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[6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux.

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NUNCABOUC7ème année
    NUNCABOUC
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MessageSujet: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Dim 14 Jan 2018 - 15:31





Elle resserra l'épaisse écharpe jaune et noire autour de ses épaules et croisa les jambes sous la table. Ses doigts se fermèrent avec force autour de sa chope de bièreaubeurre. La sorcière avala une gorgée de son breuvage dorée et mousseux pour faire passer l'amertume de ses sentiments. Son regard assassin se dirigea vers le fond des Trois Balais, dans un endroit plutôt lumineux, malgré le ciel chargé de nuages. L'homme semblait être installé confortablement. Lina était trop loin pour deviner ce qu'il buvait, mais il s'hydratait avec constance. Ses compagnons, elle les connaissait. C'est ce qui arrivait quand on avait un juge comme père : les visages et les noms des délinquants, rabatteurs, mangemorts, étaient inscrits à l'encre rouge dans son esprit. Alors c'était donc ça les fréquentations d'Octave Holbrey ? La pilule était dure à avaler. Mais de toute façon plus rien n'allait en ce moment.

Elle avait encore perdu du poids. Elle s'en était rendu compte le matin même, en s'habillant. Pourtant elle avait vraiment essayé de manger plus. D'ailleurs elle avait accompagné sa (ses?) bièreaubeurre(s?) avec un moelleux au chocolat qu'elle grignotait en même temps, sans trop d'appétit. Sa robe en laine, habituellement près du corps, lui laissait un petit peu de marge, et ses collants opaques formaient des plis au niveau de ses chevilles, cachées dans des bottines noires.
Même si elle n'était pas très concentrée, elle parvint à capter la blague de Phillis et à rire au bon moment. L'espace d'un instant, Lina se demanda si elle avait l'air crédible assise là, au milieu de ses amis. Elle le regarda tous, les uns après les autres. Ils étaient tous marqués par ce qui s'était passé depuis la rentrée, chacun à leur manière. Pourtant, ils tenaient bon et restaient soudés. Il n'y avait qu'elle qui, comme d'habitude en cas de problème, s'était un petit peu désolidarisée de son groupe. Le mois de Novembre avait été compliqué pour elle, d'abord l'épisode de la bibliothèque, puis le cours de Rogue qui avait redonné vie à ses angoisses. Pour la deuxième fois en trois semaines, elle avait vu le cadavre martyrisé de sa sœur. Sur le coup, parce qu'elle avait réussi à vaincre l'épouvantard, elle avait cru en un effet thérapeutique, elle pensait s'être pardonnée. Mais non. Se confronter à une réalité n'était pas toujours la solution. Depuis elle partageait son temps entre des moments d'extrême solitude qu'elle jugeait nécessaire à sa survie, et des périodes où elle concédait à quelques efforts. Comme aujourd'hui.

« Ça va te faire du bien de sortir avec nous ! »

Honnêtement, elle n'en était pas convaincue. Elle haussa son sourcil avec un air dubitatif. En même temps... Elle ne pouvait pas se morfondre toute la journée –  c'était d'ailleurs un des ordres de son père, écrit sur la lettre qu'elle avait reçu la veille –, il fallait essayer de remonter un peu le menton. Alors elle avait accepté d'aller à Pré – Au – Lard. Après une bièreaubeurre, ou deux, elle s'était sentie mieux. Plus à l'aise. À la troisième, elle avait eu plus chaud, et avait ri plus fort. Puis son regard était tombé accidentellement sur l'homme aux livres. Son souffle s'était coupé. Au début, ses joues s'étaient rosies de plaisir, puis en voyant les personnes qui l'accompagnait, elle avait eu l'impression de se liquéfier sur sa chaise en bois.

« Il y a quelqu'un ? Eh ! On y va ? »

La blairelle dévisagea son amie. Elle avait un beau visage, et sa nouvelle coupe de cheveux, beaucoup plus courte lui allait bien, même si ça lui donnait un air plus âgé. Lina croassa un « Quoi ?! », peu audible, parce que sa voix se cassa un peu. Phillis lui répéta, un peu soucieuse, les informations manquées : aller acheter des plumes et des parchemins pour Henry, rentrer à Poudlard. La jeune voyante fit un sort à sa dernière bière et hocha la tête.

« D'accord. Je vous retrouve là – bas, il faut que j'aille aux... Toilettes et payer ça »

Elle pointa du doigts les cadavres qu'elle avait laissée derrière elle. Son amie fronça les sourcils mais concéda à la demande de Lina. Après tout, elle avait eu souvent besoin d'être seule récemment. Jugeant qu'elle ne risquait pas grand chose, Phillis quitta les Trois Balais. Au même instant la jeune femme aux cheveux ébènes se leva en se cognant de genoux contre un tabouret. Elle poussa un juron, mais se dirigea bon gré mal gré vers Rosmerta pour régler l'addition. Lina l'aimait bien, elle avait toujours trouvé que la tenancière était bienveillante. La sorcière aligna les gallions et se retourna une dernière fois vers Octave, hésitante. Ce fut le sourire qu'il lança à un de ses « amis » qui la décida.

La rage au bord des lèvres, elle traversa la salle en quelques grandes enjambées, faisant légèrement remonter sa robe au milieu de la cuisse. Raide comme un piquet, les yeux humides, les joues rouges, elle pointa devant la table où Octave et son maudit groupe s'étaient installés. Elle les dévisagea tous, en ayant la vague impression que le sol sous ses pieds était moins stable qu'avant.

« Alors c'est avec ça que tu passes tes week – ends ? Des  énergumènes ?  Des criminels ? »

Elle en tremblait presque. Ses camarades passaient leur temps à essayer de kidnapper des enfants, et s'en prendre à leur famille. Ils n'hésitaient pas non plus à tuer des moldus. C'était des gens comme eux, comme les Carrow qui n'avaient pas eu de scrupules à torturer les élèves de Poudlard. Et lui, Octave, osait s'installer dans un pub avec ces fous furieux. Lina eut la nausée. Le sol tangua et elle dû s'accrocher au dossier d'une chaise, pourtant sa colère ne s'atténuait pas. Elle aurait voulu leur cracher dessus à tous ces assassins. Si son père était là, il les jetterai à Azkaban. La voyante en était sûre. Non... En fait non... Il l'aurait certainement secouée dans tous les sens pour s'être montrée aussi … Imprudente ? Cet éclair de lucidité la fit trembler, mais maintenant qu'elle était là, prise au piège, il serait compliqué de revenir sur ses propos. De se dégonfler. Et s'ils l'interrogeait ? Et que par extension, elle mettait sa famille en danger ? Sa gorge se serra.  

Quelle pauvre idiote...  

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Lun 15 Jan 2018 - 20:54

Il ne pouvait se résigner à la culpabilité. Il ne put non plus faire perdurer le mensonge, puisant ses motivations davantage dans l’ennui de soirées mal meublés, que dans ce qu’il appelait indolemment ses « observation clandestines ». Ses soirées au village s’étaient multipliées pour se sauver de l’immobilité. L’absence de honte le chiffonnait quelque peu, pourtant la conscience de l’incongruité ne parvint pas à encourager un quelconque changement. Le sentiment, jadis aigu, que le monde était partagé, si ce n’est parfaitement en deux, au moins morcelé tel un miroir, s’était doucement estompé au profit d’un paysage bien plus égal. Il ne savait encore si l’uniformité d’apparences n’était qu’un leurre d’un esprit qui souffrait du manque de morale, mais privé d’ennemis, cela le dédouanait au moins de l’alerte constante. L’absurdité, elle, perdurait. Les réformes dans l’éducation portaient rarement en elles des valeurs véridiquement éducatives et pour brouiller davantage les limites des conventions, les Mangemorts du bar s’en moquaient. Quitte à remettre quand même les pendules à l’heure, aucun n’éprouvait de pitié envers les élèves, premières victimes des accès narcissiques du duo professoral. Leur persiflage n’était qu’une rivalité maladroite, jalousie envers les Carrow qui bénéficiaient, semblait-il, d’un peu plus de confort.

« Si on se fiait à moi, on réformerait l’éducation de Poudlard, mais de préférence en une seule nuit, et avec un certain nombre de bidons de napalm, après avoir sorti les gosses sang-pur. Mais ces deux-là ils n’en ont que pour des couvre-feux qui servent à que dalle. »

La proposition provoqua une crise d’apoplexie chez la plupart des participants au débat, joie à la mesure de leur frustration. Octave ricana, hypocrite. Quoi qu’il fût malvenu de revendiquer l’ouverture d’esprit et de la tolérance, alors qu’il était bien connu que l’obscurantisme latent prenait ses racines dans le terreau de l’ignorance. A quoi bon chercher l’éclat dans les masses en ces heures sombres de l’histoire magique, accompagné par le bruit de bottes et de slogans spécistes. Il éprouvait néanmoins une certaine satisfaction à voir que les Carrow étaient peu appréciés, même au sein de leur propre congrégation, et le sourire qui demeurait sur son visage était pure malveillance, sordide méchanceté de voir ce groupe incapable d’avancer au pas. Heureusement, ils n’étaient pas militaires, mais vagabonds et criminels, ce qui promettait une implosion spectaculaire qu’Octave ne manquait pas de précipiter. Depuis un temps, son tempérament s’était aigri, se chargeant de pitié condescendante comme un petit nuage au-dessus d’une montagne. La grêle frontière entre l’humour et l’ironie s’étaient étiolée, comme tout le reste. Un regard fureteur le confronta, cherchant sa lanterne de témoin avec une curiosité qui ne pouvait être que malsaine.

« Holbrey, dis… »
Octave ondoya un sourcil dubitatif, puis se désaltéra d’une gorgée de bière forte, un Barley Wine qui lui monta à la tête aussi sûrement qu’un champagne brut. Grimaçant de l’amertume et du fort goût houblonné, il joua sur le suspens :
« Je peux pas, c’est mes collègues, tu comprends… »
Aussi brutes qu’ils pussent être, ils appréciaient les élans poétiques, à conditions qu’ils soient mis au service d’une cruelle dérision. Alors ils attendaient, dans un silence où personne ne respirait, le moment qui verrait ce bibliothécaire ferré lâcher son petit bout de dégoût, comme l’on attendait un trait de méchanceté original pour s’en gargariser d’un nouveau rire. Très sérieux, parce que la mise en scène avait son importance, Octave se redressa sensiblement, jouant l’hésitation réservée.
« C’était… c’était horrible. Non vraiment. » assura-t-il alors que des gorges se préparaient déjà à glousser. « Alecto elle a… elle s’est d’abord fait interrompre par un handicapé de chez les Gryffondor et pour se venger, par Merlin ! elle a giflé une petite fille ! Horrible je vous dis. On dit qu’il est impossible de vivre son honneur, mais elle est la preuve vivante du contraire ! »

Déjà, le gras rire gagna la table, s’élevant encore une fois en abaissant les absents, redonnant du panache à un bibliothécaire qui s’aiguisait contre cette mauvaise risée. La conversation trouva son chemin entre les détails de son récit quant aux nouvelles mesures prises par les Carrow et les bassesses que les Mangemorts pouvaient en tirer. Atteignant le bout de son verre, Octave avait eu le temps de s’habituer à l’amertume en bouche et gouttait sa bière sans ciller. Son regard demeurait impassible et y flottait un demi-sourire qui aurait blessé, si l’ambiance n’était pas chargée d’une raillerie joviale. Et de toute façon, il n’attendait aucun affront de la part de ceux qui ne respectaient pas grand-chose. Lové au sein de ce nid de serpents, Octave se sentait bien à réchauffer son propre sang-froid, si peu dérangé par les environs pullulants d’élèves amaigris et moroses. De toute façon, depuis qu’il avait consenti à malmener -il ne se résignait pas au mot « torturer »- des étudiants à la bibliothèque, certains regards s’étaient faits plus lourds à son égard, tandis que les mots s’étaient amoindris. Il ne souffrait que peu de ce changement, tout comme il avait cessé de souffrir concrètement du reste. Son indépendance n’avait à rendre de comptes à personne, et surtout pas à ceux qui se mettraient à questionner ces gestes dans une vie où se ranger n’était pas une exigence. Quant à la confiance… elle se gagnait et s’offrait à qui en voulait bien, comme tant d’autres choses. Octave but encore, plus libre que jamais et pourtant cloué au sol.

La furie échappa à son regard, traçant son chemin du comptoir à leur table en moins de temps qu’il ne lui en fallut pour la remarquer. L’air déterminé de la demoiselle ne le perturba qu’un temps et il ne sourcilla pas lorsqu’elle le foudroya du regard. Au contraire, dans le laps de silence qu’elle lui offrit, Octave constata d’un regard égal les yeux secs, où se mêlait le sang, ce même sang qui descendît aux joues et sur le front. Elle avait l’allure d’une petite fille énervée et emportée, les cheveux électrisés, les vêtements mal mis comme après une bataille et l’œil vindicatif. Mais elle le regarda finalement dans les yeux, comme un homme. Octave répondit par le marbre, tranquille, attendant les revendications, pour ne pas dire l’humiliation qu’une telle fureur allait récolter. Les Mangemorts et autres délinquants se figèrent aussi, curieux de l’impétuosité féminine.

« Alors c’est avec ça que tu passes tes week-ends ? Des énergumènes ? Des criminels ? »

Dépassée par sa propre fougue, l’adolescents devint un brin livide, tandis que les « énergumènes » pouffaient déjà autour de la table comme tant de coussins trop rembourrés. Malheureusement pour elle, à vouloir paraître condescendante, Miss Kaveline était parvenue à mélanger tant de sous-entendus en si peu de mots qu’elle ne recueillit aucune crédibilité.

« Avec ça ? C’est nous les ça ?
- Des… énergumènes !
- Tes week-end, Holbrey ! C’est ta petite femme qui est venue te chercher ? »


Parce qu’il était non pas le sujet du dédain, mais de l’incrédulité, il ne répondit d’abord rien. C’était précisément le genre de revendications qui l’exaspéraient, même si en un sens, elles étaient légitimes. Puis, les blagues vaseuses de mariage achevèrent la patience qu’il pouvait bien accorder à ces choses-là. Il sentit leur âge, leur relation déjà troublée, son propre despotisme et la dévotion hargneuse de la petite Kaveline. Malgré son désarroi, Octave ne ressentit toujours aucune honte, à tel point qu’il hésita entre la rabrouer en public comme une adulte, au risque de la compromettre, ou de la prendre par le coude pour la châtier ailleurs. Il comprit bien vite ne pas être cruel à ce point, et s’il s’aventurait à donner du crédit aux mots de Lina par une réponse sérieuse, il risquait de retirer tout le ridicule cocasse de la situation, rappelant aux convives de sa table qu’il s’agissait bel et bien d’une insulte. Rancunier et aigri de ces remarques, il s’abaissa néanmoins à l’accabler, car comme lui avait appris sa famille, on retenait mieux les leçons dans la douleur. Il souleva ses sourcils dans l’étonnement et railla :

« Comment ça ? Le gentil bibliothécaire ne fait pas que des choses gentilles ? Mais par Merlin, il n’y a plus d’avenir au manichéisme. »

Il claqua de la langue dans un bruit désapprobateur, comme si des valeurs fondamentales venaient de s’effondrer. Là, perça tout son venant et son dépit, mais parce qu’il se maîtrisait si bien, couvrant l’exaspération sous les traits de la bouffonnerie insensible, il en parût encore plus méprisant que s’il avait simplement décidé de la renvoyer à l’extérieur. S’en fut assez pour la faire taire, tout comme cela suffit à calmer les éventuelles représailles des invités à la table. Octave acheva son verre et se redressant, commenta :

« Je vais rapatrier Miss Ka… » se rendant compte que le nom de famille pouvait être un danger supplémentaire, il l’acheva tel quel « … Miss Ka au château ; la petite est soûle. On se revoit plus tard. »

Enfilant son manteau et laissant sur la table une poignée de ferraille pour sa consommation, Octave alla saisir la donzelle par le bras, serrant sèchement entre ses deux doigts vigoureux l’articulation de son coude. Davantage que l’embêtement personnel qu’elle lui avait causé, Lina s’était mise en danger pour quelque chose qui aurait pu attendre la solitude. Et Merlin savait que ce qu’il détestait au-delà de l’affront personnel, c’était la stupidité. Il la traina sans ménagement vers la sortie, hésita un instant à rester à l’intérieur pour éviter le froid mordant du mois de décembre, mais se dit qu’ils risquaient d’avoir des témoins involontaires. Le vent les fouetta et enfin il la lâcha dès que la porte se referma derrière eux.

« Je crois qu’il y a des moyens plus simples et certainement moins douloureux de se suicider que de foncer dans le lard d’une table de Mangemorts, hein, Miss Ka ? » Il fit une pause, la toisa avec arrogance. « C’était quoi ce spectacle ? Qu’est-ce que tu veux ? Pour qui tu te prends ? »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Mer 17 Jan 2018 - 23:05

Ils avaient ri. Quelque part, c'était sans doute la meilleure chose qui pouvait lui arriver, de ne pas être prise au sérieux. Mais Lina se concentra sur Octave guettant la moindre expression, même minime. Elle entendit à peine les blagues grasses dont elle était l'objet, blagues qui, à une autre époque, l'auraient sans doute dégoûté. La sorcière aurait pu tracer une carte du visage du bibliothécaire. Il était trop lisse, presque imperturbable. La jeune femme se demanda s'il réfléchissait à la meilleure option pour s'expliquer quant à ses actes... Ou pour la sortir du bourbier dans lequel elle s'était fourrée. Puis vint la sentence. Implacable. Ses sourcils se haussèrent, rendant ainsi ses mots plus tranchants encore.

« Comment ça ? Le gentil bibliothécaire ne fait pas que des choses gentilles ? Mais par Merlin, il n’y a plus d’avenir au manichéisme »

Elle se drapa provisoirement d'indifférence et se détourna de lui, l'espace d'un instant. Lina avait du mal à mettre des mots sur ses sentiments. Elle pensait qu'il jouait le jeu pour l'aider, mais elle sentait un fond de colère bouillonner à l'intérieur de lui, ce qui, quelque part était totalement compréhensible. Elle ferma les yeux quelques secondes. Finalement, elle était plutôt lucide, la gifle verbale qu'il lui avait asséné lui avait fait reprendre pied. Elle inspira un grand coup. Elle avait chaud, et ne se sentait pas très bien. Un genre de nausée pointait doucement le bout de son nez. La voyante espérait ne pas vomir. Quand elle daigna le regarder à nouveau, elle lui trouva un air trop méprisant qui la peina très sincèrement.

« Je vais rapatrier Miss Ka… Au château ; la petite est soûle. On se revoit plus tard »

La renommée Miss Ka grimaça. Elle remercia silencieusement Octave d'avoir changé son identité, protégeant ainsi sa famille, mais qu'il lui colle l'adjectif « petite » était vraiment agaçant. Elle détestait cet adjectif qu'elle avait toujours trouvé particulièrement rabaissant. Certes, elle avait manqué de discernement, mais dans le cas présent, elle estimait que son comportement n'était pas plus stupide que celui du bibliothécaire : aucune personne sensée n'aurait l'idée de passer son temps libre avec des adeptes du Seigneur des Ténèbres.
Elle sursauta quand il se leva, trop brusquement d'après elle. Après avoir laissé l'argent nécessaire pour payer sa consommation, elle prit le coude de Lina. Sa poigne fut ferme, et un gémissement s'échappa des lèvres de la jeune femme. Il la traîna, plus qu'il ne l'accompagna vers la sortie, faisant ainsi chanceler tout son petit monde. Elle essaya vaguement de se dégager mais paradoxalement, elle avait peur de s'écrouler si jamais il devait relâcher sa prise. Finalement, ils sortirent. Le vent agressa sa peau sensible, et de sa main libre, elle resserra l'écharpe autour de son cou. Elle senti les doigts d'Octave abandonner leur prise. Lina chancela un bref instant avant de se reprendre : campée sur ses deux jambes, elle tenait bon. Pourtant elle s'avança prêt d'un muret qui reliait les Trois Balais au prochain commerce. Pour être sûre de ne pas s'effondrer, elle s'installa dessus.

« Je crois qu’il y a des moyens plus simples et certainement moins douloureux de se suicider que de foncer dans le lard d’une table de Mangemorts, hein, Miss Ka ?... C’était quoi ce spectacle ? Qu’est-ce que tu veux ? Pour qui tu te prends ? »

La sorcière pressa son majeur et son annulaire contre sa tempe. Doucement, elle traça des petits cercles avant de lever ses yeux verts. Elle haussa un sourcil, en se demandant si Octave était sérieux. Et lui ? Pour qui il se prenait ? Il fut d'ailleurs tentée de lui poser la question à voix haute, mais son instinct lui indiqua que ce n'était pas la bonne voie à suivre. Elle chercha ses mots pendant ce qui lui parut des heures. À plusieurs reprises, elle ouvrit la bouche, avant de la refermer, comme si parler était devenu un effort surhumain. Comment lui expliquer ?

Depuis Septembre, depuis que la guerre avait violée les murs de Poudlard, la bibliothèque avait constituait un genre de refuge, pour elle, mais aussi pour de nombreux d'autres élèves, elle le savait. Mais depuis cette soirée, où ils avaient dû brûler les livres, depuis que les Carrow avaient attaqués Meredith et Malia, la bibliothèque avait perdu son statut, leur havre de paix avait été souillé. Et Octave aussi, par extension. D'ailleurs, la sorcière n'était quasiment pas revenu en ce lieu de savoir. Et depuis, les choses ne s'étaient pas améliorée. De nouvelles mesures de précaution avaient été annoncé Lundi, et Jeudi, il y avait eu le cours magistral des Carrow. Lina frissonna, et les larmes lui montèrent aux yeux. Ce qu'elle avait fait ce jour – là... Elle n'était même pas sûre d'être un jour capable de se le pardonner, même si elle pensait avoir fait au mieux.
La sorcière baissa les yeux, elle savait qu'elle avait été idiote de faire ça, mais les évènements la dépassait, et elle n'arrivait pas à agir normalement. En temps normal, elle était plutôt flegmatique, capable de garder son sang froid, mais ce qui se déroulait dans le château, et même à l'extérieur était trop extrême : elle ne pouvait pas toujours tout contrôler.

« On a besoin de soutien Octave. Tu ne peux pas... Assister à tout ce qu'il se passe au château et après boire un verre avec des Mangemorts. Ses yeux plein de tristesse se jetèrent avec grâce dans ceux du bibliothécaire. Elle était à bout de souffle, à court de mots. Elle ne savait pas comment lui faire comprendre. Ils ont la main mise sur nous, on arrive pas à reprendre le dessus. Si tu leur parles, c'est que quelque part ils ont gagnés ».

Elle se rappela le dernier tirage de carte qu'elle avait fait. Bien sûr, rien n'était encore figé, mais il avait été plutôt néfaste... Et cette vérité là était intolérable pour la jeune Poufsouffle. Elle tenta d'inspirer à fond, de gonfler ses poumons d'air. Mais avec effroi, elle se rendit compte que cette manœuvre était impossible. Elle ne voulait pas donner d'ordre à Octave, ce n'était pas sa place et à la limite, ça ne le concernait, mais cette vision avait été insoutenable pour elle. Le voir entrain de sourire avec eux... Son cerveau avait littéralement vrillé dans sa boîte crânienne. C'était tout simplement trop. Elle avait l'impression de se morceler, que tout son corps s'effilocher sans qu'elle puisse comprendre pourquoi, ou même comment. Pendant un court instant, elle se demanda si cette sensation était dû au prémisse d'une dépression, ou si elle était tout simplement entrain de devenir folle. Nerveuse, elle mordilla férocement sa lèvre inférieure.

« On a besoin de soutien. Je sais que c'est bête de dire les choses comme ça, que tout est toujours plus compliqué, mais finalement où tu te places dans tout ça ? La voyante se remémora le tirage de carte qu'elle lui avait fait. La femme, et l'Empereur. Un homme qu'elle supposait être un Mangemort. Elle avait toujours su qu'il avait ce genre de fréquentations... C'est quoi les enjeux pour toi quand tu traînes avec ce genre de types ? »

Il devait y avoir une raison, parce que Lina refusait tout simplement de croire qu'Octave puisse apprécier la compagnie de telles personnes. C'était impossible.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Sam 20 Jan 2018 - 18:53

Elle aurait préféré qu’il ait honte, mais pour des raisons mystérieuses, il n’en était rien. Qu’on lui reproche une conduite qui ne lui demandait aucun effort moral l’exaspéra donc au plus haut point, au-delà de stupides revendications de liberté adolescente. Il se demanda néanmoins un instant si son absence de culpabilité n’était pas banalement de l’indifférence qui couvait des embêtements qu’il n’avait pas envie d’assumer. Toutefois, ce qui l’exaspérait encore davantage était le bon droit, qui avait si bien guidé Miss Kaveline, qu’une fois confrontée à son absence de rédemption, elle se permettait de vaciller sous la blessure. Les invectives du bibliothécaire à son égard ne portaient pas la marque d’une curiosité, car il avait une vague idée de ce qui avait bien pu amener de telles revendications : les attentes. Elles n’avaient aucun rapport avec des valeurs personnelles, mais plutôt un système borné de croyances. Des croyances qui attribuaient instinctivement des rôles à chaque individu avec l’expectative de voir les attentes comblées quant à ces rôles. Et la déception n’avait d’yeux pour aucune valeur d’intégrité quant à ces rôles, seulement à leur correspondance vis-à-vis des attentes. Parce que si les méchants ne se comportaient pas comme de parfaits méchants et les gentils se soustrayaient soudain à représenter un quelconque guide moralisateur, sur quelle réalité pouvait-on donc s’appuyer encore ? Lina, comme tant d’autres, voulait juste qu’advienne ce qu’elle voulait qu’il advienne pour valider le fonctionnement de ses conceptions. Le besoin fondamental de ne pas se retrouver au cœur du chaos dans un monde où tout se contredisait, même les apparences et les attentes qu’on en tirait.

Octave toisa la voyante de ses yeux hautains, frustré qu’on lui impose encore ce type de désirs, qu’on lui demande des comptes en l’obligeant à supporter des déceptions qu’il n’avait en rien alimenté. Toujours des convenances qui ne portaient en elles que des expectatives égoïstes et rassurantes, probablement sans aucun égard pour ses convoitises personnelles, qui étaient directement attribuées au caprice facile. Lina semblait fatiguée et abattue, telle une mère qui subissait la fois de trop les divagations de ses enfants intarissables, ce qui attisa davantage la lassitude du bibliothécaire. Au fond, cette prétention rageuse n’avait que le goût de l’incompréhension, mais qui fut formulée avec si peu de délicatesse qu’Octave s’en trouva irrévocablement blessé, sans la moindre envie d’être patient et charitable en retour. Il fléchit un genou, se reposa sur une seule jambe, avouant sa fatigue et attendant pourtant avec plus de constance qu’il ne se l’avouait des réponses dont il connaissait déjà le propos.

« On a besoin de soutien Octave. Tu ne peux pas... Assister à tout ce qu'il se passe au château et après boire un verre avec des Mangemorts. Ils ont la main mise sur nous, on arrive pas à reprendre le dessus. Si tu leur parles, c'est que quelque part ils ont gagnés. »

Il se serait peut-être attendu à quelque chose de plus personnel, plutôt qu’un appel à la collectivité. L’émotion qu’elle avait mis dans ses paroles le rebutèrent presque, tandis qu’elle lui jetait un regard humide, auquel il ne sourcilla pas. La facilité rigoureuse du raisonnement, cette tendance à prendre des raccourcis, brouillait efficacement le paysage jusqu’à le rendre joliment flou, artistiquement et conceptuellement agréable à regarder. Elle l’attirait consciencieusement vers les rivages de ses réflexion et Octave refusait de se laisser faire, de participer à des dispositions qui n’étaient pas les siennes. Pire, il ne fléchissait pas devant les présomptions, plus orgueilleux que jamais, plus blessé qu’à l’accoutumée. La compassion pour les mots faciles était une pitié qu’il lui refusa catégoriquement, simplement parce que cela lui fut presque arraché au lieu d’être demandé.

« On a besoin de soutien. Je sais que c'est bête de dire les choses comme ça, que tout est toujours plus compliqué, mais finalement où tu te places dans tout ça ? C'est quoi les enjeux pour toi quand tu traînes avec ce genre de types ? »


Elle avait commencé son discours dans le mauvais ordre et cet adoucissement graduel l’avait desservie, car elle avait châtié la fragilité du bibliothécaire trop vivement et sans prévenir, refermant sa coquille et l’irritant davantage que ce qu’il aurait pu l’être de coutume. Sentant une douleur dans son œil gauche, presque familière ses deux dernières semaines, il cligna des paupières, pressa ses doigts contre, avant de revenir à l’étudiante qui soutenait bien mal le poids de ses propres mots. Octave s’approcha d’elle à la féline, vicieux et âpre dans sa démarche joueuse. Il glissa son genou replié entre les fines jambes, l’empêchant de fuir, releva le menton et souleva un lent sourcil circonspect, si bien arqué qu’il accentuait la courbe satanique de ses arcades. Il la dévisagea un instant, songeant soudain à un détail de sa formulation. « Si tu leur parle, c’est que quelque part, ils ont gagné. » Octave eut un sourire étrange, de ceux qui illuminait les yeux d’une lueur sombre, sans toutefois soulever le coin des lèvres. Pourquoi lui en particulier ? Etait-il une espèce de phare archétypal dans son esprit, qui n’avait pas encore été corrompu jusqu’à ce soir ? L’ultime rempart qui n’avait pas reconnu la défaite ?

« Mais ils ont gagné. Ce n’est même pas une question qui se pose. Ce qu’on peut se demander en revanche, c’est pour combien de temps ? »

Il toisa avec une parfaite absence de doutes cette jeunesse qui ne connaissait que les doucereux prémices d’un régime qui n’avait pas encore eu le temps de les corrompre. Pire encore, ils s’imaginaient que ce qui se passait, parce que ça ne convenait pas à leurs définitions de la décence, fonctionnait selon une hiérarchie et des schémas différents de ce dont ils avaient l’habitude. La nuance résidait dans le reversement des valeurs, mais les comportements demeuraient les mêmes. Ceux qui s’entendaient le clamaient, en dépit des marginaux, les réduisant au silence et à la dissimulation. Octave eut du mal à tarir l’agitation qui croissait en lui, l’opinion qui ne savait comment protester sans ironie, comment revendiquer tout haut et sans méchanceté qu’il s’enfonçait dans des puits bien plus sombres que les facilités qu’on lui prêtait. A la place, il soupira, renversa légèrement la tête en arrière et continua à regarder l’étudiante à couvert de ses longs cils.

« On a besoin de soutient. »
Il eut un court ricanement sans bruit, ni souffle. « Qui ça, on ? Du soutient dans quoi, les apparences ? Tu me demandes de tenir sur mes deux jambes à votre place, Kaveline ? D’agir avec droiture et dignité en défendant vos intérêts ? Aux dernières nouvelles, ça n’apporte pas grand-chose d’être honnête il me semble. »

Octave la dévisagea, ostentatoire et rhétorique dans ses questionnements les uns plus acides que les autres. Parce que l’affront qu’il avait reçu croissait à mesure qu’il palabrait, le bibliothécaire avança son visage détendu dans la nonchalance sarcastique vers l’étudiante, prêt à agresser un animal déjà blessé, mais pas pour les bonnes raisons. Il avait le vague souvenir de quelqu’un lui portant les mêmes allégations et il ne s’en sentit que davantage cravaché.

« Comment pouvez-vous, mademoiselle la préfète, accepter de prendre un rôle dans une hiérarchie si détestée ? Comment pouvez-vous vous amuser dans un bar tandis que certains de vos camarades souffrent dans les cachots ? Pourquoi portez-vous encore votre insigne, alors que vous ne réagissez pas lorsque des élèves se font torturer ? Où est passée le soutient que vous me demandez ? Etait-il là quand on était tous à la bibliothèque et que vous vous êtes collectivement opposés à la punition de Breckenridge et de Mongomery ? Etait-il là pendant vos cours de torture sur les né-moldus ? Ou durant la nuit de souffrance ? »

Sa sentimentalité lui jouait des tours probablement. Il était outrageusement proche de la jeune femme, sans savoir s’il s’agissait d’une proximité menaçante ou sécurisante, de sorte à ce que personne n’entende la conversation, même par hasard. Il était cruel, mais pas inconscient, et c’était pour tout dire strictement personnel. La petite Kaveline avait bien jadis consenti à prendre son corps sans son âme ; ce n’était pas le moment pour refuser après tout. Octave se pencha donc autant qu’il le put, baissant la tête jusqu’à presque sentir la caresse des cheveux noirs. Mais malgré la ruse, il redevint sérieux, perdant l’allégresse de l’ironie pour rendre à la conversation le ton grave qu’elle méritait malgré tout. Et comme il était près, sa voix ne fut qu’un souffle sinistre et amer :

« Je suis un sang-mêlé, fils d’une sang-mêlé, fille d’une sang-mêlé, descendant de toute une génération de bâtards. Où crois-tu que je me place ? Tu es naïve si tu crois qu’ils ne trouveront pas un jour une raison pour se débarrasser de moi, de toi, de l’école… Parce que j’assiste à ce qui se passe au château, non seulement je peux, mais je veux boire des verres avec des Mangemorts. Crois-moi, si c’était par ambition ou par lâcheté, cela ferait longuement que la marque des Ténèbres ornerait mon bras. »


Octave voulut sourire, mais se sentit pâle et la peau raide autour de sa bouche se rebellait aux émotions. Ses yeux, emplis du placide désastre de leur situation, fuirent pendant un temps, cherchant refuge dans les recoins des vêtements et sur la courbure des corps. Une fois l’ardeur exultée et le cynisme exorcisé, il ne demeura que la fatigue et l’ennui de voir les choses avancer si lentement et avec peu de constance. Prêt à se prétendre esclave, il demanda sans convictions, que pour l’accabler un peu plus et prouver sa propre liberté :

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse, Kaveline ? »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Dim 21 Jan 2018 - 13:37

Il se positionna de telle manière qu'elle était coincée. Pourtant elle n'avait pas cherché à s'enfuir. Son cœur se mit à battre plus vite, sans qu'elle parvienne à en connaître la raison, et son tout nouveau tic prit le dessus. Un battement, deux battements, trois battements. Quand elle en compta douze, Octave reprit la parole avec une expression que Lina ne lui connaissait pas, et qu'elle n'appréciait pas. D'un coup, il y a avait comme une bizarrerie chez le bibliothécaire.

« Mais ils ont gagné. Ce n’est même pas une question qui se pose. Ce qu’on peut se demander en revanche, c’est pour combien de temps ?»

Sur l'instant, elle eut l'impression que quelque chose se gelait à l'intérieur d'elle. À cause de cette sensation si étrange, elle crut percevoir chacun de ses organes : ses poumons qui essayaient péniblement de se gonfler d'air. Son estomac, creux et petit, son cœur encore jeune, ses muscles. C'était désagréable. Puis elle se calma, comprenant soudain qu'il avait raison. L'ennemi avait effectivement déjà gagné. Mais une bataille, et non pas la guerre.  La sorcière baissa la tête, mais hocha la tête. Une bataille, pas la guerre.
Quand il soupira, elle put sentir son haleine. Légèrement alcoolisé, à cause d'une boisson sans doute plus forte que ce qu'elle avait pu boire.
Son ricanement sonna comme le glas. Elle le trouvait différent. Bien sûr, il savait soulever les bonnes questions, manier les bonnes manettes et éventuellement appuyer là où ça faisait mal. Mais en cet instant, il était différent. Plus amer peut – être... Elle leva son regard particulièrement inquiet, tout en redoutant ce qui allait suivre. Y avait – il du dédain dans sa voix ? Lina entrouvrit la bouche, sans comprendre ce qui lui tombait dessus. Non. Elle ne lui demandait pas de lever sa voix contre le monde à sa place, ni de la remplacer pour mener un combat. Il lui prêter des intentions qu'elle n'avait pas. Mais c'était peut – être normal quelque part. Après tout, l'on se demande toujours ce que l'autre peut bien vouloir de nous.  
Elle aurait voulu lui dire que si, l'honnêteté importait. Surtout celle qu'on se devait à soi-même. Mais Octave l'avait soufflée. Le vent trop froid semblait vouloir lui arracher la peau et ses joues en rosirent. La sorcière frissonna. Soudain, elle fut contente que cet homme soit si près d'elle, de pouvoir récupérer des micro-particules de sa chaleur. Pourtant, elle se sentait malmenée, idiote et démunie face à lui, comme si elle était toujours en tort. Il avança son visage d'elle. Ils étaient tellement proches qu'elle aurait pu compter les poils de sa barbe si elle en avait eu envie. Une image lui vint : celle d'un fauve prêt à bondir sur sa proie.

« Comment pouvez-vous, mademoiselle la préfète, accepter de prendre un rôle dans une hiérarchie si détestée ? Comment pouvez-vous vous amuser dans un bar tandis que certains de vos camarades souffrent dans les cachots ? Pourquoi portez-vous encore votre insigne, alors que vous ne réagissez pas lorsque des élèves se font torturer ? Où est passée le soutient que vous me demandez ? Était-il là quand on était tous à la bibliothèque et que vous vous êtes collectivement opposés à la punition de Breckenridge et de Mongomery ? Etait-il là pendant vos cours de torture sur les né-moldus ? Ou durant la nuit de souffrance ? »

Ses yeux se mouillèrent de larmes qui ne débordèrent pas. Pour la deuxième fois en quelques minutes, elle lui jeta un regard remplit de rage. C'était vraiment un coup bas de sa part. Facile, tellement facile. Surtout pour lui. D'instinct, elle eut un mouvement de recul.
Elle aurait pu répondre à chacune de ces questions. Son rôle de préfète ? Il lui permettait d'avoir un pied dans la hiérarchie pour reprendre ses termes, tout en étant dans la Résistance. C'était essentiel. Dans ce bar, elle ne s'amusait pas, elle essayait de se raccrocher à la vie. Dans la bibliothèque, elle avait caché les livres et était restée au côté d'Andrée. Le cours des Né-Moldus ? Elle l'avait séché. La nuit de souffrance ? Elle l'avait subie. Machinalement, elle gratta la plaie de son bras qui cicatrisait plus lentement que la normale, à cause des nombreuses réouvertures par grattage que son hôte lui infligeait, surtout la nuit, pendant ses cauchemars. Mais c'était vrai qu'elle n'avait rien fait pour Meredith et Malia. Pourtant elle ne baissa pas les yeux. Ne rien faire en public était la seule action qu'elle avait pu faire à ce moment-là et c'était sans doute aussi difficile que de brandir une épée pour foncer tête baissée dans le combat.

« Je sais ce que j'ai fait, ou ce que je n'ai pas fait, et j'essaie de vivre avec. Au lieu de feindre l'indifférence, ou de prétendre que les choses n'existent pas ».

Il s'était encore rapproché, dangereusement rapproché. Lina se senti mal à l'aise : les mots qu'il avait eu pour elle, lui avait fait l'effet d'une morsure particulièrement douloureuse. Elle n'était pas naïve, elle savait que c'était une question avant qu'ils ne s'apprennent au château, aux gens qu'elle aimait, et à elle – même. À un moment où à un autre, les raffleurs trouveraient sa mère, et toute sa famille tomberait. Ils apprendraient ensuite que sa défunte sœur n'était qu'une cracmolle. Ils tueraient sans aucun doute sa mère. Probablement pas son père, à cause de ses origines et de son statut au Ministère. Sans doute se poseraient – ils la question à son sujet. Elle savait pertinemment tout ça. Lina l'avait ressassé, parfois pendant dans heures. La question était donc, que voulait – elle fait du temps qui lui restait ? La réponse c'était imposé à elle. Se battre. Comme pour asseoir un peu mieux sa position, elle posa sa main glacée sur le torse d'Octave et le repoussa un peu. Pourtant, elle ne le rejeta pas vraiment, car elle laissa ses doigts posés contre le tissu de son manteau.

« Que veux – tu que je fasse, Kaveline ? »

C'était une bonne question. Une très bonne question. La sorcière chercha à relier les éléments, à mettre les choses dans le bon ordre.

« Contrairement à ce que tu sembles croire, je ne te demande pas d'être parfait, ou de jouer au brave petit garçon. Ce qui est cruel et injuste doit être combattu, peut importe que ce soit de notre côté, ou du leur. Ce n'est pas une question de ce qui est bien et qui mal. Ce que je vois aujourd'hui, c'est qu'ils veulent que nous formions un tout. Un tout docile, qui ne discute pas et qui se conforme à leur règle. Aucun système n'est parfait. Mais avant au moins, on avait la possibilité de s'exprimer, de se manifester. Maintenant si je le fais, je mets ma vie en péril. Tu trouves ça normal, toi ? ».

Elle n'avait pas répondu à la question. En revanche, elle avait effacé d'un revers de manche ce qu'elle ne voulait pas : une dictature. Et de bons petits soldats, d'un côté comme de l'autre. Que pouvait – il faire, lui ? Quelle était sa place dans le monde ? Sur ce point – là, Lina ne pouvait rien faire pour lui. Elle était comme toutes les personnes de ce monde. Son seul don consistait à pouvoir, parfois, soulever le voile du futur. Et encore, il arrivait qu'elle se trompe. Le monde de l'interprétation était un endroit délicat, et elle en faisait les frais tous les jours.

« Tu pourrais peut – être faire comme si tu me connaissais un peu et m'appeler Lina ? »

Elle n'aimait pas qu'il l'appelle par son nom de famille, c'était trop distant, trop officiel. Juste trop. Ses doigts s'appuyèrent un peu plus sur le tissu de sa veste, et elle tenta l'ombre d'un sourire. Elle ne voulait pas le changer, elle ne voulait pas le forcer. Elle espérait seulement qu'il soit honnête envers lui – même, tout en reconnaissant qu'elle n'avait aucune leçon à donner. Après tout, elle apprenait encore à digérer tout ce qu'elle n'avait pas su faire.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Dim 21 Jan 2018 - 21:59

Comme tous ceux qui doutaient et manquaient en confiance, Octave avait tâché de donner le premier coup de sorte à ce que ce soit celui de grâce. L’idée que Lina puisse se relever pour lui lancer un reproche contre lequel il n’aurait aucun moyen de se défendre l’effrayait. Il avait soigneusement écouté son orgueil, puis cheminé sur les horizons du trou noir qu’était sa vie à la recherche de fautes répréhensibles, qu’il trouvait sans mal, ne sachant s’il devait s’en vouloir ou faire fi de tout. A aucun instant ne s’était-il retourné pour creuser le bon fondement de ses actes, se fiant à son instinct, qui n’avait eu cesse de vaciller ces derniers temps, l’obligeant à regarder par-dessus son épaule avec crainte. En attendant, il châtiait si bien que l’étudiant se tut, un instant docile, le temps de retrouver le fil d’une pensée qu’il avait coupé. Mais en même temps que la rage, elle lui offrait une curieuse angoisse ; faiblesse qui le rasséréna lâchement. Ce n’était pas un sujet où il pouvait admettre quelqu’un d’égal. Il refusait qu’on en sache à son sujet davantage que lui-même, que quelqu’un le découvre mieux que lui pour le prendre au dépourvu. Sa mère avait été la seule ombre à le surplomber complètement, faisant écho en lui comme l’aiguille d’un phonographe ayant enfin trouvé le bon sillon, et il n’en voulait plus. Pourtant Lina était là, à essayer de lui insinuer quelque chose sur lui-même, ne recevant en échange qu’une sévérité étrange et privée de toute autre expression, le refus d’accorder un tel pouvoir, jusqu’à ce que finalement la lassitude prenne le relais à la cruauté qu’il s’évertuait à imposer.

« Je sais ce que j'ai fait, ou ce que je n'ai pas fait, et j'essaie de vivre avec. Au lieu de feindre l'indifférence, ou de prétendre que les choses n'existent pas. »

Il devint froid et doux, baissa les yeux si bien que la lumière d’un gris métallique, versée par les lourds nuages, polit ses paupières bombées, lui donnant l’air encore plus hautain que s’il l’eut regardée de front. Elle se défendait tandis qu’il l’attaquait sans se désarmer, ne cherchant toutefois pas à l’éviter autrement que par l’attention des yeux, contrainte à battre en retraite vers un quelconque refuge, une autre valeur sûre, une autre épaule efficace… Il jugea qu’elle ne le méritait pas, ce réconfort, et attaqua encore. Mademoiselle avait les qualités de ses défauts et les portait bien ? Octave ignora les éventuelles réprimandes qu’il pouvait desceller et se contenta de sourire amèrement d’un sourire sans joie ni bonheur, rictus méchant sur sa bouche mielleuse. C’était facile de vivre avec quelque chose si on ne le regardait pas. Véritablement, au château il n’y avait que de l’amertume et des yeux fermés, silhouettes immobiles dont aucune n’osait bouger. Ils étaient tous incapables de vivre, mais aucun n’avait envie de mourir, alors ils subsistaient en prétendant ne rien pouvoir faire de plus, tout en refusant de se sacrifier, se contentant de subir.

Fléchissant sous les coups, elle se rebella enfin, posant une main dure contre son torse bombé en bouclier et tenta de le repousser. Octave se laissa docilement faire au début, mais refusa de reculer davantage que le permettait sa domination, se figeant finalement avec cette paume posée contre son cœur. Il aurait préféré, pour la forme, qu’il s’arrête de battre. Au lieu de se retirer, Lina demeura au creux de sa tendresse sans bouger, comme pour sentir la vie courir encore sous sa peau. Octave en frissonna et tandis qu’elle parlait, pour contrarier la chaleur de son corps et l’inquiétude de son cœur, il s’appuya sur les doigts, leur imposant sa ténacité juste assez pour spécifier qu’il était plus fort qu’elle dans tous les sens du terme.

Elle joua sur les mots, ne disant toujours pas la vérité, ni le fond de sa pensée. Le moment de l’insulte était manifestement passé, mais Octave ne s’en satisfaisait pas, ce qui conforta ses yeux dans la lassitude âpre. Non, on ne lui demandait jamais des attitudes compliquées, rien de substantiellement difficile, que de petites choses. Alors plutôt que de lui ordonner, Lina posa une épreuve à sa conscience, la provoquant à réfuter des états de fait qui faisaient souffrir tout le monde, même ceux qui les avaient instaurés. Il savait où elle voulait en venir et ne comptait, encore une fois, pas jouer le jeu. Elle voulait l’entendre dire que rien ici n’était bien, que tout était corrompu et malsain au point où l’on était contraint à revenir aux craintes fondamentales de l’existence. Mais c’était là les questionnements de quelqu’un qui était figé, comme un chat que l’on libérait dans un nouvel appartement. La plupart d’entre eux se trouvaient en territoire inconnu et s’étaient immobilisés à ne savoir que faire, se réfugiant derrière un comportement de proie en espérant que l’absence de mouvements les garderait invisibles et en sécurité. Il sourit encore, pour accroître l’impression de somptueux cauchemar, d’arrestation arbitraire, d’enlèvement équivoque et secoua lentement de la tête. Octave parla d’une voix rendue douce par sa malice, se faisant économe en mouvements, mais gardant en pression constante la main dans le creux de son torse.

« Leur côté, notre côté, ce qu’ils veulent, ce que nous voulons… On est tous dans le même bateau. Les horreurs sont perpétrées par des gens comme toi et moi, qui trouvent plaisir à appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux. » Il fit une pause, pencha la tête sur le côté, comment pour prendre de l’élan entre le général et l’individuel. « Taire l’opinion qui s’oppose à nous… N’est-ce pas ce que tu as fait en venant me réprimander ? Comment-veux-tu que j’y voie la monstruosité alors que ce n’est qu’une grandiose manifestation d’un trait propre à quasiment tout le monde ? Le confort. Le confort sans logique ni confrontations. Je suis sûr que tu as déjà tourné le dos à quelqu’un qui t’étais suffisamment opposé pour te fatiguer. » Octave pencha la tête pour regarder la petite main qui le repoussait mollement, sans véritable volonté, lui quémandant secrètement assez de sensibilité pour se taire. « Les gens qui t’oppressent, à quelques détails près, te sont semblables. Parle leurs, et tu apprendras qu’ils n’aiment pas les Carrow autant que toi, que Rogue les exaspère et qu’ils trouvent Bellatrix folle. On est tous comme des fourmis. On suit celui qui est devant nous en comptant nos pas et en espérant arriver à destination. Il suffirait de mettre une brindille en plein milieu pour que tout le monde butte dessus sans savoir quoi faire… »

Il avait trop parlé et resserra sa mâchoire tendue, regardant autour de soi comme celui qui craignait qu’on le surprenne à voler quelque chose. En temps de guerre, comme de paix, ce n’était pas des choses à savoir ni à dire. Véritablement très peu de Mangemorts étaient là par dogme et s’apparentaient davantage à des pièces qui se retournaient au gré de la chance. Ca, il en savait quelque chose. Octave ne s’était jamais borné à s’imaginer opposé à quoi que ce soit, ni réfractaire ou marginal au point de sauver quelques vies par ses agissements. Ses aventures de faux-semblant se donnaient à lui avec une trop grande facilité et sans grands écœurements pour qu’on daigne lui prêter du courage. Il faisait ce qu’il savait : évoluer en territoire inconnu jusqu’à le faire sien, puis s’en servir, quitte à ne pas correspondre aux apparences. En derniers recours, il recula finalement, laissant la main de l’étudiante suspendue dans le vide. Ses yeux brillèrent d’un éclat singulier, alors qu’il se retranchait dans une sorte de légère rancune :

« Je le ferai à condition que toi, tu cesses de faire comme si tu ne me connaissais pas ne serait-ce qu’un peu. Il n’y a que l’ignorance qui aurait pu te pousser à me faire ce genre de remontrances… Mais je doute que tu serais venue toucher le cœur d’un véritable ennemi. »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Lun 22 Jan 2018 - 13:11

Un sourire presque malveillant vint fendre son visage et encore une fois elle fut blessée des expressions qu'elle pouvait lire chez lui. Quelque part, loin dans son esprit, une voix se fit entendre et lui demanda avec fougue pourquoi il était si facile pour lui de le rendre inquiète, ou triste, mais Lina la fit taire. Elle avait senti sous des doigts la pression du bibliothécaire. S'il avait consenti à se reculer un peu, il n'irait pas plus loin. La sorcière n'était pas sûre de comprendre entièrement le message qu'il lui faisait passer, mais elle eu clairement dans l'idée que c'était lui qui menait la danse. Pourtant ce contact était rassurant et quelque part, elle y tenait. Serait – il possible qu'elle se soit habitué à lui, à son contact ? Elle avait eu le loisir de caresser sa peau à chacun de leur tête à tête.. C'était peut – être devenu une habitude...

Ses mots étaient tranchants. Acides. Et il les lui jetait à la figure sans aucun scrupule. Lina coula un regard vers lui, tout en se réfugiant derrière ses épais cils noirs. Il ne s'était jamais comporté de cette manière avec elle. Sa faute était donc aussi que ça ? Elle pinça ses fines lèvres roses, inquiète. Elle n'avait pas voulu lui imposer sa volonté en le surprenant dans le bar. Pendant un bref instant, elle se demanda s'il ne faisait pas exprès de ne pas comprendre la volonté qu'il y avait eu derrière cet acte. Le confort disait – il ? Elle haussa un sourcil et entrouvrit légèrement la bouche, laissant un air trop froid et sécher sa langue. Elle aurait voulu lui couper la parole lui que non, il ne s'agissait pas de confort, mais de liberté, ce qui était tout à fait différent du confort. Se battre pour elle, était un effort constant, épuisant. C'était aussi un combat sans fin qui ne s'inscrivait dans un aucun camps particulier. Parler de confort, n'était qu'une excuse pour se cacher, pour éviter le combat. Bien sûr qu'il fallait sans arrêt s'adapter pour survivre, c'était un principe d'évolution. Mais parfois, en de rare exceptions, s'adapter, c'était abandonner.

Pendant un bref instant, un vieux souvenir remonta à la surface. Lina se remémora son amie, Hermione Granger, avec sa boîte en métal à l'effigie de la S.A.L.E, la Société d'Aide à la Libération des Elfes. À cette époque, la jeune blairelle n'avait pas pris au sérieux la Gryffondor. La sorcière grimaça un peu et se promis de signer cette pétition... À condition de revoir Hermione un jour.

« Les gens qui t’oppressent, à quelques détails près, te sont semblables. Parle leurs, et tu apprendras qu’ils n’aiment pas les Carrow autant que toi, que Rogue les exaspère et qu’ils trouvent Bellatrix folle. On est tous comme des fourmis. On suit celui qui est devant nous en comptant nos pas et en espérant arriver à destination. Il suffirait de mettre une brindille en plein milieu pour que tout le monde butte dessus sans savoir quoi faire… »

Il ne fut pas surprise de voir qu'il en savait autant sur les sbires des mangemorts. Elle se doutait même que tous n'étaient pas là pour « la Cause » que défendait celui qui se faisait autrefois appeler Tom Jedusort. Mais ils avaient choisi de croire en une chance qu'on leur offrirait, sans se soucier du fond. Ou certains, plus ambitieux, s'étaient dit qu'ils auraient un meilleur poste au Ministère, elle en pensa notamment au nouveau Ministre de la Magie, qui avait saisit là une belle occasion pour accéder au pouvoir.

« Ils ne m'oppresse pas. Ils me maltraite. Il nous, et elle insista avec force sur ce dernier mot. Maltraite »

La différence, pour elle, était des plus importantes. Elle s'était parfois sentie oppressée par certains des Serpentards, qui aimaient s'en prendre aux élèves de sa maison. Ou encore dans la rue, tard le soir, ou même par Rogue et son regard si particulier. Ce que faisait les Carrow, c'était bien plus que de l'oppression. On parlait là d'effusion de sang, de torture, d'emprise... Et tout le monde savait pour quel crime Bellatrix avait été envoyé à Azkaban. Elle voulait bien croire qu'ils pouvaient se ressembler, sur certains points. Oui. Ça, elle pouvait l'admettre. En revanche, elle ne céderai pas de terrain quant à leurs actes.

Quand elle daigna le regarder à nouveau, il semblait s'en vouloir. Il s'était tendu. Lina le dévisagea, un moment. Elle pouvait presque voir le sang pulser à toute vitesse dans la veine de son cou. Puis, sans prévenir, il l'arracha à sa contemplation et recula un peu, mais suffisamment pour que la jeune femme puisse voir sa main, suspendue dans l'air. Elle fronça les sourcils, déçue qu'il rompe ce contact. Sa main retomba mollement sur sa cuisse dans un bruit mat.

« Je le ferai à condition que toi, tu cesses de faire comme si tu ne me connaissais pas ne serait-ce qu’un peu. Il n’y a que l’ignorance qui aurait pu te pousser à me faire ce genre de remontrances… Mais je doute que tu serais venue toucher le cœur d’un véritable ennemi. »

Elle se demanda vaguement si son prénom valait un tel chantage et trouva qu'il exagérait un peu, mais elle voulait bien lui fournir à nouveau des explications sur ce qu'elle avait fait, puisque manifestement, elle l'avait froissé.

« Je n'ai pas supporté de te voir avec eux. C'était vrai, et face à cette image, à cette étrangeté, la jeune femme était passé à l'acte. Pourquoi ? Elle ne le savait pas, il y avait là quelque chose de l'ordre de l’indicible ; de trop viscéral pour qu'elle puisse poser des mots dessus. Puis, plus timidement, elle ajouta : et j'aimerais bien plus te connaître figure – toi »

C'était vrai. Lina ne savait pas grand chose de lui. Bien sûr, il lui avait révélé quelques pans de sa vie et elle avait eu un bref aperçu de son passé quand elle lui avait tiré les cartes. Mais elle en voulait plus, beaucoup plus. Elle voulait savoir ce qui le faisait rire, ce qui le rendait parfois si amer, si contrarié. La jeune femme était intrigué par cet homme parfois si dur d'apparence, mais avec qui elle avait pu partager des moments presque intime et hors temps.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Mar 23 Jan 2018 - 16:30

« Ils ne m'oppressent pas. Ils me maltraitent. Ils nous maltraitent. »

Que sais-tu de la maltraitance, petite fille ? la moquerie amère glissa de son esprit jusqu’à la bouche, sans jamais en franchir les lèvres, se refusant ces réactions d’enfant aussi gâté que blessé. Octave ravala sa bile, acide, tandis que ses poings se serrèrent faiblement, rendus nerveux pas un fugace coup de vent qu’il ne pouvait pas tant apparenter à un souvenir qu’à un sentiment inexorable. Les yeux, d’un vert aujourd’hui rendu sombre par les lourds nuages, se perdirent dans le vague tandis qu’une obscurité se tendait en voile sur l’étendue laiteuse, couvrant les deux étangs émeraudes d’une brume crépusculaire. Derrière, il y avait un réseau intime d’odeurs et de splendeurs ; la vie battait en océan sur le revers de ses paupières et lorsqu’il les fermait, il lui arrivait d’entendre le chant lointain d’une sirène. Quelque chose bougea au creux de ses côtes, puis tout son être s’étira dans un soupir. La pomme d’Adam roula, déformant le col de la chemise d’un triangle tendu, tandis qu’il songeait à ce mot qu’était la maltraitance. Derrière le brouillard, au sein de sa chair, au-dessous de tout cela il avait une bien aimée morte, des enfants éteints avant d’être nés, un corps souffrant et un trou dans la conscience. Il la maltraitait aussi, la douce Lina. Justement parce qu’elle était douce et docile, et qu’elle ne lui répondait jamais rien de méchant en représailles à sa cruauté, se contentant de faire une moue à peine fâchée, mais toujours relevée d’un étonnement plaintif. Elle lui avait répliqué juste assez pour qu’il devienne à la limite injurieux, puis honteux de sa violence. Octave la contemplait sans gratitude, en souffrant, hostilement. Il souffrait de l’heure si peu avancée, de la pluie qui menaçait et de la vague singulière et indéfinie qui le faisait se sentir misérable. Moins gaie depuis une quinzaine, il montrait un calme passivement rageur, une égalité d’humeur obstinée qui frémit sensiblement en entendant Lina s’outrer de son comportement.

Il ne savait encore qu’en faire, s’il devait lui en vouloir ou non. La faculté nouvelle de sentir, de souffrir inopinément, l’intolérance qui était née d’il ne savait où, s’enflammait au moindre choc, et aussi cette loyale injustice, ce début dans l’élévation qui consistait à reprocher au médiocre sa médiocrité et sa philosophie. Et les sentiments frustrés qu’elle lui avait offerts lui parurent médiocres. Tout ça n’était qu’un caprice de celui qui châtiait les autres pour se sentir lui-même faible et défait. Mais elle continuait à ne pas le fuir, l’exhortant à la confrontation et la parole sans jamais vraiment le provoquer, gardant ce fébrile contact contre sa poitrine, jusqu’à ce qu’il le rompe.

« Je n'ai pas supporté de te voir avec eux.
- Tu es bien gentille de ne pas vouloir me voir avec eux. Mais quelqu’un doit bien s’accommoder de ces tâches-là. »

Dit-il tout aussi mystérieusement que presque tristement. Ses yeux brillèrent d’une victoire qui se satisfaisait pour peu qu’un effort fût fait. Orgueilleusement, il y supposa l’aveu sentimental, puis se retrancha à considérer le simple agacement de voir les forces ennemies grandir sous l’abandon des faibles. Qu’importait au fond, ce n’était pas en la compagnie de mangemorts qu’il se sentait le mieux, parmi ceux qui haussaient sans cesse des épaules comme s’ils voulaient se débarrasser du fardeau du savoir. Il s’ennuyait fort avec leur trivial et cruel primitivisme, qu’il rejoignait pours les mêmes raisons lorsqu’il peinait à réfléchir et voulait se sentir bien en se gaussant de peu et en étant gratuitement cruel. Mais il refusait à voir d’autres lui reconnaitre des défauts qu’il n’avait pas encore eu le temps de considérer lui-même. Pourtant, cette flatterie voilée suffit à vaincre sa résistance et, une fois la frustration déracinée et la victoire appréciée du bout de lèvres humides, Octave faillit se calmer.

« Et j'aimerais bien plus te connaître figure-toi »

Le bibliothécaire l’enveloppa d’un regard d’homme sagace, mûri dans les calculs et les concessions du grand amour. Son extrême lascivité revint à la charge devant cette requête probablement innocente, mais qui l’amusait par les conséquences insoupçonnées qu’elle abritait dans ses promesses. Il se méfiait de la candeur juvénile, de l’effervescence dont les jeunes femmes faisaient preuve en le nommant tout bas, et avec l’expectative que se réalise le souhait soyeux, tour à tour avec l’orgueil de la possession libertine ou le remord mélancolique d’une épouse qui s’ennuie, du nom d’amant, ou de chéri. Ce n’était pas la première fois que Lina lui insinuait un but caché par sa pudeur, désir qui se voulait ingénu, mais jamais parfaitement innocent à cet âge-là -et certainement pas avec une carrure pareille ni un charme bien conscient.

« Vraiment ? »

S’étonna-t-il, alors que ses sourcils bondissaient à la poursuite de sa voix. A peine avait-il laissé le temps à son exclamation de faire son chemin qu’il revint à la charge, les épaules détendues et la tête haute dans une attitude de suspicion amusée. Octave s’approcha, plus près encore que ce qu’elle lui avait tantôt permis avec sa petite main, et certainement à la limite de ce qu’il avait osé jadis, seulement arrêté par le muret sur lequel elle était assise et où virent butter ses genoux robustes. L’adolescente lui quémandait des comptes, puis insinuait des intimités soudaines avec ledit danger. Adolescente ? Ce qui était dangereux, c’était de la prétendre femme en espérant qu’elle ait pleine conscience de ses agissements. Il la regarda de la petite hauteur avantageuse que lui donnait sa taille, à peine pour illustrer cependant cette simplesse d’adulte, des gens mûrs qui s’étaient délivrés de leur naïveté bien trop tôt, de leur troublante pureté de pensée sans avoir pu la goûter vraiment. Et comme tout homme en qui la concupiscence se faisait sauvage, il tenta de l’effrayer pour la faire battre en retraite.

« Me connaître plus, tu dis ? » Gazouilla-t-il d’une voix pateline tandis que les doigts de sa main droite remontèrent le genou de Lina en la frôlant à peine. Ils coururent, joyeux tels les éclats de soleil sur des vagues mouvantes, longeant sa cuisse où s’accrochait à ses ongles la laine du collant, puis celle de la robe froncée. Octave laissa sa main faire sa besogne sans la considérer, toisant l’étudiante de son regard douceâtre, jusqu’à atteindre le poignet fin dont il se saisit pour en ramener la paume étroite à nouveau à son cœur. Il froissa ses vêtements, écarta les pans de son écharpe pour que les doigts veloutés se lovent entre les couches successives de vêtements au plus près de la chaleur de son torse, là où la peau brûlait presque en contraste avec l’air frais. « Que veux-tu donc connaître de celui qui trinque avec les Mangemorts ? » Les yeux d’un vert émeraude saillant émergèrent encore une fois de la confusion universelle pour toiser Lina, mesurant longuement cette immobilité significative qu’il leur imposait. Il n’avait pas l’air odieux, ni hargneux, mais son attitude toute en volupté sous-entendue n’attisait aucun plaisir tranquille. Ses doigts se serrèrent légèrement sur ceux de la jeune femme, moins pour l’es empêcher de fuir que pour rappeler leur présence.

« Je me souviens d’une lointaine conversation où nous marchandions mes valeurs et où la chair était vendue sans ses vertus. Nous en sommes donc encore là ? Qu’est-ce que tu veux vraiment connaître Lina, mon cœur ou… mon « cœur » ? »

Appuya-t-il finalement son geste par la parole. Que pouvait-on franchement vouloir de sa part lorsqu’on fleurissait d’un si jeune âge comme le faisait Lina ? Octave connaissait bien la plénitude épanouie de la belle jeunesse féminine, qui cherchait toujours la sagesse et l’expérience en dehors de son propre âge. Il était peut-être vaguement prétentieux dans ses suppositions, mais la sainte Bible était plutôt clair quant aux connaissances : on préférait vivre sa vie selon la chair plutôt que selon l’esprit. Et au point où le bibliothécaire en était, pas loin de Noël, tout aussi relativement seul que relativement vieux, il n’était pas contraire à ce qu’on achète son corps pour un peu de sagacité. Le nom de famille l’arrêta à peine : Kaveline avait beau être un juge, tout ceci n’était qu’une sombre blague et la fille de bonne éducation allait prendre la petite paume pour le repousser encore une fois. Une fois pour son esprit, une deuxième fois pour son corps, et le voilà définitivement rejeté ! Octave eut un demi-sourire, de ceux qu’on n’aimait pas voir sur le visage de sphynx, mais qui allaient parfaitement aux desseins qu’il projetait tranquillement. Sa deuxième main rejoignit la première, tandis que son souffle alanguis et un peu vineux s’allongeait sur l’arrête du nez de la jeune femme.  

« Si tu veux vraiment me connaître, il va falloir supporter plus que ça. Plus que la maltraitance. »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Mer 24 Jan 2018 - 13:47

Il s'était rapproché, encore. Plus prêt que jamais. Dans un premier temps, elle fut surprise. Elle sentit son regard, bien trop haut se poser sur elle et son esprit se figea un bref instant, son estomac se noua. Quelque part au fond d'elle, Lina eut l'impression qu'il lui faisait passer une sorte de test. Une fois de plus, Octave jouait à un jeu dont elle n'avait qu'une vague connaissance des règles.

Elle se surprit à ne pas sursauter quand ses doigts effleurèrent son genoux. Elle plongea son regard dans le sien, tachant de rester infaillible, inflexible. Oui, te connaître plus. Immobile. Avec son teint de porcelaine et ses lèvres roses, elle aurait pu ressembler à une statue. Elle éprouva la pulpe des doigts d'Octave jusqu'au plus profond de sa chair. Elle fut tentée de fermer les yeux mais balaya rapidement cette idée. Ne pas bouger, ne pas céder. Même pas d'un millimètre. Il remonta lentement jusqu'à sa cuisse et un frisson doucereux parcouru l'échine de la sorcière. Elle se retrouva incapable de savoir si c'était le froid ou Octave qui était en cause.
Il fit ensuite quelque chose d'imprévu. Sans brusquerie, mais avec une certaine fermeté, il vint se saisir de son poignet, et cette fois, elle fronça les sourcils, marquant ainsi son incompréhension. Après avoir écarté chaque pan de vêtement il replaça sa main sur son cœur, là où elle avait été quelques instants plus tôt. Pourquoi ? Bien qu'étonnée, elle apprécia ce contact, chaud. Ses doigts se replièrent très légèrement, appuyant un peu plus fort sur sa peau. Elle pouvait sentir les battements de son cœur, plus lent que les siens.  

« Que veux – tu donc connaître de celui qui trinque avec les Mangemorts. Puis après un petit temps, un regard intense et une légère pression sur sa main il ajouta : Je me souviens d’une lointaine conversation où nous marchandions mes valeurs et où la chair était vendue sans ses vertus. Nous en sommes donc encore là ? Qu’est-ce que tu veux vraiment connaître Lina, mon cœur ou… mon « cœur »?  »

Il la dévisageait. Elle ne baissa pas les yeux. Sans doute l'aurait – elle fait il y a encore quelques temps, mais plus aujourd'hui. Plus après les multiples claques qui l'avaient ravagée : quelque chose de son innocence avait fané. Il était étonnant de voir à quel point ces quelques semaines l'avaient changée. À certains moments, Lina avait l'impression d'avoir pris plusieurs années dans la figure et il lui semblait souvent que l'image que lui renvoyait le miroir n'était plus la même.

« Ce que je veux savoir de cet homme...? Elle s'arrêta un bref instant, ne doutant pas d'elle – même, mais du choix des mots qu'elle allait tresser. Ce qu'il aime. Ce qu'il n'aime pas. Ce qui le rend heureux, ou triste, ou en colère. Son passé. Ses plans pour l'avenir s'il en a. Son plat préféré...Ce qu'il pense de cette guerre, son livre préféré, ce qu'il prend le matin au petit déjeuner, ses habitudes. À la fois avec émerveillement et angoisse, la jeune femme comprit que sa liste était presque sans fin. Tout ce qu'il y a de possible à connaître.»


Elle eut peur qu'il se détache d'elle, qu'il l'envoie balader. Il pourrait se le permettre après tout. Mais engaillardie malgré tout, elle planta son regard dans celui d'Octave, se leva lentement, craignant presque qu'un mouvement brusque le fasse partir. Sans se départir de son calme apparent, malgré son cœur qui menaçait de jaillir hors de sa poitrine à tout instant, elle retira un peu fermement sa main, puis avec toute la tendresse dont elle était capable en cet instant, elle enroula ses bras autour de son cou le serra contre elle. Avec douceur et délicatesse : comme elle l'aurait fait avec un oiseau, assez fort pour ne pas qu'il s'envole, mais pas trop tout de même pour ne pas le blesser.

Puis elle repensa à sa dernière phrase et à ce fameux premier soir qu'ils avaient passé à la bibliothèque. Pendant un instant elle eut peur, mais sa question était quelque part essentielle. Pour se donner quelques instants supplémentaires de répit, elle décida, consciencieusement de recouvrir l'homme aux livres, en défroissant ses vêtements, en replaçant son écharpe qu'elle lissa avec la paume de sa main.  Plus elle y pensait et moins elle arrivait à se souvenir de comment lors de cette soirée d'Octobre ils en étaient venus à parler de ça. À chaque fois qu'elle apercevait un souvenir et qu'elle essayait de le saisir, il glissait entre ses doigts comme de la fumée. Cette sensation lui était familière : c'était comme tenter de se souvenir d'un rêve. Plus on le ressasse, plus on veut de détail et plus ce dernier détail, sans scrupules. En revanche, elle se souvenait très bien de sa réponse. La sorcière replaça sa main droite sur son torse, mais dont il vint se saisir et plaça la pulpe de ses doigts de son autre main sur sa tempe. Enfin, après de longues secondes, elle lui décocha de flèches vertes, bourrée d’inquiétude.

« Je croyais qu'ils ne t'appartenaient plus ? »

Au même moment, elle tapota doucement ces deux endroits cibles. Le corps et l'esprit. Ils devaient normalement appartenir à une femme, que Lina n'avait connu que par ses cartes. Une femme qu'elle avait surnommé Blondie, dès l'instant où à travers la lame de Tarot elle avait ressentie son existence. Puis elle remémora leur deuxième rencontre. Toujours à la bibliothèque. L'état dans lequel elle l'avait trouvé, épuisé, la façon dont il avait posé sa tête ses genoux. Est – ce que tout était relié à cette femme ?

Un pli soucieux vint barrer le haut de son front. Elle ne se souvenait plus des mots qu'il avait employé à son sujet, mais elle rappeler parfaitement la façon dont il en avait parlé : ses soupirs, sa difficulté à trouver les bons mots, ceux qui seraient assez fort pour expliquer à précision la justesse de ses sentiments envers elle. Il lui avait alors souhaité d'éprouver la même chose. Et Lina n'en avait pas vraiment fait. L'amour était encore une chose abstraite pour elle, malgré ses quelques histoires. Elle n'était jamais vraiment tombée amoureuse. Comment expliquer ce qu'elle avait ressenti... Une affection profonde ? Peut – être... À une époque elle avait vaguement confondu le fait de vouloir voir les gens heureux avec de l'amour. Elle n'avait compris que bien plus que tard que même si c'est deux choses s'imbriquaient souvent, elles ne s'égalait pas. Non. Lina n'était jamais tombée amoureuse, elle n'avait jamais cherché à l'être non plus. Quand son célibat avait plusieurs fois pris fin, ça avait toujours été de façon un peu inattendu ; c'était ce qu'elle avait appelé « ses jolies petites surprises » qui égayaient sa vie, mais qui ne lui était pas non plus nécessaires. Mais de toute façon un long moment qu'elle s'était convaincue qu'elle finirait folle, comme son ancêtre. Or, personne n'aime les fous, personne ne s'entiche d'eux. C'était tout du moins ce qu'elle pensait, même si elle espérait de toutes ses forces que l'inverse soit possible.
Puis, après un bref instant, elle s'éveilla du train de sa pensée.

« Plus que la maltraitance ? »

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Dernière édition par Lina H. Kaveline le Sam 27 Jan 2018 - 16:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Jeu 25 Jan 2018 - 2:45

Il aimait la voir figée par de sentiments si forts qu’ils empêchaient le moindre mouvement. L’instinct primitif lui dictait le plaisir de l’autorité sans crainte, et il voyait depuis la hauteur vertigineuse que lui procurait l’assurance du trouble imposé, toute une vie de faiblesses défiler dans les yeux adolescents. Mais son propre despotisme n’était que latent, empêchant l’enfant de fuir parfaitement, autrement que par les yeux qui, sans bouger pourtant, comme disparaissaient derrière un aveuglement hésitant à se plonger dans l’âme de celui qui promettait un jeu sans règles. Peut-être savait-elle qu’il était encore trop doux et tendre pour effrayer véritablement, restant sous sa coupe comme un rocher attendant que la vague océane s’abatte sur lui. Lina ne fléchit cependant pas sous l’ondulation savante de ses doigts, résistant à l’agression sans plaisir, soutenant son regard tout comme son toucher avec le renoncement d’une condamnée pleine de résignation. Octave flirta consciencieusement avec les déchirures et les limites de la patience bienséante, se demandant à quel point il allait devoir remonter loin dans la chair avant de lui faire suffisamment mal pour provoquer une crainte instinctive. Pour tous deux il semblait que les frôlements lascifs n’avaient rien d’un plaisir et tout du défi, le bibliothécaire tirant néanmoins toujours satisfaction à faire fleurir l’orée de l’ostentation. Pourtant, l’immobilité tremblante que l’adolescente lui offrait, le halo féérique d’un souffle tiède, suggéra l’abîme involontairement voluptueux qu’imposaient ses caresses languides et joliment polissonnes. Jusqu’à l’étonnement, qui se dessina dans l’air en bouche ronde. Oh ! La main prisonnière, Lina continuait à le défier avec son impassibilité, comme une mère supportant les caprices de son impétueux enfant, la patience un peu soumise. La passivité était facile, et Octave attendait avec avidité ses réponses, prêt à tout lui donner ou tout reprendre à la moindre maladresse suspendue dans le vague.

« Ce que je veux savoir de cet homme ?... Ce qu'il aime. Ce qu'il n'aime pas. Ce qui le rend heureux, ou triste, ou en colère. Son passé. Ses plans pour l'avenir s'il en a. Son plat préféré... »

Son cœur se mit à battre plus vite sous l’aveu de cette sincérité banale, mais l’orgueil refusait de reculer pour que la petite main pressée si fort ne perçoive rien de son émoi. Elle était d’une telle simplicité, d’une telle sincérité désarmante qu’il se tut en essayant de ne pas respirer trop fort pour compenser les cavalcades de son sang, qui s’agitait comme du champagne. Il eut la fulgurante sensation que ces mains se frayaient un passage dans sa chair, ne trouvant pas le contentement dans de superficielles caresses, et ce fut une délicatesse qui le blessa, car il n’aimait que les mendiants et les affamés. Ils lui faisaient oublier son propre inassouvissement. Mais voilà qu’on lui touchait la peau si délicatement qu’il se remémora d’un mouvement soudain de l’âme la pauvreté et pénurie de sa tendresse. Il refusa d’y céder, repoussant la houle battante dans les recoins sombres de sa méfiance âpre et renversa sa tête vers l’arrière, toisant le ciel gris tel un dévot implorant le ciel d’une clémence sans jamais la recevoir. Mais au lieu de quémander, Octave soupira bruyamment, troquant le trouble contre l’ennui et faillit jurer pour se plaindre d’une gamine qui cherchait de la profondeur là où il ne voulait pas en donner. Franchement, Miss Kaveline ? Il se fâcha presque de la voir si obstinément naïve. Si férocement intéressée par autre chose que ce qu’il voulait bien lui offrir.

Il voulut l’inculper avec négligence, comme l’on fait avec quelqu’un dont on n’a pas envie d’écouter les leçons, mais la jeune femme lâcha sa prise, lui faisant croire à un abandon. Il baissa sa tête que pour la voir lui tendre les bras avec une expression de dévouement proverbial, qui fit remonter à la surface tout ce qu’il avait sévèrement tenté de réprimer. Il ne vit bientôt plus que le mur en brique rouge derrière le muret et le ciel d’un gris généreux, tandis que les cheveux noirs se déposaient en caresse volage et tiède sur ses lèvres obstinément closes. Les bras autour de son cou, le poids de son corps contre le sien, l’angle de ses coudes repliés, la chaleur solaire qui se polarisait dans les plis serrés de leurs vêtements… Octave ne comprenait pas le sens de cette étreinte. Elle était gratuite et comme avec toute chose qui lui venait sans mérite, il la considéra en accident suspect que l’univers créait pour rétablir l’ordre habituel des choses. L’exception qui confirmait la règle, la Terre qui confirmait la singularité de vie, la douceur qui confirmait son absence. Peu enclin au rejet lui-même, il ne la repoussa pas, mais resta passif à cette attention comme elle le fut à la sienne, mais pas pour les mêmes raisons. Un puissant sentiment donna du panache à sa blessure, là où les mains de Lina avaient creusé leur chemin, tandis qu’il se remémorait un poids semblable sur ses épaules de bras plus fins peut-être, sa vue brouillée par une mer de cheveux vaguement blonds. Lina l’avait-elle déjà étreint ? La stupeur quitta son visage, où montèrent l’expression de la sévérité, une grimace amère et triste qui n’avait point d’âge, un mépris, tout viril, pour la faiblesse étrange de la jeune femme qui était tendre avec cet homme qu’elle ne pouvait pas voir être cruel. Voulait-elle faire fondre quelque chose ? Le hasard de l’élan tendre continuait à le brûler et à le faire souffrir à la manière d’une peau trop froid choyée par des mains tépides, faisant bondir son cœur jusqu’à heurter sa gorge.

Il crut suffoquer lorsqu’elle le libéra enfin, seulement pour fermer d’un geste affectueux les couches de vêtements en désordre. Octave eut le sentiment d’être un esprit corrompu, individu de petite vertu à qui l’on offrait une caresse sensible pour le conforter sur les aléas injustes de la vie, avant de couvrir son impudeur aux yeux du monde. C’était des gestes que seules deux femmes avaient eu à son égard, avec des motivations bien différentes cependant, et il peinait à céder tant l’une était emplie d’horreur, tandis que l’autre débordait d’amour. Horreur monstrueuse dont il se méfiait viscéralement et amour qu’il gardait pour la femme morte qui vivait dans son cœur. Aussi, considéra-t-il finalement Lina en petite prude qui tentait de le convaincre par des gestes qu’il n’était pas obligé de s’offrir pour se donner. Se forçant à la tranquillité, il la regarda avec une douceur sibylline, trop mielleuse pour être véritablement sincère. Elle semblait enfin prête à mettre des mots sur ce qui la tracassait, tout autant que des mots, car l’adolescent posa ses mains sur sa tempe et sa poitrine dans une sorte de réanimation. Entre le cœur et le cerveau, à se demander ce qu’elle allait essayer de ressusciter.

« Je croyais qu'ils ne t'appartenaient plus ? »

Il s’étonna d’abord de la bagatelle ingénue, puis se souvint de la métaphore à la bibliothèque et eut un rire de gorge. Puis, d’un mouvement de tête impétueux, il se débarrassa de la main qui s’accrochait à sa tempe, laissant l’autre paume proche de son torse sans y toucher, comme s’il craignait plus l’altération de l’esprit que celle du cœur.

« On appartient toujours à quelqu’un d’autre. Les gens sont cannibales, Miss Kaveline. »

S’amusa-t-il, énigmatique, se moquant un peu de la sensiblerie dont il avait fait preuve lors de leur rencontre. Aussi réticent qu’il fût, Octave appartenait à sa mère. Son amour éternel appartenait à Jane et se contentait douloureusement à présent d’être un miroir sans reflet. Mais il cherchait, car une promesse fut faite, à s’unir encore et à tout donner dans la félicité, s’y soustrayant férocement à force de ne pas trouver d’égale à celle qui fut la première. Il se trouva stupide d’en avoir parlé, car les femmes toléraient un cœur fermé, mais certainement pas déjà occupé. Dans un calice plein l’on ne pouvait plus verser son suc, tandis qu’un couvercle scellant le vide pouvait toujours s’ouvrir un jour. Le défi de changer la bête en humain avait son charme irrécupérable, qui attirait si bien les enthousiastes de la rédemption. Il n’avait pas pris garde, mais il avait jadis planté Jane, rigide, entre deux parties de son existence, ne sachant plus maintenant pendant encore combien de temps tous les évènements de sa vie allaient buter contre ce jalon, repère miraculeux et mirifique. Ce fait, tout comme un autre, semblait par ailleurs beaucoup inquiéter l’adolescente, comme s’il lui avait parlé de réincarnation impossible. Après qu’elle l’eut questionné une dernière fois, il pointa un doigt dur sous son menton étroit et l’obligea à relever la tête pour mieux le regarder. Il n’y avait nulle tendresse ni compassion dans son indexe tendu, contraste éternel avec son regard engageant.

« Je trouve que tu veux beaucoup de choses jeune fille, sans faire l’effort pour les avoir. » Il la considéra un instant, regarda le bar qui les avait accueillis, puis revint à l’étudiante : « Dès que tu découvres quelque chose qui t’incommode, tu ne le supportes pas et me sermonnes en public. Quand je te propose une alternative, tu me prends dans tes bras comme si j’étais un fils indigne qui a juste besoin d’affection pour reprendre le droit chemin et abandonner ses mauvaises habitudes. » Son regard perdit sensiblement de son éclat et Octave eut l’air sérieux. « Tu ne veux pas me connaître. Tu veux juste satisfaire ta curiosité, voir ce que tes cartes ont bien pu tirer. Ne fais pas passer ton égoïsme pour de la sollicitude et ta lâcheté pour de la vertu. T’as la trouille et tu t’en fous. Si tu veux pas t’allonger, me fais pas perdre mon temps avec des étreintes qui ne valent pas plus que ta prévenance. » Il se pencha au-dessus d’elle et susurra, le doigt pointant contre son menton : « C’est ça aussi la maltraitance. Tu fais croire aux gens que tu t’intéresses, puis tu les juges avant même de les comprendre. Tu crois que ça donne envie ça ? »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Jeu 25 Jan 2018 - 14:05

« On appartient toujours à quelqu'un d'autre. Les gens sont cannibales, Miss Kaveline »

Mystérieux. Très mystérieux. Elle se demanda ce qu'elle devait comprendre en cet instant et la seule image qui lui vint fut celle d'un espèce de monstre, une masse informe, avec des dents plein la bouche en train de dévorer un cœur humain. Le sang giclait sur le museau de la bête, que cette dernière léchait avec avidité. Lina se retint de faire une grimace, mais elle pinça les lèvres, passablement dégoûtée par ce qu'elle avait en tête.

« Je trouve que tu veux beaucoup de choses jeune fille, sans faire l’effort pour les avoir. Dès que tu découvres quelque chose qui t’incommode, tu ne le supportes pas et me sermonnes en public. Quand je te propose une alternative, tu me prends dans tes bras comme si j’étais un fils indigne qui a juste besoin d’affection pour reprendre le droit chemin et abandonner ses mauvaises habitudes. Tu ne veux pas me connaître. Tu veux juste satisfaire ta curiosité, voir ce que tes cartes ont bien pu tirer. Ne fais pas passer ton égoïsme pour de la sollicitude et ta lâcheté pour de la vertu. T’as la trouille et tu t’en fous. Si tu veux pas t’allonger, me fais pas perdre mon temps avec des étreintes qui ne valent pas plus que ta prévenance. C’est ça aussi la maltraitance. Tu fais croire aux gens que tu t’intéresses, puis tu les juges avant même de les comprendre. Tu crois que ça donne envie ça ? »

Elle eut mal. Très mal. Elle aurait sans doute préférée qu'il la gifle, ç'aurait été moins douloureux. Et la blessure aurait été moins insidieuse. Après tout, elle avait survécut aux doloris qu'elle avait reçu quelques jours plus tôt. Même si elle menaçait de s'effondrer à chaque instant, elle tenait encore bon. Alors oui. Une claque aurait été la bienvenue, tout en fait, plutôt que les mots qu'il avait choisis.

Alors voilà, c'était donc ça ce qu'il pensait d'elle. Une gamine trop curieuse, égoïste, effrayé, je m'en foutiste, lâche et maltraitante. Lina se rendit compte avec effroi qu'il avait surinterprété chacun de ses gestes, de ses regards. Jamais elle ne l'avait traité comme un fils indigne ou comme... Tout ce dont il l'accusait. Il se comportait comme si elle n'avait fait que des erreurs, n'avait été qu'une petite personne horrible, débarquant dans sa vie pour l'humilier publiquement. La sorcière n'avait pas non plus voulu le juger : elle avait su dès le début ses fréquentations et ça ne l'avait jamais empêchée de revenir vers lui. Alors oui, cette fois – ci, elle ne l'avait pas supporté, pas après ce qu'il s'était passé quelques jours plus tôt... En revanche, lui venait de la juger. Et de la condamner.

Mais il allait trop loin, beaucoup trop loin. Elle ne savait pas comment réagir. Trop engourdie par une douleur qui, étrangement, après l'avoir submergée comme une vague, se contentait désormais de la lancer au niveau de ses mains, et surtout au bout de ses doigts.

Elle le dévisagea un long moment dans les yeux, impassible, comme si quelque chose au fond d'elle s'était arrêté, puis avec lenteur la jaune et noire se dégagea de ce doigt qui lui tenait le menton. Ce contact était devenu douloureux. Enfin, elle tourna la tête, n'offrant plus à Octave que son profil gauche. Son regard se perdit dans le le lointain, son esprit s'égara. Elle se surprit à rêver des vacances de Noël. Elle savait que ses parents avaient déjà choisi le sapin, mais qu'ils l'attendaient pour enfin le décorer. Plus que tout, elle désirait boire un thé au citron, trop sucré, installée dans le fauteuil, près de la cheminée. Elle voulait entendre à nouveau les craquements de sa vieille maison, prendre un long bain, regarder un film moldu sur la télévision de sa mère, aller l'épicerie du village, prendre le petit déjeuner dans la cuisine. Retrouver son havre de paix.

Évidemment, elle fut tentée de se défendre, mais à quoi bon ? Manifestement, l'homme aux livres pensait savoir mieux qu'elle ce qu'il se passait dans sa tête. Si elle se défendait, il l'attaquerait encore, elle s'en était persuadée.
Un bref instant, elle songea à partir, à le planter là. Pour lui signifier à quel point les propos qu'il tenait l'avait blessée. Mais vu ce qu'il venait de lui dire, le regard qu'il lui avait jeté, la sorcière était convaincue qu'il ne réagirait pas, qu'il s'en ficherait. Qu'il l'accuserait même d'abandonner, parce qu'il était clair que dans l'esprit d'Octave, elle était seule en tord et toute responsable de la situation. Et puis de toute façon, pour le quitter, au vu de sa proximité, elle aurait dû le bousculer et ça aussi il en était hors de question.
Elle se demanda pourquoi lui n'était pas parti après son monologue. Apparemment, elle ne trouvait pas grâce à ses yeux, alors pourquoi prenait – il la peine de lui parler, de rester en sa compagnie ? Elle aurait pu lui demander ça. Ou lui ordonner de partir, puisqu'il n'y avait rien chez elle qui puisse le faire rester. Tout bien considéré, elle trouva que c'était sa meilleure option. Oh bien sûr, il ne se priverait de lui faire dieu seul sait encore quelles remarques déplaisantes. L'accusant sans doute encore de lâcheté... Elle aurait aimé être comme il la décrivait : avoir peur et s'en foutre. Mais ce n'était pas le cas, elle le voyait bien en cet instant, alors même que les mots refusaient de franchir la barrière de ses lèvres. Non. Pour d'obscures raisons, elle ne parvenait pas à l'envoyer balader.

« Eh bien je suis sincèrement désolée de m'être immiscer dans ta vie »

Sa voir était trop calme, trop mesurée, trop distante, malgré sa sincérité. Son ton était empreint d'une douleur qu'il ne pourrait, au mieux, que deviner, parce qu'elle refuserait de plaindre à lui, de lui avouer ce qu'elle avait ressenti quand il avait prononcé ces mots. C'était une promesse solennelle qu'elle se fit à elle – même. La sorcière retint d'ajouter « Crois bien que je ne recommencerais jamais ». Il était inutile d'ajouter une dimension dramatique à la situation, en jouant les madones blessées. Maintenant, elle espérait qu'Octave croirait ses excuses, mais elle n'en était pas certaine. Il ne voudrait pas y croire, comme il n'avait pas voulu se saisir de ses marques d'affections, qu'il lui reprochait aujourd'hui.
Elle aurait voulu ajouter quelque chose. Sûrement une réplique cinglante. Mais elle dû admettre, que ce n'était pas son genre et elle n'allait pas donner à Octave le privilège de la changer, pas comme ça en tout cas.

« Vous vous trompez lourdement sur qui je suis, Monsieur Holbrey ».

Un pas en avant, pour dix en arrière. Les mots qui sortirent de sa bouche dansaient toujours sur un rythme trop plat qui ne lui ressemblait pas. Son regard était trop sec. Peut – être Octave allait – il dire qu'il souhaitait lui aussi la connaître... Non, ça, c'était un rêve. Après tout il était déjà au courant de la seule chose à savoir une elle : que c'était une voyante. Une voyante qui d'après lui ne s'intéressait aux gens que pour mieux confirmer ce que des cartes avaient bien pu lui dire. Tout de même, elle se devait presque de le féliciter pour ça. De tout ce qu'on avait pu lui dire à propos de son don, c'était la première fois qu'on portait sur elle de telles accusations.

Elle s'empêcha de soupirer. Elle était épuisée de cette journée, de cette première semaine de Décembre. Quand Octave partirait, parce qu'elle était tout à fait certaine que c'était ce qu'il ferait, la sorcière rentrerait directement à Poudlard. Elle n'avait pas l'énergie nécessaire pour déambuler à Pré – Au – Lard pour retrouver ses amis. Tout ce qu'elle voulait bien consentir à faire, c'était dormir.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Sam 27 Jan 2018 - 13:39

Il y avait quelque chose de subjuguant dans la force qu’avaient les mots, la surprise en était spirituelle, tout comme la colère, et semblait venir non pas de l’esprit, mais de l’âme même, contrairement à la force brutale qui n’éveillait que le primitif, l’orgueil et la suffisance. Il contempla cette meurtrissure avec une satisfaction de carnivore, n’éprouvant en réalité que l’ivresse d’avoir été suffisamment brutal pour l’offenser. Mais il y avait une vérité précieuse derrière chaque blessure infligée et il guettait, désireux de savoir si les sentiments furent provoqués par une évidence claquée sur un visage ne voulant rien savoir, ou par l’intérêt et la confiance qu’elle nourrissait à son égard. Une estime assez affectée pour être froissée de son opinion, encore plus si elle fut fausse et mal jugée. Alors docile, il attendait la claque, dans laquelle se traduirait toute la force du feu de ses yeux, l’énergie de l’ostentation profonde, la rage d’un attachement offensé ! Qu’elle s’acharne au moins sur lui, prouvant la valeur qu’il possédait, allant au-delà de la simple considération de bienséance et de correspondance aux catégories. Qu’elle s’offusque, d’une frappe si soudaine et garçonnière qu’il en vacille le cœur battant ! Qu’elle lui fasse comprendre sans détour par la déception ce qu’elle ne voulait pas faire comprendre par les mots, criant, à l’aise dans sa fureur féminine comme un pétrel sur une rafale. Ainsi que tout homme initié à l’amour trop jeune, Octave voyait les passions qui se taisaient, les petites amitiés qui n’osaient pas se révéler avant même qu’elles aient conscience d’elles-mêmes et les cultivait avec dévotion. Il les provoquait en duel, pour ne pas avoir à dire un jour que sa vue fut une succession de petites histoires fades comme il y en avait tant dans les livres qu’il n’aimait pas. De ceux qui disaient « Une aventure comme tous les garçons en avaient à son âge… ». Octave n’aimait pas la petitesse, ni les non-dits, et encore moins le manque de combativité. Il exigeait les flammes ardentes de la passion, la conflagration sauvage du désir, la folle luxure de l’outrage infini. Il vivait avec l’énergie du désespoir, ou détestait avec une fureur si intense qu’un seul de ses regards pouvait anéantir. Etreignez-moi ou déchirez-moi ! Mais surtout, ne me tolérez pas.

Mais elle ne lui offrir qu’un long regard vide, las, sans envie et avide d’être seule. Ils ne s’étaient pas écoutés, mais Octave l’avait fait dans la conscience de ce qu’il désirait, à savoir la vérité crue, nue, tandis que Lina se fermait comme une fleur qui n’avait pas assez du soleil qu’elle quémandait. Pourtant, elle avait rageusement revendiqué que quelque chose n’allait pas, avant de se résorber en blessure qui avait eu soudain peur de se révéler. Quelque chose n’allait pas, mais elle n’était pas volontaire à être honnête, ni à accepter d’aller mieux et ils se retrouvaient maintenant à être esclave et tyran, entre celui qui blessait et celle qui prenait tout de front. Pourtant, Octave n’avait pas eu la prétention de s’approcher de la vérité, se contentant de lancer la pire supposition dont il pensait cette jeune fille capable, car la vérité ne lui appartenait pas et n’était que la conséquence d’une purge volontaire, qui se faisait parfois le mieux dans l’adversité. L’intérêt n’était pas d’avoir raison, mais d’être honnête sur les présuppositions qu’elle lui inspirait, en espérant atteindre un endroit qui était plus agréable que là où ils se trouvaient présentement.  

Dès qu’elle se dégagea de son emprise, il baissa la main, encore empli par l’exaltation de sa propre frustration. La meurtrissure, elle était là ! Mais elle était horriblement silencieuse, sans fuite ni gestes grandiloquents, comme une explosion sans onde ou bruits. Espérait-elle qu’il la délivre de ses propres forces ? Qu’il la relâche gracieusement en papillon dont il aurait écorché les ailes ? Octave regarda son profil, muet lui aussi, mais non pas taciturne comme elle l’était. Car il ne se refusait jamais à parler et ne se murait dans l’absence aveugle que lorsqu’il n’avait plus rien pour se défendre. Et là encore, il finissait par abdiquer pour demander le pardon. Mais Lina se laissa aller à une mélancolie presque tendre, pâle et sans forces. De son regard qui guettait l’ailleurs, elle cherchait peut-être le prochain rivage, mais manifestement sans le trouver, ou sans qu’il fût suffisamment satisfaisant pour triompher. Octave se recula très légèrement, pinça les lèvres, supportant difficilement ce silence de lâcheté ou de dédain, mais laissa quand même passer le temps et n’aggrava pas, en le précisant par des paroles, les conséquences de son attaque. Cependant, il ne renonça pas à la surplomber de son regard, avec lequel il gardait sa présence éveillée. Il se dit que Lina se reléguait souvent dans une immobilité faiblement vindicative, pas assez passionnée pour se rebeller correctement, ni assez timide pour se taire pour de bon. Elle flottait dans l’incertitude et ne parlait qu’en hypothèses, sans jamais mettre de mots sur ses passions, non pas par timidité peut-être, mais simplement par passivité, comme si elle attendait que quelqu’un finisse les phrases qu’elle commençait. Elle ne réclamait jamais rien, énonçait de nébuleuses possibilités, mais n’en concrétisait quelque chose, ses désirs aussi figés que son destin, tous deux incertains et paradoxalement déjà écrits.

« Eh bien je suis sincèrement désolée de m'être immiscer dans ta vie »


Octave se borna, comme un mur devant la syzygie. Il savait parfaitement ce qu’elle faisait et était convaincu de la vanité de ses excuses, que l’on prodiguait pour se débarrasser de quelqu’un, et non pas par véritable navrance. C’était les excuses culpabilisatrices qu’on lui avait servies tant de foi, avec plus ou moins de conviction, mais toujours avec le même but paresseux et sans intérêt. Ne pouvait-elle donc pas le refouler avec l’énergie qu’il méritait ? Il était vaguement fatigué lui aussi de décortiquer des gestes et des regards qui se contredisaient dans la pudeur. Qu’il était lourd et long et véritablement épuisant de sonder les intentions que certains ne savaient même pas avoir, mais qui en manifestaient tous les symptômes par le corps. Tout en Lina était désespérément retenu, muselé dans une délicatesse qui n’avait aucun sens.

« Vous vous trompez lourdement sur qui je suis, Monsieur Holbrey. »


Holbrey ne parut pas surpris, ni fâché. Peu contenté certes, mais loin d’être offensé ou offusqué à son tour. L’instant du triomphe était passé et, comme si ce ne fut qu’un rôle qu’il revêtait savamment, Octave jaugea la jeune esclave de ses yeux éclatants, aux paupières si lourdes qu’elles brouillaient la couleur de son iris par l’éventail de ses longs cils noirs. L’agonie la rendait polie, mais lui, n’en démordait pas une seconde. Il renversa la tête légèrement en arrière, considérant ces jugements hâtifs à travers le visage froid et inatteignable qui lui faisait face. Ce n’était pourtant jamais aussi simple avec lui. Jamais. Il renchérit d’un ton sérieux, mais non plus dur, secrètement victorieux.

« Mais bien sûr Lina, braque-toi, c’est tellement plus utile ! Continue, continue avec tes paroles qui doivent être pour moi des énigmes et des allusions à des occasions ratées, mais surtout, que ça ne t’empêche pas de poursuivre sur la voie de l’effort minimal ! » Octave ne tressaillit pas, parlant avec la tranquillité de ceux qui connaissaient leur sujet et n’avaient besoin d’aucun effort théâtral pour se faire entendre correctement. Il contempla l’étudiante avec cette force et cette fixité qui rendait redoutable l’attention de l’assurance. Une pensée illisible se levait au fond de ses yeux, dont le fond très sombre et l’éclat sévère avaient servi à révéler et non à vaincre. « Pour qui es-tu désolée au juste ? Pour moi, ou pour toi, de te faire si salement révoquer ? Regarde-toi, tu veux des choses, mais nos précédentes rencontres ont été, si ce n’est joyeuses, au moins calmes et maintenant tu faiblis à la première difficulté. » Car il n’y avait rien de compliqué à confronter l’injurieux ; l’écouter ne pas avoir honte et être en désaccord l’était en revanche. Octave se redressa, cherchant le regard de la jeune femme pour la rendre à la réalité. « C’est ça que valent tes envies ? Une doucereuse déférence, aucune explication, puis la mort dans l’abandon et les excuses, qui ne valent rien parce qu’elles sont faites dans la contrainte ? » Pour ne pas dire qu’elles étaient juste malvenues et hors de propos, tout comme cet éloignement du vouvoiement qu’elle lui infligeait maintenant, spécifiant maladroitement qu’ils ne se connaissaient définitivement plus - si tant est qu’ils se soient connus un jour. Elle lui obéissait, mais avec une douceur qui cachait peut-être un profond plaisir d’esclave. « Tu parles des autres pour éveiller mes vertus, évoques « cet homme », pour ne me nommer que quand tu as une question. Tu gardes tes distances, ne donnes rien, mais prends tout. » Il se tut un instant, patient et scrupuleux, soudain bien plus calme et moins vindicatif, mais toujours aussi diablement pesant et déterminé. « Vous vous trompez lourdement sur qui je suis. Ah ! Que c'est pratique et aisé. Probablement que je me trompe. Mais tu te renfermes, comme si j’étais obligé de toujours voir au travers. Ne crois pas que je vais te faciliter la tâche en me vexant. Tu es assez grande pour m’expliquer ce que tu veux, ou partir toute seule. »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Dim 28 Jan 2018 - 14:29

« Mais bien sûr Lina, braque-toi, c’est tellement plus utile ! Continue, continue avec tes paroles qui doivent être pour moi des énigmes et des allusions à des occasions ratées, mais surtout, que ça ne t’empêche pas de poursuivre sur la voie de l’effort minimal !  Pour qui es-tu désolée au juste ? Pour moi, ou pour toi, de te faire si salement révoquer ? Regarde-toi, tu veux des choses, mais nos précédentes rencontres ont été, si ce n’est joyeuses, au moins calmes et maintenant tu faiblis à la première difficulté. C’est ça que valent tes envies ? Une doucereuse déférence, aucune explication, puis la mort dans l’abandon et les excuses, qui ne valent rien parce qu’elles sont faites dans la contrainte ? Tu parles des autres pour éveiller mes vertus, évoques « cet homme », pour ne me nommer que quand tu as une question. Tu gardes tes distances, ne donnes rien, mais prends tout. « Vous vous trompez lourdement sur qui je suis » Ah ! Que c'est pratique et aisé. Probablement que je me trompe. Mais tu te renfermes, comme si j’étais obligé de toujours voir au travers. Ne crois pas que je vais te faciliter la tâche en me vexant. Tu es assez grande pour m’expliquer ce que tu veux, ou partir toute seule »

Il n'était donc pas parti. Elle en fut surprise. Agréablement surprise. Dès qu'il avait rouvert la bouche, elle avait tourné la tête avec vigueur et avait plongé son regard dans le sien. Son cœur se mit à battre un peu plus vite quand il l'appela par son prénom, même si elle se doutait que ce rapprochement n'était dû qu'à sa colère. En revanche, elle avait du mal à suivre le cours de sa pensée. Quelles occasions ratées ? Quelles allusions ? Elle n'avait pourtant pas l'impression de parler sous forme d'énigmes, au contraire. Son regard se perdit un peu pendant qu'elle cherchait ce qui avait bien pu lui faire défaut. Est – ce qu'il s'agissait seulement question d'un problème de communication... ?

« Révoquer » à ce point... N'était - elle donc qu'un être à convoquer puis à condamner ? Sa tête ressemblait à un champ de bataille à mesure qu'Octave avançait dans ses propos. Elle ne comprenait pas d'où venait se déferlement qui lui tombait dessus, sans crier gare. Elle s'efforça de garder ses propos bien en tête, puisqu'il exigeait une réponse, elle essaierait de la lui fournir, mais certains points mériteraient de lui être expliquer, car ils lui semblaient infondés. Pourtant elle ne courba pas l'échine. Il avait beau la fouetter de ses mots, elle ne baissa pas les yeux et resta bien droite. Son seul mouvement fut de taper son talon contre le muret à plusieurs reprises.

Puis son discours prit fin, sous la forme de ce que Lina perçut comme une menace, ou une condition sine qua non, quelque chose du genre : « Parle ou je pars ». Elle rembobina la scène dans sa tête et la repassa depuis le début. Elle avait à cœur de ne rien oublier. Elle posa sa main sur son ventre qui soudain lui fit mal. Elle avait l'impression qu'une bête lui griffait l'intérieur de ses entrailles. Il lui fallut un moment pour comprendre que ce symptôme était somatique, elle avait contenu sa colère juste avant, elle avait refusé de lui montrer à quel point il lui avait fait mal. Elle en payait le prix de tous les côtés désormais.

« C'est toi qui refuses les choses en bloc. Depuis le début, en fait. À te cacher derrière ton cynisme, ton scepticisme, à douter de toutes mes intentions, à les rendre malhonnêtes, comme si tout ce que je voulais faire avait pour source de la malveillance. Comme si je voulais te faire du mal ou te blesser. Le monde n'est pas forcément contre toi, Octave. Tu es tellement... Méfiant. Tout le temps ! Il était un survivant, doutant de l'eau fraîche qu'on lui apportait... Elle fronça les sourcils et mordilla farouchement sa lèvre inférieure, le temps de marquer une pause. Et oui, je m'excusais pour toi. Je ne pensais pas  que tu vivrais ça comme une humiliation publique ou je ne sais quoi. Mais doute donc encore de mes intentions, puisque tu penses savoir mieux que moi ce qu'il se passe dans ma tête, je t'en prie. Sa voix était légèrement montée dans les aigus, même si dans l'absolu elle ne parlait pas plus fort. Ensuite, je n'abandonne rien, a priori je suis toujours là, non ? Elle souffla un peu et appuya plus fermement sa main contre son ventre. Et je te nomme. Plus que tu ne le fais toi, et pas seulement pour te poser des questions. Je ne sais pas d'où tu tiens ça ».

Elle secoua la tête, faisant à peine voler ses mèches noires. La bête au fond de son ventre sembla s'apaiser un peu et la sorcière laissa tomber sa main mollement sur sa cuisse. Elle considéra avec attention l'homme en face d'elle. Lina se rendit alors qu'elle n'avait jamais pris le temps de vraiment s'attarder sur lui, trop occupée qu'elle était à baisser les yeux et à rougir. Elle n'avait jamais vraiment osé le contempler. Elle perçut enfin le charme de ses cheveux châtains, mariés à ses yeux verts, seul détail qu'elle avait vraiment remarqué. Finalement, il n'était pas beaucoup plus grand qu'elle, mais évidemment, il avait beaucoup plus solide, surtout lorsqu'il la regardait de haut. Ce qu'elle connaissait de mieux chez lui, finalement, c'était ses mains, qu'elle avait pu toucher et regarder à plusieurs reprises.
Un charme certain, un regard pénétrant et une intelligence sans faille. Il sembla à Lina qu'il avait plus que tout ce que les autres garçons de Poudlard avait à offrir. Elle se racla la gorge.

« Et qu'est-ce que j'ai pris ? Qu'est – ce que je ne t'ai pas donné et que tu aurais voulu ? Peut – être que toi tu devrais me dire ce que tu veux vraiment... Elle s'arrêta un instant. Il se comportait comme un animal en plein combat, qui se gonflait pour impressionner son adversaire. Il aurait cependant eu tord de ne pas essayer, face à elle, encore si jeune, cette technique avait toutes ses chances. « La meilleure défense, c'est l'attaque ».. On dirait que ce proverbe a été inventé pour toi ».

Elle avait la gorge sèche. La sorcière n'était pas très bavarde et il était rare qu'elle parle autant. Elle avala sa salive. Son regard se déporta sur sa droite. Quelques personnes bien emmitouflées sortaient des Trois Balais. Elle – même n'avait pas si froid que ça. Elle se demanda vaguement si les quelques bièreaubeurres qu'elle avait bu était responsable de ce fait. Un léger vent se leva et Lina dû ramener ses épais cheveux sur son épaule et les coincer son écharpe pour les empêcher de lui barrer le visage.

« Je t'ai dis ce que je voulais, je viens de te le dire. Je sais pas où ça va me mener avec toi. Pour l'instant je me dis qu'on pourrait juste... Lina regarda dans le lointain à la recherche du bon mot. Elle fit claquer sa langue contre son palais. Se fréquenter ? J'aime passer des moments avec toi. Elle inclina légèrement la tête sur le côté et ajouta d'un ton à peine plus bas. Même maintenant. Je suis incapable de te dire ce qu'il va se passer ensuite – c'était à moitié vrai, il était toujours possible pour elle de tricher quant à l'avenir –, ou ce que je pourrais ressentir à ton égard, mais là dans l'immédiat c'est ce dont j'ai envie, avec toi. Est – que ça, elle appuya ce dernier mot, ça te va comme réponse ? »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Lun 29 Jan 2018 - 21:10

Rouler des yeux jusqu’à voir l’arrière de son crâne, retirer cinq-cents points à sa maison de blaireaux et retourner au bar pour se beurrer la biscote jusqu’à n’avoir besoin que d’une allumette pour s’immoler. Lui souligner à quel point il n’avait pas de temps à perdre avec une adolescente, à moins que son talent ne fût de savoir prier la sainte vierge à genoux. Lui rire au visage, de ce petit rire mesquin qu’il cachait derrière une rangée de blanches phalanges, celui qui saillait ses pommettes en deux ailerons de requin. Ils s’étaient vus deux fois, et donc ? Elle s’attendait à un privilège peut-être en vertu qu’il lui ait laissé caresser ses cheveux ? Ha ! Des filles plus jeunes avaient glissé leurs doigts bien plus profondément dans sa chair sans qu’il n’eût connu jusqu’à leur simple nom. Oh non, il n’aurait même pas dû bouger de sa chaise et l’envoyer paître dès qu’elle avait eu le malheur de transfigurer ses idées en ondes sonores. Mieux encore ! proposer à ses connaissances tatouées de passer leurs frustrations et déceptions sur l’une de ces élèves éternellement récalcitrantes. Au lieu de cela, de cette facilité royale de jean-foutre, il se pelait les meules sous ce ciel chargé de pluie, qui réveillait en lui de vieilles blessures et faisait grincer toutes les fractures de son corps.

L’exaspération l’avait consumé avec ardeur, jusqu’à la colère, tandis qu’il avait pris l’étrange, mais sage décision d’éloigner l’inconsciente adolescente d’hommes sans grande considération pour la fragilité et la souffrance. Cela aurait été tellement plus commode de l’abandonner à son destin, sans chercher à connaître la source de son outrage. Tant de fatigue, et tout ça pour quoi ? Et surtout, pour qui ? Il avouait volontiers que Lina n’était pas l’une de ces ombres dont il ne voyait que la forme. Mais la raison de son entêtement cruel était bien plus retorse, la brutalité ne se faisant que témoignage empressé de son manque de patience. Son zèle allait néanmoins au-delà de leurs liens, quelles qu’ils furent, et s’occupait d’une stricte praticité. L’indifférence était dangereuse, surtout avec les gens qui ne nous aimaient pas, ou avaient des revendications. Vu l’ère qu’ils connaissaient, Octave avait intérêt à savoir si on le détestait pour de bonnes raisons, et dans quels cercles. La haine, il fallait s’y préparer, tout comme à la déception. Les sentiments négatifs étaient souvent vécus et exprimés avec la force qu’ils imposaient, portant avec eux des conséquences bien plus préjudiciables que le bonheur n’amenait de félicité. La joie avait la vie courte et fragile, discrète, ne donnant d’éclat qu’à ceux qui partageaient le fardeau du plaisir, tandis que le malheur avait tout d’une maladie et ne souffrait d’aucune négligence.

Mais ainsi qu’il en était de tout rapport humain, leur échange manqua de concision, ouvrant l’éventail de tous les évènements qui les avaient guidés jusqu’à cet instant. Il aurait été naïf de prétendre à la rapidité dans les affaires de sentiments, surtout lorsqu’ils étaient confus. Octave avait espéré un dénouement rapide, celui qui ne l’obligerait pas à parler de la même chose avec des mots différents, simplement pour rafraichir l’horizon, et obtint finalement sous la contrainte de l’affront un éveil vigoureux, mais désordonné comme un coup de vent.

« C'est toi qui refuses les choses en bloc. Depuis le début, en fait. À te cacher derrière ton cynisme, ton scepticisme, à douter de toutes mes intentions, à les rendre malhonnêtes, comme si tout ce que je voulais faire avait pour source de la malveillance. Comme si je voulais te faire du mal ou te blesser. Le monde n'est pas forcément contre toi, Octave. Tu es tellement... Méfiant. Tout le temps !... »

Il l’écouta avec la déférence qu’avaient les gens recevant exactement ce qu’ils désiraient, sans surprises. La teneur de son indignation lui fit lever un sourcil satanique à plusieurs reprises, une sorte de soupir latent dormit sur ses lèvres closes, et si l’habitude fut gardée discrète, à aucun moment n’apparût sur son visage le signe de l’impatience outragée. Lorsque la première tirade prit fin, Octave se laissa le temps de goûter chaque syllogisme et raccourcis facile, chaque allégation qui avait le dos rigide, les suppositions précipitées, s’ancrant si mal ou maladroitement dans sa réalité qu’il faillait faiblement ricaner, mais se retint en se rappelant que la vie demandait toujours à se faire expliquer. Parce qu’ils abordaient doucement la clairière de son spectre sensible, de ce qui lui était propre, Octave eut l’air grave, marqué par une réserve qui tirait sa force de mécanismes pénibles, semblables aux habitudes maintenant naturelles.

« On n’a pas nécessairement besoin de vouloir blesser pour le faire » Déclara-t-il d’abord simplement, d’une voix sans intonations. « Au risque de me répéter, en l’honneur de quoi devrais-je relâcher ma méfiance alors que tu m’as forcé la main dans le bar, nous mettant en danger tous les deux par caprice ? Il ne s’agit pas d’humiliation publique, mais de bon sens. Peu importe ce que tu as dans la tête, veux-tu que je réduise cette intervention à une bagatelle, alors que ton défaut de méfiance aurait pu nous coûter extrêmement cher ? » Dans ce genre de régime, il n’y avait pas de « petits » manquements, tout comme il n’y avait pas de grands mérites. Une certaine uniformité était à respecter. Mais au-delà même de ces considérations générales, Lina lui inspirait jusqu’à maintenant l’attitude d’une jeune femme qui avait la curiosité et l’ostentation tenus au-dessus de la prudence. Elle était toute en politesse et réserve, d’une sincérité manquant jusqu’à présent de commisération. Ou en tout cas d’implication, car son visage demeurait distant et ses yeux tranquilles quoi qu’il en fût, abordant cette un recul sans mystère qui sentait un ennui frôlant la passivité. Même ses souffrances se tenaient tranquilles, ne se méfiant pas de la démonstration par timidité, mais par ce qui semblait être un manque d’intérêt. Finalement, une sorte de mauvais sourire ourla ses lèvres. « Il ne suffit pas d’être là pour « être ». Etre là ne veut pas dire se battre, n’est-ce pas ? » Déclara-t-il en ayant un coup d’œil significatif vers le château, plein de ces gens qui étaient tous « là ». A se demander comment le Seigneur des Ténèbres étaient encore au pouvoir si tout le monde était effectivement « là » comme Miss Kaveline prétendait l’être. Quant à son nom… c’était du même degré de pertinence. Il avait simplifié son propos et voilà que l’étudiante le récupérait pour ne contenter que ce qui fut évoqué. La simplicité de cette traduction le contraria.

« Et qu'est-ce que j'ai pris ? Qu'est – ce que je ne t'ai pas donné et que tu aurais voulu ? Peut – être que toi tu devrais me dire ce que tu veux vraiment... »

Survivant à un micro AVC, Octave sentit son visage se figer. Ce qu’il voulait ? A la base, il ne voulait rien. Elle était venue lui péter les c*uilles en première, s’assurant d’ailleurs de le faire devant toute une tablée de burnes.

« "La meilleure défense, c'est l'attaque"… On dirait que ce proverbe a été inventé pour toi. »

Si seulement ! Ca vie aurait été bien différente. Octave avait certainement devancé les évènements à plus d’un égard et plus d’une fois, mais bien souvent il s’était fait dépasser par son existence à telle extrémité que seule la chance insolente et l’inventivité à toute épreuve l’avaient sauvé. Et puis, il ne se considérait définitivement pas comme quelqu’un d’agressif gratuitement, même si la situation était trompeuse. Ses principes lui dictaient de ne pas laisser les gens avoir du pouvoir sur lui, raison pour laquelle il attendait toujours sagement la première morsure avant de riposter. Et la morsure, elle l’avait creusée d’un coup sec, comme un aboiement. Lina avait abusé de leur relation jusqu’à lors somme toute superficielle en l’apostrophant de la sorte au bar, comme si elle avait des droits sur sa personne et son caractère ; elle avait abusé de sa bienveillance en le réprimandant, avant de prétendre que ce n’était pas grand-chose, ou pire, justifié par une cause plus noble. Elle abusait maintenant de sa patience et gentillesse, en supposant que lui aussi désirait quelque chose de sa part, autre que les comptes demandés.

« Je t'ai dis ce que je voulais, je viens de te le dire. Je sais pas où ça va me mener. Même maintenant. Je suis incapable de te dire ce qu'il va se passer ensuite, ou ce que je pourrais ressentir à ton égard, mais là dans l'immédiat c'est ce dont j'ai envie, avec toi. Est – que ça, ça te va comme réponse ? »

Nous y étions. Octave releva légèrement la tête, regardant cette jeune femme qui essayait de le museler avant-même de l’avoir attrapé. Mais la possession était un miracle laborieux !

« Tu veux quelque chose que tu prétends, par le geste et la parole, déjà avoir. » Ses yeux se posèrent sur Lina, sur sa pâleur qui verdissait sous le halo noir de ses cheveux, ses yeux verts où le soleil couvert trempait un rayon roux, sa bouche serrée et son expression d’abandon défiant. « Ce que tu ne donnes pas, c’est du temps. Tu as l’attitude de ceux qui possèdent avant de conquérir. Tu dis ne pas savoir ce que tu ressentiras à mon égard, mais tu te conduis comme quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut et qui prends ce qui ne lui appartient pas encore. » Il eut un court soupir, qui déchargea la tension dans sa mâchoire : « Je me défends et je me méfie de quelqu’un qui ne prends pas son temps pour créer l’intimité. Intimité qui n’existe pas encore, mais sur laquelle tu règnes. Fais un pas en arrière Lina. A avancer trop vite, à manquer de délicatesse là où il faudrait vraiment, on se retrouver avec des fruits verts. » Pour la première fois, ni âpre ou dur, Octave cacha son regard en penchant la tête vers l’avant, regardant ses chaussures sans les voir avec cet air étrangement résigné, comme prêt à avouer une promesse. « Tu m’auras, mais pas comme ça. »

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Mer 31 Jan 2018 - 22:13

En danger... Il avait semblé bien à l'abri, lui. C'était elle qui avait insulté le régime actuel, pas lui. Non, Octave avait été bien plus malin et avait joué le jeu. Elle les avait effectivement mis en danger. Et sa famille aussi. Surtout sa mère, en fait. Heureusement qu'il avait eu le bon sens de la renommer... Mais elle ne pouvait pas s'empêcherde se dire que malgré son acte, plus que maladroit, ils s'en étaient bien sorti. Uniquement grâce au bibliothécaire, elle voulait bien l'admettre, mais quand même, ils étaient en vie et les Mangemorts avaient pu en profiter pour écouler leurs stocks de blagues grasses et vaseuses. La sorcière en arriva même à se dire que dans quelques années, elle rirait sans doute de cet événement. Elle aurait honte toute sa vie et se cacherait le visage en racontant l’anecdote, mais elle ne pourrait sans doute pas s'empêcher d'en rire, ne serait – ce qu'un peu.
Cependant, elle pouvait comprendre qu'Octave lui en veuille. Il n'y avait rien de plus que rageant que de voir sa position mise en danger, à cause d'une... adolescente, le cœur à vif. Ce reproche faisait sens et n'était qu'un écho à ses propres angoisses. Elle baissa les yeux.

« Il ne suffit pas d’être là pour « être ». Être là ne veut pas dire se battre, n’est-ce pas ? »

Elle arqua un sourcil. Ce concept, elle le connaissait bien, elle le connaissait par cœur même. La sorcière l'avait vu, elle l'avait même expérimenté après le décès de sa sœur. Lina avait développé la formidable capacité d'être entouré de personne, tout en étant à des milliers de kilomètres de là. Il lui avait fallu un moment pour rétablir la barre. C'était de là qu'était née son habitude, plutôt archaïque, de s'isoler en cas de problème, c'était un contrat qu'elle avait établit avec elle : laisser libre court à ses émotions quand elle était seule et se contenter de profiter quand elle était avec les autres. Mais Octave semblait vouloir faire exception. Elle venait de comprendre qu'il lui reprochait en quelque sorte un manque de consistance. La préfète aurait aimé se voir de l'extérieur pour pouvoir assister à la scène. C'était peut – être un peu vrai. L'homme aux livres la secouait, mettait le doigt sur beaucoup de choses. Aujourd'hui ç'avait été douloureux. Il n'était pas impossible qu'elle se soit placé dans un espèce d'entre deux, d'entre d'eux, entre eux...
Pourtant, même si elle comprenait là où il voulait en venir, elle le trouvait un peu injuste. Elle s'était inquiétée pour lui, l'avait rejoint à la bibliothèque. Lui - même s'était - il inquiété de son sort après les différents évènements à Poudlard ? La réponse était négative. La sorcière était bien seule dans cet ersatz de relation. Certes, elle avait fauté aujourd'hui, mais tout ça était un peu démesuré.

« Tu veux quelque chose que tu prétends, par le geste et la parole, déjà avoir. Ce que tu ne donnes pas, c’est du temps. Tu as l’attitude de ceux qui possèdent avant de conquérir. Tu dis ne pas savoir ce que tu ressentiras à mon égard, mais tu te conduis comme quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut et qui prends ce qui ne lui appartient pas encore. Je me défends et je me méfie de quelqu’un qui ne prends pas son temps pour créer l’intimité. Intimité qui n’existe pas encore, mais sur laquelle tu règnes. Fais un pas en arrière Lina. A avancer trop vite, à manquer de délicatesse là où il faudrait vraiment, on se retrouver avec des fruits verts »

Prenait – il ses marques... D'affection – mais le mot était sans doute un peu trop fort – pour des menottes qu'elle lui passait aux poignets ? Sans doute. Elle grimaça. Les paroles... Oui, elle imaginait que c'était, encore, en rapport avec ce qui c'était passé dans le bar : débouler dans sa vie à grand fracas, lui faire la morale, les mettre en danger... D'accord, elle avait retenue la leçon.
Savait – elle déjà ce qu'elle voulait ? Non. Elle n'en savait rien, même pas l'ombre d'une idée. Admettre qu'elle avait envie de le connaître plus en profondeur avait été un grand pas pour elle. C'était le début d'une aventure humaine qu'elle était sans doute un peu trop pressée de vivre, parce qu'elle avait l'intuition que quelque chose de nouveau en ressortirait, mais non, elle ne savait pas où ce chemin caillouteux et étroit la mènerai et elle n'utiliserait certainement pas ses dons pour le savoir. Elle voulait encore se ménager de la surprise, si possible.
Alors donc, peut – être un peu impatiente, mais elle n'aurait rien précipité s'il n'avait pas tenté de lui tirer les vers du nez ainsi. La jeune femme aurait tout à fait pu faire taire ses émotions et prendre son temps. C'est lui qui lui avait expressément demandé de s'expliquer. Elle soupira mais s'offusqua pas. Du temps, c'était aussi ce dont elle avait besoin. Pour faire le point sur ce qu'il venait de se passer, pour digérer cette affreuse semaine – elle frissonna d'horreur en repensant au doloris infligé – . Prendre ce luxe – là, lui convenait tout à fait. Lentement elle hocha la tête, avant d'enfouir son nez rosi par le froid dans son écharpe.

« D'accord. Pas de fruits verts ».

Sa voix était étouffée par le tissu, mais parfaitement entendable malgré tout. Lui de son côté baissa la tête et regarda ses chaussures, comme un enfant de cinq ans prit en faute. Cette attitude étonna la jeune sorcière qui haussa un sourcil, intriguée. Hélas, les mots qui lui offrit ne purent l'aider.

« Tu m’auras, mais pas comme ça »

Rien n'allait dans cette phrase. Manifestement, dans leur conversation il était n'était question que d'Être et d'Avoir. Être là, ou pas, avoir ou pas. Lina n'aimait pas vraiment l'idée d'appartenir à quelqu'un. Qu'une personne, n'importe qui puisse « l'avoir ». Par extension, elle était gênée par le terme d'Octave, elle ne voulait avoir personne. C'était un besoin qu'elle n'avait encore jamais ressenti. Elle tiqua sur le mot. Mais sur la phrase entière également. « Comme ça » ? Il était question de moyens alors, d'une méthode à appliquer ? Elle se répéta les mots de l'homme aux livres, sans les saisir. Il semblait certain d'une chose, à condition qu'elle fasse les choses bien. Tout ça la dépassait. Emmitouflée dans son écharpe, il ne la vit sans doute pas mordiller sa lèvres, déjà bien martyrisée.

« Je ne comprends pas bien... »

Elle avait murmuré en l'interrogeant du regard, se demandant finalement si la dernière phrase qu'il avait prononcée avait vraiment vocation à être entendue. Comment pouvait - il prétendre avec autant de facilité qu'elle pouvait effectivement « l'avoir »... ? Elle se demanda s'il était nécessaire d'insister, mais non. Elle hocha la tête. Il lui avait déjà donné toutes les cartes pour trouver elle - même la solution : c'était à elle de faire l'effort et non pas à lui de lui fournir la bonne clef.
Elle se redressa un petit peu et regarda autour d'elle. Les rues de Pré - au - Lard s'étaient assombries, on touchait déjà à la fin d'après midi, ce qui impliquait déjà la fin de la sortie. Ses yeux firent l'aller retour entre la rue qu'elle devait emprunter pour rejoindre Phillis et Octave qui était face à elle. Lina n'assumerait pas une nouvelle punition, surtout pour quelque chose qu'aussi bête qu'un retard. Nerveusement, elle gratta sa cicatrice à travers son manteau et son pull.

« Je dois vraiment y aller... Je vais être en retard. Le ton était un peu pressé. Lui comme elle savaient ce que Lina risquait. Elle se leva et fit un pas, une fois à sa hauteur, la sorcière posa sa main blanche sur l'avant bras de l'homme aux livres. À plus tard, Octave ».

La sorcière se dirigea tête baissée vers vers la droite, repassant ainsi devant les Trois Balais. Ses jambes étaient un peu engourdies d'être restée immobiles dans le vent. Elle accéléra le pas. Une fois arrivée au coin de la rue, elle se retourna pour observer la silhouette d'Octave. Elle redoutait leur prochaine rencontre, tout autant qu'elle l'attendait.

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MessageSujet: Re: [6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux. Ven 2 Fév 2018 - 15:24

« Je ne comprends pas bien... »

Octave plongea sa main dans la poche du manteau et s’efforça d’atteindre son paquet de cigarettes, qui était une tâche blanche, pâle, quelque part dans les profondeurs de sa nuit intime. Enfin sorti en rampant d’un labyrinthe de laine brossée, il tira la première cigarette qui vint se coincer entre ses doigts, sans relever la tête à aucun moment. Il y avait une flaque d’eau juste à leurs pieds, sertie dans l’asphalte rugueux, remplie à ras-bord de vif-argent qui reflétait la grisaille du ciel et le visage de Lina. Il y avait une parcelle de luminosité qui détenait les hautes pommettes et le relief large des cils noirs. Puis sa bouche, qu’elle avait finalement cachée derrière son écharpe, alors il n’en voyait plus que les deux monts de ses joues, surplombées par les rayons solaires de ses cils. De là finalement, il n’en voyait pas moins que ce qu’il avait pu apercevoir en regardant son visage de front. Peut-être que c’était comme ça qu’il fallait la contempler pour la saisir : à travers le prisme d’une flaque au sol, qui ne révélait rien d’autre que le battement de ses paupières et la charge de ses sourires. Le reste était rythmé par le son de la voix et Octave avait souvent pensé qu’il n’y avait besoin de rien d’autre que ça pour se comprendre. Se toucher, puis se parler, sans nécessairement se voir. Alors cet angle sembla lui révéler quelque chose de neuf, lorsqu’il l’entendit dire qu’elle ne comprenait pas. Il put se concentrer sur les intonations de sa voix plus que sur les crispations de sa bouche ou l’éclat des yeux, dont il ne voyait rien. Elle avait murmuré sans véritables inflexions, incertaine peut-être qu’il faille se faire entendre, se faisant plus une remarque à elle-même qu’à lui. Mais il croyait percevoir la trace d’un abattement fatigué derrière cette économie et la question sonna alors davantage comme un constat.

Ses lèvres accueillirent la cigarette et le paquet replongea dans la noirceur d’une poche, tandis que l’autre se faisait déjà fouiller à la recherche du briquet. Il y avait des choses qui prenaient leur importance dans le rituel et allumer une allumette ou gratter le zippo était une condition de ces gestes qui menaient à la satisfaction. La baguette se faisait souvent proscrire de ce protocole, parce que fumer était une affaire mécanique. Les mouvements lents, Octave ouvrit le couvercle, mais garda le briquet à distance et sans en actionner la roulette. En fait, il voulait arrêter de fumer. N’ayant jamais vraiment fumé par addiction, il s’était dit qu’il était peut-être temps de se débarrasser de ses vices qui n’avaient une vie que par habitude. Il avait arrêté lorsqu’il avait rencontré Jane, alors pourquoi avait-il tant de mal à le faire maintenant ?

Je ne comprends pas bien. Comment expliquer quelque chose qui était tellement inhérent à sa chair que c’en était devenu une évidence proverbiale ? Parfois il ne s’agissait même pas d’un choix, mais d’un fait qui était emprunt d’une vérité telle qu’elle ne souffrait d’aucun discours. Sinon, en vertu de quoi sentait-il en permanence cette absence dans le cœur ? « Ma liberté est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond : plus je te donne, plus il me reste, car l’une est l’autre sont infinis. » Comment expliquer ça ? Que toute l’existence fût comme un champ sur lequel on semait les graines de nos désirs, et plus on semait, plus on récoltait. La seule condition était de ne pas avoir peur d’abandonner des parts de soi, quitte à ce que parfois, ce fût à perte. Et Octave avait juré de donner vingt fois plus après la mort de Jane pour combler un peu l’absence. C’était un remède. L’accumulation sans fin était l’adage de la gloutonnerie. C’était une maladie. Que pouvait-il dire ? Qu’en ces choses-là, la prudence était rarement une récompense et que la peur créait le doute ?

Il fit voyager la cigarette du bout de ses lèvres et regarda encore le relief du visage, qui s’irisa nerveusement sous une brise. Il hésitait à mettre cette confusion sur le compte de la naïveté ou de la peur. Lina avait quelque chose de semblable avec sa cigarette. Octave aimait cet état coincé entre deux temps et flottant, comme indécis. L’arme était à la main et la balle entre les lèvres, mais il manquait encore un dernier effort pour qu’advienne la réalité. Parfois, on pouvait faire la moitié du chemin sans avoir le résultat escompté, ou en pensant que c’était suffisant et que le destin se devait de faire le reste pour qu’une fraction de hasard demeure. Alors, ce n’était plus vraiment un choix. Les choses arrivaient d’une certaine façon indépendamment de notre volonté et cette absence de responsabilité avait le réconfort d’une félicité qui semblait arriver gratuitement. Amener la cigarette à la bouche était la moitié de chemin la plus facile, qui ne s’offrait qu’en effort d’apparence, n’engageant finalement à rien, mais qui dédouanait si bien de l’indolence. C’était le geste de l’au-cas-ou, pour tester si l’envie était assez forte. Si elle ne l’était pas, on pouvait toujours jeter la cigarette, ou la cacher dans le paquet et faire comme si rien ne s’était passé. Mais si le désir tenaillait encore les doigts, il n’y avait qu’à espérer la main assez forte pour allumer la flamme. La métaphore allait un peu trop loin ?

Tant que la flamme n’était pas allumée, on ne s’engageait à rien et on pensait pouvoir se contenter de petits bouts d’apparences qui ne voulaient jamais dire assez pour être importants. La défense de ceux qui ne voulaient pas souffrir et qui risquaient de ne plus vivre du tout. C’était se préserver en prétendant qu’on pouvait se contenter d’avoir la cigarette à la bouche pour que cela suffise. Mais il manquait la flamme, et elle allait manquer tant que la cigarette demeurerait un apparat de réconfort plus que d’ambition. Octave finit par retirer sa tentation usuelle de sa bouche et la rangea soigneusement dans son paquet, qu’il se promit de jeter à la première poubelle rencontrée. Le briquet regagna également son abri. Tant pis, aujourd’hui, nous n’irions pas plus loin que les apparences. L’ambition resterait rangée dans la poche. C’était comme mettre une majuscule à un Diable et un Dieu en qui on ne croyait pas, par prudence, car nul n’est jamais trop obséquieux avec l’inconnu. Quoi que, prudence ? Blake disait que la prudence était une vieille fille moche courtisée par l’incapacité. Et il n’était pas loin, car la vraie prudence consistait à ne pas vouloir être plus sage que sa propre nature et se laisser entrainer avec les folies par le torrent des erreurs. Il n’y avait pas, au fond, réserve plus pernicieuse que celle qui, comme cette cigarette jamais fumée, ne s’accommodait ni au temps, ni aux circonstances et faisait demeurer immobile. Son excès détruisait l’âme et le cœur, car vivre était un acte de courage. Et un acte de courage était toujours un acte d’amour.

« Ce n’est pas bien grave. »

Octave releva la tête et offrir un sourire universel, intemporel et sans contexte, ce qui le rendait par extension sans saveur, car c’était un sourire qui n’appartenait à rien et ne faisait référence à rien. Aucune joie ne le motivait, pas plus qu’aucun autre sentiment, sauf peut-être celui d’obligeance placide.

« Je dois vraiment y aller... Je vais être en retard. À plus tard, Octave. »

Elle avait posé une main sur son bras, mais il ne sentit aucune chaleur derrière, qu’une tentative de reconnexion. L’obligeance resta et il la regarda partir un moment, contemplant cette histoire qui s’avortait toute seule à ne pas vouloir s’allumer par manque de courage. A trop jouer les allumettes avec des cigarettes qui ne servaient qu’à la décoration d’un désir inactif et prudent, Octave finissait par ne plus avoir envie de s’embraser du tout. A dire vrai, il ne voulait simplement pas s’embraser tout seul. Il exécuta un étrange pas de danse sur la flaque pour rompre consciencieusement son reflet et prit, de son allure habituellement tranquille, le chemin du château. Il voulait lire, se perdre dans les draps chauds de son lit comme le briquet dans sa poche.


-Fin-

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[6 Décembre 1997] L'abus d'alcool est dangereux.

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