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[22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ?

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APPRENTI(E)Filière défenseServeuse aux Trois Balais
    APPRENTI(E)
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MessageSujet: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Dim 28 Mai 2017 - 23:42


Scarlett Burton & Octave Holbrey

Les choses avaient moins changées que Scarlett ne le redoutait depuis que le Ministère avait changé de mains. Elle qui s’attendait à assister à des attentats à chaque coin de rue, on entendait seulement parler de nombreuses disparitions. Rien de réellement plus visible que ce qu’il s’était passé depuis un an. Les disparitions s’étaient néanmoins multipliées depuis la mise en place de la commission des nés moldus, les sorciers en danger préférant prendre la fuite et éviter les rafleurs plutôt que finir derrière les barreaux d’Azkaban. Sa mère avait elle-même quitté leur maison depuis bientôt trois semaines, et les nouvelles se faisaient rares, laissant la jeune femme seule pour la première fois depuis longtemps. Elle n’avait plus personne. Enfin, il y avait bien Astrid, mais elles se voyaient rarement ces derniers-temps, la demoiselle Shafiq étant régulièrement en mission pour l’Ordre. La jeune femme ne parvenait pas à retenir la pointe de jalousie qui venait enserrer son estomac à chaque fois qu’elle pensait que sa meilleure amie avait réussi à intégrer l’organisation de manière officielle et pas elle. Mais peut-être qu’elle pourrait prendre la place de sa mère, maintenant que cette dernière était partie. Il y avait Rohan également, dont elle devenait de plus en plus proche, comme deux aimants, et elle ne faisait rien de concret pour se sortir de la situation terrible dans laquelle elle se trouvait. Les révélations de Cassidy continuaient de la hanter, mais elle ne parvenait pas à confronter Rohan à leur sujet. Peut-être parce qu’au fond d’elle, elle savait qu’elle n’aimerait pas la réponse qu’elle obtiendrait. Elle s’était mise seule dans ce pétrin, et elle ne pouvait plus en sortir. Il était trop tard pour seulement fuir, elle se briserait. Pour la première fois de sa vie, elle manquait de courage face à un homme, et il fallait que celui-ci soit un potentiel mangemort aux côtés duquel elle courrait un danger potentiellement mortel, chouette.

C’était une chaude journée de la fin août. La rentrée à Poudlard approchait à grand pas, mais les élèves retrouveraient un village encore plus déserté que celui qu’ils avaient laissé à la fin de l’année précédente. Et avec de nouvelles fréquentations. Depuis la chute du Ministère, les Trois Balais étaient souvent occupés par des Mangemorts délaissant leur habituelle Tête de Sanglier. Et ce jour-là ne dérogeait pas à la règle, quelques-uns d’entre eux occupaient une table non loin de la porte d’entrée. Et William Burton ne cessait de poser un regard froid et inquisiteur sur elle. Comme trop souvent à son goût. Scarlett recommençait à avoir des trous de mémoire ces derniers temps, des moments de flous. Il y en avait moins depuis qu’elle fréquentait Rohan, puisqu’ils passaient presque toutes leurs soirées ensemble après leurs services respectifs. Mais dès qu’elle se retrouvait seule, ses souvenirs se brouillaient. Et elle avait peur, mais elle n’en dirait rien à personne. Elle avait hésité à se rendre chez Chace Peters, son parrain, le père de Carlie. Mais elle craignait que lui plus que quiconque ne l’enferme à Sainte Mangouste pour démence. Et la dernière fois qu’elle était passée chez lui, il était tellement inquiet par l’état de Carlie qui semblait plonger dans une dépression, qu’elle avait préféré essayer de parler à la Poufsouffle plutôt que s’étendre sur ses problèmes à elle.

Scarlett ramena le plateau de verres vides qu’elle rapportait de la terrasse et s’appliqua à les nettoyer encore plus consciencieusement que d’ordinaire. Elle tentait de maîtriser son regard, qui ne cessait d’être attiré par le parchemin qui dépassait de son sac à ses pieds. Une lettre du centre de formation. Probablement ses résultats. La lettre semblait s’être perdue quelques jours avant de finalement arriver chez elle, à moins qu’elle n’ait subit une analyse et une enquête, comme la plupart des lettres devait les subir maintenant. Elle ne l’avait toujours pas ouverte, elle ne voulait pas savoir. Enfin si, elle brûlait d’envie de savoir si elle avait validé son année, si elle avait une place au Ministère chez les aurors, si elle avait enfin terminé ses études. Il lui faudrait alors quitter son travail de serveuse, et même si elle regretterait ce job, elle était prête à entrer dans cette nouvelle partie de sa vie. Impatiente même. Mais elle avait un mauvais pressentiment. Elle n’aurait su l’expliquer, mais elle sentait que les choses seraient trop faciles s’il en allait ainsi. Après tout, elle avait eu l’occasion de se retrouver à deux reprises sous le feu des mangemorts cette année, et jamais cela ne s’était soldé par une victoire de sa part. Ajoutons à cela que sa mère était recherchée par le ministère, et probablement soupçonnée d’appartenir à l’Ordre du Phénix, ce que le nouveau régime n’apprécierait certainement pas, et Scarlett n’était clairement pas la personne la mieux placée pour intégrer les rangs du Ministère. N’y tenant plus, elle posa son chiffon et attrapa le parchemin. Elle prit une profonde inspiration et déchira l’enveloppe, avant de parcourir du regard la courte missive. « … nous avons le regret de vous informer qu’au vu de votre échec à vos examens, nous ne pouvons valider votre année, il vous faudra donc la repasser au centre de formation… ». Elle avait la nausée. Elle le sentait venir, elle ne pouvait même pas réellement dire que c’était une surprise. Et elle se souvenait distinctement avoir réussi l’examen prétendument raté. Mais il ne servirait à rien d’aller contester la décision du jury. Non, elle n’avait plus qu’à retourner achever sa formation, et demander son avis à Kingsley Shackelbot la prochaine fois qu’elle le verrait. Elle attrapa sa baguette et mit feu au parchemin, qu’elle regarda se consumer, comme ses rêves d’intégrer la brigade des aurors. Encore un an, ce n’était rien, mais elle sentait que les choses allaient se corser sous ce nouveau régime. Ce n’était pas comme si les mangemorts potentiellement au pouvoir appréciaient les aurors, ou ceux en devenir…

Lorsqu’elle releva la tête, elle se retrouva nez à nez avec les yeux bleu verts de son père. Chouette, deuxième bonne nouvelle de la journée… Elle remplit le verre vide qu’il avait posé devant lui, certaine que si elle ne trainait pas, il ne s’attarderait pas non plus.

« Une mauvaise nouvelle, ma chérie ? »

Ses fausses marques d’affection la fatiguaient, encore plus parce qu’un partie d’elle, celle qui renfermait quelques traces de la jeune Scarlett, celle qui attendait après ce père disparu, éprouvait une certaine joie à les entendre. C’était comme être schizophrène. Elle soupira, et planta son regard dans celui de William.

« Je ne suis pas ta chérie. J’aurais pu l’être si tu m’avais vu grandir, mais ce n’est pas parce que je te vois presque quotidiennement ici, que nous nous connaissons, ni que tu représentes quelque chose pour moi. Je vous tolère ici, toi et tes petits copains, mais rien ne m’empêche de vous mettre à la porte. »
« J’aimerais bien voir ça, vois-tu. »

Il paraissait amusé, à en juger par son rictus. Mais son sourire ne s’étendait pas jusqu’à ses yeux qui demeuraient froids et menaçants. Il la mettait au défi, mais elle refusait de faire un esclandre. Elle se contenta alors de s’accouder au bar, face à lui.

« Je te l’ai dit, je vous tolère. Mais tu ne dois pas m’empêcher de faire mon travail, il en va de même pour chaque client de ce bar. »
« Tu fais pourtant moins la fine bouche quand c’est ce O’Quinn qui vient te rendre visite jeune fille… »

Elle inspira profondément et serra les poings, se retenant d’effacer le sourire vainqueur qui s’étalait désormais sur le visage de l’homme. Elle n’allait pas s’en sortir. William faisait tourner distraitement son whisky dans son verre, semblant savourer sa victoire. Il allait la rendre folle. Il la dégoûtait encore plus depuis que Cassidy lui avait révélé qu’il appartenait bien au camp des mangemorts.

« Ma vie privée ne te regarde pas, même si nous partageons le même sang. Tu n’es rien pour moi, et ça c’est parce que tu en as voulu ainsi. Inutile de faire comme si mon sort t’intéressait un tant soit peu. Je crois que tes amis t’attendent. Drôle de fréquentations au passage. Ce n’est pas en t’affichant ainsi avec ces personnes que tu t’attireras ma sympathie tu sais ? »

Elle lui adressa un sourire faux, avant de se détourner de lui pour faire un peu de rangement dans les bouteilles derrière elle, mettant ainsi un terme à la conversation. Elle le sentait pourtant toujours dans son dos, à la scruter intensément, elle sentait peser son regard sur elle, dérangeant.

« Tu me brises le cœur ma petite fille, ne peux-tu donc pas croire que les hommes font des erreurs ? Tu en feras toi aussi, tu verras. Embrasse ta mère pour moi la prochaine fois que tu la verras, tu veux ? Sauf si je la croise avant toi, cela va de soi. »

Puis il s’en retourna finalement à sa place dans un éclat de rire qui lui glaça le sang. Etait-il à la recherche de sa mère en fuite ? Cette idée la révulsait. Dans un brouillard indistinct, elle entendit l’hydromel clapoter dans la bouteille qu’elle tenait à la main, au rythme des tremblements qui l’agitaient. Elle aurait voulu pouvoir se confier à quelqu’un. Raconter toute cette histoire. Astrid préparait sa rentrée à Poudlard, comme apprentie, Scarlett ne pouvait donc pas se tourner vers elle. Et Rohan n’était clairement pas la personne la mieux indiquée pour ce genre de confidences. De même que les personnes qui l’entouraient. Il faudrait qu’elle se confie à quelqu’un de l’Ordre, mais il était difficile d’en croiser un désormais, depuis que le QG n’était plus utilisable et que la plupart était en fuite. Elle était dans une impasse, et elle entendait encore ce rire résonner dans ses oreilles. Elle était seule.

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Mar 30 Mai 2017 - 4:04

Octave aimait ranger. Transformer le chaos en ordre. On l’y avait habitué depuis sa plus tendre enfance ; chaque objet avait sa place et surtout, chaque objet pouvait trouver une place, même si ce n’était pas vraiment la sienne. Son grand-père aimait les sous-entendus, alors la plupart des enseignements qu’il semblait prodiguer avaient souvent un sens double. Il ne l’avait jamais menacé pour de bon, ni donné de leçons sans équivoque. Ses avertissements avaient toujours eu le goût désagréable d’une métaphore simplifiée exprès pour être au mieux intégrée par un esprit limité. Alors, lorsqu’il se penchait sur Octave pour lui expliquer comment se tenir correctement, ou faire son lit, il avait la fâcheuse impression d’être imbécile au point que son vieux grand-père ne soit contraint de simplifier son langage rien que pour lui. Chaque habitude gardée depuis l’âge tendre était née là, à l’un de ces moments d’humiliation implicite. Des instants infiniment insignifiants à priori, et pourtant gravés dans la mémoire, par la force de leur manière à tendre vers une forme de vérité qui dépassait de loin la situation et qui renvoyaient davantage à un comportement général. Octavian, tu ne devrais pas t’intéresser à de la littérature de ce goût… vois-tu, ce n’est pas parce que quelque chose, ou quelqu’un, est original, que ça le rend utile. Mon garçon, tu sais qui est Edwin Bowen ? Non ? Personne ne le connait, en réalité, probablement parce qu’il a le même talent pour la musique que toi. Tu ne veux pas être un Brown, n’est-ce pas ? Le Brown était depuis devenu son Monsieur tout le monde à lui. Qu’est-ce que Borwn aurait-il fait ? se demandait parfois encore Octave pour ne surtout pas tomber dans la stérilité, la perte de temps et l’incompétence. Comment Monsieur Brown n’aurait-il pas rangé cette bibliothèque ?...

Octave aimait ranger. Jusqu’à un certain degré cependant. Comme tout le monde, il s’usait à trop faire. Et il fallait avouer que cette bibliothèque était non seulement immense, mais également en très mauvais état lorsqu’il y avait posé le pied pour la première fois. Comme à chaque fois qu’il entreprenait quelque chose, quelle que fusse le sujet de son entreprise ou son importance, il s’y dévouait entièrement pour faire de son mieux. Il n’était pas quelqu’un qui supportait de rester longtemps sans travailler, sans tendre à quelque chose, sans essayer d’accomplir ne serait-ce que la plus insignifiante ambition, satisfaire une impulsion. Raison pour laquelle, s’il n’était pas en train de besogner, il lisait ; et s’il ne lisait pas, il étudiait un quelconque sujet. Bien entendu, il ne se tuait pas à la tâche et l’oisiveté paisible le séduisait parfois plus qu’il ne l’aurait souhaité. Cela dit, s’il ne se tuait pas à la tâche, il pouvait facilement s’y oublier jusqu’à s’en épuiser. Même si sa première rencontre avec le nouveau directeur n’avait pas été si prometteuse qu’on aurait pu l’espérer de la part de son employeur -un peu de motivation bon sang !- Octave avait abordé sa fonction avec beaucoup de sérieux. Il avait toisé avec défi ces tas de cendres, ces lambeaux de vieux livres déchirés, et se voyait déjà être l’architecte du renouveau, de la renaissance ! Parfois, il fallait surévaluer un peu sa tâche pour se donner le courage de l’accomplir et cela avait marché. Un temps. Le rangement avançait bien, mais franchement…. Franchement. Il n’en pouvait plus, ça commençait à devenir relou. Et les balades répétées dans le parc ou dans l’enceinte du château avaient fini par ne plus être d’un grand remède. Si le mois de juillet fut quasiment entièrement dédié au tri méthodique des ouvrages intactes et à la restauration de ceux qui l’étaient moins, Octave sentit son enthousiasme caler vers le début du mois d’août. Plus rien ne pouvait égaler l’odeur de vieux papier moisi, celle de la poussière sèche et, encore plus étrange et dérangeante puisque si semblable à celle de la chair consumée, la senteur dissipée de cuir brûlé. Il avait beau eu aérer que les émanations méphitiques refusaient de partir, se distillant seulement au fur et à mesure qu’il avançait dans ses rangements. Cela aurait pu le motiver, mais il commençait à être sérieusement fatigué de son nez constamment pris et obstrué par la poussière cendrée qui s’échouait des pages carbonisées lorsqu’il les touchait pour s’en débarrasser. Eternuer toutes les dix minutes n’était franchement pas drôle.

Pour se changer les idées et voir du monde, Octave avait pris l’habitude de descendre au bar du petit village. D’une certaine manière, lui qui avait habité la plupart de son temps dans de grandes villes, se rendre compte que Pré-au-Lard se limitait à trois épiceries et deux bars dignes de ce nom était déprimant. Tu tournes trois fois à gauche et tu reviens direct au centre-ville. Mais la belle découverte advint la première fois lorsqu’il se rendit compte qu’une véritablement communauté de Mangemorts s’était établie dans les environs depuis la mort de Dumbledore, à la manière de hippies pour Woodstock. Quasiment tous les soirs, ils remplissaient les petits bars de leurs grosses carcasses et y demeuraient jusqu’à la fermeture. En parfait opportuniste sans vergogne, Octave avait décidé de se mêler naturellement à la foule avant le début des cours pour se faire une idée du terrain et gagner quelques alliés. De ceux qui se satisfaisaient de quelques bières gratuites pour raconter toutes les péripéties d’une vie et confier les peines du cœur. Se faire des amis était primordial, surtout si le lieu n’était pas très bien connu et la situation totalement nouvelle, mais Octave devait s’avouer que sa démarche avait eu une toute autre raison.

De grands yeux, cheveux de feu et une longue et belle gorge de cygne qui se prolongeait en décolleté sculptural. Qu’elle avait bien grandi, cette jeune fille. Scarlett. D’une certaine manière, elle l’effrayait quelque peu, étant, à part sa propre mère, la seule personne encore en vie qui le connaissait depuis aussi longtemps. Elle constituait l’un des rares lien tangible avec son passé et ce fait le rendait quelque peu nerveux par moment, comme si elle était capable de divulguer un secret parfaitement horrible à son sujet, sorti tout droit de la tendre enfance. On ne pouvait pas dire qu’il l’avait beaucoup appréciée au début. Elle n’avait été qu’un voluptueux poupon, une véritable brioche à la chair moelleuse. Mais elle avait de grands yeux, si grands qu’il l’avait tout de suite surnommée « le crapaud ». Il ne pouvait décemment pas dire avoir éprouvé beaucoup d’affection pour cette larve blanche, fille d’amies de son grand-père, avec laquelle il devait passer du temps en bon hôte de maison. Il l’avait détestée. Beaucoup. S’était imaginé en train de lui casser ses petits bras dodus et ses doigts en allumettes plus d’une fois. Heureusement, les sentiments vindicatifs étaient passés et avec, le ressentiment, morts dans un tourbillon d’animosité accumulée. Etrangement, alors qu’il avait tenté de garder son passé enfoui le plus loin possible, le destin n’avait eu de cesse de mettre Scarlett sur son chemin, et ce parfois de la manière la plus curieuse. L’on pouvait dire qu’ils avaient presque grandi ensemble ; en tout cas ils s’étaient observés grandir et Octave avait constaté avec une certaine joie que le crapaud qu’il avait tant abominé avait éclos en une belle fleur, autant dans son cœur que dans la splendeur d’un riche corps de femme. Alors qu’il avait fui le pays, pensant trouver la tranquillité ailleurs, ainsi que quelques réponses, elle lui avait écrit une lettre qu’il avait mis beaucoup de temps à découvrir, puis à lire. Son père était revenu dans sa vie, lui rendant visite dans le bar où elle travaillait encore. Elle craignait quelque chose. Scarlett…

Il était descendu dans le village dès le premier soir de son retour pour lui rendre une visite, mais elle ne s’y trouvait pas. Ne souhaitant pas dévoiler leurs liens à quiconque, y compris son employeuse, Octave se retint de lui demander les horaires de la jeune fille. Il fut donc contraint de revenir à plusieurs reprises, sans jamais la trouver, finissant par varier les heures du jour et de la nuit. Mais rien n’y faisait, il semblait la rater systématiquement depuis quelques semaines, se contentant de passer ses heures à picoler en compagnie douteuse et attendant de voir Scarlett apparaitre dans l’encadrement de la porte.

C’est donc avec un certain fatalisme qu’il pénétra ce soir aussi dans l’enceinte des Trois Balais. Madame Rosemerta le toisa avec cet air de légère indifférence, comme l’on finissait par éprouver pour un client un peu trop régulier pour que l’on soit contraint de lui faire la cour à chaque fois. Ce cher William était là et Octave vint s’asseoir juste à côté de lui, non sans lui avoir donné au préalable une très légère tape amicale sur l’épaule. Depuis le temps, les deux hommes avaient eu le temps de faire relative connaissance, se limitant toutefois gentiment à ce qu’une table et deux boissons alcoolisées permettaient. William… L’intérêt était double. Déjà parce que William était Mangemort, mais surtout parce qu’il était le père de Scarlett. Ce dernier ignorait d’ailleurs complètement les liens qui unissaient encore aujourd’hui Octave et sa fille du fait de sa parfaite absence pendant l’enfance de la jeune femme. D’une main experte, par habitude, le bibliothécaire de Poudlard sortir un paquet de cartes pour une partie réglementaire de Poker, de Dame de Pique ou de Dourak – jeu d’origine russe qu’il avait appris aux Mangemorts de la région et qui amusait beaucoup principalement parce que la traduction de Dourak était littéralement « l’idiot » ou « le crétin ». Tant qu’à se faire des connaissances, autant le faire de manière agréable.

Et tandis qu’ils entamaient dans un vacarme conséquent -puisque la dernière partie avait été justement un Dourak et que le perdant s’était récolté une rasade généreuse de coups de poing sur l’épaule avec un rire gras- une deuxième partie de cartes, Octave releva joyeusement un bras en direction du bar et ordonna une tournée générale. Il n’avait pas tout de suite regardé le comptoir en grondant sa commande de cinq pintes de bière et sa voix faillit dérailler lorsqu’il le fit enfin. Derrière le comptoir en vieux bois au vernis craquelé, le crapaud. Il s’y était attendu pourtant. En fait il était à la base venu exactement pour ça, pour voir les yeux vifs de son enfance. Mais pas dans ses conditions-là ! Pas entouré de Mangemorts et encore moins en compagnie épanouie de son père, qu’elle soupçonnait de n’être pas très net. Heureusement pour sa vie vécue, Octave détourna bien vite son regard pour se concentrer sur la partie en attendant…

En attendant la fermeture du bar, en fait. Il n’y avait que ça qu’il pouvait faire pour espérer parler à Scarlett. Mutiques, mutins, ils passèrent l’heure suivante à se toiser en biais, à couvert de regards et le plus discrètement possible, se faisant mutuellement de grands yeux scrutateurs et particulièrement suspicieux. Lorsqu’elle exagérait ainsi cette moue insistante, cela devenait tout de suite très visible car elle écartait ses déjà grands yeux et alors, ses pupilles ressemblaient à deux grosses feuilles de nénuphar, flottant sur la surface de deux larges étendues laiteuses. Le blanc de ses yeux brillait dans le noir tamisé de la pièce et Octave, même lorsqu’il ne la regardait pas, sentait qu’elle lui transperçait diverses parties du corps de ses flèches. A vrai dire, c’était précisément le genre de situation où il n’y avait pas grand-chose à faire à part essayer de ne pas transpirer ou rougir. L’alcool aidant, il devait bien avoir un dégradé naturel allant du roux de sa barbe jusqu’au rosé de ses joues… Mélange très improbable très certainement.

Lorsque l’heure sonna de partir, Octave prétendit de ranger longuement ses cartes et les quelques gallions gagnés, de ne pas être complètement capable de se lever à cause des vapeurs de téquila dans la tête, de devoir attendre un peu pour ne pas vomir… Alors qu’il se trouvait en fait très lucide, mais jouer le débauché était tout un art et trébucher sur les mots, bégayer et faire tomber maladroitement ses clés de sa poche ou un verre de la table était un exercice qu’il connaissait par cœur. C’est donc avec un certain succès qu’il mima la maladresse, croisant le visage de Madame Rosemerta qui faisait rouler ses yeux dans ses orbites, se disant qu’elle allait devoir attendre que l’imbécile daigne ramper à quatre pattes jusqu’à la sortie… Octave attendit patiemment que la propriétaire du bar ne se fatigue à l’observer décuver et s’en aille en laissant les clés à Scarlett. Dès que la vieille fut partie, il se redressa lentement sur sa chaise, révélant paisiblement sa lucidité toute claire et, redressant en dernier sa tête, il toisa Scarlett d’un regard parfaitement limpide, un peu étrange, très perçant, comme s’il essayait de la sonder. Un sourire pénétrant finit par étirer ses lèvres et il déclara d’une voix légèrement roque :

« On n’aurait pas pu trouver meilleur contexte pour des retrouvailles. Rien de tel qu’une belle intrigue pour dramatiser la scène. Ton père est très régulier dans ses visites, très présent. Ca ne s’est donc pas amélioré depuis que tu m’as écrit. Il a parlé plusieurs fois de toi dans son entourage, soulignant qu’il était fier de toi, que t’étais sa fille… Charmant, non ? »

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Crédit : Abi
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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Jeu 1 Juin 2017 - 17:45

Il y avait trop de bruit dans le bar. Les rires gras de ces saoulards de mangemorts résonnaient dans son crâne, mélangé aux échos des battements de son sang dans ses tempes. Scarlett étouffait. Elle posa la bouteille qu’elle tenait à la main, fit signe à Mme Rosmerta de venir prendre sa place au bar pour deux minutes, et se réfugia dans la réserve, comme elle l’avait fait quelques semaines plus tôt après les révélations de Cassidy. Des tremblements incontrôlables agitaient ses mains, la peur lui vrillait les tripes. Quand il en venait à son père, Scarlett perdait tous ses moyens. Si elle avait l’air bravache face à lui, leurs échanges la laissaient toujours dans un état pitoyable, et elle était certaine qu’il le savait. Et qu’il s’en amusait. Serrant les poings, elle se força à prendre plusieurs profondes inspirations, résistant à l’envie de fuir ce bar pour aller se saouler à la Tête de Sanglier avec Rohan. Elle était trop fragile ce soir, et elle craignait de tout déballer. Ce n’était pas d’elle. Mais là, elle était à bout, entre le centre de formation, les menaces de son père et tout ce qu’il se passait ces derniers temps. Sa vie était beaucoup trop compliquée. Une fois à nouveau maitresse d’elle-même, la jeune femme retourna à son poste derrière le bar, laissant Mme Rosmerta retourner en salle.

« Hé, cinq pintes de bière par ici ! »

Dès qu’elle entendit la voix, Scarlett se tourna pour trouver son propriétaire. Et heureusement qu’à cet instant elle ne tenait pas de verre ou de bouteille, sinon celle-ci se serait bruyamment écrasée au sol. Elle l’avait instantanément reconnu. Et le fantôme qui sembla passer sur le visage de celui qui l’avait interpelée lui indiquait également qu’il la remettait totalement. Octave Holbrey. Ce fantôme de son passé, celui qu’elle connaissait depuis toujours, cet adolescent qui l’avait vu grandir et qu’elle avait vu vieillir. Assis à nulle autre table que celle des mangemorts, juste à la droite de William. Le choc partiellement passé, elle acquiesça et s’attela à préparer la commande. Par Merlin, que faisait-il là ? Elle n’avait pas eu de nouvelles de lui pendant un long moment, elle n’était même plus sûre qu’ils se croiseraient de nouveau, maintenant que chacun menait sa vie d’adulte. Et pourtant, le voilà qui débarquait dans son bar. Il savait qu’elle travaillait là, elle le lui avait mentionné dans la lettre qu’elle lui avait envoyée à la fin du mois de janvier, quand William avait fait son apparition. Il était la seule personne au courant de l’histoire, puisqu’elle l’avait engagé quelques années plus tôt pour retrouver la trace de son père. Il était naturellement la seule personne vers laquelle elle avait pu se tourner à cet instant. Et le voilà qui fricotait maintenant avec ce même William, semblant même plutôt complice avec lui et ses amis mangemorts. Depuis quand les fréquentait-il ? Elle leur apporta finalement leur commande, feignant un immense sourire, alors que la nausée grandissait à chaque pas qu’elle faisait dans leur direction. Elle distribua les pintes, évitant le regard de William quand ce fut son tour, et termina par Octave, dans les yeux duquel elle planta son regard. Pour toute personne autour de cette table, on aurait pu croire qu’elle flirtait avec lui. Mais Octave pouvait voir les flèches qu’elle lui envoyait.

Il ne restait qu’une heure environ avant la fermeture du bar, qui mettrait finalement fin à son supplice. Scarlett la passa à fusiller Octave du regard, ou à lui faire les gros yeux, de derrière le bar. Elle s’était plantée bien en face de lui, il ne pouvait pas la louper. Et il lui répondait. Une espèce de ballet silencieux s’était installé entre eux, chacun baissant la tête quand ils pouvaient être pris en flagrant délit de conversation silencieuse. Elle n’en revenait toujours pas qu’il soit là, face à elle. Et malgré la colère qu’elle ressentait à son égard de trainer ainsi avec son père, il était la personne qu’elle voulait voir. Le seul à qui elle pouvait aujourd’hui se confier sur l’ensemble des moments pourris de cette journée, puisqu’il savait tout d’elle. Sa couverture, ses origines, ses opinions. Il la connaissait mieux que personne, bien qu’il ait mis du temps à l’apprécier. Elle le sentait, gamine, qu’elle était une épine dans son pied. Elle qui le considérait plutôt comme son grand frère. Heureusement, le temps et l’âge avaient aplani les choses entre eux.

Scarlett était tellement occupée à faire des reproches silencieux à Octave, qu’elle en avait oublié l’heure. Et ce ne fut que lorsque Mme Rosmerta se planta devant elle que la jolie rousse se réveilla.

« Cesse donc de le dévorer des yeux c’ui là, et range plutôt ton bazar là derrière. Je te laisserai fermer, voilà les clefs ! Bonne soirée, pas de bêtises ! »

La tenancière lui fit un clin d’œil joueur, avant d’attraper son sac et de prendre la direction de la sortie. Elle était une amie de sa mère, les deux femmes s’appréciaient, et elles travaillaient depuis tellement de temps ensemble maintenant qu’elle lui faisait entièrement confiance pour gérer la boutique. Scarlett la salua en souriant, avant de poser son regard sur Octave, qui ramassait ses cartes tombées au sol une à une. Elle poussa un soupir, décidant de ne pas aller lui donner un coup de main. Viendrait-il seulement lui parler ? Ou se comporterait-il comme l’adolescent ingrat qu’elle avait connu ? Elle s’empara plutôt des verres sales qui trainaient sur le bar, et entreprit de les nettoyer d’un coup de baguette. Si d’habitude elle aimait bien faire elle-même la vaisselle, elle n’était pas assez sûre de ses mains pour tenter l’expérience ce soir. Elles avaient encore tendance à trembler de façon inopinée. Puis elle croisa son regard, posé sur elle, transperçant. Et cette moue rieuse. Elle le reconnaissait bien là.

« On n’aurait pas pu trouver meilleur contexte pour des retrouvailles. Rien de tel qu’une belle intrigue pour dramatiser la scène. Ton père est très régulier dans ses visites, très présent. Ca ne s’est donc pas amélioré depuis que tu m’as écrit. Il a parlé plusieurs fois de toi dans son entourage, soulignant qu’il était fier de toi, que t’étais sa fille… Charmant, non ? »

Scarlett leva les yeux au ciel. Elle avait envie d’exploser. De lui envoyer tous ces verres sales à la figure. Mais non, ce ne serait pas une réaction des plus mâtures, il n’avait rien fait de mal après tout. Elle s’accouda au bar, laissant sa magie s’occuper de sa vaisselle.

« Excuse-moi, je crois que je vais vomir. Tu n’as sûrement pas dû percevoir l’ironie dans son ton. Lui, fier d’autre chose que ses manigances ? Laisse-moi rire. Il considère que me voir travailler ici est du gâchis, il me l’a déjà dit plusieurs fois. De même qu’il a laissé entendre qu’il savait… Beaucoup de choses à mon sujet. »

Elle parlait trop, beaucoup trop. Tellement que c’était risqué, si Octave avait décidé de retourner sa veste comme elle le craignait. Elle ne savait plus quoi penser, elle était en colère après lui, elle se sentait trahie qu’il fasse ami-ami avec cet homme qui la terrifiait. Alors qu’il le savait.

« Et qu’est-ce que tu fais là toi d’abord ? Depuis quand tu traines avec des Mangemorts ? Avec... Lui en particulier ? A quoi tu joues, Octave ?! »

Son ton était sec, tranchant. Une part d’elle s’en voulait de s’emporter contre lui comme ça. Elle aurait préféré que tout cela lui passe au-dessus, que ça ne l’atteigne pas. Elle n’aimait pas se sentir vulnérable ainsi, ce n’était pas d’elle cette faiblesse. Elle se sépara du bar et ouvrit les bras, avant de les laisser tomber, excédée par son impuissance.

« Mince, j’aurais été tellement contente de te voir si tu n’avais pas passé ta soirée à boire avec eux ! »


HJ : J’ai pris la liberté de mettre des mots sur la commande d’Octave, j’espère que ça ne t’embête pas :) Sinon dis le moi et je modifie ça ! :)

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SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Ven 2 Juin 2017 - 16:21

C’était étrange de la regarder ici et maintenant. Sa mère, c’était normal, elle était sa mère et l’avait accompagné du berceau, si ce n’est concrètement au moins métaphoriquement, jusqu’à l’âge adulte, car tel était en théorie son rôle. Mais Scarlett avait été dès le début évaluée comme une intruse. Dans sa vie, son ordre, ses préférences et surtout, sa vision structurée des choses et telles qu’elles devaient être. N’ayant pas eu l’occasion de sortir souvent, ni de se confronter à d’autres enfants en rapport avec leurs parents, Octave n’avait jamais vraiment eu de point de comparaison. Il n’avait pas véritablement fréquenté les jeunes gens de son âge, ses parents l’ayant encouragé à entretenir plutôt des rapports avec des adultes qu’avec des adolescents. Question d’exemple à suivre, supposait-il maintenant. Et à écouter les parents, leurs enfants étaient toujours les mieux éduqués, le plus beaux, les plus tendres, les plus obéissants, alors il s’était convaincu par comparaison que son grand-père n’avait pas été rude à son égard sans raison. Que son rapport n’était peut-être pas si injuste, étant donné les excellentes recommandations prêtées aux rejetons des autres. Mais avec l’arrivée de Scarlett dans les parages, Octave avait partiellement perdu ses repères car son grand-père, d’habitude si revêche et sec avec lui, s’émerveillait sur le poupon comme si c’eut été la chose la plus sacrée de cette existence. Parce que c’était la réponse à laquelle on l’avait habitué, après avoir ressenti le toucher brûlant de la jalousie, Octave avait fini par se remettre en question, se demandant si son ancêtre s’était penché sur lui de la même manière qu’il le faisait présentement sur le berceau de la petite Scarlett. La tendresse s’était-elle évaporée avec l’âge ? N’était-elle destinée qu’aux poupons roses et enveloppés de dentelles, comme cela arrivait souvent avec les vieilles personnes, qui voyaient en cet amas de chair un reflet de leur propre mort ? Mais la petite grandissait et il continuait à s’extasier comme un homme des cavernes devant la première flamme, retombant en enfance. Le spectacle était tout aussi étrange qu’insupportable. Octave s’était senti négligé au profit du crapaud et ce, sans qu’aucune explication valable ne parvienne à remettre la situation correctement en perspective sans le déprécier lui. Et pour cela, à cause de la jalousie dévorante que lui avait jadis inspiré Scarlett, il l’avait détestée. Elle grandissait et quelle que fut son caprice, son grand-père l’avait aimée d’un cœur tendre.

Maintenant, avec le recul, Octave percevait mieux les mécanismes qui avaient régi les membres de sa famille, mais cela avait eu le temps de le rendre aigre pendant un bon moment. Et même lorsqu’il avait fini par apprécier Scarlett durant leur enfance, une pointe de haine avait subsisté, ayant mis beaucoup de temps à se dissoudre. Là, elle était telle qu’il l’avait gardée dans ses souvenirs, un peu fatiguée peut-être, mais belle, innocente et fougueuse, sa chevelure de feu crépitant comme des braises à cause du stresse qu’il lui avait causé par son apparition. Il n’était même pas certain qu’elle ait un jour pris conscience du désastre que sa présence, et celle de sa famille, avait suscité en lui. Un véritable tremblement de terre qu’il aurait peut-être préféré ne pas vivre. Ou pas de cette façon. Mais la faute n’avait jamais été ni celle de Scarlett, ni la sienne. Les années mises pour le comprendre avaient représenté une véritable souffrance. La rancune s’était évanouie avec le temps et les efforts répétés. Ainsi, Scarlett se tenait devant le bar, vague rappel de son passé, et Octave sentait son cœur battre un peu plus fort à chaque coup. Elle non plus, la vie ne l’avait pas épargnée d’une certaine façon et ils devaient bien rappeler l’un à l’autre quelques mauvais souvenirs. Toutefois, chacun reflétait à l’autre le chemin qu’ils avaient parcouru depuis ce matin d’été où Octave avait pour la première fois découvert l’enfant dans le berceau.

« Excuse-moi, je crois que je vais vomir. Tu n’as sûrement pas dû percevoir l’ironie dans son ton. Lui, fier d’autre chose que ses manigances ? Laisse-moi rire. Il considère que me voir travailler ici est du gâchis, il me l’a déjà dit plusieurs fois. De même qu’il a laissé entendre qu’il savait… Beaucoup de choses à mon sujet. »

Il ricana doucement avant de vider le fond de bière qui restait dans sa choppe. Elle semblait en colère et il y avait de quoi. Lui non plus, n’aurait pas été très satisfait de la trouver en pareille compagnie, quoi que leur rapport aux choses fût bien différent. Octave se frayait un chemin dans les failles alors que la jeune femme était bien trop concernée par ce qui se passait pour pouvoir se fondre dans le décor sans sursauts de conscience. Rassemblant ses cartes, le bibliothécaire se rapprocha d’un pas nonchalant vers le bar, rejoignant le tabouret juste en face de Scarlett. L’observant, il lui souriait doucement. Visage veiné de rouge, yeux brûlants… Elle était bien énervée et semblait incapable de lutter contre la suspicion que toute cette histoire lui avait inspirée. Enfin, heureusement pour elle, il n’avait pas de mauvaises intentions, loin de là. La couvant d’un regard mielleux et affable, il se mit à paisiblement tasser les cartes de ses doigts agiles, la laissant vider son sac et son lot de questionnements parfaitement légitimes. Dans un soupir entendu, il demeura silencieux un moment avant de réponse, yeux baissés sur son exercice de souplesse :

« J’ai été engagé en tant que bibliothécaire à Poudlard. »

Son regard remonta vers la serveuse pour constater sa réaction et un sourire fleurissait déjà jusqu’à ses yeux, sachant parfaitement que la phrase en elle-même ne faisait pas vraiment sens. Lui ? A la bibliothèque ? C’était une blague ? Pire encore que la vision de sa personne entourée de Mangemorts. Et en plus, puisqu’il semblait si joyeux, on aurait clairement pu penser à une plaisanterie. Il se tenait prêt à rire de soi, parce que même lui n’y croyait pas totalement jusqu’au bout. C’était tellement tranquille. Ca ne lui ressemblait pas. Ou si ? Qu’est-ce qui lui ressemblait d’ailleurs ? D’être entouré de Mangemorts, à coup sûr…

« Je me suis dit que vu la situation, j’avais autant me faire des amis là où il faut, là où cela me sera utile plus tard. L’autorité, c’est eux maintenant. Alors il vaut mieux pour moi que je me les mette dans la poche avant que ça ne se corse au château, parce qu’après, ce sera trop tard. Donc calme-toi, je fais simplement preuve d’opportunisme. L’avantage c’est que peut-être un jour ton père finira par être honnête avec moi à ton sujet. »

Octave soupira lourdement, se remémorant la lettre que la jeune femme lui avait envoyé il y a quelques mois de cela, au moment où il avait été beaucoup trop loin et surtout beaucoup trop distrait pour se préoccuper des soucis d’un fantôme du passé. Qui plus est, en étant sous le soleil brûlant de l’Australie, à l’abri de quelques palmiers et les orteils dans le sable éclatant, il avait eu du mal à se peindre les péripéties de Scarlett, se sentant complètement étranger à ce qui se passait en Angleterre. Il n’en avait plus voulu, de tout cela. De la pluie, des visages mornes et de la dictature montante qui emplissaient les vies de souffrance. Octave n’avait pas eu l’intention de l’abandonner à son sort, mais se trouver si loin et dans un état d’apaisement tel qu’il avait fini par considérer la situation d’un œil distant, sans une once d’empathie. Soufflant avec lassitude et abandonnant la lettre au pied de son hamac, il s’en était débarrassé comme d’une ennuyeuse facture. Plus tard, plus tard… Pour le moment, c’était sieste et téquila au citron. Scarlett était grand après tout… n’est-ce pas ? Octave ferma les yeux un instant, sentant qu’il avait fait preuve d’un égoïsme constant, surtout que la jeune femme ne lui avait pas écrit par hasard. Dans un coin de son esprit, il avait su qu’elle lui faisait confiance sur le sujet pour une raison bien précise, et maintenant il s’en voulait.

« Je suis désolé de ne pas avoir répondu plus tôt. Je n’ai même pas d’excuse. Je suis là depuis fin juin. J’étais descendu plusieurs fois au village sans jamais te trouver au bar. William était là et je me suis dit que je pouvais toujours essayer de récolter l’information à la source. Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais vous êtes tous les deux dans une situation très délicate. Parce que autant pour l’un que pour l’autre, tu n’es clairement pas la fille idéale pour lui et son statut, et il n’est pas le père qu’on aurait pu désirer pour toi, vu tes occupations. Quand est-ce que tu vas commencer tes études d’aurore au fait ? Tu serais plus en sécurité au ministère avec ton nom de famille qu’ici. Ca n’a pas changé avec lui ? T’as toujours des… trous noirs ? »

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Crédit : Abi
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[22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ?

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