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[9 Novembre 97] Hell is round the corner

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GRYFFONDOR5ème annéePréfèteModo Cœur de Lion
    GRYFFONDOR
    5ème année
    Préfète
    Modo Cœur de Lion
AVATAR : Saoirse Ronan
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mars 1982, à Plymouth.
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Ven 25 Aoû 2017 - 14:52

… parce que vraiment c’est inutile de se battre contre des ombres. Quelles ombres ? Ministère, ombre. Mangemorts, ombres. Voldemort, ombre. L’importance réside dans le concret. Le concret, c’est eux trois. Mais moi je suis une ombre. Quels moyens à ma disposition ? Magie, toujours. Mais ma magie s’assombrit avec moi. Lumières noires, vertes et mauves... La résistance. Intangible et inexistante, pas de structure, pas de fiabilité. Pas mon travail actuel. Neville, où est-il ? Luna ? Ginny. Distante et irritable. Il faudra pourtant bien que la matière se solidifie. Condition inexorable à la riposte. Persévérance. Il faut limiter la casse. Gabriel a été cassé, il est pourtant vivant. Et il se bat. Il ne faudrait que des Gabriel dans ce château. Quoi que. Non. Surtout pas. Quelle heure est-i…

« Jeune fille, la lumière je vous prie. »

Meredith s’arrêta net, coupée dans son intense capharnaüm réflexif. Cela faisait bien une heure qu’elle parcourait les couloirs du château, après avoir surveillé un groupe de punis de leur stupide corvée. Elle n’était pas du tout fatiguée. En vérité, cette routine nocturne imposée par les Carrow avait totalement déréglé son horloge biologique, si bien qu’elle ne vivait plus que la nuit et somnolait le jour. Il lui arrivait de plus en plus souvent de sécher les cours qu’elle ne jugeait plus nécessaires, à savoir la botanique et les sortilèges dans lesquels elle avait une solide avance sur le programme. Mais cette avance s’amenuisait progressivement, et si elle ne trouvait pas un moyen de rattraper son sommeil ailleurs que durant ses siestes illégales, sa scolarité allait réellement en pâtir. Heureusement pour elle, bien que le « heureusement » soit discutable, elle excellait en cours de Magie Noire, et sa performance durant le premier cours d’Etude des Moldus lui avait garanti une place de choix dans la classe de Charybde. Car au final, ce cours n’était qu’une démonstration d’hypocrisie, chose qu’elle pensait maîtriser du bout des doigts maintenant.

Reportant son attention sur la voix qui l’avait interrompue dans ses élucubrations, la jeune fille croisa le regard d’un très vieil homme avachi dans son fauteuil, une coupe vide à la main, entouré de dizaines d’éléments lugubres ou rutilants. Crâne, fleurs à demi fanées, instruments de musique, grimoires de formules, armes médiévales en tout genre, sabliers et autres verres brisés. Meredith diminua l’intensité lumineuse de sa baguette, comprenant au regard contrarié du vieillard qu’elle le dérangeait dans sa méditation. Elle s’approcha cependant du cadre doré, finement orné, et y chercha une légende. Elle n’y lut que ce qu’elle s’attendait à y lire, et reporta son regards sur la toile sombre, intriguée.

« Pardonnez-moi messire, mais ce tableau n’est-il pas une vanité ? » Car c’en était bien une – des plus classiques – et par conséquent les règles du genre proscrivaient la présence d’êtres vivants, auquel cas on n’oserait appeler la toile ainsi (du moins, telle était l’idée de Meredith). A moins que le peintre, cruel, se fût permis de rajouter le pauvre homme à la fin de sa vie pour souligner la courte durée de l’existence mortelle et le peu d’impact qu’ont tous ses accomplissements. Quoi qu’il en soit, le tableau méritait d’être observé de plus près, car il était admirablement réalisé, et trop peu d’habitants du château s’intéressaient réellement à cette qualité par les temps qui couraient.

« En effet. » Son regard éteint fut animé d’une étincelle nouvelle trahissant sa curiosité. « Je ne suis que de passage dans ce charmant environnement. » Meredith voulut observer de plus près l’œuvre d’art pour y déceler le moindre charme, mais craignant de se montrer vexante, elle s’abstint. A la place, elle recula de deux pas pour le mieux englober de ses yeux bleus. Après quelques secondes de contemplation silencieuse, elle salua le vieillard d’un hochement de tête respectueux et tourna les talons, considérant l’échange clôt.

« Quoi de plus vain que notre seul regard, notre seul souffle ? » Meredith ne s’arrêta pas mais tendit l’oreille. « Je ne suis pas vivant, jeune fille, voilà toute l’ironie. »

La lionne tourna l’angle et s’empara de cette dernière remarque avant qu’elle ne s’évapore de l’atmosphère. Elle trouvait l’idée charmante mais sa concrétisation trop lourde. Trop pleine de symbole. Pas assez poétique. Quel dommage. La rouge et or était exaspérée que l’on s’amuse à salir les idées, si légères, offertes à l’interprétation, avec des mots prononcés haut et clair, sonnant la fin de l’imagination et le début du réel. C’était tolérable quand la parole était belle, quand la phrase était harmonieuse. Mais le vieil homme, intrus dans un tableau qui n’était pas conçu pour lui, n’avait pas réussi à la convaincre. Elle aurait voulu qu’il se taise, ainsi son propre esprit aurait tracé les contours d’une symbolique aérienne et juste, et la nuit aurait été plus douce.

L’heure tournait, il était déjà bien plus de minuit, quand un mouvement et une onde de lumière faiblarde atteignit ses sens. Meredith était de ronde et par conséquent, elle devait rentabiliser ce privilège nocturne en remplissant un certain quota d’élèves pris dans la semaine. Les sorties nocturnes étaient fréquentes, rarement solitaires, encore plus rarement chastes et innocentes. Elle en savait quelque chose. Et cette année ne faisait pas exception aux précédentes. Bien que la menace soit plus lourde, le besoin d’interdit l’était lui aussi, et il était comme chacun le sait infiniment plus persuasif. La préfète éteignit donc sa baguette sans un mot, et adopta sa démarche la plus silencieuse pour approcher du contrevenant. Qui que ce soit, il aurait une nouvelle raison de la détester, car elle n’allait pas le manquer. Le simple fait de se faire prendre était une faute en soi, et méritait correction. Qu’il sorte, qu’il furette, qu’il vandalise, mais doux Merlin qu’il le fasse discrètement ! L’ombre s’approchait du prochain tournant. Elle le surprendrait donc de face, espérant lui faire une jolie frayeur. Elle se posta au milieu du couloir et attendit quelques instants. Dès que son regard attrapa l’identité du coupable, il était trop tard. Sa baguette avait déjà lancé un Expelliarmus silencieux.

Echec : ici.

La personne visée étant un professeur, et de ce fait un sorcier compétent, son attaque fut promptement détournée sans le moindre effort. Meredith dut se faire violence pour ne pas laisser transparaître la honte qui la secouait, ainsi que la douleur cuisante qui pulsait de sa main. Son sort avait été repoussé si violemment que sa baguette brûlait contre sa peau. Elle laissa seulement échapper un discret hoquet de surprise et ralluma sa baguette. L’homme qui lui faisait face n’était autre que l’immense professeur Rowle, dont le seul nom portait chacun aux confins de la méfiance et de la peur. Il n’était arrivé que récemment au château, pour de ponctuels remplacements qui se faisaient de plus en plus fréquents d’après la rumeur (et d’après les faits). La jeune préfète n’aurait pas pu tomber sur pire interlocuteur, et son erreur de jugement l’obligeait à engager une conversation, au moins pour s’excuser. Dans quelle marée noire s’était-elle encore embourbée ?

« Professeur Rowle … veuillez excuser mon geste, c’était impétueux. Je pensais surprendre un élève. »

Son visage était pâle, peut-être un peu plus qu’à l’accoutumée, mais au moins sa voix ne tremblait pas et elle avait regardé le professeur dans les yeux. Elle espérait sincèrement que ces excuses sobres mais efficaces suffiraient à la libérer du très-certainement-dangereux-Mangemort qu’elle venait d’agresser, avec pour seul motif son manque de retenue et de réflexion.

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Dernière édition par Meredith Breckenridge le Dim 19 Nov 2017 - 10:56, édité 1 fois
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MANGEMORT
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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Dim 27 Aoû 2017 - 12:41

Ilse était une femme parfaite. Du moins, elle correspondait parfaitement à ce qu’il attendait d’une épouse. Elle avait rempli son rôle avec l’authentique justesse de la dévotion maritale. Ilse était une jolie quadragénaire placide, placidement athlétique, placidement charmante, et tout aussi placidement sensible. Fidèle et souple, elle possédait une docilité qui ne pouvait être qu’appréciable, mais surtout, une sorte de touchante stupidité. Elle prenait les exaspérations olympiennes de son mari pour le silence de l’amour. L’éblouissante fortune de leurs deux maisons reflétait à ses yeux l’éclat magique de sa virilité. Isle avait la chance d’admirer son mari, sans rien lui comprendre, ce qui était une aubaine, car jamais elle ne lui avait posé de questions gênantes ou curieuses. Son diapason informatif ne dépassait pas les préoccupations de la vie quotidienne, raison pour laquelle elle fut tout à fait satisfaite et même enthousiaste, lorsqu’Andreas lui annonça qu’il comptait se fixer un peu plus concrètement au rocher qu’était Poudlard. Non, cette femme était beaucoup trop contente d’avoir dompté le destin en se trouvant un si convenable époux. « Moins j’en sais, mieux je dors », plaisantait-elle parfois, sans arrière-pensée particulière, mais motivée très probablement par un primitif instinct de survie, qui lui dictait clairement que son mari n’était pas quelqu’un à contrarier, ni à défier. C’était drôle, parce que lui, c’était exactement le contraire. Celui qui sait énormément dort peu, ce qui tombait bien, car peu d’heures lui suffisaient.

En se baladant dans les couloirs du château tard dans la soirée, Andreas constata encore une fois qu’il n’éprouvait non seulement aucune nostalgie, mais qu’il était également quasiment dénué de toute sensibilité esthétique. Cette belle pièce d’architecture, il était certain que ce fut le cas, ne lui aspirait rien. Ou le frémissement artificiel d’une grandiose histoire, sans en comprendre toutefois la véritable beauté. Cette impassibilité lui allait bien pourtant, la nostalgie n’allant jamais dans le sens de l’Histoire. Andreas n’avait jamais eu confiance en ses propres sentiments, ne leur accordant que très peu de crédit. Une délicatesse exacerbée pour les apparences n’aurait été qu’une entrave à ses ambitions. Pour qu’un empire reste un empire, il lui faut une colonne vertébrale indestructible.

Les tableaux le regardaient passer en silence sans l’apostropher, certains devant se souvenir de sa réputation. Et comme toute création artistique, gardienne de l’histoire, ces représentations-là avaient des opinions d’esthètes, libérales. Et de toute façon, comme à toute créature animée artificiellement par la magie, Andreas ne leur accordait que très peu de considération, se contentant de les éblouir par sa baguette allumée d’un Lumos, avant de disparaitre dans le noir, comme englouti par les ténèbres. Si le jour avait son lot de surprises et de révélations à offrir, la nuit n’en recelait pas moins de mystère, même si la vie était beaucoup plus discrète et tendait à évoluer dans les ombres. Andreas n’avait pas pour ambition de démanteler un quelconque trafic illégal, orchestré par des élèves ou pire, par des membres récalcitrants du personnel. Non, il laissait ça aux inspecteurs et autres défenseurs du bon ordre universel, préférant se consacrer à la découverte de la forme que voulait bien revêtir la vie lorsque le soleil se couchait. Un grouillement de larves, à tous les coups, tâcherons incolores et sans saveur, ou opportunistes qui venaient se vivifier les nerfs à coup de danger sans grande conséquence. Andreas haïssait cette génération Zonko, élevée par Dumbledore et nourrie de chocogrenouilles. Ce qu’il aimait, c’était les grandes messes patriotiques qui inspiraient la noblesse. Mais bon, revenir ici et voir ces longs couloirs poussiéreux, emplis de tableaux qui chuchotaient sur son passage pour verbaliser la frayeur qu’il leur inspirait, c’était une bonne manière de mesurer le chemin parcouru, non ? Il était revenu de loin…

Il fallait cependant dire que sa perception de ce qui était « beau » était plutôt mathématique que véritablement sentimentale. Et à y regarder de plus près, il ne savait pas ce qui lui faisait froncer le nez davantage : la poussière, ou cet aménagement étrange et désordonné ? Horrible désorganisation hybride où se côtoyait la bouffonnerie de l’artisanat moderne, presque moldu, et le tragique des ornements emphatiques, sortis tout droit d’une époque très ancienne, la moisissure témoignant des temps reculés où tout ceci était encore à la mode. Tout se mélangeait dans un arc-en-ciel visuel indigeste et Andreas le contemplait au cours de sa promenade nocturne, l’examinant minutieusement à travers la brume de son rejet catégorique. Il connaissait l’importance de la pierre, lui-même avait choyé l’ancienne demeure de sa famille par pur intérêt ostentatoire, mais là…

Trop occupé à exercer l’efficacité de son venin, Andreas illuminait les différents recoins de sa baguette, en oubliant presque ce qui pouvait se tramer dans l’ombre. Arrivant à un croisement de couloirs, il sentit à peine, presque par instinct de prédateur, un mouvement équivoque. La certitude que ce fut de la magie n’y était pas, mais le souffle et l’ondulation de l’air furent si proches et insistants qu’il se défendit par reflexe. Son bras s’arqua, tandis que son esprit ordonnait le premier sortilège venu. Rien de spectaculaire. Peut-être le sort se dévoila-t-il un peu trop puissant, motivé par l’effet de surprise, qui avait tendu son corps tel un arc. Se tournant vers l’élève si facilement débusquée, Andreas la toisa d’un regard où flamboyait par un miracle de contradiction une sorte d’arrogance flegmatique. Il garda sa baguette tendue un instant à hauteur de poitrine, visant l’étudiante qui, au vu de son visage déconfit, avait fait preuve d’une hardiesse désinvolte un peu trop zélée. Ne voulant pas reconnaitre en elle un quelconque danger, il bassa sa baguette, relevant son menton pour s’offrir un visage suffisant, tandis qu’elle se répandait en excuses.

- Professeur Rowle…
Elle le connaissait ? Quel bon début. Cela dit, qui ne le connaissait pas maintenant ? Un peu trop d’entrain, pas assez de recul. Et puis cette cravate rouge… Pas étonnant qu’elle en fasse autant. Comme tout bon suspect avéré, la culpabilité se faisant dans les gènes au sein de cette école, la petite lionne devait redoubler d’efforts pour faire oublier les défauts de ses couleurs. Ce qui était suspect. Andreas n’aimait pas les gens trop prompts, c’était toujours ceux qui avaient le plus à cacher. veuillez excuser mon geste, c’était impétueux. Rien que ça mademoiselle ! Le vocabulaire anglais est pourtant tellement plus fourni que ça pour mieux qualifier votre geste ! Commençons déjà par impertinent et finissons par étourdi. Comprenez, c’est bien de faire respecter les consignes, mais encore faut-il savoir qui est le véritable ennemi. Et puis, ne crois pas que je n’ai pas remarqué votre posture : vous attendiez théâtralement dans l’ombre pour mieux me surprendre. C’est ça, quand on ne s’assure pas de son coup, le feu d’artifice devient un pétard et la honte en est d’autant plus cuisante qu’on y avait insufflé tant d’efforts. Bravo petite, mais c’était inutile. Je pensais surprendre un élève. Et voilà l’excuse. Andreas n’avait pas beaucoup d’intérêt pour les excuses. C’était avec ce genre d’inattentions qu’on faisait les plus grosses fissures, et les excuses ne rattrapaient rien, c’était bien connu. Tout ceci étant motivé par la politesse et les bonnes manières. Enfin, politesse… la jeune femme semblait davantage animée par le regret et la peur de se faire réprimander en retour que par un désir de garder la face. Andreas s’autorisa un soupir à peine perceptible et abandonna ce sujet. La prendre de haut était le meilleur moyen pour donner de l’importance à cet incident, ce qu’il ne voulait pas, et de toute façon la situation ne méritait en rien une pareille exagération orgueilleuse. Qui plus est, lui confirmer ses craintes allait construire ce mur qui empêchait les confidences. Alors, ce fut d’une voix légèrement agacée, mais emplie d’un calme latent tel qu’il ne pouvait y avoir de doutes quant à sa bonne volonté :

- Ne vous excuses pas de faire votre travail, mademoiselle. Mais faites attention à ce que l’entrain de la mise en scène ne vous fasse pas manquer le triomphe.

Il n’était pas sûr de son identité pour sa part, mais il lui semblait que ce devait être Miss Breckenridge, l’une des rares Gryffondor à être sollicitée par la fratrie des Carrow. Ils lui avaient décrite l’enfant comme étant prometteuse, ce qui de leur bouche était une opinion plutôt curieuse et pouvait revêtir toute une tripotée de significations diverses. Alors Andreas la considéra avec un peu plus d’attention, soignant à ce qu’un sourire, éternellement feint, n’illumine son visage. Cependant, son sourire se réduisit pour le coup à une simple contorsion du sourcil. Il sembla animé d’une idée.

- Mademoiselle, puis-je me permettre de me joindre à votre ronde ? Mon expérience de cet endroit remonte à il y a très longtemps et doit de loin se différentier de la vôtre. D’autant que les temps ont changé. J’aimerai beaucoup connaitre le ressenti de la jeune génération sur ce qu’elle est en train de vivre ?

Essaye de refuser, petite maligne. L’interrogatoire pouvait commencer. Si les Carrow voulaient la considérer comme une potentielle alliée, Andreas se devait d’en vérifier la loyauté. Mais surtout, ce qui l’intéressait, c’était de savoir comme une Gryffondor, nichée en plein milieu des éternels récalcitrants, avait bien pu se découvrir une âme si lâchement sanguinaire.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Mer 13 Sep 2017 - 22:11

Quelques secondes avaient amplement suffi pour gâcher sa soirée. Quelques secondes qui avaient vu se conjuguer un peu d’inattention, un peu de surprise, un peu de présomption, et surtout la somme des dernières semaines sur les épaules de Meredith, qui voulait tellement bien (mal) faire qu’elle en faisait trop. Elle n’en avait pas eu conscience jusque-là, mais dès qu’elle croisa le regard de sa cible, l’idée devint très claire dans son esprit : elle avait sévèrement merdé. Tandis que son for intérieur profanait les pires jurons, sa conscience commençait doucement à assimiler l’étendue de sa bêtise.

« Ne vous excusez pas de faire votre travail, mademoiselle. Mais faites attention à ce que l’entrain de la mise en scène ne vous fasse pas manquer le triomphe. »

L’attitude de l’homme qui lui faisait face n’inspirait à la lionne qu’une profonde méfiance, doublée d’un trouble plus profond encore. Sur le moment, il exprimait un certain mécontentement, voulu cependant indulgent. Mais pour l’avoir souvent observé au détour d’un couloir, ce sourire était trop habituel, trop figé sur le visage noblement ridé pour la convaincre de son honnêteté. Un professeur remplaçant ne pouvait qu’être doublé d’une affiliation aux forces du Mal, puisque théoriquement choisi ou approuvé par le triangle des Bermudes que formait leur joyeuse administration. Et puis, quoi qu’il en soit, Meredith ne croyait plus en rien. L’homme aurait pu afficher n’importe quel visage, prononcer n’importe quels mots, la préfète serait restée éternellement suspicieuse à son égard. Et celui-ci … même avant de connaître son nom traître, trop de points convergeaient pour que son pointeur ne désigne pas la zone la plus noire du Voldemètre. Elle s’était intimée, dès le premier regard, d’éviter un maximum la confrontation. Yet here she was …

« Mademoiselle, puis-je me permettre de me joindre à votre ronde ? » L’amabilité s’était retirée du visage de Rowle, pour laisser la place à une certaine …curiosité. Si depuis le début de l’échange, Meredith s’était appliquée à agir comme une élève prise en faute, cette remarque provoqua en elle une sorte de nausée, une contorsion d’estomac qu’elle traduisit sur son visage par un léger haussement de sourcils et des yeux un peu plus brillants. Déjà germait sous son crâne une intense réflexion sur la manière dont elle pourrait bien se tirer de ce pétrin.

« J’aimerais beaucoup connaitre le ressenti de la jeune génération sur ce qu’elle est en train de vivre. »

Considérant le regard froid du professeur qui agissait sur elle comme deux serres de glaces, Meredith comprit instantanément qu’elle n’allait pas s’en sortir sans dommages (ou sans une chance outrancière). La stratégie qui se concevait à toute vitesse derrière ses grands yeux bleus ne devait surtout pas suivre les règles qu’elle s’imposait depuis la rentrée. En tant que préfète soumise, elle avait dû convaincre une entité collective au discernement limité : le château tout entier, que l’indignation rendait myope, et les Carrow, avides de se faire courtiser. Cette fois-ci, l’adversaire était tout autre. Un homme seul et expérimenté, qu’elle devait considérer sous son pire aspect potentiel, c’est-à-dire profondément intelligent. Elle devait agir naturellement … mais pas trop. Car la réaction naturelle d’une petite préfète sympathisante à qui l’on demanderait son avis sur le régime serait non pas d’être honnête, mais d’en tartiner un peu plus que demandé, juste un peu. Elle ne devait pas paraître trop intelligente, mais avoir ses opinions à elle qui justifieraient suffisamment bien son comportement.

« Avec plaisir, Professeur. » La jeune lionne s’immergea dans l’illusion qu’elle voulait incarner. L’eau était glaciale, mais aiguisait ses sens. Elle changea sa baguette de main, examina la ligne rouge laissée par l’instrument brutalisé sur sa paume, et frotta un instant la brûlure de ses doigts avant d'intensifier la lueur magique sans un mot. Puis elle engagea le pas, puisque c’était le Mangemort qui proposait de l’accompagner et non l’inverse. Elle prit le chemin de sa ronde laissée pour compte, tout en se promettant de couper un ou deux détours pour limiter les dégâts de l’entrevue. Elle en était déjà à la moitié du parcours avant l’incident, il allait falloir qu’elle soit la plus convaincante possible durant les vingt prochaines minutes.

« C’est une question difficile… » Son ton était concerné, mais dénué de peur. La préfète devait se sentir relativement à l’aise en présence du professeur, car il était son allié. Un certain stress était cependant de rigueur, dû à sa qualité de Mangemort qui ne laisserait absolument aucune gamine de marbre, toute Gryffondor qu’elle puisse être. C’est pour cela qu’elle laissa libre court à son vieux démon de tic, celui qui creusait des sillons dans la peau entourant ses ongles, sans se cacher. « … parce que je répondrais deux choses très différentes selon que ce soit un journaliste ou un membre de ma famille qui me la pose. »

Son pas n’était pas vif mais il était silencieux, et son expression se voulait plutôt neutre, bien que raisonnablement marquée par le doute. Elle ne souriait pas. Sa réponse induisait implicitement que l’homme précise quel type d’honnêteté il désirait, de plus elle lui permettait de gagner un peu de temps pour se convaincre elle-même de ce qu’elle allait avancer. Elle voulait qu'il lui demande ce qu'elle dirait à un professeur, qu'il lui reproche même d'avoir dévoilé cette intention. Quelque chose, enfin, qui lui donnerait plus de matière pour rebondir convenablement, car la base qu'il lui offrait était bien maigre et bien fragile.

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MANGEMORT
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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Lun 25 Sep 2017 - 23:54

Il n’y avait pas à chipoter, il la prenait en otage. Tel une espèce de Dieu grec, il descendait de son Olympe transformé en un animal sauvage pour profiter des faiblesses de pauvres mortels impuissants. Au vu des couloirs sombres qu’ils s’apprêtaient à parcourir, il était le Minotaure qui trompait le fil d’Ariane pour la conduire tout droit dans les ténèbres avant de la dévorer. Peut-être l’engloutirait-il véritablement en découvrant ce qu’elle cachait derrière ce mur de bienséance forcée ? Andreas était suffisamment attentif pour savoir quand on ne voulait pas de sa compagnie. La plupart du temps, peu lui importait, mais il reconnaissait les attitudes allant à son encontre. Les personnes s’accoutumant d’une situation sans paraître impolis, mais dénués de tout entrain naturel, se recroquevillaient souvent dans un comportement placide. L’indifférence. Non pas celle de l’orgueil, mais celle du sujet. Son caractère respirait à petites doses, comme pour garder un rythme régulier sans jamais flancher dans sa tâche, dans l’attente que l’indésirable cavalier s’en aille, et qu’elle puisse reprendre son air habituel. Une longue apnée que ces individus s’imposaient par crainte de ce qu’on pouvait penser d’eux, mais pas assez bons acteurs pour jouer leur rôle jusqu’au bout. La demi-mesure, partout.

Son regard abandonna le professeur et elle sombra dans ses pensées -probablement simulées. Si Andreas avait aisément déterminé que la jeune fille savait prendre du recul sur son comportement, il ne savait en revanche pas pourquoi elle était aussi prudente. La situation imposait une prudence à tous ceux dont l’existence pouvait être remise en question. La prudence s’imposait à ceux qui se savaient être incapables d’aller contre leur caractère, comme Slughorn. La prudence s’imposait aux lâches hypocrites et à ceux qui avaient quelque chose à cacher. Et puis, il y avait la peur. Tremblements, yeux baissés et sueurs froides. Ravages sur les nerfs et sur la conscience. Si elle était jeune fille soumise, il l’exhorterait jusqu’au précipice. Si elle travestissait à l’ombre de sa tranquillité des remords bien cachées, il ne manquerait pas de s’y dissimuler, lui aussi. Qui n’aimait pas noyer la fourmilière et regarder ces petits points noirs courir dans tous les sens, incapables de lutter contre ce grand Dieu à la cruche d’eau bien remplie… ?

- Avec plaisir, Professeur.

Avec le même plaisir qu’on éprouvait en se noyant, au moins ? En tube de dentifrice presque vide, la mademoiselle récoltait les dernières traces de ‘’plaisir’’ qui voulaient bien en sortir. Il n’y avait pas à se voiler. Certains trouvaient au professeur du charme, qu’on associait souvent à celui d’une jolie cristallisation rocheuse. Après le bonheur des cailloux, le charme des pierres et des minéraux… Il savait que sa présence ici n’était pas voulue, mais bon, tant pis ! Il la regarda patiemment démêler ce que ce vieux prof voulait bien dire par ses questions qui ne voulaient rien dire, et tout dire en même temps. Des interrogations chargées. Innocentes, mais la bouche qui les avait prononcées n’avait que du poison dans les sillons à rendre noire n’importe quelle intention. S’il avait été un gentil vieux sans nom ni histoire, la jeune fille lui aurait peut-être souri, avant de partager sur son épaule anguleuse, dans des élans d’honnêteté désespérée et involontaire, un peu de sa vérité. Mais avec un Rowle, on se barricadait derrière des sacs de sable en attendant l’artillerie. Et à dire vrai, il aimait ça et ne changerait pour rien au monde sa renommée contre l’anonymat paisible de petites fourmis.

- C’est une question difficile… Mais quelle opinion remarquable sur la situation ! Oui, on pourrait disserter sur la perspicacité de votre remarque pendant des décennies, mademoiselle. Difficile était cependant un bien grand mot. La question était simple, les temps étaient difficiles, ne confondons pas en si bon chemin ! Surtout si c’est pour avouer votre capacité à y répondre avec une excuse aussi peu convaincante, si facile. La force des rouges n’était-elle pas le courage ? L’esprit qui n’abandonnait pas, quelle que soit la difficulté ? Et voilà qu’on se faisait abattre par une seule phrase. Pétillants, ces Gryffondors ! Enfin, pleins de bulles…

- … parce que je répondrais deux choses très différentes selon que ce soit un journaliste ou un membre de ma famille qui me la pose. A peine quelques échanges et les voilà partis pour la langue de bois. Même pas le mensonge, ni la dissimulation, non ! La langue de bois ! Rien que ça. On vise la carrière politique, miss ? Et puis, la réponse, on la connaissait déjà, non ? A quoi bon perdre son temps en tergiversations qui ne faisaient que repousser l’échéance ? Le mystère était aussi épais que l’intellect de cette rouge. Au moins, maintenant il était certain qu’elle allait lui mentir. On n’élude pas une question de cette façon si on ne marche pas sur des œufs. Ou sur des couteaux, à vous de choisir, mademoiselle. Au moins, avec les couteaux, on peut souffrir en silence, tandis qu’un œuf cassé est cassé pour toujours. Andreas s’esclaffa dans sa barbe d’un air si naturel que c’en était déroutant. On aurait dit qu’il la complimentait pour sa présence d’esprit, alors que bon… il aurait plutôt parié sur son absence.

- Et qu’est-ce qui me dit que vous seriez honnête avec l’un des deux, mademoiselle ? Ou est-ce que ça veut dire qu’il y aurait, selon votre opinion, plusieurs versions, et que toutes sont acceptables dans leur authenticité ?

Andreas, mesurant sa démarche d’un pas qu’il calquait sur la jeune fille, regardait droit devant soi, comme contemplant l’étendue de cette question philosophie qui n’était qu’une moquerie de plus pour embrouiller les pensées. Vérité, authenticité, versions, opinion… Comme si quelqu’un comme elle pouvait avoir une opinion valable. Il savait très bien ce que ça voulait dire : on raconte aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Mais pour ça, il faut savoir à qui on s’adresse exactement. Alors, Andreas, quelle étiquette te coller pour qu’on sache quoi te dire ? A qui disait-on toujours la vérité… ?

- La famille, on ne veut pas l’inquiéter, tandis que les journalistes, on sait qu’ils vont tout sortir de son contexte pour soit en faire un drame, soit tout retourner.  Alors voyez-moi comme une feuille blanche mademoiselle.


Il la regarda en biais d’un visage sans sourire, mais teinté d’une douceur qui reposait uniquement sur l’angle des paupières et la tranquillité de la bouche. Ils marchaient silencieusement dans le noir, frôlant les couches de tapis sans voir le bout des couloirs, ni leur début. Il avait la sensation de se faire engloutir par une monstruosité gigantesque dont il n’avait aucune crainte. Il arpentait les chemins avec l’assurance de celui qui connaissait le moindre recoin de ses ténèbres. Et puisque l’eau n’était jamais assez trouble, ni la nuit assez noire, il imita la jeune femme, noyant son propre poisson. Poison ? Poisson…

- Personnellement, je trouve l’école sinistre en ce moment. C’est sûr, rien de plus sinistre que d’avoir un sang-mêlé pour directeur. Andreas baissa les yeux, réfléchissant.Le corps professoral en pâtit de manière visible. Précisons qu’il pâtit de lui-même, comme une sorte d’apoptose. Qu’est-ce qu’ils attendaient tous pour faire le ménage ? Je trouve dommage que ça se répercute autant sur les élèves. Comme si on était obligés d’en passer par là, vous ne trouvez pas, mademoiselle ?

Oui, pourquoi prendre des pincettes avec des maisons de clochards comme les Nuncaboucs ? Pas d’homme, pas de problème, disait Staline. Et il s’y connaissait le bougre.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Lun 13 Nov 2017 - 16:05

Meredith décréta rapidement qu’il n’allait servir à rien de se débattre dans de l’esprit, des plans et des calculs. L’homme qui lui faisait face était comme un fou, rendu brillant par sa folie, en cela qu’il semblait posséder sa logique propre, et n’obéir à aucune des lois régissant la raison commune. Elle se retrouvait piégée face à un monstre empirique, puissant, et elle n’avait aucune idée de l’étendue de sa cruauté. Rowle, voilà un nom qui laissait libre-court aux imaginations fertiles en termes de légendes sanglantes et de murmures de couloirs. Meredith avait conscience de sa situation, mais ne savait pas jusqu’où ces légendes étaient fondées. Elle avait peur de l’estimer. Elle ne l’estima donc pas. Ce regard qu’il porta sur elle, plein de bienveillance, et cet éclat de rire lui fit froid dans le dos. Un froid pervers, violent. Elle avait vraiment peur de cet homme. Elle avait peur de ce qu’il représentait, ce qu’il disait, ce qu’il montrait de lui. Ce rire sonnait aussi juste et honnête qu’un violon malmené par quelqu’un qui ne sait pas en jouer mais en joue quand même. Un des pires sons au monde.

« Et qu’est-ce qui me dit que vous seriez honnête avec l’un des deux, mademoiselle ? Ou est-ce que ça veut dire qu’il y aurait, selon votre opinion, plusieurs versions, et que toutes sont acceptables dans leur authenticité ? »

La lionne répondit à ces mots par un petit sourire troublé. Paraître idiote oui, cela sûrement la servirait. N’avait-elle pas juré d’arrêter les calculs ? Rien ne marcherait avec lui. Mais elle imaginait peut-être réussir un minimum à être ce qu’il attendait qu’elle soit, c’est-à-dire tout sauf maline. Elle était à gryffondor, pour commencer. Elle aurait dû réfléchir à cela avant. Quel espoir aurait-elle de lui plaire ? Elle n’était rien, peut-être une simple bête un peu curieuse parce qu’au lieu de protéger ses petits du fauve, elle les lui jette en pâture pour mieux s’enfuir.

« Oui, plutôt ça. En fait, je leur dirais la même chose dans le fond mais pas de la même manière. En fait, quelle que soit la personne … Non, vous avez raison, c’est idiot comme remarque. » dit-elle avec une ombre lointaine de familiarité.

Le couloir semblait ne jamais vouloir s’arrêter. Seule, Meredith aurait certainement apprécié la qualité esthétique de cette vue, mais les émanations malfaisantes de son voisin, dont elle ne cessait de prendre plus conscience, engloutissaient toute perspective agréable. Elle ne voyait là qu’un gouffre insondable, certes familier, mais traître comme Judas.

« Voyez-moi comme une feuille blanche mademoiselle. »

Cette remarque la fit presque sourire de son absurdité. Ou plutôt, de l’indéniable perversité qui s’en dégageait. Le titre qu’il lui adressa lui rappela cependant une chose qu’elle n’aurait jamais dû oublier : Professeur Andréas Rowle. L’homme au tatouage sinueux l’effrayait, mais en cet instant, elle était aux côtés de l’enseignant – bien qu’elle refusât de le considérer comme tel. Et de lui, elle n’avait pas grand-chose à craindre. Pourquoi lui ferait-il du mal ? Comment pourrait-il excuser son geste ? Bien sûr qu’il trouverait quelque chose, mais le geste en lui-même serait aussi absurde qu’inutile.

« Vous savez bien que c’est impossible ça, Monsieur. » répondit-elle avec un sourire timide.

La seule chose dont elle pouvait peut-être s’inquiéter, c’était le rapport qu’il pourrait faire aux Carrow. Mais sans trop se l’expliquer, elle supposait que Rowle ne portait pas les deux créatures dans son cœur. Toute personne un tant soit peu raisonnée ne le pourrait, et le vieil homme était peut-être fou, malveillant et pervers comme douze Mangemorts,  il n’était pas idiot. Se tenant à sa promesse, la rouge décida de ne pas tenir cette affirmation comme acquise, et passa une main dans ses longs cheveux pour les libérer de son col et détendre sa nuque par la même occasion. Elle s’accorda quelques respirations, et chercha le regard qu’elle trouva posé sur elle.

Sinistre. L’école était sinistre, disait-il de sa voix profonde, encourageant la confession. L’écho de cette réponse à ses pensées finit de la convaincre d’arrêter de chercher à comprendre le professeur, d’arrêter de vouloir lui plaire, et d’être simplement et pleinement celle qu’elle devait être. Pas seulement pour lui, mais pour toute l’école et pour elle-même. Forçant son rythme cardiaque à ralentir, elle se fit une raison, et tendit l’oreille aux prochaines paroles de son interlocuteur.

« Je trouve dommage que ça se répercute autant sur les élèves. Comme si on était obligés d’en passer par là, vous ne trouvez pas, mademoiselle ? »

Le bougre. Il s’engageait sur ce terrain-là. Un pincement de sourcils légèrement contrarié traduisit son étonnement, et elle se tourna à demi vers le vieil homme pour observer son expression. Elle laissa refléter une certaine gêne, celle de l’élève en désaccord avec son prof mais n’osant pas trop le dire. La question était résolument politique, éthique, et son opinion n’était peut-être pas légitime face au poids de l’âge et de l’expérience. Mais il lui demandait son avis. Elle hésita un instant, incertaine. Quoi qu’elle dise, cela ne lui servirait pas. Il était clair que l’homme s’était arrêté dès le début de la conversation à ce qu’il savait d’elle. Se raccrochant à ses consignes, elle ne réfléchit pas à sa réponse et la laissa jaillir d’elle-même, naturellement, après quelques secondes d’incertitude.

« Je … je ne sais pas. J’ai l’impression que les mauvaises personnes en souffrent, surtout. »

Elle pensait aux sorciers pur-sang, ou même aux sang-mêlé d’ascendance sorcière, qui subissaient les affres du pouvoir en place. Il était réellement terrible que cette folie les touche aussi. Il était surtout parfaitement incohérent que tout ceci leur retombe dessus, ils devraient au contraire être préservés. Du moins, s’ils n’agissaient pas inconséquemment comme le faisait Neville.

« C’est vrai que les punitions sont souvent trop rudes. Ou pas assez, selon la situation. » Elle comprit au regard de son interlocuteur qu’elle allait devoir illustrer pour être crédible. Elle enchaîna. « Fouetter un première année pour un regard de travers, c’est excessif. Priver un Nuncabouc de nourriture pour un regard de travers, c’est insuffisant. Je ne comprends pas trop l’ordre des priorités des professeurs Carrow. »

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Jeu 21 Déc 2017 - 0:08

A quoi bon tenter de résister à quelqu’un qui trouvera toujours quelque chose y redire dans les coulisses ? Plutôt garder le silence et acquiescer de la tête en essayant de minimiser les dégâts – si dégâts il doit y en avoir. Ou se résoudre à l’idée que toute issue serait mauvaise, et faire en conséquence. Andreas avait porté plein de surnoms, que ce soit durant ses études et son travail, ou dans la vie privée. L’homme de fer, l’énigme, la boîte noire, langue de plomb, détraqueur, et même mangemort, pour ceux qui ne faisaient que le soupçonner d’en être un. Il avait toujours été un homme secret et extrêmement difficile à contenter. Pour capter l’estime des hommes, il ne fallait jamais trop se dévoiler à eux. Et pour conserver sa propre estime, il ne fallait pas non plus trop se regarder le nombril. Allure gelée, dégaine de passe muraille, jusqu’à se fondre en complaisances qui faisaient perdre l’équilibre. Il aimait les faire danser, tous ces tâcherons qui n’attendaient qu’à pouvoir finir vos phrases et à prémâcher votre nourriture. Coques sans personnalité, qui vivaient par procuration pour toujours faire plaisir à celui qui se trouvait au-dessus dans la hiérarchie. Andreas s’en plaignait tout en s’en contentant… sinon, sur qui allait-il exercer son pouvoir ? Cependant, des gens de caractère, il en manquait grandement et il s’évertuait à verser des charbons ardents sur tous les chemins, constatant avec quel succès tous les grands et fiers défenseurs du régime pouvaient se réduire à des invertébrés. Des fois, Andreas regardait même dans le sillage des gens, constant les trainées de sueurs froides qu’ils abandonnaient sur la moquette.

Qu’attendait-il donc finalement ? On ne pouvait pas se contenter de n’être d’accord avec rien, ce n’était tout bonnement pas possible ! Et il avait beau trouver des défauts à tout, il n’était pas hypocrite inconscient au point de retourner sa veste quand ça l’arrangeait. De miss Breckenridge, il attendait la servitude. Ou son contraire. Les rouges étaient connus pour leur fierté, alors à quel point son orgueil allait-il supporter les insultes et insinuations avant de se rebeller ? Il y avait des limites à toute imitation. Et pour Andreas, il était important d’atteindre ses limites-là, car on ne faisait pas esclave de n’importe qui. Les plus écervelés, ou les plus peureux n’étaient pas les plus loyaux. Miss Breckenridge était qui plus est l’exemple parfait de l’ennemi qui changeait de peau du jour au lendemain. C’était ce qui rendait le mangemort désinvolte et familier, tout comme le fait que la jeune rouge et or ne représentait aucun danger. Andreas avait été, quant à lui, de ceux qui n’hésitaient pas à dénoncer le premier ministre aux autorités compétentes, s’il l’avait soupçonné de trahison. Il faisait partie des enragés qui vendaient parents et amis, s’il les considérait inaptes à quelque chose. Les balbutiements hésitants de la Gryffondors le firent rayer ce genre de tendances de ses perspectives. Elle n’était pas solide au point de pouvoir douter de n’importe qui, et surtout pas du plus fort. La sûreté lui dictait indubitablement la prudence, plutôt que l’affront.  

- Vous savez bien que c’est impossible ça, Monsieur.

Acceptez la métaphore, au lieu de prendre la phrase tellement au premier degré, par Merlin ! Andreas haussa des épaules, écartant ce sujet avec une facilité presque louche. Il ne pouvait pas lui en vouloir de ne pas parler, cela dit. Il en aurait fait de même probablement, redirigeant la conversation vers d’autres contrées bien moins glissantes. Mais il n’avait pas l’habitude qu’on ne lui dise pas tout, qu’on lui résiste, alors une dureté demeura suspendue à ses pommettes tendues. Contrarié, mais pas sévère. Autant se rabattre sur autre chose. Les hésitations de Breckenridge, qu’il observait sans que ce ne soit trop insistant, l’emplissaient d’une expectation féroce. Ca aussi, elle allait finir par l’éconduire, comme un plat qu’on n’ose pas goûter par crainte de s’empoisonner ? La dextérité, c’était bien un temps, mais toutes ces déambulations finissaient dans la gueule de la cruauté. Alors, quand ? Au bout du couloir ? Au lever du soleil ?

- Je … je ne sais pas. J’ai l’impression que les mauvaises personnes en souffrent, surtout.

Andreas se retourna franchement, marchant presque en biais de leur rythme paresseux, captivé par cet aveu qui risquait de retomber en tarte mal cuite. Qu’importe, il voulait voir la victoire ou la chute de ce petit murmure mystérieux. Parce que à utiliser des mots aussi flous, on pouvait en déduire tout et n’importe quoi, ou surtout ce qu’on voulait, alors c’était un peu facile, sans exégèse ! En la regardant, il l’encourageait donc à poursuivre cet obscur abstract.

- C’est vrai que les punitions sont souvent trop rudes. Ou pas assez, selon la situation. Fouetter un première année pour un regard de travers, c’est excessif. Priver un Nuncabouc de nourriture pour un regard de travers, c’est insuffisant. Je ne comprends pas trop l’ordre des priorités des professeurs Carrow.

Andreas sourit franchement, un brin victorieux, et regarda de ses yeux d’acier tout droit dans les noirceurs du couloir. Sincère ou pas, tant pis, ce qui importait, c’est qu’elle tombe dans le piège. Bien avant de forcer les gens à faire quoi que ce soit, le mangemort s’arrangeait pour leur donner l’illusion du choix. Et il n’y avait rien de pire que les engagements donnés juste par manque de précisions. Obligée de répondre pour ne pas frustrer son interlocuteur, la miss venait de signer un contrat tacite, donnant la promesse d’obligations. Au final, elle aurait pu dire n’importe quoi s’en rapprochant, une opinion entraînait forcément le positionnement et donc, des expectations. C’était comme être mangemort. Les gens attendaient des choses de la part de votre statut. De la cruauté et de l’abus de pouvoir, par exemple…

- Ils ont pour priorité de se faire craindre. Dit-il en faisant entendre son sourire dans sa voix. Ils ont le goût du pouvoir au point d’en oublier l’essentiel. Ca arrive très souvent lorsqu’on donne à des gens insignifiants un peu d’autorité.

La chose fut dite sur le ton de la confidence, jetée en pâture sous la couverture de la déclaration indicible, alors qu’il s’agissait d’une petite babiole en vérité. Les Carrow étaient des poissons dans la chaîne alimentaire des mangemorts. Noyés dans la masse, cachés sous l’eau, mais mangés par les nombreux qui se trouvaient au-dessus et Andreas ne craignait pas leur colère, et surtout pas celle provoquée par son opinion les concernant. Mais pour la petite Breckenridge, ça pouvait largement sentir l’union dans l’adversité.

Sous le regard équivoque et silencieux des tableaux les observant sur leur passage, le mangemort s’illumina d’une idée, qui pouvait lui servir sur tous les plans. Même les ectoplasmes timides et étriqués comme cette rouge pouvaient être utiles. Tel un Louis XIV, il allait s’aventurer à mesurer la vie des gens de ce château jusqu’aux heures de toilettage, tout en plaçant l’étudiante de l’ombre dans la lumière…

- Vous pourriez remédier à ce genre d’injustices, vous savez ? Avec mon soutient, bien sûr. Laisser moins de marge aux professeurs Carrow en régularisant le règlement. Ca assurera au moins à ce que les innocents soient épargnés et les coupables punis à juste mesure, et non plus selon l’œil borgne de deux individus aux jugements peu équitables. Quelqu’un n’avait-il pas un jour dit qu’on était tous coupables ? Andreas se retourna à nouveau vers la Gryffondor, l’éclat d’un potentiel dans son regard froid. Qu’en dites-vous ? Vous pourriez proposer un encadrement aux punitions. Tout comme éventuellement l’encadrement des professeurs eux-mêmes. En tant qu’élève, vous êtes à même de juger ce qui est de « trop » et ce qui n’est pas « assez ». Il serait bon que les méritants puissent participer à ce genre de décisions, au lieu qu’on laisse seulement les plus cruels livrer toutes les directives. Les étudiants ne sont pas assez actifs à mon goût, ils ne se rendent pas compte du pouvoir qu’ils ont… Vous pourriez le leur montrer, vous savez ?

D’un, ils étaient tous coupables, et de deux, le seul pouvoir qu’ils devaient détenir c’est celui de pouvoir dénoncer le voisin par crainte de sévères représailles. Et quoi de mieux que commencer ça en transformant très concrètement le symbole de la fidélité et du courage en maître des hautes œuvres ? Ca, puis, plus tard peut-être, des jugements en public, mené et organisé par les étudiants. Les pendaisons et les bûchers sur la place centrale avaient beaucoup de notoriété à une époque, paraissait-il. Et le pouvoir montait vite à la tête. Surtout celui du peuple. Maintenant de la part de Breckenridge il attendait soit de l'enthousiasme -vrai, faux, faux, vrai...- ou une contreproposition. Rien que ça. Pas moins que ça.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Lun 22 Jan 2018 - 22:03

Dans l’absolu, elle aurait pu se taire et marcher plus vite pour rendre ce moment moins long et moins pesant. Mais elle n’arrivait pas à s’ôter de l’esprit la vision de son corps arqué par une douleur infinie, avant de s’effondrer au sol, raidi, encore luisant d’une basse aura verte. Elle devait jouer finement son coup, répondre et manifester son attention, tout en dégageant une ingénuité qui finirait certainement par le décourager. Elle n’était pas intéressante. A peine un peu utile pour certaines basses besognes. Le sourire qu’il lui offrit quand elle risqua son opinion à s’exprimer lui sembla tout sauf engageant, mais elle garda la face, les yeux rivés sur le visage ridé du noble monstre.

« Ils ont pour priorité de se faire craindre.  Ils ont le goût du pouvoir au point d’en oublier l’essentiel. Ça arrive très souvent lorsqu’on donne à des gens insignifiants un peu d’autorité. »

La préfète préféra ne rien laisser transparaître de son étonnement. Il changeait bien vite de ton. Dans l’état des choses, elle semblait comprendre qu’elle faisait partie de ces gens insignifiants. Laissait-il enfin son cœur parler, la véritable opinion qu’il avait d’elle sortir pour la rabaisser ouvertement ? Elle préférait mille fois ça à des sous-entendus glissants et dangereux. Mais cela restait étrange, ça manquait de cohérence avec l’ensemble. Parlait-il d’elle ou des Carrow ? Dans un cas c’était étrange mais compréhensible, dans l’autre, cela sonnait comme s’il voulait la caresser dans le sens du poil. Cette voix basse, ce ton de confession, au final, laissaient penser qu’il parlait bien des professeurs, mais elle ne pouvait s’empêcher de prendre le double-sens pour elle.

« Vous pourriez remédier à ce genre d’injustices, vous savez ? Avec mon soutien, bien sûr. »

Oh non. Nous y voilà. Sans savoir comment, Meredith n’était pas surprise d’entendre ces mots dans la bouche du Mangemort. Elle refusait de croire que son petit manège prenait au point qu’il lui propose une alliance rebelle, c’était trop gros. Elle lui lança cependant son regard le plus ingénu, avant de retourner à sa contemplation muette du couloir alors qu’ils entamaient un virage qui les faisait entrer dans l’aile droite du château, et dans le dernier quart de sa ronde.

« Qu’en dites-vous ? Vous pourriez proposer un encadrement aux punitions. Tout comme éventuellement l’encadrement des professeurs eux-mêmes. »

Mais qu’est-ce qu’il racontait ? Etait-il vraiment en train de lui proposer de fomenter un coup d’Etat ? Meredith ne faisait pas semblant d’être abasourdie. Elle ne comprenait pas pourquoi il faisait ça. Ni s’il s’attendait réellement à ce qu’elle accepte. Même une élève stupide et dévouée déclinerait, par peur d’une si lourde et si dangereuse folie. Soudainement, et pendant un instant seulement, la petite n’eut plus si peur du Mangemort. Elle le vit comme une sorte de machine, aux attaques dangereuses mais pas impossibles à éviter. Enfin, elle essaierait de se soustraire aux violences et aux sournoiseries qui la guettaient. L’abstention semblait cependant inévitable.

« Les étudiants ne sont pas assez actifs à mon goût, ils ne se rendent pas compte du pouvoir qu’ils ont… Vous pourriez le leur montrer, vous savez ? »

Reportant pour un coup d’œil son regard sur le visage de Rowle, Meredith se rendit compte qu’il la dévorait de ses deux pupilles noires. Il semblait terriblement curieux de sa réponse, dans une expectative frémissante, qui lui fit croire un instant qu’il était sincère. Une telle proposition ne se faisait pas à la légère. Elle marchait sur des charbons ardents avec cet homme. Si sa réponse lui déplaisait, Merwyn seul savait comment il réagirait. Elle ne savait que dire. Sa décision était déjà toute prise bien sûr, mais difficile à exprimer. Elle laissa un silence planer pendant une ou deux secondes, laissant le temps à la réflexion de s’installer, puis prit la parole.

« Vous allez certainement dire que je manque d’ambition, mais je n’oserais jamais m’élever contre eux. Même avec votre soutien. » Elle se rendit compte qu’elle venait de salir encore plus profondément l’image des Gryffondors par ces paroles, mais au point où elle en était… « Il y a des injustices et c’est dommage. Mais ce n’est pas à moi de changer tout ça, je n’ai pas assez d’influence. Et surtout, je ne suis pas d’accord avec vous, je ne crois pas qu’en ma qualité d’élève je sois plus légitime ou plus connaisseuse pour provoquer un quelconque soulèvement. Je suis trop ignorante. Personne ne me fait confiance. » Elle secoua légèrement la tête, dépitée. « Non vraiment, même si je le voulais, ce serait impossible. »

Les mots étaient sortis comme ça, sans qu’elle y réfléchisse plus que cela, et déjà elle sentait une brise de dédain s’insinuer en elle. Ce ne serait certainement pas satisfaisant pour le professeur, il attendait d’elle plus que cela. Mais en répondant à ses attentes, elle ne ferait qu’aggraver sa situation déjà précaire. Elle ne voulait surtout pas se lier avec cet homme de quelque manière que ce soit, ce serait comme attacher à sa taille une ceinture explosive dont elle ne possèderait pas le détonateur. Elle avait besoin d’encore un peu de liberté de mouvement. Comment rendre son refus plus acceptable, moins effronté ?

« Vous souhaitez vraiment faire remplacer les Carrow ? » lui souffla-t-elle tout bas, comme si elle avait peur d’être entendue par les tableaux. « Il est vrai qu’ils manquent parfois de discernement, mais ils ont été placés à la tête de l’école par le ministère … ce serait comme s’opposer directement aux décisions du gouvernement, vous ne croyez pas ? »

Qu’est-ce que cette histoire superficielle aller donner, elle ne savait pas, mais ce qui était certain, c’est qu’elle n’allait pas se laisser mener par le bout du nez tout du long. Ou bien peut-être qu’elle se laisserait mener, pour s’en sortir moins abîmée à la fin. En tous les cas, elle refusait de céder à ce partisan des ombres, si calme, si avenant, si perfide, le privilège de l’enchaîner encore plus aux horreurs et aux mensonges de sa position.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Mer 31 Jan 2018 - 20:15

Il n’y avait pas à dire, c’était agréable de battre les Carrow comme plâtre. Surtout lorsqu’Andreas était certain de trouver obéissance et écho silencieux à ce qu’il disait. Se critiquer entre mangemorts, ce n’était pas franchement facile. La plupart d’entre eux se comportaient comme des crabes dans un panier, tirant vers le bas son voisin le plus proche. Rogue avait atteint le sommet, mais que parce qu’il avait su être là au bon moment, et ce souvent par pur hasard. Au même titre que Pettigrow : tous les deux étaient là parce qu’ils étaient couards et n’avaient nulle part où aller, que se réchauffer sur les flancs d’un serpent. Mais Andreas n’avait pas raté un seul des regards écœurés du rat, ni l’impassibilité froide à toute épreuve que l’horrible chauve-souris portait sur son visage comme un bouclier. Il n’y avait que Bellatrix, en qui la dévotion se mélangeait si diablement bien avec l’efficacité qu’elle pouvait se permettre de détester n’importe qui. Elle avait l’amour en et pour elle, aveugle et indiscutable, qui n’avait pas besoin d’avoir peur pour idéaliser son maître et ne jamais lui trouver aucun défaut. Donc, le bashing, lorsqu’il arrivait, était toujours préalablement béni et orchestré à la note près. Mais Breckenridge n’avait pas d’ambitions aussi avancées et ils ne concouraient de toute façon pas dans la même catégorie. Et puis il fallait être honnête, si Andreas supportait leur stupidité d’un pied d’égalité, les élèves supportaient leur cruauté abrutie sur les genoux, alors prétendre les apprécier était à la vérité ce que la mort de Dumbledore était au mensonge. Ou à la gloire, selon les opinions. Les oreilles désintéressées des victimes avaient quelque chose d’agréable, parce que pour une fois Andreas disait ce qu’il pensait sans avoir pour but de suivre le mouvement, ou de s’élever, mais par envie d’être incisif. Et Breckenridge répondait comme ce fallait, avec la peur d’une mauvaise opinion et des yeux en assiettes.

« Vous allez certainement dire que je manque d’ambition, mais je n’oserais jamais m’élever contre eux. Même avec votre soutien. » Bonne fille. Ce n’était pas parce qu’Andreas partageait une opinion avec quelqu’un qu’ils se retrouvaient soudain liés par le serrement inviolable de l’amitié. « Il y a des injustices et c’est dommage. Mais ce n’est pas à moi de changer tout ça, je n’ai pas assez d’influence. Et surtout, je ne suis pas d’accord avec vous, je ne crois pas qu’en ma qualité d’élève je sois plus légitime ou plus connaisseuse pour provoquer un quelconque soulèvement. » Un soulèvement ! Mais par Salazar ! Andreas aspira l'air bruyamment. Qui avait parlé de soulèvement ? Pas lui en tout cas. Voilà la feinte : miner le terrain pour voir quel lapsus révélateur en sortait. Le champ lexical était véritablement quelque chose de magique lorsque soigneusement sous-entendu, sans faire de vagues. C’était donc ce qu’elle concluait de son innocente proposition à rendre ce monde meilleur ? Un soulèvement ? Proposer un encadrement, rendre compte du pouvoir, remédier aux injustices… C’était un vocabulaire relativement neutre, raisonnablement interprétable pour se faire suffisamment mal comprendre jusqu’à aboutir à des soulèvements. Alors elle le prenait comme ça ? Comme de la dissidence ? Mais ce n’était pas ce qu’il avait voulu dire ! Ses conclusions avaient dépassé les mots du professeur ! Mais quel terrible quiproquo quand même. « Je suis trop ignorante. Personne ne me fait confiance. Non vraiment, même si je le voulais, ce serait impossible. » Ma petite, personne ne te fait confiance parce que tu as probablement trahi tes couleurs, tes amis et de manière général, tous les principes libéraux appréciés par les tolérants. Quant à l’ignorance, sa plus grande partie pouvait être vaincue et la plupart ne savaient pas parce qu’ils ne voulaient pas savoir. Mademoiselle Breckenridge avait décidemment du mal à jouer les naïves.

« Vous souhaitez vraiment faire remplacer les Carrow ? » La fenêtre au bout du couloir s’efforça de sourire. Le soleil fit une intrusion timide sur la colline lointaine, faisant ressortir d’un seul coup les reliefs des cadres dorés, qui semblèrent mouvants à mesure que la lumière blafarde glissait sur l’horizon. Andreas s’arrêta de marcher aussi doucement qu’un nuage arrêté par la montagne et regarda aussi loin que la fenêtre le lui permettait. « Il est vrai qu’ils manquent parfois de discernement, mais ils ont été placés à la tête de l’école par le ministère … ce serait comme s’opposer directement aux décisions du gouvernement, vous ne croyez pas ? » Le jour était déjà là, mais il donnait une couverture étrange, comme si tout était vernissé et paraissait figé. La crinière ourlée du professeur se fit blanche sous la lumière, tandis qu’il baissait lentement ses yeux d’acier vers l’étudiante, qu’il observa sans curiosité à présent. S’il ne croyait pas ? S’assurait-elle de ses intentions, de sa folie ou de sa propre sécurité ? Refuser parce que ça puait un coup d’état, ça marchait mieux comme excuse que le faire parce qu’on ne voulait pas plus d’attention que ce dont on nous gratifiait déjà. Un tâcheron incolore, voilà ce qu’elle était, s’élevant juste ce qu’il fallait pour n’être dans la mouise que jusqu’au cou. Il dit alors ce qui sembla être une vraie confidence, faite avec le ton paisible d’un conseil qui était à la limite de basculer dans la menace.

- Ma chère, même la tranquillité vous sera refusée. Nous sommes au cœur du problème. Tout sorcier ordinaire, tel que la majorité des élèves de ce château, peut et doit rester tranquille, mais vous vous ne le pouvez pas : vous êtes une exception. Il est normal de rencontrer une opposition farouche aux changements soudains, c’est une réaction commune. Mais vous avez décidé d’embrasser l’avenir, d’être disponible, en vertu de quoi on attend de vous non seulement la coopération, mais un dévouement volontaire.

L’air un tant soit peu compatissant s’évanouit et sous les rayons du jeune soleil, Andreas parût ridé comme un vieux tronc, que chaque saillie rendait un peu plus dur. Il fallait que Breckenridge garde à l’esprit qu’en dépit du pont fragile et étroit qui les avait liés, ils étaient en fait séparés par un abîme de puissance et de dignité que même sa très grande prudence ne saurait espérer sonder. Que quelqu’un comme Andreas puisse sous-entendre ne serait-ce que les prémices d’un soulèvement était impossible. Ca ne pouvait même pas être relégué au titre de folle spéculation, la supposition même était un crime. Et quelle insulte pouvait être plus grave que prétendre voir en un partisan du régime un fomentateur ?

- Je crois que vous m’avez mal compris mademoiselle. Dit-il sans bouger, avant de faire planer un silence qui était enrichi et si bien contrasté par les oiseaux qui commençaient leur baignade quotidienne de gargarismes vocaux. On ne se soulève pas contre le ministère, on l’améliore. Andreas se radoucit légèrement, comme s’il pardonnait à l’impertinente son manque de tact, ou son mauvais choix de mots, fermant les yeux sur ce qui aurait pu la trahir. Vous avez un peu surinterprété mes mots mademoiselle, votre point de vue peut être dangereux. Vous êtes trop radicale pour moi !

Il eut un rire de gorge complice, puis se remit en marche en fermant la parenthèse et le sujet tout entier, ne laissant aucune chance à la jeune fille de pouvoir mieux s’expliquer, ou de faire marche arrière. La ligne était dès à présent tracé et un peu mieux visible. Andreas n’avait pas besoin de plus que cette maladresse. On pouvait manquer d’ambitions même en étant convaincu de la cause, mais Breckenridge avait davantage craint le mal qu’elle n’avait vu le bien. Elle avait plus peur qu’on la fasse souffrir qu’elle n’avait d’égard pour le reste. Andreas ne manqua pas de glisser les mots où résidaient la véritable menace, ceux qui visaient le véritable mal :

- Mais vous devez vous y connaître mieux que moi en soulèvements, avec un frère comme le vôtre. Se porte-t-il bien ? Résister n'est pas chose facile...

Surtout quand on est une pâquerette face à un incendie.

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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Jeu 1 Mar 2018 - 18:18

Les yeux ostensiblement fixés sur un point de lumière au sol, il était difficile pour la jeune lionne de ne pas mettre un terme au massacre et écourter la promenade. Toute prudente qu’elle était, il était clair qu’elle n’avait pas le droit de garder le silence – auquel cas le professeur aurait le champ libre – et que dans le même temps, quoi qu’elle dise, cela se retournerait contre elle. Un jour ou l’autre. Être une fausse préfète des Carrow n’aurait pas été trop compliqué si les seuls à duper avaient été les deux mangemorts. Mais l’entrée de Rowle dans la partie rendait tout plus délicat, plus instable. Elle ne savait que penser de lui. Jusqu’où allait son influence ? Peut-être même que dans l’ombre, c’était lui qui tirait les ficelles. Son nom le laissait entendre.

Le rendez-vous de l’AD avait été fixé à un dimanche de ce mois-ci, et restait à confirmer en dernière minute pour limiter les risques de fuite. Cette perspective la faisait trembler, il fallait bien le dire, et encore plus maintenant que l’œil flamboyant du vieil homme était fixé sur elle et sur ses camarades, à gratter discrètement mais fermement la couche de leur patience, à taper au carreau avec ce sourire terrifiant aux lèvres. Si quelqu’un était en mesure de les démanteler rapidement, et de leur faire subir les pires horreurs, c’était bien lui. Elle n’en avait aucun doute.

« Ma chère, même la tranquillité vous sera refusée. Vous avez décidé d’embrasser l’avenir, d’être disponible, en vertu de quoi on attend de vous non seulement la coopération, mais un dévouement volontaire. »

Ah les doucereuses paroles que voilà. Il croyait sûrement refermer le piège en lui soufflant ces vipères à l’oreille, en la poussant à se compromettre, à assurer à demi-mot qu’elle ferait ceci ou cela. Elle ne se laisserait par avoir. Et aucune promesse, aucun compromis ne sortirait de sa bouche. Pourtant, si elle venait à être interrogée par le futur – et c’était d’un maître des potions dont nous parlions – sous la menace d’un quelconque poison ou de Veritaserum, elle ne saurait mentir. Enfin, si cela arrivait, pensa-t-elle avec fatigue, il était certain que l’homme irait au vif du sujet et lui demanderait immédiatement si oui ou non elle était fidèle et honnête. Alors, pas de suspense. Levant les yeux quand il reprit la parole, elle ne dit rien et hocha seulement la tête, fataliste.

« Je crois que vous m’avez mal compris mademoiselle. On ne se soulève pas contre le ministère, on l’améliore. Vous avez un peu surinterprété mes mots mademoiselle, votre point de vue peut être dangereux. » Et voilà le retour de flamme. Ses propos n’avaient certes pas été très adroits, mais encore une fois, preuve était qu’il n’extrayait de la roche de ses propos que le filon doré qui l’intéressait. « Vous êtes trop radicale pour moi ! » S’il savait à quel point … il l’écraserait sans doute entre deux couloirs, planquant ses restes dans une armure et se lavant les mains en sifflotant. L’aurore était là, leur conversation touchait à sa fin. Et il ne restaient que quelques mètres pour qu’enfin la boucle se termine, à quelques pas de la salle commune des Gryffondors. Sans compter que le vieil homme, de son ton bas, ne lui laissait pas l’opportunité de répondre, et sous-entendait par là qu’il n’avait pas besoin de plus. Enfin, cette entrevue ne s’était pas si mal terminée. Elle avait oscillé, changé d’opinion, de comportement, mais comme n’importe quel élève intimidé l’aurait fait devant un Mangemort non ? limiter la casse, tenter de plaire, cacher ses vices et ses idées pour ne pas finir en exemple sur le gibet de la place publique. Elle avait d’autres projets que de finir en martyr. Elle ouvrit la bouche pour prendre congé, mais Rowle la devança. Et porta son estoc finale.

« Mais vous devez vous y connaître mieux que moi en soulèvements, avec un frère comme le vôtre. Se porte-t-il bien ? Résister n'est pas chose facile... »

Elle aurait dû se douter que le professeur était au courant des activités de son frère. Il était classé au ministère, son visage barré d’une étiquette « ennemi de l’Etat ». Mais Rowle était un acteur extérieur. Lui et les Mangemorts traquaient la Résistance. Ce coup d’échec devait lui faire peur, lui mettre sous le nez le danger auquel Aloysius était confronté. Mais étrangement, alors qu’elle aurait dû paniquer, fuir son regard, et trahir d’une manière ou d’une autre qu’elle s’inquiétait pour le jeune homme, elle haussa simplement ses fins sourcils en plongeant son regard dans celui de Rowle. Elle ne savait rien. Il ne lui tirerait donc rien. Voilà l’évidence à laquelle il était confronté, et qu’elle soit interpellée là-dessus par un tel ennemi était la preuve que son ignorance était pour le mieux. De toute façon, d’après ce qu’elle avait compris, les résistants changeaient en permanence de camp, possédaient une organisation extrêmement pointue et rigoureuse basée sur les données de la précédente guerre. Leurs ennemis étaient les mêmes, mais ceux-là ne savaient pas à qui ils avaient à faire. Un avantage indéniable. Sans trembler donc, Meredith prit un air peiné et serra les lèvres.

« Vous devez bien être le seul à soutenir cette théorie, Monsieur. Tout le monde pense qu’il a rejoint le côté de Vous-Savez-Qui. » Sa voix laissait percer une forme de honte vaporeuse, mais aussi l’intérêt naturel d’une sœur. « Je ne veux plus être associée à mon frère. Nous avons fait des choix différents. »

Moi à Poudlard, lui à l’extérieur. La préfète avait soigneusement évité le mot « guerre » et ne parlait pas bien sûr de son inquiétude immense. Elle n’avait rien d’autre à dire à ce serpent sur ses relations avec son frère. Il fallait arrêter de parler de lui maintenant, ils s’en porteraient tous beaucoup mieux. Enfin, maintenant c’en était assez. Elle avait prononcé sa dernière phrase alors qu’ils ne marchaient déjà plus. Inclinant la tête, elle posa un pied sur l’escalier qui menait à sa salle commune.

« Merci de m’avoir accompagnée, Monsieur. Je vous souhaite une bonne journée. »

Et qu’en rentrant dans votre grotte, vous vous brisiez la nuque et mourriez sur le coup.


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MessageSujet: Re: [9 Novembre 97] Hell is round the corner Lun 12 Mar 2018 - 19:30

Le poids de la famille… Andreas en savait quelque chose ! On portait la responsabilité de quelqu’un pour les seules vertus de la parenté, ce qui dans un monde où on partageait le même sang plutôt qu’une identique quantité de neurones était un fait assez tragique et souvent fatal. Il lui était déjà arrivé de voir Thorfinn sursauter dans le fauteuil devant la cheminée, et se demander si c’était le résultat d’un duel perdu par l’un des deux neurones qui hantait encore l’espace vide derrière ses yeux. Et les moments comme celui-là, où Andreas remontait l’arbre généalogique en faisant cavalier solitaire pour revenir sans frère cadet, étaient aussi nombreux que les poux sur la tête de Rogue. A se demander comme il arrivait à pencher sa masse graisseuse au-dessus de son chaudron sans craindre de rater ses potions, tant il y avait tout un écosystème entier qui risquait d’y tomber.

Le sang ne garantissait quasiment rien, ce qui était regrettable, à part la pureté de la magique, raison pour laquelle Andreas y accordait une telle importance dans son puritanisme exacerbé. Il aurait pu compatir à la jeune fille, ou du moins esquisser ce qui s’approchait le plus d’un sentiment de pitié, mais il fallait parfois, eh bien, savoir amputer les membres gangrénés. Jeter le bébé avec l’eau du bain, littéralement parlant. Mais au lieu de ça, le mangemort exultait, car que diable aurait-il pu faire sans l’appui de tant de familles indignes ? Plus de moyens de pression, plus de chantages ! Et trouver des excuses pour tuer des gens qui nous gênaient tout en étant bien sous tout rapports, ce n’était franchement pas toujours évident. Que la petite ne sache rien à propos des activités de son frère était parfaitement envisageable. D’ailleurs, Breckenridge s’empressa de tourner vers lui son visage lunaire où quelqu’un avait dessiné un skate park de sourcils au-dessus des yeux.

- Vous devez bien être le seul à soutenir cette théorie, Monsieur. Tout le monde pense qu’il a rejoint le côté de Vous-Savez-Qui. Il hésita très sérieusement entre un frisson de dégoût et le rire à gorge déployée. C’était grotesque. Mais probablement qu’il n’était même pas au courant de la moitié des incapables qui servaient de chair à canon parmi les fameux côtés du Seigneur des Ténèbres, où tous les vauriens de l’univers semblaient se rassembler. Les optimistes diraient que plus il y avait de monde, mieux c’était, mais ces flancs étaient beaucoup trop précieux pour que n’importe qui s’y réchauffe. L’élite devait rester la crème de la crème, au lieu d’accueillir aux yeux du « monde » des Jean-Jacques désespérés, graisse indigne d’un lait demi-écrémé. On faisait du beurre chez eux, pas du fromage allégé !  Je ne veux plus être associée à mon frère. Nous avons fait des choix différents. Trop tard. Merlin qu’il était trop tard pour ça ! La fraternité, ça s’utilisait où ça s’achevait. En prison, c’était déjà pas mal. Pas la peine d’aller jusqu’au meurtre, Andreas était raisonnable. Breckenridge avait bien raison d’adopter ce ton du regret, il y avait de quoi se décomposer d’un frère qui avait à la base simplement et lâchement fui, au lieu de rester aux côtés de sa seule famille.

- Les rumeurs n’attendant qu’à être réfutées ou affirmées, je vous dirai si je vois votre frère dans les rangs du Lord, dans ce cas-là.

Dit-il avec l’exaspérant sentiment d’un énorme service sur le point d’être fait. La jeune fille devait soit savoir, soit se demander ce qui advenait de son frère, mais ne voulait certainement pas l’entendre de la bouche d’un crouton ridé qui avait passé la dernière heure à lui glisser des glaçons dans le dos. Doué qu’il était, il s’arrangerait en plus de lui sous-entendre qu’elle lui était maintenant redevable. Et puisqu’elle avait passé la soirée à le convaincre de sa loyauté, Andreas tâcha de la rassurer.

- S’il n’y est pas, je vous assure que le ministère fera tout en son pouvoir pour le retrouver et le remettre sur le droit chemin.

Il n’avait hésité, ni laissé planter un silence entre deux mots pour en souligner la menace cachée, sûr jusqu’au bout des mots qu’il utilisait sans qu’aucun avertissement n’y plane. Comprenez, la jeune fille avait été si convaincante dans ses réponses qu’Andreas pouvait tranquillement partir du principe qu’ils étaient sur la même longueur d’ondes. Et si par hasard, le droit chemin s’avérait être celui de l’au-delà, c’est que tel fut son destin et personne n’allait le regretter, comme on ne regrettait pas une vie gâchée. Ils s’étaient arrêtés là où leurs chemins se séparaient, même si Andreas avait encore un attirail de sujets épineux à aborder pour tenir la mince jambe aussi longtemps que possible. Mais l’épuisement n’était pas le but. La manipulation, la chasse, c’était une très longue course qui demandait du repos pour rester efficace sur le long terme. Si on en venait aux extrémités dès le début, les gens pensaient tout perdre et trouvaient moyen pour se rebeller, tandis que le danger latent mais constant les tenait tranquilles, à condition qu’il y ait des nuits comme celles-ci pour rappeler que les dangers étaient là, tout proches, à souffler sur la nuque. Andreas, lion d’argent et de marbre, regarda la petite lionne et lui sourit légèrement.

- Merci de m’avoir accompagnée, Monsieur. Je vous souhaite une bonne journée.

- A une nuit prochaine, mademoiselle Breckenridge.

Promit la statue, si ce n’est gargouille, qui attendit qu’on lui tourne le dos pour partir. Méticuleusement, le visage bientôt taillé dans la pierre, Andreas tendit les manches de sa veste, rehaussa son col déjà bien droit, qu’il aimait sentir butter contre sa mâchoire carrée. De deux mains aux doigts écartés, il brossa sa cascade de cheveux vers l’arrière et sentant son front dégagé, tailla sa barbe vers l’avant. Il n’y avait pas un pli, pas une poussière qui était laissée au hasard chez cet homme et même le désordre apparent de ses boucles salées se ciselaient finalement dans le marbre. Breckenridge lui avait montré ce soir que les Carrow s’étaient attachés à des démonstrations purement superficielles, s’attardant bêtement et facilement sur les apparences en marquant la chair, laissant au Rowle le loisir de laisser sa trace sur les esprits. Aussi, bientôt, très bientôt, son nom allait remplacer celui des deux consanguins. Même dans leur profonde intimité, dans l’espace reclus de leur cerveau inutile, les élèves allaient trouver les graines que le mangemort y sèmerait.

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