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Andrée de Kerimel : moments de vie et anecdotes

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MessageSujet: Andrée de Kerimel : moments de vie et anecdotes Dim 4 Juin 2017 - 14:36

Apprendre à connaître Andrée de Kerimel
Moments de vie et anecdotes



Boîte à lettres
19 avril 1992 - "Un enfant a souvent autant de cervelle qu'un homme"


Dernière édition par Andrée de Kerimel le Mer 13 Sep 2017 - 17:42, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Andrée de Kerimel : moments de vie et anecdotes Dim 4 Juin 2017 - 14:41

Dans une boîte noire vernie, posée sur le bord d'un bureau au bois luxueux.
Sur le couvercle de la boîte, il y a des arabesques blanches, runiques, mystérieuses.
Souvent, une main en vient frôler le dessus, mais elle semble aussitôt se raviser et se retire dans un bruissement d'air.


Regrets inavoués,
attente inexplicable.



Lettre 1 - 2 septembre 1997 :
 



Dernière édition par Andrée de Kerimel le Mer 13 Sep 2017 - 17:41, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Andrée de Kerimel : moments de vie et anecdotes Mer 13 Sep 2017 - 17:34


19 avril 1992
 

Il y avait autour de la villa un grand jardin qui s’étendait à des centaines et des centaines de mètres autour de la propriété. Depuis qu’elle était en âge de marcher, c’est-à-dire quelques années à peine auparavant, Andrée l’avait toujours exploré avec enthousiasme et à chacune de ses expéditions son cerveau de petite fille se surprenait à découvrir de nouvelles cachettes et à y inventer de nouvelles aventures. Parfois c’était ce joli massif de fleurs parfaitement taillées qui servait de bosquet à mille créatures fantastiques ; évidemment, après son passage, il n’en restait plus grand-chose, mais leur vieille elfe de maison Sally se chargeait toujours de le remettre en état. D’autre fois elle s’aventurait au milieu des vieux arbres qui délimitaient le territoire tout au fond et alors ses escapades devenaient véritables combat de chaque instant contre les racines, contre les lianes et contre les troncs d’arbres. Plusieurs fois elle poussa même le vice s’aventurer au-delà des frontières définies par sa mère ; à chaque fois, par elle ne savait quel maléfice, Mme de Kerimel s’en rendait compte et Andrée passait les instants les plus douloureux qu’elle puisse imaginer – même si, bien entendu, son jeune esprit ne connaissait rien des réels tourments de la vie.
 
À la villa, chaque mois de l’année possédait son propre parfum. L’extérieur avait toujours été envahi de senteurs variées et cela serait toujours le cas. En été, c’était l’entêtante odeur des fleurs aux couleurs chatoyantes qui flottait dans l’air lourd des fins de journées. Les abeilles travailleuses bourdonnaient, les grenouilles de l’étang coassaient et les chenilles grimpaient paresseusement le long des troncs aux écorces rugueuses. En automne au contraire, c’étaient les douces effluves des feuilles qui tombent et se décomposent qui se faisaient sentir ; à elles s’ajoutaient parfois les relents de pluie mais c’étaient elle qu’Andrée préférait. Parce qu’alors il y avait des flaques, de l’eau, de la boue, et elle rentrait toujours toute crasseuse à la maison et même Sally s’en arrachait les cheveux. En hiver c’était quelque chose de plus discret ; la neige, sa fraîcheur extrême, son éclatante lumière, sa pureté incroyable – alors l’odeur musquée de l’écorce omniprésente en ressortait et on pouvait même, si l’on était attentif, percevoir la discrète fragrance musquée de la sève des quelques conifères qui dominaient le parc. Le printemps était lui synonyme de renouveau et si la fillette n’avait toujours pas bien compris en quoi ces branches nues à peine recouvertes de bourgeons délavés étaient poétiques, elle ne doutait pas d’y parvenir un jour.
 
Après tout, comme le disait sa maman, tout vient à point à qui sait attendre. La confiance brillait dans ses yeux sombres.
 
Pour l’heure, Émilie et ses parents venaient prendre le café et Andrée ne supportait plus de patienter. Sagement assise sur sa chaise, elle demeurait difficilement immobile et Sally pestait à chaque fois que sa hâte infantile se manifestait. L’elfe tenta une nouvelle fois de lui tresser les cheveux mais les mèches fines lui glissaient sans cesse entre ses doigts noueux. Elle soupira, recommença, et finalement abandonna tout à fait. « Madame ne va pas être contente », grommela-t-elle entre ses dents. « Sally devrait pouvoir réussir à tresser les cheveux de la jeune Maîtresse mais Sally n’y parvient pas. Que va dire Madame ? »
 
L’enfant l’observa avec curiosité dans le miroir de la coiffeuse. Aux lueurs des petites bougies qui flottaient un peu partout, elle semblait fatiguée et pourtant la détermination demeurait dans ses yeux globuleux. Sa peau parcheminée pendait par endroit. Ses oreilles, longues et ridées, étaient encore fièrement dressées des deux côtés de sa tête. Andrée avait souvent vu dans ses revues d’images de très vieux elfes poilus dont les oreilles n’avaient même pas suffisamment de force pour tenir droites. Il y en avait un, dans l’un de ses contes favoris, qui s’appelait Barnabé.
 
Elle lui offrit un sourire enjoué. « Je ne pense pas que Mère t’en voudra beaucoup pour ça », dit-elle. Elle se saisit d’un ruban bleu sur la coiffeuse et le lui tendit. « On n’a qu’à me les nouer en queue de cheval. Si elle te gronde je lui dirai que c’est moi qui ai voulu. » Sally la regarda, suspicieuse, mais consentit à se saisir du lien devant l’insistance de la fillette.
 
Quelques minutes plus tard Andrée dévalait les escaliers en courant. Sa mignonne petite robe s’envolait dans tous les sens et sa coiffure était déjà à moitié défaite. De la salle à manger, elle entendit des bribes de conversation étouffées. Parmi le mélange des voix elle reconnut celle d’Émilie, sa meilleure amie, celle avec qui elle avait l’habitude de faire les quatre cents coups. Leurs airs angéliques leur avaient épargné de nombreuses punitions à l’école et leurs parents ne toléraient sans doute leurs bêtises que par lassitude. Une fois, elles avaient même envoyé les chaussures d’un garçon de leur classe sur le toit d’une maison voisine à l’école – elles avaient fait croire avec un aplomb inquiétant que c’était leur camarade qui l’avait fait tout seul pour les impressionner. Le pauvre avait du, mortifié, aller lui-même récupérer son soulier.
 
Dans un bruit de frottement discret, Andrée ouvrit la lourde porte de la salle à manger. C’était une belle pièce, toute de moquette recouverte, avec des tableaux de natures mortes et de forêts accrochés sur les murs et une cheminée éteinte en face de l’entrée. Au-dessus trônait un gigantesque miroir aux dorures moulées et de nombreuses photos y étaient collées pêle-mêle. Tous les meubles de la pièce étaient imposants, construits dans des bois sombres et nobles, et l’omniprésence des plantes vertes donnait au tout des airs de paradis tropical. Assises autour de la grande table, quatre personnes prenaient déjà le thé. Il y avait sa maman, bien sûr, et celle d’Émilie aussi, mais il y avait également deux autres hommes qu’Andrée n’avait jamais vus. Tout au bout, son amie était installée le dos droit et l’air digne, comme on leur apprenait à le faire depuis toujours.
 
Sa mère leva la tête vers elle et un air de reproche lui passa sur le visage lorsqu’elle s’aperçut de l’état pitoyable de sa coiffure. « Andrée, ma chérie », l’accueillit-elle néanmoins. Elle se leva elle-même pour renouer son ruban autour de sa tête à la manière d’un bandeau. « Tu t’es fait attendre. Nous avons déjà commencé le thé, mais Émilie a tenu à te garder des gâteaux. » Émilie lui adressa un grand sourire et se retint tout juste de lui faire un signe de main quand elle intercepta le regard glacé de Mme Bonnemaison. C’était une grande femme sèche et austère et, à l’image de son mari, elle n’acceptait aucun travers de leur fille unique. Mme de Kerimel saisit sa fille par les épaules et l’amena jusqu’à la table. « Andrée, je te présente M. d’Alencourt, l’oncle d’Émilie. Voici également Mr Leigh, un Maître Potioniste britannique reconnu internationalement dans son domaine.
 
- Maître Potioniste suffira largement », fit Mr Leigh d’un ton courtois. Il s’en dégageait une impression étrange, un malaise informulé ou une attraction très puissante, comme s’il était doté de plusieurs personnalités. Un peu menaçante, un peu mystérieuse, incontestablement intrigante. Malgré cela, sa modestie ne semblait presque pas forcée. Il se tenait droit, le torse bombé et les épaules en arrière. Tout en lui clamait haute éducation et respect scrupuleux de son image en société. Même le petit sourire qu’il affichait, bien qu’humble et peut-être sincère, paressait calculé.
 
L’autre homme en revanche, l’oncle de son amie, l’effrayait beaucoup plus. Pourtant ses yeux clairs et ses cheveux blonds, son sourire flottant et ses gestes calmes, sa posture droite et ses habits de luxe, tout cela aurait du lui inspirer confiance, mais il y avait dans son expression quelque chose de figé et de sombre qu’Andrée n’était pas sûre de pouvoir apprécier. Quelque chose de dangereux, quelque chose de latent. De glacé et de figé. Autorité maîtrisée, mépris contenu. Mal-à-l’aise, la fillette détourna le regard.
 
Elle s’inclina en pliant les genoux comme on le lui avait si souvent appris. Elle balaya la salle du regard sans y trouver son père. « Pierre ne rentrera que ce soir », dit sa mère comme si elle avait lu dans ses pensées. « Il avait une réunion importante et ne pouvait pas assurer l’accueil de nos invités. » La fillette acquiesça vaguement. Sans un mot, elle prit place à côté d’Émilie, qui n’avait rien dit non plus depuis son arrivée. Comme à chaque fois qu’elles se retrouvaient toutes les deux en présence d’adultes, elles n’échangèrent pas un mot mais leurs regards parlaient pour elles : il leur tardait d’être autorisées à sortir de table.
 
Permission qui leur fut vite accordée puisque les sujets de conversation devenaient trop sérieux – peut-être trop confidentiels également – pour les deux enfants. Elles ne cherchèrent presque pas à dissimuler leur joie et sautèrent d’un mouvement leste de leurs chaises à dossiers hauts. Aussitôt dehors, elles se mirent d’un accord tacite à courir et ne s’arrêtèrent que lorsqu’elles eurent atteint un gigantesque saule pleureur. Il marquait l’une des limites du domaine et c’était l’un de leurs endroits préférés dans le parc du Manoir. Sous ses frondaisons, on avait installé un complexe de balançoires et de cordes à nœuds. D’aussi loin qu’Andrée se souvienne, il avait toujours été là. Au fil des années, il était devenu l’un de ses endroits favoris, qu’elle soit triste, heureuse ou simplement rêveuse. Elle l’appelait affectueusement le Grand Saule, ou moins pompeusement le Saule.
 
Évidemment, elle ne connaissait rien du racisme à peine voilé qui existait envers les Moldus en Grande-Bretagne. Si elle avait su, elle aurait béni tous les dieux qu’elle avait appris à l’école primaire d’habiter en France. Fidèle à la devise du pays, l’égalité était quelque chose de scrupuleusement respectée même à l’égard de la communauté non sorcière. Ainsi, il était très fréquent de trouver ce genre de jeu moldu dans les jardins d’habitations magiques – du moins, beaucoup de ces familles qu’Andrée avait rencontrées en possédaient.
 
Émilie prit place sur l’une des balançoires tandis qu’elle-même s’installait en tailleur à même le sol. La terre, battue par les passages, était douce et agréable. « Je suis contente qu’ils nous aient enfin laissés partir », souffla Émilie d’un ton de connivence. « Leurs réunions à deux Noises m’ennuient toujours tellement... » Andrée l’observa curieusement. Elle se plaignait rarement, et quand elle le faisait elle avait toujours d’excellentes raisons. La fillette leva les yeux vers l’entrelacs de branches du Saule et répondit à la question muette de son amie. « Mon oncle habite à la maison depuis quelques jours. Des affaires en Bretagne, je crois, et il supporte mal les voyages en cheminette ou de transplaner. C’est un douillet…
 
- C’est un capricieux, surtout. » Andrée n’avait jamais eu la langue dans sa poche. « Il est méchant ?
 
- Pas vraiment », dit Émilie. Pour elle, rien n’était noir ni blanc. C’était un concept qu’Andrée parvenait difficilement à saisir mais elle savait qu’il y avait des nuances partout et que chacun possédait en lui une part de Bien et une part de Mal. Sans doute que l’éducation catholique qu’elle avait reçue l’aidait beaucoup à penser ainsi, mais c’était surtout sa nourrice qui lui avait appris ces notions-là lorsqu’elle était toute petite. « Disons qu’il est très froid et qu’il n’apporte pas beaucoup de joie à la maison. Papa est très pris par le travail et il est rarement à la maison. Maman et mon oncle… et bien, ils s’entendent sans aucun doute, mais ils ne parlent pas beaucoup. »
 
Andrée acquiesça sans rien dire. Elle savait que ses jugements étaient souvent hâtifs et toujours trop innocents. Elle avait saisi depuis longtemps qu’une enfant de six ans ne pouvait pas tout savoir et surtout, ne pouvait pas tout comprendre.
 
Distraitement, elle dessina des formes abstraites dans le sol poudreux. L’image des adultes lui revint en mémoire. Guindés, polis, impersonnels – elle détestait définitivement le monde des grands. Elle doutait qu’aucun d’eux ne puisse se confier à leurs amis comme elle-même le faisait avec Émilie. D’un côté, elle trouvait ça assez triste. D’un autre, elle ne pouvait pas s’empêchait de se dire que c’était le prix à payer pour réussir dans la vie. Il fallait se contrôler en permanence pour leurrer ses ennemis – c’était ce que son père lui répétait depuis très tôt. « Toi, tu as encore un peu de temps », qu’il disait. « Mais entraîne-toi dès à présent. Un jour viendra où tu hériteras de responsabilités, d’un nom et d’une grande famille, et là tu n’auras plus le droit à l’erreur. » Sagement, elle acquiesçait, subjuguée par le charisme de ses yeux bleus et le ton incroyablement doux qu’il prenait pour lui expliquer les choses de la vie.
 
« Tu penses qu’ils parlent de quoi ? », demanda-t-elle, rêveuse. Dans son esprit défila une succession d’images merveilleuses de duels de magie, de lieux fantastiques et de créatures féroces. « Peut-être qu’ils se racontent leurs dernières aventures avec leurs mots coincés. Ou alors ils réfléchissent sur le meilleur moyen de dominer le monde, ou sur la découverte extraordinaire que l’un d’eux aurait faite récemment, ou-
 
- Tu lis trop d’histoires de fées, Andrée », se moqua gentiment Émilie. Une moue boudeuse étira aussitôt les lèvres de son amie. « À mon avis, ils discutent juste de trucs bizarres qu’on peut pas comprendre.
 
- Moi je pense que ça doit être très intéressant. Je suis sûre que le monsieur anglais n’est pas là pour rien. » Elle l’affirma avec une telle conviction qu’Émilie ne put que la croire et bientôt, elles furent debout, collées l’une à l’autre, en train d’échafauder leur mission commando. Elles décidèrent ensemble qu’il valait mieux pour elles de se déguiser afin qu’elles ne se fassent pas repérer – c’était même, en y réfléchissant beaucoup plus, complètement nécessaire. Elles s’enroulèrent autour des branchages du Saule qui étaient tombés par terre, se glissèrent quelques feuilles des arbres alentour dans les cheveux et s’étalèrent de la boue plein le visage. Rapidement, elles furent sales et méconnaissables – même si, il ne fallait pas se leurrer, elles étaient toujours aussi repérables. La robe d’Andrée s’était même déchirée sur l’un des côtés et Émilie avait troué son collant au niveau du genou.
 
Toutes à leur euphorie, elles n’y prêtèrent pas attention. Il était quand même beaucoup plus important de découvrir les secrets extraordinaires que les adultes voulaient leur dissimuler. Elles s’étaient tant et si bien persuadées qu’elles n’avaient désormais plus aucun doute sur la nature de leur conversation : elle recelait de mystères incroyables. Peut-être débattaient-ils de formules magiques extrêmement puissantes, ou de créatures oubliées dont les pouvoirs étaient encore inconnus, ou encore de trésors dissimulés au fin fond des entrailles de la terre, ou même peut-être – elles échangèrent un regard suspicieux à l’évocation de cette possibilité – du destin de leurs progénitures en tant que sorcières toutes puissantes. Leurs yeux brillèrent d’excitation. Elles se faufilèrent tant bien que mal près de la baie vitrée ouvertes et se dépêchèrent de se cacher derrière un massif de roses. Les pétales rouges et blancs leurs bouchèrent un peu la vue mais elles profitaient d’une vue d’ensemble relative et entendaient parfaitement ce qu’ils se disaient.
 
Les adultes n’avaient pas bougé d’un pouce. Toujours aussi rigides, toujours aussi droits, ils tenaient d’une main délicate leurs tasses de porcelaine encore pleines et leurs phrases restaient plates et posées. « Tu crois qu’ils attendent que ça refroidisse ? », chuchota Émilie à deux centimètres de son oreille, et Andrée pouffa le plus silencieusement possible. Elle posa son doigt sur ses lèvres pour l’inciter à se taire et reporta son attention sur la salle à manger.
 
C’était Mme Bonnemaison qui était en train de parler. « Évidemment, les enjeux ne sont pas anodins. Poudlard est une excellente école mais la Grande-Bretagne semble encore ébranlée des évènements de 81. Et ce qui est arrivé l’année dernière au jeune Potter… Même par ici nous en avons eu des échos. Je ne suis pas sûre qu’il soit très judicieux d’y inscrire Émilie – et après tout, Beauxbâtons est presque aussi réputée que Poudlard et je connais personnellement Mme Maxime. » Elle reposa sa tasse d’un air gracieux. Les deux fillettes échangèrent un bref regard. Elles ne savaient pas ce qu’il s’était passé en 1981, mais ça avait l’air d’être grave. Andrée haussa un sourcil – qu’est-ce que je t’avais dit, ils parlent de nous – et Émilie haussa les épaules – d’accord, j’admets. « Qu’en pensez-vous, James ? », fit la femme.
 
James devait être Mr Leigh car celui-ci eut un rire désabusé mais très distingué. « Eh bien, qui serais-je pour vous conseiller le contraire ? Il est vrai que l’Angleterre a quelque peu perdu de sa splendeur d’autrefois. Je ne sais pas d’où vous tenez ces informations sur Harry Potter mais elles s’avèrent exactes… » Il reposa sa tasse, enfin vide, et prit le temps de réfléchir en marquant une pause théâtrale : « …cela dit, je ne vous donne que l’écho que me permettent d’avoir mes activités. » Nouveau coup d’œil furtif des deux fillettes. « Vous le savez, elles-mêmes ne donnent pas toujours une image très reluisante des Maîtres Potionistes – même si je me dois de rétablir la vérité : nos buts sont honorables et nous sommes les serviteurs de nos clients.
 
- Loin de nous l’idée d’en douter », remarqua froidement M. d’Alencourt. Une sorte d’électricité latente sembla circuler entre les deux hommes. Andrée, complètement insensible à la froide animosité qui planait, se redressa soudainement lorsque sa mère prit la parole en posant une main apaisante sur le bras de Mr Leigh. Le contact, pourtant incongru, parut naturel.
 
« Ce que James a sans doute voulu dire c’est que parfois, les Maîtres Potionistes sont tenus d’effectuer certaines commandes pour les clients alors qu’eux-mêmes ne cautionnent pas la potion qui leur est demandée. » Mr Leigh eut un hochement de tête sec. Un étrange sourire flotta un instant sur son visage mais il se reprit aussitôt et Andrée pensa avoir rêvé. Lorsque la conversation embraya sur la situation politique du gouvernement magique français, Émilie fit signe à son amie de retourner vers le Saule. Elles jetèrent un dernier regard en arrière, sans doute pour vérifier que les adultes ne parlaient plus de choses intéressantes, puis déguerpirent à toutes jambes et s’arrêtèrent une fois de plus protégées par l’ombre fraîche du grand arbre.
 
Émilie se laissa tomber sur le sol en poussant un long soupire exagéré. « Ils ne parlaient peut-être pas de grands trésors perdus, mais au moins ils discutaient de nous. Je le savais ! », s’écria-t-elle brusquement. Andrée leva un sourcil. C’était elle qui la première avait soulevé l’idée que cela aurait pu être le cas, elle en était tout à fait certaine. « En tout cas, mon oncle et ce Mr Leigh n’ont pas l’air de s’apprécier beaucoup. Je me demande pourquoi. Tous les deux sont aussi coincés l’un que l’autre, enfin, même si Mr Leigh a l’air un peu plus rigolo quand même. » Le fait était qu’ils étaient tous les deux aussi expressifs qu’une armoire de mauvaise humeur mais que Mr Leigh avait ce mérite de demeurer courtois.
 
Andrée s’adossa contre le Saule en soupirant. « En tout cas, je me demande comment Mère le connaît. Je veux dire, je l’ai jamais vu ici et elle travaille pas… Peut-être qu’il va revenir d’autres fois. » Elle regarda pensivement son amie acquiescer en essayant d’occulter cette étrange oppression qu’elle ressentait dans sa poitrine. On lui avait souvent dit qu’elle réfléchissait trop pour une gamine de six ans, alors pour cette fois, rien que pour cette fois, elle tenterait de laisser tout ça de côté.
 
Au-dessus d’elles, les oiseaux chantaient.



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