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L'art contre la haine

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SORCIEREcrivain
    SORCIER
    Ecrivain
AVATAR : Dean O'Gorman
MESSAGES : 19

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 20/09/1970 à Tottenham
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: L'art contre la haine Sam 15 Juil 2017 - 17:38

3 Octobre 1985 :



- Ça risque de partir en patacitrouille, cette histoire !
- Allez, Aaron ! Fais pas ton boursouf de base. C’est du gâteau je te dis !

Comme chaque matin dans la Grande Salle, les 5eme années de Serdaigle se lançaient paris idiots sur défis stupides. Comme chaque matin, la moitié augurait que l’idée était mauvaise tandis que l’autre assurait le contraire. Et comme chaque matin, Uther n’y prenait pas part. Apparemment, le sujet du jour consistait à jeter un maléfice à retardement sur la porte de la grande salle, maléfice qui provoquerait, au bout de cinq minutes, d’immondes flatulences au premier malheureux qui passerait par là. Puéril, sans aucun doute.  Le dénommé Aaron jeta finalement le sort sur la porte quelques secondes avant le passage d’un petit groupe d'élèves de première année de Gryffondor, une petite fille brune en tête.

Uther, son petit déjeuné achevé, se leva pour se rendre à la bibliothèque, comme il le faisait chaque week-end. Il jeta au passage un contre-maléfice à la toute jeune sang et or qui aurait dû être la victime de la farce de très mauvais goût de ses camarades. Elle ne saurait jamais ce qu’elle avait évité, et Uther n’allait pas le lui dire. La gamine était bien plus heureuse en ne sachant pas.  

Parcourant les couloirs du château, il réfléchit à l’organisation de son temps de travail. Un devoir de potion sur les propriétés de l’asphodèle qui lui prendrait facilement trois bonnes heures – cette vieille gargouille de Rogue n’avait pas lésiné sur les doses – et une dissertation en Histoire de la Magie traitant des Guerres de Gobelins – il n’aurait probablement même pas de temps à perdre là-dessus en termes de recherches puisqu’il connaissait le sujet sur le bout des doigts. Il se faisait régulièrement ce genre de récapitulatifs durant le temps qu’il mettait à arriver au fief de la vieille Pince.

Après une dizaine de minutes de marche, il retrouva une sensation familière : l’odeur du parchemin ancien et du cuir des reliures, du bois verni, de la cire et de la suie… Uther arpenta les couloirs de la bibliothèque qui lui donnaient toujours l’impression de marcher à travers un labyrinthe aux murs hauts et rapprochés, une idée exacerbée par la quantité incroyable de savoir que l’on pouvait glaner ici dès lors qu’on sût où chercher. Posant son sac sur l’un des pupitres de la pièce, il s’enfonça entre les hautes étagères garnies de livres et en revint les bras chargés de plusieurs volumes – entre autres, Les Potions de Grand Pouvoir, de Phineas Bourne, ou Principes d’Herbologie de Damoclès Belby.

Posant ses ouvrages sur la table, son regard fut attiré par quelques mots inscrits sur un parchemin, sur le pupitre à sa droite, dont l’occupant avait apparemment dû s’absenter. Il se pencha sur le texte inscrit, titré « La Magie des Moldus ». Le texte était une ébauche concernant le cinéma, citant des films et des réalisateurs moldus comme Hitchcock et La mort aux Trousses, Welles et « F » for « Fake », ou encore Coppola avec Apocalypse Now. Des noms qui lui étaient extrêmement familiers pour être, grâce à son père, un fervent amateur de cinéma. Il lisait le parchemin, les lèvres tirées par un sourire joyeux, quand une voix l’interpella, à quelques centimètres devant lui :


- Eh ! Dutroll !

Uther leva les yeux pour tomber nez à nez avec une élève qu’il avait déjà vu dans la salle commune de Serdaigle. Elle était en sixième année, si il ne se trompait pas. Petite de taille, cheveux raides et auburn avec un visage en cœur constellé de taches de rousseur, deux larges yeux d’un gris pâles et une bouche mince. Elle semblait furieuse de l’avoir trouvé le nez dans son travail. Uther s’excusa :

- Oh, je suis désolé, j’ai vu quelques…
- Ta maman ne t’as jamais appris qu’il est très impoli de zieuter sur le travail des autres ?
- Non, enfin, si, répondit Uther, c’est juste que…
- Fais-moi plaisir : décarre de là et trouve-toi un pupitre où tu pourras me laisser un peu d’air, vu ?

Le ton était cassant et ne souffrait d’aucune réplique. Ramassant son sac et ses livres, il se dirigea vers une table située un peu plus loin, non sans lancer au passage :

- De toute façon, t’es complètement à la ramasse, ma fille. Si tu veux parler de « magie » avec Orson Welles, tu ferais mieux de t’intéresser à Citizen Kane.

4 Avril 1986 :



Miranda s’esclaffa.

- Tu te payes ma baguette, Uther !
- Non, je t’assure que c’est vrai, répondit-il avec un sourire.
- Enfin ! Les Beatles ! Les Beatles, quoi ! Tu ne me feras pas croire que les Beatles ont…
- … approchés Tolkien pour réaliser une adaptation du Seigneur des Anneaux. Si.

L’hilarité de la jeune fille augmenta encore. Elle en pleurait presque, le corps secoué d’un fou-rire incontrôlable. Se maîtrisant quelque peu, elle put demander dans un souffle :

- Et qui devait le réaliser ?
- Stanley Kubrick.
- La vache ! Ça aurait été grandiose de voir ça !
- Et le plus grandiose arrive : devine qui devait tenir le rôle de Gollum !
- Balances.
- John Lennon.


Et les rires éclatèrent de plus belle. Les deux compagnons, allongés dans l’herbe, se tenaient le ventre à deux main en riant à gorge déployée. C’était une très belle matinée, au bord du lac.

Respirant lentement pour se remettre de ses émotions, Miranda Green contempla le ciel.

- Nom de Merlin ! J’aurais donné tous les Galions de Gringotts pour voir un truc comme ça.
- Moi aussi
, répondit Uther en essuyant ses yeux rendus humides par l’hilarité.

Les deux élèves passèrent le reste de la journée dans le parc, couchés côte à côte sur l’herbe tendre baigné de soleil, parlant et riant, faisant apparaitre de minuscules bateaux de glace qu’ils dirigeaient sur l’eau calme du lac du bout de leurs baguettes, les faisant fendre l’eau et louvoyer entre les tentacules du calamar géant. Parfois, ils se contentaient de somnoler, Miranda laissant reposer sa tête sur la poitrine d’Uther, celui-ci emmêlant ses doigts dans la longue chevelure de sa tendre amie.
 
Ce n’était pas tant une attirance physique qu’une passion commune qui les avaient réunis. Miranda était une sorcière  qui éprouvait une fascination pour le monde des moldus, particulièrement sur le plan artistique. Uther, lui aussi, éprouvait cet attrait pour les arts non-magiques. Ils avaient donc dépassé l’a priori hostile de leur première rencontre pour développer une relation de franche amitié, qui, parfois, dérapait quelque peu dans l’intimité furtive d’un des innombrables passages secrets et alcôves dissimulés derrière les tapisseries et les statues de l’école.

1er Septembre 1987 :


Uther tenait entre ses mains une lettre reçue quelques heures auparavant. Dans son compartiment du Poudlard Express, il se sentait déprimé, et plus solitaire que jamais. Miranda avait achevé sa dernière année à Poudlard, et c’était seul qu’il retournait dans son école. Oh, bien sûr, ce n’était pas la rupture qui l’affligeait. Il avait toujours su que leur couple n’était qu’une aventure de passage, pour elle comme pour lui. Une simple passion d’étudiants qui assouvissait les besoins lascifs de deux adolescents dans une école.

Néanmoins, il avait trouvé en Miranda un pilier sur lequel se reposer. Une compagnie agréable et une complicité qui lui faisait beaucoup de bien. Une relation qui allait lui manquer, comme les instants volés dans les recoins secrets de Poudlard. Les deux anciens amants étaient restés dans d’excellents termes, mais la distance les séparant désormais réduisait leurs contacts à une relation épistolaire par hiboux interposés.

 Miranda avait décroché un poste à la Gazette du Sorcier et écrivait désormais nombres d’articles en faveur d’une plus grande proximité entre les sorciers et les moldus. Elle n’avait de cesse de mettre en avant la communauté non-magique et leurs qualités, s’attirant par ailleurs les foudres des vieilles familles de sorciers conservatrices et des fanatiques anti-moldus.

Dans le courrier qu’il tenait entre ses mains, elle lui demandait de travailler avec elle sur son premier livre intitulé « L’art contre la haine ». Ce recueil serait un récapitulatif de tout ce que les moldus avaient fait de beau, et que les sorciers n’avaient jamais pu égaler. Musique, théâtre, architecture… Elle lui proposait de s’occuper de toute la partie « cinéma ». Il allait accepter, bien entendu.  

29 Juillet 1988 :



Uther et Miranda sortaient de l’Odeon Leicester Square. Comme ils en avaient convenus par hibou, ils s’y étaient donné rendez-vous pour assister à la projection d’un nouveau film de John McTiernan. Cela avait été pour eux l’occasion de se revoir et de partager quelques heures ensemble devant une passion qui les avait réunis, un peu plus de trois ans plus tôt. Ils se dirigèrent vers une ruelle sombre, et, quand ils furent certains de ne pas être vus, disparurent dans un claquement sec.

Ils transplantèrent jusque dans le salon même d’Uther. Accrochant leurs manteaux sur un crochet prévu à cet effet, ils s’installèrent tranquillement dans le canapé de velours mauve, face à la cheminée.

- Je te sers un Martini ? demanda Uther.

Et dans le même temps, il agita sa baguette vers une petite armoire d’où surgirent deux timbales d’argent et deux bouteilles qui se mirent à s’affairer dans les airs, les flacons versant diverses doses de liquides translucides et incolores dans l’une des timbales tandis que l’autre se remplissait de glaçons. Puis, les deux parties du Shaker se rassemblèrent et, dans un son de maracas, s’agitèrent devant Uther qui fit se matérialiser une petite coupe de cristal contenant une unique olive verte.

- Non merci, répondit Miranda pendant que le shaker déversait son contenu dans le verre tendu par Uther. Ceci-dit, un hydromel ne serait pas de refus.

Et aussitôt, un verre à liqueur surgit du minibar avec une bouteille qui servit toute seule une large dose d’un liquide ambré.

- Tu arrives à doser un Martini à la perfection mais tu restes incapable de servir convenablement tout autre chose, pouffa Miranda en observant son verre plein au trois-quarts d’hydromel.

- Le Martini, c’est sacré, répondit Uther en levant son verre à l’intention de son invitée avant d’en boire une belle gorgée. Tout est dans le dosage : très peu de vermouth et beaucoup de Gin.

Les deux anciens élèves sirotèrent tranquillement leurs verres en silence durant quelques minutes. Ils n’avaient pas besoins de se parler pour savoir qu’ils ne partageraient rien d’autre qu’un film et un peu d’alcool, ce soir. Leur aventure était enterrée dans les jardins de Poudlard, et seule subsistait la sincère affection qu’ils se portaient.
Finalement, Uther délaissa sa coupe et fit apparaître une blague à tabac ainsi qu’une vieille pipe qu’il entrepris de bourrer consciencieusement avant de l’allumer et d’en tirer une large bouffée.

- Alors, quels sont tes projets immédiats ?

Uther envoya un large rond de fumée dans un coin de la pièce qui se mua, juste avant d’atteindre le mur, en une petite chauve-souris voltigeant autour de la pièce en laissant s’échapper de fins panaches grisâtres dans son sillage. De la belle magie, qu’il affectionnait particulièrement.

- Je vais partir en voyage, répondit-il enfin. Pendant une année. Peut-être plus.
- Tu as trouvé quelque chose sur l’Arche ?
- J’ai la preuve qu’elle existe. Et j’ai la preuve qu’il s’agit bien d’un artefact magique d’une grande puissance. Tu te souviens de l’hypothèse que j’avais émise, par rapport à Moïse et au contenu de l’Arche ? J’en ai eu la confirmation, dans un livre de la réserve.
- Uther, fais bien attention. Si ce que tu dis est vrais, tu t’expose à un danger certain.
- Je sais, je sais. Mais cela fait près de sept ans que je réunis des informations sur cette foutue boite, et aujourd’hui, j’ai enfin quelque chose de concret. Je sais que l’Arche doit être protégé par de puissants maléfices, mais…
- Il n’y a pas que les protections magiques, Uther. Et si tu découvrais l’Arche ? Des savoirs magiques d’une puissance incomparable, permettant à un homme seul de mettre à genoux le plus puissant empire du monde antique ?


Uther resta silencieux. Il savait exactement à quoi pensait Miranda. Comme lui, elle n’avait jamais cru à la disparition définitive de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Comme lui, elle savait qu’il finirait tôt ou tard par refaire son apparition dans le monde magique.

- Il est parfois préférable que les savoirs perdu… le restent, murmura Miranda, dans un écho de la légendaire sagesse des Serdaigles.  

5 Septembre 1995 :


Uther lisait la Gazette d’un air dubitatif. Une très désagréable sensation commençait à voir le jour dans son ventre. Depuis que le Tournois des Trois Sorciers avait pris fin, l’été dernier, le doute s’insinuait en lui, pareil au plus insidieux des venins.

- Qu’est-ce que tu en pense ?

Uther ne répondit rien. A dire vrai, il ne savait que penser – ou plutôt, l’idée qui parasitait son esprit depuis quelques semaines lui était tout bonnement si insupportable qu’il préférait ne pas envisager qu’elle put être véridique. Son silence suffit à Miranda. Ils n’avaient pas besoins de mots pour se comprendre.

Depuis maintenant plus de trois mois, les questions affluaient dans son esprit : Pourquoi, après en avoir fait ses choux gras pendant près d’un an, la Gazette avait soudainement relégué le Tournois des Trois Sorciers à la dernière page, qui plus est pour l’annonce de la victoire du célèbre Harry Potter, sacré à seulement quatorze ans ? Pourquoi la mort d’un des champions lors de la dernière tâche avait-elle été tout bonnement passée sous silence ? Pourquoi le quotidien attaquait-il de façon si virulente le directeur de Poudlard et le jeune Potter ? Pourquoi chaque personne abondant dans le sens d’Albus Dumbledore ou d’Harry Potter se voyait systématiquement discrédité, calomnié, conspué publiquement ?

Uther bourra sa pipe avec des gestes saccadés, empressés, et fuma pensivement, en proie à cet infâme sentiment de désillusion, cette ultime trahison d’une liberté que les moldus eux-mêmes avaient depuis longtemps adoptés. Et les sorciers avaient l’audace de se croire supérieurs à eux… Foutaises !

- Le doute n’est plus permit, Miranda, dit Uther d’un air sombre.
- J’en étais arrivée à la même conclusion.
- Je n’ai pas vu la Gazette aussi violente depuis… Je ne crois même pas qu’elle l’ait déjà été. Sang de Troll ! Chaque sorcier est-il tenu de se soumettre à la ligne conductrice du Ministère ? Où donc, la liberté d’opinion ?


Uther savait bien de quoi il parlait. Deux jours plus tôt, il avait envoyé par hibou sa chronique hebdomadaire au siège de la Gazette. Dans ce texte, intitulé « Pourquoi ? », il avait soulevé de très nombreuses questions sur la position du Ministre vis-à-vis d’Albus Dumbledore, attaquant Fudge sur de nombreux terrains et prenant la défense du jeune Potter. Il avait dénoncé avec virulence la nomination de la sous-secrétaire d’état au poste de professeur à Poudlard.  Il avait souligné à de nombreuses reprises l’unanimité de la presse qui présentait les deux sorciers comme des agitateurs, et pointé du doigt le manque flagrant d’esprit critique de ces articles. Pour la première fois, sa chronique n’avait pas été publiée, et il avait, dans la foulée, reçu un hibou lui intimant à mots couverts l’ordre de ne plus prendre position contre le Ministère. Pire encore : Le directeur de la Gazette lui avait ordonné de réviser sa position et de rédiger une chronique rejoignant le point de vue de Fudge.

- Je ne peux pas continuer à écrire pour eux, cracha-t-il. Pas tant qu’on me dictera quoi dire dans mes articles.
- Tu penses à…
- Je vais démissionner. Je ne peux pas continuer à me voiler la face. Fudge contrôle le journal, et rien ne pourra y paraitre sans son approbation.


12 Novembre 1995 :


- Qu’est-ce que c’est que cette potion ?

Miranda avait presque crié. Elle fulminait en brandissant sous le nez d’Uther l’article qu’il avait rédigé quelques jours plus tôt.

- Dis-moi que c’est une blague, Uther ! Dis-moi que tu n’es pas sérieux !

Uther regarda son amie calmement.

- Ecoute Miranda, je sais que ça peut paraitre futile, mais…
- Le Chicaneur ! Le citrouille de Chicaneur ! Tu écris pour ce timbré de Lovegood, maintenant ? Sang de troll, Uther, tu es un chroniqueur et un essayiste renommé, pas un givré de première qui écrit pour un torchon délirant contenant plus de fantasmes improbables qu’un rêve de camé défoncé à la poudre de Livèche ! Tu es un journaliste, et…
- … et le Chicaneur est actuellement le seul magazine sur lequel Fudge n’a aucun contrôle. Réfléchit une seconde, Miranda ! Pourquoi le Chicaneur ? Quel peut-être mon avantage à écrire pour eux ?
- Je n’en sais foutrement rien, Uther ! C’est bien pour ça que je te pose la question. Pourquoi perds-tu ton temps à écrire dans un torchon que personne ne prend au sérieux ?
- Parce que, justement, personne ne le prend au sérieux. Ça a l’air dingue, mais ça ne l’est pas.
- Développe ?
- Tous le monde connait la réputation de revue pour cinglés que se trimballe le Chicaneur. Or, la plupart de ses lecteurs sont des sorciers lambda pour lesquels le magazine est simplement une occasion décomplexée de se marrer un bon coup.
- Jusque-là, je te suis.
- C’est là que réside tout l’intérêt d’écrire pour Lovegood. Puisque son magazine est considéré comme un journal bis enchainant les thèses conspirationnistes plus farfelues les unes que les autres, pourquoi le Ministère se donnerait-il la peine d’essayer d’en contrôler le contenu ?
- Je crois que je vois où tu veux en venir. Mais tu ne peux te voiler la face : personne n’accordera de crédit à un article paru dans Le Chicaneur, aussi vraisemblable puisse paraître son contenu.
- Je n’en suis pas si sûr.  Vois-tu, j’ai eu l’occasion de réaliser une petite enquête tout à fait officieuse, et il se trouve que bon nombre de lecteurs assidus de la Gazette se disent assez dubitatifs quant au changement de ton du journal, résolument pro-Fudge. Beaucoup ont percé à jour la censure du ministère et résilié leurs abonnements.
- Bien, mais cela ne change rien à l’affaire.
- Oh, crois-moi, ça change tout, au contraire. Un article sensé dans le chicaneur passe à peu près autant inaperçu qu’un dragon dans une cuisine. Personne ne pourra l’ignorer et, petit à petit, l’article fera son petit bonhomme de chemin. Tous ceux qui souhaitent consulter un point de vue divergeant de celui de la Gazette se tourneront alors vers la revue de Lovegood.
- Cela parait cohérent, oui. Mais j’ai de sérieux doutes que ce magazine puisse un jour devenir ce bastion de résistance que tu décris.
- Oh, même si la potion ne prend pas, les lecteurs auront quand même du grain à moudre à chaque édition. Et c’est tout ce qui compte. Mais crois-moi : un jour viendra où tous ceux recherchant les faits au-delà de la censure liront le Chicaneur.  



14 Janvier 1996:


Uther se servait fébrilement un énième verre d’hydromel en attendant avec plus d’impatience que jamais. Il ne cessait de jeter des regards en biais à l’âtre de sa cheminée depuis que cette dernière lui avait envoyé un petit morceau de parchemin roussi dans une gerbe de flammes verte. Ce parchemin était la lettre qu’il avait envoyée à Miranda le matin même en lui demandant de passer le voir dans la journée, précisant au passage l’urgence de cette requête. Au bas de la lettre, juste au-dessous de sa signature, Miranda avait griffonné quelques mots à la hâte.  

« J’arrive dès que possible »

La lettre avait dû être renvoyée depuis l’une des cheminées de la Gazette. Miranda n’avait jamais fait relier son âtre au réseau de cheminées. Quoi qu’il en soit, cette utilisation pour le moins inhabituelle de la Poudre de Cheminette avait assuré une entrevue assez prompte à Uther. Or, cela faisait désormais plus de trois heures qu’il attendait dans son salon, enchainant les verres et les cigarettes. Depuis quelques semaines, il ne se contentait plus de sa vieille pipe. Ses traits, d’ordinaire déjà tirés par la fatigue étaient à présent minés par l’angoisse et la tension. Si, d’habitude, ses interlocuteurs s’inquiétaient de lui voir un visage trop vieux de dix ans pour son âge, il ne faisait nul doute que son état actuel aurait laissé germer les plus sinistres des suppositions dans leurs esprits. On l‘aurait cru à l’article de la mort.
 
Enfin, une lumière verte éclaira la pièce et Uther se retourna pour voir Miranda émerger de sa cheminée en époussetant sa veste couverte de cendres.  

- Tu as une mine épouvantable, lui lança-t-elle en guise de salut.
- Tu n’as pas vu la tienne, lui rétorqua Uther.

En effet. D’ordinaire si belle et si pétillante de vie, Miranda était méconnaissable. Son teint pâle n’évoquait plus le sable chaud des plages, mais le marbre froid des sépultures. Le teint sombre autour de ses yeux n’était plus du au maquillage et ses cheveux roux avaient même semblés perdre de leur couleur, arborant une couleur ternie de nuances grises – à moins que ce ne soit la cendre qui en soit la cause.

- Alors, quelle était la raison urgente qui nécessitait que je passe te voir ?

Pour toute réponse, Uther lui lança l’exemplaire de la Gazette titrant « Evasion massive à Azkaban ». Miranda parcouru l’article des yeux un court instant avant d’observer Uther d’un œil noir.

- C’est pour ça que tu voulais absolument me voir, demanda-t-elle avec mauvaise humeur. Je te rappel que je travaille toujours pour la Gazette, au cas où tu l’aurais oublié.
- C’est justement pour ça que je voulais te voir, répondit Uther.

Miranda soupira, l’air abattu. Elle connaissait trop bien Uther pour ne pas savoir ce qu’il avait en tête.

- Toutes les informations sont verrouillées, admit-elle d’un air morose. Je suis spécialisée en art et artisanat Moldu. Tu te doutes bien qu’en conséquence, je n’ai pas eu accès aux consignes de publication que Fudge a pu donner pour cet article.
- Je le sais. Mais tu dois bien avoir pu saisir quelque chose, non ?

Tout en la questionnant, il servit un large verre d’hydromel qu’il envoya léviter vers Miranda. Celle-ci l’attrapa au vol et en bu une grande gorgée avant de répondre.

- Ecoute Uther, je suis épuisée. La quasi-totalité des effectifs a été transféré au bureau des réclamations pour répondre aux lecteurs, aujourd’hui. Je n’avais jamais vu ça ! Nous avons été inondés de courrier de sorciers nous demandant des précisions sur l’évasion. Très peu croient à la thèse du point de ralliement « Sirius Black ». Nous avons reçu plus de lettres d’insultes en une journée que lors de toute l’année précédente. Aujourd’hui, la crédibilité de la Gazette équivaut à peu près à celle du Chicaneur, sauf que nous, on ne fait rire personne.

Elle vida le reste de son verre d’un trait, et en demanda silencieusement un deuxième en levant son verre à l’intention d’Uther. Il s’exécuta, non sans remplir le sien au passage.

- Il est revenu, murmura-t-il.

Miranda ne répondit pas. Elle ne savait, à proprement parler, quoi dire. Et de toute façon, Uther se parlait plus à lui-même qu’à elle.

- Je crois que je le sais depuis le début. Je crois que j’ai tout simplement refusé de l’admettre. Par espoir ? Par lâcheté ? Qu’est-ce que ça peut bien faire désormais ? Les détraqueurs sont désormais au service de Tu-sais-qui, et ses plus fidèles partisans viennent de le rejoindre.

La sorcière garda le silence. Elle savait que pendant ses monologues, il ne servait à rien de répondre. Parfois, il restait silencieux de longues secondes durant, mais même là, il était inutile de dire quoi que ce soit. Elle avait appris à attendre qu’il s’adresse directement à elle.

- Bellatrix Lestrange en liberté… Rien de pire n’aurait pu arriver. Et puis quoi ? Les tueries vont reprendre, la Marque des Ténèbres répandra la terreur à travers le pays et notre génération connaitra le même fléau que celle qui nous a précédé. Il faut que tu arrêtes d’écrire pour la Gazette, Miranda.  

Il avait dit cela si soudainement que Miranda s’en trouva désarmée et mis quelques secondes à reprendre contenance.

- Je te demande pardon ?
- Quittes la Gazette, arrête d’écrire pour eux, démissionne ! Je te donnerais ce qu’il faut pour vivre.
- Tu as perdu l’esprit, Uther ? Il est hors de question que j’abandonne mon travail !
- Alors fais-moi plaisir et cesse d’écrire tous ces articles sur le monde moldu.
- Pourquoi ?
- Cela deviens dangereux, s’il te plait, fait ça pour moi.
- Non. En quoi mes articles…
- Le Seigneur des Ténèbres est de retour, et je ne crois pas que ses partisans apprécient ta façon de voir les moldus.
- Ce n’est pas parce que les Mangemorts n’aiment pas ce que j’écris que je dois cesser d’écrire ! Nom de Merlin, Uther ! Tu as toi-même quitté la Gazette pour fuir la censure, et aujourd’hui, je devrais me taire par crainte d’hypothétiques représailles qui ne viendront probablement jamais ?
- Mais aujourd’hui, c’est ta vie qui est en jeu ! Bon sang, écoutes-moi…
- Non ! Toi, écoutes ! Je ne cesserais pas d’écrire. Si Tu-sais-qui est bien revenu, crois-tu vraiment que lui et ses fidèles n’auront pas d’autres priorités que de s’en prendre à une journaliste ? Et quand bien même ces menaces seraient avérées, on aura besoins d’articles prenant la défense des moldus ! L’art contre la haine ! Tu t’en souviens, Uther ?


Il resta silencieux. Le poids de tous ces mois de doutes et d’angoisse l’avaient considérablement affaibli, et il ne se sentait plus la force de résister. De toute cette tension enfin libérée, des larmes commencèrent à perler le long de ses joues et sa voix se brisa :

- J’ai peur, Miranda. J’ai peur pour moi. Peur pour nous tous. Peur pour tout ce que nous tenions pour acquis. J’ai peur de voir le monde s’embraser une nouvelle fois, de voir les familles se déchirer, de voir des massacres perpétués aux quatre coins de l’Angleterre. J’ai peur de voir à nouveau la Marque flotter dans le ciel. Mais par-dessus-tout, j’ai peur de te perdre. C’est comme si j’avais… des ronces dans la gorge, qui poussaient en me déchirant lentement de l’intérieur.


12 Octobre 1996 :


Uther lisait la Gazette. Il avait, depuis peu, repris son poste de chroniqueur hebdomadaire du quotidien, bien qu’il continuât de temps à autres d’écrire quelques lignes pour le Chicaneur – qu’il avait pris en affection. Il lui semblait impossible de se détacher de l’état du monde à l’extérieure de sa maison. Chaque endroit à chaque instant pouvait voir l’achèvement d’une vie. Les Mangemorts se déchainaient.

Il se souvint de son grand-père, Andrew Lowe, qui lui racontait le « Blitz » de 1940. Londres, ciblé par des bombardements incessants. Chaque nuit, le feu assassin se déversait du ciel. Chaque nuit des dizaines, voire des centaines de vies anéanties dans un souffle ardent. Chaque nuit, les habitants de la grande métropole se réfugiaient sous terre, se protégeant du mieux qu’ils pouvaient dans les couloirs du métro. Chaque nuit pouvait être la dernière, et nul ne savait qui serait le prochain. Le destin des Londoniens dépendait du hasard. Uther n’avait pas bien compris, à l’époque, à quel point cette période avait dû être terrible et éprouvante. Aujourd’hui, il le savait.

Ce n’était pas tant la peur de mourir subitement qui était insupportable. En revanche, l’ombre de la mort planant au-dessus du pays pareil à un spectre frappant sans prévenir avant de s’évaporer silencieusement l’était. Son omniprésence avait quelque chose d’insoutenable. Qui allait disparaitre, ce soir ? Un ami ? Un parent ? Une famille entière ? Où la Marque des Ténèbres serait-elle aperçue ? Quel horrible forfait les Mages noirs allaient-ils accomplir ?

Alors même qu’il se morfondait dans ces pensées moroses, une petite chouette aux plumes beiges s’engouffra par la fenêtre ouverte et lâcha sur Uther un minuscule carré de papier. Uther s’en saisit pour constater qu’il s’agissait d’une photo, une photo qu’Uther connaissait bien. Une photo que Miranda conservait toujours dans son portefeuille.

Elle les représentait tous les deux, Miranda et Uther, des années auparavant. Les deux adolescents, dans leur uniforme de Poudlard, souriaient et s’étreignaient devant l’objectif, lui, agitant la main, elle, soufflant des baisers vers l’appareil.
Au dos de la photographie, quelques lettres avaient été inscrites avec précipitation à l’encre d’or :

« A toi pour toujours. Miranda. »

Uther resta interdit moins d’une seconde. Il observa la photographie sans comprendre. Puis, ce fut comme s’il tombait dans un abysse sans fin. Pris de vertiges, il sentit ses jambes fléchir sous son poids.

*Non. Pas ça. Tout, mais pas ça…*

Rassemblant ses dernières forces, il sortit en trombe de son appartement et transplana depuis le perron directement sur Victoria Road. A peine arrivé, il sut.

Voilà donc que ce qu’il avait le plus redouté ces derniers mois venait de s’imposer à lui dans une vision cauchemardesque. La Marque des Ténèbres flottait au-dessus de la petite maison de son amie. « Si la Marque des Ténèbres apparaît au-dessus d'une habitation ou de tout autre bâtiment, N'Y PÉNÉTREZ PAS et contactez immédiatement le Bureau des Aurors.». Le Ministère pouvait bien garder ses fichus brochures, car si les Mangemorts étaient encore ici, Miranda était en vie. Sans l’ombre d’une hésitation, il se précipita dans le jardin et sortit sa baguette de sa poche. Le cœur battant à tout rompre, il poussa la porte d’entrée, enfoncée et pendant sur ses gonds. Les ténèbres enveloppaient l’intérieur du cottage, aussi Uther s’avança avec précaution, tendant l’oreille, à l’affut du moindre signe de présence humaine. A peine cette pensée lui était venue à l’esprit qu’il murmura d’une voix tremblante :

- Hominum Revelio.

Rien. Il était seul. Miranda avait dû trouver un moyen de s’enfuir. Nul doute qu’elle s’était réfugié quelque part et qu’elle ne tarderait pas à lui envoyer un message lui signifiant que tout allait bien. Uther voulait partir. Il ne voulait pas savoir. Il s’apprêtait même à le faire quand un hululement plaintif retentit à l’étage. Redoutant ce qu’il allait y découvrir, Uther monta l’escalier, lentement. Chaque pas lui coûtait un immense effort. Chaque marche gravie exigeait un courage et une résolution sans faille. Le plus difficile des chemins à arpenter est celui dont on sait que la destination ne peut rien apporter d’autre que peine et souffrance. Uther poussa la porte du bureau pour s’effondrer aussitôt sur le sol en lâchant sa baguette.

Là, Miranda gisait sur le dos, les bras légèrement écartés du corps. L’une de ses mains tenait encore une plume à la pointe trempée d’encre dorée. Ses yeux ouverts fixaient quelque chose que nul ne pouvait voir, ses joues étaient noircies par de longues coulées de mascara, ses lèvres, légèrement ouvertes, lui donnait l’air d’être sur le point de parler. Mais elle ne parlerait plus. Jamais. Ni à personne. Ni à Uther. Elle l’avait laissé, seul, dans son chagrin. Elle était partie, et lui devait rester, prostré sur le sol froid, le visage enfoui dans ses mains. Il voulait faire quelque chose, n’importe quoi, lui parler, remettre ses cheveux en ordre avec soin, la nettoyer du maquillage qui lui souillait le visage, lui fermer la bouche et les yeux pour atténuer cette vision sinistre. Mais il en était incapable. Il s’était souvent vu représenter le deuil par un besoins de proximité, de contact physique avec l’être cher disparu. Mais la réalité était tout autre. Il lui était insupportable de la regarder. Il avait peur, peur de toucher son corps glacé et sans vie. Il avait peur de sentir la mort à travers elle.

Au-dessus d’un Uther secoué d’intarissables sanglots, la petite chouette aux plumes beiges était perchée, sur le battant de la porte, hululant son désespoir et son chagrin dans un chant déchirant.  

20 Octobre 1996:


Uther entrouvrit les paupières. Il avait cru apercevoir un éclat verdâtre illuminer la pièce. Peut-être était-ce ce qui l’avait réveillé. Ou peut-être était-ce l’un des délires de ses cauchemars. Comment le savoir ? Son regard trouble devrait mettre du temps à retrouver une vision nette. Il sentait ses yeux le brûler, et sa tête le faisait atrocement souffrir. Il lui semblait que son cerveau pulsait avec force pour sortir de sa boite crânienne. A peine avait-il formulé cette idée qu’une violente nausée le saisit et qu’il se retrouva secoué de haut-le-cœur, à rendre les restes de sa nouvelle nuit de beuverie par-dessus le bras de son sofa.

Cela faisait des jours qu’il n’avait pas quitté son foyer. Le soir où il avait découvert Miranda, à peine était-il rentré chez lui qu’il avait débouché une bouteille de whisky pur-feu et en avait consciencieusement avalé le contenu en moins d’une heure. Ainsi avait commencé sa routine infernale. Il passait son temps d’éveil à boire tout ce qui lui tombait sous la main, mangeant à peine, délirant dans son salon et propulsant les verres contre les murs avec force avant de tomber ivre-mort sur son sofa. Là, il hurlait dans son sommeil, se réveillait en maudissant d’invisibles silhouettes encapuchonnées l’entourant dans l’obscurité, et replongeait dans un sommeil agité de larmes et de gémissements.

Puis, le lendemain, il se levait, toujours ivre, s’ouvrait la plante des pieds sur les innombrables brisures de verre et tessons de bouteille éparpillés sur le sol, se contentait d’un bandage sommaire, avalait un repas composé aléatoirement de n’importe quelle denrée comestible, puis, se saoulait de nouveau.

Essuyant ses lèvres et chassant les immondices collées dans sa barbe du revers de sa manche, Uther se retourna sur le dos. Le gout acre qui lui restait dans la bouche était insupportable, et les relents acides de l’alcool remontant dans sa gorge l’étaient tout autant.

- Miranda pleurerait de honte, en te voyant dans cet état, dit une petite voix à son oreille.
- Miranda est morte, pauvre conne ! beugla Uther à l’attention de sa conscience qui, une fois de plus, profitait de son état d’ébriété avancé pour lui balancer une vérité qu’il n’avait pas envie d’entendre.

Uther sentit un claquement sec l’assourdir à moitié, en même temps qu’une douleur cuisante sur tout le côté gauche du visage. Il désaoula presque immédiatement sous l’effet de la surprise. C’était la première fois que sa conscience le giflait, et il n’avait aucune idée de la manière dont elle s’y était prise.

- Relèves-toi ou tu t’en mange une deuxième, prévint calmement la voix.

Même embrouillé par l’alcool, son esprit parvint à formuler une pensée lucide : cette voix n’était pas issue de son imagination. Il se redressa péniblement en position assise et ouvrit les yeux assez tôt pour voir une main fondre une seconde fois sur son côté. Cette deuxième gifle eut pour effet de le réveiller pour de bon. Uther rouvrit les yeux pour apercevoir la silhouette d’une jeune femme brune le regardant avec une sévérité teintée de tristesse.
 

- Bienvenu dans le monde réel, lui lança Astrid Shafiq. Alors ? Qu’est-ce que ça fait de revenir parmi les vivants ?
- Mal aux joues,
grommela Uther en saisissant machinalement une bouteille qui lui explosa dans les mains.
- N’y pense même pas, dit tranquillement Astrid en rangeant sa baguette magique.

Uther lança un regard offensé à son amie tout en égouttant ses mains trempées d’eau-de-vie.

- C’était ma dernière bouteille de gin, dit-il d’un ton grincheux. C’est quoi ton problème ?
- Je te retourne la question, espèce de crétin fini !
- Miranda… Miranda est…


Uther ne put finir sa phrase. En partit à cause du fait qu’il ne supportait pas de la dire à haute voix, mais surtout parce qu’Astrid le coupa d’une voix forte.

- Miranda est morte, oui. Je sais. C’est malheureux mais c’est comme ça. Perdre des proches, c’est dur. Mais ça, ça fait partit de la vie. Et après ? Tu vas rester prostré ici, à te saouler en criant que la vie est une garce ? Eh bien j’ai un scoop pour toi, journaliste à deux noises : la vie est une garce ! Une vieille harpie malfaisante qui prend plaisir à te faire morfler pour un oui ou pour un non.

En disant cela, Astrid avait réparé la bouteille qu’elle avait brisé une minute auparavant et l’avait remplie d’eau. Elle la tendit à Uther qui en bu de longues gorgées avec soulagement.

- Tu as déjà vécu ça.

Ce n’était pas une question. C’était une affirmation. Astrid laissa passer quelques longues secondes avant de répondre.

- J’ai déjà vécu ça.
- Qui ?


Astrid devint tout à coup très sombre. Uther connaissait ce regard, emplit de souffrance et de rancœur. Il avait l’impression d’avoir rouvert une plaie trop récemment cicatrisée dans le cœur de la jeune sorcière.

- Astrid, écoute… Laisse tomber, d’accord ? Tu n’as pas besoins de…
- Cédric.


Uther resta silencieux. Cédric ? Etait-ce par hasard de Cédric Diggory dont elle parlait ? C’était tout à fait probable. Après tout, ils étaient entrés à Poudlard la même année. Ils n’avaient jamais beaucoup parlé de leurs relations à Poudlard, ni elle ni lui. Il ne savait pas qui elle avait bien pu aimer durant ses années d’études, mais il lui sembla qu’elle venait de lui donner la réponse. Une réponse terrible. Cédric, le champion de Poufsouffle mort à l’issue du Tournois des Trois Sorciers. Il comprenait mieux à présent l’étrange comportement qu’Astrid avait affiché lors de sa visite, l’été suivant.

- Nous étions très proches. Plus proches que tu ne peux l’imaginer. Ou peut-être bien que si, après tout. Je l’aimais… Et il m’a été enlevé.

En disant cela, Astrid avait légèrement incliné la tête vers le sol, laissant une cascade de cheveux noirs lui masquer le visage. Uther, cependant, avait cru voir quelque chose briller dans ses yeux, sans pouvoir toutefois en être certain.
Un long silence s’installa entre eux. Pas un silence pesant, plein de tension. Un silence proche de celui accompagnant la méditation. Un silence salvateur ou chacun des deux laissait son esprit vagabonder vers le souvenir d’un proche disparu. Ce fut Uther qui brisa la sérénité de ce moment, quand la gorge le serra de nouveau, et qu’il sentit la brûlure des larmes sur ses joues.

- Qu’est-ce que ça fait mal, gémit-il.

Astrid lui répondit dans un murmure :

- Je sais.
- Est-ce que ça s’arrête un jour ?


Il pleurait. Il pleurait son chagrin, sa douleur, son incommensurable perte. Astrid leva les yeux vers lui et lui étreignit doucement le bras pour l’obliger à la regarder. Quand leurs regards se croisèrent, elle répondit :

- Non. Jamais.

Puis, elle le serra contre elle en ajoutant d’une voix douce :

- Mais on apprend à vivre avec.

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Et Lux In Tenebris Lucet
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L'art contre la haine

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