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[8 décembre 1997] Revealing the unseen

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SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
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DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
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MessageSujet: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mar 27 Fév 2018 - 18:00

Il lui avait accordé sa requête, l'abandonnant dans les donjons alors qu'il s'éclipsait au bout du couloir, rejoignant celui avec qui elle s'était disputée avec la férocité d'une condamnée à la peine mortel refusant la finalité de sa sanction irrévocable. Elle était restée quelques instants figée sur place, son corps immobile contrastant avec l'agitation de ses pensées effervescentes, observant le vide où il s'était retrouvé quelques instants plus tôt avant de prendre le chemin de la salle commune, rejoignant le sanctuaire des serpents où le brouhaha de l'après coup s'était finalement amoindri. Elle avait intentionnellement esquivé la salle d'eau en un acte de rébellion immature, une opposition enfantine, refusant de se préoccuper de sa peau meurtrie et de la plaie qui coagulait lentement, refusant de suivre les indications données par celui qui l’avait attendrie. La souffrance ne lui était pas inconnue et elle l’avait accueillie telle une vieille amie, se réconfortant dans la douleur physique, suppressant l'inconfort que la dispute avait engendré en elle par une distraction extérieure aux tumultes émotionnelles qui tourbillonnaient en elle. Lentement, elle s'était changée dans son pyjamas usé, retirant dans une paresse latente ses vêtements plissés, évitant de réveiller par le moindre son les camarades qui dormaient dans le même dortoir d'elle, avant de rejoindre sa couche, se glissant doucement dans les draps froids et froissés de son lit défait. Mais le sommeil lui avait fait défaut, l'empêchant de rejoindre l’oubli réconfortant que les bras de Morphée lui cédait généralement avec tendresse, les paroles de Léon semant la pagaille dans son âme exténué. Le sommeil l’avait finalement rendu inconsciente aux petites heures du matin, apportant la carence de ses pensées qu’elle convoitait tant, un répit transitoire qu’elle avait salué avec la faiblesse d’un coeur anéanti. Malgré le léger réconfort que lui avait apporté le savoir qu’Octave avait rejoint Léon, lui révélant, elle l’espérait, la vérité sur l'histoire qu'ils partageaient, la vipère n'avait pas réussi à faire la paix avec Léon et si elle était sincère, avec elle-même. Les paroles avaient été acerbes, féroces et blessantes, tournant le couteau dans les plaies émotionnelles qu'elle traînait sur ses épaules depuis son enfance. Il s'était acharné à faire son point et bien qu'elle tentait de se convaincre du contraire, à nier en bloc tout ce qu'il s'était battu à lui dire, ses paroles avaient semé un doute en elle, tordant ses entrailles sous le malaise qu'elles avaient créé. Et si il avait raison ? Et si tuer son père n'était pas la seule solution ? La vipère n'était bien évidemment pas prête à céder ce point, à anéantir sa conviction aussi facilement et à mettre fin à ses machinations vengeresses, la haine rageant toujours en elle avec une férocité incomparable, mais une pointe de curiosité s'était immiscée en elle, serpentant au travers ses plans vengeurs, sournoise et persistante.

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis la dispute destructrice et la curiosité ne s'était pas amoindrie, s'immisçant dans les pensées de la couleuvre, captivant son attention à chaque détour d'un redoutable et si. Et bien qu'elle n'était pas prête à lui donner raison, la recette du poison qu'elle s'était convaincue de concocter reposant toujours dans sa valise, la jeune Trown se devait de rassasier ses questions, d'explorer ne serait-ce qu'une alternative dans l'espoir de faire taire une bonne fois pour toute la petite voix incessante qui s'acharnait à la faire douter. Mais la question restait quoi, quand et comment et elle ne savait où trouver l'information qui calmerait enfin ses nouvelles incertitudes, qui soufflerait à l’énervante petite voix un I told you so cinglant, mettant une fin brutale à l’hésitation. Elle refusait d’approcher Léon, sachant que même si la tempête s’était calmée entre eux, celui-ci ne comprendrait pas les émois de son âme, ne comprendrait pas ses motivations originelles, la laissant vide d'idées sur comment aborder ces insinuations incessantes dont il en était l’origine. Le scepticisme la harcelait encore une fois lorsqu'en prenant la deuxième gorgée de son thé brûlant, un lundi matin, la réponse tant espérée prit la forme d'un certain bibliothécaire. Elle s'étouffa légèrement avec le liquide aromatisé, toussotant dans sa main, suivant du regard l'homme qui prenait place à la table des professeurs. Les sourcils froncés, elle l’observa quelques instants, ses pensées vagabondant dans les réminiscences d’une certaine soirée de novembre où l'alcool avait été abusée, révélations avaient été exposées et une nouvelle, oserait-elle se l'avouer, amitié s'était créée. Mais surtout, où elle avait rencontré une certaine Vivienne Holbrey, et bien que son esprit avait été embrouillée par les trop grandes vapeurs d'éthanol que le whisky consommé avait générées, la vipère se rappelait relativement bien des paroles échangées, des sous-entendus et du ressentiment, de la colère et de la manipulation émotive. Octave avait tenu tête à sa mère, démontrant une force émotionnelle qui était inconnue à la brunette, une vigueur où violence n'était pas l’essence même de tout, n’était pas à l’origine de la confrontation, guidant la discussion dans un sens où il en était maître, contrôlant la finalité de la conversation imposée avec l’agilité d’un gymnaste virevoltant à mille lieux du sol. Et la dame était partie, retraitant de l’affrontement qu’elle avait perdu, s’inclinant aux pieds de celui qu’elle avait engendré. Elle dévia finalement son regard du sujet de ses pensées, prenant une lente gorgée de son thé noir, délicatesse dont elle refusait de se priver, virevoltant dans tous les sens l’idée qui émergeait dans son esprit, l’idée qu’il serait peut-être la solution à son agitation perpétuelle des derniers jours.

La journée s’écoula à une vitesse insensée alors que Heather considérait comment approcher le sujet avec l’homme, comment apaiser le questionnement persistent, quelle question elle pourrait poser pour éteindre la préoccupation qui la tourmentait. Elle hésita à plusieurs reprises, se dirigeant vers les grandes portes battantes de la bibliothèque pour rebrousser chemin une fois le domaine des livres s’étendant devant le noisette de ses iris. Et puis lorsqu’elle l'aperçut à l’autre bout d’un couloir quelconque, elle fit un pas dans sa direction avant de s’arrêter sur place, fuyant par l’un des corridors adjacents la discussion qu’elle tentait elle-même d’initier. Mais cette fois-ci était la bonne, elle poserait finalement cette foutue question et elle pourrait se convaincre de nouveau que d’anéantir son père était la seule solution viable, elle pourrait annihiler son obsession momentanée et faire enfin taire la foutue voix qui résonnait dans sa tête, sonnant étrangement un peu trop comme celle de Léon. La vipère releva légèrement le menton, serrant la mâchoire et franchit décidément les portes de la bibliothèque, se perdant quelques instants dans les allées avant d’atteindre la porte des appartements d’Octave. Doucement, elle leva la main et s’empêchant d’y penser à deux fois, cogna à la porte menant à l'antre du bibliothécaire, annonçant sa présence à celui qu’elle espérait se trouvait de l’autre côté. Elle attendit patiemment que l’adulte émerge enfin de ses quartiers, les yeux fixés sur la porte qui s’ouvrait doucement, grinçant légèrement sous l’action entreprise. Heather leva les yeux vers son visage et entrouvrit les lèvres, s'apprêtant à mettre la lumière sur le questionnement qui la hantait depuis des jours, mais elle s'arrêta dans son élan, sa bouche se refermant aussi rapidement qu'elle s'était ouverte. Les secondes s’écoulèrent et avec elles, sa résolution s’évapora. La théorie était impeccable, mais la pratique lui faisait défaut, ayant oublié un point important dans son plan ridicule : elle n'arrivait que très rarement à parler de sujets aussi personnels et cette fois-ci ne faisait pas exception à la règle. Ses yeux plongèrent dans les iris vertes, un mouvement nerveux assaillant son être tandis que ses joues se coloraient d'une légère teinte rosée, sa main se réfugiant dans l'ombre de sa nuque, frottant doucement la peau brûlant sous la gêne. La vipère pinça les lèvres, ses yeux illisibles quittant le regard inquisiteur d’Octave, secouant légèrement la tête dans un mouvement tergiversant : il n'y arriverait pas, ce n'était pas possible, elle n'avait pas la force d'explorer cette possibilité. D'une voix qu'elle voulut nonchalante, Heather balbutia, faisant un pas retraitant vers l'arrière :

- C'était une mauvaise idée… je.. désolée, je dois y aller.

Mais à quoi avait-elle pensé ? D’un mouvement rapide, elle fit volte face, refusant de rester une minute de plus devant celui qu’elle avait cru avoir le courage d’approcher.

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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 1 Mar 2018 - 2:08

« Mais que font-ils ? Qu’attendent-ils… ?
- Pardon ? »
Octave avait penché la tête, doutant qu’on l’eut interpelé, et releva ses yeux d’une douceur soucieuse de son journal vers la nébuleuse Aurora Sinistra. L’indignation étouffée avait exalté sa voix en un cri de l’esprit valeureux, mais se rendant compte que le bibliothécaire n’était pas homme à qui la confiance s’accordait, l’effroi méfiant avait tenaillé sa véhémence passagère. Sous le rayon curieux d’un vert ardent, la sorcière se rétracta soudain, aspirant l’air comme si elle voulut reprendre ses paroles. Entre ses mains, elle tenait le journal quotidien, où le ministère magique Espagnol se félicitait de la visite aussi fructueuse que réussie d’un ambassadeur britannique. Sur la photo mouvante, deux hommes signaient des papiers et se serraient la main, une paire de sourires cordiaux affublés sur leurs visages rondelets.
« Rien, Monsieur Holbrey. »
Le Sieur rabroué se redressa, déployant les ailes du journal qu’il avait froissé pour mieux se pencher vers le professeur. Elle contrôla son indifférence avec insistance, mais il vit que son visage redevint triste lorsqu’elle entama la lecture de ces pages obscures d’évènements insensés. Il l’observa en tapinois, ne sachant s’il était judicieux d’encourager des mots dangereux… puis se dit que des mots n’avaient pas à être entendus comme tel et commenta d’une voix mesurée de baryton :
« Ils n’attendent rien. Que voulez-vous qu’ils fassent ? »
Sinistra se figea à ses côtés, comme un animal qui sentait le danger, avant de serrer les pages du journal entre ses doigts. Elle hésita un moment, sans le considérer autrement que par une peau vibrante de colère, mais finit par accepter son invitation allusive.
« Ne voient-ils pas ce qui se passe ? Comment ils peuvent laisser faire ça ? croire que ça ne les regarde pas ! » Elle se tourna franchement vers le bibliothécaire et débita à travers une rangée de dents serrées : « Holbrey, vous avez des amis en France et en Russie… est-ce que quelque chose se passe là-bas ? Où est-ce qu’ils se contentent de regarder notre petite île devenir une tyrannie, en espérant qu’elle soit arrêtée par la mer comme une peste ? » Elle eut un hoquet d’indignation, puis continua avec dégoût : « Regardez-les se féliciter, comme si tout allait bien, comme si notre ministère était intègre !
- S’ils interviennent, ce sera une guerre. Une guerre pour quelque chose qui ne les menace pas encore. Vous croyez qu’ils en ont envie ? Le Gallion a à peine réagi, aucune inflation ni déflation, et la volatilité implicité des marchés d’opinions, autre indicateur utilisé pour estimer un degré de risque des marchés, est restée modérée. Ils essayent de rester optimistes pour éviter une guerre.
- Vous êtes horriblement pragmatique, vous me parlez de marché alors qu’il s’agit de vies…
- Je vous parle de politique alors que vous me parlez d’éthique plutôt. La France ne bougera pas non plus tant que le danger ne sera pas imminent. Quant à la Russie, il y a beaucoup de groupuscules qui soutiennent les mouvements mangemorts et qui souhaiteraient voir la même chose arriver chez eux. Mais si vous voulez parler de vies, les sorciers n’ont pas de tribunal international des droits de l’homme et donc personne pour prendre cette responsabilité au nom de tous… »

Ils s’animèrent, lâchant leurs journaux respectifs pour s’affronter les yeux vifs, se laissant allègrement absorber par la conversation, refaisant le monde au détour d’une philosophie de pilier sans grande valeur, mais qui leur donnait un souffle régénérant. Octave faillit en oublier la raison de sa venue, qui avait la curiosité d’un complot caché dans les détails. Depuis peu, le hibou de la Gazette refusait à rapporter le journal directement à la fenêtre de sa chambre et on retrouvait son exemplaire systématiquement dans la grande salle. Une nouvelle réglementation, avait-il excusé d’abord, se doutant par la suite que peut-être, l’un des inspecteurs n’appréciait guère de ne pas le voir au moins une fois par jour exécuter le rituel de présence professorale. Le moyen pour le faire sortir de ses locaux semblait saugrenu et tarabiscoté, mais à chaque fois qu’il venait chercher son journal le matin, il sentait sa tête rousse gratifiée d’un regard consacrant. Il ne souhaitait contrarier personne et se soumit docilement à cette simple exigence, ne restant jamais très longtemps cependant, ne mangeant jamais rien, fouillant entre les lettres et les différentes éditions pour trouver de quoi satisfaire sa curiosité. Il ne lisait pas parce que les roller coaster de fadaises propagandistes l’intéressaient d’une quelconque façon, mais pour se tenir informé. Et d’un tirage à l’autre, les voix cessaient leurs canons diatoniques pour chanter dans un cœur de plus en plus uni.

Il fut si pris dans son débat, qu’il remarqua à peine Heather l’observer à plusieurs reprises de ce regard insistant qui se voulait volage, mais cachait dans sa fixité une idée tout aussi tenace. Au lieu de cela, ils chuchotèrent furieusement avec le professeur d’astronomie et furent les derniers à quitter l’heure du petit-déjeuner, Octave accompagnant l’étoilée Sinistra jusqu’à sa salle de classe afin de poursuivre cet élan d’exaltation, morceau de liberté qui leur donna assez d’ailes pour atteindre la tour d’Astronomie. Tous deux sentirent leur soif commune de franchise et de débat grivois, plongeant en cette exception consacrée comme dans une oasis perdue et éphémère, conscients que l’occasion et la timidité, les dangers d’un monde où les murs avaient des oreilles, les empêcherait d’avoir un tel affranchissement dans un avenir qui paraissait toujours plus étroit. La conversation, bien que pesante en soi, le gratifia d’une humeur agréable pour le reste de la journée, lui prêtant une énergie renouvelée comme on pouvait l’être par un jeune soleil. L’après-midi eut le goût d’une rêverie infinie et diffuse, le gardant doucereux et attentif, à nouveau contemplatif de ces choses qui rendaient une vie plus agréable. Il savoura sa solitude avec torpeur, l’accueillant en amie, alors que les précédents jours l’avaient laissé désireux d’une dévouée tendresse qui n’avait pour l’instant pas de visage. Il avait même songé à Pénélope, son éternel réconfort dans le deuil, avec désespoir, mais aujourd’hui son esprit cultivait une affection respectueuse et il se sentait davantage d’humeur à apprécier plutôt qu’à se plaindre.

Au soir, sa porte sollicitée le surprit dans un état toujours aussi complaisant et Octave laissa la cravate qu’il était en train de nouer à son cou pendre en écharpe sur sa nuque au col relevé jusqu’à la mâchoire. Il ouvrit l’antre prêt à se laisser charmer, mais fut surprit par celle qu’il avait invitée à venir pour trouver refuge, et craignit soudain qu’un autre malheur ne fut arrivé. Au moment où ils se découvrirent, la jeune femme sembla soudain réticente, comme si son geste avait dépassé ses intentions et la terreur électrisa ses yeux sombres. Tous deux se toisèrent, interdits. Il la regarda hésiter, patient, lui laissant le temps nécessaire pour prendre une décision, mais l’irrésolution continuait à tordre ses traits sans qu’ils n’osent trouver délivrance. Il la crut épuisée par quelque chose et se demanda vaguement s’ils s’étaient réconciliés avec Léon et si, d’augure, n’était-elle pas éprise d’une telle hésitation à cause de ce qui avait uni l’espace de quelques instants leur malheureux triangle ? A chaque fois, l’adolescent avait été dévoré d’une jalousie dévastatrice, et Octave était prêt à reléguer ce flottement sur le choix qu’Heather faisait en allant voir celui qui fut l’ennemi cruel de son meilleur ami. Par le silence, elle protégeait peut-être leur amitié en leur épargnant un énième mensonge, une autre trahison…

- C'était une mauvaise idée… je.. désolée, je dois y aller.

Cette excuse de mauvais genre eut un effet décisif sur son caractère, qui se méfiait des abréviations sinistres. Tandis qu’Heather s’envolait en papillon de nuit volage, il l’attrapa d’abord par le bras, mais se rendant compte de la rudesse du geste, desserra sa prise et laissa glisser ses doigts jusqu’à la petite main gracile, qu’il retint suffisamment pour qu’elle se retourne. Il l’affronta dans les yeux, catégorique, mais tendre avec la grappe de brindilles que ses doigts abritaient avec la douceur qu’on avait pour un bouquet de fleurs.

« Certainement pas. Ce qui peut motiver une telle réticence, c’est la peur, la timidité ou la honte. Si tu es ici, c’est que ce n’est pas moi que tu crains. Du reste, je refuse que tu invoques les deux autres motifs entre nous, c’est clair ? Viens plutôt et dis-moi ce qui était une si mauvaise idée. »

Il lui décocha un dernier regard scrutateur, avant de se retourner en lâchant sa main et laissant la porte entrebâillée dans une invitation tacite derrière soi. Parce qu’il n’aimait pas être débraillé, il rejoignit le miroir au mur, à côté de l’armoire, pour parfaire le nœud de cravate qu’il avait entamé et abaissa le col de sa chemise. Une fois que la cravate fut centrée, Octave enfila un gilet croisé cintré et ajusté à la taille, fait d’un serré tweed gris métallisé. Les boutons d’argent brillèrent, tandis qu’il les fermait soigneusement, la tête penchée sur l’ouvrage à tel point que les mèches ondulées de ses cheveux couvrirent son fort d’une nuée de flammes entremêlées. Défroissant l’habit à la taille de ses paumes, il remonta finalement par habitude les manches de sa chemise jusqu’au coude et toisa une Heather toujours silencieuse, à qui il avait implicitement offert cet instant contemplatif d’habillage pour qu’elle décide sur sa formulation.

« Tu viens me parler de Léon ? » Osa-t-il doucement, l’encourageant ainsi à nier pour mieux s’expliquer, ou à préciser sur une vérité dont il avait facilité l’approche en la devinant. Puis, pour détourner l’attention un instant, rendant la situation moins lourde qu’elle n’en avait de potentiel, il suggéra entre parenthèses : « Tu veux aller manger quelque part, peut-être ? »

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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 1 Mar 2018 - 16:17

Sa main solide enserra son bras, retenant son élan déserteur d’une prise ferme qui s'allégit aussitôt, les doigts délicats glissant le long de sa peau jusqu’à s’emparer de sa main fuyante. Emportée par le mouvement, la serpentard tourna sur elle-même, faisant face de nouveau à l’homme qu’elle était venue solliciter de plein gré, mais dont l'apparition à ses côtés avait provoqué sa fuite imminente. Ses yeux noisettes cherchèrent par habitude son regard qu’elle découvrit posé sur elle, affrontant les émeraudes de ses yeux, la pointe d’une ténacité vibrante éclairant ses iris l’espace d’un moment passager. Elle aurait pu se défaire de la douce captivité de ses doigts chaleureux, mais ce fut son regard décisif qui la figea sur place, transformant son corps évadant en une statue momentanée, reléguée à guetter les paroles qui lui seraient inévitablement destinées.

- Certainement pas. Ce qui peut motiver une telle réticence, c’est la peur, la timidité ou la honte. Si tu es ici, c’est que ce n’est pas moi que tu crains. Du reste, je refuse que tu invoques les deux autres motifs entre nous, c’est clair ? Viens plutôt et dis-moi ce qui était une si mauvaise idée.

Un dernier coup d’oeil trouva ses iris bruns, sa main se trouvant de nouveau orpheline alors que le bibliothécaire retrouvait le confort de ses appartements. La brunette hésita un instant, son visage offrant la grâce de son profil tandis qu’elle tournait un regard incertain vers la sortie du domaine des livres avant de s’aventurer dans la pièce ouverte d’un élan furtif. Doucement, elle referma la porte derrière elle, un clic étouffé résonnant dans la pièce, ses yeux errant dans la pièce révélée qu’elle redécouvrait d’un oeil attentif. Elle resta quelques instants près de la porte fermée, observant Octave oeuvrer à parfaire son apparence, la cravate se nouant avec l’agilité de doigts habitués autour de son cou et un gilet trouvant le confort de son torse ferme en une précision minutieuse de l’adulte concentré. Elle se perdit dans sa contemplation, obnubilée par l’attention qui était accordée à sa figure masculine, ne retrouvant le fil de ses pensées que lorsque Octave obliqua vers elle, redevenant le sujet principal de son attention. Sa réserve initiale voila son regard irrésolu d’une ombre dérangeante et elle dévia ses yeux du visage de l’homme, examinant l’une des parures qui habitaient le mur à sa droite d’une attention illusoire.

- Tu viens me parler de Léon ?

Le nom de son ami attira vivement son attention, une étincelle s’allumant dans le creux de ses sombres pupilles tandis qu'elle considérait la question attentivement. C'était une opportunité parfaite pour se raviser, pour éviter le sujet qui l'avait réellement conduite à sa porte. Elle pouvait feindre qu'il était la raison de sa visite, jouer sur une curiosité imaginaire qui l'aurait tellement rongé intérieurement qu'elle serait venue soutirer les détails de cette fameuse nuit où Octave avait, à sa demande, soi-disant rejoint Léon. L’excuse était parfaite, une raison préformulée sur sa présence dans ce lieu, une porte de sortie offerte sur un plateau d'argent. Elle n'avait qu'à sauter sur l'occasion et la vérité sur son déplacement resterait enfouie en elle, un secret qu'elle garderait précieusement des oreilles d’autrui et personne n'en serait plus mal. C’était tout à fait plausible, la dernière rencontre avec le bibliothèque remontant à cette nuit où la dispute avait éclaté de plus belle, où l’entaille s’était agrandie entre les deux amis. Un simple hochement de tête et le tour était joué. Bien sûr, la petite voix continuerait probablement son acharnement, mais elle s’amoindrirait avec le temps jusqu'à disparaître complètement de son esprit indécis. C'était si simple comme plan et pourtant d’une efficacité féroce. Octave n’y verrait que du feu. Mais bien que l'idée possédait un charme certain, elle renonça à son plan improvisé, puisant dans le peu de courage qu'une serpentard avait la capacité de contenir. Elle s'apprêtait à nier la première question lorsque le brusque changement de sujet ramenant son regard volant vers son interlocuteur, un léger froncement de ses sourcils habillant son visage tandis que son esprit attrapait la réconfortante distraction et se logeait dans l'impertinence de l’offre d’aller manger ailleurs, acceptant les quelques instants de répit offert par grâce. C’était une offre qu’elle aurait pu apprécier à sa juste valeur si le sujet dont elle voulait discuter n’était pas aussi discret, aussi intime dans son origine, l’idée d’être entendue par d’autres n'apaisant en rien son coeur battant la chamaille dans sa poitrine. Un petit haussement nonchalant des épaules accueillit tout de même la proposition et elle osa se prononcer sur l’aspect trivial, retardant de nouveau le réel sujet de sa présence auprès d’Octave :

- Seulement si tu connais un endroit discret, je préfère éviter les oreilles indiscrètes. Mais tu voudras probablement savoir la raison de ma venue avant de me proposer une sortie sociale.

Au cas où tu changerais d’avis. Elle retint l’envie de fuir qui harcelait son esprit, contrôlant son regard qui tentait d’évader de nouveau celui du bibliothécaire et retomba dans les raisons initiales de sa venue. Elle retint le soupire qui voulu franchir ses lèvres, régnant sur ses émotions comme il en était de mise pour la vipère et lentement, s’approcha de la petite aire de repos qui s’étirait dans l’un des coins de la grande chambre, prenant place sur le chaleureux fauteuil qui y reposait à l'extrémité. Elle savait qu'elle était impolie, ayant lu quelque part qu'il fallait normalement demander la permission avant de s'approprier le confort du mobilier d'autrui, mais sa contenance tendait à lui faire défaut et l'appui d'un dossier était un soutien bienvenu pour la jeune femme. Doucement, elle enlaça ses doigts sur le dessus de son genou replié, contenant l’agitation de ses mains fébriles. Elle garda les yeux plâtrés au sol, traçant les détails du tapis moelleux qui couvrait le plancher de la chambre, quelques longs moments s’écoulant où son esprit recouvrait une énième fois le sujet de son hésitation récente, s'appropriant le sujet réel de sa visite impromptue pour enfin l’aborder de vive voix.

- J'ai une question indiscrète... Et je comprendrais si tu ne souhaites pas en discuter.

Elle ajouta la deuxième partie rapidement, son ton monotone refusant de laisser entrevoir de nouveau la faiblesse de sa timidité. Elle osa finalement un regard en direction de celui qu'elle était venue solliciter, tentant l'ombre d'un instant de lire les traits de son visage et d'y deviner une réticence quelconque, mais son expression tendait vers l'illisibilité. Toutefois, elle garda son visage tourné vers lui, sachant qu'il était trop tard pour renoncer et que le temps pour la gêne était révolu. À ce stade-ci, deux options étaient possibles : il l'envoyait balader où il répondait à son indiscrétion momentanée. L'ombre d'un instant, la serpentard se demanda quel résultat elle espérait vraiment entre les deux. La promenade forcée lui donnerait une bonne excuse pour laisser le sujet tel qu'il était, pour éviter d'aborder ces sujets intimes qui la rendaient mal à l'aise au plus haut point. Mais d’un autre côté elle savait que sa curiosité resterait assoiffée et en demande d’attention et elle prit sa décision, osant finalement s’aventurer sur le sujet boiteux de sa présence.

- J’ai une question sur ta mère, commença-t-elle d’un ton abrupt avant de s’arrêter, levant les yeux au ciel, exaspérée contre elle-même et son manque de tact impertinent. Une main se délia de son emprise, venant frotter la peau de sa nuque en ce geste inconscient qu’elle n’arrivait que très rarement à contrôler. Ce n’était pas sorti comme prévu. Le soupire franchit cette fois-ci ses lèvres rosées et elle reprit, tendant d’éclaircir les paroles qu’elle venait de prononcer. Enfin, pas sur elle en tant que tel. J’ai une question sur ta relation avec elle. Sur comment tu t’en es sorti… malgré tout ce qu’elle a pu faire. Elle osa un énième regard incertain dans sa direction, le fond de sa prunelle laissant apercevoir le voile de son incertitude avant de fuir de nouveau, et un deuxième haussement des épaules ponctua la fin de sa phrase. Dans un souffle, elle termina : D’où l’endroit discret.

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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Sam 3 Mar 2018 - 1:42

- Seulement si tu connais un endroit discret, je préfère éviter les oreilles indiscrètes. Mais tu voudras probablement savoir la raison de ma venue avant de me proposer une sortie sociale.

Il s’ancra par habitude sur ses deux jambes, prêt à subir l’assaut d’un aveu qu’il ne craignait pas dans l’absolu, comme il ne craignait aucun mot, mais dont il redoutait l’effet anémiant sur la vigueur du conteur. Heather semblait déjà faible par ailleurs, et les poids sous ses yeux n’étaient accusés que par l’ombre de ses joues creusées. La fatigue la travaillait encore, tout comme l’incertitude, et s’offrant un répit languide, elle lui tourna le dos pour se laisser avaler par l’imposant fauteuil. Octave la suivit d’un pas alanguis, silencieux encore et adepte de la méthode freudienne, qui laissait parler le patient dans la perspective où les émotions tournaient en siphon autour du point faible, jusqu’à finalement le rejoindre.

- J'ai une question indiscrète... Et je comprendrais si tu ne souhaites pas en discuter.

Ses sourcils se relevèrent, patiemment curieux, et dans un mouvement fluide qui sentait le problème poindre, il s’assit sur le bord du lit, prenant soin à lui faire face. Cambrant sa belle taille, il entremêla savamment ses doigts sur ses genoux croisés et pencha la tête vers l’avant en signe implicite d’écoute attentive. Généralement, les sujets dont il ne souhaitait pas discuter demeuraient simplement inconnus par définition, car si Octave était un libertin convaincu, les mystères qu’il cultivait se faisaient à l’abri de la lumière, dans les recoins trop délicats d’une intimité farouchement protégée par un esprit acerbe. Alors, c’est dire que l’impatience lui montait secrètement au visage.

- J’ai une question sur ta mère. Enfin, pas sur elle en tant que tel. J’ai une question sur ta relation avec elle. Sur comment tu t’en es sorti… malgré tout ce qu’elle a pu faire.

Il se redressa encore autant que ce fut possible, plus raide que droit. Le sujet le surprit sans l’étonner, effleurant quelque chose dont il avait oublié l’existence, tout en faisant instantanément un lien étroit et rigoureux entre ce qui pouvait présenter des ressemblances, et par là, des espoirs à cultiver. Il s’épouvanta sans le vouloir, se demandant ce qu’elle avait bien pu voir de si révélateur dans la dispute observée quelques semaines plus tôt pour travailler une telle observation ? Octave craignit la vaste tromperie, car comment pouvait-il dignement l’éduquer sur son malheur ? Ses yeux s’accrochèrent à ceux de la jeune femme, prêts à plaider l’imposture, demandant presque grâce d’une telle responsabilité, ne se sentant pas de taille à rivaliser avec un père violent. Puis soudain il se reprit, ferma les paupières un instant et articula précautionneusement :

« Chaque cas est particulier Heather et… » Il hésita, interdit et suspendu en apesanteur, dans l’instant flottant où la gravité commençait à désagréablement annoncer une chute. Mais s’il y avait bien un moment pour être honnête envers soi-même, c’était au profit d’une jeune femme à qui le mensonge n’apporterait qu’un réconfort factice, ou trop simple. « …encore aujourd’hui, je ne suis pas certain de m’en être sorti. »

Il soupira, curieusement serein et grave à la fois, puis se pencha vers l’avant pour se perdre dans le motif compliqué du tapis persan.

Il en avait exécuté des crises, provoqué des disputes, toujours spectaculaires comme un camion de peinture renversé sur l’autoroute. Rien d’extraordinaire en somme, mais diablement impressionnant. Dans une intuition féroce, il avait déclaré à sa mère qu’au vu de leurs dissemblances, elle avait certainement dû l’arracher à une famille aimante de Camden ou, Fulham, à un père attentionné et une mère aimante, qui avait dû suffisamment l’aimer pour au moins une fois le prendre dans ses bras ! Entre deux excès d’admiration, il lui était arrivé d’éprouver une haine infinie pour la femme l’ayant prétendument mis au monde, jusqu’à l’insulte la plus graveleuse, qu’elle avait au début observé de haut sans y répondre, ne lui accordant strictement aucun crédit. « T’es pas ma mère, t’es qu’un monstre, je te déteste, je te déteste ! » Passant une main étroite et longue sur son cou perlé, elle émiettait sa cigarette dans le verre de jus d’orange qu’il était en train de boire, ou sur le devoir qu’il écrivait avec une grande précaution, puis souriait et lui ordonnait de descendre quand il se sera calmé. L’humiliation cuisante l’anéantissait littéralement, infligeant un sentiment de dépossession. Mais les années étaient passées et les divagations étaient devenues plus sérieuses. Si frivoles et odieusement décadentes qu’il parvînt à déformer le beau visage de sa mère en une grimace de colère sempiternelle. Elle lui criait alors dessus, faisait la guerre, mais dès lors avait-il gagné et n’avait plus besoin de se battre. Mais il avait beau eu se révolter et même partir, elle l’avait toujours suffisamment obsédé pour imposer un retour rageusement docile, tragiquement inné, comme un oiseau migrateur revenant sur ses pas, qu’il neige ou qu’il fasse tempête, et même lorsqu’il n’y avait plus rien vers quoi retourner. Elle tirait malsain plaisir de ces vagabondages, et l’accueillait à son sein avec condescendance ; les seules fois où elle daignait le toucher, passant maladroitement mais affectueusement sa main gracile dans ses cheveux enflammés d’enfant fugueur, et il croyait alors s’étioler de douleur, « Je vais mourir si tu me touches comme ça ». Elle s’arrêtait, toujours un peu après, pour montrer que peu lui importait les désirs de son fils, mais il voyait un soulagement dans son geste d’abandon, qui semblait confesser son impéritie de mère. Icebergs au cœur d’un Eden éphémère, où tout n’était finalement que pathétique tristesse. Lâchant un sanglot muet, il revenait, par petits bouts, plus vide que jamais, parce qu’envers et contre sa propre volonté, il l’aimait ; il l’aimait pour ce qu’elle avait eu d’une mère à ces yeux éblouis d’enfant.

En cette période, la notion de rapport entre parents et enfants fut dangereusement pervertie par les radotages grandiloquents de son psychologue de grand-père, qui avait tenu déjà à bonne distance sa propre fille, puis son petit-fils. Alors, rien d’étonnant à ce que sa mort ait tout changé. Octave tâcha de rassembler ces bribes lointaines, qui constituaient un passé parfois nébuleux. Sa tête se redressa, n’offrant d’abord que le front noyé de mèches brunes, puis le rayon vert de son regard se jeta sur Heather. Malgré leurs dissonances, s’il y avait bien quelque chose dont il était avisé, c’était sur l’abus de tendresse sélective, chantages affectifs et violences qui se cachaient sous la flatterie.

« La véritable question est plutôt en l’honneur de quoi suis-je resté aussi longtemps avec quelqu’un qui me punissait toujours plus pour mes fautes qu’il ne me félicitait pour mes vertus, qui abusait de sa supériorité à mes dépends, me tirant sans cesse vers le bas, ou uniquement dans sa direction, qui me faisait croire que j’étais en tout point inférieur aux autres, insensé et sans valeur. » Octave soupira, la bouche entrouverte et la voix d’une gravité lointaine, monocorde, une sorte d’horreur ingénue sur le visage pâle. Sans l’avoir remarqué, il s’était légèrement recroquevillé sur lui-même. « Elle m’a intoxiqué au point où je suis devenu dépendant d’elle. Je lui pardonnais et m’aveuglais parce qu’elle prétendait tout faire au nom de l’amour. » Il eut un pauvre sourire navré, rictus insensé qui se moquait d’une adolescence stupide. « Comment veux-tu quitter la seule personne prétendant t’aimer alors que tu penses ne rien valoir. Qu’elle m’eut aimé ou gardé par orgueil, sans elle, je perdais le peu que j’avais. Sans elle, je n’étais plus rien. » Il entendit le souffle trembler dans sa voix et s’arrêta suffisamment pour apaiser le trémolo montant. L’aveu était un miracle laborieux, il le savait, alors il prit son temps dans les pauses mutiques et les contemplations vagues. « Je crois qu’un jour j’ai tout simplement aperçu l’enfer. On peut rendre la vie tragique sans qu’elle soit absolument insupportable, mais ce que j’ai entrevu avait l’apparence d’une tourmente qui ne prendrait jamais fin. Et dans quel but ? Satisfaire quelqu’un qui me rendait esclave pour ne surtout jamais me voir partir ? » Il releva franchement la tête, toisant de ses yeux lourds et alanguis l’étudiante prisonnière, puis ordonna : « Fuis Heather. Pars, loin. Là où tu te trouves, il n’y a rien de bon pour toi que l’aliénation. Dans ce combat-là, tu gagnes que lorsque tu acceptes de perdre. »


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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mer 4 Avr 2018 - 20:10

- Chaque cas est particulier Heather et… encore aujourd’hui, je ne suis pas certain de m’en être sorti.

L'aveu l’a surprise, une révélation étonnamment franche qui bouscula son intérieur, serrant son coeur sous la rapidité avec laquelle il confia ce secret où une sincérité poignante avait été témoignée sans l'ombre d'une réelle hésitation. Ou bien était-ce l'éraflure d'une peur bien existante qui captiva l’esprit de la serpentard alors qu'il remettait les pendules à l'heure, révélait ce qu'était véritablement la relation mère-fils des Holbrey, avouait que l’enfant était toujours prisonnier des griffes du parent qui se réconfortait dans sa manipulation incessante. Elle n’était pas certaine de ce qui captura exactement son attention et se perdit l’espace d’un moment dans l’ignorance de ses propres émotions, évitant d’explorer ce tourbillon incompréhensible d’ébranlablement et d’inquiétude qui se répandait en elle. La jeune femme ferma les yeux quelques secondes, saisie par la réalité, par la réalisation qu’elle avait peut-être finalement eue tord, qu’il était, encore à ce jour, affecté par les manoeuvres incessantes de sa mère. Pourrait-il réellement la conseiller si l’emprisonnement était toujours une actualité dans sa vie, s’il ne s’en était jamais vraiment sorti comme il venait tout juste de lui expliquer ? Les yeux jade l'avaient quittée, se libérant des noisettes qui colorait les iris de la serpentard pour se poser sur l'épais tapis persan qui attirait les regards émotionnels de l’intime discussion qui s'était amorcée entre eux deux, un aimant auxquels les yeux s’accrochaient pour éviter d’observer à qui les paroles s'adressaient réellement tandis que les mots s’envolaient dans l’air, se logeant dans le confort des oreilles tendues à l’écoute. Le regard de la vipère ne fit pas exception et son visage se baissa vers le sol où il était si facile de se perdre dans ses propres pensées, où il était si facile d’éviter les émotions que les visages exposaient doucement sur les traits traîtres de leur peau tendue. Un regret sinueux serpenta dans ses entrailles, remettant en question la pertinence de sa visite si l’homme qu’elle avait cru savoir régner sur sa vie n’y parvenait pas tout à fait, au pris par les manigances de celle qui l’avait engendré. La lèvre inférieure de la brunette vint se loger entre ses dents et ses yeux remontèrent vers le visage de celui qui s’était commis au silence. Elle avait touché une corde sensible et elle le savait, le corps recroquevillé de l'homme assis sur le matelas témoignant de la lourdeur du sujet qu'était le noeud de la discussion, témoignant des mauvais souvenirs que son esprit devait en toute probabilité ramener à la surface, brisant sans aucun doute le calme qui devait résider en lui avant son arrivée impromptue dans ses appartements. Elle laissa ses yeux glisser sur l'homme, attrapant de son regard le frôlement de ses cheveux sur son front penché, remarquant l'absence de l'étincelle qui habitait normalement ses yeux de jade baissés, englobant l’apparence chétive qu'Octave avait adoptée dans l’élan de ses aveux personnels. Le silence s’étendit entre eux et elle se perdit dans sa contemplation alors que le sujet de son regard égaré semblait analyser les détails de l'inévitable tapis avant de reprendre la parole d’un ton lointain:

- La véritable question est plutôt en l’honneur de quoi suis-je resté aussi longtemps avec quelqu’un qui me punissait toujours plus pour mes fautes qu’il ne me félicitait pour mes vertus, qui abusait de sa supériorité à mes dépens, me tirant sans cesse vers le bas, ou uniquement dans sa direction, qui me faisait croire que j’étais en tout point inférieur aux autres, insensé et sans valeur. Elle m’a intoxiqué au point où je suis devenu dépendant d’elle. Je lui pardonnais et m’aveuglais parce qu’elle prétendait tout faire au nom de l’amour. Comment veux-tu quitter la seule personne prétendant t’aimer alors que tu penses ne rien valoir. Qu’elle m’eut aimé ou gardé par orgueil, sans elle, je perdais le peu que j’avais. Sans elle, je n’étais plus rien.

Sans elle, il n'était plus rien. Les mots firent écho à ceux qu’elle avait elle-même prononcés quelques jours plus tôt à son ami dans la multitude de tirades qu’ils s’étaient échangées, l'antonymie de sa propre idéologie, mais où une certaine similarité brillait par leur importante discordance. Que ce soit pour lui ou pour elle, la raison de leur existence tournait autour d’une seule et même personne qui dictait leur vie depuis leur naissance, qui contrôlait leurs émotions que ce soit par amour ou par haine, par orgueil ou par dédain. Ces deux émotions pourtant si contradictoire, mais dont le dicton enseignait qu’il n’y avait qu’un pas entre les deux. S’il restait, elle n’était plus rien, qu’un autre enfant abusé qui n’avait pas eu la force de combattre. Si elle partait, il n’était plus rien, qu’un autre enfant délaissé et mal aimé ne méritant pas l'amour de son parent. Un soupire franchit la barrière de ses lèvres tandis que celui qui se confiait prenait une énième pause dans son discours, reprenait son souffle comme si son corps venait d’accomplir un marathon, épuisant son esprit et ses muscles sous l’effort exercé par les confessions qu’il extirpait de lui-même.

- Je crois qu’un jour j’ai tout simplement aperçu l’enfer. On peut rendre la vie tragique sans qu’elle soit absolument insupportable, mais ce que j’ai entrevu avait l’apparence d’une tourmente qui ne prendrait jamais fin. Et dans quel but ? Satisfaire quelqu’un qui me rendait esclave pour ne surtout jamais me voir partir ? Fuis Heather. Pars, loin. Là où tu te trouves, il n’y a rien de bon pour toi que l’aliénation. Dans ce combat-là, tu gagnes que lorsque tu acceptes de perdre.

- Fuir ?, demanda-t-elle du tact au tact, l’incrédulité coulant sur sa langue alors qu’elle répétait le mot qui la bouleversait tant. Aussi rapidement les mots étaient-ils sortis de la bouche d’Octave que les yeux de la brunette s'enflammèrent, foudroyant le bibliothécaire d’un regard brûlant. L’idée était révoltante, contre tout ce dont elle croyait et pourtant, il était le deuxième a lui foutre cette vérité au visage, le deuxième à lui conseiller de ne pas affronter Jake et de simplement partir, que la seule façon de gagner ce combat qu’elle s’était forcée à mener était de simplement refuser de se battre, de lâcher prise. L’idée de perdre contre lui continuait de la révolter, de lui serrer douloureusement les entrailles jusqu’à ce qu’une grimace envahisse son visage. Fuir ?, répéta-t-elle de nouveau, n’arrivant pas à s’accrocher à l’idée que de laisser son père gagner était la meilleure solution, l'incompréhension colorant chaque lettre du mot qu’elle disait de nouveau sans réellement en absorber l’implication. La solution magique est de le laisser gagner ? De le laisser partir l’esprit en paix avec l’idée qu’il a pu faire tout ce qui lui plaisait sans jamais en subir les conséquences ? Qu'il a pu anéantir la vie de ma mère et s'acharner à détruire la mienne et qu'au final, il ne doit rien à personne pour sa cruauté ? C'est ça la solution ?!, demanda-t-elle, un rire sans joie quittant la barrière de ses lèvres alors qu’elle secouait inconsciemment la tête de gauche à droite.

D’un mouvement rapide, la serpentard quitta le confort de la chaise, s’approchant rapidement de la sortie, dégoûtée par la discussion qu’elle avait elle-même emmenée sur le tapis. Non, ce n’était pas possible, elle ne pouvait pas perdre, elle ne pouvait pas le laisser vivre après tout ce qu’il avait causé. Et si c’était la solution ? La vipère s’immobilisa brusquement sur place, ses yeux s’accrochant au bois qui constituait la porte massive, son esprit refusant de quitter le sujet qu’elle avait abordé, s’empêchant de s’évader de la discussion qu’elle avait commencée dans l’optique de faire taire les et si qui s'acharnaient à la faire douter, mais qui, au final, revenaient armés d’une force redoutable jusqu’à la maintenir immobile. Et si Léon avait eu raison au final ? Et si elle s’était fermé les yeux, s’accrochant à l’idée que seule une vengeance à la finalité meurtrière apaiserait ses maux alors que la vérité était tout autre ? Elle n’avait jamais même considéré cette option, de fuir au lieu de se venger du mal qu’il s’était amusé à causer, et pourtant, en quelques jours, voilà que l’option lui était présentée comme étant la seule solution, la seule véritable façon de gagner contre celui qui hantait chaque instant de son existence, to let it go. Ses entrailles se serrèrent et la brunette tenta d’avaler le peu de salive que sa bouche avait réussi à produire, passant une main tremblante sur son visage tendu. Lentement, elle fit volte-face, s’approchant de nouveau de celui qui s’était ouvert à elle jusqu’à s’arrêter à quelques pas de lui, ses mains se tordant devant son abdomen tandis que ses yeux retrouvaient la vision réconfortante du tapis persan.

- Comment suis-je censée vivre avec moi-même si je pars ? Comment suis-je censée vivre avec l’idée qu’il s’en est sorti indemne après tout ce qu'il a fait ?

Ses yeux remontèrent finalement le long de la jambe du bibliothécaire, traversant son torse jusqu’à s’arrêter sur les jades qui ornaient son visage, cherchant une réponse qu’elle n’était pas sûre de trouver ici.

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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mer 11 Avr 2018 - 18:45

Dès les premières paroles, il avait décelé la déception. Il ne pouvait pas vraiment s’en étonner, personne n’aimait à recevoir une réponse n’engageant pas la moindre victoire recélant sa propre quintessence, ni aucune facilité dans l’exécution, proposant davantage une résignation silencieuse et sans le moindre combat. Il venait tout bonnement de priver un désir de sa vengeance, profitant du crédit que Heather avait semblé lui prêter jusqu’à entendre le contraire de ce en quoi elle croyait. Lui aussi aurait souhaité avoir la satisfaction d’un triomphe spectaculaire, facile et émotionnellement palpable sur son passé. Un grondement magistral à la fin d’une symphonie, invoquant toutes les forces de l’orchestre jusqu’à ébranler chaque nerf, avant le silence assourdissant du dernier canon ayant annihilé sa cible. Au lieu de ça, ces histoires gagnaient à mourir avec la douce constance de la neige fondant au soleil, au complet détriment du goût pour le tragique inconsciemment cultivé par des esprits reprochant au réel son absolue brutalité. Octave était parti, il avait fui, plus d’une fois, incapable de s’avouer que la présence accaparent de sa mère n’avait rien avoir avec leur proximité physique, ni son existence tangible en cette vie. Dès lors qu’elle avait eu l’ascendant sur lui, aucune facilité apparente n’était parvenue à le guérir, car il ne s’agissait plus tant d’une présence écrasante que d’une logique imposée. Même loin, même sans lui parler ou y penser, il surprenait de vieux raisonnements étouffer son esprit d’un éclair aveuglant et sans teneur, par la simple force d’une habitude jadis acquise. Cette force-là s’était savamment dissipée dans sa pensée jusqu’à s’y confondre presque sans reliefs, l’aliénant entre ce qu’il révélait du cœur et ce qui lui appartenait par influence néfaste. Sa mère pouvait mourir demain que ça ne l’aiderait pas davantage à se libérer. C’était un travail qu’il exécutait indépendamment de ce à quoi il était confronté, qu’il fut loin du danger ou proche, accaparé par la facilité ou baignant dans la félicité. Sa mère avait tout avoir avec ses tourmentes et strictement rien avec sa possible, lente et capricieuse convalescence. Heather s’était préparée à devoir commettre l’irréversible, mais au lieu de cela, on lui expliquait qu’il fallait reculer. Il fallait toujours sacrifier quelque chose pour aller mieux, sans jamais qu’il ne soit question de sa propre intégrité.

« Fuir ? »


Demanda-t-elle en écho, comme si elle peinait à en saisir le sens et l’étendue, ou plutôt dans une tentative d’étreindre tout ce que cela impliquait. Bien entendu, elle le prit au sens littéral et il ne fallut que peu d’efforts à Octave pour comprendre les fondements de ses questionnements. Elle transposait pour pouvoir s’approprier les réponses et les solutions, manifestement contrariée par une conclusion n’inspirant rien de particulièrement cavalier ni radical. Il allait probablement devoir déployer sa répartie trop courte et trop simple sur tous les niveaux pour la rendre ne serait-ce que tolérable pour cet esprit ardent. Il avait dit « fuir » pour sentir se mot se faire malmener par le prisme de ce que Heather pouvait admettre et entendre. Parce que la question avait été motivée, la réponse se retrouvait ajustée à son propre contexte : Heather se voyait déjà devoir plier définitivement sous le joug de son père en lui reconnaissant sa domination, alors qu’Octave avait évoqué une évasion bien plus absolue que cette primaire capitulation. Ce qu’elle devait abandonner derrière soi, c’était cette malsaine dépendance, où une seule personne était capable de définir la qualité de son existence et dont la seule force résidait dans la conviction de sa nécessaire réalité. Elle ne connaissait que ça, ne voyait plus que cela et sa liberté ne pouvait que se faire au dépend de cette unique variable à tel point où personne n’y pouvait strictement rien.

« La solution magique est de le laisser gagner ? »


Octave pinça légèrement les lèvres. Fuir, perdre, gagner, magique, paix, solution… c’était un vocabulaire peut-être trop primaire et catégorique pour une situation qui demandait une extrême subtilité, tant dans le vocabulaire que dans la forme. Très lentement, il secoua la tête en guise de négation, tandis que l’étudiante abandonnait clairement les apparences et les abstractions pour s’acharner sur ce qui lui tenait véritablement à cœur. Octave et sa mère n’avaient de l’importance que dans la mesure où cela lui apportait quelque chose à sa propre peine. Il voulut parler à plusieurs reprises, l’interrompre-même pour la contredire au cœur de sa litanie, mais à chaque fois ses lèvres étaient demeurées sans mots à prononcer, sèches et nerveuses. La détresse qu’il y eut dans la précipitation défensive l’émut dans son impuissance, sa cuisante sensation d’injustice et la conscience qu’Heather allait devoir renoncer à tout cela si elle voulait mener une vie peut-être pas parfaitement paisible, mais au moins parfaitement libre. La contrariété sur laquelle s’aboutit la plainte malheureuse insuffla suffisamment de forces au corps enfoui pour s’extraire d’un confort qui supportait si mal l’amertume. Heather bondit du fauteuil et s’approcha de la porte d’un pas décidé, subitement arrêté, comme par l’illusion de sa propre fuite. Octave était demeuré immobile, sans le souffle et guettant l’instant propice de son retour car parler à ce dos pourrait s’avérer fatal s’il avait décidé de demeurer sourd. Elle revint sur ses pas malgré l’impulsion et sembla se recroqueviller sous le poids de ses propres pensées, dont la charge baissait ses yeux au sol.

« Comment suis-je censée vivre avec moi-même si je pars ? Comment suis-je censée vivre avec l’idée qu’il s’en est sorti indemne après tout ce qu'il a fait ?
- Et comment es-tu censée vivre avec toi-même si tu restes ? Tu es naïve si tu crois qu’une vie pareille aura laissé ton père indemne et l’esprit en paix ! » Octave pesa lourd sur ses deux bras, qu’il avait ramené vers l’avant pour se pencher au-dessus de ses genoux tel un arbre aux branches trop lourdes. « Et quand bien même le prix qu’il aura payé ne te semble pas à la hauteur, que comptes tu faire ? Rétablir la balance ? » Il eut un rictus excessivement narquois, releva la tête et planta son regard dans celui de la jeune comme deux flèches, qui semblèrent la transpercer de part en part sans aucune résistance. Chaque enfant avait déjà souhaité la mort de son parent, ou au moins nourri une vengeance terrible. Pourtant Octave ne souriait pas par moquerie, mais parce qu’il reconnaissait l’option facile et superflue. « Tu parles de victoire, de sa victoire, sans avoir d’égard pour la tienne, parce que ce qui t’importe, c’est que lui perde, quitte à ce qu’il t’emporte avec lui dans sa chute, n’est-ce pas ? En restant pour te venger, pour faire justice, tu te sacrifies pour lui, encore. Alors que la pire punition à laquelle tu puisses aspirer, c’est celle de l’oublier et de te relever malgré le fait qu’il se soit acharné à te tirer vers le bas. Peu importe qu’il gagne, ou qu’il perde : sa victoire n’a de valeur que ce que tu es prête à lui en accorder. Et il gagnera tant que tu accepteras de vivre ta vie en fonction de la sienne. » Le rayon vert de ses yeux insista sur le visage de la jeune femme, scrutant avec dureté les traits lâches et résignés de sa fatigue. Son torse semblait peser lourd sur ses bras aux coudes à peine fléchis. « La solution magique… tu crois que c’est facile de consentir à lâcher prise ? »

Octave serra les lèves, laissant volontairement un silence lourd de menace les envelopper comme l’eau trouble d’un vieil aquarium. Mais il se redressa finalement, soulageant les jointures de ses épaules entre lesquelles sont cou s’était tassé dans une attitude morose et maussade. Connaissant l’importance du maintien, il préféra se délester gracieusement en espérant que son esprit embourbé suive l’envol de sa droiture retrouvée. D’une main distraite, il tritura le bouton argenté de son gilet en tweed finement tressé tout en toisant l’adolescente d’un regard indéchiffrable et sans la moindre expression, semblait-il. Puis, un sourire finalement fleurit à l’orée de ses lèvres lustrées et il s’ouvrit à nouveau tout doucement. L’énervement avait été fugace et à peine perceptible, lueur résiduelle dans sa manière hachée et empressée de parler, avec une emphase curieuse sur les mots d’importance ou la ponctuation, mais s’était maintenant dissipé pour lui rendre ses tonalités habituelles, trainantes et rythmées par une mélodie inconnue.

« Vis pour toi et non pas pour ses victoires ou ses défaites. En finalité, elles ne t’apporteront rien. Pense à ce que toi tu souhaites, et ce, non pas selon l’instant présent, mais pour ton avenir. L’idée n’est pas de renoncer à la vengeance, mais de ne pas en faire un but. Qui veux-tu être Heather ? Quelqu’un qui sera habitée par le fantôme de son père, même une fois s’être vengée pour les griefs perpétrés, ou quelqu’un qui aura accepté de ne pas mettre les présomptions d’un autre au-dessus des siennes ? La vengeance sera fugace, la liberté, éternelle. »

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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 12 Avr 2018 - 1:37

- Et comment es-tu censée vivre avec toi-même si tu restes ? Tu es naïve si tu crois qu’une vie pareille aura laissé ton père indemne et l’esprit en paix ! Et quand bien même le prix qu’il aura payé ne te semble pas à la hauteur, que comptes tu faire ? Rétablir la balance ?

Le regard qui lui fut brusquement jeté la fit osciller doucement, l’ébranlant d’autant plus alors qu’elle tentait de masquer l’inconfort de l'incompréhension qui flottait sur son visage, colorant ses yeux de la lueur de l’incertitude. Le sourire narquois qui s’étirait sur les lèvres de son interlocuteur n’ajouta qu’un embarras cuisant à sa précarité, se sentant étrangement vulnérable alors que la vengeance à laquelle elle s’était permise de rêver faisait office d’un sarcasme camouflé sous l’apparence d’une question posée, l’ironie teintant la rhétorique qui s’évada de la bouche de celui à qui elle était venue quémander conseils. Le regret la saisit violemment, emprisonnant d'une ferme poigne ses entrailles tandis qu'il continuait son discours d’une rapidité pressée, martelant son point sans relâchement, s'acharnant à exposer une vie où rien d’autre n’avait d’importance que celui qu’elle tentait avec tant de ferveur de faire taire à tout jamais. Mais que regrettait-elle exactement : d’être venue à la porte d’Octave, que la réponse n’était pas celle qu’elle avait espérée ou qu’au final, en s’obstinant à se venger, qu’elle est offert à son père tout ce qu’elle s’entêtait à lui retirer ? Malgré l'envie saisissante de fuir son regard pénétrant, ses yeux restèrent posés sur lui, étrangement attirés par la franchise de ses propos et la constance de ceux-ci, figée sur place par l'érosion de ses convictions qui s'intensifiait à chaque mot prononcé. L’impression d’être perdue dans une mer d’incertitude s’aggrava, remuée par les vagues dévastatrices de la terreur qui s’amplifiait au sein de son être.

- La solution magique… tu crois que c’est facile de consentir à lâcher prise ?

Le silence accueilla la fin du discours du bibliothécaire, lourd de sens, pesant sur ses épaules avec la force d’une tonne de briques et elle dut oeuvrer d’une concentration qu’elle ne croyait plus posséder pour éviter que son corps ne suive le mouvement du poids imaginaire. Puis, un sourire doux reprit finalement possession du visage de l’homme tandis que son regard restait posé sur elle, refusant de lui laisser, même l’espace d’un moment, un répit quelconque et bien que rien en elle ne rimait avec calme, elle laissa son propre visage se détendre, mimant la tranquillité que la discussion semblait reprendre alors qu’Octave prenait la parole de nouveau. La main traîtresse de la brunette vint se lover sur sa nuque, massant d’un mouvement inconscient les noeuds que l’angoisse insistante venait créer à la base de son cou, se perdant dans l’amas de cheveux qui s’y trouvait avant de quitter finalement la peau moite pour rejoindre le côté de son corps. Interdite, elle s’approcha du lit jusqu’à s'y asseoir, prenant place aux côtés de celui qui s’acharnait à lui faire comprendre un point de vue auquel elle avait, jusqu’à présent, refusé d’accorder une réelle importance. Elle était venue avec l’idée de faire taire la pensée qui la narguait depuis sa dispute, espérant clamer la victoire sur le sujet pour, qu’au final, la sensation d’avoir eu tort sur toute la ligne ne lui inflige une fatigue douloureusement réelle. Trahie par son propre esprit, une pointe de culpabilité pointa le bout de son nez alors qu’elle repensait à la rage qu’elle avait fait déferler sur Léon tandis que son ami avait tenté d’exprimer le même concept à la serpentard butée et renfrognée qui avait tout simplement refusé de l'écouter. Son esprit se perdit dans les nouveaux questionnements que la discussion avait dévoilés, explorant cette culpabilité grandissante sous un tout autre angle. Pourquoi était-elle encline à croire Octave alors que Léon lui avait soufflé les mêmes vérités ? Était-ce le fait qu’il était le deuxième à lui exprimer le tout ? Ou bien était-ce parce qu’elle avait entrevu l’espace d’un moment fugace la relation qu’il entretenait avec sa mère, lui permettant ainsi d’y voir une certaine similarité avec celle qu’elle possédait avec son père ? Bien qu’elle ne trouverait certainement pas la raison parfaite aux questions qui tourbillonnaient dans son esprit, elle savait qu’elle ne pourrait taire le sujet avec Léon, mais ceci était un problème auquel elle s'attarderait un autre jour, son esprit refusant de s’éclipser plus que quelques douloureux moments du sujet brûlant. Vivait-elle que pour Jake en concentrant tous ses efforts à une vengeance pourtant plus que méritée ? Le bonheur serait-il vraiment que temporaire ? Elle n’avait pas les réponses aux innombrables questions qu’il continuait de lui poser, effrayée de s’y attarder et de découvrir une pénible vérité, mais son esprit refusait de fuir le sujet. Elle s’aventura finalement à répondre à Octave, brisant le silence qu’elle avait laissé s'immiscer entre eux, s’accordant le droit d’offrir l’un de ses propres aveux au bibliothécaire.

- L’avenir.. je n’y ai jamais réellement pensé. Tout s’arrête là. Tout s’arrête avec sa mort. C’est le néant ensuite, commença-t-elle d’un ton neutre alors que son regard était fixé droit devant, plongée comme elle était dans les révélations des mystères que son esprit gardait normalement précieusement cachés. La vérité est que je n’ai jamais vraiment pris le temps de penser à quoi que ce soit d’autre que ça, avoua-t-elle, la voix légèrement plus faible qu’auparavant, l’impression que chaque parole pesait sur sa langue envahissant ses sens. Puis, un petit rire franchit ses lèvres, le son, cette fois-ci, beaucoup plus sincère que le ricanement qui l’avait quitté quelques instants plus tôt. Enfin.. je me suis perdue une fois à imaginer ce qui pourrait se passer ensuite, à ce que je pourrais faire de ma vie, mais… c’était sans importance comparé à lui, comparé à ma vengeance...

Les mots moururent sur sa langue, commençant à comprendre de plus en plus l’idée qu’Octave tentait de lui expliquer. C’était exaspérant, enrageant comment le nom de son père, son visage, ses mots envahissaient si rapidement son esprit à chaque détour d’une conversation, guettant la moindre opportunité pour la hanter de nouveau. Ils n’étaient même pas dans le même pays, mais elle ne pouvait s’empêcher d’y accorder une importance immense, le laissant inonder chaque aspect de sa vie comme s’il était à ses côtés, commentant et accompagnant chaque moment telle l’infection néfaste qu’il était. Elle n’avait jamais réalisé à quel point il était toujours là, dans son esprit, crachant son venin destructeur, et si elle était réellement sincère avec elle-même, elle était la seule et unique coupable, lui offrant cette opportunité qu’elle seule pouvait lui octroyer et au final, qu’elle seule pouvait lui retirer. Elle seule pouvait reprendre le dessus sur sa vie. Perdre pour mieux gagner. Qui aurait cru que la solution était si contradictoire en soi ? Et bien que l’idée commençait à s’ancrer en elle, à prendre un sens qu’elle n’aurait jamais cru possible, un doute restait présent, murmurant ce fameux et si qui s’amusait à s'aromatiser à toutes les sauces, à s’adaptant à la dernière idée qu’elle osait adopter. Les aveux du bibliothécaire ne semblaient pas vouloir la laisser tranquille, flottant au-devant de son esprit alors qu’elle repensait à tout ce qui avait été dit en si peu de temps, tentant d’y voir clair et de s’accrocher à l’idée qu’elle avait probablement eu tort toutes ses années, obnubilée comme elle avait été par sa douce vengeance. Mais le doute refusait de se dissoudre, une phrase que l’adulte avait prononcée refusant de se taire, la narguant de par sa propre contradiction. Car même si la solution qu’on lui recommandait vivement était la plus noble, la jeune femme serait incapable de s’y agripper si elle n’était qu’une théorie utopique sans véritable application réelle. Elle tourna quelque peu la tête, offrant un peu plus de son visage que simplement son profil, les sourcils froncés témoignant de l’interrogation sur laquelle elle s’était arrêtée alors qu’elle absorbait les paroles de l’homme. Elle hésita un bref moment, observant une énième fois les traits de son interlocuteur avant de jeter toutes précautions par la fenêtre, sachant que le temps de la réticence avait été révolu il y a quelque temps déjà et s’aventura à prononcer à voix haute le fond de sa pensée brièvement méfiante :

- Tu parles avec tant de certitude, tant d’ardeur que fuir est la solution... et pourtant, tu n’es pas sûr de t’en être sorti, ses paroles colorées d’une certaine douceur fragile brisèrent le silence. Puis, elle posa enfin les questions qui s’étaient immiscées dans son esprit tandis qu’elle avait retourné les dires d’Octave dans tous les différents sens. Pourquoi crois-tu encore aujourd’hui que tu as fait le bon choix ? Comment tu tiens le coup malgré tout si ça te hante toujours ? Elle est où ta liberté à toi ?

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MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Dim 15 Avr 2018 - 19:51

Avec un peu de chances, il n’avait fait que mettre des mots sur ce qu’elle savait déjà, sans avoir jamais osé y faire face. Les valeurs archétypales avaient la convenance de ne se soustraire à rien d’autre que leurs propres limitations, ne dépendant ni du contexte, ni de l’individu, se suffisant strictement à soi-même tel un concept dans le monde des idées. Ces pensées, parce qu’elles étaient abstraites et reposaient sur un système de valeurs évidentes, se construisaient à l’horizon sans trouver la nécessité de se manifester objectivement aux perceptions du monde, qui s’y ancrait sans véritablement s’y référer. Les accusations que nourrissait Heather envers son père n’avaient au fond pour source qu’une inspiration maladroite à vivre sans que son image ne se manifeste à chaque instant de chaque jour, de chaque minute qui passait, esquissant sans relâche son reflet là où il pouvait s’ancrer. La tentation première, l’impulsion féroce et vivifiante, dictait la destruction avec l’espoir à ce que la mort physique entraine l’extinction de la hantise. Mais c’était l’aboutissement ultime et logique d’une haine qui visait en sa catharsis le sacrifice définitif. Si Heather y consentait, elle se contenterait de couronner son propre échec. La réalisation, quant à elle, viendrait bien évidemment beaucoup plus tard lorsque, pensant à son geste, elle se rendrait compte n’avoir pas levé la main pour elle-même, mais pour son père. Sa quête n’était pas celle de l’indépendance, mais de l’annihilation complète des succès, des prospérités et triomphes que son père avait possédés, non plus même celles que la concernaient strictement, mais toutes celles qui avaient contribué à rendre la vie de Jake moins terne ne serait-ce qu’un instant. Il y avait dans ce désir de satisfaisante félicité simple et immédiate une absence pourtant parfaite d’avenir, puis une négation absolue de sa propre existence, et qui allait décemment prétendre préférer s’y risquer ? Mais l’envie était insatiable, envers et contre toutes les exigences réfléchies, chose qui peut-être avait si honnêtement glissé une once de terreur dans le regard de la jeune fille. Elle avait perçu dans les mots du bibliothécaire l’ébauche d’une alternative qui avait pourtant toujours existé en son sein, mais qui contentait si mal ses besoins immédiats et sa fougue vengeresse, qu’elle n’y avait jamais songé avec l’intention d’y accorder du crédit. Mais maintenant, le squelette s’articulait et pire, il faisait sens, bien mieux sans doute que le sang qui excitait son appétit. En guise de réconciliation, elle vint s’assoir à ses côtés sans le regarder pour autant, mais donnant tacitement une chance à ses explications, qu’Octave saisit.

« L’avenir… je n’y ai jamais réellement pensé. Tout s’arrête là. Tout s’arrête avec sa mort. C’est le néant ensuite. La vérité est que je n’ai jamais vraiment pris le temps de penser à quoi que ce soit d’autre que ça. »


Elle rigola, ce qui força le bibliothécaire à relever les yeux, tantôt perdus en parallèle à ceux de la jeune femme dans la contemplation d’un horizon étrangement commun. Maintenant, elle y pensait ; maintenant elle en parlait. Octave se conforta encore une fois que les idées advenaient dans l’opposition et la parole. Rien n’existait vraiment dans l’esprit tant que ce ne fut pas explicitement dit, manifesté au monde et à ses propres yeux, qui seulement se retrouvaient soudain aptes à observer la réflexion dans toute sa force robuste ou son infinie imperfection.

« Enfin.. je me suis perdue une fois à imaginer ce qui pourrait se passer ensuite, à ce que je pourrais faire de ma vie, mais… c’était sans importance comparé à lui, comparé à ma vengeance...

- Tu te trompes de cible et tu oublies une étape. »

Accusa-t-il sans ménagement, avec l’absolue certitude néanmoins que l’obsession ne la lâcherait plus et que déjà, même en silence, sa pensée continuait à contrarier la confusion par d’incessantes et contraignantes accusations. Il savait maintenant Heather entêtée au point de nier son propre avenir au profit des plaisirs du présent, mais suffisamment intelligente pour ne pas rester complètement sourde à ce qui déjà faisait écho en son cœur. Sinon, elle se serait enfuie en sentant que ce n’était pas le réconfort qui l’accueillait en ces lieux, mais la vorace et incessante épreuve de ses opinions. Si elle n’avait pas voulu argumenter, ils n’en seraient pas là, Octave n’en serait pas là, à tenter de la convaincre. C’était que quelque part, elle voulait bien se laisser faire, à condition que ce ne fut pas son effort propre. Alors, il se redressa, l’observa un instant puis dévia son regard vers le mur d’en face, caché par une large et haute bibliothèque personnelle, dont les étagères montaient jusqu’au plafond. Les ouvrages se serraient en touches de piano, hypnotisant par leur stricte régularité.

« Ca a duré trop longtemps pour que tu puisses mettre fin au problème en abolissant sa cause. » Annonca-t-il avec une tranquille fermeté, non plus parce qu’il ne s’agissait que d’une expérience personnelle, mais parce qu’il le voyait. « Ton père, tu le portes en toi dans ta posture, ton attitude, les suppositions que tu fais au sujet des gens que tu rencontres… Tout ça reste très implicite. On ne se rend souvent pas compte, ou on n’en a pas envie, à quel point ce qui nous fait du mal nous affecte. Tu le portes en toi sous forme de méfiance, de haine et d’amertume, parce que c’est quelqu’un qui t’auras constamment rabaissé. »

Cela cependant, il ne pouvait en être que secrètement complice. Sa mère aussi, il la voyait se diluer dans l’eau qu’était sa vaste vie, petites gouttes de poison qui ne le tuaient plus comme avant, l’intoxiquaient parfois, mais toujours avec moins d’ampleur que la fois précédente. Il savait reconnaître lorsque la chimère de sa génitrice était sur le point de se manifester et au lieu de la contourner, s’armait de patience pour étouffer le monstre qui grandissait en son propre cœur, subissant à chaque fois la mort de son passé, de ce qu’il avait un jour été et ne voulait plus être. Octave frotta ses doigts les uns contre les autres, pouce contre phalange, atténuant le froid qui l’habitait et chassant la tension diffuse. Il la regarda à la dérobée, sans s’aventurer jusqu’à ses yeux, gardant les siens délicatement baissés sur les moins nerveuses de la jeune femme.

« Admettons, tu l’affrontes et il n’est plus là, tu as rétabli la balance. A quel point es-tu certaine que quelque chose de semblable ne se reproduira pas avec quelqu’un d’autre plus tard dans ta vie ? » Octave eut un bref soupir, considéra le mur et s’expliqua plus amplement avec un jargon qu’il n’aimait pas particulièrement mettre en lumière : « C’est ce qu’on fait en psychothérapie : tu regardes ce qui ne va pas et tu te demandes : qu’est-ce qui m’est arrivé ? Tu tentes de savoir quelles sont les causes qui t’ont mises dans cette position de vulnérabilité. La part de toi qui s’accroche à tout ça, c’est celle qui se demande si elle parviendra à suffisamment changer pour que ça ne se reproduise plus. Ton père aura beau mourir, il sera toujours là à tirer tes fils parce que ta mémoire fera subsister son souvenir, tant dans ton esprit que dans ton corps. »

Octave eut un bref sourire navré en repensant à leur rencontre : cette posture que la jeune femme avait eue à son égard était restée gravée dans sa mémoire, comme la preuve d’une méfiance bien trop exacerbée pour être due à la vie courante. La morbide nostalgie lui joua cependant des tours, car ce fut Heather à présent qui relevait un visage décidé pour lui demander des comptes, dont la légitimité était à la hauteur de leur quelque peu désagréable vérité. Les yeux soudain perdus dans le vague, agiles et vifs sur les détails tour à tour du mur ou du tapis, Octave se sentit brièvement confus, sans en percevoir la raison exacte. L’espace d’un instant, il avait cru ne rien avoir à répondre, se retrouvant adolescent imitant une vie en laquelle il n’insufflait aucune conviction. Avec l’abondance de mots qui s‘éveillèrent, revint la certitude que cette époque-là était définitivement révolue. Heather le regardait, mais lui baissa les yeux sur ses mains à présent entremêlées et prolongea ce qui devait être rectifié.

« Je n’essaye pas de te convaincre de quoi que ce soit. Nos chemins sont différents et si tu en viens à me dire avec certitude que ta voie est celle qui te convient le mieux, je le comprendrai très bien. » Ce qui était l’énonciation d’une parfaite vérité et ne lui demanda donc aucun effort. Puis, parce que c’était l’aveu qu’on lui quémandait pour justifier son opinion par autre chose que de fumeuses théories abstraites, il se tourna un peu vers Heather, sans la regarder, toujours. « Comme je le disais, la solution n’est pas immédiate ni facile : ça prend du temps et beaucoup d’effort. J’ai le malheur d’aimer aveuglement celle qui me fait du tort, depuis toujours. Distante et muette ou proche et volubile, elle était dans ma tête. Elle n’avait même pas besoin de dire quoi que ce soit pour y être. J’en ai conclu que c’était à moi de faire les choses différemment, de me poser les bonnes questions au lieu de croire que tout se réduisait à sa seule existance. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que j’ai changé suffisamment de choses pour ne plus me sentir étouffé ou redevable. J’ai fait le bon choix parce que je me sens mieux. J’ai pu vivre ma vie comme je l’ai désiré, pas parfaitement, mais au moins mes échecs m’appartiennent pleinement. Bien sûr, elle est toujours là quelque part… » Dit-il en regardant cette fois Heather droit dans les yeux, un doigt pointé sur sa tempe rousse, le regard pétillant : « …mais chaque jour qui passe elle devient de plus en plus petite. »

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