AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 5 Sep 2017 - 13:17

Samedi 9 Novembre 1997 – Tour d’Astronomie - Sibérie, Ulyun.


Replonger dans son ancien ouvrage avait été paradoxalement ressenti comme glisser dans un bain chaud. Octave, n’étant pas à une contradiction près, se remit à l’affaire avec la paresse d’une courtisane, doucement, sans brusquer ses humeurs, glissant une jambe après l’autre dans l’eau chaude de cette immense baignoire qu’était la Russie. Ce fut peut-être la morsure du degré négatif qui l’accueillit, mais il ne s’en sentit pas moins dans son élément. L’oisiveté pépère de la bibliothèque, entourée qu’elle fut par moult dangers en tout genre, se présentait comme une relativement agréable activité, pleine de monotonie et de drame à son échelle. Microcosme tragique de Poudlard, qu’il observait de son œil éternellement, follement taquin. Le travail que lui avait proposé Rogue fut, parmi toute cette contemplation majoritairement passive, une bouffée d’air frais. Au sens propre, comme au figuré. La brûlure de l’air sibérien avait eu une vertu vivifiante. Son plaisir, à nouveau acquis, avait quelques minces liens avec la nostalgie, qu’il ressentait envers ce pays déséquilibré de par tous ses aspects. Peut-être parce que déjà, dans sa tumultueuse enfance, il fut amené à entretenir, par l’une de ses gouvernante, un lien étroit avec la culture et les mœurs russes. Le cœur slave n’avait presque aucun mystère au sien, et malgré les contradictions qui y foisonnaient comme une mauvaise herbe, Octave avait pour ce pays une tendresse particulière. Sa quête pourtant ne commença pas là où on l’avait envoyé, mais à la capitale moscovite, qui demeurait encore le centre névralgique du crime organisé. Là-bas, il s’était savamment assuré d’une protection auprès des oligarques qui possédaient dans embranchements dans l’est, avant de s’aventurer dans la Sibérie profonde. Les rumeurs couraient vite, et la Confrérie fut rapidement mise au courant de l’arrivée d’un curieux énergumène. En tant qu’homme de confiance auprès de certains membres de la Bratva, Octave était naturellement allé les voir pour… disons, les prévenir gentiment, par bonté de cœur et au nom de son impérissable loyauté, que des affaires désordonnées se faisaient sous la coupe des steppes enneigées.

Un soir de fin d’Octobre, il avait rejoint un groupe de loups déguisés en brebis -comprenez, des criminels ayant développé des commerces honnêtes-, pour un dîner très spécial. Devant un grand maigre d’humeur insouciante, vêtu d’un frac à l’ancienne, et de deux chiens de faïence en costumes de mohair brossé, Octave avait assujetti ses lunettes –celles qui lui donnaient l’air intelligent-, fit jouer le ressort d’un coffret plat et oblong, en tira une cigarette, qu’il alluma, et suggéra qu’il avait entendu de source sûre que le désordre régnait dans le coin gelé de la Confrérie. Qu’un certain Docteur avait, avec des collègues, réussi à tuer un commerçant ayant rendu de nombreux services aux Grands de ce Monde, comme aux plus petits. Que sa position avantageuse et son savoir-faire l’avaient rendu indispensable au commerce de l’ombre, mais que ce Docteur avait ignoré les ordres donnés. Et d’ailleurs, que quelqu’un au sein de la Confrérie-même avait désobéi pour son bon plaisir. « Quelqu’un chez vous à compromis le bon fonctionnement de notre beau système » avait-il déclaré tranquillement, « Certaines personnes ne sont vraiment pas contentes de se voir privées d’un marchand de son envergure. Vous verrez d’ici peu que la disparition de cet apothicaire sibérien vous touchera vous aussi et je ne vous envie guère, si vous décidez de ne rien faire. » Voilà donc que la renommée mondiale de Dimitrov se faisait sur toutes les strates de la société. Peut-être que les Oligarques n’auraient rien remarqué en vérité, mais Octave savait qu’après en avoir fait la réflexion, tous les esprits allaient y croire sans le vouloir. Le tout était de semer les germes du doute. Et lorsqu’on lui demanda ce qu’il voulait en échange de cette information, suggérant que des traitres à la Confrérie avaient commis une grossière erreur et n’avaient toujours pas été châtiés, Octave s’étira les épaules, calant son dos contre le dossier de sa chaise. « Rien, j’irai même vous débarrasser de l’odieux gredin, selon mes conditions, cependant. » Sur ces mots, les bons russes crurent que le consultant allait souffleter le coupable ahuri en plein visage avant de le livrer aux membres de la Confrérie, ou l’abattre dans les sous-bois, calmant ainsi les ardeurs de ceux qui faisaient courir les rumeurs, ainsi que des « nombreux » qui n’étaient pas contents. Comme tous, le Crime organisé russe préférait sévir plutôt que subir, et attendre les retombées, alors qu’ils s’étaient inscrits dans l’économie du pays avec tant de succès, grand Merlin, jamais !

Ce n’était peut-être pas très honnête envers Rogue, car Octave récupérait d’une certaine façon la gloire de cette vengeance, transformant une affaire régionale en crime contre l’état. Enfin, il était certain que Rogue s’en foutait pas mal de comment le bibliothécaire était parvenu à ses fins. Pour lui, c’était de toute façon le chemin le plus court et le plus sûr pour parvenir assurer le bon déroulement de la mission. Béni et auréolé par les manitous moscovites de l’Oligarchie, Octave fit quelques descentes successives vers l’Est, rôdant autour du lac Baïkal tel une charogne, se rapprochant finalement de Lyov, le chef de la Confrérie sibérienne. La rencontre ne fut pas des plus indulgentes, mais l’Apollon anglais, dans son plus beau russe, assura le forcené personnage qu’il était pétri de discrétion, et n’avait pour but qu’une seule cible, qu’il chercherait sans faire de vagues. Après lui avoir expliqué la situation et le mécontentement général causé par le décès de Dimitrov, Octave se présenta surtout comme un agent tout à fait étranger aux circonstances qui avaient amenées le vieux et bourru marchand d’objets noirs à sa perte. Et puisque son Russe était sans fautes ni accent, et qu’il se comportait à la façon d’un compatriote au lieu d’un étranger, Lyova, après un soupir lourd et graveleux, accepta sa chasse, non sans grogner. Tant que les occidentaux n’y étaient pour rien ! Tant que c’était un ordre de la capitale… Eh oui, les Oligarques étaient peut-être à Moscou, loin de ce froid glaçant, mais leurs racines faisaient de l’ombre à toute la Russie et allaient se planter directement dans le sol de la belle Sibérie sous forme d’usines de métaux lourds, précieux, de gaz naturel… Qui plus est, dans la région, la légende de Dimitrov était belle et bien faite et Octave n’eut aucun mal à convaincre Lyov du manquement qui avait été fait envers la population sorcière mondiale par le meurtre de l’apothicaire. Ils y perdaient tous tellement ! Pas Octave personnellement, mais tant de « ils » à travers d’entières contrées n’étaient pas contents… !


Comme depuis deux week-ends déjà, Octave monta au sommet de la tour d’Astronomie aux alentours de minuit pour transplaner à l’aide d’un portoloin, qui devait le faire apparaître non loin du village Ulyun, le long de la rivière Barguzin, où un petit attroupement de sorciers faisait l’élevage d’un cousin éloigné du Rémora dans l’un des bras du fleuve. Outre le paysage magnifique, qu’Octave parcourait durant ses périples majoritairement nocturnes, la Sibérie était une véritable plaie en termes de pistage. S’il avait poursuivi un ours dans la forêt, cela aurait probablement été plus simple. Car le lac Baïkal était entouré de réserves naturelles qui n’abritaient ni routes, ni villes moldues, ce qui en faisait des endroits propices pour la dissimulation de petits villages sorciers en tout genre. Non cartographiés, bien sûr, puisque la documentation était si bien entretenue dans ce pays. Il fallait donc voyager de rumeur en rumeur et cette fois-ci, après avoir mené son investigation dans la vallée où Dimitrov avait vécu et était mort, Octave fut reconduit vers Ulyun, où des membres de la Confrérie aimaient s’arrêter, utilisant ce point comme lieu de stockage et de rendez-vous avant leurs incursions. S’il en avait appris davantage sur les meurtriers de l’apothicaire, il ne connaissait en revanche toujours pas leurs noms et on lui avait assuré que s’il voulait savoir qui avait été présent lors de l’assassinat, il devait se rendre à Ulyun.

Chose faite ! Enfin presque. Il avait sorti son improbable et lourd manteau en fourrure de vison, qui collait à merveille et passait inaperçu dans le paysage enneigé de la Sibérie, mais attirait quelques œillades curieuses en Angleterre. Un rien les intriguait, ces british. Octave avait donc passé le manteau par-dessus son bras et était discrètement monté à la tour d’Astronomie, veillant à avoir au moins cinq minutes d’avance sur l’horaire de son portoloin, qui devait le faire transplaner à vingt-trois heures trente-cinq. Préparant sa baguette, parce qu’on ne savait jamais sur quelle créature on pouvait tomber, le bibliothécaire observait tranquillement l’horizon qui se découpait, à cause de la réverbération lumineuse des nuages, en un dégradé de gris. Trop distrait par les manigances de son esprit, il n’entendit rien lorsque la lucarne du toit se souleva dans son dos pour laisser passer une récalcitrante Miss Trown. De toute façon, il serrait déjà dans sa paume le petit portoloin en forme de cuillère à café, ne se souciant guère de ce qui l’entourait, ni de ce qui le guettait. Concentré, il jeta un regard aux aiguilles à sa montre à gousset, s’assurant du bon fonctionnement du portoloin, lorsqu’une main vint se poser distinctement sur son avant-bras recourbé. Le toucher fut si franc, qu’il ne réalisa pas dans l’immédiat ce qui se produisait, ne sursautant même pas. A vrai dire, ses yeux eurent tout juste le temps de pivoter, suivant le mouvement de sa tête, qui se retournait un peu trop lentement, tandis qu’il se rendait compte que non seulement on le touchait, mais en plus on lui tombait dessus ! Le contact sur son bras se transforma en poigne, puis en poids. Son regard croisa le visage de Miss Trown, mais il n’eut pas le temps de s’esquiver ou de corriger leur chute. S’agrippant à lui, l’étudiante l’emportait avec elle. Ou plutôt, elle le poussait par son élan et Octave n’eut aucune chance pour les rééquilibrer, car dans leur plongeon vers le sol, ils transplanèrent tous deux sous la lumière bleuté du fidèle portoloin.

Leur dégringolade se termina dans la neige avant qu’aucun d’eux n’ait eu le temps de comprendre quoi que ce soit. Ils s’enfoncèrent dans une épaisse poudreuse sur une bonne quarantaine de centimètres. Quelque chose s’était accroché à sa main dans le prodigieux mouvement qui avait littéralement entremêlé leurs corps, car Octave avait très clairement senti sa baguette échapper à ses doigts déliés par la surprise, et se faire magistralement catapulter quelque part au loin. Pas besoin d’être devin, la force avec laquelle sa baguette magique s’était dérobée lui avait indiqué avec une acuité quasi certaine que son secours était maintenant très, très loin, perdu quelque part dans la neige. Tout ce remue-ménage l’avait copieusement déboussolé, et il demeura un certain temps immobile, la tête reposant dans les plis de son manteau de fourrure, recouverte d’une vague de cheveux féminins, parfumés. Il cligna des yeux plusieurs fois, les cils emmêlés dans les mèches étrangères, regardant le ciel incroyablement étoilé de la Sibérie, ne sentant pas encore le froid le transir, entre autre parce que Miss Trown le recouvrait de son propre corps. A vrai dire, il avait envie de hurler, car dans sa main, il n’y avait plus de baguette, mais l’autre tenait encore fermement la petite cuillère, portoloin maintenant inutile. La réalité le submergea enfin, alors qu’il réalisait la profonde misère de cette situation. Pourtant, ce fut un murmure qui franchit le seuil de ses lèvres :

« Твою мать... Твою же мать... Чё за хрень такая ? »
(Tvoyu mat'... Tvoyu je mat'... Cho za khren' takaya ? - Ta mère… Ta mère… C’est quoi cette m*rde ?)

Sans baguette, sans portoloin, sans rien… Ce qui était sûr, c’est qu’il avait une malencontreuse élève sur les bras et qu’il était pour le moment dans l’incapacité de la ramener en lieu sûr. Octave rabattit Miss Trown sur le côté comme une couverture, sans ménagements, et se redressa sur ses deux jambes, guidé par l’espoir fou d’apercevoir sa baguette au loin. Mais ici aussi, tout était sombre, d’un gris bleuté époustouflant, à vous en crever les yeux. Le bibliothécaire ne s’y attarda pas, plissant les paupières pour chercher une trace de sa baguette dans la neige qui faisait miroir au ciel étoilé, brillant de mille reflets argentés, comme une poignée de diamants. C’était inutile. Comme guetter quelque chose sur la mer pendant un coucher de soleil. Il ne voyait rien. Il fit quelque pas, relevant ses genoux quasiment jusqu’au nombril pour pouvoir avancer dans l’épais manteau de neige. Horrifié, il entama une ronde, cherchant méticuleusement sa baguette qu’il n’avait jamais ni perdu, ni cassé en vingt-deux ans d’existence. Le village d’Ulyn se découpait dans le relief de la forêt par quelques flammes à trois-cent bons mètres de distance. La rivière bruissait au loin, juste derrière les habitations, tandis qu’Octave se répandait en jurons crachés dans un sifflement hargneux, avançant laborieusement dans la neige, qu’il scrutait à en devenir aveugle. Ayant fait le tour et s’étant assuré qu’il ne trouvait rien, le bibliothécaire retourna à son étudiante, qu’il avait copieusement ignorée jusqu’à maintenant, et ce de manière intentionnelle. Il la toisa, plus blasé qu’en colère, avant de déclarer sur un ton désabusé :

« Bon sang, Trown…Sérieusement ? » ce qui était une question rhétorique à n’en point douter. Après un bref soupir, il reprit : « File-moi ta baguette. Je vais essayer de retrouver la mienne. Dans le pire des cas je nous ferai transplaner jusqu’à Poudlard. » Dit-il, plus pour se rassurer soi-même que la jeune fille, qu’il savait ne pas être complètement responsable de cette situation, mais quand même… Quand même, Miss Trown ! Son air d’indifférence contenue changea soudain. Ses sourcils, qui barraient son front à l’horizontale telle une barre de fer intransigeante, se froncèrent : « Mais qu’est-ce que tu foutais la haut dis-moi ?  C’est quoi ton excuse, tu m’as suivi ou quoi ? T’as pas eu assez d’emmerdes la dernière fois peut-être ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 5 Sep 2017 - 18:21

Heather connaissait tous les symptômes de l’insomnie, des mouvements continus de son corps dans l’espoir de finalement trouver la position qui lui permettrait de rejoindre les bras de Morphée aux pensées qui n’en pouvaient plus de surgir dans son esprit, en passant par le désir maladif d’enfin pouvoir s’endormir. Malgré la douleur distincte des yeux refusant de demeurer ouverts, la serpentard continua de fixer le plafond sombre de son dortoir, marquant inconsciemment dans sa mémoire chaque fissure et particularité de la pierre s’étendant au dessus d’elle. Ses pensées virevoltaient d’un sujet à l’autre, explorant à un moment les différentes plantes du cours d’herbologie qu’elle avait eu un peu plus tôt aujourd'hui et d’un autre, l’influence de l’arrivée des inspecteurs sur la vie étudiante, sans oublier plusieurs autres thèmes triviaux que son cerveau se donnait à coeur joie d’explorer à cette heure avancée de la nuit. Ses pensées semblaient se nourrir d’une source d’énergie que son corps n’avait malheureusement pas accès. La brunette avait tout essayé. Elle avait arrêté de compter le nombre de fois qu’elle s’était retournée sur elle-même, replaçant un bras ou une jambe dans une nouvelle position, espérant fébrilement que cette fois-ci serait enfin la bonne et que son corps s'abandonnerait finalement au sommeil. Elle s’était même essayé à compter les moutons, un exercice qu’elle avait toujours trouvé enfantin et ridicule, osant s’adonner à cette activité monotone qui plongeait le compteur, disait-on, dans un sommeil profond. Dans son cas à elle, rien n’y faisait et l’épuisement mêlé aux multitudes de tentatives de s’assoupir commençait à jouer sur ses nerfs, entrelaçant le désir de crier à celui de pleurer. Son corps était entremêlé dans les draps, une représentation moqueuse de son cerveau en désordre, ses cheveux étaient quant à eux en bataille, s’étant légèrement libérés il y a quelques temps déjà de la queue de cheval serrée que la jeune fille s’était mise avant de s’enfouir dans son lit pour la nuit. La jambe gauche de la vipère pendait dans le vide, laissant entrevoir un mollet découvert, son bras droit reposant mollement au dessus de sa tête. Pendant un moment, la couleuvre écouta le silence caractérisant le sommeil profond de ses consoeurs, enviant le calme que devait être leur esprit et la tranquillité de leur corps endormi, se demandant pour une énième fois encore pourquoi le repos lui était refusé. Posant une main sur sa poitrine, Heather s'attarda à écouter les battements de son coeur, espérant que le son continu émis par l’organe l’apaise enfin, mais cela eu autant d’effet que ces essais antérieurs et elle ouvrit de nouveau les yeux, foudroyant du regard le plafond. Le sentiment qu’elle n’arriverait jamais à reposer son corps en cette nuit de novembre commençait sinueusement à faire son chemin en elle, laissant un arrière goût amère à sa bouche.

La jeune fille jeta finalement un oeil en direction de l’horloge, lisant qu’il était bien passé minuit, et soupira de découragement, réalisant que cela faisait déjà plus de deux heures qu’elle tournait sur elle-même sans succès. Heureusement pour elle, le lendemain était un dimanche, mais cela n’empêcha pas la démoralisation qui monta doucement en elle à la réalisation que demain serait une journée difficile, une journée où elle observerait chaque recoin du château avec envie ; le désir de vouloir se blottir entre deux armures ou sur le bord d’une fenêtre pour y piquer un petit somme plus fort que jamais. Son corps fonctionnerait en mode automatique, tandis que son esprit se reposerait à la moindre occasion, ne donnant son opinion que lorsque nécessaire à ses agissements.

Énervée, la jeune Trown poussa finalement le matelas de ses deux mains, se relevant en position assise, une expression de résignation étendue sur son visage pâle tandis que l’espoir que les bras de Morphée l’accueille la quittait. Elle étira une main vers le rideau entourant son petit cocon et l’entrouvrit doucement, s’assurant d’éviter de faire plus de bruits qu’il en était nécessaire. Basculant ses jambes sur le rebord de son lit, elle se leva silencieusement, se dirigeant vers son armoire pour y attraper quelques morceaux de vêtements qu’elle saurait essentiels à son escapade nocturne et les enfila rapidement. Le mois de novembre s’était avéré plus froid que les années antérieures ce qui convainquit Heather d’ajouter sa cape à son ensemble ainsi que l’écharpe vert et argent qu’elle enroula sur son bras dans l’attente de l’enfiler autours de son cou. D’un geste rapide du poignet, elle retira l’élastique qui traînait dans ses cheveux et démêla les quelques noeuds de sa chevelure du bout de ses doigts agiles. Délicatement, la brunette ouvrit la porte menant à sa salle commune et fit rapidement le chemin vers la sortie, où elle rejoignit enfin les couloirs des donjons du château, s’arrêtant quelques instants pour considérer sa destination. Plusieurs options s’offraient à elle, mais ce fut finalement son endroit fétiche qui gagna la bataille imaginaire de la jeune fille et elle commença l’ascension vers la plus haute tour de l’école. Les couloirs étaient terriblement sombres, quelques chandelles illuminant ici et là le trajet, offrant une visibilité restreinte à la jeune fille. Celle-ci ne plia pas à l’envie d’utiliser sa baguette pour éclairer le chemin, préférant éviter d’attirer l’attention sur son escapade illégale qui lui causerait beaucoup d’ennui si elle se faisait surprendre en dehors de son lit à cette heure de la nuit. Ce fut donc telle une ombre que la serpentard fit le chemin jusqu’à la tour, évitant les couloirs les plus populaires, sachant que les inspecteurs esquivaient les corridors sinueux du château, ceux-ci étant beaucoup trop nombreux pour permettre une surveillance exhaustive de Poudlard.

Arrivée à l’entrée de la tour, Heather poussa doucement la porte de bois et jeta un oeil furtif à l’intérieur, remarquant rapidement que la voie était libre. Armée d’un petit sourire en coin, la serpentard accueillit la salle telle une vieille amie, se remémorant les nombreuses soirées passées à observer le ciel et les alentours du château et referma la porte derrière elle aussi doucement qu’une adolescente revenant d’une soirée, passée son couvre-feu. La vipère se dirigea vivement vers l’échelle menant au toit et commença à grimper afin d’atteindre sa destination finale, le conseil d’un certain bibliothécaire bien présent à sa mémoire sur les lieux visités par les membres du personnel lors de leur surveillance. Ce n’est que lorsqu’elle se tena complètement debout qu’elle remarqua enfin l’individu se tenant sur le bord de la toiture et agissant par réflexe, elle sortit sa baguette d’un mouvement vif, prête à toute éventualité. Retenant son souffle, Heather observa l’homme qui se tenait dos à elle, quelques mèches de cheveux s’envolant au gré des brises fraîches, lorsqu’elle reconnut finalement la personne mystérieuse comme étant le bibliothécaire de l’école. Les souvenirs de sa dernière excursion nocturne refirent surface à son esprit, se rappelant aisément la rencontre inattendue avec celui-ci. Les deux individus ne s’étaient pas adressés la parole de nouveau depuis la coïncidence, bien que la jeune fille lui avait offert un hochement de tête en guise de salutation lors de ses différentes séances d’études à la bibliothèque, ne pouvant nier complètement la soirée de leur rencontre. Tout en s’approchant silencieusement de l’homme, Heather fit finalement connaître sa présence d’un ton mélangeant moquerie et plaisanterie :

- Et bien Monsieur Holbrey, je pensais qu’on avait convenu que la tour d’astronomie n’était pas le meilleur endroit pour charmer de pauvres demoi….

La serpentard ne termina jamais sa phrase, coupée court par l’écharpe qui s’était discrètement déroulée de son bras et sur lequel elle avait malheureusement posé le pied, perdant ainsi l’équilibre qui lui permettait d'avancer. Tel un film au ralenti, Heather tomba vers l’avant, laissant échapper sa baguette, qui alla se coincer entre deux tuiles, dans l’espoir de s’accrocher à quelque chose de solide et d’ainsi arrêter sa brusque chute. Animée purement par ses réflexes, la serpentard attrapa le bras du bibliothécaire, espérant que celui-ci est la force de la retenir, voyant le bord de la toiture s’approcher avec rapidité. Elle sentit la terreur montée en elle, refusant de croire qu’elle finirait ses jours de cette façon, s’abattant au pied de la tour colossale comme l’ancien directeur de l’école. Fermant les yeux, la jeune fille se surprit à prier, elle ne savait à qui ou quoi, que sa glissade s’arrête avant que son corps commence son déclin vers le sol lorsqu’elle sentit la sensation d’un crochet se fixant au centre de son abdomen et l’emportant elle ne savait où.

L'atterrissement ne fut pas tout en douceur, malgré le corps chaud qui arrêta brusquement sa chute dans l’immensité de blanc et de froid qui, maintenant, l’entourait. Un ahurissement franc s'accapara de son esprit, camouflant pendant quelques instants la froideur qui commençait à imprégner ses vêtements courts et la peau découverte de ses cuisses frêles. Ses sens commençaient à lui revenir, enregistrant la douceur de la fourrure sur laquelle elle était présentement collée, les flocons qui tombaient doucement du ciel où brillaient des milliers d’étoiles lorsqu’elle fut poussée dans la poudre blanche sans aucune douceur ou considération, imprégnant abondamment une partie de sa jupe et de sa cape de neige. Retenant un cri suite au contact douloureux du froid, Heather se releva rapidement sur ses pieds et suivi du regard l’avancée du bibliothécaire. Le froid se faisait déjà ressentir et la jeune fille resserra sa cape autours d’elle dans l’espoir d’abriter son corps de la température glacée. Ses bas de nylon, montant jusqu’au dessus de ses genoux, avaient déjà absorbés l’eau de la neige fondante et ses cuisses commençaient déjà à rougir sous l’attaque du climat sibérien. Grelottante, la serpentard ramassa son écharpe oubliée et retira la neige qui s’y était collé d’un mouvement vif de sa main droite, entourant le bout de tissu autours de son cou dans l’espoir de protéger une autre partie de son corps de l’attaque hivernale. Obnubilée par tout la concentration mentale dont elle devait faire preuve pour éviter de crier, ne comprenant toujours pas comment elle s’était retrouvée dans un paysage hivernale ou la glace et la neige prédominaient le paysage, la vipère ne remarqua pas le retour de l’homme à ses côtés jusqu’à ce qu’il se mette à parler d’un ton exaspéré :

- Bon sang, Trown…Sérieusement ? File-moi ta baguette. Je vais essayer de retrouver la mienne. Dans le pire des cas je nous ferai transplaner jusqu’à Poudlard. Mais qu’est-ce que tu foutais la haut dis-moi ? C’est quoi ton excuse, tu m’as suivi ou quoi ? T’as pas eu assez d’emmerdes la dernière fois peut-être ?

Heather plissa les yeux, foudroyant du regard l’homme qui se tenait devant elle. Mais pour qui la prenait-elle ? Une étudiante amourachée de lui ? Relevant quelque peu le menton, la jeune fille répondit enfin, ne réalisant pas du tout qu’elle avait passé au tutoiement :

- Oh oui, je ne fais que ça te suivre. Notre rencontre m’a tellement marquée que je ne pouvais plus me retenir, je devais absolument te voir. Après tout, je n’ai aucune autre raison pour vouloir retourner à la tour, le sarcasme coulant de sa voix cristalline.

Puis, reprenant un ton plus neutre, la vipère continua sa pensée.

- Et quant à parler d’excuses, tu pourrais me donner la tienne. Qu’est-ce que tu faisais sur le haut de la tour avec un portoloin vers je ne sais trop où. Tu aurais pu te rendre à Pré-au-Lard où tu aurais été sur qu’aucun étudiant puisse s’y balader.

Terminant son petit discours, la jeune fille glissa une main rougie par le froid dans les différentes poches de son ensemble, ses mouvements devenant frantiques, réalisant que sa baguette n’y était plus. Le souvenir de sa chute lui revint à l’esprit et poussant un soupir, elle se résigna à aviser le bibliothécaire :

- Et je n’ai pas ma baguette… je l’ai échappé sur le toit de la tour en tombant.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Jeu 7 Sep 2017 - 16:11

- Oh oui, je ne fais que ça te suivre. Notre rencontre m’a tellement marquée que je ne pouvais plus me retenir, je devais absolument te voir. Après tout, je n’ai aucune autre raison pour vouloir retourner à la tour.

Elle l’avait tutoyée, la petite gourgandine. La chose lui aurait plu, si seulement ça ne puait pas la rétrogradation en marche arrière, qu’elle saupoudrait d’un outré sarcasme. Octave se figea. Il avait avec tant de mal retenu les chevaux de son agacement ! Et maintenant voilà que la demoiselle rebiquait à son tour, comme un cheveu mal coiffé. N’ayant pas encore eu le temps de réfléchir correctement, passablement échauffé, il n’apprécia guère les yeux plissés d’outrecuidance que lui présenta Miss Trown, alors qu’il les avait attendu baissés. Elle était une gêne, point barre, et elle devait se comporter comme tel ! Mais non, à ce niveau, ils en étaient au même degré tous les deux, incapables qu’ils étaient pour le moment de clairement réfléchir, concentrés sur leurs griefs respectifs. Et comme ils se sentaient être en bon droit, l’exaspération ne faisait que suinter en sarcasme d’autant plus insupportable. Octave, comme à chaque fois qu’il était sujet à un sentiment qui le dépassait, demeura de marbre, inaccessible sur son piédestal de flegme, outré par la réaction de la jeune fille, qu’il qualifiait comme profondément irrévérencieuse et hors de propos, ainsi que par ses insinuations, qui jetaient un doute sur son charme. Charme qu’il questionnait personnellement, mais que toute cette monstrueuse prise de tête obligeait à considérer avec l’orgueil de l’affront.

- Et quant à parler d’excuses, tu pourrais me donner la tienne. Qu’est-ce que tu faisais sur le haut de la tour avec un portoloin vers je ne sais trop où. Tu aurais pu te rendre à Pré-au-Lard où tu aurais été sûr qu’aucun étudiant puisse s’y balader.

Ses narines frémirent tandis qu’il plissait légèrement les yeux lui-même, pas jusqu’à la suspicion, mais on sentait dans les plis de ses paupières tendues l’explosion nucléaire qui se produisait dans son cerveau, produisant suffisamment d’énergie pour alimenter en électricité les alentours de Londres pendant au moins une nuit. C’était un Vietnam tant pour ses neurones que pour ses nerfs, mais sa voix siffla grave, pleine d’une vanité contenue et prodigieusement mesurée.

« Mes quoi ? Je ne vois pas en quoi je te dois des excuses ? Explication peut-être, justifications, non. Mais tu as perdu tout droit à des clarifications à partir du moment où tu les as exigées sous forme d’excuses. » Il se pencha sur elle comme un coquelicot, campant sur sa position. « En général, on n’ouvre pas sa gueule lorsqu’on est en tort dans des proportions supérieures, parce que je rappelle que le couvre-feu, il est pour toi. Et puis pourquoi tu râles ? Tu viens d’avouer que ton seul désir était d’être avec moi. Tu devrais être littéralement en-chan-tée qu’on soit ici que tous les deux, en plein milieu de nulle part, où il fait tellement froid que tu as une excuse toute faite pour te coller contre moi et te réchauffer. Souris, tes rêves se réalisent ! Je me demande quelle sera ta prochaine ruse ? Un peu de somnifères et je me réveillerai la bague au doigt ? Ou directement à Azkaban pour détournement de mineurs ? »

Ce disant, il se rendit compte à quel point leur situation était horriblement égale. Ce n’était la faute de personne, c’était le destin qui opérait sur leurs vies, voilà tout. Cette réalisation acheva son orgueil d’un coup de brique vindicatif. Octave détendit les épaules en se redressant sensiblement, déjà plus résigné, attendant avec ce qui lui restait de patience, qui luttait vaillamment contre son mécontentement nerveux, que Miss Trown daigne lui présenter sa baguette magique. Cette dernière fouillait entre les plis des minces vêtements qui la protégeaient tant bien que mal du froid sibérien.

- Et je n’ai pas ma baguette… je l’ai échappé sur le toit de la tour en tombant.

Il était à deux doigts de lui barbouiller le visage au napalm. C’est ce qu’on pouvait appeler un revirement car Octave s’était permis ses frivoles sarcasmes que parce qu’il était certain de pouvoir encore arranger la situation d’un coup de baguette magique, quitte à ce que ce ne soit pas la sienne. Mais là, le revirement de situation était radical, désarmant.

« C’est le comble ça quand même… »

On ne pouvait pas encore parler de désespoir, tant Octave y était peu sujet, à moins de faire face à la mort où à la désolation-même, ce qui n’était pas encore le cas pour le moment. Quoi que, même en présence imminente de la fin, aurait-il trouvé ruse habile pour tromper son propre destin, ainsi que ses sentiments, car il se persuadait souvent en se mentant. Mais présentement, ils étaient indubitablement éloignés d’une pareille tragédie, et leur aventure ressemblait davantage à un Vaudeville à l’Italienne. Pourtant, il était intimement perturbé par ce changement. Peut-être à cause de la surprise, qui refusait à s’estomper, tandis que d’autres drames venaient s’y ajouter. Il avait le sentiment d’avoir fait tomber une parure de perles, dont il ramassait maintenant chaque goutte opaline en se rendant compte petit à petit, à force de les enfiler sur leur cordon, que le collier de soucis était long. La perte de sa baguette magique, la présence de Miss Trown, sa tenue, qu’il constatait comme étant peu adaptée, le froid, qu’il commençait à sentir le glacer à travers les vêtements, et tant d’autres choses qui en découlaient et dont il n’avait pas encore pleinement conscience, l’éventail des éventualités s’ouvrant toujours avec une lenteur exagérée dans ce genre de situations… Loin de lui l’idée de sombrer dans la panique, mais les évènements étaient globalement en leur désavantage, sans parler des habitations, qui abritaient Merlin sait quoi comme immondice sans pudeur. Une adolescente ici, c’était comme une femme dans un sous-marin. Ca portait malheur dans tous les sens du terme. Pas que Octave ait quelques préjugés misogynes, cependant Miss Trown était jeune, jolie, et ne parlait pas un seul mot de Russe, ou avec un accent de rosbif, ce qui compromettait dangereusement sa légende de non-occidental, et leur sécurité en général. Les touristes, et autres Européens, se cantonnaient aux chemins bien tracés au béton, ne s’aventurant guère aussi loin.

Avec cette petite dinde dans les bras, Octave était véritablement mal barré. Sans parler qu’il perdait savamment ses affaires par la même occasion. Donc c’était définitivement de l’amertume qui le consumait présentement. Sa conscience reconnaissait que la petite Trown n’y était pour rien, dans le fond, que ce n’était pas là le fruit d’une méchanceté intentionnelle, mais éventuellement d’un peu de maladresse involontaire. Et cela frustrait et décuplait sa colère, car elle ne savait plus vers quoi se tourner pour s’émouvoir, se libérer, se condensant pesamment en un flot poétique de méchancetés inutiles, puisque destinées à la vie-même, ce qui n’avait strictement aucun intérêt. Quelle injustice sans coupable à blâmer ! Et puis toute cette outrecuidance. Octave toisa l’étudiante, mine refrognée et les bras croisés sur la poitrine. D’un coup sec, il se retourna finalement et reparti à la recherche de sa baguette, fendant la neige d’un deuxième sillon désordonné, creusé en burinant. Il chercha leur salut avec la même minutie que s’il avait été perdu dans un désert, récoltant la rosée matinale sur les pierres pour ne pas mourir de soif. Mais plus il s’engouffrait dans la neige, perçant la pénombre de ses yeux concentrés, moins il y voyait. Il finit par s’arrêter finalement en plein milieu de la plaine blanche et regarda le ciel, encore indécis sur ce qu’il allait faire de la jeune femme. Ou plutôt sur ce qu’il pouvait faire. Le village se profilait, prometteur, rappelant au bibliothécaire qu’ils n’avaient pas vraiment le choix. A part sa baguette, il n’avait rien prévu d’autre pour assurer sa survie, sauf un long couteau de combat à double tranchant, fermement ficelé à sa cuisse, ainsi qu’une épaisse liasse de roubles. Lourdement, il soupira et revint vers la jeune femme, la moue toujours aussi renfrognée, mais définitivement calmée. Ramassant son lourd manteau en fourrure de vison dans la neige, Octave recouvrit le corps tremblotant de Miss Trown, refermant soigneusement les pans de devant. Le vêtement était trop grand et lourd pour elle, mais au moins lui arrivait-il aux chevilles.

« On va… on va rejoindre les maisons là-bas » dit-il en désignant du regard le petit village de cultivateurs. « Elles appartiennent à des sorciers. L’un d’eux nous aidera bien à retrouver ma baguette. On est en Russie, alors ne t’attends pas à ce que quelqu’un te comprenne dans les parages. Notre situation est déjà assez délicate, alors évite de te manifester. » Lui dit-il d’un ton aussi sérieux qu’un avis de décès. « Si je fais quelque chose de… bizarre, comporte-toi comme si c’était normal. Ne laisse en rien sous-entendre que tu n’étais pas censée être là. C’est clair ? On y va. »

Octave se retourna et se mit à marcher dans la neige, pressé d’en finir avec cette histoire, ramener la gourgandine au château et… aller dormir. Ses projets étaient maintenant compromis et il ne pourrait probablement plus revenir dans ce village, car la présence de Miss Trown chamboulait complètement sa légende initiale de trappeur solitaire envoyé par la capitale. Il ne savait même pas encore par quoi il allait la remplacer pour se présenter aux Russes de la région sans qu’on ne pense à les prendre en otage, les violer, ou les emmener au poste de police en tant qu’immigrés illégaux ou pire, espions européens. Miss Trown demeurait dans le brouillard et c’était tant mieux car il ne connaissait absolument pas sa capacité à réagir au stress ou à la pression. Peut-être se dégoupillait-elle au quart de tour ? Il n’avait pas besoin de ça, surtout dans la mesure où ils pouvaient autant tomber sur des gens charmants que sur des pillards sans conscience.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Ven 8 Sep 2017 - 1:25

Le discours de l’homme sortit de sa bouche d'une rapidité contrôlée, la voix grave coulant de condescendance et d’une prétention mal placée, frappant verbalement la serpentard sans aucune retenue. L'utilisation des propres mots de la jeune fille, ignorant visiblement le sarcasme avec lequel ils avaient été prononcés, fit lever les yeux de la vipère au ciel, sachant pertinemment que le bibliothécaire avait compris la subtilité de son ton, mais préférait l'ignorer afin de tourner la situation à son avantage. L’ajout d’exemples exagérés sur les prochaines actions de la brunette ne fit que mettre de l’huile sur le feu, augmentant la colère de la couleuvre d’être ainsi rabaissée à la hauteur de jeunes filles affectées par une amourette passagère d’un homme de plusieurs années leur aîné. Une imbécilité féminine dont elle avait été si souvent témoin par le passé, observant des partenaires de classes glousser de joie mal dissimulée et rougir à l’arrivée d’un étudiant plus vieux ou d’un professeur dont l’apparence ne dérangeait pas l’œil. Si le bibliothécaire n’avait pas allongé son monologue, ajoutant l’insulte à la réprimande, Heather aurait pu avouer sa partie de tort de la situation, soit le bris du couvre-feu qu’elle avait bien entendu réalisé, mais de là à placer tout le blâme sur sa seule personne, la jeune fille n’était pas prête à accepter cette responsabilité. Les bras croisés, la jeune Trown garda sa position malgré la figure imposante du bibliothécaire qui la regardait de haut, se penchant sur elle, ajoutant un sous-entendu de menace à ses paroles. Heather ne broncha pas, refusant de s’abaisser à couper la parole à l’homme, l’écoutant s’acharner sur elle sur une situation malencontreuse, résultante de maladresse et de coïncidences.

La réalisation que sa baguette était portée disparue tout comme celle du bibliothécaire ajouta une couche de surréalisme à une situation déjà très improbable, mais qui était bien réelle. Malgré le froid qui l’assaillait avec acharnement, Heather restait sous l’emprise de l’ébahissement, n’arrivant toujours pas à réaliser que son transport magique vers un paysage enneigé avait bel et bien eu lieu et qu’elle ne se retrouverait pas au château dans les prochaines minutes, victime d’une blague disproportionnée. L’ahurissement ressentie par la couleuvre semblait partagée par l’homme qui avait repris une position un peu plus résigné et calme, se redressant d’au dessus d’elle, son regard quelque peu brumeux, caractéristique d’une personne songeuse. Le silence qui s’était finalement posé entre eux deux calma quelque peu la serpentard qui était, comme le bibliothécaire, plongée dans ses pensées : comment se sortait-il de cette situation irréaliste ? La brunette tenta de régner sur la panique qui commençait à s’imprégner en elle, réalisant rapidement qu’elle ne savait même pas où elle se trouvait, se rassurant elle-même que son compagnon forcé devait connaître, quant à lui, les lieux les entourant. Les yeux de la jeune femme, dont une expression d'irritabilité couvrait toujours son visage fin, suivit les déplacements de l’homme et ses mouvements décousus dans la neige fine, recherchant sans aucun doute sa précieuse baguette, assurant ainsi un retour sain et sauf au château pour eux deux. Pinçant les lèvres, la serpentard se dirigea doucement vers des arbres plombant la vallée de leur branches vides de feuilles dans l’espoir de se masquer quelque peu du vent sibérien qui virevoltait le long de la vallée. Bien que peu long, le chemin fut tout de même difficile pour l’étudiante qui tenta d’éviter un contact malheureusement inévitable de sa peau avec la neige avoisinante, prenant soit de poser le pied doucement sur la couverture blanche qui s’étendait à perte de vue. Couverte quelque peu par les arbres, Heather serra un peu plus les bras sur elle, réduisant l'espace où l'air frigorifique pouvait se glisser, sentant sa peau se barioler à grandeur de chair de poule, attendant le retour du bibliothécaire. Celui-ci, comme si les pensées de la jeune fille l'avait interpellé, faisait son chemin vers elle, les mains sans baguette mais tenant son manteau épais de fourrure, son expression faciale illisible, qu'il déposa doucement sur les épaules de la serpentard. Heather garda son regard sur l'homme tandis qu'il refermait le manteau devant elle, son visage perdant les dernières traces de sa colère, adoptant en échange un masque illisible. Sa position sur la bonté n'avait pas changé et, comme un rappel frappant de leur dernière rencontre, la brunette fut surprise de nouveau par les actions empreintes de gentillesse du bibliothécaire qui contrastaient pourtant avec ses paroles. Le poids du vêtement de fourrure surprit la serpentard par sa lourdeur, mais elle accueillit la chaleur additionnelle avec bonheur et soulagement, ne sachant pas comment elle aurait pu tenir dans une température aussi extrême, vêtue comme elle l'était à son arrivée.

- On va… on va rejoindre les maisons là-bas.

Heather tourna la tête, observant l'endroit pointé par le bibliothécaire, remarquant rapidement les petites lumières probablement créées par quelques lanternes extérieures dans le but d'éclairer le chemin du village. Malgré son observation, la jeune fille n'arriva toujours pas à mettre le doigt sur l'endroit où elle se trouvait, ajoutant au malaise de la situation, car malaise il y avait. Malgré son bris du règlement pour une seconde fois en deux semaines, la vipère n'avait eu aucune intention de se retrouver à l'extérieur du château et certainement pas se retrouver dans le pétrin pour ses actions. Bien que sortir de son dortoir au milieu de la nuit n’avait jamais été conseillé par le passé et que les expéditions nocturnes étaient maintenant associées à un danger réel, la serpentard avait du mal à se délaisser de cette habitude qu'elle s'était créée depuis sa première année, se disant qu'elle connaissait maintenant tous les mystères du château. La situation actuelle dans laquelle elle se trouvait changea les convictions de la jeune fille, et ce fut l'esprit rempli d'émotions intenses, mélangeant malaise et un début de panique, qu'elle se promit que c'était la dernière fois qu'elle quittait le confort de sa salle commune en dehors des heures du couvre feu. Elle n'était pas une gryffondor et cette aventure, qui se créait présentement devant elle, réussit à la convaincre aisément qu’elle ne voulait pas se retrouver dans une situation similaire de nouveau : comme le dicton le disait si bien, le jeu n’en valait pas la chandelle.

- Elles appartiennent à des sorciers. L’un d’eux nous aidera bien à retrouver ma baguette. On est en Russie, alors ne t’attends pas à ce que quelqu’un te comprenne dans les parages. Notre situation est déjà assez délicate, alors évite de te manifester.

Lorsque le nom du lieu, ou plus précisément du pays fut annoncé, Heather sentit son coeur prendre une pause et pendant un instant, le sentiment d’être sans défense et sans ressources prit toute la place dans son esprit. Bien que son visage garda sa qualité de glacier, les méninges de la jeune fille tournaient en furie, entrevoyant plusieurs scénarios plus déprimants les uns que les autres où son corps était retrouvé complètement gelé dans ce pays lointain, ou encore, moins dramatique cette fois-ci, où elle se retrouvait séparée du bibliothécaire, se retrouvant seule dans un pays dont elle ne parlait pas la langue. Malgré le voile d'inquiétude qui s'était déposé sur son regard, la serpentard garda les yeux sur l'homme, ne voulant manquer aucun de ses mots, n'ayant aucune honte à avouer qu'il était plus en contrôle de la situation qu'elle même. Le ton grave avec lequel il avait prononcé ses paroles marqua d’autant plus la jeune fille, ajoutant une couche d’insécurité au malaise déjà existant au sein d’elle.

- Si je fais quelque chose de… bizarre, comporte-toi comme si c’était normal. Ne laisse en rien sous-entendre que tu n’étais pas censée être là. C’est clair ? On y va.

Ne faisant pas confiance à sa voix, Heather hocha une fois de la tête, puis suivit les enjambées de M. Holbrey en direction des habitations qui s'élevaient au loin. La question qu'elle s'était posée à son arrivée revint de plein fouet à son esprit, se demandant de nouveau ce que l'homme pouvait bien faire dans ce lieu mystérieux, mais la brunette ne prononça pas un mot, préférant profiter du silence et réfléchir. L’hésitation du bibliothécaire à articuler le mot bizarre intrigua d’autant plus la vipère qui n’osa pas explorer les possibilités que sa phrase laissait sous entendre. Sans trop y porter attention ou encore le réaliser pleinement, la demoiselle marcha plus près de l’homme qu’en était son habitude, retrouvant une certaine sécurité à la présence de l’homme qui semblait avoir concocté un début de stratagème, ou du moins connaître les environs. Le chemin ne prit pas trop de temps, le trois cent mètres les séparant de la première maisonnée s’étant effectué rapidement pour les deux compagnons de misère, concentrés comme ils étaient dans leurs pensées respectives. Les premières maisons se dressant à leurs côtés semblaient s’être éteintes pour la nuit, seul le noir caractéristique de lumières endormies se présentant à eux. Glissant son regard de maison en maison, la brunette réalisa rapidement que seule le centre du petit village semblait encore être éveillé, bien qu’aucune silhouette ne pouvait être aperçue.

Levant les yeux vers le bibliothécaire, Heather chuchota doucement, cette fois-ci, aucune trace de sarcasme ne pouvant se faire entendre dans ses paroles :

- Vous savez par où commencer ?

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Ven 8 Sep 2017 - 18:51

Le fait qu’elle ne participe pas davantage à sa joute verbale contribua à refroidir ses ardeurs, pourtant bien échauffées malgré lui, et ce sans qu’il ne mette le doigt sur l’exacte raison. La futilité de l’accident le submergeait encore, de la même façon qu’il s’exaspérait de savoir quelle accumulation incroyable de hasards méprisables avait résulté en cette situation, si ce n’est vraiment désastreuse pour le moment, elle en avait cependant largement le potentiel. Sans parler des raisons proprement aberrantes qui avaient guidées la dulcinée en détresse vers les hautes tours du château. Octave faillit se blâmer, par acharnement aveugle à vouloir s’énerver contre quelqu’un ou quelque chose de plus précis que juste la « vie », puisque s’était lui qui avait conseillé à Miss Trown de visiter les tuiles plutôt que les salles. Mais il fallait définitivement s’avouer qu’il s’agissait d’un concours de circonstances, les unes plus rocambolesques que les autres. Car il fallait bien souligner l’aspect quasiment théâtral de toute cette mise en scène. Et lui, qui avait quand même le sens du drame surdéveloppé à en faire peur, ne se sentait pas très à l’aise de ne pas connaitre la fin du spectacle. Plus dur d’être acteur que scénariste tout de même et le voilà contraint à écrire ses propres rebondissements. Ce qui était on ne peut plus véridique, puisque leur salut était dans ses mains.

Pour le coup, la jeune fille fit preuve de plus de retenue et de maturité que lui, en se retenant de poursuivre la dispute par un crescendo de cynismes les uns plus tranchants que les autres. Pour sa défense, il considérait subir bien plus de griefs que la jeune étudiante, même si elle ne connaissait pas encore toute l’étendue du problème qui se posait maintenant à eux. Son ton, beaucoup plus grave, avait néanmoins remis les perspectives en ordre, insinuant très sérieusement qu’en dehors du froid et des dangers habituels que réservait la nuit, ils avaient d’autres monstres à craindre. Surtout elle. Mais comme il n’avait pas l’intention de l’abandonner en faisant mine de ne pas la connaitre… D’ailleurs, il aurait pu largement le faire. L’étouffer d’une bonne poigne, puis l’enterrer sous l’épaisse couche de neige qui ne ferait que grandir jusqu’au mois de Février. Personne ne retrouverait son corps avant Juin, et encore, si la neige acceptait de fondre dans la région. L’inconvénient serait la bonne conservation dont son corps bénéficierait, dorloté comme dans un congélateur. Ne pas oublier de la déshabiller, pour ne pas laisser d’indices flagrants quant à sa provenance. Peut-être la défigurer au massage avec une pierre, histoire d’empêcher la reconnaissance faciale ou dentaire. Couper les doigts et les disperser dans le fleuve au loin, qui s’occuperait de disséminer ses empreintes digitales jusqu’en Chine. La neige éternelle, une véritable aubaine pour cacher un cadavre quand même… Les Russes avaient une expression très laconique sur le sujet : le printemps montrera qui a chié dans la neige.

Bon, Octave, tu te calmes. On referme la cape de la cavalerie et on range sa pelle, déjà bien poussiéreuse. Sans oublier que si assassiner l’étudiante tapageuse lui simplifierait d’une certaine façon la tâche sur le moment, il risquait d’avoir des problèmes plus tard, surtout avec Rogue, qui ferait immanquablement le lien entre les voyages supposés du bibliothécaire et la disparition d’une de ses élèves. A supposer cependant que Rogue soit encore en vie à ce moment-là… Mais à tous les coups de toute façon la famille de la jeune fille allait demander des comptes, alors pas besoin d’attendre la fonte des neiges pour remarquer une disparition. Cependant ! personne ne ferait le lien avec le bibliothécaire à ce stade des évènements. Octave dut quand même ranger ses capsules de cyanure et sa corde de violoncelle spéciale gourgandines. Le projet avait été développé dans un élan d’absurdité. Comme toujours, tuer quelqu’un promettait plus d’embêtements qu’une tentative de secourisme. A condition que la gourgandine en question garde le silence néanmoins, car personne au château n’avait besoin de savoir… un petit Oubliettes dès leur retour ? A méditer lourdement. A moins qu’il ne se trouve une excuse tangible pour rassurer Miss Trown sur sa présence dans un tel endroit. La chasse à l’ours… au phoque du Baïkal… Ce qui était diablement rassurant mine de crayon, c’est que la jeune fille était complètement dépendante de sa bonne volonté en strictement tout. Elle était perdue. Lui, moins. Il y avait de quoi puiser dans cette subordination autant physique que psychologique. D’ailleurs, la donzelle lui suivait de près, comme si plus la distance était moindre, moindre en étaient les dangers par la même occasion.

- Vous savez par où commencer ?

Octave hésita à la regarder, soucieux qu’il était des maisons qui les entouraient à présent. Le froid le prenait de plus en plus sérieusement et bien qu’il bénéficiait d’un sortilège d’imperméabilité, son pull en laine et son épaisse écharpe, nouée façon lavallière, commençaient à atteindre leurs limites. Sans parler de ses pieds, qu’il ne sentait plus vraiment, tant ils avaient pataugé dans les profondeurs insoupçonnées de l’épaisse poudreuse. Son cœur battait fort dans ses oreilles, ses dents manquaient de claquer et la seule chose qui les retenait fut l’extrême tension qui habitait son corps, gardant ses articulations nouées. Le village était entièrement constitué d’isbas, maisons en rondins de bois empilés, dotées de très petites fenêtres et de toits à quatre pentes en tôle pour la plupart, alors que certaines étaient recouvertes d’une grosse couche de chaume. Toutes les cheminées fumaient doucement, relâchant leurs volutes grisâtres dans le ciel noir. Cependant, quasiment aucune maison n’était encore éveillée et Octave s’arrêta un instant entre deux habitations, observant les environs, écoutant la neige crisser sous le poids des flocons qui s’étaient mis à tomber. Aucun bruit de pas ne se faisait entendre, mais un feu brûlait dans une lanterne à huile à quelques mètres, accrochée à l’encadrement d’une porte. Vers le centre, quelques lumières étaient ainsi allumées. Des bougies illuminaient de l’intérieur les fenêtres floues de trois ou quatre isbas, il n’y avait plus qu’à choisir à laquelle toquer.

« Non. »

L’honnêteté un peu trop abrupte, s’était méchamment mêlée aux résidus de colère, qui demeuraient encore quelque part au fond de son esprit. Mais c’était horriblement vrai : il ne savait pas par quoi commencer. Il n’avait même pas inventé une quelconque excuse pour justifier leur présence, bien que certaine s’offraient déjà à son inconscient par la force de l’habitude. Paradoxalement, il était bien trop inquiet pour y songer sérieusement, préférant presque l’adrénaline de l’improvisation, qui lui prêtait toujours plus de logique et d’imagination qu’en des temps plus sereins. Leurs voyage jusqu’au village s’était par ailleurs fait dans un silence de plomb. Octave contourna du regard la place principale et choisit finalement la maison avec des décorations colorées sur le dormant des fenêtres, du bois traité et une porte robuste, témoignant d’une certaine richesse.

« Reste ici. »

Lança-t-il à Heather et gravit les quelques marches du perron d’une seule enjambée, avant de toquer à la porte d’un geste assez tranquille, presque délié. Du bruit se fit entendre dans les murs, les habitants se préparant probablement à recevoir une mauvaise visite aussi tard dans la nuit. Puis, doucement, la porte s’ouvrit sur un homme large et trapu. Les yeux, petits et bridés, indiquèrent qu’il s’agissait d’un Bouriate, ethnie mongole répandue dans la Sibérie, sans parler de son visage, incroyablement rond et labouré comme un champ. Une crinière drue se dressait au sommet de sa tête lunaire, et il portait des vêtements en laine brossée ; panoplie indispensable dans la région, autant au niveau climatique que culturel. Le Bouriate s’avance dans l’encadrement de la porte, faisant barrage pour protéger l’entrée de son large corps et toisa Octave en attendant des explications. Ce dernier esquissa son fameux sourire sans l’ombre d’un effort. Se retrouver face à un Bouriate était une bonne nouvelle, leur caractère chaleureux et accueillant faisait partie des gènes de leur peuple. Tant qu’on savait comment s’y prendre.

« Amar sain houndete nouidouud ! (амар сайн хундэтэ нухэдууд!) » Le salua-t-il du peu de la langue bouriate qu’il disposait dans sa panoplie, avant de continuer en russe, l’union soviétique l’ayant imposée sur tout son territoire durant son court mais imposant règne : « Je m’appelle Octave, je suis venu chercher quelqu’un dans la région mais ma… » Il se retourna vers Heather et l’analysa d’un coup d’œil scrutateur. Pas de bague, on pouvait dire qu’elle était majeure. Octave lui adressa un large sourire plein de tendresse et enchaina : « …fiancée a fait tomber ma baguette dans la neige pendant le transplanage. On n’est pas parvenus à la récupérer dans le noir, elle est perdue dans la neige, et ma fiancée a cassé la sienne il n’y a pas longtemps, alors… » Octave prit l’air désespéré, mais résigné, comme toute personne s’étant retrouvé dans une situation rocambolesque ne dépendant absolument pas de ses efforts. « Vous pourriez m’aider à la retrouver ? »

Le Bouriate, sans nom pour le moment, le toisa longuement de son visage horriblement impassible et si épais qu’il n’exprimait aucune émotion. Puis, il regarda Heather à travers les petites fentes qu’étaient ses yeux. Ayant fini l’inspection et tiré ses propres conclusions, il se racla soudain la gorge :

« Sain baina (autre forme de salutation), Octave. Tu l’as perdue où, ta baguette ? » Lui demanda-t-il d’une voix incroyablement grave et profonde.
« Dans la plaine, derrière le village, près de la forêt.
- Tu la récupèreras demain.
- Quoi ? Mais pourquoi ? Vous non plus, vous n’avez pas de baguette ?
- On en a, mais on ne s’aventure pas en dehors du village pendant la nuit, c’est dangereux, et t’es un fou si t’as transplané là-bas. »

Octave, malgré son désir de protester, sût tout de suite qu’aucun villageois ici ne lui filerait sa propre baguette par principe, à moins de l’accompagner, ce que personne ne comptait faire. Il faillit proposer de l’argent, mais s’abstint, sachant que le Bouriate prendrait ça non pas pour une insulte, mais une forme de méfiance et de désespoir qu’il ne fallait surtout pas montrer. Leur faire comprendre qu’ils craignaient de s’attarder ici risquait de leur causer des ennuis, face à ces gens susceptibles et fortement méfiants lorsqu’on n’acceptait pas leurs conditions. Ou plutôt, leur hospitalité. Alors, Octave prit l’air perdu, cherchant ses mots, montrant son désarroi et sa faiblesse, plutôt que son mécontentement. Il n’eut pas à jouer la comédie très longtemps car le mongole reprit :

« Je m’appelle Namgar. Tu vas passer la nuit ici avec ta fiancée, on a de la place pour vous. On cherchera ta baguette demain. » Il esquissa un sourire laborieux, mais se voulant rassurant, avant de regarder Heather : « Viens ici ma jolie, que je te regarde. On va te filer une place bien chaude près du foyer !
- Elle ne parle pas Russe, elle est anglaise. » Rectifia Octave, tandis que Namgar tendait son bras vers l’étudiante, l’invitant presque à venir s’y blottir comme sur les genoux du Père Noël. Malgré la remarque, son bras demeura ouvert dans l’invitation insistante. Le bibliothécaire, à son tour, invita Miss Trown à les rejoindre d’un geste de la main, stipulant ainsi qu’il n’y avait pas de dangers apparents –alors qu’en fait si, mais bon…-, tandis que le mongole le questionnait déjà :  

« Comment ça ?
- Je l’ai trouvée à Londres. Petite étudiante docile sans famille, ni argent, mais beaucoup d’ambitions. L’amour fou. C’est un beau moineau. »

Octave le regarda d’un air entendu, tandis que sa prétendue fiancée s’approchait d’eux. Avec ce récit, il se plaçait dans la position très connue en Russie du riche oligarque ayant étudié à l’étranger et s’étant trouvé une jeune fille à l’allure de mannequin pour le choyer. Jeune fille qui, au final, de se faisait remplacer par une autre, plus jolie et plus jeune. Un peu comme les européens, qui partaient dans les années quatre-vingt se trouver de pauvres filles à l’Est pour les épouser. Maintenant, c’était l’inverse. Nagmar se mit à rire grassement, d’un air très satisfait et complice. Octave capta le regard de Heather et fit les présentations en anglais :

« Heather, je te présente Nagmar, il nous invite à passer la nuit chez lui et… »
S’étant attardé sur une hésitation, qui ponctua sa précautionneuse explication d’un silence, le mongole en profita pour commenter :
« Bien joué, coquin. Tout jeune ton moineau, à peine sorti du nid. » Lui dit-il en le pointant du doigt, avant d’attraper Miss Trown de sa main boudinée par le menton, l’obligeant à le relever pour mieux voir son jeune visage à la lueur de la lampe. Il la regarda, royal, maître dans son étendue enneigée sur cette petite anglaise, qu’un autre homme avait bien voulu bénir par son nom de famille et sa fortune. Il l’observa, glorieux, avec une sorte d’avidité poisseuse, leurs yeux luisants et sous-entendant plein de propos graveleux. Le rondelet mongole finit par la lâcher, sous l’œil tolérant et habitué de son futur mari. A la place, il posa sa lourde paluche possessive en forme d’assiette sur l’une des épaules de Miss Trown, avant de la saluer avec un accent à couper au couteau, voulant manifestement lui faire plaisir :

« Helloy, missis (façon de dire « Miss » à la russe) ! Bioutifoul… euh, faïce. Dou you laïke Rossia ? »

Il rigola encore, n’attendant pas vraiment de réponse, dans la mesure où il ne la comprendrait probablement pas, tapa sur l’épaule de la jeune fille encore une fois avant de s’engouffrer dans la maison. Les présentations étaient finies, le Bouriate ayant non seulement apprécié la masculinité de l’intrus, mais également constaté la qualité de la marchandise qu’il avait ramenée depuis l’étranger. La situation était donc connue et acceptée comme telle. Profitant de son dos tourné, Octave attrapa l’étudiante par la main pour capter son attention. Il remonta ses doigts graciles jusqu’à son visage et baisa ses phalanges du bout des lèvres, avant de parler d’une voix mielleuse, comme s’il lui déclamait un poème d’amour, trompant ainsi les oreilles du mongole pour cacher le sens de son propos :

« J’ai dit que t’étais ma fiancée. Ca te protègera, éventuellement. Il faut qu’on dorme ici, il ne nous laisse pas le choix. Il a dit qu’il nous aidera quand le soleil sera levé. Je ne sais pas qui il est, alors fais comme si tout te convenait parfaitement, sois docile, joue le jeu. Essaye de cacher le blason de l’école, si tu en as sur toi. Assure-toi que personne ne comprends l’anglais là-dedans, avant de me parler. J’ai prétendu que tu étais une étudiante de Londres, alors fais comme tel, mon amour. »

Octave releva en suite ses yeux pétillants te navrance vers la porte et faillit déchanter. A l’intérieur de l’isba, il y avait trois autres personnes à part Nagmar. L’une d’elle portait les couleurs de la Confrérie. Tous des mecs.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Sam 9 Sep 2017 - 18:24

La brunette commençait à croire qu’elle n’obtiendrait jamais la réponse à sa question, lorsque le verdict laconique du bibliothécaire, son ton empreinte d’une trace légère de colère, atteint ses oreilles, ne rassurant guère la jeune fille sur leurs prochaines actions. Si même le porteur du portoloin les ayant amené jusqu’ici était aussi peu sûr de la suite des choses, ceci n'augurait pas de bonnes choses pour l’improbable duo. La serpentard coinça inconsciemment sa lèvre inférieure entre ses dents, seule reflet de son malaise grandissant, son masque de glace malgré tout bien en place sur son visage aux joues rosées par le vent. Heather osa un coup d’oeil en direction du bibliothécaire et ne réalisa qu’à ce moment que celui-ci s’était privé de son confort pour lui permettre un cocon de chaleur, lui laissant que quelques vêtements chauds, mais trop légers pour la température environnante. La jeune fille tut de peine et de misère la pointe de culpabilité qui menaçait de grandir suite à cette réalisation poignante, sachant que l’homme avait pris la décision par lui-même, mais que celle-ci avait dû être forcée par l’ajout imprévisible d’une élève insomniaque. Ledit homme semblait avoir pris une décision, observant avec beaucoup d’attention une maisonnée en particulier à quelques mètres de leur position au sein du village. Celle-ci était décorée de petits ornements de diverses couleurs, ajoutant une touche de vie à la maison recouverte de bois, les fenêtres laissant apercevoir la lumière projetée de l’intérieur, signe que les habitants ne s’étaient pas encore éclipsés pour la nuit. Sans la regarder, son compagnon lança un commandement léger, quoique quelques peu inutile, car la jeune fille n’avait nul part où aller, commençant son ascension des quelques marches menant à la porte.

- Reste ici.

À quelques mètres de la porte, Heather garda un oeil attentif sur les alentours jusqu’à ce que la porte s’ouvre, laissant apercevoir un homme de bonnes carrures, un air quelque peu méfiant habillant son visage rond et massif. L’apparence générale du nouveau venu lui rappela le gardien des lieux de Poudlard, bien que son visage fermé était tout le contraire de celui que Hagrid arborait. Bien qu’elle ne pouvait voir l’expression faciale de Monsieur Holbrey, la brunette entendit des extraits de la phrase qu’il prononça à l’étranger, ne comprenant pas un mot de la langue parlée qu’elle n’arriva même pas à identifier. Se doutant fortement que ceci devait tomber dans la catégorie des actes bizarres dont elle avait été prévenue, la serpentard garda une expression neutre, notant dans sa mémoire la nouvelle information qu’elle venait d'acquérir sur le bibliothécaire. L’ajout d’un deuxième dialecte à la conversation étendit simplement le mystère qu’était encore une fois l’homme, ne finissant toujours pas de la surprendre par ses caractéristiques inhabituelles et inattendues. Celui-ci se tourna vivement vers elle, accompagnant son mouvement brusque d’un regard inquisiteur, décortiquant elle ne savait quoi sur sa personne. Le sourire charmeur qu’il lui lança surprit profusément la jeune fille qui cligna des paupières, évitant ainsi que la surprise agrandisse ses yeux sous son effet. Derrière son masque d'indifférence, les méninges de la demoiselle tournaient au quart de tour, tentant de comprendre ce que l’homme manigançait, une situation aussi complexe que de remonter un puzzle auquel plusieurs pièces manquaient à l’appel.

Le soudain silence attira l’attention de la jeune fille, remarquant que, cette fois-ci, l’étranger la scrutait d’un regard indéchiffrable, résultante probable des mots prononcés par son compagnon sur sa propre personne. L’ignorance ajouta un goût amer à sa bouche, la sensation d’être une poupée de porcelain au prise aux mains d’un marionnettiste s’ajouta à son malaise existant. Animée par son instinct, n’ayant rien d’autres sur lequel se fier, Heather étira légèrement le coin de ses lèvres, offrant un sourire qu’elle espérait de nature timide à l’inconnu qui n’en finissait plus de l’observer de ses yeux plissés, réaction normalement contraire à ses habitudes lorsqu’elle croisait, pour la première fois, le chemin d’un étranger. Ce dernier sembla satisfait, tourna de nouveau les yeux vers le bibliothécaire, permettant à la serpentard de relâcher ses épaules qui s’étaient tendues inconsciemment, puis ouvrit la bouche pour la première fois depuis leur arrivée impromptue. Une voix grave résonna, un ton froid mélangeant une tentative de chaleur s'élevant, tandis que des paroles du même dialecte se firent entendre. L'échange entre les deux hommes ne dura pas très longtemps et la jeune fille arrêta d'y porter attention rapidement, l'incompréhension des mots échangés n’apportant rien de plus à son puzzle en construction. La voix robuste du russe sortit la vipère de ses pensées, tournant le regard brillant de celle-ci vers la source du bruit, levant légèrement un sourcil au bras tendu en sa direction. Était-ce une invitation ? La serpentard dû faire preuve de concentration pour retenir le rictus moqueur qui menaçait de s'étirer sur ses lèvres en réponse, remarquant par la même occasion l'invitation du bibliothécaire à venir les rejoindre. D'un pas quelque peu hésitant, la brunette monta gracieusement les quelques marches, relevant de peu le manteau pendant son ascension telle une princesse relevant sa robe, le rire bourrus de l'inconnu agressant ses oreilles. Plongeant son regard dans celui indescriptible de son compagnon, ce dernier la présenta tranquillement, prononçant pour la première fois son prénom, celui-ci roulant dans sa bouche comme s'ils se connaissaient depuis des années. Ses yeux s’arrachèrent violemment de ceux de Monsieur Holbrey, son menton prisonnier d'une main charnue qui la força à observer l’homme responsable de l'incarcération de son visage, son regard se durcissant en réponse au geste brusque. Les sous entendus qu'elle entrevit dans l'expression du russe l'inquièta rapidement. Sentant une panique naître elle, elle empêcha son esprit de vagabonder dans son imaginaire, refusant d’ajouter des images alarmantes à ses pensées sombres. La vipère serra les dents, se retenant de toutes ses forces d’insulter le simplet sans galanterie qui avait osé l'attraper de la sorte, sentant son énorme main se poser cette fois-ci sur sa petit épaule.

- Helloy, missis ! Bioutifoul… euh, faïce. Dou you laïke Rossia ?

Le rire suivant la phrase brisée à moitié compréhensible empêcha Heather de répondre, cette dernière, acceptant avec plaisir le répit d'un silence forcé, en profita pour jeter un regard plaidant au bibliothécaire. Le contact d'une main froide sur la sienne dérouta l'étudiante qui empêcha l’ahurissement de s'étendre sur son visage, observant, plus qu'elle ne sentit, les lèvres de l'homme se poser sur la peau blanche de ses doigts. L'explication de son maintenant prétendu fiancé fit naître un rire nerveux, qu'elle masqua joliment de sa main libre, empêchant le son de franchir la barrière de sa main. Heather savait qu'elle devait jouer le jeu, mais prétendre que l'amour l’habitait n'était pas chose facile, ayant peu connu ce sentiment par le passé. Son esprit fit rapidement le tour, écartant brusquement ses parents, ceux-ci étant loin d'être un bon exemple d’un couple amoureux, et refusant d'utiliser son passé avec un certain gryffondor pour arriver à ses fins. Le visage de Léon surgit finalement à l'esprit de la jeune Trown, qui réalisa rapidement qu'elle pourrait utiliser les multiples souvenirs avec le jeune homme pour alimenter la comédie qu'elle devrait maintenant jouer. Revoyant plusieurs moments dans son esprit où ce même sourire s'était étendu sur ses lèvres, Heather offrit un sourire ravissant à Monsieur Holbrey, retirant au même moment la main de son visage, puis franchit la porte menant à l'intérieur de l’ibsa.

La maisonnette était construite qu'à partir de bois, offrant une apparence rustique et quelque peu vieillot à la petite habitation. Un grand foyer trônait sur le mur central de la pièce, un grand feu rugissant dans son antre, envoyant à intervalles irrégulières de petites flammèches dans les airs qui s'éteignaient avant de se poser au sol. Un divan prenait place devant l’imposant âtre, offrant quelques places confortables aux habitants, le tissu légèrement ternis, représentation de ses années vécues. Les murs étaient habillés de décorations de bois, certaines représentants des animaux réalistes et d’autres des motifs qu’elle se doutait culturels. Entre le minuscule salon et la porte d'entré, une table de cuisine en chêne claire était déposée, entourée de six chaises, le dessus de la surface plane recouverte de quelques bouteilles d'alcool et de verres à moitié plein, signe d'une soirée déjà bien avancée. Des cartes à jouer moldues étaient éparpillés près des verres, certaines retournées, tandis que d'autres masquaient leur valeur. Trois hommes habitaient quelques unes des chaises, leur rire grossier s'éteignant en remarquant l'arrivé des deux prétendus amoureux, des sourires impertinents flottant sur leur visage aux caractères grossiers. Malgré leur théâtre improvisé, la brunette replaça son masque habituel, préférant couvrir ses expressions que d'afficher en permanence un amour prétendu et artificiel, leur audience s’étant agrandit profusément. Levant quelque peu le menton, Heather fit quelques pas en direction du salon, passant par le fait même près d’un des inconnus lorsque celui-ci l’attrapa par la taille, forçant ainsi la jeune fille à s’appuyer sur lui pour se garder debout.

- Mais où vas-tu ma jolie ? Ne sois pas timide, non mort pas! Enfin, pas au début, expliqua l’un des russes dans son patois, les mots inconnus n’apportant aucune aide à l’anglaise.

Les rires qui suivirent ne rassurèrent guère la serpentard, qui foudroya du regard l’homme responsable de l’accolade forcée, attrapant au même moment son poignet, armée d’une prise vigoureuse pour la frêle jeune femme qu’elle était. Elle décolla la main de l’insolent, sachant très bien qu’elle y arrivait seulement car celui-ci se laissait faire, reculant de quelques pas lorsque son corps fut libérer de l’emprise. Croisant les bras devant sa poitrine, Heather cracha :

- Si tu me touches de nouveau, tu le regretteras.

Leurs rires explosèrent de nouveau, agressant davantage la jeune fille par leur impudicité, indication rayonnante de leur irresponsabilité, une tendance misogyne inquiétante. L’absence de réplique fit s'interroger la serpentard, se demandant si ses mots étaient responsables de leur hilarité ou si ceux-ci avaient simplement été incompris, résultante de la langue étrangère qu’était son anglais britannique, leur ricanement créé par son attitude et le début d’une d'alcoolémie élevée. Préférant jouer la prudence, Heather continua son chemin vers le salon, s’arrêtant face au foyer, savourant la chaleur du feu sur tout son être, la réchauffant rapidement. Doucement, d’un mouvement calculé, elle ouvrit les pans de l’habit, le retirant avec attention de ses épaules, s’assurant que sa cape où l'emblème de serpentard s’y retrouvait, suive, cachée méticuleusement au sein du manteau, l’avertissement du bibliothécaire bien présent dans sa mémoire. S’assoyant sur le divan, elle déposa le manteau à ses côtés, fixant les flammes, hypnotisée par leur mouvement désordonnée. Inconfortable d’être ainsi découverte, mais n’ayant aucun autre choix, sa cape étant une impossibilité certaine et le pardessus de fourrure d’une chaleur étouffante, la serpentard prit son mal en patience, remontant légèrement les manches de sa chemise blanche au centre de ses avant-bras, laissant entrevoir sur son bas droit le début de l’un des tatouages qu’elle arborait, le noir de l’encre contrastant légèrement sur sa peau blanche.

L’arrivée d’un verre devant son visage fit sursauter la vipère qui tourna un regard inquisiteur vers le propriétaire des lieux qui bougea légèrement le gobelet en une invitation claire. Le visage de l’homme mélangeait impassibilité à un étroit sourire, tentative évidente de gagner la confiance de l’éperdue. D’une main hésitante, Heather pris l’objet, lança un regard questionnant en direction de son supposé fiancé. Celui-ci sembla comprendre sa question et lui offrit le mot recherché, lui permettant ainsi d’offrir une réponse laconique à l’homme robuste :

- Спасибо, le mot sonnant étranger sur sa bouche, son accent anglais détruisant la beauté de la langue nordique.

Approchant le verre de son visage, la serpentard respira doucement l'odeur qu'émettait le breuvage, reconnaissant l'odeur caractéristique de la vodka, breuvage que son père buvait en quantité monstre. Malgré l'abondance de cette alcool au sein de l'habitation qu'elle n'avait d'autre choix d'appeler sa maison, Heather n'avait jamais goûté à cette liqueur. D'un geste hésitant, la jeune fille posa le verre a ses lèvres.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?


Dernière édition par Heather Ivy Trown le Mar 12 Sep 2017 - 0:27, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Lun 11 Sep 2017 - 13:34

Il aurait tellement préféré pouvoir dire que c’était sa fille, pour que la petite gourgandine continue à se comporter comme l’adolescente qu’elle était sans attirer l’attention sur son arrogance naturelle, sa méfiance et sa mauvaise humeur, si bien mise en emphase depuis que son pied avait touché la neige. Quand bien même son caractère avait su reconnaitre son impuissance, Octave n’avait pas ignoré les œillades perçantes qu’elle lui avait jetées. La méfiance se propageait à l’égard de ce bibliothécaire en qui elle devait avoir confiance, alors même que tout dans cette aventure lui imposait le contraire. Ce sentiment n’était partiellement là que par manque d’informations, brouillard qu’Octave aurait pu dissiper, s’il l’avait pu, et s’il avait surtout été moins accaparé par son profond agacement. En attendant, le verre blindé qui les séparait ne faisait que s’épaissir, les privant définitivement d’une complicité naturelle, qui leur était indispensable à la légende tressée par le bibliothécaire d’un rapide coup d’œil. Maintenant, il était un peu tard pour gagner ses faveurs et il avait presque senti la difficulté avec laquelle la jeune fille s’était soustraite à la réalité pour rentrer dans son nouveau rôle où ils devaient se connaître si ce n’est d’âme, au moins de corps. Etre fiancés n’impliquait pas nécessairement l’amour, ni même l’amitié, mais de se connaître. Et ils ne se connaissaient pas vraiment. S’il était capable de s’inventer des histoires pour transformer l’étudiante dont il ne savait rien en son amie la plus intime, tissant mensonge sur mensonge dans sa tête pour s’inventer quelqu’un qu’Heather n’était pas, mais qu’il pouvait identifier, il n’avait en revanche aucune idée quant à la capacité de ladite étudiante à surpasser sa méfiance. Et faire un beau sourire n’était pas tout. C’était même loin d’être suffisant. Malheureusement, il était trop jeune pour pouvoir se prêter le rôle d’un père. S’il avait été un père, il aurait fallu expliquer la scabreuse histoire de sa paternité entamée à l’âge fleurissant de seize ans. Histoire en Russie qui n’était pas assez rare pour soulever des vagues de pathos sur son passage. Les hommes préféraient ici le succès plutôt que le tragi-comique d’une existence pataude. Le fait que la petite Heather ne comprenne pas un traitre mot de leur échange fut également une aubaine, tant l’oreille occidentale était probablement peu habituée à un tel degré de machisme, qui prenait d’autant plus d’ampleur qu’elle était anglaise, ne comprenait rien et était la seule fille dans les parages. Et soyons honnêtes, Octave ne faisait pas confiance en la retenue de la jeune femme.

Néanmoins, l’aspect quinteux de la jeune fille ne sembla pas brusquer le Bouriate, qui dut mettre ça sur le compte du manque de confort auquel était sujette la jeune fiancée, ainsi que le caractère souvent intransigeant de ces petites femmes venues de l’ouest. Les adolescentes en général d’ailleurs, et leurs caprices qui s’effeuillaient avec l’âge, menant les hommes en bourrique pendant un temps, leur redonnant de l’énergie. Le Bouriate passa son temps à en rire grassement, comme si l’étudiante était un chat mal dressé qu’il fallait prendre par la peau du cou de temps en temps. Il ne la prenait pas du tout au sérieux.

A ses explications cependant, Miss Trown lui offrit un sourire désarmant, si authentique qu’il vint plisser les coins de ses yeux en futures pates d’oie, fronçant joliment son nez relevé et illuminant tout son visage par une multitude de contractions expressives. Octave, vaguement surprit par la teneur d’une telle offrande, se demanda à qui elle pouvait bien penser pour être capable d’une telle prouesse. Ou était-elle comme lui ? Connaissant tous les recoins de son visage et ses mystères, ainsi que celui des autres, pour savoir sur quels fils tirer pour avoir le meilleur résultat, sans l’once d’une émotion derrière ces tiraillements mécaniques. Tant de spasmes sans intérêt, typiquement physiologiques, qui ne cachaient rien que du vide, ou une vile manipulation. Sa jeune fiancée ne s’attarda néanmoins pas entre ses doigts, témoignant de ce qu’il en était véritablement entre eux deux, rejoignant l’antre de la testostérone. Octave la suivit, plus jamais conscient de la responsabilité qui pesait sur ses épaules. Il aurait dû l’abattre dans les bois d’un coup de brique. Rien qu’à l’odeur qui se dégageait de l’isba et la tronche des mecs qui les accueillaient, il savait que ce soir, aucun d’eux n’aurait la paix, qu’on allait les faire frire comme des asticots juste pour le plaisir de les voir se tordre dans tous les sens. Il allait devoir probablement se montrer plus prude et moins malin qu’il ne l’était en vérité. Les mauvaises langues diraient que c’était parfaitement dans ses cordes… En suivant Miss Trown dans la pièce principale, Octave fut accueilli par un paysage qu’il connaissait bien, allant des petits napperons étendus sur certaines surfaces, aux décorations toutes en arabesques fleuries qui tapissaient les coins. Sans parler de l’ambiance. Une chaleur lourde écrasait dès l’entrée, mais sèche, se faisant agréable par contraste. Nagmar le Bouriate bourru fit moulinette avec ses bras :

« Viens, allez, entrez ! Faut fermer la porte, sinon le froid va suivre. » Il se retourna vers ses compagnons, tout en contournant les deux tourtereaux pour clore l’issue de secours. « C’est Octave et… » il se retourna vers Octave, le sourcil relevé « …comment qu’elle s’appelle ta petiote ?
- Heather » prononça le concerné à l’anglaise, avec le h aspiré et le Th sifflant, mais se reprit, essayant de trouver quelque chose que les russes pourraient articuler sans se faire un nœud sur la langue : « Hezer.
- Hezer ? C’est chelou comme prénom.
- C’est pas chelou, elle est anglaise. » Réctifia Nagmar de sa voix aussi grave que s’il leur avait parlé depuis le fond d’une caverne.
« Qu’est-ce qu’elle fout paumée ici, l’anglaise ? »

Pendant ces explications-ci, menées entre Nagmar et l’homme qu’Octave soupçonnait d’appartenir à la Confrérie, le troisième type profita de la proximité de la jeune fille pour l’attirer à lui, illustrant par-là le genre de situation qui était à craindre : à savoir qu’ils aient tous une tendance à… la taquinerie, disons. Loin de la moquerie gentillette dont Octave était assidu consommateur, ceux-là voltigeaient très près du sol. A ce sujet, leur siège de la conscience était effectivement assez bas pour profiter du moindre strapontin. Probablement d’ailleurs que la pièce était chauffée non pas par l’âtre de la maison, mais par les volutes embrassées de leurs slips en fusion. Ne désirant pas se mettre sur la défensive sans raison réelle, Octave n’en fit rien, observant les deux autres hommes s’amuser de sa gazelle renfrognée, prenant plaisir à ce qu’elle leur résiste en sifflant son venin anglais. Nagmar ne laissa pas le malaise s’attarder néanmoins et après quelques rires, il remit les pendules à l’heure par la légende qui n’avait eu d’autre but que de sauver la bienséance de Miss Trown, ainsi que sa relative tranquillité :

« Fous lui la paix, Van. Mademoizel est fiancée.
- Ah ouais ? Elle est où la bague de la fiancée alors ?
- La demande a été spontanée, on n’est pas encore allés chercher la bague. D’ailleurs, c’est l’une des raisons de notre visite ici. » Répondit simplement le bibliothécaire, haussant tranquillement des épaules tout en s’approchant de la cheminée pour se réchauffer les doigts, non sans jeter quelques coups d’œil discrets à sa fiancée se déshabillant. Nagmar continua ses présentations, identifiant encore une fois l’agresseur de Miss Trown comme étant Van, dérivé de Ivan, et celui qui lui avait adressé la parole dès l’entrée en tant que Alekseï. Le troisième, silencieux et assis dans le fond, fut désigné Barras. Encore un Bouriate, mais plus effilé que le premier, les deux autres étant probablement russes.

« Tu nous raconteras ça plus tard, mais d’abord, on va vous réchauffer. » Commenta Nagmar de sa voix nasale, provoquant une autre rasade de gloussements, tandis qu’ils regardaient tous l’étudiante profiter du feu. Il remplit six petits verres tour à tour, racontant que la vodka était distillée par l’un de ses voisins, à partir de l’orge qu’ils cultivaient dans le sud, stipulant ainsi qu’il leur faisait déguster quelque chose de personnel dont il était fier et qu’il ne fallait pas négliger. N’ayant pas considéré la chose, Octave eut un déclic de conscience lorsque l’un des verres se dirigea en direction de Miss Trown, porté par la main boudinée de Nagmar. Les mots « mineure » et « alcool » s’entrechoquèrent dans sa tête, sans parler de « responsabilité » et « détournement de mineur », mais il fallait dire que ce n’était pas l’endroit pour avoir des états d’âme. Lorsque la jeune femme chercha son regard, le verre à la main, Octave articula un « Спасибо » entendu, comme si ce n’était pas la première fois qu’il le lui répétait, avant d’entendre sa fiancée faire le perroquet. Cette attention était néanmoins la bienvenue, car Nagmar continua sa ronde et offrit le second verre au bibliothécaire. Heather semblait déterminée à accepter l’hospitalité, ou renversait-elle la tête en profitant de l’instant pour satisfaire sa curiosité adolescente, mais Octave s’approcha d’elle et avant que le verre ne fut à l’horizontale, posa un doigt sur son buvant et susurra d’un air inquiet, un peu moqueur, mais avec des mots emplis de sous-entendus graveleux :

« Fais gaffe, mon moineau, c’est fort comme alcool… »
Mais avant qu’il n’ait pu prodiguer d’autres mises en garde, Van le pervers l’interrompit d’une voix inquisitrice en le voyant si protecteur :
« L'est mineure ta petiote ou quoi ?
- Nah, elle n’a juste jamais goûté de vodka artisanale. Faut bien la prévenir, si on ne veut pas qu’elle recrache ses tripes. » rétorqua-t-il en lâchant un petit rire guttural entendu, suivi en canon par d’autres plus moqueurs encore, l’air de dire que Ces pauvres anglais sont bien fragiles, fines bouches qui aiment le doux et le sucré, sans rien connaître à l’aridité de la vie dite authentique. Il continua dans sa lancée en anglais, gardant le même ton, mais son propos changeant de ce qu’il voulait faire entendre : « J’espère que tu tiens bien l’alcool. Je refuse de te porter soûle.
- Amène la, ta fiancée, on va l’habituer vite fait, elle ressortira d’ici avec un foie en béton. Et on va lui apprendre quelques mots, par la même occasion ! A c'qu’on dit, la prononciation s’améliore quand on s’huile le gosier comme l'faut ! »

Rugit Van, qui s’était déjà attablé  pour boire son propre verre d’une seule traite. Pourquoi pas après tout, avec un peu de chances, l’alcool monterait assez vite à sa tête de gourgandine pour la plonger dans un sommeil aussi peu dilué qu’allait l’être son sang. Alors, en professeur absolument irresponsable et en invité docile, il fit pression de sa large paume sur le dos de sa prétendue fiancée, l’invitant à se lever et gazouilla :

« T’aurais pas dû accepter, ils veulent te bourrer la gueule maintenant. »

Pas la peine de préciser qu’il éprouvait une espèce de jubilation vengeresse en voyant à quel point tout le monde s’intéressait à sa fiancée, pour le meilleur, ou pour le pire. Mais franchement, n’était-ce pas partiellement mérité ? La sensation était foncièrement diluée par la crainte qu’elle ne se fasse du mal en définitive, ou qu’on lui en fasse, mais pour le moment il préférait précautionneusement s’amuser de la tournure plutôt que de s’inquiéter à chaque pas. Cela risquait de soulever quelques suspicions de toute façon. Emmenant donc l’étudiante de sa main insistante vers la table, il vida d’une traite son propre verre, constatant à quel point ce breuvage artisanal ne devait correspondre à aucune norme sanitaire. Son visage se plissa légèrement sous la brûlure et il alla se saisir d’une tranche de pain noir qui trônait dans un panier sur la table, pour le sentir sans la manger, dissipant ainsi par l’odeur aigre de l’orge les vapeurs d’alcool, qui parasitaient son nez et sa bouche. S’approchant de la table, il laissa sa main glisser dans les cheveux de l’étudiante, frôlant sa nuque et emmenant quelques mèches emmêlées entre ses doigts dans un geste négligé, mais étudié par la force de l’habitude. Attention fugace d’une protection qu’il imposait à la jeune fille, tendresse diffuse et qui se voulait inconsciente. Le diable était dans les détails, n’est-ce pas ?

« Sainte Marie, Mère de Dieu ! Matez-moi ça… » avait déclaré Van, alors que Miss Trown passait encore une fois à côté de lui. Il la saisit par le poignet, retournant son avant-bras pour mieux voir le tatouage qui dépassait et dont Octave n’avait aucune connaissance. « L'est marquée ta petiote ! C’est l’Seigneur des Ténèbres ou quoi ? »  s’enquit-il en relevant la manche de la chemise aussi haut qu’il le pouvait pour mieux voir l’emprunte noire, sans considération aucune pour les éventuelles protestations de la concernée.
« Tu déconnes ? » plaisanta Octave avant d’expliquer à Miss Trown « Il croit que c’est la marque des Ténèbres, montre lui, sinon il ne se calmera pas. Je pense qu’il plaisante, mais ils n’aiment pas les Mangemorts ici. »
« Quoi j'déconne ? Y parait que l'Seigneur marque des gosses maintenant ! »
« Il n'irait pas tamponner des filles pareilles, qu'es-tu racontes ? » s'esclaffa le dénommé Alekseï, non sans prêter quand même un intérêt malsain au bras de la jeune femme.

Et effectivement, même Barras, toujours cantonné en bout de table, silencieux, avait tendu l’oreille en entendant l’évocation du Seigneur, associé au mot « Mangemort », qu’ils devaient tous connaître même en anglais, surtout avec la Confrérie qui rôdait pas loin. Toute la maisonnée s’attroupa autour du bras de la donzelle, et même Octave s’était approché, piqué dans sa curiosité. Il remarqua par ailleurs que le verre de sa fiancée était toujours plein, ou à nouveau… Ce qui était sûr, c’est qu’il ne serait pas vide tant qu’elle ne tomberait pas raide au sol. Le sien aussi, d’ailleurs, s’était rempli comme par magie. Pour sa part, il devait avouer une pointe d’étonnement quant à la présence d’un tatouage sur un bras aussi jeune.  

« C’est quoi ce tatouage ? Des fois qu’ils me demandent des explications. Une histoire sentimentale, ce serait pas mal, ils aiment bien ça ici, ça leur donne une raison supplémentaire pour boire. Ou la vérité, c’est encore mieux. J’imagine mériter au moins ça, mhhh, mon amour ? Avec une profonde explication autre que « parce que le motif me plaisait », ils arrêteront de te traiter comme un objet, va savoir. Ca leur plaira peut-être de découvrir tes strates inférieures » Dit-il avec un large sourire aux lèvres, non sans ironie, son attitude contrastant comme depuis le début avec les teneurs de son propos.




Code Couleur :
Nagmar : #99ffff
Van : #cccc00
Alekseï : ccff99
Barras : /

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 12 Sep 2017 - 0:43

Elle se sentait scrutée. Chacun de ses mouvements étaient observées, que ce soit par les yeux aux intentions obscènes des hommes de ce pays nordique, ou par le regard perçant du bibliothécaire qui analysait chacune de ses réactions, probablement dans l’intérêt de valider qu’elle se comportait bien comme sa prétendue fiancée. La jeune femme était le centre d’attention de la soirée, réalité malaisante mélangée à une nervosité grandissante, sachant qu’elle devrait jouer le jeu en tout temps, évitant ainsi qu’une réaction sème le doute dans l’esprit de leurs hôtes temporaires. La situation était loin d’être idéale. Jouer la fiancée d’un homme qu’elle ne connaissait point était difficile, voir impossible, ne pouvant en aucun cas anticiper les réactions de son prétendu et ainsi offrir une illusion parfaite à leur audience. Heather n’était pas une jeune fille qui montrait facilement à autrui ses émotions et son intuition lui faisait bien savoir que de rester de glace ne serait pas accepté longuement, au du moins, pour toute la soirée si leur comédie devait tenir la route. Elle se savait une jeune femme froide, aux tendances colériques et quelque peu violentes, préférant la solitude aux amitiés vaines et superficielles, ce qui ajoutait une complexité de plus à ce mirage qu’elle devait perpétuer avec le bibliothécaire suite au subterfuge qu’il avait mis en place auprès des inconnus les entourant. La personnalité impudente et irrespectueuse de ceux-ci n’était qu’un autre aspect difficile d’une situation déjà précaire, dont la vipère se serait bien passée, sachant que son caractère difficile ne demanderait qu’à régir au quart de tour à leurs gestes indiscrets et leurs rires fendants. Elle savait qu’elle devrait bientôt sortir de sa zone de confort et même si un amour parfait n’était pas attendu d’aucun couple, une complicité devait tout de même existé entre eux deux, ce qui était loin d’être le cas en ce moment. Pour la énième fois en peu de temps, la serpentard se questionna sur le choix de relation fait par son compagnon imposé par la vie et son sens d’humour douteux qui forçait leur chemin à se croiser pour deuxième fois en une même semaine. Il devait y avoir anguille sous roche pour que l’homme préfère la présenter comme étant sa douce moitié et non comme l’élève de Poudlard qu’elle était réellement. Elle se doutait bien qu’il devait y avoir une raison derrière le portoloin responsable de leur voyagement en Russie, mais la nécessité d’une mascarade, les forçant à sortir leur meilleur jeu d’acteur respectif, n’était pas un revirement de situation que la vipère avait prévu, n’y même quelque peu anticipé. Le peu de confiance qui s’était créé entre elle et lui se dissipant rapidement, les secrets et le mystère entourant leur mésaventure actuelle ne faisant qu’envenimer la méfiance de la belle.

Heather s’était passée une main tremblante sur sa nuque, dégageant quelques mèches de cheveux qui s’étaient glissées dans son chemiser, les yeux plongés dans les flammes flamboyantes du foyer, complètement perdue dans ses pensées, lorsque le verre avait fait son apparition. La brunette l'avait accepté, ne voulant pas offusqué leur hôte et son hospitalité offerte et avait emmené le verre à sales lèvres lorsque l'ascension de l'alcool fut interrompue par son futur mari, un doigt fin se déposant près de ses lèvres en une barrière protectrice entre l'alcool et sa bouche. Le ton mielleux, qu'elle commençait à associer automatique au bibliothécaire, s'éleva doucement, marquant l’arrivée de celui-ci à ses côtés :

- Fais gaffe, mon moineau, c’est fort comme alcool…

L'interruption de la mise en garde agressa les oreilles de la jeune fille. Malgré la langue incompréhensible, la tendance moqueuse colorant leurs paroles était facilement identifiable, tandis que leurs rires narquois résonnaient dans l’isba. Après un léger échange entre l’anglais et l’un des impudents, accompagné de nouveau par une hilarité partagée par tous sauf la jeune fille, son compagnon reprit de nouveau la parole, le ton restant le même malgré la différence d’intention des mots prononcés, un jeu qu’il semblait aimer jouer depuis leur arrivée dans leur hébergement temporaire. Le bibliothécaire semblait expert en la matière, prétendre et paraître autres choses qu’il était réellement, une habileté qui demandait beaucoup de pratique à maîtriser, mais qui ne semblait plus être un problème pour l’homme. Celui-ci renchérit, utilisant de nouveau sa capacité à masquer le sens réel de ses mots en les couvrant d’un enrobage sucré.

- J’espère que tu tiens bien l’alcool. Je refuse de te porter soûle.

Régnant sur son tempérament, la vipère offrit de nouveau un sourire charmant en réponse aux propos sans douceur réel contrastant avec le miel coulant de la bouche de l’homme. Elle retint les différentes remarques sanglantes que son cerveau lui glissait à l’oreille, préférant éviter de mettre en péril leur prétendu relation en jouant sur des allusions mal placées et suggestions fortement exagérées qu’elle n’aurait probablement pas le contrôle de prononcer tout en gardant un visage rempli de tendresse. Des répliques, inspirées de leur dernier échange du haut de la tour d’astronomie, peuplaient ses pensées, l’envie d’évoquer le lien entre les filles faciles et l’alcool dominant sur les autres. Heather choisit donc le silence, sachant leur situation précaire et préférant d’éviter de mettre de l’huile sur le feu. Une main chaude se déposa sur son dos, une obligation plus qu’une invitation à se lever du divan de cuir qu’elle avait adopté depuis son entrée dans la maisonnée, suivant le mouvement insistant du bibliothécaire. Haussant légèrement un sourcil en questionnement, Heather offrit un sourire timide, mais qui accompagnait parfaitement son petit minois, diluant l'interrogation qui s’était formée sur son visage, un mélange convaincant d’émotions qui, elle espérait, concordait avec leur mascarade. Malgré ses prières mentales, elle se retrouva diriger en direction des hommes, maudissant le bibliothécaire qui la forçait à interagir avec leurs hôtes, et par le fait même, avec son prétendu futur mari.

- T’aurais pas du accepter, ils veulent te bourrer la gueule maintenant.

Les remarques incessantes d’Octave commençaient à tomber sur les nerfs de la jeune fille, la raison de son acharnement inconnue à celle-ci qui tentait, depuis son arrivée, de jouer la comédie qu’il lui avait imposée. Un petit rire coquet s’échappa tout de même de la fiancée qui monta une main à sa bouche, jouant la carte de la jeune femme timide et amoureuse, ses yeux pétillant faussement d’allégresse, tentant d’enfoncer au plus profond d’elle-même son agacement au manque de collaboration du bibliothécaire. Malgré ses bonnes intentions, son exaspération pris le dessus d’elle-même. D’un ton qu’elle voulait remplie de malice et de complicité, elle chuchota doucement, se penchant discrètement vers le propriétaire de la main insistante, posant une de ses propres mains sur son ventre plat.

- Tu n’as qu’à leur dire que je suis enceinte. Le voyage a tellement bouleversé ta pauvre fiancée qu’elle en a oublié Octave junior : quelle erreur fatale cela aurait été que de boire de l'alcool, termina-t-elle d’un ton coulant de reconnaissance falsifiée, utilisant le même stratagème que son compagnon, refusant de laisser cette troisième assaut sans réponse. Bien qu'elle n'avait pas autant de pratique que lui, Heather arriva tout de même à tromper les oreilles des russes, apprenant rapidement en suivant l'exemple offert.

D’un naturel étonnant pour la jeune fille, celle-ci s’éleva vivement sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser, frôlant de ses lèvres la joue de l’homme, dans un moment de tendresse qui aurait fait ricaner la serpentard par son ridicule si elle n’était pas aussi concentrée à maintenir son rôle. Passant près de la table, la serpentard déposa son verre sur la table, n’ayant toujours pas plongé ses lèvres dans l’alcool, se dirigeant vers une chaise, la main dans son dos toujours aussi insistante. Puis, s’aventurant devant l’un des inconnus, la jeune fille se sentie agressée de nouveau, lorsque ce fut son bras, cette fois-ci, qui se retrouva sous l’emprise d’une main énorme, entourant facilement son bras mince. Si ce n’était pas un, c’était l’autre. Une légère grimace se déposa sur son jeune visage, la poignée du russe n’ayant pas été toute en douceur, une inconscience probable de sa réelle force ou simplement la conséquence d’une habitude aux gestes plus brusques que tendres. Sa manche se fit remontée jusqu'à son coude, dévoilant le tout premier tatouage qui avait marqué sa peau de son encre noire, il y a déjà quelques années de cela, sa peau blanche brillant sous la lumière d’une chandelle à proximité, augmentant le contraste des couleurs. Là, sur son bras, d’une clarté vive sous le halo produit par la flamme, était inscrite cette phrase qu’elle avait choisie un après-midi pluvieux lors de l’été de ses quinze ans, un acte de rébellion qu’elle n’avait jamais regretté, malgré la pluie de coups sur son corps frêle que cela avait causée. Elle observa en silence la marque permanente, laissant les curieux discuter entre d’eux de celle-ci, se doutant bien que le tatouage était la raison d’autant d’éréthisme au sein de la gente masculine. Le retour de la langue anglaise attira l’attention de la brunette qui tourna la tête en direction de son prétendu fiancé, celui-ci expliquant que son tatouage avait été associé aux mangemorts, la réelle raison de l’excitation environnante, demandant par le fait même la raison derrière celui-ci.

- C’est une phrase : All that you have is your soul. C’est une sorte de rappel, un aide-mémoire... , la jeune fille laissa sa phrase en suspend, hésitant à en dévoiler plus sur elle-même à cet homme mystérieux, la méfiance toujours en arrière plan dans son esprit, affectant ses actions à chaque instant, mitigée entre siffler un mensonge bien cousu ou livrer une partie de la vérité.

Finalement, Heather haussa nonchalamment d’une épaule, sachant que ce qu'elle révélait n'offrait rien de bien révélateur sur sa personne, et rajouta, sachant que rien de critique ne serait avoué,je voulais cacher une vieille cicatrice qui n’a jamais disparue. Mais bon, à la fin, tu racontes ce que tu veux, que c’est une phrase déclarant mon amour pour toi. C’est assez émotionnel pour toi mon chéri ?

Suivant l’explication donnée par Octave, le bras de la serpentard fut finalement libéré, celle-ci baissant de nouveau rapidement sa manche relevée, cachant son tatouage des yeux intéressés. Concentrée à replacer son vêtement, elle fit un pas de recule, heurtant par inadvertance son futur mari qui se trouvait près d’elle. La collision entre les deux, un rappel ironique de l’inadvertance qui les avait propulsé en Russie, délogea l’arme blanche qui était restée cachée depuis leur arrivée, l’envoyant au sol dans un bruit retentissant. Un silence de glace tomba sur la pièce, tous les yeux s’étant tournés vers le couteau, oubliant pour une première fois la brunette depuis leur arrivée impromptue. L'un des hommes s'était levé de sa chaise, faisant tomber celle-ci vers l'arrière, une mixture de surprise et méfiance s'étendant sur son visage robuste et poilu, réaction qui fit reculer d'un pas la vipère qui s'approcha quelque peu de l'homme précédemment armé. Heather sentit ses sourcils s’élever de surprise à la vue qui s’offrait à elle et lança un coup d’oeil furtif en direction du bibliothécaire qui n’arrêtait plus de la surprendre, une information de plus s’ajoutant au mystère de l'origine première de leur aventure. Le troisième homme prit finalement la parole, brisant pour la première fois le silence qu’il avait gardé jusqu'à présent :

- Mais qu’est-ce que tu fous avec ça ?

Heather entendit la suspicion aussi clairement que si la question avait été posée en anglais, se questionnant sur les mots prononcés d'un ton méfiant. À ce moment précis, elle aurait tout donné pour comprendre l’échange qui se déroulait devant elle, se contentant d’observer Octave et l'échange qui ne serait tarder entre lui et les trois autre hommes.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?


Dernière édition par Heather Ivy Trown le Lun 25 Sep 2017 - 4:39, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 12 Sep 2017 - 19:33

- Tu n’as qu’à leur dire que je suis enceinte. Le voyage a tellement bouleversé ta pauvre fiancée qu’elle en a oublié Octave junior : quelle erreur fatale cela aurait été que de boire de l'alcool.

Il avait senti cette remarque l’ancrer dans la réalité presque physiquement. Miss Trown ne s’était pas lancée en connaissance de cause, et Octave savait le propos destiné au cynisme dans le but de le troubler, ce qui était réussi, car les mots dégoulinèrent en son être tel un magma glacé. Il ne savait trop si c’était l’association des mots qui l’avait pétrifié, ou leur illustration d’une main posée sur un ventre présentement plat, mais empli d’expectations. Cependant cette idylle, poussée ainsi à son paroxysme, le frappa avec l’amertume du chagrin. Intérieurement, il se laissa d’abord surprendre par la vague, avant de la maîtriser, se rendant compte du désintéressement que la mise en scène mettait dans la supposition grotesque, bien que potentiellement réelle, d’une paternité en devenir. Ce n’était que de l’humour ! Et puis, il avait déjà supposé que Miss Trown puisse-t-être sa fille, non ?

Octave avait été témoin et le principal concerné de ce qu’une mauvaise influence maternelle pouvait causer comme destructions. Sa propre relation avec sa mère était d’une telle perversion viscérale qu’elle l’effrayait. Son ressentiment était bien banal, pour ne pas dire populaire, comme tous ces gens qui avaient peur de l’hérédité, pensant que le mal se transmettait comme une maladie, et peut-être avaient-ils tous tort de s’imaginer cela. Mais il savait les ravages que son caractère pouvait faire sur les gens, ainsi que son incapacité par moments à filtrer les comportements que son éducation rigide lui avait imposées. Ceux-là se répercuteraient sur l’enfant qu’il n’aurait jamais et en feraient un autre inadapté, rongé par des contradictions qui le rendraient déséquilibré sous tous rapports. Octave reconnaissait volontiers qu’il ne savait pas grand-chose de la famille lambda et des habitudes qui rythmaient sa journée, ce qui le condamnait foncièrement à reproduire le même schéma que le sien, à plus ou moindre échelle délétère. Chargé de ce postulat, il ne songeait jamais à sa paternité éventuelle, ou avec amertume, sans être capable de réellement en plaisanter car cela, finalement, allait bien au-delà de sa simple reproduction. Il reconnaissait que sa branche était pourrie. Il savait au fond que sa cause était perdue, qu’il survivait par miracle, tenant en précaire équilibre sur les béquilles qu’il s’était ficelées, mais ne souhaitait cela pour personne d’autre. Raison pour laquelle il lui était plus facile de s’imaginer en charge d’une adolescente déjà bien bâtie et pétrie de ses propres vices, plutôt qu’une femme enceinte de l’enfant innocent qu’il allait immanquablement décevoir, si ce n’était l’enraciner dans toute une tripotée de pathologies morbides. Ce rejet catégorique de la parenté lui plombait les entrailles à chaque fois, comme s’il niait l’existence d’une telle éventualité, car cela le renvoyait à l’opinion qu’il avait de soi et la réalisation que malgré tout ce qu’il voulait se faire croire, il ne s’aimait pas autant qu’il en donnait l’impression. Il était peut-être parvenu à faire la paix avec soi-même, mais cela ne voulait pas dire qu’il avait fait la paix avec le monde l’entourant, ni que ça faisait de lui quelqu’un de bien. Raison pour laquelle il fut d’abord incapable de considérer la plaisanterie acerbe de Miss Trown avec l’humour et le dédain que cela méritait, finissant simplement par confesser :

« Je ne suis pas capable de jouer ce rôle-là. »

Plus pour lui-même d’ailleurs que pour quiconque, cet aveu d’incompétence faisant raisonner en lui une multitude de manquements qu’il se sentait incapable de combler. Il l’avait soufflé lorsque sa prétendue fiancée était montée sur la pointe des pieds pour lui effleurer la joue de sa bouche ourlée, ne sachant pas si elle l’avait entendu. Et de toute façon, ca n’avait pas une très grande importance, car il parvint à muer les engelures de son visage en contrariété matrimoniale, esquissant un sourire un peu navré face aux bêtises que lui racontait en anglais sa future femme. A vrai dire, on le bousculait ainsi souvent par hasard, sans en avoir conscience et sans le remarquer la plupart du temps. Alors il avait pris l’habitude de considérer ces soudains plongeons aveugles dans sa fragilité comme des hasards qui ne méritait pas que l’on s’y attarde. Au moins, la jeune fille s’était-elle ravisée, passant de la bouche prête à se soûler vers une abstinence mesurée. Il avait ça de moins sur la conscience. Quand bien même quelqu’un avait remarqué son changement de ton ou ses murmures, toute l’attention fut vivement éprise par le bras de sa jeune épouse.

- C’est une phrase : All that you have is your soul. C’est une sorte de rappel, un aide-mémoire...

Octave traduisit le propos comme il le pouvait, sachant déjà que le groupuscule y trouverait un aspect biblique appréciable, qui lui éviterait d’autres explications, le tatouage parlant pour soi. Car pour rajouter une couche de paradoxe à ce pays, les russes, même ceux dotés de magie, demeuraient excessivement spirituels. Ou comme Octave aimait à plaisanter : ils étaient très pratiquants, sans croire en rien. Malgré ça, ils aimaient le symbolisme religieux et les manifestations platoniques. Et effectivement, il entendit Van pousser un « oh » compréhensif et satisfait. Alekseï fit un discret signe de croix orthodoxe sur sa poitrine avant de baiser son pouce du bout des lèvres. A tous les coups, il avait la petite croix sur la poitrine. Octave se recula, laissant les russes observer encore un dernier instant le bras de Heather, se pâmant sur son sens, qu’ils soupçonnaient réfléchi et symbolique.

« Profonde, ta copine.
- Très. » Commenta moqueusement Octave, sans savoir exactement s’il s’agissait d’un sous-entendu quelconque, et ils échangèrent un énième gloussement chargé en testostérone.
« Tu vois, j’t’ai dit que l’Seigneur il tatoue pas des filles dans l’genre.
- Ca veut dire quoi, « des filles dans l’genre » ? »

Et tandis que Van et Alekseï se mirent à discourir sur les qualités de Miss Trown, Octave eut un regard perçant à son égard. Pour recouvrir une cicatrice, hein ? On n’apprenait pas au singe à faire la grimace et il reconnut immédiatement la langue de bois, d’autant que la jeune fille ne répondait à sa question qu’à moitié. Il souleva un sourcil, faisant mine d’écouter la discussion des deux gaillards, qui palabraient maintenant sur les Mangemorts qu’ils avaient vu dans la région, et s’il y avait eu des femmes ou des enfants parmi eux. Son esprit s’attarda sur l’once de sincérité qu’il avait repérée : un rappel, un aide-mémoire. Il était certain qu’il ne s’agissait pas d’une évocation religieuse ; une manière de s’évader d’une souffrance physique ? Le corps peut mourir, tant qu’il y a l’âme ? Peut-être un jugement moralisateur, sur le fait que justement, tout ce qui restait à l’être humain, c’était ses principes, sa bonté de cœur, et ce genre de mièvreries ? Toutefois, ces deux explications étant radicalement opposées dans leur interprétation conceptuelle, Octave laissa la question en suspens.

« Tu vois que ce n’est pas une Mangemort, c’est juste une citation sentimentale. » Poursuivit-il finalement à l’attention de Van, qui relâcha enfin le bras de la jeune femme, ne comprenant de toute façon pas l’écriture dans laquelle était faite la citation en question.
« Montre tes poignets alors, si ca s’trouve, c’est toi le Mangemort ! »

C’était justement pour ce genre de situation qu’Octave refusait d’appartenir à une quelconque organisation. C’était diablement compromettant dans un univers qui fonctionnait sur un mélange sordide entre la confiance aveugle et la suspicion outrancière. Mais ce qu’ils appréciaient, c’était la loyauté. Le bibliothécaire s’était retourné vers Alekseï, prêt à faire démonstration de ses bras virginaux, lorsque sa jeune épouse le percuta dans un air de déjà-vu. Retrouvant l’équilibre, il tourna vivement la tête pour constater la coupable, rassuré que ce ne fut pas une tentative de le neutraliser, déjà prêt à plaisanter. Cependant, dans la foulée, il sentit presque au ralentit son couteau se décrocher sur une sangle lâche, le fourreau se renverser sous lui-même et l’élan prodigué par la maladresse de Miss Trown, avant de basculer. Le bruit métallique raisonna comme un gong, taisant par sa vibration la légère agitation conviviale qui était finalement parvenue à se créer. Tout le monde s’était figé, attendant une explication formelle sur la présence d’un tel élément entre les mains d'un homme qu’ils avaient cru sans défense. Avant qu’il ne puisse trouver l’équilibre égal entre mensonge et vérité, Barras se leva, attirant cette fois tous les regards vers lui et sa chaise au sol.

- Mais qu’est-ce que tu fous avec ça ?

La surprise de l’étudiante ne lui échappant pas, Octave s’avança pour concentrer l’attention sur lui plutôt que sur Heather, la cachant à moitié dans son dos. Mais au lieu d’adopter une posture protectrice entre sa fiancée et l’autre Bouriate, il s’avança simplement pour récupérer son arme blanche au sol, l’air de rien, avec une gestuelle suffisamment déliée pour ne manifester aucune gêne, ni embarras.

« Comment ça, qu’est-ce que je fous avec ça ? » Répondit-il en se redressant, tenant précautionneusement la lame entre ses doigts. « Tu me demandes ça alors que vous refusez de sortir en dehors du village pendant la nuit ? » Il posa le couteau sur la table, à côté des autres assiettes et couverts, sachant parfaitement que remettre l’arme dans son fourreau ne serait pas une bonne idée, dans la mesure où tout le monde était maintenant au courant de sa supériorité matérielle, ce qui ne manquerait pas de jeter une couche de tension inutile. Chose qu’Octave voulait éviter, abandonnant l’unique ressource qu’il lui restait à la vue de tous. Négligemment, il haussa des épaules, contemplant sa possession avant de diriger son regard vers Barras pour voir s’il était parvenu à le convaincre. Il ne sut cependant pas dire si le Bouriate s’était contenté de cette explication, ou si son air timoré était l’expression naturelle de son visage ravagé par la vérole. Pour s’en assurer, il rajouta une couche, adoptant un ton qui ne cherchait pas à se justifier, se faisant même réticent, comme s’il regrettait son choix, reconnaissant un trop grand zèle :

« Je me suis dit que ça pouvait être utile, justement dans le cas où je me retrouverai sans baguette ou… je sais pas. »
Ce fut Alekseï qui renchérit en premier, voyant le manche du couteau :
« T’as fait l’armée ?
- Non ! Dieu m’en garde.
- Tu l’as choppé où alors, ce couteau de combat ?
- Ben, sur la Place Rouge, à Moscou. Ils en vendent entre les t-shirt à la gloire de Staline, les bouteilles de vodka et les matriochka. »

Ils parurent satisfaits de sa réponse, la question étant clairement un piège. Un piège inconscient d’ailleurs, la mauvaise réponse ne pouvant être qu’un malencontreux pressentiment, plutôt que des propos concrets. Eux aussi, étaient comme la plupart, essayant de pointer du doigt dans le ciel en espérant atteindre le paradis, sans le reconnaitre lorsqu’ils le touchaient néanmoins. Sachant qu’il était essentiel de vite changer le sujet, Octave se retourna vers sa concubine d’infortune, l’air attendri face à une Miss Trown tassée sur elle-même. Sur le moment, il avait emmagasiné envers elle assez d’agacement pour se répandre en une nouvelle salve sarcastique, la mitraillant comme un allemand sur la frontière polonaise en quarante-cinq, mais se ravisa. Il ne manquait plus qu’il se mette à lui foutre la pression, alors qu’elle se comportait déjà comme un chat maltraité en permanence. A la place, il esquissa un sourire velouté du bout des lèvres, imitant  la parfaite dévotion, tandis que l’une de ses mains remontait très doucement vers le visage de la jeune femme. D’une phalange unique, il caressa le duvet de la joue féminine comme s’il touchait l’aile d’un papillon, avec douceur et délicatesse.

« Pauvre moineau, elle s’est faite peur toute seule. » susurra-t-il en russe, entendant la réaction attendue dans son dos, à savoir une tripotée de rires de ventre. Malgré cela, sa complaisance fut dénuée de toute moquerie, son sourire s’accentuant en légères fossettes tavelant son visage. Pour ne pas que Heather reste à la traine, il commenta sa tendresse en anglais. Il avait tendance à la moquerie facile, lui qui était habitué à tant, oubliant presque que, si lui brassait l’eau avec la tranquillité d’un poisson, l’étudiante y gesticulait comme une noyée. Et plutôt que d’accabler la Trown, il préféra en rire lui aussi : « Décidément, tu me désarmes… » Dit-il, le regard pétillant.


«  Avec un couteau pareil et des manches aussi longues, c’est peut-être toi le Mangemort, mh ? »
Pour la deuxième fois, ce fut Barras qui l’apostropha. Mais avant que le concerné n’ait pu répondre, spécifiant ainsi que c’était une question rhétorique, mais surtout que sa méfiance n’en était pas moins endormie, le Bouriate enchaina :
« Pourquoi t’es venu avec ta copine alors ? Qu’est-ce que tu cherches ?
- Des cendres de dragon. On veut les compresser pour en faire un diamant et…
- Pourquoi ici ? Y’a pas de dragons ici.
- On m’a dit que je pouvais trouver des cendres chez un apothicaire… spécial. Il habiterait dans les montagnes, mais je ne sais pas exactement où.
- Quel apothicaire ? Y’en a plusieurs.
- Dimitrov.
- Dimitrov est mort. »

Barras lui décocha son regard en flèche, arc tendu en direction du bibliothécaire dont il sondait la sincérité, après qu’il eut soutenu son libouret de questions. Octave avait pris soin à ne pas répondre trop vite, mais sans réfléchir à outrance non plus. Il ne le déçut d'ailleurs pas, ses sourcils se soulevant dans la surprise comme il le fallait, ne soutenant l’émotion qu’une seconde emplie de spontanéité. Puis il eut l’air dépité, ne sachant pas comment réagir, bredouillant quelque chose du bout des lèvres. Merlin, mort ? Mais quelle horreur, comme je vais dire ça a ma fiancée ? Comme s’il n’était pas au courant tiens… Poussant le bouchon encore plus loin, Barras précisa l’inutile à priori, creusant le piège :

« Des gars disent qu’il est mort de la main d’un Mangemort. Rogue. Tu le connais, ce Rogue ? » Demanda-t-il a Octave et, sans attendre de réponse, car il avait compris le point faible potentiel dans cette histoire, il tourna sa tête vers Heather, se saisissant du couteau que le bibliothécaire avait laissé à table pour le soupeser. Consciencieusement, il articula dans un anglais approximatif, qui montrait ses limites dans cette langue tant dans l’expression que la compréhension, sa menace voilée : « Hezer… do you know Severus Rogue ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Jeu 14 Sep 2017 - 2:37

Depuis leur arrivée, les répliques de son prétendu mari avaient été remplies de sarcasme dissimulé sous un ton tendre, de sous-entendus sur son caractère et ses habitudes. Malgré leur situation précaire, le bibliothécaire semblait s'en prendre à coeur joie, profitant de l'incompréhension de l'anglais par leurs hôtes russes pour glisser des phrases contrastant sans fin avec le timbre de sa voix qui se voulait charmant. Chaque petit surnom rempli de fausse douceur qu'il ajoutait ici et là ne rendait que les paroles de l'homme plus agaçantes, venant chercher la jeune fille dans son plus profond intérieur. Les rires grossiers des autres mâles ne rendaient que leur aventure plus irritante aux yeux de Heather, ayant vite réalisé que la plupart des ricanements suivaient généralement une réplique en russe de son fiancé, probablement à ses dépens, si les coups d'oeil qu'on lui lançaient était un indicateur un tant soit peu fiable. Malgré le peu de temps qui s'était écoulé depuis leur accueil au sein de l’isba, la serpentard avait déjà subi plusieurs gestes irrespectueux, démonstration évidente du manque de classe de leurs hôtes, et le tout accompagné par une inaction incontestable de l'homme qui devait prétendre l'aimer. Ce dernier préférant jouer sur ses nerfs que de l'aider à se sortir de ce puzzle qui préoccupait son cerveau à temps plein. Après tout, prétendre d’être amoureuse était déjà un énorme défi pour la jeune Trown, mais cela devenait une toute autre mission lorsqu'on y ajoutait des répliques teintées d'ironie, mais énoncées avec le plus beau des sourires. Heather n'était pas une fille patiente, au contraire, réagissant normalement aussi rapidement que l'éclair lorsque attaquée, préférant être en position de force que de faiblesse. Malgré ce côté d'elle, la vipère s'était tut, préférant garder la bouche fermée que de causer une erreur qui complexifierait leur nuit déjà plus qu'elle ne l'était déjà. Ce fut probablement l’accumulation de tous ses faits ou tout simplement son caractère froid et direct qui l'emmena à jouer le même jeu que l'homme, le peu de patience qui lui restait s'étant évaporé, oubliant volontairement de garder le silence, celui-ci étant beaucoup plus sage considérant le contexte. La couleuvre avait décidé de joindre l'utile, en offrant une excuse parfaite sur l’absence d'alcool dans son système, à l'agréable, en lançant une réplique qui, à son tour, coulait de sarcasme. Inspirée par le bibliothécaire, elle avait accompagné ses dires d'un sourire charmant et d'un léger baiser sur la joue, s'assurant de masquer la réalité de ses mots par des actions contradictoires.

- Je ne suis pas capable de jouer ce rôle-là.

Ce fut peut-être sa trop grande concentration en sa comédie, ou encore la tendance apparente de son futur mari à ne jamais rien dévoiler, qui fit que la vipère se demanda pendant l'instant d'un moment si elle avait rêvé les paroles qu'elles venaient d'entendre. Celles-ci avaient été simplement chuchotées, mais elles aurait pu être hurlées que cela n'aurait fait aucune différence tant la véracité des mots était d'une sincérité ahurissante. Elle s'était retenue de peine et de misère à lancer un regard furtif vers l'homme en question, ne sachant pas si cela avait été dans les intentions de ce dernier de mentionner ce fait à voix haute, ayant compris rapidement qu'il faisait référence au rôle d’un père qu'une fiancée enceinte aurait emmené. Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés entourés d’inconnus, le bibliothécaire avait adopté un ton neutre, sans fausse tendresse ou sarcasme dissimulé, un ton tout simplement normal qui jurait avec le comportement qu'il démontrait depuis la création de leur subterfuge. Heather avait retourné la phrase plusieurs fois dans sa tête, d'un sens comme de l’autre, décortiquant chaque mot dans une tentative d'y trouver la signification réelle qu'il avait voulu en faire. Était-ce une référence à un amour passé qui s'était mal fini, le privant ainsi de tout espoir futur qu'un petit être serait mis au monde portant ses yeux et sa belle chevelure ? Ou encore pire, avait-il déjà été en compagnie d'une femme portant son enfant et celui-ci, suite à des conséquences dramatiques qui seraient survenues, n'aurait jamais vu le jour, brisant le coeur du futur papa de façon définitive ? Une dernière théorie s'était aussi présentée à l'esprit de la jeune fille, mais celle-ci avait refusé d’y porter trop attention, n'ayant pas le courage de s'aventurer dans cette possibilité qui lui aurait rappelé beaucoup trop elle-même. Après tout, elle savait de source sûre que certaines personnes étaient tout simplement prédestinées à être de mauvais parents, à offrir le mauvais exemple sur de multitudes de facettes, n’ayant aucune idée de la différence entre ce qui était bien et ce qui était mal, ou que pour ces personnes, l’amour pour un enfant ne venait tout simplement pas naturellement pour eux. Heather savait qu’elle était l’exemple parfait d’une enfance ratée, résultante directe d’un parent incompétent et sans valeur morale qui avait créé la jeune fille qu’elle était aujourd’hui, soit une femme froide, cynique et méfiante. Mais surtout, un enfant blessé et meurtri qui regardait la vie négativement, empreinte permanente qu’elle n’arriverait jamais à retirer d’elle-même. Au final, la vipère était au courant qu’elle ne saurait jamais la réelle raison, mais cela ne l'avait pas empêché de retirer la main déposée sur le dessus son ventre, laissant celle-ci se glisser doucement à ses côtés.

La suite des événements avait été un chamboulement rocambolesque de péripéties. Les russes ayant tout d'abord cru que la vipère faisait partie des mangemorts, une théorie hautement ridicule et sans fondement réel, pour ensuite, exposer des gestes religieux à n’en plus finir suite à l’explication de son futur mari sur le tatouage qui couvrait une minime partie de son avant-bras. Pendant un instant, la couleuvre s’était demandée si les hommes, devenus soudainement l’exemple même de la spiritualité, allaient lui verser de l’eau bénite au visage, dans un remerciement additionnel au ciel. Mais le comble des rebondissements avait été sans aucun doute l'apparition de l’arme blanche dissimulée de son prétendu fiancé, causant toute une réaction de la part de leurs hôtes qui s’étaient alarmés à la vue du couteau de chasse étendu au sol. La vue de la jeune fille fut rapidement obstruée par le dos d’Octave qui s’était glissé entre elle et l’arme, attirant efficacement toute l’attention sur lui-même, s’avançant d’un air sûr, mais non menaçant, vers l’objet coupable d’autant de réactions. Aux yeux de la jeune Trown, son compagnon semblait en contrôle de la situation, son langage non verbal étant la définition même du calme et de l’assurance. Ce dernier était justement absorbé dans une discussion rapide avec l’homme aux tendances quelque peu perverses, répondant facilement aux questions incompréhensibles. Profitant du silence qui venait de se déposer sur la foule, le prétendu futur mari se tourna vers la demoiselle, s’approchant d’elle tel un chat ayant aperçu une souris trottinant non loin, un sourire s’étirant sur ses lèvres qui angoissa quelque peu Heather, s’inquiétant de ce qu’il pourrait bien lui sortir ce coup-ci. Un doigt fin frôla sa joue, un geste tendre et indulgent qui fit frissonner la jeune fille en réponse. Le bibliothécaire chuchota ensuite une phrase en russe, brisant le silence qui s’était déposé, des rires gutturaux explosant, tandis que la jeune fille sentit la frustration montée en elle, sachant sans avoir besoin de comprendre qu’elle était une fois de plus la source de leur rictus. Le sourire de son compagnon forcé s’étira un peu plus, alors qu’il prononçait, cette fois-ci, des paroles en anglais, seule langue que la vipère comprenait.

- Pauvre moineau, elle s’est faite peur toute seule.

Bien au fait que son visage était masqué par celui de l’homme, Heather leva les yeux au plafond, signe précurseur de l’irritation qui montait en elle. Après cette excursion au froid, la couleuvre était certaine que si une personne osait utiliser le mot moineau pour la décrire, elle ne serait pas responsable des gestes qu’elle poserait en réfutation. Remarquant le regard pétillant, Heather comprit qu’elle n’était toujours pas sortie du bois et attendit la prochaine réplique, celle-ci ne tardant pas à sortir des lèvres de son interlocuteur.

- Décidément, tu me désarmes…

Malgré son mécontentement, la jeune Trown ne pu empêcher le petit sourire en coin qui s’étira sur son visage, bien qu’elle tenta de le masquer sans succès, pinçant légèrement les lèvres dans sa tentative, le jeu de mot l’ayant joliment prise par surprise. Elle s’étonna de nouveau de la facilité à laquelle le professeur pouvait passer de la moquerie à la gentillesse, seule constante dans son comportement depuis leur première rencontre au château. La voix de l’un des russes brisa le sourire de la vipère, reconnaissant facilement ce ton et le côté négatif de celui-ci, la méfiance étant palpante au sein de l’homme revêche. Le visage de l'interrogateur improvisé ne semblait pas migrer vers un air de confiance, malgré l'échange entre les deux individus, le ton du bibliothécaire toujours aussi calme, comme si rien d'extraordinaire n'était survenu dans les dernières minutes. Se fiant à son instinct, la vipère remis en place un visage illisible, retirant impeccablement toute trace d’émotions futiles, suivant aux meilleures de ses capacités le jeu qu’Octave scénarisait au fur et à mesure du déroulement des événements qui n’en finissaient plus de s'enchaîner. Heather suivit du regard l’échange, regardant à tour de rôle l'individu qui prenait la parole, lorsqu’un nom familier résonna dans la pièce. Avait-il bien dit Rogue ? Le russe hargneux attrapa ensuite le couteau oublié, pointant celui-ci vers les deux anglais, son visage tourné vers la jeune fille qui se tendit à la vue de l’arme blanche.

- Hezer… do you know Severus Rogue ?

La serpentard se força à rester calme. Elle avait deviné depuis son arrivée que le subterfuge de leur identité avait été formé pour une bonne raison, bien que cette dernière restait une énigme, une pièce additionnelle s’ajoutant au puzzle qu’était l’expédition planifiée du bibliothécaire. Heather quitta des yeux l’arme, plongeant son regard dans celui du russe, son visage adoptant une air de questionnement convaincant, celui-ci étant authentique dans sa nature. Après tout, bien qu’elle connaissait évidemment ce nom et la personne le portant, celui-ci ayant été le directeur de sa maison pendant six ans avant de devenir le directeur de Poudlard, la serpentard se questionnait sur la raison pour laquelle son nom ressortait ici, au milieu de nulle part, dans un petit village agriculteur de la grande Russie. Plusieurs idées assaillirent son esprit : Est-ce que le directeur de l’école était lié au voyagement du bibliothécaire dans ce pays froid ? Était-ce une possibilité que son compagnon forcé soit un mangemort ? Ou non vraisemblement, est-ce que tout ceci était une simple coïncidence des plus farfelus ? La serpentard retient l’envie prodigieux de lancer un regard à Octave, sachant que cela ne compliquerait que la situation. Le retour de l’arme blanche n’était pas un revirement de situation qu’elle avait envisagé, se demandant si l’homme pointait celle-ci afin de soustraire la vérité de la demoiselle ou parce que le nom de Severus Rogue était associé aux mangemorts. Gardant l'expression remplie d'interrogations sur son visage, Heather répondit finalement au possible assaillant, ajoutant une touche d’étonnement à son timbre de voix et secouant la tête en même temps :

- Non… jamais entendu parler.

Animée par son instinct, elle s’approcha doucement de son faux fiancé, enroulant un bras autour du sien et leva un regard curieux vers son visage, l’exemple même de l’innocence, laissant une pointe de frayeur transparaître dans ses mouvements.

- Mon amour, tu le connais toi ce…

La vipère hésita, fronçant légèrement les sourcils, signe qu’elle cherchait un mot particulièrement difficile à ce souvenir, avant de terminer sa phrase d'un ton incertain :

- … Serevus Road ?

Du coin de l’oeil, la serpentard remarqua l’homme armé baisser de quelques centimètres l’arme vers le sol, ne quittant jamais du regard les deux tourtereaux, un doute commençant à s’afficher sur son visage disgracieux. Les deux autres russes, qui étaient restés silencieux jusqu’à présent, s’étaient exclamés de rire, reconnaissant la destruction du nom du mangemort comme étant une preuve infaillible que la petite demoiselle ne connaissait pas le prétendu meurtrier, se moquant par le fait même de la vipère et son incapacité à se souvenir d’un nom qui venait à peine de lui être prononcé. L'homme qui les avait accueilli donna une frappe amicale, mais robuste, sur l'épaule de l’assiégeant, un deuxième rire se formant dans le creux de sa gorge.

- Tu vois bien qu'ils sont inoffensifs. Enlève-nous ça de devant la figure, dit-il en russe, faisant un geste approximatif de sa grosse main en direction du couteau que l'assaillant tenait toujours d'une poigne ferme.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Sam 16 Sep 2017 - 0:19

Bon franchement, c’était bien joué. Ca lui brisait le cœur d’avouer ça, mais le Bouriate en bout de table avait tout compris et la mauvaise mine qu’il affichait n’était qu’à l’égale de sa méfiance. Après avoir apprécié l’astuce de leur agresseur, Octave fut dans l’immédiat accaparé par le problème que ce type de diablerie pouvait leur poser. Sans sa participation, qui plus est, car la question avait été posée expressément à Miss Trown, et ce dans une langue qu’elle pouvait comprendre. Bien avant qu’elle ne se décide à ouvrir la bouche, il songeait déjà aux différentes façons de contrer les conséquences. Parce qu’il était certain que quoi qu’elle puisse lui répondre, le contenu ne satisferait en rien le Bouriate. C’était l’une de ces question piège qui étaient formulées avec tant de mauvaise foi qu’on ne pouvait que faillir. La question était maintenant de savoir quelle était l’option la moins périlleuse. Mais sa pauvre futur épouse avait déjà du mal à contenir sa colère, alors ne parlons pas d’un mensonge structuré et mise en scène de sorte à convaincre un éternel méfiant et non un adulte vaguement irrité. La situation présentait une kyrielle de divagations les uns plus vicieux que les autres. D’abord, Rogue. Pourquoi Rogue ? Soit Barras guettait une quelconque réaction, suivi d’un mensonge bien entendu, mais qui serait suffisante pour qu’il puisse distinguer ledit mensonge. Car si les deux intrus n’étaient pas là pour leur histoire de dragon, mais précisément pour l’affaire de Dimitrov, l’évocation de ce nom devait probablement produire un quelconque tressaillement de paupière. Dans cette immense étendue déserte qu’était la Sibérie, personne ne venait par hasard, et les évènements du microcosme avaient leur lien particulier, immanquablement. Soit, Barras s’attendait à ce que, en tant que britannique, la jeune femme devait absolument connaitre ce nom, passablement popularisé depuis son ascension professionnelle pour le moins dramatique, puisque très shakespearienne. Assassin de Dumbledore, rien que ça ! Et même dans le premier cas, si Severus Rogue ne disait rien à Heather en tant que visiteur assidu de la profonde Russie ou potentiel meurtrier d’un certain apothicaire, elle devait au moins le connaître en tant que Directeur de Poudlard, non ? Elle était bien jeune après tout… Si même ici, à Ulyu on était au courant de ça… Enfin, il y avait prescription avec un membre de la confrérie dans les rangs de l’isba.

En attendant, le bibliothécaire aborda le visage bien connu et pourtant si peu utilisé du désarmement démuni. Avec anticipation néanmoins, il se tourna vers sa « Hezer », découvrant avec soulagement qu’elle offrait un étonnement convaincant, égal au sien. Ils étaient donc là, deux explorateurs pris au dépourvu par… Par quoi d’ailleurs, Miss Trown ? Son engrenage aussi, avait dû se mettre en route en même temps que le sien, le silence latent s’expliquant non pas par la question, mais par la présence du couteau dans la main de l’officier de la Stasi.

- Non… jamais entendu parler.

Octave crut entendre l’écho d’un cri quelque part. Probablement que son entendement était en train de mourir à l’arrière de son crâne en exhalant son dernier souffle de vie. Et puis pour le coup, ce n’était même pas la peine de rattraper quoi que ce soit, parce qu’à part pour le Grecque, et quelques autres exceptions très rares dans des langues inconnues, on spécifiait la négation par à peu près le même assemblage de lettres. Malgré la liquéfaction de ses organes internes, Octave sut parfaitement jouer le type que cette réponse n’étonnait pas pour un poil. Parce que sa dulcinée ne savait pas lire en fait, donc elle ne pouvait pas consulter les journaux, donc elle n’était au courant de rien. Et de toute façon c’était une gourgandine, hein. Qu’est-ce qu’on peut attendre de la part de gourgandines, qu’elles soient au courant du génocide rwandais ? Non, bon. Lui donner le bénéfice du doute ? Peut-être qu’ils ne connaissaient pas tous Severus Rogue, là-bas, en Grande-Bretagne, qui sait. Pour le coup, Octave eut un peu du mal à juger ce rebondissement, qui fit lever un sourcil dubitatif même à Barras. Bah, ces filles, trop occupées à faire chauffer le compte Gringotts de leurs futurs époux plutôt que de s’intéresser  à la politique ou aux affaires internes du pays, hein… Et puisque Miss Trown était prédestinée au métier de peintre, elle en remit une couche en enlaçant le bras de son Lancelot :

- Mon amour, tu le connais toi ce… Severus Road ?

Dites donc, qu’est-ce qu’elle imitait bien la vacuité cérébrale, cette petite. Octave laissa son bras pétrifié là où il était, branche morte sur laquelle s’enroulait son petit serpent, et la regarda d’un air un peu navré. L’avantage dans tout ça, c’est que la seule personne qui était véritablement au courant de quoi que ce soit, c’était Octave lui-même. Alors, s’ils décidaient de torturer la petite Heather pour qu’elle leur dévoile ses mystères, elle n’aurait rien à leur raconter de concluant. Ou pas suffisamment en tout cas. Donc sur le sujet, elle pouvait jouer l’ingénue autant qu’elle le désirait que ça ne choquerait personne, car la vérité n’était pas très éloignée du mensonge qu’elle tisserait. A juste titre exaspéré, il soupira légèrement avant de contempler sa jeune épouse du haute de ses paupières mi-closes :

« Severus Road, non, mais tu devrais connaitre un certain Severus Rogue, c’est quand même l’assassin de Dumbledore. Je pesais que t’étais plus alerte que ça quand je t’ai fait ma demande en mariage. » Après quoi il releva ses yeux fatigués vers Barras et commenta en russe d’un ton délié : « Elle dit que non, mais tu aurais peut-être dû préciser ‘’directeur de Poudlard’’, ou spécifier l’une de ses autres fonctions qui ont participé à sa… gloire. Tout le monde le connait d’une façon ou d’une autre, non ? Quand bien même il ait assassiné ce Dimitrov, quel rapport avec nous ? »

Il n’était pas certain que son idée tienne ses promesses, mais l’effet escompté ne tarda pas à suivre car le Bouriate sembla ne pas vouloir éclaircir davantage la lanterne du bibliothécaire à ce sujet. Il n’avait mis un pied dans cette discussion qu’avec l’intention de piéger les intrus, non pas pour raconter un ragot en long et en large à ceux qui n’en savaient rien. En guise de défi supplémentaire, Octave releva la tête, rouvrit ses paupières et fit briller ses yeux, mêlant franche curiosité et naïveté joviale.

« Tu vois bien qu'ils sont inoffensifs. Enlève-nous ça de devant la figure.
- C’est un truc soviétique ça. » Commenta Van, « Comme tous les Russes étaient communistes à l’époque, y croit que tous les Anglais se trimballent avec la marque des ténèbres sous l’bras. Tu ne nous as toujours pas montré tes paluches, d’ailleurs, l’ami ! »

Ce fut dit sur le ton de la plaisanterie, plus pour se moquer de Barras que par réel intérêt, bien que le refus d’Octave aurait tout de même amené une suspicion latente. Ce pourquoi, un sourire serré aux lèvres, se libérant de l’étreinte de sa douce, il remonta les manches de son pull noir jusqu’aux coudes, lentement, comme s’il leur faisait un numéro d’effeuillage, gardant un suspens inutile, mais bienvenu pour la comédie, jusqu’au bout. Finalement, dramatiquement, il retourna ses avant-bras vers le plafond, dévoilant à la vue de tous le blanc laiteux et granulé de ses mains, constellées par des cicatrices plus blanches encore, qui s’effilaient en étoiles filantes le long de sa peau. Elles descendaient jusqu’à ses poignets et remontaient plus haut que les manches retroussées de son pull. Leur histoire semblait profonde, mais la guérison bien faite ne leur laissait d’existence que de fins traits ivoiriens, parfois rosés, et qui ne bronzaient pas. Pourtant, la translucidité relative de la peau n’atteignait jamais les racines de ses cicatrices, évoquant des coups de couteau portés jusqu’à l’os.

« Tu t’es battu avec un coq ou quoi ?
- Avec un chat… » Plaisanta-il en lorgnant sa petite chatte revêche.

La tension mit un temps à retomber et, comme de la cendre après une irruption au loin, elle finit par former une couche grise sur toutes les surfaces. Quelque chose avait changé et même si Barras fut mis de côté pour son insistance, personne ne se sentait très à l’aise. Pour calmer la foule, le second Bouriate obéit au premier et abandonna le couteau sur la table là où il l’avait trouvé, non sans un froncement de sourcils laborieux. Octave prit soin à ne pas le récupérer et vint même s’assoir à côté de l’inspecteur en herbe, abandonnant son épouse pour une conversation qui l’intéressait bien plus et qu’il savait comment aborder. Il vida son verre de vodka, et se resservit, poussant un second verre plein en direction de Barras dans un geste de réconciliation. Impudent, il profita du manque d’information qu’il y avait dans la région pour placer ses propres pions là où il y avait du noir.

« La gloire de Rogue va s’agrandir, si ce que tu dis est vrai.
- De quoi tu parles ?
- Si c’est Rogue l’assassin. »
Là, le Bouriate parut vraiment intéressé.
« En quoi la mort de Dimitrov va le rendre célèbre ?
- Célèbre est peut-être un grand mot, mais ça va faciliter la vie à certaines personnes. » Devant l’air intrigué, mais franchement ignorant de son interlocuteur, Octave prit une pause pour se racler la gorge et continua sur le ton de la confidence : « Je suis passé par la capitale avant, c’est là que des gars m’ont conseillé de venir ici. On a un peu discuté et y parait que le vieux gênait certains autres revendeurs au black, si tu vois ce que je veux dire.
- Ouais, ouais. J’savais pas. Et ?
- Bah, des gens auraient préféré qu’il crève, tu vois. Je ne fais que colporter, je suis pas trop au courant. Y parait même que certains auraient proposé de l’argent pour nettoyer le territoire, tu vois… Je pense que s’il le voulait, il pourrait aller revendiquer du fric un peu partout. Rogue, je veux dire, tu vois. »

Ah, l’odeur du fric. S’il y avait bien quelque chose dans ce pays qui était irrécupérable, c’était à quel point les racines de la corruption s’étaient profondément enfoncées dans la conscience collective. Et plus spécifiquement, l’argent facile. Concept très soviétique encore une fois, pour ne pas dire communiste tout court. Octave vit l’œil de Barras briller avec l’avidité de la gourmandise malsaine. Et avant qu’il n’ait pu jubiler intérieurement de son entourloupe, le gaillard commença déjà à rétrograder stratégiquement.

« Non, mais j’ai dit Rogue, mais c’était pas lui. C’est une autre histoire, ‘fin en tout cas tu disais qu’y a des gens intéressés par la mort de Dimitrov ? »

Et tandis que Barras brassait ses explications désordonnées dans une tentative de ne surtout pas paraître trop intéressé et pécunier, Octave fit gentiment le travail à sa place d’un air désintéressé, soucieux de rendre service à ceux qui acceptaient de le loger :

« Ouais, bah j’ai ramené le couteau pour ça aussi. Mais si tu veux, je demanderai des précisions, je suis pas sûr pour l’histoire du fric, ce ne sont que des rumeurs.
- Ouais, ouais, je m’en doute… ‘fin…
- Tu connaitrais pas un autre apothicaire dans l’coin ? Ma minette veut sa bague. Quoi que, elle veut peut-être autre chose maintenant, elle change d’avis toutes les cinq minutes. Vu comme il fait froid ici, elle va p’tet vouloir des cendres de licorne pour aller dans un endroit où il fait plus chaud. »

Enfin ! Barras lâcha un petit rire maladroit, brisant la glace de son côté. Finissant son propos d’un air désabusé, Octave alla cueillir sa future épouse, passant un bras possessif autour de sa fine taille, et l’attirant à lui d’un geste assez brutal, n’ayant cure de ses protestations. C’était l’heure de jouer un peu de sa virilité, au lieu d’être toujours fleur bleue, rentrer dans les rangs de tous ces mâles en puissance aux membres toujours irrigués. Profitant de l’élan, il obligea l’étudiante à s’assoir sur ses genoux, la tenant fermement contre lui comme on tiendrait un chaton ne désirant pas de douceurs. Octave s’étala en plein jour, bouffonna, perla sa gorge de rires discrets, courba la nuque pour plonger son nez dans les cheveux bruns et roux de sa fiancée, humant d’un seul souffle avide et démonstratif son parfum boisé, faisant tout pour que son petit corps se déchaine contre ses cuisses. Gloussant de ce combat factice pour lui, mais sérieux pour elle, Octave sentit sur ses lèvres lestes la brûlure de ses cheveux, tandis que sous son bras, le ventre de la jeune fille se contractait sous l’effort de la protestation. Quelques gloussements lui parvinrent de l’autre bout de la table, alors que sa main ravie remontait le long de sa jambe ensoleillée pour la forcer à rester sage. Ses doigts, dont le bras entier contournait le ventre de Miss Trown, se serrèrent sur son omoplate saillante, soutenant involontairement de son avant-bras la naissance de sa poitrine pour mieux la maîtriser. Une brume d'hiver fleurissant flottait autour de la petite Trown. Ses jambes, candides et pourtant déjà bien dessinées, coulaient contre ses doigts, sur ses genoux tendus pour soutenir son poids et ses caprices. Vil, Octave s'en amusa, sans penser à mal pour autant, car plus elle était proche de lui ce soir, plus elle était en sécurité. Il tremblait d'un rire contenu du menton jusqu'aux mollets, se calmant finalement pour glisser son commentaire. Il passa sa tête sur son épaule en aile de poulet et déclara à la jument bourrue en anglais, se prêtant soi-même un instant au jeu, glissant tout de même sa part narquoise de vérité :

« Qu’est-ce que tu veux comme bague maintenant, future épouse ? Des diamants ? Des rubis ? Ou tu préfères redevenir l’étudiante que tu es, et ne plus jamais remonter sur la tour d’Astronomie en plein milieu de la nuit, hein ? Mon amour... En attendant, tu me porterais presque chance ! Je te prendrai la prochaine fois, tu es une partenaire utile, tu détournes bien les yeux. Et puis des baisers par ici, des sourires par là, peut-être que ça me plait tout ça ! On est épatants, dis ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Dim 24 Sep 2017 - 10:21

- Severus Road, non, mais tu devrais connaître un certain Severus Rogue, c’est quand même l’assassin de Dumbledore. Je pensais que t’étais plus alerte que ça quand je t’ai fait ma demande en mariage.

Heather avait envie de hurler.

Elle aurait dû s'en douter que n'importe quel choix quelle ferait aurait été le mauvais aux yeux du bibliothécaire, le regard que ce dernier lui lança voulant tout dire, un mélange judicieux d'exaspération et d’agacement luisant dans ses prunelles. Lorsque la question était sortie de la bouche du gros homme aigri, la serpentard s’était interrogée rapidement sur la raison pour laquelle le nom de son directeur sortait d'un villageois, lançant une pièce de monnaie imaginaire dans les airs avant de prononcer ses mots, contrôlant au mieux son visage de toute émotion qui aurait pu la trahir. La présence d’une arme pointée vers elle n’avait été qu’un incitatif supplémentaire à nier toute connaissance du mangemort, son instinct de survie lui rappelant que les russes ci-présents n’aimaient pas les associés du seigneur des ténèbres, comme son prétendu fiancé lui avait si bien mentionné un peu plus tôt, et que de s’associer à Rogue n’aurait pas été bien vu. Malgré tout, son cher mari avait trouvé un moyen d’y voir faute et de lui faire savoir d’une remarque teintée de cynisme, habitude qu’il semblait avoir adopté depuis leur arrivé au pays glacial. Et puis, au lieu de trouver une raison à son manque de savoir, elle aurait passé la dernière année à ses côtés par exemple, il préférait jouer son jeu habituel, réussissant à venir toucher le point sensible de la jeune fille et y ajoutant avec allégresse de l'huile sur un feu grandissant. Il avait un savoir faire hallucinant à mélanger le subterfuge de leur prétendu fiançaille à ses répliques insolentes tout en gardant un visage présentant des émotions contradictoires à ses paroles, et cette fois-ci n’en fit pas exception. Heather dû faire preuve d'un contrôle, qu'elle ne savait plus où elle allait chercher, un mélange de peur et de malaise probablement calmait son tempérament habituel, pour garder un visage neutre à sa réplique et éviter de rétorquer la première insulte qui se présentait à son esprit. Oh qu’elle rêvait plus que tout de voir s’effondrer le petit sourire charmant de ses lèvres et d'y voir une grimace y prendre place en échange, elle se doutait bien qu'elle ressentirait un malin plaisir à observer le changement d'émotions. Malheureusement pour elle, cela n'allait probablement pas se produire prochainement, devant se concentrer à maintenir leur comédie et prononcer des insultes tout en gardant un sourire adorable n’était pas dans ses capacités actuelles. Elle laissa donc le bras de son compagnon se séparer de la chaleur de son corps et l’observa remonter doucement ses manches, une réaction causée, elle se doutait bien, par l’échange qui se continuait en russe.

Les cicatrices qui s’affichèrent devant eux tous étaient longues et nombreuses, s’étendant de ses poignets à ses manches, la fin des marques masquée par le vêtement roulé au niveau de ses coudes. Les stigmates possédaient plusieurs teintes différentes, certaines aussi blanches que de la neige alors que d’autres semblaient être plus récentes si leur couleur rosée était un indicateur fiable. Heather sentit un certain malaise à observer ces vestiges qui témoignaient d’un passé où la violence avait dû trôner, un goût amer se déposant dans sa bouche alors que la colère s'estompait légèrement , un sentiment de déjà-vu frôlant sa mémoire. Elle savait que son corps devait s'apparenter à plusieurs endroits aux avant-bras du bibliothécaire, la jeune Trown étant elle-même la propriétaire de plusieurs cicatrices colorant sa peau blanche à divers endroits. L’homme avait-il un passé similaire au sien ? Avait-il été victime d’une injustice sans fin où l’amour inconditionnel lui avait été refusé, arrachant par le fait même une enfance qui aurait dû être innocence ? Ses pensées s’éloignèrent soudainement du moment présent, revoyant les moments précis où chaque cicatrice s’était créé sur son corps, où la blessure autant émotionnelle que physique avait été provoquée par cet homme qui hantait ses cauchemars. Elle revoyait comme si c’était hier la bouteille de gin brisée qu’il lui avait lancé à son dos retraitant dans un élan de furie inventée par son esprit embrumé par l’alcool, le verre ayant éclaté au contact et marqué sa peau à quelques endroits éparpillés. Ou encore le sort de coupure qu’il avait lancé d’un mouvement de poignet lasse comme si son père était blasé d’utiliser de nouveau ce sortilège sur elle ou comme si la blesser à répétition était devenu redondant pour lui alors que pour sa fille, chaque nouvelle blessure était aussi marquante que le tout premier coup qu’elle avait reçu lorsqu’elle était encore qu’un simple bambin.

Complètement perdue dans ses pensées sombres, la brunette ne remarqua pas que la discussion qui avait débutée entre leur attaquant et son prétendu amoureux s’était maintenant achevée, son petit monde à elle s'étant arrêté de tourner pendant quelques instants. Puis, le bibliothécaire passa un bras autours de sa taille et l’attira sur ses genoux d’un mouvement vif et brusque, entourant son petit corps de ses bras forts, réduisant considérablement la possibilité de la serpentard de bouger librement. La panique surgit en elle aussi rapidement qu’une balle sortant d’un révolver, ses yeux s’agrandirent, observant avec aisance l’hilarité générale causée par la situation qui, de son côté, était l’origine même de son malaise, ce qui la fit redoubler d’effort, se débattant plus encore. Elle pouvait sentir les mains sur ses cuisses dénudées, remontant doucement, ce qui la figea sur place aussi efficacement que le sort petrificus totalus, ses muscles se contractant sous la terreur, un frisson déplaisant remontant le long de sa colonne vertébrale. Cela ne pouvait pas arriver, c’était impossible, ce n'était qu'un rêve, un cauchemar. Puis, une tête se posa sur son épaule et elle reconnu le propriétaire de la chevelure, fermant les yeux un instant. Cela prit un peu plus de temps qu’elle oserait l’admettre que de mettre un et un ensemble et de comprendre à qui appartenait ses mains qui la tenaient fortement contre un corps chaud, restreignant ses mouvements de manière plus qu’efficace.

- Qu’est-ce que tu veux comme bague maintenant, future épouse ? Des diamants ? Des rubis ? Ou tu préfères redevenir l’étudiante que tu es, et ne plus jamais remonter sur la tour d’Astronomie en plein milieu de la nuit, hein ? Mon amour... En attendant, tu me porterais presque chance ! Je te prendrai la prochaine fois, tu es une partenaire utile, tu détournes bien les yeux. Et puis des baisers par ici, des sourires par là, peut-être que ça me plait tout ça ! On est épatants, dis ?

La jeune femme ne pu plus se retenir et d'une main qu'elle avait tant bien que mal réussi à libérer quelques instants plus tôt, elle claqua violemment la joue de l'homme, le foudroyant du regard au même moment, le son du contact déposant un silence étonné sur la salle. Mais quelle audace! Au sein du même discours, le bibliothécaire avait contredit ses propres paroles, la tentative d'être un adulte responsable et d’ainsi la convaincre de ne plus s'aventurer en dehors de son dortoir en plein nuit ayant complètement été oblitérée par son invitation implicite de renouveler leur aventure dans le futur. Mélangé à cela la force avec laquelle il l’avait restreinte et le malaise profond qui s’était créé quelques minutes plus tôt, le tout avait créé un bouillonnement dangereux qui s’était finalement exprimé par un acte de colère qu’elle n’avait pas pu empêcher de se manifester. Elle ne pouvait nier que le geste en lui-même avait été d’un soulagement impeccable, la sensation s’appariant étrangement à celle d’un éternuement qu’on avait retenu trop longtemps et qu’on expulsait finalement avec allègement. Le sourire sembla finalement s’atténuer du visage de l’homme, le contact vigoureux entre la main de la demoiselle et sa joue l’ayant probablement pris par surprise. En toute honnêteté, Heather était aussi surprise que le bibliothécaire par son geste. Bien que les tendances violentes faisaient parties intégrales d’elle-même, elle arrivait généralement bien à se contrôler, mais cette fois-ci fut l’exception, le stress de l’aventure s’étant accumulé lors des dernières heures avant de finalement débordé d’une manière très gestuelle. Puis, l’après coup la submergea et la réalisation de ce qu’elle venait de faire mélangée au contexte qui était grandement en sa défaveur la paralysa sur place, la panique faisant surface pour une deuxième fois en si peu de temps. Elle savait reconnaître une erreur de parcours lorsqu’elle en voyait une et celle-ci tombait facilement dans cette catégorie. Déjà, heurter un homme adulte avait toujours été hors limite, ceux-ci étant généralement imprévisibles et possédant une force amplement plus grande que celle de la brunette, une vérité qu’elle avait apprise d’expérience, l’unique et seule fois qu’elle avait osé répliquer violemment contre Jake, le poussant contre un mur de toutes ses forces. Il lui avait brutalement fait regretter son geste. Une terreur sans nom grandissait au sein de la jeune Trown, s’imaginent plusieurs scénarios douloureux où elle était la principale victime se jouèrent dans son esprit. Du coin de l’oeil, l’homme qui avait douté d’eux un peu plus tôt avait repris un air sceptique, oeillant le couteau qui était de retour sur la table d’un air dubitatif, ajoutant à l’affolement intérieur de la jeune fille. Elle ne voulait pas imaginer ce qui se déroulait dans l’esprit du russe et ce qu’il conclurait de la gifle qu’elle avait administrée instinctivement à son futur mari : un geste loin de représenter de l'amour entre deux individus. L'esprit de la serpentard tourna au quart de tour, tentant de trouver une solution qui pourrait remettre de l'ordre dans le bordel qu'elle venait de causer.

Plongeant ses yeux dans le regard du bibliothécaire, elle fit la seule chose qui lui vint à l’esprit, avalant quelque peu de travers sa salive. Elle plaça sa main libre dans les cheveux de l’homme, emmêlant ses doigts délicats dans les mèches fines Puis, d’un mouvement légèrement hésitant elle posa ses lèvres sur les siennes en un geste qu'elle souhaitait rempli de tendresse, laissant son corps se reposer sur celui du bibliothécaire dans un relâchement ressemblant à la confiance qu'on accordait à quelqu'un qui nous était cher. Elle ferma les yeux, se laissant emporter par le moment, essayant d'oublier la raison pour laquelle elle était en train d'embrasser l'homme dans l'espoir que ceci rendrait l'acte plus convaincant encore, le baiser apparaissant passionné, bien que ce fut un certain désespoir qui en était réellement à l'origine. Le baiser sembla durer une éternité aux yeux de la jeune fille qui mit finalement fin à celui-ci, ouvrant les yeux qu'elle avait fermés lors du rapprochement intime de leur visage et laissa son regard s'attarder sur le visage à quelques centimètres du sien, sa main toujours perdue dans les cheveux quelque peu en bataille de son compagnon. D'une voix douce, elle murmura :

- Je n'ai jamais arrêté d'être une étudiante, même si tu as décidé de me présenter comme ta fiancée… d'ailleurs la raison derrière tout ça m'échappe toujours. Elle prit une petit pause avant de souffler de nouveau : Et si tu crois pour le moindre instant que de jouer la marionnette dans ton petit jeu fait de moi une bonne partenaire, tu es peut-être plus fou que je ne le pensais, même si à la fin, je crois l'avoir bien mérité cette bague imaginaire.

Elle savait qu'après toute cette histoire elle devrait dire adieu à ses escapades nocturnes, à ses moments de solitude qu'elle chérissait tant, le risque étant beaucoup plus grand qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Bien qu'au final, cette excursion aventuresque dans le grand pays glacial qu'était la Russie n'était qu'un simple résultat de circonstances improbables, l’expédition avait rafraîchi les ardeurs de la serpentard. Cette année, plus que n'importe laquelle avant, aurait été celle où ce petit refuge qu'était la nuit saurait avéré le plus utile pour son esprit en chamaille, mais la nouvelle année avait aussi apporté son lot de désagrément. L’installation de mangemorts au château en était un de plus marquant, ce fait en lui seul aurait dû la convaincre de rester dans le confort de son dortoir, mais les habitudes qu'elle s'était créées au fil des années étaient difficile à changer, jusqu'à maintenant. Elle ne pu empêcher la déception de pointer le bout de son nez à cette réalisation, puis, plus à elle-même que pour lui, elle chuchota encore plus doucement :

- Hmm, j'imagine que l'offre de me réfugier à la bibliothèque ne tient plus…

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Lun 25 Sep 2017 - 0:19

Sa joue se veina d’un soleil rouge, affluant à sa peau mordue en rayons nerveux, tandis qu’un tout autre astre naissait au creux de son regard, recouvrant son visage d’une lueur d’étonnement. La stupeur se mêla à la douleur, plus vive que véritablement forte, laissant sa marque brûlante là où la main de la jeune femme avait claqué sa peau. Trace de doigts blancs sur la place rouge. Elle s’était contorsionnée si vite contre son corps pour lui administrer cette réprimande silencieuse, qu’il avait à peine compris ce qui s’était passé. L’audace à son encontre lui fit perdre son sourire, et Octave toisa Miss Trown pendant un temps, livrant ses yeux de velours, paisibles, grands ouverts, indéchiffrables. Elle-même parut étonnée de son courage, et dès lors que l’effarement gagna ses traits, le bibliothécaire discerna sur l’étudiante l’aube d’une autre beauté que celle qu’il avait connue, revêche et indomptable. Une beauté timide, comme comprimée, d’autant plus touchante. Une étoile mourut dans son regard, étincelante, avant que ses yeux ne deviennent voilés, tandis que la surprise laissait place à un tout autre sentiment. Il tressaillit faiblement. La claque, il l’avait méritée. Mais il sentit tout de même quelque part au fond le goût de l’humiliation. Fugace, il se mua en inattendu regret d’avoir malmené Miss Trown pour la punir. Il lui en avait gardé rancœur sans le vouloir, et ses remarques acerbes n’avaient été que le fruit d’un ressentiment mal réprimé. La gifle retentissante, à défaut de lui avoir fait véritablement mal, avait participé à recadrer les limites d’une pudeur qu’il n’avait même pas songé à effleurer, mais qui s’imposait maintenant comme étant franchie.

Toutefois, la réaction ne devait pas attendre et Octave disposait de deux voies. L’une était celle de l’orgueil troublé, qui réagirait avec d’autant plus de violence pour réprimer une audace un peu trop irrévérencieuse. Il savait cependant qu’au vu de sa carrure, qui avait peut-être tout à envier à quelqu’un comme Barras, mais qui était dotée d’une force sèche et réactive, il était en mesure de lui laisser quelques bleus, voir quelques cassures, s’il décidait de s’y mettre vraiment. Les emportements étaient communs dans la vie familiale slave, les violences conjugales faisant partie du quotidien, et chacun s’y référait comme étant une affaire de couple. Porter plainte contre un mari ayant passé une torgnole à sa femme avec une batte de baseball n’avait aucun intérêt. L’on vous regardera au commissariat avec dégoût, avant de vous conseiller de résoudre vos problèmes familiaux vous-même, que ce n’était pas à la police, ni à l’état de régler des disputes de couple. S’il lui venait à l’idée de jouer les machos, Octave savait qu’il pouvait boursouffler le visage de sa fiancée jusqu’au mauve, sans que personne ne trouve quoi que ce soit à y redire. Mais ce n’était pas envisageable. Son caractère ne le lui pardonnerait jamais, même si c’était pour sauver sa peau. Surtout lorsqu’il y avait d’autres solutions à portée de main, peut-être plus risquées, mais potentiellement plus efficaces. L’autre option, quant à elle, aurait été de considérer l’incident comme une bricole, comme une griffure de chat. Pour se venger, il lui aurait ri au visage, avant de l’empoigner pour la mettre dans une position humiliante à souhait, quelque part à terre, membres tordus dans la douleur, le visage mis en feu par la honte cuisante de se faire rappeler à l’ordre avec aussi peu de ménagement.

En temps normal, ce serait-il excusé, mais leur situation n’avait rien d’un exercice de galanterie. Son orgueil avait été immanquablement blessé, bien qu’il fût parfaitement conscient que son comportement feint avait mérité cette réaction, qui elle, en revanche, n’avait pas été feinte. Malgré lui, il accueillait cette claque comme une attaque personnelle. Alors il fit ce qu’il évitait de faire en temps normal et qu’il avait vu sa mère tant de fois le faire à son égard. Une sorte de dédain mielleux, sans violence concrète, mais d’une inhumanité barbare. Sa mère n’avait eu jamais une parole vraiment dure, jamais une parole tendre non plus, se contentant d’être indifférente. Une mère d’ivoire et d’or insensible, comparé à laquelle une claque rondelette de jeune fille n’était que roses…

Un demi-sourire errant passant sur son visage fermé, et la tête inclinée sur le côté, les yeux attentifs, l’arc dédaigneux de la bouche détendu, il considéra sa jeune épouse avec une arrogance féroce, la toisant en étrangère dont il avait pleine possession. De son air mauvais, il la réduisit à l’état d’objet lui appartenant. Une bête terrible n’avait pas besoin de bondir pour effrayer. Dans toute son allure, du bout de son nez blanchi, aux fines narines gonflées, le port de tête, jusqu’à ses lèvres détendues en une moue prétentieuse, passant par la désinvolture des épaules, Octave faisait la démonstration secrète de taquineries auxquelles la jeune fille avait manqué de mettre fin. Dans le reflet profondément méprisant de ses yeux, il donnait à voir, non pas tant à la jeune femme qu’aux autres hommes les entourant, qu’il était prêt à abattre sur sa malheureuse épouse tout le poids de la réalité. Il plaisantait, le futur époux, il se pâmait de rires et de cajoleries, mais il pouvait tout aussi bien se lever pour lui casser les côtes d’un coup de talon si l’animal ne se calmait pas convenablement. La claque était la gaffe en trop, qui dépassait tout respect qu’il était en droit de lui exiger, et son allure, d’autant plus menaçante qu’elle était dénuée de toute violence, l’incitait à se calmer très vite. Il avait l’air de se préparer à parler, mais rien ne franchissait jamais la barrière de sa bouche. Octave se contentait de cultiver une tension latente sans prêter attention aux autres, faisant étalage de son extrême condescendance envers cette fille à laquelle il pardonnait parce qu’ils avaient un public. Il attendait, majestueux, hiératique, donnant l’occasion à sa fiancée de rattraper son geste sous la menace d’un regard ayant perdu tout amour et tendresse, qu’elle fut factice ou non. Ses mains, elles, n’avaient pas bougées, ne s’étaient même pas crispées, se contentant de reposer en fleurs détendues entours de la taille menue et le long de la hanche soyeuse, que ses doigts déliés enlaçaient négligemment. Ronces emmêlées sur son petit corps pour lui rappeler que la force physique n’était pas bien loin.

Il ne sut dire si ce fut son air macabre qui avait faire rebrousser chemin à la jeune fille, ou la conscience d’avoir été un peu trop impertinente devant des gens qui n’auraient pas toléré ce type de comportement, mais de l’horreur, elle se mua en docilité. Une main gracile se faufila dans ses cheveux désordonnés en geste de réconciliation, mais Octave, en bon acteur, demeura intransigeant et ne broncha pas, gardant sur son visage cet air de supériorité, qui n’en devenait que plus cruel à mesure qu’on tentait de l’attendrir. Il ne se ressemblait plus vraiment, d’ailleurs, derrière cette allure horriblement outrecuidant qui n’en demeurait pas moins sérieux, car quelque chose laissait à deviner qu’il ne se permettait pas un tel détachement par simple vanité. Il resta de marbre aux lèvres qui s’approchèrent, alors même que son cœur s’était figé dans sa poitrine, grondant comme un ouragan de cauchemars. Cette bouche ourlée n’était que dégoût, fausseté et tentative de rattraper la situation. Il détestait ces baisers monstrueusement impersonnels. Cette proximité, couplée à leur situation précaire, l’emplit d’une angoisse qui frisait la démence, tout en ayant la ruse du fou. Elle s’approchait et lui, restait immobile, glorieux sur son rocher de roi à qui on demandait l’abnégation, qu’il accueillait avec indifférence. Les douces lèvres féminines vinrent finalement se presser aux siennes dans le pardon affligé. Octave ne vint pas à sa rencontre, sa boucha demeurant sèche de froideur. Ses yeux ne se fermèrent pas non plus, toisant nonchalamment la petite étudiante qui venait se frotter à lui avec la passion du désespoir après l’avoir giflé. Etrangement, ce fut en cet instant qu’elle lui parut sincère dans son abandon, tandis que son corps se laissait aller contre le sien. Un pincement viscéral le liquéfia de l’intérieur, de malaise, mais par sensibilité exacerbée également. La tendresse le désarmait toujours. La peur était-elle parvenue à rendre Miss Trown douce et amoureuse de celui qui l’avait prise en otage ? Peut-être, l’espace de quelques frôlements… De ses yeux flegmatiques, il l’observait se démener, semblant compter le temps qu’elle jugerait nécessaire à se faire pardonner. Puis, elle se recula enfin, arrachant ses lèvres brûlantes à celles, serrées et immobiles, du bibliothécaire.

- Je n'ai jamais arrêté d'être une étudiante, même si tu as décidé de me présenter comme ta fiancée… d'ailleurs la raison derrière tout ça m'échappe toujours. Et si tu crois pour le moindre instant que de jouer la marionnette dans ton petit jeu fait de moi une bonne partenaire, tu es peut-être plus fou que je ne le pensais, même si à la fin, je crois l'avoir bien mérité cette bague imaginaire.

A cela aussi, Octave ne répondit rien, donnant l’air de celui qui acceptait la tendresse avec mansuétude. La petite fiancée avait finalement retrouvé ses esprits. Encore un peu, il regarda Miss Trown de ses yeux singulièrement dénués de toute chaleur. Le sourire qu’il esquissa finalement était lui aussi privé de joie et transpirait la moquerie méchante. Il n’en voulait pas vraiment à la jeune femme, malgré sa joue qui rayonnait d’un fantôme vaguement désagréable. Il en aurait plaisanté, se serait excusé… et de toute façon, il ne se serait jamais permis ce genre de comportement en d’autres circonstances. Mais ils en étaient là et il savait que la prochaine phrase devait sortir comme une menace. Mais son ressenti était en telle contradiction avec ce que la situation demandait de lui, qu’il se sut incapable de proférer des douceurs sur le ton de l’agressivité sans se trahir. Alors, sur la lancée de son dédain aussi doucereux qu’apathique, Octave susurra :

« La prochaine fois, je te livrerai directement aux mains des inspecteurs de l’école, en relatant ce que je sais, et même plus. De toute façon, je peux inventer n’importe quoi. Y paraît que les doigts pétés sont à la mode. Je leur demanderai de t’enfoncer le nez dans ton crâne, pour que tu ressembles au Lord qui affectionne tant votre maison de serpents. »

Octave la regarda pour voir sa réaction poindre et au moment où elle fit son apparition, il s’en détourna, revenant à Barras comme si rien ne s’était passé et pire, comme sir sa fiancée n’existait plus, alors qu’elle continuait à peser sur ses genoux.

« Oublie l’apothicaire. La petite va rester encore un temps illégitime. Je devrais peut-être me contenter de la garder sous le bras. Dès que les femmes flairent le mariage, elles se laissent aller et la petite commence vraiment à me déplaire.
- Trouve t’en une russe. Une vraie. A l’ouest, elles sont toutes gâtées et pourries comme une mauvaise dent ayant bouffé trop de sucre. Pour elles, des fourrures et de jolies chaussures, c’est normal. Alors qu’ici, tu lui offre un petit collier en toc, elles sont contentes ! Si tu veux une p*te, tu vas à l’ouest, mais si tu veux une femme… Ha Ha !
- Elles grandissent à l’herbe fraîche et à l’air des montagnes ici, nos vaches ! »

Et ils éclatèrent d’un rire gras, tandis que Van administrait à l’épaule d’Octave une tape si généreuse qu’il se pencha vers l’avant. Tous les hommes à tour de rôle, sauf le futur époux, lorgnèrent la jeune fille d’un œil amusé, comme si elle venait d’exécuter un numéro de cirque périlleux en ratant le filet de sécurité pour se fracasser au sol. Par le ton sifflant avec lequel il avait menacé sa fiancée, même si ce fut dit en anglais, il avait convaincu de son sérieux et surtout, de sa retenue. Ils pouvaient s’imaginer que vu son allure d’iceberg, la petite Hezer allait se prendre une rouste une fois qu’ils se retrouveraient seuls.

« Elle va aller dormir, ma vache, sinon je l’égorge. Elle peut aller se poser où ? »

Nagmar lui indiqua un lit à l’opposé de la table, dans un coin au fond de la pièce, en commentant que « C’est un lit une place, mais c’est le plus large, vous pourrez dormir à deux. » Le matelas, monté sur des ressors, était effectivement large et demeurait caché derrière un lourd rideau suspendu au plafond par une barre en bois. Octave remercia l’hôte et, reprenant son air de flegme extrême, regarda sa fiancée d’un soir. Lui indiquant du menton sa couche, il déclara avec une lassitude qui ne tolèrerait pas la discussion :

« Vas-y. »

Avec la même aisance et toujours avec aussi peu de considération, il s’en détourna dans l’instant, reprenant la discussion qui l’intéressait en théorie davantage. Même si cela n’avait pas été nécessaire, son ressentiment viril fut une bonne excuse pour l’envoyer loin de l’assemblé sans susciter de l’intérêt ou l’indignation des russes, qui auraient voulu profiter de son minois un peu plus longtemps. Mais personne ne pouvait lutter contre un mari en colère et ils s’en contentèrent avec la compréhension de la solidarité masculine. Barras remplit les verres et petit à petit, la discussion reprit, alors qu’ils buvaient au rythme lascif d’une ambiance agréable, qui se nouait dans le confort vaporeux de l’alcool. Habilement, comme par inadvertance, Octave revenait au sujet qui l’intéressait, l’abordant toujours sous des angles différents pour ne pas éveiller les soupçons, apprenant finalement que les meurtriers de Dimitrov faisaient partie d’une bande bien connue qui aimait à trainer un peu plus au sud, dans un gîte au bord du lac. Le reste demeura très joyeux, toujours machiste, beigné de rires qui devenaient de plus en plus rauques à mesure que la bouteille de vodka diminuait. Comme toujours, Octave trouvait moyen de se rendre sympathique quand c’était nécessaire, et on le lui rendit bien ce soir-là. Le couteau fut oublié ; on l’utilisa cependant une fois pour couper du pain. Il ne sut pas dire à quel moment exact ils avaient décidé de partir se coucher. Le soleil ne s’était pas encore levé, mais l’horizon avait commencé à bleuir. Quatre heures du matin peut-être ? Difficile à dire en cette saison. Les bougies furent éteintes tant bien que mal, la chaleur du foyer pesant sur les épaules en chappe de plomb. Tous s’affalèrent quelque part à la va vite, Octave étant le dernier à rejoindre sa couche, soigneusement dissimulée derrière le rideau fermé. Il se glissa dans l’ouverture sans faire de bruit et s'approcha dans ce paysage d’ombres grises dont il ne distinguait que les reliefs.

Hésitant, un sentiment glacé de remord se glissa en lui, tandis qu’il contemplait l’ombre immobile de sa prétendue fiancée. Tout à coup, le lit sembla beaucoup plus étroit. Il s’assit sur le rebord du matelas, prenant le moins de place possible, pris d’une sorte de combustion interne qui n’avait aucun rapport avec l’alcool et qui lui donnait le sentiment d’être lourd. Dormait-elle ? Pour sa part, malgré toutes les éventures, il sentait la piqure caractéristique de la fatigue sans sommeil sur l’envers de ses paupières humides. Parce qu’elle n’était pas habituée à ses ruses, qu’elle était une étudiante qui n’avait rien demandé, se faisant malmener ainsi contre son gré, mais pour sa survie, Octave se sentit en brute crapuleuse. La conscience de la nécessité ne l’aidait étrangement pas. Encore, il regarda le corps de sa victime, partiellement aveuglé par les ténèbres, torturé par des tentatives indécises et des phrases sans fin, cédant à une aberration sensorielle qui métaphorisait la jeune femme en flocon de lune ou en bête blessée qui saignait abondamment. Il resta cois un long moment, incapable de matérialiser ce qui le rendait si malade car incapable de réfléchir tout court. Longuement, il chercha à comprendre ce que cette fine silhouette lui inspirait comme paroles, repensant sans cesse au déroulement de la soirée, sans jamais parvenir à une fin acceptable. Et puis finalement, il laissa parler sa spontanéité, sans même savoir si Heather l’entendrait, juste pour se libérer de ce qui s’écrasait dans l’orbe du regret, brûlant sa joue d’un stigmate inexistant. Sa voix sonna déterminée, bien que murmurée, se donnant le ton de son engagement :

« Je suis désolé. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mar 26 Sep 2017 - 3:18

Elle savait reconnaître lorsqu'elle faisait une erreur et la gifle, réaction inattendue créée par ses états d'âme au combat, en était une. Son souffle s'était bloqué dans sa trachée, empêchant l'air de circuler jusqu'à ses poumons, réflexe d'un corps où la panique et un brin de surprise étaient nés. La surprise avait vite disparu du visage de son prétendu fiancé, remplacé par une expression cruelle et remplie de mépris pour la jeune fille qui l’avait fait frissonner sur place. Elle n’avait su à quoi s’attendre, son esprit lui murmurant que la violence serait au coeur de sa rétorque et que de nouvelles cicatrices viendraient joindre le tableau qu’était sa peau. Tout dans la posture de l’homme avait témoigné du dédain qu’il portait pour elle, un regard arrogant, dégoulinant de dérision lui avait été administré, la réduisant à un être inférieur et sans intérêt ne méritant rien de mieux que l’inconsidération. Quelque chose dans ce regard était aussi pire que n’importe quel coup qu’il aurait pu lui donner, comme si l’effort requis pour la contusionner ne valait pas la peine d’être gaspillé sur elle. Ce fut en partie ce qui l’avait incité à poser ses lèvres sur les siennes, tentative désespérée de régler la situation et d’éviter de laisser transparaître que leur couple inventé n’était que mensonge et subterfuge, mais la démarche avait vite été anéantie. Le bibliothécaire était resté de glace, refusant de se porter au jeu, un indicateur précis se révélant en son corps inactif et immobile et lorsque le moment se voulant intime prit fin, ce fut un regard moqueur qui l’accueillit de nouveau, ajoutant un niveau de plus à son angoisse existante. La vipère avala de travers, observant la méchanceté de son regard la transpercer, détruisant le maigre d’espoir que son esprit avait rassemblé tant bien que mal.

- La prochaine fois, je te livrerai directement aux mains des inspecteurs de l’école, en relatant ce que je sais, et même plus. De toute façon, je peux inventer n’importe quoi. Y paraît que les doigts pétés sont à la mode. Je leur demanderai de t’enfoncer le nez dans ton crâne, pour que tu ressembles au Lord qui affectionne tant votre maison de serpents.

Le visage de la brunette se transforma en une grimace douloureuse, son corps s’éloignant légèrement de son séquestrateur, réflexe ancrée en son être lorsque la violence était imminente. Les paroles étaient aussi blessantes qu’une lacération brutale, promesse d’un avenir funeste et sans pitié dont la jeune fille serait aux premières loges. Souffrances et tortures seraient au rendez-vous et la réalisation de ce que l’homme insinuait écrasa le peu d’espérance que la serpentard alimentait que tout ceci faisait partie de nouveau du stratagème mis en place depuis leur arrivée, les paroles ayant été trop précises pour être feintes. Elle se sentait vulnérable et abandonnée, une âme affligée à la merci de tous, entourée d’hommes sans considération ou révérence qui s’en donnaient à coeur joie de la traiter comme un être inférieur et médiocre. Quelque chose brisa finalement en elle et la jeune Trown laissa tomber son regard au sol, tentant, armée du peu de force qui lui restait, de faire fi des rires obscènes qui l'assaillaient, sachant, sans même le voir, qu’elle était de nouveau l’objet de regards narquois et gouailleurs. Elle resta assise sur son trône telle une marionnette brisée, attendant une action quelconque, refusant de poser un geste qui serait encore le mauvais aux yeux de son compagnon. Celui-ci la toisa finalement du regard, avant de lui faire signe de dégager au fond de la salle.

- Vas-y.

La brunette s’éclipsa rapidement par l’ouverture du rideau, fermant vivement celui-ci derrière elle, acceptant le répit offert par l’intimité de la couche, et accueillant, comme une vieille amie, la solitude qui lui était présentée. Elle se recula de quelques pas, fixant la séparation du rideau avec préoccupation tel un animal craintif, redoutant que l'accalmie ne soit que de courte durée et que l’un des hommes refassent surface pour une quelconque raison. Quelques minutes s’écoulèrent avant que la prétendue fiancée libère du regard le tissu tombant, observant pour la première fois depuis son entrée, la petite chambre improvisée qui contenait un lit simple et une fenêtre donnant sur l’extérieur, la nuit sombre empêchant de discerner quoi que ce soit du paysage. La vipère s’approcha lentement du matelas avant de finalement s’y asseoir, glissant ses jambes dénudées sous les couvertures de laine qui reposaient sur le lit, une protection imaginaire contre le monde, remontant doucement ses genoux près de son torse. Étant finalement seule depuis son escapade au château, celle-ci semblant si loin dans son esprit, Heather passa une main tremblante sur son visage, poussant un soupir qui en disait long sur son état d’esprit, avant d’entourer lassement ses jambes de ses bras fins, déposant son menton sur ses genoux. Elle était épuisée, soucieuse et plus que tout, émotionnellement drainée. Tout ce cirque avait réussi, en plus de l’obliger à prendre garde à chacune des ses actions et expressions faciales, à ramener au devant de son esprit des souvenirs qu’elle préférait garder enfouis bien profondément, brisant un fragment de sa force de caractère. L’image de son paternel était revenue beaucoup trop régulièrement dans les dernières heures, mais le pire, fut la terreur qu’elle avait ressentie lorsqu’elle s’était retrouvée prisonnière d’un homme fort et impétueux, se débattant pour sa liberté de mouvement, mais aussi d’esprit, captive d’une frayeur qui avait explosé en elle, oblitérant toutes autres émotions, l’instigateur de son épouvante, l’homme même qui aurait dû l’épauler dans leur situation. Mais cela c’était affairé être tout le contraire et pendant un instant, elle avait revu sa mère, condamnée à souffrir des mains de l’homme qu’elle avait épousé, à qui elle avait dévoué sa vie et bien que dans le cas de la jeune Trown, l’homme en question n’était qu’un membre du personnel de son école, elle ne pu s’empêcher de voir une certaine similarité entre sa mère et elle-même. Le dernier souvenir de cette femme si chère à ses yeux remonta à la surface : elle revoyait sa mère, son corps brisé au pied du mur où son cou s’était fracturé, victime d’un sort trop féroce… non, elle refusait d’y penser. La brunette ferma résolument ses yeux et appuya les paumes de ses mains sur ses paupières, réduisant la pression que lorsque des points lumineux commencèrent à danser derrière ses yeux, se réconfortant dans la douleur vive qu’elle ressentait sur ses globes oculaires. Elle se glissa finalement en position couchée, tirant l’oreiller à ses côtés en une étreinte tremblante et abattue, fixant le vide avec apathie, son coeur engourdi par les derniers événements. À quelques mètres d’elle, des rires s’élevaient, des voix graves discutaient bruyamment, le bruit des verres qu’on déposait sans douceur sur la table ruinait le calme de la petite maisonnée, sans aucune considération pour la demoiselle chancelante. La brunette voulait à tout prix rester éveillée, préférant être alerte si quelque chose avait le malheur de survenir de nouveau, refusant d’être prise au dépourvue, mais l’épuisement gagna sa bataille intérieure et malgré les bruits incessants, elle sombra dans un sommeil agité, ses rêves peuplés de réminiscences qu’elle aurait préféré fuir.

Le poids additionnel qui s'ajouta sur le matelas réveilla soudainement la vipère, cette dernière forçant son corps à rester immobile, les battements de son coeur s'accélèrant, tandis qu’elle ouvrait de peu ses paupières dans l’espoir de reconnaître l’intru, évitant de se faire apercevoir par l’objet de son observation. Malgré la pénombre, la mince ouverture de ses yeux lui révéla le bibliothécaire, sa silhouette caractéristiquement plus mince que les russes dont les carrures étaient beaucoup plus massives. L’inquiétude qui s’était dissipé avec le sommeil revint de plein fouet, figeant la jeune Trown sur place, celle-ci se concentra sur sa respiration, préférant feindre le sommeil que d’affronter l’homme de nouveau, n’ayant plus la force d'interagir avec sa personnalité particulière et son imprévisibilité. Intérieurement, elle ne pouvait qu’espérer que les quantités d’alcool ingurgitées feraient leur effet habituel et que son prétendu futur mari tomberait dans un sommeil profond et lourd dès que sa tête toucherait l’oreiller, espérant plus que tout qu’il n’était pas un de ces individus dont les boissons alcoolisées augmentaient proportionnellement leurs tendances violentes, les transformant en bêtes incontrôlables et incertaines. Elle ne pouvait empêcher une certaine nervosité de se former en elle, les dernières paroles échangées entre eux deux n’ayant pas été dites en douceur, des promesses de violences et de représailles qui étaient toujours bien ancrées dans son esprit. Le silence sembla durer une éternité et la jeune fille se demanda si ses prières avaient finalement été répondues, offrant un sursis qu’elle ne pouvait qu’accepter avec soulagement. Puis, sa voix parvint à ses oreilles, un ton qu'elle n’avait jamais entendu en provenance de cet homme en particulier.

- Je suis désolé

Les mots avait été murmurés si doucement que Heather se demanda l'ombre d'un instant si elle avait rêvé ou si son imagination ne lui jouait pas un mauvais tour, offrant des mots réconfortants irréels en réponse à un épisode angoissant. Elle ouvrit délicatement les yeux, observant l'homme qui était si près d'elle, assis sur le rebord du lit, son visage illisible dans l'obscurité envahissante. Son regard fixé sur son prétendu fiancé, elle ne su quoi répondre, se demandant la raison derrière ces excuses livrées d’une voix convaincante et déterminée. S’excusait-il des paroles cyniques et sarcastiques qu’il lui avait livrées à interval quasiment régulière au long de la soirée, de ses mouvements abrupts et excessifs qui avait généré une réponse violente de la part de la brunette ou des regards arrogants et condescendants qu’elle s’était vu être la réceptrice à quelques occasions ? Elle ne pouvait savoir le fond de sa pensée et malgré sa curiosité, poser la question semblait superflu et inutile. Tout doucement, elle replaça l’oreiller au dessous de sa tête et se tassa lentement vers le bord du matelas, offrant un peu plus d’espace sur le lit étroit à son compagnon d’infortune, ne quittant jamais ce dernier du regard. Sachant son visage camouflé en partie par la noirceur de la pièce, Heather se permit l’affichage d'un petit sourire navré sur ses traits fins, laissant le silence s’éterniser quelque peu entre eux deux. Elle ne sut pas ce qui l'entraîna à offrir cette phrase empreinte d'une honnêteté perçante, les trois mots murmuré avec tant d'émotions par le bibliothécaire l'ayant probablement touché plus qu'elle ne l'aurait cru, mais elle le fit. Une légère pointe de fatigue perçant au travers son ton en majorité neutre, la brunette chuchota doucement :

- Ça va..  j'y suis habituée.

Elle-même ressentait une pointe de culpabilité depuis le début de la soirée, sa présence ayant été imposée à Octave sans qu’elle n’y soit demandée ou même voulue par celui-ci, mais elle retint le “moi aussi” trop général qu’elle avait voulu exprimer. Une voix dans son esprit, ressemblant étrangement à celle de Léon, lui rappela que tout n’était pas toujours de sa faute, mais quelque chose par contre l'était et elle ne pouvait le passer sous silence, car au final, ce geste n’avait pas été une nécessité, mais un réflexe un peu brutal à un événement qui l’avait fortement chamboulé. Elle décida donc d'offrir ses propres excuses, un murmure discret, s’emmelant quelque peu dans ses mots, l’expression de ses regrets n'étant pas un activité qu'elle réalisait souvent publiquement.

- Et... moi aussi pour... tu sais…

Elle souleva légèrement sa main du matelas, effectuant un petit mouvement du poignet, imitant grossièrement la gifle qu'elle lui avait administrée un peu plus tôt, une tentative de compléter sa phrase sans prononcer de mots additionnels, ne sachant pas si elle arriverait à les exprimer convenablement. Malgré que la phrase brisée avait été chuchotée, sa voix sembla puissante dans le silence déposé sur la salle, un contraste énorme avec le vacarme que les hommes avaient produit un peu plus tôt lors de leur buverie de groupe, ajoutant au malaise ressentie par la jeune fille.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mer 27 Sep 2017 - 13:41

A force de se malmener, il avait fini par découper ce qui, ne serait-ce qu’en ressentiments volatiles, se distinguait sur son paysage personnel de morosité angoissée. Heather avait chamboulé ses plans, c’était bien vrai, et il avait redoublé d’énergie pour garder sa rancœur féroce, sans se rendre compte que c’était tout autre chose qui l’empêchait d’être parfaitement à l’aise. Elle avait bien joué son rôle, même si avec quelques fausses notes, qu’il était parvenu à aisément rattraper. Elle avait participé à sa mascarade sans rechigner, comprenant que la situation le lui demandait non par caprice, mais par nécessité. A plus d’un égard, Miss Trown avait prouvé sa perspicacité et son intelligence, faisant preuve d’une conduite relativement irréprochable, comparé à certains autres partenaires maladroits qu’il lui avait été donné d’avoir, et ce de manière volontaire. Le métier lui avait imposé une foultitude d’incompétents, envers lesquels il n’avait pas éprouvé autant d’aigreur sourde. Mais il savait maintenant, dans le silence de cette nuit bleue, avec la chaleur du foyer lui pesant en orage sur l’esprit, que ce n’était pas la rancœur qui l’avait rendu si faussement mauvais. Depuis le début, un sentiment d’inquiétude l’avait accablé, n’ayant aucun rapport avec le danger les entourant. Ce qu’il redoutait, c’était les regards.

Les gens vous changeaient. Pas nécessairement comme on pouvait le penser. Octave n’avait pas connu de relations saines dans sa famille, quel que fut l’âge, le parfum fétide de son attachement maternel extrêmement toxique continuant à fleurir, comme tant de pissenlits qu’il n’avait de cesse d’arracher avec les racines. Cela semblait ne pas avoir de fin cependant. Quelqu’un avait soufflé à son oreille que ce qui nous entourait n’était que le refait de ce qu’on était. Et de ce fait, n’avait-il longtemps connu rien d’autre que la réalité délurée de gens qui vivaient mal et mourraient jeunes. Il y avait ce monde, celui qui ressemblait à ce qu’il avait un jour été, et puis un autre, celui où il était meilleur, ou tendait à l’être en tout cas. Ces deux mondes existaient en parallèle et il faisait tout pour que la folie inhumaine de l’un ne vienne parasiter la tranquillité de l’autre. Heather avait été l’une de ces particules horripilantes, qui se perdaient dans l’univers d’une façon si singulier et avec un hasard si arrogant qu’elle finissait par bouleverser l’espace-temps bien rangé d’un bibliothécaire vivant sur les deux côtés d’une même surface. Commettre l’impardonnable, se conduire en se prêtant les vertus du diable, oublier avec délice ce qu’il y avait autour, s’oublier soi… Vivre sans jamais rien donner, en prenant toujours tout, avec la haine au ventre et la colère dans le regard, et puis s’en foutre, s’en foutre, s’en foutre. Tout ça, c’était plus simple de le faire lorsqu’il n’y avait personne pour juger. Ou plutôt, lorsque les personnes qui vous affublaient d’une opinion valaient aussi peu à vos yeux qu’une écharde. Fallait-il s’en approcher pour s’en apercevoir. Que cela avait été facile de se comporter comme un roi n’ayant cure de rien, surtout lorsque tous ici étaient aussi creux d’âme que lui.

A tel ou tel détour, ce personnage élusif et visqueux avait fini par lui échapper, avec le temps. Même si des lambeaux de moelle continuaient encore à adhérer à son ossature, et du sang, et de ravissantes mouches vertes… Accepter une mission était souvent synonyme de passer de l’autre côté, au sens propre comme au figuré, et il valait mieux n’emmener personne avec soi. Et puis soudain, Heather était là. Spectatrice involontaire et indésirable. A l’instant où il avait senti son poids chaleureux peser sur son corps, lorsqu’ils étaient dans la neige, Octave avait senti l’angoisse de la désillusion. Elle allait le regarder avec un air d’étonnée désapprobation, en tapinois, et tout cela lui paraîtrait si étranger ! Comme un passant jugerait un drogué endormi sur le trottoir. Ce qu’il avait été. Comme une assemblée condamnant un criminel. Ce qu’il avait été. Malgré toute la certitude de son bon droit, des moyens qu’il employait pour arriver à ses fins, Octave sentait cet écran de honte et de silences partagés. Se faire juger n’avait jamais posé un véritable problème, mais l’écœurement étranger, provoqué à la simple contemplation de son existence, le renvoyait à tous ses ratés, ses manquements, tout ce qu’il ne serait jamais capable de rattraper. Et puis la petite Heather, effrayée, ballotée comme un bouchon dans la mer houleuse, posait son doux regard de relative innocence sur toute cette absence de bienséance rudimentaire. Une sauvagerie latente régnait ici, en paysage pour ces animaux sans considération. Octave avait l’amère impression de lui montrer le revers d’une médaille que personne ne voulait voire, et dont il se présentait comme ultime ambassadeur, bibliothécaire d’école qui n’en avait que le nom. Il regrettait de participer à cette désillusion. De lui montrer comment la nature pouvait être rude et les gens mauvais. Le fait qu’elle ne soit au fond d’elle pas très à l’aise renforçant par contraste tout ce qu’il y avait de répréhensible dans ce rapport hypocrite.  

- Ça va..  j'y suis habituée.

Il n’avait même pas relevé le regard de ses genoux, se contentant de sourire sans conviction. Ah oui ? Habituée à quoi exactement ? Quelle risible déclaration ! Vraiment ? Octave avait l’irritante impression de déjà-vu, qui n’émanait d’ailleurs que de lui-même. Il était le premier à se déclarer habitué à tout. Question d’habitude, qu’il pensait souvent, question d’usure. Mais en vérité, il était juste blasé. On était toujours habitué au pire de toute façon ; personne n’avait l’habitude du bonheur ou de la joie, mais toujours de la tristesse. Habitué à être malmené, à se faire détester, à l’hypocrisie, aux mensonges, aux trahisons, au manque de confiance… Tout ça, c’était des excuses pour ne pas dire qu’il était juste horriblement et profondément acerbe. Qu’il méritait la moitié de ce dont on l’accablait, et qu’il créait le reste de ses propres mains. Pouvait-on véritablement s’habituer à quelque chose de ce goût-là, par ailleurs ? Avec horreur, Octave songea à tout ce que cette déclaration pouvait vouloir dire. S’habituer à ça… Elle n’y était pas habituée comme lui l’était, sinon il n’aurait pas senti ce malaise naturel qui lui venait lorsqu’il devait s’acharner sur quelqu’un de plus innocent que soi.  

- Et... moi aussi pour... tu sais…

Il releva la tête et regarda de ses yeux grands ouverts la jeune fille faire son mouvement désinvolte du poignet. Naïveté si franche, si prosaïque, dans le vide de cette nuit sans lune. Il avait déjà oublié la claque. Ses yeux semblèrent perdus dans l’immensité de ce bleu diffus qui ne faisait que s’éclaircir. Et puis enfin, il cessa ses lamentations d’alcoolique. Ah oui, l’alcool, voilà ce qui le rendait gaiement désemparé lorsqu’il se retrouvait seul et que la musique s’arrêtait. Comment avait-il pu un jour penser que boire le rendait heureux ? Un flottement demeurait néanmoins dans son esprit, comme un rappel de quelque chose et il dit, d’une voix lointaine :

« Ce n’est pas une raison. Quand bien même, tu ne dois pas avoir habitude de ça. C’est une mauvaise habitude. Ce qui nous use devient notre norme et, à croire que ce qui nous entoure est raisonnable juste parce que c’est là, peut nous mener à rendre ordinaire ce qui ne devrait pas l’être. Vraiment, Heather, tu y es habituée ? S’il te plait, pardonne-moi parce que tu comprends mon geste, et non pas parce que tu ne trembles plus devant ce genre de violence. J’espère que tu pourras. »

Dans son invective, il persistait à lui faire profil de corps, en lui offrant seulement son visage. Une légère vibration l’animait, le tumulte lointain et comme captif dont raisonne un esprit retenant son angoisse. Il avait la fébrilité de celui habité par l’alcool, mais avait les yeux si clairs ! Les cils, qui cerclaient ses paupières en soleil noir, lustrés et vigoureux, et versaient une ombre à la sombre prunelle et au blanc bleu de l’œil, rendaient son regard mirifique. La bouche était arquée, entrouverte des paroles qu’il avait prononcées et qu’il s’apprêtait à prononcer encore, demeurant haletante, ravivée, comme après une volupté hâtive. Il se pencha soudain vers l’avant, se plongeant presque dans un souvenir, sans quitter l’étudiante du regard. Respectant le silence relatif du salon, rythmé maintenant par un ronflement lointain et le bruit du vent qui sifflait entre les rondins de bois, il chuchota doucement :

« Tu n’y est pas habituée. Sinon, tu ne m’aurais pas giflée. Sinon, je n’aurais pas vu dans ton regard tous ces saisissements qui t’animaient tant de fois juste avant que tu ne fasses semblant. Et puis, le dégoût caché, nerveux… » Octave se tut, incertain du chemin qu’il voulait faire prendre à son propos, jusqu’à ce qu’un doucereux chagrin ne tire sur son visage, l’affaissant sensiblement vers le bas. « Tu n’es pas habituée Heather, tu supportes, et ce n’est pas la même chose. » Il secoua lentement la tête, plus pour soi que pour souligner une opinion. L’étudiante avait de l’endurance et savait s’adapter au plus vil, mais toujours avec ce léger dégoût de devoir se trahir soi-même et ce qu’elle appréciait. Ce qu’Octave n’avait jamais eu aucun mal à faire, à quelques exceptions près. Il savait ce dont il était capable et ne s’en excusait pas, l’acceptant, mais ce n’était certain pas le cas d’Heather. Il soupira, arquant ses sourcils et sentant son visage comme déséquilibré par la claque reçue, dont il ne ressentait plus que l’illusion du souvenir sur sa peau.

« Ne t’excuse pas, tu as réagi naturellement et je ne peux décemment pas t’en vouloir pour ça. Je t’ai demandé beaucoup de mensonges ce soir, celui-là était définitivement de trop de toute façon. J’espère que tu ne penses pas que… » Que je suis vraiment comme ça. Pas la peine de dire qu’il s’arrêta net, enraciné dans une question qu’il savait mensongère. Il n’y croyait déjà pas, alors elle non plus. Motivant son silence, il se redressa, comme si sa phrase avait trouvé sa fin logique et ne demandait pas d’explications, alors même qu’une absence s’était faite. « Je ne t’aurais pas laissé tomber, quoi qu’il se serait passé, tu sais. Tu peux m’entendre dire ce que tu veux, mais je te ramènerai à l’école saine et sauve. » Il la sonda, comme pour souligner la sincérité de ses mots par une silence solennel et grave. A défaut de pouvoir l’assurer sur ses véritables intentions, Octave pouvait au moins lui garantir cela envers et contre tout, sans mentir.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mer 4 Oct 2017 - 23:33

Il y avait quelque chose de déstabilisant en une personne au prise sous l'effet de l'alcool mais possédant une allocution claire et intelligente, contradiction élégante et inhabituelle. Heather ne se considérait pas comme une professionnelle des alcooliques, n’en connaissant qu’au final un seul, mais celui qu'elle connaissait intimement ne possédait aucunement cette capacité à communiquer aussi clairement, préférant poser des gestes impardonnables au lieu d'offrir des phrases éloquentes, ce que le bibliothécaire s'affairait à servir à la serpentard malgré son état peu optimal. Bien que son haleine trahissait la quantité d'alcool consommé, ses yeux restaient d'une vivacité éclatante, malgré les mouvements de son corps moins posés, victime d’une lourdeur inaccoutumée. L'homme appuyé contre le mur, recroquevillé légèrement vers l'avant, différait énormément de son alter ego aux remarques sarcastiques et aux gestes douteux qui avait prédominé la nuit jusqu’à présent. Cette version de lui, sage et pleine de remarques intelligentes et inspirantes, la jeune fille la reconnaissait légèrement, une nuit passée sur le toit d’astronomie revenant à sa mémoire, titillant son esprit. Cette discussion, toute première entre les deux concernés, semblait lointaine et vieillarde, souvenir pourtant si jeune depuis sa création, mais obscurci par les dernières heures où le bibliothécaire était devenu un être différent et étranger, anéantissant le peu d’idée qu’elle s’était créée sur lui. La serpentard ne prétendait pas connaître ce dernier grâce à une seule et unique nuit passée en sa compagnie, mais la différence de comportement était si excessive, si percutante, qu'elle remettait en doute tout ce qu'elle avait cru comprendre du caractère de l'homme, le remettant de nouveau dans la catégorie des inconnus qu’elle méfiait par réflexe. Bien que lors de cette fameuse nuit, les remarques cinglantes n’avait pas été absentes de leur échange, au contraire, celles-ci ayant marqué le tout début de leur présentation mutuelle, première impression digne des plus socialement maladroits, ce n’était pas le moment marquant qui trônait dans l’esprit de la jeune fille lorsqu’elle revisitait ce souvenir en particulier. À l’inverse, la protection qu'il lui avait offerte, sans aucune demande en retour, aucune exigence ou contrainte, avait été fixé dans sa mémoire et c’était ce contraste avec cet homme qui avait déconcerté la brunette au plus profond d'elle-même lors de cette soirée mouvementée. Et voilà que bonté de coeur semblait faire surface de nouveau, surnom qu'elle s'était décidée à lui attribuer lorsqu'il agissait de la sorte, mystérieux comparse qu’il était, débordant d’énigmes. Sa voix coulait tel un ruisseau dans la nuit, éclaboussant de ses mots les vignes de l’esprit de la jeune fille, ses paroles une réponse sans détour aux dernières propos de la vipère. Il y avait une certaine poésie dans l'idée exprimée par le bibliothécaire, un certain ferveur à prouver un point, une tentative évidente de convaincre que sa pensée était la bonne, mais la serpentard restait hésitante.

- Ce n’est pas une raison. Quand bien même, tu ne dois pas avoir habitude de ça. C’est une mauvaise habitude. Ce qui nous use devient notre norme et, à croire que ce qui nous entoure est raisonnable juste parce que c’est là, peut nous mener à rendre ordinaire ce qui ne devrait pas l’être. Vraiment, Heather, tu y es habituée ? S’il te plait, pardonne-moi parce que tu comprends mon geste, et non pas parce que tu ne trembles plus devant ce genre de violence. J’espère que tu pourras.

La brunette se releva doucement de l'oreiller, s'aidant de ses deux mains pour se mettre en position assise, s'appuyant à son tour au mur auquel le lit était adjacent, refusant de conserver une position couchée alors que la discussion prenant un penchant plus sérieux. Elle haussa lentement des épaules, hésitante à répondre à la question et d'ainsi dévoiler le fond de sa pensée sur l'habitude qu'elle avait avoué détenir. Était-ce vraiment la raison pour laquelle elle avait décidé de mettre aussi facilement de côté ce qui s’était passé, reléguant simplement les gestes et propos comme étant les standards sur lesquelles elle se fiait continuellement ? La serpentard se savait posséder une vision très cynique de la vie, classant rapidement la plupart de la population humaine du côté de son esprit qui méfiait sans hésitation, préférant se protéger, ajoutant un bouclier supplémentaire entre eux et elle. Sa confiance était durement mérité, récompense d'un travail acharné que peu avait l'honneur de réclamer, mais la loyauté qui accompagnait cette confiance était sans failles. Cette particularité de sa personnalité était une conséquence directe de cette fameuse habitude, de cette usure qui l’habitait depuis les premiers coups dont elle avait été victime. Devait-elle vraiment revoir sa perspective sur la vie alors que la violence était un joueur si dominant dans sa vie ? Pouvait-elle vraiment catégoriser la véhémence et la douleur sous la catégorie d'événements extraordinaires malgré leur constance ? Elle s’était déjà fait dire à plusieurs reprises par le passé que sa situation familiale n’était pas normale et ne devrait pas être considéré comme telle, mais le scepticisme s’était immiscé de nouveau depuis le retour en classe, les inspecteurs et mangemorts n’offrant qu’injustices et tourments aux élèves, un rappel pour la jeune fille que la douleur la guettait toujours. Puis, cette soirée ne fut qu’une goutte de plus dans un vase déjà bien rempli, un avertissement additionnel que la vie n’était pas majoritairement plaisante. Le flux de ses pensées fut interrompu par la voix de son compagnon qui s’éleva de nouveau, brisant le silence qui s’était déposé entre eux deux.

- Tu n’y est pas habituée. Sinon, tu ne m’aurais pas giflée. Sinon, je n’aurais pas vu dans ton regard tous ces saisissements qui t’animaient tant de fois juste avant que tu ne fasses semblant. Et puis, le dégoût caché, nerveux… Tu n’es pas habituée Heather, tu supportes, et ce n’est pas la même chose.

Il avait le don de la faire hésiter, déballant devant elle des paroles au caractère philosophique, semant un doute en elle dès qu’il en avait l'occasion. La jeune fille ne savait pas si la tendance de l’homme à analyser chacune des paroles était voulu ou simplement une partie de sa personnalité, réaction presque réflexive que de décortiquer le caractère des autres. Supportait-elle mieux la violence qu’elle en était habituée ou était-elle simplement habituée de supporter pareils gestes ? L'esprit embrumé de la jeune fille tentait de répondre à cette différenciation qui semblait si minime pour elle, la finalité restant la même au bout du compte, soit souffrance et ressentiment causés par un être second. Le point que l'homme tentait de faire semblait fort important pour lui, animé par un désir de convaincre, lui-même ou la jeune Trown, elle n’en avait aucune idée, que l'habitude qu'elle croyait détenir n’en était pas une, une tentative qui s'additionnait à son premier discours aux tendances similaires. Regardant devant elle, évitant le regard qu’elle savait posé sur elle, se décidant finalement à répondre aux remarques de son compagnon de couche, la jeune fille chuchota, reprenant son ton neutre habituel qu’elle chérissait tant :

- Peut-être que tu as raison, mais est-ce que cela change réellement quelque chose ? À la fin, c’est du pareil au même. Je ne suis peut-être pas habituée à la souffrance en elle-même, mais je suis habituée de la supporter parce qu’elle revient toujours de toute façon.

Un deuxième haussement des épaules marqua la fin de ses paroles, représentation imagée de son malaise causé à partie égale par le sujet de la conversation que par la réalisation qu’elle en dévoilait un peu trop sur elle-même. Ses mains posées sur la couverture recouvrant toujours ses jambes jouèrent inconsciemment avec le tissu, serrant et libérant sporadiquement le linge de son étreinte involontaire. Elle détestait la majorité des discussions à coeur ouvert, préférant garder une certaine séparation convenable, une protection de plus qu’elle instaurait par défaut dès les premiers échanges. Dans l'optique de retirer le faisceau lumineux qui semblait s’être posé sur elle, la brunette retourna la balle dans le camp du bibliothécaire.

- Si tu souhaites que je te pardonne par compréhension…, la jeune fille laissa la phrase en suspend. Hésitante, elle posa ultimement son regard de nouveau sur l'homme, avant de terminer le fond de sa pensée. Alors, je vais avoir besoin que tu m'expliques pourquoi.

Pourquoi tu m’as fait passé pour ta fiancée ? Pourquoi tu as préféré narguer au lieu d'aider ? Mais ces questions, elle ne les prononça pas, préférant les garder profondément ancrées dans son esprit, ne sachant point à quelle question elle espérait une réponse ou si c’était tout simplement les bonnes questions à poser, un doute incessant planant sur son esprit. L’aventure, depuis leur arrivé dans la maisonnée, avait complètement dérapé, devenant un flou d’actions, de paroles et de sous-entendus que la vipère avait eu peine et misère à suivre, remettant en question à chaque instant ses propres mouvements et expressions faciales, elle qui était si habituée à garder un visage de glace. Un malaise constant qu’elle se serait bien passée de ressentir l’avait envahi depuis la perte des baguettes et la réalisation d’où ils étaient atterris, agissant par instinct et non par connaissance de cause auprès des étrangers l’entourant et l’absence de compréhension avait été l’élément le plus difficile pour elle. Heather préférait comprendre, observer et analyser, mais elle avait été victime du contraire, se noyant dans une marée noire de doutes et d’incompréhensions, ne possédant aucune repaire que le bibliothécaire dont la personnalité demeurait un puzzle dont la majorité des pièces étaient absentes.

- Ne t’excuse pas, tu as réagi naturellement et je ne peux décemment pas t’en vouloir pour ça. Je t’ai demandé beaucoup de mensonges ce soir, celui-là était définitivement de trop de toute façon. J’espère que tu ne penses pas que…  Je ne t’aurais pas laissé tomber, quoi qu’il se serait passé, tu sais. Tu peux m’entendre dire ce que tu veux, mais je te ramènerai à l’école saine et sauve.

Heather planta ses yeux dans le regard brillant de l’homme, un sourcil s’arquant doucement en interrogation, quelques questions remplissant son esprit à la phase incomplète. Que ne devait-elle pas pensé exactement ? Le changement de sujet s’avera si brusque, si prompt qu’elle ne pu tenter de creuser un peu plus profondément la question qu’elle se posait, sa tentative de compléter la phrase par elle-même s’arrêtant par le fait même. Les dernières phrases surprisent la serpentard qui resta figée un instant, son regard sonda celui-ci de l’homme, tentant d’y apercevoir la sincérité qu’elle espérait y trouver, repérant rapidement ce qu’elle recherchait dans les yeux graves de son compagnon. Elle ne su si c’était la pointe d’un début de confiance ou simplement l’espoir de revenir finalement au château qui causa le peu de chaleur qui commença à se répandre en elle, mais elle finit par hocher la tête, un mouvement lent et doux, mais aussi sincère que le petit sourire qu’elle se permit de lui offrir en retour.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Dim 8 Oct 2017 - 20:15

En entrant dans des considérations si méticuleuses, Octave eut la désagréable impression d’éluder quelque chose. Mais elle était venue ultérieurement, ne lui laissant que la réalisation trop tardive d’une fuite qu’il aurait au moins préférée être plus subtile. Cette importance accordée aux mots n’était que l’écho de quelques ressentiments épineux qui remontaient à loin. Ainsi que le disait si bien Miss Trown, qu’est-ce que cela changeait, si le résultat demeurait le même ? Cette remarque lui avait d’ailleurs arraché un soupir involontaire, frissonnant. Dans la continuité, ça n’avait effectivement pas d’importance, la causalité variant bien peu. Mais au fond, cela changeait tout et ce n’était pas pour rien que certains prêtaient plus de forces aux mots qu’aux balles. Un cliché. C’était pourtant notre perception d’un grief qui en faisait la gravité. Une claque pouvait autant être un affront personnel inacceptable qu’un usage causé par l’usure dont on ne se préoccupait plus. Et à force de plus réagir, notre quotidien parvenait-il à nous retirer nos dernières onces de dignité. En reprenant Heather, Octave avait finalement voulu souligner que son corps et son esprit, malgré cette habitue enracinée à se faire malmener, continuait à se révolter par mégarde, lorsque les réflexes n’étaient pas là pour taire les cris du cœur. L’habitude nous rendait indifférents et cette même indifférence éliminait progressivement toute valeur nous faisant encore tenir droit. Octave en connaissait un rayon, dans le flegme forcé, et savait qu’il n’y avait rien de pire que le détachement pour diluer les dernières bribes d’amour-propre.

Déjà durant son enfance, et puis beaucoup plus tard. Ses tuteurs avaient tous pris un plaisir tout particulier, sous le regard attentionné de sa propre mère, à ne lui pardonner aucun écart. Cela passa par les rabaissements systématiques et prononcés avec un sarcasme tel qu’un enfant ne fut pas encore capable de le comprendre pour en rire jaunement, contraint de les prendre au sérieux. Puis, regarder le mur pendant trois heures pour une leçon mal apprise, sans avoir le droit de bouger. Bleus et coupures superficielles n’étaient pas rares, jusqu’aux fissures dans les poignets et les phalanges à coup de réprimandes un peu trop zélées. Mais tout cela était normal, puisque commun et même approuvé. L’habitude nous rendait soumis à notre quotidien, quel qu’il fut, parce que ses aléas n’avaient plus d’importance. Alors avait-il corrigé Heather dans élan affolé, car cela lui avait rappelé que c’était justement ce genre de petits détails qui avaient changé sa propre détresse inavouée en indignation. Changer de perspective lui avait permis de redonner un souffle à ses convictions et désirs, cessant ce confinement indigeste dans une réalité où rien n’avait d’importance car la finalité semblait être toujours la même. Le malaise et la violence réprimée y paraissant obligatoires, erratiques et coutumiers.

Octave esquissa un sourire navré, regarda ses genoux sans vraiment savoir quoi répondre d’abord. Au vu de la situation, cela ressemblerait davantage à un jeu de mots, une tergiversation inutile sur l’orthographe sans prêter attention au sens des choses. Comment lui faire comprendre de toute façon que le discernement pouvait vous retourner la terre entière ? Cela avait-il son importance maintenant ? Il se mordit doucement la lèvre inférieure, déployant la barbe sur la peau tirée de son menton en un éventail hirsute. Coincée sous ses dents, la lèvre se cambra, soufra, tendue, puis se libéra finalement de leur emprise, luisant à la lumière bleutée du jour naissant d’un reflet bordeaux très foncé.

« Peut-être cette souffrance revient-elle justement parce que tu la supportes ? Ne m’aurais-tu pas giflé que j’aurais continué mon manège. Tu vois où je veux en venir ? » Son sourire s’accentua un instant, fulgurant, malicieux et vivace, mais mourut l’instant d’après, détendant sa bouche fatiguée. Sa question étant rhétorique, il commenta d’une voix douce et compréhensive, chargée du poids de l’expérience : « Il y a des comportements contre lesquelles il faut se révolter. Ca devient plus facile après. Tous les jours ça devient un peu plus simple, mais il faut le faire tous les jours. S’y tenir, c’est ça, la difficulté. »

Octave posa sa tête sur sa propre épaule, s’appuyant du bras sur le matelas. Son cou se déploya, massif, couvert d’une lumière bleutée comme de la neige. Divagations d’alcoolique tout ça ; sentimentalisme à deux mornilles pour faire réaliser à une jeune fille qu’elle avait bien fait de se battre et que l’acte ne valait pas d’être pardonné par simple habitude. Non, décidemment il fallait toujours pardonner dans la dignité et non pas par habitude, sinon que valaient ces pardons, à part un esprit faible et trop facilement plié ? Surtout lorsqu’on haussait les épaules de la sorte, montrant que l’on était indifférente à sa propre destinée, à son pauvre corps, et à ses envies. Le danger pouvait bien être ailleurs, pas nécessairement en face de soi, mais la normalisation de ces manifestations pouvait nous garder dans une cage, même dans les moments les plus tranquilles. Octave la jaugea à couvert de ses lourdes paupières, le regard pesant et épuisé. Qu’avait-elle bien pu vivre comme trahison pour se retrouver à s’aimer si peu ? A croire qu’on pouvait lui imposer une agression sous couvert de la normalité et de l’habitude. Heather avait rebiqué, mais qu’une seule fois et Octave se demandait maintenant franchement si le baiser qu’elle lui avait offert était vraiment un spectacle, ou une tentative dont elle avait déjà usé pour apaiser le caractère de son agresseur. La perversion lui dit que s’il désirait maintenant, il pouvait la posséder à condition d’insister un peu, lui imposant par le poids de son corps l’absence d’issue et de ses maigres forces. Ou la possèderait-il vicieusement, en adoucissant son cœur bien mieux qu’aucun homme n’aura su le faire jusqu’à maintenant. L’affaire lui parût ridiculement facile, et la force qu’il ressentit fut cruelle. Une claque peut-être, un coup de coude dans les côtes, mais le voilà au-dessus, lui respirant dans le cou, barbare, zébré de violence sadique, qui se révélait que parce qu’il le pouvait. Ou doucereux, mielleux, mauvais dans sa compassion, sachant parfaitement que toutes les douceurs qu’il allait offrir à ce corps malade et à cette âme clivée n’allaient que la fissurer un peu plus. A être trop gentil ou trop méchant, il pouvait profiter de sa faiblesse de coeur. L’ombre qui passa sur son visage, féroce, mais ne bougeant aucun trait de son visage, le rendit sombre et morose. Il savait que cette conviction facile lui venait du simple fait qu’Heather ne se valorisait pas assez pour trop résister. Quelle horrible pensée... Quel sauvage projet l’avait habité. Relief du monstre qu’il pouvait être et fut jadis.

« Si tu souhaites que je te pardonne par compréhension…Alors, je vais avoir besoin que tu m'expliques pourquoi. »

Octave demeura immobile un moment, observant sa jeune fiancée, faible et saisissable. Belle et sauvage, mais étrangement apprivoisée. Nous y étions enfin, à ces choses dont il ne pouvait pas véritablement parler. Son regard se perdit sur les carreaux nébuleux de la fenêtre, observant le dégradé au loin. Eternel lever de soleil qui n’en finissait plus, faisant paraitre la nuit encore plus froide et sinistre dans son insinuation mirifique à des couleurs bien plus chatoyantes à l’horizon. Mais pour l’instant, il n’y avait que le froid à l’extérieur et la chaleur écrasante, sèche et si peu naturelle de l’isba. Venait-il tout juste de se prendre au piège ? Il aurait bien souri de cette ironie, si seulement n’avait-il pas été sur le point de faire un aveu qu’il n’appréciait pas vraiment révéler. C’était des explications difficiles qu’il n’aimait pas avoir, car elles demandaient du doigté pour ne pas se faire mal comprendre ou carrément détester. Malgré son esprit plus ou moins à l’affût, beigné qu’il fut dans l’alcool fort, Octave n’était pas certain d’atteindre le degré de contrôle nécessaire. L’étudiante lui offrit un sourire et l’observant, son bras céda soudain sous son poids. Octave s’allongea en travers du lit, ses cheveux frôlant presque le mur en bois. Quelque part au-dessus de son épaule, il sentait la jambe repliée de Miss Trown. Il ferma les yeux et eut la sensation de se faire bercer par des vagues, ce qui l’obligea à les rouvrir pour que cesse le tournis. Il parla lentement, précautionneusement.

« Tu l’auras deviné, je ne suis pas ici par hasard. Pourquoi, ça, je ne peux pas te le dire. Mais parce que je suis venu chercher quelque chose, pour que la quête se satisfasse aussi rapidement que possible, il faut parfois rendre la réalité plus pertinente, d’où tous ces mensonges. » Octave soupira, remettant la suite de ses idées en place. « Personne n’aurait rien dit ici à un bibliothécaire d’école, encore moins s’il se trouve accompagné d’une étudiante par pur hasard. Je me voyais mal expliquer ta présence par un accident aussi cocasse que fut le nôtre. Ma responsabilité ne se serait étendue à toi que dans une perspective éducative. Ils s’en seraient moqués, d’autant qu’on est de parfaits étrangers ici. En revanche, un mec qui répond aux caprices de sa jeune fiancée, ça passe mieux simplement parce que ça insinue que tu m’appartiens. Et puis, ils aiment ça, les Russes, le rêve oligarque. Se faire une fortune, puis se trouver une jolie copine dans les capitales occidentales. Une putasse docile qui te regarde dans la bouche tant que tu lui fais des cadeaux. C’était juste pour ça, tout ce cirque, pour… »

Octave se tut, fronçant les sourcils. Il ne savait pas si c’était l’alcool qui lui faisait ressentir cet élémentaire remord cuisant. A vouloir simplifier l’explication, il parvint à en extraire l’essentiel. Il était manifestement allé trop loin dans son interprétation. La débauche le prenait parfois, le plaisir de dominer se faisant particulièrement vivace. Il avait voulu s’amuser à ses dépens parce qu’il en fut capable. Pour se moquer de son air renfrogné, alors qu’il la savait perdue au fond. Ca avait rendu la légende plus belle, plus alléchante. Puis, cette claque et ce baiser : quelle théâtralité bon sang ! A deux doigts de lui passer une torgnole, et les voilà en véritable couple slave de base. A tête reposée, la mise en scène lui parut exagérée, inutilement compliquée, d’autant que cet enchevêtrement ne s’était battu que sur la présence d’Heather. Seul, l’affaire aurait été plus discrète. Il savait ce qu’il était capable d’endurer et s’infliger plus que nécessaire ne relevait que de ce qu’il voulait bien s’accorder. Il avait la force de prétendre ce qu’il n’était pas sans que ça ne bouscule de trop sa dignité. Il pinça les lèvres, tourna la tête pour regarder Heather dans les yeux avec cet air grave, subtilement chagriné, fatigué :

« Je suis désolé, mais je crois que même la compréhension ne vaut pas le pardon dans mon cas. Vraiment, c’est irrémissible. J’ai profité de quelque chose que je n’aurais pas dû, c’est aussi simple que ça. Ne te laisse pas influencer par ce qui s’est passé, c’était vraiment stupide. Ne te dis surtout pas que tu auras mérité quoi que ce soit cette nuit, ou que c’était vrai, ou normal. C’est une vie de mensonges que tu as éprouvé ce soir. Repose-toi, dans quelques heures on reviendra au château et la parenthèse se refermera. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Ven 27 Oct 2017 - 4:59

La nuit tirait à sa fin, accueillant doucement la luminosité naissante du soleil se réveillant au loin. Ce dernier était encore bien enfoui, ne laissant échapper qu’un filet de lumière colorant quelque peu la nuit sombre qui l’avait précédé, déployant les ombres que la lune absente avait échoué de produire, les nuages ayant réussi à masquer l’astre blanc et ses reflets perlés. Une légère couverture orangée s’était déposée sur le paysage, enveloppant les arbres bercés par la brise d’une coloration aux scintillements surréalistes et ambrées, transformant le plateau de neige déposé au sol en un miroir brillant. Malgré la beauté éphémère du paysage et le souvenir sans pareil que cette vue aurait pu créer chez la serpentard, celle-ci était trop concentrée sur son compagnon de chambre pour admirer le tableau qui se peignait au travers la fenêtre. L'intérieur de l’isba restait d'une noirceur caractéristique à la nuit qui venait de s’écouler malgré la douce arrivée de l’aube et de ses reflets dorés qui se faisaient de plus en plus remarquer, se glissant par les fenêtres parsemant les murs de la maisonnée. Malgré tout, la vipère ne pouvait décrocher son regard du visage du bibliothécaire, ses yeux attirés tels des aimants par le regard vibrant et clair de l'homme. Contrairement au début de leur aventure rocambolesque où la panique avait été l'un des sentiments les plus prenant au sein de la brunette, cette fois-ci, c'était une incertitude envahissante qui dominait ses pensées. Heather n’était plus inquiète de son retour au château, au contraire, la sincérité puissante qui avait accompagnée les paroles du bibliothécaire l’ayant convaincue que le voyage vers l’Angleterre aurait lieu et qu’elle retrouverait finalement son dortoir à la fin de cette aventure indescriptible. Non, l’incertitude qu’elle ressentait avait une toute autre origine, cette dernière résidant à quelques centimètres d’elle, l'observant de ses yeux perçants. La serpentard détestait oeuvrer dans l’inconnu, détestait les surprises que la vie pouvaient lui apporter et malheureusement pour la jeune Trown, son compagnon d’infortune n’arrêtait pas de la surprendre, l'étonnement étant cette fois-ci causé par ses déclarations sincères et ses analyses aux penchants psychologiques. La brunette s'était attendu à un regain de colère éclatant ou du moins une indifférence froide et détachée de la part de l'homme, mais ce fut l'inverse qui l'avait accueilli à son réveil soudain, une sincérité saisissante dont elle n’avait guère l’habitude d’être la témoin. Heather préférait avoir le contrôle sur la situation ou dans tous les cas, pouvoir un tant soit peu prédire les actions d’autrui, mais son prétendu fiancé demeurait un mystère, un puzzle dont la majorité des pièces étaient encore une fois absentes. Comment pouvait-elle contrôler ses actions et émotions si chaque réaction de son compagnon était le résultat d’une équation aléatoire dont elle ne connaissait pas les variables ?

- Peut-être cette souffrance revient-elle justement parce que tu la supportes ? Ne m’aurais-tu pas giflé que j’aurais continué mon manège. Tu vois où je veux en venir ? Il y a des comportements contre lesquelles il faut se révolter. Ca devient plus facile après. Tous les jours ça devient un peu plus simple, mais il faut le faire tous les jours. S’y tenir, c’est ça, la difficulté.

La jeune fille n’avait qu’envie de lui rétorquer que c’était beaucoup plus facilement dit que fait, une pointe d'énervement perçant au travers son épuisement général, ses lèvres se pinçant doucement sous l’émotion qui l'assaillait. Oui, elle s’était révoltée un peu plus tôt, octroyant une gifle non planifiée marquant l’excès dont son être avait victime, mais ses pensées lui avaient vite rappelé que cela était une grave erreur, que ce genre d’actions était généralement sauvagement puni, cause certaine du réponse empreinte de brutalité. Pouvait-elle réellement se révolter à chaque jour contre son agresseur perpétuel dans le but de mettre fin à ses actions insensées ? Non, elle ne pouvait pas… La raison principale étant justement qu’il n’y avait aucune logique à l’origine de ses actes et que son père ne possédait aucune once de mansuétude en lui, animé que par une cruauté dont la source était un mystère pour la vipère. Oh, la brunette allait se révolter un jour contre son père et d’une manière bien définitive, de cela, elle en était certaine, mais pour le moment, lorsqu’elle se retrouvait seule face à Jake, sans baguette et moyens quelconque pour se défendre de ses élans de violences, rien n’était possible et elle devait subir, encore et encore. Elle pouvait déjà l’imaginer éclater de rire suite à une réponse quelconque de sa part, que celle-ci soit verbale ou physique, un ricanement agressant tracé d’arrogance et de cruauté qui précédait sans faute le lever de sa baguette et le sort douloureux qu’il aurait choisi d’utiliser cette fois-ci sur elle. Elle sentit un frisson parcourir son corps à l'idée de ce qu'elle se mériterait si elle oserait ne serait-ce que poser un doigt sur lui et elle resserra légèrement la couverture autours d'elle, même si elle savait que l’origine du frissonnement n'était en aucun cas la température de la pièce. Le fait même que son prétendu fiancé propose qu’elle se révolte contre son éternel assaillant était contre la nature même de la serpentard, cette dernière optant généralement pour l’évitement, préfèrent réduire les chances où elle se retrouverait une fois de plus dans sa chambre, son corps vibrant sous la douleur infligée. Non, elle ne pouvait pas et le fait même que son compagnon ose proposer une idée aussi saugrenue, bien que emplie de concepts philosophiques, démontrait à quel point il en savait peu sur la raison pour laquelle la jeune fille avait développé l’habitude de supporter les actes injustes dont elle était victime. Malgré la colère qui s’était faufilée en elle à son commentaire, elle sentit rapidement l’émotion se déprécier, remplacer peu à peu par la lassitude d’un esprit fatigué. Au final, le bibliothèque ne connaissait pas son histoire, ne pouvait en aucun cas la connaître, la connaissance de l’un l’autre se limitant aux deux rencontres nocturnes de la dernière semaine et ce fut ce qui convainquit la brunette de garder le silence, ravalant les paroles qu’elle avait failli prononcer précédemment. Que pouvait-elle dire de tout façon ? Heather n’était pas le genre de personne qui racontait à brûle pourpoint son enfance et certainement pas à des étrangers. Elle pouvait compter sur les doigts d’une main les personnes qui connaissaient son histoire, que ce soit une éclipse de celle-ci ou tous les détails grotesques qui parsemaient ses souvenirs. La brunette était une fille secretive, abhorrant la vulnérabilité qui s'immisçait en elle lorsqu’elle en dévoilait sur elle-même et ouvrait son coeur sur ses sentiments. Non, Heather n’aimait pas parler d’elle-même et ce n’était pas en cette nuit étrange qu’elle changerait ses habitudes, en ayant déjà trop dit, même si rien de concret n’avait été expressément révélé.

Puis, ses pensées profondes furent interrompues par la voix douce d’Octave qui se remit à parler, expliquant à demi mots la raison de sa venue en Russie et de toute la masquerade dont ils avaient finalement été complices. Heather leva un sourcil étonné à l’utilisation du mot putasse, surprise de nouveau par l’absence de filtre et par l’honnêteté brute dont il faisait preuve à son égard, à l’opposé complet du tissu de mensonges qui les couvrait depuis leur arrivé. L’explication était longue, truffée de justifications voulant légitimer la raison pour laquelle la brunette avait été reléguée à l'état d’un simple objet qu’on était fier de posséder, une jouissance à démontrer que son trésor docile était meilleur que celui d’une autre. La vérité était crue et sans détour : elle avait été un moyen comme un autre d’obtenir ce qu’il était venu chercher et même si son arrivée avait été qu’un pur hasard, cela ne l’avait pas empêcher de l’utiliser à ses fins. Or, la demoiselle n’arriva pas à ressentir l’indignation qui aurait dû l’envahir, l’objection qu’elle aurait dû exprimer face à la situation, car au final, la mascarade avait simplement emporté plus de peur que de mal et dans un monde où la souffrance semblait vouloir dominer sur le reste, un peu de frayeur ne semblait pas être d’une atrocité immonde.

- Je suis désolé, mais je crois que même la compréhension ne vaut pas le pardon dans mon cas. Vraiment, c’est irrémissible. J’ai profité de quelque chose que je n’aurais pas dû, c’est aussi simple que ça. Ne te laisse pas influencer par ce qui s’est passé, c’était vraiment stupide. Ne te dis surtout pas que tu auras mérité quoi que ce soit cette nuit, ou que c’était vrai, ou normal. C’est une vie de mensonges que tu as éprouvé ce soir. Repose-toi, dans quelques heures on reviendra au château et la parenthèse se refermera.

Heather resta silencieuse, ne sachant quoi répondre à cette déclaration navrée et d’une gravité sans précédent dont elle était témoin, ses pensées continuant de partir dans tous les sens. Sans piper mot, la brunette s’allongea à son tour, ses mouvements lents et délicats, contrôlant la position de ses membres avec finesse, évitant avec talent de frôler ne serait-ce qu’un instant la peau de l’homme étendu à ses côtés. Elle posa doucement la tête sur l’oreiller, replaçant tranquillement derrière son oreille une mèche de cheveux qui s’était échappée, les yeux de la serpentard demeurant fixés sur son compagnon qui s’était finalement tut après le long discours dont elle avait été la réceptrice. Le visage de la demoiselle restait illisible, assimilant les paroles qu’il venait de prononcer, ne sachant toujours pas quoi répondre au flot d’idées qu’il avait exprimé. La serpentard s’était décrite comme habituée à la violence et à cela, elle y croyait toujours malgré l'insistance du bibliothécaire à lui faire voir les choses autrement, par contre, le regret exprimé par son futur mari n’était pas une réalité dont elle avait souvent été la spectatrice. Le concept de s’excuser lorsqu’on avait fait du mal à une autre personne sonnait étrange à ses yeux, une abstraction inusitée et extravagante qui renda la vipère perplexe, surtout lorsqu'elle était celle recevant les paroles remplies de regret. Bien évidemment, elle s'était déjà excusée quelques fois par le passé, ayant su reconnaître ses torts ou du moins un abus quelconque de sa part, mais elle n'avait que très rarement été du côté receveur de ce type d’aveux et elle ne savait quoi faire des paroles murmurées et du sentiment étranger qui se répandait en elle. Le remord avait été si poignant et réel, son regard transperçant d'émotions malgré le voile causé par l'alcool qui s'était posé sur ses yeux. Elle se sentait étrangement touchée par sa requête de demeurer impardonné, l'authenticité de son discours la frappant finalement de plein fouet, la réalisation qu'elle n'avait pas mérité tout ce qui s'était déroulé ce soir étant tout un choc pour la vipère. Après tout, n'était-elle pas à l'origine de son propre malheur ? Si elle n'était pas sortie de son dortoir passé le couvre feu rien de tout cela ne serait arrivé, et si elle avait été une meilleure fille, son père… elle secoua légèrement la tête à ce moment, refusant de s'aventurer dans l'infinité que représentait le conditionnel, posant de nouveau son regard sur l'homme couché à ses côtés. Doucement, elle étira quelque peu son bras, posant délicatement sa petite main sur celle de son prétendu fiancé. Puis, d'un geste marqué par sa lenteur contrôlée, elle enroula ses doigts autours de sa main, serrant légèrement celle-ci, la chaleur de leur corps se mélangeant faiblement sous le mince contact entre leur peau respective. Sa main reposa sur la sienne, aucun mot ne s'échangeant entre eux, le silence qui s’était déposé suite à son discours toujours intact, brisé que par les respirations et ronflements incessants des autres habitants de l’isba. Et malgré l'envie de murmurer qu'elle lui pardonnait les nombreux écarts de la soirée, qu'au final, elle ne lui en tiendrait aucunement rigueur, elle resta muette, ne voulant briser le silence qui semblait vouloir dire mille mots à cet instant.

Par la fenêtre, la coloration des feuilles ne s'étaient qu'accentuée, le bri de l'horizon par l'astre lumineux offrant une luminosité de plus en plus grande sur le paysage. L'intérieur de l'isba s'était légèrement illuminé, perçant la pénombre qui s'était déposée durant la nuit. Et bien que la lumière grandissante annonçait l'arrivée imminente du matin, la brunette savait qu'elle aurait encore quelques heures à patienter avant de retrouver le confort du château, mais à cet instant, l'attente lui semblait déjà beaucoup moins insupportable que quelques heures plus tôt.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mer 1 Nov 2017 - 21:15

Le travail en binôme, c’était naze, il n’y avait pas à dire. S’accaparer de quelqu’un qu’on ne connaissait ni de Godric, ni de Salazar était diablement épuisant. Mais comment proprement se dédouaner et abandonner l’adolescente en Sibérie, alors qu’elle se prenait maladroitement les pieds dans les tuiles et perdait sa propre baguette tout en faisant disparaître la sienne dans la neige ? M*rde quand même. A la poubelle, tous ces inadaptés prépubères. On les abandonne devant une station de pompiers, ou une église, et on retourne à la vie tranquille où on peut ignorer ces parasites caractériels sans prise de conscience existentielle. Abandonner Heather ici ? Ce serait chic. Elle se trouverait un mari, marinerait le poisson à la main et on l’enverrait scier de la glace sur le lac pour les bains des moujiks. Plein d’adolescents préféraient tout que d’aller à l’école, pas vrais ? Et puis, elle, qui se prétendait si habituée à tout et n’importe quoi, n’allait pas s’étonner d’une vie rude de paysanne russe, non ? Il fallait pousser les gosses dans la piscine pour leur apprendre à nager ! Et marcher sur les doigts lorsqu’ils atteignaient le rebord un peu trop tôt. Allé, les grandes profondeurs de la vie t’attendent, Miss Trown ! Ca devenait de plus en plus difficile de s’en foutre, quand même.

Les enchaînements cocasses qui le menèrent à ce lit le faisaient encore partiellement sourire de leurs hasardeuses tribulations. Bon sang ce qu’il regrettait ! L’alcool et la fatigue lui avaient fait perdre de sa détermination, tandis que la discussion avait parachevé le reste de ses ambitions. Le silence de l’étudiante ne le réconforta pas. Au contraire, l’impossibilité d’une discussion l’écrasa jusqu’à l’étouffement. Il regardait le plafond, respirant à peine pour mieux écouter les mouvements de sa fiancée, mais n’entendit que les craquements persistants de la neige et du bois. Octave ne sut dire exactement pourquoi, mais cette fin le rendait confus et mal à l’aise, comme s’il y avait toute une discussion qui avait été menée derrière le silence, sans que le contenu ne lui parvienne entièrement. Des morceaux manquaient. Il n’avait pas l’impassibilité et l’indifférence de Rogue. Ce qui avait pris la place en revanche était une sorte de sensiblerie timide qui ne s’avouait que peu, mais qui se forçait à l’écoute des autres et à la patience. Il n’aimait pas l’intimité des gens pour cette raison. A leur contact, lorsqu’il avait la sensation de toucher quelque chose de moelleux, il s’irisait comme des poils sous l’électricité statique. Il finissait par être si précautionneux à l’égard de ce que son entourage pouvait ressentir après coup qu’il s’épuisait à la tâche. Sans souffle, il observait leurs cœurs battre en essayant de suivre une cadence semblable, ne brusquant que ce qu’il fallait histoire de redonner du panache aux poitrines qui se mouraient. Mais cette attention particulière lui coûtait en énergie. Peut-être que le silence d’Heather avait quelque chose de salvateur au final, parce qu’il n’avait plus à faire face à ses opinions, ni à ce qu’il avait possiblement provoqué. Dans un ultime effort, il pouvait mettre de côté les spéculations que lui imposait son cerveau et se contenter de l’absence sans essayer de la déchiffrer. Un peu comme quand on continuait à ne pas prêter de considération aux espoirs d’un ami amoureux que parce qu’il n’avait jamais dit « je t’aime ». Diablement cruel dans la forme, mais il avait horriblement envie de fermer les yeux sans se sentir coupable de quoi que ce soit à l’égard de l’étudiante. Encore moins du fait d’être incapable de la rassurer sur les circonstances. Bah, elle avait l’habitude ?

La main qui rampa à sa rencontre en liane silencieuse fut si muette qu’il crut d’abord à un hasard : le soubresaut d’une endormie. Ou le froissement d’un serpent se frayant un chemin à l’aveugle jusqu’à tomber sur une pierre par mégarde. Endormie ou non, la main demeura. Une paume gracile se posa sur la sienne, plus large et robuste, entretenant encore le mystère de son intention l’espace d’un délicat flottement. Le doute se dissipa pourtant, alors même qu’il fut prêt à croire au geste involontaire qui n’osait se retracter, lorsque la jeune femme enlaça sa large main de ses doigts ténus. La caresse était si lente qu’il n’y avait plus raison à se mentir quant à son dessein. Ne s’attendant pas à cela, un tournoiement maladif des prunelles, une décoloration soudaine de la bouche le défigurèrent. Il reprit haleine avec précaution pour qu’elle ne l’entendît pas respirer et tâcha de redevenir lui-même. A nouveau l’immobilité silencieuse, délicieuse dans sa tendre assurance, appartenant à cet ordre de révélation qu’accompagnait le sentiment immédiat d’une réalité que l’on choyait, parce qu’elle nous rassurait par sa sincère douceur. Aussi, Octave demeura-t-il prostré en victime d’une bienveillance qu’il ne pouvait pas rendre de peur de la briser, comme on ferait fuir un animal à vouloir lui caresser la tête au lieu de se laisser sagement renifler. Au lieu de cela, il écouta plein d’anxiété le chant de la respiration féminine, comme s’il craignait, par mégarde, de lui faire encore du mal rien qu’en esquissant une preuve de vie, lui cassant les doigts rien qu’en essayant de leur rendre la caresse.

Il lui fallut un temps, avant de s’accoutumer à la chaleur et la pression de l’étreinte, qui lui imposèrent jusqu’alors des frissons froids et la tension d’une attention à laquelle il ne s’était absolument pas préparé. Ce timide entrelacement recelait en lui plus d’intimité et d’abandon que le baiser dont Heather l’avait gratifié plus tôt et cette confidence silencieuse l’effraya, comme s’il venait de frôler quelque chose qu’il n’aurait pas dû, même si on le lui offrait. La seule chose qu’il put faire, à défaut de retourner sa paume pour enlacer ses doigts dans ceux de l’étudiante pour lui rendre son étreinte à part égale, fut de ne pas fuir et d’accepter. Cette immobilité, Octave s’en irritait tout en s’en délectant douloureusement. La paix n’advint que bien plus tard et, s’étant habitué au contact autant qu’à la sensation d’attachement qui s’y mêlait, il retourna lentement son visage pour entrevoir une Heather bleutée, endormie. Profitant de ses yeux clos, il la regarda franchement des siens, paupières largement ouvertes et pupilles luisantes. Qu’avait-elle voulu dire par son étreinte ? Encore des spéculations, encore des mystères qui lui échappaient quelque peu. Etait-ce la réconciliation silencieuse envers et contre tout, le pardon bienveillant et compréhensif, ou celui qui laissait passer juste pour que cesse ce blâme épuisant ? Allé, je te pardonne, petite ordure, cesses donc de me fatiguer avec tes explications ! Des barbares comme toi, j’en ai eu et des plus sauvages. Je vais t’embrasser et te serrer la mimine juste pour que tu te taises.

Octave observa ses cheveux bruns lui tomber en cascade sur les épaules pendant longtemps. Suffisamment longtemps pour voir leur reflet passer du bleu grisâtre, électrisé, au jaune blafard d’un soleil d’hiver. Il la détailla, s’en imprégna au point de pouvoir dire à quoi Heather ressemblait, peinte par toutes les couleurs d’un lever de soleil. Finalement, le noir de sa chevelure devint lumière rayonnante et sa pâleur naturelle gagna en satin, si nette de tout hâle, blancheur saine de jeune femme qui tirait son teint des coquillages. L’ourlet de ses paupières agiles faisaient frémir dans une rêverie inquiète les longs cils soyeux, qui dansaient sur sa joue à la pommette haute. Octave la vit bientôt inquiète dans son assoupissement et un pincement l’amena à prendre la faute pour cette torpeur emplie de cauchemars. De quoi s’énervait-elle dans son inconscient ? D’un bibliothécaire qui la maintenait immobile et la laissait se faire dévorer par des loups, tout en essayant de l’embrasser de force ? Les agitations se succédèrent, bouleversées par l’imaginaire, saccadé par des apaisements salvateurs qui détendaient son corps et ses mains, qu’Octave sentait reposer sur la sienne à nouveau en délicate rose déliée plutôt qu’en tenaille de noyée qui s’accrochait à ce qu’elle pouvait pour ne pas couler. Jamais il ne bougea, pour ne pas la réveiller, pour ne pas l’effrayer, même en rêves.

Il fallut lâcher cette main pourtant. Arrêter de sonder l’endormie de ses yeux à l’auréole sanguine par manque de repos. Le bibliothécaire se redressa lentement pour ne pas courber le lit et, la main tiédie par une douce paume étroite, il la couva encore une fois d’un regard inquiet, comme pour rattraper de cette attention tardive ce qu’il aurait dû faire bien plus tôt. Puis enfin il tourna sa tête en bataille où le jour courut en moires rousses, pressa sa main contre le matelas pour s’échapper de sa cage moelleuse et se releva sans bruits avant de quitter l’étroitesse de leur couche. Malgré l’atmosphère chaleureuse, le dos de sa main eut si froid qu’il la recouvrit machinalement de son autre paume. L’absence de sommeil n’ayant pas dissipé ses sensations de la veille, Octave eut du mal à se glisser dans la peau de son autre en voyant l’un des Russe s’éveiller quelques minutes plus tard, tandis qu’il buvait longuement un verre d’eau. Barras ne fut pas en état de parler, ni de plaisanter et ils se servirent tous deux de la saumure de cornichon pour décuver. Il les écouta distraitement, heureux de ne pas avoir à imiter l’enjouement, tandis que l’alcool les avait tous définitivement perdus dans un brouillard pour un bon bout de temps. Personne n’était d’ailleurs capable de manger. La maison avait cette odeur caractéristique d’un lendemain extravagant, dont on ne sentait plus que l’odeur et le lointain relief dans les cadavres de bouteilles. Octave en profita pour les presser, car dix heures ne tarderaient pas à sonner quand même…

« Il faut que j’y aille… »

Avait-il baragouiné en brouillant ses yeux d’une ébriété qu’il ne ressentait pas, mais qui jurait si bien avec la fatigue. Nagmar baragouina quelque chose en échange, récalcitrant de sortir dans la neige, mais une promesse fut énoncée plus tôt et ils sortirent finalement, sans vestes, pattes dans les bottes, se faire éblouir par la blancheur extatique de la neige. Elle scintillait comme tant de diamants, comme du sable fin qui n’en finissait pas de jouer des rayons lumineux, dansants en farandole psychédélique et mirifique sur la rétine d’yeux émerveillés. Ils s’enfoncèrent dans la neige un peu, contournèrent la maison. Octave tomba à quatre pattes dans une poudreuse trop épaisse, arrachant des rires qui finirent en quinte de toux. Lorsque le paysage lointain s’imposa à eux, Nagmar sortit sa baguette et appela au loin l’une de ses jumelles. Tandis que rien ne se produisait, Octave eu le temps de sombrer dans une panique tendue. Son plan s’arrêtait précisément ici et il n’était pas sûr de pouvoir inventer une suite si sa baguette ne se présentait pas. Mais elle s’extirpa au loin de son cercueil blanc et fila jusqu’à eux, joyeuse de retrouver sa liberté. Nagmar lui épargna la frayer de récupérer la baguette lui-même et la laissa directement se poser dans les mains d’un Octave reconnaissant. Le soleil tapait maintenant si fort dans un ciel si bleu qu’il ne manquerait pas d’imprégner sur le visage du bibliothécaire la rougeur de son amour cancéreux. Plissant leurs yeux bouffis et souffreteux, ils rentrèrent à la maison récupérer la fiancée.

En la voyant debout et à table, forcée par les soins slaves d’un Van papillonnant à prendre un petit déjeuner, Octave lui grommela des salutations d’incompréhensibles tout en faisant jouer sa baguette entre ses doigts. Le retour était proche, encore un peu de patience ! Baillant dans ses manches, il repoussa un peu l’instant des aurevoirs pour satisfaire la compagnie des russes, ne voulant pas les fâcher en les quittant trop tôt. Tant bien que mal, ils s’engagèrent dans une conversation ayant bien peu d’importance pour être relatée ici. Sa légèreté néanmoins participa à redonner sourire au bibliothécaire grognon et renflé comme s’il avait de la fièvre. Du thé sucré fut la seule chose qu’ils aalèrent, Octave impressionnant la tablée par la quantité plus que respectueuse de cuillères qu’il y sacrifia. On en rigola, insinuant qu’il buvait plutôt du sucre au thé. Quelques regards de sa part furent jetés à Heather sans jamais rien lui dire, profitant encore de circonstances qui ne leur imposaient pas la parole. Discrètement, il la couvait suffisamment souvent pour qu’on sache qu’il y faisait attention sans la négliger et que leur silence était convenu, tranquille.

Trouvant le moment propice, alors que la conversation s’étouffait d’elle-même dans le confort, Octave se leva, présenta ses excuses et s’engagea à partir. Il remercia les hôtes de sa part et de la part de son petit bout de femme, avant d’empoigner la fourrure qu’il avait ramenée pour la tendre à Nagmar en guise de contrepartie courtoise. L’argent n’aurait jamais été accepté et il fallait tâcher d’entretenir de cordiales relations. La région était vaste, mais peuplée par si peu de gens qu’on y savait tout à condition de s’y intéresser. Le Bouriate refusa, prétexta le froid et la petite princesse qui n’allait certainement pas le supporter. « Elle va geler ta petiote, l’ami, t’es pas très malin ! Ca va être le divorce avant le mariage ton truc. » Octave se défendit d’un mouvement de baguette qui tricotta pour sa fiancée une épaisse couverture en laine. Le Russe se saisit de la fourrure, content d’un riche cadeau en beau vison, et le bibliothécaire récupéra son couteau sans provoquer de remous. D’une palme tendue dans le dos sa jeune fiancée, il la poussa vers la sortie. Tout sourires, ils se dirent au revoir, se serrant les poignes et laissant un peu Heather de côté. Ils n’étaient capables que de tapes viriles sur les épaules, de celles qui auraient enfoncé l’étudiante dans la neige jusqu'à la taille comme un clou. Respectant la tradition des adieux qui duraient une éternité et s’étendaient de la table du salon jusqu’au portillon du jardin, ils énumérèrent tout ce pourquoi ils étaient reconnaissants, plaisantant encore un peu, se lançant presque dans des conversations avant de sagement les étouffer. Finalement, Octave saisit Heather par la taille, la serrant contre soi, fit un dernier mouvement de la main et les expédia dans un craquement sonore jusqu’à la pluvieuse Angleterre.

Comme avec Cassidy bien plus tôt, ils atterrirent à l’orée d'un territoire qui n’acceptait pas les transplanages. Octave lâcha sa dulcinée sans brusqueries, conscient de l’importance des gestes maintenant qu’ils n’avaient plus à faire semblant. Il dut cependant s’écarter et se retourner, humant l’air humide et lourd à pleins poumons pour faire passer la nausée qui menaçait de beigner les dents. Heureusement, il ne pleuvait pas, malgré la couverture nuageuse qui avait la pesanteur d’un chapiteau de plomb. Sans ajouter le superflu à leur déjà considérable couche de faux-semblants, Octave se contenta du silence et, d’un geste détendu de la main, il intima à Heather le chemin à suivre. Ils parcoururent les fourrées d’herbes hautes dans un bruit de froissement et, s’il ne regardait pas ses pieds, le bibliothécaire toisait le château, pressé jusqu’à la nervosité de rejoindre son lit. Mais surtout, d’abandonner l’étudiante dans des mains plus expertes que les siennes, plus aptes à en prendre soin, dans une compagnie plus tendre à son cœur. A cette pensée, il sentit sa main se réchauffer d'un souvenir d'épiderme nerveux. Le silence qui les suivit tout du long de leur marche laborieuse n’avait étrangement rien de malaisant, tant tous deux semblèrent plongés dans leurs propres songes, maintenant que le danger était passé. Le soulagement, lui, n'était pas advenu, coincé quelque part derrière la culpabilité. Les yeux encore emplis de la pâleur du soleil Sibérien, Octave entretenait un état de béatitude inconfortable, s’empêchant de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à la perspective de sa mission pour Rogue. Et au sommeil à venir, bienheureux et libérateur.

Bientôt, ils atteignirent la porte principale qu’Octave ouvrit, laissant passer la jeune femme et veillant à ce que personne ne les aperçoive. De là, le cachot fut rejoint par un autre escalier, labyrinthe d’ombres et de pierres qu’il connaissait bien maintenant, avec l’aide mielleuse de Rusard. Il s’arrêta néanmoins à bonne distance de la salle commune, là où il n’y avait personne pour les entendre, éprouvant le besoin de mettre quelque chose clair. Il regarda Heather de ses yeux francs et d’un vert rendu paradoxalement encore plus brillant par la fatigue, nuancé comme une emeraude. Il avait présentement la nette impression qu’ils étaient revenus dans une contrée infiniment plus lointaine et lugubre que celle qu’ils avaient quittée, pleine de soleil et de blancheur immaculée. Toute l'importance de cette histoire se révélait maintenant, ici, alors qu'ils étaient en sécurité au château et que l'aventure était derrière eux. Octave n’était pas encore certain du ton à adopter, mais finit par opter pour une douceur réservée, tâchant de regarder Heather bien en face. Soigneusement, il garda distance, sans paraître inaccessible et dédaigneux, mais suffisamment pour ne pas laisser songer à l’intimidation ou à une toute autre interprétation que la cordialité-même. Les histoires de fiancée, c'était terminé. Les mains s'étaient enlacées une seule fois et s'étaient séparées pour toujours.

« Je sais que tu as été actrice dans cette histoire à ton insu. Que rien de ce qui t'es advenu ne t’étais plaisant, ou volontaire. Je le comprends très bien. Etant donné les circonstances, je ne t’aurais rien demandé si l’affaire n’avait pas été aussi sensible, mais il faut que tout ça reste entre nous. Mieux, que ça reste dans le passé sans influencer d’une quelconque façon la vie au château. Tâche de garder ça pour toi et n’en parle à personne, s’il-te-plaît, c’est très important. Si ça s’ébruite d’une façon ou d’une autre, je risque d’avoir des problèmes, mais toi aussi et je ne pourrai pas t’aider cette fois-ci. Est-ce que je peux… » il soupesa les mots dans sa bouche un moment, puis se décida : « … te faire confiance ? Je ne te demande pas de m'apprécier, ni de me parler comme avant, juste de ne pas ébruiter les éléments de cette nuit. C'est tout. Pour le reste, tu fais comme tu le sens, j'accepterai tout. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Lun 6 Nov 2017 - 2:52

Le bruit de la porte d’entrée se refermant résonna dans la petite maisonnée, réveillant en sursaut la vipère qui s’était assoupie quelques heures plus tôt, celle-ci s'asseyant rapidement sur la couche surprenant confortable, mais vide du deuxième individu qui lui avait tenu compagnie jusqu’ici, les yeux affolés par le réveil impromptu. Son esprit prit un certain temps à remettre les événements en place, replaçant les péripéties en ordre et la situant finalement dans l’isba russe où ils avaient cherché refuge la nuit passée. L’aventure semblait loin à son esprit, un souvenir flou, mais pourtant celui-ci n’était pas un rêve imaginé par son inconscient, une imagination grotesque que le cerveau endormi aurait créé de toutes pièces, la jeune fille étant encore bien prise dans ce pays froid et lointain. Son visage fit rapidement le tour de la petite chambre créée simplement par des draps suspendus, tentant de trouver du regard son prétendu fiancé ou une simple indication que celui-ci était toujours présent, mais elle revint bredouille, la réalisation que ce dernier était absent suscitant un début de panique malaisant qui se manifesta par des frissons grimpant le long de sa colonne vertébrale. Elle ferma les yeux quelques instants, reprenant le contrôle de sa respiration erratique, forçant les battements hâtifs de son coeur à se calmer et à reprendre un rythme plus régulier. Après tout, il lui avait promis de la ramener sain et sauf au château et il tiendrait sa promesse... n’est-ce pas ?

Les mouvements quelque peu hésitants, Heather s'extirpa des couvertures chaudes, se levant finalement du matelas moelleux qui lui avait été prêté pour la nuit, replaçant d’un geste absent les pans de sa jupe autours d’elle. Prenant son masque habituel, refusant de laisser transparaître le début de nervosité qui grimpait en elle, la brunette s’approcha lentement de la séparation entre les draps et s'engouffra finalement dans l’air commune de l’isba, son visage parcourant pour une deuxième fois les alentours, la bibliothécaire se faisant remarquer de nouveau par son absence. Malgré sa tentative à se rassurer elle-même, la serpentard ne pouvait empêcher le doute de resurgir en elle, un pincement qu'elle pouvait pratiquement ressentir physiquement, le début d'un sentiment de trahison naissant au creux de son ventre. Elle ne pouvait retenir le sentiment de regret de se propager en elle d’avoir cru en sa promesse et oserait-elle se l'avouer, de lui avoir offert une partie de sa confiance. Il avait profité du premier moment pour s'éclipser, le sommeil qui avait emporté la demoiselle une opportunité parfaite pour l’abandonner dans ce pays froid, avec ces hommes aux tendances douteuses. Après tout, elle n’avait jamais été censée se retrouver ici et personne ne savait où elle se trouvait, l’endroit était parfait pour se débarrasser d’elle et bien que sa connaissance sur la raison de la visite du bibliothécaire en Russie était minime et probablement sans importance au final, elle ne pouvait nier que le simple fait de savoir qu’une visite était requise était probablement déjà de trop, la nécessité même d’une mascarade étant une preuve à elle seule. La brunette s’en voulait de l’avoir cru, une honte crépitant en elle d’avoir osé y croire, les promesses faites sous l’alcool étant rarement fiables et respectés, mais étrangement, elle y avait cru et elle payait maintenant le prix de sa naïveté et de sa confiance mal placée. Les situations extrêmes ramenaient souvent au devant ces émotions et réactions étrangères, des réponses aliennes à celles qui peuplaient l'habitude de la jeune fille.

Cette dernière se fit sortir brusquement de ses pensées par un des russes buvards de la vieille qui l’attrapa par le bras, l’assoyant avec beaucoup plus de force que nécessaire sur l’une des chaises de la cuisine, la table toujours peuplée de bouteilles et de verres vides empestant l'alcool. La vipère tourna un visage offusqué vers lui, une réplique colérique sur le bout des lèvres, lorsqu’elle remarqua le sourire du slave et le bol qui lui tendait de sa grosse main, sa tête bougeant de haut en bas en un hochement de tête qui se voulait invitant. Le doigt insistant pointé sur le bol et la répétition des mots “mannaya kasha”, si elle comprenait correctement les syllabes aux sons étrangers qui s'échappaient de la bouche du russe, firent comprendre à la brunette que le plat qui avait été déposé devant elle portait vraisemblablement ce nom, un petit-déjeuner probablement typique de la culture slave si son esprit de déduction ne lui faisait pas défaut. Le plat semblait avoir été choisi pour sa simplicité, le regard voilé par les réminiscences d’alcool du russe qui l’avait servi semblait être un indicateur relativement fiable sur ses capacités culinaires actuelles. Heather hocha lentement de la tête en guise de remerciement, l’expression neutre et dépourvue d’une quelconque émotion bien en place sur son visage, attrapant de ses doigts délicats la cuillère qui était déposée aux côtés du bol. La substance qui remplissait le couvert en céramique était d’une couleur blanchâtre, la texture ressemblant quelque peu à celle du porridge que Poudlard offrait à ses étudiants, une cuillerée de confiture de framboise y étant déposée, ajoutant un soupçon de couleur au met simpliste. La brunette observa le plat quelques instants, une touche d’hésitation visible dans le mouvement de sa main avant qu’elle y plonge la cuillère, récupérant une petite portion du met sur l'ustensil, portant ce dernier près de son visage où elle y déposa ses lèvres rosées. Elle fut agréablement surprise par les saveurs, le plat lui rappelant quelque peu le pudding au riz mais auquel une délicieuse pointe fruitée s’y était ajoutée, le soupçon de la confiture rosée complémentant parfaitement le met par ses arômes sucrées. Malgré le noeud qui s’était créé au sein de son estomac réduisant son appétit près du zéro absolu, la vipère pouvait admettre que le met était satisfaisant et elle prit un gorgée du thé noir qui accompagnait le repas d’un air absent, le silence pesant dans la maisonnée, lorsque la porte d’entrée s’ouvrit de nouveau, attirant l’attention de la serpentard vers celle-ci. En quelques secondes, elle reconnut la figure caractéristiquement plus petite du bibliothécaire et un éclair traversa le regard qu’elle avait déposé sur ce dernier, un soulagement immense l’enveloppant au retour de son prétendu fiancé. Elle prit une seconde gorgée de son thé, le sentiment malaisant d’être de trop dans une conversation dont la compréhension lui échappait revenant tranquillement se poser en elle et elle se perdit rapidement dans la contemplation de son breuvage, les rires et la discussion des hommes ajoutant un bruit de fond à ses pensées débordantes. Elle remarqua à quelques reprises les regards que l’anglais lui jetait ici et là, se contentant de les retourner quelques fois, son visage gardant une neutralité globale dont elle n’avait plus la force de briser par des émotions mensongères. Malgré le retour imminent, si la baguette que l’homme avait en main était d’une quelconque indication, la couleuvre ne pouvait s’empêcher de ressentir une grande impatience face au retour au château qui semblait vouloir se faire désirer par sa lenteur à arriver, gardant l’émotion hors de son visage, les hommes se prélassant de leur breuvage et interactions sociales.

Puis, le moment sembla finalement arriver et la brunette suivi le mouvement de son prétendu amoureux et le rejoint dans l’entrée de la maisonnée, observant les aux revoirs d’un oeil distant tandis qu’une couverture de laine se matérialisait autours de ses épaules frêles. L’apparition la surprit légèrement, mais elle ne s’attarda pas à l’étonnement, en profitant, au contraire, pour resserrer le plaid autours d’elle-même, le vent froid commençant à refroidir l’isba par la porte entrouverte. L’attention, bien que appréciée par la demoiselle, s’accompagna de turpitude, se rappelant que trop bien le doute qu’elle avait ressenti quelques temps plus tôt, ayant été d’une rapidité inégalée pour abaisser Octave à la hauteur d’un hypocrite aux promesses sans profondeur. Elle leva un regard indéchiffrable vers l’homme, une pointe de honte naissant en elle alors que la main de celui-ci s’enroulait autours de sa taille et qu’ils disparaissaient, rejoignant enfin les terres entourant le château, la promesse qu'il lui avait faite respectée et réalisée. La confiance était si difficilement gagnée et pourtant si facilement détruite que même si elle lui en avait accordé qu'une infime partie, la vipère ne lui avait offert aucune chance avant de l'anéantir, sautant rapidement au conclusion, un affront dont elle seule était la responsable. À cet instant, elle ne su pourquoi elle ressentait une pointe de culpabilité, n'ayant pourtant jamais été prompt à offrir sa confiance par le passé. En quoi cette fois-ci était différente ? Était-ce le fait qu'elle lui avait retiré sa confiance sans raison valable, une réaction démesurée créée par la peur qu'elle avait ressentie d'être abandonnée à son sort, le bris d'une promesse à laquelle la brunette s'était accrochée ? La jeune Trown avala quelque peu de travers, sachant finalement la réponse à sa propre question.

L’inévitable accolade prit rapidement fin, séparant les deux individus qui n’étaient plus unis par le subterfuge des fiançailles, chacun d’entre eux reprenant finalement leur identité véritable. La serpentard posa son regard sur Poudlard, le soulagement de la vue qui s’offrait à elle se répandant jusqu’au bout de ses doigts, mimiquant la chaleur que la couverture déposée sur ses épaules lui apportait. Elle emboîta le pas au bibliothécaire, le mouvement délicat de sa main assez claire dans son intention, gardant le regard fixé sur le château qui s’approchait au gré de leurs pas, résistant à l’envie de baisser la tête et de regarder le sol d’un air songeur et fatigué. Ils étaient de retour, la mascarade ayant pris fin de manière définitive lors de leur transplanage, et la serpentard retomba, un retour étonnamment difficile, dans son personat usuel. Un silence s’était déposé entre eux deux et la demoiselle l’accepta avec grâce, préférant se complaire dans ses pensées que de participer à une discussion dont les paroles seraient hésitantes et remplies d’un malaise qui avait fait un retour fracassant depuis le réveil, la sincérité de leur discussion nocturne semblant s’être évaporée avec la noirceur de la nuit. Elle entrevoyait le retour dans son dortoir avec envie et empressement, sachant que malgré les quelques heures de sommeil qu’elle avait eu le bonheur d’acquérir, son corps se permettrait un repos additionnel que son esprit accepterait avec joie, lui offrant un repis aux pensées et questionnements tourbillonnants. La salle commune était à quelques corridors de leur position lorsqu’elle aperçut du coin de l’oeil l’arrêt de son accompagnateur, mettant fin à son tour à son avancée, sentant que leur départ ne pouvait se faire sur un silence. Elle leva son visage délicat vers lui, observant les émeraudes brillantes de ses yeux noisettes, son visage indéchiffrable malgré les sentiments à l'opposé l’enveloppant. L’aventure avait pris des tournures inattendues, des mensonges aux actions incongrues en passant par l’éclat de sincérité une fois seuls, l’expédition inattendue semblait avoir pris un malin plaisir à tourner dans tous les sens et la brunette ne pouvait se faire une idée claire de toute l’histoire qui s’était effondrée sur elle. Puis, Octave prit la parole, le ton posé et en contrôle :

- Je sais que tu as été actrice dans cette histoire à ton insu. Que rien de ce qui t'es advenu ne t’étais plaisant, ou volontaire. Je le comprends très bien. Etant donné les circonstances, je ne t’aurais rien demandé si l’affaire n’avait pas été aussi sensible, mais il faut que tout ça reste entre nous. Mieux, que ça reste dans le passé sans influencer d’une quelconque façon la vie au château. Tâche de garder ça pour toi et n’en parle à personne, s’il-te-plaît, c’est très important. Si ça s’ébruite d’une façon ou d’une autre, je risque d’avoir des problèmes, mais toi aussi et je ne pourrai pas t’aider cette fois-ci. Est-ce que je peux… te faire confiance ? Je ne te demande pas de m'apprécier, ni de me parler comme avant, juste de ne pas ébruiter les éléments de cette nuit. C'est tout. Pour le reste, tu fais comme tu le sens, j'accepterai tout.

Tout semblait toujours tourner autours de la confiance et la fin de leur aventure commune ne semblait pas être une exception à cette tendance qui prenait plaisir à revenir les harceler. Elle toisa longuement l'homme se tenant devant elle, le regard hésitant malgré l'absence d'émotions affiché sur le reste de son visage levé vers lui. Pouvait-elle garder sous silence tout ce qui s’était déroulé depuis leur disparition du château ? Elle ne lui en voulait pas, certes, mais le silence était une toute autre demande, une obligation à porter seule les répercussions que l’aventure pourrait apporter, mais si celles-ci n’étaient qu’au sein d’elle-même. L'homme se tenant devant elle demeurait un mystère, une équation qu’elle n’avait pas comprise et le défi de la résoudre lui titillait l’esprit, la convainquant au final de garder le silence. Après tout, à quoi cela lui servirait-elle de discuter avec autrui de son absence rocambolesque alors qu’elle-même ne possédait pas tous les détails ? L’aventure demeurait un épisode insolite dont elle n’avait toujours pas une impression singulière, ses émotions s'aventurant encore dans tous les sens, rejouant les différents moments ayant marqués l’affaire. Elle n’arrivait pas à se faire une tête, sachant que son esprit demanderait du temps avant de classer l’accident dans une catégorie quelconque, le même principe s’appliquant au bibliothécaire dont la personnalité s’était complexifiée depuis leur première rencontre. Le souvenir de celle-ci remonta à son esprit, la vipère se rappelant à cet instant que lorsque la situation avait été inversée et qu'elle avait instigué le subterfuge, une tentative d'éviter les représailles de Rusard, Octave l'avait aidé sans hésiter, gardant secret leur rencontre et la réelle nature de leur échange. Bien que les deux situations possédaient leur lot de différences, une certaine similarité ressortait, ajoutant une raison supplémentaire au choix qu'elle venait de faire de passer sous silence leur aventure nocturne et de se commettre à respecter la confiance qu'il tentait de lui accorder. Elle lâcha finalement un soupire, passant une main lente sur sa nuque, avant d’hocher de la tête, sa voix à peine plus élevée qu’un murmure se faisant entendre.

- Je n’ai aucune idée c’était quoi tout ça, ni ce qui était si important de venir chercher pour que tu décides de me faire passer pour ta putasse docile, comme tu l’as si bien dit, mais… je ne dirai rien. Tu as ma parole, si cela vaut quelque chose à tes yeux, ajouta-t-elle. Puis, le toisant longuement du regard, elle continua sur une autre pensée, la curiosité prenant le dessus sur sa réserve habituelle, … mais, j’aimerais savoir… ces mensonges, cette.. mascarade.. ça t’a aidé au final ? Ça a servi à quelque chose tout ça ?

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Mer 8 Nov 2017 - 15:29

Qu’est-ce qu’il allait faire si elle décidait de lui dire d’aller se faire foutre en accompagnant son refus par une deuxième baffe indignée ? Lui asséner son coude sur la tête comme sur un clou pour qu’elle s’écrouler, en rajouter une couche du talon si jamais le traumatisme crânien n’était pas solide, puis s’assurer d’une amnésie partielle, avant de laisser le corps dans un coin, qu’on pense que les inspecteurs avaient encore fait du zèle. Les sortilèges, ça se contrecarrait facilement, surtout depuis que le Ministère n’avait plus aucun remord à torturer les gens ; quelle éthique pouvait-il y a avoir dans le viol de souvenirs personnels ? Alors que quelques neurones en moins, il n’y avait pas de Poussos pour ça. Les souvenirs s’ancrant dans la chair, ils s’en allaient avec elle, comme de l’art. Il n’avait pas réfléchi à cette option à vrai dire, misant entièrement sur la coopération de la jeune femme qu’il espérait suffisamment sagace pour supposer que les caprices n’étaient pas les bienvenus. Cela n’avait pas été un jeu et s’ils étaient rentrés sains et saufs dans le concon qui semblait doux par contraste, cela ne voulait pas dire que cette lointaine réalité était encore incapable de les rattraper. Et surtout, même si ce n’était pas parfaitement vrai, Octave était capable de beaucoup en derniers recours. Il l’avait bien faite passer d’étudiante à fiancée, alors pourquoi pas l’inverse, voir pire ? Il ne savait pas si l’impassibilité de la jeune femme était le couvert d’une réflexion ou d’une fantaisie qui se tramait, alors il se contenta de la fixer en retour, prêt à retenir toute éruption de colère si telle devait être sa réponse définitive. L’oubliettes, éventuellement. Un coup de baguette magique rapide, c’était toujours plus simple que de perdre son temps en intimidations, mais pas toujours facteur de réussite sur le long terme, l’histoire de la magie l’ayant prouvé à maintes reprises. Penser à des représailles contre une élève lui paraissait barbare, ce qui était déjà une bonne preuve de sa partielle sanité, mais la sauvagerie n’était pas à exclure. Il valait mieux cependant qu’elle prenne sa décision non sous la crainte d’un coup, mais avec l’impression de faire quelque chose de bien, quitte à avoir pitié du petit bibliothécaire qui tremblait des genoux à l’idée que son aventure s’ébruite. La miséricorde était un pouvoir bien plus grisant que ne pouvait l’être la crainte d’une vengeance.

- Je n’ai aucune idée c’était quoi tout ça, ni ce qui était si important de venir chercher pour que tu décides de me faire passer pour ta putasse docile, comme tu l’as si bien dit, mais… je ne dirai rien. Tu as ma parole, si cela vaut quelque chose à tes yeux.


Elle parla avec fatigue, livrant un secret, lui avouant quelque chose à contre cœur parce que telles étaient les exigences. Cette vulgarité, qu’elle avait recueilli de sa propre bouche ivre, le vaincu à l’instant, tant elle paraissait plus ordurière encore, à naître sur les lèvres d’une jeune fille qui recopiait un mauvais exemple pour le rendre encore plus terrible. Il la soupçonnait de se venger à la dérobée, à essayer de le culpabiliser sur les petits détails, comme si les grands étaient tellement odieux que ce n’était pas la peine de les mettre en lumière. Un sang impétueux bondit à ses joues et il maudit son émotion fougueuse, si peu endiguée par sa fatigue, qui lui fit baisser les yeux quasiment instantanément vers le sol. Octave croisa ses bras sur sa poitrine, comme s’il tentait de se protéger de ces attaques, qu’il savait de toute façon siennes. Heather ne faisait que retourner ses propres affronts contre son sentiment de responsabilité, ce qui rendait l’accord annoncé bien moins contentant que prévu, presque donné sous la torture et avec le regret de ne pas avoir un autre choix. En réponse, il soupira légèrement, le front toujours bas et froncé, ombragé de cheveux roux, acceptant l’absence de sentiments plus heureux.

Sa parole, si cela valait quelque chose pour lui ? Octave n’avait pas donné raison pour une meilleure opinion de sa personne et le savait. Sa main le brûla d’un souvenir qui lui sembla faux, ne voulant rien dire de plus qu’une faiblesse passagère et fatiguée de la jeune femme. Il demeura silencieux, ne souhaitant pas se défendre car avait conscience de sa défaite s’il essayait. Et il n’avait pas la prétention d’avoir le dernier mot à ce sujet-là. Patient, il attendait la suite qui tardait à venir, se macérant peut-être dans son propre jus pour naître encore plus acide ?

- Mais, j’aimerais savoir… ces mensonges, cette... mascarade... ça t’a aidé au final ? Ça a servi à quelque chose tout ça ?


Sur l’instant, il comprit que la réponse hésitait sur sa teneur et ses sourcils se froncèrent, relevant l’arcade aiguë et tendant sa mâchoire carrée. Fâcheuse incertitude qui remettait en cause, dans son absence de fulgurante témérité, nourrie par une évidence sincère, quasiment l’entièreté des décisions prises. De cette absence de mots, il en souffrit comme d’une meurtrissure grave. Très souvent, Octave n’avait pu se reposer que sur la solidité de ses choix, mus par la conviction et l’assurance de faire la seule chose possible, envisageable pour épargner le plus de sentiments possibles, s’évertuant à faire au mieux. Alors, ne plus savoir quoi dire équivalait à perdre son principal repère, sa seule valeur sûre ; à reconnaître que même son intelligence, qu’il croyait fidèle et infaillible, lui échappait et se trouvait probablement même surestimée.

La vie lui demeurait mystérieuse, belle et indéchiffrable dans son apparition séraphique. Les gens se trouvaient être d’éternels étrangers, dont il ne se sentait souvent que l’auxiliaire. La méfiance lui était naturelle, non pas par orgueil, mais parce qu’il connaissait sa propre nature et craignait de la retrouver chez l’autre. Il ne donnait pas grand crédit à ses sentiments, minimisant leur importance. Encore moins en donnait-il à ceux des autres, surtout lorsqu’ils lui étaient dirigés sous forme de bonnes intentions. Il se voyait peu intégré en réalité, mal à l’aise, pas à sa place. Cette tendance à rester en retrait par conviction le menait paradoxalement à mettre quiconque sur une marche plus haute que la sienne. Son tempérament naturellement exalté avait eu tôt de montrer les symptômes d’une altération morbide, tranchant quasiment à la racine tous liens qu’il aurait pu développer avec autrui. Mais au milieu de ce firmament aveuglant de ce qui ne lui était nullement étreignable, dans cet infini éthéré où il flottait dans le vide sans jamais toucher quoi que ce soit autrement que du bout des doigts, il y avait bien quelque chose sur quoi il avait toujours eu foi. Son inébranlable, infaillible perspicacité. Il ne parvenait pas à s’insérer dans toutes ses tumultueuses vies, mais il parvenait à les comprendre sans s’en approcher. Tirer les bonnes conclusions, avoir raison, prévois les comportements, utiliser les éléments l’entourant pour en tirer l’éternel meilleur. Et là, rien ne venait. Son visage se tendait et doucement, les certitudes s’écroulaient dans le silence du couloir. Ne pas pouvoir se justifier le mettait de plus en plus à mal, car il avait cru faire son possible pour ne rien aggraver et qu’en était-il maintenant ? Ca aussi lui échappait ? Etait-ce donc juste sa nature toute faite de plaisirs et de goujaterie qui avait pris le dessus dans l’aventure sans aucune autre finalité que la sienne ? Largement concevable tant il était vrai cependant que tout créature fragile qui entrait en rapport intime avec un Holbrey était vouée in facto aux angoisses, aux désastres, au malheur, à moins que ne coulât dans ses veines une goutte du même sang maternel, du même élixir démonien.

Il finit par avoir un geste impétueux du menton, chassant les doutes qui l’assaillaient d’un mouvement nerveux. Parce que peut-être, le fleuve de la vie coulait déjà trop amer dans les veines du bibliothécaire (même à cette époque bienheureuse pour lui), il sentit le besoin de diluer le poison au moins un peu. Octave redressa enfin la tête, décroisa les bras pour se donner de la contenance, mais un frémissement des narines trahissait l’émotion. Il se voulait décidé non pas pour imposer un mensonge avec conviction, mais pour au moins ne pas paraître complètement perdu dans ce qu’il allait proposer comme explications.

« Franchement ? Non. Si tu te souviens, je comptais partir seul. J’avais un plan élaboré depuis longtemps. Est-ce que je me serais passé de ta présence ? Oui, je pense. C’était en tout cas mon intention initiale. Est-ce que ça se serait mieux passé ? Je n’en sais rien. Peu importe en définitive, parce que tous ces mensonges qu’on a dû tisser à l’improviste n’avaient pas eu pour but de m’aider moi, mais à te protéger toi. Si je n’avais pas perdu ma baguette dans la neige, on aurait transplané pour rentrer au château directement, ce qui nous aurait épargné ce spectacle et toute cette peine. Mais ça n’a pas été le cas et il aura fallu composer. Vite, maladroitement, grossièrement, mais certainement pas dans la perspective de mener à bien mon affaire. Ca, c’est venu dans la foulée, par pur hasard. Le plus important, c’était que ça nous aide nous. »

Octave souffla, éreinté par sa propre course et par le mal qu’il avait à justifier ses propres actions poisseuses comment étant tournées dans le but d’extirper la malheureuse étudiante des bras de potentielles crapules. Justifier la violence, c’était possible ça ? A aucun moment il n’avait eu l’intention de répondre aussi concrètement sur le sujet, ayant préféré garder l’étudiante dans le mystère, mais le besoin de s’expliquer avait comme percé. Car dès l’instant où Heather s’était imposée dans l’aventure sans le vouloir, elle en était devenue la seule priorité.

« Est-ce les Russes t’auraient laissée tranquille si je t’avais présentée comme mon étudiante et moi, un bibliothécaire de Poudlard perdu dans la Sibérie nordique par un malheureux hasard ? Honnêtement, je n’en sais rien. Peut-être ? Ce que je sais, c’est que ce n’est pas un coin bien fréquenté. J’ai très probablement exagéré sur certains points, te demandant des choses que tu ne voulais pas faire et n’était pas capable de faire ou d’assumer, partant du principe que plus le mensonge était gros, mieux ça passerait. On aurait peut-être pu passer une soirée bien plus tranquille, je ne sais pas. En attendant cependant, je sais que le résultat est là : on est rentrés. Si te savoir de nouveau à Poudlard voudrait dire que toute cette mascarade a servi à quelque chose, alors ma réponse est oui. On ne s’est pas décarcassés pour rien. Si tu penses le contraire en revanche, je ne peux rien faire à part m’excuser de t’avoir fait vivre ça pour pas grand-chose. »

Il était pâle et sérieux, la voix lui manqua sur la fin alors qu’il crut quelqu’un s’approcher, ce qui remua son regard sur ce qui ne devait être qu’un courant d’air. Puis il écarta les bras, les laissa retomber, les rouvrit dans l’incertitude. Il pensait avoir bien fait, mais c’était à elle de décider si les bonnes intentions avaient atteint leur but dans ce vaste accident. Parce qu'il était fatigué et passablement défait, Octave parla d'un air tranchant et mauvais qui faisait peine, mais au moints s'agissait-il de sa vérité à lui :

« Si tu t'imagines que c'était pour mon plaisir, ôte-toi cette idée de la tête. Ce qui était important, ce n'était pas ce que j'avais à chercher, crois-moi. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
AVATAR : Cher Lloyd
MESSAGES : 89

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mai 1980 à Londres
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Sam 11 Nov 2017 - 21:05

Ses sourcils se froncèrent à la vue du tableau que l'homme lui offrait. Ses joues rosies, la tête baissée vers le sol et les bras croisés : la position dégoulinait d'une fermeture et d'un malaise palpables dont la jeune fille n'avait aucun doute qu'elle en était l'origine. Elle pouvait avouer que ses paroles avaient été directes, reprenant sans détour l'expression crue qu’Octave lui avait lancée la nuit plutôt, une manière franche de remettre sur le tapis la réalité qu'était l'aventure, mais cela ne se voulait pas une attaque ou un jugement sur ses actions, simplement une représentation claire de ce qui s'était déroulé. De ses actions, elle ne s'en offusquait pas, la paix ayant été faite lors de leur nuit à l'étranger alors qu'ils avaient partagé une couche beaucoup trop petite pour les deux inconnus qu'ils étaient, mais où des paroles sincères avaient été partagées de toute part et d'autre. Bien que la finalité de la discussion avait été unidirectionnelle, la jeune Trown ayant exprimé d'une autre façon ce qu'elle avait voulu transmettre, dans son esprit, tout était maintenant derrière eux. Elle attrapa inconsciemment sa propre main, frottant l’intérieur de sa paume de son pouce, se rappelant que trop bien ce moment qui semblait pourtant si loin où elle avait eu un moment de faiblesse et elle qu’elle s’était plus ouverte qu’à l’habitude. Lors de cette nuit, de voir son prétendu fiancé se culpabiliser de ses actions, d’éprouver du regret pour ses gestes avaient été étrange pour la brunette, une réaction dont elle n’avait jamais eu conscience pouvait être possible et elle savait que son geste avait été causé par cette réalisation, ce besoin de pardonner, car un regret dirigé vers elle n’était jamais survenu auparavant et elle ne pouvait laisser cela passer sans réagir d’une quelconque façon. Alors pourquoi semblait-il se refermer sur lui-même ? La situation n’avait-elle pas été réglée et oubliée, le retour promis ayant été livré de sa part, leur discussion actuelle se déroulant justement entre les quatres murs du château ?

Puis, elle avait posé ces deux questions. Cela n’était pas dans ses habitudes de poser des questions aussi directes, laissant entrevoir la curiosité l’habitant qu’elle masquait généralement par sa capacité à observer de loin et à tirer des conclusions. C’était peut-être une fatigue généralisée mélangée au souvenir d'une confiance accordée qui fit qu’elle osa demander ou tout simplement parce qu’elle savait qu’elle n’aurait jamais la réponse si elle ne s’aventurait pas à poser la question à la seule personne qui détenait la réponse, mais elle le fit, les mots sortant de sa bouche d’un ton quelque peu hésitant qu'elle haïssa instantanément. Alors que le bibliothécaire l'avait vu dans plusieurs états qu'elle gardait normalement privés, ayant été le récepteur forcé d'une gifle sans retenue et à l'extrême, d'une démonstration empreinte d'une gentillesse que peu de personnes connaissaient d'elle, l'hésitation qu'elle venait de démontrer semblait maintenant hors propos, trop permissive dans cet environnement où elle restait à l'habitude froide et impassible. Elle serra légèrement la mâchoire, détestant la perte de contrôle qu'elle ressentait à l'instant, chaque rencontre avec l'homme semblant s’être terminée par elle qui exprimait trop ce qu'elle gardait normalement secret, des sentiments qu’elle enfouissait au plus profond d’elle-même. Elle retient le soupire qu'elle voulut lâcher de nouveau, se châtiant de son manque d'ardeur à reprendre le dessus sur elle-même et sur ses émotions mélangées qui ne faisaient que la rendre plus instable à cet instant. Le bibliothécaire, quant à lui, semblait avoir repris quelque peu contenance : la tête s’était relevée, les bras s’étaient décroisés et son regard s’était posé sur elle. Repoussant ses pensées au plus profond de son esprit, elle se concentra de nouveau sur son partenaire d’aventure, tous les signes portant à croire qu’il allait finalement répondre à ses questions, malgré sa fermeture initiale.

- Franchement ? Non. Si tu te souviens, je comptais partir seul. J’avais un plan élaboré depuis longtemps. Est-ce que je me serais passé de ta présence ? Oui, je pense. C’était en tout cas mon intention initiale. Est-ce que ça se serait mieux passé ? Je n’en sais rien. Peu importe en définitive, parce que tous ces mensonges qu’on a dû tisser à l’improviste n’avaient pas eu pour but de m’aider moi, mais à te protéger toi. Si je n’avais pas perdu ma baguette dans la neige, on aurait transplané pour rentrer au château directement, ce qui nous aurait épargné ce spectacle et toute cette peine. Mais ça n’a pas été le cas et il aura fallu composer. Vite, maladroitement, grossièrement, mais certainement pas dans la perspective de mener à bien mon affaire. Ca, c’est venu dans la foulée, par pur hasard. Le plus important, c’était que ça nous aide nous.

Le non initial l’avait pris de court, une réponse franche, mais désagréable à entendre, une vérité sans détour. Toute cette histoire n’avait été qu’une rocambolesque coïncidence emportant deux personnes dans une avalanche de péripéties les plus étranges les unes que les autres, et tenter d’y trouver un sens plus profond, n’aurait été qu’un baume superficiel sans réel effet. Après tout, la vérité était simple : elle n’avait jamais été supposée se retrouver là et sa présence même avait été le déclencheur de tous les mensonges, tenter d’y trouver une utilité n’aurait été qu’un recours facile, un mensonge additionnel à toute la mascarade. Alors pourquoi était-elle déçue de sa réponse ? Elle lui avait pardonné, certes, mais elle ne pouvait nier qu’une certaine utilité à sa présence aurait été un petit réconfort additionnel, bien que superficiel au final. Puis, la suite du discours exposa un point de vue différent sur la situation, un revirement de situation dont elle ne s’était guère attendu, et ce fut à son tour de baisser la tête, s’abandonnant à son envie : la protéger, quel concept curieux. Dans un monde aussi cruel et sauvage, c’était chacun pour soi, non ? Bien sur, en cours de route, certaines alliances se créaient, se transformant parfois en une relation plus profonde, Léon en était un exemple parfait, mais cela avait pris plusieurs années avant qu’elle lui offre une confiance sans failles et qu’ils décident instinctivement de se protéger l’un l’autre. Or, Octave et Heather étaient simplement des inconnus, des connaissances au mieux, la compréhension qu’ils avaient l’un de l’autre se résumait qu’en deux rencontres nocturnes non planifiées. Dire qu’elle ne s’était pas attendue à cette réponse était un euphémisme, une perspective nouvelle dont elle n’avait guère l’habitude. De savoir qu’elle avait été la préoccupation principale du bibliothécaire tout le long de leur aventure était un concept surprenant pour la jeune Trown, une notion dont elle avait une difficulté sans nom à y saisir l'implication et à y comprendre les motivations. Une sensation anormale se répandit en elle, réchauffant légèrement son être, une impression à laquelle elle fronça les sourcils en réponse. Elle secoua légèrement la tête, tentant de se libérer l’esprit de ses émotions contradictoires, les enfouissant finalement au plus profond d’elle-même, refusant d’y accorder plus d’importance que nécessaire. Après tout, il n’avait agit que par obligation, étant une élève de cette école, il était de son devoir de la protéger et même si plusieurs membres du personnel étaient d’excellents exemples du contraire, la vipère refusa de s’attarder encore plus sur la question, reléguant ses actes à une contrainte à laquelle cet homme était soumis en tant que bibliothécaire de cette école. Sa conscience lui murmura qu’elle avait au final bien fait de lui faire confiance, que la méfiance n’était pas toujours la solution, mais elle refusa d’y croire, plusieurs souvenirs démontrant le contraire remontant à son esprit. Oui, cela n’avait rien à voir, confiance ou non, il l’aurait emmené au château, car telle était son obligation. Alors pourquoi ressentait-elle une pointe de doute à ce qu’elle tentait de se marteler à elle-même ? Heureusement pour elle, sa lutte intérieur se fit interrompre par le déclencheur même de ses remises en question qui reprit la parole, ajoutant une couche d’explications à son premier discours.

- Est-ce les Russes t’auraient laissée tranquille si je t’avais présentée comme mon étudiante et moi, un bibliothécaire de Poudlard perdu dans la Sibérie nordique par un malheureux hasard ? Honnêtement, je n’en sais rien. Peut-être ? Ce que je sais, c’est que ce n’est pas un coin bien fréquenté. J’ai très probablement exagéré sur certains points, te demandant des choses que tu ne voulais pas faire et n’était pas capable de faire ou d’assumer, partant du principe que plus le mensonge était gros, mieux ça passerait. On aurait peut-être pu passer une soirée bien plus tranquille, je ne sais pas. En attendant cependant, je sais que le résultat est là : on est rentrés. Si te savoir de nouveau à Poudlard voudrait dire que toute cette mascarade a servi à quelque chose, alors ma réponse est oui. On ne s’est pas décarcassés pour rien. Si tu penses le contraire en revanche, je ne peux rien faire à part m’excuser de t’avoir fait vivre ça pour pas grand-chose.

La jeune fille resserra la couverture autours de ses épaules, relevant la tête, observant la pâleur de son interlocuteur d’un visage impassible. Il avait parlé d’un ton sérieux et grave, mais où une certaine incertitude semblait avoir percée durant ses explications. Le discours du bibliothécaire avait vacillé dans plusieurs sens, n’offrant aucune conclusion claire et précise, emmenant l’étudiante à définir par elle-même la réponse à ses questions, ce qui n’avait pas été l’objectif du questionnement qu’elle avait osé exprimer à voix haute. Une lassitude s’était déposée sur elle depuis quelques temps déjà et elle remit en question la pertinence de ses questions. Après tout, cela ne changerait absolument rien à la finalité de l’aventure, leur retour ayant été assuré et au final, elle était revenue sans blessures, plus de peur que de mal ayant réellement été fait. Puis, elle réalisa que l’absence de conclusions à leur histoire était causée simplement par le fait qu’aucune réponse existait, que la vérité, personne ne pouvait la connaître. Est-ce que leur aventure se serait terminé sur une note plus joyeuse, un souvenir extravagant d’une expédition invraisemblable ou au contraire, sur une note dramatique et lugubre, dont les détails auraient été enfouis pour éviter un scandal ? La réponse à cela, elle ne l’aurait jamais. Au final, il était impossible de prédire ce qui ce serait passé si une autre tactique avait été utilisée, si un autre subterfuge avait été tissé et de demander des explications à son partenaire involontaire, tenter de trouver une vaine raison à sa présence ne changerait rien à ce qu’ils avaient vécu et à ce qui s'était déroulé dans ce pays froid.

- Si tu t'imagines que c'était pour mon plaisir, ôte-toi cette idée de la tête. Ce qui était important, ce n'était pas ce que j'avais à chercher, crois-moi.

La vipère laissa un silence se déposer entre eux deux. Elle cligna des yeux une fois, puis une deuxième fois, observant l’homme se tenant devant elle, une interrogation se formant dans son esprit. Les regrets qu'il avait exprimés la nuit passée, la culpabilité qu’il semblait avoir ressentie lorsqu'ils s'étaient réunis sur la petite couchette avaient déjà retiré ces doutes de son esprit. Pourquoi croyait-il qu'elle pourrait toujours penser cela ? Pourtant le bibliothécaire était loin d'être un homme insécure, enfin, c'était l'impression qu'il dégageait et celle dont la jeune fille s'était faite sur lui. Elle pencha la tête légèrement sur le côté, le toisant un peu trop longtemps, ajoutant ce détail à la liste qu'elle avait montée dans son esprit sur l'homme. Oh oui, il était un vrai puzzle. Puis replaçant une mèche derrière son oreille, un petit automatisme démontrant la nervosité qui l’habitait, la brunette répondit finalement, le ton fatigué, reprenant de nouveau les mots d’Octave :

- On est rentrés.. Tu as raison, au final, le reste n’a pas d’importance. Tu peux arrêter de t’excuser, c’est du passé. Personne n’apprendra que j’ai quitté le château cette nuit : tu peux partir la tête tranquille, ça restera notre secret.

_________________

HAVE YOU EVER HAD THOSE DAYS
WHEN YOU ARE HOLDING A STICK
AND EVERYONE LOOKS LIKE A PINATA?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons. Dim 12 Nov 2017 - 2:42

Le couloir était demeuré désert comme il en advient d’ordinaire dans les failles de l’Histoire, dans les terrains vagues du temps. L’extraordinaire continuité, sortant de l’ordinaire habituel par son insistant flottement, imposait quelque chose de mirifique à cet instant qui ne semblait à aucun moment vouloir se confronter au réel. Ils n’avaient croisé personne ; Octave ne savait même pas s’il avait entendu des oiseaux chanter aux alentours de Poudlard. Peut-être était-il parvenu à trouver le sommeil et était encore en train de dormir en Sibérie, avec cette petite main sur la sienne ? La tranquillité bienheureuse de la solitude sans surprises l’inquiétait quelque peu, le hasard étant bien trop fainéant pour les laisser tergiverser sans les surprendre par une déconvenue. Toute leur aventure avait été beaucoup trop agitée pour ce calme de concon cotonneux de nuage suspendu. Il craignait au détour, le pire. Et surtout, que ses mots ne provoquent qu’une nouvelle vague de méfiance et de dédain. Eternelle riposte dont il commençait à s’épuiser, d’autant que ses propres paroles n’avaient pas été empruntes de la meilleure des conclusions. Quoi qu’il ne fût animé tout du long que par le désir pressant de la libérer au plus vite de cet embarras qui ne voulait pas prendre fin. Elle lui avait serré la main, peut-être, mais il avait senti à quel point au fond ce fut un geste d’exception, provoqué par les circonstances et qui ne se répèterait peut-être jamais avec la même sincérité. Ils étaient rentrés, tout allait bien, il n’y avait plus nécessité à se corrompre pour la survie d’une volonté faiblissante. Ca aussi, il l’avait compris, raison pour laquelle tout était possible maintenant, dans ce couloir silencieux, où plus personne n’était en danger et où on pouvait détester sans avoir besoin d’embrasser juste après…

- On est rentrés... Tu as raison, au final, le reste n’a pas d’importance. Tu peux arrêter de t’excuser, c’est du passé. Personne n’apprendra que j’ai quitté le château cette nuit : tu peux partir la tête tranquille, ça restera notre secret.

Il cligna des paupières, un peu hébété, les paroles dites prenant du temps à percuter son entendement. Malgré l’appel à l’apaisement de ces derniers, il ne put empêcher un sentiment de profond malaise poursuivre sa route, s’entremêlant à quasiment tout ce qu’ils faisaient. Peut-être était-ce lui et l’absence de coupures durant les évènements, qui l’obligeaient à voir l’histoire dans son entièreté déroulée comme un tapis dans son dos et dont il percevait encore le moindre relief dans la clarté de son esprit sans repos. Octave pencha la tête vers l’avant, déglutit, puis se redressa dans un élan qu’il donna à sa colonne vertébrale, déployant chaque vertèbre jusqu’à atteindre sa belle taille d’orgueil tranquille. Il obligea son visage à se détendre, mettant tout de côté, car ils pouvaient en discuter encore longtemps, de ces choses-là, au point de les user jusqu’à la corde. Mais il savait qu’il était temps de mettre fin aux questions pour que se ferme la parenthèse et qu’ils puissent enfin prendre du recul. Il se savait encore capable de la palper de toute part jusqu’à trouver la moindre blessure qu’il aurait causé par inadvertance dans l’aventure, et qui aurait refusé de cicatriser. Il déploya donc son beau visage, survivance subtile de ce qu’il avait comme talent d’acteur ; maîtrise éternelle de soi en un claquement de doigts. La voix sonna à juste mesure un peu fatiguée, mais déjà plus sereine.

« J’ai du sang canadien, il paraît. Je m’excuse de m’excuser. Quant à toi, sois tranquille, je ne t’importunerai pas et tout sera comme avant, aussi ennuyeux que peut l’être une bibliothèque et son bibliothécaire. N’oublie pas de chercher ta baguette à la tour. Si quelqu’un l’aura déjà trouvée, dis-le, j’irai la trouver, on me posera moins de questions qu’à toi. Passe un bon dimanche, fiancée… »

Octave esquissa un sourire, percutant sur cette boutade, n’ayant pas pour habitude de s’abandonner sur une tristesse, même s’il fallait que la joie fût à moitié feinte, car il connaissait les prolongements douloureux que pouvaient avoir les mauvaises fins. Sourire étrangement enfantin dont il ne se rendait que peu compte, mais qui remontait aux tréfonds d’une enfance partiellement absente et qui se rattrapait comme elle pouvait, à travers les failles d’un physique d’homme bien fait. Ce n’était pas un sourire bien défini, il n’était pas localisé, mais se diffusait dans le corps tout entier, derrière les yeux et même dans le maintien de la tête et des épaules, qui se détendirent de l’angoisse, mais tressaillirent dans la perspective de pétulance. Il adressa ce sourire à Heather, confiant et empli d’une joie tranquille, sans exagérations qui pourraient laisser entendre qu’elle couvait autre chose que ce qu’il sous-entendait. Mystérieux, joueur, Octave se retourna sur ce ravissement et, en marchant vers les escaliers sinueux qui le mèneraient à la bibliothèque, il sentit presque inconsciemment, entre deux clignements de paupières, le calme tendu revenir, le regard devenir fixe et impénétrable d’une chose qui ne fonctionnait pas normalement et savait que rien n’était en mesure de l’ébranler. Dormir, dormir, s’imposer une coupure et oublier les déconvenues pour ne garder en mémoire qu’une anecdote de mauvais goût…

Il n’y avait rien eu de naturel dans leur histoire. Le souvenir de la tour d’Astronomie lui revint alors qu’il franchissait à pas tranquille les couloirs étrangement déserts. La fluidité de leur rencontre l’avait rassuré, il n’y avait alors à aucune moment perdu pied, ni ne s’était-il senti incertain de quelque chose, ou obligé de se livrer de force pour justifier ses actes. En cela, cette nuit avait été un pur enfer (told ya…), leur imposant une intimité qu’il aurait pu mieux assumer et affronter si Heather avait été capable d’en faire autant. Mais elle était plus jeune, quelque chose qui lui demeurait mystérieux la fragilisait, lui retirait une confiance en soi qu’elle imposait en apparence. Pour lui montrer qu’il n’était pas une créature à la colonne vertébrale rigide jusqu’à la douleur, Octave avait livré quelque chose ce soir-là, sans sentir ce rapprochement avoir le confort d’un doux glissement volontaire dans les délicatesses d’une intimité qui voulait bien s’exposer. Non, ces confidences-là, il les avait arrachées à sa propre nature réservée de force, dans le seul désir d’arranger un peu les choses, d’équilibrer la balance. Et comme tout aveux qui se faisait dans la précipitation pour justifier des sauvageries blessantes ou malaisantes, elles furent acceptées avec la méfiance que l’on accordait aux aveux impétueux, possiblement mensongers, compte tenu des circonstances. La barbarie imposée lui laissait le goût amer de confidences sans confiance, emplis de franchise douloureuse plutôt que reposante. Octave ne tenait pas rigueur à Heather, loin de là, mais la situation l’avait gêné du début à la fin sans que jamais il n’y trouve un moment d’assurance tranquille. Les sentiments qui restaient n'avaient rien de bons, mais les circonstances n'avaient pas proposé d'autres options et il fallait s'y faire. Maintenant, il s’était arraché un morceau pour prouver ses bonnes intentions à la jeune femme, et à force de saigner, ne pensait qu’à se rhabiller au plus vite, retrouver ses forces et son impassibilité placide, la coquille féroce de son orgueil qui ne doutait de rien.

En automate, il retrouva sa bibliothèque, puis la porte de sa chambre et son lit, laissant aux élèves volontaires du dimanche chercher leurs livres eux-mêmes. Il accueillit le moelleux de son duvet blanc comme l’on plongeait dans une eau claire et profonde, prenant son inspiration et fermant les yeux pour tomber d’un sommeil de plomb qu’il n’avait pas connu depuis bien longtemps.


-Fin-

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons.

Revenir en haut Aller en bas

[9 Novembre 1997] - Eperdus dans les flocons.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» 18 novembre, fête de l’Armée d’Haïti.» Iron Sky (nouveau film qui sort en novembre 2011)» Haïti: un camion plonge dans une rivière, des dizaines de victimes» 29 novembre 1987 : 19 ans déjà !» ET LA VERITE SORT DU PUIT/SOU MENSONGE DANS GNB CONTRE ATTILA
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: HORS JEU :: La pensine :: Sept. 1997 - Août 1998 :: Sujets terminés-