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Music is the strongest form of magic [17/07/97]

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GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 650

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Music is the strongest form of magic [17/07/97] Lun 8 Mai 2017 - 20:40


« Les vacances d’été, enfin ! » C’était probablement ce que devaient penser tous les jeunes gens d’Angleterre : moldus comme sorciers. Comme quoi, ils n’étaient pas si différents. Et pourtant, il y avait bien un jeune homme qui languissait la fin des vacances d’été : Shawn Inoue. En effet, ces vacances lui semblaient interminables, car elles représentaient le dernier rempart entre lui et la liberté, Poudlard.

Quatre ans. Quatre longues années durant lesquelles il avait goûté au poison amer et destructeur de la solitude. Quatre ans d’emprisonnement et deux mois de vacances vous semblent une éternité. Si pour la majorité de ses camarades Shawn avait été malade puis relayé au rang de souvenir voire oublié, la réalité était bien différente. Shawn avait été écarté de la société sorcière, tel un paria parce qu’en lui sommeillait un « monstre ». Enfin c’est ce que les braves gens disaient, alors les braves gens devaient avoir raison. Les loups-garous sont dangereux, méchants et détestables. Ils ne sont ni bon à marier ni bon à embaucher. Ce sont des rebuts et leur existence même est une insulte envers l'humanité. Mais dans le climat actuel, les loups-garous n'étaient peut-être pas les plus inférieurs des êtres. Il se pourrait bien que les nés-moldus leur aient volé la dernière place au classement des êtres sous-évolués. Était-il pire de fréquenter un né-moldu ou un loup-garou ? Question difficile, l'un a un sang indigne, l'autre est à peine considéré comme un être humain. Les deux ne possèdent aucun droit si ce n'est celui de disparaître de la société. Mais Shawn préférait positiver, au moins il n'était pas né-moldu ET loup-garou.

Vous l'aurez compris les loups-garous n'occupent pas une place de choix dans la société sorcière. Ce n'était donc pas surprenant que les parents Inoue aient souhaité cacher l'honteuse vérité sur leur fils. Le mensonge sur sa santé comportait, toutefois, une part de vérité. Shawn était bel et bien malade (tout du moins, c’est ainsi qu’est décrite la lycanthropie dans les livres), et ce Mal le rongeait de l’intérieur et l’affaiblissait à petit feu. Il fallait donc le mettre en quarantaine sans oublier de jeter ce secret dans un puits, refermer le couvercle et se débarrasser de la clé.

Le Gryffondor n’attendait donc qu’une chose : reprendre le cours d’une vie normale. Pester contre les enseignants, stresser à l’approche des examens et rire avec ses amis. Des choses banales, voire même ennuyeuses, du quotidien qui sont des trésors pour un exilé. Quelle ironie que le jour où le loup allait enfin revoir la lueur du soleil sans ses chaînes se fasse sous le règne des forces du Mal. Le Gryffondor pensait que sa libération était due aux bonnes grâces du vieux directeur décédé et de ses résultats aux Buses comme lui avait promis son père. Ce qu’il ne lui avait pas révélé c’est qu’en réalité, il n’avait jamais envisagé de renvoyer Shawn étudier à Poudlard, il préférait l’avoir sous surveillance. Alors pourquoi avait-il autorisé son fils à revenir dans cette école ? Ce n'était pas par bonté de cœur. La raison était simple : une lettre du Ministère demandant des explications détaillées sur l'absence de l’un de ses fils et insistant sur le fait qu’avec le nouveau régime, tous les élèves doivent se rendre à l’école sauf raison valable acceptée et vérifiée par le Ministère. Monsieur Inoue, craignant une visite surprise des employés du Ministère, avait autorisé le retour de son fils entre les murs du château.

Shawn devait donc sa liberté aux bourreaux qui brisaient des familles heureuses. S’il apprenait la vérité, probablement que le jeune homme ne s’en remettrait pas. Les mensonges sont parfois plus acceptables que l’implacable vérité. Fort de cette nouvelle liberté, le jeune homme avait cherché à reformer son ancien groupe Cor Leonis et avait écumé les bars du chemin de traverse afin de trouver une occasion de jouer devant un public durant l’été. La recherche n'avait pas été chose aisée, car une bonne partie des bars avaient fermé leurs portes et l'autre partie préférait passer inaperçue, la musique était donc proscrite.

Les efforts étant souvent récompensés, le jeune homme avait finalement trouvé son oasis tant désiré. Un tavernier avait accepté de faire jouer ce groupe de jeunes gens. Il était convaincu qu'un peu sang neuf et de musique attireraient une clientèle toujours plus restreinte à cause du climat de peur. Sans compter que c’était connu : la musique adoucit les mœurs et soigne les plaies de l’âme. Le propriétaire du bar, appelé le Pot’O’gold, leur avait même prêté des locaux exigus et poussiéreux pour pratiquer. C’était plus que Shawn espérait. Il ne restait plus qu'à pratiquer, en théorie...

Le Gryffondor, Sian et Connor étaient présents de bonnes heures dans les locaux afin d’essayer de faire de la place entre les armoires abandonnées et les tables branlantes sur deux pieds. Ils avaient tenté de donner un semblant d’ordre aux capharnaüms afin de disposer leurs instruments, tout en chassant les vermines qui avaient pu s'installer entre les bouteilles de bièreaubeurre et de Whisky pur feu. Le jour fatidique du premier concert aurait lieu dans cinq jours et le propriétaire leur avait promis de renouveler l’expérience d’autres soirées si tout se passait bien.

Une occasion en or » selon Shawn Inoue. Le petit bémol à ce charmant tableau étant que le groupe n’était pas au complet, il manquait un musicien et plus précisément un guitariste et sans ce musicien, le groupe ne pourrait pas jouer. Le jeune homme avait donc passé une annonce dans la Gazette pour annoncer la date officielle des auditions : aujourd’hui toute la journée. Ils avaient vu défiler une dizaine de musiciens dans la matinée, mais aucun n’avait retenu l’attention de Shawn. Des « il lui manque la flamme » ou encore « il a appris à jouer de la guitare avec un troll manchot ! » ponctuaient ses refus. Après le dixième refus et la pause de midi, cela faisait pas moins de trois heures que le groupe attendait sans l’ombre de nouveaux intéressés. Shawn réglait son micro lorsque Sian remarqua que quelque chose clochait chez son ami.

- On aurait dû prendre le type avec sa chemise en poils de nifleurs. T’es folle, j’ai jamais vu un type faire autant de fausses notes en l’espace d’aussi peu de temps ! T’es trop exigent, je te rappelle que sans musicien, pas de concert ! Je sais… Shawn ? mhm ? Depuis quand tu portes des lunettes ?

Il est vrai que Sian n’avait pas vu souvent Shawn depuis qu’il ne suivait plus les cours à Poudlard. Ô ils avaient bien échangé quelques hiboux, mais elle ne le revoyait en chair et en os que depuis cet été, depuis qu’il était « officiellement » guéri de sa dragoncelle, et pas une fois elle ne l’avait vu affublé de lunettes lors des répétitions.

-Ah ça ? Il porta sa main gauche sur la branche de ses lunettes, ça me donne l’air plus intelligent, hein ? On pourrait presque croire que je suis à Serdaigle !

Connor leva les yeux au plafond en réglant son ampli à la façon moldue (à défaut d’être majeur et de pouvoir utiliser la magie). Sian fit une légère grimace :

-Sans vouloir te vexer… non. Jamais personne ne pensera que tu appartiens à la maison des intellos, Shawn, malgré tous les efforts du monde.

-Roooh, soupira le Gryffondor en retirant les lunettes. Je les ai piquées à mon père. Il suffit que tu ouvres la bouche…

- Bon, un peu de sérieux les gars ! J’ai une super idée pour …

-Ah non, tu vas pas encore modifier la setlist  hein ! Et on t’a dit qu’on ne voulait pas mettre ta musique de rock moldu, là euh crimsonna !

-Nirvana, nom d’un dragon ! Mais revisitez vos classiques ! Je vous promets qu’on mettra trop l’ambiance si on remplace la chanson moisie de Moldubec par une de Nirvana ! Ou alors on met une ballade de Metallica, mais pas cette musique pour sorcière pré pubère, pitié !!

Il entreprit d’imiter ladite chanteuse : « You stole my cauldron
The toads from my pond
Crystal phials of my memories
Plus my larch and phoenix feather wand


- La démocratie a voté, deux contre, un pour, c’est non Shawn, conclut-elle en s’installant devant sa batterie. Répétons un peu en attendant les prochaines venues.

But don't think that you broke me
Cause you ain't all that smart
See, you stole my cauldron
But you can't have my heart. »


- Tu connais drôlement bien les paroles de cette chanson pour je cite « adolescente pré pubère », dis-moi.

Shawn rougit et se tut, sans pour autant perdre le sourire narquois accroché à ses lèvres.


Connor prit enfin la parole : - Si on a d’autres musiciens intéressés…

Et le Serdaigle avait pratiquement vu juste, car au bout d’une heure il n’y avait pas l’ombre d’un chat. Shawn était plongé dans un profond mutisme au-dessus d’une partition qu’il gribouillait de temps à autre lorsque Connor l’interpella : Shawn ? Tu sais bien jouer du piano non ? ça serait pas cool d’ajouter des ballades à notre registre, histoire de varier ?

Le Gryffondor releva la tête et fixa un pan du mur fissuré en face de lui. Puis il passa un doigt sur ses lèvres en fronçant les sourcils.
-Shawn ? Tu nous fais une surchauffe cérébrale ?

Le Gryffondor secoua la tête et soupira. Il planta ses prunelles sombres sur Connor et d'un simple regard lui fit passer un message de profond agacement qui, s'il avait été traduit par des mots aurait donné : "sérieux, encore un cliché ?".

-Désolé. Voyant que son ami ne prenait pas la peine de répondre, il insista : alors une ballade ?

-Oui c’est une bonne idée. J’avais écrit quelques ébauches de ballades. Il ne précisa pas qu’elles étaient majoritairement en japonais.

Sa langue natale lui manquait, elle était plus colorée, plus profonde et insaisissable que la langue anglaise. Elle possédait des milliers de nuances et de saveurs, alors que la langue anglaise était à ses oreilles froide, platonique et sans la moindre saveur. Une ligne droite sur une parcelle d’autoroute versus une randonnée perdue en pleine montagne. Il n'y avait pas photo.

Il chercha dans son carnet de « partitions », qui était à l’image de sa chambre un bordel, la chanson intitulée « 守りたい ».

-C’est donc vrai ? Quoi ? Qui ne nie pas acquiesce ! Tu sais jouer du piano !

-Ah ça… je ne peux pas !

- Tu peux pas ? C’est quoi cette réponse, éclata-t-il de rire.

-J’ai pas envie, Shawn ricana, c’est ringard, c’est tout. On se fait chier là ! Il gratta deux trois notes sur sa guitare électrique en soupirant.

-Ringard, ringard, les meufs raffolent des pianistes ! N'est-ce pas Sian ?

-Ouais quand on s'appelle Gayna, Mia ou Ruby et qu'on a une cervelle pour trois !

- Et je parie que, bizarrement, c'est Mia la détentrice du cerveau !

Sian fronça les sourcils, mais ne répondit rien. Connor n'en rajouta pas plus, pas de réponse, bonne réponse.

Que se passait-il lorsque Shawn s’ennuyait ? Il invente des jeux agaçants !

-Hey Connor ! Chante avec moi !

Il sauta sur ses jambes et se mit à chantonner :

You think you're quite the wizard, got me under your speeeell,
But guess what, Mister Wizard, you don't know me so well
You thought you were so cleverrrr, but, in truth, you're a crook
And no way you're gettin' away with all the things that you took

You stooooOooooooOOle my cauldron
My faaaaAAAAAvourite black hat
PurloOooOoooooooined my owl


-Vous allez arrêter !

Then flew off like a vampire bat
You claiiiiiiiiiimed that you loved me
Said we'd nev
er paaaaaaaaaaAAAart

Sérieux, vous êtes bien des mecs !

Then you stole my cauldron
Oh, you stole her
cauldron, allez avec nous Sian !
But you can't have my heaaaaaaa
aaaart.


Pendant les vocalises des deux jeunes hommes, une voix se fit entendre qui demandait si c’était bien ici pour l’audition. Shawn se jeta sur l'inconnu avant même qu’il ne mette un pied dans la pièce : - Oui ! On t’attendait. Entre donc ! Il s’accrocha aux épaules du nouveau venu comme une huître à son rocher. C’était leur dernière chance.

Le jeune homme fut gratifié d’un « ‘jour » de la part de Connor et Sian s’avança vers le grand brun. Moi c’est Sian, voici Connor et Shawn. Et toi ? Tu étudies à Poudlard  dans quelle maison ? Ton visage ne me dit rien…

Shawn d’abord enthousiaste se renfrogna rapidement à l’entente de la maison et en voyant le comportement de l’inconnu. Allait-il devoir supporter un Zack² ? Il avait lâché le Serpentard et s’adressa à lui plus froidement :

-Hé mec ! Si je te dis Nirvana, Scorpion, Metallica, tu me dis quoi ?

Shawn ne voyait pas ce Serpentard d’un bon œil, il lui rappelait trop son jumeau : froid, intellectuel, sérieux et probablement briseur d’ambiance. Sian qui ne voulait pas perdre ce dernier espoir pour le groupe tenta de ramener l’attention du brun sur elle :

-Tu sais jouer de la guitare ? Ou d’un autre instrument ? Depuis combien de temps ? Autre chose à savoir importante ?

Shawn rongea son frein en écoutant les réponses du jeune homme d’une oreille distraite, une fois qu’il se tut, il enchaîna : - et donc ? Par rapport à ma question, tu réponds quoi Mister vipère ?

Ce n'était probablement pas le genre de questions à poser dans le contexte actuel, mais le Gryffondor était à des années lumières de prendre en compte cette optique. L'inconnu pouvait très bien penser que c'était un test anti-moldu et c'était, indirectement, ce qu'il recherchait. Shawn voulait voir à qui il avait affaire : un sang-pur haineux envers les moldus ? Un sang-mêlé qui croit ce que raconte le gouvernement ou un né-moldu qui n'assume pas et qui a peur de révéler la nature de son sang ? Bien évidemment, Shawn ne pouvait pas deviner dans quelle catégorie se trouvait le grand brun devant lui, surtout que ses expressions étaient très difficiles à déchiffrer, mais sa réponse pouvait en dire long sur qui il était et d’où il venait.

Le Gryffondor croisa ses bras sur son torse et d’un coup de tête désigna sa guitare bleue : Lagoon. Tu vas nous jouer un petit air, voir ce que t’as dans le ventre.

Sian frappa Shawn sur la tête avec un carnet de partitions. -Tu écoutes quand on te parle, il ne sait pas jouer de la guitare, mais du piano ! Excuse-le il est un peu tendu... dit-elle en se tournant vers Lysander.

Du piano, exactement comme son frère, il ne manquait plus que le violon pour parfaire le tableau de dégoût du jeune homme. Le Gryffondor dévisageait le Serpentard sans se départir d'une moue sceptique. L'image qu'il voyait à travers Lysander lui rappelait celle de son frère, son ton se fit plus sec.

-Et donc, tu sais pas lire ? Je croyais que c'était l'adage des Gryffondor ça... Shawn, arrête. On a besoin d'un musicien. On pourrait adapter certaines chansons en ballade avec du piano, non ? Qu'est-ce que t'as à nous apporter ? C'est quoi tes motivations ?

_________________

♠Shawn' ❝Somebody once told me the world is gonna roll me I ain't the sharpest tool in the shed
She was looking kind of dumb with her finger and her thumb In the shape of an "L" on her forehead. Didn't make sense not to live for fun, your brain gets smart but your head gets dumb.

So much to do so much to see so what's wrong with taking the back streets? You'll never know if you don't go. You'll never shine if you don't glow!❞ -

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SERPENTARD7ème année
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DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 19/01/1980 Canterbury
SANG SANG: né(e) de moldus
MessageSujet: Re: Music is the strongest form of magic [17/07/97] Jeu 20 Juil 2017 - 12:28

Ne parle pas à ceux que tu ne connais pas.
Allongé dans l’herbe, Lysander écoutait son souffle sans trouver d’inconfort dans l’humidité qui lui revenait en plein visage. Au contraire, il se sentait mieux dans sa carapace, petit morceau d’homme seul dans une immensité qu’il percevait sans pouvoir la toucher. Sans qu’elle ne puisse l’approcher.
Ne parle pas à un moldu devant quelqu’un que tu ne connais pas.
Cela collait mieux avec son état d’âme.
Ne parle pas à un moldu devant quelqu’un dont tu sais qu’il est sorcier.
Seul, il l’était depuis très exactement cent-vingt-six jours. Seul avec son beau-père, de plus en plus morose et résigné, alors que lui-même ne parvenait plus à contrôler sa propre anxiété. Loin du rythme immuable des cours, le jeune homme avait du mal à contrôler ses pensées, à ne pas les laisser vagabonder vers de noirs sujets. Un manque de contrôle qui ajoutait une forme sombre de colère contre lui-même à son désespoir latent, mélange explosif qui lui sciait les nerfs.
Ne parle pas à un né-moldu, arrête d’envoyer des lettres à Wayoth et dis-lui de faire de même.
Seul, il aurait aimé l’être plutôt que de sentir le regard plein de compassion et de volonté de celui qui se voulait être un protecteur. Il ne voulait pas être protégé, surtout par quelqu’un qui lui répétait inlassablement des consignes qui semblaient tout droit tirées d’un manuel alors qu’il s’agissait, il le savait, de sa propre expérience durant les précédents jours sombres il y a dix-sept ans de cela. Des conseils avisés qui, répétés à l’excès, rappelés dans chaque geste et chaque parole, devenaient un refrain sectaire qui le faisait fuir.
Même parmi ceux qu’ils traquent il y en aura d’assez fou pour vendre leurs parents en échange d’une promesse de sécurité. Tu ne peux plus croire personne.
Je suis certain qu’elle va bien.
En fuite, moins loin que les contrées inconnues que sa mère avait rejointe, où elle serait plus en sécurité qu’au cœur du monde sorcier, si proche des forces vives du Seigneur des Ténèbres… En sécurité ou déjà morte, loin des menaces sorcières mais livrée à la sauvagerie inhérente à tout homme. Non, lui se tenait dans ce qu’il leur servait de jardin, grand jardin s’il en est puisqu’en réalité la limite était floue et aucune barrière ne les séparait du verger de leur voisin, à quelques pas des ruches. Une proximité qui ne leur avait jamais causé de conflit et que sa mère avait défendue lorsque son père, en bon juriste rigoureux qui avait besoin de tout cloîtrer, avait voulu faire mettre une clôture, ou « au moins une haie ».
Cette absence de contact est là pour nous protéger, tu sais ?
Lysander avait sur ce point toujours secrètement défendu l’avis de sa mère, et la félicitait presque quotidiennement cet été qu’elle ait résisté car le sol, meuble, était autrement plus doux sous son dos qu’un enchevêtrement de racines. En fermant à demi les yeux, il pouvait presque imaginer que les nuages cotonneux qui parsemaient le ciel nocturne n’étaient pas si loin, presque proches, presque à portée…
Ne pas savoir où elle est démultiplie la distance… Mais c’est ce qui la met réellement en sécurité tu sais ?
S’imaginer qu’il s’envolait de cet endroit, porté par la brise comme une feuille morte, voir s’éloigner ce monde devenu fou.
C’est en ce qui concerne sa disparition que la comédie est la plus facile à jouer, parce que ce n’en est pas…
Dieu que sa mère lui manquait !
Ta mère me manque...
Son beau-père s’était montré à la fois exemplaire et indélicat. Parfaitement rodé dans son approche et la façon dont il avait mise en place leur nouvelle vie, et tout aussi parfaitement incapable que le poids qu’il faisait reposer sur Lysander était éléphantesque. Non, les codes, les rapports, la paranoïa n’avait rien de glamour ou d’héroïque, ils étaient comme autant de détraqueurs qui envahissaient son ombre et dévoraient sa jeunesse, son innocence. Ce déséquilibre avait ravivé certaines rancœurs, certaines tensions entre eux qui s’exprimaient d’autant plus visiblement maintenant que le baume sur leurs plaies était invisible, intouchable, injoignable. Comme mort.
Le mieux que nous puissions faire, c’est de rester souder pour qu’elle retrouve un foyer calme et accueillant quand tout cela sera fini.
Il fallait bien être à Poufsouffle pour croire que cette dictature aurait une fin avant leur mort.

La seule trace tangible qu’il restait d’elle était de métal et de bois, de vent et de corde. Deux trésors gardés dans l’ancien bureau de son père reconverti en salle de musique où trônaient leurs flûtes traversières et le piano droit hérité à la mort de sa grand-mère. Les deux instruments sur lesquels Lle jeune homme avait appris à lire, ses gammes, ses accords, puis ses morceaux. Ses échos de Vivaldi, de Chopin, de Schubert, d’Ibert, de blues, de jazz lorsqu’il avait fini par laisser parler ses doigts dans les moments difficiles. Autant de défis lancés à son père, à sa magie et au reste du monde : une bataille solitaire qui lui semblait à présent aussi ridicule que fondatrice du jeune homme qu’il était à présent.
J’aurais aimé pouvoir te dire que retourner à Poudlard te fera du bien mais je crains que ce ne soit pas le cas.
Deux compagnons de route parfois abandonnés mais toujours présents lorsqu’il avait eu besoin d’eux, deux formidables confidents dont la seule pensée à présent lui engourdissait les doigts. Il avait failli rendre fou son beau-père trois jours à peine après être rentré, à se mettre à jouer sans avertissement au milieu de la journée ou de la nuit, et un accord avait fini par être passé, enfin imposé : il ne jouait plus en sa présence. Une forme de vengeance pour Lysander car malgré tout ce qu’il affirmait savoir, l’infirmier était absolument étranger au monde de la musique et incapable de retrouver par ce lien diaphane un contact avec la fugitive.
J’ai fait une erreur au boulot, je ne sais pas ce qui va se passer.
C’était bien fait pour lui, il n’avait qu’à pas la faire partir. Dieu qu’il se comportait comme un gosse !
J’ai reçu une lettre de convocation du ministère… A mon avis la tienne ne va pas tarder à suivre.
Il pleurait. Mais ce devait être parce qu’il louchait depuis un bon quart d’heure pour suivre le dessin du quadrillage de la visière de sa tenue de protection. Il continua.


Sa décision fut prise le jour où il reçut la fameuse lettre. Elle couvait depuis longtemps mais cet événement fut la goutte d’eau : trop de regards désolés mais entendus, trop de conseils, trop d’attente. Il contacta dans la foulée plusieurs annonceurs qui cherchaient des remplaçants de dernière minute pour des boulots d’été et fit sa valise : quitte à dormir dans un bâtiment abandonné il préférait aller n’importe où que de rester ici. Il failli partir sans prévenir mais se retint,  annonçant platement qu’il avait trouvé un petit boulot à Prés-au-Lard et y passerait le reste de l’été.
Evidemment qu’il serait rentré pour le jour de la convocation.
Un instant il songea qu’il tenait là une occasion de lui aussi prendre la clef des champs, et repoussa cette idée avec une conviction qu’il ignorait encore posséder.


La salle n’était qu’à moitié pleine mais cette moitié suffisait à l’occuper : servir, ranger, nettoyer, sa baguette voletait en tous sens tandis qu’il circulait entre les tables, perclus de courbatures pour avoir trop travaillé et inconfortablement dormi cette dernière semaine. Une semaine qui lui en promettait six autres semblables pourtant il ne le regrettait en rien et pouvait même se dire qu’il était plus détendu ici, au milieu des regards apeurés, perçants ou vides, rarement sympathiques, qu’il ne l’avait été durant ces trois derniers mois. Il avait ici un rôle clair, un patron strict, et une cape d’invisibilité à carreaux qui lui permettait d’avoir une relative liberté au sein de sa cage dorée.
Le principal était de ne pas penser au sort du précédent porteur de son tablier et dont il avait cru comprendre qu’il était à moitié vélane.
Mardi prochain ma femme va se faire opérer alors le restau ne sera pas ouvert, prends ta journée mon garçon.
Pierre lancée dans la mare : il avait un jour de congé, un jour inoccupé qu’il se mit immédiatement en devoir de remplir. Son service à peine terminé, la dernière petite cuillère n’avait pas encore eu le temps de gagner son tiroir qu’il tirait déjà à lui un journal abandonné sur une table et le feuilleta rapidement pour trouver quelqu’un qui aurait besoin de lui. Parce que lui avait désespérément besoin d’agir.
Des cours de soutien, de l’aide pour bricoler, pour jardiner – hors de question ! Il ne s’était pas libéré des griffes de Chourave pour aller se jeter lui-même dans la gueule du loup, Lysander n’était pas masochiste à ce point ! mais sa joueuse aime tellement l’embêter– peut-être ce…
D’accord… Mais trouve-toi un boulot en plein jour, un qui te mettra en contact quotidiennement avec d’autres que ton employeur, et évite ceux qui te demanderont de montrer une capacité particulière ou de t’investir de façon trop personnelle, et…
Il ferma la feuille de chou et remonta dans le placard à balais sous les toits qui lui servait de logement.

C’était bien la peine de s’être changé pour arriver couvert de sueur. La respiration sifflante, il savourait les puissantes pulsations de son cœur et le léger tremblement de ses jambes : ça faisait longtemps qu’il n’avait plus couru comme ça. Avec ses yeux cernés et sa peau pâle on aurait peine à imaginer qu’il pouvait traverser la ville et en redemander. Du vieux bâtiment s’échappaient des cris qu’il mit une poignée de seconde à identifier comme un chant et une autre à se décider à entrer malgré tout : oui ces notes torturées ne l’incitaient pas vraiment à rejoindre le groupe, en effet il s’agissait peut-être d’un candidat assez mauvais il fallait le dire – il aurait dû regarder exactement quel joueur ils demandaient, mais bon le serpent se savait un bon chanteur manquant de pratique et après une telle performance il ne pouvait que briller. Après une dernière profonde inspiration il ouvrit la porte du local qui sentait un mélange étonnant de poussière et d’urines de rats malgré un lavage et un réarrangement récent. Ce ne fut néanmoins pas l’odeur mais la scène qui s’offrait à lui qui failli lui faire immédiatement rebrousser chemin.
Découpé dans la lumière du milieu d’après-midi, le jeune homme observait d’un œil à la fois décontenancé et inquiet deux jeunes hommes parodier une des chansons qui passaient en boucle à la radio du restaurant et se questionna sur leur santé mentale. Avait-il affaire à un groupe ou à une bande de rigolos qui voulaient occuper leur été ?
De toute façon, au point où il en était il ne demandait pas à rejoindre le futur groupe leader mondial de la chanson, et l’attitude des autres membres lui laissait à penser que ce comportement ne touchait que la moitié de la bande. Et puis il était toujours ici et avait toujours deux heures à tuer avant de rejoindre le Chicken on a stick alors autant essayer.

- Oui ! On t’attendait. Entre donc !

Il n’avait pas fait un pas, à peine prononcé une phrase, et déjà une boule de nerfs à lunettes lui avait sauté dessus. Littéralement. Et le collait d’une façon qui mettait le serpentard particulièrement mal à l’aise.

Moi c’est Sian, voici Connor et Shawn. Et toi ? Tu étudies à Poudlard  dans quelle maison ? Ton visage ne me dit rien…

Une voix raisonnée s’était élevée et il s’y accrocha par le regard, priant silencieusement cette demoiselle de le libérer des griffes de leur compagnon : lui trouver une queue frétillante et un filet de bave aux lèvres aurait à peine surpris Lysander. Il lui répondit d’une voix qu’il voulait posée et non gênée ou suppliante :

Lysander, je suis à serpentard…

Le nom de sa maison sembla être la clef de sa délivrance : à peine prononcé il repoussa avec force son bourreau qui mit une distance de sécurité confortable entre eux. Il pouvait respirer ! Le brun amorça un mouvement de repli stratégique vers la jeune femme, juste au cas où, mais il était loin d’être sorti d’affaires…

-Hé mec ! Si je te dis Nirvana, Scorpion, Metallica, tu me dis quoi ?

S’il était possible de se tendre un peu plus Lysander le découvrit. Un goût acide lui envahit la bouche alors qu’il tournait un regard orageux vers l’importun qui le provoquait. Ce gamin était inconscient et dangereux, décida-t-il, et il était hors de question de rentrer dans son jeu – belle résolution pour quelqu’un dont la nuque commençait à se couvrir de sueur. Il se fit la remarque avec un temps de retard que, puisqu’aucun d’entre eux ne le connaissait, il aurait dû donner un faux nom, mais le comportement de cet énergumène l’avait complètement perturbé. La voix moralisatrice de son beau-père s’éleva… Il s’apprêtait à dire qu’il n’était finalement plus intéressé lorsque la dénommée Sian reprit la parole.

-Tu sais jouer de la guitare ? Ou d’un autre instrument ? Depuis combien de temps ? Autre chose à savoir importante ?

Il préféra emprunter cette porte de sortie que de s’engager dans un conflit. Inutile de leur préciser qu’il maitrisait la flûte traversière ce n’était sûrement pas un instrument qui s’accorderait à leur style.

Pas de la guitare, du piano… Désolé si vous cherchiez un guitariste j’ai dû louper ce détail.

Elle lui fit signe de continuer malgré tout…

- J’ai commencé le solfège à cinq ans et le piano vers mes sept ans. J’ai arrêté un moment mais j’ai repris il y a deux ans. Ah, et j’aurais deux heures de libre matin et après-midi et toute la journée du 22, ajouta-t-il après un instant.
- Et donc ? Par rapport à ma question, tu réponds quoi Mister vipère ? reprit l’importun à peine avait-il fini le dernier mot.
- Que si tu apprenais à réfléchir tu te ridiculiserais moins souvent avec des questions stupides.

Une réponse verte qui avait coulé sur sa langue, alimentée par la même force qui luttait au même moment contre la résurgence de Mama Said, autant parce que ce n’était vraiment pas le moment que parce qu’il l’avait eue dans la tête pendant un mois entier.
Cela eu au moins le mérite de faire se refermer ledit Shawn qui finit par lui montrer sa guitare. Et la lui présenter. Et lui dire de jouer avec. Un geste qui surprit Lysander, pour qui laisser quelqu’un toucher à sa flûte eut été la marque d’une confiance et d’une amitié dont il n’était pas sûr qu’il existât une incarnation sur cette Terre. Si la musique coulait dans ces veines, elle était sauvage et spectaculaire autant que spontanée et fantasque. Ce gamin devait être impressionnant sur scène…

-Tu écoutes quand on te parle, il ne sait pas jouer de la guitare, mais du piano ! Excuse-le il est un peu tendu...

Une intervention armée d’un feuillet de partitions qui mit fin au moment de flottement. Et fit renaître une moue enfantine et vaguement dégoûtée qui acheva de dissiper l’image d’un feu follet dansant sur les notes vives d’une guitare électrique bleue…

-Et donc, tu sais pas lire ? Je croyais que c'était l'adage des Gryffondor ça...
- La surdité a certes produit de grands maîtres musiciens mais tu n’en sembles pas un...

Shawn, arrête. On a besoin d'un musicien. insista-t-elle en couvrant à moitié sa réponse, il se tut.
On pourrait adapter certaines chansons en ballade avec du piano, non ? Qu'est-ce que t'as à nous apporter ? C'est quoi tes motivations ?
-Mon répertoire musical, compléta-t-il en insistant sur ce point, est suffisamment varié pour couvrir une large gamme d’époques et de genres. Mais j’ai assez peu pour ne pas dire aucune expérience dans un groupe de… rock, déduit-il en observant la panoplie d’instruments. Ça fait un petit moment que j’ai quitté le conservatoire et jouer avec d’autres personnes me manque. La musique, ça se partage… Peut-être d’autant plus maintenant que les mots, insista-t-il en regardant Shawn, ont autant de pouvoir.

Une réponse mesurée qui lui donna l’occasion de se ressaisir et de chercher les mots qui ne le feraient pas enfermer. Le seul fait de côtoyer ce fantasque jeune homme ressemblait déjà fortement à un aller simple pour Azkaban, mais de toute façon il était déjà convoqué pour début septembre – juste après la rentrée en plus, ils n’auraient pas pu lui éviter de louper des cours ? Le tout était de bien occuper son été avant que ne tombe la sentence…
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Music is the strongest form of magic [17/07/97]

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