AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[Aout 97] Sous haute tension.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 46

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [Aout 97] Sous haute tension. Mer 27 Sep 2017 - 10:49



01 AOUT 1997
Quartier sorcier de Londres


__ Et où crois-tu aller à cette heure ci, encore une fois ? demanda-telle.

Léon se crispa, la main sur la poignée, son sac remplis d'affaires de rechanges sur le dos. Il se retourna, dévisageant des pieds à la tête Donia qui lui faisait dorénavant face, les bras étroitement croisés et les lèvres pincées. Elle attendait une réponse, visiblement. Une colère sourde et familière lui brula les veines et il dû s'y reprendre à plusieurs fois pour éviter de lui répondre d'un ton acerbe. Elle n'avait jamais daigné se comporter comme une mère, cela n'était pas à ses dix-sept ans qu'il allait lui laisser remplir ce rôle. Et encore moins pour lui interdire une sortie nocturne alors même qu'il était majeur. Et ce n'était pas l'obligation qu'il avait d'occuper la maison familiale qui lui donnait de tels droits. Il soupira, grimaçant de nouveau lorsque la présence d'Ed se manifesta derrière sa mère, retenant un soupire exaspéré lorsqu'il posa une main sur son épaule et inclina la tête, signifiant silencieusement qu'il approuvait sa femme. Voilà autre chose, ils allaient jouer à la famille recomposée. Léon en aurait vomi. Manquerait plus qu'un papier pour l'adopter, tant qu'il y était. Ce type l'horripilait. C'était ses pantalons toujours coupés droits avec leur pli bien au milieu, sa raie sur le côté, la façon dont il essuyait calmement ses lunettes avant de les reposer sur son nez. Son chat parfait qui ne perdait même pas ses poils pour en mettre partout, son boulot parfait qui lui permettait de subvenir à leur besoin et puis sa parfaite femme et ses parfaits enfants. Sauf que voilà, il y avait ce beau-fils qui lui résistait toujours et qui peinait sa femme alors il essayait d'être là. Parce que c'était ce que les bons maris faisaient, même pour les enfants ne leur appartenant pas. Quand on épouse l'arbre, on prend le fruit déjà sur la branche n'est-ce pas ? Au fond, Léon savait qu'il était probablement injuste avec Ed qui cherchait par tous les moyens à ce qu'il soit à l'aise. Le fond du problème, c'était Donia. Mais les restes de l'admiration sans bornes du petit garçon qu'il avait été empêchaient l'adolescent de mettre au clair tous les reproches qui lui plombaient le coeur. Alors, après avoir lentement inspiré pour paraître calme et détaché, il déverrouilla la porte et se glissa dans la chaleur étouffante du mois d'Août.

__ Inutile de m'attendre pour le petit-déjeuner de demain.

Il referma la porte sur eux, sachant pertinemment qu'ils ne lui courraient pas après pour autant. L'instinct maternel de Donia avait pour limites le palier de sa maison. Cherchait-elle à cacher à son mari l'absence de condescendance qu'elle avait toujours éprouvé pour son fils ? Léon était persuadé qu'elle ne l'avait accepté comme tel que pour paraître bien devant son époux, lui qui était très présent pour ses enfants. Léon secoua la tête, gagnant à grandes enjambées la maison aux volets verts située à quelques rues de celle des Mills. La quadragénaire lui ouvrit, ses longs cheveux blonds ondulant sur ses épaules. Un sourire flanqué sur son visage fin, elle se colla légèrement à la porte pour lui permettre d'entrer dans le salon avant de lui ébouriffer affectueusement la tête. Le vert-et-argent retînt un petit sourire, toujours ému lorsqu'une présence féminine lui témoignait une quelquonque affection. Il avait beau ne connaître Elène que depuis quelques semaines, l'étrange solitude qui émanait de sa voisine l'avait totalement conquis. Ca et sa compréhension d'évasion, elle qui lui ouvrait sans rechigner son salon pour qu'il étudie tranquillement, à l’abri des Mills et de leur bienveillance suspecte.

__ Alors, comment se sont passés tes premiers soirs ? Lui demanda-t-elle, alors qu'il refermait la porte de la salle de bain.
__ Sans soucis. Les pourboires sont généreux, répondit-il. Si je dose bien les verres, rajouta-t-il en ricanant, plus pour lui même.

Le jeune homme ôta sa robe de sorcier et enfila un jean sombre ainsi qu'un tee-shirt noir, déposant ses précédentes affaires sur une des chaises comme il l'avait fait depuis environ une semaine. Il se mira quelques secondes dans le miroir, peu habitué à la barbe qu'il avait laissé pousser sous les conseils d'Elène. Lorsqu'elle était venue le trouver quelques jours auparavant pour lui proposer un travail d'été de barman, Léon avait immédiatement sauté dessus. Elène n'avait pas manqué de lui préciser que l'emploi n'était pas franchement en règle et que le patron préférait employer des gens et les payer par dessous du comptoir. Si Léon s'était montré suspicieux pendant quelques instants, la proposition de salaire quasiment exorbitante qui était proposée avait fini par faire taire ses doutes. Lui qui faisait, depuis qu'il était en âge de travailler, des économies afin de pouvoir quitter la maison familiale au plus vite n'allait pas cracher sur un travail aussi bien récompensé. Il rouvrit la porte, tombant sur les yeux d'un vert émeraude d'Elène qui lui souriait franchement, un verre de jus de citrouille à la main. L'adolescent grimaça et l'avala d'une traite, retenant une moue dégoutée. Il adorait Elène, mais la cuisine n'était décidément pas son fort. Là encore, la boisson était à la fois trop sucrée et trop acide, ce qui était surprenant cela va sans dire, mais c'était le geste qui comptait, n'est-ce-pas ? Il s'essuya la bouche d'un revers de main et lui sourie poliment.

__ C'est gentils, la remercia-t-il, secouant la tête vigoureusement en la voyant se diriger vers le pichet pour lui resservir un verre. Pas la peine, ne t'inquiètes pas j'ai mangé avant de partir.

Elle prit une moue contrite avant de refermer le couvercle de son plat. Un fumet s'en échappa et Léon se félicita intérieurement de sa répartie. Son estomac aurait été incapable de supporter un autre repas composé d'haricot à la tomate comme celui qu'elle lui avait servi la veille. Et encore, le terme de repas était légèrement exagéré si l'on prenait en compte le goût infect qui s'en était dégagé. Il rangea sa baguette dans la poche arrière de son jean, remerciant de nouveau la jeune femme pour lui avoir dégoté cet emploi. Si elle n'avait pas eu des contacts avec le gérant du bar, jamais il n'aurait pu y être embauché et il en avait bien conscience. Elle le raccompagna vers la sortie, non sans lui avoir rappelé en riant plusieurs recettes de cocktail. C'était certain que sans l'aide de la quadragénaire - qui s'était révélée experte dans le maniement de la baguette afin de servir derrière un comptoir -  il se serait tout bonnement ridiculisé. Mais Elène avait été patiente, lui enseignant quelques sortilèges aisés et le faisant réciter des recettes. Ouvrant la porte, elle sursauta ensuite en se précipitant vers son salon.

__ Oh, Léon, demanda-t-elle en revenant vers lui, un petit paquet à la main. J'ai failli oublier. Pourrais-tu transmettre ce colis à une connaissance à moi ? Elle prit un air un peu désolé et un peu honteux, puis précisa. C'est ...  En fait, c'est plus qu'une connaissance à moi et je n'ai pas très envie de le revoir. Léon acquiesça, ravalant sa curiosité. Il aurait été déplacé de poser plus de questions à sa voisine sans paraître trop indiscret. Je devais lui remettre ça ce soir à la  " Licorne Fringuante ", mais je n'ai pas le coeur à y retourner. Cela ne te pose pas de problème ?


L'adolescent secoua la tête à la négatif et réceptionna le petit paquet, s'attardant quelques instant sur le visage fermé d'Elène. Quoi que cette histoire cachait, elle ne semblait pas avoir envie d'en parler avec lui. Ce qui était parfaitement logique : cela ne le regardait pas.

__ Non, bien sûr que cela ne me pose aucun problème, lui affirma-t-il. Il hésita quelques instants, puis se permis une question. Comment suis-je censé le reconnaître ?
__ Il répond au nom de Jalender. Pas très grand, cheveux châtains, yeux clairs ...

La description était sommaire, mais elle semblait bien trop perdue dans ses pensées et ses souvenirs pour qu'il ne daigne lui demander plus de précision. Se disant qu'il n'aurait qu'à chercher un homme seul à une table attendant une belle jeune femme, il lui adressa un discret sourire avant d'enfin prendre congé. Il marcha quelques instants dans la nuit tombante avant de transplaner à l'abris d'un bosquet. Il apparu dans une ruelle d'un quartier sorcier de Londres que certains pourraient qualifier de mal fréquenté. Mais en ces temps troubles, se promener dans un quartier seul donnait de toute façon cette impression. Il enfonça ses mains dans ses poches et se hâta de rejoindre la porte en bois, habilement dissimulée dans une ruelle sombre sur sa droite. Aucune enseigne ne venait indiquer le lieu, preuve que seuls quelques habitués devaient en connaître l'adresse. Il frappa quelques coups secs sur la devanture, saluant d'un hochement de tête le gérant qui le laissa pénétrer dans la pièce à l'allure confinée en le saluant d'une tape sur l'épaule. L'adolescent - qui s'était présenté en affirmant avoir dix-neuf ans et non dix-sept, sous les conseils d'Elène - déposa son sac à dos dans le recoin prévu à cet effet et s'attela à la tâche. Il était encore trop tôt et seuls quelques clients, cuvant leur après-midi, étaient installés à des tables.  Les conversations étaient minimes et Léon retint un ricanement, conscient que la majorité des occupants auraient beaucoup de mal à rejoindre leur domicile ce soir. Quels que soit ce qu'ils essayaient de fuir, Léon espérait pour eux que cela ne soit pas leurs femmes, qui ne manqueraient pas de démasquer leurs occupations en sentant l'haleine pleine d'alcool qui devait émaner d'eux à plusieurs mètres.

__ Vous désirez ? demanda Léon bien plus tard dans la soirée à un homme prenant place à une des tables.

Son regard se posa sur l'inconnu et Léon crut reconnaître un semblant avec la description donnée par Elène. Il l'observa, circonspect, hésitant à lui demander son identité. Il reparti chercher sa commande, agitant la baguette pour faire venir un verre et y déversant le contenu. Lorsqu'il déposa le verre devant l'homme, il se grata la gorge avant de demander sur un ton qu'il voulait naturel. Après tout, il n'allait pas passer la soirée à le scuter en espérant que "jalender " n'apparaisse en lettres capitales sur son front.

__ Pardonnez-moi mon impolitesse, mais seriez-vous Monsieur Jalender ?


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 463

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Ven 29 Sep 2017 - 13:57

On ne quittait pas ce genre de milieu juste comme ça. La cinématographie et littérature moldues nous l’ont rabâché à plus d’une reprise. Suffisamment pour que cette circonstance s’enracine dans les mémoires collectives comme un fait acquis et invariable. On ne quittait pas ce milieu juste comme ça, comme on sortirait par la porte d’un restaurant, parce que dans ce restaurant précisément, l’addition n’était jamais vraiment payée. Alors, il ne s’agissait pas nécessairement d’ennemis inévitables qu’il fallait combattre, ou d’un seigneur aux penchants esclavagistes, qui désirait disposer de vos talents de manière illimitée, comme si vous eussiez été un génie enfermé dans une lampe. La réalité pouvait être beaucoup plus prosaïque, mais tout aussi emmerdante qu’un drame mafieux. La vérité était que la plupart du temps, personne n’en avait rien à carrer de votre changement de carrière et vous aviez beau leur expliquer que ce n’était plus de votre ressort, quitter ce monde ne voulait pas dire que vous cessiez d’exister. En bref, on vous sollicitait sans égard pour vos envies, car l’univers de l’ombre, dénué d’organisme pour appliquer les lois, évoluait comme un microcosme socialiste ou l’ensemble avait plus de valeur que l’individu. Le problème principal provenait du fait que personne n’oubliait votre nom. Dans l’idéal, il aurait fallu disparaître comme on désinstalle un logiciel : en supprimant jusqu’à sa référence. Mais les relations humaines tendaient à la pérennité. Du coup, il était effectivement plus simple de mourir que de se faire invisible.

Octave savait que dès qu’il écrirait pour demander des nouvelles, son nom allait réapparaître à toutes les bouches qui pouvaient y trouver intérêt. Un peu comme quand t’es le seul môme à avoir un paquet de chewing-gums dans la classe. Le cercle de tes amitiés grimpait de manière exponentielle jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de chewing-gums. Toutefois, les choses avaient changé durant son absence et il fallait se remettre au goût du jour. Avant son année sabbatique, il avait fait des investissements et il était maintenant temps d’en recolleter les bénéfices, à ses risques et périls. Cependant, il valait mieux régler tous ces détails avant le début de l’année scolaire à Poudlard. Malgré tout l’ardent désir qu’il avait de ne rien faire, Octave abaissa ses lunettes de soudeur et enfila ses gants plombés pour fouiller dans cette poubelle radioactive qu’était sa vie.

Outre les lettres de courtoisie, il y avait toutefois une affaire qui avait attiré son attention encore en Australie. Il y a un peu moins de cinq ans, il avait eu le plaisir de travailler avec une charmante Dame de quasiment une décennie son aînée. Elle évoluait dans la petite foule très selecte du blanchiment d’œuvres d’art. Elle ne jouait que le rôle de dépositaire la plupart du temps, et pour cause, son plus grand pouvoir était son absolue discrétion. Non pas qu’elle fut un génie du crime capable d’effacer toutes les traces que ses mains noires laissaient. Non, sa vie était dramatiquement banale. Comprenez, elle était un peu comme la grand-mère qui sortait un fusil du pan de son peignoir à fleurs. Cette apparence de tapisserie sur fond de mur semblait bien plaire, car personne ne se doutait du contenu vertigineux de sa cave, qui avait déjà contenu jusqu’à cinq millions de gallions en valeur d’art. Ses jolies manières de mère au foyer avaient subornées Octave de la même manière qu’on succombait à une babiole qui, pour l’une ou l’autre raison, nous crevait le cœur. Cette Dame, Elena, avait la tranquillité chaleureuse de celle qui était toujours contente de vous voir. Il ne s’était jamais extasié de ses qualités intellectuelles ou de sa perspicacité, tant le simple fait qu’elle fut toujours gentiment disposée à l’accueillir en semblant enchantée de le voir l’avait irrémédiablement séduit. Rien de rationnel dans cette relation, qui évoluait dans la vallée enchantée et mirifique de sentiments idylliques purement implicites, voir primitifs. Ils ne s’étaient jamais aimés, mais il devait avouer que rarement avait-il eu compagnie plus lénifiante, plus compréhensive, et ce fut à sa présence seule qu’il devait d’avoir échappé à quelques divagations passagères. Cependant, ils ne parlaient pas vraiment non plus et au bout de quelques mois intimes, ils n’avaient toujours rien compris l’un à l’autre jusqu’au bout. Sans se connaître pourtant, s’évanouissaient-ils à la légèreté de quelques agréables étreintes. Contentés, mystérieux, vaincus, ils s’étaient consolés d’on ne sait quoi exactement par la lenteur langoureuse de baisers de colombine.

En partant, il lui avait laissé, par générosité douteuse, un certain nombre de ses contacts, pour qu’elle puisse continuer son activité de manière encore plus lucrative, devenant non seulement consignataire, mais également personne de contact. Cependant, la bienveillance aveugle lui revint en pleine figure lorsque des plaintes lui parvinrent, suggérant qu’Elene avait changé beaucoup trop de règles en son avantage, augmenté les prix, et abusé de certaines confiances. D’elle, on se désintéressa bien vite, préférant avoir recours à quelqu’un d’autre, mais la bonne parole d’Octave en fut irrévocablement tâchée. La confiance qu’on lui avait accordée s’en était trouvée sensiblement dégradée. Par esprit d’honnêteté, il rattrapa donc scrupuleusement sa faute d’avoir jadis pointé du doigt sur quelqu’un qui avait déçu. Pas la peine de chercher Elena pour lui demander des comptes, car il dut régler les mécontentements qu’elle avait créées. De toute façon, elle s’était comme volatilisée entre temps. Non, à défaut de continuer à recevoir de la clientèle, elle stockait encore parfois un ou deux tableaux dans sa maison. Il suffisait donc d’attendre de lui tomber dessus.

Au début du mois d’août justement, Octave eut l’occasion de jouer les entremetteurs entre un receleur et un collectionneur, cherchant à parfaire ses biens avec une dernière pièce de l’antiquité chinoise maudite. Il s’agissait d’un rare cachet impérial en jade, sculpté « Yushufang Jiancang Bao », de la dynastie Qing, époque Qianlong. On disait que l’impératrice avait offert le cachet à son mari en cadeau, le maudissant de sorte à ce que celui qui s’en trouvait proche sente des faiblesses dans les mains et les doigts. Vengeance qu’elle prenait sur l’empereur, pour qu’il se trouve dans l’impossibilité de satisfaire toutes les maîtresses qu’il avait. Petit objet à peine de la taille d’une paume qui s’envolait à quasiment un million de gallions. Quinze pourcents de commissions étaient promises à la clé et lorsque le receleur lui dit qu’une respectable jeune femme blonde l’avait dans sa cave et était prête à lui livrer la chose, Octave eut un sourire mauvais. Il aimait jouer l’alligator, restant allongé dans la vase la gueule ouverte en attendant que ses victimes y tombent à la renverse. L’accord fut conclu et jusqu’au dernier instant, le receleur lui assura que ce serait bien une blonde qui viendrait lui apporter le paquet. La vengeance allait cependant être délicate, car le collectionneur exprima le désir d’être présent lors de la réception du paquet, pour s’assurer de son authenticité, bien qu’Octave eût été largement capable de le faire soi-même.

Un peu plus tôt que ne lui avait suggéré sa montre, Octave entra donc un bar au nom coquet de Licorne Fringuante. Nom qui demandait quand même quelques explicitations en y repensant, ou une plainte pour publicité mensongère, à choisir. Car l’intérieur ne corrélait absolument pas avec l’intitulé. Quand même, une licorne, ça vous inspirait un arc-en-ciel au moins ? Donc soit quelque chose de franchement gai, voir gay, soit quelque chose de profondément psychédélique. Des hommes en train de se tortiller sur des barres de strip-tease ou des champignons secs consommés sur une natte en bambou. La troisième option étant une animalerie étrange pour grands-mères affublant leurs chers et tendres de costumes « fringants » pour les faire vivre comme une espèce de progéniture difforme, extension d’elles-mêmes… Ca foutait plus le froid dans le dos que l’idée d’un bar à opium quand même. Cependant, pas de drogues à l’horizon, sauf celles qui passaient éventuellement sous les tables et tapissaient les bacs à PQ des chiottes. Pas non plus de gringalets se trémoussant sur une musique aussi louche que le nom du bar. Ni de grands-mères, ouf !

La réalité était, comme à chaque fois, bien ordinaire. C’était le genre de lieu où on était envahi par une réconfortante sensation de ne pas s’être fait poignarder à mort pour une sombre histoire de regard qui aurait duré trop longtemps. Octave s’y sentait comme à la maison quoi ! Il alla s’installer à une table stratégiquement placée, pas trop loin des sorties, noyée dans une foule plus ou moins épaisse, relativement bruyante, et avec un bon périmètre d’observation. De sa chaise, il pouvait balayer la quasi-totalité de la salle, en gardant les angles morts minimes et sans grand danger potentiel. Occupé par son repérage, Octave considéra que très vaguement le jeune serveur, venu docilement faire son travail. « Un Scotch Glenfiddich, si vous en avez, sinon un tout autre Williams. Merci. » S’en débarrassa-t-il en lorgnant avec un air d’oisiveté étudiée sur les autres clients. Elène aussi venait plus tôt parfois, pour profiter du bar avant le travail. Cependant, il n’y avait pas de nuage blond à l’horizon, obligeant Octave à redoubler de vigilance. Il s’humecta nerveusement les lèvres, tentant de scanner le bar aussi subtilement que possible sans rater sa cible, car dès qu’Elène se rendrait compte que c’était lui, elle risquait de détaler si vite qu’on ne verrait que le reflet de ses talons aiguilles sous les néons.

_ Pardonnez-moi mon impolitesse, mais seriez-vous Monsieur Jalender ?

Son regard, hébété, vogua jusqu’au verre posé devant lui, puis continua sa route vers le serveur, qu’il constata d’abord avec des yeux désincarnés. Etait-ce lui, le greluchon promis par le nom du bar ? Il était beau, le diable. Une beauté sauvage et irrévérencieuse que même le grand Octavius était prête à envier sans rancœur. Son visage carré et ses traits farouches, étrangement non dénués d’une certaine naïveté qui résidait dans l’inflexion des sourcils et la tension de la bouche, rendait impossible de lui prêter un âge. Il était jeune, et c’était à peu près tout ce que Octave put en conclure. La vingtaine ? La trentaine ? Pas plus en tout cas. Une bouche à vous donner l’envie de fraises et un cou épais de cœur robuste. Monsieur Jalender ? La vingtaine, définitivement. Ou une trentaine très timide.

« Il n’y a pas que ton impolitesse que tu doives te faire pardonner, je le crains…
- Jal ! »

Octave se retourna prestement vers le collectionneur l’interpellant, reconnaissant l’individu rien qu’à sa voix. Leur collaboration était si longue et cordiale qu’il avait été invité à la barmitsva de son fils. L’homme était aussi grand que mince, flanqué d’un costume sorcier discret, mais bien taillé. Son visage pourtant n’inspirait que l’hiver. Eternellement engoncé, il slalomait entre les tables comme une pile de quilles mises en équilibre chancelant, avec maladresse, accompagné de ses fidèles cerbères, qui étaient là pour compenser ses manquements physiques.

« T’as ramené ton petit copain Jal ? »

Demanda-t-il en remarquant l’air un peu surpris du consultant, slash bibliothécaire. Le concerné cligna des yeux, réalisant avec beaucoup de mal qu’Elène était peut-être ce gars aux yeux bleus. Et tandis que les deux côtés attendaient des explications qu’il espérait au même titre, Octave décida naturellement de ranger son incompréhension sur le banc des trompés, car il l’était.

« Salut Reiss. Tu vois, je crois que mon petit copain est censé être la "blonde". Mais quelque part en chemin "la blonde" a décidé de devenir "le brun". »
Dit-il en reluquant le serveur d’un air suspect et contrit, soupçonnant qu’Elène ait esquivé la rencontre de justesse en envoyant quelqu’un à sa place. Reiss se répandit en questions rhétoriques outrées, avant qu'Octave ne reprenne la confusion entre ses mains :
« Comment ça ? La blonde ne viendra pas ?
- Où est la blonde, ma blonde ? Et plus important, où est le paquet ? »

Octave se redressa en posant la question, désireux d’être à la même hauteur que ses interlocuteurs, dont il n’atteignait de toute façon pas la taille. Il se posa symboliquement à côté de Reiss, pour que la malheureuse fausse blonde ait droit à une rangée de regards suspicieux et clairement mécontents. Inspiré, Reiss retrouva le sens de ses propres priorités :

« Il y a une cave à vin dans ce bar, ou des sous-sols pour qu’on puisse y discuter ? T’auras intérêt à nous répondre très rapidement, la blonde, sinon l’un de mes gars te fera rentrer dans un fût à bière par le tube. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 46

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Mar 3 Oct 2017 - 17:13



__ Il n’y a pas que ton impolitesse que tu doives te faire pardonner, je le crains… railla l'inconnu.

Léon arqua un sourcil, peu impressionné par la menace sous entendue. Elène avait eu ce petit air terrifié et triste en lui parlant de ce " Jalender " et Léon, s'il avait correctement interprété les non-dits d'Elène, s'attendait au numéro de l'ex petit ami déçu que sa gazelle ne daigne venir à un rendez-vous. Bah tiens. Qu'il vienne taper sur autre chose que sur une femme, histoire de voir si le gringalet faisait le poids. Non par que Léon soit un ferlant adepte de la violence, mais il pouvait faire une exception pour les pères ou les hommes tapant leurs compagnes ou filles. Allez savoir pourquoi, ça le démangeait légèrement. D'autant plus si la dite personne mesurait bien vingt centimètre de moins que lui. Léon carra légèrement les épaules, bien décidé à lui remettre au plus vite le colis et l'addition. Si jamais ce Jalender ne comprenait pas le message l'invitant à quitter le bar, il n'aurait qu'à lui mettre son geste commercial dans la gueule.

__ Jal ! s'exclama soudain un nouveau client, tout en se frayant un chemin à travers les tables.

Léon regarda la silhouette longiligne s'avancer vers eux, surpris par le costume sobre arboré. Ce n'était pas vraiment le genre de la maison. Quelque chose le dérangea immédiatement chez cet homme. On aurait dit qu'il avait poussé trop vite et qu'il était maintenant dérangé par ses bras et ses jambes, trop longs pour lui. En fait, l'homme lui évoquait vaguement un crayon à papier, objet moldu utilisé pour griffonner sur des feuilles et dont la mine aurait pu correspondre aux quelques cheveux gris qui dépassaient de son crâne quasiment dégarni en se dressant fièrement vers le ciel. Il y avait malgré tout quelque chose de menaçant chez lui. Allez savoir quoi. Quoi que, les deux gardes du corps lui flanquant aux trousses y étaient probablement pour quelque chose. Là, par contre, il y avait du muscle sous les costumes, on sentait que l'idée générale du packaging était bien d'imposer la peur. Tout habillés de noir, les vêtements collant à la peau afin de bien faire signifier à qui se poserait encore la question qu'ils avaient de quoi rendre les coups. On aurait effectivement dit des chiens de gardes, leurs visages semblant figés dans une expression se voulant  menaçante. Ou bien un air constipé, au choix. Léon grimaça quand les toutous prirent place de chaque côté de Crayon à Papier. Ouaf, Ouaf. C'est qu'ils mordraient presque.

__  T’as ramené ton petit copain Jal ? demanda le porte-mine.

Donc ce Jalender donnait également chez les hommes ? Peu lui importait au fond, tant qu'il pouvait rapidement passer à autre chose en lui refourguant ce pourquoi il lui avait adressé la parole. Il n'allait quand même pas y passer la soirée ! Jal - autant l'appeler par son petit nom - sembla le détailler de nouveau avec intérêt. Il avait fini, oui ? Tout ça pour une histoire de quelques broutilles oubliées chez Elène, franchement, cela frôlait le ridicule. Il avait un bar à tenir, après tout et avait autre chose à faire que de se mêler des crises existentielles d'un rouquin ne supportant pas qu'une femme ne veuille plus le voir. Et qui semblait également tremper dans quelque chose de douteux, si on considérait le fait que Crayon à Papier et ses deux molosses semblaient bien le connaître.

__ Salut Reiss, répondit Jal à "Crayon à Papier". Tu vois, je crois que mon petit copain est censé être la "blonde". Mais quelque part en chemin "la blonde" a décidé de devenir "le brun".

Léon ne savait pas vraiment à quoi ce Jal semblait tourner, mais pour sûre que c'était sûrement de la bonne. Le type était tellement persuadé qu'Elène allait revenir lui rendre sa brosse à dent  en main propre qu'il se sentait l'obligation de se plaindre aux trois autres. Crayon à Papier alias Reiss cligna plusieurs fois des yeux en le reluquant à son tour  et Léon siffla entre ses dents, agacé de devenir un objet de foire. Les deux colosses le toisaient également et Léon ressentit un frisson s'emparer de son échine. Dommage qu'on ne musèle pas les hommes,  parce que Léon s'attendait presque à les voir bondir si Crayon à Papier leur donnait l'ordre d'attaquer.

__  Comment ça ? La blonde ne viendra pas ? demanda Crayon à Papier.  
__ Où est la blonde, ma blonde ? Et plus important, où est le paquet ? Renchérit Jalender.

A tout bien y réfléchir, Léon trouvait que cela faisait beaucoup de monde et de questions pour ce qui aurait dû être la remise de broutilles à Jalender. Il observa ce dernier se poster à côté de Reiss, obligeant les chiens de gardes à s'écarter légèrement afin de reprendre leur formation de haute sécurité parfaitement symétrique. L'adolescent regarda la manoeuvre, suspicieux, cherchant à comprendre ce qui lui valait toute cette série de regards interrogateurs. Il avait l'impression d'être épié sous toutes les coutures, avec tellement d'acharnement qu'il était à la limite de plaider l'agression sexuelle. Il avait la désagréable impression de ne pas avoir toutes les cartes en main. Si le rouquin avait abordé la question d'un paquet, Léon n'avait pas l'impression qu'il parle de quelques vestiges oubliés témoignant de sa relation houleuse avec Elène. Enfin, relation houleuse, c'est ce que son esprit avait imaginé en se voyant confier pareille mission.  Il soutint leurs regards quelques instants, intrigué et de plus en plus inquiet quand au retournement de situation. Crayon à Papier sembla soudain reprendre ses esprits et il s'ébroua en pointant un doigt menaçant sur lui.

__  Il y a une cave à vin dans ce bar, ou des sous-sols pour qu’on puisse y discuter ? demanda-t-il. T’auras intérêt à nous répondre très rapidement, la blonde, sinon l’un de mes gars te fera rentrer dans un fût à bière par le tube.

Oublié la brosse à dent et les quelques calçons égarés, donc. Léon se figea, le mauvais pressentiment gagnant de plus en plus du terrain. Parlaient-ils d'Elène en l'appelant la blonde ? Et plus important encore : Elène avait-elle quelque chose à avoir avec ce qui ressemblait à s'y méprendre à une mafia organisée sorcière ? On aurait dit que tous les mauvais éléments d'une scène revue mainte et mainte fois étaient réunis : un bar glauque au nom stupide, un inconnu à l'allure mystérieuse, un gringalet trop bien habillé flanqué de ses deux sbires dont la quantité de muscles ne semblaient avoir d'égal que l'absence de neurones et le crétin qui s'était fourré dans une embrouille trop grande pour lui. Inutile de préciser son rôle à lui. Le regard de Léon se posa tour à tour sur chacun des inconnus, son cerveau essayant de comprendre comment la simple mention de " Jalender " avait pu le plonger ci soudainement dans une mauvaise série B. Et Crayon à papier qui demandait à ce qu'ils s'enferment dans un sous-sol ? Mais oui, Léon n'avait qu'une hâte : se retrouver seul avec quatre gaillards qui n'avaient de cesse de l'appeler la blonde. Non vraiment, que demander de plus.

__  Les sous-sols sont trop pleins d'alcool pour que nous y entrons tous les cinq, se défila-t-il. Je vous sers quelque chose, messieurs ? demanda-t-il, très professionnel.

Pas certains que sa réponse, légèrement teintée d'ironie au vue de la situation tendue actuelle, ne leur convienne. Mais Léon cherchait avant tout à gagner du temps, se demandant s'il devait céder à la demande et aller dès à présent chercher le paquet qui était encore dans son sac à dos. Quoi qu'il ne contienne, il semblerait qu'il soit d'un intérêt tout particulier pour Jal et, à en juger par la mine de plus en plus constipée des molosses, il devait également être important pour le dénommé Reiss. Quoi qu'Elène ne lui ai demandé de transporter, Léon avait l'impression qu'il ne s'agissait vraiment pas de banalités comme il l'avait cru au départ. Il était quasiment persuadé que "la blonde " était la quadragénaire, en apparence sans histoire, qui lui servait de voisine. Imaginer cette mauvaise cuisinière mais adorable personne mêlée à des types dans ce genre semblait invraisemblable à Léon. Mais quoi qu'il en retournait et malgré son air peu impressionné en extérieur, le vert et argent se sentait en train mauvaise posture.

Crac. Cherchant l'origine du bruit désagréable, son regard se posa sur un des deux Saint Bernard qui était à présent occupé à faire craquer l'un de ses doigts boudinés. Crac, de nouveau. Léon avala difficilement sa salive, réceptif malgré tout à la menace dissimulée des deux Cerbères. Il avait beau ne pas connaître du tout leur Pédigrée, les craquements de jointures semblaient l'inviter à coopérer. Léon imaginait sans mal ses propres doigts craquer de la sorte s'il continuait à ne pas répondre à leurs interrogations. Il s'accorda quelques instants, tachant de se rappeler que le plus important dans la négociation, cela n'était pas d'être équitable. Si l'on cherchait à négocier les parts d'un gâteau, l'habileté consistait à ne s'en sortir qu'avec la cerise ornant la pâtisserie tout en laissant croire aux autres qu'ils avaient réussi à le berner. Léon en savait tellement peu dans cette histoire qu'il était bien décidé à se contenter de la cerise : s'en sortir indemne.

__ Je suis touché par l'importance que vous me portez, vraiment, commença-t-il, non sans lâcher des yeux l'un des deux limiers qui continuait à faire craquer ses boudins. Et bien que l'idée de visiter l'intérieur d'un fût à bière ne me plaise pas particulièrement, je serais bien incapable de vous expliquer de quoi il retourne.

Son regard se posa sur le dénommé Jalender, désireux d'obtenir de plus amples explications. Une petite partie de lui était absolument terrifiée : tout ce qu'il voulait, lui, c'était finir cette soirée de travail et rentrer chez lui. Dans quel pétrin sans nom Elène l'avait-elle fourré ? Désireux de garder l'histoire du paquet pour lui encore un moment - on ne donne pas sa seule monnaie d'échange sans garantie - l'adolescent planta ses yeux anthracites dans ceux, plus clairs, du rouquin.

__ James m'a chargé de vous dire que son ami, Elène, serait dans l'impossibilité d'honorer le rendez-vous.

Conscient qu'il était une cible toute désignée au fait que le rendez-vous soit annulé, Léon reprit la parole, toujours à l'adresse du dénommé Jalender. Loin de lui l'envie de fournir à Crayon à Papier et à ses deux bouledogues l'envie de faire passer un quelquonque avertissement à Elène pour son manque de ponctualité.De tous les livres qu'il avait lu, Léon trouvait que les messagers avaient toujours un bien triste sort. Il paraissait que s'en prendre au messager, justement, transmettait un message. Inutile d'en faire les frais.

__ Voulez-vous que je le prévienne de votre venue ? James est le gérant de ce bar, expliqua-t-il. Il n'est pas ici pour le moment mais je peux le contacter, si vous le souhaitez. Il sera probablement de bien meilleure utilité que moi.

Voilà, autant donc être le messager d'un messager. Après tout, Elène lui avait présenté James comme étant un de ses amis. Même si Léon doutait que les inconnus le laissent envoyer un hibou au gérant du bar, à présent à son domicile, il se devait d'essayer. Et puis ses déclarations n'étaient pas vraiment des mensonges : Elène, il ne la connaissait que très peu. Voir pas du tout, à en juger par son comité d'accueil.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 463

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Jeu 5 Oct 2017 - 21:42

Plus le temps passait et les remarques fusaient, et moins Octave appréciait ce malabar musclé. Dans son exaspération personnelle, il appréciait assez peu l’air audacieux de l’inconnu barman, pas assez soumis à son goût. Il se comportait comme s’il rendait un service à quelqu’un, sans l’once d’une idée quant à la responsabilité qui convergeait sur sa délicate position de gars pas au bon endroit. A force de scruter le Praxinoscope qu’était le visage de la fausse blonde, Octave conclut sans grande difficulté que le minot n’était au courant de rien. C’était simple : dès le premier abord, il avait accueilli les prétentions comme un outrage, et non avec crainte, alors même que sa position de messager de bas étage lui imposait les yeux baissés. Non, il y avait manifestement mésentente sur le rôle qu’il devait tenir, et cette réalisation n’avait en rien adouci la pompe à sang qu’Octave avait dans la poitrine. Elena avait non seulement échappé à la rencontre, mais en plus avait-elle envoyé quelqu’un d’absolument pas préparé et sous-informé pour remplir la tâche à sa place. Il aurait bien voulu gronder son manque de professionnalisme flagrant, mais même à ce degré, ça ne l’étonnait pas. Peut-être d’ailleurs avait-elle sacrifié ce petit freluquet pour se venger d’Octave, le mettant dans la misère face à ses clients par le biais d’un personnel inconscient. Manque de bol, il ne comptait pas s’en excuser, ni défendre ses sources, préférant jouer le scandale plutôt que d’atténuer la situation. S’il pouvait pourrir la réputation d’Elèna au passage, ce ne serait qu’un bonus agréable. Enfoirée de blonde.

L’air peu enclin à la coopération du garçonnet lui aspira la taquinerie agacée, tandis que sous la menace des brutes de Reiss, le barman perdait de son aplomb comme un soufflet d’accordéon. Si on se concentrait bien, peut-être serait-on capable d’entendre le petit sifflement strident du courage s’échappant de son corps ? La colère froide de Reiss participa à mettre fin à ce torse bombé en bouclier. Les craquements de jointure achevèrent la mise en scène plutôt caricaturale, mais diablement efficace dans la réalité. L’insinuation à la violence avait de toute façon toujours un aspect grotesque inévitable. Octave était bien content pour une fois de ne pas avoir besoin de faire recours à des miracles de persuasion pour mettre ce malabar à genoux. Des montagnes de muscles s’en occupaient à sa place. Ne pas oublier cependant que ces montagnes pouvaient se retourner contre lui à tout instant. Mais ça, le cher serveur n’avait pas besoin de le savoir. Reiss de son côté, avait eu la bonne idée de ne pas prendre Octave à part pour lui demander de plus amples explications, qu’il n’avait pas de toute façon. Pour le moment, la cohésion de la majorité primait.

__  Les sous-sols sont trop pleins d'alcool pour que nous y entrons tous les cinq. Je vous sers quelque chose, messieurs ?

Le malandrin n’avait manifestement pas compris jusqu’au bout l’art subtil de répondre à une question par une autre. Il n’était donc pas barman pour rien celui-là, tout partait dans l’alcool. Et cela les arrangeait tous, car n’étant visiblement pas habitué à ce genre de situations de force, la fausse blonde se perdait un peu dans les velléités maladroites. Il leur serait donc plu simple de le dominer, comme on dominait un petit garçon de neuf ans dans un match de boxe. Un coup dans les gencives et aurevoir les dents de lait. Les craquements se réitérèrent, plus fort, comme du petit bois.

__ Je suis touché par l'importance que vous me portez, vraiment. Et bien que l'idée de visiter l'intérieur d'un fût à bière ne me plaise pas particulièrement, je serais bien incapable de vous expliquer de quoi il retourne.

Attends encore un peu, continue sur ta voie choisie, et tu te retrouveras incapable de plein de choses. Non seulement avait-il encore la présence d’esprit pour un peu de sarcasme, mais en plus le regardait-il, cherchant des réponses chez celui qui posait les questions. How foolish are you, dude ? Au fond, il n’avait pas tort, Octave en savait probablement plus, mais hors de question de lui concéder cette vérité. Ce serait échanger les places et il n’avait aucune envie d’être celui qui frissonnerait en entendant les jointures craquer. Alors le bibliothécaire le toisa avec suspicion, ses sourcils pesant sur ses yeux défiants. Reiss les observa tous les deux, le barman étant parvenu à glisser anguille sous roche dans ses convictions.

__ James m'a chargé de vous dire que son ami, Elène, serait dans l'impossibilité d'honorer le rendez-vous. Voulez-vous que je le prévienne de votre venue ? James est le gérant de ce bar. Il n'est pas ici pour le moment mais je peux le contacter, si vous le souhaitez. Il sera probablement de bien meilleure utilité que moi.
- Mais tu déconnes ou quoi ? »

Oh. Oooooh, petit enfoiré, je vois ce que tu essayes de faire-là ! Sauf que ça marchait rarement comme ça. On n’allait pas chercher le patron du patron pour lui imputer de s’expliquer. Non, on vous prenait par les chevilles pour vous secouer jusqu’à faire tomber le moindre shekel de vos poches par la force de la gravité, avant de passer à l’échelle suivante. Et ainsi de suite jusqu’à celui qui détenait la vérité, parce que tout le monde devait payer son manque d’implication. Et en plus, il continuait à le regarder avec ses yeux de cabillaud, ce bougre !

L’attention convergeait vers son visage, ce qui voulait dire qu’on attendait quelque chose de sa part. Reiss étant le client, s’il ne se manifestait pas davantage dans ses menaces, cela voulait qu’Octave devait, en tant qu’entremetteur, jouer les tampons, même s’il n’en savait pas plus que son commanditaire à ce sujet. Le recèle d’art, ce n’était pas vraiment un univers où on pouvait se plaindre en prétendant que la faute imputait à la poste si l’objet n’était pas arrivé à bon port… Alors Octave se repositionna sur ses jambes, faisant mine de vouloir faire face à Reiss pour fournir de plus amples spécifications, mais profita de l’élan que lui prêtait le mouvement pour mouler avec sa pince de crabe le cou de la fausse blonde. Robustes, ses longs doigts pincèrent les jolies cervicales de la nuque hâlée qui, bien qu’épaisse, était peu protégée par des muscles à cet endroit. Il tâta rapidement jusqu’à épingler les vertèbres à travers la peau, pinçant l’os comme on vous pinçait une noix pour l’écraser. Les nerfs n’étaient pas loin, comprimés sous sa poigne. Octave avait beau être plus petit, il possédait non moins une jolie force convaincante, explosive, qui s’acharnait présentement sur un point faible. D’une main ferme, il força le barman à prendre les devants jusqu’à la sortie de service, menant à une ruelle où des poubelles s’entassaient. Là, il le lâcha, non sans le projeter vers l’avant pour le déséquilibrer. Ressis suivit de près et ses deux sbires volcaniques se postèrent de part et d’autre de la ruelle, empêchant Léon de fuir.

« Te voilà donc concrètement touché. J’espère que cet aspect de notre relation t’en vois ravis à part égale. Je ne suis pas satisfait en revanche, parce que des deux questions qui t’ont été posées, tu en as évité une et expédié l’autre. » Il n’y avait pas de question, donc personne n’attendait encore de réponse. Laissant une pause, Octave remonta méthodiquement les manches de sa chemise jusqu’à la base du coude. Sa voix sonna maîtrisée, en corde tendue et sûre de soi : « Tu n’as rien nié, je suppose alors que tu es quand même au courant de quelque chose. Ton James, on n’en a rien à foutre. Où est le paquet ? » Il réitéra la question pour remettre les objectifs en perspective, car au final, Elèna était un problème personnel. Mais comme le minot avait déjà esquivé une fois, il préféra spécifier d’avance qu’il n’était pas facile à duper. « La seule utilité d’Elène, c’était de ramener un paquet. Si elle s’est adressée à James comme tu le prétends, il devrait être là à sa place. Mais il n’est pas là non plus. J’en conclus que le paquet n’est pas chez lui. Il ne reste plus que toi. »

Octave fit quelques pas sur le côté, gardant une distance de sécurité entre lui et le barman, lui spécifiant ainsi qu’ils n’étaient même pas à une année lumière d’être du même côté pour le moment. Et que s’il décidait de s’approcher, ce ne serait que pour une raison bien précise. Il se retourna vaguement vers Reiss, cherchant son approbation. Ce dernier ne bougeait pas, les mains plantées dans ses poches, observant la scène avec une certaine nervosité teintée d’indifférence. Il était un homme de nature tranquille, n’aimait pas quand les choses ne se passaient pas comme prévu et avait en réalité du mal à gérer ce genre de situations, raison pour laquelle deux tas de cailloux l’accompagnaient en permanence. Se frustrant lorsqu’il ne recevait pas ce qu’il désirait, Reiss pardonnait lorsque l’échec était dû à une certaine mesure au hasard. Mais la situation n’était pas très claire pour le moment et Octave se devait d’apporter des réponses s’il voulait rester dans les bonnes grâces, rien que par principe. Cette conviction lui insuffla de la grandeur, bomband son torse en bouclier dans un élan qui prêtait de la puissance à sa petite carrure. Ses épaules étaient basses, sa respiration tranquille et ses yeux fixes, brillants. Et parce qu’il était parfaitement sérieux, il s’abstint de formuler toute menace inutile, étant un homme dans l’action avant tout, contrairement à Reiss.

« Alors, ma blonde… ta mémoire s'éclaircit ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 46

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Dim 8 Oct 2017 - 15:55



__  Mais tu déconnes ou quoi ? S'ébroua Jalender.

Le sang de Léon se glaça instinctivement. Il savait reconnaître une menace lorsque cela en était une et le ton pris par le rouquin n'était pas franchement de bonne augure. Bon. Donc l'idée d'appeler James ne leur plaisait définitivement pas. Ainsi les trois individus n'étaient pas du style à vouloir s'exprimer au patron pour se plaindre des employés. Son regard dévia de nouveau vers le Cerbère à l'arthrite bruyante et un frisson parcouru de nouveau son échine. Plus le temps passait et moins il se sentait à l'aise, ayant l'impression de descendre de plus en plus bas dans la chaîne alimentaire. Crayon à papier les toisa tour à tour. Jalender se leva et Léon se mordit la langue, conscient que le porte-mine venait probablement de donner un ordre silencieux. Le fait qu'il soit beaucoup plus petit que lui n'enlevait rien à l'air menaçant de l'homme, qui réussissait sans mal à faire oublier les quelques dizaines de centimètres manquants. C'était peut être ça, le plus terrifiant. Avant même qu'il n'ait eu le temps de reculer dans un élan d'instinct de survie, Jal l'empoigna par la nuque, le forçant à courber le dos et un cri de douleur traversa sans son autorisation ses lèvres closes. Cela faisait un mal de chien. La piqûre cuisante de ses doigts se refermant sur ses vertèbres engendrait des décharges nerveuses qui serpentaient le long de son cou et remontaient de manière lancinante dans sa tête et sa mâchoire, le comprimant comme si sa tête se faisait broyer dans un étau. Il retînt avec difficulté d'autres lamentations de douleur tandis qu'il était contraint de suivre le mouvement imposé par le rouquin. Il sentit ses genoux butter contre plusieurs chaises pendant qu'on le guidait sans douceur à travers le bar, mais l'élancement qu'il en ressentit n'était rien comparé à la poigne douloureuse qui lui était imposée. La chaleur étouffante du mois d'Août l'accueillie mais il ne pris pas une seconde pour la savourée, se faisant projeter sans ménagement contre les poubelles qui, si elles agressèrent son odorat, eurent au moins le mérite d'amortir sa chute. Il se redressa rapidement, constatant avec effroi qu'il se trouvait désormais dans la ruelle sombre jouxtant au bar. Décidément, les mauvais clichés de situations coupe-gorges n'en finissaient plus. Il s'accorda un regard à chaque extrémité et ne fut pas surpris d'y voir les chiens de gardes, visiblement très à l'aise pour ce qui étaient de "sécuriser " un lieu. La partie ironique de Léon se demanda de quelle manière ils étaient recrutés : après avoir été mesurés sous tous les angles pour vérifier qu'ils avaient bien les dimensions d'une armoire à glace, les plaçait t'on dans pleins de lieux en les jugeant sur leur capacité à en condamner les sorties ? Devaient-ils faire des scènes d'intimidations ? Boudins craqués lui avait peut être joué son meilleur numéro, qui sait. Comme en réponse à ses interrogations intérieures, ce dernier lui adressa un sourire et Léon sentit le peu d'air qu'il possédait encore dans ses poumons les quitter. Enfin, un sourire, c'était vide dit. On aurait vraiment dit qu'il allait le manger tout cru, comme un pitbull entraîné pour les combats de rues que l'on aurait affamé depuis trop longtemps. L'adolescent avait l'impression que les yeux de l'homme lui criaient que non, il était encore loin d'avoir vu son meilleur numéro.  

__ Te voilà donc concrètement touché, ironisa Jalender. J’espère que cet aspect de notre relation t’en voit ravis à part égale. Je ne suis pas satisfait en revanche, parce que des deux questions qui t’ont été posées, tu en as évité une et expédié l’autre.

Le Vert et Argent fut bien obligé de lâcher les molosses des yeux, son regard se posant son interlocuteur dont la voix calme était d'autant plus saisissante. Ca ainsi que la façon dont il défit avec calme les boutons de ses manchettes avant de les retrousser, dévoilant ses avants bras. Alors bon, Léon avait beau ne pas être un grand habitué des passages à tabac, il était persuadé que ce geste en apparence anodin n'était qu'un avertissement à ce qui n'allait pas manquer d'arriver. On retroussait ses manches pour éviter de se tâcher, pour cuisiner par exemple. Mais en y réfléchissant bien, c'était peut être ce qu'il avait effectivement prévu de faire : le détailler et le hacher menu afin de le faire recracher tout ce qu'il gardait en lui. C'est à dire pas grand chose, mis à pars le fait qu'Elène lui avait demandé de rendre quelques affaires à un ex petit-ami violent. Sur le côté virulent et agressif, d'ailleurs, elle aurait pu mieux le renseigner. Mais bon, si elle n'avait omis que ce détail à la rigueur... Mais un : Oh fait Léon, je te demande de faire le coursier pour une bande de voyous à qui je devais livrer quelque chose. Ca aurait été pas mal, histoire qu'il sache au moins à quoi s'en tenir. Ou bien : Léon, dis-moi, tu aimes te faire passer à tabac ? Non mais après tout, peut être avait-elle cru que c'était un de ses passes temps ! Léon laissa la colère qu'il éprouvait à l'encontre de sa voisine se rependre dans ses veines, espérant qu'elle réussirait à chasser la peur qui menaçait de le tétaniser sur place.

__ Tu n’as rien nié, je suppose alors que tu es quand même au courant de quelque chose, repris-t-il. Ton James, on n’en a rien à foutre. Où est le paquet ?

C'était donc bien une histoire de transition. Léon nota l'emploi de la troisième personne du pluriel et cligna plusieurs fois des yeux, se demandant quels liens y avaient-ils entre ce Jalender et les trois autres. Il repensa furtivement à Elène puis se refusa à s'y attarder, trop blessé intérieurement par la trahison dont il allait probablement encore faire douloureusement les frais. On n'emmenait pas quelqu'un dans une ruelle déserte pour lui causer météo, mais bien pour être à l’abri de tout regard indiscret. Il déciderait plut tard - s'il y avait un plus tard, d'ailleurs - de la conversation qu'il devrait avoir avec la charmante blonde pour laquelle les quatre autres gus le prenaient. Enfin, s'il la revoyait un jour, ce dont il n'était plus tout à faire certain désormais. Elle l'avait envoyé pour se charger d'une mission périlleuse, cela n'était sûrement pas pour rester tranquillement chez elle. Les longues discussions qu'ils avaient entretenues tous les deux pendant l'été avaient dû apprendre plusieurs choses à Elène  - en dehors du fait qu'il avait désespérément besoin d'argent : il n'était pas assez loyal pour protéger quelqu'un et n'aurait aucun scrupule à mettre en danger Donia ou les Mills s'il le devait. Ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : elle avait probablement fuie la jolie demeure qu'elle occupait depuis à peine quelques semaines. Parce qu'elle devait savoir qu'il n'hésiterait pas à leur donner l'adresse s'il le fallait, même si cela devait donner aux quatre compères des renseignements sur son lieu de vie à lui aussi.

__  La seule utilité d’Elène, c’était de ramener un paquet. Si elle s’est adressée à James comme tu le prétends, il devrait être là à sa place. Mais il n’est pas là non plus. J’en conclus que le paquet n’est pas chez lui. Il ne reste plus que toi.

Il en concluait que. Qu'il en avait, de la chance, à comprendre assez ce qui était en train de se dérouler pour réussir à emmètre des conjectures là où lui peinait encore à y voir un peu plus claire. Il ne demandait même pas une acuité parfaite, juste que quelques zones d'ombres s'éclaircissent assez pour qu'il puisse deviner de quoi il en retournait. Les seules informations dont il disposait - à part celle l'alertant que le fait qu'il allait passablement passer une très mauvaise et douloureuse soirée - c'était qu'Elène aurait dû être dans ce même bar pour transmettre un colis afin que Jalender et Crayon à papier en disposent. Ce qui sous-entendait donc qu'il y avait quelque chose dans ce petit paquet laissé sans surveillance à l'intérieur du bar qui valait assez chère ou qui était assez important pour que cela nécessite un pareil accueil. La question était donc simplissime. Devait-il lui donner l'objet tant désiré ? Une petite partie de lui, la plus naïve, semblait acquiescer ferment en imaginant qu'ils repartiraient avec leur coffret tout en le laissant définitivement quitter les lieux. Peut être avec un généreux pourboire, aussi, pendant qu'on y était ? Non. Cela n'allait pas être aussi simple, seulement Léon n'entrevoyait pas vraiment d'autres solutions. S'il refusait, Crayon à Papier allait siffler et puis ses deux toutous allaient le mordre jusqu'à la moelle jusqu'à ce qu'il ne finisse par craquer et leur indiquer où était le paquet. Ou bien continuait-il à nier en bloc d'avoir l'objet en question, ce qui sous entendait qu'il encaisserait les coups sans céder- ce dont il n'était absolument pas certain. Et alors, que se passerait-il quand Jal aurait enfin la merveilleuse idée d'envoyer Granite Man numéro 1 et 2 fouiller le bar de fond en comble et que, oh surprise, il tomberait sur le colis dans, oh surprise encore, son propre sac ? Non, définitivement, il n'avait pas franchement le choix.

__  Alors, ma blonde… ta mémoire s'éclaircit ? Railla Jalender.

A vrai dire, la descision était déjà toute prise et faire traîner en longueur n'allait donner que de meilleures opportunités à prendre inutilement des coups. Autant rester intègre le plus longtemps. Léon n'avait pas la prétention de croire qu'il le resterait toute la soirée, alors autant s'épargner des souffrances inutiles. Il hocha doucement la tête, se frottant la nuque afin de bien signifier à Jalender qu'il avait saisi le prix à payer s'il éludait ses questions.

__ Mon sac à dos, sous le bar, lâcha-t-il, économisant ses mots et tâchant de dissimuler du mieux qu'il le puisse l'angoisse qui transperçait sa voix.

Moins il en dirait ce soir et moins ses paroles ne seraient sujettes à interprétation. Crayon à papier agita sa main dans un mouvement vague qui semblait pourtant parfaitement compréhensible, un des toutous rompant sa formation pour pénétrer dans le bar. Léon patienta, son regard habilement posé sur ses chaussures, essayant par tous les moyens d'intimer à son coeur de ralentir la cadence. Il avait la désagréable impression qu'en leur donnant ce pourquoi ils étaient tous réunis dans ce bar, il venait de s'enfoncer encore plus profondément dans les ennuis. Le claquement de la porte lui fit relever la tête et il regarda le porte-mine réceptionner son sac à dos, fouillant sans ménagement dedans et jetant par terre les objets sans intérêts s'y trouvant. Enfin, il attrapa le paquet qu'Elène avait remis à l'adolescent quelques heures plus tôt et Léon retînt son souffle pendant qu'il soulevait le couvercle. Sans succès. L'homme s'acharna quelques instants avant de sortir sa baguette et de marmonner quelques sortilèges. Léon arqua un sourcil étonné tandis que l'homme s'ébrouait, avant de finir par tendre la boîte à Jalender.

__ Le truc est scellé, Jal. Elle commence à me taper sur le système, ta blonde ... s'énerva t-il, avant d'ajouter. Comme ton nom est marqué sur la boîte, j'imagine que seul toi peux l'ouvrir ?

Le paquet passa dans les bras du rouquin qui l'ouvrit sans difficulté, Crayon à papier penché derrière son épaule pour en observer le contenu. Les hommes se figèrent, puis le commanditaire attrapa d'un geste vif le parchemin s'y trouvant à l'intérieure, lisant à voix haute.

__ Cher Jal, articula Reiss. Je te remercie pour ta collaboration la semaine précédente pour la vente du Cachet Impérial. Comme convenu, voici ta généreuse commission. Affectueusement, Elena.

Crayon à papier froissa la lettre, se retournant vers Jalender. Léon regardait l'échange d'un air déconnecté, conscient que rien ne se passait comme cela avait dû être convenu. S'il appréciait voir l'attention des caniches et de leur maître se porter sur Jalender, il était d'autant plus inquiet de constater que la tension semblait monter d'un cran. Et bien qu'il ne comprenne encore moins les évènements, il avait l'inquiétante prémonition que ca allait quand même lui retomber dessus.

__ M'aurais-tu doublé, Jal ? demanda Reiss en secouant la boîte, suspiçieux. C'est quoi cette histoire ? Tu as déjà vendu l'objet ?

Léon put clairement entendre le bruit caractéristique de gallions s'entrechoquant au fur et à mesure que l'acheteur remuait le coffret, sous les yeux clairs de Jalender.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 463

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Mer 11 Oct 2017 - 23:03

Il pouvait presque voir la réflexion faire son chemin derrière les petites spatules, ces deux morues qu’étaient les yeux du tendre malabar. Grace à cette hésitation, il sut d’emblée que quelque chose d’autre se tramait, volatile, ne demandant qu’à sortir, dans la bouche de ce jeune personnage, dont la langue cachait pour le moment bien son office. Mais plus pour très longtemps. Ceux qui ne savaient rien tendaient à le manifester avec la précipitation d’un besoin pressant, surtout lorsqu’on menaçait d’imposer deux gros bisous sur leurs joues dodues. Il concédait à ce haricot sec de nier son savoir en l’entourant de belles paroles, ainsi qu’il s’eut aventuré à le faire tout à l’heure au bar. Sarcastique, soigneusement poli dans son refus. Mais dans la précipitation de la violence, a quoi le jeune éphèbe pouvait bien penser, alors qu’il avait prétendu n’en rien savoir plus tôt ? Certainement pas à une manière de bien servir son propos, avec l’aisance d’un vocabulaire fourni, saupoudré de fioritures courtoises à la mords moi le nœud. Allé, allé, petite cagole allongée, plus tu réfléchis, plus c’est louche ! Cesse de faire trépigner tes cils mon beau, ce n’est pas ça qui t’aidera à t’envoler. Ni à provoquer une crise d’épilepsie chez tes agresseurs. Non, quelque chose réagissait dans le cerveau nébuleux de ce tendre gringalet. La réalité entrait en collision avec la possibilité de se faire marrave les rotules jusqu’à en faire des dragées surprises, et créait une sorte de trou noir neuronal dans son crâne. Au loin, Octave entendait les bruits d’explosions nucléaires provoquées par le prénom d’Eléna, mêlé à tout ce foutoir, et le regret latent de ne pas avoir été mieux avertis. Il attendait, trépignant intérieurement par esprit purement pervers de voir un autre pauvre gueux s’être fait prendre dans les filets de la tranquille Eléna. Au fond, la rage l’animait, tant il sentait de par le visage déconfit du malabar que ce dernier voyait de cette histoire que la préface. Mais ce jeune Adonis était l’extension directe de la donzelle en fuite et lui extraire les dents comme on vous démontait les touches d’un piano promettait une satisfaction, si ce n’est égale, au moins sur la même onde que celle d’étouffer Eléna de ses propres mains. Un hochement de tête mit fin à la montée de sa concupiscence féroce, explosant en deux pétards mouillés derrière ses yeux verts. Quel gâchis de fantasme. Quel beau collier de dents il manquait de faire là… tripotée de perle à polir, à porter en boutonnière pour compenser la petite quantité.

__ Mon sac à dos, sous le bar.

Brave petit, c’est mieux comme ça pour toi et ta figure d’ange. Octave, habitué des subterfuges, ne le lâcha pas des yeux pour autant, tandis que Reiss s’agitait déjà dans son dos. Il y avait toujours un risque avec des gens beaux comme lui. Soit tout était en splendide superficialité, sans fondement derrière autre qu’une belle carrure, soit il vous détournait le regard par une fossette rudement creusée, pour mieux vous dépouiller les poches. Alors Octave le toisa, sans insistance, mais fixement, comme on regarderait l’œuvre d’un musée d’art moderne. Se dessinait sur son visage une indifférence dubitative, caractérisée par le vague désir de sonder ce trente-sixième degré qu’était peut-être insinué par la croûte, somme toute mièvre. Ah, ces choses qui ne cessant jamais d’agiter l’onde grise de nos quotidiens de la mauvaise brise du n’importe quoi ! Qui sait, le gredin allait peut-être profiter des dos tournés pour s’enfuir, comme sa donzelle de maîtresse. D’ailleurs, qu’avaient-ils en commun, ces deux-là ? Un lit ? Ca ne l’étonnerait pas. Déjà bien moins aveuglé par les douceurs qu’ils avaient bien pu partager, Octave voyait clairement en Eléna cette tendance au profit qu’il n’avait fait que soupçonné. Et il fallait avouer qu’il y avait de quoi profiter chez ce jeune homme, sculpté par la nature dans la terre et le soleil. Au fond, il réfléchissait déjà à comment exploiter les faiblesses de ce visage pour retrouver la blonde infernale. Ne réagissant pas au bruit de fouille, Octave voyait déjà au-delà, cette affaire-ci étant terminée pour lui. Il fut si certain de cette conclusion, qu’il ne prêta pas grande attention à l’exaspération de Reiss.

__ Le truc est scellé, Jal. Elle commence à me taper sur le système, ta blonde... Comme ton nom est marqué sur la boîte, j'imagine que seul toi peux l'ouvrir ?

Vivement, Octave tourna la tête, fronçant les sourcils devant cet imprévu dont il n’avait convenu avec personne. Le paquet atterrit dans ses mains et d’un coup d’œil, qu’il destinait toujours en biais au malabar hâlé, le consultant constata la présence d’un sceau à son nom. Sous le toucher aérien de ses doigts hésitants, le sceau s’ouvrit, le contenu éblouissant ses spectateurs par son vide intersidéral. Plus vivace qu’un microbe croisé avec une blatte, Reiss se saisit du parchemin soigneusement replié sur un tas d’or pour le lire à voix haute. L’étonnement cuisant tira les traits du consultant, que les premiers réflexes menèrent à fouiller les méandres de sa mémoire pour y trouver réponse. Mais il fallut vite se rendre à l’évidence qu’on lui prêtait des actions et des propres. A lui, qui n’oubliait jamais rien. Le nom d’Elène à lui seul, évoqué une fois de trop au cours de cette soirée, suffit à lui brouiller la vue.

__ M'aurais-tu doublé, Jal ? C'est quoi cette histoire ? Tu as déjà vendu l'objet ?

Muet ? Non. Juste très consciencieux dans l’élaboration des évènements. Les craquements qui lui parvinrent, éternelle gymnastique articulaire des deux montagnes sans jointures, lui fit grincer de la mâchoire, soucieux qu’il fut de préserver celle-ci d’éventuels dommages. Il ne venait pas de se refaire les dents chez un médicomage australien pour qu’on les lui arrache de nouveau. Une nuit à faire repousser les molaires, c’était d’un repos encore moindre que de se les briser contre un trottoir, à coup de talon dans la nuque. Au creux de ses entrailles et derrière son regard satiné, il sentait la coulure glacée de la lucidité lui pétrifier les membres. Mais à se sentir rigide, il en retrouva paradoxalement tout son entendement, muant l’incompréhension étonnée en rage silencieuse. A visage d’albâtre, comportement de statue de pierre. En un coup de vent, les sentiments s’évaporèrent, ne laissant qu’un froid calcul, pragmatique, redoutable. Un autre craquement se fit entendre et Octave se retourna, non sans lourdeur. Ils ne s’étaient jamais disputés avec Reiss, alors il fit comprendre d’un regard unique à ses molosses qu’il serait fort malvenu de recommencer ce geste d’intimidation. Déjà qu’il avait la courtoisie de les mettre en garde, il ne fallait pas qu’ils comment à croire que dans la hiérarchie de ses priorités, ils venaient de passer au-dessus de sa placidité légendaire. Sa voix sonna acide, corrosive, de la même teinte que l’acier.

« C’est moi qu’on a doublé, Reiss. Tu crois vraiment que c’est mon genre de faire les choses avec aussi peu de goût ? Qui plus est, je n’étais pas là, la semaine dernière. »

Il voyait rouge. Va savoir si ça se remarquait bien parce que c’était la couleur au complet opposé à celle de ses yeux sur le cercle chromatique, mais il semblait encore plus énervé que le principal concerné. Comme si Elène ne l’avait pas déjà poignardé dans le dos durant son absence, il fallait en plus qu’elle le batte comme plâtre devant témoin ? Et pourquoi d’ailleurs ? L’instinct de survie était quand même un instinct basique que possédait chaque créature vivante. Alors par quelle absence d’esprit Elène était parvenue à déconnecter le sien suffisamment longtemps pour lui faire ce coup bas ? Elle avait peut-être, comme tant d’autres avant elle, confondu sa tranquillité joviale avec de la gentillesse à toute épreuve. En requin ayant senti du sang, Octave sentit le sien palpiter à ses oreilles. Reiss et son mécontentement devint soudain le cadet de ses soucis.

« Je suis désolé Reiss, je crois que ce ne sera pas pour ce soir. Tu auras un dédommagement pour l’inconvénient. »

Octave avait dit ça sur le ton d’un répondeur automatique. Ses narines ciselées cessèrent de palpiter, et toute la tension descendit jusqu’à sa bouche, décolorant ses lèvres. Il pencha légèrement la tête vers l’avant de sorte à ce que son front jette une ombre sur son regard et se retourna très lentement vers l’Adonis. Ce microbe, cette paramécie unicellulaire qui confirmait par sa seule apparence son inutilité et inadaptabilité, était son seul lien tangible avec Elène à présent et il n’allait certainement pas le laisser s’échapper. Il fallait resserrer les mailles, vite et bien. Saisissant, il trancha avec une nonchalance perçante d’acide dévorant :

« Dis-moi, victime de la réplication chaotique des chromosomes, où est Elène ? Si j’apprends par hasard que tu étais au courant de quelque chose que tu auras omis de me dire, je vous retrouverai tous les deux. Je frangerai votre ADN à la pince pour m’en faire un plaid Ecossais. Et si vos cerveaux de pithécanthropes socialement inadaptés pensent un instant pouvoir m’échapper, c’est que votre branche est vouée à disparaître plus rapidement que les anthropologues ne l’ont prédit. Alors, qu’est-ce que tu sais… ? »

Octave se rendit soudain compte qu’il ne connaissait toujours pas le nom de l’infernal farfadet. Avec un calme écrasant d’aquarium rempli d’eau, il se retourna pour touiller du bout de sa chaussure laquée les affaires éparpillées du chiot. Rien d’utile. Il se pencha un peu, fouillant paresseusement du revers de la main, entre le paquet de gâteaux et une veste froissée, tâtant le fond pour voir s’il n’avait rien manqué d’important. Heureusement, parce qu’il ne manifestait aucune intention de fuir ou de s’esquiver par un subterfuge, ses accompagnateurs se contentaient de l’observer en silence. Son impassibilité froide tendait l’atmosphère d’un ciel orageux, pressurisé comme un avion. Elément pourtant si stable d’apparence, Octave menaçait de se fissurer. Il n’appréciait vraiment pas qu’on le prenne pour un demeuré, et encore moins qu’on lui tire dessus à plusieurs reprises sans raison valable. Le sac ne donna pas grand-chose et le consultant se redressa pesamment sur ses deux jambes. Paisible, il sortit sa baguette magique suffisamment lentement pour n’alerter personne. A tel point même qu’il parût théâtral. De ses vœux, il appela ce qui lui manquait. La poche du jean du barman se mit à frétiller et le portefeuille, s’en extirpant de force et avec difficultés, rejoignit finalement d’une traite la main tendue du consultant. Baguette magique rangée, il détailla d’un flegme à toute épreuve le contenu du cuir replié. Sa jubilation habituelle aurait en temps normal étiré un sourire extatique sur son visage, mais il dépensait actuellement toute son énergie pour ne pas se découdre, réprimant ses envies de meurtre. Probablement que si on posait une ampoule sur sa tête, elle serait alimentée en énergie jusqu’à l’explosion. Une carte glissa entre ses doigts ; devant ses yeux, un nom, et sur sa bouche, le piège :

« … Léon Shepper. »

Alors qu’il continuait à décortiquer les menus détails, ses yeux se plissèrent soudain, avant qu’il ne décoche deux flèches meurtrières en direction de ce Léon. Ce malabar poilu n’était encore qu’un môme ! A croire qu’on lui faisait des injections de testostérone en intraveineuse tous les matins. Mais qu’est-ce que Elène était encore allée foutre avec un pubescent pareil ? Dubitatif, Octave soupesa le portefeuille dans sa paume largement ouverte. Pire même, cet australopithèque était encore probablement à l’école ! Ou venait d’en sortir ! Mais quelle misère innommable. Pour sûr, Elène allait finir non pas morte, mais ruinée. Il lui sucerait le sang jusqu’à la dernière goutte, jusqu’au dernier souffle. Apatride, ce serait pas mal comme situation. Avec un caractère pareil, personne ne serait prêt à lui venir en aide. Surtout pas ce Shepper de mes deux. Dix-sept ans à peine et déjà ici, dans ce bar. Lentement mais sûrement, un subtil sourire de détraqué vint s’allonger sur sa bouche. Sans joie, ni rire, mais d’une malsanité odieuse. Niais, commun, comme celui d’un imbécile heureux, sans animosité particulière, type Père Noël piqué à la triphtazine.

« Shepper, tes parents, ils sont au courant ? Et ton patron, t’embaucher a été un risque conscient tu crois, ou pas ? Tu ne serais pas un sang-de-bourbe par-dessus le marché ? Les temps sont sombres, quand on y pense… Tu ne serais pas encore à l’école par hasard… ? »

Il était clair que cette énumération n’avait pas pour vocation à viser juste, mais à montrer que quelle que puisse-t-être la situation du jeune homme, Octave y trouverait des failles suffisantes pour lui faire regretter tout un tas de choses. Sa rencontre avec Elène et son désir de lui rentre service, entre autres. Son nom, son âge, sa famille, sa situation, pauvreté, richesse… chacun avait son petit mensonge honteux, son ancre qui l’empêchait de voler convenablement dans ce monde. Dans le doute, il porta le coup de grâce :

« Parce que si oui, on se retrouvera très rapidement, toi et moi, même si tu fuis maintenant. D’ailleurs, on se retrouvera, où que tu ailles. Qu’est-ce que tu sais d’Elène, de ce paquet, de cette histoire, Shepper ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension.

Revenir en haut Aller en bas

[Aout 97] Sous haute tension.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» habiter sous une ligne haute tension» ATTENTION ,HAUTE TENSION...» Un festival sous haute tension (Hyô Misory, Kenko Amaru, Aburame Kaidô)» Récupération sous haute tension [MISSION MANDALORIENNE N°2] / TELOS IV» Entraînement sous haute température [ Sento - Tenzen ]
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: ANGLETERRE :: Autres lieux :: Autres lieux d'Angleterre-