AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[8 décembre 1997] Revealing the unseen

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mar 27 Fév 2018 - 18:00

Il lui avait accordé sa requête, l'abandonnant dans les donjons alors qu'il s'éclipsait au bout du couloir, rejoignant celui avec qui elle s'était disputée avec la férocité d'une condamnée à la peine mortel refusant la finalité de sa sanction irrévocable. Elle était restée quelques instants figée sur place, son corps immobile contrastant avec l'agitation de ses pensées effervescentes, observant le vide où il s'était retrouvé quelques instants plus tôt avant de prendre le chemin de la salle commune, rejoignant le sanctuaire des serpents où le brouhaha de l'après coup s'était finalement amoindri. Elle avait intentionnellement esquivé la salle d'eau en un acte de rébellion immature, une opposition enfantine, refusant de se préoccuper de sa peau meurtrie et de la plaie qui coagulait lentement, refusant de suivre les indications données par celui qui l’avait attendrie. La souffrance ne lui était pas inconnue et elle l’avait accueillie telle une vieille amie, se réconfortant dans la douleur physique, suppressant l'inconfort que la dispute avait engendré en elle par une distraction extérieure aux tumultes émotionnelles qui tourbillonnaient en elle. Lentement, elle s'était changée dans son pyjamas usé, retirant dans une paresse latente ses vêtements plissés, évitant de réveiller par le moindre son les camarades qui dormaient dans le même dortoir d'elle, avant de rejoindre sa couche, se glissant doucement dans les draps froids et froissés de son lit défait. Mais le sommeil lui avait fait défaut, l'empêchant de rejoindre l’oubli réconfortant que les bras de Morphée lui cédait généralement avec tendresse, les paroles de Léon semant la pagaille dans son âme exténué. Le sommeil l’avait finalement rendu inconsciente aux petites heures du matin, apportant la carence de ses pensées qu’elle convoitait tant, un répit transitoire qu’elle avait salué avec la faiblesse d’un coeur anéanti. Malgré le léger réconfort que lui avait apporté le savoir qu’Octave avait rejoint Léon, lui révélant, elle l’espérait, la vérité sur l'histoire qu'ils partageaient, la vipère n'avait pas réussi à faire la paix avec Léon et si elle était sincère, avec elle-même. Les paroles avaient été acerbes, féroces et blessantes, tournant le couteau dans les plaies émotionnelles qu'elle traînait sur ses épaules depuis son enfance. Il s'était acharné à faire son point et bien qu'elle tentait de se convaincre du contraire, à nier en bloc tout ce qu'il s'était battu à lui dire, ses paroles avaient semé un doute en elle, tordant ses entrailles sous le malaise qu'elles avaient créé. Et si il avait raison ? Et si tuer son père n'était pas la seule solution ? La vipère n'était bien évidemment pas prête à céder ce point, à anéantir sa conviction aussi facilement et à mettre fin à ses machinations vengeresses, la haine rageant toujours en elle avec une férocité incomparable, mais une pointe de curiosité s'était immiscée en elle, serpentant au travers ses plans vengeurs, sournoise et persistante.

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis la dispute destructrice et la curiosité ne s'était pas amoindrie, s'immisçant dans les pensées de la couleuvre, captivant son attention à chaque détour d'un redoutable et si. Et bien qu'elle n'était pas prête à lui donner raison, la recette du poison qu'elle s'était convaincue de concocter reposant toujours dans sa valise, la jeune Trown se devait de rassasier ses questions, d'explorer ne serait-ce qu'une alternative dans l'espoir de faire taire une bonne fois pour toute la petite voix incessante qui s'acharnait à la faire douter. Mais la question restait quoi, quand et comment et elle ne savait où trouver l'information qui calmerait enfin ses nouvelles incertitudes, qui soufflerait à l’énervante petite voix un I told you so cinglant, mettant une fin brutale à l’hésitation. Elle refusait d’approcher Léon, sachant que même si la tempête s’était calmée entre eux, celui-ci ne comprendrait pas les émois de son âme, ne comprendrait pas ses motivations originelles, la laissant vide d'idées sur comment aborder ces insinuations incessantes dont il en était l’origine. Le scepticisme la harcelait encore une fois lorsqu'en prenant la deuxième gorgée de son thé brûlant, un lundi matin, la réponse tant espérée prit la forme d'un certain bibliothécaire. Elle s'étouffa légèrement avec le liquide aromatisé, toussotant dans sa main, suivant du regard l'homme qui prenait place à la table des professeurs. Les sourcils froncés, elle l’observa quelques instants, ses pensées vagabondant dans les réminiscences d’une certaine soirée de novembre où l'alcool avait été abusée, révélations avaient été exposées et une nouvelle, oserait-elle se l'avouer, amitié s'était créée. Mais surtout, où elle avait rencontré une certaine Vivienne Holbrey, et bien que son esprit avait été embrouillée par les trop grandes vapeurs d'éthanol que le whisky consommé avait générées, la vipère se rappelait relativement bien des paroles échangées, des sous-entendus et du ressentiment, de la colère et de la manipulation émotive. Octave avait tenu tête à sa mère, démontrant une force émotionnelle qui était inconnue à la brunette, une vigueur où violence n'était pas l’essence même de tout, n’était pas à l’origine de la confrontation, guidant la discussion dans un sens où il en était maître, contrôlant la finalité de la conversation imposée avec l’agilité d’un gymnaste virevoltant à mille lieux du sol. Et la dame était partie, retraitant de l’affrontement qu’elle avait perdu, s’inclinant aux pieds de celui qu’elle avait engendré. Elle dévia finalement son regard du sujet de ses pensées, prenant une lente gorgée de son thé noir, délicatesse dont elle refusait de se priver, virevoltant dans tous les sens l’idée qui émergeait dans son esprit, l’idée qu’il serait peut-être la solution à son agitation perpétuelle des derniers jours.

La journée s’écoula à une vitesse insensée alors que Heather considérait comment approcher le sujet avec l’homme, comment apaiser le questionnement persistent, quelle question elle pourrait poser pour éteindre la préoccupation qui la tourmentait. Elle hésita à plusieurs reprises, se dirigeant vers les grandes portes battantes de la bibliothèque pour rebrousser chemin une fois le domaine des livres s’étendant devant le noisette de ses iris. Et puis lorsqu’elle l'aperçut à l’autre bout d’un couloir quelconque, elle fit un pas dans sa direction avant de s’arrêter sur place, fuyant par l’un des corridors adjacents la discussion qu’elle tentait elle-même d’initier. Mais cette fois-ci était la bonne, elle poserait finalement cette foutue question et elle pourrait se convaincre de nouveau que d’anéantir son père était la seule solution viable, elle pourrait annihiler son obsession momentanée et faire enfin taire la foutue voix qui résonnait dans sa tête, sonnant étrangement un peu trop comme celle de Léon. La vipère releva légèrement le menton, serrant la mâchoire et franchit décidément les portes de la bibliothèque, se perdant quelques instants dans les allées avant d’atteindre la porte des appartements d’Octave. Doucement, elle leva la main et s’empêchant d’y penser à deux fois, cogna à la porte menant à l'antre du bibliothécaire, annonçant sa présence à celui qu’elle espérait se trouvait de l’autre côté. Elle attendit patiemment que l’adulte émerge enfin de ses quartiers, les yeux fixés sur la porte qui s’ouvrait doucement, grinçant légèrement sous l’action entreprise. Heather leva les yeux vers son visage et entrouvrit les lèvres, s'apprêtant à mettre la lumière sur le questionnement qui la hantait depuis des jours, mais elle s'arrêta dans son élan, sa bouche se refermant aussi rapidement qu'elle s'était ouverte. Les secondes s’écoulèrent et avec elles, sa résolution s’évapora. La théorie était impeccable, mais la pratique lui faisait défaut, ayant oublié un point important dans son plan ridicule : elle n'arrivait que très rarement à parler de sujets aussi personnels et cette fois-ci ne faisait pas exception à la règle. Ses yeux plongèrent dans les iris vertes, un mouvement nerveux assaillant son être tandis que ses joues se coloraient d'une légère teinte rosée, sa main se réfugiant dans l'ombre de sa nuque, frottant doucement la peau brûlant sous la gêne. La vipère pinça les lèvres, ses yeux illisibles quittant le regard inquisiteur d’Octave, secouant légèrement la tête dans un mouvement tergiversant : il n'y arriverait pas, ce n'était pas possible, elle n'avait pas la force d'explorer cette possibilité. D'une voix qu'elle voulut nonchalante, Heather balbutia, faisant un pas retraitant vers l'arrière :

- C'était une mauvaise idée… je.. désolée, je dois y aller.

Mais à quoi avait-elle pensé ? D’un mouvement rapide, elle fit volte face, refusant de rester une minute de plus devant celui qu’elle avait cru avoir le courage d’approcher.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 1 Mar 2018 - 2:08

« Mais que font-ils ? Qu’attendent-ils… ?
- Pardon ? »
Octave avait penché la tête, doutant qu’on l’eut interpelé, et releva ses yeux d’une douceur soucieuse de son journal vers la nébuleuse Aurora Sinistra. L’indignation étouffée avait exalté sa voix en un cri de l’esprit valeureux, mais se rendant compte que le bibliothécaire n’était pas homme à qui la confiance s’accordait, l’effroi méfiant avait tenaillé sa véhémence passagère. Sous le rayon curieux d’un vert ardent, la sorcière se rétracta soudain, aspirant l’air comme si elle voulut reprendre ses paroles. Entre ses mains, elle tenait le journal quotidien, où le ministère magique Espagnol se félicitait de la visite aussi fructueuse que réussie d’un ambassadeur britannique. Sur la photo mouvante, deux hommes signaient des papiers et se serraient la main, une paire de sourires cordiaux affublés sur leurs visages rondelets.
« Rien, Monsieur Holbrey. »
Le Sieur rabroué se redressa, déployant les ailes du journal qu’il avait froissé pour mieux se pencher vers le professeur. Elle contrôla son indifférence avec insistance, mais il vit que son visage redevint triste lorsqu’elle entama la lecture de ces pages obscures d’évènements insensés. Il l’observa en tapinois, ne sachant s’il était judicieux d’encourager des mots dangereux… puis se dit que des mots n’avaient pas à être entendus comme tel et commenta d’une voix mesurée de baryton :
« Ils n’attendent rien. Que voulez-vous qu’ils fassent ? »
Sinistra se figea à ses côtés, comme un animal qui sentait le danger, avant de serrer les pages du journal entre ses doigts. Elle hésita un moment, sans le considérer autrement que par une peau vibrante de colère, mais finit par accepter son invitation allusive.
« Ne voient-ils pas ce qui se passe ? Comment ils peuvent laisser faire ça ? croire que ça ne les regarde pas ! » Elle se tourna franchement vers le bibliothécaire et débita à travers une rangée de dents serrées : « Holbrey, vous avez des amis en France et en Russie… est-ce que quelque chose se passe là-bas ? Où est-ce qu’ils se contentent de regarder notre petite île devenir une tyrannie, en espérant qu’elle soit arrêtée par la mer comme une peste ? » Elle eut un hoquet d’indignation, puis continua avec dégoût : « Regardez-les se féliciter, comme si tout allait bien, comme si notre ministère était intègre !
- S’ils interviennent, ce sera une guerre. Une guerre pour quelque chose qui ne les menace pas encore. Vous croyez qu’ils en ont envie ? Le Gallion a à peine réagi, aucune inflation ni déflation, et la volatilité implicité des marchés d’opinions, autre indicateur utilisé pour estimer un degré de risque des marchés, est restée modérée. Ils essayent de rester optimistes pour éviter une guerre.
- Vous êtes horriblement pragmatique, vous me parlez de marché alors qu’il s’agit de vies…
- Je vous parle de politique alors que vous me parlez d’éthique plutôt. La France ne bougera pas non plus tant que le danger ne sera pas imminent. Quant à la Russie, il y a beaucoup de groupuscules qui soutiennent les mouvements mangemorts et qui souhaiteraient voir la même chose arriver chez eux. Mais si vous voulez parler de vies, les sorciers n’ont pas de tribunal international des droits de l’homme et donc personne pour prendre cette responsabilité au nom de tous… »

Ils s’animèrent, lâchant leurs journaux respectifs pour s’affronter les yeux vifs, se laissant allègrement absorber par la conversation, refaisant le monde au détour d’une philosophie de pilier sans grande valeur, mais qui leur donnait un souffle régénérant. Octave faillit en oublier la raison de sa venue, qui avait la curiosité d’un complot caché dans les détails. Depuis peu, le hibou de la Gazette refusait à rapporter le journal directement à la fenêtre de sa chambre et on retrouvait son exemplaire systématiquement dans la grande salle. Une nouvelle réglementation, avait-il excusé d’abord, se doutant par la suite que peut-être, l’un des inspecteurs n’appréciait guère de ne pas le voir au moins une fois par jour exécuter le rituel de présence professorale. Le moyen pour le faire sortir de ses locaux semblait saugrenu et tarabiscoté, mais à chaque fois qu’il venait chercher son journal le matin, il sentait sa tête rousse gratifiée d’un regard consacrant. Il ne souhaitait contrarier personne et se soumit docilement à cette simple exigence, ne restant jamais très longtemps cependant, ne mangeant jamais rien, fouillant entre les lettres et les différentes éditions pour trouver de quoi satisfaire sa curiosité. Il ne lisait pas parce que les roller coaster de fadaises propagandistes l’intéressaient d’une quelconque façon, mais pour se tenir informé. Et d’un tirage à l’autre, les voix cessaient leurs canons diatoniques pour chanter dans un cœur de plus en plus uni.

Il fut si pris dans son débat, qu’il remarqua à peine Heather l’observer à plusieurs reprises de ce regard insistant qui se voulait volage, mais cachait dans sa fixité une idée tout aussi tenace. Au lieu de cela, ils chuchotèrent furieusement avec le professeur d’astronomie et furent les derniers à quitter l’heure du petit-déjeuner, Octave accompagnant l’étoilée Sinistra jusqu’à sa salle de classe afin de poursuivre cet élan d’exaltation, morceau de liberté qui leur donna assez d’ailes pour atteindre la tour d’Astronomie. Tous deux sentirent leur soif commune de franchise et de débat grivois, plongeant en cette exception consacrée comme dans une oasis perdue et éphémère, conscients que l’occasion et la timidité, les dangers d’un monde où les murs avaient des oreilles, les empêcherait d’avoir un tel affranchissement dans un avenir qui paraissait toujours plus étroit. La conversation, bien que pesante en soi, le gratifia d’une humeur agréable pour le reste de la journée, lui prêtant une énergie renouvelée comme on pouvait l’être par un jeune soleil. L’après-midi eut le goût d’une rêverie infinie et diffuse, le gardant doucereux et attentif, à nouveau contemplatif de ces choses qui rendaient une vie plus agréable. Il savoura sa solitude avec torpeur, l’accueillant en amie, alors que les précédents jours l’avaient laissé désireux d’une dévouée tendresse qui n’avait pour l’instant pas de visage. Il avait même songé à Pénélope, son éternel réconfort dans le deuil, avec désespoir, mais aujourd’hui son esprit cultivait une affection respectueuse et il se sentait davantage d’humeur à apprécier plutôt qu’à se plaindre.

Au soir, sa porte sollicitée le surprit dans un état toujours aussi complaisant et Octave laissa la cravate qu’il était en train de nouer à son cou pendre en écharpe sur sa nuque au col relevé jusqu’à la mâchoire. Il ouvrit l’antre prêt à se laisser charmer, mais fut surprit par celle qu’il avait invitée à venir pour trouver refuge, et craignit soudain qu’un autre malheur ne fut arrivé. Au moment où ils se découvrirent, la jeune femme sembla soudain réticente, comme si son geste avait dépassé ses intentions et la terreur électrisa ses yeux sombres. Tous deux se toisèrent, interdits. Il la regarda hésiter, patient, lui laissant le temps nécessaire pour prendre une décision, mais l’irrésolution continuait à tordre ses traits sans qu’ils n’osent trouver délivrance. Il la crut épuisée par quelque chose et se demanda vaguement s’ils s’étaient réconciliés avec Léon et si, d’augure, n’était-elle pas éprise d’une telle hésitation à cause de ce qui avait uni l’espace de quelques instants leur malheureux triangle ? A chaque fois, l’adolescent avait été dévoré d’une jalousie dévastatrice, et Octave était prêt à reléguer ce flottement sur le choix qu’Heather faisait en allant voir celui qui fut l’ennemi cruel de son meilleur ami. Par le silence, elle protégeait peut-être leur amitié en leur épargnant un énième mensonge, une autre trahison…

- C'était une mauvaise idée… je.. désolée, je dois y aller.

Cette excuse de mauvais genre eut un effet décisif sur son caractère, qui se méfiait des abréviations sinistres. Tandis qu’Heather s’envolait en papillon de nuit volage, il l’attrapa d’abord par le bras, mais se rendant compte de la rudesse du geste, desserra sa prise et laissa glisser ses doigts jusqu’à la petite main gracile, qu’il retint suffisamment pour qu’elle se retourne. Il l’affronta dans les yeux, catégorique, mais tendre avec la grappe de brindilles que ses doigts abritaient avec la douceur qu’on avait pour un bouquet de fleurs.

« Certainement pas. Ce qui peut motiver une telle réticence, c’est la peur, la timidité ou la honte. Si tu es ici, c’est que ce n’est pas moi que tu crains. Du reste, je refuse que tu invoques les deux autres motifs entre nous, c’est clair ? Viens plutôt et dis-moi ce qui était une si mauvaise idée. »

Il lui décocha un dernier regard scrutateur, avant de se retourner en lâchant sa main et laissant la porte entrebâillée dans une invitation tacite derrière soi. Parce qu’il n’aimait pas être débraillé, il rejoignit le miroir au mur, à côté de l’armoire, pour parfaire le nœud de cravate qu’il avait entamé et abaissa le col de sa chemise. Une fois que la cravate fut centrée, Octave enfila un gilet croisé cintré et ajusté à la taille, fait d’un serré tweed gris métallisé. Les boutons d’argent brillèrent, tandis qu’il les fermait soigneusement, la tête penchée sur l’ouvrage à tel point que les mèches ondulées de ses cheveux couvrirent son fort d’une nuée de flammes entremêlées. Défroissant l’habit à la taille de ses paumes, il remonta finalement par habitude les manches de sa chemise jusqu’au coude et toisa une Heather toujours silencieuse, à qui il avait implicitement offert cet instant contemplatif d’habillage pour qu’elle décide sur sa formulation.

« Tu viens me parler de Léon ? » Osa-t-il doucement, l’encourageant ainsi à nier pour mieux s’expliquer, ou à préciser sur une vérité dont il avait facilité l’approche en la devinant. Puis, pour détourner l’attention un instant, rendant la situation moins lourde qu’elle n’en avait de potentiel, il suggéra entre parenthèses : « Tu veux aller manger quelque part, peut-être ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 1 Mar 2018 - 16:17

Sa main solide enserra son bras, retenant son élan déserteur d’une prise ferme qui s'allégit aussitôt, les doigts délicats glissant le long de sa peau jusqu’à s’emparer de sa main fuyante. Emportée par le mouvement, la serpentard tourna sur elle-même, faisant face de nouveau à l’homme qu’elle était venue solliciter de plein gré, mais dont l'apparition à ses côtés avait provoqué sa fuite imminente. Ses yeux noisettes cherchèrent par habitude son regard qu’elle découvrit posé sur elle, affrontant les émeraudes de ses yeux, la pointe d’une ténacité vibrante éclairant ses iris l’espace d’un moment passager. Elle aurait pu se défaire de la douce captivité de ses doigts chaleureux, mais ce fut son regard décisif qui la figea sur place, transformant son corps évadant en une statue momentanée, reléguée à guetter les paroles qui lui seraient inévitablement destinées.

- Certainement pas. Ce qui peut motiver une telle réticence, c’est la peur, la timidité ou la honte. Si tu es ici, c’est que ce n’est pas moi que tu crains. Du reste, je refuse que tu invoques les deux autres motifs entre nous, c’est clair ? Viens plutôt et dis-moi ce qui était une si mauvaise idée.

Un dernier coup d’oeil trouva ses iris bruns, sa main se trouvant de nouveau orpheline alors que le bibliothécaire retrouvait le confort de ses appartements. La brunette hésita un instant, son visage offrant la grâce de son profil tandis qu’elle tournait un regard incertain vers la sortie du domaine des livres avant de s’aventurer dans la pièce ouverte d’un élan furtif. Doucement, elle referma la porte derrière elle, un clic étouffé résonnant dans la pièce, ses yeux errant dans la pièce révélée qu’elle redécouvrait d’un oeil attentif. Elle resta quelques instants près de la porte fermée, observant Octave oeuvrer à parfaire son apparence, la cravate se nouant avec l’agilité de doigts habitués autour de son cou et un gilet trouvant le confort de son torse ferme en une précision minutieuse de l’adulte concentré. Elle se perdit dans sa contemplation, obnubilée par l’attention qui était accordée à sa figure masculine, ne retrouvant le fil de ses pensées que lorsque Octave obliqua vers elle, redevenant le sujet principal de son attention. Sa réserve initiale voila son regard irrésolu d’une ombre dérangeante et elle dévia ses yeux du visage de l’homme, examinant l’une des parures qui habitaient le mur à sa droite d’une attention illusoire.

- Tu viens me parler de Léon ?

Le nom de son ami attira vivement son attention, une étincelle s’allumant dans le creux de ses sombres pupilles tandis qu'elle considérait la question attentivement. C'était une opportunité parfaite pour se raviser, pour éviter le sujet qui l'avait réellement conduite à sa porte. Elle pouvait feindre qu'il était la raison de sa visite, jouer sur une curiosité imaginaire qui l'aurait tellement rongé intérieurement qu'elle serait venue soutirer les détails de cette fameuse nuit où Octave avait, à sa demande, soi-disant rejoint Léon. L’excuse était parfaite, une raison préformulée sur sa présence dans ce lieu, une porte de sortie offerte sur un plateau d'argent. Elle n'avait qu'à sauter sur l'occasion et la vérité sur son déplacement resterait enfouie en elle, un secret qu'elle garderait précieusement des oreilles d’autrui et personne n'en serait plus mal. C’était tout à fait plausible, la dernière rencontre avec le bibliothèque remontant à cette nuit où la dispute avait éclaté de plus belle, où l’entaille s’était agrandie entre les deux amis. Un simple hochement de tête et le tour était joué. Bien sûr, la petite voix continuerait probablement son acharnement, mais elle s’amoindrirait avec le temps jusqu'à disparaître complètement de son esprit indécis. C'était si simple comme plan et pourtant d’une efficacité féroce. Octave n’y verrait que du feu. Mais bien que l'idée possédait un charme certain, elle renonça à son plan improvisé, puisant dans le peu de courage qu'une serpentard avait la capacité de contenir. Elle s'apprêtait à nier la première question lorsque le brusque changement de sujet ramenant son regard volant vers son interlocuteur, un léger froncement de ses sourcils habillant son visage tandis que son esprit attrapait la réconfortante distraction et se logeait dans l'impertinence de l’offre d’aller manger ailleurs, acceptant les quelques instants de répit offert par grâce. C’était une offre qu’elle aurait pu apprécier à sa juste valeur si le sujet dont elle voulait discuter n’était pas aussi discret, aussi intime dans son origine, l’idée d’être entendue par d’autres n'apaisant en rien son coeur battant la chamaille dans sa poitrine. Un petit haussement nonchalant des épaules accueillit tout de même la proposition et elle osa se prononcer sur l’aspect trivial, retardant de nouveau le réel sujet de sa présence auprès d’Octave :

- Seulement si tu connais un endroit discret, je préfère éviter les oreilles indiscrètes. Mais tu voudras probablement savoir la raison de ma venue avant de me proposer une sortie sociale.

Au cas où tu changerais d’avis. Elle retint l’envie de fuir qui harcelait son esprit, contrôlant son regard qui tentait d’évader de nouveau celui du bibliothécaire et retomba dans les raisons initiales de sa venue. Elle retint le soupire qui voulu franchir ses lèvres, régnant sur ses émotions comme il en était de mise pour la vipère et lentement, s’approcha de la petite aire de repos qui s’étirait dans l’un des coins de la grande chambre, prenant place sur le chaleureux fauteuil qui y reposait à l'extrémité. Elle savait qu'elle était impolie, ayant lu quelque part qu'il fallait normalement demander la permission avant de s'approprier le confort du mobilier d'autrui, mais sa contenance tendait à lui faire défaut et l'appui d'un dossier était un soutien bienvenu pour la jeune femme. Doucement, elle enlaça ses doigts sur le dessus de son genou replié, contenant l’agitation de ses mains fébriles. Elle garda les yeux plâtrés au sol, traçant les détails du tapis moelleux qui couvrait le plancher de la chambre, quelques longs moments s’écoulant où son esprit recouvrait une énième fois le sujet de son hésitation récente, s'appropriant le sujet réel de sa visite impromptue pour enfin l’aborder de vive voix.

- J'ai une question indiscrète... Et je comprendrais si tu ne souhaites pas en discuter.

Elle ajouta la deuxième partie rapidement, son ton monotone refusant de laisser entrevoir de nouveau la faiblesse de sa timidité. Elle osa finalement un regard en direction de celui qu'elle était venue solliciter, tentant l'ombre d'un instant de lire les traits de son visage et d'y deviner une réticence quelconque, mais son expression tendait vers l'illisibilité. Toutefois, elle garda son visage tourné vers lui, sachant qu'il était trop tard pour renoncer et que le temps pour la gêne était révolu. À ce stade-ci, deux options étaient possibles : il l'envoyait balader où il répondait à son indiscrétion momentanée. L'ombre d'un instant, la serpentard se demanda quel résultat elle espérait vraiment entre les deux. La promenade forcée lui donnerait une bonne excuse pour laisser le sujet tel qu'il était, pour éviter d'aborder ces sujets intimes qui la rendaient mal à l'aise au plus haut point. Mais d’un autre côté elle savait que sa curiosité resterait assoiffée et en demande d’attention et elle prit sa décision, osant finalement s’aventurer sur le sujet boiteux de sa présence.

- J’ai une question sur ta mère, commença-t-elle d’un ton abrupt avant de s’arrêter, levant les yeux au ciel, exaspérée contre elle-même et son manque de tact impertinent. Une main se délia de son emprise, venant frotter la peau de sa nuque en ce geste inconscient qu’elle n’arrivait que très rarement à contrôler. Ce n’était pas sorti comme prévu. Le soupire franchit cette fois-ci ses lèvres rosées et elle reprit, tendant d’éclaircir les paroles qu’elle venait de prononcer. Enfin, pas sur elle en tant que tel. J’ai une question sur ta relation avec elle. Sur comment tu t’en es sorti… malgré tout ce qu’elle a pu faire. Elle osa un énième regard incertain dans sa direction, le fond de sa prunelle laissant apercevoir le voile de son incertitude avant de fuir de nouveau, et un deuxième haussement des épaules ponctua la fin de sa phrase. Dans un souffle, elle termina : D’où l’endroit discret.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Sam 3 Mar 2018 - 1:42

- Seulement si tu connais un endroit discret, je préfère éviter les oreilles indiscrètes. Mais tu voudras probablement savoir la raison de ma venue avant de me proposer une sortie sociale.

Il s’ancra par habitude sur ses deux jambes, prêt à subir l’assaut d’un aveu qu’il ne craignait pas dans l’absolu, comme il ne craignait aucun mot, mais dont il redoutait l’effet anémiant sur la vigueur du conteur. Heather semblait déjà faible par ailleurs, et les poids sous ses yeux n’étaient accusés que par l’ombre de ses joues creusées. La fatigue la travaillait encore, tout comme l’incertitude, et s’offrant un répit languide, elle lui tourna le dos pour se laisser avaler par l’imposant fauteuil. Octave la suivit d’un pas alanguis, silencieux encore et adepte de la méthode freudienne, qui laissait parler le patient dans la perspective où les émotions tournaient en siphon autour du point faible, jusqu’à finalement le rejoindre.

- J'ai une question indiscrète... Et je comprendrais si tu ne souhaites pas en discuter.

Ses sourcils se relevèrent, patiemment curieux, et dans un mouvement fluide qui sentait le problème poindre, il s’assit sur le bord du lit, prenant soin à lui faire face. Cambrant sa belle taille, il entremêla savamment ses doigts sur ses genoux croisés et pencha la tête vers l’avant en signe implicite d’écoute attentive. Généralement, les sujets dont il ne souhaitait pas discuter demeuraient simplement inconnus par définition, car si Octave était un libertin convaincu, les mystères qu’il cultivait se faisaient à l’abri de la lumière, dans les recoins trop délicats d’une intimité farouchement protégée par un esprit acerbe. Alors, c’est dire que l’impatience lui montait secrètement au visage.

- J’ai une question sur ta mère. Enfin, pas sur elle en tant que tel. J’ai une question sur ta relation avec elle. Sur comment tu t’en es sorti… malgré tout ce qu’elle a pu faire.

Il se redressa encore autant que ce fut possible, plus raide que droit. Le sujet le surprit sans l’étonner, effleurant quelque chose dont il avait oublié l’existence, tout en faisant instantanément un lien étroit et rigoureux entre ce qui pouvait présenter des ressemblances, et par là, des espoirs à cultiver. Il s’épouvanta sans le vouloir, se demandant ce qu’elle avait bien pu voir de si révélateur dans la dispute observée quelques semaines plus tôt pour travailler une telle observation ? Octave craignit la vaste tromperie, car comment pouvait-il dignement l’éduquer sur son malheur ? Ses yeux s’accrochèrent à ceux de la jeune femme, prêts à plaider l’imposture, demandant presque grâce d’une telle responsabilité, ne se sentant pas de taille à rivaliser avec un père violent. Puis soudain il se reprit, ferma les paupières un instant et articula précautionneusement :

« Chaque cas est particulier Heather et… » Il hésita, interdit et suspendu en apesanteur, dans l’instant flottant où la gravité commençait à désagréablement annoncer une chute. Mais s’il y avait bien un moment pour être honnête envers soi-même, c’était au profit d’une jeune femme à qui le mensonge n’apporterait qu’un réconfort factice, ou trop simple. « …encore aujourd’hui, je ne suis pas certain de m’en être sorti. »

Il soupira, curieusement serein et grave à la fois, puis se pencha vers l’avant pour se perdre dans le motif compliqué du tapis persan.

Il en avait exécuté des crises, provoqué des disputes, toujours spectaculaires comme un camion de peinture renversé sur l’autoroute. Rien d’extraordinaire en somme, mais diablement impressionnant. Dans une intuition féroce, il avait déclaré à sa mère qu’au vu de leurs dissemblances, elle avait certainement dû l’arracher à une famille aimante de Camden ou, Fulham, à un père attentionné et une mère aimante, qui avait dû suffisamment l’aimer pour au moins une fois le prendre dans ses bras ! Entre deux excès d’admiration, il lui était arrivé d’éprouver une haine infinie pour la femme l’ayant prétendument mis au monde, jusqu’à l’insulte la plus graveleuse, qu’elle avait au début observé de haut sans y répondre, ne lui accordant strictement aucun crédit. « T’es pas ma mère, t’es qu’un monstre, je te déteste, je te déteste ! » Passant une main étroite et longue sur son cou perlé, elle émiettait sa cigarette dans le verre de jus d’orange qu’il était en train de boire, ou sur le devoir qu’il écrivait avec une grande précaution, puis souriait et lui ordonnait de descendre quand il se sera calmé. L’humiliation cuisante l’anéantissait littéralement, infligeant un sentiment de dépossession. Mais les années étaient passées et les divagations étaient devenues plus sérieuses. Si frivoles et odieusement décadentes qu’il parvînt à déformer le beau visage de sa mère en une grimace de colère sempiternelle. Elle lui criait alors dessus, faisait la guerre, mais dès lors avait-il gagné et n’avait plus besoin de se battre. Mais il avait beau eu se révolter et même partir, elle l’avait toujours suffisamment obsédé pour imposer un retour rageusement docile, tragiquement inné, comme un oiseau migrateur revenant sur ses pas, qu’il neige ou qu’il fasse tempête, et même lorsqu’il n’y avait plus rien vers quoi retourner. Elle tirait malsain plaisir de ces vagabondages, et l’accueillait à son sein avec condescendance ; les seules fois où elle daignait le toucher, passant maladroitement mais affectueusement sa main gracile dans ses cheveux enflammés d’enfant fugueur, et il croyait alors s’étioler de douleur, « Je vais mourir si tu me touches comme ça ». Elle s’arrêtait, toujours un peu après, pour montrer que peu lui importait les désirs de son fils, mais il voyait un soulagement dans son geste d’abandon, qui semblait confesser son impéritie de mère. Icebergs au cœur d’un Eden éphémère, où tout n’était finalement que pathétique tristesse. Lâchant un sanglot muet, il revenait, par petits bouts, plus vide que jamais, parce qu’envers et contre sa propre volonté, il l’aimait ; il l’aimait pour ce qu’elle avait eu d’une mère à ces yeux éblouis d’enfant.

En cette période, la notion de rapport entre parents et enfants fut dangereusement pervertie par les radotages grandiloquents de son psychologue de grand-père, qui avait tenu déjà à bonne distance sa propre fille, puis son petit-fils. Alors, rien d’étonnant à ce que sa mort ait tout changé. Octave tâcha de rassembler ces bribes lointaines, qui constituaient un passé parfois nébuleux. Sa tête se redressa, n’offrant d’abord que le front noyé de mèches brunes, puis le rayon vert de son regard se jeta sur Heather. Malgré leurs dissonances, s’il y avait bien quelque chose dont il était avisé, c’était sur l’abus de tendresse sélective, chantages affectifs et violences qui se cachaient sous la flatterie.

« La véritable question est plutôt en l’honneur de quoi suis-je resté aussi longtemps avec quelqu’un qui me punissait toujours plus pour mes fautes qu’il ne me félicitait pour mes vertus, qui abusait de sa supériorité à mes dépends, me tirant sans cesse vers le bas, ou uniquement dans sa direction, qui me faisait croire que j’étais en tout point inférieur aux autres, insensé et sans valeur. » Octave soupira, la bouche entrouverte et la voix d’une gravité lointaine, monocorde, une sorte d’horreur ingénue sur le visage pâle. Sans l’avoir remarqué, il s’était légèrement recroquevillé sur lui-même. « Elle m’a intoxiqué au point où je suis devenu dépendant d’elle. Je lui pardonnais et m’aveuglais parce qu’elle prétendait tout faire au nom de l’amour. » Il eut un pauvre sourire navré, rictus insensé qui se moquait d’une adolescence stupide. « Comment veux-tu quitter la seule personne prétendant t’aimer alors que tu penses ne rien valoir. Qu’elle m’eut aimé ou gardé par orgueil, sans elle, je perdais le peu que j’avais. Sans elle, je n’étais plus rien. » Il entendit le souffle trembler dans sa voix et s’arrêta suffisamment pour apaiser le trémolo montant. L’aveu était un miracle laborieux, il le savait, alors il prit son temps dans les pauses mutiques et les contemplations vagues. « Je crois qu’un jour j’ai tout simplement aperçu l’enfer. On peut rendre la vie tragique sans qu’elle soit absolument insupportable, mais ce que j’ai entrevu avait l’apparence d’une tourmente qui ne prendrait jamais fin. Et dans quel but ? Satisfaire quelqu’un qui me rendait esclave pour ne surtout jamais me voir partir ? » Il releva franchement la tête, toisant de ses yeux lourds et alanguis l’étudiante prisonnière, puis ordonna : « Fuis Heather. Pars, loin. Là où tu te trouves, il n’y a rien de bon pour toi que l’aliénation. Dans ce combat-là, tu gagnes que lorsque tu acceptes de perdre. »


_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mer 4 Avr 2018 - 20:10

- Chaque cas est particulier Heather et… encore aujourd’hui, je ne suis pas certain de m’en être sorti.

L'aveu l’a surprise, une révélation étonnamment franche qui bouscula son intérieur, serrant son coeur sous la rapidité avec laquelle il confia ce secret où une sincérité poignante avait été témoignée sans l'ombre d'une réelle hésitation. Ou bien était-ce l'éraflure d'une peur bien existante qui captiva l’esprit de la serpentard alors qu'il remettait les pendules à l'heure, révélait ce qu'était véritablement la relation mère-fils des Holbrey, avouait que l’enfant était toujours prisonnier des griffes du parent qui se réconfortait dans sa manipulation incessante. Elle n’était pas certaine de ce qui captura exactement son attention et se perdit l’espace d’un moment dans l’ignorance de ses propres émotions, évitant d’explorer ce tourbillon incompréhensible d’ébranlablement et d’inquiétude qui se répandait en elle. La jeune femme ferma les yeux quelques secondes, saisie par la réalité, par la réalisation qu’elle avait peut-être finalement eue tord, qu’il était, encore à ce jour, affecté par les manoeuvres incessantes de sa mère. Pourrait-il réellement la conseiller si l’emprisonnement était toujours une actualité dans sa vie, s’il ne s’en était jamais vraiment sorti comme il venait tout juste de lui expliquer ? Les yeux jade l'avaient quittée, se libérant des noisettes qui colorait les iris de la serpentard pour se poser sur l'épais tapis persan qui attirait les regards émotionnels de l’intime discussion qui s'était amorcée entre eux deux, un aimant auxquels les yeux s’accrochaient pour éviter d’observer à qui les paroles s'adressaient réellement tandis que les mots s’envolaient dans l’air, se logeant dans le confort des oreilles tendues à l’écoute. Le regard de la vipère ne fit pas exception et son visage se baissa vers le sol où il était si facile de se perdre dans ses propres pensées, où il était si facile d’éviter les émotions que les visages exposaient doucement sur les traits traîtres de leur peau tendue. Un regret sinueux serpenta dans ses entrailles, remettant en question la pertinence de sa visite si l’homme qu’elle avait cru savoir régner sur sa vie n’y parvenait pas tout à fait, au pris par les manigances de celle qui l’avait engendré. La lèvre inférieure de la brunette vint se loger entre ses dents et ses yeux remontèrent vers le visage de celui qui s’était commis au silence. Elle avait touché une corde sensible et elle le savait, le corps recroquevillé de l'homme assis sur le matelas témoignant de la lourdeur du sujet qu'était le noeud de la discussion, témoignant des mauvais souvenirs que son esprit devait en toute probabilité ramener à la surface, brisant sans aucun doute le calme qui devait résider en lui avant son arrivée impromptue dans ses appartements. Elle laissa ses yeux glisser sur l'homme, attrapant de son regard le frôlement de ses cheveux sur son front penché, remarquant l'absence de l'étincelle qui habitait normalement ses yeux de jade baissés, englobant l’apparence chétive qu'Octave avait adoptée dans l’élan de ses aveux personnels. Le silence s’étendit entre eux et elle se perdit dans sa contemplation alors que le sujet de son regard égaré semblait analyser les détails de l'inévitable tapis avant de reprendre la parole d’un ton lointain:

- La véritable question est plutôt en l’honneur de quoi suis-je resté aussi longtemps avec quelqu’un qui me punissait toujours plus pour mes fautes qu’il ne me félicitait pour mes vertus, qui abusait de sa supériorité à mes dépens, me tirant sans cesse vers le bas, ou uniquement dans sa direction, qui me faisait croire que j’étais en tout point inférieur aux autres, insensé et sans valeur. Elle m’a intoxiqué au point où je suis devenu dépendant d’elle. Je lui pardonnais et m’aveuglais parce qu’elle prétendait tout faire au nom de l’amour. Comment veux-tu quitter la seule personne prétendant t’aimer alors que tu penses ne rien valoir. Qu’elle m’eut aimé ou gardé par orgueil, sans elle, je perdais le peu que j’avais. Sans elle, je n’étais plus rien.

Sans elle, il n'était plus rien. Les mots firent écho à ceux qu’elle avait elle-même prononcés quelques jours plus tôt à son ami dans la multitude de tirades qu’ils s’étaient échangées, l'antonymie de sa propre idéologie, mais où une certaine similarité brillait par leur importante discordance. Que ce soit pour lui ou pour elle, la raison de leur existence tournait autour d’une seule et même personne qui dictait leur vie depuis leur naissance, qui contrôlait leurs émotions que ce soit par amour ou par haine, par orgueil ou par dédain. Ces deux émotions pourtant si contradictoire, mais dont le dicton enseignait qu’il n’y avait qu’un pas entre les deux. S’il restait, elle n’était plus rien, qu’un autre enfant abusé qui n’avait pas eu la force de combattre. Si elle partait, il n’était plus rien, qu’un autre enfant délaissé et mal aimé ne méritant pas l'amour de son parent. Un soupire franchit la barrière de ses lèvres tandis que celui qui se confiait prenait une énième pause dans son discours, reprenait son souffle comme si son corps venait d’accomplir un marathon, épuisant son esprit et ses muscles sous l’effort exercé par les confessions qu’il extirpait de lui-même.

- Je crois qu’un jour j’ai tout simplement aperçu l’enfer. On peut rendre la vie tragique sans qu’elle soit absolument insupportable, mais ce que j’ai entrevu avait l’apparence d’une tourmente qui ne prendrait jamais fin. Et dans quel but ? Satisfaire quelqu’un qui me rendait esclave pour ne surtout jamais me voir partir ? Fuis Heather. Pars, loin. Là où tu te trouves, il n’y a rien de bon pour toi que l’aliénation. Dans ce combat-là, tu gagnes que lorsque tu acceptes de perdre.

- Fuir ?, demanda-t-elle du tact au tact, l’incrédulité coulant sur sa langue alors qu’elle répétait le mot qui la bouleversait tant. Aussi rapidement les mots étaient-ils sortis de la bouche d’Octave que les yeux de la brunette s'enflammèrent, foudroyant le bibliothécaire d’un regard brûlant. L’idée était révoltante, contre tout ce dont elle croyait et pourtant, il était le deuxième a lui foutre cette vérité au visage, le deuxième à lui conseiller de ne pas affronter Jake et de simplement partir, que la seule façon de gagner ce combat qu’elle s’était forcée à mener était de simplement refuser de se battre, de lâcher prise. L’idée de perdre contre lui continuait de la révolter, de lui serrer douloureusement les entrailles jusqu’à ce qu’une grimace envahisse son visage. Fuir ?, répéta-t-elle de nouveau, n’arrivant pas à s’accrocher à l’idée que de laisser son père gagner était la meilleure solution, l'incompréhension colorant chaque lettre du mot qu’elle disait de nouveau sans réellement en absorber l’implication. La solution magique est de le laisser gagner ? De le laisser partir l’esprit en paix avec l’idée qu’il a pu faire tout ce qui lui plaisait sans jamais en subir les conséquences ? Qu'il a pu anéantir la vie de ma mère et s'acharner à détruire la mienne et qu'au final, il ne doit rien à personne pour sa cruauté ? C'est ça la solution ?!, demanda-t-elle, un rire sans joie quittant la barrière de ses lèvres alors qu’elle secouait inconsciemment la tête de gauche à droite.

D’un mouvement rapide, la serpentard quitta le confort de la chaise, s’approchant rapidement de la sortie, dégoûtée par la discussion qu’elle avait elle-même emmenée sur le tapis. Non, ce n’était pas possible, elle ne pouvait pas perdre, elle ne pouvait pas le laisser vivre après tout ce qu’il avait causé. Et si c’était la solution ? La vipère s’immobilisa brusquement sur place, ses yeux s’accrochant au bois qui constituait la porte massive, son esprit refusant de quitter le sujet qu’elle avait abordé, s’empêchant de s’évader de la discussion qu’elle avait commencée dans l’optique de faire taire les et si qui s'acharnaient à la faire douter, mais qui, au final, revenaient armés d’une force redoutable jusqu’à la maintenir immobile. Et si Léon avait eu raison au final ? Et si elle s’était fermé les yeux, s’accrochant à l’idée que seule une vengeance à la finalité meurtrière apaiserait ses maux alors que la vérité était tout autre ? Elle n’avait jamais même considéré cette option, de fuir au lieu de se venger du mal qu’il s’était amusé à causer, et pourtant, en quelques jours, voilà que l’option lui était présentée comme étant la seule solution, la seule véritable façon de gagner contre celui qui hantait chaque instant de son existence, to let it go. Ses entrailles se serrèrent et la brunette tenta d’avaler le peu de salive que sa bouche avait réussi à produire, passant une main tremblante sur son visage tendu. Lentement, elle fit volte-face, s’approchant de nouveau de celui qui s’était ouvert à elle jusqu’à s’arrêter à quelques pas de lui, ses mains se tordant devant son abdomen tandis que ses yeux retrouvaient la vision réconfortante du tapis persan.

- Comment suis-je censée vivre avec moi-même si je pars ? Comment suis-je censée vivre avec l’idée qu’il s’en est sorti indemne après tout ce qu'il a fait ?

Ses yeux remontèrent finalement le long de la jambe du bibliothécaire, traversant son torse jusqu’à s’arrêter sur les jades qui ornaient son visage, cherchant une réponse qu’elle n’était pas sûre de trouver ici.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mer 11 Avr 2018 - 18:45

Dès les premières paroles, il avait décelé la déception. Il ne pouvait pas vraiment s’en étonner, personne n’aimait à recevoir une réponse n’engageant pas la moindre victoire recélant sa propre quintessence, ni aucune facilité dans l’exécution, proposant davantage une résignation silencieuse et sans le moindre combat. Il venait tout bonnement de priver un désir de sa vengeance, profitant du crédit que Heather avait semblé lui prêter jusqu’à entendre le contraire de ce en quoi elle croyait. Lui aussi aurait souhaité avoir la satisfaction d’un triomphe spectaculaire, facile et émotionnellement palpable sur son passé. Un grondement magistral à la fin d’une symphonie, invoquant toutes les forces de l’orchestre jusqu’à ébranler chaque nerf, avant le silence assourdissant du dernier canon ayant annihilé sa cible. Au lieu de ça, ces histoires gagnaient à mourir avec la douce constance de la neige fondant au soleil, au complet détriment du goût pour le tragique inconsciemment cultivé par des esprits reprochant au réel son absolue brutalité. Octave était parti, il avait fui, plus d’une fois, incapable de s’avouer que la présence accaparent de sa mère n’avait rien avoir avec leur proximité physique, ni son existence tangible en cette vie. Dès lors qu’elle avait eu l’ascendant sur lui, aucune facilité apparente n’était parvenue à le guérir, car il ne s’agissait plus tant d’une présence écrasante que d’une logique imposée. Même loin, même sans lui parler ou y penser, il surprenait de vieux raisonnements étouffer son esprit d’un éclair aveuglant et sans teneur, par la simple force d’une habitude jadis acquise. Cette force-là s’était savamment dissipée dans sa pensée jusqu’à s’y confondre presque sans reliefs, l’aliénant entre ce qu’il révélait du cœur et ce qui lui appartenait par influence néfaste. Sa mère pouvait mourir demain que ça ne l’aiderait pas davantage à se libérer. C’était un travail qu’il exécutait indépendamment de ce à quoi il était confronté, qu’il fut loin du danger ou proche, accaparé par la facilité ou baignant dans la félicité. Sa mère avait tout avoir avec ses tourmentes et strictement rien avec sa possible, lente et capricieuse convalescence. Heather s’était préparée à devoir commettre l’irréversible, mais au lieu de cela, on lui expliquait qu’il fallait reculer. Il fallait toujours sacrifier quelque chose pour aller mieux, sans jamais qu’il ne soit question de sa propre intégrité.

« Fuir ? »


Demanda-t-elle en écho, comme si elle peinait à en saisir le sens et l’étendue, ou plutôt dans une tentative d’étreindre tout ce que cela impliquait. Bien entendu, elle le prit au sens littéral et il ne fallut que peu d’efforts à Octave pour comprendre les fondements de ses questionnements. Elle transposait pour pouvoir s’approprier les réponses et les solutions, manifestement contrariée par une conclusion n’inspirant rien de particulièrement cavalier ni radical. Il allait probablement devoir déployer sa répartie trop courte et trop simple sur tous les niveaux pour la rendre ne serait-ce que tolérable pour cet esprit ardent. Il avait dit « fuir » pour sentir se mot se faire malmener par le prisme de ce que Heather pouvait admettre et entendre. Parce que la question avait été motivée, la réponse se retrouvait ajustée à son propre contexte : Heather se voyait déjà devoir plier définitivement sous le joug de son père en lui reconnaissant sa domination, alors qu’Octave avait évoqué une évasion bien plus absolue que cette primaire capitulation. Ce qu’elle devait abandonner derrière soi, c’était cette malsaine dépendance, où une seule personne était capable de définir la qualité de son existence et dont la seule force résidait dans la conviction de sa nécessaire réalité. Elle ne connaissait que ça, ne voyait plus que cela et sa liberté ne pouvait que se faire au dépend de cette unique variable à tel point où personne n’y pouvait strictement rien.

« La solution magique est de le laisser gagner ? »


Octave pinça légèrement les lèvres. Fuir, perdre, gagner, magique, paix, solution… c’était un vocabulaire peut-être trop primaire et catégorique pour une situation qui demandait une extrême subtilité, tant dans le vocabulaire que dans la forme. Très lentement, il secoua la tête en guise de négation, tandis que l’étudiante abandonnait clairement les apparences et les abstractions pour s’acharner sur ce qui lui tenait véritablement à cœur. Octave et sa mère n’avaient de l’importance que dans la mesure où cela lui apportait quelque chose à sa propre peine. Il voulut parler à plusieurs reprises, l’interrompre-même pour la contredire au cœur de sa litanie, mais à chaque fois ses lèvres étaient demeurées sans mots à prononcer, sèches et nerveuses. La détresse qu’il y eut dans la précipitation défensive l’émut dans son impuissance, sa cuisante sensation d’injustice et la conscience qu’Heather allait devoir renoncer à tout cela si elle voulait mener une vie peut-être pas parfaitement paisible, mais au moins parfaitement libre. La contrariété sur laquelle s’aboutit la plainte malheureuse insuffla suffisamment de forces au corps enfoui pour s’extraire d’un confort qui supportait si mal l’amertume. Heather bondit du fauteuil et s’approcha de la porte d’un pas décidé, subitement arrêté, comme par l’illusion de sa propre fuite. Octave était demeuré immobile, sans le souffle et guettant l’instant propice de son retour car parler à ce dos pourrait s’avérer fatal s’il avait décidé de demeurer sourd. Elle revint sur ses pas malgré l’impulsion et sembla se recroqueviller sous le poids de ses propres pensées, dont la charge baissait ses yeux au sol.

« Comment suis-je censée vivre avec moi-même si je pars ? Comment suis-je censée vivre avec l’idée qu’il s’en est sorti indemne après tout ce qu'il a fait ?
- Et comment es-tu censée vivre avec toi-même si tu restes ? Tu es naïve si tu crois qu’une vie pareille aura laissé ton père indemne et l’esprit en paix ! » Octave pesa lourd sur ses deux bras, qu’il avait ramené vers l’avant pour se pencher au-dessus de ses genoux tel un arbre aux branches trop lourdes. « Et quand bien même le prix qu’il aura payé ne te semble pas à la hauteur, que comptes tu faire ? Rétablir la balance ? » Il eut un rictus excessivement narquois, releva la tête et planta son regard dans celui de la jeune comme deux flèches, qui semblèrent la transpercer de part en part sans aucune résistance. Chaque enfant avait déjà souhaité la mort de son parent, ou au moins nourri une vengeance terrible. Pourtant Octave ne souriait pas par moquerie, mais parce qu’il reconnaissait l’option facile et superflue. « Tu parles de victoire, de sa victoire, sans avoir d’égard pour la tienne, parce que ce qui t’importe, c’est que lui perde, quitte à ce qu’il t’emporte avec lui dans sa chute, n’est-ce pas ? En restant pour te venger, pour faire justice, tu te sacrifies pour lui, encore. Alors que la pire punition à laquelle tu puisses aspirer, c’est celle de l’oublier et de te relever malgré le fait qu’il se soit acharné à te tirer vers le bas. Peu importe qu’il gagne, ou qu’il perde : sa victoire n’a de valeur que ce que tu es prête à lui en accorder. Et il gagnera tant que tu accepteras de vivre ta vie en fonction de la sienne. » Le rayon vert de ses yeux insista sur le visage de la jeune femme, scrutant avec dureté les traits lâches et résignés de sa fatigue. Son torse semblait peser lourd sur ses bras aux coudes à peine fléchis. « La solution magique… tu crois que c’est facile de consentir à lâcher prise ? »

Octave serra les lèves, laissant volontairement un silence lourd de menace les envelopper comme l’eau trouble d’un vieil aquarium. Mais il se redressa finalement, soulageant les jointures de ses épaules entre lesquelles sont cou s’était tassé dans une attitude morose et maussade. Connaissant l’importance du maintien, il préféra se délester gracieusement en espérant que son esprit embourbé suive l’envol de sa droiture retrouvée. D’une main distraite, il tritura le bouton argenté de son gilet en tweed finement tressé tout en toisant l’adolescente d’un regard indéchiffrable et sans la moindre expression, semblait-il. Puis, un sourire finalement fleurit à l’orée de ses lèvres lustrées et il s’ouvrit à nouveau tout doucement. L’énervement avait été fugace et à peine perceptible, lueur résiduelle dans sa manière hachée et empressée de parler, avec une emphase curieuse sur les mots d’importance ou la ponctuation, mais s’était maintenant dissipé pour lui rendre ses tonalités habituelles, trainantes et rythmées par une mélodie inconnue.

« Vis pour toi et non pas pour ses victoires ou ses défaites. En finalité, elles ne t’apporteront rien. Pense à ce que toi tu souhaites, et ce, non pas selon l’instant présent, mais pour ton avenir. L’idée n’est pas de renoncer à la vengeance, mais de ne pas en faire un but. Qui veux-tu être Heather ? Quelqu’un qui sera habitée par le fantôme de son père, même une fois s’être vengée pour les griefs perpétrés, ou quelqu’un qui aura accepté de ne pas mettre les présomptions d’un autre au-dessus des siennes ? La vengeance sera fugace, la liberté, éternelle. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 12 Avr 2018 - 1:37

- Et comment es-tu censée vivre avec toi-même si tu restes ? Tu es naïve si tu crois qu’une vie pareille aura laissé ton père indemne et l’esprit en paix ! Et quand bien même le prix qu’il aura payé ne te semble pas à la hauteur, que comptes tu faire ? Rétablir la balance ?

Le regard qui lui fut brusquement jeté la fit osciller doucement, l’ébranlant d’autant plus alors qu’elle tentait de masquer l’inconfort de l'incompréhension qui flottait sur son visage, colorant ses yeux de la lueur de l’incertitude. Le sourire narquois qui s’étirait sur les lèvres de son interlocuteur n’ajouta qu’un embarras cuisant à sa précarité, se sentant étrangement vulnérable alors que la vengeance à laquelle elle s’était permise de rêver faisait office d’un sarcasme camouflé sous l’apparence d’une question posée, l’ironie teintant la rhétorique qui s’évada de la bouche de celui à qui elle était venue quémander conseils. Le regret la saisit violemment, emprisonnant d'une ferme poigne ses entrailles tandis qu'il continuait son discours d’une rapidité pressée, martelant son point sans relâchement, s'acharnant à exposer une vie où rien d’autre n’avait d’importance que celui qu’elle tentait avec tant de ferveur de faire taire à tout jamais. Mais que regrettait-elle exactement : d’être venue à la porte d’Octave, que la réponse n’était pas celle qu’elle avait espérée ou qu’au final, en s’obstinant à se venger, qu’elle est offert à son père tout ce qu’elle s’entêtait à lui retirer ? Malgré l'envie saisissante de fuir son regard pénétrant, ses yeux restèrent posés sur lui, étrangement attirés par la franchise de ses propos et la constance de ceux-ci, figée sur place par l'érosion de ses convictions qui s'intensifiait à chaque mot prononcé. L’impression d’être perdue dans une mer d’incertitude s’aggrava, remuée par les vagues dévastatrices de la terreur qui s’amplifiait au sein de son être.

- La solution magique… tu crois que c’est facile de consentir à lâcher prise ?

Le silence accueilla la fin du discours du bibliothécaire, lourd de sens, pesant sur ses épaules avec la force d’une tonne de briques et elle dut oeuvrer d’une concentration qu’elle ne croyait plus posséder pour éviter que son corps ne suive le mouvement du poids imaginaire. Puis, un sourire doux reprit finalement possession du visage de l’homme tandis que son regard restait posé sur elle, refusant de lui laisser, même l’espace d’un moment, un répit quelconque et bien que rien en elle ne rimait avec calme, elle laissa son propre visage se détendre, mimant la tranquillité que la discussion semblait reprendre alors qu’Octave prenait la parole de nouveau. La main traîtresse de la brunette vint se lover sur sa nuque, massant d’un mouvement inconscient les noeuds que l’angoisse insistante venait créer à la base de son cou, se perdant dans l’amas de cheveux qui s’y trouvait avant de quitter finalement la peau moite pour rejoindre le côté de son corps. Interdite, elle s’approcha du lit jusqu’à s'y asseoir, prenant place aux côtés de celui qui s’acharnait à lui faire comprendre un point de vue auquel elle avait, jusqu’à présent, refusé d’accorder une réelle importance. Elle était venue avec l’idée de faire taire la pensée qui la narguait depuis sa dispute, espérant clamer la victoire sur le sujet pour, qu’au final, la sensation d’avoir eu tort sur toute la ligne ne lui inflige une fatigue douloureusement réelle. Trahie par son propre esprit, une pointe de culpabilité pointa le bout de son nez alors qu’elle repensait à la rage qu’elle avait fait déferler sur Léon tandis que son ami avait tenté d’exprimer le même concept à la serpentard butée et renfrognée qui avait tout simplement refusé de l'écouter. Son esprit se perdit dans les nouveaux questionnements que la discussion avait dévoilés, explorant cette culpabilité grandissante sous un tout autre angle. Pourquoi était-elle encline à croire Octave alors que Léon lui avait soufflé les mêmes vérités ? Était-ce le fait qu’il était le deuxième à lui exprimer le tout ? Ou bien était-ce parce qu’elle avait entrevu l’espace d’un moment fugace la relation qu’il entretenait avec sa mère, lui permettant ainsi d’y voir une certaine similarité avec celle qu’elle possédait avec son père ? Bien qu’elle ne trouverait certainement pas la raison parfaite aux questions qui tourbillonnaient dans son esprit, elle savait qu’elle ne pourrait taire le sujet avec Léon, mais ceci était un problème auquel elle s'attarderait un autre jour, son esprit refusant de s’éclipser plus que quelques douloureux moments du sujet brûlant. Vivait-elle que pour Jake en concentrant tous ses efforts à une vengeance pourtant plus que méritée ? Le bonheur serait-il vraiment que temporaire ? Elle n’avait pas les réponses aux innombrables questions qu’il continuait de lui poser, effrayée de s’y attarder et de découvrir une pénible vérité, mais son esprit refusait de fuir le sujet. Elle s’aventura finalement à répondre à Octave, brisant le silence qu’elle avait laissé s'immiscer entre eux, s’accordant le droit d’offrir l’un de ses propres aveux au bibliothécaire.

- L’avenir.. je n’y ai jamais réellement pensé. Tout s’arrête là. Tout s’arrête avec sa mort. C’est le néant ensuite, commença-t-elle d’un ton neutre alors que son regard était fixé droit devant, plongée comme elle était dans les révélations des mystères que son esprit gardait normalement précieusement cachés. La vérité est que je n’ai jamais vraiment pris le temps de penser à quoi que ce soit d’autre que ça, avoua-t-elle, la voix légèrement plus faible qu’auparavant, l’impression que chaque parole pesait sur sa langue envahissant ses sens. Puis, un petit rire franchit ses lèvres, le son, cette fois-ci, beaucoup plus sincère que le ricanement qui l’avait quitté quelques instants plus tôt. Enfin.. je me suis perdue une fois à imaginer ce qui pourrait se passer ensuite, à ce que je pourrais faire de ma vie, mais… c’était sans importance comparé à lui, comparé à ma vengeance...

Les mots moururent sur sa langue, commençant à comprendre de plus en plus l’idée qu’Octave tentait de lui expliquer. C’était exaspérant, enrageant comment le nom de son père, son visage, ses mots envahissaient si rapidement son esprit à chaque détour d’une conversation, guettant la moindre opportunité pour la hanter de nouveau. Ils n’étaient même pas dans le même pays, mais elle ne pouvait s’empêcher d’y accorder une importance immense, le laissant inonder chaque aspect de sa vie comme s’il était à ses côtés, commentant et accompagnant chaque moment telle l’infection néfaste qu’il était. Elle n’avait jamais réalisé à quel point il était toujours là, dans son esprit, crachant son venin destructeur, et si elle était réellement sincère avec elle-même, elle était la seule et unique coupable, lui offrant cette opportunité qu’elle seule pouvait lui octroyer et au final, qu’elle seule pouvait lui retirer. Elle seule pouvait reprendre le dessus sur sa vie. Perdre pour mieux gagner. Qui aurait cru que la solution était si contradictoire en soi ? Et bien que l’idée commençait à s’ancrer en elle, à prendre un sens qu’elle n’aurait jamais cru possible, un doute restait présent, murmurant ce fameux et si qui s’amusait à s'aromatiser à toutes les sauces, à s’adaptant à la dernière idée qu’elle osait adopter. Les aveux du bibliothécaire ne semblaient pas vouloir la laisser tranquille, flottant au-devant de son esprit alors qu’elle repensait à tout ce qui avait été dit en si peu de temps, tentant d’y voir clair et de s’accrocher à l’idée qu’elle avait probablement eu tort toutes ses années, obnubilée comme elle avait été par sa douce vengeance. Mais le doute refusait de se dissoudre, une phrase que l’adulte avait prononcée refusant de se taire, la narguant de par sa propre contradiction. Car même si la solution qu’on lui recommandait vivement était la plus noble, la jeune femme serait incapable de s’y agripper si elle n’était qu’une théorie utopique sans véritable application réelle. Elle tourna quelque peu la tête, offrant un peu plus de son visage que simplement son profil, les sourcils froncés témoignant de l’interrogation sur laquelle elle s’était arrêtée alors qu’elle absorbait les paroles de l’homme. Elle hésita un bref moment, observant une énième fois les traits de son interlocuteur avant de jeter toutes précautions par la fenêtre, sachant que le temps de la réticence avait été révolu il y a quelque temps déjà et s’aventura à prononcer à voix haute le fond de sa pensée brièvement méfiante :

- Tu parles avec tant de certitude, tant d’ardeur que fuir est la solution... et pourtant, tu n’es pas sûr de t’en être sorti, ses paroles colorées d’une certaine douceur fragile brisèrent le silence. Puis, elle posa enfin les questions qui s’étaient immiscées dans son esprit tandis qu’elle avait retourné les dires d’Octave dans tous les différents sens. Pourquoi crois-tu encore aujourd’hui que tu as fait le bon choix ? Comment tu tiens le coup malgré tout si ça te hante toujours ? Elle est où ta liberté à toi ?

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Dim 15 Avr 2018 - 19:51

Avec un peu de chances, il n’avait fait que mettre des mots sur ce qu’elle savait déjà, sans avoir jamais osé y faire face. Les valeurs archétypales avaient la convenance de ne se soustraire à rien d’autre que leurs propres limitations, ne dépendant ni du contexte, ni de l’individu, se suffisant strictement à soi-même tel un concept dans le monde des idées. Ces pensées, parce qu’elles étaient abstraites et reposaient sur un système de valeurs évidentes, se construisaient à l’horizon sans trouver la nécessité de se manifester objectivement aux perceptions du monde, qui s’y ancrait sans véritablement s’y référer. Les accusations que nourrissait Heather envers son père n’avaient au fond pour source qu’une inspiration maladroite à vivre sans que son image ne se manifeste à chaque instant de chaque jour, de chaque minute qui passait, esquissant sans relâche son reflet là où il pouvait s’ancrer. La tentation première, l’impulsion féroce et vivifiante, dictait la destruction avec l’espoir à ce que la mort physique entraine l’extinction de la hantise. Mais c’était l’aboutissement ultime et logique d’une haine qui visait en sa catharsis le sacrifice définitif. Si Heather y consentait, elle se contenterait de couronner son propre échec. La réalisation, quant à elle, viendrait bien évidemment beaucoup plus tard lorsque, pensant à son geste, elle se rendrait compte n’avoir pas levé la main pour elle-même, mais pour son père. Sa quête n’était pas celle de l’indépendance, mais de l’annihilation complète des succès, des prospérités et triomphes que son père avait possédés, non plus même celles que la concernaient strictement, mais toutes celles qui avaient contribué à rendre la vie de Jake moins terne ne serait-ce qu’un instant. Il y avait dans ce désir de satisfaisante félicité simple et immédiate une absence pourtant parfaite d’avenir, puis une négation absolue de sa propre existence, et qui allait décemment prétendre préférer s’y risquer ? Mais l’envie était insatiable, envers et contre toutes les exigences réfléchies, chose qui peut-être avait si honnêtement glissé une once de terreur dans le regard de la jeune fille. Elle avait perçu dans les mots du bibliothécaire l’ébauche d’une alternative qui avait pourtant toujours existé en son sein, mais qui contentait si mal ses besoins immédiats et sa fougue vengeresse, qu’elle n’y avait jamais songé avec l’intention d’y accorder du crédit. Mais maintenant, le squelette s’articulait et pire, il faisait sens, bien mieux sans doute que le sang qui excitait son appétit. En guise de réconciliation, elle vint s’assoir à ses côtés sans le regarder pour autant, mais donnant tacitement une chance à ses explications, qu’Octave saisit.

« L’avenir… je n’y ai jamais réellement pensé. Tout s’arrête là. Tout s’arrête avec sa mort. C’est le néant ensuite. La vérité est que je n’ai jamais vraiment pris le temps de penser à quoi que ce soit d’autre que ça. »


Elle rigola, ce qui força le bibliothécaire à relever les yeux, tantôt perdus en parallèle à ceux de la jeune femme dans la contemplation d’un horizon étrangement commun. Maintenant, elle y pensait ; maintenant elle en parlait. Octave se conforta encore une fois que les idées advenaient dans l’opposition et la parole. Rien n’existait vraiment dans l’esprit tant que ce ne fut pas explicitement dit, manifesté au monde et à ses propres yeux, qui seulement se retrouvaient soudain aptes à observer la réflexion dans toute sa force robuste ou son infinie imperfection.

« Enfin.. je me suis perdue une fois à imaginer ce qui pourrait se passer ensuite, à ce que je pourrais faire de ma vie, mais… c’était sans importance comparé à lui, comparé à ma vengeance...

- Tu te trompes de cible et tu oublies une étape. »

Accusa-t-il sans ménagement, avec l’absolue certitude néanmoins que l’obsession ne la lâcherait plus et que déjà, même en silence, sa pensée continuait à contrarier la confusion par d’incessantes et contraignantes accusations. Il savait maintenant Heather entêtée au point de nier son propre avenir au profit des plaisirs du présent, mais suffisamment intelligente pour ne pas rester complètement sourde à ce qui déjà faisait écho en son cœur. Sinon, elle se serait enfuie en sentant que ce n’était pas le réconfort qui l’accueillait en ces lieux, mais la vorace et incessante épreuve de ses opinions. Si elle n’avait pas voulu argumenter, ils n’en seraient pas là, Octave n’en serait pas là, à tenter de la convaincre. C’était que quelque part, elle voulait bien se laisser faire, à condition que ce ne fut pas son effort propre. Alors, il se redressa, l’observa un instant puis dévia son regard vers le mur d’en face, caché par une large et haute bibliothèque personnelle, dont les étagères montaient jusqu’au plafond. Les ouvrages se serraient en touches de piano, hypnotisant par leur stricte régularité.

« Ca a duré trop longtemps pour que tu puisses mettre fin au problème en abolissant sa cause. » Annonca-t-il avec une tranquille fermeté, non plus parce qu’il ne s’agissait que d’une expérience personnelle, mais parce qu’il le voyait. « Ton père, tu le portes en toi dans ta posture, ton attitude, les suppositions que tu fais au sujet des gens que tu rencontres… Tout ça reste très implicite. On ne se rend souvent pas compte, ou on n’en a pas envie, à quel point ce qui nous fait du mal nous affecte. Tu le portes en toi sous forme de méfiance, de haine et d’amertume, parce que c’est quelqu’un qui t’auras constamment rabaissé. »

Cela cependant, il ne pouvait en être que secrètement complice. Sa mère aussi, il la voyait se diluer dans l’eau qu’était sa vaste vie, petites gouttes de poison qui ne le tuaient plus comme avant, l’intoxiquaient parfois, mais toujours avec moins d’ampleur que la fois précédente. Il savait reconnaître lorsque la chimère de sa génitrice était sur le point de se manifester et au lieu de la contourner, s’armait de patience pour étouffer le monstre qui grandissait en son propre cœur, subissant à chaque fois la mort de son passé, de ce qu’il avait un jour été et ne voulait plus être. Octave frotta ses doigts les uns contre les autres, pouce contre phalange, atténuant le froid qui l’habitait et chassant la tension diffuse. Il la regarda à la dérobée, sans s’aventurer jusqu’à ses yeux, gardant les siens délicatement baissés sur les moins nerveuses de la jeune femme.

« Admettons, tu l’affrontes et il n’est plus là, tu as rétabli la balance. A quel point es-tu certaine que quelque chose de semblable ne se reproduira pas avec quelqu’un d’autre plus tard dans ta vie ? » Octave eut un bref soupir, considéra le mur et s’expliqua plus amplement avec un jargon qu’il n’aimait pas particulièrement mettre en lumière : « C’est ce qu’on fait en psychothérapie : tu regardes ce qui ne va pas et tu te demandes : qu’est-ce qui m’est arrivé ? Tu tentes de savoir quelles sont les causes qui t’ont mises dans cette position de vulnérabilité. La part de toi qui s’accroche à tout ça, c’est celle qui se demande si elle parviendra à suffisamment changer pour que ça ne se reproduise plus. Ton père aura beau mourir, il sera toujours là à tirer tes fils parce que ta mémoire fera subsister son souvenir, tant dans ton esprit que dans ton corps. »

Octave eut un bref sourire navré en repensant à leur rencontre : cette posture que la jeune femme avait eue à son égard était restée gravée dans sa mémoire, comme la preuve d’une méfiance bien trop exacerbée pour être due à la vie courante. La morbide nostalgie lui joua cependant des tours, car ce fut Heather à présent qui relevait un visage décidé pour lui demander des comptes, dont la légitimité était à la hauteur de leur quelque peu désagréable vérité. Les yeux soudain perdus dans le vague, agiles et vifs sur les détails tour à tour du mur ou du tapis, Octave se sentit brièvement confus, sans en percevoir la raison exacte. L’espace d’un instant, il avait cru ne rien avoir à répondre, se retrouvant adolescent imitant une vie en laquelle il n’insufflait aucune conviction. Avec l’abondance de mots qui s‘éveillèrent, revint la certitude que cette époque-là était définitivement révolue. Heather le regardait, mais lui baissa les yeux sur ses mains à présent entremêlées et prolongea ce qui devait être rectifié.

« Je n’essaye pas de te convaincre de quoi que ce soit. Nos chemins sont différents et si tu en viens à me dire avec certitude que ta voie est celle qui te convient le mieux, je le comprendrai très bien. » Ce qui était l’énonciation d’une parfaite vérité et ne lui demanda donc aucun effort. Puis, parce que c’était l’aveu qu’on lui quémandait pour justifier son opinion par autre chose que de fumeuses théories abstraites, il se tourna un peu vers Heather, sans la regarder, toujours. « Comme je le disais, la solution n’est pas immédiate ni facile : ça prend du temps et beaucoup d’effort. J’ai le malheur d’aimer aveuglement celle qui me fait du tort, depuis toujours. Distante et muette ou proche et volubile, elle était dans ma tête. Elle n’avait même pas besoin de dire quoi que ce soit pour y être. J’en ai conclu que c’était à moi de faire les choses différemment, de me poser les bonnes questions au lieu de croire que tout se réduisait à sa seule existance. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que j’ai changé suffisamment de choses pour ne plus me sentir étouffé ou redevable. J’ai fait le bon choix parce que je me sens mieux. J’ai pu vivre ma vie comme je l’ai désiré, pas parfaitement, mais au moins mes échecs m’appartiennent pleinement. Bien sûr, elle est toujours là quelque part… » Dit-il en regardant cette fois Heather droit dans les yeux, un doigt pointé sur sa tempe rousse, le regard pétillant : « …mais chaque jour qui passe elle devient de plus en plus petite. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Lun 30 Avr 2018 - 20:34

- Ça a duré trop longtemps pour que tu puisses mettre fin au problème en abolissant sa cause. Ton père, tu le portes en toi dans ta posture, ton attitude, les suppositions que tu fais au sujet des gens que tu rencontres… Tout ça reste très implicite. On ne se rend souvent pas compte, ou on n’en a pas envie, à quel point ce qui nous fait du mal nous affecte. Tu le portes en toi sous forme de méfiance, de haine et d’amertume, parce que c’est quelqu’un qui t’aura constamment rabaissé.

Inconsciemment, la jeune femme s’était légèrement redressée à la mention de la posture et de son attitude, tirant doucement ses épaules vers l’arrière, son dos s’allongeant au dépliement forcé. Ses bras vinrent s’appuyer derrière elle et elle se laissa supporter par ceux-ci tandis qu’elle levait la tête vers le plafond, ses yeux se posant sur ce dernier qu’elle avait déjà observé par le passé, mais dont elle se perdait de nouveau dans l’exploration de ses détails, écoutant les explications d’Octave d’une oreille attentive. Le sujet s'approfondit, le vocabulaire se nuançant de termes tirés de la psychologie et l’espace d’un moment, l’étrange impression d’être un rat de laboratoire fit surface, un frisson traversant son corps fébrile. Elle se sentait analysée, perçue d’une façon à laquelle elle ne s’était jamais réellement attardée, décortiquée et disséquée. Les mots utilisés étaient d’une franchise frappant, refroidissant son être d’un voile glacé : haine, amertume et méfiance. Était-ce vraiment ce qui la décrivait le mieux ? Et bien qu’elle aurait préféré se mentir, nier en bloc, elle savait déjà la réponse à sa propre question et elle se mordit la lèvre par réflexe, empêchant l’envie de soupirer de se concrétiser. Le malaise grandissait et l’habitude féroce de muer ses émotions malaisantes en colère l’électrocuta, et bien que sa mâchoire se serra en réponse, la brunette tenta de régner sur le bouillonnement qui sévissait en elle, desserrant doucement les mains qui s’étaient agrippées à l’épaisse couette. D’un souffle, elle laissa ses pensées s’exprimer sous forme de mots, explorant, armée d’une légèreté forcée, le sujet troublant qui s’était développé depuis son arrivée :

- C’est difficile de faire la différence entre ce qui est lui et ce qui est moi. Comme maintenant, j’ai vraiment envie de prendre un verre, dit-elle doucement. Sa voix insista sur le mot vraiment, laissant son désir teinté son ton tandis que sa lèvre se glissait entre ses dents, se réconfortant d’un doux mordillement inconscient. Puis un petit sourire ironique s’étira sur ses lèvres alors qu’elle reprenait lentement la parole, un hochement des épaules accompagnant le sens plutôt léger qu’elle avait adopté dans ses propos, refusant l’ombre d’un instant de trop s’attarder sur la réelle implication des paroles que le bibliothécaire avait exprimées. Ça doit venir de lui ça. Enfin, j’imagine qu’en partie ça vient de lui.

Mais le sourire disparut aussi rapidement qu’il était apparu, considérant finalement la sévérité de ce qu’il venait d’exprimer sur elle. Jake était en elle. Jake la définissait depuis toujours. Jake était partout. L’idée la répugnait et elle sentit brièvement malade, sachant plus que jamais que tout ce qui était dit n’était qu’une parcelle de cette dure vérité, qu’un fragment de tout ce qui n’allait pas avec elle. Sans colère pour expulser le trop-plein d’émotions, elle était laissée à la dureté des vrais sentiments qu’elle ressentait : la honte, l’abjection et une terreur qu’elle n’avait jamais su comment traiter outre que par la vengeance pure et dure. Elle se redressa brusquement que pour mieux se recroqueviller vers l’avant, appuyant ses coudes sur ses genoux tandis que ses yeux se logeaient contre les paumes froides de ses mains. Elle passa quelques secondes fixée sur sa simple respiration, se calmant lentement, car bien que le malaise était bien présent, un poids énorme sur ses épaules, elle savait maintenant que ce n’était pas quelque chose qu’elle réglerait facilement et surtout, que rien de cela n’était réellement nouveau. Ces sentiments l’habitaient depuis toujours et ce n’était pas en tuant la cause de ses maux qu’elle s’en débarrassait. Elle avait poursuivi un raccourci avec désespoir alors que le parcours qui se dressait devant elle n’en offrait aucun. Une respiration tremblante fit son chemin de ses narines jusqu’à ses poumons et elle souffla : J’aimerais tellement arracher cette partie de moi, cette partie qui est lui... mais j'ai peur de ne pas savoir faire la différence.

Cela avait été difficile à avouer, difficile à prononcer. Elle s’était efforcée depuis si longtemps à se dissocier de son père, à nier le lien qui les unissait. Concevoir qu’il était son père, mais qu’en plus, il était à l'origine de tout ce qu’elle était, avait prit un effort monstrueusement pénible, mais le travail venait à peine de s’amorcer et elle ne pouvait se résoudre à préserver sur cette voie si le résultat n’était pas certain. Elle avait finalement levé un regard décidé sur Octave et posé ses questions, sans aucun détour.

- J’ai fait le bon choix parce que je me sens mieux. J’ai pu vivre ma vie comme je l’ai désiré, pas parfaitement, mais au moins mes échecs m’appartiennent pleinement. Bien sûr, elle est toujours là quelque part…mais chaque jour qui passe elle devient de plus en plus petite.

Elle s’arrêta sur son regard posé sur elle, s'agrippant au pétillement de ses yeux verts, au mouvement calme et décidé de sa main près de son visage. Elle lui offrit un léger sourire, un lent hochement de tête accompagnant l’étirement de ses lèvres, s’accrochant à sa réassurance comme à une bouée en haute mer tandis qu’elle repassait ses mots dans son esprit. La discussion n’était pas de tout repos et bien que son corps restait relativement immobile, s’agitant ici et là d’un mouvement quelconque sous la nervosité qui l’habitait, son esprit refusait de se détendre, assailli par les paroles qu’Octave exprimait sur le sujet qu’était sa vengeance et la relation père-fille qu’elle possédait. Elle s’était toujours refusé de dire qu’elle entretenait cette relation avec Jake, mais au final, c’était probablement bien ce qu’elle avait fait toutes ses années alors que son monde n’avait jamais arrêté de tourner autour de lui, gravitant autour du point central même qu’elle s’était jurée ne pourrait plus jamais l’affecter. La plus haute vengeance contre celui qui médit est l’oubli. Qui aurait cru qu’elle comprendrait un jour le sens de ce proverbe auquel elle avait ricané la première fois qu’elle y avait posé les yeux quelques années auparavant. Cela lui paraissait si ridicule à ce moment de se venger en oubliant, en laissant les péchés impunis. Même aujourd’hui, une partie d’elle résistait au changement qui s’amorçait, refusait de croire que de l’oublier, de la laisser indemne était la réelle solution à tous ses maux. Une partie d’elle se révoltait à simplement vivre sa vie, à se détacher de lui sans qu’aucune balance ne soit rétablie, sans qu’aucune rétribution ne soit faite pour tous les torts qu’il avait pu causer lors sa pitoyable vie. Cette même pitoyable vie qui perdurait si elle suivait les conseils. Mais la théorie qu’elle serait plus heureuse, en paix avec elle-même si elle planifiait sa vie autour d’elle et non sa revanche lui avait été présentée avec logique, revendication d’une certitude qui semblait si certaine qu’elle n’était plus à prouver sauf à une jeune femme qui s’était entêtée dans une illusion bâtie avec l’acharnement du désespoir. Et l’exemple, preuve concrète et réelle. Voilà qu’Octave lui offrait une partie de ses pensées, de ses propres maux, cédant à sa demande et s’expliquant avec la conviction d’un survivant sur comment il s'accrochait, combattait chaque jour sans pour autant s’aveugler par celle qui avait causé son malheur. Il vivait chaque journée, chaque heure à sa façon, se séparant d'elle, s'éloignant peu à peu de son influence et bien que ce combat semblait quémander une endurance, une persévérance hors pair, il se sentait mieux, lui-même, dans tous les qualités et défauts que cela pouvait représenter. Et à cet instant, la vipère se sentit étrangement émue par celui qui lui offrait son passé que pour la rassurer, expliquant patiemment ce même processus qu’il avait lui-même traversé et traversait toujours. Elle était touchée, profondément bouleversée par la gentillesse dont il faisait preuve alors que rien de les unissait, que rien ne l'obligeait et que rien ne lui était dû… que par bonté de coeur. Le sourire qui ornait ses lèvres s’étira un peu plus et elle laissa sa tête tomber sur l'épaule d’Octave, sa joue s'appuyant doucement sur le tissu confortable de son gilet. Les yeux de la serpentard se perdirent dans l’amas de livres ordonnés qui peuplaient la haute bibliothèque, traçant les reliures des bouquins de son regard lointain et songeur. D’une voix absente, elle murmura ses pensées :

- Un jour à la fois.. c'est ça ? Jusqu'à ce que ça devienne facile, que ça devienne une habitude qu'on ne remarque même plus ?, demanda-t-elle, sa voix oscillant sur l’interrogation, supplication camouflée d’être rassurée, d’obtenir cette certitude à laquelle elle devait s’accrocher. Elle prit une légère pause, considérant ses prochains mots avec parcimonie, puis elle souffla, sa voix à peine plus haut qu’un chuchotement : Tu crois qu’un jour elle disparaîtra complètement de toi ? Tu crois qu'un jour je m'en sortirai ? Mais cela, elle ne pouvait le demander.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 3 Mai 2018 - 0:34

« C’est difficile de faire la différence entre ce qui est lui et ce qui est moi. Comme maintenant, j’ai vraiment envie de prendre un verre. Ça doit venir de lui ça. Enfin, j’imagine qu’en partie ça vient de lui. »

Le choc fut si intense et extatique qu’il lui sembla en voir les ondulations se répandre à la surface irisée d’Heather en une remous de peau frissonnante. La douleur possédait en elle un infini bouleversement à l’esthétique aussi touchante que s’il s’était agi d’une réponse suggérée à l’intimité-même. Octave avait si convenablement touché son but qu’il le regretta à moitié en voyant l’étudiante s’effondrer sur sa propre âme. L’on se croyait libre de ce qu’on détestait, sans se rendre compte jusqu’au bout qu’il n’y avait qu’appartenance et assujettissement dans cette servitude à la haine. Son père était son père parce qu’elle le détestait autant ; ils s’enlaçaient tous deux dans cette soumission délétère come deux vignes poussant l’une contre l’autre, à défaut de trouver meilleur secours. L’un sous la tutelle de l’autre, ils s’imaginaient que cette proximité n’était rien et que leur indépendance serait recouvrée à condition de faire un geste unique, une pensée suffisamment convaincue, que leurs dissemblances avaient la même force et brûlaient d’une antonymie égale à leur aversion commune et que rien ne les reliait d’autre que la faute qu’ils avaient dans les débâcles de l’autre. Ils se pensaient huile et eau, imperméables l’un à l’autre, alors qu’ils étaient comme la corde et sa touche : l’une appuyait pour faire raisonner l’autre en secret sans que jamais elle n’ait pu vibrer d’elle-même. Sa voix était devenue toute petite… Octave voulut doucement la toucher, effleurer son épaule, mais le désir fut avorté par l’incertitude de ne savoir comment l’atteindre pour la réconforter. Peut-être le détestait-elle aussi dans la foulée pour avoir agi de façon aussi cruelle et abrupte à son égard, associant encore un peu cette attitude sévère comme un trait de la masculinité qu’elle détestait déjà chez son père. Octave lova le dos velouté dans son regard, sa rondeur ne lui aspirant qu’un chagrin fragile, petite courbe qui s’enroulait en son sein pour protéger le cœur et la vue, offrant des reins usés de s’être donnés tant de fois aux coups. Ses épaules se soulevaient par saccades, tels deux aiguilles d’un phonographe ayant rencontré la fin du sillon, sur lequel il buttait à chaque tour de douleur. Octave connaissait la sortie, mais elle paraissait précipitée pour le moment. Une fois que l’on se sentait possédé par l’entité détestée jusqu’à son intimité, une partielle éviction se faisait, et l’on se sentait privé de soi jusque dans les tréfonds méconnus de tous et pourtant résolument corrompus par la présence de l’autre… Elle s’était enroulée et sentait maintenant au sein de ce fœtus la brûlure de la haine féroce, marque qu’elle croyait n’avoir possédé que la superficie de ses pensées, mais qu’elle découvrait maintenant logée contre son cœur comme un cancer.

« J’aimerais tellement arracher cette partie de moi, cette partie qui est lui... mais j'ai peur de ne pas savoir faire la différence. »


Il avait lentement hoché de la tête, compréhensif. Et tout se mélangeait soudain ; doucement, elle existait de moins en moins… Octave se sentit grimacer, recouvrant, sentant jusqu’à la moelle cette douleur dont il avait souffert à force de s’être senti étranger à soi-même, de n’avoir jamais été chez soi nulle part, même dans son propre corps. Il ne savait s’il s’émouvait en percevant son propre reflet dont il comprenait l’iridescence, ou parce que Heather s’agenouillait avec un abandon quasiment parfait, mais un sentiment s’immisça dans sa pensée jusqu’à la faire trembler. Pourtant, dans ce splendide courage et cette lucidité soudaine, il ne voyait que la souffrance d’avoir atteint un point de dépossession misérable, tel qu’il asséchait le sang et faisait battre le cœur avec la lenteur d’un pendule. Heather s’était relevée pour le regarder, mais au lieu du réconfort souhaité à la rencontre de ses yeux, Octave eut un sentiment de détresse précipitée presque primitif. L’urgence le saisit, comme une évidence zélée. Il fallait rapidement la sortir de là, l’empêcher de s’étioler jusqu’au bout de ses pensées asphyxiantes, qui la privaient de sa propre identité à chaque instant supplémentaire. Il fallait l’empêcher de se perdre, de lâcher la prise avec ce qu’elle était et ne pas payer l’horrible prix de complètement disparaître. Il ne l’avait réduite qu’à cela dans l’explication : sa haine, en oubliant qu’elle en était déjà habitée sur tant d’aspects qu’ils se distinguaient de moins en moins bien. Il n’y avait plus que cela à l’horizon, comme un premier tableau étant trop proche de nos yeux pour permettre d’apercevoir le reste : c’était essayer en vain de concentrer son regard sur sa propre main, collée contre le visage. Il le savait si bien, s’y reconnaissait avec une telle profondeur que c’en était vertigineux. De ce même vertige inattendu, Heather chavira sa tête sur son épaule arrondie et perdant de sa tension dès lors qu’il sentit sa tempe épouser son bras, si près suivie par une cascade ondoyante de cheveux parfumés. Octave s’immobilisa, la sentant étrangement épanouie sur l’os saillant de sa précédente rudesse, mais fut bientôt soulagé de se savoir en bonne confiance malgré ce qui fut affligé et dit. Il avait craint qu’elle ne s’indigne contre l’origine de la pensée qui lui avait fait tant de mal, mais il avait semblait-il sous-estimé sa sagesse, en mauvais souvenir de la sienne.

« Un jour à la fois... c'est ça ? Jusqu'à ce que ça devienne facile, que ça devienne une habitude qu'on ne remarque même plus ? Tu crois qu’un jour elle disparaîtra complètement de toi ? »


Le souffle fut si bas qu’il faillit le rater et dut se pencher légèrement vers sa bouche pour mieux entendre ce qui s’avéra être davantage une supplique qu’une question. A travers lui, elle sondait son propre avenir, tel une fissure dans le temps qui lui était possible de toucher et il se demanda un instant si elle ne l’avait pas épousé de la joue pour mieux sentir sa présence tangible et évolutive. Fallait-il vraiment répondre à cela ? Il avait l’impression que pour la soulager, il allait devoir sonder quelque chose de bien plus intime et éloigné que ce qui se condensait en mots sur la toile argentée que tissait leur conversation. Il y avait un malaise plus profond que cette espérance de réussite et de survie dans un corps qui n’était plus vraiment le sien. Octave consentit néanmoins à passer par ce chemin, avant d’en emprunter un autre, auquel il ouvrit la voie :

« Non, parce qu’elle ne m’a pas apporté que du mal. » Il tourna sa tête vers la jeune femme et regarda sa chevelure épaisse jouer de son auburn sous son regard, redevenu tranquille dans son élan. « Elle m’a rendu fort et résistant. Elle m’a appris le recul, le calcul et la minutie. La patience. Partiellement à ses dépens.  »

Octave laissa un instant silencieux s’échapper et fendre l’air brûlant des bougies d’une onde étrange. Aussitôt, sa main suivit la voie de son regard, jusqu’à disparaître sous la merveilleuse toison bistrée : ses doigts glissèrent jusqu’à la joue étroite et délicate de la jeune femme, épousant de sa paume creuse et large l’angle de sa pommette saillante. Ses doigts se perdirent entre les mèches de la tempe charnue, qu’il savait mordorée, embrassant de tout son tendre épiderme la peau lumineuse et mélancolique. La caresse fut indolente mais assurée dans sa lenteur alanguie, remontant son visage plein d’une jeunesse vivace et pourtant déjà épuisée avec une prudence tranquille. Sa plus petite phalange atteignit la partie la plus délicate du cou, se longeant à l’angle de la mâchoire et possédant de l’éventail défait de ses doigts la joue de la jeune femme tel un renflé nuage. Il ne la força à rien, laissant cette présence d’abord la surprendre, puis l’envahir de sa chaleur qu’il savait douce. La complète torpeur de son geste, l’immobilité délicate de sa main suggéra l’absence de tout réconfort : il l’avait effleurée et la raison n’en était nullement la pitié. L’intention était si sûre qu’elle était dénuée d’insidieuses interprétations, se voulant aussi lumineuse que déterminée. Sentant que sa coupe avait trouvé embrassement suffisamment étroit pour en savourer tout le contour doré, Octave s’évada dans l’évidence qu’il lui fallait dire pour apaiser ce qu’il savait se tourmenter en-dessous de ces pensées apparentes. Le visage penché, il chuchota dans ses cheveux brûlants une incantation pour, espérait-il, conjurer le diable dans les détails :

« Il n’y a pas de lui en toi. Il n’y a que sa voix, que tu écoutes parce que c’est la seule que tu laisses résonner dans ta tête. Vous êtes différents. Il n’y a rien à arracher, mais tout à épanouir. Tu ne bois pas parce que ça vient de lui, tu bois parce que tu es malheureuse. » Il contemplait, affaissé, les fins cheveux épars qui formaient des ramures sous ses yeux mi-clos, parlant doucement, comme s’il racontait une histoire pleine de promesses. Son pouce s’était mis à très entement caresser la joue, touchant presque de l’ongle les cils recourbés. « Tu as déjà tout en toi ; tout ce que tu vas aimer de toi est là, mais tu ne te connais pas encore très bien. Tu te caches derrière l’habitude que ton père t’a donné de la vie, mais tu n’es pas lui et il ne sera jamais toi. Tu as tellement de force à déployer, Heather, tellement de qualités à fleurir et dont il ne connaît rien et n’en connaitra jamais rien. Tu ne lui appartiens pas et il n’a aucun mérite, à part celui de t’avoir fait croire qu’il n’y avait que lui dans ta vie. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Sam 5 Mai 2018 - 5:33

Dénaturée. C’était ce qui la décrivait le mieux à cet instant, son coeur refusant de se dénouer depuis que la vérité l’avait heurtée sauvagement de plein fouet, emportant avec elle toutes ces illusions perlées que la brunette avait bâties avec tant d’acharnement et d’obstination. Sa réalité s’était effondrée telle une vitre fissurée à une endroit précis qui entraînait l’écroulement complète dans son élan destructeur, emportant chaque parcelle de qui était autrefois un tout prétendant l’harmonie. Mais la vérité était que rien n’avait jamais été harmonieux, équilibre imaginaire et faux qu’elle avait revendiqué avec la force d’un désespoir qu’elle refusait d’admettre même à elle-même. L’optique de se séparer intérieurement de la cause même de toutes ses misères prenait des proportions lourdement plus exigeantes que celle de simplement assouvir une vengeance meurtrière et tandis que son avenir rapproché avait toujours été d’une clarté affreusement grotesque, celui-ci se chamboulait, futur maintenant mystérieux et brumeux dont elle n’arrivait même plus à y voir les traits grossiers. L’incertitude était prenante et obnubilante, un trou béant dans son esprit qu’elle peinait à remplir de possibilités gaillardes. Mais heureusement l’épaule consolante sur laquelle elle s’était abandonnée offrait un réconfort qu’elle n’aurait pas cru possible et la jeune femme se perdit à lâcher prise, puisant dans la tangibilité de cette aide qui était venue de nul part, agréable surprise dont elle était l’heureuse destinataire.

- Non, parce qu’elle ne m’a pas apporté que du mal. Elle m’a rendu fort et résistant. Elle m’a appris le recul, le calcul et la minutie. La patience. Partiellement à ses dépens.

Les yeux noisette étaient mis-clos, perdus dans l’observation du vide qui s’étendait devant elle, écoutant la voix d’Octave murmurer tout en douceur la réponse à sa question détournée, présentant sans détour la différence de leurs histoires. Autant il s’était séparé de celle qui lui avait causé du mal, retrouvant avec patience son authenticité, autant il possédait cette sagesse, cette intelligence d’en voir l’indéniable positive qu’il avait pu retirer de la situation. Et bien que le contexte avait été des moins optimals, offrant son lot de rancoeur et d’amertume, le bibliothécaire contenait ce discernement inébranlable pour apprécier les bons côtés que les innombrables blessures lui avaient procurés. La sérénité qui semblait maintenant l’animer ne fit qu’émerveiller d’autant plus la vipère épuisée, se consolant dans la possibilité qu’elle aussi, un jour peut-être, réussirait-elle cet exploit, réussirait-elle à étouffer ce feu destructeur si profondément ancré en elle. L’optique était d’un encouragement incommensurable, mais teinté d’un doute affreusement affligeant, la méfiance qu’elle gardait normalement pour les autres s’éveillant, se rebellant jusqu’à trouver la cible parfaite en elle-même. Pourrait-elle réellement s’en sortir ou était-elle éternellement condamnée à vivre avec cette noirceur, cette ignobilité que son père lui avait légué, prisonnière d’un cercle vicieux vitupérant où la seule victime n’était qu’elle-même ? Se détesterait-elle autant toute sa vie comme l'avait été la petite Heather de sept ans, bercée par les mots haineux accusateurs sans qu’aucun réconfort ne lui soit permis, cajolée par les poings sans jamais que réassurance ne lui soit accordée, ne voyant dans le miroir qu'une enfance brisée où rien n'avait réussi à grandir de manière normale ? Elle détestait ce que le miroir lui renvoyait d'elle-même, ce reflet où la moindre mimique, la moindre expression n’était qu’un esquisse de son père, façonnant cette apparence qu'elle haïssait au plus haut point jusqu’à n’y voir que lui, jusqu’à n’y voir que les cicatrices laissées sur son corps, rappel douloureux de tout ce qu’elle n’avait pas réussi à fuir. Et tandis qu’un doute sinueux s'immisçait en elle, que les horreurs de ses pensées s'agrandissaient sans relâchement, une main douce se posait sur sa joue, frôlant d’une tranquillité réconfortant la peau frémissante de la jeune femme, ramenant cette dernière dans ce doux instant que le moment présent lui accordait. La main glissa le long de sa joue, se lovant dans les courbes de son visage, le bout des doigts voyageurs s’arrêtant à la racine de ses cheveux fins dans un frôlement lentement contrôlé. Les yeux de la serpentard s’ouvrirent en réponse, n’osant bouger sous la caresse, son visage suivant le relèvement auquel il était soumis jusqu’à ce ses iris noisette ne rencontrent les jades brillantes auxquelles elle s’accrocha, l’étonnement se reflétant dans la noirceur de ses pupilles agrandies. Ses lèvres s’entrouvirent légèrement sous la surprise, le visage immobile sous l’emprise délicate de la main masculine, tandis qu'il s'approchait quelque peu de ses cheveux que pour mieux observer son regard.

- Il n’y a pas de lui en toi. Il n’y a que sa voix, que tu écoutes parce que c’est la seule que tu laisses résonner dans ta tête. Vous êtes différents. Il n’y a rien à arracher, mais tout à épanouir. Tu ne bois pas parce que ça vient de lui, tu bois parce que tu es malheureuse. Tu as déjà tout en toi ; tout ce que tu vas aimer de toi est là, mais tu ne te connais pas encore très bien. Tu te caches derrière l’habitude que ton père t’a donné de la vie, mais tu n’es pas lui et il ne sera jamais toi. Tu as tellement de force à déployer, Heather, tellement de qualités à fleurir et dont il ne connaît rien et n’en connaitra jamais rien. Tu ne lui appartiens pas et il n’a aucun mérite, à part celui de t’avoir fait croire qu’il n’y avait que lui dans ta vie.

La proximité avait été introduite avec délicatesse, réduisant d'un naturel foudroyant l'espace les séparant, rapprochant leur visage sous le chuchotement de ses revendications, murmure enchanteur dessinant un lendemain où aucun fleur n’était fanée et où un soleil brillait de milles feux dans ses yeux. Les paroles se glissèrent dans son esprit, atténuant la sombreur qui s’y était logée, peignant de milles couleurs le tableau noir et blanc de son avenir. Elle se perdit dans le bercement de ses mots, passagère de sa mystérieuse balade. Elle se laissa emporter par son histoire, héroïne d’une aventure où elle sortait vainqueure. Elle s’abandonna à ses paroles aussi douces qu’une berceuse, le son de sa voix aussi calme qu’une mélodie s'envolant sous les cordes des violons. Son pouce se promenait sur sa pommette, touché délicat accompagnant la sensibilité de ses mots d’une caresse apaisante, une somptueuse douceur. Et sous l’attention qui lui était confiée, une vague de chaleur inonda l’être de la jeune femme, réchauffant le petit coeur glacé par les pensées destructrices, et un espoir qu'elle croyait impossible fleurissa doucement. D'un mouvement délicat, la brunette leva sa main et, du revers de ses doigts fins, frôla fébrilement la main reposée sur sa joue, l’effleurement aussi léger qu’un monarque se déposant sur les pétales d’une fleur. Elle traversa le dos de la main masculine jusqu'au poignet autour duquel elle s’enlaça tendrement d'une poigne faible, son pouce se logeant à la base de sa paume chaude. Ils étaient si proche, proximité réconfortante mais si étrange à la fois. Si proche que la brunette eu l'envie de s'éloigner tandis que son visage se rapprochait de lui-même, attiré par la tendresse éphémère de ce moment fragile. Octave. Cet homme dont le mystère l’avait intriguée, mariant froideur et bienveillance sous la tenure d’une personnalité complexe, mais où protection et prévenance avaient toujours fait son chemin jusqu’à la vipère malgré la défiance inévitable de celle-ci. Ils s'étaient retrouvés à quelques reprises, unis par le destin, joints dans les rocambolesques aventures d'un hasard joueur. Et au fil de ses rencontres inévitables, l’adversité s'était muée en sympathie et la méfiance en confiance, créant une des ces relations sur laquelle on avait misère à y associer un qualitatif précis, mais où l’abstrait n'était que d’autant plus apprécié par son insaisissabilité. Mais dans tous les mystères et les secrets de cette liaison sans nom, la brunette savait qu'elle s'était développée une certaine affection pour celui qui s'était attardé à la découvrir, un respect pour l'homme qui l'avait protégée et pris soin d'elle lorsque plus rien ne faisait de sens. Heather glissa d’un mouvement furtif sa lèvre inférieure entre ses dents, humectant la mince peau rosée avant de la libérer de sa prison momentanée.

- Je …

Mais elle s’arrêta, n’arrivant pas à trouver de mots assez forts pour décrire la sensation qui l’avait envahie, ni même à comprendre ce qu’elle ressentait au creux de son abdomen. Doucement, elle glissa sa main le long du cou d’Octave, son pouce se lovant derrière son oreille tandis que ses doigts se perdaient à la base de sa nuque, jouant docilement des cheveux qui s’y trouvaient, navigant subtilement la peau. Son regard sillonna les traits de l’homme, enrobant les cils entourant l’intensité de ses iris vertes, longeant les joues masculines, s'arrêtant sur les lèvres rosées avant de remonter lentement vers les yeux posés sur elle. Puis d’un mouvement fébrile, elle ferma les paupières et posa ses lèvres sur les siennes, une caresse tendre et légère dans laquelle elle s’abandonna complètement, perdant toute notion de réalité tandis qu'elle fondait sous le baiser.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mer 9 Mai 2018 - 0:41

Quels étaient ces insensibles qui s’échappaient volontairement d’une louange si précieuse… Ah, il y en avait toujours ; ceux qui ne chérissaient pas l’éloge délicate pour les qualités de celui qui osait en faire offrande. Mais il n’y avait rien de plus soigné et intime qu’un baiser et avant même de s’y soustraire ou l’accepter, Octave le chérissait d’un abandon fidèle et parfaitement confessé. Rien de toute façon en ce monde ne vous ramenait aussi sûrement dans la douceur profonde et renonciatrice d’une affection limpide, si intensément traversée par des vibrations lointaines des signaux de détresse. Dans un baiser, on s’y lovait entièrement, avec la gratitude d’une tendresse qui ne pourrait jamais être plus affectée et courageuse que lorsqu’elle était prodiguée pour la première fois. Ces baisers-là étaient dénués de tout contraste entre la caresse ailée de l’idylle et la congestion brutale de la chair celée. Il n’y avait que la capitulation pure, le sacrifice d’une part de soi qui ne nous serait peut-être jamais rendue. Et comme toutes les grâces, celle-ci se goûta les yeux fermés, sans cesse éveillés par un frisson qui serrait et étouffait un peu le cœur. Mais la reconnaissance ne pouvait pas être éternelle et aussi délicate que fut la bouche dévouée, aussi tendre que s’étaient avérées ses lèvres, Octave ne franchit pas l’instant où, avides de promesses, les mains n’en demanderaient davantage. Il rouvrit son regard et lentement, détendit l’arc de sa bouche brûlante, où la marque humide et délicieuse de jumelles voluptueuses allait abandonner leur fantôme sibyllin. Sa main avait glissé contre le cou de la jeune femme et soutenant ses propres dans sa nuque, il s’écarta suffisamment pour la contempler, tandis que la confusion laissait son visage bordé par la félicité diffuse d’une telle preuve, qu’elle fut préméditée ou spontanée, de pure confiance. Cependant, même s’il avait éprouvé ce baiser dénué de toute vanité comme un aveu d’espérance tendre, il y avait dans cette demande un engagement auquel il ne pouvait pas encore s’abandonner.

Il sentit le bord replet de sa bouche, cultiva une respiration calme et un cœur tranquille, tout en remonta des doigts défaits vers la chevelure soyeuse, qu’il écarta doucement du beau visage délateur, qui avait gagné en splendeurs par son charmant abandon. Et puis maintenant ? Octave soupçonnait les ruisseaux souterrains qui avaient fait naître fleur pareille, et il craignait chacun d’eux, non pas pour lui, mais pour elle. Qu’est-ce que cette merveilleuse vague portait en son sein profond et ne manquerait pas de ramener sur le rivage, bien après que la douceur eut fait son office ? Il ne craignait pas l’amour, ni la dévotion, pour peu qu’ils fussent sincères. Ce qui nourrissait son doute n’avait pour cause que le secret porté par la bouche affectueuse. Prétentieusement, quelque part, Octave se dit que son attention venait d’être gratifiée parce qu’elle était la seule depuis longtemps à lui offrir sans arrière-pensée le croissant rondelet de ses bras, sans que la première accalmie ne soit nécessairement la meilleure pour y lover son front. Heather était tellement à vif que peu importait la direction, la déchirure se profilait, nette et douloureuse. Qu’allait-elle faire de cette tendresse, si elle y trouvait réciprocité l’espace d’un instant, d’une heure, d’un jour… ? L’enfant n’y croyait pas et Octave le savait. Elle pouvait ne pas l’aimer, mais Léon n’avait manifestement mérité que le déni pour avoir osé la sentimentalité brutale, dévorante, agressive, qu’elle dût confondre sur l’instant avec les affections mensongères de son père. Mais ici et maintenant… qu’allait-il advenir de cette tendresse, fragile et précieuse, qui se casserait à son refus, tout autant qu’on sa plus parfaite abdication ? S’il y avait une assurance à posséder avec précaution, c’était qu’il fallait aimer cette affection et la chérir aussi tendrement qu’un aveu de faiblesse. Octave avait observé ses traits fins, son visage, qui s’offrait tel un cœur de tournesol à son timide soleil, et se pencha à nouveau pour l’embrasser bien plus doucement que la dissolution qui lui avait été offerte. Il l’embrassa en lovant soigneusement ses lèvres contre les siennes, lentement et précieusement, révélant un don qu’il ne faisait qu’à elle seule et dont la beauté et la passion étaient les auditeurs. Il l’embrassa comme si elle était revenue d’un long voyage, prêtant avec la douceur de ses lèvres tout ce que ce geste avait de chose inattendue et tout à fait spéciale. Ce n’était pas le désir fourbe du démon, l’envie des ardeurs promises et remémorées, mais le reflet humain exquis, du bonheur et de l’abandon. Il voulut la chérir autant qu’il le put, l’aimer et l’affecter autant qu’elle le méritait et le désirait. Lorsqu’il s’écarta néanmoins, la façon dont il se sépara de cette bouche flattée, annonça une séparation plus longue et peut-être définitive.

Comment aurait-il pu en être autrement de toute façon ? Quoi qu’il adviendrait par la suite, quelle que s’avère être l’issue de cet aveu, il ne voulait pas qu’elle garde en souvenir la brusquerie d’une discussion alors qu’elle venait de lui faire don de sa confiance. Il acceptait de bon gré et avec ferveur sa douceur nouvelle, puis la lui rendit sans dire un mot, car elle était aimée et appréciée, louée pour sa force et son gracieux renoncement, sa beauté et ses faiblesses, puis surtout, pour l’être qu’elle n’était pas, mais craignait de toute son âme. Néanmoins, il se redressa complètement, enveloppa sa petite main lovée contre son cou de la sienne et les ramena entre eux.

« Merci. »

Murmura-t-il en n’ayant d’yeux que pour leurs moins jointes, petit pont impossible et étroit entre leurs deux existences confuses. La voulait-il, maintenant et sans compromis ? Peut-être bien. Peut-être qu’il était prêt à la dominer si elle se laissait faire, et plus encore si elle l’enlaçait avec conviction. L’abandon était son recueillement et Heather lui en offrait un mirage lointain, mais Octave ne voulait pas faire affront à ses désirs ou ses affections en satisfaisant d’une impulsion trop zélée un caprice créé par le désespoir. Derrière ces tentions-là, il n’y avait que plus de désespoir et encore plus de déception. Comment faire confiance aux intentions d’une créature si fragile ? Un amour assouvi et puis, l’instant d’après, les draps redeviendraient froids et à côté serait allongé le cadavre de ce que l’on aura sacrifié pour avoir un peu de volupté. Plaisir fugace et le lendemain, plus rien que le vide, plus grand encore que la veille, inassouvi même par la certitude d’avoir été désiré. Les sourcils du bibliothécaire s’arquèrent doucement alors qu’il avait en souvenir toutes les hanches chimériques contre lesquelles il lui était arrivé de se réveiller pour contenter un chagrin diffus. Lentement, il amena la petite main à sa bouche pour en baiser les phalanges graciles, dans un énième geste de reconnaissance qu’il ne pensait pas vraiment mériter pourtant. Comment lui refuser la tendresse, alors que tout en elle la quémandait secrètement ? Sinon, à quoi bon ce baiser s’absorbant dans l’existence avec tant d’avidité ? Pourquoi d’ailleurs… pour le remercier, pour l’aimer, l’aduler, le faire taire ? Et puis quoi, lui professer l’éventuel regret alors qu’elle n’avait pas encore convenablement nourri son espoir ? Venant d’une pareille bouche brûlante, il n’osait imaginer l’innocence. L’ironie le plongeait dans une incertitude dont peut-être la jeune femme n’avait encore aucune idée ; elle lui fit poser son front frais contre les doigts tièdes, dont il sentit les ongles caresser négligemment l’arête de son nez. Seulement un bref instant s’écoula qu’il se redressait déjà, tour à tour inquiet et doucement souriant, mais encore incapable de savoir dans quelles roses se jeter : les siennes, éphémères et périssant au lever du jour, où les tenaces Hellébores qui survivaient au pire hiver. Les envies pourtant ne se questionnaient pas en ces cas et il demeurait obstinément muet, choyant la main docile contre la sienne avec l’affreux sentiment de trahir toutes ses promesses.

« Tu sais qui je suis et tu connais mon âge. » affirma-t-il d’une voix discrète, rappelant qu’il n’était ni un adolescent, ni un vieillard. « Je ne te refuserai rien, mais s’il-te-plaît, ne nous châtie pas d’aller trop vite. Commande, mais que si nous y survivons tous les deux. »

Il y survivrait. Il le savait. A part l’affection sincère, il n’avait rien à se prouver ni à perdre. Il avait perdu le premier amour de sa vie d’une nature impartiale, d’autres l’avaient quitté puis repris, aimé, désiré, et rien ne lui avait au fond fait plus mal que l’abandon soudain après de trompeuses promesses et expectatives déçues. Ni pour soi, ni pour Heather, il ne voulait que ce baiser s’avère être le début d’un perpétuel remplacement, où il chasserait un corps chaud à l’esprit toujours ailleurs, à penser au père, au délaissement ou à l’oubli, à l’amour qui ne venait pas, à l’affection jamais satisfaisante… Et au milieu de tout cela, une confiance qui refusait de se jeter dans le précipice avec toute l’audace de la vie, hésitant en son bord abrupte.

« Il n’y a pas que nous deux. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mar 15 Mai 2018 - 4:01

Voluptueux péché qu’était cette tendresse partagée, architecte de délicieux frissons qui réveillaient le corps désireux de s’abandonner. Succulente était la réponse des lèvres rencontrées, acceptant l’offrande délicate sans fluctuation résignée. Le baiser s’allongea, prolongation de l’indulgence sucrée, traçant la figure huit d’une maigre infinité. Sa douce aliénation récoltait un écho plus sublime qu’espéré, créant de ces chaleurs diffuses qui coloraient d’un rose ténu les joues féminines. Elle s’évada de ses pensées, s’égarant dans l’exquisité de la conjoncture charnelle, sa canalisant aux lèvres complaisantes. Sa main traîtresse se logea dans la vastitude des cheveux aux couleurs éclatantes du lever de soleil éphémère, frôlant la peau de doigts frémissants sous la tendresse offerte. La brunette se perdit dans le plaisir aveugle, goûtant les lèvres de sa bouche gourmande. Plus rien n’avait d’importance que la beauté partagée, la splendeur du moment où deux êtres chérissaient l’instant commun, offrant une part d’eux-mêmes sans rien demander en retour. Mais une fin était sans contestation et le moment approchait subtilement de son achèvement. La séparation fut douce, détachement serein d’un partage tendrement accordé, réveillant les paupières de la jeune femme envoûtée. Elle se réconforta dans la main lovée sur sa nuque chaude, doux résidu du modeste baiser tandis que ses iris retrouvaient le visage tendre de l’affectionné. La timidité se logea sur les traits fins de la demoiselle, prudent reflet du sensible émoi dissimulé en son être sincère. Elle s’évada dans le vert des iris brillants, se perdant dans la douceur de son regard. Une main glissa près de sa joue, déplaçant les mèches folâtres de ses yeux, découvrant la plénitude de son visage relevé. La fascination l’attrapa au vol, construite par les mouvements aériens de sa main flâneuse. Le temps semblait avoir perdu de sa rapidité, s'immobilisant dans un moment qui ordonnait la lenteur rêveuse et son souffle s’arrêta, prisonnière d’une gorge appréhensive, l’incertitude miroitant dans ses yeux brillants. Le baiser avait été donné sans arrière pensée, écho d’une affection avérée, mystérieuse création d’un coeur étourdi dont elle-même n'en connaissait pas tous les secrets. Qu’avait-elle voulu véritablement démontrer dans cet leste abandon ? N'avait-elle simplement pas trouvé les mots pour exprimer cette tendre reconnaissance envahissante ou était-ce seulement une manifestation sans équivoque de son appréciation méritée ? Mais un n’était pas exclusive à l’autre, éternellement liés, car la reconnaissance ne pouvait exister sans l’appréciation et au final, sa tendresse caressante possédait la lueur des deux arguments, fenêtre entrouverte sur ce coeur dont peu en connaissance les véritables secrets.

L’espace les divisant se dissout de nouveau, rapprochement initié, cette fois-ci, par celui qui avait reçu, offrant l’exquise réciprocité d’un élan délicat. La surprise s’évanouit, l’incertitude s’envola, vite remplacée par les vibrations d’un soupir satisfait qui fit trembler doucement la mince peau rosée de ses lèvres couvertes. L’inquiétude qu’elle fut la donatrice d’une confiance mal placée se dissipa, laissant place à la sérénité d’un coeur enlacé. L’union était d’autant plus affectionnée par celle qui consentait maintenant à l’offrande généreuse, réponse plein de doux sous-entendus et d’émotions communiqués sans qu’aucun mot ne soit échangé. Le baiser d’une élégante lenteur ranima la passion naissante éprouvée par la jeune femme, accélérant les palpitations de son coeur incertain, le sentiment étrangé d’être chérie pour ce qu’elle était s’éveillant au creux de son âme. Mais quel volupté était ce baiser à la lenteur ravissante. Le bien-être qui l’accompagnait était d’autant plus addictif, électrisant de sa nature quiète. Mais comme le premier abandon charnel, la séparation était de mise, offrant à la douceur du baiser un départ gracieux. La rupture s’accompagna cette fois-ci du retrait à la dérobé de sa main, joignant celle d’Octave, entre eux deux, seul rappel de la tendresse partagée quelques instants plus tôt.

- Merci.

La brunette leva un regard étonné vers l’homme qui se complaisait dans l’observation de leurs mains liées, l’interrogation muette d’une telle réponse flottant dans la brun de ses yeux non rencontrés. Le remerciement semblait hors propos, témoignant d’une gratitude dont le moment n’y semblait pas opportun. Qu’avait-il à remercier alors qu’il était celui qui l’avait relevé ? Qu’avait-il à remercier alors qu’il était celui qui l’avait accueillie avec délicatesse ? Qu’avait-il à remercier alors qu’il avait offert à son tour ce qu’elle s’était permise de voler ? Cette reconnaissance était la sienne à offrir et non à recevoir. Et pourtant, le mot ne semblait pas assez puissant pour qu’elle ne s’attarde à retourner la faveur alors que lui s’adonnait à le prononcer sous le couvert d’une raison énigmatique. Son front frôla sa main tenue, accompagnant l’unique mot d’une tendresse tout aussi surprenante qui ne dura qu’un bref instant éphémère, avant qu'il ne brise le silence de sa voix baryton.

- Tu sais qui je suis et tu connais mon âge. Je ne te refuserai rien, mais s’il-te-plaît, ne nous châtie pas d’aller trop vite. Commande, mais que si nous y survivons tous les deux. Il n’y a pas que nous deux.

Les paroles murmurées posèrent un doute au sein de la serpentard, avertissement doucereux qui se méritait réelle considération. Heather baissa les yeux, arrêtant son regard sur les doigts entourant sa main prisonnière. La réflexion avait fait partie de ses derniers jours avec avec l’omniprésence d'un dieu vengeur, épuisant son âme et son corps avec tant d’ardeur qu'elle sentit une fatigue familière l'envahir, une lassitude à l'idée de s'arrêter de nouveau à considérer tous les angles de la présente situation. L’optique de s’enfoncer de nouveau dans les questionnements, les remises en question et incertitudes ne l'attirait guère, déposant de ces goûts acides sur la langue qui vous révoltait de leur saveur aigre.  Elle ferma les paupières un bref instant, replongeant dans les méandres de son esprit évaltonné, un simple soupir traversant la barrière de ses lèvres. Rare étaient les instances où un choix n’affectait que les concernés et cette fois-ci n'en faisait pas exception, la simple réalité qu’elle était une étudiante et qu’il appartenait au personnel du château était une preuve redoutablement évidente de cette vérité. Mais l’envie de s’y attarder était remarquable par son absence, remplacé par le désir de s’abandonner de nouveau dans les douceurs de son esprit silencieux. Elle ne savait pas exactement ce qui l'avait conduite à offrir un pareil geste, s'abandonnant à l'émotion, mais elle savait qu'elle ne regrettait pas son impulsivité démonstrative, ni les répercussions que celle-ci avait eu, la douceur du second baiser flottant toujours sur ses lèvres fermées.

- Non, il n'y a pas que nous deux, j’ai mes fantômes..  et tu as les tiens. Mais est-ce une raison de se laisser hanter à jamais ?, murmura-t-elle, observant les mains unies d’un oeil soigneux, immobile, évitant à son tour les iris colorés.

La question n'en était pas réellement une, réponse purement rhétorique à une inquisition sous-entendue. Doucement, son visage se releva, s’approchant de nouveau de celui de l’homme, déviant son parcours pour déposer de nouveau sa joue sur l’épaule d’Octave, reprenant place où tout avait commencé quelques minutes plus tôt. Ce dernier lui avait murmuré de commander, cédant la préférence à la jeune femme. La serpentard resta quelques instants posée, les yeux paisiblement fermés, se détendant au rythme des respirations lentes qui gonflait paisiblement le torse masculin. Devait-elle réellement s’attarder sur les questions implicites, leur accorder un temps prodigieusement long ayant pour seul mérite d’éviter un possible regret alors que la mal qui pourrait en découler était qu’une mince importunité ? Elle ne voulait pas s’arrêter maintenant, elle refusait de s’arrêter maintenant. Elle préférant s’enivrer dans la confusion de la rapidité, désireuse de s’envoler, étourdie par la précipitation d’un moment surprenant. Elle préférait se perdre dans une réalité imaginée, dans l’euphorie d’une tendresse partagée, se griser dans l’ivresse de la vivacité. Et c'est ce qu'elle ferait.

- Je n'ai fait que cela survivre…, chuchota-t-elle, effleurant de ses lèvres la peau où l’oreille et la mâchoire se rencontraient. Mais ça…Elle ponctua son affirmation d’un baiser le long de la mâchoire masculine, frôlant doucement la peau blanche. Ça me fait vivre, termina-t-elle dans un soufflement, déposant un chaste baiser sur les lèvres de l’homme, s’éloignant doucement une fois la caresse offerte. Elle remonta précautionneusement un regard sérieux le long de son visage, l’honnêteté grâve brûlant ses yeux brillants. J’ai l’habitude de garder mes distances. Alors tout ça, c’est un mystère pour moi. Je ne sais pas exactement où ça va nous mener, mais je sais que je t'apprécie... je t'apprécie même beaucoup. Je suis prête à prendre ce risque, quel qu'il soit. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, s’efforçant de garder ses yeux posés sur ceux de l’homme. Mais toi, l’es-tu ?

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 17 Mai 2018 - 3:29

Etre ou ne pas être : telle est la question. La postérité se souviendra de cette ouverture comme d’une volubile signature, abstraite et binaire. Mais Hamlet n’avait jamais fait face à un dilemme, ayant opposé la vie à la mort, comme sa tête à un crâne. Il n’était en rien ce dilettante, à jamais las de l’existence, qui comparait les mérites de l’être et du non-être. Sa question n’était pas : « à quoi bon vivre ? » ou « pourquoi ne pas mourir ? », parce qu’elle n’aura jamais été binaire. Au départ, il y avait la question de tous les révoltés : vaut-il mieux mourir debout, ou vivre à genoux ? Ce qui aboutissait non pas à deux extrémités, mais quatre : existence sans vie, vie sans existence, vie avec existence et mort sans existence. Vivre sans exister, c’était souffrir et subir les injustices, être exploité et impuissant. Exister sans vivre, c’était se révolter et être tué. Etre mort sans exister, c’était le suicide, répudié ici comme un sommeil plein de rêves. Puis la vie existante… Agir, vivre et choisir ! * Mourir… dormir, dormir ! Rêver peut-être. Dormir était le meilleur moyen de falsifier son propre caractère, alors-même qu’il fut le seul guide que chacun avait pour soi à travers les aléas de l’existence. L’on devenait ce que l’on faisait. Mais à quel point supporter les oppositions ? Car si Hamlet n’était pas devant un dilemme, Octave admettait le paradoxe de l’être. Agir, oui, mais au nom de quel principe ? Le tétralemme de Shakespeare se partageait cruellement entre le sacrifice du moindre mal, et non le bien le plus abouti, ce qui était semblable à dormir, et derrière la mort guettait toujours. Mais il était déjà trop tard en un sens et Octave ne pouvait plus mesurer que le degré de son engagement. Nombreux étaient ceux qui, à tort, imaginaient les plaisirs charnels sans conséquences malheureuses, alors tout ce que la chair avait à offrir était dangereux. Socialement, émotionnellement, physiquement… La gratification immédiate sans promesses était la garantie de transformer sa propre vie en une pièce de monnaie, dont les deux faces seraient la souffrance et le plaisir, l’un se substituant éternellement à l’autre pour s’évader provisoirement de la douleur - seulement pour mieux y replonger. Heather n’en voyait peut-être que la surface encore, l’instant présent dans toute sa splendeur et sa beauté. Octave consentait avoir été passablement charmé par le lyrisme de cette union tendre, mais il savait que ses lèvres venaient de toucher à plusieurs reprises l’orée d’un avenir lointain.

Encore, en avait-il envie ? La réponse n’était plus à donner, car s’il ne se fut agi que du désir, ses mains n’auraient pas gardé leur prudence précautionneuse. Il aurait depuis longtemps soufflé sur la vétille créature pour la congédier sans équivoque, quel que fut le degré de sa promesse. Il le voulait. Mais il y avait l’être ou ne pas être. Il aurait bien voulu ignorer les conséquences, mais tel n’était pour l’instant pas le cas, même si on lui avait enjoint à oublier les fantômes : sa nature lui ordonnait le recul. Parce que les autres n’étaient pas que des fantômes, ou plutôt ils l’étaient maintenant ; mais ces spectres s’incarnaient dès le lever du jour. Une impression de déjà vu le consterna et il sut immédiatement que l’inconstance était l’adage de la jeunesse. Léon aussi avait renoncé à la haine pour une mystérieuse caresse. Reculer, vite ! Parce qu’il n’était pas le bon, parce que la désespérance gouvernait et qu’une promesse avait été faite ailleurs. Et ces petits drames exceptionnels à l’échelle d’une vie mettaient en garde contre de périlleuses tendances, des désirs hâtifs et des horribles déchéances. Octave avait renoncé aux secrets : ce n’était pas le genre de choses qui se taisaient bien, l’intimité gratifiait ses victimes d’un nimbe lumineux et d’une énergie nouvelle, visible à ceux qui savaient regarder. Et Léon ne manquerait pas de remarquer ce qui existait en silence, lui qui constatait déjà si bien ce qui n’était pas encore advenu et de façon parfaitement ignominieuse, Octave venait de lui donner raison. Il pouvait s’excuser de bonnes intentions, mais quelle était l’importance lorsque l’on risquait de blesser l’un pour élever l’autre ? Pas d’excuses, donc. Sa consolation était maigre, mais il avait la certitude qu’un refus en l’instant présent aurait été fatal. Bien sûr, ce ne fut pas sa première pensée lorsque les lèvres d’Heather s’étaient rapprochées des siennes : la faiblesse de la douceur l’avait gouverné, la flatterie, puis la nécessité de rendre la tendresse. Cependant, il constait à quel point la gracile créature dont il serrait la petite main était aveugle, la perspective ayant été possiblement balayée par son propre abandon.

Et Léon ? avait-il eu envie de demander sans en être capable, le prénom sonnant tabou au sein de leur petit halo chaleureux. Et Léon ? Ne l’attendait-il pas ? N’avait-il pas aimé ? N’avait-il pas avoué sa peine ? Et enfin, n’avait-il pas proposé cette vie qu’elle attendait tant ? Y avait-elle seulement songé… ? En sa bouche, tous n’étaient que des fantômes et leur seule faute fut d’appartenir à un passé qu’Heather réprouvait car tout y était étroitement lié à ce qu’elle haïssait le plus. En retrouvant une vie nouvelle, en guérissant, l’on abandonnait souvent ses béquilles… Rétrospectivement pourtant, Léon lui était le plus proche, l’ami fidèle, puis l’amant indomptable, toujours présent dans les affres de l’existence. Au fond, le seul avantage injuste que possédait Octave sur cet amour sincère était sa nouveauté relative. Contrairement à Léon, il n’était le reflet d’aucun passé. Ils se connaissaient trop peu tous les deux pour que son caractère puisse-t-être une déception et tout se muait en la surprise de nouvelles découvertes. Heather troquait la fidélité contre la virginité du changement. Il y avait des lendemains qui nécessitaient le sacrifice du renoncement de tout ce qui fut un rappel, proche ou lointain, de la souffrance passée. Mais Octave avait quand même la vague sensation de prendre une place qui n’était pas sienne de façon déloyale, comme s’il fut là sans aucun mérite autre que celui du contraste.

La jeune femme avait posé son insatiable tête sur sa robuste épaule, recouvrant son bras et flattant sa nuque de boucles généreuses et lourdes. Quelque part sous cette cascade d’un noir violacé, leurs mains toujours unies. Puis, un papillon aux ailes veloutées vint se poser sur la peau tendre à l’angle sévère, choyant son désir et lui faisant clore les yeux sous un frisson de détresse. La tentation de la chair fut drapée d’un nœud de paroles aussi inconscientes que tentatrices, jusqu’à sceller la boucle d’une caresse qui le laissa en suspens dans les méandres de ses intentions volontaires. Octave l’observa de ses yeux voilés par une extase naissante et si promptement provoquée, à couvert de paupières mi-closes et de longs cils entremêlés, prétendre qu’elle était prête à sacrifier n’importe quoi. Savait-elle seulement que le prix à payer pouvait être une chute dans les abysses encore plus vertigineuse que ce ne fut le cas jusqu’à maintenant ? A peine eut-elle esquissé le point de son interrogation qu’il fondit sur elle, saisissant son visage entre ses larges et chauds calices, plongeant ses doigts dans la noirceur de la nuit noire. La douceur précieuse s’était muée en brutalité insatiable et sa bouche dévora la jumelle docile, taquinant, narguant leur velours brûlant, rebroussant leur rondeur exquise. Son ardeur fut empressée, frénétique comme s’ils furent poursuivis par un temps capricieux. Il l’embrassa si ardemment et goûta si minutieusement ses saveurs qu’il s’en délia ivre, assourdi, essoufflé et tremblant comme s’il venait de se battre. Sentant la chaleur de sa bouche épanouir sa pulpe, il se recula juste assez pour que les reliefs cessent d’être confus et toisa l’étudiante, conscient de la fièvre qui habitait son regard et que l’exaltation furieuse avait rendu humide. Il respira lentement puis murmura, cruel, tenant la tête blessée par ses grâces entre ses paumes autoritaires :

« Ca. Ce n’est pas une vie, Heather. C’est du bouche-à-bouche. »

La pièce de monnaie venait de se faire jeter dans les airs, la félicité fugace ayant encore électrocuté un cœur peu habitué à battre. Mais ce n’était que ça : le choc de la douceur et du désir, réanimant n’importe quel corps endolori. Jadis aussi, il lui avait semblé revivre l’espace d’une heure, d’une nuit, sous l’amour fugace d’une généreuse inconnue. Le panache souverain de la tendresse infusait la quintessence de la concupiscence en chaque parcelle d’un épiderme hurlant sa froide solitude. Mais le feu véhément, s’il ne venait pas de soi, faisait brûler la frénésie que le temps d’une étreinte et après, plus rien ! La vie peut-être, si le cœur acceptait de repartir, seulement si. Sous son attention persistante, les mains semblèrent se muer en prison, mais Octave ne démordait pas et sa bouche entrouverte se mit à incanter dans la chaleur d’un souffle :

« Le seul risque que je prends, c’est toi. Songe soigneusement à ce que tu abandonnes, car le passé ne recèle pas que des chimères et à ignorer celles derrière nous, on se condamne à en retrouver tout autant devant. Ne te presse pas de déposséder ta vie ancienne de sa substance, sinon l’avenir n’en aura pas davantage. » Il pencha son front menaçant vers l’avant, ce qui rouvrit ses yeux brûlants en grand et, les doigts étroitement enlacés dans la chevelure parfumée, il posa la question fatidique, définitive : « Que veux-tu de moi Heather ? Mais surtout... que veux-tu pour toi ? »

L’empressement convulsif ou la résurrection ?



*Jean-Paul Galibert.


_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 14 Juin 2018 - 19:19

Un frisson parcourut son corps tandis que les paumes masculines encadraient étroitement son visage, réchauffant les joues rosées de la jeune femme, ses doigts s'emmêlent dans le soyeux de ses sombres mèches. Il plongea sur elle, enrobant ses lèvres pulpeuses des siennes, affamées et dévorantes, brusques et sauvages. La surprise envahit la brunette, étonnée par l'audace renouvelée d’Octave et Heather retourna fiévreusement la faveur, se perdant dans la folie charnelle, savourant l’excès avec délice. Sa main se perdit de nouveau dans la nuque de l'homme, caressant les mèches de cheveux rousses de doigts voleurs, agrippant fermement la chevelure rouquine d'une main fervente alors que l’homme dévorait sa bouche avec une exaltation déchaînée. Sa bouche répondit à l'appel de sa voisine, brûlante d'une envie qui l'envahissait rapidement, persistante dans son élan entraîneur. La puissance de ses mains robustes l'électrocuta, puissantes et possessives, entourant son visage d’une chaleur enivrante qu'elle savoura. Puis le baiser prit fin, l'essoufflement remplaçant la présence des lèvres tandis qu'elle reprenait le souffle écourté par la sauvagerie de leur dernier excès. Ses yeux glissèrent de sa bouche jusqu’aux émeraudes brillantes, l’intensité de son regard capturant le sien avec magnétisme.

- Ca. Ce n’est pas une vie, Heather. C’est du bouche-à-bouche. Le bouche-à-bouche n’était pas une solution permanente, mais n’était-ce pas la solution temporaire pour accrocher l’âme noyée à la vie ? Le bouche-à-bouche donnait la vie, soufflait l’air salvateur aux poumons dénués, offrait le souffle salutaire au corps déphasé. Non, elle n'était pas assez innocente pour croire que les possibles entourant cette soirée seraient la solution à tous ses maux, qu'elle en sortirait une femme nouvelle, mais n'était-ce pas un début, un premier pas vers un futur où la rage ne la consommait pas à chaque instant de son existence ? Le seul risque que je prends, c’est toi. Songe soigneusement à ce que tu abandonnes, car le passé ne recèle pas que des chimères et à ignorer celles derrière nous, on se condamne à en retrouver tout autant devant. Ne te presse pas de déposséder ta vie ancienne de sa substance, sinon l’avenir n’en aura pas davantage. Que veux-tu de moi Heather ? Mais surtout... que veux-tu pour toi ?

Il était si proche, mais pourtant, l’espace les séparant semblait plus loin que jamais, creusé par les questions et les réflexions qu’il demandait d’elle. La facilité du moment s'encombrait maintenant d’une complexité inopinée, d'embûches et d’obstacles qui demandaient efforts et réflexions de la part de la jeune femme.

- Octave…, elle laissa son prénom couler sur sa langue, vibrer sur ses lèvres entrouvertes tandis qu’elle fermait les yeux lentement, secouant doucement la tête de désarroi.

Lentement, elle anéantit l’espace les séparant et posa doucement son front contre le sien, replongeant dans les méandres de son propre esprit endoloris, sa main traînant toujours dans son cou chaleureux. Son désir de laisser de côté les réflexions, les explorations existentielles sur son passé, présent et futur semblait voué à l’insatisfaction, à l'inassouvissement. Elle était forcée par les questions pressantes d’Octave à la réflexion profonde des conséquences de ses actions suggérées, à réellement considérer les répercussions de son abandonnement dévoué. Elle ne voulait plus penser, qu’agir et vivre, mais la vie semblait avoir prévu un autre chemin, un autre parcours pour la brunette à la bouche aventureuse. L’expression charnelle de sa confiance prenait soudainement les lueurs d’une thérapie qu’elle aurait préféré éviter, sondant les explications de son esprit bigarré aux gestes qu’elle posait et aux possibilités qu’elle offrait avec une audace inconnue. Détruisait-elle réellement son passé et tout ce qu’il possédait en profitant des délices du moment présent ? Y avait-il quelque chose à conserver de son passé désastreux, quelque chose à chérir parmi toutes les chimères sous-entendues ? Sa mère était morte, rien ne changerait cette vérité fatidique et son père devait maintenant être soumis au dédain et l'inconsidération, à l’oubli sans qu’aucune attention inutile n’y soit accordée. Alors que restait-il de son passé qui avait le mérite d’être considéré, d’être estimé avant qu’elle ne s’abandonne corps et âme dans cette offrande savoureuse ?

Puis, comme il lui était coutume, le même prénom sembla flotter au-devant de son esprit, le même visage sembla se peindre derrière ses yeux et un soupir franchit la barrière de ses lèvres. Léon. Il était le seul élément de son passé qui persistait à revenir, qui persistait à survivre. Le seul élément de son passé qui méritait sa considération. Et pourtant, leur amitié s’était révélée précaire, chambranlante, telle la dernière feuille accrochée à un arbre dénudé en automne. Des propos douloureux avaient été crachés, parsemés de cruauté et de vérité, creusant un peu plus le fossé les séparant l’un de l’autre et la vérité s’était entremêlée dans les mensonges jusqu’à ce que la vipère n’arrive plus à y faire la différence. Il avait avoué l’aimer, mais était-ce réel, était-ce le reflet de la vérité ou d’un mensonge dans cette guerre qu’ils avaient amorcée ? Le silence était tout ce qui avait été échangé entre eux depuis. Le silence et encore plus de secrets. Elle savait qu’ils se reparleraient un jour, si ce n’était pour qu’elle avoue qu’il avait eu raison sur son père, mais leur amitié était-elle encore possible ? Son monde semblait encore une fois envahi par les possibilités, les théories et les “et si”, par la brume des incertitudes et les multitudes éventualités. Mais une question revenait toujours... Restait-il réellement quelque chose à être terni par ce qu’elle s’apprêtait à accomplir ? Si les entrevoir, un soir, dans la vaste entrée du château, avait créé une si grande avalanche d’amertume, une si grande entrave à leur amitié supposément solide que se passerait-il lorsqu’elle avouerait avoir dormi dans le grand lit sur lequel elle était présentement assise ? Que se passerait-il lorsqu’elle raconterait l’excursion nocturne dans le pays du nord où elle avait prétendu être sa douce fiancée ? Mais surtout, que se passerait-il lorsqu’elle confesserait les nombreux baisers qu’ils venaient d’échanger ? Le point de non-retour avait déjà été franchi, les actions avaient déjà été posées, il ne restait plus qu’à assumer les conséquences, quelles qu’elles soient. Plus rien n’était certain, tout était possible et s’arrêter à cet instant ne réparerait en rien tout ce qui avait déjà été brisé, car tout était déjà brisé. Sauf que… Ses paupières levèrent le rideau sur le noisette de ses iris et elle plongea son regard dans les jades insistantes de l’homme, détachant finalement son front du sien. Octave s’était offert à son tour, caressant ses lèvres des siennes, mais l’hésitation revenait avec persistance, les questions s’accumulaient entre chaque baiser. Ses paroles étaient-elles simplement le reflet de son propre doute quant à ce qui se tergiversait entre eux ? Espérait-il que la serpentard mette fin d’elle-même à ce qui s'offrait à eux ? Et pourtant, ce dernier baiser… Plein de promesses savoureuses et de passion sauvage était la contradiction même. Elle voulait se perdre de nouveau dans la saveur de ses lèvres, dans la chaleur de ses mains puissantes. Elle voulait s'abandonner de nouveau et plus encore.

- Je ne veux rien de plus que ce que tu es prêt à m'offrir. Tu m'as aidé, tu m’aides encore... sans jamais rien demander en retour. Comment puis-je te demander quelque chose alors que tu me donnes tant ?, un petit sourire fleurit sur ses lèvres, sans tristesse, moquerie ou colère, ces émotions qui peuplaient la majorité de ses ressentis, que le simple reflet de sa reconnaissance. Puis, elle baissa doucement les yeux, observant la couette sur laquelle elle s’était posée plus tôt. Ce que je veux pour moi… je veux retrouver qui je suis, je veux définir qui je suis. Je me suis abandonnée dans la haine et je n’ai aucune idée si je vais m’en sortir un jour, si toute cette colère qui rage en moi depuis toujours peut vraiment disparaître... Elle posa sa main sur sa propre poitrine, serrant le tissu de son chandail avec la poigne d’une désespérée s’accrochant à la vie, ses yeux remontant de nouveau vers les jades précieuses, les noisettes brûlantes. Elle voulait se retrouver elle-même, découvrir qui elle était réellement, un moment à la fois. Je veux m’abandonner dans autre chose que la haine, ressentir autre chose que cette rage. Et je dois avouer que de t'embrasser, ça me fait oublier tout ça, ça me fait ressentir autre chose... et ça me fait un bien fou. Elle haussa doucement des épaules, ses joues rougissant légèrement sous ce qu'elle avouait. Je ne m’attends à rien de toi. Si tu ne veux pas, je comprendrais, mais si c'est le contraire, si tu le veux...

Elle laissa sa phrase inachevée, capturant sa lèvre entre ses dents, les yeux fixés dans les siens. Elle avait beaucoup parlé, plus qu’à l’habitude et ses réflexes avaient repris le dessus, laissant finalement planer un silence après tout ce qu’elle avait osé dire.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mar 19 Juin 2018 - 13:16

/!\

Ils formèrent à eux deux une jolie composition arcadienne, lorsqu’Octave entraina par la force limpide de son élan leurs deux têtes brunes sous la sculpture en fer forgée du lit. L’élégance nerveuse avec laquelle il enlaça la créature volontaire dénua son geste de pure brutalité, sans qu’il fût possible d’évoquer une passion douce. Non, il exaltait déjà par ce qui fut dit, comme si la jeune clairvoyance paisible pour un avenir qu’une nuit ne pouvait pas éclaircir à la façon d’un coup de pinceau blanc avait suffi à rompre sa réticence morale. La promesse tacite, de ne pas être un instrument au service d’une quête supérieure prodiguée à son propre entendement, faisait obstinément succomber son endurance et déchaînait son appétit pour une vanité autant flattée qu’écrasée. C’était diablement simple, d’une évidence rare. Heather avait, en quelques mots à peine, réduit un problème caduc à son plus naïf apparat : il n’y avait pas d’autre conséquence que leur félicité égale et ils pouvaient s’aimer comme s’il n’y avait véritablement aucun lendemain. Par une inconscience évolutive, Octave associait cet étrange état de grâce à sa propre errance au même âge lorsque, privé de finalité, barbare, tout lui avait semblé insipide et le moindre désir était invariablement dicté par l’agonie d’une absence. Il aurait souhaité le désintéressement compréhensif, participatif dans la simple mesure d’une humanité transmise, mais tous les corps avaient semblé froids, insensibles et durs comme une porte close, petites joies minables et égoïstes, ne survivant que l’instant d’une crispation qui se muait en contracture douloureuse d’un esprit las. Il n’y avait jamais eu d’attendrissements, seulement un but, toujours observé par-dessus son épaule.

Il s’était senti ému de la sollicitude qu’Heather éprouva à son égard, reconnaissante et sans prétentions, mais surtout l’absolue délicatesse, mêlée à de la confiance, avec laquelle elle considérait la situation. Il fut assailli par le désir de contenter, combler cet appel fulgurant et vertigineux à la tendresse et dévora la bouche suave sans fierté. Elle l’avait démuni de l’orgueil et de l’arrogance dont il fallait disposer pour satisfaire une tentation, transformant la fatuité creuse en épanouissement. Il n’avait rien à prouver et tout à donner, surtout sa propre insuffisance. Il n’avait aucune crainte de cette étreinte gracieuse et promettant l’absolution. Octave était probablement un peu candide, mais l’invitation lui sembla soudain si pleine de renoncement qu’il ne put qu’accepter et se dissoudre dans la capitulation la plus complète. Il n’y avait pas de place pour Cassidy ou Léon à l’orée de cette conciliation parfaite. Ils avaient tous les deux exigé et attendu, alors qu’au sein de ces bras fluets, il n’y avait rien d’autre que l’oubli. Une facilité trop simple pour être juste, mais c’était là une injustice nécessaire, comme les marins destituant en pleine mer un capitaine délictueux. Il comprit ce besoin absolument crucial dès lors que le poids des contraintes obligées s’en fut évanoui. Brièvement, opportunément, Heather l’avait libéré de ses devoirs et proposait la plus bénie des consolations. En récompense, il lui offrit toute sa patience et son attention, sa plus infinie sensibilité et une passionnée tendresse, qu’il prodiguait qu’aux êtres francs à son égard, sans double-jeu, auxquels il se dévoilait alors dans la force émue et une touchante dévotion. Les baisers, les caresses, les cajoleries nourrirent son affection et furent tout du long marquées d’un désespoir poétique et affamé, comme insatiable.

Il étudia de sa bouche la forme du petit visage étreint entre ses mains. La blancheur de la peau, nette de toute imperfection, avait acquis sous la lueur des bougies et la moiteur de ses lèvres une matité singulière. Quelques molles rides semblaient dire qu’elle fronçait trop les sourcils ; sourcils royaux, arqués et fins pour rendre mieux l’émotion, qui les renvoyait d’ailleurs vers la cime de son front. Il retrouvait les plissures voluptueuses des paupières jadis observées avec une attention contemplative, les cils pareils à des incrustations de jais, la position hypnotique de l’iris haut placée, qui maintenant se perdait dans le sillon de son regard froncé par son attention constante. Les paupières n’en devenaient pas plus capables de rester grandes ouvertes pendant le temps de l’étreinte la plus brève. Le nez était petit et fin, étroit et ciselé comme une broderie, palpitant d’une respiration rapide, qui sifflait contre ses dents laquées et ses lèvres luisantes à la pulpe gonflée d’une première cerise. Son cou avait été et restait l’étendue la plus délicate de sa personne, surtout lorsqu’elle permettait, comme présentement, à sa chevelure de se répandre librement sur ses épaules et que dans les intervalles de ses ondes noires et lustrées apparaissait la blanche, la tiède, l’adorable peau. Brutalement, il avait échancré la chemise qui résistait à lui dévoiler les épaules nues et les débuts de deux bras fluets. Un bouton s’était décroché sous la violence et volé entre les draps sans qu’il n’y prête attention, mais en perçoive le bruit de fils craquants. Son attention charnelle découvrait à l’aveugle sur les corps fébrile et abandonné des cicatrices encore plus pâles que l’opale de ses seins, des égratignures longues et plus ou moins discrètes, vestiges d’une violence frustrée. Les blessures lui inspirèrent une volupté contraire, douceur pleine de renoncement et de précaution, dont il usait et abusait pour provoquer le frisson de plaisir authentique en choyant la joie là où jadis la douleur avait fait son office. Il tirait une concupiscence mièvre et tendre à adorer ce jeune corps sans défauts, déployant une aura douceâtre et parfumée d’un lointain effluve rappelant l’acacia. La fragrance était si prenante et en même temps fugace, qu’elle ne semblait jamais suffire et entre chaque baiser, il humait l’exhalaison de la peau fraîche et soyeuse d’une grâce involontaire. Il aimait qu’elle fût sans orgueil, sans rage, ne désirant que lui, ou en tout cas ce qu’il avait à offrir ; il se sentait apprivoisé par l’absence d’expectatives, par l’impression naïve que tout cela n’aurait aucune conséquence tant ces choses-là, sensuelles et lascives, ne s’inscrivaient pas dans le temps.

Bientôt, ils ne furent enlacés que par les ombres mobiles des bougies… La chorégraphie fut diabolique et profitant de ses mouvements au papillonnement enchanteur, il avait retiré longuement ce qui les séparait comme un arbre se débarrassait de ses feuilles mortes. Et quand bien même les draps avaient tenté de les habiller par pudeur, la hargne qui fut mise à l’exécution mirifique les faisait inlassablement glisser sur les mollets et les bras habiles. La chaleur était infernale, la torpeur se muait en supplice alors que la moiteur se transformait en chatoiement soyeux et exaspérant, comme s’il n’y en avait jamais assez de cette tendresse aux harmoniques plus tenaces, exaltées par la pluie ayant commencé à tomber derrière la fenêtre. Il percevait avec une sorte d’amertume les différences que les âges avaient imposées à leurs corps, mais ces disparités étaient des changements parallèles qui s’étaient faits par degrés correspondants de sorte à ce que leurs profondeurs et rondeurs demeurent à l’unisson comme ils devaient le rester toujours, au-delà de toutes les séparations. Il possédait les rictus que l’âge mûr laissait sur une peau doucement en déclin, en comparaison à cette nacre moiré et lisse qui glissait entre ses doigts calleux comme de la soie. Petite sculptures en guise de bras, hanses délicates d’un vase, sans défauts en comparaison de la musculature puissante de ses avant-bras : il pouvait assommer un homme d’un seul coup de coude.

Un naufrage. Un atoll. Il ne savait pas très bien, à part que la tempête côtoyait l’embellie. Contemplant ce spectacle lyrique à travers les strates prismiques de lumière aux différentes densités, il ignorait honteusement sa propre silhouette, mièvre morceau décharné et désireux, malmenant volontairement sa fragilité de rose, dont le corps s’émouvait avec la même aisance que des pétales, revenant, puis s’abandonnant telle une vague de désir. Il avait perdu néanmoins la mauvaise grâce de l’extrême jeunesse, qui ne visait à combler que ses propres plaisirs, aussi sa tendresse était généreuse et dévouée. Mais à chaque fois qu’il revenait, il reconnaissait contre ses lèvres la forme de la bouche d’Heather, le goût qu’elle gardait de quelque chose de sucré bu tout à l’heure ; l’empressement que mettait cette bouche à s’ouvrir, à découvrir et à prolonger leur secret le faisait chanceler dans l’ombre. Alors, il nouait son bras furieux derrière la nuque féminine, prévenant les mouvements d’éloignement en la serrant davantage, et se lovant tout entier au sein de ces baisers infinis. Silencieux d’abord, il gémit doucement de la navrance qui le dévorait entre les caresses et pour tarir ses plaintes, il leur accordait des trêves charmantes, où chacun pouvait avoir pour l’autre un peu de pitié et d’affabilité : la discrétion des amants éprouvés. Il eut pour cette belle âme blessée toute l’adoration dont sa sensibilité était capable et à chaque fois qu’il s’éloignait par commodité, il lui fallait revenir prestement dans un mouvement qui mêlait leurs genoux. Il trouva alors la force de la nommer « Heather » avec un accent humble qui la suppliait en même temps de favoriser et d’oublier ce qu’il essayait d’obtenir d’elle. Il entendit les courtes doléances, perçut la ruade involontaire, mais le corps qu’il offensait ne se dérobait pas, et refusait toute clémence. Le temps d’un spasme ou deux, ils étaient hors de danger.

Dans la pardonnable cécité du plaisir montant, il ne regarda plus la belle dévote, collant seulement sa tempe humide contre la sienne, se perdant par moment dans son cou, préférant garder les yeux fermés pour ne percevoir de leur extase que l’infinie délicatesse de l’union suave. Il n’y avait dans sa tête dénuée de pensée que la poursuite fiévreuse et désœuvrée de ce qui les libèrerait, s’accrochant désespérément aux cuisses et hanches d’ivoire. Il la connut longtemps et longuement, suffisamment pour que la pluie ait le temps de se tarir, grondant en tonnerre au loin seulement, ne dévoilant même plus la lumière concise et aveuglant d’un éclair. Sa bouche au souffle court toucha presque d’un frôlement le creux du cou opalescent alors que, en humant à pleins poumons l’arôme ambré de la brûlante chevelure, il fut transporté au-delà de l’ivresse extatique, se soustrayant aux modalités du monde et rejoignant par une illumination fugace l’union avec l’essentiel, la nécessaire effervescence des sentiments, le point culminant de la jouissance génésique. L’accomplissement avait été absolu et quand bien même il ne lui restait du plaisir que les vagues agréables de l’indolence et l’apaisement limpide, Octave baisa le pâle visage avec une tendresse volubile, veillant à ne pas l’avoir blessée davantage, sondant les petites irrégularités de sa peau et les tressaillements de ses membres pour s’assurer de ne pas lui avoir fait mal d’une quelconque manière. Naïvement, il souffla sur sa nuque et ses joues en l’embrassant, puis la regarda du haut de ses yeux où le reflet de l’extase se mêlait déjà à l’engourdissement et l’interrogea en silence. L’essence de sa vigueur, puis de sa délectation, avait dominé en mâle leur vénération régale, et ce fut à son achèvement que finalement, rassasié et ayant fait expression de sa force primitive, qu’Octave consentit à laisser la fébrilité extatique de son visage fondre en une joie paisible, comme sous l’impression d’une soudaine délivrance. Il se savait lourd et libéra la naïade de sa coupe, s’allongeant avec paresse sur son flanc tiède et gardant la fleur fragile contre soi étroitement serrée car la chaleur avait menacé de disparaître dès qu’il s’en fut éloigné. Il sourit doucement, regarda la peau rosée par la brûlure de la volupté, sa féminité exultée par la surabondance et tout en elle semblant vivre d’une beauté nouvelle, riche et généreuse, comme une nature sauvage en plein été. Creusant de son nez une place sur l’épaule nue, il soupira avec soulagement, car nul remord n’était venu ternir le fait accompli. Relevant son regard sirople, il posa sa large paume sur le rivage blanc de ses côtes et lui demanda sans malice, avec une soumission ingénue :

« Qu’est-ce que tu ressens ? » Il la guetta avec hésitation, souple des épaules et les yeux doux, cambrant sa belle taille pour observer le visage offert. « … La haine ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Mer 20 Juin 2018 - 21:24

Le silence qui s’était posé entre eux ne fit que s’allonger. Aucun mot ne fut prononcé, mais la réponse n’aurait plus être plus limpide qu’à cet instant tandis qu’Heather s’abandonnait dans l’ardeur réanimée d’Octave. Le silence regorgeait de promesses et de secrets, d’offrandes et d’assurances dont eux seuls en connaissaient les mystères, dont eux seuls étaient les invités. Son corps s’étendit contre le grand lit avec la même force qu’un raz de marée emportant tout avec lui, entraînant chaque particule avec la magnitude d’un tremblement de terre. L’oubli accueillit enfin la brunette, arrachant de son esprit tout ce qui la préoccupait pour ne laisser qu’eux deux, l’instant présent et tout ce qu’il comportait. Le passé et le futur n’étaient que d’abstraites notions, absentes de l’esprit qui s'était éperdu dans la voluptueuse indiscrétion, submergée par l’intensité de ses sens titillés. Le vagabondage malheureux de l’esprit s’était achevé, ramené à l'insouciante spontanéité des somptueuses tendresses charnelles, capturant vivement l’attention à chaque sensation frémissante. Et dans l’essence de leur abus, son âme s’envola dans le ciel couchant, rejoignant les étoiles scintillantes d’un moment où aucun lendemain n’existait, où plus rien n’avait d’importance que son envolée émancipatrice. Disparues étaient ses préoccupations éternelles, évanouies étaient ses émotions explosives. Rien n’existait outre la bouche qui caressait son visage d’une multitude de douces attentions, rien n’existait outre les mains puissantes qui la serraient étroitement contre son corps robuste. La liberté avait le goût de lèvres vanillées, la texture de mains vigoureuses et elle s’offrait à la jeune femme avec l’amalgame précieux de la brutalité désirée et de la sensibilité soupirée. Octave s’était abandonné à son tour et elle retrouva dans ses bras les promesses langoureuses d’une union merveilleuse, réunissant l’essence de leur âme subjuguée en un délectable accord.

Quelque part pendant l'exploration affriolante, les mains de la jeune femme harcelèrent la cravate de l’homme, assiégèrent les boutons de la chemise, s’attaquant à alléger la barrière les séparant, faveur retournée par sa victime volontaire. Bientôt, les accessoires futiles à leur luxurieuse animation se retrouvèrent négligés, délaissés sur le tapis accommodant et la danse ne reprit que de plus belle pour les deux galants captivés. Telle la muse d’un artiste passionné, elle était dessinée par les baisers qui peignaient sa peau de la rosée du matin, redécouvrant chaque parcelle de sa peau frissonnante. Sous les caresses et les flatteries, Heather se perdit, fondant dans les frissonnements succulents, délicieuse victime de manœuvres expertes du bel apollon. Le monde se mouvait dans tous les sens, sans faire de sens, tournant et virevoltant, emportant dans son élan les deux amants envoûtés. Au travers le flou de la brume tentatrice, la brunette répondait, offrait et s’égarait dans la fascination de la plaisanterie taquine, dessinant de ses ongles passionnés les lignes démonstratives de leur débordement lascif sur le dos tendu du soupirant. L’enthousiasme franc les emporta, dictant l’extrême richesse d’un amour temporairement partagé, hypnotisant l’esprit sous les exquises tentations renouvelées où bourreau et victime s’échangeait les rôles à leur guise, titillant, agaçant à leur tour les goûts et instincts primaux de leur proie résolue. L’ivresse du moment enivra tous les sens de la jeunesse féminine, exaltant les envies et les désirs à chaque frôlement et supplice auxquels elle était soumise et de sa bouche s’évada les preuves de sa volupté envahissante. D’une douce vengeance, elle redoubla la fougue de ses mouvements coquins, s’attaquant à faire souffrir d’une délicate avidité inassouvie le corps du délicieux martyr que pour mieux retrouver la bouche ardente d’un baiser réunissant.

Sous la complexité essentielle et le renouvellement incessant, une poésie se matérialisait, composant les premières notes d’un hymne où la passion chuchotée et l’excès lascif fusionnaient. Sous la chaleur d’un feu brûlant, les deux êtres persistèrent dans l’expression impudique de leur émoi, renonçant aux dernières restrictions du corps résistant à l’accomplissement suprême. Et la symphonie continua, enchaînant le crescendo vivace et dans un accord somptueux, la finale susurra une harmonie poétique, les dernières notes s'atténuant pour ne laisser place qu'au silence satisfait des deux âmes virtuoses. La belle s’accrocha quelques instants à la luxurieuse sensation, ses membres palpitant sous l’après-coup de son corps assouvi, répondant au tendre baiser concluant. Le bel homme libéra de son poids la silhouette féminine, un drap de fraîcheur se déposant sur leur corps échauffé jusqu’à ce que l'étreinte nouvelle ne réchauffe de nouveau les peaux moites. La large main masculine vint s'endormir sur les côtés de la petite forme tressaillante et d’un mouvement lent, le bras de l'adorable échevelée vint se reposer sur le large dos de l’homme, resserrant l’étreinte les unissant d'un léger mouvement de bassin. Sans réellement y porter attention, sa main s'évada, se promenant contre la chaude peau, traçant du bout de doigts encore vibrants des fresques imaginaires, frôlant de ses ongles les reliefs de son dos offert et recouvrant, parfois, de ses petites paumes féminines les omoplates saillantes. Ses paupières vinrent couvrir ses iris, offrant la noirceur complète à ses yeux brûlants, son souffle chaud s’évadant par saccade de sa bouche entrouverte, retrouvant lentement un rythme régulier malgré les battements pressés de son petit coeur essoufflé. D’un mouvement brusque de sa jambe, elle repoussa le drap emprisonnant qui s’était enroulé autour de son pied, libérant sa peau de la moiteur de la literie lourde de sueur. Elle resta quelques instants immobile, reprenant son souffle, osant laisser le silence s'interposer dans l'absence des gémissements.

- Qu’est-ce que tu ressens ? … La haine ?

Sa réponse fut immédiate, d’un naturel franc et preste, et en l’espace d’un bref moment, son visage rosi par l'essoufflement s’illumina alors qu’elle éclatait d’un rire radieux, transformant son visage naturellement sévère et impassible en un tableau de félicité attendrie, rayonnant d’un ravissement authentique. Sa main libre vint couvrir son sourire gai et les petites fossettes enjouées creusant ses joues, masquant timidement l’excès d’allégresse qui faisait imperceptiblement soubresauter sa poitrine luisante, ses yeux pétillants plongeant dans le regard interrogateur de celui qu’elle tenait toujours sous son bras léger. Doucement, elle abaissa sa main, révélant de nouveau le sourire brillant et lumineux qui ornait son visage adouci alors qu’elle glissait ses doigts agiles dans la chevelure rouquine désordonnée de l’homme contre qui elle était lovée. La jeune femme se trouva émue par son inquiétude renouvelée pour elle, touchée par le souci et la tendresse qui émanaient de ses mouvements et paroles, et ses yeux noisette reflétèrent une douceur nouvelle. Elle l’observa quelques instants, admirant la vivacité de ses iris vertes avant de répondre gentiment d’un doux chuchotement.

- Non, je peux t’assurer que la haine est loin d’être ce que je ressens présentement. Tout le contraire, je me sens… bien, très bien même, avoua-t-elle, se surprenant elle-même par l’honnêteté qui colorait ses propos.

Bien. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas pu dire ce mot sans mentir, qu’elle n’avait pas pu dire ce mot et le croire réellement. Les derniers mois avaient emmené horreur après horreur, défi après défi, son lot de difficulté détruisant le peu de positivisme que la vie possédait pour la serpentard. Elle se souvenait comme si c’était hier le bien-être qu’elle avait ressenti sous l'imperium, de l'insouciance qui l’avait envahi, mais surtout de son désir de retrouver ce bonheur sauvagement arraché. Elle avait cherché substitut à ce bonheur disparu, se laissant couler au fond de bouteilles d’alcool et plongeant profondément dans les recherches de poisons. Rien n’avait fait. Mais voilà qu’un petit éclairci lumineux s’était créé dans cette terrible tempête, a silver lining parmi les nuages. Lentement, elle glissa sa main des cheveux soyeux jusqu’au menton masculin, caressant la joue de sa pleine paume en un mouvement paresseux et doux, puis releva son visage du bout de ses doigts légers. Paisiblement, elle plia son cou vers l’avant, embrassant de nouveau les lèvres goûteuses, renchérissant ses paroles d’un baiser délicat, gracieux témoignage de l’absence de ces sentiments douloureux qui serpentaient normalement en elle. La jeune femme libéra leur bouche de leur étreinte nouvelle, les coins de ses lèvres toujours surélevés dans leur joyeuseté démonstrative alors qu’elle laissait sa tête retomber contre le large matelas. Oui, la haine était remarquable par son absence, la colère était allègrement oubliée et la rage n’était pas ce qui faisait vibrer son corps à cet instant. Son visage était d’une ouverture inhabituelle, le sourire bien ancré sur ses lèvres et même si elle elle avait eu l’envie de masquer la manifestation fringante de ses sentiments bienheureux, la brunette savait qu’elle n’en serait point capable à cet instant, tendrement collée contre le corps chaleureux étendu à ses côtés. Délicatement, Heather posa sa main contre le torse robuste de l’homme, poussant doucement Octave sur le dos alors que son propre corps suivait l’élan pour s’étendre à moitié sur son thorax, sa joue se posant là où sa main avait été quelques instants plus tôt, suivant le mouvement des respirations contrôlées de l’homme. Elle resta quelques instants installée contre lui, écoutant le coeur battre contre sa joue, sa main traçant le relief des cicatrices fines qui s'étendaient sur la peau pâle avant d’appuyer son menton sur sa main et d’observer le visage de l’homme d’en bas, ses longs cheveux sombres s’étendant en halo sur le torse étendu.

- D'où viennent tes cicatrices ?, murmura-t-elle, ponctuant la fin de sa question d’un léger baiser sur l’une des cicatrices marquant la peau d’Octave, frôlant de ses lèvres la peau blanchie par la violence passée.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Ven 22 Juin 2018 - 18:49

Il se laissait baigner par le ravissement allègre l’atteignant comme une vague dont on avait seulement le souvenir. La prospérité était si intense qu’elle en paraissait obscène, comme tout cet enchantement n’ayant pour genèse que le contentement charnel, épidermique, vénérien. Non, il fallait avouer qu’il y avait autre chose d’apaisant pour l’esprit que les tremblements spasmodiques et sybariques de l’union épicurienne, de bien plus assouvissant qu’une crépitation artificielle qui se perdait en frottements et caresses, s’exaltant jusqu’au n’en plus pouvoir. La force lénitive de l’ivresse était bien sûr une continuité ruisselante de leur anagogie commune, mais Octave ne pouvait s’empêcher de penser que son enivrement, celui-là même qui mouillait son regard d’une plénitude égale et conquise, qui retenait sur son visage un sourire dont il ne se rendait pas compte, cet enivrement donc ne pouvais avoir pour source une ô combien extatique prodigalité, mais cruellement simple et primitif acte de barbarie. Il se sentait nu et sans honte, ouvert et capable d’avouer quoi que ce soit à cette belle âme qui avait écouté son corps aussi bien qu’elle l’avait accepté, nouant sa taille et ses épaules entre ses jambes et ses bras, l’aimant avec le dévouement abandonné qui suffisait à donner l’espoir. Ils étaient rares, ces êtres qui vous aspiraient immédiatement confiance après l’amour et nombreux d’entre eux, après un bref épanouissement clos et un soupir aussitôt suspendu, se faisaient tout à coup lourds et longs comme un mort entre des bras étrangers. Rien ne semblait alors vrai et il fallait au plus vite se débarrasser de l’odieux cadavre, de cet ectoplasme sans vie dont on se sentait physiquement insensible. Mais elle le regardait avec ses yeux bienheureux et contentés et il crut qu’ils n’avaient plus de secrets l’un pour l’autre, non pas ceux qui se disaient, mais ceux que l’on croyait pouvoir encore découvrir chez une nature farouche. Il avait infiniment confiance en elle, qu’elle ne lui résisterait pas comme le faisaient les esprits trop revêches, qu’elle saurait lire si ce n’est en ces mots, au moins sur son visage, et comprendrait chaque nuance de son caractère sans s’en rendre compte, comme l’on sait respirer sans y songer. Tout semblait délicieusement naturel et ils se regardaient dans l’habitude acquise de nombreuses années à se connaître, alors que ce ne fut pas le cas. Ils n’auraient pu être davantage liés et Octave se prélassait au fond d’un regard où plus aucun mystère ne résidait, même pas celui de l’âme. Alors qu’elle s’approchait de lui pour l’étreindre en retour après l’adoration, il eut une sensation de luminosité interne, solaire et tiède, qui réchauffait sans aveugler et laissait quiète toute trace d’ombre. Il se rendit compte seulement brièvement qu’il ne lui avait même pas demandé si ce fut son désir, agissant selon son instinct, mais elle s’était si bien offerte entre son étreinte, lui rendant une tendresse égale, que les craintes s’évanouirent lorsqu’elle se mit à rire, puis glissa une main mirifique dans ses cheveux.

« Non, je peux t’assurer que la haine est loin d’être ce que je ressens présentement. Tout le contraire, je me sens… bien, très bien même. »

Il s’était un peu cambré sous la caresse, offrant une généreuse approche à son frisson et ferma les yeux en sentant un murmure de volupté courir sa nuque. Plus rien n’avait d’importance que les doigts qui adulaient ses mèches, et le sentiment partagé de béatitude, qui semblait rendre manifeste leurs caractères respectifs. L’impression fut si pénétrante qu’il se trouva prêt à fléchir pour somnoler sur la mince épaule avec en tête, le bonheur simple d’une jeune femme venue pour détruire. La variation lui plaisait : elle était franche et sans ellipses informulées ou de réticences tacites, ceux vous faisant profiter d’un plaisir pour mieux retourner au mépris. Mais Heather dédaignait tout cela et souriait de son être absolu, sans la moindre facétie. Il voulait la croire, car ces instants était fragiles, mais surtout lui l’était, ainsi soumis et faible dans sa force et tout pouvait le faire souffrir à nouveau. L’introversion et la méfiance avaient été des esclaves fidèles et Octave peinait à l’abandon, tout comme il réclamait une longue et plaisante confiance. La douce Heather le récompensa d’un baiser lascif, dont la tendresse tranquille ne pouvait être que le fruit de l’apaisement et il fondit un peu sous la caresse, gracieusement heureux de la savoir sincèrement guérie, même si cela ne devait durer qu’une nuit. Puis elle livra le poids confiant de sa tête aux oreillers et sa bouche pourpre se fendit sur une lame de dents blanches, les prunelles ne voyant rien au-delà de sa propre félicité. Tandis qu’elle le forçait au repos, Octave accompagna la brune chevelure de ses yeux au vert nature, suivant docilement le caprice qui le rendait soumis. Il enroula son bras sous l’aisselle étroite, étreignit le dos menu de son seul avant-bras et laissa ses doigts courir sur l’atoll de l’épaule gracile. La sentant sujette au bonheur vague et sans tache auquel la fatigue agréable, la vibration résiduelle de ses muscles encore tendus par l’effort et l’extase, le corps velouté qui l’embrassait, la couleur et la chaleur d’une chambre tamisée et la fine pluie derrière la fenêtre versaient, chacun, leur part. Il s’allongea au creux du lit, laissant la curiosité silencieuse découvrir son corps d’homme où l’histoire avait déjà écrit.

« D'où viennent tes cicatrices ? »

Octave s’éveilla avec une brusquerie qu’il se connaissait lorsque l’instinct sentait une coulure froide glisser sous sa peau, mais la lucidité reprit sur la mauvaise habitude et après ce bref accès d’angoisse, il goûta à nouveau l’assurance sans gestes, le contemplatif intérêt de la jeune femme et son sourire méditatif, qu’il s’entait sur sa bouche lorsqu’elle se penchait pour le caresser. La question s’étouffait d’elle-même avec la connaissance du ne serait-ce qu’approximatif intitulé de son métier. Certains mots avaient le don de contenir en eux tout une frange implicite de la réalité, dont l’évocation devenait peu nécessaire. Mais malgré l’aventure qu’ils avaient malencontreusement vécue, Heather l’interrogeait encore ; certains avaient besoin que tout soit explicité. Et peut-être qu’elle n’avait pas tort : l’art barbare sur sa peau était d’être une conséquence stricte de son métier.

« Tu sais bien d’où elles viennent, les cicatrices…? »

Questionna-t-il, sans se cacher de faire appel à l’enfant battue qu’elle protégeait et qui lui était bien utile maintenant pour expliquer l’indicible et le proverbial. Il aurait voulu prétendre que la violence avait été nécessaire à son égard, parce que c’était plus évident de vivre dans un monde où tout fonctionnait strictement au mérite et non passablement à l’impartialité, mais en réalité cela semblait bien inutile et injuste en y songeant. Toutes les cicatrices étaient gratuites, cruelles et malhonnêtes, stigmates d’un mal subi d’une façon ou d’une autre. Sa main, comme désarticulée de son propre corps et de sa pensée, n’avait pas cessé de dessiner du bout des doigts une succession d’arabesques imaginaires sur la peau mate de l’étudiante, reproduisant les courbes d’une plante grimpante. Octave eut un soupir curieusement dénué de pesanteur et il redressa la tête pour observer le relief de son torse, contemplation inutile puisqu’il en connaissait chaque imperfection, mais il lui fallait une intimité avec son propre mal qu’il ne gagnait pas à ignorer. Son regard eut alors l’expression tranquille de celui qui faisait attention par habitude, pour ne pas se distancier de soi-même. De sa main libre, il rehaussa l’oreiller sous sa nuque et une fois la vallée offerte sans efforts à sa vue, il chercha l’endroit humide où les lèvres fondantes s’étaient pressées et ordonna la mécanique de sa mémoire.

« Si tu regardes de plus loin, il y en a trois ici. Elles sont quasiment parallèles. Un coupe de patte, pour ne pas dire un coup de main. » Dit-il précisant du regard les trois larges et longues déchirures qui lacéraient sa poitrine, vieilles et pourtant mal cicatrisées et comme fraîches. « Un lycanthrope. Pas transformé. » S’empressa-t-il d’ajouter pour éluder le potentiel danger. Il continua ensuite la route plus bas, choisissant méticuleusement des échantillons représentatifs sans leur donner de contexte, seulement un sens : à savoir aucun. « Une barre en métal m’a transpercé pendant un accident. J’ai la même dans le bas du dos. » Indiqua-t-il l’ovale net et renflé d’une petite irrégularité. « Là c’est plus insidieux : un malencontreux mélange a explosé dans ma poche. » Dit-il en désignant la constellation de petites brûlures qui mouchetaient ses côté à l’opposé du beau visage scrutateur. On aurait dit qu’il était tombé sur du gravier et que les pierres avaient laissé ici leur trace temporaire. « Tentative de coup de couteau dans les reins. Raté. » Son regard avait glissé au-delà de l’observable vers une longue marque bombée et lisse sur son flanc et qui s’enfonçant dans l’ombre de son dos. « Puis… Je suis tombé d’un arbre quand j’avais dix ans. »

Sa voix même sourit alors qu’il tendait vers la naissance de sa hanche, vers le pli que froissait le muscle de sa jambe et au-dessus duquel, sur la chair tendre et satinée, il y avait une entaille désordonnée. Il y avait encore plein de détails à énumérer, une multitude de traces à caresser, mais il avait voulu répondre à sa question d’une façon particulière. Comme ça, ce n’était pas tant l’histoire d’une violence perpétuellement subie, rudement acceptée avec l’insolence de l’orgueil, en exigeant toujours plus pour ne pas paraître faible, mais plutôt une composition de blessures révolues et surtout, toutes guéries. Comme l’étroite naïade qui s’était allongée sur lui telle une sirène sur son rocher, les draps en désordre leur servant de vagues immobiles, et dont la joie simple était à l’image de ce corps masculin fortifié de blessures et retrempé à la quintessence de sa propre puissance. La main robuste du bibliothécaire remonta vers la nuque de la jeune femme et il se consuma encore un peu de cette douceur, cherchant sous son épaisse chevelure quelques boucles à friser davantage. Puis, en réponse à ce qui fut dit bien avant leur abandon, il référa à cette lente progression évolutive et souffla doucement pour alimenter la discussion agréablement décousue, profitant des meilleurs sentiments qui subsistaient encore :

« Et toi… qui es-tu maintenant ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Dim 24 Juin 2018 - 2:43

La tranquillité d’un moment langoureusement apaisant était d’une douceur unique, d’un confort serein singulier dont Heather en savourait chaque instant avec la paresse de l’âme satisfait. Les minutes paraissaient avoir ralenti, endormies, s’attardant dans la lenteur d’une conjoncture qui, comme figé dans le temps, refusait de se presser. Tout tendait à la quiétude, à la béatitude du bien-être partagé, protégés comme ils étaient de l'effervescence d’un monde qui se montrait lointain et distant de leur solitude volontaire, seuls habitants de leur sanctuaire intime où tendresse et sérénité nuançaient chaque frôlement de leur peau révélée. Rien n'obligeait l’empressement ou l'insécurité de l'être nerveux, au contraire, tout proposait le délicieux relâchement de l'être contenté et bienheureux, exaucé dans ses désirs et envies prononcés. La pluie caressait la fenêtre d’un bruit délicat, la trame sonore d'une histoire qui se créait devant les yeux attentifs des éperdus, un doux interlude musical aux révélations qui frôlaient les mystères de leur intimité. Dans un relâchement franc, la demoiselle se perdit dans l’attrait de sa curiosité inassouvie et de sa bouche rosée par sa dernière débauche, elle posa la question qui traînait sur le bout de ses lèvres, interpellant, d’une inadvertance distraite, les souvenirs de l’homme contre qui elle reposait nonchalamment. La réaction fut preste, l’éclair de l’inquiétude survolant les traits d’Octave, mais comme l’illumination foudroyante de la tempête, son visage retrouva le calme d’un ciel en paix.

- Tu sais bien d’où elles viennent, les cicatrices…?

L’insinuation était d’une clarté révélatrice, allusion aux similarités de leur peau découverte qui brûla soudainement d'un feu imaginaire sous leur contact mutuel, forçant les paupières de la jeune femme à recouvrir ses iris d’une couverture protectrice. Son visage dévia un bref instant vers les sombritudes imaginées de son regard couvert, vers l'isolation d'une noirceur fragile, mais sous la douceur du moment qui leur était secret, Heather offrit un hochement unique et succinct, confirmant ce qui n’était plus à confirmer. Occupant le rôle de l’inquisitrice, elle ouvrit les yeux de nouveau, refusant de s’éloigner du regard de son interrogé, acceptant avec minutie le contrecoup de son audace indiscrète. Les doigts sillonnant la blancheur de sa peau dessinaient le réconfort réparateur, l'assurance qu'elle n'avait pas brisé la délicatesse de leur moment unis, que sa curiosité maladive n'avait pas créé tort là où réelle confiance s'était établie et son regard se couvrit d'un voile de douceur renouvelé tandis qu'elle attendait avec patience la progression de leur discussion singulière. Elle l'écouta pousser le souffle léger d'un soupire précurseur et le regarda s'élever lentement de l'oreiller douillet, suivant le trajectoire de ses yeux qui s'arrêtait là où sa main s'était échouée, couvrant de son vert royal l'unicité de son torse griffonné. Le silence accompagna les mouvements posés d’Octave, paisible entracte à ce qui ne tarderait plus à découler de l'intérêt invasif de la brunette rendue muette par politesse. Puis l'homme s'élança dans l'énumération de ses marques éternelles, révélant, sans rien expliquer, l’origine de ses blessures réparées, dépoussiérant les vieux souvenirs d'une voix curieusement dénué de rancoeur, paisible dans l'élucidation de ses malheurs. La jeune femme se laissa guider par l'exégèse, accueillant chaque citation de sa vie d'une attention compréhensive et absolue, refusant de détourner l'oreille de celui qui s’attardait à offrir réponse là où l'intérêt avait été démontré. Une fois les paroles éteintes, le murmure de la pluie le seul bruit entendu, une main chaleureuse se perdit dans sa chevelure, les doigts taquins caressant sa nuque. Attisée par les douceurs de la main aventureuse, Heather ferma les yeux avec la lenteur efféminée, reposant sa tête contre le torse puissant, se régalant dans les caresses désinvoltes. Elle se laissa taquiner quelques instants, savourant les frissons que les mouvements de sa chevelure lui procurait, acceptant avec félicité la tendresse donnée d'un sourire paisible.

Animée par le galanterie sucrée, la brunette se lança à son tour dans l’offrande de la douceur là où les histoires démontraient douleur, miroitant l’attention bien aimée dont Octave lui avait fait l’heureux cadeau plus tôt lorsque ses propres balafres avaient été couvertes de l’adorable tendresse. Elle retrouva de ses lèvres soyeuses chaque repère dont le récit avait fait mention, adoratrices du corps mutilé qui s'étendait devant elle tel l'œuvre d'art d'une vie bien pétrie. Elle frôla de baisers chaleureux les cendres d’un passé révolu, susurrant indulgence là où la vie n'avait offert que sévérité, parcourant l'histoire d'une jeunesse irrégulière. Et dans l'offrande de sa bouche exploratrice, l’aimante se laissa emporter par le papillonnement de ses lèvres, taquinant son tableau coloré de délicates folies, concentrant ses douceurs là où la passion irradiait joliment. Elle tortura le bel être l'espace d'un instant frémissant où la volupté guida ses gestes luxurieux, dévouant la subtilité de l'adoration lascive à chacune de ses tentations gratifiées. Dans la tension enivrante de la délectable passion, les mains féminines s'accrochèrent aux hanches solides, serrant la peau chaude de leurs doigts espiègles. Elle s'obstina contre la sensibilité languissante, adorant chaque brèves réactions de son attention prolongée, s’attardant sur la somptuosité du corps épanoui jusqu’à ce que son propre être quémande l’attention savoureuse. D’un dernier hommage voluptueux, la brunette retrouva la poitrine étendue, se couchant, cette fois-ci, sur la peau de son dos menue, sa tête reposant contre le torse puissant de la belle âme, retrouvant le calme de l’immobilité. Elle récupéra la main masculine qu’elle déposa au dessous de sa poitrine, offrant répit au sujet de ses soins particuliers, et à son propre coeur battant au rythme de ses passions.

- Et toi… qui es-tu maintenant ?

L'irrégularité de leur discussion ne tarda pas à revenir, retrouvant, cette fois-ci, la serpentard comme substance de l’échange désordonnée. La question était d’une légitimité sans égale, reprenant le sujet de la conversation qui, non sans surprise, avait guidé leur geste jusqu’à ce moment précis. La questionnée laissa sa tête se tourner vers Octave, observant tranquillement les traits de son visage, s’abandonnant dans la contemplation de la question et du bel homme à ses côtés. Qui était-elle? Tous les rêves qu’elle croyait posséder s’étaient envolés dans la fumée d’un feu dévastateur, emportant avec eux l’essence même qu’était la jeune échouée. Les cendres de ce qu’elle croyait être flottaient en elle, oscillant dans son être, égarées, s'éparpillant à la recherche d’un sens qui demeurait inatteignable. Mais la réalité subsistait, cette vérité que la jeune femme s’était assurée depuis si longtemps être un mensonge, une imposture de son âme. L’hypocrisie même de son être l’avait convaincue que, de son passé abject, elle en était ressortie plus forte, en contrôle sur les situations mondaines de la vie, sauf que l’axiome était tout autre. Elle s’était pliée sous la force d’une haine dévastatrice jusqu’à ce qu’elle se brise en un millier de morceaux irréguliers, oubliant le peu d’elle-même qu’elle connaissait pour ne voir que la fureur destructrice. D’elle-même ne restaient que des ruines et les reconstruire était son épreuve, un incommensurable défi dont l’exécution quémandait une persistance qu'elle doutait détenir. Octave lui avait exposé le reflet d’une beauté qu’elle ne croyait pas possédée, chérissant son corps de merveilleuses tendresses, murmurant l'existence de qualités qu’elle-même peinait à apercevoir. Et sous la lumière de la vérité ardue, elle se retrouvait désorientée, égarée, cherchant en elle, les reflets de sa propre personnalité, confrontée à des inquiétudes nouvelles.

- Je crois qu’il est trop tôt pour que je puisse répondre à ça. Je suis perdue, Octave, commença-t-elle, doucement, l’aveu sortant sans la moindre hésitation, avec la facilité d’une confiance gagnée. Armée d’une douceur répétée, sa main rejoignit son équivalence masculine, badinant avec les doigts plus robustes, les yeux terreux suivant le mouvement de l’enlacement prodigué. Elle s’offrit le luxe d’un silence prolongé, retrouvant dans le creux de son esprit ces vérités qui trouvaient généralement embûches à se révéler, s’attardant à trouver les mots justes à ce qu’elle désirait avouer. Dans la générosité d’un instant partagé, son visage s’étira en un sourire dont la douceur reflétait la nuance d’une tristesse osée, les yeux suivant les agitations de ses doigts qui s’emmêlaient avec délicatesse à la main d’Octave. Je veux réellement découvrir qui je suis, qu’est-ce qui me définit, trouver un nouveau sens à ma vie, mais..., elle s’arrêta sur le dernier mot, reprenant son souffle dans l’évasion de ses révélations. Mais j’ai peur d’échouer, de me perdre à nouveau et de ne jamais trouver cette réponse. Elle abandonna les mains de son regard, tournant finalement son visage d’une lisibilité surprenante vers Octave, ses yeux retrouvant dans les siens le confort de la familiarité, curieusement à l'aise dans les révélations de ses défauts et faiblesses. Posément, elle effleura la main d’un baiser, marquant la fin ses curieuses explications d’une délicate simplicité. Tu comprends ?, termina-t-elle dans un chuchotement réservé, sa voix colorée d'une incertitude confessée, trahissant son seul désir d'être comprise dans son insécurité nouvelle.

_________________

I've got my ticket for the long way 'round
Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 789

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen Jeu 28 Juin 2018 - 20:33

Il accueillit avec bienveillance son besoin, aussi gourmand que compatissant, de soigner ses stigmates, qu’elle nourrissait de ses lèvres, et les blessures étaient ainsi faites que dans la douleur du souvenir, il se mit à frissonner longuement d’un puissant plaisir. Il ne savait s’il s’agissait de miséricorde, mais le mal révolu aspirait toujours plus de précaution que tout le reste de son être invisible ; les caresses se faisaient aisément insistantes et douces, comme si son corps bien bâti et dense promettait la rupture proche, ou nécessitait d’une attention délicate pour fondre enfin, se dissoudre et devenir souple et tendre. Mais l’inchangé demeurait, et il fallait leur prodiguer toujours plus de soins pour désaltérer ce qui ne pouvait être perçu. Il s’étonna de cette Heather, suave et entreprenante, tant un coin reculé et naïf de son esprit l’imaginait inviolée, comme l’était le stéréotype de l’adolescente « normale », bien qu’il la sût inconsciemment mature et largement au fait de ses choses-là rien qu’à la façon dont elle l’avait embrassée. Il n’y avait jamais que l’alcool, on succombait toujours à plein de tentations à la fois, de celles qui éveillaient le corps à une sorte de paresse curieuse, béatitude agréable mais stérile. Il la crut bien intentionnée jusqu’à ce que la complaisance ne se mue en concupiscence joyeuse et il se cambra légèrement, rejeta sa tête dans les préliminaires de l’extase et souffla longuement et sans bruit alors que la bouche soyeuse mettait à mal sa patience plus qu’elle ne tentait de l’adoucir. Elle savait comme séduire, savait muer les sentiments en passion, mais surtout, elle savait qu’on ne faisait pas disparaître les blessures simplement en y déposant un baiser, que cette laideur-là était éternelle. Ses baisers possédaient des raffinements suaves, ce qui le porta au comble du relâchement : ils étaient butinant et papillonnants, tout comme ses cheveux, qui le torturaient doucement en suivant les mouvements de sa tête baladeuse. Peut-être qu’elle se précipitait, qu’elle ne savait pas bien comment faire, ou qu’elle ne comprenait pas encore ce qu’elle voulait pour elle-même ? Il y avait dans ses gestes quelque chose de convenu, une douceur commune à toutes les autres et qui savait seulement aimer en surface. Comment aurait-elle voulu le voir chérir ses propres cicatrices ? Pas celles que l’on pouvait toucher, mais celles qui arrachaient un petit morceau de ce qu’on avait à offrir. Quelqu’un avait déjà dû l’adorer avant, prendre du temps, regarder son corps et ses imperfections en prétendant guérir ce qui de toute façon était déjà immobile dans la chair. Muait-elle expressément la douleur en plaisir comme l’alcool pouvait faire oublier ? Mimétisme, ou réelle préoccupation… ? Octave se cambra encore un peu, déploya sa gorge et son menton pointa vers le plafond, tandis qu’il posait ses mains sur les épaules de l’insatiable créature. Et déjà, elle glissait contre lui, retrouvant le nid chaud de sa poitrine, lui ayant suffisamment rappelé qu’il y avait toujours une béatitude possible, malgré les déconvenues.

Il osa, la main lovée sur la cage de ses côtes, à poser la question qui suggérait un peu plus que leur superficialité commune, quoi que plaisante. Il sondait, voulait savoir si cette convoitise avait la couleur d’un fond de bouteille vide, ou si elle en avait récupéré autre chose qu’une lascivité éphémère. La tête tournait vite après l’amour, mais il y avait toujours un instant où l’on comprenait que la vie reprenait son cours et que les couleurs, devenues nettes dans l’extase, s’amoindrissaient sous le lourd gage du quotidien. Il arrivait aussi que le répit exhorte cruellement les mauvaises intentions, jadis abandonnées. Il espérait ne pas avoir renouvelé ses forces pour mieux accepter sa cruauté. Il ne voulait pas la voir non plus renoncer à absolument tout pour une volupté passagère. Il l’espérait seulement plus nuancée, l’éclat fugace du renoncement ayant consolidé son hésitation entre deux perspectives, que leur simple douceur avait contribué à rendre plus palpables. Les deux délivrances existaient et quand bien même elle n’en avait perçu que les reliefs, Heather avait au moins pris le temps d’éprouver les deux dans une mesure qu’il croyait, si ce n’est égale, au moins semblable dans leur force. La haine se cultivait lentement, alors que l’amour s’exaltait comme un éclair fendant le ciel et quand bien même sa dévotion n’était pas à la mesure de la haine qu’elle vouait pour son père, Octave savait qu’il suffisait parfois d’une seule flamme pour faire partir en cendres tout un jardin de fleurs du mal.

« Je crois qu’il est trop tôt pour que je puisse répondre à ça. Je suis perdue, Octave. »

Heather vint quérir sa main comme pour le consoler de sa réponse partielle, sans s’apercevoir que son cœur battait dans le triomphe. Mince, petit, fragile, mais victorieux quand même. Trop tôt ! Tant qu’il n’était pas trop tard ! C’était toujours mieux qu’un : « Tu es bien beau, bien tendre, mais je préfère avant ». Octave sourit à l’augure, admira cet élan dont Heather se montrait capable, dans la maladresse des mouvements dont elle avait l’habitude, mais avec une soif nouvelle dont elle ne se doutait peut-être pas encore concrètement, comme le goût des choses qui change avec l’âge, imperceptiblement. Il laissa leurs doigts s’enlacer, emplis d’une toute autre joie que celle de leur étreinte et lorsqu’il la regarda, l’exaltation difficilement cachée sur son visage, il sut à la seule ombre des paupières et à la hauteur des joues qu’elle souriait aussi, d’une tendresse bien plus timide que la sienne et moins prophétique, mais elle souriait tout de même.

« Je veux réellement découvrir qui je suis, qu’est-ce qui me définit, trouver un nouveau sens à ma vie, mais... Mais j’ai peur d’échouer, de me perdre à nouveau et de ne jamais trouver cette réponse. »

Octave s’adoucit sur cette crainte et son expression fondit dans une tendresse clairvoyante. Elle l’envisageait vraiment, elle y songeait au point d’en avoir la crainte ! N’y avait-il pas frayeur plus délicieuse, plus emplie de promesse que celle-là ? De chauds cheveux caressèrent sa clavicule et un visage où trempait une mince, mais paisible inquiétude quémanda sa réaction. Et tandis que sa bouche esquissait un « Tu comprends ? », il s’évertua à retrouver sa bouche et l’embrassa tendrement, récompensant le bel esprit et les lèvres gracieuses de leurs paroles. Dans un mouvement souple, il se retrouva sur elle, soutenu par ses coudes et l’étreignit aussi bien qu’il le put, de cet enlacement qui ne cherchait pas simplement la familiarité ou le réconfort, ni l’embrassement doucereux ; il l’enlaça avec égard et une passion presque désespérée, se cramponnant à son petit corps dans un soulagement que pour le moment, lui seul serait capable de comprendre et entendre. Elle, ne verrait que deux épaules qui se soulevaient en montagnes chinoises et une pression chaude sur tout son être, dévouée et un instant immobile, écoutant vivre cette vie nouvelle d’une oreille collée à sa poitrine étroite. Il l’acceptait toute entière, non plus dans l’amour, mais à travers un attachement sans plaisir vaniteux et qui ne demandait rien d’autre que l’acceptation. Octave releva finalement sa tête, lui sourit comme s’il venait de recevoir une louange précieuse, puis répondit enfin d’un ton enthousiaste et en même temps timide :

« Tu sais. Tu le sais, que tu te sens bain maintenant, non ? » Il déposa ses lèvres sur la naissance de ses clavicules, les embrassa tour à tour, puis revint à son visage, comme désespéré de la convaincre : « Tu ne peux pas échouer à devenir toi-même. Tu te perdras peut-être, et alors ? La sortie sera toujours là, elle ne bougera pas et elle t’attendra. Elle attendra que tu essayes tous les chemins s’il le faut, que tu t’épanouisses dans les méandres et quand tu arriveras au bout de ton labyrinthe, tu sauras que ce qui te définit ce n’est pas la réponse, mais la quête en elle-même. N’aie pas peur de vivre, de vivre pour toi. » Il l’embrassa et l’enlaça encore avec force, voulant rassasier ses doutes et transmettre sa propre témérité ; qu’elle se sente plus forte que jamais ce soir, qu’elle n’ait peur d’aucun échec, car en dehors de la mort, rien n’était définitif et elle en était la preuve par extension. Il l’adorait, alors qu’elle était venue pour trouver raison au parricide. Léon l’aimait malgré leur déconvenue. Sentant sa dissolution proche, Octave longea sa joue, descendit sur le fleuve laiteux de son cou, cajola l’épaule charnue, puis la regarda d’en bas, malicieux : « Puis, ce n’est pas nécessaire d’avoir une réponse. On peut procéder par négation… Je pense que tu n’es pas cruelle, que ça ne te définit pas. » Lèvres sur le délicieux, l’infiniment onctueux triangle de soie qui séparait sa poitrine, puis à nouveau, luisant à l’air libre et s’apprêtant à questionner : « Serais-tu cruelle avec moi ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [8 décembre 1997] Revealing the unseen

Revenir en haut Aller en bas

[8 décembre 1997] Revealing the unseen

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» [8 décembre 1997] Revealing the unseen» WWE TLC - 13 décembre 2009 (Résultats)» Friday Night Smackdown - 23 Décembre 2011 (Carte)» Activité a New York en Novembre et Décembre» 17 Décembre 2015
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: ECOSSE; Poudlard & Pré-au-lard :: Dans les étages :: Bibliothèque-