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[02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim

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POUFSOUFFLE6ème année
    POUFSOUFFLE
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MessageSujet: [02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim Ven 2 Juin 2017 - 1:21


“L’intempérance a tué plus d’hommes que la faim.”
— Proverbe grec

Ce matin-là, l’aube peinait à atteindre les carreaux — quoique poussiéreux — du pensionnant magique le plus célèbre du Royaume-Uni. Peu importe à quel point chacune de ses pierres millénaires se tournaient vers la lumière, elles n’offraient aux passants que le spectacle de longues coulisses d’ombres plongeant dans la verdure des jardins, ce qui suffisait certainement déjà à attrister jusqu’à l’aïeul des sombrals.

Franchement, cette ambiance glauque pesait tout le poids d’un dragon sur le caractère d’ordinaire léger de notre rouquin ; lui qui se trouvait plus inquiété encore par ce qui se déroulait à l’intérieur même des façades ancestrales de Poudlard, tout à l’abri des regards indiscrets. Si bien que malgré son caractère de vieux gobelin grincheux au réveil, le Poufsouffle avait pris l’habitude de profiter du petit matin pour filer aux cuisines avant que les préfets n’entament leur première ronde. C’est que depuis que Jude lui avait laissé entendre que les représentants de la maison Nuncabouc étaient sévèrement rationnés, No craignait le pire et accumulait les vivres à la façon de son patronus ; c'est-à-dire en mode écureuil. L’exercice le servait plutôt bien jusque-là, le positionnement de la salle commune des blaireaux se comparant avantageusement à Rome ; tous les chemins y menait d’une façon ou d’une autre. Enfin non, pas tous, mais presque tous. Du reste, le sixième année était passé maître dans l’art de chatouiller pile-poil le bon raisin de la grande draperie qui gardait les cuisines et qui ne lui donc résistait jamais.

Quasiment souriant, c’est un Nolan à la chevelure en bataille qui avait émergé du repère des elfes avec un butin satisfaisant sous le bras ; une pêche bien mûre, deux pains au chocolat encore chaud ainsi qu’une tranche de lard cuit qu’il s’était empressé d’engloutir pour des raisons de logistique. Car oui, chaque nouvelle zone d’ombre sur son trajet lui donnait l’impression de se transformer en Nimbus 2000 dont les brindilles prenaient feu, alors les liquides et autres denrées graisseuses posaient souvent problème lors du transport, tachant à tout coup ses vêtements qui ne payaient déjà pas de mines. Par précaution, il n’avait d’ailleurs pas revêtu son uniforme complet et s’était contenté d’enfiler une grande robe de sorcier dont il retenait les pans sur sa poitrine à la façon d’un voleur. Je sais je sais, on repassera pour le courage comme pour la subtilité, mais sachez qu'il n'est pas si plaisant de se balader en simple caleçon sous cet espèce de drap noir en laine rêche. Le sixième année nota d’ailleurs mentalement qu’il lui fallait remédier à cet inconfortable problème en prévision de ses futures escapades clandestines.

Finalement confronté au dernier embranchement avant que les tonneaux n’intègrent son champ de vision, Nolan avait prudemment ajusté sa vitesse de croisière, question de ne pas révéler sa présence en grand pompe au reste de la maisonnée. Certains ne lui avait toujours pas pardonné l'incident du jeudi précédent ou il avait renversé par mégarde un des précieux barils, inondant de ce fait la moitié de l’entrée du terrier. Qu'importe, l’écho d’un sanglot aigu ne tarda pas à venir lui chatouiller les tympans, stoppant tout net son élan ainsi que sa volonté de rejoindre rapidement son dortoir. Mince, le voilà qui était piégé comme un botruc à la mer, à tout juste une intersection de la victoire qui plus est.

Prudent, il recula de quelques pas afin de mieux tendre l’oreille aux sons étouffés qui lui parvenaient et ou s’entremêlaient une série de pleurs saccadés et quelques paroles féminines doucereuses quoique fermes dans leur énonciation. Par la barbe de Merlin, cette voix, ça ne pouvait tout de même pas être celle de Meredith Breckenridge, si ? Nolan osa tendre le museau au-delà de l’arête du mur, confirmant par le fait même que son ouïe ne le trompait pas. La préfète était bien là, agenouillée au pied d’une deuxième année jaune et noir visiblement secouée au retour d’une punition nocturne.

La scène suffit à réveiller l’instinct de blaireau de Nolan qui bondit aussitôt en direction de l’entrée de leur tanière, sa pêche rosé tenue d’une main alors que l’autre préservait sa pudeur en gardant bien fermé les rebords de sa robe de sorcier. Le truc, c’est que l’entretien de Breckenridge-la-benjamine-du-nom et de sa proie du moment venait simultanément de prendre fin sur quelque chose qui ressemblait à une accolade, laissant alors le sixième année plutôt dubitatif et sa future intervention, carrément inutile.

Pas tout en fait en possession de ses moyens, No glissa donc le fruit qu’il tenait dans l’une des poches de sa cape puis porta une main au sommet de la chevelure de la petite blairelle dont le nom lui échappait sur le moment. D’un geste quasi paternalisme, il la poussa doucement entre deux rangées de tonneaux (loin des mains pas-si-griffues de Meredith) et l’air de rien, il se retourna en affichant toute la contenance dont il pouvait faire preuve dans les circonstances, capitalisant sur le fait qu’il avait une bonne tête — et un an d’âge — de plus que la préfète qu’il s’apprêtait à braver gentiment.


Dis donc, tu sais que j’ai cru un moment que tes petits airs supérieurs, c’était à cause de cette fichue épinglette hein ? Il pointa alors du doigt la dite breloque cuivré avant de poursuivre. Du genre que tu voulais faire plaisir aux nouveaux patrons ?

Tout le monde s’entendait sur le fait que les Carrows n’étaient pas exactement des dirlos de rêve, alors pourquoi jouait-elle leur jeu? Non parce qu’il avait bon caractère le Sherman, mais l’attitude de la miss ne lui revenait pas du tout depuis la rentrée et quelqu’un se trouvait forcément à la source de cet abrupt changement d’allégeance. Mery avait pourtant toujours été de bonne compagnie dans les serres, voir même, Nolan l’avait en affection depuis cet incident ou ils avaient tous deux fait cramés le bosquet de rosiers préféré de Chourave. Maintenant, c’était tout juste si elle lui adressait la parole quand ils traversaient le même corridor, toujours pour lui reprocher l’angle de son nœud de cravate, la façon qu’il avait de mâchouiller son chewing-gum la bouche ouverte ou encore de traîner son chaudron de fonte derrière lui comme une luge.

Sauf que là, je constate que les réprimandes et le ton sec, c’est que pour ma pomme en fait. glissa-t-il avec une pointe d’ironie et un ton pourtant léger. Je dois prendre ça pour une sorte d’honneur ? Parce que si oui, tu serais bien aimable de me rappeler comment je me le suis mérité celui-là !

Allez, cartes sur table, de toute façon, il était déjà bon pour les cachots vu le double affront au règlement qu’il venait de commettre.
Ou peut-être pas ?

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GRYFFONDOR5ème annéePréfète
    GRYFFONDOR
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire. Bisexuelle.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 15 mars 1982, à Plymouth.
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MessageSujet: Re: [02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim Ven 14 Juil 2017 - 0:53


L’oppression. Un sentiment d’enclavement, d’asphyxie. Une peur constante et violente de voir le malheur et la haine se répandre en soi et autour de soi. L’oppression est un état, une constante. Elle provoque la mutation des corps et des âmes : les êtres sont forcés de s’adapter à leur environnement, ils développent un instinct animal basé sur la crainte, la dissimulation et l’absence de pitié. L’œil se fait plus méfiant, la main plus crispée, le sommeil plus léger. L’esprit s’affine vers une seule finalité : survivre. On en déduit différents moyens d’y parvenir : attendre de mourir naturellement, attendre que l’oppression meure naturellement, ou se battre pour détruire la source de l’oppression elle-même. L’oppression pousse les êtres humains soit à se sublimer, soit à se saccager. Elle est vectrice de grands bouleversements physiques et moraux. Elle soulève les cœurs et les masses, annihile des pans entiers d’éducation, d’apprentissage, de civilisation, pour ne laisser que l’essence, le substrat.

Oppression is shit, conclut Meredith. Il était cinq heure à Poudlard, l’heure où rien d’autre que l’aiguille de la grande horloge n’osait bouger trop bruyamment. Pas un fantôme ne glissait dans les couloirs en se lamentant, pas un tableau ne maudissait la folie des temps modernes, pas un escalier ne grinçait. Pour trouver de l’agitation, il fallait se rabattre vers des coins plus obscurs et plus pernicieux du château. En descendant plus profondément vers les cachots, des rumeurs commenceraient à résonner, des sons ténus de voix, des bruits de pas, de chaise raclant le sol. Les cachots étaient beaucoup plus vastes qu’on ne pouvait imaginer. La jeune préfète l’avait découvert à ses frais durant les dernières semaines. Se révélant une petite larbine fiable et obéissante, on lui avait confié la responsabilité Ô combien gratifiante de surveiller / exécuter les punitions infligées à ses camarades. De nuit.

Cette fois, c’était le tour d’un groupe de deuxième année ayant fait passer du pain frais et des fruits à la table des Nuncaboucs. Ils avaient été condamnés à quatre heures de retenue nocturne durant lesquelles ils devraient trier des quantités effarantes de nourriture entre fraîche et abîmée, bonne ou pourrie. La mauvaise nourriture irait aux Nuncaboucs … et à eux pendant une semaine. Ce travail inutile avait pour but de leur faire comprendre leur erreur en les confrontant aux objets mêmes de leur crime. En vérité, l’absurdité d’une telle corvée n’en était que plus évidente, quand on savait que les elfes ne permettraient jamais à une viande avariée d’atterrir sur aucune des tables de la Grande Salle. Peut-être obéiraient-ils le temps d’un ou deux repas, jusqu’à ce que progressivement le comestible remplace à nouveau l’avarié. Leur conscience professionnelle était trop vive, et les Carrow trop inattentifs pour que cela aille plus loin. Ces deux araignées préféraient de loin s’assurer de l’efficacité d’un Endoloris que d’une banale intoxication alimentaire.

Quoi qu’il en soit, la jeune fille était là, effondrée sur sa chaise inconfortable, à veiller d’un œil mi-clos sur le bon déroulement des opérations. Quand un des enfants faisait mine de traînailler, de bailler aux corneilles, elle le rappelait à l’ordre d’un ordre sec ou d’un sortilège inoffensif. Honnêtement, cette nuit n’était pas la pire, et les petits collégiens devaient réaliser qu’ils passaient à côté de bien pire que cela. La gravité des actes n’avait pas grand-chose à faire avec les punitions infligées en conséquence. La plupart du temps, cela dépendait surtout de l’humeur de Charybde et des aléas du caractère de Scylla. Tous deux devaient alors baigner dans une absolue félicité pour s’être limités à cette fantaisie inoffensive. Cela faisait maintenant quatre heures que Meredith s’était réveillée, et comme une voleuse, avait quitté son dortoir pour récupérer le petit groupe d’élèves devant leur Salle Commune. Quatre petits blaireaux, tirés hors de leur terrier pour accomplir leur corvée au beau milieu de la nuit, et menés par une lionne à peine plus vieille au regard terne … ils devaient faire un beau tableau. Maintenant, il était temps pour chacun de remonter vers la lumière des étages supérieurs, et essayer de gratter un peu de sommeil pour ne pas ajouter à leur malheur une amorce d’échec scolaire.

Les petits jaunes se hâtèrent de retrouver leur salle commune pour enfin échapper à la préfète démoniaque. Ils avaient peur d’elle, peur de ce qu’elle pouvait leur faire, de ce qu’elle avait déjà fait à leurs amis. Sans un mot, ils sortirent en vitesse des cachots. Seule une d’entre eux traînait la patte, l’air extrêmement tendu, le visage blême. Meredith marchait derrière eux, et remarqua la jeune fille en même temps que ses camarades tournaient l’angle pour rejoindre leur Salle Commune dans le couloir suivant. Quand elles se retrouvèrent seules toutes les deux, au cœur d’un profond silence et de la belle lumière matinale, la blairelle éclata en sanglots. Meredith la connaissait. C’était la petite sœur d’un jeune membre de la Résistance qui avait quitté Poudlard avec le frère de Mery pour mener le combat à l’extérieur. Il devait avoir dit à sa sœur avant la rentrée qu’elle trouverait toujours du soutien chez Meredith, quelle que soit la situation … rah, quel idiot. Maintenant la blairelle devait tenter sa chance pour vérifier les dires de son frère. Merlin savait que l’espérance de vie d’un secret tenu par une fille de treize ans n’était pas grandiloquente, pourtant après un instant de réflexion, Meredith décida de prendre le risque. La petite pleurait toutes les larmes de son corps, et elle n’avait vraiment pas le cœur de la laisser comme ça.

Elle s’approcha doucement et s’agenouilla devant sa cadette en prenant ses mains pour lui libérer le visage et la regarder dans les yeux. Son expression avait changé radicalement, et libérait un élan de tendresse rassurante qui eut pour effet d’accrocher l’attention de la petite et de calmer un peu ses hoquets. Meredith replaça une mèche brune derrière l’oreille de la petite et lui murmura des mots rassurants, comme elle l’aurait fait à une sœur. Peu à peu, celle-ci reprit des couleurs, consciente de ce qui se jouait entre elles. La préfète ne déballait pas des trésors de douceur et d’affection, elle restait assez formelle, mais cela restait à des lieues de ce qu’elle offrait au monde chaque jour. Elle restait très détachée, pour ne pas que sa pauvre victime ne se sente obligée à rappliquer au moindre problème. Après quelques secondes de chuchotis, Meredith lui rappela que cela devait rester absolument entre elles, et que c’était une exception, qu’elle devait être forte et apprendre à se défendre par elle-même. Pleurer ne servait à rien à part dévoiler ses faiblesses. Elle allait s’en sortir, mais pour ça il fallait garder la tête haute, la bouche close, et les yeux grands ouverts.

« Allez, va mainten… » Meredith s’arrêta net. Son regard dévia, attiré par la haute forme noire et rousse qui venait de jaillir brusquement de derrière un tournant. Qui … qu’est-ce que … quoi ? L’apparition aussi comique qu’hautement improbable se révéla porter le doux nom de Nolan Sherman. Immédiatement, le visage de la lionne se referma, ce qui eut pour effet d’effrayer la petite jaune qui se retourna vivement comme un animal pris en chasse. Quand elle vit son camarade de maison, dans sa posture grotesquement offensive, elle ouvrit de grands yeux, et comprit bien vite qu’elle devait vider les lieux. Le nouveau venu reprit contenance et poussa gentiment sa cadette avant de se retourner vers la préfète. Son visage était froid, tendu, mais ses yeux trahissaient une vive amertume doublée de méfiance. Que diable faisait Nolan ici, à cette heure, dans cette tenue ? Il semblait vouloir discuter. Meredith voulait s’enfuir. Pourquoi les choses ne pouvaient-elles pas être simples, pour une fois ?

« Dis donc, tu sais que j’ai cru un moment que tes petits airs supérieurs, c’était à cause de cette fichue épinglette hein ? Du genre que tu voulais faire plaisir aux nouveaux patrons ? »

Nolan, mon pauvre Nolan. Le jaune était une personne pleine de bonté, de générosité et d’intelligence, avec qui elle avait partagé un nombre incalculable d’heures aux serres de Botanique, traficotant les plantations, expérimentant, s’entraînant … et provoquant parfois des catastrophes qui avaient eu pour effet de les rapprocher doucement, naturellement. Meredith savait qu’il était de ceux qui étaient véritablement blessés par son comportement, tellement qu’ils refusaient d’y croire complètement. C’est pour ça qu’avec eux, elle n’avait aucune pitié, et n’hésitait jamais à en faire des caisses. Et Nolan en avait fait les frais depuis la rentrée. Elle tentait de juguler sa profonde sympathie pour lui avec des réprimandes, des moqueries qui lui permettaient de lui adresser quand même la parole. C’était absurde, mais ça l’aidait un peu à tenir le coup.

« Sauf que là, je constate que les réprimandes et le ton sec, c’est que pour ma pomme en fait. » Meredith frissonna. Qu’avait-il vu exactement de la scène avec sa camarade ? Comment allait-elle trouver une explication potable ? Elle détailla son ancien ami, le vit glisser un fruit dans sa poche … et comprit en un instant qu’il venait de s’adonner à un petit déjeuner anticipé, dans la plus parfaite illégalité. Quelle question. Pas besoin de se justifier, elle était préfète, elle faisait ce qu’elle voulait. Lui, en revanche, allait devoir répondre de ses …

« Je dois prendre ça pour une sorte d’honneur ? Parce que si oui, tu serais bien aimable de me rappeler comment je me le suis mérité celui-là ! »

Les intentions virulentes de Meredith se heurtaient au mur d’honnêteté et d’incompréhension de Nolan. Elle ne le connaissait que peu, mais assez pour savoir à quel point l’honneur et la fidélité étaient des valeurs primordiales au cœur du jeune homme, comme à tout Poufsouffle qui se respecte. Et de voir quelqu’un si fort de ses convictions qu’il les défendait en prenant plus de risques encore, cela la remuait terriblement. Elle resta un instant sans rien dire à toiser son interlocuteur, l’œil noir. Assez rapidement, la fatigue, la modération et la relative fragilité de son lien avec Nolan eurent pourtant raison des peu de remords qu’elle entretenait encore, et c’est d’un air sévère et irrité qu’elle prit la parole après avoir entraîné le jaune à l’écart, loin des lieux de son crime et de l’entrée d’une Salle Commune d’où n’importe qui pouvait surgir.

« Assez, Sherman. Je te prierai d’abord de m’expliquer en quoi tu trouves légitime de m’assaillir de question alors que tu sors des cuisines comme un voleur, commettant à la fois trois ou quatre infractions au règlement, tout cela en te couvrant de ridicule par ta tenue indécente et ton attitude exubérante. »

La lionne agissait assez lâchement, bien que conformément à ce qu’elle était censée être. Car vraiment, en quel honneur devrait-elle répondre aux questions d’un jeune sang-mêlé qui ne signifiait rien d’autre pour elle que la possibilité d'infliger une autre humiliation à quelqu'un qu'elle aimait ?

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et souvent la haine touche sa joue est arrache ses veines, alors il n'y a plus de souffrance et seulement la bête qui s'agite au creux de son ventre dans l'automne aride et la tempête

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POUFSOUFFLE6ème année
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MessageSujet: Re: [02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim Ven 25 Aoû 2017 - 23:07

La perspective d’être entrainé avec empressement vers un coin sombre alors que seul un caleçon et une paire de vieux chaussons garantissaient encore sa pudeur aurait d’ordinaire suffit à harmoniser le teint de Nolan à la couleur de ses cheveux. Que voulez-vous, en tant que supporter — parfaitement désintéressé — du mouvement féministe, il savait apprécier qu’une demoiselle s’appropri sa juste part du boulot, raison pour laquelle la flamboyante Jude l’avait d’ailleurs rapidement charmé… puis bien vite énervé.

Enfin le problème dans ce cas-ci, c’était surtout le châtiment pas tout doux qui allait suivre, dans le registre des insultes qu’il estimait irrecevables au titre de préliminaires.

« Assez, Sherman. Je te prierai d’abord de m’expliquer en quoi tu trouves légitime de m’assaillir de question alors que tu sors des cuisines comme un voleur, commettant à la fois trois ou quatre infractions au règlement, tout cela en te couvrant de ridicule par ta tenue indécente et ton attitude exubérante. »

Le rouquin s’était rapidement défait de l’emprise de la préfète, reculant d’un bon pas en adoptant un air le plus fermé possible, un peu à l’image de sa robe rêche dont il cherchait encore les cordons à tâtons. Pillard, bouffon, excessif ; des qualificatifs qu’il ne s’étonnait plus trop d’entendre, mais qui frappait durement lorsque énoncés par des êtres qu’il portait en affection. Tout ça dans une même tirade qui plus est, Meredith aurait tout aussi bien fait de lui balancer le troll complet à la gueule, question d’écraser formellement ce qui pouvait lui rester de dignité. Non parce qu’il ne faudrait surtout pas se méprendre ; l’exubérance n’a rien à voir avec la confiance. Même que bien souvent, la première sert surtout à éviter qu’on atteigne les bases vacillantes de la seconde, celles que la lionne venait tout juste de chatouiller avec la délicatesse d’un magyar à pointe.

Pendant un court instant, Nolan fixa donc le gros orteil qui dépassait de sa chaussette trouée avec l’envie de regagner son terrier, mais il fut bien vite rattrapé par cette sensation de douche froide que lui inspirait désormais la présence de Meredith, pourtant doté d’une voix bigrement chaleureuse. Celle-ci était aujourd’hui teintée de fatigue, éraillé sans doute par des mots qui n’avaient pas leur place au-delà de pareilles lèvres, mais la préfète tenait la mélodie, qu’importe si les notes s’avéraient coupantes à l’oreille de ses interlocuteurs.

Sherman ? cracha t-il finalement d’un air confus. Et depuis quand est-ce tu m’appelles par mon nom ?

Ignorant parfaitement la requête explicative de son interlocutrice, le jaune venait plutôt d’en remettre une fine couche en émergeant de sa courte torpeur. Quoi ? Lui non plus n’avait obtenu aucune réponse au final et pourtant, il avait été bien plus poli dans sa façon de les réclamer.

Misère, mais j’ai carrément été rétrogradé en fait. Tu vois, je n’ai pas non plus reçu le mémo qui m’annonçait le retour aux formalités, moi qui étais à un poil de scrout de t’autoriser l’usage d’un petit surnom affectueux, c’était moins une ! conclu t-il en lui décochant un sourire qui transpirait l’ironie, mimant de s’essuyer le front tellement l’enjeu fut important.

Harassé de se battre contre une robe qui refusait de toute façon d’être maintenue fermée, Nolan soupira un bon coup avant d’en relâcher les volets pour mieux croiser les bras sur sa poitrine. Il ne souhaitait pas paraître menaçant ou combatif, c’était parfaitement futile et il ne savait pas trop s’y prendre de toute façon, mais la moindre des choses lorsqu’on réclame l’honnêteté, c’est de la servir d’abord soi-même.

Et qu’est-ce qui t’étonne exactement dans tout ça, « Breckenridge » ? Chaque syllabe du nom avait roulé sur sa langue avec un arrière-goût amer. Ce nom-là, il le réservait d’ordinaire à l’aîné de la fratrie et ne l’associait pas particulièrement à de bons souvenirs.

Non parce que si Rusard devait tenir un tableau d’honneur des infractions commises en cuisine, je serais détenteur de la pole position depuis la deuxième année. D’ailleurs pour ton information, je compte bien occuper le sommet de ce palmarès hypothétique jusqu’à l’obtention de mes ASPICs.

Chassez le naturel et il rapplique à la vitesse d’un elfe de maison que son maître aurait réclamé. Le Poufsouffle était déjà tenté de s’adoucir, simplement parce que sa bonne nature persistait à croire qu’il pouvait arracher un sourire à Brecky Jr., ne serait-ce qu’un demi rictus, ou une simple risette en coin, la moindre petite faille qui lui confirme que ces grands airs relevaient davantage d’une façade que de nouvelles convictions bien pourries.

C’est légitime parce que ça ne surprend plus personne. Ton attitude en revanche…

L’affirmation demeura ainsi en suspens tandis qu’il haussait les sourcils en se plongeant dans le regard clair de Meredith, lui signifiant à sa façon que la suite lui était déjà connue et qu’il ne servait à rien de le contester. D’ailleurs, quelque chose de ces pupilles plus grises que bleu et plus éteintes de lumineuses achevèrent de convaincre Nolan que la demoiselle méritait peut-être encore un effort de douceur.

Golly gum drops Mery, est-ce parce qu’ils t’ont menacés de Merlin seul sait quoi si jamais tu osais sortir du rang ?

Impossible d’échapper cette fois au Poufsouffle qui n’avait plus qu’une envie ; se saisir des épaules de son amie pour les agiter doucement. Cela dit, vu son accoutrement de beauf mal léché, mieux valait possiblement qu’il garde ses distances pour ne pas distraire la demoiselle du propos de leur échange.

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MessageSujet: Re: [02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim Mar 19 Sep 2017 - 20:08

Immédiatement après les avoir prononcés, Meredith sut que ses mots avaient touché leur cible. Mais elle n’avait aucun mérite, sa cible étant le cœur de Nolan, et ce cœur étant si grand qu’il aurait été fort difficile de le rater. Les flèches empoisonnées libéraient de telles vapeurs toxiques qu’elle sentait ses propres yeux piquer, sa gorge se serrer, alors que le rouquin semblait hésiter entre la déconvenue et la colère froide. A vif, il recula d’un pas, ferma son visage, et prit un air sévère qu’elle ne lui avait jamais vu si intense. Elle eut juste le temps de reprendre contenance, de chasser son trouble, avant que les yeux de son ami ne cherchent les siens pour lui montrer qu’il avait choisi la deuxième option. Et qu’il n’allait pas la laisser l’insulter sans un juste retour de flamme. La lionne serra le poing qui tenait sa baguette et se prépara à encaisser la suite légitime du procès.

« Sherman ? » Bang bang. Deux syllabes, deux balles d’indignation. « Et depuis quand est-ce tu m’appelles par mon nom ? »

Il avait raison, elle le savait, bien sûr qu’il avait raison d’éluder son interrogatoire pour poser la seule question qui demandait à être posée. La seule qui comptait vraiment pour eux. Meredith se força à ne pas trembler, à ne pas flancher dans son attitude. Même quand son ami, fidèle à lui-même, embrailla sur une remarque pleine de malice ironique, une blague amère qui se perdit dans le silence. Elle se tenait très droite comme toujours, mais d’une droiture très rigide contrairement à sa souplesse habituelle. Et son regard si doux semblait emprisonné dans une mer de glace. Glace qui d’ailleurs ne demandait qu’à fondre pour déborder de ses paupières et se perdre entre les mailles de son uniforme, mais la volonté de la lionne était plus forte, et agissait comme un barrage implacable. Elle. Ne. Faiblirait. Pas.

Cessant la bataille avec les pans de sa robe, Nolan croisa les bras sur sa poitrine charnue. Meredith sembla alors remarquer pour la première fois de leur entrevue que la tenue du rouquin, outre son aspect dépenaillé, offrait une vue imprenable sur sa masculinité. Que ce soit son torse et ses épaules larges, ses jambes comme deux solides piliers – à la pilosité fournie – ou le caleçon très simple qu’il s’évertuait à dissimuler, la jeune fille constatait avec surprise que cette grande enveloppe était d’une insoupçonnée virilité. Non pas qu’elle eut un jour douté du genre de son ami, mais d’avoir ce corps ainsi sous les yeux, et d’en plus ne pouvoir s’empêcher de lui trouver d’objectifs attraits, cela lui faisait tout drôle. Elle resta ainsi une poignée de secondes, avant de réaliser l’absurdité de la situation, et de s’en retourner aux yeux sévères de Nolan. Les corps d’hommes ne la gênaient pas, mais ce n’était tellement pas le moment de s’adonner à une telle contemplation qu’elle sentait déjà ses pommettes rosir malgré elle. Il suffisait d’espérer maintenant que l’obscurité et son expression figée suffiraient à cacher ce témoignage de honte.

« Et qu’est-ce qui t’étonne exactement dans tout ça, « Breckenridge » ? Non parce que si Rusard devait tenir un tableau d’honneur des infractions commises en cuisine, je serais détenteur de la pole position depuis la deuxième année. »

A vrai dire, elle n’était pas vraiment surprise de la voir là. Il était bien connu que l’appétit du rouquin n’avait d’égale que sa bonne humeur. Sa remarque n’était qu’une manière pour elle de ne pas perdre la face, de repasser une couche de vernis sur son hideux masque de tragédie. Et alors qu’en toute autre circonstance Meredtih se serait fendue d’un sourire et aurait rebondi avec malice, elle ne fit qu’hausser les sourcils d’un air encore plus méprisant. Que cherchait-il à lui soutirer ? Des aveux ? Des remords ? Elle ne cracherait rien, et en avait fini avec les remords. Le temps n’était plus à la peur ou à l’hésitation. Si elle cédait avec lui, elle céderait avec le reste du monde.

« Golly gum drops Mery, est-ce parce qu’ils t’ont menacés de Merlin seul sait quoi si jamais tu osais sortir du rang ? »

La lionne comprenait tant sa confusion, respectait tant sa colère, et remerciait du fond de son âme cet élan de miséricorde qu’il venait encore de lui offrir, tout cœur ouvert et toutes mains tendues. C’est d’ailleurs cette dernière phrase, teintée d’une tendresse qui se battait pour survivre, qui convainquit l’illégitime Mery de ne pas trop broder sur de soi-disant nouvelles opinions d’intolérance. Elle n’avait répondu à aucune de ses accusations, gardant la bouche obstinément close et le regard dur. Elle avait attendu qu’il cesse de se justifier en tous sens pour avancer une réponse claire, minimaliste, qui lui fendrait certes les lèvres par son acidité, mais qui protègerait le blaireau bien mieux que toutes les révélations du monde. S’il se laissait convaincre.

« Ecoute, Sher… » Elle inspira un grand coup, l’air résigné. « … Nolan, si tu préfères, je ne sais pas d’où tu tires cette idée, mais personne ne me menace. Je suis préfète. Mon rôle est clair, il me convient parfaitement, et je l’assume du mieux que je peux. »

Le couloir était tellement calme que quand elle se taisait, le silence oppressant donnait l’impression de les observer. Le soleil n’allait pas tarder à poindre à travers les vitres grises, bientôt le château grouillerait d’activité.

« On a été comme des amis, je t’accorde donc que tu puisses être surpris. Mais c’est ce que je suis vraiment. Une véritable sorcière, qui défend les véritables sorciers. Si je me comporte ainsi avec toi, c’est pour t’ôter tes illusions. Je te rends service, tu sais. »

Son expression ne perdait pas de sa dureté, mais se teintait d’une sorte de semi-pitié qui habillait et enserrait ses mots comme le plus exaspérant des corsets. Elle devait faire la transition la moins brutale possible entre le mépris et le dépit, pour qu’il ne se doute de rien. En s’entendant, elle se trouvait déjà plus convaincante que dans le rôle de l’ordure gratuite. C’était une manière plus fine et plus pernicieuse d’assumer son rôle que d’agir en opportuniste, et de le revendiquer sur le ton de la confidence.

« Je m’adapte à mon environnement pour toujours avoir l’avantage de l’initiative, et survivre. C’est égoïste oui. Si tu ne peux pas le concevoir, tant pis pour toi. Oh, et par Merlin ! … »

Tout alla très vite. La préfète leva sa baguette et la pointa sur Nolan. Une seconde plus tard, ses lèvres murmurèrent un très doux « Incarcerem » qui se traduisit, sous l’action de sa volonté, par l’apparition d’une fine et élégante cordelette blanche. Celle-ci, d’abord virulente et souhaitant visiblement ligoter méchamment sa victime, se plia à la magie de sa sorcière et vint s’enrouler autour des hanches du rouquin pour refermer en un nœud simple sa robe de chambre si ostensiblement défaite.

« … un peu de décence. »

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MessageSujet: Re: [02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim Mar 31 Oct 2017 - 12:06

Maybe it's a gift ?:
 

Plus fortement que jamais, Nolan avait le sentiment que les mots ne suffisaient pas. Ce qui lui donnait envie de découdre ses bras de sa poitrine pour gesticuler dans tous les sens. L’avion Breckenridge avait besoin d’un peu plus de visibilité qu’un message de la tour de contrôle ! Il avait surtout besoin de physiquement pointer l’évidence. A force de cracher un venin qui ne lui était pas naturel, le jaune avait l’impression de se transformer en un miroir, qui reflétait le mur d’indifférence et de cruelle froideur qu’était Breckenridge. Elle ne se ressemblait pas et lui non plus, comme s’ils avaient tous les deux bus du Polynecar, ce qui aurait bien expliqué le goût amer qui restait dans la bouche. Amertume grandissante, comme touchée par le maléfice de Gemino, que la rouge n’arrêtait pas de chatouiller par son grand air de gobelin. Ses mots ne recueillaient pas les réactions voulues, allant du froncement de sourcils à son visage dur comme de la pierre, qui ne prévoyaient rien de bon. A tel point que Nolan se repositionna sur ses jambes pour mieux s’ancrer dans le sol, attendant le tsunami qui viendrait écraser ce qui lui restait de bravoure. Il s’était préparé à une vague, mais son amie lui avait réservé une chute. On n’était plus à une surprise près, pas vrai ?

« Ecoute, Sher… Nolan, si tu préfères, je ne sais pas d’où tu tires cette idée, mais personne ne me menace. Je suis préfète. Mon rôle est clair, il me convient parfaitement, et je l’assume du mieux que je peux. On a été comme des amis… »  

Son estomac, pourtant habitué aux coups durs, dégringola quelques marches. Il y avait des Doxy dans l’air ? Quelque chose s’était mis à bourdonner dans ses oreilles et le jaune, tétanisé, n’entendit qu’à moitié le reste de l’excuse. Ils avaient été comme des amis ? Ses bras se dénouèrent d’eux-mêmes, ballotant le long de son grand corps qui venait d’être tellement blessé qu’il se fichait bien se défendre. Encore un coup, et ce serait la mort de toute façon. Ce qui le démunissait encore plus, c’était d’entendre Mery… Breckenridge prétendre lui rendre service. Hell no ! Oh, Hell, NO ! Bon sang de botruc joufflu ; son rythme cardiaque en prit un coup aussi. Elle venait de lui enlever une épine, et une belle ; celle qui retenait quelque chose on dirait bien, parce qu’un flot se déversa à l’intérieur. Ce qu’elle lui disait n’avait aucun sens et pendant que la préfète parlait, Nolan cherchait dans son dictionnaire mental la définition du mot anévrisme, parce qu’il avait l’impression d’en faire un. Ca se soignait bien à St-Mangouste ?

« Je m’adapte à mon environnement pour toujours avoir l’avantage de l’initiative, et survivre. C’est égoïste oui. Si tu ne peux pas le concevoir, tant pis pour toi. Oh, et par Merlin ! … »

Il aurait bien bondi, esquivé ce que sa « comme amie » lui réservait de sa baguette tendue, mais il était cloué et défait. Sa mâchoire se décrocha ; alors, c’était comme ça que tout se finissait ? Même les gens à qui on tenait nous envoyaient des sortilèges ? Et pas pour se marrer ; ce n’était plus du Polynectar, c’était l’autre côté du miroir qui les envahissait et fissurait tout ce qu’il était possible de renverser. Les cordes s’envolèrent de la baguette de la rouge, mais Nolan continua à silencieusement fixer Breckenridge sans bouger, ne croyant pas à ce qu’il voyait ; ne croyant pas qu’elle était capable de lui décocher de pareilles flèches sans ciller et avec dédain. À cet instant précis, par le caleçon de Merlin, il était tenté de la croire pour de bon ! La corde semblait animée de mauvaises intentions et Nolan sentait le serpent de sa « comme amie » lui mordre les flancs, planter ses crocs et ne plus le lâcher.

« … un peu de décence. »

Si c’était pas un comble ça ! Il avait voulu lui arracher un sourire, mais c’était elle qui était parvenue à lui arracher le sien. Le Poufsouffle baissa les yeux vers les pans refermés de sa cape de sorcier qu’on venait de clore comme les rideaux d’un spectacle qui ne plaisait pas. A tout coups, elle aurait préféré fermer sa bouche à lui, mais c’était déjà réussi ça, non ? Nolan releva lentement ses yeux vers la rouge ; son visage avait du mal à reprendre son envol, coincé quelque part entre l’étonnement et la méfiance. Bravo, il était aussi saucissonné qu’elle maintenant ! Rapidement rattrapé par la confusion qui l’animait, il passa une main sur son visage et couvrit sa bouche de sa paume moite et tiède, ce qui n’était en soi pas très nécessaire puisqu’il n’avait de toute façon pas grand-chose à dire. Ses doigts remontèrent jusqu’à ses cheveux roux en bataille, qu’il malmena nerveusement. La logique de Nolan avait battu en retrait, sa raison avait déposé les armes, son entendement agitait le drapeau blanc devant un combattant aussi expert que Breckenridge. Rangez vos baguettes messieurs dames !

Alors on n’était pas amis, avant, hein ? demanda-t-il à demi voix. Tu t’adaptais aussi à ton environnement, avant, Breckenridge ?

Il n’y avait plus de guillemets pour couronner son nom d’un faux honneur. Celui-ci roula dans sa bouche sans appui ni surlignage, mais aussi naturel que tout le reste, parce qu’il ressentait bien la distance qu’elle leur avait imposés.

Je pensais que quelqu’un te menaçait parce que c’est la seule chose à faire quand une amie qu’on croyait fidèle nous tourne le dos, non ? On lui trouve des excuses. Mais j’apprends que j’étais « comme un ami » et que je ne suis en fait même pas un véritable sorcier à tes yeux. Ouais, tu me rends service, Breckenridge, je risque plus d’être surpris par quoi que ce soit.

Nolan avait le ton froid de la réalité qui s’abattait sur lui, sur sa bonne humeur et sa joie de vivre comme une cage que celle en qui il avait eu confiance avait tissé avec les cordes du mensonge. Il continuait de la fixer, insistant, les cheveux en feu et les yeux morts.

C’est gentil de ta part, de venir ôter les illusions que tu as toi-même crées. On ne pourra pas te reprocher de ne pas assumer ton rôle. Désolé de m’être mis à nu. Dit-il avec sourire sans joie, non sans sous-entendus, posant ses mains sur les pans de sa cape de non-sorcier. Mais tu sais Breckenridge, la seule personne qui aurait besoin de décence ici, c’est toi.

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MessageSujet: Re: [02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim Mer 6 Déc 2017 - 10:45

Ecrasée contre le mur, le cœur sur le point d’exploser, Meredith sentait doucement, cruellement, une terrible certitude s’installer en elle. La certitude que même si la vérité éclatait, même s’ils survivaient tous les deux à la guerre, même s’ils retrouvaient leur amitié pendant de nombreuses années, rien ne serait jamais plus pareil. Tous deux étaient totalement hors d’eux-mêmes, complètement transfigurés. Ils ne se reconnaissaient plus, ne parlaient plus à la personne qu’ils croyaient avoir côtoyé pendant ces longs mois d’amitié ensoleillée. Et ces masques de tragédie, hideux, grimaçants, ne disparaitraient certainement jamais de leur mémoire. Cela la rendait infiniment triste. Plus triste encore peut-être que le regard du Poufsouffle, son ébahissement, quand elle prononça ces termes impardonnables sur leur relation. Elle savait que ses flèches avaient donc touché leur cible, et l’avaient peut-être même transpercée.

La corde qui jaillit de sa baguette avait beau se débattre pour enserrer, lacérer sa cible, Meredith contractait sa volonté pour l’adoucir et c’est avec beaucoup de délicatesse qu’elle enserra les reins de Nolan. Blesser physiquement son ami aurait été au-dessus de ses maigres forces. Si sa baguette, elle le sentait, s’imprégnait de plus en plus des sorts sombres qu’elle lançait, et semblait même y prendre goût, la lionne essayait de renforcer mentalement la barrière qui contenait les flots de noirceur tentant de la submerger. Celle qu’elle servait à ses amis n’était qu’un emballage fade, une farce sinistre dont la qualité laissait franchement à désirer. Pourtant ce sont les histoires les plus absurdes qui passent le mieux dans la gorge publique, elle le constatait avec amertume depuis quelques mois. Le problème, c’est qu’elle-même commençait à y croire, et cette inflexibilité qu’elle croyait être la sienne tombait lentement dans les vices et les abimes de sa magie corrompue. Le sentaient-ils aussi ?

« Alors on n’était pas amis, avant, hein ? Tu t’adaptais aussi à ton environnement, avant, Breckenridge ? »

La petite sentit son nez la piquer. Elle avait saisi la bascule dans la voix de Nolan, et clairement détecté la vague de détresse qui avait fait place nette dans sa détermination. Maintenant il ne restait qu’une grande lassitude, une forme d’abandon qui lui faisait plus de peine encore que la colère dont il avait fait preuve. Ce qu’elle aimait chez Nolan, c’était sa combativité. Sa force morale, son acharnement au sourire et au positivisme, son intégrité. Elle aimait son panache, le flamboiement de son intelligence et sa foi inaltérable en l’être humain. Et en cet instant, celui qu’elle avait devant les yeux n’avait pas cette flamme-là. Elle se sentait coupable, plus que de raisonnable, d’avoir douché à l’acide cette ardeur qui lui plaisait tant, qui avait fait d’eux l’an passé bien plus que de simples camarades de botanique.

« Je pensais que quelqu’un te menaçait parce que c’est la seule chose à faire quand une amie qu’on croyait fidèle nous tourne le dos, non ? On lui trouve des excuses. »

Son corps ne tenait plus. Ses jambes tremblaient. Ses ongles s’enfonçaient furieusement dans la peau de ses doigts. Et même, elle sentait l’inévitable se précipiter. Il est bien connu qu’avec la fatigue, les poches lacrymogènes étaient plus sensibles. Bien que son expression détestable ne changeât pas d’un iota, ses yeux par contre débordèrent brusquement de grosses larmes brûlantes, qui inondèrent ses joues le temps de quelques secondes. Elle ne fit pas un mouvement pour les essuyer, les cacher ou les retenir. Elle les assuma comme on assume le chahut de son enfant ou la sénilité de son ancêtre. Avec dignité.

« Mais j’apprends que j’étais « comme un ami » et que je ne suis en fait même pas un véritable sorcier à tes yeux. Ouais, tu me rends service, Breckenridge, je risque plus d’être surpris par quoi que ce soit. » Ce sourire qu’il arborait, faux, en décalage total avec ses propos, rendait le visage d’ordinaire si jovial du rouquin à la limite du méprisant. Si ça ne l’était pas carrément. Meredith fronça ses fins sourcils en une moue d’incompréhension, dépassée par le flot de paroles. Les larmes ruisselaient toujours. « Désolé de m’être mis à nu. Mais tu sais Breckenridge, la seule personne qui aurait besoin de décence ici, c’est toi. »

Le coup d’estoc final, porté au flanc, en une courbe gracieuse et parfaite, rendue terrible et aiguisée par la force des sentiments de Nolan. Elle reprit ses mots en boucle dans son esprit, et comprenait bien que le « presque-ami » avait été aussi inutile dans son mensonge que violent, pour lui comme pour elle. Etait-elle vraiment si cruelle dans sa parodie ? Tout cela était-il réellement nécessaire ? Plus elle observait Nolan et sa détresse furieuse, plus elle trouvait ses précautions superflues et son zèle démesuré. Comment saurait-elle lui passer un message pour que, plus tard, s’en souvenant, il allège son inévitable peine ? Les larmes ont beau en dire long, elles ne parlent pas.

Hochant la tête de droite à gauche, doucement, comme on le fait quand on assiste à des horreurs auxquelles on ne peut rien changer, Meredith planta son regard dans celui de son ami, avec plus d’intensité que jamais. Toute haine, tout mépris, toute colère en étaient lavés, effacés par une vague venant du cœur des deux lacs clairs de la jeune fille. Ses sourcils, défroncés, ses paupières, déplissées, sa bouche, entr’ouverte en une courbe innocente. Plus de pli agressif, plus d’éclat d’indignation. Seulement, et cela elle ne pouvait s’en départir, une immense et inaltérable fatigue. La fatigue de l’usage, de la tristesse permanente. Celle qu’elle portait sur elle comme une Atlante porte le ciel. Le soleil pointant au loin et dardant ses rayons sur eux ne laissait plus de doute à cela, et même soulignait les creux de son visage aux pommettes et sous les yeux.

« Ne t’excuse pas, Sherman. » Réflexe ou précaution inconsciente, elle s’obstinait à l’appeler par son nom. Comme si cela changeait quoi que ce soit. « Je ne te dénoncerai pas. J’ai autre chose à faire, et puis à quoi bon ? Je sais bien que la poire n’a pas fini de rire sous tes doigts. »

La préfète soupira doucement, détourna les yeux et rangea sa baguette. Plus besoin de lumière, le jour était levé. Elle avait besoin de dormir au moins une heure avant d’aller en classe, elle commençait par Magie Noire. Hors de question d’être à la ramasse durant ce cours, simple question de survie. Elle laissa tomber ses bras le long de son corps frêle, les doigts et les pieds gelés d’être restée immobile si longtemps.

« Je n’oublie rien. » furent les derniers mots, sibyllins, qu’elle lâcha avant de se détourner en tremblant. Ceux-ci étaient bien sûr sujets à interprétation, et elle espérait qu’un jour le rouquin saisisse la bonne.

Spoiler:
 

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[02 Novembre '97] Il faut cuisiner avant d'avoir faim

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