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[20 décembre 1997] - La texture du temps.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 720

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [20 décembre 1997] - La texture du temps. Lun 2 Avr 2018 - 19:56

Sibérie, dernier acte.

Valentin. A la belle saison de sa carrière aventureuse, Valentin avait été l’un des plus grands fileurs de cartes de la Sibérie occidentale, en dehors de ses prolifiques activités de mage noire. C’était d’ailleurs la seule faiblesse qui donnait un point de repère à ses déplacements chaotiques, aléas disparates qui le rendaient aussi imprévisible qu’un train en temps de grèves. Il n’apparaissait que rarement là où sa présence était prévue ou désirée, tandis que ses passages ne se faisant connaître qu’une fois avoir eu lieu. Sa passion pour le poker était la seule valeur sûre dans son cheminement, un peu comme le pilier de comptoir pour un alcoolique. Valentin se retrouvait régulièrement à une table privée en abord de la « pourga » (plateau désertique balayé par la neige) à la lisière d’une forêt de pins, y amassait une petite fortune auprès de riches ou audacieux joueurs, ne repartant jamais avant le lever du soleil qui, en ce mois de décembre, n’advenait que sous la forme d’une orée bleuie en cette contrée reculée et oubliée par la magie-même. Octave, parce qu’il n’appréciait guère ce jeu et devant passer inaperçu, avait perdu quelques gallions en attendant que Valentin daigne enfin se présenter à l’une de ces soirées, enfumées par le tabac de cigarettes sans filtre. Son jeu passablement médiocre ne l’empêchait pas en revanche de débusquer le tricheur qu’était ce malheureux bougre, suffisamment habile pour duper les amateurs de la contrée et autres clubmans avares d’aventures « authentiques », mais certainement pas assez pour ne pas attirer l’attention du scrupuleux bibliothécaire. Valentin semblait user des manipulations sous la table que très peu, ayant les doigts boudinés et peu adroits, mais appréciait particulièrement les manches longues de sa cape sorcière, bourrée de poches secrètes. Aussi, au premier rencard improvisé et s’étant présenté comme l’invité, d’un invité d’un autre invité, Octave s’était aperçu que les trois autres russes à table ne perdaient pas seulement parce qu’ils étaient radieusement et radicalement ivres, mais encore parce que le gaillard bourru était l’un de ces « crétin à compartiments » du vocabulaire des professionnels, homme de maints tiroirs. Dès lors, Octave fut horriblement tenté de vendre la mèche, ce qui n’aurait pas tué le tricheur, mais l’aurait très certainement et sérieusement amoché. Cependant, l’homme était à Rogue et il aurait été dommage de compromettre les souhaits d’une vengeance en étant aussi près du but, alors qu’il avait mis plus de deux mois à retrouver ce Valentin.

Etrangement, l’assassin amateur d’escroquerie était un type à l’air gentil, au visage terreux, au corps mou et à la volonté éparse, laissant supposer que son acte n’avait été que le fruit d’un heureux hasard opportuniste, l’ayant élevé dans l’échelle de son cercle de mages noirs. La visite qu’Octave avait rendu aux princes de la Confrérie, pour sous-entendre le mécontentement œcuménique causée par la mort de l’apothicaire, l’avait rendu quelque peu suspicieux et davantage discret encore. La rumeur courait que les bonzes moscovites cherchaient à lustrer cette histoire en faisant disparaître tous les témoins, et que même Lyov avait concédé à fermer les yeux sur la disparition du coupable. Suivant les indications fournies durant ses multiples voyages à l’est, Octave avait fini par dénicher un Milord Valentin, que des proches du Docteur sanglant avaient vu lever la baguette pour abattre Dimitrov, et qui plumait au poker tous les Jeans et les Jacques qu’il pouvait trouver avec une hâte éhontée. Certains prétendaient qu’il avait des dettes énormes, expliquant son soudain entrain aux cartes, d’autres supposaient une fuite proche, car le bougre s’était fait de plus en plus huileux. Bien sûr, les recherches d’Octave n’avaient pas pu passer inaperçues dans un monde aussi petit, et il reconnut avec une certaine satisfaction en Valentin les traits tirés et les tics nerveux de celui qui se savait traqué. Mais par qui ? Sur ça au moins il avait l’avantage.


Les jambes enfoncées dans la neige jusqu’aux genoux sans pour autant atteindre la terre ferme, Octave s’aveuglait à fixer les différents degrés de gris bleuté que lui offrait la nuit sibérienne sous un bosquet de petits sapins bleus. Le froid lui mordait le visage à pleines dents, mais heureusement, l’air ne bougeait pas et stagnait, presque liquide, dans le crissement sinistre d’une neige scintillante sous la lune. Encore un peu, il enfonça sa tête entre ses épaules, protégeant son nez dans le manteau au col relevé jusqu’aux oreilles. Il n’avait pas encore commencé à grelotter dans son attente, mais sentait doucement la glace pousser à l’intérieur de ses os. Il changea l’appui de ses jambes, sans quitter les feux de la maison en rondins de bois du regard, se sentant presque comme un arbre qu’une tempête aurait essayé de courber. Tout en lui grinçait, figeait ses membres et leurs articulations dans cet aquarium si épais qu’il en devenait difficile de respirer. Il n’y avait que les anciens déportés de goulags qui vivaient ici, sans oser en partir, se contentant de cette vie où seule la nature était impartiale dans sa rudesse. Octave savait que dans cette isba, une partie se préparait, à laquelle sa présence était fortement attendue, incitée et requise. Il avait volontairement perdu une généreuse fortune entre les pattes de Valentin, pour le rendre dépendant et attaché à la poche bien remplie du bibliothécaire, jamais découragé par l’argent qui filait entre ses doigts. Assurance supplémentaire afin de promettre sa présence au rendez-vous, car en ces affaires-là, les deux anglais ne bénéficieraient que d’une seule chance.  

Lorsque le portoloin, qu’il avait soigneusement glissé sous la forme d’une carte dans le bureau de Rogue, fit son office et ramena le mangemort dans son dos voûté, Octave eut le sourire contenté de celui qui cueillait enfin le résultat de sa longue et laborieuse patience. Il se retourna vaguement pour accueillir le directeur, sans perdre de vue l’éloignée maison fumante. Ils ne s’étaient pas beaucoup croisés et dans la pénombre, il n’aurait su dire si l’homme avait beaucoup changé et malgré les évènements qui avaient beignés leur existence commune de façon plus ou moins éloignée, Octave demeura d’abord silencieux un long moment, étrangement souriant comme si la vie n’avait à offrir que cela. Ce n’était pas la peine de discuter ce qui venait spontanément à l’esprit. L’école avait maintes fois souffert, les Carrow avaient redoublé d’énergie dans l’exécution de leur ascendance cruelle, peut-être même cravachée par le père Rowle, qui avait relevé le niveau en empoisonnant tous les élèves de sa classe. Mais que pouvaient-ils véritablement en dire, à part les platitudes semblables aux prosaïsmes sur la météo ? Donc il ne dit rien, accueillant Rogue comme s’ils ne s’étaient jamais quittés au cimetière, ni au pub, bien plus tard…

« Valentin. Il est là-bas » dit-il, protocolaire, en pointant du doigt vers la maison à l’orée du bois, faisant relief tant de forme que de couleur sur la plaine enneigée. « Il y aura trois autres personnes, pas préparées et il vaut mieux s’arranger à ce qu’elles ne soient témoin de rien. Ou, si elles le sont, qu’elles ne s’en souviennent pas. » Il y eut un silence, puis il ajouta pour conclure : « J’en suis sûr. Mais je n’ai eu aucun aveu de sa bouche pour le moment. »

Et tandis qu’il observait l’isolée habitation toute de bois grossier, il ressentit lui-même le besoin d’un aveu, qui pointa comme une évidence. Entre eux deux, c’était la seule chose peut-être qui méritait un commentaire succinct pour évoquer la page qui se fermait, en un sens. Avant de parler néanmoins, il se sentit partagé entre deux inquiétudes qui pesèrent soudain sur sa conscience : d’un côté la certitude que ça avait plus d’importance que ça ne semblait en avoir, et de l’autre, la sensation d’avoir définitivement perdu quelque chose d’essentiel, sans parvenir à faire corréler ces deux angoisses. Cette disparition là pourtant, au-delà de considérations personnelles, était une sorte de défaite, sans apporter le réconfort cependant de la savoir saine et sauve. Elle n'était pas morte, mais elle n'était plus là et le goût semblait le même. Lorsqu’il parla pourtant, sa voix s’était faite monocorde, sans volonté de souligner quoi que ce soit d’une quelconque façon, avec le désir peut-être de faire comme si l’évènement ne changerait rien à leurs vies :

« Elle est partie hier. Cassidy. Tu étais au courant ? »

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rita phunk
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