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[15 novembre 1997] La reine mère

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SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 195

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 12 Nov 2017 - 21:06

Mais quelle année bordélique!

Les incidents semblaient s’enchaîner les uns après les autres, sans relâchement pour la jeune Trown qui écopait de tout. Comme à chaque année, son retour en classe avait été une affaire douloureuse, son dernier été forcé auprès de son père ayant motivé ce dernier à redoubler d’efforts lors de ses techniques d’éducation hors norme, ce qui avait laissé la jeune Trown bien mal en point à son arrivée au château. Après quelques jours, poussée par les mains de ses deux plus proches amis, elle avait piétiné sur sa fierté et s’était finalement présentée à l’infirmerie ou la matrone avait pansé la majorité de ses blessures, se retenant de tout commentaire. Il n’y avait plus grand chose à dire sur la situation, l’infirmière ayant découvert il y a quelques années déjà la vérité sur sa situation familiale et malgré son air sombre à la découverte de chaque nouvelle ecchymoze, la dame ne faisait que pincer les lèvres, retenant de passer un commentaire inutile sur la situation. Bien que le mois de septembre avait été relativement calme, l’arrivée des mangemorts et des inspecteurs au sein du personnels de Poudlard avait donné tout un choc à la populace étudiante et la vipère n’avait pas été immunisée par l’ambiance qui s’était effondrée sur eux suite à leur instauration dans leur vie quotidienne. Puis octobre était arrivé, apportant son lot de d’événements sombres et lugubres, représentation sans équivoque de la réalité qu’était maintenant la vie au château, la nuit des souffrances partant le bal avec fracassement, traumatisant les élèves et leur rappelant sans détour que Poudlard n’était plus ce que c’était. S’en était suivi Halloween, une soirée qui avait débutée avec divertissement et rires, permettant finalement aux étudiants de retrouver leur joie de vivre l’espace d’une soirée, mais encore une fois, les Carrows agrémentèrent l’activité à leur façon et un épouvantard fut relâché sur les participants de la soirée. Puis en l’espace de quelques jours, trois événements marquants s’enchainèrent dans la vie de la jeune Trown, ajoutant leur lot de stress à la serpentard dont les nerfs étaient déjà à vifs. Elle s’était retrouvée en Russie, accompagnée par nul autre que le bibliothécaire de l’école et tandis que ce fait cocasse aurait pu se terminer aussi rapidement qu’il avait commencé, la perte de leurs baguettes les avaient forcés à passer la nuit en compagnie d’hôtes des plus douteux, à jouer les prétendus fiancés en voyage romantique. Le lendemain de leur nuitée s’était avérée comporter une surprise additionnelle pour la demoiselle, le directeur de l’école ayant enseigné le cours de magie noire, les faisant affronter de nouveau leur plus grande peur, n’utilisant que leur mental comme arme contre la créature. Bien que Heather s’en était sortie victorieuse, défiant un Jake imaginaire dans toute sa splendeur, la couleuvre avait été bouleversée par l’affrontement, la replongeant aisément dans des pensées noires et la poursuite de son objectif ultime. Puis, pour clôturer le tout, une discussion bien particulière s’était déroulée entre Léon et elle, révélant au grand jour que ce dernier s’était retrouvé blessé par la nuit des souffrances, ses traitements ayant été agrémentés par un baiser administré par la préfère en chef. Cette révélation avait réveillé au sein de la serpentard son côté possessif, sentiment dévastateur qui s’ajoutait au cocktail déjà explosif d’émotions dont elle était le récipient.

Chaque semaine, et les évènements que celles-ci apportaient, laissait un arrière-goût amer dans la bouche de Heather, une sensation déplaisante qui refusait de la quitter de semaine en semaine. Du moment qu’elle croyait que quelques jours seraient finalement plus calmes, lui permettant enfin de relaxer l’espace d’un instant ses muscles raidis par l’anxiété, un autre événement chamboulait sa vie, ajoutant une couche d’anxiété de plus à l'atmosphère déjà tendu qui régnait sur l’école de magie. Le besoin de penser à autre chose, d’extirper l’excès d’émotions de son être, avait grandi avec l’angoisse jusqu’à atteindre son paroxysme, une envie qui grouillait sous sa peau, la démangeait sans repos, l'énervement ne voulant que se matérialiser d’une façon ou d’une autre. En temps normaux, l’excès d’émotions se serait traduit en un acte de violence ou une moquerie odieuse sur une pauvre victime choisie ou non d’avance, un acte facile, mais tant libérateur, continuant le cercle vicieux dans lequel elle était prise depuis son enfance. Or, cela ne semblait pas être la solution cette fois-ci, sachant qu’elle resterait sur sa faim, les pensées sombres ne seraient que l’essence qui alimenterait le feu de cruauté qu’elle relâcherait sur la pauvre âme, déviant le but d’oublier quelques temps ses malheurs. Le besoin de s’oublier quelques instants était tout de même ravageur, un désir brûlant qui refusait de s’amoindrir. Cédant finalement à son envie, Heather fouilla dans sa valise, sortant une bouteille de whisky pur feu vieilli de quelques années qu’elle avait piquée de la réserve à Jake quelques heures avant son départ pour le train, un affront sans intérêt et sans but autre que de la défouler quelque peu, mais qui avait réussi à lui étirer son premier et dernier sourire de l’été, sachant que son père s’en offusquerait lorsqu’il découvrirait que la bouteille manquait à l’appel. Elle n’avait pas eu l’intention de la boire, l’envie de se rebeller contre cet homme qu’elle détestait plus que tout au monde ayant été sa seule motivation, mais l’avidité d’oublier pendant quelques heures ses émotions en chamailles et ses pensées ténébreuses prit le dessus et elle glissa la bouteille dans son sac en bandoulière. Après tout, elle connaissait les effets de l’alcool, connaissait le brouillard qui se déposait sur l’esprit après plusieurs consommations et elle ne pouvait nier que l'idée était alléchante.

D’un pas nonchalant, elle sortit de son dortoir, observant les étudiants éparpillés dans la salle commune des serpentards, tentant d’y trouver Léon avec qui elle voulait partager sa débauche d'un soir, mais sans succès. Elle fronça les sourcils, croisant au même instant le regard de Charles qui haussa des épaules, secouant rapidement de la tête, une réponse sans détour à la question qui flottait dans le regard de la jeune fille, cette dernière levant les yeux au ciel. Tout comme elle, la position actuelle de Léon était un mystère pour Charles et sans s'y attarder, une idée d'où il se trouvait ou plutôt avec qui perçant dans son esprit, la vipère s'éclipsa de la salle verte et argent et commença son ascension vers le rez-de-chaussée, une morosité s'ajoutant au tourbillon d'émotions qu'elle contenait déjà au plus profond d'elle-même. Elle lança un regard foudroyant au serdaigle de quatrième année qu'elle croisa sur son chemin, provoquant un sursaut chez ce dernier qui se manifesta par un pas rapide sur le côté, ajoutant un bon mètre additionnelle entre la serpentard et lui-même, réaction qui étira un petit sourire moqueur sur les traits de la jeune fille. L'ombre d'un instant, l'idée de causer du trouble au pauvre étudiant ayant eu le malheur de la rencontrer lui vint à l’esprit, mais elle retint son envie, le poids de la bouteille cachée dans son sac lui rappelant avec efficacité le but de sa sortie, et elle continua son avancée, avant de s'arrêter devant les portes menant à l'extérieur du château. Elle jeta un regard autours d'elle, apercevant un amas de blaireaux rigolant discrètement à elle ne savait quoi, lui arrachant une expression de dégoût qu'elle masqua rapidement avant de pousser l'une des portes et de s'aventurer dans l'air frais automnal. La serpentard prit une grande respiration, affectionnant le rafraîchissement de sa peau surprise par la froideur de la température, appréciant le frisson qui assaillit son corps. Elle sortit par réflexe son écharpe, l’enroulant autours de son cou pâle et refermant d'un geste rapide les pans de son manteau de cuir, glissant ses mains dans les poches de ce dernier, s’engageant finalement sur le chemin pavé qui serpentait les terres de Poudlard. Le soleil était bas dans le ciel, s'approchant lentement d’un couché inévitable qui marquerait le couvre feu qu’elle devrait normalement respecter, celui-ci sonnerait dans un peu plus de deux heures si elle ne faisait erreur. Alertée de la présence d’élèves par les échos d’une discussion se déroulant un peu plus haut sur le chemin, la serpentard dévia du sentier tracé, guidant décidément ses pas en direction du grand lac, destination où elle espérait trouver la solitude qu’elle recherchait depuis son départ preste de la salle commune. D’un air décidé, elle s’approcha d’un énorme frêne trônant sur le paysage et s'asseya délicatement à sa base, les jambes repliées sur le côté, laissant sa tête s’appuyée contre le tronc robuste, les yeux fixés sur le tableau dessiné devant elle. Malgré la beauté inimaginable de la vue qui s’offrait à elle, la brunette n’arrivait pas à admirer le panorama, l’esprit tourmenté par les souvenirs des dernières semaines et des émotions que ceux-ci ramenaient au devant. Elle ferma quelques instants les yeux, laissant un soupire s’extirper de ses lèvres rosées, abandonnant finalement le masque qu’elle gardait par habitude sur son visage fin.

D’un geste lent, elle glissa une main dans son sac, tâtonnant quelques secondes avant d’y retirer la bouteille, y déposant son regard illisible, le liquide se mouvant tranquillement de gauche à droite sous l’agitation. La vipère retira le bouchon et approcha la bouteille de son visage, humant le liquide, le composé aromatique enivrant ses narines de son odeur caractéristique. Puis, sans hésiter, elle déposa ses lèvres sur le goulot, levant légèrement la bouteille vers le haut, avalant la première gorgée de la boisson nouvellement ouverte, une goutte du whisky pure malt coulant le long de son menton. Le liquide fut avalé, le visage de la serpentard se crispant en réponse au goût fort qui envahit son palais, l’expression faciale s’apparaillant à une grimace, avant qu’elle ne lève une main, attrapant ce son pouce la goûte qui s’était échappée. L’alcool fit son chemin le long de sa gorge, un feu liquide qui s'étendit sur chaque parcelle de sa trachée, brûlant la peau de l’intérieur. La vipère accueilla l’irradiation avec satisfaction, un petit sourire sans joie s’étirant sur ses lèvres : la première gorgée était toujours la plus surprenante. Les autres ne différèrent guère, augmentant la chaleur qui se répandait dans le corps de la brunette, l’effet de l’alcool s'accroissant à chaque déglutissement sporadique. Comme désiré par la vipère, l’eau de vie commença à faire son effet et déposa un voile sur son esprit, reléguant à l’arrière les pensées sombres, l’attention de la serpentard étant posée sur l’alcool et le paysage qui l’entourait, buvant s’en réellement regarder la quantité consommée, la brûlure associée à l’alcool devenant de moins en moins perceptible. Puis, une main agrippa son bras, un sursaut traversant le corps de la jeune Trown qui tourna la tête rapidement, son bras effectuant un mouvement brusque vers son corps dans le but de faire lâcher prise, tandis qu’une expression stupéfaite s’étendait sur son visage.

- Mais qu’est-ce que….

Reconnaissant le visage du bibliothécaire, Heather s’arrêta dans sa phrase, un “oh” surpris s'échappant de ses lèvres avant qu’elle ne referme la bouche sans terminer sa pensée, étonnée de se retrouver une fois de plus en sa présence. La vie semblait avoir un malain plaisir à les réunir, leur chemin se croisant dans les moments les plus importuns et embêtants. Retenant un soupire, elle approcha de nouveau la bouteille de son visage, avalant une énième gorgée du liquide cuivré qu’elle contenait avant de regarder de nouveau l’homme se tenant si près d’elle. Ne sachant pas réellement quoi dire, le souvenir de leur dernier échange remontant à son esprit et tous les non-dits qu’il avait contenu, la vipère se tut, préférant garder le silence et laisser Octave donner le ton de la conversation qu’elle était sûre ne manquerait pas de débuter entre eux.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 15 Nov 2017 - 1:39

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 16 Nov 2017 - 19:21

De tous les habitants du château, il fallut que ce soit Octave Holbrey, dans toute sa splendeur, qui la trouve une bouteille à la main et l’esprit embrouillé par ses pensées et la quantité d’alcool consommée. Depuis le retour de leur voyage improvisé, la jeune fille avait quelque peu évité la bibliothèque, adoptant la salle commune pour ses sessions d’études et la complétion de ses devoirs, préférant restreindre au maximum ses rencontres avec le bibliothécaire et les interactions que celles-ci pourraient engendrer. Bien que leur aventure incroyable soit survenue la semaine passée seulement, le souvenir semblait lointain à son esprit, les péripéties du château ne lui ayant offert que peu de tranquillité pour refaire de l’ordre dans ses pensées et ainsi lui permettre un comportement socialement juste de leur supposée absence d'interactions autres que celles attendues d’un bibliothécaire et d’une élève. Tandis que leur retour au château avait marqué la fin de leurs prétendues fiançailles, l’arrivée à Poudlard avait aussi imposé la création d’une nouvelle mascarade et cette fois-ci, beaucoup plus permanente que celle créée à l’improviste lors de cette fameuse nuit passée en Russie. La brunette avait donc opté de l’éviter, ayant espoir de se donner le temps d’assimiler le nouveau subterfuge qu’elle devait maintenir en sa présence, mais aussi la péripétie et les actions et émotions étrangères qui l’avaient habitée cette soirée-là. Elle se rappelait que trop bien les paroles sarcastiques qui avaient peuplé la soirée ainsi que les gestes menteurs dont ils avaient été tous deux les acteurs à mainte reprise ; le regret qu’il lui avait exprimé, une réponse inattendue qui avait convaincu la brunette de lui offrir son pardon d’un touchée simple, mais remplie de sens et d’honnêteté, n’ayant pas trouvé la force de murmurer les mots et d’ainsi briser le silence qui s’était déposé ; et puis la confiance qu’elle lui avait accordée et le doute que cela avait semé par la suite dans son esprit, trop habituée comme elle était à n’agir que par méfiance face aux adultes. Tout cela avait été trop particulier pour qu’elle ne sache comment réagir aussi rapidement et surtout, que faire de ses réalisations qui s'amusaient à envahir son esprit dès qu'elle y repensait, revoir l’homme aussi tôt n’aurait qu’été un désastre, mais comme cela semblait devenir une habitude pour eux deux, ils se retrouvèrent de nouveau face à face, mais heureusement seuls. Aucune pression sociale ne viendrait donc imposer le comportement faux qu’elle aurait normalement dû adopter en sa présence outre son absence d’émotions habituelle qu’elle préférait garder en tout temps, mais donc la force de la maintenir l’avait quitté progressivement au fil des gorgées du liquide ambré. Contrairement à ce dont elle était reconnue, son visage avait perdu de sa froideur coutume et bien que les émotions n’étaient pas aussi transparentes que pour un élève normal, la différence était marquante dans le cas de la serpentard, des signes et réactions trahissant l’émoi qui l’assaillait depuis qu'elle s'était éclipsée dans l'air froid d’automne. Absents étaient le masque de glace et le regard illisible qui accompagnaient généralement le visage fin de la brunette, l'alcool avait détruit sa capacité à garder hors de portée de toutes ses réelles pensées, son envie de s'en préoccuper ayant subi le même sort. Le fameux brouillard qu'elle avait tant recherché s'était finalement déposé sur son esprit et parties étaient ses préoccupations habituelles de paraître forte et distante, la boisson forte ayant rempli son être d’une sensation de chaleur et d’une nonchalance généralisée éphémère, appréciant les vertus de l'insouciance d’un plaisir aigre et fragile.

Heather leva un regard légèrement voilé par l’alcool vers Octave, son cou protestant sous l’angle abrupt et inconfortable qu’elle devait adopté pour observer le nouveau venu. Elle sentit un malaise à se retrouver assise tandis que l’homme était debout à ses côtés, fronçant les sourcils avant de mettre une main sur le tronc d’arbre, se relevant lentement de sa position initiale. Des frissons parcoururent ses jambes maintenant dépliées et elle se laissa légèrement tombée contre l’arbre massif, appuyant le haut de son corps contre le tronc robuste, l’action en elle-même échouant d’offrir la grâce qui était naturellement attendue d’une jeune fille. Cette dernière toisa longuement le bibliothécaire, sachant ce qui suivrait, son attitude nonchalante n’étant que le calme avant la tempête qui ne tarderait pas à éclater. La réprimande viendrait, elle en était sûre, les adultes n’attendant que la première opportunité pour se défouler sur ceux sur qui ils avaient plein pouvoir, une occasion idéale pour exprimer tout l’avantage qu’ils possédaient. La situation était idéale et elle le savait : une adolescente s’adonnant à une activité illégale, même si cette dernière était loin de causer un quelconque tort à qui que ce soit, boire seule n’ayant jamais fait de mal à personne, était une raison parfaite pour démontrer sa supériorité, pour châtier sans remord la délinquante. Après tout, elle l’avait cherché, la brunette ayant enfreint un règlement de l’école sans pudeur ni indignation, crachant sur l’autorité qui devait être respectée à tout prix, le respect des aînés, même si non mérité, devant être priorisé à la logique. Malgré ses pensées cyniques, elle ne pouvait nier qu’une certaine arrogance avait accompagné ses mouvements, buvant une gorgée du whisky tandis qu'elle le savait la regarder, un aveu sans paroles qui disait tout sur son état d'esprit, ajoutant de l’huile sur un feu ardent et vif, une provocation pure et simple. La vipère baissa les yeux vers le sol, s’attendant au pire, refusant d’observer le visage neutre du bibliothécaire se fendre en un sourire sarcastique ou se retrouver submergé d’une expression furibonde annonçant le pire, signe précurseur de la réprimande qui ne saurait se faire attendre.

- Tu viens ? Il se fait tard pour ces choses-là.

Mais la réprimande ne vint jamais. Heather releva des yeux surpris vers l’homme, plongeant son regard dans les émeraudes brillantes qui lui faisaient office d’yeux. Les paroles sonnaient naturelles, sans reproches ou jugements, une simple question suivie d’un constat naïf, comme si l’heure tardive était la seule chose qui importait dans toute la situation. La présence d’alcool avait été reléguée au rang des éléments banals, une activité qui semblait comporter une absence d’importance si grande que de mentionner l’acte en soit n’en valait pas la peine, ne serait qu’une perte d’énergie. La jeune Trown resta muette quelques instants, le regard fixé sur l’homme qui l’avait de nouveau surprise dans une occupation interdite aux étudiants, la trivialité de sa phrase subsistant, un contraste considérable avec ce que la vipère s’était imaginé comme déroulement suite à son arrivée. Puis, la stupeur s'amoindrit progressivement tandis qu’elle repassait ses paroles en boucle dans son esprit, la neutralité du ton utilisé perdant de son importance alors que l’obligation masquée derrière la simple question se faisait entendre. C’était une belle technique en somme : dissimuler un ordre derrière une invitation, donnant l’impression que le choix lui appartenait alors que la vérité était tout autre, une seule réponse étant véritablement la bonne et ne serait au final qu’acceptée. Malgré sa relative douceur, le bibliothécaire ne voulait qu'une chose, la remmener à son dortoir et couper court à son relâchement, brimer la serpentard dans ce besoin d'oublier l'espace d'une soirée les dernières semaines, une nécessité auquelle elle s'était accrochée et dont elle refusait de lâcher prise. L’envie de se rebeller reprit le dessus sur son être, l’alcool, un catalyseur sans pitié pour les idées illogiques, encourageant les actions impulsives et les paroles non réfléchies, un cocktail qui provoquerait des étincelles à tout coup.

- Avec toi ? Des plans pour qu’on se retrouve en Thaïlande cette fois-ci. Non... je suis très bien ici. Et il n’y pas d’heure pour boire alors laisse-moi en profiter, veux-tu ? J’ai à peine pris une gorgée.

Elle parlait trop. Elle avait oublié que l'alcool avait aussi l’effet particulier de lui délier la langue, ses pensées perdant de leur sens une fois prononcées de vive voix, la réalisation lui tirant un froncement de sourcils. C’était embêtant. Elle en disait trop, perdant le filtre qu’elle s’imposait normalement, exprimant des idées manquant d'éloquence et de continuité, un mensonge digne d’un enfant de quatre ans s’ajoutant au flot incohérent. À peine une gorgée ? Ah oui, très fort Trown! Mais quel mensonge convainquant. La bouteille qu’elle tenait à ses mains était déjà un tiers vide, une preuve irréfutable que le liquide avait été consommé et plus qu’une gorgée avait été avalée. Avant qu’elle ne puisse se châtier un peu plus mentalement, Octave lui posa une nouvelle question, la provenance de ladite alcool semblant lui titiller l’esprit.

- Tu ne l’as pas trouvé dans les cuisines, ta gnole, si ?

La vipère avait toujours assumé qu’aucun alcool n’était tenu au château, la question la faisant hésiter sur ce fait qu’elle avait cru évident, la présence d’adultes au château pouvant, dans un sens, expliquer qu’une certaine réserve d’alcool, masquée de la vue des élèves, résidait au coeur des cuisines. Ses yeux tombèrent sur la bouteille qu’elle tenait toujours dans sa main droite, observant l'étiquette légèrement abîmée, mais dont les lettres brillantes de la cuvée avaient gardé leur éclat original. Une des rares boissons que son père avait gardée intacte et intouchée lors de ses nombreuses beuveries solitaires, refusant, elle ne savait pour quelles raisons, d’y faire subir le même sort que tous les cadavres vitreux qui s'éparpillaient normalement sur le plancher du petit salon de la maison. La bouteille avait été rangée sur l’une des bibliothèques pauvres en livres, exposée aux yeux de tous, une place d’importance et de fierté dont les quelques photos que la famille possédait n’avaient jamais réussi à se mériter. Un petit rire sans joie teinté de moquerie s'échappa de ses lèvres rosées et elle leva quelque peu la bouteille, marquant visuellement les paroles qu’elle prononça d’un ton rempli d’amertume, tenant l’objet comme si elle en était fière, comme si celle-ci représentait le monde à ses yeux.

- Non, de la réserve personnelle de la famille Trown. Il y a l'embarras du choix là-bas, après tout, il ne faudrait certainement pas qu’il manque d’alcool dans cette maison, termina-t-elle, le petit rire moqueur faisait un retour triomphant à la fin de sa phrase.

Le mot famille avait subi la majorité du ton acerbe, un sarcasme dégoulinant enrobant ce mot qui référait à la relation père fille dont elle niait consciencieusement l'existence depuis plusieurs années. Les liens du sang priment sur tout : mais quelle foutaise! D’un geste devenu réflexe lors de la soirée, la brunette engloutit une énième gorgée du whisky, le visage de son père qui était apparu dans son esprit lui donnant une raison additionnelle d’avaler un peu plus de cette boisson. Une grimace inonda son visage l’espace d’un instant, la brûlure lui arrachant la gorge la surprenant de nouveau, l'insensibilité à l'irradiation qu’elle avait apprivoisée quelques instants plus tôt s’étant envolée suite à l’arrivée imprévue d’Octave. Elle secoua la tête rapidement, sa figure reprenant des traits décontractés plus naturels que l’expression crispée que l’eau de vie maltée lui avait arrachée. Elle toisa l’homme quelques instants, l’air songeur, penchant la tête sur le côté tandis qu’elle pesait le pour et le contre de l'idée qui germait dans son esprit, puis d’un mouvement quelque peu prompt et rigide, elle approcha la bouteille du corps de son interlocuteur, s’arrêtant à quelques centimètres de son pull.

- Tu en veux ?

C’était la défense parfaite. S’il acceptait, le bibliothécaire ne pourrait rien dire contre elle, ayant participé avec elle à sa débauche, une protection parfaite contre les représailles et la possible punition qui s’en suivrait. Elle ne lui offrait que pour cette raison. Cela n’avait rien à voir avec le sentiment de solitude qui l’avait envahie lorsqu’elle s’était éclipsée seule de salle commune et le réconfort qu’une deuxième présence lui apportait, ou encore le fait qu’Octave avait déjà gagné une partie de sa confiance une semaine plus tôt... n’est-ce pas?

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 17 Nov 2017 - 22:34

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mar 28 Nov 2017 - 22:55

Heather desserra son étreinte d’autour de la bouteille, regardant le bibliothécaire observer avec un intérêt surprenant sa possession, l’alcool semblant accaparer toute son attention. La jeune Trown poussa finalement le tronc de l’arbre de nouveau, se relevant complètement de sa position disgracieuse, la main gardant son appui tandis que le paysage vacillait autour d'elle. Elle se demanda, l'ombre d'un instant, pourquoi le lac restait calme, sans aucune vague à l'horizon, tandis qu'il bougeait dans tous les sens, oscillant de gauche à droite sans direction fixe. Les arbres peuplant l'orée de l'eau se baladaient conjointement, suivant le basculement avec teneur et précision comme si le paysage n'était qu'un tableau qu'on s'amusait à basculer d'un sens puis de l'autre. La vipère rigola légèrement à la réalisation que ce n'était pas les terres entourant le château qui se balançaient, mais bien sa tête qui s'amusait à ses dépens, les effets activés par l'alcool ayant finalement atteint leur paroxysme. La serpentard ferma les yeux quelques instants, secouant doucement la tête de gauche à droite, tentant de reprendre ses esprits, avant d’ouvrir rapidement ses paupières de nouveau, une grimace traversant son visage. Cela n’avait pas été l’idée siècle, ni même du mois ou de la semaine, si elle était tout à fait honnête avec elle-même, la tête lui tournant un peu plus pendant quelques secondes avant de reprendre son calme balancement, symptôme incontournable de sa trop grande consommation d’alcool. Elle déposa de nouveau son regard sur Octave, ce dernier n’ayant toujours pas goûté le liquide proposé. L’homme prenait un temps étonnamment long, les yeux rivés sur le liquide ambré, analysant elle ne savait trop quoi de la bouteille, avant de finalement déposer ses lèvres sur le goulot et d’y prendre une mince gorgée. Victoire! Elle ne pouvait nier qu’elle se sentait quelque peu apaisée par l'acceptation de son offre, rassurée qu’il ne lui reprocherait probablement pas sa consommation d’alcool, ayant participé lui-même à l’anéantissement de la bouteille. Leur présence se retrouvait une fois de plus liée l’une à l’autre, comme cela semblait être leur habitude depuis leur toute première rencontre, obligeant les deux individus à s’accompagner dans les aléas que la vie leur apportait l’espace d’une soirée ou même d’une nuit comme cela fut le cas si récemment. Malgré qu’elle ne le connaissait que peu, elle possédait la certitude qu’il ne la laisserait pas ici, seule, aussi près du couvre-feu, à s’enfiler une bouteille d’alcool. La pointe de confiance qui s’était créée lors de leur escapade en Russie refit un retour triomphant à cette pensée, ajoutant un réchauffement similaire à celui que l’alcool lui avait procuré, mais pourtant si différent en son essence, attirant un froncement de sourcil de la part de la serpentard.

- Mouais, mouais, mouais… Pas mal tout ça.

La jeune fille leva un sourcil surpris à la deuxième gorgée, le whisky commençant de plus en plus à se faire rare, disparaissant dans la bouche de son complice à une vitesse beaucoup plus rapide qu’initialement envisagé, ce dernier enfilant déjà sa troisième gorgée. C’était embêtant. Sans alcool, elle n’avait plus de raisons de vagabonder à son aise à l’extérieur de l'école, le retour aux dortoirs deviendrait la suite logique de sa petite escapade, et de retour au château, elle n'aurait plus de techniques temporairement efficaces pour oublier tous ses maux, affronter de nouveau ses malheurs n’étant certainement pas dans ses plans à très court terme. Elle regarda le liquide agité de la bouteille pendant quelques instants, se perdant dans ses pensées, contemplant les répercussions que le manque d’alcool lui causerait si celui-ci s’épuisait réellement. Elle n’était pas prête à penser de nouveau aux dernières semaines, n’était pas prête à considérer les embûches qui risqueraient de survenir lorsqu’elle mettrait à exécution son plan, et surtout, elle n’était pas prête à fignoler ledit plan qui lui demanderait de penser à son père de si tôt. Son ambition avait toujours été claire pour elle : faire payer à Jake toutes les années de souffrances qu’il lui avait fait subir, mais elle ne pouvait nier qu’une terreur poignante était née en elle depuis les divers épouvanteurs qu’elle avait du combattre. Et si elle échouait ? Étrangement, l’idée de lui n’était jamais venue à l’esprit auparavant, consommée par la rage qu’elle ressentait à l’égard de cet homme, mais de se retrouver face à une représentation de son pire cauchemar, son père la regardant de haut, ricanant à son essai pitoyable, avait rallumé une frayeur d’enfant qu’elle avait oublié qu’elle possédait. C’était, entre autres, cette peur qu’elle tentait plus que tout d’oublier, espérant se débarrasser du sentiment d’impuissance, de la froideur qui l’inondait lorsque son esprit avait l’infortune de s’attarder sur le sujet d’une manière un peu trop prolongée. L'approche d’une disparition permanente de l’alcool emmena une nervosité qu’elle aurait préféré éviter, avalant quelque peu de travers à l’idée que les effets de l’alcool s'amoindrissent assidûment si elle n’avait plus accès au liquide ambré se lequel elle s’était acharné.

- J’ai pas envie de me faire chopper par les détraqueurs, moi.

Un sentiment déplaisant se répandit en elle à la mention de ces viles créatures et elle frissonna légèrement à l’image qui envahit son esprit, tournant rapidement la tête vers l’orée de la forêt interdite. Pendant quelques longues secondes, la serpentard balaya du regard les arbres au loin, tentant d’apercevoir les draps écorchés et sombres recouvrant le corps de ces abominations, plissant les yeux dans sa tentative. Elle avait oublié ce petit détail. Depuis que l’école était tombée aux mains de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, des détraqueurs avaient été mis en place, rôdant les alentours de Poudlard dans l’espoir d’attraper le fameux trio en fuite et de le livrer au Seigneur des ténèbres. Les détraqueurs avaient toujours affreusement affecté Heather et elle préférait éviter une rencontre impromptue avec ces monstres redoutables, sachant que leur présence ne ferait qu’aggraver son état d’esprit déjà précaire. Pinçant les lèvres, elle reposa son regard sur Octave et resta figée quelques instants, fixant le dos de l’homme qui se dirigeait lentement vers le chemin pavé menant au château, une seule pensée reprenant le dessus sur son esprit engourdi : sa bouteille s’éloignait. Mais quelle impudence! Elle lui avait offert du whisky, certes, mais de là à s’enfuir avec la bouteille au complet, c’était un affront dont elle ne s’était pas attendue. Ses yeux se plissèrent un peu plus, foudroyant le criminel qui osait s’accaparer de sa possession sans aucun remords ou même hésitation. Toute la peur liée aux détraqueurs déambulant dans les parages s’envola promptement, remplacée par un mécontentement et une irritation grandissants. Pour qui se prenait-il, enfin ?

- Mais… où tu vas comme ça ? Redonne-moi ma bouteille !

Elle en était sûre : il le faisait exprès. Malgré son exclamation, l’homme ne semblait pas vouloir l’écouter, continuant tranquillement son chemin vers le château illuminé, ses pas prenant une lenteur exagérée, comme un parent tentant de montrer à son enfant comment marcher pour la première fois. Exaspérée et n’ayant pas trop l’envie de rester seule près du lac sans sa possession vilement volée, la jeune Trown lui emboîta le pas, les gestes rapides et quelque peu emmêlés, réduisant peu à peu la distance les séparant. Après tout, elle n’allait pas le laisser s’enfuir.

- Très bons goûts, dans la famille Trown. On ne s’humecte par la bouche avec n’importe quoi par chez toi !

Elle ne put empêcher une grimace de s’étendre sur son visage, son nez se retroussant tandis que sa bouche se tordait amèrement, détestant que le compliment soit dirigé, bien qu’inconsciemment, vers Jake. Aucune qualité ne pouvait lui être attribuée. Pour la serpentard, cet homme se méritait que des défauts et des torts, refusant de lui accorder quelques valeurs que ce soit même si celles-ci étaient liées à son alcoolisme. Non, Heather pouvait sans effort lui attribuer une multitude d’autres caractéristiques beaucoup plus représentatives du personnage qu’il était avant de se permettre d’avouer que son père avait une qualité, même si celle-ci n’était que son bon goût en matière d’alcool. Elle retint le commentaire acerbe qui avait envahi son esprit et qui la démangeait d’expulser, le bibliothécaire ayant déjà reprit la parole, ajoutant un énième commentaire à leur discussion décousue.

- Un peu cher payé pour se la siffler en une soirée, non ? Ou bien c’est juste pour faire chier ? Plus vite c’est disparu, mieux c’est ? Vu comme t'as les yeux qui brillent, je dirai que la seule chose dont tu profites, c'est de l'ivresse.

Les émotions tourbillonnaient en elle, le passage d’un sentiment à l’autre facilité par l’ingestion massive d'éthanol et provoqué par les commentaires incessants d’Octave. En l’espace de quelques minutes, il avait réussi à lui rappeler la terreur provoquée par les détraqueurs, à faire monter en elle un sentiment de colère de le voir s’éclipser avec le whisky, puis finalement, à répandre un plaisir pernicieux en elle, un mince sourire s’étirant sur son visage. La vipère haussa des épaules, le regard pétillant à la mention que l’alcool qu’elle avait englouti valait une petite fortune, imaginant la furie que son père avait dû ressentir à la découverte que sa bouteille si précieuse avait disparu de l’étagère. Elle pouvait se l’imaginer fracasser la bouteille qu’il tenait dans ses mains, les yeux brûlant d’une rage sans nom, tandis qu’il maudissait sa fille, les insultes et les jurons colorant son exclamation de fureur. Malgré la satisfaction qu’elle ressentait d’avoir posé ce geste, elle ne pouvait nier être soulagée d’être présentement à Poudlard, évitant les répercussions à son égard que la colère de Jake aurait assurément apportées. Elle savait que la bouteille valait quelque chose à ses yeux, mais elle n’avait jamais su à quel point et si les commentaires du bibliothécaire valaient pour quelque chose en termes de whisky, l’alcool qu’elle avait dilapidé était assez dispendieux. Un petit bonheur malsain pointa le bout de son nez en elle et elle retint son envie de rire, les yeux étincelants à la notion qu’elle avait réussi à faire chier son paternel.

- Mais c’est bien l’ivresse, ça fait oublier, ça fait penser à autre chose. Et bon.. de faire chier n’est qu’un avantage de plus, répondit-elle, son sourire moqueur s’agrandissant un peu plus.

Puis, elle déposa un doigt sur son menton, prenant un air faussement songeur avant de continuer, un léger rire dans sa voix dégoulinant de sarcasme, les yeux brillants de malice.

- Je devrais lui renvoyer la bouteille vide, il apprécierait j’en suis sûre.

Le bruit caractéristique des talons hauts claquant sur le chemin pavé interrompit la discussion par son étrangeté, un son qui n’avait pas sa place ici, déviant l'attention de la serpentard de son interlocuteur, dirigeant son visage vers l'origine de l'interruption. Une femme s’avançait posément dans leur direction, la posture droite et franche telle une ballerine, les mouvements gracieux de sa marche accompagnés par les pans du resplendissant manteau qui virevoltaient légèrement derrière elle au grès de ses pas. Heather pencha légèrement la tête sur le côté, surprise d’y voir une femme aussi belle et possédant une telle grâce s’aventurer vers Poudlard au seuil de la nuit tombante, une seule question tournant dans son esprit : mais qui était-elle ?

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Sam 2 Déc 2017 - 21:31

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Lun 8 Jan 2018 - 21:11

La dame s’était rapprochée rapidement d’eux, ses yeux s’illuminant à la vue de l’homme qui l'accompagnait. Se connaissaient-ils? D’un mouvement furtif de la tête, la vipère observa le bibliothécaire, ses yeux s'agrandissant légèrement de surprise à l’expression faciale qui s’était étendue sur le visage de l’homme lors de l’arrivée de l’inconnue : les lèvres pincées et le regard empreint d’une dureté qui était dirigée vers la nouvellement venue. Il ne semblait pas particulièrement favorable à l’arrivée de la femme, tout son corps semblant s’être raidi à la vue de celle-ci. À l’inverse, l’intrus possédait un sourire doux et chaleureux, son être rayonnant de bonheur contenu à la vision d’Octave, son pas toujours aussi rapide, se rapprochant à une vitesse contrôlée des deux résidents de l’école. Le contraste entre les deux émotions éprouvées par chacune des personnes impliquées était évident et Heather se demanda d’autant plus qui la dame pouvait bien être pour l’homme qui ne faisait que croiser son chemin depuis les dernières semaines. Maintenant que celle-ci s’était rapprochée, la serpentard pouvait d’autant plus admirer l’élégance qu’elle dégageait et le prestige qui émanait de sa tenue vestimentaire, chaque geste qu’elle posait mariant distinction et charme. Des mèches blondes virevoltaient allègrement au gré de la brise, effleurant à quelques reprises le doux visage de la femme qui n’était qu’à quelques pas d’eux. D’une voix claire et vibrante, la femme s'exclama sans exagération, son ton contrôlé reflétant la joie qu’elle ressentait de revoir l’homme qui se tenait à quelques pas d’elle.

- Enfin je te retrouve ! Bonsoir, Octavius.

Quel prénom… pompeux. Le visage de la serpentard se pencha légèrement sur le côté, ses yeux reflétant la surprise, son masque habituel ayant quitté ses traits depuis quelques heures déjà, laissant apercevoir sans filtre ni camouflage les émotions qu’elle ressentait. La jeune fille ne s’était jamais doutée qu’Octave n’était qu’un surnom pour le bibliothécaire, et pourtant. Elle se retient de justesse de répéter à voix haute le nouveau prénom aux connotations aristocratiques d’un ton surpris et d’ainsi interrompre la conversation qui ne tardait de commencer entre les deux adultes, optant pour le repasser à quelques reprises dans son esprit, détachant chaque syllabe du prénom : Octavius. Malgré l’attachement de son esprit à un détail aussi futil et au final, sans réelle importance, la jeune fille fut sortie de ses pensées par la suite de la conversation, clignant quelques fois des yeux dans une tentative d’éclaircir quelque peu sa vision floue. Bien que la salutation de la dame fut énoncée d’un ton clair, celle-ci s’était retrouvée sans réponse de la part de son interlocuteur, ce dernier ayant opté pour un silence glacial, n’offrant aucune continuité au dialogue que la nouvellement venue tentait d’initier avec lui. Malgré la fermeture du bibliothécaire à répondre à l’inconnue, celle-ci relança la conversation, réussissant au final à tirer une réponse laconique de l’homme qui semblait s’entêter à ne pas participer à cette conversation forcée, réaction qui surprit quelque peu la brunette. Bien évidemment, elle n’avait pas la prétention de connaître toutes les facettes de la personnalité élaborée de son accompagnateur, mais les derniers échanges qu’elle avait eus avec lui lors de leurs rencontres impromptues lui avaient donné l’impression qu’il n’avait pas la langue dans sa poche, ayant toujours une réflexion, une question ou un commentaire à offrir, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouvait. Que ce soit au sein de la plus haute tour du château ou dans un lit rustique d’une petite cabine perdue en Russie, il avait toujours eu des mots à lui offrir, allant d’un commentaire sarcastique à une demande de pardon. Alors, pourquoi refusait-il d’entamer une discussion avec cette femme ? Encore une fois, la question qui flottait dans son esprit refit surface, trottant au-devant de ses pensées éparpillées : mais qui était-elle donc ? Bien que sa présence semblait avoir été oubliée par Octave, celle-ci avait été remarquée sans aucun doute par la dame, cette dernière lui lançant de nombreux coups d’oeil entre deux phrases, l’observant, évaluant ce qu’elle pouvait de la serpentard qui accompagnait son interlocuteur succint. Quelque peu énervée par autant de regards interrogateurs, impliquée sans réellement l’être dans cette conversation singulière, la vipère leva légèrement le menton et reprit sa position désinvolte, regardant à son tour, sans émettre le moindre son, la dame qui s’était aventurée sur le territoire de Poudlard. Malgré l’alcool consommé, la vipère réussit à garder les lèvres bien pressées l’une contre l’autre, évitant de lancer l’un des nombreux commentaires qui flottaient dans son esprit et d’ainsi attirer l’attention sur elle tandis que l’échange de paroles continuait, la déception et le désappointement teintant de plus en plus les dires de l’aristocrate. L’objet de son désenchantement fit un pas vers l’avant, s’interposant quelque peu entre Heather et la dame, empêchant la jeune fille d’observer pour une énième fois l’inconnue et ses expressions faciales aux nombreuses émotions. Celle-ci sembla enfin réaliser l’activité à laquelle l’homme s’était adonné quelques instants avant son arrivée, invité par la serpentard à une dégustation imprévue du whiskey dérobé et teintant ainsi son haleine de l’odeur caractéristique de l’alcool, se méritant une remarque additionnelle par sa persévérante interlocutrice. Puis, sans crier gare, la relation liant les deux adultes fut finalement mise à la lumière du jour lorsque armé d’un petit sourire, Octave répondit aux questionnements dépités de la dame.

- Mère vénérée, il y a des habitudes qui ne changent pas ! Pourquoi ça te surprend encore, je me le demande.

Mère !? Heather haussa les sourcils, l’étonnement envahissant son esprit et son visage tandis qu’elle lança de nouveau un coup d’oeil cette fois-ci un peu plus attentif vers la femme aristocrate, penchant légèrement la tête vers le côté afin de désobstruer en partie sa vision cachée par l’épaule d’Octave. Cette dame élégante était donc la génitrice du bibliothécaire, la raison d’être de cet homme mystérieux. Bien que cette révélation suscitait un intérêt nouveau chez la jeune Trown, cette information remettait le dialogue en perspective, chaque phrase énoncée depuis le début de leur échange prenant un sens plus profond, mais surtout plus dérangeant tant la conversation n’avait que pour réel sujet la déception que la mère ressentait à l’égard des choix de son fils. Et comme pour prouver que la perception de la serpentard était juste, la palabre reprit entre les Holbrey, les émotions de chacun virevoltant entre l’amertume, la fausse indifférence et l’infortune exagérée, chaque phrase révélant une information inattendue supplémentaire sur la relation particulière liant mère et fils. Malgré ses propos oscillant entre inquiétude et déception perpétuelle, la femme s’était approchée de son fils, replaçant ses vêtements telle une mère attentionnée souhaitant que l’apparence de son enfant reflète la perfection qu’il représentait pour elle, enlaçant son cou tendrement en une étreinte indulgente. Et bien que dans un contexte différent elle aurait pu être convaincante dans ses intentions, le contraste frappant entre ses actions et ses paroles ne fit qu’ajouter une couche âpre à la situation malaisante qui s’éternisait. La serpentard se sentait de plus en plus de trop, souhaitait plus que tout à cet instant qu’elle puisse s’éclipser sans se faire remarquer, mais le regard bleuté se posa de nouveau sur elle, la plaquant sur place alors qu’elle semblait insinuer quelque chose dont la vipère avait peine à comprendre. D’un geste inconscient, Heather passa une main rapide dans son cou avant de croiser les bras devant sa poitrine, les yeux prenant de son tout l’accolade forcée réunissant les deux membres de la famille sans pour autant fixer une personne en particulière. Pourquoi l’avait-elle fixé ainsi, un petit sourire flottant sur ses lèvres avant de finalement reporter son regard vers son fils ? La brunette maudit mentalement l’alcool, sachant que son incompréhension était causée par les effets du whisky. En temps normal, elle aurait cerné rapidement l’allégation dont elle semblait être la victime, mais le sous-entendu masqué ne semblait pas vouloir révéler son mystère à la vipère et elle serra un peu plus les bras sur son corps, détestant le sentiment d’incompréhension qui envahissait son esprit.

- C’est bien, j’ai eu peur que tu perdes ton temps comme tu l’as perdu avec Jane. Quelle idée aussi, de discréditer ton potentiel avec une mourante pendant quatre ans !

Comme cela semblait en devenir une habitude, un nouveau renseignement s’ajouta à la panoplie d’informations que la dame révélait sur son fils, aucunement intéressée à continuer la conversation dans un endroit plus privé et sans spectateur. La mention de l’ancienne conquête d’Octave sembla de trop et celui-ci repoussa sa mère d’un mouvement simple et rapide, la tension semblant monter d’un cran entre eux deux, provoquant un froncement des sourcils à la serpentard. Plus la mère s’exprimait, moins la brunette croyait en ses airs doux qui accompagnaient chacun de ses dires, les sous-entendus enveloppant ses paroles devenant de plus en plus clairs au fil de la discussion. Les remarques, bien que prononcées d’un ton contrôlé et calme qu’une mère patiente châtiant un enfant un peu trop boudeur utiliserait, oscillaient entre un jugement injustifié et un reproche perpétuel. Malgré l'état moins qu’optimal de la vipère, celle-ci commençait à comprendre le point focal de leur relation, le noyau de leur conversation : Octave était une déception pour elle, et cela semblait aussi clair que de l’eau de roche. La discussion sembla prendre un rythme effervescent entre les deux interlocuteurs, les mots choisis devenant de plus en plus directs et sans détour, une réplique n’attendant pas l’autre avant d’être lancée au visage de son destinataire. Les paroles devinrent de plus en plus blessantes, perdant de leur camouflage initial, le masque de bienveillance quittant le visage de l'aristocrate alors que son fils semblait avoir retrouvé sa voix et ripostait à son tour. Bien que verbal, l’échange s’apparaillait à une bataille féroce où tous les coups étaient permis entre les deux combattants. Heather retient son souffle, n’osant plus émettre le moindre son, tandis qu’elle observait l’échange, spectatrice involontaire d’une relation malsaine et pernicieuse où redevances, obligations et reproches semblaient mener le dialogue. Puis, l’homme offrit le coup de grâce, mettant fin à une discussion déplaisante et amère d’une dernière expression de sa pensée :

- Tu ne t’en vas pas, je te fous à la porte ! Et non, on ne se revoit pas.

La brunette observa la mère Holbrey s’engager sur le chemin du retour, surprise d’être la réceptrice d’un geste se voulant un au revoir poli auquel elle refusa néanmoins d’y répondre, abasourdie par la tournure des événements. Elle cligna quelques fois des yeux, le regard porté sur son compagnon temporaire, ne sachant quoi dire ou faire suite à la scène à laquelle elle venait d’assister. Un goût amer s’était déposé dans sa bouche à ce qu’elle avait été témoin, quelques phrases prononcées par la reine mère faisant échos à des paroles dont elle avait été la réceptrice, son paternel ayant affirmé des propos blessants similaires à ceux dont la dame s’était empressée de prononcer avec une élégance exagérée. Bien sûr, dans le cas du père de la jeune fille, les mots utilisés étaient crus et grossiers, manquants du charme dont la dame s’était complaît à se servir, comme si le ton doucereux et bienveillant qu’elle employait rendait les paroles moins aigres et vexantes. Elle se demanda l’ombre d’un instant si la fausseté de la tonalité adoptée par la mère Holbrey n’était pas pire que les paroles cruelles que Jake lui crachait. Au moins, avec le paternel Trown, il n’y avait pas de mystère quant aux sentiments qu’il portait pour sa fille et elle avait le loisir de le détester sans se remettre en question.

- Miss Trown, je vous présente Vivienne Holbrey.

D’un mouvement lent de la tête, la brunette évita le regard du bibliothécaire qui s’était posé sur elle, posant ses yeux sur le dos retraitant de la nommée Vivienne Holbrey. Elle se perdit quelques instants dans la contemplation de la silhouette qui rapetissait au fil des secondes, les sourcils légèrement froncés par la scène à laquelle elle venait d’assister, un goût acide imaginaire ayant rejoint le fond malté que le whiskey avait laissé dans sa bouche. Bien que tout en finesse et gracieuseté, la mère Holbrey s’était acharnée sur le cas de son fils, trouvant défaut aux moindres actions que l’homme semblait avoir posées par le passé, ramenant à la surface des événements semblant datés de plusieurs années. Ladite Vivienne avait disparu depuis quelques instants, sa silhouette maintenant invisible au loin. Le regard de la jeune serpentard était malgré tout toujours posé au loin, là où la femme s’était retrouvée quelques secondes auparavant, perdue dans ses pensées et l’analyse de ce qu’elle venait d’être accidentellement témoin.

- Il faut qu’on rentre Miss Trown, il est beaucoup trop tard et on a perdu du temps.

La voix d’Octave la ramena sur terre et elle le regarda finalement, ses yeux déviant vers la bouteille dont le goulot était étranglé par une main aux jointures blanches. Étrangement, bien qu’elle n’avait été qu’une spectatrice dans la conversation, le moment où elle avait possédé cette bouteille, assise seule au pied d’un arbre quelconque, semblait lointain. Elle fit un pas vers l’avant et le manque d’équilibre qui s’en suivit, la forçant à s’arrêter, lui rappela sans détour que la dernière gorgée de whiskey consommée datait de moins d’une heure et que le temps ne s’était finalement pas rallongé malgré sa perception initiale. Avalant le peu de salive qui se retrouvait dans sa bouche, figée sur place, la jeune fille repoussa le sentiment de malaise qui s’était créé lors de la discussion acerbe et lança au dos d’Octave, le ton interdit, mais où le sarcasme se faisait malgré tout entendre :

- Elle est charmante ta mère. Elle…

La jeune fille laissa sa phrase mourir, hésitante à continuer sa pensée à voix haute, le sujet de conversation lui semblant hors limite et d’un personnel dont elle n’avait pas l’habitude d’aborder. La curiosité lui piqua tout de même l’esprit et affectée par l’alcool qui circulait dans son corps, elle passa une main sur sa nuque, tournant légèrement la tête vers le côté avant de reprendre la parole, la voix incertaine, mais un peu plus forte afin de couvrir l’espace qui les séparait :

- Elle est toujours comme ça ?

Aussitôt les mots sortis, la vipère regretta de les avoir prononcé, fermant quelques instants les yeux, ayant franchi une ligne implicite dont elle se doutait que le bibliothécaire désapprouverait. L’alcool avait ses qualités... mais aussi ses défauts.

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mar 16 Jan 2018 - 15:15

Malgré le dédain avec lequel ses propos auraient pu être pris, ses paroles ayant pu être perçues comme insolentes et impudentes, le bibliothécaire s’était approché d’elle, doucement et sans brusquerie. Le ciel avait adopté une couleur sombre et bleutée, désaturant les couleurs de leur vivacité habituelle, réduisant les contrastes de la nature qui les entourait et masquant en partie l’expression faciale qui ornait le visage masculin. Le bras d’Octave s’éleva près d’elle, rocher stable dans cette mer agitée qu’était le paysage l’entourant, oscillant tel le berceau dans lequel on aurait déposé un nouveau-né endormi. Et pourtant, bien que l’attrait de retrouver son équilibre était envahissant, la brunette évita de s’y accrocher, laissant finalement son regard se poser sur l'homme offrant son appui. La fureur semblait avoir quitté son être, remplacé par un léger sourire ornant ses lèvres, ses yeux brillant faiblement dans l’obscurité prononcée alors que son bras était toujours levé en invitation silencieuse.

- A-t-elle l’air d’avoir un jour été différente, Miss Trown ? Ne lui accorde pas trop d’attention ni d’intérêt, elle est comme ce fameux arbre dans la forêt et n’existe que quand on la regarde. Il n’y a pas grand intérêt pour toi à ce qu’elle perdure dans tes pensées un instant de trop, je te l’assure.

La serpentard le toisa longuement, des extraits de la conversation dont elle venait d’être témoin rejouant dans son esprit. Chaque phrase, mot, prononcé par la dame semblait possédé un double sens, une insinuation dissimulée sous des propos aux apparences douces et attentionnées. Si elle n’avait pas assisté à la fin du dialogue envenimé, le bibliothécaire perdant finalement son sang froid face aux attaques dissimulées par le sourire navré de sa mère, la vipère n’aurait usé que de qualités pour décrire celle-ci. Mais au final, la dame s’était avérée posséder une tout autre personnalité que celle initialement envisagée: une personnalité où manipulation et chantage émotif étaient au coeur de sa relation avec son fils, où torture émotionnelle était utilisé à toutes les sauces pour montrer sa supériorité. Et pourtant, voilà qu’Octave se tenait devant elle, un sourire flottant sur ses lèvres comme si la conversation n’avait eu que pour sujet le beau temps et autre banalité du même genre, un aura de sérénité l’entourant malgré la désobligeance que sa mère avait employée quelques moments plus tôt, un moyen comme un autre de faire face à l'injustice parentale. Ce fut a cet instant que Heather sentit qu’une certaine similitude les liait, une ressemblance légère, mais pourtant bien présente, car bien que la relation qu’il possédait avec sa mère n’était pas de la même nature que celle que son père lui imposait, la réalité était que chacun avait et restait blessé par un parent. Au final, chacun possédait sa technique pour lutter contre le mal forcé, pour continuer d’avancer malgré le néant que les mots et les gestes déposaient au sein d’un enfant délaissé, et si Octave réussissait à jouer l’indifférence, la jeune Trown usait de colère et d’une dureté qu’elle n’hésitait pas à faire subir à quiconque afin de masquer les vestiges de son enfance. Son esprit vagabonda vers un certain soir passé sur la tour d’Astronomie où lors de sa première rencontre avec l’homme qui se tenait devant elle, celui-ci s’était présenté comme bonté de coeur, tentant de gagner la confiance de la jeune serpentard blessée qui n’offrait que sa méfiance. Et bien que la confiance n’était toujours pas tout à fait présente, une légère lueur d’espérance venait de naître, la similarité qu'elle voyait maintenant en lui offrait un infime espoir qu'il pourrait peut-être la comprendre si elle osait baisser les murs qu'elle avait bâtis au solidement autour d'elle. Hésitante, Heather leva son bras, l’approchant lentement de celui toujours tendu devant elle, puis elle y déposa sa main, prenant finalement appui sur le bras ferme. La terre n’avait pas arrêté de tourner, mais un semblant d’équilibre revint, lui permettant de tenir sur ses pieds sans vaciller dans tous les sens. Elle releva la tête, plongeant ses yeux noisette dans les jades illuminés, puis prononça lentement :

- Dommage que ton fameux arbre sache se déplacer, il aurait été plus facile à ignorer s’il était resté bien en place dans sa forêt. Je n'aime pas ces genres d'arbres.. tu sais, ceux qui se déplacent et se mettent dans ton chemin en s'imposant contre ton gré.. tu sais ce que je veux dire ?

Elle n’avait aucune idée pourquoi elle avait continué avec la métaphore de l'arbre, mais cela n'avait pas donné le résultat voulu, loin de là, sa pensée perdant toute son éloquence. Elle avait tenté, d'une manière très désorganisée, d'offrir un quelconque support, d'expliquer qu'elle avait saisi à un certain degré la personnalité de la reine mère, mais sans succès. Les mots étaient sortis seuls, s'échappant de sa bouche a une rapidité ahurissante, évitant le passage normalement obligatoire par le cerveau. Puis, la brunette fit quelque chose qui ne survenait que très rarement… elle rougit. Ses joues se colorèrent d'un rouge flamboyant et elle détourna le regard, fermant les paupières, tentant de reprendre les esprits qui semblaient l'avoir quittée depuis quelques moments déjà, passant son autre main sur sa nuque dans un geste mécanique. Sa retenu habituelle l'avait officiellement quitté, plus aucun doute n’existait à ce sujet et la serpentard se demanda l'ombre d'un instant, qu’est-ce qui sortirait de nouveau d'elle si la conversation s'étendait sur d'autres sujets. La soirée allait être longue.

- J’espère pour toi qu’elle ne connait pas ta famille, sinon sa première joie sera de glisser un mot sur ton numéro d’équilibriste à même le sol à tes parents.

Elle resserra légèrement son emprise sur le bras qui lui avait été offert, l’analogie sur son état alcoolisé semblant promouvoir une agitation additionnelle sur son esprit vacillant, exagérant le basculement du paysage l’entourant. Elle posa les yeux sur l’un des arbres s’élevant au loin, tendant de retrouver ledit équilibre qui lui avait échappé depuis qu’elle s’était haussée sur ses deux jambes, quittant le confort inégal des racines du frêne qu’elle avait temporairement adopté. Elle n’était pas inquiète. La dame ne connaissait pas son nom, et son visage n’était que celui d’une inconnue, d’une sorcière étudiant à Poudlard comme une autre, n’appartenant pas à ces familles aristocrates dont la gazette se faisait un régal d’en discuter. Elle n’était qu’un visage parmi tant d’autres, un visage qu’on oubliait rapidement, qu’on voyait peut-être de nouveau dans un rêve sans arriver à distinguer la provenance de ces traits inconnus. Et même si sa motivation était de telle ampleur, trouver son nom dans les registres de l’école prendrait un effort considérable et le jeu n’en valait pas la chandelle. Après tout, qu’est-ce que cela lui apporterait de la dénoncer à ses parents, étudiante sans nom qu’elle était ? De plus, elle ne pouvait connaître ses parents, la possibilité était si infime qu’elle en était risible : de simplement imaginer la mère Holbrey assise dans le salon de la famille Trown, entourée des cadavres de la dernière beuverie de Jake, celui-ci une bouteille à moitié vide à la main étendue en offrande silencieuse à l’aristocrate, était un tableau tiré du mouvement surréalisme du vingtième siècle. D’un haussement nonchalant des épaules, la serpentard laissa glisser son regard sur le paysage, évitant de regarder Octave dont elle tenait toujours le bras, avant de murmurer d’un ton quelque peu négligent :

- Ça n’arrivera pas. Elle n’a pas du tout l’apparence des fréquentations de Jake et ma mère…

L’hésitation prit par d’elle, glissant un silence lourd dans sa phrase. La brunette mordilla doucement sa lèvre inférieure, tentant de chasser l'inondation d’émotions qui venait de s’emparer d’elle à la mention de sa propre génitrice, sentant sa gorge se refermer douloureusement sur elle-même. C'était surprenant à quelle vitesse les émotions pouvaient s’interchanger, passant de la gêne à la tristesse en si peu de temps. Une chaleur affligeante attaqua ses yeux brumeux, ceux-ci se voilant légèrement tandis qu’elle papillonnait rapidement des paupières, chassant les perles d’eau qui tentaient de s'échapper de leur prison de peau. Par Merlin, c’était ridicule. Heather maudit intérieurement son manque de contrôle, détestant au plus haut point le sentiment de faiblesse qui l'assaillait à l’instant, les souvenirs envahissant son esprit sans aucune pitié ou retenue. Cela faisait plus d’un an que le corps de sa mère s’était fracassé contre le mur, s'effondrant au sol pour ne plus jamais se relever, mais la douleur était aussi vive que si la tragédie était survenue il y a quelques instants seulement. Les souvenirs étaient aussi violents que si elle était de retour dans le salon familial, les yeux écarquillés d’horreur à la vue du sort qui jaillissait de la baguette de Jake et qui heurtait sa mère de plein fouet à la poitrine, la décollant du sol à une vitesse ahurissante. Les sentiments qui s’emparaient d’elle étaient d’une intensité pénible et poignante, écrasant son coeur dans sa poitrine d’une main de fer, lui coupant le souffle avec autant d'efficacité qu'un coup de poing vicieux en plein ventre. Elle ne devrait plus y penser, non ? Ça devrait faire moins mal, NON ? Et pour ajouter humiliation au tourment, la serpentard savait pertinemment que son visage était un livre ouvert, une fenêtre sur les émotions dont elle n'arrivait pas à se débarrasser ou à ensevelir sous la colère qui frémissait normalement si facilement en elle. Elle finit par briser le silence d’elle-même, une insouciance inhabituelle l’encourageant à prononcer les quatre mots qu’elle avait prononcés qu’à Léon il y avait un peu plus d’un an, l’alcool faisant une fois de plus effet en lui déliant la langue :

- Ma mère est morte. Alors il n’y rien à s’inquiéter de ce côté-là, ta mère n’aura pas cette joie, aussi malsaine cette joie semble être.

Elle avait rajouté la dernière phrase rapidement, une tentative désespérée de garder la discussion sur son sujet initial, soit Madame Holbrey, et d’éviter que celle-ci dévie sur ce qu’elle avait révélé dans un élan de négligence irréfléchie. Elle en avait trop dit… une énième fois lors de cette soirée trop arrosée. Et pourtant, beaucoup d’autres excuses auraient pu être utilisées, d’autres raisons moins émotionnelles, moins douloureuses, mais dont les révélations étaient tout aussi dangereuses par les temps qui courraient. Elle aurait pu simplement mentionner que sa mère était moldue, réduisant à une très fine possibilité que les deux mères se connaissent, la prestance aristocrate de Madame Holbrey lui donnant l’impression qu’elle ne fréquentait que des familles sorcières d’une certaine classe sociale. Elle aurait tout aussi pu utiliser l’excuse de sa graduation pour préciser qu’elle ne reverrait plus le nid familial lorsqu’elle quitterait Poudlard pour de bon, évitant ainsi les présumés reproches que ses parents auraient pu lui faire eussent-ils été au courant de son ivresse passagère. Ou, sur un tout autre ordre d’idée, une pensée affreusement cynique et lugubre surgissant au-devant de son esprit, la vipère aurait pu simplement préciser qu’elle suivait les traces de son paternel, une imitation grotesque du vice vénéré par Jake et que celui-ci n’en aurait que rit, cruellement heureux de voir sa progéniture adopter ses errements. Mais au final, Heather ne pouvait reprendre les paroles qu’elle avait affirmées, ne pouvait jouer sur le sens des mots, car la vérité avait été dite sans détour ni sous-entendues, exposée crûment avec une clarté saisissante aux oreilles de son accompagnateur.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 19 Jan 2018 - 17:15

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 24 Jan 2018 - 14:48

La brume qui s'était déposée sur son cerveau s'était à peine allégée, l'effet enivrant de l'alcool produisant toujours un effet aussi dévastateur sur la jeune fille : la métaphore de l'arbre n'était qu'un exemple parmi tant d'autres des répercussions que son état d'ivresse lui procurait depuis qu’elle avait englouti la majorité de la bouteille de whisky. Sa tête s'était alourdie, ses paupières papillonnant rapidement dans l'espoir de garder un focus quelconque sur les alentours, refusant de paraître faible en présence d'une personne tierce dont la présence lui avait été imposée. Mais faible, elle avait été, son visage laissant transparaître aussi clairement que de l'eau de roche les émotions bouillonnant à la surface, la révélation de l'état de sa mère raisonnant dans son esprit tel un disque rayé, répétant sans cesse le même refrain. Elle regrettait d’avoir été si franche, d’avoir révélé une partie des émotions qui la hantaient toujours malgré l’année séparant l’horrible événement à aujourd’hui. Cela n’était pas dans sa nature de s’ouvrir de la sorte et pourtant, cela avait semblé si naturel sur le moment, une réalisation qui s’envola rapidement, noyée par la réponse du bibliothécaire, attendant le bon moment pour réapparaître dans les souvenirs de la jeune fille.

- Je suis navré pour toi. Détrompe-toi cependant, ma mère se donne l’apparence des fréquentations qu’elle veut, et elle veut ce qui l’avantage.

La sincérité d’Octave déposa un léger sourire triste sur les lèvres de la brunette, car au final, il n’y avait rien d’autre à dire outre que les phrases coutumes, les banalités qu’on répétait par réflexe lorsque ce genre d’informations était annoncé. Au bout du compte, cela ne changeait rien à la situation et n'apaisait aucunement le coeur meurtri d’une personne ayant perdu un être cher. La vie était ce qu'elle était et la réalité demeurait qu’un décès ne serait jamais assouvi par des paroles, laissant un vide qui, malgré les années qui s’écoulaient, ne se comblait jamais réellement. Ce trou béant qui résidait maintenant en elle, elle devrait apprendre à coexister avec celui-ci, à continuer de vivre au lieu de simplement survivre et à avancer en dépit de la douleur sourde qui la frappait parfois au détour d’un souvenir, d’une chanson ou d’une odeur, le coeur n’oubliant jamais réellement. Un simple déclencheur était tout ce qui était nécessaire pour réveiller les émotions atténuées et ainsi revivre la détresse aussi douloureusement que si la personne chère s’était éteinte la vieille.

- Tu entends… ?

Interpellée par sa voix, Heather se tourna vers Octave, chassant les pensées qui avaient envahi son esprit, sa réponse mourant dans sa gorge à la vue qui s’offrait à elle. Sa présence semblait avoir été complètement oubliée par son compagnon, ce dernier paraissait obnubilé par quelque chose dont lui seul était le participant. La jeune Trown ne fit rien, n’osant s’interposer dans ce monde privé, refusant d’interrompre les pensées du bibliothécaire qui captaient l’attention de celui-ci avec tant de brio. Soudainement, un froid lui glaça le sang, s'immiscent entre les pans de son manteau pour se réfugier dans chacun des pores de sa peau, frigorifiant chaque parcelle de son corps, l’une après les autres, dans une succession lente et torturante. Un frisson glacial fit vibrer tout son être, grimpant le long de sa colonne vertébrale, des pattes imaginaires frôlant la peau de son dos en une torture illusoire, mais si réaliste. Un sentiment d’horreur naquit en elle, arrachant ses pensées de l’homme à qui elle s’accrochait, enivrant ses sens à une rapidité hallucinante et bien que la sensation était familière, un souvenir insaisissable flottant derrière ses yeux, elle n'arrivait pas à en définir la source. Un spasme anima la brunette, son cou se tordant légèrement sous l’effet qui se répandait elle, son visage de crispant de dégoût et de terreur tandis que son souffle se bloquait dans sa gorge. La brunette cligna à quelques reprises des yeux, regardant les alentours qui s’était assombris d’un oeil terrifié, les étoiles ayant perdus de leur lumière scintillante, tentant désespérément de découvrir la source de son effroi. Sa main fut arrachée du bras du bibliothécaire, celui-ci attrapant son poignet fermement, attirant l’attention de la brunette sur lui et malgré l'effroi grandissant, les yeux de la vipère s'attardèrent sur la perle unique qui avait tracé son chemin sur la joue masculine. Elle observa le visage affligé de l’homme, son esprit, malgré la terreur qui l’assaillait, se demandant ce qui avait pu causer autant de malheur chez ce dernier. Son coeur se serra, compatissant, car cette douleur aiguë qui contorsionnait un visage sous la souffrance, elle la connaissait. Elle approcha lentement sa main, voulant poser cette dernière sur celle de l’homme, signe de réconfort et imitation d’un moment déjà partagé, mais son geste fut interrompu, se limitant à un frôlement rapide de sa peau tandis que son compagnon d’infortune murmurait un lumos, révélant l’horrible bête qui flottait à quelques mètres d’eux. Son coeur s’accéléra dans sa poitrine, chaque battement résonnant dans ses oreilles jusqu’à ne plus rien entendre d’autre que son souffle agité et son coeur qui semblait vouloir s'extirper de son torse alors qu’elle arracha son regard du visage d’Octave pour observer le détraqueur révélé par la lumière bleutée. La bouche de la serpentard s’ouvrit légèrement, ses yeux s'écarquillant d’horreur tandis qu’elle observait la créature s’approcher doucereusement de ses prochaines victimes, les quelques résidus d’une joie éphémère s’envolant de son être. Elle pouvait presque voir l’excitation du détraqueur dans ses mouvements glauques tandis qu’il dépouillait le bonheur des deux individus ayant eu le malheur de croiser son chemin, sa respiration rauque s'approfondissant de plaisir, humectant les émanations de frayeur dégagées.

Alors qu’elle croyait que la situation ne pouvait s’empirer, un désespoir inimaginable s’étant emparé d’elle, le monde sembla s’arrêter. Des souvenirs qu’elle avait travaillé d’acharnement à oublier firent un retour destructeur, des éclipses s’enchaînant dans son esprit à un rythme fou laissant entrevoir de vagues réminiscences d’une enfance écorchée, des perles salées s’écoulant sur ses joues blanches. Elle se voyait à cinq ans, pleurant, les yeux levés vers son père, la main de celui-ci rencontrant la joue de l’enfant avec force, le verre qu’elle avait brisé par accident oublié quelques pas plus loin ; à sept ans, cachée sous son lit, les mains écrasées contre ses oreilles, essayant de toutes ses forces de bloquer les sanglots de sa mère et les hurlements de son père ; à neuf ans, ses petits poings serrant le matelas, ses cris étouffés par l’oreiller alors que sa mère tentait de panser les plaies qui couvraient son dos ; à seize ans, le visage crispé par la détresse, effondré contre le corps sans vie de sa mère. Le flot de souvenirs s’interrompit au moment où le bouclier blanc se dressa devant la créature des ténèbres, protégeant l’ombre d’un instant la brunette des effets du détraqueur. Par réflexe, elle sortit sa baguette à son tour, la levant devant elle d’un mouvement tremblant avant de la laisser tomber aussitôt à ses côtés, abandonnant l’idée aussi rapidement qu’elle avait surgi. Elle n’y arriverait pas, elle le savait. Elle n’avait jamais réussi à maîtriser ce sort, un souvenir heureux assez puissant pour conjurer l’animal protecteur lui manquait affreusement. Elle avait tout essayé par le passé : l’arrivée de la lettre de Poudlard lors de ses onze ans, les mots doux I know you are strong my beautiful one murmurés pas sa mère lorsqu’elle n’était qu’un enfant, le baiser partagé avec Léon, mais rien n’y faisait, le halo lumineux refusant d’émerger de sa baguette impuissante. Le bout de bois semblait lourd dans sa main, faisant savoir sa présence, un sentiment honteux crépitant en elle à sa défaite assurée alors que le patronus s'effondrait et laissait la créature s’avancer de nouveau sur eux. Heather fut sortie de ses sinistres contemplations, tirée par le poignet par un bibliothécaire nerveux de quitter les lieux. La jeune Trown tourna un visage hanté vers celui-ci, ravalant la bile qui lui était montée à la gorge, suivant du mieux qu’elle pouvait le rythme effervescent des pas, perdant pied à quelques reprises. D’un mouvement hérétique, elle se tordit le cou, observant de nouveau la créature malfaisante qui flottait à quelques pieds du sol, s’approchant progressivement du duo.

- Il va falloir courir très vite Miss Trown.

Hochant frénétiquement de la tête, la serpentard s’élançant vers l’avant, tentant de suivre l’avancée rapide de son compagnon, son poignet toujours capturé par la main de ce dernier, guidée pleinement pas ce touché les réunissant. Plus rien n’existait autour d’eux, la nature s’était assourdie, perdant les sons irréguliers des animaux nocturnes et des feuilles se froissant au gré du vent. Elle n’entendait que son coeur battant en chamaille, un raisonnement lourd dans ses oreilles, et le bruit de leurs pas effrénés contre le chemin de pierre menant au château. Son souffle irrégulier parsemait le chemin de nuages de buée, représentation imaginée de la fraîcheur que la bête avait déposée sur eux dès son arrivée et qui ne les avait pas quittés depuis, poursuivie par la créature désireuse d'assoiffer son odieuse pulsion. Le château s’approchait rapidement, les lumières entourant la porte principale brillant de mille feux dans la noirceur intensifiée. La serpentard s’accrocha à cette espérance, la perspective de finalement retrouver une sécurité bien que temporaire brûlant ses entrailles, sachant très bien ce qui les attendait s’ils échouaient dans leur dérobade. Mais le vent tourna, arrachant avec lui l’espoir que la vipère avait osé nourrir. La scène sembla se dérouler au ralenti : son pied s’heurta à une pierre et elle s’arrêta, son genou atterrissant douloureusement au sol. Le choc contre la pierre fut plus douloureux qu’elle l’aurait cru, un gémissement s’échappant de ses lèvres entrouvertes alors que ses yeux s’écarquillaient sous la panique. Agitée, la couleuvre se releva du sol, chancelante sur ses jambes minces. Son regard effrayé se posa sur Octave, silencieusement implorant pour son aide, tandis qu’elle enroulait doucement son bras autour de la taille de l’homme, prenant appui sur ce dernier, désespérée. La main féminine enserra le tissu du manteau, les jointures blanchissant sous la force de ses doigts, refusant de lâcher prise aussi près du but. Puisant sa force de son compagnon, la brunette suivit le rythme imposé, suppliant elle ne savait qui qu’ils arrivent en sûreté. Le tissu déchiré couvrant la créature claquait au vent, sa respiration âpre s’intensifiant, prédisant une mort horrible aux deux malheureux où leur corps sans âme serait abandonné sur terre, condamnée à errer à tout jamais. Avalant de travers à cette éventualité, Heather ferma les yeux, s’abandonnant à la cadence d’Octave, espérant.

Puis, la porte se referma derrière eux, la chaleur du château enlaçant sa peau, apaisant ses sens tourmentés d’un sentiment familier réconfortant. La serpentard papillonna des paupières, s’adaptant à la soudaine luminosité, des respirations fébriles s'échappant de ses lèvres fines en une tentative désespérée de calmer son coeur angoissé et d’arrêter le tournis qui l'assaillait. Lentement, elle passa une main sur son visage, frottant ses yeux endoloris, effaçant la trace imaginaire que les larmes avaient déposée sur ses joues. Elle délia légèrement ses doigts raidis d’atours du tissu, consciente que son bras enlaçait toujours le corps du bibliothécaire, mais manquant la vigueur de le retirer, une partie de son corps reposant encore sur le sien. Elle était épuisée, mentalement perturbée, mais contrairement à l’habitude, la proximité ne la dérangeait guère, offrant au contraire un semblant de réconfort auquel elle refusait de renoncer. Les souvenirs avaient laissé un arrière-goût amer, réminiscences douloureuses de son passé et la seule chose qui lui permettait encore de s’accrocher à la réalité était la présence d’une autre personne à ses côtés. D’un mouvement lent, elle leva les yeux vers le visage de l’homme, observant ses traits tirés. Doucement, les lèvres de la jeune fille s’étirèrent, offrant un petit sourire navré, mais d’une sincérité qu’elle ne révélait normalement qu’à quelques élus. Ils s’en étaient sortis et quelque chose avait changé, l’adversité les unissant dans cette épreuve terrifiante et révélatrice, les murs tombant et laissant apercevoir ces réactions sincères qui définissaient chacun d’entre eux. Elle s'apprêtait à murmurer un remerciement lorsqu’un mouvement attira son attention, ses yeux rougis se posant sur Léon qui se tenait à quelques mètres d’eux. Saisie, elle retira lentement son bras de la taille d’Octave, le laissant retomber à ses côtés lourdement, vacillant légèrement sur ses pieds. La jeune fille resta muette, perdant lentement son sourire, son regard hésitant plongeant dans les yeux gris qu’elle connaissait par coeur, car bien qu’elle était heureuse de le voir, contrairement à l’habitude, aucun sourire n’ornait le visage du jeune homme.

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Serpentard7ème annéePréfet
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 25 Jan 2018 - 1:06



Léon se laissa lourdement tomber sur le canapé de la salle commune, s'affalant presque de tout son long avec la grâce légendaire que seuls les adolescents connaissaient. Il porta une main à sa bouche pour bailler dans un geste théâtrale avant de papillonner légèrement des yeux. Il avait passé sa fin d'après-midi dans une classe vide, plongé devant un grimoire poussiéreux tâchant tant bien que mal de terminer son devoir d'art de la magie noire. Malgré le profond dégoût qu'il éprouvait pour cette matière, il se devait d'éviter d'obtenir des notes pénalisantes pour ses A.S.P.I.C. Surtout qu'il n'escomptait pas réussir dans le côté pratique de l'épreuve. Et surtout vu la peur - et il n'éprouvait presque plus de honte à l'affirmer - qu'il ressentait pour l'enseignant. Comme toujours lorsqu'il pensait à la fratrie Carrow, les cicatrices de son dos se manifestèrent et une petite grimace traversa son visage. Il pencha la tête en arrière, reposant sa nuque contre l'appuie-tête du sofa et se demandant s'il allait trouver la force de remonter une à une les marches pour rejoindre son dortoir. Il se serait bien endormi là, le crépitement du feu dans l'âtre crevant doucement le silence de la salle commune et le berçant. Mais ça, c'était sans compter Charles - qui d'autre ! - qui prit place à côté de lui.

__ Alors, cette beuverie ? Tu l'as laissée soûle dans un coin ? Et moi qui croyais que t'étais assez gentleman pour la ramener au moins jusqu'ici ... râla-t-il en soupirant si fort que Léon aurait pu croire qu'un courant d'air traversait la pièce.
__ Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, grinça Léon en piquant la barre chocolatée que Charles venait de sortir de son emballage. Mais comment tu fais pour obtenir ces trucs moldus ? Il la porta à son nez avant de croquer dedans. Mais c'est que c'est bon en plus !
__ J'ai mes contacts, rétorqua-t-il avec autant de sérieux qu'un journaliste peu désireux de dévoiler ses sources. Tu n'étais pas avec Heather ? demanda-t-il, plus sérieusement cette fois-ci.

A la mention du prénom de la jeune femme l'adolescent releva la tête, fixant son meilleur ami avec circonspection. Non, il n'avait pas passé la soirée avec la verte-et-argent. Pourquoi donc aurait-il dû ?

__ Non ... répondit-il en laissant traîner le mot, avant d'ajouter, pourquoi ?
__ Pour rien. Tu révisais avec Peters ?
Léon pointa un index menaçant vers Charles.
__ Ne réponds pas à mes questions par les tiennes, s'offusqua t'il gentiment.
Son ami le gratifia d'un sourire moqueur.
__ Pas ma faute si t'étais pas avec l'une et que l'autre ne te trouvant pas a décidé d'aller s'hydrater avec la bouteille qu'elle cachait au fond de sa valise, répondit son ami en feignant l'innocence.

Cette fois parfaitement alerte, Léon se redressa et attrapa le poignet de son camarade, le lui tordant dans un position peu agréable afin de regarder les aiguilles de la montre hors de prix qui ornait son poignet. Et m**** ! Le couvre feu ! Mais dans quel pétrin était-elle encore allait se fourrer Heather ! Grommelant qu'il finirait par l'attacher dans un coin histoire de s'assurer qu'elle allait bien, il se mit debout, prenant la direction de la sortie. Mais oui tiens, quelle merveilleuse idée que d'aller se bourrer la gueule dans une école pleine de mangemorts et de Préfets prêt à tout pour s'attirer les bonnes attentions de l'équipe enseignante ! Et bien sûr, Charles l'avait laissée partir seule.

__ Pour ma défense, elle te cherchait, lui lança l'imbécile, quelques instants avant qu'il ne franchisse la porte de leur salle commune. Je pensais qu'elle t'avait trouvé !

L'adolescent s'enfonça dans les couloirs déjà noirs, les paroles de Charles résonnant d'une manière fort désagréable dans son esprit. Pourquoi n'avait-elle pas poursuivie sa recherche, elle aurait bien fini par le trouver ?! Parce qu'elle pensait que t'étais bien occupé ailleurs ... lui souffla une petite voix. Ou avec quelqu'un d'autre. Un sentiment de culpabilité l'envahit tandis qu'il rejoignait le hall d'entrée, rasant les murs et espérant avoir assez de chance pour ne croiser personne. Dans quel endroit avait-elle pu se rendre ? Il s'autorisa une pause devant les escaliers, se tâtant à les emprunter pour aller fouiller quelques classes vides avant de s'arrêter, le pied posé sur la première marche. Non. Il se tourna vers les grandes portes, se demandant jusqu'où son envie de descendre la bouteille qu'elle avait piqué à Jack l'avait conduite. Et mince, il aurait du prendre sa cape. Il soupira avant de se diriger vers les grandes portes, se voyant déjà traverser à grandes enjambées le parc pour aller rejoindre les berges du lac. Par ce temps là, heureusement qu'elle avait de l'alcool pour se réchauffer. Et heureusement qu'elle faisait un poids plume parce qu'il se voyait également devoir la porter jusqu'à la salle commune. Et bien sûr, elle avait choisi un froid mois de Novembre. Quelle tête de linotte. Mais au fond de lui, Léon se savait plus inquiet des raisons l'ayant poussée à vouloir noyer sa peine au fond d'une bouteille que de devoir aller ramasser ce qui restait d'elle. Ils s'étaient vus longuement dans la salle commune il y avait à peine deux jours de ça et il ne lui avait pas parlé de quoi que ce soit. Pourquoi tant de distance ? Que ne voulait-elle pas lui dire, qu'est ce qui allait si mal pour que ...

Les grandes portes s'ouvrirent avec fracas, recrachant deux individus qu'il reconnu avec un étonnement non feint. D'autant plus lorsque la petite silhouette adressa à l'autre un sourire dont il n'avait jusqu'alors été que l'unique bénéficiaire.

Son regard stupéfait se posa sur son amie, d'abord soulagé de la voir en un seul morceau. Ses yeux anthracites glissèrent sur elle, s'arrêtant d'abord sur les joues rosies par le froid et l'alcool. Bien vite - trop vite, il dévia vers sa main se raccrochant au corps d'un autre. Quelque chose sembla se briser tandis qu'il remontait lentement sur le visage du bibliothécaire. Octave Holbrey. Ou bien devait-il continuer à l'appeler Jalender ? Ses traits se durcirent tandis qu'il s'autorisait quelques secondes pour essayer de comprendre ce que sa meilleure amie faisait suspendue de telle sorte à son fameux inconnu aux yeux verts. Qui ne l'était plus vraiment depuis qu'il l'avait revu se pavanant dans la bibliothèque qui était habituellement son refuge. Bien sûr. Toujours là où on ne l'attendait pas, n'est-ce pas ? S'il n'avait pas été surpris - Jalender n'avait-il pas insisté lourdement sur le fait qu'il se reverrait- il ne s'était pas montré enchanté non plus. Pas étonnant, si l'on considérait la manière dont ils s'étaient quittés lors de cette nuit d'Août.

FLASHBACK

__  Touche pas, ce truc est maudit, le prévînt Jalender, s'appliquant à ne saisir l'objet qu'après avoir interposée entre le cachet impérial et sa peau une fine serviette blanche.

L'adolescent le laissa faire, balançant ensuite avec négligence le panier emplis de savonnettes, ces dernières s'éparpillant par terre. Malgré le sol à présent semé d'embûche et non sans un regard vers la porte, Elène s'élança dans un dernier sursaut d'espoir avant de s'acharner face à la serrure. Une satisfaction intérieure le gagna tandis qu'il sortait de la poche arrière de son jean la clé qui aurait pu permettre à sa voisine de prouver à tous qu'il était possible de courir sur le bitume ainsi perchées à plus de vingt-centimètres du sol. Il ricana doucement en l'agitant devant la mine pantoise de leur hôte féminin, non sans lancer un coup d'oeil vers son acolyte d'un soir qui semblait prendre, comme lui, un malin plaisir à la regarder se casser ses ongles vernis sur une poignée qui semblait totalement hermétique à ses charmes. Pauvre Elène. Pauvre femme. Pauvre issue. Si elle avait réussi à garder un semblant de contenance jusqu'ici, perdre son unique monnaie d'échange l'avait réduite à la conclusion simple que cette fois ci, elle allait devoir payer pour ses actes. Dans un coin de la pièce, Léon regarda l'homme rattraper l'épave de désespoir en laquelle s'était transformée la jolie blonde. Une petite partie de lui s'étonna de ne ressentir aucune compassion pour elle.

__ Tu vois, je ne fais rien aux gamins qui ne me plantent pas des couteaux dans le dos. J’espère que tu te sens sale. Sale et pathétique. Ca fait quoi de se savoir encore plus dévalorisée et insignifiante qu’un pin's vendu en caisse ? Murmurait l'homme à Elène, chacune de ses paroles atteignant sans aucun doute sa cible. Ce doit être dur d’être ce que tu es… dire qu’un jour un organisme s’est extirpé du magma originel pour aboutir à l’échec existentiel que tu es. S’en est conceptuellement horrifiant.

A l'opposé de la pièce, Léon frissonna malgré lui. Il y avait tant de promesses de vengeances dans les paroles de Jalender que l'adolescent se sentit tout d'un coup dépassé par quelque chose de bien plus grand que lui. Il accrocha furtivement le regard désespéré de sa voisine, conscient qu'à présent il ne pourrait absolument plus rien faire pour l'aider. Pire que cela, il venait de commanditer un châtiment pour elle. Il s'exhorta au calme, parce qu'encore une fois il valait mieux Elène que lui. Autre chose se réveilla, peut-être la peur de ressentir de la satisfaction envers le sort qui lui était réservé. Etait-il satisfait de cette tournure d'évènements ? Avait-il, ce soir là, franchit un cap en participant pour la première fois à un acte illégal ? Il se renfrogna quelque peu, conscient désormais qu'il était impossible de faire machine arrière à présent. Il fut tenter de fermer les yeux aux suppliques qui crevèrent le silence. « Jal, je ferai tout... tout… ». Mais les garda pourtant bien ouverts, désireux de marquer cet instant dans sa mémoire. Il était responsable des évènements qui ne manqueraient pas de découler de sa demande.

__ Je sais, répondit l'homme.

Plat. Laconique. Avec la douceur de celui qui connait l'issue promise à sa proie. Et la sait définitive. Léon quitta des yeux la petite forme désespérée et à présent ratatinée qu'était sa voisine pour plonger dans ceux de jade de son interlocuteur. Curieusement, soutenir ce regard glacial lui fut beaucoup plus difficile que celui d'Elène, malgré la pointe de culpabilité qu'il sentait grandir en lui. Il allait la tuer. La vérité sembla grandir au fur et à mesure qu'il regardait Jalender. Allait-il être complice également d'un meurtre, ce soir ? Incapable de soutenir plus longtemps ces iris verts dont il ne manquerait pas de faire des cauchemars, il baissa les yeux, mettant un point d'honneur à fixer le sol. Il ne voulait pas regarder. Comme si cela changerait vraiment quoi que ce soit. Comme si détourner les yeux allait l'excuser auprès de l'univers d'avoir participer à la mise à mort d'un autre être humain. Il serra les poings, conscient que sa bêtise et sa naïveté l'avaient conduit exactement là. Ici, dans cette pièce. A lui de tirer les leçons de cette soirée qu'il n'était pas prêt d'oublier.

__ Tu as mérité que j’exhausse ton souhait, Schepper. Mon sortilège fera sa besogne pour que l’avenir te soit tranquille. Crois-moi, elle t’oubliera.

Il était doué. A l'écouter, Léon avait l'impression que Jalender n'était que l'exécuteur et lui le commanditaire. Aurait-il laissé partir Elène si il le lui avait demandé ? Non. Le vert et argent ne savait pas grand chose de lui, mais il était convaincu que le sort d'Elène avait été scellé au moment même où l'impérium l'avait touché. Rien de ce qu'il n'aurait pu dire ou faire n'aurait changé la situation. Jalender avait des comptes à régler avec elle et Léon n'était qu'un pauvre parasite qu'il avait dû se traîner jusque là. Pourquoi l'impliquer t-il avec autant de minutie ? Tu as mérité. Tu es complice. Soit tranquille ? Bah tiens. Comme s'il allait pouvoir fermer les yeux de manière convenable, sachant qu'il allait participer à un homicide et que ce Jalender aurait toujours quelque chose contre lui. Crois-moi, elle t'oubliera. Etait-ce une mise en garde ? Une façon de lui dire :  Alors que moi, mon garçon, je ne suis pas prêt de t'oublier et de te laisser tranquille. Malgré l'envie de transplaner qui s'insinuait en lui avec de plus en plus de puissance, Léon maintînt les rangs, ne laissant rien transparaître du trouble et de la peur intérieure avec lesquels il était en prise. Il acquiesça, prenant pitié de nouveau pour la jolie blonde qui s'accrochait à présent de manière désespérée à Jalender. Ses petites mains soigneusement manucurées empoignaient sa chemise, cherchant à se raccrocher au tissu comme à l'espoir de se voir épargée. Il avait presque envie de vomir, à présent, son esprit lui faisant imaginer les mains frêles et livides reposant dans une tombe fraichement creusée. Par Merlin, ce taré allait il lui demander de creuser une tombe ?

__ Mais, que lui alors, que lui, laisse-moi le reste… quémanda-t-elle, le désespoir dans sa voix ramenant Léon à la réalité.

Non. S'il fallait creuser une tombe, il transplanerait bien loin d'ici avant même d'avoir commencer à retourner la moindre motte de terre. Il ne fallait tout de même pas exagérer. Tu lis  beaucoup trop de mauvais polars, soupira-t-il intérieurement. Après tout, il dramatisait sûrement la situation. Ce Jalender allait travailler à Poudlard, peut être n'était-il pas non plus si cruel que cela si on le laissait en compagnie d'étudiants sans grande défense. Peut-être allait juste pointer sa baguette sur la blonde tout en lui ôtant quelques souvenirs. Oui, et puis vous irez tranquillement boire une bierre-au-beurre aux trois balais en rigolant sur cette pauvre Elène.

__ Tu sais Elène, je ne suis pas très doué avec ce genre de sortilèges, expliqua-t-il de sa voix détachée. Puis comme l’a dit ton protégé, peu importe le « peu de choses » qui te restent dans la tête. Et franchement, tu n’as pas été très coopérative, alors je n’ai pas envie de me fatiguer à faire preuve de dextérité. On sait tous les deux que les commanditaires aiment bien user de métaphores : je veux qu’elle m’oublie, faites-les disparaître, je veux qu’il ne m’importune plus, je ne veux plus la revoir… On sait comment ça marche.

Et alors, il n'avait rien dit. Il n'avait pas protesté en se faisant accuser d'avoir demander bien plus à Jalender que de lui effacer la mémoire. Il n'avait pas esquissé le moindre mouvement en le voyant raffermir sa prise autour de sa proie et disparaître, le laissant seul dans le salon décharné d'Elène. Il n'avait rien dit non plus lorsque sa mère lui avait demandé, au petit déjeuner du lendemain matin, ce qu'il avait fait de sa soirée. Rien dit non plus dans les lettres destinées à Charles. Et il n'en avait pas parlé. Pas même à Heather.

Il avait beaucoup trop honte de lui-même. Honte d'avoir participer à un meurtre.

FIN FLASHBACK

Heather le regardait avec cet air que prenaient les enfants pris en faute. Doucement, son bras retomba contre son corps, se détachant de Monsieur Holbrey. Léon se mordit la lèvre, continuant son inspection silencieuse. Elle était complètement décoiffée, sa chevelure brune habituellement soigneusement arrangée s'étalant en mèches ébouriffée sur ces épaules. Sa respiration semblait plus proche de l'essoufflement que de celle plus posée qu'elle aurait dû avoir s'ils s'étaient tous les deux contentés de marcher pour rejoindre le château. Il pencha légèrement la tête sur le côté, son regard glissant de nouveau sur elle. L'habitude de chercher la moindre blessure fut presque automatique et c'est sans grand effort qu'il constata ses vêtements teintés de terre et les traces de sang au niveau de son genou.  Au lieu de grimacer, son regard se durci encore plus tandis qu'il en arrivait à la conclusion que son amie était passablement échevelée. Echevelée, vacillante sur ses jambes et en bien mauvaise compagnie. Il esquissa un pas vers elle, réduisant quelque peu la distance entre eux deux sans la franchir complètement. La présence de l'autre l'empêchait de récupérer Heather pour l'entraîner dans leur salle commune en lui promettant de lui faire la morale sur ses fréquentations dès qu'elle serait de nouveau capable de tenir sur ses deux jambes. Au lieu de ça, il leva sa main, replaçant une mèche de cheveux lui barrant la joue, constatant par la même occasion les joues humides et les yeux rougis. Heather avait-elle pleuré ?

Ce simple détail fut suffisant pour se détacher d'elle son regard se posant cette fois ci sur le visage du bibliothécaire. Ces yeux verts. Ils lui glacèrent le sang immédiatement. Il se fit violence pour ne pas esquisser un geste  de recul. Jusqu'à aujourd’hui, il avait mis un point d'honneur à ne pas se retrouver à moins de quinze mètres de celui qu'il savait maintenant travaillé ici en tant que bibliothécaire. Il inspira profondément, ravalant sa bile avec difficulté envers cet homme qui l'avait rendu coupable d'un meurtre. Qu'avait-il bien pu faire subir à son amie ? Pourquoi donc se retrouvait-elle en larmes et en sang - oui, il dramatisait et alors ! - en sa compagnie ? Et pourquoi fallait-il que de toutes les personnes de ce château elle tombe sur lui ? Avait-elle une sorte d'aimant qu'elle portait bien collé sur son front pour s'attirer autant de malchance ? Mais qu'avait donc fait cette fille à l'univers pour qu'il s'acharne de cette façon sur ses maigres épaules ?  Une partie de lui - grande partie, cela dit - avait très envie de récupérer Heather au plus vite afin de mettre le plus de distance possible entre Holbrey et eux.

Sauf qu'il y avait eu ce sourire.

Pourquoi l'avait-elle regardé à lui de cette façon ? Confiance ? Mais enfin ... l'alcool n'excusait pas tout. Heather n'était pas réputée pour sa grande capacité à se lier avec des gens. Même avec une alcoolémie à vous bousiller le foie. Que s'était-il passé entre ces deux là pour qu'elle semble à ce point ... l'apprécier. Sérieusement Heather ? Pesta-t-il. Et pourquoi avoir choisi de se souler avec le bibliothécaire plutôt qu'avec lui ? Tu te fais des films, se morigéna-t-il intérieurement.  Il fallait qu'il la sorte de là. Elle n'était clairement pas en état pour subir sa mauvaise humeur de la voir avec ce type qu'il considérait comme dangereux. Et d'ailleurs n'était-ce pas sa faute ? S'il avait raconté sa mésaventure de cet été à Heather, elle n'aurait certainement pas passé un seul instant avec lui. Non, il avait du se passer quelque chose. Peut-être Holbrey avait-il trouvé l'étudiante ébréchée et l'avait ramenée au château. C'était peut-être l'explication logique, pas de quoi en faire tout un sortilège.

Sauf qu'il y avait eu ce sourire.

Léon sentait qu'il était dangereusement près de la jalousie à présent. Oui, il l'avait ramenée au château. Fin. Rien de plus, rien de moins. Alors pourquoi avait-elle pleurée ? Les effets de l'alcool, rien de plus. Et son essoufflement ? Peut-être avait-elle couru pour échapper à l'adulte et l'avait-il rattrapé ? Courir alors qu'elle vacillait sur ses jambes. Oui, bien sûr. Et sa petite main se raccrochant à la chemise de l'homme ? Et son bras à lui, la maintenant par la taille ?

Et puis ce p***** de sourire. Alors, de toutes les explications possibles et sûrement beaucoup plus plausibles s'offrant à lui, Léon choisit de prendre le raccourci afin de nourrir sa colère.

__ Enfin je te retrouve, murmura-t-il, les lèvres pincées par la colère. Il lui saisit le poignet, l'entrainant contre lui d'un geste sec afin de l'arracher à la poigne d'Holbrey. Je peux savoir au nom de quel grand cru tu pars te soûler seule dans le parc ? Sa voix claqua, acide.

Il la surplombait de deux bonnes têtes au moins. Remarquant de nouveau à quel point elle était petite à côté de lui, il lui attrapa le menton comme l'on attrape celui d'un enfant pris en flagrant délit. Il était en colère contre elle. N'avait-elle donc rien appris de la nuit de souffrance ? Il n'avait pas envie de lui dire cela ... mais côtoyer Jake n'avait-elle pas fait émerger en elle un quelquonque instinct de survie pour éviter les hommes dangereux ? Ne voyait-elle pas ce que lui entrevoyait dans les yeux verts ?

__ Heather ... reprit-il, toujours sans aucune douceur dans la voix. Il avait plongé ses yeux dans les siens. Est-ce que tu peux m'expliquer quelle connexion ne fonctionne pas entre les deux pauvres neurones qui se combattent dans ta cervelle pour en arriver à la conclusion que c'est une bonne idée ?

Jamais il ne lui avait parlé de la sorte, d'aussi loin qu'il se souvienne. Il releva la tête vers Holbrey, glissant une main autour de la taille d'Heather afin de la maintenir stable. Ou d'être possessif devant le bibliothécaire. Allez donc savoir. Qu'importe, il n'avait pas à s'expliquer de toute manière. Il refreina sa colère de nouveau, conscient qu'il ne pouvait pas être aussi désobligeant avec le bibliothécaire qu'il ne l'avait été avec Heather. Il ne connaissait pas Jalender. Enfin Holbrey. Quelque soit son nom d'espion. Il ne pouvait pas se permettre n'importe quoi, il voulait juste dégager de là et que ce type ne s'approche plus de son amie. C'était tout. On entendait dire dans les couloirs qu'il avait eu un malin plaisir à torturer des élèves dans sa bibliothèque. On entendait jaser de bien des manières sur Holbrey. Beaucoup de choses se disaient et finalement peu de véritables informations semblaient circuler. Alors dans le doute, il préférait continuer à mettre le plus de distances possible entre eux.

__ Bonsoir, siffla-t-il, désagréable malgré toute la bonne volonté qu'il avait tenté d'insuffler dans cette simple salutation. C'est gentil d'avoir ramené mon amie, mais je crois que l'on va réussir à se débrouiller sans vous désormais. Voilà, prend ça comme une invitation à allez te faire f*****, pensa-t-il intérieurement. Alors peu importe quelle savonette, guirlande enchantée ou quelquonque tenue "exotique"  vous essayez de retrouver cette fois,  ni Heather ni moi-même ne souhaitons vous aider.

Voilà, il avait d'autres questions l'antiquité ? Songea-t-il sans le quitter des yeux. La partie la plus impertinente de lui avait beau être satisfaite de sa réplique, celle beaucoup plus prudente étaient en train de s'affoler. Bon. Soit. Ce n'était peut-être pas l'idée du siècle, surtout si Heather possédait encore assez de matière grise non imbibée d'éthanol pour comprendre que lui et Holbrey semblaient avoir un passif. Certes. N'empêche que dans ce qui semblait ressembler de plus en plus à un combat de coq, il n'avait pas envie de courber l'échine aussi vite. Peu importait désormais qu'Holbrey et lui aient pris comme un accord tacite de ne rien révéler de ce qu'il s'était passé cet été. S'il fallait qu'il raconte à son ami qu'elle avait passé la soirée avec un assassin doublé d'un trafiquant d'art probablement Mangemort ... il le ferait. Mais d'abord ... la question qui l'avait occupé tout l'été et durant de nombreuses insomnies continua à tambouriner, essayant tant bien que mal de franchir ses lèvres closes. Mais la curiosité mêlée à ce désagréable sentiment de culpabilité lui donna raison.

__ Mais j'ai quand même une question, avant que nous partions, reprit-il, ses doigts raffermissant leur emprise sur la taille fine de la Serpentard d'une manière inconsciente mais lui rappelant néanmoins sa présence. Il ne pouvait pas dire n'importe quoi. Vous avez fait quoi ... du ... pin's ?

Il n'y avait qu'à espérer qu'Holbrey ait une assez bonne mémoire pour comprendre la question détournée. Cela avait parfois du bon, les mauvais polars policiers n'est-ce pas ? Bon sang, mais tu es ridicule, songea-t-il amèrement.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Sam 27 Jan 2018 - 3:06

Quelque chose avait changé. Elle ne pouvait point dire si cela provenait des émanations d’éthanol qui inondaient son esprit, faiblissant ses restreintes habituelles, ou des effets destructeurs du détraqueur qu’ils venaient de fuir à l’arraché, laissant son coeur meurtri, mais l’un de ses murs s’était fissuré, laissant s'échapper un filament de confiance qui s’était accroché au bibliothécaire, leur troisième aventure offrant le coup de grâce sur la barrière intérieure qu’elle s’archarnait à maintenir. Elle était confuse, déprimée et épuisée, et elle ne savait quoi faire de cette nouvelle information qui s’entêtait à la titiller, narguant sa méfiance usuelle qui commandait normalement ses faits et gestes. Le regard qui les avait unis avait été court, d’une authenticité si unique qu’il avait paru durer une éternité durant laquelle un entendement singulier s’était construit, appareillant la douleur dévorante que l’ennemi mutuel avait forcé sur eux deux. Mais le moment s’était brisé, laissant la trace d’une compréhension partagée qui s'éteignait doucement, l’attention de la serpentard se détachant, attiré par la présence soudaine de son ami. Le silence s'éternisait au sein de l’incongru trio, l’arrivée de Léon étant un rebondissement inattendu pour la jeune femme qui se retrouvait inexplicablement à court de mots, le tumulte d’émotions la rendant inéluctablement muette. Son regard s’était posé sur son ami arrêté à quelques pas d’eux, observant le regard glacial qui la toisait de haut en bas, la figeant sur place tant l’intensité était inhabituelle, ses entrailles se serrant d’anticipation. Lentement, la vipère baissa les yeux, suivant le regard insondable du jeune homme, remarquant finalement ses vêtements déplacés et la terre qui ornait le tissu à plusieurs endroits. Grimaçant, Heather passa une main rapide sur le cuir couvrant son manteau dans l’espoir de retirer la souillure qui s’y était attachée, celle-ci s’étendant sur l'étoffe au lieu de disparaître tel qu’espéré, défiant la propriétaire du vêtement par le contraste saisissant. Tandis qu’elle relevait ses yeux noisettes et passait une main dans ses cheveux déplacés, jugeant les dégâts que la fuite avait causés sur son apparence normalement si appliqué, elle fit un petit pas sur le côté, reprenant l’équilibre qui l’avait quitté l’ombre d’un instant, victime une nouvelle fois des effets secondaires de l'alcool abusé. La serpentard prit une grande respiration tremblante, tentative de calmer son souffle erratique, mais sans grand succès, l’air se bloquant dans son oesophage à quelques reprises, refusant de suivre le flux régulier d’une respiration naturelle.

- Enfin je te retrouve. Je peux savoir au nom de quel grand cru tu pars te soûler seule dans le parc ?

Son poignet fut attrapé avec force, une deuxième pour la jeune fille au sein de la même soirée, attirant rapidement celle-ci vers le serpentard irrité. Légèrement secouée par la vigueur avec laquelle elle fut éloignée du bibliothécaire, la brunette perdit sa stabilité, s’accrochant hâtivement à Léon pour éviter une seconde chute en si peu de temps, son corps s'écrasant mollement contre le torse du vert et argent. Pinçant les lèvres, la vipère se redressa, posant sa main contre la poitrine du serpentard pour se maintenir en place avant de pousser doucement de la paume de sa main, s’éloignant légèrement de son ami, agacée. Elle n’était certainement pas en état pour se faire cahoter de la sorte et les mouvements brusques la déstabilisaient autant qu’un bateau en grande mer assailli par des vagues dévastatrices. Sa tête se remit à tourner l’espace d’un instant, obligeant la jeune Trown à cligner rapidement des yeux et à fixer un point au loin dans l’espoir de mettre fin au tournis qui la harcelait. Elle n’eut le temps d’ouvrir sa bouche pour rétorquer que son menton fut capturé par la main du nouvellement arrivé, forçant son regard à plonger dans les yeux gris exaspérés. Prisonnière de la main masculine, la couleuvre serra la mâchoire, ses yeux brûlants foudroyant son ami. Elle sentit la honte se hisser en elle, l’humiliation colorant ses joues d’une teinte rosée et son visage s’anima d’un léger mouvement de recul, rapide et tressaillant, tentative chétive de libérer son menton de la prise autoritaire. Elle se sentait étrangement vulnérable, bousculée par les événements sans qu’aucun répit ne lui soit accordé, emportée de gauche à droite par le courant sans qu’elle ait son mot à dire. Tout allait trop vite. Elle se sentait aussi fragile que la fleur d’un pêcher, s’envolant à la moindre brise, arrachée de l’arbre protecteur sans qu’aucune considération de lui soit apportée.

- Heather… Est-ce que tu peux m'expliquer quelle connexion ne fonctionne pas entre les deux pauvres neurones qui se combattent dans ta cervelle pour en arriver à la conclusion que c'est une bonne idée ?

Malgré son esprit embrouillé, la brunette sentit son coeur se tordre douloureusement dans sa poitrine, les mots exacerbant la souffrance qu’elle avait ressentie lors de sa rencontre avec le détraqueur, ajoutant une couche de malaise au chamboulement intérieur dont elle était la victime. Les mots la frappèrent tel un coup de fouet, blessants et offensants, insultant son intelligence sans aucun détour. Ce n’était pas la première fois que Heather se faisait injurier de la sorte, au contraire, ayant été la réceptrice à maintes reprises d'ignominies, les propos désobligeants composant la majorité des paroles que son père lui beuglait au visage. Et bien que les paroles étaient moins violentes, moins irrévérencieuses, la serpentard était mortifiée que celles-ci proviennent de son meilleur ami, ajoutant à la douleur que les paroles causaient en elle. La vipère savait qu’elle n’aurait normalement pas hésité à remettre Léon à sa place, lui crachant une réplique tout aussi acide au visage, jetant les gants blancs à la poubelle en deux temps trois mouvements. Bien qu’il méritait le côté le plus mauvais de son caractère, la jeune Trown resta muette. La situation possédait un tout autre contexte bien à part, plusieurs variables changeant la normalité qu’aurait été son comportement, l’empêchant de trouver le mordant qui accompagnait habituellement ses répliques acerbes, le silence devenant la seule réponse qu’elle réussit à offrir. Le poids qu’elle avait réussi à fuir, noyé dans un bain d’alcool, revint, s’effondrant sur ses épaules qui s’affaissèrent. Les épouvantards affrontés, l’abandon qu’elle s’était autorisée lorsqu’elle était sous le sort de l’impérium, la nuit des souffrances, et tous les événements marquants des derniers mois assaillirent son esprit, lui rappelant précisément pourquoi elle avait décidé de s’éclipser, une bouteille de whisky à la main. Légèrement tremblante, Heather coinça sa lèvre inférieure entre ses dents, mordant douloureusement celle-ci en un geste inconscient, les émotions des derniers mois s’ajoutant aux souvenirs que le détraqueur avait ramenés à la surface. Distancée de la réalité, la brunette se laissa emporter par le bras entourant sa taille, son corps reposant contre celui du jeune homme, suivant le mouvement aussi mollement qu’une poupée de chiffon. La discussion avait repris, entraînant cette fois-ci le bibliothécaire dans l’échange verbal. Bien qu’elle fut étonnée du ton employé par son ami, Octave comptant malgré tout parmi le personnel de Poudlard, la serpentard ne réagit pas, les yeux posés sur le carrelage, défaite, le choix de mots douteux de Léon mourant avec sa phrase. Le désir d’engloutir de nouveau une bouteille se hissa en elle, espérant oublier encore une fois les maux de son âme, partagé avec la tentation de simplement s'effondrer dans son lit et de rejoindre les bras de Morphé qui la bercerait, la protégeant de ses pensées sombres l’espace d’une nuit.

Puis, la voix de Léon s’éleva de nouveau, une question mystérieuse s'échappant de ses lèvres qu’il accompagna du resserrement de sa poigne autour de la taille de la jeune fille, attirant efficacement l’attention de celle-ci sur le présent et sur la personne contre qui elle était appuyée. L'insulte rejoua dans son esprit, les mots se répétant en boucle, et elle ne put supporter d'être près de lui une seconde de plus. Reprenant ses esprits, compressée contre le corps masculin, elle posa lentement sa main sur celle du jeune homme, décollant un à un les doigts qui la maintenaient en place, déroulant le bras, s’extirpant au ralenti de sa prise. Elle leva doucement les yeux, toujours près de Léon, mais refusant que leur corps ne se touche, observant la colère qui habitait toujours son visage, agacée de nouveau par l’irritation qui dégageait des pores de la peau du jeune homme. Elle lança un regard furtif en direction du bibliothécaire, intriguée malgré elle par l’obscure relation qui semblait exister entre les deux hommes. Le message crypté fut repris par l'aîné, répondant à demi-mot à la question énigmatique qui lui avait été posée, piquant un peu plus la curiosité de la brunette. Vraisemblablement, les deux se connaissaient et partageaient un secret qu'ils refusaient de dévoiler en sa présence, jouant sur les mots sans jamais n'être véritablement clairs, le sens des mots ne voulant absolument rien dire dans le contexte utilisé. Un pin’s ? Un pin’s qui devait oublier Léon ? Mais de quoi parlaient-ils bon sang ? Et pourquoi discutaient-ils le sort d’une épinglette avec autant de froideur ? Car l’étrange secret n’était pas le seul élément qui semblait les unir, le ton austère utilisé par l’un comme par l’autre était une bizarrerie saisissante. La jeune fille ferma les yeux l’espace d’un instant, physiquement étourdie par l’incompréhension et l’incongruité de la conversation qui se déroulait devant ses yeux. Épuisée, la tornade d’émotions refusant de se calmer, Heather passa une main sur sa nuque, réflexe dont elle n’arrivait toujours pas à se défaire, signe sans équivoque de son insécurité submergeante.

- En parlant de connexions Schepper : insulter, réprimander et violenter une amie soûle n’est pas une très grande preuve de compétence, qu’en dis-tu ? Dans ton état, je n’ai pas l’impression que tu sois apte à prendre les bonnes décisions plus que Heather. Puis, on sait tous les deux que tu n’es pas quelqu’un de très fiable.

Interpellée, Heather posa son regard sur le bibliothécaire, retrouvant de nouveau le présent qui s’amusait à lui glisser entre les doigts. Les mots choisis étaient si précis, sous-entendant violence et injustice qu’un frisson parcourut son corps, hérissant les poils de ses bras. Son coeur criait que cela devait être faux, que son ami ne pouvait pas être associé à ses adjectifs crus tandis que son esprit rejouait une énième fois la scène qui venait de se dérouler, prouvant le contraire : la prise sec de son poignet, l’emprisonnement de son menton et l’insulte sans détour sur son intelligence. La jeune fille avala de travers, ne sachant plus quoi croire, l’esprit embrouillé.

- Heather, je vous laisse, si tu veux. Mais que si tu le veux.

L’insécurité la frappa de plein fouet, tortillant ses entrailles jusqu’à en créer des noeuds douloureux. Apostrophée, la serpentard plongea ses yeux dans le regard maintenant bienveillant de l’adulte, son coeur manquant un battement tant le contraste entre les deux hommes était foudroyant. À ses côtés se tenait son ami qui avait toujours été là pour elle par le passé, pilier stable dans sa vie, l’attendant à chaque rentrée, réconfortant son âme meurtri. Hésitante, elle lança un coup d’oeil à Léon, le sentiment d’avoir été trahie s’emparant de tout son être aussi promptement qu’un feu raflant une forêt, détruisant tout sur son passage, la douleur de ses paroles et gestes aussi vive qu’une plaie béante. Elle ne comprenait pas la colère qui lui était destinée, ni la source de ses propos acides qui s’ajoutaient à ceux de son horrible père qu’elle venait de revoir, gracieuseté d’un détraqueur déchaîné.

- Je…

Sa voix mourut dans sa gorge, l’indécision face au choix forcé sur elle l’empêchant de continuer la phrase dont la fin lui était toujours inconnue. Sa tête se balada une fois de plus entre les deux hommes, étourdissant son esprit déviant. Lentement, elle fit face à son ami, ses yeux noisettes plongeant dans les siens, le regard interdit. L’air se pris dans sa gorge et instinctivement, la brunette porta une main sur sa bouche, une larme s'échappant de ses yeux endoloris. Doucement, elle fit un pas vers l’arrière, et un autre, s’éloignant précautionneusement du vert et argent, son coeur se serrant à chaque pas qu’elle déposait derrière elle, rejoignant le bibliothécaire. Le regard toujours fixé sur le jeune homme, Heather passa fébrilement son pouce sur sa joue, effaçant la preuve de sa faiblesse, maudissant sa vulnérabilité inhabituelle. Elle aurait préféré hurler et le pousser de toutes ses forces, mettre à profit ce caractère violent dont elle avait la réputation, mais l’énergie lui manquait et elle sut qu’elle n’aurait pas la force d’affronter la colère de son ami et les remontrances qu’il lui ferait. Abattue par les événements qui ne cessaient de la briser un peu plus, elle posa son regard sur Octave, implorant son aide pour une deuxième fois lors de cette soirée horrible, ne pouvant supporter un instant de plus la fureur de Léon. Sa voix s’éleva, à peine plus forte qu’un chuchotement, brisant le silence qui s’était déposé depuis que l’adulte lui avait offert le choix.

- Ce n’est pas ce que je veux. S'il te plait... Reste.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 28 Jan 2018 - 15:25


Culpabilité n.f : sentiment plus ou moins diffus de commettre une faute. Nécessaire à toute vie sociale mais parfois douloureux et contraignant, le sentiment de culpabilité est l'impression de ne pas être juste, d'avoir un fantasme ou réellement un tabou, de nourrir un désir défendu, d'avoir eu un comportement coupable face à telle personne ou telle situation. Il en naît une forte angoisse et une tendance à l'autoaccusation.


Elle ne disait rien. Et c'était presque pire, cette surprise qu'il lisait dans ses yeux. Limpide. La douleur qu'il y voyait, le sentiment de trahison d'Heather transpirait par chacun des pores de sa peau. Tout en elle exultait la déception. Et ce silence. Ne pouvait-elle donc pas lui dire qu'elle le détestait, qu'il avait commis une faute ? Ne pouvaient-ils pas tout simplement se dirent tout haut ce qui n'allait pas ? Puis passer à autre chose. Dit quelque chose, supplia-t-il silencieusement. Pourquoi lui imposait-elle ces non-dits, pourquoi uniquement ce silence et cette impression qu'elle n'ouvrirait tout simplement plus la bouche pour s'adresser a lui. Avait-il cassé entre eux deux quelque chose d'irrémédiable ? Sa maladresse, cette colère sur laquelle il n'avait eu qu'une maigre emprise allait-elle condamner cette relation qu'ils avaient tous les deux ? Il ne supportait pas qu'elle le regarde en gardant bien fermé à clé ce qui intérieurement devait faire rage en elle. Il avait l'impression de se tenir au bord du gouffre, prêt à entrer dans la tumulte d'une chute malmenée par le vent, mais qu'elle refusait de l'y pousser. Elle refusait de le laisser tomber, refusait qu'il ne les entraine dans une dispute,  refusait d'accéder à sa colère. Elle ne disait rien et le maintenait là, en équilibre mais sans l'attirer vers elle pour le sauver ni le rejeter. Le négligeant juste assez pour que le silence ne fasse le reste. Peut-être était-ce inconscient, mais cela faisait mal. Très mal.

Dit que je t'ai blessée, pensa-t-il intérieurement. Va y, dis le clairement parce que là je ne peux que supposer et cela me rend fou. Il savait qu'il n'avait pas été correct, qu'il aurait dû réfléchir avant de lui balancer cela de la sorte. La personnalité d'Heather était assez complexe pour qu'il n'ait pas la prétention de savoir deviner ses réactions sur le bout du doigt. Mais il savait qu'elle ne s'écrasait pas, se battait bec et ongles et ne laissait personne lui faire du mal. Parce que d'autre s’était déjà chargé de trop lui en faire. Mais il avait beau cherché de la colère et des mots dans ce joli visage dont il connaissait chaque trait, il n'y avait rien. Mais bordel Heather, pourquoi n'exploses-tu pas ! Dis quelque chose, fou le bordel, n'importe quoi. Mais pas ça. Pas juste ... ça. Pas juste le silence. Je t'en pris. Au fond de lui, Léon se dégouttait de ressentir un tel égoïsme dans cet affrontement silencieux entre eux. Le fautif ? Pas besoin d'avoir fait une grande psychanalyse de soi-même pour savoir que c'était lui. Heather ne lui devait rien parce qu'il s'était comporté comme le roi des abrutis au pays des imbéciles. Il ne méritait pas sa colère, ne méritait pas non plus qu'elle soit compréhensive. Au fond il avait le droit à la chose qu'il redoutait le plus : une sorte d'indifférence. La partie la plus narcissique de lui avait envie que leur amitié soit assez importante, leur lien assez fort pour qu'elle comprenne qu'il se sentait terriblement mal de ses propos. Il voulait qu'elle voit sa détresse alors qu'il ne lui avait témoigné que de l'agressivité et qu'il avait fauté alors qu'elle était vulnérable. C'était tout lui ça, parler sans réfléchir et devoir ensuite cohabiter avec ses remords.

Sentant un regard sur eux, Léon détourna la tête et se rappela la présence du bibliothécaire, celui là même dont il avait l'impression qu'il lui volait son amie. Oh. C'est qu'il l'aurait presque oublié, à se perdre ainsi dans les yeux pleins de reproches d'Heather. Comme si sa culpabilité envers celle qui lui faisait assez confiance pour s'être tant confiée n'était pas suffisante, les yeux verts du bibliothécaire ainsi posés sur lui vinrent rajouter un surplus de remords. Elène.  Alors qu'il saluait l'homme et soumettait l'idée de partir, d'attirer son amie loin de là afin de tenir cette discussion - enfin, cette absence de discussion plutôt - loin d'un témoin à ses manquements, l'envie de se délester d'un autre poids fut encore plus forte. Alors il posa sa fameuse question, celle qui l'avait tenu éveillé de nombreuses nuits. Le bibliothécaire sembla avoir du mal à se remémorer de quoi il parlait et cette lenteur à la détente fit vrombir intérieurement l'adolescent. Quoi, ca lui arrivait souvent de tuer des personnes, au point que de mettre un nom sur un complice ne lui demande un véritable effort de mémoire ?

__  Le pin’s… Oh oui, Le Pin’s ! Le Pin’s qu’on connaissait tous les deux, sembla enfin comprendre le bibliothécaire. Le Pin’s qui devait t’oublier. Le Pin’s que j’ai pris avec moi parce que tu me l’as demandé. Ce Pin’s-là ?

Oui, celui là même, avait-il envie de crier sur l'homme. Il n'en pouvait plus de rester dans l'ignorance, cette perception de la réalité décalée engendrant des idées fantasmatiques que Léon n'arrivait plus à gérer.  Des scénarios, il en avait imaginé des tas, allongé seul dans son lit durant de nombreuses heures cet été. Du plus simple et basique au plus tordu. Il avait prêté au visage d'Holbrey toutes les expressions nécessaires, de la plus douce à la plus folle, imaginant tour à tour un simple sortilège d'oubliette, à celui, beaucoup plus sanglants d'une décapitation de sa voisine. Quelle imagination, n'est-ce pas ? C'était fou, tout ce que l'on pouvait s'inventer sur une situation lorsque cette dernière ne se déroulait pas sous nos yeux. Fou de voir à quel point la culpabilité pouvait vous faire songer au pire et prêter des attentions et des émotions à quelque chose dont, au final, vous ne savez rien. Fou également de voir à quel point il s'était torturé tout le mois d'aôut, à quel point il avait rejoué chaque évènement en se demande ce qu'il aurait pu changer. Ne pas dire.  Faire. Ou ne pas faire. Alors oui, il fallait que cet homme lui ôte cet horrible sentiment de culpabilité qui le rongeait depuis de trop longs mois déjà. Quel avantage tirait-il à le laisser patienter de la sorte ? Qu'avaient-ils tous à préférer le silence aux paroles ? Au fond, Léon savait qu'il voulait juste qu'Octave ne le deleste de la culpabilité qu'il avait bien du mal à gérer. Tel un enfant, il voulait que l'adulte lui dise simplement qu'il n'avait pas failli, qu'il amoindrisse ses tords afin de lui permettre de pouvoir encore se regarder dans une glace. Qu'il répare ce sentiment désagréable d'avoir commis quelque chose d'impardonnable.

Mais on parlait du bibliothécaire. Pas d'un saint.  Enfin du moins, du peu qu'il savait sur lui. On parlait de la personne qui avait attaché Brenckenridge et Malia et les avait regarder se tordre de douleur tandis que les cordes les enlaçaient. C'était une histoire qui avait du succès dans les couloirs de l'école. L'adolescent ne savait pas quoi penser de cet homme et c'était la raison pour laquelle il l'éviter avec une grande minutie. Egalement la raison qui expliquait la colère, premier sentiment l'ayant envahi en voyant son ami à ses côtés. Seulement, les hommes les plus fous et les plus froids étaient parfois les plus tristes. Etait-ce ça, qu'il avait entrevu devant le visage défait du bibliothécaire, quelques secondes après son entrée avec Heather dans le hall ? Le masque était-il tombé pour quelques secondes ? Cet homme avait-il finalement assez de compassion en lui pour s'être simplement occupé de sa meilleure amie ? Ou, la question à un million de gallions : avait-il eu assez de compassion pour ne pas s'occuper d'Elène de la manière dont il l'imaginait ?

Il fallait qu'il sache. La respiration de Léon devint légèrement erratique, le stress courant dans ses veines avec l'agressivité de l'acide sulfurique, picotant chacune de ses terminaisons nerveuses. Il avait l'impression que tout son être se gelait, fixé aux lèvres d'Holbrey qui détenait la réponse à ses interrogations muettes. Pendu à ce qu'il dirait, pendu à ces yeux verts qui semblaient s'amuser de la situation. De l'attente silencieuse et insupportable qu'il endurait. Léon se sentait comme un chien ayant pissé sur le nouveau canapé en cuir et qui fixait la porte, attendant que son maître rentre pour lui infliger une raclée qu'il savait inévitable.

Et à un certain moment, la raclée tomba.

__ Il est au fond d’un trou ton Pin’s, assena le bibliothécaire. Si tu t’inquiètes tant, je peux le déposer à ta porte pour que tu t’en occupes.

Il se souvenait d'avoir un jour lu un livre sur les étapes de la décomposition d'un corps. Curiosité morbide ou simplement désir de connaître ce qu'il adviendrait de lui une fois que son coeur arrêterait de battre ? Il n'en avait retenu qu'une seule chose : la mort était laide. Peu importaient les considérations parfois romantiques accordées par certains auteur se plaisant à affirmer que leur protagoniste était belle, même dans la mort. C'était faux. Son esprit vagabonda jusqu'à cette cuisine où il avait passé de longues heures à discuter avec Elène. Il la revit traverser le salon pour déposer une tasse de thé devant lui, ses mouvements aériens lui tirant un petit sourire. Mais Elène ne bougeait plus, dans son "trou". Il n'y avait plus rien de gracieux dans la rigidité qui s'était emparée de son cadavre, débutant par la nuque et ses petits muscles avant de se diffuser aux membres inférieurs. Contrairement à ce que la majorité des personnes pensaient, cette rigidité cadavérique n'était pas quelque chose qui perdurait dans le temps. A moins que quiquonque ne déplace le corps  - et l'image fugace des mains fines d'Holbrey tirant par les chevilles Elène, ses cheveux traînant derrière sa tête, des feuilles mortes et de la terre s'accrochant aux mèches blondes légèrement ondulée, se fraya doucement un chemin jusqu'à l'esprit de Léon -, cet immobilisme qui donnait à tout corps l'allure d'un pantin désarticulé, disparaissait en deux ou trois jours. Léon ferma brièvement les yeux, déconcentré par la vision de sa voisine tombant dos contre terre au fond de la fosse imaginaire qu'il apercevait à présent. Ses yeux encore ouverts tournés vers le ciel, légèrement enfoncés dans leurs orbites et recouverts d'un film opaque qui atténuait à présent la jolie couleur verte qui les avait jadis occupés. Mais c'est le teint de la morte qui attirait à présent l'attention de l'adolescent. Cette lividité cadavérique, aussi appelée livor mortis était dans la littérature souvent décrite comme une pâleur, parfois immaculée et comparée à un teint de porcelaine. Comme il était doux d'arranger la réalité. Seulement, l'arrêt du coeur et de toute circulation entraînait surtout l'apparition de tâches violacées liées à un déplacement passive de la masse sanguine désormais coagulée et tirant plus vers le noir que le rouge. Ces tâches, rendant tout visage presque méconnaissable, du plus beau au plus affreux, dépendaient de la position après la mort. A moins qu'Octave n'ait préféré pendre Elène - mais il en doutait - la gravité avait fait son oeuvre et les cinq litres de sang s'étaient amassés dans le dos d'Elène. Et puis la fameuse tâche verte abdominale, premier signe visible de l'état de putréfaction qui transformait tout corps en un véritable buffet exquis pour les huit escouades d'insectes, se succédant dans un ordre bien précis. Et puis bien sûr l'odeur.

Léon tangua légèrement, luttant contre l'envie de rendre l'intégralité de son repas sur le sol. Il savait que ces images ne manqueraient désormais pas de le hanter lorsqu'il tenterait de chercher son sommeil. Et qu'ensuite, elles viendraient le tourmenter dans ses cauchemars. Il frissonna, secouant la tête avant de poser ses yeux sur Heather. Joues roses, teint pâle, thorax se soulevant à un rythme régulier. Vivante. Son emprise autour de la taille d'Heather se resserra de nouveau, tentant de se raccrocher à la chaleur d'un corps. Il sentait son souffle chaud contre son torse ainsi que la maigre résistance qu'elle lui opposait. Cette résistance qui voulait dire qu'elle ne voulait pas qu'il la tienne dans ses bras. La petite main se posa sur son torse, le repoussant. Il se laissa faire, l'image d'une Heather profondément meurtrie se superposant à une autre image de son amie, dans ce cagibi, il y avait de cela quelques années. C'est une erreur. Il se crispa, ayant l'impression d'être ballotté de désillusion en désillusion, découvrant que chacune de ses craintes se révélait exacte. Il avait m**** à un tel point qu'Heather ne voulait même plus lui parler et il avait bien participé à un meurtre. Il aurait bien aimé qu'elle lui garde un fond de la bouteille qu'elle avait jugée bon d'aller vider avec un autre que lui, parce qu'il s'adonnerait bien à la délivrance d'un esprit embrumé par l'alcool. Tout, plutôt que le silence de son amie. Mais dis quelque chose !

Mais bien sûr, des deux présents près de lui, il fallait que celui qui possède des cordes vocales soit le bibliothécaire. Lui, par contre, ne perdait jamais une occasion de l'ouvrir, n'est-ce pas ?

__ En parlant de connexions Schepper : insulter, réprimander et violenter une amie soûle n’est pas une très grande preuve de compétence, qu’en dis-tu ? Questionna le bibliothécaire. Dans ton état, je n’ai pas l’impression que tu sois apte à prendre les bonnes décisions plus que Heather. Puis, on sait tous les deux que tu n’es pas quelqu’un de très fiable.

Qu'en disait-il, lui ? Pas grande chose de plus. Il avait abusé de la confiance de son amie pour la bafouer en lui balancer de tels propos, profitant effectivement qu'elle soit soûle pour lui déverser sa rancoeur et sa peur de la trouver avec Holbrey. Quelque part, il eu presque envie de rire tellement le fait que le bibliothécaire lui fasse une leçon de moral était déplacé. Qui était-il lui, pour se permettre d'entrer dans sa vie et de tout chambouler de la sorte, pour le faire participer à un meurtre puis se permettre une leçon de moral sur son comportement ? Et surtout : par quel p***** de maléfice parvenait-il à réussir la prouesse de le toucher de la sorte ?  Léon ouvrir la bouche pour s'offusquer à voix haute puis la referma, incapable de trouver les mots justes et la bonne répartie alors qu'il coulait, lestée par les remords et une culpabilité dont il n'arrivait pas à se défaire. Pourquoi avait-il dit cela ? Pourquoi n'avait-il pas réfléchi avant de s'adresser à son amie de la sorte ? Cet homme avait dit tout haut ce qu'il pensait tout bas depuis de trop nombreuses années.

__ Vous avez raison, murmura Léon sur un ton bas avant de se gratter la gorge, retrouvant un peu de contenance. Mais ne me faîtes pas l'affront de dire que vous l'êtes. Fiable. Sa langue roula sur le mot avec une ironie faiblarde. Il n'avait plus envie de lutter, parce qu'il avait déjà perdu de toute façon. Jusqu'à ce que je vous rencontre cet été, tout ce que je touchais ne pourrissait pas par la suite. Pourrir. Comme Elène qui avait pourrie dans son trou. Comme son amitié avec Heather qu'il s'acharnait visiblement à détruire. Vous êtes ... toxique.

La fin de sa phrase se perdit dans le silence de l'immense hall d'entrée de Poudlard. Il avait dépassé les bornes en s'adressant de la sorte à un adulte. Mais peut-être que l'affront suffirait à effacer l'apparente sérénité et le visage doux qu'Holbrey affichait probablement à Heather. Il avait tellement envie que cette mascarade prenne fin, que son amie se rende compte à quel point ces fréquentations étaient dangereuses. Et puis il était également plus facile de reporter la faute de ses erreurs sur le bibliothécaire que sur lui-même. Il n'avait participé au meurtre d'Elène que parce qu'Holbrey l'y avait entraîné. Il n'avait mal parlé à Heather que par surprise de la voir avec Holbrey et par peur qu'il ne lui ait fait du mal. Comme il aurait été réconfortant de prendre ses arguments et de se les approprier jusqu'à se dédouaner de toute responsabilité. Cela n'était pas lui, c'était l'autre. Inutile de se sentir coupable non ? Sauf qu'Heather était son amie, à lui. Pas à Holbrey jusqu'à preuve du contraire !

__  Heather, je vous laisse, si tu veux, proposa d'un ton doux l'homme aux yeux verts. Mais que si tu le veux.

Oh. Oh ! Quelle importance le bibliothécaire pensait-il avoir pour présenter la question sous cette forme là ? Mais la petite silhouette qu'était Heather levait déjà des yeux pleins d'interrogation vers lui. S'il avait pu hurler, il l'aurait fait. Par tous les fondateurs elle le regardait comme ... comme ... Non. Etait-ce de la peur qu'il entrevoyait au fond de ses yeux noisettes ? Léon tressaillit, dangereusement prêt de céder aux larmes qui ne demandaient que la permission dévaler sur ses joues. Il ne pu qu'admirer l'habilité avec laquelle Jalender avait soumis l'idée qu'Heather aurait peut-être besoin de sa présence à lui. Rassurante, bien évidemment, la présence ! Comme si ce type pouvait lui apporter une quelquonque protection contre les évènements. Enfin évènement. Contre lui, Léon. N'est-ce pas Holbrey, au cas où je lui en colle une de la même manière que tu as sûrement tabassé Elène ? Jamais Léon n'avait fait preuve de méchanceté envers Heather, s'attachant à être le parfait opposé de Jake qui avait plus souvent usé des poings que des compliments envers sa fille. Il avait été tendre là ou l'autre était violent, compréhensif là ou il ne tolérait rien de sa progéniture, pilier inébranlable alors que tous ceux qu'elle aimait l'abandonner. L'un pour la bouteille, l'autre pour avoir "trébuchée" dans un escalier. Il avait toléré les deux longs mois sans nouvelles, il avait accepté le rejet qu'elle avait exprimé pour ce baiser. Il ne l'avait pas lâché. Jamais. C'était son seul et uniquement manquement, bordel ! Alors pourquoi reculait-elle d'un pas ? Et plus important encore, pourquoi prenait-elle la direction du bibliothécaire ?

__ Je ... Ce n’est pas ce que je veux. S'il te plait... Reste, supplia-t-elle presque.

Qu'il reste. Que je parte, dans ce cas ? pensa-t-il intérieurement avec douleur. Et un pas de plus en arrière, un mètre de plus les séparant. Pourquoi avait-il l'impression qu'il s'agissait d'un gouffre ? Excuses-toi, pensa-t-il sauvagement. Pardon. Pardon. Pardon. Pardon. Pardon. Un pas de plus en arrière et déjà elle se trouvait à côté de l'autre. Pourquoi gardait-il donc ses lèvres closes ? C'était facile, c'était mérité et surtout il le pensait. Alors pourquoi ne disait-il rien ?

Elle l'abandonnait. Elle reniait sa confiance en lui pour quelques paroles uniquement motivées par la colère et la peur. Maladroites, certes. Et surtout peu réfléchies. Merlin que cela faisait mal. Léon n'avait pas beaucoup d'amis. Charles, évidemment. Et Heather. Et il avait toujours eu peur de les perdre, peur des les voir se désintéresser de lui parce qu’il ne le trouvait plus d'un quelquonque intérêt. Tant que les relations restaient superficielles, cela allait mais il avait la curieuse impression de tout gâcher une fois qu'il révélait sa nature plus profonde. Son étonnante sensibilité, curieusement en désaccord avec son apparence calme et posée. Et cette colère qu'il renfermait. L'association des deux l’avait conduit exactement ici, à faire du mal à Heather parce que dépassé par ses ruminements intérieures et une colère envers lui même qu'il avait malheureusement épongé sur elle. Léon savait d'où venait le sentiment perpétuel d'abandon qu'il ressentait, connaissait le visage humain qu'il mettait sur ce ressentiment et le peu d'estime de lui-même qui en avait découlé. Et savait qu'Heather était également de ces personnes à ne pas se laisser si facilement approchées. Alors il lui avait promis de ne jamais l'abandonner. Certes, il y avait eu la colère mais ... pourquoi partait-elle ? N'avait-elle pas promis de toujours être là ?

Excuses-toi, proposa de nouveau la voix intérieure. Mais cela faisait bien longtemps qu'il avait arrêté de s'excuser pour tout et surtout rien, en particulier pour des fautes qui n'étaient pas nécessairement les siennes. Ce manque d'estime de soi, le petit Léon qu'il avait été l'avait exprimé en se sentant coupable de tout. Tout le temps. Se confondant en excuses. De quoi ouvrir toute une horizon à toute une génération de pseudo-psychologues n'est-ce pas ? Demander pardon, c'était demander à l'autre de rassurer, tenter de conserver son amour d'une façon comme d'une autre. Et l'enfant qu'il avait été avait cruellement manqué d'attention, aussi surinvestissait-il avec ce petit zèle de politesse ? Cette fragilité, cette faille à combler et ce besoin qu'on le pardonne, Léon en avait assez souffert avant de comprendre qu'il s'excusait avant tout d'être né. De n'avoir pas été désiré. Alors il avait découvert l'égoïsme et s'était promis de ne plus s'excuser pour ces culpabilités malsaines qu'il ressentait, uniquement motivées par l'empathie qu'il ressentait pour des personnes à qui d'autres auraient dû donner des excuses. Il avait mis du temps à comprendre qu'il n'était pas l'unique responsable du malheur de certain et que ses pardons ne faisaient que mettre en avant une gêne et une faiblesse démesurée. Léon avait arrêté de s'excuser, décidant de laisser la colère et l'égoïsme prendre le dessus sur le manque de confiance qu'il ressentait. Et que jamais personne ne s'était excusée de lui faire du mal, à lui.  

Sauf que cela n'était pas une culpabilité malsaine, cette fois-ci. Toute la culpabilité qu'il ressentait était parfaitement légitime. Heather méritait des excuses pour son comportement abject, pour les paroles blessantes qu'il avait osait formuler à voix haute. Mais elle l'abandonnait et il n'était pas certain de réussir à supporter ça. Il n'arrivait pas à gérer ce genre d'émotion, prenait continuellement les mauvaises descisions. Mais les excuses avaient du mal à franchir ses lèvres, surtout devant Holbrey vers qui elle venait de se réfugier. Qu'allait dit-il dire, cet énergumène, s'il se ratatinait et se confondait en excuses ? Quand bien même tournerait-il bien les phrases qu'il était persuadé qu'Holbrey arriverait à tirer l'avantage en disant à Heather qu'elle méritait mieux que de plates excuses formulées uniquement par la peur de la perdre. Et il n'aurait peut-être pas tord. Non. Il n'y arrivera pas. Pas aujourd'hui, pas alors qu'elle préférait lui tourner le dos pour quelqu'un qui avant cette année, lui était totalement inconnu. Pas devant quelqu'un à qui elle souriait de cette façon. Comme si s'excuser avait le pouvoir de recoller leur amitié qui semblait bien ébranlée en l'espace de quelques malheureuses paroles. C'était comme essayer de retenir de l'eau.  Retenir de l'eau avec ses doigts. Cela ne marcherait qu'un temps et il n'aurait ensuite qu'à regarder les restes de leur amitié rejoindre la flaque de toutes les choses dans lesquelles il échouait dans sa vie. Il se frotta le front, trépignant sur ses pieds avant de prendre la parole, conscient qu'il ne pouvait pas la laisser dans l'ignorance et se foutant à présent pas mal des réactions d'Holbrey. A défaut d'excuses, il pouvait la mettre en garde.

__ Si tu préfères rester avec un meurtrier, c'est ton choix, assena-t-il de manière brutale. Plus de pin's, plus de sous-entendu. Mais rassures toi, Heather, il a le sens du détails pour ce qu'il s'agit de faire "oublier" des choses. Le problème c'est que sous ses doigts, tu finis par en oublier de même de respirer.

Il planta ses yeux dans ceux d'Heather, incapable de lui fournir plus que des mises en gardes envers Jalender. Alors qu'il y avait tellement plus à lui dire. Un grand vide dans le coeur, il tourna le dos aux deux nouveaux "meilleurs amis" et tâcha de mettre le plus de distance entre eux, tournant à l'angle d'un couloir pour ensuite se mettre à courir jusqu'à la salle commune de Serpentards.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 1 Fév 2018 - 20:31

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Lun 5 Fév 2018 - 21:09

- Si tu préfères rester avec un meurtrier, c'est ton choix. Mais rassures toi, Heather, il a le sens du détails pour ce qu'il s'agit de faire "oublier" des choses. Le problème c'est que sous ses doigts, tu finis par en oublier de même de respirer.

Meurtrier. Le mot était d'une précision si saisissante que Heather ne put s'empêcher de poser de nouveau son regard sur Léon. Elle cligna des yeux une fois, deux fois, regardant son dos s’éloigner à une vitesse fulgurante, son petit discours tournant en boucle dans l'esprit embrouillé de la verte et argent. Quelques instants auparavant, la discussion portait autour d’un pin’s quelconque, une conversation dont le sens en était toujours absent pour la jeune femme, avant de prendre des proportions colossales, l’accusation flottant lourdement dans l’air. Mais de quoi parlait-il bon sang? Et bien que la réponse à sa question était fort intrigante, l’accusateur avait fui la scène à la dérobé, laissant la brunette avec des points d’interrogation plein ses yeux noisette, ceux-ci se posant lentement sur l'accusé en question. Elle savait bien évidemment que Octave n'était pas un simple bibliothécaire, le voyage inattendu en Sibérie avait prouvé ce point déjà, mais l'appellation utilisée par Léon était d'un tout autre niveau, avertissement clair qui n’était destiné à nul autre que la jeune fille. Sa tête se remit à tourner, l'information envahissant son esprit et se mélangeant à tout ce qu'elle avait vécu lors des dernières heures, ajoutant une couche de complexité à laquelle elle se serait bien passée. Pourquoi tout devait toujours être si compliqué ? Une fatigue profonde s’effondra sur ses épaules, ajoutant à l’épuisement excessif qui emprisonnait son corps et son âme depuis la fuite, ajoutant aux effets relaxants de l’alcool qui avait poursuivi son chemin dans ses veines. L’arrivée de Léon en elle-même n'aurait pas été déplaisante si elle ne s'était pas accompagnée d'insultes et brusqueries, refroidissant aussi rapidement que le détraqueur l'atmosphère entourant l’incongru trio. Ajoutez à cela la description bien particulière utilisée pour décrire Octave et la recette était complète pour une situation incompréhensible où les émotions se chamaillaient, et des questions sans réponse évidente se créaient.

Sa main se retrouva orpheline de nouveau, le bras du bibliothécaire, sur lequel elle avait prise appui quelques instants plus tôt, acceptant sans hésitation l’offre silencieuse qu’il lui était proposé, s’extirpant de sa prise légère. Elle suivit du regard l’adulte, le regardant faire quelques pas dans un semblant de poursuite avant de s’arrêter nettement. Avec regret, elle réalisa qu’elle ne pouvait pas apercevoir le visage de l’homme, la curiosité pointant malgré tout le bout de son nez : que pensait-il du mot utilisé pour le décrire ? En était-il offusqué, en riait-il de par son absurdité ou était-il en colère que la vérité soit révélée? Muette, la serpentard observa son dos rigide, refusant de briser le silence lourd qui voltigeait dans l’air, ses bras se logeant par réflexe autour de son corps intoxiqué. Elle ferma quelques instants les yeux, chérissant l’ombre d’un moment la noirceur qui envahissait son regard éteint, repoussant tous ses questionnements au fond de son esprit, sachant qu’elle n’avait ni la force ni les capacités d'analyser convenablement tout ce qui venait de se dérouler devant elle. Ses yeux se perdirent au loin et elle lâcha un léger soupir, la fatigue reprenant le dessus sur son être barbouillé tandis qu’Octave revenait près d’elle, ayant abandonné l’idée de poursuivre Léon. La pression d’un bras passant sous ses genoux ramena la vipère au présent, son visage légèrement paniqué tournant rapidement vers l’adulte qui la souleva dans les airs, le cri de surprise qui voulut s'échapper de ses lèvres closes mourant dans sa gorge sèche. Progressivement, son coeur se calma, reprenant un rythme lent, son corps se relaxant doucement, la chute qu’elle avait imaginé n’arrivant finalement pas. L’épuisement reprit le dessus sur sa panique passagère et elle laissa tomber sa tête sur l’épaule de l’homme, ses yeux se fermant doucement tandis qu’elle se laissait transporter.

- Tu mériterais que je te passe par-dessus mon épaule comme un sac de farine, mais j’ai peur que tu ne vomisses dans mon dos.

La brunette émit un son évasif, n’approuvant et ne réfutant rien du reproche énoncé, les yeux toujours clos alors qu’une légère grimace s’étirait sur ses lèvres fines : l’image illustrée n’étant pas des plus agréables ou élégantes à s’imaginer. Heureusement pour elle, le mal de coeur n’avait toujours pas gratifié la serpentard par sa présence, un petit miracle que la vipère chérit, un rayon de soleil parmi la tempête d’incidents. Bien qu’elle avait encore le contrôle sur son estomac, son dernier repas toujours bien en place au creux de son ventre, elle garda l’information pour elle, refusant d’avouer qu’elle n’était pas sujette à la nausée. Après tout, elle était confortable, alors pourquoi risquer de se retrouver la tête vers le bas ? Elle haussa légèrement des épaules, répondant, sans réellement en être consciente, à sa propre question mentale.

- Je n’ai pas accès à votre salle commune. Je peux te ramener juste devant la porte si tu le souhaites, même si te laisser seule n’est pas quelque chose qui m’enchante spécialement. Et Schepper a raté l’occasion d’être ton guide à ma place. Un passage à l’infirmerie s’impose de toute façon ; j’aurais préféré t’y laisser sous surveillance, mais je comprendrai si tu ne veux pas. Je peux aussi te laisser ma chambre si tu ne veux pas décuver devant des spectateurs. A toi de voir.

La jeune fille grimaça à la mention de l’infirmerie. Elle voyait clairement dans son esprit les murs blancs formant la salle, les lits métalliques s’étendant de chaque côté de l’allée centrale, la matrone se pencha sur elle pour l’examiner une énième fois depuis son retour au château. La serpentard n’avait plus besoin d’être dans l’un de ces fameux lits blancs pour s’imaginer l’odeur des potions et des désinfectants qui parfumaient le lieu en tout temps au point que même l’odeur s’élevant du plateau de nourriture était difficile à distinguer. Comme à chaque rentrée, elle avait effectué son passage habituel à l’infirmerie, sachant que d’éviter le lieu n’apportait plus rien, Madame Pomfrey s’assurant de la rencontrer sans faute depuis sa deuxième année. Heather n’était pas idiote, elle savait que l’infirmière n’avait pas gobé les multiples histoires qu’elle avait racontées pour expliquer ses différentes blessures : débouler les escaliers, tomber du module de jeux du parc de son quartier, et plusieurs d’autres. Le regard qui s’était posé sur le petit corps d’once ans qu’elle possédait lors de sa première rencontre avec la dame avait révélé que cette dernière n’y croyait pas un mot, les lèvres se pinçant sur son visage adulte tandis que la nouvellement serpentard tentait d’éviter le sujet qu’elle redoutait d’aborder depuis l’arrivée de sa lettre. L’infirmière avait posé des questions, tentant de soustraire l’information du petit bout d’enfant qui refusait de déroger de son histoire incrédule, sachant dur comme fer qu’elle payerait cher son retour à la maison si un membre du personnel investiguait un peu trop la maisonnée Trown. L’enfant blessé ne sut jamais ce que l’infirmière avait fait de son cas ; elle n’avait reçu aucune visite de son directeur de maison ou d’un tout autre membre du personnel, laissant l'anguille bien camouflée sous sa roche. Mais depuis, immanquablement, l’enfant était attendue de pied ferme au sein des quatre murs blancs, un éventail de potions passant des mains adultes à celles de la petite chose qu’on appelait enfant, un sortilège de diagnostique passant sur son corps avant qu’elle puisse retrouver sa salle commune, refusant catégoriquement d’y passer la nuit malgré les indications contraires de la matrone renfrognée. Bien que le tout était réalisé en silence, les deux figures féminines sachant que les paroles ne servaient à rien, le visage de l’adulte était un livre ouvert sur lequel la plus jeune pouvait lire la désapprobation de son silence et la protestation muette de son refus à rester dans l’un des lits proposés, et chaque année était la même chose. Le même rituel s’était déroulé en septembre lors de son retour le plus récent au sein du château et trop peu de temps s’était écoulé pour que la serpentard ne souhaite affronter la matrone de nouveau, les yeux réprobateurs toujours bien ancrés dans son esprit. D’un souffle, elle murmura, la voix empreinte d’une sincérité que l’alcool continuait de promouvoir :

- N’importe où sauf l’infirmerie… j’y vais déjà trop souvent, elle va encore me jeter ce foutu regard et elle va tenter de me garder comme à chaque rentrée.

La fin de sa phrase sonna plaintif, un ton qu’un enfant utiliserait lorsque forcé à manger l’horrible légume vert qui s’était logé dans son assiette, mais l’ébauche de la jeune femme qu’elle était normalement ne s’en préoccupait guère. Elle refusait de revoir ces affreux murs blancs et de sentir sa peau brûler sous le regard de Madame Pomfrey, et si cela rimait avec dormir dans un lit étranger ou sur l’un des divans de la salle commune, ayant un léger doute qu’elle n’aurait pas la motivation ou la capacité de se rendre à son lit, then so be it. Elle se demanda l’ombre d’un instant pourquoi elle ne s’était pas révoltée à l’idée de dormir dans un lit autre que le sien, se débattant dans les bras la soutenant dès l’offre communiquée afin de prouver son désaccord. Elle aurait normalement exigé d’être déposée au sol, son caractère explosant à être prise de la sorte, demandant de rejoindre le confort de sa salle commune et la tranquillité de son lit à baldaquin entouré de rideaux verts émeraudes. Mais elle ne disait rien, reposant dans les bras forts, une petite voix murmurant qu’au final, ce n’était pas la première fois ce mois-ci qu’elle dormirait dans un lit étranger, accompagnée de la personne même qui lui avait proposé refuge quelques minutes plus tôt. Il avait quelque chose de libérateur à ne se soucier de rien, à se laisser guider sans penser à chaque détail, à laisser le choix à quelqu’un d’autre : c’était un si sentiment étrange, bizarrement familier, mais drôlement agréable. La couleuvre avait l’habitude de tout analyser, d’observer et de toujours vouloir tout contrôler, refusant de croire que le hasard faisait bien les choses, son esprit tourbillonnant toujours, sans répit. Mais cette fois-ci, le calme résidait et la jeune femme refusait de perturber la tranquillité, craignant de réveiller le trop-plein d’émotions qu’elle avait enfoui. Le détraqueur, Léon, son père… les émotions bougeaient lentement sous la surface, prêtes à revenir à la charge à la moindre opportunité.

- Tu as probablement des questions. Certaines appartiennent à Schepper, parce qu’on s’est croisés cet été dans des circonstances semblables à celles de la… Sibérie. Mais je peux en attendant répondre à celles qui me concernent, si tu le souhaites. Mais si finalement de circonstance tu ne veux plus m'adresser la parole... laisse moi juste te ramener jusqu'à ton lit et accepte au moins que tu n'es pas en état de marcher.

- La Sibérie… , elle répéta lentement les mots, chaque syllabe roulant sur sa langue au ralenti, comme lorsqu’on tentait de se souvenir d’une réminiscence qui nous échappait profusément. Un drôle de sourire s’étira sur ses lèvres, vision étrange sur son visage tiré, un contraste flagrant avec les événements si dramatiques qui avaient peuplé la dernière heure. Son esprit divaguait, relaxant alors qu’elle reposait mollement dans les bras de l’homme, se laissant guider elle ne savait où. D’une voix teintée d’ironie, vague rappel de son attitude habituel lorsque des vapeurs d’alcool n'envahissaient pas son esprit, la brunette murmura : Il a du te faire une belle fiancée… un peu grande par contre, non ?

Et alors qu’une partie d’elle rigolait intérieurement à l’image d’un Léon vêtu en robe, assis sur les genoux d’Octave, son esprit lui rappela qu’au final, ce dernier n’avait rien nié de l’accusation. Doucement, Heather ouvrit les paupières, fixant le visage quelques centimètres plus haut que le sien, son sourire se fanait alors que le sérieux de la situation reprenait le dessus. Des questions, elle en avait plusieurs, la majorité s'adressant à son ami qui avait fui la conversation en lâchant l’accusation, révélant qu’une histoire liait les deux hommes, un mystère dont elle ne connaissait aucun détail. Mais Léon avait fui et Octave était resté, offrant de jeter une mince lumière sur l’obscurité entourant l’avertissement du vert et argent. Devait-elle réellement craindre l’homme qui l’avait déjà ramené sain et sauve à quelques reprises ? Après tout, meurtrier ou non, cela ne changeait pas grand chose. Elle-même planifiait un meurtre, préparait les détails du plan qui mènerait finalement Jake à sa perte, qui le ferait disparaître de la surface de la Terre une bonne fois pour toutes. Elle le tuerait et elle le savait : l’accusation que le bibliothécaire avait reçue, elle la porterait aussi un jour. Meurtrière. Stoïque, les yeux brûlants, la brunette se décida finalement à poser la seule question qui lui semblait pertinente, sa voix étrangement vide d’émotions, chirurgicale :

- La personne que tu as tuée... elle le méritait ?

_________________

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Two bottles of whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 7 Fév 2018 - 19:11

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 8 Fév 2018 - 4:04

La toile fut tout ce qu’il lui fallu pour comprendre où ils se rendaient, située au tout début du long couloir menant aux portes de l’infirmerie, posée sur le mur agençant la cage d’escalier. Elle connaissait l’oeuvre d’art par coeur, s’étant arrêtée maintes fois par le passé pour l’observer, cherchant à prolonger d’une quelconque façon l'inévitable visite médicale et le regard de la dame qui accompagnait sans faille cette rencontre. La peinture en soit était d’une simplicité naturelle, dépeignant une clairière entourée d’arbres sombres, un rayon lumineux traversant les nuages ténébreux couvrant le ciel, illuminant le petit bassin d’eau qui trônait au centre des herbes sauvages. Ni animaux, humains ou créatures n’étaient présents, que la nature à son état pure, régnant sur le paysage par sa beauté sauvage. Par le passé, la sérénité représentée par la toile avait réussi à calmer le coeur battant de la serpentard, retrouvant la nonchalance qu’elle s'efforçait de démontrer lors de chacune de ses confrontations avec la matrone, lui offrant le moment dont elle avait tant besoin pour se recentrer intérieurement et masquer le pas boitant, la grimace douloureuse ou qu'importe les blessures qu’elle avait qui, elle savait, ferait froncer davantage les sourcils de l’infirmière lors de son arrivée. Mais à cet instant, l’effet fut l’inverse, les yeux de la vipère s’agrandissant à la vue de l’oeuvre dont elle avait déjà tracé les coups de pinceau de son doigt fin, mémorisant chaque imperfection de la peinture à l’huile qui avait été utilisé pour donner vie à la toile. Aujourd’hui n’était pas la rentrée scolaire et la visite à l’infirmerie n’était pas une obligation à laquelle elle ne pouvait pas déroger, au contraire, celle-ci était improvisée et son coeur s'accélèra à l’idée de s’y retrouver de nouveau. Animée par sa protestation mentale, la jeune Trown posa une main sur le torse de l’adulte, poussant de toutes ses forces, aussi petites soient-elle, afin de se déloger des bras forts, son corps s’activant à trouver une faille dans l’étreinte qui la maintenait contre l’homme, un petit “non” s’échappant de ses lèvres rosées. Elle poussa, s’agita, se tornionant dans tous les sens, espérant réussi à sortir du berceau qu’était les bras d’Octave comme on passerait par-dessus bord d’un bâteau, fuyant le naufrage du navir. Il pouvait se rendre à l’infirmerie si le coeur lui en disait, mais c’était sans elle ! Elle préférait dormir sur la pierre froide d’un corridor que de retrouver les murs beaucoup trop blancs de la foutue salle.

- Je ne t’y emmène pas ! Mais il faut que je récupère quand même quelque chose pour ta gueule de bois !

Le chuchotement frustré atteint ses oreilles, ralentissant lentement les mouvements de la couleuvre déchaînée qui leva les yeux vers le propriétaire de la voix. Disait-il vrai ou était-ce simplement une tactique pour la calmer le temps de l’abandonner sous la tutelle de la médicomage ? Elle fronça les sourcils, jetant un dernier coup d’oeil à la toile qui disparaissait au loin, remuant la phrase de l’homme dans son esprit, mais elle n’eut aucunement le temps de conclure ses pensées embêtées, qu’elle était déposée au sol à quelques mètres de l’entrée tant redoutée. Chancelante, elle appuya son dos contre le mur de pierre, frissonnant légèrement à la froideur de la roche qui traversait les pans de son manteau sale, soutenant le regard long que l’homme lui jetait avant de disparaître. Les couloirs étaient sombres et silencieux, témoignant de l’absence d’élèves ou d’inspecteurs rodant les alentours, rassurant la brunette que de rejoindre la fameuse peinture était sans danger imminent. La vipère fit quelques pas, puis s’arrêta nette dans son effort, étourdie par le peu de distance qu’elle venait de parcourir. Un léger rire s'échappa de ses lèvres à la stupidité de la situation et elle rejoint rapidement sa position initiale contre le mur, se laissant glisser vers le sol, les jambes pliées sur le côté. Fermant les yeux de nouveau, tentant d’apaiser le tournis qui avait repris de plus belle, la brunette appuya sa tête contre la pierre, posant douloureusement les paumes de ses mains sur ses paupières brulantes. Elle frotta ses globes oculaires jusqu'à en voir des picots blancs, relâchant qu’à ce moment la pression, les hallucinations visuelles flottant tranquillement devant ses yeux. Le sol semblait étrangement confortable et l’ombre d’un instant, la verte et argent eut l’envie de se laisse tomber sur le côté et de reposer son corps fatigué contre le plancher, fermant finalement pour de bon ses yeux rouges, mais le retour de l’homme la sortit de sa rêverie et elle leva la tête vers lui, se tordant le cou vers le haut pour l’observer. Désarticulée, Heather se releva du sol, s’aidant fortement du mur, retrouvant l’instabilité de ses deux jambes minces tandis qu’elle s’emparait du paquet qui lui était tendu, admirant la douceur de la petite poche noire en velours qui contenait les potions offertes. Captivée, elle tâta le tissu, coinçant une partie de l’étoffe entre son pouce et son index, laissant le velours glisser tranquillement entre ses deux doigts avant de presser sa paume complète contre la poche, s’éxaltant de la texture délicate et gracieuse qui se mouvait sous sa peau. Rougissant légèrement à la réalisation qu’elle s’était perdue dans l’admiration d’un bout de tissu, la jeune Trown revint à la réalité, posant de nouveau son regard sur son accompagnateur qui frottait son visage sans réel vigueur. Elle penchant légèrement sa tête sur le côté, intriguée par l’expression étrange couvrant le visage du bibliothécaire. À quoi pensait-il donc ? Allait-il finalement se révoquer et l’abandonner aux soins de Madame Pomfrey ? Ignorant de l’esprit soucieux de la serpentard, il prit finalement la parole, un ton légèrement châtiant colorant ses propos :

- Serait-ce davantage un péché véniel s’il était mérité ? Et à quel degré de valeur exacte peut-on prétendre au bien en commettant un meurtre ? Il ne manquerait plus que chacun marche gaiement au crime sous la bannière de son saint !

La jeune femme fit un léger mouvement vers l’arrière, son dos rencontrant de nouveau le mur, surprise par la direction de ses pensée, la question qu’elle avait oublié avoir posée revenant finalement sur la table. Des grands mots au sens si philosophique sortirent de sa bouche, évitant finalement de répondre à sa question en exposant un dilemme moral qui au final n’était qu’un idéalisme que le monde avait construit, jouant sur le mérite du meurtre qu’elle avait insinué. Un meurtre était-il réellement toujours fondamentalement mal ? N’y avait-il jamais une raison assez bonne pour assassiner un être même si ce dernier n'apportait que malheur et souffrance ? Après tout, à même le cours d’histoire de la magie, il était enseigné que Egbert s’était mérité le surnom Le Magnifique après avoir tué Emeric le Mauvais, sorcier ayant terrorisé le peuple anglais, et pourtant un meurtre avait été commis. Alors, quand est-ce qu’un meurtre pouvait être expliqué et louangé ? Où la limite était-elle fixée ? La jeune femme se surprenait elle-même qu’autant de questions puissent encore faire leur chemin dans le brouillard d’éthanol qui englobait son cerveau. Clairement, elle n’était pas dans un état lui permettant d’analyser des moeurs ou de répondre aux questionnements philosophiques qu’Octave lui exposait, une grimace gratifiant son visage au reproche qui lui était destiné, la réduisant par le fait même au silence. Elle pinça les lèvres et fronça les sourcils, ses méninges abandonnant le combat nécessaire à simplement faire le sens de ses propres pensées. Que pouvait-elle répondre à cela ? Devait-elle y répondre ou le discours avait-il simplement été rhétorique, tentative d’expliquer un concept beaucoup trop compliqué pour la petite étudiante saoule ? Mais le bibliothécaire ne semblait pas attendre de réponse de sa part, reprenant parole rapidement, énonçant un fait sur toute l’histoire auquel elle ne s’était pas attendue :

-Elle ne le méritait pas et je ne l’ai pas tué. Que du réconfort ennuyeux pour ce soir.

Dire qu’elle ne s’était pas attendue à cette réponse était un euphémisme. Après tout, l’accusation ne laissait aucune place à interprétation, le mot choisi étant d’une précision sans détour, définissant clairement ce dont Léon inculpait le bibliothécaire, mais ce dernier niait le reproche à son égard, en profitant pour répondre à la question initiale de la jeune fille qui perdait finalement tout son sens lorsque le dessein n’était pas celui présagé. Le peu d’informations qu’elle détenait tourbillonnait dans son esprit éclaté, enregistrant à peine le sourire navré qu’il lui était dédié en consolation d’une finalité différente qu’augurée. Elle se laissa prendre de nouveau, déposant paresseusement sa main sur l’épaule de son chaperon, tandis qu’ils reprennaient lentement leur chemin et bien que sa tête se logea de nouveau dans le cou de l’homme, acceptant la chaleur offerte, ses yeux restèrent grands ouverts, observant les alentours, sans réellement enregistrer ce qu’elle voyait. Ses pensées intérieures incessantes se firent interrompre, la voix du bibliothécaire s’élevant une énième fois, abordant un sujet beaucoup moins sensible qu’un prétendu meurtre commis tandis qu’il capturait efficacement l’attention de sa charge, déconnectant Heather du sujet auquel elle s’était accrochée quelques instants plus tôt.

- Je parie que tu n’as rien mangé, par-dessus le marché.
- Si! J’ai mangé ce midi … ou était-ce ce matin ?, un air de concentration envahit le visage de la serpentard, tentant de se rappeler à quel moment elle s’était posée pour profiter d’un repas. Cédant à son manque de mémoire momentané, Heather haussa doucement des épaules, élaborant sur ses habitudes alimentaires afin de prouver qu’il avait tort dans son affirmation : Peu importe, j’ai de la nourriture dans mon sac....

Le reste de sa phrase mourut sur ses lèvres, réalisant enfin que outre la petite pochette de velours qui reposait dans ses mains, son sac n’était plus avec elle et cela, depuis un long moment déjà, oublié sur le bord du lac lors de l’arrivée du bibliothécaire quelques heures plus tôt. L’étudiante gonfla ses joues d’air, imitant avec stupidité un ballon, avant de pousser un long soupire, laissant sa phrase en suspend. Aller chercher la sacoche ce soir était un effort trop faramineux pour que l’envie la gagne et elle reposa de nouveau sa tête sur l’épaule masculine, observant le défilement des couloirs en silence, les portes de la bibliothèque s’approchant rapidement. Ils avaient passé les escaliers menant vers les étages inférieurs il y avait quelques temps déjà, confirmant à la brunette qu’elle ne retrouverait pas sa salle commune de sitôt et que le lit étranger serait finalement son refuge pour la soirée. Étrangement, Octave poussa les portes et pénétra le domaine des livres, s’aventurant entre les allées de bouquins. Comme il en était devenue son habitude, la vipère ouvrit la bouche, murmurant une fois de plus, le fil de ses pensées incongrues :

- Tu vis dans la bibliothèque ? Tu prends ton rôle au sérieux dis donc. Tu dors sur des livres ? C'est pas très confortable, crois-moi, continua-t-elle d’un ton nonchalant, rigolant à moitié à ses questions loufoques tandis que son esprit dérapait de nouveau dans ses fantaisies ridicules. Puis, apercevant la porte tout au fond de la rangée, l’étudiante se ravisa, réalisant qu’elle avait probablement fait fausse route dans ses spéculations niaises, murmurant lentement : Ah non… peut-être pas.

L’homme ouvrit la porte avait autant d'habileté qu’il en était capable malgré la charge qu’il transportait, révélant finalement son antre à l’étudiante, mais celle-ci s’était de nouveau retrouvée au prise par son cerveau dérapant, ce dernier refusant de s'accrocher plus de deux minutes à une seule et même pensée. La nourriture, les livres, cela n’avait aucune importance face à l’énigme qu’elle voulait résoudre : le meurtre qui n'en était pas un. Contrairement au réconfort espéré par Octave, l’énervement montait en elle alors que la curiosité refaisait surface à une vitesse folle, le mystère toujours entier. Et tel Sherlock Holmes lors d'une enquête, les questions se mirent à virevolter dans son esprit, reprenant possession de son esprit éparpillé. Les deux hommes s’étaient rencontrés dans des circonstances douteuses, si la comparaison avec la Sibérie était une indication fiable, alors pourquoi semblaient-ils avoir chacun un souvenir différent de l’incident ? Qui disait vrai et qui disait faux ?

- Pourquoi Léon pense qu'il y a eu un meurtre, alors ?

La question était sortie toute seule, suivant la suite logique de ses pensées, mais dérapant complètement du sujet de conversation, s’échappant du filtre qu’elle avait normalement sur ses paroles. Ses sourcils se froncèrent de nouveau alors qu’elle tentait de comprendre la situation énigmatique entourant le faux meurtre. Elle n’avait pas prévu que sa question mentale sorte de sa bouche, mais son corps semblait avoir une volonté propre, refusant de passer par son cerveau avant d’effectuer une action quelconque. Et encore une fois, la serpentard jura mentalement, réalisant qu’elle parlait beaucoup trop, réaction embêtante qu’elle peinait à restreindre tant son esprit refusait de la consulter avant d’agir. Bien que la question avait été chuchotée, sa rumination intérieure ayant trouvé une voix, la brunette se doutait fortement que l’homme à quelques centimètres d’elle l’avait entendue, détruisant aussi rapidement qu’elle était survenue l’espérance qu’il ne l’aille pas entendu.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Sam 10 Fév 2018 - 1:34

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 11 Fév 2018 - 15:54

Elle avait retrouvé cet état libérateur qu'elle espérait tant atteindre grâce à l'alcool, ses pensées se promenant dans tous les sens, refusant de s'accrocher à quoique ce soit de pertinent. Enfin. C’était sympa au final cet état d’esprit brumeux lorsque toutes ces choses si banales prenaient vie et possédaient maintenant une nouvelle dimension tellement plus intéressante qu’à la normal, tellement plus attrayante. Son cerveau s’en donnait à coeur joie, offrant cette ouverture que Heather se refusait, où les limites qu’elle se forçait à respecter brisaient de part et d’autres, libérant ce petit côté enfantin qu’elle ne savait même pas posséder. C’était justement grâce à ces belles vapeurs d’éthanol que la brunette s’était empressée de répondre à la question d’Octave sur son passé à dormir sur les livres. Elle avait eu un petit rire qu’elle avait camouflé de sa main, avant de se lancer dans son histoire, passant la majorité des détails sous silence.

- Hum hum. En cinquième année, j’ai dormi sur cette table en fait, dit-elle, tentant de pointer ladite table qui résidait près de la rangée de livres de métamorphose, mais sans grand succès comme ils franchissaient la porte au même moment. On s’est retrouvé enfermés dans la bibliothèque, Gilson et moi ; Madame Prince a oublié qu’on y était et pourtant, on nettoyait la bibliothèque à cause d’elle. C’était pas très confortable, fini-t-elle, le ton légèrement boudeur alors qu’elle repensait à cette nuit.

Rapidement, Heather s’était retrouvée assise sur le bord d’un lit merveilleusement confortable, l’envie de s’y blottir grandissant doucement en elle alors que les lumières s’allumaient autour d’elle. Elle avait observé les alentours, enregistrant chaque détail de la chambre, des chandelles diffusant la lumière au lit sur lequel elle se trouvait présentement assise. Puis la question s’échappa de ses lèvres, brisant le silence qui s’était déposé entre eux. Octave la toisa et elle fit de même, son regard déviant quelques instants sur les lèvres qu’il venait d’humecter, s’attardant sur la brillance de celles-ci sous la lumière ambiante de la chambre, avant de se poser sur son pied que le bibliothécaire venait de capturer. Tout en discutant, il retirait lentement ses chaussures, puis ses chaussettes, libérant finalement ses pieds de leur prison inconfortable et affreusement sale, sa voix le seul son envahissant la pièce tandis qu’il répondait au meilleur de ses connaissances à la question qu’elle avait murmurée quelques instants plus tôt. La serpentard posa ses deux mains sur le lit, légèrement penchée vers l’arrière, alors qu’elle fixait l’homme à ses pieds, étrangement fascinée par l’activité à laquelle il s’adonnait, écoutant d’une oreille aussi attentive qu’il lui était possible, les explications.

- Probablement parce qu’au fond, c’est ce qu’il aurait souhaité, je pense. Léon n’a rien vu, alors son imagination a pris le relais. Les apparences était là pour donner raison à ce qu’il croyait, et il n’a jamais cherché à en savoir davantage jusqu’à ce soir, par peur que les faits confirment ses déductions j’imagine. Ce n’est pas contre toi qu’il était en colère tu sais. Je crois plutôt qu’il avait peur pour toi et vu la réalité dans laquelle il croit vivre, il n’avait pas tort, même si c’était maladroit. Ne lui en tiens pas rigueur, il est gentil. Reste assise un moment veux-tu ?

La vipère laissa les mots coulés sur elle, tentant de faire sens de tout ce qu’il venait de gentiment lui expliquer. Il n’y avait donc vraiment pas eu de meurtre. Léon s’imaginait une conséquence beaucoup plus permanente qu’elle l’était réellement, se torturant d’une idée fausse dont il n’avait aucun raison d’y croire l’inverse. Du coin de l’oeil, elle observa son accompagnateur quitter la pièce tandis qu’elle se perdait dans ses contemplations, se mordillant inconsciemment la lèvre inférieure. Cela expliquait un peu plus ce qui s’était déroulé ce soir, la colère que le serpentard semblait cultiver à l’égard d’Octave, mais pas le caractère irrévérencieux qu’il avait utilisé contre elle. Son ami croyait avoir participé à un meurtre, mais celui-ci n’avait simplement jamais eu lieu. Quelle histoire! Ses pensées se firent interrompre par le retour d’Octave qui lui tendit un verre, la coloration jaunâtre du liquide tirant une grimace de la brunette qui attrapa le contenant d’une main, refroidissant celle-ci. Elle jeta un coup d’oeil plus attentif au verre, respirant l’odeur légèrement citronnée du liquide qui y reposait, l’ordre du bibliothécaire s’élevant dans les airs. Bois. Doucement, elle posa ses lèvres sur le bord du contenant vitreux et but une première gorgée de l’eau proposée avant d’engloutir à une rapidité excessive le liquide vitaminé, terminant son verre aussi rapidement qu’un desséché en plein désert qui gouttait pour la première fois depuis plusieurs longues heures à de l’eau rafraîchissante. Elle n’avait pas réalisé à quel point elle était assoiffée et d’une main lente, elle essuya les quelques goutes qui s’étaient déposées sur son menton avant de poser le verre sur la petite table de nuit adjacente au lit. Tandis que l’homme s’attaquait maintenant à lui retirer son manteau, drôlement efficace alors qu’il réalisait le tout d’une seule main, Heather se laissa faire, telle une poupée de chiffon dans les mains d’un marionnettiste, et souffla :

- Tu devrais le dire à Léon.

Alors que son manteau trouvait repos sur une chaise quelconque, Octave lui indiqua la porte de la salle de bain et rassura la jeune fille sur le sort de son sac, se débarrassant des détails ennuyeux qu’il se devait de fournir avant de s’appuyer nonchalamment, l’observant. La brunette se sentait drôlement épiée, les iris éclatantes d'émeraude ne quittant pas sa figure alors qu’il la toisait, contemplant elle ne savait quoi. L’appréhension monta en elle, étrangement consciente que quelque chose semblait être sur le point de survenir, que quelque chose briserait le silence confortable qui s’était déposé dans la chambre savamment décorée.

- Est-ce que tu es malade ? Souffrante de quelque chose qui nécessite une visite à l’infirmerie à chaque début d’année scolaire ?

Doucement, elle se laissa tomber vers l'arrière, écartant les bras en une imitation d’un enfant s’apprêtant à créer l'un de ces anges hivernaux dans la neige poudreuse, clignant des yeux à quelques reprises afin de retrouver le focus. Lentement, elle traça du regard les fissures et craques qui donnaient au plafond son aspect unique, laissant son esprit divaguer quelques instants sur la question. La réponse était si facile à donner, brûlant le bout de sa langue alors qu'elle tentait de s'échapper de ses lèvres scellées, se répercutant dans sa tête sans répit pour la jeune femme intoxiquée. Malgré la proximité des mots, un sentiment inexplicable s'était logé au creux de son ventre, l'empêchant de respirer aussi facilement qu'elle aurait voulu, un souvenir lointain titillait son esprit, lui rappelant qu'un conséquence douloureuse l'attendait si elle osait parler et révéler ce qu'elle s'acharnait normalement à garder pour elle. Mais que devait-elle dire à la place ? Aussi efficace cela était que d'attraper de l'eau de ses mains nues, la brunette tenta de retrouver ces excuses toutes faites qu'elle avait appris par cœur plus jeune, les répétant en boucle dans l'espoir de se convaincre elle-même. Elle avait déboulé du parc ou bien, elle était tombé du jeu des escaliers : c'était les excuses habituelles, non ? La jeune Trown fronça des sourcils, sachant que quelque chose clochait, qu'elle n'avait pas la bonne réponse à cette question problématique. Elle secoua légèrement la tête, essayant de remettre de l'ordre dans son esprit mélangé mais cela eut autant d'effet qu'une lampe de poche en plein jour, tentant d'éclairer le pavé déjà illuminé. Un soupir franchit ses lèvres, brisant le silence qui s'était déposé depuis que le bibliothécaire avait osé poser cette maudite question. Elle ne pouvait pas rester silencieuse éternellement, mais les fausses histoires lui avaient posé un lapin, ne laissant que la vérité comme réponse possible. Doucement, elle leva son bras droit à la hauteur de ses yeux, glissant la manche de son chandail jusqu'au coude, exposant le tout premier tatouage ayant marqué sa peau. Elle traça mollement chacune des lettres composant la phrase tandis qu'elle s'éclipsait dans ses souvenirs, évitant de tracer la cicatrice camouflée sous l'encre. D'un souffle, elle chuchota :

- Je ne suis pas censée en parler… C'est interdit, tu comprends ? S'il l'apprenait… je le regretterais : probablement la seule promesse qu'il m'ait jamais faite.

Son bras devenait lourd et elle le laissa tomber à ses côtés, une main se déposant sur son abdomen tandis qu'elle restait étendue, refusant d'affronter le regard de l'homme. Elle allait tout dire, elle le sentait au plus profond d'elle et cela la terrifia. Sa main se crispa sur son chandail long, froissant le tissu alors que ses paupières se fermaient. Foutu alcool qui lui déliait la langue, l'empêchant de garder cette coquille qu'elle avait construite autours d'elle.  Lentement, à peine plus fort qu'une brise balayant la prairie, la voix cristalline de la jeune femme s'éleva, distante et dénuée d'émotions, emportant avec elle le secret qu'elle gardait normalement précieusement caché :

- Je ne suis pas malade. Je ne souffre de rien d'autre que de l'esprit foutrement tordu de Jake, elle s'arrêta, le prénom de son paternel sortant par la force de l'habitude, mais ne voulant rien dire à la personne à qui elle osait raconter à demis mots son histoire. Avalant de travers, elle compléta son explication en utilisant cette qualification qu'elle refusait généralement de prononcer à voix haute : de mon père. Ça me prend plusieurs semaines m'en remettre à la rentrée, dépendamment de son humeur cet été-là, c'est pour ça les visites médicales annuelles.

Et voilà que le chapeau était sorti du chat, ou était-ce l'inverse ? C'est tout ce qu'elle avait trouvé à dire pour expliquer la situation, n'arrivant pas à utiliser une définition plus imagée ou pointue des traitements dont elle était victime. Je suis une enfant battue, mon père me frappe parce que ça l'amuse, j'ai une collection de cicatrices, tu veux voir ? : toutes des explications trop franches pour qu'elle n'arrive à les prononcer de vive voix et cela, malgré les vapeurs d'éthanol qui affectaient son jugement de manière significative. C'était une sensation étrange que de révéler quelque chose qu'on s'était tué à protéger, et même si cela n'était pas la première fois que le secret était découvert, le sentiment n’en était jamais moins fort, brûlant ses entrailles. Une petite voix intérieure, sonnant étrangement comme Heather lorsqu'elle n'avait que cinq ans, lui murmura que Jake le saurait et lui ferait regretter, sa promesse lourde de sous-entendus résonnant dans son esprit. Un frisson parcouru son corps tandis qu'elle se mettait légèrement à trembler, son bras partiellement dénudée venant se loger sur ses yeux douloureux. Ah non, elle ne pleurait pas. Elle se sentait aussi angoissée qu’une personne souffrant de bégaiements devant prononcer un monologue théâtrale face à une foule d'individus, le feu des projecteurs posé sur elle. Son coeur se mit à battre la chamaille, comprimant sa poitrine douloureusement alors que sa respiration s'accélérait. Et tandis qu'elle sentait la pointe d'une crise de panique se matérialiser en elle, la brunette n'eut qu'une seule idée en tête : elle devait faire diversion. Doucement, elle murmura, espérant que sa demande réussisse à dévier l’attention :

- Ton tour. Dis-moi quelque chose sur toi que peu ne savent.

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Lun 12 Fév 2018 - 23:24

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 30 Déc 2018 - 21:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 14 Fév 2018 - 0:07

Le silence accompagna sa révélation. Un silence inconfortable pour la jeune fille qui s'était avouée, mais mille fois plus agréable que les propos vides de sens qu'elle s'était imaginée viendrait à la suite de sa révélation. Aucune parole remplit de pitié ou de tristesse exagérée ne brisa le silence, aucune fausse conversation ou questionnement indiscret ne s'élevèrent dans la chambre, qu'un silence troublé alors que les mots qu'elle avait osé prononcer se déposaient sur les deux individus, s’imprégnant. Elle garda ses yeux couverts, ne se faisant pas confiance, préférant éviter le regard de l’homme qui la toisait probablement de sa position près du mur. C’était différent comme réaction, mais non le moins apprécié. Un moment où elle pouvait se concentrer sur elle-même et se recentrer sans devoir esquiver les questions trop pointues qui la forceraient à penser de nouveau à cet enfer qu’elle cherchait à oublier autant qu’il lui était possible. Le silence régnait, interrompu que par le son de sa respiration erratique qu'elle tentait de calmer, un essoufflement intermittent saccadant le souffle de la brunette alors qu’elle combattait les souvenirs qui remontaient toujours à la surface lorsqu’elle osait ne serait-ce que sous-entendre la réalité de sa vie familiale. Une peur saisissante s’était emparée d’elle, l’empêchant de même penser le nom de celui qui causait ses tourments, un combat intérieur rageant afin de retrouver ce contrôle qu’elle chérissait tant. Son corps tremblait telle une feuille accrochée faiblement à un arbre assaillit par la brise froide de l’automne, la chair de poule s’étendant sur sa peau avec une rapidité ahurissante et elle maudit ce côté faible d’elle qui reprenait parfois le dessus sur son apparence forte qu’elle s’obligeait à maintenir. L’alcool semblait soudainement beaucoup moins attrayant, alors qu’elle réalisait qu’elle n’aurait rien dit si cela n’avait pas été du whisky ingéré, l’état léger et libérateur qui l’avait fait sourire et rigoler bêtement complètement oublié alors qu’elle repensait à tout ce qu’elle venait d’exposer sur la famille Trown. Elle se surprit à désirer un peu plus du fameux whisky, ses envies contredisant ses mélancolies, alors que la soif d’oublier revenait avec force, une évocation de la raison même de son périple auprès du lac. Les aléas ayant voulu que la soirée lui offre tout le contraire de sa résolution initiale, ramenant au-devant de son esprit les pensées mêmes contre lesquelles l’alcool s’était remué, brouillant les malheurs et stimulant un bonheur faux et trompeur. Mais ce bonheur hypocrite lui manquait affreusement tandis que son mince corps reposait sur l’énorme lit, refusant d’affronter le regard de celui qui venait d’en découvrir un peu plus sur elle, un peu plus sur la vérité qui la hantait.

- Viens.

Lentement, elle bougea le bras qui s'était logé sur ses yeux, osant un petit regard en direction de la voix qui avait énoncé l'invitation simple et directe, mais d’un ton doux et calme. La lourde couverture avait été repliée sur elle-même, libérant les draps de leur prison, l'oreiller trônant sur la literie qui habillait élégamment le lit de ses tissus riches. Elle déplaça un peu plus son bras, clignant quelques fois des yeux, s'adaptant de nouveau à la faible lumière qu'elle avait tamisée en y interdisant l'entrée, Octave disparaissant de son champ de vision alors qu'il quittait la chambre. Elle laissa un soupir franchir ses lèvres, son bras s’éloignant complètement de son visage alors qu'elle rejoignait lentement l'ouverture des draps, marchant sur ses mains et genoux jusqu'à atteindre la tête du lit. Mollement, elle glissa ses deux pieds sous le tissu, admirant la douceur de la couette alors que ses mains s’emparaient du duvet, replaçant doucement celui-ci sur ses jambes frêles jusqu’à sa taille fine. Elle frôla de ses doigts le tissu avec lequel la couverture avait été fabriquée, se perdant quelques instants dans l’activité simpliste alors que le bibliothécaire revenait à ses côtés. Son verre, de nouveau plein, se retrouva déposé sur la petite table à ses côtés tandis que son accompagnateur s’asseyait lentement sur le bord du lit à ses côtés, lui faisant à demi-face, les yeux cloués sur le lit. Des ombres peignant son visage alors que les flammes des chandelles dansaient sur leur piédestal, une fresque abstraite et animée colorant la peau de l’homme, capturant l’attention de la jeune femme. Cette dernière observa son visage se tendre, se préparant à la révélation qu’elle avait sollicitée, refusant de brusquer l’homme qui semblait si solennel alors qu’il se préparer à faire un de ses propres aveux, le regard toujours posé sur la couette. L’ombre d’un instant, elle sentit le pincement du regret l’envahir et elle eut envie de reprendre sa question, de retirer sa demande qui ne servait que de distraction à son malaise, imposant à cet homme de revivre l’un de ses propres malheurs que pour enlever le projecteur de sur elle-même. Mais elle ne put que se retenir, les lèvres scellées, alors qu’elle observait un Octave songeur, ce dernier n’ayant d’yeux que pour l’imposant meuble, l’ornement principal de l’élégante chambre.

- Il y a quelques années, j’étais avec quelqu’un que j’aimais beaucoup. Elle avait la santé morcelée, mais voulait quand même avoir des enfants. A chaque fois il me semblait perdre un peu plus de ce qu’elle était… Le premier était mort-né. Sa première grossesse lui aura demandé tant d’efforts que malgré l’entêtement et les précautions, son corps s’en était retrouvé si fragile qu’elle ne fit plus que des fausses couches, jusqu’à renoncer. J’ai failli être père.

Sa voix s'éleva dans le silence de la chambre, un écho de son passé qui, bien que raconté sans larmes ni hurlements, criait de la souffrance qu'il avait endurée. Une histoire à demi-mot, mais qui en disait tant. Son souffle se prit dans sa gorge alors qu’elle assimilait ce qu’il venait de révéler, son coeur se serrant d’empathie. Sa main remonta à sa bouche, couvrant celle-ci de surprise, ses yeux s'écarquillant légèrement sous l’étonnement qui accompagnait cette révélation. Un prénom flotta au-devant de son esprit. Un prénom qu'elle avait entendu quelques heures plus tôt, mais dont l'histoire était demeurée un mystère. Un prénom que lorsque prononcé avec tant d’antipathie par la dame aristocrate avait causé la colère d’Octave tel un dieu vengeur, sa voix tranchant l’air comme un couteau. Cette femme qu’il avait tant aimée, mais dont sa mère désapprouvait royalement, car mourante et donc ne méritant pas l’attention de sa progéniture, comme si la maladie était le défaut le plus répugnant existant, la raison la plus logique de rejeter l’amour qu’il avait possédé pour elle. Jane. C’est d’elle qu’il parlait non ? Ses yeux s'illuminèrent alors que le nom refaisait son apparition, surprise que sa mémoire ne lui fasse pas défaut malgré l'alcool qu’elle avait consommé et que ce détail quelque peu anodin soit toujours accessible par son esprit. Sa main retomba doucement à ses côtés, son regard se posant sur la forme recroquevillée de celui qui avait failli être père. Elle ne savait quoi faire, figée, son esprit tentant désespérément de trouver le comportement qui était attendu lors de ces situations, mais son cerveau revint bredouille, abandonnant la jeune fille à son malaise. Elle n’était pas habituée à ce genre de conjonctures et l’absence d’expériences similaires se fit ressentir tandis qu’elle hésitait à même respirer, son souffle sonnant atrocement bruyant et dérangeant dans le silence qui s’amusait à revenir. Son regard impassible se posa finalement sur elle et bien que son visage ne laissait rien entrevoir de ses réelles émotions, ses gestes saccadés trahissaient son état d'esprit. L'envie de regarder ailleurs fut forte, mais ses yeux restèrent posés sur les iris émeraudes, le brillant de ses yeux capturant son attention alors qu'il faisait preuve de contrôle sur lui-même, refusant de s'adonner à elle ne savait quelle envie ou émotions tant le choix était vaste.

- Il n’y a pas plus secret que ça comme aveu. Tous les gens au courant, excepté moi, sont morts.
- Je suis désolée.

Elle était ridicule. Des paroles vides qu’elle savait n’apaiseraient pas la douleur associée à son souvenir, mais elles étaient sorties toutes seules, franchissant ses lèvres avant même qu’elle ne puisse empêcher les mots de s'échapper. Le genre de paroles qu’elle aurait voulu qu’on lui épargne lors de sa révélation, mais elle se trouvait à faire la même erreur, murmurant un regret sincère, mais qui n’était pas sien à prononcer, bien que sincère. Elle cligna des paupières, soutenant le regard illisible d’Octave assis à ses côtés, affreusement consciente de la proximité autant physique que mentale qui semblait les réunir. Elle s’étendit doucement sur le lit, relaxant finalement les muscles de son dos qui la soutenait assise lors des dernières minutes, sa tête allant à la rencontre de l’oreiller contre lequel elle se détendit. Ses yeux ne quittaient pas l’homme qui s’activait à la border, recouvrant le haut de son corps de la couette moelleuse, serrant les draps autour d’elle. Elle croisa mollement ses bras sur son abdomen, ce dernier s’élevant doucement en un rythme lent alors qu’elle s’apaisait contre le lit, ses muscles qu’elle n’avait même pas réalisé avoir crispés se relâchant un à un. Le bibliothécaire se releva légèrement, toujours aussi sérieux alors qu’il la fixait de nouveau, son regard perçant s’arrêtant sur son visage.

- Si à l’avenir tu as besoin de quelque chose, quel qu’en soit la nature, tu peux venir me voir, d’accord ? Je t’aiderai du mieux que je pourrai. Ne rumine pas et n’aie pas peur. Il y aura toujours une place ici pour toi quand tu le souhaites. Puis si vraiment c’est ça que tu veux, ne bois pas dehors la nuit. Fais-le ici plutôt, ça ne me dérange pas. Mais ne reste pas seule, s’il-te-plait, okay ?

Il était si sérieux, si bienveillant alors qu'il la regardait de haut, la dominant de son être tandis qu'elle s’emmitouflait un peu plus dans la couverture épaisse couvrant le grand lit. Leur regard s'était attaché l'un à l'autre, émeraude contre noisette, une entente commune les réunissant. La jeune Trown laissa ses paroles s'imprégner en elle, se réconfortant dans l'idée qu'une porte lui avait été ouverte, une possibilité douce et tendre qu'elle eût un refuge dans ce château de malheur. C'était une réalisation étrange, mais qui réchauffa son petit coeur endolori. Ni jugement ni reproche. Un endroit, tout simplement, où elle était la bienvenue, où même l'illégalité de ses actes n'était pas regardée d'un œil mauvais, mais avec compréhension et respect pour la réelle raison rôdant derrière ses infractions. Une invitation à venir se dissimuler de la dure réalité si cela n’était-ce que pour une soirée, où elle pourrait faire comme bon lui semblait sans la constante nécessité de regarder par-dessus son épaule par peur d’être découverte par l’un de ses monstres qui habitaient ce château. Car monstres, il y avait, sous la forme d’épouvantards, de détraqueurs et de mangemorts camouflés sous l’apparence de professeurs, déambulant dans les corridors, errant au travers le domaine qu’était Poudlard, traumatisant et blessant que par simple plaisir et désir de prouver leur supériorité. Et pourtant, une partie d’elle murmurait que c’était trop beau pour être vrai, une utopie irréaliste, un mirage au loin dans ce désert sableux sur lequel elle rampait pour y trouver une simple goutte d’eau. Elle pencha la tête sur le côté, un mouvement à peine perceptible qu'elle accompagna d’un murmure de sa voix cristalline, mettant des mots sur ses insécurités, hésitante :

- Vraiment ? N’importe quand et pour n’importe quelle raison ? Même si c’est ridicule ou contre les règles ? Même si je n'ai pas envie de parler ?

La liste des possibilités était infinie et elle s’arrêta, mettant fin au flot de ses inquiétudes. Puis, avant qu’il ne puisse partir, tout doucement, elle attrapa sa main, enroulant ses doigts fins autour des siens, serrant délicatement la peau masculine. Un geste alliant un remerciement sincère au réconfort qu’elle souhaitait lui transmettre depuis que sa voix avait cassé le silence. Une impression de déjà vu envahit ses sens et un moment passa avant qu'elle n'arrive à attraper le souvenir auquel il était rattaché, se remémorant enfin pourquoi son geste lui semblait si familier, si adapté à la situation. Les flocons de la neige poudreuse et le petit lit meublant l’isba de la Sibérie flottaient dans son esprit, répondant finalement au questionnement qu’elle s’était posée. Le coin de sa lèvre eut un soubresaut, un minuscule sourire qui s'éclipsa aussi rapidement qu'il était survenu, car le rire n'était pas à l'honneur dans cette chambre où révélations intimes étaient sorties au grand jour. Non, cela n’était ni le lieu ni son intention. Mais sa main ne bougea pas, s’accrochant à Octave, un coin de son esprit enregistrant inconsciemment que sa main était plus froide que la sienne.

- Tu peux rester si tu veux… C’était une proposition, une offre toute simple qu’elle lui faisait autant à lui qu’à elle-même, car l’idée de se retrouver seule ne l’attirait guère. Bien que normalement, elle n’aurait rien dit, laissant son envie mourir avec sa voix, cette fois-ci, elle laissa la retenue s’évaporer tandis qu’elle prononçait ces mots. Ça ne serait pas la première fois… et le lit est beaucoup plus grand cette fois. L’ombre d’un sourire s’étira sur ses lèvres, une étincelle s’alluma dans son regard alors qu’elle sortait une de ces phrases où la référence n’était pleinement comprise que de ceux qui avaient vécu le moment rapporté. Un rappel sans remord ni amertume d’une aventure qu’ils avaient partagés et dont la finalité aurait pu être pire qu’elle n’avait été.

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And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow. What'd you say?
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 15 Fév 2018 - 14:07

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère

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[15 novembre 1997] La reine mère

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