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[12 décembre 97] Of sparkles and wind [Octaleen]

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MANGEMORT
    MANGEMORT
AVATAR : Gemma Ward
MESSAGES : 87

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire. as always.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 6 mars 1971, en Scandinavie.
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [12 décembre 97] Of sparkles and wind [Octaleen] Lun 2 Avr 2018 - 15:35


12 décembre – 15h


Le quartier des invités exceptionnels à Poudlard était un lieu en totale harmonie avec le reste du château, mais se réservait une part de luxe que les élèves ne voyaient pas souvent dans leur part de gâteau. Car autant les cachots étaient sombres, humides et oubliés des elfes, les visitor’s rooms détonnaient par leur propreté impeccable, leur lumière étudiée et le goût de leur décoration. Bien peu se doutaient que le vieux château abritât de tels lieux de plaisance. Mais leur existence n’était pas surprenante : on ne transplanait pas au sein de l’école, les invités de marque devaient donc bien reposer quelque part lors de visites prolongées. Il était connu que les hautes figures de Beauxbâtons et Durmstrang, quelques années auparavant, avaient dédaigné ce privilège pour loger auprès de leurs élèves, dans des logements peu confortables mais familiers. Comment bien dormir sur un bateau ? La magie pouvait permettre bien des choses que l’orgueil s’empressait souvent de défaire. Enfin, la question n’avait que peu d’importance en cette toute fin d’année 1997, en des jours où les invités de marque de Poudlard n’étaient que des Mangemorts et des politiciens corrompus aux gallions ou à l’Imperium.

Doraleen comptait ainsi parmi les heureux inscrits permanents de la liste dorée, lui offrant un quartier exceptionnel et entièrement réservé à sa seule personne, dès que l’obligation – ou l’envie – l’y amenait. Ne crachant – élégamment bien sûr – jamais sur le confort d’un beau couchage, d’un bon couvert et d’une belle vue sur lac, la jeune femme avait rapidement posé ses valises de résidence dans cette chambre aux murs joliment tapissés et au sol parqué d’une marqueterie de qualité. Cela faisait presque deux ans qu’elle n’avait pas eu la possibilité de s’installer sur la durée, et encore moins dans un cadre pareil. Assise dans un fauteuil recouvert de velours, elle dictait à sa plume une réponse à l’ordre de mission reçu la veille. Une histoire saugrenue impliquant diverses familles, des complots et de l’argent, mais surtout – et c’était ce qui la concernait – deux jeunes gens étudiant à Poudlard. Elle devait commencer par mettre son nez blanc dans les sombres histoires des deux sorciers, qui, une fois n’est pas coutume, semblaient mêlés à des enjeux qui les dépassaient. Familles sordides que celles n’attendant pas que leurs héritiers aient un peu profité du soleil et de leur jeunesse avant de les plonger dans les poisseux marécages de leurs petits conflits personnels … La Finch en savait quelque chose. Elle s’était engagée pour garantir quelques années de répit à ses deux jeunes frères. Mais enfin, l’échéance finirait par tomber pour eux aussi. Et il n’était pas certain qu’ils ne rejoignent la cause par eux-mêmes. Ils ne brillaient pas par leur finesse.

Dictant, donc, une réponse protocolaire expliquant qu’elle avait bien compris l’enjeu et qu’il lui faudrait une semaine maximum pour s’en occuper, la jeune femme réfléchissait en même temps à une manière d’aborder les étudiants. D’après ce qu’elle avait compris, elle devrait cuisiner un jeune Serpentard sur une affaire assez grave pour qu’on la lui confie, concernant son père – ou beau-père ? – accusé par le père – ou beau-père ? – d’une fille de sa maison et année. Avec un peu de chance – et même sans cela les probabilités étaient élevées – les deux jeunes gens se connaissaient, et toute cette histoire ne les concernait que par hasard. Et avec un peu plus de chance encore, les deux pères finiraient par régler leur problème entre eux, l’un des deux mourrait mystérieusement, de préférence l’accusé pour s’épargner un procès et des papiers supplémentaires. Leur gouvernement avait beau être totalitaire, il devait assurer un semblant de justice, au moins lorsqu’un honnête citoyen en dénonçait un autre, histoire que les bonnes initiatives soient encouragées.

La voix basse de la jeune femme mit le point final à la missive, qui se scella à la cire bleu nuit un coup de baguette plus tard. Elle se leva, se pencha sur la coiffeuse, scruta la surface nacrée de sa peau nordique puis passa ses doigts fins entre quelques mèches platine. D’abord, accumuler les informations élémentaires sur les deux étudiants. L’avantage, c’était que Poudlard possédait une délicieuse base de données sur ses jeunes pensionnaires, et plus encore depuis la rentrée et sa redistribution dans la cinquième maison. Il fallait bien justifier un minimum la condamnation des boucs, par leur sang, les antécédents de leur famille, leur comportement présumé déviant selon les années précédentes … de précieuses informations, stockées quelque part dans le château pour des besoins comme les siens. Restait à savoir où.

Citation :
1er novembre – 2h30

Les yeux recouverts d’un voile après cette longue soirée costumée, Dora sortit de la Grande Salle après avoir distraitement aidé à ranger et nettoyer les cadavres de la fête. Quelques coups de baguette détachèrent ses longs cheveux noirs qui tombèrent en cascade sur ses épaules, et dissipèrent l’ombre couvrant ses iris. Ses accessoires avaient déjà été acheminés jusqu’à sa chambre une demi-heure plus tôt. Traînant un peu les sandales mais toujours resplendissante dans son kimono immaculé, elle prit la direction des escaliers de marbre. A mi-chemin, la porte de la Grande Salle s’ouvrit dans un grincement qui résonna dans le vide du hall. La Mangemort se retourna, et fut secouée d’un long tremblement interne totalement incontrôlé quand son œil capta le vert brillant posé sur elle. Un vert qu’elle ne connaissait que trop, qui lui rappelait tout ce qui lui manquait, tout ce qu’elle souhaitait enfouir au fond d’elle, dans ce coin chaud, confortable et magnifique de son identité. Avec ce regard-là posé sur elle, et avec nul autre dans ce pays pluvieux, elle s’attendrissait. Elle mollissait. Perdait de sa vigueur, de sa clarté, de son magnétisme. Puissant de cela avec elle, certainement avec beaucoup d’autres, il lui rappelait son impuissance et sa banalité. Elle qui se targuait, dans un consensus illusoire avec elle-même, de ne connaître d’équivalent à aucun niveau – pas meilleure partout, mais au moins unique – se faisait brutalement clouer au sol de la commune attirance quand le bibliothécaire lui accordait son verbe et son attention.

Holbrey donc. Octave. Au vu du costume dissimulant son visage, elle ne lui avait pas réellement prêté d’attention durant la soirée, mais elle le voyait maintenant décapuchonné, et sa toge noire lui seyait presque trop pour être vrai. En revanche, les deux premiers mois de l’année avaient vu plusieurs échanges à visage découvert planter leurs dards dans la poitrine de la scandinave. Elle avait volontairement évité la confrontation directe et crue, souffrant déjà en silence de la malice d’Octave, qui avait indécemment conscience – bien que peut-être pas pleinement – du pouvoir qu’il exerçait sur elle. Les occasions de se croiser étaient rares, surtout quand elle déployait certains efforts pour réduite encore les probabilités. Eviter la bibliothèque, la table des professeurs au repas, les Trois-Balais à certaines heures de bon sens suffisait en général à lui laisser la paix. Mais à chaque fois que la fatalité les faisait se percuter, Octave était joueur, Doraleen évasive. Elle arborait un sourire protocolaire pour réfréner son envie de lui rendre la politesse. Et faisait en sorte de se glisser entre les tentacules qui tapotaient, agaçaient ce coin chaleureux qui mourrait de se manifester une deuxième fois. La première fois, ce fut difficile et agaçant. La deuxième, moins pressant, mais toujours dérangeant. Et au fur et à mesure que l’année progressait, l’ardeur d’Octave à la taquinade s’apaisait, autant pour la joie et le regret de la Finch.

Enfin ce soir-là, tous deux étaient apprêtés et bien charmants dans leurs morbides apparats. Doraleen, à la fois fatiguée et un peu enivrée par l’hydromel de leur table, s’arrêta pour considérer le nouvel arrivant sans discrétion. Elle lui en voulait de secouer ainsi cet arbre qu’était son désir, d’en faire frémir les plus beaux fruits. Surtout en sachant (ou croyant savoir), puisque les rumeurs avaient la jambe leste, à quel point ce cueilleur croquait dans tous les vergers.

« Charon, hum ? joli costume. Le rôle te va bien. » La main posée sur la rampe de pierre, elle s’adossa un instant, lasse. « Ni dieu ni homme, seul sur sa barque, tout puissant dans son petit royaume, pas tout à fait vivant, pas tout à fait mort. A toiser les âmes suppliant sur la grève. »

La métaphore était étrange, sombre, et Doraleen elle-même ne savait pas si elle avait beaucoup de sens. Sa voix ne trahissait pas de reproche, ni d’ironie, mais posait platement les mots avec la nonchalance d’un couteau rond étalant du beurre. Les carpes koï nageaient toujours lentement dans son dos, leurs écailles fendant le vide immaculé comme une large tâche d’encre se déplaçant sans laisser de trace.

12 décembre – 23h

Retenant ses cheveux en un chignon lâche et bas, la jeune femme vérifia d’un effleurement la présence de sa baguette à son flanc et resserra la fine ceinture de soie beige retenant les pans de sa robe de soir. Ni tenue de jour, ni robe de chambre, la pièce de vêtement offrait un parfait équilibre entre confort et austérité. Coupée large dans un coton indien bleu nuit, elle couvrait les manches et les jambes jusqu’aux trois quarts en ajustant parfaitement la taille fine de sa modèle. Se glissant dans des chaussures à talons bas en daim et dans un châle léger, elle sortit de sa chambre à pas feutrés (réellement feutrés sous ses talons) et referma derrière elle.

Il fallait se rendre à l’évidence, le lieu le plus probable pour trouver ce qu’elle voulait apprendre était la bibliothèque. Elle savait déjà que s’y trouvaient de nombreux dossiers administratifs, des comptes, des dossiers sur le personnel – il fallait bien les payer ces profs – et autre paperasse en tous genres. Le Sieur Holbrey semblant s’être très bien accommodé du nouveau régime, elle ne voyait pas pourquoi on ne lui aurait pas confié la garde des fiches élèves. On lui avait déjà donné la garde des élèves, et il s’était révélé être une merveilleuse baby-sitter. Quelle ironie ... le haut lieu littéraire serait donc sa destination ce soir-là. Tous ces efforts pour retarder la confrontation, et finir par se jeter de son plein gré dans le repaire de la murène. Elle n’avait pas particulièrement réfléchi à ce qu’elle lui dirait, partant du principe qu’elle ne le croiserait pas. Innocent déni de l’évidence, permis seulement par une sorte de trouble particulier, ce même trouble qui lui tordait le ventre de dégoût. Elle devait arrêter maintenant. S’accrocher à ce qui est humain ne mène qu’à perdre sa lucidité et son bon sens. Et si elle perdait cela, elle risquait de facto de perdre bien plus qu’un petit bout de cœur tendre.

En poussant la porte de la bibliothèque, encore éclairée très bas pour les visiteurs nocturnes – elfes, professeurs zélés, éventuels punis – Doraleen sentit avec délectation l’air changer. Elle ne savait pas si c’était l’empreinte de la présence d’Holbrey qui faisait cela, ou si c’était commun à toutes les bibliothèques, mais la vue des hauts rayonnages, le silence sourd, l’odeur de papier et de bois ancien … toutes ces sensations la satisfaisaient hautement, insufflaient beaucoup de calme en elle. Et en cet instant, elle ne crachait pas dessus. Se raccrochant à son brusque apaisement, et refusant d’ouvrir le chemin aux souvenirs de bibliothèque qui l’assaillaient, elle prit un pas doux et se dirigea vers le bureau d’Octave. D’après ce qu’elle avait compris, ça lui servait aussi de chambre, la bibliothèque de salon. Beaucoup d’histoires couraient sur lui, des rumeurs récoltées au gré d’une conversation avec l’un ou l’autre étudiant, des remarques de professeurs, de longs regards envieux ou courroucés. Qui était Jalender dans sa peau véritable ? ou bien était-ce encore un costume, une fausse identité ? Quelle importance. Dans le fond, c’était la même personne, elle le savait bien.

A son grand étonnement, la porte ne lui résista pas longtemps avant de s’ouvrir docilement, parfaitement huilée et silencieuse. Elle n’était pas là pour voler quoi que ce soit, elle était dans son bon droit et n’avait donc aucune raison de se cacher. Le choix de l’heure tardive découlait de plusieurs facteurs, la nature relativement confidentielle de son travail, l’absence de regards indiscrets, et l’absence présumée d’Holbrey de son domaine, en une heure où il pouvait être en ronde. Bien sûr, la raison officielle serait qu’elle n’avait pas pu passer plus tôt, et que pour ce genre de demande elle préférait le regard aveugle de la nuit. Mais quoi ! à la fin, ce n’était pas important. Elle les aurait, ses papiers. Pénétrant le bureau, baguette en main, elle alluma les quelques bougies éternelles posées sur leur petit lustre. Jetant un regard circulaire sur le lieu, elle chercha rapidement ce qui pouvait bien ressembler à une étagère à larges tiroirs, ou n’importe quoi pouvant contenir ce qu’elle cherchait. Mais après quelques minutes de fouille superficielle, se refusant à retourner l’endroit, comme répugnée par l’idée même de s’introduire dans la vie du bibliothécaire, elle lâcha un soupir et décida de se résigner à attendre qu’il se montre. Sortant du bureau, elle s’approcha de la première étagère et saisit le premier livre qui venait sans en regarder le titre, puis retourna d’où elle venait et s’installa dans un grand fauteuil confortable. A sa grande surprise, elle avait pioché dans un des nombreux exemplaires des Contes de Beedle de Barde. Ces histoires berçaient les jeunes sorciers britanniques, mais elle ne les avait jamais lus, trop absorbée dans son enfance par des traités d’histoire scandinave ou des récits mythologiques. Etonnée mais toujours ouverte à de nouvelles expériences, elle ouvrit le vieil ouvrage et débuta sa lecture, jetant de temps à autres un regard furtif sur l’entrée de la pièce, comme une renarde dans un poulailler.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
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INFOS PERSONNAGE
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DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [12 décembre 97] Of sparkles and wind [Octaleen] Mer 11 Avr 2018 - 19:05

Que faire… ? Il pleuvait. Les rondes nocturnes ne permettaient pas grand-chose, à part l’errance désabusée et sans but à travers les couloirs interminables d’un château, qui se faisait davantage labyrinthe en plein milieu de la nuit qu’ordre rigoureux. Et puis bon sang, cette pérégrination infinie ! De temps en temps, il croisait une pendule, dont la course était toujours abstruse et décourageante dans sa lenteur, au tic-tac hivernal monocorde et un peu métallique, rythmant si mal des pas qui se faisaient de plus en plus las. Il n’y avait véritablement pas grand-chose à faire dans ce silence tapissé par le murmure du bois. Son esprit fainéant avait déjà multiplié les astuces pour éviter l’inconfort d’un couvre-feu à respecter, mais il était impossible d’automatiser la surveillance des élèves sans brider le confort des professeurs. Alors, il fallait se réduire à ces rondes, auxquelles il avait par ailleurs tenté d’échapper en trouvant un cocon tranquille de dédales contorsionnés, pour s’occuper autrement que par la déambulation, mais jouer l’innocence ne pouvait pas être une finalité. Il n’y avait littéralement rien à faire, la contemplation artistique étant parvenu à force d’usure à ennuyer son regard, mais surtout sa parfaite conscience d’en être venu à faire appel aux sensibilités esthétiques que pour pallier à l’horrible écœurement. Octave se laissa même bailler à pleine bouche, chose qu’il ne s’autorisait jamais, et surtout sans avoir mis sa main devant. Au-dessus du crâne chauve d’une Tartarie tannée représentée sur un globe terrestre antique et monumental, dans la lumière languissante de quelques bougies, il posa l’index sur le globe et regarda avec désapprobation la tâche qui s’était imprimée sur son doigt : « Le monde est poussiéreux. »

Il ne restait véritablement plus qu’à penser, c’est-à-dire labourer son front de nouvelles rides dont il se serait bien passé, mais la pensée était telle que si on lui laissait la liberté de tournoyer, elle finissait par rentrer dans le siphon des profondeurs abyssales où le noir couvait des résolutions qui n’avaient pas encore trouvé leur aboutissement. Et parce que ces pensées intrusives se contentaient d’un long monologue ininterrompu, la réflexion se faisait naturellement exclure de ce processus purement unilatéral, sorte de lamentation qui prenait de la vitesse comme un caillou sur une pente. Le flot de lettres écrites par sa mère avait mystérieusement repris, tout comme son flagrant manque de décence : « Nous gâchons notre vie en séparations, nous sommes trop rudes l’un envers l’autre. Allons passer un mois ensemble à Paris ou au Mexique, pour tes vacances d’hiver ! ». Elle pensait encore vivre, ou espérait en tout cas récupérer l’idolâtrie juvénile de son enfant, le respect tolérant de son adolescence, sans se rendre compte qu’une nuance de dégoût était définitivement venue se mêler à l’estime. La mémoire dégringolait alors dans une récapitulation des crimes de Vivienne avec d’inutiles détails, lui causant autant de gêne que de répulsion, jusqu’à l’écœurement et l’idée que tout cela n’était peut-être pas de l’amour, mais un désespoir persistant. Avec effroi, avec pitié, mais peut-être sans affection réelle, Octave revenait en esprit cette belle fausse blonde aux bras agréables et au sourire bienveillant, s’efforçant d’arracher à son cœur quelque tendresse, mais sentant de plus en plus que ce qui en sortait n’était qu’aigreur enchainée. N’y parvenant pas, il se dit que Vivienne non plus n’avait jamais aimé ses parents – bien vague et bien lâche consolation.

Une déception en ramenait toujours une autre. Péniblement, mais avec le plaisir de se faire mal, il se rappela du jour où il voulut se faire absoudre. Cassidy avait souvent été absente, omettant finalement de lui écrire, parfois même de le croiser. Languissant, il s’était vexé et avait lâché prise, mais quelque chose l’avait retenu et, avec un collier de diamants roulé dans sa poche, il était parti en quête d’une réconciliation. Ce fut une Cassidy chuchotant à l’oreille de son père qu’il trouva, ostensiblement complice, sa haute silhouette se profilant en noir : le noir de son élégante robe de soie sans manches, sans ornements, sans souvenirs. Sa tête avait pivoté pour observer les horizons sans atteindre son fidèle serviteur, mais lorsqu’elle s’était retournée pour poursuivre la conversation, Octave sut à l’expression de son dos, à la roideur de ses omoplates, qu’elle l’avait remarqué. La tension de ses épaules ne lui plut guère et cette intimité et ignorance troublante qu’il n’aurait su correctement décrire le glacèrent : il avait indéniablement perdu quelque chose que Cassidy lui niait sans subtilité aucune et, dans instant fugace d’orgueil blessé, il brisa de ses doigts solides le collier qui y était enroulé en trente, quarante grêlons scintillants, dont l’éclat demeura à l’abri des regards, enfoui dans les tréfonds de sa poche.

C’est donc passablement irrité qu’il achevât sa ronde, un brin flegmatique pour pallier néanmoins, si ce n’est fataliste. Il avait négligemment ouvert la porte de la bibliothèque, peu surpris car l’ayant sciemment laissé accueillante. Il s’avouait faire manque de prudence, mais en vérité, il y avait bien peu de choses à lui dérober, et honnêtement il aurait bien voulu voir l’allure de celui qui oserait s’accuser d’un quelconque vol dans l’enceinte de Poudlard avec les Carrow à sa tête. Des inconscients, à qui il valait bien la peine de laisser le chemin libre rien que pour contempler les malheureuses conséquences. Cependant il n’avait pas perdu son instinct lorsqu’il s’agissait de ses propres affaires et, percevant la lumière traitresse filtrer dans les fentes de sa chambre, Octave se figea sans souffle et sans clins. Le vilain impudent était encore à l’intérieur, fouillant ou l’attendant alors que lui-même n’attendait personne. Tout son être s’irisa, outré que quelqu’un ait si démonstrativement fouillé dans son intimité. Sa main palpa sa baguette et il susurra un « Bombarda » en la pointant sur la porte sans la moindre hésitation. Une désintégration, puis un puissant souffle démirent la porte de ses gonds et elle fut propulsée dans un grand fracas à l’intérieur du bureau, emportant avec soi quelques débris et éclats de pierre. Une poussière s’éleva, peu épaisse et brève, mais suffisante pour brouiller le regard d’un voleur déjà affolé par l’explosion et les bruits. Octave suivit de près, profitant de l’avantage pour trouver du regard l’intrus, puis le dévisager. La première chose qu’il perçut fut une ondulation blonde, or immaculé et long comme tant de rayons solaires perçant dans la poussière dansante.

« Cas… ! »

Mais ce n’était pas elle et il se tut en s’étouffant.


Octobre...


Il y avait beau temps que les brumes eussent estompé l’enchaînement et les méandres des faits, qui s’étaient succédés avec l’inéluctable constance d’une cascade de dominos. Le sang, encore paralysé dans ses veines du sortilège qu’il leur avait jeté, avait eu du mal à suivre le rythme de ses émois et à la fin de la soirée, Octave s’était retrouvé essoufflé, plus blême qu’une actrice de kabuki, particulièrement courroucé. Il s’était trouvé une légèreté qui semblait maintenant illusoire, car l’apparition de l’épouvantard l’avait complètement désarmé. Il se trouva faible et cela l’avait rendu colérique, davantage encore parce qu’il avait soudain compris la futilité de sa désobligeance envers Cassidy, qu’il regretta avec toute la force d’une stupide culpabilité. Elle s’était enfuie sans revenir, mais il avait lâchement renoncé à combattre. C’était une soirée où tout semblait se réduire à la structure d’une larme batavique, dont toute les pointes étaient tournées dans sa direction, tremblantes et prêtes à se briser. Il n’osait vraiment bouger, de peur qu’un énième mur s’effondre encore. Dépité mais encore suffisamment lucide pour ne pas se laisser submerger par l’impuissance, Octave d'était délicatement, à la suite de quelques courts entretiens avec des obstacles professoraux, évadé de la Grande Salle avec la sensation de s’être sauvé d’une noyade. Mais à peine avait-il repris son souffle que son regard avait jeté son rayon vert sur un visage, fond de coquillage irisé, perle opaline qu’il avait pourchassée en tuant toutes les huîtres. Son miroitement l’avait poursuivi, comme un profond océan transpercé par tant de rayons solaires aveuglants, sans qu’il ne parvienne à la saisir. Il avait joué, taquin, subissant son refus éloigné avec le goût de l’impertinence, et ce fut aussi plaisant qu’un flirt pouvait l’être. Mais ce soir, elle avait accroché son regard sans l’éviter, acceptant sa présence alors que lui-même n’en voulait pas, concédant ce qu’elle lui avait longuement refusé sans qu’il n’en comprenne jusqu’au bout la raison véritable. Cette charité le dégoûta, à tort peut-être, mais définitivement. Heureusement, l’accoutrement tout de noir tissé se mariait aux cernes noirs, à la bouche charbonneuse et à l’humeur maussade. Les poissons nageant, quant à eux, rappelèrent avec d’autant plus de force le trésor moiré qui était demeuré au fond de l’océan jusqu’à ce que Charon vienne la cueillir avec sa barque.

« Charon, hum ? joli costume. Le rôle te va bien. Ni dieu ni homme, seul sur sa barque, tout puissant dans son petit royaume, pas tout à fait vivant, pas tout à fait mort. A toiser les âmes suppliant sur la grève. »

Pourtant, les mots flatteurs étaient tout en langueur suintant d’orgueil, comme si la futée gazelle avait enfin décidé de prendre une pause pour considérer le vieux lion. Se moquer, juste assez pour entretenir son intérêt, puis bondir dans les fourrées épaisses avec l’assurance de son ombre féroce loin dans le dos. Charon, parce qu’il se trouvait en contre-bas, accepta de relever les yeux sans redresser le front et son vert n’en parût que plus perçant. Il ne s’approcha pas, gardant la distance respectable du refus qui aimait à se faire rappeler.

« Puis-je te rendre le compliment ? Divinité dont la beauté révolue effraya son mari au point de lui arracher un cri d’effroi. Et elle s’en vexa si férocement qu’elle jura pour se venger de tuer mille de ses sujets chaque jour qui était fait. » dit-il en la regardant à peine, avec cet air indéchiffrable qui vous laissait le soin de deviner s’il exprimait l’extase ou le sarcasme, ou s’il parodiait l’un ou l’autre. Puis, il eut son sourire mielleux, esquissé à peine du bout des lèvres, et apaisa si peu l’affront : « Je te laisse, je doute qu’Izanami ait une obole pour payer son voyage sur un fleuve qui semble davantage la brûler que l’assouvir. »

Il l’avait voulue pourtant, hardiment désirée encore une fois au moins, plus encore lorsque sa présence s’était faite proche de la sienne. Mais il refusait à se consoler ce soir et la frustration l’avait gardé méchant. Le souvenir était encore iridescent dans un coin de son esprit, et le regard courroucé de la jeune femme semblait s’enfoncer dans les sables mouvants d’un passé semblable au rêve, recomposé en rêve, altéré par la légende. Il crut d’ailleurs bien pouvoir retrouver dans quelques instants le réconfort d’un corps compatissant et chaud, familier et s’abandonnant si bien entre ses bras. Cette certitude faillit bien déchaîner une crise secrète sous le fardeau sacré de l’abandon, mais une horrible culpabilité le secoua. Quelle friction fugitive pouvait rivaliser avec les promesses prochaines d’une réconciliation avec Cassidy ? Cette soudaine générosité, après des mois d’échanges brefs et silencieux, que lui proposait la savoureuse Doraleen Finch, le froissa au point qu’il tourne le dos à l’occasion pour retrouver celle qui ne voulait peut-être déjà plus de lui.






Il coupa court au saisissement et glissa jusqu’à l’ébahie en coulant sur la porte au sol tel un ruisseau… Octave se pencha sur le fauteuil de la fillette pour l’engager à l’immobilité. Depuis qu’ils se croisaient en tapinois, la pauvre enfant avait constamment revêtu cette expression renfrognée et hostile ; il ne put en être guère plus heureux… la belle affaire ! Le velouté d’un bras, le bleu pâle des veines au creux du coude, l’odeur de petit lait d’une chevelure éclairée d’or bruni sous l’abat-jour de parchemin diaphane – paysage lacustre hanté par la blancheur perlée de la peau tendre-, toute cette condescendance naturelle d’un corps bien fait, insolemment marié à une nature capricieuse, le poussaient au refus de toute lascivité. Personne n’aimait pêcher sans jamais rien attraper : quelle que fut le goût grâcieux de l’attente, il tournait inévitablement à la frustration dans un esprit aussi prudent à ne pas se rendre misérable. Ce n’était qu’une nymphette sauvage ! Octave lui offrir son sourire carnassier le plus matois, subtile courbure des lèvres carmin sans plisser rien d’autre de son visage que ses yeux pétillants. Quelle que fut la raison de sa présence sur ce fauteuil, elle avait enfin consenti à venir à sa rencontre dans un lieu qui n’était pas sien et cela, Octave ne pouvait pas l’ignorer. Il se sentit obligé d’en profiter, et savoir qu’elle avait combattu les raisons l’ayant contrainte à fuir si longuement pour venir se perdre jusqu’à sa porte, le flatta outre mesure. Il ferma les yeux, inspira l’air pour s’absorber plus intensément dans le flot doré de son extase montante. En les rouvrant, il vit le tissu de la longue tunique briller de son satin, les lèvres féminines soulignant une discrète et inconsciente trace de rouge. La baguette encore légèrement relevée vers la silhouette farouche, il questionna enfin :

« Izanami, t’as trouvé ton obole ou tu fraudes ? Oserais-je te demander si le plaisir a enfin trouvé sa source dans la brûlure du Styx ? » Il ricana doucement de la gorge sans méchanceté, ne se doutant pas de la vérité qu’il venait de mettre en emphase à force de vouloir filer la métaphore. « L’ironie dans tout cela c’est qu’il me faut faire le déplacement, mais c’est quand même toujours toi qui me saute dessus, ma perle. » Néanmoins, il était homme lucide et savait très bien que la plaisanterie se permettait uniquement dans la mesure où il était certain que ce ne fut pas la raison de sa venue. Finch l’avait évité avec constance, et quand bien même avait-elle surpassé cette mystérieuse difficulté, elle n’aurait pas trouvé en cela suffisamment de culot pour l’attendre dans son bureau. Sachant que le motif n’avait aucun rapport, il trouva donc un plaisir particulier à la taquiner sur ce qui les concernait suffisamment de loin pour ne pas la brusquer. Croisant les bras sur sa chemise d’un bleu pétrole, soignée par un gilet de costume en tweed cintré d’une couleur identique, il contempla la jolie naïade, poupée de porcelaine dont l’éloignement perpétuel avait laissé un goût exquis dans sa bouche de folâtre personnage. Finalement, il susurra : « Qu’est-ce que tu veux, Finch ? Qu’est-ce que tes petites mains ne sont pas parvenues à dénicher en mon absence qu’il te faille maintenant me supporter pour avoir ce que tu veux ? »

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