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[6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit.

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POUFSOUFFLE7ème annéePréfète
    POUFSOUFFLE
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MessageSujet: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Dim 4 Fév 2018 - 0:42





La sorcière colla ses mains pour former un réceptacle duquel l'eau ne pourrait pas s'échapper. Ça, au moins, ça allait la réveiller. Elle avait dormi une bonne partie de la fin d'après – midi, jusqu'à maintenant. Lina avait même manqué le repas du soir, mais quelqu'un lui avait posé une coupe de fruit sur sa table de chevet. Le geste l'avait touchée, mais elle était resté perturbée, dans son lit, à ressasser ses rêves. Ses songes avaient été peuplés d’incendies, de tornades monstrueuses et de cris. Le tout était incompréhensible. Elle soupira et se jeta le liquide froid à la figure, humidifiant par la même occasion certaines mèches de cheveux. Quelques gouttes d'eau tombèrent de ses cils fuligineux pour dévaler son visage comme des larmes, avant de mourir à la naissance de son cou. Elle recommença l'opération trois ou quatre fois avant de prendre un morceau de papier pour s'essuyer le visage. Puis, les deux mains de chaque côté du lavabo, elle hésita. Attachés ou détachés les cheveux ? Elle soupira et secoua la tête avec vigueur, épaississant sa crinière noire. Détachés. Du coin de l’œil elle vérifia l'heure pour la troisième fois. Ah, si seulement elle avait songé à le faire plus tôt...

Lina était rentrée en retard de Pré – Au – Lard. Elle se serait giflée dix fois pour ça. La blairelle avait courut aussi vite que possible dans les rues du villages quand elle s'était aperçue que ses amis étaient rentrés sans elle, pour éviter le courroux des Carrow. Échec : Lina était arrivée quelques minutes après après l'heure autorisée. C'était Rusard et sa maudite chatte qui l'avaient cueillie dans le Hall de l'école, alors qu'elle essayait de récupérer son souffle, les jambes encore douloureuses après leur effort. Un sourire pervers était venu abîmer le visage hideux du concierge. Elle avait fermé les yeux et inspiré un grand coup, comme pour mieux attendre sa sentence, malgré sa bouche pâteuse. Lui, avait semblé apprécier le pouvoir qu'il avait alors exercé sur la jeune personne. La jaune et noire, elle, n'avait pas pu s'empêcher de se dire qu'il ressemblait à un troll devant un festin. Cette image l'avait dégoûté.

« La leçon sera peut être plus facile à apprendre si vous l'écrivez. Des lignes donc.. Mr.Holbrey se chargera de vous surveiller à la bibliothèque, pendant tout le temps qu'il faudra ».

Le monde s'était arrêté de tourner pendant quelques secondes et son estomac s'était mis à vaciller à l'intérieur d'elle.. Décidément, elle ne s'en sortirait pas d'Octave, aujourd'hui. Le destin était un ami impitoyable. La sorcière s'était demandé à quel point il pouvait encore être fâché contre elle, même après plusieurs heures, libéré de sa présence. Elle avait baissé les yeux. Rusard prit ça pour un signe soumission et ne put retenir un rire gras, tout à fait désagréable, couvrant le miaulement du répugnant félin qu'il tenait dans ses bras. Elle avait cligné des yeux, un peu sonnée et s'était directement dirigé dans sa salle commune, puis dans son lit. Voir Rusard l'avait achevée.

Elle se décida enfin à mettre sa deuxième chaussette et ses chaussures. Elle avait remis son uniforme, se disant que se balader en étant habillée comme une moldue pouvait être considéré comme un acte d'insubordination. Les quelques cheveux encore mouillés c'étaient collés à sa joue, mais elle ne s'en rendit pas compte. La préfète passa un tube de couleur carmin sur ses lèvres, prit une pomme d'un rouge indécent dans la corbeille qu'on lui avait laissé puis, enfin, elle quitta sa salle commune, sans même un regard en arrière.

Il était tard. Ils avaient fait exprès, bien sûr. Après tout c'était le week – end, alors elle pouvait bien passer la nuit à écrire leurs maudites lignes. Dans le château, qui sommeillait au creux de la nuit, tout était en place, tranquille et Lina se fit la remarque qu'elle aimait déambuler à ces heures – ci : les tableaux vivaient leur vie, pas si immobile, les armures grinçaient sinistrement. La seule fausse note, finalement, c'était elle. Le bruit de ses pas résonnait partout où elle passait, et la sorcière avait l'impression d'être suivie par son propre fantôme. Elle grimpa les marches deux à deux, sans être ne serait – ce qu’essoufflée. Elle avait l'habitude. Lentement, anxieusement, elle se dirigea vers la Bibliothèque. La jeune femme n'avait pas escompté revoir Octave si vite. Elle aurait espéré avoir le temps digéré tout ce qui avait été dit quelques heures plus tôt. Mais même cela, ils lui avaient enlevé. Une fois dans le bon couloir, elle se redressa un peu, inquiète de son sort, tout en admettant qu'il y avait bien pire que de restée seule dans une pièce à écrire bêtement la même phrase, avec Octave pour la surveiller.

Elle s'arrêta devant la lourde porte en bois et frappa trois coups, plutôt fort, avant d'abaisser la poignée pour rentrer. Lina passa d'abord seulement la tête, puis elle ondula pour glisser corps en entier dans l'immense salle. Elle était légèrement inquiète, ne sachant ce qui serait le pire : qu'il soit toujours d'humeur massacrante, ou qu'il se contente de l'ignorer royalement. La mauvaise humeur serait sûrement moins pire. Dans l'indifférence, on nie l'existence de l'autre. La colère, au moins, a une adresse. Pourtant, malgré toutes ses inquiétudes, son regard s'attendrit, quand elle le vit dans la lumière.

« Hello. Elle traîna un peu sur la dernière syllabe. Je viens pour ma retenue ».

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Dim 4 Fév 2018 - 18:11

En remontant le hall d’entrée, il se rendit compte que cet endroit n’était pas l’intimité qu’il désirait. Sa chambre ne suffisait plus. Il voulait rentrer à Londres, chez lui. Chez eux. Sa maison avait le réconfort d’un musée qui fleurissait de détails ayant accroché les souvenirs. C’était l’endroit où il avait vécu et où sa vie prenait sens, bien plus qu’elle n’en prenait dans sa chambre à l’arrière de la bibliothèque. Il craignait pourtant de lire le livre à l’envers au point d’en négliger le présent et l’avenirs, qu’on lui avait pourtant si chaudement souhaité jadis. Portraits, lettres, récits tombés de bouches qui eurent été véridiques, rien n’avait franchi, jamais, l’étroit éden où avaient vécu ensemble Jane et Octave, pendant des années. Presque rien d’Octave ne datait d’avant Jane. Et il lui était difficile parfois de se sentir bien dans un endroit qui ne lui disait rien, alors qu’à Londres l’attendait une plénitude d’années heureuses dans lesquelles il se baignait comme dans des rayons d’une étoile éteinte, dont il se réchauffait tant qu’il le pouvait encore, avant que les ténèbres n’adviennent. A la défense de sa faiblesse, il se sentait froid et vide, avec nulle envie de se battre pour un avenir creux, lui préférant des deuils bien roses et douillets. Il n’y entendait que des réminiscences sans venin, des glorifications purement descriptives, ancrant les dates dans sa mémoire, les couleurs, les noms des étoffes, des localités et des odeurs. Il revoyait dans leurs maisons à Londres, les gestes de celle qu’il aurait souhaité être sa femme, quand elle entrait dans la salle de bain ou dans la chambre. Il revoyait la chaste confiance d’un corps rosé, nu dans la baignoire, rassuré par l’eau laiteuse qu’une essence d’amande troublait. Puis le corps fragile, amaigri par la maladie, qui s’arquait d’un plaisir furtif et facile dans le lit à chaque brise que l’été lui apportait, emplie du lilas qui poussait dans leur jardin.

Mais lorsqu’il s’était retourné pour rebrousser chemin, avec pour ambition de transplaner à l’extérieur du château, Octave vit que trois inspecteurs encadraient la porte principale et se figea de paresse, que le vide rendait peu volontaire à trouver des subterfuges. Il allait devoir s’expliquer, c’était inévitable ; pas par obligation, mais par principe. Il allait être pris entre des filets qui n’avaient rien de plaisant, ni de volontaire et revêtaient la contrainte de l’obligation. Alors, indolent, Octave fit demi-tour sans volonté, rejoignant sans conviction ce qui lui sembla alors être son petit tombeau de pierres. Une demi-heure plus tard, il gisait dans une eau tiède, odorante, troublée d’un parfum laiteux, et il jouissait du luxe et du bien-être, de l’onctueux savon, des bruits adoucis de la bibliothèque où soufflaient les érudits du week-end. Il immergea sa tête jusqu’à avoir les oreilles dans l’eau et écouta le monde autour, se dissolvant dans l’existence des autres, avec nulle envie de prendre conscience de la sienne.

Se soignant dans des draps chauds pour ne pas perdre la douceur du bain, il s’était allongé de tout son long avec un intégral de John Keats. Parfois, ses doigts feuilletaient pour lire les lignes, mais bien souvent, Octave cherchait un autre trésor, glissé en face de Bright Star : une petite photo de Jane. Ils profitaient alors d’un bain de soleil et il avait pris la photo à contre-jour pour que la longue chevelure ondulée et riche de la belle révèle, aux feux de la gemme solaire, des strates alternées d’acajou et d’ambre foncé, de flammes bigarrées et roux fauve rubigineux, qui se fendaient à la pointe ivoirienne d’une épaule relevée. Dès les premiers jours de leur été fatidique, le lustre, l’odeur de cette crinière cascadant avaient embrasé ses sens et ils continuèrent à agir sur lui impérieusement longtemps. Il se souvenait avec à peine moins de troubles de l’instant où il était tombé amoureux que de ce jour où Jane s’était penchée sur lui et où il avait senti pour la première fois l’auburn chargé d’une odeur solaire. La photographie à la crinière mouvante de mille reflets tomba sur son visage et il ferma les yeux jusqu’à ce qu’on toque à la porte. Il se dépêcha à peine, mettant à rude épreuve les nerfs de l’inquisition, paresseux et sans envie de coopérer. Lorsqu’il ouvrit la porte, grand, les yeux écarquillés par les insomnies, baigné par les entrelacs des draps de coton, Argus le regarda avec une hésitation soudaine :

« Vous êtes malade Monsieur Holbrey ?
- Non. Qu’est-ce qu’il y a Argus ?
- Ce sont les noms. »

La bibliothèque avait créé cette association plutôt incongrue avec les punitions écrites depuis un temps. Surtout depuis qu’Octave avait prouvé sa certaine capacité à l’insensibilité. Les sanctions mineures n’avaient pas l’attrait physique du sadisme et n’attiraient donc pas les Carrow, qui reléguaient cette besogne sur quelqu’un de… aussi peu scrupuleux que moins important. Bref, depuis un temps, c’était sa charge tacite et Rusard lui apportait un petit papier avec des noms et leur faute, l’exécution étant toujours fixée à la même heure ennuyeuse et nocturne : vingt-deux heures. Octave remercia le concierge à demi-mots sans prendre le papier, qu’il regardait une seule fois pour s’en souvenir, et ferma la porte.

Ce soir, il n’y avait qu’un seul nom dans la liste et il lui arracha un vague mouvement de l’âme, ne sachant rire du destin bien fait ou de l’ironie cruelle. Il s’habilla avec la volonté du devoir, ne songeant à rien qu’aux objets directes qui l’entouraient. C’était une journée à cintrer d’un Tom Ford, costume à trois pièces en serge de laine d’un gris requin ; comme toujours du sur-mesure qu’il affectionnait et qui ne lui donnait pas d’espace pour l’imagination du geste. Peut-être transplanerait-il encore cette nuit, après la punition, qui sait ? Par ailleurs, la négligence des derniers jours l’avait épuisé comme lorsqu’on était fatigué d’avoir trop dormi et Octave tenta de retrouver sa rigueur dans le vêtement. Elle au moins le faisait tenir droit.

Le col serré et cravaté, blanc comme un lys, le bibliothécaire s’ennuya un temps encore à son bureau, feuilletant avec une ostentation notable un livre moldu de sa collection, profitant de la salle vide pour n’éveiller aucune curiosité, à part celle du tableau qui le surplombait et le regardait toujours de travers en ces moments-là. Il s’agissait d’un recueil de splendides photographies en couleurs reproduisant des scènes tendres et voluptueuses que les maîtres italiens ne s’interdisaient pas de peindre entre de trop nombreuses Résurrections, au cours d’une trop longue et trop robuste Renaissance. Ca lui rappela qu’il était temps de retourner au musée. Alors que l’heure approchait, il ordonna sans se lever à une table de venir butter en face de la sienne, accompagnée d’une chaise. Deux feuilles de parchemin s’alignèrent, suivies d’une fameuse plume lugubre et vampirique. Les gens finissaient par écrire très lentement à force de greloter et deux recto-verso suffisaient souvent à atténuer leur enthousiasme pour trois bonnes heures. Sans parler de ceux qui tournaient de l’œil à la vue de leur propre sang. On toqua finalement et la porte grinça sans qu’il ne relevât sa tête aux cheveux relevés. Il avait l’attitude des agents de probations qui revoyaient un libéré sous surveillance judiciaire revenir sur le chemin habituel du crime. Et ceux-là se faisaient souvent prendre pour des bêtises banales. Ils n’apprenaient jamais.

« Hello. Je viens pour ma retenue. »

Octave releva le front et l’observa sans parler d’abord de ce visage sans expression qu’avaient les gens semblant ne plus connaître la surprise. Miss Kaveline. Il avait sombré dans un sommeil au lit et il lui semblait recommencer une nouvelle journée, si bien que ce qui les avait retrouvés jadis était tranché et appartenait au définitif avant. De ça, il ne subsistait plus qu’un sentiment confus. D’un geste paresseux et contraint de la main, il pointa sur la table qui lui faisait face, invitant la jeune femme à y prendre place. Il n’avait pas besoin de la calomnier, elle devait très bien saisir d’elle-même l’ironie d’une telle situation, à peine quelques heures après leur conversation sur un sujet semblable. La prudence. Qui prévalait dans un système où la sanction était souvent disproportionnée à la faute, et on souffrait de rien, sans être récompensé pour le beaucoup. Octave cambra sa belle taille et s’accouda à son bureau, les doigts tissant une broderie entre eux. Il ne semblait pas sévère comme aurait dû l’être un fidèle cerbère, ni particulièrement compatissant, simplement concentré sur quelque chose qui devait commencer, puis se terminer sans faute.

« La retenue se terminera quand tu auras fini de remplir les deux parchemins. » signifia-t-il avant de songer un instant au contenu. Lina était là pour un retard. C’était comme faire du patchwork littéral : "Je ne…" suivi par la raison de la punition. Pour le moment, les raisons étaient souvent succinctes et Octave ne s’était jamais retrouvé un élève qui "ne devait plus faire passer un nifleur dans la chambre d’Alecto pour essayer de récupérer ses dents en or". A croire que dès que les phrases devenaient trop longues à écrire au sang, on se contentait d’ouvrir directement les vaines pour ne pas perdre de temps. La plume de sang était pour les petites souffrances et les petites blessures. Regardant longuement sa pointe noire toujours sèche, Octave finit par relever les yeux : « Tu vas écrire "I won’t be late". Tu as déjà entendu parler du principe de cette plume ou faut-il que je te l’explique ? » Il tanqua son regard vert dans les yeux encore plus verts de la jeune femme. Il avait une petite fascination inavouée pour cet objet de magie noire, n’ayant été créé que pour faire mal. Petit bijou de sadisme. Octave soupira finalement et secoua soudain de la tête, unique témoignage de sa vague exaspération quant à cette punition stupide. « Ou bien tu veux peut-être écrire un rappel plus global comme "Je serai plus prudente et moins irréfléchie à l’avenir" ? »

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POUFSOUFFLE7ème annéePréfète
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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Lun 5 Fév 2018 - 13:56

Une phrase courte, simple et efficace. C'était en général le principe. La sorcière s'avança sans broncher et s'installa sur sa chaise en bois. Elle posa sa pomme sur le coin de son bureau. La plume et les parchemins l'attendaient déjà. Lina se doutait bien qu'il s'agirait de quelque chose de ce genre, du coup, elle n'avait même pas jugé utile de prendre ses affaires pour écrire. Avec un pincement au cœur, elle se dit qu'elle avait eu raison. Quand Octave lui demanda si elle connaissait le principe, elle hocha de la tête en silence. La jeune femme ne l'avait jamais expérimenté personnellement, en revanche elle en avait beaucoup entendu parler. Elle avait également vu des élèves en pâtir et quelques semaines plus tard, elle avait constaté les cicatrices sur le dos de leur main. Elle regarda sa propre main : il y avait peu de chances qu'elle garde une cicatrice. La séance n'allait durer que quelques heures et d'après ce qu'elle avait compris, ce n'était pas suffisant.

« Ou bien tu veux peut-être écrire un rappel plus global comme « Je serai plus prudente et moins irréfléchie à l’avenir » ? »

En dépit de la situation, les épaules de la sorcière se secouèrent d'un petit rire. Elle s'était attendue à quelque chose dans ce genre. Octave s'assurait que le clou était correctement enfoncé dans la planche. C'était de bonne guerre, et la sorcière se dit qu'elle ne l'avait pas volé. Un tout petit sourire fit irruption sur le coin de ses lèvres. Elle leva son bras droit et montra le dos de sa main à Octave.

« J'aimerais bien, mais ça ne rentrera pas ».

Et puis la discussion qu'ils avaient eu avait sûrement été plus efficace pour toutes les plumes vampiriques du monde. Elle considéra l'objet maudit un court moment avant de le saisir de sa main gauche. Pendant un dixième de seconde, elle eut le réflexe de chercher l'encrier, avant de se rappeler que ce soir, ce serait le flux de ses veines. Lina posa la pointe de la plume et traça la première phrase qu'elle acheva d'un point. Elle se pencha en avant, littéralement fasciné par son propre sang, bien rouge et brillant. Le dos de sa main droite avait à peine souffert, ce qui l'étonna. Le contour des mots, rose, s'effaçait déjà. Elle haussa un sourcil, étonnée. Elle recommença. Cette fois, elle eut l'impression que la ligne grattait sa peau. Ce n'était pas encore douloureux. Seulement désagréable. Il lui fallut écrire cinq lignes de plus pour que sa peau blanche se déchire et que de petites gouttes de sang apparaissent. Avec son petit doigt gauche, elle caressa la fine plaie qui venait de naître. Elle fronça les sourcils et pinça les lèvres. C'était comme si elle s'était coupée avec du papier. Étrange. Elle jeta un drôle de regard à Octave : elle était anxieuse à l'idée de continuer, elle savait que ça s'aggraverait mais en même temps elle était tout à fait curieuse de la magie à l’œuvre. C'est qu'elle avait toujours été passionnée par toutes les formes que la sorcellerie pouvaient prendre : que ce soit un enchantement classique, ou les marabouts d'Afrique, capable de pratiquer leur art sans baguette, les malédictions, ou ce qu'on appelait la Vieille Magie.
Pourtant, elle reprit sa plume, en manquant clairement de conviction et continua son labeur, avec une constance à toute épreuve, jusqu'à ce que son sang mouille la manche de sa robe de sorcier et que l'odeur lui fasse plisser le nez. Alors, encore une fois elle s'accorda une micro pause. Sa main droite tremblait légèrement. Elle tenta de plier et de détendre ses doigts, mais l'exercice s'avéra franchement difficile et elle ne parvint pas à retenir un petit gémissement de douleur. À défaut d'autre chose, elle utilisa sa manche gauche pour éponger le sang qui avait souillé la table. La douleur lui avait coupé la faim qui l'avait tenaillée plus tôt et elle regarda sa pomme d'un air dégoûté, comme si le fruit avait pu être responsable du mal causé à ce jour. Lina essuya en tapotant doucement le liquide rouge sur sa main. Les mots « I won't be late » était désormais bien ancrés dans sa chair. La plaie était plus épaisse, bien que jolie, mais uniquement parce que la sorcière avait une belle écriture.
Elle reprit l'objet macabre et continua ses lignes. Elle essaya de penser à autre qu'à la douleur piquante de sa main. Lina entreprit alors un voyage immobile, à l'intérieur d'elle – même. D'abord elle se rendit chez elle, revisita toutes les pièces de la maison, y compris la chambre de sa sœur. Elle déambula dans le village de Loutry Sainte Chaspoule, puis elle se rendit à Londres. Elle s'arrêta à Covent Garden, dans son restaurant de tourtes préféré. La sorcière ferma les yeux et grimaça. La jeune femme se força à imaginer les rues blindées de gens. Tout sauf Poudlard, sa bibliothèque, sa chaise, son bureau, sa punition. Lina inspira bruyamment et continua son travail, jusqu'à arriver en bas du parchemin, côté recto.

« Pause »

À bout de souffle... Elle se fichait de savoir que d'autres avaient tenu plus longtemps qu'elle, ou pas d'ailleurs. Elle n'en pouvait tout simplement plu. Sa main droite irradiait de douleur. La sorcière n'osait même plus la bouger. Elle s'appuya contre le dossier de sa chaise et laissa sa tête basculer en arrière, quelques secondes, le temps de se reprendre, de s'empêcher de pleurer. Comme d'habitude, elle inspira, expira et compta à chaque fois. Puis, quand il lui sembla que les choses redevenaient supportables, elle se redressa et avisa l'homme assit en face d'elle. Lina lui trouva un air presque malheureux, et quelque chose de l'ordre de la résignation. Il n'appréciait sans doute pas le principe abjecte de la punition, mais encore une fois, il restait cohérent et jouait le jeu, qu'elle même s'obstinait à remettre en question.

« Qu'est – ce que c'est ? »

Elle se racla la gorge, sa voix était devenue bien rauque. Du doigt, elle pointa un livre qu'elle devina être issu de la culture moldue, puisque rien ne bougeait sur la couverture. Un petit sourire torturé vint danser sur son visage. Il n'avait peur de rien, Octave, pour lire tranquillement un livre comme ça, même après le grand ménage qu'ils avaient fait dans la Bibliothèque. En même temps, ce n'était pas si surprenant, c'était un homme aux livres, un électron libre... Et le contenu lui était sans doute plus précieux que l'origine.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Mer 7 Fév 2018 - 19:15

« J'aimerais bien, mais ça ne rentrera pas. »

Octave haussa lentement un sourcil circonspect à l’égard du petit rire entendu et de la main démonstrativement levée. Il y avait toujours un moyen pour faire rentrer le bâton rond de l’imagination dans le trou carré de la réalité. Avec peu de ménagement, il aurait suggéré à la jeune femme de caser sa longue phrase sur une seule ligne en serrant bien les lettres, quitte à avoir une purée de peau et de chair sur le dos de la main à force d’écrire au même endroit. Au pire, ils pouvaient toujours essayer de rédiger en spirale pour minimiser l’espace, façon Oulipo et leur écriture à contraintes. Il se surprit à vouloir être cruel en ressassant les possibilités multiples pour inscrire la bible entière sur le bras de la malheureuse. A la réflexion, il discernait mal les points précis où le temps par touches imperceptibles, avait marqué son visage de la majesté du déclin, et son esprit de la fatigue indolente. Il ne pouvait être question, dans la pensée d’Octave, d’un déclin qu’il eût en vain cherché sur ses traits. Il butait simplement contre un Octave de trente ans, ne le reconnaissant pas tout à fait, et se demandant parfois « Qu’est-ce que j’ai ? » comme s’il se fût senti un peu malade. Ses yeux longèrent néanmoins la pâleur diaphane de la petite main gracile et il déclara sans ciller :

« Ca rentrera si ça remonte jusqu’au coude. »

Il la regarda un instant de trop, fixement, confirmant par l’immobilité de son visage lâche et à présent inexpressif que la plaisanterie ne passait pas. Ce n’était pas de la mauvaise foi pourtant, simplement il était trop tôt pour cela. Il n’avait jamais gardé quelqu’un qu’il connaissait bien lors de ces punitions nocturnes et si les visages lui étaient connus, aucun ne s’aventurait à l’apostropher d’une quelconque manière que ce soit. En ces moments, la bibliothèque était traitée en église, dont il fallait respecter la sacralité. Il n’y avait cependant aucune religiosité à observer en silence ici : toute la réserve allait à l’intimité. La souffrance était bien souvent un spectacle dont certains puisaient une catharsis et appréciaient la décrépitude à mesure qu’elle se faisait, jaugeant d’un esprit plaisant les faiblesses d’autrui, qui s’ouvraient sous la torture. Et plus l’avilissement se faisait, plus ils le regardaient avec avidité pour faire perdre au supplicié ses dernières bribes de fierté. Il avait souvenir que de ses punitions enfantines, ce qu’il avait détesté le plus fut le regardant instant de sa mère lorsqu’on le corrigeait, puis celui du bourreau, qui cherchait toujours le point de rupture qu’il se refusait à donner. Alors, lorsque les élèves s’installaient en face de son bureau pour écrire, Octave baissait les yeux et les laissait seuls avec leur honte. Il savait que s’il se risquait à les observer, il allait en plus leur retirer la dignité de souffrir sans témoin. Il se plongeait consciencieusement et à chaque fois dans les pages d’un livre, s’abstrayant naturellement de tout jusqu’au sanglot de trop, qui l’obligeait à se lever pour porter un réconfort attentif et souvent sans paroles.

Lina ne fit pas exception. Octave l’observa à la dérobée un moment, constatant sa curiosité envers l’objet cruel, qu’elle aborda avec parcimonie, comme avec tout ce qu’on ne connait pas bien. Ils avaient quasiment tous la même réaction au début : la singularité de la plume les intriguait suffisamment pour leur faire oublier son propos premier et ils expérimentaient un temps ; dès qu’ils se rendaient compte que les gestes n’étaient pas les mêmes que d’habitude. Mais à la première douleur accrue, la recherche cessait et l’aspect parfaitement barbare de la plume faisait surface pour effacer toute trace de curiosité. Dès que Lina sembla trouver son rythme, le bibliothécaire revint à son lourd pavé, ouvrant ses larges pans pour contempler quelque Dieu substituant une trop jeune naïade. La notation de Lina n’était pas régulière au début et s’arrêtait sans cesse, jusqu’à trouver la cadence propre à ce qu’on voulait finir aussi vite que possible. Pourtant, il s’agissait d’un marathon dont l’endurance était maîtresse. Lorsque le premier sanglot advint, il se détendit sensiblement. Il y avait quelque chose d’inquiétant chez les gens qui souffraient entièrement en silence et Octave relevait souvent la tête à leur égard, dans l’espoir de ne pas les voir juste évanouis.

« Pause. »

C’était la trêve qui refermait les visages et les coeur. Octave releva alors le front vers le même spectacle que d’habitude. Des yeux défaits, quémandant la tranquillité, des mèches de cheveux collées à un front trempé et rouge, irradiant d’un effort nerveux. A force de se creuser, la main blessée s’immobilisait souvent sur la table, suintant étrangement le sang comme une pierre humide, à petite perles rondes et uniques qui se frayaient un chemin à travers une blessure trop étroite. Les saignements étaient toujours bien plus impressionnants que ne l’exigeaient les dimensions de la coupure. Octave longea de son regard le cou étroit et déployé dans la fatigue, cherchant à savoir si une quelconque limite venait d’être atteinte. Mais Lina se redressa et lui rendit son regard, inspirant au bibliothécaire une mélancolie presque tendre.

« Qu'est – ce que c'est ? »

Octave baissa les yeux sur sa page et eut une sorte de soupir, n’étant pas certaine de vouloir être la distraction principale. Finalement, il retourna le grand livre où se tenait une photographie, occupant quasiment toute la page, accompagnée d’une petite légende et la présenta à la jeune femme. Sur fond noir étaient représentés deux personnages sculptés dans le marbre : un homme robuste de corps, la barbe et les cheveux abondants, avec une couronne rugueuse sur la tête, retenant de force une jeune femme aux cheveux longs et au visage déformé par la peur. Elle semblait se débattre et criait, mais demeurait toute en courbe et voluptuosité sensuelle, tandis que l’homme creusait de ses mains larges et brutales la cuisse et le dos de celle qu’il retenait captive. De la sculpture émanait le mouvement, le grandiose, la courbe sensuelle ; tout était tourné vers la séduction des sens et de l’harmonie.

« Le Rapt de Prosperine, par Giano Lorenzo Bernini. Style baroque. Prosperine est la déesse des saisons, fille de Cérès, déesse des moissons. Frappé par l’une des flèches de Cupidon, Hadès en serait tombé follement amoureux et l’aurait enlevée pour l’emmener avec lui dans le royaume des morts. Inquiète, Cérès part à la recherche de sa fille et néglige sa tâche sur terre, qui est de nourrir les hommes. Jupiter décide d’intervenir et divise l’année en deux. Pendant six mois, Prosperine doit rester aux côtés de son époux, Hadès, dans le royaume des morts, puis rejoindre sa mère le reste de l’année, ce qui crée alors le cycle des saisons. » Octave garda le livre ouvert encore un instant, laissant le loisir à la jeune fille de se distraire et d’observer l’œuvre présentée, puis commenta : « C’est un livre sur la renaissance italienne et son héritage proche. » Il savait pourquoi elle lui souriait de la sorte, se moquant presque de lui et accueillit l’insinuation stoïquement, d’un naturel sans égale. En ramenant finalement l’épais ouvrage à soi, il soupira longuement et lâcha un regret presque personnel : « Dire que Bernini n’avait que vingt-quatre ans lorsqu’il a terminé cette sculpture. »

Il savait d’instinct que Lina ne parlerait pas, n’évoquerait même pas ce livre ou son propriétaire devant ceux qui risquaient de le prendre pour un affront. Néanmoins, ce qui construisait toute l’ironie fâcheuse de cet instant absurde était bien la capacité du bibliothécaire à soigneusement se cacher en s’altérant à l’infini. C’était tout l’intérêt d’être agréable à tout le monde sans jamais se faire prendre au sérieux par bouffonnerie soulignée. Octave était comme ces gens éternellement joyeux qu’on ne croyait pas capables de tristesse tant ce trait ne semblait pas leur convenir. Cette dépréciation tranquille lui prêtait des privilèges non négligents et la possibilité d’échapper aux conséquences. Mais le véritable équilibre venait lorsqu’on évitait de se croire plus intelligent que ceux qu’on essayait de tromper. Octave referma posément son livre et le poussa sur le côté, soudain curieux d’autre chose.

« Tu peux me la donner ? »

Quémanda-t-il par politesse en désignant la plume ensanglantée. Lorsque la jeune femme s’en fut exécutée, il tira un morceau de parchemin et, mettant sa main gauche à plat devant soi, traça sans hésitations une longue ligne sur toute la longueur de la feuille. Il sentit l’entaille, aussi brutale que son geste, griffer le milieu de son avant-bras et descendre le long de son poignet pour révéler, depuis la manche avancée de sa chemise, sa fissure rosée. La ligne marqua son chemin jusqu’à la jointure de ses doigts et parce que le coup fut furieux, la trace resta suffisamment longtemps pour qu’il ait le temps de déboutonner la manche qui couvrait son bras. Il la retroussa vivement, découvrant par la même occasion les petites traces blanches du passé, que la nouvelle blessure superposait de son rouge enflé. La douleur était semblable à la colère d’un chat, mais s’estompa rapidement. Pour confirmer l’exercice, Octave écrivit de lettres larges et déliées sur une seule ligne « I won’t be late ». La phrase vint se superposer sur le dos de sa main à la blessure déjà existante, se barrant soi-même. Le bibliothécaire considéra la chose avec un intérêt froid de scientifique capable de s’empoisonner pour prouver une théorie. Ayant souvent été brutalisé durant son éducation, sa curiosité était maintenant insensible aux corrections physiques et il ne se rendit que peu compte de la portée potentielle de son geste, si outrageusement désintéressé qu’il pouvait blesser la sensibilité de ceux qui avaient moins subi en vertu de l’instruction. Lorsqu’il en prit conscience, Octave cligna des yeux à plusieurs reprises et rendit la plume à sa propriétaire avant de jeter le parchemin marqué de son sang dans la corbeille, qu’il enflamma d’un coup de baguette magique. Habitude discutable prise à force de détruire les moindres traces que son corps laissait, au cas où. Un « Pardon » lui glissa des lèvres dans un murmure timide, tandis qu’il regardait son avant-bras encore dénudé et vaguement gonflé par la blessure superficielle. Il s’avachit légèrement contre son dossier pour prendre physiquement du recul, mais soudain absent, le regard confus et les sourcils froncés, il demanda :

« Est-ce qu’on s’est déjà vus dans un hôtel ou un restaurant ? J’ai l’impression. »


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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Jeu 8 Fév 2018 - 16:29

Une pointe de culpabilité la piqua quand elle l'entendit soupirer. Elle eut encore l'impression de tout faire de travers. Pourtant, il daigna lui montrer l'ouvrage qu'il tenait entre ses mains. Lina cligna des yeux, intriguée par cette jeune femme qui s'échappait avec grâce de l'étreinte de l'homme. Elle admira l'immobilité de la statue. Les moldus avaient raison de ne pas toujours s’enquérir du mouvement. D'ailleurs, ils n'en avaient pas besoin. La sorcière pouvait deviner les respirations agitées des deux protagonistes. Elle voyait l'énergie de désespoir s'abattre sur l'un comme sur l'autre : lui pour la retenir, elle pour s'enfuir.  

« Persephone... »

Elle avait murmuré ça, plus pour elle – même que pour lui, tout en l'écoutant choisir avec soin les mots pour lui présenter l'histoire. Proserpine, ou encore Persephone. Lina sourit en pensant à sa chouette qu'elle avait nommée ainsi. Oui, elle connaissait bien cette histoire, en partie à cause de son deuxième prénom, Hecate. La déesse des carrefours, la grande magicienne incarnant la Lune Noire, à savoir la mort. La jeune femme c'était souvent demandé ce qui avait pris à ses parents de lui donner ce nom là. À ses questions, elle n'avaient obtenue que des sourires silencieux. En tout cas, il s'avérait qu'Hecate était proche des Maîtres de l'Enfer.

« Hecate assiste à l'enlèvement de Proserpine. Elle serait aussi la protégée d'Hadès ».

Les yeux légèrement plissés, elle ne quitta pas l'image des yeux, jusqu'à ce qu'Octave reprenne l'ouvrage en soupirant, encore. Il ajouta un commentaire sur l'âge de l'artiste qui fit émerger un sourire sincère, mais plein de fatigue à la sorcière. Les gens dotés d'un don étaient souvent agaçants, dans leur façon de nous rappeler, bien malgré eux, à quel point leur talent nous surpasse tous. Elle – même aurait sans doute pu faire partie de cette élite, après tout c'était une sorcière doublée d'une voyante. Mais voilà, les dons octroyés par Mère Nature impliquait un travail différent. Maîtriser son Troisième Œil, c'était comme chercher à contrôler un feu de forêt. Un rideau de cils dégringola sur ses yeux quand elle baissa son regard.

« Tu peux me la donner ? »

Sa demande fit effraction dans l'esprit de Lina. Surprise, elle haussa les sourcils. Octave parlait de la plume, bien sûr. Manifestement, le sorcier éprouvait lui aussi un intérêt (malsain ? ) pour cet objet de torture. La préfète prit la plume entre son pouce et son index, jugeant qu'après tout, il savait ce qu'il faisait, même si elle n'était pas certaine d'apprécier ce qui allait suivre.
Elle regretta immédiatement son geste quand elle le vit tracer avec force une ligne droite qui  s'imprima immédiatement sur tout son avant bras. Lina, sous le coup de la surprise laissa s'échapper trop d'air de sa bouche, comme dans un soupir inversé. Elle toisa la marque rouge, repéra de vieilles traces blanches, d'anciennes cicatrices, vestige d'un passé douloureux, qu'elle constata avec un air étrange. De la peine, peut – être, mais sans pitié, aucune. Sans rien dire, elle le regarda écrire les mots qu'il lui avait lui même ordonné de noter, et malgré elle, les rouages de son esprit se mirent en route. En fait, elle s'était dit qu'il serait nécessaire de changer le porte plume pour chaque nouveau supplicié, mais apparemment, non. Octave avait écrit et c'était son sang à lui avait coulé, non pas le sien. L'enchantement était puissant et capable de s'adapter à sa proie, tout en laissant sa marque sur le corps de la victime. Elle inclina la tête. C'était un peu plus que du simple vampirisme.
Octave lui rendit finalement l'objet malveillant, avec un air presque penaud. Lina hocha la tête de gauche à droite, pour lui signifier qu'il n'avait pas besoin de s'excuser. Finalement, ce qui l'avait surprise c'était la façon dont il avait jugé utile de se débarrasser du parchemin. L'homme aux livres ne laissait aucune chance au hasard, il n'y aurait pas de preuve de son acte. D'un air absent, elle avait contemplé les flammes se nourrir du papier avant de disparaître.

« Est-ce qu’on s’est déjà vus dans un hôtel ou un restaurant ? J’ai l’impression.
- Hein ? »

Elle s'arrêta un court instant, croyant qu'il plaisantait, mais il semblait bien sérieux. En fait, avec son air absent, il avait presque l'air de chercher un souvenir. Elle le dévisagea, perplexe. Où aurait – elle bien pu le croiser ? Elle était presque sûre qu'il était impossible qu'ils se soient croisés à Loutry Ste Chaspoule. Elle connaissait chaque habitant de ce village, et de toute façon elle n'y était jamais descendue pour aller au restaurant ou à l'hôtel.
Londres alors ? Elle fixa son regard sur la main malmenée d'Octave. L'hôtel était exclu. Mais le restaurant en revanche... La sorcière adorait la capitale, elle aimait se perdre dans les rues bondées de la ville. Et elle avait mangé dans des tas de restaurants. Elle se frotta le bout du nez. Lina avait ses habitudes dans un restaurant de tourtes à Covent Garden. Dans un autre de China Town, également. Elle avait goûté tous les plats de la carte, seule, ou accompagnée de ses parents. La sorcière se représenta une scène. Elle était installée dans une salle, avec son père et sa mère, entrain de faire l'idiote, ou de plaisanter pour les faire rire, remarquant à peine l'homme assis quelques tables plus loin. Était – il possible que cela se soit produit ? Étrangement, son cœur se mit à battre plus fort.

« Eh bien... Il y le restaurant à Covent Garden. Celui au rez – de – chaussée, qui ne fait que des tourtes. Il y a Chinatown aussi. La sorcière fit une pause et quelque chose s'alluma dans son regard, elle avait passé tellement de temps dans ces endroits... Une bonne partie de ses étés, en fait... Avec sa main gauche, elle pianota sur la table. Il y avait un autre endroit... Plusieurs fois j'ai été retrouver mon père à la sortie d'un... restaurant – pub ? Elle douta de l'appellation à donner à cet endroit. Le terme de club aurait pu convenir aussi... Il l'aime bien parce qu'ils ont une bonne carte pour les whiskys et qu'il y a des concerts de blues. Ou de jazz. Ou les deux. Elle ne se souvenait plus du nom de l'endroit. En fait elle n'était même pas sûre de l'avoir connu un jour, elle se contentai de se rendre à l'adresse indiquée et d'attendre dehors. Vers Cabot Square. Quelque chose Canary Wharf... Tu situes ? »

Une fois, au début de l'été dernier peut – être, elle était rentré à cause de la pluie. C'était le début de soirée et  l'endroit était plein à craquer. Elle avait passé la journée à Londres, et son père lui avait demandé de le retrouver dans ce bar restaurant pour qu'ils rentrent ensemble. La jeune femme s'était sentie comme une étrangère. Dans ce décor tout de bois et de rouge, elle faisait tache. Elle trouvait les plats trop chers pour ce qu'ils étaient, et comme elle n'appréciait pas spécialement le whisky... Et surtout, elle était trop jeune. Mais enfin, son père, lui avait quand même offert un hamburger : de quoi lui faire passer une bonne soirée.
Était – il possible qu'elle ait croisé Octave à ce moment ? Ou ailleurs, dans le métro pour aller à Camden, Notting Hill, Picadilly, Hyde Park ? Ou bien sur James Street ? Une lueur d'espoir scintilla à l'intérieur d'elle. Cette idée lui plaisait beaucoup trop.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Sam 10 Fév 2018 - 1:34

Dire que maintenant, il y avait de quoi faire tomber des points pour ce genre de connaissances moldues ! Cela aurait été d’une mauvaise foi odieuse, mais envers et contre tout Octave y percevait quand même une occasion supplémentaire pour narguer tous ceux qui ne savaient pas se cacher. Il y avait là une occasion pour qui voulait coincer monsieur le Juge, osant donner des noms étranges à ses enfants et mettant à l’honneur quelques entités dénuées de magie, sans honneur ni gloire. Les gens ne s’en rendaient que peu compte, mais il n’y avait pas besoin de poudre pour donner de grandes flammes, il suffisait de savoir souffler sur les braises. Le piège de ces gens sans vérité ni logique, était leur acceptation éventuellement de n’importe quelle accusation facile. Et tout devenait soudain répréhensible, à condition de bien argumenter. Savoir relégué au rang d’habitude naturelle, voir même innée, chez le bibliothécaire, qui labourait chaque mot et chaque usage pour en trouver l’exploitable faiblesse. Cependant, avec Kaveline, pas la peine d’insister, elle lui avait offert sur un plateau son don dès la première rencontre. Il se rendit compte par ailleurs que l’offrande ne fut suivie de rien, comme si elle ne souhaitait aucune contrepartie pour le pouvoir donné. N’ayant pas l’usage de ces oblations désintéressées, dont il ne se trouvait en rien méritant, Octave imputa l’aveu jadis prononcé sur le compte de la douce naïveté, qu’elle continuait à lui manifester comme s’il était digne d’une confiance jamais prouvée. On aurait dit la franchise désespérée de ceux qui ne parlaient jamais.

Octave tâta du bout des doigts la ligne couleur corail, dont le rougeoiement se concentrait maintenant à l’entaille. Il aurait pensé qu’un objet magique d’une telle envergure creuserait des blessures plus tenaces, à la cicatrisation difficile, mais la plaie ne brûlait plus et il n’en sentait rien, à par le léger vallonnement qui ronflait sous ses doigts la peau sensible. Il aurait, pour sa part, poussé le vice jusqu’à la garde : un anticoagulant à la pointe, ou des germes pour entrainer une légère nécrose. La plume, de par son aspect inoffensif, et parce qu’elle faisait mal sans vous toucher, facilitait finalement la tâche. Imaginez à quel point il aurait été plus ardu s’il aurait fallu creuser les cicatrices soi-même, au couteau ou à l’aiguille ? Le matériau des sensibles, afin qu’ils se châtient eux-mêmes sans avoir la sensation jusqu’au bout de s’estropier. Un objet de femme, en un sens. Elégant d’apparence et même d’utilisation, généralisant le principe de l’automutilation jusqu’aux cœurs les plus médiocres. Guillotine de l’aveugle, torture du fragile, expliquant à moitié pourquoi Octave n’avait ressenti aucun remord ni hésitation à se fendre la peau d’un coup si franc. L’esprit hésitait à faire le lien entre la blessure et l’outil, que rien n’associait à part le mouvement, et la douleur venait comme de nulle part. A cette réflexion, la plume perdit soudain de son intérêt à mesure que son efficacité cruelle se perdait derrière la facilité du lâche. Il était certainement plus efficace de planter ses deux paumes sur des clous, plutôt que cet inutile et long et laborieux gribouillage tremblotant détrempé dans la négation et l’inconscience. Quelle perte de temps ! Quitte à punir pour un retard, autant priver de sommeil devant une horloge, histoire de redonner une bonne et tangible notion du temps qui passe.

Octave releva ses yeux volages vers Lina, qui semblait attendre des explications, mais il n’en avait pas davantage à lui fournir. A dire vrai c’était une lubie étrange qui le hantait par moments ; l’absence de quelque chose qu’il ne cernait pas, comme si ce qu’il cherchait se trouvait éternellement dans son dos, où qu’il ne songe à regarder. Il attendait le petit choc, ou sursaut familier d’éveil, qui lui révèlerait enfin ce que sa conscience lui supprimait. La mémoire semblait être à blâmer, ce qui était en soi quasiment impossible, mais la sensation de brouillard le faisait douter, comme s’il avait vécu des instants perdus à travers l’alcool. Des cuites à ne plus se souvenir de rien, ce n’était pas compliqué ! Cependant, l’absence, aussi rare qu’incommode, n’éveillait pas en lui le soupçon. Il se sentait davantage ennuyé et vaguement exaspéré de ne pas avoir fait suffisamment attention lorsqu’il l’aurait fallu pour retenir convenablement cette bribe. Mais au vu de l’expression incertaine que Kaveline lui offrit, même avant qu’elle ne lui réponde, Octave comprit qu’ils ne partageaient pas davantage de souvenirs que ce qu’il pouvait se remémorer. Dans une tentative de faire le lien, elle allongea son regard absent sur sa main, qu’il garda immobile dans le défi de la voir détourner des yeux honteux. Mais au lieu de cela, elle sembla de son côté découvrir ce qui éventuellement lui manquait.

« Eh bien... Il y le restaurant à Covent Garden. Celui au rez – de – chaussée, qui ne fait que des tourtes. Il y a Chinatown aussi... »

Avant qu’elle n’eût terminé son voyage, qu’elle lisait dans le vide comme on lirait un livre, Octave ne retint son attention qu’à moitié, car ce n’était pas des endroits qui lui parlaient. Son visage se détourna ailleurs, tandis qu’elle se perdait à décrire quelconques aventures familiales, dont le souvenir la rassurait peut-être. Il tenta une dernière fois d’associer, à l’image qui lui restait du restaurant, le visage de Lina, mais conclut vite que les cheveux noirs se fondaient bien mal dans le décor lumineux de ses souvenirs. Puis, allaient peu à Lina les joues ravinées du général Courbat et ses aplombs d’antique cheval de fiacre. Son oreille enregistra néanmoins que papa Juge aimait le bon whisky et le jazz, ce qui n’était pas un mélange aussi incongru qu’on aurait pu le croire. A demi satisfait, Octave écarta ce trouble-là de son esprit, imputant à sa belle Elena des larmes de colère et la frustration de l’amour jamais voulu. Il aurait pu avoir pitié, après tout, de cette charmante créature qui n’éveillait en lui que la tranquillité sans passion ni désir.

« Vers Cabot Square. Quelque chose Canary Wharf... Tu situes ? »

Octave secoua négligemment de la tête, ne sortant point de son mutisme et revenant à son immobilité. Quand bien même eut-il connu ces endroits, ce n’était pas la remembrance qu’il cherchait et il se conforta paresseusement dans la conviction d’avoir satisfait un désir sans réceptacle en la personne de la gracile Elena. Ce soir-là, il avait jalousement baisé des lèvres et aimé l’amour, plutôt qu’une femme ou une amante. Il savait s’être noyé et avoir perdu pied, mais ce n’était pas la première fois qu’il aurait aussi lâchement succombé aux affres de la passion capricieuse, oubliant le lendemain sa soif, sitôt qu’elle fut étanchée. La conclusion le contenta docilement, tandis qu’il ne rechignait pas se dissoudre encore une fois dans des caresses qui ne voulaient rien dire que la tendresse. Lorsqu’il releva ses yeux où couvait en couleuvre l’avidité charnelle, il rencontra un regard non moins lumineux, mais dont l’exaltation se différentiait par la nature. Il eut un sourire en coin sans pitié à l’égard de cette candide illumination, alors que le sang tâchait en son amont la table.

« Profite de cette ardeur en mettant du cœur à l’ouvrage, ça te donnera la passion pour écrire plus vite. » Dit-il d’un ton joliment taquin en regardant le parchemin rougeoyant en face de l’étudiante, avec à l’idée une tourmente bien peu agréable. Ses yeux revinrent à sa blessure récente, qu’il jaugea d’un coup d’œil expert et de doigts agiles pour en constater l’avancée. La plaie ne saignait en rien et restait tranquille. « Laisse, j’ai souvenir de quelque chose qui ne te convient en rien de toute façon. » Octave noua ses mains l’une à l’autre, et la volupté passée qui flottait en son esprit comme un songe craqua dans ses phalanges. Il se détendit un peu sans s’avachir, conquis par l’égoïsme d’une nuit à l’hôtel qu’il savait emplie de félicité, bien que mouillée d’un brouillard. « Finie la pause. Maintenant ou plus tard, ça coulera et fera souffrir de toute façon. »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Sam 10 Fév 2018 - 22:32

Sans même lui adresser la parole, il lui avait fait comprendre que non. Ainsi, ils ne s'étaient sans doute jamais croisés dans les rues grises de Londres. Cette révélation lui fit inexplicablement l'effet d'un ballon crevé, qui avait explosé en plein vol. Et son indifférence à lui, aussi. Elle aurait tout simplement adoré que le destin lui joue un coup pareil. Mais pendant quelques secondes, elle ne fut que la victime d'un fantasme hors d'atteinte. Son regard traîna avec une langueur rêveuse sur la main d'Octave qu'elle avait prit comme point d'appui, il remonta le cours de son bras, son épaule, son visage, stoïque. Quoi qu'un petit quelque chose alluma son regard.

Son ardeur hein... ? Elle déplora l'humour, mais apprécia le ton nouveau qu'il employa à son adresse. Elle eut donc du mal à retenir le frémissement sur le coin de ses lèvres rouges. Il s'assura de l'avancée, ou de la non avancée de sa plaie et elle dévisagea, sans se cacher, avisant avec ses yeux d'Argus, le regard étrange qui s'était marié avec « ce qui lui convenait en rien de toute façon ». Lina garda sous le coude ce qui venait de dire, baissa les yeux sur son parchemin rempli de sang et murmura, un brin sèchement, un vague « Je le sais bien » quand il s’épancha sur le fait que retarder l'échéance ne servirait à rien.

Sans trembler, mais avec crainte, elle reprit la fine plume noire. La sorcière serra les dents quand sa chair se creusa à nouveau des mots choisis par Octave. La plaie saigna plus vite que pour la première fois, ce qui n'avait rien d'étonnant, la peau n'avait pas achevé son travail de cicatrisation, il était donc d'autant plus facile de la déchirer encore. Lina n'aurait su dire si elle écrivait avec plus d'ardeur, mais son rythme restait régulier, malgré sa nuque qui se raidissait de rester penchée sur le papier. Elle s'appliqua à tracer ses lettres : son I généreusement courbé, qui se recoquillait sur lui même, comme un escargot. Le w, tout en rondeur, la barre de son t, légèrement bancale qui pointait vers le haut, le b au ventre aussi arrondit que celui d'une femme enceinte, la queue de son a, qui descendait un peu trop bas et enfin le point final, tout à fait fatal. Son regard était hypnotisé par son sang qui brillait sous la lumière chaude de la bibliothèque. À certains moments, sa main droite tressaillait un peu et sa respiration se faisait plus saccadée. Elle fut aussi fascinée par le bruit de la plume qui grattait à la fois le parchemin et sa peau blanche. Il lui sembla que le bruit, qui prenait naissance sur sa table, s'éclatait avec joie contre les murs de la bibliothèque, mettant un terme au silence parfois oppressant de ce lieu.

La sorcière se demanda vaguement de quoi elle avait l'air, installée ici, devant Octave, le front baissé, la main rougie. Elle n'aimait pas l'idée qu'il puisse la voir dans cet état. Elle se sentait faible, fragile, alors qu'elle aurait voulu être forte et farouche. Elle se crispa un peu plus, et remarqua que les muscles de son dos lui faisaient mal. Elle fit rouler ses épaules, tenta de se détendre, mais c'était impossible. Lina prit alors conscience qu'elle était constamment sur le qui – vive, avec tous ses muscles parfaitement tendus, prêt à entrer en action pour courir, ou saisir sa baguette magique, ou encore pour se jeter devant le petit corps frêle d'Andrée pour lui éviter un doloris. Lina tendit ses jambes en avant dans une ultime tentative pour détendre ses cuisses, ses mollets... Mais ses genoux craquèrent, et elle cogna le bureau d'Octave avec ses pieds.

« Excuse – moi, excuse – moi... »

Petite ritournelle vint au monde à travers sa voix nouvellement enrouée. Vaccinée de son état de bougeotte, la sorcière se concentra à nouveau sur son parchemin, plutôt que sur le corps avec lequel elle vivait tant bien que mal. Enfin, après de longues, très longues minutes – mais elle avait perdue la notion du temps – elle termina le verso de son parchemin. Si elle soupira de soulagement, la jeune voyante refusa pourtant de s'arrêter. La préfète avait la sensation qu'elle avait acquit un certain rythme et qu'il lui serait impossible de reprendre l'écriture si jamais elle s'arrêtait maintenant. Ses yeux humides suivaient inlassablement le parcours sanglant de sa main gauche. Ses larmes refusaient de couler et restaient fermement accrochées à ses yeux d'émeraude, en partie retenues par la barrière de ses cils entremêlés. De temps en temps, un faible gémissement, ou un soupir douloureux venait ponctuer ses phrases. Pourtant, il fallait bien cesser le jeu à un moment ou à un autre, ne serait – ce que pour éponger le liquide tiède qui la chatouillait quand une goutte s'échappait pour dégouliner le long de sa main et s'écraser sur la table en bois. Lina racla sa gorge et releva la tête. Ce bref mouvement permis à une larme intrépide de dévaler sa joue. La sorcière l'essuya rapidement, attrapa sa manche et tamponna tout doucement la plaie sanguinolente en fronçant ses sourcils. L'enjeu était le suivant : il fallait appuyer suffisamment fort pour que la manœuvre soit utile, mais pas trop fort non plus, pour éviter de raviver les braises de la douleur. Il lui sembla y parvenir. Elle soupira.

Lorsqu'Ombrage s'était vu attribuée le titre de Grande Inquisitrice, Lina avait vu circulé dans le château des litres et des litres d'essence de Murlap. Elle se prit à presque fantasmer sur le liquide jaunâtre. Malheureusement, quand sa retenue serait terminée, il lui serait difficile de s'en procurer. Et elle doutait que le filtre soit encore nécessaire demain matin, puisque toute douleur serait sans doute passée d'ici là.

« En fait... Qu'est – ce qui ne me convient en rien ? »

Sa voix, à peine plus forte qu'un murmure avait perdu de sa fluidité. Mais la question se devait d'être posée et surgit donc de nul part. Qu'avait – elle encore refusé et qui lui valait, ce soir, un caractère aussi définitif. Elle n'avait, bien sûr, pas pu faire le rapprochement entre les méandres de l'esprit d'Octave et son regard qui lui avait semblé si étrange, voir incongru. Elle appuya la pointe de sa plume sur le parchemin, permettant au mal de s'immiscer à nouveau dans la béance de la plaie. Elle gratta une ligne ou deux avant de lever le nez vers l'homme aux livres. Le recto de son deuxième parchemin était entamé. L'autre, qui servirait sans doute de preuve pour le travail accompli avait été roulé et trônait près de sa pomme. La plume resta en suspend, attendant elle aussi patiemment la réponse d'Octave.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Lun 12 Fév 2018 - 23:28

Lorsque la roturière baissa les yeux sur son ouvrage de dentelle, Octave comprit, avec la clarté d’une blessante flèche solaire décochée par un miroir, qu’il s’ennuyait profondément. Son livre et ses exquises esquisses ne l’intéressaient plus autant, épuise qu’il fut d’un art observé sans la sensibilité adéquate. Il se sentait légèrement engoncé, las de tout sans savoir pourquoi et redoutait de plonger dans un passé qu’il adorait revisiter. Son dos se laissa abattre contre le dossier du fauteuil et le bibliothécaire s’avachit élégamment dans le cuir, jetant un regard vers le tableau mouvant qui, comme à son habitude en des heures de punition, préférait imiter l’immobilité de l’art moldu. Plus de regards réprobateurs, hein, vieille branche ? Cette nuit, la plume vampirique crissait sur la surface rêche du parchemin comme une douzaine d’ongles sur l’ardoise et Octave grimaça légèrement, serrant les dents pour palier à la sensibilité fugace des nerfs. Puis finalement, à ne pas trouver d’occupation consolatrice, il regarda les mèches noires de l’étudiante, dont certaines étaient rabattues dans le dos, tandis que d’autres balayaient le petit bureau comme tant de lianes sauvages. Même sous cet angle, il pouvait voir la tension de son visage diaphane, la peau où jouaient les muscles pour pallier aux tremblements de la main, et devinait presque le focus des yeux verts. Il se mit alors à l’observer très attentivement, la respiration tranquille, offrant le galbe de sa joue en relief, tandis que ses yeux fixes et abrités dans l’ombre de ses cils charbonnés appréciaient l’oppression d’un corps qui souffrait. Mu peut-être par le vague sentiment que cette contemplation de violence lui donnait à tout le moins l’illusion de faire quelque chose, qu’elle lui permettait de sauver un semblant d’activité conséquente et que, malgré les dons brillants qu’ils montraient l’un et l’autre pour la conversation, cette punition risquait à tout moment de s’enliser dans un vide consternant sans autre recours qu’un trait d’esprit forcé, suivi d’un grand silence, Octave n’eut garde d’épargner à son plastron du moment sa longue attention.

Il y avait certainement quelque chose dans cette tension figée et ce regard voilé un peu de l’extase amoureuse, telle qu’il s’en souvenait. Un peu comme lorsqu’on griffait à cinq ongles les papules roses produites par la morsure d’un insecte d’été, dans une tentative d’assouvir les ardeurs de la peau précieuse, traçant férocement sur la jambe des sillages d’abord couleur de perle, puis couleur de rubis pour atteindre une sorte d’ivresse béate dans laquelle la fureur du picotement se précipitait comme dans un vide avec une énergie renouvelée. Mais les griffures cramoisies, desquelles suintait le sang incarnat, ne semblèrent pas trouver en Lina un quelconque écho de volupté charnelle et elle demeurait bêtement tordue dans sa zizanie immobile. Peu osaient voir dans la honte de la douleur la félicité extatique, n’y trouvant que chagrin de l’orgueil blessé parfois, puis de la chair suintante toujours. Octave bascula sa tête contre le dossier, dévoilant son cou dans une soumission d’un passé plein d’alégresse, qui dénuda à son tour le bout de ses dents luisantes. Il exhala doucement avec la soudaine envie d’avoir mal à en perdre connaissance. La vibration du meuble lui fit baisser la tête en tressaillant, tandis qu’on le gratifiait d’excuses précipitées, qu’il accepta sans grâce de s’être fait éveiller avec autant de brusquerie. Il considéra Miss K avec sévérité, mais s’adoucit bientôt en constatant la torsion de ce petit corps qui ne trouvait plus de place pour fuir l’inconfort d’une main suintant toujours plus tandis que les pages blanches semblaient gagner en distance.

Dans un entremêlement sentimental, il eut pitié du martyr que les blessures importunaient avec bien plus d’audace, selon les lois bien connues de l’inconfort, qui se faisait toujours plus insistant et grandiose que lorsque tout allait bien. A souffrir trop longtemps d’une seule chose, on finissait par souffrir de tout, du pull laineux qui piquait la nuque à la chaise trop dure aux jambes, aux chaussettes cruelles aux mollets, à la coiffure trop lâche ou mal faite, à la tête penchée, à l’immobilité des muscles ou à leur fatigue… Tout se dégradait presque à vue d’œil et se recroquevillait péniblement sur cette plume impitoyable. Octave eut un regard pour sa main, dont l’entaille avait pris la dureté et la couleur du définitif et conclut qu’il n’y aurait pas davantage que cela dans cette courte aventure. Il entendit un gémissement et là encore, il crut se méprendre un instant. Pousser un cri étouffé d’affect intense, ou de malaise physique, la différence était diablement mince et confondait à condition qu’on n’examine l’éclat des yeux. Même les soupirs se hachaient avec la constance d’un effort laborieux. Lorsque Lina releva la tête, Octave la suivit dans son mouvement, surveillant sa pause d’un œil concerné. Elle dissimula son mal, mais le geste était dénué de mystère et quand bien même il n’eut pas vu la larme glisser, parce qu’elle l’avait essuyée, Octave savait qu’elle était là. On pouvait largement lui imputer l’insensibilité, mais cette nudité était de mise et les tâches de sang devaient consteller les bureaux, le sol, les vêtements… Il était de mise que les elfes de maison nettoyaient le mobilier, avant de faire un rapport à qui de droit et il ne valait mieux pas qu’on prétende que chez le bibliothécaire, on ne saignait pas. Lorsqu’elle épongea donc sa main sanguinolente, Octave n’eut pas d’égard de politesse muni d’un mouchoir, ni d’élan de compassion, car tel était le rituel.

« En fait... Qu'est – ce qui ne me convient en rien ? »

Octave sentit son sourcil se relever, accentuant ainsi son galbe satanique. La question la parut d’autant plus curieuse qu’elle fut prononcée par une toute petite voix d’esclave soumise, éreintée par le travail. Elle voulait vraiment aborder le sujet maintenant ? Pour se distraire ? La parole fut comme jetée dans le vide, car la suppliciée se remit au travail sans considérer la réponse, ni l’effet de sa demande, mais bientôt comme prise par la conscience de sa négligence, Lina finit par relever la tête pour le confronter. Octave l’observa le temps de se décider sur le degré de sa détermination, puis eut un sourire mielleux, un brin taquin sans être pour autant condescendant. Vraiment, elle voulait l’entendre ? Ce qui ne lui convenait en rien, c’était le rôle d’une jeune fille ne possédant rien d’autre que sa virginité, ou peu s’en fallait, et qui, devant un Monsieur ayant tâté des filles de la ville, se laissait faire par curiosité pour gagner en expérience. Hélas, cela ne lui convenait encore moins car si Monsieur s’aventurait à la posséder rien qu’une petite fois, elle n’en récolterait pour sûr que chagrin, flammes infernales, désespoir et même trépas. Et même la timide débauche qui s’était disséminée dans le souvenir du bibliothécaire ne lui convenait en rien non plus. Continuant à sourire, Octave prit appui du coude sur sa chaise et posa sa tête penchée dans sa paume ouverte. Ses doigts pianotèrent sur sa joue…

« C’est de l’ordre de l’incongru. Comme prétendre t’avoir aperçue dans le manoir Malefoy. Pas impossible, mais fort peu probablement. Vraiment peu probablement. » Minauda-t-il comme on racontait un rêve. Et parce qu’il ne ratait jamais une occasion de mettre du rouge aux joues, il précisa docilement et comme sans rapport : « Puis, tu n’es pas jeune femme à perdre sa vertu dans une félicité sans lendemain. Tu es aussi sage que des parents puissent l’espérer, à quelques exceptions près. » Dit-il en ayant une considération du regard pour la petite main chancelante. « Néanmoins, certainement pas au point d’oser être imprudente sans contrepartie assurée et durable. Me trompe-je ? » Demanda-t-il avec l’éternel sourire caramélisé, tout en étant horriblement charmant et élégant. Sa question n’étant qu’à moitié rhétorique, il patienta, toujours amusé lorsqu’il fallait recueillir un témoignage de grande précaution qui n’osait pas s’avouer. Mais bientôt, il eut un petit rire de gorge et commenta : « Crois-moi, ce n’était pas par mauvaise opinion, mais dans le doute, j’ai parlé un peu trop vite en imposant ta silhouette à mon souvenir, alors que tu n’es pas femme à en faire partie. » Il insista sur sa féminité mature comme on cachait l’insulte sous la flatterie et continua à sourire, d’autant plus convaincu à présent de l’impossible. « Et quand bien même tu te serais belle et bien retrouvée par hasard dans cette chambre d’hôtel, tu n’aurais de toute façon pas su quoi faire. »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Mar 13 Fév 2018 - 16:15

Elle avait une peau couleur miel, délicieusement halée. Lina se souvenait de tout. La teinte exacte de ses cheveux blonds, naturellement méchés, ses yeux noisettes qui, quand la lumière s'y reflétait, prenaient un bel éclat doré foncé. Elle se rappelait le souffle de la jeune moldue contre son oreille, quand sa tête s'était inclinée avec langueur. La jeune sorcière eut un sourire absent. Elle était revenue à ses quinze ans, dans la chambre d'Elisabeth. La chaleur moite de l'été avait frappé le petit village de Loutry Sainte Chaspoule et la peau de son amie sentait encore l'herbe verte, fraîchement tondue, et le chlore de la piscine où elles avaient presque passé toute la journée, en sirotant des sodas. L'écho de leur caresses avides lui revenait, par vagues. Lina, à un moment, s'était cachée le visage en éclatant rire, avant de finalement s'abandonner avec Beth au supplice de l'amour.

La sorcière retint sa plume en l'air, qui avait au moins l'avantage de ne pas goutter. Alors il était question de la vertu qu'elle avait déjà perdue entre les bras d'Elisabeth. C'était donc ça... Elle haussa un sourcil et le sourire sur ses lèvres semblait franchement hésiter entre sa gêne habituelle et quelque chose de plus franc, parce que, sans aucune raison apparente, le fait qu'il puisse l'imaginer vierge l'amusait. Et en même temps, c'était tout fait normal... La jeune femme savait de quoi elle avait l'air : d'une fleur fraîche, d'une enfant de bonne famille, toujours – ou presque – à sa place. Même Lina aurait pu douter ce qu'il s'était passé entre en elle et son ancienne petite amie. La préfète baissa les yeux. Elle en oubliait presque la douleur sournoise qui s'enroulait encore autour sa main droite.
Et oui, elle était sage. Mais quant à savoir ce que ses parents attendaient d'elle... Le père avait sans doute des attentes bien différentes. C'était un truc de papa, que de croire que sa fille resterait pour toujours sa petite fille. Sa mère en revanche, plus spontanée, plus extrovertie, plus vivante, d'une certaine façon, ne voulait rien de plus, a priori, que son enfant fasse attention : à ne pas en engendrer un autre, et surtout surtout, à sa santé. Ces conditions remplies, Lina pouvait bien faire ce qu'elle voulait. C'était du moins, ce que la jeune femme avait cru comprendre. Finalement, elle s'en était plutôt bien tirée avec les exigences parentales.

« Néanmoins, certainement pas au point d’oser être imprudente sans contrepartie assurée et durable. Me trompe-je ? »

Une histoire sans lendemain. Son ventre se tortilla. Elle inclina la tête sur le côté. Elle n'avait jamais rien exigé. Ni même espéré. Quand avec Elisabeth, elles avaient laissé tomber leur maillots de bain, la sorcière n'avait jamais cru que leur histoire vivrait toujours. D'ailleurs, les deux adolescentes s'étaient finalement quittées assez vite... En grande partie parce que son amie moldue n'avait pas cru, à raison, cette histoire de « pensionnat pour jeune fille à l'autre bout du pays ». Lina n'avait en fait rien regretté. Mais il y avait bien sûr une différence entre un béguin adolescent périssable et une aventure d'un soir avec un homme plus âgé qu'elle et dont elle devrait assumer le regard tous les autres jours d'après, sans rien avoir en retour. Il ne s'agissait pas ici d'une « contrepartie assurée et durable », c'était tout bonnement inenvisageable, et ça n'avait pas le moindre sens. Même si... La sorcière entrouvrit la bouche, comme étonnée par une de ses pensée, puis secoua la tête. Non, finalement, ce qui la gênait le plus, c'était quoi dire, quoi faire, comment agir ou réagir après ce genre d'histoires éphémères où il n'était question que d'un instant présent. Et puis il y avait eu ces autres dont elle avait entendu parler, parce que les filles, de manière générale, parlaient trop quand elles étaient aux toilettes. Lina, les oreilles traînantes, avait capté un certains nombres de rumeurs, qui comprenait notamment Heather, Abigail, un élève de Serpentard aussi – un certain Leslie –,... Elle avait cependant prit un brin de recul quand elle s'était rendue compte qu'elle faisait elle – même partie intégrante des aventures supposées d'Octave. Mais quand même, une rumeur prenait toujours racine quelque part et elle n'était pas certaine de vouloir rejoindre une liste. Elle mordilla l'intérieur de sa joue, pensive.
Si liste il y avait, elle était tenue par les élèves et non pas par le bibliothécaire lui – même. Cette idée la rassura.

Alors finalement, se trompait – il ? La réponse évidente eut été qu'elle n'avait jamais eu à vivre ce genre d'expériences et qu'elle avançait sur un terrain inconnu et miné. Parce que se passerait – il si elle lui affirmait qu'il se trompait, et que son interrogation se transformait en offre ? Et pire ! Qu'adviendrait – il si elle lui promettait de s'abandonner à lui pour finalement regretter son engagement et exiger plus ?

« J'en sais rien. Toute torturée et blessée qu'elle était, Lina chercha son regard. Je n'ai jamais eu d'aventures, juste comme ça »

Au moins c'était la vérité. Sans doute pas tout à fait ce qu'il aurait pensé, ou peut – être que si, mais c'était sa vérité à elle. Et puis c'était un vrai je ne sais pas. Pas le genre qu'on utilise pour éviter quelque chose, ou pour régler une affaire vite fait bien fait. Non. Son « j'en sais rien », sonnait presque comme une question qu'elle se renvoyait à elle – même. Serait – elle capable de se laisser vivre ce genre de chose ?
Elle s'amusa cependant de sa formulation... Comme si une histoire, même d'un soir, pouvait ne pas laisser d'empreinte, ou de souvenir. Parce que même si l'esprit oubliait un visage ou un nom, le corps, lui, ce traître, devait bien se rappeler une caresse, un baiser sur la gorge, ou le bruit d'un soupir au creux de l'oreille... C'était en tout cas ce qu'elle espérait.
Ainsi donc il l'avait substitué à une autre femme. C'était donc ça. Le visage s'effaçait jusqu'à pouvoir se confondre avec celui d'une autre. Mais le corps, lui, parlait, cette femme était différente, ses attitudes, sa façon d'être ne coïncidait pas avec ce qu'était Lina. Cependant il restait étonnant qu'Octave se soit trompé à ce point. Elle fit une petite moue réprobatrice, mais pas méchante pour un sou.

« Que tu crois... J'aurais peut – être été plus adroite que tu ne le penses »

Ses joues rosirent un peu. Il y avait là peut – être un peu d'orgueil mal placé. Mais enfin, même si Elisabeth avait participé à l'éveil de son corps, Lina avait fréquenté quelques garçons. Elle ne sortait pas de nul part. Elle pencha légèrement sa tête en arrière, offrant ainsi la vue de son cou. La conversation était à la fois amusante et gênante. Et sans doute tout à fait inappropriée vu le contexte. Elle avisa un instant sa main blessée. Y avait – il de bons moments pour ce genre de conversation ?

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] Au cœur de la nuit. Jeu 15 Fév 2018 - 14:01

Au fond, il lui importait peu qu’elle fut l’incarnation par essence de la perfection et de la pureté absolue, vénérant la sainte trinité des ascétique, ou s’il s’agissait d’une énième Roxanne accordant ses faveurs dans la demi-obscurité, au milieu de caisses et de sac à l’arrière-boutique, toujours avide d’attention mais complètement dénuée du goût de la franche cadence, s’abandonnant avec la brutalité d’un naturel cru. Ce qu’il n’appréciait pas en revanche était la dissimulation et poussait le vice jusqu’à la garde par plaisir de catégoriser, avec ce qu’il fallait d’intérêt et de considération pour s’assurer une provocation sans subtilité aucune. Là, il n’y avait que peu qui continuait à regarder sans ciller ou baissaient le regard, car pour le courage et la franchise, il fallait du temps et tous souffraient par l’absence de spontanéité orgueilleuse. Lina y compris. Mais ce qu’il l’intrigua bien plus fut la manière qu’elle eut à se plonger dans ses pensées, brassant manifestement quelques souvenirs qu’elle soupesait pour voir s’ils étaient dignes d’être considérés pour en ajouter à la grande aventure. Diantre, y avait-il des nuits solitaires à observer ? Quand bien même y a-t-il eu plus que cela, plus que quelques piluliers marquant la mesure d’un tintement sonore, cet assouvissement compliqué ne pouvait être une fin en soi, ou plutôt il était une fin comme l’était la fin d’une impasse. Octave regardait l’étudiante, du haut de sa chair éprouvée tant de foi et de tant de façons, avec la complaisance qu’on accordait à ce qu’on connaissait déjà très bien, sans se dire un instant que ses regards perdus vers une expérience adolescente pouvaient se fondre par la suite dans toutes les autres délices qui, telle une cime embrumée au-delà d’un col menaçant, promettait d’être un jour le sommet réel d’une périlleuse aventure. Avec cette réflexion que lui offrait Lina en fait, Octave se sentit encore plus loin d’elle qu’avant le soir où elle avait posé ses doigts froids sur sa tempe rousse. Ce qui le conforta dans sa tranquillité fut finalement la nécessité même de réfléchir.

« J'en sais rien. Je n'ai jamais eu d'aventures, juste comme ça. »

A quoi bon ces aveux ? Le fauteuil grinça tandis qu’Octave s’y avachissait davantage, déployant ses bras sur les accoudoirs comme deux serpents. Que voulait-elle qu’il fasse avec cette information ? Qu’il la félicite ? Le bibliothécaire demeura muet, un vague sourire flottant sur ses lèvres imperturbables. Elle ne comprenait peut-être pas jusqu’au bout le sens de cette conversation graveleuse, ou bien faisait-elle exprès de lui donner le sérieux dont elle aurait dû bénéficier ? Soit, il se laissait faire avec grâce, si ça pouvait lui apporter quelconque réconfort, il était toujours prêt à contempler quelques minauderies. A moins que c’en fut encore l’une de ses subtilités peu subtiles qui vous suggéraient d’être l’élu à profiter de ce manque à gagner ? Parce que ça n’avait pas tant l’air d’une anecdote que d’un constat interrogateur. A reconnaître que c’était au moins un peu d’action ! Cependant peut-être pas le genre d’action dont notre bibliothécaire national pouvait se satisfaire aisément. Cela dit, ça lui prouvait au moins qu’elle n’était pas une espèce de dévergondée qui se donnait des airs qui ne lui allaient ni au teint, ni au caractère. Pour quand même avoir fréquenté des écoles, et pour avoir fréquenté sa mère tout court d’ailleurs, Octave n’avait aucun doute quant à ce qui pouvait bien se passer dans les méandres de chambres étudiantes, sous des draps moites qui abritaient sans rougir de conséquences les batifolages curieux de genres identiques. A ce titre, ils prenaient d’ailleurs un peu trop souvent cette débauche naissante, prolixe et décousue, pour le summum de l’imaginable, alors qu’à écouter les récits, ces actes avaient autant de sex-appeal qu’une carotte fraîchement déterrée, dont le seul mérite était de posséder soit beaucoup d’audace et d’énergie, soit d’avoir une collection infinie de préservatifs. Tout au plus, on récoltait un « c’était rigolo » qui n’éveillait en rien les sens, mais au contraire les transissais en dépit de l’aspect tonifiant de ces performances.

« Que tu crois... J'aurais peut – être été plus adroite que tu ne le penses »


Octave sentit ses sourcils se relever légèrement et son sourire vague prendre du panache à mesure qu’il comprenait où la petite gourgandine voulait en venir. Il était à deux doigts de jouer les ingénus, à ramper avec précaution sur la table pour tendre l’oreille et mieux voir les pommettes roses, la courbe charnue de la lèvre inférieure qui luisait. Il la taquinerait un temps, puis elle se pencherait à son tour pour lui murmurer en paroles peu intelligibles la tornade brûlante de son chuchotement de confessoire. Il n’aurait alors qu’à rigoler, puis prétendre qu’il ignorait tous de ces jeux libidineux, se créant par la soumission factice, une brèche vers un monde halluciné ou tout était permis parce que suggéré. « Quoi ? Tu n’as jamais fait… ? ». Il dirait alors que non en baissant les yeux, ou en les laissant briller d’une étincelle curieuse. Elle insisterait, peu crédule, mais il continuerait à nier, ce qui en un sens aurait été probablement véridique car il y avait bien longtemps qu’Octave s’était éloigné de toute ce que l’adolescence de Lina avait bien pu lui délivrer. Elle prendrait alors peut-être en pitié cet adulte qui ne connaissait rien de ce monde furtif, et manierait la vie avec une énergie simpliste, cependant impatiente de lui faire admirer ce en quoi elle lui était supérieure. L’orgueil la retiendrait d’abandonner, tandis qu’il s’évertuerait obstinément à simuler la candeur suprême pour posséder bêtement ce qu’il voulait sans avoir à faire d’efforts. Pas sûr cependant qu’il ait l’énergie ou l’envie de faire semblant juste pour se faire malmener par des mains maladroites qui cherchaient à satisfaire un petit bout de mystère. Pour ça il lui aurait au moins fallu un peu plus d’insolence ou d’audace. C’est alors qu’Octave gratifia l’étudiante de ce long regard sceptique, vaguement compatissant.

« D’accord. » Conclut-il simplement, les yeux sans clins, fixés sur l’étudiante dans une patience contemplative. « Et que me vaut cet aveu spontané ? » Spontané, car s’il avait pu voir son ironique provocation récolter la première réponse, la seconde fut livrée gratuitement et avait quelque chose du défi. Voir même de l’invitation. Une façon de remettre sa hardiesse en question, sans lui donner de réponses concrètes néanmoins, comme le faisaient les gens qui voulaient se faire davantage questionner pour s’ouvrir comme des semblants de fleurs sous la caresse, sorte de récompense dans l’obstination. Mais Octave n’était définitivement pas de ceux qui pliaient lorsqu’on tentait de leur créer une curiosité. « Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? » Il pencha la tête légèrement vers l’avant, dans un angle où son regard profiterait d’une ombre, rendant le vert de ses yeux plus nuancé et dense. Ce n’était même pas la peine de supposer que ce fut fait pour éviter la punition. L’intriguer peut-être ? Intrigué il ne l’était pas, mais l’intention et la manière dont elle s’était manifestée, sous la forme d’une supposée promesse, autre talent qu’il avait semblait-il manqué, l’ourdirent davantage. « Est-ce que je suis sensé en faire quelque chose ? Te demander de me le prouver ? »

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