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[Aout 97] Sous haute tension.

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SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Brant Daugherty
MESSAGES : 57

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 4 décembre 1980 (Londres)
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [Aout 97] Sous haute tension. Mer 27 Sep 2017 - 10:49



01 AOUT 1997
Quartier sorcier de Londres


__ Et où crois-tu aller à cette heure ci, encore une fois ? demanda-telle.

Léon se crispa, la main sur la poignée, son sac remplis d'affaires de rechanges sur le dos. Il se retourna, dévisageant des pieds à la tête Donia qui lui faisait dorénavant face, les bras étroitement croisés et les lèvres pincées. Elle attendait une réponse, visiblement. Une colère sourde et familière lui brula les veines et il dû s'y reprendre à plusieurs fois pour éviter de lui répondre d'un ton acerbe. Elle n'avait jamais daigné se comporter comme une mère, cela n'était pas à ses dix-sept ans qu'il allait lui laisser remplir ce rôle. Et encore moins pour lui interdire une sortie nocturne alors même qu'il était majeur. Et ce n'était pas l'obligation qu'il avait d'occuper la maison familiale qui lui donnait de tels droits. Il soupira, grimaçant de nouveau lorsque la présence d'Ed se manifesta derrière sa mère, retenant un soupire exaspéré lorsqu'il posa une main sur son épaule et inclina la tête, signifiant silencieusement qu'il approuvait sa femme. Voilà autre chose, ils allaient jouer à la famille recomposée. Léon en aurait vomi. Manquerait plus qu'un papier pour l'adopter, tant qu'il y était. Ce type l'horripilait. C'était ses pantalons toujours coupés droits avec leur pli bien au milieu, sa raie sur le côté, la façon dont il essuyait calmement ses lunettes avant de les reposer sur son nez. Son chat parfait qui ne perdait même pas ses poils pour en mettre partout, son boulot parfait qui lui permettait de subvenir à leur besoin et puis sa parfaite femme et ses parfaits enfants. Sauf que voilà, il y avait ce beau-fils qui lui résistait toujours et qui peinait sa femme alors il essayait d'être là. Parce que c'était ce que les bons maris faisaient, même pour les enfants ne leur appartenant pas. Quand on épouse l'arbre, on prend le fruit déjà sur la branche n'est-ce pas ? Au fond, Léon savait qu'il était probablement injuste avec Ed qui cherchait par tous les moyens à ce qu'il soit à l'aise. Le fond du problème, c'était Donia. Mais les restes de l'admiration sans bornes du petit garçon qu'il avait été empêchaient l'adolescent de mettre au clair tous les reproches qui lui plombaient le coeur. Alors, après avoir lentement inspiré pour paraître calme et détaché, il déverrouilla la porte et se glissa dans la chaleur étouffante du mois d'Août.

__ Inutile de m'attendre pour le petit-déjeuner de demain.

Il referma la porte sur eux, sachant pertinemment qu'ils ne lui courraient pas après pour autant. L'instinct maternel de Donia avait pour limites le palier de sa maison. Cherchait-elle à cacher à son mari l'absence de condescendance qu'elle avait toujours éprouvé pour son fils ? Léon était persuadé qu'elle ne l'avait accepté comme tel que pour paraître bien devant son époux, lui qui était très présent pour ses enfants. Léon secoua la tête, gagnant à grandes enjambées la maison aux volets verts située à quelques rues de celle des Mills. La quadragénaire lui ouvrit, ses longs cheveux blonds ondulant sur ses épaules. Un sourire flanqué sur son visage fin, elle se colla légèrement à la porte pour lui permettre d'entrer dans le salon avant de lui ébouriffer affectueusement la tête. Le vert-et-argent retînt un petit sourire, toujours ému lorsqu'une présence féminine lui témoignait une quelquonque affection. Il avait beau ne connaître Elène que depuis quelques semaines, l'étrange solitude qui émanait de sa voisine l'avait totalement conquis. Ca et sa compréhension d'évasion, elle qui lui ouvrait sans rechigner son salon pour qu'il étudie tranquillement, à l’abri des Mills et de leur bienveillance suspecte.

__ Alors, comment se sont passés tes premiers soirs ? Lui demanda-t-elle, alors qu'il refermait la porte de la salle de bain.
__ Sans soucis. Les pourboires sont généreux, répondit-il. Si je dose bien les verres, rajouta-t-il en ricanant, plus pour lui même.

Le jeune homme ôta sa robe de sorcier et enfila un jean sombre ainsi qu'un tee-shirt noir, déposant ses précédentes affaires sur une des chaises comme il l'avait fait depuis environ une semaine. Il se mira quelques secondes dans le miroir, peu habitué à la barbe qu'il avait laissé pousser sous les conseils d'Elène. Lorsqu'elle était venue le trouver quelques jours auparavant pour lui proposer un travail d'été de barman, Léon avait immédiatement sauté dessus. Elène n'avait pas manqué de lui préciser que l'emploi n'était pas franchement en règle et que le patron préférait employer des gens et les payer par dessous du comptoir. Si Léon s'était montré suspicieux pendant quelques instants, la proposition de salaire quasiment exorbitante qui était proposée avait fini par faire taire ses doutes. Lui qui faisait, depuis qu'il était en âge de travailler, des économies afin de pouvoir quitter la maison familiale au plus vite n'allait pas cracher sur un travail aussi bien récompensé. Il rouvrit la porte, tombant sur les yeux d'un vert émeraude d'Elène qui lui souriait franchement, un verre de jus de citrouille à la main. L'adolescent grimaça et l'avala d'une traite, retenant une moue dégoutée. Il adorait Elène, mais la cuisine n'était décidément pas son fort. Là encore, la boisson était à la fois trop sucrée et trop acide, ce qui était surprenant cela va sans dire, mais c'était le geste qui comptait, n'est-ce-pas ? Il s'essuya la bouche d'un revers de main et lui sourie poliment.

__ C'est gentils, la remercia-t-il, secouant la tête vigoureusement en la voyant se diriger vers le pichet pour lui resservir un verre. Pas la peine, ne t'inquiètes pas j'ai mangé avant de partir.

Elle prit une moue contrite avant de refermer le couvercle de son plat. Un fumet s'en échappa et Léon se félicita intérieurement de sa répartie. Son estomac aurait été incapable de supporter un autre repas composé d'haricot à la tomate comme celui qu'elle lui avait servi la veille. Et encore, le terme de repas était légèrement exagéré si l'on prenait en compte le goût infect qui s'en était dégagé. Il rangea sa baguette dans la poche arrière de son jean, remerciant de nouveau la jeune femme pour lui avoir dégoté cet emploi. Si elle n'avait pas eu des contacts avec le gérant du bar, jamais il n'aurait pu y être embauché et il en avait bien conscience. Elle le raccompagna vers la sortie, non sans lui avoir rappelé en riant plusieurs recettes de cocktail. C'était certain que sans l'aide de la quadragénaire - qui s'était révélée experte dans le maniement de la baguette afin de servir derrière un comptoir -  il se serait tout bonnement ridiculisé. Mais Elène avait été patiente, lui enseignant quelques sortilèges aisés et le faisant réciter des recettes. Ouvrant la porte, elle sursauta ensuite en se précipitant vers son salon.

__ Oh, Léon, demanda-t-elle en revenant vers lui, un petit paquet à la main. J'ai failli oublier. Pourrais-tu transmettre ce colis à une connaissance à moi ? Elle prit un air un peu désolé et un peu honteux, puis précisa. C'est ...  En fait, c'est plus qu'une connaissance à moi et je n'ai pas très envie de le revoir. Léon acquiesça, ravalant sa curiosité. Il aurait été déplacé de poser plus de questions à sa voisine sans paraître trop indiscret. Je devais lui remettre ça ce soir à la  " Licorne Fringuante ", mais je n'ai pas le coeur à y retourner. Cela ne te pose pas de problème ?


L'adolescent secoua la tête à la négatif et réceptionna le petit paquet, s'attardant quelques instant sur le visage fermé d'Elène. Quoi que cette histoire cachait, elle ne semblait pas avoir envie d'en parler avec lui. Ce qui était parfaitement logique : cela ne le regardait pas.

__ Non, bien sûr que cela ne me pose aucun problème, lui affirma-t-il. Il hésita quelques instants, puis se permis une question. Comment suis-je censé le reconnaître ?
__ Il répond au nom de Jalender. Pas très grand, cheveux châtains, yeux clairs ...

La description était sommaire, mais elle semblait bien trop perdue dans ses pensées et ses souvenirs pour qu'il ne daigne lui demander plus de précision. Se disant qu'il n'aurait qu'à chercher un homme seul à une table attendant une belle jeune femme, il lui adressa un discret sourire avant d'enfin prendre congé. Il marcha quelques instants dans la nuit tombante avant de transplaner à l'abris d'un bosquet. Il apparu dans une ruelle d'un quartier sorcier de Londres que certains pourraient qualifier de mal fréquenté. Mais en ces temps troubles, se promener dans un quartier seul donnait de toute façon cette impression. Il enfonça ses mains dans ses poches et se hâta de rejoindre la porte en bois, habilement dissimulée dans une ruelle sombre sur sa droite. Aucune enseigne ne venait indiquer le lieu, preuve que seuls quelques habitués devaient en connaître l'adresse. Il frappa quelques coups secs sur la devanture, saluant d'un hochement de tête le gérant qui le laissa pénétrer dans la pièce à l'allure confinée en le saluant d'une tape sur l'épaule. L'adolescent - qui s'était présenté en affirmant avoir dix-neuf ans et non dix-sept, sous les conseils d'Elène - déposa son sac à dos dans le recoin prévu à cet effet et s'attela à la tâche. Il était encore trop tôt et seuls quelques clients, cuvant leur après-midi, étaient installés à des tables.  Les conversations étaient minimes et Léon retint un ricanement, conscient que la majorité des occupants auraient beaucoup de mal à rejoindre leur domicile ce soir. Quels que soit ce qu'ils essayaient de fuir, Léon espérait pour eux que cela ne soit pas leurs femmes, qui ne manqueraient pas de démasquer leurs occupations en sentant l'haleine pleine d'alcool qui devait émaner d'eux à plusieurs mètres.

__ Vous désirez ? demanda Léon bien plus tard dans la soirée à un homme prenant place à une des tables.

Son regard se posa sur l'inconnu et Léon crut reconnaître un semblant avec la description donnée par Elène. Il l'observa, circonspect, hésitant à lui demander son identité. Il reparti chercher sa commande, agitant la baguette pour faire venir un verre et y déversant le contenu. Lorsqu'il déposa le verre devant l'homme, il se grata la gorge avant de demander sur un ton qu'il voulait naturel. Après tout, il n'allait pas passer la soirée à le scuter en espérant que "jalender " n'apparaisse en lettres capitales sur son front.

__ Pardonnez-moi mon impolitesse, mais seriez-vous Monsieur Jalender ?


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    PERSONNEL DE POUDLARD
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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Ven 29 Sep 2017 - 13:57

On ne quittait pas ce genre de milieu juste comme ça. La cinématographie et littérature moldues nous l’ont rabâché à plus d’une reprise. Suffisamment pour que cette circonstance s’enracine dans les mémoires collectives comme un fait acquis et invariable. On ne quittait pas ce milieu juste comme ça, comme on sortirait par la porte d’un restaurant, parce que dans ce restaurant précisément, l’addition n’était jamais vraiment payée. Alors, il ne s’agissait pas nécessairement d’ennemis inévitables qu’il fallait combattre, ou d’un seigneur aux penchants esclavagistes, qui désirait disposer de vos talents de manière illimitée, comme si vous eussiez été un génie enfermé dans une lampe. La réalité pouvait être beaucoup plus prosaïque, mais tout aussi emmerdante qu’un drame mafieux. La vérité était que la plupart du temps, personne n’en avait rien à carrer de votre changement de carrière et vous aviez beau leur expliquer que ce n’était plus de votre ressort, quitter ce monde ne voulait pas dire que vous cessiez d’exister. En bref, on vous sollicitait sans égard pour vos envies, car l’univers de l’ombre, dénué d’organisme pour appliquer les lois, évoluait comme un microcosme socialiste ou l’ensemble avait plus de valeur que l’individu. Le problème principal provenait du fait que personne n’oubliait votre nom. Dans l’idéal, il aurait fallu disparaître comme on désinstalle un logiciel : en supprimant jusqu’à sa référence. Mais les relations humaines tendaient à la pérennité. Du coup, il était effectivement plus simple de mourir que de se faire invisible.

Octave savait que dès qu’il écrirait pour demander des nouvelles, son nom allait réapparaître à toutes les bouches qui pouvaient y trouver intérêt. Un peu comme quand t’es le seul môme à avoir un paquet de chewing-gums dans la classe. Le cercle de tes amitiés grimpait de manière exponentielle jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de chewing-gums. Toutefois, les choses avaient changé durant son absence et il fallait se remettre au goût du jour. Avant son année sabbatique, il avait fait des investissements et il était maintenant temps d’en recolleter les bénéfices, à ses risques et périls. Cependant, il valait mieux régler tous ces détails avant le début de l’année scolaire à Poudlard. Malgré tout l’ardent désir qu’il avait de ne rien faire, Octave abaissa ses lunettes de soudeur et enfila ses gants plombés pour fouiller dans cette poubelle radioactive qu’était sa vie.

Outre les lettres de courtoisie, il y avait toutefois une affaire qui avait attiré son attention encore en Australie. Il y a un peu moins de cinq ans, il avait eu le plaisir de travailler avec une charmante Dame de quasiment une décennie son aînée. Elle évoluait dans la petite foule très selecte du blanchiment d’œuvres d’art. Elle ne jouait que le rôle de dépositaire la plupart du temps, et pour cause, son plus grand pouvoir était son absolue discrétion. Non pas qu’elle fut un génie du crime capable d’effacer toutes les traces que ses mains noires laissaient. Non, sa vie était dramatiquement banale. Comprenez, elle était un peu comme la grand-mère qui sortait un fusil du pan de son peignoir à fleurs. Cette apparence de tapisserie sur fond de mur semblait bien plaire, car personne ne se doutait du contenu vertigineux de sa cave, qui avait déjà contenu jusqu’à cinq millions de gallions en valeur d’art. Ses jolies manières de mère au foyer avaient subornées Octave de la même manière qu’on succombait à une babiole qui, pour l’une ou l’autre raison, nous crevait le cœur. Cette Dame, Elena, avait la tranquillité chaleureuse de celle qui était toujours contente de vous voir. Il ne s’était jamais extasié de ses qualités intellectuelles ou de sa perspicacité, tant le simple fait qu’elle fut toujours gentiment disposée à l’accueillir en semblant enchantée de le voir l’avait irrémédiablement séduit. Rien de rationnel dans cette relation, qui évoluait dans la vallée enchantée et mirifique de sentiments idylliques purement implicites, voir primitifs. Ils ne s’étaient jamais aimés, mais il devait avouer que rarement avait-il eu compagnie plus lénifiante, plus compréhensive, et ce fut à sa présence seule qu’il devait d’avoir échappé à quelques divagations passagères. Cependant, ils ne parlaient pas vraiment non plus et au bout de quelques mois intimes, ils n’avaient toujours rien compris l’un à l’autre jusqu’au bout. Sans se connaître pourtant, s’évanouissaient-ils à la légèreté de quelques agréables étreintes. Contentés, mystérieux, vaincus, ils s’étaient consolés d’on ne sait quoi exactement par la lenteur langoureuse de baisers de colombine.

En partant, il lui avait laissé, par générosité douteuse, un certain nombre de ses contacts, pour qu’elle puisse continuer son activité de manière encore plus lucrative, devenant non seulement consignataire, mais également personne de contact. Cependant, la bienveillance aveugle lui revint en pleine figure lorsque des plaintes lui parvinrent, suggérant qu’Elene avait changé beaucoup trop de règles en son avantage, augmenté les prix, et abusé de certaines confiances. D’elle, on se désintéressa bien vite, préférant avoir recours à quelqu’un d’autre, mais la bonne parole d’Octave en fut irrévocablement tâchée. La confiance qu’on lui avait accordée s’en était trouvée sensiblement dégradée. Par esprit d’honnêteté, il rattrapa donc scrupuleusement sa faute d’avoir jadis pointé du doigt sur quelqu’un qui avait déçu. Pas la peine de chercher Elena pour lui demander des comptes, car il dut régler les mécontentements qu’elle avait créées. De toute façon, elle s’était comme volatilisée entre temps. Non, à défaut de continuer à recevoir de la clientèle, elle stockait encore parfois un ou deux tableaux dans sa maison. Il suffisait donc d’attendre de lui tomber dessus.

Au début du mois d’août justement, Octave eut l’occasion de jouer les entremetteurs entre un receleur et un collectionneur, cherchant à parfaire ses biens avec une dernière pièce de l’antiquité chinoise maudite. Il s’agissait d’un rare cachet impérial en jade, sculpté « Yushufang Jiancang Bao », de la dynastie Qing, époque Qianlong. On disait que l’impératrice avait offert le cachet à son mari en cadeau, le maudissant de sorte à ce que celui qui s’en trouvait proche sente des faiblesses dans les mains et les doigts. Vengeance qu’elle prenait sur l’empereur, pour qu’il se trouve dans l’impossibilité de satisfaire toutes les maîtresses qu’il avait. Petit objet à peine de la taille d’une paume qui s’envolait à quasiment un million de gallions. Quinze pourcents de commissions étaient promises à la clé et lorsque le receleur lui dit qu’une respectable jeune femme blonde l’avait dans sa cave et était prête à lui livrer la chose, Octave eut un sourire mauvais. Il aimait jouer l’alligator, restant allongé dans la vase la gueule ouverte en attendant que ses victimes y tombent à la renverse. L’accord fut conclu et jusqu’au dernier instant, le receleur lui assura que ce serait bien une blonde qui viendrait lui apporter le paquet. La vengeance allait cependant être délicate, car le collectionneur exprima le désir d’être présent lors de la réception du paquet, pour s’assurer de son authenticité, bien qu’Octave eût été largement capable de le faire soi-même.

Un peu plus tôt que ne lui avait suggéré sa montre, Octave entra donc un bar au nom coquet de Licorne Fringuante. Nom qui demandait quand même quelques explicitations en y repensant, ou une plainte pour publicité mensongère, à choisir. Car l’intérieur ne corrélait absolument pas avec l’intitulé. Quand même, une licorne, ça vous inspirait un arc-en-ciel au moins ? Donc soit quelque chose de franchement gai, voir gay, soit quelque chose de profondément psychédélique. Des hommes en train de se tortiller sur des barres de strip-tease ou des champignons secs consommés sur une natte en bambou. La troisième option étant une animalerie étrange pour grands-mères affublant leurs chers et tendres de costumes « fringants » pour les faire vivre comme une espèce de progéniture difforme, extension d’elles-mêmes… Ca foutait plus le froid dans le dos que l’idée d’un bar à opium quand même. Cependant, pas de drogues à l’horizon, sauf celles qui passaient éventuellement sous les tables et tapissaient les bacs à PQ des chiottes. Pas non plus de gringalets se trémoussant sur une musique aussi louche que le nom du bar. Ni de grands-mères, ouf !

La réalité était, comme à chaque fois, bien ordinaire. C’était le genre de lieu où on était envahi par une réconfortante sensation de ne pas s’être fait poignarder à mort pour une sombre histoire de regard qui aurait duré trop longtemps. Octave s’y sentait comme à la maison quoi ! Il alla s’installer à une table stratégiquement placée, pas trop loin des sorties, noyée dans une foule plus ou moins épaisse, relativement bruyante, et avec un bon périmètre d’observation. De sa chaise, il pouvait balayer la quasi-totalité de la salle, en gardant les angles morts minimes et sans grand danger potentiel. Occupé par son repérage, Octave considéra que très vaguement le jeune serveur, venu docilement faire son travail. « Un Scotch Glenfiddich, si vous en avez, sinon un tout autre Williams. Merci. » S’en débarrassa-t-il en lorgnant avec un air d’oisiveté étudiée sur les autres clients. Elène aussi venait plus tôt parfois, pour profiter du bar avant le travail. Cependant, il n’y avait pas de nuage blond à l’horizon, obligeant Octave à redoubler de vigilance. Il s’humecta nerveusement les lèvres, tentant de scanner le bar aussi subtilement que possible sans rater sa cible, car dès qu’Elène se rendrait compte que c’était lui, elle risquait de détaler si vite qu’on ne verrait que le reflet de ses talons aiguilles sous les néons.

_ Pardonnez-moi mon impolitesse, mais seriez-vous Monsieur Jalender ?

Son regard, hébété, vogua jusqu’au verre posé devant lui, puis continua sa route vers le serveur, qu’il constata d’abord avec des yeux désincarnés. Etait-ce lui, le greluchon promis par le nom du bar ? Il était beau, le diable. Une beauté sauvage et irrévérencieuse que même le grand Octavius était prête à envier sans rancœur. Son visage carré et ses traits farouches, étrangement non dénués d’une certaine naïveté qui résidait dans l’inflexion des sourcils et la tension de la bouche, rendait impossible de lui prêter un âge. Il était jeune, et c’était à peu près tout ce que Octave put en conclure. La vingtaine ? La trentaine ? Pas plus en tout cas. Une bouche à vous donner l’envie de fraises et un cou épais de cœur robuste. Monsieur Jalender ? La vingtaine, définitivement. Ou une trentaine très timide.

« Il n’y a pas que ton impolitesse que tu doives te faire pardonner, je le crains…
- Jal ! »

Octave se retourna prestement vers le collectionneur l’interpellant, reconnaissant l’individu rien qu’à sa voix. Leur collaboration était si longue et cordiale qu’il avait été invité à la barmitsva de son fils. L’homme était aussi grand que mince, flanqué d’un costume sorcier discret, mais bien taillé. Son visage pourtant n’inspirait que l’hiver. Eternellement engoncé, il slalomait entre les tables comme une pile de quilles mises en équilibre chancelant, avec maladresse, accompagné de ses fidèles cerbères, qui étaient là pour compenser ses manquements physiques.

« T’as ramené ton petit copain Jal ? »

Demanda-t-il en remarquant l’air un peu surpris du consultant, slash bibliothécaire. Le concerné cligna des yeux, réalisant avec beaucoup de mal qu’Elène était peut-être ce gars aux yeux bleus. Et tandis que les deux côtés attendaient des explications qu’il espérait au même titre, Octave décida naturellement de ranger son incompréhension sur le banc des trompés, car il l’était.

« Salut Reiss. Tu vois, je crois que mon petit copain est censé être la "blonde". Mais quelque part en chemin "la blonde" a décidé de devenir "le brun". »
Dit-il en reluquant le serveur d’un air suspect et contrit, soupçonnant qu’Elène ait esquivé la rencontre de justesse en envoyant quelqu’un à sa place. Reiss se répandit en questions rhétoriques outrées, avant qu'Octave ne reprenne la confusion entre ses mains :
« Comment ça ? La blonde ne viendra pas ?
- Où est la blonde, ma blonde ? Et plus important, où est le paquet ? »

Octave se redressa en posant la question, désireux d’être à la même hauteur que ses interlocuteurs, dont il n’atteignait de toute façon pas la taille. Il se posa symboliquement à côté de Reiss, pour que la malheureuse fausse blonde ait droit à une rangée de regards suspicieux et clairement mécontents. Inspiré, Reiss retrouva le sens de ses propres priorités :

« Il y a une cave à vin dans ce bar, ou des sous-sols pour qu’on puisse y discuter ? T’auras intérêt à nous répondre très rapidement, la blonde, sinon l’un de mes gars te fera rentrer dans un fût à bière par le tube. »

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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Mar 3 Oct 2017 - 17:13



__ Il n’y a pas que ton impolitesse que tu doives te faire pardonner, je le crains… railla l'inconnu.

Léon arqua un sourcil, peu impressionné par la menace sous entendue. Elène avait eu ce petit air terrifié et triste en lui parlant de ce " Jalender " et Léon, s'il avait correctement interprété les non-dits d'Elène, s'attendait au numéro de l'ex petit ami déçu que sa gazelle ne daigne venir à un rendez-vous. Bah tiens. Qu'il vienne taper sur autre chose que sur une femme, histoire de voir si le gringalet faisait le poids. Non par que Léon soit un ferlant adepte de la violence, mais il pouvait faire une exception pour les pères ou les hommes tapant leurs compagnes ou filles. Allez savoir pourquoi, ça le démangeait légèrement. D'autant plus si la dite personne mesurait bien vingt centimètre de moins que lui. Léon carra légèrement les épaules, bien décidé à lui remettre au plus vite le colis et l'addition. Si jamais ce Jalender ne comprenait pas le message l'invitant à quitter le bar, il n'aurait qu'à lui mettre son geste commercial dans la gueule.

__ Jal ! s'exclama soudain un nouveau client, tout en se frayant un chemin à travers les tables.

Léon regarda la silhouette longiligne s'avancer vers eux, surpris par le costume sobre arboré. Ce n'était pas vraiment le genre de la maison. Quelque chose le dérangea immédiatement chez cet homme. On aurait dit qu'il avait poussé trop vite et qu'il était maintenant dérangé par ses bras et ses jambes, trop longs pour lui. En fait, l'homme lui évoquait vaguement un crayon à papier, objet moldu utilisé pour griffonner sur des feuilles et dont la mine aurait pu correspondre aux quelques cheveux gris qui dépassaient de son crâne quasiment dégarni en se dressant fièrement vers le ciel. Il y avait malgré tout quelque chose de menaçant chez lui. Allez savoir quoi. Quoi que, les deux gardes du corps lui flanquant aux trousses y étaient probablement pour quelque chose. Là, par contre, il y avait du muscle sous les costumes, on sentait que l'idée générale du packaging était bien d'imposer la peur. Tout habillés de noir, les vêtements collant à la peau afin de bien faire signifier à qui se poserait encore la question qu'ils avaient de quoi rendre les coups. On aurait effectivement dit des chiens de gardes, leurs visages semblant figés dans une expression se voulant  menaçante. Ou bien un air constipé, au choix. Léon grimaça quand les toutous prirent place de chaque côté de Crayon à Papier. Ouaf, Ouaf. C'est qu'ils mordraient presque.

__  T’as ramené ton petit copain Jal ? demanda le porte-mine.

Donc ce Jalender donnait également chez les hommes ? Peu lui importait au fond, tant qu'il pouvait rapidement passer à autre chose en lui refourguant ce pourquoi il lui avait adressé la parole. Il n'allait quand même pas y passer la soirée ! Jal - autant l'appeler par son petit nom - sembla le détailler de nouveau avec intérêt. Il avait fini, oui ? Tout ça pour une histoire de quelques broutilles oubliées chez Elène, franchement, cela frôlait le ridicule. Il avait un bar à tenir, après tout et avait autre chose à faire que de se mêler des crises existentielles d'un rouquin ne supportant pas qu'une femme ne veuille plus le voir. Et qui semblait également tremper dans quelque chose de douteux, si on considérait le fait que Crayon à Papier et ses deux molosses semblaient bien le connaître.

__ Salut Reiss, répondit Jal à "Crayon à Papier". Tu vois, je crois que mon petit copain est censé être la "blonde". Mais quelque part en chemin "la blonde" a décidé de devenir "le brun".

Léon ne savait pas vraiment à quoi ce Jal semblait tourner, mais pour sûre que c'était sûrement de la bonne. Le type était tellement persuadé qu'Elène allait revenir lui rendre sa brosse à dent  en main propre qu'il se sentait l'obligation de se plaindre aux trois autres. Crayon à Papier alias Reiss cligna plusieurs fois des yeux en le reluquant à son tour  et Léon siffla entre ses dents, agacé de devenir un objet de foire. Les deux colosses le toisaient également et Léon ressentit un frisson s'emparer de son échine. Dommage qu'on ne musèle pas les hommes,  parce que Léon s'attendait presque à les voir bondir si Crayon à Papier leur donnait l'ordre d'attaquer.

__  Comment ça ? La blonde ne viendra pas ? demanda Crayon à Papier.  
__ Où est la blonde, ma blonde ? Et plus important, où est le paquet ? Renchérit Jalender.

A tout bien y réfléchir, Léon trouvait que cela faisait beaucoup de monde et de questions pour ce qui aurait dû être la remise de broutilles à Jalender. Il observa ce dernier se poster à côté de Reiss, obligeant les chiens de gardes à s'écarter légèrement afin de reprendre leur formation de haute sécurité parfaitement symétrique. L'adolescent regarda la manoeuvre, suspicieux, cherchant à comprendre ce qui lui valait toute cette série de regards interrogateurs. Il avait l'impression d'être épié sous toutes les coutures, avec tellement d'acharnement qu'il était à la limite de plaider l'agression sexuelle. Il avait la désagréable impression de ne pas avoir toutes les cartes en main. Si le rouquin avait abordé la question d'un paquet, Léon n'avait pas l'impression qu'il parle de quelques vestiges oubliés témoignant de sa relation houleuse avec Elène. Enfin, relation houleuse, c'est ce que son esprit avait imaginé en se voyant confier pareille mission.  Il soutint leurs regards quelques instants, intrigué et de plus en plus inquiet quand au retournement de situation. Crayon à Papier sembla soudain reprendre ses esprits et il s'ébroua en pointant un doigt menaçant sur lui.

__  Il y a une cave à vin dans ce bar, ou des sous-sols pour qu’on puisse y discuter ? demanda-t-il. T’auras intérêt à nous répondre très rapidement, la blonde, sinon l’un de mes gars te fera rentrer dans un fût à bière par le tube.

Oublié la brosse à dent et les quelques calçons égarés, donc. Léon se figea, le mauvais pressentiment gagnant de plus en plus du terrain. Parlaient-ils d'Elène en l'appelant la blonde ? Et plus important encore : Elène avait-elle quelque chose à avoir avec ce qui ressemblait à s'y méprendre à une mafia organisée sorcière ? On aurait dit que tous les mauvais éléments d'une scène revue mainte et mainte fois étaient réunis : un bar glauque au nom stupide, un inconnu à l'allure mystérieuse, un gringalet trop bien habillé flanqué de ses deux sbires dont la quantité de muscles ne semblaient avoir d'égal que l'absence de neurones et le crétin qui s'était fourré dans une embrouille trop grande pour lui. Inutile de préciser son rôle à lui. Le regard de Léon se posa tour à tour sur chacun des inconnus, son cerveau essayant de comprendre comment la simple mention de " Jalender " avait pu le plonger ci soudainement dans une mauvaise série B. Et Crayon à papier qui demandait à ce qu'ils s'enferment dans un sous-sol ? Mais oui, Léon n'avait qu'une hâte : se retrouver seul avec quatre gaillards qui n'avaient de cesse de l'appeler la blonde. Non vraiment, que demander de plus.

__  Les sous-sols sont trop pleins d'alcool pour que nous y entrons tous les cinq, se défila-t-il. Je vous sers quelque chose, messieurs ? demanda-t-il, très professionnel.

Pas certains que sa réponse, légèrement teintée d'ironie au vue de la situation tendue actuelle, ne leur convienne. Mais Léon cherchait avant tout à gagner du temps, se demandant s'il devait céder à la demande et aller dès à présent chercher le paquet qui était encore dans son sac à dos. Quoi qu'il ne contienne, il semblerait qu'il soit d'un intérêt tout particulier pour Jal et, à en juger par la mine de plus en plus constipée des molosses, il devait également être important pour le dénommé Reiss. Quoi qu'Elène ne lui ai demandé de transporter, Léon avait l'impression qu'il ne s'agissait vraiment pas de banalités comme il l'avait cru au départ. Il était quasiment persuadé que "la blonde " était la quadragénaire, en apparence sans histoire, qui lui servait de voisine. Imaginer cette mauvaise cuisinière mais adorable personne mêlée à des types dans ce genre semblait invraisemblable à Léon. Mais quoi qu'il en retournait et malgré son air peu impressionné en extérieur, le vert et argent se sentait en train mauvaise posture.

Crac. Cherchant l'origine du bruit désagréable, son regard se posa sur un des deux Saint Bernard qui était à présent occupé à faire craquer l'un de ses doigts boudinés. Crac, de nouveau. Léon avala difficilement sa salive, réceptif malgré tout à la menace dissimulée des deux Cerbères. Il avait beau ne pas connaître du tout leur Pédigrée, les craquements de jointures semblaient l'inviter à coopérer. Léon imaginait sans mal ses propres doigts craquer de la sorte s'il continuait à ne pas répondre à leurs interrogations. Il s'accorda quelques instants, tachant de se rappeler que le plus important dans la négociation, cela n'était pas d'être équitable. Si l'on cherchait à négocier les parts d'un gâteau, l'habileté consistait à ne s'en sortir qu'avec la cerise ornant la pâtisserie tout en laissant croire aux autres qu'ils avaient réussi à le berner. Léon en savait tellement peu dans cette histoire qu'il était bien décidé à se contenter de la cerise : s'en sortir indemne.

__ Je suis touché par l'importance que vous me portez, vraiment, commença-t-il, non sans lâcher des yeux l'un des deux limiers qui continuait à faire craquer ses boudins. Et bien que l'idée de visiter l'intérieur d'un fût à bière ne me plaise pas particulièrement, je serais bien incapable de vous expliquer de quoi il retourne.

Son regard se posa sur le dénommé Jalender, désireux d'obtenir de plus amples explications. Une petite partie de lui était absolument terrifiée : tout ce qu'il voulait, lui, c'était finir cette soirée de travail et rentrer chez lui. Dans quel pétrin sans nom Elène l'avait-elle fourré ? Désireux de garder l'histoire du paquet pour lui encore un moment - on ne donne pas sa seule monnaie d'échange sans garantie - l'adolescent planta ses yeux anthracites dans ceux, plus clairs, du rouquin.

__ James m'a chargé de vous dire que son ami, Elène, serait dans l'impossibilité d'honorer le rendez-vous.

Conscient qu'il était une cible toute désignée au fait que le rendez-vous soit annulé, Léon reprit la parole, toujours à l'adresse du dénommé Jalender. Loin de lui l'envie de fournir à Crayon à Papier et à ses deux bouledogues l'envie de faire passer un quelquonque avertissement à Elène pour son manque de ponctualité.De tous les livres qu'il avait lu, Léon trouvait que les messagers avaient toujours un bien triste sort. Il paraissait que s'en prendre au messager, justement, transmettait un message. Inutile d'en faire les frais.

__ Voulez-vous que je le prévienne de votre venue ? James est le gérant de ce bar, expliqua-t-il. Il n'est pas ici pour le moment mais je peux le contacter, si vous le souhaitez. Il sera probablement de bien meilleure utilité que moi.

Voilà, autant donc être le messager d'un messager. Après tout, Elène lui avait présenté James comme étant un de ses amis. Même si Léon doutait que les inconnus le laissent envoyer un hibou au gérant du bar, à présent à son domicile, il se devait d'essayer. Et puis ses déclarations n'étaient pas vraiment des mensonges : Elène, il ne la connaissait que très peu. Voir pas du tout, à en juger par son comité d'accueil.

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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Jeu 5 Oct 2017 - 21:42

Plus le temps passait et les remarques fusaient, et moins Octave appréciait ce malabar musclé. Dans son exaspération personnelle, il appréciait assez peu l’air audacieux de l’inconnu barman, pas assez soumis à son goût. Il se comportait comme s’il rendait un service à quelqu’un, sans l’once d’une idée quant à la responsabilité qui convergeait sur sa délicate position de gars pas au bon endroit. A force de scruter le Praxinoscope qu’était le visage de la fausse blonde, Octave conclut sans grande difficulté que le minot n’était au courant de rien. C’était simple : dès le premier abord, il avait accueilli les prétentions comme un outrage, et non avec crainte, alors même que sa position de messager de bas étage lui imposait les yeux baissés. Non, il y avait manifestement mésentente sur le rôle qu’il devait tenir, et cette réalisation n’avait en rien adouci la pompe à sang qu’Octave avait dans la poitrine. Elena avait non seulement échappé à la rencontre, mais en plus avait-elle envoyé quelqu’un d’absolument pas préparé et sous-informé pour remplir la tâche à sa place. Il aurait bien voulu gronder son manque de professionnalisme flagrant, mais même à ce degré, ça ne l’étonnait pas. Peut-être d’ailleurs avait-elle sacrifié ce petit freluquet pour se venger d’Octave, le mettant dans la misère face à ses clients par le biais d’un personnel inconscient. Manque de bol, il ne comptait pas s’en excuser, ni défendre ses sources, préférant jouer le scandale plutôt que d’atténuer la situation. S’il pouvait pourrir la réputation d’Elèna au passage, ce ne serait qu’un bonus agréable. Enfoirée de blonde.

L’air peu enclin à la coopération du garçonnet lui aspira la taquinerie agacée, tandis que sous la menace des brutes de Reiss, le barman perdait de son aplomb comme un soufflet d’accordéon. Si on se concentrait bien, peut-être serait-on capable d’entendre le petit sifflement strident du courage s’échappant de son corps ? La colère froide de Reiss participa à mettre fin à ce torse bombé en bouclier. Les craquements de jointure achevèrent la mise en scène plutôt caricaturale, mais diablement efficace dans la réalité. L’insinuation à la violence avait de toute façon toujours un aspect grotesque inévitable. Octave était bien content pour une fois de ne pas avoir besoin de faire recours à des miracles de persuasion pour mettre ce malabar à genoux. Des montagnes de muscles s’en occupaient à sa place. Ne pas oublier cependant que ces montagnes pouvaient se retourner contre lui à tout instant. Mais ça, le cher serveur n’avait pas besoin de le savoir. Reiss de son côté, avait eu la bonne idée de ne pas prendre Octave à part pour lui demander de plus amples explications, qu’il n’avait pas de toute façon. Pour le moment, la cohésion de la majorité primait.

__  Les sous-sols sont trop pleins d'alcool pour que nous y entrons tous les cinq. Je vous sers quelque chose, messieurs ?

Le malandrin n’avait manifestement pas compris jusqu’au bout l’art subtil de répondre à une question par une autre. Il n’était donc pas barman pour rien celui-là, tout partait dans l’alcool. Et cela les arrangeait tous, car n’étant visiblement pas habitué à ce genre de situations de force, la fausse blonde se perdait un peu dans les velléités maladroites. Il leur serait donc plu simple de le dominer, comme on dominait un petit garçon de neuf ans dans un match de boxe. Un coup dans les gencives et aurevoir les dents de lait. Les craquements se réitérèrent, plus fort, comme du petit bois.

__ Je suis touché par l'importance que vous me portez, vraiment. Et bien que l'idée de visiter l'intérieur d'un fût à bière ne me plaise pas particulièrement, je serais bien incapable de vous expliquer de quoi il retourne.

Attends encore un peu, continue sur ta voie choisie, et tu te retrouveras incapable de plein de choses. Non seulement avait-il encore la présence d’esprit pour un peu de sarcasme, mais en plus le regardait-il, cherchant des réponses chez celui qui posait les questions. How foolish are you, dude ? Au fond, il n’avait pas tort, Octave en savait probablement plus, mais hors de question de lui concéder cette vérité. Ce serait échanger les places et il n’avait aucune envie d’être celui qui frissonnerait en entendant les jointures craquer. Alors le bibliothécaire le toisa avec suspicion, ses sourcils pesant sur ses yeux défiants. Reiss les observa tous les deux, le barman étant parvenu à glisser anguille sous roche dans ses convictions.

__ James m'a chargé de vous dire que son ami, Elène, serait dans l'impossibilité d'honorer le rendez-vous. Voulez-vous que je le prévienne de votre venue ? James est le gérant de ce bar. Il n'est pas ici pour le moment mais je peux le contacter, si vous le souhaitez. Il sera probablement de bien meilleure utilité que moi.
- Mais tu déconnes ou quoi ? »

Oh. Oooooh, petit enfoiré, je vois ce que tu essayes de faire-là ! Sauf que ça marchait rarement comme ça. On n’allait pas chercher le patron du patron pour lui imputer de s’expliquer. Non, on vous prenait par les chevilles pour vous secouer jusqu’à faire tomber le moindre shekel de vos poches par la force de la gravité, avant de passer à l’échelle suivante. Et ainsi de suite jusqu’à celui qui détenait la vérité, parce que tout le monde devait payer son manque d’implication. Et en plus, il continuait à le regarder avec ses yeux de cabillaud, ce bougre !

L’attention convergeait vers son visage, ce qui voulait dire qu’on attendait quelque chose de sa part. Reiss étant le client, s’il ne se manifestait pas davantage dans ses menaces, cela voulait qu’Octave devait, en tant qu’entremetteur, jouer les tampons, même s’il n’en savait pas plus que son commanditaire à ce sujet. Le recèle d’art, ce n’était pas vraiment un univers où on pouvait se plaindre en prétendant que la faute imputait à la poste si l’objet n’était pas arrivé à bon port… Alors Octave se repositionna sur ses jambes, faisant mine de vouloir faire face à Reiss pour fournir de plus amples spécifications, mais profita de l’élan que lui prêtait le mouvement pour mouler avec sa pince de crabe le cou de la fausse blonde. Robustes, ses longs doigts pincèrent les jolies cervicales de la nuque hâlée qui, bien qu’épaisse, était peu protégée par des muscles à cet endroit. Il tâta rapidement jusqu’à épingler les vertèbres à travers la peau, pinçant l’os comme on vous pinçait une noix pour l’écraser. Les nerfs n’étaient pas loin, comprimés sous sa poigne. Octave avait beau être plus petit, il possédait non moins une jolie force convaincante, explosive, qui s’acharnait présentement sur un point faible. D’une main ferme, il força le barman à prendre les devants jusqu’à la sortie de service, menant à une ruelle où des poubelles s’entassaient. Là, il le lâcha, non sans le projeter vers l’avant pour le déséquilibrer. Ressis suivit de près et ses deux sbires volcaniques se postèrent de part et d’autre de la ruelle, empêchant Léon de fuir.

« Te voilà donc concrètement touché. J’espère que cet aspect de notre relation t’en vois ravis à part égale. Je ne suis pas satisfait en revanche, parce que des deux questions qui t’ont été posées, tu en as évité une et expédié l’autre. » Il n’y avait pas de question, donc personne n’attendait encore de réponse. Laissant une pause, Octave remonta méthodiquement les manches de sa chemise jusqu’à la base du coude. Sa voix sonna maîtrisée, en corde tendue et sûre de soi : « Tu n’as rien nié, je suppose alors que tu es quand même au courant de quelque chose. Ton James, on n’en a rien à foutre. Où est le paquet ? » Il réitéra la question pour remettre les objectifs en perspective, car au final, Elèna était un problème personnel. Mais comme le minot avait déjà esquivé une fois, il préféra spécifier d’avance qu’il n’était pas facile à duper. « La seule utilité d’Elène, c’était de ramener un paquet. Si elle s’est adressée à James comme tu le prétends, il devrait être là à sa place. Mais il n’est pas là non plus. J’en conclus que le paquet n’est pas chez lui. Il ne reste plus que toi. »

Octave fit quelques pas sur le côté, gardant une distance de sécurité entre lui et le barman, lui spécifiant ainsi qu’ils n’étaient même pas à une année lumière d’être du même côté pour le moment. Et que s’il décidait de s’approcher, ce ne serait que pour une raison bien précise. Il se retourna vaguement vers Reiss, cherchant son approbation. Ce dernier ne bougeait pas, les mains plantées dans ses poches, observant la scène avec une certaine nervosité teintée d’indifférence. Il était un homme de nature tranquille, n’aimait pas quand les choses ne se passaient pas comme prévu et avait en réalité du mal à gérer ce genre de situations, raison pour laquelle deux tas de cailloux l’accompagnaient en permanence. Se frustrant lorsqu’il ne recevait pas ce qu’il désirait, Reiss pardonnait lorsque l’échec était dû à une certaine mesure au hasard. Mais la situation n’était pas très claire pour le moment et Octave se devait d’apporter des réponses s’il voulait rester dans les bonnes grâces, rien que par principe. Cette conviction lui insuffla de la grandeur, bomband son torse en bouclier dans un élan qui prêtait de la puissance à sa petite carrure. Ses épaules étaient basses, sa respiration tranquille et ses yeux fixes, brillants. Et parce qu’il était parfaitement sérieux, il s’abstint de formuler toute menace inutile, étant un homme dans l’action avant tout, contrairement à Reiss.

« Alors, ma blonde… ta mémoire s'éclaircit ? »

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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Dim 8 Oct 2017 - 15:55



__  Mais tu déconnes ou quoi ? S'ébroua Jalender.

Le sang de Léon se glaça instinctivement. Il savait reconnaître une menace lorsque cela en était une et le ton pris par le rouquin n'était pas franchement de bonne augure. Bon. Donc l'idée d'appeler James ne leur plaisait définitivement pas. Ainsi les trois individus n'étaient pas du style à vouloir s'exprimer au patron pour se plaindre des employés. Son regard dévia de nouveau vers le Cerbère à l'arthrite bruyante et un frisson parcouru de nouveau son échine. Plus le temps passait et moins il se sentait à l'aise, ayant l'impression de descendre de plus en plus bas dans la chaîne alimentaire. Crayon à papier les toisa tour à tour. Jalender se leva et Léon se mordit la langue, conscient que le porte-mine venait probablement de donner un ordre silencieux. Le fait qu'il soit beaucoup plus petit que lui n'enlevait rien à l'air menaçant de l'homme, qui réussissait sans mal à faire oublier les quelques dizaines de centimètres manquants. C'était peut être ça, le plus terrifiant. Avant même qu'il n'ait eu le temps de reculer dans un élan d'instinct de survie, Jal l'empoigna par la nuque, le forçant à courber le dos et un cri de douleur traversa sans son autorisation ses lèvres closes. Cela faisait un mal de chien. La piqûre cuisante de ses doigts se refermant sur ses vertèbres engendrait des décharges nerveuses qui serpentaient le long de son cou et remontaient de manière lancinante dans sa tête et sa mâchoire, le comprimant comme si sa tête se faisait broyer dans un étau. Il retînt avec difficulté d'autres lamentations de douleur tandis qu'il était contraint de suivre le mouvement imposé par le rouquin. Il sentit ses genoux butter contre plusieurs chaises pendant qu'on le guidait sans douceur à travers le bar, mais l'élancement qu'il en ressentit n'était rien comparé à la poigne douloureuse qui lui était imposée. La chaleur étouffante du mois d'Août l'accueillie mais il ne prit pas une seconde pour la savourer, se faisant projeter sans ménagement contre les poubelles qui, si elles agressèrent son odorat, eurent au moins le mérite d'amortir sa chute. Il se redressa rapidement, constatant avec effroi qu'il se trouvait désormais dans la ruelle sombre jouxtant au bar. Décidément, les mauvais clichés de situations coupe-gorges n'en finissaient plus. Il s'accorda un regard à chaque extrémité et ne fut pas surpris d'y voir les chiens de gardes, visiblement très à l'aise pour ce qui étaient de "sécuriser " un lieu. La partie ironique de Léon se demanda de quelle manière ils étaient recrutés : après avoir été mesurés sous tous les angles pour vérifier qu'ils avaient bien les dimensions d'une armoire à glace, les plaçait t'on dans pleins de lieux en les jugeant sur leur capacité à en condamner les sorties ? Devaient-ils faire des scènes d'intimidations ? Boudins craqués lui avait peut être joué son meilleur numéro, qui sait. Comme en réponse à ses interrogations intérieures, ce dernier lui adressa un sourire et Léon sentit le peu d'air qu'il possédait encore dans ses poumons les quitter. Enfin, un sourire, c'était vide dit. On aurait vraiment dit qu'il allait le manger tout cru, comme un pitbull entraîné pour les combats de rues que l'on aurait affamé depuis trop longtemps. L'adolescent avait l'impression que les yeux de l'homme lui criaient que non, il était encore loin d'avoir vu son meilleur numéro.  

__ Te voilà donc concrètement touché, ironisa Jalender. J’espère que cet aspect de notre relation t’en voit ravis à part égale. Je ne suis pas satisfait en revanche, parce que des deux questions qui t’ont été posées, tu en as évité une et expédié l’autre.

Le Vert et Argent fut bien obligé de lâcher les molosses des yeux, son regard se posant son interlocuteur dont la voix calme était d'autant plus saisissante. Ca ainsi que la façon dont il défit avec calme les boutons de ses manchettes avant de les retrousser, dévoilant ses avants bras. Alors bon, Léon avait beau ne pas être un grand habitué des passages à tabac, il était persuadé que ce geste en apparence anodin n'était qu'un avertissement à ce qui n'allait pas manquer d'arriver. On retroussait ses manches pour éviter de se tâcher, pour cuisiner par exemple. Mais en y réfléchissant bien, c'était peut être ce qu'il avait effectivement prévu de faire : le détailler et le hacher menu afin de le faire recracher tout ce qu'il gardait en lui. C'est à dire pas grand chose, mis à pars le fait qu'Elène lui avait demandé de rendre quelques affaires à un ex petit-ami violent. Sur le côté virulent et agressif, d'ailleurs, elle aurait pu mieux le renseigner. Mais bon, si elle n'avait omis que ce détail à la rigueur... Mais un : Oh fait Léon, je te demande de faire le coursier pour une bande de voyous à qui je devais livrer quelque chose. Ca aurait été pas mal, histoire qu'il sache au moins à quoi s'en tenir. Ou bien : Léon, dis-moi, tu aimes te faire passer à tabac ? Non mais après tout, peut être avait-elle cru que c'était un de ses passes temps ! Léon laissa la colère qu'il éprouvait à l'encontre de sa voisine se rependre dans ses veines, espérant qu'elle réussirait à chasser la peur qui menaçait de le tétaniser sur place.

__ Tu n’as rien nié, je suppose alors que tu es quand même au courant de quelque chose, repris-t-il. Ton James, on n’en a rien à foutre. Où est le paquet ?

C'était donc bien une histoire de transition. Léon nota l'emploi de la troisième personne du pluriel et cligna plusieurs fois des yeux, se demandant quels liens y avaient-ils entre ce Jalender et les trois autres. Il repensa furtivement à Elène puis se refusa à s'y attarder, trop blessé intérieurement par la trahison dont il allait probablement encore faire douloureusement les frais. On n'emmenait pas quelqu'un dans une ruelle déserte pour lui causer météo, mais bien pour être à l’abri de tout regard indiscret. Il déciderait plut tard - s'il y avait un plus tard, d'ailleurs - de la conversation qu'il devrait avoir avec la charmante blonde pour laquelle les quatre autres gus le prenaient. Enfin, s'il la revoyait un jour, ce dont il n'était plus tout à faire certain désormais. Elle l'avait envoyé pour se charger d'une mission périlleuse, cela n'était sûrement pas pour rester tranquillement chez elle. Les longues discussions qu'ils avaient entretenues tous les deux pendant l'été avaient dû apprendre plusieurs choses à Elène  - en dehors du fait qu'il avait désespérément besoin d'argent : il n'était pas assez loyal pour protéger quelqu'un et n'aurait aucun scrupule à mettre en danger Donia ou les Mills s'il le devait. Ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : elle avait probablement fuie la jolie demeure qu'elle occupait depuis à peine quelques semaines. Parce qu'elle devait savoir qu'il n'hésiterait pas à leur donner l'adresse s'il le fallait, même si cela devait donner aux quatre compères des renseignements sur son lieu de vie à lui aussi.

__  La seule utilité d’Elène, c’était de ramener un paquet. Si elle s’est adressée à James comme tu le prétends, il devrait être là à sa place. Mais il n’est pas là non plus. J’en conclus que le paquet n’est pas chez lui. Il ne reste plus que toi.

Il en concluait que. Qu'il en avait, de la chance, à comprendre assez ce qui était en train de se dérouler pour réussir à emmètre des conjectures là où lui peinait encore à y voir un peu plus claire. Il ne demandait même pas une acuité parfaite, juste que quelques zones d'ombres s'éclaircissent assez pour qu'il puisse deviner de quoi il en retournait. Les seules informations dont il disposait - à part celle l'alertant que le fait qu'il allait passablement passer une très mauvaise et douloureuse soirée - c'était qu'Elène aurait dû être dans ce même bar pour transmettre un colis afin que Jalender et Crayon à papier en disposent. Ce qui sous-entendait donc qu'il y avait quelque chose dans ce petit paquet laissé sans surveillance à l'intérieur du bar qui valait assez chère ou qui était assez important pour que cela nécessite un pareil accueil. La question était donc simplissime. Devait-il lui donner l'objet tant désiré ? Une petite partie de lui, la plus naïve, semblait acquiescer ferment en imaginant qu'ils repartiraient avec leur coffret tout en le laissant définitivement quitter les lieux. Peut être avec un généreux pourboire, aussi, pendant qu'on y était ? Non. Cela n'allait pas être aussi simple, seulement Léon n'entrevoyait pas vraiment d'autres solutions. S'il refusait, Crayon à Papier allait siffler et puis ses deux toutous allaient le mordre jusqu'à la moelle jusqu'à ce qu'il ne finisse par craquer et leur indiquer où était le paquet. Ou bien continuait-il à nier en bloc d'avoir l'objet en question, ce qui sous entendait qu'il encaisserait les coups sans céder- ce dont il n'était absolument pas certain. Et alors, que se passerait-il quand Jal aurait enfin la merveilleuse idée d'envoyer Granite Man numéro 1 et 2 fouiller le bar de fond en comble et que, oh surprise, il tomberait sur le colis dans, oh surprise encore, son propre sac ? Non, définitivement, il n'avait pas franchement le choix.

__  Alors, ma blonde… ta mémoire s'éclaircit ? Railla Jalender.

A vrai dire, la descision était déjà toute prise et faire traîner en longueur n'allait donner que de meilleures opportunités à prendre inutilement des coups. Autant rester intègre le plus longtemps. Léon n'avait pas la prétention de croire qu'il le resterait toute la soirée, alors autant s'épargner des souffrances inutiles. Il hocha doucement la tête, se frottant la nuque afin de bien signifier à Jalender qu'il avait saisi le prix à payer s'il éludait ses questions.

__ Mon sac à dos, sous le bar, lâcha-t-il, économisant ses mots et tâchant de dissimuler du mieux qu'il le puisse l'angoisse qui transperçait sa voix.

Moins il en dirait ce soir et moins ses paroles ne seraient sujettes à interprétation. Crayon à papier agita sa main dans un mouvement vague qui semblait pourtant parfaitement compréhensible, un des toutous rompant sa formation pour pénétrer dans le bar. Léon patienta, son regard habilement posé sur ses chaussures, essayant par tous les moyens d'intimer à son coeur de ralentir la cadence. Il avait la désagréable impression qu'en leur donnant ce pourquoi ils étaient tous réunis dans ce bar, il venait de s'enfoncer encore plus profondément dans les ennuis. Le claquement de la porte lui fit relever la tête et il regarda le porte-mine réceptionner son sac à dos, fouillant sans ménagement dedans et jetant par terre les objets sans intérêts s'y trouvant. Enfin, il attrapa le paquet qu'Elène avait remis à l'adolescent quelques heures plus tôt et Léon retînt son souffle pendant qu'il soulevait le couvercle. Sans succès. L'homme s'acharna quelques instants avant de sortir sa baguette et de marmonner quelques sortilèges. Léon arqua un sourcil étonné tandis que l'homme s'ébrouait, avant de finir par tendre la boîte à Jalender.

__ Le truc est scellé, Jal. Elle commence à me taper sur le système, ta blonde ... s'énerva t-il, avant d'ajouter. Comme ton nom est marqué sur la boîte, j'imagine que seul toi peux l'ouvrir ?

Le paquet passa dans les bras du rouquin qui l'ouvrit sans difficulté, Crayon à papier penché derrière son épaule pour en observer le contenu. Les hommes se figèrent, puis le commanditaire attrapa d'un geste vif le parchemin s'y trouvant à l'intérieure, lisant à voix haute.

__ Cher Jal, articula Reiss. Je te remercie pour ta collaboration la semaine précédente pour la vente du Cachet Impérial. Comme convenu, voici ta généreuse commission. Affectueusement, Elena.

Crayon à papier froissa la lettre, se retournant vers Jalender. Léon regardait l'échange d'un air déconnecté, conscient que rien ne se passait comme cela avait dû être convenu. S'il appréciait voir l'attention des caniches et de leur maître se porter sur Jalender, il était d'autant plus inquiet de constater que la tension semblait monter d'un cran. Et bien qu'il ne comprenne encore moins les évènements, il avait l'inquiétante prémonition que ca allait quand même lui retomber dessus.

__ M'aurais-tu doublé, Jal ? demanda Reiss en secouant la boîte, suspiçieux. C'est quoi cette histoire ? Tu as déjà vendu l'objet ?

Léon put clairement entendre le bruit caractéristique de gallions s'entrechoquant au fur et à mesure que l'acheteur remuait le coffret, sous les yeux clairs de Jalender.



Dernière édition par Léon Schepper le Mar 7 Nov 2017 - 15:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Mer 11 Oct 2017 - 23:03

Il pouvait presque voir la réflexion faire son chemin derrière les petites spatules, ces deux morues qu’étaient les yeux du tendre malabar. Grace à cette hésitation, il sut d’emblée que quelque chose d’autre se tramait, volatile, ne demandant qu’à sortir, dans la bouche de ce jeune personnage, dont la langue cachait pour le moment bien son office. Mais plus pour très longtemps. Ceux qui ne savaient rien tendaient à le manifester avec la précipitation d’un besoin pressant, surtout lorsqu’on menaçait d’imposer deux gros bisous sur leurs joues dodues. Il concédait à ce haricot sec de nier son savoir en l’entourant de belles paroles, ainsi qu’il s’eut aventuré à le faire tout à l’heure au bar. Sarcastique, soigneusement poli dans son refus. Mais dans la précipitation de la violence, a quoi le jeune éphèbe pouvait bien penser, alors qu’il avait prétendu n’en rien savoir plus tôt ? Certainement pas à une manière de bien servir son propos, avec l’aisance d’un vocabulaire fourni, saupoudré de fioritures courtoises à la mords moi le nœud. Allé, allé, petite cagole allongée, plus tu réfléchis, plus c’est louche ! Cesse de faire trépigner tes cils mon beau, ce n’est pas ça qui t’aidera à t’envoler. Ni à provoquer une crise d’épilepsie chez tes agresseurs. Non, quelque chose réagissait dans le cerveau nébuleux de ce tendre gringalet. La réalité entrait en collision avec la possibilité de se faire marrave les rotules jusqu’à en faire des dragées surprises, et créait une sorte de trou noir neuronal dans son crâne. Au loin, Octave entendait les bruits d’explosions nucléaires provoquées par le prénom d’Eléna, mêlé à tout ce foutoir, et le regret latent de ne pas avoir été mieux avertis. Il attendait, trépignant intérieurement par esprit purement pervers de voir un autre pauvre gueux s’être fait prendre dans les filets de la tranquille Eléna. Au fond, la rage l’animait, tant il sentait de par le visage déconfit du malabar que ce dernier voyait de cette histoire que la préface. Mais ce jeune Adonis était l’extension directe de la donzelle en fuite et lui extraire les dents comme on vous démontait les touches d’un piano promettait une satisfaction, si ce n’est égale, au moins sur la même onde que celle d’étouffer Eléna de ses propres mains. Un hochement de tête mit fin à la montée de sa concupiscence féroce, explosant en deux pétards mouillés derrière ses yeux verts. Quel gâchis de fantasme. Quel beau collier de dents il manquait de faire là… tripotée de perle à polir, à porter en boutonnière pour compenser la petite quantité.

__ Mon sac à dos, sous le bar.

Brave petit, c’est mieux comme ça pour toi et ta figure d’ange. Octave, habitué des subterfuges, ne le lâcha pas des yeux pour autant, tandis que Reiss s’agitait déjà dans son dos. Il y avait toujours un risque avec des gens beaux comme lui. Soit tout était en splendide superficialité, sans fondement derrière autre qu’une belle carrure, soit il vous détournait le regard par une fossette rudement creusée, pour mieux vous dépouiller les poches. Alors Octave le toisa, sans insistance, mais fixement, comme on regarderait l’œuvre d’un musée d’art moderne. Se dessinait sur son visage une indifférence dubitative, caractérisée par le vague désir de sonder ce trente-sixième degré qu’était peut-être insinué par la croûte, somme toute mièvre. Ah, ces choses qui ne cessant jamais d’agiter l’onde grise de nos quotidiens de la mauvaise brise du n’importe quoi ! Qui sait, le gredin allait peut-être profiter des dos tournés pour s’enfuir, comme sa donzelle de maîtresse. D’ailleurs, qu’avaient-ils en commun, ces deux-là ? Un lit ? Ca ne l’étonnerait pas. Déjà bien moins aveuglé par les douceurs qu’ils avaient bien pu partager, Octave voyait clairement en Eléna cette tendance au profit qu’il n’avait fait que soupçonné. Et il fallait avouer qu’il y avait de quoi profiter chez ce jeune homme, sculpté par la nature dans la terre et le soleil. Au fond, il réfléchissait déjà à comment exploiter les faiblesses de ce visage pour retrouver la blonde infernale. Ne réagissant pas au bruit de fouille, Octave voyait déjà au-delà, cette affaire-ci étant terminée pour lui. Il fut si certain de cette conclusion, qu’il ne prêta pas grande attention à l’exaspération de Reiss.

__ Le truc est scellé, Jal. Elle commence à me taper sur le système, ta blonde... Comme ton nom est marqué sur la boîte, j'imagine que seul toi peux l'ouvrir ?

Vivement, Octave tourna la tête, fronçant les sourcils devant cet imprévu dont il n’avait convenu avec personne. Le paquet atterrit dans ses mains et d’un coup d’œil, qu’il destinait toujours en biais au malabar hâlé, le consultant constata la présence d’un sceau à son nom. Sous le toucher aérien de ses doigts hésitants, le sceau s’ouvrit, le contenu éblouissant ses spectateurs par son vide intersidéral. Plus vivace qu’un microbe croisé avec une blatte, Reiss se saisit du parchemin soigneusement replié sur un tas d’or pour le lire à voix haute. L’étonnement cuisant tira les traits du consultant, que les premiers réflexes menèrent à fouiller les méandres de sa mémoire pour y trouver réponse. Mais il fallut vite se rendre à l’évidence qu’on lui prêtait des actions et des propres. A lui, qui n’oubliait jamais rien. Le nom d’Elène à lui seul, évoqué une fois de trop au cours de cette soirée, suffit à lui brouiller la vue.

__ M'aurais-tu doublé, Jal ? C'est quoi cette histoire ? Tu as déjà vendu l'objet ?

Muet ? Non. Juste très consciencieux dans l’élaboration des évènements. Les craquements qui lui parvinrent, éternelle gymnastique articulaire des deux montagnes sans jointures, lui fit grincer de la mâchoire, soucieux qu’il fut de préserver celle-ci d’éventuels dommages. Il ne venait pas de se refaire les dents chez un médicomage australien pour qu’on les lui arrache de nouveau. Une nuit à faire repousser les molaires, c’était d’un repos encore moindre que de se les briser contre un trottoir, à coup de talon dans la nuque. Au creux de ses entrailles et derrière son regard satiné, il sentait la coulure glacée de la lucidité lui pétrifier les membres. Mais à se sentir rigide, il en retrouva paradoxalement tout son entendement, muant l’incompréhension étonnée en rage silencieuse. A visage d’albâtre, comportement de statue de pierre. En un coup de vent, les sentiments s’évaporèrent, ne laissant qu’un froid calcul, pragmatique, redoutable. Un autre craquement se fit entendre et Octave se retourna, non sans lourdeur. Ils ne s’étaient jamais disputés avec Reiss, alors il fit comprendre d’un regard unique à ses molosses qu’il serait fort malvenu de recommencer ce geste d’intimidation. Déjà qu’il avait la courtoisie de les mettre en garde, il ne fallait pas qu’ils comment à croire que dans la hiérarchie de ses priorités, ils venaient de passer au-dessus de sa placidité légendaire. Sa voix sonna acide, corrosive, de la même teinte que l’acier.

« C’est moi qu’on a doublé, Reiss. Tu crois vraiment que c’est mon genre de faire les choses avec aussi peu de goût ? Qui plus est, je n’étais pas là, la semaine dernière. »

Il voyait rouge. Va savoir si ça se remarquait bien parce que c’était la couleur au complet opposé à celle de ses yeux sur le cercle chromatique, mais il semblait encore plus énervé que le principal concerné. Comme si Elène ne l’avait pas déjà poignardé dans le dos durant son absence, il fallait en plus qu’elle le batte comme plâtre devant témoin ? Et pourquoi d’ailleurs ? L’instinct de survie était quand même un instinct basique que possédait chaque créature vivante. Alors par quelle absence d’esprit Elène était parvenue à déconnecter le sien suffisamment longtemps pour lui faire ce coup bas ? Elle avait peut-être, comme tant d’autres avant elle, confondu sa tranquillité joviale avec de la gentillesse à toute épreuve. En requin ayant senti du sang, Octave sentit le sien palpiter à ses oreilles. Reiss et son mécontentement devint soudain le cadet de ses soucis.

« Je suis désolé Reiss, je crois que ce ne sera pas pour ce soir. Tu auras un dédommagement pour l’inconvénient. »

Octave avait dit ça sur le ton d’un répondeur automatique. Ses narines ciselées cessèrent de palpiter, et toute la tension descendit jusqu’à sa bouche, décolorant ses lèvres. Il pencha légèrement la tête vers l’avant de sorte à ce que son front jette une ombre sur son regard et se retourna très lentement vers l’Adonis. Ce microbe, cette paramécie unicellulaire qui confirmait par sa seule apparence son inutilité et inadaptabilité, était son seul lien tangible avec Elène à présent et il n’allait certainement pas le laisser s’échapper. Il fallait resserrer les mailles, vite et bien. Saisissant, il trancha avec une nonchalance perçante d’acide dévorant :

« Dis-moi, victime de la réplication chaotique des chromosomes, où est Elène ? Si j’apprends par hasard que tu étais au courant de quelque chose que tu auras omis de me dire, je vous retrouverai tous les deux. Je frangerai votre ADN à la pince pour m’en faire un plaid Ecossais. Et si vos cerveaux de pithécanthropes socialement inadaptés pensent un instant pouvoir m’échapper, c’est que votre branche est vouée à disparaître plus rapidement que les anthropologues ne l’ont prédit. Alors, qu’est-ce que tu sais… ? »

Octave se rendit soudain compte qu’il ne connaissait toujours pas le nom de l’infernal farfadet. Avec un calme écrasant d’aquarium rempli d’eau, il se retourna pour touiller du bout de sa chaussure laquée les affaires éparpillées du chiot. Rien d’utile. Il se pencha un peu, fouillant paresseusement du revers de la main, entre le paquet de gâteaux et une veste froissée, tâtant le fond pour voir s’il n’avait rien manqué d’important. Heureusement, parce qu’il ne manifestait aucune intention de fuir ou de s’esquiver par un subterfuge, ses accompagnateurs se contentaient de l’observer en silence. Son impassibilité froide tendait l’atmosphère d’un ciel orageux, pressurisé comme un avion. Elément pourtant si stable d’apparence, Octave menaçait de se fissurer. Il n’appréciait vraiment pas qu’on le prenne pour un demeuré, et encore moins qu’on lui tire dessus à plusieurs reprises sans raison valable. Le sac ne donna pas grand-chose et le consultant se redressa pesamment sur ses deux jambes. Paisible, il sortit sa baguette magique suffisamment lentement pour n’alerter personne. A tel point même qu’il parût théâtral. De ses vœux, il appela ce qui lui manquait. La poche du jean du barman se mit à frétiller et le portefeuille, s’en extirpant de force et avec difficultés, rejoignit finalement d’une traite la main tendue du consultant. Baguette magique rangée, il détailla d’un flegme à toute épreuve le contenu du cuir replié. Sa jubilation habituelle aurait en temps normal étiré un sourire extatique sur son visage, mais il dépensait actuellement toute son énergie pour ne pas se découdre, réprimant ses envies de meurtre. Probablement que si on posait une ampoule sur sa tête, elle serait alimentée en énergie jusqu’à l’explosion. Une carte glissa entre ses doigts ; devant ses yeux, un nom, et sur sa bouche, le piège :

« … Léon Shepper. »

Alors qu’il continuait à décortiquer les menus détails, ses yeux se plissèrent soudain, avant qu’il ne décoche deux flèches meurtrières en direction de ce Léon. Ce malabar poilu n’était encore qu’un môme ! A croire qu’on lui faisait des injections de testostérone en intraveineuse tous les matins. Mais qu’est-ce que Elène était encore allée foutre avec un pubescent pareil ? Dubitatif, Octave soupesa le portefeuille dans sa paume largement ouverte. Pire même, cet australopithèque était encore probablement à l’école ! Ou venait d’en sortir ! Mais quelle misère innommable. Pour sûr, Elène allait finir non pas morte, mais ruinée. Il lui sucerait le sang jusqu’à la dernière goutte, jusqu’au dernier souffle. Apatride, ce serait pas mal comme situation. Avec un caractère pareil, personne ne serait prêt à lui venir en aide. Surtout pas ce Shepper de mes deux. Dix-sept ans à peine et déjà ici, dans ce bar. Lentement mais sûrement, un subtil sourire de détraqué vint s’allonger sur sa bouche. Sans joie, ni rire, mais d’une malsanité odieuse. Niais, commun, comme celui d’un imbécile heureux, sans animosité particulière, type Père Noël piqué à la triphtazine.

« Shepper, tes parents, ils sont au courant ? Et ton patron, t’embaucher a été un risque conscient tu crois, ou pas ? Tu ne serais pas un sang-de-bourbe par-dessus le marché ? Les temps sont sombres, quand on y pense… Tu ne serais pas encore à l’école par hasard… ? »

Il était clair que cette énumération n’avait pas pour vocation à viser juste, mais à montrer que quelle que puisse-t-être la situation du jeune homme, Octave y trouverait des failles suffisantes pour lui faire regretter tout un tas de choses. Sa rencontre avec Elène et son désir de lui rentre service, entre autres. Son nom, son âge, sa famille, sa situation, pauvreté, richesse… chacun avait son petit mensonge honteux, son ancre qui l’empêchait de voler convenablement dans ce monde. Dans le doute, il porta le coup de grâce :

« Parce que si oui, on se retrouvera très rapidement, toi et moi, même si tu fuis maintenant. D’ailleurs, on se retrouvera, où que tu ailles. Qu’est-ce que tu sais d’Elène, de ce paquet, de cette histoire, Shepper ? »

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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Mar 14 Nov 2017 - 19:15



__ C’est moi qu’on a doublé, Reiss, rétorqua Jal. Tu crois vraiment que c’est mon genre de faire les choses avec aussi peu de goût ? Qui plus est, je n’étais pas là, la semaine dernière.


La situation semblait déraper de minutes en minutes. L'adolescent déglutit avec difficulté, reculant légèrement jusqu'à ce que son dos rencontre la pierre du mur juste derrière lui. Du peu qu'il saisissait, Crayon à Papier devait attendre un colis dont ce très agréable Jalender lui avait promis la bonne arrivée. Et visiblement, Elène ne semblait pas l'entendre de cette façon. Allez savoir pourquoi, cependant, il se retrouvait mêlé à tout ça ? Cela aurait dû être une soirée de travail comme les autres, un enchaînement de commande où il aurait pesté intérieurement sur la mauvaise haleine de ses clients, ou bien sur les trop petits pourboires reçus. Mais il avait fallu qu'il reconnaisse le frêle mais non moins menaçant Jalender. Ca lui apprendrait à accepter des offres trop alléchantes de travail si bien payé. Ainsi que des colis non identifiés à devoir rendre à de parfaits inconnus.

__ Je suis désolé Reiss, je crois que ce ne sera pas pour ce soir, s'excusa Jal au Porte-Mine sur un ton monocorde. Tu auras un dédommagement pour l’inconvénient.

Reiss poussa un soupir de déception si grand que Léon s'interrogea quelques secondes sur la capacité d'exaspération surhumaine de cet homme. Les deux molosses approchèrent d'un pas et le vert et argent se sentit immédiatement oppressé, bien que les deux cerbères soient plus occupés à scruter Jal que lui-même. Ainsi donc n'était-il plus le seul à devoir s'inquiéter de l'histoire ? Jalender se retrouvait-il également en mauvaise posture ? Cela ne semblait pas inquiéter l'homme qui répondait de manière posée, comme s'il ne pouvait pas être inquiété de la situation. Il semblait tellement certain de lui que pas un seul moment Léon ne douta de la véracité des dires du rouquin. Elène s'était comporté en magnifique garce avec chacun d'eux : doublant Jalender, ne répondant pas à la demande de Reiss et l'envoyant en première ligne. Lui. Il se sentait terriblement trahi. Crayon à papier sembla hésiter un moment, son regard faisant la navette entre l'adolescent et Jalender. Il semblait peser le pour et le contre, essayant de comprendre au mieux la situation. Fidèles à lui même, le bouledogue recommença à faire craquer ses jointures et Léon se frotta l'oreille, le bruit désagréable continuant à le rendre mal à l'aise. Il fut pourtant bien vite obligé de focaliser son attention sur Jalender, que chaque inspiration semblait emplir de colère au fur et à mesure qu'il se tournait vers lui. L'adolescent ressentit de nouveau le sentiment caractéristique de la peur emplir ses veines et il eut bien du mal à soutenir le regard émeraude du dénommé Jalender. Il avait la fâcheuse impression que chaque goulée d'air que ce dernier prenait le gonflait d'une haine envers lui dont il avait bien du mal à en définir l'origine. C'était donc si difficile à comprendre qu'il n'avait absolument rien à voir avec toute cette sombre histoire ? Pourquoi fallait-il toujours que les adultes cherchent à compliquer tout ? Il serra les dents, soucieux d'essayer de maintenir un masque qui à défaut de confiance ne paresse pas tout bonnement terrifié.

__ Dis-moi, victime de la réplication chaotique des chromosomes, où est Elène ? Attaqua le rouquin. Si j’apprends par hasard que tu étais au courant de quelque chose que tu auras omis de me dire, je vous retrouverai tous les deux. Je frangerai votre ADN à la pince pour m’en faire un plaid Ecossais, continua t'il de sa voix menaçante, ne lui laissant guère le temps de répondre cependant. Et si vos cerveaux de pithécanthropes socialement inadaptés pensent un instant pouvoir m’échapper, c’est que votre branche est vouée à disparaître plus rapidement que les anthropologues ne l’ont prédit. Alors, qu’est-ce que tu sais…?

Léon ne put retenir ses yeux de monter au ciel tant la situation lui semblait risible. Il s'en voulu immédiatement et replongea ses yeux anthracites dans ceux de son assaillant verbal, retenant avec difficulté des paroles acerbes. Que savait-il ? Mais rien, il ne savait rien par la barbe de Dumbledore ! La seule chose dont il était coupable était d'avoir été bien trop naïf avec une voisine qu'il aurait du deviné trop gentille. Alors il rouspétait comme un enfant pourri gâté à qui on venait d'annoncer que Noël n'aurait pas lieu cette année, cela n'était pas pour cette raison que Léon allait brusquement se souvenir d'une conversation avec Elène lui expliquant le pourquoi du comment ! Il avait terriblement envie de lui demander ce que lui, Jalender, avait donc pu faire à Elène pour que cette dernière élabore un plan cherchant à le mettre lui, Jal, en porte à faux. Car il s'agissait bien d'une vengeance envers lui, n'est-ce-pas ? Cela n'avait probablement aucun minable rapport avec lui, le pauvre crétin qui s'était fait embaucher dans un bar et ce retrouvait dans une ruelle miséreuse en danger visible de mort. Léon avisa le Porte-Mine juste derrière le rouquin, comprenant sans mal que de sa réponse dépendrait sûrement la réaction de Reiss concernant les évènements imprévus de la soirée. Il devait peser ses mots avec la plus grande délicatesse s'il ne voulait pas finir en pièces détachées. Il allait ouvrir la bouche pour tenter de répliquer quelque chose mais préféra finalement se taire, craignant d'utiliser sa voix. Jalender fouillait dans ses affaires avec désinvolture, cherchant visiblement quelque chose. Quoi que ce fut, il ne sembla pas le trouver et sortie sa baguette dans un geste lent. Granit Man numéro 2 hocha légèrement le menton - il ne pouvait guère l'hocher plus, étant donner le petit amas graisseux qui lui faisait office de cou et Léon retint un sifflement. La manoeuvre périlleuse aurait pu allumer l'étincelle et l'atmosphère aurait pu s'embraser que Léon n'en aurait pas été si étonné, tant l'air semblait sur le point d'éclater sous la tension. L'adolescent n'eut pas le temps d'avoir peur que déjà Jalender murmurait un sort sur lui. Il retînt un petit sifflement de soulagement lorsqu'aucune douleur ne s'empara de ses nerfs puis regarda avec effrois son portefeuille s'envoler vers l'homme qui le réceptionna habilement, fouillant dedans sans gêne aucune.

__ … Léon Shepper, murmura l'homme en tombant sur un document d'identité.

Dans le mile. Léon ne sut pas vraiment s'expliquer la raison pour laquelle l'entente de son nom le glaça encore plus. C'était comme si la situation s'ancrait définitivement dans la réalité, ne laissant plus de place possible à un retour à la vie normale. Quoi que, avec tout ce qui se passait actuellement dans le monde des sorciers, plus rien n'était tout bonnement normal. Il soutînt le regard de l'homme, une colère sourde commençant à grignoter doucement le sentiment de peur qui l'habitait depuis le début de sa rencontre avec le rouquin. Dont Jalender était probablement un pseudo. Ainsi, l'homme avait le droit de connaître son nom mais lui devait se contenter de l'absence d'explications sur la situation et de pseudo ridicules ? S'il n'y avait pas eu Crayon à Papier et ses deux bouledogues non muselés, Léon se serait fait un plaisir à assortir le teint pâle de ce Jalender à un joli violet. Il ne baissa pas les yeux quand l'autre lui lança un regard noir mais marqua un froncement de sourcil lorsqu'un sourire hors sujet se fraya un chemin sur les lèvres rosées du rouquin. Décidément, ce type était un mystère à lui tout seul.

__ Shepper, tes parents, ils sont au courant ? demanda-t'il. Et ton patron, t’embaucher a été un risque conscient tu crois, ou pas ? Tu ne serais pas un sang-de-bourbe par-dessus le marché ? Les temps sont sombres, quand on y pense… Tu ne serais pas encore à l’école par hasard…?

Et alors, qu'est-ce que cela pouvait bien lui foutre de savoir quel âge il avait ? Il ne voulait pas non plus savoir la couleur de son caleçon, pendant qu'il y était ? Allez, pose là ta véritable question au lieu de tourner autour du pot, pensait-il amèrement J'ai saisi la menace, j'ai compris que tu étais un gros dur on ne va pas jouer à ça toute la nuit, si ? Tu es un dur de dur qui ne fera qu'une bouchée du pauvre adolescent que je suis, mais le souci c'est qu'aucune de mes putains de réponses ne va te convenir.

__ Parce que si oui, on se retrouvera très rapidement, toi et moi, même si tu fuis maintenant. D’ailleurs, on se retrouvera, où que tu ailles. Qu’est-ce que tu sais d’Elène, de ce paquet, de cette histoire, Shepper ?

Ca c'était la meilleure. Ainsi donc ce type allait travailler à Poudlard. Vraiment, de mieux en mieux. Cette école tombait décidément bien bas. Cela lui fournissait cependant une information plausible : ce type était un Mangemort. Poudlard était tombé entre les mains de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et donc qui dit nomination à un poste dit aussi appartenance aux mangemorts, n'est-ce-pas ? Comme si la conversation n'était pas déjà assez dangereuse comme ça. Conscient que son silence pouvait également être pris comme un affront, le jeune homme se redressa et planta ses yeux dans ceux de son interlocuteur.

__ Ca ne va pas vous plaire, mais je ne sais absolument rien, commença t'il avant de se décoller du mur faisant un petit pas vers Jalender pour ensuite planter ses yeux directement dans ceux du Porte-Mine.

Il préférait s'adresser à l'homme tenant en laisse les molosses, désireux de lui montrer qu'il le considérait plus comme le chef que ce dénommé Jalender. L'idée n'était peut être pas brillante, mais Léon espérait montrer du respect à Reiss pour détourner un peu l'attention de lui.

__ Je connais Elène depuis quelques semaines. Elle m'a demandé de rendre ses affaires à un ex petit-ami violent, car elle avait trop peur de se rendre dans ce bar où elle m'avait obtenu un poste, expliqua-t-il en toute honnêteté, désireux également de placer l'idée selon laquelle si Reiss n'avait pas son paquet, c'était la faute de Jalender et de ses mauvaises relations avec la dite Elène. Elle m'a décrit un homme répondant au nom de Jalender. Visiblement, elle avait des choses à régler avec lui.

Il avait la voix légèrement tremblotante, mais dans l'ensemble il était plutôt satisfait d'avoir réussi sa tirade. Il reporta son attention sur le rouquin, désireux de continuer dans son élan d'honnêteté afin de faire comprendre à Reiss et aux deux autres qu'il n'était qu'un pauvre intermédiaire et que ce Jalender était décidément en train de se poser les mauvaises questions.

__ Oui, je suis encore à Poudlard, lui dit-il, soutenant toujours son regard. Sang-mêlé. Mes parents se fichent d'où je suis, tant que je rentre demain matin. Et je sais où habitait Elène jusqu'à ce soir, mais je pense que toute cette comédie en vue de se venger de vous ... l'a conduite à déménager. Quant au paquet ... je pensais qu'il s'agissait de votre brosse à dent ou d'un objet quelquonque renfermant un mauvais sortilège vous étant destiné.

Le jeune homme regarda avec intérêt Reiss se gratter la gorge, l'homme s'avançant vers Jalender. Granite Man 1 et 2 le suivait, maintenant la formation étrangement semblable à un triangle équilatéral donc le rouquin était désormais le centre. Son regard continua de faire la navette entre Léon et Jal.

__ De quoi il parle le minus, Jal ? demanda-t-il, élevant doucement la voix. Tu as un passé avec cette Elène ? Pourquoi elle t'en veut la blonde, à toi personnellement ? Et si tu savais que vos relations n'étaient pas au beau fixe ... pourquoi m'avoir mis sur cette vente ?

Et comme si la situation n'était pas suffisament tendue comme ça, la porte arrière du bar s'ouvrit sur un homme d'une trentaine d'année, légèrement vacillant qui contempla la scène d'un air un peu ahuri avant de lever son verre - vide.

__ Et mon whisky pur feu, il va se servir tout seul ?

C'est sur qu'un bar sans barman, cela fonctionnait beaucoup moins bien.
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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Jeu 16 Nov 2017 - 21:59

Imaginez un ancien professeur de dramaturgie se reconvertir en mathématicien pour faire de la théorie « Si Molière écrit en moyenne vingt mots par minutes et que la densité de son encre est d’un gramme par litre sur du papier d’une force de quarante-deux grammes par mètre, offrant une résistance à l’air de deux, a quel degré de probabilité Macbeth s’est-il trompé en tuant la famille de Macduff ? », vous avez peu ou prou le niveau de cohérence de ce qu’ils étaient en train de vivre. Finalement, si l’aventure en elle-même commençait à imposer plus de douleur son héro que ce que Octave essayait d’affliger comme souffrance aux protagonistes de son histoire, était-ce une sorte de méta-masochisme ? Autant il commençait sérieusement à peiner, autant retrouver Elène était primordial au degré purement moral. Elle croyait vraiment s’en sortir sans conséquences, la gourgandine de compétition ? Et parce que Shepper était son seul lien tangible avec ce serpent des enfers, Octave gardait les dents bien serrées sur son morceau de steak, quitte à ce qu’il finisse en morceaux, tant que le sang lui coulait droit dans la gorge. L’impertinence du barman ne lui plaisait que très peu de par son propre niveau d’énervement, sans parler qu’il se considérait être en bon droit d’exiger ce que bon lui semblait de ce morceau sec de jeunesse insolente. La mouche le toisa de ses grands yeux défaits, tout luisants qu’ils étaient d’une flamme mauvaise, perdant déjà de sa brume effrayée, un peu trop à son goût d’ailleurs…

__ Ca ne va pas vous plaire, mais je ne sais absolument rien.

Effectivement, ça ne lui plaisait pas beaucoup. Il se sentait de plus en plus comme un couteau qu’on aiguisait jusqu’à la moelle sur de la pierre ponce sans jamais parvenir à trouver le bon angle. Une mort indolore ; il pouvait lui coller son sac à dos sur la margoulette avant d’enfoncer tout dans une poubelle industrielle. Avec l’odeur de vomi des clients du bar, personne ne remarquerait le cadavre. Mais Reiss était un artiste, malgré tout, amateur d’art aussi finaud que labile, et rebutait la violence avec l’hypocrisie affectée d’une empathie qui s’imitait vaguement, en reléguant les affaires manuelles à des coques à noix. Pour s’affirmer encore un peu et ne pas rester à la traine -qui aimait à rester par terre entouré de goules ?-, Shepper se redressa et s’approcha même. Comment, il n’avait pas encore péri d’une combustion spontanée ? Pourtant, Octave sentait sa haine irradier de ses pores comme un composé radioactif. Encore un peu et la ruelle se transformait en Tchernobyl, avec Léon en fier représentant des mutilés, son paquet de biscuits enfoncé dans une narine, embroché sur sa propre jambe et le cœur dans la main. De cette provocation, il sentit ses propres jambes devenir lourdes, comme si elles étaient en train de se préparer pour une distribution de coups de pieds au c*l. Etrangement, lorsque Shepper jeta un regard démonstratif au coton tige sémite, Octave sentit son anévrisme se dégonfler d’un seul coup. Quel drama queen, ce Léon. Quelque chose lui disait qu’il était à deux doigts de lancer une musique épique en fond pour souligner son audace. Lui-même était sur le point de faire un solo de violon, histoire d’accompagner ce morceau de pathos. A défaut de sourire des bêtises que lui aspirait ce joli minois, Octave continua à le fixer avec déjà moins de ressentiments, un air étrange flottant sur les traits de son visage placide. Plus de finesse Holbrey, plus de finesse…

__ Je connais Elène depuis quelques semaines. Elle m'a demandé de rendre ses affaires à un ex petit-ami violent, car elle avait trop peur de se rendre dans ce bar où elle m'avait obtenu un poste. Elle m'a décrit un homme répondant au nom de Jalender. Visiblement, elle avait des choses à régler avec lui.

Quelle légende confortable bon sang ! Pourquoi il n’était même pas surpris ? Qu’elle aille écrire un scénario pour un épisode d’amour, gloire et beauté, elle aussi tiens ! S’il avait eu vent de ces qualités-là, il lui aurait recommandé une place d’assistante auprès de Rita Skeeter. Il était maintenant tellement tendu à l’intérieur qu’il avait l’air encore plus impassible qu’avant. Son visage était comme un barrage sur le pointe de péter pour déverser son torrent indomptable sur Elène, par extension Léon, tel un Poséidon spartiate châtiant le petit Ulysse. La seule chose qui le consolait, c’était de constater dans quel innommable magma brûlant, plasma de quiproquo, ce petit merdeux avait fini sa course folle d’insolent jeune homme. Oui, c’était bien l’unique constat capable de faire trembler sa bouche d’un sourire se distinguant à peine, tandis qu’il imaginait quelle horreur proverbiale ce retournement de situation devait être pour Shepper. Le Styx dans son petit cœur qui battait très, très fort et le trémolo vivaldien dans sa voix, témoignaient d’une corde ayant du mal à s’accorder. Lorsque le barman retourna son regard sur un Octave ayant à peine bougé, un sourire flottant l’accueillit, blafard mais honnête comme un rayon de soleil en plein milieu de l’hiver. Cependant, quelque chose était encore gelé sur l’exquise cambrure de cette bouche de rose. Il le suivait de ses yeux habiles, décortiquant jusqu’à la moelle chaque trait de ce visage d’homme encore enfant, son sourire se renforçant doucement comme s’il trouvait confirmation à quelque chose dans son inspection.

__ Oui, je suis encore à Poudlard. Sang-mêlé. Mes parents se fichent d'où je suis, tant que je rentre demain matin. Et je sais où habitait Elène jusqu'à ce soir, mais je pense que toute cette comédie en vue de se venger de vous ... l'a conduite à déménager. Quant au paquet ... je pensais qu'il s'agissait de votre brosse à dent ou d'un objet quelconque renfermant un mauvais sortilège vous étant destiné.

A ces mots, Octave plissa légèrement les yeux, soudain plus intéressé. Ca ressemblait à une porte de sortie tout ça, ça ressemblait même à un jetpack pressurisé. Il en oublia complètement les éclairs que Shepper lui envoyait de son regard plein de dureté ; grille-pain en train de subir un court-circuit. Le vieux loup lâchait la bataille dès qu’il flairait le bon morceau de viande. C’était sans compter sur Reiss, qui avait le talent d’une taupe pour faire des trous là où il ne fallait pas. La tige d’acier déploya sa coalition de guerre, entourant Octave comme les soviétiques avaient entouré Berlin. Ca puait la reddition forcée tout ça. En réponse, une tendre idée fleurissant déjà à l’arrière de sa tête dans un printemps inventif. Ill se laissa faire paresseusement, sans crainte, comme s’il n’avait rien à se reprocher. Ce qui était effectivement le cas, mais Reiss semblait être d’un tout autre avis. Lentement, Octave porta d’ailleurs la carte d’identité de Shepper à hauteur de ses yeux tranquilles, curieusement absents, presque souriants de trois rides aux coins des paupières. Oh, il ne faisait pas semblant de me pas être concerné pour rien, croyez-le, ce bougre-là était un bon illusionniste. Banalement, détourner l’attention pour énerver les gens sur le mauvais sujet était une tactique très utile. Qui pouvait bien se douter qu’Octave ne fixait pas cette carte d’identité juste pour se dédouaner, mais vraiment par intérêt ? Certainement pas Reiss, et encore moins ces deux molosses aux bras arthrosés. Sur l’instant, il avait l’air tellement fourbe dans son attitude dégagée qu’on ne pouvait supposer que la tromperie, mais dans la mauvaise direction. En crescendo, le coton tige le confronta sur sa torride histoire avec un tel aplomb qu’il eut du mal à ne pas lever les yeux au ciel. Sa main s’abaissa avec la carte de Shepper entre les doigts, son portefeuille dans la paume et jeta un regard indéchiffrable au collectionneur avare. Il hésitait sur le cynisme, bien que Reiss soit l’un de ses fidèles clients, le mot toujours gentil à son sujet. Tant que tout allait bien, il ne faisait pas de caprices de midinette, mais là, il était vraiment digne d’une grand-mère qui, s’étant endormie pendant la moitié du film, demandait au réveil ce qu’elle avait bien raté de l’intrigue. C’était pas le moment pour faire ce genre de boudin, Reiss !

« Peut-être parce que je n’avais le choix que du vendeur, pas du transporteur ? C'est pas à moi qu'il faut se plaindre, c'est au vendeur. »

Répondit-il simplement, n’ayant aucunement l’intention d’être plus précis, surtout lorsqu’on remettait son entendement en question sans en savoir grand-chose. Espèce de vers solitaire albinos... C’était toujours comme ça, tant qu’on était efficace, personne n’avait l’idée de suspecter l’efficacité de vos compétences, mais dès que l’erreur survenait, c’était comme si elle dénaturait toutes les réussites jusqu’alors accomplies et on vous prenait soudain pour un idiot. D’un côté, objectivement, Octave aurait effectivement pu éviter tout ça, expliquant à Reiss que si le vendeur ne posait pas de problèmes, la receleuse était en revanche quelqu’un de peu recommandable. Mais il savait alors que, animé par son désir de possession avide, Reiss aurait protesté, reléguant les inquiétudes sur Octave d’un revers de confiance : « Bah, tu sauras gérer, pas vrai Jal ! ». Manifestement, non. Ou plutôt, il avouait avoir voulu mêler deux avantages à son compte, se faisant finalement coincer par la fourbe Elène, aidée dans son entreprise par l’inconscient Shepper et l’obstiné Reiss. Au point peut-être à ce qu’il ne s’en sorte pas totalement indemne. Ce qui voulait dire…

__ Et mon whisky pur feu, il va se servir tout seul ?

A la bonne heure. Les têtes se retournèrent, sauf celle d’Octave, qui savait se saisir d’une diversion quand il le fallait. Du bout des doigts, il toucha la baguette magique qui pointait de sa poche, la serrant suffisamment pour ne pas la lâcher par inadvertance, mais sans la sortir, histoire de ne pas attirer l’instinct alerte de l’un des molosses. Prompt mais fluide, comme dans un mouvement de danse, Octave contourna doucement Reiss dans une fausse chute et vint se saisir du bras de Shepper, l’enveloppant en serpent possessif. Une fois la prise assurée, ils disparurent dans un craquement sinistre. Adieu le bar, le sac à dos, le fric, la boîte et le juif, muni de ses lunettes préférées, dans un verre la curiosité, dans l’autre la prétention. Au fond, ça faisait du bien de fuir. Depuis tout à l’heure, Octave avait toisé la carte d’identité de Shepper pour savoir si l’adresse lui rappelait quelque chose. Il n’avait jamais vu sa rue, de mémoire, mais connaissait la préfecture qui avait délivré les papiers, ainsi que la région, qui ne lui était pas étrangère. Avec un peu de chances, il n’était pas loin de la vérité. Dans le pire des cas, il pouvait toujours forcer le minot à l’emmener là où il fallait.

Lorsqu’ils réapparurent, Octave lâcha sa prise et regardant au loin, ravalant la bile que ces voyages remontaient dans sa gorge soudainement étroite. Le long de l’allée qui les avait accueillis, un fleuve de sauge rouges tournait mollement le long de la route piétonne, entre des rives de marguerites. L’odeur de fleurs chauffées au soleil durant toute la journée flottait dans la rue modérément bondée. Comme ils avaient atterri derrière une station de bus, personne ne les remarqua apparaître, le son claquant du transplanage ayant été couvert par un match de foot retransmis dans un bar moldu. D’un coup d’œil rapide et expert, Octave mesura la rue du regard, avant de revenir promptement vers Shepper, dont il possédait toujours le portefeuille. Ironiquement, il se dit qu’il n’y avait plus grand monde à regarder à part lui, maintenant. Et ce n’était pas à lui qu’il parviendrait à faire du charme juste après l’avoir négligé pour un vieux en costard, sous pretexte que le vieux semblait plus important. Néanmoins, il le regarda avec langueur contentée, un fond de menace planant encore dans le creux de son regard perçant, mais qui s’estompait déjà à mesure qu’il possédait ce qu’il désirait. La priorité, ce n’était pas Reiss, mais Elène. Elle avait beau avoir fui, peu de temps s’était écoulé et Octave sentait avoir encore la chance de trouver quelques indices pertinents. Et puis, personne ne disparaissait sans laisser de traces. Reiss, il irait éventuellement calmer ses ardeurs plus tard. Eventuellement… S'il ne laissait pas cette tâche à Shepper.

« J’espère qu’on n’est pas trop loin de là où habite Elène ? Tu viens avec moi. » dit-il sans laisser place à la négociation. Car on ne lâchait pas sa prise avant qu’elle n’ait prouvé sa bonne foi : « Pas la peine de fuir, tu me feras juste perdre du temps et puisque de toute façon t’es censé rentrer chez toi à un moment où à un autre, je saurai où t’attendre. Que ce soit chez tes parents ou à Poudlard, par ailleurs. Ca tu l’as bien compris ? »

Ca aussi, ce n’était pas vraiment une question, plutôt un rappel, à moins que Shepper ne s’aventure à quitter le pays, ce qui était fort peu probable. Le seul avantage que le barman avait pour le moment, c’était son rôle de guide. Et parce que c’était vraiment le genre de truc absolument incongru, il meubla la discussion :

« Dis Shepper, c’est quoi ton rôle dans cette histoire… ? T’es l’amant trompé ou l’homme à tout faire pour Elène ? A moins que tu sois au sens propre comme au figuré, un bouche trous ? »

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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Ven 24 Nov 2017 - 19:55



La vision d'un homme consumé par une rage sourde et intérieure était un spectacle certes passionnant, mais auquel Léon aurait préféré ne pas assister. Le dénommé Jalender semblait être sujet à une combustion intérieure dont le seul signe visible dans ce masque de froideur et de faux calme était sa peau prenant une curieuse teinte rougeâtre. Autant dire que cela jurait avec sa couleur de cheveux. Comme si l'enveloppe charnelle de l'homme rosissait pour témoigner du feu intérieur qui s'y déroulait, à l’abri de tous les regards. L'adolescent ressenti la caresse familière de la peur s'emparer de lui. Il ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire au rouquin pour causer chez lui un pareil désappointement, mais il avait l'impression qu'il allait à un moment donné devoir en faire les frais. Foutue Elène ! Pourquoi avait-elle fallu que la seule personne à qui il se soit confié de l'été ne le trahisse de cette façon et ne l'envoie dans un tel traquenard ? Il se mordit la lèvre en regardant Jalender se faire entourer par Reiss et ses deux molosses en se demandant finalement si cela été une bonne chose de détourner l'attention de tous sur celui dont Elène avait cherché à se venger. De tous dans cette ruelle, Léon ressentait de plus en plus clairement qu'il était en fait le plus dangereux. Cela n'était pas une question de taille, encore moins de carrure. C'était son regard couleur émeraude, d'un calme remarquable et si travaillé. Travaillé. Tout chez cet homme semblait soigneusement préparé, de la manière la plus méticuleuse possible. Chacun des mots qu'il employait semblait choisi avec précision, il n'y avait qu'à voir le ton calme qu'il conservait. L'apparente sérénité avec laquelle il répondait aux accusions portées par Crayon à Papier. Il n'y avait pas à redire : ce Jalender était très professionnel. Trop peut être. Etait-ce parce que rien ne semblait se passer comme prévu que ses yeux lui lançaient à présent des éclairs de fureur ? Et pourquoi diable agrémentait-il tout cela d'un sourire déplacé ? C'était vrai à la fin, comment arrivez-t-il à sourire de la sorte tout en le regardant comme s'il allait l'étrangler dans la seconde ? C'était glaçant. Ce type était louche, voilà tout. Pas du tout fréquentable, si quelqu'un lui demandait son avis. Sauf que, depuis le début, personne ne le lui demandait. Il avait l'impression de subir les évènements plus que d'y participer.

__ Peut-être parce que je n’avais le choix que du vendeur, pas du transporteur ? Se défendit Jal. Ce n’est pas à moi qu'il faut se plaindre, c'est au vendeur.

C'est qu'il s'en sortait bien, le bougre. A se dédouaner de toute responsabilité tout en continuant à scruter sa carte d'identité tel un Auror découvrant une preuve. Depuis que cette conversation avait débuté, Jalender n'avait cessé de faire en sorte de les trois autres le pensent coupable du mauvais déroulement de la transaction. Et Léon avait quant à lui tout fait pour essayer de leur expliquer qu'il était juste le pauvre idiot naïf de l'histoire. Il y en a un dans chaque histoire après tout, non ? Un type qui n'a rien à faire là, afflué souvent d'un prénom banal et qui essaye juste de s'en sortir. Et qui la plupart du temps dit des choses qui, à sa décharge, l'entraîne encore plus dans les profondeurs du pétrin dans lequel il s'est mis tout seul. Généralement, ce pauvre idiot s'en sort mais il y a quelques rares histoires où il finissait mal, souvent victime d'un malentendu terriblement risible. Etait-ce ce qui l'attendait, à lui, Léon Schepper ? Allait-il finir sous les coups d'un mauvais sort - qu'il espérait rapide - ou bien tabasser jusqu'à ce que mort s'en suive, à cause de la simple erreur qu'il avait commise ? Pour avoir simplement accepter sans réfléchir un travail trop bien payé et une remise de colis à un parfait inconnu ? Peut importait comment il retournait la situation, Léon la trouvait de plus en plus ridicule. Et malgré qu'il ait dit la vérité à Reiss et que ses clébards s'intéressaient maintenant à Jalender, il ne se sentait pas plus en sécurité. Mais qu'attendait donc le rouquin de sa part ? Etait-il si désappointé qu'il n'arrivait tout simplement pas à accepter qu'Elène s'était également joué de lui ? Et puis d'ailleurs, qu'avait-il donc pu faire à cette femme pour qu'elle en vienne à imaginer un tel stratagème ?

Puis tout s'enchaîna trop vite pour qu'il ne réalise la situation. Son regard se posa sur le client qui venait dûment réclamer qu'on contribue à sa gueule de bois. Au même instant le rouquin s'empara de son bras et le vert-et-argent n'eut même pas l'occasion de se débattre que déjà sa vision se brouillait et son ventre se soulevait tandis qu'on lui imposait un transplanage d'escorte. Il aurait été alors peu judicieux de vouloir que le rouquin le relâche, sauf à désirer ardemment finir désartibulé. Léon s'appréciait assez en un seul morceau. Ses pieds touchèrent enfin quelque chose de palpable et il rouvrit les yeux, la chaleur du mois d'aout l'enveloppant de nouveau. Il tressaillit en reconnaissant le quartier, à quelques rues de chez lui et posa son regard quelques instants sur ce Jalender. Voilà donc le grand intérêt qu'il avait porté à son document d'identité. Quoi que connaisse Jal sur ce quartier, il en savait assez pour avoir réussi à atterri avec soin à l'abris de tout regard indiscret. Avait-il reconnu l'adresse d'Elène ? Ou bien avait-il juste supposé cette femme habitait proche de lui ? Voulait-il l'impressionner en débarquant près de chez lui ? Pensez-t-il qu'il perdrait tous ses moyens en le voyant si proche de "sa famille" ? Parce que si c'était le cas, il se mettait le doigt dans l'oeil et ce bien profond.

__ J’espère qu’on n’est pas trop loin de là où habite Elène ? Tu viens avec moi,  ordonna l'homme d'un ton intransigeant. Pas la peine de fuir, tu me feras juste perdre du temps et puisque de toute façon t’es censé rentrer chez toi à un moment où à un autre, je saurai où t’attendre. Que ce soit chez tes parents ou à Poudlard, par ailleurs. Ca tu l’as bien compris ?

Et voilà qu'il en rajoutait une couche sur les menaces. Il le prenait pour un demeuré ou quoi ? A moins qu'il ne l'imagine sourd, ou avec la mémoire d'un boltruc ? Mais enfin, bien sûr qu'il avait compris ce qu'avait dit ce Jalender. Il ne fallait tout de même pas s'appeler Granger pour additionner deux et deux. Il voulait peut être faire une allusion un troisième fois, histoire d'être sur que le vert-et-argent saisisse bien qu'il allait travailler à Poudlard ? Peut-être quelque chose d'encore moins subtile que les deux autres fois où il l'avait mentionné ? Léon se retient de lever les yeux au ciel, y compris à la menace sous-entendant qu'il avait mémorisé son adresse. Et puis quoi, de toute façon ? Ce n'était pas comme si Léon allait se découvrir une soudaine bravoure pour protéger les siens et tout mettre en oeuvre pour que cet homme peu recommandable ne s'approche pas de la maison où il vivait.  A dire vrai ? Il ne se sentait pas spécialement redevable de quoi que ce soit envers Ed et Donia, bien qu'il sache ressentir quelque chose se rapprochant à de l'affection pour celle qui essayait sans vraiment le désirer de reprendre son rôle de mère. Quant à Lukas qui dormait sûrement paisiblement dans sa chambre, tel le stupide Poufsouffle bien aimé qu'il l'était, il ne lui avait jamais laissé aucune place dans sa vie. Alors si il espérait lui faire peur en lui parlant de sa famille, il était vraiment loin du compte. Léon se redressa, le jaugeant de toute sa hauteur, bien décidé à lui montrer que pour le moment il ne se sentait pas tant en danger que ça. Il savait l'homme menaçant, il se savait bien jeune mais après tout il n'allait pas s'écraser de la sorte maintenant qu'ils n'étaient plus quatre personnes contre lui. La présence rassurante de sa baguette dans la poche arrière de son jean y était sûrement pour quelque chose.

__ C'est bon, arrêtez de tournez autour du pot. J'ai compris que vous allez enseigner ou faire je-ne-sais-quoi à Poudlard à la rentrée prochaine, cracha Léon sur un ton plus dédaigneux qu'il ne l'aurait souhaité. D'ailleurs, puisque Jalender n'est sûrement pas votre nom, comment vais-je devoir vous appelez ? Professeur .... ? Il laissa la fin de sa phrase en suspend, arquant un sourcil.

Il ne savait pas vraiment d'où lui venait ce soudain élan de cynisme, mais il était presque certain que cela n'allait pas plaire au rouquin. Sauf qu'il commençait à en avoir marre de subir et de se laisser croire si chétif et craintif. Par tous les fondateurs, il était quand même un Serpentard et il n'avait pas pour habitude de se laisser faire de la sorte. Certes, tout à l'heure cela avait été tout à fait nécessaire car il n'était clairement pas en posture de force. Et maintenant, l'était-il ? Il n'avait néanmoins pas oublié le frisson désagréable provoqué par le sourire hors circonstance de cet homme. Il n'avait pas oublié la désagréable impression selon laquelle c'était Jal l'homme le plus dangereux. Mais voilà, il fallait à un moment donné changer de stratégie et il n'était pas certain que celui de l'adolescent timide et sans cran ne lui ait rendu service jusque là. Pas sûr non plus que son attitude défensive ne lui soit d'un plus grand secours, cela dit.

__ Et je vous ai déjà répondu, pour Elène, poursuivit-il  en penchant légèrement la tête sur le côté. Je connais son adresse mais vu la situation ,  et il insista lourdement sur le mot, elle a sûrement dû transplaner loin d'ici.

Il haussa les épaules avant de secouer la tête devant le ridicule de la situation. Il était plutôt las de se répéter. Mais en même temps, il n'avait que si peu d'informations qu'il ne pouvait faire autrement. Et puisque ce Jalender semblait avoir besoin d'entendre plusieurs fois un fait pour l'assimiler, il était prêt à les lui répéter si ca lui faisait plaisir. Après tout, il n'était peut être pas de toute jeunesse le pauvre, ironisa-t-il intérieurement. C'était peut être ça le secret de son regard calme à tout épreuve. Il était peut être bien plus âgé qu'il ne semblait l'être ? Usait-il de potions de rajeunissement, ou peut être même avait-il fait un tour dans le service de médicomagie esthétique de Sainte Mangouste afin de se redonner une nouvelle jeunesse ? Cela expliquait le respect qu'il avait semblait comprendre entre Reiss et Jalender, Crayon à papier se reposant visiblement sur ce rouquin pour gérer ses affaires. Ce type étrange était peut être un vieux sénile complètement barge qui s'était offert un visage plus jeune ? Il divaguait, il le savait, mais cela avait au moins le don de dédramatiser la situation dans laquelle il se trouvait. Et bien pépé, tu veux que je te répète encore que je n'ai rien à voir avec Elène ? Un sonotone peut-être ? Songea-t-il en souriant à ses propres pensées. Sourire qu'il se hâta de faire disparaître de son visage, désireux de ne pas donner l'impression qu'il se moquait de son interlocuteur. Il fallait vraiment qu'il apprenne à contenir les  mimiques de son visage, cela allait vraiment finir par lui attirer des ennuis sinon. Enfin, plus d'ennuis qu'il n'en avait déjà.

__ Dis Schepper, c’est quoi ton rôle dans cette histoire…? Attaqua-t-il de nouveau. T’es l’amant trompé ou l’homme à tout faire pour Elène ? A moins que tu sois au sens propre comme au figuré, un bouche trous ?

Et voilà qu'il remettait le couvert avec ses questions. Il est dur de la feuille, l'antiquité hein ? pensa-t-il amèrement.  Il voulait quoi, qu'il s'invente un rôle parce que les explications qu'il lui avait donné jusqu'alors ne lui convenaient pas ? C'était quoi cette lubie que certains avaient de répéter sans cesse leur question jusqu'à ce que leurs interlocuteurs n'en viennent à édulcorer les évènements afin de satisfaire leur curiosité ? Il voulait quoi, à la fin ? Ca l'émoustillait de savoir qu'il aurait pu avoir une relation avec Elène ? Ou bien alors c'était lui, l'amant jaloux et trompé et il cherchait à découvrir le fin mot de l'histoire par des questions détournées ? Mais qu'il en avait marre de supposer ! Et si il répondait oui à son insinuation graveleuse comme quoi il se contenterait uniquement de " boucher des trous " - très délicat, vraiment, comme formulation - ca allait lui attirer quoi, comme nouveau problème ? Non vraiment, avait-il une bonne réponse à donner ou bien tout ce qu'il allait dire n'allait faire qu'enrager encore un peu plus l'homme aux yeux verts ?

__ Je vais essayer de faire simple pour que vous compreniez, cette fois, murmura Léon assez bas mais de manière assez intelligible pour que Jal le perçoive dans le calme de la nuit. Il fixa ses yeux anthracite dans ceux de l'homme et continua, articulant outrageusement chacune des syllabes comme s'il s'adressait à une personne un peu limitée. Elène habite à deux rues de chez moi, on a sympathisé mais pas de la manière que vous l'imaginiez. Il s'autorisa un petit sourire condescendant avant de poursuivre. Elle m'a trouvé un travail dans un bar, sûrement en prévision de cette soirée. Hier, elle m'a demandé de vous donner un colis, ce que j'ai fait. Voilà le résultat.

Il avait conscience que Jal attendait sûrement d'autres éléments plus croustillants mais il n'avait malheureusement pas grand chose de plus à lui offrir. C'était banal, parce qu'il s'était fait banalement piéger par Elène. C'était d'ailleurs un fait qu'il avait beaucoup de mal à digérer. Il avait eu confiance en Elène, il s'était confié à elle et voilà tout ce qu'il avait récolté. Il sonda de nouveau du regard l'homme avant de se rappeler que lui aussi avait été berné par Elène, et jugea utile de rajouter sur un ton où une pointe d'énervement pointé.

__ Maintenant si vous pensez pouvoir retrouver Elène à son domicile, je veux bien vous y conduire. Avec plaisir même. Moi aussi, j'aimerai comprendre pourquoi elle s'est vengée de vous de la sorte en se servant de moi. Il serra doucement les poings, à mesure qu'il prenait conscience que c'était exactement ça dont il avait besoin. D'une explication. Je pense que vous n'êtes pas le seul à avoir envie de vous retrouver en face d'elle.

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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Lun 27 Nov 2017 - 16:22

Quelqu’un avait oublié d’éteindre quelque chose quelque part, si bien que les deux protagonistes, pourtant bien moins entourés par les dangers qu’avant, continuaient à créer de l’électricité statique autour d’eux au point d’en faire crever les fleurs. Ensemble, ils allaient finir par avoir la force de former un orage. Sentant que c’était une obstination sans intérêt, motivée uniquement par l’énervement qui ne cessait d’utiliser la moindre occasion comme un carburant pour brûler toujours plus, Octave prit soudain un recul salutaire. Shepper, en revanche, relancé par les menaces à répétition, était sur le point de se déboîter quelque chose tellement l’exaspération tendait son corps. Parce qu’il avait un peu reprit ses esprits et refroidi son entrain, Octave se délectait doucement de ce malabar qui n’en finissait pas de fumer et que n’importe quelle brindille faisait repartir en incendie d’été. Un peu mieux préparé, il l’attendait donc au tournant et Shepper ne manqua pas de tenir les promesses que faisait le Pompei derrière ses yeux. Débordant de testostérone, il se redressa, déploya ses larges épaules en grive de lion et son cou de taureau en peau de serpent blindée. Le môme irradiait de virilité comme un soleil, bâti en charpente, avec la petite veine qui pulsait sur le muscle. Mais quel afflux sanguin parfait, quelle mâchoire carrée ! Et quel menton poilu, quelle avantageuse distribution hormonale pour un jeune homme de dix-sept ans à peine, bon sang ! Ca, c’était de l’adolescent de compétition ! Ca, ça provoquait des geysers sur son passage. Cette allure faisait péter des bouchons de champagne d’un simple coup de rein ! Comment Octave allait-il résister à l’insistance turgescente de notre héros ? Mystère. Holbrey avait néanmoins l’habitude, du fait de sa taille somme toute moyenne, à regarder ceux qui le menaçaient d’en bas et lui adressa un regard velouté.

__ C'est bon, arrêtez de tourner autour du pot. J'ai compris que vous allez enseigner ou faire je-ne-sais-quoi à Poudlard à la rentrée prochaine. D'ailleurs, puisque Jalender n'est sûrement pas votre nom, comment vais-je devoir vous appeler ? Professeur... ?

Tiens donc, Shepper s’était senti pousser des cou*lles ? Les ovaires étaient enfin retombées ? Ca semblait rébarbatif comme rappel, mais Octave ne faisait pas ça pour rien, et non pas parce qu’il aimait répéter les choses comme on aimait à passer ses dimanches matins dans le fond d’un lit chaud. C’est qu’on sous-estimait les vicieuses idées abruties que pouvait nous glisser un cerveau rendu malade à force de se sentir coincé. Le désespoir prenait les reines et vous dirigeait comme un mal-voyant à la recherche de lunettes. Shepper pouvait à un moment se dire que ce serait une bonne idée de saisir sa baguette pour assommer son méchant preneur d’otage et s’enfuir… Alors le méchant preneur d’otage était là pour lui rappeler à quel point cette éventualité était stupide, histoire de s’économiser du temps et de la douleur. D’autant que ces bougres, qui aimaient à disparaître dans un nuage de fumée, avaient la vilaine habitude de viser le visage. Et Octave tenait à son visage. Tout comme il tenait à son nom dans ses affaires. Même Elène n’en avait jamais rien su et il était peut-être un peu trop tôt pour donner ce genre de pouvoir à quelqu’un qui pouvait encore allégrement en profiter. Néanmoins amusé qu’on puisse lui prêter le titre de professeur, pour toute préface, Octave lui adressa un sourire déjà bien moins vicieux, mais un brin narquois.

« Professeur Shepper, parce que si tu me fais un coup bas dans les heures qui suivent, je vais tellement être sur ton dos que tu pourras bientôt m’appeler papa. »

A son tour, il arqua un sourcil en miroir à celui du jeune homme pour forcer la ressemblance au moins sur quelque chose. En théorie, il aurait pu. S’il y avait des filles pour tomber enceinte à seize ans, c’est qu’il y avait bien des mecs de seize ans pour les engrosser. Maintenant qu’il était proche de son but et que Reiss n’était plus là pour lui mettre des bâtons dans les roues avec ces éternelles jérémiades, Octave se trouvait bien moins sur la défensive que plus tôt et la blague passa plus comme une taquinerie qu’une menace.

__ Et je vous ai déjà répondu, pour Elène. Je connais son adresse mais vu la situation, elle a sûrement dû transplaner loin d'ici.
« Et t’as probablement raison, mais ce n’est pas bien grave dans l’absolu. »

Octave voyait peut-être plus loin que Shepper à ce sujet. Il n’avait pas grand espoir non plus qu’elle soit dans les parages, mais la fumée devait encore être tiède dans la cheminée de sa maison et il connaissait la suite. Trouver l’adresse, constater la maison, voir si quelque chose de personnel s’y trouvait encore, ou quelque chose d’utile pour faire un lien avec la suite. Contacter le propriétaire, le vendeur ou l’agence immobilière, inventer une histoire pour exiger les informations la concernant, même si fausses. Elène était peut-être intelligente, mais certainement pas une professionnelle de l’évasion. Quelque part, quelque chose subsistait et attendait qu’on le retrouve. Mais Shepper préférait grésiller toujours la même chose en tourne disque cassé, plutôt que de faire ce qui lui était demandé sans poser de questions et essayait inlassablement d’expliquer qu’il n’y avait peut-être rien à la clé. Octave se demanda un instant si sa potentielle progéniture n’était pas en train de le tenir en grand demeuré, pour lui rappeler ainsi sans arrêt la même chose. Il aurait peut-être fallu éventuellement préciser que ce n’était pas nécessairement Elène qu’il cherchait ? Et qu’il n’allait pas faire une crise d’hystérie en traitant Shepper de menteur dans le cas où elle ne s’y trouvait pas ? Nah. Laissons-le stresser un peu.

__ Je vais essayer de faire simple pour que vous compreniez, cette fois. Elène habite à deux rues de chez moi, on a sympathisé mais pas de la manière que vous l'imaginiez. Elle m'a trouvé un travail dans un bar, sûrement en prévision de cette soirée. Hier, elle m'a demandé de vous donner un colis, ce que j'ai fait. Voilà le résultat.
« Dommage pour toi, Shepper. »

Mais oui, il le prenait vraiment pour un immeuble avec la lumière qu’aux premiers étages ! Octave ne s’en offusqua pas, imperméable aux insinuations outrageantes lorsqu’il n’était pas nécessaire de faire bonne figure devant des spectateurs. Comme quoi, ça servait d’être le demeuré de la famille, on finissait par s’habituer et accepter cette place. En seule réaction, il eut une sorte de gros soupir interne. Pauvre Shepper, il avait bénéficié de toutes les emmerdes d’une femme sans avoir pu pécho la femme. C’était un peu nul ça quand même. Un bon gland, en somme. Bien joué Elène, t’en aura trouvé deux. Quoi que le premier soit quand même parvenu à tirer sa crampe carte du jeu. Octave regarda l’étudiant avec l’air de le jauger, se demandant pourquoi Elène n’avait pas profité de ce morceau bien bâti. Parce que franchement il y avait de quoi avoir une bouffée de chaleur, non ? Sauf si ce cher Shepper ne cachait pas en fait un très petit secret. Ou préférait s’encanailler dans les boîtes de nuit de province, à draguer des pintades gloussantes sur fond de musique qui vous déboîtait les tympans. Sur ce paysage, Elène faisait office de vieille bique. Sur ce plan par ailleurs, ils semblèrent enfin se rejoindre car la patate braisée avoua enfin sa mésaventure d’une voix aigre :

__ Maintenant si vous pensez pouvoir retrouvez Elène à son domicile, je veux bien vous y conduire. Avec plaisir même. Moi aussi, j'aimerai comprendre pourquoi elle s'est vengée de vous de la sorte en se servant de moi. Je pense que vous n'êtes pas le seul à avoir envie de vous retrouver en face d'elle.
Le sourire d’Octave s’accentua en tranche d’orange, dénudant juste un peu du blanc de ses dents qui luirent alors à la lune comme des perles dans un coquillage.
« En avant toute, Shepper. »

Susurra-t-il, l’œil gélatineux et l’air extrêmement dépravé. Heureusement, le doux galopin avait enfin outrepassé les sinueux marécages de sa rancune pour son égo maltraité et venait de tomber sur ce qui pouvait les unir dans une noble cause commune. Pas qu’Octave en ait besoin, mais ça facilitait quand même diablement la tâche. En parfait opportuniste, il saisit sa chance et accueillit cette soudaine bonne volonté comme Staline accueillit Churchill pour s’allier contre le vilain Hitler. Quoi que Holbrey avait bien l’intention de suivre son camarade rouge en envahissant Berlin de ses propres forces pour ne rien laisser aux autres.

Il suivit le barman d’un pas léger, se laissant devancer de peu, juste assez pour avoir vu sur ses deux omoplates lorsqu’il louchait. Son regard habille se baladait le long de la rue à la recherche de témoins potentiels, de regards étranges, ou même de femmes détalant un peu trop vite. Mais la nuit était calme et rien ici n’illustrait la lâcheté, l’immonde crime qui avait été commis contre la gente masculine. Non, la vie continuait, tandis que des poignards étaient enfoncés dans des dos sans qu’il n’y ait de coups de tambours pour avertir le spectateur. Tant pis, il fallait faire sans tragédies, mais Octave sentait que ce paysage doucereux d’été anglais ne reflétait absolument pas les flammes de l’enfer qui lui dévoraient la vue. Dans le murmure de la nuit et accompagné par le lourd parfum de fleurs couleur miel, il attisait sa motivation en élaborant divers moyens pour meurtrir la femme infernale. Il entendait au loin, dans un futur aussi proche que possible, des hurlements hystériques et les traits d’un beau visage devenu laid dans le dépit de la défaite. Il considérait qu’elle l’avait sous-estimé et espérait cette prédiction véridique. Pour une belle femme comme Elène, perdre son charmant visage de pétale serait une véritable tragédie. Elle perdrait de ses grâces s’il lacérait son faciès jadis si doux comme une mangue bien juteuse. Sa tête se retourna vers Shepper, qu’il sonda comme s’il s’agissait d’un mystère, avant de demander :

« T’es à Poudlard Shepper, t’as dix-sept ans, t’as même un travail dans un bar. Qu’est-ce que tu fous à sympathiser avec des vieilles ? »

Il n’ajouta rien à son allégation, même si une foultitude de suppositions étaient venues s’agglutiner à la fin de sa phrase. Les petites gueules comme lui, qui fleurissaient en dehors de leur ligue en cherchant les faveurs de vieux poireaux, avaient souvent des motivations très spécifiques, parfois doublées de complexes œdipiens. Mais Shepper était un oiseau d’une toute autre saison semblait-il. Ca couvait un oisillon tombé du nid trop tôt, cherchant peut être du réconfort dans la première figure éventuellement parentale trouvée. Et puis, il y avait un vrai réconfort à fréquenter ces femmes aussi belles que mâtures. Elles vous dorlotaient comme une mère et vous assuraient une existence tranquille où l’avenir ne réservait aucune surprise. Elles avaient la sérénité d’un vieil éléphant, qui connaissait tous les chemins et dont la vie avait déjà été largement vécue. Tout était paisible avec elles et la jeunesse perdait de sa confusion pour devenir un fleuve sans péripéties, sans parler des avantages de l’expérience. Alors quoi, on avait besoin de souffler avec une vieille, Shepper ? C’était déjà difficile de se faire larguer par des gens de son âge, mais une biquette comme Elène, encore pire ! Pas étonnant qu’il ait envie de la revoir pour régler son problème de confiance envers sa mère -décidemment ca échappe à ma langue…- les femmes âgées pour enfin libérer sa libido conscience. Elène, Elène, combien de confiances viriles as-tu piétinés de tes talons aiguilles ?

Ils longèrent tous deux une rue, puis une autre, s’enfonçant dans des régions toujours plus rurales ne ressemblant en rien au Londres bouillonnant. L’ombre grise d’un nuage solitaire passa sur les gazons tondus, obligeant Octave à redoubler d’attention, son regard scrutant avec encore plus d’attention les maisons environnantes. Un mystérieux sourire flottait sur ses lèvres et il se sentait galvanisé par ce silence lourd et chaud, qui contrastait si férocement avec ses motivations.

Soudain, un bruit de talon se fit entendre sur le gravier et Octave dépassa Shepper en deux enjambées pour avoir une meilleure visibilité. A quelques mètres d’eux, la lumière d’un porche s’était allumée, jetant son dévolu sur l’allée qui menait à une jolie maison en brique rouge et au petit toit de tuile noire. Un long chemin rocailleux menait jusqu’à la porte d’entrée au travers d’herbes hautes jusqu’à la porte d’entrée entrouverte. La porteuse de talons était disparue à l’intérieur et Octave jeta un regard sur sa montre. Son rendez-vous au bar avait eu lieu il y a à peine quarante-cinq minutes et la mégère s’était peut-être imaginé qu’il finirait sous une salve de coups de genoux, plutôt que devant sa porte dans la foulée. Peut-être ne s’était-elle-même pas dit que Shepper aurait pu la trahir… Il jeta un regard rapide vers le môme en cherchant confirmation et, dans cette ruelle absolument vide et silencieuse, il se rapprocha de la maison éclairée, suivant le contour des ombres pour se fondre dans la nuit sans se faire voir par la lune.

La femme ressortit de la maison, un paquet dans les bras et il reconnut instantanément ce profil au nez retroussé et aux pommettes hautes. Par réflexe, il sortit vivement sa baguette, légèrement recourbé vers l’avant, les genoux souples, comme prêt à bondir. Il fallait agir vite et bien, mais la magie en plein milieu de la nuit avait cet inconvénient qu’elle laissait des traces comme une étoile filante en plein ciel. Plus il s’approchait cependant, plus il risquait de se faire remarquer et de provoquer un transplanage précipité. Ce n’était qu’Elène cependant, pas une espionne russe envoyée par le KGB avec une capsule de strychnine à la place d’une dent. Mais avec Shepper dans les environs… Tant pis, se faufilant au creux d’une dernière ombre, Octave profita qu’Elène se rapproche du porche pour lui décocher, d’un geste souple et sans parole, rien d’autre qu’un Impero. Un Stupéfix aurait fait l’affaire, mais une femme tombant à la renverse en plein milieu de son jardin, ça faisait jaser dans les chaumières. Octave détestait ces coins paumés justement pour la multitude de harpies qui s’accotaient aux fenêtres à longueur de journée pour épier les voisins. Elène s’immobilisa comme si elle avait oublié quelque chose à la maison et Octave contourna la clôture en bois peint jusqu’au petit portail, avant de lancer des salutations pleines d’entrain :

« Elène chérie, comme on se retrouve ! Tu nous invites à boire un verre, dis ? » Et sur ces mots, tandis qu’elle le regardait de cet air gélatineux de poisson mort sans piper mot, il l’empoigna par le coude et la reconduisit jusqu’à la maison. Par-dessus l’épaule, il lançant à Shepper un sifflant : « Ferme la porte. A clé. »

Une fois à l’intérieur, il planta la gourgandine dans l’entrée et fit un rapide tour du propriétaire. Près de l’escalier menant au second étage, deux valises attendaient leur heure, dont l’une était ouverte et dégueulait de vêtements soigneusement pliés. Elle n’avait pas appris à fuir, ça, c’était clair. On aurait dit une actrice de cinéma décidant de partir en vacances sur un coup de tête. Octave croyait si peu en sa chance qu’il ne parvint pas tout de suite à saisir l’extase victorieuse qui l’animait, tant son corps était tendu par le sortilège jeté et la précision que lui avaient demandé ses gestes pour ne pas se faire remarquer. Très vite, au fur et à mesure qu’il observait cette petite maison rembourrée et assourdie de mobilier coquet, il sentit sa gloire se muer en vice profond et son imagination se dispersa dans tous les sens à mesure que son regard balayait l’intérieur réconfortant et confortable des appartements féminins. Dans son dos, elle continuait à se tenir droite, sans bouger. Octave s’en approcha, fouilla les poches sans ménagement pour trouver la baguette et une fois qu’elle fut sortie, dans un moment de frustration ultime, il la brise tout bonnement en deux. Ses jointures blanchirent et un craquement sinistre se fit entendre, suivi de crépitements colorés tandis que le cœur magique de la baguette se déchirait. Les bouts de bois finirent par terre, sonnant comme deux vulgaires bouts de crayons et Octave, victorieux dans sa colère, fit face à Elène avant de lever son Impero. Tandis que la conscience lui revenait, le visage d’Octave devint dur comme du diamant. Son propre entendement revint soudain au premier plan, les fantasmes reprenant leur éternelle place d’ombres extravagantes et fantasques. Sa voix sonna rigide, dense et particulièrement appliquée :

« Où est le cachet impérial, Elène ? »


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MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Ven 8 Déc 2017 - 13:00



__ Professeur Schepper, railla-t-il, parce que si tu me fais un coup bas dans les heures qui suivent, je vais tellement être sur ton dos que tu pourras bientôt m’appeler papa.

Léon grinça des dents. Sans le savoir, le rouquin avait touché une corde sensible mais il n'était pas assez stupide pour lui laisser entrevoir la faille.

__ La génétique a beau être curieuse, papa, se moqua Léon d'un ton hautain, il vous manque quelques centimètres pour que l'histoire soit crédible. Ou bien tout le monde se doutera que vous êtes le cocul dans l'histoire.

Prononcer le mot "papa" à haute voix eu le mérite de donner à sa réplique toute l'arrogance qu'elle méritait.  Dire qu'il n'avait jamais cherché à imaginer les traits de son père aurait été un mensonge, bien qu'il n'aurait jamais avoué le contraire à qui que ce soit. C'était une part de lui qu'il détestait, cet incontrôlable besoin d'essayer de mettre un visage sur celui qui avait séduit sa mère dans un bar londonien il y avait de cela dix-sept années. Un moldu. Il s'était longtemps convaincu que c'était la raison pour laquelle il le haïssait tant : la partie non sorcière qui coulait dans ses veines à causes des malheureux chromosomes qui s'étaient assemblés à ceux de sa mère. Mais la vérité s'était doucement frayée un chemin au fur et à mesure qu'il avait grandit : il détestait avoir été conçu de cette manière. Juste comme ça, juste pour une idiotie d'adolescence. Juste pour s'éclater trente secondes dans un pieu. Qu'est-ce qui avait séduit Donia ? Etait-ce la couleur si particulière de ses propres yeux qu'il voyait chaque matin dans le mémoire ? Etait-ce la carrure, les épaules larges et le sourire en coin ? Etait-cela que Donia détestait tant chez lui ? Lui ressemblait-il ? Parce que plus les années passaient et plus les visages flous qu'il voyait parfois dans son sommeil se transformaient doucement en une réplique du sien, de visage. Parfois, il lui arrivait de penser à ce père absent. Sur le quai de la gare en voyant les autres étreindre le leur. Le pire était l'absence de souvenirs, les questions qui resteraient toujours sans réponses. Etait-il au courant de son existence ? Qu'aurait-il fait s'il avait appris son existence ? Plus jeune, il s'était souvent raconté des histoires pour s'endormir, s'était imaginé que ce père reviendrait pour s'occuper de lui en lui expliquant que s'il avait su, il aurait toujours été là. Cela avait été criant d'inutilité : jamais cela ne lui avait permis de s'endormir sereinement, pas plus d'endormir sa peine. Puis il avait appris à le détester tout simplement. Question de facilité. Il était plus facile d'haïr que de pleurer ou d'attendre quoi que ce soit. Il avait appris à ne plus se demander ce que son " père "aurait pensé de lui s'il était là, de ce qu'il lui aurait dit. Puis il avait renoncé à employer ces deux syllabes. Il n'était pas son père. Tout au plus le géniteur ayant fourni une structure microscopique s'étant combinée à une autre structure tout aussi microscopique afin de créer un petit être dont personne n'avait voulu. Il ne lui devait rien, si ce n'était la moitié de ses 23 paires de chromosomes.

Le dénommé Jalender ne tiqua même pas à ses remarques douteuses concernant ses capacités mentales. Léon s'en serait offusqué si cela n'avait pas permis également d'apaiser légèrement l'atmosphère électrique qui frémissait. Il se mordit les lèvres, conscient qu'il avait tout intérêt à ne pas rajouter d'huile sur le feu se mourant doucement entre eux. Jalender avait l'air d'apprécier l'idée de retrouver Elène, ou du moins de voir le lieu où elle avait élaboré le plan pour les coincer tous les deux. Qu'adviendrait-il du faux calme qui s'était emparé du rouquin quand il ne manquerait pas de constater qu'Elène n'était plus en ces lieux ? Etait-ce une bonne idée de le conduire là bas, tout en étant l'unique interlocuteur - et par défaut, donc, l'unique responsable - de la situation délicate dans laquelle le rouquin se trouvait ?

__  En avant toute, Schepper, roucoula-t-il.

Il voulait lui dire d'aller se faire foutre, mais sa rancune envers Elène fut plus forte que son envie de continuer à tenir tête à un potentiel nouveau professeur. Peut-être que l'espoir du rouquin était finalement contagieux. Lui aussi espérait secrètement tomber sur Elène. Non. Plus précisément, il rêvait de voir le Jalender exprimer son mécontentement à la menteuse invertébrée qui lui avait servi de voisine ces derniers mois. Il n'avait pas oublié le frisson d'inquiétude qui s'était emparé de lui lorsqu'il avait croisé le regard sadique et plein de promesse du rouquin. S'il n'avait pas voulu d'illustration et de mise en situation la dernière fois, il n'était pas contre s'il troquait le second rôle en l'échangeant avec Elène. Les mains dans ses poches, l'adolescent devançait le rouquin de quelques mètres, s'enfonçant dans la nuit avec le pas assuré de celui qui connaissait les ruelles par coeur. Pas étonnant, quand il songeait aux nombreuses soirées passées à errer dans le quartier, sans d'autre but que celui de fuire la maison familiale. Lukas et sa satané bouille ronde et souriante de Poufsouffle. La dernière fois qu'il lui avait demandé de lui passer du sel cet imbécile avait accédé à sa demande avec tellement d'entrain que le vert-et-argent avait eu envie de gifler. Quand est-ce que le gamin allait comprendre qu'il ne lèverait même pas le petit doigt s'il s'étouffait avec son croûton de pain ? N'avait-il pas un minimum d'amour propre ? Pouvait-il arrêter de sourire de cette façon lorsqu'on lui adresser la parole, même pour lui demander un service ? C'était d'un ridicule. Et Ed. Ed. Rien que de voir ses lunettes aux verres toujours soigneusement propres et sa raie au milieu, ses pantalons soigneusement lissés avec le plis là, parfaitement sur le côté, lui donner la gerbe. Il haïssait ce type, par tous les pores de sa peau. Donia lui avait dit une fois qu'Ed le considérait comme son fils. Grand bien lui fasse. Il ne considérait pas que Donia ait le droit de lui présenter le premier prototype masculin ayant accepté de l'épouser en lui donnant également le rôle de père pour le bâtard qu'il était. C'était pas le genre de truc interchangeable qu'on pouvait emballé dans un joli paquet - en l'occurrence une jolie maison - en disant : tiens voilà, le vrai n'était pas disponible mais comme tu sembles avoir besoin d'une présence masculine, y'avait ça en rayon. Si c'était vraiment son intention, Léon espérait vivement pour elle qu'elle avait gardé le ticket de caisse et qu'elle pouvait se faire rembourser. Le problème c'est que depuis le temps que ce type traînait avec Donia, il était prêt à parier qu'elle avait dû couper les étiquettes depuis longtemps. Impossible de ramener le beau-père, donc. De toute façon, pour l'importance qu'il accordait à sa mère, ce n'était peut-être pas le plus grave. Quoi que. Donia semblait heureuse avec Ed. Avec Lukas. C'était ça, son plus grand problème. Il ne lui souhaitait pas d'être heureuse.

__ T’es à Poudlard Schepper, t’as dix-sept ans, t’as même un travail dans un bar. Qu’est-ce que tu fous à sympathiser avec des vieilles ?

Qu'est-ce-qu'il avait le grand-père, il était jaloux de pas pouvoir goûter à la chaire fraîche alors il voulait critiquer la jeunesse qui, elle, pouvait également s'intéresser aux femmes mûres ? Il leva les yeux au ciel, n'ayant heureusement pour unique témoin que le ciel étoilé du mois d'Août. Ils étaient vraiment obligés de se tenir la discussion ? Ils allaient jouer à ça, histoire que la situation semble moins étrange qu'elle ne l'était déjà ? Ou bien était-ce encore un soupçon de jalousie ? Il fut tenté de lui dire qu'il devait bien savoir ce qu'on trouvait à Elène en le gratifiant d'un regard peu catholique. Mais à quoi cela servait donc de se placer dans le rôle de l'amant si Jalender était l'ex petit-ami qui s'était fait avoir par la jolie blonde ? Surtout que jamais il n'avait imaginé sa voisine sous cet angle. Alors inutile de se placer de nouveau en mauvaise posture. Mais que pouvait-il bien répondre au rouquin ? Qu'il s'était fait avoir par le visage poupin, les longs cheveux blonds rassurant et les grands yeux remplis d'optimisme et de gentillesse ? Par sa voix rassurante, ses gâteaux infects et l'impression qu'il pouvait avoir confiance, qu'il pouvait tout dire et qu'il serait écouté. Des promesses, il n'y en avait jamais eu à l'oral mais Léon avait pourtant eu l'impression qu'une complicité s'était installée entre eux. Il avait placé tellement d'attentes en si peu de temps envers Elène que la déception n'avait été que plus grande en se rendant compte, sans même un quelquonque indice, que finalement tout cela n'avait été que du vent. Une façon de mieux le ferrer afin d'ensuite le lâcher, pour le laisser aussi seul qu'elle l'avait trouvé avant ? Seul, désemparé et face à un Jalender qui, si elle le connaissait si bien, ne manquerait pas de s'en prendre à lui pour passer sa colère de ne pas la voir, elle. Mais comment avait-il pu être aussi stupide ? C'était bien pour ça qu'il évitait de placer autant d'attentes en quelqu'un : l'on finissait toujours pas être déçu. Et le problème avec la déception, c'est qu'on en était grandement responsable. On ne pouvait être déçu que de quelque chose que l'on avait espéré ou cru possible. On ne pouvait être déçu d'un parfait inconnu parce que l'on attendait rien de lui. La déception trouvait son fondement dans l'importance que l'on avait accordé à telle ou telle situation. Se rendre compte qu'Elène avait été intéressée durant toutes leurs conversations, que le but ultime de toutes les heures passées à l'écouter n’avait été que cette soirée, ça c'était décevant. Ca lui apprendrait à faire confiance et s'ouvrir d'une telle façon à une parfaite inconnue juste pour le plaisir d'avoir une oreille attentive. Juste pour combler une mère absente. Il fallait lui reconnaître ça, tout de même, à Elène. Elle avait très bien choisi sa victime et avait su identifier comment bien se faire voir auprès de lui. Que faisait une mère, quelles attentions minimes portaient-elles à son enfant ? Que pouvait-elle bien faire, elle, une simple voisine, pour donner cette illusion maternant ? Etait-ce la raison de ses essais désastreux en pâtisserie? S'était-elle mise à la cuisine  pour donner l'illusion d'une parfaite ménagère ? C'était donc ça, il s'était fait avoir pour quelques friandises et une oreille attentive? S'il y avait un prix pour le manque de jugement, il avait vraiment tiré le ticket gagnant. Et cela faisait vraiment très mal. Alors, sans vraiment s'en rendre compte, Léon lui répondit en toute honnêteté.

__ Faut croire qu'Elène a su voir que je courrais après une attention maternelle, confia-t-il à demi-mot avant de rigoler amèrement. Allez-y, moquez-vous. Ce n'est pas comme si vous pouviez comprendre de quoi je parle, de toute façon.

Il accéléra le pas, bien décidé à s'enfoncer dans son mutisme. La nuit noire les engloutissait sans bruit, les deux hommes marchant à une distance assez respectable pour que n'importe quel passant croisant leur route ne se demande s'ils marchaient côte à côte ou non. C'était d'ailleurs une bonne question. Pourquoi restait-il ? Il lui suffisait de transplaner, sa main droite tenant étroitement sa baguette magique lui permettant cet échappatoire. Avait-il vraiment besoin de s'imposer une éventuelle confrontation avec Elène ? Quel  intérêt trouverait-il à lui dire qu'elle l'avait déçue, si ce n'était se faire également du mal ? Allait donc savoir quelles excuses miteuses elle ne manquerait pas de leur servir. Et puis ce Jalender, qu'avait-il donc en tête afin de récupérer son dû et venger son affront ? Voulait-il réellement être le témoin de ...

Sa réflexion fut coupée par un éclair roux qui se glissa devant lui. Stupéfait, Léon releva la tête et regarda l'homme aux yeux verts lancer habilement à une Elène sans défense un sortilège dont il ignorait encore la nature. Ses pas l'avaient mené avec tellement de facilité devant la maison d'Elène qu'il ne s'était même pas rendu compte qu'ils se trouvaient déjà sur les lieux. Il siffla doucement devant l'agilité dont son acolyte forcé venait de faire preuve, tandis que ce dernier pénétrait dans le jardin avec l'assurance de celui qui vient chaque week-end rendre visite à une vieille amie. A le voir traverser le jardin en saluant avec entrain la créature blonde qui s'y tenait, immobile sur le palier, Léon ne put retenir un sourire en coin. Impérium ? Quoi d'autre pour qu'elle n'ait pas déjà transplaner. Il referma le portillon d'un geste calme, attentif à respecter l'entrée soignée de l'homme. On aurait dit deux amis venant rendre visite à la gentille Elène. Attendrissant, n'est-ce-pas ?

__ Elène chérie, comme on se retrouve ! Scanda Jalender dans le calme banlieusard de la nuit, la saisissant par le coude. Tu nous invites à boire un verre, dis ?

Comme si elle pouvait réellement refuser l'offre. Léon leur emboita le pas, obéissant pour une fois sans rechigner lorsqu'on lui ordonna de verrouiller la porte. Il le fit de manière moldue, tournant la clé dans la serrure, évitant de sortir le bout de bois qui se trouvait toujours soigneusement caché dans sa poche de jean. Et à en voir le sort réservé à celle de sa voisine, c'était plutôt une bonne initiative de sa part. Son regard se posa sur la silhouette élancée et le visage aux traits habituellement si doux. Son coeur se serra, un peu. Il avait rencontré Elène en déambulant dans le quartier, s'arrêtant parfois quelques instants contre une balustrade. Ce jour là, il aurait peut-être mieux fait de s'abstenir. Ils ne s'étaient pas beaucoup parlés. Mais il était revenu la semaine passée. De plus en plus souvent. Jusqu'à finir par entrer dans la maison.  Elle avait su écouter. Ou du moins, elle en avait donné l'impression. Son regard dévala sur ses traits et il tâcha de durcir les siens. La chose bizarre, avec Elène, c'était que la conversation avait paru si facile. C'était comme parler à quelqu'un qu'il avait cru connaitre depuis toujours, il s'était confié avec la facilité que l'on avait auprès des inconnus. Peu importait qu'elle soit ce genre de femme qui même à une quarantaine d'année était tout simplement sublime, avec ses longs cheveux blonds ébouriffés comme si elle était continuellement aux prises d'une brise légère, ses formes généreuses et ses jambes si longues que cela en était à se demander quel intérêt elle trouvait à ses talons hauts. Non, Léon ne l'avait jamais regardé de cette façon là. L'idée ne l'avait même jamais effleurée. Mais il craignait cependant que le charme de la femme ne réussisse à avoir raison de son compagnon de fortune, qui avait d'ailleurs fouillé sans aucune gêne Elène. Que s'était-il passé entre ces deux là ? Après tout, il n'avait pas arrêté avec ses allusions selon lesquelles il avait forcément dû finir dans le lit d'Elène. Cela dit, il pouvait comprendre le point de vue de Jalender. Elène n'aurait pas été moins attirante si elle avait porté sac-poubelle et un rat crevé sur la tête. Pas étonnant, lorsque l'on y réfléchissait, que le premier lien auquel Jalender est songé entre elle et lui soit le sexe. Léon était même prêt à parier qu'il ne le croyait même pas lorsqu'il lui affirmait que cela n'était pas le cas. Et pourtant, c'était la vérité.

__  Où est le cachet impérial, Elène ? demanda Jalender.

Léon n'avait pas la moindre idée de ce dont il parlait. Le colis, sans doute. Son attention était toujours fixée sur Elène, dont les grands yeux verts fixaient l'interlocuteur, faisant la ensuite la navette vers lui, avant de retourner vers celui qui lui menait pour le moment la conversation. Elle semblait désappointée. Et à en voir les valises soigneusement entassées en dessous de l'escalier, Léon comprenait aisément pourquoi. Elle avait ratée sa sortie de peu. Pas étonnant qu'elle semble si irritée, même si son air pincé ne dura qu'une fraction de seconde avant que le masque poupin ne vienne reprendre possession de ces traits. C'était fou d'avoir l'air aussi angélique lorsque l'on savait ce dont elle était capable.

__ Bonsoir, Jal, commença-t-elle de sa voix chantante et posée.

Si elle avait peur, elle n'en montrait pour le moment pas la tonalité tremblotante. Elène croisa ses bras gracile devant elle, sa hanche se décalant légèrement, son corps ondulant jusqu'à adopter une posture légèrement asymétrique.

__  Tout de suite les questions qui fâchent. Mon charme ne fait plus effet, c'est ça ? Minauda-t-elle, un sourire faussement déçu s'étirant sans gêne sur ses lèvres délicatement rosées. Je vais finir par me vexer.

Elle montra d'un mouvement du menton les morceaux de sa baguette, cadavres éparpillés sans ménagement sur le sol. Léon devait au moins lui reconnaître un étonnant self contrôle. Perde sa baguette magique d'une telle manière en une telle situation était tout bonnement la pire chose qu'il pouvait lui arriver et elle était là, à les regarder tous les deux avec cet air désintéressé. C'était tout juste si ses joues avaient rosies sous la menace non dissimulée de Jalender. Elle soutenait son regard, avant de se mordre la lèvre d'une façon qui aurait pu être attendrissante si Léon avait réussi à imaginer Elène dans le rôle de la pauvre créature fragile agressé par Jalender. Seulement, étant donné le traquenard dans lequel elle l'avait envoyé sans hésiter, il avait décidé de lui refuser ce rôle.

__ Et pour ce qui est de l'objet, qui semble être plus important à tes yeux que de me signaler personnellement ton retour à Londres, assena-t-elle d'un ton ou perçait une pointe de reproche bien identifiable, saches qu'il est en parfaite sécurité. Les amoureux de l'art te remercient de ta sollicitude, affirma-t-elle ensuite avec condescendance avant de se désintéresser de l'homme pour poser de nouveau son regard sur l'adolescent. Oh, Léon ... commença t'elle en faisant un pas vers lui. J'espère que Jalender n'a pas été violent avec toi. On ne sait jamais ... avec lui.

Elle ponctua ses paroles d'une moue délicate, sensée probablement exprimée une inquiétude réelle à son encontre. S'en fut trop pour Léon qui s'avança également vers elle, se plaçant à côté du rouquin et marchant malencontreusement sur un des bouts de feu l'ancienne baguette d'Elène. Le bruit du bois se brisant sous ses pieds lui provoquant un sentiment puéril de réconfort tandis qu'il prenait enfin la parole.

__ Par merlin, tu n'as vraiment aucune honte, psalmodia-t-il d'un ton accusateur.

Elle posa sa main sur son bras mais Léon eu un mouvement de recul, secouant la tête d'un air dégoûté avant de se diriger vers les trois malles entreposées dans le hall d'entrée. Il en renversa une du pied avant de les ouvrir sans ménagement, arquant un sourcil interrogateur vers Jalender.

__ Ca ressemble à quoi votre machin-chose impérial ? demanda-t-il.

Son intention de fouiller dans les affaires d'Elène afin d'aider le rouquin semblant assez évidente pour ne pas le préciser. A choisir des deux adultes dans la pièce, il préférait le fou furieux à la garce. Sans la moindre hésitation.


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SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Aout 97] Sous haute tension. Jeu 14 Déc 2017 - 19:04

Etrangement, l’allégeance vouée à sa vengeance par le jeune Schepper ne se fit même pas remettre en question, à tort peut-être d’ailleurs. Mais l’adolescent avait ce regard concentré, et non pas fuyant comme il l’aurait eu s’il fut en train de chercher délivrance ailleurs de cette affaire. Aussi Octave s’aventura à ne prêter de l’attention qu’à sa victime première, la belle et douce Elène, dont le regard retrouvait doucement ses allures convenables. A la regarder d’un œil nouveau, éclairé par une conscience de savoirs récemment considérés, il voyait déjà un peu mieux le poison qui se cachait derrière le sourire. La pâleur du regard bleu et d’un visage à peine rosé, la pommette haute et la bouche pleine lui prêtaient les traits d’un visage éternellement souriant, d’une douceur de lait. Elène avait cet air étrangement familier et ce sourire naturellement avenant qui vous mettait en confiance par le simple fait de vous donner le sentiment d’être voulu. Il n’y avait jamais eu aucune gêne dans ces grands yeux aux sourcils pesants, un peu lascifs, mais toujours beignés d’une gentillesse tranquille et compréhensive. Elle avait l’avantage indéniable d’endormir la méfiance, qui se réveillait alors toujours trop tard, lorsque le couperait était déjà tombé, et Octave s’en voulut d’avoir été généreux envers cette douceur, que parce qu’elle fut attentive à son égard sans jamais finalement rien lui donner. Leur relation avait été d’un calme marin, à peine remuée par les vagues, qui n’avaient fait que prêter une oscillation à leur histoire, les poussant toujours plus dans une routine somnolente. A aucun moment n’avait-il eu un obstacle sur leur route pour dévoiler leurs forces. Plus clairement que jamais, Octave se disait maintenant que cette femme ne lui avait rien apporté. Elle n’avait jamais rien sacrifiée, n’était allée à aucune compromis pour lui, n’avait à aucun moment cherché à savoir quoi que ce soit à son sujet, se contentant de ce superficiel rapport physique, n’allant pas au-delà du visible ou de ce qui fut dit. Ils étaient restés des étrangers l’un pour l’autre et égoïstement, ils s’en étaient contentés. L’histoire aurait pu s’arrêter à ça. Nul besoin de se connaître, après tout, mais Elène avait transformé tout ça d’un revers malheureux de la main en une affaire personnelle. L’orgueil, qui déformait à présent son visage au point d’en effacer toute l’affabilité pour ne laisser qu’une fissure turpide, lui rappela qu’ils ne se devaient rien, et surtout pas ce qu’elle lui avait imposé.

Son esprit tricotta tellement des fils tordus qu’en laissant son regard glisser sur Schepper, il se demanda en quel honneur il ne l’avait pas encore éconduit jusqu’à la porte ? Le sarcastique barman avait rempli son rôle et tel un personnage secondaire dans l’histoire d’un héros, il pouvait dès à présent disparaître pour rejoindre le rang des ombres ayant joué leur part du scenario. Finalement, il s’était pris à son propre jeu car avoir un témoin, qu’il allait de toute façon retrouver d’ici quelques semaines à Poudlard, l’empêchait de conclure son aventure ainsi qu’il l’aurait souhaité. Un meurtre s’excluait de toute façon, mais quelques douleurs lancinantes s’imposaient. Il y avait quelque chose de primitif dans le plaisir de marquer la chair ; tandis que les stigmates de l’esprits ne se voyaient pas à l’œil nu, la peau livrait toujours son histoire. Octave le savait bien, lui qui portait sa vie sur sa chair. Dans sa tête, se dessinait l’ébauche d’un rituel séculaire, auquel il s’exerçait pour laisser sa colère boire tout son soûl et sa férocité s’en exciter, après quoi il décidait si l’imaginaire suffisait à satisfaire sa gourmandise. Il en fallait peu, pour rendre une femme laide. L’exaltation l’échauffait également de s’imaginer graver sur sa figure l’immondice qu’était son âme. Enfin un Dorian Grey qui porterait sa laideur de caractère sur son faciès ! Elène ne méritait pas moins que l’énucléation. Les globes suspendus, comme deux grosses pendules blanches, sur les nerfs de ses yeux en trous noirs. Lui retirer toute personnalité peut-être ? couper les lèvres, les oreilles, le nez et les paupières ; la laisser lâchement à découvert de tout. Mais Schepper…. Schepper était là et forçait par sa présence à la retenue. Enfin, tout dépendait d’Elène. Un mot de trop, un mot de travers ; il n’y avait que le mince rempart de la réserve qui la séparaient de l’abomination. De quoi lui faire perdre toute sa splendeur.

__ Bonsoir, Jal.

Le velouté de sa voix le fit doucement vrombir, tandis que l’insolence encourageait la dureté de ses traits, qui demeurèrent immuables, intransigeants. La maîtrise qu’elle avait d’elle-même prouvait que la belle Elène savait porter plusieurs costumes. La question était maintenant de savoir si un tel caméléon avait reconnu en son homologue un digne ennemi, ou seulement une énième victime de laquelle elle se jouait habillement et sans vergogne ?

__ Tout de suite les questions qui fâchent. Mon charme ne fait plus effet, c'est ça ? Je vais finir par me vexer.

Elle désigna à un Jalender indifférent les morceaux de bois si facilement brisés, jouant sur les intonations pour le rendre coupable de quelque chose dont elle n’avait cure. Ah, si seulement ! On pouvait être insensible à tout lorsqu’on était orgueilleux comme elle, sauf à la perte matérielle de ce qui représentait si bien le pouvoir. Il savait qu’une nature comme la sienne souffrait de ne plus avoir que son charme pour manipuler quelqu’un qui était loin d’être dupe. Seulement, ils étaient deux, et le spectacle allait bientôt se retourner contre le plus candide des protagonistes, le moins méfiant, et si romantiquement sensible. Elène avait indéniablement le miel de la mère tendre et aimante, entretenue par l’absence de séduction forcée et rien que le charme de sa tendresse. Octave y avait été sensible, mais bien trop détaché pour se faire avoir jusqu’au bout, alors que le barman semblait avoir eu quelque chose de profond à compenser. Une mère. Elène, dans son quotidien, n’avait rien d’une femme fatale et tout d’un réconfort originel. Octave toisait maintenant son air condescendant et avait souvenir d’avoir toujours eu un soupçon envers ses superbes bras blancs qui l’enlaçaient et son visage gentil. Pourtant c’était bien sa douceur qui lui avait inspiré un désir brûlant. Désir consumant qui n’avait eu d’égale que sa méfiance naturelle envers les petits détails un peu trop candides, un peu trop complaisants lorsqu’il n’y avait aucune raison de l’être. Octave avait sans scrupules profité de ce dont il se méfiait, protégeant son intimité sans jamais se livrer, comme le lui avait appris sa propre mère. Non pas qu’elle lui avait prodigué de précieux conseils, mais elle avait les mêmes grâces aimables, prévenantes et obligeantes avec ceux dont elle désirait quelque chose.

__ Et pour ce qui est de l'objet, qui semble être plus important à tes yeux que de me signaler personnellement ton retour à Londres, saches qu'il est en parfaite sécurité. Les amoureux de l'art te remercient de ta sollicitude. Oh, Léon... J'espère que Jalender n'a pas été violent avec toi. On ne sait jamais... avec lui.

Shepper ne possédait en revanche pas cette endurance. Lui, s’était livré à la bonté soyeuse avec le désespoir caractériel de son âge et de sa nature. Elle l’avait considéré avec le silence de l’écoute attentive, se moquant peut-être de sa détresse dans les coulisses, sachant pertinemment que rien ne retenait mieux les gens que l’impression d’avoir été un poids que l’on devait absolument racheter. Le poids des malheurs, d’une présence et de confidences que l’on sentait imposées. Octave reconnut à l’adolescent la délicatesse qui prenait racine dans la prévenance, tout comme il reconnut à Elène le manque de scrupules. S’ils n’avaient rien partagé de fondamentalement intime, Schepper s’était partiellement dilué entre les doigts de cette femme, qui tentait maintenant de retourner le naïf contre le féroce inconnu, dont il n’avait pas eu le temps d’apprendre grand-chose, à part les sarcasmes et une certaine spontanéité cruelle. Le cruel laissa l’affreuse s’époumoner, vider son suc et son venin pour mieux faire tomber les parades en les laissant sas réponses. Ils se mesurèrent en ennemis, les yeux bleus dardant aux jades un regard d’acier sévère, méchant et toujours prêt à attaquer encore. Octave attendait pourtant, patient, que son énergie retombe et que celle de son aimée se révolte jusqu’à lui faire perdre contrôle dans ce silence de plomb imposé, cette répartie crûment absente. Forcené et entrainé par les bravades sarcastiques, il ne lui offrit qu’une sourde retenue sans émotions.

__ Par merlin, tu n'as vraiment aucune honte.

L’adolescent en revanche nourrissait une remontrance bien plus libre à l’égard de son substitut utérin, ayant peut-être moins de choses à contenir et moins de parallèles à faire. Fort heureusement, quelles que furent les griefs qu’il avait à l’égard du Jalender, celles qu’il ressentait envers Elène étaient suffisamment fortes pour ne pas le retourner contre son concret agresseur. Octave se réconforta de le savoir si peu dupe, assez lucide pour ne pas être manipulable. La belle tenta même d’enlacer son enfant, mais il rebiqua, rebelle, arrachant au consultant un frisson de contentement. La voilà rejetée et seule. Maintenant, il ne fallait pas que Schepper craque de pitié soudaine, en souvenir de quelques bons sentiments, survivance éternelle face à la cruauté. Il n’avait pas quitté Elène des yeux, la fixant avec une insistance lourde, attendant toujours qu’elle perde ses moyens, qu’elle s’essouffle pour de bon. Toutefois, de sa dernière tentative à amadouer l’adolescent, il sentit l’ombre d’un sourire glisser sur son visage.

« Ma brûlante, vulgaire, délicieusement délicate petite puella. »

Chantonna-t-il avec cette note montante particulière qui produisait pour ainsi dire un léger friselis interrogatif, le reflet liquide d’un point d’interrogation. Fin prêt, Octave entama son rituel du parfait jeune homme défait, l’arc des lèvres esquissant un demi-sourire à peine apparent, les yeux pétillants tranquillement d’un dessein caché, ne désarmant jamais son regard mielleux. Regard qu’il agrémentait d’une gestuelle toute lascive, si bien servie par des épaules basses et détendues, tandis que son menton se relevait sensiblement pour offrir un coup blanc et soyeux. C’était là, l’attitude parfaitement consciente, et qui marchait si bien, de celui qui était à tel point certain de soi qu’il n’avait nul besoin d’avoir recours à la défiance ou à l’agressivité. Etre orgueilleux à ce point là et avec une telle facilité, c’était presque une noblesse et Octave avait parfaitement conscience de l’effet que cela pouvait avoir, même si derrière, il n’y avait souvent qu’une vaste illusion. Souriant de haut il s’approcha de la belle et lui saisit les doigts, les serrant suffisamment fort entre les siens pour qu’elle ne puisse pas s’en dégager. La tension de sa force était à peine visible, tant il avait le geste souple, mais sa main retenait fermement la gracile Elène. Il porta ses doigts de phalène à sa bouche sans cesser de la toiser de ses yeux grands ouverts et revendiqua, derrière la rangée de phalanges laiteuses, d’une voix guillerette :

« Et moi, tu n’essayes pas de me retenir ?
__ Ca ressemble à quoi votre machin-chose impérial ? »
Sans cesser de fixer la vilaine gourgandine, qui tordait sporadiquement du poignet pour tenter d’échapper à sa prise, sans grand succès toutefois, Octave répondit à Schepper de la même tonalité ingénue :
« C’est un petit objet en jade néphrite verte. Il tiendrait dans la paume de ta main. En dessous, il y a des sinogrammes chinois sur fond rouge. Au-dessus, ce sont deux chilongs lovés qui sont gravés, deux dragons sans cornes qui s’enlacent. Ils sont très stylisés, alors dans le doute, dis-toi qu’on dirait une brique de savon d’un vert foncé, avec des arabesques. »

Son souffle chaud n’avait eu de cesse de buter contre les doigts féminins et Elène frissonna sous cette caresse, de dégoût peut-être. Usant de la diversion qu’avaient causés ses mots, Octave tira d’un coup sec sur le poignet pour faire venir la blonde à lui. La jointure émit un craquement mais sous la surpris et l’élan, la mâchoire de la douce blonde vint se lover contre la large paume masculine qui, en comparaison avec le petit menton étroit, semblait aussi large qu’une entrecôte. Ses doigts solides s’ancrèrent le long de la courbe délicate et se plantèrent en hameçons dans son cou et sur ses joues, enveloppant sa mâchoire d’une étreinte rugueuse. Un éclair effrayé transperça le regard d’Elène et sa respiration s’accéléra, il s’en jura, car les narines siclées se mirent à palpiter d’une émotion mal contenue. Elle s’arqua, se cambra pour s’échapper comme un poisson pris par les branchies, mais il la maintint solidement contre soi, tandis qu’elle plantait ses griffes dans son poignet. Les talons hauts d’Elène les mettaient à égalité, et il n’eut pas la satisfaction de pouvoir la toiser de haut. L’agressivité était parfaitement maîtrisée, si bien qu’elle n’osa pas se débattre de trop, car plus elle bougeait, plus il serrait ses doigts et décolorait la peau qui perdait en sang sous sa prise. Sa gestuelle était néanmoins d’une telle souplesse, si parfaitement dénuée de tension, qu’il ne paraissait faire aucun effort et toute la violence du mouvement demeurait canalisée dans la blancheur des joues d’Elène. Consciencieusement, il approcha son visage du sien, retenant le corps qui tentait de s’enfuir sans succès ni gestes brusques, la gratifiant d’un long regard sans pitié :

« Je n’ai rien pu te signifier personnellement quant à mon retour parce que tu me fuyais consciencieusement. Pourquoi ? On se le demande. » lui susurra-t-il sans une once de colère, mais avec une froideur exquise « Tu es naïve ou beaucoup trop savante. Si c’est de la naïveté, tu aurais dû fuir dès que tu as appris mon retour, Elène, au lieu de t’évertuer à planter un énième couteau dans mon dos. Parce que c’est de l’inconscience que de s’acharner sur quelqu’un dont tu as déjà trompé la confiance. Tu crois que parce que tu es une femme, je vais t’épargner ? Je me ferrai un plaisir de confirmer tes propres paroles. Il parait que je suis violent… »

Il considéra son visage comme une marchandise, cherchant un détail qui accrocherait son regard, un défaut ou une valeur qui en vaille la peine. Il contourna l’arcade sourcilière de ses yeux verts, descendit jusqu’à la pommette saillante avant d’atteindre la bouche. Puis, le cou, long comme celui d’un cygne. Il pencha la tête plus bas, observant les doigts en allumettes, comparés aux siens, les fins poignets et les hanches fragiles. Il ne voulait qu’une raison, une seule raison pour avoir la rage suffisante de lui tailler morpion sur la figure. En attendant, il se nourrit de la crainte qu’il voyait naître dans ses yeux, rapidement remplacée par une nouvelle audace et elle avança sa lèvre inférieure dans une moue de dégoût. Soudain, il lâcha son visage, car la douleur n’était qu’un recours ultime et relativement inutile dans les circonstances. Octave l’abandonna plantée-là, à peine tremblotante, le visage rouge à nouveau d’une émotion nouvelle. Pour lui insinuer à quel point il ne la considérait pas comme une menace, il lui fit dos et se dirigea vers le mobilier. Là aussi, frôlant du bout des doigts les décorations, il chercha distraitement quelque chose en mesure de l’intéresser. La voix, rageuse, s’indigna dans son dos :

« Tromper ? Tu m’as toi-même refilé tes contacts, j’ai fait mon travail comme je considérais devoir le faire ! C’est toi qui… » ne trouvant pas d’excuse convaincante, car leur affaire c’était déroulée dans un rythme bien trop spécifique pour qu’elle puisse y trouver des failles pour en tirer profit, Elène se retourna vers Schepper et minauda dans une supplique : « Léon, je t’ai utilisé, je sais que je n’aurais pas dû, mais j’ai eu peur ! Je ne pensais pas que Jal allait s’acharner sur toi, je voulais juste lui mettre des bâtons dans les roues. Ecoute-moi, s’il-te-plaît… Je ne voulais pas que tu saches quel travail je faisais, je ne t’ai rien dit, mais je ne pensais vraiment pas que Jal allait s’acharner ! J’ai été trop bête, excuse-moi… Te mettre en danger n’était pas dans mes intentions, mais j’avais peur et je n’avais personne à part toi, tu comprends… »

Sa voix mourut, dramatique comme il fallait, avec d’émouvants trémolos et des intonations de fragilité délicate. Elle se victimisait à merveille, se mettant non pas à égale avec Octave comme elle aurait préféré l’être, mais en proie qui avait commis des erreurs tout à fait pardonnables. Le consultant y demeura par ailleurs parfaitement insensible, blasé qu’il fut de ces démonstrations désespérées de faiblesse, espérant toutefois que Schepper n’y trouve pas son compte. Il ne dit rien cependant, laissant le jouvenceau faire son propre travail, sachant très bien qu’une voix supplémentaire s’ajoutant à celle d’Elène ne ferait que le confondre si son esprit s’en trouvait déjà troublé. Il était par ailleurs tombé sur une pile de factures, qu’il détailla négligemment, avant de passer à l’étagère avec des bibelots.

Octave avait effectivement confié ses clients à Elène juste avant de partir et elle en avait effectivement fait ce qu’elle désirait, trompant leur vigilance pour empocher un peu plus à chaque fois, provoquant la colère silencieuse de ceux qu’elle avait roulées sans leur laisser le choix. Mais Octave se sentait responsable à présent de l’avoir si bien recommandée, d’avoir laissé des clients confiants et fidèles entres les mains d’une arnaqueuse, rageant d’avoir mis sa propre réputation en péril à cause de ses agissements, la jugeant définitivement irresponsable et indifférente de ce qu’on lui avait confié. Il l’avait fait par gratitude, pas par obligation, regrettant son geste précipité à présent envers une femme qu’il ne connaissait que trop peu. Mais avant de faire quoi que ce soit, il devait s’assurer de l’énergie qu’il allait devoir employer à conclure cette histoire. Alors, d’une voix polie, tranquille, il demanda par-dessus son épaule, tout en feuilletant un livre de comptes :

« Schepper, qu’est-ce que tu veux faire de ta voisine ? »
Comprenant que son sort ne tenait peut-être que sur un seul vacillement, Elène bondit vers l’adolescent et se mit à supplier à son oreille en baissant les yeux en signe de soumission, sans oser le toucher pour ne pas risquer de se faire rejeter :
« S’il-te-plaît Léon, tu es un gentil garçon, je le sais ça et toi aussi. Ne rentre pas dans son jeu, il utilise l’erreur que j’ai commise en son avantage pour te retourner contre moi, mais tu le vois bien ça, n’est-ce pas ? Tu n’es pas dupe ? Tu le sais, que je ne t’ai pas voulu de mal ? Tu ne peux pas t’allier à quelqu’un comme Jalender, tu n’es pas comme ça, mais il va profiter de ta colère, il sait très bien le faire, et tu finiras par faire des choses que tu regretteras. Léon, tu vaux mieux que ça. Ne le laisse pas faire Léon, tu sais que je suis désolée que les choses aient tourné comme ça. Je n’ai vraiment pas voulu ça… »

Avec une précision professionnelle et un merveilleux savoir-faire, Octave asséna sur le bois du mobilier le revers du tranchant de sa paluche lourde comme de la fonte. Le coup fit vibrer le meuble et les gonds vrombirent de leur cri métallique, faisant taire la belle Elèna. Les lamentations de mère Thérésa, c’était amusant qu’au début. Au fond, il s’en fichait un peu de devoir gérer deux individus au lieu d’un, mais par principe, il se retourna, s’accouda au meuble et observa Elène d’un œil à la fois amusé et las. Quelle actrice. Il ne manquait que quelques applaudissements.

« En définitive, tu vas effectivement fuir Elène. Tu vas fuir loin, là où il n’y a rien pour toi. Mais je ne sais pas encore dans quel état tu vas voyager. Schepper ? »

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[Aout 97] Sous haute tension.

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