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[15 novembre 1997] La reine mère

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SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [15 novembre 1997] La reine mère Dim 12 Nov 2017 - 21:06

Mais quelle année bordélique!

Les incidents semblaient s’enchaîner les uns après les autres, sans relâchement pour la jeune Trown qui écopait de tout. Comme à chaque année, son retour en classe avait été une affaire douloureuse, son dernier été forcé auprès de son père ayant motivé ce dernier à redoubler d’efforts lors de ses techniques d’éducation hors norme, ce qui avait laissé la jeune Trown bien mal en point à son arrivée au château. Après quelques jours, poussée par les mains de ses deux plus proches amis, elle avait piétiné sur sa fierté et s’était finalement présentée à l’infirmerie ou la matrone avait pansé la majorité de ses blessures, se retenant de tout commentaire. Il n’y avait plus grand chose à dire sur la situation, l’infirmière ayant découvert il y a quelques années déjà la vérité sur sa situation familiale et malgré son air sombre à la découverte de chaque nouvelle ecchymoze, la dame ne faisait que pincer les lèvres, retenant de passer un commentaire inutile sur la situation. Bien que le mois de septembre avait été relativement calme, l’arrivée des mangemorts et des inspecteurs au sein du personnels de Poudlard avait donné tout un choc à la populace étudiante et la vipère n’avait pas été immunisée par l’ambiance qui s’était effondrée sur eux suite à leur instauration dans leur vie quotidienne. Puis octobre était arrivé, apportant son lot de d’événements sombres et lugubres, représentation sans équivoque de la réalité qu’était maintenant la vie au château, la nuit des souffrances partant le bal avec fracassement, traumatisant les élèves et leur rappelant sans détour que Poudlard n’était plus ce que c’était. S’en était suivi Halloween, une soirée qui avait débutée avec divertissement et rires, permettant finalement aux étudiants de retrouver leur joie de vivre l’espace d’une soirée, mais encore une fois, les Carrows agrémentèrent l’activité à leur façon et un épouvantard fut relâché sur les participants de la soirée. Puis en l’espace de quelques jours, trois événements marquants s’enchainèrent dans la vie de la jeune Trown, ajoutant leur lot de stress à la serpentard dont les nerfs étaient déjà à vifs. Elle s’était retrouvée en Russie, accompagnée par nul autre que le bibliothécaire de l’école et tandis que ce fait cocasse aurait pu se terminer aussi rapidement qu’il avait commencé, la perte de leurs baguettes les avaient forcés à passer la nuit en compagnie d’hôtes des plus douteux, à jouer les prétendus fiancés en voyage romantique. Le lendemain de leur nuitée s’était avérée comporter une surprise additionnelle pour la demoiselle, le directeur de l’école ayant enseigné le cours de magie noire, les faisant affronter de nouveau leur plus grande peur, n’utilisant que leur mental comme arme contre la créature. Bien que Heather s’en était sortie victorieuse, défiant un Jake imaginaire dans toute sa splendeur, la couleuvre avait été bouleversée par l’affrontement, la replongeant aisément dans des pensées noires et la poursuite de son objectif ultime. Puis, pour clôturer le tout, une discussion bien particulière s’était déroulée entre Léon et elle, révélant au grand jour que ce dernier s’était retrouvé blessé par la nuit des souffrances, ses traitements ayant été agrémentés par un baiser administré par la préfère en chef. Cette révélation avait réveillé au sein de la serpentard son côté possessif, sentiment dévastateur qui s’ajoutait au cocktail déjà explosif d’émotions dont elle était le récipient.

Chaque semaine, et les évènements que celles-ci apportaient, laissait un arrière-goût amer dans la bouche de Heather, une sensation déplaisante qui refusait de la quitter de semaine en semaine. Du moment qu’elle croyait que quelques jours seraient finalement plus calmes, lui permettant enfin de relaxer l’espace d’un instant ses muscles raidis par l’anxiété, un autre événement chamboulait sa vie, ajoutant une couche d’anxiété de plus à l'atmosphère déjà tendu qui régnait sur l’école de magie. Le besoin de penser à autre chose, d’extirper l’excès d’émotions de son être, avait grandi avec l’angoisse jusqu’à atteindre son paroxysme, une envie qui grouillait sous sa peau, la démangeait sans repos, l'énervement ne voulant que se matérialiser d’une façon ou d’une autre. En temps normaux, l’excès d’émotions se serait traduit en un acte de violence ou une moquerie odieuse sur une pauvre victime choisie ou non d’avance, un acte facile, mais tant libérateur, continuant le cercle vicieux dans lequel elle était prise depuis son enfance. Or, cela ne semblait pas être la solution cette fois-ci, sachant qu’elle resterait sur sa faim, les pensées sombres ne seraient que l’essence qui alimenterait le feu de cruauté qu’elle relâcherait sur la pauvre âme, déviant le but d’oublier quelques temps ses malheurs. Le besoin de s’oublier quelques instants était tout de même ravageur, un désir brûlant qui refusait de s’amoindrir. Cédant finalement à son envie, Heather fouilla dans sa valise, sortant une bouteille de whisky pur feu vieilli de quelques années qu’elle avait piquée de la réserve à Jake quelques heures avant son départ pour le train, un affront sans intérêt et sans but autre que de la défouler quelque peu, mais qui avait réussi à lui étirer son premier et dernier sourire de l’été, sachant que son père s’en offusquerait lorsqu’il découvrirait que la bouteille manquait à l’appel. Elle n’avait pas eu l’intention de la boire, l’envie de se rebeller contre cet homme qu’elle détestait plus que tout au monde ayant été sa seule motivation, mais l’avidité d’oublier pendant quelques heures ses émotions en chamailles et ses pensées ténébreuses prit le dessus et elle glissa la bouteille dans son sac en bandoulière. Après tout, elle connaissait les effets de l’alcool, connaissait le brouillard qui se déposait sur l’esprit après plusieurs consommations et elle ne pouvait nier que l'idée était alléchante.

D’un pas nonchalant, elle sortit de son dortoir, observant les étudiants éparpillés dans la salle commune des serpentards, tentant d’y trouver Léon avec qui elle voulait partager sa débauche d'un soir, mais sans succès. Elle fronça les sourcils, croisant au même instant le regard de Charles qui haussa des épaules, secouant rapidement de la tête, une réponse sans détour à la question qui flottait dans le regard de la jeune fille, cette dernière levant les yeux au ciel. Tout comme elle, la position actuelle de Léon était un mystère pour Charles et sans s'y attarder, une idée d'où il se trouvait ou plutôt avec qui perçant dans son esprit, la vipère s'éclipsa de la salle verte et argent et commença son ascension vers le rez-de-chaussée, une morosité s'ajoutant au tourbillon d'émotions qu'elle contenait déjà au plus profond d'elle-même. Elle lança un regard foudroyant au serdaigle de quatrième année qu'elle croisa sur son chemin, provoquant un sursaut chez ce dernier qui se manifesta par un pas rapide sur le côté, ajoutant un bon mètre additionnelle entre la serpentard et lui-même, réaction qui étira un petit sourire moqueur sur les traits de la jeune fille. L'ombre d'un instant, l'idée de causer du trouble au pauvre étudiant ayant eu le malheur de la rencontrer lui vint à l’esprit, mais elle retint son envie, le poids de la bouteille cachée dans son sac lui rappelant avec efficacité le but de sa sortie, et elle continua son avancée, avant de s'arrêter devant les portes menant à l'extérieur du château. Elle jeta un regard autours d'elle, apercevant un amas de blaireaux rigolant discrètement à elle ne savait quoi, lui arrachant une expression de dégoût qu'elle masqua rapidement avant de pousser l'une des portes et de s'aventurer dans l'air frais automnal. La serpentard prit une grande respiration, affectionnant le rafraîchissement de sa peau surprise par la froideur de la température, appréciant le frisson qui assaillit son corps. Elle sortit par réflexe son écharpe, l’enroulant autours de son cou pâle et refermant d'un geste rapide les pans de son manteau de cuir, glissant ses mains dans les poches de ce dernier, s’engageant finalement sur le chemin pavé qui serpentait les terres de Poudlard. Le soleil était bas dans le ciel, s'approchant lentement d’un couché inévitable qui marquerait le couvre feu qu’elle devrait normalement respecter, celui-ci sonnerait dans un peu plus de deux heures si elle ne faisait erreur. Alertée de la présence d’élèves par les échos d’une discussion se déroulant un peu plus haut sur le chemin, la serpentard dévia du sentier tracé, guidant décidément ses pas en direction du grand lac, destination où elle espérait trouver la solitude qu’elle recherchait depuis son départ preste de la salle commune. D’un air décidé, elle s’approcha d’un énorme frêne trônant sur le paysage et s'asseya délicatement à sa base, les jambes repliées sur le côté, laissant sa tête s’appuyée contre le tronc robuste, les yeux fixés sur le tableau dessiné devant elle. Malgré la beauté inimaginable de la vue qui s’offrait à elle, la brunette n’arrivait pas à admirer le panorama, l’esprit tourmenté par les souvenirs des dernières semaines et des émotions que ceux-ci ramenaient au devant. Elle ferma quelques instants les yeux, laissant un soupire s’extirper de ses lèvres rosées, abandonnant finalement le masque qu’elle gardait par habitude sur son visage fin.

D’un geste lent, elle glissa une main dans son sac, tâtonnant quelques secondes avant d’y retirer la bouteille, y déposant son regard illisible, le liquide se mouvant tranquillement de gauche à droite sous l’agitation. La vipère retira le bouchon et approcha la bouteille de son visage, humant le liquide, le composé aromatique enivrant ses narines de son odeur caractéristique. Puis, sans hésiter, elle déposa ses lèvres sur le goulot, levant légèrement la bouteille vers le haut, avalant la première gorgée de la boisson nouvellement ouverte, une goutte du whisky pure malt coulant le long de son menton. Le liquide fut avalé, le visage de la serpentard se crispant en réponse au goût fort qui envahit son palais, l’expression faciale s’apparaillant à une grimace, avant qu’elle ne lève une main, attrapant ce son pouce la goûte qui s’était échappée. L’alcool fit son chemin le long de sa gorge, un feu liquide qui s'étendit sur chaque parcelle de sa trachée, brûlant la peau de l’intérieur. La vipère accueilla l’irradiation avec satisfaction, un petit sourire sans joie s’étirant sur ses lèvres : la première gorgée était toujours la plus surprenante. Les autres ne différèrent guère, augmentant la chaleur qui se répandait dans le corps de la brunette, l’effet de l’alcool s'accroissant à chaque déglutissement sporadique. Comme désiré par la vipère, l’eau de vie commença à faire son effet et déposa un voile sur son esprit, reléguant à l’arrière les pensées sombres, l’attention de la serpentard étant posée sur l’alcool et le paysage qui l’entourait, buvant s’en réellement regarder la quantité consommée, la brûlure associée à l’alcool devenant de moins en moins perceptible. Puis, une main agrippa son bras, un sursaut traversant le corps de la jeune Trown qui tourna la tête rapidement, son bras effectuant un mouvement brusque vers son corps dans le but de faire lâcher prise, tandis qu’une expression stupéfaite s’étendait sur son visage.

- Mais qu’est-ce que….

Reconnaissant le visage du bibliothécaire, Heather s’arrêta dans sa phrase, un “oh” surpris s'échappant de ses lèvres avant qu’elle ne referme la bouche sans terminer sa pensée, étonnée de se retrouver une fois de plus en sa présence. La vie semblait avoir un malain plaisir à les réunir, leur chemin se croisant dans les moments les plus importuns et embêtants. Retenant un soupire, elle approcha de nouveau la bouteille de son visage, avalant une énième gorgée du liquide cuivré qu’elle contenait avant de regarder de nouveau l’homme se tenant si près d’elle. Ne sachant pas réellement quoi dire, le souvenir de leur dernier échange remontant à son esprit et tous les non-dits qu’il avait contenu, la vipère se tut, préférant garder le silence et laisser Octave donner le ton de la conversation qu’elle était sûre ne manquerait pas de débuter entre eux.

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    PERSONNEL DE POUDLARD
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Mer 15 Nov 2017 - 1:39

Octave abaissa ses épaules, les roula doucement, les tendit de haut en bas pour accentuer la gêne qui le tiraillait pour en prendre parfaitement conscience. Pourtant, il avait du mal à le croire, mais il fallait se rendre à l’évidence simpliste que sa chemise le serrait. Il se retourna pour mirer son dos, passant son menton par-dessus une épaule crispée pour constater dans le miroir la tension du tissu entre ses omoplates en ailes de poulet. On aurait dit une tente de mariage tendue entre deux rondins difformes. Les sourcils froncés, il considérait sévèrement cette singularité qui n’en finissait pas de l’intriguer par son incongruité. Une dernière fois, il déploya ses épaules naturellement, se cambrant même un peu, mais rien à faire, la chemise demeurait légèrement tendue même lorsqu’il se diminuait en largeur. Pire, plus il sondait ses propres sensations et s’observait sous toutes les coutures, changeant sans cesse de poses, plus la congestion de ses membres augmentait. Le vêtement semblait se rétrécir à vue d’œil et, frustré, Octave déboutonna furieusement le col requin qui le serrait presque le cou d’exaspération, puis passa une main hésitante sur sa la douce popeline de sa manche, tira dessus du bout des doigts pour voir s’il parviendrait à défaire les plis qui descendaient depuis l’épaule, mais le tissu reprit son ondulation tordue et sans ménagement, à présent pleinement convaincu de l’état des choses, il retira sa chemise tel un barbare par la tête. Il avait grossi. Il s’en serait rendu compte plus tôt, mais ces dernières activités l’avaient forcées à revêtir des tissus confortables, sans grande considération pour la belle taille qu’il s’efforçait à souligner coquettement. Et puis, la température dégringolant fâcheusement, du blazer il était passé au pull épais sans intermédiaires, écharpe au cou et mailles en jersey de laine vierge, coton uni et tressé, col côtelé comme un petit nuage, et puis ses poignets étroits noyés dans des manches larges, souples et chaudes, couvrant la moitié de ses paumes. Ce n’était pas bon de se laisser aller comme ça au difforme agréable, certes, mais qui lui donnait un peu trop l’air d’un dimanche soir qui s’éternisait.

Octave essaya encore quelques chemises, mais le résultat était invariable pour la quasi-totalité d’entre elles. Les épaules le froissaient, parfois ça tirait même sous les aisselles et la liberté du mouvement n’y était plus vraiment. Torse nu, entre les cadavres de déception, il fit une rapide introspective sur les récents évènements, y cherchant le mystère de cet épaississement. C’était l’effet Australie ça ? Bah, on ne grossissait pas des épaules, voyons ! Tout comme on ne grossissait pas du front, ni du cou… Octave pinça la peau de sa mâchoire, tentant d’y desceller des plis prophétiques de gras. Ca le préoccupait parce qu’il n’avait jamais grossi en tant que tel. Il avait grandi, en bon adolescent, changeant de taille en fonction de son âge jusqu’à atteindre la stabilité réconfortante de l’âge adulte et d’un corps bien fait. C’était l’alcool ? Du bout des doigts, il décolla ses paupières inférieures, cherchant les ruisseaux de vaines apparentes sur le blanc de ses yeux, mais sa mine était correcte. Il était correct. La fraîcheur d’un pétale en plein hiver ! Il refusait de croire qu’il mangeait trop. Sinon il aurait senti de la tension sur sa taille et non ses épaules ! Des muscles. Mais oui ! Octave enjamba les tas négligés au sol, satisfait de sa propre conclusion pour le moment, sa logique se contentant de tout ce qui allait dans son sens à ce sujet. Qui grossit des épaules, franchement ? Ou des bras… foutaises. Il se retourna, regarda l’armoire ouverte, se rendant compte que la moitié de ce qu’il possédait n’avait plus aucun intérêt, les hauts de costume y compris. C’était embêtant, et il ne pouvait moralement plus supporter tous ces pulls cotonneux, dépoitraillés qui ne lui donnaient pas vraiment envie de travailler, mais de se blottir avec sa tasse de thé quelque part pour s’endormir avec le bruit du vent derrière la fenêtre.

Ce fut donc avec la détermination de quelqu’un prête à retourner le centre-ville à l’envers qu’Octave abandonna le château pour se rendre chez un tailleur discret. Le vieux Max le connaissait bien et, contrairement aux autres, il ne prêtait plus attention aux multiples cicatrices qui striaient son corps lorsqu’il prenait les mesures, et encore moins posait-il des questions. En revanche, jamais il ne ratait une occasion pour remarquer les changements. Alors, lorsqu’un « Monsieur s’est épaissi. C’est pour ça que Monsieur est venu ? » l’assaillit, tandis que Max passait son mètre souple sous ses bras, Octave releva orgueilleusement le menton, tentant de grommeler quelque chose avant de se racler la gorge : « Sans façon. Je suis venu parce que je t’aime bien, voyons ». Le tailleur s’épanouit et sourit malicieusement, tout en notant sa taille ancienne et ses épaules nouvelles, habitué des petites hypocrisies de son client généreux. Il commanda l’essentiel, les couleurs, les doublures, les broderies, rayures, carreaux, laine brossée et vierge, revers crantés, coupes droites et slim, de quoi avoir le bonheur du choix, sans les épaules écrabouillées et les coutures qui craquent. Il ne voulut d’ailleurs pas savoir combien de centimètres Max avait rajouté aux mesures des années précédentes, se contentant de se dire que ce savoir devait appartenir à celui qui l’habillait, point barre. Pas la peine de voir l’étiquette, il se contenterait bien de son reflet satisfaisant dans le miroir.

« Monsieur sera livré dès que c’est prêt. Toujours dévoué à Monsieur, bonsoir… »


Octave transplana au château bien plus tard que prévu, ayant fait le tour de la ville pour régler ses affaires courantes, ne trouvant que très peu l’occasion et le temps d’y retourner. Les rues magiques devenaient sinistres et même s’il en fut grand habitué, voir tous ces gens se porter comme des toiles tirées à quatre épingles n’avait rien de reposant. Et puis, les magasins se vidaient, se fermaient et il n’y avait plus grand-chose à faire maintenant, à part si on était féru de magie noire ou s’il y avait besoin de régler ses problèmes administratifs. En vrai tout était baigné d’une atmosphère d’inactivité accrue que certains semblaient trouver tonifiante, mais que le bibliothécaire trouvait profondément morose.

Le soleil ne manquait pas de se coucher à une vitesse folle et au loin, Octave ne voyait même plus très bien les détails du château, son relief, quant à lui, se détachant avec toujours plus de netteté dans le ciel d’un bleu aussi sombre que froid. Frissonnant du rafraîchissement spectral, il referma pour de bon les pans croisés de son manteau d’un gris sombre, zébré d’une texture à chevrons. Il releva l’écharpe jusqu’au menton, la bouffit comme un drap pour lui donner du volume et réorganisa sa sacoche pleine de relevés de comptes et de conventions bancaires. Il préférait venir chercher ces choses-là lui-même, surtout en des temps étranges, où les courriers les plus anodins se faisaient intercepter comme par inadvertance, se perdant dans la nature profonde et mystérieuse de la censure et de l’espionnage ministériel. Soigneusement, il se cantonna au chemin rocailleux pour ne pas imbiber davantage le bas de son pantalon, ni ses bottes robustes d’un noir épais. Le paysage, dans son assombrissement sinistre, était une constante provocation à la tristesse grandiose, pas si inoffensive. Ces retours là le perdaient souvent. Il finissait songeur, dynamisé par sa marche, se demandant où il aurait pu être, s’il décidait soudain de quitter l’endroit. Et qui le remplacerait, en tant que bibliothécaire ? Un mangemort ? Avait-il marqué une quelconque différence pour les élèves ? Au moins certains d’entre eux ? Le souvenir de Leslie lui arracha un froncement de sourcils, l’inquiétude de ce petit diable empiétant sur les autres considérations qu’il pouvait bien avoir. Sa sensibilité d’écorché vif, débordante dans tous les sens, lui rappelait par moments la sienne, l’ancienne, celle qui remontait à longtemps et qui lui avait fait commettre tant d’erreurs. Qu’est-ce qu’il avait changé au fond ici ! Qu’est-ce qu’il s’était assagi, surtout. Il considérait les choses et les gens avec une spontanéité grâcieuse, sans se presser, ni se perdre, avec patience et acceptant de prêter un temps précieux aux évènements incongrus. La petite Heather l’aura conforté dans cette culpabilité retrouvée, qu’il acceptait maintenant avec gratitude car cela aussi lui avait manqué, de vivre comme si Jane était encore là, savourant son existence à petits pas. Cette pensée lui fit mettre la main sur le cœur et respirer largement.

Il marchait les yeux grands ouverts, prenant le chemin qui longeait le lac et qu’il préférait parce que désert la plupart du temps. Le crépuscule sentait le pin et la sècheresse de l’hiver. Dans son ascension, comme l’on se surprend d’une ombre menaçante, Octave aperçut sous un arbre le relief mobile d’un mouvement qu’il connaissait que trop bien. Mécanique, comme un oiseau en bois se balançant sur son centre de gravité, le corps entier tanguait avec la tête pour savourer la bouteille. Son pas se fit plus lent et il songea qu’il pouvait bien laisser faire. Elève ou adulte, s’ils étaient capables d’avaler de l’alcool -car il reconnut le carré caractéristique du whisky- avec cette avidité, c’est qu’ils étaient capables de se prendre en charge suffisamment. Néanmoins, ce fut justement cette avidité désespérée au goulot qui l’arrêta complètement, avant de le forcer à prendre le chemin de l’arbre d’un pas de félin. Un soupir le secoua lorsqu’il reconnut Heather. Un regard vers l’horizon le convainquit à sévir. Sans qu’il ne puisse se l’expliquer, parce qu’il s’agissait de Trown, une grande tristesse l’accapara à la vue d’une telle gourmandise solitaire, y voyant la continuité matérielle de ce qu’il avait soupçonné en elle lors de leur voyage, et bien avant cela d’ailleurs… De tels buveurs ne connaissaient rien à la dégustation, leur soif étant purement symbolique. Pris par le désir de rompre cette allure, s’approchant, il se saisit du bras de la jeune femme, sans violence peut-être, mais avec suffisamment de brusquerie pour que la jeune femme ait un mouvement de recul.

- Mais qu’est-ce que…


Octave ôta ses doigts, alors que l’étudiante le toisait avec cet air roublard de retrouvailles usuelles, mais que l’on trouvait gênantes dans leur répétition incongrue. Il ne venait pas la féliciter, c’était sûr. D’ailleurs, elle considérait si peu maintenant sa présence et son statut qu’elle répéta le mouvement de balancier, étalant encore un peu son indifférence ou sa provocation à son égard. Le bibliothécaire resta stoïque, droit au-dessus de cette jeune fille qui se brûlait la gorge plus qu’elle n’appréciait le goût. Elle le toisa, lui confirmant la provocation, à laquelle il ne répondit pas de visage, connaissant bien cette attitude qui voulait qu’on la réprimande juste pour pouvoir renchérir encore un peu par la mauvaise foi. Il avait eu l’intention d’avoir l’air autoritaire, mais elle s’ébranla une fois la certitude venue que les accusations ne serviraient à rien. On allait voir si elle allait réussir à se soûler sous le regard doucereux de quelqu’un se refusant à la juger pour quoi que ce soit. A tous coups, elle se jugeait peut-être déjà soi-même, ce qui la poussait à être d’autant plus sur la défensive qu’elle s’attendait à cela de la part des autres. Octave humecta ses lèvres d’un geste lent de la bouche, l’air non pas indifférent mais tranquillement impliqué, comme s’il était venu là pour juste lui tenir compagnie. D’ailleurs, il regarda un peu le lac, laissant le temps à la jeune femme de savourer encore un peu son embrasement forcé. Un dernier embrasement, celui du soleil, alluma une flamme trop rouge dans ses cheveux aux reflets roux, lui imposant de rompre sa contemplation. Gardant un œil paisible sur un détail, il finit par déclarer, le visage plat, mais la voix doucement souriante :

« Tu viens ? Il se fait tard pour ces choses-là. »

La question sonna, mais sans laisser place à la dénégation. Octave détourna ses yeux et lança un terrible, de par sa placidité inacceptable, et long regard à la jeune femme, l’invitant par le silence contemplatif à le suivre sans protestations. Ou plutôt, il laissa entendre dans sa posture que si elle décidait de le contredire, il resterait avec elle. S’imposer pour qu’on veuille se débarrasser de lui ? Ca se valait, comme frustration, si on mettait l’orgueil de côté. Et puis, parce que la provenance l’intriguait quand même, il rusa, l’air de rien :

« Tu ne l’as pas trouvé dans les cuisines, ta gnole, si ? »


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DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Jeu 16 Nov 2017 - 19:21

De tous les habitants du château, il fallut que ce soit Octave Holbrey, dans toute sa splendeur, qui la trouve une bouteille à la main et l’esprit embrouillé par ses pensées et la quantité d’alcool consommée. Depuis le retour de leur voyage improvisé, la jeune fille avait quelque peu évité la bibliothèque, adoptant la salle commune pour ses sessions d’études et la complétion de ses devoirs, préférant restreindre au maximum ses rencontres avec le bibliothécaire et les interactions que celles-ci pourraient engendrer. Bien que leur aventure incroyable soit survenue la semaine passée seulement, le souvenir semblait lointain à son esprit, les péripéties du château ne lui ayant offert que peu de tranquillité pour refaire de l’ordre dans ses pensées et ainsi lui permettre un comportement socialement juste de leur supposée absence d'interactions autres que celles attendues d’un bibliothécaire et d’une élève. Tandis que leur retour au château avait marqué la fin de leurs prétendues fiançailles, l’arrivée à Poudlard avait aussi imposé la création d’une nouvelle mascarade et cette fois-ci, beaucoup plus permanente que celle créée à l’improviste lors de cette fameuse nuit passée en Russie. La brunette avait donc opté de l’éviter, ayant espoir de se donner le temps d’assimiler le nouveau subterfuge qu’elle devait maintenir en sa présence, mais aussi la péripétie et les actions et émotions étrangères qui l’avaient habitée cette soirée-là. Elle se rappelait que trop bien les paroles sarcastiques qui avaient peuplé la soirée ainsi que les gestes menteurs dont ils avaient été tous deux les acteurs à mainte reprise ; le regret qu’il lui avait exprimé, une réponse inattendue qui avait convaincu la brunette de lui offrir son pardon d’un touchée simple, mais remplie de sens et d’honnêteté, n’ayant pas trouvé la force de murmurer les mots et d’ainsi briser le silence qui s’était déposé ; et puis la confiance qu’elle lui avait accordée et le doute que cela avait semé par la suite dans son esprit, trop habituée comme elle était à n’agir que par méfiance face aux adultes. Tout cela avait été trop particulier pour qu’elle ne sache comment réagir aussi rapidement et surtout, que faire de ses réalisations qui s'amusaient à envahir son esprit dès qu'elle y repensait, revoir l’homme aussi tôt n’aurait qu’été un désastre, mais comme cela semblait devenir une habitude pour eux deux, ils se retrouvèrent de nouveau face à face, mais heureusement seuls. Aucune pression sociale ne viendrait donc imposer le comportement faux qu’elle aurait normalement dû adopter en sa présence outre son absence d’émotions habituelle qu’elle préférait garder en tout temps, mais donc la force de la maintenir l’avait quitté progressivement au fil des gorgées du liquide ambré. Contrairement à ce dont elle était reconnue, son visage avait perdu de sa froideur coutume et bien que les émotions n’étaient pas aussi transparentes que pour un élève normal, la différence était marquante dans le cas de la serpentard, des signes et réactions trahissant l’émoi qui l’assaillait depuis qu'elle s'était éclipsée dans l'air froid d’automne. Absents étaient le masque de glace et le regard illisible qui accompagnaient généralement le visage fin de la brunette, l'alcool avait détruit sa capacité à garder hors de portée de toutes ses réelles pensées, son envie de s'en préoccuper ayant subi le même sort. Le fameux brouillard qu'elle avait tant recherché s'était finalement déposé sur son esprit et parties étaient ses préoccupations habituelles de paraître forte et distante, la boisson forte ayant rempli son être d’une sensation de chaleur et d’une nonchalance généralisée éphémère, appréciant les vertus de l'insouciance d’un plaisir aigre et fragile.

Heather leva un regard légèrement voilé par l’alcool vers Octave, son cou protestant sous l’angle abrupt et inconfortable qu’elle devait adopté pour observer le nouveau venu. Elle sentit un malaise à se retrouver assise tandis que l’homme était debout à ses côtés, fronçant les sourcils avant de mettre une main sur le tronc d’arbre, se relevant lentement de sa position initiale. Des frissons parcoururent ses jambes maintenant dépliées et elle se laissa légèrement tombée contre l’arbre massif, appuyant le haut de son corps contre le tronc robuste, l’action en elle-même échouant d’offrir la grâce qui était naturellement attendue d’une jeune fille. Cette dernière toisa longuement le bibliothécaire, sachant ce qui suivrait, son attitude nonchalante n’étant que le calme avant la tempête qui ne tarderait pas à éclater. La réprimande viendrait, elle en était sûre, les adultes n’attendant que la première opportunité pour se défouler sur ceux sur qui ils avaient plein pouvoir, une occasion idéale pour exprimer tout l’avantage qu’ils possédaient. La situation était idéale et elle le savait : une adolescente s’adonnant à une activité illégale, même si cette dernière était loin de causer un quelconque tort à qui que ce soit, boire seule n’ayant jamais fait de mal à personne, était une raison parfaite pour démontrer sa supériorité, pour châtier sans remord la délinquante. Après tout, elle l’avait cherché, la brunette ayant enfreint un règlement de l’école sans pudeur ni indignation, crachant sur l’autorité qui devait être respectée à tout prix, le respect des aînés, même si non mérité, devant être priorisé à la logique. Malgré ses pensées cyniques, elle ne pouvait nier qu’une certaine arrogance avait accompagné ses mouvements, buvant une gorgée du whisky tandis qu'elle le savait la regarder, un aveu sans paroles qui disait tout sur son état d'esprit, ajoutant de l’huile sur un feu ardent et vif, une provocation pure et simple. La vipère baissa les yeux vers le sol, s’attendant au pire, refusant d’observer le visage neutre du bibliothécaire se fendre en un sourire sarcastique ou se retrouver submergé d’une expression furibonde annonçant le pire, signe précurseur de la réprimande qui ne saurait se faire attendre.

- Tu viens ? Il se fait tard pour ces choses-là.

Mais la réprimande ne vint jamais. Heather releva des yeux surpris vers l’homme, plongeant son regard dans les émeraudes brillantes qui lui faisaient office d’yeux. Les paroles sonnaient naturelles, sans reproches ou jugements, une simple question suivie d’un constat naïf, comme si l’heure tardive était la seule chose qui importait dans toute la situation. La présence d’alcool avait été reléguée au rang des éléments banals, une activité qui semblait comporter une absence d’importance si grande que de mentionner l’acte en soit n’en valait pas la peine, ne serait qu’une perte d’énergie. La jeune Trown resta muette quelques instants, le regard fixé sur l’homme qui l’avait de nouveau surprise dans une occupation interdite aux étudiants, la trivialité de sa phrase subsistant, un contraste considérable avec ce que la vipère s’était imaginé comme déroulement suite à son arrivée. Puis, la stupeur s'amoindrit progressivement tandis qu’elle repassait ses paroles en boucle dans son esprit, la neutralité du ton utilisé perdant de son importance alors que l’obligation masquée derrière la simple question se faisait entendre. C’était une belle technique en somme : dissimuler un ordre derrière une invitation, donnant l’impression que le choix lui appartenait alors que la vérité était tout autre, une seule réponse étant véritablement la bonne et ne serait au final qu’acceptée. Malgré sa relative douceur, le bibliothécaire ne voulait qu'une chose, la remmener à son dortoir et couper court à son relâchement, brimer la serpentard dans ce besoin d'oublier l'espace d'une soirée les dernières semaines, une nécessité auquelle elle s'était accrochée et dont elle refusait de lâcher prise. L’envie de se rebeller reprit le dessus sur son être, l’alcool, un catalyseur sans pitié pour les idées illogiques, encourageant les actions impulsives et les paroles non réfléchies, un cocktail qui provoquerait des étincelles à tout coup.

- Avec toi ? Des plans pour qu’on se retrouve en Thaïlande cette fois-ci. Non... je suis très bien ici. Et il n’y pas d’heure pour boire alors laisse-moi en profiter, veux-tu ? J’ai à peine pris une gorgée.

Elle parlait trop. Elle avait oublié que l'alcool avait aussi l’effet particulier de lui délier la langue, ses pensées perdant de leur sens une fois prononcées de vive voix, la réalisation lui tirant un froncement de sourcils. C’était embêtant. Elle en disait trop, perdant le filtre qu’elle s’imposait normalement, exprimant des idées manquant d'éloquence et de continuité, un mensonge digne d’un enfant de quatre ans s’ajoutant au flot incohérent. À peine une gorgée ? Ah oui, très fort Trown! Mais quel mensonge convainquant. La bouteille qu’elle tenait à ses mains était déjà un tiers vide, une preuve irréfutable que le liquide avait été consommé et plus qu’une gorgée avait été avalée. Avant qu’elle ne puisse se châtier un peu plus mentalement, Octave lui posa une nouvelle question, la provenance de ladite alcool semblant lui titiller l’esprit.

- Tu ne l’as pas trouvé dans les cuisines, ta gnole, si ?

La vipère avait toujours assumé qu’aucun alcool n’était tenu au château, la question la faisant hésiter sur ce fait qu’elle avait cru évident, la présence d’adultes au château pouvant, dans un sens, expliquer qu’une certaine réserve d’alcool, masquée de la vue des élèves, résidait au coeur des cuisines. Ses yeux tombèrent sur la bouteille qu’elle tenait toujours dans sa main droite, observant l'étiquette légèrement abîmée, mais dont les lettres brillantes de la cuvée avaient gardé leur éclat original. Une des rares boissons que son père avait gardée intacte et intouchée lors de ses nombreuses beuveries solitaires, refusant, elle ne savait pour quelles raisons, d’y faire subir le même sort que tous les cadavres vitreux qui s'éparpillaient normalement sur le plancher du petit salon de la maison. La bouteille avait été rangée sur l’une des bibliothèques pauvres en livres, exposée aux yeux de tous, une place d’importance et de fierté dont les quelques photos que la famille possédait n’avaient jamais réussi à se mériter. Un petit rire sans joie teinté de moquerie s'échappa de ses lèvres rosées et elle leva quelque peu la bouteille, marquant visuellement les paroles qu’elle prononça d’un ton rempli d’amertume, tenant l’objet comme si elle en était fière, comme si celle-ci représentait le monde à ses yeux.

- Non, de la réserve personnelle de la famille Trown. Il y a l'embarras du choix là-bas, après tout, il ne faudrait certainement pas qu’il manque d’alcool dans cette maison, termina-t-elle, le petit rire moqueur faisait un retour triomphant à la fin de sa phrase.

Le mot famille avait subi la majorité du ton acerbe, un sarcasme dégoulinant enrobant ce mot qui référait à la relation père fille dont elle niait consciencieusement l'existence depuis plusieurs années. Les liens du sang priment sur tout : mais quelle foutaise! D’un geste devenu réflexe lors de la soirée, la brunette engloutit une énième gorgée du whisky, le visage de son père qui était apparu dans son esprit lui donnant une raison additionnelle d’avaler un peu plus de cette boisson. Une grimace inonda son visage l’espace d’un instant, la brûlure lui arrachant la gorge la surprenant de nouveau, l'insensibilité à l'irradiation qu’elle avait apprivoisée quelques instants plus tôt s’étant envolée suite à l’arrivée imprévue d’Octave. Elle secoua la tête rapidement, sa figure reprenant des traits décontractés plus naturels que l’expression crispée que l’eau de vie maltée lui avait arrachée. Elle toisa l’homme quelques instants, l’air songeur, penchant la tête sur le côté tandis qu’elle pesait le pour et le contre de l'idée qui germait dans son esprit, puis d’un mouvement quelque peu prompt et rigide, elle approcha la bouteille du corps de son interlocuteur, s’arrêtant à quelques centimètres de son pull.

- Tu en veux ?

C’était la défense parfaite. S’il acceptait, le bibliothécaire ne pourrait rien dire contre elle, ayant participé avec elle à sa débauche, une protection parfaite contre les représailles et la possible punition qui s’en suivrait. Elle ne lui offrait que pour cette raison. Cela n’avait rien à voir avec le sentiment de solitude qui l’avait envahie lorsqu’elle s’était éclipsée seule de salle commune et le réconfort qu’une deuxième présence lui apportait, ou encore le fait qu’Octave avait déjà gagné une partie de sa confiance une semaine plus tôt... n’est-ce pas?

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MessageSujet: Re: [15 novembre 1997] La reine mère Ven 17 Nov 2017 - 22:34

Il était ardent partisan du moindre effort. Les aléas des raptus anxieux composaient déjà une contrainte considérable et, mu par un esprit pratique et rationnel au possible -exception faite de ces instants où le bon sens entrait en collision avec les affres proverbiales du stresse-, Octave s’épargnait au possible les complémentaires sources d’inquiétudes. Il n’évitait les gens que si cela s’avérait utile pour préserver de la tension ses multiples anévrismes, mais miss Trown n’étant qu’une maladroite victime de sentiments confus, elle bénéficia de sa courtoisie la plus dévouée. Faire comme si ne s’était passé lui sembla être une bonne option pour ne pas embarrasser quiconque davantage. Ou plutôt comme si rien de gênant ne s’était passé. Il ne se força pas à l’inquiétude, ne brassant pas les quelques sentiments honteux qui s’en furent restés, ne chercha pas non plus à sonder l’esprit de la jeune fille par d’incessants questionnements quant à son bien-être. Il se contenta simplement au possible de supprimer les malaises en arborant un comportement qui aurait pu entretenir les préjudices. Mais au final, il n’eut pas beaucoup d’efforts à faire car s’il avait attendu leur première rencontre avec une certaine appréhension, parfois incertain de ses capacités, cette-dernière d’advint néanmoins jamais. Si Octave avait décidé de ne pas fuir ou trop exagérer sa politesse, principalement parce qu’au final, en tant que bibliothécaire il n’avait pas le choix, Heather, de son côté, avait opté pour la pure disparition. D’une certaine façon, cette absence forcée lui en disait long sur les griefs que leur aventure avait bien pu laisser aux nerfs supposément sensibles de la jeune femme. Docilement, il s’en contenta, acceptant cette décision défensive et laissa tout comme c’était. Il avait pensé aller la voir pour s’enquérir des raisons de ces évitements pour les pacifier, mais ce geste-même était en contradiction avec l’intimité qu’il avait décidé de préserver, et n’en fit rien.

Retrouver Heather en train de picoler n’était pas vraiment ce qu’il avait imagé pour d’éventuelles et incommodes premières retrouvailles. Pour sa tranquillité d’âme, il aurait préféré le spectacle banal d’un quotidien avançant sans péripéties inutiles, plutôt que cette espèce de continuité directe, sinistre, à ce qu’ils avaient vécus. Encore une fois se nota-il à quel point ce geste ne ressemblait en rien aux bêtises adolescentes qu’ils exécutaient pour l’émancipation précoce. Un tatouage de dragon sur la cheville et qu’on n’en parle plus ! Il n’était soi-même pas certain de la forme que ses crises de jeunes années avaient pu revêtir, tant elles furent chaotiques, mais il connaissait en revanche le mécanisme de ce mouvement de pendule. Le regard voilé, comme dans l’extase amoureuse, l’esprit absent au fond du goulot, les lèvres laquées de salive, renversant toujours la bouteille plus haut, pour assouvir les ardeurs d’une solitude aussi opaque qu’un orage d’été et qui n’en finissait pas de siphonner tout ce qui se trouvait à sa portée, sans jamais se satisfaire parfaitement rien. Mais l’alcool faisait flotter, voler en papillon entre les coquelicots, jusqu’à atteindre une ivresse béate et complètement stupide. Le lendemain, tout s’évanouissait, comme si une porte s’était ouverte pour ne laisser que le vide, encore plus abyssal que la fois précédente, alors on recommençait.

Les mouvements décousus de ses gestes concordaient avec ce qui avait déjà disparu de la bouteille, mais Octave n’en fit pas grand cas, retenant un soupire et autres grimaces, parfaitement conscient qu’il était d’un corps trop jeune pour filtrer tout ça convenablement. Les discours moralisateurs et les réprimandes n’avaient jamais eu aucun effet sur lui, d’autant que la plupart du temps, c’était des choses qu’on savait, mais que l’on négligeait soigneusement dans un coin de l’esprit. Si la connaissance du danger n’aidait pas à relever la tête, c’est qu’il y avait de l’autre côté de la balance quelque chose de beaucoup plus lourd. En attendant, Heather le toisait en tapinois, le jaugeait avec la méfiance de celle qui attendait fermement le reproche, se préparant déjà à se défendre. Malgré le ton et les propos inoffensif qui furent prononcés, elle y trouva raison pour faire percer sa colère emmagasinée, soigneusement transmuée en sarcasme, qui prenait racine directement dans ce qu’elle pouvait bien lui trouver comme défauts et garder comme griefs. Là où il aurait pu se vexer, il préféra ne rien en fait car au fond, n’avait-elle pas raison dans ses exagérations ? S’en justifier lancerait le genre de discussion qu’il était mal placé pour avoir, alors il se contenta d’un sourire du bout des lèvres. Un peu timide, très commun, comme pour esquisser de la bouche un remord que l’on ne voulait pas formuler une fois de plus.

- Avec toi ? Des plans pour qu’on se retrouve en Thaïlande cette fois-ci. Non... je suis très bien ici. Et il n’y pas d’heure pour boire alors laisse-moi en profiter, veux-tu ? J’ai à peine pris une gorgée.

Il la regarda en biais, l’air malicieux, ne relevant pas son mensonge, ni le chemin qu’elle avait fait prendre à la discussion. Octave avait exprès évité d’aborder le sujet de l’alcool, pour finalement la voir le faire à sa place. Comme tous ceux qui désiraient ardemment à ce qu’on les reprenne sur leur faute pour pouvoir revendiquer un choix de vie, Heather avait elle-même souligné une fois de plus son attitude, espérant peut-être qu’il la reprenne cette fois-ci, puisque le sujet était lancé. Mais il était très difficile de mettre des mots qui n’étaient pas les siens dans la bouche du bibliothécaire. S’était-elle rendue compte qu’à aucun instant son propos n’avait abordé ce sujet ? Ou rétorquait-elle à quelque chose qui avait fait écho dans sa propre tête sans remarquer que rien n’avait été formulé dans cette direction ? Quoi qu’il en fût, il était clair qu’elle désirait presque se faire réprimander au sujet de la bouteille, pour ne pas qu’on la juge sur autre chose peut-être… Octave releva le défi autrement, abordant la provenance dudit whisky. Soit les élèves étaient plus fourbes et malins qu’on pouvait le croire, soit elle avait ramené ça de temps plus reculés, dans ses bagages. Ce qui en faisait une toute autre histoire d’ailleurs et un sujet bien différent. Elle sembla hésiter d’abord, puis rigole d’une autre ironie invisible, avant de répondre sur le ton d’un regret voilé :

- Non, de la réserve personnelle de la famille Trown. Il y a l'embarras du choix là-bas, après tout, il ne faudrait certainement pas qu’il manque d’alcool dans cette maison.

Trop de rires entouraient sa réponse. Comme si elle les utilisait pour adoucir les coins d’une réalité bien noire. Ce qui était très probablement le cas par ailleurs. Octave pencha la tête sur le côté, la regardant d’un air curieux. Elle aurait pu voler la bouteille à ses parents en geste de rébellion adolescente, mais la dernière partie de la phrase couva une moquerie qui renversait les priorités. Les problèmes de l’alcool remontaient plus loin que prévu, ne s’arrêtant pas à des jeunes années indisciplinées, mais peut-être même à un exemple suivi. Cela sonnait en tout cas comme un reproche très amer, venant tout droit des tripes tellement il était enraciné. Octave voulait bien remettre ses bavardages aussi sincères que sarcastiques sur le compte des vapeurs d’alcool qu’Heather avait dû accumuler dans le crâne, mais il y avait des choses qui ne s’inventaient pas. Et pour souligner le rapprochement qui venait d’être fait, copie générationnelle d’un même vice, l’étudiante renversa encore une fois la bouteille dans un bruit de petite vague et se gargarisa d’une énième brûlure. Octave, qui avait mis les mains dans les poches, observa ce spectacle sans broncher, laissant ce qui se tramait en-dessous se défaire doucement dans l’absence de réprimandes et de jugements. Heather sembla le remarquer, tout comme ses inhabituelles jacasseries, et se dispersa en gestuelles désordonnées, avant de l’inviter avec brusquerie :

- Tu en veux ?

Le bibliothécaire, un léger haussement de sourcils traduisant sa surprise, observa la bouteille tendue avant de s’en saisir d’une main hésitante par le goulot. Il renversa un peu le contenant sur le côté pour voir l’étiquette de ce qu’on lui proposait. Un coquet Glenfiddich de 21 ans d’âge, beau single malt à la couleur d’un miel épais grec. La lumière d’un soleil couchant lui prêtait des reflets d’or et de topaze. Ce n’était pas du n’importe quoi, cette gnole, c’était même très finaud comme dégustation et son caractère d’esthète fut horrifié qu’Heather se soit torché avec aussi peu de ménagement de ce respectable affinage. Il ne savait pas trop ce qu’elle essayait de faire en lui proposant une gorgée, si c’était une tentative soudaine d’être gentille, ou plutôt un moyen de le corrompre un peu plus. D’une élève à un membre du personnel, surtout dans la mesure où leur dernière entrevue fut mouvementée et mauvaise, cela ne pouvait pas être une saine invitation, ni un quelconque geste de politesse. Il y avait une perversion derrière cela et Octave faillit refuser pour ne pas rentrer dans le jeu de celui qui était le plus pourfendu de vices, des fois que cela revienne sur la table. Mais une idée se succédant à une autre, il finit par lâcher un « Hum » en faisant jouer les reflets lumineux sur le liquide ambré, généreux. Puis, il posa un regard indéchiffrable sur Heather avant d’apporter le goulot à ses lèvres déjà entrouvertes. Il prit son temps, connaisseur infatigable en son temps de la pire à la meilleure infection. Comme il ne restait plus grand-chose, il dut considérablement se pencher pour toucher de sa bouche le coulant généreux du whisky. La bouteille redescendit, la première gorgée étant brève. Octave s’humecta les lèvres, goûtant la lourdeur de ce qu’il pensa être des arômes de fruits exotiques, puis de la violette, l’arrière-goût de tabac fumé, et enfin un semblant de vanille. Capiteux, c’était le cas de le dire, cet orge malté. Certainement pas fait pour se torcher la gueule comme Heather le faisait. Quelqu’un à la maison des Trown risquait certainement d’être très triste d’avoir raté ça…

« Mouais, mouais, mouais… Pas mal tout ça. »

Gazouilla-t-il, avant de reprendre une gorgée, plus conséquente celle-là. Comme sur le visage d’Heather plus tôt, une grimace passa sur son visage, moins marquée que celle de la jeune femme cela dit, forgée qu’elle fut par une habitude enracinée. Elle ne voulait pas venir avec lui hein ? Son regard la cambra, rendu plus lumineux par le coup de fouet de l’alcool, se mirant maintenant d’un vert de jade au soleil. Puis soudain, il fit un pas sur le côté, et un deuxième, tout en sifflant une bonne troisième gorgée démonstrative, avant de lancer par-dessus son épaule :

« J’ai pas envie de me faire chopper par les détraqueurs, moi. »

Elle ne voulait peut-être pas le suivre, mais sans whisky, la mauvaise foi n’allait pas lui tenir compagnie très longtemps sous cet arbre en plein milieu d’une nuit, qui menaçait le paysage de plus en plus. Pour le moment, le ciel n’était que d’un rosé tirant sur les violets très foncés, mais la pénombre allait tomber sur eux comme un rideau de théâtre. Au moins lui aura-t-il épargné de finir complètement torchée, quoi qu’il dût reconnaitre sa bonne endurance pour n’être que pompette avec deux tiers de la bouteille. D’un pas lent et démonstratif, Octave remonta la côte, sirotant paresseusement la bouteille, qu’il soufflait entre ses dents pour s’aérer la bouche. Au moins quelqu’un allait vraiment profiter de ce goût ! Ce n’était pas très juste, certes, il la prenait à revers, mais c’était ainsi lorsqu’on jouait sur les sarcasmes, les règlements, et le peu de considération qu’on avait envers un bibliothécaire toujours un peu plus fourbe. Enfin, son souci était de la mettre à l’abri, quitte à se faire détester encore un peu plus. Maintenant, ils étaient coincés tous les deux dans un sens, comme dans l’autre et il n’y avait plus personne à qui se plaindre d’une telle tournure. Par-dessus son épaule, comme pour l’encourager à le suivre, à lui répondre, à l’attaquer, il susurra :

« Très bons goûts, dans la famille Trown. On ne s’humecte par la bouche avec n’importe quoi par chez toi ! Un peu cher payé pour se la siffler en une soirée, non ? Ou bien c’est juste pour faire chier ? Plus vite c’est disparu, mieux c’est ? Vu comme t'as les yeux qui brillent, je dirai que la seule chose dont tu profites, c'est de l'ivresse. »

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[15 novembre 1997] La reine mère

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