AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[15 novembre 1997] La reine mère

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 12 Nov 2017 - 21:06

Mais quelle année bordélique!

Les incidents semblaient s’enchaîner les uns après les autres, sans relâchement pour la jeune Trown qui écopait de tout. Comme à chaque année, son retour en classe avait été une affaire douloureuse, son dernier été forcé auprès de son père ayant motivé ce dernier à redoubler d’efforts lors de ses techniques d’éducation hors norme, ce qui avait laissé la jeune Trown bien mal en point à son arrivée au château. Après quelques jours, poussée par les mains de ses deux plus proches amis, elle avait piétiné sur sa fierté et s’était finalement présentée à l’infirmerie ou la matrone avait pansé la majorité de ses blessures, se retenant de tout commentaire. Il n’y avait plus grand chose à dire sur la situation, l’infirmière ayant découvert il y a quelques années déjà la vérité sur sa situation familiale et malgré son air sombre à la découverte de chaque nouvelle ecchymoze, la dame ne faisait que pincer les lèvres, retenant de passer un commentaire inutile sur la situation. Bien que le mois de septembre avait été relativement calme, l’arrivée des mangemorts et des inspecteurs au sein du personnels de Poudlard avait donné tout un choc à la populace étudiante et la vipère n’avait pas été immunisée par l’ambiance qui s’était effondrée sur eux suite à leur instauration dans leur vie quotidienne. Puis octobre était arrivé, apportant son lot de d’événements sombres et lugubres, représentation sans équivoque de la réalité qu’était maintenant la vie au château, la nuit des souffrances partant le bal avec fracassement, traumatisant les élèves et leur rappelant sans détour que Poudlard n’était plus ce que c’était. S’en était suivi Halloween, une soirée qui avait débutée avec divertissement et rires, permettant finalement aux étudiants de retrouver leur joie de vivre l’espace d’une soirée, mais encore une fois, les Carrows agrémentèrent l’activité à leur façon et un épouvantard fut relâché sur les participants de la soirée. Puis en l’espace de quelques jours, trois événements marquants s’enchainèrent dans la vie de la jeune Trown, ajoutant leur lot de stress à la serpentard dont les nerfs étaient déjà à vifs. Elle s’était retrouvée en Russie, accompagnée par nul autre que le bibliothécaire de l’école et tandis que ce fait cocasse aurait pu se terminer aussi rapidement qu’il avait commencé, la perte de leurs baguettes les avaient forcés à passer la nuit en compagnie d’hôtes des plus douteux, à jouer les prétendus fiancés en voyage romantique. Le lendemain de leur nuitée s’était avérée comporter une surprise additionnelle pour la demoiselle, le directeur de l’école ayant enseigné le cours de magie noire, les faisant affronter de nouveau leur plus grande peur, n’utilisant que leur mental comme arme contre la créature. Bien que Heather s’en était sortie victorieuse, défiant un Jake imaginaire dans toute sa splendeur, la couleuvre avait été bouleversée par l’affrontement, la replongeant aisément dans des pensées noires et la poursuite de son objectif ultime. Puis, pour clôturer le tout, une discussion bien particulière s’était déroulée entre Léon et elle, révélant au grand jour que ce dernier s’était retrouvé blessé par la nuit des souffrances, ses traitements ayant été agrémentés par un baiser administré par la préfère en chef. Cette révélation avait réveillé au sein de la serpentard son côté possessif, sentiment dévastateur qui s’ajoutait au cocktail déjà explosif d’émotions dont elle était le récipient.

Chaque semaine, et les évènements que celles-ci apportaient, laissait un arrière-goût amer dans la bouche de Heather, une sensation déplaisante qui refusait de la quitter de semaine en semaine. Du moment qu’elle croyait que quelques jours seraient finalement plus calmes, lui permettant enfin de relaxer l’espace d’un instant ses muscles raidis par l’anxiété, un autre événement chamboulait sa vie, ajoutant une couche d’anxiété de plus à l'atmosphère déjà tendu qui régnait sur l’école de magie. Le besoin de penser à autre chose, d’extirper l’excès d’émotions de son être, avait grandi avec l’angoisse jusqu’à atteindre son paroxysme, une envie qui grouillait sous sa peau, la démangeait sans repos, l'énervement ne voulant que se matérialiser d’une façon ou d’une autre. En temps normaux, l’excès d’émotions se serait traduit en un acte de violence ou une moquerie odieuse sur une pauvre victime choisie ou non d’avance, un acte facile, mais tant libérateur, continuant le cercle vicieux dans lequel elle était prise depuis son enfance. Or, cela ne semblait pas être la solution cette fois-ci, sachant qu’elle resterait sur sa faim, les pensées sombres ne seraient que l’essence qui alimenterait le feu de cruauté qu’elle relâcherait sur la pauvre âme, déviant le but d’oublier quelques temps ses malheurs. Le besoin de s’oublier quelques instants était tout de même ravageur, un désir brûlant qui refusait de s’amoindrir. Cédant finalement à son envie, Heather fouilla dans sa valise, sortant une bouteille de whisky pur feu vieilli de quelques années qu’elle avait piquée de la réserve à Jake quelques heures avant son départ pour le train, un affront sans intérêt et sans but autre que de la défouler quelque peu, mais qui avait réussi à lui étirer son premier et dernier sourire de l’été, sachant que son père s’en offusquerait lorsqu’il découvrirait que la bouteille manquait à l’appel. Elle n’avait pas eu l’intention de la boire, l’envie de se rebeller contre cet homme qu’elle détestait plus que tout au monde ayant été sa seule motivation, mais l’avidité d’oublier pendant quelques heures ses émotions en chamailles et ses pensées ténébreuses prit le dessus et elle glissa la bouteille dans son sac en bandoulière. Après tout, elle connaissait les effets de l’alcool, connaissait le brouillard qui se déposait sur l’esprit après plusieurs consommations et elle ne pouvait nier que l'idée était alléchante.

D’un pas nonchalant, elle sortit de son dortoir, observant les étudiants éparpillés dans la salle commune des serpentards, tentant d’y trouver Léon avec qui elle voulait partager sa débauche d'un soir, mais sans succès. Elle fronça les sourcils, croisant au même instant le regard de Charles qui haussa des épaules, secouant rapidement de la tête, une réponse sans détour à la question qui flottait dans le regard de la jeune fille, cette dernière levant les yeux au ciel. Tout comme elle, la position actuelle de Léon était un mystère pour Charles et sans s'y attarder, une idée d'où il se trouvait ou plutôt avec qui perçant dans son esprit, la vipère s'éclipsa de la salle verte et argent et commença son ascension vers le rez-de-chaussée, une morosité s'ajoutant au tourbillon d'émotions qu'elle contenait déjà au plus profond d'elle-même. Elle lança un regard foudroyant au serdaigle de quatrième année qu'elle croisa sur son chemin, provoquant un sursaut chez ce dernier qui se manifesta par un pas rapide sur le côté, ajoutant un bon mètre additionnelle entre la serpentard et lui-même, réaction qui étira un petit sourire moqueur sur les traits de la jeune fille. L'ombre d'un instant, l'idée de causer du trouble au pauvre étudiant ayant eu le malheur de la rencontrer lui vint à l’esprit, mais elle retint son envie, le poids de la bouteille cachée dans son sac lui rappelant avec efficacité le but de sa sortie, et elle continua son avancée, avant de s'arrêter devant les portes menant à l'extérieur du château. Elle jeta un regard autours d'elle, apercevant un amas de blaireaux rigolant discrètement à elle ne savait quoi, lui arrachant une expression de dégoût qu'elle masqua rapidement avant de pousser l'une des portes et de s'aventurer dans l'air frais automnal. La serpentard prit une grande respiration, affectionnant le rafraîchissement de sa peau surprise par la froideur de la température, appréciant le frisson qui assaillit son corps. Elle sortit par réflexe son écharpe, l’enroulant autours de son cou pâle et refermant d'un geste rapide les pans de son manteau de cuir, glissant ses mains dans les poches de ce dernier, s’engageant finalement sur le chemin pavé qui serpentait les terres de Poudlard. Le soleil était bas dans le ciel, s'approchant lentement d’un couché inévitable qui marquerait le couvre feu qu’elle devrait normalement respecter, celui-ci sonnerait dans un peu plus de deux heures si elle ne faisait erreur. Alertée de la présence d’élèves par les échos d’une discussion se déroulant un peu plus haut sur le chemin, la serpentard dévia du sentier tracé, guidant décidément ses pas en direction du grand lac, destination où elle espérait trouver la solitude qu’elle recherchait depuis son départ preste de la salle commune. D’un air décidé, elle s’approcha d’un énorme frêne trônant sur le paysage et s'asseya délicatement à sa base, les jambes repliées sur le côté, laissant sa tête s’appuyée contre le tronc robuste, les yeux fixés sur le tableau dessiné devant elle. Malgré la beauté inimaginable de la vue qui s’offrait à elle, la brunette n’arrivait pas à admirer le panorama, l’esprit tourmenté par les souvenirs des dernières semaines et des émotions que ceux-ci ramenaient au devant. Elle ferma quelques instants les yeux, laissant un soupire s’extirper de ses lèvres rosées, abandonnant finalement le masque qu’elle gardait par habitude sur son visage fin.

D’un geste lent, elle glissa une main dans son sac, tâtonnant quelques secondes avant d’y retirer la bouteille, y déposant son regard illisible, le liquide se mouvant tranquillement de gauche à droite sous l’agitation. La vipère retira le bouchon et approcha la bouteille de son visage, humant le liquide, le composé aromatique enivrant ses narines de son odeur caractéristique. Puis, sans hésiter, elle déposa ses lèvres sur le goulot, levant légèrement la bouteille vers le haut, avalant la première gorgée de la boisson nouvellement ouverte, une goutte du whisky pure malt coulant le long de son menton. Le liquide fut avalé, le visage de la serpentard se crispant en réponse au goût fort qui envahit son palais, l’expression faciale s’apparaillant à une grimace, avant qu’elle ne lève une main, attrapant ce son pouce la goûte qui s’était échappée. L’alcool fit son chemin le long de sa gorge, un feu liquide qui s'étendit sur chaque parcelle de sa trachée, brûlant la peau de l’intérieur. La vipère accueilla l’irradiation avec satisfaction, un petit sourire sans joie s’étirant sur ses lèvres : la première gorgée était toujours la plus surprenante. Les autres ne différèrent guère, augmentant la chaleur qui se répandait dans le corps de la brunette, l’effet de l’alcool s'accroissant à chaque déglutissement sporadique. Comme désiré par la vipère, l’eau de vie commença à faire son effet et déposa un voile sur son esprit, reléguant à l’arrière les pensées sombres, l’attention de la serpentard étant posée sur l’alcool et le paysage qui l’entourait, buvant s’en réellement regarder la quantité consommée, la brûlure associée à l’alcool devenant de moins en moins perceptible. Puis, une main agrippa son bras, un sursaut traversant le corps de la jeune Trown qui tourna la tête rapidement, son bras effectuant un mouvement brusque vers son corps dans le but de faire lâcher prise, tandis qu’une expression stupéfaite s’étendait sur son visage.

- Mais qu’est-ce que….

Reconnaissant le visage du bibliothécaire, Heather s’arrêta dans sa phrase, un “oh” surpris s'échappant de ses lèvres avant qu’elle ne referme la bouche sans terminer sa pensée, étonnée de se retrouver une fois de plus en sa présence. La vie semblait avoir un malain plaisir à les réunir, leur chemin se croisant dans les moments les plus importuns et embêtants. Retenant un soupire, elle approcha de nouveau la bouteille de son visage, avalant une énième gorgée du liquide cuivré qu’elle contenait avant de regarder de nouveau l’homme se tenant si près d’elle. Ne sachant pas réellement quoi dire, le souvenir de leur dernier échange remontant à son esprit et tous les non-dits qu’il avait contenu, la vipère se tut, préférant garder le silence et laisser Octave donner le ton de la conversation qu’elle était sûre ne manquerait pas de débuter entre eux.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 15 Nov 2017 - 1:39

Octave abaissa ses épaules, les roula doucement, les tendit de haut en bas pour accentuer la gêne qui le tiraillait pour en prendre parfaitement conscience. Pourtant, il avait du mal à le croire, mais il fallait se rendre à l’évidence simpliste que sa chemise le serrait. Il se retourna pour mirer son dos, passant son menton par-dessus une épaule crispée pour constater dans le miroir la tension du tissu entre ses omoplates en ailes de poulet. On aurait dit une tente de mariage tendue entre deux rondins difformes. Les sourcils froncés, il considérait sévèrement cette singularité qui n’en finissait pas de l’intriguer par son incongruité. Une dernière fois, il déploya ses épaules naturellement, se cambrant même un peu, mais rien à faire, la chemise demeurait légèrement tendue même lorsqu’il se diminuait en largeur. Pire, plus il sondait ses propres sensations et s’observait sous toutes les coutures, changeant sans cesse de poses, plus la congestion de ses membres augmentait. Le vêtement semblait se rétrécir à vue d’œil et, frustré, Octave déboutonna furieusement le col requin qui le serrait presque le cou d’exaspération, puis passa une main hésitante sur sa la douce popeline de sa manche, tira dessus du bout des doigts pour voir s’il parviendrait à défaire les plis qui descendaient depuis l’épaule, mais le tissu reprit son ondulation tordue et sans ménagement, à présent pleinement convaincu de l’état des choses, il retira sa chemise tel un barbare par la tête. Il avait grossi. Il s’en serait rendu compte plus tôt, mais ces dernières activités l’avaient forcées à revêtir des tissus confortables, sans grande considération pour la belle taille qu’il s’efforçait à souligner coquettement. Et puis, la température dégringolant fâcheusement, du blazer il était passé au pull épais sans intermédiaires, écharpe au cou et mailles en jersey de laine vierge, coton uni et tressé, col côtelé comme un petit nuage, et puis ses poignets étroits noyés dans des manches larges, souples et chaudes, couvrant la moitié de ses paumes. Ce n’était pas bon de se laisser aller comme ça au difforme agréable, certes, mais qui lui donnait un peu trop l’air d’un dimanche soir qui s’éternisait.

Octave essaya encore quelques chemises, mais le résultat était invariable pour la quasi-totalité d’entre elles. Les épaules le froissaient, parfois ça tirait même sous les aisselles et la liberté du mouvement n’y était plus vraiment. Torse nu, entre les cadavres de déception, il fit une rapide introspective sur les récents évènements, y cherchant le mystère de cet épaississement. C’était l’effet Australie ça ? Bah, on ne grossissait pas des épaules, voyons ! Tout comme on ne grossissait pas du front, ni du cou… Octave pinça la peau de sa mâchoire, tentant d’y desceller des plis prophétiques de gras. Ca le préoccupait parce qu’il n’avait jamais grossi en tant que tel. Il avait grandi, en bon adolescent, changeant de taille en fonction de son âge jusqu’à atteindre la stabilité réconfortante de l’âge adulte et d’un corps bien fait. C’était l’alcool ? Du bout des doigts, il décolla ses paupières inférieures, cherchant les ruisseaux de vaines apparentes sur le blanc de ses yeux, mais sa mine était correcte. Il était correct. La fraîcheur d’un pétale en plein hiver ! Il refusait de croire qu’il mangeait trop. Sinon il aurait senti de la tension sur sa taille et non ses épaules ! Des muscles. Mais oui ! Octave enjamba les tas négligés au sol, satisfait de sa propre conclusion pour le moment, sa logique se contentant de tout ce qui allait dans son sens à ce sujet. Qui grossit des épaules, franchement ? Ou des bras… foutaises. Il se retourna, regarda l’armoire ouverte, se rendant compte que la moitié de ce qu’il possédait n’avait plus aucun intérêt, les hauts de costume y compris. C’était embêtant, et il ne pouvait moralement plus supporter tous ces pulls cotonneux, dépoitraillés qui ne lui donnaient pas vraiment envie de travailler, mais de se blottir avec sa tasse de thé quelque part pour s’endormir avec le bruit du vent derrière la fenêtre.

Ce fut donc avec la détermination de quelqu’un prête à retourner le centre-ville à l’envers qu’Octave abandonna le château pour se rendre chez un tailleur discret. Le vieux Max le connaissait bien et, contrairement aux autres, il ne prêtait plus attention aux multiples cicatrices qui striaient son corps lorsqu’il prenait les mesures, et encore moins posait-il des questions. En revanche, jamais il ne ratait une occasion pour remarquer les changements. Alors, lorsqu’un « Monsieur s’est épaissi. C’est pour ça que Monsieur est venu ? » l’assaillit, tandis que Max passait son mètre souple sous ses bras, Octave releva orgueilleusement le menton, tentant de grommeler quelque chose avant de se racler la gorge : « Sans façon. Je suis venu parce que je t’aime bien, voyons ». Le tailleur s’épanouit et sourit malicieusement, tout en notant sa taille ancienne et ses épaules nouvelles, habitué des petites hypocrisies de son client généreux. Il commanda l’essentiel, les couleurs, les doublures, les broderies, rayures, carreaux, laine brossée et vierge, revers crantés, coupes droites et slim, de quoi avoir le bonheur du choix, sans les épaules écrabouillées et les coutures qui craquent. Il ne voulut d’ailleurs pas savoir combien de centimètres Max avait rajouté aux mesures des années précédentes, se contentant de se dire que ce savoir devait appartenir à celui qui l’habillait, point barre. Pas la peine de voir l’étiquette, il se contenterait bien de son reflet satisfaisant dans le miroir.

« Monsieur sera livré dès que c’est prêt. Toujours dévoué à Monsieur, bonsoir… »


Octave transplana au château bien plus tard que prévu, ayant fait le tour de la ville pour régler ses affaires courantes, ne trouvant que très peu l’occasion et le temps d’y retourner. Les rues magiques devenaient sinistres et même s’il en fut grand habitué, voir tous ces gens se porter comme des toiles tirées à quatre épingles n’avait rien de reposant. Et puis, les magasins se vidaient, se fermaient et il n’y avait plus grand-chose à faire maintenant, à part si on était féru de magie noire ou s’il y avait besoin de régler ses problèmes administratifs. En vrai tout était baigné d’une atmosphère d’inactivité accrue que certains semblaient trouver tonifiante, mais que le bibliothécaire trouvait profondément morose.

Le soleil ne manquait pas de se coucher à une vitesse folle et au loin, Octave ne voyait même plus très bien les détails du château, son relief, quant à lui, se détachant avec toujours plus de netteté dans le ciel d’un bleu aussi sombre que froid. Frissonnant du rafraîchissement spectral, il referma pour de bon les pans croisés de son manteau d’un gris sombre, zébré d’une texture à chevrons. Il releva l’écharpe jusqu’au menton, la bouffit comme un drap pour lui donner du volume et réorganisa sa sacoche pleine de relevés de comptes et de conventions bancaires. Il préférait venir chercher ces choses-là lui-même, surtout en des temps étranges, où les courriers les plus anodins se faisaient intercepter comme par inadvertance, se perdant dans la nature profonde et mystérieuse de la censure et de l’espionnage ministériel. Soigneusement, il se cantonna au chemin rocailleux pour ne pas imbiber davantage le bas de son pantalon, ni ses bottes robustes d’un noir épais. Le paysage, dans son assombrissement sinistre, était une constante provocation à la tristesse grandiose, pas si inoffensive. Ces retours là le perdaient souvent. Il finissait songeur, dynamisé par sa marche, se demandant où il aurait pu être, s’il décidait soudain de quitter l’endroit. Et qui le remplacerait, en tant que bibliothécaire ? Un mangemort ? Avait-il marqué une quelconque différence pour les élèves ? Au moins certains d’entre eux ? Le souvenir de Leslie lui arracha un froncement de sourcils, l’inquiétude de ce petit diable empiétant sur les autres considérations qu’il pouvait bien avoir. Sa sensibilité d’écorché vif, débordante dans tous les sens, lui rappelait par moments la sienne, l’ancienne, celle qui remontait à longtemps et qui lui avait fait commettre tant d’erreurs. Qu’est-ce qu’il avait changé au fond ici ! Qu’est-ce qu’il s’était assagi, surtout. Il considérait les choses et les gens avec une spontanéité grâcieuse, sans se presser, ni se perdre, avec patience et acceptant de prêter un temps précieux aux évènements incongrus. La petite Heather l’aura conforté dans cette culpabilité retrouvée, qu’il acceptait maintenant avec gratitude car cela aussi lui avait manqué, de vivre comme si Jane était encore là, savourant son existence à petits pas. Cette pensée lui fit mettre la main sur le cœur et respirer largement.

Il marchait les yeux grands ouverts, prenant le chemin qui longeait le lac et qu’il préférait parce que désert la plupart du temps. Le crépuscule sentait le pin et la sècheresse de l’hiver. Dans son ascension, comme l’on se surprend d’une ombre menaçante, Octave aperçut sous un arbre le relief mobile d’un mouvement qu’il connaissait que trop bien. Mécanique, comme un oiseau en bois se balançant sur son centre de gravité, le corps entier tanguait avec la tête pour savourer la bouteille. Son pas se fit plus lent et il songea qu’il pouvait bien laisser faire. Elève ou adulte, s’ils étaient capables d’avaler de l’alcool -car il reconnut le carré caractéristique du whisky- avec cette avidité, c’est qu’ils étaient capables de se prendre en charge suffisamment. Néanmoins, ce fut justement cette avidité désespérée au goulot qui l’arrêta complètement, avant de le forcer à prendre le chemin de l’arbre d’un pas de félin. Un soupir le secoua lorsqu’il reconnut Heather. Un regard vers l’horizon le convainquit à sévir. Sans qu’il ne puisse se l’expliquer, parce qu’il s’agissait de Trown, une grande tristesse l’accapara à la vue d’une telle gourmandise solitaire, y voyant la continuité matérielle de ce qu’il avait soupçonné en elle lors de leur voyage, et bien avant cela d’ailleurs… De tels buveurs ne connaissaient rien à la dégustation, leur soif étant purement symbolique. Pris par le désir de rompre cette allure, s’approchant, il se saisit du bras de la jeune femme, sans violence peut-être, mais avec suffisamment de brusquerie pour que la jeune femme ait un mouvement de recul.

- Mais qu’est-ce que…


Octave ôta ses doigts, alors que l’étudiante le toisait avec cet air roublard de retrouvailles usuelles, mais que l’on trouvait gênantes dans leur répétition incongrue. Il ne venait pas la féliciter, c’était sûr. D’ailleurs, elle considérait si peu maintenant sa présence et son statut qu’elle répéta le mouvement de balancier, étalant encore un peu son indifférence ou sa provocation à son égard. Le bibliothécaire resta stoïque, droit au-dessus de cette jeune fille qui se brûlait la gorge plus qu’elle n’appréciait le goût. Elle le toisa, lui confirmant la provocation, à laquelle il ne répondit pas de visage, connaissant bien cette attitude qui voulait qu’on la réprimande juste pour pouvoir renchérir encore un peu par la mauvaise foi. Il avait eu l’intention d’avoir l’air autoritaire, mais elle s’ébranla une fois la certitude venue que les accusations ne serviraient à rien. On allait voir si elle allait réussir à se soûler sous le regard doucereux de quelqu’un se refusant à la juger pour quoi que ce soit. A tous coups, elle se jugeait peut-être déjà soi-même, ce qui la poussait à être d’autant plus sur la défensive qu’elle s’attendait à cela de la part des autres. Octave humecta ses lèvres d’un geste lent de la bouche, l’air non pas indifférent mais tranquillement impliqué, comme s’il était venu là pour juste lui tenir compagnie. D’ailleurs, il regarda un peu le lac, laissant le temps à la jeune femme de savourer encore un peu son embrasement forcé. Un dernier embrasement, celui du soleil, alluma une flamme trop rouge dans ses cheveux aux reflets roux, lui imposant de rompre sa contemplation. Gardant un œil paisible sur un détail, il finit par déclarer, le visage plat, mais la voix doucement souriante :

« Tu viens ? Il se fait tard pour ces choses-là. »

La question sonna, mais sans laisser place à la dénégation. Octave détourna ses yeux et lança un terrible, de par sa placidité inacceptable, et long regard à la jeune femme, l’invitant par le silence contemplatif à le suivre sans protestations. Ou plutôt, il laissa entendre dans sa posture que si elle décidait de le contredire, il resterait avec elle. S’imposer pour qu’on veuille se débarrasser de lui ? Ca se valait, comme frustration, si on mettait l’orgueil de côté. Et puis, parce que la provenance l’intriguait quand même, il rusa, l’air de rien :

« Tu ne l’as pas trouvé dans les cuisines, ta gnole, si ? »


_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 16 Nov 2017 - 19:21

De tous les habitants du château, il fallut que ce soit Octave Holbrey, dans toute sa splendeur, qui la trouve une bouteille à la main et l’esprit embrouillé par ses pensées et la quantité d’alcool consommée. Depuis le retour de leur voyage improvisé, la jeune fille avait quelque peu évité la bibliothèque, adoptant la salle commune pour ses sessions d’études et la complétion de ses devoirs, préférant restreindre au maximum ses rencontres avec le bibliothécaire et les interactions que celles-ci pourraient engendrer. Bien que leur aventure incroyable soit survenue la semaine passée seulement, le souvenir semblait lointain à son esprit, les péripéties du château ne lui ayant offert que peu de tranquillité pour refaire de l’ordre dans ses pensées et ainsi lui permettre un comportement socialement juste de leur supposée absence d'interactions autres que celles attendues d’un bibliothécaire et d’une élève. Tandis que leur retour au château avait marqué la fin de leurs prétendues fiançailles, l’arrivée à Poudlard avait aussi imposé la création d’une nouvelle mascarade et cette fois-ci, beaucoup plus permanente que celle créée à l’improviste lors de cette fameuse nuit passée en Russie. La brunette avait donc opté de l’éviter, ayant espoir de se donner le temps d’assimiler le nouveau subterfuge qu’elle devait maintenir en sa présence, mais aussi la péripétie et les actions et émotions étrangères qui l’avaient habitée cette soirée-là. Elle se rappelait que trop bien les paroles sarcastiques qui avaient peuplé la soirée ainsi que les gestes menteurs dont ils avaient été tous deux les acteurs à mainte reprise ; le regret qu’il lui avait exprimé, une réponse inattendue qui avait convaincu la brunette de lui offrir son pardon d’un touchée simple, mais remplie de sens et d’honnêteté, n’ayant pas trouvé la force de murmurer les mots et d’ainsi briser le silence qui s’était déposé ; et puis la confiance qu’elle lui avait accordée et le doute que cela avait semé par la suite dans son esprit, trop habituée comme elle était à n’agir que par méfiance face aux adultes. Tout cela avait été trop particulier pour qu’elle ne sache comment réagir aussi rapidement et surtout, que faire de ses réalisations qui s'amusaient à envahir son esprit dès qu'elle y repensait, revoir l’homme aussi tôt n’aurait qu’été un désastre, mais comme cela semblait devenir une habitude pour eux deux, ils se retrouvèrent de nouveau face à face, mais heureusement seuls. Aucune pression sociale ne viendrait donc imposer le comportement faux qu’elle aurait normalement dû adopter en sa présence outre son absence d’émotions habituelle qu’elle préférait garder en tout temps, mais donc la force de la maintenir l’avait quitté progressivement au fil des gorgées du liquide ambré. Contrairement à ce dont elle était reconnue, son visage avait perdu de sa froideur coutume et bien que les émotions n’étaient pas aussi transparentes que pour un élève normal, la différence était marquante dans le cas de la serpentard, des signes et réactions trahissant l’émoi qui l’assaillait depuis qu'elle s'était éclipsée dans l'air froid d’automne. Absents étaient le masque de glace et le regard illisible qui accompagnaient généralement le visage fin de la brunette, l'alcool avait détruit sa capacité à garder hors de portée de toutes ses réelles pensées, son envie de s'en préoccuper ayant subi le même sort. Le fameux brouillard qu'elle avait tant recherché s'était finalement déposé sur son esprit et parties étaient ses préoccupations habituelles de paraître forte et distante, la boisson forte ayant rempli son être d’une sensation de chaleur et d’une nonchalance généralisée éphémère, appréciant les vertus de l'insouciance d’un plaisir aigre et fragile.

Heather leva un regard légèrement voilé par l’alcool vers Octave, son cou protestant sous l’angle abrupt et inconfortable qu’elle devait adopté pour observer le nouveau venu. Elle sentit un malaise à se retrouver assise tandis que l’homme était debout à ses côtés, fronçant les sourcils avant de mettre une main sur le tronc d’arbre, se relevant lentement de sa position initiale. Des frissons parcoururent ses jambes maintenant dépliées et elle se laissa légèrement tombée contre l’arbre massif, appuyant le haut de son corps contre le tronc robuste, l’action en elle-même échouant d’offrir la grâce qui était naturellement attendue d’une jeune fille. Cette dernière toisa longuement le bibliothécaire, sachant ce qui suivrait, son attitude nonchalante n’étant que le calme avant la tempête qui ne tarderait pas à éclater. La réprimande viendrait, elle en était sûre, les adultes n’attendant que la première opportunité pour se défouler sur ceux sur qui ils avaient plein pouvoir, une occasion idéale pour exprimer tout l’avantage qu’ils possédaient. La situation était idéale et elle le savait : une adolescente s’adonnant à une activité illégale, même si cette dernière était loin de causer un quelconque tort à qui que ce soit, boire seule n’ayant jamais fait de mal à personne, était une raison parfaite pour démontrer sa supériorité, pour châtier sans remord la délinquante. Après tout, elle l’avait cherché, la brunette ayant enfreint un règlement de l’école sans pudeur ni indignation, crachant sur l’autorité qui devait être respectée à tout prix, le respect des aînés, même si non mérité, devant être priorisé à la logique. Malgré ses pensées cyniques, elle ne pouvait nier qu’une certaine arrogance avait accompagné ses mouvements, buvant une gorgée du whisky tandis qu'elle le savait la regarder, un aveu sans paroles qui disait tout sur son état d'esprit, ajoutant de l’huile sur un feu ardent et vif, une provocation pure et simple. La vipère baissa les yeux vers le sol, s’attendant au pire, refusant d’observer le visage neutre du bibliothécaire se fendre en un sourire sarcastique ou se retrouver submergé d’une expression furibonde annonçant le pire, signe précurseur de la réprimande qui ne saurait se faire attendre.

- Tu viens ? Il se fait tard pour ces choses-là.

Mais la réprimande ne vint jamais. Heather releva des yeux surpris vers l’homme, plongeant son regard dans les émeraudes brillantes qui lui faisaient office d’yeux. Les paroles sonnaient naturelles, sans reproches ou jugements, une simple question suivie d’un constat naïf, comme si l’heure tardive était la seule chose qui importait dans toute la situation. La présence d’alcool avait été reléguée au rang des éléments banals, une activité qui semblait comporter une absence d’importance si grande que de mentionner l’acte en soit n’en valait pas la peine, ne serait qu’une perte d’énergie. La jeune Trown resta muette quelques instants, le regard fixé sur l’homme qui l’avait de nouveau surprise dans une occupation interdite aux étudiants, la trivialité de sa phrase subsistant, un contraste considérable avec ce que la vipère s’était imaginé comme déroulement suite à son arrivée. Puis, la stupeur s'amoindrit progressivement tandis qu’elle repassait ses paroles en boucle dans son esprit, la neutralité du ton utilisé perdant de son importance alors que l’obligation masquée derrière la simple question se faisait entendre. C’était une belle technique en somme : dissimuler un ordre derrière une invitation, donnant l’impression que le choix lui appartenait alors que la vérité était tout autre, une seule réponse étant véritablement la bonne et ne serait au final qu’acceptée. Malgré sa relative douceur, le bibliothécaire ne voulait qu'une chose, la remmener à son dortoir et couper court à son relâchement, brimer la serpentard dans ce besoin d'oublier l'espace d'une soirée les dernières semaines, une nécessité auquelle elle s'était accrochée et dont elle refusait de lâcher prise. L’envie de se rebeller reprit le dessus sur son être, l’alcool, un catalyseur sans pitié pour les idées illogiques, encourageant les actions impulsives et les paroles non réfléchies, un cocktail qui provoquerait des étincelles à tout coup.

- Avec toi ? Des plans pour qu’on se retrouve en Thaïlande cette fois-ci. Non... je suis très bien ici. Et il n’y pas d’heure pour boire alors laisse-moi en profiter, veux-tu ? J’ai à peine pris une gorgée.

Elle parlait trop. Elle avait oublié que l'alcool avait aussi l’effet particulier de lui délier la langue, ses pensées perdant de leur sens une fois prononcées de vive voix, la réalisation lui tirant un froncement de sourcils. C’était embêtant. Elle en disait trop, perdant le filtre qu’elle s’imposait normalement, exprimant des idées manquant d'éloquence et de continuité, un mensonge digne d’un enfant de quatre ans s’ajoutant au flot incohérent. À peine une gorgée ? Ah oui, très fort Trown! Mais quel mensonge convainquant. La bouteille qu’elle tenait à ses mains était déjà un tiers vide, une preuve irréfutable que le liquide avait été consommé et plus qu’une gorgée avait été avalée. Avant qu’elle ne puisse se châtier un peu plus mentalement, Octave lui posa une nouvelle question, la provenance de ladite alcool semblant lui titiller l’esprit.

- Tu ne l’as pas trouvé dans les cuisines, ta gnole, si ?

La vipère avait toujours assumé qu’aucun alcool n’était tenu au château, la question la faisant hésiter sur ce fait qu’elle avait cru évident, la présence d’adultes au château pouvant, dans un sens, expliquer qu’une certaine réserve d’alcool, masquée de la vue des élèves, résidait au coeur des cuisines. Ses yeux tombèrent sur la bouteille qu’elle tenait toujours dans sa main droite, observant l'étiquette légèrement abîmée, mais dont les lettres brillantes de la cuvée avaient gardé leur éclat original. Une des rares boissons que son père avait gardée intacte et intouchée lors de ses nombreuses beuveries solitaires, refusant, elle ne savait pour quelles raisons, d’y faire subir le même sort que tous les cadavres vitreux qui s'éparpillaient normalement sur le plancher du petit salon de la maison. La bouteille avait été rangée sur l’une des bibliothèques pauvres en livres, exposée aux yeux de tous, une place d’importance et de fierté dont les quelques photos que la famille possédait n’avaient jamais réussi à se mériter. Un petit rire sans joie teinté de moquerie s'échappa de ses lèvres rosées et elle leva quelque peu la bouteille, marquant visuellement les paroles qu’elle prononça d’un ton rempli d’amertume, tenant l’objet comme si elle en était fière, comme si celle-ci représentait le monde à ses yeux.

- Non, de la réserve personnelle de la famille Trown. Il y a l'embarras du choix là-bas, après tout, il ne faudrait certainement pas qu’il manque d’alcool dans cette maison, termina-t-elle, le petit rire moqueur faisait un retour triomphant à la fin de sa phrase.

Le mot famille avait subi la majorité du ton acerbe, un sarcasme dégoulinant enrobant ce mot qui référait à la relation père fille dont elle niait consciencieusement l'existence depuis plusieurs années. Les liens du sang priment sur tout : mais quelle foutaise! D’un geste devenu réflexe lors de la soirée, la brunette engloutit une énième gorgée du whisky, le visage de son père qui était apparu dans son esprit lui donnant une raison additionnelle d’avaler un peu plus de cette boisson. Une grimace inonda son visage l’espace d’un instant, la brûlure lui arrachant la gorge la surprenant de nouveau, l'insensibilité à l'irradiation qu’elle avait apprivoisée quelques instants plus tôt s’étant envolée suite à l’arrivée imprévue d’Octave. Elle secoua la tête rapidement, sa figure reprenant des traits décontractés plus naturels que l’expression crispée que l’eau de vie maltée lui avait arrachée. Elle toisa l’homme quelques instants, l’air songeur, penchant la tête sur le côté tandis qu’elle pesait le pour et le contre de l'idée qui germait dans son esprit, puis d’un mouvement quelque peu prompt et rigide, elle approcha la bouteille du corps de son interlocuteur, s’arrêtant à quelques centimètres de son pull.

- Tu en veux ?

C’était la défense parfaite. S’il acceptait, le bibliothécaire ne pourrait rien dire contre elle, ayant participé avec elle à sa débauche, une protection parfaite contre les représailles et la possible punition qui s’en suivrait. Elle ne lui offrait que pour cette raison. Cela n’avait rien à voir avec le sentiment de solitude qui l’avait envahie lorsqu’elle s’était éclipsée seule de salle commune et le réconfort qu’une deuxième présence lui apportait, ou encore le fait qu’Octave avait déjà gagné une partie de sa confiance une semaine plus tôt... n’est-ce pas?

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 17 Nov 2017 - 22:34

Il était ardent partisan du moindre effort. Les aléas des raptus anxieux composaient déjà une contrainte considérable et, mu par un esprit pratique et rationnel au possible -exception faite de ces instants où le bon sens entrait en collision avec les affres proverbiales du stresse-, Octave s’épargnait au possible les complémentaires sources d’inquiétudes. Il n’évitait les gens que si cela s’avérait utile pour préserver de la tension ses multiples anévrismes, mais miss Trown n’étant qu’une maladroite victime de sentiments confus, elle bénéficia de sa courtoisie la plus dévouée. Faire comme si ne s’était passé lui sembla être une bonne option pour ne pas embarrasser quiconque davantage. Ou plutôt comme si rien de gênant ne s’était passé. Il ne se força pas à l’inquiétude, ne brassant pas les quelques sentiments honteux qui s’en furent restés, ne chercha pas non plus à sonder l’esprit de la jeune fille par d’incessants questionnements quant à son bien-être. Il se contenta simplement au possible de supprimer les malaises en arborant un comportement qui aurait pu entretenir les préjudices. Mais au final, il n’eut pas beaucoup d’efforts à faire car s’il avait attendu leur première rencontre avec une certaine appréhension, parfois incertain de ses capacités, cette-dernière d’advint néanmoins jamais. Si Octave avait décidé de ne pas fuir ou trop exagérer sa politesse, principalement parce qu’au final, en tant que bibliothécaire il n’avait pas le choix, Heather, de son côté, avait opté pour la pure disparition. D’une certaine façon, cette absence forcée lui en disait long sur les griefs que leur aventure avait bien pu laisser aux nerfs supposément sensibles de la jeune femme. Docilement, il s’en contenta, acceptant cette décision défensive et laissa tout comme c’était. Il avait pensé aller la voir pour s’enquérir des raisons de ces évitements pour les pacifier, mais ce geste-même était en contradiction avec l’intimité qu’il avait décidé de préserver, et n’en fit rien.

Retrouver Heather en train de picoler n’était pas vraiment ce qu’il avait imagé pour d’éventuelles et incommodes premières retrouvailles. Pour sa tranquillité d’âme, il aurait préféré le spectacle banal d’un quotidien avançant sans péripéties inutiles, plutôt que cette espèce de continuité directe, sinistre, à ce qu’ils avaient vécus. Encore une fois se nota-il à quel point ce geste ne ressemblait en rien aux bêtises adolescentes qu’ils exécutaient pour l’émancipation précoce. Un tatouage de dragon sur la cheville et qu’on n’en parle plus ! Il n’était soi-même pas certain de la forme que ses crises de jeunes années avaient pu revêtir, tant elles furent chaotiques, mais il connaissait en revanche le mécanisme de ce mouvement de pendule. Le regard voilé, comme dans l’extase amoureuse, l’esprit absent au fond du goulot, les lèvres laquées de salive, renversant toujours la bouteille plus haut, pour assouvir les ardeurs d’une solitude aussi opaque qu’un orage d’été et qui n’en finissait pas de siphonner tout ce qui se trouvait à sa portée, sans jamais se satisfaire parfaitement rien. Mais l’alcool faisait flotter, voler en papillon entre les coquelicots, jusqu’à atteindre une ivresse béate et complètement stupide. Le lendemain, tout s’évanouissait, comme si une porte s’était ouverte pour ne laisser que le vide, encore plus abyssal que la fois précédente, alors on recommençait.

Les mouvements décousus de ses gestes concordaient avec ce qui avait déjà disparu de la bouteille, mais Octave n’en fit pas grand cas, retenant un soupire et autres grimaces, parfaitement conscient qu’il était d’un corps trop jeune pour filtrer tout ça convenablement. Les discours moralisateurs et les réprimandes n’avaient jamais eu aucun effet sur lui, d’autant que la plupart du temps, c’était des choses qu’on savait, mais que l’on négligeait soigneusement dans un coin de l’esprit. Si la connaissance du danger n’aidait pas à relever la tête, c’est qu’il y avait de l’autre côté de la balance quelque chose de beaucoup plus lourd. En attendant, Heather le toisait en tapinois, le jaugeait avec la méfiance de celle qui attendait fermement le reproche, se préparant déjà à se défendre. Malgré le ton et les propos inoffensif qui furent prononcés, elle y trouva raison pour faire percer sa colère emmagasinée, soigneusement transmuée en sarcasme, qui prenait racine directement dans ce qu’elle pouvait bien lui trouver comme défauts et garder comme griefs. Là où il aurait pu se vexer, il préféra ne rien en fait car au fond, n’avait-elle pas raison dans ses exagérations ? S’en justifier lancerait le genre de discussion qu’il était mal placé pour avoir, alors il se contenta d’un sourire du bout des lèvres. Un peu timide, très commun, comme pour esquisser de la bouche un remord que l’on ne voulait pas formuler une fois de plus.

- Avec toi ? Des plans pour qu’on se retrouve en Thaïlande cette fois-ci. Non... je suis très bien ici. Et il n’y pas d’heure pour boire alors laisse-moi en profiter, veux-tu ? J’ai à peine pris une gorgée.

Il la regarda en biais, l’air malicieux, ne relevant pas son mensonge, ni le chemin qu’elle avait fait prendre à la discussion. Octave avait exprès évité d’aborder le sujet de l’alcool, pour finalement la voir le faire à sa place. Comme tous ceux qui désiraient ardemment à ce qu’on les reprenne sur leur faute pour pouvoir revendiquer un choix de vie, Heather avait elle-même souligné une fois de plus son attitude, espérant peut-être qu’il la reprenne cette fois-ci, puisque le sujet était lancé. Mais il était très difficile de mettre des mots qui n’étaient pas les siens dans la bouche du bibliothécaire. S’était-elle rendue compte qu’à aucun instant son propos n’avait abordé ce sujet ? Ou rétorquait-elle à quelque chose qui avait fait écho dans sa propre tête sans remarquer que rien n’avait été formulé dans cette direction ? Quoi qu’il en fût, il était clair qu’elle désirait presque se faire réprimander au sujet de la bouteille, pour ne pas qu’on la juge sur autre chose peut-être… Octave releva le défi autrement, abordant la provenance dudit whisky. Soit les élèves étaient plus fourbes et malins qu’on pouvait le croire, soit elle avait ramené ça de temps plus reculés, dans ses bagages. Ce qui en faisait une toute autre histoire d’ailleurs et un sujet bien différent. Elle sembla hésiter d’abord, puis rigole d’une autre ironie invisible, avant de répondre sur le ton d’un regret voilé :

- Non, de la réserve personnelle de la famille Trown. Il y a l'embarras du choix là-bas, après tout, il ne faudrait certainement pas qu’il manque d’alcool dans cette maison.

Trop de rires entouraient sa réponse. Comme si elle les utilisait pour adoucir les coins d’une réalité bien noire. Ce qui était très probablement le cas par ailleurs. Octave pencha la tête sur le côté, la regardant d’un air curieux. Elle aurait pu voler la bouteille à ses parents en geste de rébellion adolescente, mais la dernière partie de la phrase couva une moquerie qui renversait les priorités. Les problèmes de l’alcool remontaient plus loin que prévu, ne s’arrêtant pas à des jeunes années indisciplinées, mais peut-être même à un exemple suivi. Cela sonnait en tout cas comme un reproche très amer, venant tout droit des tripes tellement il était enraciné. Octave voulait bien remettre ses bavardages aussi sincères que sarcastiques sur le compte des vapeurs d’alcool qu’Heather avait dû accumuler dans le crâne, mais il y avait des choses qui ne s’inventaient pas. Et pour souligner le rapprochement qui venait d’être fait, copie générationnelle d’un même vice, l’étudiante renversa encore une fois la bouteille dans un bruit de petite vague et se gargarisa d’une énième brûlure. Octave, qui avait mis les mains dans les poches, observa ce spectacle sans broncher, laissant ce qui se tramait en-dessous se défaire doucement dans l’absence de réprimandes et de jugements. Heather sembla le remarquer, tout comme ses inhabituelles jacasseries, et se dispersa en gestuelles désordonnées, avant de l’inviter avec brusquerie :

- Tu en veux ?

Le bibliothécaire, un léger haussement de sourcils traduisant sa surprise, observa la bouteille tendue avant de s’en saisir d’une main hésitante par le goulot. Il renversa un peu le contenant sur le côté pour voir l’étiquette de ce qu’on lui proposait. Un coquet Glenfiddich de 21 ans d’âge, beau single malt à la couleur d’un miel épais grec. La lumière d’un soleil couchant lui prêtait des reflets d’or et de topaze. Ce n’était pas du n’importe quoi, cette gnole, c’était même très finaud comme dégustation et son caractère d’esthète fut horrifié qu’Heather se soit torché avec aussi peu de ménagement de ce respectable affinage. Il ne savait pas trop ce qu’elle essayait de faire en lui proposant une gorgée, si c’était une tentative soudaine d’être gentille, ou plutôt un moyen de le corrompre un peu plus. D’une élève à un membre du personnel, surtout dans la mesure où leur dernière entrevue fut mouvementée et mauvaise, cela ne pouvait pas être une saine invitation, ni un quelconque geste de politesse. Il y avait une perversion derrière cela et Octave faillit refuser pour ne pas rentrer dans le jeu de celui qui était le plus pourfendu de vices, des fois que cela revienne sur la table. Mais une idée se succédant à une autre, il finit par lâcher un « Hum » en faisant jouer les reflets lumineux sur le liquide ambré, généreux. Puis, il posa un regard indéchiffrable sur Heather avant d’apporter le goulot à ses lèvres déjà entrouvertes. Il prit son temps, connaisseur infatigable en son temps de la pire à la meilleure infection. Comme il ne restait plus grand-chose, il dut considérablement se pencher pour toucher de sa bouche le coulant généreux du whisky. La bouteille redescendit, la première gorgée étant brève. Octave s’humecta les lèvres, goûtant la lourdeur de ce qu’il pensa être des arômes de fruits exotiques, puis de la violette, l’arrière-goût de tabac fumé, et enfin un semblant de vanille. Capiteux, c’était le cas de le dire, cet orge malté. Certainement pas fait pour se torcher la gueule comme Heather le faisait. Quelqu’un à la maison des Trown risquait certainement d’être très triste d’avoir raté ça…

« Mouais, mouais, mouais… Pas mal tout ça. »

Gazouilla-t-il, avant de reprendre une gorgée, plus conséquente celle-là. Comme sur le visage d’Heather plus tôt, une grimace passa sur son visage, moins marquée que celle de la jeune femme cela dit, forgée qu’elle fut par une habitude enracinée. Elle ne voulait pas venir avec lui hein ? Son regard la cambra, rendu plus lumineux par le coup de fouet de l’alcool, se mirant maintenant d’un vert de jade au soleil. Puis soudain, il fit un pas sur le côté, et un deuxième, tout en sifflant une bonne troisième gorgée démonstrative, avant de lancer par-dessus son épaule :

« J’ai pas envie de me faire chopper par les détraqueurs, moi. »

Elle ne voulait peut-être pas le suivre, mais sans whisky, la mauvaise foi n’allait pas lui tenir compagnie très longtemps sous cet arbre en plein milieu d’une nuit, qui menaçait le paysage de plus en plus. Pour le moment, le ciel n’était que d’un rosé tirant sur les violets très foncés, mais la pénombre allait tomber sur eux comme un rideau de théâtre. Au moins lui aura-t-il épargné de finir complètement torchée, quoi qu’il dût reconnaitre sa bonne endurance pour n’être que pompette avec deux tiers de la bouteille. D’un pas lent et démonstratif, Octave remonta la côte, sirotant paresseusement la bouteille, qu’il soufflait entre ses dents pour s’aérer la bouche. Au moins quelqu’un allait vraiment profiter de ce goût ! Ce n’était pas très juste, certes, il la prenait à revers, mais c’était ainsi lorsqu’on jouait sur les sarcasmes, les règlements, et le peu de considération qu’on avait envers un bibliothécaire toujours un peu plus fourbe. Enfin, son souci était de la mettre à l’abri, quitte à se faire détester encore un peu plus. Maintenant, ils étaient coincés tous les deux dans un sens, comme dans l’autre et il n’y avait plus personne à qui se plaindre d’une telle tournure. Par-dessus son épaule, comme pour l’encourager à le suivre, à lui répondre, à l’attaquer, il susurra :

« Très bons goûts, dans la famille Trown. On ne s’humecte par la bouche avec n’importe quoi par chez toi ! Un peu cher payé pour se la siffler en une soirée, non ? Ou bien c’est juste pour faire chier ? Plus vite c’est disparu, mieux c’est ? Vu comme t'as les yeux qui brillent, je dirai que la seule chose dont tu profites, c'est de l'ivresse. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mar 28 Nov 2017 - 22:55

Heather desserra son étreinte d’autour de la bouteille, regardant le bibliothécaire observer avec un intérêt surprenant sa possession, l’alcool semblant accaparer toute son attention. La jeune Trown poussa finalement le tronc de l’arbre de nouveau, se relevant complètement de sa position disgracieuse, la main gardant son appui tandis que le paysage vacillait autour d'elle. Elle se demanda, l'ombre d'un instant, pourquoi le lac restait calme, sans aucune vague à l'horizon, tandis qu'il bougeait dans tous les sens, oscillant de gauche à droite sans direction fixe. Les arbres peuplant l'orée de l'eau se baladaient conjointement, suivant le basculement avec teneur et précision comme si le paysage n'était qu'un tableau qu'on s'amusait à basculer d'un sens puis de l'autre. La vipère rigola légèrement à la réalisation que ce n'était pas les terres entourant le château qui se balançaient, mais bien sa tête qui s'amusait à ses dépens, les effets activés par l'alcool ayant finalement atteint leur paroxysme. La serpentard ferma les yeux quelques instants, secouant doucement la tête de gauche à droite, tentant de reprendre ses esprits, avant d’ouvrir rapidement ses paupières de nouveau, une grimace traversant son visage. Cela n’avait pas été l’idée siècle, ni même du mois ou de la semaine, si elle était tout à fait honnête avec elle-même, la tête lui tournant un peu plus pendant quelques secondes avant de reprendre son calme balancement, symptôme incontournable de sa trop grande consommation d’alcool. Elle déposa de nouveau son regard sur Octave, ce dernier n’ayant toujours pas goûté le liquide proposé. L’homme prenait un temps étonnamment long, les yeux rivés sur le liquide ambré, analysant elle ne savait trop quoi de la bouteille, avant de finalement déposer ses lèvres sur le goulot et d’y prendre une mince gorgée. Victoire! Elle ne pouvait nier qu’elle se sentait quelque peu apaisée par l'acceptation de son offre, rassurée qu’il ne lui reprocherait probablement pas sa consommation d’alcool, ayant participé lui-même à l’anéantissement de la bouteille. Leur présence se retrouvait une fois de plus liée l’une à l’autre, comme cela semblait être leur habitude depuis leur toute première rencontre, obligeant les deux individus à s’accompagner dans les aléas que la vie leur apportait l’espace d’une soirée ou même d’une nuit comme cela fut le cas si récemment. Malgré qu’elle ne le connaissait que peu, elle possédait la certitude qu’il ne la laisserait pas ici, seule, aussi près du couvre-feu, à s’enfiler une bouteille d’alcool. La pointe de confiance qui s’était créée lors de leur escapade en Russie refit un retour triomphant à cette pensée, ajoutant un réchauffement similaire à celui que l’alcool lui avait procuré, mais pourtant si différent en son essence, attirant un froncement de sourcil de la part de la serpentard.

- Mouais, mouais, mouais… Pas mal tout ça.

La jeune fille leva un sourcil surpris à la deuxième gorgée, le whisky commençant de plus en plus à se faire rare, disparaissant dans la bouche de son complice à une vitesse beaucoup plus rapide qu’initialement envisagé, ce dernier enfilant déjà sa troisième gorgée. C’était embêtant. Sans alcool, elle n’avait plus de raisons de vagabonder à son aise à l’extérieur de l'école, le retour aux dortoirs deviendrait la suite logique de sa petite escapade, et de retour au château, elle n'aurait plus de techniques temporairement efficaces pour oublier tous ses maux, affronter de nouveau ses malheurs n’étant certainement pas dans ses plans à très court terme. Elle regarda le liquide agité de la bouteille pendant quelques instants, se perdant dans ses pensées, contemplant les répercussions que le manque d’alcool lui causerait si celui-ci s’épuisait réellement. Elle n’était pas prête à penser de nouveau aux dernières semaines, n’était pas prête à considérer les embûches qui risqueraient de survenir lorsqu’elle mettrait à exécution son plan, et surtout, elle n’était pas prête à fignoler ledit plan qui lui demanderait de penser à son père de si tôt. Son ambition avait toujours été claire pour elle : faire payer à Jake toutes les années de souffrances qu’il lui avait fait subir, mais elle ne pouvait nier qu’une terreur poignante était née en elle depuis les divers épouvanteurs qu’elle avait du combattre. Et si elle échouait ? Étrangement, l’idée de lui n’était jamais venue à l’esprit auparavant, consommée par la rage qu’elle ressentait à l’égard de cet homme, mais de se retrouver face à une représentation de son pire cauchemar, son père la regardant de haut, ricanant à son essai pitoyable, avait rallumé une frayeur d’enfant qu’elle avait oublié qu’elle possédait. C’était, entre autres, cette peur qu’elle tentait plus que tout d’oublier, espérant se débarrasser du sentiment d’impuissance, de la froideur qui l’inondait lorsque son esprit avait l’infortune de s’attarder sur le sujet d’une manière un peu trop prolongée. L'approche d’une disparition permanente de l’alcool emmena une nervosité qu’elle aurait préféré éviter, avalant quelque peu de travers à l’idée que les effets de l’alcool s'amoindrissent assidûment si elle n’avait plus accès au liquide ambré se lequel elle s’était acharné.

- J’ai pas envie de me faire chopper par les détraqueurs, moi.

Un sentiment déplaisant se répandit en elle à la mention de ces viles créatures et elle frissonna légèrement à l’image qui envahit son esprit, tournant rapidement la tête vers l’orée de la forêt interdite. Pendant quelques longues secondes, la serpentard balaya du regard les arbres au loin, tentant d’apercevoir les draps écorchés et sombres recouvrant le corps de ces abominations, plissant les yeux dans sa tentative. Elle avait oublié ce petit détail. Depuis que l’école était tombée aux mains de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, des détraqueurs avaient été mis en place, rôdant les alentours de Poudlard dans l’espoir d’attraper le fameux trio en fuite et de le livrer au Seigneur des ténèbres. Les détraqueurs avaient toujours affreusement affecté Heather et elle préférait éviter une rencontre impromptue avec ces monstres redoutables, sachant que leur présence ne ferait qu’aggraver son état d’esprit déjà précaire. Pinçant les lèvres, elle reposa son regard sur Octave et resta figée quelques instants, fixant le dos de l’homme qui se dirigeait lentement vers le chemin pavé menant au château, une seule pensée reprenant le dessus sur son esprit engourdi : sa bouteille s’éloignait. Mais quelle impudence! Elle lui avait offert du whisky, certes, mais de là à s’enfuir avec la bouteille au complet, c’était un affront dont elle ne s’était pas attendue. Ses yeux se plissèrent un peu plus, foudroyant le criminel qui osait s’accaparer de sa possession sans aucun remords ou même hésitation. Toute la peur liée aux détraqueurs déambulant dans les parages s’envola promptement, remplacée par un mécontentement et une irritation grandissants. Pour qui se prenait-il, enfin ?

- Mais… où tu vas comme ça ? Redonne-moi ma bouteille !

Elle en était sûre : il le faisait exprès. Malgré son exclamation, l’homme ne semblait pas vouloir l’écouter, continuant tranquillement son chemin vers le château illuminé, ses pas prenant une lenteur exagérée, comme un parent tentant de montrer à son enfant comment marcher pour la première fois. Exaspérée et n’ayant pas trop l’envie de rester seule près du lac sans sa possession vilement volée, la jeune Trown lui emboîta le pas, les gestes rapides et quelque peu emmêlés, réduisant peu à peu la distance les séparant. Après tout, elle n’allait pas le laisser s’enfuir.

- Très bons goûts, dans la famille Trown. On ne s’humecte par la bouche avec n’importe quoi par chez toi !

Elle ne put empêcher une grimace de s’étendre sur son visage, son nez se retroussant tandis que sa bouche se tordait amèrement, détestant que le compliment soit dirigé, bien qu’inconsciemment, vers Jake. Aucune qualité ne pouvait lui être attribuée. Pour la serpentard, cet homme se méritait que des défauts et des torts, refusant de lui accorder quelques valeurs que ce soit même si celles-ci étaient liées à son alcoolisme. Non, Heather pouvait sans effort lui attribuer une multitude d’autres caractéristiques beaucoup plus représentatives du personnage qu’il était avant de se permettre d’avouer que son père avait une qualité, même si celle-ci n’était que son bon goût en matière d’alcool. Elle retint le commentaire acerbe qui avait envahi son esprit et qui la démangeait d’expulser, le bibliothécaire ayant déjà reprit la parole, ajoutant un énième commentaire à leur discussion décousue.

- Un peu cher payé pour se la siffler en une soirée, non ? Ou bien c’est juste pour faire chier ? Plus vite c’est disparu, mieux c’est ? Vu comme t'as les yeux qui brillent, je dirai que la seule chose dont tu profites, c'est de l'ivresse.

Les émotions tourbillonnaient en elle, le passage d’un sentiment à l’autre facilité par l’ingestion massive d'éthanol et provoqué par les commentaires incessants d’Octave. En l’espace de quelques minutes, il avait réussi à lui rappeler la terreur provoquée par les détraqueurs, à faire monter en elle un sentiment de colère de le voir s’éclipser avec le whisky, puis finalement, à répandre un plaisir pernicieux en elle, un mince sourire s’étirant sur son visage. La vipère haussa des épaules, le regard pétillant à la mention que l’alcool qu’elle avait englouti valait une petite fortune, imaginant la furie que son père avait dû ressentir à la découverte que sa bouteille si précieuse avait disparu de l’étagère. Elle pouvait se l’imaginer fracasser la bouteille qu’il tenait dans ses mains, les yeux brûlant d’une rage sans nom, tandis qu’il maudissait sa fille, les insultes et les jurons colorant son exclamation de fureur. Malgré la satisfaction qu’elle ressentait d’avoir posé ce geste, elle ne pouvait nier être soulagée d’être présentement à Poudlard, évitant les répercussions à son égard que la colère de Jake aurait assurément apportées. Elle savait que la bouteille valait quelque chose à ses yeux, mais elle n’avait jamais su à quel point et si les commentaires du bibliothécaire valaient pour quelque chose en termes de whisky, l’alcool qu’elle avait dilapidé était assez dispendieux. Un petit bonheur malsain pointa le bout de son nez en elle et elle retint son envie de rire, les yeux étincelants à la notion qu’elle avait réussi à faire chier son paternel.

- Mais c’est bien l’ivresse, ça fait oublier, ça fait penser à autre chose. Et bon.. de faire chier n’est qu’un avantage de plus, répondit-elle, son sourire moqueur s’agrandissant un peu plus.

Puis, elle déposa un doigt sur son menton, prenant un air faussement songeur avant de continuer, un léger rire dans sa voix dégoulinant de sarcasme, les yeux brillants de malice.

- Je devrais lui renvoyer la bouteille vide, il apprécierait j’en suis sûre.

Le bruit caractéristique des talons hauts claquant sur le chemin pavé interrompit la discussion par son étrangeté, un son qui n’avait pas sa place ici, déviant l'attention de la serpentard de son interlocuteur, dirigeant son visage vers l'origine de l'interruption. Une femme s’avançait posément dans leur direction, la posture droite et franche telle une ballerine, les mouvements gracieux de sa marche accompagnés par les pans du resplendissant manteau qui virevoltaient légèrement derrière elle au grès de ses pas. Heather pencha légèrement la tête sur le côté, surprise d’y voir une femme aussi belle et possédant une telle grâce s’aventurer vers Poudlard au seuil de la nuit tombante, une seule question tournant dans son esprit : mais qui était-elle ?

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Sam 2 Déc 2017 - 21:31

- Mais c’est bien l’ivresse, ça fait oublier, ça fait penser à autre chose. Et bon… de faire chier n’est qu’un avantage de plus.

Octave ricana, avançant toujours vers le château d’une démarche joyeuse, lapant le whisky à petites doses, plus pour embêter l’étudiante que par plaisir du goût. Etudiante qui, par ailleurs, était bien plus soûle que prévu, tanguant comme un marin sur un bateau en pleine tempête. Ca devait bien tourner dans sa tête, mais pas assez manifestement pour qu’elle ne puisse pas marcher car, difficilement certes, mais la demoiselle galopait derrière lui, suivant la bouteille comme un cochon ayant trouvé une truffe. Juste à temps était-il venu la récupérer ! Il espérait maintenant ne pas avoir besoin de la porter, chose qui serait bien mal interprétée par à peu près tout le monde, surtout s’il ne daignait pas fournir les explications adéquates qui seraient alors : Heather est beurrée comme une biscote.

« Si tu veux oublier, prends du GHB. Ou fume de l’opium, l’alcool ça ne fait qu’oublier les conneries que tu fais pendant que t’es bourrée, crois-moi.
- Je devrais lui renvoyer la bouteille vide, il apprécierait j’en suis sûre. »

Octave lui jeta un regard étrange, considérant cette réplique particulière comme un aveu significatif. Il avait soudain l’impression d’y voir un peu plus clair dans le caractère taciturne de la jeune fille, qui se prêtait si facilement à la défiance. Il ne connaissait que trop bien ceux qui voulaient diluer quelque chose dans l’alcool, en ayant fait partie. Ce soupçon d’amertume dirigée l’interpella néanmoins vers une certaine rivalité qui s’effeuillait entre Heather et les autres, ceux qui l’attendaient à la maison. Il passa la remarque sous silence, cherchant un éventuel moyen de subtilement mettre la lumière sur ces sous-entendus, sans toutefois vouloir profiter des faiblesses de l’ivresse. Il ne put s’empêcher de supposer, de par les réponses énigmatiques et décousues de Heather, données jadis et maintenant, qu’un spectre immémorial, Hôte de pierre qui appelait d’une voix grêle et dolente, convenant aussi mal que possible à une tendresse, habitait la vie de Heather et la hantait inlassablement, lui insufflant des inclinations inconscientes. Cette déduction-là lui arracha un léger froncement de sourcils, mais Miss Trown s’arrêta nette, l’obligeant à regarder dans la même direction qu’elle, tandis qu’il commençait à peine à entendre un bruit de pic à glace.

Saisissant était l’instant où l’on reconnaissait quelqu’un qui était un fantôme. La conscience n’advenait pas dans l’immédiat cependant, et il y avait un moment d’incertitude qui demeurait, agréable ondoiement détendu et sans aucune pensée. Puis très soudainement revenait dans l’âme le mouvement ; le mouvement tumultueux du cœur et dans les oreilles, le bruit de ses battements lorsque l’on prenait conscience de l’horrible présence. Survenait une pause dans laquelle tout disparaissait, le sang descendait vers les jambes pour mieux fuir et les mains devenaient froides, laissant à la tête un léger tournis décoloré. Puis de nouveau le son, le mouvement et le toucher, une sensation vibrante sans réflexion, bien vite remplacée par la pensée et une terreur frissonnante, un ardent effort pour comprendre l’état des choses et ce visage qu’il connaissait par cœur. Un vif désir de retomber dans l’insensibilité advint lorsqu’Octave reconnut enfin que c’était sa mère qui s’avançait dans l’allée.

Ses lèvres se serrèrent et devinrent minces jusqu’au grotesque, amincies par l’intensité de son expression de dureté, d’immuable résolution, de rigoureux mépris. La force de son aigreur n’avait d’égale que son trouble face à l’éternelle beauté de sa mère. A mesure qu’elle approchait, on ne voyait plus que les ruissellements d’un coucher de soleil diaphane baigner les hautes pommettes, et la tempe dorée par la blondeur de ses cheveux décolorés. Par l’effet combiné d’innombrables chevauchements de styles et de couleurs, elle avait l’allure invincible et un visage de marbre blanc. Ses traits étaient ourlés d’une bonté innée, tout comme d’une santé imperturbable, et un corps qui ne laissait en rien deviner qu’il avait un jour porté un enfant, tant elle avait su préserver la force du jeune âge et le teint vif, sain, un peu rosé. Elle le dévoilait d’ailleurs délicatement, ce corps gracile aux jambes longues et au dos cambré, aux bras de faïence rare, tout en courbes aussi rondes qu’agréables. Malgré toute cette douceur, elle battait l’asphalte de ses talons avec l’assurance d’un militaire, ce qui dévoilait juste assez de force pour compenser le charme délicat et faible de sa beauté, qui émerveillait sans gestes et sans paroles.

Octave n’eut pas le temps de corriger sa tenue, Vivienne avançait vite ! Ou était-ce sa surprise qui, chassant son sang par torrents à son cœur, l’empêchait d’anticiper correctement ? Ne trouvant aucune échappatoire, il retomba dans l’insensibilité à mesure que le visage pâle se rapprochait. Les yeux souriants le regardaient, saphirs d’un bleu brûlant dans une monture d’acier, qui contrastaient si bien avec les émeraudes tantôt rayonnantes qu’elles observaient avec une bienveillance troublante. Troublante, car Octave ne s’y trompait jamais. Alors que les autres ne lisaient dans les yeux bleus de sa mère, dans le sourire confiant et prolongé de son visage, la grâce d’un bon caractère, son fils n’y concevait plus que des grands yeux inhumains, une bouche renflée et acide, une froideur tranchante où tout était faux, jusqu’à dans l’amour maternel qu’elle glissait derrière son allure complaisante. En échange, Octave lui imposa par reflexe ce terrible et long regard d’enfant qui savait quelle odieuse flétrissure s’imposait derrière ce beau visage. Vivienne n’en défit pas pour autant sa mascarade, qui était son éternelle force, et l’invita ainsi à retomber à l’aise dans ce piège comme dans l’emprunte d’une chute ancienne. Elle accentua son sourire du coin de la bouche et à quelques pas, s’exclama de sa voix faite de doux velours et de lait mielleux, si bien que l’on savait tout de suite de qui Octave tenait parfois sont ton badin :

« Enfin je te retrouve ! Bonsoir, Octavius. »

Mais contrairement au baryton prononcé de son fils qui rendait chaque onctuosité cauteleuse, Vivienne avait un violon vibrant à la bouche, et sa douceur de ton faisait bel écho à son gracieux visage. En entendant ce préface qu’il savait trompeur, Octave raidit son dos de sorte à effacer ses épaules et à relever le menton. Mais il savait avoir perdu toute sa superbe dès l’instant où il l’avait reconnu. Rien au monde ne parviendrait à redresser le léger décalage qu’il y avait entre l’assurance tranquille de sa mère, et de son orgueil sur le point de devenir défiance. Il ne répondit rien, délaissant les politesses qu’elle adorait et dont elle abusait, surtout lorsqu’il y avait de la mesquinerie à couver. Elle s’arrêta devant lui, le considéra en montrant candidement le fond de ses grands yeux où rien ne se lisait et entama son rituel de réappropriation sans jamais élever la voix.

« Cela fait donc si longtemps qu’on ne s’est pas vus pour que tu oublies de me saluer correctement ? »
Il hésita, la blessure pointant déjà doucement sous cette innocente remontrance, mais ravala son souffle et lâcha un bref : « Bonsoir. » Voyant qu’elle n’aurait rien de plus pour le moment, sa mère engloba le château de son bleu paisible en lâchant un soupir et continua :
« C’est donc ici que tu travailles maintenant ? Bibliothécaire c’est ça, vraiment ? »
Elle n’avait pas tardé à reprendre son escrime, n’ayant pour seul but que de manifester son mépris et mettre sa fermeté à l’épreuve, l’humilier encore une fois. Et comme toujours, Octave se prépara à subir, adoptant la désinvolture, prêt à répondre, à méprise en retour, sourire, se redresser. Aussi répondit-il avec une indifférence presque orgueilleuse, défiant sa mère d’en rajouter plus, ce qu’elle n’allait pas manquer de faire. Au moins aurait-il la satisfaction de ne pas avoir eu à perdre du temps sur des formalités.
« Oui, oui.
- Hum… Ravie que tu y ais trouvé ta "voie". Est-ce que ta vie se déroule comme tu l’as souhaité ? Il me semble que tu ne prendrais pas cet air hautain si tu avais à dire à la face du monde que tu travailles ici.
- En quel honneur, s’il-te-plait ? Je croyais que Poudlard était une école prestigieuse.
- L’école est prestigieuse, mais remplie de petites gens. On se souvient des directeurs, rarement des concierges. Je ne sais pas pourquoi tu t’obstines à aspirer à des positions aussi dévalorisantes, Octavius. »

Elle soupira avec cet air de mère tendrement, mais non pas irrévocablement déçue, continuant à aimer son enfant mésadapté envers et contre l’avis de la société. Loin de lui l’idée d’être impoli jusqu’au bout, correspondant ainsi toujours plus à la description que semblait suggérer sa mère de son caractère, l’intarissable et volubile Octave avait pourtant stratégiquement omis de présenter Miss Trown à sa génitrice. Il profita même de cette pause impromptue pour avancer un peu de sorte à cacher la vue de l’étudiante de son épaule, la couvant de son ombre et la gardant soigneusement dans son dos. Ce comportement devait s’interpréter comme une tentative éperdue, et plutôt habile, pour empêcher Vivienne de s’emparer de cette spectatrice pour en faire une vive participante. Octave savait que sa mère était suffisamment prudente pour ne pas impliquer un tiers sans que celui-ci ne fut convenablement introduit, à moins de grande nécessité. Alors, même si son regard avait déjà maintes fois glissé sur la jeune femme, cherchant un moyen encore inconnu de lui donner un rôle, Vivienne se contentait pour le moment d’enfourcher son dada. Elle prenait un plaisir connu de la tendre mère, qui était non seulement fière du charme et de l’esprit de son fils, mais qui exprimait aussi l’indulgence qu’elle montrait à l’égard des manquements dans le comportement de l’impossible enfant. Toutefois, il était sûr qu’elle ne tarderait pas à creuser son chemin. En attendant, Octave avalait les couleuvres comme si c’était du lait sucré. Tandis qu’il s’était approché toutefois, elle sentit dans son élan une odeur désagréable et son nez se plissa délicatement. Elle fit un pas vers l’avant et se pencha à la bouche de son fils immobile pour le sentir aussi discrètement que démonstrativement, satisfaisant les besoins de convenance tout autant que ceux du spectacle.

« Mais, tu as bu ? En plein milieu de la semaine Octavius ?
Elle fronça légèrement les sourcils tandis que le concerné s’autorisait enfin un léger sourire, qui lui donna bien du mal :
- Mère vénérée, il y a des habitudes qui ne changent pas ! Pourquoi ça te surprend encore, je me le demande. »

Le voilà qui, plutôt que de se défendre, préférait en rire et se dévaloriser encore plus pour ne pas qu’elle se fatigue à le faire. De toute façon, il savait qu’elle éprouverait du plaisir autant dans ses tentatives d’excuses que ses défenses, alors autant opter pour le moins avilissant. Et puis, alors qu’elle s’apprêtait à formuler une autre sucrerie, il la devança, préférant aller au but avec cette femme, plutôt que de lui prêter le plaisir de tourner en rond comme on tournait dans le siphon de l’enfer avant de voir le diable. Il tenta l’attaque de front, désinvolte et indifférent :

« Pourquoi est-ce que tout ça t’inquiète donc tant que ça ? Tu n’as jamais été heureuse pour moi lorsqu’il m’arrivait quelque chose de bien, alors je ne vois pas pourquoi ça te préoccupe lorsque je tourne mal.
- Est-ce que tu es soûle ?
- Soûle ? Non, juste confus. A croire que tu aimes bien venir me voir pour recharger tes batteries à déception. Je suis pourtant sûr de ne pas être la personne la plus irrécupérable de la planète. »
Il sentait le terrain glisser sous ses pieds, car d’un mot à l’autre, il s’éloignait de plus en plus de la plaisanterie et s’enfonçait dans de vieux ressentiments. Après un haussement délicat de sourcils outrés, Vivienne opta pour la tragédie mesurée et serra les lèvres en baissant les yeux.
« Je te trouve injuste.
- Te voilà encore une raison pour être déçue.
- Je trouve injuste d’apprendre de la part de parfaits étrangers que tu étais revenu en Angleterre après plus d’un an d’absence. Mais surtout que tu ais informé quasiment tout le monde de ton retour sans m’en avertir à aucun moment, si bien que j’ai dû venir moi-même te voir pour constater. Sans parler de cet article de journal où ton nom est mentionné… Est-ce que tu me respectes aussi peu que ça, Octavius ? »
Octave s’étouffa, éternellement surpris de ces chantages affectifs et coups bas qui sortaient de nulle part, admiratif de cette aptitude qu’elle avait à jouer sur les sentiments sans en ressentir ne serait-ce qu’une pointe de regrets. Des souvenirs lui remontèrent depuis l’enfance, sentiments bien connus de culpabilité qu’elle lui induisait systématiquement en plaidant le manque d’amour qu’il éprouvait envers sa mère ; excuse usée jusqu’à la corde pour lui imposer n’importe quoi. Stratagème qui avait si bien fonctionné sur l’enfant solitaire et à vif qu’il fut, mais qui commençait à perdre de sa force, tout en gardant la force de la frustration. Un voile de brutalité passa sur son visage et il susurra, sirupeux :
- Tu imites si bien la présence d’un cœur dans ta poitrine, maman.
- Oh s’il-te-plait Octavius, ne me fais pas une hystérie.
- Qu’est-ce que tu fais là ? »
Il coupa court ; elle sembla se reprendre, reconsidéra la situation comme si elle avait décidé d’être enfin honnête :
« Je suis venue pour savoir comment tu allais.
- Je vais bien.
- Je ne crois pas non. »

Octave sentit la fatigue s’abattre sur lui d’un seul coup, tandis que l’affrontement semblait décidé à se prolonger. Il refusa néanmoins de s’y intéresser, haussant vaguement des sourcils, illustrant par là à quel point tout ceci était une mauvaise habitude, miné de surprises qui lui faisaient encore avoir des tremblements nerveux. Vivienne prit alors le rôle de l’auto-suffisance en répondant à ses propres attentes, poursuivant son scénario préféré. Son regard, délicieusement condescendant, contourna le visage d’Octave et descendit jusqu’à la main qui tenait encore la bouteille presque vide de whisky. Elle s’y attarda, comme on prêtait attention à la pièce curieuse et provocante d’un musée d’art moderne, avant de venir tanquer Miss Trown, toujours soigneusement cachée par le dos du bibliothécaire, qui sentait sa carrure perdre en taille à chaque seconde qui passait. Elle lui offrir son parfait regard de pitié condescendante, comme si la pauvre créature ne savait pas dans quels pièges elle était tombée. Un petit rire manqua de sortir, se traduisant par un charmant froncement du nez et Vivienne alla relever de ses mains gantées le col du manteau de son fils, posant ses coudes sur sa poitrine. Précautionneusement, elle fit ménage dans son allure, soignant même les plis de son écharpe, avant de laisser ses bras pendre à son cou avec une tendresse absolument odieuse. Octave la regarda d’en haut, un peu sévère, connaissant ses louanges qui ne s’approchaient que pour mieux frapper. Elle parla, mielleuse et mystérieuse, arrachant un agacement à la bouche de son fils :

« Enfin, s’il y a bien une chose qui me rassure, c’est que tu ais abandonné tes lubies.
- Quelles lubies ?
- Mais si, tu sais, tes aventures avec la Rowle, j’ai vraiment cru un instant que c’était sérieux. Je sais comment tu es quand tu t’entiches : tu t’obstines et ça mène souvent nulle part parce que tu choisis toujours les mauvaises personnes. Mais je vois maintenant que tu mènes juste ta vie de garçon… Tu n’oses juste pas me dire que c’est pour ça que tu es venu à Poudlard, c’est ça ? »

De son fils, son regard bleu azure coula jusqu’à Miss Trown, qu’elle voyait bien mieux par-dessus l’épaule de son fils, sur lequel elle reposait toujours gracieusement comme une sirène sur un rocher, fatiguée par la houle. Vivienne eut un sourire sans équivoque et le temps qu’Octave comprenne l’insinuation, elle le regardait à nouveau de son bleu tranquille, un brin taquin, étant prête à reconnaître à sin fils sa vie d’hédoniste. Stupéfait, il comprit que sa mère rangeait l’étudiante dans la tripotée de petites vertus qu’il lui fut arrivé de posséder. Poussée par le vice, elle s’aventura à rajouter le blâme en trop :

« C’est bien, j’ai eu peur que tu perdes ton temps comme tu l’as perdu avec Jane. Quelle idée aussi, de discréditer ton potentiel avec une mourante pendant quatre ans ! »
Un sang impétueux bondit aux joues et au front d’Octave, et il maudit son émotion fougueuse dont sa mère commençait déjà à se repaître. Pourtant, la colère sourde fut plus forte et d’un tour d’épaules, il fit tomber les bras superbes. Pas le moins du monde étonnée de se faire rejeter car là était le but, sa mère lui adressa une moue réprobatrice mais lascive, condamnant son obstination aveugle.
« Arrête, Octavius. Il est temps que tu grandisses. Les métiers douteux, les bouteilles vides de whisky et les femmes qui ne sont pas de ton rang, c’est amusant quand tu es jeune, pour l’expérience, mais franchement…
- Tu ne comprends rien.
Lâcha-t-il, intraitable, à travers une rangée de dents serrés. Sentant le cœur battre dans sa voix, il ne s’aventura pas à une phrase plus longue. Vivienne continuait à lui imposer son prénom comme des coups de hache, lui signifiant à chaque fois qu’ils étaient bien du même sang et qu’il lui devait tout.
- Je te connais, Octavius.
- Tu ne connais rien de moi.
- Oh, c’est ce que tu aimerais très certainement te dire ! Que tu es une sorte de grand mystère pour moi, insondable énigme que je ne parviens pas à percer ! Tu n’es pas si mystérieux que ça, Octavius. Et je n’ai rien fait pour mériter ce que tu m’as fait.
- D’accord, j’ai compris, je suis horrible, alors tu n’as qu’à me renier !
- Cesses de jouer les martyres. Tu es impardonnable et d’une ingratitude monstrueuse, même selon tes propres critères.

Un chagrin amer, retrempé à l’ombre de tant d’années négligées, le submergea et il ferma un instant les yeux, comme pliant sous la défaite. Jamais il ne parvenait à lui tenir tête, ni à la convaincre de quoi que ce soit d’ailleurs. Il finissait toujours blessé, et contraint au compromis pour que cesse le déluge de reproches et de mépris, savamment déguisé en chantage affectif de différentes saveurs et textures. Octave respira par saccades, se reculant légèrement, emmenant Miss Trown avec soi dans sa fuite en la poussant dans son dos. Sa mère le regardait, triomphante, ayant touché presque toutes les douleurs qu’elle connaissait et pouvait atteindre de son venin. Maladif, il cherchait un recours pour ne pas s’énerver, ne pas perdre le contrôle, mais la fureur se répandait intarissablement dans ses veines, provoquée par la vue de cette femme au yeux étincelants, suave comme le diable, laissant au silence faire son office, tandis qu’elle savourait sa victoire. Cela faisait parti d’un sinistre rituel. Il la détestait et s’en détachait, l’oubliant un peu ; moment qu’elle choisissait pour revenir et lui imposer une défaite, lui prouvant que quelle que fut la distance, les évènements et le temps qui les séparait, elle était toujours en mesure de l’atteindre. Et que donc, elle le connaissait mieux que quiconque. La vérité résidait aussi dans le fait que malgré les douleurs, l’homme qui était en Octave avait vaincu cet attachement, tandis que l’enfant continuait à aimer et à désirer cette mère qui n’avait manifesté qu’un mépris voilé à son égard. Pour cela, il se détestait. Il se détestait de la considérer encore autant. De redevenir un petit garçon sans défense lorsqu’elle était là.

« Ce n’était pas une perte de temps. »
Vivienne soupira, plus lourdement cette fois, mais toujours démonstrativement, car autant elle tirait un plaisir malsain de ces disputes, autant elle savait parfaitement que son fils en souffrait.
« Tu n’es pas fatigué de d’obstiner dans l’humiliation ? Ou c’est juste une sorte de phase bizarre ? Tu es encore sous médication ?... Jane est morte, alors cesse tes enfantillages. La fuite finale en Australie pour faire le deuil, je veux bien, mais tout ça est-il vraiment nécessaire ? Des étudiantes, une école, l’alcool… Je crois que tu te complais.
Dit-elle en englobant de sa main le château, Octave, la bouteille et la Trown en état d’ébriété.
-  Ne parle pas d’elle, ne prononce même pas son nom ! »
Il avait grogné, sur la défensive, sentant qu’elle diminuait encore plus tout ce que Jane avait apporté dans sa vie à un insignifiant caprice de jeunesse. Par-là, critiquant ainsi son jugement, ne manquait-elle pas de réduire à des petits riens tout ce qui avait eu de l’importance dans sa vie, Cassidy y compris. Elle n’en fut pas impressionnée néanmoins, ni outrée, seulement encore plus satisfaite.
« Tu vois, tu accordes trop d’importance à tout ça. Mais bon, c’est le genre de niaiserie qui fait partie de ton charme, j’imagine.
Mais il y a certaines plaisanteries que je ne tolère pas longtemps, mon petit.
- Je ne plaisante pas, je t’interdis.
- Tu n’as pas à m’interdire quoi que ce soit, je suis ta mère et j’ai le droit d’être concernée par le fait que tu mènes ta vie sur un chemin complètement désastreux. Reprends-toi en mains. Il est temps que tu sacrifies ton plaisir au devoir et tu aurais dû il y a longtemps faire ce qui était juste. En commençant par abandonner cette femme dès que tu avais appris qu’elle était mourante. Au moins as-tu eu la présence d’esprit de tromper la Rowle. Ce genre de vie, ce n’est pas pour toi, Octavius.
- Je trouve ça triste que tu raisonnes encore de cette façon. Jane était l’un des évènements les plus important dans ma vie et tu continues à la considérer comme un malheureux accident qu’il faut oublier ! C’est la même rengaine avec chaque chose valorisante qui me soit arrivée, et tu t’obstines jusqu’à ce que plus rien n’ait d’importance dans ma vie qu’une montagne d’échecs ! »

Les grands yeux verts aux cils lustrés, au lieu de fuir, s’attachèrent à ceux, intraitables, de sa génitrice, que la colère commençait aussi imperceptiblement à gagner, tandis qu’il reprenait sa défense entêtée. Le prénom de Jane lui avait redonné du courage ; les bons souvenirs qui demeuraient avaient la force fantasque et indélébile du premier amour inconditionnel. La mémoire et l’imagination se rejoignaient sur leur ligne de partage à la terrasse d’un café de ses aubes d’âge mûr. Il aimait à se retracer, non sans chagrin, son premier été passionné, où il était tombé amoureux pour la première fois de sa Jane. Chemin qui avait le don de le rendre outrageusement tendre, quel que fut l’instant. Il y avait de rares fois où Octave parvenait à transformer sa frustration en une assurance féroce, ce qui advint. Le christ nous enseignait bien qu’il fallait d’abord traverser l’enfer pour accéder au paradis ! Vivienne prit le parti de rire avec une désinvolture qui cachait déjà une crainte. Elle voulut s’approcher, mais il se pencha vers l’avant, menaçant, la tentant de le toucher pour lui donner le droit de riposter sous l’attaque. Sa mère plia genoux, tâtonna sur place et montra l’esquisse d’un front soucieux, tandis que le sourire glissait de son visage, tout comme son orgueil comme un maquillage. Elle le toisa, aigre et ce relâchement donna du temps à Octave pour dompter sa voix et sa faiblesse, mais sa colère tardait à partir.

« Tout ceci est d’un ridicule, tu voudrais que je fasse comme si rien ne s’était passé ? Comme si les choses avaient suivi leurs cours ? Ne sois pas naïf Octavius, tu ne trompes personne en prétendant avoir connu la prospérité alors que tu mènes une existence aussi misérable.
- Je voudrais que tu gardes tes sentiments pour toi et que tu ne te préoccupes pas de moi.
- Oh Octavius, je suis justement venue pour t’inviter à un déjeuner. Ca fait trop longtemps qu’on ne s’est pas vus ! Il faut qu’on reprenne nos rapports… comment avant. »
Octave fit un geste d’impuissance qui exprimait à quel point il peinait à trouver les mots pour accabler le comportement de sa mère, qui n’en finissait pas de le traiter toujours pire que les autres. Une grande lamentation remplaça les bribes de phrases indisciplinées, tandis que ses sourcils se fronçaient pour de bon, pris par le mépris que sa mère éprouvait à l’encontre de tout ce qu’il avait bien pu vivre. Tremblant d’indignation, il maîtrisa pourtant admirablement l’acier de sa voix et le reflet brûlant de ses yeux, tandis que sa mère le suivait d’un regard méfiant, prête à le châtier.

« Je ne crois pas que ce soit possible. Je te défends d’abîmer encore plus ma Jane, je te défends d’abîmer les gens qui me sont chers. » Il rejeta orgueilleusement la tête en arrière et souffla pour faire descendre le ton de sa voix jusqu’à la parfaite atonie. « Je me suis toujours habillé sans ton aide depuis que j’ai 4 ans, je gagne mon argent depuis que j’ai seize ans et je paye mes factures depuis que j’en ai dix-huit…
- Où est-ce que tu veux en venir ?
- Je veux en venir que je ne te dois rien ! Et tu n’as pas le droit de me forcer à me sentir coupable pour quelque chose que je ne te dois pas. Donc maman, non, je vais te demander de partir et de ne plus revenir, parce que je ne peux pas te parler. Je ne veux pas te parler, te parler me fait souffrir, soutenir ta présence me fait souffrir. Alros casse-toi et sois la mère de quelqu'un d'autre !
- Que tu es dur… » bégaya-t-elle, avant de reprendre d’un ton acide « Je t’assure pourtant que tu me dois Octavius, et tu me dois beaucoup. Mais très bien, je m’en vais. On se revoit bientôt.
- Tu ne t’en vas pas, je te fous à la porte ! Et non, on ne se revoit pas. »

Dignement, les lèvres pincées comme si l’entrevue n’avait été qu’une légère déconvenue, Vivienne fit demi-tour, saluant néanmoins d’un geste discret de la tête Miss Trown, avant de s’éloigner dans la pénombre d’un soleil qui s’était bel et bien couché. Octave contemplait, affaissé, le dos gracile et mouvant de sa mère, parvenant à peine à croire que c’en était fini, de ses attaques à l’épée empoisonnée. Est-ce qu’il était devenu plus petit ? Parce qu’il se sentait horriblement diminué. Sans le vouloir, il avait cessé de respirer et la tension croissante dans ses membres n’avait pas arrêté de grandir tout du long pour finalement le pétrifier. Trente-trois ans et il se remémorait avec une fraîcheur poignante toutes les négligences que cette femme lui avait fait subir, soignant ses frustrations pour une considération d’amour factice, mais si désarmante qu’il finissait toujours misérable. Comme maintenant, malgré le fait qu’il soit parvenu à s’en défaire sans finir plus pitoyable que jamais. Encore défait, Octave souffla quand même, pour le spectacle :

« Miss Trown, je vous présente Vivienne Holbrey. »

Comme pour compenser son absence de politesse relative. Il se retourna enfin pour faire face à l’étudiante sans la regarder, perdu encore quelque part dans la lutte qui s’engageait en son cœur et durait d’interminables instants. Pire encore, car il voyait dans ses rencontres l’ombre que sa mère projetait sur lui et s’effrayait des ressemblances qu’il se trouvait avec elle. Finalement, ne pas la revoir pendant un an l’avait beaucoup détendu, beaucoup trop. Il peina à retrouver ses repères, puis d’un geste brusque, serrant le goulot de la bouteille vide qui lui aspirait la nausée, tout comme finalement la vue de l’étudiante qu’il avait négligemment possédée selon les insinuations de sa mère, il entama la remontée de la pente qui menait au château.

« Il faut qu’on rentre Miss Trown, il est beaucoup trop tard et on a perdu du temps. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Lun 8 Jan 2018 - 21:11

La dame s’était rapprochée rapidement d’eux, ses yeux s’illuminant à la vue de l’homme qui l'accompagnait. Se connaissaient-ils? D’un mouvement furtif de la tête, la vipère observa le bibliothécaire, ses yeux s'agrandissant légèrement de surprise à l’expression faciale qui s’était étendue sur le visage de l’homme lors de l’arrivée de l’inconnue : les lèvres pincées et le regard empreint d’une dureté qui était dirigée vers la nouvellement venue. Il ne semblait pas particulièrement favorable à l’arrivée de la femme, tout son corps semblant s’être raidi à la vue de celle-ci. À l’inverse, l’intrus possédait un sourire doux et chaleureux, son être rayonnant de bonheur contenu à la vision d’Octave, son pas toujours aussi rapide, se rapprochant à une vitesse contrôlée des deux résidents de l’école. Le contraste entre les deux émotions éprouvées par chacune des personnes impliquées était évident et Heather se demanda d’autant plus qui la dame pouvait bien être pour l’homme qui ne faisait que croiser son chemin depuis les dernières semaines. Maintenant que celle-ci s’était rapprochée, la serpentard pouvait d’autant plus admirer l’élégance qu’elle dégageait et le prestige qui émanait de sa tenue vestimentaire, chaque geste qu’elle posait mariant distinction et charme. Des mèches blondes virevoltaient allègrement au gré de la brise, effleurant à quelques reprises le doux visage de la femme qui n’était qu’à quelques pas d’eux. D’une voix claire et vibrante, la femme s'exclama sans exagération, son ton contrôlé reflétant la joie qu’elle ressentait de revoir l’homme qui se tenait à quelques pas d’elle.

- Enfin je te retrouve ! Bonsoir, Octavius.

Quel prénom… pompeux. Le visage de la serpentard se pencha légèrement sur le côté, ses yeux reflétant la surprise, son masque habituel ayant quitté ses traits depuis quelques heures déjà, laissant apercevoir sans filtre ni camouflage les émotions qu’elle ressentait. La jeune fille ne s’était jamais doutée qu’Octave n’était qu’un surnom pour le bibliothécaire, et pourtant. Elle se retient de justesse de répéter à voix haute le nouveau prénom aux connotations aristocratiques d’un ton surpris et d’ainsi interrompre la conversation qui ne tardait de commencer entre les deux adultes, optant pour le repasser à quelques reprises dans son esprit, détachant chaque syllabe du prénom : Octavius. Malgré l’attachement de son esprit à un détail aussi futil et au final, sans réelle importance, la jeune fille fut sortie de ses pensées par la suite de la conversation, clignant quelques fois des yeux dans une tentative d’éclaircir quelque peu sa vision floue. Bien que la salutation de la dame fut énoncée d’un ton clair, celle-ci s’était retrouvée sans réponse de la part de son interlocuteur, ce dernier ayant opté pour un silence glacial, n’offrant aucune continuité au dialogue que la nouvellement venue tentait d’initier avec lui. Malgré la fermeture du bibliothécaire à répondre à l’inconnue, celle-ci relança la conversation, réussissant au final à tirer une réponse laconique de l’homme qui semblait s’entêter à ne pas participer à cette conversation forcée, réaction qui surprit quelque peu la brunette. Bien évidemment, elle n’avait pas la prétention de connaître toutes les facettes de la personnalité élaborée de son accompagnateur, mais les derniers échanges qu’elle avait eus avec lui lors de leurs rencontres impromptues lui avaient donné l’impression qu’il n’avait pas la langue dans sa poche, ayant toujours une réflexion, une question ou un commentaire à offrir, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouvait. Que ce soit au sein de la plus haute tour du château ou dans un lit rustique d’une petite cabine perdue en Russie, il avait toujours eu des mots à lui offrir, allant d’un commentaire sarcastique à une demande de pardon. Alors, pourquoi refusait-il d’entamer une discussion avec cette femme ? Encore une fois, la question qui flottait dans son esprit refit surface, trottant au-devant de ses pensées éparpillées : mais qui était-elle donc ? Bien que sa présence semblait avoir été oubliée par Octave, celle-ci avait été remarquée sans aucun doute par la dame, cette dernière lui lançant de nombreux coups d’oeil entre deux phrases, l’observant, évaluant ce qu’elle pouvait de la serpentard qui accompagnait son interlocuteur succint. Quelque peu énervée par autant de regards interrogateurs, impliquée sans réellement l’être dans cette conversation singulière, la vipère leva légèrement le menton et reprit sa position désinvolte, regardant à son tour, sans émettre le moindre son, la dame qui s’était aventurée sur le territoire de Poudlard. Malgré l’alcool consommé, la vipère réussit à garder les lèvres bien pressées l’une contre l’autre, évitant de lancer l’un des nombreux commentaires qui flottaient dans son esprit et d’ainsi attirer l’attention sur elle tandis que l’échange de paroles continuait, la déception et le désappointement teintant de plus en plus les dires de l’aristocrate. L’objet de son désenchantement fit un pas vers l’avant, s’interposant quelque peu entre Heather et la dame, empêchant la jeune fille d’observer pour une énième fois l’inconnue et ses expressions faciales aux nombreuses émotions. Celle-ci sembla enfin réaliser l’activité à laquelle l’homme s’était adonné quelques instants avant son arrivée, invité par la serpentard à une dégustation imprévue du whiskey dérobé et teintant ainsi son haleine de l’odeur caractéristique de l’alcool, se méritant une remarque additionnelle par sa persévérante interlocutrice. Puis, sans crier gare, la relation liant les deux adultes fut finalement mise à la lumière du jour lorsque armé d’un petit sourire, Octave répondit aux questionnements dépités de la dame.

- Mère vénérée, il y a des habitudes qui ne changent pas ! Pourquoi ça te surprend encore, je me le demande.

Mère !? Heather haussa les sourcils, l’étonnement envahissant son esprit et son visage tandis qu’elle lança de nouveau un coup d’oeil cette fois-ci un peu plus attentif vers la femme aristocrate, penchant légèrement la tête vers le côté afin de désobstruer en partie sa vision cachée par l’épaule d’Octave. Cette dame élégante était donc la génitrice du bibliothécaire, la raison d’être de cet homme mystérieux. Bien que cette révélation suscitait un intérêt nouveau chez la jeune Trown, cette information remettait le dialogue en perspective, chaque phrase énoncée depuis le début de leur échange prenant un sens plus profond, mais surtout plus dérangeant tant la conversation n’avait que pour réel sujet la déception que la mère ressentait à l’égard des choix de son fils. Et comme pour prouver que la perception de la serpentard était juste, la palabre reprit entre les Holbrey, les émotions de chacun virevoltant entre l’amertume, la fausse indifférence et l’infortune exagérée, chaque phrase révélant une information inattendue supplémentaire sur la relation particulière liant mère et fils. Malgré ses propos oscillant entre inquiétude et déception perpétuelle, la femme s’était approchée de son fils, replaçant ses vêtements telle une mère attentionnée souhaitant que l’apparence de son enfant reflète la perfection qu’il représentait pour elle, enlaçant son cou tendrement en une étreinte indulgente. Et bien que dans un contexte différent elle aurait pu être convaincante dans ses intentions, le contraste frappant entre ses actions et ses paroles ne fit qu’ajouter une couche âpre à la situation malaisante qui s’éternisait. La serpentard se sentait de plus en plus de trop, souhaitait plus que tout à cet instant qu’elle puisse s’éclipser sans se faire remarquer, mais le regard bleuté se posa de nouveau sur elle, la plaquant sur place alors qu’elle semblait insinuer quelque chose dont la vipère avait peine à comprendre. D’un geste inconscient, Heather passa une main rapide dans son cou avant de croiser les bras devant sa poitrine, les yeux prenant de son tout l’accolade forcée réunissant les deux membres de la famille sans pour autant fixer une personne en particulière. Pourquoi l’avait-elle fixé ainsi, un petit sourire flottant sur ses lèvres avant de finalement reporter son regard vers son fils ? La brunette maudit mentalement l’alcool, sachant que son incompréhension était causée par les effets du whisky. En temps normal, elle aurait cerné rapidement l’allégation dont elle semblait être la victime, mais le sous-entendu masqué ne semblait pas vouloir révéler son mystère à la vipère et elle serra un peu plus les bras sur son corps, détestant le sentiment d’incompréhension qui envahissait son esprit.

- C’est bien, j’ai eu peur que tu perdes ton temps comme tu l’as perdu avec Jane. Quelle idée aussi, de discréditer ton potentiel avec une mourante pendant quatre ans !

Comme cela semblait en devenir une habitude, un nouveau renseignement s’ajouta à la panoplie d’informations que la dame révélait sur son fils, aucunement intéressée à continuer la conversation dans un endroit plus privé et sans spectateur. La mention de l’ancienne conquête d’Octave sembla de trop et celui-ci repoussa sa mère d’un mouvement simple et rapide, la tension semblant monter d’un cran entre eux deux, provoquant un froncement des sourcils à la serpentard. Plus la mère s’exprimait, moins la brunette croyait en ses airs doux qui accompagnaient chacun de ses dires, les sous-entendus enveloppant ses paroles devenant de plus en plus clairs au fil de la discussion. Les remarques, bien que prononcées d’un ton contrôlé et calme qu’une mère patiente châtiant un enfant un peu trop boudeur utiliserait, oscillaient entre un jugement injustifié et un reproche perpétuel. Malgré l'état moins qu’optimal de la vipère, celle-ci commençait à comprendre le point focal de leur relation, le noyau de leur conversation : Octave était une déception pour elle, et cela semblait aussi clair que de l’eau de roche. La discussion sembla prendre un rythme effervescent entre les deux interlocuteurs, les mots choisis devenant de plus en plus directs et sans détour, une réplique n’attendant pas l’autre avant d’être lancée au visage de son destinataire. Les paroles devinrent de plus en plus blessantes, perdant de leur camouflage initial, le masque de bienveillance quittant le visage de l'aristocrate alors que son fils semblait avoir retrouvé sa voix et ripostait à son tour. Bien que verbal, l’échange s’apparaillait à une bataille féroce où tous les coups étaient permis entre les deux combattants. Heather retient son souffle, n’osant plus émettre le moindre son, tandis qu’elle observait l’échange, spectatrice involontaire d’une relation malsaine et pernicieuse où redevances, obligations et reproches semblaient mener le dialogue. Puis, l’homme offrit le coup de grâce, mettant fin à une discussion déplaisante et amère d’une dernière expression de sa pensée :

- Tu ne t’en vas pas, je te fous à la porte ! Et non, on ne se revoit pas.

La brunette observa la mère Holbrey s’engager sur le chemin du retour, surprise d’être la réceptrice d’un geste se voulant un au revoir poli auquel elle refusa néanmoins d’y répondre, abasourdie par la tournure des événements. Elle cligna quelques fois des yeux, le regard porté sur son compagnon temporaire, ne sachant quoi dire ou faire suite à la scène à laquelle elle venait d’assister. Un goût amer s’était déposé dans sa bouche à ce qu’elle avait été témoin, quelques phrases prononcées par la reine mère faisant échos à des paroles dont elle avait été la réceptrice, son paternel ayant affirmé des propos blessants similaires à ceux dont la dame s’était empressée de prononcer avec une élégance exagérée. Bien sûr, dans le cas du père de la jeune fille, les mots utilisés étaient crus et grossiers, manquants du charme dont la dame s’était complaît à se servir, comme si le ton doucereux et bienveillant qu’elle employait rendait les paroles moins aigres et vexantes. Elle se demanda l’ombre d’un instant si la fausseté de la tonalité adoptée par la mère Holbrey n’était pas pire que les paroles cruelles que Jake lui crachait. Au moins, avec le paternel Trown, il n’y avait pas de mystère quant aux sentiments qu’il portait pour sa fille et elle avait le loisir de le détester sans se remettre en question.

- Miss Trown, je vous présente Vivienne Holbrey.

D’un mouvement lent de la tête, la brunette évita le regard du bibliothécaire qui s’était posé sur elle, posant ses yeux sur le dos retraitant de la nommée Vivienne Holbrey. Elle se perdit quelques instants dans la contemplation de la silhouette qui rapetissait au fil des secondes, les sourcils légèrement froncés par la scène à laquelle elle venait d’assister, un goût acide imaginaire ayant rejoint le fond malté que le whiskey avait laissé dans sa bouche. Bien que tout en finesse et gracieuseté, la mère Holbrey s’était acharnée sur le cas de son fils, trouvant défaut aux moindres actions que l’homme semblait avoir posées par le passé, ramenant à la surface des événements semblant datés de plusieurs années. Ladite Vivienne avait disparu depuis quelques instants, sa silhouette maintenant invisible au loin. Le regard de la jeune serpentard était malgré tout toujours posé au loin, là où la femme s’était retrouvée quelques secondes auparavant, perdue dans ses pensées et l’analyse de ce qu’elle venait d’être accidentellement témoin.

- Il faut qu’on rentre Miss Trown, il est beaucoup trop tard et on a perdu du temps.

La voix d’Octave la ramena sur terre et elle le regarda finalement, ses yeux déviant vers la bouteille dont le goulot était étranglé par une main aux jointures blanches. Étrangement, bien qu’elle n’avait été qu’une spectatrice dans la conversation, le moment où elle avait possédé cette bouteille, assise seule au pied d’un arbre quelconque, semblait lointain. Elle fit un pas vers l’avant et le manque d’équilibre qui s’en suivit, la forçant à s’arrêter, lui rappela sans détour que la dernière gorgée de whiskey consommée datait de moins d’une heure et que le temps ne s’était finalement pas rallongé malgré sa perception initiale. Avalant le peu de salive qui se retrouvait dans sa bouche, figée sur place, la jeune fille repoussa le sentiment de malaise qui s’était créé lors de la discussion acerbe et lança au dos d’Octave, le ton interdit, mais où le sarcasme se faisait malgré tout entendre :

- Elle est charmante ta mère. Elle…

La jeune fille laissa sa phrase mourir, hésitante à continuer sa pensée à voix haute, le sujet de conversation lui semblant hors limite et d’un personnel dont elle n’avait pas l’habitude d’aborder. La curiosité lui piqua tout de même l’esprit et affectée par l’alcool qui circulait dans son corps, elle passa une main sur sa nuque, tournant légèrement la tête vers le côté avant de reprendre la parole, la voix incertaine, mais un peu plus forte afin de couvrir l’espace qui les séparait :

- Elle est toujours comme ça ?

Aussitôt les mots sortis, la vipère regretta de les avoir prononcé, fermant quelques instants les yeux, ayant franchi une ligne implicite dont elle se doutait que le bibliothécaire désapprouverait. L’alcool avait ses qualités... mais aussi ses défauts.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 12 Jan 2018 - 21:33

Il se consumait de honte. D’une honte si ardente qu’elle blanchît ses joues et décolora parfaitement sa bouche inexpressive, gardant la légère tension que nous laissait parfois une énergie maladroitement retenue. Plus encore son malaise avait-il été cuisant que tout du long, il avait senti une Heather ivre dans son dos, tanguant sur ses deux jambes tel un marin sur terre. La conscience que ce détail avait apporté au spectacle une touche supplémentaire d’avanie fît frémir quelque chose en lui, si bien qu’il ne sut d’abord pas très bien regarder l’étudiante en face, pour ne pas dire que l’envie lui manquait cruellement d’affronter cette réalité. Quelque part et malgré lui, il maudissait de s’être fait surprendre sous un jour si peu glorieux. Du moins, la tourmente qu’il venait de traverser, il la laissait doucement derrière soi, tandis que les pas se tarissaient et la silhouette de sa mère s’affinait de plus en plus, pour finalement disparaitre dans le dégradé d’une verdure noircie. Il n’en rapportait avec lui qu’une fatigue de nageur, un désespoir vague et universel de naufrager touchant terre. Plus favorisé que lorsqu’il était enfant, déchargeant une longue angoisse, féconde en rêveries illimités, il s’exorcisait, lourd seulement d’un agacement vibrant, conscient à la manière du buveur gorgé qui sent osciller, quand il bouge, la masse refroidie du poison d’où s’évadait l’esprit brûlant et léger. L’envie de se purger le prit, comme un chat ayant croqué son herbe, trouvant davantage ses origines dans la contrariété et la souillure qu’il ressentait, que dans un fait purement physique. Imperceptiblement, il se redressa, avec un effort pour se reconnaître, pour obliger celui qui venait de se faire diminuer là, à être le même que celui qui avait volé avec une désinvolture maligne la bouteille de whisky des mains de Miss Trown. Mais il ne le put. Pas autant qu’il l’aurait voulu en tout cas. Car quelque chose avait indéniablement changé. Plus que l’humiliation subie et rabrouée, cette rencontre avait comme réveillé une vieille blessure qu’il s’imaginait naïvement guérie depuis longtemps. Combien d’instants cette femme allait-elle encore s’approprier, jetant son ombre dessus comme un vautour faisant sa ronde dans le ciel et attendant que l’agonisant ne lâche son dernier souffle ?

L’habitue n’y était plus et, en marathonien ayant décidé de faire une pause, Octave avait perdu son souffle. Et les souvenirs revenaient. Il en avait plein, de ces remembrances enfouies, qui émergeaient peu à peu, spectres démembrés et grimaçants de son chagrin passé. Comment parvenait-elle à lui faire perdre son âge, le ramenant à sa chambre où il subissait jadis entre les draps froids de semblables remontrances, qui elles blessaient bien plus son cœur d’enfant. Comment parvenait-elle à saccager sans véritablement toucher tout des pensées de son fils, qu’elle connaissait bien peu ? Sur sa vie, elle ne lui avait prêté qu’un bouquet de pauvres clichés puérils, qu’elle reconnaissait aux hommes et à leurs faiblesses, se désintéressant ostentatoirement des jardins et palais, qui s’étaient construits derrière les yeux de son fils et dont l’accès lui était formellement interdit. A chaque fois qu’elle attaquait ces portes intimes, il protégeait sa vulnérabilité sous une armure d’impudence ordurière, poussant inconsciemment à l’insulte cette femme qui restait de glace. Mais rien plus que ces airs d’amour maternel ne l’exaspéraient et ne le blessaient en ce monde. Ainsi pourtant, Vivienne le rendait un peu plus aigre et méchant, le forçant à garder cette armure d’indifférence veule et de déférence orgueilleuse qu’elle appréciait en lui, si bien accompagnée par des sarcasmes aussi mordants que corrosifs. L’instant d’avant encore, il mesurait d’un cœur patient et libre le temps au bout duquel Cassidy lui appartiendrait véritablement. Maintenant, pâli d’un enseignement qui laissait à son esprit le tremblement et la suavité glaçante de la défaite, Octave reculait de tout son être devant une image insensée. D’ailleurs, il s’était arrêté, comme si son incapacité momentanée à voir au-delà de l’horizon l’avait empêché de pouvoir avancer concrètement.

- Elle est charmante ta mère. Elle… Elle est toujours comme ça ?

Ses yeux cherchèrent frénétiquement l’étudiante perdue dans la pénombre, l’obligeant à se retourner pour la voir vaciller, visage blafard coincé entre deux cascades de cheveux noirs. Revenant à la raison, son visage perdit en tension et il sentit sa nouvelle figure d’homme…il sentit un visage que la lassitude amincissait, des yeux languissants, agrandis par des cernes noires et diffuses, des lèvres qui, d’avoir parlé si férocement et cruellement dans la défense, demeuraient pâles et sèches, des cheveux châtains en désordre sur son front, battus par la brise et la colère. Des traits plaintifs, et moins pareils à ceux d’un homme qu’à ceux d’une jeune fille meurtrie.

Octave cligna des yeux, regarda enfin Miss Trown éviter son propre regard, encore plus gênée que lui peut-être de la situation, l’alcool la privant d’un meilleur jeu d’acteur. D’elle, il balaya l’étendue montagneuse au-dessus de la tête brune, marquée par un dernier trait de lumière bleuissant à l’horizon. Encore un instant, et tout serait complètement noir et le ciel déploierait son éventail d’étoiles. Il respira encore un peu de la poitrine, souffrant de cette réalité inexorable qui l’avait rattrapée sans qu’il n’ait eu le temps de se préparer. Puis, d’un pas doux, il s’approcha de la jeune femme, hésitant encore sur ce qu’il voulait lui avouer. Qu’est ce qui serait capable d’atténuer sa honte ? Répondre honnêtement s’avèrerait-il une preuve de sa solidité, bien plus que ne pourrait l’être une réserve ? Avait-il seulement l’envie ou la force d’être sincère et détaché, impersonnel, comme il le devenait souvent pour ne pas avoir à replonger dans une mélancolie guettant à chaque recoin de son existence ?

Il cacha de son mieux une douleur bien trop familière et qu’il comprenait instinctivement. Qu’avait-il conquis finalement, entre des bras maternels, jaloux de le faire homme et victorieux ? Le droit de souffrir ? Le droit de se renfrogner devant une adolescente innocente et dure ? Le droit de trembler inexplicablement devant la vie délicate d’un enfant qu’il n’était plus ? Il fallait se reprendre. Néanmoins, il emportait un malaise qu’il connaissait trop bien, l’agacement, la gêne de ne jamais exprimer avec justesse ce qu’il eût voulu exprimer, de ne jamais rencontrer en sa mère la personne à qui il pouvait confier un aveu indéfini, un secret qui eût tout changé et dépouillé de son signe néfaste cette soirée de pavés blanchis, de gravier flasque sous cette lune verticale.

L’hiver s’approchant, l’habituelle clarté qu’abandonnait longtemps le crépuscule ne dura qu’un instant et ils demeuraient à présent dans une obscurité diffuse, à l’abri de nuages violacés. L’ombre d’un sourire trouva son chemin vers le visage du bibliothécaire sensiblement amaigri, éclairant doucement ses yeux de jade, tandis qu’il proposait son bras en guise d’appui à la jeune soûlarde. Le goulot de la bouteille demeura coincé dans son autre main, moins crispée et ne retenant le poids que par obligation, sans animosité aucune. Il parla avec une douceur sibylline, livrant ce qui était une vérité en soi, mais surtout quelque chose vers quoi il tendait :

« A-t-elle l’air d’avoir un jour été différente, Miss Trown ? Ne lui accorde pas trop d’attention ni d’intérêt, elle est comme ce fameux arbre dans la forêt et n’existe que quand on la regarde. Il n’y a pas grand intérêt pour toi à ce qu’elle perdure dans tes pensées un instant de trop, je te l’assure. »

Il n’avait pas eu vouloir l’air de se défendre, pourtant, c’était le sentiment qu’il eût en donnant belle forme à des propos et pensées qui n’en étaient pas. Car quelque part, une oreille distraite écoutait, puis se muait en petite voix roucoulante pour lui souffler que sa mère avait raison. Il s’y refusait soigneusement comme on ignore des oiseaux chanter derrière la fenêtre. Mais que faire lorsqu’une Miss Trown vous demandait si les oiseaux avaient toujours gazouillé cette même mélodie ? Se débarrasser des oiseaux à la hâte et prétendre qu’ils n’apporteront rien à sa vie ? Octave se sentit vaguement médiocre d’en arriver à détourner des visages de sa mère, alors qu’il était souvent le seul à souffrir de ses présences. Car à bien des égards, sa mère pouvait être une compagnie for agréable et quand bien même ses opinions et paroles étaient dures… Décidemment, cette femme était un tel poison dans sa vie que toute réflexion à son sujet paraissait être un piège qui encrait un peu plus soigneusement son souvenir dans l’esprit d’Octave. Au final, il faisait le contraire de ce qu’il devait et à force de chercher l’artifice à chaque instant, il n’y voyait plus que des souricières ! prouvant une dernière fois à quel point elle était profondément enracinée, même dans ses tentatives d’échappement. Machinalement, Octave tendit toute sa lucidité sur ce qui l’épouvanta dans un soupir : qu’Heather puisse avoir quelque chose de suffisamment ténu en son cœur pour vouloir l’empoisonner à coup d’alcool. Le bras qu’il proposa ne s’en fit que plus solide, tandis qu’il se durcissait dans son allure, moins par caractère que par tenue, reprenant ses esprits et, doucement, retrouvant son allure éternellement mielleuse, voluptueusement souriante et un brin badine. La défiance veule lui allait bien mieux finalement et à mesure qu’il se glissait dans son vêtement de confiance, l’angoisse cessa de palpiter à ses oreilles. Pourtant il demeura suffisamment sérieux pour ne pas paraître artificiel, languissant de rentrer, mais encore un peu grave.

« J’espère pour toi qu’elle ne connait pas ta famille, sinon sa première joie sera de glisser un mot sur ton numéro d’équilibriste à même le sol à tes parents. »

A peine calmé, que cette pensée alluma en lui une éphémère velléité de châtiment. Il pencha la tête sur la jeune femme, l’observant d’un œil où un courage ivre parût, pensant encore à punir, à briser, à fuir et il attendit qu’un flot cruel le soulevât. Rien ne vint qu’une succincte cruauté vengeresse, suivie par une petite honte moyenne, très supportable. La crise, si vite subvenue, secouant son paysage de terribles tremblements, s’en allait tout aussi subitement, avec la disparition de la gorgone. Cassidy et lui allaient une bonne fois pour toute refermer, ensemble, le judas par lequel, retranchés dans l’amour, ils communiquaient parfois avec la vie réelle. Après cet orage redouté, Octave était fin prêt à rejoindre le chemin où ils allaient cacher leurs traces et où il sentirait qu’ils pouvaient périr de porter un butin trop lourd, trop riche et trop tôt conquis. Mais qu’importe… On lui offrait sans cesse à la vue des gouffres de malheurs sans fin et il en était fatigué. Il aimait et cet obstacle resurgissant du passé ne l’en conforta que davantage. Sage et grave, il demanda doucement, du bout des lèvres, comme ivre de sa propre félicité qui tendait à se répandre :

« Trown, pourquoi tu bois autant et si mal ? » Et parce que la jeune femme avait le regard bien trouble, il ajouta : « Dis si tu as trop de mal, je te porterai, mais bouge tes quilles ! »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mar 16 Jan 2018 - 15:15

Malgré le dédain avec lequel ses propos auraient pu être pris, ses paroles ayant pu être perçues comme insolentes et impudentes, le bibliothécaire s’était approché d’elle, doucement et sans brusquerie. Le ciel avait adopté une couleur sombre et bleutée, désaturant les couleurs de leur vivacité habituelle, réduisant les contrastes de la nature qui les entourait et masquant en partie l’expression faciale qui ornait le visage masculin. Le bras d’Octave s’éleva près d’elle, rocher stable dans cette mer agitée qu’était le paysage l’entourant, oscillant tel le berceau dans lequel on aurait déposé un nouveau-né endormi. Et pourtant, bien que l’attrait de retrouver son équilibre était envahissant, la brunette évita de s’y accrocher, laissant finalement son regard se poser sur l'homme offrant son appui. La fureur semblait avoir quitté son être, remplacé par un léger sourire ornant ses lèvres, ses yeux brillant faiblement dans l’obscurité prononcée alors que son bras était toujours levé en invitation silencieuse.

- A-t-elle l’air d’avoir un jour été différente, Miss Trown ? Ne lui accorde pas trop d’attention ni d’intérêt, elle est comme ce fameux arbre dans la forêt et n’existe que quand on la regarde. Il n’y a pas grand intérêt pour toi à ce qu’elle perdure dans tes pensées un instant de trop, je te l’assure.

La serpentard le toisa longuement, des extraits de la conversation dont elle venait d’être témoin rejouant dans son esprit. Chaque phrase, mot, prononcé par la dame semblait possédé un double sens, une insinuation dissimulée sous des propos aux apparences douces et attentionnées. Si elle n’avait pas assisté à la fin du dialogue envenimé, le bibliothécaire perdant finalement son sang froid face aux attaques dissimulées par le sourire navré de sa mère, la vipère n’aurait usé que de qualités pour décrire celle-ci. Mais au final, la dame s’était avérée posséder une tout autre personnalité que celle initialement envisagée: une personnalité où manipulation et chantage émotif étaient au coeur de sa relation avec son fils, où torture émotionnelle était utilisé à toutes les sauces pour montrer sa supériorité. Et pourtant, voilà qu’Octave se tenait devant elle, un sourire flottant sur ses lèvres comme si la conversation n’avait eu que pour sujet le beau temps et autre banalité du même genre, un aura de sérénité l’entourant malgré la désobligeance que sa mère avait employée quelques moments plus tôt, un moyen comme un autre de faire face à l'injustice parentale. Ce fut a cet instant que Heather sentit qu’une certaine similitude les liait, une ressemblance légère, mais pourtant bien présente, car bien que la relation qu’il possédait avec sa mère n’était pas de la même nature que celle que son père lui imposait, la réalité était que chacun avait et restait blessé par un parent. Au final, chacun possédait sa technique pour lutter contre le mal forcé, pour continuer d’avancer malgré le néant que les mots et les gestes déposaient au sein d’un enfant délaissé, et si Octave réussissait à jouer l’indifférence, la jeune Trown usait de colère et d’une dureté qu’elle n’hésitait pas à faire subir à quiconque afin de masquer les vestiges de son enfance. Son esprit vagabonda vers un certain soir passé sur la tour d’Astronomie où lors de sa première rencontre avec l’homme qui se tenait devant elle, celui-ci s’était présenté comme bonté de coeur, tentant de gagner la confiance de la jeune serpentard blessée qui n’offrait que sa méfiance. Et bien que la confiance n’était toujours pas tout à fait présente, une légère lueur d’espérance venait de naître, la similarité qu'elle voyait maintenant en lui offrait un infime espoir qu'il pourrait peut-être la comprendre si elle osait baisser les murs qu'elle avait bâtis au solidement autour d'elle. Hésitante, Heather leva son bras, l’approchant lentement de celui toujours tendu devant elle, puis elle y déposa sa main, prenant finalement appui sur le bras ferme. La terre n’avait pas arrêté de tourner, mais un semblant d’équilibre revint, lui permettant de tenir sur ses pieds sans vaciller dans tous les sens. Elle releva la tête, plongeant ses yeux noisette dans les jades illuminés, puis prononça lentement :

- Dommage que ton fameux arbre sache se déplacer, il aurait été plus facile à ignorer s’il était resté bien en place dans sa forêt. Je n'aime pas ces genres d'arbres.. tu sais, ceux qui se déplacent et se mettent dans ton chemin en s'imposant contre ton gré.. tu sais ce que je veux dire ?

Elle n’avait aucune idée pourquoi elle avait continué avec la métaphore de l'arbre, mais cela n'avait pas donné le résultat voulu, loin de là, sa pensée perdant toute son éloquence. Elle avait tenté, d'une manière très désorganisée, d'offrir un quelconque support, d'expliquer qu'elle avait saisi à un certain degré la personnalité de la reine mère, mais sans succès. Les mots étaient sortis seuls, s'échappant de sa bouche a une rapidité ahurissante, évitant le passage normalement obligatoire par le cerveau. Puis, la brunette fit quelque chose qui ne survenait que très rarement… elle rougit. Ses joues se colorèrent d'un rouge flamboyant et elle détourna le regard, fermant les paupières, tentant de reprendre les esprits qui semblaient l'avoir quittée depuis quelques moments déjà, passant son autre main sur sa nuque dans un geste mécanique. Sa retenu habituelle l'avait officiellement quitté, plus aucun doute n’existait à ce sujet et la serpentard se demanda l'ombre d'un instant, qu’est-ce qui sortirait de nouveau d'elle si la conversation s'étendait sur d'autres sujets. La soirée allait être longue.

- J’espère pour toi qu’elle ne connait pas ta famille, sinon sa première joie sera de glisser un mot sur ton numéro d’équilibriste à même le sol à tes parents.

Elle resserra légèrement son emprise sur le bras qui lui avait été offert, l’analogie sur son état alcoolisé semblant promouvoir une agitation additionnelle sur son esprit vacillant, exagérant le basculement du paysage l’entourant. Elle posa les yeux sur l’un des arbres s’élevant au loin, tendant de retrouver ledit équilibre qui lui avait échappé depuis qu’elle s’était haussée sur ses deux jambes, quittant le confort inégal des racines du frêne qu’elle avait temporairement adopté. Elle n’était pas inquiète. La dame ne connaissait pas son nom, et son visage n’était que celui d’une inconnue, d’une sorcière étudiant à Poudlard comme une autre, n’appartenant pas à ces familles aristocrates dont la gazette se faisait un régal d’en discuter. Elle n’était qu’un visage parmi tant d’autres, un visage qu’on oubliait rapidement, qu’on voyait peut-être de nouveau dans un rêve sans arriver à distinguer la provenance de ces traits inconnus. Et même si sa motivation était de telle ampleur, trouver son nom dans les registres de l’école prendrait un effort considérable et le jeu n’en valait pas la chandelle. Après tout, qu’est-ce que cela lui apporterait de la dénoncer à ses parents, étudiante sans nom qu’elle était ? De plus, elle ne pouvait connaître ses parents, la possibilité était si infime qu’elle en était risible : de simplement imaginer la mère Holbrey assise dans le salon de la famille Trown, entourée des cadavres de la dernière beuverie de Jake, celui-ci une bouteille à moitié vide à la main étendue en offrande silencieuse à l’aristocrate, était un tableau tiré du mouvement surréalisme du vingtième siècle. D’un haussement nonchalant des épaules, la serpentard laissa glisser son regard sur le paysage, évitant de regarder Octave dont elle tenait toujours le bras, avant de murmurer d’un ton quelque peu négligent :

- Ça n’arrivera pas. Elle n’a pas du tout l’apparence des fréquentations de Jake et ma mère…

L’hésitation prit par d’elle, glissant un silence lourd dans sa phrase. La brunette mordilla doucement sa lèvre inférieure, tentant de chasser l'inondation d’émotions qui venait de s’emparer d’elle à la mention de sa propre génitrice, sentant sa gorge se refermer douloureusement sur elle-même. C'était surprenant à quelle vitesse les émotions pouvaient s’interchanger, passant de la gêne à la tristesse en si peu de temps. Une chaleur affligeante attaqua ses yeux brumeux, ceux-ci se voilant légèrement tandis qu’elle papillonnait rapidement des paupières, chassant les perles d’eau qui tentaient de s'échapper de leur prison de peau. Par Merlin, c’était ridicule. Heather maudit intérieurement son manque de contrôle, détestant au plus haut point le sentiment de faiblesse qui l'assaillait à l’instant, les souvenirs envahissant son esprit sans aucune pitié ou retenue. Cela faisait plus d’un an que le corps de sa mère s’était fracassé contre le mur, s'effondrant au sol pour ne plus jamais se relever, mais la douleur était aussi vive que si la tragédie était survenue il y a quelques instants seulement. Les souvenirs étaient aussi violents que si elle était de retour dans le salon familial, les yeux écarquillés d’horreur à la vue du sort qui jaillissait de la baguette de Jake et qui heurtait sa mère de plein fouet à la poitrine, la décollant du sol à une vitesse ahurissante. Les sentiments qui s’emparaient d’elle étaient d’une intensité pénible et poignante, écrasant son coeur dans sa poitrine d’une main de fer, lui coupant le souffle avec autant d'efficacité qu'un coup de poing vicieux en plein ventre. Elle ne devrait plus y penser, non ? Ça devrait faire moins mal, NON ? Et pour ajouter humiliation au tourment, la serpentard savait pertinemment que son visage était un livre ouvert, une fenêtre sur les émotions dont elle n'arrivait pas à se débarrasser ou à ensevelir sous la colère qui frémissait normalement si facilement en elle. Elle finit par briser le silence d’elle-même, une insouciance inhabituelle l’encourageant à prononcer les quatre mots qu’elle avait prononcés qu’à Léon il y avait un peu plus d’un an, l’alcool faisant une fois de plus effet en lui déliant la langue :

- Ma mère est morte. Alors il n’y rien à s’inquiéter de ce côté-là, ta mère n’aura pas cette joie, aussi malsaine cette joie semble être.

Elle avait rajouté la dernière phrase rapidement, une tentative désespérée de garder la discussion sur son sujet initial, soit Madame Holbrey, et d’éviter que celle-ci dévie sur ce qu’elle avait révélé dans un élan de négligence irréfléchie. Elle en avait trop dit… une énième fois lors de cette soirée trop arrosée. Et pourtant, beaucoup d’autres excuses auraient pu être utilisées, d’autres raisons moins émotionnelles, moins douloureuses, mais dont les révélations étaient tout aussi dangereuses par les temps qui courraient. Elle aurait pu simplement mentionner que sa mère était moldue, réduisant à une très fine possibilité que les deux mères se connaissent, la prestance aristocrate de Madame Holbrey lui donnant l’impression qu’elle ne fréquentait que des familles sorcières d’une certaine classe sociale. Elle aurait tout aussi pu utiliser l’excuse de sa graduation pour préciser qu’elle ne reverrait plus le nid familial lorsqu’elle quitterait Poudlard pour de bon, évitant ainsi les présumés reproches que ses parents auraient pu lui faire eussent-ils été au courant de son ivresse passagère. Ou, sur un tout autre ordre d’idée, une pensée affreusement cynique et lugubre surgissant au-devant de son esprit, la vipère aurait pu simplement préciser qu’elle suivait les traces de son paternel, une imitation grotesque du vice vénéré par Jake et que celui-ci n’en aurait que rit, cruellement heureux de voir sa progéniture adopter ses errements. Mais au final, Heather ne pouvait reprendre les paroles qu’elle avait affirmées, ne pouvait jouer sur le sens des mots, car la vérité avait été dite sans détour ni sous-entendues, exposée crûment avec une clarté saisissante aux oreilles de son accompagnateur.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 19 Jan 2018 - 17:15

Il savait qu’il ne parviendrait pas à effacer le souvenir de cette conversation en témoignant une soigneuse négligence à l’égard de ce qui s’était produit. L’orgueil lui faisait regretter de ne pas avoir su garder sa superbe face à l’humiliation et il était trop tard maintenant pour prétendre le contraire. Peut-être à part en minimisant la blessure, ou traitant l’affaire comme le mérite une vieille habitude : avec indifférence et circonspection. Il s’en voulait vaguement de paraître faible, surtout devant une jeune fille qui avait besoin qu’on lui prouve qu’aucun obstacle ne méritait que l’on se sente diminué au point de se soûler à la mort. Il refusait farouchement de se sentir minable. Pourtant, l’insulte l’avait caressé de si près qu’il s’était retrouvé démuni l’espace d’infimes instant qui, dans leur gravité, avaient raisonné avec la longueur d’une vie entière. Alors, à défaut de prétendre que rien ne le perturbait, Octave tâcha de se ressaisir. S’il y avait bien quelque chose qui pouvait caractériser sa vie récente, c’était une lute intemporelle avec les travers innés, les mauvaises habitudes et les comportements cycliques qui l’avaient jadis rendu malheureux. Sa mère avait beau être loin maintenant, qu’il sentait encore ses pensées flotter au travers des siennes, corruptrices et vaniteuses, liaison d’affinités malsaines dont il peinait à se débarrasser complètent. Il n’y avait pas à prétendre que ce fut facile, ni que ça allait le devenir. Cependant l’adage de l’habitude prenait petit à petit le dessus, et si le mal était toujours le même, les cheminements devenaient connus à point de demander l’effort minimal. Alors, petit à petit, Octave se dépouillait de ce qui n’était pas sien, de ce qui était l’autre, avec néanmoins toujours l’envie de purger le poison avec un autre poison. La bouteille dans sa main faillit glisser tant ses doigts s’étaient, dans l’inconscient vouloir de se défaire de la tentation, attendris.  

Une grappe d’étoiles commença à luire au-dessus d’eux lorsque Heather consentit enfin à poser sa main menue contre la laine brossée de son manteau. Rasséréné, Octave la guida lentement à travers les fourrées grises entourant le château, adaptant son rythme et son allure à ceux de la petite éponge à whisky. L’étreinte dont elle gratifiait sa politesse ne revêtait aucune arrière-pensée et pourtant, il sut par expérience que son caractère y abandonnait quelque chose qui lui était naturel, voir essentiel. La fierté et la défense avaient fait un pas en arrière pour la laisser accepter une mince aide, qui paraissait d’autant plus déshonorante lorsqu’elle se manifestait dans les détails. Comme ses femmes qui vous refusent de leur tenir la porte pour prouver la force là où il n’y en avait pas besoin. Une part d’Heather avait abdiqué ce soir, inconsciemment peut-être, face à l’aide d’une main tendue. Fut un temps où Octave aurait haineusement craché sur cette main, quelle qu’elle fut, à part s’il n’y avait pas un petit sachet de coke en son creux, alors il comprenait la distance qu’elle leur imposait.

- Dommage que ton fameux arbre sache se déplacer, il aurait été plus facile à ignorer s’il était resté bien en place dans sa forêt. Je n'aime pas ces genres d'arbres… tu sais, ceux qui se déplacent et se mettent dans ton chemin en s'imposant contre ton gré… tu sais ce que je veux dire ?

Octave eut un sourire amusé, avec le sentiment étrange que l’arbre en question n’avait pas touché qu’une seule corde sensible en cette soirée. Il n’appréciait guère pourtant les alliances dans la douleur, car elles devenaient souvent dépendantes et se faisaient sous l’espoir d’une compréhension par comparaison. Ce qui ne lui avait apporté dans le passé que des tourmentes. Ce n’était pas pour rien si les alcooliques repentis n’avaient pas le droit de trainer avec leurs semblables assoiffés. Souvent, ceux qui lui compatissaient par expérience le tiraient par la même occasion vers le bas par leur pitié protectrice.

« Et il ne tient qu’à nous de contourner ces arbres-là, Miss Trown. »

Elle rougissait de sa maladresse, ou des vapeurs voluptueuses qui lui montaient à la tête. N’était-elle donc pas encore assez soûle pour ignorer les simagrées que sa bouche détendue débitait ? Il était fascinant de voir parfois ces jeunes gens, aux corps compactes et fluets, bourgeons encore mal déliés, qui ne savaient grand-chose ni de la vie, ni de la luxure, s’abandonner si bien à l’alcool sans en souffrir de trop. Il ne se souvenait pas d’avoir bénéficié d’une telle endurance, quoi que ses péripéties fussent inévitablement corrompues par d’autres substances qui lui déliaient la langue jusqu’à ce qu’il devienne un oiseau. Puis l’oiseau, à trop chanter, mourait à l’aube, le foie plein et gras, la tête lourde, mais les paupières sèches, la bouche figée et détendue, le visage blanc tel un linge, sans le sang, incapable de rosir d’une quelconque émotion. En attendant, Heather le tenait en le négligeant, ne laissant que leurs bras se relier, comme si un sentiment lui faisait encore honte. Il crut par ailleurs un instant que la pudeur allait les faire dévier du chemin de leur conversation, ou se taire définitivement, posant un silence sur l’ébriété et la honte pour l’ignorer jusqu’à pouvoir prendre du recul. Mais la réservée Miss Trown lui répondit quand même, chevrotant :

- Ça n’arrivera pas. Elle n’a pas du tout l’apparence des fréquentations de Jake et ma mère…

Malgré la pause, qui était venue ponctuer l’évocation de la mère, Octave avait trébuché plus tôt sur un son qu’il avait déjà entendu. Jake. Jake et sa mère. Il accorda à ce Jake le bénéfice du doute, en se disant que ce nom crument accordé sans aucun amour par l’adolescente était peut-être celui d’un beau-père n’ayant pas encore mérité l’affiliation. Mais il avait l’impression de s’entendre, les mauvais jours où, par rébellion adolescente, il s’était évertué à appeler sa mère Vivienne et son grand-père Monsieur, gratifiant l’un d’une distance nominale et l’autre d’un respect ironique. Il s’était même convaincu d’être un fils adoptif, illégitime, enfant d’une quelconque famille de sang-purs, que sa mère aurait subtilisé. Mais il n’en était rien et sa mère était bien sa mère, tout comme Jake était…

- Ma mère est morte. Alors il n’y rien à s’inquiéter de ce côté-là, ta mère n’aura pas cette joie, aussi malsaine cette joie semble être.

Jake était le seul parent. Octave baissa les yeux face à la révélation, rendu vaguement honteux par un malheur qui ne lui appartenait pas, coupable que la vie l’ait préservé de ce genre de mort. Fallait-il que l’on se sente toujours avantagé à moins d’avoir connu exactement la même chose ! Les premières blessures et les premiers cauchemars avaient pourtant eus la priorité sur les pages de leurs histoires respectives, mais le bibliothécaire ne pouvait s’empêcher ce pincement sinistre qui venait lorsqu’il imaginait le vide d’une absence. La meilleure part d’Heather s’en était allée avec sa mère, et il ne restait plus que cet impersonnel Jake. Etrangement, Octave ne parvenait pas à accorder l’effet miroir de leur situation, où tous deux évoluaient avec un parent absent, tandis que l’autre s’évertuait à être assez ignominieux pour qu’ils leurs refusent un quelconque pouvoir génétique. La nuance résidait dans l’inexistence de son père et la présence trop accrue de sa mère, tandis que Miss Trown avait perdu la présence qu’elle désirait au profit d’une absence envahissante et dénigrante. Dans la besogne de leurs aveux, leur rythme n’avait pas changé et ils se rapprochaient lentement du château lumineux, monstre inévitable qui mettrait fin à la conversation et aux inquiétudes. Banal, Octave n’échappa pas aux commodités et déclara d’une voix suffisamment hésitante pour être sincère :

« Je suis navré pour toi. Détrompe-toi cependant, ma mère se donne l’apparence des fréquentations qu’elle veut, et elle veut ce qui l’avantage. »

La mise en garde était venue naturellement, par la force de l’habitude et sans nul besoin réel, car il se doutait que Vivienne n’avait eu à l’égard de Miss Trown qu’une considération limitée, uniquement motivée par l’importance qu’y aurait donné son fils. Du reste, il se sentit incroyablement prude d’évoquer davantage les aveux que lui avait fait la jeune fille ; révélations parlantes, mais qui engageaient si peu à la conversation. C’est pour ça que tu bois ? Parce que ta mère est morte ? Ou parce que tu appelles Jake « Jake », et non papa ? En faisant abstraction de ce qui se passe au château bien sûr, il serait trop tôt de reconnaître que Poudlard n’est plus une école, mais un centre de désintoxication pour adolescents !

Octave crut entendre un sanglot et se retourna vers Heather, qui évitait encore soigneusement son regard, sans y percevoir la trace d’un spasme, même sec. Elle était peinée par leur conversation pourtant, et la tristesse avait déposé deux traces humides à l’orée de ses yeux. Le bibliothécaire se retourna silencieusement, faisant mine d’avoir rien entendu pour ne pas mettre la sensibilité de la jeune femme mal à l’aise, mais les sanglots reprirent, discrets et âpres. Il les ignora soigneusement un temps, manifestant sa simple sollicitude par l’absence de gêne. Les pleurs s’intensifièrent dans ses oreilles au point où il en devint grossier de ne pas attenter un geste consolateur et il regarda Heather, seulement pour constater avec incrédulité que son visage était sec et qu’aucun son ne vrombissait sa gorge. Déconcerté d’avoir le son sans l’image, Octave balaya vivement du regard les environs à la recherche de l’âme peinée qui se lamentait avec une constance de martyr.

« Tu entends… ? »

Mais avant qu’il n’ait pu finir son interrogation, il comprit soudain que c’était lui qui geignait. Le son lui parvenait de loin, si subtilement néanmoins qu’il n’en reconnut pas tout de suite la nature familière. Le bibliothécaire cessa de chercher l’inconnu dans le noir et parût vaguement inquiet, ne s’arrêtant pas toutefois de marcher en direction du château. C’était sa propre voix passée qui sanglotait à ses oreilles, entrecoupée de souffles coincés dans une gorge serrée par la douleur. En son souvenir, la souffrance avait été telle qu’il en fut incapable de pleurer tout du long, comme réduit au silence par un poids bien trop lourd à porter. Mais lorsque Jane était morte et qu’on l’avait obligé à quitter les lieux pour laisser place à sa famille, il était rentré dans leur maison vide. Il avait passé sur son visage ses deux mains chaudes, qui lui semblèrent alors plus douces que de coutume, à force d’avoir serré en leur sein celles de sa maigre Jane. Elles étaient imprégnées d’un parfum qui s’envolait quand il voulait le fixer sous ses narines, mais qui vibrait autour alentour, comme faisait l’arôme de certaines fleurs fragiles. A cet instant précis, il senti avec une clarté poignante que ces caresses finiraient tantôt par revêtir la froideur de la mort. Son passé rayonnait d’une blessante allégresse, alors que l’avenir ne lui réservait, semblait-il, plus rien. Il avait inspiré l’air en suffoquant, porté les mains à son visage et avait éclaté en sanglot, versant les larmes les plus brûlantes qu’il eut jamais versé. Il avait pleuré avec une violence telle qu’il avait dut s’assoir dans cette maison vide, qui écoutait en musicien l’écho de sa tristesse mal contenue, écrasant son cœur jusqu’à l’étouffement. Il avait cru un instant mourir du supplice, tandis que tout en lui éclatait et souffrait sans s’épuiser. Le souvenir de cet instant se mêla si bien au présent qu’Octave dut s’abstenir de respirer pour ne pas se retourner le cœur, tandis qu’une expression d’agonie bienheureuse monta de sa bouche détendue à ses yeux, dont l’éclat blanc et vert s’éteignit entre les paupières. C’était comme si elle venait de mourir une deuxième fois…

Lorsqu’il consentit enfin à respirer, ce fut de la buée qu’il exhala et, horrifié et dépassé par la saisissante clarté de son souvenir, il sentit une larme unique enfler dans son œil. Elle enfla et coula avec une lenteur exagérée sur sa peau frissonnante d’un froid glacé et la trace humide fut si chaud qu’il la vécut comme une brûlure. Octave s’arrêta, sortit sa baguette et la pointa dans le noir tout en essayant de se reprendre en main. Dans la foulée, il dégagea son bras de l’étreinte féminine, mais que pour mieux s’emparer de son petit poignet. Il savait ce qu’il avait à faire, mais son esprit avait perdu le contact avec la réalité à l’écho de ses propres sanglots, qui remontaient depuis des souvenirs qu’il était à peine parvenu à étouffer en cinq longues années. Octave finit par pointer sa baguette dans le ciel et appela un Lumos en son bout pour mieux guetter le relief du déraqueur qu’il attendait. La bête avançait lentement et encore cinquante bons mètres les séparaient. Le bibliothécaire pointa son arme devant soi et chercha dans les tréfonds de son âme soudain desséchée quelque chose capable de lui redonner la joie. « Je t’aime, je t’aime » entendit-il Cassidy exulter dans un coin de sa mémoire, mais son passé ne faisait que pleurer la mort d’une autre, la solitude et l’espoir à jamais disparu, si bien que même l’amour nouveau parut maudit et stérile. Lorsqu’il balbutia enfin un « Expectro Patronum », ce fut une brume opaque qui se matérialisa devant eux, faisant reculer de détraqueur le temps qu’Octave parvienne à contenir le sortilège. Restant néanmoins d’une lucide tranchante même dans le désespoir, il comprit bien vite son incapacité à former un gardien spirituel viable et plutôt que de se perde en tentatives infructueuses, en désespoir de cause, il prit un élan et balança la bouteille de whisky vide en direction de la créature putride. La simple curiosité l’obligea à regarder la scène une seconde de plus, tandis que la bouteille, au lieu de passer à travers les haillons du détraqueur comme à travers un fantôme, ricocha contre son épaule avec un bruit de verre qu’on cognerait contre du carrelage. Etonnement, le projectile arrêta la bête avec bien plus de succès que son sortilège et sans perdre davantage de temps, serrant le poignet de Heather, Octave entama sa remontée précipitée de la pente vers les portes du château en tirant l’étudiante sans ménagement derrière soi :

« Il va falloir courir très vite Miss Trown. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 24 Jan 2018 - 14:48

La brume qui s'était déposée sur son cerveau s'était à peine allégée, l'effet enivrant de l'alcool produisant toujours un effet aussi dévastateur sur la jeune fille : la métaphore de l'arbre n'était qu'un exemple parmi tant d'autres des répercussions que son état d'ivresse lui procurait depuis qu’elle avait englouti la majorité de la bouteille de whisky. Sa tête s'était alourdie, ses paupières papillonnant rapidement dans l'espoir de garder un focus quelconque sur les alentours, refusant de paraître faible en présence d'une personne tierce dont la présence lui avait été imposée. Mais faible, elle avait été, son visage laissant transparaître aussi clairement que de l'eau de roche les émotions bouillonnant à la surface, la révélation de l'état de sa mère raisonnant dans son esprit tel un disque rayé, répétant sans cesse le même refrain. Elle regrettait d’avoir été si franche, d’avoir révélé une partie des émotions qui la hantaient toujours malgré l’année séparant l’horrible événement à aujourd’hui. Cela n’était pas dans sa nature de s’ouvrir de la sorte et pourtant, cela avait semblé si naturel sur le moment, une réalisation qui s’envola rapidement, noyée par la réponse du bibliothécaire, attendant le bon moment pour réapparaître dans les souvenirs de la jeune fille.

- Je suis navré pour toi. Détrompe-toi cependant, ma mère se donne l’apparence des fréquentations qu’elle veut, et elle veut ce qui l’avantage.

La sincérité d’Octave déposa un léger sourire triste sur les lèvres de la brunette, car au final, il n’y avait rien d’autre à dire outre que les phrases coutumes, les banalités qu’on répétait par réflexe lorsque ce genre d’informations était annoncé. Au bout du compte, cela ne changeait rien à la situation et n'apaisait aucunement le coeur meurtri d’une personne ayant perdu un être cher. La vie était ce qu'elle était et la réalité demeurait qu’un décès ne serait jamais assouvi par des paroles, laissant un vide qui, malgré les années qui s’écoulaient, ne se comblait jamais réellement. Ce trou béant qui résidait maintenant en elle, elle devrait apprendre à coexister avec celui-ci, à continuer de vivre au lieu de simplement survivre et à avancer en dépit de la douleur sourde qui la frappait parfois au détour d’un souvenir, d’une chanson ou d’une odeur, le coeur n’oubliant jamais réellement. Un simple déclencheur était tout ce qui était nécessaire pour réveiller les émotions atténuées et ainsi revivre la détresse aussi douloureusement que si la personne chère s’était éteinte la vieille.

- Tu entends… ?

Interpellée par sa voix, Heather se tourna vers Octave, chassant les pensées qui avaient envahi son esprit, sa réponse mourant dans sa gorge à la vue qui s’offrait à elle. Sa présence semblait avoir été complètement oubliée par son compagnon, ce dernier paraissait obnubilé par quelque chose dont lui seul était le participant. La jeune Trown ne fit rien, n’osant s’interposer dans ce monde privé, refusant d’interrompre les pensées du bibliothécaire qui captaient l’attention de celui-ci avec tant de brio. Soudainement, un froid lui glaça le sang, s'immiscent entre les pans de son manteau pour se réfugier dans chacun des pores de sa peau, frigorifiant chaque parcelle de son corps, l’une après les autres, dans une succession lente et torturante. Un frisson glacial fit vibrer tout son être, grimpant le long de sa colonne vertébrale, des pattes imaginaires frôlant la peau de son dos en une torture illusoire, mais si réaliste. Un sentiment d’horreur naquit en elle, arrachant ses pensées de l’homme à qui elle s’accrochait, enivrant ses sens à une rapidité hallucinante et bien que la sensation était familière, un souvenir insaisissable flottant derrière ses yeux, elle n'arrivait pas à en définir la source. Un spasme anima la brunette, son cou se tordant légèrement sous l’effet qui se répandait elle, son visage de crispant de dégoût et de terreur tandis que son souffle se bloquait dans sa gorge. La brunette cligna à quelques reprises des yeux, regardant les alentours qui s’était assombris d’un oeil terrifié, les étoiles ayant perdus de leur lumière scintillante, tentant désespérément de découvrir la source de son effroi. Sa main fut arrachée du bras du bibliothécaire, celui-ci attrapant son poignet fermement, attirant l’attention de la brunette sur lui et malgré l'effroi grandissant, les yeux de la vipère s'attardèrent sur la perle unique qui avait tracé son chemin sur la joue masculine. Elle observa le visage affligé de l’homme, son esprit, malgré la terreur qui l’assaillait, se demandant ce qui avait pu causer autant de malheur chez ce dernier. Son coeur se serra, compatissant, car cette douleur aiguë qui contorsionnait un visage sous la souffrance, elle la connaissait. Elle approcha lentement sa main, voulant poser cette dernière sur celle de l’homme, signe de réconfort et imitation d’un moment déjà partagé, mais son geste fut interrompu, se limitant à un frôlement rapide de sa peau tandis que son compagnon d’infortune murmurait un lumos, révélant l’horrible bête qui flottait à quelques mètres d’eux. Son coeur s’accéléra dans sa poitrine, chaque battement résonnant dans ses oreilles jusqu’à ne plus rien entendre d’autre que son souffle agité et son coeur qui semblait vouloir s'extirper de son torse alors qu’elle arracha son regard du visage d’Octave pour observer le détraqueur révélé par la lumière bleutée. La bouche de la serpentard s’ouvrit légèrement, ses yeux s'écarquillant d’horreur tandis qu’elle observait la créature s’approcher doucereusement de ses prochaines victimes, les quelques résidus d’une joie éphémère s’envolant de son être. Elle pouvait presque voir l’excitation du détraqueur dans ses mouvements glauques tandis qu’il dépouillait le bonheur des deux individus ayant eu le malheur de croiser son chemin, sa respiration rauque s'approfondissant de plaisir, humectant les émanations de frayeur dégagées.

Alors qu’elle croyait que la situation ne pouvait s’empirer, un désespoir inimaginable s’étant emparé d’elle, le monde sembla s’arrêter. Des souvenirs qu’elle avait travaillé d’acharnement à oublier firent un retour destructeur, des éclipses s’enchaînant dans son esprit à un rythme fou laissant entrevoir de vagues réminiscences d’une enfance écorchée, des perles salées s’écoulant sur ses joues blanches. Elle se voyait à cinq ans, pleurant, les yeux levés vers son père, la main de celui-ci rencontrant la joue de l’enfant avec force, le verre qu’elle avait brisé par accident oublié quelques pas plus loin ; à sept ans, cachée sous son lit, les mains écrasées contre ses oreilles, essayant de toutes ses forces de bloquer les sanglots de sa mère et les hurlements de son père ; à neuf ans, ses petits poings serrant le matelas, ses cris étouffés par l’oreiller alors que sa mère tentait de panser les plaies qui couvraient son dos ; à seize ans, le visage crispé par la détresse, effondré contre le corps sans vie de sa mère. Le flot de souvenirs s’interrompit au moment où le bouclier blanc se dressa devant la créature des ténèbres, protégeant l’ombre d’un instant la brunette des effets du détraqueur. Par réflexe, elle sortit sa baguette à son tour, la levant devant elle d’un mouvement tremblant avant de la laisser tomber aussitôt à ses côtés, abandonnant l’idée aussi rapidement qu’elle avait surgi. Elle n’y arriverait pas, elle le savait. Elle n’avait jamais réussi à maîtriser ce sort, un souvenir heureux assez puissant pour conjurer l’animal protecteur lui manquait affreusement. Elle avait tout essayé par le passé : l’arrivée de la lettre de Poudlard lors de ses onze ans, les mots doux I know you are strong my beautiful one murmurés pas sa mère lorsqu’elle n’était qu’un enfant, le baiser partagé avec Léon, mais rien n’y faisait, le halo lumineux refusant d’émerger de sa baguette impuissante. Le bout de bois semblait lourd dans sa main, faisant savoir sa présence, un sentiment honteux crépitant en elle à sa défaite assurée alors que le patronus s'effondrait et laissait la créature s’avancer de nouveau sur eux. Heather fut sortie de ses sinistres contemplations, tirée par le poignet par un bibliothécaire nerveux de quitter les lieux. La jeune Trown tourna un visage hanté vers celui-ci, ravalant la bile qui lui était montée à la gorge, suivant du mieux qu’elle pouvait le rythme effervescent des pas, perdant pied à quelques reprises. D’un mouvement hérétique, elle se tordit le cou, observant de nouveau la créature malfaisante qui flottait à quelques pieds du sol, s’approchant progressivement du duo.

- Il va falloir courir très vite Miss Trown.

Hochant frénétiquement de la tête, la serpentard s’élançant vers l’avant, tentant de suivre l’avancée rapide de son compagnon, son poignet toujours capturé par la main de ce dernier, guidée pleinement pas ce touché les réunissant. Plus rien n’existait autour d’eux, la nature s’était assourdie, perdant les sons irréguliers des animaux nocturnes et des feuilles se froissant au gré du vent. Elle n’entendait que son coeur battant en chamaille, un raisonnement lourd dans ses oreilles, et le bruit de leurs pas effrénés contre le chemin de pierre menant au château. Son souffle irrégulier parsemait le chemin de nuages de buée, représentation imaginée de la fraîcheur que la bête avait déposée sur eux dès son arrivée et qui ne les avait pas quittés depuis, poursuivie par la créature désireuse d'assoiffer son odieuse pulsion. Le château s’approchait rapidement, les lumières entourant la porte principale brillant de mille feux dans la noirceur intensifiée. La serpentard s’accrocha à cette espérance, la perspective de finalement retrouver une sécurité bien que temporaire brûlant ses entrailles, sachant très bien ce qui les attendait s’ils échouaient dans leur dérobade. Mais le vent tourna, arrachant avec lui l’espoir que la vipère avait osé nourrir. La scène sembla se dérouler au ralenti : son pied s’heurta à une pierre et elle s’arrêta, son genou atterrissant douloureusement au sol. Le choc contre la pierre fut plus douloureux qu’elle l’aurait cru, un gémissement s’échappant de ses lèvres entrouvertes alors que ses yeux s’écarquillaient sous la panique. Agitée, la couleuvre se releva du sol, chancelante sur ses jambes minces. Son regard effrayé se posa sur Octave, silencieusement implorant pour son aide, tandis qu’elle enroulait doucement son bras autour de la taille de l’homme, prenant appui sur ce dernier, désespérée. La main féminine enserra le tissu du manteau, les jointures blanchissant sous la force de ses doigts, refusant de lâcher prise aussi près du but. Puisant sa force de son compagnon, la brunette suivit le rythme imposé, suppliant elle ne savait qui qu’ils arrivent en sûreté. Le tissu déchiré couvrant la créature claquait au vent, sa respiration âpre s’intensifiant, prédisant une mort horrible aux deux malheureux où leur corps sans âme serait abandonné sur terre, condamnée à errer à tout jamais. Avalant de travers à cette éventualité, Heather ferma les yeux, s’abandonnant à la cadence d’Octave, espérant.

Puis, la porte se referma derrière eux, la chaleur du château enlaçant sa peau, apaisant ses sens tourmentés d’un sentiment familier réconfortant. La serpentard papillonna des paupières, s’adaptant à la soudaine luminosité, des respirations fébriles s'échappant de ses lèvres fines en une tentative désespérée de calmer son coeur angoissé et d’arrêter le tournis qui l'assaillait. Lentement, elle passa une main sur son visage, frottant ses yeux endoloris, effaçant la trace imaginaire que les larmes avaient déposée sur ses joues. Elle délia légèrement ses doigts raidis d’atours du tissu, consciente que son bras enlaçait toujours le corps du bibliothécaire, mais manquant la vigueur de le retirer, une partie de son corps reposant encore sur le sien. Elle était épuisée, mentalement perturbée, mais contrairement à l’habitude, la proximité ne la dérangeait guère, offrant au contraire un semblant de réconfort auquel elle refusait de renoncer. Les souvenirs avaient laissé un arrière-goût amer, réminiscences douloureuses de son passé et la seule chose qui lui permettait encore de s’accrocher à la réalité était la présence d’une autre personne à ses côtés. D’un mouvement lent, elle leva les yeux vers le visage de l’homme, observant ses traits tirés. Doucement, les lèvres de la jeune fille s’étirèrent, offrant un petit sourire navré, mais d’une sincérité qu’elle ne révélait normalement qu’à quelques élus. Ils s’en étaient sortis et quelque chose avait changé, l’adversité les unissant dans cette épreuve terrifiante et révélatrice, les murs tombant et laissant apercevoir ces réactions sincères qui définissaient chacun d’entre eux. Elle s'apprêtait à murmurer un remerciement lorsqu’un mouvement attira son attention, ses yeux rougis se posant sur Léon qui se tenait à quelques mètres d’eux. Saisie, elle retira lentement son bras de la taille d’Octave, le laissant retomber à ses côtés lourdement, vacillant légèrement sur ses pieds. La jeune fille resta muette, perdant lentement son sourire, son regard hésitant plongeant dans les yeux gris qu’elle connaissait par coeur, car bien qu’elle était heureuse de le voir, contrairement à l’habitude, aucun sourire n’ornait le visage du jeune homme.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Serpentard7ème annéePréfet
    Serpentard
    7ème année
    Préfet
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 80

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 25 Jan 2018 - 1:06



Léon se laissa lourdement tomber sur le canapé de la salle commune, s'affalant presque de tout son long avec la grâce légendaire que seuls les adolescents connaissaient. Il porta une main à sa bouche pour bailler dans un geste théâtrale avant de papillonner légèrement des yeux. Il avait passé sa fin d'après-midi dans une classe vide, plongé devant un grimoire poussiéreux tâchant tant bien que mal de terminer son devoir d'art de la magie noire. Malgré le profond dégoût qu'il éprouvait pour cette matière, il se devait d'éviter d'obtenir des notes pénalisantes pour ses A.S.P.I.C. Surtout qu'il n'escomptait pas réussir dans le côté pratique de l'épreuve. Et surtout vu la peur - et il n'éprouvait presque plus de honte à l'affirmer - qu'il ressentait pour l'enseignant. Comme toujours lorsqu'il pensait à la fratrie Carrow, les cicatrices de son dos se manifestèrent et une petite grimace traversa son visage. Il pencha la tête en arrière, reposant sa nuque contre l'appuie-tête du sofa et se demandant s'il allait trouver la force de remonter une à une les marches pour rejoindre son dortoir. Il se serait bien endormi là, le crépitement du feu dans l'âtre crevant doucement le silence de la salle commune et le berçant. Mais ça, c'était sans compter Charles - qui d'autre ! - qui prit place à côté de lui.

__ Alors, cette beuverie ? Tu l'as laissée soûle dans un coin ? Et moi qui croyais que t'étais assez gentleman pour la ramener au moins jusqu'ici ... râla-t-il en soupirant si fort que Léon aurait pu croire qu'un courant d'air traversait la pièce.
__ Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, grinça Léon en piquant la barre chocolatée que Charles venait de sortir de son emballage. Mais comment tu fais pour obtenir ces trucs moldus ? Il la porta à son nez avant de croquer dedans. Mais c'est que c'est bon en plus !
__ J'ai mes contacts, rétorqua-t-il avec autant de sérieux qu'un journaliste peu désireux de dévoiler ses sources. Tu n'étais pas avec Heather ? demanda-t-il, plus sérieusement cette fois-ci.

A la mention du prénom de la jeune femme l'adolescent releva la tête, fixant son meilleur ami avec circonspection. Non, il n'avait pas passé la soirée avec la verte-et-argent. Pourquoi donc aurait-il dû ?

__ Non ... répondit-il en laissant traîner le mot, avant d'ajouter, pourquoi ?
__ Pour rien. Tu révisais avec Peters ?
Léon pointa un index menaçant vers Charles.
__ Ne réponds pas à mes questions par les tiennes, s'offusqua t'il gentiment.
Son ami le gratifia d'un sourire moqueur.
__ Pas ma faute si t'étais pas avec l'une et que l'autre ne te trouvant pas a décidé d'aller s'hydrater avec la bouteille qu'elle cachait au fond de sa valise, répondit son ami en feignant l'innocence.

Cette fois parfaitement alerte, Léon se redressa et attrapa le poignet de son camarade, le lui tordant dans un position peu agréable afin de regarder les aiguilles de la montre hors de prix qui ornait son poignet. Et m**** ! Le couvre feu ! Mais dans quel pétrin était-elle encore allait se fourrer Heather ! Grommelant qu'il finirait par l'attacher dans un coin histoire de s'assurer qu'elle allait bien, il se mit debout, prenant la direction de la sortie. Mais oui tiens, quelle merveilleuse idée que d'aller se bourrer la gueule dans une école pleine de mangemorts et de Préfets prêt à tout pour s'attirer les bonnes attentions de l'équipe enseignante ! Et bien sûr, Charles l'avait laissée partir seule.

__ Pour ma défense, elle te cherchait, lui lança l'imbécile, quelques instants avant qu'il ne franchisse la porte de leur salle commune. Je pensais qu'elle t'avait trouvé !

L'adolescent s'enfonça dans les couloirs déjà noirs, les paroles de Charles résonnant d'une manière fort désagréable dans son esprit. Pourquoi n'avait-elle pas poursuivie sa recherche, elle aurait bien fini par le trouver ?! Parce qu'elle pensait que t'étais bien occupé ailleurs ... lui souffla une petite voix. Ou avec quelqu'un d'autre. Un sentiment de culpabilité l'envahit tandis qu'il rejoignait le hall d'entrée, rasant les murs et espérant avoir assez de chance pour ne croiser personne. Dans quel endroit avait-elle pu se rendre ? Il s'autorisa une pause devant les escaliers, se tâtant à les emprunter pour aller fouiller quelques classes vides avant de s'arrêter, le pied posé sur la première marche. Non. Il se tourna vers les grandes portes, se demandant jusqu'où son envie de descendre la bouteille qu'elle avait piqué à Jack l'avait conduite. Et mince, il aurait du prendre sa cape. Il soupira avant de se diriger vers les grandes portes, se voyant déjà traverser à grandes enjambées le parc pour aller rejoindre les berges du lac. Par ce temps là, heureusement qu'elle avait de l'alcool pour se réchauffer. Et heureusement qu'elle faisait un poids plume parce qu'il se voyait également devoir la porter jusqu'à la salle commune. Et bien sûr, elle avait choisi un froid mois de Novembre. Quelle tête de linotte. Mais au fond de lui, Léon se savait plus inquiet des raisons l'ayant poussée à vouloir noyer sa peine au fond d'une bouteille que de devoir aller ramasser ce qui restait d'elle. Ils s'étaient vus longuement dans la salle commune il y avait à peine deux jours de ça et il ne lui avait pas parlé de quoi que ce soit. Pourquoi tant de distance ? Que ne voulait-elle pas lui dire, qu'est ce qui allait si mal pour que ...

Les grandes portes s'ouvrirent avec fracas, recrachant deux individus qu'il reconnu avec un étonnement non feint. D'autant plus lorsque la petite silhouette adressa à l'autre un sourire dont il n'avait jusqu'alors été que l'unique bénéficiaire.

Son regard stupéfait se posa sur son amie, d'abord soulagé de la voir en un seul morceau. Ses yeux anthracites glissèrent sur elle, s'arrêtant d'abord sur les joues rosies par le froid et l'alcool. Bien vite - trop vite, il dévia vers sa main se raccrochant au corps d'un autre. Quelque chose sembla se briser tandis qu'il remontait lentement sur le visage du bibliothécaire. Octave Holbrey. Ou bien devait-il continuer à l'appeler Jalender ? Ses traits se durcirent tandis qu'il s'autorisait quelques secondes pour essayer de comprendre ce que sa meilleure amie faisait suspendue de telle sorte à son fameux inconnu aux yeux verts. Qui ne l'était plus vraiment depuis qu'il l'avait revu se pavanant dans la bibliothèque qui était habituellement son refuge. Bien sûr. Toujours là où on ne l'attendait pas, n'est-ce pas ? S'il n'avait pas été surpris - Jalender n'avait-il pas insisté lourdement sur le fait qu'il se reverrait- il ne s'était pas montré enchanté non plus. Pas étonnant, si l'on considérait la manière dont ils s'étaient quittés lors de cette nuit d'Août.

FLASHBACK

__  Touche pas, ce truc est maudit, le prévînt Jalender, s'appliquant à ne saisir l'objet qu'après avoir interposée entre le cachet impérial et sa peau une fine serviette blanche.

L'adolescent le laissa faire, balançant ensuite avec négligence le panier emplis de savonnettes, ces dernières s'éparpillant par terre. Malgré le sol à présent semé d'embûche et non sans un regard vers la porte, Elène s'élança dans un dernier sursaut d'espoir avant de s'acharner face à la serrure. Une satisfaction intérieure le gagna tandis qu'il sortait de la poche arrière de son jean la clé qui aurait pu permettre à sa voisine de prouver à tous qu'il était possible de courir sur le bitume ainsi perchées à plus de vingt-centimètres du sol. Il ricana doucement en l'agitant devant la mine pantoise de leur hôte féminin, non sans lancer un coup d'oeil vers son acolyte d'un soir qui semblait prendre, comme lui, un malin plaisir à la regarder se casser ses ongles vernis sur une poignée qui semblait totalement hermétique à ses charmes. Pauvre Elène. Pauvre femme. Pauvre issue. Si elle avait réussi à garder un semblant de contenance jusqu'ici, perdre son unique monnaie d'échange l'avait réduite à la conclusion simple que cette fois ci, elle allait devoir payer pour ses actes. Dans un coin de la pièce, Léon regarda l'homme rattraper l'épave de désespoir en laquelle s'était transformée la jolie blonde. Une petite partie de lui s'étonna de ne ressentir aucune compassion pour elle.

__ Tu vois, je ne fais rien aux gamins qui ne me plantent pas des couteaux dans le dos. J’espère que tu te sens sale. Sale et pathétique. Ca fait quoi de se savoir encore plus dévalorisée et insignifiante qu’un pin's vendu en caisse ? Murmurait l'homme à Elène, chacune de ses paroles atteignant sans aucun doute sa cible. Ce doit être dur d’être ce que tu es… dire qu’un jour un organisme s’est extirpé du magma originel pour aboutir à l’échec existentiel que tu es. S’en est conceptuellement horrifiant.

A l'opposé de la pièce, Léon frissonna malgré lui. Il y avait tant de promesses de vengeances dans les paroles de Jalender que l'adolescent se sentit tout d'un coup dépassé par quelque chose de bien plus grand que lui. Il accrocha furtivement le regard désespéré de sa voisine, conscient qu'à présent il ne pourrait absolument plus rien faire pour l'aider. Pire que cela, il venait de commanditer un châtiment pour elle. Il s'exhorta au calme, parce qu'encore une fois il valait mieux Elène que lui. Autre chose se réveilla, peut-être la peur de ressentir de la satisfaction envers le sort qui lui était réservé. Etait-il satisfait de cette tournure d'évènements ? Avait-il, ce soir là, franchit un cap en participant pour la première fois à un acte illégal ? Il se renfrogna quelque peu, conscient désormais qu'il était impossible de faire machine arrière à présent. Il fut tenter de fermer les yeux aux suppliques qui crevèrent le silence. « Jal, je ferai tout... tout… ». Mais les garda pourtant bien ouverts, désireux de marquer cet instant dans sa mémoire. Il était responsable des évènements qui ne manqueraient pas de découler de sa demande.

__ Je sais, répondit l'homme.

Plat. Laconique. Avec la douceur de celui qui connait l'issue promise à sa proie. Et la sait définitive. Léon quitta des yeux la petite forme désespérée et à présent ratatinée qu'était sa voisine pour plonger dans ceux de jade de son interlocuteur. Curieusement, soutenir ce regard glacial lui fut beaucoup plus difficile que celui d'Elène, malgré la pointe de culpabilité qu'il sentait grandir en lui. Il allait la tuer. La vérité sembla grandir au fur et à mesure qu'il regardait Jalender. Allait-il être complice également d'un meurtre, ce soir ? Incapable de soutenir plus longtemps ces iris verts dont il ne manquerait pas de faire des cauchemars, il baissa les yeux, mettant un point d'honneur à fixer le sol. Il ne voulait pas regarder. Comme si cela changerait vraiment quoi que ce soit. Comme si détourner les yeux allait l'excuser auprès de l'univers d'avoir participer à la mise à mort d'un autre être humain. Il serra les poings, conscient que sa bêtise et sa naïveté l'avaient conduit exactement là. Ici, dans cette pièce. A lui de tirer les leçons de cette soirée qu'il n'était pas prêt d'oublier.

__ Tu as mérité que j’exhausse ton souhait, Schepper. Mon sortilège fera sa besogne pour que l’avenir te soit tranquille. Crois-moi, elle t’oubliera.

Il était doué. A l'écouter, Léon avait l'impression que Jalender n'était que l'exécuteur et lui le commanditaire. Aurait-il laissé partir Elène si il le lui avait demandé ? Non. Le vert et argent ne savait pas grand chose de lui, mais il était convaincu que le sort d'Elène avait été scellé au moment même où l'impérium l'avait touché. Rien de ce qu'il n'aurait pu dire ou faire n'aurait changé la situation. Jalender avait des comptes à régler avec elle et Léon n'était qu'un pauvre parasite qu'il avait dû se traîner jusque là. Pourquoi l'impliquer t-il avec autant de minutie ? Tu as mérité. Tu es complice. Soit tranquille ? Bah tiens. Comme s'il allait pouvoir fermer les yeux de manière convenable, sachant qu'il allait participer à un homicide et que ce Jalender aurait toujours quelque chose contre lui. Crois-moi, elle t'oubliera. Etait-ce une mise en garde ? Une façon de lui dire :  Alors que moi, mon garçon, je ne suis pas prêt de t'oublier et de te laisser tranquille. Malgré l'envie de transplaner qui s'insinuait en lui avec de plus en plus de puissance, Léon maintînt les rangs, ne laissant rien transparaître du trouble et de la peur intérieure avec lesquels il était en prise. Il acquiesça, prenant pitié de nouveau pour la jolie blonde qui s'accrochait à présent de manière désespérée à Jalender. Ses petites mains soigneusement manucurées empoignaient sa chemise, cherchant à se raccrocher au tissu comme à l'espoir de se voir épargée. Il avait presque envie de vomir, à présent, son esprit lui faisant imaginer les mains frêles et livides reposant dans une tombe fraichement creusée. Par Merlin, ce taré allait il lui demander de creuser une tombe ?

__ Mais, que lui alors, que lui, laisse-moi le reste… quémanda-t-elle, le désespoir dans sa voix ramenant Léon à la réalité.

Non. S'il fallait creuser une tombe, il transplanerait bien loin d'ici avant même d'avoir commencer à retourner la moindre motte de terre. Il ne fallait tout de même pas exagérer. Tu lis  beaucoup trop de mauvais polars, soupira-t-il intérieurement. Après tout, il dramatisait sûrement la situation. Ce Jalender allait travailler à Poudlard, peut être n'était-il pas non plus si cruel que cela si on le laissait en compagnie d'étudiants sans grande défense. Peut-être allait juste pointer sa baguette sur la blonde tout en lui ôtant quelques souvenirs. Oui, et puis vous irez tranquillement boire une bierre-au-beurre aux trois balais en rigolant sur cette pauvre Elène.

__ Tu sais Elène, je ne suis pas très doué avec ce genre de sortilèges, expliqua-t-il de sa voix détachée. Puis comme l’a dit ton protégé, peu importe le « peu de choses » qui te restent dans la tête. Et franchement, tu n’as pas été très coopérative, alors je n’ai pas envie de me fatiguer à faire preuve de dextérité. On sait tous les deux que les commanditaires aiment bien user de métaphores : je veux qu’elle m’oublie, faites-les disparaître, je veux qu’il ne m’importune plus, je ne veux plus la revoir… On sait comment ça marche.

Et alors, il n'avait rien dit. Il n'avait pas protesté en se faisant accuser d'avoir demander bien plus à Jalender que de lui effacer la mémoire. Il n'avait pas esquissé le moindre mouvement en le voyant raffermir sa prise autour de sa proie et disparaître, le laissant seul dans le salon décharné d'Elène. Il n'avait rien dit non plus lorsque sa mère lui avait demandé, au petit déjeuner du lendemain matin, ce qu'il avait fait de sa soirée. Rien dit non plus dans les lettres destinées à Charles. Et il n'en avait pas parlé. Pas même à Heather.

Il avait beaucoup trop honte de lui-même. Honte d'avoir participer à un meurtre.

FIN FLASHBACK

Heather le regardait avec cet air que prenaient les enfants pris en faute. Doucement, son bras retomba contre son corps, se détachant de Monsieur Holbrey. Léon se mordit la lèvre, continuant son inspection silencieuse. Elle était complètement décoiffée, sa chevelure brune habituellement soigneusement arrangée s'étalant en mèches ébouriffée sur ces épaules. Sa respiration semblait plus proche de l'essoufflement que de celle plus posée qu'elle aurait dû avoir s'ils s'étaient tous les deux contentés de marcher pour rejoindre le château. Il pencha légèrement la tête sur le côté, son regard glissant de nouveau sur elle. L'habitude de chercher la moindre blessure fut presque automatique et c'est sans grand effort qu'il constata ses vêtements teintés de terre et les traces de sang au niveau de son genou.  Au lieu de grimacer, son regard se durci encore plus tandis qu'il en arrivait à la conclusion que son amie était passablement échevelée. Echevelée, vacillante sur ses jambes et en bien mauvaise compagnie. Il esquissa un pas vers elle, réduisant quelque peu la distance entre eux deux sans la franchir complètement. La présence de l'autre l'empêchait de récupérer Heather pour l'entraîner dans leur salle commune en lui promettant de lui faire la morale sur ses fréquentations dès qu'elle serait de nouveau capable de tenir sur ses deux jambes. Au lieu de ça, il leva sa main, replaçant une mèche de cheveux lui barrant la joue, constatant par la même occasion les joues humides et les yeux rougis. Heather avait-elle pleuré ?

Ce simple détail fut suffisant pour se détacher d'elle son regard se posant cette fois ci sur le visage du bibliothécaire. Ces yeux verts. Ils lui glacèrent le sang immédiatement. Il se fit violence pour ne pas esquisser un geste  de recul. Jusqu'à aujourd’hui, il avait mis un point d'honneur à ne pas se retrouver à moins de quinze mètres de celui qu'il savait maintenant travaillé ici en tant que bibliothécaire. Il inspira profondément, ravalant sa bile avec difficulté envers cet homme qui l'avait rendu coupable d'un meurtre. Qu'avait-il bien pu faire subir à son amie ? Pourquoi donc se retrouvait-elle en larmes et en sang - oui, il dramatisait et alors ! - en sa compagnie ? Et pourquoi fallait-il que de toutes les personnes de ce château elle tombe sur lui ? Avait-elle une sorte d'aimant qu'elle portait bien collé sur son front pour s'attirer autant de malchance ? Mais qu'avait donc fait cette fille à l'univers pour qu'il s'acharne de cette façon sur ses maigres épaules ?  Une partie de lui - grande partie, cela dit - avait très envie de récupérer Heather au plus vite afin de mettre le plus de distance possible entre Holbrey et eux.

Sauf qu'il y avait eu ce sourire.

Pourquoi l'avait-elle regardé à lui de cette façon ? Confiance ? Mais enfin ... l'alcool n'excusait pas tout. Heather n'était pas réputée pour sa grande capacité à se lier avec des gens. Même avec une alcoolémie à vous bousiller le foie. Que s'était-il passé entre ces deux là pour qu'elle semble à ce point ... l'apprécier. Sérieusement Heather ? Pesta-t-il. Et pourquoi avoir choisi de se souler avec le bibliothécaire plutôt qu'avec lui ? Tu te fais des films, se morigéna-t-il intérieurement.  Il fallait qu'il la sorte de là. Elle n'était clairement pas en état pour subir sa mauvaise humeur de la voir avec ce type qu'il considérait comme dangereux. Et d'ailleurs n'était-ce pas sa faute ? S'il avait raconté sa mésaventure de cet été à Heather, elle n'aurait certainement pas passé un seul instant avec lui. Non, il avait du se passer quelque chose. Peut-être Holbrey avait-il trouvé l'étudiante ébréchée et l'avait ramenée au château. C'était peut-être l'explication logique, pas de quoi en faire tout un sortilège.

Sauf qu'il y avait eu ce sourire.

Léon sentait qu'il était dangereusement près de la jalousie à présent. Oui, il l'avait ramenée au château. Fin. Rien de plus, rien de moins. Alors pourquoi avait-elle pleurée ? Les effets de l'alcool, rien de plus. Et son essoufflement ? Peut-être avait-elle couru pour échapper à l'adulte et l'avait-il rattrapé ? Courir alors qu'elle vacillait sur ses jambes. Oui, bien sûr. Et sa petite main se raccrochant à la chemise de l'homme ? Et son bras à lui, la maintenant par la taille ?

Et puis ce p***** de sourire. Alors, de toutes les explications possibles et sûrement beaucoup plus plausibles s'offrant à lui, Léon choisit de prendre le raccourci afin de nourrir sa colère.

__ Enfin je te retrouve, murmura-t-il, les lèvres pincées par la colère. Il lui saisit le poignet, l'entrainant contre lui d'un geste sec afin de l'arracher à la poigne d'Holbrey. Je peux savoir au nom de quel grand cru tu pars te soûler seule dans le parc ? Sa voix claqua, acide.

Il la surplombait de deux bonnes têtes au moins. Remarquant de nouveau à quel point elle était petite à côté de lui, il lui attrapa le menton comme l'on attrape celui d'un enfant pris en flagrant délit. Il était en colère contre elle. N'avait-elle donc rien appris de la nuit de souffrance ? Il n'avait pas envie de lui dire cela ... mais côtoyer Jake n'avait-elle pas fait émerger en elle un quelquonque instinct de survie pour éviter les hommes dangereux ? Ne voyait-elle pas ce que lui entrevoyait dans les yeux verts ?

__ Heather ... reprit-il, toujours sans aucune douceur dans la voix. Il avait plongé ses yeux dans les siens. Est-ce que tu peux m'expliquer quelle connexion ne fonctionne pas entre les deux pauvres neurones qui se combattent dans ta cervelle pour en arriver à la conclusion que c'est une bonne idée ?

Jamais il ne lui avait parlé de la sorte, d'aussi loin qu'il se souvienne. Il releva la tête vers Holbrey, glissant une main autour de la taille d'Heather afin de la maintenir stable. Ou d'être possessif devant le bibliothécaire. Allez donc savoir. Qu'importe, il n'avait pas à s'expliquer de toute manière. Il refreina sa colère de nouveau, conscient qu'il ne pouvait pas être aussi désobligeant avec le bibliothécaire qu'il ne l'avait été avec Heather. Il ne connaissait pas Jalender. Enfin Holbrey. Quelque soit son nom d'espion. Il ne pouvait pas se permettre n'importe quoi, il voulait juste dégager de là et que ce type ne s'approche plus de son amie. C'était tout. On entendait dire dans les couloirs qu'il avait eu un malin plaisir à torturer des élèves dans sa bibliothèque. On entendait jaser de bien des manières sur Holbrey. Beaucoup de choses se disaient et finalement peu de véritables informations semblaient circuler. Alors dans le doute, il préférait continuer à mettre le plus de distances possible entre eux.

__ Bonsoir, siffla-t-il, désagréable malgré toute la bonne volonté qu'il avait tenté d'insuffler dans cette simple salutation. C'est gentil d'avoir ramené mon amie, mais je crois que l'on va réussir à se débrouiller sans vous désormais. Voilà, prend ça comme une invitation à allez te faire f*****, pensa-t-il intérieurement. Alors peu importe quelle savonette, guirlande enchantée ou quelquonque tenue "exotique"  vous essayez de retrouver cette fois,  ni Heather ni moi-même ne souhaitons vous aider.

Voilà, il avait d'autres questions l'antiquité ? Songea-t-il sans le quitter des yeux. La partie la plus impertinente de lui avait beau être satisfaite de sa réplique, celle beaucoup plus prudente étaient en train de s'affoler. Bon. Soit. Ce n'était peut-être pas l'idée du siècle, surtout si Heather possédait encore assez de matière grise non imbibée d'éthanol pour comprendre que lui et Holbrey semblaient avoir un passif. Certes. N'empêche que dans ce qui semblait ressembler de plus en plus à un combat de coq, il n'avait pas envie de courber l'échine aussi vite. Peu importait désormais qu'Holbrey et lui aient pris comme un accord tacite de ne rien révéler de ce qu'il s'était passé cet été. S'il fallait qu'il raconte à son ami qu'elle avait passé la soirée avec un assassin doublé d'un trafiquant d'art probablement Mangemort ... il le ferait. Mais d'abord ... la question qui l'avait occupé tout l'été et durant de nombreuses insomnies continua à tambouriner, essayant tant bien que mal de franchir ses lèvres closes. Mais la curiosité mêlée à ce désagréable sentiment de culpabilité lui donna raison.

__ Mais j'ai quand même une question, avant que nous partions, reprit-il, ses doigts raffermissant leur emprise sur la taille fine de la Serpentard d'une manière inconsciente mais lui rappelant néanmoins sa présence. Il ne pouvait pas dire n'importe quoi. Vous avez fait quoi ... du ... pin's ?

Il n'y avait qu'à espérer qu'Holbrey ait une assez bonne mémoire pour comprendre la question détournée. Cela avait parfois du bon, les mauvais polars policiers n'est-ce pas ? Bon sang, mais tu es ridicule, songea-t-il amèrement.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 26 Jan 2018 - 15:16

Il avait laissé monter les larmes finalement, non sans éprouver ce léger plaisir que l’on ressentait à s’abandonner à cette pression tiède, mais l’impression de soulagement fut de courte durée, car dès qu’il les avait laissées couler, elles se firent si abondantes, si atrocement brûlantes, que sa vue s’en trouva brouillée et sa respiration altérée. Heureusement, Heather était derrière, peinant à le suivre sur les deux spaghettis qui lui servaient de jambes et ne voyait rien de son relâchement. Toute l’énergie de son cœur, aux battements effrénés, allait à leur fuite et haletait son souffle, pourtant si régulier dans la course. Tu as des poumons de guépard, des poumons de montgolfière, lui avait jadis confié un vigoureuse et belle athlète, ce qui rendait son essoufflement douloureux inhabituel et Octave s’étouffait entre l’oppression explosive de de son cœur et la suffocation que cela amorçait sur son souffle. Il suffoquait et n’en avait pas l’habitude, cheminant à travers les spasmes de brouillard dans le parc entourant le château, des fourrées sauvages où la rosée perlait déjà. Il tenta de s’éclaircir la gorge, ce qui n’eut pour effet que de provoquer un nouveau sanglot, faisant cruellement écho à ceux vibrant dans ses oreilles depuis un lointain passé. Il regrettait maintenant d’avoir cédé à la tentation, car il ne parvenait plus à se ressaisir dans le rythme saccadé de leur fuite et la part sensible de son être était maintenant trempée jusqu’à l’os. Il voulut arrêter le cours de ses larmes et mordit sa main libre, celle qui ne tirait pas Heather, jusqu’à ce qu’il y parût en pourpre le demi-cercle de ses dents pointues. Il savait qu’ils se rapprochaient trop vite des portes salvatrices pour qu’il parvienne à rebâtir les consistants murs de son indifférence, mais la vague froide du désespoir s’avançait tout aussi vite dans son dos et des frissons n’avaient eu de cesse à parcourir son dos et sa nuque. A côté, Heather souffrait et soufflait encore plus que lui, troublée par les affres de l’alcool et de ses tourmentes, sans l’entendre probablement, car sa tristesse demeurait sourde, coincée dans sa gorge. Son autre moi, celui encore assis dans l’appartement vide, fut si secoué que la nausée monta à son cœur et il se renversa à quatre pattes, crispé et le dos arrondi en attendant la purge qui ne tarissait pourtant pas ses excès de larmes et le sentiment qu’à l’intérieur de lui, quelque chose pourrissait. L’Octave présent se mordit les lèvres, maudissant la créature putride qui les poursuivait, sa propre faiblesse et puis Jane. « Elle est morte et immobile… mais qu’elle me rende, à moi, le cours du temps, la hâte, l’impatience, la curiosité… Ce n’est pas juste… Ce n’est pas juste… je lui en veux ! »

Traitresse, la main qu’il retenait captive dans son dos le ralentit d’un coup sec et l’obligea à se retourner. Octave ne regarda pas l’étudiante, aux yeux de laquelle il gardait son visage soigneusement interdit, espérant seulement que les larmes qui roulaient ne laissaient pas de sillon, n’étincelaient pas comme des étoiles dans le noir, ne faisaient pas le bruit d’écroulement qu’il entendait en soi. Il savait que cette douleur n’avait aucun sens, ou seulement celui que voulait bien lui prêter le détraqueur, qu’il regarda d’ailleurs dans ce qu’il imaginait être les cavités vides de ses yeux. Il jaugea la distance, attribua à sa petitesse tous ses malheurs et, attrapant l’étudiante échouée, il reprit le mouvement que leur imposait la peur de la mort. Elle le tenait par la taille, avortant net ses sanglots qu’il craignait soulever un peu trop son torse ou rompre la cage thoracique au point qu’elle sente sous son bras la fracture et ne le regarde. Le regrettait et la crainte de se faire surprendre le muselèrent plus efficacement qu’une quelconque consolation et au moment où ils arrivèrent aux portes, Octave avait déjà essuyé avec la manche de son manteau les traces de son crime. Mais davantage que cela, le poids qu’elle lui imposait de son corps le condamna au silence, tandis qu’il se devait de compenser les faiblesses de la jeune femme en retranchant les siennes, émotionnelles. L’abattement d’Heather lui redonna de la force pour mieux rejoindre le présent, abandonnant le passé que lui imposait le détraqueur. Cet interlude, cette chute, avait détourné le torrent : il ruisselait maintenant invisible derrière un mur d’obscurité. Il ne voulait pas qu’elle flanche aussi, qu’elle sente que si elle s’écroulait, ils risquaient de s’écrouler tous les deux. Malgré le poids d’Heather et sa propre tristesse étouffante, il maintint leur course sans fléchir ni ménager leurs efforts, la bouche résolument close et silencieux même dans son souffle redevenu régulier.

Prenant de l’élan, il défonça la porte d’un grand coup de jambe pour ne pas perde la vitesse accumulée, s’engouffrant dans la chaleur de l’abri sans en ressentir encore la félicité. Vif, il se retourna pour fermer les grands battants en bois, assurant leur sécurité une bonne fois pour toutes. Le froid cristallisant piqua encore un peu sa peau nue, brûlant ses narines qui exhalaient une buée dense. De tout son être, il ressentait la brûlure glacée que les détraqueurs avaient inscrits dans sa chair. Octave s’adossa à la porte, ne trouvant plus la force de tenir correctement debout alors qu’un tressaillement à peine visible le gagnait, tendant ses muscles jusqu’à la crampe. Mais Heather était encore sous son bras, en oiseau s’abritant du froid, enlaçant sa taille le temps de retrouver son propre équilibre, tout comme ses esprits. La chaleur qu’elle dégageait dissipa le malaise, le rassurant par l’adage de la présence. Il la sentit se remettre en ordre et demeura immobile, contemplant l’agréable demi-obscurité de l’office, qui lançait des ombres orangées sur les murs. Ils étaient tous deux blessés, vides d’argumentes et sensibles comme si leur peau était à vif. Il sentait sa faiblesse, son manque de forces et savouraient le poids, le contact réconfortant d’un corps étranger qui souffrait du même mal. Octave osa un regard et constata qu’elle avait l’air aussi vulnérable qu’il se sentait et se calma un peu de les savoir tous deux à bout. Il souffla pour chasser un soupir si empli d’émotion qu’il aurait fait trembler sa voix. Il refusa néanmoins de s’alourdir, de paraître désespéré, alors que tout son corps ne demandait que la grâce, car Heather était là, comptant inconsciemment sur lui pour la retenir de tomber plus bas encore. Elle était soûle, fragile et douloureusement désabusée par l’épreuve. Il lui fallait encore la force de la raccompagner, de la faire boire, prendre une potion contre les mauvais effets, une autre pour un bon sommeil… Elle le regarda et lui adressa ce sourire qui était suffisamment épuisé pour être d’une honnêteté désarmante. La joie béate de savoir l’horreur derrière, complice d’un sentiment qu’ils partageaient tous deux. Octave la regarda longuement sans être vraiment capable de rendre la faveur. Mais ses yeux éclatants, cernés d’un rose meurtri, les paupières satinées d’un reflet couleur clair de lune qu’on ne voyait qu’aux paupières de gens contraints de souffrir en secret, reflétaient la tranquillité d’une compassion consolatrice. L’instant les rendait complices de leurs blessures semblables, et ils échangèrent l’un de ces longs regards qui ne nécessitait aucune parole tant il fut empli de compréhension muette.

Mais conscients d’une intimité trop singulière et personnelle, la surprise d’un spectateur les détacha. Et tandis qu’Heather abandonnait sa taille élancée, Octave laissa glisser le bras qu’il avait inconsciemment passé dans l’étreinte protectrice contre les épaules de la jeune femme. L’espace d’un instant, sous le regard insistant d’un élève pas si inconnu, sans savoir pourquoi, le bibliothécaire éprouva la honte. Peut-être que la culpabilité d’une telle proximité résidait effectivement quelque part, au sein d’un sentiment subliminal encore inspiré par les remontrances de sa mère. Mais il se reprit, se redressa et jeta l’un de ces regards les plus inaccessibles à l’intrus. Schepper les inspectait avec cet air vaguement hébété, comme s’il fut éveillé d’un sommeil trop profond pour l’heure, sondant maladroitement des indices de leur faute avec des yeux hagards. Ainsi que tout homme cherchant l’erreur, il trouva de quoi contenter sa contrariété, faisant gagner en glace son regard toujours plus accusateur. Octave ne savait encore si le jeune homme était guidé par le désir de l’inculper davantage encore, mais son visage exprimait la révulsion à chaque détail qu’il dénichait. Etat de fait compréhensible, qu’Octave ne blâma pas en l’honneur de leur passif, jusqu’à ce que l’imagination, si bien exaltée par l’aversion, ne fasse son chemin jusqu’à sa bouche, contrecarrant toute forme de délicatesse convenue.

__ Enfin je te retrouve, Je peux savoir au nom de quel grand cru tu pars te soûler seule dans le parc ?

Sa patience s’était tenue prête à tolérer toute crise de nerfs, sauf cette possessivité d’enfant gâté dont Schepper fit preuve en volant son amie par le poignet, ainsi qu’on le faisait avec les enfants peu obéissants. Les yeux du bibliothécaire se plissèrent légèrement, supportant bien mal la sollicitude qui semblait n’être motivée que par la possessivité. Il y avait quelque chose de particulièrement spectaculaire dans ses gestes brutaux et le ton captatif de sa voix, qui vibrait d’une colère n’ayant rien de la prévenance. Octave demeura immobile et prudent, spectateur flegmatique de leur discorde, dont il était partiellement la cause, tandis que l’étudiante se débâtit faiblement de la pince qui coinça son menton. Puis vint l’insulte, qui refroidit définitivement le bibliothécaire, le privant de toute compassion à l’égard du sentimentalisme impétueux du jeune homme. S’était-il donc imaginé que parce qu’il l’avait déjà vu faire preuve de brutalité envers une femme, Octave cautionnerait celle que l’on faisait envers des amis ? Celle qui était gratuite et lâche, car protégée par la confiance d’une petite femme soûle et fragile, n’ayant au quotidien peut-être pas d’autre bras auquel s’accrocher à part celui de ce terrible enfant à visage d’homme.

Pourtant, il n’intervint pas, ne se faisant pas plus hostile, se contentant de toiser l’explosion de ce qu’il identifiait de plus en plus comme de la jalousie. Ses yeux brillaient d’un feu froid, seule marque vivante sur son visage et son corps qui n’exprimaient strictement rien dans leur attitude, par souci de ne pas envenimer la situation avec une trop visible hostilité. Au contraire, il avait presque l’air poliment intéressé par cette rudesse expéditive qui brûlait les relais pittoresques et flatteurs de toute amitié. Car Léon la châtiait pour sa conduite sans aucune considération à l’égard de la présence d’un adulte dans les parages, comme s’il était le seul moralement et éthiquement compétent à mesurer l’inconvenance de cette situation. Là encore, rien de surprenant et Octave ne le prit pour soi que dans la mesure où les craintes de Schepper étaient partiellement assurées. Partiellement, car du reste il semblait oublier avoir affaire un quelqu’un de hiérarchiquement supérieur à sa condition, fondamentalement parlant.

__ Bonsoir. C'est gentil d'avoir ramené mon amie, mais je crois que l'on va réussir à se débrouiller sans vous désormais. Alors peu importe quelle savonnette, guirlande enchantée ou quelconque tenue "exotique" vous essayez de retrouver cette fois, ni Heather ni moi-même ne souhaitons vous aider.

« Salut, Schepper. »

Enfin, l’homme enfant lui prêta attention, et ce de la façon la moins discrète et engageante dont il fut capable. S’il cherchait à éviter les questions gênantes en gardant leur passif secret, vu les insinuations aussi visibles que le soleil au milieu du ciel qu’il avait graveleusement glissé, c’était raté. Schepper se maîtrisait si mal dans son agressivité, qu’Octave voulût presque en rire, sans parler de cette main qu’il glissa contre la taille féminine, mimique miroir pour montrer qu’ils avaient bénéficié de droits identiques sur cette femme. Le bibliothécaire se borna à le considérer avec une patience infinie, comme l’on considère un élément qui n’a aucun secret pour nous. Si certains détails lui échappaient, le tableau global qu’était le comportement primitif de Schepper ne représentait pas vraiment de mystère. La férocité enfantine était même très claire, ce pourquoi il se contenta d’y rester neutre autant qu’il le put, sans intervenir.

__ Mais j'ai quand même une question, avant que nous partions… Vous avez fait quoi ... du ... pin's

S’il s’y attendait à celle-là ! La stupeur, tandis que Schepper l’interrogea sans ménagement avec un sous-entendu plus qu’évocateur, et donc si peu subtil encore, maintint haut au-dessus de ses yeux les arcs de ses longs sourcils. Puis, la tension quitta son regard, relevant son menton et détendant ses épaules. Ses yeux se perdirent dans le vague un instant, mimant théâtralement la recherche.

« Le pin’s… Oh oui, Le Pin’s ! Le Pin’s qu’on connaissait tous les deux. Le Pin’s qui devait t’oublier. Le Pin’s que j’ai pris avec moi parce que tu me l’as demandé. Ce Pin’s-là ? » Peu importait qu’il dénaturât la moitié de l’histoire, qu’il arrangeât les angles comme bon lui semblait, où qu’il omit de dissiper le brouillard… l’ironie suintait de ses paroles comme le suc d’un fruit trop mur. Celui-là, vu son arrogance, il n’allait pas l’épargner ni lui faciliter la tâche ne serait-ce qu’un peu. Au fond, peu lui importait que Schepper finisse par se défaire de sa culpabilité, privant ainsi Octave du pouvoir qu’il avait pour lui -il en trouverait un autre dans la foulée de toute façon…- mais il comptait bien en profiter en attendant. Pitié, sto plaît, dis-moi pas que j’ai participé à ça, que c’est pas si grave, que j’vais pas aller en taule ! Nay, no mercy for slaves like you. Octave domina l’étudiant, si ce n’est par la taille, au moins par l’attitude, le contemplant entre compassion et perversion. « Il est au fond d’un trou ton Pin’s. Si tu t’inquiètes tant, je peux le déposer à ta porte pour que tu t’en occupes. »

Ah, les beautés de la métaphore ! Sa voix était froide de moquerie, pleine de condescendance. Octave jubilait. S’il s’inquiétait d’un meurtre, il n’avait rien à savoir de plus. Déjà, parce que Elène n’était pas morte ; mais que ferait-on sans la culpabilité du présumé complice ? Pas grand-chose, moi je vous le dis. Il appréciait franchement cette tendresse d’âme qui rendait Schepper si efficacement inquiet du destin de sa voisine, mais Octave était intransigeant avec les lâches et ceux qui se décidaient qu’en fonction des circonstances. Puis, en tant que témoin, moins il en savait, mieux tout le monde s’en portait. Meurtre il n’y avait pas eu et si l’adolescent s’aventurait un jour à l’accuser, il se discréditerait instantanément lorsqu’on retrouverait Elène dans un sombre hôpital psychiatrique, bien en vie, mais sans souvenirs. Si tant est que ce petit morceau de Schepper, qui transpirait de Scheppeur, en avait le courage un jour. Se redressant légèrement à la suite, Octave décida qu’il était temps de replacer le contexte pour rappeler doucement à l’adolescent qu’ils n’étaient plus en été, mais surtout qu’il n’était pas dans ses bons droits lorsqu’il meurtrissait son… amoureuse par jalousie plus que par inquiétude. Car fondamentalement, s’il y avait une valeur sur en cette heure passée le couvre-feu qui pouvait tous les protéger, c’était Octave. Son ton devint définitivement froid ; ni dur, ni sec, juste foncièrement et horriblement calme.

« En parlant de connexions Schepper : insulter, réprimander et violenter une amie soûle n’est pas une très grande preuve de compétence, qu’en dis-tu ? Dans ton état, je n’ai pas l’impression que tu sois apte à prendre les bonnes décisions plus que Heather. Puis, on sait tous les deux que tu n’es pas quelqu’un de très fiable. »

Il donna le coup bas sans sourciller, avec l’honneur qu’on prête aux choses que l’on sait vraies. Peu importait que Schepper était le meilleur ami du monde en temps normal, ce soir, ce n’était pas une personne en qui il avait confiance pour prendre soin de quelqu’un dans l’état d’Heather. Non pas qu’il puisse s’agir de forces nécessaires à l’allonger convenablement au lit, ou à lui faire prendre des potions pour son futur mal de tête… Non, il savait que la jeune femme allait avoir besoin d’une délicatesse confiante, attentive et patiente pour guérir la blessure que laissait parfois l’alcool et toujours les déteraqueurs. Mais Schepper n’avait manifestement à lui offrir que sa rancœur, sa cruauté et la tyrannie d’un cœur avec si peu de confiance en soi qu’il se devait d’agresser pour contrôler. Octave tourna la tête vers Heather et son visage changea d’un seul coup, perdant de son flegme pour s’adoucir sans aucun effort, naturellement. Il eut pour elle ce regard singulier empli de bienveillance et de prévenance, comme l’on a l’égard d’une souffrance que l’on comprend plus que de mesure.

« Heather, je vous laisse, si tu veux. Mais que si tu le veux. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Sam 27 Jan 2018 - 3:06

Quelque chose avait changé. Elle ne pouvait point dire si cela provenait des émanations d’éthanol qui inondaient son esprit, faiblissant ses restreintes habituelles, ou des effets destructeurs du détraqueur qu’ils venaient de fuir à l’arraché, laissant son coeur meurtri, mais l’un de ses murs s’était fissuré, laissant s'échapper un filament de confiance qui s’était accroché au bibliothécaire, leur troisième aventure offrant le coup de grâce sur la barrière intérieure qu’elle s’archarnait à maintenir. Elle était confuse, déprimée et épuisée, et elle ne savait quoi faire de cette nouvelle information qui s’entêtait à la titiller, narguant sa méfiance usuelle qui commandait normalement ses faits et gestes. Le regard qui les avait unis avait été court, d’une authenticité si unique qu’il avait paru durer une éternité durant laquelle un entendement singulier s’était construit, appareillant la douleur dévorante que l’ennemi mutuel avait forcé sur eux deux. Mais le moment s’était brisé, laissant la trace d’une compréhension partagée qui s'éteignait doucement, l’attention de la serpentard se détachant, attiré par la présence soudaine de son ami. Le silence s'éternisait au sein de l’incongru trio, l’arrivée de Léon étant un rebondissement inattendu pour la jeune femme qui se retrouvait inexplicablement à court de mots, le tumulte d’émotions la rendant inéluctablement muette. Son regard s’était posé sur son ami arrêté à quelques pas d’eux, observant le regard glacial qui la toisait de haut en bas, la figeant sur place tant l’intensité était inhabituelle, ses entrailles se serrant d’anticipation. Lentement, la vipère baissa les yeux, suivant le regard insondable du jeune homme, remarquant finalement ses vêtements déplacés et la terre qui ornait le tissu à plusieurs endroits. Grimaçant, Heather passa une main rapide sur le cuir couvrant son manteau dans l’espoir de retirer la souillure qui s’y était attachée, celle-ci s’étendant sur l'étoffe au lieu de disparaître tel qu’espéré, défiant la propriétaire du vêtement par le contraste saisissant. Tandis qu’elle relevait ses yeux noisettes et passait une main dans ses cheveux déplacés, jugeant les dégâts que la fuite avait causés sur son apparence normalement si appliqué, elle fit un petit pas sur le côté, reprenant l’équilibre qui l’avait quitté l’ombre d’un instant, victime une nouvelle fois des effets secondaires de l'alcool abusé. La serpentard prit une grande respiration tremblante, tentative de calmer son souffle erratique, mais sans grand succès, l’air se bloquant dans son oesophage à quelques reprises, refusant de suivre le flux régulier d’une respiration naturelle.

- Enfin je te retrouve. Je peux savoir au nom de quel grand cru tu pars te soûler seule dans le parc ?

Son poignet fut attrapé avec force, une deuxième pour la jeune fille au sein de la même soirée, attirant rapidement celle-ci vers le serpentard irrité. Légèrement secouée par la vigueur avec laquelle elle fut éloignée du bibliothécaire, la brunette perdit sa stabilité, s’accrochant hâtivement à Léon pour éviter une seconde chute en si peu de temps, son corps s'écrasant mollement contre le torse du vert et argent. Pinçant les lèvres, la vipère se redressa, posant sa main contre la poitrine du serpentard pour se maintenir en place avant de pousser doucement de la paume de sa main, s’éloignant légèrement de son ami, agacée. Elle n’était certainement pas en état pour se faire cahoter de la sorte et les mouvements brusques la déstabilisaient autant qu’un bateau en grande mer assailli par des vagues dévastatrices. Sa tête se remit à tourner l’espace d’un instant, obligeant la jeune Trown à cligner rapidement des yeux et à fixer un point au loin dans l’espoir de mettre fin au tournis qui la harcelait. Elle n’eut le temps d’ouvrir sa bouche pour rétorquer que son menton fut capturé par la main du nouvellement arrivé, forçant son regard à plonger dans les yeux gris exaspérés. Prisonnière de la main masculine, la couleuvre serra la mâchoire, ses yeux brûlants foudroyant son ami. Elle sentit la honte se hisser en elle, l’humiliation colorant ses joues d’une teinte rosée et son visage s’anima d’un léger mouvement de recul, rapide et tressaillant, tentative chétive de libérer son menton de la prise autoritaire. Elle se sentait étrangement vulnérable, bousculée par les événements sans qu’aucun répit ne lui soit accordé, emportée de gauche à droite par le courant sans qu’elle ait son mot à dire. Tout allait trop vite. Elle se sentait aussi fragile que la fleur d’un pêcher, s’envolant à la moindre brise, arrachée de l’arbre protecteur sans qu’aucune considération de lui soit apportée.

- Heather… Est-ce que tu peux m'expliquer quelle connexion ne fonctionne pas entre les deux pauvres neurones qui se combattent dans ta cervelle pour en arriver à la conclusion que c'est une bonne idée ?

Malgré son esprit embrouillé, la brunette sentit son coeur se tordre douloureusement dans sa poitrine, les mots exacerbant la souffrance qu’elle avait ressentie lors de sa rencontre avec le détraqueur, ajoutant une couche de malaise au chamboulement intérieur dont elle était la victime. Les mots la frappèrent tel un coup de fouet, blessants et offensants, insultant son intelligence sans aucun détour. Ce n’était pas la première fois que Heather se faisait injurier de la sorte, au contraire, ayant été la réceptrice à maintes reprises d'ignominies, les propos désobligeants composant la majorité des paroles que son père lui beuglait au visage. Et bien que les paroles étaient moins violentes, moins irrévérencieuses, la serpentard était mortifiée que celles-ci proviennent de son meilleur ami, ajoutant à la douleur que les paroles causaient en elle. La vipère savait qu’elle n’aurait normalement pas hésité à remettre Léon à sa place, lui crachant une réplique tout aussi acide au visage, jetant les gants blancs à la poubelle en deux temps trois mouvements. Bien qu’il méritait le côté le plus mauvais de son caractère, la jeune Trown resta muette. La situation possédait un tout autre contexte bien à part, plusieurs variables changeant la normalité qu’aurait été son comportement, l’empêchant de trouver le mordant qui accompagnait habituellement ses répliques acerbes, le silence devenant la seule réponse qu’elle réussit à offrir. Le poids qu’elle avait réussi à fuir, noyé dans un bain d’alcool, revint, s’effondrant sur ses épaules qui s’affaissèrent. Les épouvantards affrontés, l’abandon qu’elle s’était autorisée lorsqu’elle était sous le sort de l’impérium, la nuit des souffrances, et tous les événements marquants des derniers mois assaillirent son esprit, lui rappelant précisément pourquoi elle avait décidé de s’éclipser, une bouteille de whisky à la main. Légèrement tremblante, Heather coinça sa lèvre inférieure entre ses dents, mordant douloureusement celle-ci en un geste inconscient, les émotions des derniers mois s’ajoutant aux souvenirs que le détraqueur avait ramenés à la surface. Distancée de la réalité, la brunette se laissa emporter par le bras entourant sa taille, son corps reposant contre celui du jeune homme, suivant le mouvement aussi mollement qu’une poupée de chiffon. La discussion avait repris, entraînant cette fois-ci le bibliothécaire dans l’échange verbal. Bien qu’elle fut étonnée du ton employé par son ami, Octave comptant malgré tout parmi le personnel de Poudlard, la serpentard ne réagit pas, les yeux posés sur le carrelage, défaite, le choix de mots douteux de Léon mourant avec sa phrase. Le désir d’engloutir de nouveau une bouteille se hissa en elle, espérant oublier encore une fois les maux de son âme, partagé avec la tentation de simplement s'effondrer dans son lit et de rejoindre les bras de Morphé qui la bercerait, la protégeant de ses pensées sombres l’espace d’une nuit.

Puis, la voix de Léon s’éleva de nouveau, une question mystérieuse s'échappant de ses lèvres qu’il accompagna du resserrement de sa poigne autour de la taille de la jeune fille, attirant efficacement l’attention de celle-ci sur le présent et sur la personne contre qui elle était appuyée. L'insulte rejoua dans son esprit, les mots se répétant en boucle, et elle ne put supporter d'être près de lui une seconde de plus. Reprenant ses esprits, compressée contre le corps masculin, elle posa lentement sa main sur celle du jeune homme, décollant un à un les doigts qui la maintenaient en place, déroulant le bras, s’extirpant au ralenti de sa prise. Elle leva doucement les yeux, toujours près de Léon, mais refusant que leur corps ne se touche, observant la colère qui habitait toujours son visage, agacée de nouveau par l’irritation qui dégageait des pores de la peau du jeune homme. Elle lança un regard furtif en direction du bibliothécaire, intriguée malgré elle par l’obscure relation qui semblait exister entre les deux hommes. Le message crypté fut repris par l'aîné, répondant à demi-mot à la question énigmatique qui lui avait été posée, piquant un peu plus la curiosité de la brunette. Vraisemblablement, les deux se connaissaient et partageaient un secret qu'ils refusaient de dévoiler en sa présence, jouant sur les mots sans jamais n'être véritablement clairs, le sens des mots ne voulant absolument rien dire dans le contexte utilisé. Un pin’s ? Un pin’s qui devait oublier Léon ? Mais de quoi parlaient-ils bon sang ? Et pourquoi discutaient-ils le sort d’une épinglette avec autant de froideur ? Car l’étrange secret n’était pas le seul élément qui semblait les unir, le ton austère utilisé par l’un comme par l’autre était une bizarrerie saisissante. La jeune fille ferma les yeux l’espace d’un instant, physiquement étourdie par l’incompréhension et l’incongruité de la conversation qui se déroulait devant ses yeux. Épuisée, la tornade d’émotions refusant de se calmer, Heather passa une main sur sa nuque, réflexe dont elle n’arrivait toujours pas à se défaire, signe sans équivoque de son insécurité submergeante.

- En parlant de connexions Schepper : insulter, réprimander et violenter une amie soûle n’est pas une très grande preuve de compétence, qu’en dis-tu ? Dans ton état, je n’ai pas l’impression que tu sois apte à prendre les bonnes décisions plus que Heather. Puis, on sait tous les deux que tu n’es pas quelqu’un de très fiable.

Interpellée, Heather posa son regard sur le bibliothécaire, retrouvant de nouveau le présent qui s’amusait à lui glisser entre les doigts. Les mots choisis étaient si précis, sous-entendant violence et injustice qu’un frisson parcourut son corps, hérissant les poils de ses bras. Son coeur criait que cela devait être faux, que son ami ne pouvait pas être associé à ses adjectifs crus tandis que son esprit rejouait une énième fois la scène qui venait de se dérouler, prouvant le contraire : la prise sec de son poignet, l’emprisonnement de son menton et l’insulte sans détour sur son intelligence. La jeune fille avala de travers, ne sachant plus quoi croire, l’esprit embrouillé.

- Heather, je vous laisse, si tu veux. Mais que si tu le veux.

L’insécurité la frappa de plein fouet, tortillant ses entrailles jusqu’à en créer des noeuds douloureux. Apostrophée, la serpentard plongea ses yeux dans le regard maintenant bienveillant de l’adulte, son coeur manquant un battement tant le contraste entre les deux hommes était foudroyant. À ses côtés se tenait son ami qui avait toujours été là pour elle par le passé, pilier stable dans sa vie, l’attendant à chaque rentrée, réconfortant son âme meurtri. Hésitante, elle lança un coup d’oeil à Léon, le sentiment d’avoir été trahie s’emparant de tout son être aussi promptement qu’un feu raflant une forêt, détruisant tout sur son passage, la douleur de ses paroles et gestes aussi vive qu’une plaie béante. Elle ne comprenait pas la colère qui lui était destinée, ni la source de ses propos acides qui s’ajoutaient à ceux de son horrible père qu’elle venait de revoir, gracieuseté d’un détraqueur déchaîné.

- Je…

Sa voix mourut dans sa gorge, l’indécision face au choix forcé sur elle l’empêchant de continuer la phrase dont la fin lui était toujours inconnue. Sa tête se balada une fois de plus entre les deux hommes, étourdissant son esprit déviant. Lentement, elle fit face à son ami, ses yeux noisettes plongeant dans les siens, le regard interdit. L’air se pris dans sa gorge et instinctivement, la brunette porta une main sur sa bouche, une larme s'échappant de ses yeux endoloris. Doucement, elle fit un pas vers l’arrière, et un autre, s’éloignant précautionneusement du vert et argent, son coeur se serrant à chaque pas qu’elle déposait derrière elle, rejoignant le bibliothécaire. Le regard toujours fixé sur le jeune homme, Heather passa fébrilement son pouce sur sa joue, effaçant la preuve de sa faiblesse, maudissant sa vulnérabilité inhabituelle. Elle aurait préféré hurler et le pousser de toutes ses forces, mettre à profit ce caractère violent dont elle avait la réputation, mais l’énergie lui manquait et elle sut qu’elle n’aurait pas la force d’affronter la colère de son ami et les remontrances qu’il lui ferait. Abattue par les événements qui ne cessaient de la briser un peu plus, elle posa son regard sur Octave, implorant son aide pour une deuxième fois lors de cette soirée horrible, ne pouvant supporter un instant de plus la fureur de Léon. Sa voix s’éleva, à peine plus forte qu’un chuchotement, brisant le silence qui s’était déposé depuis que l’adulte lui avait offert le choix.

- Ce n’est pas ce que je veux. S'il te plait... Reste.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Serpentard7ème annéePréfet
    Serpentard
    7ème année
    Préfet
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 80

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 28 Jan 2018 - 15:25


Culpabilité n.f : sentiment plus ou moins diffus de commettre une faute. Nécessaire à toute vie sociale mais parfois douloureux et contraignant, le sentiment de culpabilité est l'impression de ne pas être juste, d'avoir un fantasme ou réellement un tabou, de nourrir un désir défendu, d'avoir eu un comportement coupable face à telle personne ou telle situation. Il en naît une forte angoisse et une tendance à l'autoaccusation.


Elle ne disait rien. Et c'était presque pire, cette surprise qu'il lisait dans ses yeux. Limpide. La douleur qu'il y voyait, le sentiment de trahison d'Heather transpirait par chacun des pores de sa peau. Tout en elle exultait la déception. Et ce silence. Ne pouvait-elle donc pas lui dire qu'elle le détestait, qu'il avait commis une faute ? Ne pouvaient-ils pas tout simplement se dirent tout haut ce qui n'allait pas ? Puis passer à autre chose. Dit quelque chose, supplia-t-il silencieusement. Pourquoi lui imposait-elle ces non-dits, pourquoi uniquement ce silence et cette impression qu'elle n'ouvrirait tout simplement plus la bouche pour s'adresser a lui. Avait-il cassé entre eux deux quelque chose d'irrémédiable ? Sa maladresse, cette colère sur laquelle il n'avait eu qu'une maigre emprise allait-elle condamner cette relation qu'ils avaient tous les deux ? Il ne supportait pas qu'elle le regarde en gardant bien fermé à clé ce qui intérieurement devait faire rage en elle. Il avait l'impression de se tenir au bord du gouffre, prêt à entrer dans la tumulte d'une chute malmenée par le vent, mais qu'elle refusait de l'y pousser. Elle refusait de le laisser tomber, refusait qu'il ne les entraine dans une dispute,  refusait d'accéder à sa colère. Elle ne disait rien et le maintenait là, en équilibre mais sans l'attirer vers elle pour le sauver ni le rejeter. Le négligeant juste assez pour que le silence ne fasse le reste. Peut-être était-ce inconscient, mais cela faisait mal. Très mal.

Dit que je t'ai blessée, pensa-t-il intérieurement. Va y, dis le clairement parce que là je ne peux que supposer et cela me rend fou. Il savait qu'il n'avait pas été correct, qu'il aurait dû réfléchir avant de lui balancer cela de la sorte. La personnalité d'Heather était assez complexe pour qu'il n'ait pas la prétention de savoir deviner ses réactions sur le bout du doigt. Mais il savait qu'elle ne s'écrasait pas, se battait bec et ongles et ne laissait personne lui faire du mal. Parce que d'autre s’était déjà chargé de trop lui en faire. Mais il avait beau cherché de la colère et des mots dans ce joli visage dont il connaissait chaque trait, il n'y avait rien. Mais bordel Heather, pourquoi n'exploses-tu pas ! Dis quelque chose, fou le bordel, n'importe quoi. Mais pas ça. Pas juste ... ça. Pas juste le silence. Je t'en pris. Au fond de lui, Léon se dégouttait de ressentir un tel égoïsme dans cet affrontement silencieux entre eux. Le fautif ? Pas besoin d'avoir fait une grande psychanalyse de soi-même pour savoir que c'était lui. Heather ne lui devait rien parce qu'il s'était comporté comme le roi des abrutis au pays des imbéciles. Il ne méritait pas sa colère, ne méritait pas non plus qu'elle soit compréhensive. Au fond il avait le droit à la chose qu'il redoutait le plus : une sorte d'indifférence. La partie la plus narcissique de lui avait envie que leur amitié soit assez importante, leur lien assez fort pour qu'elle comprenne qu'il se sentait terriblement mal de ses propos. Il voulait qu'elle voit sa détresse alors qu'il ne lui avait témoigné que de l'agressivité et qu'il avait fauté alors qu'elle était vulnérable. C'était tout lui ça, parler sans réfléchir et devoir ensuite cohabiter avec ses remords.

Sentant un regard sur eux, Léon détourna la tête et se rappela la présence du bibliothécaire, celui là même dont il avait l'impression qu'il lui volait son amie. Oh. C'est qu'il l'aurait presque oublié, à se perdre ainsi dans les yeux pleins de reproches d'Heather. Comme si sa culpabilité envers celle qui lui faisait assez confiance pour s'être tant confiée n'était pas suffisante, les yeux verts du bibliothécaire ainsi posés sur lui vinrent rajouter un surplus de remords. Elène.  Alors qu'il saluait l'homme et soumettait l'idée de partir, d'attirer son amie loin de là afin de tenir cette discussion - enfin, cette absence de discussion plutôt - loin d'un témoin à ses manquements, l'envie de se délester d'un autre poids fut encore plus forte. Alors il posa sa fameuse question, celle qui l'avait tenu éveillé de nombreuses nuits. Le bibliothécaire sembla avoir du mal à se remémorer de quoi il parlait et cette lenteur à la détente fit vrombir intérieurement l'adolescent. Quoi, ca lui arrivait souvent de tuer des personnes, au point que de mettre un nom sur un complice ne lui demande un véritable effort de mémoire ?

__  Le pin’s… Oh oui, Le Pin’s ! Le Pin’s qu’on connaissait tous les deux, sembla enfin comprendre le bibliothécaire. Le Pin’s qui devait t’oublier. Le Pin’s que j’ai pris avec moi parce que tu me l’as demandé. Ce Pin’s-là ?

Oui, celui là même, avait-il envie de crier sur l'homme. Il n'en pouvait plus de rester dans l'ignorance, cette perception de la réalité décalée engendrant des idées fantasmatiques que Léon n'arrivait plus à gérer.  Des scénarios, il en avait imaginé des tas, allongé seul dans son lit durant de nombreuses heures cet été. Du plus simple et basique au plus tordu. Il avait prêté au visage d'Holbrey toutes les expressions nécessaires, de la plus douce à la plus folle, imaginant tour à tour un simple sortilège d'oubliette, à celui, beaucoup plus sanglants d'une décapitation de sa voisine. Quelle imagination, n'est-ce pas ? C'était fou, tout ce que l'on pouvait s'inventer sur une situation lorsque cette dernière ne se déroulait pas sous nos yeux. Fou de voir à quel point la culpabilité pouvait vous faire songer au pire et prêter des attentions et des émotions à quelque chose dont, au final, vous ne savez rien. Fou également de voir à quel point il s'était torturé tout le mois d'aôut, à quel point il avait rejoué chaque évènement en se demande ce qu'il aurait pu changer. Ne pas dire.  Faire. Ou ne pas faire. Alors oui, il fallait que cet homme lui ôte cet horrible sentiment de culpabilité qui le rongeait depuis de trop longs mois déjà. Quel avantage tirait-il à le laisser patienter de la sorte ? Qu'avaient-ils tous à préférer le silence aux paroles ? Au fond, Léon savait qu'il voulait juste qu'Octave ne le deleste de la culpabilité qu'il avait bien du mal à gérer. Tel un enfant, il voulait que l'adulte lui dise simplement qu'il n'avait pas failli, qu'il amoindrisse ses tords afin de lui permettre de pouvoir encore se regarder dans une glace. Qu'il répare ce sentiment désagréable d'avoir commis quelque chose d'impardonnable.

Mais on parlait du bibliothécaire. Pas d'un saint.  Enfin du moins, du peu qu'il savait sur lui. On parlait de la personne qui avait attaché Brenckenridge et Malia et les avait regarder se tordre de douleur tandis que les cordes les enlaçaient. C'était une histoire qui avait du succès dans les couloirs de l'école. L'adolescent ne savait pas quoi penser de cet homme et c'était la raison pour laquelle il l'éviter avec une grande minutie. Egalement la raison qui expliquait la colère, premier sentiment l'ayant envahi en voyant son ami à ses côtés. Seulement, les hommes les plus fous et les plus froids étaient parfois les plus tristes. Etait-ce ça, qu'il avait entrevu devant le visage défait du bibliothécaire, quelques secondes après son entrée avec Heather dans le hall ? Le masque était-il tombé pour quelques secondes ? Cet homme avait-il finalement assez de compassion en lui pour s'être simplement occupé de sa meilleure amie ? Ou, la question à un million de gallions : avait-il eu assez de compassion pour ne pas s'occuper d'Elène de la manière dont il l'imaginait ?

Il fallait qu'il sache. La respiration de Léon devint légèrement erratique, le stress courant dans ses veines avec l'agressivité de l'acide sulfurique, picotant chacune de ses terminaisons nerveuses. Il avait l'impression que tout son être se gelait, fixé aux lèvres d'Holbrey qui détenait la réponse à ses interrogations muettes. Pendu à ce qu'il dirait, pendu à ces yeux verts qui semblaient s'amuser de la situation. De l'attente silencieuse et insupportable qu'il endurait. Léon se sentait comme un chien ayant pissé sur le nouveau canapé en cuir et qui fixait la porte, attendant que son maître rentre pour lui infliger une raclée qu'il savait inévitable.

Et à un certain moment, la raclée tomba.

__ Il est au fond d’un trou ton Pin’s, assena le bibliothécaire. Si tu t’inquiètes tant, je peux le déposer à ta porte pour que tu t’en occupes.

Il se souvenait d'avoir un jour lu un livre sur les étapes de la décomposition d'un corps. Curiosité morbide ou simplement désir de connaître ce qu'il adviendrait de lui une fois que son coeur arrêterait de battre ? Il n'en avait retenu qu'une seule chose : la mort était laide. Peu importaient les considérations parfois romantiques accordées par certains auteur se plaisant à affirmer que leur protagoniste était belle, même dans la mort. C'était faux. Son esprit vagabonda jusqu'à cette cuisine où il avait passé de longues heures à discuter avec Elène. Il la revit traverser le salon pour déposer une tasse de thé devant lui, ses mouvements aériens lui tirant un petit sourire. Mais Elène ne bougeait plus, dans son "trou". Il n'y avait plus rien de gracieux dans la rigidité qui s'était emparée de son cadavre, débutant par la nuque et ses petits muscles avant de se diffuser aux membres inférieurs. Contrairement à ce que la majorité des personnes pensaient, cette rigidité cadavérique n'était pas quelque chose qui perdurait dans le temps. A moins que quiquonque ne déplace le corps  - et l'image fugace des mains fines d'Holbrey tirant par les chevilles Elène, ses cheveux traînant derrière sa tête, des feuilles mortes et de la terre s'accrochant aux mèches blondes légèrement ondulée, se fraya doucement un chemin jusqu'à l'esprit de Léon -, cet immobilisme qui donnait à tout corps l'allure d'un pantin désarticulé, disparaissait en deux ou trois jours. Léon ferma brièvement les yeux, déconcentré par la vision de sa voisine tombant dos contre terre au fond de la fosse imaginaire qu'il apercevait à présent. Ses yeux encore ouverts tournés vers le ciel, légèrement enfoncés dans leurs orbites et recouverts d'un film opaque qui atténuait à présent la jolie couleur verte qui les avait jadis occupés. Mais c'est le teint de la morte qui attirait à présent l'attention de l'adolescent. Cette lividité cadavérique, aussi appelée livor mortis était dans la littérature souvent décrite comme une pâleur, parfois immaculée et comparée à un teint de porcelaine. Comme il était doux d'arranger la réalité. Seulement, l'arrêt du coeur et de toute circulation entraînait surtout l'apparition de tâches violacées liées à un déplacement passive de la masse sanguine désormais coagulée et tirant plus vers le noir que le rouge. Ces tâches, rendant tout visage presque méconnaissable, du plus beau au plus affreux, dépendaient de la position après la mort. A moins qu'Octave n'ait préféré pendre Elène - mais il en doutait - la gravité avait fait son oeuvre et les cinq litres de sang s'étaient amassés dans le dos d'Elène. Et puis la fameuse tâche verte abdominale, premier signe visible de l'état de putréfaction qui transformait tout corps en un véritable buffet exquis pour les huit escouades d'insectes, se succédant dans un ordre bien précis. Et puis bien sûr l'odeur.

Léon tangua légèrement, luttant contre l'envie de rendre l'intégralité de son repas sur le sol. Il savait que ces images ne manqueraient désormais pas de le hanter lorsqu'il tenterait de chercher son sommeil. Et qu'ensuite, elles viendraient le tourmenter dans ses cauchemars. Il frissonna, secouant la tête avant de poser ses yeux sur Heather. Joues roses, teint pâle, thorax se soulevant à un rythme régulier. Vivante. Son emprise autour de la taille d'Heather se resserra de nouveau, tentant de se raccrocher à la chaleur d'un corps. Il sentait son souffle chaud contre son torse ainsi que la maigre résistance qu'elle lui opposait. Cette résistance qui voulait dire qu'elle ne voulait pas qu'il la tienne dans ses bras. La petite main se posa sur son torse, le repoussant. Il se laissa faire, l'image d'une Heather profondément meurtrie se superposant à une autre image de son amie, dans ce cagibi, il y avait de cela quelques années. C'est une erreur. Il se crispa, ayant l'impression d'être ballotté de désillusion en désillusion, découvrant que chacune de ses craintes se révélait exacte. Il avait m**** à un tel point qu'Heather ne voulait même plus lui parler et il avait bien participé à un meurtre. Il aurait bien aimé qu'elle lui garde un fond de la bouteille qu'elle avait jugée bon d'aller vider avec un autre que lui, parce qu'il s'adonnerait bien à la délivrance d'un esprit embrumé par l'alcool. Tout, plutôt que le silence de son amie. Mais dis quelque chose !

Mais bien sûr, des deux présents près de lui, il fallait que celui qui possède des cordes vocales soit le bibliothécaire. Lui, par contre, ne perdait jamais une occasion de l'ouvrir, n'est-ce pas ?

__ En parlant de connexions Schepper : insulter, réprimander et violenter une amie soûle n’est pas une très grande preuve de compétence, qu’en dis-tu ? Questionna le bibliothécaire. Dans ton état, je n’ai pas l’impression que tu sois apte à prendre les bonnes décisions plus que Heather. Puis, on sait tous les deux que tu n’es pas quelqu’un de très fiable.

Qu'en disait-il, lui ? Pas grande chose de plus. Il avait abusé de la confiance de son amie pour la bafouer en lui balancer de tels propos, profitant effectivement qu'elle soit soûle pour lui déverser sa rancoeur et sa peur de la trouver avec Holbrey. Quelque part, il eu presque envie de rire tellement le fait que le bibliothécaire lui fasse une leçon de moral était déplacé. Qui était-il lui, pour se permettre d'entrer dans sa vie et de tout chambouler de la sorte, pour le faire participer à un meurtre puis se permettre une leçon de moral sur son comportement ? Et surtout : par quel p***** de maléfice parvenait-il à réussir la prouesse de le toucher de la sorte ?  Léon ouvrir la bouche pour s'offusquer à voix haute puis la referma, incapable de trouver les mots justes et la bonne répartie alors qu'il coulait, lestée par les remords et une culpabilité dont il n'arrivait pas à se défaire. Pourquoi avait-il dit cela ? Pourquoi n'avait-il pas réfléchi avant de s'adresser à son amie de la sorte ? Cet homme avait dit tout haut ce qu'il pensait tout bas depuis de trop nombreuses années.

__ Vous avez raison, murmura Léon sur un ton bas avant de se gratter la gorge, retrouvant un peu de contenance. Mais ne me faîtes pas l'affront de dire que vous l'êtes. Fiable. Sa langue roula sur le mot avec une ironie faiblarde. Il n'avait plus envie de lutter, parce qu'il avait déjà perdu de toute façon. Jusqu'à ce que je vous rencontre cet été, tout ce que je touchais ne pourrissait pas par la suite. Pourrir. Comme Elène qui avait pourrie dans son trou. Comme son amitié avec Heather qu'il s'acharnait visiblement à détruire. Vous êtes ... toxique.

La fin de sa phrase se perdit dans le silence de l'immense hall d'entrée de Poudlard. Il avait dépassé les bornes en s'adressant de la sorte à un adulte. Mais peut-être que l'affront suffirait à effacer l'apparente sérénité et le visage doux qu'Holbrey affichait probablement à Heather. Il avait tellement envie que cette mascarade prenne fin, que son amie se rende compte à quel point ces fréquentations étaient dangereuses. Et puis il était également plus facile de reporter la faute de ses erreurs sur le bibliothécaire que sur lui-même. Il n'avait participé au meurtre d'Elène que parce qu'Holbrey l'y avait entraîné. Il n'avait mal parlé à Heather que par surprise de la voir avec Holbrey et par peur qu'il ne lui ait fait du mal. Comme il aurait été réconfortant de prendre ses arguments et de se les approprier jusqu'à se dédouaner de toute responsabilité. Cela n'était pas lui, c'était l'autre. Inutile de se sentir coupable non ? Sauf qu'Heather était son amie, à lui. Pas à Holbrey jusqu'à preuve du contraire !

__  Heather, je vous laisse, si tu veux, proposa d'un ton doux l'homme aux yeux verts. Mais que si tu le veux.

Oh. Oh ! Quelle importance le bibliothécaire pensait-il avoir pour présenter la question sous cette forme là ? Mais la petite silhouette qu'était Heather levait déjà des yeux pleins d'interrogation vers lui. S'il avait pu hurler, il l'aurait fait. Par tous les fondateurs elle le regardait comme ... comme ... Non. Etait-ce de la peur qu'il entrevoyait au fond de ses yeux noisettes ? Léon tressaillit, dangereusement prêt de céder aux larmes qui ne demandaient que la permission dévaler sur ses joues. Il ne pu qu'admirer l'habilité avec laquelle Jalender avait soumis l'idée qu'Heather aurait peut-être besoin de sa présence à lui. Rassurante, bien évidemment, la présence ! Comme si ce type pouvait lui apporter une quelquonque protection contre les évènements. Enfin évènement. Contre lui, Léon. N'est-ce pas Holbrey, au cas où je lui en colle une de la même manière que tu as sûrement tabassé Elène ? Jamais Léon n'avait fait preuve de méchanceté envers Heather, s'attachant à être le parfait opposé de Jake qui avait plus souvent usé des poings que des compliments envers sa fille. Il avait été tendre là ou l'autre était violent, compréhensif là ou il ne tolérait rien de sa progéniture, pilier inébranlable alors que tous ceux qu'elle aimait l'abandonner. L'un pour la bouteille, l'autre pour avoir "trébuchée" dans un escalier. Il avait toléré les deux longs mois sans nouvelles, il avait accepté le rejet qu'elle avait exprimé pour ce baiser. Il ne l'avait pas lâché. Jamais. C'était son seul et uniquement manquement, bordel ! Alors pourquoi reculait-elle d'un pas ? Et plus important encore, pourquoi prenait-elle la direction du bibliothécaire ?

__ Je ... Ce n’est pas ce que je veux. S'il te plait... Reste, supplia-t-elle presque.

Qu'il reste. Que je parte, dans ce cas ? pensa-t-il intérieurement avec douleur. Et un pas de plus en arrière, un mètre de plus les séparant. Pourquoi avait-il l'impression qu'il s'agissait d'un gouffre ? Excuses-toi, pensa-t-il sauvagement. Pardon. Pardon. Pardon. Pardon. Pardon. Un pas de plus en arrière et déjà elle se trouvait à côté de l'autre. Pourquoi gardait-il donc ses lèvres closes ? C'était facile, c'était mérité et surtout il le pensait. Alors pourquoi ne disait-il rien ?

Elle l'abandonnait. Elle reniait sa confiance en lui pour quelques paroles uniquement motivées par la colère et la peur. Maladroites, certes. Et surtout peu réfléchies. Merlin que cela faisait mal. Léon n'avait pas beaucoup d'amis. Charles, évidemment. Et Heather. Et il avait toujours eu peur de les perdre, peur des les voir se désintéresser de lui parce qu’il ne le trouvait plus d'un quelquonque intérêt. Tant que les relations restaient superficielles, cela allait mais il avait la curieuse impression de tout gâcher une fois qu'il révélait sa nature plus profonde. Son étonnante sensibilité, curieusement en désaccord avec son apparence calme et posée. Et cette colère qu'il renfermait. L'association des deux l’avait conduit exactement ici, à faire du mal à Heather parce que dépassé par ses ruminements intérieures et une colère envers lui même qu'il avait malheureusement épongé sur elle. Léon savait d'où venait le sentiment perpétuel d'abandon qu'il ressentait, connaissait le visage humain qu'il mettait sur ce ressentiment et le peu d'estime de lui-même qui en avait découlé. Et savait qu'Heather était également de ces personnes à ne pas se laisser si facilement approchées. Alors il lui avait promis de ne jamais l'abandonner. Certes, il y avait eu la colère mais ... pourquoi partait-elle ? N'avait-elle pas promis de toujours être là ?

Excuses-toi, proposa de nouveau la voix intérieure. Mais cela faisait bien longtemps qu'il avait arrêté de s'excuser pour tout et surtout rien, en particulier pour des fautes qui n'étaient pas nécessairement les siennes. Ce manque d'estime de soi, le petit Léon qu'il avait été l'avait exprimé en se sentant coupable de tout. Tout le temps. Se confondant en excuses. De quoi ouvrir toute une horizon à toute une génération de pseudo-psychologues n'est-ce pas ? Demander pardon, c'était demander à l'autre de rassurer, tenter de conserver son amour d'une façon comme d'une autre. Et l'enfant qu'il avait été avait cruellement manqué d'attention, aussi surinvestissait-il avec ce petit zèle de politesse ? Cette fragilité, cette faille à combler et ce besoin qu'on le pardonne, Léon en avait assez souffert avant de comprendre qu'il s'excusait avant tout d'être né. De n'avoir pas été désiré. Alors il avait découvert l'égoïsme et s'était promis de ne plus s'excuser pour ces culpabilités malsaines qu'il ressentait, uniquement motivées par l'empathie qu'il ressentait pour des personnes à qui d'autres auraient dû donner des excuses. Il avait mis du temps à comprendre qu'il n'était pas l'unique responsable du malheur de certain et que ses pardons ne faisaient que mettre en avant une gêne et une faiblesse démesurée. Léon avait arrêté de s'excuser, décidant de laisser la colère et l'égoïsme prendre le dessus sur le manque de confiance qu'il ressentait. Et que jamais personne ne s'était excusée de lui faire du mal, à lui.  

Sauf que cela n'était pas une culpabilité malsaine, cette fois-ci. Toute la culpabilité qu'il ressentait était parfaitement légitime. Heather méritait des excuses pour son comportement abject, pour les paroles blessantes qu'il avait osait formuler à voix haute. Mais elle l'abandonnait et il n'était pas certain de réussir à supporter ça. Il n'arrivait pas à gérer ce genre d'émotion, prenait continuellement les mauvaises descisions. Mais les excuses avaient du mal à franchir ses lèvres, surtout devant Holbrey vers qui elle venait de se réfugier. Qu'allait dit-il dire, cet énergumène, s'il se ratatinait et se confondait en excuses ? Quand bien même tournerait-il bien les phrases qu'il était persuadé qu'Holbrey arriverait à tirer l'avantage en disant à Heather qu'elle méritait mieux que de plates excuses formulées uniquement par la peur de la perdre. Et il n'aurait peut-être pas tord. Non. Il n'y arrivera pas. Pas aujourd'hui, pas alors qu'elle préférait lui tourner le dos pour quelqu'un qui avant cette année, lui était totalement inconnu. Pas devant quelqu'un à qui elle souriait de cette façon. Comme si s'excuser avait le pouvoir de recoller leur amitié qui semblait bien ébranlée en l'espace de quelques malheureuses paroles. C'était comme essayer de retenir de l'eau.  Retenir de l'eau avec ses doigts. Cela ne marcherait qu'un temps et il n'aurait ensuite qu'à regarder les restes de leur amitié rejoindre la flaque de toutes les choses dans lesquelles il échouait dans sa vie. Il se frotta le front, trépignant sur ses pieds avant de prendre la parole, conscient qu'il ne pouvait pas la laisser dans l'ignorance et se foutant à présent pas mal des réactions d'Holbrey. A défaut d'excuses, il pouvait la mettre en garde.

__ Si tu préfères rester avec un meurtrier, c'est ton choix, assena-t-il de manière brutale. Plus de pin's, plus de sous-entendu. Mais rassures toi, Heather, il a le sens du détails pour ce qu'il s'agit de faire "oublier" des choses. Le problème c'est que sous ses doigts, tu finis par en oublier de même de respirer.

Il planta ses yeux dans ceux d'Heather, incapable de lui fournir plus que des mises en gardes envers Jalender. Alors qu'il y avait tellement plus à lui dire. Un grand vide dans le coeur, il tourna le dos aux deux nouveaux "meilleurs amis" et tâcha de mettre le plus de distance entre eux, tournant à l'angle d'un couloir pour ensuite se mettre à courir jusqu'à la salle commune de Serpentards.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 1 Fév 2018 - 20:31

Il n’était pas aisé de gagner ou de perdre lorsque les opposants ne jouaient pas au même jeu et ne mettaient pas les mêmes cartes à table. Voilà qu’on parlait de cartes, mais Léon jouait aux échecs, tandis qu’Octave savourait ses Dames. Il éliminait son ennemi en le surpassant, sans s’arrêter avant l’anéantissement sans retour, jusqu’à l’absence totale d’arguments, mais au lieu de la défaite sur le visage de Léon, il vit une débâcle. Bien sûr, cette métaphore n’était qu’accessoire et le jeu n’avait de valeur que pour protéger une petite idiote soûle, mais l’homme enfant poussait ses pions selon des règles bien plus compliquées que celles du bibliothécaire. Il le remarqua assez vite d’ailleurs, mais pas suffisamment pour empêcher le coup de trop. Schepper était maintenant défait, couvant d’un regard mortifié celle qui rejoignait les bras de… de son quoi déjà ? Octave n’avait pas la prétention d’être son rival, mais au lieu de s’unir à celui qui avait porté son amie à bouts de bras pour la protéger d’un détraqueur, ce fut Léon qui se détraqua, préférant être le seul chevalier et appui stable de son amie. Cela aurait été parfait, si seulement il n’avait pas eu l’idée de fanfaronner pour avoir l’air grand. Et comme tous ceux qui prétendaient être grands par orgueil, il parut petit. Les sentiments qui l’avaient animé étaient primitif, tout comme la douleur qu’Octave sentit poindre dans le regard noir lorsqu’Heather lui adressa sa supplique : ce n’est pas ce que je veux. Ce n’est pas Léon que je veux. Mais cette énergie féroce coulait de sentiments profonds, ceux qui étaient si mal maîtrisées qu’au lieu de donner la félicité, ils n’offraient que frustration furieuse. Octave reconnut dans la déception du garçon les traces d’une jalousie blessée, tandis qu’on lui préférait quelqu’un qu’il devait détester de tout son être. Cela voulait-il dire que lui, était encore pire que le bibliothécaire ? Pire au point qu’on ne veuille même pas de son bras pour rejoindre la chambre.

Octave eut l’impression de relever un voile. Il y avait trop de rancœur dans ses échanges, trop de faussetés pour n’être qu’innocence d’un jeune âge qui s’ignore et n’admet ni le changement, ni la maladie, ni l’infidélité ou la trahison, et ne fait place à la mort dans ses desseins que s’il la décerne comme une récompense ou l’exploite comme un dénouement de fortune, parce qu’il n’en a pas trouvé d’autre. Léon fut vaincu par la simplicité d’enjeux qui étaient d’une vulgarité inacceptable pour sa dramatique humeur d’adolescent déjà vieilli, qui ne reconnaissait pas que tout puisse butter au rudimentaire bien-être d’une Heather ivre. Pour lui, ce petit bout de temps perdu dans la nuit était le résultat et la désillusion de tous les évènements qui y avaient menés, remontant jusqu’aux racines profondes de ses souvenirs, comme si tout ce qui s’était un jour passé dans sa vie commune avec Heather convergeait soudain en ce morceau de rien, où on lui refusait l’attention, l’amitié, la considération jadis eus, pour être donnés à un diable. Octave ressentit cette peine d’enfant mal aimé un peu trop tardivement, ou avec pas assez de considération, car il avait eu du mal à céder la voie au caprice d’un adolescent en proie à une crise de jalousie et qui ne pensait qu'à soi, alors qu’il aurait dû songer davantage à l’objet de son désir. Il se souvenait des mésaventures de cet été comme s’ils se furent passés la journée précédente. Léon y était la victime d’une mère de substitution, qui remplaçait celle qui ne l’aimait pas assez bien. Encore une histoire d’attention et de mérite ? Les mères, elles ne nous aimaient pas toujours comme on l’aurait voulu, ni avec le doigté désiré de la connaissance parfaite, mais Heather alors ? Elle n’était pas une mère, mais son refus claquait avec le même fracas qu’un désamour, surtout si c'était en l'avantage de celui qu'on méprisait.

Octave se sentit faiblir, car malgré l’outrecuidance, il savait reconnaitre quand quelque chose le dépassait. L’immobilité muette du jeune homme le confronta, tandis que de ces yeux inquiets et actifs, Léon ne trouvait plus les mots. Schepper devait lui envier son impassibilité tranquille et maîtrisée, sans se rendre compte suffisamment que les enjeux étaient loin d’être les mêmes, et fut comme assujetti sur place par son propre silence vaincu. Les faiblesses étaient cruelles et ne pardonnaient pas les absences. Envers les amitiés, contre les affections et les confiances, l’épuisement choisissait toujours le roc le plus dur et non pas le plus confiant. Aussi, infidèle par besoin, Heather fit dos à celui qui la jalousait pour son propre bien. Et elle avait raison, non pas pour l’orgueil du bibliothécaire, mais pour elle-même, car les gens blessés profitaient des bassesses pour blesser en retour. Si Heather était juste trop sensible, Léon s'envenimait d’une colère qui ne connaissait pas le flegme. Venait s’ajouter à cette colère la peur de n’avoir pas été assez fort par le passé déjà. Son manquement auprès d’Elène était probablement la seule raison qui fit définitivement reculer l’adolescent et Octave se demanda un moment, à la vue de la congestion passagère qui noircissait les dessous des yeux de Schepper comme s’il sortait d’un combat de boxe, s’il n’aurait pas dû alléger sa conscience bien plus tôt. En combattant désespéré, Léon tenta de les niveler au même niveau, à la même besogne, leur prêtant à tous deux des implications identiques :

__ Vous avez raison. Mais ne me faîtes pas l'affront de dire que vous l'êtes. Fiable. Jusqu'à ce que je vous rencontre cet été, tout ce que je touchais ne pourrissait pas par la suite. Vous êtes ... toxique.

Ca, c’était du déjà vu, du déjà entendu. Octave n’y sourcilla pas, préférant ne pas se défendre car c’était l’adage des coupables, mais ne s’offusquant pas non plus, ce qui était l’adage des innocents. Il le gratifia d’un long regard empli de patience, à fleur d’être ironique, car il en fallait de la petitesse pour imputer à une seule personne les malheurs de toute une vie. Un pouvoir que le bibliothécaire ne possédait pas. Cette confusion était la conclusion habituelle d’une vie tranquille qui rencontrait soudain le chaos. Alors, Octave accepta le jugement sans culpabilité, car il connaissait parfaitement où étaient les limites de sa responsabilité dans cette histoire. Son visage finit même par lui sourire avec une familiarité qui n’était point amicale. Pour ne pas froisser les nerfs, le but étant de prouver un tort et non de souligner une victoire, Octave ne saisit pas Heather par la taille comme il en fut le cas plus tôt, mais lui offrit encore une fois élégamment son bras, lui évitant la chute, et elle seulement. Malheureusement pour Schepper, même les plus répréhensibles pouvaient parfois, par leur ignorance et leur manque d’implication, s’avérer être une meilleur option qu’un adolescent soucieux. Non, vraiment, ce n'était qu'un concours d'hasardeuses circonstances, qui n'avait aucun rapport avec les vertus du bibliothécaire, mais comme il fut parfaitement droit et calme en comparaison à un Léon agité et rendu cruel par sa fragilité, le contraste parût remarquable. Sans parler du fait que Heather ne savait rien. Oh oui... qu'aurait-elle dit si elle avait su Léon assassin ? Il avait failli glisser quelques mots à ce sujet, mais en voyant ce que Léon faisait de sa culpabilité, Octave décida de le laisser à son aveuglement un peu plus longtemps. Il voulait bien être fautif de ce mensonge prolongé, mais refusait d'être coupable pour une lâcheté qui n'était pas sienne. A tout coup, il imputait l'échec de cette situation au bibliothécaire aussi. Victime jusqu'au bout des ongles, Monsieur Schepper ? Octave aurait ressenti une pitié suffisante pour lui faciliter la tâche, si seulement l'adolescent n'avait pas tenu à porter le coup de grâce. Si quelqu'un devait être discrédité, c'était eux deux, ou personne ! Je vis l’enfer et j’entraine tout le monde sur mon sillage.

__ Si tu préfères rester avec un meurtrier, c'est ton choix. Mais rassures toi, Heather, il a le sens du détails pour ce qu'il s'agit de faire "oublier" des choses. Le problème c'est que sous ses doigts, tu finis par en oublier de même de respirer.

La colère avait dépassé la crainte et quelque chose sembla perdu, alors que Schepper tournait le dos pour fuir. Il avait gagné en gravité et, tel un désespéré suicidaire, avait décidé de faire exploser les personnes les plus proches, quitte à mourir aussi. De ce dernier coup d’épée, Octave vit avec une clarté soudaine elle, avec ses dix-sept années déjà tourmentées et lui, avec son affection dominatrice pour une amie d’enfance, son dédain de joli garçon trompé et son exigence de propriétaire précoce.

En incriminant son aîné, l’adolescent s’incriminait par la même occasion. Bien que l’avertissement s’adressât à Heather, ce fut Octave qui fit quelques pas en avant, lâchant la jeune femme, comme prêt à rattraper le fuyard. Sa main se plongea dans sa poche et s’y saisit de la baguette sans la sortir. Dans un frisson d’hésitation, il douta de l’occasion et du moment, mais comprit que dès que Léon disparaîtrait derrière l’angle du mur, tout serait éventuellement perdu. L’homme enfant était déçu, convoiteux et suffisamment pétri d’aigreur pour se trahir encore plus. Dans la cavité cotonneuse de son manteau, Octave serra la baguette magique et la pointa autant qu’il le put dans le dos de Schepper. Quelle folie ! Heather derrière lui… Mais l’outrance exubérante de Léon l’avait pressé vers l’alerte et le sentiment d’impétuosité imposée. L’instinct lui ordonnait d’agir, maintenant, avant que les caprices ne perdent tout. Fort, il pensa « Oubliettes ! » et ses lèvres se serrèrent, tout comme ses doigts autour du bois fin. Il y sentit une impulsion légère, comme un souffle entre ses phalanges.

« Schepper. »

Dit-il sans intonations, interpelant le concerné sans grande conviction, par principe, tandis que du sortilège informulé il effaçait consciencieusement son surnom de sa mémoire. Jalender était une arme anonyme et les gens qui connaissaient les deux pouvaient se compter sur les doigts d’une main. En lui assenant cet « Holbrey » dédaigneux, Léon rappela au nommé qu’il était un fil excessivement dangereux qui reliait les deux pans d’existences qui devaient communiquer le moins possible. Jalender et Octave ne devaient pas trainer dans la même tête, à moins que ce ne fut dans celle de son porteur et, méthodiquement, sans concessions, Octave effaça dans un seul souffle le souvenir du pseudonyme. Plus de Jalender, rien qu’un Monsieur Holbrey. Et cet été ? A… Al… Al-quelque-chose. Ou bien Der… Dar… ? Peu importe, cet Holbrey aura tué Elène !

Schepper disparut l’instant d’après et le silence revint, laissant flotter dans l’air la lourde inculpation. Assassin. On prêtait souvent aux gens de peu de morale l’aptitude à l’inconscience. Un meurtrier, de par ses vices, tuait forcément à tour de bras et dès que l’occasion s’en présentait. D’une certaine façon, s’il n’avait pas confirmé sa barbarie, Octave venait de prouver sa corruption. Sa main sortit doucement de sa poche, ayant laissé un temps pour que l’arme refroidisse, autant que les suspicions, si bien que l’affaire sembla n’être qu’un hasard ou le fruit d’un geste inconscient, comme lorsqu’on se grattait la tête pour réfléchir. L’hésitation le gagna à nouveau, alors qu’il ne se retournait toujours pas vers Heather, soucieux de l’apparence à se donner : l’insouciance mensongère ou la gravité qui s’avouait mériter un tel surnom ? Et Merlin seul savait à quel point il l’avait largement mérité par le passé. L’ironie finale résidait dans le fait que Schepper craignait plus le mal d’un cadavre que celui d’une amnésique à moitié folle pour l’heure. Mais c’était le dogme de la jeunesse, que de voir en la mort le pire des maux. Finalement, Octave se retourna sans expressions, mené par la principale besogne. Elle semblait encore plus soûle et misérable que tout à l’heure, vue de loin. Les cheveux en paille, la jambe en sang, les pieds pleins de boue, le visage tiré sur des os saillants, les yeux en creux comme tombants dans leurs cavités et absents, laiteux ; Heather avait l’air d’avoir subi un typhon trois jours durant. Octave eut une grimace fugace, se demandant comment Léon avait osé être abrupte avec une brindille pareille. Il y avait quelque chose se mourrait irrémédiablement à la vue d’une telle fragilité. Octave s’approcha d’elle et se pencha pour passer délicatement un bras sous le creux de ses genoux calleux, tandis que l’autre s’emparait dans un mouvement de balance de ses épaules lâches. Précautionneux, il se pencha légèrement pour que la tête de l’étudiante se trouve à l’abri, dans le creux de son cou et bougonna :

« Tu mériterais que je ta passe par-dessus mon épaule comme un sac de farine, mais j’ai peur que tu ne vomisses dans mon dos. »

La critique était acerbe, mais fut dite sans animosité aucune. C’était l’humour des mauvais instants, qui se moquait d’une honte pour la décrédibiliser. En soulevant son poids léger, il perçut la finesse de ses jambes, fuseaux maigres, et la dureté de ses os, se sentant soudain honteux d’être si fort alors qu’elle était si petite. La largeur de ses épaules courbées tenait dans le creux de son coude et de sa main posée sur ses côtes, il sentit bouger la cage de son squelette, au corps terriblement froid et comme grelottant involontairement. Octave releva le menton pour lui laisser un nid de chaleur et s’avança lentement vers les escaliers pour ne pas lui donner le mal de mer en de trop grandes enjambées.

« Je n’ai pas accès à votre salle commune. Je peux te ramener juste devant la porte si tu le souhaites, même si te laisser seule n’est pas quelque chose qui m’enchante spécialement. Et Schepper a raté l’occasion d’être ton guide à ma place. Un passage à l’infirmerie s’impose de toute façon ; j’aurais préféré t’y laisser sous surveillance, mais je comprendrai si tu ne veux pas. » Avec une dernière hésitation palpable, il finit par supposer d’un ton extrêmement précautionneux : « Je peux aussi te laisser ma chambre si tu ne veux pas décuver devant des spectateurs. A toi de voir. » Octave se tut assez abruptement, tenant fermement le corps de Heather entre ses bras, contre soi. Il avait conscience qu’éviter le sujet comme si rien ne s’était jamais passé pouvait marcher que pour son compte, car il connaissait toute la vérité le concernant. Mais si les mots de Schepper avaient amené le trouble dans son propre esprit au point de le faire lancer un sortilège dans le dos d’un adolescent capricieux, Heather allait finir par se retrouver avec un puzzle sans reliefs ni bords. Plutôt que de laisser le brouillard s’installer avec la réserve, Octave savait qu’il devait remédier au malaise en premier en ouvrant une porte qui lui appartenait. L’air grave mais la bouche prévenante et calme, il lui déclara alors d’un ton appliqué : « Tu as probablement des questions. Certaines appartiennent à Schepper, parce qu’on s’est croisés cet été dans des circonstances semblables à celles de la… Sibérie. Mais je peux en attendant répondre à celles qui me concernent, si tu le souhaites. » D'une voix plus résignée encore, il ajouta : « Mais si finalement de circonstance tu ne veux plus m'adresser la parole... laisse moi juste te ramener jusqu'à ton lit et accepte au moins que tu n'es pas en état de marcher. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Lun 5 Fév 2018 - 21:09

- Si tu préfères rester avec un meurtrier, c'est ton choix. Mais rassures toi, Heather, il a le sens du détails pour ce qu'il s'agit de faire "oublier" des choses. Le problème c'est que sous ses doigts, tu finis par en oublier de même de respirer.

Meurtrier. Le mot était d'une précision si saisissante que Heather ne put s'empêcher de poser de nouveau son regard sur Léon. Elle cligna des yeux une fois, deux fois, regardant son dos s’éloigner à une vitesse fulgurante, son petit discours tournant en boucle dans l'esprit embrouillé de la verte et argent. Quelques instants auparavant, la discussion portait autour d’un pin’s quelconque, une conversation dont le sens en était toujours absent pour la jeune femme, avant de prendre des proportions colossales, l’accusation flottant lourdement dans l’air. Mais de quoi parlait-il bon sang? Et bien que la réponse à sa question était fort intrigante, l’accusateur avait fui la scène à la dérobé, laissant la brunette avec des points d’interrogation plein ses yeux noisette, ceux-ci se posant lentement sur l'accusé en question. Elle savait bien évidemment que Octave n'était pas un simple bibliothécaire, le voyage inattendu en Sibérie avait prouvé ce point déjà, mais l'appellation utilisée par Léon était d'un tout autre niveau, avertissement clair qui n’était destiné à nul autre que la jeune fille. Sa tête se remit à tourner, l'information envahissant son esprit et se mélangeant à tout ce qu'elle avait vécu lors des dernières heures, ajoutant une couche de complexité à laquelle elle se serait bien passée. Pourquoi tout devait toujours être si compliqué ? Une fatigue profonde s’effondra sur ses épaules, ajoutant à l’épuisement excessif qui emprisonnait son corps et son âme depuis la fuite, ajoutant aux effets relaxants de l’alcool qui avait poursuivi son chemin dans ses veines. L’arrivée de Léon en elle-même n'aurait pas été déplaisante si elle ne s'était pas accompagnée d'insultes et brusqueries, refroidissant aussi rapidement que le détraqueur l'atmosphère entourant l’incongru trio. Ajoutez à cela la description bien particulière utilisée pour décrire Octave et la recette était complète pour une situation incompréhensible où les émotions se chamaillaient, et des questions sans réponse évidente se créaient.

Sa main se retrouva orpheline de nouveau, le bras du bibliothécaire, sur lequel elle avait prise appui quelques instants plus tôt, acceptant sans hésitation l’offre silencieuse qu’il lui était proposé, s’extirpant de sa prise légère. Elle suivit du regard l’adulte, le regardant faire quelques pas dans un semblant de poursuite avant de s’arrêter nettement. Avec regret, elle réalisa qu’elle ne pouvait pas apercevoir le visage de l’homme, la curiosité pointant malgré tout le bout de son nez : que pensait-il du mot utilisé pour le décrire ? En était-il offusqué, en riait-il de par son absurdité ou était-il en colère que la vérité soit révélée? Muette, la serpentard observa son dos rigide, refusant de briser le silence lourd qui voltigeait dans l’air, ses bras se logeant par réflexe autour de son corps intoxiqué. Elle ferma quelques instants les yeux, chérissant l’ombre d’un moment la noirceur qui envahissait son regard éteint, repoussant tous ses questionnements au fond de son esprit, sachant qu’elle n’avait ni la force ni les capacités d'analyser convenablement tout ce qui venait de se dérouler devant elle. Ses yeux se perdirent au loin et elle lâcha un léger soupir, la fatigue reprenant le dessus sur son être barbouillé tandis qu’Octave revenait près d’elle, ayant abandonné l’idée de poursuivre Léon. La pression d’un bras passant sous ses genoux ramena la vipère au présent, son visage légèrement paniqué tournant rapidement vers l’adulte qui la souleva dans les airs, le cri de surprise qui voulut s'échapper de ses lèvres closes mourant dans sa gorge sèche. Progressivement, son coeur se calma, reprenant un rythme lent, son corps se relaxant doucement, la chute qu’elle avait imaginé n’arrivant finalement pas. L’épuisement reprit le dessus sur sa panique passagère et elle laissa tomber sa tête sur l’épaule de l’homme, ses yeux se fermant doucement tandis qu’elle se laissait transporter.

- Tu mériterais que je te passe par-dessus mon épaule comme un sac de farine, mais j’ai peur que tu ne vomisses dans mon dos.

La brunette émit un son évasif, n’approuvant et ne réfutant rien du reproche énoncé, les yeux toujours clos alors qu’une légère grimace s’étirait sur ses lèvres fines : l’image illustrée n’étant pas des plus agréables ou élégantes à s’imaginer. Heureusement pour elle, le mal de coeur n’avait toujours pas gratifié la serpentard par sa présence, un petit miracle que la vipère chérit, un rayon de soleil parmi la tempête d’incidents. Bien qu’elle avait encore le contrôle sur son estomac, son dernier repas toujours bien en place au creux de son ventre, elle garda l’information pour elle, refusant d’avouer qu’elle n’était pas sujette à la nausée. Après tout, elle était confortable, alors pourquoi risquer de se retrouver la tête vers le bas ? Elle haussa légèrement des épaules, répondant, sans réellement en être consciente, à sa propre question mentale.

- Je n’ai pas accès à votre salle commune. Je peux te ramener juste devant la porte si tu le souhaites, même si te laisser seule n’est pas quelque chose qui m’enchante spécialement. Et Schepper a raté l’occasion d’être ton guide à ma place. Un passage à l’infirmerie s’impose de toute façon ; j’aurais préféré t’y laisser sous surveillance, mais je comprendrai si tu ne veux pas. Je peux aussi te laisser ma chambre si tu ne veux pas décuver devant des spectateurs. A toi de voir.

La jeune fille grimaça à la mention de l’infirmerie. Elle voyait clairement dans son esprit les murs blancs formant la salle, les lits métalliques s’étendant de chaque côté de l’allée centrale, la matrone se pencha sur elle pour l’examiner une énième fois depuis son retour au château. La serpentard n’avait plus besoin d’être dans l’un de ces fameux lits blancs pour s’imaginer l’odeur des potions et des désinfectants qui parfumaient le lieu en tout temps au point que même l’odeur s’élevant du plateau de nourriture était difficile à distinguer. Comme à chaque rentrée, elle avait effectué son passage habituel à l’infirmerie, sachant que d’éviter le lieu n’apportait plus rien, Madame Pomfrey s’assurant de la rencontrer sans faute depuis sa deuxième année. Heather n’était pas idiote, elle savait que l’infirmière n’avait pas gobé les multiples histoires qu’elle avait racontées pour expliquer ses différentes blessures : débouler les escaliers, tomber du module de jeux du parc de son quartier, et plusieurs d’autres. Le regard qui s’était posé sur le petit corps d’once ans qu’elle possédait lors de sa première rencontre avec la dame avait révélé que cette dernière n’y croyait pas un mot, les lèvres se pinçant sur son visage adulte tandis que la nouvellement serpentard tentait d’éviter le sujet qu’elle redoutait d’aborder depuis l’arrivée de sa lettre. L’infirmière avait posé des questions, tentant de soustraire l’information du petit bout d’enfant qui refusait de déroger de son histoire incrédule, sachant dur comme fer qu’elle payerait cher son retour à la maison si un membre du personnel investiguait un peu trop la maisonnée Trown. L’enfant blessé ne sut jamais ce que l’infirmière avait fait de son cas ; elle n’avait reçu aucune visite de son directeur de maison ou d’un tout autre membre du personnel, laissant l'anguille bien camouflée sous sa roche. Mais depuis, immanquablement, l’enfant était attendue de pied ferme au sein des quatre murs blancs, un éventail de potions passant des mains adultes à celles de la petite chose qu’on appelait enfant, un sortilège de diagnostique passant sur son corps avant qu’elle puisse retrouver sa salle commune, refusant catégoriquement d’y passer la nuit malgré les indications contraires de la matrone renfrognée. Bien que le tout était réalisé en silence, les deux figures féminines sachant que les paroles ne servaient à rien, le visage de l’adulte était un livre ouvert sur lequel la plus jeune pouvait lire la désapprobation de son silence et la protestation muette de son refus à rester dans l’un des lits proposés, et chaque année était la même chose. Le même rituel s’était déroulé en septembre lors de son retour le plus récent au sein du château et trop peu de temps s’était écoulé pour que la serpentard ne souhaite affronter la matrone de nouveau, les yeux réprobateurs toujours bien ancrés dans son esprit. D’un souffle, elle murmura, la voix empreinte d’une sincérité que l’alcool continuait de promouvoir :

- N’importe où sauf l’infirmerie… j’y vais déjà trop souvent, elle va encore me jeter ce foutu regard et elle va tenter de me garder comme à chaque rentrée.

La fin de sa phrase sonna plaintif, un ton qu’un enfant utiliserait lorsque forcé à manger l’horrible légume vert qui s’était logé dans son assiette, mais l’ébauche de la jeune femme qu’elle était normalement ne s’en préoccupait guère. Elle refusait de revoir ces affreux murs blancs et de sentir sa peau brûler sous le regard de Madame Pomfrey, et si cela rimait avec dormir dans un lit étranger ou sur l’un des divans de la salle commune, ayant un léger doute qu’elle n’aurait pas la motivation ou la capacité de se rendre à son lit, then so be it. Elle se demanda l’ombre d’un instant pourquoi elle ne s’était pas révoltée à l’idée de dormir dans un lit autre que le sien, se débattant dans les bras la soutenant dès l’offre communiquée afin de prouver son désaccord. Elle aurait normalement exigé d’être déposée au sol, son caractère explosant à être prise de la sorte, demandant de rejoindre le confort de sa salle commune et la tranquillité de son lit à baldaquin entouré de rideaux verts émeraudes. Mais elle ne disait rien, reposant dans les bras forts, une petite voix murmurant qu’au final, ce n’était pas la première fois ce mois-ci qu’elle dormirait dans un lit étranger, accompagnée de la personne même qui lui avait proposé refuge quelques minutes plus tôt. Il avait quelque chose de libérateur à ne se soucier de rien, à se laisser guider sans penser à chaque détail, à laisser le choix à quelqu’un d’autre : c’était un si sentiment étrange, bizarrement familier, mais drôlement agréable. La couleuvre avait l’habitude de tout analyser, d’observer et de toujours vouloir tout contrôler, refusant de croire que le hasard faisait bien les choses, son esprit tourbillonnant toujours, sans répit. Mais cette fois-ci, le calme résidait et la jeune femme refusait de perturber la tranquillité, craignant de réveiller le trop-plein d’émotions qu’elle avait enfoui. Le détraqueur, Léon, son père… les émotions bougeaient lentement sous la surface, prêtes à revenir à la charge à la moindre opportunité.

- Tu as probablement des questions. Certaines appartiennent à Schepper, parce qu’on s’est croisés cet été dans des circonstances semblables à celles de la… Sibérie. Mais je peux en attendant répondre à celles qui me concernent, si tu le souhaites. Mais si finalement de circonstance tu ne veux plus m'adresser la parole... laisse moi juste te ramener jusqu'à ton lit et accepte au moins que tu n'es pas en état de marcher.

- La Sibérie… , elle répéta lentement les mots, chaque syllabe roulant sur sa langue au ralenti, comme lorsqu’on tentait de se souvenir d’une réminiscence qui nous échappait profusément. Un drôle de sourire s’étira sur ses lèvres, vision étrange sur son visage tiré, un contraste flagrant avec les événements si dramatiques qui avaient peuplé la dernière heure. Son esprit divaguait, relaxant alors qu’elle reposait mollement dans les bras de l’homme, se laissant guider elle ne savait où. D’une voix teintée d’ironie, vague rappel de son attitude habituel lorsque des vapeurs d’alcool n'envahissaient pas son esprit, la brunette murmura : Il a du te faire une belle fiancée… un peu grande par contre, non ?

Et alors qu’une partie d’elle rigolait intérieurement à l’image d’un Léon vêtu en robe, assis sur les genoux d’Octave, son esprit lui rappela qu’au final, ce dernier n’avait rien nié de l’accusation. Doucement, Heather ouvrit les paupières, fixant le visage quelques centimètres plus haut que le sien, son sourire se fanait alors que le sérieux de la situation reprenait le dessus. Des questions, elle en avait plusieurs, la majorité s'adressant à son ami qui avait fui la conversation en lâchant l’accusation, révélant qu’une histoire liait les deux hommes, un mystère dont elle ne connaissait aucun détail. Mais Léon avait fui et Octave était resté, offrant de jeter une mince lumière sur l’obscurité entourant l’avertissement du vert et argent. Devait-elle réellement craindre l’homme qui l’avait déjà ramené sain et sauve à quelques reprises ? Après tout, meurtrier ou non, cela ne changeait pas grand chose. Elle-même planifiait un meurtre, préparait les détails du plan qui mènerait finalement Jake à sa perte, qui le ferait disparaître de la surface de la Terre une bonne fois pour toutes. Elle le tuerait et elle le savait : l’accusation que le bibliothécaire avait reçue, elle la porterait aussi un jour. Meurtrière. Stoïque, les yeux brûlants, la brunette se décida finalement à poser la seule question qui lui semblait pertinente, sa voix étrangement vide d’émotions, chirurgicale :

- La personne que tu as tuée... elle le méritait ?

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 7 Fév 2018 - 19:11

A quel point était-elle soûle ? A quel point se souviendrait-elle de quoi que ce soit le lendemain ? Que comprenait-elle exactement maintenant ? Avec ses genoux tremblants, elle s’était vu rétrograder au rôle de l’enfant qu’il fallait prendre par la main pour palier à son manque d’autonomie. Son corps même ne lui répondait plus tant son esprit somnolait et Octave était prêt à n’accorder que très peu de crédibilité aux paroles qu’un tel cerveau saurait débiter dans le noir. S’il y avait bien quelque chose pire que d’être soûl, c’était d’être sobre avec quelqu’un de soûl. Il regrettait presque son endurance au whisky, les trois quatre pauvres lampées qu’il s’était faites n’ayant nullement suffit à ne serait-ce qu’oxyder quelque chose dans son cerveau, la lucidité restante étant revenue en un claquement de doigt avec l’intervention de sa mère. Il aurait préféré quelque part être dans le même état confortable qu’Heather, s’évitant les inconvénients d’être sérieux. Pourtant, alors que l’étudiante s’endormait presque dans ses bras, il fallait bien redoubler de circonspection pour compenser. On avait déjà profité de son inconscience relative lorsqu’il avait bu, tout comme il avait usé et abusé de l’ivresse d’autrui pour satisfaire son égoïste ; ça l’avait rendu excessivement prudent. Il tendait maintenant à ignorer la petite créature recroquevillée qu’il tenait solidement contre son torse, mais elle causait sans se débattre, à se méprendre, complètement consciente. Octave baissa la tête pour la couver et vit d’un coin qu’elle avait fermé les yeux dans le creux de son cou, où son souffle s’alanguissait si bien. Au moins, avait-elle eu la sagesse de le laisser faire sans se débattre. Les souvenirs malaisants de la Sibérie revinrent à l’instant où il se dit éventuellement commettre une maladresse, le saisissant d’une honte révolue. Schepper était tellement plus désigné pour ce rôle ! Bon sang ! Octave se raidit entier, soudain soucieux de ne pas importuner ou d’avoir un geste risquant la réprobation à l’avenir, ne voulant surtout pas qu’Heathe le pense mal intentionné.  Il fut tenté de la traiter en objet muet, mais le bavardage était inévitable, même si éventuellement sans grand intérêt, car mené par deux esprits dont l’un était tout pété.

- N’importe où sauf l’infirmerie… j’y vais déjà trop souvent, elle va encore me jeter ce foutu regard et elle va tenter de me garder comme à chaque rentrée.

Son premier réflexe fut de refreiner l’envol de son entendement, mais la machinerie était bien huilée et avant qu’il n’ait eu le temps de se museler, son inconscient actif glissait déjà des mots dans sa bouche et des déductions à sa pensée. Il n’eut cependant pas à faire semblant d’être désintéressé, car ils remontaient l’escalier qui menait au premier étage et Octave dut déployer des merveilles de prudence pour lorgner dans les couloirs à peine éclairés qui se déployaient en labyrinthe de chaque côté. Il s’était même arrêté de respirer pour mieux entendre les échos de pas ou de voix, avec un souvenir vaguement amusé pour les fois où il était rentré beurré comme une biscote en essayant de ne pas réveiller sa mère. Il finissait toujours par avoir un fou rire à cause d’un craquement de planche lui rappelant un quelconque bruit animalier, souvent dénué en vérité de tout ressemblance tout autant que de véritable trait d’humour, mais l’alcool lui donnait le rire facile, pour ne pas dire sans intérêt. Il rampa en se dévissant le cou, son esprit lui bredouillant déjà des excuses à servir en cas d’intervention imprévue de la part d’inspecteurs.

Lorsque le calme fut assuré, Octave eut un regard compatissant envers la jeune femme -sentiment qu’il tenta de cacher dans l’ombre que ses cils abattaient sur ses yeux. Les mots n’avaient pas disparu, quelle que furent ses tentatives pour mettre ces aveux sur le compte de l’ébriété. Il craignait d’en tirer des conclusions hâtives, car les possibilités n’avaient rien de bon, ni de particulièrement encourageant. Encore. Encore lui jeter ce foutu regard. Heather était de ceux qui pouvaient tout supporter, sauf la pitié. Et il n’y avait pas grand-chose qui pouvait susciter la pitié d’une infirmière expérimentée comme Poppy Pomfresh, à part l’impuissance face à une obstination aveugle. Octave sentit sa mâchoire se serrer et la musculature joua sous sa peau, invoquant des moues tendues sur son visage. Heather nécessitait d’un suivi médical constant. Ou ne bénéficiait-elle pas des soins adéquats à la maison ? L’enserrement douloureux et involontaire qui avait ponctué la fin de sa phrase d’un gémissement démuni fendit la retenue du bibliothécaire qui, imaginant son petit corps souffreteux et plus fragile que de coutume, remonta ses bras pour la porter haut contre soi, pressant ses larges bras pour l’envelopper davantage. Et elle osait être soûle ! Le naturel désarmant des émotions désinhibées le rattrapa, alors que Heather, consciente de rien, plaisantait déjà sur ses fiançailles avec Léon. En proie à un sourire béat et pour le moins stupide, la jeune femme s’émerveillait d’un souvenir laborieux comme s’il fut le plus précieux. Mais au bout, il n’y eut que de l’ironie :  

- La Sibérie…  Il a dû te faire une belle fiancée… un peu grande par contre, non ?
Octave eut un rire de gorge, un sourire plissant le coin de ses yeux, tandis qu’il avançait lentement dans le long couloir qui menait à l’infirmerie.
« Comment tu oses supposer ça jeune fille ? Schepper n’était rien de plus que mon valet. De fiancée, je n’ai et n’aurai que toi. »

Il voulut lui sourire narquoisement pour souligner sa fidélité cocasse, mais remarqua en baissant les yeux que son visage s’était figé, perdant cet air hagard qu’avaient les esprits flottants dans le vide. Elle s’était manifestement raccrochée à quelque chose qui ramena sa lucidité suffisamment pour faire briller ses yeux d’une intelligence prenante. Il redressa la tête aussitôt qu’il la vit inquiète, mais la brûlure de son insistance lui pesait comme une ombre. Ainsi qu’elle le faisait toujours, la plaisanterie révéla son fond de vérité, troublant et irrésolu, qui demandait sa part de gravité. Pourtant, la proposition tenait, quand bien même se sentit-il mal à l’aise d’avoir glissé sur la pente du mot d’esprit facile. Il avait l’impression de ne pas en avoir le droit, comme tout accusé à qui l’on demande de garder son sérieux pour se défendre. Le silence s’éternisa néanmoins au rythme de ses pas feutrés qui s’absorbaient sur l’épais tapis du couloir. Etait-ce la réticence réprobatrice qui la gardait mutique, ou bien le songe d’une question appropriée, comme lorsqu’on choisit soigneusement ses mots pour quémandait un souhait sur trois ? Elle le regardait et Octave sentait une sorte de sollicitude, quêtant une vérité, l’explication d’un état de choses inexplicable, dont la résolution risquait de leur être fatale, comme elle l’était toujours lorsque des valeurs se trouvaient en rageuse contradiction.

- La personne que tu as tuée... elle le méritait ?

Les mots lui semblèrent lourds, plombés, et ils tombèrent entre eux en faisant un tel boucan qu’Octave ne répondit rien pendant un moment, non pas pour préserver le mystère ou pour réfléchir, mais parce qu’il fut troublé par la droiture sans détours de la question. C’était de bon jeu, cependant. Il y avait des cas où l’orgueil ne craignait pas la catégorisation, souvent par fierté, mais aujourd’hui Octave plia légèrement face à l’honnêteté. Non pas qu’il eut craint de se trahir en répondant coupable, mais Heather avait transformé sa responsabilité en mérite, comme si la raison importait d’avantage que le résultat. Il peinait à se dédouaner en ce titre, cela ne lui semblant pas correcte d’avoir l’âme tranquille malgré le sang. Avant qu’il n’ait pu prétendre à quoi que ce soit, à mesure qu’ils s’approchaient de l’infirmerie, l’étudiante se transforma soudain en anguille et se mit à se débattre en poisson hors de l’eau, faible, mais glissante entre ses bras. Octave la mate aussi bien qu’il le put et sur le point de perdre l’équilibre, en essayant de ne pas faire de bruit, avant de chuchoter rageusement :

« Je ne t’y emmène pas ! Mais il faut que je récupère quand même quelque chose pour ta gueule de bois ! »

L’explication mit du temps à satisfaire la jeune femme, qui, cambrée, retrouva lentement sa mollesse de pocharde. Le bibliothécaire fit encore quelques pas et la posa près d’un mur, pour qu’elle puisse mieux se retenir. Lui jetant un long regard sans équivoque pour la mettre en garde de ne pas suivre les élans folichons de son imagination, il rejoignit la porte de l’infirmerie, devant laquelle il se figea un moment. Etait-elle de garde cette nuit ? Il craignit de se présenter sous un mauvais jour, mais bien vite advint la réalisation qu’elle devait encore être en mission, dans un endroit dont il ne devait connaître ni le nom, ni la localisation. Elle disparaissait souvent ces derniers temps, laissant à sa contemplation qu’une chambre froide et vide lorsqu’il désirait la retrouver. Octave posa sa main sur la porte avec l’espoir presque insensé de la retrouver derrière, sachant d’avance que c’était un désir allant à l’encontre de son propre entendement. Elle n’était pas là, hélas. Pas besoin de se sentir coupable, à part peut-être de boire sans oser le lui avouer. Le regret advint, silencieux. Il aurait aimé avoir l’occasion de se sentir honteux, s’il fallait que ce soit le prix à payer pour la voir, plutôt que cette absence perpétuelle. Il soupira, déçu de son impatience, puis se racla la gorge avant lâcher un rot à relent de bourbon. Il dut tant se forcer qu’au moment d’éructer, il faillit vomir, mais l’effet escompté était là : il puait l’alcool maintenant. Nul besoin de compassion, ni d’humour, simplement que Poppy lui refile tout ce qu’il demandait dans l’espoir de s’en débarrasser aussi vite que possible.

Il entra dans l’infirmerie, le pas légèrement titubant, les yeux fuyants et voilés, appelant d’un chuchotement qui se perdait dans la revendication par manque de retenue :
« Pomfrey, Pomfrey, bo burfrey, Banana fana, for fifrey, fe fi for fifrey ! Pomfrey !... Pardon. »
Elle s’était précipitée sur lui en fumant comme une locomotive avec un strident « Shhhhhh ! » étouffé tout du long. Pour l’excéder davantage et prouver son infernale désinhibition, il enchaina en susurrant, évitant par torsion du cou les mains qu’elle essayait de lui plaquer sur la bouche dans l’espoir de le faire taire :
« A little trick with dick, dick Dick bo dick, Banana fana for fick, Fe fi mo mick, DICK !
- Holbrey ! » frémit-elle d’indignation « Des élèves dorment ! Qu’est-ce que tu veux, des vitamines ?
- S’il-te-plait, et quelque chose pour demain, le mal de tête… Merci. »

Hoqueta-t-il sous le regard réprobateur de la noble dame. Elle maugréa quelques blâmes à son encontre, mais son nez se fronça en sentant une sérieuse vapeur d’alcool et elle l’abandonna à condition qu’il reste silencieux et ne réveille personne. Pour s’assurer, le regard soudain vif, Octave vogua sur les horizons, sans y voir de belle créature à blonde chevelure, et son cœur mourut une deuxième fois.

« Elle n’est pas là.
- Qui ça ? »
S’exclama-t-il stupidement. Pomfrey lui jeta un regard qui n’était pas dupe et, sans répondre à l’évidence qu’ils connaissaient en surface tous les deux, elle lui tendit un petit paquet ficelé.
« N’oublie pas de boire. De l’eau. »

Octave la remercia une fois, deux fois, bredouillant des bribes parfois indistinguables, puis s’esquiva avec le paquet entre les bras. Fermant soigneusement la porte, il s’attarda sur les corridors noirs et, Merlin soit loué, toujours vides. Rejoignant Heather dans le creux de la nuit, il lui tendit les denrées de l’infirmerie pour qu’elle les conserve, mais ne reprit pas tout de suite sa charge. Au lieu de cela, il la regarda attentivement, jaugeant à travers cette frêle silhouette impuissante et malade l’étendue de sa propre vie. Il semblait nécessaire de l’avoir en face pour répondre correctement à sa question, mais en vérité il avait peur de ce qu’il oserait lui dire et ressentait le besoin contraignant de la regarder dans les yeux pour parler sans excès. Ne sachant pas pourquoi, peut-être par justesse, il rassembla en sa mémoire des nuits étranges, sans morale, suivies par des matins tout languissants de plaisir et de soleil, et s’en fit, à ce peu glorieux bibliothécaire dépité, qu’un froid hommage vindicatif, car il dédaignait progressivement ce passé malveillant. Il porta ses deux mains à son visage, qu’il frotta sans volonté, comme pour se prendre à témoin du lâche abandon que son caractère faisait de ces instants où il trouvait moyen de vivre en accord avec sa barbarie. Ses bras tombèrent et Octave crut tenir un fil :

« Serait-ce davantage un péché véniel s’il était mérité ? Et à quel degré de valeur exacte peut-on prétendre au bien en commettant un meurtre ? Il ne manquerait plus que chacun marche gaiement au crime sous la bannière de son saint ! »

Il s’était doucement révolté contre elle, mais c’était en vérité à son propre égard qu’allait la petite colère. En disant cela, il reconnut dans sa voix le ton qu’il adoptait lorsqu’il cherchait à convaincre un client de valider un projet dont il ne voulait pas. Il était en train de vendre, s’accrochant aux mots pour les retourner dans tous les sens jusqu’à perdre le fil de la conversation. Alors il se tut assez brutalement et s’observa dans les yeux de la jeune femme, pour se rendre compte qu’il cherchait encore par tous les moyens d’incriminer un passé dont il avait déjà essayé de lâchement discréditer l’importance afin se sentir plus tranquille. Mais la solution était toujours d’accepter sans nier. Octave soupira et baissa ses yeux au sol avant de répondre franchement, choisissant très soigneusement ses mots, ce qui rendit sa parole aussi mesurée qu’un effort laborieux :

« Elle ne le méritait pas et je ne l’ai pas tué. » Il insista sur la conjonction de coordination, car sans ce « et », la phrase aurait pu être tout autre. L’importante fut de souligner que le meurtre n’avait pas été évité par manque de mauvais mérite, mais que les intentions du bibliothécaire et la vertu de la victime n’avaient aucun rapport, ni en soi, d’importance. Plutôt que de se sentir petit, Octave fut lâchement soulagé d’un tel dénouement en son avantage, finalement, quoi qu’uniquement sur les mots, car coupable, il l’était quand même, mais de moins. Ca, en revanche, il n’était pas prêt à l’avouer : sa manière de châtier lui appartenait et il n’en démordait pas. « Que du réconfort ennuyeux pour ce soir. »

Conclut-t-il finalement avec un sourire presque navré de n’avoir aucun secret scabreux à révéler à la belle, qui tanguait comme une ballerine sur un sol mou. En y songeant, c’était presque décevant d’avoir en conclusion cette bravoure alors que Léon l’avait grassement taquinée avec des mots prometteurs. A n’en point douter, il y avait beaucoup d’histoires qu’Octave était en mesure de glisser sous les mots usés, et tant d’autres encore… Doucement, comme s’il soulevait un bouquet de fleurs fragiles, il passa à nouveau ses bras sous le corps gracile de l’étudiante et, dans un mouvement de balancier, la cala haut contre soi. Il fallait y aller maintenant, mais aller où ? Il se rendit compte qu’elle n’avait pas répondu à sa question, reléguant les délibérations morales sur lui. D’exaspération, le bibliothécaire releva la tête vers le plafond, étouffant un râle de poitrine, la soûlarde lui paraissant soudain beaucoup plus lourde qu’elle ne le fut en réalité. Mais il fallait avouer qu’il ne lui faisait pas assez confiance pour la laisser devant l’entrée de la salle commune des Serpentards, devant laquelle elle risquait de simplement s’endormir par paresse. Merlin sait quand quelqu’un allait la retrouver dans ce cas-là. Et qui, surtout. Ca lui sembla être un raccourci facile, une excuse bien faite, mais pour quoi au juste ? Lui épargner un mauvais coup ? Depuis quand avait-il besoin d’excuses pour refuser l’accès en son précieux espace vital à de sombres inconnus ? Tant pis, qu’on l’accuse. D’un pas trainant, Octave longea finalement le couloir en direction des lourdes portes de la bibliothèque.

« Je parie que tu n’as rien mangé, par-dessus le marché. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 8 Fév 2018 - 4:04

La toile fut tout ce qu’il lui fallu pour comprendre où ils se rendaient, située au tout début du long couloir menant aux portes de l’infirmerie, posée sur le mur agençant la cage d’escalier. Elle connaissait l’oeuvre d’art par coeur, s’étant arrêtée maintes fois par le passé pour l’observer, cherchant à prolonger d’une quelconque façon l'inévitable visite médicale et le regard de la dame qui accompagnait sans faille cette rencontre. La peinture en soit était d’une simplicité naturelle, dépeignant une clairière entourée d’arbres sombres, un rayon lumineux traversant les nuages ténébreux couvrant le ciel, illuminant le petit bassin d’eau qui trônait au centre des herbes sauvages. Ni animaux, humains ou créatures n’étaient présents, que la nature à son état pure, régnant sur le paysage par sa beauté sauvage. Par le passé, la sérénité représentée par la toile avait réussi à calmer le coeur battant de la serpentard, retrouvant la nonchalance qu’elle s'efforçait de démontrer lors de chacune de ses confrontations avec la matrone, lui offrant le moment dont elle avait tant besoin pour se recentrer intérieurement et masquer le pas boitant, la grimace douloureuse ou qu'importe les blessures qu’elle avait qui, elle savait, ferait froncer davantage les sourcils de l’infirmière lors de son arrivée. Mais à cet instant, l’effet fut l’inverse, les yeux de la vipère s’agrandissant à la vue de l’oeuvre dont elle avait déjà tracé les coups de pinceau de son doigt fin, mémorisant chaque imperfection de la peinture à l’huile qui avait été utilisé pour donner vie à la toile. Aujourd’hui n’était pas la rentrée scolaire et la visite à l’infirmerie n’était pas une obligation à laquelle elle ne pouvait pas déroger, au contraire, celle-ci était improvisée et son coeur s'accélèra à l’idée de s’y retrouver de nouveau. Animée par sa protestation mentale, la jeune Trown posa une main sur le torse de l’adulte, poussant de toutes ses forces, aussi petites soient-elle, afin de se déloger des bras forts, son corps s’activant à trouver une faille dans l’étreinte qui la maintenait contre l’homme, un petit “non” s’échappant de ses lèvres rosées. Elle poussa, s’agita, se tornionant dans tous les sens, espérant réussi à sortir du berceau qu’était les bras d’Octave comme on passerait par-dessus bord d’un bâteau, fuyant le naufrage du navir. Il pouvait se rendre à l’infirmerie si le coeur lui en disait, mais c’était sans elle ! Elle préférait dormir sur la pierre froide d’un corridor que de retrouver les murs beaucoup trop blancs de la foutue salle.

- Je ne t’y emmène pas ! Mais il faut que je récupère quand même quelque chose pour ta gueule de bois !

Le chuchotement frustré atteint ses oreilles, ralentissant lentement les mouvements de la couleuvre déchaînée qui leva les yeux vers le propriétaire de la voix. Disait-il vrai ou était-ce simplement une tactique pour la calmer le temps de l’abandonner sous la tutelle de la médicomage ? Elle fronça les sourcils, jetant un dernier coup d’oeil à la toile qui disparaissait au loin, remuant la phrase de l’homme dans son esprit, mais elle n’eut aucunement le temps de conclure ses pensées embêtées, qu’elle était déposée au sol à quelques mètres de l’entrée tant redoutée. Chancelante, elle appuya son dos contre le mur de pierre, frissonnant légèrement à la froideur de la roche qui traversait les pans de son manteau sale, soutenant le regard long que l’homme lui jetait avant de disparaître. Les couloirs étaient sombres et silencieux, témoignant de l’absence d’élèves ou d’inspecteurs rodant les alentours, rassurant la brunette que de rejoindre la fameuse peinture était sans danger imminent. La vipère fit quelques pas, puis s’arrêta nette dans son effort, étourdie par le peu de distance qu’elle venait de parcourir. Un léger rire s'échappa de ses lèvres à la stupidité de la situation et elle rejoint rapidement sa position initiale contre le mur, se laissant glisser vers le sol, les jambes pliées sur le côté. Fermant les yeux de nouveau, tentant d’apaiser le tournis qui avait repris de plus belle, la brunette appuya sa tête contre la pierre, posant douloureusement les paumes de ses mains sur ses paupières brulantes. Elle frotta ses globes oculaires jusqu'à en voir des picots blancs, relâchant qu’à ce moment la pression, les hallucinations visuelles flottant tranquillement devant ses yeux. Le sol semblait étrangement confortable et l’ombre d’un instant, la verte et argent eut l’envie de se laisse tomber sur le côté et de reposer son corps fatigué contre le plancher, fermant finalement pour de bon ses yeux rouges, mais le retour de l’homme la sortit de sa rêverie et elle leva la tête vers lui, se tordant le cou vers le haut pour l’observer. Désarticulée, Heather se releva du sol, s’aidant fortement du mur, retrouvant l’instabilité de ses deux jambes minces tandis qu’elle s’emparait du paquet qui lui était tendu, admirant la douceur de la petite poche noire en velours qui contenait les potions offertes. Captivée, elle tâta le tissu, coinçant une partie de l’étoffe entre son pouce et son index, laissant le velours glisser tranquillement entre ses deux doigts avant de presser sa paume complète contre la poche, s’éxaltant de la texture délicate et gracieuse qui se mouvait sous sa peau. Rougissant légèrement à la réalisation qu’elle s’était perdue dans l’admiration d’un bout de tissu, la jeune Trown revint à la réalité, posant de nouveau son regard sur son accompagnateur qui frottait son visage sans réel vigueur. Elle penchant légèrement sa tête sur le côté, intriguée par l’expression étrange couvrant le visage du bibliothécaire. À quoi pensait-il donc ? Allait-il finalement se révoquer et l’abandonner aux soins de Madame Pomfrey ? Ignorant de l’esprit soucieux de la serpentard, il prit finalement la parole, un ton légèrement châtiant colorant ses propos :

- Serait-ce davantage un péché véniel s’il était mérité ? Et à quel degré de valeur exacte peut-on prétendre au bien en commettant un meurtre ? Il ne manquerait plus que chacun marche gaiement au crime sous la bannière de son saint !

La jeune femme fit un léger mouvement vers l’arrière, son dos rencontrant de nouveau le mur, surprise par la direction de ses pensée, la question qu’elle avait oublié avoir posée revenant finalement sur la table. Des grands mots au sens si philosophique sortirent de sa bouche, évitant finalement de répondre à sa question en exposant un dilemme moral qui au final n’était qu’un idéalisme que le monde avait construit, jouant sur le mérite du meurtre qu’elle avait insinué. Un meurtre était-il réellement toujours fondamentalement mal ? N’y avait-il jamais une raison assez bonne pour assassiner un être même si ce dernier n'apportait que malheur et souffrance ? Après tout, à même le cours d’histoire de la magie, il était enseigné que Egbert s’était mérité le surnom Le Magnifique après avoir tué Emeric le Mauvais, sorcier ayant terrorisé le peuple anglais, et pourtant un meurtre avait été commis. Alors, quand est-ce qu’un meurtre pouvait être expliqué et louangé ? Où la limite était-elle fixée ? La jeune femme se surprenait elle-même qu’autant de questions puissent encore faire leur chemin dans le brouillard d’éthanol qui englobait son cerveau. Clairement, elle n’était pas dans un état lui permettant d’analyser des moeurs ou de répondre aux questionnements philosophiques qu’Octave lui exposait, une grimace gratifiant son visage au reproche qui lui était destiné, la réduisant par le fait même au silence. Elle pinça les lèvres et fronça les sourcils, ses méninges abandonnant le combat nécessaire à simplement faire le sens de ses propres pensées. Que pouvait-elle répondre à cela ? Devait-elle y répondre ou le discours avait-il simplement été rhétorique, tentative d’expliquer un concept beaucoup trop compliqué pour la petite étudiante saoule ? Mais le bibliothécaire ne semblait pas attendre de réponse de sa part, reprenant parole rapidement, énonçant un fait sur toute l’histoire auquel elle ne s’était pas attendue :

-Elle ne le méritait pas et je ne l’ai pas tué. Que du réconfort ennuyeux pour ce soir.

Dire qu’elle ne s’était pas attendue à cette réponse était un euphémisme. Après tout, l’accusation ne laissait aucune place à interprétation, le mot choisi étant d’une précision sans détour, définissant clairement ce dont Léon inculpait le bibliothécaire, mais ce dernier niait le reproche à son égard, en profitant pour répondre à la question initiale de la jeune fille qui perdait finalement tout son sens lorsque le dessein n’était pas celui présagé. Le peu d’informations qu’elle détenait tourbillonnait dans son esprit éclaté, enregistrant à peine le sourire navré qu’il lui était dédié en consolation d’une finalité différente qu’augurée. Elle se laissa prendre de nouveau, déposant paresseusement sa main sur l’épaule de son chaperon, tandis qu’ils reprennaient lentement leur chemin et bien que sa tête se logea de nouveau dans le cou de l’homme, acceptant la chaleur offerte, ses yeux restèrent grands ouverts, observant les alentours, sans réellement enregistrer ce qu’elle voyait. Ses pensées intérieures incessantes se firent interrompre, la voix du bibliothécaire s’élevant une énième fois, abordant un sujet beaucoup moins sensible qu’un prétendu meurtre commis tandis qu’il capturait efficacement l’attention de sa charge, déconnectant Heather du sujet auquel elle s’était accrochée quelques instants plus tôt.

- Je parie que tu n’as rien mangé, par-dessus le marché.
- Si! J’ai mangé ce midi … ou était-ce ce matin ?, un air de concentration envahit le visage de la serpentard, tentant de se rappeler à quel moment elle s’était posée pour profiter d’un repas. Cédant à son manque de mémoire momentané, Heather haussa doucement des épaules, élaborant sur ses habitudes alimentaires afin de prouver qu’il avait tort dans son affirmation : Peu importe, j’ai de la nourriture dans mon sac....

Le reste de sa phrase mourut sur ses lèvres, réalisant enfin que outre la petite pochette de velours qui reposait dans ses mains, son sac n’était plus avec elle et cela, depuis un long moment déjà, oublié sur le bord du lac lors de l’arrivée du bibliothécaire quelques heures plus tôt. L’étudiante gonfla ses joues d’air, imitant avec stupidité un ballon, avant de pousser un long soupire, laissant sa phrase en suspend. Aller chercher la sacoche ce soir était un effort trop faramineux pour que l’envie la gagne et elle reposa de nouveau sa tête sur l’épaule masculine, observant le défilement des couloirs en silence, les portes de la bibliothèque s’approchant rapidement. Ils avaient passé les escaliers menant vers les étages inférieurs il y avait quelques temps déjà, confirmant à la brunette qu’elle ne retrouverait pas sa salle commune de sitôt et que le lit étranger serait finalement son refuge pour la soirée. Étrangement, Octave poussa les portes et pénétra le domaine des livres, s’aventurant entre les allées de bouquins. Comme il en était devenue son habitude, la vipère ouvrit la bouche, murmurant une fois de plus, le fil de ses pensées incongrues :

- Tu vis dans la bibliothèque ? Tu prends ton rôle au sérieux dis donc. Tu dors sur des livres ? C'est pas très confortable, crois-moi, continua-t-elle d’un ton nonchalant, rigolant à moitié à ses questions loufoques tandis que son esprit dérapait de nouveau dans ses fantaisies ridicules. Puis, apercevant la porte tout au fond de la rangée, l’étudiante se ravisa, réalisant qu’elle avait probablement fait fausse route dans ses spéculations niaises, murmurant lentement : Ah non… peut-être pas.

L’homme ouvrit la porte avait autant d'habileté qu’il en était capable malgré la charge qu’il transportait, révélant finalement son antre à l’étudiante, mais celle-ci s’était de nouveau retrouvée au prise par son cerveau dérapant, ce dernier refusant de s'accrocher plus de deux minutes à une seule et même pensée. La nourriture, les livres, cela n’avait aucune importance face à l’énigme qu’elle voulait résoudre : le meurtre qui n'en était pas un. Contrairement au réconfort espéré par Octave, l’énervement montait en elle alors que la curiosité refaisait surface à une vitesse folle, le mystère toujours entier. Et tel Sherlock Holmes lors d'une enquête, les questions se mirent à virevolter dans son esprit, reprenant possession de son esprit éparpillé. Les deux hommes s’étaient rencontrés dans des circonstances douteuses, si la comparaison avec la Sibérie était une indication fiable, alors pourquoi semblaient-ils avoir chacun un souvenir différent de l’incident ? Qui disait vrai et qui disait faux ?

- Pourquoi Léon pense qu'il y a eu un meurtre, alors ?

La question était sortie toute seule, suivant la suite logique de ses pensées, mais dérapant complètement du sujet de conversation, s’échappant du filtre qu’elle avait normalement sur ses paroles. Ses sourcils se froncèrent de nouveau alors qu’elle tentait de comprendre la situation énigmatique entourant le faux meurtre. Elle n’avait pas prévu que sa question mentale sorte de sa bouche, mais son corps semblait avoir une volonté propre, refusant de passer par son cerveau avant d’effectuer une action quelconque. Et encore une fois, la serpentard jura mentalement, réalisant qu’elle parlait beaucoup trop, réaction embêtante qu’elle peinait à restreindre tant son esprit refusait de la consulter avant d’agir. Bien que la question avait été chuchotée, sa rumination intérieure ayant trouvé une voix, la brunette se doutait fortement que l’homme à quelques centimètres d’elle l’avait entendue, détruisant aussi rapidement qu’elle était survenue l’espérance qu’il ne l’aille pas entendu.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Sam 10 Fév 2018 - 1:34

Ce n’était pas comme s’il avait maintes fois tué par plaisir. Il avait fait bien pire, cependant. Pour lui et pour les autres. Quand bien même l’imaginaire collectif tenait davantage en mépris les meurtriers que les tortionnaires, il peinait à faire de ses raisons des excuses satisfaisantes. Cette réticence n’avait pas été provoquée par l’envie de plaire, mais par une indignation tournée ver soi, tandis qu’il avait déjà maintenu sa conscience tranquille en prétendant que les gens pouvaient mériter la mort. C’était certain pourtant, il y avait des individus qu’il valait mieux voir morts ! Mais ça n’avait alors aucun rapport avec la capacité à pouvoir endosser un choix propre. Il y avait bien des fois où même en cas de mérite avéré et absolument désintéressé, porter le poids d’une telle décision promettait un supplice. Quelque part, il aurait préféré ne pas se savoir en être capable, et que demeure ce mystère dans les limbes du potentiel jamais découvert. Aujourd’hui, il savait cependant la force de ses bras et la froideur dont pouvait faire preuve son coeur ; un savoir lourd pour un prix pas toujours évident à porter, d’autant qu’il n’avait pas, à chaque fois, revêtu l’empressement de la nécessité. Par plaisir, non, mais par caprice, peut-être, ce qui était même pire. Octave éprouva un soupir venant du ventre. Innocent maintenant, coupable avant : ce n’était que mentir sur une main au courroux difficile, mais lourd. Et pourtant au fond, mêlée à la tourmente d’avoir été capable du pouvoir de destruction, se dissipait doucement une fierté orgueilleuse d’avoir si bien su dompter sa propre nature, jusqu’à découvrir le meurtre, puis s’en rétracter, non pas par facilité, mais par justesse morale. Ou là encore, se mentait-il pour se combler ? Assumer l’odieux de ses choix n’était pas un acte docile, mais Merlin ce qu’il se sentait intense ! Fort de toute cette cruelle énergie découverte, puis maîtrisée et jalousement tenue en secret comme une dernière carte à abattre. Mais qui ne revenait pas sur ses pas face à l’innocence ?

Dans sa culpabilité rageuse, Schepper avait su toucher quelque chose, faisant vibrer de remord tous les torts passés, et selon la loi carrée de la dispersion d’onde, celle-ci fit trembler son point d’origine davantage que l’horizon, s’amenuisant à mesure de la distance parcourue, vers une enfance qu’il savait amère et fautive, mais sans excès. Et malgré ça, Octave aimait cette incrédulité qui n’osait pas être cruelle, autant dans ce qu’elle s’opposait à lui, que dans la délicatesse d’une nature qui savait penser le pire sans être capable de le souffrir. Octave releva le regard vers les peintures du passé qui ornaient le corridor et à mesure qu’il approchait de la bibliothèque, la pensée qui prenait possession de son esprit n’était autre que Leslie risquait de râler s’il découvrait autre chose que de la solitude entre les draps de la bibliothèque. Cette furie avait la jalousie et les caprices d’une fille, mais la ténacité sans questions d’un homme. Il voulût soudain le revoir pour puiser de sa force sans fond et sans concessions, ressentir encore cette pression dans le coeur qu’il avait en contemplant les êtres véritablement lumineux. Mais avec Heather dans les bras, il risquait l’irradiation mortelle.

Heather baragouinait joyeusement dans son cou et il la sentit y grimacer. La joie des inconscients ! C’était cela qui l’avait maintenu accroché à la bouteille jadis, et il comprenait pourquoi l’étudiante avait si avidement vidé la majorité de la sienne en si peu de temps. C’était un retour aux plaisirs simples et spontanés, que la sorcière se refusait si bien lorsqu’elle était sobre. Il pouvait presque deviner que l’absence de nourriture constante allait en l’avantage de son ébriété, alors pourquoi s'embêter à ralentir le processus d’alcoolisation méthodique avec un estomac bien rempli ! Possible même qu’elle le fasse exprès, alors il n’eut aucune considération sérieuse envers les tentatives de concentration qu’Heather s’évertuait à provoquer sur son visage, dont il sentait les torsions douloureuses et forcées contre son torse. Puis, un haussement d’épaules survint, et le vide.

« Dans ton sac. Tu m’en diras tant… »

Se moqua-t-il sans estime, alors que la ribambelle d’ennuis de cessait de s’allonger. Il allait devoir y retourner, avant qu’il ne pleuve de préférence, courir comme un dératé pour éviter les détraqueurs dans une direction, puis dans l’autre, avec le petit sac plein d’une prétendue nourriture. A tous les coups, c’était de la nourriture de femme, comme une poignée de noix d’acajou, une petite salade de fruits pas mûrs ou pire, un thermos de thé vert. Ah non tiens, il allait envoyer un elfe de maison faire ça à sa place, et avec bien plus d’enthousiasme que ce dont il était capable lorsqu’on lui sous-entendait une tâche. Après l’imitation d’une montgolfière en plein déclin, Heather sembla conclure la même chose au sujet de son sac : qu’il était très bien là où il était pour le moment. Sa tête se reposa à nouveau contre le cou masculin, abandonnant espoir d’être encore productive ce soir, ne serait-ce qu’en degré de bonne volonté, car tout ressortait au final que comme de la mauvaise foi. Octave poussa de l’épaule la massive porte qui les séparait de la bibliothèque et la referma d’un coup identique, faisant douloureusement vibrer les ronds.

- Tu vis dans la bibliothèque ? Tu prends ton rôle au sérieux dis donc. Tu dors sur des livres ? C'est pas très confortable, crois-moi.

C’était en réalité sa solitude qu’il prenait très au sérieux. Il aurait pu s’installer dans les étages où vivaient les autres professeurs, et les hauteurs vertigineuses de ces tours l’avaient effectivement fait hésiter pendant un temps. Mais l’idée advint, plus forte, qu’il risquait moins en étant éloigné des épicentres anthropocentristes. Non seulement en degré de danger, mais en qualité de vie également. Ici, la bibliothèque le séparait du reste et il n’entendait rien la nuit à part la nature et le vent souffler contre la fenêtre. Pour preuve, les évènements grandioses de la nuit ne lui arrivaient que par écho de chuchotements. Et en ces temps, il valait mieux être au courant, plutôt qu’être témoin. En attendant, il aimait à ce que sa vie demeure secrète et que les portes de son monde n'attirent pas autant de regards que celles des chambres communes : les inspecteurs et autres greluchons préférant faire leurs rondes dans les quartiers plus habités. Un jour, il allait payer cette isolation volontaire, mais les bénéfices qu’il en tirait valaient largement la peine. Octave esquissa néanmoins un léger sourire à l’égard de l’étudiante qui palabrait encore en vertu de l’alcool, s’adonnant à des réflexions qu’elle n’aurait jamais osé faire, ce pourquoi il les considéra avec parcimonie.

« Tu as déjà dormi sur des livres pour savoir ça ? »

Demanda-t-il pour la faire balbutier encore un peu de ces inepties dont raffolaient les gens sobres lorsqu’elles venaient de gens bourrés. Ah oui ? Parle-moi encore de ton idée de dauphin avec des lasers, ou bien des éponges en charbon actif que tu proposais d’envoyer dans le ciel pour gorger toute l’humidité du ciel anglais ? Oh non, je préfère celle qui consiste à envoyer de l’eau de javel sur les détraqueurs pour neutraliser leurs moisissures. En retenant tant bien que mal l’étudiante dans ses bras -tandis que son poids devenait de plus en plus imposant à fur et à mesure que le temps passait et que ses muscles se pétrifiaient-, Octave parvint à ouvrir la porte de sa chambre. A l’aveugle, il rejoignit dans le noir son lit, qu’il tâta de la jambe pour s’assurer de ne pas poser sa fluette églantine basanée, torpide et vacillante, dans le vide. Il la laissa finalement sur le matelas en retenant son dos d’un bras longeant ses reins jusqu’à la nuque. Restant à genoux, étant enfin libre de ses mouvements, il alluma les bougies de la pièce d’un mouvement de baguette magique. Plissant légèrement des yeux tant il se fut habitué aux ombres, il découvrit finalement Heather assise sur le bord du lit devant lui, le corps flageolant, qui semblait déjà en proie à une nouvelle lubie trouvée dans le noir. Concentrant son regard couvert sur lui, elle murmura d’une voix traînante, avec des petits roucoulements sourds :

- Pourquoi Léon pense qu'il y a eu un meurtre, alors ?

A travers les ténèbres hachurées de ses yeux et son air hébété, Octave percevait l’interrogation sincère, rare trait lucide qui remontait parfois des limbes de l’intoxication, pour répondre dignement aux choses importantes. Il lui rendit donc sa considération de façon à honorer sa curiosité, la toisant en égale, à travers l’éventail de ses cils et sous le l’aplomb de ses lourdes paupières. Il lui sembla alors qu’elle voulût lui échapper, comme si la curiosité avait l’espace d’un instant dépassé la retenue de son caractère, et qu’elle se rendait soudain compte ne pas vouloir tant connaître la réponse que ça. Lentement, Octave s’humecta les lèvres, ce qui, à la lumière des bougies, leur donna la couleur de deux cerises confites au brillant glacé et charnu. Toujours à terre, dans un soupir il baissa le menton vers les jambes de l’étudiante et avec une paresse paisible, se mit à défaire les lacets de ses chaussures boueuses.

« Probablement parce qu’au fond, c’est ce qu’il aurait souhaité, je pense. » Disant cela, sa paume large et chaude se posa délicatement sous le genoux pour empoignet la jambe sauvage, tandis que de l'autre, il saisit à pleines mains le talon et la pointe de la chaussure, puis déshabilla lentement le pied étroit. La haute socquette subit le même traitement et mua, se retrouvant négligée au sol. Le bibliothécaire posa ensuite le pied nu et s’enquit du second. « Léon n’a rien vu, alors son imagination a pris le relais. » Il glissa ses pouces dans la commissure brûlante entre l’épais coton et la peau, puis plissa la deuxième chaussette en la rabattant jusqu’au mollet. « Les apparences était là pour donner raison à ce qu’il croyait, et il n’a jamais cherché à en savoir davantage jusqu’à ce soir, par peur que les faits confirment ses déductions j’imagine. Ce n’est pas contre toi qu’il était en colère tu sais. » Il se saisit des deux chaussures et les éloigna, glissant les chaussettes à l’intérieur, puis regarda Heather à la hauteur de son agenouillement. « Je crois plutôt qu’il avait peur pour toi et vu la réalité dans laquelle il croit vivre, il n’avait pas tort, même si c’était maladroit. Ne lui en tiens pas rigueur, il est gentil. » Ses lèvres pourpres esquissèrent l’ombre d’un sourire, qui brilla néanmoins bien plus dans son regard aux couleurs rendues ondoyantes par le vacillement des flammes. « Reste assise un moment veux-tu ? »

Lui demanda-t-il dans la foulée en se redressant. Se saisissant du paquet qui avait eu le temps de dégringoler sur les draps, Octave s’éloigna jusqu’à son bureau et l’y déposa, avant de se débarrasser de son manteau sur le dossier du fauteuil. Il déboutonna les manches de sa chemise et les replia jusqu’aux coudex, puis se défit de ses propres chaussures, dont le talon claquant jurait avec le calme de la pièce. Et de toute façon, les semelles étaient pleines de boue et méritaient un coup de brosse. Une envie de citron, de vinaigre, lui séchait la bouche et sa main fut attirée par la carafe d’eau glacée dont la buée se condensait en larmes azurées. Il versa deux verres pleins ; celui qui fut destiné à Heather reçut la pincée de vitamines que Pomfrey lui avait généreusement glissé, et tandis qu’il remuait le liquide avec son couteau à enveloppes à défaut d’avoir une cuillère, l’eau se réhaussa d’un jaune de diamant champagne. Buvant son verre, Octave revint vers le lit en tendant l’autre à l’étudiante et ordonnant mielleusement :

« Bois. Jusqu’au bout. Tu pourras dormir après. »

Il remarqua alors qu’elle avait encore son manteau sur les épaules et se pencha pour en défaire les boutons d’une seule main. Il le saisit par son col et tira juste assez pour qu’Heather se délivre un bras, puis l’autre. Le manteau vint habiller une chaise de ses épaules épaisses et Octave acheva sa soif en vidant son verre d’une longue gorgée. Pointant du doigt vers la porte de la salle de bain, il lui indiqua :

« Si tu veux vomir, c’est là-bas. Pour le sac, ne t’inquiètes pas, je le récupèrerai plus tard. »

Songeur, il prit appui sur une jambe, plia l’autre au genou et contempla l’étudiante de ses yeux de tourmaline elbaïte. Les épaules chaloupées, sa tête se pencha sur le côté pour suivre le mouvement de son dos dans une courbe harmonieuse. Il comprenait l’inquiétude de Léon par instinct, même si pas totalement jusqu’au bout. Mais quelque chose commençait à l’ennuyer dans cette protection précoce de possesseur jaloux et la négligence avec laquelle Heather considérait ses propres blessures, tout en les cachant. Ses doigts jouaient avec le verre, tandis qu’il fixait l’étudiante avec un intérêt tout étudié. Ici, dans le confort de cette chambre tamisée, abricote aux reliefs, parée d’un luxe réservé de bois massifs et de décorations délicates, dans laquelle on avançait sans bruit, pareil à une figure flottante, car son goût pour le confort avait exigé d’épais tapis moelleux, il flottait un très léger et frais parfum de Perceneige. Ici, dans ce décor aux meubles anciens et familiers, Octave se sentit confiant de l’aveux, tandis qu’il observait le grand lit de fer forgé et de cuivre ciselé, qui brillait dans l’ombre comme une armure, au creux duquel reposait la petite Heather.

« Est-ce que tu es malade ? » Et avait qu’elle n’ait pu rétorquer que non, il précisa, en reformulant de sorte à ne pas laisser le choix : « Souffrante de quelque chose qui nécessite une visite à l’infirmerie à chaque début d’année scolaire ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 11 Fév 2018 - 15:54

Elle avait retrouvé cet état libérateur qu'elle espérait tant atteindre grâce à l'alcool, ses pensées se promenant dans tous les sens, refusant de s'accrocher à quoique ce soit de pertinent. Enfin. C’était sympa au final cet état d’esprit brumeux lorsque toutes ces choses si banales prenaient vie et possédaient maintenant une nouvelle dimension tellement plus intéressante qu’à la normal, tellement plus attrayante. Son cerveau s’en donnait à coeur joie, offrant cette ouverture que Heather se refusait, où les limites qu’elle se forçait à respecter brisaient de part et d’autres, libérant ce petit côté enfantin qu’elle ne savait même pas posséder. C’était justement grâce à ces belles vapeurs d’éthanol que la brunette s’était empressée de répondre à la question d’Octave sur son passé à dormir sur les livres. Elle avait eu un petit rire qu’elle avait camouflé de sa main, avant de se lancer dans son histoire, passant la majorité des détails sous silence.

- Hum hum. En cinquième année, j’ai dormi sur cette table en fait, dit-elle, tentant de pointer ladite table qui résidait près de la rangée de livres de métamorphose, mais sans grand succès comme ils franchissaient la porte au même moment. On s’est retrouvé enfermés dans la bibliothèque, Gilson et moi ; Madame Prince a oublié qu’on y était et pourtant, on nettoyait la bibliothèque à cause d’elle. C’était pas très confortable, fini-t-elle, le ton légèrement boudeur alors qu’elle repensait à cette nuit.

Rapidement, Heather s’était retrouvée assise sur le bord d’un lit merveilleusement confortable, l’envie de s’y blottir grandissant doucement en elle alors que les lumières s’allumaient autour d’elle. Elle avait observé les alentours, enregistrant chaque détail de la chambre, des chandelles diffusant la lumière au lit sur lequel elle se trouvait présentement assise. Puis la question s’échappa de ses lèvres, brisant le silence qui s’était déposé entre eux. Octave la toisa et elle fit de même, son regard déviant quelques instants sur les lèvres qu’il venait d’humecter, s’attardant sur la brillance de celles-ci sous la lumière ambiante de la chambre, avant de se poser sur son pied que le bibliothécaire venait de capturer. Tout en discutant, il retirait lentement ses chaussures, puis ses chaussettes, libérant finalement ses pieds de leur prison inconfortable et affreusement sale, sa voix le seul son envahissant la pièce tandis qu’il répondait au meilleur de ses connaissances à la question qu’elle avait murmurée quelques instants plus tôt. La serpentard posa ses deux mains sur le lit, légèrement penchée vers l’arrière, alors qu’elle fixait l’homme à ses pieds, étrangement fascinée par l’activité à laquelle il s’adonnait, écoutant d’une oreille aussi attentive qu’il lui était possible, les explications.

- Probablement parce qu’au fond, c’est ce qu’il aurait souhaité, je pense. Léon n’a rien vu, alors son imagination a pris le relais. Les apparences était là pour donner raison à ce qu’il croyait, et il n’a jamais cherché à en savoir davantage jusqu’à ce soir, par peur que les faits confirment ses déductions j’imagine. Ce n’est pas contre toi qu’il était en colère tu sais. Je crois plutôt qu’il avait peur pour toi et vu la réalité dans laquelle il croit vivre, il n’avait pas tort, même si c’était maladroit. Ne lui en tiens pas rigueur, il est gentil. Reste assise un moment veux-tu ?

La vipère laissa les mots coulés sur elle, tentant de faire sens de tout ce qu’il venait de gentiment lui expliquer. Il n’y avait donc vraiment pas eu de meurtre. Léon s’imaginait une conséquence beaucoup plus permanente qu’elle l’était réellement, se torturant d’une idée fausse dont il n’avait aucun raison d’y croire l’inverse. Du coin de l’oeil, elle observa son accompagnateur quitter la pièce tandis qu’elle se perdait dans ses contemplations, se mordillant inconsciemment la lèvre inférieure. Cela expliquait un peu plus ce qui s’était déroulé ce soir, la colère que le serpentard semblait cultiver à l’égard d’Octave, mais pas le caractère irrévérencieux qu’il avait utilisé contre elle. Son ami croyait avoir participé à un meurtre, mais celui-ci n’avait simplement jamais eu lieu. Quelle histoire! Ses pensées se firent interrompre par le retour d’Octave qui lui tendit un verre, la coloration jaunâtre du liquide tirant une grimace de la brunette qui attrapa le contenant d’une main, refroidissant celle-ci. Elle jeta un coup d’oeil plus attentif au verre, respirant l’odeur légèrement citronnée du liquide qui y reposait, l’ordre du bibliothécaire s’élevant dans les airs. Bois. Doucement, elle posa ses lèvres sur le bord du contenant vitreux et but une première gorgée de l’eau proposée avant d’engloutir à une rapidité excessive le liquide vitaminé, terminant son verre aussi rapidement qu’un desséché en plein désert qui gouttait pour la première fois depuis plusieurs longues heures à de l’eau rafraîchissante. Elle n’avait pas réalisé à quel point elle était assoiffée et d’une main lente, elle essuya les quelques goutes qui s’étaient déposées sur son menton avant de poser le verre sur la petite table de nuit adjacente au lit. Tandis que l’homme s’attaquait maintenant à lui retirer son manteau, drôlement efficace alors qu’il réalisait le tout d’une seule main, Heather se laissa faire, telle une poupée de chiffon dans les mains d’un marionnettiste, et souffla :

- Tu devrais le dire à Léon.

Alors que son manteau trouvait repos sur une chaise quelconque, Octave lui indiqua la porte de la salle de bain et rassura la jeune fille sur le sort de son sac, se débarrassant des détails ennuyeux qu’il se devait de fournir avant de s’appuyer nonchalamment, l’observant. La brunette se sentait drôlement épiée, les iris éclatantes d'émeraude ne quittant pas sa figure alors qu’il la toisait, contemplant elle ne savait quoi. L’appréhension monta en elle, étrangement consciente que quelque chose semblait être sur le point de survenir, que quelque chose briserait le silence confortable qui s’était déposé dans la chambre savamment décorée.

- Est-ce que tu es malade ? Souffrante de quelque chose qui nécessite une visite à l’infirmerie à chaque début d’année scolaire ?

Doucement, elle se laissa tomber vers l'arrière, écartant les bras en une imitation d’un enfant s’apprêtant à créer l'un de ces anges hivernaux dans la neige poudreuse, clignant des yeux à quelques reprises afin de retrouver le focus. Lentement, elle traça du regard les fissures et craques qui donnaient au plafond son aspect unique, laissant son esprit divaguer quelques instants sur la question. La réponse était si facile à donner, brûlant le bout de sa langue alors qu'elle tentait de s'échapper de ses lèvres scellées, se répercutant dans sa tête sans répit pour la jeune femme intoxiquée. Malgré la proximité des mots, un sentiment inexplicable s'était logé au creux de son ventre, l'empêchant de respirer aussi facilement qu'elle aurait voulu, un souvenir lointain titillait son esprit, lui rappelant qu'un conséquence douloureuse l'attendait si elle osait parler et révéler ce qu'elle s'acharnait normalement à garder pour elle. Mais que devait-elle dire à la place ? Aussi efficace cela était que d'attraper de l'eau de ses mains nues, la brunette tenta de retrouver ces excuses toutes faites qu'elle avait appris par cœur plus jeune, les répétant en boucle dans l'espoir de se convaincre elle-même. Elle avait déboulé du parc ou bien, elle était tombé du jeu des escaliers : c'était les excuses habituelles, non ? La jeune Trown fronça des sourcils, sachant que quelque chose clochait, qu'elle n'avait pas la bonne réponse à cette question problématique. Elle secoua légèrement la tête, essayant de remettre de l'ordre dans son esprit mélangé mais cela eut autant d'effet qu'une lampe de poche en plein jour, tentant d'éclairer le pavé déjà illuminé. Un soupir franchit ses lèvres, brisant le silence qui s'était déposé depuis que le bibliothécaire avait osé poser cette maudite question. Elle ne pouvait pas rester silencieuse éternellement, mais les fausses histoires lui avaient posé un lapin, ne laissant que la vérité comme réponse possible. Doucement, elle leva son bras droit à la hauteur de ses yeux, glissant la manche de son chandail jusqu'au coude, exposant le tout premier tatouage ayant marqué sa peau. Elle traça mollement chacune des lettres composant la phrase tandis qu'elle s'éclipsait dans ses souvenirs, évitant de tracer la cicatrice camouflée sous l'encre. D'un souffle, elle chuchota :

- Je ne suis pas censée en parler… C'est interdit, tu comprends ? S'il l'apprenait… je le regretterais : probablement la seule promesse qu'il m'ait jamais faite.

Son bras devenait lourd et elle le laissa tomber à ses côtés, une main se déposant sur son abdomen tandis qu'elle restait étendue, refusant d'affronter le regard de l'homme. Elle allait tout dire, elle le sentait au plus profond d'elle et cela la terrifia. Sa main se crispa sur son chandail long, froissant le tissu alors que ses paupières se fermaient. Foutu alcool qui lui déliait la langue, l'empêchant de garder cette coquille qu'elle avait construite autours d'elle.  Lentement, à peine plus fort qu'une brise balayant la prairie, la voix cristalline de la jeune femme s'éleva, distante et dénuée d'émotions, emportant avec elle le secret qu'elle gardait normalement précieusement caché :

- Je ne suis pas malade. Je ne souffre de rien d'autre que de l'esprit foutrement tordu de Jake, elle s'arrêta, le prénom de son paternel sortant par la force de l'habitude, mais ne voulant rien dire à la personne à qui elle osait raconter à demis mots son histoire. Avalant de travers, elle compléta son explication en utilisant cette qualification qu'elle refusait généralement de prononcer à voix haute : de mon père. Ça me prend plusieurs semaines m'en remettre à la rentrée, dépendamment de son humeur cet été-là, c'est pour ça les visites médicales annuelles.

Et voilà que le chapeau était sorti du chat, ou était-ce l'inverse ? C'est tout ce qu'elle avait trouvé à dire pour expliquer la situation, n'arrivant pas à utiliser une définition plus imagée ou pointue des traitements dont elle était victime. Je suis une enfant battue, mon père me frappe parce que ça l'amuse, j'ai une collection de cicatrices, tu veux voir ? : toutes des explications trop franches pour qu'elle n'arrive à les prononcer de vive voix et cela, malgré les vapeurs d'éthanol qui affectaient son jugement de manière significative. C'était une sensation étrange que de révéler quelque chose qu'on s'était tué à protéger, et même si cela n'était pas la première fois que le secret était découvert, le sentiment n’en était jamais moins fort, brûlant ses entrailles. Une petite voix intérieure, sonnant étrangement comme Heather lorsqu'elle n'avait que cinq ans, lui murmura que Jake le saurait et lui ferait regretter, sa promesse lourde de sous-entendus résonnant dans son esprit. Un frisson parcouru son corps tandis qu'elle se mettait légèrement à trembler, son bras partiellement dénudée venant se loger sur ses yeux douloureux. Ah non, elle ne pleurait pas. Elle se sentait aussi angoissée qu’une personne souffrant de bégaiements devant prononcer un monologue théâtrale face à une foule d'individus, le feu des projecteurs posé sur elle. Son coeur se mit à battre la chamaille, comprimant sa poitrine douloureusement alors que sa respiration s'accélérait. Et tandis qu'elle sentait la pointe d'une crise de panique se matérialiser en elle, la brunette n'eut qu'une seule idée en tête : elle devait faire diversion. Doucement, elle murmura, espérant que sa demande réussisse à dévier l’attention :

- Ton tour. Dis-moi quelque chose sur toi que peu ne savent.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Lun 12 Fév 2018 - 23:24

Rien d’étonnant à ce que Madame Pince se soit volatilisée à la fin de l’année précédente ! Certains soupçonnaient que c’était à cause du feu qui avait ravagé la bibliothèque, mais il apparaissait pour les plus avisés que la bonne femme trainait quelques fétiches qui lui avaient valu l’excommunication. Octave s’en sentit soudain bien moins coupable d’enfermer des étudiants dans son antre par pure « mégarde » pour les corriger. Il y avait même de quoi être franchement fier d’oublier des élèves non pas par inadvertance, mais bien volontairement ! Après quoi, comment osait-on le traiter de détraqué pour des pratiques auxquelles même Mme Pince avait recours, on se le demandait ! Le niveau de mauvaise foi atteignait des sommets inacceptables ! Pire, c’était de l’oppression masculine à son égard ! En parlant de mauvaise foi et d’oppression, la réalité vint lui rappeler la sienne sous la plus charmante et exaspérante des formes. Non, mais je t’en donne des conseils moi…

- Tu devrais le dire à Léon.

Octave eut l’air soucieux, mais sa grimace emprunta à la caricature, conscient qu’il fut d’un mensonge ayant manifestement assez duré et dont il tentait maintenant de se dédouaner avec élégance. A ce sujet cependant, il se sentait en vérité peu coupable, ou tout du moins pas suffisamment pour prendre Schepper en pitié. Il manquait d’empathie peut-être, mais ne ressentait strictement aucune obligation à l’égard de sa sincérité, tout comme ne ressentait-il point de remord à savoir quelqu’un se tordre d’un poids moral lui étant insoutenable.  Quand bien même, là aussi Schepper n’avait pas su grandir, se terrant derrière un déni malade qui préférait trouver défaut aux autres plutôt que de pointer les siens et dans cette perspective peu glorieuse, il n’y avait rien qu’Octave eut la volonté de faire pour arranger un esprit qui n’était déjà pas bien bâti. C’était la chose à faire pourtant, à bien des égards. Mais il s’ennuyait à cette idée, peu enclin qu’il fut à être clément, alors que la première à souffrir du tourment moral d’autrui remarquait très sagement l’inconsistance de cette insensée résipiscence. Mais elle avait en même temps l’attention excessivement éparse, comme déjà éprise par le sommeil et c’était à se demander si elle n’exprimait le conseil que par convenance. Une fois la nécessité d’honnêteté soulignée, les bonnes valeurs effleurées et la convenable conduite exposée, on pouvait finalement oublier le tort causé dans la mesure où les préceptes glorieux étaient mentionnés. Mieux encore, c’était une suggestion sous la forme du conditionnel. Tu devrais. Moui. Au même titre qu’il devrait ne pas laisser des élèves passer des nuits entières dans sa chambre et pire, dans son lit, mais il semblerait qu’ils aient fait fi des contraintes offertes par la vertu. Sans parler qu’il n’aurait pas dû non plus boire en la présence de la jeune femme ; pour preuve qu’ils n’en étaient plus à ces considérations-là. Alors Octave haussa négligemment des sourcils, observant l’évidence convenable faire un tour silencieux dans la pièce et conclut :

« Je devrais. »

C’était à peu près tout ce dont il était capable pour le moment : perroqueter. Un jour bien sûr il s’en occuperait convenablement, prenant le temps, parce qu’il n’était pas bon de laisser un témoin désespéré trainer dans un si grand château en avouant à qui voulait bien l’entendre qu’il était un meurtrier au même titre que le bibliothécaire. Pas qu’Octave ait des craintes quant à sa capacité de bien mentir -ou d’enjoliver la vérité pour ce cas précis-, mais c’était une peine qu’il était prêt à s’éviter, quitte à s’ôter le plaisir de voir un petit merdeux tourner en rond. Pour le moment il se contenta donc de constater avec Heather cette bienséance nécessaire comme on regardait un coucher de soleil, les yeux dans le vide pour ne pas se faire aveugler. Je devrais. Encore un autre truc à mettre sur la longue liste de trucs qu’il devrait.

Le silence quant à lui s’éternisa et Octave recentra son attention sur le corps allongé, qui lui aussi s’était perdu dans les limbes. Il s’était attendu à toucher une intimité délicate et prit son mal en patience, comme il savait si bien le faire, observant Heather du haut de son menton relevé, qui apaisait la tension de ses paupières. Dans cette réticence silencieuse dénuée de négation, il n’avait en tant que tel même pas besoin de réponse. S’il n’y avait rien eu de grave, elle n’aurait pas tardé à révéler la babiole pour s’en défaire, relevant le rideau sur un spectacle qu’on pensait bien plus juteux que cela. Mais elle demeurait allongée et muette, incapable peut-être de trouver une rassurante excuse qui masquerait convenablement la dérangeante ou honteuse réalité. Octave songea à l’abandon, mais il voyait battre les narines blanches de l’étudiante et entendait une respiration rapide qui essayait de se discipliner. Il savait que dans son état d’ébriété, il n’avait qu’à insister un peu et à la pousser du doigt comme pour la faire tomber. Heather exhala, excédée par sa propre pensée ou par la question du bibliothécaire qui avait amené cette dernière, puis releva son bras dans un rituel mystérieux, mais qu’Octave devina être le secours de sa mémoire et de son courage.

- Je ne suis pas censée en parler… C'est interdit, tu comprends ? S'il l'apprenait… je le regretterais : probablement la seule promesse qu'il m'ait jamais faite.

A son refus de le regarder, il comprit le mal qu’avait Heather pour être franche. Pourtant il ne chercha pas l’interprétation et la contempla si profondément, avec un oubli si parfait de tout ce qui n’était pas elle, qu’il ne songea pas à lui répondre ou à tirer ses conclusions sur l’étrange aveu. Il savait au fond que c’était un prélude, une menace dictée à voix haute pour se donner tort, pour s’effrayer soi-même en se rappelant qu’il était bon de garder le silence, mais ça ne marchait jamais. C’était un rappel de l’ordre du « Tu devrais », qui n’avait de sens que dans le témoignage d’un effort attenté, mais jamais concrètement exécuté. Heather cherchait refuge quelque part, sans conviction néanmoins, car il la sentait songeuse encore, se plaignant doucement la bouche fermée et effrayée par ce qu’elle avait envie de faire. Tout ça n’était qu’un prétexte. Amené peut-être de façon opportuniste, mais Octave voyait comme elle lutait mal, même si laborieusement, car la crainte tranchait avec le désir de liberté, dont un secret interdit et lourd à porter la dénuait.

- Je ne suis pas malade. Je ne souffre de rien d'autre que de l'esprit foutrement tordu de Jake, de mon père. Ça me prend plusieurs semaines m'en remettre à la rentrée, dépendamment de son humeur cet été-là, c'est pour ça les visites médicales annuelles.

Octave eut une brève absence qui arrêta sa respiration, déjà peu présente. De visage, il ne changea pas, mais quelque chose disparut aux creux de ses yeux, tandis qu’il se retrouvait avec une vérité dont il ne savait que faire. Vint l’impuissance désarmante. Elle le surprit sans qu’il ne s’en rende compte, balayant sa contenance et le plongeant dans une sorte d’ébahissement extatique. Il connut de longs instants sans émotions autres que la conscience crue de ce qui venait d’être suggéré. Il cligna finalement des paupières et le trouble disparut aussi fugace qu’il s’en fut, comme le reflet du soleil sur l’écaille d’un poisson se nettoyant sur le fond sablonneux de la mer. Ses doigts avaient cessé leur mélodie silencieuse sur le verre vide et Octave sentit une très légère rage résiduelle tendre ses jointures, qui blanchissaient d’une violence ne trouvant pas son achèvement. La réticence décisive à suivre Léon quant à elle, se démystifia avec une évidence presque trop simple. L’inconscient ! Octave détesta ce père qu’il ne connaissait pas, comme on détestait ce qui n’avait pas besoin d’être connu pour s’en sentir victime. Il y avait de ces sentiments qui ne quémandaient pas à être vécus pour s’acquérir, fondamentaux en l’âme des démunis, qui se révoltaient devant ce qui représentait l’opportunisme et la frustration, faisant payer la faiblesse sans récompenser la force. Pas besoin de connaître pour savoir que ce Jake était de ceux qui tiraient vers le bas quiconque dans son entourage osait prétendre à s’élever, à s’évader. Pas besoin non plus de demander pour comprendre que l’homme était petit, misérable et lâche, mais qu’il avait su museler à temps celle qui racontait maintenant avec tant de pudeur son calvaire. Cela avait dû lui coûter cher d’avouer une telle faiblesse. Car sans le dire, Heather exprimait l’impuissance face à une seule personne qu’elle détestait sans parvenir à la combattre.

Il compta lui demander une permission, mais vit alors qu’Heather grelotait, dépassée par son propre courage peut-être, ou la crainte d’avoir enfreint l’interdit et Octave comprit douloureusement à quel point le père régnait sur l’esprit de sa fille, même lorsque son dernier souffle exhalé remontait à plusieurs mois. L’étudiante cacha ses yeux et il ne chercha pas enfreindre sa pudeur, avortant sa présence pour lui laisser le temps de se reprendre ou de craquer pour pleurer son soûl. Octave s’esquiva sans bruit pour poser son verre, à l’abri des yeux clos et revint près du lit pour contempler cette silhouette dont la douleur et les multiples défiances ne revêtaient maintenant plus l’apparat du mystère. Malgré le choc, il ne pouvait pas prétendre au fond être paralysé par l’inattendu. Quelque part, il s’était attendu à quelque chose de semblable car il n’y avait que les grandes tragédies qui endurcissaient autant et de manière aussi artificielle. Il regarda le combat sans relâche d’un corps affaibli et sentit presque sa suffocation enserrer sa propre poitrine, tandis que ses batailles remontaient inconsciemment en sa mémoire en bouquet d’émotions diffuses et de fait, se laissait difficilement dompter. Il voulut se pencher, l’étreindre pour ménager les battements effrénés de son petit cœur, qu’il voyait fiévreusement soulever sa poitrine dans des débuts de sanglots. Il voulut faire preuve de tendresse pour qu’elle cesse de trembler en souvenir de coups et de blessures. Il voulut tout prendre pour soi en prouvant qu’il n’y avait pas que ça, mais ne le pouvait pas.

- Ton tour. Dis-moi quelque chose sur toi que peu ne savent.

Serrant la mâchoire, Octave déglutit difficilement, puis dévia enfin les yeux de la jeune femme, chose qu’il n’avait pas osé faire jusqu’à maintenant par peur qu’elle ne pense qu’il la prenne en pitié. Mais elle ne le voyait pas et il pouvait faiblir un peu à son tour pour soi. Du coup, il ne répondit pas tout de suite, absorbé par l’idée de l’esquive maladroite qu’il n’était pas certain de vouloir laisser passer. Mais finalement il se soumit et servit les désirs de la jeune soûlarde, parfaitement conscient que sa révolte n’avait pas à primer sur son impuissance, qu’il risquait de souligner en l’évoquant. Octave eut un bref regard pour son passé et se rendit compte à quel point il était jonché de secrets inavouables. Cassidy apparut en sa mémoire et il perçut avec une sorte de terreur approcher l’instant de sa propre défaite. Trop d’instants indicibles se pressèrent à ses lèvres, tandis qu’il recherchait quelque chose d’équivalent pour ne pas offenser Heather, mais rien ne paraissait avouable. Pour se laisser du temps, il contourna le lit et défit les draps sous l’oreiller imposant et dodu, replia un pan de la couette nuageuse et fraiche comme une brise d’été, avant d’inviter l’étudiante à demi-mot :

« Viens. »

Pendant qu’elle s’installait, il récupéra son verre vide et alla le remplir d’une seconde rasade d’eau fraiche en prévision de la nuit. En revenant, Octave le posa sur la table de chevet puis s’assit sur le rebord du lit, relevant un genou replié sur le matelas pour offrir à Heather autre chose que son profil. Ses yeux demeurèrent baissés sur le lit néanmoins, tandis qu’il donnait à son propre aveu la solennité qu’il méritait. En y songeant, il sentit un mince pincement au cœur, bien moins fort qu’il ne fut à l’époque, mais à la saveur douloureusement semblable. Les muscles jouèrent sous la peau tendue de son visage, puis il parla de celle et ceux qui étaient morts.

« Il y a quelques années, j’étais avec quelqu’un que j’aimais beaucoup. Elle avait la santé morcelée, mais voulait quand même avoir des enfants. A chaque fois il me semblait perdre un peu plus de ce qu’elle était… Le premier était mort-né. Sa première grossesse lui aura demandé tant d’efforts que malgré l’entêtement et les précautions, son corps s’en était retrouvé si fragile qu’elle ne fit plus que des fausses couches, jusqu’à renoncer. J’ai failli être père. »

Il sentait son souffle court, mais s’était forcé à parler posément pour ne pas inquiéter ses nerfs. Il se contenta d’en dire que cela, car rien ne semblait jamais rendre suffisamment hommage à cette lumière qu’il y avait eu dans sa vie, alors il préféra, plutôt que de sonner faux, d’imposer la simplicité tragique à ce qui ne souffrait d’aucun mot. Octave roula ses mains en poings et, prenant appui sur ses genoux, laissa reposer son front sur ses froides phalanges. A la dernière fausse-couche, tandis que seule la chaleur brûlante due à la fièvre avait coloré quelque peu son teint, il avait su qu’elle était déjà morte quelque part. Jane n’en avait rien laissé paraître, se battant pour l’homme qu’elle se savait condamnée à laisser derrière soi, mais il avait toujours su. A la fin, elle était à moitié allongée, à moitié redressée contre son torse sur le lit d’hôpital, qu’il avait escaladé pour être le seul à l’étreindre dans la mort. Sa respiration était devenue inaudible et il avait à peine senti son corps se soulever. Elle balbutiait quelque chose à l’égard de sa vie future, celle qu’il devait vivre sans elle, tandis qu’il n’avait qu’une envie, c’était de lui enjoindre à cesser ses conneries pour économiser son souffle. Il l’avait serrée un peu plus fort dans ses bras, baissant la tête de sorte à créer un abri protecteur. C’était inutile. « J’aurais tellement voulu ne pas te laisser seul… » Elle avait eu une grimace de regret, dont son souffle trop court avala la fin. Octave n’avait pas eu besoin de lui demander à quoi était dédié son chagrin et lui avait juste serré la main. « J’aurais tellement aimé ne pas te laisser seul… » avait-elle murmuré dans un avant-dernier souffle. Il avait eu un moment d’absence, le temps de relever les yeux et que la pensée ne l’eut traversé. Et puis, son dernier souffle, qu’il avait observé avec incrédulité. Son corps ne se souleva plus du tout. Elle s’était instantanément arrêtée de bouger, même un peu et très vite, son corps qui avait été brûlant depuis des semaines et des semaines devint tiède, avant de devenir froid, bien plus tard. Il l’avait serrée toujours contre soi, la tête baissée, en deuil et l’horrible regret de la voir partir le cœur vide d’enfant. Ca n’avait pas eu d’importance ! Il n’avait voulu qu’elle !

Dans un geste assez brusque, Octave releva la tête de ses mains et, le visage impassible, regarda enfin Heather. Ses yeux étaient secs, mais quelque chose révélait dans le rayonnement coloré de ses iris une émotion frissonnante qui peinait à se délivrer et préférait rester recluse. Sa voix aussi était calme, quoi qu’un peu lasse.

« Il n’y a pas plus secret que ça comme aveu. Tous les gens au courant, excepté moi, sont morts. »

Il eut un soupir assez bref et déploya doucement ses mains pour border l’étudiante à qui il avait abandonné des bribes de sa vie, et se rendit compte qu’il n’y avait rien de consolateur dans ce qu’il avait révélé. Mais en même temps, il n’aurait pas été de mise de trouver raison à rire. Son visage se détendit sensiblement de la tension qu’il n’avait pas remarqué avoir et il se redressa sensiblement, cambrant sa belle taille. Sa tête se pencha néanmoins, dans ce geste protecteur qui lui était propre et qui élargissait joliment l’angle de ses yeux, pour regarder Heather. Sa voix sonna alors précautionneuse, comme les pattes d’un chat :

« Si à l’avenir tu as besoin de quelque chose, quel qu’en soit la nature, tu peux venir me voir, d’accord ? Je t’aiderai du mieux que je pourrai. Ne rumine pas et n’aie pas peur. Il y aura toujours une place ici pour toi quand tu le souhaites. Puis si vraiment c’est ça que tu veux, ne bois pas dehors la nuit. Fais-le ici plutôt, ça ne me dérange pas. Mais ne reste pas seule, s’il-te-plait, okay ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 128

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 14 Fév 2018 - 0:07

Le silence accompagna sa révélation. Un silence inconfortable pour la jeune fille qui s'était avouée, mais mille fois plus agréable que les propos vides de sens qu'elle s'était imaginée viendrait à la suite de sa révélation. Aucune parole remplit de pitié ou de tristesse exagérée ne brisa le silence, aucune fausse conversation ou questionnement indiscret ne s'élevèrent dans la chambre, qu'un silence troublé alors que les mots qu'elle avait osé prononcer se déposaient sur les deux individus, s’imprégnant. Elle garda ses yeux couverts, ne se faisant pas confiance, préférant éviter le regard de l’homme qui la toisait probablement de sa position près du mur. C’était différent comme réaction, mais non le moins apprécié. Un moment où elle pouvait se concentrer sur elle-même et se recentrer sans devoir esquiver les questions trop pointues qui la forceraient à penser de nouveau à cet enfer qu’elle cherchait à oublier autant qu’il lui était possible. Le silence régnait, interrompu que par le son de sa respiration erratique qu'elle tentait de calmer, un essoufflement intermittent saccadant le souffle de la brunette alors qu’elle combattait les souvenirs qui remontaient toujours à la surface lorsqu’elle osait ne serait-ce que sous-entendre la réalité de sa vie familiale. Une peur saisissante s’était emparée d’elle, l’empêchant de même penser le nom de celui qui causait ses tourments, un combat intérieur rageant afin de retrouver ce contrôle qu’elle chérissait tant. Son corps tremblait telle une feuille accrochée faiblement à un arbre assaillit par la brise froide de l’automne, la chair de poule s’étendant sur sa peau avec une rapidité ahurissante et elle maudit ce côté faible d’elle qui reprenait parfois le dessus sur son apparence forte qu’elle s’obligeait à maintenir. L’alcool semblait soudainement beaucoup moins attrayant, alors qu’elle réalisait qu’elle n’aurait rien dit si cela n’avait pas été du whisky ingéré, l’état léger et libérateur qui l’avait fait sourire et rigoler bêtement complètement oublié alors qu’elle repensait à tout ce qu’elle venait d’exposer sur la famille Trown. Elle se surprit à désirer un peu plus du fameux whisky, ses envies contredisant ses mélancolies, alors que la soif d’oublier revenait avec force, une évocation de la raison même de son périple auprès du lac. Les aléas ayant voulu que la soirée lui offre tout le contraire de sa résolution initiale, ramenant au-devant de son esprit les pensées mêmes contre lesquelles l’alcool s’était remué, brouillant les malheurs et stimulant un bonheur faux et trompeur. Mais ce bonheur hypocrite lui manquait affreusement tandis que son mince corps reposait sur l’énorme lit, refusant d’affronter le regard de celui qui venait d’en découvrir un peu plus sur elle, un peu plus sur la vérité qui la hantait.

- Viens.

Lentement, elle bougea le bras qui s'était logé sur ses yeux, osant un petit regard en direction de la voix qui avait énoncé l'invitation simple et directe, mais d’un ton doux et calme. La lourde couverture avait été repliée sur elle-même, libérant les draps de leur prison, l'oreiller trônant sur la literie qui habillait élégamment le lit de ses tissus riches. Elle déplaça un peu plus son bras, clignant quelques fois des yeux, s'adaptant de nouveau à la faible lumière qu'elle avait tamisée en y interdisant l'entrée, Octave disparaissant de son champ de vision alors qu'il quittait la chambre. Elle laissa un soupir franchir ses lèvres, son bras s’éloignant complètement de son visage alors qu'elle rejoignait lentement l'ouverture des draps, marchant sur ses mains et genoux jusqu'à atteindre la tête du lit. Mollement, elle glissa ses deux pieds sous le tissu, admirant la douceur de la couette alors que ses mains s’emparaient du duvet, replaçant doucement celui-ci sur ses jambes frêles jusqu’à sa taille fine. Elle frôla de ses doigts le tissu avec lequel la couverture avait été fabriquée, se perdant quelques instants dans l’activité simpliste alors que le bibliothécaire revenait à ses côtés. Son verre, de nouveau plein, se retrouva déposé sur la petite table à ses côtés tandis que son accompagnateur s’asseyait lentement sur le bord du lit à ses côtés, lui faisant à demi-face, les yeux cloués sur le lit. Des ombres peignant son visage alors que les flammes des chandelles dansaient sur leur piédestal, une fresque abstraite et animée colorant la peau de l’homme, capturant l’attention de la jeune femme. Cette dernière observa son visage se tendre, se préparant à la révélation qu’elle avait sollicitée, refusant de brusquer l’homme qui semblait si solennel alors qu’il se préparer à faire un de ses propres aveux, le regard toujours posé sur la couette. L’ombre d’un instant, elle sentit le pincement du regret l’envahir et elle eut envie de reprendre sa question, de retirer sa demande qui ne servait que de distraction à son malaise, imposant à cet homme de revivre l’un de ses propres malheurs que pour enlever le projecteur de sur elle-même. Mais elle ne put que se retenir, les lèvres scellées, alors qu’elle observait un Octave songeur, ce dernier n’ayant d’yeux que pour l’imposant meuble, l’ornement principal de l’élégante chambre.

- Il y a quelques années, j’étais avec quelqu’un que j’aimais beaucoup. Elle avait la santé morcelée, mais voulait quand même avoir des enfants. A chaque fois il me semblait perdre un peu plus de ce qu’elle était… Le premier était mort-né. Sa première grossesse lui aura demandé tant d’efforts que malgré l’entêtement et les précautions, son corps s’en était retrouvé si fragile qu’elle ne fit plus que des fausses couches, jusqu’à renoncer. J’ai failli être père.

Sa voix s'éleva dans le silence de la chambre, un écho de son passé qui, bien que raconté sans larmes ni hurlements, criait de la souffrance qu'il avait endurée. Une histoire à demi-mot, mais qui en disait tant. Son souffle se prit dans sa gorge alors qu’elle assimilait ce qu’il venait de révéler, son coeur se serrant d’empathie. Sa main remonta à sa bouche, couvrant celle-ci de surprise, ses yeux s'écarquillant légèrement sous l’étonnement qui accompagnait cette révélation. Un prénom flotta au-devant de son esprit. Un prénom qu'elle avait entendu quelques heures plus tôt, mais dont l'histoire était demeurée un mystère. Un prénom que lorsque prononcé avec tant d’antipathie par la dame aristocrate avait causé la colère d’Octave tel un dieu vengeur, sa voix tranchant l’air comme un couteau. Cette femme qu’il avait tant aimée, mais dont sa mère désapprouvait royalement, car mourante et donc ne méritant pas l’attention de sa progéniture, comme si la maladie était le défaut le plus répugnant existant, la raison la plus logique de rejeter l’amour qu’il avait possédé pour elle. Jane. C’est d’elle qu’il parlait non ? Ses yeux s'illuminèrent alors que le nom refaisait son apparition, surprise que sa mémoire ne lui fasse pas défaut malgré l'alcool qu’elle avait consommé et que ce détail quelque peu anodin soit toujours accessible par son esprit. Sa main retomba doucement à ses côtés, son regard se posant sur la forme recroquevillée de celui qui avait failli être père. Elle ne savait quoi faire, figée, son esprit tentant désespérément de trouver le comportement qui était attendu lors de ces situations, mais son cerveau revint bredouille, abandonnant la jeune fille à son malaise. Elle n’était pas habituée à ce genre de conjonctures et l’absence d’expériences similaires se fit ressentir tandis qu’elle hésitait à même respirer, son souffle sonnant atrocement bruyant et dérangeant dans le silence qui s’amusait à revenir. Son regard impassible se posa finalement sur elle et bien que son visage ne laissait rien entrevoir de ses réelles émotions, ses gestes saccadés trahissaient son état d'esprit. L'envie de regarder ailleurs fut forte, mais ses yeux restèrent posés sur les iris émeraudes, le brillant de ses yeux capturant son attention alors qu'il faisait preuve de contrôle sur lui-même, refusant de s'adonner à elle ne savait quelle envie ou émotions tant le choix était vaste.

- Il n’y a pas plus secret que ça comme aveu. Tous les gens au courant, excepté moi, sont morts.
- Je suis désolée.

Elle était ridicule. Des paroles vides qu’elle savait n’apaiseraient pas la douleur associée à son souvenir, mais elles étaient sorties toutes seules, franchissant ses lèvres avant même qu’elle ne puisse empêcher les mots de s'échapper. Le genre de paroles qu’elle aurait voulu qu’on lui épargne lors de sa révélation, mais elle se trouvait à faire la même erreur, murmurant un regret sincère, mais qui n’était pas sien à prononcer, bien que sincère. Elle cligna des paupières, soutenant le regard illisible d’Octave assis à ses côtés, affreusement consciente de la proximité autant physique que mentale qui semblait les réunir. Elle s’étendit doucement sur le lit, relaxant finalement les muscles de son dos qui la soutenait assise lors des dernières minutes, sa tête allant à la rencontre de l’oreiller contre lequel elle se détendit. Ses yeux ne quittaient pas l’homme qui s’activait à la border, recouvrant le haut de son corps de la couette moelleuse, serrant les draps autour d’elle. Elle croisa mollement ses bras sur son abdomen, ce dernier s’élevant doucement en un rythme lent alors qu’elle s’apaisait contre le lit, ses muscles qu’elle n’avait même pas réalisé avoir crispés se relâchant un à un. Le bibliothécaire se releva légèrement, toujours aussi sérieux alors qu’il la fixait de nouveau, son regard perçant s’arrêtant sur son visage.

- Si à l’avenir tu as besoin de quelque chose, quel qu’en soit la nature, tu peux venir me voir, d’accord ? Je t’aiderai du mieux que je pourrai. Ne rumine pas et n’aie pas peur. Il y aura toujours une place ici pour toi quand tu le souhaites. Puis si vraiment c’est ça que tu veux, ne bois pas dehors la nuit. Fais-le ici plutôt, ça ne me dérange pas. Mais ne reste pas seule, s’il-te-plait, okay ?

Il était si sérieux, si bienveillant alors qu'il la regardait de haut, la dominant de son être tandis qu'elle s’emmitouflait un peu plus dans la couverture épaisse couvrant le grand lit. Leur regard s'était attaché l'un à l'autre, émeraude contre noisette, une entente commune les réunissant. La jeune Trown laissa ses paroles s'imprégner en elle, se réconfortant dans l'idée qu'une porte lui avait été ouverte, une possibilité douce et tendre qu'elle eût un refuge dans ce château de malheur. C'était une réalisation étrange, mais qui réchauffa son petit coeur endolori. Ni jugement ni reproche. Un endroit, tout simplement, où elle était la bienvenue, où même l'illégalité de ses actes n'était pas regardée d'un œil mauvais, mais avec compréhension et respect pour la réelle raison rôdant derrière ses infractions. Une invitation à venir se dissimuler de la dure réalité si cela n’était-ce que pour une soirée, où elle pourrait faire comme bon lui semblait sans la constante nécessité de regarder par-dessus son épaule par peur d’être découverte par l’un de ses monstres qui habitaient ce château. Car monstres, il y avait, sous la forme d’épouvantards, de détraqueurs et de mangemorts camouflés sous l’apparence de professeurs, déambulant dans les corridors, errant au travers le domaine qu’était Poudlard, traumatisant et blessant que par simple plaisir et désir de prouver leur supériorité. Et pourtant, une partie d’elle murmurait que c’était trop beau pour être vrai, une utopie irréaliste, un mirage au loin dans ce désert sableux sur lequel elle rampait pour y trouver une simple goutte d’eau. Elle pencha la tête sur le côté, un mouvement à peine perceptible qu'elle accompagna d’un murmure de sa voix cristalline, mettant des mots sur ses insécurités, hésitante :

- Vraiment ? N’importe quand et pour n’importe quelle raison ? Même si c’est ridicule ou contre les règles ? Même si je n'ai pas envie de parler ?

La liste des possibilités était infinie et elle s’arrêta, mettant fin au flot de ses inquiétudes. Puis, avant qu’il ne puisse partir, tout doucement, elle attrapa sa main, enroulant ses doigts fins autour des siens, serrant délicatement la peau masculine. Un geste alliant un remerciement sincère au réconfort qu’elle souhaitait lui transmettre depuis que sa voix avait cassé le silence. Une impression de déjà vu envahit ses sens et un moment passa avant qu'elle n'arrive à attraper le souvenir auquel il était rattaché, se remémorant enfin pourquoi son geste lui semblait si familier, si adapté à la situation. Les flocons de la neige poudreuse et le petit lit meublant l’isba de la Sibérie flottaient dans son esprit, répondant finalement au questionnement qu’elle s’était posée. Le coin de sa lèvre eut un soubresaut, un minuscule sourire qui s'éclipsa aussi rapidement qu'il était survenu, car le rire n'était pas à l'honneur dans cette chambre où révélations intimes étaient sorties au grand jour. Non, cela n’était ni le lieu ni son intention. Mais sa main ne bougea pas, s’accrochant à Octave, un coin de son esprit enregistrant inconsciemment que sa main était plus froide que la sienne.

- Tu peux rester si tu veux… C’était une proposition, une offre toute simple qu’elle lui faisait autant à lui qu’à elle-même, car l’idée de se retrouver seule ne l’attirait guère. Bien que normalement, elle n’aurait rien dit, laissant son envie mourir avec sa voix, cette fois-ci, elle laissa la retenue s’évaporer tandis qu’elle prononçait ces mots. Ça ne serait pas la première fois… et le lit est beaucoup plus grand cette fois. L’ombre d’un sourire s’étira sur ses lèvres, une étincelle s’alluma dans son regard alors qu’elle sortait une de ces phrases où la référence n’était pleinement comprise que de ceux qui avaient vécu le moment rapporté. Un rappel sans remord ni amertume d’une aventure qu’ils avaient partagés et dont la finalité aurait pu être pire qu’elle n’avait été.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 571

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 15 Fév 2018 - 14:07

Au final tout se réduisait toujours à la même abstraction : la solitude. Elle avait tramé sa vie avec la subtilité d’une contradiction, qu’il aurait fallu contempler de loin pour s’en rendre compte convenablement. Son adolescence ne lui avait pas apporté cet apprentissage et il avait tout regardé avec une perspective cavalière, pour reprendre davantage le sens figuré que propre de cette expression. Tour à tour oublié et adoré, grandi entre une mère possessive, un grand-père sardonique, une grand-mère folle et des domestiques décolorés pour la plupart, Octave n’avait trouvé aucune cohésion dans son enfance. Ayant apporté une sorte d’opulence forcée en naissant, il avait tout de suite senti ne pas avoir été tout à fait attendu, sans comprendre exactement d’où venait le problème, ni qu’il n’était en vérité pas tant lié à lui qu’à la nature de son existence-même, ce qui avait précipité sa chute dans le dénigrement constant dont il se gratifiait volontiers. Cette négligence somme toute solitaire l’avait fait grandir trop vite, le rendant creux, veule et brutal, parlant gras dès que ce fut possible envers ceux qui n'étaient pas de son monde. Tandis que sa mère le divertissait comme un homme, il lui arriva de s’ennuyer à ces soirées étranges où on le prenait plus pour un fétiche, angelot aux grands yeux verts, plutôt que pour un enfant qu’on aurait dû coucher il y a longtemps. Vivienne Holbrey l’exhibait comme s’il fut son petit chef-d’œuvre. Jusqu’à ce qu’il eût grandi. Là, elle lui imposa des précepteurs ignobles qui soudain avaient pour mission de tarir tout ce qu’on lui avait demandé d’exacerber lorsqu’il fut enfant. Il se vengea en dépensant mal l’argent, voulut bijoux, terrains, voitures et beaux vêtements, poussant au paroxysme les immorales exhortations de sa mère pour savamment les retourner contre elle. Il ne s’était pas agi d’un sentimentalisme adolescent, ni d’une crise passagère, mais d’un calcul froid et intransigeant qui, lorsque sa mère avait commencé à perdre patience en poussant des appels de paonne, l’avait arrêtée avec l’impassibilité insensible qui le caractérisait en lui déclarant « Mais Vivienne, c’est ce que tu voulais ! ». Ce n’était pas ce qu’elle avait voulu, mais voir son fils se jouer d’elle l’avait satisfaite dans une certaine mesure.

Bien plus tard cependant avait-il pris conscience à quel point il avait souffert de la solitude, celle qui ne vous angoissait pas de murs vides, mais de dos tournés. Il n’avait, en tant que tel, jamais été seul, d’abord sur des genoux inconnus de vieilles rentières ou d’éphémères amants à sa matrone, puis tour à tour sous le bras de précepteurs ou entre ceux de ses conquêtes hasardeuses, et enfin les études, où il s’était fait plus taciturne et cynique qu’il ne l’avait été, s’irritant de peu et jugeant de tout. Mais aucun de ces regards l’ayant accompagné n’avait eu d’égard à son sujet autre que superficiel ou cherchant profit à ses dépens. Il avait eu l’isolement du riche, la mélancolie de celui qui s’ennuyait trop tôt et trop vite, qui ne savait déjà plus vivre, banalement gâté et sans le feu nulle part. Malgré la médiocrité d’un tel mal, il ne le souhaitait à personne, car il n’y avait rien de pire que d’être entouré tout en se sachant abandonné et qu’aucune de ces mains ne se tendrait pour lui venir en aide. On n’avait accepté de lui que ce qui fut désiré ou plaisant, négligeant le reste comme si ça n’existait pas, le privant et niant le contre-coup de cette débauche irrévérencieuse. Alors il avait désavoué à son tour ce qui ne pouvait subsister de son caractère, se défendant de ce qu’on ne voulait pas voir car il lui était insupportable de vivre avec la certitude qu’à la moindre faiblesse on le renverrait définitivement dans les ombres. Certain de ne pas survivre à un tel rejet, il s’était assagi, cherchant bénédiction sans jamais se plaire, toujours dans l’absence, n’existant qu’à moitié.

Leslie, Cassidy, Heather… Il offrait sa main avec le dévouement désireux d’offrir ce dont on l’avait privé lorsqu’il en avait eu le plus besoin. Il avait le souvenir constant de la pénible détresse ressentie en permanence, comme une angoisse, de n’avoir nulle part où se réfugier de soi-même. La moindre chose qu’il pouvait faire, c’était de rendre la faveur à son passé terrifié et fébrile en étant, pour ne serait-ce qu’une personne, celui qu’il aurait souhaité avoir dans sa vie. On l’avait déjà défendu, mais sans amour ni affection, comme on défendait un jardin contre les merles, ou sa portion de dessert contre des camarades pillards, son vin contre les valets, sa propriété. Il ne voulait pas de ces refuges sans chaleur dont l’intimité ne vous étreignait pas.

- Vraiment ? N’importe quand et pour n’importe quelle raison ? Même si c’est ridicule ou contre les règles ? Même si je n'ai pas envie de parler ?

Il hocha vivement de la tête, assurant de son énergie ses plus sincères intentions. C’était exactement cela, la tranquillité d’un asile où il n’y avait rien d’autre que la compréhension indicible et sans jugement aucun, mais qui prêtait une main salvatrice en cas de nécessité avec une bienveillance dénuée de pitié. Il aurait souhaité savoir chez qui aller faire son deuil lorsque sa grand-mère s’était suicidée, où se défendre contre l’alcool, sur quelle épaule pleurer lorsque Jane était morte. Mais il n’y avait eu personne. Aucun repaire, nulle tanière pour s’abriter dans la tempête, pas de protection lors d’instants de faiblesse, alors il fallait rester intransigeant et fort pour être son propre pilier, pour être son propre sanctuaire. Octave voyait à travers cette faiblesse soudain, cette tendresse fragile que nous créait l’alcool, toute la force dont Heather devait faire preuve au quotidien, et à quel point ses blessures avaient creusé en elle la défiance au point de l’isoler aussi sûrement qu’un chien qui mord. Il hocha encore une fois de la tête, silencieux, confirmant jalousement son désir d’être l’îlot suave dont sa prudence contraignante avait parfois besoin pour s’apaiser au moins une fois.

« Quelle que soit l’heure, par honte, chagrin, par tristesse ou simplement par sommeil, tu viens. Pour parler ou pour te taire, pour hurler ou murmurer…Ce que tu veux. »

Un écho bruissant de feuille morte lui fit baisser les yeux lorsque les doigts chauds et graciles de la jeune femme se glissèrent contre les siens, longeant les phalanges caleuses jusqu’à sceller l’étreinte paume contre paume, s’enlaçant sur son poignet dur. Ce toucher eut l’effet d’une brûlure pourtant. Il ne s’était pas rendu compte à quel point tout son corps s’était tendu sous un chagrin dont il n’avait que peu soupçonné l’étendue. Il n’avait pas réalisé non plus que son cœur s’était serré jusqu’à ne plus battre et sous la tendresse de cette main consolatrice, il se dilata avec une telle violence qu’Octave faillit s’en asphyxier. Fébrile, il serra à son tour la petite main étroite entre ses longs doigts de phalène, sans oser la regarder encore car il sentait poindre et remonter le contre-coup de sa retenue. Cassidy lui manquait. Jane lui manquait. Il haïssait sa mère. Tout remontait depuis les tréfonds de sa terre sensible comme un magma infâme, plasma où s’agglomérait sans formes concrètes tout à la fois sans qu’il puisse n’en distinguer autre chose qu’un irrépressiblement sentiment de détresse angoissée. Il eut pitié de soi, comme l’on avait pitié de ceux qui ne savaient comme se délivrer d’une blessure ignorée trop longtemps. Grâce à Dieu, pourquoi maintenant ? Sa main se serra davantage, tandis que ce qu’il avait choyé naguère, parmi les sarments tortueux de son cœur -son grand péché radieux- s’était réduit à son essence : le reste, la lubricité égoïste et stérile, la cruauté solitaire et sardonique, tout cela était aboli, maudit. Il avait si peur de revenir en arrière, mais croyait si mal en l’affection d’autrui ! Se sentant soudain encore tout détrempé des larmes versées tantôt, Octave se recroquevilla légèrement vers les mains qui s’enlaçaient. Cette menue confiance que lui offrait Heather se présenta comme une félicité précieuse, celle qu’on ne lui avait que rarement accordée avant et il faiblit encore un peu.

- Tu peux rester si tu veux… Ça ne serait pas la première fois… et le lit est beaucoup plus grand cette fois.

Octave eut un brusque soupir de chien de chasse et se pencha davantage jusqu’à ce que son front ne touche leurs mains étreintes et il demeura ainsi, remerciant pour tout ce qu’il avait. Pour avoir eu l’occasion de prendre du recul, pour avoir pris conscience du mal qui le rongeait, pour l’amour qu’il aura été capable de porter envers et contre tout, d’avoir été aimé en retour par des femmes à la persévérance imperturbable et à la patience infinie, pour avoir su changer sans se corrompre et mériter maintenant la confiance de l’animal sauvage et aussi blessé qu’Heather. Enfin, pour le bonheur qu’il avait su apprivoiser, la patience et la renonciation dont il était capable. Quelle que fut sa solitude propre et ses torts, le sang battait aujourd’hui fort dans son cœur et il remerciait de sentir quelque chose, de ne pas sombrer en faisant la même chute à chaque fois qu’il rencontrait sa maudite mère, d’être capable du pardon et de l’oubli sans tomber dans la médisance. Encore quelques instants sensibles pourtant et il savait que le lendemain, il retrouverait son entrain aussi indolent qu’effervescent, parfois ironique jusqu’à la méchanceté, parfois prêt à plier genou devant la beauté, mais au moins il se réveillerait demain avec la conscience d’être capable de ça. De cette infinie douceur et incommensurable tristesse et commisération pour celle dont il sentait en écho la solitude, celle-là même qui l’avait touchée en lui brûlant la main. Octave se sentit frissonner presque douloureusement tant son corps se tendait dans une tentative de retenir l’émotion fiévreuse qui le disloquait doucement. Son front glissa sur la peau rendue moite par l’échauffement de ses affres jusqu’à ce qu’il soit en mesure de déposer ses lèvres sur le dos de la petite main. Sa bouche se pressa dans la gratitude de circonstances qui dépassaient de loin la compréhension de l’étudiante, mais dont elle fut par miracle un prisme puissant. Ses paupières, déjà fermées, se serrèrent sur ce baiser qui gratifiait la vie elle-même.

« Merci. »

Murmura-t-il d’une voix étouffée et serrée à la gorge en réponse semblait-il à la proposition faite, mais quelque chose dans la dévotion de cette reconnaissance invoquait des fantômes invisibles. Il se redressa finalement, après ce qui sembla être une éternité silencieuse de recueillement, son visage gardant cette fois le sang à ses joues, les traces de ses songes éloignés et de tout ce qui l’avait ému lorsqu’il avait daigné clore ses paupières. Pour la première fois depuis longtemps peut-être, son visage sembla être un livre ouvert, l’amour jadis porté illuminant son front, la fatigue de jours délicats marquant les coins de sa bouche, mais lorsqu’il remonta finalement son regard, contrairement au trouble que présentaient ses traits, ses yeux semblaient paisibles comme deux étoiles perdues au milieu d’un océan furieux. Son autre main vint sceller celle d’Heather comme la deuxième coque d’un coquillage et il l’enserra, comme pour marquer son emprunte dans la chair sensible de ses doigts. L’étonnement d’Heather, bien qu’exagéré peut-être par l’ébriété, lui avait fait du bien et le consola d’une certaine façon, car elle avait accepté, au moins ce soir, à renoncer à sa fierté pour se laisser aider. Par réflexe, et parce qu’il lui semblait avoir pleuré, Octave libéra finalement la main de la jeune femme pour venir écraser des larmes, mais ne trouva que l’humidité d’yeux fatigués. Il s’étonna de cette marée qui n’avait pas débordé plus que cela, mais revint à l’évidence que ce fut un incendie strictement caché, se déroulant derrière les quatre murs excessivement résistants de son cœur. Il rigola doucement de la remarque fait précédemment, se souvenant de cette nuit pathétique en Sibérie, où il avait veillé par crainte d’être responsable d’un malheur.

« Je reste. » Dit-il en se levant et en défaisant délicatement l’enlacement de leurs mains. « Mais je ne suis pas aussi beurré que toi, alors ne m’attends pas et dors. »

Ce disant avec un sourire de circonstance, il défit les boutons de son gilet de costume et une fois retiré, alla le ranger dans l’armoire. Il avait cette étrange pudeur et se privait du confort de l’intimité lorsque des étrangers le prenaient à témoin. La chemise toujours dans le pantalon serré d’une ceinture, Octave s’accorda néanmoins un geste réconfortant, car il savait qu’Heather l’avait autorisé à rester que pour conserver la consolation d’une fatigue à deux. Il éteignit la moitié des bougies à la main, assombrissant la partie de la chambre qui appartenait à Heather de par la place qu’elle avait au lit, mais laissa quelques lumières de son côté, tamisant joliment la pièce. Récupérant deux livres et un journal, il prit place sur son côté du matelas, appuyant le dos contre le mur et tendant ses jambes dans une position à demi-assise. Il n’était pas si tard encore et même si épuisé, Octave se trouvait trop agité pour s’endormir correctement et préférait égoïstement profiter d’abord de la respiration calme d’une endormie avant de s’y plonger lui-même. Il adressa un regard à Heather, qui l’enjoignait à la tranquillité du repos, puis se saisit d’un des livres, qu’il feuilleta distraitement, stipulant ainsi que leurs chemins se séparaient à partir de cet instant si elle le désirait.

« Dors bien. »


-Fin-

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère

Revenir en haut Aller en bas

[15 novembre 1997] La reine mère

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» Chronique du Grand Siècle - La Mort de la Reine-Mère (Saison 1)» Oisiveté, mère de tous les vices (PV : Reine Emalia)» Mary Tudor " Ma mère est morte déchue, de mon côté : je disparaitrai en tant que reine. " [Terminé]» Daenerys Targaryen, mère des dragons, reine des 7 royaumes (si si)» 29 novembre 1987 : 19 ans déjà !
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: ECOSSE; Poudlard & Pré-au-lard :: Extérieur du château :: Lac-