontré Octavius. »

Dit-elle en se tournant langoureusement vers lui. Octavius. Il connaissait cette manière, peu élégante en soi, mais très efficace, qu’avaient certaines personnes de souligner l’une ou l’autre de ses appartenances. Il était Octave lorsqu’il fallait être charmant et convenant, mais espiègle et sarcastique à la fois ; lorsqu’il fallait parler avec un accent et jurer, se tordre de rire et boire une bouteille de vodka à deux ; lorsque lui passer la main dans les cheveux ne voulait rien dire et que la proximité, ni la politesse n’avaient aucune importance devant l’implacable et absolue vérité de l’existence, devant la dureté et l’impartialité de la vie ; lorsque son ouverture d’esprit était un avantage plutôt qu’un manque d’éducation ; lorsqu’il était convenable de lui rappeler que malgré son sang presque bleu, il était loin d’être un noble. Pourtant, de toute l’assemblé ici présente, Octave était doté de la généalogie et de la réputation la moins douteuse, ce qui expliquait pourquoi il était soudainement devenu Octavius. Octave était libre et dépravé, on pouvait lui dire un peu ce qu’on voulait et même le toucher sans équivoque, qu’il ne s’en offusquerait pas. Octave était l’éternel ami, toujours complice. Il n’était pas rare de voir Octave jouer au poker et boire comme un trou, fumer des clopes roulées avec du papier bon marché, être désinvolte et terrible dans ses caprices. Octave n’avait pas de parents, il n’avait que des amis et des connaissances ; un métier assez louche et passablement dangereux. Octavius quant à lui, venait d’une bonne famille, non pas excellente et irréprochable sous tous rapports, mais indubitablement solide. Son grand-père avait su conserver une position enviable, jadis transmise par des parents entreprenants, et même à l’améliorer. Il avait certes épousé une moldue, mais à une époque où cela n’avait pas eu tant d’importance, et de toute façon Octave le soupçonnait de l’avoir fait que pour mieux conduire son sujet de thèse, qui portait à l’époque sur les différences qu’entrainait une pathologie particulière sur un esprit moldu et celui d’un sorcier. Aussi longtemps qu’il s’en souvenait, sa grand-mère avait toujours été folle et il n’éprouverait aucune surprise en découvrant un jour que sa grand-mère n’avait été qu’une patiente légalement gardée à la maison pour une meilleure observation quotidienne. De toute façon, elle était morte maintenant et ça n’avait plus aucune importance.

Sa mère n’avait jamais fait de faux pas et là où la pauvre Donia avait eu trop jeune un enfant avec un sombre inconnu, la célèbre Vivienne avait bien avant elle courtisé les lits les plus convoités – ce qu’elle continuait à faire, par ailleurs. Il pouvait s’assurer au moins de cela : son père était un sang pur. Sinon, sa mère lui aurait enfoncé un clou dans le crâne juste après l’avoir expulsé, pour éviter la honte. Non, il était probablement illégitime ; mais les batards de la noblesse avaient toujours plus de considération qu’un enfant né de personne. Ils étaient les joyeux accidents, les paillettes d’or que l’aristocratie disséminait généreusement dans le monde. Il était le genre d’illégitimité que l’on pouvait apprécier et qui était même quelque part avantageuse : le prestige sans les obligations. Son nom n’était pas connu comme celui des sang-purs, il n’avait donc rien à préserver, rien à conserver, juste à bien se tenir et à briller de sa petite étoile pour être le digne héritier de l’honneur qu’on avait bien voulu lui faire. Un béni des Dieux – pas tout à fait un Dieu, pas tout à fait un homme. Un authentique sang-mêlé. Octavius ne travaillait pas et ne buvait que du Pommery, apparaissait régulièrement à des mondanités pour rappeler son existence, faisait des excentricités en se mêlant à la foule informe, sans que cela ne lui eut porté préjudice car même la noblesse avait besoin d’enfants terribles, et de toute façon il n’était pas noble, juste le rejeton supposé d’un sang-pur et de la courtisane qu’était Vivienne et il était donc logique que leur enfant profite des bienfaits de l’un comme de l’autre. C’était un compromis très confortable qu’on lui enviait presque. Une liberté et une commodité que les personnages comme les Malfoy lui jalousaient tout en le méprisant vaguement. Même Andreas Rowle avait su reconnaitre en lui en ennemi considérable, tout en parvenant à le rabaisser sur sa descendance. Octavius avait été pour Liz la preuve bien avant son mariage qu’un privilégié l’avait acceptée. Elle avait valu la peine qu’on s’intéresse à elle et on l’avait même laissé emprunter la passerelle magique qu’était une bonne recommandation. Octavius, comme tant d’autres, était la preuve supplémentaire que sa place était la bonne, et qu’elle ne dépendait pas que de son mari ou de sa belle-famille, mais bien de ses qualités personnelles qui avaient su éclipser son passé ambigu. Octavius, donc, lui sourit du bout des lèvres en retour, considérant ce prénom très officiel au même titre que Donia exposant en vitrine ses deux fils. Il s’étonna presque de ne pas la voir souligner une fois de plus l’entièreté de ses qualités : Octavius Holbrey. Pourtant, comme de très nombreuses personnes congédiées du secret, Donia n’aurait aucune connaissance du lien, ni de l’importance du prénom. Octavius Holbrey n’existait dans le cœur de sa propre mère qu’en de très rares occasions et par aisance, Vivienne avait préféré occulter son existence durant de nombreuses années, ne l’évoquant que lorsqu’elle estimait pouvoir tourner sa présence en un avantage. En le regardant, Liz perdit en consistance et s’avachit légèrement contre le canapé. Octave se demanda si elle n’était pas finalement possédée par une authentique nostalgie, tendre souvenir de ce qu’elle avait jadis été. Elle regarda Donia, encore :

« Je crois que Poudlard me manque. Non ? C’était une véritablement belle époque… dans mes souvenirs en tout cas. »
Les deux femmes se sourirent doucement, puis Donia sembla se rappeler de quelque chose et précautionneusement, se tourna vers Octavius.
- Mais j’y pense, sans prétention de ma part Monsieur Holbrey, mais je n’ai jamais entendu votre nom lorsque j’étais à Poudlard. Etes-vous donc si jeune que ça ? »
Octave accepta la louange, sachant que Donia posait la question en s’étant assurée qu’ils partageaient un âge semblable, puis répondit, mystérieux :
« C’est normal, je n’y suis jamais allé. »
Liz cependant, plutôt que de garder le mystère entier et galvaniser la foule, se précipita pour en souligner l’avantage :
« Octavius a été élevé à l’ancienne et a bénéficié d’une scolarité à la maison.
- Ma vénérable mère trouvait que l’éducation à Poudlard était trop lente et la population trop… mêlée. »

Dit-il d’une voix atone, comme il se le devait à un enfant terrible, qui n’appréciait pas nécessairement les avantages qu’on lui avait généreusement offert, mais qui en comprenait néanmoins le bénéfice. Il avait par ailleurs profité de l’occasion pour résoudre les doutes qu’il pouvait y avoir quant à l’entendement qu’il fallait avoir concernant le nouveau régime. Il était, après tout, plus simple de savoir quand mentir plutôt que de marcher sur des œufs à longueur de temps. Pas de fanatisme, ils étaient après tout des sang-mêlé ici, mais une bien-pensance rudimentaire se devait d’être respectée : nier l’importance du sang était comme nier le combat que menaient les deux femmes dans un monde où la hiérarchie se construisait sur les derniers échelons surtout en fonction de la pureté du sang. Octavius n’était pas aussi cruel, ni fou, pour réduire tous leurs sacrifices à une notion superflue et vaine. Personne ici n’aurait l’idée de rire si les barrières se faisaient soudain renverser pour les mettre à égalité. Et puis, ça n’aurait de toute façon pas été vrai. Alors docilement, il donnait le ton de l’élitisme acceptable, qu’il se fut agi du sang ou du rang social, vu que de toute façon il pouvait prétendre à l’un comme à l’autre que de moitié. Son seul avantage indubitable était d’être né avec les attributs nécessaires, et non pas d’y avoir prétendu par tous les moyens comme Liz avait pu le faire ou comme Donia tentait de le faire.

« Mais je comprends votre engouement, Poudlard est une belle école.
- Mais dans ton cas tu nous es absolument inutile ! Tu y es arrivé bien trop tard pour pouvoir nous dire si aujourd’hui, c’est aussi bien qu’avant ! Je concède que mes connaissances sont limitées, mais j’ai entendu dire que le ministère avait amélioré nombre de choses à Poudlard. Les articles dans la Gazette ce concernant sont très élogieux. La jeunesse saura nous en dire plus que toi à ce sujet, je pense… » Liz regarda Léon un instant, comme si elle attendait une réponse de sa part, mais se retourna soudain vivement vers Lukas, le plus silencieux et donc le maillon le plus faible de la famille ici présente. Mais avant qu’elle n’ait le temps de concrètement solliciter l’adolescent et sentant que le sujet risquait de lui échapper, Octave coupa son élan et se tournant vers Donia, réclama son attention :
« A ce sujet, vous pouvez être fière de votre fils. Il a acquis une position dont peu d’élèves osent rêver à Poudlard. Récompense, à n’en pas douter, obtenue pour un dur et soutenu labeur. Je pense qu'il remplit son rôle avec un beau courage. »
Son regard ricocha sur Léon, qu’il couva d’une mince et involontaire, mais pourtant bien visible fierté. Elle n’avait rien de tendre cependant, et portait plus en elle la satisfaction du pédagogue tant Octave n’oubliait pas son rôle, mais à la différence de Donia, il y avait derrière cette estime étalée au grand jour une sincérité qui trouvait son assurance uniquement dans la vérité.

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