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[Juin 1996]... gagne une place ?

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MEMBRE DE LA BRIGADE DE POLICE MAGIQUE  Rafleur
    MEMBRE DE LA BRIGADE DE POLICE MAGIQUE
    Rafleur
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MessageSujet: [Juin 1996]... gagne une place ? Dim 25 Juin 2017 - 22:44

Dans un craquement sinistre, les trois hommes disparurent instantanément pour se retrouver sur les grandes marches du Ministère de la Magie. Lorsqu'il lui avait tendu la main afin de sceller leur accord, Sam ne s'attendait pas à un transplanage quasi-immédiat. Aussi prit-il quelques secondes pour retrouver l'équilibre et calmer les battements de son cœur. Ce moyen de transport était décidément insupportable. Le permis de transplaner n'était pas si aisé à obtenir mais Sam s'était bien débrouillé en septième année et l'avait décroché sans trop de problèmes.

Au mois de Juin le soleil traîne des pieds et la nuit peine à prendre sa place, aussi il faisait encore jour malgré l'heure avancée, seule une petite brise fraîche annonçait la venue prochaine de l'obscurité. D'instinct, le rafleur baissa le regard et releva le col de son manteau. Non pas que cela lui permettait de devenir totalement invisible -et pourtant il aurait payé cher pour obtenir pareil pouvoir-, mais cela renvoyait un message clair aux potentiels collègues : passez votre chemin, je suis occupé. Il jeta un regard à ses côtés pour s'assurer que Jalender avait correctement transplané ainsi que ce très sympathique monsieur Fox, avec qui il n'avait finalement pas beaucoup discuté.  Rassuré de voir qu'il ne manquait ni à l'un ni à l'autre un bras ou une jambe, Sam commença à réfléchir à un éventuel plan plus ou moins applicable.

Accepter cet accord si inhabituel et franchement dangereux pour les deux sorciers ainsi que pour sa propre carrière -si tant est qu'il en ait vraiment une- n'était pas dans ses habitudes. Cependant l'étrange individu qui depuis maintenant plusieurs heures s'acharnait à marcher sur ses plates bandes ne lui avait pas vraiment laissé le choix. La vie de monsieur Fox, leur cible, était en jeu et il était beaucoup plus rentable de ramener Fox vivant au ministère plutôt que le perdre et se lancer à l'aveugle dans un combat, sans connaître les véritables capacités du bonhomme. Sam avait également dans l'idée de découvrir l'identité de cet homme plein de surprises. Il avait assez rapidement accepté ce marché, voyant les quelques intérêts qu'il pourrait tirer de cette action délicate. Tout était allé très vite et Sam se doutait que quelques passages de leur nouvelle aventure en duo allaient être délicats.

« Reste près de moi, pas un mot. » grogna le rafleur à l'encontre de Jalender.

D'un coup de baguette magique il fit voleter le corps encore inconscient de Fox à ses côtés et grimpa deux à deux les imposantes marches du Ministère. Pour assurer un passage le moins remarquable possible, Sam gardait les yeux rivés sur le sol et faisait de grandes enjambés, sa corpulence d'ours aidant bien. Il jeta un regard à Jalender pour s'assurer que ce dernier jouait bien le jeu du « je n'existe pas » puis se dirigea vers les bureaux des rafleurs. Il n'y avait plus qu'à espérer que le gringalet qui lui collait aux chaussures n'ait pas son visage placardé sur les murs, comme les dizaines d'autres sorciers condamnés à être traqués et raflés.

« Dewey ! »

Dans un haut-le-coeur Sam se figea sur place. Tous les sens en éveil, il mit quelques secondes à localiser d'où provenait cette voix ainsi que la personne à qui elle appartenait. Et ça n'allait pas arranger leur affaires.
Un supérieur venait d'apparaître au milieu de la maigre foule qui grouillait dans le hall principal du Ministère et s'avançait vers lui d'un pas assuré. Il s'agissait de Monsieur Bronson, un homme qui avait rapidement gravit les échelons pour se terrer au fond d'un bureau pour ne voir personne. Ni Mangemort ni Résistant, Bronson se bornait à remplir les paperasses et aller serrer des mains. Sam ne l'appréciait pas vraiment à cause de son positionnement neutre qui transpirait la lâcheté, mais au moins avait-il l'avantage de ne pas causer de problèmes aux rafleurs.
En deux grandes enjambés Sam fut face à l'homme. Il avait fait un rapide geste de la main pour tenter de faire comprendre à Jalender qu'il devait camper sur ses positions et surtout, ne pas faire remarquer qu'il l'accompagnait.

« Dewey, répéta Bronson en levant la tête pour fixer le colosse dans les yeux, par Merlin ! Qu'est-ce qui flotte derrière vous ? »

Négligemment le rafleur tourna le regard vers monsieur Fox et reporta son attention sur Bronson. Il aurait pu se retourner brutalement, stupéfixer Jalender et recevoir le soutien de son supérieur qui lui faisait totalement confiance. Mais deux problèmes se posaient dans son esprit. Le premier était d'ordre purement technique et physique. Sam ne connaissait pas la valeur guerrière de son acolyte, mais connaissait bien celle pitoyable de son supérieur. Il se souvînt d'avoir assisté à quelques uns de  ses exploits qui franchement faisait honte à voir. Bref en termes d'affrontement, la balance ne pesait pas vraiment de son côté. Et c'était sans compter son deuxième problème, d'ordre plutôt moral.
Sam avait toujours mis un point d'honneur à respecter et faire respecter le principe d'honneur et de loyauté. Il ne pouvait nier que Jalender avait été un collègue de traque des plus efficaces, et ils s'étaient mis d'accord sur un marché. Sam avait donné sa parole. De plus il ne supporterait pas de voir Jalender prit au piège alors qu'il lui avait donné, certainement non sans mal, sa confiance.

Après une seconde d'hésitation, Sam poussa un soupir et fouilla dans la grande poche intérieur de sa veste. Il en tira un morceau de parchemin fripé et le tendit à Bronson.

« Monsieur Fox, recherche classée Urgente. Le patron m'a dit de faire au plus vite. » Dit-il simplement.

Bronson avait beau n'avoir aucun raison de craindre l'ours rafleur, il ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise devant le ton imposant et l'allure franche de Sam. Il tordit le cou pour jeter un œil au corps volant, puis fit un signe de la main avant de repartir dans l'autre sens en ajoutant :

« Bon travail Dewey, continuez comme ça ».

Il disparut dans l'ascenseur le plus proche. Sam ressentit une bouffée de colère en entendant cette félicitation. On aurait dit une maman félicitant son gamin d'avoir ramené une bonne note. Il ne supportait pas d'être traité comme une personne ayant besoin de reconnaissance, mais malheureusement c'était inévitable dans son métier. Après s'être assurée que l'homme était bien parti, Sam rejoignit Jalender.

« OK. Bon je dois amener Fox à mon chef pour les formalités. Il se tut quelques secondes avant d'enchaîner. Tu veux venir ou tu préfères m'attendre dans un coin ? Les archives, c'est par là ».

Il fit un signe de tête vers un long couloir qui semblait n'intéresser personne.

Quel étrange accord ils avaient passer là. Les deux hommes semblaient tout deux fonctionner par intérêt, et c'est finalement ce qui les avait rapproché et permis de travailler ensemble. Sam n'arrivait toujours pas à croire qu'il coopérait avec un homme dont il ne connaissait que le nom. La suite des événements s'annonçaient aussi périlleuse qu'étrange, et d'une certaine manière, ce n'était pas pour lui déplaire.

HJ : le titre c'est pas trop ça, je voulais trop faire une suite au titre du 1er RP J'ai essayé de pas trop brider tes futures actions, j'espère que ça ira !

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Lun 26 Juin 2017 - 16:05

Si Sam avait vacillé lors de l’atterrissage, n’ayant pas eu le temps de se préparer, pour Octave ce fut une toute autre histoire. Il ne s’était pas attendu à ce que le voyage se passe aussi mal et ne comprenait pas pourquoi. Peut-être parce qu’il était toujours perché sur le dos de Fox lors du transplanage, mais il eut un violent haut-le-cœur et, tandis que le fonctionnaire ministériel tentait de retrouver son équilibre, le consultant s’était plié en deux, prêt à vomir. Un bruit sourd d’éructions gronda dans sa gorge alors qu’il se tenait le ventre. Finalement, rien ne se passa et il se redressa, comme si de rien n’était, lâchant toutefois un discret « Pardon ». Il n’avait pas généralement l’estomac aussi fragile, mais bizarrement, ce voyage-ci s’était vraiment mal passé. Une crainte de l’inconscient qui ne voulait pas revenir au Ministère ? Après tout, cet endroit était involontairement relié à un bon nombre de mauvais souvenirs. Il n’était que très rarement venu ici pour une noble cause citoyenne. La plupart du temps, c’était soit pour régler les problèmes d’un client, soit les siens. Et à chaque fois il s’était senti opprimé, pas vraiment dans son bon droit, au sein de cette infernale machinerie démocratique. Le syndrome du coupable ? Celui qui avait les mains moites à la vue d’un policier, même s’il n’avait rien fait de répréhensible. Tout le ramenait finalement à ce jour où ce même ministère l’avait envoyé en détention provisoire pour trois mois, alors qu’il s’était avéré innocent. Du moins, innocent du crime qu’on lui avait imputé jadis. Depuis la première montée en force du Seigneur des Ténèbres, les juristes et gardiens de la paix prenaient peur à la moindre feuille qui tombait. A cette époque-là, parce que sa libération immédiate lui avait glissé entre les doigts comme du sable fin, il avait perdu confiance dans les rouages de la justice sorcière. Encore plus depuis que son travail lui avait fait découvrir la mécanique cachée derrière les rideaux. La présence de Sam, qui pouvait le vendre à tout moment, n’arrangeait en rien sa visite.

Les ombres du soleil striaient encore le ciel dans les environs, d’un dégradé allant du mauve au bleu marine et Octave y jeta un regard contemplatif, comme s’il profitait une dernière fois de la lumière. Ce qui pouvait s’avérer être vrai pour un certain temps. Il finirait peut-être encore en prison, encore pour trois mois, le temps que son avocat l’en sorte. A part cette sombre histoire qui s’était déroulée il y a de cela dix ans, le ministère n’avait pas grand-chose de pertinent à son sujet. Cela dit, ils allaient probablement profiter de cette histoire-là pour remettre l’autre sur le tapis et tout allait recommencer comme à l’époque. Pourquoi vous êtes là, qui êtes-vous ? Un ancien mangemort ? Vous êtes sûrs que vous n’êtes pas juif ? Octave aspira un grand coup, se redonna de l’aplomb et toisa en suite Sam d’un regard de braise, narquois à souhait et déterminé, sans la moindre once de peur pour venir ternir son extrême entrain. Le bœuf de compagnie avait relevé le col de son fin manteau, ressemblant à une sorte de détective des téléfilms des années soixante-dix. Octave était sous le charme. Il l’observa, un peu sceptique, un peu moqueur, alors qu’il était plongé dans une intense réflexion. Dernières vagues d’hésitation ? Idées pour comment au mieux le vendre ou passer inaperçu ? Une dernière fois, il semblait peser le pour et le contre avant de pénétrer dans l’enceinte du monstre, là où sa vie de fonctionnaire pouvait basculer à tout jamais si quelque chose se passait mal. Sam ne le savait probablement pas, ce qui était tant mieux parce que ça l’aurait rendu encore plus nerveux, mais en tant que tel, Octave ne craignait pas grand-chose. Alors que lui… ça équivalait bien l’acceptation d’un pot de vin, non ? Monsieur le juge, c’est Dewey qui m’a forcé la main, ce n’était pas mon intention à la base ! avait déclaré un Octave imaginaire, faisant des yeux de caniche tout juste sorti de la noyade à un parquet de jurés. Maintenant, la question véritable était de savoir pourquoi exactement Sam avait fini par accepter ce marché ? Craignait-il tant son patron ? Les rouages serrés du Ministère ? Ou quelque chose d’autre le guidait-il sur la voie du vice et du crime ?

« Reste près de moi, pas un mot. »

Tandis qu’Octave relevait un sourcil amusé, le corps de Fox en fit autant. Lévitant à quelques centimètres du sol, il suivit le jeteur du sortilège dans son ascension des marches sacrées du pouvoir magique. Il allait vite, le bougre ! Fallait-il donc être si pressé que cela ? Le consulta s’élança vivement à sa poursuite, trottinant gaiement sur l’escalier, prenant soin à garder un œil sur son acolyte, analysant faits et gestes dans la crainte d’y desceller quelques mouvements traitres à son égard. Mais il restait tranquille, manifestement déterminé à mener cette affaire à bon port. Octave avait envie d’interpeller Sam pour lui sommer de se calmer un peu, parce qu’à marcher aussi vite, ils pouvaient attirer quelques regards indésirables. La chose étant impossible pour des questions pratiques, le brun n’en fit rien et essaya tant bien que mal d’égaler le pas rapide de l’armoire qui se déplaçait bien vite pour une armoire. Armoire à propulsion nucléaire.

Avec cet empressement, Octave n’avait même pas eu le temps de penser à son rôle et poursuivait bêtement le corps flottant de Fox, maintenant presque enjoué d’être là, excité par l’aventure. Difficile de ne pas exister ! Ses yeux parcouraient avec un émerveillement égal de visiteur de musée les hautes arches en tuile noire et le parquet qui pavait le sol de l’atrium. Il n’y avait rien à dire, ça en jetait ! Sans parler des statues plaquées d’or qui illuminaient d’un éclat orangé, tirant vers le jaune, les murs du Ministère, y prêtant davantage de faste. Un seul regard dans sa direction de la part de Sam et Octave se ressaisit d’un coup. Justement à temps, car quelqu’un interpella son doux compagnon et Octave put mettre un nom de famille sur ce prénom. Sam Dewey, hein ? Ce dernier ne sembla pas très enchanté de se faire interrompre dans son sprint et se figea. Le consultant ne se laissa pas surprendre et, après avoir trouvé d’où provenait la voix, s’éloigna de quelques pas baladeurs du corps de Fox, se mêlant à la population. Il se mêla si bien à la foule que personne ne sembla lui prêter un quelconque intérêt. Finalement, il se retourna et fit mine de lire quelque chose sur un pan de mur, une feuille rappelant le règlement interne ou quelque chose de ce goût-là. A vrai dire, il n’en savait rien, tendant l’oreille pour entendre le contenu de leur conversation, mais avec le brouhaha qui régnait dans le couloir, c’était assez compliqué. Exaspéré, il souffla en jetant quelques rapides coups d’oeils en direction de Dewey et de ce qui semblait être son meilleur ami, essayant de savoir s’il fallait commencer à fuir maintenant ou pas.

« Bon travail Dewey, continuez comme ça. »

Oui, c’est bien Dewey, pensa narquoisement Octave, qui se félicitait de voir son bœuf préféré passer la première étape de leur relation de pseudo-confiance. Lorsqu’il se retourna pour voir où c’en était, il vit que Sam était plus renfrogné que jamais, alors que son supérieur disparaissait dans l’entrebâillement d’un ascenseur. Sans qu’il n’ait besoin de faire quoi que ce soit, la moutarde en grain le rejoignit et Octave perçut très clairement un tendon nerveux battre sur sa tempe, saillant comme la veine d’un drogué. Pure bœuf. N’aimait-il pas cet homme à ce point ? Où était-ce les félicitations qui l’avaient embêtées ? Pourtant, tout le monde cherchait la reconnaissance de son patron, non ? Chaque employé espérait qu’on le reconnaisse dans le lot de travailleurs oisifs. Un peu de gratitude de la part de cette infernale machine ! Même verbale ! Ah ! Pauvre Sammy, rien ne lui plaisait donc dans ce monde ? Si maussade et pourtant un brin joueur, finalement. Mais bon, peut-être était-ce une réaction due au stress d’être découvert ? Non… définitivement, ce n’était pas de la crainte, mais de la frustration. Octave sourit, toisant son comparse en biais, continuant à faire mine d’observer les écrits sur le mur d’un œil distrait.

« OK. Bon je dois amener Fox à mon chef pour les formalités. Tu veux venir ou tu préfères m'attendre dans un coin ? Les archives, c'est par là. »

Octave jeta un œil dans la direction indiquée, contemplant un profond couloir aux hautes colonnes où il n’y avait personne. Bien vite, il revint à Sam et lui sourit, puis entreprit d’imiter le maintien et les expressions du visage de Bronson, allant même jusqu’à mimer le ton de sa voix :

« Dewey, vous faites peut-être du bon travail, mais ne croyez pas que je vais vous lâcher comme ça ! »

Scanda-t-il. Puis, reprenant une expression qui lui ressemblait davantage, il rigola doucement, se moquant autant de l’ours aux lèvres pulpeuses que de son supérieur qui se comportait somme toute comme un supérieur peu concerné, mais désireux de participer pour faire bonne apparence. Jetant un coup d’œil autour d’eux pour être certain qu’ils ne se détachaient pas trop de la foule, Octave se repéra rapidement, ravivant quelques souvenirs enfouis profondément dans sa mémoire. Petit à petit, il replaçait les différents bureaux et secteurs de ce grand ministère dont il avait étudié le plan quelques fois par le passé, lorsqu’il ne connaissait pas très bien les environs. Labyrinthe de couloirs sombres, de portes closes, ou de celles qui s’ouvraient plusieurs fois en ne donnant jamais accès au même endroit. Sans parler de c*l-de-sac où il ne valait mieux pas s’aventurer, et encore moins s’y perdre. Comme toujours, sa mémoire eidétique l’aidait grandement. Plus concentré, moins moqueur, une fois que l’image résiduelle du dédale qu’était le ministère se fit un plus nette dans son cerveau, Octave s’adressa à Sam :

« Ca ne sert à rien que j’aille t’attendre dans les archives. Déjà parce qu’il faut avoir une autorisation pour accéder aux fiches qui y sont entreposées. Et d’autre part, ça risque de paraître louche, si je poirote ici tout seul pendant trop longtemps. Si c’était ton but, désolé, mais non. En plus, te laisser seul en tête à tête avec ton patron, même pour des formalités… tu en conviens, ce serait mal avisé de ma part. Je te suivrai où que tu ailles, mon cher. » Il avait dit cela d’un ton enjoué, mais quelque chose, une espèce de gravité camouflée dans sa voix, laissait à deviner qu’il était extrêmement sérieux et surtout prévoyant. Puis, il esquissa un sourire franc, mielleux comme seul lui savait les faire et leva les yeux vers Sam : « Qui sait quand j’aurais l’occasion de découvrir les locaux de la brigade de police magique ! Surtout en compagnie d’un guide comme toi. C’est comme visiter les coulisses du Bolchoï ! Inoubliable et excitant. D’autant que le département de la justice, je n’en ai vu que la scène depuis les loges de leurs cellules. »

Il faillait avoir une grimace, mais se retint de justesse, se maudissant déjà d’avoir parlé trop vite, emporté qu’il fut dans sa belle métaphore filée. Il valait mieux maintenant pour lui de faire comme si cet aveu ne valait pas grand-chose et ne voulait pas dire ce qu’il voulait dire. A savoir, qu’Octave en avait vu les entrailles en voyageant depuis diverses cellules d’isolement jusqu’aux salles d’interrogatoires. Il y était retourné après pour d’autres raisons moins compromettantes, mais n’en avait franchement pas vu plus que la première fois. Donc, il fit mine que rien ne le gênait, qu’il ne venait pas de cafouiller à l’instant à vouloir trop bien parler, et reprit :

« On y va, Sam Dewey, deuxième niveau, direction département de la justice. »

Sans attendre, il contourna l’armoire à turboréacteur et se dirigea à son tour vers les ascenseurs, tel le parfait homme avisé qu’il était et qui savait sans l’ombre d’un doute où il allait et pourquoi. Une fois dans la cage en fer, le corps de Fox prenant bien la moitié de l’espace, Octave, un peu à l'étroit avec Sam, appuya sur le bouton correspondant au niveau désiré et, tandis que l’appareillage se mettait en marche, il sembla réfléchir un moment. Maintenant ? Plus tard ? Jamais ? Bah, Sam allait de toute manière devoir l’annoncer dans l’allée des archives, et peut-être même que son patron lui poserait la question bien avant ? D’abord un brin réticent, il finit par se rendre à l’évidence et se tourna vers Sam, profitant de leur isolement pour déclarer sur un ton se voulant désinvolte, mais pesant du poids bien réel de la véracité :

« Si ton patron te demande, ou plus tard l’archiviste, tu lui diras que je m’appelle Octavius Holbrey. »

Aussitôt, il se détourna, regardant le mur et les étages défiler derrière les barreaux, un peu inquiet sur le pouvoir que ce nom pouvait représenter. Il se demanda un instant s’il ne l’avait pas donné un peu trop tôt, ne sachant jamais ce que Sam pouvait en faire. En fin de compte, Octave haussa des sourcils, se débarrassant de ce poids-là, se disant que peut-être le bœuf allait se sentir plus tranquille, plus à égalité avec celui dont il ne connaissait rien il y a encore peu et dont il pouvait maintenant déduire plein de choses. Souriant étrangement, il rajouta finalement, puisque la première fois ne comptait pas :

« Enchanté, Sam Dewey, je suis Octave Holbrey. »

Sans se l'avouer, ni le montrer à travers son ton éternellement enjoué et son air désinvolte, Octave commençait à être très légèrement nerveux à mesure qu'ils s'approchaient de leur but.

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Mer 5 Juil 2017 - 20:08

Après quoi court-on ? La gloire ? La fortune ? La jalousie ? L'amour même, pour certains poètes égarés. Les hommes et les femmes des quatre coins du globe n'ont de cesse de viser cet objectif personnel qui, selon eux, les rendra plus fort, plus beau, meilleur. Sam s'était longtemps posé cette question depuis qu'il avait quitté l'école de sorcellerie pour intégrer le Ministère de la Magie. En fait, il se la posait presque à chaque fois qu'il franchissait les lourdes portes imposantes du bâtiment. Il avait même observé ses collègues toujours hilares -mais bien moins maintenant-, ses supérieurs un peu complexés, les fugitifs capturés, menottes aux poignets … Après quoi courent tous ces gens ?
Cette question lui revînt brutalement en mémoire alors qu'il dévisageait Jalender, tentant de traverser sa peau, sa chair et pourquoi pas ses os pour deviner quelle obsession suicidaire l'avait poussé à entrer au Ministère de la Magie de la sorte. Sam connaissait le règlement sur le bout de doigts, d'une part à force de l'appliquer et le faire appliquer et d'autre part à cause de certaines directives qui avaient profondément bouleversé ses principes lors de l'avènement du Seigneur des Ténèbres. Le souvenir de ce morceau de parchemin d'au moins deux mètres, barbouillé de mots et de ratures tous plus effrayants les uns que les autres refît surface. Il se souvenait même de l'instant précis où il avait reçu ce règlement « avec application immédiate ». C'était au bureau des futurs rafleurs, l'heure du café n'avait pas encore sonné. Chacun lisait silencieusement ce papier, presque religieusement. Oui, ce qui l'avait le plus marqué, c'était ce silence. Car on peut s'offusquer d'une idée idiote, rire d'une phrase déplacée ou se moquer d'un directeur un peu stupide, mais face à ce qui apparaîtra bientôt comme le nouvel ordre juridique et législatif, aucune émotion ne peut transparaître. Le long silence de mort eut l'éloquence d'un déluge de paroles.

Et ce règlement stipulait clairement une chose qui hantait Sam depuis le transplanage : Jalender n'avait aucune autorisation pour se promener par ici et même s'il était accompagné d'un rafleur, cela ne pouvait pas empêcher un autre représentant des forces magiques de lui demander ses papiers. Peut-être était-il en ordre certes, mais c'était un contretemps que Sam souhaitait éviter le plus possible. Un peu comme l'intervention de cet abruti de Bronson, le rafleur souhaitait garder le contrôle total du bazar dans lequel il s'était empêtré en acceptant d'aider Jalender.
Et lui finalement, en se noyant jusqu'au cou dans une aventure risquée, près quoi courait-il, par le caleçon brûlant de Merlin ?

« Dewey, vous faites peut-être du bon travail, mais ne croyez pas que je vais vous lâcher comme ça ! »

Sam nota bien le sarcasme dans la voix de son comparse, et son imitation de Bronson acheva de lui faire monter la moutarde au nez. Seulement ce n'était pas le moment de céder à ses pulsions viriles. Il prit une profonde inspiration et observa les passants, espérant ne croiser aucun visage connu.
Jalender reprit la parole et lui présenta sa propre vision des choses, qui était parfaitement censée. Il était piégé comme une souris de laboratoire et n'avait comme seule moyen de se sortir de cette matrice tentaculaire qu'est le Ministère de se vouer à Sam. Et ce dernier, bien qu'ayant horreur de jouer les babysitters, avait accepté ce nouveau rôle. Pendant un instant le rafleur s'imagina une nouvelle fois capturer ce drôle de gringalet et lui faire cracher le morceau sur ses intentions. Et pourquoi ne le ferait-il pas ?
La dernière phrase de Jalender le fit tiquer et il récupéra le contact visuel avec lui. Les loges de leurs cellules ? Mais quand ?! Car oui, les choses risquaient d'être bien différentes selon quand Jalender avait fait connaissance de ces loges. Et pour sa situation, c'était également une toute autre histoire. Le petit bout d'homme, comme pour essayer de faire oublier à Sam ces derniers mots, le contourna et se dirigea vers les ascenseurs. Les jambes du rafleur se mirent en marche automatiquement alors que son cerveau bouillonnait de mille questions.

« Si ton patron te demande, ou plus tard l’archiviste, tu lui diras que je m’appelle Octavius Holbrey. »

Alors qu'il tentait de garder un calme professionnel pour affronter cette aventure qui lui plaisait de moins en moins, cette nouvelle information eut l'effet d'une véritable décharge électrique.

Les hommes ne sont pas obligés de courir après l'Avoir. Certains -certes de moins en moins de personnes- courent après l'Être, le Savoir-Être. Une sorte de philosophie de vie, qui rend la personne à la fois rêveuse et implacable. Sam était de ces hommes qui n'avaient jamais eu d'ambition professionnelle, mais il avait toujours défendu, non sans une certaine fierté, un genre d'idéal humain, bâti sur des principes et des valeurs humaines. Ouais, des grands mots pour pas grand chose peut-être, mais Sam tenait à cœur beaucoup de ces petits détails pouvant paraître anodin mais pouvait rendre un homme perdu tellement plus fort …

Il en oublia sa condition de sorcier, sa condition de rafleur et tous ces codes sociaux institutionnels. Alors que l'ascenseur disparaissait du regard des passants, Sam se retourna brutalement vers Octave et lui empoigna le col. Sa colère atteignit ses biceps et il souleva le jeune homme de quelques centimètres au-dessus du sol. Leurs nez se touchaient presque. Il prit quelques secondes pour réfléchir aux mots qu'il pourrait prononcer. Le regard bleu azur planté dans le vert émeraude de l'homme-mystère, Sam ne cillait pas. Il avait accepté de donner sa confiance à un homme qu'il connaissait à peine, sur un simple échange de bons procédés. Leur duo avait bien fonctionné, aussi le rafleur avait simplement souhaité mettre un point final honorable à leur étrange collaboration. Cette tromperie inversait la donne.
Aucun mot ne sortit de sa bouche et au bout d'une dizaine de secondes il déposa « Octave » au sol. Lentement il se détourna pour ne plus avoir l'homme dans son champ de vision.

« On met un terme à ce bordel et tu disparais. »

Tout au long du trajet -qui fut relativement court, bien que Sam ait les idées trop occupés pour songer au temps qui passe- plus un mot ne sortit de sa bouche. Il ne considéra ni cet Octave dégoulinant de prétention, ni le corps flottant de Fox. Plus qu'une seule volonté l'animait : en finirau plus vite.

L'ascenseur les déposa au cœur des bureaux des rafleurs, un lieu dont il pouvait donner une description spatiale à la chaise près. C'était une salle somme tout assez modeste, qui croulait sous les parchemins au bord des bureaux. Au vu de l'heure avancée, presque personne n'occupait les lieux. Le bureau de son chef était situé sur la gauche au fond de la salle. En quelques secondes il atteignit la porte et, sans jeter un seul regard à Octave, il frappa trois fois à la porte et entra sans attendre un réponse.

« Dewey ? » lança l'homme assis de l'autre côté du bureau, dissimulant tant bien que mal la surprise et la frayeur que lui avait procuré le surgissement d'un mammouth.

« Chef, Monsieur Fox est arrivé »

Sortant sa baguette magique, il fit un mouvement de poignet rageur et envoya le corps paralysé de « la cible » devant le bureau du chef, qui restait bouche bée. Sam n'était pas du genre à montrer ses émotions, et ce devait être l'une des premières fois qu'il voyait son rafleur dans un tel état. Sans dire un mot il se leva, inspecta monsieur Fox et hocha la tête.

« Parfait Dewey, on verra le reste plus tard. Votre récompense se trouve dans le premier tiroir de la commode, là-bas » termina-t-il en désignant un meuble non loin d'eux.

Sam récupéra le parchemin lui donnant droit à sa récompense, puis sortit du bureau sans même adresser un signe de politesse. Il s'assura que plus personne ne pouvait l'entendre, puis reporta son attention sur Octave. Le chef ne semblait pas avoir remarqué la présence d'un autre individu, l'ex-Jalender avait su tenir son maudit clapet fermé. « Et il ferait mieux de continuer, se dit Sam, ou je lui ferai manger sa langue ».

« On y va maintenant. »

Il se dirigea à nouveau vers l'ascenseur et pressa la commande d'appel. Après un long silence, Sam articula.

« Je ne sais pas ce qui te pousses à cacher ton identité et je m'en fous, mais après tout ça, ne t'avise pas de me redemander quoi que ce soit. Ça te coûtera plus que ton joli minois. »

Une chose était sûr, Octave courait après les ennuis.

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Jeu 6 Juil 2017 - 17:43

Discrètement, il parait son naturel. S’inventait sa légende pour avoir réponse à chaque question et raison à chaque mouvement. Ne pas avoir l’air perdu, ni débraillé, mais sagement à sa place avec un but à sa présence, comme tous ces autres fonctionnaires ministériels. Il suffisait d’être certain de son bon droit pour que personne n’ose vous poser de questions inappropriées telles que « mais qui êtes-vous ? Que faites-vous là ? ». Octave ne savait encore si c’était l’adage de la bienveillance ou de la méchanceté que de voler auprès d’une âme à l’apparence égarée, mais ceux qui bombaient leur torse en bouclier et semblaient regarder toujours au-delà de l’horizon ne venaient que rarement se faire interrompre. Il fallait avoir sa place, tout le mystère était là. Trouver sa place, même une place imaginaire, et s’y tenir. Parce que dès qu’on manifestait son égarement, c’était perçus comme les prémices du désordre. Et une fourmi qui osait ne pas suivre son cours se faisait tout de suite remarquer. On venait la remettre à la porte pour ne surtout pas déranger l’ordre visuel du travail acharné. Octave s’efforçait donc de se donner un air vaguement occupé, un peu préoccupé, mais pas trop. Après une si longue journée de travail on ne pouvait ni être enthousiaste, ni nerveux. C’était la fin de la journée, et donc la fatigue prévalait.

Octave était presque parvenu à atteindre le stade de grâce hébétée d’un fonctionnaire du vendredi soir, lorsqu’un mouvement brusque l’interrompit dans sa préparation méditative. Dans ces moments-là en particulier, il regrettait de ne pas faire deux mètres dix. Sa taille, somme toute moyenne pour la gente masculine, le mettait dans des situations peu agréables, comme celle-ci, où des gens plus baraqués que lui se permettaient de le chopper par la peau du cou pour le soulever au-dessus du sol, tel un vulgaire chaton ayant fait ses besoins au mauvais endroit. Il avait pris l’habitude au moins de ne pas perdre sa dignité. Le choc fut rude, mais la résistance était vaine et il le savait, surtout dans un espace aussi réduit. Alors il toisa simplement le visage rouge de Sam, ses yeux de requin ayant flairé du sang, et se contenta de demeurer calme comme il savait si bien le faire. Les poings du bœuf s’enfonçaient dans sa gorge tandis qu’il essayait de maintenir le frêle et léger Octave en lévitation. Suffoquant déjà un peu, le consultant n’en fit pourtant rien, voyant bien que le but de la manœuvre n’était pas sa mort, mais une menace bien réelle. S’il l’avait voulu, les larges paumes se seraient depuis longtemps enroulé autour de son cou pour une poigne bien plus efficace. Sam le regardait de front, la colère vacillant en voile électrique sur le blanc de ses yeux dont le rayon coloré se dilatait nerveusement. Impuissant car dominé fermement par les mains puissantes du rafleur, que ses poignets en comparaison fragiles ne pouvaient combattre, Octave se contenta d’un soupir résigné. Le souffle, laborieux, s’échappa de ses lèvres carmin et vint s’étendre sur l’arête du nez de Sam. Une petite chaleur alanguie sur sa peau tendre et tendue… L’armoire à glace semblait chercher quelque chose à dire, mais rien ne sortait et on n’entendait que le bruit ferreux de l’ascenseur et le souffle court du consultant qui commençait avoir du mal à garder sa dignité intacte. Finalement, légèrement abêtit, Octave fut posé au sol et tandis qu’il remettait son haut en place du revers de la main, l’échevelé s’empressa de lui faire dos.

« On met un terme à ce bordel et tu disparais. »


Oh ! Mais ne me dites pas qu’il était vexé ? Le consultant avait adressé des yeux écarquillés au large dos, un peu outré, un peu étonné, mais surtout extrêmement suspicieux. Il croyait quoi, la boursemolle ? Etait-ce donc la supercherie qui l’avait mis dans un état pareil ? Mais quelle susceptibilité ! Octave s’étonna surtout de constater en Sam un homme si attaché à la droiture, en toute circonstance. Enfin, toutes circonstances ?... Sourcils froncés, lui aussi sentait maintenant la colère lui monter au visage. Profitant de la bouderie de son comparse, alors que l’ascenseur s’ouvrait et qu’ils se mettaient en route, il lui lança dans un sifflement irrité :

« Oublie pas de bien courber l’échine devant la nouvelle autorité, rafleur de m*rde. Enfonce ton honnêteté dans ton c*l, juste à côté de la droiture que tu y as laissé en t’aplatissant devant ton supérieur tout à l’heure. »


On se croit honnête, on se croit noble, mais on oublie l’hypocrisie quotidienne. Et ce n’était pas parce qu’on était grand, fort et taciturne que ça faisait de nous quelqu’un d’inébranlable. Mais quel fourbe ! Il s’était attendu à quoi, hein ? A ce que Octave risque sa couverture alors qu’il n’avait personne dans son dos pour garantir sa sécurité ? Il était un indépendant, et donc un parfait hors la loi la plupart du temps. Pas qu’il fasse nécessairement quelque chose de répréhensible à chaque fois, mais il se situait en permanence sur le palier le plus bas, raison pour laquelle il lui fallait toujours être plus ingénieux et malin que les autres. Et puis, ils étaient enfin à égalité, non ? Sam avait montré sa volonté à bien vouloir mettre un pied dans l’illégalité et en échange, Octave s’était découvert. Mais non, le foutu chiabrena y avait vu une haute trahison, comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble et défleuri des minettes dans des chambres contiguës.

Du revers de la main, Octave chassa le malaise et arbora un air un peu nigaud sur le visage, un peu perdu, mais attaché à Sam, montrant ainsi à tous ceux qui se posaient la question, qu’il était avec lui et que le rafleur en était responsable. S’ils voulaient savoir pourquoi il était là, c’était à Sam qu’ils devaient s’adresser. La belle affaire. Le triplet s’avança jusqu’au bureau du supérieur tandis que le consultant découvrait du coin de l’œil l’antre de ce qui avait été son démon pendant un certain temps. Le département de la justice. Assez miteux, rien de clinquant ni de prestigieux, simplement de pauvres mecs qui faisaient un travail difficile et mal payé, comme d’habitude. Comme partout. A se demander où ses geôliers trouvaient leur zèle à chaque fois pour l’emmerder avec une telle application. De leur petit salaire et de leur patron ingrat, bien sûr.

« Dewey ?
- Chef, Monsieur Fox est arrivé. »

Le corps du concerné avait dépassé Octave, qui s’était arrêté à l’encadrement de la porte, jouant son rôle de mec invisible. Le chef en question semblait d’ailleurs bien plus préoccupé par son employé que par le corps ramené, ou même la présence d’un intrus anxieux. Le consultant observa la scène à couvert de l’encadrement de l’entrée, intrigué par cette dynamique ou le chef n’avait de chef que le nom, face à son robuste subordonné. Etat de fait qui parût le surprendre d’ailleurs.

« Parfait Dewey, on verra le reste plus tard. Votre récompense se trouve dans le premier tiroir de la commode, là-bas »

En tant que tel, Octave n’avait même plus à faire semblant, tant on accordait peu d’importance à sa présence. Il se redressa donc finalement, observant franchement les deux énergumènes, épaule appuyée contre le mur et les bras croisés. Sam alla fouiller dans le meuble désigné avant de quitter les lieux sans plus de ménagement. Mais quelle froideur, bon sang ! Quelle prestance ! Si elle impressionnait un peu au début, elle donnait à présent envie au consultant de ricaner doucement. On croyait que c’était une nature inébranlable qui lui donnait cette prestance rigide, mais en fait ce n’était qu’une façade de morosité destinée à ce qu’on lui foute la paix. Sous l’ordre donné, Octave suivit son armoire préférée, mais à laquelle il reprochait encore son comportement de rustre, ce qui le rendit un peu maussade. Tout faire en silence et se toiser en chien de faïence ? Pas de soucis. Ils pouvaient même se terrer dans le mutisme et ne plus se regarder, Octave n’en avait cure finalement, tant qu’il avait ce qu’il voulait. La bonne entente n’était qu’un agréable bonus. Soudain, le bœuf reprit, alors qu’ils étaient à nouveau dans l’ascenseur :

« Je ne sais pas ce qui te pousses à cacher ton identité et je m'en fous, mais après tout ça, ne t'avise pas de me redemander quoi que ce soit. Ça te coûtera plus que ton joli minois. »

A ses mots, Octave se retourna très lentement vers le rafleur, le regardant franchement avec une expression méfiante, un peu incrédule. Le voir encore énervé le rendait également énervé. Il avait du mal à croire que tout ceci était parti sur la dissimulation de son vrai prénom. Et ça, ça l’exaspérait encore plus. Mais quel mécréant !

« Pas de soucis, Dewey, je n’en avais pas l’intention de toute façon. » Il n’avait pas l’intention non plus de rajouter quoi que ce soit à cette conclusion, mais finit par exploser intérieurement. Seulement intérieurement. Un flot d’exclamation passait par sa tête jusqu’à ce qu’il se décide à se calmer avant de reprendre son propos d’une voix extrêmement calme, voir amorphe : « Tu sais ce que font les gens avec qui je travaille quand ils me rencontrent ? Ils cherchent mon nom. Octave Holbrey ? Voyons-voir, qu’y a-t-il d’exploitable dans sa vie ? Quelles sont les faiblesses que l’on peut utiliser en notre avantage ? Une femme à prendre en otage ? Des enfants à torturer ? Des proches avec des soucis qu’on peut faire chanter ? Des taxes impayées, un crédit sur une maison, les études des enfants. Un pot de vin reçu, un pot de vin donné, un jugement resté en suspens, une liberté conditionnelle éventuellement. Une fortune dans un paradis fiscal interdit par la loi, une infraction quelconque qui me ferait tout perdre. Une infidélité régulière, une maîtresse à côté, un secret quelconque… Peu importe. Tu es naïf, Dewey, si tu crois que je peux me permettre d’être honnête quant à mon identité. Je ne suis pas ton ami, je ne suis pas ton employé ni ton collègue, je ne te dois rien, et certainement pas des excuses pour avoir été prudent. Tu as le ministère derrière toi. Moi, je n’ai que moi-même et la parole que les gens veulent bien me garantir. Dis-toi que c’est rarement suffisant. » Octave jeta à Sam un regard blasé avant de conclure « Si tu t’en foutais, tu ne serais pas vexé jusqu’au trou de balle. »

Il avait parlé si lentement et avec une telle application que lorsqu’il mit le point final au récit, les portes de l’ascenseur s’étaient ouvertes, annonçant leur étage. Sans attendre que le rafleur daigne lui répondre, Octave s’échappa par la grille battante, se dirigeant d’un pas rapide à présent vers le couloir des archives. L’entrée était barrée par un bureau sordide et poussiéreux avec un homme sec le surplombant. Le consultant se planta justement devant. Il avait marché si vite qu’il était parvenu à semer l’armoire derrière soi.

« Holbrey, Octavius. On est venu ajouter et relever des informations dans son dossier.
- Département ?
- Justice.
- Autorisation.
- Je suis avec Sam Dewey, rafleur de la brigade magique.
- Autorisation.
Octave se retourna vers Sam et scanda :
- Dewey, autorisation. »

Il s’était retourné juste à temps, alors qu’une voix s’éleva dans son dos, en provenant des archives, et qu’il reconnut instantanément. « Hey, Dewey ! Qu’est-ce que tu fais là ? Et aussi tard ! C’est qui avec toi ? » avait déclaré la voix sans visage d’un ton vaguement enjoué. C’était un aurore, Octave en était certain. Lentement, comme s’il avait remarqué quelque chose d’intéressait à l’opposé, le consultant avait tourné la tête pour ne surtout pas dévoiler son visage à celui qui risquait de le reconnaitre. Il se souvenait très bien de cette voix. L’aurore était venu l’interroger à deux reprises il y a de ça presque dix ans, lorsqu’on le soupçonnait encore d’être un mangemort en cavale. A tort. Mais peu importait. Octave savait qu’il avait beaucoup changé depuis, et que sa mémoire phénoménale n’égalait pas celle de simples mortels, mais on ne savait jamais. Davantage encore que lorsqu’ils étaient à l’étage du département de la justice, Octave tenta de s’effacer, baissant la tête symboliquement pour faire état de sa soumission, croisant les bras et se faisant savamment passer pour quelqu’un qui n’aimait pas regarder quiconque dans les yeux. Alors plutôt que de faire dos à l’aurore, il se reprit et se mit de profil, penchant son visage jusqu’à être dans l’ombre de la lumière, offrant au monde un rictus qui le dévisageait suffisamment tout en lui donnant un air familièrement renfrogné. Surtout ne pas donner l’impression de fuir, mais plutôt de détester tout ce qui l’entourait. L’archiviste, quant à lui, attendait toujours la confirmation de la part de Dewey, sans prêter attention ni au changement de comportement d’Octave, ni à l’exubérance de l’aurore. Voilà encore une occasion pour faire preuve de loyauté, Dewey ! Dans un souffle, le brun adressa son nom d'emprunt complet au rafleur :

« Jalender O'Quinn. »

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Dim 23 Juil 2017 - 22:01

Sam n'en avait cure de ce que lui répondait ce Jalender nouvellement nommé. Blessé dans son orgueil et ô combien déçu par cet homme qui lui avait caché jusqu'à son identité, il refusait d'admettre que dans les dires de son coéquipier d'un soir, il y avait des choses vraies. Sam ne s'était jamais senti seul ou menacé dans son travail. Durant le temps qu'il leur fallu pour atteindre les archives, il se fit une rétrospective de ses dernières années au Ministère de la Magie.
En intégrant les services des forces de police, Sam avait trouvé un bon compromis entre ses attentes et le métier en lui-même. Mis à part le travail d'équipe qui était le mot d'ordre et le leitmotiv des chefs qui ne cessaient de le marteler, il s'était décidé à rester un long moment, persuadé que ce travail allait un peu moins le lasser que son ancien job, quelques bureaux plus loin, au département des accidents et catastrophes magiques. Ces deux années n'avaient pas été non plus catastrophiques, mais une pointe d'ambition l'avait poussé à démissionner pour chercher ailleurs. Par chance le département de la justice magique recrutait fortement à cette époque. Que de rebondissements depuis. Entre son ascension plutôt constante et intéressante dans les différents grades, son rôle de chef d'équipe lors du Tournoi des Trois Sorciers à Poudlard et les nombreuses missions « garde du corps » qui prouvait la confiance que ses supérieurs avaient placée lui, Sam n'avait rien à regretté. Bien entendu tout à basculé lorsque le Seigneur Noir avait imposé sa marque de fabrique au sein du Minsitère de la Magie.
Son arrivée s'est peut-être fait lentement ressentir parmi la population, mais n'importe quel fonctionnaire travaillant dans ce mastodonte que représente le Minsitère avait pu pressentir tout l'enjeu d'un tel changement de pouvoir. Les plus malins avaient démissionné, d'autres plus persévérants voulurent tenter d'empêcher le pire d'arriver, ou au moins de limiter les dégâts. Beaucoup ont abandonné et se sont enfuis ou ont fermé les yeux. Pour les plus chanceux. Tel une maladie incurable qui s'immisce dans les veines d'un homme, les forces du Mal ont pénétré tous les départements, ont liquidé -parfois au sens propre du terme- les sorciers butés et ont convaincu les plus indécis. Sam, comme beaucoup d'autres, avait choisi de courber l'échine. En parallèle la vie se faisait de plus en plus rude hors du Ministère et les emplois manquaient. Ce n'était pas le moment de jouer aux plus malins et dresser la bannière des combattants intrépides. Il avait un loyer à payer, un estomac à remplir.
Bien que l'ancien Poufsouffle ait choisi le silence plutôt que la lutte, la coopération -forcée- à la rébellion, son cœur restait plein d'espoir. Il s'en était longtemps voulu de ne pas faire parti de la résistance, l'instinct de survie s'était révélé trop imposant. A son humble niveau Sam essayait de limiter la casse : tandis que d'autres appréciaient ce pouvoir nouveau et se chargeaient sans problème de conscience d'exécuter les tâches les plus ingrates telles que la torture, Sam limitait ce genre de mission, ou tentait du mieux qu'il lui était possible de rester « soft ». Aucun chef ne lui en avait fait le reproche pour le moment. Qu'auraient-ils pu dire sans créer un conflit au seindes collègues finalement ? Le plus important pour chacun était de conserver sa tête sur les épaules et -ou la grande majorité- la famille saine et sauve. Clairement, le métier avait beaucoup changé.
Bien sûr que le métier avait changé, et Sam s'en voulait d'avoir basculé, sans le vouloir, du côté du Seigneur des Ténèbres. Il gardait cependant en lui cette flamme puissante qui l'avait toujours guidé, depuis son premier jour à Poudlard assis dans la Grande Salle à la table des jaune et noir jusqu'à aujourd'hui, sur le point de presque voler des documents au Ministère. Tout ce chemin parcouru, tout ce travail pour en arriver là, à accorder sa confiance à un homme menteur jusqu'au trognon, abusant de sa gentillesse en étalant son sarcasme avec grande passion.

Il lui sembla avoir atteint un point de non-retour dans sa situation. En entrant dans une grande colère à la suite des révélations d'Octave, Sam avait senti un éclair lui transpercer le corps. Cette situation ne pouvait plus continuer, or il se devait de rester à sa place pour éviter la mort. Si ce foutu Elu existait encore, il avait intérêt à être sacrément efficace et taper au bon endroit, au bon moment. La rafleur n'écoutait plus Octave, ses propos ne l'intéressaient plus. Une seule chose comptait : tenir sa promesse et dire adieu à ce tocard insupportable. Merlin sait pourtant qu'ils avaient effectué du beau travail en duo ! C'était rageant.

Sam suivi son complice -osons utiliser ce terme qui malheureusement à toute sa place ici- jusqu'aux archives. Lorsqu'on le lui demanda il sortit ses papiers attestant de son métier de rafleur et de son grade suffisant pour lui permettre d'entrer dans la salle des archives.

« Hey, Dewey ! Qu’est-ce que tu fais là ? Et aussi tard ! C’est qui avec toi ? »

Instinctivement Sam rangea ses accréditations dans la poche intérieure de son manteau et il leva les yeux avec un air étonné. Un homme sortait de la salle des archives et venait dans leur direction. Se redressant de tout son long, sa mémoire fit un rapide calcul pour mettre un nom sur le visage de cet homme, cependant aucun ne lui vînt en tête. Cependant son visage ne lui était pas inconnu, il l'avait vu dans un dossier, mais impossible de se souvenir lequel. Un début de conversation le mettrait vite sur la voie.

« Jalender O'Quinn. »

Une nouvelle bouffée de colère irradia sa poitrine : « Encore un mot de ce Botruc poilu et je lui couperai sa fichue langue » se dit-il intérieurement. Mais il avait mieux à faire à jouer les caïds, une nouvelle difficulté se posait à présent, et non des moindres. Après quelques secondes d'hésitations où il lui semblait que tous les regards étaient fixés sur lui, Sam inclina la tête et posa ses papiers sur le bureau de l'archiviste.

« Sam Dewey, ce sorcier est avec moi, ajouta-t-il en faisant un signe de tête en direction de Jalender/Octave avant se tourner les yeux vers l'homme qui sortait de la salle, j'ai des infos à vérifier à propos de monsieur Jenl.... comment c'est déjà, dit-il en regardant à nouveau Octave, ah oui, Jalender. Je préfère qu'il reste dans mon champ de vision, c'est plus sûr ».

« Jalender … hmm non ça ne me dit rien. Mais il est tard tu veux pas faire ça demain ? Remarque, les cellules sont toutes remplies. »

« Exact, renchérit Sam, essayant le plus possible d'aller dans son sens, même si rien ne me ferait plus plaisir que voir monsieur O'Quinn discuter avec nos prisonniers les plus doux. »

L'archiviste annonça qu'ils avaient la permission d'entrer dans la salle des archives, tout en demandant de faire le moins de bazar possible. Sam connaissait à peu près les quelques règles qui régissaient ces lieux : pas de nourriture, pas de liquide, ne sortir que les documents nécessaires et se référer à l'index et aux différentes classifications pour les trouver. Et surtout, interdiction formelle d'utiliser la magie.

« Mais il est tard c'est vrai, aussi je vais me dépêcher. J'espère que je pourrai dormir chez moi ce soir et non dans le bureau à surveiller le bonhomme ! »

Avec un sourire, l'homme s'écarta pour les laisser passer, non sans fixer longuement Octave. Pourvu que plus rien ne barre leur route à présent ! Une fois la lourde porte passée, Sam la referma et s'y adossa, fermant les yeux un petit moment. Après avoir pris une grande inspiration, il souffla lentement, pour ralentir les battements de son cœur et reprendre le contrôle.

« Bon, le plus dur est fait, j'espère que l'autre ne va se prendre l'envie de nous accompagner » murmura Sam, comme pour éviter de réveiller un quelconque spectre vivant entre les étagères.

Une immense salle se dressait devant, si immense qu'on en voyait pas le fond. D'immenses étagères se dressaient fièrement, toutes remplies de milliers, de millions d'ouvrages, parchemins et autres pile de paperasses. A leur droite, une étagère plus petite était adossée au mur, avec quelques tables basses et des chaises. Sam se dirigea vers cette étagère et sortit un manuel.

« Il s'agit de la classification utilisée pour le rangement des informations qui se trouvent dans les archives. Elle est entièrement détaillée et, normalement, suivie à la lettre par les employés. Il inclina le livre pour inviter Octave à le rejoindre pour le consulter. Tu sais où chercher j'espère ? »

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Mer 26 Juil 2017 - 16:48

La tension, ineffable, s’était installée dans son ventre comme une racine noueuse, allant jusqu’à crisper les traits de son visage, comme pétrifié et immobile. Lorsqu’ils étaient montés dans le bureau, il avait ressenti une angoisse bien moindre comparée à celle qui l’empoignait maintenant. La tournure avait revêtu d’un seul coup un caractère beaucoup trop personnel, alors qu’Octave se cachait à moitié pour ne pas se faire reconnaitre par une ancienne connaissance. S’il aurait été en mesure d’embobiner le responsable de Dewey, il se trouvait en revanche complètement impuissant face à l’Auror, qui ne manquerait pas de reconnaitre son visage, si ce n’est instantanément, au moins suffisamment pour que son image jette un trouble dans son esprit. Auquel cas Octave n’était absolument pas certain de pouvoir nier de manière convaincante, surtout si Dewey en profitait pour se retourner contre lui dans un moment de faiblesse consciencieuse. Dewey… il était la majeure source de son anxiété, mais pas pour les raisons que l’on pouvait supposer. Le fait qu’ils se soient si grossièrement disputés en plein milieu d’un crescendo qui n’en fatiguait pas de monter, n’avait en rien arrangé la confiance qu’Octave plaçait en cet homme. Ha ! Confiance. Confiance ? Non. Jusqu’à peu, il avait été certain de tenir Dewey par quelque chose qui était capable de le garder tranquille, l’empêchant de se rebeller. La peur de l’autorité, la honte de se faire surprendre en pleine activité illégale, le déshonneur de participer à un acte criminel au milieu du ministère, et simplement le désir de ne jamais dépasser aucune limite de la bienséance. En voilà quelque chose qui ferait du bruit, à coup sûr ! Avec la photo de Dewey dans tous les journaux, en grand et en première page ! Renfrogné parce que peu expressif, mais le rouge aux joues, humilié et débordant de regrets. Un rafleur a aidé un voleur à pénétrer dans le saint des saints ! Le nom d’Octave n’étant, bien évidemment, cité nulle part, mais celui de Dewey répété au moins quinze fois et imprimé en gras. Peu importe les truands, c’est leur métier que d’enfreindre la loi, mais un fonctionnaire du ministère ! Oh-mon-Dieu.

Mais à la lumière des derniers évènements, la sérénité toute relative d’Octave avait considérablement faibli quant à l’absence d’attributs masculins de Dewey. Il l’avait cru silencieux en gentiment neutre, comme la plupart de ses collègues, investis juste ce qu’il fallait dans leurs responsabilités, sans crise de conscience ni de zèle inutile. Et peut-être l’était-il dans le quotidien, parce qu’être combatif de temps en temps suffisait à rattraper les yeux fermés des jours habituels. Mais contrairement au Ministère, qui se contentait de le sodomiser dans son dos, Octave lui avait menti bien en face et ça, ça ! c’était véritablement inacceptable. Bon, passons les incohérences d’un tel raisonnement. Ca voulait maintenant dire que Sam se réveillait quand il sentait un affront personnel lui être imposé, ce qui faisait de lui l’être typique qui bouffait, sans en être nécessairement conscient, à tous les râteliers. Ce qui était vraiment mauvais, parce que cela voulait dire que cette exagérée dispute avait peut-être réveillé en lui quelques frustrations, lui prêtant suffisamment d’indignation pour se retourner contre l’ennemi nouvellement déclaré. Il lui avait pourtant serré la main. Bah, Octave crachait sur ces enlacements de nouilles molles ! Ca ne voulait jamais rien dire de toute façon. Dewey était un attentiste par excellence. Le genre de type qui s’offusquait facilement de ce qui était à ses pieds, en son pouvoir, mais préférait ne pas réagir à ce qu’il y avait au-dessus et qui demeurait hors d’atteinte pour des questions de hiérarchie. Un fonctionnaire parmi tant d’autres, discrète abeille au service de sa ruche, indépendamment de la reine qu’il devait servir, mais intransigeant avec ceux qui étaient au même niveau que lui, ou inférieurs.

Avec cette haine nouvellement découverte, Octave craignait sérieusement que Dewey ne décide de rejoindre les rangs de ses dirigeants pour, dans un ultime mouvement de désespoir, défendre de sombres principes d’obéissance aveugle et d’intégrité sociale. Une créature si volatile qu’on ne savait jamais ce qui allait être le plus fort : l’appel de la conscience ou celle du confort. Sans s’en rendre compte, le consultant s’était recroquevillé sur lui-même, sentant chaque seconde passer avec l’infinité que le temps pouvait revêtir dans l’attente. Alors que ses cheveux s’hérissaient, il se durcissait intérieurement, déterminé à entrainer Dewey avec lui dans les profondeurs d’Azkaban s’il le fallait. Néanmoins, ce dernier finit par présenter ses papiers au seigneur des archives.

« J'ai des infos à vérifier à propos de monsieur Jenl.... Comment c'est déjà… ah oui, Jalender. Je préfère qu'il reste dans mon champ de vision, c'est plus sûr. »

Octave avait perçu sur lui tous les regards jetés sans en connaitre la teneur, mais en les ressentant comme tant de coups de ciseaux essayant de défaire les coutures bien serrées de sa peau. Avec un soulagement encore fébrile, il félicita narquoisement le rafleur pour sa sage décision. Il n’était pas certain en revanche si le ton dédaigneux qu’avait emprunté Dewey fut le détail d’une mise en scène consciencieuse, ou la faille par laquelle il crachait son poison comme il le pouvait. Chaque mot sonnait avec un fond de vérité bien amère, tressé dans un dédain bien trop sarcastique pour être un mensonge. Et Sam n’était clairement pas un menteur aguerri et suffisamment expérimenté, ou même volontaire, pour doser si parfaitement toute cette avalanche de mépris, si soigneusement entretenue par tous ces défenseurs de la loi. Enfin, Octave ne pouvait pas leur en vouloir, les gens comme lui-même étaient la raison d’être de tous leurs problèmes, mais aussi de leur métier en soi. Au fond, le consultant n’avait cure des torts qu’on pouvait lui prêter, mais il avait la désagréable impression que Dewey parlait ainsi en profitant de la paralysie forcée dans laquelle se trouvait son comparse. Lui aurait-il dit ça en face ? Manifestement, non. Il profitait de son incapacité à riposter, lâchement. Ce fut néanmoins le genre de discours qui sembla plaire à l’Auror et c’était le principal.

« Mais il est tard c'est vrai, aussi je vais me dépêcher. J'espère que je pourrai dormir chez moi ce soir et non dans le bureau à surveiller le bonhomme ! »

L’archiviste leur avait donné le droit de passer, Sam avait quant à lui coupé court à la discussion ; il était temps de s’esquiver. Sentant encore l’attention de l’Auror l’envelopper, Octave tâcha de rester aussi proche de Dewey que possible, épousant presque son large dos de son souffle lourd, dans une tentative de cacher son visage. Comme tout coupable -ce qu’il était de toute façon-, il garda la tête basse, résigné et soumis, prêt à accepter son destin, quel qu’il fut. En présentant son profil, il prit soin de faire un mouvement vague de la tête pour ne pas laisser son relief caractéristique s’imprimer dans la rétine sensible de l’Auror. Ils semblèrent passer cette étape sans encombre, bien que la suspicion du fonctionnaire le contraigne à fixer les dos des deux complices un instant de plus. Octave ne s’était pas retourné pour vérifier, afin de ne pas avoir l’air d’attendre quelque chose. Sam semblait être inspiré par la même sensation d’insécurité, car la première chose qu’il fit fut de refermer la porte et de s’y adosser. Aussitôt qu’ils se retrouvèrent seuls, Octave se redressa et la sensation de soulagement physique qui l’envahit se trouva dans la continuité du poids déchargé de l’angoisse des regards. Il avait tellement l’habitude de se tenir droit qu’avoir le dos courbé était un fardeau, surtout quand c’était pour avoir l’air docile. Malgré cette étape franchie, il se sentait un peu amer. Il s’était retourné pour regarder le visage aux yeux clos du rafleur. Il n’avait pas espéré une amitié, ni quoi que ce soit dans le genre, mais il avait toujours mis un point d’honneur à essayer de faire en sorte que ses relations dans le travail se passent bien. Simplement parce que c’était plus agréable comme ça et que ça lui facilitait grandement la tâche. Manifestement, cet aspect-là était maintenant compromis. Octave haussa les épaules, soufflant de résignation, comme lorsqu’il fallait reconnaitre qu’on avait définitivement perdu ses clés, et qu’il était temps de changer de serrure. Sans réfléchir, il suivit Dewey jusqu’au registre qu’il lui présenta, en contemplant les pages d’un regard bovin.

« Il s'agit de la classification utilisée pour le rangement des informations qui se trouvent dans les archives. Elle est entièrement détaillée et, normalement, suivie à la lettre par les employés. Tu sais où chercher j'espère ? »

Il cligna des yeux en regardant les kilomètres de ligne serrées, écrites à la main et en petits caractères. Il ne parvint pas tout de suite à comprendre pourquoi ça ne l’intéressait pas, mais la mémoire lui revint avec la fulgurance d’une contre-plongée, remplaçant la vague sensation de déjà-vu par une forte conviction, légèrement acerbe. Le souvenir était loin d’être bon ; humiliant à souhait, émergence d’une époque où il s’était senti petit comme jamais, méprisé par ceux qui avaient le pouvoir alors qu’il n’en possédait aucun, complètement démuni et intimidé en permanence. Son caractère à l’époque ne l’avait pas aidé, c’était certain. Se détachant du registre, Octave souffla :

« Tu espères bien. »

Il se recula doucement et se dirigea d’un pas indolent vers le couloir principal de l’immense forêt de papiers. Pas besoin de registre, il savait où aller, il n’avait même pas besoin de chercher parce qu’à en juger ce que lui avait dit Dewey, le système de classification n’avait pas changé en l’espace de dix ans, malgré le coup d’Etat. Il se souvenait avoir parcouru au moins une cinquantaine de mètres avant de bifurquer. En avançant d’un pas mesuré, il tournait la tête à chaque allée pour voir s’il n’y avait personne dedans. Voué au silence par le mépris du rafleur, Octave atteignit enfin la rangée qui l’intéressait et qui ne se distinguait en rien de ses jumelles. Quelques indications étaient écrites quant aux sujets abordés par les étagères concernées, mais elles ne lui étaient pas vraiment utiles, tandis qu’il se fiait entièrement à sa mémoire. Il n’avait d’abord pas eu l’intention de se justifier, mais afin d’éviter toute question ou réflexion désobligeante, il finit par tourner son visage de trois-quarts pour mieux se faire entendre et expliqua :

« Les Aurors m’avaient emmené ici pour me montrer où mon dossier allait se trouver. Pas par courtoisie, mais pour illustrer que j’étais fiché à vie et que cette histoire me suivrait jusqu’à la fin de mes jours, soigneusement entreposée ici, immortalisée dans le papier avec mon nom. »

Le ton de sa voix était demeuré neutre, n’appelant pas à la pitié, ni au mécontentement ; il avait finalement dépassé cette colère et frustration depuis très longtemps. Il n’en voulait plus à personne, même pas aux techniques d’intimidation auxquelles avait eu recours le ministère à son égard pour le faire parler. A l’époque, menotté, on l’avait emmené ici. L’inspecteur en charge avait rempli son dossier devant ses yeux, courbant chaque lettre avec une application soigneuse, prenant son temps pour exacerber l’impatience de son jeune détenu.

« J’ai eu le droit à une visite guidée. Dans l’allée de droite sont recensées les attaques faites par des créatures magiques ; ça prend trois rangées. » Dit-il en s’engouffrant toujours plus profondément dans le large couloir, dont les étagères montaient jusqu’au plafond, pointant d’un doigt aveugle vers la droite, comme l’avait fait son accompagnateur à l’époque, avec la même veulerie paresseuse. Puis il pointa de l’autre côté. « A gauche, sur dix rangées, ce sont les enquêtes sur les différents mangemorts qui sont consignées. L’histoire de la première et la seconde guerre. J’imagine que vous n’avez encore rien purgé par ici. »

Il semblait un peu ailleurs, partagé entre la réalité et ses réminiscences. Enfin, Octave s’arrêta, se tourna vers l’étagère à sa droite et regarda en haut, à quelques mètres au-dessus de lui. Il fixait son propre dossier, qu’il percevait entre les pilles de papier et qui ne semblait pas avoir bougé d’un pouce en dix ans d’existence. Il y sourit, satisfait de savoir que son activité était demeurée inexistante aux yeux du Ministère et qu’il avait finalement plutôt bien fait son travail en nettoyant consciencieusement ses traces. Depuis cette histoire, quand il avait vingt-trois ans, il était demeuré quasiment invisible. Son sourire disparut d’un seul coup et il sortit sa baguette magique pour faire descendre la pile de papier jusqu’à ses mains. Tandis qu’elle lévitait doucement, il conclut :

« Et ici, c’est la rangée des dossiers concernant les mangemorts sur les enquêtes n’ayant pas abouti, ou ayant été classées par manque de preuve, ou dont l’innocence aura été prouvée en définitive. Ludo Verpy ne doit pas être très loin. »

Une pile cartonnée de quelques centaines de pages atterrit entre ses mains. Il la soupesa avant de glisser ses doigts entre pour en découvrir le contenu. La taille paraissait considérable, mais en réalité, s’était beaucoup de bruit pour rien. A l’époque, son avocat les avait enterrés sous des documents inutiles mais laborieux pour se venger de leur acharnement sur son client. Le ministère avait également de son côté fait des recherches sans grand intérêt, alors, comme bien souvent, il y avait plus de vent que de consistance réelle dans cette enquête. Surtout qu’elle fut basée davantage sur des suspicions que des faits. Octave parcourut quelques pages, par curiosité, hésitant sur ce qu’il devait retirer ou laisser. Puis, sans ménagement, il referma l’épais dossier et le coinça allègrement contre sa poitrine. Il valait mieux tout prendre. Quelque chose arrêta cependant son élan et il rouvrit le dossier, en extrayant quelques feuilles qu’il savait sans importance et, d’un coup de baguette magique, les fit léviter jusqu’à leur emplacement d’origine. Ce qui lui importait, ce n’était pas la suspicion qu’il ait pu être un mangemort, mais son séjour à Azkaban. Il jeta un regard à Dewey, scrutateur, et commenta narquoisement :

« Je ne vais pas non plus te faire falsifier le registre, hein, comme si rien n’était jamais arrivé. Autant que quelque chose subsiste. Rien de signifiant. » Il plissa en suite les yeux et toisa Sam, un sourcil circonspect relevé, les lèvres pincées « Ca a dû te coûter cher, ces affres de la conscience. Même si ça ne vaut rien, j’apprécie tes efforts et ta discrétisent. T'es pas curieux de savoir à quel diable tu viens de vendre ton âme ? Qu'est-ce qui aura nécessité tant de sacrifices moraux de ta part, mhhh ? » Il marqua une pause, mais sans attendre la réponse, enchaîna : « On retourne à l’entrée, faut vite fait vérifier sur table et à la lumière des bougies si je ne supprime rien de trop sensible. Moins il y a d’incohérences, mieux ce sera pour nous deux. »

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Dim 17 Sep 2017 - 21:39

La pièce dans laquelle se trouvait les deux hommes ne lui était pas indifférent. Sam connaissait que trop bien la passion dévorante de sa mère pour les livres, et même les œuvres de manière générale. Sans grand succès elle avait tenté de partager sa passion avec son plus jeune fils, mais ce dernier n'y avait jamais prêté grand intérêt. D'ailleurs en voyant les montagnes de parchemins qui s'étendaient à perte de vue dans cette immense salle sans aucune aération, il campait sur ses premières positions : lire, c'est chiant. Malgré cette appréciation, Sam n'avait jamais oublié avec quelle tendresse, appétence et sentiment sa mère lui racontait des histoires le soir, lui décrivait chaque tableau de grand maître ou lui partageait ses émotions à la suite d'une œuvre musicale. En l'écoutant parler, Sam ne cessait de lui poser des questions non pour enrichir ses connaissances, mais pour continuer à admirer ce visage éclatant de passion. Une seule question se posait alors : qu'était-il venu faire dans une telle famille, pétrie de culture. Personne n'en avait jamais connu la réponse, mais les retombés elles, s'était bien faites ressentir.

Le rafleur chassa ses sombres souvenirs qui lui tordait l'estomac malgré son travail de refoulement quotidien. Il observa Octave qui, d'un pas assuré, rejoignait un endroit bien précis dans la salle des Archives. Sam nota cette assurance. L'homme était déjà venu ici. Comme pour bien lui signifier qu'il n'irait nulle part sans lui, Sam lui emboîta le pas, restant à quelques mètres derrière seulement. Il prit également soin de se créer une carte rapide dans sa mémoire, histoire de pouvoir se repérer facilement entre les étagères.

Fronçant les sourcils, Sam écouta les explications d'Octave. Ainsi, ce dernier était déjà venu, avait déjà eu à faire à des Aurors et, pour couronner le tout, avait visiblement bien retenu les dires des représentants de l'ordre. Cet Octave n'était pas un simple malfrat, sinon les Aurors n'auraient pas à ce point insisté, et ils ne l'auraient pas forcément amené dans cette salle, pour lui faire comprendre que plus personne ne pouvait à présent l'ignorer. Sam n'était arrivé que très tard dans son service et, bien entendu, il avait pris soin d'éviter d'avoir à lire des tonnes d'informations qui ne feraient que lui embrouiller l'esprit. Afin d'être plus efficace bien sûr, c'était ce qui avait plu à son chef lors de l'entretien d'embauche.
Octave continuait à jouer un petit rôle de guide touristique mais Sam n'écoutait qu'un mot sur trois, occupé à se repérer dans l'espace et glaner quelques infos utiles sur le gaillard.
Il s'appelait Octave, lui avait caché son nom, était fiché mais avait le cran de venir jusque dans les entrailles du Ministère chercher un parchemin moisi. Ne parlons même pas du rôle du rafleur dans cette histoire, Sam n'avait pas encore réfléchi à des arguments valables. En tout cas, quoi que renferme ce parchemin, Octave y tenait, plus qu'à sa liberté. Il était impossible de nier son courage et sa détermination dans cette histoire, et finalement ce fut peut-être ce trait de caractère qui avait séduit le rafleur. Il avait tant de fois couru derrière des pleutres, ou fait équipe avec des mous-du-genoux. La lueur qui brillait dans le regard d'Octave était tout autre.

Une fois arrivés à destination, le gringalet se mit à trifouiller et chercher non sans une pointe d'excitation. Sam resta quant à lui en retrait, jetant des coups d’œils dans les différentes allées. Il était difficile d'avoir une notion du temps dans un tel lieu, aussi s'appliquait-il pour au moins savoir où ils se situaient par rapport à la sortie. Une immense salle, des parchemins jaunis par les années, une seule sortie, une odeur de renfermé, rappelant celui de la mort. Une seule sortie. Sam ne put s'empêcher de calculer les probabilités de fuite en cas d'incendie. Bien maigres. En entendant le tutoiement, Sam reporta son attention sur Octave en haussant les sourcils.

« Je ne vais pas non plus te faire falsifier le registre, hein, comme si rien n’était jamais arrivé. Autant que quelque chose subsiste. Rien de signifiant. » Il plissa en suite les yeux et toisa Sam, un sourcil circonspect relevé, les lèvres pincées « Ca a dû te coûter cher, ces affres de la conscience. Même si ça ne vaut rien, j’apprécie tes efforts et ta discrétisent. T'es pas curieux de savoir à quel diable tu viens de vendre ton âme ? Qu'est-ce qui aura nécessité tant de sacrifices moraux de ta part, mhhh ? » Il marqua une pause, mais sans attendre la réponse, enchaîna : « On retourne à l’entrée, faut vite fait vérifier sur table et à la lumière des bougies si je ne supprime rien de trop sensible. Moins il y a d’incohérences, mieux ce sera pour nous deux. »

Sacrifices moraux. Vendre son âme au Diable. Bien sûr que Sam n'avait cessé de chercher pourquoi il avait choisi de faire confiance en ce petit chétif qu'un coup de vent pourrait briser en deux. Ce visage narquois, insupportable, qui le fixait maintenant lui parut brutalement totalement inconnu. Alors qu'ils avaient fait équipe durant ces dernières heures, qu'ils avaient tout deux risqué vies et carrières dans cette folle entreprise, Sam n'avait jamais douté de leur engagement commun. Pourquoi ? Alors qu'Octave avait trouvé en Sam une aide providentielle pour atteindre son objectif, Sam n'avait, finalement, récupéré aucun intérêt personnel, d'importance égale, dans cette aventure. Qu'en déduire ? Qu'il était naïf ? Manipulable ? Con comme ses bottes ? Difficile à dire. Gêné par cette question qui pourtant brûlait sur toutes les lèvres, Sam opta pour la solution de laisser ses mots couler. Baissant les yeux, il croisa les bras, poussa un profond soupir, puis planta son regard acéré dans les yeux d'Octave.

« Des branleurs j'en vois tous les jours. Et je parle pas des hautes sphères, mais des petites mains, dont j'fais partie. Ça me change de voir quelqu'un qui se bouge pour obtenir un truc, et qui veut bien se salir les mains plutôt que laisser ça aux autres. »

Après un court silence, il reprit la parole en désignant le livre d'un signe de tête.

« Je pourrais te demander ce qu'il y a dedans, mais en fait honnêtement, je m'en fous. On vit dans un monde pourri jusqu'à la moelle, c'est la loi de la jungle qui prime. »

Une colère bouillante se mit à tourner dans son estomac, aussi le rafleur se détourna et fit quelques pas dans une allée. Il reprit la parole sans regarder Octave.

« Et quand je dis ça, je parle des deux camps. Y'a plus de bien ou mal, y'a que des gens qui se crèvent pour vivre. Allez,on dégage maintenant. »

Il prit les devants pour trouver la sortie. Arrivés au registre, il laissa Octave faire ce qu'il avait à faire sur le registre. Sam ne savait pas vraiment comment fonctionnait cet énorme pavé, aussi espérait-il que son collègue d'un soir n'en profiterait pas pour lui porter préjudice. Si cela arrivait, il saurait obtenir vengeance. Oui, le monde des sorciers était en proie à la loi de la jungle mais chacun pouvait choisir d'être proie ou prédateur. Le plus important était de savoir jongler entre les deux rôles.

Sam poussa la porte des Archives et jeta un coup d'oeil rapide sur l'archiviste de garde. Ce dernier, plongé dans la copie d'un parchemin rongé, ne semblait même pas les avoir remarqué. Sam passa devant lui d'un pas assuré, espérant qu'Octave le suivait de près. Une fois noyés dans la foule, le colosse se retourna vers le rachitique.

« A charge de revanche ? Tu sais où me trouver. »

Il lui tendit la main.

HS a écrit:

HS : à toi de voir si tu souhaites ajouter de l'action Pour ma part je peux finir la dessus, et on verra pour la suite du couple de la relation

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MessageSujet: Re: [Juin 1996]... gagne une place ? Ven 22 Sep 2017 - 21:08

Son esprit acéré s’était encore un peu moqué de l’armoire à glace à coup de symbolisme biblique, en réponse à l’âme de Sammy quémandant rédemption. Par méchanceté innée, mais surtout parce qu’il nourrissait une aversion à l’égard des états d’âme tardifs et des confusions irréfléchies. La morale était montée au nez du rafleur un peu trop tard, ou en tout cas pas assez tôt, dénotant une hésitation aiguë due à un manque de recul. Et ça, Octave ne l’appréciait pas. Par principe, et parce que c’était la fondamentale raison pour laquelle il ne pouvait se fier à personne. L’ignorance du but avait également fait paraître le risque pris démesuré, en contrepartie d’une fin incertaine. A ce sujet, il s’était depuis le début demandé pourquoi Sammy n’avait pas insisté sur davantage de précisions dès le départ. Il anticipait cependant d’en connaître la raison. L’entendement du rafleur avait pu, non pas se rebeller par manque d’équité, ou par opposition contre la violation des lois régissant le temps sacré qu’était sa routine et son espace personnel, mais par pur principe d’obédience envers l’Etat. Assujettissement aveugle devant ce qui était plus grand que lui, sans y prêter aucune croyance ni espérance. En son sens, c’était de l’agitation morale pour pas grand-chose. En pratique, peu lui importaient les raisons du revirement soudain de Dewey, mais en théorie, il lui était essentiel de se construire une opinion sur quiconque traversait sa route pour mieux l’appréhender. Il vivait dans un monde d’apparences, où il fallait être capital de percer jusqu’à la moelle tous ces fronts qui ne pensaient qu’à prendre avantage dans un jeu où il se devait d’être le plus perspicace. Tranquille d’abord, il s’attendait maintenant à ce que Dewey le trompe, sans savoir néanmoins pourquoi exactement. Etrangement, ce-dernier abandonna sa vanité au sol, à coup d’yeux baissés sur ses bras croisés. Pour peu, car il lui rentra dans le lard la minutes d’après, le lorgnant de ses yeux barbares, paraissant noirs, mais dont Octave avait fini par connaître la sombre couleur bleue, mouchetée d’une lointaine constellation d’argent.

« Des branleurs j'en vois tous les jours. Et je parle pas des hautes sphères, mais des petites mains, dont j'fais partie. Ça me change de voir quelqu'un qui se bouge pour obtenir un truc, et qui veut bien se salir les mains plutôt que laisser ça aux autres. »

Pris au dépourvu parce qui aurait pu ressembler à un compliment tordu sans les circonstances, Octave releva très légèrement les sourcils devant ce blasphème flatteur. Dewey avait l’air gêné et dur de celui qui venait de faire une galanterie au diable. Il lui laissait donc au moins cela : la détermination. Etait-il parvenu, à force de brassage, à l’emporter dans son siphon mirifique et sans fin de fanfaronnades énergiques ? Ca vous embrouillait, ce genre de choses !

« Je pourrais te demander ce qu'il y a dedans, mais en fait honnêtement, je m'en fous. On vit dans un monde pourri jusqu'à la moelle, c'est la loi de la jungle qui prime. Et quand je dis ça, je parle des deux camps. Y'a plus de bien ou mal, y'a que des gens qui se crèvent pour vivre. Allez, on dégage maintenant. »

Si jeune, et déjà si désabusé. L’on aurait bien fait la remarque, de savoir où se logeait tant de pessimisme, mais à regarder la grande carrure vallonnée du rafleur, il était clair qu’il y avait de la place à revendre pour le dégoût. Quelque part, cet homme était peut-être non pas opportuniste dans son désintéressement, mais empli des cadavres de ses désillusions. Octave finit par lui esquisser un sourire aussi malicieux que mystérieux, avant de continuer à feuilleter son dossier du bout des doigts. Quel attendrissant personnage. Derrière ses sourcils froncés, semblaient perpétuellement se battre les bonnes valeurs avec la rancœur envers un monde où ces qualités ne présentaient qu’un intérêt très limité. Il croyait presque voir un homme respectable baisser les bras, parce que la manière dont il aurait préféré mener sa vie ne le conduisait à rien de bon. Tu es quelqu’un de bien Sammy, mais ce n’est pas comme ça que ça marche ! Quelque part, la noblesse était glorifiée, mais se rencontrait si rarement qu’elle luttait seule, suscitant l’admiration distante, sans volontaires pour livrer bataille au nom de tout ce qui était vertueux. Encore un malheureux que la machinerie infernale avait badigeonné de son goudron nihiliste.

« Allez, on dégage maintenant. »

A vos ordres, chef. Octave récupéra la quasi-totalité de son dossier, n’y laissant que quelques feuilles sans grande importance à celui qui aurait un jour l’idée de le faire chanter, qu’il s’agisse d’une mauvaise graine malintentionnée, ou du ministère lui-même. Plus d’Azkaban, seulement une arrestation, et encore, sans réelle cause. Enième victime du zèle dont avait fait preuve le Ministère après la chute du Seigneur en Kimono. D’un coup de baguette, il fit rapetisser le tas de paperasse jusqu’à la taille d’un porte-clés, avant de le fourrer dans la poche de son jean. Ne rien laisser, ni faire disparaître par magie. La magie lui fut par ailleurs utile pour changer le nombre de pages le concernant qui était indiqué dans le registre. Rien d’étonnant, la manipulation était courante. Tout laisser en ordre était le nécessaire pour ne pas se faire remarquer.

Par reflexe, Octave prêta attention à leur sortie, mais Sam s’en occupait si bien qu’il n’avait plus qu’à regarder son dos tendu, se disant qu’il y avait quelque chose de rassurant à être derrière un mur pareil. Derrière, non pas devant. L’archiviste avait le rôle d’un entonnoir à l’envers, duquel il était facile de sortir, mais difficile de rentrer. Aussi ne leur accorda-t-il aucune considération. Bientôt la foule les submergea, vague de bruits et d’odeurs s’entrelaçant dans un agaçant ballet qui vous rappelait tumulte afféré d’une poussiéreuse fourmilière. Se sentant en relative sécurité, il lorgna les environs, prêt à s’effacer.

« A charge de revanche ? Tu sais où me trouver. »

Surpris, Octave observa la large paluche de Dewey comme si elle avait été une jolie plante qu’il fallait considérer plutôt que toucher. Il avait cru qu’ils se satisferaient de sobres adieux, pour contraster avec le tumulte de leur aventure. Sans parler qu’il fallait choyer les sentiments blessés du grand dadais. Mais Sam semblait être aussi de ceux qui, à défaut d’avoir vraiment apprécié l’expérience, préféraient se donner bonne conscience en faisant preuve de politesse, comme pour relativiser. Octave le regarda avec une fixité curieuse et luisante pendant un temps, n’offrant à la montagne de testostérone que sa tête baissée, le relief de ses longs cils recourbés et l’arc satanique de ses sourcils busqués. Il se saisit finalement de la poignée tendue, scellant la bonne volonté du rafleur par la sienne, un sourire suave aux lèvres. Il ne secoua pas leurs mains jointes, se contentant d’un enlacement vigoureux. Ce faisant, il releva son visage empreint d’une importance comique, le regardant de ses grands yeux d’un vert lumineux.

« Revanche ? Plaisir tu veux dire. La prochaine fois tu préfèreras m’embrasser, j’en suis sûr. » Octave laissa sa main glisser en ruban de soie entre les doigts du rafleur, abandonnant leur poigne, et ajouta d’un ton étrangement aimable : « En attendant, prends soin de toi Dewey. Ca ne va à personne de penser que le bien et le mal n’existent pas, parce que ça rend tout relatif en permettant de justifier n’importe quelle horreur. Penser que tout autour se réduit à des motivations de survie est définitivement la dernière chose à laquelle il faut se fier. Ne sois pas plus effrayé par l’existence du mal ultime, que par le fait qu’il puisse ne pas exister. Sinon ça voudrait aussi dire que tout ce qu’on fait de bien n’a aucune valeur autre que spéculative. Veux-tu vraiment vivre dans un monde où on survit et où personne n’est donc responsable de rien ? Si oui, c’est que dans ton univers, le Lord n’est pas si blâmable que ça alors. »

De son regard lustré et vigoureux, il couva Sammy d’une naïve et douce bienveillance, qui rendit l’éclat de ses yeux si fiévreux que leur vert en devint presque insoutenable. Et puis, d’un mouvement du menton, ce fut comme s’il se débarrassa d’un rôle. Son visage redevint voluptueusement condescendant, charmeur et indolent. Son attention balaya les alentours et, faisant quelques pas vers l’arrière, le consultant se dissout dans les aléas des travailleurs acharnés, emportant avec soi sa délivrance.

« Au revoir, Sammy, aurevoir... »


-Fin-

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