AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[14 Octobre 1997] - Le premier cercle.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 475

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [14 Octobre 1997] - Le premier cercle. Dim 30 Avr 2017 - 20:28

L’inconvénient premier de la tyrannie était indiscutablement sa rigueur. Tel le lion s’étant approprié un nouveau territoire, la dictature nettoyait et réprimait férocement. Si elle réprimait efficacement ses opposants et insoumis, elle en faisait autant avec les criminels ordinaires. En tout cas, ceux qui n’étaient pas dans les grâces du beau peuple, car comme on le sait bien, ne sont scélérats que ceux qui n’ont personne à qui prouver leur utilité. Ce fut précisément l’histoire d’un malheureux apothicaire installé dans les bas-fonds de l’allée des Embrumes, qui menait paisiblement la barque de son commerce partiellement illégal. Il n’était pas plus agréable qu’un autre, ni plus valeureux ; pas plus méchant non plus ou perforé de vices. La seule chose qui le différentiait de ses voisins était son manque de relations dans un monde qui avait subitement changé. Les règles n’étaient plus les mêmes et personne ne vint lui expliquer comment participer au nouveau jeu. Un matin, il s’était levé, et faire preuve de discrétion ne suffisait plus. Non, maintenant, il fallait être utile aux bonnes personnes et connaître les plus influents à défaut d’être homme de pouvoir soi-même. Naturellement, comme toute personne n’ayant pas su serrer la bonne main au moment propice, l’apothicaire s’était fait arrêter en plein milieu de la nuit -plus dramatique, et Dieu sait à quel point les tyrans ont le goût pour la mise en scène. Sa boutique fut saccagée et sa licence confisquée. Peut-être allait-il finir ses jours en prison, qui sait. Mais Octave n’avait cure de ce malheur-ci, il devait déjà gérer le désagrément dans lequel cette situation le mettait. Vous savez comme il est délicat de se trouver un fournisseur en produits rares et illégaux ? C’est pire que de dénicher un coiffeur convenable !

Il se souvenait encore, la larme à l’œil, le cœur au bord des lèvres, en train de regarder les banderoles « fermé pour durée indéterminée » qui barraient la façade décrépie et dégueulasse de la minuscule boutique. Comment avait-il osé l’abandonner comme ça ? Quelle idée que de n’avoir aucune relation convenable pour protéger ses arrières ! Ah bon sang, fallait-il que ce gredin d’apothicaire soit aussi mal adapté à l’existence qu’il avait lui-même choisie ! Cela ne se faisait pas, de laisser ses clients ainsi sans espoir. Qu’allait-il donc faire maintenant ? Où aller, où chercher ? Misère et abomination. Il n’y avait plus qu’à mélancoliquement s’enrouler dans une imposante et épaisse couette en duvet d’oie, s’assoir dans un canapé devant une cheminée et observer douloureusement les braises crépiter tout en écrivant un poème sur la peine avec son propre sang. C’était peut-être un peu exagéré, mais pendant un instant, le désespoir fut grand. La fainéantise de chercher un autre fournisseur aussi, d’ailleurs. Diantre que c’était ennuyeux ! Que la vie pouvait être cruelle ! Que les gens étaient décevants. Décidemment, on ne pouvait faire confiance à personne en ce bas monde !

Finalement, Octave avait sorti sa liste imaginaire de revendeurs louches et avait décidé, après avoir fait le deuil de son ancien apothicaire l’espace de quelques minutes, de se rendre chez le second potard le moins avenant de l’allée des Embrumes. Entre ici et là, ca lui faisait une petite trotte mine de rien. Encore une boutique sans nom, à la porte grinçante au vernis craquelé, se répandant comme des pellicules dans l’air à chaque fois que quelqu’un entrait. Pas de sonnette non plus, juste un visage carré et bâti comme une brique derrière le haut comptoir. « Vous auriez de la poudre d’orchidée fantôme ? » avait attaqué Octave, sachant parfaitement qu’ici, les salutations n’étaient pas de mise. De la quoi ? « Poudre d’orchidée fantôme, plante rare originaire du Sud de la Floride ». Le voilà qui fronçait ses sourcils broussailleux. Ce n’est jamais bon signe lorsqu’il faut expliquer au spécialiste un sujet qu’il devrait éventuellement connaître. Octave avait pincé ses lèvres en regardant le vendeur avec suspicion, déjà prêt à rebrousser chemin, mais sentant qu’il était sur le point de perde un client par ignorance, l’apothicaire s’empressa de lui tenir la jambe « Je pense connaître quelqu’un qui pourrait vous trouver ce que vous cherchez. L’Orchidée Fantôme vous dites ? » Oui, oui, c’est bien cela, confirma-t-il d’autant plus dubitatif quant à la capacité de quelqu’un à trouver quelque chose qu’il ne connaissait même pas. Enfin, il était à l’orée du désespoir. La plante en question était rare et peu étaient en mesure de se la procurer, alors autant ratisser large et donner sa chance à tout le monde. « En attendant, vous devez bien avoir des dards de Billywig ? Du jus de Horglup et de l’Ecorce de Wiggentree ? ». L’apothicaire hocha de la tête avant de faire un tour dans l’arrière-boutique pour chercher le nécessaire demandé. Les produits payés, il indiqua à Octave un lieu de rendez-vous à l’autre bout du cartier des Embrumes, où le bibliothécaire allait devoir rejoindre d’ici deux jours l’un de ses associés pour qu’il puisse lui fournir cette « orchidée fantôme ». Bien sûr, parce que la chose était rare et manifestement précieuse et les temps difficiles, le prix allait être en adéquation avec le danger. Peu importait ! Tant que tout était fait et la fleur requise trouvée.  

Et tout ceci pourquoi ? Pour sa Sirène, voyons. Pour qui d’autre de toute manière ? L’acceptation faisait lentement son chemin en l’esprit de Cassidy, mais la douleur demeurait. Elle se maîtrisait suffisamment bien pour que le quotidien ne voie de sa souffrance silencieuse qu’un voile translucide, posé sur son visage en masque mortuaire, tant il était en permanence figé au risque de se tordre sous l’affliction. Peut-être parce qu’il savait quoi observer, Octave voyait en permanence les minces témoignages de son déchirement. Un jour, dans l’idée de lui apporter un peu de réconfort, était-il rentré dans sa chambre. Vide. Inspectant machinalement les lieux pour trouver les symptômes des mauvais traitements qu’elle s’infligeait -comme les cadavres de flacons vides de potions favorisant le sommeil sans rêves-, il était par hasard tombé sur quelque chose ayant accroché son attention. Dans un coin de parchemin, elle avait griffonné avec une application soigneuse, soulignant ainsi inconsciemment l’importance de ce mot, le nom d'une potion. Vitalisium. Le breuvage fut très apprécié à la fin du XIXème siècle, avec l’avènement allemand de la physique de l’esprit. Les mœurs devenant de plus en plus anthropocentristes, le Vitalisium gagna rapidement en popularité puisque son but était nul autre que la lucidité émotionnelle. En boire quelques goûtes vous permettait de mettre fin, selon vos efforts, à une profonde dépression ou à une névrose. Le breuvage remettait de l’ordre dans votre cœur, et était pour cela largement répandu dans les milieux privilégiés où la psychanalyse de comptoir fleurissait. Mais parce que son ingrédient principal était l’orchidée fantôme, plante déjà en voie de disparition à l’époque, son nombre décrût drastiquement avec l’arrivée de la psychologie moderne et le breuvage fut interdit au milieu du vingtième siècle pour permettre de faire revivre la fleur dans son milieu naturel. Beaucoup avaient fini par oublier l’existence du Vitalisium, son utilité étant exclusivement spirituelle et largement récréative. Autant que l’orchidée fantôme. Ce n’était pas la peine de se demander pour quelle raison Cassidy s’intéressai-elle à cette potion. Octave, après quelques hésitations, s’était dit que peut-être, s’il parvenait à lui trouver la fleur rare, la sienne parviendrait-elle à se sentir mieux et continuerait à s’épanouir comme avant… Et puis, en tant que potionniste, elle apprécierait également un nouveau défi de cette ampleur. Cette idée l’avait décidé à se procurer la denrée rare auprès de son apothicaire habituel…. Si seulement !


14 Octobre 1997, 20h30.

Ah, quel charmant endroit. Lugubre. Non pas joliment lugubre comme le serait une forêt enchantée baignée de brouillards, mais plutôt comme un mauvais film d’horreur à bas budget. Ou le premier cercle de l’enfer de Dante, si vous préférez, là où il fait le plus chaud. Plus vous vous enfonciez dans le canal veiné de noir, plus votre âme s’irisait des odeurs et des paysages qui composaient les divers tableaux de ces ruelles sinueuses -en supposant qu’ils soient peints par Erik Baumann. Parfois, c’était affolant de constater à quel point la lumière perçait mal ici, et les gens se perdaient en amas d’ombres difformes, se déplaçant comme des fantômes dans les ténèbres. Excellent environnement, à n’en point douter, pour se débarrasser discrètement d’un cadavre. D’ailleurs, l’on pouvait légitimement se demander si certains corps alcoolisés, allongés au sol ou adossés aux murs dans des positions improbables, n’étaient pas en fait sans souffle de vie.

Prudent, drapé de noir, Octave se glissait en globule sombre dans les artères du cartier magique le plus sinistre de Londres. Il ne savait guère si c’était dû à l’atmosphère étrange du lieu, mais les murs des ruelles semblaient avoir été récemment enduites dans toute leur étendue d’un gros plâtre épais et grumeleux que l’humidité constante de l’air avait empêché de durcir. A moins que ce ne soit de la crasse… Ne se penchant pas davantage sur la question, le bibliothécaire se contentait de glisser en ombre invisible dans cet endroit qui ressemblait à une énorme cave mal entretenue. Une poignée de Mangemorts le croisèrent sans le reconnaître, quelques rafleurs, mais surtout un public aussi large que varié de gens, les uns plus curieux que les autres. Ils se tassaient tous ici en saleté qui s’accumule sur le filtre des égouts, nimbés par une lumière lugubre d’une nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, à respirer les puanteurs qu’eux-mêmes dégageaient. Et tout stagnait, semblant ne jamais évoluer dans aucune direction que ce soit. Sous ses pieds, le pavé se déroulait toujours avec la rectitude d’une jetée s’enfonçant dans l’embrun aveugle des ténèbres. Pourtant, Octave s’y sentait bien, presque à l’aise. Il marchait énergiquement, sur un chemin creux qui s’enfonçait entre deux maisons étroites, contournant les ivrognes qui avançaient en titubant et les autres anonymes qui glissaient comme des ruisseaux entre les rochers, sans faire de bruit. A droite, bientôt, il y eut une petite palissade, quelque mur de grosses planches fermant l’arrière-cour d’un bar à peine éclairé par une poignée de bougies. Un talus de terre sèche et stérile s’élevait à gauche, surmonté d’un pignon confus et d’une vision en contrebas de toitures d’ardoise basses et uniformes, presque sans couleurs. Bien vite, Octave s’enfonça à nouveau dans le dédale de ruelles, poursuivant sa route jusqu’au lieu du rendez-vous. Bientôt, entre deux murs étroits, en relief dégradé de gris, il vit une silhouette aux cheveux en bataille et à au visage au moins aussi barbu que le sien. Malgré son air quelque peu renfrogné, il semblait jeune. Ralentissant sensiblement son pas pour manifester son intérêt, Octave balaya du regard les alentours pour s’assurer qu’il n’y avait personne d’autre dans les parages. D’un geste sec, sourire doucereux aux lèvres, il fit tinter les Gallions qu’il avaient apporté dans la poche de son manteau, sachant que cela allait probablement faire saliver le contrebandier de pacotille.

« Est-ce que tu as ce que je veux ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

[14 Octobre 1997] - Le premier cercle.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» Gazette d'Octobre 1997» [6 octobre 1997] Y'a quelque chose, dans son regard... (Ft. Lina)» Récit du premier voyage de Sa Majesté en Araucanie» Haiti-Premier ministre :Il s'appelle Ericq Pierre !» Le premier ministre Michèle Pierre-Louis au mini-sommet économique de Punta Cana
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: ANGLETERRE :: L’allée des Embrumes-