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[7 Novembre 1997] - Nocturnal Animal.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 360

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [7 Novembre 1997] - Nocturnal Animal. Sam 17 Juin 2017 - 20:29

Cette nuit, Octave s’était réveillé à deux heures et demie. Il était de ceux qui, parfois, se levaient six fois par nuit sans raison apparente à cela, compensant en suite l’insomnie par divers caprices. La plupart du temps, il se redressait pour lire le temps de retrouver le sommeil, se goinfrant en parallèle de dragées surprises, de chocoballes ou de caramels. Ses insomnies étant fréquentes, sa consommation nocturne en sucre était telle qu’il avait probablement du diabète, ce qui pourrait éventuellement expliquer son élimination excessive d’urine. Mais cette fois-ci, Octave avait besoin de quelque chose d’autre, de plus fastueux, conséquent, à la mesure de son caprice nuiteux. Le but en soi étant de retrouver le sommeil en définitive, il devait toutefois s’avouer qu’il y avait quelque chose de particulièrement appréciable dans les écarts qu’il faisait entre deux ronflettes. D’abord, il n’y avait personne. C’était la nuit. Rien ne bougeait et c’était le calme plat, en général. Le monde s’arrêtait presque de bouger. Même les oiseaux ne chantaient pas la nuit. Il n’y avait que la vieille pierre du château qui continuait à doucement siffler sous les coups de vents incessants du mois de Novembre. Octave se sentait étrangement plus libre. Peut-être parce qu’il n’était pas observé. Alors il s’autorisait la veulerie, sortant en peignoir pour arpenter les couloirs de l’école telle une vieille folle de village. D’autre part, la nourriture, l’alcool et le tabac avaient un goût différent lorsqu’ils étaient consommés à une heure peu habituelle. Il avait l’impression de céder à une pulsion ultra primitive qui ne se manifestait que sous la lune, et il n’y avait rien de plus satisfaisant que ça. En temps normal, il n’y avait qu’une quantité limitée de choses qui pouvaient renvoyer Octave à coup sûr dans les bras de Morphée. Une lecture bien lourde et un bol de sucre pour les cas les plus simples. Une clope ou un verre de quelque chose se situant au-dessus des trente degrés d’alcool, pour les insomnies un peu plus corsées. Dans les cas les plus critiques, il dévorait le contenu du frigo avant de tomber raide sur place, dans un coma d’obésité morbide. Et puis, il y avait l’ultime solution, celle qui marchait à tous les paliers : le sexe. De ce côté-là toutefois, c’était la traversée du désert. A supposer que le désert soit infini. Donc ce n'était même pas une option en soi.

Comme d’habitude, il s’était réveillé en sursaut, sans la moindre trace de cauchemar dans sa mémoire. Cette réalisation le plongeait dans une hébétude grossière l’espace de quelques instants, durant lesquels il ne parvenait pas à comprendre la raison de cet état de conscience soudain. Puis, comprenant qu’il fallait se changer les idées, retrouver son calme avant de pouvoir se rendormir, Octave avait tendu mécaniquement un bras vers sa table de chevet à la recherche du volumineux tome de Joyce, spécial insomnies. Mais en touchant la couverture, il comprit qu’il avait faim. Plusieurs envies le dévoraient en même temps et leur seul point commun était le sentiment d’insatiabilité. Il ne voulait rien ramener dans sa chambre, mais avoir tout à profusion. Il voulait l’excitation du choix infini. Alors, parce que son peignoir habituel n’était pas assez impressionnant pour égaler ses caprices, Octave s’était enveloppé tel un fantôme dans son drap de lit blanc. Puisque c’était une école et que l’alcool était un problème, il avait embarqué une bouteille parmi la douzaine qu’il planquait dans son tiroir à chaussettes. Il ne voulait pas que Cassidy sache qu’il avait autant de bouteilles à sa disposition, ni qu’elles étaient quasiment toutes entamées. Alors il les cachait consciencieusement, sans pour autant se rendre compte de la raison qui le poussait à dissimuler son geste. Depuis la soirée passée avec le Directeur dans le cimetière, quelque chose avait imperceptiblement flanché en lui et il tendait sa main vers un petit verre bien plus facilement. Dès que Cassidy partait en mission pour l’un ou l’autre mage noir, il se posait avec un livre. Et un verre de whisky. Ou de Gin. Bourbon, Tequila, Vodka… Il ne finissait jamais ivre, ni même près de l’être, mais sa consommation avait visiblement augmenté. En tout cas suffisamment pour qu’il s’en rende compte lui-même. Les clopes aussi y passaient. Certes, il ne fumait pas comme une locomotive à charbon, mais ses doigts commençaient à sentir le tabac. Il détestait ça, sentir le tabac, mais ce n’était certainement pas à deux heures du matin qu’il allait avoir l’esprit combatif. Non, il avait juste envie de satisfaire tout ce qu’il pouvait avant de retourner pioncer comme une pierre.

Octave, drapé de blanc, yeux bouffis, avait donc attrapé une bouteille Dewar’s et un paquet Chambord -marque de cigarillos- avant de s’en aller en titubant rejoindre le rez-de-chaussée. Rusard en personne lui avait montré comment accéder aux cuisines de Poudlard, après s’être laissé flatter par moult compliments concernant sa chatte. Mais encore mal réveillé et passablement aveugle, Octave avait chatouillé tour à tour au moins quatre fruits avant d’en arriver au bon. Heureusement qu’il n’y avait personne pour observer ce spectacle d’un jeune adulte à l’air éméché, enroulé dans un drap blanc comme la sainte Madone et en train de gratter le mur à des endroits différents sans que rien ne se passe. Finalement, la poignée apparut et il entra dans la très grande salle. Un feu de cheminée crépitait dans l’âtre et, même si ce n’était pas la première fois qu’il venait, un elfe de maison accourut à son encontre pour lui demander si Monsieur désirait quelque chose. Mais Monsieur ne voulait pas d’aide. Monsieur ne voulait jamais d’aide. D’ailleurs, il le répétait à chaque fois, mais les serviables créatures venaient le voir quand même, s’inquiétant de ses désirs et de ses volontés. Monsieur préférait se débrouiller tout seul. Il renvoyait l’elfe au lit avant de partir poser sa bouteille et son paquet de clopes sur la table la plus proche de la cheminée. Parfois au sol, juste devant, s’il y avait une chaise qui était disponible. Puis il allait examiner la nourriture qui restait, s’emparant de miches de pain et de charcuteries, se constituant tantôt un plateau bien garni, tantôt une poignée de cacahuètes suffisant à son bonheur. Ce coup-ci, c’était méga plateau maxi best off avec triple ration de gras pour agrémenter son taux de cholestérol, qui perdait sa concurrence face au diabète pour le moment. Jambon de parme, Bresaola, speck fumé, salami, lard de Colonnata… Que des trucs qu’il pouvait manger avec les doigts. Mais attention, c’était un rituel, il ne pouvait rien goûter sur place. Il fallait d’abord composer son assiette, puis aller s’assoir en tailleur sur le banc, remplir un verre de whisky, allumer un cigarillo et goûter un peu de tout en même temps. La saveur du tabac se mélangeait alors à celle de la nourriture, baignée par celle de l’alcool et tout était parfait.

Il se sentait chez soi. L’ambiance nocturne y contribuait grandement. Plus jeune déjà, il dormait mal et il n’y avait que la nuit qu’il pouvait avoir la paix. Il se sentait en sécurité et plus rien ne semblait avoir d’importance. Sa mère dormait et son grand-père aussi. Aucune bonne ni domestique n’était là pour le surveiller. Il pouvait être lui. Cette sensation-là était restée dans sa mémoire, s’association à la cuisine en plein milieu de la nuit. D’autres choses étaient venues par la suite s’y coupler avec l’âge adulte. Il fallait de l’alcool ; une certaine quantité variable. Parfois, une clope. La nourriture n’était pas obligatoire, mais c’était un retour direct vers de tendres souvenirs d’enfance où il parvenait à trouver refuge. L’image était toutefois discordante puisqu’entre avant et maintenant, le rituel n’avait plus aucun rapport. Le sandwich au beurre de cacahuètes nocturne s’était transformé en picole sous la lune. Mais au moins le sentiment était le même : tout ce qui l’entourait n’avait plus la moindre importance. Plus d’exigences stressantes, plus de mère autoritaire, pas d’attentes à honorer, plus de mangemorts, plus de dangers ni de double jeu. Plus d’amour. Plus rien. Le néant, chaud et sûr où tout devenait possible. Ou les débris autour de lui n’étaient plus des saletés ou des brisures des choses qu’il avait ratés, mais un isolant confortable. Là où aucune ficelle ne tirait dans aucune direction. La nuit, tout était mort et figé.

Il mangeait alors souvent lentement, pas tout à fait réveillé, ni endormi, se trouvant dans un état de flottement dont l’origine était incertaine. Etait-il absent parce que somnolent ou absorbé par le duvet agréable qui l’entourait ? Il buvait et fumait jusqu’à ne plus vraiment ressentir la brûlure de l’alcool et du tabac dans la gorge. Il aimait cet état de grâce artificiel qu’il semblait être capable d’atteindre qu’en ces instants spécifiques. Comme s’il fallait attendre l’alignement des planètes. La vie recélait une complexité qu’il sondait inlassablement. La profondeur de la pensée, sa richesse qu’il explorait presque maladivement. Mais là, surtout en buvant, seulement en buvant… il ne faisait qu’effleurer la surface, restant à l’extérieur de tout ça. Tout ce qui faisait qu’il était lui se blottissait dans un coin de son esprit et demeurait silencieux, tapis dans l’ombre. Parfois, il frottait ses yeux injectés de sang, visiblement fatigués et cernés de paupières aux lignes d’un rouge sombre, mais n’allait pas se coucher. Il regardait simplement la cheminée et continuait à gober ce qui lui passait sous la main, tant qu’il restait encore quelque chose à boire ou à manger. Il avait l’air vraiment vide, mais étrangement heureux. Un peu pathétique, parce que son repos n’avait rien de reluisant. Il n’était qu’un gars en sous-vêtements, à l’haleine avinée et les doigts gras de charcuterie, mais au moins il était parfaitement calme. Presque apaisé.

De trouble, son regard se fit soudain clair. Il sentait quelque chose à l’intérieur de son visage, une sensation familière. Clairement, sa cloison nasale semblait se dilater, quelqu’un semblait souffler dans ses vaisseaux sanguins comme dans des ballons d’anniversaire. Dès qu’il comprit ça, il sut que c’était trop tard. Baissant le regard vers sa poitrine, il vit du sang sur le drap dans lequel il s’était habillé. Quatre tâches d’un rouge sombre. Tout de suite, il amena la main qui tenait la cigarette à son visage et inspecta du bout des doigts sa lèvre supérieure. Elle était poisseuse. Il y avait plein de sang. C’était fascinant, tout ce sang alors qu’il ne ressentait aucune douleur… Il était de ceux qui saignaient du nez assez facilement. Il avait passé une bonne partie de son enfance en hémorragie à tel point que ce fut un miracle qu’il ait atteint l’âge adulte sans avoir besoin de potion de régénération sanguine. L’alcool, en tant que vasodilatateur, n’aidait pas. Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait. N’ayant aucun mouchoir à l’horizon, Octave remonta un pan de son drap pour le presser contre son visage sanguinolent. En temps normal, le saignement s’arrêtait assez vite, mais avec tout ce qu’il avait bu, il allait peut-être devoir cautériser la blessure lui-même avec le tisonnier de la cheminée. Avec une gestuelle hébétée, Octave tamponnait distraitement son visage alors que son nez continuait à saigner abondamment. A un moment, il s’arrêta et toisa son reflet difforme dans la bouteille de whisky. Il avait l’air assez affligé. Le sang avait taché sa barbe et la commissure de ses lèvres, ayant coulé jusqu’à son menton et était même descendu le long de sa gorge. On aurait dit qu’il venait d’avoir décapité un Doxy avec ses dents. Le drap, sous son menton, était imbibé de rouge. La bouteille, le rebord de la table ainsi qu’une partie du tissu blanc était constellé d’empreintes digitales sanglantes. Il avait trop la flemme de nettoyer. Au lieu de ça, le bibliothécaire tira sur son deuxième cigarillo de la nuit et souffla la fumée par son nez. L’irritation fut immédiate, la blessure devait être encore intacte, même si maintenant coagulée. Ce fut en ce moment précis que la porte de la cuisine couina, laissant entrer un autre animal nocturne...



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