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[22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ?

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APPRENTI(E)Filière défenseServeuse aux Trois Balais
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MessageSujet: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Dim 28 Mai 2017 - 23:42


Scarlett Burton & Octave Holbrey

Les choses avaient moins changées que Scarlett ne le redoutait depuis que le Ministère avait changé de mains. Elle qui s’attendait à assister à des attentats à chaque coin de rue, on entendait seulement parler de nombreuses disparitions. Rien de réellement plus visible que ce qu’il s’était passé depuis un an. Les disparitions s’étaient néanmoins multipliées depuis la mise en place de la commission des nés moldus, les sorciers en danger préférant prendre la fuite et éviter les rafleurs plutôt que finir derrière les barreaux d’Azkaban. Sa mère avait elle-même quitté leur maison depuis bientôt trois semaines, et les nouvelles se faisaient rares, laissant la jeune femme seule pour la première fois depuis longtemps. Elle n’avait plus personne. Enfin, il y avait bien Astrid, mais elles se voyaient rarement ces derniers-temps, la demoiselle Shafiq étant régulièrement en mission pour l’Ordre. La jeune femme ne parvenait pas à retenir la pointe de jalousie qui venait enserrer son estomac à chaque fois qu’elle pensait que sa meilleure amie avait réussi à intégrer l’organisation de manière officielle et pas elle. Mais peut-être qu’elle pourrait prendre la place de sa mère, maintenant que cette dernière était partie. Il y avait Rohan également, dont elle devenait de plus en plus proche, comme deux aimants, et elle ne faisait rien de concret pour se sortir de la situation terrible dans laquelle elle se trouvait. Les révélations de Cassidy continuaient de la hanter, mais elle ne parvenait pas à confronter Rohan à leur sujet. Peut-être parce qu’au fond d’elle, elle savait qu’elle n’aimerait pas la réponse qu’elle obtiendrait. Elle s’était mise seule dans ce pétrin, et elle ne pouvait plus en sortir. Il était trop tard pour seulement fuir, elle se briserait. Pour la première fois de sa vie, elle manquait de courage face à un homme, et il fallait que celui-ci soit un potentiel mangemort aux côtés duquel elle courrait un danger potentiellement mortel, chouette.

C’était une chaude journée de la fin août. La rentrée à Poudlard approchait à grand pas, mais les élèves retrouveraient un village encore plus déserté que celui qu’ils avaient laissé à la fin de l’année précédente. Et avec de nouvelles fréquentations. Depuis la chute du Ministère, les Trois Balais étaient souvent occupés par des Mangemorts délaissant leur habituelle Tête de Sanglier. Et ce jour-là ne dérogeait pas à la règle, quelques-uns d’entre eux occupaient une table non loin de la porte d’entrée. Et William Burton ne cessait de poser un regard froid et inquisiteur sur elle. Comme trop souvent à son goût. Scarlett recommençait à avoir des trous de mémoire ces derniers temps, des moments de flous. Il y en avait moins depuis qu’elle fréquentait Rohan, puisqu’ils passaient presque toutes leurs soirées ensemble après leurs services respectifs. Mais dès qu’elle se retrouvait seule, ses souvenirs se brouillaient. Et elle avait peur, mais elle n’en dirait rien à personne. Elle avait hésité à se rendre chez Chace Peters, son parrain, le père de Carlie. Mais elle craignait que lui plus que quiconque ne l’enferme à Sainte Mangouste pour démence. Et la dernière fois qu’elle était passée chez lui, il était tellement inquiet par l’état de Carlie qui semblait plonger dans une dépression, qu’elle avait préféré essayer de parler à la Poufsouffle plutôt que s’étendre sur ses problèmes à elle.

Scarlett ramena le plateau de verres vides qu’elle rapportait de la terrasse et s’appliqua à les nettoyer encore plus consciencieusement que d’ordinaire. Elle tentait de maîtriser son regard, qui ne cessait d’être attiré par le parchemin qui dépassait de son sac à ses pieds. Une lettre du centre de formation. Probablement ses résultats. La lettre semblait s’être perdue quelques jours avant de finalement arriver chez elle, à moins qu’elle n’ait subit une analyse et une enquête, comme la plupart des lettres devait les subir maintenant. Elle ne l’avait toujours pas ouverte, elle ne voulait pas savoir. Enfin si, elle brûlait d’envie de savoir si elle avait validé son année, si elle avait une place au Ministère chez les aurors, si elle avait enfin terminé ses études. Il lui faudrait alors quitter son travail de serveuse, et même si elle regretterait ce job, elle était prête à entrer dans cette nouvelle partie de sa vie. Impatiente même. Mais elle avait un mauvais pressentiment. Elle n’aurait su l’expliquer, mais elle sentait que les choses seraient trop faciles s’il en allait ainsi. Après tout, elle avait eu l’occasion de se retrouver à deux reprises sous le feu des mangemorts cette année, et jamais cela ne s’était soldé par une victoire de sa part. Ajoutons à cela que sa mère était recherchée par le ministère, et probablement soupçonnée d’appartenir à l’Ordre du Phénix, ce que le nouveau régime n’apprécierait certainement pas, et Scarlett n’était clairement pas la personne la mieux placée pour intégrer les rangs du Ministère. N’y tenant plus, elle posa son chiffon et attrapa le parchemin. Elle prit une profonde inspiration et déchira l’enveloppe, avant de parcourir du regard la courte missive. « … nous avons le regret de vous informer qu’au vu de votre échec à vos examens, nous ne pouvons valider votre année, il vous faudra donc la repasser au centre de formation… ». Elle avait la nausée. Elle le sentait venir, elle ne pouvait même pas réellement dire que c’était une surprise. Et elle se souvenait distinctement avoir réussi l’examen prétendument raté. Mais il ne servirait à rien d’aller contester la décision du jury. Non, elle n’avait plus qu’à retourner achever sa formation, et demander son avis à Kingsley Shackelbot la prochaine fois qu’elle le verrait. Elle attrapa sa baguette et mit feu au parchemin, qu’elle regarda se consumer, comme ses rêves d’intégrer la brigade des aurors. Encore un an, ce n’était rien, mais elle sentait que les choses allaient se corser sous ce nouveau régime. Ce n’était pas comme si les mangemorts potentiellement au pouvoir appréciaient les aurors, ou ceux en devenir…

Lorsqu’elle releva la tête, elle se retrouva nez à nez avec les yeux bleu verts de son père. Chouette, deuxième bonne nouvelle de la journée… Elle remplit le verre vide qu’il avait posé devant lui, certaine que si elle ne trainait pas, il ne s’attarderait pas non plus.

« Une mauvaise nouvelle, ma chérie ? »

Ses fausses marques d’affection la fatiguaient, encore plus parce qu’un partie d’elle, celle qui renfermait quelques traces de la jeune Scarlett, celle qui attendait après ce père disparu, éprouvait une certaine joie à les entendre. C’était comme être schizophrène. Elle soupira, et planta son regard dans celui de William.

« Je ne suis pas ta chérie. J’aurais pu l’être si tu m’avais vu grandir, mais ce n’est pas parce que je te vois presque quotidiennement ici, que nous nous connaissons, ni que tu représentes quelque chose pour moi. Je vous tolère ici, toi et tes petits copains, mais rien ne m’empêche de vous mettre à la porte. »
« J’aimerais bien voir ça, vois-tu. »

Il paraissait amusé, à en juger par son rictus. Mais son sourire ne s’étendait pas jusqu’à ses yeux qui demeuraient froids et menaçants. Il la mettait au défi, mais elle refusait de faire un esclandre. Elle se contenta alors de s’accouder au bar, face à lui.

« Je te l’ai dit, je vous tolère. Mais tu ne dois pas m’empêcher de faire mon travail, il en va de même pour chaque client de ce bar. »
« Tu fais pourtant moins la fine bouche quand c’est ce O’Quinn qui vient te rendre visite jeune fille… »

Elle inspira profondément et serra les poings, se retenant d’effacer le sourire vainqueur qui s’étalait désormais sur le visage de l’homme. Elle n’allait pas s’en sortir. William faisait tourner distraitement son whisky dans son verre, semblant savourer sa victoire. Il allait la rendre folle. Il la dégoûtait encore plus depuis que Cassidy lui avait révélé qu’il appartenait bien au camp des mangemorts.

« Ma vie privée ne te regarde pas, même si nous partageons le même sang. Tu n’es rien pour moi, et ça c’est parce que tu en as voulu ainsi. Inutile de faire comme si mon sort t’intéressait un tant soit peu. Je crois que tes amis t’attendent. Drôle de fréquentations au passage. Ce n’est pas en t’affichant ainsi avec ces personnes que tu t’attireras ma sympathie tu sais ? »

Elle lui adressa un sourire faux, avant de se détourner de lui pour faire un peu de rangement dans les bouteilles derrière elle, mettant ainsi un terme à la conversation. Elle le sentait pourtant toujours dans son dos, à la scruter intensément, elle sentait peser son regard sur elle, dérangeant.

« Tu me brises le cœur ma petite fille, ne peux-tu donc pas croire que les hommes font des erreurs ? Tu en feras toi aussi, tu verras. Embrasse ta mère pour moi la prochaine fois que tu la verras, tu veux ? Sauf si je la croise avant toi, cela va de soi. »

Puis il s’en retourna finalement à sa place dans un éclat de rire qui lui glaça le sang. Etait-il à la recherche de sa mère en fuite ? Cette idée la révulsait. Dans un brouillard indistinct, elle entendit l’hydromel clapoter dans la bouteille qu’elle tenait à la main, au rythme des tremblements qui l’agitaient. Elle aurait voulu pouvoir se confier à quelqu’un. Raconter toute cette histoire. Astrid préparait sa rentrée à Poudlard, comme apprentie, Scarlett ne pouvait donc pas se tourner vers elle. Et Rohan n’était clairement pas la personne la mieux indiquée pour ce genre de confidences. De même que les personnes qui l’entouraient. Il faudrait qu’elle se confie à quelqu’un de l’Ordre, mais il était difficile d’en croiser un désormais, depuis que le QG n’était plus utilisable et que la plupart était en fuite. Elle était dans une impasse, et elle entendait encore ce rire résonner dans ses oreilles. Elle était seule.

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Mar 30 Mai 2017 - 4:04

Octave aimait ranger. Transformer le chaos en ordre. On l’y avait habitué depuis sa plus tendre enfance ; chaque objet avait sa place et surtout, chaque objet pouvait trouver une place, même si ce n’était pas vraiment la sienne. Son grand-père aimait les sous-entendus, alors la plupart des enseignements qu’il semblait prodiguer avaient souvent un sens double. Il ne l’avait jamais menacé pour de bon, ni donné de leçons sans équivoque. Ses avertissements avaient toujours eu le goût désagréable d’une métaphore simplifiée exprès pour être au mieux intégrée par un esprit limité. Alors, lorsqu’il se penchait sur Octave pour lui expliquer comment se tenir correctement, ou faire son lit, il avait la fâcheuse impression d’être imbécile au point que son vieux grand-père ne soit contraint de simplifier son langage rien que pour lui. Chaque habitude gardée depuis l’âge tendre était née là, à l’un de ces moments d’humiliation implicite. Des instants infiniment insignifiants à priori, et pourtant gravés dans la mémoire, par la force de leur manière à tendre vers une forme de vérité qui dépassait de loin la situation et qui renvoyaient davantage à un comportement général. Octavian, tu ne devrais pas t’intéresser à de la littérature de ce goût… vois-tu, ce n’est pas parce que quelque chose, ou quelqu’un, est original, que ça le rend utile. Mon garçon, tu sais qui est Edwin Bowen ? Non ? Personne ne le connait, en réalité, probablement parce qu’il a le même talent pour la musique que toi. Tu ne veux pas être un Brown, n’est-ce pas ? Le Brown était depuis devenu son Monsieur tout le monde à lui. Qu’est-ce que Borwn aurait-il fait ? se demandait parfois encore Octave pour ne surtout pas tomber dans la stérilité, la perte de temps et l’incompétence. Comment Monsieur Brown n’aurait-il pas rangé cette bibliothèque ?...

Octave aimait ranger. Jusqu’à un certain degré cependant. Comme tout le monde, il s’usait à trop faire. Et il fallait avouer que cette bibliothèque était non seulement immense, mais également en très mauvais état lorsqu’il y avait posé le pied pour la première fois. Comme à chaque fois qu’il entreprenait quelque chose, quelle que fusse le sujet de son entreprise ou son importance, il s’y dévouait entièrement pour faire de son mieux. Il n’était pas quelqu’un qui supportait de rester longtemps sans travailler, sans tendre à quelque chose, sans essayer d’accomplir ne serait-ce que la plus insignifiante ambition, satisfaire une impulsion. Raison pour laquelle, s’il n’était pas en train de besogner, il lisait ; et s’il ne lisait pas, il étudiait un quelconque sujet. Bien entendu, il ne se tuait pas à la tâche et l’oisiveté paisible le séduisait parfois plus qu’il ne l’aurait souhaité. Cela dit, s’il ne se tuait pas à la tâche, il pouvait facilement s’y oublier jusqu’à s’en épuiser. Même si sa première rencontre avec le nouveau directeur n’avait pas été si prometteuse qu’on aurait pu l’espérer de la part de son employeur -un peu de motivation bon sang !- Octave avait abordé sa fonction avec beaucoup de sérieux. Il avait toisé avec défi ces tas de cendres, ces lambeaux de vieux livres déchirés, et se voyait déjà être l’architecte du renouveau, de la renaissance ! Parfois, il fallait surévaluer un peu sa tâche pour se donner le courage de l’accomplir et cela avait marché. Un temps. Le rangement avançait bien, mais franchement…. Franchement. Il n’en pouvait plus, ça commençait à devenir relou. Et les balades répétées dans le parc ou dans l’enceinte du château avaient fini par ne plus être d’un grand remède. Si le mois de juillet fut quasiment entièrement dédié au tri méthodique des ouvrages intactes et à la restauration de ceux qui l’étaient moins, Octave sentit son enthousiasme caler vers le début du mois d’août. Plus rien ne pouvait égaler l’odeur de vieux papier moisi, celle de la poussière sèche et, encore plus étrange et dérangeante puisque si semblable à celle de la chair consumée, la senteur dissipée de cuir brûlé. Il avait beau eu aérer que les émanations méphitiques refusaient de partir, se distillant seulement au fur et à mesure qu’il avançait dans ses rangements. Cela aurait pu le motiver, mais il commençait à être sérieusement fatigué de son nez constamment pris et obstrué par la poussière cendrée qui s’échouait des pages carbonisées lorsqu’il les touchait pour s’en débarrasser. Eternuer toutes les dix minutes n’était franchement pas drôle.

Pour se changer les idées et voir du monde, Octave avait pris l’habitude de descendre au bar du petit village. D’une certaine manière, lui qui avait habité la plupart de son temps dans de grandes villes, se rendre compte que Pré-au-Lard se limitait à trois épiceries et deux bars dignes de ce nom était déprimant. Tu tournes trois fois à gauche et tu reviens direct au centre-ville. Mais la belle découverte advint la première fois lorsqu’il se rendit compte qu’une véritablement communauté de Mangemorts s’était établie dans les environs depuis la mort de Dumbledore, à la manière de hippies pour Woodstock. Quasiment tous les soirs, ils remplissaient les petits bars de leurs grosses carcasses et y demeuraient jusqu’à la fermeture. En parfait opportuniste sans vergogne, Octave avait décidé de se mêler naturellement à la foule avant le début des cours pour se faire une idée du terrain et gagner quelques alliés. De ceux qui se satisfaisaient de quelques bières gratuites pour raconter toutes les péripéties d’une vie et confier les peines du cœur. Se faire des amis était primordial, surtout si le lieu n’était pas très bien connu et la situation totalement nouvelle, mais Octave devait s’avouer que sa démarche avait eu une toute autre raison.

De grands yeux, cheveux de feu et une longue et belle gorge de cygne qui se prolongeait en décolleté sculptural. Qu’elle avait bien grandi, cette jeune fille. Scarlett. D’une certaine manière, elle l’effrayait quelque peu, étant, à part sa propre mère, la seule personne encore en vie qui le connaissait depuis aussi longtemps. Elle constituait l’un des rares lien tangible avec son passé et ce fait le rendait quelque peu nerveux par moment, comme si elle était capable de divulguer un secret parfaitement horrible à son sujet, sorti tout droit de la tendre enfance. On ne pouvait pas dire qu’il l’avait beaucoup appréciée au début. Elle n’avait été qu’un voluptueux poupon, une véritable brioche à la chair moelleuse. Mais elle avait de grands yeux, si grands qu’il l’avait tout de suite surnommée « le crapaud ». Il ne pouvait décemment pas dire avoir éprouvé beaucoup d’affection pour cette larve blanche, fille d’amies de son grand-père, avec laquelle il devait passer du temps en bon hôte de maison. Il l’avait détestée. Beaucoup. S’était imaginé en train de lui casser ses petits bras dodus et ses doigts en allumettes plus d’une fois. Heureusement, les sentiments vindicatifs étaient passés et avec, le ressentiment, morts dans un tourbillon d’animosité accumulée. Etrangement, alors qu’il avait tenté de garder son passé enfoui le plus loin possible, le destin n’avait eu de cesse de mettre Scarlett sur son chemin, et ce parfois de la manière la plus curieuse. L’on pouvait dire qu’ils avaient presque grandi ensemble ; en tout cas ils s’étaient observés grandir et Octave avait constaté avec une certaine joie que le crapaud qu’il avait tant abominé avait éclos en une belle fleur, autant dans son cœur que dans la splendeur d’un riche corps de femme. Alors qu’il avait fui le pays, pensant trouver la tranquillité ailleurs, ainsi que quelques réponses, elle lui avait écrit une lettre qu’il avait mis beaucoup de temps à découvrir, puis à lire. Son père était revenu dans sa vie, lui rendant visite dans le bar où elle travaillait encore. Elle craignait quelque chose. Scarlett…

Il était descendu dans le village dès le premier soir de son retour pour lui rendre une visite, mais elle ne s’y trouvait pas. Ne souhaitant pas dévoiler leurs liens à quiconque, y compris son employeuse, Octave se retint de lui demander les horaires de la jeune fille. Il fut donc contraint de revenir à plusieurs reprises, sans jamais la trouver, finissant par varier les heures du jour et de la nuit. Mais rien n’y faisait, il semblait la rater systématiquement depuis quelques semaines, se contentant de passer ses heures à picoler en compagnie douteuse et attendant de voir Scarlett apparaitre dans l’encadrement de la porte.

C’est donc avec un certain fatalisme qu’il pénétra ce soir aussi dans l’enceinte des Trois Balais. Madame Rosemerta le toisa avec cet air de légère indifférence, comme l’on finissait par éprouver pour un client un peu trop régulier pour que l’on soit contraint de lui faire la cour à chaque fois. Ce cher William était là et Octave vint s’asseoir juste à côté de lui, non sans lui avoir donné au préalable une très légère tape amicale sur l’épaule. Depuis le temps, les deux hommes avaient eu le temps de faire relative connaissance, se limitant toutefois gentiment à ce qu’une table et deux boissons alcoolisées permettaient. William… L’intérêt était double. Déjà parce que William était Mangemort, mais surtout parce qu’il était le père de Scarlett. Ce dernier ignorait d’ailleurs complètement les liens qui unissaient encore aujourd’hui Octave et sa fille du fait de sa parfaite absence pendant l’enfance de la jeune femme. D’une main experte, par habitude, le bibliothécaire de Poudlard sortir un paquet de cartes pour une partie réglementaire de Poker, de Dame de Pique ou de Dourak – jeu d’origine russe qu’il avait appris aux Mangemorts de la région et qui amusait beaucoup principalement parce que la traduction de Dourak était littéralement « l’idiot » ou « le crétin ». Tant qu’à se faire des connaissances, autant le faire de manière agréable.

Et tandis qu’ils entamaient dans un vacarme conséquent -puisque la dernière partie avait été justement un Dourak et que le perdant s’était récolté une rasade généreuse de coups de poing sur l’épaule avec un rire gras- une deuxième partie de cartes, Octave releva joyeusement un bras en direction du bar et ordonna une tournée générale. Il n’avait pas tout de suite regardé le comptoir en grondant sa commande de cinq pintes de bière et sa voix faillit dérailler lorsqu’il le fit enfin. Derrière le comptoir en vieux bois au vernis craquelé, le crapaud. Il s’y était attendu pourtant. En fait il était à la base venu exactement pour ça, pour voir les yeux vifs de son enfance. Mais pas dans ses conditions-là ! Pas entouré de Mangemorts et encore moins en compagnie épanouie de son père, qu’elle soupçonnait de n’être pas très net. Heureusement pour sa vie vécue, Octave détourna bien vite son regard pour se concentrer sur la partie en attendant…

En attendant la fermeture du bar, en fait. Il n’y avait que ça qu’il pouvait faire pour espérer parler à Scarlett. Mutiques, mutins, ils passèrent l’heure suivante à se toiser en biais, à couvert de regards et le plus discrètement possible, se faisant mutuellement de grands yeux scrutateurs et particulièrement suspicieux. Lorsqu’elle exagérait ainsi cette moue insistante, cela devenait tout de suite très visible car elle écartait ses déjà grands yeux et alors, ses pupilles ressemblaient à deux grosses feuilles de nénuphar, flottant sur la surface de deux larges étendues laiteuses. Le blanc de ses yeux brillait dans le noir tamisé de la pièce et Octave, même lorsqu’il ne la regardait pas, sentait qu’elle lui transperçait diverses parties du corps de ses flèches. A vrai dire, c’était précisément le genre de situation où il n’y avait pas grand-chose à faire à part essayer de ne pas transpirer ou rougir. L’alcool aidant, il devait bien avoir un dégradé naturel allant du roux de sa barbe jusqu’au rosé de ses joues… Mélange très improbable très certainement.

Lorsque l’heure sonna de partir, Octave prétendit de ranger longuement ses cartes et les quelques gallions gagnés, de ne pas être complètement capable de se lever à cause des vapeurs de téquila dans la tête, de devoir attendre un peu pour ne pas vomir… Alors qu’il se trouvait en fait très lucide, mais jouer le débauché était tout un art et trébucher sur les mots, bégayer et faire tomber maladroitement ses clés de sa poche ou un verre de la table était un exercice qu’il connaissait par cœur. C’est donc avec un certain succès qu’il mima la maladresse, croisant le visage de Madame Rosemerta qui faisait rouler ses yeux dans ses orbites, se disant qu’elle allait devoir attendre que l’imbécile daigne ramper à quatre pattes jusqu’à la sortie… Octave attendit patiemment que la propriétaire du bar ne se fatigue à l’observer décuver et s’en aille en laissant les clés à Scarlett. Dès que la vieille fut partie, il se redressa lentement sur sa chaise, révélant paisiblement sa lucidité toute claire et, redressant en dernier sa tête, il toisa Scarlett d’un regard parfaitement limpide, un peu étrange, très perçant, comme s’il essayait de la sonder. Un sourire pénétrant finit par étirer ses lèvres et il déclara d’une voix légèrement roque :

« On n’aurait pas pu trouver meilleur contexte pour des retrouvailles. Rien de tel qu’une belle intrigue pour dramatiser la scène. Ton père est très régulier dans ses visites, très présent. Ca ne s’est donc pas amélioré depuis que tu m’as écrit. Il a parlé plusieurs fois de toi dans son entourage, soulignant qu’il était fier de toi, que t’étais sa fille… Charmant, non ? »

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Jeu 1 Juin 2017 - 17:45

Il y avait trop de bruit dans le bar. Les rires gras de ces saoulards de mangemorts résonnaient dans son crâne, mélangé aux échos des battements de son sang dans ses tempes. Scarlett étouffait. Elle posa la bouteille qu’elle tenait à la main, fit signe à Mme Rosmerta de venir prendre sa place au bar pour deux minutes, et se réfugia dans la réserve, comme elle l’avait fait quelques semaines plus tôt après les révélations de Cassidy. Des tremblements incontrôlables agitaient ses mains, la peur lui vrillait les tripes. Quand il en venait à son père, Scarlett perdait tous ses moyens. Si elle avait l’air bravache face à lui, leurs échanges la laissaient toujours dans un état pitoyable, et elle était certaine qu’il le savait. Et qu’il s’en amusait. Serrant les poings, elle se força à prendre plusieurs profondes inspirations, résistant à l’envie de fuir ce bar pour aller se saouler à la Tête de Sanglier avec Rohan. Elle était trop fragile ce soir, et elle craignait de tout déballer. Ce n’était pas d’elle. Mais là, elle était à bout, entre le centre de formation, les menaces de son père et tout ce qu’il se passait ces derniers temps. Sa vie était beaucoup trop compliquée. Une fois à nouveau maitresse d’elle-même, la jeune femme retourna à son poste derrière le bar, laissant Mme Rosmerta retourner en salle.

« Hé, cinq pintes de bière par ici ! »

Dès qu’elle entendit la voix, Scarlett se tourna pour trouver son propriétaire. Et heureusement qu’à cet instant elle ne tenait pas de verre ou de bouteille, sinon celle-ci se serait bruyamment écrasée au sol. Elle l’avait instantanément reconnu. Et le fantôme qui sembla passer sur le visage de celui qui l’avait interpelée lui indiquait également qu’il la remettait totalement. Octave Holbrey. Ce fantôme de son passé, celui qu’elle connaissait depuis toujours, cet adolescent qui l’avait vu grandir et qu’elle avait vu vieillir. Assis à nulle autre table que celle des mangemorts, juste à la droite de William. Le choc partiellement passé, elle acquiesça et s’attela à préparer la commande. Par Merlin, que faisait-il là ? Elle n’avait pas eu de nouvelles de lui pendant un long moment, elle n’était même plus sûre qu’ils se croiseraient de nouveau, maintenant que chacun menait sa vie d’adulte. Et pourtant, le voilà qui débarquait dans son bar. Il savait qu’elle travaillait là, elle le lui avait mentionné dans la lettre qu’elle lui avait envoyée à la fin du mois de janvier, quand William avait fait son apparition. Il était la seule personne au courant de l’histoire, puisqu’elle l’avait engagé quelques années plus tôt pour retrouver la trace de son père. Il était naturellement la seule personne vers laquelle elle avait pu se tourner à cet instant. Et le voilà qui fricotait maintenant avec ce même William, semblant même plutôt complice avec lui et ses amis mangemorts. Depuis quand les fréquentait-il ? Elle leur apporta finalement leur commande, feignant un immense sourire, alors que la nausée grandissait à chaque pas qu’elle faisait dans leur direction. Elle distribua les pintes, évitant le regard de William quand ce fut son tour, et termina par Octave, dans les yeux duquel elle planta son regard. Pour toute personne autour de cette table, on aurait pu croire qu’elle flirtait avec lui. Mais Octave pouvait voir les flèches qu’elle lui envoyait.

Il ne restait qu’une heure environ avant la fermeture du bar, qui mettrait finalement fin à son supplice. Scarlett la passa à fusiller Octave du regard, ou à lui faire les gros yeux, de derrière le bar. Elle s’était plantée bien en face de lui, il ne pouvait pas la louper. Et il lui répondait. Une espèce de ballet silencieux s’était installé entre eux, chacun baissant la tête quand ils pouvaient être pris en flagrant délit de conversation silencieuse. Elle n’en revenait toujours pas qu’il soit là, face à elle. Et malgré la colère qu’elle ressentait à son égard de trainer ainsi avec son père, il était la personne qu’elle voulait voir. Le seul à qui elle pouvait aujourd’hui se confier sur l’ensemble des moments pourris de cette journée, puisqu’il savait tout d’elle. Sa couverture, ses origines, ses opinions. Il la connaissait mieux que personne, bien qu’il ait mis du temps à l’apprécier. Elle le sentait, gamine, qu’elle était une épine dans son pied. Elle qui le considérait plutôt comme son grand frère. Heureusement, le temps et l’âge avaient aplani les choses entre eux.

Scarlett était tellement occupée à faire des reproches silencieux à Octave, qu’elle en avait oublié l’heure. Et ce ne fut que lorsque Mme Rosmerta se planta devant elle que la jolie rousse se réveilla.

« Cesse donc de le dévorer des yeux c’ui là, et range plutôt ton bazar là derrière. Je te laisserai fermer, voilà les clefs ! Bonne soirée, pas de bêtises ! »

La tenancière lui fit un clin d’œil joueur, avant d’attraper son sac et de prendre la direction de la sortie. Elle était une amie de sa mère, les deux femmes s’appréciaient, et elles travaillaient depuis tellement de temps ensemble maintenant qu’elle lui faisait entièrement confiance pour gérer la boutique. Scarlett la salua en souriant, avant de poser son regard sur Octave, qui ramassait ses cartes tombées au sol une à une. Elle poussa un soupir, décidant de ne pas aller lui donner un coup de main. Viendrait-il seulement lui parler ? Ou se comporterait-il comme l’adolescent ingrat qu’elle avait connu ? Elle s’empara plutôt des verres sales qui trainaient sur le bar, et entreprit de les nettoyer d’un coup de baguette. Si d’habitude elle aimait bien faire elle-même la vaisselle, elle n’était pas assez sûre de ses mains pour tenter l’expérience ce soir. Elles avaient encore tendance à trembler de façon inopinée. Puis elle croisa son regard, posé sur elle, transperçant. Et cette moue rieuse. Elle le reconnaissait bien là.

« On n’aurait pas pu trouver meilleur contexte pour des retrouvailles. Rien de tel qu’une belle intrigue pour dramatiser la scène. Ton père est très régulier dans ses visites, très présent. Ca ne s’est donc pas amélioré depuis que tu m’as écrit. Il a parlé plusieurs fois de toi dans son entourage, soulignant qu’il était fier de toi, que t’étais sa fille… Charmant, non ? »

Scarlett leva les yeux au ciel. Elle avait envie d’exploser. De lui envoyer tous ces verres sales à la figure. Mais non, ce ne serait pas une réaction des plus mâtures, il n’avait rien fait de mal après tout. Elle s’accouda au bar, laissant sa magie s’occuper de sa vaisselle.

« Excuse-moi, je crois que je vais vomir. Tu n’as sûrement pas dû percevoir l’ironie dans son ton. Lui, fier d’autre chose que ses manigances ? Laisse-moi rire. Il considère que me voir travailler ici est du gâchis, il me l’a déjà dit plusieurs fois. De même qu’il a laissé entendre qu’il savait… Beaucoup de choses à mon sujet. »

Elle parlait trop, beaucoup trop. Tellement que c’était risqué, si Octave avait décidé de retourner sa veste comme elle le craignait. Elle ne savait plus quoi penser, elle était en colère après lui, elle se sentait trahie qu’il fasse ami-ami avec cet homme qui la terrifiait. Alors qu’il le savait.

« Et qu’est-ce que tu fais là toi d’abord ? Depuis quand tu traines avec des Mangemorts ? Avec... Lui en particulier ? A quoi tu joues, Octave ?! »

Son ton était sec, tranchant. Une part d’elle s’en voulait de s’emporter contre lui comme ça. Elle aurait préféré que tout cela lui passe au-dessus, que ça ne l’atteigne pas. Elle n’aimait pas se sentir vulnérable ainsi, ce n’était pas d’elle cette faiblesse. Elle se sépara du bar et ouvrit les bras, avant de les laisser tomber, excédée par son impuissance.

« Mince, j’aurais été tellement contente de te voir si tu n’avais pas passé ta soirée à boire avec eux ! »


HJ : J’ai pris la liberté de mettre des mots sur la commande d’Octave, j’espère que ça ne t’embête pas :) Sinon dis le moi et je modifie ça ! :)

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Ven 2 Juin 2017 - 16:21

C’était étrange de la regarder ici et maintenant. Sa mère, c’était normal, elle était sa mère et l’avait accompagné du berceau, si ce n’est concrètement au moins métaphoriquement, jusqu’à l’âge adulte, car tel était en théorie son rôle. Mais Scarlett avait été dès le début évaluée comme une intruse. Dans sa vie, son ordre, ses préférences et surtout, sa vision structurée des choses et telles qu’elles devaient être. N’ayant pas eu l’occasion de sortir souvent, ni de se confronter à d’autres enfants en rapport avec leurs parents, Octave n’avait jamais vraiment eu de point de comparaison. Il n’avait pas véritablement fréquenté les jeunes gens de son âge, ses parents l’ayant encouragé à entretenir plutôt des rapports avec des adultes qu’avec des adolescents. Question d’exemple à suivre, supposait-il maintenant. Et à écouter les parents, leurs enfants étaient toujours les mieux éduqués, le plus beaux, les plus tendres, les plus obéissants, alors il s’était convaincu par comparaison que son grand-père n’avait pas été rude à son égard sans raison. Que son rapport n’était peut-être pas si injuste, étant donné les excellentes recommandations prêtées aux rejetons des autres. Mais avec l’arrivée de Scarlett dans les parages, Octave avait partiellement perdu ses repères car son grand-père, d’habitude si revêche et sec avec lui, s’émerveillait sur le poupon comme si c’eut été la chose la plus sacrée de cette existence. Parce que c’était la réponse à laquelle on l’avait habitué, après avoir ressenti le toucher brûlant de la jalousie, Octave avait fini par se remettre en question, se demandant si son ancêtre s’était penché sur lui de la même manière qu’il le faisait présentement sur le berceau de la petite Scarlett. La tendresse s’était-elle évaporée avec l’âge ? N’était-elle destinée qu’aux poupons roses et enveloppés de dentelles, comme cela arrivait souvent avec les vieilles personnes, qui voyaient en cet amas de chair un reflet de leur propre mort ? Mais la petite grandissait et il continuait à s’extasier comme un homme des cavernes devant la première flamme, retombant en enfance. Le spectacle était tout aussi étrange qu’insupportable. Octave s’était senti négligé au profit du crapaud et ce, sans qu’aucune explication valable ne parvienne à remettre la situation correctement en perspective sans le déprécier lui. Et pour cela, à cause de la jalousie dévorante que lui avait jadis inspiré Scarlett, il l’avait détestée. Elle grandissait et quelle que fut son caprice, son grand-père l’avait aimée d’un cœur tendre.

Maintenant, avec le recul, Octave percevait mieux les mécanismes qui avaient régi les membres de sa famille, mais cela avait eu le temps de le rendre aigre pendant un bon moment. Et même lorsqu’il avait fini par apprécier Scarlett durant leur enfance, une pointe de haine avait subsisté, ayant mis beaucoup de temps à se dissoudre. Là, elle était telle qu’il l’avait gardée dans ses souvenirs, un peu fatiguée peut-être, mais belle, innocente et fougueuse, sa chevelure de feu crépitant comme des braises à cause du stresse qu’il lui avait causé par son apparition. Il n’était même pas certain qu’elle ait un jour pris conscience du désastre que sa présence, et celle de sa famille, avait suscité en lui. Un véritable tremblement de terre qu’il aurait peut-être préféré ne pas vivre. Ou pas de cette façon. Mais la faute n’avait jamais été ni celle de Scarlett, ni la sienne. Les années mises pour le comprendre avaient représenté une véritable souffrance. La rancune s’était évanouie avec le temps et les efforts répétés. Ainsi, Scarlett se tenait devant le bar, vague rappel de son passé, et Octave sentait son cœur battre un peu plus fort à chaque coup. Elle non plus, la vie ne l’avait pas épargnée d’une certaine façon et ils devaient bien rappeler l’un à l’autre quelques mauvais souvenirs. Toutefois, chacun reflétait à l’autre le chemin qu’ils avaient parcouru depuis ce matin d’été où Octave avait pour la première fois découvert l’enfant dans le berceau.

« Excuse-moi, je crois que je vais vomir. Tu n’as sûrement pas dû percevoir l’ironie dans son ton. Lui, fier d’autre chose que ses manigances ? Laisse-moi rire. Il considère que me voir travailler ici est du gâchis, il me l’a déjà dit plusieurs fois. De même qu’il a laissé entendre qu’il savait… Beaucoup de choses à mon sujet. »

Il ricana doucement avant de vider le fond de bière qui restait dans sa choppe. Elle semblait en colère et il y avait de quoi. Lui non plus, n’aurait pas été très satisfait de la trouver en pareille compagnie, quoi que leur rapport aux choses fût bien différent. Octave se frayait un chemin dans les failles alors que la jeune femme était bien trop concernée par ce qui se passait pour pouvoir se fondre dans le décor sans sursauts de conscience. Rassemblant ses cartes, le bibliothécaire se rapprocha d’un pas nonchalant vers le bar, rejoignant le tabouret juste en face de Scarlett. L’observant, il lui souriait doucement. Visage veiné de rouge, yeux brûlants… Elle était bien énervée et semblait incapable de lutter contre la suspicion que toute cette histoire lui avait inspirée. Enfin, heureusement pour elle, il n’avait pas de mauvaises intentions, loin de là. La couvant d’un regard mielleux et affable, il se mit à paisiblement tasser les cartes de ses doigts agiles, la laissant vider son sac et son lot de questionnements parfaitement légitimes. Dans un soupir entendu, il demeura silencieux un moment avant de réponse, yeux baissés sur son exercice de souplesse :

« J’ai été engagé en tant que bibliothécaire à Poudlard. »

Son regard remonta vers la serveuse pour constater sa réaction et un sourire fleurissait déjà jusqu’à ses yeux, sachant parfaitement que la phrase en elle-même ne faisait pas vraiment sens. Lui ? A la bibliothèque ? C’était une blague ? Pire encore que la vision de sa personne entourée de Mangemorts. Et en plus, puisqu’il semblait si joyeux, on aurait clairement pu penser à une plaisanterie. Il se tenait prêt à rire de soi, parce que même lui n’y croyait pas totalement jusqu’au bout. C’était tellement tranquille. Ca ne lui ressemblait pas. Ou si ? Qu’est-ce qui lui ressemblait d’ailleurs ? D’être entouré de Mangemorts, à coup sûr…

« Je me suis dit que vu la situation, j’avais autant me faire des amis là où il faut, là où cela me sera utile plus tard. L’autorité, c’est eux maintenant. Alors il vaut mieux pour moi que je me les mette dans la poche avant que ça ne se corse au château, parce qu’après, ce sera trop tard. Donc calme-toi, je fais simplement preuve d’opportunisme. L’avantage c’est que peut-être un jour ton père finira par être honnête avec moi à ton sujet. »

Octave soupira lourdement, se remémorant la lettre que la jeune femme lui avait envoyé il y a quelques mois de cela, au moment où il avait été beaucoup trop loin et surtout beaucoup trop distrait pour se préoccuper des soucis d’un fantôme du passé. Qui plus est, en étant sous le soleil brûlant de l’Australie, à l’abri de quelques palmiers et les orteils dans le sable éclatant, il avait eu du mal à se peindre les péripéties de Scarlett, se sentant complètement étranger à ce qui se passait en Angleterre. Il n’en avait plus voulu, de tout cela. De la pluie, des visages mornes et de la dictature montante qui emplissaient les vies de souffrance. Octave n’avait pas eu l’intention de l’abandonner à son sort, mais se trouver si loin et dans un état d’apaisement tel qu’il avait fini par considérer la situation d’un œil distant, sans une once d’empathie. Soufflant avec lassitude et abandonnant la lettre au pied de son hamac, il s’en était débarrassé comme d’une ennuyeuse facture. Plus tard, plus tard… Pour le moment, c’était sieste et téquila au citron. Scarlett était grand après tout… n’est-ce pas ? Octave ferma les yeux un instant, sentant qu’il avait fait preuve d’un égoïsme constant, surtout que la jeune femme ne lui avait pas écrit par hasard. Dans un coin de son esprit, il avait su qu’elle lui faisait confiance sur le sujet pour une raison bien précise, et maintenant il s’en voulait.

« Je suis désolé de ne pas avoir répondu plus tôt. Je n’ai même pas d’excuse. Je suis là depuis fin juin. J’étais descendu plusieurs fois au village sans jamais te trouver au bar. William était là et je me suis dit que je pouvais toujours essayer de récolter l’information à la source. Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais vous êtes tous les deux dans une situation très délicate. Parce que autant pour l’un que pour l’autre, tu n’es clairement pas la fille idéale pour lui et son statut, et il n’est pas le père qu’on aurait pu désirer pour toi, vu tes occupations. Quand est-ce que tu vas commencer tes études d’aurore au fait ? Tu serais plus en sécurité au ministère avec ton nom de famille qu’ici. Ca n’a pas changé avec lui ? T’as toujours des… trous noirs ? »

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Dim 30 Juil 2017 - 0:05

« J’ai été engagé en tant que bibliothécaire à Poudlard. »

Scarlett ouvrit des yeux ronds, l’étonnement prenant le pas sur la fureur qu’elle ressentait à l’encontre d’Octave. Et visiblement, l’incrédulité se lisait sur son visage, en témoignait le sourire qui fleurissait sur les lèvres du jeune homme. C’était tellement éloigné de ce qu’il avait fait jusque-là… En tout cas, de ce qu’il faisait sur la période de sa vie que Scarlett avait suivie. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’il avait fait depuis leur dernière rencontre, qui remontait à quelques années maintenant. Elle avait même espéré qu’il ne lui était rien arrivé de grave lorsque les mois s’étaient étirés sans réponse de sa part à la nouvelle qu’elle lui avait annoncé. Elle ne savait pas réellement pourquoi elle lui avait envoyé cette lettre. Sur le moment, ça semblait une évidence. Et plus les jours passaient, plus elle se disait qu’elle n’aurait pas dû le faire. S’être tourné vers lui à l’époque n’était pas une raison pour le tenir au courant des avancées de l’affaire. D’autant plus que c’était elle qui avait reculé au moment où elle aurait pu agir. Les choses auraient peut-être été différentes alors…

Il la sortit de ses pensées en justifiant ses actions, notamment ses fréquentations pour les moins étranges. «  L’autorité, c’est eux maintenant. Alors il vaut mieux pour moi que je me les mette dans la poche avant que ça ne se corse au château, parce qu’après, ce sera trop tard. » Scarlett pouvait se montrer intolérante parfois, et butée sur ses idées. Mais elle pouvait le comprendre. Après tout, n’était-elle pas en train d’utiliser la même excuse auprès de l’Ordre pour justifier sa fréquentation de Rohan O’Quinn ? Sortir avec lui pour gagner sa confiance et avoir le dernier mot sur son appartenance aux Mangemorts ? C’était exactement la même chose. C’était un mensonge pour elle évidemment, une excuse pitoyable pour ne pas passer pour une traîtresse. Mais elle pouvait concevoir qu’Octave ait besoin de ces relations pour rester tranquille. Elle sentait la colère reprendre sa place initiale, dans un coin de son esprit. Elle ne pouvait pas disparaître totalement, pas après la journée qu’elle avait passée. Mais ce serait malhonnête de sa part de continuer à la diriger contre Octave. Elle poussa un soupir et acquiesça d’un signe de tête, montrant qu’elle comprenait. Lorsqu’i mentionna son père, et le fait qu’il pourrait être honnête à son sujet avec lui, elle retint un éclat de rire mauvais. A la place, elle le dévisagea un instant, imprimant une nouvelle fois ses traits, plus marqués qu’autrefois, dans ma mémoire. Il vieillissait bien, elle devait le reconnaître. Puis elle reporta son attention sur les verres qui continuaient de se laver d’eux-mêmes, laissant un instant le silence s’installer entre eux. Il était moins chargé d’électricité que précédemment, plus confortable. Voir Octave ressemblait, pour elle, à un retour à ses racines. Ses grands-parents avaient plus ou moins représenté pour elle ceux qu’elle n’avait jamais connu, les grands-parents Burton, qui étaient soi-disant tellement haineux des moldus et des nés-moldus que son père ne les avaient jamais présentés à Amy. Ils ne savaient sûrement même pas qu’ils avaient une petite fille. Et Scarlett se demandait même parfois si l’histoire de sa famille n’était pas un énième mensonge de William Burton… Quoi qu’il en soit, elle avait trouvé une sorte de deuxième famille chez les grands parents d’Octave, et elle savait que l’affection qu’ils lui portaient était l’une des raisons pour lesquelles le jeune Holbrey avait eu tant de mal à l’accepter dans son entourage.

« Je suis désolé de ne pas avoir répondu plus tôt. Je n’ai même pas d’excuse. Je suis là depuis fin juin. J’étais descendu plusieurs fois au village sans jamais te trouver au bar. William était là et je me suis dit que je pouvais toujours essayer de récolter l’information à la source. Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais vous êtes tous les deux dans une situation très délicate. Parce que autant pour l’un que pour l’autre, tu n’es clairement pas la fille idéale pour lui et son statut, et il n’est pas le père qu’on aurait pu désirer pour toi, vu tes occupations. Quand est-ce que tu vas commencer tes études d’aurore au fait ? Tu serais plus en sécurité au ministère avec ton nom de famille qu’ici. Ca n’a pas changé avec lui ? T’as toujours des… trous noirs ? »

La jeune femme releva une nouvelle fois les yeux vers son vieil ami, qui avait l’air un peu penaud à mesure qu’il terminait de s’expliquer, et elle lui adressa un sourire doux, le premier qui soit franc de la soirée. Puis elle attrapa deux verres nouvellement propres qu’elle posa sur le comptoir, et en remplit un d’hydromel, pour elle. Elle avait abusé du whisky pur feu avec Cassidy au début du mois, et elle préférait passer à un autre alcool pour une fois. Elle s’était déjà trop retrouvée sous l’emprise du whisky ces derniers temps.

« Qu’est-ce que tu veux boire ? C’est la maison qui offre ! Même un verre d’eau si tu as trop bu, je ne te jugerai pas, promis ! »

Elle lui adressa un clin d’œil en riant doucement, et lui tendit un verre plein du liquide demandé. Puis elle contourna le bar, laissant les bouteilles à proximité pour qu’ils puissent se resservir, et s’installa sur le tabouret voisin de celui d’Octave. Elle but une gorgée d’hydromel, laissant le goût sucré de la boisson l’envelopper et finir de la calmer, avant d’adresser un nouveau sourire à l’homme qui lui faisait face.

« Tu n’as pas besoin de t’excuser tu sais ? C’est normal d’avoir ta vie à toi aussi ! C’était un peu égoïste de ma part de t’embêter avec ça après tout ce temps… » Elle observa le liquide tournoyer dans son verre, accompagnant ses mouvements. « Et c’est plutôt à moi de m’excuser pour m’être emportée contre toi tout à l’heure. Je comprends ta démarche, c’est juste que… On ne sait tellement plus à qui faire confiance ici maintenant… Les gens qu’on croyait connaître s’avèrent être aux antipodes de ce qu’ils affichaient jusqu’alors, d’autres disparaissent, ou font semblant de ne plus vous connaître, de peur que vous soyez vous-même du mauvais côté… La parano est de plus en plus présente. On le sentait déjà depuis un an, mais les choses sont pires depuis la chute du Ministère… »

Elle but une nouvelle gorgée d’hydromel, tentant de chasser les doutes qui continuaient à l’assaillir. Rohan, Cassidy… Tant de relations qu’elle construisait avec des personnes qui n’étaient probablement pas ce qu’on pouvait appeler des personnes de confiance. Elle savait qu’elle s’exposait à ce genre de problèmes avec ce job, c’était aussi la raison pour laquelle elle l’avait continué même si elle n’en avait plus financièrement besoin. Mais elle ne s’était pas attendue à ce que les choses se compliquent ainsi. Elle pensait arrêter de travailler aux Trois Balais à la rentrée, maintenant elle allait devoir trouver une solution pour pouvoir protéger son identité au Ministère et au centre de formation, surtout depuis que les mangemorts fréquentaient de plus près le bar. Elle regrettait de ne pas être Métamorphomage comme Astrid. Peut-être allait-elle devoir recourir aux vieilles méthodes, à savoir une coloration blonde, histoire d’être relativement tranquille ? Elle avait l’impression d’être dans une impasse… Mais d’abord, il y avait des questions d’Octave qui restaient encore sans réponse.

« J’étais sensée terminer ma formation cette année, mais je viens de recevoir une lettre comme quoi je devais refaire ma dernière année de formation… Il me faudra encore au moins un an pour rejoindre les rangs des Aurors… Je crois que la fuite de ma mère a joué un grand rôle dans la décision du centre de formation du ministère de ne pas valider mon année. » Elle éclata d’un rire sans joie, avant de vider d’un trait le demi-verre qu’il lui restait et de s’en resservir un. Doucement, Scarlett. « On n’est plus en sécurité nulle part tu sais… Encore moins au Ministère, nom ou pas nom. J’étais là, le jour où Scrimgeour a été enlevé puis probablement tué, dans son bureau. Mon nom ne m’a pas empêchée d’en prendre plein la gueule par les copains mangemorts de mon père… »

Elle revoyait encore les yeux froids de la blonde qui l’avait mise en joue ce jour-là. Ca avait été un duel acharné, mais elle avait perdu. Scarlett ressentait toujours l’amertume de la défaite, plus que le goût âpre de la peur qui l’avait envahie lorsqu’elle avait vu la mort briller dans les yeux de son adversaire. Elle reposa son regard sur Octave et croisa le sien, qui l’observait. Elle lui sourit, avec lassitude. Elle était fatiguée, et sentait la pression de ces derniers jours et surtout des dernières heures lui tomber dessus comme une chape de plomb. Elle regrettait d’avoir mentionné la fuite de sa mère, après tout, elle ne savait pas vraiment si elle pouvait entièrement faire confiance à Octave. Mais elle avait besoin de vider son sac, une chose qu’elle n’avait pas pu faire depuis des semaines. Et les dernières semaines avaient été riches en péripéties, encore une fois.

« Les trous noirs s’étaient calmés, je ne le croisais plus beaucoup. Mais j’ai l’impression que ça revient... Je ne sais pas si c’est parce que je suis épuisée, ou si ça a un rapport avec lui. Mais c’est toujours pareil, il vient me provoquer, me faire comprendre qu’il sait beaucoup plus de choses que je ne le crois, et moi je n’ai toujours pas le courage de lui envoyer mon poing dans la figure. Je reste juste là comme une gamine, à essayer de l’envoyer se faire cuire un œuf de dragon, mais c’est peine perdue. Mais quand je crois avoir gagné la bataille, je me rends compte que ce n’est pas le cas après coup… Bref, et toi alors, qu’as-tu fait depuis tout ce temps ? Et qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir un rat de bibliothèque à Poudlard ? Tu dois avoir tellement de choses à raconter ! »

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Mar 8 Aoû 2017 - 0:35

Elle avait grandi. Que dire de plus ? Il ne savait pas d’où pouvait bien provenir cette soudain et certitude, ce constat, dont on avait en général conscience bien avant, un peu comme on avait conscience de la présence du soleil, mais dont l’énonciation nous saisissait par surprise. Pareil à l’astre, il fut comme illuminé par cette délicate féminité. Il se souvenait d’elle poupon, enfant, adolescente, et maintenant il la découvrait en jeune femme. Quelque chose avait indéniablement changé pour qu’il la considère sous une allure qu’il n’avait pas envisagé jusqu’alors. Pour ne pas dire que cette évidence lui sautait à la figure avec la subtilité d’un parfum ambiant, puissant, mais dont on était incapable de trouver la source. Il se doutait au fond que cette onde électrique, au goût exotique l’ayant parcourue subséquemment, fut provoquée par la nouvelle élégance mâture dont la nature avait fini par gracieusement doter la jeune femme. Une pétillance suintante qui l’avait fait passer de tâche de rousseur fauve sur sa rétine incommodée à une paire de lèvres brûlantes. Sous les yeux des bougies, la fantasque aux cheveux de feu semblait, à son tour, mimer une Vénus suave des premiers impressionnistes. Cette vision orphique inspirait à Octave l’une des sensations les plus douces, les plus puissantes, les plus mystérieuses qu’il eût jamais éprouvé. Rien, dans les sordides rancœurs d’entant n’eût pu lui faire pressentir cette tendresse duveteuse, cette navrance du charme exercé.

Cependant, cette fascination aussi hébétée qu’inattendue rentrait en collision avec une familiarité enfouie et en ressortait l’ambiguïté, presque de l’ignominie confuse. L’enfante potelée de son passé jaillissait, haïe, puis tolérée, son ressentiment s’estompant péniblement au fil du temps. Et la voilà maintenant qui se présentait à lui comme un beau tableau, lui imposant des sentiments qu’il n’aurait jamais envisagé. Elle avait grandi et elle lui plaisait. Non plus comme le charmant parasite qui trainait dans ses pieds à de divers moments de son existence, jouvencelle exaspérante, mais pour laquelle il avait fini par ressentir une affection timide, ne s’assumant pas jusqu’au bout. Non, Octave se saisissait sur le fait qu’elle lui plaisait en tant que femme. Il en était certain maintenant parce que jamais il n’avait eu envie d’avoir l’air charmant en sa présence, ni avenant. La politesse avait toujours été inhérente à son caractère, mais en présence de quelques exquises douceurs, il lui arrivait de faire exprès, d’être agréable par désir de plaire. Bêtement, la voyant écarquiller les yeux de stupeur à l’annonce de son nouvel emploi, il éprouva la satisfaction de la surprise. Il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire mielleux, joliment orgueilleux, comme si elle venait de lui faire un compliment.

Les explications livrées, pourtant honnêtes et données sans honte, ne parurent pas convaincre Scarlett jusqu’au bout. Là encore, ce fut l’orgueil qui dicta à Octave de s’en moquer, car il ne rougissait que très rarement de ses décisions, ou de ses hypocrisies. Alors il ne se dégonfla pas, par principe, même lorsqu’il vit la kyrielle d’émotions traverser le visage de la jeune femme, cambrant sa jolie taille, comme à son habitude. Lorsqu’elle le dévisagea méticuleusement, il fit mine de ne pas être dérangé, usé qu’il était à ce genre d’inspections que lui avaient si souvent administré les membres de sa famille, puis les femmes en général. Au contraire, il se comporta comme s’il ne remarquait pas le regard insistant qui le couvait, triturant tranquillement les cartes tout en regardant ses doigts, avant de finalement relever la tête lorsqu’il entendit un bruit de verrerie. Elle ne le regardait pas, mais ne disait rien non plus, alors il retourna paisiblement à son activité, attendant qu’elle daigne lui donner une autre réaction que ce silence un peu confus. Sa gestuelle fut très vite interrompue par deux verres posés sur le comptoir, dont un remplit avec du miel.

« Qu’est-ce que tu veux boire ? C’est la maison qui offre ! Même un verre d’eau si tu as trop bu, je ne te jugerai pas, promis !
Digérant le clin d’œil qu’elle lui adressa dans la foulée et qu’il ne pouvait décemment plus interpréter de la même façon qu’avant, Octave hésita bêtement. Il n’avait pas soif, alors autant prendre quelque chose qui avait du goût.
- Gin tonic, merci. »

Souffla-t-il, un peu déconcerté par cette alliance qui avait manifestement pris le pas sur la défiance qu’avait nourri la jeune femme à l’égard de ses décisions. Tandis qu’elle contournait le comptoir pour le rejoindre, Octave ne manqua pas de parcourir le galbe de sa hanche et de son dos, le duvet de son bras laiteux et la cascade de ses cheveux, qui finissait sa course dans le creux de ses omoplates qu’il savait saillantes. Si Scarlett avait goulûment rassasié sa soif, le présent bibliothécaire avait à peine mouillé ses lèvres, butinant à petite gorgée le liquide pétillant, qui mordillait la douce pulpe de ses lèvres autant que la vue de Scarlett taquinait son regard encore incompréhensif.

Bientôt, peut-être amadouée par ses excuses, ou par l’alcool enivrant, elle apaisa ses excès de remords, qui n’étaient liées qu’à leur longue histoire commune. Octave secoua de la tête néanmoins, pas très convaincu par les arguments avancés, continuant encore à tasser le tas de cartes avec ses doigts déliés, pour ne surtout pas avoir une raison de se retourner vers elle. Il sourit à nouveau néanmoins lorsqu’elle lui eût absous ses péchés avoués, d’un rictus un peu amer quant au contexte de cette absolution. Pour elle, être entourée de gens en qui elle ne pouvait pas faire confiance devait effectivement être une expérience déroutante, une perte de repères dont elle n’avait pas vraiment souffert au sein de son cocon familial, ni plus tard, en faisant ses études. Ou du moins, seulement à un degré acceptable de ce que le quotidien pouvait nous apporter comme trahisons et désagréments. Mais Octave n’avait à aucun moment ressenti un changement. Les criminels avec lesquels il avait l’habitude de pactiser avaient simplement pris le pouvoir. Rien n’avait changé, il ne faisait toujours confiance à personne, comme avant. Enfin, il parlait de criminels, mais c’était simplement que ce mode de vie valait spécifiquement pour les gens qui exerçaient une activité les privant de la protection de l’Etat, de la police ou de la justice. Il fallait être excessivement prudent à chaque pas. Raison pour laquelle d’ailleurs, il n’avait quasiment aucun ami. Alors il savait parfaitement de quoi Scarlett parlait, même si dans son cas, cet état de fait n’était en rien une surprise. Une fois encore, cependant, il constatait à quel point la jeune femme avait, à sa mesure, été épargnée, même par les foudres de la famille des Holbrey. Pour elle, ils avaient été une seconde famille, alors que pour lui, il ne savait même pas exactement quel rôle ils avaient tenu. Dresseurs de chien, peut-être.

« La parano est de plus en plus présente. On le sentait déjà depuis un an, mais les choses sont pires depuis la chute du Ministère…
- Non, tu as eu raison d’être prudente. Même si je me plais à me dire que tu peux me faire confiance, comme tu le dis, on vit à une époque où les gens se dévoilent parfois, ou ont autre chose à penser que leur loyauté et leur morale. Qui plus est, n’importe qui peut être victime d’un Imperium… Ce qui n’est pas mon cas ! »

S’était-il exclamé avec un peu trop de conviction, ayant senti à quel point la conversation n’avait pas pris une direction favorable pour lui. Il ne l’avait pas regardé jusqu’alors, continuant à observer ses mains agiles, qui n’avaient de cesse d’user les cartes, mais lui jeta quand même une œillade pour vérifier si elle le croyait ou non. Scarlett semblait néanmoins préoccupée, sa présence et leur nouvelle condition la mettant probablement face à des réalités qu’elle n’avait jadis pas envisagées sérieusement. Rien d’étonnant là non plus, Octave étant finalement l’une de ses plus anciennes connaissances. A son échelle, ce devait être comme si elle avait soudainement réalisé que même sa mère pouvait se retourner contre elle. Il ne prétendait pas avoir bénéficié de son amour inconditionnel, ni d’un statut particulier quelconque, ni même d’un vague sentiment de tendresse, mais ils avaient entretenu des rapports corrects malgré les vents et les marées. Et voilà qu’un coup d’Etat remettait tout en question, même ce dont on se croyait certain il y a peu.

« On n’est plus en sécurité nulle part tu sais… Encore moins au Ministère, nom ou pas nom. J’étais là, le jour où Scrimgeour a été enlevé puis probablement tué, dans son bureau. Mon nom ne m’a pas empêchée d’en prendre plein la gueule par les copains mangemorts de mon père… »

Octave attendit que le rire forcé passe, et tandis que la jeune femme noyait son amertume dans de l’alcool doux comme une pivoine, il lança, d’un naturel désarmant, puisque c’était pour lui chose courante, et avec un sérieux à toute épreuve :

« Tu veux que je te pistonne ? Ce n’est pas très compliqué. » Il marqua une pause, les épaules détendues et un air si paisible sur le visage que c’en était déconcertant. « Dans ton cas, tu es plus en sécurité au Ministère qu’ici. On sait tous les deux que ton père ne te protège pas, ce qui ne t’épargne pas face à ses proches amis. Quant à Scrimgeour, il était un symbole et détenait un pouvoir considérable que quelqu’un convoitait. Toi, tu n’es ni une sang-de-bourbe, ni une dissidente en tant que tel, tu n’es donc pas une cible prioritaire pour le Ministère, à moins que tu ne le décides toi-même. Et ce qu’il y a de bien avec ce genre d’institutions, c’est qu’à partir du moment où tu rentrer dans le rouage, que tu fais partie de la machinerie qu’est l’Etat, tu es protégée par tes collègues d’une certaine façon, par le métier, et par le gouvernement lui-même. Le Ministère, c’est un organe étatique à part entière, qui est fait pour organiser la vie des gens normaux. Et lorsque le Ministère est entre les mains de gens dangereux, il vaut mieux être une brique discrète qui constitue leurs murs, plutôt qu’un danger potentiel de l’extérieur. C’est bien connu qu’on se préoccupe toujours plus de la masse informe en dehors des murailles, qu’à l’intérieur. » Il soupira doucement, abandonnant son ton distant, et en même temps intimement professoral, avant de rajouter gentiment : « Mais je comprendrai que tu ne veuilles pas. Ce sont deux parties pris totalement différents qui ne sont pas accessibles à tous. »

Octave ne rajouta pas la deuxième partie qu’il avait en tête, épargnant une blessure inutile à la fierté de Scarlett. Mais la vérité était que l’Etat cherchait rarement les révoltés aux seins de leurs murs, parce que quand il changeait de visage, il voyait son corps se purger naturellement. Ceux qui avaient trop de morale, une conscience suffisamment développée pour ne pas vouloir se corrompre, ou tout simplement les peureux quittaient le bateau. Ceux qui restaient, ou venaient après, étaient en général les gens qui parvenaient à concilier la contradiction entre leurs principes et ce qu’on leur demandait de faire. En clair, si Scarlett se retrouvait au Ministère, ce n’était certainement pas pour se rebeller. Mais surtout, si elle avait accepté de continuer ses études, c’est qu’elle n’était pas aussi révoltée et courageuse que ça, peut-être. Ce qui n’était pas un jugement, Octave ne portant que très peu de considérations à cet égard, tant que ça ne le concernait pas sa survie directement. Dans le meilleur des mondes, on aurait pu exiger un peu de cohérence et de droiture dans tous les aspects du quotidien, mais la réalité était que personne n’avait envie de perdre sa vie de manière insensée, juste pour défendre de fumeuses idées. Et Octave ne pouvait pas le condamner.

Tandis qu’elle lui parlait de son père, il s’arrêta soudain de tasser ses cartes, les posa sur le comptoir avant de se retourner complètement vers Scarlett, son corps suivant souplement le mouvement de sa tête. Il s’appuya du coude sur la table, fixant le profil de la jeune femme, se laissant vaguement hypotoniser le mouvement ailé de ces tâches de rousseurs, qui dansaient comme des braises sur ses joues à mesure qu’elle parlait ou bougeait sa tête. Elle avait fini par changer de sujet, mais lui continuait à la considérer avec sérieux et plutôt que de répondre à ses questions, il s’inquiéta de son récit.

« Les trous noirs, ce n’est pas normal. Dans ton cas, c’est soit provoqué par un traumatisme, soit par la magie. Dans les deux cas, tu auras de mauvaises surprises. Et plus ça dure, plus ça te cause de torts. » Octave baissa les yeux, serrant ses lèvres en une fine ligne rougeâtre. Son regard devint vague, puis au bout d’un temps il secoua lentement la tête en signe de négation : « Fais attention, ton père n’est pas un homme à s’attarder sur quelque chose si ça ne lui apporte pas une contrepartie. S’il est encore là après tout ce temps, c’est soit qu’il espère quelque chose, soit qu’il l’a déjà. Je te conseille de bien réfléchir à ce qui pourrait éventuellement l’intéresser. Si tu en trouves l’occasion, extrait tes pensées, explore les dans une pensine. Qui sait, les trous noirs n’en sont peut-être pas. Mais méfie-toi de lui, il n’est pas là par hasard. Et trouve la source de ces trous noirs. »

Depuis son air sérieux, il perçut la fatigue de la jeune femme et se tut, tirant une moue lasse lui aussi. Ses sourcils sautèrent vers le milieu de son front, tandis qu’il se débarrassait de ce sujet plus qu’inquiétant. Finalement, se libérant de son visage grave comme on se débarrasse d’un vêtement, Octave lui sourit tendrement du bout des lèvres, but une généreuse gorgée de son gin et susurra d’une voix mielleuse :

« Australie. Pendant près d’un an. Alors je n’ai rien à te raconter à part l’aventure de mes doigts de pieds dans le sable ! J’ai toujours été curieux de ce qu’était l’éducation magique tu sais… » Il s’arrêta un instant, faisant comme une parenthèse silencieuse sur son éducation moldue ou purement solitaire « …On m’a susurré que la place de bibliothécaire s’était libérée à Poudlard et j’ai décidé de saisir l’occasion pour combler l’une de mes nombreuses curiosités. Cependant, entre temps Dumbledore a été assassiné et je me retrouve à la croisée des mondes maintenant, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai rencontré le remplaçant, on dirait un peu Raspoutine. Vu comme Rogue s’est faufilé entre les mailles, ça ne m’étonnerait pas qu’il ait les mêmes capacités de survie que lui. » Octave soupira lourdement, un peu fataliste « Décidemment, il n’y a plus que des sujets de discussion de m*rde maintenant. Je crois que le seul thème neutre qu’il nous reste, c’est l’alcool. »

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Mer 23 Aoû 2017 - 16:03

Si l’hydromel dans son verre s’amenuisait rapidement, il n’en allait pas de même pour le gin tonic d’Octave. Scarlett avait une bonne descente, mais l’alcool montait vite chez elle. Trop même. Et rapidement, elle n’avait plus des actions très cohérentes. C’est ce qui avait fini par la mettre dans le lit de Rohan la première fois. Et bien qu’elle ne regrettât pas l’épisode, elle s’intima de se modérer. Octave n’avait pas besoin de la voir dans cet état-là. Ca lui allait bien, de rester encore un peu la petite fille de son enfance. Il était la seule personne encore vivante, à l’exception de sa mère, qui puisse encore témoigner de cette époque. Et c’était un sentiment étrange pour elle aussi. Mais Octave avait quelques pintes de bière dans le sang déjà, raison de plus pour qu’il fasse plus attention. Elle le regarda d’un œil suspicieux lorsque celui-ci lui affirma ne pas être sous l’emprise d’un Imperium, et il choisit cet instant pour croiser son regard. Elle était passée à côté de ça l’année précédente, quand Madame Rosmerta y avait été soumis et que Scarlett, l’apprentie auror, ne l’avait même pas relevé, mais elle ne ferait plus cette erreur. Elle se sentait plus détendue, depuis qu’elle avait cessé de diriger sa colère contre Octave. Elle pensait même pouvoir passer une agréable fin de soirée en sa compagnie. Pour autant, elle sentait qu’il allait encore lui falloir quelques verres d’hydromel pour pleinement se détendre. Elle finit cependant par lui adresser un sourire joyeux, presque mutin.

« Ne t’en fais pas, je ne crois pas que tu sois sous Imperium. Bien que ça ait pu expliquer certaines de tes fréquentations ! »

Il était plus simple de détendre l’atmosphère en essayant de plaisanter. D’autant que présenter l’actuelle société la mettait mal à l’aise. Même si elle savait que l’Ordre n’allait pas se laisser faire, elle ne pouvait pas s’empêcher de craindre le pire. Et si Voldemort restait au pouvoir ? Et si Potter était détruit, et qu’ils n’avaient plus aucun espoir ? Et si toute la Résistance se faisait décimer ? Elle n’osait pas imaginer ce qu’il pourrait advenir de l’Angleterre, et même du Monde dans ce cas. Et cette idée lui faisait même froid dans le dos. Elle se demandait comment Octave vivait les choses, en sa qualité de personne qui se voulait neutre… Elle aurait aimé prendre les choses avec la même désinvolture que lui. Mais elle ne pouvait que se voiler la face par moments, comme lorsqu’elle était avec Rohan, mais c’étaient les seuls instants où elle parvenait à oublier l’horreur extérieure. Et encore, même pas entièrement, puisqu’elle ne cessait de se demander où allaient les allégeances du serveur. Le reste du temps, elle restait sur ses gardes. Si elle ouvrait toujours la gazette avec dégoût, prête à lire toutes les ignominies possibles, elle le faisait avec encore plus de difficultés depuis que sa mère était partie, redoutant de lire son nom à la rubrique nécrologie…

« Tu veux que je te pistonne ? Ce n’est pas très compliqué. »

Scarlett releva le regard, auparavant fixé sur son hydromel, et tenta d’accrocher le regard d’Octave, un sourcil interrogateur haussé. Quelle drôle d’idée… Et si les choses étaient si simples… Désinvolte, cet adjectif lui allait bien. Il semblait pouvoir s’adapter à toutes les situations et en tirer parti. Et Scarlett l’admirait pour cela. Elle était certaine que même s’il se mettait dans un pétrin monstre, il saurait s’en sortir indemne d’une pirouette. Elle écouta avec attention le discours qui suivit, tentant de suivre le cours de ses pensées. Pourtant, Octave avait tort, lorsqu’il la qualifiait de non-dissidente. Parce qu’elle comptait bien rejoindre les rangs de cette résistance, et sa mère était une dissidente. Et elle se doutait que le Ministère le savait, et qu’il l’avait surveillée de près, attendant de pouvoir la mener devant le tribunal magique et l’envoyer à Azkaban avec tous les autres nés moldus accusés de vol de magie… Personne, absolument personne, n’était à l’abri. Pas même les employés du Ministère. Elle était même convaincue que certains ne se gênaient pas pour dénoncer leurs voisins. Elle pinça les lèvres, tout en se demandant si Octave était intimement convaincu de ce qu’il racontait, ou s’il ne faisait qu’énoncer des théories, alors qu’il tentait encore de prendre la température du pays dans lequel il vivait de nouveau. Elle avait envie de lui démontrer qu’il avait tort, mais elle préféra terminer son verre. Elle avait peur de trop en dire, et même si elle avait décidé d’accorder sa confiance à Octave, il n’était pas dit que personne ne pouvait les entendre. Elle entendait la voix de sa mère qui résonnait à ses oreilles, qui singeait Maugrey Fol’œil en répétant à tout va « Vigilance constante ! ».

« Mais je comprendrai que tu ne veuilles pas. Ce sont deux parties pris totalement différents qui ne sont pas accessibles à tous. »

Elle lui sourit avec douceur. Si les choses pouvaient être aussi simples… Mais son tumultueux esprit était agité de pensées contraires depuis quelques temps maintenant, et ça n’allait pas s’arranger. Néanmoins, elle devait répondre à la proposition d’Octave.

« C’est gentil, Octave, merci beaucoup. Mais malheureusement, je crois que je vais devoir refuser… En réalité, même si je ne me vois exercer aucune autre profession que celle d’auror… » Elle baissa d’un ton, de manière à ne pouvoir être entendue que de lui, comme si quelqu’un pouvait les entendre. « Je ne suis pas sûre de vouloir travailler pour ce Ministère pour l’instant, pas tant que Tu-Sais-Qui titrera les ficelles en tout cas. »

Elle lui adressa un sourire avant de changer de sujet, répondant à ses questions sur son père et la relation qu’ils continuaient d’entretenir. C’était un sujet nettement moins dangereux, bien que presque plus effrayant que tout le reste. Mais il n’engageait qu’elle. Et malgré tous les problèmes qu’il pouvait lui apporter, elle espérait qu’un jour sa parenté pourrait réellement la sortir des ennuis. Son sang l’avait protégée du Basilic de la chambre des secrets, et il la protégeait également de la discrimination envers les nés moldus. Mais elle voulait que son nom lui soit également utile.

Au fur et à mesure qu’elle parlait de ses trous noirs, Scarlett vit du coin de l’oeil la physionomie d’Octave changer radicalement, passant de la nonchalance à une extrême attention. Elle sentit son cœur s’accélérer légèrement, redoutant l’analyse qu’il pouvait faire de son récit, et préféra changer de sujet rapidement, comme pour clore la conversation. Mais c’était sans compter sur son interlocuteur.

« Les trous noirs, ce n’est pas normal. Dans ton cas, c’est soit provoqué par un traumatisme, soit par la magie. Dans les deux cas, tu auras de mauvaises surprises. Et plus ça dure, plus ça te cause de torts. »

Scarlett se retourna vers lui à son tour, lui faisant complètement face, et scruta son visage. Elle sentait son cœur s’emballer, suite à ce qu’il venait de dire. Il ne faisait que confirmer les doutes qu’elle avait depuis quelques temps. N’ayant pas subi de traumatisme particulier depuis qu’il avait fait son retour dans sa vie, hormis s’être faite amocher lors des deux dernières attaques au Ministère, ça ne laissait plus beaucoup de possibilités. Et l’idée que son père puisse la soumettre à certains sortilèges lui faisait réellement peur. Une terreur sourde, profonde, qui s’insinuait partout et cherchait à la paralyser. Sa bouche s’assécha, et mécaniquement, elle se saisit une nouvelle fois de son verre pour en prendre une grande gorgée. Elle l’écoutait, mais l’entendait comme s’il était loin d’elle, sa voix résonnant dans sa tête. Son père cherchait-il des informations au sujet de l’Ordre ? Ou voulait-il seulement semer le trouble dans son esprit ? Lui avait-elle fourni certaines informations ? Elle sentit ses mains trembler de nouveau, et serra les poings sur ses genoux pour tenter de les contrôler. Elle savait que William était dangereux, mais elle avait été trop faible pour l’éjecter de sa vie une bonne fois pour toute. Toujours fixée sur le visage d’Octave, elle le vit se détendre alors qu’il s’apprêtait à changer de sujet, et resserra les poings une nouvelle fois, tentant de mettre fin au tremblement de ses mains. Elle se concentra sur la voix d’Octave, qui semblait toujours émaner d’un tunnel, mais plus les secondes passaient, plus elle récupérait de contrôle sur elle-même. Mais la peur ne la quittait plus. Elle prit une nouvelle rasade d’hydromel pour finir de se détendre.

[b}« J’ai rencontré le remplaçant, on dirait un peu Raspoutine. Vu comme Rogue s’est faufilé entre les mailles, ça ne m’étonnerait pas qu’il ait les mêmes capacités de survie que lui. »[/b]

Hydromel qu’elle manqua de recracher sur Octave, tant son trait d’humour lui donna envie de rire. Elle avala de travers et hoqueta brièvement, tout en étant agitée d’un fou rire qui se prolongea face à la théâtralité du bibliothécaire. C’était une comparaison peu commune, mais elle la trouvait plutôt correcte. Et la proposition d’Octave de parler d’alcool n’arrangeait rien. Comme s’ils en étaient réduits à cela uniquement… Elle lui sourit, calmant son rire.

« Je trouve que tu avais une meilleure descente pendant que tu jouais aux cartes, que maintenant… Notre conversation est-elle moins inspirante qu’une partie de Dourak ? A moins que mon gin tonic soit moins bon que ceux que tu as eu l’occasion de boire en Australie pendant un an ? Ou alors tu ne veux pas me montrer ce que tu deviens quand tu perds un peu le contrôle ? Si c’est ça qui t’inquiète, tu n’as pas de soucis à te faire, j’ai vu tellement de choses entre ici et la Tête de Sanglier que j’ai appris à ne plus juger les saoulards... Je me suis moi-même retrouvée à plusieurs reprises dans la gazette au sujet de ma prétendue addiction à l’alcool ces derniers mois ! »

Nouveau clin d’œil. Elle ignorait totalement l’effet que ses agissements pouvaient avoir sur Octave. Elle ne cherchait pas à flirter avec lui, elle avait juste naturellement cette attitude légèrement aguicheuse. Et puis elle préférait parler de sujets futiles, plutôt que retomber dans leurs conversations sérieuses précédentes. Elle avait réellement besoin de se changer les idées…

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MessageSujet: Re: [22 août 1997] Où sont passés les rires de notre enfance ? Ven 25 Aoû 2017 - 18:54

Il se demanda un instant si cette participation toute en œillades silencieuses, ou en moues gênées, tantôt traversées par un gonflement de retenue, était due au manque d’entrain ou d’argument. La réticence de Scarlett lui rappela vaguement l’époque de la RDA, lorsqu’il était très délicat d’aborder le sujet de la politique dans certains cercles. Les gens se contentaient de faire preuve de patriotisme, ou se taisaient simplement pour ne pas dire de bêtises ; après tout, chaque voisin pouvait s’avérer être un potentiel délateur. La situation était-elle aussi grave ? Ou bien, était-ce lui qui exporait le sujet de façon pas assez subtile ? En y repensant, il avait le sentiment de l’avoir piégée. De toute façon, puisque personne ne se sentait capable de changer quoi que ce soit, personne ne voulait par conséquent discuter d’un aspect présumé immuable. Les Mangemorts se galvanisaient de leur nouvelle position et les autres se taisaient, se fendant soit d’une grimace, soit d’un sourire embarrassé. Octave s’était toujours dit que cette deuxième catégorie de personne, les éternels consciencieux poliment déconcertés, tentaient de ne pas se faire remarquer, s’enfonçant dans une fausse convenance qui puait la frayeur à des kilomètres. Et cela, les Mangemorts l’aimaient bien. La peur courtoise. Scarlett avait ce visage-là, de celle qui ne voulait pas aborder un sujet pour ne pas prendre le risque de s’impliquer. Et elle lui répondit finalement d’ailleurs d’un ton extrêmement délicat, comme si elle avait préparé sa tirade au préalable, lui prêtant toute la grâce possible pour que rien que la politesse n’en ressorte. Toutefois, même si l’explication de son refus le surprit, Octave resta de marbre, déviant lentement son regard vers le verre de gin.

« C’est gentil, Octave, merci beaucoup. Mais malheureusement, je crois que je vais devoir refuser… En réalité, même si je ne me vois exercer aucune autre profession que celle d’auror… Je ne suis pas sûre de vouloir travailler pour ce Ministère pour l’instant, pas tant que Tu-Sais-Qui titrera les ficelles en tout cas.
- Comme tu veux. »

Le propos, avoué sur le ton et l’allure de la confidence, n’arrangea en rien l’affaire, mais le bibliothécaire en devenir ne releva rien. Il ne valait mieux pas, la pauvre fille semblait déjà démoralisée par tout, cernée sans cesse par ce qui lui faisait horreur, sa sensibilité ne lui permettant pas de survivre à ça sans que l’aversion ne s’en retrouve coincée dans les tripes. Il fit mine de songer à son excuse, mais il ne pensait qu’à l’ironie de cette déclaration. Bien sûr, il y avait une nuance entre exécuter directement les ordres du Ministère et être serveuse dans un bar éloigné de la capitale, mais véritablement, la différence était bien mince dans le fond. Octave savait qu’en revenant dans ce pays et en acceptant un poste aussi insignifiant pour le régime que pouvait être celui de bibliothécaire, il acceptait d’une certaine façon cette situation. Ce qui était partiellement vrai. Car il n’était pas venu en Angleterre dans un esprit de rébellion, se rapprochant de l’ennemi pour mieux le poignarder dans le dos, ni en tant qu’espion étranger, ou quelconque autre figure de l’opposition évoluant dans l’ombre. Scarlett en revanche, ne prétendait pas à la neutralité –toute relative- comme lui, cette situation mettant clairement à mal ses principes de vie. Elle était conte ce régime, mais à quel point ? A quel point était-elle prête à outrepasser son entendement… ? Octave lui jeta un regard étrange, et le sentiment l’habitant se débattait si hardiment pour ne pas transparaitre, que son visage parût figé dans l’inanité. Tous ces prétendument insignifiants acteurs, convaincus de leur petitesse et de leur incapacité, entretenaient pourtant, chacun à sa façon, la grosse machine qu’était le Ministère. Presque métaphoriquement, en acceptant de servir les Mangemorts du bar, Scarlett en nourrissait les petites racines. Au moins, avec la position d’auror, elle aurait pu faire la différence, ou convenablement se cacher, en son sens. Mais si elle préférait demeurer serveuse… c’était sûr qu’il était plus acceptable de filer de la mauvaise gnole aux sbires de Lucifer que d’exécuter leurs ordres. Cela dit, à ce degré-là, ça devenait presque une rhétorique conceptuelle et Scarlett n’était clairement pas l’interlocutrice qui se prêtait à ce type d’exercice. Pas qu’elle en fut incapable, loin de là, mais sa situation la rendait presque incapable de prendre une pareille hauteur, sans que ça ne la blesse dans ses sentiments exacerbés.

Il en eut d’ailleurs la preuve lorsque, de biais, il perçut son trouble, tandis qu’ils abordaient le sujet du père et qu’Octave la mit très sérieusement en garde. Elle s’attendait peut-être à ce qu’il lui fasse en sourire gêné en retour, pour seule réponse ? Octave avait l’esprit méthodique ! S’il prêtait son épaule, c’était toujours pour avoir un résultat. Quel intérêt d’être confident si c’est pour finir frustré d’une situation stagnante ? Il n’aimait pas ça. Néanmoins, voyant à quel point l’évocation du père la bouleversait jusqu’au frisson, il abandonna le sujet, sans l’oublier toutefois. En parlant, il avait vu aux variations de son visage, que la jeune femme avait fait quelques rapprochements spontanés, stipulant ainsi sans le vouloir qu’il avait évoqué quelques vérités potentielles. Vu les observations dont Octave lui avait fait part, ça ne pouvait pas être bon. Il n’insista pas davantage cela dit, changeant volontairement de sujet pour pas qu’elle se sente dans l’obligation de le faire. C’était la deuxième fois qu’elle esquivait, alors il aborda sa non moins préféré tactique, car elle ne demandait aucun effort de sa part : la patience. Les personnes comme Scarlett, profondément blessées et confuses, il fallait les laisser parler librement, le dialogue ayant des vertus curatives. Car la plupart des gens ne savent même pas ce qu’ils pensent avant de le dire. On se dit toujours qu’on réfléchit, puis on parle, ce qui devrait être vrai dans l’absolu, mais ne l’est pas dans la pratique. Pour réfléchir, il faut entretenir un dialogue d’opposition avec soi-même, dans le cadre de son propre esprit… Et cet exercice-là étant complexe au-delà de l’imaginable, la plupart des gens réfléchissent uniquement en parlant. Il n’y a qu’en dévoilant ses pensées que Scarlett se trouverait en mesure de mettre le doigt sur une contradiction internet, chose qui venait peut-être de se produire en silence dans son esprit par ailleurs. Doucement, en s’adressant à Octave, elle se découvrait elle-même. Mais pour ça, il lui fallait du temps aussi. Donc, patience. Une fois que tous les aspects de cette intervention extérieure, que représentait le bibliothécaire, se mettraient en place, elle reviendrait peut-être sur le sujet.

Freud avait ce processus très intéressant avec ses clients qui consistait à les laisser parler. Leur discours évoluant en spirale pour finalement revenir vers ce qui les préoccupait véritablement, parce qu’on n’y échappait pas comme ça et que pour se libérer, il fallait régler le problème ! La confusion étant tel un trou noir autour duquel gravitaient tous les autres sentiments, petit à petit dénaturés eux-aussi, par ce questionnement aliénant. Donc, pour mieux revenir, Octave s’éloigna autant que possible en apparence de la tourmente originelle. Que en apparence, parce que maintenant, de toute façon, tout revenir immanquablement au même sujet : le Lord tout puissant et les horribles répercussions de ses actes.

« Je trouve que tu avais une meilleure descente pendant que tu jouais aux cartes, que maintenant… Notre conversation est-elle moins inspirante qu’une partie de Dourak ? A moins que mon gin tonic soit moins bon que ceux que tu as eu l’occasion de boire en Australie pendant un an ? Ou alors tu ne veux pas me montrer ce que tu deviens quand tu perds un peu le contrôle ? Si c’est ça qui t’inquiète, tu n’as pas de soucis à te faire, j’ai vu tellement de choses entre ici et la Tête de Sanglier que j’ai appris à ne plus juger les saoulards... Je me suis moi-même retrouvée à plusieurs reprises dans la gazette au sujet de ma prétendue addiction à l’alcool ces derniers mois ! »

Dans cette tirade, il ne sut même pas sur quoi devait s’arrêter sa vexation. Alors il s’en étouffa, comme tout bon esthète vaniteux se croyant être le seul en droit de se critiquer. Ses narines se gonflèrent comme les voiles d’un bateau, tandis que ses yeux s’arrondissaient en soucoupes. Tout cela était bien théâtral, mais c’était là l’adage qu’on lui reconnaissait, le tragique et l’exagération n’ayant aucun secret pour lui, comme si sa vie était une inlassable succession de scénettes antique ou de kabuki. Il retroussa d’abord impétueusement ses narines, puis jeta un regard hautain à la jeune femme. Juger les saoulards, un an en Australie, perdre le contrôle… ? Il finit même par soulever son éternel sourcil, coincé entre l’outrecuidance et la circonspection. C’était une telle succession ironique d’éventuels reproches qu’il ne savait pas sur laquelle s’arrêter en premier. Savamment, Octave déploya sa langue de vipère avec tout le sarcasme qu’il lui restait en réserve, sans toutefois être vulgaire, car le but n’était pas de la vexer, après-tout :

« Oui, j’ai entendu dire qu’avec les breuvages de ce bar on décapait des poutres en acier, rien d’étonnant à ce que tu en profites pour décaper ton âme. Cela dit, quand je t’observe, je me dis que la seule chose ‘’prétendue’’ dans cette histoire, c’est le journaliste qui est parvenu à transformer tes pleurnicheries poisseuses et ton flirt d’ivrogne en article de journal. Soit il est trop bien payé, soit pas assez, mais tu as enfin trouvé quelqu’un que ça intéresse !… En attendant, ce n’est pas moi qui me suis retrouvé immortalisé sur papier. »

Il lui adressa son plus beau sourire enjôleur, tout cousu qu’il était de cynisme narquois. Son regard glissa néanmoins sur le verre d’hydromel, que Scarlett siphonnait comme une baignoire. Probablement qu’il n’aurait pas prêté d’avantage attention à son entrain, si seulement elle n’avait pas évoqué son aventure avec la Gazette. Il avait dit cela en plaisantant, mais c’était véritablement étrange qu’un journal quelconque veuille bien s’intéresser à ce genre d’incidents. Tout ce qui se passait dans le pays était-il donc si intimement lié aux agissements du Seigneur des Ténèbres pour que les journalistes soient obligés d’évoquer de pareilles banalités ? Machinalement, Octave sirota son propre verre, s’adoucissant un peu, avant de commenter :

« Ma descente n’a aucun rapport avec la conversation, ni avec le contenu. Boire, ça met les gens en confiance, ce qui est clairement mon but. Ca montre que tu es décontracté, superficiel, souple, et pas en train de réfléchir au meilleur moyen d’abuser ton interlocuteur. Ca diminue les suspicions, vu que tout le monde connait les vertus de l’alcool et donc plus tu bois, moins tu te contrôles et en théorie, plus tu es honnête… A condition de ne pas avoir un foie en zircon comme le mien. » Octave tourna légèrement la tête, un sourire flottant sur ses lèvres comme le reflet du ciel sur un lac « Dois-je en conclure que tu ne te sens pas en confiance en ma présence ? Tu veux me voir en position de faiblesse ? Tu préfères que je sois complètement rond et moins chiant ? De toute façon, j’ai l’alcool ennuyeux. Y a rien à voir, que des bêtises à entendre. Litanies interminables et chiantes sur ma mère, ma famille, mes études, mon travail... » Dit-il, presque amer, mais toujours avec ce brin de taquinerie qui désacralisait absolument tout ce qu’il évoquait de sa propre vie. « Mais je veux bien essayer de me soûler, comme ça on se retrouvera tous les deux au journal la prochaine fois. » Son sourcil ondula, chenille lutine, et il vida son verre d’une seule traite. Bon, ce n’était que du gin tonic, mais la dévotion et la beauté du geste étaient là. Il se pencha ensuite par-dessus le comptoir, empoigna par le goulot une bouteille de rhum Captain Morgan, tout en commentant son choix : « Quitte à ce qu’on parle de moi, j’aimerai que ce ne soit pas parce que je me suis battu contre des poubelles, mais au moins pour avoir essayé de chourer le Choixpeau, ou avoir repeint l’école en rose fluorescent. Pas besoin d’être bourré pour faire ça tu me diras, mais c’est surtout pour avoir une excuse lorsqu’on se fera chopper par les Mangemorts. »

Sur ces mots pleins d’entrain, faisant miroiter mille et une aventures que le cerveau d’Octave était capable de concocter lorsqu’il s’en donnait la peine, le concerné se servit un bon verre de rhum noir. Il regarda ensuite Scarlett avec beaucoup de méfiance, plissant même les yeux pour illustrer sa suspicion, la scrutant longuement comme s’il décidait quelque chose pour soi. Puis, il formula enfin ce qui lui trottait dans la tête : « Mais avant que je ne te serve, il va falloir m’expliquer avec quoi je dois rivaliser. Qu’est-ce que t’as foutu pour mériter l’attention d’un journaliste ? Et est-ce que j’ai seulement raison de te laisser boire sans rien dire ? Est-ce que ça ne fait pas justement parti de mon devoir de citoyen que de te garder sobre, pour la sauvegarde de la population locale ? Parce que si ça se trouve, c’est ça, tes trous noirs : ton esprit qui essaye de se cacher les horreurs qu’il commet sous l’emprise d’un peu trop de gnole. » Emphatique, il claqua de la langue à plusieurs reprises en secouant la tête : « Scar, c’est pas comme ça qu’on t’as éduquée… » Dit-il, presque la larme à l’œil, avant de se resservir une rasade, attendant la réponse de la donzelle, qui s’imbibait comme une éponge dans un évier.

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