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[Décembre 1997] Proies et prédateurs

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MEMBRE DE LA BRIGADE DE POLICE MAGIQUE  Rafleur
    MEMBRE DE LA BRIGADE DE POLICE MAGIQUE
    Rafleur
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MessageSujet: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Lun 19 Fév 2018 - 18:05

****** Ministère de la Magie *******

Le mois de décembre était bien le seul mois facilement reconnaissable. Ces gamins surexcités qui galopaient en tout sens, ces devantures de boutiques qui se paraient d'étoffes de couleur et de lumières et, pire que tout cela encore, ces sourires béats des passants, les bras chargés de paquets, et leurs rires qui emplissaient les rues. Tout dans cette ambiance monstrueusement naïve emplissait Sam d'une mélancolie sans nom. Il n'avait jamais aimé les fins d'année. Et ce noël 1997 risquait d'être le plus triste que le monde sorcier ait jamais connu. Le Seigneur des Ténèbres au pouvoir, les rafleurs dans les villes et les sangs-mêlés surveillés et traqués comme des rats, rien ne pouvait enchanter les habitants. En tout cas, c'était ce que Sam lisait sur les visages qu'il croisait régulièrement. Ces rires et sourires sonnaient creux, ces regards brillants trahissaient le malheur, la peur. Lorsque Sam traversait la ville pour rejoindre son travail, ceux qui l'avaient déjà rencontré baissaient la tête ou changeaient de direction. Jamais, depuis que les temps obscurs s'étaient abattus, il ne s'était senti aussi seul.
En entrant dans les bureaux des rafleurs, il fut surpris de ne pas voir tous ces collègues à leur poste habituel. Du fond de leur immense salle de travail un brouhaha léger se faisait entendre. Là, tous les rafleurs du même grade que lui se pressaient autour de son bureau. Ils échangeaient des avis, réfléchissaient en se grattant la tête ou la barbe et aucun ne remarqua de suite l'arrivée de Sam. Ce dernier s'éclaircit la gorge pour se faire remarquer.

« Hem salut, dit-il d'une voix claire, il se passe quoi  ? »

Tous les regards se tournèrent vers lui et le silence se fit, comme si tous étaient soudainement gênés. L'un prit la parole.

« Salut Sam ça va ? Tu as reçu un dossier, mais on ne connaît pas le code de la procédure ... »

Sam s'approcha et se saisit de la liasse de papiers. Il jeta un premier coup d'oeil sur l'en-tête et son visage s'assombrit. Il rassembla l'ensemble des documents et jeta un regard sombre à ces collègues, suffisamment pour qu'ils reculent tous.

« Les gars, je vous conseille de vous occupez de vos pompes. Croyez-moi il y a des …  trucs que vous voudriez pas savoir. Il s'installa à son bureau et ajouta, ne vous mouillez pas trop. »

Il tira sa chaise et s'installa lourdement. Pendant quelques instants il fixa le dossier qu'il tenait serré entre les mains, puis il poussa un profond soupir. De douloureux souvenirs remontaient à la surface. Il se souvint la dernière fois qu'il avait vu cette écriture et ce code. Et ce sceau. C'était il y a quelques semaines à peine, mais il lui semblait que l'horreur ne datait que de quelques jours. Il s'était rendu, sur ordre d'un haut mage noir, à l'école Poudlard pour participer à une sombre mission. Recruter de nouveaux sbires pour le Seigneur des Ténèbres. Et ce dernier était venu pour l'occasion. Un mangemort proche de Vous-Savez-Qui avait envoyé Sam comme représentant des rafleurs d'une part parce qu'il était le plus gradé, mais également parce que son travail était respecté et reconnu. Sam, pour son plus grand malheur, n'était pas mauvais dans son rôle.
Il reconnaissait tout à fait cette écriture, fine, élégante. Elle appartenait à la même personne qui l'avait envoyé dans les cachots de Poudlard pour sélectionner les mangemorts de demain. Il savait parfaitement que ce genre de dossier passait en priorité. Il orienta le faisceau de sa lampe de bureau pour avoir une meilleure lisibilité et commença la lecture. Tout autour de lui ses collègues ne cessaient de lui jeter des regards intrigués et il dut s'efforcer de rester de marbre durant toute la lecture. Pourtant, la terreur s’immisçait lentement dans tout son être. Finalement, Sam redressa la tête et laissa son regard planer dans le bureau. Il entendait à peine ses collègues qui lui chuchotaient des questions. En silence Sam se leva, ajusta son vieux manteau et quitta les bureaux.

Tout au long de son chemin, il lui semblait que son cerveau s'était éteint. Comme s'il avait fui pour éviter de réfléchir de manière professionnelle à la tâche que l'on venait de lui confier. Après avoir parcouru de longs couloirs, le rafleur arriva enfin devant une porte, celle qu'on lui avait indiqué sur le premier document de son dossier. Il frappa en s'efforçant de paraître le plus assuré possible et entra.

Un homme était là. Sam s'éclaircit la gorge.

« Monsieur, je vous suis associé pour la prochaine mission. Il lui montra le dossier relié, j'ai déjà été briefé, il ne manque plus que les détails ».

A savoir le plan d'intervention. Le rafleur avait choisi de figer son visage pour affirmer son professionnalisme et prouver qu'il avait entièrement sa place face à l'un des mangemorts les plus redoutés du Ministère. Finalement chacun à leur niveau inspirait la même aura, mais ce devait être leur seul point commun. Monsieur Rowle se tenait là, et il allait devoir le seconder dans une chasse relativement compliqué et dangereuse. Un couple, possiblement membre de l'Ordre du Phénix, potentiellement proches de Harry Potter. Une source inestimable d'informations. Ce serait une chasse jusqu'à la mort et Sam, conscient de ce qu'il allait entreprendre, se refusait de réfléchir. Il n'osait s'avouer qu'en frappant à cette porte, il venait de faire un deuxième pas presque irréversible -après celui fait lors du recrutement- dans les rangs serrés des forces du Mal.

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Dernière édition par Sam Dewey le Ven 29 Juin 2018 - 15:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Jeu 22 Fév 2018 - 12:17

Il détestait cette sculpture. Le long couloir qui menait au ministère était surplombé par cette immense œuvre grotesque d’art contemporain et obligeait les arrivant à se soustraire à son ombre. Andreas la regardait de haut, et cet homme n’avait pas besoin d’avoir l’appui d’une grande taille pour convaincre de sa profonde condescendance. Le sujet était tout ce qu’il y avait de plus correcte pourtant, louant la supériorité des mages sur les moldus, mais l’ostentation n’était pas du goût de notre homme, dédié à la réserve. Déjà, c’était juste horriblement laid, passablement énorme et ça chantait la gloire de quelque chose qui n’était pas encore d’actualité. Dressons des monuments, certes, mais après avoir gagné la guerre et non pas après chaque bataille. Cette offuscation était d’autant plus grande qu’il était venu ici parce que la providence venait de rappeler, sous la forme d’un lâche délateur -les délateurs étaient toujours lâches-, qu’Harry Potter gambadait encore dans la nature comme une espèce de calmar géant dont on connaissait l’existence que parce qu’ils échouaient sur les plages une fois morts. Alors, voir immortalisé dans la pierre le rappel constant de ce perpétuel échec avait de quoi plonger Andreas dans un état de contrariété à étouffer tout un coffre de petits chatons. Peu importait au fond si le guignole à lunettes possédait un pouvoir incommensurable : il était dangereux par son statut-même d’élu -élu par qui d’ailleurs ? La vieille tantouze qui était tombée de la tour d’Astronomie l’été dernier ?– et était comme un tas de déjections attirant les mouches par son odeur profuse. Cafard difficile à écraser parce qu’il courrait trop vite.

Il contourna à vive allure l’odieuse élévation et se dirigea directement vers les ascenseurs pour rejoindre le département des aurors. L’alerte avait été données durant la nuit par un voisin semblait-il, relayée sur le champ par le ministère jusqu’aux mangemorts et Andreas avait, par exaspération, décidé de prendre cette délicate responsabilité pour faire démonstration. La plupart de ses « collègues » étaient comme les briques d’un mur : solides lorsqu’il fallait faire front ensemble, mais il n’y avait jamais personne pour sortir un peu des rangs et prendre des initiatives. A part Bellatrix, mais elle n’avait rien d’une brique. Rien d’humain non plus d’ailleurs. La missive disait qu’un couple de sang-mêlé était hautement suspecté d’abriter Potter sous son toit et que le ministère avait déjà briefé le personnel nécessaire pour cette mission, se tenant prêt à intervenir dès que le feu vert était donné.

Andreas fit les gros yeux à un employé un peu trop curieux qui le reluqua dans le couloir du cinquième étage, annonçant par là le début d’une crise cardiaque et le retour de cet individu aux limbes auxquelles il appartenait. Il entra sans s’annoncer dans le bureau du moineau à la branche la plus haute dans cet arbre et s’avisa de la petite main qu’on allait lui donner pour faire la basse besogne. Andreas ne travaillait même pas au ministère, mais sa présence, comme celle de tous ceux portant la marque de la loyauté, diminuait les plus grands jusqu’à les rendre aussi insignifiant que les insignifiants eux-mêmes. Ah oui… Pourquoi le ministère ? Certains mangemorts préféraient travailler seuls, parce que la gloire en cas de réussite était beaucoup trop dure à partager, mais Andreas ne cherchait pas la gloire -chose que ses détracteurs étaient in-ca-pables de comprendre. Potter était une affaire d’état, un ennemi public qui ne pouvait pas se laisser descendre par une poignée de Jean-Eudes et Jeannes-Jacques inconnus et qui n’avaient rien à foutre là. Personne à part le ministère ne devait avoir officiellement d’autorité dans ce pays et il était hors de question à ce que l’élu de pacotilles soit débusqué sans que l’Etat n’en soit au courant, même en tant que témoin.

- Dewey, Sam. Très bon élément, monsieur, il a déjà participé à… puis aussi il a…

Oui, parle-moi de ce type que j’aurais oublié dès demain matin pour me dire à quel point justement il est oubliable. Andreas ne broncha pas, désespérément pas impressionné, ni à l’écoute de ce morceau de graisse qui essayait de promouvoir l’efficacité de ses petits bourrelets. Le mangemort finit par intimer le silence par un geste de la main, lorsque le bavardage innocent atteignit un ratio de compliments par phrase un peu trop généreux à son goût. Le petit homme s’étouffa derechef, juste à temps pour laisser entrer celui qui allait avoir l’honneur d’être un… bon pas le temps de trouver une fonction exacte pour cette cinquième roue du carrosse. Andreas se retourna, droit comme Dumbledore était maintenant définitivement couché, le menton relevé et sa crinière d’argent au désordre étudié cascadant en boucles onctueuses vers l’arrière. Ses yeux d’acier se plantèrent sur le « très compétent » rafleur et il l’écouta, à son tour, faire sa petite pub pour ne pas finir au fond d’un trou trop rapidement.

« Monsieur, je vous suis associé pour la prochaine mission. J'ai déjà été briefé, il ne manque plus que les détails »


Dit-il en lui montrant sa jolie pochette de briefing. Magnifique pochette. Le regard du mangemort fit un rapide et peu intéressé aller-retour entre le bloc de papier relié et le visage campagnard, presque stéréotypé, du rafleur. L’homme-bête. Non pas l’homme bête, mais bien l’homme-bête. Qui pouvait éventuellement devenir l’homme bête. C’était des individus larges, grands et forts, l’échelon inférieur du loup-garou car obéissants, mais c’était à peu près les limites de leurs qualités en général. Andreas fit un demi-cercle autour du rafleur d’un pas lent en appréciant sa carrure. Pile ce qu’il lui fallait : désireux d’être compétent et outrageusement bien bâti. Le mangemort eut un sourire des yeux, qui pouvait s’apparenter davantage à un éclat, et hocha de la tête une fois décisive en direction du patron pour signifier qu’il se satisfaisait de la marchandise.

- Nous allons transplaner monsieur Dewey, puis vous allez bêtement faire votre travail. Sachez seulement que si la mission ne se passe pas comme prévu, vous en serez tenu responsable.

Affaires d’Etat, responsabilités ministérielles. Dewey n’était peut-être qu’un accessoire, mais il avait la lourde charge ici de représenter l’autorité. Il n’y avait presque aucune chance à ce que Potter soit là-bas en réalité, mais les fausses alertes commençaient à devenir trop nombreuses, provenant de la part d’une population effrayée qui criait à l’élu dès qu’une cicatrice était aperçue. C’était une perte de temps, mais qui devait servir de leçon et cet élément briefé de toute part avait intérêt à se montrer si ce n’est compétent, au moins ne pas représenter une gêne.

- Et vous aussi. Précisa-t-il en ayant un regard si peu intéressé envers le gros patron, qu’il en parût encore plus menaçant. Allons-y monsieur Dewey, vous n'avez qu'à me guider. J’espère que le transplanage est un détail que vous maîtrisez ?

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Ven 29 Juin 2018 - 15:19

Sam avait figé ses émotions et bétonné son sourire. Rowle n'était pas un mangemort inconnu, loin de là. Son nom circulait de temps à autre et toujours avec la même réputation : celle d'un homme qu'il ne fallait pas prendre à la légère. Le rafleur à l'oeil aiguisé l'avait très rapidement identifié en entrant dans le bureau. Ce regard d'acier ne laissait rien transparaître, hormis la dureté de son caractère et la froideur de son cœur.

- Nous allons transplaner monsieur Dewey, puis vous allez bêtement faire votre travail. Sachez seulement que si la mission ne se passe pas comme prévu, vous en serez tenu responsable. 

Une telle réponse était prévisible. Les mangemorts connaissaient leur statut bien particulier au sein du Ministère. Ils avaient une influence telle que l'administration entière était à leurs pieds, personne n'osant lever le petit doigt pour les contredire. Certains affirmaient même qu'un simple regard mal posé pouvait coûter d'interminables minutes sous « Doloris ». Sam ne souhaitait en aucun cas finir à genoux, hurlant de douleur, implorant du secours. Les mangemorts étaient au-dessus, voilà une règle qu'il fallait se greffer dans le crâne pour garder son corps et son esprit intacts. Au moment où il avait frappé à cette porte, Sam avait appuyé encore plus son rôle de rafleur, tout en s'habillant d'un comportement neutre. Il ne se retrouvait pas là par hasard. Il était Sam Dewey, l'un si ce n'est le meilleur rafleur du Département.
Alors oui, il allait faire bêtement son travail de rafleur. De toute façon, c'était un travail bête, stupide. Il savait pertinemment que les paroles de Rowle n'était pas à négliger, il était certainement homme à assurer ses actes, mais visiblement, pas trop non plus. Sam commença lentement à prendre la mesure de cette mission. Si cette famille venait à fuir ou à se défendre, il connaissait par cœur les procédures de défense et de capture, il saurait agir en conséquence pour éviter des vices et se retrouver dans le bureau de son patron à devoir s'expliquer. Il n'en était pas à sa première sortie sur le terrain, loin de là. Mais jamais encore il n'avait été affublé d'un mangemort. Ce paramètre particulier risquait de compromettre énormément ses techniques de chasse, de capture voire d'interrogatoire. Il arrêta ses pensées, avant de commencer à imaginer ce que Rowle avait prévu de faire à ces pauvres bougres.

Ce n'est que lorsque Rowle s'adressa à un coin du bureau que Sam remarqua qu'un autre individu se tenait dans cette pièce. Il semblait tellement insignifiant qu'il laissa échapper un air étonné, avant de se reprendre rapidement. Malgré le fait que son visage lui était inconnu, ce ne pouvait être n'importe qui pour se trouver dans le bureau de Rowle. Sam se redressa et fit un signe de tête rapide mais respectueux. L'homme, qui semblait soudain incroyablement soulagé, s'enfuit presque derrière Sam et referma la porte. Les deux hommes en mission étaient à présent seuls.

Il ne réagit pas à la remarque du mangemort concernant le transplanage, jugeant bon d'économiser ses paroles pour éviter tout problème. Après un bref acquiescement, Sam fit tourner machinalement ses épaules pour se détendre et s'avança vers Rowle. Il fixa ses pensées vers le lieu indiqué par les ordres de mission -lieu qu'il connaissait déjà très bien- et, au dernier moment, attrapa le poignet du mangemort. Un craquement brutal se fit entendre et ils disparurent du bureau.

******  Godric's Hollows ******

Il atterrirent dans une petite ruelle, derrière un bar qui semblait rempli d'habitués riant et buvant. Une forte odeur de gras et de moisi emplit l'atmosphère et Sam ne put retenir un grognement dégoûté. Godric's Hollows en fin de journée ressemblaient plus à un trou rempli de pochetrons et de mendiants qu'à un respectable village. Il observa les alentours rapidement, personne ne semblait avoir remarqué leur arrivée. Parfait. La pénombre qui commençait à arriver allait jouer en leur faveur. Il sortit de sa poche un papier tout froissé, le déplia non sans nervosité et le lut rapidement.

« Ils logent à deux rues d'ici, sur la gauche. »

Sam remit son papier dans sa poche, l'abîmant encore plus. Il inspira profondément et se risqua à poser les yeux sur le mangemort. Il attendait les instructions. Son département l'avait envoyé en renfort auprès de Rowle, mais aussi accessoirement pour s'assurer qu'il n'y ait pas trop de casse en vie humaine. Cependant -et Sam espérait que ses supérieurs s'en doutaient également-, ni lui, ni aucune personne suffisamment haut placée ne pouvait empêcher Rowle d'agir à sa guise. Sans doute avait-il ses propres ordres. Dans tous les cas, Sam devait agir au mieux à la fois pour le Ministère et son Département mais également pour sa propre vie et santé mentale. Voilà qui rendait cette fichue mission encore plus compliquée. Sam avait toujours réussi à ne pas fourrer son nez trop loin dans les affaires des forces du mal, essayant de bien faire son job tout en restant éloigné de quelque sombre affaire le plus possible. Mais il s'était fait remarquer, fatalement. Allait-il réellement se retrouver à suivre plus souvent des mangemorts ? Sam n'osait pas s'imaginer dans un rôle, quoique cela pourrait s'avérer fort utile pour retrouver cet Holbrey si détestable. Ce visage angélique le hantait toujours. De toutes ses forces il tenta de rester le plus évasif possible, dans ses propos et ses gestes car, tout au fond de son être, il bouillonnait. Pourvu que ces malheureux que le destin avait presque condamné aient pris la fuite.

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MANGEMORT
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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Lun 2 Juil 2018 - 12:38

Une impression de déclin imprégnait tout, le soleil lui-même n’entrait qu’à contrecœur par les hautes fenêtres rectangulaires. La lenteur et la rigidité du Ministère suffisait à dire son obsolescence, outre le fait qu’il avait montré sa complète incompétence à prévenir un coup d’Etat. C’était une agence rétrograde et de seconde zone, gardienne d’un secret en sommeil dont plus personne ne semblait vraiment se soucier, tout le monde étant davantage préoccupé par les purges. Pour Andreas, ce n’était qu’une abstraction, de simples mots dans un rapport survolé sans grand intérêt ; après tout il n’était pas concerné. Un sentiment semblable lui était inspiré par l’évolution des mangemorts. Il avait de plus en plus l’impression que le Seigneur s’était débarrassé du Ministère comme d’une gêne et non comme d’un but, se consacrant maintenant à des fins plus personnelles. Les informations qu’il leur donnait étaient exaspérantes d’incomplétude, n’apprenaient pas grand-chose, et la traque organisée autour de Potter ressemblait davantage à un règlement de compte qu’à un principe à respecter. Tout ce que le Rowle constatait, c’était que le Lord prenait sa tâche, quelle qu’elle fut, au sérieux, et en même temps qu’il ne se souciait absolument pas du fonctionnement du pouvoir politique en place. Trouver Potter avant les autres était une consécration qui faisait secrètement saliver la majorité des mangemorts, sauf Andreas. Pour sa part, servir ce qu’il commençait à définir comme étant un caprice n’entrait pas dans ses priorités. Et même cette mission, il l’avait reçu par pur hasard, parce qu’il avait été le premier à tomber sur le commis du Ministère.

Sam Dewey. Après réflexion, ce nom lui disait quelque chose, mais Andreas avait beau regarder son visage, aucun contexte ne revenait, sauf celui de son nom. Il lui fallut conclure n’avoir jamais vu le rafleur, seulement entendu parler, ce qui représentait un retard, un décalage désagréable. Il savait que sa carrière avait été une pente douce : affecté à la surveillance peu après sa sortie des ASPICS, agent de terrain exemplaire selon ses supérieurs de l’époque, propulsé hors du bureau sans regret, affecté souvent à des affaires invisibles pour le grand public, les histoires secrètes de rien du tout. La transition avec l’autorité nouvelle s’était faite curieusement sans heurts, alors que nombreux avaient manifesté la contingence de rester jusqu’au bout. Andreas se demanda si quelqu’un lui en avait voulu d’avoir été aussi lisse et impersonnel. Mais Dewey venait de la classe moyenne, il était comme tout le monde, sans l’appui d’une dynastie invisible qui aurait pu rendre sa réussite enviable. Ce que le mangemort avait apprécié le plus dans son compte rendu, c’était cette montée progressive et constante, sans hésitations, comme si le but à atteindre était plus important que le moyen. Il avait conclu que la vie de Dewey dépendait de détails, d’un travail de détective. Rien ne lui était tombé du ciel, la chance ne lui avait pas souri. Autre chose : le nombre de mots. D’après les retranscriptions à fournir auprès du ministère, contrairement à ses volubiles collègues, Dewey se contentait de très peu de mots. Le minimum, en fait. En comparaison, ses collègues étaient des geysers continus qu’aucune fin de page n’aurait pu arrêter. Ce genre de maîtrise poussait Andreas à apprécier les silences entre les mots.

Ce n’est qu’au moment du transplanage qu’il se rappela le contexte : Dewey avait participé au recrutement de Poudlard. La lueur floue qui avait étiré ses traits lorsqu’ils plongèrent avait curieusement ravivé sa mémoire. Seule question : pourquoi ?

L’odeur de graisse rance le surprit à l’arrivée et il fronça son nez, soulevant sa lèvre d’un dégoût qu’il dissimula peu, le soulignant même par un coup d’œil rapide aux environs. On aurait dit qu’ils venaient de soulever le couvercle d’une vieille friteuse où les odeurs étaient restées en suspens. Son accompagnateur muet, l’homme-bête, manifesta son moyen de communication préféré en grognant.

- Ils logent à deux rues d'ici, sur la gauche.

Le rafleur s’aventura à un regard direct qu’Andreas soutint sans grand mal, parce qu’il s’agissait d’une fixation soumise, non pas défiante. Il en profita, le surplomba, prit son temps, étendit son emprise par le silence. Pour cette première fois, il n’avait pas l’intention de faire du surplace, mais plutôt de cartographier le terrain qu’il souhaitait couvrir, aussi passa-t-il à autre chose d’un ton interrogatoire sans vraiment sembler poser une question :

- Pourquoi avoir participé au recrutement à Poudlard ? Pourquoi vous ?

Car après tout, l’un n’allait pas sans l’autre. Si Dewey était ici maintenant, c’était possiblement parce qu’il avait été là-bas avant. Andreas voulait savoir si c’était du mérite, ou une qualité particulière et inutile, comme l’étaient les caractéristiques d’une vache pour correspondre aux goûts d’un terreau reproducteur. Avait-il en fait simplement le pelage assez soyeux pour se faire caresser les oreilles par des mangemorts ? Un joli meuble, monogrammé au nom du ministère. La manière légèrement oblique dont Dewey regardait lui donnait de toute façon moins l’air d’une identité fonctionnelle que d’une performance artistique ou d’une sculpture abstraite à l’échelle grandiose mais abrutissante.

Andreas questionna le rafleur d’un regard patient, puis rejoignit le trottoir de la ruelle voisine à pas plus prudent que lent, leur mission étant une question de temps. D’ailleurs, il n’avait pas spécialement insisté sur sa question non plus, ne l’avait pas confronté d’un regard hautain et intransigeant : Dewey allait maintenant déduire tout seul la qualité de sa présence en fonction de ce qu’il savait et agirait en conséquence, ce qui représenterait une réponse en soi. Le reste du chemin se fit en silence, empruntant les passages terreux entre deux jardins, les cours arrière et les sentiers fermés de résidences privées. Andreas prenait soin à ce que leur duo ne soit pas vu, ou peu, par des voisins trop curieux. L’idée à ce qu’un Potter potentiellement présent puisse prendre la fuite en entendant l’arrivée du Ministère l’avait également effleuré, quoi qu’il n’y accorda qu’un mince crédit. Son silence n’était qu’amour de la furtivité. Perçant par un sombre passage deux immeubles étroitement serrés, ils arrivèrent finalement dans la rue correspondante. Andreas traversa cette fois la route à pas vif, franchit les escaliers d’une maison à l’allure confirmant un échec d’imagination et toqua brièvement à la porte, avant de redescendre quelques marches par sécurité. Il regarda Dewey sans sentiments particuliers, concentré sur sa tâche, et écouta la vie se faire déranger derrière la porte.

C’était assez minable. Certains mangemorts étaient déçus, mais pour sa part, il avait toujours su qu’à suivre quelqu’un, on finissait inéluctablement par satisfaire les petites lubies superficielles. Dans une certaine mesure, ça lui convenait. Mais Dewey avait autre chose à prouver finalement. Quelque chose qui ne se mesurait qu’à grande échelle et il se demandait parfois si la nécessité de faire une mission double n’était pas liée à ce besoin d’obéissance. Entre ses doigts, sa baguette magique crépitait d’impatience, alors que le visage du mangemort avait l’expression d’une falaise abrupte avec un ciel dégagé en guise de paysage. Ils n’eurent pas à attendre très longtemps qu’on les accueille. Cependant, ce qui se produisit faisait partie de la seconde éventualité, celle qu’on appréciait le moins. La porte s’ouvrit, mais sous le coup d’une explosion intrinsèque, qui ne fut néanmoins pas assez forte pour la faire sortir de ses gonds. Un souffle violent, puis une onde de choc les balayèrent et Andreas se protégea le visage avec son avant-bras, une nuée de poussière faisant office d’écran aveuglant se propageant sur le perron. Il se pencha à peine sans reculer, qu’un sortilège nouveau passait entre les deux hommes, visant au petit bonheur la chance l’encadrement. Sans les atteindre. Andreas décocha la mort verte au hasard, ce qui fut suivit d’un cri étouffé en provenance de la maison. Alors que des étincelles s’étaient mises à jaillir en représailles, telles de bouquets colorés et mortels par la porte ouverte, Andreas baissa sa protection avec la folle intention de tester les priorités du rafleur. Allait-il avoir le réflexe de défendre un mangemort au sein d'une ambuscade probablement perpétrée spécifiquement à cet effet, ou pas ?

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Lun 30 Juil 2018 - 8:17

Un genre de mur invisible se dressait entre les deux hommes, bloquant toute communication détendue, ou signe de complicité éventuelle. Sam expliquait cela principalement par leur position hiérarchique à chacun, mettant Andreas Rowle bien plus inaccessible que lui. De plus, il avait fait attention à la moindre parole de peur de froisser d'une part le supérieur hiérarchique, mais également d'autre part le mangemort. Sam était dans l'incapacité de savoir si Rowle était de ceux qui glorifiait leur nom et tirait de leur Marque une fierté sans égale. En tout cas ce n'était vraiment pas une question à poser, s'il voulait garder le sens de la parole. Tant de règles sociales bridaient les interactions et Sam, malgré le fait qu'il venait d'une famille relativement aisée, trouvait ce phénomène encore plus pesant dans le monde des sorciers.Voilà un sujet que sa mère aurait pris plaisir à étudier et débattre. Mais ce n'était pas le moment de laisser ses pensées se disperser en réflexions inutiles. Chaque chose en son temps, et ce n'était ni le lieu ni l'heure de penser à son éventuelle relation sociale avec Andreas. D'ailleurs, ce n'était pas le moment de penser tout court. Encore maintenant, Sam n'avait aucune idée de comment il allait s'y prendre pour agir au mieux pour les intérêts de tout le monde.

Rowle posa une question qui ne l'aida pas plus à se mettre dans de bonnes conditions pour mener la mission à ses côtés. En entendant ses mots, on aurait dît que plusieurs Sam hurlaient des réponses différentes dans son crâne. « A ton avis ? Parce que je suis le meilleur et je le mérite, crâne d'oeuf », « parce que si y'en a un dans tout le Ministère qui n'a pas de chance, c'est bien moi », « parce que j'ai tout fait pour pas me faire remarquer, ça a presque marché », « ton clan veut peut-être me recruter, ils peuvent toujours aller se faire ronger les ongles par un dragon ! ».
Visiblement le mangemort avait un vague souvenir du rafleur et réfléchissait depuis un moment à la dernière fois qu'il l'avait vu. Sam quant à lui avait bloqué son cerveau pour qu'il ne travaille surtout pas à cela, peut-être de peur de vraiment se souvenir et se rendre compte qu'un lien pouvait exister entre eux. Le problème immédiat était à présent de donner une réponse. Mais quelle réponse ? Une procédurale que l'on donne lors d'un entretien d'embauche ? Une franche pour afficher franchise et confiance en soi ? Un mensonge bien construit pour détourner le sujet et se faire oublier ? Rowle ne savait pas à quel point son aventure dans les cachots, en présence du Seigneur des ténèbres en personne, avait bousculé la vie de Sam. D'élève plutôt modèle et travailleur fier de ses résultats aux ASPICS, Sam s'était retrouvé, quelque douze ans plus tard, de nouveau dans les locaux de son école bien-aimée à recruter de la chair fraîche pour les combats à venir. Le souvenir douloureux des regards tétanisés des élèves présents l'avait marqué à vie. Il se souvenait notamment du jeune Félix, rencontré quelques temps plutôt au Trois-Balais, le visage horrifié et le regard de ceux qui regardent la mort jouer avec leur destin. Ce gamin était traumatisé à vie. Durant tout le trajet qui l'amenait à Poudlard, il s'était demandé comment il en était arrivé là. La réponse évidente était qu'il avait travaillé dur, et trop bien pour rester un homme à tout faire lambda ignoré de tous. Sam parfois maudissait son Lui ambitieux qui avait presque prit plaisir à aller à ce recrutement, preuve absolue de sa supériorité par rapport à ses collègues.
Mais par les culottes de Merlin, il fallait une réponse rapide pour Andreas Rowle. Après avoir posé sa question, il s'était mis en marche, sans remarquer que Sam était resté figé quelques secondes après avoir reçu ces paroles en pleine figure.

« Pourquoi moi ? Sûrement parce qu'ils ont pensé que j'étais le plus qualifié et expérimenté pour cette mission de … d'enrôlement. »

Sam haussa les épaules par réflexe, comme il faisait toujours lorsqu'une situation le dérangeait trop et rejoignit Rowle sur le trottoir.

« Je ne m'occupais que de trouver des potentiels rafleurs, ce n'était pas bien compliqué » acheva-t-il une fois arrivé à sa hauteur.

Considérant qu'il avait donné une réponse suffisamment claire et suffisamment complète pour couper court à toute réaction, Sam se renfrogna et reporta son attention sur les événements qui n'allaient pas tarder à se produire. Une rafle, ou pire. Ils arrivèrent devant la maison ciblée, et Rowle s'avança d'un pas assuré pour frapper à la porte. Jusque là, Sam avait été à peu près sûr de sauvegarder la mission dans un état acceptable pour ses supérieurs. A présent les choses n'allaient pas se dérouler exactement de la meilleure des manières, et il n'allait pas tarder à s'en rendre compte.

Une forte détonation se produisit, suffisante pour ouvrir brutalement la porte. Sam se mit aussitôt en position de défense, la baguette levée légèrement en diagonale. « Et m.... » pensa-t-il. Un nua)ge de poussière les envahit, il plissa les yeux pour rester à l'affût du moindre mouvement. Avant même qu'il ait eu le temps de parler, Andreas avait réagi en lançant un rayon de lumière vert clair en direction de l'intérieur de la maison. La lueur du Sortilège Impardonnable miroita dans le regard du rafleur. Son cœur fondit dans sa poitrine et une expression de peur passa sur son visage. Non, non tout mais pas ça, pas maintenant... D'autres sortilèges jaillirent alors et Sam produisit une barrière magique pour se protéger d'un éventuel sort bien lancé. Tout allait beaucoup trop vite et le sort mortel lancé par le mangemort l'avait brusquement mis hors de lui. Il perdait tout contrôle sur la situation, chose absolument insupportable. Il fit deux pas en avant, se redressa et ajusta sa voix pour tenter de couvrir les cris ça et là des passants fuyant la scène.

« Au nom de la loi, j'ai un mandat d'arrestation pour monsieur et madame Cobb, domiciliés ici-même, veuillez cesser le feu et jeter vos baguettes hors de la maison ! ».

Une nouvelle pluie de sortilèges fut la seule réponse à sa première sommation. Bande de crétins ne put s'empêcher de marmonner Sam, ils n'ont aucune idée de ce -ou plutôt celui- qui les attend dehors. Sam se propulsa en avant et se plaqua dos au mur, à droite de la porte. Baguette tendue, prêt à la défense, il tonna à nouveau :

« Dernière sommation monsieur et madame Cobb, cessez le feu ou nous devrons répliquer. »

Ceci dit, Sam doutait fortement qu'Andreas Rowle allait attendre sagement le bon déroulement de la procédure de capture. Nombre de rafleurs, une bien grande majorité d'ailleurs, n'agissait pas ainsi, de manière aussi propre et claire avec les règles. Mais ils n'avaient que des pauvres gens sans défense à attraper, qu'une simple claque suffisait à rendre dociles jusqu'à la salle d'interrogatoire. Sam s'attaquait à un gibier un peu plus coriace. Toujours sur ses appuis, il jeta un coup d'oeil à son compère du soir, inquiet -mais également un peu curieux- de le voir agir.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Ven 3 Aoû 2018 - 17:01

Hum. Dans un monde sans contraintes, une hiérarchie se faisait selon les aptitudes de chacun et plus la position était confortable, plus on pouvait considérer celui qui l’occupait comme qualifié. Mais en temps de tyrannie – fait qu’Andreas reconnaissait volontiers -, où tout n’était qu’une question de pouvoir, l’idée compétence ne voulait plus dire grand-chose. Cette notion dépendait d’une perception singulière, s’arrêtant souvent à la compréhension de celui qui possédait suffisamment de pouvoir pour établir son autorité directe. Aussi, Dewey pouvait être qualifié selon le jugement qu’avait de ce terme son patron immédiat, mais inapte aux yeux du prochain, dont les critères s’avéreraient bien moins conciliants, ou portées sur un tout autre domaine d’expertise. Et dans ce monde, fayoter en était une discipline de prédilection, surtout pour les personnes à qualification limitée. Mais un peu comme l’amour que Bellatrix portait au Lord, le fayotage éclipsait n’importe quel CV vide. Alors à la réflexion, cette prétendue « compétence » pouvait tout aussi bien être un barrage d’artillerie verbale, dont le silence actuel n’était qu’une recherche de meilleur angle. Dewey, un fayot de compétition, en somme. L’insouciance relative avec laquelle le rafleur avait livré son constat laissait néanmoins entendre qu’il se doutait possiblement du célèbre principe qui voulait que l’important, ce ne soit pas de maîtriser quelque chose, mais d’en donner l’impression. Alors, comme toutes les personnes suffisamment capables pour ne pas avoir besoin de ramoner des fondements, il avait l’hésitation propre à celui qui ne savait pas exactement pourquoi il était là. Si c’était parce qu’il avait fait ce qu’il fallait selon son métier, ou selon l’opinion fluctuante de son chef. Cette question-là allait de toute façon être très rapidement résolue.

Donc, dans un univers où la compétence était convenablement mesurée, on cherchait toujours celui qui était le plus qualifié pour s’y référer. Selon cette perspective, Dewey était plus qualifié qu’Andreas pour gérer une situation d’embuscade. Andreas était certes un mangemort, mais ça ne lui garantissait aucune qualité de combat. Ce titre n’était qu’un synonyme à la loyauté. Il se savait peu enclin à la négociation, abrupte avec la résistance, impatient avec la récidive… Son métier avait beau être potionniste, il était bien trop éloigné du serment d’Hippocrate pour penser à préserver les vies en cas de conflit ; sa méthode était pour le moins expéditive. Parfait contraste avec les valeurs policières que Dewey avait dû embrasser au début de sa carrière dans la défense magique. On pouvait prétendre ce qu’on voulait, mais un rafleur n’avait d’autre but que la protection de la population civile et si cela voulait dire séparer des enfants de leurs parents, torturer des résistants et faire brûler des cadavres de sang-de-bourbe, le mal en était justifié et il pouvait dormir avec le sentiment du devoir accompli.

Pour le moment cependant, Dewey avait tout de l’agent disloqué entre ce qu’il devait faire et ce qu’il valait mieux qu’il fasse. Certains en profitaient, mais Andreas savait bien qu’épargner des vies était toujours l’objectif premier de ces invertébrés du ministère, alors des sommations étaient de mises, accompagnées par un visage contrit de verre pilé. A en juger par son expression, il n’aimait pas la couleur verte. Si reposante pourtant !

Andreas s’était insidieusement éclipsé dans le dos du rafleur et profitait, quelques marches en aval, de son bouclier protecteur. Tandis que son caractère diligent savourait l’absence de coopération, réduisant toujours un peu plus le temps dévoué aux négociations, Dewey se tendait de plus en plus, esquissant les éternelles manœuvres réglementaires d’un pas raide. En le voyant esquiver vers le mur dextre de la porte, Andreas dut à nouveau dégainer sa baguette et envisager une fois de plus que, contrairement à ce qu’enseignaient les mathématiques, de deux gros nazes ne sortait pas forcément quelque chose de positif. L’endurance tout en longueur du coupe Cobb commençait à l’exaspérer, mais bien au-delà de la salve défensive, ce fut le regard adressé par Dewey qui écailla définitivement sa bonne volonté. En plein milieu d’un tir potentiellement croisé, il sollicitait sa participation ? Se tournait pour ainsi dire vers un civil au lieu d’agir ? Andreas ce serait beaucoup amusé à feindre quelque chose s’approchant de l’impuissance pour laisser Dewey savonner sa propre pente, mais il y avait mille manières de mettre les gens dans l’embarras et franchement, cette expression constipée l’avait bien plus inspiré. A tel point qu’en guise de préliminaires, il fit preuve de bonne volonté et imita comme il le put la compassion humaine :

- Madame Cobb, les femmes, ces molles créatures… c’est un sacrifice inutile et vain ! Votre mari et vous, baissez vos armes et rendez-vous maintenant ! Bientôt, ce sera une brigade qui vous assiègera et vos chances de pouvoir vous rendre calmement se réduiront à néant ! Il supposait lourdement le couple Cobb d’être en fait Jacquie et Jean-Jacques, résistants occasionnels tirant par-dessus une montagne de meubles renversés et de sacs de sable clandestins, mais peu importait, femme, personne âgée, enfant… négocions : Madame Cobb, ça ne vous apportera rien de…

Abrégeant sa doléance, Andreas dut répliquer à un sortilège contre lequel sa barrière protectrice n’aurait pas suffi. Un souffle enflammé détonna en fournaise de la porte et illumina toute la ruelle d’une couleur de coucher de soleil. Le mangemort en avait coupé l’élan d’un écran d’eau qui, avec l’éclat des flammes, partit en vapeur lourde dans l’air frais. La nuit revint aussi vite qu’elle s’était effacée dans une volute de vapeur. Andreas s’était attendu à plus d’audace, mais cette insubordination de trop suffisait largement. Il tourna le dos, ayant pour intuition que les deux guerriers tapis dans l’ombre de leur mobilier étaient du genre à se défendre plutôt que d’attaquer, et descendit les quelques marches qui le séparait du trottoir. Tenir la maison en respect et appeler des renforts ? I bet you wish.

- Battez en retraite, Dewey !

Recommanda-t-il au rafleur en rejoignant le milieu de la rue, à distance raisonnable de l’habitation piégée. Nulle émotion n’émoussa ses traits qu’une froideur calculatrice, lorsqu’il se retourna pour considérer la porte ouverte aux entrailles noires, desquelles jaillirent un ou deux sortilèges aveugles, destinés à les tenir éloignés. Il passa une main soigneuse dans ses cheveux, démêla une boucle humide ; rien n’avait brûlé. Lorsque le rafleur se fut rapproché suffisamment pour être en relative sécurité, Andreas lui jeta un regard déterminé. Avant de parler, il tira méticuleusement sur ses manches défaites lors de l’action pour recouvrir ses poignets, et lorsqu’il parla, ce fut d’une voix étonnamment forte - pour que les deux révolutionnaires en tablier puissent l’entendre distinctement.

- Il n’y a plus rien à en tirer Dewey. Faites péter cette maison. Ses yeux incandescents brûlèrent de la flamme qui avait auparavant ébloui la rue et il réitéra, inflexible. Flambez tout. Jusqu’à la cave. Et qu’il n’en reste que des os pour l’identification.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Lun 10 Sep 2018 - 18:30

Sam se maintenait en position de défense, dos au mur. Bras tendus vers le bas, baguette pointée prête à faire pleuvoir sortilèges et enchantements, tous ses sens étaient en éveil, prêt à bondir avec toute l'animosité que lui offrait sa carrure d'ours. La nuit les enveloppait à présent complètement, donnant à la scène de capture une étrange atmosphère, presque apocalyptique. Il ne pouvait s'empêcher de garder les yeux rivés sur son acolyte du soir, Andréas Rowle. Cela faisait déjà un bon moment passé à ses côtés et pourtant le rafleur ne parvenait toujours pas à comprendre cet énigmatique personnage. Bien entendu sa qualité de mangemort en disait long, notamment sur son statut de sang mais également sur son potentiel plaisir à s'en prendre à tout ce qui bouge (c'était en tout cas l'avis de Sam au sujet des mangemorts. Avide, prétentieux, ambitieux et surtout, à l'heure actuelle, intransigeant, machiavélique et incroyablement susceptible). Il avait choisi « d'humouriser » la condition de mangemort pour éviter de sombrer dans la terreur absolue mais il était difficile de résister, surtout en côtoyant ce Rowle.

Une gerbe de feu puissante explosa subitement, forçant Sam à se détourner pour protéger ses yeux et sa peau de brûlures. Il cracha intérieurement, le couple Cobb n'avait pas choisi la meilleure réponse aux mises en garde du mangemort. Peut-être n'avaient-ils pas encore compris l'urgence de leur situation. Une mort certaine était au bout de leur résistance. Son collègue s'éloigna alors de la maison et lui intima l'ordre de faire de même et de le rejoindre face à la maison, à bonne distance d'une autre potentielle attaque de ce genre. Sam ne se fit pas prier et se positionna aux côtés de Rowle, baguette tendue, toutes les formules magiques de protection sur le bout de la langue pour assurer leur défense.

Il n’y a plus rien à en tirer Dewey. Faites péter cette maison. Flambez tout. Jusqu’à la cave. Et qu’il n’en reste que des os pour l’identification.

Durant les secondes qui suivirent, Sam sentit le monde vaciller autour de lui. C'était un sentiment étrange, comme après avoir pris une énorme cuite prise à un bar et que l'on cherche la bonne direction pour rentrer chez soi. Son corps s'était totalement immobilisé, pas un cil ne bougeait, son cœur même semblait peiner à garder son rythme. Face à eux la maison était redevenue silencieuse, on ne percevait dans l'embrasure de la porte que les cendres fumantes du dernier sortilège. Sam en était arrivé au point de supplier intérieurement le couple Cobb de sortir, il dû lutter pour ne pas leur hurler de ficher le camp en vitesse. Après l'attaque digne d'un far west, le tableau venait de changer, de se renverser. Sam se sentait comme enchaîné à une ombre menaçante, qui lui aspirait les esprits. Il ne pouvait que contempler, impuissant, l'odeur de la mort qui s'insinuait dans la maison. Quoi qu'il puisse arriver à partir de cet instant, le jeune homme avait parfaitement conscience que sa vie prendrait un tournant irréparable. Ses entrailles remuaient, une brusque envie de vomir le titilla, embrasant sa gorge. Lentement, comme pour tenter de freiner l'ineluctable, Sam tourna la tête vers Rowle. Mais il ne put lever les yeux, les gardant baissés, le regard fixé dans le vide. Il n'était plus temps de jouer au lieutenant-rafleur, il n'était plus l'heure des faux-semblants.

« Je ne peux pas faire ça monsieur. »

Sa voix mourut dans sa gorge et il lui semblait avoir puisé dans toutes ses forces pour prononcer ces quelques mots. Bien sûr que ce n'était pas une question d'éthique, ce mot avait disparu dès l'instant où le Seigneur des Ténèbres s'était emparé du Ministère. Il ne s'agissait évidemment pas non plus de compétence, Sam pouvait parfaitement exécuter un sort suffisamment efficace pour faire exploser cette maison si fragile. Mais il ne pouvait pas ôter la vie à deux personnes.
Durant des années, à la sortie de Poudlard, il avait bataillé pour être bien vu de ses supérieurs. Il avait travaillé dur, chaque jour pour ne jamais avoir à rougir. Bosseur il l'était, tueur non.
Avec grand peine il inspira et détourna son regard de l'autre côté.

« J'ai fait ma part, tenta-t-il d'expliquer maladroitement, s'en tenant strictement à son rôle, on m'a demandé de vous épauler... »

Il se détourna cette fois tout à fait, faisant dos au mangemort. Une peur sans nom irradia depuis le bout de ses orteils jusqu'au sommet de son crâne chauve, luisant de sueur.

« ...pas de tuer. »

Après quelques secondes où il cru sa mort arriver, il se mit face à Rowle, la maison dans son dos. Non, il ne connaissait pas Rowle et n'arrivait pas à lire dans son jeu. Mais une chose était sûr, l'empathie ne faisait pas partie de ses qualités. Ni de ses fonctions. Sam préféra tenter le tout pour le tout. Ce n'était pas par manque de courage qu'il refusait d'exécuter la demande du mangemort. C'était par pure pitié pour le couple Cobb. Il n'avait encore jamais fait grand chose de bien depuis son entrée chez les rafleurs, mis à part prendre soin de son meilleur ami. Peut-être avait-il là une chance de racheter son âme au diable et de pouvoir se regarder un peu plus longtemps dans un miroir.

« Ils vont suffisamment en baver devant les détraqueurs monsieur, laissez-moi encore une chance de les convaincre. Faites juste preuve de patience. »

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Mar 25 Sep 2018 - 17:17

L’insoumission ? Ca arrivait, de temps en temps. Dans l’insoumission s’exprimait à peu près tout sauf un discours raisonné, puisque le raisonnement nécessitait du temps et de la réflexion, chose trouvant bien rarement sa place dans une réaction pleine de pathos, faisant appel aux émotions et pas au cerveau. Il était de bon ton de s’insurger dans le confort, en faisant les gros yeux, tout en sachant que les répercussions allaient être moindres : l’insoumissions calculait son juste ratio entre le risque pris et la sensation de liberté pour choisir le moindre mal. Hors de question de risquer sa peau. L’insoumission se rectifiait donc souvent à coup de gifle. Une seule, et on n’en parle plus. L’histoire retenait curieusement davantage les immolés volontaires, les sacrifiés et les exécutés politiques qu’un idiot qui osait jeter une boule de colle dans le dos de son supérieur. Non, parce que s’il fallait vraiment commencer à agir, pfiou, ça allait bien demander une journée de travail et là, bon, hein. Autant se donner l’illusion du désaccord et aller se coucher en pensant avoir participé à un avenir meilleur simplement en ayant grommelé dans le dos de quelqu’un. Andreas se doutait bien que dans son sillage se répandait un nuage toxique de médisance, et il se plaisait à en dissoudre la puanteur à coup de taquets dans la tronche.

- Je ne peux pas faire ça monsieur.

C’est ici cependant que votre serviteur sourcille. Non pas suite à un amour immodéré pour les hommes qui se dématérialisaient à mesure qu’ils parlaient, ni pour les crânes chauves – seul attribut qu’il voyait de son courage à la tête baissée -, mais parce qu’il reconnaissait la limite commune aux individus avec suffisamment de lâcheté pour se soumettre et être dociles, mais à dose trop faible pour étouffer le dernier cri de la conscience. A en croire son dos courbé, Dewey non plus n’était pas très convaincu. Il espérait peut-être que son allure de grelot évoquerait une quelconque bienveillante clause de conscience, qu’Andreas s’empresserait de respecter pour valoriser leur esprit d’équipe et la considération des sentiments de chacun. Ca devait être beau de vivre dans un monde qui permettait d’envisager ça, se disait le Rowle. Personnellement, il n’en savait rien, il avait troqué son respect contre une boîte de cigares depuis longtemps. Pourquoi fallait-il toujours attendre le dernier moment pour découvrir le paladin qu’on avait étouffé en soi ?

- J’ai fait ma part, on m’a demandé de vous épaules… pas de tuer.

Oh bah tiens, à jouer sur les mots il n’avait qu’à faire les grilles de mots croisés de la Gazette. L’assistant personnel de Karl Brandt avait dut dire quelque chose de ce goût là au début, lui aussi. On connaissait la suite. Se sentirait-il plus à l’aise si Andreas lui demandait plutôt d’épauler son bras, le temps qu’il tire son Avada Kedavra ? Ou peut-être accepterait-il de l’épauler en endossant le rôle de tabouret, le temps de pendre les Cobb sur un lampadaire ? Si la finalité le dérangeait tant que ça, Andreas pouvait toujours reformuler leur mission en « refonte du paysage urbain et démographique ». Serait-ce mieux ainsi ? Plus accommodant ? Dewey, s’il vous plait, pouvez-vous m’aider, m’épauler, en acceptant de rénover cette maison tout en délogeant définitivement ses locataires ? Mais que… cessez de tourner comme une toupie ! Déjà que je commence à confondre votre docilité et votre compétence, il ne manquerait plus que je confonde en plus votre visage et votre dos, il serait mal venu de vous planter un couteau dans l’œil alors qu’il est de notoriété commune qu’un mangemort le plante toujours entre deux vertèbres ! Epauler hein ? Ca l’arrangeait bien de soudain réduire sa présence au rôle de béquille.

- Ils vont suffisamment en baver devant les détraqueurs monsieur, Ne serait-ce justement pas mieux de les cramer vite et bien pour leur épargner d’en baver ? Comparé aux détraqueurs – auxquels Dewey tenait tant -, la mort n’était-elle pas plus clémente ? C’était à ne rien y comprendre, franchement ! Dewey défendait qui, là, les intérêts des Cobb ou les siens ? laissez-moi encore une chance de les convaincre. Faites juste preuve de patience.

Andreas accueillit le rafleur d’un regard figé, trouble, comme l’eau croupie d’un vieil aquarium, où étaient morts deux poissons d’argent. Ah, ces chevaliers blancs, montés sur le soubresaut de conscience, leur fidèle destrier, qui vous faisaient entendre que tuer, c’était mal, pour la simple raison qu’ils n’étaient pas capables de le faire. Oh, Dewey ne l’avait pas dit, mais son incapacité à accomplir cette tâche en disait déjà long sur les sinuosités de sa conscience. Par la barbe de Merlin, il y avait de quoi plaider la légitime défense, non ? Non, bon. C’était franchement ennuyeux. Andreas songea à réaliser le souhait du rafleur en lui déléguant le rôle de chaise pendant quelques heures, pour renforcer sa définition du mot "épauler", étendre, pour ainsi dire, son champ lexicographique. Il ne céda toutefois pas à la tentation du caprice, à la réaction expéditive. Dewey avait quand même un côté un peu pervers : devenir rafleur et s’offusquer de… "défendre le citoyen lambda par des moyens définitifs", disons, était comme aller chez un boucher et se plaindre de l’odeur de viande crue.

Son premier réflexe aurait été de déboîter la grosse mâchoire de Dewey pour l’obliger à en faire une castagnettes convaincante, mais Andreas était un seigneur magnanime. Surtout quand il y voyait un moyen potentiellement encore plus fructueux pour décevoir le naïf bambin dans ses expectations d’un monde où chaque mot était utilisé selon son stricte usage. Alors il considéra Dewey longuement, soulignant que son affabilité était comme du jus de fève sopophorique : très difficile à extraire. Puis, son regard d’acier observa la maison ; la posture décontractée de ses épaules lui prêtait un air de condescendance particulière, nonchalante et à deux doigts de l’indifférence. Avait-il été convaincu par les explications du rafleur ? Là n’était pas la question, comme l’avait un jour dit… quelqu’un : le principal n’est pas d’avoir raison, mais de prouver que l’autre avait tort. Dans tous les cas, Andreas avait toujours un peu de temps à perdre pour ce genre d’affaires.

- Très bien, Dewey. Allez-y. Répondit-il avec son sens inné pour l’indolence insouciante, directement induite par son statut social et hiérarchique, qu’il savait pertinemment supérieure, ce qui l’autorisait à concéder a à peu près tout et n’importe quoi. Mais si vous échouez, vous me serez redevable. Ca étouffait en général les élans de conscience. Mais si Dewey s’obstinait, qui était-il pour s’y opposer ? Ayant regardé le rafleur suffisamment longtemps pour le mettre mal à l’aise, Andreas ricana d’un grincement sans joie. Votre détermination à connaître votre place me convient : si vous échouez, j’utiliserai donc votre tête pour mettre en joue ma baguette et détruire les derniers lambeaux de vos illusions.

Les Cobb se faisaient soudain reléguer au rang d'accessoires, bons à sacrifier pour satisfaire la fresque qu'était la vie du rafleur. Qu’en était-il si Dewey réussissait ? Voyons, ce n’était pas une option. Pas que ce fut parfaitement impossible. Non, ce n’était simplement pas une option.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Lun 15 Oct 2018 - 17:58

L'odeur de la mort se faisait sentir. Alors qu'il se trouvait entre le mangemort et la maison où se terraient les Cobb, son souffle fit brusquement une embardée. Il réalisait juste à l'instant ce qui était en train de se produire. Face à lui Andréas Rowle, mangemort dénué de toute empathie et, très certainement, en proie à un début de folie meurtrière et dans son dos, une maison si silencieuse qu'on l'aurait cru figée dans le temps. Après les nombreux échanges de sorts et les quelques cris des uns et des autres, cette brusque absence de bruit alourdissait l'atmosphère à en donner mal au crâne. Dans ce tableau, Sam avait choisi le rôle central, le mur entre deux entités, entre deux destins. Par le caleçon long et scintillant de Merlin, quelle mouche l'avait piqué pour s'être mis devant Rowle ?! Il était clairement dans la position du défenseur des fugitifs. Sam aurait donné n'importe quoi pour que les minutes écoulées s'effacent et qu'il reprenne sa position initiale, à côté d'Andreas, à attendre bien sagement l'inéluctable.

Parce que oui, rien ici ne pouvait se mettre en travers du chemin du mangemort. Il avait son travail à terminer, Sam ne jouait que le rôle de figurant, l'automate plein de muscles destiné à effrayer plus qu'à agir. Il en était conscient et cela lui convenait. D'aucuns parleraient de lâcheté, Sam rétorquerait sans la moindre hésitation la sécurité. Assurer sa vie et dans la mesure du possible, celle des autres. Force fut de constater lorsqu'il pénétra dans le bureau de Rowle au Ministère de la Magie peu avant leur Transplanage qu'aucune vie ne serait sauvée ce soir. Sam donnait des coups d'épée dans l'eau, il attendait bien sagement l'inéluctable.

Comment en était-on arrivé là ?

Sam n'écoutait pas les paroles de Rowle, il ne faisait qu'entendre des mots comme à travers un casque, comme s'il était sous l'eau. L'esprit totalement paralysé par les événements, il ne tiqua pas une seule seconde lorsque le mangemort évoqua ses illusions. Sam était vide. Incroyablement vide. Disparus les émotions, les réflexions, les peurs, les doutes … plus rien. Un corps vide et une tête creuse. Il se noyait dans une eau si noire, dans un silence si lourd que l'espace-temps lui-même ne lui apparaissait plus vraiment réel. De brigadier des forces de police à raffleur en chef, de la protection du Tournoi des Trois Sorciers à la condamnation prochaine des Cobb, si peu de temps et pourtant tellement de bouleversements. Une seule chose émanait de lui à cet instant précis, l'envie de vomir.

Sam hocha imperceptiblement la tête et se tourna vers la maison. Après avoir expiré aussi violemment qu'un bœuf, il s'avança vers la maison, les jambes lourdes telles deux enclumes. Tout en s'avançant il présentait ses deux mains en avant, pour montrer qu'il avait rengainé sa baguette. Il s'arrêta à trois mètres de ce qui restait de la porte d'entrée et reprit son souffle. On aurait dit que ces quelques pas l'avaient autant épuisé qu'un marathon. Il prit le temps de poser sa voix et annonça clairement.

« Monsieur et madame Cobb, ... »

Sam n'avait même pas réfléchit à ce qu'il pourrait dire. La situation n'était déjà pas simple, mais il fallait aussi ajouter à cela sa légendaire rhétorique, digne des plus grands balourds de la galaxie. Baissant la voix il se mit à parler très vite.

« … Par Merlin ne faites pas de folie rendez vous. Vous n'avez absolument aucune chance et je ... »

Une détonation puissante se fit entendre et un souffle brûlant projeta le raffleur dans les airs. Sam avait baissé sa garde, il le regrettait à présent. Son corps atterrit plusieurs mètres plus loin, à un cheveu d'une énorme flaque de boue. Sonné, il prit quelques secondes pour redresser la tête. De la terre plein le visage, il s'essuya et jeta un regard vers la maison. Malgré le sifflement perçant qui gênait ses oreilles, il put entendre une voix de femme s'élever.

« Menteur, traître ! Nous ne nous rendrons jamais, pour Dumbledore, pour la paix ! »

Son cœur s'arrêta. C'était fini, il n'y avait plus rien à faire. Sam se remit sur ses jambes et secoua ses vêtements. Après l'envie de vomir, c'était le dégoût qui s'installait maintenant dans sa gorge. Un dégoût immense. Une haine sans nom. Il ne leva même pas les yeux vers Rowle et commença à marcher dans la direction inverse de la maison. S'éloigner le plus vite possible, partir loin, très loin et oublier, passer l'éponge, comme d'habitude. Il croisa le mangemort, marqua un arrêt puis reprit son chemin sans un mot avant de s’immobiliser, toujours dos à la maison. Le dégoût de sa propre personne, la haine de son propre nom.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1997] Proies et prédateurs Mar 23 Oct 2018 - 20:46

Acte héroïque ? Celui qui fait pousser une cape dans le dos et laisse apparaître un preux destrier. Un courage à faire pousser des ailes. Des ailes de Doxy alors. Non, un soubresaut cosmique à l’échelle d’une paramécie, si petit qu’il fait à peine bouger la moustache du mangemort, et encore moins son indignation. Ces convulsions, il les connait ; sa fille en a de temps en temps. Une sorte de crise d’épilepsie morale à laquelle il faut administrer une claque rigoureuse pour cesser toute forme de révolte. Elle s’efface alors, puis disparait comme un furoncle. Pas la peine d’être frustrée, sa fille ne décidait de rien du tout. Ni elle, ni Dewey ne décidaient de quoi que ce soit en ce monde. Ils pouvaient se considérer être des gens normaux, symboles pertinents de cet épuisement vital qu’est l’ambition. Et toutes leurs interventions dans le monde réel seront autant de rappels à un ordre quelconque, à un plan, souvent irrationnel, mais concordant avec leur psyché profonde ; un rappel de l’importance de la méthodologie et, plus généralement, d’une réflexion préalable à l’action. En l’occurrence, c’était inutile, quelqu’un avait décidé pour eux, il n’y avait plus besoin de réfléchir. Ces gens-là survivaient mal lorsqu’on avortait leurs élans du cœur. Ce pourquoi Andreas n’éprouva aucune espèce de surprise lorsqu’il crut voir Sam Dewey basculer. A priori, il était entrainé à s’administrer ses propres claques et à revenir sagement dans l’ombre lorsque soudain les choses devenaient un peu trop sérieuses pour qu’il n’assume ses convictions. Il pouvait bien vénérer Potter à ses heures perdues, Andreas n’en avait que faire : il n’était pas dupe, son ambition ne considérait pas à gagner l’amour, l’obéissance lui suffisait. Doucement, Dewey retournait dans son attitude de caractère effacé, sans reliefs, comme la fonction publique devait l’aimer. On replie la cape et on range le destrier à l’écurie jusqu’à la prochaine ondulation macrocosmique.

- Monsieur et madame Cobb… Par Merlin ne faites pas de folie rendez vous. Vous n'avez absolument aucune chance et je...

N’était-ce pas à peu près ce qu’Andreas avait dit plus tôt, avec une conviction encore moindre ? Dans l’hypothèse d’une négociation il était normal d’imaginer un échange intellectuel courtois et d’un niveau élevé. Sans doute ces gens révoltés seraient-ils parvenus à un consensus sur certaines valeurs telles que la liberté, la transparence, la notion de sacrifice inutile et la nécessité d’établir une résistance moins désespérée dans un avenir plus ou moins proche. Mais voyez-vous, avec son courage, le rafleur semblait par la même occasion avoir perdu toutes ses convictions et au lieu de laisser les Cobb à leur propre perte insensée, il venait de lui-même s’en rendre responsable. Une détonation suivit ses balbutiements, si féroce que le Rowle se courba et lança un bouclier à peine un instant avant qu’il ne soit trop tard. Dewey n’eut pas autant de chance. Ou plutôt, pouvait-on dire qu’il venait d’être soufflé par ses propres désillusions.

- Menteur, traître ! Nous ne nous rendrons jamais, pour Dumbledore, pour la paix !

Vénérer un mort ne paraissait définitivement pas être une activité très saine. A moins qu’au fond, ce ne fut qu’un désir de paix semblable à celui de Dumbledore. Alors ainsi, tous les suppôts du vieux ne désiraient en fait rien de plus que la mort ? Un peu comme les moldus croyants qui aspiraient à une seconde vie éternelle - en paix. Puis, il fallait bien avouer que la loi était toute relative, ironiquement.

- Les seuls traîtres ici sont pourtant vous, monsieur et madame Cobb.

Gronda Andreas en se redressant, avec une inflexion sournoise dans la voix. En l’occurrence, Dewey était bien le seul à ne pas être un traitre et à fidèlement suivre le sens des rouages. Incohérences majeures que le mangemort se plaisait à souligner, car bien évidemment, il ne s’agissait pas de cela. Il s’agissait de ceux qui ne parvenaient absolument pas à s’adapter et qui, par dépit, accusaient ceux qui y parvenaient. On pouvait tout aussi bien évoquer le survivalisme, l’ambition et le pouvoir, mais malheureusement ça se mariait bien mal avec les principes de rébellion. Andreas considéra un instant le rafleur se relever, vit qu’il n’y avait aucune déception sur son visage, mais un sentiment bien plus viscéral : sa marge de manœuvre dans la vie était devenue singulièrement restreinte. Le mangemort leva sa baguette – trêve de tergiversations. Le toit de la maison sauta comme un bouchon de champagne, soufflé par une force qui traversa ses murs à la verticale. Les tuiles tombèrent comme une pluie, un peu en retard, s’éclatant dans un vacarme tavelé contre le sol. Les vitres explosèrent, puis la maison s’effondra sur elle-même dans un mouvement unique, presque gracieux et naturel. Le bruit fut bref, et même le nuage de poussière s’avéra être négligeable, renflé sur l’asphalte par un dernier courant d’air. L’affaire fut si rapide qu’il n’y eut aucun cri. Rien qu’un soupir de gaz, puis le crissement de quelques planches qui ne parvenaient pas à se stabiliser. Le mangemort regarda le ciel. Dans les nuages, il se dégageait une petite fente de clarté où on pouvait voir les étoiles. L’affaire était celle du ministère, pas la peine de marquer la maison d’une marque funeste. La loi, le pouvoir n’avaient rien de funeste. La loi était la loi, voilà ce que chacun devait se dire.

- Dewey… Commença-t-il déjà pour attirer son attention, puis réfléchit. Il était dans son intérêt à ce que Dewey fasse les choses avec convictions, et il apparaissait comme quelqu’un ayant besoin d’une légende pour bien faire son travail. Les aléas et les prétextes ne lui convenaient pas. Il avait un caractère factuel, qui n’aimait pas les vulgarités cyniques servies pour escamoter les aspects flous de son travail. J’ai récemment pris un poste de conférencier à l’école de Poudlard. Il me semble qu’il y a des choses pas tout à fait en ordre là-bas. Outre un cracmole en guise de concierge, le statut du nouveau bibliothécaire laisse à désirer. Je ne crois pas qu’un individu comme lui ait les compétences requises par le ministère pour encadrer les élèves. Je vous serai gré de bien vouloir vous en charger. Andreas s’était approché du rafleur, le regardait maintenant dans les yeux, l’ombre d’un sourire relevant sa bouche. Dewey allait s’en occuper. Il lui devait quelque chose. Non pas parce qu’il avait raté à raisonner les Cobb, mais parce que telle était sa fonction. Il fallait juste qu’il adhère à cette histoire, parce que sinon, sa charge allait être beaucoup plus compliquée que ce qu’elle pouvait être. Andreas voulait bien lui faciliter la tâche, mais si Dewey préférait souffrir le martyr en l’exécutant, c’était son choix personnel. Pas la peine de spécifier non plus que la requête était déjà une exigence de résultat. Le bibliothécaire se nomme Octave Holbrey. Penchez-vous sur son cas, voulez-vous, si votre travail quotidien vous le permet. Pour votre patron, je réserve mon opinion à votre sujet d’ici-là. Cela vous convient ?

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[Décembre 1997] Proies et prédateurs

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