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Hissons nos couleurs ! [27 octobre 1997 ; PV élèves inscrits.]

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APPRENTI(E)Filière enseignement
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    Filière enseignement
AVATAR : Kaya Scodelario
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire et Bicurieuse
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 1 octobre 1976
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MessageSujet: Hissons nos couleurs ! [27 octobre 1997 ; PV élèves inscrits.] Mar 30 Mai 2017 - 17:19


La voix d'Astrid résonnait dans le couloir en même temps que ses pas. Les quatre élèves qui s'étaient inscrits l'attendaient déjà. Carrow n'était pas présent, comme prévu avec lui. Elle lui avait demandé de ne pas venir, se sentant prête à faire cours seule. L'idiot qu'il était avait évidemment accepté, ne pensant pas une seule seconde que sa petite protégée faisait en réalité partie de l'Ordre du Phénix. Après tout, comment pouvait-il deviner tant que Rogue ne lui disait pas ? Il n'y avait aucun risque que l'un des Carrow comprît ce qu'elle faisait, pour le moment et elle n'allait clairement pas s'en plaindre. Loin de là, même.

~ Le roi et ses pairs ont enfermé la reine à bord d'un bateau de plomb. Nous naviguerons et par ses pouvoirs, moi et mes frères vogueront.

Le chant était clairement perceptible, même si elle se trouvait encore à plusieurs dizaines de mètres de la salle. Elle ne se cachait pas, chantant haut et fort. Après tout, ne la prenait-on pas déjà pour une folle ? Ce n'était pas cela qui allait changer quelque chose. Un peu plus ou un peu moins... Elle n'en avait cure. Prenez-la pour une folle, ne vous gênez pas. La demoiselle avait bien d'autres préoccupations. Les élèves, la guerre, sa couverture, l'Ordre du Phénix, ses amis à protéger.

~ Yo ho, sur l'heure... Hissons nos couleurs. Hissez haut, l'âme des pirates, jamais ne mourra. Yo ho, quand sonne l'heure, hissons nos couleurs. Hissez haut, l'âme des pirates, jamais ne mourra.

Astrid arriva près de la porte à ce moment-là, saluant les élèves de la tête, sans pour autant s'arrêter de chanter. Ce chant, c'était le chant de sa famille. Le chant des Shafiq. Le chant des mercenaires. Des nouveaux pirates de ce monde qui avait beaucoup trop évolué pour laisser voguer dans les océans les canailles et les vrais gentlemens. Celui des pirates se retrouvant sur terre à cause d'un monde qui ne leur permettait plus réellement de continuer leurs larcins sur les océans et les mers, en bonne compagnie de leur équipage à commander. C'était sa chanson à elle, celle qu'elle chanterait le jour où elle parviendrait à reprendre le pouvoir à son frère, ce fumier qui avait provoqué directement la mort de leurs parents et d'une grande - trop grande ! - partie de sa famille.

~ Il y a les morts, il y a les vivants, on ne peut fuir le temps. Grâce aux clefs de la cage, il faut payer le diable et piller le levant. Les morts ne peuvent pas faire voile vers les mystères du funeste océan ; mais nous ne sommes et soyons forts et rentrons au port.

Les paroles pouvaient choquer, elle n'en avait cure, continuant sereinement à fredonner. D'un mouvement de baguette, elle déverrouilla la porte de la pièce qui grinça en s'ouvrant. Elle laissa la place aux élèves, les invitants à pénétrer dans son antre d'un mouvement fluide du bras vers elle, accompagné d'une petite courbette idiote pour les détendre. Quand les quatre étudiants furent entrés dans la salle, elle pénétra à son tour dans ce petit paradis et ferma la porte derrière elle, avant de se tourner et de chanter, plus fort encore. Elle observa du fond de la salle les élèves s'installer, attendant qu'ils eussent fini pour s'avancer à nouveau.

~ Yo ho, sur l'heure, hissons nos couleurs. Hissez haut, l'âme des pirates, jamais ne mourra.

D'un pas lent, serein, elle s'avança dans la pièce. Tout en ce faisant, d'un mouvement du poignet habile, visant les tableaux morbides, elle les recouvrit d'un voile blanc, lumineux, créant ainsi une atmosphère bien plus chaleureuse. Le détraqueur enfermé commença même à reculer dans sa cage de verre à cause de la lumière. Pauvre Alfred, pensa ironiquement Astrid, en voyant la masse sombre se ratatiner sur elle-même. Mais elle continua, ne s'arrêtant que quand il ne resta que l'énorme tableau au centre de la pièce, en dessous même des escaliers qui menaient directement à son propre bureau. Un bureau qui n'était que peu investi par les élèves, après tout... La Magie Noire n'attirait pas forcément et c'était bien compréhensible. S'ils savaient, pourtant, qu'en apprenant la magie noire, ils apprenaient aussi à s'en défendre, ils seraient sans doute déjà plus nombreux dans cette pièce et n'iraient plus aux cours de Carrow à reculons. Quoi que, c'était sans doute le personnage qui les dérangeaient plus encore que la matière elle-même.

~ Yo ho, quand sonne l'heure, hissons nos couleurs. Hissez haut, l'âme des pirates, jamais ne mourra.

Enfin, elle arriva jusqu'à son bureau et se tourna vers les élèves. Elle sourit. Un sourire chaleureux et tranquille, qui du faire presque peur aux élèves, tant c'était inhabituel. Elle observa leur réaction à chacun, sans prendre ombrage des expressions ou des chuchotements. Puis, enfin, elle frappa dans ses mains. Le cours commençait véritablement. Un vrai cours. Enfin, ce pourquoi elle voulait faire professeur.

- Aujourd'hui, comme le troll des cavernes puant n'est pas présent, je vais pouvoir réellement exercer mon futur métier, soit la défense contre les forces du mal. Nous allons commencer par une petite série de questions assez simples, puis nous passerons à la pratique.

Nouveau sourire, avant que la femme se retournât vers son "animal de compagnie".

- Bonjour Alfred. Excuse-moi pour le désagrément, mais... Je vais être obligé. Tu comprends, ta présence est ennuyeuse, expliqua tranquillement l'apprenti.

Expecto Patronus. Une magnifique brume argentée sortit de sa baguette, avant de former un beau puma au pelage aussi blanc et lumineux que la plus pure des neiges. L'animal immatériel remarqua rapidement le détraqueur et s'apprêta à lui sauter dessus, mais il fut arrêté à temps par le professeur.

- Sois gentil, ne l'abîme pas trop. Je vais avoir besoin de lui après.

Le puma se replaça alors sur ses appuis, avant de se diriger vers Alfred, s'asseyant juste en face. Sa luminosité fit reculer complètement le détraqueur, qui cherchait à fuir sans en avoir la possibilité. La Shafiq se désintéressa bien vite du spectacle, se retournant à nouveau vers ses quatre élèves. Ce fut d'une voix sereine et maîtrisée qu'elle prit la parole.

- Bien, aujourd'hui, nous allons étudier deux choses. La première est une créature que vous connaissez tous et la seconde est le sortilège de protection le plus puissant qui existe encore à ce jour.

Petite pause, la demoiselle sortit de son bureau une craie et métamorphosa l'énorme tableau représentant un homme mourant à cause du maléfice de la momie en un tableau noir pour écrire, cela, d'un informulé bien placé. Sur celui-ci, avec des gestes souples et précis, elle commença à écrire deux titres, puis différentes questions qui lui passaient par la tête. Ils étaient quatre. Huit questions feraient donc l'affaire, quatre pour chaque catégorie.

Détraqueur.

1 - Qu'est-ce qu'ils sont ?!
2 - Que gardent-ils et pourquoi ?
3 - Comment Celui qui nous emmerde - Hm... Non, elle n'allait tout de même pas écrire ça. Elle effaça et reprit. - Celui-dont-le-nom-ne-doit-pas-être-prononcé à cause de son tabou les contrôle-t-il ?
4 - Quels effets néfastes ont-ils sur les êtres vivants ?

Patronus.

1 - Citez-moi deux manières de faire apparaître un patronus.
2 - Quels genre de créatures peuvent-ils faire fuir en dehors du détraqueur ?
3 - Quel était la forme du patronus de l'ancien directeur de Poudlard, Albus Dumbledore et pourquoi est-il si particulier ?
4 - Quelle peut-être l'utilité d'un patronus si ce n'est pas pour se protéger et donc sa variante directe, inventé par Albus Dumbledore lui-même pour les membres de l'Ordre du Phénix, si vous savez ?


Hm. Bien, voilà, ça donnait bien l'ambiance. Astrid pivota sur un pied telle une danseuse, affichant une mine réjouie. Elle ne l'était pas intérieurement et son regard, plongeait dans les abysses, le démontrait, mais elle n'avait pas le droit de se montrer faible. Pour eux, pour ses quatre élèves qui étaient venus vers elle. Elle se devait de montrer une force et un courage dont ils manquaient cruellement dans ce foutu château*. La carapace était en place, le jeu était joué. Oyez, oyez, venez donc découvrir la nouvelle comédienne sur scène, Astrid Shafiq..!

- Chaque élève doit répondre à deux questions, une de chaque catégorie. Vous pouvez choisir les questions que vous voulez. Sachez que vous ne risquez rien, donc lâchez-vous. Dite ce qui vous passe par la tête.

Astrid passa par-dessus son bureau d'un saut de chat, puis s'installa confortablement dessus, attendant que les filles - il n'y avait que ça, en même temps - commençassent à répondre à ses questions. Elle les observait avec un sourire, alors que de son côté, son patronus continuait de s'amuser à faire peur au détraqueur, le puma allant jusqu'à feuler vers celui-ci. Vraiment, pauvre Alfred. Si tu savais ce qui t'attendait, tu prierais pour que Titi t'achève maintenant, mais non, désolé mon brave. Son sourire s'agrandit quand la première élève leva la main, qu'elle interrogea directement.

- Oui, Miss, dit-elle en hochant la tête.

Quelles seraient ses réponses ? Seul le futur permettrait à Astrid de savoir.

[Hors-jeu : * petit rajout de dernière minute.]

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MessageSujet: Re: Hissons nos couleurs ! [27 octobre 1997 ; PV élèves inscrits.] Lun 12 Juin 2017 - 23:25


 



Sa petite nuit pleine de cauchemards l’avait épuisée. Alors que la journée avait à peine commencé, que les rayons du soleil étaient encore bas et qu’habituellement l’état vaseux du réveil persistait toujours, Andrée tenait à peine debout. Ses yeux, bouffis et cernés, semblaient vouloir se fermer tous seuls. Elle luttait pour deux raisons – elle ne pouvait se permettre de s’endormir en cours et surtout elle savait que ses monstres personnels reviendraient la hanter à peine ses paupières closes. Elle ne pouvait juste pas se le permettre. Elle ne voulait pas montrer sa faiblesse aux autres, ses peurs et ses doutes, ses cris et ses larmes. Certains avaient déjà assisté à tout ça, certains avaient déjà vu comme elle était faible…
 
C’était déjà bien trop.
 
Son père, cet homme sec qui contrôlait ce qu’il montrait en tout lieu toute occasion, aurait honte d’elle. Il lui dirait très certainement qu’elle était une grande fille à présent, bien sûr puisqu’elle était entrée à Poudlard, et que les grandes personnes savaient duper leur entourage et ne leur faire voir que ce qu’elles désiraient leur faire voir – rien de plus et rien de moins. Oh, qu’elle aurait voulu le contenter son papa ! Qu’elle avait autrefois aimé le rendre fier, le rendre heureux d’avoir une fille comme elle, le rendre bavard de compliments et donneur de regards brillants, qu'elle aurait aimé le faire à nouveau ! Elle faisait tout comme il ne fallait pas et pourtant elle faisait de son mieux pour rendre les choses bien. C’était une catastrophe. C’était une succession d’échecs. Elle était nulle.
 
Elle aurait l’occasion de le démontrer une fois de plus un peu plus tard dans la matinée avec le cours de soutien du professeur Shafiq. C’était une alternative que l’école avait mise en place et qui visait à aider les élèves qui avaient du mal avec la matière du frère Carrow. Lorsqu’elle avait vu l’annonce du premier cours, Andrée avait vivement reculé, rebutée par son intitulé. Cours de soutien à l’Art de la Magie Noire, ce n’était certes pas très flatteur comme nom de matière mais cela avait le mérite d’être explicite. Elle en avait eu des échos par la suite en surprenant une ou deux conversations dans sa Salle Commune. À entendre les étudiants, le cours avait été horrible. Entre la présence oppressante de Carrow pendant leurs exercices et les duels contre, et Andrée ne fabulait même pas, la folle enragée, elle avait cru comprendre qu’il ne s’était pas passé dans les meilleures conditions imaginables. « Elle est définitivement tarée », avait-elle surpris un jour – et la réplique avait suivi, acerbe et acide : « Il faudrait l’enfermer ». Après avoir entendu de telles descriptions, il était beaucoup plus facile à la fillette de croire les différentes rumeurs qui couraient sur le professeur dans le château, auxquelles elle n’avait jamais vraiment fait attention – du moins, jamais jusqu’à aujourd’hui.
 
Lorsqu’elle avait vu la deuxième affiche qui annonçait un deuxième cours de soutien, elle avait failli s’enfuir en courant ou passer son chemin en baissant les yeux. Sa main tremblante, témoin de son appréhension, avait néanmoins trouvé la force de sortir plume et encre pour s’y engager. En se forçant à ne pas y penser, elle avait inscrit son nom sur le parchemin noirci. À ce moment, seul un autre élève s’était déjà inscrit, et c’était Aileen. Au moins connaîtrait-elle quelqu’un sur place, songea Andrée avec fatalisme – elle espérait toutefois, sans trop se l’avouer, que d’autres étudiants auraient l’idée lumineuse d’apposer leurs prénoms sur la liste d’inscription. On faisait toujours mieux face à l’adversité à plusieurs, c’était son papa qui le lui avait dit il y avait longtemps.
 
Elle devait le faire.
 
Si elle ne voulait pas finir définitivement défigurée par les Carrow, si elle ne voulait pas écoper de quelque chose de plus grave que de quelques pâles cicatrices sur sa pommette, si elle ne voulait pas perdre plus que sa fierté mal placée, alors elle devait se forcer à aller à ce cours de soutien. Elle était plus que mauvaise en Magie Noire ; ses notes, catastrophiques, oscillaient entre D et A lorsque le professeur Carrow était d’humeur magnanime. Si elle se débrouillait pour ne pas écrire trop d’inepties dans ses devoirs et dans les contrôles théoriques qu’il leur donnait, elle était loin – très loin en vérité – d’être considérée comme bonne lors des exercices pratiques. Une fois, elle avait même récolté un T : à l’humiliation insupportable s’étaient ajoutés les rires moqueurs de ses camarades et la colère noire du Mangemort. Il l’avait collée deux semaines durant, tous les soirs, et l’avait fait récuré plus de salles qu’elle n’aurait aimé l’imaginer. En fait, sortilèges de Métamorphose exceptés, elle était plutôt peu douée pour utiliser sa baguette magique.
 
Évidemment, sa mère n’en savait rien. Elle découvrirait certainement ses notes au moment de recevoir le bulletin final de l’année scolaire, au début de l’été prochain. En attendant, elle lui mentait allègrement. Chère maman, qu’elle écrivait, ne t’inquiète pas pour moi. Les professeurs sont tous très gentils avec moi, je me suis fait quelques amies et mes notes sont bonnes partout. D’ailleurs, j’excelle en métamorphose. Toujours raconter une part de vérité, qu’on lui avait dit un jour, ça faisait mieux passer le mensonge. En l’occurrence, elle était sincère dans sa supplique à ne pas s’en faire pour elle et lorsqu’elle racontait les cours de la vieille MacGonagall.
 
.
 
Assise à la table des Serpentard, Andrée gardait les yeux dans le vide. Ils sautaient d’un élève à l’autre, incapables de se fixer sur un seul point, incapable de se concentrer sur quelque chose de fixe et de concret. Un croissant non-entamé dans son assiette, un bol de chocolat presque plein juste à côté et une pomme encore entière dans sa main gauche – la scène était presque comique. Les autres filles de son dortoir devaient dormir comme des bienheureuses. Elles n’avaient pas cours, elles, et elles ne devaient remonter aucunes de leurs notes, elles. L’amertume rongeait Andrée comme bien trop souvent ces temps-ci, la jalousie également, mais elle avait développé un talent certain pour les dissimuler. Seuls la teinte de ses yeux variait parfois, mais observateur était celui qui différencierait la douce couleur noisette ou bien la rudesse du brun sombre qu’ils pouvaient prendre – elle dirait même mieux : scrutateur était celui qui y parviendrait. Elle discerna quelques visages connus dans la foule, quelques visages méprisés souvent. Rageusement, elle posa sa pomme sur la table et se leva sans qu’elle ne l’ait touchée.
 
Elle n’avait pas faim. Elle n’avait plus faim.
 
La salle du cours de soutien était en réalité la même que celle qu’utilisait le professeur Carrow lors de ses cours de Magie Noire. Elle était située dans les étages et il ne fallait pas beaucoup de temps pour y arriver. Comme souvent, Andrée parvint devant la porte presqu’un quart d’heure en avance. En soupirant, elle s’affala contre le mur : elle ne savait pas ce qui était préférable entre attendre une éternité avant chaque classe ou être vue, esseulée, en train d’errer dans les couloirs ou dans le parc comme une âme en peine. C’était un choix qu’elle devait souvent faire et, à chaque fois, elle décidait que la solitude et le calme valaient mieux que les sifflements moqueurs des Première Année.
 
Bientôt, ceux qui devaient participer au cours avec elle arrivèrent. Elle grimaça lorsqu’elle s’aperçut qu’ils n’étaient que quatre, elle incluse, et elle leva un sourcil en apercevant les couleurs fades de la Nuncabouc qui les avait rejointes. Techniquement, elle n’avait rien contre cette Maison du déshonneur, contre cette sous-Maison, contre cette réunion d’engeances contre-nature – c’étaient les mots même des frère et sœur Carrow. Cela dit, elle évitait d’afficher sa non-haine au grand jour vu comme il était mal perçu de ne pas les mépriser par les temps qui couraient ; elle se contentait d’une froide distance, de regards à la dérobée et d’une pitié soigneusement refoulée. Lorsqu’on leur demandait de s’entraîner dessus, elle serrait les dents et s’exécutait.
 
Elle eut une esquisse de sourire en reconnaissant les deux autres étudiantes : Aileen Phillipson et Abigail Hook. Elle connaissait la première pour l’avoir croisée plusieurs fois et pour s’être faite aider d’elle lors d’une confrontation avec une Deuxième Année. La deuxième, elle ne lui avait jamais adressée la parole mais lui vouait une adoration discrète et fervente : elle se surprenait à l’observer à la dérobée et à imiter certaines de ses mimiques sans qu’elle ne s’en rende compte.
 
Andrée se leva au moment où Aileen arriva devant la porte. « Salut », fit-elle sans vraiment d’enthousiasme. Le stress du cours à venir commençait à lui peser. « Tu veux bien qu’on se mette à côté ? » Elle se détesta un instant pour l’accent geignard qu’elle perçut dans sa voix, mais elle ne pouvait nier qu’elle avait besoin de réconfort.
 
Elles entendirent une sorte de mélopée lointaine, comme un chant aux accents guerriers, et Andrée lança un regard interrogateur à Aileen. On pouvait sans doute y lire quelque chose comme : « Est-ce que c’est elle ? Est-ce que c’est la prof folle ? », mais elle ne dit rien et se contenta de mordiller ses lèvres avec appréhension. Finalement, le professeur Shafiq apparut en chantant avec entrain. La voix qui résonnait dans le couloir faisait comme un écho inquiétant.
 
Le professeur les salua d’une courbette et Andrée leva un sourcil : ça n’avait rien des révérences qu’on leur apprenait dans les bonnes familles françaises. Les quatre filles entrèrent dans la salle et prirent sagement place. Une armoire vitrée trembla et quelque chose de sombre sembla lutter pour en sortir. La silhouette semblait hors d’elle et dangereuse. Pudique, mal-à-l’aise ou effrayée, Andrée détourna les yeux.
 
Elle ne sut dire si l’apparente bonne humeur du professeur était inquiétante, mais c’était au moins très déroutant. Si elle s’attendait à quelque chose en mettant les pieds dans ce cours de soutien, ce n’était assurément pas à cela. Shafiq recouvrit des tableaux aux allures glauques de draps opaques et lumineux et tout fut soudain moins oppressant. La fillette jeta des regards furtifs à droite et à gauche mais n’aperçut nulle part leur professeur habituel de Magie Noire. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Shafiq regagna son bureau et leur offrit un sourire plein de dents : « Aujourd’hui, comme le troll des cavernes puant n’est pas présent », et Andrée ouvrit grand les yeux, comme refusant de comprendre de qui elle parlait, « je vais pouvoir réellement exercer mon futur métier, soit la Défense contre les Forces du Mal. » Cette fois, la fillette eut un mouvement de surprise distinct : si la perspective d’un cours supplémentaire de Magie Noire ne l’avait guerre réjouie, il n’en était pas de même pour une classe leur apprenant à s’en défendre. Elle serait très certainement pitoyablement mauvaise, mais l’heure se présentait déjà sous de meilleurs auspices. Elle n’était pas sûre comprendre le revirement de situation, mais qu’importe – elle allait juste tenter de suivre la leçon. « Nous allons commencer par une série de petites questions assez simples, puis nous passerons à la pratique. » Andrée se mordit les lèvres.
 
Elle avait tellement peu d’avance – tellement de retard en réalité – sur ses cours de Magie Noire que c’en était affolant. Arrête de penser ça, se souffla-t-elle sévèrement. C’est un cours de Défense contre les Forces du Mal, pas de Magie Noire. Elle ne s’attend pas à ce que tu réussisses tout sachant que tu n’en as jamais eu auparavant. Elle avait toujours été très douée pour s’auto-persuader et sa litanie mentale la réconforta un peu – juste un peu.
 
Shafiq se mit à parler à l’armoire et Andrée la regarda avec perplexité : visiblement, le dénommé Alfred et la chose enfermée dans le coffre ne faisaient qu’un. L’adulte prononça quelque chose et fit un mouvement de la baguette qui avait l’air très complexe. Un beau nuage lumineux en sortit et les yeux d’Andrée brillèrent. Quelque fut ce sort, il était magnifique. C’était ce genre de magie qu’elle voulait parvenir à accomplir, parce qu’elle était belle, parce qu’il n’avait pas l’air de faire mal, parce qu’il n’était pas zébré d’obscurité qui faisait peur. La brume prit bientôt la forme d’un gros fauve aux déplacements chaloupés. L’animal se mut vers la cage en verre et la grande forme encapuchonnée recula, affolée. C’était comme si elle voulait s’éloigner de cette apparition pure, comme si elle craignait la lumière autant qu’Andrée craignait la nuit.
 
La fillette se reporta son attention sur Shafiq lorsqu’elle commença à leur expliquer le but du cours : les Détraqueurs – ce qu’était, elle le saisissait à présent, le fantôme noir dans le cube incolore – et le sortilège qui permettait de les pulvériser. Elle ne connaissait rien de l’un et était absolument certaine de ne pas parvenir à faire apparaître ne serait-ce qu’une once de fumée blanche. Les épaules d’Andrée s’affaissèrent et elle baissa les yeux, découragée d’avance. Elle évita même de lire les intitulés des sujets sur le tableau noir tout juste métamorphosé. Ce fut un coup de coup de coude d’Aileen et les explications du professeur qui l’incitèrent à relever la tête : « Chaque élève doit répondre à deux questions, une de chaque catégorie », dit-elle d’une voix posée, toujours souriante. Andrée se demanda comment quelqu’un à la réputation si sombre pouvait se montrer aussi joviale. « Vous pouvez choisir les questions que vous voulez. Sachez que vous ne risquez rien, donc lâchez-vous. Dites ce qui vous passe par la tête. »
 
L’enfant parcourut des yeux les différentes questions. Elle connaissait la réponse à très peu d’entre elles, deux en vérité, et elles appartenaient toutes les deux à la même catégorie.
 
Sa maman lui avait parlé des Détraqueurs, quelques fois, mais jamais dans les détails et certainement pas de la manière dont Shafiq voulait qu’elles en parlent. Elle lui avait décrit leur aspect sommaire – fantôme des contes moldus, sans le boulet de canon qui pendait et aux drapés mouvants et noirs – et lui avait expliqué qu’ils gardaient un endroit qui accueillait les gens très méchants pour protéger la communauté sorcière et le monde moldu. Elle avait ajouté, le regard dans le vague et la main jouant distraitement avec ses cheveux, qu’il n’y en avait pas en France. Pas à sa connaissance, en tout cas, avait-elle aussitôt corrigé avec un sourire. Plus tard, Mr Leigh lui apprendrait avec bienveillance que non, qu’elle se trompait, que la France avait juste plus honte de ses méthodes que la Grande-Bretagne et qu’il ne fallait pas croire à toutes les idées véhiculées par le gouvernement français. Si le but avait été de désacraliser son pays aux yeux d’Andrée, il avait lamentablement échoué : au moins, les français ne se vantaient pas de posséder des super-méchants.
 
Elle laissa couler son regard à sa gauche – Aileen paraissait très concentrée sur le tableau – puis à droite – elle ne parvint pas à déchiffrer l’expression d’Abigail Hook. En se mordant les lèvres, très peu sûre d’elle-même, elle leva la main : elle devrait y passer, alors autant se débarrasser de la corvée immédiatement. « S’il vous plaît, professeur, j’aimerais essayer de répondre », dit-elle d’une petite voix. L’adulte l’invita à continuer. Andrée balança ses jambes d’avant en arrière, beaucoup trop nerveuse pour la situation. Elle tenta de se rappeler les paroles de sa mère : « Les Détraqueurs gardent… une prison », regard interrogatif, « dans le but de protéger les sorciers et les Mol... les sorciers des détenus qui y sont enfermés. » Elle attendit une seconde en essayant de savoir si le professeur Shafiq attendait un complément. « Je suis désolée professeur, je n’en sais pas plus. Et je ne sais rien non plus des… Patronus, si ce n’est que votre gros chat devait certainement en être un. » Pour sa défense, elle n’avait jamais eu l’occasion de voir à quoi ressemblait un puma avant ce jour-là.
 
Elle leva son regard sombre vers Shafiq et attendit une réponse. Elle avait bien conscience qu’elle en avait peu dit mais… mais elle ne pouvait pas inventer ce qu’elle ne connaissait pas, n’est-ce pas ? Et ce n’était pas grave, pas vrai ? Tout ce qu’elle espérait à présent, c’est que son ignorance ne froisserait pas la folle-dingue – même si ladite folle-dingue avait l’air de bonne humeur pour le moment.



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