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Tell me pretty lies [17 octobre 1997]

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SERPENTARD5ème année
    SERPENTARD
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MessageSujet: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Mar 28 Mar 2017 - 4:43


17 octobre 1997
Un lourd silence planait dans l'air, alors que le soleil commençait peu à peu à donner pour signe que l'espoir avait encore sa place entre les murs de Poudlard. Quelques rayons d'espérance étaient apparus ici et là, percutant tout ce qu'ils pouvaient bien atteindre, mais Leslie ne faisait pas partie de ce qui pouvait être illuminé. Aucune chaleur ne traversait ses veines, aucune brillance parcourait ses prunelles innocentes. Son corps était glacial, inhabité et hors de ce que nous avons toujours cru comme étant; vivant. D'apparence, il semblait mort. Il avait fini par se relever il y a peu, le regard vide et le corps encore douloureux et pris de spasmes nerveux. Le sang avait taché sa peau et derrière son apparence délavée, une odeur d'urine traînait encore. Il était resté au sol durant une période indéterminée, à écouter les derniers sanglots s'éteindre et rejoindre les ténèbres, jusqu'à ce qu'il se laisse de lui-même tomber. La noirceur avait quelque chose d'apaisant, car il lui était impossible de voir ce qu'il y avait devant lui. Obstrué à devoir subsister qu'en voyant sa propre personne, il n'avait plus à devoir supporter la souffrance des autres. Mais, pour tout dire, il n'avait plus conscience de ce qu'il lui était arrivé et le réaliser en cet instant lui était simplement impossible. Son état qui était similaire au somnambulisme était une façon pour lui de ne pas perdre le contrôle et de, par conséquent, faire une crise. D'ailleurs, son attention restait figée vers l'avant et sans qu'il ne sache pourquoi et sans même qu'il ne se pose la question, il s'avança dans l'ombre. Où allait-il ? Comment faisait-il pour bouger ? Était-il vraiment là ? Non, Leslie n'était plus, mais son subconscient avait pris le dessus. Un message précis avait été enregistré dans sa mémoire, depuis qu'il s'était redressé. Il devait aller là où tout irait mieux, là où il pouvait comprendre et accepter la réalité, aussi horrible soit-elle. Il n'y avait qu'un seul endroit qui pouvait lui apporter la paix et la force de pleurer pour lui, pour Amelia et pour tous ceux qui, comme lui, avait eu droit à la punition. Ainsi, il se retrouva face aux portes de la bibliothèque, deux portes massives et certainement barrées. Elles semblaient impossibles à franchir, ce qui eut pour effet de lui couper le souffle, pendant qu'un horrible frisson de solitude le traversait. L'inquiétude montait, mais en apparence, son visage était encore inanimé et dépourvu d'expression.

L'atmosphère devenait étrangement sinistre autour de Leslie. Tout en regardant le sol, il recula d'un pas, de deux pas, trois, quatre... Il ne se retournait même pas pour voir ce qu'il y avait derrière. Il ne faisait que se distancer, finissant par courir pour foncer contre l'entrée et s'écrouler au sol, car oui, les portes s'ouvrirent. Était-ce un miracle ? Non, ce n'était qu'un petit cas exceptionnel, puisque l'agitation avait attiré l'attention du bibliothécaire et que, pour une raison inconnue, l'adulte avait oublié de refermer le tout en revenant à sa chambre, s'il était encore bien là. Leslie, de son côté, n'avait aucune idée de la raison pour laquelle les portes s'étaient ouvertes, mais cela le porta directement à s'imaginer que les Carrow étaient passés par là et que, sans doute, Holbrey était aussi blessé. Scénario pour le moins impossible et insensé, mais la panique pouvait faire bien des choses. Il recommença alors à trembler, essayant aussi de se lever pour continuer d'avancer. Cependant, il retombait sans cesses, par manque de force ou de courage, impossible de le savoir.

Ses pieds et ses mains claquaient contre le sol froid, mais l'adolescent se ne souciait pas du bruit qu'il pouvait émettre, malgré l'heur et tous les inconvénients que cela pouvait avoir. Après tout, il était sans doute interdit pour lui d'être là. Enfin, la seule chose qu'il avait en tête, c'était le regard joueur et mesquin d'Octave. Tel un enfant désirant de revoir sa figure maternelle, chose qui le soulagerait de toutes ses peines, Mathewsen voulait entrevoir le visage de l'adulte. Et il ne voulait pas de ce regard séreux, celui qu'il avait pu lui démontrer lors de leur dernière rencontre qui s'était terminé dans de drôle de conditions. Non, il voulait retrouver les moqueries, même si cela pouvait être déplacé en cette situation de pure souffrance. Au même principe que de faire une blague à quelqu'un qui n'est tout simplement pas apte à rire, Leslie voulait être le malade qui rigole malgré lui, malgré la vie et tous les soucis qui peuvent survenir sans prévenir. Il voulait revoir l'homme qu'il avait frappé de ses deux petites paumes, l'adulte intrépide et impossible à prévoir. Il n'y avait que lui. Lorsqu'il arriva face à la porte de la chambre, il ne cogna qu'une seule fois, pour ne pas dire qu'il était tombé contre l'accès, s'appuyant dessus avant de toquer à nouveau. Les genoux contre le sol, son souffle s'accéléra bien vite, trop vite... Il perdait peu à peu le contrôle qu'il avait réussi à avoir durant cette courte période de temps. Ce qu'il avait vécu dans la Grande salle le frappait en quelques flashs. Ce qui le heurta le plus, ce fut les cris qu'il croyait entendre, alors qu'il n'y en avait aucun. Il posa ses paumes contre ses oreilles, frappant de son front contre la porte pour essayer d'être entendu. Puis, un bruit sourd provenant de la bibliothèque l'arrêta et le guida dans une angoisse mortuaire. Toutes choses devenaient une menaça, comme quoi la paranoïa venait de trouver sa place. De peur, il avait encore arrêté de respirer puis, lorsque le bruit se fit entendre une deuxième fois, il recommença aussitôt à frapper contre la porte, paniquant comme si un doloris allait à nouveau lui était lancé.

- Oc-Octave ! S'il te plaît, ouvre la porte, je t'en supplie, je t'en supplie Octave. Ouvre la porte, j'ai besoin de toi, s'il te plaît ! Me laisse pas, ouvre la porte... pitié. Il parlait vite, sans crier, parce qu'il avait peur d'attirer l'attention. Les larmes coulaient contre ses joues et il haletait tout en s'étouffant dans sa propre terreur. À nouveau, il agonisait.

 

_________________
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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Jeu 30 Mar 2017 - 2:39

Vous n’aviez jamais remarqué que lorsque le réveil sonne, l’on ne sort pas de ses songes avec la conscience d’entendre le bruit ? C’est l’inconscient, voyageur libéré de la nuit, qui entend l’alarme et vient sortir l’esprit de sa torpeur. C’est ainsi que d’abord la conscience émerge et vient transcender la réalité, avant de prêter attention à ce qui vient d’interrompre la quiétude. Quiétude toute relative avec Octave, la qualité de son sommeil n’étant en rien un mystère. Ses paupières s’étaient ouvertes comme une lumière que l’on allume. D’ailleurs, il avait eu l’impression qu’on lui avait aboyé dans l’oreille, état de fait qui lui rappela ses nuits agitées sur des terrains en guerre, lorsque c’était une explosion de mortier qui vous jetait dans la réalité. C’est donc par reflexe qu’il s’était tendu sous ses draps, attentif à son environnement, essayant de comprendre ce qui avait bien pu le réveiller avec une telle violence, d’autant que le silence s’était installé avant même qu’il n’ait pu se rendre à l’évidence de quoi que ce soit. Une onde de choc raisonnait dans ses oreilles et ce n’était pas bon du tout. Presque au pas de course, il s’était tiré du lit et précipité vers la porte de sa chambre, qu’il ouvrit. Toujours rien. Ah, si. Au loin, dans un écho strident, il perçut « Quoi alors !! ». Tendant l’oreille et s’arrêtant de respirer, Octave tenta d’entendre la suite, qui manifestement s’était réfugiée dans un murmure un peu plus approprié pour une heure si avancée de la nuit. Il aurait parié sur un tremblement de terre, un réacteur d’avion sur le point de décoller, ou carrément une détonation de C-4. Les suggestions lui étaient venues par l’adage de l’habitude, mais vu l’endroit où il se trouvait, il ne pouvait s’agir que de magie. Mieux encore, un déferlement de colère en plein milieu de la nuit de la part de deux sorciers. Alors que la compréhension de la profonde médiocrité de la situation lui advenait, l’adrénaline quittant son corps, Octave se sentit particulièrement épuisé. Physiquement ou moralement, va savoir, mais il y avait de quoi s’exaspérer d’un remue-ménage inutile. Claquant de ses talons nus sur le sol de pierre, il avait traversé la bibliothèque pour s’assurer des dégâts, savoir s’il pouvait aller se recoucher ou si le château entier allait être éveillé de force. Un coup de baguette magique plus tard, les lourdes portes s’étaient ouvertes.


L'Armée de Dumbledore n'est pas morte ! La lutte continue ! Résistez ! Battez-vous !

POTTER AVEC NOUS !


Octave relut l’inscription au moins quatre fois, n’étant pas certain de comprendre. Quelque part à sa gauche, une exclamation raisonna, à peine audible : « Parfaitement. Ce soir… vieille ruine… ma… sœur…allons enfin... nous amuser. ». Le bibliothécaire voulut soupirer, mais ce fut une sorte de grognement de gorge qui ressortit. Les Carrows, qui d’autre pour mettre un foutoir pareil pour si peu. Ils n’étaient pas dupes, ils savaient bien qu’il y avait de l’opposition au sein du château. Bien sûr, en tant que bons représentants du régime totalitaire, ils se devaient de faire taire les coupables, les punir en place publique. Octave se sentait déjà exaspéré rien qu’à l’idée du bordel qu’ils allaient foutre en menant leurs investigations. C’aurait été tellement plus simple et efficace d’effacer l’inscription et faire comme si rien ne s’était passé. Prétendre que l’ennemi n’avait aucun impact était bien plus efficace que de le combattre ouvertement. Psychologiquement parlant, bien entendu. Et on savait qu’à un si jeune âge, il n’y avait rien de plus radical qu’un bon lavage de cerveau à la source. Réduire toutes les espérances au néant en les étouffant avant qu’elles n’aient eu le temps de naître. Un bon coup de chiffon, et personne n’aurait été au courant, à part les coupables. Maintenant, l’entièreté du personnel et des étudiants allait être au parfum, et l’esprit de rébellion, même réprimé, allait grandir d’un tel exploit. M’enfin, qui était-il pour discuter cela ; un simple bibliothécaire. Donc il pouvait se permettre d’aller dormir. Refermant la porte sans grande conviction, Octave ne prit même pas la peine de remettre un sort pour la bloquer complètement. Statistiquement parlant, plus rien n’était censé arriver dans les environs, à moins qu’il ne s’agisse du triangle de Poudlard, auquel cas il n’y avait rien à faire non plus contre la fatalité. C’est donc débordant de déterminisme qu’Octave s’était enfoui dans le creux de ses draps, s’enroulant dedans comme un œuf dans une crêpe bretonne. Il n’avait vraiment pas envie ni de savoir, ni d’être le témoin de ce que les rejetons d’un couple consanguin comptaient faire. Il savait d’avance que ça allait soit être très barbare, soit très stupide, et encore plus probablement les deux à la fois. C’est donc l’esprit tranquille qu’Octave se rendormit, fuyant consciencieusement une réalité dont il ne voulait pas entendre parler, comme l’on ne voudrait pas lire un torchon journalistique pour ne pas s’énerver.

Pour le coup, il était parvenu sans grande difficulté à déterminer ce qui l’avait réveillé. Le tambourinage contre la porte, c’était toute sa vie. Pour ainsi dire, on le réveillait quasiment tout le temps comme ça, à coup de pied ou de poing contre du bois. Il n’avait même pas pris la peine d’ouvrir les yeux. Non, non, rien n’était arrivé, c’était une hallucination, son cerveau devait s’éteindre et continuer à dormir. Qui plus est, ce ne pouvait pas être un hasard, le déroulement des évènements montrant bien souvent que si quelque chose advenait, tout ce qui s’en suivait par la suite dans la même zone n’était qu’une suite logique et intenable. Comme les cercles à la surface d’un lac après la chute d’une goutte d’eau. Alors, ce martèlement contre la porte ne pouvait qu’avoir un lien avec les Carrows, de manière éloignée ou non, et Octave n’avait pas envie de s’en mêler. Repartez, qui que vous soyez, je suis descendu à Pré-au-Lard et j’y suis encore, complètement bourré dans une Taverne, se disait-il comme si cela avait le don de rendre l’histoire réelle. Et pendant qu’il s’inventait ce mensonge, essayant de s’en convaincre, le silence était revenu. Pas pour très longtemps, car l’instant d’après le bruit reprit et il était différent, comme si on tapait la porte avec quelque chose de plein, ce qui faisait vibrer le bois plus que raisonner l’air. Octave ouvrit brusquement ses paupières lorsque les lamentations, partiellement incompréhensibles, lui parvinrent en un gémissement plaintif et étouffé. Soudain tendu, il se releva, constata rapidement l’heure -cinq heures trente environ-, avant de rapidement enfiler un t-shirt et un jean. Ayant allumé la lumière pour parfaire l’éclairage morose d’un soleil matinal on ne peut plus gris, Octave ouvrit la porte sans réfléchir davantage à ce qui pouvait bien se trouver derrière.

La lumière orangée des bougies, mélangée à celle plus terne de la nature filtrant par les carreaux de la fenêtre, se posèrent sur un visage humide, faisant mollement scintiller les chemins de larmes. Sous la surprise, Octave s’immobilisa, main sur la poignée et yeux légèrement écarquillés, l’air vaguement perplexe. La respiration de l’adolescent sifflait dans ses oreilles. Des croûtes de sang coagulé couraient sur son cou, qui semblait alors voilé d’un mouchoir rouge en dégradé tant les traces étaient diffuses, mouchetant parfois la peau que l’on devinait blanche de poussière carmin. De ses mains sales, Leslie s’était visiblement touché le visage, car des empreintes de doigts et des tâches de sang pâteuses recouvraient son visage aux yeux bouffis. Octave considéra d’abord cette vue en silence, le temps que son esprit trouve des explications à un tel état lamentable, mais pas grand-chose ne venait à l’esprit à part une maltraitance ordurière. Quelque chose d’horrible était arrivé, peut-être pour la première fois de sa vie. Octave s’était finalement penché pour mieux voir la figure de l’adolescent, distinguer les vraies blessures des fausses et évaluer les dégâts, mais eut une crispation involontaire. Un spasme de dégoût traversa son visage avec la célérité d’un éclair alors qu’il reconnaissait l’odeur de l’urine et celle plus forte encore de l’acide gastrique. Le geste étant plus instinctif que volontaire, Octave se pencha quand même sur l’adolescent, inspectant son visage. Les sourcils froncés par l’application, du bout des doigts, il souleva les mèches engluées de cheveux noirs, observant le front humide qui n’était visiblement pas blessé, simplement recouvert de trainées ensanglantées laissées par une tentative de s’essuyer peut-être. Les mains du bibliothécaire descendirent alors vers le menton, qu’elles soulevèrent délicatement pour laisser la lumière tomber sur les profondes griffures. Il sentit les larmes couler sur ses doigts et regarda enfin Leslie dans les yeux, soulagé d’une certaine manière que le corps ne soit pas en si mauvaise état qu’il en avait l’air.

Ne souhaitant pas accabler davantage le jeune homme d’un regard empli de pitié, ou pire, d’un sourire sans à propos, Octave garda une allure imperturbable, les lèvres tendues et le regard dissimulé dans l’ombre de son front penché, où seule une bienveillance voilée illuminait le fond de son œil noir. Le beau teint sans nuances de Leslie avait pris le teint pâle et transparent d’une rose blanche d’hiver et l’ovale de ses joues avait maigri. Ses yeux continuaient à pleurer de honte ou d’angoisse et à chaque aspiration sifflante, il donnait l’impression de suffoquer, gémissant dans un murmure entre ses lèvres sèches. Il semblait sur le point de tomber et de se ramasser sur soi. Des sanglots étouffés emplissaient le silence au rythme d’un souffle désordonné et laborieux, et tous deux soulevaient le petit corps de Leslie, le faisant bondir en d’incontrôlables soubresauts et spasmes, nourris par un chagrin intarissable. Voyant cette souffrance baignée par une vague qu’elle ne pouvait combattre, Octave saisit avec force les épaules du garçon de ses deux larges paumes, serrant de ses doigts sur le tissus imbibé d’une moiteur froide. En même temps, il colla son front contre celui de Leslie, ferma démonstrativement les yeux pour inviter l’adolescent à en faire de même et se mit à aspirer l’air en de longues goulées exagérées. Ses épaules se soulevaient dans un rythme calme et apaisé, et il cherchait à imposer la même cadence aux gémissements confus du garçon.

« Respire… Calme. C’est derrière-toi maintenant. Respire… »

Octave exhala par la bouche avant d’aspirer à nouveau par le nez et ouvrit les yeux, fixant Leslie avec détermination, concentrant toute son attention sur lui. Finalement, ayant jugé que l’exercice avait assez duré, il se recula légèrement tirant doucement Leslie sur soi pour le faire entrer dans a chambre. Là, il se redressa complètement et, continuant à lui serrer les épaules pour ne pas rompre complètement le contact, Octave demanda :

« Qu’est-ce qui s’est passé Leslie ? Si tu veux que je t’aide, il faut que je sache ce qui ne va pas. »

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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Ven 2 Juin 2017 - 17:13


17 octobre 1997
L'absence le bordait dans un éternel recul, un recul qu'il avait aux profondeurs de lui-même, comme si son esprit restait éloigné du corps physique, alors que son être continuait à combattre pour une raison inconnue. Pourquoi faisait-il cela, pourquoi pensait-il cela et pourquoi était-il là ? Toutes ces questions superficielles devenaient incertaines, comme s'il avait oublié de lire un chapitre sur sa vie. Une partie de son âme était encore prise du passé, à se redresser et se lever pour rejoindre la chambre d'Octave, alors que physiquement, il y était déjà. Pourtant, il n'avait pas l'impression d'y être arrivé, d'être là et bien en vie. C'était à se demander s'il était sûr d'être lui. Et malgré toute l'agitation qui se faisait ressentir, il arrivait quand même à se demander ce qu'il lui arrivait. Au-delà du mal-être, la conscience recherchait ses réponses. Peut-être se s'aurait-il mis une gifle au visage, s'il aurait pu faire face à ce qu'il offrait au bibliothécaire, puisque derrière ses yeux humides et ses irréfutables tremblements, Leslie se criait de se calmer et de reprendre le contrôle. Cependant, cette voix aussi raisonnable que sage était bloquée par quelque chose d'encore plus puissant et incontrôlable, une panique intense qui le portait dans un souvenir qu'il préférait oublier. D'ailleurs, il avait supprimé certains passages, ce qui allait créer en lui un futur déni. Les informations le traversaient sous des vagues incompréhensibles. D'une part, il revoyait Amelia, sans comprendre pourquoi il pensait à elle. Ensuite, il revoyait Cliff, avant d'arriver au bibliothécaire. Puis, en finale, il décida de se concentrer que sur la douleur qu'il ressentait, car seule celle-ci lui semblait véritable. Après quoi, il se calmait un peu, jusqu'à ce que la panique revienne faire son tour en vue de l'importance qu'il accordait à sa souffrance. Il n'y avait plus rien de constant, que ce soit ses sentiments, ses pensées ou sa mémoire qui, encore une fois, se faisait sélective. Tout lui venait d'un coup. Ses intentions le quittaient aussi rapidement qu'ils arrivaient. En bref, il n'était plus apte de prendre des décisions par lui-même.

Ne faisant même plus la différence entre le rêve et la réalité, Mathewsen se perdit dans un vide. Emporté par le courant violent de deux océans qui se frapperaient l'un contre l'autre, il eut pour impression qu'il était en train de mourir sur place. La pression était si forte, serrant son coeur au point qu'il étouffa. Puis, d'un seul coup, les marées s'arrêtèrent et il fut tiré de l'eau par deux larges paumes qui se posèrent contre ses épaules pour le guider vers cette ordonnance qu'était celle de prendre l'instant présent pour en faire un moment d'apaisement. La voix d'Octave fit barrière aux ténèbres et le repos s'annonça. L'approche de l'adulte porta le sorcier à vouloir se débattre, mais il n'en fit rien, parce qu'il savait qu'il n'avait rien à craindre. Il entrevoyait Octave comme un ange, l'être suprême qui ne peut qu'apporter le bien et détruire l'obscurité. Si son imagination le lui aurait permis, il aurait sans doute vu briller l'homme dans le noir, tant son désespoir était puissant. Enfin... D'abord apaisé, sa respiration fut la première à se laisser guider par le renouveau. Renouveau ? Disons plutôt; un rafraichissement. Au même principe que lorsqu'on apporte de la salive dans une bouche sèche. Cela ne change pas grand-chose, si ce n'est qu'une simple satisfaction et elle était le bienvenu. Après avoir levé les yeux vers Octave, Leslie ferma ses paupières et dressa ses mains pour agripper le moindre morceau de tissu, d'une poigne qui se voulait incassable. Non, il n'avait pas pour intention de s'éloigner de lui, trouvant en sa présence un remède contre tous les problèmes de ce monde. Il inspira profondément, expirant avec mal, mais l'effort y était. Il fit cela à quelques reprises, se calmant peu à peu, jusqu'à ce que cette question soit posée;

« Qu’est-ce qui s’est passé Leslie ? Si tu veux que je t’aide, il faut que je sache ce qui ne va pas. »

Son souffle se coupa et une nouvelle vague le percuta, contre son gré. L'adulte le forçait à retourner là où il ne voulait plus jamais être. Quelques flashs surgirent, mais il bloquait de lui-même les informations, par peur de revivre ses souvenirs. Peu à peu, ses tremblements refirent surface et il ne put s'empêcher de se mettre à regarder partout autour de lui en soufflant des phrases incompréhensibles. Son esprit voyageait dans divers idées passagères. Il voulait partir du château, s'installer quelque part avec Octave, ne jamais revenir. Ou pourquoi pas s'enfermer dans la chambre ? Aller voir Amelia ? Non... Il se voyait déjà quitter le lieu, comme quoi plus rien n'avait de sens dans sa petite tête. Il ne lâchait plus le bibliothécaire, malgré son agitation. D'ailleurs, il se rapprocha davantage, le souffle court. C'était l'heure d'essayer de prendre une décision. D'une voix fragile et rapide, il se mit à souffler ce qu'il avait en tête; - Il faut partir... Ils faut partir, maintenant. Maintenant ! Okay ? Okay. Il faut partir, s'il te plaît. On s'en va, on va loin d'ici. Je veux partir Octave, je veux juste partir. Faut qu'on sorte, reste avec moi. Sortons d'ici, maintenant, maintenant, maintenant. Tout de suite, il faut y aller. Il tira Octave, cherchant et le faire sortir, mais ses propres mouvements n'avaient pas de sens particulier, au point où il était impossible de savoir s'il cherchait à partir ou à rester. Autant il tirait l'adulte vers lui, autant il le poussait vers la sortie. Et puis, le pire était à venir. À force de prendre du temps à essayer de sortir, il changea complètement d'idée, d'un seul coup et désira plutôt s'enfermer dans la pièce. Il ne voulait pas se remettre en danger et entre ces murs, il avait un sentiment de sécurité. Enfin, était-ce les murs ou Octave qui lui apportait cette sureté ?  

- Faut, il faut bloquer la porte ! Ils, ils vont venir. Ils... s'il te plaît, bloque la porte et partons. Il faut partir, il faut... Il faut, il Il s'étouffa par angoisse, répétant  les mêmes mots, les mêmes phrases, les même idées et cela sans réussir à se calmer, alors qu'il savait que ça n'avait aucun sens. Et alors que sa panique était au plus haut niveau, il se relâcha enfin et alla s'écraser contre l'adulte. Il tenait à recommencer du début. Inspirer, expirer... Il laissa un silence englober la chambre puis, il redémarra. - Ils ont attaqué tout le monde... Les autres... ils agissaient comme des animaux, deven.. ils sont devenu de la glace... Ils criaient tous. Ils cri-criaient tellement fort... J'ai voulu... je ne sais plus. Je ne sais plus... Amelia... Je... Je suis désolé, tellement désolé... Il glissa ses bras autour d'Octave, le serrant avec le peu de force qui lui restait. - Je veux que ça s'arrête, je veux seulement que ça s'arrête. Octave... Fait que tout s'arrête. S'il te plaît... Reste avec moi. Et ce fut l'heure de pleurer, mais surtout, d'évacuer le surplus d'émotions une bonne fois pour toute.  
 

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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Jeu 8 Juin 2017 - 22:05

Le voilà, le beau visage de la tyrannie, se reflétant dans des yeux infiniment effrayés et qu’une main de pouvoir avait puni pour rien. Les mêmes yeux que ceux imprimés sur du vieux papier granulé, presque cartonné, écorné aux coins à force d’avoir été trop regardé, et qui vous faisait regretter la guerre et l’horreur qu’elle parvenait à mettre dans les esprits des gens. Dans ces jeunes visages qui n’avaient jamais connus la cruauté sans considérations. Celle qui se moquait de votre état d’âme, de vos intérêts et de votre famille, qui châtiait sans distinction et était aveugle à la souffrance. Elle se nourrissait de chaque instant de peine, de chaque larme et de chaque goutte de sang versée parce que tel était son but. Des yeux qui vous faisaient oublier la belle bravoure du combat, l’honneur et la gloire d’une victoire, les médailles du courage… Les yeux d’une douleur qui n’avait aucun sens et qui naissait sous une violence qui punissait pour des vertus, ou des choses que personne ne pouvait changer. Des yeux qui souffraient d’exister. Il était plus simple de vivre lorsqu’on savait d’où venaient les problèmes et les sources de tourmente, que de se dire que peut-être, les déchirements pouvaient advenir sans avoir de raisons tangibles. Si quelque chose n’allait pas, cela voulait nécessairement dire que quelque chose avait mal tourné quelque part, n’est-ce pas ? Et bien il s’avérait que parfois, non, ce n’était pas le cas. Les choses n’allaient pas comme on voudrait juste parce que c’était comme ça. Parce que tout ne dépendait pas de nous-même et qu’on se retrouvait parfaitement impuissant face à ce qui est plus fort que nous. Enfin… plus fort. Ce qui nous impressionnait en tout cas, nous faisait peur. Non seulement la souffrance de Leslie était sans origine ni raisons qui avaient de la valeur, mais en plus elle l’avait mis en face de sa propre faiblesse et complète incapacité à y réagir. L’un de ses enfants avait-il tenté de se défendre ? De foncer sur les Carrow pour tenter de leur asséner un coup, ne serait-ce que par principe, même sans la certitude du succès ? Ou était-ils tous restés plantés comme des asperges dans la terre, à attendre qu’on les cueille pour les détruire ?

- Il faut partir... Ils faut partir, maintenant. Maintenant ! Okay ? Okay. Il faut partir, s'il te plaît. On s'en va, on va loin d'ici. Je veux partir Octave, je veux juste partir. Faut qu'on sorte, reste avec moi. Sortons d'ici, maintenant, maintenant, maintenant. Tout de suite, il faut y aller.

Le petite Johnny s’accrochait si désespérément à ses bras, pesant de tout son poids, qu’Octave eut presque du mal à se maintenir debout soi-même. Les gestes désordonnés du jeune homme le tirèrent abruptement vers la porte, avant de se raviser, puis de tirer à nouveau sur le tissu de son t-shirt, ne sachant dans quelle direction courir tant le danger semblait être partout. Ravalant difficilement la bile qui était montée devant ce spectacle qui lui fendait le cœur, Octave finit enfin par reprendre ses esprits, s’immobilisant définitivement alors qu’il essayait de retenir Leslie sur place, l’empêchant de s’agiter davantage. Il n’avait rien à lui dire ! Comme s’il y avait quelque chose à dire qui aurait pu rendre cette situation plus supportable. Cassidy était un esprit lucide, il y avait toujours quelque chose à dire pour la remettre sur les rails, mais Leslie… Leslie était d’une innocence déchirante, tragique, fragile. Une belle innocence comme on n’en trouvait plus, nulle part, et qui était d’autant plus précieuse qu’elle avait survécu à des heures sombres. Du moins, jusqu’à maintenant. Il venait peut-être de vivre ce qui avait brisé sa candeur pour toujours. Comment allait-il exister maintenant, dans un monde qui ne l’avait épargné en rien ? S’il ne décidait pas à se relever, il risquait de ne plus jamais pouvoir faire face à la réalité. Continuant à suffoquer, l’enfant se réfugia définitivement entre les bras mouchetés de taches de rousseur, qui ne savaient plus où se mettre, ni quoi faire pour calmer l’orage. Le laisser pleurer tout son soûl ? L’abandonner dans une litanie contemplative jusqu’à ce qu’il se rende par lui-même compte de l’absurdité de ses souhaits ? Le laisser se fracasser encore une fois contre le mur des impossibilités. Car il n’y avait pas d’échappatoire. Ou elle n’était qu’illusion.

- Je veux que ça s'arrête, je veux seulement que ça s'arrête. Octave... Fait que tout s'arrête. S'il te plaît... Reste avec moi.
Avec force, Octave enserra le petit corps blotti contre son torse, qui pourtant était presque plus grand que lui, mais que la peine et la souffrance avait recroquevillé sur lui-même. Un soupir secoua ses narines ciselées.
« D’accord, on part. Se barricader ici ne servirait à rien, à moins que ma chambre ne soit un abri antiatomique. Alors on quitte le pays. On transplane ensemble aussi loin que je puisse me souvenir. L’Australie. Ca te va ? Madagascar. Il n’y a pas beaucoup de sorciers là-bas. C’est très loin d’ici. Je t’emmène où tu veux. Je te mets en sécurité… Mais après Leslie… Après, il faudra que je revienne. »

Lentement, il recula sa tête, se défaisant doucement de l’étreinte du jeune homme, sans pour autant le lâcher, et regarda le relief apeuré de son visage blafard. Encore, il le confrontait, peut-être trop tôt. Mais Leslie quémandait des solutions, des réponses ; quelque chose qui l’aiderait à se sortir de cette situation. Octave n’avait rien de rassurant à dire, aucune solution à donner, ni de réponse rassurante. Ou si c’était le cas, c’est qu’elle était vague, fausse et toute faite. En somme, quelque chose que l’on disait simplement pour faire plaisir. Un mensonge réconfortant aurait-il était plus salutaire pour lui ? Du moins pour l’aider à s’en sortir, à remettre les idées en place… Mais honnêtement, Octave n’y croyait pas un instant. Redonner de l’espoir en servant une facétie n’allait que l’enfoncer davantage le jour où Leslie découvrirait la supercherie. Oui, Leslie, tout ira bien, tout s’arrangera, ta souffrance a de la valeur. Alors Octave s’adressa au cœur tendre avec méchanceté :

« Tu vas fuir. Qu’adviendra-t-il de ta famille ? De ton père, qui travaille au ministère ? Une fois loin, tu crois que tu arriveras à oublier d’où tu es parti et pourquoi ? De ceux que tu as laissé et qui comptent sur toi ? Si oui, je veux bien t’emmener aussi loin que possible. Mais une fois que tu seras en sécurité, je t’y laisserai, parce que dorénavant il n’y a des gens dont je suis responsable ici. Je ne peux pas partir… »

Doucement, Octave lui caressa la tête, passant ses doigts entre les mèches moites et désordonnées, frôlant de ses phalanges la tempe fraiche et humide de larmes du garçon.

« Je ne peux pas partir et toi non plus, tu ne devrais pas. Fuir ne mettra pas fin à la cruauté de ceux qui t’ont injustement blessé, ni ne ramènera la tranquillité dans ton cœur, ou ceux que tu vas laisser derrière toi. Mais si tu le veux, je le ferai, je te mettrai en sécurité, là où personne ne t’atteindra, où personne ne te touchera. Mais jamais plus tu ne vivras comme si ce jour n’avait pas existé. Tu veux un Oubliettes ? Je t’ensorcèle, et je t’emmène loin, et tu oublieras tout. Je peux arranger ça. Leslie, c'est ce que tu veux ? »

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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Mar 14 Nov 2017 - 2:45


17 octobre 1997
Il est difficile d'apporter réconfort à celui qui succombe de ses épreuves. Au-delà des barrières, certaines convictions se bercent dans le néant. Elles chantent qu'il est impossible de faire naître le réconfort de par la force. Et pourtant, pris entre le froissement de sa chemise humide, une douceur résultant d'une puissance prononcée percuta de plein fouet Mathewsen. Les barrières tombèrent et il remonta à la surface. Une surface ? Serait-elle celle d'un océan ou celui d'un ciel se proclamant éternel ? Voyons, ce n'était ni un, ni l'autre... Cette surface inconnue, blanche comme la neige et froide comme la mort était celle de la compassion. Inexistante, dirons-nous, puisque le Serpentard n'était pas de ceux qui pardonnaient le sang, les origines ou même les valeurs de tous ces êtres humains qui s'affirmaient être différents. Même le silence pouvait l'écoeurer, le forçant à cracher sur ceux qui se noyaient déjà. Idiot... Ainsi, il fut le premier à descendre, invitant de lui-même le karma d'un lendemain plus difficile. Mais toutes les épreuves l'aveuglaient davantage, car venaient de sa peur la stupidité. Un pion déjà mis en échec, voilà ce qu'il était. Et maintenant, il se voyait en eux, en tout ceux chez qui il avait entrevu une différence qu'il avait jugée être immonde. Un regret lui monta à la gorge. Où était donc son orgueil pour supprimer ce ressentiment ? Oh, elle était collée à lui, dans un mélange de sang et d'urine. La blancheur se changea et les odeurs nauséabondes le ramenèrent sur Terre. Un froid le fit frémir l'espace d'une seconde puis le tout s'estompa sous cette chaleur mystique provenant de l'adulte qui le serrait. Octave Holbrey... Octave... Holbrey... Le fameux bibliothécaire. C'était lui son réconfort, mais l'adolescent le méritait-il ? Leslie Mathewsen, enfant prodige de l'autodestruction. Il explosait si bien, ce fut au point où tout le monde y passait. Haïssez-moi, s'il vous plaît, c'était ce qu'il semblait réclamer. Et malgré la demande, son visage de porcelaine, son sourire peu sincère et ses larmes réussissaient tout de même à ramener devant lui les derniers survivants. Oh, ils étaient tous loin devant lui, mais ils étaient là. Alors, Leslie revenait armée auprès d'eux, de ceux qui le chérissaient le plus. Imbécile... Le comportement est une lame plus tranchante que les mots, mais nous ne pouvons les utiliser sans conséquence.

Un soupir, une secousse puis un échange suivirent; « D’accord, on part. Se barricader ici ne servirait à rien, à moins que ma chambre ne soit un abri antiatomique. Alors on quitte le pays. On transplane ensemble aussi loin que je puisse me souvenir. L’Australie. Ca te va ? Madagascar. Il n’y a pas beaucoup de sorciers là-bas. C’est très loin d’ici. Je t’emmène où tu veux. Je te mets en sécurité… Mais après Leslie… Après, il faudra que je revienne. »

À quoi cela sert-il d'aller ailleurs si nous y allions seuls ? Indépendant et si dépendant à la fois. Mathewsen était maître de rien, si ce n'était que de sa cupidité envers ce qu'il croyait être la perfection. Était-il possible d'atteindre le ciel d'une main, tout en gardant les pieds sur le champ de bataille ? Bien sûr que non. Ce monde était fait de sacrifiés et de survivants. Si Leslie voulait mettre sa paume contre le ciel, il allait devoir commencer par lever cette main, sa main. Pour subsister, il faut y mettre du sien. Octave, en tant que survivant, pouvait de ses cicatrices mener l'enfant vers ce ciel intouchable, mais de son retour il allait laisser cette âme retomber et retourner là où elle fut auparavant. Alors qu'était-ce donc cette volonté, celle qui poussaient les survivants à lever le bras dans les airs ? D'où venait-elle ? Le bibliothécaire se recula à peine, se redressant d'un geste qui força l'adolescent à lever les yeux.

« Tu vas fuir. Qu’adviendra-t-il de ta famille ? De ton père, qui travaille au ministère ? Une fois loin, tu crois que tu arriveras à oublier d’où tu es parti et pourquoi ? De ceux que tu as laissé et qui comptent sur toi ? Si oui, je veux bien t’emmener aussi loin que possible. Mais une fois que tu seras en sécurité, je t’y laisserai, parce que dorénavant il n’y a des gens dont je suis responsable ici. Je ne peux pas partir… »

Une caresse... Leslie se laissa guider par celle-ci, alors qu'au fond de son esprit, la surface froide de plus tôt se changea peu à peu, prenant des teintes par ici et par là. Le menton toujours relevé vers l'adulte, il fronça peu à peu des sourcils en comprenant les raisons pour lesquelles Octave se devait de rester parmi les survivants. La famille... Que faisait donc maman à cette heure-ci ? Est-ce que papa travaillait toujours aussi fort pour le ministère ? Et Amelia, est-ce qu'elle allait bien ? Avait-elle eu les soins nécessaires ? Les gens qui comptent sur lui... Qu'en était-il de Cliff, de Stevenson, de Lawford et d'Alconbury ? Mathewsen recula à peine à son tour, tombant presque sous ses démarches alors qu'il cherchait à s'éloigner. Il avait mal, mal là où il n'avait jamais eu mal auparavant. Des chaleurs l'enveloppèrent et il eut quelques difficultés à reprendre son souffle. Les couleurs continuèrent d'épouser la surface blanche qui, peu à peu, représenta ce précipice, le précipice qui le hantait. Il était constitué uniquement d'une pierre sombre, alors que l'eau qui l'attendait en bas était aussi opaque que du pétrole. Il pouvait presque entendre la marrer de frapper contre les rochers. De loin, il entrevoyait la tempête, celle qui avait été engendrée par ses nombreuses crises. Il se sentait attiré vers elle, mais s'il avançait, il tombait. Tomber et retomber encore, c'était tout ce qu'il avait fait durant les deux dernières années. Et il remontait sans cesse en se tenant à la pierre comme si elle était sa seule source d'espoir. Une pierre grise et sèche sur laquelle rien ne pouvait pousser. Rien... Rien ne pouvait vivre ici. Il n'y avait que la tempête. Mais, tout d'un coup, au moment même où il sentit qu'il allait encore succomber, le chant d'un oiseau l'interpela et il se retourna enfin. Les couleurs étaient derrière lui, laissant apparaître un naufrage de plaines ensoleillées. Le gazon prenait naissance à ses pieds, laissant ensuite naître aux fleurs et buissons. La brise était fraiche, et l'oiseau qu'il croyait avoir entendu s'était posé devant lui. De surprise, il cligna des yeux et Octave apparu. Il semblait plus grand, plus majestueux et envoutant, plus qu'il ne l'était déjà. Sa position n'avait guère changé, laissant alors la caresse poursuivre ses traces contre sa tempe.  

« Je ne peux pas partir et toi non plus, tu ne devrais pas. Fuir ne mettra pas fin à la cruauté de ceux qui t’ont injustement blessé, ni ne ramènera la tranquillité dans ton cœur, ou ceux que tu vas laisser derrière toi. Mais si tu le veux, je le ferai, je te mettrai en sécurité, là où personne ne t’atteindra, où personne ne te touchera. Mais jamais plus tu ne vivras comme si ce jour n’avait pas existé. Tu veux un Oubliettes ? Je t’ensorcèle, et je t’emmène loin, et tu oublieras tout. Je peux arranger ça. Leslie, c'est ce que tu veux ? »

Derrières d'innombrables arbres parsemés de lilas blanc, le petit Serpentard crut entrevoir des gens. Ils étaient tous là. Ses parents, Amelia, Miller et beaucoup d'autres. L'école complète semblait y être, mais sa famille et ses proches étaient près de lui. Tous, ils tendaient tous l'une de leurs mains vers le ciel, sauf Nathan qui lui, guidait sa paume vers son fils. Hallucination ou simple prise de conscience incarcérée dans un paysage métaphorique ? À vous de voir. Peu importait, car de cette idée, Leslie leva sa main à son tour. Ce ne fut qu'en refermant son poing que le tout disparut. Son mal, ses peurs ainsi que son envie d'oublier. Il serra des dents et inspira doucement pour lui-même, avant de se reculer une bonne fois pour toutes. Se sentant déjà un peu moins lourd, il glissa ses mains entre les mèches de ses cheveux pour les replacer. Que devait-il faire, c'était ce qu'il se demandait. Il avait comme un saut d'humeur, ce qui l'ébranlait plus qu'il ne l'aurait fallu. Il se tapota les joues, tourna en rond puis finalement, il alla direction la salle de bain où il se déshabilla en marmonnant quelques mots. Ah, cette salle, il la connaissait bien dirons-nous. La baignoire était toute au fond, pas besoin de lui remontrer le chemin.

L'odeur de sa propre urine le mit en colère aussitôt qu'il retira son pantalon, mais ce fut en sentant la rage l'envahir qu'il s'arrêta pour respirer et reprendre sa lancée. Tout ce qu'il voulait, c'était se laver. Il laissa la porte ouverte, histoire de ne pas empêcher la venue du bibliothécaire. Sa propre nudité ne le gênait plus. - Je n'ai pas envie d'être la victime ! Mais je n'ai pas envie d'être seul non plus. J'avoue que j'ai légèrement envie d'oublier, mais si je fais ça, alors je ne suis pas mieux que ceux qui m'ont fait ça. ET PUIS JE REFUSE... d'être comme eux. bafouilla-t-il d'une voix tremblante. Il plia rapidement ses vêtements avant de les pousser loin de lui. - Selon toi... Un sortilège de récurage suffira pour laver ça ? Je compte me laver en tout cas et je vais partir pour rejoindre mon dortoir. Je dois aller voir si ma soeur va bien aussi, c'est important. Et je vais avoir besoin de toi pour jeter un coup d'oeil sur elle. Elle n'habite pas la bonne maison et... Ses idées se percutaient, ce qui le poussait à regarder partout et à gesticuler sans arrêt. Les réflexions lui demandaient toute sa concentration. De ce fait, il s'arrêta pour réfléchir, alors qu'il essayait de trouver la bonne chaleur pour l'eau du bain. Enfin, il avait beau toucher à l'eau, il était dans l'impossibilité de juger si c'était bon ou pas. Après une énième remise en question, il se retourna subitement en comprenant ceci; - Il n'y a pas de bonne maison... Ces trucs divisent les élèves, mais en rien ma maison n'a plus de valeurs que les autres. Nous sommes différents, mais c'est ce qui devrait nous... Il dévia son regard pour le laisser mourir au sol avant de poursuivre dans un murmure; - nous unir... Il posa ses mains de chaque côté de sa tête en souriant en coin. De ce mouvement, il se rendit d'ailleurs compte qu'il n'avait jamais cessé de trembler, même depuis qu'il s'était calmé. Ses nerfs, articulations et muscles commençaient peu à peu à prendre l'impacte des derniers évènements, mais il essayait de ne pas en tenir compte. Comment pouvait-il se permettre de fléchir, alors que sa soeur était gravement blessée ? Ses prunelles retournèrent à la rencontre de la baignoire puis il ferma les robinets. C'est en grimaçant qu'il entra dans l'eau qui fut un peu trop chaude pour lui.
 
- Hey, Octave. Tu sais quoi ?.. Si tu veux encore m'apporter quelque part, alors apporte-moi auprès de ma soeur. Et si jamais je change d'idées en chemin, alors promets-moi que tu me donneras un bon coup de pied dans l'c*l.

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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Sam 18 Nov 2017 - 22:15

Il n’y avait aucun de courage dans la naïveté car on ne savait jamais quel danger guettait, ni ce qu’il pouvait arrêter ou les obstacles véritablement appréhendables. Leslie, à son tour, venait de faire la rencontre vertigineuse avec ses propres limitations et ses grandes faiblesses, découvrant un peu plus ce avec quoi on pouvait lui faire allègrement souffrir. Et le monde s’avérait plus dangereux que ce à quoi il s’était attendu, et peut-être même bien plus…

Cette sensation de proie tapie dans les buissons semblait s’en aller doucement, glisser sur lui comme de la graisse sur un plumage. Merlin que c’était difficile de s’en débarrasser, car lorsque les instincts primitifs reprenaient le dessus pour protéger, tout le reste disparaissait jusqu’à la rationalité-même. Ses désirs de disparition, d’envol, sa fuite acharnée d’oiseau migrateur n’était qu’une absence temporaire de tout ce qui pouvait bien le retenir au château, car c’était justement ce qui lui avait causé tant de souffrances. Et même si les sacrifices de ce qu’on aimait pouvaient éternellement se faire repousser à plus tard, sans jamais avoir à endurer la tragédie de voir ces choses aimées se retourner contre nous, Leslie allait rapidement se rendre compte que ce n’était pas une vie qui valait d’être vécue. L’absence de faiblesses était l’écho d’une absence plus absolue de valeurs chères au coeur. Se débarrasser de la famille, des amis, de tout ce qui était précieux, pour partir là où il n’y avait rien, là où il n’y avait pas plus de dangers que de sentiments choyés, qui valaient la peine qu’on se réveille pour eux chaque jour. A moins que Leslie n’ait les capacités de renier ses propres attachements et son caractère fragile, son histoire et ses désillusions allaient se répéter inlassablement avec toujours, au bout, la fuite. Il pouvait largement choisir cette voie, mais le prix de l’abandon des responsabilités était le dépouillement. Les plaisirs évanescents tirées s’en trouvaient privés de sens et de signifiance. Raison pour laquelle il devait maintenant prendre la bonne décision de non seulement se battre pour ce qu’il chérissait, mais également accepter que ce qu’il aimait allait le faire souffrir. La valeur des sentiments avait exactement le même poids que les responsabilités que l’on était capable d’accepter pour donner du sens à nos vies. Toutes les forces se construisaient invariablement dans l’adversité la plus rude pour atteindre les limites de ce qui était possible. Et Octave était là, à gentiment pointer l’option de facilité pour la rendre un peu plus absurde, il l’espérait. Car il valait mieux que Leslie soit fort et digne de l’amour qu’il désirait.

Ses propositions n’avaient aucun sens, du gribouillage, du bruit blanc, de la neige de télé, et peu importait que les arguments qu’il énonçait étaient d’une incohérence féroce, car ce qu’il vendait était facile à acheter. Mais Octave espérait que son propos soit assez faible pour s’inscrire efficacement dans la rationalité, et qu’enfin Leslie se rende compte qu’au fond, le scénario était trop simple, pas assez satisfaisant et qu’au final, il ne concordait absolument pas avec ses véritables désirs. Une confusion emblait opérer quelque part, troublant ses yeux d’amande derrière un voile qu’Octave ne fut pas certain d’identifier. Cela ne ressemblait néanmoins pas à une délivrance, et il en fut conforté, car il n’y avait que la facilité qui pouvaient faire briller le regard d’un rayon insouciant. Leslie, quant à lui, semblait d’autant plus alourdi par ce qui venait d’être dit, comme si la situation n’avait plus vraiment d’issues et qu’il n’avait qu’à devenir fou pour y échapper. Il s’échappa seulement de l’emprise du bibliothécaire en reculant, se défaisant de l’étreinte des bras protecteurs et prometteurs de milles baumes de cœur. Octave l’abandonna gracieusement, le laissant tenir debout de ses propres forces. Leslie demeura néanmoins silencieux, car si une décision avait été prise, elle n’était peut-être pas définitive, ni même acceptée dans son entièreté. Il l’observa alors se disperser dans une gestuelle approximative, comme si une énergie nouvelle l’incommodait au point de demander une conjuration physique. On aurait dit qu’il chassait le démon, à se triturer comme un bédouin en stase. Et puis d’un coup, la course jusqu’à la salle de bain, qu’Octave suivit d’un regard vaguement inquiet, se demandant si ce n’était pas le final d’un malaise physique qui demandait à se purger comme un chat. Des bruits de vêtements arrachés se firent entendre, puis le claquement de pieds nus sur le carrelage et Octave sentit sa bouche sourire.

- Je n'ai pas envie d'être la victime ! Mais je n'ai pas envie d'être seul non plus. J'avoue que j'ai légèrement envie d'oublier, mais si je fais ça, alors je ne suis pas mieux que ceux qui m'ont fait ça. ET PUIS JE REFUSE... d'être comme eux.

Sans savoir à quel point peut-être, Leslie faisait les pas dans la bonne direction. Si Octave se souvenait bien de ses chaotiques cours, lorsque la confrontation avec la source du stress était volontaire, les systèmes psycho-physiologiques qui entraient en jeu étaient bien différents de ce qui était pris en compte lorsqu’on souffrait sans le vouloir. Il y avait un dynamisme de défi et d’épreuve qui motivait à la réussite, tendant aux sentiments positifs au cœur d’une audace personnelle et volontaire, et non pas à une réponse défensive face à une agression inattendue.

- Selon toi... Un sortilège de récurage suffira pour laver ça ? Je compte me laver en tout cas et je vais partir pour rejoindre mon dortoir. Je dois aller voir si ma soeur va bien aussi, c'est important. Et je vais avoir besoin de toi pour jeter un coup d'oeil sur elle. Elle n'habite pas la bonne maison et...

N’ayant pas la moindre idée de quel récurage Leslie pouvait bien parler, Octave finit par passer sa tête dans l’entrebâillement de la porte pour vois en premier lieu deux lunes blanches qui n’en brillaient pas moins que la véritable. Bon sang qu’il était blanc, ce bout de craie ! Et nacré comme une coquille. Il y avait quelque chose d’absolument fragile et tragique dans la sensibilité de ce corps tout en pâleur délicate, soyeuse et périssable, si sauvagement contrastée par les blessures, le sang et la noirceur de cheveux désordonnés. Enfant perdu, aux regards aussi émerveillés qu’effrayés, quelque part entre l’innocence pure et le vilain petit satyre, gauchement campé sur ses sabots fourchus et tirant une langue amère. Ce corps était pour le moment telle une sensible continuité de cet esprit pétri de doutes, si facilement confus par pas grand-chose. Mais sa force insoupçonnée se révélait parfois, comme maintenant, soutenue par la blancheur extrême d’une peau virginale qui, malgré tout, n’en finissait pas d’inspirer à l’espoir. Ce petit bout d’adolescent débordait de surprises et de contradictions étranges, mais c’était ce qui faisait tout son beau charme : ces airs d’ivoire couplés à un caractère féroce, si bien qu’on ne savait pas d’où venait toute cette audace.

Octave finit enfin par trouver le sujet des préoccupations, tas de vêtements au sol, sale et très certainement en piteux état. La perspective lui arracha une grimace dubitative. Leslie était à nouveau plongé dans ses pensées, comme s’il construisait déjà un plan pour contrecarrer ses propres faiblesses à venir. Le moindre de ses mouvements, la moindre de ses intentions, étaient comme sublimées, comme ceux d’un somnambule pour qui tout se passait en rêves. Lenteur de songes, mais aussi vigilance extrême. Jusqu’au retournement, jusqu’à la chute du château de cartes qu’il construisait dans son esprit !

- Il n'y a pas de bonne maison... Ces trucs divisent les élèves, mais en rien ma maison n'a plus de valeurs que les autres. Nous sommes différents, mais c'est ce qui devrait nous… nous unir...

Octave, passablement entré dans la salle de bain, lui sourit en retour de cette tête de poisson aux yeux globuleux et aux mains en bronches mouvantes. Il prit appui sur le rebord du l’évier et toisa le corps crispé, laissant à Leslie l’occasion de prendre soin de lui-même, car si Octave était là pour le moment, l’adolescent avait besoin de cette autonomie. Il avait tant de choses à se prouver ce soir !

« Je doute que les gens aient attendu d’être dans des maisons pour être divisés. Mais ce qui vous gardera tous unis, ce ne seront pas vos différences, mais vos inspirations. Dans ton scénario, les Carrow sont très différents de toi, mais ça ne veut pas dire que ça vous unit. Les différences ne posent pas vraiment de problèmes jusqu’à ce que l’une d’entre elle ne soit opprimée. Tu crois que ça ne te concerne pas parce que tu es un Serpentard ? C’est là où tu as tort, parce que la tyrannie, si elle peut museler une chose qui la dérange, ne se gênera pas pour en faire de même avec tout autre obstacle. Ce qui vous unit déjà, c’est que personne ici n’a envie d’être condamné pour ses opinions ou pour quelque chose qu’on ne peut pas changer. Ce qui devrait vous unir Leslie, c’est votre désir de vivre malgré vos différences. »

Les maisons n’avaient pas grande importance au fond, qu’une valeur à laquelle ils s’accrochaient pour se responsabiliser un peu vis-à-vis d’autres élèves. Même en société, s’il n’y avait pas de maisons, il y avait en revanche toujours des oppositions entre organismes, religions, croyances scientifiques, artistiques… Si ce n’était plus nos caractères qui nous faisaient appartenir à un mouvement, c’était nos opinions. Octave ramassa les vêtements au sol et les déposa dans l’évier, plutôt partant pour filer à Leslie ses vêtements à lui, au lieu de lui donner ces choses lavées à la va vite. Puis, il y avait un ultime aspect symbolique à ces vêtements sales, qu’il fallait peut-être mieux jeter pour ne plus jamais remettre. Personne n’avait envie de se souvenir d’une tâche de sang sur le t-shirt…

« Hey, Octave. Tu sais quoi ?
- Mhhh ?
- Si tu veux encore m'apporter quelque part, alors apporte-moi auprès de ma soeur. Et si jamais je change d'idées en chemin, alors promets-moi que tu me donneras un bon coup de pied dans l'c*l. »
Il le regarda un instant, beigné par les vapeurs d’un bain trop chaud, amusé par ce petit bout d’homme qui avait réussi à trouver du courage en si peu de temps pour renverser complètement ses propres motivations. Il lui répondit avec une assurance tranquille :
« Tu ne changeras d’avis Leslie. Mais oublies les coups de pieds, je ne te forcerai à rien, parce que dans un cas comme dans l’autre, ce sont tes choix de vie et c’est à toi de faire les efforts, sinon ce ne sera pas totalement tes décisions, ni tes victoires. Ce que je peux te dire en revanche, c’est que si tu vas voir ta sœur, tu la rendras moins misérable et plus heureuse. Tu auras outrepassé une différence notable pour te rapprocher d’elle envers et contre tout. C’est ta sœur Leslie, je veux bien garder un œil sur elle de mes hauteurs, mais elle est ta responsabilité. Et personne d’autre que toi ne pourra, pour l’instant, rendre sa vie plus supportable. Dans ce château, tu es la personne la plus proche et la plus chère pour ta sœur. Par ailleurs, tu en sauras déjà un peu plus qui tu es. Si tu la protèges, tu seras son frère et c’est déjà une bonne identité, je pense, non ? »

Il eut une sorte de très léger soupir, tandis qu’il remplissait l’évier d’eau pour au moins faire tremper les vêtements sales. Sa fin de phrase porta son regard vers le miroir, où il croisa son double. Il avait l’air fatigué, pour ne pas changer, mais surtout un voile de timide chagrin avait vêtu son visage durant sa réponse, comme un écho à quelques regrets d’enfance qui se construisaient éternellement sur des « Et si… Et si les choses avaient été autres… ». Tu t’abîmes à ressasser, se dit-il fermement. Il effaça cette tension dans la mâchoire d’un mouvement de la bouche, alla quérir une serviette et s’approcha de la baignoire pour la déposer sur le rebord en fonte laquée. La curiosité le démangea brièvement, mais il se retint de demander plus de détails sur cette soirée. D’un air taquin et coquet, il retorqua :

« Dis donc mon chou, tu te comportes vraiment comme chez toi ici ! Tu allumes la baignoire, tu fous tes fringues au sol et puis tu me files des ordres ? On dirait mon gosse, ou une gonzesse de passage. Je dois te porter en plus et laver ton linge… Je te trouve bien autoritaire tout d’un coup. Ce qui est sûr, c’est que je ne ferai rien tant que tu ne te shampouines pas ! »

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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Mar 5 Déc 2017 - 23:26


17 octobre 1997
Il songeait, se crispait, grimaçait et songeait encore et encore. Le coeur de la baignoire, aussi torride que le noyau de la Terre, l'accueillit à son rythme... Pour sûr, cela devait lui être confortable. Pourtant, ce bain lui fit office d'enfer pour une durée indéterminable, alors que son corps refusait de s'accommoder à la chaleur. Les traces de ce qui l'avait mis en colère plus tôt disparurent sous la lave et épousèrent le creux de la bassine en maudissant l'eau de par une couleur grisâtre. Autre que l'esprit, il y avait le corps et de ce corps les surfaces non irritables se faisaient rares. Il eut du mal à écouter le bibliothécaire autant qu'il eut du mal à rester en place. Une partie de lui lui criait de sortir, alors que l'autre le suppliait de rester là et de ne rien faire. Enfin, cette autre partie semblait oublier la pile de vêtements qui l'attendait à la sortie. Se décrasser pour remettre de la crasse ? Non, merci. L'idée simple d'enfiler ne serait-ce que son pantalon lui évoquait le dégoût, ce même dégoût qui ne l'avait jamais quitté. Et maintenant, il venait de lui trouver tout autre sens. Crasse rimera avec dégoût, dorénavant. Il en sourit en coin, ne pouvant s'empêcher de réfléchir à tout, mais à rien. En effet, tout ce qui lui venait n'avait pas de réelle importance, si ce n'était que lorsqu'il entrevoyait sa soeur au travers d'anciens souvenirs. Le passé lui était douloureux pour une raison qu'il ne voulait pas dévoiler en cet instant où seul le bien-être fut invité. Autrefois, sa stupidité d'adolescent l'avait souvent trahi en lui offrant une maturité d'adulte. Il s'était alors demandé, dans les pires moments, s'il prenait de bonnes décisions. Oh, mais il avait aussi ignoré cette question, si souvent qu'aujourd'hui même il se demanda pourquoi elle lui revenait si bonnement. Ce qui ne s'était longtemps résumé qu'à un: « Suis-je à la hauteur de ce que je souhaite devenir. » s'était transformé en un: « Suis-je à la hauteur de ce que je suis. », Puisqu'il était venu au monde comme tous les autres; avec ses défauts et ses qualités. Il se connaissait minutieux, franc et plutôt hostile lors de conflits. Et il le savait; sa détermination en ce qui était du ressort d'imposer sa façon de voir les choses était aussi forte qu'une ancre cherchant à atteindre un sol non visible. Même la jupe n'avait pas eu raison de lui, alors il était temps de se reprendre en main. Peut-être était-il un peu trop pressé, mais c'était que pour une fois, il ne se sentait pas seul. Pour une fois, il savait qu'il allait y arriver.

« Ce qui devrait vous unir Leslie, c’est votre désir de vivre malgré vos différences. » Malgré nos différences... unissons-nous... Un dernier souffle le quitta puis un vide s'installa aux profondeurs de ses prunelles. Et tel celui à qui on offre une dernière chance, il se mit à sourire avec quiétude. Il souriait pour sourire, sans se rendre compte qu'il souriait et sans vouloir forcer ses sentiments à être ceux qu'il souhaitait être. Mais il allait encore trop loin dans ses idées, s'enfonçant dans un univers qui n'existait pas... pas encore. Histoire de rester concentré, il clappa, se réveillant de lui-même pour poursuivre une route qu'il croyait avoir oubliée. Que faisait-il ? Ah, le bain... Il se dressa à peine, levant le menton une énième fois sur cette présence, celle d'un homme qu'il ne reconnut pas du premier coup. Octave Holbrey... Que savait-il de lui ? Qui était-il pour lui ? Une demande sincère voulut s'échapper d'entre ses lèvres, mais ce même homme prit parole, le devancent ainsi. Alors, sans détourner l'admiration qui illuminait son oeil, il le fixa pour écouter. Les mots... Il ne fallait que cela pour changer un monde. Leslie avait appris que là où il y avait un problème, il y avait aussi un manque de communication. Et en ce qui concernait Octave, il se sentait perdu en son égard. Il ne savait pas réellement qui il était et pourtant, il était là, à profiter de sa baignoire et à se sentir comme s'il était auprès de ce qui pourrait être une deuxième figure paternelle. « Par ailleurs, tu en sauras déjà un peu plus qui tu es. Si tu la protèges, tu seras son frère et c’est déjà une bonne identité, je pense, non ? » Il sursauta en comprenant qu'une question lui avait été posée.

- Je crois, oui... c'est déjà pas mal. Je suis le petit frère d'Amelia Mathewsen... le fils de Nathan Mathewsen. Le gamin qui s'est fait passer pour une gamine. Comme si c'était volontaire. s'amusa-t-il en allant chercher le bout de ses orteils, se penchant vers l'avant avec souplesse. L'eau n'était plus aussi désagréable qu'au départ. Il en profita alors pour se détendre une bonne fois pour toutes, chassant d'ailleurs ses divers tremblements en prenant contrôle sur sa respiration. Une méditation s'imposait. Une séance de yoga dans le milieu d'une baignoire, rien de mieux pour lui apporter un peu de secours physique. Il ne se rendit même pas compte qu'Octave l'avait approché, s'installant près de lui pour faire un saut hors de l'horreur et répéter les bêtises d'un passé incertain. Comme si rien ne serait arrivé depuis qu'ils s'étaient quittés, il s'exprima;  

« Dis donc mon chou, tu te comportes vraiment comme chez toi ici ! Tu allumes la baignoire, tu fous tes fringues au sol et puis tu me files des ordres ? On dirait mon gosse, ou une gonzesse de passage. Je dois te porter en plus et laver ton linge… Je te trouve bien autoritaire tout d’un coup. Ce qui est sûr, c’est que je ne ferai rien tant que tu ne te shampouines pas ! » D'abord, un rire discret le quitta puis il ferma les yeux en haussant des épaules. Pour le coup, il ne savait pas quoi lui répondre. À quoi bon répondre de toute façon... Cela ne mènerait nul part. Et pourtant, l'étincelle s'enclencha sans son accord. Incapable de se contrôler, sa petite personne ne pouvait résister à faire passer un autre commentaire.

- Le « chou » se comporte ainsi, parce qu'une certaine personne lui en donne inconsciemment la permission. Je ne sais pas ce qu'une gonzesse de passage peut bien être, mais je vais me fier à mes doutes et préférer être ton gosse. Alors s'il te plaît, papa... Ce mot lui fit un choc et il se surprit à ne pas pouvoir terminer sa phrase correctement. Le silence qui l'enveloppa lui mit une pression sur les épaules. Il réussit à se reprendre qu'après s'être replacé, lâchant donc ses pieds dans un mouvement maladroit. - Alors... S'il te plaît, reste avec moi. J'ai peur d'échouer. J'ai peur de voir Amelia. J'ai peur de devenir son petit frère, parce que j'ai échoué. J'ai été un mauvais petit frère... Et tu vois, je suis sans doute dans mon état le plus pitoyable et pourtant, tu es là. Je peux te promettre que je ferais de mon mieux, mais je ne peux pas y arriver seul et ça, je le sais, parce que c'est ce que j'ai toujours fait. J'ai rejeté les autres... J'ai déjà été seul et c'est pourquoi j'ai échoué. croyant que le tout devenait un peu trop sérieux, il releva l'une de ses paumes vers le bibliothécaire.

- D'ailleurs, tu pourrais, au lieu de rester là à me regarder nager, me donner un bon savon et me laver le dos aussi. Hein, papa. poursuivit-il en levant les sourcils à la suite d'un clin d'oeil tout à fait abjecte qui le fit grimacer tant c'était hors de ses habitudes. Comme quoi maintenant, il pouvait bien ressembler à une gonzesse de passage, tiens. Il rigolait, bien sûr, mais c'était parce qu'il en avait besoin. Il voulait rire et s'évader, avant de revenir à la réalité. Enfin, il s'attaqua bien vite au shampouinage, histoire de supprimer toutes les mauvaises odeurs qui s'étaient collées contre sa peau. Et il quitta la baignoire aussi rapidement que lorsqu'il avait eu l'idée d'y entrer; sans prévenir et avec vitesse. Il apporta la serviette sous son passage, s'agrippant à tout ce qu'il pouvait pour éviter de glisser quelque part. Il était dévoué à aller de l'avant, mais ce fut la chute de pression qui lui rappela que non, il allait devoir se calmer un peu. - Aller Leslie... tu vas y arriver. se dit-il en refermant les yeux pour éviter le mal de coeur. Après quoi, il compta jusqu'à dix, chose que sa mère lui faisait faire lorsqu'il était plus petit et qu'il disait être étourdi. Enfin, le dix arriva plus tôt que prévu, puisqu'il passa les chiffres impairs et fonça aussitôt vers le lit, là où il se laissa tomber plus lourdement qu'une baleine dans l'eau. Il sentait son coeur battre et plus il l'écoutait, plus il fatiguait.

- Bon... Laisse-moi 15 minutes. Après, on y va... Ou j'irais seul... Ça va dépendre de ton humeur... ou de mon odeur. se moqua-t-il, le visage écrasé contre le matelas. - Je me sens si bien contrairement à lorsque je suis arrivé et pourtant... j'ai encore envie de pleurer... Est-ce normal ?

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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Lun 11 Déc 2017 - 18:05

Octave resta penché au-dessus de l’oisillon fébrile en branche pleureuse, touchant du bout des doigts à peine la surface de l’eau brûlante. Cette figure charmante présentait pour son possesseur une séduction supplémentaire, la courbe de son corps se faisant semblable à celles des statues de petites divinités, le marbre de l’allure en moins, car le satyre souriait doucement de sa bouche détendue. Juché sur le bras de la baignoire, il parlait bas et grave, laissant le murmure de l’eau noyer le sien. Il lui suffisait de jeter un regard sur l’épaule oblique et sur le friselis vermiculé pour conclure que l’animal était apprivoisé, mais comme tous les oisillons, il ne fallait pas l’habituer à cette cage confortable au point qu’il en oublie sa liberté. Le regard dévoilé pourtant se promena sur la nuque de Leslie d’une longue caresse, passant sur les retraites moussues de l’éphèbe nue, avec un sourire où le ravissement se mêlait à la confusion. Octave se surprit à lui envier ses révélations parentales et les douces certitudes de responsabilités envers ceux que l’on chérissait, le sentiment du repos lorsqu’il y avait quelque chose à quoi s’accrocher, quelqu’un à protéger, une âme à aimer. Les aurait-il souhaitées, au même âge, ces semblables perditions de rébellion adolescente avant de retrouver enfin, tranquille, le réconfort saisissant de ceux qui nous vouaient peut-être une affection inconditionnelle ? Un soupir effleura sa bouche, encore un peu béat, pas assez frémissant pour être parfaitement triste, mais les lèvres perdirent doucement de leur soyeuse tension, tandis qu’Octave se noyait quelque part entre regret et consolation. A quel point véritablement aurait-il aimé se rendre compte que ses parents seraient toujours là pour lui tenir la main, quel que fut l’obstacle ? Quel que fut son caractère et ses caprices passagers, ses erreurs et ses ratures… ? Et puis, à quel point lui, aurait-il été différent avec une sœur fragile à protéger ? Quelque part, se rendait-il compte de l’avenir meilleur que promettaient ces mirages-là, lorsque l’on savait convenablement en faire usage sans en perdre une seule occasion. Mais la réalité était toute autre. Et Leslie commençait à peine à jouir des bienfaits d’amours ignorés, comme l’on savourait enfin ce que l’on avait refusé de voir jusqu’alors. Aurait-il souhaité au fond être à sa place ? Pour pouvoir conclure, avec la même assurance apaisée, que l’on avait encore des gens sur lesquelles s’appuyer malgré tout. Son seul réconfort fut d’être quelqu’un comme tel pour Leslie, rattrapant au moins que personne ne fut jadis cette personne-là pour lui.

L’adolescent ronchonna doucement, lui renvoyant la taquinerie, tout comme il lui renvoyait la faute sur cette situation. Chose vraie, puisqu’il avait initié cela en voyant un beau soir une fille endormie sur le sol de la bibliothèque. Depuis, une cohabitation étrange s’était créée, si odieuse dans sa nature que le véritable père n’aurait pas hésité à lui déboîter la mâchoire pour ses fadaises. L’enfant revenait, Octave n’avait rien fait, mais l’interdit rôdait, sans cesse ramené par quelques remarques indolentes et lascives, qui finissaient coincées dans la gorge. Le « papa » lui arracha un haussement de sourcils, tout comme le sentiment confus de la gêne, imposée par celle du garçon ? Allons, comment pouvait-il être un père après toutes les déconvenues et le farouche pathos de leurs rapports. Parce qu’il ne pouvait décemment pas être un père avec les peines et les obscénités qu’il lui avait savamment imposés, ils se turent tous les deux, reprenant leur souffle.

- Alors... S'il te plaît, reste avec moi. J'ai peur d'échouer. J'ai peur de voir Amelia. J'ai peur de devenir son petit frère, parce que j'ai échoué. J'ai été un mauvais petit frère... Et tu vois, je suis sans doute dans mon état le plus pitoyable et pourtant, tu es là. Je peux te promettre que je ferais de mon mieux, mais je ne peux pas y arriver seul et ça, je le sais, parce que c'est ce que j'ai toujours fait. J'ai rejeté les autres... J'ai déjà été seul et c'est pourquoi j'ai échoué.  


Avant qu’il n’ait pu commenter quoi que ce soit, Leslie tendit sa paume gracile d’éphèbe, lui jetant un dernier affront, comme pour mieux souligner la culpabilité que ce père de pacotille devait ressentir à traiter aussi vénalement son enfant. En réponse à l’outrage, le bibliothécaire joua les blasés, plissant la bouche dans l’agacement. Mais au fond, Leslie avait raison de replacer sagement les rôles. Encore fallait-il maintenant se souvenir du statut scolaire, qui s’oubliait avec une aisance de ballerine. L’adolescent n’avait cependant pas l’habilité pour ces mots, et encore moins possédait-il les usages de la coquetterie volontaire, aussi se renfrogna-t-il, ne se reconnaissant pas. Octave y sourit, appréciant les manifestations d’un joli cœur qui ne savait pas bien mentir, ni se mettre orgueilleusement en avant. Bien sûr, il n’accéda pas à la requête, sentant le piège que l’on tendait dans le dos tout en poussant par devant.

« Tu n’as pas encore échoué et tu es déjà son petit frère. Fais les choses à ta mesure, Leslie. Va la voir, tu n’as rien besoin de faire d’autre que lui tenir la main, comme tu aurais aimé qu’elle le fasse pour toi. Elle mesurera ta présence comme tu mesures celle de tes parents : dans les détails et les petites choses du quotidien. Rien ne te rendra moins anxieux d’affronter tes peurs, mais ça te rendra plus courageux à force. Tu ne feras pas le monde et ses horreurs plus petites, mais tu deviendras toi-même plus grand. Et s’en sentiront grands ceux qui seront à tes côtés. »

Lorsque Leslie s’évada de la baignoire, Octave s’en éloigna pour ne pas se faire éclabousser ; encore à vouloir aller trop vite pour se débarrasser de quelque chose ! Cet enfant là ne savait pas se poser, ni attendre. La patience lui était une peu inconnue, tant il tendait à toujours remplir sa tête de rêveries et d’idées pour consumer ce qui l’inquiétait. Il déguerpit si vite qu’on ne voyait plus que la lueur des bougies briller sur la rondeur de ses fesses, si bien qu’Octave le crut fuir quelque chose. Qu’y avait-il à fuir dans la baignoire, si ce n’est sa conversation ? Ou bien était-ce la précipitation de quitter l’instant présent, celui qui lui faisait encore mal… Vidant la baignoire et remuant une dernière fois les vêtements qu’il comptait de toute façon jeter, Octave retrouva la lueur tamisée de sa chambre, qui grâce à la porte ouverte de la salle de bain, sentait bon l’huile de noix et celle de noix de coco, qui flottait tel un fantôme dans l’air, éternel rappel de la présence de Cassidy en ces lieux. L’adonis le narguait de son dos blanc et plat, soyeux et souple, étendu dans les draperies virginales comme une sirène endormie. Encore une.

- Bon... Laisse-moi 15 minutes. Après, on y va... Ou j'irais seul... Ça va dépendre de ton humeur... ou de mon odeur. Je me sens si bien contrairement à lorsque je suis arrivé et pourtant... j'ai encore envie de pleurer... Est-ce normal ?
- Je trouve que tu sens très bon maintenant. Et ne te pose pas ce genre de questions, l’important c’est que tu saches si ça t’apporte quelque chose ou pas, de pleurer. Fais en conséquence. »

Dit-il d’une voix grave et pleine de velours, tandis qu’il contournait le lit pour rejoindre son armoire, vaguement préoccupé. Cette proximité lui inspira une pensée curieuse, intrigante dans son fondement, mais pourtant pas si inconséquente que cela. Octave attrapa un pull tricoté d’une fine maille grise et noire, puis un jean, le plus petit qu’il avait en sa possession, survivance aussi heureuse qu’incongrue de ses années un peu trop maigres. Il posa les affaires sur le coin du lit, puis prit délicatement place à côté de Leslie, essayant de ne surtout pas briser le délicieux flegme de son repos désinvolte. Dans un élan de tendresse pour l’enfant terrifié, il posa une main sur sa tête, délayant ses doigts pour coiffer la chevelure noire. Il retira sa caresse tantôt, se tournant un peu mieux vers Leslie.

« Les choses faciles que tu rencontreras sur ta route seront probablement les fruits de tes ennemis. Tu connais l’histoire de Hansel et Gretel ? La sorcière les invite dans sa maison en pain d’épices, leur promettant que tout ira bien, avant de gaver les enfants de bonbons pour mieux les dévorer. Faire ce qu’il faut n’est jamais simple justement parce que ça va à l’encontre de notre tendance à vouloir rester en sécurité. Sois effrayé, mais combats. Je viendrai avec toi si tu le souhaites, mais n’aie pas peur d’échouer. Aie seulement peur de ne jamais parvenir à te relever. »


Il lui sourit franchement, ne sachant pas si c’était ce genre de réconfort dont Leslie avait besoin. Après tout, ils avaient dépassé le stade de la fuite, mais comme à chaque fois qu’il fallait agir en spectateur, les mots perdaient un peu de leur sens lorsqu’il s’agissait de vérités générales. Pourtant Octave pensait à autre chose, qui le préoccupait davantage à mesure que le temps passait et qu’il hésitait, se perdant dans des considérations d’ordre utilitaire. Il prit appui sur son bras dans les draps, longea le dos gracile de son regard, se demandant si le moment était bien choisi, sentant qu’il pourrait peut-être ne plus se représenter.

« Leslie… » Préluda-t-il, avant d’entamer un silence réfléchi, considérant cette dernière chance pour faire un demi-tour, mais sa résolution fut aussi forte que désespérée : « Est-ce je peux te demander un service ? Si dans les prochains jours je ne me comporte pas comme je le devrai, si quelque chose change, dis-le-moi, d’accord ? Quoi que ça puisse-t-être, confronte-moi. Tu sauras faire ça ? »

Aucune crainte ne transparût dans sa voix, qui demeura égale et sereine, car il n’avait nulle peur d’affronter les affres promises par Lina dans ses prédictions. Mais il voulait être prêt à les affronter et s’il y avait bien quelque chose qu’il ne pouvait pas contrôler ni remarquer, c’était les altérations de l’esprit. Qu’on lui abîme le corps n’était qu’une blessure de surface, mais une pensée corrompue se jouait de si beaux tours à elle-même que l’on s’y trompait facilement, croyant se connaître. Il redoutait ces vengeances-là, celles qui changeaient tout jusqu’au cœur. Octave voyait au fond l’innocence de Leslie et sa capacité à reconnaître le mal autour, sans le voir parfaitement en soi toutefois, comme sa candeur, qui ne le retiendrait jamais de lui dire son ressenti instinctif. L'affaire était daventage tentante, car personne n’avait conscience du lien qu’ils entretenaient ; secret bien valable en ces circonstances. Et puis, Leslie avait simplement bon cœur, suffisamment pour être honnête. Octave sourit à nouveau néanmoins, brisant la tranquillité sérieuse qu’il avait lui-même abordée, avant de reprendre d’une voix bien plus enthousiaste :

« Allé, on y va ! Plus on tarde, plus on risque de croiser du monde. »


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MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Mar 12 Déc 2017 - 7:06


17 octobre 1997
Échouer... Ce mot, aussi pénible soit-il, n'était pas si effrayant aux prunelles du jeune Serpentard qui s'étalait contre la couette. En fait, même si Leslie le partageait avec angoisse, il se devait d'avouer que ce n'était pas le fait d'échouer qui le rendait si fragile lorsqu'il faisait face à ses diverses responsabilités. Non, ce qui le clouait au matelas, c'était les erreurs du passé. Parce que nous savons tous que là où il y a trop d'erreurs, nous échions. Mais encore, échouer ne le gênait pas. Pourquoi ? Parce que s'il échouait, sa soeur n'allait certainement pas lui murmurer de sa voix d'ange qu'il était un raté. Elle allait plutôt lui crier ses erreurs, lui rappelant ainsi pourquoi rien ne fonctionnait et pourquoi rien ne fonctionnera demain. On se croit souvent hors de danger, lorsque le moteur tourne enfin, mais les pièces ne mentent jamais et même si le moteur tourne, il se peut fort bien que rien n'avance. Alors, Leslie devait s'arrêter de tourner pour réparer les morceaux et mieux réussir là où il avait échoué dernièrement. Ce fut ainsi qu'il raisonna, en repensant à ce que le bibliothécaire lui avait dit plus tôt, alors qu'il était encore dans la baignoire. La chaleur de l'eau ne l'avait pas tout à fait quitté et il s'en était rendu compte en rejoignant ses mains une énième fois. Le bout de ses doigts refroidit par l'air ambiant lui paressèrent gelés, mais il savait que ce n'était qu'une illusion semblable à celle qui vient, lorsqu'on a froid et que l'on s'assoit sur un banc chauffant. Perdu dans la fatigue, il ouvrit peine ses paupières pour jeter un oeil à sa paume. Cela faisait un moment qu'il ne s'était pas réellement regardé. D'abord, il jugea ses ongles trop longs, mais ensuite, les marques incarcérées dans la chair de son avant-bras le fit sursauter intérieurement. À jamais... Les cicatrices étaient là... à jamais. « Je trouve que tu sens très bon maintenant. Et ne te pose pas ce genre de questions, l’important c’est que tu saches si ça t’apporte quelque chose ou pas, de pleurer. Fais en conséquence. » Timidement, il haussa les épaules puis il rapprocha ses bras pour les cacher sous lui, fermant un poing qu'il emprisonna sous son autre paume. Les barrières de cils retombèrent aussitôt qu'il prit position et rien ne prit naissance dans son esprit, si ce n'était qu'il se concentrait sur les sensations qui l'envahissaient. Ses sentiments étaient variant, impossible à lire et similaire à un nuage pas assez épais pour avoir sa place, mais pas assez dispersé pour s'évader dans l'univers. D'ailleurs, ce nuage était aussi trop bas, trop appart pour être apprécié. Et tout comme ce nuage, Leslie n'arrivait pas à trouver réconfort sous la caresse, pour ne pas dire qu'une alerte s'était presque déclenchée, puis qu'il était à moitié endormi. Tout n'était sortit qu'en un seul spasme qui, encore, le força à ouvrir les yeux pour les laisser retomber dans les ténèbres la seconde d'après.

« ...sécurité. Sois effrayé, mais combats. Je viendrai avec toi si tu le souhaites, mais n’aie pas peur d’échouer. Aie seulement peur de ne jamais parvenir à te relever. »
Par respect, il se força un hochement, détournant la tête pour le regarder, se concentrant que sur la mâchoire de l'adulte plutôt que ce qu'il lui disait. Il retenu la fin, répétant pour lui-même pour être certain de se souvenir de ce moment où il lui avait dit de ne pas avoir peur d'échouer, de ne pas avoir peur de faire des erreurs, mais de toujours avoir assez de peur pour garder une force cachée, celle qui lui permettra de se relever. C'était ça qui était difficile. Rester debout, malgré tout.

Guidé de par son simple instinct, il lui renvoya un sourire sincère et ce fut de par cette petite joie qu'il se motiva à s'éveiller complètement. Il gigota en baillant et s'étira dans un dernier recours. Les bras toujours contre son torse, il se dressa de sorte a s'accroupir et cela sans jamais retirer une partie de son visage de l'étoffe. Le dessus de ses cuisses plaqués à ses mollets, il soupira longuement pour évacuer le plus d'air possible et reprendre une bouffée fraiche. « Leslie… » - Hn ? Un silence... il était rare qu'une absence telle que celle-ci provienne d'Octave. Inquiet, l'adolescent de redressa vivement. Un « Est-ce que ça va ? » muet pouvait se lire contre son visage tant son expression se changea en un court moment. Il avait délibéré ses membres sous sa démarche, ses mains maintenant prise dans les draps. « Est-ce je peux te demander un service ? Si dans les prochains jours je ne me comporte pas comme je le devrai, si quelque chose change, dis-le-moi, d’accord ? Quoi que ça puisse-t-être, confronte-moi. Tu sauras faire ça ? » Qui... Leslie s'était demandé qui Octave pouvait bien être pour lui. L'image du grand méchant loup, celui qu'on adore toutefois, malgré la malice, venait de prendre une forme plus réaliste et moins enfantine. Parce qu'avec le loup, la confiance ne vient que d'un côté, jusqu'à ce qu'elle ne finisse en un dernier repas. Mais ici, Leslie n'était pas le misérable et ni même l'enfant stupide qui posait trop de questions. Il était le complice, celui à qui le loup pouvait poser à son tour des questions. La confiance que Mathewsen portait envers l'adulte était démesurée et à cause de cela, il se sentait vulnérable. Si Octave aurait voulu le détruire, il aurait eu une jolie carte blanche, chose qui n'était jamais arrivée. Au contraire, en cet instant, la confiance était, aussi brève soit-elle, retournée. Leslie perdit souffle. Son coeur battait aussi fort qu'il avait pu crier plus tôt, lorsqu'il était sous prise de l'endoloris. Cependant, ce n'était pas par douleur qu'une larme se glissa contre sa joue. Ce n'était pas parce qu'il saignait qu'il serrai des dents. Ce n'était pas non plus parce qu'un proche n'était plus qu'une boule lui monta à la gorge. Tout comme lui, Octave était humain et pour une première depuis longtemps, le garçon compris qu'il n'était pas le seul à avoir certaines craintes, mais jamais on ne lui avait demandé d'aide. Parce que de toute façon, il se croyait trop dégoûtant pour accomplir la moindre des missions en ce monde. Autant Octave lui faisait comprendre que chacun avait ses peurs, autant il lui faisait réaliser qu'il n'était pas si horrible qu'il avait cru l'être depuis qu'il était entré à Poudlard. Cinq ans... Cela avait pris cinq ans, avant qu'il se sente normal et surtout, bien dans sa peau, une peau qu'il avait lui-même diffamée et déchirée à plusieurs reprises.

« Allé, on y va ! Plus on tarde, plus on risque de croiser du monde. » Tout en reniflant son accumulation nasal, il hocha rapidement et s'offrit de petites tapes sur les joues pour revenir de son surplus émotionnel. Il ne pouvait se permettre de craquer à nouveau, gardant plutôt ces bons sentiments pour avoir la tête droite le plus longtemps possible. Il ne voulait que le remercier, mais rien ne sortait. Ce ne serait pas la première fois qu'il le remercierait d'ailleurs... Enfin, le souffle fort, il s'habilla et lorsqu'il eut terminé, il sortit doucement du lit pour rouler les pieds du pantalon. Son ventre gronda la famine au moment où il se pencha à sa jambe gauche. Il ressentait la faim à nouveau, chose qui s'était fait rare dernièrement. Gêné, il se racla la gorge et pivota vers le bibliothécaire pour s'en rapprocher furtivement. Il fut rapide, lui sautant presque dessus pour aller le serrer dans ses bras et cela du plus fort qu'il ne le pouvait. - Compte sur moi pour te faire pleins de remarques et surtout... Merci... Merci... merci, merci, merci... et merci... J'ai promis de ne plus t'embrasser, alors je ne peux pas le faire pour te remercier encore, mais... Merci Octave. Il le relâcha, les yeux pleins d'eau qu'il essuya en inspirant profondément. D'un pas qui se voulait lourd, il s'éloigna et se rapprocha ensuite de la porte de sortie/entrée, s'accotant contre, de sorte à la bloquer. Son regard se perdit entre le plancher et le plafond puis, il essaya de s'éloigner de la situation actuelle pour se faire le plus neutre possible. - Ne te sens pas forcé de venir avec moi. J'avais et j'ai encore besoin de compagnie, mais je crois que c'est quelque chose que je doit faire seul, comme un grand. Après tout, les responsabilités, c'est comme aller aux chiottes, personne ne peux le faire à ma place... Désolé, c'est une phrase de Lawford... C'est sorti tout seul. Bref ! Je sais que je n'arrête pas de changer d'idée, mais... Sincèrement, et tu me diras si j'ai tord, mais je crois que; je ne peux pas tout te demander. Et... Écoute Octave, je sais que j'en demande beaucoup, alors que toi-même, tu veux peut-être te reposer où préparer quelque chose, alors si tu ne te sens pas à l'aise d'aller voir Amelia avec moi, pour une raison ou une autre, je ne vais pas en être déçu... Okay ? demanda-t-il, sans jamais perdre son sourire. À avoir été trop sérieux, il aurait eu peur de lui passer pour message qu'il ne voulait pas de lui, ce qui n'était pas du tout le cas. Tout ce qu'il désirait, c'était éviter de s'imposer, sans avoir un réel accord de sa part.

- D'ailleurs... poursuivit-il en remontant légèrement le pantalon d'une main maladroite. - Je peux savoir pourquoi tu changerais de comportement ou bien, pourrais-tu me promettre que tu m'en parleras ? Çe me fera un argument tiens; « Tu avais promis ! »  cria-t-il d'une petite voix, la bouche par en bas. Il se permit ensuite un sourire qui s'envola trop rapidement. - Je ne sais pas trop à quoi je dois m'attendre... Et j'ai beau être jeune, je sais que ça fait du bien de parler. Alors promets-moi que tu me parleras, surtout si je vois des changements. Au fond, il ne pouvait guère l'avouer tout haut, mais il avait peur d'un potentiel rejet de sa part et cette réalité l'intimidait. Il se surprit même à baisser les yeux, comme si en cette dernière demande, il avait fait quelque chose de mal. Où peut-être était-ce encore cette même crainte, celle que le seul le refus pouvait lui apporter. Toujours collé contre la porte, un certain manque de confiance fit surface pour s'échapper en une seule phrase qu'il lança pour lui-même; - J'en demande trop...

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Louis Bourdaloue ✻ Nous satisfaisons la vérité en faisant usage de l'hypocrisie. Nous ne voulons ni nous connaître, ni être connus. Un de nos soins est de nous tromper, et l'autre; de tromper le monde.

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AVATAR : James McAvoy
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: Tell me pretty lies [17 octobre 1997] Ven 15 Déc 2017 - 23:13

La sollicitude, qui coula sur la joue du jeune homme, la nacrant d’un chemin soyeux et brillant, tel un traineau laissant sa trace dans la neige, surprit le bibliothécaire. Cette sensibilité lui parut déplacée ; non pas qu’il fut gêné, mais la disproportion de l’affliction face à la requête le pris de court et il se demanda soudain s’il n’avait pas dit quelque chose de travers. Qu’avait-il bien pu réclamer pour arracher des larmes ? Si ce n’était pas de la souffrance, que lui valait cette émotion féroce ? Octave toisa le jouvenceau d’un œil maladroit, agile et muet dans son étonnement. Il crut desceller une anxiété dans la tension de sa bouche, et rampa misérablement de ses doigts dans les draps, ne sachant que dire pour faire remonter cette larme dans l’œil noir, que la paupière reprenne son humidité et la garde bien au chaud pour des instants qui en vaudraient davantage la peine. Autant avait-il eu recours à la fourberie pour s’enfoncer loin dans les âmes des gens récalcitrants, autant il n’avait jamais joué d’une confiance donnée ou d’une faiblesse offerte. Chose qu’il avait l’impression d’avoir fait sans le savoir, tandis que Leslie pleurait en silence et avec retenue à sa requête. Il se souvenait parfaitement de ses propres abattements, dont ses parents profitaient et lui répéter des menaces sur tous les tons, parvenant à le terroriser pour le garder en bonne disposition lorsque désiré. Privé de la chair et du nerf de l’espoir, le squelette de son réconfort s’était effondré, se répandant en poussières. Il savait pourtant que si Leslie pleurait à cause de lui, il n’aurait certainement pas envie d’une sollicitude en retour et Octave demeura immobile, attendant vaguement la libération, qui tardait à venir sous le regard mystérieux de cet enfant, qui paraissait à nouveau si blessé et désabusé. Puis, épuisé par cette tristesse qu’il avait de plus en plus de mal à porter, il invita Leslie à entamer le parcours qu’ils s’étaient dessinés plus tôt. La proposition parut revigorer -enfin !- l’adolescent mutique, qui redonna des couleurs à son visage et de la tenue à son allure, encore incapable pourtant de parler. Octave lui lança un long regard hésitant avant de se relever pour enfiler quelque chose de plus chaud en perspective des longs et froids couloirs du château.

Décidemment, cette honnêteté sensible le déstabilisait par moments, à tel point qu’il ne savait qu’en faire, ni comment interpréter toutes ces effusions émotionnelles. Sa nature était retenue, et bien qu’il eût soutenu plus d’une joue humide, les larmes qui lui étaient destinées le laissaient parfois incapable. Il aurait voulu s’excuser, mais il ne savait pas pour quoi exactement, alors il s’occupa les mains et se saisit d’un pull pour soi, fin et tressé de coton épais. Il l’enfila maladroitement, réalisant dans le noir que peut-être Leslie se trouvait attristé de savoir que même le bibliothécaire craignait pour sa vie dans ces heures où le danger rôdait si bien. Qu’il n’y avait pas que les élèves qui pouvaient être touchés pour peu, voir même rien. D’une certaine façon, il était un représentant de l’ordre, de l’immuable machinerie autoritaire que l’on ne touchait pas, tout comme on n’ébranlait pas ce qu’on savait immémorial. Ce qu’on croyait immémorial. Mais les préoccupations d’Octave avaient pu rappeler au doux et fragile éphèbe que l’injustice ne se limitait pas qu’aux faibles et aux soumis, ni à l’âge où à la profession ; certaines ici étaient tout puissants et pouvaient retourner n’importe quelle montagne inaltérable pour la raser à jamais. Avait-il pleuré de peur ? De conscience quant au fait que s’ils ne fuyaient pas, peu étaient en mesure de les protéger constamment et efficacement ici-bas ? Pour ne pas dire personne, en fait. Octave ne craignait pas la douleur ni les altérations, mais le temps qu’elles allaient passer à le ronger avant qu’il ne s’en rende compte. Et pourtant Leslie pleurait maintenant, découvrant peut-être une nouvelle étendue des potentiels malheurs et le cœur du bibliothécaire se serra d’avoir été à l’origine d’une telle douleur, même si elle fut justifiée en un certain sens.

Lorsque sa tête naquit enfin du col de son pull, Octave eut à peine le temps de passer ses bras que Leslie interrompit le cours du destin en l’enlaçant de ses bras finauds. Il s’obstinait à le voir en frêle enfant, ce qu’il était à moitié, omettant systématiquement à quel point l’enfant était aussi filiforme que grand, si bien qu’il l’enveloppa en branche courbée, en liane souple de ses longs bras. Palpitant, désemparé et désespéré, il se blottit contre le corps épais et lourd du bibliothécaire, pressant sa tête fragile contre le robuste torse en bouclier, se frayant un chemin dans son cou tout en courbant le sien pour ne pas dominer. Il mettait une telle force à le serrer qu’Octave crut une nouvelle crise venir, sentant quelque chose craquer là où les bras souples de l’adolescent l’entouraient.

- Compte sur moi pour te faire pleins de remarques et surtout... Merci... Merci... merci, merci, merci... et merci... J'ai promis de ne plus t'embrasser, alors je ne peux pas le faire pour te remercier encore, mais... Merci Octave.

Il ne comprenait pas exactement d’où venait cette reconnaissance, mais l’aveu qu’il lui offrit, faisant l’effort de quelques convenances qu’Octave avait pris soin d’instaurer, le firent sourire doucement. Leslie continuait à pleurer, bref dans son embrassade et probablement gêné par la distance qui les séparait, alors que leur première rencontre lui avait offert plus d’une occasion pour passer impunément ses mains sur le corps à la peau tendue du bibliothécaire. Il semblait se perde un peu, ne pouvant se décider s’il voulait être le fils ou le garçonnet de passage, le premier le consolant de ce que peut-être les autres ne comprenaient ou ne savaient pas, tandis que le second lui offrait un exutoire à sa confusion quant à celui qui était inaccessible sans être une figure paternelle. Le destin se remit en branle et Octave, sans céder à la tentation facile d’une douceur gratuite, sentait à quel point tout ceci serait de toute façon horriblement mauvais. Il ne s’agissait pas d’innocence préservée, ni d’un âge trop insouciant, mais du fait que Leslie devait apprendre à se débrouiller tout seule, au lieu de s’accrocher à la première main tendue pour se laisser guider. En acceptant tous ses désirs, Octave savait qu’il ne lui rendrait pas service. Alors il le lâcha, contenté mais docile.

- Ne te sens pas forcé de venir avec moi. J'avais et j'ai encore besoin de compagnie, mais je crois que c'est quelque chose que je dois faire seul, comme un grand…

A croire qu’il avait lu dans ses pensées. Le concerné croisa les bras, très attentif au début, puis de plus en plus sceptique à mesure que l’adolescent piétinait sur le même terrain, tournant autour du pot. Un sourcil finit par se relever, aussi sceptique qu’amusé, tandis que Leslie essayait de se tenir debout tout seul. L’enfant, cette tige efféminée, qui faisait tout pour ne pas s’imposer à celui qui avait fait preuve d’un soupçon de faiblesse, craignant probablement d’être un poids dans une vie qui en portait bien d’autres. Il avait raison au fond de vouloir faire les choses par soi-même, mais il fut si courtois et hésitant dans sa politesse qu’Octave vit tout de suite l’espoir tisser son fil tout du long. Il sourit davantage, hochant même de la tête lorsque le discours fut terminé, amusé par l’audace de l’adolescent, qui se manifestait pourtant maladroitement et au mauvais moment. Et puis, il avait fait cela avec tellement de bonhommie !

« Okay. » concéda Octave, avant de rajouter, l’air mutin : « Mais si j’en ai envie, je peux venir quand même ? Ou Lawford est maintenant ton conseiller officiel ? »

Il se moqua gentiment de ces deux personnages fondamentalement différents, à la seule exception qu’ils avaient peut-être la même manière de parcourir la vie, la dévalant sans ceinture ni goût pour les conséquences, comme une bûche lâchée du haut d’une montagne. Cette timidité le séduisit néanmoins et Octave remonta les manches de son pull avant d’éteindre d’un souffle les bougies allumées de son bureau, comme pour stipuler qu’il était prêt à partir à l’aventure. Affairé à son propre accoutrement un peu large malgré l’effort du choix, Leslie poursuivit la conversation sur un chemin qui figea le bibliothécaire l’espace d’un instant, tandis qu’il protégeait de sa main une flamme jaune. Il se redressa peu après, l’air préoccupé, percevant soudain à quel point l’adolescent avait peu conscience des véritables tenants et aboutissants de cette histoire. A ne pas vouloir trop en dire, Octave n’avait effectivement pas été suffisamment clair et les explications qu’il s’apprêtait à fournir ne l’enchantaient pas, pas plus qu’ils n’allaient revigorer Leslie. Il craignit de nouvelles larmes, ne sachant toujours pas quelle était l’origine des premières, mais finit par se retourner vers l’adolescent, songeur. Il se rapprocha de la porte, toisant les yeux baissés du jouvenceau et l’observa un instant se fondre dans sa gêne et la confusion de quelque chose qui le dépassait. S’apprêtait-il à lui en demander trop ? Trop pour ses épaules fuselées. Octave passa une main dans ses cheveux, se décidant une fois de plus à faire un pas en direction de l’inconnu, poussant un peu plus Leslie dans l’ombre, alors qu’il avait tant besoin de lumière.

« Tu ne comprends pas Leslie. Je crains que mon comportement ne s’altère contre mon avis. Tu connais l’Impero, non ? Ca fait partie des choses que j’envisage. De ce fait, tu peux t’attendre à tout, comme à pas grand-chose. Peut-être que je te rejetterai, peut-être que ce sera… le parfait contraire qui adviendra. Si je ne suis pas conscient de ce qui m’arrive, ou si je pense que tout est normal, je ne pourrai pas t’en parler, raison pour laquelle je veux que ce soit toi qui prenne la place de ma conscience et de ma méfiance dans ce cas. Honnêtement, je ne sais pas à quoi je peux m’attendre, mais j’imagine avoir raison lorsque j’envisage le pire. Personne n’est au courant qu’on se fréquente Leslie, ce qui fait de toi un candidat idéal pour savoir si quelque chose ne tournera pas rond, tu comprends ? »

Il se tut un moment, soucieux et réfléchi. Parce qu’il craignait les foudres d’Andreas ou d’un autre, il savait que d’une certaine façon, Cassidy ne pourrait pas être une source fiable, car les charmes qu’on risquait de lui imposer iraient très certainement à son encontre. Leur relation avait été méticuleusement tue, si bien qu’aucune vague ne soulevait le calme, mais Merlin savait que ce beau temps préparait une potentielle tempête. Prévenir Leslie du déluge était une idée inattendue, car qui irait soupçonner l’adolescent d’être en mesure de changer quoi que ce soit ? Pourtant, Octave le savait capable de beaucoup de colère et de persuasion, ce qui encouragea son choix. Il chercha alors le regard noir du garçon et le calma :

« Leslie, quoi qu’il advienne plus tard, sache que maintenant, je ne suis pas la personne qui t’abandonnera. Si je le fais dans un avenir plus ou moins éloigné, c’est que ce ne sera plus moi, d’accord ? Utilise ça comme une stimulation pour me faire revenir sur le droit chemin, si ça peut t’aider. Cependant, si tu échoues dans ma requête, ne t’en veux pas, ne t’acharne pas. Je ne suis pas quelqu’un de facile en temps normal et sans conscience, ça ne s’améliorera certainement pas. Mais n’aie pas peur et si je ne t’écoute pas le moment venu, ce sera peut-être l’occasion pour m’embrasser impunément, histoire de réanimer quelques souvenirs, façon Madelaine de Proust ! ou la Belle aux Bois Dormant... Tu resteras fort pour moi, dis ? Ne pleure pas pour moi ou à cause de moi, comme tout à l'heure, ce n'est pas la peine. »

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Tell me pretty lies [17 octobre 1997]

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