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[9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 442

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 5 Sep 2017 - 13:17

Samedi 9 Novembre 1997 – Tour d’Astronomie - Sibérie, Ulyun.


Replonger dans son ancien ouvrage avait été paradoxalement ressenti comme glisser dans un bain chaud. Octave, n’étant pas à une contradiction près, se remit à l’affaire avec la paresse d’une courtisane, doucement, sans brusquer ses humeurs, glissant une jambe après l’autre dans l’eau chaude de cette immense baignoire qu’était la Russie. Ce fut peut-être la morsure du degré négatif qui l’accueillit, mais il ne s’en sentit pas moins dans son élément. L’oisiveté pépère de la bibliothèque, entourée qu’elle fut par moult dangers en tout genre, se présentait comme une relativement agréable activité, pleine de monotonie et de drame à son échelle. Microcosme tragique de Poudlard, qu’il observait de son œil éternellement, follement taquin. Le travail que lui avait proposé Rogue fut, parmi toute cette contemplation majoritairement passive, une bouffée d’air frais. Au sens propre, comme au figuré. La brûlure de l’air sibérien avait eu une vertu vivifiante. Son plaisir, à nouveau acquis, avait quelques minces liens avec la nostalgie, qu’il ressentait envers ce pays déséquilibré de par tous ses aspects. Peut-être parce que déjà, dans sa tumultueuse enfance, il fut amené à entretenir, par l’une de ses gouvernante, un lien étroit avec la culture et les mœurs russes. Le cœur slave n’avait presque aucun mystère au sien, et malgré les contradictions qui y foisonnaient comme une mauvaise herbe, Octave avait pour ce pays une tendresse particulière. Sa quête pourtant ne commença pas là où on l’avait envoyé, mais à la capitale moscovite, qui demeurait encore le centre névralgique du crime organisé. Là-bas, il s’était savamment assuré d’une protection auprès des oligarques qui possédaient dans embranchements dans l’est, avant de s’aventurer dans la Sibérie profonde. Les rumeurs couraient vite, et la Confrérie fut rapidement mise au courant de l’arrivée d’un curieux énergumène. En tant qu’homme de confiance auprès de certains membres de la Bratva, Octave était naturellement allé les voir pour… disons, les prévenir gentiment, par bonté de cœur et au nom de son impérissable loyauté, que des affaires désordonnées se faisaient sous la coupe des steppes enneigées.

Un soir de fin d’Octobre, il avait rejoint un groupe de loups déguisés en brebis -comprenez, des criminels ayant développé des commerces honnêtes-, pour un dîner très spécial. Devant un grand maigre d’humeur insouciante, vêtu d’un frac à l’ancienne, et de deux chiens de faïence en costumes de mohair brossé, Octave avait assujetti ses lunettes –celles qui lui donnaient l’air intelligent-, fit jouer le ressort d’un coffret plat et oblong, en tira une cigarette, qu’il alluma, et suggéra qu’il avait entendu de source sûre que le désordre régnait dans le coin gelé de la Confrérie. Qu’un certain Docteur avait, avec des collègues, réussi à tuer un commerçant ayant rendu de nombreux services aux Grands de ce Monde, comme aux plus petits. Que sa position avantageuse et son savoir-faire l’avaient rendu indispensable au commerce de l’ombre, mais que ce Docteur avait ignoré les ordres donnés. Et d’ailleurs, que quelqu’un au sein de la Confrérie-même avait désobéi pour son bon plaisir. « Quelqu’un chez vous à compromis le bon fonctionnement de notre beau système » avait-il déclaré tranquillement, « Certaines personnes ne sont vraiment pas contentes de se voir privées d’un marchand de son envergure. Vous verrez d’ici peu que la disparition de cet apothicaire sibérien vous touchera vous aussi et je ne vous envie guère, si vous décidez de ne rien faire. » Voilà donc que la renommée mondiale de Dimitrov se faisait sur toutes les strates de la société. Peut-être que les Oligarques n’auraient rien remarqué en vérité, mais Octave savait qu’après en avoir fait la réflexion, tous les esprits allaient y croire sans le vouloir. Le tout était de semer les germes du doute. Et lorsqu’on lui demanda ce qu’il voulait en échange de cette information, suggérant que des traitres à la Confrérie avaient commis une grossière erreur et n’avaient toujours pas été châtiés, Octave s’étira les épaules, calant son dos contre le dossier de sa chaise. « Rien, j’irai même vous débarrasser de l’odieux gredin, selon mes conditions, cependant. » Sur ces mots, les bons russes crurent que le consultant allait souffleter le coupable ahuri en plein visage avant de le livrer aux membres de la Confrérie, ou l’abattre dans les sous-bois, calmant ainsi les ardeurs de ceux qui faisaient courir les rumeurs, ainsi que des « nombreux » qui n’étaient pas contents. Comme tous, le Crime organisé russe préférait sévir plutôt que subir, et attendre les retombées, alors qu’ils s’étaient inscrits dans l’économie du pays avec tant de succès, grand Merlin, jamais !

Ce n’était peut-être pas très honnête envers Rogue, car Octave récupérait d’une certaine façon la gloire de cette vengeance, transformant une affaire régionale en crime contre l’état. Enfin, il était certain que Rogue s’en foutait pas mal de comment le bibliothécaire était parvenu à ses fins. Pour lui, c’était de toute façon le chemin le plus court et le plus sûr pour parvenir assurer le bon déroulement de la mission. Béni et auréolé par les manitous moscovites de l’Oligarchie, Octave fit quelques descentes successives vers l’Est, rôdant autour du lac Baïkal tel une charogne, se rapprochant finalement de Lyov, le chef de la Confrérie sibérienne. La rencontre ne fut pas des plus indulgentes, mais l’Apollon anglais, dans son plus beau russe, assura le forcené personnage qu’il était pétri de discrétion, et n’avait pour but qu’une seule cible, qu’il chercherait sans faire de vagues. Après lui avoir expliqué la situation et le mécontentement général causé par le décès de Dimitrov, Octave se présenta surtout comme un agent tout à fait étranger aux circonstances qui avaient amenées le vieux et bourru marchand d’objets noirs à sa perte. Et puisque son Russe était sans fautes ni accent, et qu’il se comportait à la façon d’un compatriote au lieu d’un étranger, Lyova, après un soupir lourd et graveleux, accepta sa chasse, non sans grogner. Tant que les occidentaux n’y étaient pour rien ! Tant que c’était un ordre de la capitale… Eh oui, les Oligarques étaient peut-être à Moscou, loin de ce froid glaçant, mais leurs racines faisaient de l’ombre à toute la Russie et allaient se planter directement dans le sol de la belle Sibérie sous forme d’usines de métaux lourds, précieux, de gaz naturel… Qui plus est, dans la région, la légende de Dimitrov était belle et bien faite et Octave n’eut aucun mal à convaincre Lyov du manquement qui avait été fait envers la population sorcière mondiale par le meurtre de l’apothicaire. Ils y perdaient tous tellement ! Pas Octave personnellement, mais tant de « ils » à travers d’entières contrées n’étaient pas contents… !


Comme depuis deux week-ends déjà, Octave monta au sommet de la tour d’Astronomie aux alentours de minuit pour transplaner à l’aide d’un portoloin, qui devait le faire apparaître non loin du village Ulyun, le long de la rivière Barguzin, où un petit attroupement de sorciers faisait l’élevage d’un cousin éloigné du Rémora dans l’un des bras du fleuve. Outre le paysage magnifique, qu’Octave parcourait durant ses périples majoritairement nocturnes, la Sibérie était une véritable plaie en termes de pistage. S’il avait poursuivi un ours dans la forêt, cela aurait probablement été plus simple. Car le lac Baïkal était entouré de réserves naturelles qui n’abritaient ni routes, ni villes moldues, ce qui en faisait des endroits propices pour la dissimulation de petits villages sorciers en tout genre. Non cartographiés, bien sûr, puisque la documentation était si bien entretenue dans ce pays. Il fallait donc voyager de rumeur en rumeur et cette fois-ci, après avoir mené son investigation dans la vallée où Dimitrov avait vécu et était mort, Octave fut reconduit vers Ulyun, où des membres de la Confrérie aimaient s’arrêter, utilisant ce point comme lieu de stockage et de rendez-vous avant leurs incursions. S’il en avait appris davantage sur les meurtriers de l’apothicaire, il ne connaissait en revanche toujours pas leurs noms et on lui avait assuré que s’il voulait savoir qui avait été présent lors de l’assassinat, il devait se rendre à Ulyun.

Chose faite ! Enfin presque. Il avait sorti son improbable et lourd manteau en fourrure de vison, qui collait à merveille et passait inaperçu dans le paysage enneigé de la Sibérie, mais attirait quelques œillades curieuses en Angleterre. Un rien les intriguait, ces british. Octave avait donc passé le manteau par-dessus son bras et était discrètement monté à la tour d’Astronomie, veillant à avoir au moins cinq minutes d’avance sur l’horaire de son portoloin, qui devait le faire transplaner à vingt-trois heures trente-cinq. Préparant sa baguette, parce qu’on ne savait jamais sur quelle créature on pouvait tomber, le bibliothécaire observait tranquillement l’horizon qui se découpait, à cause de la réverbération lumineuse des nuages, en un dégradé de gris. Trop distrait par les manigances de son esprit, il n’entendit rien lorsque la lucarne du toit se souleva dans son dos pour laisser passer une récalcitrante Miss Trown. De toute façon, il serrait déjà dans sa paume le petit portoloin en forme de cuillère à café, ne se souciant guère de ce qui l’entourait, ni de ce qui le guettait. Concentré, il jeta un regard aux aiguilles à sa montre à gousset, s’assurant du bon fonctionnement du portoloin, lorsqu’une main vint se poser distinctement sur son avant-bras recourbé. Le toucher fut si franc, qu’il ne réalisa pas dans l’immédiat ce qui se produisait, ne sursautant même pas. A vrai dire, ses yeux eurent tout juste le temps de pivoter, suivant le mouvement de sa tête, qui se retournait un peu trop lentement, tandis qu’il se rendait compte que non seulement on le touchait, mais en plus on lui tombait dessus ! Le contact sur son bras se transforma en poigne, puis en poids. Son regard croisa le visage de Miss Trown, mais il n’eut pas le temps de s’esquiver ou de corriger leur chute. S’agrippant à lui, l’étudiante l’emportait avec elle. Ou plutôt, elle le poussait par son élan et Octave n’eut aucune chance pour les rééquilibrer, car dans leur plongeon vers le sol, ils transplanèrent tous deux sous la lumière bleuté du fidèle portoloin.

Leur dégringolade se termina dans la neige avant qu’aucun d’eux n’ait eu le temps de comprendre quoi que ce soit. Ils s’enfoncèrent dans une épaisse poudreuse sur une bonne quarantaine de centimètres. Quelque chose s’était accroché à sa main dans le prodigieux mouvement qui avait littéralement entremêlé leurs corps, car Octave avait très clairement senti sa baguette échapper à ses doigts déliés par la surprise, et se faire magistralement catapulter quelque part au loin. Pas besoin d’être devin, la force avec laquelle sa baguette magique s’était dérobée lui avait indiqué avec une acuité quasi certaine que son secours était maintenant très, très loin, perdu quelque part dans la neige. Tout ce remue-ménage l’avait copieusement déboussolé, et il demeura un certain temps immobile, la tête reposant dans les plis de son manteau de fourrure, recouverte d’une vague de cheveux féminins, parfumés. Il cligna des yeux plusieurs fois, les cils emmêlés dans les mèches étrangères, regardant le ciel incroyablement étoilé de la Sibérie, ne sentant pas encore le froid le transir, entre autre parce que Miss Trown le recouvrait de son propre corps. A vrai dire, il avait envie de hurler, car dans sa main, il n’y avait plus de baguette, mais l’autre tenait encore fermement la petite cuillère, portoloin maintenant inutile. La réalité le submergea enfin, alors qu’il réalisait la profonde misère de cette situation. Pourtant, ce fut un murmure qui franchit le seuil de ses lèvres :

« Твою мать... Твою же мать... Чё за хрень такая ? »
(Tvoyu mat'... Tvoyu je mat'... Cho za khren' takaya ? - Ta mère… Ta mère… C’est quoi cette m*rde ?)

Sans baguette, sans portoloin, sans rien… Ce qui était sûr, c’est qu’il avait une malencontreuse élève sur les bras et qu’il était pour le moment dans l’incapacité de la ramener en lieu sûr. Octave rabattit Miss Trown sur le côté comme une couverture, sans ménagements, et se redressa sur ses deux jambes, guidé par l’espoir fou d’apercevoir sa baguette au loin. Mais ici aussi, tout était sombre, d’un gris bleuté époustouflant, à vous en crever les yeux. Le bibliothécaire ne s’y attarda pas, plissant les paupières pour chercher une trace de sa baguette dans la neige qui faisait miroir au ciel étoilé, brillant de mille reflets argentés, comme une poignée de diamants. C’était inutile. Comme guetter quelque chose sur la mer pendant un coucher de soleil. Il ne voyait rien. Il fit quelque pas, relevant ses genoux quasiment jusqu’au nombril pour pouvoir avancer dans l’épais manteau de neige. Horrifié, il entama une ronde, cherchant méticuleusement sa baguette qu’il n’avait jamais ni perdu, ni cassé en vingt-deux ans d’existence. Le village d’Ulyn se découpait dans le relief de la forêt par quelques flammes à trois-cent bons mètres de distance. La rivière bruissait au loin, juste derrière les habitations, tandis qu’Octave se répandait en jurons crachés dans un sifflement hargneux, avançant laborieusement dans la neige, qu’il scrutait à en devenir aveugle. Ayant fait le tour et s’étant assuré qu’il ne trouvait rien, le bibliothécaire retourna à son étudiante, qu’il avait copieusement ignorée jusqu’à maintenant, et ce de manière intentionnelle. Il la toisa, plus blasé qu’en colère, avant de déclarer sur un ton désabusé :

« Bon sang, Trown…Sérieusement ? » ce qui était une question rhétorique à n’en point douter. Après un bref soupir, il reprit : « File-moi ta baguette. Je vais essayer de retrouver la mienne. Dans le pire des cas je nous ferai transplaner jusqu’à Poudlard. » Dit-il, plus pour se rassurer soi-même que la jeune fille, qu’il savait ne pas être complètement responsable de cette situation, mais quand même… Quand même, Miss Trown ! Son air d’indifférence contenue changea soudain. Ses sourcils, qui barraient son front à l’horizontale telle une barre de fer intransigeante, se froncèrent : « Mais qu’est-ce que tu foutais la haut dis-moi ?  C’est quoi ton excuse, tu m’as suivi ou quoi ? T’as pas eu assez d’emmerdes la dernière fois peut-être ? »

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SERPENTARD7ème année
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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 5 Sep 2017 - 18:21

Heather connaissait tous les symptômes de l’insomnie, des mouvements continus de son corps dans l’espoir de finalement trouver la position qui lui permettrait de rejoindre les bras de Morphée aux pensées qui n’en pouvaient plus de surgir dans son esprit, en passant par le désir maladif d’enfin pouvoir s’endormir. Malgré la douleur distincte des yeux refusant de demeurer ouverts, la serpentard continua de fixer le plafond sombre de son dortoir, marquant inconsciemment dans sa mémoire chaque fissure et particularité de la pierre s’étendant au dessus d’elle. Ses pensées virevoltaient d’un sujet à l’autre, explorant à un moment les différentes plantes du cours d’herbologie qu’elle avait eu un peu plus tôt aujourd'hui et d’un autre, l’influence de l’arrivée des inspecteurs sur la vie étudiante, sans oublier plusieurs autres thèmes triviaux que son cerveau se donnait à coeur joie d’explorer à cette heure avancée de la nuit. Ses pensées semblaient se nourrir d’une source d’énergie que son corps n’avait malheureusement pas accès. La brunette avait tout essayé. Elle avait arrêté de compter le nombre de fois qu’elle s’était retournée sur elle-même, replaçant un bras ou une jambe dans une nouvelle position, espérant fébrilement que cette fois-ci serait enfin la bonne et que son corps s'abandonnerait finalement au sommeil. Elle s’était même essayé à compter les moutons, un exercice qu’elle avait toujours trouvé enfantin et ridicule, osant s’adonner à cette activité monotone qui plongeait le compteur, disait-on, dans un sommeil profond. Dans son cas à elle, rien n’y faisait et l’épuisement mêlé aux multitudes de tentatives de s’assoupir commençait à jouer sur ses nerfs, entrelaçant le désir de crier à celui de pleurer. Son corps était entremêlé dans les draps, une représentation moqueuse de son cerveau en désordre, ses cheveux étaient quant à eux en bataille, s’étant légèrement libérés il y a quelques temps déjà de la queue de cheval serrée que la jeune fille s’était mise avant de s’enfouir dans son lit pour la nuit. La jambe gauche de la vipère pendait dans le vide, laissant entrevoir un mollet découvert, son bras droit reposant mollement au dessus de sa tête. Pendant un moment, la couleuvre écouta le silence caractérisant le sommeil profond de ses consoeurs, enviant le calme que devait être leur esprit et la tranquillité de leur corps endormi, se demandant pour une énième fois encore pourquoi le repos lui était refusé. Posant une main sur sa poitrine, Heather s'attarda à écouter les battements de son coeur, espérant que le son continu émis par l’organe l’apaise enfin, mais cela eu autant d’effet que ces essais antérieurs et elle ouvrit de nouveau les yeux, foudroyant du regard le plafond. Le sentiment qu’elle n’arriverait jamais à reposer son corps en cette nuit de novembre commençait sinueusement à faire son chemin en elle, laissant un arrière goût amère à sa bouche.

La jeune fille jeta finalement un oeil en direction de l’horloge, lisant qu’il était bien passé minuit, et soupira de découragement, réalisant que cela faisait déjà plus de deux heures qu’elle tournait sur elle-même sans succès. Heureusement pour elle, le lendemain était un dimanche, mais cela n’empêcha pas la démoralisation qui monta doucement en elle à la réalisation que demain serait une journée difficile, une journée où elle observerait chaque recoin du château avec envie ; le désir de vouloir se blottir entre deux armures ou sur le bord d’une fenêtre pour y piquer un petit somme plus fort que jamais. Son corps fonctionnerait en mode automatique, tandis que son esprit se reposerait à la moindre occasion, ne donnant son opinion que lorsque nécessaire à ses agissements.

Énervée, la jeune Trown poussa finalement le matelas de ses deux mains, se relevant en position assise, une expression de résignation étendue sur son visage pâle tandis que l’espoir que les bras de Morphée l’accueille la quittait. Elle étira une main vers le rideau entourant son petit cocon et l’entrouvrit doucement, s’assurant d’éviter de faire plus de bruits qu’il en était nécessaire. Basculant ses jambes sur le rebord de son lit, elle se leva silencieusement, se dirigeant vers son armoire pour y attraper quelques morceaux de vêtements qu’elle saurait essentiels à son escapade nocturne et les enfila rapidement. Le mois de novembre s’était avéré plus froid que les années antérieures ce qui convainquit Heather d’ajouter sa cape à son ensemble ainsi que l’écharpe vert et argent qu’elle enroula sur son bras dans l’attente de l’enfiler autours de son cou. D’un geste rapide du poignet, elle retira l’élastique qui traînait dans ses cheveux et démêla les quelques noeuds de sa chevelure du bout de ses doigts agiles. Délicatement, la brunette ouvrit la porte menant à sa salle commune et fit rapidement le chemin vers la sortie, où elle rejoignit enfin les couloirs des donjons du château, s’arrêtant quelques instants pour considérer sa destination. Plusieurs options s’offraient à elle, mais ce fut finalement son endroit fétiche qui gagna la bataille imaginaire de la jeune fille et elle commença l’ascension vers la plus haute tour de l’école. Les couloirs étaient terriblement sombres, quelques chandelles illuminant ici et là le trajet, offrant une visibilité restreinte à la jeune fille. Celle-ci ne plia pas à l’envie d’utiliser sa baguette pour éclairer le chemin, préférant éviter d’attirer l’attention sur son escapade illégale qui lui causerait beaucoup d’ennui si elle se faisait surprendre en dehors de son lit à cette heure de la nuit. Ce fut donc telle une ombre que la serpentard fit le chemin jusqu’à la tour, évitant les couloirs les plus populaires, sachant que les inspecteurs esquivaient les corridors sinueux du château, ceux-ci étant beaucoup trop nombreux pour permettre une surveillance exhaustive de Poudlard.

Arrivée à l’entrée de la tour, Heather poussa doucement la porte de bois et jeta un oeil furtif à l’intérieur, remarquant rapidement que la voie était libre. Armée d’un petit sourire en coin, la serpentard accueillit la salle telle une vieille amie, se remémorant les nombreuses soirées passées à observer le ciel et les alentours du château et referma la porte derrière elle aussi doucement qu’une adolescente revenant d’une soirée, passée son couvre-feu. La vipère se dirigea vivement vers l’échelle menant au toit et commença à grimper afin d’atteindre sa destination finale, le conseil d’un certain bibliothécaire bien présent à sa mémoire sur les lieux visités par les membres du personnel lors de leur surveillance. Ce n’est que lorsqu’elle se tena complètement debout qu’elle remarqua enfin l’individu se tenant sur le bord de la toiture et agissant par réflexe, elle sortit sa baguette d’un mouvement vif, prête à toute éventualité. Retenant son souffle, Heather observa l’homme qui se tenait dos à elle, quelques mèches de cheveux s’envolant au gré des brises fraîches, lorsqu’elle reconnut finalement la personne mystérieuse comme étant le bibliothécaire de l’école. Les souvenirs de sa dernière excursion nocturne refirent surface à son esprit, se rappelant aisément la rencontre inattendue avec celui-ci. Les deux individus ne s’étaient pas adressés la parole de nouveau depuis la coïncidence, bien que la jeune fille lui avait offert un hochement de tête en guise de salutation lors de ses différentes séances d’études à la bibliothèque, ne pouvant nier complètement la soirée de leur rencontre. Tout en s’approchant silencieusement de l’homme, Heather fit finalement connaître sa présence d’un ton mélangeant moquerie et plaisanterie :

- Et bien Monsieur Holbrey, je pensais qu’on avait convenu que la tour d’astronomie n’était pas le meilleur endroit pour charmer de pauvres demoi….

La serpentard ne termina jamais sa phrase, coupée court par l’écharpe qui s’était discrètement déroulée de son bras et sur lequel elle avait malheureusement posé le pied, perdant ainsi l’équilibre qui lui permettait d'avancer. Tel un film au ralenti, Heather tomba vers l’avant, laissant échapper sa baguette, qui alla se coincer entre deux tuiles, dans l’espoir de s’accrocher à quelque chose de solide et d’ainsi arrêter sa brusque chute. Animée purement par ses réflexes, la serpentard attrapa le bras du bibliothécaire, espérant que celui-ci est la force de la retenir, voyant le bord de la toiture s’approcher avec rapidité. Elle sentit la terreur montée en elle, refusant de croire qu’elle finirait ses jours de cette façon, s’abattant au pied de la tour colossale comme l’ancien directeur de l’école. Fermant les yeux, la jeune fille se surprit à prier, elle ne savait à qui ou quoi, que sa glissade s’arrête avant que son corps commence son déclin vers le sol lorsqu’elle sentit la sensation d’un crochet se fixant au centre de son abdomen et l’emportant elle ne savait où.

L'atterrissement ne fut pas tout en douceur, malgré le corps chaud qui arrêta brusquement sa chute dans l’immensité de blanc et de froid qui, maintenant, l’entourait. Un ahurissement franc s'accapara de son esprit, camouflant pendant quelques instants la froideur qui commençait à imprégner ses vêtements courts et la peau découverte de ses cuisses frêles. Ses sens commençaient à lui revenir, enregistrant la douceur de la fourrure sur laquelle elle était présentement collée, les flocons qui tombaient doucement du ciel où brillaient des milliers d’étoiles lorsqu’elle fut poussée dans la poudre blanche sans aucune douceur ou considération, imprégnant abondamment une partie de sa jupe et de sa cape de neige. Retenant un cri suite au contact douloureux du froid, Heather se releva rapidement sur ses pieds et suivi du regard l’avancée du bibliothécaire. Le froid se faisait déjà ressentir et la jeune fille resserra sa cape autours d’elle dans l’espoir d’abriter son corps de la température glacée. Ses bas de nylon, montant jusqu’au dessus de ses genoux, avaient déjà absorbés l’eau de la neige fondante et ses cuisses commençaient déjà à rougir sous l’attaque du climat sibérien. Grelottante, la serpentard ramassa son écharpe oubliée et retira la neige qui s’y était collé d’un mouvement vif de sa main droite, entourant le bout de tissu autours de son cou dans l’espoir de protéger une autre partie de son corps de l’attaque hivernale. Obnubilée par tout la concentration mentale dont elle devait faire preuve pour éviter de crier, ne comprenant toujours pas comment elle s’était retrouvée dans un paysage hivernale ou la glace et la neige prédominaient le paysage, la vipère ne remarqua pas le retour de l’homme à ses côtés jusqu’à ce qu’il se mette à parler d’un ton exaspéré :

- Bon sang, Trown…Sérieusement ? File-moi ta baguette. Je vais essayer de retrouver la mienne. Dans le pire des cas je nous ferai transplaner jusqu’à Poudlard. Mais qu’est-ce que tu foutais la haut dis-moi ? C’est quoi ton excuse, tu m’as suivi ou quoi ? T’as pas eu assez d’emmerdes la dernière fois peut-être ?

Heather plissa les yeux, foudroyant du regard l’homme qui se tenait devant elle. Mais pour qui la prenait-elle ? Une étudiante amourachée de lui ? Relevant quelque peu le menton, la jeune fille répondit enfin, ne réalisant pas du tout qu’elle avait passé au tutoiement :

- Oh oui, je ne fais que ça te suivre. Notre rencontre m’a tellement marquée que je ne pouvais plus me retenir, je devais absolument te voir. Après tout, je n’ai aucune autre raison pour vouloir retourner à la tour, le sarcasme coulant de sa voix cristalline.

Puis, reprenant un ton plus neutre, la vipère continua sa pensée.

- Et quant à parler d’excuses, tu pourrais me donner la tienne. Qu’est-ce que tu faisais sur le haut de la tour avec un portoloin vers je ne sais trop où. Tu aurais pu te rendre à Pré-au-Lard où tu aurais été sur qu’aucun étudiant puisse s’y balader.

Terminant son petit discours, la jeune fille glissa une main rougie par le froid dans les différentes poches de son ensemble, ses mouvements devenant frantiques, réalisant que sa baguette n’y était plus. Le souvenir de sa chute lui revint à l’esprit et poussant un soupir, elle se résigna à aviser le bibliothécaire :

- Et je n’ai pas ma baguette… je l’ai échappé sur le toit de la tour en tombant.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Jeu 7 Sep 2017 - 16:11

- Oh oui, je ne fais que ça te suivre. Notre rencontre m’a tellement marquée que je ne pouvais plus me retenir, je devais absolument te voir. Après tout, je n’ai aucune autre raison pour vouloir retourner à la tour.

Elle l’avait tutoyée, la petite gourgandine. La chose lui aurait plu, si seulement ça ne puait pas la rétrogradation en marche arrière, qu’elle saupoudrait d’un outré sarcasme. Octave se figea. Il avait avec tant de mal retenu les chevaux de son agacement ! Et maintenant voilà que la demoiselle rebiquait à son tour, comme un cheveu mal coiffé. N’ayant pas encore eu le temps de réfléchir correctement, passablement échauffé, il n’apprécia guère les yeux plissés d’outrecuidance que lui présenta Miss Trown, alors qu’il les avait attendu baissés. Elle était une gêne, point barre, et elle devait se comporter comme tel ! Mais non, à ce niveau, ils en étaient au même degré tous les deux, incapables qu’ils étaient pour le moment de clairement réfléchir, concentrés sur leurs griefs respectifs. Et comme ils se sentaient être en bon droit, l’exaspération ne faisait que suinter en sarcasme d’autant plus insupportable. Octave, comme à chaque fois qu’il était sujet à un sentiment qui le dépassait, demeura de marbre, inaccessible sur son piédestal de flegme, outré par la réaction de la jeune fille, qu’il qualifiait comme profondément irrévérencieuse et hors de propos, ainsi que par ses insinuations, qui jetaient un doute sur son charme. Charme qu’il questionnait personnellement, mais que toute cette monstrueuse prise de tête obligeait à considérer avec l’orgueil de l’affront.

- Et quant à parler d’excuses, tu pourrais me donner la tienne. Qu’est-ce que tu faisais sur le haut de la tour avec un portoloin vers je ne sais trop où. Tu aurais pu te rendre à Pré-au-Lard où tu aurais été sûr qu’aucun étudiant puisse s’y balader.

Ses narines frémirent tandis qu’il plissait légèrement les yeux lui-même, pas jusqu’à la suspicion, mais on sentait dans les plis de ses paupières tendues l’explosion nucléaire qui se produisait dans son cerveau, produisant suffisamment d’énergie pour alimenter en électricité les alentours de Londres pendant au moins une nuit. C’était un Vietnam tant pour ses neurones que pour ses nerfs, mais sa voix siffla grave, pleine d’une vanité contenue et prodigieusement mesurée.

« Mes quoi ? Je ne vois pas en quoi je te dois des excuses ? Explication peut-être, justifications, non. Mais tu as perdu tout droit à des clarifications à partir du moment où tu les as exigées sous forme d’excuses. » Il se pencha sur elle comme un coquelicot, campant sur sa position. « En général, on n’ouvre pas sa gueule lorsqu’on est en tort dans des proportions supérieures, parce que je rappelle que le couvre-feu, il est pour toi. Et puis pourquoi tu râles ? Tu viens d’avouer que ton seul désir était d’être avec moi. Tu devrais être littéralement en-chan-tée qu’on soit ici que tous les deux, en plein milieu de nulle part, où il fait tellement froid que tu as une excuse toute faite pour te coller contre moi et te réchauffer. Souris, tes rêves se réalisent ! Je me demande quelle sera ta prochaine ruse ? Un peu de somnifères et je me réveillerai la bague au doigt ? Ou directement à Azkaban pour détournement de mineurs ? »

Ce disant, il se rendit compte à quel point leur situation était horriblement égale. Ce n’était la faute de personne, c’était le destin qui opérait sur leurs vies, voilà tout. Cette réalisation acheva son orgueil d’un coup de brique vindicatif. Octave détendit les épaules en se redressant sensiblement, déjà plus résigné, attendant avec ce qui lui restait de patience, qui luttait vaillamment contre son mécontentement nerveux, que Miss Trown daigne lui présenter sa baguette magique. Cette dernière fouillait entre les plis des minces vêtements qui la protégeaient tant bien que mal du froid sibérien.

- Et je n’ai pas ma baguette… je l’ai échappé sur le toit de la tour en tombant.

Il était à deux doigts de lui barbouiller le visage au napalm. C’est ce qu’on pouvait appeler un revirement car Octave s’était permis ses frivoles sarcasmes que parce qu’il était certain de pouvoir encore arranger la situation d’un coup de baguette magique, quitte à ce que ce ne soit pas la sienne. Mais là, le revirement de situation était radical, désarmant.

« C’est le comble ça quand même… »

On ne pouvait pas encore parler de désespoir, tant Octave y était peu sujet, à moins de faire face à la mort où à la désolation-même, ce qui n’était pas encore le cas pour le moment. Quoi que, même en présence imminente de la fin, aurait-il trouvé ruse habile pour tromper son propre destin, ainsi que ses sentiments, car il se persuadait souvent en se mentant. Mais présentement, ils étaient indubitablement éloignés d’une pareille tragédie, et leur aventure ressemblait davantage à un Vaudeville à l’Italienne. Pourtant, il était intimement perturbé par ce changement. Peut-être à cause de la surprise, qui refusait à s’estomper, tandis que d’autres drames venaient s’y ajouter. Il avait le sentiment d’avoir fait tomber une parure de perles, dont il ramassait maintenant chaque goutte opaline en se rendant compte petit à petit, à force de les enfiler sur leur cordon, que le collier de soucis était long. La perte de sa baguette magique, la présence de Miss Trown, sa tenue, qu’il constatait comme étant peu adaptée, le froid, qu’il commençait à sentir le glacer à travers les vêtements, et tant d’autres choses qui en découlaient et dont il n’avait pas encore pleinement conscience, l’éventail des éventualités s’ouvrant toujours avec une lenteur exagérée dans ce genre de situations… Loin de lui l’idée de sombrer dans la panique, mais les évènements étaient globalement en leur désavantage, sans parler des habitations, qui abritaient Merlin sait quoi comme immondice sans pudeur. Une adolescente ici, c’était comme une femme dans un sous-marin. Ca portait malheur dans tous les sens du terme. Pas que Octave ait quelques préjugés misogynes, cependant Miss Trown était jeune, jolie, et ne parlait pas un seul mot de Russe, ou avec un accent de rosbif, ce qui compromettait dangereusement sa légende de non-occidental, et leur sécurité en général. Les touristes, et autres Européens, se cantonnaient aux chemins bien tracés au béton, ne s’aventurant guère aussi loin.

Avec cette petite dinde dans les bras, Octave était véritablement mal barré. Sans parler qu’il perdait savamment ses affaires par la même occasion. Donc c’était définitivement de l’amertume qui le consumait présentement. Sa conscience reconnaissait que la petite Trown n’y était pour rien, dans le fond, que ce n’était pas là le fruit d’une méchanceté intentionnelle, mais éventuellement d’un peu de maladresse involontaire. Et cela frustrait et décuplait sa colère, car elle ne savait plus vers quoi se tourner pour s’émouvoir, se libérer, se condensant pesamment en un flot poétique de méchancetés inutiles, puisque destinées à la vie-même, ce qui n’avait strictement aucun intérêt. Quelle injustice sans coupable à blâmer ! Et puis toute cette outrecuidance. Octave toisa l’étudiante, mine refrognée et les bras croisés sur la poitrine. D’un coup sec, il se retourna finalement et reparti à la recherche de sa baguette, fendant la neige d’un deuxième sillon désordonné, creusé en burinant. Il chercha leur salut avec la même minutie que s’il avait été perdu dans un désert, récoltant la rosée matinale sur les pierres pour ne pas mourir de soif. Mais plus il s’engouffrait dans la neige, perçant la pénombre de ses yeux concentrés, moins il y voyait. Il finit par s’arrêter finalement en plein milieu de la plaine blanche et regarda le ciel, encore indécis sur ce qu’il allait faire de la jeune femme. Ou plutôt sur ce qu’il pouvait faire. Le village se profilait, prometteur, rappelant au bibliothécaire qu’ils n’avaient pas vraiment le choix. A part sa baguette, il n’avait rien prévu d’autre pour assurer sa survie, sauf un long couteau de combat à double tranchant, fermement ficelé à sa cuisse, ainsi qu’une épaisse liasse de roubles. Lourdement, il soupira et revint vers la jeune femme, la moue toujours aussi renfrognée, mais définitivement calmée. Ramassant son lourd manteau en fourrure de vison dans la neige, Octave recouvrit le corps tremblotant de Miss Trown, refermant soigneusement les pans de devant. Le vêtement était trop grand et lourd pour elle, mais au moins lui arrivait-il aux chevilles.

« On va… on va rejoindre les maisons là-bas » dit-il en désignant du regard le petit village de cultivateurs. « Elles appartiennent à des sorciers. L’un d’eux nous aidera bien à retrouver ma baguette. On est en Russie, alors ne t’attends pas à ce que quelqu’un te comprenne dans les parages. Notre situation est déjà assez délicate, alors évite de te manifester. » Lui dit-il d’un ton aussi sérieux qu’un avis de décès. « Si je fais quelque chose de… bizarre, comporte-toi comme si c’était normal. Ne laisse en rien sous-entendre que tu n’étais pas censée être là. C’est clair ? On y va. »

Octave se retourna et se mit à marcher dans la neige, pressé d’en finir avec cette histoire, ramener la gourgandine au château et… aller dormir. Ses projets étaient maintenant compromis et il ne pourrait probablement plus revenir dans ce village, car la présence de Miss Trown chamboulait complètement sa légende initiale de trappeur solitaire envoyé par la capitale. Il ne savait même pas encore par quoi il allait la remplacer pour se présenter aux Russes de la région sans qu’on ne pense à les prendre en otage, les violer, ou les emmener au poste de police en tant qu’immigrés illégaux ou pire, espions européens. Miss Trown demeurait dans le brouillard et c’était tant mieux car il ne connaissait absolument pas sa capacité à réagir au stress ou à la pression. Peut-être se dégoupillait-elle au quart de tour ? Il n’avait pas besoin de ça, surtout dans la mesure où ils pouvaient autant tomber sur des gens charmants que sur des pillards sans conscience.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Ven 8 Sep 2017 - 1:25

Le discours de l’homme sortit de sa bouche d'une rapidité contrôlée, la voix grave coulant de condescendance et d’une prétention mal placée, frappant verbalement la serpentard sans aucune retenue. L'utilisation des propres mots de la jeune fille, ignorant visiblement le sarcasme avec lequel ils avaient été prononcés, fit lever les yeux de la vipère au ciel, sachant pertinemment que le bibliothécaire avait compris la subtilité de son ton, mais préférait l'ignorer afin de tourner la situation à son avantage. L’ajout d’exemples exagérés sur les prochaines actions de la brunette ne fit que mettre de l’huile sur le feu, augmentant la colère de la couleuvre d’être ainsi rabaissée à la hauteur de jeunes filles affectées par une amourette passagère d’un homme de plusieurs années leur aîné. Une imbécilité féminine dont elle avait été si souvent témoin par le passé, observant des partenaires de classes glousser de joie mal dissimulée et rougir à l’arrivée d’un étudiant plus vieux ou d’un professeur dont l’apparence ne dérangeait pas l’œil. Si le bibliothécaire n’avait pas allongé son monologue, ajoutant l’insulte à la réprimande, Heather aurait pu avouer sa partie de tort de la situation, soit le bris du couvre-feu qu’elle avait bien entendu réalisé, mais de là à placer tout le blâme sur sa seule personne, la jeune fille n’était pas prête à accepter cette responsabilité. Les bras croisés, la jeune Trown garda sa position malgré la figure imposante du bibliothécaire qui la regardait de haut, se penchant sur elle, ajoutant un sous-entendu de menace à ses paroles. Heather ne broncha pas, refusant de s’abaisser à couper la parole à l’homme, l’écoutant s’acharner sur elle sur une situation malencontreuse, résultante de maladresse et de coïncidences.

La réalisation que sa baguette était portée disparue tout comme celle du bibliothécaire ajouta une couche de surréalisme à une situation déjà très improbable, mais qui était bien réelle. Malgré le froid qui l’assaillait avec acharnement, Heather restait sous l’emprise de l’ébahissement, n’arrivant toujours pas à réaliser que son transport magique vers un paysage enneigé avait bel et bien eu lieu et qu’elle ne se retrouverait pas au château dans les prochaines minutes, victime d’une blague disproportionnée. L’ahurissement ressentie par la couleuvre semblait partagée par l’homme qui avait repris une position un peu plus résigné et calme, se redressant d’au dessus d’elle, son regard quelque peu brumeux, caractéristique d’une personne songeuse. Le silence qui s’était finalement posé entre eux deux calma quelque peu la serpentard qui était, comme le bibliothécaire, plongée dans ses pensées : comment se sortait-il de cette situation irréaliste ? La brunette tenta de régner sur la panique qui commençait à s’imprégner en elle, réalisant rapidement qu’elle ne savait même pas où elle se trouvait, se rassurant elle-même que son compagnon forcé devait connaître, quant à lui, les lieux les entourant. Les yeux de la jeune femme, dont une expression d'irritabilité couvrait toujours son visage fin, suivit les déplacements de l’homme et ses mouvements décousus dans la neige fine, recherchant sans aucun doute sa précieuse baguette, assurant ainsi un retour sain et sauf au château pour eux deux. Pinçant les lèvres, la serpentard se dirigea doucement vers des arbres plombant la vallée de leur branches vides de feuilles dans l’espoir de se masquer quelque peu du vent sibérien qui virevoltait le long de la vallée. Bien que peu long, le chemin fut tout de même difficile pour l’étudiante qui tenta d’éviter un contact malheureusement inévitable de sa peau avec la neige avoisinante, prenant soit de poser le pied doucement sur la couverture blanche qui s’étendait à perte de vue. Couverte quelque peu par les arbres, Heather serra un peu plus les bras sur elle, réduisant l'espace où l'air frigorifique pouvait se glisser, sentant sa peau se barioler à grandeur de chair de poule, attendant le retour du bibliothécaire. Celui-ci, comme si les pensées de la jeune fille l'avait interpellé, faisait son chemin vers elle, les mains sans baguette mais tenant son manteau épais de fourrure, son expression faciale illisible, qu'il déposa doucement sur les épaules de la serpentard. Heather garda son regard sur l'homme tandis qu'il refermait le manteau devant elle, son visage perdant les dernières traces de sa colère, adoptant en échange un masque illisible. Sa position sur la bonté n'avait pas changé et, comme un rappel frappant de leur dernière rencontre, la brunette fut surprise de nouveau par les actions empreintes de gentillesse du bibliothécaire qui contrastaient pourtant avec ses paroles. Le poids du vêtement de fourrure surprit la serpentard par sa lourdeur, mais elle accueillit la chaleur additionnelle avec bonheur et soulagement, ne sachant pas comment elle aurait pu tenir dans une température aussi extrême, vêtue comme elle l'était à son arrivée.

- On va… on va rejoindre les maisons là-bas.

Heather tourna la tête, observant l'endroit pointé par le bibliothécaire, remarquant rapidement les petites lumières probablement créées par quelques lanternes extérieures dans le but d'éclairer le chemin du village. Malgré son observation, la jeune fille n'arriva toujours pas à mettre le doigt sur l'endroit où elle se trouvait, ajoutant au malaise de la situation, car malaise il y avait. Malgré son bris du règlement pour une seconde fois en deux semaines, la vipère n'avait eu aucune intention de se retrouver à l'extérieur du château et certainement pas se retrouver dans le pétrin pour ses actions. Bien que sortir de son dortoir au milieu de la nuit n’avait jamais été conseillé par le passé et que les expéditions nocturnes étaient maintenant associées à un danger réel, la serpentard avait du mal à se délaisser de cette habitude qu'elle s'était créée depuis sa première année, se disant qu'elle connaissait maintenant tous les mystères du château. La situation actuelle dans laquelle elle se trouvait changea les convictions de la jeune fille, et ce fut l'esprit rempli d'émotions intenses, mélangeant malaise et un début de panique, qu'elle se promit que c'était la dernière fois qu'elle quittait le confort de sa salle commune en dehors des heures du couvre feu. Elle n'était pas une gryffondor et cette aventure, qui se créait présentement devant elle, réussit à la convaincre aisément qu’elle ne voulait pas se retrouver dans une situation similaire de nouveau : comme le dicton le disait si bien, le jeu n’en valait pas la chandelle.

- Elles appartiennent à des sorciers. L’un d’eux nous aidera bien à retrouver ma baguette. On est en Russie, alors ne t’attends pas à ce que quelqu’un te comprenne dans les parages. Notre situation est déjà assez délicate, alors évite de te manifester.

Lorsque le nom du lieu, ou plus précisément du pays fut annoncé, Heather sentit son coeur prendre une pause et pendant un instant, le sentiment d’être sans défense et sans ressources prit toute la place dans son esprit. Bien que son visage garda sa qualité de glacier, les méninges de la jeune fille tournaient en furie, entrevoyant plusieurs scénarios plus déprimants les uns que les autres où son corps était retrouvé complètement gelé dans ce pays lointain, ou encore, moins dramatique cette fois-ci, où elle se retrouvait séparée du bibliothécaire, se retrouvant seule dans un pays dont elle ne parlait pas la langue. Malgré le voile d'inquiétude qui s'était déposé sur son regard, la serpentard garda les yeux sur l'homme, ne voulant manquer aucun de ses mots, n'ayant aucune honte à avouer qu'il était plus en contrôle de la situation qu'elle même. Le ton grave avec lequel il avait prononcé ses paroles marqua d’autant plus la jeune fille, ajoutant une couche d’insécurité au malaise déjà existant au sein d’elle.

- Si je fais quelque chose de… bizarre, comporte-toi comme si c’était normal. Ne laisse en rien sous-entendre que tu n’étais pas censée être là. C’est clair ? On y va.

Ne faisant pas confiance à sa voix, Heather hocha une fois de la tête, puis suivit les enjambées de M. Holbrey en direction des habitations qui s'élevaient au loin. La question qu'elle s'était posée à son arrivée revint de plein fouet à son esprit, se demandant de nouveau ce que l'homme pouvait bien faire dans ce lieu mystérieux, mais la brunette ne prononça pas un mot, préférant profiter du silence et réfléchir. L’hésitation du bibliothécaire à articuler le mot bizarre intrigua d’autant plus la vipère qui n’osa pas explorer les possibilités que sa phrase laissait sous entendre. Sans trop y porter attention ou encore le réaliser pleinement, la demoiselle marcha plus près de l’homme qu’en était son habitude, retrouvant une certaine sécurité à la présence de l’homme qui semblait avoir concocté un début de stratagème, ou du moins connaître les environs. Le chemin ne prit pas trop de temps, le trois cent mètres les séparant de la première maisonnée s’étant effectué rapidement pour les deux compagnons de misère, concentrés comme ils étaient dans leurs pensées respectives. Les premières maisons se dressant à leurs côtés semblaient s’être éteintes pour la nuit, seul le noir caractéristique de lumières endormies se présentant à eux. Glissant son regard de maison en maison, la brunette réalisa rapidement que seule le centre du petit village semblait encore être éveillé, bien qu’aucune silhouette ne pouvait être aperçue.

Levant les yeux vers le bibliothécaire, Heather chuchota doucement, cette fois-ci, aucune trace de sarcasme ne pouvant se faire entendre dans ses paroles :

- Vous savez par où commencer ?

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Ven 8 Sep 2017 - 18:51

Le fait qu’elle ne participe pas davantage à sa joute verbale contribua à refroidir ses ardeurs, pourtant bien échauffées malgré lui, et ce sans qu’il ne mette le doigt sur l’exacte raison. La futilité de l’accident le submergeait encore, de la même façon qu’il s’exaspérait de savoir quelle accumulation incroyable de hasards méprisables avait résulté en cette situation, si ce n’est vraiment désastreuse pour le moment, elle en avait cependant largement le potentiel. Sans parler des raisons proprement aberrantes qui avaient guidées la dulcinée en détresse vers les hautes tours du château. Octave faillit se blâmer, par acharnement aveugle à vouloir s’énerver contre quelqu’un ou quelque chose de plus précis que juste la « vie », puisque s’était lui qui avait conseillé à Miss Trown de visiter les tuiles plutôt que les salles. Mais il fallait définitivement s’avouer qu’il s’agissait d’un concours de circonstances, les unes plus rocambolesques que les autres. Car il fallait bien souligner l’aspect quasiment théâtral de toute cette mise en scène. Et lui, qui avait quand même le sens du drame surdéveloppé à en faire peur, ne se sentait pas très à l’aise de ne pas connaitre la fin du spectacle. Plus dur d’être acteur que scénariste tout de même et le voilà contraint à écrire ses propres rebondissements. Ce qui était on ne peut plus véridique, puisque leur salut était dans ses mains.

Pour le coup, la jeune fille fit preuve de plus de retenue et de maturité que lui, en se retenant de poursuivre la dispute par un crescendo de cynismes les uns plus tranchants que les autres. Pour sa défense, il considérait subir bien plus de griefs que la jeune étudiante, même si elle ne connaissait pas encore toute l’étendue du problème qui se posait maintenant à eux. Son ton, beaucoup plus grave, avait néanmoins remis les perspectives en ordre, insinuant très sérieusement qu’en dehors du froid et des dangers habituels que réservait la nuit, ils avaient d’autres monstres à craindre. Surtout elle. Mais comme il n’avait pas l’intention de l’abandonner en faisant mine de ne pas la connaitre… D’ailleurs, il aurait pu largement le faire. L’étouffer d’une bonne poigne, puis l’enterrer sous l’épaisse couche de neige qui ne ferait que grandir jusqu’au mois de Février. Personne ne retrouverait son corps avant Juin, et encore, si la neige acceptait de fondre dans la région. L’inconvénient serait la bonne conservation dont son corps bénéficierait, dorloté comme dans un congélateur. Ne pas oublier de la déshabiller, pour ne pas laisser d’indices flagrants quant à sa provenance. Peut-être la défigurer au massage avec une pierre, histoire d’empêcher la reconnaissance faciale ou dentaire. Couper les doigts et les disperser dans le fleuve au loin, qui s’occuperait de disséminer ses empreintes digitales jusqu’en Chine. La neige éternelle, une véritable aubaine pour cacher un cadavre quand même… Les Russes avaient une expression très laconique sur le sujet : le printemps montrera qui a chié dans la neige.

Bon, Octave, tu te calmes. On referme la cape de la cavalerie et on range sa pelle, déjà bien poussiéreuse. Sans oublier que si assassiner l’étudiante tapageuse lui simplifierait d’une certaine façon la tâche sur le moment, il risquait d’avoir des problèmes plus tard, surtout avec Rogue, qui ferait immanquablement le lien entre les voyages supposés du bibliothécaire et la disparition d’une de ses élèves. A supposer cependant que Rogue soit encore en vie à ce moment-là… Mais à tous les coups de toute façon la famille de la jeune fille allait demander des comptes, alors pas besoin d’attendre la fonte des neiges pour remarquer une disparition. Cependant ! personne ne ferait le lien avec le bibliothécaire à ce stade des évènements. Octave dut quand même ranger ses capsules de cyanure et sa corde de violoncelle spéciale gourgandines. Le projet avait été développé dans un élan d’absurdité. Comme toujours, tuer quelqu’un promettait plus d’embêtements qu’une tentative de secourisme. A condition que la gourgandine en question garde le silence néanmoins, car personne au château n’avait besoin de savoir… un petit Oubliettes dès leur retour ? A méditer lourdement. A moins qu’il ne se trouve une excuse tangible pour rassurer Miss Trown sur sa présence dans un tel endroit. La chasse à l’ours… au phoque du Baïkal… Ce qui était diablement rassurant mine de crayon, c’est que la jeune fille était complètement dépendante de sa bonne volonté en strictement tout. Elle était perdue. Lui, moins. Il y avait de quoi puiser dans cette subordination autant physique que psychologique. D’ailleurs, la donzelle lui suivait de près, comme si plus la distance était moindre, moindre en étaient les dangers par la même occasion.

- Vous savez par où commencer ?

Octave hésita à la regarder, soucieux qu’il était des maisons qui les entouraient à présent. Le froid le prenait de plus en plus sérieusement et bien qu’il bénéficiait d’un sortilège d’imperméabilité, son pull en laine et son épaisse écharpe, nouée façon lavallière, commençaient à atteindre leurs limites. Sans parler de ses pieds, qu’il ne sentait plus vraiment, tant ils avaient pataugé dans les profondeurs insoupçonnées de l’épaisse poudreuse. Son cœur battait fort dans ses oreilles, ses dents manquaient de claquer et la seule chose qui les retenait fut l’extrême tension qui habitait son corps, gardant ses articulations nouées. Le village était entièrement constitué d’isbas, maisons en rondins de bois empilés, dotées de très petites fenêtres et de toits à quatre pentes en tôle pour la plupart, alors que certaines étaient recouvertes d’une grosse couche de chaume. Toutes les cheminées fumaient doucement, relâchant leurs volutes grisâtres dans le ciel noir. Cependant, quasiment aucune maison n’était encore éveillée et Octave s’arrêta un instant entre deux habitations, observant les environs, écoutant la neige crisser sous le poids des flocons qui s’étaient mis à tomber. Aucun bruit de pas ne se faisait entendre, mais un feu brûlait dans une lanterne à huile à quelques mètres, accrochée à l’encadrement d’une porte. Vers le centre, quelques lumières étaient ainsi allumées. Des bougies illuminaient de l’intérieur les fenêtres floues de trois ou quatre isbas, il n’y avait plus qu’à choisir à laquelle toquer.

« Non. »

L’honnêteté un peu trop abrupte, s’était méchamment mêlée aux résidus de colère, qui demeuraient encore quelque part au fond de son esprit. Mais c’était horriblement vrai : il ne savait pas par quoi commencer. Il n’avait même pas inventé une quelconque excuse pour justifier leur présence, bien que certaine s’offraient déjà à son inconscient par la force de l’habitude. Paradoxalement, il était bien trop inquiet pour y songer sérieusement, préférant presque l’adrénaline de l’improvisation, qui lui prêtait toujours plus de logique et d’imagination qu’en des temps plus sereins. Leurs voyage jusqu’au village s’était par ailleurs fait dans un silence de plomb. Octave contourna du regard la place principale et choisit finalement la maison avec des décorations colorées sur le dormant des fenêtres, du bois traité et une porte robuste, témoignant d’une certaine richesse.

« Reste ici. »

Lança-t-il à Heather et gravit les quelques marches du perron d’une seule enjambée, avant de toquer à la porte d’un geste assez tranquille, presque délié. Du bruit se fit entendre dans les murs, les habitants se préparant probablement à recevoir une mauvaise visite aussi tard dans la nuit. Puis, doucement, la porte s’ouvrit sur un homme large et trapu. Les yeux, petits et bridés, indiquèrent qu’il s’agissait d’un Bouriate, ethnie mongole répandue dans la Sibérie, sans parler de son visage, incroyablement rond et labouré comme un champ. Une crinière drue se dressait au sommet de sa tête lunaire, et il portait des vêtements en laine brossée ; panoplie indispensable dans la région, autant au niveau climatique que culturel. Le Bouriate s’avance dans l’encadrement de la porte, faisant barrage pour protéger l’entrée de son large corps et toisa Octave en attendant des explications. Ce dernier esquissa son fameux sourire sans l’ombre d’un effort. Se retrouver face à un Bouriate était une bonne nouvelle, leur caractère chaleureux et accueillant faisait partie des gènes de leur peuple. Tant qu’on savait comment s’y prendre.

« Amar sain houndete nouidouud ! (амар сайн хундэтэ нухэдууд!) » Le salua-t-il du peu de la langue bouriate qu’il disposait dans sa panoplie, avant de continuer en russe, l’union soviétique l’ayant imposée sur tout son territoire durant son court mais imposant règne : « Je m’appelle Octave, je suis venu chercher quelqu’un dans la région mais ma… » Il se retourna vers Heather et l’analysa d’un coup d’œil scrutateur. Pas de bague, on pouvait dire qu’elle était majeure. Octave lui adressa un large sourire plein de tendresse et enchaina : « …fiancée a fait tomber ma baguette dans la neige pendant le transplanage. On n’est pas parvenus à la récupérer dans le noir, elle est perdue dans la neige, et ma fiancée a cassé la sienne il n’y a pas longtemps, alors… » Octave prit l’air désespéré, mais résigné, comme toute personne s’étant retrouvé dans une situation rocambolesque ne dépendant absolument pas de ses efforts. « Vous pourriez m’aider à la retrouver ? »

Le Bouriate, sans nom pour le moment, le toisa longuement de son visage horriblement impassible et si épais qu’il n’exprimait aucune émotion. Puis, il regarda Heather à travers les petites fentes qu’étaient ses yeux. Ayant fini l’inspection et tiré ses propres conclusions, il se racla soudain la gorge :

« Sain baina (autre forme de salutation), Octave. Tu l’as perdue où, ta baguette ? » Lui demanda-t-il d’une voix incroyablement grave et profonde.
« Dans la plaine, derrière le village, près de la forêt.
- Tu la récupèreras demain.
- Quoi ? Mais pourquoi ? Vous non plus, vous n’avez pas de baguette ?
- On en a, mais on ne s’aventure pas en dehors du village pendant la nuit, c’est dangereux, et t’es un fou si t’as transplané là-bas. »

Octave, malgré son désir de protester, sût tout de suite qu’aucun villageois ici ne lui filerait sa propre baguette par principe, à moins de l’accompagner, ce que personne ne comptait faire. Il faillit proposer de l’argent, mais s’abstint, sachant que le Bouriate prendrait ça non pas pour une insulte, mais une forme de méfiance et de désespoir qu’il ne fallait surtout pas montrer. Leur faire comprendre qu’ils craignaient de s’attarder ici risquait de leur causer des ennuis, face à ces gens susceptibles et fortement méfiants lorsqu’on n’acceptait pas leurs conditions. Ou plutôt, leur hospitalité. Alors, Octave prit l’air perdu, cherchant ses mots, montrant son désarroi et sa faiblesse, plutôt que son mécontentement. Il n’eut pas à jouer la comédie très longtemps car le mongole reprit :

« Je m’appelle Namgar. Tu vas passer la nuit ici avec ta fiancée, on a de la place pour vous. On cherchera ta baguette demain. » Il esquissa un sourire laborieux, mais se voulant rassurant, avant de regarder Heather : « Viens ici ma jolie, que je te regarde. On va te filer une place bien chaude près du foyer !
- Elle ne parle pas Russe, elle est anglaise. » Rectifia Octave, tandis que Namgar tendait son bras vers l’étudiante, l’invitant presque à venir s’y blottir comme sur les genoux du Père Noël. Malgré la remarque, son bras demeura ouvert dans l’invitation insistante. Le bibliothécaire, à son tour, invita Miss Trown à les rejoindre d’un geste de la main, stipulant ainsi qu’il n’y avait pas de dangers apparents –alors qu’en fait si, mais bon…-, tandis que le mongole le questionnait déjà :  

« Comment ça ?
- Je l’ai trouvée à Londres. Petite étudiante docile sans famille, ni argent, mais beaucoup d’ambitions. L’amour fou. C’est un beau moineau. »

Octave le regarda d’un air entendu, tandis que sa prétendue fiancée s’approchait d’eux. Avec ce récit, il se plaçait dans la position très connue en Russie du riche oligarque ayant étudié à l’étranger et s’étant trouvé une jeune fille à l’allure de mannequin pour le choyer. Jeune fille qui, au final, de se faisait remplacer par une autre, plus jolie et plus jeune. Un peu comme les européens, qui partaient dans les années quatre-vingt se trouver de pauvres filles à l’Est pour les épouser. Maintenant, c’était l’inverse. Nagmar se mit à rire grassement, d’un air très satisfait et complice. Octave capta le regard de Heather et fit les présentations en anglais :

« Heather, je te présente Nagmar, il nous invite à passer la nuit chez lui et… »
S’étant attardé sur une hésitation, qui ponctua sa précautionneuse explication d’un silence, le mongole en profita pour commenter :
« Bien joué, coquin. Tout jeune ton moineau, à peine sorti du nid. » Lui dit-il en le pointant du doigt, avant d’attraper Miss Trown de sa main boudinée par le menton, l’obligeant à le relever pour mieux voir son jeune visage à la lueur de la lampe. Il la regarda, royal, maître dans son étendue enneigée sur cette petite anglaise, qu’un autre homme avait bien voulu bénir par son nom de famille et sa fortune. Il l’observa, glorieux, avec une sorte d’avidité poisseuse, leurs yeux luisants et sous-entendant plein de propos graveleux. Le rondelet mongole finit par la lâcher, sous l’œil tolérant et habitué de son futur mari. A la place, il posa sa lourde paluche possessive en forme d’assiette sur l’une des épaules de Miss Trown, avant de la saluer avec un accent à couper au couteau, voulant manifestement lui faire plaisir :

« Helloy, missis (façon de dire « Miss » à la russe) ! Bioutifoul… euh, faïce. Dou you laïke Rossia ? »

Il rigola encore, n’attendant pas vraiment de réponse, dans la mesure où il ne la comprendrait probablement pas, tapa sur l’épaule de la jeune fille encore une fois avant de s’engouffrer dans la maison. Les présentations étaient finies, le Bouriate ayant non seulement apprécié la masculinité de l’intrus, mais également constaté la qualité de la marchandise qu’il avait ramenée depuis l’étranger. La situation était donc connue et acceptée comme telle. Profitant de son dos tourné, Octave attrapa l’étudiante par la main pour capter son attention. Il remonta ses doigts graciles jusqu’à son visage et baisa ses phalanges du bout des lèvres, avant de parler d’une voix mielleuse, comme s’il lui déclamait un poème d’amour, trompant ainsi les oreilles du mongole pour cacher le sens de son propos :

« J’ai dit que t’étais ma fiancée. Ca te protègera, éventuellement. Il faut qu’on dorme ici, il ne nous laisse pas le choix. Il a dit qu’il nous aidera quand le soleil sera levé. Je ne sais pas qui il est, alors fais comme si tout te convenait parfaitement, sois docile, joue le jeu. Essaye de cacher le blason de l’école, si tu en as sur toi. Assure-toi que personne ne comprends l’anglais là-dedans, avant de me parler. J’ai prétendu que tu étais une étudiante de Londres, alors fais comme tel, mon amour. »

Octave releva en suite ses yeux pétillants te navrance vers la porte et faillit déchanter. A l’intérieur de l’isba, il y avait trois autres personnes à part Nagmar. L’une d’elle portait les couleurs de la Confrérie. Tous des mecs.

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INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Sam 9 Sep 2017 - 18:24

La brunette commençait à croire qu’elle n’obtiendrait jamais la réponse à sa question, lorsque le verdict laconique du bibliothécaire, son ton empreinte d’une trace légère de colère, atteint ses oreilles, ne rassurant guère la jeune fille sur leurs prochaines actions. Si même le porteur du portoloin les ayant amené jusqu’ici était aussi peu sûr de la suite des choses, ceci n'augurait pas de bonnes choses pour l’improbable duo. La serpentard coinça inconsciemment sa lèvre inférieure entre ses dents, seule reflet de son malaise grandissant, son masque de glace malgré tout bien en place sur son visage aux joues rosées par le vent. Heather osa un coup d’oeil en direction du bibliothécaire et ne réalisa qu’à ce moment que celui-ci s’était privé de son confort pour lui permettre un cocon de chaleur, lui laissant que quelques vêtements chauds, mais trop légers pour la température environnante. La jeune fille tut de peine et de misère la pointe de culpabilité qui menaçait de grandir suite à cette réalisation poignante, sachant que l’homme avait pris la décision par lui-même, mais que celle-ci avait dû être forcée par l’ajout imprévisible d’une élève insomniaque. Ledit homme semblait avoir pris une décision, observant avec beaucoup d’attention une maisonnée en particulier à quelques mètres de leur position au sein du village. Celle-ci était décorée de petits ornements de diverses couleurs, ajoutant une touche de vie à la maison recouverte de bois, les fenêtres laissant apercevoir la lumière projetée de l’intérieur, signe que les habitants ne s’étaient pas encore éclipsés pour la nuit. Sans la regarder, son compagnon lança un commandement léger, quoique quelques peu inutile, car la jeune fille n’avait nul part où aller, commençant son ascension des quelques marches menant à la porte.

- Reste ici.

À quelques mètres de la porte, Heather garda un oeil attentif sur les alentours jusqu’à ce que la porte s’ouvre, laissant apercevoir un homme de bonnes carrures, un air quelque peu méfiant habillant son visage rond et massif. L’apparence générale du nouveau venu lui rappela le gardien des lieux de Poudlard, bien que son visage fermé était tout le contraire de celui que Hagrid arborait. Bien qu’elle ne pouvait voir l’expression faciale de Monsieur Holbrey, la brunette entendit des extraits de la phrase qu’il prononça à l’étranger, ne comprenant pas un mot de la langue parlée qu’elle n’arriva même pas à identifier. Se doutant fortement que ceci devait tomber dans la catégorie des actes bizarres dont elle avait été prévenue, la serpentard garda une expression neutre, notant dans sa mémoire la nouvelle information qu’elle venait d'acquérir sur le bibliothécaire. L’ajout d’un deuxième dialecte à la conversation étendit simplement le mystère qu’était encore une fois l’homme, ne finissant toujours pas de la surprendre par ses caractéristiques inhabituelles et inattendues. Celui-ci se tourna vivement vers elle, accompagnant son mouvement brusque d’un regard inquisiteur, décortiquant elle ne savait quoi sur sa personne. Le sourire charmeur qu’il lui lança surprit profusément la jeune fille qui cligna des paupières, évitant ainsi que la surprise agrandisse ses yeux sous son effet. Derrière son masque d'indifférence, les méninges de la demoiselle tournaient au quart de tour, tentant de comprendre ce que l’homme manigançait, une situation aussi complexe que de remonter un puzzle auquel plusieurs pièces manquaient à l’appel.

Le soudain silence attira l’attention de la jeune fille, remarquant que, cette fois-ci, l’étranger la scrutait d’un regard indéchiffrable, résultante probable des mots prononcés par son compagnon sur sa propre personne. L’ignorance ajouta un goût amer à sa bouche, la sensation d’être une poupée de porcelain au prise aux mains d’un marionnettiste s’ajouta à son malaise existant. Animée par son instinct, n’ayant rien d’autres sur lequel se fier, Heather étira légèrement le coin de ses lèvres, offrant un sourire qu’elle espérait de nature timide à l’inconnu qui n’en finissait plus de l’observer de ses yeux plissés, réaction normalement contraire à ses habitudes lorsqu’elle croisait, pour la première fois, le chemin d’un étranger. Ce dernier sembla satisfait, tourna de nouveau les yeux vers le bibliothécaire, permettant à la serpentard de relâcher ses épaules qui s’étaient tendues inconsciemment, puis ouvrit la bouche pour la première fois depuis leur arrivée impromptue. Une voix grave résonna, un ton froid mélangeant une tentative de chaleur s'élevant, tandis que des paroles du même dialecte se firent entendre. L'échange entre les deux hommes ne dura pas très longtemps et la jeune fille arrêta d'y porter attention rapidement, l'incompréhension des mots échangés n’apportant rien de plus à son puzzle en construction. La voix robuste du russe sortit la vipère de ses pensées, tournant le regard brillant de celle-ci vers la source du bruit, levant légèrement un sourcil au bras tendu en sa direction. Était-ce une invitation ? La serpentard dû faire preuve de concentration pour retenir le rictus moqueur qui menaçait de s'étirer sur ses lèvres en réponse, remarquant par la même occasion l'invitation du bibliothécaire à venir les rejoindre. D'un pas quelque peu hésitant, la brunette monta gracieusement les quelques marches, relevant de peu le manteau pendant son ascension telle une princesse relevant sa robe, le rire bourrus de l'inconnu agressant ses oreilles. Plongeant son regard dans celui indescriptible de son compagnon, ce dernier la présenta tranquillement, prononçant pour la première fois son prénom, celui-ci roulant dans sa bouche comme s'ils se connaissaient depuis des années. Ses yeux s’arrachèrent violemment de ceux de Monsieur Holbrey, son menton prisonnier d'une main charnue qui la força à observer l’homme responsable de l'incarcération de son visage, son regard se durcissant en réponse au geste brusque. Les sous entendus qu'elle entrevit dans l'expression du russe l'inquièta rapidement. Sentant une panique naître elle, elle empêcha son esprit de vagabonder dans son imaginaire, refusant d’ajouter des images alarmantes à ses pensées sombres. La vipère serra les dents, se retenant de toutes ses forces d’insulter le simplet sans galanterie qui avait osé l'attraper de la sorte, sentant son énorme main se poser cette fois-ci sur sa petit épaule.

- Helloy, missis ! Bioutifoul… euh, faïce. Dou you laïke Rossia ?

Le rire suivant la phrase brisée à moitié compréhensible empêcha Heather de répondre, cette dernière, acceptant avec plaisir le répit d'un silence forcé, en profita pour jeter un regard plaidant au bibliothécaire. Le contact d'une main froide sur la sienne dérouta l'étudiante qui empêcha l’ahurissement de s'étendre sur son visage, observant, plus qu'elle ne sentit, les lèvres de l'homme se poser sur la peau blanche de ses doigts. L'explication de son maintenant prétendu fiancé fit naître un rire nerveux, qu'elle masqua joliment de sa main libre, empêchant le son de franchir la barrière de sa main. Heather savait qu'elle devait jouer le jeu, mais prétendre que l'amour l’habitait n'était pas chose facile, ayant peu connu ce sentiment par le passé. Son esprit fit rapidement le tour, écartant brusquement ses parents, ceux-ci étant loin d'être un bon exemple d’un couple amoureux, et refusant d'utiliser son passé avec un certain gryffondor pour arriver à ses fins. Le visage de Léon surgit finalement à l'esprit de la jeune Trown, qui réalisa rapidement qu'elle pourrait utiliser les multiples souvenirs avec le jeune homme pour alimenter la comédie qu'elle devrait maintenant jouer. Revoyant plusieurs moments dans son esprit où ce même sourire s'était étendu sur ses lèvres, Heather offrit un sourire ravissant à Monsieur Holbrey, retirant au même moment la main de son visage, puis franchit la porte menant à l'intérieur de l’ibsa.

La maisonnette était construite qu'à partir de bois, offrant une apparence rustique et quelque peu vieillot à la petite habitation. Un grand foyer trônait sur le mur central de la pièce, un grand feu rugissant dans son antre, envoyant à intervalles irrégulières de petites flammèches dans les airs qui s'éteignaient avant de se poser au sol. Un divan prenait place devant l’imposant âtre, offrant quelques places confortables aux habitants, le tissu légèrement ternis, représentation de ses années vécues. Les murs étaient habillés de décorations de bois, certaines représentants des animaux réalistes et d’autres des motifs qu’elle se doutait culturels. Entre le minuscule salon et la porte d'entré, une table de cuisine en chêne claire était déposée, entourée de six chaises, le dessus de la surface plane recouverte de quelques bouteilles d'alcool et de verres à moitié plein, signe d'une soirée déjà bien avancée. Des cartes à jouer moldues étaient éparpillés près des verres, certaines retournées, tandis que d'autres masquaient leur valeur. Trois hommes habitaient quelques unes des chaises, leur rire grossier s'éteignant en remarquant l'arrivé des deux prétendus amoureux, des sourires impertinents flottant sur leur visage aux caractères grossiers. Malgré leur théâtre improvisé, la brunette replaça son masque habituel, préférant couvrir ses expressions que d'afficher en permanence un amour prétendu et artificiel, leur audience s’étant agrandit profusément. Levant quelque peu le menton, Heather fit quelques pas en direction du salon, passant par le fait même près d’un des inconnus lorsque celui-ci l’attrapa par la taille, forçant ainsi la jeune fille à s’appuyer sur lui pour se garder debout.

- Mais où vas-tu ma jolie ? Ne sois pas timide, non mort pas! Enfin, pas au début, expliqua l’un des russes dans son patois, les mots inconnus n’apportant aucune aide à l’anglaise.

Les rires qui suivirent ne rassurèrent guère la serpentard, qui foudroya du regard l’homme responsable de l’accolade forcée, attrapant au même moment son poignet, armée d’une prise vigoureuse pour la frêle jeune femme qu’elle était. Elle décolla la main de l’insolent, sachant très bien qu’elle y arrivait seulement car celui-ci se laissait faire, reculant de quelques pas lorsque son corps fut libérer de l’emprise. Croisant les bras devant sa poitrine, Heather cracha :

- Si tu me touches de nouveau, tu le regretteras.

Leurs rires explosèrent de nouveau, agressant davantage la jeune fille par leur impudicité, indication rayonnante de leur irresponsabilité, une tendance misogyne inquiétante. L’absence de réplique fit s'interroger la serpentard, se demandant si ses mots étaient responsables de leur hilarité ou si ceux-ci avaient simplement été incompris, résultante de la langue étrangère qu’était son anglais britannique, leur ricanement créé par son attitude et le début d’une d'alcoolémie élevée. Préférant jouer la prudence, Heather continua son chemin vers le salon, s’arrêtant face au foyer, savourant la chaleur du feu sur tout son être, la réchauffant rapidement. Doucement, d’un mouvement calculé, elle ouvrit les pans de l’habit, le retirant avec attention de ses épaules, s’assurant que sa cape où l'emblème de serpentard s’y retrouvait, suive, cachée méticuleusement au sein du manteau, l’avertissement du bibliothécaire bien présent dans sa mémoire. S’assoyant sur le divan, elle déposa le manteau à ses côtés, fixant les flammes, hypnotisée par leur mouvement désordonnée. Inconfortable d’être ainsi découverte, mais n’ayant aucun autre choix, sa cape étant une impossibilité certaine et le pardessus de fourrure d’une chaleur étouffante, la serpentard prit son mal en patience, remontant légèrement les manches de sa chemise blanche au centre de ses avant-bras, laissant entrevoir sur son bas droit le début de l’un des tatouages qu’elle arborait, le noir de l’encre contrastant légèrement sur sa peau blanche.

L’arrivée d’un verre devant son visage fit sursauter la vipère qui tourna un regard inquisiteur vers le propriétaire des lieux qui bougea légèrement le gobelet en une invitation claire. Le visage de l’homme mélangeait impassibilité à un étroit sourire, tentative évidente de gagner la confiance de l’éperdue. D’une main hésitante, Heather pris l’objet, lança un regard questionnant en direction de son supposé fiancé. Celui-ci sembla comprendre sa question et lui offrit le mot recherché, lui permettant ainsi d’offrir une réponse laconique à l’homme robuste :

- Спасибо, le mot sonnant étranger sur sa bouche, son accent anglais détruisant la beauté de la langue nordique.

Approchant le verre de son visage, la serpentard respira doucement l'odeur qu'émettait le breuvage, reconnaissant l'odeur caractéristique de la vodka, breuvage que son père buvait en quantité monstre. Malgré l'abondance de cette alcool au sein de l'habitation qu'elle n'avait d'autre choix d'appeler sa maison, Heather n'avait jamais goûté à cette liqueur. D'un geste hésitant, la jeune fille posa le verre a ses lèvres.

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Dernière édition par Heather Ivy Trown le Mar 12 Sep 2017 - 0:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Lun 11 Sep 2017 - 13:34

Il aurait tellement préféré pouvoir dire que c’était sa fille, pour que la petite gourgandine continue à se comporter comme l’adolescente qu’elle était sans attirer l’attention sur son arrogance naturelle, sa méfiance et sa mauvaise humeur, si bien mise en emphase depuis que son pied avait touché la neige. Quand bien même son caractère avait su reconnaitre son impuissance, Octave n’avait pas ignoré les œillades perçantes qu’elle lui avait jetées. La méfiance se propageait à l’égard de ce bibliothécaire en qui elle devait avoir confiance, alors même que tout dans cette aventure lui imposait le contraire. Ce sentiment n’était partiellement là que par manque d’informations, brouillard qu’Octave aurait pu dissiper, s’il l’avait pu, et s’il avait surtout été moins accaparé par son profond agacement. En attendant, le verre blindé qui les séparait ne faisait que s’épaissir, les privant définitivement d’une complicité naturelle, qui leur était indispensable à la légende tressée par le bibliothécaire d’un rapide coup d’œil. Maintenant, il était un peu tard pour gagner ses faveurs et il avait presque senti la difficulté avec laquelle la jeune fille s’était soustraite à la réalité pour rentrer dans son nouveau rôle où ils devaient se connaître si ce n’est d’âme, au moins de corps. Etre fiancés n’impliquait pas nécessairement l’amour, ni même l’amitié, mais de se connaître. Et ils ne se connaissaient pas vraiment. S’il était capable de s’inventer des histoires pour transformer l’étudiante dont il ne savait rien en son amie la plus intime, tissant mensonge sur mensonge dans sa tête pour s’inventer quelqu’un qu’Heather n’était pas, mais qu’il pouvait identifier, il n’avait en revanche aucune idée quant à la capacité de ladite étudiante à surpasser sa méfiance. Et faire un beau sourire n’était pas tout. C’était même loin d’être suffisant. Malheureusement, il était trop jeune pour pouvoir se prêter le rôle d’un père. S’il avait été un père, il aurait fallu expliquer la scabreuse histoire de sa paternité entamée à l’âge fleurissant de seize ans. Histoire en Russie qui n’était pas assez rare pour soulever des vagues de pathos sur son passage. Les hommes préféraient ici le succès plutôt que le tragi-comique d’une existence pataude. Le fait que la petite Heather ne comprenne pas un traitre mot de leur échange fut également une aubaine, tant l’oreille occidentale était probablement peu habituée à un tel degré de machisme, qui prenait d’autant plus d’ampleur qu’elle était anglaise, ne comprenait rien et était la seule fille dans les parages. Et soyons honnêtes, Octave ne faisait pas confiance en la retenue de la jeune femme.

Néanmoins, l’aspect quinteux de la jeune fille ne sembla pas brusquer le Bouriate, qui dut mettre ça sur le compte du manque de confort auquel était sujette la jeune fiancée, ainsi que le caractère souvent intransigeant de ces petites femmes venues de l’ouest. Les adolescentes en général d’ailleurs, et leurs caprices qui s’effeuillaient avec l’âge, menant les hommes en bourrique pendant un temps, leur redonnant de l’énergie. Le Bouriate passa son temps à en rire grassement, comme si l’étudiante était un chat mal dressé qu’il fallait prendre par la peau du cou de temps en temps. Il ne la prenait pas du tout au sérieux.

A ses explications cependant, Miss Trown lui offrit un sourire désarmant, si authentique qu’il vint plisser les coins de ses yeux en futures pates d’oie, fronçant joliment son nez relevé et illuminant tout son visage par une multitude de contractions expressives. Octave, vaguement surprit par la teneur d’une telle offrande, se demanda à qui elle pouvait bien penser pour être capable d’une telle prouesse. Ou était-elle comme lui ? Connaissant tous les recoins de son visage et ses mystères, ainsi que celui des autres, pour savoir sur quels fils tirer pour avoir le meilleur résultat, sans l’once d’une émotion derrière ces tiraillements mécaniques. Tant de spasmes sans intérêt, typiquement physiologiques, qui ne cachaient rien que du vide, ou une vile manipulation. Sa jeune fiancée ne s’attarda néanmoins pas entre ses doigts, témoignant de ce qu’il en était véritablement entre eux deux, rejoignant l’antre de la testostérone. Octave la suivit, plus jamais conscient de la responsabilité qui pesait sur ses épaules. Il aurait dû l’abattre dans les bois d’un coup de brique. Rien qu’à l’odeur qui se dégageait de l’isba et la tronche des mecs qui les accueillaient, il savait que ce soir, aucun d’eux n’aurait la paix, qu’on allait les faire frire comme des asticots juste pour le plaisir de les voir se tordre dans tous les sens. Il allait devoir probablement se montrer plus prude et moins malin qu’il ne l’était en vérité. Les mauvaises langues diraient que c’était parfaitement dans ses cordes… En suivant Miss Trown dans la pièce principale, Octave fut accueilli par un paysage qu’il connaissait bien, allant des petits napperons étendus sur certaines surfaces, aux décorations toutes en arabesques fleuries qui tapissaient les coins. Sans parler de l’ambiance. Une chaleur lourde écrasait dès l’entrée, mais sèche, se faisant agréable par contraste. Nagmar le Bouriate bourru fit moulinette avec ses bras :

« Viens, allez, entrez ! Faut fermer la porte, sinon le froid va suivre. » Il se retourna vers ses compagnons, tout en contournant les deux tourtereaux pour clore l’issue de secours. « C’est Octave et… » il se retourna vers Octave, le sourcil relevé « …comment qu’elle s’appelle ta petiote ?
- Heather » prononça le concerné à l’anglaise, avec le h aspiré et le Th sifflant, mais se reprit, essayant de trouver quelque chose que les russes pourraient articuler sans se faire un nœud sur la langue : « Hezer.
- Hezer ? C’est chelou comme prénom.
- C’est pas chelou, elle est anglaise. » Réctifia Nagmar de sa voix aussi grave que s’il leur avait parlé depuis le fond d’une caverne.
« Qu’est-ce qu’elle fout paumée ici, l’anglaise ? »

Pendant ces explications-ci, menées entre Nagmar et l’homme qu’Octave soupçonnait d’appartenir à la Confrérie, le troisième type profita de la proximité de la jeune fille pour l’attirer à lui, illustrant par-là le genre de situation qui était à craindre : à savoir qu’ils aient tous une tendance à… la taquinerie, disons. Loin de la moquerie gentillette dont Octave était assidu consommateur, ceux-là voltigeaient très près du sol. A ce sujet, leur siège de la conscience était effectivement assez bas pour profiter du moindre strapontin. Probablement d’ailleurs que la pièce était chauffée non pas par l’âtre de la maison, mais par les volutes embrassées de leurs slips en fusion. Ne désirant pas se mettre sur la défensive sans raison réelle, Octave n’en fit rien, observant les deux autres hommes s’amuser de sa gazelle renfrognée, prenant plaisir à ce qu’elle leur résiste en sifflant son venin anglais. Nagmar ne laissa pas le malaise s’attarder néanmoins et après quelques rires, il remit les pendules à l’heure par la légende qui n’avait eu d’autre but que de sauver la bienséance de Miss Trown, ainsi que sa relative tranquillité :

« Fous lui la paix, Van. Mademoizel est fiancée.
- Ah ouais ? Elle est où la bague de la fiancée alors ?
- La demande a été spontanée, on n’est pas encore allés chercher la bague. D’ailleurs, c’est l’une des raisons de notre visite ici. » Répondit simplement le bibliothécaire, haussant tranquillement des épaules tout en s’approchant de la cheminée pour se réchauffer les doigts, non sans jeter quelques coups d’œil discrets à sa fiancée se déshabillant. Nagmar continua ses présentations, identifiant encore une fois l’agresseur de Miss Trown comme étant Van, dérivé de Ivan, et celui qui lui avait adressé la parole dès l’entrée en tant que Alekseï. Le troisième, silencieux et assis dans le fond, fut désigné Barras. Encore un Bouriate, mais plus effilé que le premier, les deux autres étant probablement russes.

« Tu nous raconteras ça plus tard, mais d’abord, on va vous réchauffer. » Commenta Nagmar de sa voix nasale, provoquant une autre rasade de gloussements, tandis qu’ils regardaient tous l’étudiante profiter du feu. Il remplit six petits verres tour à tour, racontant que la vodka était distillée par l’un de ses voisins, à partir de l’orge qu’ils cultivaient dans le sud, stipulant ainsi qu’il leur faisait déguster quelque chose de personnel dont il était fier et qu’il ne fallait pas négliger. N’ayant pas considéré la chose, Octave eut un déclic de conscience lorsque l’un des verres se dirigea en direction de Miss Trown, porté par la main boudinée de Nagmar. Les mots « mineure » et « alcool » s’entrechoquèrent dans sa tête, sans parler de « responsabilité » et « détournement de mineur », mais il fallait dire que ce n’était pas l’endroit pour avoir des états d’âme. Lorsque la jeune femme chercha son regard, le verre à la main, Octave articula un « Спасибо » entendu, comme si ce n’était pas la première fois qu’il le lui répétait, avant d’entendre sa fiancée faire le perroquet. Cette attention était néanmoins la bienvenue, car Nagmar continua sa ronde et offrit le second verre au bibliothécaire. Heather semblait déterminée à accepter l’hospitalité, ou renversait-elle la tête en profitant de l’instant pour satisfaire sa curiosité adolescente, mais Octave s’approcha d’elle et avant que le verre ne fut à l’horizontale, posa un doigt sur son buvant et susurra d’un air inquiet, un peu moqueur, mais avec des mots emplis de sous-entendus graveleux :

« Fais gaffe, mon moineau, c’est fort comme alcool… »
Mais avant qu’il n’ait pu prodiguer d’autres mises en garde, Van le pervers l’interrompit d’une voix inquisitrice en le voyant si protecteur :
« L'est mineure ta petiote ou quoi ?
- Nah, elle n’a juste jamais goûté de vodka artisanale. Faut bien la prévenir, si on ne veut pas qu’elle recrache ses tripes. » rétorqua-t-il en lâchant un petit rire guttural entendu, suivi en canon par d’autres plus moqueurs encore, l’air de dire que Ces pauvres anglais sont bien fragiles, fines bouches qui aiment le doux et le sucré, sans rien connaître à l’aridité de la vie dite authentique. Il continua dans sa lancée en anglais, gardant le même ton, mais son propos changeant de ce qu’il voulait faire entendre : « J’espère que tu tiens bien l’alcool. Je refuse de te porter soûle.
- Amène la, ta fiancée, on va l’habituer vite fait, elle ressortira d’ici avec un foie en béton. Et on va lui apprendre quelques mots, par la même occasion ! A c'qu’on dit, la prononciation s’améliore quand on s’huile le gosier comme l'faut ! »

Rugit Van, qui s’était déjà attablé  pour boire son propre verre d’une seule traite. Pourquoi pas après tout, avec un peu de chances, l’alcool monterait assez vite à sa tête de gourgandine pour la plonger dans un sommeil aussi peu dilué qu’allait l’être son sang. Alors, en professeur absolument irresponsable et en invité docile, il fit pression de sa large paume sur le dos de sa prétendue fiancée, l’invitant à se lever et gazouilla :

« T’aurais pas dû accepter, ils veulent te bourrer la gueule maintenant. »

Pas la peine de préciser qu’il éprouvait une espèce de jubilation vengeresse en voyant à quel point tout le monde s’intéressait à sa fiancée, pour le meilleur, ou pour le pire. Mais franchement, n’était-ce pas partiellement mérité ? La sensation était foncièrement diluée par la crainte qu’elle ne se fasse du mal en définitive, ou qu’on lui en fasse, mais pour le moment il préférait précautionneusement s’amuser de la tournure plutôt que de s’inquiéter à chaque pas. Cela risquait de soulever quelques suspicions de toute façon. Emmenant donc l’étudiante de sa main insistante vers la table, il vida d’une traite son propre verre, constatant à quel point ce breuvage artisanal ne devait correspondre à aucune norme sanitaire. Son visage se plissa légèrement sous la brûlure et il alla se saisir d’une tranche de pain noir qui trônait dans un panier sur la table, pour le sentir sans la manger, dissipant ainsi par l’odeur aigre de l’orge les vapeurs d’alcool, qui parasitaient son nez et sa bouche. S’approchant de la table, il laissa sa main glisser dans les cheveux de l’étudiante, frôlant sa nuque et emmenant quelques mèches emmêlées entre ses doigts dans un geste négligé, mais étudié par la force de l’habitude. Attention fugace d’une protection qu’il imposait à la jeune fille, tendresse diffuse et qui se voulait inconsciente. Le diable était dans les détails, n’est-ce pas ?

« Sainte Marie, Mère de Dieu ! Matez-moi ça… » avait déclaré Van, alors que Miss Trown passait encore une fois à côté de lui. Il la saisit par le poignet, retournant son avant-bras pour mieux voir le tatouage qui dépassait et dont Octave n’avait aucune connaissance. « L'est marquée ta petiote ! C’est l’Seigneur des Ténèbres ou quoi ? »  s’enquit-il en relevant la manche de la chemise aussi haut qu’il le pouvait pour mieux voir l’emprunte noire, sans considération aucune pour les éventuelles protestations de la concernée.
« Tu déconnes ? » plaisanta Octave avant d’expliquer à Miss Trown « Il croit que c’est la marque des Ténèbres, montre lui, sinon il ne se calmera pas. Je pense qu’il plaisante, mais ils n’aiment pas les Mangemorts ici. »
« Quoi j'déconne ? Y parait que l'Seigneur marque des gosses maintenant ! »
« Il n'irait pas tamponner des filles pareilles, qu'es-tu racontes ? » s'esclaffa le dénommé Alekseï, non sans prêter quand même un intérêt malsain au bras de la jeune femme.

Et effectivement, même Barras, toujours cantonné en bout de table, silencieux, avait tendu l’oreille en entendant l’évocation du Seigneur, associé au mot « Mangemort », qu’ils devaient tous connaître même en anglais, surtout avec la Confrérie qui rôdait pas loin. Toute la maisonnée s’attroupa autour du bras de la donzelle, et même Octave s’était approché, piqué dans sa curiosité. Il remarqua par ailleurs que le verre de sa fiancée était toujours plein, ou à nouveau… Ce qui était sûr, c’est qu’il ne serait pas vide tant qu’elle ne tomberait pas raide au sol. Le sien aussi, d’ailleurs, s’était rempli comme par magie. Pour sa part, il devait avouer une pointe d’étonnement quant à la présence d’un tatouage sur un bras aussi jeune.  

« C’est quoi ce tatouage ? Des fois qu’ils me demandent des explications. Une histoire sentimentale, ce serait pas mal, ils aiment bien ça ici, ça leur donne une raison supplémentaire pour boire. Ou la vérité, c’est encore mieux. J’imagine mériter au moins ça, mhhh, mon amour ? Avec une profonde explication autre que « parce que le motif me plaisait », ils arrêteront de te traiter comme un objet, va savoir. Ca leur plaira peut-être de découvrir tes strates inférieures » Dit-il avec un large sourire aux lèvres, non sans ironie, son attitude contrastant comme depuis le début avec les teneurs de son propos.




Code Couleur :
Nagmar : #99ffff
Van : #cccc00
Alekseï : ccff99
Barras : /

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 12 Sep 2017 - 0:43

Elle se sentait scrutée. Chacun de ses mouvements étaient observées, que ce soit par les yeux aux intentions obscènes des hommes de ce pays nordique, ou par le regard perçant du bibliothécaire qui analysait chacune de ses réactions, probablement dans l’intérêt de valider qu’elle se comportait bien comme sa prétendue fiancée. La jeune femme était le centre d’attention de la soirée, réalité malaisante mélangée à une nervosité grandissante, sachant qu’elle devrait jouer le jeu en tout temps, évitant ainsi qu’une réaction sème le doute dans l’esprit de leurs hôtes temporaires. La situation était loin d’être idéale. Jouer la fiancée d’un homme qu’elle ne connaissait point était difficile, voir impossible, ne pouvant en aucun cas anticiper les réactions de son prétendu et ainsi offrir une illusion parfaite à leur audience. Heather n’était pas une jeune fille qui montrait facilement à autrui ses émotions et son intuition lui faisait bien savoir que de rester de glace ne serait pas accepté longuement, au du moins, pour toute la soirée si leur comédie devait tenir la route. Elle se savait une jeune femme froide, aux tendances colériques et quelque peu violentes, préférant la solitude aux amitiés vaines et superficielles, ce qui ajoutait une complexité de plus à ce mirage qu’elle devait perpétuer avec le bibliothécaire suite au subterfuge qu’il avait mis en place auprès des inconnus les entourant. La personnalité impudente et irrespectueuse de ceux-ci n’était qu’un autre aspect difficile d’une situation déjà précaire, dont la vipère se serait bien passée, sachant que son caractère difficile ne demanderait qu’à régir au quart de tour à leurs gestes indiscrets et leurs rires fendants. Elle savait qu’elle devrait bientôt sortir de sa zone de confort et même si un amour parfait n’était pas attendu d’aucun couple, une complicité devait tout de même existé entre eux deux, ce qui était loin d’être le cas en ce moment. Pour la énième fois en peu de temps, la serpentard se questionna sur le choix de relation fait par son compagnon imposé par la vie et son sens d’humour douteux qui forçait leur chemin à se croiser pour deuxième fois en une même semaine. Il devait y avoir anguille sous roche pour que l’homme préfère la présenter comme étant sa douce moitié et non comme l’élève de Poudlard qu’elle était réellement. Elle se doutait bien qu’il devait y avoir une raison derrière le portoloin responsable de leur voyagement en Russie, mais la nécessité d’une mascarade, les forçant à sortir leur meilleur jeu d’acteur respectif, n’était pas un revirement de situation que la vipère avait prévu, n’y même quelque peu anticipé. Le peu de confiance qui s’était créé entre elle et lui se dissipant rapidement, les secrets et le mystère entourant leur mésaventure actuelle ne faisant qu’envenimer la méfiance de la belle.

Heather s’était passée une main tremblante sur sa nuque, dégageant quelques mèches de cheveux qui s’étaient glissées dans son chemiser, les yeux plongés dans les flammes flamboyantes du foyer, complètement perdue dans ses pensées, lorsque le verre avait fait son apparition. La brunette l'avait accepté, ne voulant pas offusqué leur hôte et son hospitalité offerte et avait emmené le verre à sales lèvres lorsque l'ascension de l'alcool fut interrompue par son futur mari, un doigt fin se déposant près de ses lèvres en une barrière protectrice entre l'alcool et sa bouche. Le ton mielleux, qu'elle commençait à associer automatique au bibliothécaire, s'éleva doucement, marquant l’arrivée de celui-ci à ses côtés :

- Fais gaffe, mon moineau, c’est fort comme alcool…

L'interruption de la mise en garde agressa les oreilles de la jeune fille. Malgré la langue incompréhensible, la tendance moqueuse colorant leurs paroles était facilement identifiable, tandis que leurs rires narquois résonnaient dans l’isba. Après un léger échange entre l’anglais et l’un des impudents, accompagné de nouveau par une hilarité partagée par tous sauf la jeune fille, son compagnon reprit de nouveau la parole, le ton restant le même malgré la différence d’intention des mots prononcés, un jeu qu’il semblait aimer jouer depuis leur arrivée dans leur hébergement temporaire. Le bibliothécaire semblait expert en la matière, prétendre et paraître autres choses qu’il était réellement, une habileté qui demandait beaucoup de pratique à maîtriser, mais qui ne semblait plus être un problème pour l’homme. Celui-ci renchérit, utilisant de nouveau sa capacité à masquer le sens réel de ses mots en les couvrant d’un enrobage sucré.

- J’espère que tu tiens bien l’alcool. Je refuse de te porter soûle.

Régnant sur son tempérament, la vipère offrit de nouveau un sourire charmant en réponse aux propos sans douceur réel contrastant avec le miel coulant de la bouche de l’homme. Elle retint les différentes remarques sanglantes que son cerveau lui glissait à l’oreille, préférant éviter de mettre en péril leur prétendu relation en jouant sur des allusions mal placées et suggestions fortement exagérées qu’elle n’aurait probablement pas le contrôle de prononcer tout en gardant un visage rempli de tendresse. Des répliques, inspirées de leur dernier échange du haut de la tour d’astronomie, peuplaient ses pensées, l’envie d’évoquer le lien entre les filles faciles et l’alcool dominant sur les autres. Heather choisit donc le silence, sachant leur situation précaire et préférant d’éviter de mettre de l’huile sur le feu. Une main chaude se déposa sur son dos, une obligation plus qu’une invitation à se lever du divan de cuir qu’elle avait adopté depuis son entrée dans la maisonnée, suivant le mouvement insistant du bibliothécaire. Haussant légèrement un sourcil en questionnement, Heather offrit un sourire timide, mais qui accompagnait parfaitement son petit minois, diluant l'interrogation qui s’était formée sur son visage, un mélange convaincant d’émotions qui, elle espérait, concordait avec leur mascarade. Malgré ses prières mentales, elle se retrouva diriger en direction des hommes, maudissant le bibliothécaire qui la forçait à interagir avec leurs hôtes, et par le fait même, avec son prétendu futur mari.

- T’aurais pas du accepter, ils veulent te bourrer la gueule maintenant.

Les remarques incessantes d’Octave commençaient à tomber sur les nerfs de la jeune fille, la raison de son acharnement inconnue à celle-ci qui tentait, depuis son arrivée, de jouer la comédie qu’il lui avait imposée. Un petit rire coquet s’échappa tout de même de la fiancée qui monta une main à sa bouche, jouant la carte de la jeune femme timide et amoureuse, ses yeux pétillant faussement d’allégresse, tentant d’enfoncer au plus profond d’elle-même son agacement au manque de collaboration du bibliothécaire. Malgré ses bonnes intentions, son exaspération pris le dessus d’elle-même. D’un ton qu’elle voulait remplie de malice et de complicité, elle chuchota doucement, se penchant discrètement vers le propriétaire de la main insistante, posant une de ses propres mains sur son ventre plat.

- Tu n’as qu’à leur dire que je suis enceinte. Le voyage a tellement bouleversé ta pauvre fiancée qu’elle en a oublié Octave junior : quelle erreur fatale cela aurait été que de boire de l'alcool, termina-t-elle d’un ton coulant de reconnaissance falsifiée, utilisant le même stratagème que son compagnon, refusant de laisser cette troisième assaut sans réponse. Bien qu'elle n'avait pas autant de pratique que lui, Heather arriva tout de même à tromper les oreilles des russes, apprenant rapidement en suivant l'exemple offert.

D’un naturel étonnant pour la jeune fille, celle-ci s’éleva vivement sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser, frôlant de ses lèvres la joue de l’homme, dans un moment de tendresse qui aurait fait ricaner la serpentard par son ridicule si elle n’était pas aussi concentrée à maintenir son rôle. Passant près de la table, la serpentard déposa son verre sur la table, n’ayant toujours pas plongé ses lèvres dans l’alcool, se dirigeant vers une chaise, la main dans son dos toujours aussi insistante. Puis, s’aventurant devant l’un des inconnus, la jeune fille se sentie agressée de nouveau, lorsque ce fut son bras, cette fois-ci, qui se retrouva sous l’emprise d’une main énorme, entourant facilement son bras mince. Si ce n’était pas un, c’était l’autre. Une légère grimace se déposa sur son jeune visage, la poignée du russe n’ayant pas été toute en douceur, une inconscience probable de sa réelle force ou simplement la conséquence d’une habitude aux gestes plus brusques que tendres. Sa manche se fit remontée jusqu'à son coude, dévoilant le tout premier tatouage qui avait marqué sa peau de son encre noire, il y a déjà quelques années de cela, sa peau blanche brillant sous la lumière d’une chandelle à proximité, augmentant le contraste des couleurs. Là, sur son bras, d’une clarté vive sous le halo produit par la flamme, était inscrite cette phrase qu’elle avait choisie un après-midi pluvieux lors de l’été de ses quinze ans, un acte de rébellion qu’elle n’avait jamais regretté, malgré la pluie de coups sur son corps frêle que cela avait causée. Elle observa en silence la marque permanente, laissant les curieux discuter entre d’eux de celle-ci, se doutant bien que le tatouage était la raison d’autant d’éréthisme au sein de la gente masculine. Le retour de la langue anglaise attira l’attention de la brunette qui tourna la tête en direction de son prétendu fiancé, celui-ci expliquant que son tatouage avait été associé aux mangemorts, la réelle raison de l’excitation environnante, demandant par le fait même la raison derrière celui-ci.

- C’est une phrase : All that you have is your soul. C’est une sorte de rappel, un aide-mémoire... , la jeune fille laissa sa phrase en suspend, hésitant à en dévoiler plus sur elle-même à cet homme mystérieux, la méfiance toujours en arrière plan dans son esprit, affectant ses actions à chaque instant, mitigée entre siffler un mensonge bien cousu ou livrer une partie de la vérité.

Finalement, Heather haussa nonchalamment d’une épaule, sachant que ce qu'elle révélait n'offrait rien de bien révélateur sur sa personne, et rajouta, sachant que rien de critique ne serait avoué, je voulais cacher une vieille cicatrice qui n’a jamais disparue. Mais bon, à la fin, tu racontes ce que tu veux, que c’est une phrase déclarant mon amour pour toi. C’est assez émotionnel pour toi mon chéri ?

Suivant l’explication donnée par Octave, le bras de la serpentard fut finalement libéré, celle-ci baissant de nouveau rapidement sa manche relevée, cachant son tatouage des yeux intéressés. Concentrée à replacer son vêtement, elle fit un pas de recule, heurtant par inadvertance son futur mari qui se trouvait près d’elle. La collision entre les deux, un rappel ironique de l’inadvertance qui les avait propulsé en Russie, délogea l’arme blanche qui était restée cachée depuis leur arrivée, l’envoyant au sol dans un bruit retentissant. Un silence de glace tomba sur la pièce, tous les yeux s’étant tournés vers le couteau, oubliant pour une première fois la brunette depuis leur arrivée impromptue. L'un des hommes s'était levé de sa chaise, faisant tomber celle-ci vers l'arrière, une mixture de surprise et méfiance s'étendant sur son visage robuste et poilu, réaction qui fit reculer d'un pas la vipère qui s'approcha quelque peu de l'homme précédemment armé. Heather sentit ses sourcils s’élever de surprise à la vue qui s’offrait à elle et lança un coup d’oeil furtif en direction du bibliothécaire qui n’arrêtait plus de la surprendre, une information de plus s’ajoutant au mystère de l'origine première de leur aventure. Le troisième homme prit finalement la parole, brisant pour la première fois le silence qu’il avait gardé jusqu'à présent :

- Mais qu’est-ce que tu fous avec ça ?

Heather entendit la suspicion aussi clairement que si la question avait été posée en anglais, se questionnant sur les mots prononcés d'un ton méfiant. À ce moment précis, elle aurait tout donné pour comprendre l’échange qui se déroulait devant elle, se contentant d’observer Octave et l'échange qui ne serait tarder entre lui et les trois autre hommes.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 12 Sep 2017 - 19:33

- Tu n’as qu’à leur dire que je suis enceinte. Le voyage a tellement bouleversé ta pauvre fiancée qu’elle en a oublié Octave junior : quelle erreur fatale cela aurait été que de boire de l'alcool.

Il avait senti cette remarque l’ancrer dans la réalité presque physiquement. Miss Trown ne s’était pas lancée en connaissance de cause, et Octave savait le propos destiné au cynisme dans le but de le troubler, ce qui était réussi, car les mots dégoulinèrent en son être tel un magma glacé. Il ne savait trop si c’était l’association des mots qui l’avait pétrifié, ou leur illustration d’une main posée sur un ventre présentement plat, mais empli d’expectations. Cependant cette idylle, poussée ainsi à son paroxysme, le frappa avec l’amertume du chagrin. Intérieurement, il se laissa d’abord surprendre par la vague, avant de la maîtriser, se rendant compte du désintéressement que la mise en scène mettait dans la supposition grotesque, bien que potentiellement réelle, d’une paternité en devenir. Ce n’était que de l’humour ! Et puis, il avait déjà supposé que Miss Trown puisse-t-être sa fille, non ?

Octave avait été témoin et le principal concerné de ce qu’une mauvaise influence maternelle pouvait causer comme destructions. Sa propre relation avec sa mère était d’une telle perversion viscérale qu’elle l’effrayait. Son ressentiment était bien banal, pour ne pas dire populaire, comme tous ces gens qui avaient peur de l’hérédité, pensant que le mal se transmettait comme une maladie, et peut-être avaient-ils tous tort de s’imaginer cela. Mais il savait les ravages que son caractère pouvait faire sur les gens, ainsi que son incapacité par moments à filtrer les comportements que son éducation rigide lui avait imposées. Ceux-là se répercuteraient sur l’enfant qu’il n’aurait jamais et en feraient un autre inadapté, rongé par des contradictions qui le rendraient déséquilibré sous tous rapports. Octave reconnaissait volontiers qu’il ne savait pas grand-chose de la famille lambda et des habitudes qui rythmaient sa journée, ce qui le condamnait foncièrement à reproduire le même schéma que le sien, à plus ou moindre échelle délétère. Chargé de ce postulat, il ne songeait jamais à sa paternité éventuelle, ou avec amertume, sans être capable de réellement en plaisanter car cela, finalement, allait bien au-delà de sa simple reproduction. Il reconnaissait que sa branche était pourrie. Il savait au fond que sa cause était perdue, qu’il survivait par miracle, tenant en précaire équilibre sur les béquilles qu’il s’était ficelées, mais ne souhaitait cela pour personne d’autre. Raison pour laquelle il lui était plus facile de s’imaginer en charge d’une adolescente déjà bien bâtie et pétrie de ses propres vices, plutôt qu’une femme enceinte de l’enfant innocent qu’il allait immanquablement décevoir, si ce n’était l’enraciner dans toute une tripotée de pathologies morbides. Ce rejet catégorique de la parenté lui plombait les entrailles à chaque fois, comme s’il niait l’existence d’une telle éventualité, car cela le renvoyait à l’opinion qu’il avait de soi et la réalisation que malgré tout ce qu’il voulait se faire croire, il ne s’aimait pas autant qu’il en donnait l’impression. Il était peut-être parvenu à faire la paix avec soi-même, mais cela ne voulait pas dire qu’il avait fait la paix avec le monde l’entourant, ni que ça faisait de lui quelqu’un de bien. Raison pour laquelle il fut d’abord incapable de considérer la plaisanterie acerbe de Miss Trown avec l’humour et le dédain que cela méritait, finissant simplement par confesser :

« Je ne suis pas capable de jouer ce rôle-là. »

Plus pour lui-même d’ailleurs que pour quiconque, cet aveu d’incompétence faisant raisonner en lui une multitude de manquements qu’il se sentait incapable de combler. Il l’avait soufflé lorsque sa prétendue fiancée était montée sur la pointe des pieds pour lui effleurer la joue de sa bouche ourlée, ne sachant pas si elle l’avait entendu. Et de toute façon, ca n’avait pas une très grande importance, car il parvint à muer les engelures de son visage en contrariété matrimoniale, esquissant un sourire un peu navré face aux bêtises que lui racontait en anglais sa future femme. A vrai dire, on le bousculait ainsi souvent par hasard, sans en avoir conscience et sans le remarquer la plupart du temps. Alors il avait pris l’habitude de considérer ces soudains plongeons aveugles dans sa fragilité comme des hasards qui ne méritait pas que l’on s’y attarde. Au moins, la jeune fille s’était-elle ravisée, passant de la bouche prête à se soûler vers une abstinence mesurée. Il avait ça de moins sur la conscience. Quand bien même quelqu’un avait remarqué son changement de ton ou ses murmures, toute l’attention fut vivement éprise par le bras de sa jeune épouse.

- C’est une phrase : All that you have is your soul. C’est une sorte de rappel, un aide-mémoire...

Octave traduisit le propos comme il le pouvait, sachant déjà que le groupuscule y trouverait un aspect biblique appréciable, qui lui éviterait d’autres explications, le tatouage parlant pour soi. Car pour rajouter une couche de paradoxe à ce pays, les russes, même ceux dotés de magie, demeuraient excessivement spirituels. Ou comme Octave aimait à plaisanter : ils étaient très pratiquants, sans croire en rien. Malgré ça, ils aimaient le symbolisme religieux et les manifestations platoniques. Et effectivement, il entendit Van pousser un « oh » compréhensif et satisfait. Alekseï fit un discret signe de croix orthodoxe sur sa poitrine avant de baiser son pouce du bout des lèvres. A tous les coups, il avait la petite croix sur la poitrine. Octave se recula, laissant les russes observer encore un dernier instant le bras de Heather, se pâmant sur son sens, qu’ils soupçonnaient réfléchi et symbolique.

« Profonde, ta copine.
- Très. » Commenta moqueusement Octave, sans savoir exactement s’il s’agissait d’un sous-entendu quelconque, et ils échangèrent un énième gloussement chargé en testostérone.
« Tu vois, j’t’ai dit que l’Seigneur il tatoue pas des filles dans l’genre.
- Ca veut dire quoi, « des filles dans l’genre » ? »

Et tandis que Van et Alekseï se mirent à discourir sur les qualités de Miss Trown, Octave eut un regard perçant à son égard. Pour recouvrir une cicatrice, hein ? On n’apprenait pas au singe à faire la grimace et il reconnut immédiatement la langue de bois, d’autant que la jeune fille ne répondait à sa question qu’à moitié. Il souleva un sourcil, faisant mine d’écouter la discussion des deux gaillards, qui palabraient maintenant sur les Mangemorts qu’ils avaient vu dans la région, et s’il y avait eu des femmes ou des enfants parmi eux. Son esprit s’attarda sur l’once de sincérité qu’il avait repérée : un rappel, un aide-mémoire. Il était certain qu’il ne s’agissait pas d’une évocation religieuse ; une manière de s’évader d’une souffrance physique ? Le corps peut mourir, tant qu’il y a l’âme ? Peut-être un jugement moralisateur, sur le fait que justement, tout ce qui restait à l’être humain, c’était ses principes, sa bonté de cœur, et ce genre de mièvreries ? Toutefois, ces deux explications étant radicalement opposées dans leur interprétation conceptuelle, Octave laissa la question en suspens.

« Tu vois que ce n’est pas une Mangemort, c’est juste une citation sentimentale. » Poursuivit-il finalement à l’attention de Van, qui relâcha enfin le bras de la jeune femme, ne comprenant de toute façon pas l’écriture dans laquelle était faite la citation en question.
« Montre tes poignets alors, si ca s’trouve, c’est toi le Mangemort ! »

C’était justement pour ce genre de situation qu’Octave refusait d’appartenir à une quelconque organisation. C’était diablement compromettant dans un univers qui fonctionnait sur un mélange sordide entre la confiance aveugle et la suspicion outrancière. Mais ce qu’ils appréciaient, c’était la loyauté. Le bibliothécaire s’était retourné vers Alekseï, prêt à faire démonstration de ses bras virginaux, lorsque sa jeune épouse le percuta dans un air de déjà-vu. Retrouvant l’équilibre, il tourna vivement la tête pour constater la coupable, rassuré que ce ne fut pas une tentative de le neutraliser, déjà prêt à plaisanter. Cependant, dans la foulée, il sentit presque au ralentit son couteau se décrocher sur une sangle lâche, le fourreau se renverser sous lui-même et l’élan prodigué par la maladresse de Miss Trown, avant de basculer. Le bruit métallique raisonna comme un gong, taisant par sa vibration la légère agitation conviviale qui était finalement parvenue à se créer. Tout le monde s’était figé, attendant une explication formelle sur la présence d’un tel élément entre les mains d'un homme qu’ils avaient cru sans défense. Avant qu’il ne puisse trouver l’équilibre égal entre mensonge et vérité, Barras se leva, attirant cette fois tous les regards vers lui et sa chaise au sol.

- Mais qu’est-ce que tu fous avec ça ?

La surprise de l’étudiante ne lui échappant pas, Octave s’avança pour concentrer l’attention sur lui plutôt que sur Heather, la cachant à moitié dans son dos. Mais au lieu d’adopter une posture protectrice entre sa fiancée et l’autre Bouriate, il s’avança simplement pour récupérer son arme blanche au sol, l’air de rien, avec une gestuelle suffisamment déliée pour ne manifester aucune gêne, ni embarras.

« Comment ça, qu’est-ce que je fous avec ça ? » Répondit-il en se redressant, tenant précautionneusement la lame entre ses doigts. « Tu me demandes ça alors que vous refusez de sortir en dehors du village pendant la nuit ? » Il posa le couteau sur la table, à côté des autres assiettes et couverts, sachant parfaitement que remettre l’arme dans son fourreau ne serait pas une bonne idée, dans la mesure où tout le monde était maintenant au courant de sa supériorité matérielle, ce qui ne manquerait pas de jeter une couche de tension inutile. Chose qu’Octave voulait éviter, abandonnant l’unique ressource qu’il lui restait à la vue de tous. Négligemment, il haussa des épaules, contemplant sa possession avant de diriger son regard vers Barras pour voir s’il était parvenu à le convaincre. Il ne sut cependant pas dire si le Bouriate s’était contenté de cette explication, ou si son air timoré était l’expression naturelle de son visage ravagé par la vérole. Pour s’en assurer, il rajouta une couche, adoptant un ton qui ne cherchait pas à se justifier, se faisant même réticent, comme s’il regrettait son choix, reconnaissant un trop grand zèle :

« Je me suis dit que ça pouvait être utile, justement dans le cas où je me retrouverai sans baguette ou… je sais pas. »
Ce fut Alekseï qui renchérit en premier, voyant le manche du couteau :
« T’as fait l’armée ?
- Non ! Dieu m’en garde.
- Tu l’as choppé où alors, ce couteau de combat ?
- Ben, sur la Place Rouge, à Moscou. Ils en vendent entre les t-shirt à la gloire de Staline, les bouteilles de vodka et les matriochka. »

Ils parurent satisfaits de sa réponse, la question étant clairement un piège. Un piège inconscient d’ailleurs, la mauvaise réponse ne pouvant être qu’un malencontreux pressentiment, plutôt que des propos concrets. Eux aussi, étaient comme la plupart, essayant de pointer du doigt dans le ciel en espérant atteindre le paradis, sans le reconnaitre lorsqu’ils le touchaient néanmoins. Sachant qu’il était essentiel de vite changer le sujet, Octave se retourna vers sa concubine d’infortune, l’air attendri face à une Miss Trown tassée sur elle-même. Sur le moment, il avait emmagasiné envers elle assez d’agacement pour se répandre en une nouvelle salve sarcastique, la mitraillant comme un allemand sur la frontière polonaise en quarante-cinq, mais se ravisa. Il ne manquait plus qu’il se mette à lui foutre la pression, alors qu’elle se comportait déjà comme un chat maltraité en permanence. A la place, il esquissa un sourire velouté du bout des lèvres, imitant  la parfaite dévotion, tandis que l’une de ses mains remontait très doucement vers le visage de la jeune femme. D’une phalange unique, il caressa le duvet de la joue féminine comme s’il touchait l’aile d’un papillon, avec douceur et délicatesse.

« Pauvre moineau, elle s’est faite peur toute seule. » susurra-t-il en russe, entendant la réaction attendue dans son dos, à savoir une tripotée de rires de ventre. Malgré cela, sa complaisance fut dénuée de toute moquerie, son sourire s’accentuant en légères fossettes tavelant son visage. Pour ne pas que Heather reste à la traine, il commenta sa tendresse en anglais. Il avait tendance à la moquerie facile, lui qui était habitué à tant, oubliant presque que, si lui brassait l’eau avec la tranquillité d’un poisson, l’étudiante y gesticulait comme une noyée. Et plutôt que d’accabler la Trown, il préféra en rire lui aussi : « Décidément, tu me désarmes… » Dit-il, le regard pétillant.


«  Avec un couteau pareil et des manches aussi longues, c’est peut-être toi le Mangemort, mh ? »
Pour la deuxième fois, ce fut Barras qui l’apostropha. Mais avant que le concerné n’ait pu répondre, spécifiant ainsi que c’était une question rhétorique, mais surtout que sa méfiance n’en était pas moins endormie, le Bouriate enchaina :
« Pourquoi t’es venu avec ta copine alors ? Qu’est-ce que tu cherches ?
- Des cendres de dragon. On veut les compresser pour en faire un diamant et…
- Pourquoi ici ? Y’a pas de dragons ici.
- On m’a dit que je pouvais trouver des cendres chez un apothicaire… spécial. Il habiterait dans les montagnes, mais je ne sais pas exactement où.
- Quel apothicaire ? Y’en a plusieurs.
- Dimitrov.
- Dimitrov est mort. »

Barras lui décocha son regard en flèche, arc tendu en direction du bibliothécaire dont il sondait la sincérité, après qu’il eut soutenu son libouret de questions. Octave avait pris soin à ne pas répondre trop vite, mais sans réfléchir à outrance non plus. Il ne le déçut d'ailleurs pas, ses sourcils se soulevant dans la surprise comme il le fallait, ne soutenant l’émotion qu’une seconde emplie de spontanéité. Puis il eut l’air dépité, ne sachant pas comment réagir, bredouillant quelque chose du bout des lèvres. Merlin, mort ? Mais quelle horreur, comme je vais dire ça a ma fiancée ? Comme s’il n’était pas au courant tiens… Poussant le bouchon encore plus loin, Barras précisa l’inutile à priori, creusant le piège :

« Des gars disent qu’il est mort de la main d’un Mangemort. Rogue. Tu le connais, ce Rogue ? » Demanda-t-il a Octave et, sans attendre de réponse, car il avait compris le point faible potentiel dans cette histoire, il tourna sa tête vers Heather, se saisissant du couteau que le bibliothécaire avait laissé à table pour le soupeser. Consciencieusement, il articula dans un anglais approximatif, qui montrait ses limites dans cette langue tant dans l’expression que la compréhension, sa menace voilée : « Hezer… do you know Severus Rogue ? »

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Jeu 14 Sep 2017 - 2:37

Depuis leur arrivée, les répliques de son prétendu mari avaient été remplies de sarcasme dissimulé sous un ton tendre, de sous-entendus sur son caractère et ses habitudes. Malgré leur situation précaire, le bibliothécaire semblait s'en prendre à coeur joie, profitant de l'incompréhension de l'anglais par leurs hôtes russes pour glisser des phrases contrastant sans fin avec le timbre de sa voix qui se voulait charmant. Chaque petit surnom rempli de fausse douceur qu'il ajoutait ici et là ne rendait que les paroles de l'homme plus agaçantes, venant chercher la jeune fille dans son plus profond intérieur. Les rires grossiers des autres mâles ne rendaient que leur aventure plus irritante aux yeux de Heather, ayant vite réalisé que la plupart des ricanements suivaient généralement une réplique en russe de son fiancé, probablement à ses dépens, si les coups d'oeil qu'on lui lançaient était un indicateur un tant soit peu fiable. Malgré le peu de temps qui s'était écoulé depuis leur accueil au sein de l’isba, la serpentard avait déjà subi plusieurs gestes irrespectueux, démonstration évidente du manque de classe de leurs hôtes, et le tout accompagné par une inaction incontestable de l'homme qui devait prétendre l'aimer. Ce dernier préférant jouer sur ses nerfs que de l'aider à se sortir de ce puzzle qui préoccupait son cerveau à temps plein. Après tout, prétendre d’être amoureuse était déjà un énorme défi pour la jeune Trown, mais cela devenait une toute autre mission lorsqu'on y ajoutait des répliques teintées d'ironie, mais énoncées avec le plus beau des sourires. Heather n'était pas une fille patiente, au contraire, réagissant normalement aussi rapidement que l'éclair lorsque attaquée, préférant être en position de force que de faiblesse. Malgré ce côté d'elle, la vipère s'était tut, préférant garder la bouche fermée que de causer une erreur qui complexifierait leur nuit déjà plus qu'elle ne l'était déjà. Ce fut probablement l’accumulation de tous ses faits ou tout simplement son caractère froid et direct qui l'emmena à jouer le même jeu que l'homme, le peu de patience qui lui restait s'étant évaporé, oubliant volontairement de garder le silence, celui-ci étant beaucoup plus sage considérant le contexte. La couleuvre avait décidé de joindre l'utile, en offrant une excuse parfaite sur l’absence d'alcool dans son système, à l'agréable, en lançant une réplique qui, à son tour, coulait de sarcasme. Inspirée par le bibliothécaire, elle avait accompagné ses dires d'un sourire charmant et d'un léger baiser sur la joue, s'assurant de masquer la réalité de ses mots par des actions contradictoires.

- Je ne suis pas capable de jouer ce rôle-là.

Ce fut peut-être sa trop grande concentration en sa comédie, ou encore la tendance apparente de son futur mari à ne jamais rien dévoiler, qui fit que la vipère se demanda pendant l'instant d'un moment si elle avait rêvé les paroles qu'elles venaient d'entendre. Celles-ci avaient été simplement chuchotées, mais elles aurait pu être hurlées que cela n'aurait fait aucune différence tant la véracité des mots était d'une sincérité ahurissante. Elle s'était retenue de peine et de misère à lancer un regard furtif vers l'homme en question, ne sachant pas si cela avait été dans les intentions de ce dernier de mentionner ce fait à voix haute, ayant compris rapidement qu'il faisait référence au rôle d’un père qu'une fiancée enceinte aurait emmené. Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés entourés d’inconnus, le bibliothécaire avait adopté un ton neutre, sans fausse tendresse ou sarcasme dissimulé, un ton tout simplement normal qui jurait avec le comportement qu'il démontrait depuis la création de leur subterfuge. Heather avait retourné la phrase plusieurs fois dans sa tête, d'un sens comme de l’autre, décortiquant chaque mot dans une tentative d'y trouver la signification réelle qu'il avait voulu en faire. Était-ce une référence à un amour passé qui s'était mal fini, le privant ainsi de tout espoir futur qu'un petit être serait mis au monde portant ses yeux et sa belle chevelure ? Ou encore pire, avait-il déjà été en compagnie d'une femme portant son enfant et celui-ci, suite à des conséquences dramatiques qui seraient survenues, n'aurait jamais vu le jour, brisant le coeur du futur papa de façon définitive ? Une dernière théorie s'était aussi présentée à l'esprit de la jeune fille, mais celle-ci avait refusé d’y porter trop attention, n'ayant pas le courage de s'aventurer dans cette possibilité qui lui aurait rappelé beaucoup trop elle-même. Après tout, elle savait de source sûre que certaines personnes étaient tout simplement prédestinées à être de mauvais parents, à offrir le mauvais exemple sur de multitudes de facettes, n’ayant aucune idée de la différence entre ce qui était bien et ce qui était mal, ou que pour ces personnes, l’amour pour un enfant ne venait tout simplement pas naturellement pour eux. Heather savait qu’elle était l’exemple parfait d’une enfance ratée, résultante directe d’un parent incompétent et sans valeur morale qui avait créé la jeune fille qu’elle était aujourd’hui, soit une femme froide, cynique et méfiante. Mais surtout, un enfant blessé et meurtri qui regardait la vie négativement, empreinte permanente qu’elle n’arriverait jamais à retirer d’elle-même. Au final, la vipère était au courant qu’elle ne saurait jamais la réelle raison, mais cela ne l'avait pas empêché de retirer la main déposée sur le dessus son ventre, laissant celle-ci se glisser doucement à ses côtés.

La suite des événements avait été un chamboulement rocambolesque de péripéties. Les russes ayant tout d'abord cru que la vipère faisait partie des mangemorts, une théorie hautement ridicule et sans fondement réel, pour ensuite, exposer des gestes religieux à n’en plus finir suite à l’explication de son futur mari sur le tatouage qui couvrait une minime partie de son avant-bras. Pendant un instant, la couleuvre s’était demandée si les hommes, devenus soudainement l’exemple même de la spiritualité, allaient lui verser de l’eau bénite au visage, dans un remerciement additionnel au ciel. Mais le comble des rebondissements avait été sans aucun doute l'apparition de l’arme blanche dissimulée de son prétendu fiancé, causant toute une réaction de la part de leurs hôtes qui s’étaient alarmés à la vue du couteau de chasse étendu au sol. La vue de la jeune fille fut rapidement obstruée par le dos d’Octave qui s’était glissé entre elle et l’arme, attirant efficacement toute l’attention sur lui-même, s’avançant d’un air sûr, mais non menaçant, vers l’objet coupable d’autant de réactions. Aux yeux de la jeune Trown, son compagnon semblait en contrôle de la situation, son langage non verbal étant la définition même du calme et de l’assurance. Ce dernier était justement absorbé dans une discussion rapide avec l’homme aux tendances quelque peu perverses, répondant facilement aux questions incompréhensibles. Profitant du silence qui venait de se déposer sur la foule, le prétendu futur mari se tourna vers la demoiselle, s’approchant d’elle tel un chat ayant aperçu une souris trottinant non loin, un sourire s’étirant sur ses lèvres qui angoissa quelque peu Heather, s’inquiétant de ce qu’il pourrait bien lui sortir ce coup-ci. Un doigt fin frôla sa joue, un geste tendre et indulgent qui fit frissonner la jeune fille en réponse. Le bibliothécaire chuchota ensuite une phrase en russe, brisant le silence qui s’était déposé, des rires gutturaux explosant, tandis que la jeune fille sentit la frustration montée en elle, sachant sans avoir besoin de comprendre qu’elle était une fois de plus la source de leur rictus. Le sourire de son compagnon forcé s’étira un peu plus, alors qu’il prononçait, cette fois-ci, des paroles en anglais, seule langue que la vipère comprenait.

- Pauvre moineau, elle s’est faite peur toute seule.

Bien au fait que son visage était masqué par celui de l’homme, Heather leva les yeux au plafond, signe précurseur de l’irritation qui montait en elle. Après cette excursion au froid, la couleuvre était certaine que si une personne osait utiliser le mot moineau pour la décrire, elle ne serait pas responsable des gestes qu’elle poserait en réfutation. Remarquant le regard pétillant, Heather comprit qu’elle n’était toujours pas sortie du bois et attendit la prochaine réplique, celle-ci ne tardant pas à sortir des lèvres de son interlocuteur.

- Décidément, tu me désarmes…

Malgré son mécontentement, la jeune Trown ne pu empêcher le petit sourire en coin qui s’étira sur son visage, bien qu’elle tenta de le masquer sans succès, pinçant légèrement les lèvres dans sa tentative, le jeu de mot l’ayant joliment prise par surprise. Elle s’étonna de nouveau de la facilité à laquelle le professeur pouvait passer de la moquerie à la gentillesse, seule constante dans son comportement depuis leur première rencontre au château. La voix de l’un des russes brisa le sourire de la vipère, reconnaissant facilement ce ton et le côté négatif de celui-ci, la méfiance étant palpante au sein de l’homme revêche. Le visage de l'interrogateur improvisé ne semblait pas migrer vers un air de confiance, malgré l'échange entre les deux individus, le ton du bibliothécaire toujours aussi calme, comme si rien d'extraordinaire n'était survenu dans les dernières minutes. Se fiant à son instinct, la vipère remis en place un visage illisible, retirant impeccablement toute trace d’émotions futiles, suivant aux meilleures de ses capacités le jeu qu’Octave scénarisait au fur et à mesure du déroulement des événements qui n’en finissaient plus de s'enchaîner. Heather suivit du regard l’échange, regardant à tour de rôle l'individu qui prenait la parole, lorsqu’un nom familier résonna dans la pièce. Avait-il bien dit Rogue ? Le russe hargneux attrapa ensuite le couteau oublié, pointant celui-ci vers les deux anglais, son visage tourné vers la jeune fille qui se tendit à la vue de l’arme blanche.

- Hezer… do you know Severus Rogue ?

La serpentard se força à rester calme. Elle avait deviné depuis son arrivée que le subterfuge de leur identité avait été formé pour une bonne raison, bien que cette dernière restait une énigme, une pièce additionnelle s’ajoutant au puzzle qu’était l’expédition planifiée du bibliothécaire. Heather quitta des yeux l’arme, plongeant son regard dans celui du russe, son visage adoptant une air de questionnement convaincant, celui-ci étant authentique dans sa nature. Après tout, bien qu’elle connaissait évidemment ce nom et la personne le portant, celui-ci ayant été le directeur de sa maison pendant six ans avant de devenir le directeur de Poudlard, la serpentard se questionnait sur la raison pour laquelle son nom ressortait ici, au milieu de nulle part, dans un petit village agriculteur de la grande Russie. Plusieurs idées assaillirent son esprit : Est-ce que le directeur de l’école était lié au voyagement du bibliothécaire dans ce pays froid ? Était-ce une possibilité que son compagnon forcé soit un mangemort ? Ou non vraisemblement, est-ce que tout ceci était une simple coïncidence des plus farfelus ? La serpentard retient l’envie prodigieux de lancer un regard à Octave, sachant que cela ne compliquerait que la situation. Le retour de l’arme blanche n’était pas un revirement de situation qu’elle avait envisagé, se demandant si l’homme pointait celle-ci afin de soustraire la vérité de la demoiselle ou parce que le nom de Severus Rogue était associé aux mangemorts. Gardant l'expression remplie d'interrogations sur son visage, Heather répondit finalement au possible assaillant, ajoutant une touche d’étonnement à son timbre de voix et secouant la tête en même temps :

- Non… jamais entendu parler.

Animée par son instinct, elle s’approcha doucement de son faux fiancé, enroulant un bras autour du sien et leva un regard curieux vers son visage, l’exemple même de l’innocence, laissant une pointe de frayeur transparaître dans ses mouvements.

- Mon amour, tu le connais toi ce…

La vipère hésita, fronçant légèrement les sourcils, signe qu’elle cherchait un mot particulièrement difficile à ce souvenir, avant de terminer sa phrase d'un ton incertain :

- … Serevus Road ?

Du coin de l’oeil, la serpentard remarqua l’homme armé baisser de quelques centimètres l’arme vers le sol, ne quittant jamais du regard les deux tourtereaux, un doute commençant à s’afficher sur son visage disgracieux. Les deux autres russes, qui étaient restés silencieux jusqu’à présent, s’étaient exclamés de rire, reconnaissant la destruction du nom du mangemort comme étant une preuve infaillible que la petite demoiselle ne connaissait pas le prétendu meurtrier, se moquant par le fait même de la vipère et son incapacité à se souvenir d’un nom qui venait à peine de lui être prononcé. L'homme qui les avait accueilli donna une frappe amicale, mais robuste, sur l'épaule de l’assiégeant, un deuxième rire se formant dans le creux de sa gorge.

- Tu vois bien qu'ils sont inoffensifs. Enlève-nous ça de devant la figure, dit-il en russe, faisant un geste approximatif de sa grosse main en direction du couteau que l'assaillant tenait toujours d'une poigne ferme.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Sam 16 Sep 2017 - 0:19

Bon franchement, c’était bien joué. Ca lui brisait le cœur d’avouer ça, mais le Bouriate en bout de table avait tout compris et la mauvaise mine qu’il affichait n’était qu’à l’égale de sa méfiance. Après avoir apprécié l’astuce de leur agresseur, Octave fut dans l’immédiat accaparé par le problème que ce type de diablerie pouvait leur poser. Sans sa participation, qui plus est, car la question avait été posée expressément à Miss Trown, et ce dans une langue qu’elle pouvait comprendre. Bien avant qu’elle ne se décide à ouvrir la bouche, il songeait déjà aux différentes façons de contrer les conséquences. Parce qu’il était certain que quoi qu’elle puisse lui répondre, le contenu ne satisferait en rien le Bouriate. C’était l’une de ces question piège qui étaient formulées avec tant de mauvaise foi qu’on ne pouvait que faillir. La question était maintenant de savoir quelle était l’option la moins périlleuse. Mais sa pauvre futur épouse avait déjà du mal à contenir sa colère, alors ne parlons pas d’un mensonge structuré et mise en scène de sorte à convaincre un éternel méfiant et non un adulte vaguement irrité. La situation présentait une kyrielle de divagations les uns plus vicieux que les autres. D’abord, Rogue. Pourquoi Rogue ? Soit Barras guettait une quelconque réaction, suivi d’un mensonge bien entendu, mais qui serait suffisante pour qu’il puisse distinguer ledit mensonge. Car si les deux intrus n’étaient pas là pour leur histoire de dragon, mais précisément pour l’affaire de Dimitrov, l’évocation de ce nom devait probablement produire un quelconque tressaillement de paupière. Dans cette immense étendue déserte qu’était la Sibérie, personne ne venait par hasard, et les évènements du microcosme avaient leur lien particulier, immanquablement. Soit, Barras s’attendait à ce que, en tant que britannique, la jeune femme devait absolument connaitre ce nom, passablement popularisé depuis son ascension professionnelle pour le moins dramatique, puisque très shakespearienne. Assassin de Dumbledore, rien que ça ! Et même dans le premier cas, si Severus Rogue ne disait rien à Heather en tant que visiteur assidu de la profonde Russie ou potentiel meurtrier d’un certain apothicaire, elle devait au moins le connaître en tant que Directeur de Poudlard, non ? Elle était bien jeune après tout… Si même ici, à Ulyu on était au courant de ça… Enfin, il y avait prescription avec un membre de la confrérie dans les rangs de l’isba.

En attendant, le bibliothécaire aborda le visage bien connu et pourtant si peu utilisé du désarmement démuni. Avec anticipation néanmoins, il se tourna vers sa « Hezer », découvrant avec soulagement qu’elle offrait un étonnement convaincant, égal au sien. Ils étaient donc là, deux explorateurs pris au dépourvu par… Par quoi d’ailleurs, Miss Trown ? Son engrenage aussi, avait dû se mettre en route en même temps que le sien, le silence latent s’expliquant non pas par la question, mais par la présence du couteau dans la main de l’officier de la Stasi.

- Non… jamais entendu parler.

Octave crut entendre l’écho d’un cri quelque part. Probablement que son entendement était en train de mourir à l’arrière de son crâne en exhalant son dernier souffle de vie. Et puis pour le coup, ce n’était même pas la peine de rattraper quoi que ce soit, parce qu’à part pour le Grecque, et quelques autres exceptions très rares dans des langues inconnues, on spécifiait la négation par à peu près le même assemblage de lettres. Malgré la liquéfaction de ses organes internes, Octave sut parfaitement jouer le type que cette réponse n’étonnait pas pour un poil. Parce que sa dulcinée ne savait pas lire en fait, donc elle ne pouvait pas consulter les journaux, donc elle n’était au courant de rien. Et de toute façon c’était une gourgandine, hein. Qu’est-ce qu’on peut attendre de la part de gourgandines, qu’elles soient au courant du génocide rwandais ? Non, bon. Lui donner le bénéfice du doute ? Peut-être qu’ils ne connaissaient pas tous Severus Rogue, là-bas, en Grande-Bretagne, qui sait. Pour le coup, Octave eut un peu du mal à juger ce rebondissement, qui fit lever un sourcil dubitatif même à Barras. Bah, ces filles, trop occupées à faire chauffer le compte Gringotts de leurs futurs époux plutôt que de s’intéresser  à la politique ou aux affaires internes du pays, hein… Et puisque Miss Trown était prédestinée au métier de peintre, elle en remit une couche en enlaçant le bras de son Lancelot :

- Mon amour, tu le connais toi ce… Severus Road ?

Dites donc, qu’est-ce qu’elle imitait bien la vacuité cérébrale, cette petite. Octave laissa son bras pétrifié là où il était, branche morte sur laquelle s’enroulait son petit serpent, et la regarda d’un air un peu navré. L’avantage dans tout ça, c’est que la seule personne qui était véritablement au courant de quoi que ce soit, c’était Octave lui-même. Alors, s’ils décidaient de torturer la petite Heather pour qu’elle leur dévoile ses mystères, elle n’aurait rien à leur raconter de concluant. Ou pas suffisamment en tout cas. Donc sur le sujet, elle pouvait jouer l’ingénue autant qu’elle le désirait que ça ne choquerait personne, car la vérité n’était pas très éloignée du mensonge qu’elle tisserait. A juste titre exaspéré, il soupira légèrement avant de contempler sa jeune épouse du haute de ses paupières mi-closes :

« Severus Road, non, mais tu devrais connaitre un certain Severus Rogue, c’est quand même l’assassin de Dumbledore. Je pesais que t’étais plus alerte que ça quand je t’ai fait ma demande en mariage. » Après quoi il releva ses yeux fatigués vers Barras et commenta en russe d’un ton délié : « Elle dit que non, mais tu aurais peut-être dû préciser ‘’directeur de Poudlard’’, ou spécifier l’une de ses autres fonctions qui ont participé à sa… gloire. Tout le monde le connait d’une façon ou d’une autre, non ? Quand bien même il ait assassiné ce Dimitrov, quel rapport avec nous ? »

Il n’était pas certain que son idée tienne ses promesses, mais l’effet escompté ne tarda pas à suivre car le Bouriate sembla ne pas vouloir éclaircir davantage la lanterne du bibliothécaire à ce sujet. Il n’avait mis un pied dans cette discussion qu’avec l’intention de piéger les intrus, non pas pour raconter un ragot en long et en large à ceux qui n’en savaient rien. En guise de défi supplémentaire, Octave releva la tête, rouvrit ses paupières et fit briller ses yeux, mêlant franche curiosité et naïveté joviale.

« Tu vois bien qu'ils sont inoffensifs. Enlève-nous ça de devant la figure.
- C’est un truc soviétique ça. » Commenta Van, « Comme tous les Russes étaient communistes à l’époque, y croit que tous les Anglais se trimballent avec la marque des ténèbres sous l’bras. Tu ne nous as toujours pas montré tes paluches, d’ailleurs, l’ami ! »

Ce fut dit sur le ton de la plaisanterie, plus pour se moquer de Barras que par réel intérêt, bien que le refus d’Octave aurait tout de même amené une suspicion latente. Ce pourquoi, un sourire serré aux lèvres, se libérant de l’étreinte de sa douce, il remonta les manches de son pull noir jusqu’aux coudes, lentement, comme s’il leur faisait un numéro d’effeuillage, gardant un suspens inutile, mais bienvenu pour la comédie, jusqu’au bout. Finalement, dramatiquement, il retourna ses avant-bras vers le plafond, dévoilant à la vue de tous le blanc laiteux et granulé de ses mains, constellées par des cicatrices plus blanches encore, qui s’effilaient en étoiles filantes le long de sa peau. Elles descendaient jusqu’à ses poignets et remontaient plus haut que les manches retroussées de son pull. Leur histoire semblait profonde, mais la guérison bien faite ne leur laissait d’existence que de fins traits ivoiriens, parfois rosés, et qui ne bronzaient pas. Pourtant, la translucidité relative de la peau n’atteignait jamais les racines de ses cicatrices, évoquant des coups de couteau portés jusqu’à l’os.

« Tu t’es battu avec un coq ou quoi ?
- Avec un chat… » Plaisanta-il en lorgnant sa petite chatte revêche.

La tension mit un temps à retomber et, comme de la cendre après une irruption au loin, elle finit par former une couche grise sur toutes les surfaces. Quelque chose avait changé et même si Barras fut mis de côté pour son insistance, personne ne se sentait très à l’aise. Pour calmer la foule, le second Bouriate obéit au premier et abandonna le couteau sur la table là où il l’avait trouvé, non sans un froncement de sourcils laborieux. Octave prit soin à ne pas le récupérer et vint même s’assoir à côté de l’inspecteur en herbe, abandonnant son épouse pour une conversation qui l’intéressait bien plus et qu’il savait comment aborder. Il vida son verre de vodka, et se resservit, poussant un second verre plein en direction de Barras dans un geste de réconciliation. Impudent, il profita du manque d’information qu’il y avait dans la région pour placer ses propres pions là où il y avait du noir.

« La gloire de Rogue va s’agrandir, si ce que tu dis est vrai.
- De quoi tu parles ?
- Si c’est Rogue l’assassin. »
Là, le Bouriate parut vraiment intéressé.
« En quoi la mort de Dimitrov va le rendre célèbre ?
- Célèbre est peut-être un grand mot, mais ça va faciliter la vie à certaines personnes. » Devant l’air intrigué, mais franchement ignorant de son interlocuteur, Octave prit une pause pour se racler la gorge et continua sur le ton de la confidence : « Je suis passé par la capitale avant, c’est là que des gars m’ont conseillé de venir ici. On a un peu discuté et y parait que le vieux gênait certains autres revendeurs au black, si tu vois ce que je veux dire.
- Ouais, ouais. J’savais pas. Et ?
- Bah, des gens auraient préféré qu’il crève, tu vois. Je ne fais que colporter, je suis pas trop au courant. Y parait même que certains auraient proposé de l’argent pour nettoyer le territoire, tu vois… Je pense que s’il le voulait, il pourrait aller revendiquer du fric un peu partout. Rogue, je veux dire, tu vois. »

Ah, l’odeur du fric. S’il y avait bien quelque chose dans ce pays qui était irrécupérable, c’était à quel point les racines de la corruption s’étaient profondément enfoncées dans la conscience collective. Et plus spécifiquement, l’argent facile. Concept très soviétique encore une fois, pour ne pas dire communiste tout court. Octave vit l’œil de Barras briller avec l’avidité de la gourmandise malsaine. Et avant qu’il n’ait pu jubiler intérieurement de son entourloupe, le gaillard commença déjà à rétrograder stratégiquement.

« Non, mais j’ai dit Rogue, mais c’était pas lui. C’est une autre histoire, ‘fin en tout cas tu disais qu’y a des gens intéressés par la mort de Dimitrov ? »

Et tandis que Barras brassait ses explications désordonnées dans une tentative de ne surtout pas paraître trop intéressé et pécunier, Octave fit gentiment le travail à sa place d’un air désintéressé, soucieux de rendre service à ceux qui acceptaient de le loger :

« Ouais, bah j’ai ramené le couteau pour ça aussi. Mais si tu veux, je demanderai des précisions, je suis pas sûr pour l’histoire du fric, ce ne sont que des rumeurs.
- Ouais, ouais, je m’en doute… ‘fin…
- Tu connaitrais pas un autre apothicaire dans l’coin ? Ma minette veut sa bague. Quoi que, elle veut peut-être autre chose maintenant, elle change d’avis toutes les cinq minutes. Vu comme il fait froid ici, elle va p’tet vouloir des cendres de licorne pour aller dans un endroit où il fait plus chaud. »

Enfin ! Barras lâcha un petit rire maladroit, brisant la glace de son côté. Finissant son propos d’un air désabusé, Octave alla cueillir sa future épouse, passant un bras possessif autour de sa fine taille, et l’attirant à lui d’un geste assez brutal, n’ayant cure de ses protestations. C’était l’heure de jouer un peu de sa virilité, au lieu d’être toujours fleur bleue, rentrer dans les rangs de tous ces mâles en puissance aux membres toujours irrigués. Profitant de l’élan, il obligea l’étudiante à s’assoir sur ses genoux, la tenant fermement contre lui comme on tiendrait un chaton ne désirant pas de douceurs. Octave s’étala en plein jour, bouffonna, perla sa gorge de rires discrets, courba la nuque pour plonger son nez dans les cheveux bruns et roux de sa fiancée, humant d’un seul souffle avide et démonstratif son parfum boisé, faisant tout pour que son petit corps se déchaine contre ses cuisses. Gloussant de ce combat factice pour lui, mais sérieux pour elle, Octave sentit sur ses lèvres lestes la brûlure de ses cheveux, tandis que sous son bras, le ventre de la jeune fille se contractait sous l’effort de la protestation. Quelques gloussements lui parvinrent de l’autre bout de la table, alors que sa main ravie remontait le long de sa jambe ensoleillée pour la forcer à rester sage. Ses doigts, dont le bras entier contournait le ventre de Miss Trown, se serrèrent sur son omoplate saillante, soutenant involontairement de son avant-bras la naissance de sa poitrine pour mieux la maîtriser. Une brume d'hiver fleurissant flottait autour de la petite Trown. Ses jambes, candides et pourtant déjà bien dessinées, coulaient contre ses doigts, sur ses genoux tendus pour soutenir son poids et ses caprices. Vil, Octave s'en amusa, sans penser à mal pour autant, car plus elle était proche de lui ce soir, plus elle était en sécurité. Il tremblait d'un rire contenu du menton jusqu'aux mollets, se calmant finalement pour glisser son commentaire. Il passa sa tête sur son épaule en aile de poulet et déclara à la jument bourrue en anglais, se prêtant soi-même un instant au jeu, glissant tout de même sa part narquoise de vérité :

« Qu’est-ce que tu veux comme bague maintenant, future épouse ? Des diamants ? Des rubis ? Ou tu préfères redevenir l’étudiante que tu es, et ne plus jamais remonter sur la tour d’Astronomie en plein milieu de la nuit, hein ? Mon amour... En attendant, tu me porterais presque chance ! Je te prendrai la prochaine fois, tu es une partenaire utile, tu détournes bien les yeux. Et puis des baisers par ici, des sourires par là, peut-être que ça me plait tout ça ! On est épatants, dis ? »

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Aujourd'hui à 10:21

- Severus Road, non, mais tu devrais connaître un certain Severus Rogue, c’est quand même l’assassin de Dumbledore. Je pensais que t’étais plus alerte que ça quand je t’ai fait ma demande en mariage.

Heather avait envie de hurler.

Elle aurait dû s'en douter que n'importe quel choix quelle ferait aurait été le mauvais aux yeux du bibliothécaire, le regard que ce dernier lui lança voulant tout dire, un mélange judicieux d'exaspération et d’agacement luisant dans ses prunelles. Lorsque la question était sortie de la bouche du gros homme aigri, la serpentard s’était interrogée rapidement sur la raison pour laquelle le nom de son directeur sortait d'un villageois, lançant une pièce de monnaie imaginaire dans les airs avant de prononcer ses mots, contrôlant au mieux son visage de toute émotion qui aurait pu la trahir. La présence d’une arme pointée vers elle n’avait été qu’un incitatif supplémentaire à nier toute connaissance du mangemort, son instinct de survie lui rappelant que les russes ci-présents n’aimaient pas les associés du seigneur des ténèbres, comme son prétendu fiancé lui avait si bien mentionné un peu plus tôt, et que de s’associer à Rogue n’aurait pas été bien vu. Malgré tout, son cher mari avait trouvé un moyen d’y voir faute et de lui faire savoir d’une remarque teintée de cynisme, habitude qu’il semblait avoir adopté depuis leur arrivé au pays glacial. Et puis, au lieu de trouver une raison à son manque de savoir, elle aurait passé la dernière année à ses côtés par exemple, il préférait jouer son jeu habituel, réussissant à venir toucher le point sensible de la jeune fille et y ajoutant avec allégresse de l'huile sur un feu grandissant. Il avait un savoir faire hallucinant à mélanger le subterfuge de leur prétendu fiançaille à ses répliques insolentes tout en gardant un visage présentant des émotions contradictoires à ses paroles, et cette fois-ci n’en fit pas exception. Heather dû faire preuve d'un contrôle, qu'elle ne savait plus où elle allait chercher, un mélange de peur et de malaise probablement calmait son tempérament habituel, pour garder un visage neutre à sa réplique et éviter de rétorquer la première insulte qui se présentait à son esprit. Oh qu’elle rêvait plus que tout de voir s’effondrer le petit sourire charmant de ses lèvres et d'y voir une grimace y prendre place en échange, elle se doutait bien qu'elle ressentirait un malin plaisir à observer le changement d'émotions. Malheureusement pour elle, cela n'allait probablement pas se produire prochainement, devant se concentrer à maintenir leur comédie et prononcer des insultes tout en gardant un sourire adorable n’était pas dans ses capacités actuelles. Elle laissa donc le bras de son compagnon se séparer de la chaleur de son corps et l’observa remonter doucement ses manches, une réaction causée, elle se doutait bien, par l’échange qui se continuait en russe.

Les cicatrices qui s’affichèrent devant eux tous étaient longues et nombreuses, s’étendant de ses poignets à ses manches, la fin des marques masquée par le vêtement roulé au niveau de ses coudes. Les stigmates possédaient plusieurs teintes différentes, certaines aussi blanches que de la neige alors que d’autres semblaient être plus récentes si leur couleur rosée était un indicateur fiable. Heather sentit un certain malaise à observer ces vestiges qui témoignaient d’un passé où la violence avait dû trôner, un goût amer se déposant dans sa bouche alors que la colère s'estompait légèrement , un sentiment de déjà-vu frôlant sa mémoire. Elle savait que son corps devait s'apparenter à plusieurs endroits aux avant-bras du bibliothécaire, la jeune Trown étant elle-même la propriétaire de plusieurs cicatrices colorant sa peau blanche à divers endroits. L’homme avait-il un passé similaire au sien ? Avait-il été victime d’une injustice sans fin où l’amour inconditionnel lui avait été refusé, arrachant par le fait même une enfance qui aurait dû être innocence ? Ses pensées s’éloignèrent soudainement du moment présent, revoyant les moments précis où chaque cicatrice s’était créé sur son corps, où la blessure autant émotionnelle que physique avait été provoquée par cet homme qui hantait ses cauchemars. Elle revoyait comme si c’était hier la bouteille de gin brisée qu’il lui avait lancé à son dos retraitant dans un élan de furie inventée par son esprit embrumé par l’alcool, le verre ayant éclaté au contact et marqué sa peau à quelques endroits éparpillés. Ou encore le sort de coupure qu’il avait lancé d’un mouvement de poignet lasse comme si son père était blasé d’utiliser de nouveau ce sortilège sur elle ou comme si la blesser à répétition était devenu redondant pour lui alors que pour sa fille, chaque nouvelle blessure était aussi marquante que le tout premier coup qu’elle avait reçu lorsqu’elle était encore qu’un simple bambin.

Complètement perdue dans ses pensées sombres, la brunette ne remarqua pas que la discussion qui avait débutée entre leur attaquant et son prétendu amoureux s’était maintenant achevée, son petit monde à elle s'étant arrêté de tourner pendant quelques instants. Puis, le bibliothécaire passa un bras autours de sa taille et l’attira sur ses genoux d’un mouvement vif et brusque, entourant son petit corps de ses bras forts, réduisant considérablement la possibilité de la serpentard de bouger librement. La panique surgit en elle aussi rapidement qu’une balle sortant d’un révolver, ses yeux s’agrandirent, observant avec aisance l’hilarité générale causée par la situation qui, de son côté, était l’origine même de son malaise, ce qui la fit redoubler d’effort, se débattant plus encore. Elle pouvait sentir les mains sur ses cuisses dénudées, remontant doucement, ce qui la figea sur place aussi efficacement que le sort petrificus totalus, ses muscles se contractant sous la terreur, un frisson déplaisant remontant le long de sa colonne vertébrale. Cela ne pouvait pas arriver, c’était impossible, ce n'était qu'un rêve, un cauchemar. Puis, une tête se posa sur son épaule et elle reconnu le propriétaire de la chevelure, fermant les yeux un instant. Cela prit un peu plus de temps qu’elle oserait l’admettre que de mettre un et un ensemble et de comprendre à qui appartenait ses mains qui la tenaient fortement contre un corps chaud, restreignant ses mouvements de manière plus qu’efficace.

- Qu’est-ce que tu veux comme bague maintenant, future épouse ? Des diamants ? Des rubis ? Ou tu préfères redevenir l’étudiante que tu es, et ne plus jamais remonter sur la tour d’Astronomie en plein milieu de la nuit, hein ? Mon amour... En attendant, tu me porterais presque chance ! Je te prendrai la prochaine fois, tu es une partenaire utile, tu détournes bien les yeux. Et puis des baisers par ici, des sourires par là, peut-être que ça me plait tout ça ! On est épatants, dis ?

La jeune femme ne pu plus se retenir et d'une main qu'elle avait tant bien que mal réussi à libérer quelques instants plus tôt, elle claqua violemment la joue de l'homme, le foudroyant du regard au même moment, le son du contact déposant un silence étonné sur la salle. Mais quelle audace! Au sein du même discours, le bibliothécaire avait contredit ses propres paroles, la tentative d'être un adulte responsable et d’ainsi la convaincre de ne plus s'aventurer en dehors de son dortoir en plein nuit ayant complètement été oblitérée par son invitation implicite de renouveler leur aventure dans le futur. Mélangé à cela la force avec laquelle il l’avait restreinte et le malaise profond qui s’était créé quelques minutes plus tôt, le tout avait créé un bouillonnement dangereux qui s’était finalement exprimé par un acte de colère qu’elle n’avait pas pu empêcher de se manifester. Elle ne pouvait nier que le geste en lui-même avait été d’un soulagement impeccable, la sensation s’appariant étrangement à celle d’un éternuement qu’on avait retenu trop longtemps et qu’on expulsait finalement avec allègement. Le sourire sembla finalement s’atténuer du visage de l’homme, le contact vigoureux entre la main de la demoiselle et sa joue l’ayant probablement pris par surprise. En toute honnêteté, Heather était aussi surprise que le bibliothécaire par son geste. Bien que les tendances violentes faisaient parties intégrales d’elle-même, elle arrivait généralement bien à se contrôler, mais cette fois-ci fut l’exception, le stress de l’aventure s’étant accumulé lors des dernières heures avant de finalement débordé d’une manière très gestuelle. Puis, l’après coup la submergea et la réalisation de ce qu’elle venait de faire mélangée au contexte qui était grandement en sa défaveur la paralysa sur place, la panique faisant surface pour une deuxième fois en si peu de temps. Elle savait reconnaître une erreur de parcours lorsqu’elle en voyait une et celle-ci tombait facilement dans cette catégorie. Déjà, heurter un homme adulte avait toujours été hors limite, ceux-ci étant généralement imprévisibles et possédant une force amplement plus grande que celle de la brunette, une vérité qu’elle avait apprise d’expérience, l’unique et seule fois qu’elle avait osé répliquer violemment contre Jake, le poussant contre un mur de toutes ses forces. Il lui avait brutalement fait regretter son geste. Une terreur sans nom grandissait au sein de la jeune Trown, s’imaginent plusieurs scénarios douloureux où elle était la principale victime se jouèrent dans son esprit. Du coin de l’oeil, l’homme qui avait douté d’eux un peu plus tôt avait repris un air sceptique, oeillant le couteau qui était de retour sur la table d’un air dubitatif, ajoutant à l’affolement intérieur de la jeune fille. Elle ne voulait pas imaginer ce qui se déroulait dans l’esprit du russe et ce qu’il conclurait de la gifle qu’elle avait administrée instinctivement à son futur mari : un geste loin de représenter de l'amour entre deux individus. L'esprit de la serpentard tourna au quart de tour, tentant de trouver une solution qui pourrait remettre de l'ordre dans le bordel qu'elle venait de causer.

Plongeant ses yeux dans le regard du bibliothécaire, elle fit la seule chose qui lui vint à l’esprit, avalant quelque peu de travers sa salive. Elle plaça sa main libre dans les cheveux de l’homme, emmêlant ses doigts délicats dans les mèches fines Puis, d’un mouvement légèrement hésitant elle posa ses lèvres sur les siennes en un geste qu'elle souhaitait rempli de tendresse, laissant son corps se reposer sur celui du bibliothécaire dans un relâchement ressemblant à la confiance qu'on accordait à quelqu'un qui nous était cher. Elle ferma les yeux, se laissant emporter par le moment, essayant d'oublier la raison pour laquelle elle était en train d'embrasser l'homme dans l'espoir que ceci rendrait l'acte plus convaincant encore, le baiser apparaissant passionné, bien que ce fut un certain désespoir qui en était réellement à l'origine. Le baiser sembla durer une éternité aux yeux de la jeune fille qui mit finalement fin à celui-ci, ouvrant les yeux qu'elle avait fermés lors du rapprochement intime de leur visage et laissa son regard s'attarder sur le visage à quelques centimètres du sien, sa main toujours perdue dans les cheveux quelque peu en bataille de son compagnon. D'une voix douce, elle murmura :

- Je n'ai jamais arrêté d'être une étudiante, même si tu as décidé de me présenter comme ta fiancée… d'ailleurs la raison derrière tout ça m'échappe toujours. Elle prit une petit pause avant de souffler de nouveau : Et si tu crois pour le moindre instant que de jouer la marionnette dans ton petit jeu fait de moi une bonne partenaire, tu es peut-être plus fou que je ne le pensais, même si à la fin, je crois l'avoir bien mérité cette bague imaginaire.

Elle savait qu'après toute cette histoire elle devrait dire adieu à ses escapades nocturnes, à ses moments de solitude qu'elle chérissait tant, le risque étant beaucoup plus grand qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Bien qu'au final, cette excursion aventuresque dans le grand pays glacial qu'était la Russie n'était qu'un simple résultat de circonstances improbables, l’expédition avait rafraîchi les ardeurs de la serpentard. Cette année, plus que n'importe laquelle avant, aurait été celle où ce petit refuge qu'était la nuit saurait avéré le plus utile pour son esprit en chamaille, mais la nouvelle année avait aussi apporté son lot de désagrément. L’installation de mangemorts au château en était un de plus marquant, ce fait en lui seul aurait dû la convaincre de rester dans le confort de son dortoir, mais les habitudes qu'elle s'était créées au fil des années étaient difficile à changer, jusqu'à maintenant. Elle ne pu empêcher la déception de pointer le bout de son nez à cette réalisation, puis, plus à elle-même que pour lui, elle chuchota encore plus doucement :

- Hmm, j'imagine que l'offre de me réfugier à la bibliothèque ne tient plus…

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[9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons.

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