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[19 Octobre 1997] - Déboire

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
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MessageSujet: [19 Octobre 1997] - Déboire Lun 1 Mai 2017 - 15:21


19 Octobre, Dunseverick.



Ici repose Jane Skarsgard
1949-1992
Une fille et une sœur aimante et aimée.
Un cœur tendre et un esprit généreux.




Qu’il haïssait cette épitaphe. Horriblement commune et terriblement impersonnelle, probablement puisée dans l’un des manuels de psychologie que lisait assidument la mère de Jane. Si son père était extrêmement sévère, sa mère se permettait d’avoir une opinion différente de celle de son mari, car Madame Skarsgard était formée à la nouvelle tolérance, la technique de l’anéantissement par la douceur. Tandis que Monsieur Skarsgard détournait avec dégoût son regard injecté du sang bleu de la pureté magique scandinave, Madame Skarsgard brandissait son manuel de psychologie. La cloche et le cierge avaient cessé d’être nécessaires indispensables. Lors de leur première rencontre avec le jeune compagnon de leur fille malade, elle avait fini par en psalmodier doucement des extraits, et entreprit d’exorciser l’innommable qui était en Octave. Aucune raison d’être dégoûté, aucun motif de condamnation, avait-elle chantonné. Rien ici de volontairement mauvais. Il était un sang-mêlé, et ce n’était pas de sa faute. Tout cela provenait de l’hérédité et des mauvais choix parentaux, du milieu environnemental -moldu !- de l’enfance. Ils avaient affaire à un inadapté, à jamais privé du meilleur de l’existence, plus à plaindre qu’à blâmer. Ah ! Quel dommage ! Surtout quand cela arrivait, comme il faut bien reconnaitre que ça arrive, à des gens vraiment méritants, des gens qui auraient pu tellement apporter ! Car même quand c’étaient des génies malgré ça, leurs chefs-d’œuvre en étaient invariablement pervertis. Et puis la différence d’âge ! Le sang-mêlé n’avait que 25 ans, alors que leur fille aimée et de sang-pur, déjà 40. Oui, il fallait être compréhensif, et se rappeler qu’avant, il y avait bien eu les Grecs. Mais là, c’était un peu différent, car il s’agissait de païens plutôt que de névrosés. Allons éventuellement plus loin et disons que ce type de relation pouvait quelquefois être presque beau – surtout si l’un des partenaires était déjà mort ; ou, mieux encore, les deux. Surtout, c’était le genre d’histoire qui arrivait aux autres, aux débauchés, cracmols, sang de bourbe et autres impurs, mais pas à leur fille. Octave était probablement très charmant, mais non… Non. Madame Skarsgard comprenait. A son jeune âge et selon son rang, il se cherchait un substitut, un avantage social, ou les deux à la fois. Et sa fille, sa pauvre fille malade, elle traversait une phase de relâchement, probablement. C’était parfaitement normal et sain, à l’orée de la mort, que de s’enticher de quelqu’un de plus jeune et sortant de son cadre ordinaire. Elle leur souriait avec empathie, comme si Jane et Octave étaient deux patients de Sainte Mangouste qu’il fallait aider à se soigneur avant que l’un ne corrompe l’autre avec sa propre gangrène. Jane était séropositive et ils ne s’en étaient jamais remis.

Là, où votre livre s’est trompé, Madame Skarsgard, se disait Octave en fixant l’épitaphe, c’est quand il vous racontait que j’ai trouvé en Jane le substitut d’une mère véritable, d’une amie véritable, d’une grande-sœur véritable, d’une maîtresse expérimentée, d’une patronnesse fantoche. Qu’elle était pour moi une tentative de me hisser aux dépends de sa gentillesse vers la légitimité sociale à laquelle j’aspirais apparemment. Que je profitais d’elle inconsciemment. Jane était ma vie. Jane n’était le substitut de rien. Et il n’existe pas de substitut à Jane, nulle part. Votre exorcisme a échoué, Madame Skarsgard !

S’ils n’avaient pas été assez cruels pour renier leur fille s’obstinant dans cette union désavantageuse, ils l’étaient cependant assez pour renier Octave. Monsieur Skarsgard avait essayé de lui offrir de l’argent à condition qu’il abandonne sa fille et la laisse mener de jours paisibles et sains jusqu’à sa mort, au lieu de l’entrainer dans une vie d’amour illusoire qui ne pouvait que finir par une grande tristesse et déception. Il avait refusé, farouche et en colère. Tous deux durent partir. Les parents consentaient à la voir elle, mais pas à le voir lui. Jane garda contact, mais ne les revu que deux fois par la suite. Raison pour laquelle son épitaphe était si banale et sans goût, composée par des parents qui ne la comprenaient pas préférant vivre comme si les dernières années de leur fille n’avaient jamais existé. Qu’Octave n’avait jamais existé. Leur détermination fut d’ailleurs si prompte qu’ils lui interdirent les funérailles, diminuant ainsi son importance au rôle de sombre inconnu. Au moins sut il où se trouvait sa tombe.

Au début, il y revenait souvent. Pour éviter les parents et amis, Octave avait pris l’habitude de venir la nuit. Habitude qui demeura même une fois la tombe partiellement désertée. Les gens s’en étaient désintéressés. Heureusement, le gardien du cimetière gardait la pierre propre. Parfois, rarement, quelqu’un -son frère ?- déposait quelques fleurs. Même lui avait fini par ne plus trouver le temps pour venir. La douleur avait longuement demeuré, mais l’envie de l’exorciser sur un monceau de marbre avait disparu. Cependant, aujourd’hui il était revenu pour autre chose. Il était venu pour l’épitaphe. La première fois, en découvrant les mots gravés dans la pierre, une haine féroce l’avait envahi pour des parents qui n’avaient même pas su correctement rendre hommage à leur enfant. Elle aimait Keats bon sang ! Quoi, trop moldu pour vous, espèce de snobinards de m*rde ! Même dans sa mort, vous étiez incapables de lui accorder si peu ? Pas de poésie moldue, il vaut mieux des banalités qui garderont son intégrité intacte ! Ah ! Qu’il s’était enragé, qu’il avait détesté ce caillou et ces parents ! Qu’il aurait voulu graver par la magie quelques paroles sincères en sa mémoire, mais il savait que l’épitaphe allait être remise en ordre dès le lendemain comme si rien ne s’était passé. Alors il revenait et regardait ses mots en s’exaspérant. Et puis… Doucement, la haine disparut. Aujourd’hui, Octave était venu pour constater ce fait atroce. Revenir ici avait toujours eu le don de raviver quelques sentiments enfouis et presque oubliés, mais là… rien. Il regardait l’épitaphe et ça n’avait plus aucun sens. Rien. Il n’éprouvait rien. De toutes ses forces, il avait essayé d’attraper, de fixer dans sa mémoire un souvenir quelconque, un sentiment mitigé, inconscient, furieux et indomptable. Mais la seule chose qui advenait, c’était qu’il prenait conscience de l’éventualité que cela aussi, c’était terminé.

Les toutes dernières traces des parents qui avaient essayé de le priver de sa Jane avaient disparus de ce bloc de marbre jauni et avec cela, les dernières traces de sa propre haine, artificiellement ravivée à chaque fois qu’il venait ici. Tant que subsistait une seule goutte minuscule et précieuse de cette haine, Octave pouvait encore trouver en cette épitaphe impersonnelle un vestige de Jane. Depuis le début, le seul lien qui l’avait uni à cette tombe, c’était sa colère insensée envers les parents. Et le voici rompu. Et voici qu’un nouveau fragment de Jane était à jamais perdu pour Octave.

Lentement, avec le geste de l’habitude, il ouvrit une bouteille de Bushmills Millenium. Distillé en 1975 et mis en vente après 25 ans de maturation. Il en versa une lampée sur le sol, arrosant là où dans l’herbe il y avait déjà un trou de terre sèche, tout en baragouinant « Espèce d’alcoolique ». Jane avait été douce, délicate, belle, féminine à en rendre jalouse n’importe quelle femme, mais il lui arrivait parfois de se vider une bouteille de whisky de single malt en quelques gorgées. Et de ce côté-là, elle n’avait jamais eu de goût. Les spiritueux qu’elle achetait sentaient toujours le carburant pour tondeuse à gazon et ne coûtaient jamais plus cher que deux gallions tout au plus. Octave n’était pas de ce bord-là, où en tout cas il ne l’était plus depuis longtemps, et se brûler la gorge à coup de distillat ne lui plaisait guère. Il avait choisi ce Bushmill, parce que c’était dans le village qui fabriquait ce whisky qu’elle était née, et aussi parce que leurs millésimes étaient bons. Il approcha son nez du goulot et inspira. L’odeur était violente, puissante. Le liquide descendit dans sa gorge alors qu’il renversait sa tête vers l’arrière, visage sous les étoiles. Sa tête s’emplit de vapeurs, la sensation étant un cran au-dessus d’un léger inconfort. Mais rapidement, il sentit la tiédeur herbacée de l’alcool, comme si une Jane à l’état liquide était arrivée par derrière pour l’enlacer. Un demi-litre plus tard, Octave décolla enfin ses lèvres de la bouteille en grognant dans sa barbe pour rendre la brûlure plus supportable. Jane avait décidément une sacrée descente, à laquelle il essayait de faire honneur. Heureusement que Cassidy n’était pas là pour voir ce spectacle pouvant paraitre aussi étrange que pathétique si dénué de tout contexte. D’ailleurs, il espérait qu’elle n’aurait pas idée de le chercher ce soir. Il était parti sur un coup de tête. Octave regarda encore l’épitaphe, la relut deux fois à voix haute d’un ton étonnamment claire, mais le miracle n’advint pas. Même avec 57,5 % d’embouteillage au degré naturel, il ne se sentait pas plus triste ou en colère. Au contraire, il était plutôt sur un nuage malgré le froid.

D’ailleurs, il balaya le cimetière d’un œil scrutateur en tournant sur soi-même, bouteille ouverte à la main. De la mer chantant au loin, une légère brume remontait, blanche et duveteuse, presque agréable. Elle s’élevait depuis les vagues vers la côte, traversait la prairie, enveloppait le cimetière avant de s’élever vers les nuages. Le jour, les pâturages qui recouvraient la montée étaient d’un vert flamboyant, mais sous la lumière persistante de la lune et des étoiles, les herbes folles se perdaient dans un dégradé infini de gris et de noir jusqu’à l’horizon renflé de collines. Entre l’océan et les hauteurs, le petit et vieux cimetière persistait, joint à la route longeant la côte que par un chemin de terre. Les pierres tombales pointaient de la terre en dents irrégulières, tantôt vieilles, tantôt neuves. Il y avait encore un peu de place pour quelques vivants ici. Un petit muret, s’élevant curieusement en paliers, entourait le cimetière d’un large enlacement. Et plus loin, déchirant le ciel d’une ombre menaçante, une unique falaise, vers laquelle les visiteurs levaient les yeux comme d’autres vers l’étoile polaire, tant elle semblait faire partie du firmament. Le regard d’Octave se perdit un instant dans la nébuleuse avant de revenir au cimetière. Alors qu’il finissait son tour d’observation passive il remarqua une ombre se distinguer entre les troncs des quelques hauts pins qui cernaient le champ du repos. Il s’arrêta, but une longue lampée comme si cela avait le don d’améliorer la vue avant de plisser les yeux pour décortiquer le visiteur en essayant de trouver un indice sur son identité. Et puis, l’illumination advint soudain alors qu’il reconnaissait la coupe du vêtement, s’étouffant à moitié dans le goulot. A dire vrai, il était dans un état d’esprit si particulier que sa surprise, et tous les sentiments confus que cette présence lui inspirait, s’évanouit bien vite au profit de l’état d’esprit fataliste dans lequel il demeurait. Sans se poser davantage de questions, Octave détendit ses épaules et lança en direction de l’ombre :

« Si c’est un hasard, c’est flippant. Si c’est déterminé, j’espère que ce n’est pas pour encore me rendre une baguette ! Je préfèrerais que ce soit un hasard flippant, je crois. »

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Lun 1 Mai 2017 - 19:42

– Il est mort ?

– Qui s’en soucie ? maugréa Severus.

Cassandre eut un faible, très faible sourire, puis se détourna du rebord de la petite falaise, tout en rangeant sa baguette dans sa poche, comme si de rien n’était. Ses manches relevées laissaient apparaître la Marque des Ténèbres, fraîchement apposée, il y a quelques mois à peine, et dont elle était remplie de fierté. Elle transplana la minute d’après, non avoir sorti d’un ton enjoué qu’elle était ravie d’avoir pu participer à cette mission. C’est ça. Encore une si bien conditionnée qu’elle ne voyait aucun mal ni aucune honte à répondre à tous les ordres du Seigneur des Ténèbres comme un brave petit toutou très docile. Severus s’approcha à son tour du bord et jeta un œil vers le bas. Le corps de leur victime était allongé sur le ventre, face tournée, la joue contre les rochers humides et glissants, yeux clos. Vivant, mort ? S’il ne l’était pas encore, il le sera lorsque la mer viendra l’emporter pour de bon et achever le travail. Le mage noir resta un moment à le regarder, pendant que la soirée avançait avec lenteur. Qui s’en souciait, en effet ? Ce type était aussi un mangemort, qui avait cru pouvoir doubler le seigneur des ténèbres et était mort pour ça. Plus d’amis, plus de famille, plus personne pour le regretter ni même se souvenir de lui. Rogue se détourna puis disparut à son tour, laissant les falaises vides de tous témoins, de toute trace de vie.

De retour au petit village où il avait récupéré sa collègue de mission, Rogue fit une halte sous un vieux porche, rangeant à son tour sa baguette dans sa poche puis observant les environs, par la force de l’habitude. Tout était tranquille, exceptionnellement calme… Un village typique du pays, avec des maisons aux façades colorées, en pierre, avec des petits murets et de nombreux jardins. Ce pays avait quelque chose d’apaisait, comme à chaque fois qu’il devait s’y rendre. Ici, au moins, il n’avait pas besoin de se dissimuler à tout va, bien qu’il le fasse tout de même, au cas où. Encore plus pâle que de coutume, il resta immobile, appuyé contre un poteau moisi, à simplement regarder les villageois passer dans la rue ou discuter plus loin à la terrasse d’un café. Il les observa jouer avec de jeunes enfants, bavarder autour d’un verre, rentrer en déclarant qu’il était temps de préparer le repas du soir ou traîner un peu dans la rue en respirant l’air marin. Une bonne heure se passa ainsi, sans qu’il ne fasse le moindre mouvement, juste à regarder la Vie suivant tranquillement son cours, comme pour se convaincre qu’elle existait encore.

Malgré tout, il fallait bouger, il ne pouvait pas rester planté là toute la nuit. Sortant de sa cachette, il entra dans une supérette moldue, non loin, tenue par une grand-mère à la mine jaunâtre, qui aurait été bien mieux au fond de son lit qu’assise derrière un comptoir branlant, sur un tabouret grinçant, avec une caisse enregistreuse qui avait connu des jours meilleurs. Rogue haussa légèrement les sourcils puis ne tenta même pas de lui dire bonsoir, se contentant de lui acheter quelques bouteilles de vodka, payant avec un peu d’argent de ce monde traînant au fond de ses poches. Il chercha longuement un coin tranquille, où aucun moldu n’aura l’idée de se promener cette nuit en cas d’insomnies, puis finit par entrer dans le cimetière. S’il croisait un villageois ici… Le soir tomba bientôt pour de bon, le village se calmant encore plus et chacun rentrant chez soit. Le directeur marcha longuement, puis s’assit non loin du muret et des pins, sur un vieux banc en pierre faisant face à une statue de femme, bras ouverts, avec de grandes ailes d’ange dans le dos. Il déboucha la première bouteille, « Russian standard, Platinum » à 40%, dont l’étiquette écrite en Russe lui laissait un goût amer.

La première gorgée lui brûla presque la gorge, le goût avait beau se vouloir neutre, cela restait horrible. Il détestait ça, n’en avait acheté que pour une seule raison. Quitte à passer la nuit seul, quitte à avoir la tête remplie de ses propres démons, autant faire les choses à fond et boire à leur santé. La nuit avança, il but un peu de temps en temps, observant sans la voir une petite plante au pied d’un des pins. Bouteille à la main et regard dans le vague, l’alcool lui avait donné très chaud et tendait à l’égarer un peu plus dans de mauvais souvenirs. Il devrait pourtant rentrer à Poudlard, se reposer, faire autre chose de sa vie que fuir dans un cimetière Irlandais au milieu de la nuit avec pour seule compagnie une bouteille de vodka. Comme seule compagnie… ou non. Rogue sourcilla en réalisant enfin qu’il n’était pas aussi seul qu’il ne l’avait cru. Par Merlin et tous ses aïeux, quel était le pourcentage de chance pour qu’il puisse tomber sur lui dans un endroit pareil, précisément cette nuit ?! S’il se trouvait dans son état normal, Severus aurait sûrement transplané aussitôt et se serait passé de la rencontre. C’était sans doute l’effet de l’alcool, peu importe, il ne bougea pas.

– Si c’est un hasard, c’est flippant. Si c’est déterminé, j’espère que ce n’est pas pour encore me rendre une baguette ! Je préfèrerais que ce soit un hasard flippant, je crois.

– Juste un hasard, marmonna-t-il en lui lançant un coup d’œil. Ça n’a rien de flippant, d’ailleurs, j’aime juste les endroits calmes. Enfin bon… Laisse tomber.

Le tutoiement lui était venu sans y penser, peut-être en mémoire du bibliothécaire qui avait lui-même commencé à le faire la dernière fois qu’il l’avait croisé. Oh, et puis, quelle importance ? Qu’est-ce que ce monde pouvait bien en avoir à foutre qu’ils se tutoient ou se vouvoient ? Il but une nouvelle gorgée à sa bouteille, redevenant morose. Le bibliothécaire aussi tenait une bouteille à la main, tiens, mais ce n’était sans doute pas de la vodka. La scène était presque surréaliste, même si Rogue était convaincu que si sa juste place était bel et bien ici, au milieu des tombes, ce n’était pas le cas d’Holbrey. Lui n’avait rien à faire dans ce décor.

– Qu’est-ce que tu fais là ? marmonna-t-il. Les visites aux morts se font de jour, chez les gens normaux.

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Mar 2 Mai 2017 - 1:25

– Juste un hasard. Ça n’a rien de flippant, d’ailleurs, j’aime juste les endroits calmes. Enfin bon… Laisse tomber.

L’espace de quelques secondes, il s’était imaginé battre des bras dans les airs pour chasser le directeur de sa branche comme l’on chasserait un pigeon de son perchoir. Mais Rogue avait en plus la carrure d’un vautour, alors la comparaison était d’autant plus sinistre qu’ils se trouvaient tous deux dans un cimetière. D’ailleurs, pourquoi n’avait-il pas transplané ? Peut-être que par primitif esprit de domination, considérant que cet ossuaire était le sien par droit de prévalence, le corbeau restait-il assis en espérant que l’autre clebs comprenne le message et libère la place par défaite convenue. Ou bien était-ce la bouteille. Transparente et blanche, elle scintillait légèrement, réfléchissant le peu de lumière que cette nuit offrait, tel un rondelet diamant entre les doigts minces et déliés du Mangemort. C’était quoi, de l’eau ? Non, la bouteille était en verre et il n’y avait que des marques de luxe qui se permettaient ce genre de fantaisie. Chose qui ne ressemblait certainement pas à ce personnage toujours dans la sobriété… Enfin, dans son allure en tout cas, parce que le jéroboam observé ne pouvait contenir que de l’alcool. La sobriété n’était plus qu’une question de temps. Du gin ? Rhum blanc ? Vodka ? Tequila ? Cachaça ? Saké ? Eau-de-vie quelconque ? Il l’aurait bien vu boire de la Guiness, quelque chose à son image, noire et dense. Ou pourquoi pas carrément du pétrole, ça lui irait bien, lui qui ne prenait jamais de pincettes pour quoi que ce soit. En observant cette bouteille chatoyer de son onde incolore et lumineuse, Octave se sentit dans son élément, à deviner le contenu par son contenant. Il fit un pas en direction de son collègue et quelque chose s’oxyda dans son cerveau. Il se sentit soudain très légèrement éméché, pas soûl, cependant, ni même près de l’être. Cela dit, il n’essayerait certainement pas de manœuvrer une égreneuse à coton. Considérant ce nouveau stade atteint dans son ivresse nocturne, Octave se dit que si Rogue en était au même palier, transplaner ou fuir était la dernière chose dont il serait présentement capable.

Et puis si, c’était flippant. Un tel hasard ne pouvait avoir lieu que si le monde avait été de la taille d’un grain de riz. Alors forcément, en faire le tour pour se retrouver n’aurait pas été d’une grande difficulté. Mais ils étaient en Irlande du Nord, loin, très loin de Poudlard, et si Octave avait une bonne raison d’être précisément à cet endroit spécifique pour picoler, son collègue semblait n’en avoir aucune. A moins qu’ils ne vendent ici une variété locale de l’unique alcool qu’était capable d’ingurgiter le Directeur. Au vu de sa mine et de la bouteille dans sa main, il n’était pas en train de le suivre. Oui, la vie était parfois quand même sacrément bien faite. Ou mal, selon les opinions. Dans ce cas précis, pour le moment, surtout mal. Picoler tout seul, ça allait, mais dès que quelqu’un apparaissait dans les parages avec la même intention, la situation devenait gênant si l’un ne venait pas à la rencontre de l’autre. Octave n’était pas en état de fuir non plus, alors il n’y avait que l’approche qui était envisageable. D’une démarche encore hésitante, tant il avait du mal à réaliser que cette scène était bel et bien en train de lui arriver par pur et séraphique hasard, il fit quelques pas en direction de Rogue, continuant à observer la bouteille jusqu’à la reconnaitre. De la vodka ! Tant qu’il ne mélangeait pas ça avec du jus de fruit pour faire passer le goût, c’était un tord-boyaux honorable.

– Qu’est-ce que tu fais là ? Les visites aux morts se font de jour, chez les gens normaux.
« Tu réponds toi-même à ta question. Les gens normaux. »

Encore à quelques pas, Octave jaugea le corbeau de compagnie et se dit qu’il ne serait peut-être pas un si mauvais tabouret de comptoir. Voir même très à propos, en fait. Avoir à ses côtés quelqu’un comme Rogue en train de noyer ses on ne sait quoi dans l’alcool allait indéniablement être une expérience inoubliable. A condition que tous deux fassent preuve de bonne volonté cela-dit. Ca lui donnerait une bonne excuse pour dormir tard demain matin au lieu de surveiller la bibliothèque. Et puis, qui sait quel effet l’alcool pouvait avoir sur quelqu’un comme cet oiseau nocturne ? A en juger par les prémices de l’ébriété, moins hargneux, mais certainement plus morose que d’habitude. Fatalement morose, comme si tout lui échappait des mains et qu’il ne pouvait strictement rien y faire, ou était trop fatigué pour y remédier d’une quelconque manière. Octave se retourna vers la tombe de Jane, la pointa du fond de sa bouteille de whisky et déclara d’un ton un peu pâteux :

« Je suis là pour elle. Fut une époque où je ne pouvais pas venir le jour. L’obligation a fini par disparaitre, mais l’habitude demeure. »

Il voulait encore dire quelque chose, mais s’arrêta à ce point, laissant la fin de la phrase mourir alors qu’il fixait la tombe. Sans la quitter du regard, baissant la bouteille, Octave vint s’assoir sur le banc de pierre. Il sentit une démangeaison de satisfaction, ayant conscience de sa chance de pouvoir se permettre ce genre de crises d’angoisses. D’ailleurs, pourquoi était-il soudain angoissé ? Non, il comprit. Ce n’était pas de l’angoisse, il se sentait seul. Horriblement et profondément seul. Au moins il y avait cela. Cette tombe le rendait morne. Dans un éclat de lucidité, il se rendit compte de l’ampleur de cette solitude, voyant à quel point elle était enracinée en lui et c’était la sensation d’une catastrophe imminente qui nourrissait cet accès de panique. Mais avant qu’il n’ait put concrètement palper cette peur, tout s’évanouit d’un coup et il se sentit vidé. Comme si cette tombe était un miroir qui lui laissait apercevoir la loque qu’il était encore parfois à l’intérieur –trop brièvement pour lui permettre de l’examiner vraiment et s’imprégner de tous les détails, mais juste assez longtemps pour lui faire comprendre que la pièce avait besoin d’un sacré nettoyage. Octave se sentait en phase de transition. Il s’était guéri de Jane. De la douleur du deuil. Plus aucune chanson ne lui rappelait de souvenirs. Il pouvait passer des journées entières sans penser constamment à elle. Il avait même fini par envisager d’aimer quelqu’un d’autre. Jane s’était presque effacée, dans la douleur et la passion, ne laissant plus que le doucereux goût de la nostalgie. Maintenant, Cassidy était là, fraîche et belle, menue et gracile, toujours nimbée d’un halo de ses cheveux solaires, terriblement charmante. Et alors que le passé était mort, l’avenir qu’il s’imaginait lui échappait sans cesse. Il était coincé dans un présent encore un peu vide et incertain, peuplé de dangers les guettant tous deux sans encore se sentir parfaitement conjugué à celle à qui il avait offert son cœur. Ils se fondaient, se confondaient passionnément dans les prémices de sentiments sincères, mais la tendresse de l’habitude était encore loin et l’harmonie, fragile. S’abandonner ne voulait pas dire appartenir. Pour cela, il fallait beaucoup de temps et de confiance mutuelle. Il craignait que les épreuves les gardent à jamais éloignés au lieu de les unir davantage. Octave but une gorgée, plus pour soi cette fois-ci que pour honorer l’endurance de Jane. Définitivement, heureusement que Cassidy n’était pas là pour constater ça. Elle qui était si frémissante dans ses affections n’aurait certainement pas été enchantée de le voir si désabusé. Ce qui était inquiétant en revanche, c’était que son témoin n’était autre que Rogue. Octave dévia promptement son regard de l’épitaphe à Rogue et le scruta un instant d’un œil étrangement vif pour quelqu’un qui se sentait glisser :

« C’est surréaliste. Tu trouves pas ça bizarre que ce soit précisément moi que tu rencontres ici ? Et qu’on soit tous les deux en train de picoler ? On dirait une « belle rencontre », comme dans les films. Quand il y a tellement de coïncidences qu'on dirait que c'est faux. » Octave esquissa un vague sourire, sous-entendant par avance qu’il allait faire de l’humour : « Encore plus bizarre que je sois réceptif alors que tu m’as envoyé un Doloris il y a un mois de ça. Je peux te foutre un poing dans la gueule pour qu’on soit quittes ? Quoi qu'il faudrait attendre que je décuve pour te castagner comme il faut. Ou bien… tu me dis honnêtement pourquoi t’es là ? Accompagné d’un distillat de patate qui plus est. La présence de ma bouteille est en théorie légitime. Mais toi ? » Il redevint sérieux l’instant d’après et son sourire se fana pour laisser place à une considération sérieuse. Sa tête se pencha et son regard se fit en biais « Tu as quelqu’un ici ? Ou les cimetières sont simplement des paysages à ton goût pour te soûler ? » Encore une lampée, encore une brûlure.

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Mar 2 Mai 2017 - 13:04

– Tu réponds toi-même à ta question. Les gens normaux.

Ça se tenait. Une personne « normale » serait déjà partie en courant ou aurait tenté de lui envoyer un sort. Ou les deux. Ou bien se serait précipitée chercher les membres de l’Ordre ou il ne savait qui pour profiter de l’occasion. Bref, aurait eu une toute autre réaction, bien plus logique que celle consistant à approcher sans faire montre de la moindre agressivité ou rejet. Il fallait sans doute mettre cela sur le compte de la bouteille que tenait le bibliothécaire lui-même, il ne devait pas plus être en état de transplaner correctement que Rogue en cet instant. Le tout dans un cimetière Irlandais au début de la nuit près de falaises où flottait quelque part un cadavre qui ne sera découvert qu’au matin. Tout était réuni pour en faire un bon film d’horreur moldu, l’une de ces histoires qu’on racontait aux gamins pour les effrayer et les dissuader de venir se perdre dans ce genre d’endroits tous seuls. C’était assez ridicule, les morts ne pouvaient faire aucun mal, à personne. Severus resserra un peu la main sur le goulot de la bouteille, agitant un peu le liquide transparent qu’elle contenait. La dernière fois qu’il en avait bue remontait à cinq ans. Un soir avec son vieil allié, chez lui, il en avait débouché une bouteille après une très longue journée harassante pour tous les deux mais fructueuse. « Tout le monde se réchauffe le cœur et le corps avec ça, dans le coin ». Peut-être le corps, oui, pas le reste, c’était faux. Holbrey pointa une des tombes avec sa propre bouteille, faisant un peu sourciller le directeur qui ne s’était pas attendu à ce qu’il réponde vraiment à sa question. Soit il était plus éméché qu’il en avait l’air, soit boire tendait à le rendre encore plus bavard qu’il ne l’était déjà. Ou les deux.

– Je suis là pour elle. Fut une époque où je ne pouvais pas venir le jour. L’obligation a fini par disparaitre, mais l’habitude demeure.

Chacun ses propres démons. Le parallèle lui sauta un petit instant aux yeux, tandis qu’il posait brièvement le regard sur la tombe, semblable à toutes les autres, avant de s’en détourner. Il n’en demanda pas plus, ni le nom de cette femme, ni pourquoi elle était morte, ni ce qu’elle avait représentée aux yeux du bibliothécaire, apprendre qu’il continuait à lui rendre visite suffisait en soit pour comprendre qui elle était. Il ne réagit pas plus lorsqu’Holbrey s’assit à son tour sur le banc, les deux mains à présent serrées autour de la bouteille transparente, le pouce glissant sur l’inscription en Russe. « Ça réchauffe le cœur, tu verras », comme il le disait. Même à ce moment-là, Rogue pouvait voir qu’il n’y croyait plus lui-même, il n’avait jamais réussi à se réchauffer pour de bon après le meurtre de sa femme et la façon dont il avait terminé sa vie le prouvait. Même avec son fils à l’attendre, il avait couru en avant. Il avait écouté son besoin de vengeance. Et son enfant ? Il avait certes encore un peu de famille, cependant, ce n’était pas la même chose. D’un seul coup, Rogue eut envie de jeter la bouteille se fracasser contre un arbre et retourner là-bas, chercher ceux qui avaient tué Dimitrov pour les abattre à leur tour, comme si cet acte pourra changer quoi que ce soit à la fin de son ami. Oui, c’était pathétique, ça ne ramènera personne, ça ne fera qu’aggraver le cycle de sang. Et alors ?! Tuer, il ne savait faire que cela, c’était même ce qu’il savait faire de mieux, il l’avait déjà prouvé. Il n’en éprouvait plus rien, plus de remords, plus de regrets, c’était définitivement ancré en lui. Il avait même tué la plupart de ses propres sentiments, dont il ne restait que de faibles résidus, battant à peine dans un cœur déjà glacé.

– C’est surréaliste. Tu trouves pas ça bizarre que ce soit précisément moi que tu rencontres ici ? Et qu’on soit tous les deux en train de picoler ? On dirait une « belle rencontre », comme dans les films. Quand il y a tellement de coïncidences qu'on dirait que c'est faux. Encore plus bizarre que je sois réceptif alors que tu m’as envoyé un Doloris il y a un mois de ça. Je peux te foutre un poing dans la gueule pour qu’on soit quittes ? Quoi qu'il faudrait attendre que je décuve pour te castagner comme il faut. Ou bien… tu me dis honnêtement pourquoi t’es là ? Accompagné d’un distillat de patate qui plus est. La présence de ma bouteille est en théorie légitime. Mais toi ?

Tout aussi légitime, qu’il n’en doute pas. Cette bouteille était très exactement la même que celle que le Russe avait débouchée il y a quelques années. Même forme, même couleur, même goût, même brûlure, même sentiment amer que ça ne servait strictement à rien. Et ensuite ? Demain, il n’y aura rien de plus, le monde continuera de tourner, il aura simplement gâché une nuit supplémentaire à ressasser le passé et voir d’un œil noir un avenir qui n’avait plus rien de radieux depuis très longtemps. Il rouvrit la bouteille pour en boire un peu, le goût, mauvais, passant facilement sur un palais déjà anesthésié par le degré élevé de la boisson.

– Tu as quelqu’un ici ? Ou les cimetières sont simplement des paysages à ton goût pour te soûler ?

– J’avais à faire, dans le coin, rien de plus. En m’arrêtant ici, je peux penser tranquillement à mes propres fantômes, même s’ils sont loin, boire en leur mémoire. Cette vodka est parfaitement légitime.

Tout en parlant, il enleva avec soin l’étiquette noire et blanche pour éviter de la déchirer, la tenant ensuite un instant entre ses doigts pâles avant de la froisser. C’était terminé. Au final, il avait bien eu raison de songer que c’était bel et bien la dernière fois qu’il voyait le Russe, dans sa boutique un peu spéciale, même s’il avait alors cru que ce serait à cause de la situation en Angleterre. Rogue ne pouvait protéger personne finalement. Ni Lily, tuée par Voldemort, ni son fils, qu’il devait conduire vers sa propre fin, ni Dimitrov, dont l’image du corps étendu sur le sol gelée et son propre sang continuait de le hanter dans ses cauchemars. Il ne protégeait pas, bien au contraire. Même Cassidy, il lui apprendra à se défendre mais ne pourra sans doute pas la protéger. Pas comme il le souhaitait, en tout cas, ni comme il le devrait, pas alors qu’il l’avait entraînée à son tour sur cette voie. Et c’était égoïste, par-dessus ça. Enfin, elle était vivante, à ce jour, et ce n’était pas pour elle qu’il buvait, il espérait ne jamais avoir à le faire en sa mémoire. Cette nuit, il pensait à ceux pour qui il ne pouvait rien afficher ouvertement. Lily qu’il était censé mépriser à cause de son sang. Albus, dont il était l’auteur du meurtre. Dimitrov, le roi du marché noir antique et dont personne ne sera ouvertement triste de la disparition puisqu’il n’avait officiellement aucune attache. Severus soupira assez fort puis se redressa un peu, le dos calé contre le dossier du banc en pierre grise. Une nouvelle gorgée de l’alcool lui fit l’effet de se raidir un peu plus, se préparer à tuer ce qui restait en lui. Il n’y avait plus grand-chose. Un ou deux sentiments et les souvenirs.

– Tu n’es pas normal, ça, c’est sûr, marmonna-t-il. N’importe qui d’autre serait déjà parti. Ta place n’est pas ici.

L’alcool le rendait beaucoup plus maussade et morose que de coutume, il le savait, pourtant, il ne jeta pas la bouteille au loin, se contentant de la poser à côté de lui après l’avoir refermé. Peu importe, de toute manière, plus rien n’avait la moindre importance, hormis de suivre les plans du barbu. Jamais Rogue ne s’était autant moqué de l’image qu’il renvoyait aux autres. Il avait envie de mourir, lui aussi. Demain, la nuit et l’alcool passé, le juste raisonnement reprendra toute place, il continuera de tracer son chemin en laissant de côté ce genre d’idées. Il continuera de porter le masque et conduire ses cibles là où elles devaient aller. En attendant cela, il ne fit pas le moindre effort pour se reprendre un peu.

– D’autres encore vont tomber, murmura-t-il d’un ton très bas, pour lui-même, en regardant les collines au loin.

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Mer 3 Mai 2017 - 3:23

Il y avait de ces points communs qui importaient peu entre inconnus, comme l’appréciation commune d’un même ouvrage littéraire, une identique coupe de cheveux, le même goût pour un style vestimentaire quelconque… Puis, il y avait de ceux qui vous encourageaient à palabrer, surtout si vous étiez né dans le même ville ou région, davantage encore si vous vous découvriez un ami en commun, mort ou vif, sans parler de semblables tendances culturelles qui vous amenaient immanquablement dans un profond état de nostalgie, parfois de fierté, mais le tout toujours mu par l’esprit arrogant du partage. Et puis il y avait l’alcool. Peu importe ce que vous étiez en train de boire, si les marques ou les degrés étaient différents ou la raison de la soûlerie disparate. Octave l’avait déjà observé plusieurs fois. C’était comme voir deux étrangers découvrir soudain qu’ils étaient les seuls du groupe d’amis à parler le français. Toute de suite, quand bien même ce fut leur seul et unique lien, ils devenaient presque intimes, tendant l’un à l’autre comme deux aimants, pour ne pas dire comme deux amants, parce que c’était parfois franchement cocasse. L’alcool était donc un langage particulier. Abordez quelqu’un dans un bar qui tient un verre d’alcool dans la main et vous vous surprenez à parler une langue que personne d’autre ne comprend, un langage que seuls les initiés pratiquants peuvent appréhender. A un certain degré, cela dit, il n’y a plus que les chaises et les appliques lumineuses qui semblent entendre le dialecte de queue de pelle. Vodka, connecting people. Octave n’aurait pas fui en temps normal, ce n’était pas son genre, particulièrement lorsqu’on l’avait déjà remarqué. Mais ces deux bouteilles dans les deux mains masculines ressemblaient fort à une espèce de poignée de main à distance, légitimant l’approche et encore plus le bavardage. Il faillait rajouter désinvolte, mais entre eux, il ne pouvait décidément rien y avoir de désinvolte, comme si leur relation avait été dès le début à jamais privée de légèreté, vouée à se trainer sur des jambes de plomb dans les abysses de l’océan. Et puis, voir Rogue boire une énième gorgée, c’était comme observer une défaite. Etrangement et malgré tout, le tableau n’était pas à son goût. Non pas parce qu’il se sentait gêné d’observer en voyeuriste opportuniste un tel abandon sans nul doute sentimental, mais parce qu’il avait des gens que l’on préférait connaître fort plutôt que mystérieusement ruminant. En tout cas, c’était déroutant et Octave essayait de s’habituer à ce spectacle. C’aurait été comme voir sa mère pleurer sincèrement de tristesse pour un malheur qui n’aurait pas été sien. Quasiment impossible, donc.

– J’avais à faire, dans le coin, rien de plus. En m’arrêtant ici, je peux penser tranquillement à mes propres fantômes, même s’ils sont loin, boire en leur mémoire. Cette vodka est parfaitement légitime.
« Loin, tu m’en diras tant. Ils sont juste là, les fantômes. » commenta Octave en pointant un doigt vers les yeux noirs du Directeur. « Juste derrière. »

A faire. Comme, A Faire ? Ou plutôt des à faire…? Le bibliothécaire ricassa intérieurement, se disant que quelques journaux locaux allaient peut-être gratter timidement un ou deux mots sur cette énigmatique affaire. Ou, ainsi que toute aventure menée par des Mangemorts, l’histoire allait avoir l’effet d’un arbre s’écroulant en plein milieu d’une forêt, sans aucun témoin pour nous dire que l’arbre existait bel et bien et qu’il était tombé en faisant du bruit. Allons, donc, était-ce le travail en question qui avait précipité la chute nocturne de Rogue dans une bouteille cristalline d’alcool, ou une vague toute autre l’avait-elle emportée en chemin tel un ras de marrée ? Quant à la Vodka, elle était toujours légitime. Particulièrement lorsque l’envie de se battre s’en allait, car pour se convaincre de sa bonne volonté ou de son bon droit, on pouvait se justifier quasiment tout et n’importe quoi. Je bois par fatigue, je bois parce que la vie est dure ; juste un verre, pour aller mieux, un dernier, un seul. Octave en connaissait un rayon, sur l’auto-persuasion. Ce n’était pas un jugement, juste un constat. La Vodka était toujours légitime. Mais quelque chose lui disait que Rogue avait épuisé son quota d’illusions, et c’était leur cruelle absence qui guidait le goulot à la bouche pour la brûler d’une implacable lucidité. L’étiquette de la bouteille était tombée, détachée avec un soin particulier avant d’être finalement froissée… Pourquoi ? Octave observait la gestuelle sans vraiment la comprendre, essayant de trouver un sens à cet élan d’emportement. Soit l’objet était l’instrument de son amertume, soit il en était la source. Ou son miroir.

– Tu n’es pas normal, ça, c’est sûr. N’importe qui d’autre serait déjà parti. Ta place n’est pas ici.

Octave sentit ses sourcils se froncer. La phrase en elle-même était un leitmotiv constant, alors elle ne l’étonnait guère. En revanche, que voulait-il dire exactement, le bougre ? Là, où ça ? Et partir d’où exactement ? Ce banc ? Le cimetière ? Cassidy ? Poudlard ? L’Angleterre ? Pas au cimetière, mais à côté de Cassidy ? Pas à Poudlard mais autre part ? C’était méchant comme constat ça ! Très certainement pas protecteur, presque comme un caillou dans une chaussure. Octave cilla, releva un sourcil et but une gorgé mécanique, hésitant à prendre cela comme le témoignage involontaire d’une vie qui s’avouait être mal-aimée, voir haïe, et la volonté si peu cachée de voir le bibliothécaire partir. De son côté, le corbeau fit le contraire, ayant visiblement achevé toutes les remembrances qu’il voulait, et referma la bouteille de vodka. Petit joueur, prudent joueur. Méthodiquement, Octave chercha quelque chose à répondre, oscillant entre sarcasmes et ironie, flirtant à tout bout de champ avec l’indifférence. Mais avant qu’il n’ait pu se décider, Rogue enchaîna :

– D’autres encore vont tomber.

Le murmure avait été à peine audible et le bibliothécaire crut un instant que ce ne fut qu’un soupir sifflé entre des dents serrées. Cette remarque-là avait-elle un quelconque lien avec celle faite plus haut ? Bien que vagues et impénétrables, les mots parurent sans équivoque. Octave en déposa sa propre bouteille sur le banc et se pencha légèrement pour observer le visage tassé de ce drap pâle comme la mort, translucide comme la lune. Il n’y avait aucune impertinence dans son attitude, juste une considération polie qui tentait de mieux comprendre ce qui était évoqué. Par bribes peut-être, mais le voile semblait s’étioler et tomber imperceptiblement en poussière. Enfin, à condition qu’il y ait un véritable travestissement. Octave avait plutôt l’impression, à force regarder l’oiseau, que la belle allure fut portée pendant si longtemps qu’elle avait fini par se confondre avec le corps et l’esprit, si bien qu’on ne savait même plus ce qui appartenait à l’amertume personnelle et ce qui était l’adage du déguisement. Un relâchement ? Certainement. Mais pas de brisure dramatique, ni de fissure creuse ; simplement le ressenti qui se déversait entre les minces lèvres au lieu de se camoufler derrière une couche de contenance sardonique. Octave sentait presque le goût amer que cette phrase avait dû laisser dans la bouche de Rogue. En tout cas, c’était ce qu’elle lui aspira et, bien qu’il sût que le constat n’avait pas besoin de commentaire, il y répondit quand même :

« Pour que d’autres puissent rester debout plus longtemps. Et puisque qu’on ne peut préserver toutes les vies, je leur souhaite au moins de tomber au nom de leur conviction. Car s’il y a bien quelque chose de plus effrayant que la mort, c’est l’absence de finalité. Tu me diras, c’est un cliché, et je te sens déjà dubitatif. Holbrey, vous êtes naïf. »

Peu importait de qui Rogue parlait. Peu importait à quoi il adhérait, la guerre et le deuil avaient la même saveur tant qu’on l’éprouvait avec un cœur sincère. De son regard verdâtre, Octave contourna le profil de l’oiseau nocturne, scrutant cette fois pour de bon son visage afin de comprendre sur quelle voie s’engager. C’était le visage de quelqu’un qui avait depuis longtemps, volontairement ou involontairement, déjà fait face à la noirceur que son âme recélait et l’avait accepté. Cela lui donnait un air très mâture, sans pour autant être agressif. Renfrogné, oui, et de ce fait peu agréable, mais loin d’être mordant, seulement sévère. Si quelqu’un comme Bellatrix couvait un caractère particulièrement belliqueux, ce qui lui donnait une aspiration cruelle et vindicative, Rogue avait les traits durs mais dominés par une rigoureuse contenance, signe d’acceptation, ou en tout cas de lucidité. Raison peut-être pour laquelle Octave était si disposé envers ce visage qu’il jugeait intelligent.

« Mais c’est la raison pour laquelle ma place est ici. Parce que ma finalité c’est Cassidy. Ca, tu le sais déjà, n’est-ce pas ? Et parce qu’elle semble avoir confiance en toi, tu es par continuité ma finalité également. » Il se détendit soudain, changeant son ton presque grave en un espèce de soupir chantant. « La normalité est relative. Tout dépend du dénotatif choisi. « Pourquoi la poule a-t-elle traversé la route ? » Le fait que ce soit le poulet qui traverse la route ou que ce soit la route qui se meuve sous le poulet dépend uniquement du référentiel. Côte à côte, on se normalise mutuellement. Ainsi, au lieu d’être deux épaves suintant l’alcool dans un cimetière, on est deux honnêtes hommes en train de tenir une discussion tout à fait sensée. Ou bien était-ce une manière détournée pour me dire de me barrer pour te laisser à ton monologue interne ? Cela dit, si ce n’est pas le cas, admettons que je sois une personne normale. Pourquoi devrais-je partir ? Quelle idée te fais-tu donc de toi-même pour t’attendre à ça ? »

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Ven 5 Mai 2017 - 13:10

– Pour que d’autres puissent rester debout plus longtemps. Et puisque qu’on ne peut préserver toutes les vies, je leur souhaite au moins de tomber au nom de leur conviction. Car s’il y a bien quelque chose de plus effrayant que la mort, c’est l’absence de finalité. Tu me diras, c’est un cliché, et je te sens déjà dubitatif. Holbrey, vous êtes naïf.

Un cliché, peut-être… C‘était assez vrai malgré tout. Il y avait les personnes qui tombaient au nom d’une cause, qu’elle soit connue ou non, acceptée ou pas, et les personnes qui tombaient au nom d’un seul sentiment trop puissant qui les avait étouffé jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour reculer. Lily était morte par amour. Dimitrov par haine. Albus pour une cause, sa propre voie. Lui-même tombera aussi par haine. C’était drôle, en un sens, personne ne devinait jamais la véritable raison derrière, lorsque quelqu’un tombait avant l’âge mûr. Enfin… Lorsqu’on en arrivait à mener une certaines réflexions, c’était bien le genre de détails qui perdait également toute importance. Holbrey n’était pas vraiment naïf, du moins, pas dans le sens où Severus l’entendait, il était tout simplement en vie. Il croyait encore à beaucoup de choses, la femme qu’il aimait était en vie elle aussi, il avait des amis, des proches, peut-être avait-il aussi une famille. Une vie, tout bêtement, des personnes à qui parler sans qu’elles ne vous jettent des regards de dégoût, de haine ou de peur. Une fois de plus, cette même sensation revenait, celle de regarder la vie défiler sous ses yeux mais derrière une immense vitre impossible à briser. Il pouvait parler avec tous ces gens, il pouvait interagir avec eux, il pouvait parfois les toucher, cependant, il était en-dehors et n’éprouvait plus non plus le besoin de les rejoindre. Trop de mensonges à porter. Ce n’était pas cela qui le rendait maussade, après tout, il l’avait choisi. La seule et unique raison, la véritable, était finalement l’idée qu’il n’avait même pas pu rendre hommage à Lily car il devait conduire son enfant vers sa mort. Tout ce qu’il y avait autour n’étaient que des pierres de plus apposées sur son chemin.

– Mais c’est la raison pour laquelle ma place est ici. Parce que ma finalité c’est Cassidy. Ca, tu le sais déjà, n’est-ce pas ? Et parce qu’elle semble avoir confiance en toi, tu es par continuité ma finalité également.

Il allait vite en besogne, celui-là. Rogue lui jeta un bref regard en coin, tiré de ses pensées où courait une jeune femme rousse, pour se demander comment Holbrey parvenait à penser ça. Après tout, quelle importance à ses yeux pouvait bien avoir le fait que la petite Rowle lui fasse confiance ou non ? Ce fait-là devrait être cloisonné et ne pas toucher le bibliothécaire. Il suffisait déjà bien assez d’une seule personne à le suivre son chemin, inutile d’en ajouter une seconde, s’obliger à s’ouvrir était déjà bien assez délicat et compliqué.

– La normalité est relative. Tout dépend du dénotatif choisi. Pourquoi la poule a-t-elle traversé la route ? Le fait que ce soit le poulet qui traverse la route ou que ce soit la route qui se meuve sous le poulet dépend uniquement du référentiel. Côte à côte, on se normalise mutuellement. Ainsi, au lieu d’être deux épaves suintant l’alcool dans un cimetière, on est deux honnêtes hommes en train de tenir une discussion tout à fait sensée. Ou bien était-ce une manière détournée pour me dire de me barrer pour te laisser à ton monologue interne ? Cela dit, si ce n’est pas le cas, admettons que je sois une personne normale. Pourquoi devrais-je partir ? Quelle idée te fais-tu donc de toi-même pour t’attendre à ça ?

Un assassin qu’on ne devrait pas avoir envie de côtoyer. Et ça, ce n’était pas une idée, c’était la réalité, brute et évidente. Il voulait peut-être que Rogue lui fasse un dessin ? L’endroit était idéal, même plus besoin de délacer le corps ensuite, il suffira de le laisser sur place. Comme pour le type de toute à l’heure, les moldus chercheront sûrement familles ou amis, après être tombés sur le corps, puis ne trouvant rien, ils l’enterreront ici, dans ce cimetière précisément. Une tombe anonyme de plus qui restera intacte tant que le gardien songera à s’en occuper puis qui tombera en décrépitude, comme tant d’autres avant elle, jusqu’à que cette dernière trace d’existence du jeune homme disparaisse à son tour. Et personne ne s’en souciera. Mauvaise voie, mauvais choix, gamin, mais qu’il se rassure, il ne sera pas le seul à terminer ainsi. Rogue n’avait même pas répondu, le regard dans le vague, appuyé contre le dossier du banc en regardant le ciel sombre et la silhouette à peine visible des collines. Après deux ou trois minutes de silence, il finit enfin par jeter un regard à Holbrey et lui dit que s’il devait partir, c’était pour profiter de sa vie, avant tout. Maintenant, que ce soit à Poudlard ou ailleurs, avant que Voldemort ne soit aux abois et n’attaque avec force. Avant qu’il ne frappe un grand coup pour détruire ses opposants avant d’être lui-même détruit. Si, comme Dumbledore le songeait, un de ses objets de malheur était véritablement caché à Poudlard, l’école sera visée dès que Voldemort saura que Potter ou d’autres étaient au courant et s’y rendront pour le détruire. Et tous ceux qui seront à Poudlard à cet instant regretteront de ne pas avoir grappillé chaque instant de bonheur avant qu’il ne soit trop tard.

– Que tu restes à Poudlard ou non, tu peux le choisir.

Il était bien assez grand pour l’assumer ensuite, à lui de voir, n’importe qui était capable de douter de ce qui pourra arriver tôt ou tard. La situation était pour le moment stable, mais il suffisait d’un vent de révolte, d’une guerre rangée entre membres de l’Ordre et Mangemorts, pour mettre à vif tout le pays, en plus du risque que Voldemort attaque Poudlard. Severus était convaincu qu’il en arrivera là, si jamais Potter y venait pour détruire un de ses horcruxes. Si un de ces objets se trouvait vraiment dans l’école, néanmoins, on ne pouvait pas être absolument convaincu de ce dernier point. Rogue eut un petit temps d’arrêt en s’imaginant à quoi ressemblera l’école si on en arrivait vraiment à la guerre. Même si l’endroit était lié à de nombreux souvenirs amers et à une vie qu’il détestait, la voir réduite en miettes le blesserait tout de même grandement. Il reprit la bouteille pour e boire une longue gorgée, sans cesser de visualiser les tours d château s’effondrant, la forêt brûler, les ruines prendre la place et l’histoire en terminer ainsi. Y penser lui fit songer à autre chose. S’il mourrait tôt, si Cassidy n’était pas encore prête à assumer seule la suite, il faudra qu’elle dévoile à son tour certains pans de cette affaire à une autre personne. Qu’elle s’entraîne avec elle, qu’elle prenne garde à ne pas se trahir et donc à ne rien faire échouer. Bon jeu d’équilibre… Il ne pouvait pas encore lui parler de tout tant qu’elle n’avait pas progressé en occlumancie et il ne pouvait non plus se permettre de trop tarder car une erreur fatale pouvait survenir à n’importe quel petit instant. Il serait tellement plus simple de se poser ouvertement en ennemi, face à Voldemort, hélas, il ne pouvait pas.

– D’ailleurs, puisque ta finalité est Cassidy, j’espère pour toi que tu as déjà réfléchi à un moyen de composer avec ce qui lui sert de père. Tu choisis mal tes ennemis.

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Ven 5 Mai 2017 - 20:57

Le silence. Mais bon sang, quelle surprise ! Encore un qui ne répondait pas par évidence. De celles qui n’étaient des certitudes que dans sa tête de corbeau, assurément. Et cela avait bien de la valeur également. Octave toisa l’animal en biais et un demi-sourire malicieux courba ses lèvres, trouvant déjà en ce mutisme quelque peu hautain une réponse partielle à sa question. Bien souvent, à quelques exceptions près, la réponse importait peu tant que l’interrogation était entendue. Probablement voyait-il sa vie défiler devant ses yeux ; caléidoscope de tous les actes répréhensibles commis. Chevauchée de souvenirs où les travers du caractère lui avaient valu un peu plus de regards cruels, soupçons de regrets se déferlant dans une bouillie d’indifférence forcée tant elle fut indispensable, à inlassablement dorer le blason du parfait Mangemort. Rogue n’avait aucune illusion sur soi, et cela était fort curieux. Surtout pour un homme de pouvoir. Bien sûr, il fallait d’inlassables sacrifices pour atteindre le haut de la pyramide, ou au moins apercevoir son sommet, et l’esprit s’en accommodait bien si la finalité était plus désirée que les moyens employés à l’atteindre. Chacun payait son tribut, mais le goût qu’il laissait était bien différent. Effectivement, cela devait faire partie d’une évidence, d’un cliché que les idées qui peuplaient l’esprit en regardant Rogue. Meurtres incalculables, tortures à n’en point douter, innocents immolés dans les flammes d’une bonne cause, bref, tout le tintouin qu’une doctrine. Dénonciation du voisin, l’Etat au-dessus de tout, le système avant tout, dogmes immuables, un avenir meilleur, et fadaises de ce goût-là. Pourtant, il aurait été en droit de s’attendre à une autre réponse de la part de quelqu’un ayant gravi aussi prodigieusement cette échelle qu’était la toge du Seigneur des Ténèbres. Passer du segneurissime mollet à sa majestueuse épaule, quel exploit ! Quelle source de jalousie pour tant d’incapables. Et si peu de fierté. Oui, il aurait été légitime que dans un élan d’outrecuidance, le Directeur se réclame ainsi que le sentiment que le bas peuple lui porte ne soit que de l’envie, péché entretenu dans des esprits faibles qui ne pourront jamais égaler son dur labeur et sa bonne stature. Des incapables qui fuient la compagnie de celui qui leur inspire le désir de ce qu’ils ne peuvent pas avoir. Des faibles qui, au lieu d’apprécier la présence d’un tel personnage de puissance, préfèrent l’éviter pour ne pas davantage blesser quelques pathétiques sentiments de jalousie. Dans son comportement, tout fut juste et uniquement mené pour nourrir les intérêts du Grand Seigneur des Ténèbres ; ce sont les autres qui sont dans le défaut, l’implacable et capricieux défaut de l’âme couarde.

Pourtant le voilà assis, un peu éméché visiblement, et sans chimères dans la tête pour l’assurer de son bon droit. Il se comportait en fait exactement de la même manière qu’un sang-de-bourbe. Un arriviste qui avait beaucoup trop conscience de ce qu’il avait fait pour arriver là pour pouvoir en profiter pleinement. Rien ne lui était dû en ce bas monde et il n’attendait pas grand-chose en retour. Le voilà sacré demi-dieu et incapable de profiter de l’Olympe par acquis de conscience. Oui, c’était très étrange de voir quelqu’un comme cela parmi les Mangemorts. Même ceux qui n’avaient pas leur place dans les rangs s’efforçaient de se comporter comme si la vie leur devait quelque chose, un statut que la naissance ne leur avait pas donné. A sa place, personne ne se serait fatalement revendiqué de ses péchés, mais aurait plutôt souligné le bon fondement de toutes ces atrocités. Le voilà… dénué d’orgueil, assis, un peu tassé sur son dos métaphoriquement courbé, alors qu’il aurait dû ressentir la fierté d’avoir tué Dumbledore et les ennemis du régime comme un Valkyrie d’avoir assassiné Hitler. Involontairement, le sourire d’Octave redoubla. Quelle belle exception avait-il donc là ? Le genre à remuer avec un cure dent dans ses plaies béantes à chaque réplique sans jamais rien dire de substantiel ce concernant. Et comme le Holbrey en question n’avait aucune gêne concernant l’observation de longs silences contemplatifs, il resta là à considérer le corbeau, son menton barbu reposant sur un bras replié. Les vapeurs d’alcool étaient remontées à sa tête et se condensaient maintenant quelque part derrière ses yeux, plongeant Octave dans un état cotonneux, comme s’il flottait à la surface d’un lac mort.

- Que tu restes à Poudlard ou non, tu peux le choisir.

Ah, ce fameux choix. Octave avait l’impression d’y percevoir le regret de celui qui se voyait à jamais emprisonné, adressé à quelqu’un qu’il s’imaginait libre comme l’air. Ou en tout cas, moins enchainé que soi. Comme s’ils étaient l’un et l’autre les produits de deux univers différents, l’un coincé dans le l’Existentialisme et l’autre dans le Nihilisme. Pourquoi Octave aurait-il donc plus le choix que Rogue ? Parce qu’en temps de guerre de pouvoir, plus rien n’a d’importance. Poudlard, pas Poudlard, tout le monde s’en fout et tout le monde aura oublié d’ici cent ans qu’un bibliothécaire aura décidé de fuir pour mener une vie plus tranquille. Qu’est-ce qui pouvait être pire que ça ? Qu’est-ce qui pouvait s’avérer pire qu’être libre de faire n’importe quel choix dans la perspective où rien n’a de conséquences palpables ou absolues ? Le contraire, bien sûr. Une existence où l’on ne peut se dédouaner de strictement rien. Où tout a de l’importance. Alors il faut choisir entre une vie sans responsabilité quelconques, où l’on peut faire ce que l’on veut, et celle où tout compte. Facile de se soustraire au vide, surtout lorsqu’on pense avoir déduit cela de manière logique. Dans l’absolu, rien n’a d’importance. Oui, bien sûr, on peut s’y résoudre parce que c’est dans l’intérêt du pire qu’il y a en nous et ce n’était franchement pas un compliment que de supposer qu’Octave avait le choix. Supposer qu’Octave avait le choix était insinuer qu’il s’en foutait. Car comment pouvait-on penser à fuir lorsque chaque erreur commise, il fallait la payer. Et non seulement il fallait la payer soi-même, mais en plus d’autres finiraient par devoir la payer pour nous, avec nous. S’il se pétrissait d’indifférence nihiliste, s’en aller de Poudlard était effectivement quelque chose à prendre en compte parce que quoi qu’il puisse arriver, dans une large perspective, la vie n’avait pas de sens de toute manière, sans Voldemort ou avec, avec Cassidy, ou sans. Ou bien se permettait-il de réaliser que maintenant, des vies risquaient d’être détruites s’il décidait d’être insensible. Même pour un esprit libre, la limite était que l’on ne pouvait pas se défaire de ce qui était immoral. Un instant, Octave eut l’air amer lui aussi :

« Tu crois vraiment que j’aie le choix ? Si c’est le cas, tu as autant le choix que moi, ce n’est qu’une question de priorités. » Octave soupira longuement et lourdement, non pas comme quelqu’un qui s’épuisait, mais comme la turbine d’un avion prêt à s’envoler. « Plus tu parles et plus j’en conclus que le seul qui n’est pas à sa place ici, c’est toi. Et que ton seul souhait serait d’être autre part. Si tu avais été Malfoy, c’aurait été compréhensible, mais pour quelqu’un qui a tout fait pour se retrouver là où il est, passer son temps à suggérer qu’autre part, c’est mieux et moins dangereux, c’est contradictoire. Et puis se consoler avec des souvenirs dans un cimetière… J’espère pour toi que la raison de ta souffrance en vaut la peine. Mais vu comme tu es désabusé, on dirait que t’as oublié la raison pour laquelle t’es là. Ou plutôt, que la raison qui t’as mené ici n’a plus de sens. »

C’était curieux, comment pouvait-on être avoir à ce point l’air paumé tout en étant aussi haut placé ? Rogue lui rappelait ces riches héritiers qui, après avoir puisé dans le suc d’une vie pleine de noblesse, se fatiguaient dans l’existence d’en avoir trop eu. Eux aussi, éraient la mine morose et l’air profondément condescendant comme si la mort n’était plus très loin et qu’ils étaient trop lâches pour se suicider, attendant sagement qu’une voiture les fauche ou qu’un coup de vent les fasse tomber de leur maison familiale.

– D’ailleurs, puisque ta finalité est Cassidy, j’espère pour toi que tu as déjà réfléchi à un moyen de composer avec ce qui lui sert de père. Tu choisis mal tes ennemis.

Ouh, il l’avait presque oublié celui-là. Presque. Décidément, il se les coltinait, les parents autoritaires et sans concessions. Cela dit, personne ne rivalisait avec la couche que tenait Andreas, c’était certain. Sa proximité relative avec le Seigneur des Ténèbres le rendait d’autant plus gênant que sa disparition ne pouvait décemment pas passer inaperçue. Octave balaya l’air du revers de la main pour chasser cette idée, trop tentante, alors il fallait s’en débarrasser avant même de commencer à élaborer les prémices de plans d’assassinat. Oh et puis pourquoi tuer, de la MDMA dans sa pipe à fumer et puis voilà, réduit à jamais sa réputation après qu’il ait prétendu chasser les licornes en chevauchant une sculpture de cheval, arc et flèches à la main… Non, chut.

« On n’est jamais assez circonspect dans le choix de ses ennemis. Je n’en compte pas un seul qui soit stupide. Il n’y a que les petits esprits qui ont des ennemis médiocres. Mais c’est une plaie, il n’y a rien à en dire. Et je n’y peux rien si Cassidy se traine une dote pareille. Alors en tant que beau-fils exemplaire, j’ai décidé de l’aimer, il parait que ça rend fou. Peut-être me créer un problème artificiel qu’il serait le seul à pouvoir résoudre. Il me le refusera, tandis que je serai en train de me trainer comme une serpillère de Motel a ses pieds, et son orgueil en sera guéri. Même si je décidais de le tuer dans un attentat suicide, je ne peux pas, c’est la prérogative de Cassidy, ça. Il ne me reste plus qu’à être son fidèle serviteur, je suppose. Il s’avère pour le moment que composer avec lui est justement plus simple que d’exorciser son âme hors de son corps… En plus il a des défauts qui tranchent, typiques des gens de pouvoir. Ca le rend en tout cas plus accessible. »

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Dim 7 Mai 2017 - 14:10

L’alcool n’avait plus de goût, plus d’odeur, la bouche était anesthésié et une brume envahissait avec lenteur les pensées, plongeant le corps dans une sorte de fatigue comateuse et assez confuse. Rogue n’avait même plus envie de le nier, en tout cas cette nuit et dans cet endroit, que tout cela n’avait effectivement plus aucun sens. Le but était là, tuer Voldemort, débarrasser le monde sorcier de cette présence néfaste, mais le reste était devenu vain. Lily ne sera pas vengée comme elle le devrait car son fils mourra lui aussi. Tout ce qu’il restait à atteindre était donc une victoire amer, bien loin de celle rêvée et espérée des années, jusqu’à l’année dernière, jusqu’à ce que Dumbledore avoue enfin le fond de sa pensée et la finalité de son plan. Le vieux barbu l’avait manipulé, il avait manipulé tout le monde ! Il s’était servi de son aura et ses pouvoirs pour en arriver jusque là et faire en sorte qu’il n’y ait plus aucun autre chemin possible. Il avait tout planifié. Tout, depuis le début, il savait depuis le début que cet enfant, dont il avait tout fait pour assurer la protection, allait y rester comme ses parents. A vous faire vomir… Et pourtant, à partir du moment où le garçon avait été condamné par ce sort, à un an à peine, il y avait-il un seul moyen de le sauver ?

Peut-être aurait-il mieux fallu qu’il meure lui aussi, avec sa mère… Le lourd secret de Voldemort aurait été percé, tôt ou tard, il y aurait eu une guerre, des massacres, des morts de chaque côté, jusqu’à ce que cette chasse aux Horcruxes se termine et que Voldemort soit détruit. Il n’y aurait pas eu d’« Elu » ou on ne sait quelle bêtise du même genre. Un « Elu », tu parles ! Plutôt un gosse de dix-sept ans condamné à crever jeune dès sa naissance et en qui le monde sorcier portait ses espoirs alors qu’il ne pourra de toute façon rien faire d’autre que mourir pour eux. Si ce pays le savait, si tous les opposants à Voldemort savaient que pour se débarrasser à jamais du mage noir, il fallait envoyer un adolescent se faire tuer, ils ne se rétracteraient pas pour autant. Vas-y gamin, meurs, meurs donc, meurs pour la liberté, pour la justice, pour le « Bien ». Peu importe ton âge, peu importe qu’on ne t’ait élevé et protégé que dans cet unique but. Meurs, puisque tu as l’âme du mage noir en toi. Meurs et sois heureux, en passant l’arme à gauche, d’avoir sauvé le pays, ça te fera une belle jambe dans la tombe. Severus étouffa un ricanement amer en refermant la bouteille, sans plus vraiment savoir s’il respectait toujours Dumbledore après ça ou s’il avait perdu pour de bon toute trace de confiance. Un opposant à Voldemort, vraiment ? Si l’un comme l’autre avait su mettre un peau d’eau dans son vin et étouffer l’orgueil, ils auraient pu être des partenaires ou d’excellents amis. Rogue était convaincu que les deux s’étaient jalousés mutuellement, parce que chacun avait accédé à une part de magie que personne ne pourrait soupçonner, en un domaine comme dans un autre.

– On n’est jamais assez circonspect dans le choix de ses ennemis. Je n’en compte pas un seul qui soit stupide. Il n’y a que les petits esprits qui ont des ennemis médiocres. Mais c’est une plaie, il n’y a rien à en dire. Et je n’y peux rien si Cassidy se traine une dote pareille. Alors en tant que beau-fils exemplaire, j’ai décidé de l’aimer, il parait que ça rend fou. Peut-être me créer un problème artificiel qu’il serait le seul à pouvoir résoudre. Il me le refusera, tandis que je serai en train de me trainer comme une serpillère de Mortel a ses pieds, et son orgueil en sera guéri. Même si je décidais de le tuer dans un attentat suicide, je ne peux pas, c’est la prérogative de Cassidy, ça. Il ne me reste plus qu’à être son fidèle serviteur, je suppose. Il s’avère pour le moment que composer avec lui est justement plus simple que d’exorciser son âme hors de son corps… En plus il a des défauts qui tranchent, typiques des gens de pouvoir. Ca le rend en tout cas plus accessible.

– Il n’est dangereux que pour ceux dont il s’estime supérieur, marmonna Rogue d’un ton lointain. Parce que ça le réconforte de savoir qu’il a un ascendant sur une partie de la population et son entourage. Aucun Rowle n’a plus la même grâce aux yeux du Seigneur des Ténèbres, plus aujourd’hui. Miss Rowle n’a pas été tuée que parce que le Seigneur des Ténèbres sait que je veille sur elle.

Puisque le bibliothécaire savait cela ou en avait ressenti une bonne partie, il était bien inutile de s’en cacher. Voilà bien un autre point dont le directeur ignorait s’il était « bon » ou non. S’il n’avait ressenti qu’une froide indifférence, nul doute que Voldemort se serait contenté de tuer la petite Rowle, pour le simple plaisir de rabaisser encore sa famille en leur montrant leur disgrâce. Cependant, Cassidy était aussi mise en danger par le fait que le mage noir sache très bien que Rogue l’entraînait et la protégeait. Comment pourrait-il être bon d’attirer la curiosité de Voldemort ? Le jeu était à double-tranchant, elle était tout autant exposée que préservée, pour le moment, se retrouvant forcée de marcher en équilibre sur un fil très fin pouvant se rompre à chaque centimètre gagné. Néanmoins, elle aura de plus en plus de moyens de se défendre et préserver sa vie si elle y mettait des efforts. Et elle n’était pas seule non plus. Elyas, lui, était déjà perdu, il était parti avec un net désavantage et son attitude ne l’avait pas aidé, très loin de là, tout comme il avait aussi fait baisser l’estime porté sur les Rowle. Rogue savait ce que Voldemort pensait de la plupart des familles de sang-Pur. Dépravées, pourrissantes de l’intérieur, sans plus de forces et dont les rejetons ne sauvaient pas la mise. Le mage noir regrettait les sorciers de la volonté et de la fidélité de Croûpton Junior…

– Elle t’a raconté l’Albanie, je suppose ?

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Lun 8 Mai 2017 - 1:57

Cette fois il eut le droit à un ricanement lugubre tant il semblait baigné par quelques pensées auxquelles Octave n’avait pas accès ; impossible de savoir si cela avait un lien avec ce qui fut dit. En temps normal, et avec quelqu’un au caractère plus revendicatif, outrecuidant, il se serait satisfait de ce silence en se disant qu’il avait visé juste. Mais Rogue était si parfaitement dénué d’intérêt envers les propos qu’on lui prêtait qu’il n’y avait aucun moyen de deviner s’il s’enfermait dans un mutisme parce qu’il n’avait rien à réfuter ou parce qu’il n’en avait simplement pas envie. Les orgueilleux et les justes avaient une tendance agréable à toujours vouloir corriger un mensonge, alors même qu’ils n’étaient pas disposés à révéler la vérité, si elle leur fut demandée sans détours. Avoir raison, détenir l’exactitude était bien plus flatteur que de délivrer des informations sur simple demande, par faiblesse ou gentillesse. Rogue n’en avait cure de tout cela, il était donc difficile de tirer des ficelles spéculatives depuis ses lèvres fermées et des regards perdus qu’il fixait sur l’horizon où le paysage nocturne environnant. C’était d’ailleurs l’une des raisons qui l’empêchait de pousser les questionnements et suppositions plus loin. Si la conjecture pouvait aisément se broder du fil de la logique, il y avait tout de même une limite à l’extrapolation dont Octave était capable sans rentrer dans le paralogisme. Sa limite n’allait pas tarder à être atteinte. Puis, à partir d’un certain stade, les éléments étaient si minces que les embranchements partaient dans tous les sens et tenter de s’y retrouver devenait bien trop délicat. Mais surtout, s’il y avait bien des choses qu’Octave gardait pour soi, dans les méandres de son esprit. Les questionnements et les palabres à voix hautes ne pouvaient décemment pas dépasser une certaine limite où l’un et l’autre finirait par se sentir gêné, voir en danger. La première pierre avait été posée par Cassidy, mais manifestement, aucun des deux n’avait ni l’envie, ni n’était prêt à être parfaitement honnête. Tout acte de confiance était tel un « je t’aime ». Avant d’être prononcés, même si les sentiments étaient devinés, rien ne semble concret, ni gravé dans le marbre, et leur responsabilité demeure chimérique, ni avouée, ni acceptée. Mais une fois dits, ils devenaient palpables, et il fallait alors faire preuve de dextérité pour ne surtout pas blesser ces doux émois, cette extrême fragilité. Tant qu’ils se taisaient et n’allaient pas au-delà du sous-entendu, aucun des deux n’avait à prétendre qu’ils étaient l’un et l’autre au fait de ce qui se tramait et de ce qui les entourait. Et leur discussion se condamnait ainsi à voler sur le langage ailé des suggestions.

– Il n’est dangereux que pour ceux dont il s’estime supérieur. Parce que ça le réconforte de savoir qu’il a un ascendant sur une partie de la population et son entourage. Aucun Rowle n’a plus la même grâce aux yeux du Seigneur des Ténèbres, plus aujourd’hui. Miss Rowle n’a pas été tuée que parce que le Seigneur des Ténèbres sait que je veille sur elle.
« Il t’écoute donc si bien. Ou te laisse-t-il au moins avoir tes favoris, ce n’est déjà pas si mal. Tu n’aurais pas une parenté avec Raspoutine ? Quand bien même, ca ne veut pas dire que j’ai le feu vert simplement parce qu’Andreas n’a plus l’autorisation de baiser le pied royal. Il est un Mangemort, et même s’il n’est pas apprécié, il n’y a que le Lord qui a le pouvoir de le tuer. Vous êtes ses enfants. Les enfants d’un parent possessif et capricieux. Personne n’a le droit de vous meurtrir à part lui. Si Andreas atteint le climax en contrôlant les autres, je n’ai plus qu’à lui offrir l’illusion de la possession. La seule alternative serait que le Lord n’apporte plus aucun crédit à Andreas, et dans ce cas-là ce serait pire que la mort pour lui. Il ne vaudra plus rien. Comme son frère. »

Octave s’enfila une longue gorgée de whisky, plissant les yeux tant la brûlure était forte. Presque un geste de désespoir, mais ce n’était que de la fatalité. Le Rowle était l’un de ces personnages avec qui il fallait s’armer de beaucoup de patience et d’anticipation. Se préparer en avance à reconnaître son impuissance dans certaines affaires. S’il ne pouvait pas éradiquer son adversaire sur l’instant, c’est que la bataille allait être longue et vicieuse. La rivalité promettait d’être laide, basse et sans honneur. Comme maintenant, alors qu’Andreas avait envoyé sa fille pour se faire marquer tel du bétail, simplement pour se venger. Bien sûr, c’était son rêve que de voir sa continuité recevoir cet honneur, cette marque d’attention, mais il avait refusé d’attendre plus longtemps pour une seule raison : Octave. Sa présence avait mis ses sens en éveil, quitte à envoyer sa progéniture mourir. Et il avait été parfaitement, cruellement, irrévocablement impuissant face à de telles représailles. Bourru par le degré d’alcool qui se répandait en vapeurs opaques dans son crâne, le bibliothécaire se pencha vers ses genoux et saisit sa tête entre ses mains. Reconnaitre l’insuffisance. Rien. Il n’avait rien pu faire pour empêcher cela, se contentant maintenant de guérir tant bien que mal des douleurs qui lui furent destinées. Si cela avait pu faciliter quelque chose, faire moins souffrir Cassidy, il l’aurait endossé, cette maudite marque, tant cela ne voulait rien dire pour lui et tout pour son soleil doré. Cependant, les choses étaient autres et Octave se sentait non pas victime, mais coupable. Reconnaître l’impuissance. Quelle tâche incroyablement délicate pour un orgueil si fleurissant. Il se redressa, raide comme une planche de bois et toisa ce qu’il supposa être l’horizon, là où une ligne claire d’un bleu topaze subsistait encore du soleil couchant. Il se moquait bien du tatouage, ou des Mangemorts, mais il ne supportait pas que Cassidy le vive mal à tel point que même lui se trouvait incapable de définitivement la défaire de ses nouveaux démons. Elle guérissait lentement, durement, se réveillant encore en sursaut, parlant dans son sommeil d’une voix effrayée, frémissant lorsqu’une ombre la menaçait, refusait qu’il lui touche le bras… En entendant Rogue, il tourna vivement la tête dans sa direction, scrutant son profil d’aigle.

– Elle t’a raconté l’Albanie, je suppose ?
« Dans les grandes lignes. On dirait un combat de gladiateurs : tout pour le spectacle. Elle… elle m’a dit avoir ressenti comme si son corps ne lui appartenait plus lors de son combat avec Bellatrix, puis un regain d’énergie. C’était toi ? Elle pense que c’était toi. Merci. Eternellement, merci. Mais... » Octave tourna la tête, regarda les tombes et sembla chercher ses mots dans un silence venté d’une brisé océane. Il n’y avait pourtant aucun autre moyen de dire cela qu’en le faisant sans détours « Je ne comprends pas. Pourquoi elle ? D’un point de vue purement pragmatique, elle ne vaut pas la peine qu’on se mette en danger pour elle face au Lord. A cause des séances de cours de potion ? Ca n'a pour l'instant aucun sens et plein à la fois. Elle n’est pas… Pourquoi tu… Pourquoi… Ce n'est pas... » Et tandis que les méandres de son esprit l’emportaient déjà vers les multitudes de questions que cette demande faisait naître, il soupira lourdement, un peu fatigué de se heurter à un énième mur qu’il ne pouvait pas franchir. Il continua, sévèrement résigné « Peut-être est-il un peu tôt pour te demander ça finalement, mais elle est ce qui m’importe le plus et… Je te demande quelque chose que tu n’es pas encore en mesure de me donner. Peut-être ne le seras-tu jamais, d’ailleurs. Elle, elle t’es loyale au point de ne pas te compromettre. Je suis désolé, c’était maladroit et incorrecte envers vous deux de ma part. Mais elle est tout ce qui m'importe... » Octave but une gorgée amère et tordit sa bouche en un demi-sourire un peu forcé, mais qui par la force de l’habitude se mua en complaisance sincère. « Dis-moi plutôt, susurra-t-il d'un ton mielleux, pressé de changer de sujet avant de changer d’avis et de redoubler d'ardeur dans ses questionnements, est-il vrai que le Lord porte l’enfer sur son visage ? La dernière fois que je l’ai vu, il était encore beau… »

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Dim 14 Mai 2017 - 16:09

C’était si ironique de se dire que le Seigneur des Ténèbres l’écoutait effectivement, pour certains sujets, comme lorsqu’il suggérait d’user de tel plan plutôt qu’un autre ou lorsqu’il désignait des « cibles » ou en accusait certains de conspiration, espionnage ou trahison sur la base de preuves fabriquées de toutes pièces et qui suffisaient à se débarrasser sans efforts d’éléments dangereux pour Poudlard et le Ministère. Rogue avala pensivement une autre gorgée, en se demandant une fois de plus comment il avait pu en arriver là, ou plutôt, comment il avait pu accepter tant de choses horribles et de promesses abominables pour finalement atterrir à cette position, plus particulièrement. Voilà qu’il était officiellement l’un des exemples de personne « sans âme » et sans bonne conscience, pour leur indiquer le droit chemin, et qui, par conséquence, s’enfonçaient en roue libre sur des chemins où aucune personne censée n’aurait l’idée de s’aventurer, ne serait-ce que par principe. Pas de principes, pas d’honneur, pas de barrières, voilà ce qu’on devenait sans tout cela, un monstre. Ou plutôt, une personne qui ferait mieux de s’éloigner des humains normaux et qui ne pouvait pas vivre en bonne intelligence avec eux. Ou presque. Rogue tourna légèrement le regard vers Holbrey, tout en songeant qu’il ferait mieux de ne pas trop se prendre la tête avec son nouvel ennemi. Le père de Cassidy, s’il était loin d’être idiot, était aussi son propre ennemi. L’arrivisme le perdra, lui comme tous les autres. Sans bouger, il laissa son regard vide croiser celui soudain plus vif du bibliothécaire lorsqu’il se retourna vivement, suite à sa question, puis le détourna la seconde d’après. Oui, elle avait dû lui en parler, même sans entrer profondément dans les détails, au vu de sa réaction.

– Dans les grandes lignes. On dirait un combat de gladiateurs : tout pour le spectacle. Elle… elle m’a dit avoir ressenti comme si son corps ne lui appartenait plus lors de son combat avec Bellatrix, puis un regain d’énergie. C’était toi ? Elle pense que c’était toi. Merci. Eternellement, merci. Mais...

Quelle importance, que ça vienne de lui ou d’un autre ? Qui s’en souciait ? Le principal était qu’elle ait pu survivre, la façon et les moyens n’avaient aucun intérêt, et c’était bien cela qui fatiguait Severus, lorsqu’il en voyait tant s’acharner à éviter certaines façons de faire ou se pétrissant de remords après avoir usé d’une méthode qu’ils jugeaient contraire à leurs principes. Lui n’en avait qu’un : La Fin justifie les Moyens. Rien de plus à ajouter ou à redire après ça. A nouveau, il but encore, cette fois plus par dépit que par volonté de repousser un instant ses vieux démons et la réalité plate et cruelle de ce monde. Oui, il avait des accès de fatigue extrême, comme tout le monde, et non, il ne le reniait pas, n’étant pas un robot mais encore un humain, en dépit de tout. Avec des jours où plus rien ne pouvait plus l’inciter à garder la tête droite et où sa seule envie était de trinquer avec ses fantômes personnels en se remémorant toutes les horreurs commises pour en arriver là. La Mort, la Mort partout, elle était bien plus présente que la vie elle-même, Severus avait parfois le sentiment de n’avoir jamais vraiment vécu. Il ne prit même pas la peine de lâcher une remarque lorsque Holbrey posa la sempiternelle question, que Cassidy lui avait aussi posée. Pourquoi elle, pourquoi cette action, pourquoi agir comme cela, pourquoi, pourquoi, pourquoi… Il ne le savait même plus lui-même. L’alcool lui embrouillait l’esprit et de nombreuses raisons, si claires pour lui depuis des années, avaient été réduites à néant lors de cette fameuse conversation avec Dumbledore, lorsque Rogue avait appris ce qui attendait Potter. Donc pourquoi ? Pour la fin de Voldemort. Le reste ? Peu importe, il n’y avait plus aucune raison valable.

– Peut-être est-il un peu tôt pour te demander ça finalement, mais elle est ce qui m’importe le plus et… Je te demande quelque chose que tu n’es pas encore en mesure de me donner. Peut-être ne le seras-tu jamais, d’ailleurs. Elle, elle t’est loyale au point de ne pas te compromettre. Je suis désolé, c’était maladroit et incorrect envers vous deux de ma part. Mais elle est tout ce qui m'importe...

Entendre ça était douloureux. C’était le genre de petites phrases qui vous transperçait le cœur, de part en part, et vous rappelait tout ce que vous aviez perdu, par votre seule faute. Ça, oui, Rogue pouvait le comprendre, à la perfection, il comprenait si bien ce qu’on ressentait lorsqu’on s’attachait bien trop à une personne, la terreur de la perdre à jamais, ce qu’on ressentait lorsque le pire arrivait. La colère, la peine, la haine, l’envie de vengeance. Même si Holbrey n’était pas un ami, le directeur ne voulait pas le voir vivre ça, personne ne le devrait.

– Dis-moi plutôt, susurra-t-il d'un ton mielleux, pressé de changer de sujet avant de changer d’avis et de redoubler d'ardeur dans ses questionnements, est-il vrai que le Lord porte l’enfer sur son visage ? La dernière fois que je l’ai vu, il était encore beau…

– Beau… L’enfer, il le portait déjà… Mais son visage était encore humain. La magie noire, poussée à un tel stade, corrompt autant le corps que l’âme et pervertit. L’apparence physique devient le miroir de la noirceur de l’âme. Tu ne te rends pas compte à quel point on peut se rendre loin sur ce chemin et de ce que nous pouvons faire en son nom.

Il porta la bouteille à ses lèvres et but une si longe gorgée qu’il crut un instant s’étouffer avec, puis jeta la bouteille de verre, où elle se brisa en un éclat violent au sol. L’alcool se répandit aussitôt, avalé par la terre meuble aux pieds du banc de pierre, répandant un instant une odeur piquante et lourde. Rogue se laissa retomber contre le dossier, la bouche entrouverte et le regard fixé sur l’horizon. Bizarre, pas un nuage dans le ciel et pourtant, il pleuvait… Il lui fallut un bon moment avant de comprendre que l’eau sur son visage avait un goût salé et provenait de quelques larmes. Se choquant lui-même, il y porta une main vague et comprit que oui, ça venait de lui, il pleurait. Il pleurait vraiment, doucement, sans bruit ni accroc, mais il pleurait. A dernière fois remontait à seize ans… Seize ans plus tôt, il avait pleuré pour elle et c’était de nouveau le cas aujourd’hui. Avoir bu aidait à libérer la peine, il avait vraiment l’alcool morose. Un léger rire étranglé vint se mêler aux larmes, un rire noir et cynique, moqueur, tandis qu’il repensait à ce qu’il avait fait et à ce qu’on croyait savoir de lui. De tous ces idiots, dans les rangs des mangemorts, qui l’enviaient pour la place qu’il avait « gagnée ». Qui le croyaient proche du Seigneur des Ténèbres alors que le mage noir n’avait aucun proche et ne désirait pas en avoir. Des imbéciles. Des naïfs si facilement manipulables. Et s’il n’y avait qu’eux ! Que dire de tous les membres de l’Ordre, de tous ceux qui avaient accepté si facilement que Dumbledore s’était juste trompé, laissé berner ?! Il inspira un peu, levant la main pour essuyer un peu son visage.

– Je ne peux protéger personne, marmonna-t-il. C’est toi qui peux la préserver. Je peux l’aider un peu, toi aussi d’une certaine façon, mais ça n’ira pas loin. Sais-tu te défendre ? Si tu dois la protéger, tu dois savoir ça.

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Ven 19 Mai 2017 - 19:04

Se forcer à abandonner son questionnement s’avéra extrêmement difficile. Bien plus qu’il ne l’aurait souhaité dans son élan de pudeur. Si tôt qu’il avait reculé, Octave comprit à quel point son désir de savoir était ardent. Au fond, peu importait, quelle que puisse en être la raison… Non, ce n’était pas vrai. Elle ne lui disait pas grand-chose non plus et il ne parvenait pas à insister, malgré une certaine frustration polie qu’il ne manifestait jamais. Etait-ce si important qu’elle ne pouvait pas en parler sans se mettre en danger ? Ou refusait-elle de s’enfoncer dans le sujet parce que la raison était horriblement insensée ? Un caprice. Rogue l’avait pris sous son aile par caprice, comme un roi qui poserait son œil sur la plus jolie fille du village, mettant ainsi sur ses épaules la responsabilité écrasante de ne décevoir personne dans le royaume. Il était certain de ne pas être le seul à se demander par quel chemin sinueux l’esprit du Directeur était passé pour accoucher d’une telle idée. Idée qui lui ressemblait si peu. Une protégée ? Des yeux très noirs allaient s’intéresser à elle scrupuleusement pour comprendre ce nouvel intérêt, cette lubie étrange d’un homme qui n’avait cure de personne dans le quotidien. Octave avait la crainte de découvrir que derrière tant de mystères, il n’y ait rien. Une bête extravagance, passade qui n’avait aucune considération pour les dangers qui allaient se condenser en brume autour d’eux. Le contraire, toutefois, se présentait en perspective presque aussi effrayante. Il voulait que la raison soit importante, que les difficultés ne soient pas là pour peu, ou rien. Il refusait de faire partie du vide, ou de risquer leurs vies pour des soifs lunatiques et qui n’étaient pas les siennes. L’impassibilité de Rogue était un mystère dérangeant. Si sa rigueur n’était que du désabusement, l’affaire n’était alors qu’un caprice qu’il serait en état d’abandonner à la moindre difficulté trop importante. Si la froideur était un renoncement, c’était que la quête était sans fin et qu’il s’accrochait à Cassidy comme un noyé à un bout de bois.

Non, vraiment… peu importait. Il était trop tard maintenant de toute manière. Le choix avait été fait à ses dépens et il n’avait d’autre solution que d’en subir docilement les conséquences sur la seule base de la confiance qu’il avait envers Cassidy. Croyance qui s’adonnait à lui avec beaucoup de difficultés pour le moment, même s’il tendait à prétendre le contraire pour se rassurer. Les anciennes habitudes revenaient vite et de par sa nature foncièrement méfiante, il accordait bien plus facilement sa suspicion que sa confiance. Et précisément maintenant, s’il se décidait à être cauteleux comme jadis, tout serait terminé. Les beaux attachements s’en retrouveraient à jamais empoisonnés et il ne pouvait se le permettre. La tâche en devenait d’autant plus complexe que Rogue y était mêlé.  

– Beau… L’enfer, il le portait déjà… Mais son visage était encore humain. La magie noire, poussée à un tel stade, corrompt autant le corps que l’âme et pervertit. L’apparence physique devient le miroir de la noirceur de l’âme. Tu ne te rends pas compte à quel point on peut se rendre loin sur ce chemin et de ce que nous pouvons faire en son nom.

Il avait eu envie de répondre que bien que si. Mais honnêtement, qui savait de quoi Rogue parlait vraiment ? L’imagination d’Octave, ou son vécu, étaient-ils à la hauteur de la réalité présente ? Lord V. Chacun portait ses propres déceptions sur son visage, leur profondeur dépendait uniquement de leur retentissement en la conscience de chacun. Etait-il devenu laid parce que c’était son caractère couplé à de la magie qui l’avait défiguré ? Ou n’y avait-il que de la magie derrière tout cela, et qu’il suffisait à n’importe qui d’unir un peu de sorcellerie à son ressentiment pour finir ainsi, avec ses frustrations ancrées dans son corps ? Octave tendait à penser que c’était principalement à cause de la magie si le Lord avait perdu toute apparence humaine. Et son physique n’était finalement qu’une emphatique métaphore qui renvoyait à la noirceur de ses desseins. Que son caractère dût être déterminé si, malgré tous ces changements, le Lord n’avait pas encore compris qu’il était pourri jusqu’au noyau. Qu’il devait bien se mentir. Qu’il devait être petit à l’intérieur, à ne pas considérer les causes de sa transformation.

Il n’était pas difficile de savoir où cela pouvait mener si l’on savait d’où cela venait et comment cela se formait. Par mensonge, principalement. Mais surtout pas désir de ne plus être vulnérable et de croire qu’aucun acte n’avait de conséquences. En théorie, il était possible de se défaire de toutes les faiblesses qui composaient notre caractère, mais le fait était que chaque trait de caractère vulnérable en nous était intrinsèquement liée à quelque chose que nous aimions, qui nous procurait de la joie sincère. Aussi, plus Lord V prenait le pouvoir, plus il se débarrassait de ce qui le rendait faible et plus il perdait les plaisirs de la vie et, par là, ce qui le rendait finalement humain un tant soit peu. Véritablement, plus petite était la boîte dans laquelle il s’enfermait, plus faible devenait son caractère, parce qu’il ne restait rien de lui. Lord V n’était plus qu’une coquille emplie de démons et de désirs. Et ce qui restait ne l’empêchait pas cependant de continuer à souffrir. Sinon, pourquoi tant d’obstination ? Il s’était enfermé dans une petite boîte ; une petite boîte étroite, et s’était débarrassé de tout ce qui ne lui convenait pas, de ce qui le rendait vulnérable. Mais une fois s’être dépouillé de tout ce qui était potentiellement en mesure de rendre la vie supportable, que restait-il ? Tout ce qui rendait la vie insupportable. Il ne restait plus qu’à prendre sa revanche sur cette vie de frustrations. Et pourquoi pas ? Si tout ce que vous faisiez était souffrir stupidement et de manière insensée, comment pourriez-vous décemment montrer un visage positif à vous-même et à ce monde ? Le mal naissait d’un cœur qui, dans un désir de se soustraire à la souffrance, finissait par croire que tout ce qu’il savait était suffisant pour agir sans jamais reconnaitre son erreur ou un manque de recul. A partir de ce postulat, puisque ce qui le motivait lui donnait toujours raison, pourquoi avoir un frein ? Surtout si rien n’avait vraiment de conséquences. Qu’il devait être petit à l’intérieur. Petit et recroquevillé, comme l’étaient toutes les âmes qui se mentaient pour se protéger. La vie du Lord devait être bien tragique, mais lui en revanche, de par la volonté et complète absence de nécessité de ses actions, était mauvais.

Le geste, bien avant le bruit, fit sursauter Octave, tant fut-il perdu dans le vague à tenter de s’imaginer le pire. La bouteille vola et par réflexe, il avait déjà entamé un mouvement de retrait pour éviter d’en être la cible. Mais la vodka traça son chemin dans les airs jusqu’à se briser au sol. D’une certaine manière, l’ambiance et l’endroit se prêtait bien à ce geste désespéré, alors il regarda longuement les éclats de verre au sol, se sentant étrangement libéré comme si c’eut été sa main qui s’était élancée et non celle du Directeur. Lentement, il remonta son regard vers le visage de ce dernier et surprit ce qu’il crut au début n’être que le reflet de la lune dans le blanc de ses yeux. Une larme enflait dans son œil. Elle enfla puis coula le long de sa joue creusée. Manifestement Rogue ne reconnut pas tout de suite la signification de son mal car il porta sa main à son visage pour en constater la nature. Octave le dévisagea, presque effrayé par ces deux ronflements salés qui étaient nés et s’étaient suspendus à la lisière de ses yeux. Que fallait-il donc pour faire pleurer un homme pareil ? C’étaient des larmes contenues, ou peut-être justement si peu qu’elles naquissent sans bruit ni sanglots. Ce n’étaient pas des larmes de libération, mais d’impuissance face à la vague qui submergeait. Octave voulait détourner les yeux mais n’y parvenait pas. Le rire cynique le fit ciller, mais il n’en bougea pas davantage. La tête légèrement baissée, il assistait en silence à cette démonstration involontaire de vulnérabilité. Cela avait-il un rapport quelconque avec la tournure de la discussion, ou regrettait-il quelque chose qui était dans son esprit ? Pas de mouchoir en vue, que des manches… Poser la main sur son épaule, évoquer quelques banalités ; Merlin, non. Et puis de toute manière, ces larmes n’avaient pas vocation à être remarquées.

– Je ne peux protéger personne. C’est toi qui peux la préserver. Je peux l’aider un peu, toi aussi d’une certaine façon, mais ça n’ira pas loin. Sais-tu te défendre ? Si tu dois la protéger, tu dois savoir ça.
« Me défendre contre quoi exactement ? Ce n’est pas la bonne question dans la situation donnée de toute façon. Si je ne sais pas me défendre, je suis mort. Si je sais me défendre, je tue quelqu’un et je finirai par mourir assez vite parce que tout ça se construit comme un chemin de dominos. La question c’est de savoir si je sais me défaire de situations embarrassantes. En tout cas, pour le moment… Je ne crois pas que savoir se défendre ait empêché qui que ce soit de se faire poignarder dans le dos. » Il n’avait pas dit cela en pensant à quoi que ce soit en particulier, mais l’analogie se fit dans son esprit comme un courant électrique, à peine avait-il prononcé ces mots. Quoi que, dans le cas de Dumbledore, l’idée se tenait parfaitement. Alors, sans ciller, il continua simplement :

« Je ne la protège pas. Personne ne peut à part elle-même. J’essaye de rendre sa réalité plus acceptable, moins blessante. J’essaye aussi de la rendre plus forte. Toi non plus tu n’es pas là pour la protéger de quoi que ce soit. Ni personne d’autre, d’ailleurs. Comme tu le dis, tu ne le peux pas non pas parce que ce n’est pas dans tes cordes, mais parce que c’est impossible. Trop peu de choses dépend véritablement que de toi pour que tu puisses en être capable. Ce que tu peux faire en revanche, c’est faire ton possible pour éloigner ce que tu considères être un danger pour… ceux qui… pour minimiser les pertes. Sauf si le danger émane directement de toi… Mais dans les deux cas, le seul moyen de… protéger quelqu’un, c’est de réfléchir aux conséquences de ses propres actes. »

Octave cafouilla légèrement sur les derniers propos, ne sachant à quel point il devait rester vague sur le sujet pour ne pas tomber dans le mensonge. Il pouvait supposer, mais cela avait ces limites et il ne pouvait que se limiter à des généralités pour que son intention reste consistante. Il ne pouvait pas non plus être plus clair dans son dernier sous-entendu qui était honnête : est-ce que les difficultés dans lesquelles il mettait Cassidy valaient-elles la peine ? Ce spot lumineux qui les éclairait maintenant était-il le fruit d’une réflexion qui avait trouvé les bons arguments pour agrémenter le danger au profit d’autre chose de plus important encore ? Encore du tâtonnage dans l’ombre… Sans quitter Rogue du regard, Octave se saisit de la bouteille de whisky restée à l’opposé sur un coin du banc et la plaça entre eux, plus proche du Directeur que de soi. Peut-être que le geste n’avait été que colère due à l’impuissance et qu’il avait encore soif…

« Est-ce qu’il y a quelque chose que je puisse faire pour toi ? A part les choses évidentes, bien sûr. » Plissant légèrement les yeux, il susurra « Ce qui n’inclut pas de faire le ménage dans ta piaule. » Repliant son bras sur son genoux, il percha sa tête aux creux de sa paume et sourit d'un sourire vague, à peine perceptible, mais rendant son visage doucement amène « Sans me vanter, je sais faire des cocktails du feu de Dieu. Une manucure... Je peux aussi te dire ce que tu veux entendre, ou essayer de faire ce que tu ne peux peut-être pas... Et toi, tu sais te défendre, ou tu es juste très malin ? »

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Jeu 25 Mai 2017 - 12:27

– Me défendre contre quoi exactement ? Ce n’est pas la bonne question dans la situation donnée de toute façon. Si je ne sais pas me défendre, je suis mort. Si je sais me défendre, je tue quelqu’un et je finirai par mourir assez vite parce que tout ça se construit comme un chemin de dominos. La question c’est de savoir si je sais me défaire de situations embarrassantes. En tout cas, pour le moment… Je ne crois pas que savoir se défendre ait empêché qui que ce soit de se faire poignarder dans le dos.

Si… Dumbledore. Il avait choisi, se sachant condamné, il avait décidé seul du moment de sa mort. Et avec un peu de chance, Rogue pourra également décider du sien. Holbrey ferait mieux de partir du principe qu’il devra apprendre à se défendre contre tout, du moins durant les mois à venir, contre absolument tout, y compris lui-même. Evidemment que la question était de savoir comment se sortir des pires situations ! Il ne réalisait donc pas ce qui arrivait sur eux ?! Il ne… Non. D’accord, non, évidemment que non, qui pourrait bien le réaliser sans savoir ce que cherchaient Voldemort et Potter et où cela allait les mener tous les deux ? Les deux amis du balafré, sans aucun doute, et quelques membres de l’Ordre du Phénix. Pas le bibliothécaire, du moins, pas encore. Severus préféra laisser tomber le sujet, tout à coup dépité. Quelle importance ? Ça arrivera. Il porta une main à son front, coude appuyé contre le dossier du banc, ne se souciant même plus des quelques larmes qui parfois s’échappaient, sans un bruit. Qui lui avait dit une fois que pleurer était libérateur ? La phrase résonnait encore vaguement dans son esprit, un écho très faible d’un souvenir presque effacé, sans qu’il ne parvienne à se remémorer où il l’avait entendu et quand. Libérateur, vraiment ? Tu parles. Un poids de plus à porter, ça ne servait strictement à rien. Un peu comme cette bouteille qu’il avait jetée, les odeurs et relents d’alcool s’ajoutaient comme des piques plantés dans les souvenirs, afin de les rendre encore plus douloureux.

– Je ne la protège pas. Personne ne peut à part elle-même. J’essaye de rendre sa réalité plus acceptable, moins blessante. J’essaye aussi de la rendre plus forte. Toi non plus tu n’es pas là pour la protéger de quoi que ce soit. Ni personne d’autre, d’ailleurs. Comme tu le dis, tu ne le peux pas non pas parce que ce n’est pas dans tes cordes, mais parce que c’est impossible. Trop peu de choses dépendent véritablement que de toi pour que tu puisses en être capable. Ce que tu peux faire en revanche, c’est faire ton possible pour éloigner ce que tu considères être un danger pour… ceux qui… pour minimiser les pertes. Sauf si le danger émane directement de toi… Mais dans les deux cas, le seul moyen de… protéger quelqu’un, c’est de réfléchir aux conséquences de ses propres actes.

Merci de lui rappeler qu’il mettait à nouveau une personne en danger pour une cause qui les dépassait tous et pour laquelle on ne pouvait rien faire sinon tout brûler jusqu’à en arriver au bout de sa vie et espérer que rien ne cède avant la victoire. Tiens, ça, c’était un sentiment qu’il avait vu dans l’esprit de Potter, lors d’une heure désastreuse où il avait tenté de lui apprendre à fermer son esprit. La culpabilité d’en attirer d’autres dans des affaires qui ne devraient concerner que soi. Et de n’avoir pourtant pas le choix car il s’agissait du genre « d’affaires » trop importantes pour qu’on se contente de les ignorer. Ah, bon sang, il en avait assez. Jamais il n’avait autant désiré de n’avoir jamais croisé la route de Dumbledore ni de personne d’autre, de n’avoir jamais vu Poudlard, jamais entendu parler de magie noire ni de que ce soit d’autre ! Jamais autant désiré n’être qu’un simple sorcier lambda, qui n’avait pas besoin de se soucier d’autre chose que les soucis quotidiens d’un travail de bureau et d’élever des gamins, le tout dans une maison tranquille à l’écart de tout. C’était de sa faute, pourtant, c’est lui qui avait cherché à acquérir toujours de pouvoir et de savoir, lui qui avait accepté de rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres, lui qui avait ensuite trahi et s’était joint au vieillard barbu dans ses plans immondes. Il était un peu tard pour regretter. Il finira sa vie ainsi, amer, comme il l’avait de toute façon débutée, et terminera exactement comme sa mère l’était elle-même et comme il le lui avait reproché des années durant. L’ironie était palpable. Un léger mouvement attira ensuite son attention, Holbrey venait de reposer sa propre bouteille de whisky entre eux, comme une invitation à continuer de boire. Son attitude respirait la décontraction, pourtant, ce n’était sans doute qu’une façade.

– Est-ce qu’il y a quelque chose que je puisse faire pour toi ? A part les choses évidentes, bien sûr. Ce qui n’inclut pas de faire le ménage dans ta piaule. Sans me vanter, je sais faire des cocktails du feu de Dieu. Une manucure... Je peux aussi te dire ce que tu veux entendre, ou essayer de faire ce que tu ne peux peut-être pas... Et toi, tu sais te défendre, ou tu es juste très malin ?

– Si je ne savais pas me défendre, tu crois que j’en serai là aujourd’hui ?

Il avait légèrement bafouillé, sur la fin, levant finalement la main pour essuyer franchement les larmes osant encore couler, puis lâcha un très profond soupir. C’était autant un problème qu’une fierté, finalement. Sentant comme une envie de vomir, il se redressa un peu puis inspira profondément, pour empêcher les larmes de couler plus avant. Ce qui eut l’effet inverse… Pitoyable. Ridicule. Retombant le dos contre le dossier en pierre du banc, fermant un petit instant les yeux. Tout le monde avait le droit d’être épuisé, non ? Il était encore humain… Encore et toujours, malgré tout, même s’il ne parvenait plus à ressentir tant de sentiments et que le seul continuant à faire battre son cœur était l’envie de vengeance. Regrettait-il sincèrement ? Non… Non… Il ne pouvait pas. Peu importe son état mental, tout ce qu’il avait pu faire, si tout cela menait réellement à la fin de Voldemort, comment regretter ? Et quelle importance pouvait bien avoir le reste ? Même pleurer devant une autre personne le laissait complètement indifférent, dorénavant, lui qui n’aurait, il y deux semaines à peine, jamais toléré que quiconque sur cette terre puisse le surprendre durant un moment de faiblesse.

– Tu connais ce sentiment ? murmura-t-il avec un vague geste de la main. De vivre sans… vivre, réellement ? Avancer comme si ta vie ne t’appartenait plus et de ne pas y trouver de couleurs. Et de poursuivre quand même car tu ne que ça à faire. Si j’avais eu des enfants, j’aurai aimé qu’ils ressemblent un peu à Cassidy.

Sans doute s’en voudra-t-il plus tard d’avoir avoué ça et peu importe pour le moment. Il se fichait de tout. Prenant sa baguette, il fit apparaître deux verres qu’il remplit ensuite de whisky. Assez bu, déjà ? Non. Quitte à se rendre malade et atone, autant le faire jusqu’au bout ! Il s’en mordra les doigts plus tard.

– Tu as des enfants ?

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Sam 27 Mai 2017 - 23:41

Les larmes persistaient à demeurer silencieuses, sans sanglots ni éruptions émotionnelles, comme cela arrivait lorsque l’on retenait quelque chose jusqu’à n’en plus pouvoir avant de fondre en pleurs à bout de forces. De ce fait, la plainte en perdait presque de son sens, donnant l’impression qu’aucune souffrance ne se cachait derrière, tellement elle était retenue, peut-être. Les larmes semblaient couler par un saugrenu mécanisme naturel, uniquement dans le but d’hydrater le blanc asséché des yeux, ou la peau des paupières, va savoir, un peu à la manière d’un animal. Octave se doutait bien qu’il y avait une grande déchirure quelque part derrière ces yeux, en train de comprimer son cerveau au point que le corps prenne le dessus sur l’esprit, mais sa douleur était incroyablement froide. Aucun laisser aller, juste une fatigue pétrifiée qui perlait de larmes aussi salées que sévères. Sachant tout l’abattement qui devait motiver un tel homme à s’abattre de la sorte, le larmoiement perdit soudain toute cohérence. Pourquoi n’y avait-il pas d’explosion ? Il n’avait pas juste versé un ou deux sillons, non il continuait à suinter en silence comme la pierre qu’il était, sans perdre à aucun moment sa contenance. C’était étrange. Un peu gênant parce qu’il n’y avait rien de naturel dans ce spectacle, dont émanait finalement qu’un sentiment de perpétuelle retenue, d’entrave sans échappatoire qui maintenait ce corps de corbeau fermement serré dans un étau qui ne permettait même plus un gémissement plaintif. Octave aurait voulu le secouer comme un olivier, lui sommer de se relâcher un peu ou le provoquer jusqu’à le choquer à un tel point qu’il aurait été dans l’obligation d’éclater et de se répandre enfin sur le monde l’entourant. Ca ressemblait plus à une fuite de tuyauterie qu’à une digue qui cède. Probablement que cela n’avait rien de rassurant ; probablement que le poids de ces larmes était un fardeau de plus à porter dans le lot des choses qu’il s’interdisait catégoriquement de relâcher.

– Si je ne savais pas me défendre, tu crois que j’en serai là aujourd’hui ?
« J’en sais rien, t’es peut-être passé sous des bureaux ! Peut-être que tu as glissé des poignées de gallions dans de grosses mains bien moites ? Tellement de choses peuvent mener un homme à l’endroit où il se trouve. Et puis là où ? Dans ce cimetière en train de picoler ? Je pourrais au contraire me dire que tu ne sais justement pas vraiment te défendre pour te retrouver là, ici, sur ce banc, à supporter une existence qui semble si peu soutenable. Si tu savais te défendre, tu ne serais pas aussi amère. »

Il avait fait exprès d’aller au bout de sa pensé. A voir Rogue changer de posture dans une tentative de chasser l’inconfort, Octave avait voulu appuyer là où ça pouvait éventuellement faire encore plus mal. Par sadisme, ou par envie de le voir craquer, va savoir, l’exciter davantage comme on taquine un cobra pour qu’il vienne mordre. Le corbeau ferma les yeux et la rosée de ses larmes se mit à scintiller sur les pointes de ses cils en paquets humides. En son esprit, savoir se défendre ne voulait pas dire gravir les montagnes inaccessibles des hiérarchies sociales, mais plutôt faire ce que le désir dictait. Certains arrivaient à atteindre le sommet simplement parce qu’ils savaient correctement obéir, qu’ils étaient accommodant au système de par leur caractère. D’autres avaient bêtement le don de l’opportunisme. Et même si l’ambition nourrissait chacun de ces caractères, il arrivait bien souvent que ce motif était suffisamment fort pour écraser la fierté. Et n’était-ce donc pas le contraire de savoir se défendre, que de ne plus avoir aucun honneur ? Chevaleresque, non ? La réalité est tout autre, Monsieur Holbrey ! En attendant, la réalité c’était qu’un homme qui avait tout pleurait de n’avoir rien. Ou en tout cas, pas ce qu’il voulait. Se défendre, cela ne voulait-il pas dire avoir le courage d’affirmer ses positions et ses opinions, de savoir porter sa voix ? Plus simplement, lutter pour son existence. Non pas pour la survie, mais bel et bien son existence. Octave se pencha vers l’avant, coinçant presque son front entre ses genoux. Un relent d’alcool remontait en bille acide le long de son œsophage depuis son estomac vide. A ce stade, il ne savait même pas si la brûlure venait du whisky ou de l’amertume de Rogue qui commençait à doucement le contaminer.

– Tu connais ce sentiment ? De vivre sans… vivre, réellement ? Avancer comme si ta vie ne t’appartenait plus et de ne pas y trouver de couleurs. Et de poursuivre quand même car tu ne que ça à faire. Si j’avais eu des enfants, j’aurais aimé qu’ils ressemblent un peu à Cassidy.

Il aurait bien répondu en chantant « tu as parlé à mon âme, mon cher ami », si seulement il n’y avait pas eu la dernière phrase. Déjà, ça venait comme un cheveu sur la soupe. Et puis… plait-il ? Comment en étaient-ils venus à aborder ce sujet ? Quels chemins sinueux l’esprit du Directeur avait-il emprunté pour accoucher de ce propos de manière aussi naturelle ? Octave prit le temps de se redresser très lentement, toisant en même temps de son visage légèrement rougi celui de Rogue, qui avait d’ailleurs fini par prendre quelques couleurs également. Le contour de ses paupières s’était teinté d’un rouge bordeaux très profond, les pommettes saillantes s’étaient veinées d’une douce teinte églantine tandis que son front s’était blanchi davantage qu’avant.

« Dis ça à son père, ça le rendra peut-être plus aimable et il apprendra à apprécier ce qu’il a autant que t’apprécies ce que tu n’as pas. »

Scanda-t-il avec une pointe d’ironie dans la voix. D’un geste un peu brusque, dont il ne sut exactement justifier la violence, Octave se saisit du verre plein et s’était préparé à le boire c*l sec comme il l’aurait fait avec la bouteille, mais se ravisa. Soudain, son geste s’arrêta, et il mouilla à peine ses lèvres dans le liquide. Différent contenant, différente approche. Ce n’était plus vraiment pour se soûler, c’était pour apprécier ce beau millésime. Ce n’était plus pour se souvenir de Jane, c’était pour soi. Maintenant que l’alcool était monté en vapeurs à son cerveau, il ne craignait plus de sombrer dans l’inconscience. Une fois ce stade passé et maîtrisé, il savait que de toute façon quels que soient les litres ingurgités, il gardait une jadis si détestable lucidité. Cette fois il goûta pleinement le breuvage, le faisant voyager dans sa bouche et en libérant les senteurs. C’était au moins ce qui lui fallait, un peu de calme, pour revenir en arrière.

« Ouais, je le connais bien, ce sentiment. Par intermittence encore. Parfois c’est une vague de suis et de maintenant sans avenir. Et parfois c’est juste un avenir sans présent ni passé. Dans les deux cas tu es sous auto-hypnose. Ca arrive quand ta vie ne t’appartient plus. Que tes motivations ne sont plus vraiment les tiennes. Mais que tu continues à accepter tes responsabilités envers autrui. Tu sais ce qu’on attend de toi et tu vis en conséquence. Ca veut dire que tu te perds, que tu perds ton intégrité. Et tu n’existes plus en tant que toi-même, mais en tant qu’autre chose qui dépend entièrement des autres. Et tu n’es plus qu’une coquille avec l’écho des voix d’autres gens. Avoir des enfants, c’est ce qui empêche certains à finir comme ça. Parce qu’ils tombent infiniment amoureux de leurs enfants et qu’ils se sacrifient pour eux avec joie. Mais peu importe, car ils ont un but dans la vie et ce but-là est plus important que le reste. »

Octave chevrota doucement. S’il y avait effectivement des gens ainsi, il y en avait aussi d’autres. Ceux qui n’aimaient pas leurs enfants et leurs enfants en souffraient toute leur vie à se demander ce qu’ils avaient fait de mal au point que leurs parents même en viennent à les détester. Il regarda son verre déjà à moitié vide et ajouta avec une once de sarcasme bien palpable :

« Pardon, tu aurais peut-être voulu qu’on trinque d’abord. » Il agrémenta cette remarque amèrement sardonique par un léger rire de gorge. « Quand tu vis pour les idées des autres, tu te compromets à tel point que tu ne sais même plus qui tu es.  C’est de là que vient le sentiment de dépossession. Tu perds le fil de ta propre pensée et tu ne sais même plus où commence celle des autres. Si ta vie n’a plus d’importance, c’est que tu ne fais pas ce qui légitime ton existence, en tout cas à tes yeux. Et ça ne changera pas tant que tu ne prendras pas la peine de te considérer toi-même comme quelqu’un que tu as la responsabilité d’aider. »

Le ton de sa voix avait été étrangement doux et calme, peut-être parce qu’il ne parlait pas à Rogue directement autant qu’il se parlait à soi-même. Bien sûr, même s’il ne le regardait pas en face, Octave s’adressait à lui spécifiquement, mais le témoignage et conseils qu’il prodiguait ne faisaient partie que de son propre raisonnement, qu’il n’avait absolument pas envie d’imposer comme une vérité absolue. Ni comme un jugement de valeur péjoratif. Il s’était simplement permis de partager sans véritablement s’imposer. Enfin, il l’espérait en tout cas. Lui et Rogue étaient de deux caractère bien distinct et même si certaines de leurs opinions allaient peut-être dans le même sens, il n’y avait pas de garantie que ce qui avait marché pour l’un puisse fonctionner pour l’autre. Ni qu’il en ait d’ailleurs véritablement besoin.

« Je crois que si j’avais des gosses dont je connaissais l’existence, je ne serai pas à Poudlard. »

Merlin seul savait ce que les femmes qu’il avait appréciées avaient bien pu faire de sa semence. Qui sait, une poignée de petits Octaves courraient peut-être quelque part dans la nature, heureux de ne pas connaître leur père ou se contentant joyeusement d’un beau-père. Il ne pouvait franchement pas s’imaginer être le digne géniteur de qui que ce soit. Lentement, il se tourna vers Rogue et susurra d’une voix fantomatique en levant son verre :

« Aux enfants qu’on n’a pas. » Buvant une gorgée avec précaution, ayant déjà beaucoup moins l’air d’un alcoolique qu’avant, malgré ses yeux légèrement rougis, il continua, l’air de rien : « Pourquoi t’es devenu mangemort ? Et quand ? Tu peux répondre qu’à une seule question si tu veux. » rajout-il soigneusement, préférant se donner le pouvoir de la mansuétude et devançant l’éventuel silence du Directeur. Toujours se donner l’illusion du contrôle, surtout avec des gens comme lui. Bon, Rogue pouvait bien sûr juste ne rien dire, mais ils avaient partagé la bouteille sacrée de la fraternité temporaire, le calice de l’union culturelle pour ainsi dire, et une offrande pareille, ca ne se refusait pas et encore moins cela se bafouait-il par un silence… compris ?

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Mer 7 Juin 2017 - 11:53

La provocation de ce style l’énervait beaucoup plus, auparavant, un constant qui lui arracha une légère grimace. Comme s’il avait besoin d’une preuve de plus qu’il avait déjà la moitié du corps dans la tombe et qu’un frêle courant d’air suffirait à y pousser le reste. Bah, peu importe, de toute façon. Holbrey pouvait bien croire que ceux qui savaient se défendre ne pouvaient pas être amer, quelle importance, une fois de plus ? Qu’est-ce qui était encore important ? Rogue baissa un court instant sur le liquide contenu dans le verre, se reflétant très légèrement contre la paroi transparente sous l’effet de la lumière nocturne et la lune pâle au-dessus d’eux. Si on y réfléchissait bien, même ce qu’il s’acharnait à faire n’avait plus non plus grande importance… Si Voldemort tombait enfin, d’autres mages noirs se lèveront tôt ou trad pour le remplacer. Il y aura toujours des personnes virant ainsi dans une quête absolue de pouvoir, de grandeur, de soif d’ambition et de connaissances. Ils n’étaient pas dans un monde mignon, gentil et raisonnable, oh ça, non. Et il y aura également toujours des personnes pour se dresser devant les futurs Voldemort et donner leurs vies pour les abattre. Donc ce que Rogue pouvait faire importer peu, s’il mourrait ce soir, la lutte ne cessera pas pour autant. Elle aura une autre fin, sans aucun doute, que celle prévue par Dumbledore. Puis tout recommencera, le cycle ne pouvait pas stopper. Sans valeur. Que restait-il ? La vie en elle-même ? Il n’y trouvait plus de goût. Les amis ? Tous morts. La famille ? Morte aussi. L’envie de transmettre enfin ses connaissances comme il l’aurait voulu ? Il y a un an encore, oui, cette motivation-là aurait chassé l’amertume. Aujourd’hui, bien qu’il le fasse, il était un peu tard pour que cette motivation suffise à le « réveiller ». Trop car car il avait conscience qu’il ne pourra pas suivre son élève longtemps, pas avec cette guerre.

– Dis ça à son père, ça le rendra peut-être plus aimable et il apprendra à apprécier ce qu’il a autant que t’apprécies ce que tu n’as pas.

Tiens, oui, s’il pouvait laisser un testament sincère, Rogue ne se gênerait pas pour écrire un petit mot à l’attention de Rowle-père pour lui décrire tout l’amour qu’il avait pour lui. Dommage. Haussant un peu les épaules, il glissa un regard en biais à Holbrey lorsqu’il prit le verre comme pour l’éclater contre un arbre puis se calmer tout d’un coup avant de boire tranquillement. Il y avait des jours où son comportement laissait perplexe… La dernière fois était lors de leur très rapide discussion, après l‘Albanie, dans la salle des professeurs, encore qu’après coup, sa réaction devenait limpide. Lorsqu’on tenait sincèrement à une personne, on pouvait agir d’une façon que l’on n’aurait pas cru soi-même. Holbrey aimait la petite Rowle, c’est tout, assez pour ne pas détester autant qu’il le devrait les personnes qui pouvaient lui rendre la vie un poil moins insupportable. Le directeur détourna le regard, pour le porter sur la multitude de tombes autour d’eux et en contrebas, puis sur l’arbre imposant au-dessus d’eux, entouré de ses statues d’anges en pierre. L’endroit était si apaisant, à ses yeux, il aimait vraiment les lieux où il n’avait pas besoin de faire semblant. Personne pour critiquer ou tenter de comprendre, personne pour poser sans cesse les mêmes questions, personne pour lancer un combat, des accusations et il ne savait quoi encore. Certes, Holbrey pourrait encore faire tout cela, enfin, il n’était pas en meilleur état que lui.

– Ouais, je le connais bien, ce sentiment. Par intermittence encore. Parfois c’est une vague de suis et de maintenant sans avenir. Et parfois c’est juste un avenir sans présent ni passé. Dans les deux cas tu es sous auto-hypnose. Ça arrive quand ta vie ne t’appartient plus. Que tes motivations ne sont plus vraiment les tiennes. Mais que tu continues à accepter tes responsabilités envers autrui. Tu sais ce qu’on attend de toi et tu vis en conséquence. Ça veut dire que tu te perds, que tu perds ton intégrité. Et tu n’existes plus en tant que toi-même, mais en tant qu’autre chose qui dépend entièrement des autres. Et tu n’es plus qu’une coquille avec l’écho des voix d’autres gens. Avoir des enfants, c’est ce qui empêche certains à finir comme ça. Parce qu’ils tombent infiniment amoureux de leurs enfants et qu’ils se sacrifient pour eux avec joie. Mais peu importe, car ils ont un but dans la vie et ce but-là est plus important que le reste.

Tout le monde ne tombait pas amoureux de ses enfants, il y en avait qui ne voyaient en eux que le reflet de leur propre échec ou d’une perte de contrôle. Et Holbrey le savait, l’infime variation dans sa voix vers la fin de sa phrase suffisait à le prouver. Severus s’était entraîné à repérer ce genre de fluctuations, qu’elles soient bien visibles ou très légères, comme autant d’indices venus appuyer ce qu’on pouvait deviner grâce à la posture, la voix, le ton, les gestes, les expressions. Et même si le bibliothécaire retrouva bien vite son ton coutumier, c’était assez évident. Le père, la mère, les deux ? Chacun ses démons personnels. Peut-être ses parents vivaient-ils encore. Rogue s’amusa un petit instant à imaginer à quoi pouvait ressembler Madame Holbrey, la visualisant comme une femme aussi dure et rigide que son fils pouvait être changeant et cynique. Pourquoi ainsi ? Car à cause de ce ton de voix, de la peine perçue au-dessous, Rogue imaginait simplement que le bibliothécaire s’était construit en opposition avec celle l’ayant mis au monde. Même son rire rauque sonnait faux, comme une partie de plus d’une vaste blague cynique jouée en public. Rogue resta le regard rivé sur les différentes tombes, se retenant de hausser les épaules avec un geste las lorsque le bibliothécaire rajouta d’un ton bien plus posé, soudainement, que si la vie n’avait plus d’importance, c’est qu’on ne faisait rien qu’on jugeait être légitime. Sur ce point, Severus ne le suivait pas. Ce qui arrivait était légitime, car la présence d’un mage noir de cette puissance nuisait à la vie elle-même. Après, que ce soit légitime à ses yeux ou à ceux des autres, peu importe. Il avait cessé de se demander sincèrement ce qu’il avait envie de faire, personnellement, mis à part son besoin de vengeance.

– Aux enfants qu’on n’a pas. Pourquoi t’es devenu mangemort ? Et quand ? Tu peux répondre qu’à une seule question si tu veux.

– La fierté, l’ambition, murmura-t-il assez bas. Le besoin de prouver qu’on ne peut pas avancer à coups de bravades mais en se servant de sa tête. Les imbéciles qui portent leur cœur en bandoulière meurent toujours en premier.

Il ponctua cette phrase avec une longue gorgée de whisky, lâchant un petit soupir. Entrouvrant un peu la bouche, il inspira un petit peu en revenant tout à coup à la réalité. Se servir de sa tête… C’était précisément cela qu’il avait fini par oublier, à force de boire, et c’était aussi cela qui pouvait le perdre à jamais s’il avait le malheur de se laisser aller. Frissonnant un peu, il reposa le verre encore à moitié plein à côté de lui, sur le banc, puis ferma les yeux une minute. Ce fut plus un automatisme qu’un véritable exercice, par les années de pratique face à Voldemort lui-même, une rigidité inébranlable. Comme faire rentrer de force toutes les pensées et quelques sentiments laissés libre pour une heure et les claquemurer à double-tour, en un endroit où personne sinon lui n’avait accès. La porte de son esprit se referma dessus avec une certaine violence et tout fut enfoui sous une chape de plomb, comme si rien ne s’était jamais écoulé. Lorsque Rogue rouvrit les yeux, les larmes aussi s’étaient complètement taries, refoulées, sans plus de volonté pour sortir. Il n’avait tout simplement pas le droit de laisser des fissures se produire. Pas le droit de craquer, ni le droit de s’appuyer sur l’épaule de quelqu’un. Même avec Cassidy, certaines limites ne pouvaient pas être franchies, car trop s’attacher à quelqu’un serait définitivement idiot. Rogue ne voulait pas qu’il reste une personne pour le regretter.

– Essaye donc d’en discuter avec Andreas, si le sujet t’intéresse, reprit-il. Ça peut aussi être un moyen de l’amadouer. Et avant qu’il ne marie sa fille avec un Sang-Pur bien propre sur lui.

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MessageSujet: Re: [19 Octobre 1997] - Déboire Ven 9 Juin 2017 - 23:50

Cette entrevue semblait s’être coincée quelque part, dans un laps de temps immobile, entre ce qui s’apparentait à une réunion des Alcooliques Anonymes et une discussion de comptoir. Si Rogue était possédé par suffisamment d’indifférence pour garder son stoïcisme légendaire envers et contre tout, Octave avait perdu cette faculté dès lors qu’il s’était rendu compte ne plus être seul dans les environs. L’inconfort le maintenait alerte et il se sentait assis sur un tas d’échardes, comme si un danger le guettait quelque part dans la vallée, ou lorsque l’on nage au-dessus d’un grand trou si profond qu’il demeure noir. Alors on s’imagine des créatures néfastes et inconnues venir pour caresser la voûte plantaire. Pourtant, malgré son bon vouloir, il ne parvenait pas à clairement distinguer la source de son incommodité. Il regardait Rogue en biais, mais n’en ressentait aucun danger ; toutefois, quelque chose ne le laissait pas en paix. A se demander si ce qui l’inquiétait au final, ce n’était pas l’avenir ? Le cimetière semblait suspendu dans le temps et dans la réalité. Lorsqu’ils se sépareraient, l’instant allait-il subsister dans leur mémoire ? Ou était-ce l’une de ces expériences atemporelles qui, de par leur nature et leur contenu, étaient vouées à l’oubli ? A la manière des histoires de réconciliations nocturnes et silencieuses entre deux ennemis, contraints de reprendre le combat tout de suite le lendemain. Cette nuit avait-elle une quelconque valeur ? Ou n’avait-il définitivement plus besoin de faire attention à rien parce que rien ne resterait gravé et tout serait effacé ? Avec quelqu’un comme Rogue, rien n’était moins sûr. Ne sachant à quoi s’en tenir, Octave sentit soudain le goût fugace du regret d’avoir été trop sentimental. Trop personnel, alors que c’était le contraire que l’on avait attendu de sa part. De l’horreur, du dégoût et un transplanage précipité pour fuir la chauve-souris suceuse de sang, voleuse de vie. Et Rogue n’en aurait même pas été la victime involontaire, tant il aspirait par sa tenue un comportement pareil. Peut-être était-ce ce qu’il voulait justement. Et tous deux ne faisaient que suivre une partition qu’ils s’étaient eux-mêmes écrite. L’un était devenu maître dans l’art d’éloigner les autres de soi, tandis que l’autre excédait dans celui d’aller justement contre ce qu’on présumait de sa part. Ne pas satisfaire les attentes… soudain, il se sentit très prévisible.

– La fierté, l’ambition. Le besoin de prouver qu’on ne peut pas avancer à coups de bravades mais en se servant de sa tête. Les imbéciles qui portent leur cœur en bandoulière meurent toujours en premier.
« Parce que ce n’était pas ton cœur que tu portais en bandoulière lorsque tu as rejoint les rangs du Lord ? Tu crois qu’elle vient d’où l’ambition ? Le désir de reconnaissance ? L’envie de prouver que tu vaux quelque chose de plus ? »

De sa tête, vraiment ? Non, bien sûr, cela aurait été cynique de sa part que de prétendre le contraire. Evoluer aux côtés d’un tel personnage et parvenir à gravir les échelons devait demander une certaine dextérité. Mais en son sens, l’intelligence n’avait aucun rapport avec de telles positions de pouvoir. Il s’était plus souvent retrouvé devant des personnalités fourbes plutôt que dotées d’esprit. Et puis, quelqu’un comme le Seigneur des Ténèbres devait bien se moquer de ce que ses sbires avaient dans la tête, tant qu’elles obéissaient bien et faisaient ce qu’il y avait à faire. Le cœur en bandoulière… Il parlait probablement de quelques sentiments tendres, de revendications irréfléchies de bravoure. Mais finalement, tout ne tuait-il pas par excès ? Le trop d’ambition autant que l’amour ? Le trop d’orgueil autant que la modestie à outrance ? D’abord, Octave demeura les yeux dans le vague, et verre à la main, essayant de s’imaginer ce à quoi pouvait bien ressembler un Rogue débordant d’ambition et de désirs de prouver sa valeur. A quel moment précisément était-il mort ? Qu’était-il arrivé pour que ses désirs s’évanouissent ? Puis, soudain, il rigola très doucement, dénudant à peine ses dents dans un sourire plus ou moins sincère. Le rire ne semblait pas forcé, mais il sentait que l’alcool le rendait plus joyeux que nécessaire. L’adage de l’exagération liquide.

« Je ne sais pas si tu te souviens, mais tu m’avais dit quelque chose de ce goût-là la première fois qu’on s’est rencontrés. Non… je crois que tu m’as dit exactement la même chose, mot pour mot, en fait ! Ca te vient d’où ce leitmotiv ? C’est quoi, un regret personnel ? Ou c’est une exaspération adressée purement aux extravertis ? »

Octave assécha le whisky d’une seule gorgée, souffla les vapeurs d’alcool, avant de poser le verre vide sur le banc d’un geste si sec qu’il fit vibrer autant le cristal du contenant que le bois. On aurait presque dit un slogan publicitaire. Ou une nouvelle mode à la Jean-Paul Gaultier. Porter son cœur en bandoulière. Il y avait une différence entre simplement vivre sous le principe de la rigidité et reprocher aux autres de ne pas le suivre, soulignant cet état de fait comme s’il s’agissait nécessairement d’un défaut. Un remord ? Un regret ? Octave avait la vague impression que ce genre d’apophtegme ne naissait pas par hasard, ni par désir d’avoir une maxime à énoncer pour se faire bien voir, comme certains vous sortaient des citations à la pelle pour prêcher la morale en se couvrant derrière les mots des autres. Cœur en bandoulière… Octave n’y avait jamais vraiment réfléchit, même s’il se doutait du sens de ces mots. Il se retourna pour toiser le Directeur et la différence le frappa. Lui qui souriait dans le vague venait de se confronter à un visage soudain hermétiquement clos. Il ne s’attendait pas à ce que cela soit aussi soudain. Alors ça y est, les portes étaient de nouveau closes ? Et ce peut-être à jamais. Du coup, il eut l’impression de ne pas en avoir assez profité, pas dans le sens où il aurait pu lui soutirer à la dérobée quelques aveux de plus, mais dans une perspective purement humaine. La pierre avait fini de suinter, manifestement, et le bibliothécaire ressentit la morsure bien connue d’une exception qui prenait fin. Comme lorsque l’on surprenait involontairement un moment de pure intimité, Octave avait le sentiment qu’il avait intérêt à oublier et ne plus jamais mentionner cette entrevue d’exception. De toute manière, personne n’allait le croire.

– Essaye donc d’en discuter avec Andreas, si le sujet t’intéresse. Ça peut aussi être un moyen de l’amadouer. Et avant qu’il ne marie sa fille avec un Sang-Pur bien propre sur lui.

Octave se retourna pour de bon, toisant le corbeau d’un air perplexe. Mais ce-dernier avait une allure si sévère qu’il ne s’agissait clairement pas d’un sarcasme, ni d’un humour noir douteux. Le bibliothécaire fronça ses sourcils, le regard gélatineux de celui qui laissait l’alcool volontairement lui monter au visage pour offrir une pure expression de méfiance.

« Discuter avec Andreas de pourquoi il est devenu mangemort ? T’es sérieux ? Je pourrai devenir son meilleur ami, que ça ne le fera pas changer d’avis pour autant concernant Cassidy. C’est le genre de personne qui ne pourra jamais aller au-delà de certains préjugés, et mon sang en fait partie. Il faudrait qu’Andreas soit mort, ou que Cassidy se détache de l’emprise de son père pour éviter un mariage. Et je ne serai jamais un argument contre cette idée. Jamais. Ni toi, ni moi. Il n’y aura que Merlin et le Grand Manitou des Ténèbres pour pouvoir légitimement s’opposer à ça. Amadouer Andreas ne protègera pas Cassidy, ça ne l’aidera même pas, ça ne fera que me mettre à l’abri personnellement… mais je crains que si je m’aventure sur ce chemin-là, je ne finisse par être obligé de faire des choses qui m’amèneront beaucoup trop loin. »

Il connaissait ces engrenages par cœur. Ces chemins sinueux où, si l’intérêt de certaines personnes se posait sur vous, il vous fallait montrer le meilleur de vous-même pour ne pas décevoir. La déception chez les mangemorts était synonyme de perdition, voire de mort. Le but étant fatalement ne de pas mourir. Octave savait aussi qu’il était parfois trop consciencieux, surtout quand il ne le fallait pas nécessairement. Dans cette perspective, soit il mourrait, soit il allait finir parmi les larbins de Lulu en personne et là, il n’était pas sûr que Cassidy y survive moralement. Elle n’avait pas besoin qu’il soit là à accomplir ce qu’elle, déjà, n’avait aucune envie de faire. Qui plus est, il était certain qu’il finirait, pour ne pas entrer en conflit perpétuel avec soi-même, à y trouver un attrait au point d’accomplir sa tâche avec enthousiasme. Octave observa le visage rigide du Directeur avec intérêt, se demandant à quel moment s’était produit le déclic pour qu’il se ferme autant en un claquement de doigt. A quoi avait-il pensé pour se remettre ainsi d’aplomb, alors qu’il n’y avait littéralement personne à impressionner ou à berner dans les parages. Enfin, à part lui…

« Pourquoi tu te reprends ? Il n’y a que moi et des tombes. Je ne semblais pas te gêner jusqu’à maintenant, c’est trop tard pour se ressaisir. Ou bien tu le fais par habitude ? » Octave ricana sans moquerie, gardant ses lèvres closes. « N’est-ce pas plutôt toi qui a un jour eu le cœur en bandoulière ? Ton dicton, il ressemble plus à une pénitence qu’à un reproche. Quoi que… ça te faciliterai très certainement la tâche si tout le monde prenait la peine d’être prudent et aussi de marbre que toi. » Après un petit silence, il plissa légèrement les yeux et demanda avec une pointe d’inquiétude dans la voix : « Maintenant que t’es beurré comme une biscote, comment tu vas faire pour rentrer ? T’as beau me faire l’imitation d’un mur de briques, ça ne fait pas pour autant disparaitre les 3 grammes dans chaque bras. »

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