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[ 21 Octobre 1997] - Les piles de l’austérité.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
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INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [ 21 Octobre 1997] - Les piles de l’austérité. Mer 31 Mai 2017 - 17:48

Enroulé sur son poignet tel un chapelet, un collier de perles jouait d’un éclat laiteux, tintant de temps un temps d’un son joyeux lorsque les doigts masculins venaient jouer avec l’un ou l’autre joyau blanc, ou lorsque la main tournait une page. Il y avait effectivement une notion de dévotion christique derrière ce geste rendu astucieux par l’adage de l’habitude, mais pour l’instant, la rivière de perles enserrait simplement le poignet et la main du bibliothécaire en une succession d’anneaux possessifs mais lâches, qui se superposaient joliment les uns sur les autres, coulant en rivière lactescente entre ses doigts. Tant que ce n’était pas autour du cou ! s’exclameraient certains puristes à coup sûr. Mais Monsieur était bien au-dessus des conventions. Il trouvait cela ridicule qu’un homme ne puisse jouir des mêmes parures que les femmes. Ils acceptaient bien de leur part une perle en épingle, ou deux pour les boutons de manchette, mais se croyaient déshonorés en présence de cinquante ! Même s’il l’avait voulu et déjà fait par moment, il ne pouvait pas s’en engoncer puisque son cou était pris dans une cravate soigneusement serrée en un nœud Windwor. S’il y avait bien quelque chose qui ne changeait pas, c’étaient ses nœuds de cravate. Ce nœud là en particulier en fait, le plus laborieux à accomplir, mais qu’il appréciait pour sa symétrie.

Encore, sa main vint tourner une page du livre The Origin and History of Consciousness de Eurich Neumann, un élève de Jung. Malgré la lecture plutôt laborieuse, il avait le visage typique du lecteur absorbé dans son roman de gare. La concentration nouait ses sourcils à la racine d’un nez romain ; il lui arrivait de relire certaines parties pour s’assurer de la compréhension, faisant briller son œil d’une lumière curieuse, tandis que sa lèvre supérieure tressaillait légèrement, faisant cambrer l’arc dédaigneux de sa bouche. Parfois, un doigt crochu venait se perdre dans le pli de la cravate, sur laquelle il tirait doucement pour libérer sa pomme d’Adam, jusqu’à se rendre compte que ce n’était pas correcte. Alors sa main libre remontait jusqu’au contour de sa mâchoire où il flattait un instant les poils de sa barbe auburn avant de reprendre sa place sur l’accoudoir. Et toujours, ce tintement rieur de perles blanches…

« Sir, permettez-moi de vous suggérer de profiter d’une littérature plus sorcière… Vous risquez d’avoir des problèmes.
Avait suggéré, non pour la première fois, le petit tableau accroché juste en face de son bureau. Octave releva son regard et toisa le jeune homme vêtu d’un calicot, qui lisait lui aussi quelque mystérieux ouvrage à la lumière d’une bougie, le tout peint dans un délicieux clair-obscur à la hollandaise. La plume qui était fixée à la cale de toile ornant sa tête frémit sensiblement alors que le jeune homme de peinture soutenait son regard.
- Hécate, car tel était le nom du tableau, je lirai de la littérature sorcière quand enfin elle daignera traiter de la Conscience humaine. Pourquoi d’ailleurs le ferait-elle, celle des moldus le fait déjà assez bien à leur place. »

Le ton avait été sarcastique, un peu dédaigneux, mais un sourire entendu fleurit ses lèvres et tandis qu’il baissait les yeux, il entendit le tableau très distinctement claquer de la langue contre ses dents de toile. Octave ricana doucement dans sa barbe avant de tenter de retrouver où il en était.

« Sir, s’il n’y avait que votre littérature, vos vêtements…
- Dit l’adolescent en cotte et pèlerine dont même Jeanne d’Arc ne voudrait pas.
Octave toisa le tableau longuement avant de revenir sur son propre costume, l’air de comparer.
- Allons, allons, je suis sûr que t’es très à la mode pour l’époque à laquelle tu as été peint. Je te ferai de la lecture à voix haute un jour, tu arrêteras de me dire que je dois lire « autre chose ». »

Le jeune homme souffla, laissant reposer son menton dans le creux de sa main repliée, regardant le bibliothécaire. C’était quasiment tous les jours le même spectacle. Peut-être avait-il fait la suggestion parce qu’il était fatigué de le voir vêtu à l’identique, dans un espoir de changer d’air. Mais il savait bien que s’il formulait la demande telle quelle, le bibliothécaire ne manquerait pas de lui faire remarquer que le tableau qu’il avait en face de lui ne changeait pas beaucoup non plus. Toujours un trois pièces. Le tableau devait toutefois s’avouer que même s’il ne comprenait pas grand-chose aux moldus, les textiles étaient jolis et soignés. Octave avait opté pour un beau Boateng, l’un de ses créateurs fétiches, coqueluche du beau monde moderne qu’il avait pisté bien avant qu’il ne devienne réellement célèbre et c’était l’une de ses fiertés. Avec application, il tendit sur la manche de sa chemise d’un bleu clair, un peu livide et pâlichon, pour faire sortir les boutons de manchette. La chemise pouvait bien être pâle, elle servait surtout à souligner la belle couleur azure du blazer, profonde comme un cœur d’océan, intensément saturée. Cintrée, le costume était uniforme, puisque fait de Mohair, aussi rigide et durable que le lin, mais brillant et crisipier. Tissu idéal pour une teinte sombre comme la sienne, qui prenait bien la lumière. Cela changeait au moins des autres professeurs, soupira le jeune homme du tableau, voyant une richelieu en cuir de veau brun tirant sur le caramel dépasser de la table. Les autres avaient des teintes assez sombres la plupart du temps, un peu vielles, alors que le bibliothécaire semblait toujours se parer de vêtements sortis tout droit de la boutique du créateur. Col amidonné, laine de la veste toujours brossés, aucun pli ne faisait défaut, à part ceux qui venaient se faire naturellement au détour d’une pose. Il était soigné, comme un mannequin de vitrine, et même ses cheveux soigneusement en désordre ne faisaient qu’y ajouter une touche de désinvolture juvénile. Octave, se sachant observé d’ailleurs, décroisa ses jambes et ses talons claquèrent au sol. Il se retourna de quelques degrés sur sa chaise de bureau, de sorte à faire quasiment dos autant au bureau qu’au tableau, et continua sa lecture, jouant toujours des parles entre ses doigts.

Des élèves passaient, le regardant à peine, ayant pris l’habitude de son indifférence lorsqu’il s’agissait de la paperasse, que chacun se devait de remplir de son propre chef. Cela dit, même s’il semblait ne prêter attention à personne, il était quasiment impossible de sortir de la bibliothèque sans signer le registre d’emprunt. Si Octave semblait distrait, les élèves avaient vite appris que ce n’était absolument pas le cas et qu’il tenait tout rigoureusement en ordre. Comme s’il avait des yeux dans le dos. Octave préférait considérer cela comme un sixième sens pour la filouterie. Il n’avait pas passé l’été à restaurer les dégâts causés l’année scolaire précédente juste pour qu’une poignée d’adolescents ne soit en mesure de lui voler quelques ouvrages ! Ecoutant ce que lui soufflait son instinct, alors qu’il entendait derrière son épaule quelqu’un creuser le parchemin d’une plume aiguisée, Octave claque son livre et se retourna pour constater de qui il s’agissait.

« Ah, Monsieur Somerset, dit-il d’un ton mielleux tout en faisant pivoter d’un coup de talon au sol sa chaise pour faire face à l’adolescent, vous tombez bien. »

Octave esquissa un soigneux sourire en coin, malicieux et vaguement fourbe, mais en même temps se voulant étrangement charmant. A couvert de paupières mi-closes et de cils entremêlés, il toisa le jeune homme avec anticipation. C’était pour la première fois qu’il lui parlait et qu’il le regardait ainsi ouvertement, mais cela ne voulait certainement pas dire qu’il n’y avait prêté davantage d’attention avant. Le nom de famille lui était familier et il y avait accordé un intérêt particulier la première fois qu’il l’avait lu dans son registre. La noblesse britannique était un petit cercle, certes pas aussi réduit que cela de la noblesse sorcière, mais le monde était globalement petit pour ces gentes communautaristes, qui adoraient tenir des registres pour suivre pas à pas leur belle lignée. Octave se souvenait d’avoir jadis croisé un Somerset à une soirée mondaine, mais impossible de savoir s’il s’agissait d’un proche du jeune homme bien rangé qu’il avait devant soi présentement. Cabrant sa belle taille et posant sa lecture sur la table, toute de bois de rose, Octave désigna d’un geste large de la main la petite pile de livres que les élèves avaient constitué au cours de cette journée sur le coin gauche opposé du bureau. C’était les ouvrages rendus à ranger, accumulés aujourd’hui, dont le bibliothécaire allait s’occuper sous peu. Puis, il posa ses deux mains devant soi en entremêlant ses doigts avant de poursuivre :

« Je suis absolument ravi que vous trouviez la bibliothèque si agréable que vous y passiez la plupart de votre temps libre, cependant… Cependant il est quasiment l’heure d’aller dîner et je suppose que vous avez faim. Moi aussi, j’aimerai vaquer à mes occupations personnelles après la fin de la journée, mais cette initiative s’est trouvée plus d’une fois compromise. Voyez-vous… Les élèves oublient tous de ranger de temps en temps leur lecture, mais vous êtes bien le seul qui l’ayez fait de manière systématique. » D’un mouvement du regard, Octave invita Sir Somerset à regarder la pile de livres trônant sur son bureau, puis à poursuivre la route vers le sol, où d’autres piles s’érigeaient en tours de Babylone. Une soixantaine ouvrages, environ. Le bibliothécaire accentua son sourire entendu. Si Monsieur Somerset prêtait bien attention, les livres qui trônaient au sol n’étaient autres que ceux qu’il avait jadis abandonnés dans divers coins de la bibliothèque et qu’Octave avait soigneusement gardé de côté pour cette occasion spécifique. Ce moment magique où il allait en accumuler suffisamment pour que le rangement prenne assez de temps pour représenter une leçon à apprendre. « Si au début j’ai pris la peine de tout remettre en ordre là où vous avez abandonné vos affaires tel un sinistre golem, cela a rapidement pris fin alors que je me suis rendu compte que ce n’était pas un manque d’attention de votre part, mais bel et bien de la négligence. Monsieur Somerset, je vous invite donc à ranger tout ce que vous avez accumulé comme désordre les deux derniers mois. Il me semble que vous êtes à Nuncabouc ? C’est parfait, je n’aurais donc pas à vous confisquer votre baguette pour vous forcer à effectuer votre dur labeur à la main. » Les belles perles indonésiennes, ballotant à son poignet agile, tintaient délicatement, brillant de leur éclat nacré.

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NUNCABOUC6ème année
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MessageSujet: Re: [ 21 Octobre 1997] - Les piles de l’austérité. Jeu 1 Juin 2017 - 18:56

Trois livres. Et aucun d’entre eux n’avait de rapport avec le devoir de Métamorphose qu’il rédigeait consciencieusement durant l’après-midi. La table de travail de Leroy Alexander Somerset, premier petit-fils du Duc de Beaufort, était un chantier savamment organisé. Ici, il y avait un parchemin froissé ; là, un livre grand ouvert et délaissé depuis près d’une heure déjà ; non loin, deux plumes différentes aux couleurs chatoyantes et à la pointe aiguisée. Là encore, un autre ouvrage, un parchemin couvert de son écriture élégante et mesurée, un brouillon devenu inutile, un mouchoir brodé négligemment posé sur un sac en cuir de qualité. Un petit marque-page magique en forme de poney cavalait joyeusement au milieu de la table, trop content d’être libéré de sa charge pour quelques heures. La cape grise du jeune homme reposait sur le dossier de sa chaise de bois, inutile pour l’instant. Et Leroy ? Où était-il ?

Oh, mais il était juste un peu plus loin, en train de lire un lourd tome à la couverture sombre debout entre deux rayonnages. Il avait laissé sa table sans surveillance, sachant pertinemment que peu de personnes ne s’aventuraient dans ce coin de la bibliothèque. Qui d’autre, à part lui, se perdait entre deux étagères remplies de livres traitant des civilisations magiques de la période classique ? Peu de monde, assurément. C’était d’ailleurs pour cela qu’il avait établi son petit nid dans ce coin-là. Au moins, il était certain d’être tranquille. Des conversations des autres élèves ne lui parvenait qu’un petit bruit diffus. Ce n’était pas désagréable de savoir qu’il n’était pas totalement seul. Cependant, c’était aussi agréable de ne pas être en capacité de comprendre chaque mot de la conversation sans doute passionnante qui se déroulait à deux rayonnages de là. Il ne voyait pas les autres. Les autres ne le voyaient pas. Mais il savait qu’ils étaient là. Et c’était purement suffisant.    

Pourtant, l’heure tournait et il était bientôt temps de mettre les voiles. Leroy commençait à avoir faim et la troisième partie de son devoir restait encore à l’état de brouillon. D’un splendide brouillon plein de panache, il ne fallait pas en douter. Bon, se disait-il en consultant sa montre, il pouvait se permettre de revenir lendemain pour continuer. Il avait espéré terminer dans la journée mais… C’était sans compter la civilisation toltèque pour qui il venait de se prendre de passion. Aucun rapport avec la Métamorphose, certes. Mais c’était fichtrement intéressant. Et la bibliothèque de Poudlard était une mine d’or pour qui savait chercher. Mais… Il était temps de partir, non ? Octave Holbrey, le maître des lieux, n’allait sans doute pas tarder à faire comprendre qu’il était plus raisonnable de décamper que de prendre racine entre deux étagères.

Et puis, il fallait bien manger. Même si les repas de la Grande Salle avaient perdu de leur faste. Pas de viande, pas de sel, pas de sauce, une table miteuse. C’était une torture. Il comprenait mieux la lutte du prolétariat d’un coup. Enfin, là n’était pas le sujet. Avec une nonchalance toute étudiée, le garçon se dirigea vers ses affaires, ouvrage en main, afin de les ranger soigneusement au fond de son sac. Hop, on enroule les parchemins, on classe les brouillons, on enferme les plumes dans leurs boites de bois verni et on fait disparaître le marque-page-poney entre deux pages. On récupère ses propres livres et on abandonne ceux qui ne servent à rien et qui ne nous appartiennent pas. Une petite habitude bien réglée. Un petit coup d’œil pour vérifier qu’il n’oubliait rien –sauf les trois livres posés en une pile parfaite- et Leroy s’éloignait de sa table de travail, sa cape valsant derrière lui dans un balai d’étoffes.
Les uniformes des Nuncaboucs n’étaient pas vraiment ce qu’il y avait de plus seyant, il convenait de le noter. Néanmoins, Leroy, en homme de goût autoproclamé, faisait au mieux. Les tissus étaient un peu usés et la couleur dépassée, mais il avait tenté de flatter au mieux sa longue silhouette. Un col anglais, un petit nœud de cravate, un pull liséré aux couleurs de la Non-Maison… Hum. Pouvait mieux faire. Clairement. Autant essayer de planquer l’ensemble sous sa cape élimée. Politique totalitaire et injuste, songea Leroy avec un pincement au cœur. Il ne pouvait pas se dépêcher de tous les sauver, l’autre Élu, là ? Au moins de sauver Poudlard et les pauvres élèves mal fagotés et peu mis en valeur par cet uniforme miteux. Le sens des priorités chez Leroy, c’était quelque chose…    

Parlant chiffons : en s’approchant à pas de chat du bureau, Somerset en profita pour observer à la dérobée l’adulte responsable des lieux. L’homme était toujours bien habillé et savait se mettre en valeur, aucun doute là-dessus. C’était d’ailleurs la seule raison pour laquelle Leroy dédaignait tourner son regard vers lui. Ce n’était pas tant par mépris que par habitude. Le petit personnel pouvait être si transparent parfois… Lady Cosima avait toujours affirmé que c’était là leur fonction première : ils devaient savoir se faire oublier pour effectuer les tâches qui leur étaient confiées. Leroy n’y avait jamais trouvé à y redire. Pour tout avouer, il ne s’était même pas posé la question du bien fondé de la chose. C’était ainsi. Et puis, c’était tout.  

Cependant, cela ne voulait pas dire que Leroy ne savait pas admirer quelqu’un vêtu avec goût. Et Octave Holbrey, jusqu’à preuve du contraire, aimait se mettre en valeur. Il suffisait de jeter un coup d’œil rapide à son accoutrement pour s’en rendre compte. Comme souvent, l’élégance était de mise, ce qui n’était pas pour déplaire au jeune homme. Si Leroy négligeait la personne, l’être humain masqué par les tissus, il ne dédaignait que rarement l’apparence. Ce n’était assurément pas pour rien qu’on le pensait frivole et futile. Toutefois, que l’on le veuille ou non, pensait Leroy, le paraître en disait bien plus long sur les gens qu’ils ne voulaient bien le croire. Et, même si nombre de menteurs assuraient le contraire, on jugeait toujours autrui sur son aspect extérieur. Les vêtements, l’attitude, la voix, la manière de parler, les regards, les petits gestes qui parasitaient chaque instant mais qui rendaient la personne vivante. Cet ensemble aussi complexe que complet dressait alors un tableau général de la personne que l’on pensait avoir en face de nous. La question était ensuite de savoir si le dit tableau était réaliste ou si ce n’était qu’une fugace impression. Mais, de l’avis de Leroy, c’était alors bien trop de travail. Et ce n’était pas toujours intéressant.

Donc, lui se contentait généralement du strict minimum. Et, ayant conscience de son attitude superficielle, il n’en ressentait pas la moindre once de culpabilité. Pourquoi faire après tout ? On avait beau essayé de retirer toutes les couches successives d’un oignon, au final, cela restait toujours un oignon.
De fait, s’il avait su apprécier l’acéré sens de l’élégance d’Octave Holbrey dès les premiers jours de son règne au sein de l’empire bibliothécaire, le petit fils du Duc n’avait jamais pris la peine de chercher à savoir qui était l’Empereur. Hé, dans quel but l’aurait-il fait ? Ce dernier restait lui aussi purement indifférent à la marmaille bruyante et parfois peu travailleuse qui hantait ses précieux rayonnages. L’indifférence affrontait donc l’indifférence. Et c’était très bien ainsi.

Aussi, ce fut dans le plus grand silence, sans même daigner baisser le regard vers le bibliothécaire qui affairait à Sa-Majesté-Savait-Quoi, que le jeune aristocrate se pencha au-dessus de l’épais registre des emprunts. Aujourd’hui, il avait opté pour un lourd ouvrage d’Histoire de la Magie portant le doux titre de Magie du Sang à Tula : Rites sacrificiels et chamanisme toltèque. Le nom de l’auteur était malheureusement masqué par le bras du jeune homme qui gardait le livre pressé contre son buste. Une lecture bien étrange pour un élève mais qui était en parfaite adéquation avec le reste de ses emprunts. Ce n’était peut-être pas exactement le genre de bouquins que l’on s’attendait à trouver sur la table de chevet –qu’il ne possédait plus depuis son installation dans le cloaque sordide qu’était le dortoir des Nuncabouc- d’un garçon comme lui.

Plume dégainée, l’aristocrate marquait une nouvelle fois le registre de son nom, s’imaginant déjà plongé dans sa passionnante lecture quand une voix, accompagnée d’un raclement de chaise, l’interrompit. Tournant lentement son regard sombre en direction de celui qui avait prononcé son patronyme, Leroy arqua un sourcil surpris. De toute évidence, il ne s’était pas attendu à ce que quelqu’un lui parle. Encore moins à ce que ce soit Octave Holbrey qui lui adresse la parole. Pourtant, l’adulte était bien là, un sourire que Leroy identifia en suivant comme venimeux au coin des lèvres. Et il prononçait son nom. Et il lui disait qu’il tombait bien.

« Oui ? Que puis-je pour vous ? » demanda le jeune homme d’un air égal, son long corps toujours plié au-dessus du registre, la plume pendant au bout de sa main droite.

Leroy ne prit pas même la peine de se demander comment –et pourquoi- l’homonyme du Premier des Princes connaissait son nom. En réalité, il aurait été surpris du contraire, convaincu comme il l’était que Tout-Poudlard savait tout ce qui avait à savoir sur lui. Surtout depuis que sa situation avait été mise au jour.
De toute façon, pas le temps de se poser la moindre question que le bras d’Octave Holbrey l’invitait à observer ce qu’il se passait plus loin sur le bureau. Toujours d’un air placide et égal, Leroy suivit d’instinct le bras du regard pour découvrir des piles d’ouvrages. Oh. Les rouages de son cerveau commencèrent à se mettre en branle rapidement. Il y avait rien d’innocent à ce que l’Empereur l’interpelle. Rien n’était jamais innocent dans la vie.

« Je suis absolument ravi que vous trouviez la bibliothèque si agréable que vous y passiez la plupart de votre temps libre… » Humhum. Super. Cela lui faisait une belle jambe. « …cependant… Cependant il est quasiment l’heure d’aller dîner et je suppose que vous avez faim. Moi aussi, j’aimerai vaquer à mes occupations personnelles après la fin de la journée, mais cette initiative s’est trouvée plus d’une fois compromise. » Oui. Et ? « Voyez-vous… Les élèves oublient tous de ranger de temps en temps leur lecture, mais vous êtes bien le seul qui l’ayez fait de manière systématique. »

Ho-oh. Cela sentait sacrement les problèmes.

Découvrant les livres posés au sol, Leroy ne mit pas même une seule seconde à comprendre ce qu’il se passait. Il se redressa simplement pour laisser pendre l’ouvrage qu’il empruntait au bout de son bras. D’instinct, il s’était déjà figuré le pourquoi de cette soudaine prise de parole. Il avait un sixième sens presque animal quand il s’agissait de ses propres bêtises. Il n’avait que terriblement conscience de lui-même et de ses agissements. Et il ne s’en sentait jamais coupable. C’était le jeu après tout. Il aimait monter des piles de livre sur sa table de travail avec engouement. Et il les laissait s’effondrer en fin de journée avec plaisir. Déplacer les livres de la bibliothèque, n’en lire que le sommaire et les oublier plus loin était l’une de ses petites manies. Et l’une de ses petites passions. C’était comme plonger la main dans un sac de grains de café n’ayant pas encore été moulus. C’était agréable.

Alors oui, Octave Holbrey qualifiait cela de négligence et on ne pouvait guère lui donner tort. La vérité voulait que cela soit de la négligence désirée mais bien loin de Leroy l’idée de lui signaler. Quelque chose suggérait que le Premier des Princes le savait déjà.
Laissant vagabonder son regard sur les reflets nacrés des perles enserrant le poignet de l’adulte, le jeune homme ne prit qu’un instant pour réfléchir à sa réponse. Un sourire tranquille fleurit sur son visage et ses yeux pétillèrent durant un bref moment quand ils remontèrent vers le visage d’Holbrey.  

« Hé bien, Monsieur Holbrey, c’est sans doute une fâcheuse erreur de ma part. J’étais bel et bien convaincu que le rangement des ouvrages consultés était un impératif dévolu aux maîtres des lieux. Miss Pince m’avait pourtant bien assuré que c’était le cas. Je m’en vois désolé, vraiment. »

Désolé ? Vraiment ? Il n’avait pas tellement l’air désolé, Leroy. Il se contentait de sourire d’un air placide, presque comme si tout cela n’était qu’un regrettable malentendu. Effectivement, cela ne pouvait qu’être qu’un regrettable malentendu, n’est-ce pas ? Leroy n’était sans doute pas du genre à laisser traîner ses affaires partout, en sachant pertinemment que quelqu’un viendrait les remettre en place dès qu’il aurait le dos tourné. Non, bien sûr que non. Il ne pouvait pas être comme cela. Cela n’aurait pas été en adéquation avec l‘image de garçon propre-sur-lui-et-bien-sous-tous-les-rapports qu’il s’efforçait d’entretenir auprès des représentants de l’autorité. Ou peut-être que si.  

« Peut être devriez-vous appeler un elfe. » suggéra-t-il, les yeux pétillants d’une lumière malicieuse.

Non pas qu’il pensait pouvoir s’enfuir grâce à cette feinte grossière mais… Oh. Et puis, qui ne tente rien n’a rien, comme disait l’autre. De toute façon, l’ex-Serdaigle ne pouvait décemment pas refuser ouvertement l’offre qui lui était faite. L'offre, oui. Après tout, le bibliothécaire l’invitait à ranger ses livres. Il ne le lui ordonnait pas, il ne le lui commandait pas. Il n’utilisait pas son statut de représentant de l’autorité. Il exigeait avec une exquise politesse que le jeune homme nettoie son bazar. Comment Leroy pouvait-il refuser ? Il n’était jamais qu’un élève –pire que cela, il était un Nuncabouc !- et un élève devait se soumettre à l’autorité. Surtout dans un contexte comme celui-ci.

« Oh, après tout, un Nuncabouc vaut aussi bien qu’un elfe, n’est-ce-pas ? » lança-t-il d’un air peu concerné en agitant la main.

Comme toujours, il s’efforçait de maintenir les apparences. Il n’avait pas l’intention de se retrouver en porte-à-faux vis-à-vis d’Holbrey. Pas plus qu’il n’avait envie de se frotter à la Tour de Babel et ses ziggourats que l’adulte avait savamment entassées au pied de son bureau. Il n’était pas certain que la Tour de Babel ait effectivement des ziggourats mais l’image lui plaisait assez. Hum, il devait bien y avoir, dans cet antre aux merveilles, un livre traitant du sujet. Ah, il lui tardait d’aller le chercher. Et de le déplacer. Et de l’abandonner. Les habitudes ont la vie dure.

Leroy pouvait refuser d’obéir. Bien sûr qu’il le pouvait. Il en payerait le prix mais il le pouvait. Mais c’était stupide. Et Leroy aimait penser qu’il était tout sauf stupide. De fait, il ne désobéirait pas. Mais il comptait être d’une lenteur exemplaire. Après tout, il était notoire qu’il ne se privait jamais d’être un parfait petit casse-pied. Ce n’était pas amusant sinon.
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MessageSujet: Re: [ 21 Octobre 1997] - Les piles de l’austérité. Ven 2 Juin 2017 - 16:21

Octave le regardait. Il le regardait. Non pas comme l’on pourrait esquisser superficiellement le relief de quelque chose nous entourant pour en prendre vaguement conscience, mais avec application, une attention toute particulière qui aurait pu donner l’impression au sujet que l’on essayait de lire son esprit, à condition que l’esprit soit loquace. Ou l’unique objet en ce monde, si l’esprit était doté d’avenante vanité. Peut-être était-ce bien le cas, puisqu’ils étaient maintenant seuls dans cette bibliothèque que Sir Somerset avait eu la bonté de vouloir quitter le dernier. Aubaine pour lui et son amour-propre, ainsi que pour ce qui allait lui advenir. Bien qu’intense, l’intérêt porté était sincère, motivé toutefois par la prudence de celui qui ne quittait pas des yeux quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Et puis, les yeux fuyants, ce n’était pas de bon goût du tout.

Octave, sourire leste aux lèvres, détaillait donc ce visage pour de bon, l’incrustant dans sa mémoire par la force du portrait. Il avait une belle figure, le diable. Narines finement ciselées, palpitant nerveusement au moindre souffle, qu’il fut donné de son nez à l’arrête fine ou de sa bouche aux lèvres charnues. Courbes vertigineuses, deux sommets pointaient presque avec désinvolture, captant de leur moiteur la lumière orangée des bougies, accentuant l’empourpré de sa lippe si replète qu’elle bombait les coins de sa bouche. Un bel arc que voilà, se dessinait en ombre entre ses deux lèvres closes. Pommettes hautes, saillantes de dureté sans lui donner l’air plus sévère pour autant, juste quelque peu fragile. Avec de telles joues, s’il n’avait pas été doté de cette pâleur honorablement aristocratique, Sir Somerset aurait probablement ressemblé à l’un de ces sauvageon, impavide guerrier indigène à l’ossature protubérante et à l’épiderme farineux. Mais le freluquet était tout en longueur, jusqu’à son visage, semblant sortir tout droit d’un club au bras d’Oscar Wilde, très probablement. L’air d’un indiscipliné damoiseau, déjà veule et oisif malgré son jeune âge. Ou peut-être justement à cause de lui. Nuque blanche et joue sanguine, cheveux soigneusement peignés et d’un beau brun qui renforçait ce regard bistré, voir basané, étrangement vif pour un visage aux traits peut être acérés, mais somme toute indolents. Il n’y avait que de l’alanguissement sur sa figure, une tranquille paresse, lassitude bien ancrée dans chaque muscle. Et puisqu’aucune rancœur ne s’y mêlait, ce qui aurait pu renvoyer à une vie injuste, Octave supposa une existence si tranquille qu’elle ne lui avait laissé le feu nulle part. Décidemment, que les expressions changeaient les visages ! Peut-être que l’un de ses sourcils droit et joliment relevé lui aurait aspiré l’image d’une âme ardente, mais tout demeurait plus ou moins immobile. Séduisant quand même, mais lymphatique. On pouvait au moins lui envier son air gracieusement languide. Jusqu’à faire oublier que ce ton régulier n’était probablement pas le fruit d’un caractère uni, mais plutôt d’une indifférence marquée.

Il y avait donc une certaine satisfaction lorsque l’on parvenait à forcer les rouages de se visage à se mouvoir ne serait-ce qu’un peu. Son regard s’illumina d’une étincelle nouvelle, phénomène fascinant à observer tant il semblait mal se prêter à pareille figure. D’autant que l’émotion n’était pas l’ennui de l’habitude, mais bel et bien quelque chose qui faisait doucement vrombir dans l’inconfort. Et puis, que l’on se croie maître de l’univers ou simple abeille de ruche, participant à quelque chose qui était plus grand que soi, il y avait forcément quelque chose d’ennuyeux à se faire souligner ses manquements, aussi minimes soient-ils. Principalement parce qu’on lui demandait présentement d’en payer le prix. Enfin, ce n’était pas tout à fait exacte, mais la chose était présentée de cette manière-là en tout cas. Tout allait dépendre maintenant de la réaction qu’allait lui servir l’adolescent. S’il allait se répandre en myriade d’indignations les unes plus fleuries que les autres, invoquant son nom, sa fortune, la collection d’œufs Fabergé de son grand-père, le caveau familial, l’arbre généalogique, comme certains sangs-purs le faisaient parfois. Il s’il allait nier, ainsi que tout bon jouvenceau de son âge, ne souhaitant pas affronter les punitions d’une école qui s’était montrée particulièrement rude ces derniers temps. Ou s’il allait simplement baisser les yeux, que ce soit en éternel soumis ou en cœur humble reconnaissant sa faute. Pourtant, Octave sentait la discussion venir. Une revendication directe ou voilée, des négociations d’enfant, la plainte de celui que l’on forçait à être déférent. Un sourire naquit en miroir à celui du bibliothécaire sur le visage de l’élève ; une gentillesse paisible et polie qui s’apprêtait peut-être à flatter, ou à faire mine que l’explication de cette situation était toute autre que ce qu’on lui imputait. Je ne suis pas coupable, monsieur le juge ! Ce n’est pas moi, c’est ma main ! Ou les autres. C’est la faute à la guerre, nous sommes tous opprimés !

« Hé bien, Monsieur Holbrey, c’est sans doute une fâcheuse erreur de ma part. J’étais bel et bien convaincu que le rangement des ouvrages consultés était un impératif dévolu aux maîtres des lieux. Miss Pince m’avait pourtant bien assuré que c’était le cas. Je m’en vois désolé, vraiment. »

Maître des lieux disait-il ? Octave s’en flatta quelques secondes avant de se dire que ce fut probablement remplacé à la dernière seconde dans l’esprit du jeune homme pour qu’un « domestique » ou « valet » n’en sorte. Et le jouvenceau continuait à sourire de sa bouche joliment potelée d’un sourire sans saveur. Le genre de sourire qui ne remontait pas jusqu’au yeux, laissant les paupières immobiles et le regard clair et grand ouvert. Octave, en bon élève patient qu’il était, continuait à le regarder comme si lui aussi, découvrait quelque chose. Il se pencha même légèrement vers l’avant lorsque l’adolescent injecta une nuée de paillettes dorées dans son regard de chêne, lui suggérant de faire appel à ce qui s’apparentait à un domestique. Le concerné ne broncha pas davantage, même les perles s’étaient arrêtées de bruire. L’invective du désespoir ? Pourquoi ne pas tout de suite se soustraire ? Pourquoi lutter ? D’autant que l’affaire était on ne peut plus claire. Octave ne s’était pas adressé à Sir Somerset pour faire appel à ses qualités organisationnelles, ni à son talent de balayeur. Mais il n’était pas de ceux qui forçaient par l’ordre ou la sommation, il préférait largement la force de la raison. Qui plus est, il aimait discuter, donc palabrer des heures ne le dérangeait pas, même si c’était pour convaincre quelqu’un qu’il allait quand même devoir finir par faire ce qu’on lui demandait.

« Oh, après tout, un Nuncabouc vaut aussi bien qu’un elfe, n’est-ce-pas ? »

Voilà qu’il arque boutait son poignait avec désinvolture, l’air de renoncer en dégradant sa propre stature. Essayait-il donc de faire appel à la pitié en la courtoisie qu’il avait supposée voir dans la demande du bibliothécaire ? Lui administrait-il de la bonté ? Octave soupira avec légèreté, baissa un peu ses lourdes paupières pour toiser la table, comme s’il considérait la situation une nouvelle fois, ce qui n’était évidemment pas le cas ; il se préparait au jeu. Puis soudain, il perça à nouveau Sir Somerset de son regard de jade et le collier de nacre roucoula à son poignet, glissant entre ses doigts déliés.

« C’est bien que vous ayez utilisé le mot « maître » et non un quelconque synonyme de son contraire. Car cela veut dire que j’ai parfaitement le droit, en tant que souverain, de définir les règles qui régissent cet endroit, qu’elles soient parfaitement injustes ou non. Ce que je n’aurais pas pu faire si vous m’aviez qualifié de… larbin, admettons. Merci pour ce pouvoir. »

Octave se leva souplement de son fauteuil de cuir vieilli, qui couina alors que l’absence de son poids regonflait les tissus d’air. S’il fallait jouer sur les mots et les flatteries, soit. On n’a d’autorité que ce qu’on nous accorde, n’est-ce pas ? Et Somerset, dans sa grande mansuétude, même si elle était feinte, venait de tous les lui donner. Maintenant il était trop tard et Octave était quasiment certaine de ne pas le voir se reculer en se justifiant « Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ! ». Avec un physique pareil, tout en longueur et en vulnérabilité, il devait s’être habitué à perdre sur le corps, et devait donc refuser de perdre sur les mots. Le bibliothécaire contourna le bureau pour rejoindre l’élève, dont il demeura à distance relative pour garder l’ensemble de son corps dans son champ de vision. Précaution qui n’était pas le fruit d’une crainte, mais d’une banale affabilité.

« Laissez donc ces discours de dépréciation à ceux qui y croient vraiment, aux assidus fonctionnaires ministériels qui se découvrent un sens à la vie ou à ceux que cette vieille idéologie donne enfin un peu d’importance. Dans une autre situation, un elfe aurait probablement valu plus qu’un Nuncabouc, si le but avait été d’être efficace dans le dur labeur qu’est le rangement. Mais notre cas est tout autre. Vous valez plus qu’un elfe, et vous savez pourquoi ? Parce que la vocation existentielle d’un elfe est d’obéir. C’est le sens de leur vie et la majorité d’entre eux en tire une grande satisfaction. Or, le but ce soir n’est pas de ranger à proprement parler, c’est de perdre du temps en faisant quelque chose que vous auriez dû faire au cours de ces deux derniers mois. Réjouissez-vous, vous voilà plus valeureux que ce que vous croyiez. »

Adressant un long regard entendu à l’étudiant, Octave, sans le quitter des yeux, tira sa baguette magique de la manche de son blazer et l’agita dans les airs. Les lourds volants de la porte de la bibliothèque se refermèrent doucement sur elles-mêmes, obstruant à jamais l’échappatoire de cette prison de papier. Ce n’était pas tant une métaphore que le désir d’être tranquille pour exécuter la dernière tâche de la journée qui s’imposait. Cachant sa baguette, Octave posa sa main perlée sur le tas de livres laissés par les élèves. C’était son labeur du soir. Le rangement de ce qui avait été rendu durant les dernières heures. Quel drôle d’oiseau, ce Somerset. Il n’aurait pas cru trouver telle créature dans les environs, la voyant plutôt entourée d’une nuée de précepteurs du monde magique, à lui apprendre tout dans son immense salon de l’aile ouest de sa demeure, derrière des portes closes pour qu’aucun domestique moldu n’ait l’occasion de voir ses prouesses en magie. L’enfant de bonne famille ne se devait-il pas de bénéficier de toute l’attention disponible, quel qu’en soit le prix ? Ah, les parents moldus de Monsieur ne devaient rien y comprendre au point où ils étaient prêts à laisser ce pan de l’éducation à des spécialistes dont ils ne pouvaient de toute manière pas évaluer les capacités. Le voilà donc coincé dans la strate inférieure de l’échelle sociale, le rose de la honte. Cet état de fait aurait rendu quelqu’un dans sa situation soit horriblement venimeux et outré, soit tragiquement mélancolique. Il y avait la négation également. Sauf, bien sûr, lorsqu’il s’agissait de se soustraire à une tâche que l’on ne voulait pas accomplir…

« Miss Pince était bien connue pour tenir plus en considération les livres par lesquels elle était entourée que par les élèves qui venaient la voir. Ce n’était pas la bonté d’une vieille dame dont elle faisait preuve à votre égard, ni ne manifestait un souci pour votre éducation. Moins vous touchiez ses précieux livres, mieux elle se portait. Selon cette logique de préservation, je devrais effectivement passer derrière tout le monde. Sauf les Nuncaboucs. Vous ne devriez même pas pouvoir les toucher, puisque le nouveau régime considère que vous êtes la pire souillure qui n’ait jamais frôlé cette terre. Les elfes de maison n’ont pas accès aux livres, à ce que je sache. Ils n’en ont même pas besoin. Mais je vous propose simplement de quitter les méandres marécageux des nouveaux dogmes sociaux pour en revenir à quelque chose de plus simple et de plus respectable : vous n’avez pas fait preuve de courtoisie envers ce lieu, vos camarades, vous-même, ainsi que moi. Il ne vous reste plus qu’à faire ce que votre caractère-vous à omis de faire, comme le jeune homme responsable que vous êtes. »

Octave lui adressa un sourire malicieux. Bien que son statut ne fût que celui de bibliothécaire, il était d’une façon responsable de l’éducation des jeunes gens qui se réfugiaient en ces murs. Se réduire artificiellement au rôle de gardien n’avait aucun intérêt si c’était pour valoriser davantage du papier que les personnes qui venaient les consulter. Et il était bien connu que l’éducation ne passait pas que par le savoir des domaines plus ou moins abstraits ou généraux imposés par le cursus scolaire. Alors, le bibliothécaire tapota de ses longs doigts aux ongles cruels la couverture du livre en haut de la pile, avant de considérer l’affaire entendue :

« Si vous voulez vous éviter des allers-retours inutiles, je vous conseille d’organiser vos livres par ordre alphabétique d’abord. Mais si vous voulez tracer des kilomètres ou rester ici plus que nécessaire, je n’y vois pas d’inconvénient. »

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