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Music is the strongest form of magic [17/07/97]

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GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 691

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Music is the strongest form of magic [17/07/97] Lun 8 Mai 2017 - 20:40


« Les vacances d’été, enfin ! » C’était probablement ce que devaient penser tous les jeunes gens d’Angleterre : moldus comme sorciers. Comme quoi, ils n’étaient pas si différents. Et pourtant, il y avait bien un jeune homme qui languissait la fin des vacances d’été : Shawn Inoue. En effet, ces vacances lui semblaient interminables, car elles représentaient le dernier rempart entre lui et la liberté, Poudlard.

Quatre ans. Quatre longues années durant lesquelles il avait goûté au poison amer et destructeur de la solitude. Quatre ans d’emprisonnement et deux mois de vacances vous semblent une éternité. Si pour la majorité de ses camarades Shawn avait été malade puis relayé au rang de souvenir voire oublié, la réalité était bien différente. Shawn avait été écarté de la société sorcière, tel un paria parce qu’en lui sommeillait un « monstre ». Enfin c’est ce que les braves gens disaient, alors les braves gens devaient avoir raison. Les loups-garous sont dangereux, méchants et détestables. Ils ne sont ni bon à marier ni bon à embaucher. Ce sont des rebuts et leur existence même est une insulte envers l'humanité. Mais dans le climat actuel, les loups-garous n'étaient peut-être pas les plus inférieurs des êtres. Il se pourrait bien que les nés-moldus leur aient volé la dernière place au classement des êtres sous-évolués. Était-il pire de fréquenter un né-moldu ou un loup-garou ? Question difficile, l'un a un sang indigne, l'autre est à peine considéré comme un être humain. Les deux ne possèdent aucun droit si ce n'est celui de disparaître de la société. Mais Shawn préférait positiver, au moins il n'était pas né-moldu ET loup-garou.

Vous l'aurez compris les loups-garous n'occupent pas une place de choix dans la société sorcière. Ce n'était donc pas surprenant que les parents Inoue aient souhaité cacher l'honteuse vérité sur leur fils. Le mensonge sur sa santé comportait, toutefois, une part de vérité. Shawn était bel et bien malade (tout du moins, c’est ainsi qu’est décrite la lycanthropie dans les livres), et ce Mal le rongeait de l’intérieur et l’affaiblissait à petit feu. Il fallait donc le mettre en quarantaine sans oublier de jeter ce secret dans un puits, refermer le couvercle et se débarrasser de la clé.

Le Gryffondor n’attendait donc qu’une chose : reprendre le cours d’une vie normale. Pester contre les enseignants, stresser à l’approche des examens et rire avec ses amis. Des choses banales, voire même ennuyeuses, du quotidien qui sont des trésors pour un exilé. Quelle ironie que le jour où le loup allait enfin revoir la lueur du soleil sans ses chaînes se fasse sous le règne des forces du Mal. Le Gryffondor pensait que sa libération était due aux bonnes grâces du vieux directeur décédé et de ses résultats aux Buses comme lui avait promis son père. Ce qu’il ne lui avait pas révélé c’est qu’en réalité, il n’avait jamais envisagé de renvoyer Shawn étudier à Poudlard, il préférait l’avoir sous surveillance. Alors pourquoi avait-il autorisé son fils à revenir dans cette école ? Ce n'était pas par bonté de cœur. La raison était simple : une lettre du Ministère demandant des explications détaillées sur l'absence de l’un de ses fils et insistant sur le fait qu’avec le nouveau régime, tous les élèves doivent se rendre à l’école sauf raison valable acceptée et vérifiée par le Ministère. Monsieur Inoue, craignant une visite surprise des employés du Ministère, avait autorisé le retour de son fils entre les murs du château.

Shawn devait donc sa liberté aux bourreaux qui brisaient des familles heureuses. S’il apprenait la vérité, probablement que le jeune homme ne s’en remettrait pas. Les mensonges sont parfois plus acceptables que l’implacable vérité. Fort de cette nouvelle liberté, le jeune homme avait cherché à reformer son ancien groupe Cor Leonis et avait écumé les bars du chemin de traverse afin de trouver une occasion de jouer devant un public durant l’été. La recherche n'avait pas été chose aisée, car une bonne partie des bars avaient fermé leurs portes et l'autre partie préférait passer inaperçue, la musique était donc proscrite.

Les efforts étant souvent récompensés, le jeune homme avait finalement trouvé son oasis tant désiré. Un tavernier avait accepté de faire jouer ce groupe de jeunes gens. Il était convaincu qu'un peu sang neuf et de musique attireraient une clientèle toujours plus restreinte à cause du climat de peur. Sans compter que c’était connu : la musique adoucit les mœurs et soigne les plaies de l’âme. Le propriétaire du bar, appelé le Pot’O’gold, leur avait même prêté des locaux exigus et poussiéreux pour pratiquer. C’était plus que Shawn espérait. Il ne restait plus qu'à pratiquer, en théorie...

Le Gryffondor, Sian et Connor étaient présents de bonnes heures dans les locaux afin d’essayer de faire de la place entre les armoires abandonnées et les tables branlantes sur deux pieds. Ils avaient tenté de donner un semblant d’ordre aux capharnaüms afin de disposer leurs instruments, tout en chassant les vermines qui avaient pu s'installer entre les bouteilles de bièreaubeurre et de Whisky pur feu. Le jour fatidique du premier concert aurait lieu dans cinq jours et le propriétaire leur avait promis de renouveler l’expérience d’autres soirées si tout se passait bien.

Une occasion en or » selon Shawn Inoue. Le petit bémol à ce charmant tableau étant que le groupe n’était pas au complet, il manquait un musicien et plus précisément un guitariste et sans ce musicien, le groupe ne pourrait pas jouer. Le jeune homme avait donc passé une annonce dans la Gazette pour annoncer la date officielle des auditions : aujourd’hui toute la journée. Ils avaient vu défiler une dizaine de musiciens dans la matinée, mais aucun n’avait retenu l’attention de Shawn. Des « il lui manque la flamme » ou encore « il a appris à jouer de la guitare avec un troll manchot ! » ponctuaient ses refus. Après le dixième refus et la pause de midi, cela faisait pas moins de trois heures que le groupe attendait sans l’ombre de nouveaux intéressés. Shawn réglait son micro lorsque Sian remarqua que quelque chose clochait chez son ami.

- On aurait dû prendre le type avec sa chemise en poils de nifleurs. T’es folle, j’ai jamais vu un type faire autant de fausses notes en l’espace d’aussi peu de temps ! T’es trop exigent, je te rappelle que sans musicien, pas de concert ! Je sais… Shawn ? mhm ? Depuis quand tu portes des lunettes ?

Il est vrai que Sian n’avait pas vu souvent Shawn depuis qu’il ne suivait plus les cours à Poudlard. Ô ils avaient bien échangé quelques hiboux, mais elle ne le revoyait en chair et en os que depuis cet été, depuis qu’il était « officiellement » guéri de sa dragoncelle, et pas une fois elle ne l’avait vu affublé de lunettes lors des répétitions.

-Ah ça ? Il porta sa main gauche sur la branche de ses lunettes, ça me donne l’air plus intelligent, hein ? On pourrait presque croire que je suis à Serdaigle !

Connor leva les yeux au plafond en réglant son ampli à la façon moldue (à défaut d’être majeur et de pouvoir utiliser la magie). Sian fit une légère grimace :

-Sans vouloir te vexer… non. Jamais personne ne pensera que tu appartiens à la maison des intellos, Shawn, malgré tous les efforts du monde.

-Roooh, soupira le Gryffondor en retirant les lunettes. Je les ai piquées à mon père. Il suffit que tu ouvres la bouche…

- Bon, un peu de sérieux les gars ! J’ai une super idée pour …

-Ah non, tu vas pas encore modifier la setlist  hein ! Et on t’a dit qu’on ne voulait pas mettre ta musique de rock moldu, là euh crimsonna !

-Nirvana, nom d’un dragon ! Mais revisitez vos classiques ! Je vous promets qu’on mettra trop l’ambiance si on remplace la chanson moisie de Moldubec par une de Nirvana ! Ou alors on met une ballade de Metallica, mais pas cette musique pour sorcière pré pubère, pitié !!

Il entreprit d’imiter ladite chanteuse : « You stole my cauldron
The toads from my pond
Crystal phials of my memories
Plus my larch and phoenix feather wand


- La démocratie a voté, deux contre, un pour, c’est non Shawn, conclut-elle en s’installant devant sa batterie. Répétons un peu en attendant les prochaines venues.

But don't think that you broke me
Cause you ain't all that smart
See, you stole my cauldron
But you can't have my heart. »


- Tu connais drôlement bien les paroles de cette chanson pour je cite « adolescente pré pubère », dis-moi.

Shawn rougit et se tut, sans pour autant perdre le sourire narquois accroché à ses lèvres.


Connor prit enfin la parole : - Si on a d’autres musiciens intéressés…

Et le Serdaigle avait pratiquement vu juste, car au bout d’une heure il n’y avait pas l’ombre d’un chat. Shawn était plongé dans un profond mutisme au-dessus d’une partition qu’il gribouillait de temps à autre lorsque Connor l’interpella : Shawn ? Tu sais bien jouer du piano non ? ça serait pas cool d’ajouter des ballades à notre registre, histoire de varier ?

Le Gryffondor releva la tête et fixa un pan du mur fissuré en face de lui. Puis il passa un doigt sur ses lèvres en fronçant les sourcils.
-Shawn ? Tu nous fais une surchauffe cérébrale ?

Le Gryffondor secoua la tête et soupira. Il planta ses prunelles sombres sur Connor et d'un simple regard lui fit passer un message de profond agacement qui, s'il avait été traduit par des mots aurait donné : "sérieux, encore un cliché ?".

-Désolé. Voyant que son ami ne prenait pas la peine de répondre, il insista : alors une ballade ?

-Oui c’est une bonne idée. J’avais écrit quelques ébauches de ballades. Il ne précisa pas qu’elles étaient majoritairement en japonais.

Sa langue natale lui manquait, elle était plus colorée, plus profonde et insaisissable que la langue anglaise. Elle possédait des milliers de nuances et de saveurs, alors que la langue anglaise était à ses oreilles froide, platonique et sans la moindre saveur. Une ligne droite sur une parcelle d’autoroute versus une randonnée perdue en pleine montagne. Il n'y avait pas photo.

Il chercha dans son carnet de « partitions », qui était à l’image de sa chambre un bordel, la chanson intitulée « 守りたい ».

-C’est donc vrai ? Quoi ? Qui ne nie pas acquiesce ! Tu sais jouer du piano !

-Ah ça… je ne peux pas !

- Tu peux pas ? C’est quoi cette réponse, éclata-t-il de rire.

-J’ai pas envie, Shawn ricana, c’est ringard, c’est tout. On se fait chier là ! Il gratta deux trois notes sur sa guitare électrique en soupirant.

-Ringard, ringard, les meufs raffolent des pianistes ! N'est-ce pas Sian ?

-Ouais quand on s'appelle Gayna, Mia ou Ruby et qu'on a une cervelle pour trois !

- Et je parie que, bizarrement, c'est Mia la détentrice du cerveau !

Sian fronça les sourcils, mais ne répondit rien. Connor n'en rajouta pas plus, pas de réponse, bonne réponse.

Que se passait-il lorsque Shawn s’ennuyait ? Il invente des jeux agaçants !

-Hey Connor ! Chante avec moi !

Il sauta sur ses jambes et se mit à chantonner :

You think you're quite the wizard, got me under your speeeell,
But guess what, Mister Wizard, you don't know me so well
You thought you were so cleverrrr, but, in truth, you're a crook
And no way you're gettin' away with all the things that you took

You stooooOooooooOOle my cauldron
My faaaaAAAAAvourite black hat
PurloOooOoooooooined my owl


-Vous allez arrêter !

Then flew off like a vampire bat
You claiiiiiiiiiimed that you loved me
Said we'd nev
er paaaaaaaaaaAAAart

Sérieux, vous êtes bien des mecs !

Then you stole my cauldron
Oh, you stole her
cauldron, allez avec nous Sian !
But you can't have my heaaaaaaa
aaaart.


Pendant les vocalises des deux jeunes hommes, une voix se fit entendre qui demandait si c’était bien ici pour l’audition. Shawn se jeta sur l'inconnu avant même qu’il ne mette un pied dans la pièce : - Oui ! On t’attendait. Entre donc ! Il s’accrocha aux épaules du nouveau venu comme une huître à son rocher. C’était leur dernière chance.

Le jeune homme fut gratifié d’un « ‘jour » de la part de Connor et Sian s’avança vers le grand brun. Moi c’est Sian, voici Connor et Shawn. Et toi ? Tu étudies à Poudlard  dans quelle maison ? Ton visage ne me dit rien…

Shawn d’abord enthousiaste se renfrogna rapidement à l’entente de la maison et en voyant le comportement de l’inconnu. Allait-il devoir supporter un Zack² ? Il avait lâché le Serpentard et s’adressa à lui plus froidement :

-Hé mec ! Si je te dis Nirvana, Scorpion, Metallica, tu me dis quoi ?

Shawn ne voyait pas ce Serpentard d’un bon œil, il lui rappelait trop son jumeau : froid, intellectuel, sérieux et probablement briseur d’ambiance. Sian qui ne voulait pas perdre ce dernier espoir pour le groupe tenta de ramener l’attention du brun sur elle :

-Tu sais jouer de la guitare ? Ou d’un autre instrument ? Depuis combien de temps ? Autre chose à savoir importante ?

Shawn rongea son frein en écoutant les réponses du jeune homme d’une oreille distraite, une fois qu’il se tut, il enchaîna : - et donc ? Par rapport à ma question, tu réponds quoi Mister vipère ?

Ce n'était probablement pas le genre de questions à poser dans le contexte actuel, mais le Gryffondor était à des années lumières de prendre en compte cette optique. L'inconnu pouvait très bien penser que c'était un test anti-moldu et c'était, indirectement, ce qu'il recherchait. Shawn voulait voir à qui il avait affaire : un sang-pur haineux envers les moldus ? Un sang-mêlé qui croit ce que raconte le gouvernement ou un né-moldu qui n'assume pas et qui a peur de révéler la nature de son sang ? Bien évidemment, Shawn ne pouvait pas deviner dans quelle catégorie se trouvait le grand brun devant lui, surtout que ses expressions étaient très difficiles à déchiffrer, mais sa réponse pouvait en dire long sur qui il était et d’où il venait.

Le Gryffondor croisa ses bras sur son torse et d’un coup de tête désigna sa guitare bleue : Lagoon. Tu vas nous jouer un petit air, voir ce que t’as dans le ventre.

Sian frappa Shawn sur la tête avec un carnet de partitions. -Tu écoutes quand on te parle, il ne sait pas jouer de la guitare, mais du piano ! Excuse-le il est un peu tendu... dit-elle en se tournant vers Lysander.

Du piano, exactement comme son frère, il ne manquait plus que le violon pour parfaire le tableau de dégoût du jeune homme. Le Gryffondor dévisageait le Serpentard sans se départir d'une moue sceptique. L'image qu'il voyait à travers Lysander lui rappelait celle de son frère, son ton se fit plus sec.

-Et donc, tu sais pas lire ? Je croyais que c'était l'adage des Gryffondor ça... Shawn, arrête. On a besoin d'un musicien. On pourrait adapter certaines chansons en ballade avec du piano, non ? Qu'est-ce que t'as à nous apporter ? C'est quoi tes motivations ?

_________________

♠Shawn' ❝Somebody once told me the world is gonna roll me I ain't the sharpest tool in the shed
She was looking kind of dumb with her finger and her thumb In the shape of an "L" on her forehead. Didn't make sense not to live for fun, your brain gets smart but your head gets dumb.

So much to do so much to see so what's wrong with taking the back streets? You'll never know if you don't go. You'll never shine if you don't glow!❞ -

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SERPENTARD7ème année
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DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 19/01/1980 Canterbury
SANG SANG: né(e) de moldus
MessageSujet: Re: Music is the strongest form of magic [17/07/97] Jeu 20 Juil 2017 - 12:28

Ne parle pas à ceux que tu ne connais pas.
Allongé dans l’herbe, Lysander écoutait son souffle sans trouver d’inconfort dans l’humidité qui lui revenait en plein visage. Au contraire, il se sentait mieux dans sa carapace, petit morceau d’homme seul dans une immensité qu’il percevait sans pouvoir la toucher. Sans qu’elle ne puisse l’approcher.
Ne parle pas à un moldu devant quelqu’un que tu ne connais pas.
Cela collait mieux avec son état d’âme.
Ne parle pas à un moldu devant quelqu’un dont tu sais qu’il est sorcier.
Seul, il l’était depuis très exactement cent-vingt-six jours. Seul avec son beau-père, de plus en plus morose et résigné, alors que lui-même ne parvenait plus à contrôler sa propre anxiété. Loin du rythme immuable des cours, le jeune homme avait du mal à contrôler ses pensées, à ne pas les laisser vagabonder vers de noirs sujets. Un manque de contrôle qui ajoutait une forme sombre de colère contre lui-même à son désespoir latent, mélange explosif qui lui sciait les nerfs.
Ne parle pas à un né-moldu, arrête d’envoyer des lettres à Wayoth et dis-lui de faire de même.
Seul, il aurait aimé l’être plutôt que de sentir le regard plein de compassion et de volonté de celui qui se voulait être un protecteur. Il ne voulait pas être protégé, surtout par quelqu’un qui lui répétait inlassablement des consignes qui semblaient tout droit tirées d’un manuel alors qu’il s’agissait, il le savait, de sa propre expérience durant les précédents jours sombres il y a dix-sept ans de cela. Des conseils avisés qui, répétés à l’excès, rappelés dans chaque geste et chaque parole, devenaient un refrain sectaire qui le faisait fuir.
Même parmi ceux qu’ils traquent il y en aura d’assez fou pour vendre leurs parents en échange d’une promesse de sécurité. Tu ne peux plus croire personne.
Je suis certain qu’elle va bien.
En fuite, moins loin que les contrées inconnues que sa mère avait rejointe, où elle serait plus en sécurité qu’au cœur du monde sorcier, si proche des forces vives du Seigneur des Ténèbres… En sécurité ou déjà morte, loin des menaces sorcières mais livrée à la sauvagerie inhérente à tout homme. Non, lui se tenait dans ce qu’il leur servait de jardin, grand jardin s’il en est puisqu’en réalité la limite était floue et aucune barrière ne les séparait du verger de leur voisin, à quelques pas des ruches. Une proximité qui ne leur avait jamais causé de conflit et que sa mère avait défendue lorsque son père, en bon juriste rigoureux qui avait besoin de tout cloîtrer, avait voulu faire mettre une clôture, ou « au moins une haie ».
Cette absence de contact est là pour nous protéger, tu sais ?
Lysander avait sur ce point toujours secrètement défendu l’avis de sa mère, et la félicitait presque quotidiennement cet été qu’elle ait résisté car le sol, meuble, était autrement plus doux sous son dos qu’un enchevêtrement de racines. En fermant à demi les yeux, il pouvait presque imaginer que les nuages cotonneux qui parsemaient le ciel nocturne n’étaient pas si loin, presque proches, presque à portée…
Ne pas savoir où elle est démultiplie la distance… Mais c’est ce qui la met réellement en sécurité tu sais ?
S’imaginer qu’il s’envolait de cet endroit, porté par la brise comme une feuille morte, voir s’éloigner ce monde devenu fou.
C’est en ce qui concerne sa disparition que la comédie est la plus facile à jouer, parce que ce n’en est pas…
Dieu que sa mère lui manquait !
Ta mère me manque...
Son beau-père s’était montré à la fois exemplaire et indélicat. Parfaitement rodé dans son approche et la façon dont il avait mise en place leur nouvelle vie, et tout aussi parfaitement incapable que le poids qu’il faisait reposer sur Lysander était éléphantesque. Non, les codes, les rapports, la paranoïa n’avait rien de glamour ou d’héroïque, ils étaient comme autant de détraqueurs qui envahissaient son ombre et dévoraient sa jeunesse, son innocence. Ce déséquilibre avait ravivé certaines rancœurs, certaines tensions entre eux qui s’exprimaient d’autant plus visiblement maintenant que le baume sur leurs plaies était invisible, intouchable, injoignable. Comme mort.
Le mieux que nous puissions faire, c’est de rester souder pour qu’elle retrouve un foyer calme et accueillant quand tout cela sera fini.
Il fallait bien être à Poufsouffle pour croire que cette dictature aurait une fin avant leur mort.

La seule trace tangible qu’il restait d’elle était de métal et de bois, de vent et de corde. Deux trésors gardés dans l’ancien bureau de son père reconverti en salle de musique où trônaient leurs flûtes traversières et le piano droit hérité à la mort de sa grand-mère. Les deux instruments sur lesquels Lle jeune homme avait appris à lire, ses gammes, ses accords, puis ses morceaux. Ses échos de Vivaldi, de Chopin, de Schubert, d’Ibert, de blues, de jazz lorsqu’il avait fini par laisser parler ses doigts dans les moments difficiles. Autant de défis lancés à son père, à sa magie et au reste du monde : une bataille solitaire qui lui semblait à présent aussi ridicule que fondatrice du jeune homme qu’il était à présent.
J’aurais aimé pouvoir te dire que retourner à Poudlard te fera du bien mais je crains que ce ne soit pas le cas.
Deux compagnons de route parfois abandonnés mais toujours présents lorsqu’il avait eu besoin d’eux, deux formidables confidents dont la seule pensée à présent lui engourdissait les doigts. Il avait failli rendre fou son beau-père trois jours à peine après être rentré, à se mettre à jouer sans avertissement au milieu de la journée ou de la nuit, et un accord avait fini par être passé, enfin imposé : il ne jouait plus en sa présence. Une forme de vengeance pour Lysander car malgré tout ce qu’il affirmait savoir, l’infirmier était absolument étranger au monde de la musique et incapable de retrouver par ce lien diaphane un contact avec la fugitive.
J’ai fait une erreur au boulot, je ne sais pas ce qui va se passer.
C’était bien fait pour lui, il n’avait qu’à pas la faire partir. Dieu qu’il se comportait comme un gosse !
J’ai reçu une lettre de convocation du ministère… A mon avis la tienne ne va pas tarder à suivre.
Il pleurait. Mais ce devait être parce qu’il louchait depuis un bon quart d’heure pour suivre le dessin du quadrillage de la visière de sa tenue de protection. Il continua.


Sa décision fut prise le jour où il reçut la fameuse lettre. Elle couvait depuis longtemps mais cet événement fut la goutte d’eau : trop de regards désolés mais entendus, trop de conseils, trop d’attente. Il contacta dans la foulée plusieurs annonceurs qui cherchaient des remplaçants de dernière minute pour des boulots d’été et fit sa valise : quitte à dormir dans un bâtiment abandonné il préférait aller n’importe où que de rester ici. Il failli partir sans prévenir mais se retint,  annonçant platement qu’il avait trouvé un petit boulot à Prés-au-Lard et y passerait le reste de l’été.
Evidemment qu’il serait rentré pour le jour de la convocation.
Un instant il songea qu’il tenait là une occasion de lui aussi prendre la clef des champs, et repoussa cette idée avec une conviction qu’il ignorait encore posséder.


La salle n’était qu’à moitié pleine mais cette moitié suffisait à l’occuper : servir, ranger, nettoyer, sa baguette voletait en tous sens tandis qu’il circulait entre les tables, perclus de courbatures pour avoir trop travaillé et inconfortablement dormi cette dernière semaine. Une semaine qui lui en promettait six autres semblables pourtant il ne le regrettait en rien et pouvait même se dire qu’il était plus détendu ici, au milieu des regards apeurés, perçants ou vides, rarement sympathiques, qu’il ne l’avait été durant ces trois derniers mois. Il avait ici un rôle clair, un patron strict, et une cape d’invisibilité à carreaux qui lui permettait d’avoir une relative liberté au sein de sa cage dorée.
Le principal était de ne pas penser au sort du précédent porteur de son tablier et dont il avait cru comprendre qu’il était à moitié vélane.
Mardi prochain ma femme va se faire opérer alors le restau ne sera pas ouvert, prends ta journée mon garçon.
Pierre lancée dans la mare : il avait un jour de congé, un jour inoccupé qu’il se mit immédiatement en devoir de remplir. Son service à peine terminé, la dernière petite cuillère n’avait pas encore eu le temps de gagner son tiroir qu’il tirait déjà à lui un journal abandonné sur une table et le feuilleta rapidement pour trouver quelqu’un qui aurait besoin de lui. Parce que lui avait désespérément besoin d’agir.
Des cours de soutien, de l’aide pour bricoler, pour jardiner – hors de question ! Il ne s’était pas libéré des griffes de Chourave pour aller se jeter lui-même dans la gueule du loup, Lysander n’était pas masochiste à ce point ! mais sa joueuse aime tellement l’embêter– peut-être ce…
D’accord… Mais trouve-toi un boulot en plein jour, un qui te mettra en contact quotidiennement avec d’autres que ton employeur, et évite ceux qui te demanderont de montrer une capacité particulière ou de t’investir de façon trop personnelle, et…
Il ferma la feuille de chou et remonta dans le placard à balais sous les toits qui lui servait de logement.

C’était bien la peine de s’être changé pour arriver couvert de sueur. La respiration sifflante, il savourait les puissantes pulsations de son cœur et le léger tremblement de ses jambes : ça faisait longtemps qu’il n’avait plus couru comme ça. Avec ses yeux cernés et sa peau pâle on aurait peine à imaginer qu’il pouvait traverser la ville et en redemander. Du vieux bâtiment s’échappaient des cris qu’il mit une poignée de seconde à identifier comme un chant et une autre à se décider à entrer malgré tout : oui ces notes torturées ne l’incitaient pas vraiment à rejoindre le groupe, en effet il s’agissait peut-être d’un candidat assez mauvais il fallait le dire – il aurait dû regarder exactement quel joueur ils demandaient, mais bon le serpent se savait un bon chanteur manquant de pratique et après une telle performance il ne pouvait que briller. Après une dernière profonde inspiration il ouvrit la porte du local qui sentait un mélange étonnant de poussière et d’urines de rats malgré un lavage et un réarrangement récent. Ce ne fut néanmoins pas l’odeur mais la scène qui s’offrait à lui qui failli lui faire immédiatement rebrousser chemin.
Découpé dans la lumière du milieu d’après-midi, le jeune homme observait d’un œil à la fois décontenancé et inquiet deux jeunes hommes parodier une des chansons qui passaient en boucle à la radio du restaurant et se questionna sur leur santé mentale. Avait-il affaire à un groupe ou à une bande de rigolos qui voulaient occuper leur été ?
De toute façon, au point où il en était il ne demandait pas à rejoindre le futur groupe leader mondial de la chanson, et l’attitude des autres membres lui laissait à penser que ce comportement ne touchait que la moitié de la bande. Et puis il était toujours ici et avait toujours deux heures à tuer avant de rejoindre le Chicken on a stick alors autant essayer.

- Oui ! On t’attendait. Entre donc !

Il n’avait pas fait un pas, à peine prononcé une phrase, et déjà une boule de nerfs à lunettes lui avait sauté dessus. Littéralement. Et le collait d’une façon qui mettait le serpentard particulièrement mal à l’aise.

Moi c’est Sian, voici Connor et Shawn. Et toi ? Tu étudies à Poudlard  dans quelle maison ? Ton visage ne me dit rien…

Une voix raisonnée s’était élevée et il s’y accrocha par le regard, priant silencieusement cette demoiselle de le libérer des griffes de leur compagnon : lui trouver une queue frétillante et un filet de bave aux lèvres aurait à peine surpris Lysander. Il lui répondit d’une voix qu’il voulait posée et non gênée ou suppliante :

Lysander, je suis à serpentard…

Le nom de sa maison sembla être la clef de sa délivrance : à peine prononcé il repoussa avec force son bourreau qui mit une distance de sécurité confortable entre eux. Il pouvait respirer ! Le brun amorça un mouvement de repli stratégique vers la jeune femme, juste au cas où, mais il était loin d’être sorti d’affaires…

-Hé mec ! Si je te dis Nirvana, Scorpion, Metallica, tu me dis quoi ?

S’il était possible de se tendre un peu plus Lysander le découvrit. Un goût acide lui envahit la bouche alors qu’il tournait un regard orageux vers l’importun qui le provoquait. Ce gamin était inconscient et dangereux, décida-t-il, et il était hors de question de rentrer dans son jeu – belle résolution pour quelqu’un dont la nuque commençait à se couvrir de sueur. Il se fit la remarque avec un temps de retard que, puisqu’aucun d’entre eux ne le connaissait, il aurait dû donner un faux nom, mais le comportement de cet énergumène l’avait complètement perturbé. La voix moralisatrice de son beau-père s’éleva… Il s’apprêtait à dire qu’il n’était finalement plus intéressé lorsque la dénommée Sian reprit la parole.

-Tu sais jouer de la guitare ? Ou d’un autre instrument ? Depuis combien de temps ? Autre chose à savoir importante ?

Il préféra emprunter cette porte de sortie que de s’engager dans un conflit. Inutile de leur préciser qu’il maitrisait la flûte traversière ce n’était sûrement pas un instrument qui s’accorderait à leur style.

Pas de la guitare, du piano… Désolé si vous cherchiez un guitariste j’ai dû louper ce détail.

Elle lui fit signe de continuer malgré tout…

- J’ai commencé le solfège à cinq ans et le piano vers mes sept ans. J’ai arrêté un moment mais j’ai repris il y a deux ans. Ah, et j’aurais deux heures de libre matin et après-midi et toute la journée du 22, ajouta-t-il après un instant.
- Et donc ? Par rapport à ma question, tu réponds quoi Mister vipère ? reprit l’importun à peine avait-il fini le dernier mot.
- Que si tu apprenais à réfléchir tu te ridiculiserais moins souvent avec des questions stupides.

Une réponse verte qui avait coulé sur sa langue, alimentée par la même force qui luttait au même moment contre la résurgence de Mama Said, autant parce que ce n’était vraiment pas le moment que parce qu’il l’avait eue dans la tête pendant un mois entier.
Cela eu au moins le mérite de faire se refermer ledit Shawn qui finit par lui montrer sa guitare. Et la lui présenter. Et lui dire de jouer avec. Un geste qui surprit Lysander, pour qui laisser quelqu’un toucher à sa flûte eut été la marque d’une confiance et d’une amitié dont il n’était pas sûr qu’il existât une incarnation sur cette Terre. Si la musique coulait dans ces veines, elle était sauvage et spectaculaire autant que spontanée et fantasque. Ce gamin devait être impressionnant sur scène…

-Tu écoutes quand on te parle, il ne sait pas jouer de la guitare, mais du piano ! Excuse-le il est un peu tendu...

Une intervention armée d’un feuillet de partitions qui mit fin au moment de flottement. Et fit renaître une moue enfantine et vaguement dégoûtée qui acheva de dissiper l’image d’un feu follet dansant sur les notes vives d’une guitare électrique bleue…

-Et donc, tu sais pas lire ? Je croyais que c'était l'adage des Gryffondor ça...
- La surdité a certes produit de grands maîtres musiciens mais tu n’en sembles pas un...

Shawn, arrête. On a besoin d'un musicien. insista-t-elle en couvrant à moitié sa réponse, il se tut.
On pourrait adapter certaines chansons en ballade avec du piano, non ? Qu'est-ce que t'as à nous apporter ? C'est quoi tes motivations ?
-Mon répertoire musical, compléta-t-il en insistant sur ce point, est suffisamment varié pour couvrir une large gamme d’époques et de genres. Mais j’ai assez peu pour ne pas dire aucune expérience dans un groupe de… rock, déduit-il en observant la panoplie d’instruments. Ça fait un petit moment que j’ai quitté le conservatoire et jouer avec d’autres personnes me manque. La musique, ça se partage… Peut-être d’autant plus maintenant que les mots, insista-t-il en regardant Shawn, ont autant de pouvoir.

Une réponse mesurée qui lui donna l’occasion de se ressaisir et de chercher les mots qui ne le feraient pas enfermer. Le seul fait de côtoyer ce fantasque jeune homme ressemblait déjà fortement à un aller simple pour Azkaban, mais de toute façon il était déjà convoqué pour début septembre – juste après la rentrée en plus, ils n’auraient pas pu lui éviter de louper des cours ? Le tout était de bien occuper son été avant que ne tombe la sentence…
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MessageSujet: Re: Music is the strongest form of magic [17/07/97] Dim 6 Aoû 2017 - 19:29


Shawn s’était mis à chanter avec son ami Connor en attendant la venue du Messie ou au moins d’un musicien. À l’heure actuelle, la petite troupe n’avait que peu d’espoir de trouver un guitariste pour les dépanner le temps d’un concert. Il faut dire que Shawn avait écarté le peu de candidats au poste, les jugeant mauvais ou sans intérêt. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le Gryffondor pouvait faire preuve d’une extrême sévérité en matière de musique. Shawn et Connor s’étaient mis à danser en secouant leurs fesses sous le regard désespéré de Sian. Son appel à l’aide fut entendu. Ce n’était peut-être pas le « Messie », mais il y avait bel et bien un jeune homme qui venait d’entrer furtivement dans la pièce. Si furtivement qu’il fallut un certain temps au Gyffondor pour déceler sa présence. Une odeur étrangère légère totalement étouffée par l’urine de rat et la poussière.

Shawn se jeta sur celui qu’il considérait comme étant sa dernière bouée de sauvetage avant la noyade. Comme à son habitude, il ne prit aucunement compte de la proxémique à appliquer avec des étrangers afin de ne pas les mettre mal à l’aise. D’ailleurs, leur « sauveur » ne semblait pas apprécier plus que ça la proximité du Gryffondor. Sian présenta les membres du groupe et questionna le jeune homme afin d’en apprendre un peu plus sur lui.

Lysander, je suis à serpentard…

-Toutes mes condoléances, s’exclama Shawn en lâchant sa bouée de sauvetage qui n’en était déjà plus une. Il n’en faut pas beaucoup pour stopper son engouement. Shawn ne détestait pas les Serpentards plus que les autres maisons, simplement qui dit Serpentard dit son jumeau et donc une réticence toute naturelle à faire ami ami avec les garçons de cette maison. Lysander se rapprocha de Sian qui continuait à lui sourire, peu importe sa maison, c’était parfaitement égal à la jeune femme. Elle ne voyait qu’un musicien en cet étranger. Musicien dont ils avaient besoin en prime.

- Enchantée. Tu dois connaître le jumeau de Shawn à Serpentard ? Zack Inoue en sixième année ? Je préfère prévenir parce que l’énergumène bruyant ici présent, HEY !, pique facilement une crise lorsqu’on le confond avec son jumeau.

Sian connaissait suffisamment son ami pour savoir qu’il pouvait rapidement devenir relou lorsqu’on abordait certains thèmes et elle n’avait aucune envie de voir leur dernier espoir disparaître stupidement parce que Shawn aura vu rouge à cause d’une comparaison maladroite.

Face au visage totalement impassible de Lysander Shawn ricana : - Il est tellement transparent, on ne peut pas t’en vouloir de ne pas te souvenir de lui.

Souhaitant ardemment changer de sujet, puisque son frère ne faisait clairement pas partie de ses conversations préférées, il revint sur la musique. Et pas n’importe quelle musique, non : du rock moldu ! C’est ainsi que des noms comme Nirvana, Metallica ou même Scorpion franchirent la barrière de ses lèvres. Après tout, la meilleure musique au monde est moldue. Shawn était totalement buté à propos de style musical et il valait mieux éviter de le lancer là-dessus si vous n’aviez pas envie de supporter un loup-garou mal luné.

Parler de musiques moldues dans le contexte actuel quelle drôle d’idée ! Shawn ? Provocateur ? Qu’allez-vous donc inventer. Visiblement la petite provocation eut l’effet escompté puisque le Serpentard se raidit sur place, même Shawn qui était peu observateur remarqua le malaise naissant. Tiens, Mister Brindille aurait-il un problème avec les moldus ? Intéressant ! Sian vint à son secours et surtout au secours de son groupe en questionnant Lysander sur les instruments qu’il maîtrisait. L’intuition féminine probablement lui disait que si elle n’agissait pas, ils allaient perdre probablement leur dernier candidat.

Pas de la guitare, du piano… Désolé si vous cherchiez un guitariste j’ai dû louper ce détail.

Sian l’incita à continuer même si à première vu, leur groupe avait perdu toute chance de trouver un deuxième guitariste. Il valait mieux un pianiste que rien du tout.

- J’ai commencé le solfège à cinq ans et le piano vers mes sept ans. J’ai arrêté un moment mais j’ai repris il y a deux ans.

-Ah ça fait un moment alors, tu dois bien en jouer !

-Le solfège quelle horreur ! s’exclama Shawn alors que des souvenirs de son enfance revenaient le visiter. Qu’est-ce qu’il avait pu détester les cours de solfège et de piano. Malheureusement ou heureusement, il n’avait pas eu d’autres choix que de se plier à la volonté de son père et puis à cinq ans, hormis pleurer, vous n’avez pas beaucoup d’autres moyens de faire flancher un père tyrannique. Zack n’avait pas été épargné non plus. Les jumeaux n’avaient même pas encore acquis la motricité fine des doigts qu’ils apprenaient déjà à pianoter sur les touches. Et si dans la famille Inoue, chaque enfant se doit d’apprendre un instrument, ce n’est pas parce que la musique occupe une place importante. C’est simplement que Monsieur Inoue répétait bêtement l’éducation stricte qu’il avait reçue de son père et donc du grand-père de Shawn. Ken Inoue, un vieux grincheux austère qui croyait dur comme fer que la musique était parfaite pour éveiller les enfants, les stimuler et les rendre plus « intelligents » (ça marchait pas à tout les coups visiblement). Les jumeaux n’avaient jamais vraiment aimé ce vieil homme sinistre qui ne souriait jamais et devant qui, il fallait toujours courber l’échine au risque de se la faire briser.

Il passait son temps à critiquer l’éducation des jumeaux en utilisant ses sempiternelles remarques débutant toutes par : « De mon temps » ou « à mon époque ». Le père des jumeaux n’était pourtant pas le type de paternel à jouer au Quidditch dans le jardin avec ses enfants, c’était même tout l’inverse, mais aux yeux du vieil homme, il éduquait beaucoup trop tendrement les jumeaux parce que « si toi et ton frère êtes devenus ce que vous êtes à l’heure actuelle, c’est bien grâce à moi ». L’autorité du patriarche déclinant avec les années, il ne pouvait plus autant contrôler la vie de ses fils alors il fallait bien se venger sur plus « faible que soi ». Ses petits-enfants étaient parfaits pour ce rôle. Toutefois, son souffre-douleur préféré était Zack, trop peureux, trop faible, trop craintif comme son père, un perdant. Ô Shawn n’était pas épargné, notamment à cause de sa langue trop pendue et de sa tendance à la rébellion qui lui avaient valu de cuisantes punitions, mais Ken Inoue n’avait pas autant d’impact psychologique sur l’aîné des jumeaux aussi avait-il jeté son dévolu sur le plus jeune. Celui qui ne disait rien.

Il prenait un malin plaisir à rabaisser Zack en le comparant à son père et ça marchait à tous les coups. Un autre de ses passe-temps consistait à créer des injustices flagrantes, par exemple en offrant un cadeau à un des jumeaux pour leur anniversaire et pas à l’autre : « j’ai oublié ». Comme si cela était possible d’oublier l’anniversaire d’un seul des jumeaux et de se souvenir de l’autre. Leur mère n’était pas épargnée non plus, principalement car elle travaillait au lieu de rester à la maison pour s’occuper des enfants, mais également parce qu’elle avait reçu une éducation beaucoup trop « étrangère » (autrement dit non japonaise). Sa mort fut un soulagement pour les deux enfants et probablement pour beaucoup d’autres membres de la famille. Pas étonnant que leur oncle ait coupé les ponts avec son propre père. Ken Inoue laissa derrière lui des cicatrices psychologies, une grosse fortune et une entreprise de balais de course. On peut aisément dire qu'il fit plus d’heureux étant mort qu’en vie. Il y a des gens comme ça, de véritables poisons pour leur entourage. Ironie de l’histoire l’insupportable bonhomme avait une préférence pour le fils ingrat mordu par un loup-garou qui avait coupé les ponts et qui refusa de prendre la succession de l’entreprise de son père. Injuste ? Non, humain.

Ah, et j’aurais deux heures de libre matin et après-midi et toute la journée du 22.

-Cool, parfait.

Shawn n’avait pas oublié sa question par rapport aux groupes de rock moldus. Ô non et il voulait une réponse. Il choisit les minutes de silence qui suivirent la discussion comme étant « le bon moment ».

- Que si tu apprenais à réfléchir tu te ridiculiserais moins souvent avec des questions stupides.

D'abord irrité par la réponse de la brindille, un sourire finit par remplacer la mine renfrognée : -des questions stupides, mais pourquoi donc ? Un sourire carnassier se dessina sur son visage.  Tu t’es vendu tout seul mec ! J’ai même pas besoin d’approfondir ma question, thank you !

Il avait tiré ses propres conclusions, peut-être totalement fausses, mais cela lui suffisait. Shawn se suffisait à lui-même. Le Gryffondor, sans laisser le temps au Serpentard d’imprimer ses dernières paroles, pivota vers sa guitare et l’empoigna. Il fit de nouveau face à Lysander et lui tendit Lagoon. Lysander fixa la guitare puis le visage de Shawn, impassible. Une forteresse ce type. Il lui rappelait son frère, le même air supérieur et dédaigneux. Mais l’aspect « balai dans le marshmallow » n’était-il pas l’adage de tous les Serpentards de sexe masculin ? Sian haussa le ton pour réprimander Shawn et lui rappeler que Lysander ne sait pas jouer de la guitare.

- La surdité a certes produit de grands maîtres musiciens mais tu n’en sembles pas un...

-Un fin observateur dis donc ! se moqua-t-il ce qui eut le don de faire lever les yeux de Sian au plafond. Elle tentait tant bien que mal de contenir son ami, mais c’était comme étouffer des flammes en leur jetant de l’eau. Elle ne faisait qu’attiser l’incendie.

Lorsque Connor proposa d’adapter les chansons en ballade Shawn  ricana et écarta les bras : -Oh mais oui bien sûr, et vous voyez un piano pour tester notre cher ami ? Il ramena ses mains ensemble et dévisagea ses amis et Lysander toujours souriant. Je suis sourd, mais pas aveugle. Il n’y a AUCUN piano dans cette salle donc il faudrait le croire sur parole ! Et je n’ai pas non plus fini de le mijoter !

Il enchaîna donc sur ses motivations ainsi que son répertoire musical.

-Mon répertoire musical  est suffisamment varié pour couvrir une large gamme d’époques et de genres.  Bonne nouvelle ! Mais j’ai assez peu pour ne pas dire aucune expérience dans un groupe de… rock. Arf… Ça fait un petit moment que j’ai quitté le conservatoire et jouer avec d’autres personnes me manque. La musique, ça se partage…

-Oh le conservatoire, la classe !

Shawn fit une grimace : les titres, les honneurs, ce qui est jugé « grandiose ». Tout ça trouvait rarement grâce à ses yeux.

Peut-être d’autant plus maintenant que les mots ont autant de pouvoir.

Shawn écouta attentivement Lysander et un sourire éclaircit son visage à la fin de sa phrase.

Ah voilà qui était plus intéressant !

Après tout peut-être que ce type sinistre ne ressemblait pas tant à son frère. Peut-être qu’il y avait quelque chose d’intéressant à en tirer.

-Tu marques un point, Émile.

(Oui Shawn aime donner des surnoms débiles aux gens.)

-Je pense que la musique n’est pas quelque chose que l’on écoute, mais que l’on ressent. Elle va au-delà des mots, elle est émotion. La vie est une p*tain de partition ! Elle est brute et puissante autant que douce et fragile. Elle se joue avec, il donna une tape dans le torse du jeune homme, ce qui bat juste là ! Si t’as pas les tripes et la passion, même si je dois plomber mon concert, je préfère que tu prennes la porte ! Et tes histoires de conservatoire, crois moi ça ne m’intéresse pas.

Shawn regarda la salle et les instruments avant de ramener son attention sur Lysander.

-Alors que fait-on ? Pas de piano ? Tu rentres chez toi ? Non !  J’ai envie de voir avec quels mots invisibles tu vas t’adresser à moi, quel message tu souhaites me, nous, transmettre !


Sian et Connor n’ajoutèrent rien, ils ne connaissent que trop bien ce Shawn-là que rien n’arrête et puis, il allait donner une chance à ce musicien alors autant laisser leur chef de groupe se charger du jeune homme. Shawn était emmerdant, puéril et colérique, mais il n’était pas « injuste ». Même si Lysander ne lui revenait pas totalement, il lui donnerait sa chance.

-Ptyra ! Dans un craquement sonore, un elfe de maison courbé et épuisé apparut sous leurs yeux. Ramène-moi, Boring-san s’teup’.

-Bien jeune maître, l’elfe disparût aussitôt remplacé par un silence qui ne dura pas puisqu’elle réapparut dans la minute avec un colosse noir luisant en bois accompagné d’un siège en cuir rembourré. Shawn se rapprocha du piano noir Yamaha qu’il tapota sur le dessus comme il aurait pu le faire avec un animal qui a bien travaillé. Merci Ptyra tu peux disposer.

-Bien jeune maî…

-Ah attends, ce soir pour dîner tu pourras nous faire des okonomiyaki ? S’iiiil te plaîit !

- Je demanderai aux autres jeunes maîtres, mais je ne pense pas que cela posera problème. Amusez-vous bien, elle s’inclina devant Shawn et les autres sorciers et disparut.

-Tchaoo


D’un signe de main, il indiqua à Lysander de se rapprocher : -Approche, j’te présente Boring-san, mon piano et TON test. Lui et moi, on n’a jamais été en bon terme, mais je suis curieux de voir ce que va donner votre collaboration. Un rire narquois s’échappa de ses lèvres : si t’as quelque chose à transmettre bien évidemment ! Shawn recula bras croisés, position de jugement, mais également de curiosité aiguisée.

-Il est tout à toi. Fais le chanter !  Juste, Shawn ricana, si tu veux pas être couvert de poussières, évite les fausses notes ! Il est un tantinet capricieux à ce niveau, Shawn se gratta derrière la nuque, c’est pas rare qu’il m’ait balancé un bon gros tas de poussières et de moutons à la figure rempli de Doxys parce que sinon c’est pas drôle en voyant que je faisais n’importe quoi. Mhm, ou alors, il essaye de te bouffer les doigts, ça dépend son humeur.

Le piano laissa échapper plusieurs notes graves comme pour protester, mais Shawn l’ignora.

-Trêve de bavardage Conservatoire-Boy, transcende-nous ! Quoi tu te dégonfles et tu veux abandonner ? le provoqua-t-il.

Lysander s’était installé face au piano qui ouvrit son couvercle dans un profond soupir de lassitude.

-  AH ! s’écria Shawn incapable de la fermer cinq minutes. Réfléchis bien aux morceaux que tu vas jouer, ta tête m’est pas trop désagréable alors je vais te donner un conseil, si t’envisageais de m’impressionner avec des morceaux compliqués genre un des Préludes de ce cher Chopin, allez au pif : Prelude Op ‘ 28. N° 16.

Même les sorciers étudiaient ces monstres de la musique classique, Chopin, Beethoven et cie, car s'il y a bien un domaine dans lequel les moldus sont aussi bons voire meilleurs que les sorciers, c'est bien en musique.

- Je t’arrête de suite, ça ne me convaincra pas, je maîtrisais ce type de m*rdes à l’âge de huit ans.

Exagération, très probablement. Bluff, certainement. Provocation, ô oui. Le message était clair, la technique à elle seule ne suffira pas. Il faudra de la sueur et pourquoi pas du sang ? Il avait un pressentiment animalier que ce Lysander pouvait être un élément intéressant, alors autant lui mettre la pression au maximum pour qu’il se donne à fond. Aucun autre candidat n’avait ne serait-ce que titillé sa curiosité alors il avait hâte de voir si son pressentiment s’avérait juste. Shawn recula : que la magie commence, et se tut pour de bon (enfin !).

_________________

♠Shawn' ❝Somebody once told me the world is gonna roll me I ain't the sharpest tool in the shed
She was looking kind of dumb with her finger and her thumb In the shape of an "L" on her forehead. Didn't make sense not to live for fun, your brain gets smart but your head gets dumb.

So much to do so much to see so what's wrong with taking the back streets? You'll never know if you don't go. You'll never shine if you don't glow!❞ -

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MessageSujet: Re: Music is the strongest form of magic [17/07/97] Mer 16 Aoû 2017 - 22:11

Les battements de son cœur étaient devenus erratiques à l’approche de ce jeune homme, moins pour son charisme que pour la façon avec laquelle il avait transformé un sentiment de bien-être naissant en un malaise prenant. Il lui semblait être à côté d’une bombe à retardement qui l’entrainait bon gré mal gré vers le groupe de musiciens – des deux chanteurs improvisés c’était donc lui le leader. Etait-il aveugle ou en manque désespéré d’affection pour vouloir se coller jusqu’à fusionner avec n’importe quel inconnu ? Jetant un regard désespéré à l’assistance pour qui les excentricités du jeune homme étaient visiblement monnaie courante, il glanait des traces de fatigue et d’ennui qui prouvaient que le groupe était là depuis plus de temps qu’il ne leur en avait fallu pour se lasser de cette audition. Effet de l’atmosphère peu propice aux divertissements et nouvelles rencontres, ou conséquence de l’attitude du groupe ? Clairement il ne savait trancher.
Enfin il saisit au vol un visage avenant mais restant poliment dans les distances de sécurité qu’un humain normalement constitué laisse entre ses semblables et lui-même. Il trouvait avec peine la place où poser ses propres pieds et se sentait plus être un bâton gentiment rapporté par un chien qu’un invité escorté.
Un nom et une maison, là on revenait sur des terrains qu’il connaissait bien. Une question facile. Et une réponse aux effets curatifs fulgurants. Eut-il déclaré porter la peste noire qu’il n’aurait pas obtenu meilleur résultat : son bourreau s’était éloigné de lui comme s’il était passé à des kilomètres et il prit une profonde inspiration pour fêter sa libération. Lysander prit tranquillement le chemin de la demoiselle avec la tête sur les épaules afin de palier à toute récidive – parce que le bipolaire qui lui servait de voisin était tout à fait susceptible de revenir aussi sec sur sa position, même si un je ne sais quoi dans son attitude disait au cobra qu’il faudrait un peu plus qu’un grand sourire pour amadouer le prénommé Shawn. Mais ne prenons pas de risque : il garda son attention sur son interlocutrice en évitant de regarder celui qui l’avait si grossièrement accosté tout en passant sa main sur son bras comme si de rien n’était. Juste pour en chasser la tension qui s’était instinctivement nichée dans ses fibres musculaires contrariées et pour s’assurer que cet envahisseur n’avait pas laissé derrière lui quelque trace baveuse qui aurait trahi son affiliation avec la gente canine ou une obscure espèce de gastéropode. Tenta, en fait, parce qu’après quelques secondes de stupéfaction son visage se tourna par automatisme vers celui du prétendu jumeau de Zack.
Inoue Zack, forcément, il n’y avait pas grand monde de ce nom-là et un seul à serpentard en sixième année.

-   Impossible ! fut le mot qui franchit ses lèvres avec la force de l’absolu alors que son regard rencontrait les traits déformés et le regard menaçant du jeune homme qui se récriait face à sa description pourtant fidèle.

Certains confondaient ces deux garçons ? Un battement de cil plus tard Lysander porta réellement attention à celui qui l’avait accueilli. Oui, maintenant qu’il avait la place et le recul nécessaire pour apercevoir plus qu’une touffe de cheveux et un regard luisant la ressemblance lui sautait aux yeux malgré une belle application dans des mimiques que jamais le calme serpent qui partageait son dortoir n’aurait affichées. L’idée qu’ils soient frères dépassait l’entendement, mais passé sa première exclamation de surprise le pianiste s’était reprit et son front lisse n’affichait pas l’air navré qu’il éprouvait intérieurement. C’est vrai, Zack avait à quelques reprises évoqué son frère dans la salle commune, avec réticence et il comprenait maintenant pourquoi. Mais il y avait autre chose… Il aurait dû voir Shawn avant. Il aurait dû être à Poudlard mais… Il avait été malade. La dragoncelle, c’est vrai, il se souvenait d’avoir posé des questions à son beau-père à ce sujet et de la liste de recommandations qui avaient plu. C’était encore à l’époque où Edouard s’était mis en tête d’initier sa mère au monde sorcier, et si celle-ci avait certes manifesté son inquiétude face à une possible contagion la réaction de son conjoint avait semblé totalement exagérée pour le jeune garçon. Déformation professionnelle, avait marmonné le petit bonhomme alors clairement récalcitrant face au lien affiché entre sa mère et cet inconnu, et elle avait ri… Sa petite victoire. Haha, le bel infirmier coupé dans sa tirade !
Si ses yeux s’étrécirent face à la raillerie de Shawn ce n’était pas à cause de son contenu qu’il n’écoutait que d’une oreille distraite… Non, c’était plutôt l’idée incongrue d’imaginer cette boule d’énergie clouée au lit, défendu d’approcher qui que ce soit au risque de propager les pustules. Si ce garçon sortait d’une dragoncelle de quatre ans alors il tournait à quelque chose de pas naturel.
Ce qui pouvait expliquer bien des choses…

Une pensée qu’il ne laissa bien évidemment pas filtrer face au jeune homme qui le regardait avec un air où se mélangeait ironie et complicité.

- Il est tellement transparent, on ne peut pas t’en vouloir de ne pas te souvenir de lui.

Il se mordit la langue plutôt que de répondre que respectueux, travailleur et discret auraient été des qualificatifs plus appropriés et qu’il devrait prendre exemple sur son frère - mais il n’en pensait pas moins. Il espérait vraiment que cela ne se voit pas dans son attitude mais, de toute façon, le guitariste était revenu au sujet premier et des noms fusèrent… Peut-être une façon de se venger de la remarque sur son frère, car une étincelle de défi été née dans son regard : clairement Shawn tenait à marquer la différence avec son jumeau et voulait montrer qu’il n’était pas du genre à esquiver les tabous. Il se comportait comme un chien souhaitant marquer son territoire et, tout en sentant une pique se nicher dans le creux de ses côtes alors que les mises en garde incessantes de son beau-père lui assaillaient l’esprit, Lysander se retint de lever les yeux au ciel. L’orgueil pouvait causer sa perte et un doute amer le figea pendant quelques secondes : avait-il fait une erreur en se mêlant à eux ? Si Sian n’avait pas réagi il aurait sans doute trouvé n’importe quel prétexte pour partir mais il préféra la solution de facilité et rentra dans sa discussion. Elle paraissait calme et raisonnée, portait une attention modérée aux âneries de leur guitariste ce qui rassura quelque peu le cobra : même si le doute persistait le danger au moins n’était pas immédiat, pas pour lui. Après tout, il venait à peine de les rencontrer, non ?
Les réactions face à sa présentation furent mitigées, mais il mit un point d’honneur à ne pas porter trop d’attention  à l’exclamation qui s’était élevée à ses côtés. Même s’il pouvait imaginer avec on ne peut plus de netteté les yeux écarquillés et les sourcils froncés qui marqueraient le paradoxe de la surprise et du rejet, un étonnant mélange parmi tous ceux qui l’avaient fascinés chez sa grand-mère maternelle. La vieille moldue avait gardé des nerfs bien accrochés et des convictions solidement ancrées hors de son pays natal, de même que cette prodigieuse capacité qu’ont les méditerranéens à faire de leur corps une façade d’expressions vivantes. Heureusement non intrusive dans son cas, ce qui rendait les visites à Londres plus mystérieuses qu’inquiétantes, toujours pleines de nouveautés qu’il attendait avec avidité, alors qu’il avait très vite remarqué que son père n’avait pas l’exclusivité de la fermeté.
Il avait su percevoir le moment où elle avait décidé de prendre en main son éducation musicale, jetant aux orties ce que les leçons imposées par son père lui avaient inculqué pour lui apprendre à appuyer sur une touche. Il avait d’abord cru qu’elle se moquait de lui jusqu’à comprendre qu’elle lui ouvrait une porte, un moyen de peut-être rendre la musique plus attrayante que les âpres leçons du conservatoire. Au final, il avait trouvé auprès d’elle des couleurs à glisser dans sa musique et s’était vu complimenté sur sa maitrise de l’instrument – plaisant de savoir qu’à son insu le hochement de tête de son père était en partie adressé à celle qu’il considérait comme une excentrique étrangère.
Mais, évidemment, il n’allait pas commencer à développer son héritage moldu au milieu d’inconnus, surtout avec un roquet à la langue bien pendue.

Quand il revint à la charge, le vert et argent n’y tint plus et sa langue se fit acide entre ses lèvres. Il vit immédiatement que sa réponse avait fait mouche et raidit ses épaules pour ne pas paraître se rétracter. Une carapace sous laquelle son aiguillon se glissa et l’asiatique reçut pour seule réponse un coup d’œil furieux : ne rien dire était dans ces cas-là la meilleure option, mais se sentir menacé par un gamin chatouillait désagréablement l’égo du cobra. Lysander se persuada qu’il ne faisait que jouer la comédie, et retint un petit sourire narquois quand lui vint l’idée que le plus transparent était bien celui qui lui faisait face. Sans même l’avoir su il n’aurait pas eu de mal à déterminer la maison du jeune homme et par-là même à trouver qui il était, car les orientaux étaient rares entre ces murs. Si l’adolescent avait un temps joué le jeu des inimitiés entre les quatre animaux il avait décidé de prendre du recul sur ce point, mais face à lui se trouvait un lion belliqueux et il se contraignit au calme. Il fit face au jeune homme avec un regard opaque alors qu’il lui tendait Lagoon. Un brin de surprise se glissa dans ses pensées : jamais présenter sa flûte traversière ou même Alisson à cet énergumène ne lui traverserait l’esprit, mais dans les mains du guitariste l’instrument était à la fois une épée et une bannière. Sian prit sur elle de désamorcer le début de défi entre les deux jeunes hommes, mais son intervention fit sans doute plus de mal que de bien en aiguisant l’honneur des deux coqs.

- La surdité a certes produit de grands maîtres musiciens mais tu n’en sembles pas un...

-Un fin observateur dis donc !
répondit-il du tac-au-tac.

- Ce qui n’est pas donné à tout le monde... murmura-t-il en retour.

Un autre membre de la bande vint au secours de Sian qui se décollait les globes oculaires à force de lever les yeux au ciel mais il se fit gentiment envoyer balader et, cette fois, Lysander se garda bien de répliquer et répondit plutôt à la question portant sur ses capacités. Si la rivalité avec Heather pouvait parfois être stimulante voir édifiante et, avec le temps, s’était satinée d’un éclat de respect, se mettre en concurrence avec ce rigolo ne lui attirerait que des ennuis. Les pseudos-menaces de Shawn ne lui faisait pas vraiment d’effet, que ce petit marmiton décide de le garder ou de le jeter ne lui faisait ni chaud ni froid… Il serait tenté de rater exprès pour pouvoir partir plus vite s’il n’avait pas un reste de cet orgueil chatouilleux et cette réelle envie de retoucher des noires et des blanches. C’était bien l’inconvénient de sa chambre : elle ne coûtait pas cher, était proche de son lieu de travail et il y était délicieusement seul, mais il n’avait évidemment pas pu emporter le piano de sa grand-mère dans ses valises. Il pourrait toujours détourner les yeux et les oreilles de ce roquet s’il ne venait pas le chatouiller de trop près, juste pour sentir l’harmonie des notes qui voltigent d’instrument en instrument, comme une acrobate sur sa monture. Il ignora superbement les commentaires qui tentaient de le couper dans son explication – ce jeune homme était visiblement incapable de respecter le territoire d’autrui, fusse-t-il que son temps de parole, il devait marquer sa présence absolument partout. Pour un peu on aurait pu croire que ce mariolle quémandait de l’attention.

-Oh le conservatoire, la classe !

Il accorda un petit hochement de tête à  cette exclamation avant de compléter son discours en fixant celui qui avait clairement montré son dégout face aux institutions classiques. Lui faire un peu comprendre que malgré ce qu’il pouvait penser le pouvoir restait le pouvoir et que ce qui dépassait se verrait couper comme une branche sauvage sur une haie bien taillée. Ce qui n’eut en fait pas vraiment l’effet escompté…

-Tu marques un point, Émile ! s’exclama-t-il, laissant derrière lui un Lysander confus.Je pense que la musique n’est pas quelque chose que l’on écoute, mais que l’on ressent. Elle va au-delà des mots, elle est émotion. La vie est une p*tain de partition ! Elle est brute et puissante autant que douce et fragile. Elle se joue avec, le cobra perplexe n’eut pas assez de réflexe pour éviter la main qui vint heurter sa poitrine, ce qui bat juste là ! Si t’as pas les tripes et la passion, même si je dois plomber mon concert, je préfère que tu prennes la porte ! Et tes histoires de conservatoire, crois moi ça ne m’intéresse pas.

Si sa dernière remarque confirmait avec la force de l’absolu ce que le vert et argent avait déjà senti dans son attitude, ce que le guitariste avait clamé juste avant avait eu le mérite de tirer un sourire au visage pâle. Pour la troublante ressemblance avec les mots d’acier que sa grand-mère lui avait tiré, regard limpide à l’appui, le week-end qui avait précédé sa première audition, quand le petit garçon lui avait confié sa peur de décevoir son père.
Si tu y vas pour lui je ne te laisserai même pas mettre un pied là-bas ! Soit tu le fais avec la passion de ce que tu joues, soit tu ne franchis pas la porte.

-Alors que fait-on ? Pas de piano ? Tu rentres chez toi ? Non !  J’ai envie de voir avec quels mots invisibles tu vas t’adresser à moi, quel message tu souhaites me, nous, transmettre ! continua le lion en reprenant à peine son souffle, tout à ses propos.

Pour la première fois depuis qu’il était entré dans la pièce ses yeux noisette croisèrent ceux plus sombres du musicien sans défiance ou moquerie, un regard clair pour répondre à celui qui le toisait. Shawn jouait comme un chef d’orchestre ou un premier rôle d’une pièce dramatique et Lysander ne remit pas un instant en doute la droite sincérité des paroles qu’il venait de prononcer. Ce juge serait aussi impitoyable qu’un enfant devant son assiette mais il avait une chance… Il haussa les épaules et fit jouer ses doigts alors que le guitariste convoquait d’un appel sonore une petite créature, un elfe de maison. Le cobra ne retint pas la grimace qui fleurit sur son visage, la laissant à la libre interprétation de ceux qui observait, devant la façon qu’avait le jeune homme d’exiger ce qu’il voulait de la servile créature. Jamais il n’aurait imaginé s’adresser ainsi à un des fervents travailleurs des cuisines, ne serait-ce que pour se faire respecter d’eux – une règle héritée à la fois de son père et de sa mère de deux façons différentes et dont il avait mis du temps à comprendre l’équilibre. Son rictus s’accentua lorsqu’il comprit que « boring-san » désignait le magnifique piano à queue qui était revenu avec la créature ratatinée. Il n’avait eu la chance de poser ses doigts sur de semblables touches que lors des rares auditions ou concerts qu’il avait donnés, majoritairement dans le cadre du conservatoire mais une fois faisant exception, et concevait mal comment on pouvait leur témoigner autre chose qu’une admiration fascinée.

Merci Ptyra tu peux disposer. fit-il tout de même.
-Bien jeune maî…
-Ah attends, ce soir pour dîner tu pourras nous faire des okonomiyaki ? S’iiiil te plaîit !
La demande avait pris des intonations telles que le cobra s’attendait presque à le voir battre des cils.
- Je demanderai aux autres jeunes maîtres, mais je ne pense pas que cela posera problème. Amusez-vous bien, termina la créature avec une révérence que Lysander se força à ne pas lui rendre. Il transforma son mouvement en un pas en avant vers celui qui allait porter ses notes.

-Approche, j’te présente Boring-san, mon piano et TON test. Lui et moi, on n’a jamais été en bon terme, mais je suis curieux de voir ce que va donner votre collaboration. Il termina avec un rire provocateur : si t’as quelque chose à transmettre bien évidemment !

Ce jeune homme était donc incapable de faire les choses sans un minimum de décorum ? Il se postait à présent à une poignée de pas de l’instrument, bras croisé et jambes légèrement écartées comme une statue gardant l’entrée d’un sanctuaire. Et il le regardait droit dans les yeux, avec cet air de gryffondor que n’importe quel étudiant savait reconnaître… Une grande cuillère de défi, un zeste de malice, un goutte de curiosité aussi, le tout dilué dans un orgueil mal placé mais parfois beau joueur. Restait à savoir dans quelle catégorie se trouvait le jeune homme.

-Il est tout à toi. Fais le chanter !  Juste, Shawn rit de nouveau, si tu veux pas être couvert de poussières, évite les fausses notes ! Il est un tantinet capricieux à ce niveau, il ajouta d’un ton où ne perçait nul regret et même une touche de projet de récidive, c’est pas rare qu’il m’ait balancé un bon gros tas de poussières et de moutons à la figure rempli de Doxys parce que sinon c’est pas drôle en voyant que je faisais n’importe quoi. Mhm, ou alors, il essaye de te bouffer les doigts, ça dépend son humeur.

Au final, le propriétaire et l’instrument se complétaient plutôt bien, songea le serpentard. De la même façon si l’on pouvait dire que lui et Heather s’étaient forgés au fil de leur rancune. Un concours d’imagination et de ténacité dans lequel le guitariste avait peut-être plus gagné qu’il ne voudrait l’admettre, se dit-il pensivement.

-Trêve de bavardage Conservatoire-Boy, transcende-nous ! Quoi tu te dégonfles et tu veux abandonner ? le provoqua-t-il.
- Et manquer une occasion de te voir muet ? répondit-il avec un début de rire dans la voix, sourcil arqué pour bien montré ce qu’il pensait de sa provocation.

Il acheva son mouvement vers le confortable siège couvert de velours noir, osant à peine toucher les pédales et préférant se déchausser avant. Il approchait sa main pour caresser l’ivoire quand la voix retentit de nouveau derrière lui, le coupant en plein élan, et il bloqua sa cage thoracique pour ne pas soupirer.

- AH ! s’exclama-t-il, réfléchis bien aux morceaux que tu vas jouer, ta tête m’est pas trop désagréable alors je vais te donner un conseil, si t’envisageais de m’impressionner avec des morceaux compliqués genre un des Préludes de ce cher Chopin, allez au pif : Prelude Op ‘ 28. N° 16. Je t’arrête de suite, ça ne me convaincra pas, je maîtrisais ce type de m*rdes à l’âge de huit ans.

Lysander ne savait pas vraiment si l’étude de pianistes classiques moldus était vraiment au programme, mais dans les deux cas la dernière phrase justifia largement le magnifique arc de cercle que ses pupilles tracèrent.

- Que la magie commence ! conclut-il.

Cette fois, le cobra attendit quelques minutes d’être sûr que le lion se tairait pour de bon. Inspirant et expirant lentement, il fouillait les recoins de sa mémoire à la recherche des morceaux qui pourraient impressionner le fanfaron. Une mélodie naquit à la bordure de son esprit mais il la repoussa, chaque fois qu’elle se présentait. Oui, c’était une évidence, la ressemblance était trop frappante pour que cela ne fonctionne pas. Et il était sûr de pouvoir la jouer, les yeux fermés, et de pouvoir encore la jouer tous les jours de sa vie même s’il ne voyait plus une touche pendant quinze ans. Les minutes s’allongeaient, frôlant l’inconfortable, et il finit par se résigner avec un petit sourire. Il n’était pas spécialement croyant, mais voulait bien croire qu’il y avait un message de son inconscient, quel que soit son inspiration, pour que ce morceau en particulier vienne chatouiller ses lèvres. Après trois petites inspirations saccadées, il se lança, laissant son sourire s’élargir avant même que la première phrase ne s’achève.
Comment ça tu n’aimes pas les noires ? Je vais te les mettre à la bonne tu vas voir…


Le genre de menaces qui l’avait fait frémir, plein d’expectative, alors que la silhouette voutée mais dynamique de sa grand-mère quittait la pièce pour l’adjacente où elle conservait toutes ses partitions. Après coup, il était presque sûr qu’elle avait ouvert le feuillet pour le plaisir de voir sa moue s’allonger au fur et à mesure qu’il déchiffrait les notes : s’il n’aimait pas les petites touches il allait effectivement devoir apprendre à composer avec, car les trois-quarts du morceau devaient en être. Pour sa tête et aussi par principe. Elle ne jouait jamais elle-même un morceau avant qu’il n’ait achevé de le déchiffrer. Parce qu’elle voulait qu’il trouve lui-même les dissonances, lui avait-elle expliqué, et pour qu’il puisse se faire sa propre idée du morceau. Parfois, il l’avait déjà entendu autre part, mais celui-ci était entièrement nouveau. Et il allait le suivre plus longtemps qu’il n’avait pu l’imaginer lorsque, perché derrière un ami de bois, il grattait péniblement un accord après l’autre.
Si lui-même avait été entouré de trop de rigueur logique pour s’aventurer sur le chemin de la foi, elle par contre avait consacré les heures de libres après la mort de son mari à une association chrétienne pour laquelle elle donnait quelques concerts. Ce morceau, en particuliers, était couramment joué à Pâques et plus particulièrement les années où le courant catholique était en charge d’animer la messe inter-religieuse. Habituellement, il n’y allait pas, mais une année il reçut une invitation spéciale, spécialement pour qu’il puisse jouer. Il était passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, du rouge honteux au violet maladif, quand sa grand-mère lui avait calmement annoncé la nouvelle cinq minutes avant que ce ne soit son tour.
Mais, mais, mais, mais… Mais pourquoi ? Je ne suis pas prêt… Pas préparé !
Ridicule. Tu as besoin de te préparer avant de passer à table ? Tu connais ce morceau et tu l’as joué pas plus tard que la semaine dernière. On ne te demande pas de réciter un exposé par cœur, avait-elle appuyé d’un doigt dans les côtes, mais de jouer une partition.

Amen.

La raison pour laquelle il ne l’avait jamais entendu auparavant était aussi qu’il était d’origine espagnole, bien que la vieille femme ait fait l’effort de traduire les paroles en anglais pour que tous les membres, quelle que soit la langue pratiquée dans leur culte, puisse la comprendre et la chanter. Jouer un morceau au pied levé avec cent cinquante personnes qui chante derrière vous… Eux aussi de façon plus ou moins approximative, le plus souvent en prêtant plus d’attention à son voisin qu’à sa feuille ou encore au jeune homme qui chatouillait les touches. Au final, s’était-il aperçu après coup, il aurait pu jouer n’importe quel air : on entendait à peine l’instrument. Mais sur le moment, entièrement concentré sur la palette de sons potentiels disposée devant lui, sa gorge s’agitant dans des réflexes de stress, il avait joué comme pour maintenir à distance une meute de loups affamés, il avait joué pour défendre son territoire, son intégrité.
C’était autre chose que les répétitions bien au chaud, hein ? avait-il reçu comme récompense. Tu vois, c’est aussi dans ces occasions que tu découvres d’autres façons de jouer, tes émotions sont au final de peu d’importance face à la façon dont tu les transmets.
C’était en mémoire de ce moment que, lorsqu’il lui avait été demandé de jouer à l’enterrement de la vieille femme, il avait décidé de ne pas répéter. Ça avait été un beau duo, sa mère à la flûte traversière et lui derrière le clavier, brodant sur ce qu’il savait de la mélodie pour accompagner le vent.


Il n’hésita pas donc, après les deux vers d’introduction, à lancer les notes comme des galets sur une rivière, même lorsque sous ses doigts les touches réagir à ce changement de comportement. Elles se faisaient soyeuses et ondulantes comme le dos d’un chat, sans qu’il n’arrive à déterminer si elles fuyaient ou se languissaient de son contact. Ses mains s’éloignaient puis se rapprochaient, alors que les aigus dansaient sur les graves. Il avait développé une préférence pour ses derniers, qu’ils trouvaient plus marquants, comme si l’on écoutait la main droite mais que l’on se souvenait de la gauche, et avait travaillé cette différence. Son doigté également avait la marque de son entrainement : pour les notes isolées il variait les doigts selon une règle qui n’était pas sans rappeler l’ordre de Chopin, du pouce à l’annulaire en ordre décroissant d’intensité. Et si ce petit rebelle reconnaissait sa marque dans sa musique, et bien qu’il le prenne comme il voulait : lui, il aimait Chopin, moins le prélude cité que la Danse du Petit Chien qu’il jouait comme pour rendre les chatouilles que ces notes infligeaient à ses oreilles.
Il égraina quelques notes de sa main droite, comme un oiseau battant des ailes pour s’envoler.

Ses spectateurs loupaient sans doute la moitié de ses allégories, des images qu’il avait créées en réponse aux paroles qui accompagnaient le texte, de l’imaginaire qu’il portait à bout de doigts. Mais, malgré ce que la force qu’il imprimait aux accords semblait dire, il ne les obligeait en rien à le suivre au bord de l’océan et faire la course avec les mouettes, il pouvait bien profiter du soleil à lui tout seul – il en avait tant besoin qu’il était sûr que ça ne serait pas de trop. Le second morceau serait pour eux, mais celui-ci lui appartenait, et il les laissait trouver leurs prises alors que ses propres mains portaient l’écume des blanches sur leurs voisines plus foncées, allant et venant comme les vagues, volant par-dessus les graves. Chaque nouveau paragraphe s’approchait plus de lui, des battements de son cœur alors que sa main droite composait ses mouvements, ou peut-être était-ce lui qui s’accordait à la musique. Allez savoir…
Pour la conclusion il revint sur un jeu plus calme, battements de paupières qui marquent la fin d’un rêve ou dernières phrases pleines de sagesse d’un conte, avant de finir sur un accord qui lui valu une réaction courroucée de son compagnon de bois. D’humeur à mordre les doigts aujourd’hui, ou peut-être juste aussi orgueilleux que son maitre et décidé à protéger son territoire. Lysander lui lança un regard amusé, une moue pensive sur le visage alors qu’il approchait ses doigts, guettant sa réaction. Sa monture lui paraissait plus un fauve aux aguets qu’un cheval bien dressé, mais cette déformation sorcière de tout ce qui était jeu pour devenir arme – il n’y avait qu’à voir leurs échecs ! – n’allait pas avoir raison de son inspiration. A présent libéré de ce fantôme entêtant, il allait pouvoir présenter quelque chose d’un peu plus raisonnable à une audition.


Il leur donna à peine le temps de prendre une inspiration, de glisser un commentaire auquel il n’accorda de toute façon aucune attention, laissant ses épaules se relâcher pour se libérer du poids du premier morceau avant d’attaquer le suivant. Ses sourcils se froncèrent légèrement alors que sa concentration se faisait absolue, jusqu’au bout de ses phalanges : là où le chant religieux se jouait de lui-même, il aimait dans ce morceau voguer de sentiment en sentiment, et avait besoin pour amener son auditoire des moindres parcelles d’attention dont il pouvait disposer. Autant pour anticiper, pour jouer, et pour réagir : il se fit tout ouïe pour son public et toucher pour son piano, alors que ses doigts, en jouant les premières notes, trouvaient leur équilibre sur le clavier. Les danseuses devinrent acrobates alors qu’il accélérait le rythme, forçant l’attention de ceux derrière lui à se focaliser sur la musique. Pour cette première partie, il les emportait… Un appât et un piège, une main droite survoltée et la base régulière de la gauche pour imprimer le rythme. Une fois sûr qu’il les avait, il ralenti pour refermer derrière eux le filet d’une phrase. Maintenant, les choses sérieuses pouvaient commencer.
Une pression régulière des graves alors que les aigus reprenaient leur phrase, plus lentement, pour l’oreille attentive. Et se rapprochaient, lentement, de ce battement de cœur marqué par l’index, juste milieu sur l’échelle de Chopin, ni trop pressant ni trop faible, simplement présent. Une accentuation puis un apaisement, comme une image perçue du coin de l’œil vers laquelle on se tourne : cette fois-ci la musique s’approchait d’eux, se présentait. Les entrainait dans une vie régulière, aux péripéties douces-amères, tracée par un personnage coloré auquel il aimait donner un petit air de jazz dansant par des touches sèches. Il fit courir sur son passage un vent qui leur dévoila la scène, quelques notes plus graves pour une main droite inquiète, une gauche plus prenante qui ne faisait plus qu’accompagner la phrase principale marquée par sa voisine, un avertissement qui devient inquiétude jusqu’à ce que quelques phrases murmurées n’annoncent la transition. Sur son tabouret le cobra tremblait presque, souhaitait prolonger ces notes, ce départ, souhaitait qu’il ne s’achève pas, que n’importe quoi intervienne pour l’empêcher. Mais la pression de ce filet se fit plus oppressante, un tambour incessant comme la pluie contre une fenêtre, et cette fois la droite se fit le battement, les pas hésitants, avançant malgré les doigts graves qui couraient sur leur nuque, constant rappel. Un poids que son visage marquait bien.
Ses doigts se firent plus lourds en reprenant leur course pour la dernière partie, colorant de blues cette fois les envolées qui encerclaient le thème principal. Les mêmes notes retentissaient mais il aurait été vain de chercher la même énergie, le même entrain que celui qui avait marqué le début du morceau : si la vie reprenait c’était contrainte et forcée, et il ne se priva pas d’arrêter son morceau sur une interrogation. Voilà, se dit-il en relevant les mains, une belle tranche de ce qui se passe, à des années-lumière de n’importe quelle épopée que ses chansons rebelles pouvaient soulever : ici le combat était d’avancer, simplement continuer, alors qu’une de nos jambes court la campagne avec une épée de Damoclès. Lysander n’aimait pas jouer les demoiselles en détresse, et son morceau était exempt de mélodramatique, une froide lueur du début à la fin dans laquelle transparaissait néanmoins sa détresse… Même en musique chaque œuvre avait une signature.
Il reporta son regard vers le gryffondor, car de toutes les réactions c’était la sienne qui l’intéressait le plus.
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Music is the strongest form of magic [17/07/97]

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