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[17 Oct 97] Nuit de souffrances

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    P'tit nouveau
AVATAR : Rien
MESSAGES : 41
MessageSujet: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Sam 18 Mar 2017 - 22:38







Nuit de souffrances
Le règne de la terreur commence




Amycus était au milieu du couloir de l'aile ouest, qui semblait désert, l'astre lunaire surplombant le château de sa douce lumière blanche, venait éclairer par intermittence les lieux. Le silence. Un silence de mort régnait tout autour de lui. Ce château, ses habitants, tous lui obéissaient. Oh, bien sûr Alecto aussi avait son mot à dire, mais il n'en demeurait pas moins l'aîné des Carrow, le mâle, l'héritier. Elle devrait se fier à lui, le suivre.
Bien entendu, il y avait l'Autre, celui à qui le Maître avait confié officiellement les reines de l'école mais aussi – et cette idée lui laissait un goût amère en bouche – accordé vraisemblablement sa confiance. Mais peu importe. Le préféré du Maître c'était lui, quoi qu'en dise Lestrange. Un bruit continue se faisait entendre au loin, Alecto effectuant sa ronde ne se trouvant pas loin, mais dans ce couloir rien ne bougeait. Il semblait que chaque objet retenait sa respiration et attendait la suite des événements avec une patience à tout épreuve. Amycus sentait son cœur battre au fond de sa poitrine, rythmant l'atmosphère sinistre qui traînait dans cette école.

Le mage noir fît pivoter sa baguette entre ses doigts avant  de brusquement l'agiter, ce qui éclaira son visage pendant quelques secondes d'un lumos. Celui-ci trahissait de longues cernes ainsi qu'une barbe non-entretenue de quelques jours sur un visage banal dont les traits étaient étrangement de travers. Diriger une école de sorcellerie c'était avéré plus complexe qu'il ne se l'était imaginé.

Il devait bien sûr supporter la vue mais aussi l'odeur de cette bande de morveux boutonneux, parfaitement dépourvus d'intelligence. Pire. Il devait assurer diverses rondes au beau milieu de la nuit, alors que dehors, Lestrange, Avery ou Yaxley pouvaient agir pour la gloire du Maître et châtier à loisir ses traîtres à leur sang ou des immondes moldus. Dans ces moments là, Amycus tentait purement et simplement de se convaincre que si le Maître l'avait placé ici avec sa sœur, c'était pour une excellente raison. Surveiller Rogue. Inculquer de vraies valeurs à la nouvelle génération, aussi débilitante soit-elle. Oui,  c'était cela. Évidemment. Le Maître avait davantage confiance en lui, c'était une mission de premier ordre. Oui… Oui…


- AMYCUS !!! Hurla soudainement Alecto à plusieurs couloirs de lui.


Sursautant, Amycus fût brutalement tiré de ses rêveries et resserra son emprise sur sa baguette. Une lumière vive mais sinistre émana de sa baguette magique, tremblant sous l'impact lourd de ses pas. En un instant, il avait rejoint sa sœur. Celle-ci se trouvait devant le mur adjacent à la bibliothèque. Ce dernier était couvert de graffitis tracés à la va vite à l'aide de couleurs vives où pouvait-on lire :


L'Armée de Dumbledore n'est pas morte ! La lutte continue ! Résistez ! Battez-vous !

POTTER AVEC NOUS !



Amycus, grogna et serra les poings tandis qu'Alecto pinça les lèvres et laissa échapper un sifflement terrifiant. Tous les deux fulminaient. Alecto pointa sa baguette sur le mur et une violente secousse ébranla tout un pan du mur en plus du brouhaha qui déchira la nuit silencieuse. Amycus attrapa le poignet de sa sœur et l'obligea à abaisser sa baguette.

- Qu'est-ce que tu fais ! Pesta Alecto en tournant ses yeux globuleux vers son frère, massif.

- Qu'est-ce que TOI tu fais ?! Rétorqua l'aîné des Carrow. Tu veux démolir l'école à toi toute seule ?

- Je ne tolérerais pas qu'on manque de respect à notre Maître en souillant son œuvre par leurs noms abject. Cet amoureux des moldus… Alecto cracha par terre et retroussa ses lèvres. Et ce sale morveux..

- Je comprends ta colère, et je l'approuve, ma sœur. Amycus lâcha le poignet d'Alecto et l'obligea à se détourner du mur pour le regarder en face. Mais abattre Poudlard pierre par pierre n'y changera rien..

- Quoi alors !! S'énerva la sorcière en tentant de se défaire de la prise de son frère. Ce dernier resserra son étreinte, indifférent à la douleur qui se lisait derrière la rage qui débordait des prunelles d'Alecto. On va faire comme si de rien n'était ? Laisser ces rats puants, ces immondices de sang-mêlés dicter leur lois et..

- Si tu me laissais finir avant de piailler comme une goule qu'on étrangle, s'agaça Amycus en secouant sèchement sa sœur. Au lieu de démolir un pauvre mur de pierres, oriente et focalise ta colère sur autre chose. Une chose qui ressentira plus intensément ton courroux.


Il fallût un certain temps à Alecto pour que l'information fasse son petit bonhomme de chemin jusqu'à son cerveau et pour que ce dernier l'analyse, la traite et finalement l'enregistre. On ne pouvait pas tout avoir dans la vie : beauté, force, intelligence, richesse, gloire. Alecto avait une passion pour les châtiments, elle s'était diversifiée dans leur pratique et y excellait. C'était déjà ça, non ? Une lueur malsaine scintilla dans ses yeux trop grands qui lui mangeaient la figure.


- Oooh… Tu veux dire, sur EUX ! Comprit-elle avec un gloussement.

- Parfaitement, Amycus lâcha sa sœur, un rictus venant tordre davantage son visage disgracieux. Ce soir, leurs cris vont emplir cette vieille ruine. Ce soir, ma chère sœur, nous allons enfin pouvoir nous amuser.


Moins de dix minutes plus tard, Rusard fût réveillé, expulsé de son lit d'un maléfice et envoyé pour nettoyer le mur des graffitis. Pendant ce temps, les Carrow, tels deux tornades, avaient réveillés tout le château. Les élèves furent tous tirés de leur profond sommeil et traînés de force vers la Grande Salle, peu importe leur tenue. Aucun n'eut le temps de se chausser, de prendre sa baguette ou de prétexter. Ceux qui s'y risquaient se voyaient octroyer une gifle ou menacés d'une baguette magique entre les yeux.

Les préfets étaient chargés d'encadrer au mieux leurs condisciples et surtout de faire taire les plus jeunes, en effet -et c'était bien connu – les pleurs agaçait Alecto, et personne n'avait envie à presque 04h00 du matin de l'asticoter davantage. Les cinq grandes tables étaient dépourvues de victuailles et repoussées dans un coin, obligeant les élèves à se dresser en file indienne – de la première à la dernière année. Une fois que tout le monde fût rentré, Alecto agita sa baguette et les portes se refermèrent doucement d'un grincement sinistre sur les élèves, les emprisonnant.


- Silence ! Siffla Amycus qui se tenait sur l'estrade habituellement réservée à la table des enseignants.


Des murmures inquiets avaient commencé à bourdonner dans la Grande Salle. Que se passait-il ? Pourquoi les avait-on tiré de leur sommeil et molestés sans rien leur dire ? Ou était les professeurs ? La peur s'insinuait en eux et bientôt elle les consumerait.


- Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences. Alecto remonta la file des étudiants en frappant l'arrière du crâne d'un étudiant qui bavassait durant la prise de parole de son frère. Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard.


Alecto gravit à son tour les quelques marches qui menaient à l'estrade et se planta aux côtés de son frère en fusillant les élèves, à l'affût du moindre écart de conduite.


- J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.


Silence.


- Et bien ? Personne ?


Silence.


- Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir vivre. Tu n'es pas de mon avis Alecto?

- Tu lis dans mes pensées mon cher frère, approuva la jeune femme en faisant passer le bout de sa langue sur sa lèvre supérieure, l'air gourmand et assoiffé. Par quoi allons nous commencer ?


Elle choisit délibérément de considérer cet amas de chairs, cet attroupement d'enfants effrayés comme des êtres inanimés. Des animaux tout au plus. Des choses. Ses choses.

Un bref échange de regard entre le frère et la sœur, un rictus plus tard, leurs baguettes fermement en main, les Carrow descendirent lentement de l'estrade et se plantèrent chacun, coup sur coup face à un élève. Peu importe son âge, son sexe, son ascendance ou sa maison. Tous allait payer. Plus particulièrement les plus jeunes, il est vrai. Leur regard empli de terreur, et leur nez dégoulinant de morve, leur valait généralement une double dose de supplices.

En réalité, ils ne cherchaient pas de coupables. Ce n'était plus qu'un prétexte après avoir mis à terre le septième élève. Ils étaient tous coupables pour respirer le même air qu'eux. Ils devaient simplement apprendre qui étaient les vrais dirigeants de cette école et que tout acte de rébellion serait sévèrement punis.
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GRYFFONDOR6ème annéeCapitaine de Quidditch
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Dim 19 Mar 2017 - 18:11



17 octobre 1997 – 4h00 – Grande Salle

Jimmy ne comprit pas ce qui lui tomba sur la tête. Sa couette fût tirée à l’autre bout de lui, et des voix peu engageantes lui ordonnait de se lever. Mais, il ne voulait pas, il voulait rester la tête tranquillement posée sur son oreiller, il voulait rêver de papillon et de gâteau au chocolat. Il voulait encore connaître un peu de paix avant de retrouver le monde sombre qui régnait à présent dans le château de Poudlard. Les grosses mains froides de Pol le tirèrent du lit et le secouèrent violement. « Bouge-toi, Jimmy, allez ! » Ce réveil en quatrième vitesse lui rappelait cette nuit qu’ils avaient passé dans la grande salle dans l’attente d’une réponse quant à l’attaque de la bibliothèque, étrangement, le rouge et or n’était que peu enclin à recommencer. Il se leva cependant, sous le regard insistant de Pol qui ne cessait de le tirer hors de son lit.

Ils suivirent tous les deux la foule des rouges et or, silencieux, s’échangeant des regards remplie d’inquiétudes. Que se passait-il ? Pourquoi tant de mystères ? Jimmy se posait tout un tas de question, mais l’atmosphère étouffante qui s’enroulait autour de lui ne lui donnait guère le courage les poser à voix hautes. Et puis, au vu de la panique naissante qu’il pouvait lire dans le visage des plus jeunes, il n’était peut-être pas prudent de parler à voix haute. Il se contenta de rester près de Pol et regretta pas amèrement ne pas avoir eu le temps d’enfiler un pull. Il n’avait pas à être honteux de son cœur, mais ce sentait un peu trop vulnérable pour être à son aise. Ils rejoignirent tous la grande salle, et Jimmy chercha du regard Amaryllis. Est-ce qu’elle était là ? Est-ce qu’ils avaient vraiment réveillé tout le monde, ou avaient-ils choisis des dortoirs au hasard ? Jimmy ne savait pas. Et il se tenait là, avec pour seul vêtement un pantalon, ses pieds nus contre le sol froid de la grande salle, il écouta d’une oreille peu attentive les paroles des Carrow, trop occupé qu’il était par ce qu’il se passait autour de lui. Pol était tout prêt, mais les autres. Gabriel ? Meredith ? Amaryllis ? Une multitude de de scénarios se déroulèrent dans sa tête, et son cœur commença à battre plus fort.

Et puis, il croisa le regard glaciale d’Alecto Carrow, et son cœur sauta un battement. Sans rien comprendre, il se retrouva dans un endroit vide. L’atmosphère était lourde, humide et une odeur de mort régnait. Jimmy leva son regard noisette vers le plafond et un cri d’horreur s’échappa de sa gorge. Au-dessus de lui se trouvait une longue ligne de crochets de boucher sur lesquelles étaient pendus la totalité de sa famille. Il pouvait ainsi voir son petit frère, sans vie, qui pendait au-dessus de lui. Une goutte de sang tomba entre les deux yeux du Gryffondor mais il ne pouvait rien faire. Il tenta de se défaire de cette emprise qui le liait au sol, sur les genoux, mais n’y parvient pas. Seul son visage pouvait bouger, et il se rendit compte ensuite que les crochets aussi. Comme dans une laverie moldue, les crochets avançaient. Sa famille laissa rapidement place à ces amis. Pol était là, sans vie, pendu comme un cochon sur un crochet. Et puis Ama.. sa douce Ama… Le visage déformé par la douleur et la peur, sa peau blanche abimé partout et ses cheveux dorés rougit par le sang. Une larme coula le long des joues du Sixième année. Les crochets avançaient toujours, doucement, très doucement pour qu’il puisse tout observer. Et il ne pouvait rien faire d’autre qu’observer. Il ne pouvait que voir ces amis, sa famille pendue comme de la viande au-dessus de lui. Il y avait même Ava, sa chouette, sa chère chouette au caractère de petit chien têtu. Elle était pendue à un crochet et bougeait encore, doucement, puisant dans ces dernières volontés pour ne pas mourir.

Jimmy ferma les yeux et ses yeux laissèrent s’échapper une quantité impossible de larme. Il s’était mis à trembler et se répéta à lui-même, en murmurant. « Ce n’est pas réel. Ce n’est pas réel. Ce n’est pas réel. » Il continua à se répéter la même chose jusqu’à ce qu’une main vînt se poser sur son épaule. Il ouvrit les yeux, et croisa le regard de Pol. Ce dernier avait le visage en sang, mais son regard disait à Jimmy qu’il allait s’en remettre. Le capitaine de Quidditch s’apprêta à dire quelque chose, mais Pol lui intima d’un geste sec de ne rien dire. Ils ne fallaient pas qu’ils reviennent, il fallait attendre. Attendre de pouvoir rentrer dans les dortoirs. Jimmy acquiesça, et regarda autour de lui. Les sanglotements, le sang, les tremblements. Lui-même tremblait, et il ne pouvait pas fermer les yeux afin d’échapper au cauchemar qui prenait place dans la grande salle, il ne voulait pas retrouver son cauchemar à lui. Il ne pouvait pas… Il ne voulait pas.

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SERPENTARD5ème année
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Lun 27 Mar 2017 - 7:06


17 octobre 1997 | 4h00 AM | Grande Salle
Le temps avait fini par arranger les choses, ce qui eut pour effet d'offrir à Leslie le plaisir de retrouver des nuits de sommeil stable. Couché depuis déjà six bonnes heures, le petit récupérait, sans plus se laisser malmener par ses angoisses et ses mauvais souvenirs. De toute façon, ce qui était fait ne pouvait guère être changé et il préférait éviter de réfléchir, comme quoi il avait fini par comprendre le cercle vicieux dans lequel il entrait, chaque fois qu'il se prenait la tête pour le moindre incident. Sa vision des choses avait divergé depuis qu'il était tombé sur le bibliothécaire. Certains de ces problèmes lui paraissaient futiles et insignifiants à présent. Enfin, la meilleure nouvelle était qu'il avait retrouvé le confort du dortoir des garçons de sa maison et ce fut étrange au départ, de ne plus être seul. D'ailleurs, ce changement l'avait brusqué au point où il avait presque désiré retrouver la chambre qu'il avait eue durant le mois de septembre - début octobre. Oh, soyons franc, tout allait trop bien... Et ce fut dans un état pitoyable, les cheveux en bataille et le corps mou, qu'il s'éveilla en cette nuit d'horreur qui n'était pas encore annoncée. D'abord inconscient de ce qui se tramait autour de lui, il s'était tourné sous sa couette en gémissant comme l'être le plus brimé de ce monde. Seul le bruit d'un verre percutant le sol le poussa à se redresser une bonne fois pour toutes. Les mouvements autour de lui semblèrent insensés et dépourvus de logique. Pourquoi tout le monde s'agitait ainsi, au milieu de la nuit ? Il voulait bien le savoir, alors que le brouhaha augmentait son mécontentement. Puis, tout changea en une fraction de seconde, lorsqu'il entrevit un gamin de première se cacher sous un lit. L'enfant en question pleurait, comme si la fin avait sonné. Alors là, à ce moment précis, Leslie comprit que cette agitation devait être prise au sérieux. Son mécontentement laissa place à la peur, une peur étouffante et incontrôlable. Le souffle coupé, il ne se rendit même pas compte que Cliff l'avait empoigné par le bras pour le tirer de son lit. « Leslie...... Leslie... Leslie..... LESLIE ! » Mathewsen sursauta brusquement, alors que son ami continuait de tirer contre sa chemise pour le faire avancer. Chemise ? Oui, pour tout dire, le vert et argent s'était endormis en portant son uniforme, par simple paresse. Enfin, malgré sa flemmardise de la veille, il avait tout de même pris soin d'enlever les surplus tel que; sa cape, sa cravate, sa ceinture, ses bas et son pull. Il avait donc fini la soirée habillé d'une paire de pantalon dont il avait replié le tissu pour le remonter au niveau de ses genoux. Cela en plus d'une chemise fripée dont l'une des manches était tachée.

Ce fut le claquement des pieds dénudés au sol qui démarrèrent la sinistre mélodie, laissant derrière eux un mauvais pressentiment s'installer. Le regard rivé au sol, le gamin s'égarait dans l'inimaginable. Les questionnements traversèrent son esprit comme des murmures insaisissables, pendant qu'il entrait dans la grande salle ou plutôt; la salle d'abattoir. Le troupeau prenait place, allant dans un ordre d'année et de maison, sans table pour leur permettre de s'asseoir. Non, ils n'étaient pas tous là pour converser et prendre le petit déjeuner. Cliff était étrangement calme, l'air paisible malgré la lourdeur et ce fut grâce à cette indifférence que Mathewsen se ravisa. La panique ne devait pas surgir, il devait rester en contrôle. En finale, il prenait exemple sur son camarade, se forçant alors à adapter une position droite. Son seul défaut était qu'il serrait les poings avec trop de force et cela le portait à trembler. Après divers échanges de regards inquiets, les Carrow entrèrent enfin en scène, donnant ordre du silence avant de commencer à énoncer le souci actuel, souci que Leslie n'écouta guère.

- J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.

Le silence prit place une première fois, une deuxième fois, puis... Puis tout se chamboula d'un seul coup. Les sortilèges et la souffrance s'installèrent au coeur de la Grande salle, frappant les enfants à double reprise et les plus vieux, comme s'ils ne valaient rien. Les élèves s'écroulaient, pleuraient et criaient... Et Leslie restait là, le regard vide et la bouche sèche. Il ne respirait plus, comme s'il s'abandonnait déjà à la mort. Seule une larme coula contre sa joue, embrassant sa peau de porcelaine avant de mourir au coin de ses lèvres entrouvertes. Peu à peu, il faiblissait, sans même être l'une des victimes. Puis, la limite de ce qu'il pouvait supporter se brisa, lorsqu'il entendit un sanglot provenant d'Amelia Mathewsen. Il s'était alors retourné en panique, criant le prénom de sa soeur comme si elle venait de perdre la vie et cela le surprit lui-même. Et malheureusement pour lui, il avait attiré l'attention des Carrow.

Ce fut ainsi que le premier doloris le percuta de plein fouet, le forçant à s'écrouler. À son tour, il se mit à crier, se roulant au sol dans l'espoir d'éteindre les flammes qui rongeaient son être au point de lui faire croire qu'il allait mourir là, maintenant, tout de suite. Cependant, une partie de sa conscience réduisait l'impact du sortilège, car cette partie en question était ailleurs. Malgré les brûlures qui prenaient place dans son corps, il ne pouvait que penser à Amelia et non pas à sa propre souffrance. Le doloris prit fin et aussitôt qu'il put avoir assez de force pour bouger, le cinquième année commença à ramper au sol, dans l'unique but de s'approcher de sa soeur qui elle, était couchée contre le plancher depuis un bon moment. Habité par l'espoir de la voir bouger, le Serpentard murmura le prénom de son aînée tout en poussant quelques sanglots suppliants à son égard. Il avait aussi levé le bras en sa direction, mais Amelia restait inerte. Et ce fut en apercevant le sang couler contre son visage que Leslie comprit qu'elle était blessée. La respiration de l'adolescent s'accentua alors, annonçant une crise qui ne parvenue guère, car nouveau coup de baguette se fit en sa direction. Était-ce dans le but de le détruire une bonne fois pour toutes ou, peut-être, était-ce simplement que Leslie était une bonne victime, mais un deuxième doloris lui fut destiné. Et ce doloris fut plus ardent, plus déchirant et insupportable que le premier. Celui-ci, il était horrible, comme si sa peau lui avait été retirée et qu'il avait été jeté dans une mer de vinaigre et de sel, sous laquelle tout ses membres devaient lui être arrachés, morceaux par morceaux. Son cri était d'autant plus horrifiant, coupé par divers mouvements de distorsions qui le poussait à s'agiter anormalement, tel un possédé du diable. Sa douleur était laide, donnant envie de fermer les yeux et de crier à notre tour pour l'oublier et effacer son existence.

Ce deuxième doloris avait duré longtemps, assez pour que Mathewsen se fasse du mal à force de se débattre contre le sol. Plusieurs de ses ongles s'étaient complètement arrachés sous ses démarches désespérées. De plus, pendant un court instant, il avait été porté à aller se griffer la gorge, parce qu'il préférait mieux mourir, plutôt que de continuer à souffrir de la sorte. Lorsque le sortilège avait prit fin, il s'était retrouvé dans une position pathétique, à l'écoute du rire de l'un des Carrow. Les tremblements ne le quittaient plus et quelques spasmes le frappaient encore, le forçant à se replier sur lui-même, à la recherche d'un réconfort inexistant. Puis, d'un coup, il prit connaissance du goût métallique qui traversait sa bouche. Il s'était négligemment mordu la langue et le fait de goûter son propre sang lui donnait envie de vomir, chose qu'il fit aussitôt, sans se contrôler. Tout l'écoeurait... Il évacua ce qu'il pouvait bien cracher, avant de tousser et de vomir une dernière fois. L'odeur était atroce, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il s'était uriné dessus, réalité qui ne le choqua même pas, car il n'était plus. Non, Leslie avait disparu à cet instant même où ses ongles avaient transpercé la chair de sa gorge. À l'instant précis où il avait essayé de mettre fin à sa douleur, il s'était enfermé dans les profondeurs de sa petite carcasse, là où aucune menace ne pouvait l'atteindre. Le traumatisme faisait dorénavant surface.

Que personne ne le touche... Que personne ne lui parle... Ne le regardez même pas.
Leslie n'est plus là et il ne reviendra pas.

 

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Louis Bourdaloue ✻ Nous satisfaisons la vérité en faisant usage de l'hypocrisie. Nous ne voulons ni nous connaître, ni être connus. Un de nos soins est de nous tromper, et l'autre; de tromper le monde.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Jeu 30 Mar 2017 - 23:47








Ce furent les cris qui la réveillèrent.
 
Il y eut l’agitation audible dans la Salle Commune, les exhortations vociférées par des voix brutales, les bruits affolés des pieds qui claquent sur la pierre froide du couloir à côté du dortoir. Des bruits de draps qu’on froisse, des murmures un peu perdus. La chambre était à ses heures les plus sombres et même le lac qu’elle voyait au travers des fenêtres ne parvenait pas à imposer ses reflets mouvants ; elle y voyait à peine. La porte s’ouvrit à la volée et quelqu’un hurla des choses qu’Andrée ne comprit pas ; néanmoins, le message était suffisamment clair pour qu’elle n’ait aucun doute sur ce qu’il fallait faire.
 
Les yeux encore à moitiés fermés, elle se leva et jeta un coup d’œil à sa montre – il était à peine quatre heures. Dans le brouhaha ambiant, elle parvint tout juste à discerner les mots tags et Carrow. La plupart n’avait même pas pris la peine de s’habiller et ils défilaient tous, aussi zombies que des âmes sans vies, devant la porte de la pièce. Ici et là, quelques originaux avaient tout de même pensé à enrouler leurs écharpes autour du cou – peut-être pour se rassurer, peut-être pour se protéger, peut-être par réel souci du froid ambiant qui les glaçaient plus que jamais dans leurs cachots humides. Le corridor était à peine éclairé par quelques bougies çà et là et les ombres qui se découpaient sur les figures cernées leur donnaient des airs de spectres pendant leur pénitence et en route pour le purgatoire.
 
Il n’est pas de plus grande terreur pour un enfant que de ne pas comprendre ce qu’il se passe. Dans son jeune esprit se crée alors les scénarios les plus aléatoires et les plus effrayants et, obscurité ou non, la peur le ronge comme autant de grains de noirceur qui se nicheraient dans chaque recoin de son âme, dans chaque parcelle de son corps. Pour Andrée, ne pas avoir le contrôle sur la situation, ne pas saisir du tout l’aboutissement de leur marche funèbre, ne pas parvenir à apercevoir la lueur d’espoir à la fin de leur nuit inachevée, c’était comme courir les yeux fermés vers un gouffre dont elle ne connaîtrait pas la profondeur – c’était suicidaire. Et elle sentit, de manière presque certaine et assurément malsaine, que ce qu’il allait se passer ce matin là serait abominable.
 
Elle serait impuissante face aux horreurs qu’elle allait vivre – impuissante et inconsistante aussi. Elle ne pourrait rien faire devant les atrocités qu’on allait lui infliger et elle n’aurait pas la force de réagir aux tortures que les autres subiraient à ses côtés. Elle ne pourrait pas pleurer, elle ne pourrait pas crier, elle ne pourrait pas trembler – juste regarder.
 
Mais cela elle ne le savait pas encore, et pour le moment ça n’était qu’une sorte de sentiment diffus qui se propageait lentement dans ses veines.
 
Les couloirs du château lui parurent anormalement fantomatiques. La lune, qui filtrait à travers les fenêtres et les quelques ouvertures qu’il y avait ici et là, baignait les pierres d’une lueur blanchâtre inquiétante qui rappelait l’argent des lames mortelles que les Carrow avaient l’habitude d’utiliser pour effrayer les élèves. Comme dans un flash, des images des couteaux brillants au soleil lui revinrent en mémoire et un long frisson glacé lui remonta le long de la colonne vertébrale.
 
Les portes de la Grande Salle étaient béantes lorsqu’ils arrivèrent. Malgré la noirceur qui s’en dégageait, preuve sans doute d’une nuit sans lune et d’un nombre de chandelles allumées trop peu élevé, un brouhaha murmuré en sortait et Andrée se prit à croire que l’ensemble de l’école avait été convoquée. Et en effet, lorsqu’ils entrèrent, la marée humaine qui s’offrit à eux l’étourdit plus qu’elle ne put l’imaginer. Les regards anxieux échangés, les mains crispées sur le bras du voisin, les chuchotements étouffés qui la parcouraient, c’étaient autant de témoignages de l’horreur qui commençait à se dessiner.
 
Andrée était jeune mais elle n’était pas idiote ; quand elle croisa le regard glacé de la sœur Carrow et quand elle avisa la posture tassée du frère, elle comprit qu’elle vivrait sans doute ce qui s’apparenterait longtemps à son pire cauchemar. Il s’en dégageait une aura néfaste, une aura que même le plus pur des anges aurait perçue et aurait fuie.
 
Les accusations qu’ils leur portèrent étaient certes abominables – était-ce de leur faute à tous si un mur avait été vandalisé quelque part dans le château ? – mais la manière détachée dont ils les menacèrent était pire que tout. Plutôt qu’un ton tranchant comme la mort, plutôt qu’une manifestation nette de leur colère, plutôt que des cris et des hurlements terrifiants, il y avait cette pointe d’ironie qui transperçait leur voix. En fait c’était pire – presque de l’amusement. « Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir vivre », que l’homme fit, et on put presque sentir le recul dans la foule amassée devant eux. Autour d’eux, personne ne pourrait leur venir en aide s’il leur prenait des lubies un peu trop violentes.
 
La Mangemort fit un premier pas, balaya les élèves du regard, leva sa baguette magique. Andrée ne connaissait pas l’élève qu’elle pointait, mais qu’importait – tout se figea au moment où elle prononça la formule. « Endoloris ! », et le jeune homme s'affaissa comme une poupée de chiffon dans un hurlement à glacer les morts. Son corps se convulsa et ce fut pire que tout ce que la fillette avait pu imaginer auparavant. À partir de là, les Carrow ne leur laissèrent aucun répit ; ils se déchaînaient sur eux comme s’ils avaient été des mascottes d’entraînement, et il n’y avait aucune possibilité de fuite pour personne, et certains se mirent à pleurer, et d’autres à crier, et Andrée, sans n’avoir rien subi encore, eut sincèrement l’impression de devenir folle. Elle tomba à genoux – sa respiration s’accéléra de manière bien trop perceptible, des spasmes se saisirent de tous ses membres. L’impuissance, la colère, la peur, la terreur même, ça se mélangeait, ça la saisissait, ça la paralysait.
 
C’était exactement comme lorsqu’une crise d’angoisse prenait le contrôle. Sauf que cette fois elle ne pourrait pas se cacher, cette fois personne ne serait là pour la calmer, cette fois les Carrow s’appliqueraient à l’enfoncer.
 
Elle leva la tête et aperçut avec horreur le frère Mangemort qui la fixait, une lueur malsaine dans le regard. Son expression était neutre mais ses yeux glacés – et puis elle ne pouvait pas s’y fier : il avait toujours était le plus calme des deux mais, a contrario, le plus cruel. Si la sœur s’emportait facilement et se laissait plus facilement guider par son instinct, lui était imprévisible et c’était ça qui était terrifiant.
 
Sans rien dire, presque blasé, il remua vaguement sa baguette et une vague de douleur insupportable recouvrit tous les sens de la fillette. Ce fut comme si plus rien n’existait autour d’elle – et sans doute que ce fut le cas. Elle voyait blanc, non noir plutôt, ou alors gris, ou même de toutes les couleurs, et ça se brouillait et ça perdait ses repères, et puis le sol sous ses mains, sous ses jambes, sous son corps, était-ce toujours celui de le Grande Salle, était-ce toujours la pierre froide qu’elle connaissait depuis le début, ou bien s’était-il transformé en cette matière mouvante qui la perdait dans sa douleur ? Les secondes s’étiraient, les minutes s’écoulaient, les heures s’éternisaient.
 
Depuis combien de temps son cerveau enregistrait-il la douleur ? Depuis combien de temps ses organes se tordaient-ils ainsi ? Depuis combien de temps était-elle dominée par cette gravité insupportable qui l’étouffait et qui la déformait dans sa chaire ?
 
Elle se sentit prise de spasmes, elle se sentit hurler ; elle se sentit même pleurer, et les larmes salées qui coulaient sur ses joues avaient comme un goût d’incongru, comme une saveur d’étrangeté. Sauf qu'elle n'entendait rien, elle ne voyait rien, elle ne ressentait rien – juste la douleur toujours plus cuisante. Pourquoi pleurait-elle alors que tout son corps réclamait à la libération ? Pourquoi se fatiguait-il à ça alors qu’il y avait bien mieux à faire – bien plus important ?
 
Ça dura longtemps – très longtemps. Et lorsque Carrow baissa enfin sa baguette et qu’il se détourna vers quelqu’un d’autre, il lui sembla que rien n’avait cessé. Il la laissa là, livrée à elle-même, alors que la douleur n’avait même pas refluée, alors que ses tremblements ne s’étaient même pas calmés. Elle aurait voulu que quelqu’un l’aide, que Lina la rassure, qu’Aileen la sauve, mais le brouillard qu’il y avait dans ses yeux n’avait pas disparu et elle ne voyait qu’une nappe uniforme grise, blanche, noire, elle ne savait pas. Elle ferma les paupières en désespoir de cause.
 
À quelques mètres, ou peut-être à quelques centaines de kilomètres, elle entendit des gémissements, des pleurs, des respirations effrénées, des prières murmurées – c’était étouffé et ses oreilles bourdonnaient. Il lui sembla que si l’Enfer des Moldus existait c’était ainsi qu’il se manifesterait – tout le monde était plus ou moins semi-léthargique autour d’elle et, si l’on entendait encore les cris des élèves torturés par les deux Mangemorts, le reste n’était que silence de plomb à peine perturbé par leur présence douloureuse. Sans les flammes qu’imposait la mythologie grecque mais pourvue de cette latence insupportable que proposaient les religions moldues. C’était calme, trop calme, comme si les élèves étaient finalement morts et qu’ils ne reviendraient pas.
 
Avec difficultés, Andrée tenta d’ouvrir les yeux et dans sa vision floue du monde qui l’entourait, elle crut distinguer des bottes à deux pas d’elle. Son corps perclus de douleur refusa de lui obéir quand elle lui commanda de se rasseoir. Les bottes furent remplacées par des genoux et bientôt se fut le visage d’Alecto Carrow qui apparut dans son champ de vision. Andrée n’eut même pas la force de détourner la tête.
 
Un sourire malsain se dessina sur son visage. « Que fais-tu par terre, petite ? », grinça-t-elle en s’accroupissant à sa hauteur. Elle lui attrapa son visage dans ses grandes mains moites et Andrée frissonna. Elle avait toujours pris soin de faire ce qu’ils voulaient, elle s’était toujours débrouillée pour plus ou moins s’attirer leurs faveurs même si c’était souvent maladroit, elle était à Serpentard et portait fièrement ses couleurs, mais malgré tout cela elle était prête à parier que Carrow voulait l’abîmer encore plus. Ils étaient tous les deux dans une colère noire même s’ils le montraient à des degrés différents – il ne fallait s’attendre à aucune miséricorde de leur part.
 
Andrée déglutit sans parvenir à le cacher. « S’il vous plaît », murmura-t-elle le plus fort qu’elle put, sa voix incroyablement éraillée, « s’il vous plaît professeur, le professeur Carrow est déjà passé. » Ses yeux grand écarquillés fixèrent comme sans le voir son professeur d’Étude des Moldus. Complètement figée, complètement glacée. Elle était comme incapable de réagir, comme incapable de dire plus, et elle voulait s’enfuir, vraiment, mais rien ne répondait dans son corps et elle n’était capable que d’attendre l’effroyable sentence qu’elle lui réservait.
 
La femme l’examina un instant d’un regard critique comme si ce qu’elle voyait allait déterminer la punition. Elle ferma à demi les paupières, sans doute pour savourer l’instant, puis murmura : « Une si jolie figure, si jeune et si innocente, ça ne mériterait pas d’exister, ma petite. » Elle se leva et attrapa le haut de pyjama d’Andrée pour la forcer à se lever. « Je m’en fiche que mon frère soit déjà passé, tu mérites d’être punie pour ça. » Le ça englobait sans doute beaucoup de choses plus ou moins valables. Elle la rejeta à terre comme une poupée de chiffon et pointa sa baguette sur son visage. « Diffindo ! », s’écria-t-elle.
 
La douleur qui fusa, même si elle était différente de celle du Doloris, fut tout aussi insupportable. Plus fugace, plus humiliante. Plus définitive, aussi. Elle sentit le sang couler et au moment où elle allait toucher la blessure, abrutie, un autre sort fusait déjà vers elle – ce fut sa main accusa le coup. Carrow s’amusait comme une folle et une lueur démente brillait dans son regard.
 
Lorsqu’elle finit par la laisser tranquille, cinq minutes plus tard, Andrée était recroquevillée sur le sol dallé. Ses frêles épaules tressautaient, seules témoins visibles de ses violents sanglots. Ses larmes se mélangeaient avec le sang, se répandaient par terre en un épais liquide sombre, sillonnaient sa peau et la marquaient de traînées rougeâtres au goût métallique. Elle ne sentit même pas la morsure du sel sur ses plaies dans les autres douleurs étaient encore vivaces. Sa joue droite étaient lacérée, un profonde entaille lui barrait le front et ses bras étaient couverts de coupures plus ou moins superficielles qu’elle avait récupérées en tentant de protéger le reste de son visage – pour ne pas que Carrow s’attaque à ses yeux aussi.
 
Vaguement consciente de n’être qu’une poussière parmi tous les étudiants mal en point, Andrée se retint de hurler et toujours tremblante de tout son corps, pria de toutes ses forces pour que le cauchemar s’arrête et qu’elle se réveille en sécurité dans le Manoir de Mr Leigh.





Dernière édition par Andrée L. de Kerimel le Mar 23 Mai 2017 - 20:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Sam 1 Avr 2017 - 0:16



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17 octobre 1997 — 3h47



Jay dormait d'un sommeil paisible. Même sa posture semblait le confirmer. Le jeune sorcier était en effet étendu gracieusement au travers du lit, pelotonné dans ses draps de satin blanc. Sa couverture, tout aussi pâle, chaude et moelleuse, recouvrait son corps comme un nouvel épiderme, l'épousant presque. Même leur couleurs se confondaient. Son épaisse chevelure noire, ainsi que ses cils tout aussi foncés, tranchaient néanmoins contre cette lueur angélique. Son bras gauche, bien que dissimulé sous la couverture, semblait être plié de manière perpendiculaire à son tronc d'une maigreur presque repoussante. Ses côtes apparentes semblaient vouloir percer sa peau. Seule sa main pendait mollement dans le vide occasionné. Son cœur de givre battait à un rythme calme, lent et régulier, faisant se soulever de manière presque imperceptible sa cage thoracique. Il était toutefois difficile de déchiffrer son expression. Même endormi, une sorte de mystère émanait de lui. Il semblait valser avec les songes. Ses songes.

17 octobre 1997 — 4h00



Ce fut des exclamations confuses qui le réveillèrent. Les bruits étouffés. Des protestations. Des grognements. Jay souleva une paupière nonchalante, révélant un iris presque aussi noir que sa pupille.

Tout le monde se lève. Aller. Pas de temps à perdre.

Il remarqua des silhouettes chancelantes, se mettant sur pieds, les unes après les autres. Edgard, effrayé par tant de raffut, alla se dissimuler sous le lit.

Mh ? Qu'est-ce qu'il se passe ?, marmonna Jay, à demi endormi.

A peine eut-il le temps de finir sa phrase qu'on lui arracha sa couverture. WOW ! Pourquoi agir ainsi ? Qu'est-ce qui leur prenait, à tous ? Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait bien être, mais il était sans doute trop tôt pour que les cours commencent... il eut confirmation de sa pensée lorsqu'il regarda au travers de son rideau. Le ciel était d'un noir d'encre. Un noir aussi intense que ses cheveux.

Aïe !

Voilà qu'on l'attrapait par le bras et qu'on le tirait de force hors de son lit. Il fut donc inclus, bien malgré lui, au travers des autres élèves. Il en bouscula quelques uns sans le vouloir, s'excusa maladroitement. On ne prit pas la peine de lui répondre. Telle une machine gigantesque, les jeunes gens se mirent tous à sortir du dortoir. Sans passer faire un brin de toilette. Sans se changer. Sans même prendre leur baguette. Mmmmhhh. Cela ne présageait rien de bon.

Leurs pas les menèrent... à la Grande Salle. Une fois le monde entré, les portes se claquèrent dans un bruit sec. Jay, qui commençait à retrouver ses esprits, sursauta. Il se frotta les tempes, puis enroula ses mains autour de ses bras. Brrrrr... tous ces gens... il n'y avait pas que les Serpentards de Quatrième année que l'on avait forcé à descendre. Non... TOUTES les années de TOUTES les maisons étaient présentes. Autrement dit... tous les élèves. Et aucun ne semblait savoir ce qu'ils fichaient là. Jay pouvait voir leurs visages paniqués. Certains avaient les traits déformés par la terreur.
Surtout les gosses.
...
Jay ne devait pas être beaucoup mieux. Le sorcier sentait, au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, une tension se former en ses tripes. Le stress lui donnait l'impression qu'il les faisaient se tortiller comme des vers gluants. Il se prit le ventre à pleines mains, tremblant. C'est alors qu'il remarqua Amycus Carrow, en face d'eux, bien en évidence sur l'estrade. Loin de le rassurer, cela le figea sur place. Le Mage Noir exigea le silence parmi les murmures divers qui avaient commencé à se former. Il l'obtint — sans grande surprise — assez facilement. Il expliqua ensuite que des élèves avaient enfreint le couvre-feu pour recouvrir un pan de la bibliothèque par des graffs. Ah... ? Le cœur de Jay manqua de rater un battement lorsqu'il vit la sœur d'Amycus, Alecto Carrow, se planter à côté de son frère. Ce fut cependant ce dernier qui continua :

J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.

Un silence de mort se fit. Plus personne n'osait même remuer. Jay ferma les paupières.

Et bien ? Personne ?

Ah... *Dénoncez-vous.*, pensa égoïstement le Vert-et-Argent. *Dénoncez-vous, que cela finisse.*

Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir-vivre. Tu n'es pas de mon avis, Alecto ?

Une « leçon de savoir-vivre » ? Jay ouvrit brusquement les yeux, craintif. Qu'entendait-il par là ?

Tu lis dans mes pensées, mon cher frère, approuva la jeune femme en faisant passer le bout de sa langue sur sa lèvre supérieure, l'air gourmand et assoiffé. Par quoi allons-nous commencer ?

Cette question fit trembler le Quatrième année de tous ses membres frêles. *Ils vont nous torturer.*, devina-t-il. *Ces monstres vont nous torturer.*

Tout se passa alors très vite, dans un mouvement de panique incontrôlable. Soudain, les élèves hurlèrent. Tombèrent. Se convulsèrent. Vomirent. Se cognèrent la tête contre les murs. S'évanouirent. Se déchirèrent le visage. Se mitraillèrent. Saignèrent. Pleurèrent. Et les Carrow qui s'en réjouissaient ouvertement... Jay — qui d'habitude n'était pas empathique — se sentit véritablement impuissant, là, l'air stupide et égaré, pendant que les autres s’effondraient un à un autour de lui. Il aurait voulu... il aurait voulu... il... sa gorge se serra si fort qu'il lui sembla difficile de reprendre son souffle. Il manquait cruellement d'oxygène. Dans une tentative désespérée, il rejeta sa tête en arrière et ferma une nouvelle fois les yeux. Ce qui le soulageait autrefois ne se révéla guère efficace ; au contraire. Il n'avait à présent plus aucun repère visuel. Il n'entendait que les cris des torturés lui percer les tympans... ce qui les rendait encore plus déchirants. C'est ainsi que les paupières du Serpentard se rouvrirent assez vite. Au travers de son regard flouté par les larmes qu'il ne retenait plus, il put alors discerner une petite silhouette trapue mais habile, bondissant telle une diablesse au paroxysme de l'excitation. Elle semblait danser, frôlant l'hystérie, lançant des sorts tous plus abjects les uns que les autres du bout de sa baguette. Jay mit un temps avant de comprendre de qui il s'agissait.

Alecto.

Comment... non... vite... partir... avant qu'elle ne le voie... il devait décamper, il le savait ! Et pourtant. Il était cloué sur place. Aucun muscle ne semblait répondre aux appels affolés de son esprit. Son encéphale semblait givrée. En sous-régime. Terrée dans l'épouvante. Peut-être se savait-elle condamnée ? Alecto se retourna brusquement, comme appelée par tant de terreur. Elle croisa le regard suppliant du Quatrième année. Il pouvait voir sa bouche visqueuse se transformer en un horrible rictus tandis qu'elle pointait sa baguette droit sur lui...

Tout disparut. Un nouveau décor prit place sous ses yeux. Jay fut peu à peu envahi d'une chaleur ensoleillée. Il avait étrangement rapetissé. Son visage avait pris des angles plus enfantins. Ses yeux pétillaient encore...
Le Jay resté dans la Grande Salle comprit tout de suite ce qui allait arriver. Un murmure plaintif s'échappa de ses lèvres entrouvertes. « Non. Pas ça. Pas encore. Non. Non. NON... » Cependant, il ne pouvait rien faire. Il allait rester là, immobile, revivant une fois de plus l'épisode qui avait tant marqué sa vie. Son souvenir le plus douloureux. Le plus enfoui. Le plus intime. Le plus redouté. Le plus déchirant.
Et puis l'Après.
Le seize août 1992. Neuf ans. L'enfance. L'innocence. L'insouciance. La sérénité. La joie. L'amour. Tant de sensations sucrées, de douces saveurs parfumées. Bientôt balayées. Fracassées. Mutilées. Amputées. Foudroyées. Et ce mot. « Accident ». Répétition. Adriam. Lien entre les deux.

Adriam a été tué dans un accident de voiture.

Il revenait de vacances. De France. Paris. Facile, au vu de ses origines françaises. Sa mère l'était. Sa mère... Jay gardait d'elle le souvenir d'une jolie femme blonde comme les blés, on ne pouvait plus douce. Elle avait toujours le bon mot pour apaiser les tensions, détendre l'atmosphère ou encore réconforter son fils — et Jay — en cas de besoin. Sa mère... gravement blessée au cours du drame. Deux genoux hors de leur rotules. Trois côtes fracturées. Une arcade sourcilière en sang. Évanouie sous le choc. Elle n'eut plus jamais la même attitude, après cela. Après un long séjour à l’hôpital et l'incinération de son fils, elle s'était envolée revivre dans son pays natal, coupant les ponts avec le père du défunt ainsi que Jay et sa famille. Trop de peine, sans doute. Trop de souvenirs. Besoin de changer de vie.

Adriam revenait de vacances. Si tout s'était passé comme prévu, les deux marmots se seraient retrouvés. Ils se seraient regardés longuement, avant qu'Adriam n'emplisse l'esprit de Jay de singularité comme lui seul savait le faire, à coup d'anecdotes toutes plus étranges les unes que les autres. Adriam était quelqu'un d'observateur. Il calculait tout, et ce, malgré son très jeune âge. Jay, plus rêveur, l'admirait pour ça. Entre-autres. Adriam semblait posséder tous les qualités du monde entier. Même ses défauts n'en étaient pas. Tout ce qui le constituait était extraordinaire. Sublimé. Il était son autre lui-même. En mieux. Son modèle. Son neurone-miroir. Sa vie...

Alors... que faire quand l'éclat qui illuminait autrefois les rosées n'était plus ? Comment pourrait-il même imaginer sa vie sans lui ? Que faire quand le fil directeur est rompu, sectionné, broyé dans les méandres d'un chagrin omniscient ? Il était malade, totalement malade... son âme s'était brisée en un millier de particules de verre. Son esprit s'était scindé en deux. Son corps semblait démembré. Jay aurait aimé crier au monde entier sa tristesse ; hurler à quel point Adriam lui manquait. A quel point il le hantait. C'était viscéral. Une charge qui l'écrasait, lui coupant tout repère. Que faire, sans lui ? Sans cet être si pur qui fut sa lumière à l'instant où il se construisait ? Il aurait aimé leur vomir sa détresse, leur cracher sa souffrance au visage. Les noyer dans la marée de sa misère. Les emprisonner de son désarroi. Les écraser sous le poids de ses remords et de ses doutes. Pas seulement les Carrow, non. Mais tous. Toute la population humaine, misérable et stupide. Cette vermine insignifiante qui n'arrivait pas même à la cheville d'Adriam. Mais il n'avait plus la force de le faire. Alors il se contentait de rester silencieux, se perdant dans un dédale de souvenirs poussiéreux.

« You're crushing me inside
Without your love
You're tearing me apart
Without your love
I'm dazed in madness
Can't lose this sadness
I can't lose this sadness
It's riping me apart »*


Les autres — ses parents surtout — lui avaient plus ou moins fait comprendre qu'il ne devait pas rester dans cette situation. Ils lui avaient suggéré de faire quelque chose pour se sortir de cette mélancolie, tenter quelque chose pour l'oublier — avec plus ou moins de tact. Mais pour ça, il aurait déjà fallu accepter l'idée qu'il soit mort. [T. W. : Galaxie.] Accepter son aspiration dans ce trou noir, béant et sans fin. [Fin T. W. : Galaxie.] Accepter qu'un retour à la vie lui était impossible. Accepter la défaite. Et ça, Jay ne pouvait s'y faire. Il ne pouvait décidément pas s'y résoudre. Adriam avait des yeux où il faisait si bon vivre que le Serpentard n'avait jamais su où aller depuis.**

Même après cinq ans.

« HELP !
In this junk
I'm drowning »***


Le sorcier, de retour dans la grande salle, était effondré au sol. Il ne se souvenait pas d'être ainsi tombé. Il ne se souvenait d'ailleurs de rien, pas même du départ de la Carrow qui avait interrompu le sortilège pour aller s'occuper d'un Première année. Mais c'était trop tard... Jay était aveuglé par le manque qui lui dévorait les entrailles. Il n'était plus que ça : chaque parcelle de son corps en était inondée. Empoisonnée. Il se répandait tout entier dans ses veines, sans pudeur ni morale, lui donnant l'impression d'en boucher quelques unes de sa consistance visqueuse au contenu infâme. Il était en train de mourir, il le sentait. Il allait périr de chagrin.

Pourquoi continuer à exister si ce n'est que pour ressentir l'absence étouffante d'un être qui n'est plus ?

« It hurts to feel
It hurts to hear
It hurts to face it
It hurts to hide
It hurts to touch
It hurts to wake up
It hurts to remember
It hurts to hold on

Turn my head

The hurt's relentless
The hurt of emptiness
The hurt of wanting
The hurt of going on
The hurt of missing
The hurt is killing me

Turn my head
Off
Forever
Turn it off
Forever
Off forever
Turn it off forever

Ever blind »****


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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Sam 1 Avr 2017 - 14:39

Dimanche 17 octobre 1987 – 4h du matin :  

 Des bruits violents réveillèrent Aileen de son sommeil, la sortant de son agréable rêve. Elle rêvait qu’elle volait au-dessus de Poudlard, long fleuve longeant la forêt interdite en dessous d’elle, le soleil tapant sur ses bras nus flottant au vent. Cela faisait un moment qu’elle n’en avait pas fait de tels. D’habitude, elle faisait tout le temps le même cauchemar : elle, poursuivie par une ombre, courant le long d’un couloir sans fin avec des tableaux criant tout autour, lui répétant des insanités. Ce doux rêve était une réelle délivrance de ses nuits. Au bout de quelques secondes de somnolence, la jeune femme ouvrit les yeux, secouée par de grands bruits de claquement de porte qui vibraient dans le dortoir de Serpentard. Encore dans les vapes, elle pouvait voir les élèves s’agiter hors de leur lit, comme des vagues floues tout autour d’elle. En tournant la tête pour chercher un visage connu, elle reconnut la silhouette de Dominguez, la jeune vipère de son âge. Elle se releva en portant la couverture à ses épaules pour se couvrir un minimum du froid, un œil toujours fermé : elle n’était vraiment pas du matin, ni du milieu de la nuit.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Aileen en retirant la longue mèche de cheveux qui venait de se mettre en travers de sa vision.
- Les Carrow ont à nous parler je crois, répondit précipitamment son amie en mettant le plus vite qu’elle le pouvait ses chaussures.

  Encore une de leur lubie sûrement. Ils commençaient à avoir l’habitude après tout. Sans qu’elle puisse mettre, elle-même, de pantoufle ou autre protection pédestre, quelqu’un tira le bras de la jeune femme hors du dortoir et elle se retrouva au milieu d’une horde d’élèves vagabondant dans les couloirs, oscillant toujours entre éveil et sommeil. Malheureusement pour elle, elle perdu son amie des yeux et se retrouva seule au milieu des étudiants perdus. Certains, comme Aileen, avançaient pieds-nus dans les couloirs, d’autres n’avaient qu’une seule chaussure au pied. Dans la précipitation, quelques garçons n’avaient même pas eu le temps de mettre un T-shirt, poussant les poils de leurs bras se dresser à cause du froid. En tournant le regard vers les fenêtres qu’ils dépassaient au fur et à mesure de leur marche, Aileen pouvait voir qu’ils se promenaient tous au beau milieu de la nuit. Elle espérait juste que la question sera vite réglée, pour retrouver son rêve, encore frais dans son esprit.

  Le convoi s’engouffra ensuite dans la Grande Salle, s’installant le long des murs pour laisser les Carrow maîtres au centre de la pièce. Ils les observaient de leur air pédant avec une lueur de cruauté qui rayonnait à la lumière des bougies. Certains élèves criaient et pleuraient comme les pauvres enfants qu’ils étaient. C’était normal : ce n’était tous que des gamins, ils n’aimaient pas être sortis de leur sommeil profond. Quelqu’un avait dû faire une bêtise pour qu’ils les rassemblent de la sorte… Très zen de la situation en laissant échapper quelques bâillements, Aileen savait qu’elle n’avait rien à se reprocher, elle ne voyait pas pourquoi on la punirait pour l’insolence des autres. Elle avait juste envie de retourner se coucher. En cherchant des yeux parmi la meute des visages amicaux, elle trouva enfin le visage familier d’une de ses grandes amies : Heather Ivy Trown, une élève à Serpentard de septième année. Elle avait dû partir avant elle du dortoir. Elle n’avait pas l’air autant dans le coltard qu’elle mais on ressentait qu’elle n’était pas totalement sereine non plus. Tandis que les Carrow attendaient que tous les élèves soient présents dans la Grande Salle, Aileen se faufila entre les êtres, cherchant un chemin jusqu’à son amie. Un murmure habitait sombrement les lieux lorsque les portes se refermèrent sur eux tel un piège sur un animal sauvage.

- Silence !

  La voix d’Amycus résonnait en écho contre les murs de la Grande Salle. Cela fit s’arrêter brusquement Aileen qui, au milieu d’un pas, se sentit obligée de se figer sur place. La plupart des élèves, surtout les plus jeune, murmuraient tout autour, signe de leur fébrilité. Immobile comme une statue de bronze, Aileen attendait qu’aucun des deux Carrow ne la regarde pour reprendre sa marche de serpent et retrouver Heather. La jeune femme n’avait pas l’air de l’avoir vu. Une fois sûre qu’on ne la remarque pas, Aileen posa son pied à terre et se faufila jusqu’à son amie en arrivant par sa gauche. Elle ne la toucha pas, sachant que cela allait la faire sursauter plus qu’autre chose, mais chuchota son prénom d’une intensité assez forte pour qu’elle seule ne remarque. Elle montra rapidement ses pieds nus, gelés par le froid des dalles des couloirs, en faisant la moue.

- Pas eu le temps, chuchota-t-elle pour détendre l’atmosphère.

  Amycus commença à expliquer de sa voix grave que plusieurs incidents avaient été commis dans la nuit. A dire vrai, Aileen n’écoutait que d’une oreille et balayait les visages des élèves des yeux, cherchant qui aurait bien pu faire une telle action. Clairement, les suspects étaient nombreux : entre les Griffondord et leur amour de la stupidité et les Serdaigles qui ne reculaient devient rien pour montrer leur créativité, les Carrow aurait de quoi interroger. Ce qui était positif dans cette histoire c’était qu’Aileen était totalement innocente. Ils n’avaient logiquement aucune raison de s’en prendre à elle. Mais quelque chose la turlupinait … Elle avait besoin de s’exprimer et de comprendre pourquoi tous les élèves de Poudlard étaient ainsi réunis. La bêtise était-elle si grave que cela ? Avaient-ils tué le chat de Rusard ? Voir pire … Nick-Quasi-Sans-Tête ? Alecto rodait devant les élèves, faisant les cents pas devant eux, fixant chaque visage avec la même haine. C’était très gênant de le voir aussi remonté, surtout quand certains étaient aussi innocents qu’un nouveau-né.

- Je ne sais pas ce qu’ils ont fait ses abrutis mais si on en croit leur tête … Elle s’arrêta dans son discours en voyant Alecto abaisser la tête d’un élève bavard avec une certaine violence. Elle ne voulait pas subir le même sort. Ils ont intérêt à se dénoncer, ajouta-t-elle plus bas à l’adresse de son amie.

  Le silence était roi de la Grande Salle, les élèves regardant de droite à gauche au moindre signe d’une possible culpabilité. Aileen plongea son regard dans celui d’Heather, sentant la tension monter de plus en plus, son cœur battant à tout rompre. Amycus répéta plusieurs fois, donnant une nouvelle chance aux coupables de se dénoncer. La phrase suivante la glaça.

- Tututut … Tout ceci mérite une leçon de savoir-vivre. Tu n’es pas de mon avis Alecto ?
- Ils sont sérieux là ? A la fois perplexe et choquée par cette possible nouvelle, Aileen chercha une pointe d’ironie dans leur regard. Mais le fait de ne trouver que du sadisme la bloqua totalement. La réponse de son frère ne fit que de la conforter dans sa peur. Oui, à priori ils sont sérieux.

  Une seconde plus tard, les sortilèges fusèrent tout autour de la salle, les tortionnaires visant les élèves aléatoirement, comme s’ils étaient tous coupables de cet acte de rébellion. Entre Doloris et Rictusempra, le sang, les larmes et les cris tapissaient sombrement l’air ambiant. En voyant qu’ils se rapprochaient, elle prit le bras d’Heather et recula de quelques pas, pour essayer d’échapper au mieux au massacre et de les protéger au mieux. Le but était surtout d’échapper aux Carrow. Elle vit Andrée, la première année qu’elle chérissait tant, à terre, croulant sous les attaques déloyales d’Alecto Carrow qui semblait comblée de cette superbe nuit. Prise d’un instinct maternel inespéré, Aileen lâcha le bras de son amie et s’avança vers la petite vipère pour la venir en aide. Elle s’arrêta très rapidement, se rendant compte que son élan de bravoure ne lui apporterait que des misères. Cela lui faisait réellement mal au cœur de voir la jeune fille dans un tel état mais elle ne pouvait pas l’aider.
 Malheureusement pour elle, Alecto tourna brusquement la tête vers elle et s’avança d’un pas décidé vers elle. Terrorisée par son regard sadique, Aileen recula comme pour repousser le moment de l’impact. Il prit soudain la parole, de sa voix irritante et pesante.

- Ah Aileen Phillipson, tout un personnage … Si tu crois que je ne t’ai pas vu tout à l’heure, tu rêves. Qu’est-ce que je vais pouvoir faire de toi ?

 Butant un de ses pieds contre une dalle, elle trébucha et tomba vers l’arrière, prise d’une réelle panique. Ce n’était pas tellement l’homme qui lui faisait peur mais plutôt ce qu’il se passait dans sa tête. Cela n’annonçait rien de beau, et elle était la personne la mieux placée pour le savoir. Les bras tirés vers l’arrière, la jeune femme recula sur le sol. Son pied commença à la faire souffrir le martyr mais c’était actuellement le cadet de ses soucis puisqu’elle continuait sa tentative de fuite, voyant l’homme se rapprocher d’elle. Soudain, il leva sa baguette vers elle et les mots « Impero » se formèrent sur ses lèvres. Les muscles d’Aileen se raidirent fatalement. Ça y était, elle n’était plus maîtresse de ses mouvements. Il pouvait faire d’elle ce qu’il voulait. Et c’était fortement désagréable. Alors que la jeune femme criait pour essayer de lutter contre son propre corps, elle se mit à quatre pattes sur le sol. Non elle ne voulait pas. Une fois les mains à plat sur les dalles, elle baissa la tête, prête à prendre avec ses dents une herbe invisible sur le sol. Elle savait qu’il n’y en avait aucune mais c’était plus fort qu’elle.

- Tu es une bonne chèvre, s’amusa Alecto, sa baguette toujours pointée vers elle, un rictus malsain sur les lèvres. Un animal. Vous êtes tous des animaux, bande de morveux.

 Non. Elle refusait de se faire humilier de la sorte. Elle était plus forte que cela. Elle n’avait pas fait tout ce chemin pour se faire torturer comme une débutante. En criant de toutes ses forces, elle parvint à se relever de quelques centimètres. Alecto insista sur son ordre et intensifia son attaque : il avait dû la voir luter. Son conscient lui disait de bêler mais son instinct lui disait qu’il fallait qu’elle fasse autrement. Elle savait qu’elle n’était pas une chèvre. C’était Aileen Phillipson, élève en cinquième année et pas un vulgaire ruminant. Elle n’était pas assez forte pour se battre totalement contre le sortilège mais elle pouvait rediriger les ordres du sorcier pour pouvoir choisir des mouvements proches. Ainsi, au lieu de bêler, elle mâcha assez bruyamment la brindille invisible qu’elle venait de saisir. Ses muscles étaient en tétanie depuis maintenant plusieurs secondes, et c’était une réelle souffrance. Ils tremblaient comme des feuilles. La jeune femme entendait de temps en temps ricaner un des deux Carrow : Alecto devait s’amuser, le bougre, à la voir humiliée ainsi.
 Soudain, tous ces muscles se détendirent brusquement. Aileen tomba au sol, la vision floue, transpirante et suffocante. On aurait dit qu’elle avait fait trois heures de musculation … En ouvrant les yeux, elle ne vit que de la panique chez les élèves. Certains courraient d’autres, comme Andrée, étaient étalés sur le sol, baignant dans leur propre sang inondant les dalles de la Grande Salle. Les environs devinrent soudain très approximatifs, elle ne voyait plus que des vagues courant devant elle, des ondes électromagnétiques. Une larme coula le long de sa joue rougie par l’effort. Elle tourna la tête vers le plafond, cherchant un échappatoire quelconque. Certains élèves, une majorité même, auraient de réelles traces physiques de cette nuit. Ils pourront panser leurs blessures et avec le temps, elles disparaîtront. Celle des autres étaient bien plus difficile à soigner : les fêlures de l’âme. C’était les pires. Pourquoi l’humanité entière avait-elle autant de plaisir à torturer les plus faibles ? Pourquoi tombait-elle toujours sur de vrais psychopathes ? Pourquoi les hommes prenaient autant de plaisir à faire leur entourage ? Pourquoi elle plus que les autres ? Parfois certaines questions devaient rester dans réponses.

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― Karen Salmansohn
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Lun 3 Avr 2017 - 0:23

Personne n’est heureux de se faire réveiller en sursaut par une trombe d’eau apparue de nulle part juste au-dessus de son lit. Mais dans un sens, Lysander était content de ne plus dormir. Pas qu’il puisse se permettre de se passer de quelques heures de sommeil, lui dont les cernes de plus en plus prononcées laissaient assez bien comprendre que ses nuits étaient bien occupées. Mais par les temps qui courent, personne n’y faisait vraiment attention : il était bien plus rare que l’on puisse dormir sur ses deux oreilles. Les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, cherchant désespérément de l’air alors que la peur autant que le choc avaient pris le contrôle de ses entrailles, il tentait de dissocier les images qui lui parvenaient de l’extérieur de celles qui souillaient encore l’intérieur de ses paupières. Ses doigts étiraient la peau de son visage dans des sens contradictoires, forçant ses perceptions à prendre un peu plus pied dans la réalité et son esprit à s’activer pour mettre des mots sur le chaos qui l’entourait.
Tout le monde était en branle-bas de combat, même ceux qui habituellement avaient déjà disparu du dortoir lorsque la majorité des élèves se réveillaient. Il avait déjà vécu ça mais… Mais ce n’était clairement pas la même ambiance qu’en mai. Quelque chose de bien plus sordide planait. A l’affut. Des noms criés fusaient, quelques corps aussi, éjectés de leurs lits par une force invisible dont il tentait vainement de trouver la source au milieu d’une effervescence d’adolescents paniqués, tout en se levant pour ne pas risquer de subir le même sort. Il tordit ses manches pour les essorer, et évacuer un peu de son angoisse par la même occasion, ne cherchant même pas à prendre le moindre de ses effets personnels : une voix reconnaissable entre toutes avait grondé avec force pour leur interdire le moindre écart.
C’est donc arrivé.
Les Carrows avaient trouvé un prétexte pour outrepasser les interdits du directeur de cette façon éclatante dont les Mangemorts semblaient être si friands. Ils voulaient du colossal, du magistral, du mémorable. Une occasion enfin pour eux d’asseoir leur pouvoir sur l’école, de montrer à tous qui commandait réellement. Le calamar curieux qui étirait ses tentacules non loin de la vitre ne put répondre à sa question muette : les professeurs étaient-ils au courant ? Les vrais professeurs. Et le directeur. Guidant un élève qui n’avait pas eu l’occasion de saisir ses lunettes avant de se faire éjecter du dortoir, il détourna à contrecœur le regard de cette douce lueur ondoyante pour le plonger dans l’agressive lumière des torches rallumées avec l’évidente intention de choquer les sens endormis.Le tissu mouillé du bas de ses manches et de son col pesait étrangement, et le démangeait, et ses pieds nus manifestèrent leur mécontentement au sortir de l'épais et doux tapis vert émeraude. A chaque marche qu’il gravissait son moral descendait d’un cran : même s’ils le voulaient les membres du corps enseignant pourraient-ils vraiment faire quoi que ce soit pour s’opposer à ce qu’on les malmène ?

Ils étaient tous assemblés, parqués comme des moutons dans cette Grande Salle étrangement vide dont la taille n’en sortait qu’avec plus de force. Etait-ce un effet créé par le choix du plafond et de la luminosité ou bien la peur qui faisait paraître cet espace aussi gigantesque ? Et eux, par comparaison, affreusement petits, terriblement ridicules. Et vulnérables. Les préfets jouaient le rôle de chiens de berger, alignant les moutons qu’ils étaient devenus en d’austères rangées qui évoquaient sans doute possible les rangs des fusillés. Sa gorge se serra un peu plus. Il tenta de tourner la tête pour sonder la salle et peut-être retrouver quelques visages familiers mais on lui fit sèchement comprendre que ce n’était pas la chose à faire. Il obtempéra, moins par peur pour lui que par solidarité avec ces élèves dont le blasons cousus sur l’uniforme les exposait d’autant plus. Bel honneur de voir sa tête dépasser d’un pied lorsque l’autorité ne regardait la masse de haut que pour l’écraser.

- Silence !

Le mot siffla au-dessus d’eux comme la lanière d’un fouet, réduisant à néant le début de tumulte qui agitait les élèves. Lysander n’avait de toute façon personne à qui poser la moindre question, et guère l’humeur de les énoncer à voix haute. Toute cette mise en scène lui rappelait beaucoup trop la convocation au tribunal. Lèvres serrées jusqu’à les réduire à une imperceptible ligne blanchâtre, il était bien heureux de toujours dormir avec ces larges pyjamas qui empêchaient son voisin de derrière d’être témoin d’à quel point les muscles de son dos étaient noués. Rien à faire, par contre, pour l’empêcher de deviner ses omoplates qui bougeaient malgré lui. Sa voisine de devant n’avait pas cette chance et tremblait dans sa robe légère. Offerte au regard. A l’intention. Il braqua son attention sur la silhouette lointaine mais néanmoins écrasante qui reprenait la parole pour confirmer ses soupçons : l’Armée de Dumbledore était toujours active. Il n’avait pas osé contrôler ses mornilles depuis la rentrée, pas osés savoir quand ses camarades se rassembleraient alors qu’il devrait continuer comme si de rien n’était.
Le savoir c’est le pouvoir. Adage ô combien pertinent sous la terreur qui s’installait.
Savoir, soupçon, rumeur… La question était moins de savoir ce qui était vrai que ce qui était dit avec le plus de force.
C’était un fait bien connu : ce qui est répété assez souvent devient une vérité.
Leurs prédécesseurs étaient-ils donc tellement aux faits de ce genre de dictatures qu’ils en aient hérité une sagesse aussi riche et précise en la matière ?
Il n’attendait que le Manuel du Savoir-Vivre sous Domination Mangemort.
Un rire sans joie mourut dans sa gorge : on disait aussi que qui ne soufflait mot consentait…

Ce qui était dit, justement, de cette voix aux inflexions implacables cachées sous une fausse mollesse qui faisait ressortir toute l’ironie du ton. Amycus leur faisait la morale mais au fond de lui-même, il se régalait. Cette sévérité coupante l’adolescent la connaissait, mais non point ce mépris à peine contenu, qui lui laissait un goût amer dans la bouche et le faisait se sentir plus misérable encore. Le regard braqué sur le Carrow, il profita du passage dans leurs rangs de la sœur pour détourner les yeux et les poser sur Lina. Intérieurement, il se demandait si elle en était responsable. Si elle avait récidivé, reportant simplement ses plans, sans réfléchir plus avant. Se rendait-elle compte à présent des conséquences d’actes comme ceux qu’elle avait tenté de perpétrer une semaine auparavant ? Le serpentard se demandait quels remords elle éprouvait, combien cette situation – et ce qu’elle présageait – l’éprouvait. Si elle comprenait à présent pourquoi il avait réprouvé ce qu’elle avait tenté d’entreprendre.
Il tourna de nouveau la tête vers l’estrade, songeant aux autres membres de l’AD. Il ne savait pas qui était toujours actif, qui s’était ravisé, et se demandait vaguement quelles répercussions les événements de la soirée… Matinée… Nuit, allaient avoir. Il ferma les yeux une longue minute, espérant du plus profond de son cœur qu’ils y survivraient. Qu’ils ne tenteraient rien de stupide. Qu’ils n’abandonneraient pas. Qu’ils… Quoi ? Le jeune homme les rouvrit, des larmes commençant à perler : il avait beau jeu de vouloir leur dicter leur conduite alors qu’au final, il ne savait pas. Il n’avait pas de réponse, pas de solution, et pour seule ligne de conduite de rentrer la tête dans les épaules et de se faire oublier le temps que l’orage ne passe.
Il devait passer.
Beaucoup, paralysés par la peur, ne pensaient qu’au présent. Lui-même, pour s’échapper de l’emprise étouffante de cette atmosphère de mort, ne voulait se concentrer que sur l’après.  
Car la tempête promettait d’être terrible.

L’appel à la dénonciation, la sentence qui planait, le né-moldu ne pouvait s’empêcher de comparer cette mascarade de procès à celle qui avait eu lieu au Ministère et il ne serait pas surpris d’apercevoir un morceau de robe rose au détour d’une des portes qui menaient sur l’estrade. Il était heureux, sans doute possible, qu’il n’ait pas eu le temps d’emporter Alisson. Car son esprit confondait allègrement le souffle de son voisin sur sa nuque et celui d’un détraqueur à ses trousses, et il ne doutait pas qu’un nouveau patronus accidentel serait plus que malvenu.
Quelques rires nerveux fusèrent : certains commençaient à réaliser ce qui leur pendait au nez. Etait-ce parce qu’ils avaient mauvaise conscience qu’ils se sentaient ainsi menacés ? Le vert et argent croisa le regard de Lana. Blême, elle semblait terrifiée et articulait des mots qu’il ne comprit pas. Par réflexe, il lui sourit. Ce sourire que l’on a spontanément quand on regarde un autre être humain, ce sourire qui dit « je suis comme toi, regarde, je suis gentil ». Stupeur et incompréhension. Ça allait mal se finir, il le sentait et sans doute elle aussi, et n’avait aucun mot pour la rassurer. Juste cette prière muette : ne fais rien de stupide. D’irréfléchi. Ne fais rien. Si elle s’en mêlait Lys serait inévitablement attiré à sa suite. Son regard balaya à la suite des rangs des Nuncaboucs, cherchant l’ex-Serdaigle : avec lui c’était inutile d’espérer qu’il se tienne tranquille… Il soupira : de toute façon, à cette distance il serait bien en peine de l’empêcher de faire quoi que ce soit. Le principal était de s’en tirer lui-même pour pouvoir agir après, quand il aurait un peu plus de marge de liberté.
Le septième année tendit l’oreille aux murmures qui montaient et ce qu’il en perçut lui glaça le dos. Dénoncez-vous, qu’on en finisse ! Telle était leur teneur. Il se mordit l’intérieur de la joue, partagé entre sa loyauté pour l’Armée et sa lâcheté qui faisait écho à ce souhait chuchoté. Un goût métallique envahit sa bouche, en même temps qu’une amère pensée : et si le, la ou les coupable(s) se dénonçai(en)t, qu’est-ce que cela changerait ? Ils seraient sans doute obligés de les voir se punir « réprimander ». Publiquement. Impitoyablement. Les allées et venues de cette silhouette noire sur l’estrade évoquaient avec une si grande netteté celles d’un fauve près à s’élancer qu’il retint un mouvement de recul de justesse. Pourrait-il vraiment supporter de voir quelqu’un du groupe de résistants auquel il vouait toujours une secrète et coupable allégeance se faire détruire devant ses yeux ? On avait beau lancer au visage des attentistes qu’ils avaient le beau rôle, que rien ne leur coûtait de détourner le regard, on oubliait qu’à chaque fois ils perdaient un morceau de leur âme aussi sûrement que celui qui portait le coup. Un manque qu’il sentait de plus en plus cruellement.
Une voix monta en lui, en même temps qu’un rire désespéré. Bah, ça changera vraiment de ton quotidien depuis la rentrée ?
Après le sang ce fut l’acide qui lui brûla l’œsophage. Attitude déplorable d’un gamin pitoyable. Vas-y, dis-le, puisque tu le PENSES. Dis-le toi aussi. Dénoncez-vous. Dénoncez-vous. Dénoncez-vous. Plutôt vous que moi. J’ai des choses auxquelles je tiens, je ne veux pas les perdre. Je ne veux pas prendre le risque. Je ne veux pas souffrir. Je ne veux pas craquer. J’ai peur de ce que je pourrais faire. Ne me mettez pas à l’épreuve. Faites ce que vous voulez mais je ne veux pas agir. Ne me demandez pas. Ne me regardez pas. Au fur et à mesure de la litanie, la voix était devenue sienne. Ce n’était plus un écho, c’était un cri.
Lina. Lana. Wayoth. Devant ses yeux, au creux de ses oreilles, il les entendait s’offrir en cibles privilégiées et les voyait monter sur l’estrade, les Carrow lever leurs baguettes, le rire fou d’Alecto monter dans les aigus, jusqu’à une note insoutenable.
Ceux qui pensent que se réfugier dans ses pensées garantissait un abri ne s’y sont jamais perdus. N’ont jamais été entrainés par un de ces raisonnements qui vous enchaîne pour vous détruire, dont chaque détour n’est qu’une blessure de plus, un espoir tué, un rêve qui s’échappe, jusqu’à ce que ne reste plus qu’une obscurité si profonde qu’un détraqueur s’y perdrait.
Piégé, il ne s’était pas aperçu qu’autour de lui l’enfer se déchainait. Que ce rire avait été réel. Que cette tempête balayait ce qui l’entourait. Ceux qu’il ne connaissait pas, mais ceux qu’il aimait aussi. Il fallut le bousculer pour lui refaire prendre pied dans la réalité.


Ses émotions étaient ailleurs. Son cerveau détaché. Lorsqu’il cligna des paupières et que ses voisins revinrent au-devant de son champ de pensées, il ne put que remarquer leur choc. Ils avaient l’air surpris. Décontenancés. Effrayés. A quelques élèves de là, il pouvait voir Alecto s’acharner sur une plus jeune. Il balaya la salle du regard et remarqua que beaucoup d’autres semblaient être déjà passés sous leurs baguettes. C’était une punition collective, un simple acte de vandalisme à l’égard de l’humanité qui vibrait dans les fibres des élèves. Il reporta son regard sur ses compagnons de dortoir. Quoi, vous pensiez qu’un blason vert et argent vous mettait à l’abri ? Mais oui Rowle, même toi au sang pur, et toi Zack, tu penses que la fortune de tes parents suffira à les faire changer d’avis ? Pourquoi serais-tu plus à l’abri que ton frère chez les rouges ? Ce n’est qu’une couleur tu sais, ça ne sauve personne.
Intérieurement Lysander en riait, jaune. Apprenez à craindre. Il avait peur, lui. Tous les jours. D’un faux pas, d’un écart, d’une sanction. Pourquoi pas eux ? Après tout, il était aussi le Serpentard modèle, du moins en apparence, non ? Puisqu’après tout seul ce que les autres voient décide de votre sort, pourquoi souffrirait-il plus que les autres ? C’est terrible, de souffrir seul. Chaque mot qui se formait dans son esprit le dégoûtait un peu plus de lui-même.
Mais qui était-il à la fin ? Et pourquoi faisait-il tout ça ? Pourquoi se taisait-il, pourquoi prenait-il soin des autres, alors qu’au fond il était… Comme ça.
Comme pour lui donner raison, un élève s’écroula sur le sol, se tordant de douleur sous un Doloris – pouvait-on vraiment mettre tant de sensualité, tant de plaisir non dissimulé dans un tel mot ? – à moins d’un pas de lui. Il aurait pu le toucher. S’accroupir et tendre la main, ce n’était pas compliqué, n’est-ce pas ? Attraper un morceau de cette loque pour la faire s’arrêter, lui expliquer que rien ne le touchait, qu’aucun coup ne l’atteignait, lui dire que ce n’était qu’un mirage. Que tout ceci n’était qu’une illusion. Tendre une main…
L’assemblée tremblait d’une souffrance contenue. Ses membres tombaient les uns après les autres, pourtant elle s’agitait à peine. Il semblerait que cette énergie désordonnée ne se dissipait avant d’être transformée en mouvement : chacun s’excitait dans le vide, mais personne ne bougeait vraiment. Ils attendaient leur tour ? Ils auraient pu se dresser comme une marée humaine, les submerger sous le nombre sinon que sous leurs pouvoirs. Un enfant sans baguette arrivait à produire des sorts sous l’impulsion de la peur, pour se prévenir du danger, c’était bien connu : alors quoi ? Avaient-ils tous été muselés à leur entrée à Poudlard ? Dépossédé de leurs pouvoirs qui devenaient dépendants d’un morceau de bois ? La magie ne coulait-elle pas en eux avant qu’en leur baguette ? Non. Ils n’étaient pas forts. Ils n’étaient pas spéciaux. Ils n’étaient pas uniques. Ils étaient tous pareils : des proies. Des bêtes menées à l’abattoir. Passifs.
Un sorcier sans baguette ça n’existe pas : ce n’est rien d’autre qu’un moldu perdu dans des rêves insensés.
Il aurait voulu crier que ce n’était pas vrai, qu’il n’était pas comme ça, qu’il était… quoi ? Pourquoi était-il entré dans l’AD ? Pourquoi ne dénonçait-il pas ses camarades ? Après tout, il n’allait plus aux réunions et détournait la tête lorsqu’un élève se faisait injustement punir. Torturer. Quel jeu jouait-il ? Il n’était pas un gentil héros contraint par l’envahisseur, il n’était pas ce joker qui retournerait la situation, déjà en temps normal il bottait en touche… se dire qu’il attendait que sa famille soit en sécurité, cela avait-il vraiment un sens ?
L’attente était-elle autre chose que… l’attente ?
La raison changeait-elle vraiment la décision ?
Ce n’était pas une illusion. C’était de la souffrance pure, imprimée au système nerveux avec un fer chauffé à blanc.
Il oscillait entre ses plongeons au fond de ses pensées et de brefs éclats de conscience, durant lesquels il enregistrait les horreurs commises à quelques pas de lui avait une effrayante lucidité, un pragmatisme pointilleux qui ne se gênait pas pour lui dicter les moindres détails. Il ne savait pas ce qui était pire, entre ces scènes de violence auxquelles il assistait et cet interrogatoire dévastateur dont il était la victime.
Et Amycus, dans sa grande miséricorde, lui épargna enfin ce dilemme.


Une voix, une seule voix, pouvait-elle vraiment traverser la barrière des hurlements d’une foule pour vous atteindre ? Pour transpercer votre défense, pour vous faire basculer entièrement dans la souffrance de l’instant.
Plié en deux, les bras contre le ventre, l’adolescent macula de bile la cape noire du Mangemort, le dérangeant dans son entreprise. Le Serdaigle cessa de se comporter comme un animal alors que le sinistre personnage se retournait lentement pour faire face à l’impertinent qui avait osé vider son estomac sur son illustre personne. Sans vraiment comprendre ce qu’il voyait, Lysander se redressa lentement, le visage blafard et le corps tremblant, pertinemment conscient du cercle vide qui se formait autour de lui.

- Et bien, qu’avons-nous là ?

La voix était étrangement posée. De ce calme qui précède les tempêtes. Une force contenue qui se ramasse pour se déchainer. Capturé par ce pouvoir comprimé qui suintait par les pores de la silhouette qui lui faisait face, le jeune homme mis une longue minute à comprendre la question. Un délai durant lequel l’intensité de cette présence allait croissant.
Se faisait écrasante.

- Gilson, monsieur. Lysander Gilson.

Sa voix mourrait dans sa gorge brûlante. Il aurait voulu déglutir mais s’en trouvait incapable : sa bouche était sèche et ses muscles ne lui répondaient plus. Des picotements parcouraient son corps et il avait froid.

- Gilson , fit-il d’un ton dont la condescendance faisait trainer les syllabes en longueur. Ttttt… Vous voyez, ce nom, ce simple nom, suffit. son regard balaya les élèves qui entourait sa victime pour les prendre à témoin, les faisant reculer d’un pas. C’est quand même beau non? Qu’un petit mot suffise à expliquer pourquoi je me retrouve dans cet état. A cause du manque déplorable d’éducation de ce jeune homme. Gilson, ce n’est pas un nom. Pas un vrai nom. C’est le nom d’une famille impure, d’une famille où coule le sang moldu. Un nom dont la souillure transparait dans les actes de ceux qui le portent.

Le son était monté crescendo pour s’arrêter sur ces mots implacables. Tout au long de sa tirade le vert et argent s’était décomposé, mortifié, n’attendant que le moment où le Mangemort lui dirait qu’ils savaient tout. Le silence ce fit. Pesant. Et fut brisé par le claquement de la gifle qui vint redonner des couleurs à la joue gauche de l’élève qui hoqueta, moins sous la douleur que sous la surprise.
Comme quoi, la méthode moldue ça marche bien quand même.
Il n’avait pas dit ça. N’est-ce pas ? Il ne l’avait pas vraiment dit, seulement pensé. N’est-ce pas ? Pourquoi l’attitude de ceux qui l’entouraient lui hurlait-elle le contraire ?

- Laissez-moi vous montrer comment on éduque un sorcier. Ne bouge pas. , fit-il avec un sourire après une seconde de flottement.

Il pointa la baguette contre son torse et Lysander arrêta de respirer.
Figé.
Il faillit d’évanouir de joie en voyant que la lumière qui jaillit de l’extrémité de la baguette était rouge, et non verte. La douleur le lui interdit. Une mince bande de chair brûlait sur le passage du bois, traçant sur sa peau des lettres dont le dessin était visible sur son pyjama qui se perçait au passage. On le sculptait au fer à souder. On le marquait comme une bête d’un tatouage immonde. Et le pire, c’était l’odeur. Savoir que son corps produisait cette puanteur contre-nature. Cette certitude qui flottait dans l’air qu’il était en danger. Cette confirmation sans équivoque qu’il souffrait. Son instinct hurlait de fuir cette mort qui planait et pourtant… Il se contraignit de justesse à l’immobilité en croisant le regard du Carrow : il n’attendait que cela. Qu’il s’écroule. Il ne voulait que cela. Qu’il résiste. Dans les deux cas il était gagnant. Dans tous les cas il avait perdu.
Il flancha quand le « h » traça un trait de feu entre ses pectoraux, grimaça quand le « l » menaça la naissance de son aisselle, s’écroula quand la barre du « t » vint détruire son téton. C’en était trop : il hurla toute sa souffrance contenue en se recroquevillant au sol, ses vêtements se maculant au passage des fluides vitaux de ceux qui étaient déjà passés avant lui sous la baguette d’un ou l’autre de ces sadiques. Le I shall not qui commençait la phrase pulsait douloureusement dans son torse à chaque battement de son cœur.  
Amycus soupira.

- Je t’avais dit de ne pas bouger. Vous voyez, c’est ça la manifestation de la faiblesse moldue qui coule dans ses veines. Et dans les tiennes. Et dans les tiennes. Et dans vous tous ! Vous ne savez rien ! Vous n’êtes que des animaux stupides ! Ne pas bouger. C’est pourtant simple non ?

Les sillons de sa chair fondue irradiaient et sa peau le tirait si bien qu’il lui semblait qu’elle se déchirerait à chaque inspiration. Le blessé sentit le regard du sorcier qui se posait sur lui à nouveau et, par réflexe, mis les bras en protection devant son visage et ferma les yeux, fort. Et le Petrificus Totalus le cueillit dans cette position, à moitié plié en deux, aveugle, offert. Il voulait crier mais il ne le pouvait pas. Il voulait s’enfuir mais il ne le pouvait pas. Un Wyndgardium Leviosa l’amena à un mètre cinquante du sol et son vertige lui fit tourner la tête : il flottait, il tombait, il s’envolait, il n’avait plus aucun contrôle. Plus aucun repère.
Pitié, quelqu’un, n’importe qui, aidez-moi !

- Vous voyez : ne pas bouger. Ne pas bouger. Même des déchets comme vous en êtes capables, appuyait le sorcier en exhibant sa victime. Il commença à lancer d’autres sorts de saucisson au hasard dans le tas et à chaque nouvelle impulsion le corps de Lysander descendait un peu, avant de remonter se placer à hauteur de regard. Ses entrailles tétanisées étaient incapables de se vider de la bile qui les envahissait et il se sentait brûler de l’intérieur. Un feu différent de celui qui lui avait marqué le torse, une langue acide qui le dévorait.

Il aurait voulu pouvoir rentrer chez lui, pour quelques jours, pour les vacances qui approchaient.
Pouvoir retrouver un peu de cette chaleur, de cette sécurité, de cet amour qu’il sentait dans ce périmètre invisible et magique qui entourait sa mère.
Mais… Ah oui, c’est vrai.
Elle avait dû fuir. A cause d’eux. De ces Mangemorts, de ces sorciers. Même s’il rentrait rien ne l’attendait là-bas.
Ah si, son beau-père qui ne manquerait pas de l’exhorter au courage, à continuer, qui tenterait maladroitement de lui remonter le moral et d’attiser « cette flamme qui brûle en chaque Homme ».
Hell, il n’avait pas envie. Pas envie de brûler encore. Plutôt de calme, de repos, d’un pouce levé bien haut pour que l’univers s’arrête deux minutes. Le temps d’une inspiration, après on verra, mais maintenant juste que ça s’arrête. Ça s’arrête…

Amycus prit une grande inspiration qu’il relâcha en un large soupir.

- Aaaaah… C’est mieux ainsi n’est-ce pas ? Ordre et discipline, voilà le climat propice à l’apprentissage.

Son large sourire ironique faisait briller la lueur de sadisme dans son regard : il s’amusait comme un fou. C’était moins la douleur qu’il infligeait qui lui plaisait, que cette peur latente qui noyait les esprits de ceux qui lui faisaient face sans oser bouger d’un pouce.

- Ainsi on peut observer, décortiquer, analyser. Il y a tellement de choses intéressantes à découvrir avec ses petits camarades.

Sa baguette courait nonchalamment sur le torse offert, réduisant en poussière le tissu, abattant cette barrière contre les regards qui lui était si précieuse, exhibant la peau pâle de ne jamais voir le soleil, les côtes que l’on devinait malgré les quelques muscles qui avaient acceptés à contrecœur de se développer. Derrière ses paupières closes Lysander voyait voler des nuées de points noirs, blancs, rouges qui semblaient comme autant d’insectes près à se jeter sur lui pour le dévorer vivant.

- Le corps humain compte douze côtes, dont deux côte flottantes ici et là , appuya-t-il en faisant apparaître des lignes bleues sur les flancs, que l’on identifiait après quelques instants comme des veines dilatées menaçant de se rompre à tout moment. Elles permettent de protéger le cœur et les poumons mais laissent à découvert les organes internes tels que l’estomac, le foie, les reins, la rate, la vessie, les intestins, la prostate et la vésicule biliaire.

La sensation de ce morceau de bois qui courait sur sa peau et s’enfonçait dans les points stratégiques de son énumération était presque aussi cuisante que la douloureuse pulsation de sa chaire brûlée. Pas tellement parce que son bourreau faisait quelque chose qu’en anticipation de ce qu’il allait faire. Recroquevillé sur lui-même, aveugle de ce qui se passait autour de lui, son équilibre en alerte permanente à cause de la hauteur, son toucher en devenait ultra-sensible. Le sang battait à ses tempes et résonnait dans ses oreilles, et chaque contact semblait se prolonger en écho à l’intérieur de son corps, dans sa cage thoracique puis sa trachée jusque dans son crâne. Il se sentait envahi.  
Sa bouche s’emplit de ce que son estomac rejetait et, incapable de s’en débarrasser, à peine de déglutir, il la sentit brûler à son tour. Il avait du mal à respirer et les larmes qui coulaient dans sa gorge n’arrangeaient rien.
Je vais mourir.
Cette certitude, à peine énoncée, se répandit en lui. Insidieuse.
Non ! Il ne pouvait pas ! Ils allaient avoir besoin de lui, après. Avec la Rowle à l’infirmerie jamais Wayoth n’y serait accepté et si Lana se faisait prendre en train de tenter de l’aider…
Démerdez-vous sans moi.
Il en avait assez de s’assouplir, s’adapter jusqu’à se tordre pour les autres.
Il en avait assez de s’approcher, se préoccuper puis s’occuper des autres.
Le monde tournait déjà sans lui avant sa naissance, il n’allait pas s’effondrer s’il arrêtait de s’y investir. Pouvoir se détacher, couper ces liens, ces chaînes pour se replier, se renfermer, se protéger. Arrêter de se rendre malade à imaginer l’un ou l’autre en danger, arrêter de passer des nuits blanches à essayer de comprendre le comportement de l’un ou l’autre pour l’anticiper, arrêter de prendre des risques pour remettre l’un ou l’autre sur le droit chemin.
Arrêter de souffrir en silence et sans compter ses blessures parce qu’on comptait sur lui.
Pouvoir se désinscrire de l’Humanité.

- Mais, me direz-vous, tous ces éléments si importants sont-ils laissés sans défense ? s’exclama le Carrow avec un ton de pédagogue haut perché. Il tenait son auditoire et le savait, se délectait de leurs réactions horrifiées. Plus il restait là plus ils craignaient qu’il ne s’en prenne à eux. Mais non, il assoyait son territoire. Il les marquait de sa présence. Bien sûr que non, quelle grossière erreur ce serait ! Il y a pour protéger tout ceci des muscles. En théorie du moins, parce que sur cet oiseau-là il n’y a pas grand-chose… Enfin, ce sera cela de moins à creuser. Sauf si un autre est volontaire pour nous faire partager sa musculature ? Vous par exemple, mon grand, vous me semblez fort, non ? Ou alors vous, ma belle, je suis sûr que l’auditoire est curieux de connaître les différences entre l’anatomie féminine et masculine, nous feriez-vous l’honneur d’une démonstration ?

C’est ça, trouves-toi une autre victime. N’importe qui d’autre. Je n’ai rien d’intéressant, je ne sers à rien, trouve quelqu’un d’autre et va-t-en, va-t-en ! Il se contre-fichait de savoir qui allait prendre à sa place, tout ce qu’il voulait c’est se soustraire à l’emprise de cet homme. Et tant pis si on le reniait, tant pis s’il se retrouvait seul, si on le traitait de lâche ou de faux-frère : il ne voulait juste plus souffrir. Et puis franchement, ces autres Serpentards qui étaient censés être ses compagnons d’infortune, que faisaient-ils, hein ? Rien, ils regardaient la peur au ventre. Comme il regardait les Nuncaboucs, ou plutôt il détournait le regard, de peur d’être à leur place, de les rejoindre.
Mais au fond ça ne changeait rien : vert, rouge, jaune, bleu, mauve, ils étaient tous pareils, tous de la chair à canon, tous trop faibles et lâches pour s’unir et se rebeller. Tous trop stupides et attachés à leur vie au château pour s’enfuir. Tous trop perdus et effrayés, trop seuls et renfermés pour former vraiment un bloc cohérent, pour devenir une force. On dit que les épreuves lient les gens, mais celle-ci les éparpillait. Les émiettait.
Mais quelle importance d’être seul du moment qu’on est en vie ?
Il voulait vivre, et pour ça le reste du monde pouvait brûler.  

- Non ? Sourcils haussés dans un semblant de surprise, il balayait les élèves assemblés du regard. Non… Son visage se renferma, ses yeux s’assombrirent, il paraissait déçu et agacé. Tsss, siffla-t-il en faisant glisser sa baguette sur les côtes du jeune homme, au passage de laquelle la peau s’ouvrait. Si vous voulez devenir de grands sorciers il faut vous investir , commença-t-il en continuant son œuvre en travers des abdominaux, faisant perler le sang : la coupure se faisait plus profonde à chaque mot. Ce sort n’avait pas de formule, pas de nom, ce n’était qu’émotion pure guidée par le besoin de faire mal. Corps et âme, continua-t-il, exposant sa chaire comme s’il épluchait un fruit, avec la même désinvolture et ce plaisir gourmand qui fit détourner le regard à plus d’un. Vous emplir de ce savoir, de ce pouvoir ! Il avait attaqué les muscles, Lysander les sentait se contracter, s’agiter comme des insectes que l’on noyait puis se déchirer. Le sentir dans vos tripes ! Le bois quitta enfin le corps de sa victime, laissant sur son sillage la marque sanglante d’une spirale qui s’achevait au bord du nombril. Il n’avait pas « creusé » jusqu’aux tripes comme il le promettait, mais la blessure était néanmoins sévère : nul doute que sans une intervention magique rapide elle laisserait des traces.

Mâchoire bloquée il ne pouvait toujours pas hurler, se défaire de cette douleur cuisante. Il se faisait ouvrir comme un poisson, comme une simple pièce de viande. L’acide était remonté jusque dans son nez et il ne pouvait même pas hoqueter : il étouffait. Au rouge, noir et blanc qui dansait devant ses yeux une nuée de nuances s’étaient ajoutées, chacune lui promettant le réconfort de l’inconscience lorsque le tableau serait complet, aucune ne lui avouant qu’il en était encore loin. Car Amycus n’en avait pas fini…

Un essaim de petits couteau qui avait manifestement raté son objectif premier, pourtant, vint le délivrer. Le sorcier noir ne dû qu’à un réflexe de ne pas en être la cible, plaçant Lysander comme bouclier humain avant de l’écarter d’un revers de baguette. L’omoplate, l’épaule droite et un morceau dégagé du menton dans le prolongement de cette nuée magique se firent cribler de trous avant que le sort ne se dissipe.

– Alecto ! Fais un peu attention !

Il n’en perçut pas plus, s’écrasant avec fracas sur un groupe d’élèves, libéré par là-même de la malédiction qui le maintenait immobile. Son coussin improvisé le rejeta sans égard pour sa personne, son cri apeuré décrivant trop bien combien cet ovni était pour lui un objet maudit. Incarnation de ce qu’il redoutait.
Bien lui en pris car sueur, larmes, salive, urine, sang : tous les fluides vitaux fuyaient cette vaste plaie à vif, souillant tous ceux qui l’environnaient. Lysander toussait, crachait, tremblait, reprenait à grand peine le contrôle de son corps agité de soubresauts. Il se vidait sans honte de ses pulsions de terreur et de douleur qu’il n’avait plus la force de contenir : peu lui importait combien les autres avaient souffert, que certains auraient des séquelles beaucoup plus importantes ou que par son attitude il faisait le jeu des Carrows. Le jeune homme rejetait en bloc les miasmes de cette ombre qui s’était abattue sur lui, avec toute la force qu’il n’exprimait jamais.
Comme un enfant au sortir d’un cauchemar.

Et il brûlait par là-même la tension et la peur qui le poursuivaient depuis des semaines, il se détachait de ses responsabilités qui l’écrasaient comme on se débarrasse d’un habit, il profitait de ce moment de chaos pour simplement extérioriser tout ce qu’il gardait habituellement enfoui. Anonymisé par une foule terrifiée, corps à terre parmi tant d’autres, à peine reconnaissable torse nu et blessé de toute part, il ne cherchait même pas à redresser les digues qui contenaient habituellement le flot tourbillonnant qu’il gardait captif.
Ne jamais montrer qu’on allait mal. Et bien il le montrait.
De toute façon personne ne viendrait profiter de cette faille.
Parce qu’ils étaient seuls, tous.
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NUNCABOUC7ème année
    NUNCABOUC
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Dim 16 Avr 2017 - 0:15


« P as a Perfect Poppy
Q as a Quiet Queen
R as a Red Rectangle
S as a Silly Squirel »


« DEBOUT ! » Ariane ouvrit les yeux en une seconde. De la chaleur et de la douceur de son rêve, elle retournait à son enfer quotidien, aussi froid que la pierre. « Sang-de-bourbe, dans la Grande Salle. Maintenant. » Pas de discussion possible, évidemment. Quelques élèves s’étaient redressés, mais ceux au sommeil le plus lourd étaient encore couchés. « J’AI DIT DEBOUUUUUUUUUUUT !!!!! » Pendant qu’Alecto Carrow hurlait sur les élèves, une immense bourrasque sembla émaner d’elle et envoya valser toutes les fines couvertures des élèves dans le fond du dortoir. Dix secondes plus tard, tout le monde était debout. Quelques jeunes élèves sanglotaient en silence. Malgré tout ce qu’ils subissaient chaque jour, ils n’avaient encore jamais été réveillés en pleine nuit… Qu’allait-il encore leur arriver ? « Vous allez regretter d’être venus au monde, hinhinhin… » Le rire sadique de la Carrow résonna dans leur dortoir glacé.

Ils n’étaient pas les seuls. Tous les élèves de l’école avaient été réveillés en pleine nuit. Que s’était-il passé..? Ariane jeta un regard inquiet à Jude, qui était à quelques dizaines de centimètres d’elle. Un faible murmure s’élevait du troupeau d’élèves. « Silence ! Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences. Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard. » Évidemment. Evidemment que les Carrow allaient être hors d’eux suite à ce graffiti… Un frisson de peur remonta le long de son dos. Savaient-il qui avait tagué le mur ? Non, sinon ils n’auraient pas convoqué toute l’école en plein milieu de la nuit… A moins que les coupables soient torturés en exemple ? Ariane se doutait de qui avait fait ça. Après tout, au bout de sept années passées ici, il lui était facile de déduire qui était hostile ou non au nouveau régime, et qui était capable de mener des actions de front. Et elle n’avait pas envie de voir des amis se faire torturer devant elle… « J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir. »  Ils ne savaient pas. Ariane ne put s’empêcher de laisser échapper un minuscule soupir de soulagement. Mais personne ne se dénonça pour autant. Il aurait fallu être fou pour le faire. « Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir vivre. Tu n'es pas de mon avis Alecto ? » Les deux Mangemorts semblaient être au maximum de leur amusement. « Tu lis dans mes pensées mon cher frère. Par quoi allons nous commencer ? » Ariane fronça les sourcils. Qu’allait-il se passer ? Une leçon de savoir vivre ?

Personne ne semblait trop comprendre, jusqu’au premier maléfice. Un Doloris, lancé à un Gryffondor de troisième année. Certains élèves eurent un mouvement de recul, et ils devinrent automatiquement la cible d’après. Et d’après. Et d’après. Les maléfices pleuvaient, dans tous les sens, de tous types. Un éclair bleu frôla Ariane avant de toucher de plein fouet Holly, une petite Nuncabouc de première année. Les éclairs lacérèrent le corps de la blondinette, la couvrant de plaies sanguinolentes qui se refermaient presque instantanément pour laisser place à des cicatrices à vif. La scène était insoutenable. La petite fille souffrait tellement qu’elle s’était effondrée. Ses yeux étaient grands ouverts, et des larmes silencieuses s’y formaient. Le Mangemort s’était trouvé une autre cible, et les éclairs arrêtèrent de blesser Holly, qui restait cependant immobile au sol. Ariane craignit un instant que la petite ait perdu connaissance… Ou pire. D’autres élèves étaient autour d’elle, la dissimulant plus ou moins aux yeux des Carrow. Elle s’abaissa et posa sa paume sur le visage de Holly, qui poussa un faible gémissement. Elle lui souffla à l’oreille : « Chut, chut… Je suis là. » Elle passa son autre main dans les cheveux de la fillette, quand elle entendit formule derrière elle, suivit un quart de seconde plus tard par une sensation de froid dans son dos.

Ce n’était plus Holly qui était à ses pieds. C’était son père. Les plaies étaient à vif. Ariane eut un haut le cœur en voyant leur profondeur, jusqu’à l’os. Ses yeux bleus étaient éteints, son regard vide. Sans vie. Derrière elle, les élèves avaient disparu. Une voix qu’elle connaissait bien fredonnait une chanson qu’elle ne connaissait que trop bien. La comptine que sa maman lui chantait quand elle était toute petite.    

« P as a Perfect Poppy
Q as a Quiet Queen
R as a Red Rectangle
S as a Silly Squirel »


Douce chanson, rassurante chanson. Ariane se retourna, sa mère saurait quoi faire, quoi dire. Mais le spectacle était encore plus terrible. Sa mère avait un grand couteau de boucher dans une main. Dans l’autre, elle portait un bébé. Assurément, c’était sa petite sœur. Le couteau était plein de sang, et Ariane devina que c’était celui de son père. La pointe de la lame était maintenant juste entre les deux yeux du bébé. « Non, maman, NOOOON ! » La jeune fille voulut s’élancer vers sa mère, mais ses pieds refusaient de bouger. Elle avait beau vouloir avancer, elle n’avait pas d’un millimètre. Elle tendit les bras, mais une force attractive les ramena en arrière et les bloqua dans son dos. Elle voulut crier, mais sa bouche se scella. Et sa mère abaissa violemment le couteau. Le bébé émit le plus terrible bruit de l’univers. Quand la vie vous quitte.

Ariane était là, incapable de bouger, incapable d’agir. Incapable de sauver sa sœur. Elle voulait crier, elle voulait pleurer, elle voulait mourir. Mais elle ne pouvait rien faire, rien faire d’autre qu’observer sa mère laisser tomber le bébé au sol et se diriger vers elle.
« Qu’elle me tue. Qu’on en finisse. Je ne peux plus… » Mais au lieu de ça, la femme aux traits indiens lui tendit le couteau. Une force invisible obligea Ariane à se saisir du couteau, et à le diriger vers sa mère. La carotide. Un coup vif. Du sang.

Les liens de marionnettiste invisibles qui emprisonnaient la jeune fille semblèrent se rompre d’un coup. Ariane se précipita vers sa mère, et tenta de presser ses mains contre la plaie béante autour de son cou. Mais la plaie était large, elle avait trop bien fait son travail. Rapidement, le sang arrêta d’affluer et le corps de sa mère devint aussi mou qu’une poupée de chiffon. Ses mains rougies par le sang, elle était impuissante. Il restait sa sœur. Mais Ariane n’avait pas la force d’aller voir, pas le courage de découvrir son visage, qu’elle n’avait jamais vu, alors qu’elle était morte. Pourquoi continuer ? Sans sa famille, plus rien n’avait de sens. Mourir. Rapidement, comme sa mère. La jeune fille se saisit du couteau. Il fallait poser la lame contre la peau. Et appuyer. Fort.


Au moment où la lame allait percer la chair, l’air s’engouffra brutalement dans les poumons d’Ariane. Elle était dans la Grande Salle. Il n’y avait plus de couteau. Holly était devant elle. La jeune fille regarda ses mains. Pas de sang. Mais elles tremblaient. Elles tremblaient de peur, de froid, de désespoir. Que s’était-il passé ? Elle avait froid. Où était sa mère ? Sa petite sœur s’appelait Freya Primrose. Était-ce la réalité ? Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues. Ils ne pouvaient pas s’attaquer à sa famille. Ils n’avaient pas le droit. Un jour où un autre, ils paieraient.

« P as a Perfect Poppy
Q as a Quiet Queen
R as a Red Rectangle
S as a Silly Squirel »



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Hey brother, there's an endless road to rediscover. Hey sister, know the water's sweet but blood is thicker. Oh, if the sky comes falling down, for you there's nothing in this world I wouldn't do.


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SERDAIGLE6ème annéePréfetMODO
    SERDAIGLE
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Lun 17 Avr 2017 - 18:42


Amer savoir, celui qu'on tire du voyage!
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image:
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui!

Faut-il partir? rester? Si tu peux rester, reste;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps! Il est, hélas! des coureurs sans répit,... [Baudelaire, Voyage VII]

Recroquevillé dans un lit trop grand pour taire sa solitude, le petit Haneul enlaçait étroitement son oreiller contre son torse. Il n’arrivait pas à trouver le sommeil, comme chaque nuit depuis son premier jour à l’orphelinat. C’était comme si quelque chose lui manquait pour le rassurer et calmer ses démons. Une chaleur peut-être, une voix probablement, mais pas que. Certains enfants avaient besoin d’une veilleuse pour chasser les monstres tapis sous le lit et dans les armoires, mais cette faible lueur ne faisait ni chaud ni froid au petit Haneul. Non, il avait besoin d’autres choses, mais quoi ? Il n’en avait pas la moindre idée. Il avait oublié. Le petit garçon aux cheveux et yeux d’ébènes s’était redressé dans son lit. La sueur qui perlait le long de sa colonne faisait une tache foncée sur sa chemise blanc cassé. Le temps, le passage de nombreux enfants et les lavages avaient eu raison de la gloire d’antan de ce vêtement. Cette chemise semblait fatiguée, comme absolument tout en ce lieu, que ce soit les lits, les draps, les murs, les tables, les jouets, les visages.

Assis sur son séant, il regardait les autres enfants endormis. Comme lui, ils avaient le visage sale et l’âme usée. Mais lui était différent. Lui n'avait aucun souvenir. Lui avait oublié le visage de sa maman et de son papa, leurs étreintes et leurs mots doux. Lui était accompagné par la solitude et le néant tandis que les autres enfants rêvaient des moments passés avec leurs parents et des rires échangés. Tandis que les autres enfants étaient habités de souvenirs, lui n'avait que les ténèbres à enlacer et visiter lorsque les lumières s'éteignaient. Il sauta au bas de son lit sans faire de bruit et sortit des dortoirs, malgré l’interdiction des gouvernantes. Le couloir était sombre, terrifiant, mais pas autant que le vide de ses souvenirs. Le petit garçon avait le sentiment que des monstres se cachaient dans les recoins plus sombres. Afin de s’orienter, il touchait du bout des doigts le mur et chantonnait d’une voix éteinte :

-mhmmhmmhmmm mhmmmhmmhm mhmhm

Certainement les vestiges d’une chanson oubliée. Heureusement qu’il y avait des fenêtres pour guider ses pas. Mais c’était également à cause de cette source de lumière que des ombres plus monstrueuses encore sommeillaient dans chaque sinuosité. Il n'existe pas de ténèbres sans lumière, ne l'oubliez pas. Il descendit au rez-de-chaussée et se stoppa face à l’immense porte de chêne menant au jardin. Elle était fermée à clé, il le savait, mais de toute façon il ne comptait pas sortir dehors, pieds nus, dans le jardin. Haneul s’installa sur le gros fauteuil près de l’entrée et attendit là sans un mot. Il voulait être prêt à accueillir sa maman quand elle reviendrait le chercher. Il ne fallait pas qu’elle se trompe d’enfant et puis, si elle l’avait déposé sur ce fauteuil avant de disparaître, ce n’était pas pour rien. Il fallait rester au même endroit pour quand elle reviendra.

Ne pas quitter ce fauteuil. Il ne voulait pas quitter ce fauteuil, car il avait peur qu’elle ne le retrouve plus et l’oublie. Plusieurs fois, il était venu s’installer ici pendant la nuit et à chaque fois,  les gouvernantes ne l’avaient pas entendu de cette oreille et l’avaient délogé envers et contre tout. Elles ne pouvaient pas comprendre. Elles ne savaient pas qu’il devait demeurer ici. L’enfant attendait avec pour seul mouvement, sa respiration régulière.

Des bruits de pas. Non, il ne rêvait pas il entendait bien des bruits de pas. Elle était revenue le chercher après toutes ces années ? Il avait eu raison d’attendre sur ce fauteuil, il savait qu’elle reviendrait. Sa joie, telles des flammes, embrasa son cœur. Bientôt, ils seraient réunis de nouveau. Bientôt, elle le prendrait dans ses bras.

-Maman ?

-Elwyn !

Elwyn ? Mais je ne m’appelle pas Elwyn…

-Miller ! oh ! C’est Connor… pas ta mère !

Le jeune homme de 16 ans entrouvrit les yeux. Il était endormi dans la même position que le petit Haneul, oreiller enlacé contre lui. Il pivota pour dévisager la personne qui venait de le réveiller.

-Qu’est-ce … t’as ? C'était sec.

-Debout ! On essaye de te réveiller depuis 10 minutes, sur ordre des Carrow on doit tous se rendre à la Grande salle URGEMMENT. T’es le préfet ou c’est moi ?

Le Serdaigle se frotta les yeux encore sonné et essuya d’un revers la bave au coin de ses lèvres : - il est quelle heure ?

-4 h du mat’ passé

Elwyn soupira et sortit de ses draps chauds. Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?! Sans prendre le temps de s’habiller, de toute façon on le pressait de toute part, il descendit dans la salle commune en t-shirt et short avec un épi de cinq centimètres au-dessus de la tête. Qu’est-ce que tout cela signifiait ? Maintenant qu’il était bien réveillé, il sentait que quelque chose de grave se tramait. La dernière fois que les élèves avaient été réveillés au milieu de la nuit, c’était pour apprendre l’attaque de la bibliothèque et les blessures de Maya et d’Adam. Par réflexe, il chercha la demoiselle des yeux et se sentit rassuré lorsqu’il l’aperçut dans un coin, à moitié réveillée aux côtés de Fay qui bâillait.

Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il se passait.

-Serdaigle, suivez-moi !

Non, aucune.

- Silence ! Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences. Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard.


Ils étaient emprisonnés dans la Grande salle, en file indienne, rangés par année comme du bétail. Le frère Carrow se tenait sur l’estrade afin de mieux cracher sa colère pendant que la sœur serpentait dans les allées pour briser leur confiance. Seuls les préfets sortaient du rang, ils étaient en première ligne et ce n’était clairement pas du goût d’Elwyn qui se tenait debout la tête et les épaules basses. Il n’avait rien d’un aigle volant fièrement dans le ciel infini, non. Il avait plutôt des allures de moineau aux ailes brisées.

- J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.


« Sévir », ce mot accéléra les battements de son cœur et déclencha une hypersudation. Dénoncez-vous, mais dénoncez-vous bordel ! Pour sûr le coup devait venir des Gryffondor, même pas foutus d’assumer leurs idées. C’était tellement plus courageux de faire punir tout Poudlard plutôt que d’avouer sa rébellion de comptoir. Elwyn serrait les poings maudissant les abrutis qui avaient commis cet acte suicidaire. Si seulement il était assez courageux pour lever la main et se faire punir à la place des autres, mais il en était bien incapable. Elwyn était réfléchi, logique, sa vie avait plus d’importance que celle d’étrangers qu’il ne reverrait jamais. C’était égoïste oui, mais si humain. Il était lâche, lâche au point de rayer de son existence ces anciens camarades envoyés à présent à Nuncabouc, comme Wayoth. Lâche au point de mettre de côté les bons moments passés ensemble, les rires comme à la fête des Serdaigles après leurs transformations. Ingrat au point d’oublier qu’il avait été là pour lui au début de sa scolarité quand il était perdu et seul. La sœur rejoignit son abominable de frère sur l’estrade.

- Et bien ? Personne ?  Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir vivre. Tu n'es pas de mon avis Alecto?

- Tu lis dans mes pensées mon cher frère. Par quoi allons nous commencer ?

Terrorisé, il osa un regard timide pour dévisager ses confrères de Serdaigle en rang d’oignons. Fay le fixait, apeurée, les cheveux dans tous les sens dans son pyjama avec des fléreurs qui couraient et ses pantoufles tête de troll. Sa tenue était en parfait décalage avec l’ambiance de la Grande salle. Elwyn frotta son poignet gauche, il avait froid dans cette tenue et surtout, il se sentait encore plus vulnérable que d’habitude sans vêtement et baguette. Le frère et la sœur descendirent de l’estrade et Elwyn se décala pour les laisser passer. Que comptaient-ils faire ? La lueur mauvaise dans leurs prunelles ne lui disait rien qui vaille. Elwyn chercha son ami Stanley du regard, mais fut incapable de le trouver. C’était la seule personne qu’il pensait apte à le protéger, mais il allait devoir se protéger tout seul, car il n’y avait pas de trace du petit Serpentard. Il devait être caché par des élèves plus grands que lui, ce qui n'était pas difficile en soi. Elwyn coula un regard en direction des boucs avant de ramener son attention sur ses pieds nus. Pour être exact, un pied avec une chaussette et l’autre nu. MAGNIFIQUE. (Oui, Elwyn dort en chaussettes)

Tous les élèves retenaient leur souffle. L’instant éphémère avant un drame, avant que tout bascule. Elwyn avait peur pour lui, pour Maya, pour Fay. S’il pouvait affronter un détraqueur grâce à son patronus, il n’avait aucun pouvoir face à des adultes sadiques. Il avait bien plus peur des autres êtres humains que des créatures meurtrières. Sans prévenir, un premier sort fusa dans l’air et frappa un jeune Nuncabouc de plein fouet l’envoyant valser sur plusieurs mètres. Les cris, la panique et la peur prirent le pas sur la raison. Les élèves tombaient les uns après les autres, choisis de façon tout à fait aléatoire. Elwyn avait l’impression de regarder un film à la télévision. Ce qui se déroulait sous ses yeux ne pouvait pas être réel. Il se sentait totalement déconnecté de la réalité qui ne l’atteignait pas ou presque pas. Une Serdaigle s’écroula à ses pieds, il l’avait aidé à résoudre un problème d’arithmancie pas plus tard que ce matin, mais le visage de cette jeune fille tordu par la douleur ne pouvait pas être le même que celui qu’il avait vu ce matin. Il se décala, horrifié.

-Non…  Il recula et ses jambes percutèrent le rebord de l’estrade et le firent tomber sur les fesses.

Il voulait fuir cette vision. C’est à ce moment-là qu’il découvrit Leslie, tout du moins l’être brisé et affreux qui se tordait de douleur lui ressemblait. Les…Elle se trouvait juste à côté du corps ensanglanté de sa sœur. Elwyn n’arrivait pas à détourner le regard de la Serpentard qui criait à en perdre la voix se roulant dans le sang de sa sœur…lie. Les soubresauts se stoppèrent et la Serpentard vomit. Elwyn ne voulait pas savoir ce qu’était le liquide qui imbibait sa robe. Par…Il voulait faire un pas vers elle, la réconforter, recouvrir son corps profané d’un drap, mais il était incapable de bouger.  Sa voix restait coincée dans sa gorge…don.
Pardon de ne pas pouvoir t'aider. Pardon d'être un simple spectateur.

Fuir. Oui, c’est ça s’enfuir sans se retourner. Il était tellement désorienté qu’il chercha où se trouvaient les portes. Portes qu’il avait foulées du pied des centaines de fois. Elles se trouvaient tout au bout, droit devant. Il fallait traverser la salle et les corps apeurés et meurtris des élèves. Elwyn se redressa sur ses jambes avec difficulté, mais fut incapable de courir jusqu'aux portes qu'il considérait comme étant la liberté, la fin de la souffrance. En effet, la vision d’un élève flottant au-dessus des têtes basses le stoppa.

- Vous voyez : ne pas bouger. Ne pas bouger. Même des déchets comme vous en êtes capables

Était-il mort ? Non, il semblait respirer encore.

- Mais, me direz-vous, tous ces éléments si importants sont-ils laissés sans défense ?  Bien sûr que non, quelle grossière erreur ce serait ! Il y a pour protéger tout ceci des muscles. En théorie du moins, parce que sur cet oiseau-là il n’y a pas grand-chose… Enfin, ce sera cela de moins à creuser. Sauf si un autre est volontaire pour nous faire partager sa musculature ? Vous par exemple, mon grand, vous me semblez fort, non ? Ou alors vous, ma belle, je suis sûr que l’auditoire est curieux de connaître les différences entre l’anatomie féminine et masculine, nous feriez-vous l’honneur d’une démonstration ?


Il allait le disséquer vivant ? Quelle horreur, mais pourquoi !? Il le reconnaissait à présent, un Serpentard discret.  Il l’avait déjà vu en compagnie de Wayoth. Il tourna le dos au spectacle, car une voix familière l’appelait, le suppliait même.

-Elwyn tu es où ? Elwwyyyyn !

-Là.. je suis là !

Il y avait des larmes dans sa voix : Elwyn, aide-moi. Elwyn, j’ai peur !

Il n’avait jamais entendu une telle détresse dans la voix de son amie.

-Fay, où es-tu ? Fay !

-Je… je ne sais pas… s’il te plaît Elwyn aide moi.

-Comment ça tu ne sais ?

Il balada son regard sur l’ensemble de la salle et put constater que le Serpentard ne flottait plus, mais avait été projeté contre d’autres élèves en larme. Pas de trace de Fay ni de Maya. Elwyn se dirigea vers le son de sa voix et de ses pleurs. Finalement, il la retrouva prosternée, mais elle n’avait aucune blessure visible.

-Fay ?

Elwyn ? Elle tendit maladroitement ses mains dans le vide à la recherche des siennes. Je vois plus rien, tout est noir. Il s’accroupit à côté d’elle et attrapa ses mains. Son amie enfouit son visage contre son torse. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

-J’étais pas loin de Maya quand Alecto m’a envoyé un lumos en pleine figure… et puis tout.. est devenu noir. Je veux pas être aveugle…aide-moi s’il te plaît. Une boule qui nouait sa gorge l’empêchait de la réconforter avec des mots. Les pupilles de son amie était minuscule, il n'était pas médecin et ne savait pas si cela était irréversible. Tu ne vois vraiment rien ? Il passa une main autour de ses épaules cherchant Maya du regard. Elle avait déjà subi une agression et avait perdu un œil, pourvu qu’elle n’ait rien eu.

- Je crois que je vois quelques formes lumineuses très flous...

-Et Maya, tu as pu voir ce qui lui est arrivé ?

-Noon

- Mayaa ? hasarda-t-il

-Oui ? Il se retourna et sut avant même de relever la tête qu’il n’avait pas affaire à Maya. Il lâcha Fay et recula à même le sol. Amycus le fixait de ses petits yeux mauvais : et bah alors… On cherchait une demoiselle ?

Fay se recroquevilla en pleurant comme un animal blessé.

Depuis sa rencontre avec des rafleurs, Elwyn se sentait relativement privilégié, il n’envisageait pas vraiment que les Carrow puissent s’en prendre à lui, un préfet et cousin éloigné de Wang. Sauf qu’il n’avait aucun signe distinctif prouvant qu’il était bien le préfet des Serdaigles et il doutait qu’il se souvienne de son visage. Sans compter qu’ils avaient l’air de juste vouloir semer les graines de la peur dans le cœur des élèves, il n’y avait quasiment aucune distinction de faite.

-T’as vraiment une tête qui me revient pas tu sais.

Elwyn continuait à reculer sur les fesses, totalement désarmé. Il ne pouvait rien faire d’autres que supplier, mais même ça il n’en était pas capable. Le Serdaigle écouta en tremblant les hésitations de Carrow.

-Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? Il fixait sa sœur à quelques mètres qui contrôlait une rouquine et la rendait chèvre. Un immense sourire naquit sur ses lèvres : - Mais oui, c’est une excellente idée ça ! Une chèvre, je suis sûr que tu feras parfaitement la chèvre. Tu connais l’imperium, non ? Allez montre-moi comment tu résistes ! ricana-t-il de sa voix détestable.

-Non, … pi…

-Impero !

Avant que le sortilège ne le frappe, Elwyn n’eut qu’une pensée pour Fay. Il avait baissé les bras, il ne se pensait pas capable de résister et puis c’était bien fait quelque part. Mais une chose traversa son esprit : au moins Fay n’assisterait pas à ce spectacle et c’était tant mieux. Son corps obéissait et son esprit ne cherchait même pas à résister, c’était trop douloureux, trop fatigant. Il voulait simplement se coucher, dormir et attendre que ça se passe. Il se mit à quatre pattes et sautilla sur place avec vigueur. Elwyn donna un coup de tête dans le corps recroquevillé d’une première année à Serpentard (oui Andrée, c’est toi) qui avait de profondes entailles sur le corps. Puis il revint en sautillant près d’Amycus qui se délectait du spectacle.

-Un animal. Vous êtes tous des animaux, bande de morveux.

-Bêêêêêêêêh ! confirma le Serdaigle qui se mordillait, dans une extrême contorsion, la fesse gauche.

- N’oubliez jamais ça ! Vous n’êtes rien !

Elwyn fit trébucher un élève qui passait par là en lui donnant un coup de tête : -Bêêêêêêêêêêh !! Il le piétina ensuite en bêlant.

Puis Carrow le fit sautiller jusqu’Alecto et lui fit mordiller sa robe de sorcière sous les rires gras du frère. Alecto qui ne comprit pas de suite ce que faisait cet élève lui donna un coup de pied au visage :

-Casse-toi vermine !

Elwyn tomba à la renverse les quatre fers en l’air et ne bougea pas. Le frère et la sœur s’éloignèrent en ricanant, il leur restait encore des élèves à torturer. Les fils du marionnettiste se brisèrent et le jeune homme reprit possession de son corps. Lentement, il se laissa glisser sur le côté en gardant les yeux fermés et se mit en position fœtale. Sa lèvre et la partie droite de son visage étaient en feu, un liquide poisseux coulait le long de son menton et gouttait au sol. Le pire ce n’était pas la douleur physique, c’était une tout autre forme de douleur, insaisissable, sans corps. Une sorte de tumeur qui le rongeait de l’intérieur et qui avait été réveillée par le petit jeu à coup d’imperium des Carrow. Fay l’appelait d’une petite voix, mais il ne répondit pas, se contentant de rester prostré dans la même position.

Ne me regardez pas. Je n’existe pas.

Il se sentait souillé et misérable. Il connaissait que trop bien ce sentiment même si cela faisait quelque temps qu’il ne l’avait pas ressenti avec une telle force. C’était les moqueries sur son physique lors de ses premières années. C’était la multiplication des boutons d’acné sur son visage, c’était son embonpoint, c’était le dégoût qu’il lisait dans vos yeux et les méchancetés qui sortaient de vos lèvres. Les larmes ne s’arrêtaient plus de couler. Le goût salé des larmes, les muqueuses de son nez et le sang se mélangeaient pour créer un fluide immonde.

Disparaître. Si seulement il pouvait disparaître ou devenir une chèvre, pour de vrai et ne plus souffrir, ne plus penser. Devenir une stupide chèvre broutant dans un champ d’herbes folles, qui ne connaît pas la guerre, la méchanceté.  Un être sans égo pour ne plus souffrir.

-Elwyn répond-moi s’il te plaît.

-Disparais...

Elwyn n’existe plus. Il s’est endormi.

Trouve-moi avant qu’il ne soit trop tard, s’il te plaît. Trouve-moi et aide-moi avant que quelqu’un d’autres ne le fasse.

Tic. Tac.


Il entendit Fay pleurait plongée dans ses ténèbres et il se recroquevilla un peu plus. N’y avait-il rien de plus destructeur que ses pensées qui ne le laissaient pas en paix. Mais oui, ses pensées ! Il pouvait les diriger, retourner dans le cocon protecteur de ses souvenirs.

Voyager. Il en était encore capable. Voyager par delà le temps et les lieux. Fuir l’infâme et l’innommable. Ô il n’avait pas besoin de beaucoup se forcer. Comme le navire trouve le port, un lieu précis attendait le jeune homme, l’aspirait en son sein même. Un lieu que son inconscient avait étroitement lié au bonheur et à la douceur. Les pieds dans la boue et le nez dans les étoiles, il en fallait peu à cette âme pour être heureuse.

Et déjà, le vaste pâturage s’offrit à ses yeux embués de larmes. C’était beau et douillet. Un champ de pâquerettes, coquelicots et de pissenlits qui trouvaient grâce aux yeux de l’enfant. Ces mauvaises herbes avaient pour lui les teintes des plus beaux jardins. Il n’était pas seul. Jamais en ce lieu. Une petite fille se trouvait à ses côtés et il l’accueillit d’un sourire. Elle répondait toujours à son appel. Melissa qui ne dormait jamais et dont les traits du visage devenaient de plus en plus flous. Le temps avait fait son affaire, même le visage des êtres chers finit par disparaître. Dans le cas de ce souvenir, plutôt que de se dissiper le visage de la petite se transformait, remplacé par celui d’une autre. Melissa n’avait jamais eu les yeux verts, si ? Il ne savait plus.

Tic. Tac

La petite posa doucement une main sur son épaule. Elle était réconfortante, mais ferme. Cette pression chassa le mirage. L’herbe verte et la douceur des rayons du soleil furent remplacées par le sol dur et froid. Le gazouillement des oiseaux par des pleurs. Il sentait encore la caresse de cette main sur son épaule au point qu’il se demanda si elle était réelle. Il ne voulait pas ouvrir les yeux, se relever et continuer.

- Tu fuis, donc. Résonna la voix de Yong shik à son esprit.

Non.

-menteur.

Non

Écoute gamin, je n’ai pas de temps à perdre avec des perdants. Je vais faire simple et concis pour que ça s’imprime bien dans ta petite tête vide. Si tu  ne veux pas que la vie de tes moldus bien aimés ne soit pas raccourcie de plusieurs années, je te conseille de bien écouter. […]


Il ouvrit les yeux, la scène n’avait pas changé. Près de lui se trouvait un garçon qui se tenait l’avant-bras ensanglanté. Elwyn se sentait nauséeux et la douleur qui irradiait de sa joue, lèvre et narine droite était décuplée. Juste derrière ce garçon, il y avait Fay, immobile dans une position de pure soumission. Une haine sourde tambourinait au niveau de sa tempe.

Tic.Tac.

Tu vois Fay, tu vois ce que cela fait de vouloir se dresser contre un système plus fort que toi. Il te broie tôt ou tard. Tes belles paroles, ta positivité et tes idéaux, où sont-ils passés ? "Il faut se battre, il ne faut pas baisser les bras", hein ? J'y ai presque cru ! Menteuse ! Regarde-toi, encore plus misérables que le reste. C’est bien fait Fay, c’est bien fait pour toi. Dans ce monde, il n’y a pas la place pour du courage insensé et des belles paroles creuses. Allez lève-toi ! Prouve-moi que j’ai tort ! Tends ton poing vers le plafond et crie ta rancœur. Tu ne peux pas n’est-ce pas ? Comme tous ces lâches et pseudos justiciers du dimanche qui ont fait le graffiti, tu ne peux pas PARCE QUE TU N'ES QU'UNE ENFANT ! PARCE QUE TU AS PEUR ! PARCE QUE TU ES FAIBLE ET MISÉRABLE ! PARCE QUE TA FOUTU VIE A PLUS D'IMPORTANCE QUE CELLE DE CES INCONNUES !  Carrow a raison, nous ne sommes rien ! HYPOCRITES, je vous HAIS ! Vous n'êtes que des hypocrites !  Il pivota lentement sur le dos, il n’y avait personne à ses côtés. Avait-il rêvé cette main réconfortante ? Étrange. Ses pensées et sa haine intérieure, étrangement, l’apaisèrent.

Tic.Tac.

En étoile, les bras et les jambes écartés, le Serdaigle fixa les étoiles du ciel nocturne qui se trouvait au plafond de la Grande salle. Il avait le sentiment de pouvoir voler. Le sang mélangé à la morve continuait à couler de sa narine meurtrie, le sang de sa lèvre supérieure droite avait coagulé et ses larmes avaient séchés.

Je te laisse exactement 20 secondes pour choisir la direction que tu veux suivre. Si tu veux retourner à Poudlard, le monde qui t’appartient, attrape mon bras.

Le Serdaigle tendit un bras vers le ciel étoilé. Quand je regarde ce ciel étoilé, je pense à toi.

Sourit Haneul ! Ne pleure plus, ce n’est pas grave de tomber, il suffit de se relever ensuite. Tout comme cette vie est faite de ténèbres, la lumière également les chassera un jour.

Tic. Tac.

Et sur le visage de ce grand enfant se dessinèrent les prémices d’un sourire.

Je suis en vie ! L'avait-il dit ou seulement pensé, il était incapable de l'affirmer. Vous entendez : je suis en vie !

Tic. Tac. Bientôt, il sera trop tard.


HRP :
Aileen et Elwyn:
 

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SERPENTARD6ème année
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mar 18 Avr 2017 - 2:30


Courir. Une action si simple, qu'elle avait utilisée à de nombreuses reprises. Une fuite dans une ruelle adjacente, au terme d'un combat truqué, ou bien, un vol qui ne s'était pas déroulé sous de bons auspices. Les doigts d'Abigail caressèrent les pages du manuel qu'elle avait déposé sur ses cuisses. Ses pupilles dilatées passèrent sur les lignes, dont le sens lui échappait totalement, admirant sans pour autant le faire réellement, la danse de la lumière sur les remous se former contre le papier jaunâtre. Les runes. Une matière qu'elle connaissait pourtant sur le bout des doigts. Un refuge, qu'elle n'hésitait pas à employer depuis peu. Ses ongles rongés retracèrent faiblement les boucles tremblantes de son écriture, qu'elle ne parvenait plus à déchiffrer. L'esprit hagard, tant fatigué, qu'enfermé dans une salle dont elle n'avait pas eu l'impression de sortir. Les yeux rouges s'imposèrent, la faisant instinctivement reculer contre le dossier qu'avaient formé ses oreillers. Apeurée, elle cligna des yeux rapidement, pour espérer faire disparaître cette image résiduelle, un souvenir encore trop vif pour être écarté. Le cœur battant la chamade, la sueur coulant sur l'une de ses tempes, la jeune fille observa la vision se dissiper de la manière que la fumée de l'une de ses précieuses cigarettes. Les mains secouées de spasme, elle les porta à ses paupières, desquelles elle tenta par de faibles pressions, d'écarter toutes traces d'émotions qui s'y seraient installé. La peur. Une chose, qu'elle n'avait finalement compris qu'en faisant son entrée en sixième année. Si l'an passé, elle s'était sentie à l’abri dans le confort et la chaleur de la salle commune, elle avait néanmoins rapidement déduit, qu'il n'en serait pas de même cette année. Son entretien avec l'homme le plus puissant qu'elle n'eut jamais le plaisir, ou déplaisir en l’occurrence, de rencontrer, en était parfaitement la preuve. La détresse. Elle l'avait pourtant éprouvé à de multiples reprises. Une nuit passée seule au milieu d'un grenier sentant l'humidité. Une matinée à déambuler au milieu d'une rue, dont elle ne voyait pas la fin. Depuis septembre, la petite Abigail, qu'elle avait fait taire à grand renfort de drogues, d'alcools de plus en plus fort, s'était mis à papillonner des cils. Elle revoyait après des années la lumière du jour, pour mieux observer les ténèbres qui s’amassaient, s’agglutinaient contre la vitre les séparant du lac. Rageusement, elle referma l'ouvrage en cuir, faisant cesser les tremblements de ses extrémités.

« Fait chier, je comprend rien. », murmura-t-elle, en jetant le livre sur sa table de chevet.

Ses mains se logèrent dans sa crinière courte, pour jouer avec l'une des mèches corbeaux qui était venu se perdre sur sa nuque. Pensivement, elle releva sa tête, constatant à l'instant qu'elle l'avait incliné. Ses iris verts fixèrent le noir s'étendant devant eux. Elle pouvait distinguer la porte en bois, menant à la salle commune, au terme d'un bref escalier. Vingt-six. Elle les avait comptées durant sa première année. Pour passer le temps sans aucun doute. Une habitude qu'elle avait adoptée, chaque fois que ses talons venaient fouler la pierre des cachots. Vingt-six marches la menaient au sommet, puis elle devait en emprunter trente et une autre, qui l'emmèneraient dans le grand hall, débouchant sur la grande salle. La logique, pouvait s'avérer être une alliée précieuse dans une situation particulièrement stressante. Résonner d'une manière pragmatique, pouvait sauver une vie. Empêcher de sombrer dans un tourbillon de folie, où s'entremêlait avec harmonie peur et colère. Ses paupières qu'elle avait gardées grandes ouvertes depuis trois bonnes heures, finirent par s'affaisser, en même temps que son dos retrouvait la texture moelleuse des coussins. Son souffle se calma, tandis qu'Hook sentait la panique déserter ses veines. C'est au moment où elle se sentait partir vers un monde qui n'appartenait qu'à elle, retrouvait un sommeil qu'elle avait fui, plutôt que l'inverse, qu'elle entendit des pas précipités s'approchaient dangereusement de la porte du dortoir. Avec lenteur, Abigail posa ses pieds nus sur le sol, laissant la couverture qui la couvrait jusque-là, glissé le long de ses jambes maigres. L'entrée s'ouvrit dans un grand fracas, en même temps que leur préfète leur demander d'une voix rapide de sortir. Les sourcils froncés de concentration et d'appréhension, la sixième année se dirigea vers les couchettes des deux camarades partageant la chambre. Elle les secoua doucement, en leur murmurant de se lever.

« On doit aller dans la grande salle, debout aller. -On n'a pas le temps Hook. », l’interrompit néanmoins la plus vieille.

Avec un hochement de tête, elle ajusta la veste à capuche noire qu'elle avait enfilée avant de dormir, puis constata qu'elle ne portait finalement qu'un débardeur noir, suivit d'un short gris clair. Ses mains trouvèrent les avant-bras de ses deux amies, qu'elle entraîna à sa suite, avant de finalement les lâcher quand elles rejoignirent un semblant de rang, qui se dirigeait d'un pas rapide en direction de l'étage. Jamais les cinquante-sept marches n'avaient semblé être aussi longues, aussi difficiles à gravir. Une main se saisit de la sienne, tandis qu'ils apercevaient les grandes portes. Son regard perdu passa sur les autres étudiants, tous en tenues légères, les cheveux en bataille et l'air apeuré. Une terrible chose était à l’œuvre et sans qu'elle ne sache pourquoi, elle eut envie de serrer un peu plus la source de la chaleur qui s'était accrochée à elle.

« Ça va aller Abigail, tu vas voir. », lui dit la voix, avant de s'éloigner, enfin, ce sont les mots qu'elle crut entendre par dessus le brouhaha qui s'était formé. Qui était-ce ?

Les jambes flageolantes, elle passa les grandes portes, qu'elle avait autrefois appréciées pour leur splendeur, mais qui cette nuit avait revêtu la morbide prestance du seuil des enfers. Ses émeraudes allèrent se perdre en direction du plafond, dont les astres s'étaient ternis, comme si les étoiles elles-mêmes avaient plié sous le poids d'une guerre trop destructrice, d'une ombre aspirant leur clarté. Un élève la bouscula sur sa droite, manquant de la faire trébucher, avant qu'elle ne rejoigne le groupe qui lui était attribué, par rapport à son année. Elle crut voir le préfet de Serdaigle quelques rangs devant elle, ainsi que des visages qu'elle avait croisés dans les couloirs. Des gens qu'elle n'était pas sûre de reconnaître. Un corps s'appuya contre son dos, réchauffant son corps qui commençait à s’engourdir à cause de la température froide émanant du sol.

« Abby... J'ai peur. », lui murmura la personne qui s'était avachi contre elle.

La brune reconnut la voix de Ruth, une petite blonde de son année, qu'elle avait commencé à considérer comme une amie depuis peu. Moi aussi, j'ai peur Ruth. Sans un mot, l'orpheline chercha les phalanges de sa camarade et une fois qu'elle les trouva, les enferma dans une poigne qui se voulait rassurante. Il n'était jamais bon de céder à la panique. Jamais saint de perdre un calme qui pouvait devenir vital. Le silence se fit sous l'ordre d'Amycus, quand les deux Carrow se tournaient dans leur direction, les jugeant d'un regard dédaigneux.

« Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre-feu en faisant fi des conséquences », Abigail sentit son sang se glacer dans ses veines quand Alecto passa près d'elle, à l’affût du moindre bruits inopportuns durant le monologue de son frère. Instinctivement, Abigail tira sur la main de son amie, pour qu'elle vienne se coller un peu plus à elle et ainsi, espérer cacher l'étreinte de leurs doigts aux yeux affûtés de la mangemort.

« Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard. », la Serpentard suivit le trajet jusqu'à l'estrade, relâchant un peu la pression qu'elle exerçait sur sa camarade.

« J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir. »

Sévir ? Sévir ? Oui, synonyme du verbe : punir. Punir. Non. La petite brune fit un pas en arrière, marchant sur le pied nu de Rosenbach, qui lâcha un gémissement de douleur, qu'elle camoufla à l'aide sa main libre. Elle prit la pleine conscience de ce qui les attendait en cas de non-dénonciation. Vivement, elle tourna son visage à droite, guettant une main levée, puis la gauche reçue le même traitement. Devant la non-réaction des coupables, elle sentit le sang affluer dans ses veines, ce qui provoqua une vague de panique dans son être, la secouant douloureusement. Quelqu'un, aller, vous avez eu le courage de griffonner des trucs sur un mur, vous allez en avoir pour assumer maintenant.

« Et bien ? Personne ? », réitéra Carrow d'une voix étrange. Un mélange d’impatience et d'excitation.

Teletubbies non. Dénoncez-vous, vous voyez bien ce qu'ils vont faire sinon ? Un peu de cran par Merlin. Un nouveau silence fit haleter la jeune fille plus fortement. Personne. Pas un bruit ne filtra au travers du brouillard qui venait de se former dans son esprit. Personne. Qui ? Qui devrait-elle espérer voir mourir ? Quel visage devait-elle prêter au lâche qui allait les laisser souffrir, sans lever le petit doigt ? Qui prétendait écrire une idiotie sur un mur de pierre, au nom d'une cause dont il ne comprenait certainement pas le sens ? Quelle expression devait-elle lui imaginer ? Avait-il peur lui aussi ? Ou bien, se délectait-il du spectacle, du désordre qu'il avait créé ? Quel qualificatif allait-elle devoir l'affliger ? Lâche ? Non, pas assez fort. De mémoire, aucun ne lui venait. Si elle survivait à cette nuit, peut-être devrait-elle songer à l'inventer. Un terme vulgaire, qu'elle graverait volontiers sur la peau de l'artiste. Elle deviendrait comme lui, afficherait une parole que l'on répéterait dans les couloirs pour se donner du courage. Un courage dont il n'avait pas fait preuve au moment où il le fallait. Un mot, qu'elle signerait d'une lame, au nom de tous ceux qui allaient hurler au clair de Lune, comme les loups-garous dans la forêt interdite. Ses iris s'étaient fixés sur Alecto, dont les lèvres bougèrent à nouveau, sans que la jeune sorcière n'en comprenne un mot. Un éclair aveugla partiellement Abigail, qui se baissa à temps pour ne pas recevoir de sortilège, entraînant dans sa chute Ruth, qui ne l'avait pas lâché. Le cœur battant à tout rompre, elle amorça un mouvement pour se relever et fuir, mais déjà la panique avait gagné le restant de la salle. Un genou cogna entre les omoplates de la sixième année, qui fut contrainte de retrouver l'inconfort des dalles. citrouille, faut qu'on se tire d'ici.

« Ruth ! », l'appela Abigail, en posant ses paumes sur ses joues baignées de larmes.

Les doigts de la brune furent de nouveau assaillis de tremblements incontrôlés. Fait chier. « Ruth, regarde-moi, faut qu'on sorte d'ici. Tu m'entends ? », essaya de nouveau la verte et argent, en essayant de se relever, esquivant un nouveau coup qui manqua de l'atteindre en pleins visage.

Le corps de sa camarade ne bougea pas, tandis que des sanglots franchissaient ses lèvres par intermittences. citrouille. C'est un cauchemar. Les cris redoublèrent, tandis qu'elle balayait la pièce des yeux, s'attardant sur chaque silhouettes roulant au sol. Douleur. Peur. Je vais me réveiller. C'est pas possible. La terreur s'empara de ses membres et instinctivement, elle chercha les issues de secours, tout en continuant de tirer de toutes ses forces sur le bras de Ruth, dans l'optique qu'elle se hisse enfin sur ses jambes. Lève-toi Teletubbies. Faut qu'on parte. Un cri rauque sur sa droite attira son attention, la faisant presque lâcher l'étreinte à laquelle elle se raccrochait désespérément. Elle reconnut la tignasse brune d'un jeune Serpentard, qu'elle avait appris à connaître il y a peu de temps. Jay. La respiration folle, elle tendit une main dans sa direction, avant de la ramener contre sa poitrine. Elle n'avait pas le temps. Il fallait qu'elle fuît. Il y avait des moments, où il était nécessaire de reconnaître une défaite. Elle ne pouvait pas le sauver. Elle ne pouvait sauver personne. citrouille, j'suis désolée. L'éclat de voix gagna en puissance, si bien qu'Abigail fermât les yeux, pour faire taire le bourdonnement lancinant claquant contre ses tympans. Tu ne peux pas sauver tout le monde. Abandonne. Sans qu'elle ne se contrôle, elle laissa tomber la main molle de la marionnette qu'était devenue son amie, pour se diriger rapidement en direction de la couleuvre. Serpent inoffensif, qu'elle avait bien l'intention de faire évoluer en prédateur. Un Cobra, voilà l'objectif qu'elle s'était fixé le concernant. Abigail porta une main à son dos, pour en calmer les spasmes. Quel était ce sortilège ? Elle ne l'avait pas entendu, n'y avait pas prêter attention.

« Jay, je ne sais pas ce que tu as, mais il faut que tu reprennes tes esprits. Et vite de préfé... », commença-t-elle d'une voix pressée, avant de relever son nez en direction du frôlement qu'elle venait de ressentir dans ses cheveux. Elle s'interrompit, s'étranglant en croisant le regard froid et haineux d'Alecto Carrow. Non. Tout, mais pas ça.

« Hook, tu étais pourtant si prometteuse. », sa baguette descendit sur la tempe de la jeune fille, passa sur sa joue, pour finalement relever son menton, qu'elle avait baissé une fois le contact visuel établi.

« Regarde-moi quand je te parle, pauvre sotte. », le bout du bois rentra durement dans sa chaire tendre, la faisant grimacer.

« Je vous regarde, professeur. », rétorqua Abigail, crachant le dernier mot, en sentant la terreur être remplacée par autre chose. Une source d'émotions autrement plus puissante. La rage gronda dans la poitrine de la brune, dont les poings se serrèrent. Ses émeraudes sondèrent les yeux de Carrow et elle n'y lut qu'amusement, agacement, dédain. Des sentiments qu'elle éprouvait-elle aussi, pour les deux sadiques qui ne semblaient prendre leur pied qu'en torturant, mutilant, disséquant, éviscérant et la liste était encore longue. Vous me faîtes vomir, bande de timbrés. Le varan se releva, avec la grâce qui lui était connue. L'insolence dans ses prunelles, fit grincer les dents de l'insupportable femme, dont les épaules fléchir légèrement sous la poussée qui l'avait heurté. Elle allait perdre. Souffrir. Mais pas sans essayer.

« Je ne tolère pas les héros, Hook. ENDOLORIS ! », cria-t-elle, en envoyant l'impardonnable. La lumière rouge passa inaperçu, puisque caché par le menton de la victime, qui lâcha un hurlement strident, avant tomber en avant, son bras stoppant sa chute tandis que l'effet s'arrêtait. La nausée la saisit, avant qu'en un haut-le-cœur, elle ne renvoie le contenu de son estomac sur la pierre, les yeux révulsés. Le corps secoué de tremblements, Abigail posa son front couvert d'une pellicule de sueur froide sur son avant-bras recouvert du tissu doux de sa veste. La douleur ressentie au creux de son menton, s'était étendue en un éclair dans le reste de son visage, y envoyant une pluie d'aiguilles chauffées à blanc. Leur caresse morbide, avait frôlé ses traits, pour s'enfoncer durement dans son crâne. La brûlure de l'impact la fit suffoquer, avant qu'elle ne tente de forcer sur ses mains crispées, pour se redresser. « Tututut... », un pied se posa sur le sommet de la tête de la sorcière, écrasant sa joue contre le sol, tout comme le reste de son corps, qui céda sous la pression exercée. J'ai mal... Seth.. Sauve-moi pitié... « Abandonnes gamine. », Abigail cligna des yeux une dizaine de fois, en reconnaissant cette voix suppliante. Abandonner ? Oui. Elle le faisait. Vous aviez raison, Professeur. Ses paupières s'abaissèrent, à l'instant où une nouvelle décharge faisait sursauter son corps, de la même manière que si elle avait marché sur les rails électrifiés d'un train. Ses ongles rappèrent les dalles, laissant de profondes coupures sur le bout de ses doigts. Les veines de son front, de ses bras, se mirent à brûler. La lave en fusion coula en elle, la faisant crier à pleins poumons. Elle roula sur le dos, s'arquant en direction du plafond, en crachant sa douleur. Les couteaux rentrèrent dans sa peau, coupant, tournant, frôlant ses nerfs, pour mieux arracher ses organes. Ses dents s'entrechoquèrent, claquant violemment, pour mieux entailler l'intérieur des joues et la langue d'Abigail. Une gerbe de sang coula le long de sa gorge, avec laquelle elle s'étouffa, expulsant le liquide poisseux dans les airs. Elle ne sentit pas les gouttes rouges venir s'échouer sur ses joues, son front et son menton meurtri. Ses poings tapèrent contre les dalles de pierres grises, jusqu'à ce qu'un craquement se fasse entendre. Une douleur qui ne parût que moindre, par rapport à l'immolation interne qu'elle était en train de subir. Tuez-moi. Arrêtez, je vous en supplie. Tuez-moi ! Une supplique, qu'elle voulut crier jusqu'à s'en briser la voix. Elle voulait que ça cesse. Que la douleur insupportable déchirant son être en plusieurs morceaux, aussi facilement que si elle était du papier, s'arrête. Combien de temps cela faisait-il ? Une heure ? Deux heures ? Une journée entière ?

Et soudain, son désir fut exaucé. Son dos heurta la pierre sous l'arrêt soudain. « Bien, je crois que tu as retenu la leçon, Hook. », lui lança Alecto, en se tournant vers un autre étudiant. La respiration erratique, Abigail étendit ses bras, de sorte à les mettre en croix. Une larme coula le long de sa joue. Suivit de plusieurs autres. Parfois, il faut savoir accepter la douleur Abigail. Elle n'est pas forcément mauvaise. Elle te rappelle que tu es en vie. En vie. Oui. Elle l'était, même après deux minutes où elle avait cru ne plus l'être.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mer 19 Avr 2017 - 17:40



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Elle s'était endormie sereine, l'estomac un peu trop plein de sucreries. Le matin même la jeune femme avait reçu plusieurs cadeaux de ses proches : une deuxième plume, de l'encre à changement de couleur, quelques chocogrenouilles. Mais un de ses plus beaux cadeaux avait été un fabuleux bouquet de fleur envoyé par Octave. Lina l'avait reçu juste après le courrier, grâce à un elfe de maison qui s'était incliné bien bas en lui remettant le présent. La sorcière s'était empressée de rentrer dans sa salle commune pour le mettre dans un vase en verre qu'elle avait fait apparaître d'un coup de baguette. Tout s'était tellement bien passé pendant cette journée. Elle n'imaginait pas un seul instant ce qui allait se produire quand, ivre de bonheur, elle était tombé dans les bras de Morphée juste après s'être glissée sous ses draps.

Elle se réveilla brusquement. Instinctivement, elle avait su que quelque chose n'allait pas. Les yeux grand ouvert, la sorcière guettait le moindre son, parfaitement éveillé. Au moment précis où elle tendit sa main pour attraper sa baguette, Lina entendit des pas précipités, quelques cris de surprise, quelque chose tomba et se cassa. Enfin, la porte de son dortoir s'ouvrit en grand et quelqu'un hurla : « Debout ! MAINTENANT ! Et allez dans la Grande Salle ! Dépêchez – vous ». La Mangemort hurla encore quelque chose, mais la Poufsouffle ne parvint à pas à entendre la fin de sa phrase. La jeune femme dégagea ses jambes blanches de sous sa couette. Plusieurs élèves, prit par surprise, s'étaient mis à crier. Elle entendit des premières années se mettre à pleurer. Pourquoi ? Elle fronça ses sourcils et se leva. Une des filles avait eu la brillante idée d'allumer la lumière, et la blairelle put constate la stupeur sur le visage de ses camarades. L’inquiétude, aussi. Lina attrapa une écharpe qu'elle plaça sur ses épaule, et sa baguette magique sur sa table de nuit qu'elle la rangea dans la poche de son pyjama bleu marine. Elle jeta un dernier regard à la pièce circulaire qui leur servait de dortoir. Ses yeux se posèrent sur les fleurs qu'Octave lui avait offerte et son cœur se serra. Finalement, elle quitta la chambre et ferma la porte derrière elle.

Le monde entier semblait perdu. Un murmure effrayé parcourait les couloirs. Les personnes autour d'elle était paniqué, stressé. Plusieurs d'entre elles étaient entrain de trembler. C'était normal, le château semblait tellement austère. Au loin, Lina aperçut ses amis. Enfin, la file des Poufsouffle finit par rejoindre celle de Serpentard. Quelque part au dessus d'eux, la jeune femme entendait les Gryffondors et les Serdaigles descendre les escaliers.  
Que se passait – il ? Tous ensemble, ils avancèrent dans la Grande Salle où ils avaient tous mangé un peu plus tôt. C'était fou de voir à quel point la vie pouvait changer en quelques heures. Du regard, Lina chercha un poignet, n'importe lequel, qui serait armé d'une montre. Enfin, elle en trouva un. Il était quatre heure passé de quelques minutes. Un crime avait été commis, c'était évident. Il n'y avait que ça qui pouvait justifier une telle réunion. Et Lina était prête à parier qu'il venait tout juste d'avoir lieu.

Les Carrows étaient manifestement furieux, et personne ne semblait comprendre ce qu'il se passait. À  travers les fenêtres de la pièce, Lina pouvait voir la Lune, cette source de lumière renvoyait sur le mur en pierre les ombres déformées des élèves qui avançaient en rang. Le sol froid était entrain de lui glacer les pieds, mais elle refoula loin dans son esprit ce fait – là. Les étudiants avaient été réparti dans la salle en fonction de leur maison et de leur année. Autant d'organisation dans un tel moment... Cela relevait presque de l'exploit.  Le frère et la sœur montèrent sur l'estrade où leur ancien Directeur, Albus Dumbledore, avait eu l'habitude de leur faire un discours de bienvenue.

« Silence ! Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences. Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard... J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir ».

La bouche de Lina s'entrouvrit de quelques centimètres. De la propagande. Des graffitis... C'était exactement ce qu'elle avait prévu de faire quelques jours auparavant. Machinalement, son regard glissa vers Lysander, et leur yeux se croisèrent. Évidemment, il ne pouvait que la suspecter, pourtant ce n'était pas elle. Le plus discrètement possible, elle lui fit un « non », elle était innocente. Mais cela n'avait aucune importance de toute façon. Les fidèles de Voldemort exigeaient que les coupables se dénoncent. Ça n'arriverait jamais. Lina pinça ses lèvres. Que les auteurs se dénoncent ou pas ne changerait rien de toute façon. Les élèves de Poudlard seraient punis de toute manière.
Les Carrows avaient cessé de les considérer comme des êtres humains, et ils allaient sévir. : les élèves de Poudlard n'étaient plus que des sacs d'os au sang abject. Elle suivit du regard les Mangemorts.  C'était impossible.

La baguette d'Amycus fendit l'air et un premier élève s'effondra. Quelques cris d'effrois retentirent, et servirent de prétexte pour continuer la séance. La jeune femme continua de suivre le frère du regard. Ses yeux s’écarquillèrent quand elle le vit s'arrêter devant Andrée. La jaune et noire se dressa sur la pointe de ses pieds. Pas elle, pas Andrée. Non ! Son hurlement déchira les entrailles de Lina. Elle ne pouvait rien faire. Elle était coincée. Lentement, elle ramena ses mains contre sa bouche pour étouffer un cri, tandis que ses yeux se remplissait de larmes. Ce n'était qu'une enfant, elle n'avait que onze ans...
D'autres cris se firent entendre. Amycus et Alecto, étaient bien sûr incapable de s'émouvoir, ils continuaient leur tâche, parce qu'ils aimaient ça. Lina ne put détacher son regard du corps d'Andrée que lorsqu'elle entendit Lysander rugir de douleur. Pendant ce temps, Alecto semblait s'amuser avec une élève de cinquième année. Lina était presque sûre qu'elle s'appelait Aileen. Puis vint le tour d'Ariane. La Poufsouffle ne savait plus où donner de la tête, ni quoi faire.  Une peur terrible s’immisça en elle. Comme un asticot, elle était entrain de se nourrir de ses entrailles pour mieux se développer. Elle avait l'impression de sentir la larve vivre en elle : la bête dévorait ses intestins, son estomac, et se dirigeait lentement vers sa gorge.  Lina était sûre que d'ici quelques secondes, la tête blanche et aveugle du ver allait sortir de sa bouche. La jaune et noire fut saisit de nausées. Quand une sorcière juste devant elle s'effondra en hurlant, la blairelle ne put s'empêcher de crier à son tour, ce qui bien sur attira l'attention sur elle.

« Immonde sang – mêlée ! »

Les oreilles de Lina bourdonnaient. Elle n'entendit pas la formule magique, mais le maléfice la frappa au bras gauche. Un liquide chaud et épais gicla. Elle tomba à genoux en hurlant de douleur. Une plaie béante venait de s'ouvrir depuis le bas de son épaule, jusqu'à son poignet. Elle entendit quelqu'un rire. Malgré ses tremblements, elle tenta de compresser la plaie avec son écharpe pour éviter de perdre trop de sang. Tous ses nerfs étaient en feu. Elle avait du mal à respirer. Un nouveau cri s'échappa de sa gorge. La lésion laisserait une belle cicatrice. Lina aurait voulu se soigner, mais elle tremblait comme une feuille. Et c'était son bras armé qui était blessé or, elle n'avait jamais utilisé sa baguette avec sa main droite. Ce n'était pas le moment d'aggraver les choses. Les joues humides, la jeune femme releva la tête. D'autres élèves étaient tombés. Certains avaient subit le sortilège Doloris : ils étaient recroquevillés sur le sol, incapable de se mouvoir. D'autres, comme elle, avait été tailladés. L'odeur du sang lui donna la nausée, et elle dû se retenir pour ne pas vomir. Les cris autour d'elle semblait lui transpercer les oreilles.
À  bout de force, Lina se traîna contre un des murs de la Grande Salle et s'appuya contre lui : elle voulait quitter cette scène d'horreurs. Un peu répit. Son pyjama était taché de sang, et uniquement de son sang, du moins l'espérait – elle.  Au loin, elle vit une fille en pleurs gratter contre la porte de la Grande Salle pour s'échapper. Quelqu'un imitait une chèvre sous l'emprise du sortilège du l'Imperium. Il n'avait aucun adulte pour les aider. Et eux – mêmes étaient trop amochés pour se défendre. Le menton de Lina trembla un peu quand elle se laissa aller. Son visage était neutre malgré ses sourcils légèrement froncés, mais son visage était baigné de larmes.

C'était un véritable carnage, et elle en était la spectatrice impuissante.


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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Dim 23 Avr 2017 - 20:06

         


Saviez-vous que baver pendant son sommeil serait dû à un dysfonctionnement de la coordination du mécanisme de déglutition, qui a pour résultat l’accumulation excessive de salive dans la portion antérieure de la cavité orale et la perte involontaire de salive par la bouche ? En d'autres termes, vous ne parvenez pas à avaler, et votre bouche stocke la salive par défaut, et peu importe la taille de votre bouche, une fois arrivée à saturation, ça déborde et dégouline tout autour.

C'était exactement le cas pour Maya. Son visage baignait dans une flaque tiède et visqueuse de la taille d’un cookie extra large aux pépites de chocogrenouille. Un long filet de cette substance odorante avait séché le long de sa joue. Par moments, on l'entendait déglutir et s'humecter les lèvres par de petits bruits humides et agaçants entre deux ronflements plutôt conséquents. C'est certainement pour cette raison que ses camarades de dortoirs la réveillèrent au beau milieu d'un rêve de façon peu amène, l'incitant à se lever et descendre aussi vite que possible.


- Gné ? Marmonna Maya en entrouvrant difficilement les yeux, la voix rauque. Keskéya ?


Mais quelle heure pouvait-il être ? C'était déjà le matin ? Ah, non pas déjà ! En plus elle devait commencer par un devoirs sur l'évolution des croisades entre les trolls des montagnes des Pyrénées et les Gnomes des Forets de Brocéliande au XVIIIe siècle. Elle n'avait aucune envie de s'y précipiter. Et puis, il n'y avait aucun rayon de soleil qui annonçait son retard, ça signifiait certainement qu'elle pouvait encore dormir un peu, non ? Elle se retourna donc de l'autre côté, en faisant claquer sa langue contre son palais et en se pelotant davantage sous sa couette dans l'espoir de se rendormir et de retourner à son rêve FORT agréable.

Mal lui en prit, car on lui arracha bien vite la couette en la secouant sans ménagement. Fatalement réveillée, Maya ne prit conscience de l'effervescence et de la portée des événements qu'en retrouvant ses camarades dans la salle commune. Elle aurait préféré qu'on lui laisse le temps d'attraper une robe de chambre, ou mieux de changer de tenue… Elle n'avait pas prévue en se couchant la veille au soir qu'elle devrait faire un défilé devant tous les Serdaigle (et quelques instants plus tard devant toute l'école). Sinon, elle aurait fait un effort vestimentaire.

La 7ème année portait en effet une grenouillère trois fois trop large en pilou, bleutée arborant des dizaines d'Abraxan qui s'envolaient réellement et filaient à la vitesse d'un éclair de feu sur l'ensemble de son pyjama. Si certaines demoiselles étaient parvenues à conserver au cours de la nuit un visage de porcelaine, de grands yeux de biches ou une chevelure à vous rendre verte de jalousie, Maya quant à elle, avait eu le droit à un nid de nœuds crépus, qui n'était pas sans rappeler la coupe de Zentaya Ougandis, une 3e année qui s'était mise à la suivre partout.

Gênée, Maya avait croisé les bras autour de sa poitrine afin de dissimuler inutilement sa grenouillère. Elle semblait chercher quelqu'un du regard mais finalement, ce fût une tout autre personne qui attira son regard. Fay, se frottait les yeux encore gonflés de sommeil, elle aussi portait un pyjama… atypique. Maya se glissa jusqu'à elle et la regarda avec un grand sourire.


- J'adore ton pyjama, Fay.

- Ah ? Merci. Le tien aussi est pas mal.

- Il est tout doux, tout chaud, approuva Maya en relevant le col de son pyjama pour le frotter sur ses joues.

- Dis… Ne le prends pas mal mais… Tu pourrais éviter de parler trop prêt dans ma direction ? Demanda Fay en agitant la main devant son nez.

- Oh ! Maya positionna sa main devant sa bouche. Désolée, attends… Elle glissa sa main dans sa poche et en sortit deux fondants au chocolat, elle en fourra un dans sa bouche et le goba et tandis l'autre à la Serdaigle.

- T'as aussi un peu de bave séchée là, ajouta Fay dont les dents se noircissaient au contact du chocolat fondu. Et là… Là aussi…

- Ah bah décidément ! Maya lécha le dos de sa main et se fît une toilette de chat en suivant le mouvement de foule qui menait à l'extérieure du dortoir après avoir reconnu la voix d'Elwyn donnant le top départ. Tu crois qu'on l'a vu ? S'inquiéta subitement Maya en regardant le dos d'Elwyn.

- T'inquiète, je ne pense pas qu'il l'ait remarqué. Il ne voit pas grand-chose de toute façon.

- Qui donc ? Fît Maya en lâchant enfin la silhouette du préfet du regard.

- Personne, personne, s'impatienta Fay en secouant les mains.


Sur le long du chemin glacé (Maya se fît la promesse d'acheter des grenouillères couvrant également les pieds à l'avenir), les deux Serdaigle échangèrent diverses théories sur les raisons de ce réveil brutal et sur la suite des événements. A l'approche de la Grande Salle, le silence s'imposa de lui même aux deux jeunes filles dont les épaules se heurtaient à chaque pas, inconscientes du fait qu'elles s'étaient rapprochées l'une de l'autre. Ce n'est qu'une fois la porte de la Grande Salle refermée, que Maya commença à paniquer. Elle se sentait oppressée, emprisonnée, piégée. Comme un animal. Elle chercha du regard dans la foule les visages de ses amis. Pour le coup, personne ne prêta attention à sa tenue ridicule ni à son allure pitoyable. Tous avaient les yeux rivés sur l'estrade où se tenaient les Carrow.

Maya regrettait fermement d'avoir laissé sa baguette magique sur sa table de chevet et d'avoir bourré les poches de son pyjamas de sucreries. Son instinct lui susurrait qu'il aurait sûrement mieux valu les remplacer par des fioles de potions magiques similaires à celles qui protégeaient la maison de ses parents. Ça ne sentait pas très bon, et pour une fois, son haleine n'en était pas la raison.

Alors qu'Amycus Carrow commença sa litanie, Maya chercha des yeux un professeur ou n'importe quel adulte vers qui se tourner. Elle fût stupéfaite de constater leur absence. Pourquoi ? Ou étaient-ils tous ? Les avaient-ils volontairement abandonnés ? Les avait-on prévenus des événements ? Quelqu'un allait forcément intervenir non ? C'était une blague hein ? Ils ne pouvaient pas… Ils n'avaient pas le droit non ?


- J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.


* Mais par Merlin crachez le morceau bande de lâches ! Vous attendez quoi ? Ils n'ont pas l'air de rigoler !


- Et bien personne ?


*Mais allez !!!! Ne faites pas les niffleurs quoi !!


Les yeux de Maya ruisselaient de terreur (enfin un surtout, l'autre restait éternellement opaque et vide).


- Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir vivre. Tu n'es pas de mon avis Alecto?

-Oh… Bon sang, croassa Maya d'une toute petite voix inaudible en reculant d'un pas. Non… Non…


Tout se passa incroyablement vite. Bien trop vite. Les Carrow sortirent leur baguette et les maléfices se mirent à fuser, touchant indifféremment garçons ou filles, enfants ou adolescents, sang pur ou sang mêlé. Il n'y avait aucune distinction, en même temps il était difficile de distinguer ou de différencier les élèves qui ne portaient plus aucun signe distinctif de leurs maison ou de leur rang social. Ils étaient tous pareils. Tous de la chair à canon.

Tout autour de la jeune fille, les corps se mirent à tomber comme des mouches en se tordant de douleurs, parfois du sang giclait ici et là, les cris, le brouhaha, c'était atroce. Maya fît un nouveau pas en arrière. La peur. La panique. La terreur. L'effroi. L'horreur. Le souvenir. Non. Impossible. Toute cette scène lui rappelait trop les terribles événements de la bibliothèques prêt de 6 mois plus tôt. La morsure du feu, l'odeur de chairs brûlées en décomposition, l'impensable et innommable souffrance ressentie… Tout lui revenait brutalement en mémoire, l’assommant presque.

Inconsciemment, elle continua à reculer pas à pas, les yeux écarquillés, les lèvres tremblotantes répétant sans arrêt les mêmes mots « non, non, non ». Elle abandonna à son sort la pauvre Fay qui tomba entre les mains d'un Carrow. Ses cris accompagnèrent la fuite de la Serdaigle mais elle heurta bien vite un autre Carrow.

Les Mangemorts étaient incroyablement rapides. Bien plus que ne laissaient présager leurs allures pataudes et gauches. S'ils ne semblaient pas à l'aise au quotidien dans le rôle qu'on leur avait imposé d'enseignants, ils brillaient par leur dextérité et leur incroyable soif de vengeance. Ils se délectaient des supplices qu'ils infligeaient, de la terreur qu'ils insufflaient, du pouvoir qu'ils disposaient. Cette ivresse de sensations les rendaient encore fous, ils semblaient de plus en plus perdre pieds, certains sévices allaient crescendo dans l'horreur, bafouant la dignité des uns et des autres.

Et c'était son tour. Maya se retourna et constata qu'elle avait bêtement reculée à la rencontre d'Alecto alors qu'elle cherchait à éviter Amycus. La suite n'aurait pas pu être pire. Alecto sembla un instant rester incrédule en dévisageant la jeune sorcière de la tête aux pieds, un rictus de profond dégoût se dessinant progressivement sur son visage.


- Par Merlin mais tu n'as pas honte ? Cette tenue… Cette dégaine… Tu salis l'image des sorciers…

-Non… Non… Non… Continuait de bredouiller Maya en secouant nerveusement la tête de droite à gauche en tremblant de tout son corps. Pitié…

- Pitié ? Pitié ! Répéta Alecto en haussant le ton. Elle explosa de rire, un rire gras, vulgaire, et cruel. Tu oses réclamer grâce alors que tu souilles par ta simple existence le nom des sorciers ? Tu crois que ta misérable vie m'importe ?

-Non… Je… AAAAH !!! Cria Maya alors qu'une plaie béante s'ouvrit sur son avant bras, déchirant sans distinction son pyjama et sa peau révélant un sang rubicond.

- Regarde toi, tu es pitoyable. Un nouveau maléfice prononcé en informulé vint larder le talon droit de la jeune fille l'obligeant à ployer le genou. Tu es une honte. Cette fois ce fût le talon gauche de touché, la mettant complètement à terre.Tu n'es rien. Une nouvelle plaie se fraya un passage dans son dos.Tu n'es personne.


Gémissant, pleurant, suppliant, Maya était à la merci d'Alecto Carrow. Cette dernière enjamba Maya et s'assit sans se soucier des gémissements de sa victime sur sa poitrine, maintient son visage en place fermement en lui arrachant les cheveux et entreprit de marquer dans la chair de la Serdaigle à hauteur de sa joue droite ces lettres : S H A M E.

Maya beuglait à s'en déchirer les cordes vocales, gesticulant aussi férocement que possible. Une fois encore, les larmes de sang vinrent souiller son visage. Une fois satisfaite de son œuvre, Alecto l'abandonna a elle même. Maya se retourna sur le ventre et rampa aussi loin que possible, aussi loin de tous les autres. Son pyjama était rougi de sang, lacéré, révélant des pans de son corps qu'elle gardait habituellement sagement couvertes par son uniforme. Elle se sentait sale. Elle se sentait souillée. Elle était humiliée. Elle était terrifiée. Elle était vidée. Elle n'était rien.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Ven 12 Mai 2017 - 22:35

L'avantage des rêves, c'est qu'ils ont plusieurs vertus. La principale est l'évasion. Rien de tel pour l'esprit que de se repaître de calme, de sérénité, de voyages et de choses extraordinaires. Ce n'était pas Garner qui prétendrait le contraire. Non, cette nuit, il dormait à poings fermés, bercé par la douceur et par l'odeur d'une salle remplie de guimauves. Il se goinfrait autant qu'il le pouvait, sans être écoeuré, sans avoir mal au ventre. A vrai dire, il organisait un concours. Toute l'école y assistait. L'élève qui arrivait à ingurgiter le plus de chamallows gagnait un prix : une danse avec Lina au bal de Noël. Face à lui, se trouvait Jimmy, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Pas question de le laisser gagner. Encouragé par ses frères et par ses soeurs, Tony continua d'engouffrer les confiseries comme si de rien n'était. Un haut-le-coeur particulièrement bruyant lui indiqua qu'il avait gagné ! Comme d'ordinaire, il se mit à sauter dans tous les sens, tandis que M. Pomfresh aidait Kent à se relever, pour respirer et régurgiter tout ce que son estomac ne parviendrait pas à supporter. La suite, comme souvent quand elle est onirique, se déroula à grande vitesse. Les salves d'applaudissements se firent moins audibles. La salle se vidait et il ne resta bientôt plus que Garner et la jeune Poufsouffle, face à face. Son rythme cardiaque s'accéléra. Pour bien danser, il fallait répéter un peu. Il commencèrent par une valse, et Tony se surprit lui-même en se rendant compte qu'il ne lui écrasait pas les pieds et qu'il était très à l'aise. Il ne quittait pas Lina des yeux. A un moment, la musique s'arrêta, annonçant la fin de leur répétition. Tony proposa à Lina de la raccompagner à son dortoir, ce qu'elle accepta sans réserve. En parcourant le château, ils s'arrêtèrent plusieurs fois pour observer à travers les grandes fenêtres. L'extérieur baignait d'une grande lumière rose, la même qui accompagne le soleil couchant. A un moment ils s'arrêtent pour admirer les derniers rayons de l'astre, sur la ligne d'horizon. Tony prit doucement la main de celle pour laquelle, il avait de plus en plus le béguin. Et puis, sans vraiment qu'il ne sache comment, ni pourquoi, ils s'embrassèrent. Le Gryffondor se sentit électrisé, littéralement. Il aurait pu rester des heures ainsi, excité de vivre la suite, de savoir ce qu'il adviendrait, s'ils officialisaient ! Hélas pour lui, le destin en décida autrement...

- Debout Garner ! Allez, plus vite !

Tony grogna quand un autre garçon le secoua pour le réveiller. Il ne savait pas trop de qui il s'agissait. Il entrouvrit les yeux, la tête littéralement dans le marshmallow ! Autour, ça s'agitait... il entendait du mouvement, de la cohue, ce qui déclencha une dose d'adrénaline. Qu'est-ce qu'il se passait ? Il s'assit sur son lit, mais on ne lui laissa pas le temps de reprendre son esprit, ni même d'enfiler un t-shirt, lui qui dormait torse nu, ne supportant plus la sensation d'étouffement que générait un haut de pyjama. Quand il se leva, sa tête lui tourna un peu. Pourquoi un réveil si brutal ? Peu à peu, il regarda les autres et leur inquiétude fut contagieuse. Quelque chose se tramait... pourquoi ne pouvaient-ils pas s'habiller avant ? Quelle heure était-il. Têtard sauta dans ses mains, mais Garner, bien inspiré, le reposa sur son lit en lui demandant de ne pas bouger. Juste à temps... car tout le monde se mit en marche dans les couloirs et Tony fut bien forcé de marcher lui aussi, pieds nus, sur la pierre glacée. Il commençait à avoir froid, mais sa curiosité et son appréhension le maintenait éveillé, focalisé sur la recherche de réponses. Bientôt, ce qui semblait être une expédition rouge et or, s'avéra bien plus que ça. Les Serpentards ne tardèrent pas à monter de leurs cachots. Tony croisa le regard de Kiarah qui semblait... ailleurs, rongé par une sorte d'angoisse ? Voilà qui ne comportait rien de rassurant. On les fit entrer dans la grande salle, sous le regard des Carrow. Garner, malicieux, se demanda, comme pour relativiser, si on avait pas volé le shampooing de Rogue ! Il aurait bien dit sa blague à voix haute, à un de ses camarades, mais une petit voix intérieure lui intima de se taire. Pas de tables, pas de corps professoral, juste les deux teignes... qui ne tardèrent pas à invectiver. Et à expliquer le pourquoi de tout ce remue-ménage. Personne ne broncha, mais en son for intérieur, Tony se satisfaisait de voir un tel spectacle. Un simple graffiti, capable d'effrayer les Carrow à ce point ? Ces Mangemorts étaient décidément minables... Rien que pour lui sauter au cou, Garner aurait aimé connaitre l'auteur de cette oeuvre. Personne ne fit d'aveu. Et aucun élève n'entreprit une quelconque délation. Silence absolu... silence oppressant. La petite voix, la même qui l'avait contraint au silence plus tôt, et qui ressemblait, par la tonalité, à celle de sa mère, lui intima : "le silence avant la tempête". Tony aurait aimé que tout le monde se rue sur ce duo psychopathe, pour leur faire payer... Les événements en furent tout autre...

A vrai dire, le jeune homme ne comprit pas ce qu'il se passait, avant que les Carrow ne se mette à torturer les élèves. TORTURER ??? Comme si les ténèbres entières venaient de lui tomber sur la tête, Tony sentit ses organes se liquéfier. Il blêmit, alors que résonnaient les premiers cris de souffrance. Ce ne pouvait être qu'un cauchemar ! Et pourtant... non. Il n'aurait su dire combien de temps il fallut à Amycus pour arriver jusqu'à lui, mais la terreur le clouait sur place. Il vit le Mangemort lever sa baguette avec un sourire malsain sur son visage et l'abattre sur lui. Une lueur bleue jaillit pour le toucher de plein fouet.

- Tu n'as pas eu le temps de t'habiller, vermine ? Tu apprécieras ce moment ! Hahaha !

Machiavélique, Amycus le regarda se mettre à grelotter. C'était comme si Tony avait sauté dans un lac gelé. Le froid lui piqua la peau, lui hérissant les poils. Il était mordant... piquant... le maléfice était si intense qu'il fallut très peu de temps à sa peau avant qu'elle ne se craquèle, au bout de ses doigts, puis sur ses articulations. Mais l'avantage avec le froid, c'est qu'arrivé à un certain stade, la douleur disparait. Elle s'endort, à mesure que le système nerveux reflue, jusqu'à la mort, lente... douce, en un sens. Le sang ne pouvait même pas sortir de ses plaies, tant le froid était intense. Ne sentant plus ses jambes, Garner tomba sur le sol. La pierre lui parut tiède, presque réconfortant. Sa vue se troubla, il voulut respirer mais il avait de plus en plus de mal. Les engelûres douloureuses s'estompèrent. Carrow arrêta sa torture pour passer à quelqu'un d'autre, laissant sa victime prostrée au sol, transie de froid, claquant des dents et tremblant de tous ses membres. Personne ne sortirait indemne de cette salle. Tony chercha du regard ses frères et ses soeurs. Il ne pourrait pas les protéger. Les larmes lui montèrent aux yeux mais elles ne purent couler. Elles se transformèrent en givre, comme sur les branches de conifères pendant l'hiver. Ses sanglots se mêlèrent aux tremblements frénétiques de son corps, qui cherchait absolument à le maintenir en vie et à le réchauffer. Et alors que les cris continuaient, horribles, inhumains, Tony repensa à Ethan, à ce que le Serpentard lui avait dit au sujet des méthodes des Mangemorts. Il comprenait maintenant... il prenait conscience, un peu tard qu'ils ne jouaient pas au même niveau... Garner tenta de se relever, mais il n'y parvint pas. Il arriva tout juste à se blottir près d'un autre élève à terre, pour essayer de se réchauffer, certes, mais surtout pour trouver une once de réconfort. Au dehors, le ciel était noir, sans lune... Une nuit bien lugubre pour un spectacle ô combien horrible.

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Promis, cette fois, ça n'est pas moi ! Je n'y suis pour rien dans ta nouvelle couleur de cheveux... Mouhaha !!! Ce qu'elle est moche !
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Dim 21 Mai 2017 - 16:25

Mon impression en venant poster dans ce bain de sang ::
 

- Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences.

Au bout de la file des Nuncaboucs, le septième année porta une main à son visage pour chasser une croute au coin de son œil droit. Après un rapide coup d’œil aux autres élèves, il se rendit compte qu'il était le seul en robe de sorcier, arborant le blason de cette non-maison, la crinière en bataille et la cravate de travers. Non pas qu'il avait eut le temps de s'habiller : il dormait avec son uniforme. Cette nuit, après avoir planché son devoir de métamorphose (et celui de sortilège d'un Poufsouffle de troisième année), Wayoth avait réussit à prendre une douche tiède de deux minutes avant que la tuyauterie ne refasse des siennes et que l'eau ne redevienne glaciale. Aussi, il s'était habillé afin de ne pas perdre de temps le lendemain au réveil et s'était dirigé, comme à son habitude depuis un peu moins d'un mois, dans les toilettes des filles du deuxième étage. Là, lorsque Mimi Geignarde avait le dos tourné, il s'enfermait dans une cabine et finissait par s'assoupir, le museau reposant sur ses deux pattes avants. Lui qui avait d'ordinaire le sommeil lourd se trouvait sur le qui-vive lorsqu'il prenait sa forme animale. Pour une poste qui grinçait, des bruits de pas, un reniflement de la fantôme à grosses lunettes, les larges oreilles du coyote se dressaient et les paupières s'ouvraient pour laisser place aux iris vert de gris. Le manque de sommeil n'en était que plus mordant, mais c'était la seule solution qu'il avait trouvé pour ne pas virer barge. Dans les combles, il avait bien trop froid, ne pouvait espérer dormir -comme à son habitude- en caleçon, la présence des filles derrière le rideau miteux le gênait et, plus encore, il ne contrôlait pas ses rêves. Dans un excès de colère nocturne, le Nuncabouc s'était changé en coyote et, si personne n'avait rien remarqué (Leroy dormait paisiblement sur ses deux oreillers...), c'était cet incident qui avait décidé le jeune homme à quitter cette pseudo salle commune. Pour ce qui était des repas, ils étaient complètement aléatoires : la table moisie qu'on leur avait accordée n'accueillait que peu de chaises toutes aussi délabrées et les repas servis sans assaisonnements et, souvent, sans viandes, ne donnaient pas véritablement envie. Les cuisines ? Avec la surveillance des Carrow, des préfets, de Rusard, des professeurs, des inspecteurs, et -qui plus était- de certains tableaux et fantômes, il ne fallait pas penser y entrer comme on débarquait dans un hôtel de passe. Son dernier repas remontait à ce matin même et il avait ingurgité tellement de pain que son estomac habitué à des mets un peu plus riches était devenu douloureux. Et, en allant ce coucher un peu plus tôt, il avait sérieusement songer à manger un chat du château. Oui. Peut-être Squeamish avec son gros bidou de mâle castré. ' Lui apprendra à pisser sur son lit pendant cinq ans. 'Foiré de chat.

Wayoth ne broncha pas lorsque la Mage Noire lui donna une tape à la base de la nuque -sûrement était-elle trop petit pour atteindre son crâne- alors qu'il n'avait rien fait de particulier. Devant lui, d'autres mauves et gris se firent houspiller sans raison tandis que d'autres paires de claques se distribuait dans les rangs de la maison voisine pour un murmure un peu trop audible.

- Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard.

Encore la bibliothèque... A tous les coup, c'est un animagus chat qui a fait le coup. Elle est où, Maya ? Un sourire espiègle naquit sur les lèvres du jeune homme qui baissa pieusement la tête pour dissimuler son visage. Il ricanait de sa propre bêtise, oui. L'épuisement physique et mental qu'il subissait depuis le début de l'été n'aidait en rien. Plus le temps passait, plus sa part animal prenait de l'ampleur et l'adolescent se sentait comme rongé de l'intérieur par le charognard qui empiétait de plus en plus sur son humanité. Il se surprenait parfois à penser à la façon d'éliminer une personne jugé ennemie, avait manqué plusieurs fois de muter à la vue de tous et, pire que tout, Lysander avait dû intervenir deux jours plus tôt car le Nuncabouc s'en était pris assez violemment à Lana. Le fait que la demoiselle cherchait encore et toujours à entrer en contact avec lui le rendait fou. Maya non plus ne semblait pas saisir la menace qui planait au dessus de ceux qui aidaient les Sang de Bourbe : entre la Botanique où son amie lui avait proposé ses gants, sa descente dans les cuisines pour lui apporter des aliments plus nourrissants que ceux qu'on leur servait à leur table, puis au début du mois, son approche en cours d'Étude des Moldus...
Un frisson de colère fit frémir le garçon qui releva le regard pour le planter sur le frère et la sœur Carrow. Qu'est-ce qu'elle ne comprenait pas, bordel ? Il avait soupiré devant son géranium dentu, pincé les lèvres en voyant la collation, et enfin grogné quand elle avait pressé son épaule de la sienne. Après lui avoir jeté un regard noir, le jeune homme s'était écarté de son amie. Peut importait s'il passait pour un sala*d à son œil (mwaha! °^°), son but à lui en revenant au château était de protéger ceux qu'il aimait. Ce qui ne faisait pas beaucoup de monde, c'était vrai, mais assez pour se sentir horriblement seul maintenant qu'il les rejetait.
Seul ? Il n'était plus jamais seul. La rage lui bloquait la gorge et sa vision se brouilla un instant, tirant sur l'ocre fade de sa vision de canidé. L'animal avait beau être une part de lui, ils ne cessaient de se battre pour prendre le dessus. La cheville foulée du garçon en était une conséquence, mais malgré son corps douloureux, ses diverses plaies infectées et son évidente fatigue, le jeune homme ne pouvait se résoudre à aller faire un tour à l'infirmerie. Et pourtant... Sa respiration saccadée trahissait la douleur à son flanc. Il ne savait pas -ne comprenait pas- d'où venait la douleur, mais tout son côté gauche était comme paralysé par la douleur. Dès qu'il inspirait, il sentait des lames brûlantes pénétrer et taillader ses côtes, son épaule lui semblait si lourde qu'il n'osait trop bouger son bras, ses cervicales claquaient dès lors qu'il osait bouger tout en respirant. Tousser, rire, éternuer, c'était un calvaire. Les larmes lui étaient déjà venues aux yeux alors qu'il s'était pensé habitué à la souffrance depuis ses premières mutations. Grossière erreur. Son mal quotidien faisait certes parti de sa vie depuis une semaine, mais il n'avait pas été préparer à peiner autant.
Alors, à défaut de savoir, Wayoth avait listé des théories justifiant ses douleurs. La malnutrition. Ou peut-être une mauvaise position au coucher et quelque chose qui s'était déplacé. Après, ça pouvait bien venir les séances régulières de torture avec les Carrow. Ou encore le fait qu'il avait perdu beaucoup de poids -et notamment son peu de muscles acquis durant l'été- et que son corps lui faisait payer ce brusque changement.

- - Et bien ? Personne ?.

Bien sûr que non, personne. Ici, les gens qui se rebellaient n'assumaient pas leurs actes. Il y avait bien de grands cœurs pour prendre en pitié les mauves et gris, mais quand bien même elles cherchaient à les aider, ces personnes ne se rendaient même pas compte que leurs méfaits retombaient d'une façon ou d'une autre sur Nuncabouc. De la nourriture avait été volé ? Nuncabouc. Des draps subtilisés à la lingerie ? Nuncabouc. Untel avait été surpris avec un Né-Moldu en train de discuter ? Le Nuncabouc l'avait manipulé.
Il ne fallait pas croire que rendre service aux impurs donnait du positif, tout comme il ne fallait pas se berner en pensant qu'un petit graffitis sur un mur pousserait tous les pseudos rebelles du château à lever la main et affronter fièrement leur connerie.
On avait beau dire, toutes les maisons de Poudlard avaient son quota de lâches. Même Gryffondor et Poufsouffle. Ce soir en était la preuve puisque personne n'osait prétendre être le responsable. Un sentiment de dégoût envers le monde sorcier submergea Wayoth qui secoua doucement la tête, comme résigné à ce que leur rang soit ciblé et que des coupables soient piochés au hasard.
Le brun réprima un rôt qui le fit grimacer tandis que la main droite se portait à son flanc gauche. Insupportable. Il avait presque envie de mutiler cette partie de son tronc afin d'avoir une bonne raison d'avoir mal. Il ne savait pas encore que les minutes à venir feraient passer son calvaire quotidien pour de la gnognotte.

Mâchoire verrouillée, iris fixés sur les dalles de la salle, l'adolescent tenta de faire fit des cris, des pleures et des supplications qui se faisaient entendre. Le hurlement de Maya, à sa gauche, lui fit fermer les yeux et serrer les poings, mais il ne bougea pas d'un centimètre. Bientôt, son gémissement se perdit dans le brouhaha paniqué et, cette fois-ci, le timbre de Lana, sur sa droite, lui parvint en un murmure.

- Professeur, je... Bwaaat... n-non, s'il v-BWAAAAT Bwat bwat bwaaaaat...

Intrigué, l'ex-Serdaigle pivota le crâne pour faire face à un spectacle plutôt inédit : si Lana avait pour habitude de subir des sortilèges de métamorphose lorsque Lysander et Wayoth souhaitaient s'amuser un peu à lui faire pousser des oreilles ou un museau, la sorcière n'avait que très rarement fait part de ses talents d'imitatrice animale. Sous les yeux ébahis de Fawkes, la Poufsouffle commença à battre de ses bras plier avant de placer ses coudes vers l'avant et ses poignets sur ses reins. Le regard éteint, la jeune fille gloussait des "bwaaaat bwaaat" irrité de la poule qui vient d'être dérangée alors qu'elle voulait couver son œuf fraichement pondu. Ses cheveux bruns retombaient sur ses épaules seulement couvertes par les bretelles de son haut de pyjama et ondulaient dès lors qu'elle faisait bouger son visage, singeant la volaille avec beaucoup de talent.
Oh Lana...ça va. Ce n'est que ça. Ne fais rien d'autre, Alecto, ne fait rien d'autre... Si son amie hurlait comme Maya l'avait fait juste avant, il ne donnait pas cher de sa peau.

Peut-être qu'un Dieu existait, finalement, et que -pour une fois- ses prières avaient été entendues. Lassée de son jouet, la Carrow rompit le charme et laissa une Lana perdue dont le teint ne tarda pas à devenir coquelicot lorsqu'elle comprit ce qu'il venait de se passer. Wayoth la regarda porter ses mains à ses joues, palper les pommettes, puis croiser ses bras sur sa poitrine. Là encore, elle rougit et le garçon baissa les yeux pour constater que le froid n'avait pas que pour effet de faire dresser les poils sur les bras de la demoiselle. Il détourna le regard trop tard.

- Le spectacle te plait ? Une gifle. Carrow avait beau être petite, elle savait se servir de sa pointe de pied pour atteindre le mètre quatre-vingt dix de Wayoth. Pour le coup, le garçon ne savait pas si elle parlait de Lana la poule ou de la poitrine de son amie. Dans les deux cas, la réponse était la même : marrant oui, mais au fond ça lui faisait de la peine. Regard baissé, l'élève se demanda combien de fois il avait pu recevoir des gifles injustifiées d'un adulte. Pas beaucoup. Peut-être de son père, mais il ne s'en souvenait pas. Quand à sa mère, Diana était plus une adepte de la tape sur les fesses : elle savait à quel point ses fils trouvaient ça humiliant.Je te parle, Sang-de-Bourbe. Il n'avait pas de nom, pouvait-il se permettre de répondre ? Tout ce que vous direz sera retenu contre vous. J'suis pas sûr qu'elle kiffe si je demande à voir mon avocat. Ah, phok, un avocat. Avec de la mayonnaise. J'ai trop envie de bouffer, c'est mal- Une nouvelle gifle lui cingla la joue et le Serdaigle souffla un petit "Non, professeur" du bout des lèvres. Un sourire cruel se dessina sur le visage de la Mage Noire : Tu voudrais la remplacer ?. Oui ? Non ? Quelle était la bonne réponse ? Oui, et il prendrait la sanction qu'Alecto réservait peut-être à Lana, Non et Lana prendrait la punition, Oui et Alecto saurait alors à qui s'en prendre pour le toucher.
- Non, professeur. souffla-t-il de nouveau.
- Plus fort !
- Non, professeur. Je ne souhaite pas la remplacer. Comprends bien, Lana. Comprends-moi. Je ne la connais qu'à peine.
- Ce n'est pas ton amie ?
- Ce n'est pas mon amie. confirma clairement le Nuncabouc, droit comme un I, le regard froid. Je n'ai pas d'ami chez les sorciers. ajouta-t-il comme s'il crachait, et les sourcils épais d'Alecto se haussèrent de surprise avant qu'un nouveau rictus de satisfaction n'égaille son visage repoussant. Bonne réponse. Mais pas pour lui. Son insolence aurait au moins le mérite de détourner l'attention de la Mage Noire de la septième année qui, dans le dos d'Alecto, secouait frénétiquement la tête en fixant son ami.
Les doigts boudinés de la Mangemort pressèrent les joues rugueuses du garçon et elle le força à se baisser tout en continuant d'enfoncer ses ongles dans son épiderme. Avec un petit gémissement pitoyable, Wayoth obtempéra et se courba en cherchant à fuir le regard extasié de l'autre folle.
- Et c'est normal. Tu n'as pas d'amis ici car tu n'es qu'un déchet, une vermine, un...voleur. Un assassin. Le brun ferma les yeux, terrifié et répugné à la fois. Un Assassin ? Que vais-je faire de toi, mmh ? Tu passes tellement de temps sous ma baguette...peut-être aimerais-tu devenir ma marionnette ? Impero ? Elle allait lui lancer un Impero ? Ou goûter à mon fouet ? Il frissonna d'horreur, paupière clause. Ah non, tu connais déjà... Elle semblait vraiment déçue, pour le coup. Ah je sais ! Le jeune homme déglutit en ouvrant les yeux tandis que la Mage Noire l'avait brutalement lâché. Chancelant, il manqua de tomber. Des perles de sueur longeaient son flanc douloureux et il avait du mal à respirer convenablement. Pourtant, le masque neutre était toujours là et son visage ne trahissait pas sa terreur. Je sais, je sais, je sais ! jubila l'autre en pointant sa baguette bien trop rapidement sur lui pour qu'il songe à l'éviter. Il ferma les yeux.

Et il ne se passa rien...
Le silence régnait autour de lui et Fawkes fronça les sourcils en se demandant pourquoi le brouhaha environnant s'était évanouit aussi brusquement.

- Wawa ?

Il lui sembla que son cœur venait d'imposer. Wayoth ouvrit les yeux et fit face à son pire cauchemar.
A la mi-juillet, son mentor animagus lui avait fait affronter un Epouvantard. D'abord de l'eau, puis un Basilic, la créature avait finalement choisi de devenir un fidèle reflet du jeune homme. Sa plus grande peur, à cette époque, c'était lui. Peur de se perdre, peur de ce qu'il pouvait devenir. Mais, au cours de l'été, tout avait changé.

- Wawa, j'ai peur... Pleurnicha la petite blonde de six ans qu'Alecto tenait contre elle, baguette sur la tempe. Harmony Fawkes, ses beaux yeux vert de gris baignés de larmes, se tenait bien droite mais la moue qui tordait sa bouche ne faisait qu'appuyer ses propos.
- Une autre Sang de Bourbe dans la famille ! s'exclama Carrow, et les élèves qui entouraient les Fawkes se contentèrent de les fixer avec dégoût. Même Lana. Pourquoi ?
Comment Carrow avait-elle pu savoir ? Savoir que la petite Mony, elle aussi, était une sorcière née-moldu ? Il n'en avait parlé à personne, même pas aux parents de sa cousine. Un secret, c'était un secret. Seul lui l'avait vu se balancer très haut dans le ciel puis lâcher les cordes et s'envoler loin du portique de la balançoire. Un hurlement était resté bloqué dans sa gorge alors qu'il avait pensé que la Benjamine de la famille allait s'écraser au sol et se casser quelque chose. Il avait toujours gueulé auprès des jumeaux et d'Honey pour qu'ils ne fassent pas des trucs débiles et dangereux, mais ces trois abrutis n'en faisaient qu'à leur tête. Et puis Mony avait voulu faire de même. Et, comme pour contredire Newton, la petite fille n'était pas tombée. Au lieu de ça, elle avait marché dans les airs vêtue de sa culotte de bain orange et de son débardeur rayé, et, comme si elle avait été une princesse Disney, la gamine était revenue au sol en faisant mine de descendre des escaliers.
Ce n'était pas la première fois qu'elle "faisait de la magie de fée", comme elle disait. Parce qu'elle croyait dur comme fer qu'elle était une fée, une petite créature enchanteresse des fables, et on pas une sorcière. Les sorcières, c'était moche, méchant, et ça faisait du mal aux enfants. Wayoth n'avait pas su lui donner tord. Alors, il lui avait montré qu'il était magicien, mais elle ne devait pas le dire, même pas à son Papa et sa Maman. Un secret, c'était un secret.

- Que vais-je bien pouvoir lui faire... ?
Il allait la tuer. Si cette c*nasse osait faire le moindre mal à sa cousine, il la buterait. Il la boufferait, même, s'il le fallait. La Haine bouillonnait dans ses veines et, mâchoire serrée, le garçon abaissa le regard pour plonger dans les iris similaire aux siennes. Elle était très courageuse. Et lui, il était très fier d'elle.
- En fait, j'ai pas trop trop peur. Elle bomba son petit torse, les poings serrés et le nez relevé, comme pour défier la Mangemort et rassurer son cousin. Mon papa, il va te casser la gueule. Et l'adolescent se mordit les lèvres pour réprimer un rire nerveux. Alecto jeta alors la petite face contre terre et lui donna un coup de pied dans le ventre. Comme stupéfixié, le garçon était incapable de bouger et ne pouvait que se contenter d'assister au spectacle en écoutant les cris désespérés de l'enfant qui l'appelait à l'aide. Autour d'eux, le brouhaha reprenait. Des rires. Impuissant, Wayoth se sentit perdre pied...et puis un visage attira son attention. Sa mère. Dans la foule. Elle aussi criait au monstre.
Ce n'était pas Logique. Il ferma les yeux en voyant l'image s'estomper et en entendant les rires redevenir les gémissement plaintifs qu'il avait quitté un peu plus tôt.
Ce...
N'était Pas...
LOGIQUE !

- AAAAAAAAAAAAAAAH !!!!
Le beuglement avait été accompagné d'un mouvement des bras du garçon, un geste vers l'avant qui s'était mué en une vague de chaleur trop faible pour faire le moindre mal à la Mage Noire, mais assez puissante pour la surprendre alors qu'elle abaissait sa baguette pour mettre fin au supplice. Ce n'était pas Logique, c'était Faux. Sa mère, tout comme Mony, n'était pas au château. C'était Faux.
Le contact du sol contre ses mains le tira de ses pensées et, s'il n'avait aucune idée de la façon dont il était arrivé dans cette position, il releva fièrement le menton pour affronter le regard d'Alecto. Sa Magie, elle était bien là. Et pas besoin de baguette pour le prouver. Il avait certes l'impression de redevenir l'enfant qui ne contrôlait pas le moins du monde ses pouvoirs et faisait exploser la vaisselle à la moindre contrariété, mais au moins, il avait pu se défendre. A peine ses iris clairs se posèrent sur celles de la Carrow qu'il regretta ce qu'il avait fait.

- Endoloris !

Sa peau flambait, son crâne fondait, ses membres étaient tiraillés dans tous les sens. Et son flanc explosa soudainement, lui arrachant au passage un hurlement de douleur qu'il ne perçut même pas.
Carrow avait raison. Il n'était rien, il était faible. Une vermine.


SANCTIONS a écrit:
1/ Manipulation de l'esprit (Réussite) : Sa cousine de six ans apparaît dans la Grande Salle. C'est également une sorcière née-moldue (découvert cet été) et Wayoth se rend compte de la fausseté de la scène quand il voit sa mère dans la foule.
Alecto abaisse sa baguette mais la colère de Wayoth se convertie en vague de chaleur lorsqu'il est "libéré" du maléfice.
2/ Doloris (Échec) : Wayoth perd connaissance.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mar 23 Mai 2017 - 15:39

« debout ! »
la porte du dortoir s'était ouverte avec fracas, suivie presque immédiatement de cette voix qui vociférait dans la pièce. « Tout le monde dans la grande salle dans cinq minutes ! » Edward ouvrit difficilement un œil qu'il posa sur son réveil. Il n'était même pas quatre heure du matin, qu'est-ce que c'était que ce délire. Alors qu'il tentait de refermer l’œil, il senti une serre froide lui agripper le bras et le tirer énergiquement hors de ses couvertures. Tu parles d'un réveil. Autour de lui, tout le dortoir était en proie a l'agitation. Des plaintes commençaient a s'élever a mesure qu'Alecto Carrow tirait ses camarades de leurs lits. « Allez, on se dépêche ! » Edward esquissa un geste vers sa malle, en vue de s'habiller, mais Alecto pointa sa baguette sur lui « pas le temps pour ça, tu t'habillera plus tard ! ». C'est donc en tenue de nuit que l'intégralité de la maison Poufsouffle rejoignit les autres maisons dans la grande salle.

Toutes les tables avaient été repoussées sur les cotés. Les quelques chandelles allumées donnaient a l'immense pièce un air lugubre. Le plafond magique affichait une nuit sombre, sans lune, des nuages noirs masquant les étoiles. Des rumeurs sur les raisons de cette réunion commencèrent a s'élever parmis les élèves. Certains parlaient d'une infiltration du château par les résistants, d'autres disaient même que Harry Potter était revenu dans l'école. Si seulement c'était vrai. Edward nota qu'aucun de leurs professeurs n'était présent, hormis les Carrow. Tout cela présageait du pire pour la suite. Tout les chuchotements se turent lorsque Amycus prit la parole. « Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences. Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard. J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir. »

Edward jeta un coup d’œil autour de lui, voir si quelqu'un se dénoncerait, mais personne. Tout le château était devenu muet. Devant ce silence, le duo Carrow se décida a passer à l'acte, non sans un sourire machiavélique qui fit frissonner Edward. Craignant ce qui allait suivre, il baissa la tête et se concentra sur le carrelage au sol, espérant passer inaperçu. Mais les mages noirs avaient pris soin de placer les premières années en première ligne, certainement pour qu'ils ne ratent rien du spectacle qu'ils allaient offrir. Alecto se mit a passer dans les rang, a la recherche de victimes. Elle passa une première fois devant Edward sans s'arrêter, mais revint sur ses pas et se posta dans son dos. « toi ! Tu semble avoir quelque chose a te reprocher ! On va tout de suite voir si c'est le cas ! » Elle agrippa le jeune Poufsouffle par les cheveux, et le jeta avec force par terre au milieu de la salle. La peur de ce qui allait suivre envahissait le garçon. Le bracelet d'Alecto s'était allongé pour former un fouet, qui vint s’abattre sur le dos d’Edward, lui arrachant un hurlement de douleur. La morsure du coup lui brûlait la peau. Mais sa tortionnaire ne s’arrêta pas là, et enchaînait les coups, de toute la force qu'il lui était possible de donner. La douleur insoutenable lui brouillait la vue. Chaque coup de fouet le rapprochait du point de rupture, ou il se sentirait partir. Il en venait a envier ce moment, ou tout s'arrêterait, ou il ne sentirait plus rien. La paix et la tranquillité. Après un moment, Alecto sembla se lasser de son petit jeu, et décida de passer a une autre victime, laissant Edward sur le carrelage froid de la grande salle.

Le petit profita de ce moment pour tenter de reprendre ses esprits et sa respiration. Son dos en feu le paralysait sur le sol, incapable de bouger. Il entendait au loin les cris des élèves qui, comme lui, étaient passés sous la main d'un des Carrow. Il crut reconnaître la voix d’Amanda dans le lot, et l'idée qu'elle subisse le même sort que lui lui était insupportable. Il réunit les quelques forces qu'il lui restait, et parvint a se hisser sur ses avants bras. C'est à ce moment précis qu'Amycus Carrow passait par là. « Ta punition ne t'as pas suffit, tu en veux encore ? » Il pointa sa baguette sur le jeune Poufsouffle et d'un informulé, fit lâcher ses bras en les tailladant de cicatrices, arrachant un nouveau cri de douleur au jeune homme qui retomba lourdement sur le sol. « apprend a rester a ta place, morveux ! » avait-il ajouté, avant de se diriger vers un autre élève. Cloué au sol par la douleur, la souffrance psychologique s'ajoutait a la souffrance physique. Ses bras lui faisaient mal, son dos lui faisait mal, et entendre ces cris, tout autour de lui, lui faisait mal. Cette accumulation le firent craquer, et il fondit en larme, sans pouvoir se contrôler d'avantage. Vivement que tout ça soit terminé.


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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mer 7 Juin 2017 - 15:19



L'INFIRMERIE
Le 18 octobre au matin.


« Il faudra du temps, Monsieur Campbell, beaucoup de temps. Le front dégoulinant de sueurs, Madame Pomfresh s’arrêta quelques instants devant le Serdaigle, et glissa une petite fiole dans sa cape de sorcier. C’est un filtre calmant, murmura-t-elle du bout des lèvres. Pour la nuit, ça ne lui fera pas de mal. »

L’infirmière lui adressa un fin sourire du bout des lèvres, et s’empressa de courir à l’autre bout de la pièce. Désemparé, l’adolescent plongea sa main dans la poche et tripota de longues secondes l’ampoule du bout des doigts. Il se retourna, et balaya la salle à la recherche de la dame à la coiffe blanche. Profondément inquiet, il avait besoin de la faire répéter chacune des instructions à suivre, une par une. Néanmoins, il s’aperçut rapidement qu’elle ne lui accorderait pas une seule seconde de plus. Madame Pomfresh demeurait la seule soignante du Château, et elle avait à sa charge une bonne partie des élèves de Poudlard, tous plus mal en point les uns que les autres.

La salle de soins avait été complètement réaménagée suite à la sombre nuit du dix-sept octobre. De nombreux lits avaient été rajoutés sur le tas, si bien qu’il n’y avait pas assez de rideaux pour préserver l’intimité de chacun des élèves. Aussi, un tri avait été réalisé dans la précipitation, divisant les blessés selon la nature de leurs sévices : profondes entailles, cécité, torpeur psychologique. Dans la rangée de la petite Ziegler, tous les élèves portaient d’étranges pansements au niveau des yeux, et agitaient les bras en chialant comme des nourrissons. Le bruit de fond était assourdissant, et Elliot se demandait bien comment sa petite Amanda avait supporté ces deux derniers jours.

La concernée se tenait assise sur le rebord de son lit. Ce matin-même, Madame Pomfresh lui avait donné la permission de quitter l’infirmerie et de rejoindre la Salle Commune des érudits. Elle avait lourdement insisté pour que la fillette soit raccompagnée, et cette dernière avait fini par demander à son ami de longue date de venir la chercher au début de l’après-midi. Le visage creusé, elle semblait avoir perdu quelques kilos, soit une proportion non négligeable de son poids initial. Ses maigres jambes peinaient à supporter le reste de son corps, de telle sorte que la jeune sorcière ne s’était toujours pas levée depuis son arrivée à l’infirmerie. Elle posa ses deux mains sur le matelas, puis rapprocha doucement son bassin du bord du lit. À peine ses pieds avaient-ils touchés le sol qu’une une vive douleur réapparut dans l’ensemble de sa petite tête blonde. Elliot s’empressa de la rejoindre et lui apporta toute l’aide nécessaire pour qu’elle puisse se lever, et faire quelques pas.

« Tu n’es pas obligée, Amanda, murmura l’élève de cinquième année. Regarde-toi, tu n’arrives même pas à te tenir debout.

La fillette soupira, agacée. Elle passa une main dans ses longs cheveux, et réalisa avec dégoût qu’ils étaient aussi gras que ceux de son Directeur. Sa migraine lui donnait la nausée, et elle ne rêvait que d’une seule chose : une bonne douche. Pour rien au monde, elle ne retournerait à l’infirmerie.

- J’ai perdu un œil, pas mes jambes. » répliqua sèchement la fillette.

Elliot blêmit, et il ne put s’empêcher de grimacer à la vue de l’imposant pansement qui recouvrait l’œil gauche d’Amanda. Il baissa la tête, et ils continuèrent d’avancer, doucement et sans un mot. Lors de son réveil, au lendemain de la punition collective, la fillette avait constaté avec effroi qu’un trou noir persistait au beau milieu de son champ de vision, et elle avait immédiatement compris qu’il ne disparaîtrait jamais. L’adolescent avait longuement écouté Madame Pomfresh, et cette dernière ne s’était pas montrée très optimiste. La rétine de la Serdaigle avait été sévèrement brûlée, et les plus puissants des remèdes magiques ne pourraient pas la guérir. La fillette s’était effondrée, pleurant toutes les larmes de son corps. Enchaînant les crises d’angoisse, et hurlant une bonne partie de la nuit, l’infirmière lui avait donné de force un filtre calmant, et cela se répéta la nuit suivante. Plus difficile encore, Amanda devrait porter un pansement durant le restant de l’année, afin de ne pas aggraver son état ou risquer une infection. Cette perspective l’enfonçait encore un peu plus, mais elle n’avait pas le choix.


LA GRANDE SALLE
Dans la nuit du 17 octobre 1997.


« Non, lâche-moi, Elliot, bredouilla la petite sorcière aux cheveux blonds. Je ne veux pas y aller, je n’ai rien fait du tout, continua-t-elle, la voix haletante.

Amanda Ziegler se figea au beau milieu du couloir, et l’adolescent qui se tenait juste derrière se heurta violemment à elle. Plusieurs élèves s’empressèrent de les contourner en râlant, ils se moquaient bien des angoisses d’une gamine de onze ans, ils avaient déjà les leurs à gérer. Raide comme un bâton, la fillette refusait de faire un pas de plus vers la Grande Salle.

- Allez, tout va bien, rassura le jeune homme, sans grande conviction. Donne-moi la main, je vais rester avec toi, d’accord ? » Amanda acquiesça et saisit la main tendue de son ami. Elle la serra de toutes ses forces, et reprit son chemin.

Amanda frissonna, la pierre glacée du Hall ainsi que les courants d’air n'arrangeaient rien à l'ambiance glacée qui régnait. Gênée, elle tira son short de pyjama vers le bras et croisa les bras autour de sa poitrine. Elle n’avait pas eu le temps d’enfiler une paire de chaussettes, ni même un de ses nombreux gilets en laine. Elle se sentait ridicule en petite tenue légère, et elle était pétrifiée par la fraîcheur nocturne du mois d’octobre. Tous les élèves étaient déjà présents, Amanda et Elliot faisaient partie des derniers à pénétrer dans la Grande Salle. Les portes se refermèrent derrière eux, et Amanda tressaillit. Heureusement, elle aperçut son amoureux, tout près d’elle. Sans un mot, elle arracha la main d’Elliot et se précipita vers le Poufsouffle, malgré les appels de l’attrapeur de Serdaigle qui l’imploraient de faire machine arrière. Mais la fillette n’en avait que faire, elle venait de trouver la seule personne qu’elle voulait réellement à ses côtés. Elle courra vers lui, se hissant entre les différentes silhouettes des élèves présents.

- Edward ! S’écria Amanda. Elle lui rentra dedans, manquant de lui briser le dos, et enchaîna : Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi on est… Le Poufsouffle la coupa aussitôt, il plaqua sa petite main sur la bouche de la Serdaigle et il lui fit les gros yeux. Son regard était sombre, et sa mine déconfite. Amanda se demandait bien ce qu’il s’était dit en son absence, mais elle déduisait qu’il s’agissait de quelque chose de grave. Celle-ci saisit le bras du garçon, déposant sa tête sur son épaule, et se frotta les yeux tout en en baillant :

« Tu es fatiguée, morveuse ? Rugit la femme Carrow en attrapant la fillette par le bras, l’arrachant à celui du Poufsouffle par la même occasion. Amanda sursauta, et reconnut avec détresse la voix d’Alecto Carrow, la personne qui lui faisait le plus peur au Monde. Cette dernière la secoua comme un prunier avec de reprendre, toujours aussi aimable : Tu t’ennuies peut-être ? Tu veux retourner te coucher dans ton lit ? Amanda agita la tête de gauche à droite en signe de réponse négative, incapable d’émettre le moindre son de sa bouche : Non ? Je vais t’aider à rester éveillée, moi !

L’horrible femme sortit sa baguette magique et la brandit sur la fillette. Cette dernière laissa échapper un petit cri de stupeur, et détourna la tête vers son camarade de Poufsouffle. Elle lui lança un regard suppliant, mais lors qu’elle le croisa, elle n’y trouva pas le réconfort escompté, loin de là. Ce dernier était complètement désemparé, la bouche entre-ouverte et les yeux grands écarquillés. Alecto Carrow attrapa l’enfant par les cheveux et inclina sa petite tête blonde vers l’arrière. Brutalement, elle déposa sa grosse main sur son visage et tira de force sa pupille intérieure. Aussitôt, Amanda se mit à hurler et à appeler à l’aide. Elle imaginait déjà le pire, et si elle lui crevait l’œil ? Ou qu’elle en faisait sortir des limaces ?

- LUMOS ! lança la sorcière aux cheveux orange. Un jet de lumière pénétra l’œil gauche de la fillette, qui, malgré tous ses efforts, ne parvint pas à le fermer.

- Mais, qu’est-ce… S’exclama Alecto. Elle est dégueulasse, cette gamine ! Beugla-t-elle de toutes ses forces. La dame aux cheveux de couleur orange s’empressa de lâcher la petite sorcière qui s’effondra au sol, apparemment inconsciente. Amycus ! hurla-t-elle. Tu ne devineras jamais ! Une petite idiote vient de se pisser dessus ! Les deux frères et sœurs éclatèrent de rire, et Alecto reprit : Je n’ai pas eu le temps de lui faire le deuxième œil, dommage… ajouta-t-elle en grimaçant. Bon, à qui le tour ?!

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Sam 10 Juin 2017 - 10:36


Une nuit agitée, une de plus depuis le début de l'année. L'ambiance malsaine qui régnait dans le château depuis la prise aux pouvoirs du Seigneur des Ténèbres n'épargnaient personne et sang-pur ou non, les élèves de toutes les maisons étaient touchés. Les Serpentards l'étaient, même si de nombreux élèves préféraient encore se voiler la face - principalement des autres maisons, même si quelques serpents se pensaient encore invulnérables - et penser qu'ils étaient intouchables. Une pure et simple idiotie, comme le prouvait l'éveil d'une de ses camarades de dortoir, Hook. Les marmonnements intempestifs de l'aînée ne devaient pas réellement la gêner. Peut-être n'y prêtait-elle tout bonnement pas attention, mais ils n'en restaient pas moins réels, brisant le silence de la pièce par intermittence. La belle et discrète demoiselle, pouvant parfois paraître comme parfaite, se trouvait bien loin de l'image qu'elle laissait voir en dehors des rideaux de son lit à baldaquin.

Présentement, elle ne ressemblait qu'à un amas informe de couettes laissant dépasser une main aussi pale que fine, ainsi qu'une brune et grande auréole. Des couettes aussi vertes que son teint l'était, mais cela ne pouvait être deviné, son visage restait caché dans les couvertures, invisible. Le rêve - que dis-je ? Cauchemar - d'Alizée était violent et ce fut en sueur qu'elle s'éveilla. Elle essaya de se redresser à la seconde même où la porte de la pièce s'ouvrait. Elle ne le remarqua même pas : l'image d'Alexandre restait gravé devant ses yeux, le sang maculant sa chemise habituellement blanche, le regard vitreux et le visage tordu en une expression de douleur. C'était cette image, précisément, qui l'avait réveillé, malgré le cauchemar violent qu'elle avait fait, son subconscient se rappelant très bien des années où elle et Alexandre s'évertuaient à se faire une guerre violente, où bassesse été le mot d'ordre. Du passé, les deux adolescents étaient parvenus à passer outre, pour finalement comprendre d'où venait cette animosité qui les avaient animés toutes ses années.

- On doit aller dans la grande salle, debout aller, crut entendre Alizée, clignant des yeux à de nombreuses reprises, avant d'essayer d'enlever la couette qui l'enroulée complètement.
- On n'a pas le temps Hook.

Shafiq entendit Rosenbach et Hook quitter la pièce, puis les pas de la préfète se firent entendre. Elle s'approcha rapidement du lit où se trouvait Alizée, ouvrant les rideaux sans aucune forme de pitié. La demoiselle cligna à nouveau des yeux, parvenant à extirper par elle ne savait quel moyen une main de sa prison, pour venir se les frotter. La lumière agressait sa rétine et la jeune femme ne parvenait pas à comprendre ce qu'il se passait, continuant de regarder la septième année comme s'il s'agissait de Salazar Serpentard lui-même.

- Tu comptes attendre longtemps ainsi, Shafiq ? Nous devons tous aller dans la grande salle, maintenant et ne pense même pas à t'habiller.

Nouveau clignement des yeux, sans aucune réponse ni geste de la demoiselle prévenant qu'elle avait compris ne serait-ce qu'un mot de la phrase de sa camarade. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais Alizée restait encore endormi et la préfète le comprit bien vite. Elle tira sur les couvertures, qui se déroulèrent en expulsant leur fardeau directement sur le sol. Alizée ne retint pas son grognement de mécontentement, se relevant aussi rapidement que son esprit encore ensommeillé le lui permettait. Dès que ce fut fait, après de longues secondes, la préfète attrapa le bras de sa camarade et la tira à l'extérieur des dortoirs, ne lui permettant ni de récupérer sa baguette, qui se trouvait pourtant sous son oreiller, ni de prendre une veste pour se couvrir un minimum. Ce ne fut qu'arrivé dans la salle commune où de nombreuses personnes attendaient déjà que les brumes du sommeil commencèrent à disparaître et elle put enfin remarquer dans quelle tenue elle se trouvait. Ses joues la brûlèrent quand elle le remarqua, la jeune femme portant une chemise de nuit en dentelle noire, s'arrêtant à mi-hauteur de cuisse. Les fines bretelles sur ses épaules n'étaient qu'un détail, comparait à son ventre laissait visible par la transparence du vêtement ou encore du décolleté permettant aux mâles en chaleur de se rincer l’œil sans aucune retenue. Elle rougit, plus encore quand elle remarqua que certains garçons ne se gênaient pas pour l'observer. L'image d'Alexandre, l'image de son cauchemar disparu pour ce nouveau. Un nouveau cauchemar. Dormait-elle encore ? Un geste rassurant d'un de ses camarades lui fit rapidement comprendre que ce n'était pas le cas et qu'ils avaient vu.

- Merci, marmonna-t-elle dans un souffle, quand il lui passa une veste sur les épaules, dans laquelle elle essaya au mieux de se cacher, allant jusqu'à la refermer sur une partie de son visage.

Aucune réponse ne vint, mais l'odeur de la veste ne pouvait la tromper et un léger sourire apparut dans les plis du tissu confortable. Si ses jambes restaient visibles, le reste de son corps, en dehors de sa crinière emmêlée, ne l'était plus. Un mouvement de foule commença juste après et la demoiselle, maintenant complètement réveillée, ne s’intéressa pas réellement au pourquoi, préférant de loin chercher certains camarades du regard. Théodore arriva rapidement dans son champ de vision, la recherchant et dans un geste se voulant rassurant, il lui prit la main quelques secondes, le temps seulement d'une pression.

- Tu as vu Blaise et Drago ? demanda-t-elle en guise de salut, ne les remarquant nullement dans le cohorte.
- Blaise rassure Daphnée, pour ce qui est de Drago, je ne l'ai pas vu de la soirée.
- D'accord. Tu sais pourquoi ils nous convoquent ?
- Non, répondit le septième année, les sourcils froncés. Tout ce que je peux dire, c'est que je n'aime pas ça.

Alizée acquiesça sans répondre. Le froid des cachots commençait à la faire grelotter, sans compter ses pieds restaient nus à cause de la préfète un peu trop pressée. Préfète qu'elle ne voyait plus, celle-ci se trouvant à l'avant quand elle et son ami se trouvaient à l'arrière. Rapidement, beaucoup trop rapidement au goût des deux sang-pur, les Serpentards arrivèrent jusqu'au hall d'entrée où ils purent tous remarquer qu'ils n'étaient pas les seuls conviés à la future fête. Théodore retint un soupir quand il entendit les Gryffondor arriver aussi bruyamment. Alizée lui lança un regard amusé, même si elle comprit rapidement quand ils entrèrent dans la grande salle que le moment était bien mal choisi pour plaisanter, remarquant à peine que son ami n'était vêtu que d'un pantalon. Les quatre maisons maintenant rassemblées, ils furent tous invités à pénétrer dans la Grande Salle, les préfets se chargeant de rapidement mettre de l'ordre dans les rangs. Les années furent classées ensembles, les maisons également et les préfets se placèrent à l'avant, face aux deux Carrow se trouvant sur l'estrade. Ils surplombaient la pièce et avant même que la femme prît la parole, Alizée comprit que quelque chose n'allait pas. Il planait dans la salle un silence surréaliste, créé par le cri de la mangemort qui descendit de son perchoir pour venir vérifier que personne n'osait remettre en cause son autorité.

- Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre-feu en faisant fi des conséquences.

Je crains le pire, pensa Shafiq quand le frère commença son monologue. Le monstre tapi dans les ombres décidait-il enfin de montrer son vrai visage ?

- Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard. J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.

Alizée essaya de déglutir, mais elle faillit bien s'étouffer. Dans un geste discret, l'un - ou était-ce l'une ? - de ses camarades tapota son dos doucement, évitant ainsi que les Mangemorts se tournassent vers eux. Relevant la tête légèrement pour s'intéresser complètement à ce qu'il se passait dans la salle, son regard se tourna naturellement vers les Gryffondors. Rien. À quoi s'attendait-elle ? Il n'y avait aucune main levée, aucune personne énonçant fièrement qu'il était le fautif et qu'il en prenait l'entière responsabilité, comme toute personne consciente des dangers de ses actes l'aurait fait. Rien. Toujours rien. Elle serra les dents. Ils étaient forts pour faire des conneries, moins quand il fallait avouer qu'ils étaient les fautifs. Elle s'imaginait de bons et grands gaillards s'amusant à écrire, elle ne savait quelle idiotie en riant qu'ils ne se feraient jamais prendre, parce qu'après tout, ils étaient intelligents. Pragmatique, la demoiselle comprit rapidement la suite des événements, maintenant que personne n'osait parler, que le coupable préférait comme tout le monde baisser la tête et trembler face au démon, plutôt que l'affronter alors qu'il l'avait lui-même provoqué. Elle essaya de tourner la tête vers l'arrière pour savoir où se trouvait Théo, mais elle ne parvint pas à définir sa position, aussi préféra-t-elle évaluer la distance qui la séparait des portes. Closes. Peut-être qu'au final, elle aurait préféré ne pas être pragmatique, pour une fois, car tout ce qu'elle comprenait de son analyse rapide, c'est qu'elle était en danger, pour ne pas dire qu'elle était simplement et purement foutue d'avance.

- Et bien ? Personne ?

Un silence morne s'installa sur toute l'assemblée. Le silence qui annonçait réellement le début de la fin. Le silence qui annonçait par sa seule existence le début de la tempête qui approchait. Approchait ? Non, elle était déjà sur eux. Elle n'entendit pas l'échange final des deux mangemorts, essayant de rationaliser, se disant qu'elle était une Serpentard, qu'elle était une Sang-pure, qu'elle ne craignait pas leur présence ou leurs menaces, quand une petite voix dans sa tête s'amusait à détruire tous ses arguments, un à un. Elle était un sang-pure ? Peut-être, mais ça restait être du sang. Un sang qu'il était facile de faire gicler sur les murs et les sols. Elle était une Serpentard ? Elle savait très bien depuis le début de l'année que cela n'allait pas la sauver, il suffisait de poser les yeux sur Drago pour s'en rendre compte, le jeune homme n'étant que l'ombre de lui-même. Elle n'avait pas à craindre ? Si, bien sûr que si ! Sa baguette se trouvait loin d'elle et la co-présidente du club de duel n'avait aucune arme pour se défendre. Rien. Elle essayait de rationaliser, mais son esprit lui rappelait sans discontinuer qu'elle devait avoir peur et qu'elle avait raison de craindre ce qui allait se produire. Il y a eu un premier cri, les deux mangemorts s'étant maintenant approché des élèves de manière à pouvoir les viser au hasard et sévir. Un second cri accompagna rapidement le premier et il y eut un moment de flottement, puis la panique s'installa dans la pièce, imprégnant toutes les personnes présentes, en dehors des deux adultes, de son poison. Certains élèves bougèrent, essayant de retrouver un proche, de fuir la fureur des deux tyrans, mais rien n'y faisait. Les cris continuaient, créant une mélodie aussi effrayante qu'elle était discordante. Alizée suivit les foules, essayant au mieux de se cacher, de se faire oublier. Si pour une fois, cette manie qu'elle avait du paraître pouvait lui être utile, s'était cette nuit. Elle tomba nez à nez avec Théodore qui la prit par le bras pour l'attirer vers un mur, où se trouvaient déjà quelques autres personnes d'un sang noble, mais ils ne parvinrent pas à l'atteindre.

- Où crois-tu aller, Nott ?

La voix du professeur de magie noire figea les deux élèves sur place. Nouveau moment surréaliste, Théodore lâcha le bras de la sixième année pour se tourner lentement vers l'homme, prenant la parole d'une voix prudente.

- Nous rejoignons nos camarades, Professeur, commença-t-il, nous sommes des sang...
- Des sang-pur, je sais, grogna l'homme. Mais je vais t'apprendre une leçon, Nott. Ton sang ne te sauvera pas. Ce sont tes actions qui le feront.

Le jeune homme déglutit difficilement, faisant un pas sur le côté pour se placer devant Alizée. Une erreur qu'il commit sans même s'en rendre compte. Un sourire joueur, sadique, prit place sur les lèvres de leur bourreau, qui se fit une joie de pointer sa baguette vers eux.

- Tu veux vivre, Nott ? Tu veux que ton paternel soit fier de toi ? Tu veux prouver ta valeur ?

Silence.

- Réponds ! cria Carrow.
- O-oui, répondit Théodore.
- Alors, écarte-toi et regarde jusqu'au bout, seulement tu vivras, seulement ton père pourra te regarder avec un minimum de fierté, regarde jusqu'au bout, admire, apprends !

Figée sur place, Shafiq observa comme dans un mauvais rêve son meilleur ami se décaler pour laisser la place au professeur. Avec une infinie tendresse, celui-ci vint de sa baguette caresser ses cheveux. Elle ne broncha pas, les yeux fixés dans ceux du mangemort. La peur, c'était bien la première fois qu'elle en comprenait véritablement le sens. Elle avait eu peur au début de l'année. Elle avait eu peur même durant sa première année, avant sa répartition. Elle avait eu peur de décevoir sa famille. Elle avait eu peur de nombreuses choses, dans sa vie. De la peur ? Non. C'était de la terreur qui pouvait se lire dans ses yeux changeants.

- Que vais-je bien pouvoir faire de toi ? Tu en conviendras, je ne peux décemment pas abîmer un corps qui servira à poursuivre une lignée pure. Non. Jouons plutôt de ton esprit. Prouve-moi, Shafiq, que j'ai tort. Prouve-moi que tu mérites ton rang et ton sang. Prouve-moi que je n'ai pas à t'attaquer. RÉSISTE ! finit-il dans un cri, avant de se reculer d'un pas et de braquer le bois au beau milieu de son visage qui se tordit d'appréhension. IMPERO !

Alizée se détendit d'un seul coup. Résister ? À quoi bon ? Tous ses soucis venaient de s'envoler et elle se sentait si bien... Tu es une poule. Une poule qui pondra des œufs. Qui pond des œufs. Oui, cette voix devait forcément avoir raison. Elle était l'animal qui pondrait sans discontinuer. Avec une nonchalance qui n'était absolument pas naturelle, Alizée plaça ses bras telles deux ailes d'une poule trop grande. La veste qu'elle avait portée toute la soirée tomba sur le sol, dévoilant ainsi à nouveau son corps en grande partie. Elle plaça également sa tête vers l'avant et s'accroupit sur place, avant de forcer comme si elle essayait de pondre. Une ponte qui n'arriva jamais, mais qu'un jeune adulte n'allait pas oublier de si tôt. Ni les cris de sa camarade, qui tentait de reproduire l'animal en lequel elle s'était mentalement transformée, sans pour autant y arriver. La vie de poule, c'était si bien, si tranquille. Elle n'avait d'autres soucis à se faire que de pondre et manger, mais elle savait que pour mériter sa nourriture, il fallait contenter la voix douce dans sa tête. Elle devait y arriver, mais l’œuf ne venait pas. Aurait-elle le droit de becqueter quelque vers, même si elle n'arrivait pas à enfanter ? Certainement. Après tout, peut-être que c'était ce qui lui fallait pour pondre. La voix n'ordonnait pas de pondre sans jamais s'arrêter. C'était impossible, de toute façon, même un Gryffondor l'aurait compris. Un Gryffondor ? Qu'est-ce qu'un Gryffondor ? Mhh... Aucune importance. Relevant les yeux vers Théodore, figé sur place et blême comme la mort, ainsi que sur son berger qui riait, elle pencha la tête sur le côté, comme pouvait réellement le faire une poule. Pourquoi son berger riait ? Il devrait être en colère, elle ne pondait pas, pas être amusé. Méfiante, la nouvelle poule voulut s'approcher de lui pour tenter de comprendre se qu'il se passer, mes ses pattes étaient définitivement trop grande et elle tomba en avant. Des années d'entraînements permettaient de gagner certains réflexes : la jeune femme plaça ses mains devant elle instinctivement pour se rattraper, permettant ainsi à ses yeux les voir. De fil en aiguille... Même détendu et se pensant poule, elle comprit que quelque chose n'allait définitivement pas. Elle n'avait pas de plumes. Ses ailes n'étaient que trop étranges pour être réelles. Ses pattes ne lui permettaient aucunement les mouvements pratiques à une vie de volaille. Tous ses détails lui permirent d'éveiller sa conscience qui, face à la voix douce lui murmurant sans cesse qu'elle était une poule, prit celle de sa mère. Que faut-il pour apprendre, se défendre, attaquer, tirer à l'arc, manipuler Alizée ? De la rigueur, une grande volonté. Alors fais-en preuve et prouve ta valeur face au monde ! De la rigueur... De la volonté. Rigueur et volonté. Rigueur et volonté. Alizée stoppa tous mouvements de son corps, qui se mit alors à trembler. Tu es une poule. Rien d'autre q - Non ! Non. Vous mentez ! Tu es une poule. JE SUIS UNE SHAFIQ ! Son corps s'arrêta de trembler et elle sentit l'emprise se briser. Ses bras ne la retinrent pas plus et la vipère se laissa tomber au sol, s'enroulant sur lui-même. Elle était telle qu'un serpent blessé, près à attaquer quiconque oserait la toucher après la souillure qu'il lui avait fait subir. Une ignominie.

- J'espère que tu as apprécié la vue et que tu as compris la leçon, Nott. Quant à toi, Shafiq, tu as de la chance de m'avoir prouvé que tu savais finalement résister. J'aurai adoré continuer, le spectacle était... épatant.

Aucune réponse ne vint, ni de l'un, ni de l'autre. D'une certaine manière, les deux Serpentards venaient de subir une humiliation cuisante. Le garçon bougea le premier, quand il comprit que le professeur était assez éloigné. Il récupéra la veste qu'Alexandre avait posée sur les épaules de la sixième année et la lui remit avec des gestes d'une douceur que peu lui connaissaient. Il l'aida à se relever, malgré les faibles protestations de la sang-pure qui, en pleure, n'osait plus ouvrir les yeux. Il l'amena vers l'un des murs, esquivant habilement quelques élèves paniqués, avant de l'asseoir près d'un mur qu'elle pût prendre comme dossier improvisé.

- Je suis désolé, marmonna le Serpentard, à côté d'elle, qui n'osait la regarder. Il observait ses pieds, comme perdu dans un monde que lui seul pouvait voir.
- J'espère que tu as apprécié la vue, Théo, grinça Alizée, avec autant de hargne que le peu de force qui lui restait lui permettait. Elle non plus, elle ne regardait plus le monde en face.
- Je ne pouvais rien faire...
- Et tu n'as rien fait.

Théodore passa une main sur son visage.
Sur celui d'Alizée, ce n'était pas une main, ni même deux. C'était une mer salée qui ruisselait sur ses joues. Elle pleurait.

Elle pleura toute la nuit, même quand on la ramena dans son dortoir. Elle pleura toute la journée du lendemain, sans aller en cours. Elle pleura jusqu'à que plus aucune larme ne coulât sur ses joues et, enfin seulement, elle se promit que plus jamais ça n'arrivait. Que plus jamais, elle serait faible. Que plus jamais, une larme souillerait ses joues. Elle pleura jusqu'à ce qu'elle parvînt à pardonner la lâcheté de son meilleur ami. Une lâcheté qu'elle comprenait que trop bien, au final. Aurait-elle agi différemment à sa place ? Non. Mieux vaut admirer le spectacle qu'avoir un geste inconscient et inutile qui met en péril.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mer 28 Juin 2017 - 18:20

Samedi 18 Octobre au matin , Infirmerie.

Les infirmes emplissaient la salle de soin d’une présence expansive, nécessitant l’ajout de lits de fortune, placés au sol. Mrs Pomfresh n’appréciait guère cette forme de hiérarchisation, où la précarité du sommeil dépendait de la nature des sévices de ses patients. Ainsi, les névrosés trouvèrent repos sur une série de derniers matelas, jonchant un sol carrelé dont l’isolation thermique magique restait défavorable à leurs courtes tenues. Bien que l’infirmière ne doutait pas de ses capacités à préserver la pièce d’une température convenable, les Carrows, quant à eux, semblaient avoir passé sous silence l’ardeur du climat relatif à l’hiver qui s’annonçait, lorsqu’ils eurent sorti les élèves de leurs songes la nuit passée. Irresponsables ils étaient, mais la magie noire ils maîtrisaient. Ainsi, leur système de direction, qualifiant la vertu des sorciers selon leur rang, avait pris en otage l’enceinte infirmière et s’y était imposé.

Son bureau étant placé dans un axe élargissant son champ de vision quant au bien-être de ses infirmes, elle s’accorda à scruter le moindre de leurs mouvements, qui leur assurait pour la plupart, un séjour prolongé. En effet, certains avaient rejoint les bras de Morphée, au petit matin, et n’avaient aucunement souillé de replis le drap qui recouvrait leurs silhouettes martyres de châtiments. D’autres, avaient troqué un sommeil agité au profit de petits gémissements et soubresauts furtifs, le corps roué de coups et peu désireux d’être enveloppé de tissu. Il était exigé pour les plus nécessiteux, la présence essentielle d’une table de chevet où abonderait de médicaments et de premiers  soins, prêt à l’emploi. Séparé en rangés par des rideaux dont l’usage premier était de préserver l’intimité de chaque couchette, il ne s’en révélait pas moins être un indicateur du tri qu’ils avaient dû effectuer, dans la précipitation, la veille.  

La plume coucha sur une feuille de parchemin, les dernières syllabes de son rapport, quant au type de sévices subies. Mrs Pomfresh profitait du règne paisible du sommeil imposé, pour finir d'achever sa trace écrite, avant de transmettre les premiers soins, aux malades.  Elle porta un regard furtif sur le parchemin érigeant la liste de noms, de sa patientèle. Enfin, elle claironna d’une voix forte et claire, le premier nom qu’elle y lût.

- Grade, Oliver, 1ère année, s’il vous plaît.

Seuls d’imperceptibles ronflements vinrent perturber le silence. De son côté, Oliver, placé dans la rangé des patients en état de cécité, pris grand peine à soulever ses paupières lourdes de plomb. Ses rares tentatives d’élargir son champ de vision se résultèrent par un échec, cuisant, comme c’était le cas de le dire. En effet, le joug de lumière qui s’imposa devant sa rétine fit ployer ses paupières contre ses désirs, les réduisant ainsi, à deux maigres fentes distinctes.  La clarté blafarde qui agressa les tréfonds de ses yeux lorsqu’il les eût ouverts, apporta ses lots de douleurs lancinantes qui les transpercèrent d’un geste sans amertume,  telle une épée d’escrime. Allant de pair avec la souffrance, chaque nuance de rayons lumineux qu’il osait approcher, lui rappelait la viscosité avec laquelle un simple Lumos s’était emparé de ses rétines, pour en devenir le maître. Ainsi, toute source de lumière blanche égalait l’éblouissement du sort lumineux, lorsqu’elle rencontrait ses regards. A l’inverse, les couleurs qui tintaient les objets ou les silhouettes, s’abrogeait des détails et de ses contours, ne révélant qu’une palette colorée aux emplacements distincts. Ciblant la source de ses maux, d’une main lasse déposée sur son crâne, ses yeux prirent repos des teintes agressives qui l’avaient assaillie. Désireux de se blottir dans la chaleur de ses draps, le second appel de l’infirmière lui fit éprouver toutes les peines du monde à s’extirper de son couchage.

Assis sur son rebord, il fit étirer ses membres endormis, de toute leur hauteur, tout en ajoutant à ces préliminaires, un bâillement sonore. En dépit du sens visuel précaire dont il était pourvu, il troqua l’usage de ses mirettes au profit d’une oreille affûtée. Vraisemblablement, la petite Ziegler semblait effarouchée d’avoir été importuné dans son sommeil, et lui réprima son affront par un minuscule grognement criard, digne d’une souris. Par réflexe, ses yeux tentèrent de deviner la silhouette chétive de la jeune fille, éprise du monticule de draps qui la camouflait. Mais en vain. Sous ses revers floutés et indécis, seul une immense tâche grisonnante, couleur du tissu, entravait la vision du rouquin, et indiqua, par extension, la présence de la Serdaigle endormie. Finalement, lorsque ses pieds frôlèrent la face glacée du sol carrelé, un frisson lui fit dresser l’échine, et sa démarche fut d’autant plus vacillante, que sa vision incertaine des lieux, aurait pu lui accorder. En effet, ses sens se révélaient exaltés au profit de son exil visuel. En longeant la série de lits qui bordaient la lignée de paravents, Oliver ne manqua pas de remarquer que les guéridons côtoyant les couchettes s’abondaient d’un panel de formes exiguës et bariolés. En comparaison, sa table de chevet semblait vide de potions de soins, et autres bandages visant à préserver leur cécité. Intrigué, Oliver se demanda pourquoi, lui, dont le sort lui avait soutiré sa paire d’yeux, se trouvait dépourvu de sédatifs, au contraire de ses camarades. Peut-être son cas était-il tellement désespéré, qu’il ne nécessitait pas l’usage de soins adaptés ? Ou peut-être était-ce le second châtiment réservé à la communauté réduite des chevelures flamboyantes ?  

Cherchant à tâtons des points de prise, pour faciliter sa démarche à l’équilibre fragile, il se jeta presque sur le tabouret qui le précédait, lorsque ses mains trouvèrent refuge sur son bois. Mrs Pomfresh, lui posa une série de questions d’usage, relatant de son état actuel. Il était évident que par ses réponses réduites, oscillant entre monosyllabes et son approbation du chef, le repos du jeune Grade devait se prolonger sur la durée. Aussitôt, l’infirmière le congédia de trois jours supplémentaires à l’infirmerie. Seulement, Oliver entretenait avec Mrs Pomfresh, l’une de ses premières visites au sein du comptoir des Infirmes, et son attitude passive et flegmatique ne laissait aucunement penser que celle-ci était partie intégrante de sa personne. Néanmoins, Oliver n’en pensait pas moins ;  la chaleur résiduelle de ses draps lui manquait, et s’impatientait de rejoindre Morphée, en dépit de sa visite. De plus, le décor abstrait qui se présentait sous ses yeux semblait lui prodiguer un semblant de cadre onirique, bien que départagé de la douleur lancinante, qui le ramenait à la réalité.  

- Pour évaluer les degrés de vos sévices, je vais être contrainte de vous faire  passer quelque test, Mr Grade. Pour commencer, comment voyez votre reflet, dans ce miroir ?

D’un mouvement placide, Mrs Pomfresh plaça l’objet dans les mains de l’enfant, pour lui éviter la basse besogne de le chercher. Intérieurement, Oliver apprécia le geste, mais n’en fit rien pour lui démontrer sa sollicitude. Peut-être un simple « merci », qui s’échappa du bout de ses lèvres, pour finalement s’atteler à sa tâche. L’image qui reflétait semblait dénuée de vie, comme si, un détraqueur en avait extirpé l’âme. Ses joues creusaient sa peau, tandis que des cernes naissants soulignaient des yeux translucides, dont la vie en avait été arrachée. Son globe oculaire était recouvert d’une épaisse membrane, dissimulant la teinte bleue et habituelle de ses yeux. Par euphémisme, ou par poésie, nous décrirons ses pupilles, exaltées d’un voile blanc de soie, qui en épouserait la forme. A présent, il était la personnification parfaite d’un cadavre. Mais d’une description nettement plus simple, Oliver, n’eût guère grand-chose à présenter à son interlocutrice, ne serait-ce que la teinte de sa chevelure et autres éléments de son anatomie. Par la suite, Mrs Pomfresh tenta d’optimiser son temps d’osculation, intimant au plus jeune de presser. Ainsi, il se fit mesurer, prendre ses mensurations, observé selon des critères précis d’habileté, et enfin donné une petite série de rééducation.

- Votre rétine ne semble pas endommagée Mr Grade, indiqua-t-elle, tandis qu’elle scrutait son œil, une loupe magique suivant ses mouvements. Vos glandes lacrymales sont aux normes , ajouta-elle enrichissant plus sa propre information que celle d’un Oliver aux joues trempés de larmes. Par contre votre vue, elle, est grandement affaiblie ! Avec ce genre de lésion partielle, le port de bandage ne sera pas nécessaire, pour vous. Seul un traitement de longue durée vous sera prescrit, et vous conviendra parfaitement, j’en suis certaine.

-Et…Et, que se passerai-t-il, si je ne prends pas mon traitement correctement ? Si je l’oublie seulement quelques jours, qu’elles seront les conséquences ? Est-ce que cela, sera grave ? S’inquiéta Oliver, d’une voix mal aisée, dont la déglutition difficile, lui fit écorcher certains mots.

Il avait, en effet, claironné tout haut, ce que ses peurs profondes chuchotaient tout bas. Faute de rareté, Oliver voulut cette fois, en avoir le cœur net, et connaître les réponses qui répondraient à ses doutes.

- Des conséquences irréparables, Mr Grade, répondit Mrs Pomfresh, d’un ton sens appel. Vous perdriez certainement la vue, et comme le sort ne vous a pas gracié d’un œil libre, vous deviendriez aveugle. Bien sûr, il n’y aurait plus de traitement à prendre, ni de bandeau à porter, vous le concevez.[/b]

Aussitôt, l’infirmière se détourna, et parcouru la pièce en quelques enjambées, pour rejoindre sa réserve. Celle-ci était exclue aux élèves, et un tintement irrégulier de verre titilla, soudain, l’ouïe d’Oliver, et il s’inquiéta plus que de nécessaire. Qu’allait-elle lui déposer sur les yeux ? Souffrirait-il de son dépôt ? Et à quelle intensité ? Et si, il oubliait de prendre son traitement, par mégarde ? Le jeune garçon commençait à démontrer toute l’ampleur de son angoisse, en réduisant de moitié la taille de ses ongles, par de compulsifs mordillements. Mais bien vite, Mrs Pomfresh débarqua, le visage crispé par une intense réflexion, et les bras chargés de stérilisants et de fioles multicolores, s’entrechoquant sous le rythme pressé de ses pas.  

- Inutile, de vous ronger les ongles, Mr Grade, vous ne souffrirez aucunement du traitement, tenta de le rassurer Mrs Pombresh d’un maigre sourire, tout en lui indiquant de s’allonger sur la table d’osculation.

Le claquement du gant en latex contre le poignet de l’infirmière sonna le quart de supplice, et fit rater un battement, à son patient. Peu rassuré, et n’ayant pas un courant visuel de ce qui se tramait, le rouquin ne cessa de gesticuler, voulant éviter toute source de souffrance quant à ce qui allait se déposer sur son œil. De par sa couleur, il nota la présence d’une baguette magique ordonnant à un tube d’eau stérile, de verser son contenu sur la surface de son globe oculaire, tandis qu’une bande de gaze en absorbait le surplus.  Quelque peu rassuré, Oliver devint plus docile, et laissa le liquide stériliser la membrane recouvrant la surface de ses yeux. Malheureusement, n’étant pas dupe, le rouquin devina facilement  que les gestes saccadés de l’infirmière –qui se prévalait d’une certaine précaution- présageait la préparation d’une seringue d’élixir à son côté. Il était d’ailleurs, d’autant plus étrange, que l’infirmière, soit démunie de baguette. Oliver fronça les sourcils, dubitatif, et tentait en vain d’établir un lien entre les teintes indistinctes, dénuées de détails, et les gestes de Mrs Pomfresh. Parfois, les mouvements prévoyants et maîtrisées étaient préférés à l’usage de la baguette, lorsqu’un produit nécessitait certaines conditions de manipulation. Oliver ne le savait que trop bien ; une proche amie de la famille, médicomage à Ste Mangouste de surcroît, n’avait de cesse de le répéter, lorsqu’elle se désolait de se réduire aux méthodes moldues, pour préparer ses seringues. Par ailleurs, Oliver avait appris à détester les piqûres, d’une part, par les descriptions peu élogieuses qu’on lui en donnait, et d’autre part, de la crainte  de la douleur, que présageait l’aiguille lorsqu’elle s’insérait dans la chair.

Ainsi, l’infirmière plaça subtilement sa main gantée de caoutchouc, sur le nez du plus jeune, qui en flaira chaque relent d’odeur. Croyait-elle que l’odorat allait vaincre le sort que subissait l’ouïe ? La pointe de l’aiguille s’était déjà saisi de sa cornée, et Oliver en exprimait le mécontentent, par d’incessant petits gémissements de douleur, faute de ne pouvoir bouger. Ne tardant à se libérer de son fardeau, Oliver ne trouva rien de semblable qui pût égaler la sensation ressentie. Comme un glaçon venant se déposer sur la surface de son globe, sans qu’il n’ait eu le temps de ciller, déclencha un assaut soudain de crépitements incessants, telles les bulles de gaz à l’ouverture d’un soda. Les cliquetis étaient comparables à une gerbe d’étincelles frémissantes, tressaillant et parcourant l’arabesque arrondie de sa cornée.  Étrangement, le voile blanc qui eût habillé ses yeux, semblait soudainement étranger de sa vision, envolé dans un souffle tumultueux qui l’aurait effacé. Oliver redécouvrait le monde, et se délectait de sa subtilité et des détails qui l’apprêtaient. Qui aurait cru que tant de rides marquaient le visage de Mrs Pomfresh ? Que ses pommettes proéminentes effaçaient l’éclat de ses yeux, creusés de fatigue ? Que l’infirmière se révélait plus laxiste quant à l’ajustement de sa coiffure ? Et comment une aiguille si fine -dont la pointe avisée reflétait l’éclat lumineux du soleil- avait-elle pu rentrer en contact avec ses yeux, sans que ceux-ci fussent embrochés, façon carpette ? Néanmoins, Il laissa un sourire enthousiaste étirer son visage, soudainement convaincu de l’efficacité de la potion.  

- La potion que viens de vous injecter, a pour nom : Elixir de Menthe. Elle permet, en grande partie, de stimuler votre nerf optique, d’affaiblir votre inflammation nerveuse, et vous attribuer un champ visuel, correct, en l’espace de quelques heures .

Oliver éprouva toute les peines du mondes, à se retenir de bailler. Ne doutant guère de la captivité du sujet, il jugea cependant primordial de le laisser trouver repos sur sa couchette, soucieux qu’un bâillement sonore -aussi inopportun que malpoli- ne s’échappe de sa gorge, en guise de témoin de fatigue. De plus, il n’en n’avait que faire de ce surplus de vocabulaire, qui l’assaillait en guise d’explication. Que devait-il y comprendre par ailleurs ? Il concéda alors, que Mrs Pomfresh faisait l’éloge d’une infirmière de qualité, mais serait une piètre enseignante, au sein du corps professoral ! Son jugement de garçonnet en préservait la certitude.

- Cependant, vous n’êtes pas sans savoir, que cette fiole est un produit « test », et que par cela, il présage de nombreux effets secondaires. Plusieurs mois seront certainement nécessaires, avant que la potion ne soit finalisée. Mois durant lesquels vous devrez vous réduire à ce premier jet, j'en suis navrée.

Pour tout de gain cause, une douleur lancinante s’empara de son crâne, lorsqu’il l’eût tout juste soulevé du matelas, où il reposait.  Soupirant d’agacement, il dût se réduire à soupeser l’étendue de son malheur, demeurant étalé sur sa table d’auscultation, telle une larve baignée de soleil.  

Vendredi 17 Octobre , au beau milieu de la nuit, dortoir des Poufsouffle.

- Debout ! Explosa la voix d’Aymicus Carrow, s’imposant dans la chambre des premières années, dans un grand fracas. Tout de monde dans la grande salle dans cinq minutes !

Le massacre de la porte résonna jusque dans la salle d’eau, mitoyenne au dortoir. Ayant apporté refuge à un Oliver assoiffé, quelques minutes plus tôt, celui-ci ne put guère plus étancher sa soif, et profiter de son breuvage. En effet, celui-ci semblait être épris d’un étau d’un étau de plomb qui tétanisa soudainement, ses membres. Son bras testait la gravité, demeurant plié sur le verre qu’il porta à ses lèvres. Par ailleurs, le reflet du miroir laissait percevoir le contenu de sa chope s’écrouler en gouttelettes contre le lavabo, qui le précédait. Tel un métronome, le son régulier des gouttes d’eau rythmaient les secondes précédant le sort dont il allait être la victime. Car Oliver n’était pas dupe ; leur fracassante entrée tissée à une colère grandissante, n’allait certainement pas se justifier par une envie soudaine de jouer aux bavboules !

Au dehors, le grabuge s’intensifiait. Les réprimandes conversaient avec l’écho de victuailles fracassées, dans un conciliabule tumultueux, qui répondaient à l’humeur des Carrows.  A cela, se mêlaient une ponctuation de cris de stupeur, d’horreur, et autres complaintes déchirés qui témoignait d’une crainte certaine de perdre la vie, emporté par le torrent colérique des congénères mangemorts. Seulement, la perte matérielle de leurs victuailles moldues, n’était que l’entracte, à leur Nuit de Souffrances. Par ailleurs, Oliver espéra égoïstement que son réveil –seul vestige moldu, qu’il conservait, sur sa table de chevet- ait pu être exclusivement épargné. En effet, l’objet n’exprimait pas seulement la banalité enfantine, qu’on lui devinait aux premiers regards, mais un réel témoin affectif pour Oliver. Le cadeau offert par sa mère, au début de sa première rentrée à Poudlard, était destiné à rappeler l’amour qu’elle lui portait, chaque fois qu’il observerait les deux pattes d’ours, qui en étaient les aiguilles de fortune. Mais Oliver cessa bien vite de porter à cette idée l’attention qu’elle ne méritait pas. Sans nul doute, l’odorat aiguisé des Carrows  avaient-ils déjà flairé l’odeur pestilentielle qui devait se dégager de l’objet moldu. Certainement, avait-il eût le sort convenu à ses origines ; La destruction.

-  Il y a cinq lits. Cinq lits, cinq bestioles. Hors vous n’êtes seulement que quatre, éluda la voix glacée d’Alecto Carrow. Où est le cinquième ?!

Une silence muet, emporta le cinglement furieux de la Mangemort avec lui. Mais Oliver ne réussit guère à en rire. Un silence religieux, présageait toujours des représailles éprises de venin, lequel s’insinuerait bientôt dans ses veines, pour l’achever. La Carrow exprimait le calme avant la tempête, une chaleur étouffante présageant l’orage colérique, des étés ardents. Bientôt, le ciel sombre serait zébré d’éclairs, éraflé par leurs courbes exigües, sanguinolent d’une teinte blafarde qui mutilait les regards, et dont la cicatrice demeurait à perpétuité au fond des rétines. Un silence, lourd de son fardeau électrique, semblait imposer une tension lourde de mots ; si à tout à hasard, personne ne brisait le silence d’une révélation, ils en paieraient le prix. Où était donc caché Oliver Grade, le rouquin ? Par ailleurs, dénoncer la présence du petit garçon frissonnant dans la salle d’eau, à son insu, n’était qu’un entracte, à la délation, dont ils devraient satisfaire leurs tortionnaires.  

- Aymicus ! J’ai trouvé la cinquième bestiole, siffla la femme Carrow, entre ses dents.

Stupéfait comme sous l’emprise d’un maléfice de stupéfixion, Oliver fit volte-face, vers la propriétaire de ces paroles acérés. Devant lui, se tenait Alecto Carrow, le visage déformé par un sourire sardonique, se targuant d’être passée maître dans l’art de l’effet de surprise. En effet, lorsque la baguette de la dominatrice eût accompli son devoir de portier -pour dégager l’entrée de la salle d’eau- Oliver en fit pâtir de sa surprise le verre d’eau qu’il tenait d’une poigne fébrile, dans sa main. Se brisant au contact du sol dans une explosion de débris de verre, ceux-ci se noyèrent aussitôt dans une  flaque d’eau, ayant précédemment quitté son récipient brisé. Dès lors, le rouquin n’avait osé bouger depuis sa place. Seule l’agitation de ses membres trahissait sa crainte intérieure de subir les représailles, de son affront. Oliver se rendit à l’évidence ; Le nom de Carrow n’avait pas pour réputation de répondre aux actes par l’indulgence. Sans nuls doutes, préféraient-ils tirer profit d’une punition témoin d’intransigeance comme de souffrance, pour ceux ayant négligé leur obéissance, aux ordres. Oliver étaient de ceux qui avaient désobéit ; à lui d’en tirer les conséquences, à présent.

Depuis la présentation des nouveaux professeurs à Poudlard, par le directeur Severus Rogue, Oliver n’avait jamais cessé d’assimiler la professeure d’Etudes des Moldus, à une mygale géante emplie de venin, dévorant sur son passage quiconque tenterait de l’entraver.  Son imagination débordante étant de mise, il tentait par ailleurs, de trouver en ses songes,  une veine source de consolation. Ainsi, sa coiffure inégale trahissait sa fureur sous une traînée de mèches rouge incendiaires, prêtes à dévoiler leurs flammes. Celles-ci ondulaient sur l’air avec une légèreté presque frivole, qui effraya Oliver. Telles les mandibules d’une araignée, les mèches enflammées évoluaient avec paresse et fébrilité, en direction de leur victime, donnant l’illusion à celle-ci, d’une issue possible. Or, Oliver était pris au piège, tel un vulnérable insecte, emprisonné sous son tissage, dont il ne pouvait se libérer. Le tintement régulier de ses pas prévenait son approche imminente, et rappelait le cliquetis caractéristique des pinces d’une araignée, prête à fondre sur sa proie. Oliver frémissait, et la Carrow semblait s’en délecter. Peut-être, percevait-elle les impulsions déchaînés de son cœur, qui sous le dictât de l’appréhension, semblait vouloir briser sa cage thoracique, pour s’en extirper ? Ou peut-être jubilait-elle, tout simplement, de son état de nervosité ? En effet, sa respiration haletante, et ses yeux habités de terreur confirmait une hantise certaine, face à Alecto Carrow. Désormais, les mains du rouquin caressaient du  bout des doigts la parure carrelée du mur, qu’il précédait. S’imaginant se masquer de l’ornement du mur, tel un caméléon, Oliver tentait tant bien que mal, de calmer son souffle déchaîné, en vain.

Soudain, un petit cri de stupeur s’extirpa de sa gorge, et brisa le silence. D’un furtif coup de baguette, la mangemort envoya sa silhouette valsé à l’autre bout de la pièce, les pieds dansant sur l’air, dans un prestigieux numéro de claquettes. Son bras était épris d’une étreinte, qu’il ne maîtrisait guère. Il se demanda, à tout hasard, si son muscle ne se trouvait pas sous l’emprise de L’Imperum, sa sœur ne lui ayant donné qu’une source minime d’informations, sur ses effets. Oliver savait que le sort bénéficiait, à son lanceur, le contrôle du corps et de l’esprit de sa victime. Seulement, il restait ignorant quant à la soumission et l’obéissance que celle-ci devait lui promettre. Peut-être son bras était-il possédé du démon Carrow ? Hic, qu’elle horreur ! pensa-t-il, avec dégoût, le regard dubitatif, fixé, sur son bras pétrifié.  Il nota, cependant, que la force s’exerçant tel un garrot sur sa peau, lui rappelait les séances de réprimandes, avec sa mère, lorsque celle-ci l’eût prise en flagrant délit de puérilité.Ainsi, peut-être, allait-elle laisser sa carcasse moisir, enraidit par le maléfice du saucisson, et le chef habillé d’un affreux bonnet d’âne, dans un coin de la pièce ?  Ou peut-être la Mangemort considérer la mort imminente et radicale, comme une punition suffisante à ses affronts ? Seulement, sans requérir à un temps supplémentaire pour s’en demander davantage, son corps se heurta de plein fouet, au bois de la porte, dans un fracas sonore, qui le ramena à ses réalités. La tenue vacillante, il massa d’un geste maladroit son crâne endoloris. Oliver espéra une douleur superficielle et éphémère, sans quoi il ne saurait que répondre aux inquiétudes de sa mère. Et seul Merlin savait combien Oliver souffrait de ses paroles redondantes, quant à son bien-être.

- Va donc rejoindre les autres, sale vermine ! Cracha Alecto Carrow, d’un ton indiquant clairement à Oliver, que celui-ci avait tout intérêt, à lui obéir.

Traité en bestiole poilue amassant les tiques et les puces, et certainement considéré à ses justes valeurs. Peut-être était-ce qu’il était, après tout ? Une immonde créature putride et impure, méritant son sort. Le rouquin acquiesça vivement du chef, sans s’opposer aux ordres, soucieux d’en subir les possibles représailles. Dans son idée, sa tête trônait au sommet d’une pique, à l’instant même où ses mains fébriles eurent à frôler la poignée. Or, ce fût une main inconnue et secourable, qui vint le délivrer, de sa prison. Sa réflexion s’étant égarée dans son élan de précipitation, Oliver s’était alors efforcé de tirer sur la poignée dans un espoir de se libérer du regard vorace qu’avançait Alecto Carrow, dans sa nuque. Quoique revendiquée « Sang-Pur », Il ne doutait plus d’une supposée génétique hybridée à  celle d’un vampire, tant ses crocs acérés témoignait de sa soif de Sang. Seulement, Oliver n’avait alors, guère songé à tout simplement pousser la porte, alternative aussi idiote soit-elle. Il était effrayé.

Le rouquin se permit un soupir de soulagement, lorsqu’il reconnut d’un simple coup d’œil, la tignasse caractéristique d’Edward Selwyn. D’un imperceptible signe de tête reconnaissant, il remercia l’élan charitable, dont s’était prévalu son camarade de dortoir, pour le sauver. Bien trop craintif, quant à lui, Oliver savait qu’il n’aurait guère été capable d’une telle prouesse courageuse. Seulement, son camarade semblait clairement douter de ses aptitudes mentales, de par son regard stucateur, et incrédule, de sa personne. A quoi pouvait-il songer ? Après tout, Oliver avait été la victime individuelle de la femme Carrow, au cours de leur entretien, dans la salle d'eau. Mais seul Merlin connaissait le fin mot, de l'entrevue. De plus, l’imagination débordante d’un enfant sorcier, savait prohiber son inventivité au profit des pires scénarii ! Son esprit aurait lui même abondé en questions superflues, au détour d'une situation semblable. Que s'était-il passé ? Que s'étaient-ils dit ? Oliver avait-il été victime d'un impardonnable ? La femme Carrow avait-elle procéder à un échange illégal, de Chocogrenouilles ? Patacitrouilles ? Dragées de Bertie Crochue ? Ahem. En désespoir de cause, Oliver fût navré de décevoir les possibles interrogations d'Edward ; D'après son humble avis, Il n'était que qu'un Troll des montagnes, dont la réflexion limitée lui avait permis d'omettre le sens inverse de la porte d'entrée, pour l'ouvrir

Soudain, son pied heurta une masse solide, sur lequel un maillet de cuivre martela avec fébrilité, les tambourins qui l'encadraient. Oliver éluda aisément le tintement caractéristique de son réveil matin, sonnant l'heure du levé. Seulement, la mécanique semblait être dépourvu de vivacité, n'ayant répondu au choc, que par un seul mouvement nerveux. S'agenouillant pour mieux déduire les séquelles infligées à son précieux pendule, il remarqua que la trotteuse, avait cessé sa course, autour du cadran. Seule défaillance notable, Oliver constata avec soulagement, que son réveil matin, avait survécu aux états de colère imposés par les Carrow. Peut-être serait-il facile de le réparer d'un simple sortilège, si les pièces manquant à l'appel, étaient réunies dans leur intégralité, dans la pièce ? Oliver, n'eût guère le temps de vérifier leur présence ; les élèves furent menacés de subir la souffrance que prévalait le sortilège de Doloris, s'ils tardaient à se hâter, vers la Grande Salle. Seulement, Oliver, ne pût retenir un regard mélancolique s'égarer sur la forme insolite des aiguilles du pendule, qui indiquaient leur dernière horaire. Quatre heures, du matin. Maman, je pense à toi

Vendredi 17 Octobre, au beau milieu de la nuit, la Grande Salle.

- Oliver, pourrais-tu lâcher mon bras, maintenant, s'il te plaît ? Demanda Lindsay, le dédain dans la voix, tandis qu'elle tentait de se détacher de son emprise.

Bras dessus, bras dessous, Oliver n'avait pas quitté sa sœur, depuis qu'il l'avait rencontré au détour d'un couloir, qui suivait le chemin menant à la Grande Salle. A peine eût-il posé son regard sur sa silhouette, qu'il accourrai déjà, la démarche chaloupée, jouant le preux auquel il voulait être assimilé. A défaut de quoi, Lindsay, quant à elle, apparût comme l'unique espoir de survie d'Oliver, tant celui-ci se pressait contre elle, tel un prisonnier des rapides, les jointures mutilés par la branche de bois auquel il s'accrochait. En effet, Oliver avait prétexté une soudaine inquiétude à l'égard de sa sœur, soudainement soucieux de son état. Or, l'intention ne réussit guère à la duper ; ayant rapidement ciblé la source de l'entourloupe, Lindsay dû contenir les états d'âme d'un Oliver, transi d'effroi. Affecté plus que de nécessaire par l'ambiance qui les pourchassaient, Oliver réussit à hoqueter de surprise devant l'immensité de son ombre , qui à demi-révélée dans la pénombre, le surplombait de toute toute sa suprématie. En effet, la luminosité amoindrie, de par son maigre effectif en bougie, tirait profit d'une image, à laquelle les Carrows, ne cessèrent de se délecter. Une file indienne de prisonniers, rejoignant le bagne, prêts à subir leur sentence irrévocable : La mort ou le supplice. De pauvres chiens mouillés, à l'odeur putride aux yeux trahissant leur désespoir, démunis ou délaissés par leur famille, cherchant dans les combles du château, un moindre pécule de paix, ils courraient aujourd'hui à l'abattoir. Lorsqu'il pénétrèrent dans l'enceinte de la Grande-Salle assombrie par l'éclat sombre des chandelles éteintes, les jumeaux Grade crurent remarquer qu'ils demeuraient seuls face à eux. Les élèves inexpérimentés, de par leur titre, s'entretenant avec la personnification de la cruauté. Cela n'engageait rien de bon, et si Lindsay réussit à conserver sa dignité, Oliver, quant à lui, commençait à pâtir de la situation, révélant son anxiété maladive, sans ménagements. Où étaient donc les professeurs ? Le Directeur était-il au courant ? Partageait-il les convictions des Carrow, vis-à-vis de cet entretient ? Pourquoi les avaient-ils convoqués ? En courte tenue, de surcroît ? Pourquoi, pourquoi, Pourquoi ?

Pour toute réponse, Oliver se pressa un peu plus contre Lindsay, peu rassuré à l'idée de quitter le havre de réconfort qu'elle lui prodiguait. A moindre mesure, certes, Oliver, tentait de trouver un semblant de chaleur corporelle, sur sa peau glacée, subissant les humeurs de la température hivernale, qui s'annonçait. Il ne cessait de se dandiner, d'un pied sur l'autre frissonnant au contact de la pierre gelée. Les premiers témoins de la saison des neiges, se jumelait étrangement bien, avec l’atmosphère qu'imposait les congénères Carrows. Seulement, Oliver commença à regretter amèrement, d'avoir échapper à la présence de son écharpe, dont il aurait pu se couvrir. Désormais, son regard passait dans la foule, envieux de ceux dont le cou était paré d'un vêtement convenable, relatif à la saison.

- Tu devrais rejoindre le rang des Poufsouffle, Oliver, lui conseilla sa sœur, au creux de son l'oreille.

Oliver fit volte-face, et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur, lorsqu'elle évoqua la proposition. Pourquoi ?! Alors guidé par ses pulsions, Oliver hésita à révéler son timbre de voix le plus sévère, et lui hurler qu'elle ne redorait aucunement le blason de Rowena Serdaigle, se prévalant de Sagesse et de Réflexion. Ses propos relevaient d'une bêtise certaine, dénués de sens et peu enclin à la lucidité. Savait-elle le possible danger qu'ils encouraient s'ils se déliaient ? Chacun d'eux se devaient de veiller l'un sur l'autre, et tel fût le dernier conseil que leur eût prêté leur mère, auquel Oliver se promit de s'y tenir. De plus, le rouquin était partisan de l'idée qu'un tout, rendait plus fort, qu'un seul. Lui et Lindsay, à l'unisson, étaient au moins susceptible d'offenser les Carrow, par l'action des Sortilèges, discipline, dans laquelle Lindsay excellait. Et lui, se sacrifierait en dépit de sa pauvreté magique !

Le rouquin, dût finalement se résoudre à calmer sa respiration. Ses nerfs à vifs exacerbaient ses pulsions colériques, et l'angoisse lui tenaillait le ventre, comme épris dans un étau de plomb. Aussi, cette peur croissante ne faisait qu'alourdir son fardeau d’irritabilité, dépourvu de bon sens. Car dans ses pensées inavouées, Oliver voulait être protégé, pour ne pas succomber au joug de souffrance et de solitude.

- Quel intérêt ? Avança-t-il d'un ton qui se voulait apaisé. On ne voit pas la différence,tout le monde est en pyjama !
- Certes, mais tu n'en restes pas moins, un garçon, au milieu d'un troupeau de filles, Oliver ! Fit-elle remarquer, un sourire victorieux, fleurissant au coin de ses lèvres.
- Oui, mais tu es ma sœur jumelle ? Tenta-t-il, dans un dernier espoir.

Les poings sur les hanches, et le regard réprobateur lourd de mots, rappela à Oliver, l'image qui conservait de sa mère, lorsque les propos de celui-ci eurent tenter de dépasser, sa pensée. Tandis qu'il foulait le pavé de la salle, avec lassitude, en s’engouffrant dans la foule, Oliver garda, cependant, une oreille attentive sur l'orateur qui proférait son discours de menaces. Il tenta, en vain, de se hisser sur la pointe pieds, pour mieux l'apercevoir, mais un barrage d'élèves de septième années, entravait son chemin. Il lui était désormais impossible, de retrouver la lignée des premières années, placées judicieusement au premières loges, pour le massacre. Qui disait premiers arrivées, répondait premiers servit. Peut-être les Carrow feraient fi de sa présence, ainsi dissimulée ?

- Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences. Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard. J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.

Comme précédemment, les paroles du Carrow mâle furent englouties, par le mutisme de l'assistance. Aucune voix ne détonna pour briser le silence, et devenir châtié de ses crimes. Or, était-il nécessaire de recueillir l’ensemble des élèves, au beau milieu de la nuit, pour punir un délit dont personne n'éprouvait la responsabilité ? Seulement, Oliver oublia rapidement sa question; la fréquentation Carrow lui avait appris qu'il était  parfois nécessaire, d’annexer les pensées superflues, qui ne méritait pas l'attention qu'on leur accordaient. Si personne ne voulait se dénoncer, la sentence serait claire ; Ils en paieront le prix, au nom du coupable. Soudain, l'araignée disparut dans les méandres de la foule, entamant une marche lourde et cadencée, par un pas sonore et soumettre l'assemblée, à l'impatiente. Sillonnant une ligné d'élèves, dont le minois déchiré indiquait une mise à mort immédiate, celle-ci passa sous silence l'impartialité que prévalait la justesse d'un jugement. Mutilant pour un nom, Victimisant d'un impardonnable pour punir l'impureté de sang, et tirant profit de leurs hurlements déchirants, à en rendre sourde, une sirène hors de l'eau.

La Carrow avait la main mise, des souffrances d'Edward. Les mains de l'enfants, vinrent se presser contre ses oreilles, pour tenter d'oublier les glapissements de douleurs qu'il exprimait, sous la présence expansive de ses meurtrissures, résultés par la cadence des coups fouets. La Carrrow savait-elle son origine Sang-Pur que portait le nom des Selwyn ? Oliver ne se conformait pas à cette idéologie, à laquelle on anoblissait les vertus d'un sorcier selon la pureté de son nom. Si l'héritage familial ne faisait pas acquis de présence, sur la liste des vingt-huit noms érigé par Teignous Nott, d'après Lindsay, ils étaient condamnés. Par cela, révéler son nom de famille devenait une circonstance atténuante, pour tirer profit d'une possible chance de survie. Mais pour lui, ignoble Sang-Mêlé ? Leur permettraient-ils de s'offrir une occasion de résister ? Et si, malgré son impureté, son nom était inscrit dans les mœurs ? Et si, ils révélaient celui-ci à l'assemblée, au détour d'un Sonorus ? Oliver en serait couvert de honte, pour sûr !

Les paupières closes et crispées, Oliver tentait d'oublier. Ne plus songer aux circonstances ;  aux pas affolés, qui martelaient le sol meuble, pour tenter de fuir, des cris affolés perturbant le brouhaha, le rire sardonique dont se targuait la femme Carrow, lorsqu'elle observait l'emprise de son sort consumer sa victime. Oliver voulait échapper à ses souffrances, et s’exiler dans avenir abondant et heureux.

-  Alors, vermine, on est dégoûté à la vue de ses petits camarades ? Je vais t'apprendre à les observer avec plus de lucidité*!

Le garçonnet, ne réussit guère à effectuer le moindre mouvement, pour exprimer sa surprise. Les mandibules de l’hybride s'éprenait déjà se son cuir chevelu, tirant ses mèches, au gré de ses désirs, pour faire courber son maigre cou. Oliver ne cessait de se tortionnaire, dans l'espoir de contraindre le dévolu de la femme, à exercer ses mutilation, sur sa personne. Seulement bouger promettait de rapprocher son heure de grâce, mais Oliver préférait se conformer à la crainte de la douleur, qui agitait ses membres. Soudain, la sorcière pointa le sommet de sa baguette, au dessus de ses yeux, aussi près qu'un imperceptible frôlement puisse le permettre. Qu'allait-elle lui faire subir ? La pointe de la baguette allait-elle éventrer le centre de sa pupille ? Ou peut-être un sortilège, allait-il s'en extirper ?

- Tu aimes la lumière, morveux ? Non ? Et bien, tu vas apprendre à l'apprécier ! LUMOS !

Un faisceau jaillit de la baguette, et explosa devant les yeux d'Oliver. La vue soudainement entravée par un halo lumineux dont la taille ne savait que croître, le rouquin se confondaient en supplications, et glapissements gutturaux. Or, la femme Carrow, semblait sourde à ses plaintes, quoique plutôt réjouie quant à l'effet du sortilège sur sa victime. L’œil n'avait pas scindé en deux, par la pointe de la baguette, mais la sensation était sensiblement semblable. Sa rétine était réduite à l'état de planche à découper, sur laquelle un couteau tranchait en fines lamelles, une courgette, sans ménagement. La douleur s'emparait de son crâne, tandis qu'elle contraint le reste de ses membres à abdiquer. La douleur, juste la douleur.

- S'il vous plaît, arrêtez, je vous en supplie, gémit-il, dans un faible murmure, lequel, la Carrow sembla porter, soudainement attention.

La Carrow brandit son bout de bois acéré, et réitéra le geste sur son œil libre. les larmes emplissait ses joues, si bien qu'il était à se demander, si ce fût les larmes qui coulaient sur les joues, et pas l'inverse ; Les joues coulant sur ses larmes. Cette  pluie de fortune, était l'alliance parfaite, entre un surplus émotif conséquent et une réaction physiologique, que sustentait sa brûlure. Oliver n'était qu'incitation à la pitié. Son corps était réduit à l'état de pantin,  ayant besoin de la présence constante d'un maître, pour étirer les fils qui l'animait. Prise de dégoût, par sa silhouette  inanimée et vacillante, la femme Carrow laissa s'écrouler le corps de l'enfant, sur le sol meuble qui l’accueillit. Certainement, ne tomberai t-il, guère plus bas.

- Regarde Aymicus, lança t-elle, le ton épris de répugnance, à l'égard du rouquin jonchant les pavés. Regarde cette sale Vermine, cette Pourriture ! Tu ferai mieux de crever, en enfer, Verracrasse ! lui cracha t-elle.

Et ce fût, le mot de la fin. Désormais, seule l'odeur du sang emplissait ses narines, et l'image d'un des fauteuils moelleux, où il fût installé, au abords d'un feu réconfortant, vînt parer son inconscience.
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mer 26 Juil 2017 - 1:02




16 octobre 1997, 19h30,
école de sorcellerie de Poudlard,
dortoirs masculins de Gryffondor


Chère Maman,

La vie à Poudlard suit tranquillement son cours. J’imagine qu’à la maison papa se ronge les sangs et que toi, tu fais les cents pas dans la cuisine. Sache pourtant que tout va bien : les professeurs restent fidèles à eux-mêmes et les Carrow… ils font régner l’ordre, comme le suggère leur rôle. C’est très épuisant moralement, mais nous ne sommes honnêtement pas les moins bien lotis.

Tout va bien pour moi. Pour Bea aussi. Aie confiance. Ayez confiance.

Je vous embrasse tous les deux, et tente de ne pas te ronger trop les ongles.
Vivez normalement, on pense à vous.
Lou


.

LETTRE INTERCEPTÉE, VERIFIÉE ET AUTORISÉE
PAR LES AUTORITÉS COMPÉTENTES DE POUDLARD

.

Calme dans son lit, Lou avait les yeux grands ouverts, fixés sur le plafond de son baldaquin. La nuit bleuissait les couleurs chaudes de leurs tentures et le bois paraissait plus sombre que jamais. La respiration sereine de ses camarades s’élevait non-loin de lui, comme une mélodie rassurante ou comme un tempo qui aurait rythmé ses nuits – et d’ailleurs, il était rarement réveillé suffisamment tôt pour les entendre. Cette fois-là faisait exception ; dans sa tête, c’était la tempête. Une tempête innommable et confuse sur laquelle il préférait ne pas poser de mots. Les questions, les sensations et les émotions se bousculaient en une sorte de fanfare qui formait finalement un tout vaguement inquiétant. Une oppression dans la poitrine l’avait surpris, tiré du sommeil et angoissé suffisamment tôt pour qu’à présent la panique eût pris le dessus ; et quelle était donc cette douleur fulgurante qu’il avait cru ressentir dans ses jambes ? Quelle était donc cette chose qui lui torpillait le cerveau et lui criait qu’il devait à agir, là, immédiatement et pas plus tard ? Quelle était donc cette abominable terreur qui lui vrillait l’estomac, comme si quelque chose de beaucoup trop gros pour eux se préparait ?

Il se tourna sur le flanc comme si cela suffirait à effacer ce qui le dérangeait – et au contraire, cela sembla agiter un peu plus ses démons intérieurs. Alors, persuadé que ses fabulations étaient sans fondement, il tenta de se rendormir en imaginant toutes les choses positives qu’il put se représenter : le rire de sa sœur Bea lorsqu’elle lui sortait une blague pas toujours très drôle – ou lorsque lui-même disait quelque chose de pas toujours très fin - ; le soleil sur les pins lorsque sa famille et lui s’étaient rendus sur les côtes atlantiques un été ; les yeux brillants de Jude lorsqu’elle était heureuse, les joutes musclée qu’il avait avec Abigail ou le sourire d’Alizée ; les séances du club de duel, d’ailleurs, où il y retrouvait tous ses amis ; regard franc de ses parents lorsqu’ils rentraient tous les deux pour les vacances ; l’ambiance chaleureuse de son petit village, comme si le temps n’avait pas court là-bas, comme si rien d’horrible ne pouvait s’y dérouler – et pourtant, pourtant, il était bien placé pour savoir que ce n’était pas vrai. Ces petites choses de la vie, parfois insignifiantes, parfois fondamentales, qui faisaient cependant le piquant de son quotidien.

Il crut tout d’abord qu’il avait réussi son entreprise ; qu’il s’était définitivement rendormi, bercé par les souvenirs heureux qui défilaient, et qu’il pourrait assurer sa journée normalement le lendemain matin. Il crut qu’il rêvait, tout simplement. Un rêve sans doute un peu bizarre – pourquoi donc son esprit lui montrait ses colocataires debout et en plein milieu de la nuit ? – et certes peuplé de bruits sourds, étranges, et empli d’une angoisse et d’une tension sous-jacente dont il ne comprenait pas l’origine. En réalité, il aurait aimé que son cerveau se mette en veille cinq minutes. Si même dans les bras de Morphée il se trouvait incapable de se tenir tranquille et se forçait à inventer des dangers qui n’existaient pas, il n’était définitivement pas sorti de la taverne. Il serra les paupières plus fort, plus étroit, comme pour chasser les ombres colorées qui semblaient évoluer juste derrière. Cela ne suffit pourtant pas à atténuer le tapage des portes qui claquaient dans les hauteurs de leurs dortoirs, ni à taire les murmures affolés qui couraient un peu partout. Lorsqu’il entendit qu’on tirait violemment le rideau qui fermait son lit, il se résigna à se rendre la vue – et quelle vue !

À affronter la vérité de front et ne plus se voiler la face. Car, et qu’il la rejetât ou non n’y changerait rien, il se doutait qu’elle ne serait pas très agréable à accepter.

« Qu’y a-t-il ? », demanda-t-il plus pour la forme, parce que l’élève était déjà reparti en constatant qu’il était réveillé. Lou se tordit le cou pour tenter d’apercevoir ce qu’il se passait ; tout le monde, dans le dortoir, s’activait, mais étrangement personne ne semblait penser qu’il fallût s’habiller – il vit Jimmy Kent et Pol O’Malley se dépêcher de sortir de la pièce notamment, les autres se presser vers la sortie et tout un tas d’élèves dont les visages parurent plus ou moins familiers à son cerveau embrumé. Les chuchotements étaient silencieux et étrangement accablants ; tout autour de lui, l’ambiance était bancale.

Il chercha sa baguette sur la table de nuit. Dessus, la photo de sa famille semblait inquiète et le défendre de les rejoindre. Avait-il seulement le choix ? « Les Carrow nous ont demandé de descendre, je crois », répondit enfin quelqu’un dans le lointain. « J’en sais pas plus, mais tu devrais te magner. Pas sûr qu’ils apprécient le moindre retard ce matin. »

La pointe d’humour, même si elle était forcée, lui arracha malgré lui un sourire. « Allez-y », dit Lou. « Je vous rejoindrai comme je peux. » L’autre jeune homme acquiesça et sortit lestement. « Allez, mec. Tu peux le faire », se murmura-t-il à lui-même. « Accio Robert ! », fit-il ensuite à l’adresse de son fauteuil magique, et ledit Robert accourut immédiatement. Il balança ses jambes inertes par-dessus le bord de son matelas et se glissa du mieux qu’il put sur le plateau molletonné du siège ; immédiatement, il se mit en route, mais tout le monde était déjà parti. Dans les couloirs, la tranquillité nocturne avait quelque chose d’angoissant et de morbide. Il ne sortait pour ainsi dire jamais seul pendant la nuit, sans doute parce que ça ne l’attirait pas vraiment et peut-être aussi parce que cela s’avérait souvent compliqué, et il n’était pas sûr de vouloir réitérer l’expérience plus tard : dans les recoins sombres, on avait l’impression que n’importe quoi pouvait surgir ; les hauts plafonds était à peine visible et il avait presque la sensation d’entendre le vent gémir à l’extérieur de la Tour.

Dans la Salle Commune, même le feu pourtant ronflant dans la soirée était mourant. Une ombre attendait sagement devant l’âtre et Lou crispa sa mâchoire. Peur de découvrir l’identité de l’intrus, attente des remontrances qui pourraient survenir s’il s’agissait d’une mauvaise personne ou crainte informulée de ce que l’inconnu aurait à lui annoncer s’il ne s’avérer pas être l’Ennemi… Il ne savait pas. Il ne savait pas mais étrangement, il n’était pas vraiment sûr de vouloir le découvrir. Pourtant, lorsque la personne ouvrit la bouche, ses muscles se relâchèrent et son cœur reprit un rythme normal. « C’est maintenant que tu sors ? », maugréa Jenny. Et malgré sa mauvaise humeur apparente, sa voix restait rassurante. La jeune fille se leva d’un bond pour s’approcher de son ami.

« Désolée, Robert n’est pas pressé, ce matin », plaisanta Lou. Il ajouta sur le ton de la confidence : « En réalité, il est plutôt du genre couche-tard lève-tard, si tu vois ce que je veux dire. Se lever aux aurores, il apprécie pas trop.

- Lou », l’interrompit Jenny. Le jeune homme fronça les sourcils. Il était rare que la jeune femme ne sourît pas à ses jeux de mots, même s’ils n’étaient pas drôles. Lou n’avait jamais su si c’était pour donner une quelconque forme de reconnaissance à son humour, ou si c’était juste qu’elle était trop gentille pour l’abandonner tout seul au pays des blagues vaseuses, toujours était-il qu’elle ne l’abandonnait jamais sur ce plan-là. Pourtant, cette fois, son air sérieux ne se prêtait guère à la plaisanterie. « J’ai entendu dire par des préfets que les Carrow avait trouvé un tag un mur », dit-elle rapidement. « Un tag en l’honneur du petit Pote Potter, tu peux t’en douter. Et tu peux également deviner qu’ils ne sont pas contents. Pas contents du tout. Ils ont convoqué toute l’école, en bas. »

Lou pâlit tandis que les morceaux du puzzle s’arrangeaient tous seuls dans sa tête. Sans même relever l’amertume qui flotta un instant à l’idée que lui aussi aurait aimé prendre part à l’acte de rébellion, il s’imagina les Poufsouffle se rendant dans la Grande Salle, en rangs d’oignons serrés. C’étaient les plus proches du réfectoire, alors c’étaient sans doute eux qui allaient déguster en premiers ; la vision de sa sœur, toute apeurée dans son pyjama, ses yeux affolés sautant d’un élève à l’autre, au milieu du noir et du froid qu’imposaient les nuits d’octobre, lui retourna l’estomac. « Il faut qu’on y aille », dit-il d’une voix blanche, et Jenny acquiesça gravement. Sans avoir besoin de demander, il ne lui avait pas été compliqué de suivre les rouages dans le cerveau de son ami.

Ils se dépêchèrent de sortir de la Salle Commune de Gryffondor et la Grosse Dame protesta pour la forme, comme ils en avaient l’habitude. Néanmoins, cela rassura un peu Lou : tout ne virait visiblement pas à la catastrophe. Il gratifia Jenny d’une œillade préoccupée lorsqu’ils atteignirent les premiers escaliers et la jeune fille acquiesça en se concentrant. D’un mouvement fluide de la baguette, parfaitement exécuté par la force de l’habitude, la formule magique à peine murmurée, elle fit léviter Robert et ils dévalèrent la Tour avec célérité. Les portraits murmuraient lorsqu’ils passaient devant eux et leurs couleurs floues se mélangeaient sous l’effet de la vitesse. Au lieu des parures ancestrales qu’il avait toujours connues, ils se transformèrent le temps d’un trajet en fantômes de mauvais augure.

Au bout d’une laborieuse descente, pendant laquelle Lou pria le plus fort qu’il put Merlin et Godric Gryffondor d’épargner Bea et les autres, ils arrivèrent enfin au Hall d’entrée. Jenny, épuisée, le laissa presque tomber et s’accrocha aux poignées du fauteuil pour reprendre son souffle. Les cris qu’ils entendirent d’ici pétrifia proprement le jeune homme qui se figea : à l’intérieur de la Grande Salle, il lui semblait que l’Horreur avait pris vie. Au milieu des hurlements terrifiants des élèves, les rires démoniaques des Carrow transperçaient le vide et des pleurs lancinants s’élevaient dans le capharnaüm. Il jeta un coup d’œil à son amie : bien plus pâle qu’il ne l’avait jamais vue, elle avait l’air sur le point de rendre son dernier repas. « Ça va ? », souffla-t-il. « Allez, viens, on doit y aller.

- Je- je veux pas », balbutia-t-elle. Elle recula de quelques pas. « Qu’est-ce qu’ils leur font ? » Sa voix couvrit à peine les sons horrifiques qui s’échappaient de l’énorme pièce mais Lou n’avait pas besoin d’entendre les mots pour comprendre. La même terreur sourde pulsait dans son cœur, la même envie de fuir très loin fourmillait dans son corps.

Pourtant, il prit sur lui pour lui tendre la main. « Viens ici, Jenny », et sa cadette s’approcha avec prudence, comme tout à coup méfiante de ce qu’il allait lui réclamer. « Je pense que si tu t’en vas, ils ne sauront jamais que tu n’étais pas présente. Alors va-t’en. Remonte dans les dortoirs, cache-toi derrière une tapisserie ou dans un passage secret s’il le faut, mais s’il te plaît préserve-toi. » Il lui serra le poignet, comme s’il pouvait lui insuffler ainsi tout le courage qu’il ne ressentait pas. « N’en parle pas ensuite ; et si on te pose des questions, tu diras…

- Je dirais que tu m’as protégée. » Lou acquiesça et esquissa un faible sourire. Il tenait à Jenny, vraiment. Il savait qu’elle était pleine de courage, de valeurs et de gentillesse. Mais en effet, il ne pouvait décemment pas lui demander de l’accompagner dans sa mission suicide, qu’il n’entreprenait que pour Bea en vérité : tenter de la retrouver parmi la masse beaucoup trop dense des élèves, la soustraire de l’emprise de leurs chargés de discipline et… et rien. La protéger du mieux qu’il pourrait, mais c’était tout. Il ne pouvait rien faire de beaucoup plus héroïque. Il ne pourrait pas la préserver de tous les problèmes du monde, il ne pourrait pas la sauvegarder de la méchanceté des autres – pas totalement. Il ne pourrait pas la dissimuler ni l’exhorter à fuir Poudlard le plus loin possible. Il savait bien qu’il en était incapable, que trop d’obstacles se dresseraient devant eux, que Bea n’accepterait jamais sachant que lui-même s’entêterait sur-place.

Il ne s’attarda pas longtemps sur la silhouette de Jenny qui courait déjà dans les escaliers pour ne pas être tenté, lui aussi, à prendre la même direction. À la place, il inspira très fort, ferma étroitement les paupières et se dirigea vers la Grande Salle. Ses lourdes portes n’étaient pas fermées et c’était sans doute pour ça que les hurlements lui semblaient si insupportables ; néanmoins, il ne put s’empêcher de se figer au seuil de la pièce. Plus que les corps recroquevillés et les silhouettes pâles et terrifiées, ce furent l’obscurité prédominante de la salle qui le frappa en premier. Il n’y avait plus les tables auxquelles il était habitué et le néant avait l’air de tous les engloutir. Visages familiers comme figures inconnues, tout était mélangé en un sombre fondu artistique qu’il aurait aimé dissiper à coups de baguette magique. Malheureusement, il ne connaissait aucun sortilège capable d’écarter la cruauté gratuite ; et même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas été sûr que sa voix lui répondît tout à fait.

Un cri se détacha du reste et lui vrilla les tympans plus qu’aucun autre n’aurait pu le faire. Glaçant, horrifiant, semblant presque émaner de limbes immatérielles et inexistantes, il eut pour Lou l’effet d’un tremblement de terre et son sang se glaça dans ses veines. Ses yeux noirs, comme attirés par la vision qui l’achèverait, se fixèrent sur sa sœur à quelques mètres de là. Alecto Carrow, cette abominable femme que toutes les cellules de son être haïssaient à présent, se tenait devant Bea en la dominant de toute sa petite hauteur. La jeune fille était avachie au sol et baignait dans quelque chose que Lou ne voulut pas identifier. Il ne parvint pas à déterminer si des larmes coulaient ; il en doutait. Bea était du genre à pleurer en privé mais à demeurer forte lorsqu’on l’observait. Et alors qu’on la torturait, jamais elle ne ferait ce plaisir à son bourreau de craquer devant lui.

« BEA ! », articula-t-il silencieusement, ou peut-être bien trop fort pour que ses cordes vocales ne le supportent. Son cri se perdit parmi les plaintes des autres élèves et il se précipita vers la scène. Il eut la fugace et désagréable impression de revivre la catastrophe de ses huit ans – en bien pire toutefois. Robert, bien trop imposant pour la situation, le gêna plus qu’il ne l’aurait voulu et il se retint à grande peine de l’envoyer balader – il se douta cependant que ramper sur le sol poisseux de sang ne serait pas forcément plus rapide. La main de la Carrow reprit de la hauteur et son fouet siffla à toute vitesse vers Bea, qui étouffa du mieux qu’elle put une nouvelle hurlée de douleur. Lou accéléra, au bord de l’apoplexie. Sa petite sœur apparaissait à moitié inconsciente. La tête auréolée de ses cheveux blonds et le teint plus pâle que jamais, elle avait l’air d’un ange endormi. Elle ne bougeait plus, ne respirait plus ; peut-être que faire la morte était en effet la meilleure solution pour elle, mais Lou n’en fut pas moins foutrement inquiet. Le noir déglutit à l’idée qu’elle ait pu perdre conscience ; et le geste qui suivit, plus que mû par sa réflexion, fut le fruit de son impulsivité trop marquée.

Lorsqu’Alecto, une fois de plus, fouetta l’air avec son arme, ce fut le bras de Lou qu’elle rencontra – et non, comme la Mangemort l’avait prévu, le dos de la demi-loque qui rampait à ses pieds. Ses yeux noirs dardèrent le Gryffondor et un sourire mauvais étira ses lèvres ; son menton, tremblotant, s’écrasa comme celui d’un crapaud et ses mains boudinées vibrèrent d’excitation. « Allons bon, voilà qu’on me dérange pendant la récréation », susurra-t-elle. Ses yeux cernés jaugèrent Lou un instant, comme si tout se jouait maintenant, et tira sur le lien d’un coup sec. Elle rit du ridicule du rouge et or à moitié avachi devant elle – en fait, seuls ses avant-bras supportaient son poids et ses membres inférieurs traînaient derrière, inutilisables. Elle ouvrit la bouche, un air de pure délectation peint sur le visage. « Qu’avons-nous là ?

- Elle ne méritait pas ça », fit Lou sans se préoccuper de la douleur qui émanait de son bras. « Elle n’a rien fait. Elle est pure. S’il y en a un que vous devez punir ici… » Il tenta d’empêcher le tremblement dans sa voix ; il était terrifié, mais il était hors de question de l’avouer – de le montrer. « C’est moi. »

L’ombre du professeur, de noire de menaces, se fit beaucoup plus dangereuse. Elle se pencha et lui saisit le menton en faisant bien attention d’exagérer la mimique de dégoût qu’elle esquissa pendant le contact. « Et qu’en sais-tu, courageux petit jeune homme ? As-tu la moindre idée de ce qu’il se passe ? » Elle plissa les yeux encore plus tandis qu’un pli soucieux déformait son front. Soudain, et ce fut clairement perceptible pour Lou qui n’en était qu’à quelques centimètres, la rage envahit ses iris d’un brasier déchaîné. À cet instant, elle avait plus l’air d’un monstre monté des Enfers que d’une sorcière humaine. « Peut-être… », murmura-t-elle alors que l’idée se modelait dans son esprit, « peut-être que tu sais. Peut-être que tu connais les coupables… peut-être que tu en fais partie. » Elle s’approcha encore un peu plus. Son odeur, mélange de sa transpiration et de son haleine de la nuit, l’agressa directement. « DIS-MOI ! », hurla-t-elle soudain, et Lou eut bien du mal à ne pas sursauter. « DIS-MOI QUI FAIT PARTIE DE CET ABOMINABLE COMPLOT !

- Je n’ai jamais dit que je savais quoique ce soit », lâcha le jeune homme d’un air insolent. Il laissa une ombre de sourire planer sur son visage sombre, comme pour lui signifier qu’il se moquait vraiment d’elle. Pas juste un peu, pas comme s’il n’avait pas conscience des retombées de son effronterie – en toute connaissance de cause et parfaitement au courant de ce qui pourrait lui arriver. Et le pire dans tout ça, c’est qu’en effet, il n’avait pas la moindre idée de qui avait tagué ces fichus murs.

Carrow le relâcha et il s’affaissa tout à fait sur le sol. « Tel le rampant que tu es », cracha-t-elle d’un air extrêmement dédaigneux – puis elle empoigna à nouveau son fouet, qui s’était déjà enroulé autour de son poignet, et le fit claquer dans l’air comme si Lou allait céder plus facilement ainsi. « Tu vas tout me dire, sale vermine », et elle l’abattit sur l’abdomen du jeune homme. Ses vêtements partirent en lambeaux sans plus de résistance et, si sa peau avait été propice à marquer, sans doute que l’estafilade rouge aurait été plus impressionnante. Le sang rouge se devinait à peine sur le ventre brun du garçon. « DIS-MOI ! », beugla-t-elle encore en frappant comme une hystérique.

Lou serra ses lèvres du mieux qu’il put alors que le fouet s’abattait toujours plus violemment sur lui. Aucun gémissement ne franchirait ses lèvres, ce soir-là ; aucun gémissement, aucun tremblement et aucune marque de faiblesse. Il refusait de s’abaisser et de lâcher les armes. Il aurait juste voulu récupérer Bea et s’enfuir, s’enfuir très loin, mais c’était impossible et il ne souhaitait pas épiloguer dessus. Il subirait mais ne flancherait pas.

Il encaissa un autre coup.

Un autre encore.

Puis encore un autre. Lou cessa de compter. Il cessa d’essayer de comprendre les éructations inintelligibles de Carrow. Elle crachait des choses, des choses abominables, comme un mantra qui excuserait son infamie. Il cessa de suivre des yeux les postillons en espérant oublier la douleur bien trop tranchante qui le transperçait de partout. Il cessa d’essayer de se retenir de crier – de toute façon, en était-il encore capable ? Personne n’était supposé pouvoir résister à autant de chocs, n’est-ce pas ? Personne n’était humainement capable d’accumuler autant de blessures sans abandonner en cours de route, pas vrai ?

Il laissa tomber sa tête sur le carrelage. Ses muscles se contractèrent encore sous l’assaut répété du fouet, mais son cerveau, complètement déconnecté, refusa d’enregistrer la douleur. Bea était là, juste à côté – elle respirait et lui souriait. Lueur d’espoir au milieu de la violence omniprésente. Ilot auréolé au milieu de la mer déchaînée. Sa Bea, sa petite sœur – si elle était sauve, alors rien d’autre n’avait d’importance. Il ferma les yeux et la douleur reprit toute son importance ; elle raviva le cauchemar, l’insupportable vérité plutôt, et Lou faillit crier – faillit seulement. Le gémissement qui s’échappa fut presque plus humiliant.

Et puis tout s’arrêta soudain. Son corps arrêta de tressauter et le fouet cessa d’entamer sa peau. Le sang, lui, coulait toujours et il lui semblait que des couteaux fouillaient sa chair. Difficilement, le jeune homme leva la tête vers son bourreau. Son frère, d’un geste autoritaire et glacé, lui maintenait le bras en disant quelque chose qu’il ne comprit pas. Ça ressemblait peut-être à « Ne sait rien » ou « Sert à rien », il ne savait pas – toujours fut-il qu’Alecto baissa enfin son arme. Il ferma les yeux, comme à bout de force – et après tout ne l’était-il pas ? Il n’était certes pas du genre à s’apitoyer sur son sort, plutôt celui qui fonçait tête baissée dans le nid d’Acromentules ; le souffle irrégulier de Bea toutefois suffit à réfréner ses ardeurs.

Alors, et même si cela lui coûta un peu tout de même, il fit ce qu’il faisait bien trop souvent ces derniers temps : il abandonna tout là et tant pis pour les autres – tant pis pour lui, ses croyances et ses convictions, l’injustice et le déni. Il abandonnerait tout, parce que c’était ce qu’il fallait faire pour elle. Elle qui dirigeait sa vie, elle qui illuminait son monde.



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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Lun 31 Juil 2017 - 18:35

Citation du message.  
« La torture. Il y a quelque chose d'insoutenable et de vertigineux, la destruction de l'homme à l'état pur. »
( Vladimir Volkoff )
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Depuis le dernier cours d'étude des moldus, Jessicayumi angoissait dès qu'elle se savait en présence des professeurs Carrow. Cette peur était si importante, qu'elle avait même dépassé celle qu'elle éprouvait habituellement en présence du professeur Rogue. En effet, si l'ancien maître des potions avait su très tôt s'imposer comme une figure hiérarchique froide et désagréable, l'homme n'avait jamais levé sa baguette ou martyrisé physiquement l'étudiante. Alecto et Amycus, eux, étaient bien plus fourbes et démoniaques. Elle l'avait su à ses dépens lorsqu'en cours, elle avait assisté à la torture d'un des étudiants. De plus, elle ne s'était pas remise de leur dernier leçon. Elle ne parvenait pas à oublier les tremblements de son bras, alors qu'elle devait lancer le pire des sortilèges impardonnables : Avada Kedavra. Elle n'y était pas parvenue, mais la Serdaigle n'était pas sortie indemne de cette expérience.  

Vous comprendrez par conséquent que la Serdaigle n'était guère rassurée ce 17 octobre. Réveillée de force quelques instants plus tôt, elle suivait docilement ses camarades de classe qui regagnaient la Grande Salle. Elle n'en restait pas moins préoccupée. Son regard ne cessait de parcourir la foule d'élèves, souhaitant s'assurer que les personnes qui lui étaient chères étaient bien présentes.

S'ils étaient réunis aussi tôt dans la Grande Salle, c'était parce qu'ils devaient dénoncer ceux qui avaient pû taguer la bibliothèque dans la nuit. Néanmoins, aucune réponse ne fut donnée. Alors commença la punition collective. Les premiers sortilèges furent lancés et les premiers cris s'envolèrent dans la Grande Salle. Impuissante et clouée sur place, Jessicayumi vit ses amis et camarades de classe devenir une par une les victimes de ses professeurs. Avalant avec difficulté sa salive, son regard vacilla néanmoins lorsqu'elle entendue les implorations de la petite Andrée de Kerimel. L'étudiante était si jeune et toute cette scène était si injuste...

Peut-être espérait-elle au fond ne rester que spectatrice de cet affreux tableau... C'était sans compter sur le fait que les professeurs Carrow ne semblaient vouloir épargner personne. Jessicayumi fut une des victimes d'Alecto. Elle lui lança un sortilège Endoloris. En une fraction de seconde, la sixième s'écroula au sol, gémissant de douleur. Se tortillant dans tous les sens, elle espérait vainement trouver un position qui pourrait calmer les démons qui déchiraient son corps. Mais rien, rien ne pouvait l'apaiser. C'était si douloureux... Jessicayumi n'avait jamais eu aussi mal et ne souhaitait qu'une chose : que la souffrance s'arrête, même si cela signifierait qu'un autre élève endure le sortilège à sa place.


- S'il vous plait... Arrêtez... S'il vous plait...

Mais ses supplications n'eurent aucun effet - si ce n'est peut-être encourager son agresseur à renouveler son maléfice. La sixième année se roula sur le sol une nouvelle fois, le visage larmoyant et les traits tirés par la douleur. Elle continua ainsi à se tordre de douleur pendant un moment, mêlant les cris aux larmes. Son supplice semblait ne jamais s'arrêter...

... On ne pouvait ressentir aussi fort une telle souffrance sans devenir fou...

Lorsque enfin, Alecto baissa sa baguette et s'éloigna d'elle pour s'occuper d'un autre élève, Jessicayumi resta immobile, recroquevillée au sol, les yeux fermés et le corps tremblant. Il lui semblait encore sentir la force du maléfice dans tout son être... Elle craignait aussi qu'en bougeant, elle n'attire de nouveau l'attention sur elle et qu'un adulte vienne la torturer à nouveau. Mais surtout, elle se sentait bien trop chamboulée et faible pour oser se relever. Autour d'elle, elle entendait le cris de ses camarades et ce son était à lui seul un calvaire. Merlin, quelle horrible nuit de souffrance... L'aube serait certainement synonyme de délivrance - un semblant du moins. Mais elle ne voulait que cela... Un rayon de soleil pour éclairer cette sombre nuit... Elle ne voulait qu cela.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Sam 19 Aoû 2017 - 14:11

17 Octobre 1997
~
La Nuit des Souffrances



Comment était-elle arrivée là ?

Elle s'était difficilement extirpée du doux songe qui berçait son sommeil tranquille. Probablement le dernier. Un léger filament d'air avait frôlé sa joue, ce vent nocturne si doux, si frais. La fenêtre était ouverte mais l'échappatoire n'était qu'illusoire.

Comment était-elle arrivée là ?

Raven l'avait secoué. Violemment. Fortement. Paniquée, son amie était paniquée. Mais Malia ne comprenait pas. Elle se frottait les tempes, refermait les yeux. Le chaos ne cessait pas. L'empressement de Raven s'accentuait. Pas de temps pour comprendre, il fallait se lever, marcher, suivre.

Pourquoi était-elle là ?

Elle entendait des pleurs étouffés, des murmures inquiets. Elle voyait des visages tétanisés, des gestes saccadés. Elle sentait des corps frôler sa peau, buter contre ses épaules. Elle respirait la peur, l'angoisse, cette odeur pernicieuse qui enveloppait petit à petit la Grande Salle.

Pourquoi étaient-ils tous là ?

Elle se retourna. Raven n'était plus là. Elle ne trouva pas non plus Elliot. Elle s'était laissée engloutir par l'amas flou des corps qui s'agitaient. Elle agrippa son pendentif de ses deux mains et se figea. Elle ne reconnaissait aucun visage, elle regardait à travers eux, dans le vide. Elle n'était pas avec eux, elle n'était pas ici, elle était seule.

Pourquoi étaient-ils tous là ?

Au fond d'elle, elle comprenait la situation. Elle savait ce qui était en train de se passer. Ce qu'elle avait toujours redouté, ce qu'elle n'avait jamais vraiment pu imaginer. Inconsciemment, elle était consciente de tout ce qui se déroulait autour d'elle. Mais elle s'y refusait d'y croire. Fermement. Puis le silence l'assomma dans un élan violent. Elle releva la tête, le décor était figé. Plus de mouvement, plus de bruit, rien qu'un calme infini qui précédait sans aucun doute une tragédie. Dans le coin de son champ de vision étaient dessinées deux silhouettes sinistres que son regard n'osait affronter de face. L'un de ces deux êtres infâmes brisa le silence et sa voix abject résonna un certain temps dans l'esprit de Malia. Elle recevait d'un choc frontal ces mots tranchants sans parvenir à en extraire le sens.

Conséquences. Coupables. Sévir. Leçon.

Souvent, les gestes étaient plus explicites que les mots. Un théâtre monstrueux prit alors vie sous les yeux de l'adolescente: deux baguettes menaçantes se levèrent soudainement et pointèrent injustement les élèves. La Grande Salle se noya dans une effusion de sortilèges suivie d'une chorale de plaintes lancinantes. D'abord les plus jeunes, les plus insouciants, les plus vulnérables. Eux en premiers. Les pupilles affolées de Malia survolèrent ces spectacles odieux de torture où les enfants tenaient le premier rôle. Leurs cris résonnaient dans son âme déchirée et provoquaient une douleur sinueuse en elle, tel un effet miroir engendré par sa trop grande sensibilité, sa compassion dévouée. Son humanité.

Incapable de supporter le chaos qui persécutait ses sens, la jeune Montgomery abaissa avec force ses paupières, porta ses mains tremblantes à ses oreilles et se recroquevilla doucement sur elle-même. Ses genoux nus percutèrent mollement les dalles glacées de la Grande Salle et sa colonne vertébrale s'enroula encore un peu plus pour emprisonner son corps frêle dans un cocon protecteur illusoire. Elle aurait voulu se recouvrir de sa couette - comme quand, enfant, elle craignait qu'un épouvantard sorte de son placard - pour ne plus sentir les courants d'air créés par l'agitation ambiante qui chatouillait sa peau à découvert, seulement drapée d'un fin pyjama constitué d'un short et d'un débardeur. Cette nuit-là, elle aurait voulu s'enfuir, disparaître, se désintégrer de ce monde qui vacillait dangereusement au-dessus d'un gouffre de souffrances. Mais aucune échappatoire n'étant présente, du moins physiquement, elle fit donc ce qu'elle savait le mieux faire : se réfugier dans son monde spirituel, dans son imaginaire. En attrapant une pensée fugace et en s'agrippant fortement à cette rêverie rassurante, elle ramena à elle un souvenir chaleureux d'un hiver au coin du feu. La comptine finlandaise que sa mère lui chantait dans son songe embauma son esprit et quelques notes mélodieuse commencèrent alors à s'échapper de ses lèvres à peine entrouvertes.



Lennä, lennä, leppäkerttu,
ison kiven juureen.


Des mots hésitants, à peine audibles, murmurés d'une voix fragile, un peu cassée mais flottant harmonieusement sur cette douce mélopée.

Lennä leikkikedon kautta
unipuuhuun suureen.


L'écho d'une voix lointaine, celle de sa mère, résonnant dans les abysses de sa mémoire.

Kulta-kultalehden alla
äiti puuron keittää.


Une mélodie rassurante, apaisante, envoûtante. Un charme émotionnel protecteur.

Unituutu leppäkertun
lämpimästi peittää.


Plus aucun bruit externe ne l'atteignait, seul son refrain enfantin berçait son corps dans un mouvement de balancier immuable.

Laula, laula, unilintu,
tuoksu, tuomenterttu.


Elle fredonnait inlassablement cette ritournelle, encore et encore, pour ne pas laisser la réalité la rattraper, pour ne pas laisser le songe s'effilocher.

Nuku, punapaitulainen,
pikku leppäkerttu.


Seulement, l'éternité ne lui appartenait pas.

Lennä, lennä, ...

- Insolente !

La voix retentissante d'Amycus Carrow percuta violemment la vulnérable fillette au moment même où les puissants bras du bourreau avaient arraché ses fines mains de ses oreilles voulues sourdes. La paix invoquée par sa ritournelle disparue aussitôt que la peur l'enserra, retenant ses poignées dans une étreinte douloureuse. Le visage du frère Carrow était proche du sien, elle le devinait par le souffle régulier qui heurtait son visage opalin, mais elle s'obstinait à garder les yeux clos. Elle n'osait pas l'affronter, elle ne voulait pas voir le regard malveillant de celui qui l'avait prise comme nouvelle victime. Elle ne voulait pas déceler dans ses orbites noires la lueur de ses intentions abjectes. Elle repoussait cette vision comme si l'aveuglement allait tenir écarté la réalité, la peur et la souffrance qui, malgré tout, se frayaient un chemin insidieux dans son âme. Mais ce comportement apeuré semblait apparaître comme de l'insoumission  aux yeux du Carrow qui lâcha précipitamment l'un de ses poignés pour s'empara de son menton et relever promptement sa tête blonde.

- Comment oses-tu ignorer ma présence ? Regarde-moi ! ordonna sèchement le Mangemort, provoquant un violent soubresaut chez son interlocutrice qui se soumit à ses volontés en déliant ses paupières closes. Et bien voilà, tu es capable d'obéir finalement, poursuivit-il d'une voix plus calme, plus inquiétante. Mais ton manquement de respect mérite une sévère correction. Voyons, comment pourrais-je t'apprendre les bonnes manières ?

L'homme imposant plongea dans une réflexion muette tout en fixant le visage juvénile qui trônait dans sa main gauche tandis que, de sa main droite, il empoignait délicatement sa baguette. Soudain, un rire mauvais déforma son visage et trancha le silence angoissant qui s'était installé.

- Comment se fait-il que je puisse lire autant de répulsion sur ton visage, jeune fille ?  Ne t'a-t-on jamais appris à afficher un sourire courtois et soumis à ceux qui te sont supérieurs ? Première leçon : l'amabilité.

Fier de l'idée qui lui vint à l'esprit, Amycus leva son arme à hauteur du visage de l'adolescente et, toujours agité d'un rire obscure, il formula un sortilège qui fit trembler Malia avant même que ses effets ne l'atteignent

- Diffindo.

Un murmure qui, en un frisson, insuffla les prémices d'une profonde coupure. Comme aimanté par la commissure droite des lèvres de la fillette, l'arme du tortionnaire frôla cette fine parcelle de peau qui se déchira sous son passage lent et minutieux. Les premiers filaments cutanés se délièrent avec la promesse d'élargir la cavité buccale de la demoiselle. Celle-ci ne pu étouffer un cri spontané, allié de la douleur fulgurante qui l'envahit en un instant, sans gradation, sans tiraillements préalables, rien qu'une souffrance crue qui s'accentuait à mesure que le déchirement évoluait vers sa joue immaculée de sang. Ce cri strident, qui semblait prendre source au plus profond de son être, imposait à ses lèvres une ouverture béante pour mieux pouvoir s'échapper mais provoquait ainsi l'élargissement de la faille à peine formée. Des pulsations saccadées agitaient son faible corps alors que son cou était prisonnier de la poigne ferme d'Amycus Carrow. Les doigts tremblants de Malia s'enroulèrent autour de cet avant-bras puissant et s'y agrippèrent, évacuant la pression en y enfonçant leurs longs ongles. Mais ce geste fut seulement guidé par la douleur qui contractait chacun de ses muscles, il ne s'agissait pas là d'une intention délibérée de résister, de se débattre, la lutte était vaine, elle cédait seulement aux pulsions auxquelles se pliait son corps. Soumise, elle puisa donc dans ses maigres forces pour maintenir sa bouche fermée, pour étouffer ce cri indomptable, pour s'empêcher d'élargir la plaie et d'aggraver la mutilation. Un flot visqueux de sang s'écoulait de sa joue tailladée, de sa commissure déchirée et de sa lèvre inférieure percée par ses canines révoltées. A cette cascade rougeoyante vint se mélanger un liquide cristallin et salé qui s'insinua dans ses plaies pour y récolter une douleur encore plus intense. Elle gémissait bruyamment sans céder à la tentation d'offrir une échappatoire à son cri, mordant vigoureusement sa lèvre inférieure. Alors que son bourreau semblait satisfait de la ligne épurée qu'il venait de dessiner, une lueur d'espoir traversa les pupilles inondées de la sorcière à l'idée que sa torture était achevée. Mais c'était sans compter le soucis de perfection qui caractérisait souvent les meilleurs tortionnaires. La structure harmonieuse du minois qui s'offrait au Carrow était bien trop déséquilibrée, il fallait y remédier. Soucieux de réaliser un tableau parfaitement symétrique, un nouveau diffindo heurta la face gauche de l'élève, reprenant le même chemin, perçant sa peau de façon similaire, trouant la couche la plus fine pour finir sur une entaille moins incrustée. Le même sort, la même trajectoire, les mêmes sensations. Seulement, le supplice était à présent décuplé et, perdant ses dernières forces, Malia céda à l'implosion de ses cordes vocales et dans un dernier cri effroyable, elle perdit connaissance.

Lennä, lennä, leppäkerttu,
ison kiven juureen...


_________________


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Peu importe l'immensité du néant dans lequel elle est plongée, elle continuera à croire qu'un filet de lumière, aussi mince soit-il, existe quelque part et pourra surpasser l'ombre ~ ©endlesslove.
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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mar 22 Aoû 2017 - 15:56


- Schepper, debout.

Léon ouvrit les yeux, fixant le plafond lugubre du dortoir. Il aurait pu rester là à méditer sur la raison qui poussait le préfet des Serpentard à le réveiller dans ce qu'il semblait être le milieu de la nuit. Mais non, il n'allait pas faire ça. Quelque chose lui soufflait que la situation était grave. Par quelque chose, comprenez l'agitation ambiante et son regard terrorisé. Il percuta Crabbe en se levant. La vision du colosse en caleçon lui souleva l'estomac et le jeune homme secoua la tête. Par la barbe de Merlin, jamais il ne réussirait à oublier cette vision d'horreur. Il attrapa un tee-shirt à la volée et suivi les autres membres du dortoir alors que Malefoy se plaignait à coup de " si mon père apprend que ...". Un gros dur, quoi. Qui devait se faire dessus à chaque fois que son patriarche quittait le périmètre.

Léon se mêla à la file des élèves. La Grande Salle semblait être leur destination. Il sentit son ventre se nouer. Cela ne sentait absolument pas bon. Le genre d'odeur nauséabonde que l'on voudrait bien éviter toute sa vie. Les portes grincèrent en se refermant derrière les derniers élèves. Maintenant que les pauvres oisillons qu'ils étaient se retrouvaient pris au piège, quel était donc le chat prêt à les avaler tout cru ?

-Silence ! siffla Amycus.

Super. La psychopathe et son frère, à cette heure ? La réponse était donc non : cela n'était pas une invitation dissimulée à un bal nocturne improvisé. Quel humour Léon, vraiment, pensa-t-il. Léon déglutit avec difficulté, tandis qu'Amycus les toisait d'un oeil mauvais. Des deux mangemorts, c'était probablement le moins dangereux. Ce qui revenait à dire que le maléfice "Avada Kedavra" était préférable à celui de "l'Endoloris". Famille de tarés. D'habitude, Léon tâchait des les éviter le plus possible. Mais ça, c'était avant qu'on le tire de son sommeil pour les enfermer dans cette pièce sans issue. Avant même l'heure du déjeuner. Et en parlant de repas, rien qu'à regarder le regard empli de folie de la soeur Carrow, on devinait qu'elle avait soif. Soif de sang. Quelle chance alors que d'avoir à disposition toute une école !


- Des petits plaisantins se sont crus suffisamment malins pour quitter leur dortoir et enfreindre le couvre feu en faisant fi des conséquences.

Léon respira un bon coup. Il était prêt à parier que la suite n'allait pas lui plaire.

- Ils ont par ailleurs dégradé tout un pan de la bibliothèque par d'ignobles graffitis. Des allégations ! De tels agissements ne sauraient être tolérés à Poudlard.

Il sentit son sang s'arrêter malgré que son coeur batte à grand coup, comme désireux de s'extirper de sa cage thoracique. Chouette idée, la fuite. Mais quel était donc l'imbécile qui avait eu l'idée révolutionnaire de faire de la publicité sur les murs en pierre de l'école ? C'était quoi, exactement, le but espéré ? Qu'un élève tombe sur un slogan de la résistance et se dise : mais oui ! ça à l'air chouette, allez je finis mon cours d'arithmancie et je m'engage contre celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Mais quelle bande d'idiots sans cervelles !

- J'exige que les coupables se dénoncent immédiatement, sans quoi nous devrons sévir.

Il y  avait presque de la sensualité dans la voix de la Mangemort lorsqu'elle prononça le mot "sévir".  Léon se demanda si c'était de cette façon qu'elle prenait son pied. Que les fondateurs leur viennent en aide. Ils allaient tous mourrir.

- Et bien, personne ?

Etonnamment, aucune âme charitable n'eut envie de se donner en pâture. Pas même le responsable de ce qui allait s'annoncer comme le carnage de l'année. Léon frissonna, ne pouvant quitter des yeux les deux mangemorts qui serpentaient entre les allées, se délectant des reniflements et des yeux humides des élèves les plus jeunes qui pleuraient déjà. Bravo champion, pensa l'adolescent, s'adressant mentalement à l'espèce de raté responsable de toute cette mascarade. Espèce de lâche. Tu as réalisé l'oeuvre du siècle et maintenant tu vas pouvoir en admirer le résultat. Y'aura bientôt assez de sang dans cette salle pour que tu repeignes l'intégralité du château avec des putains de slogans révolutionnaires. L'école te remercie de ta fougue, ça va vraiment nous aider.

- Tututut… Tout ceci mérite une leçon de savoir vivre. Tu n'es pas de mon avis Alecto?

Léon se mordit la lèvre et déglutit son propre sang, comme prémices à ce qui n'allait pas manquer d'arriver. Il avait l'impression d'être englué dans le sol, incapable de bouger tandis que l'adrénaline se rependait dans ses veines, gelant ses muscles, accélérant son rythme cardiaque. Sa respiration devînt bientôt erratique. Il avait peur.

- Tu lis dans mes pensées mon cher frère, approuva la jeune femme. Par quoi allons nous commencer ?

Ca y est, on y était. Léon recula lentement, se retrouvant rapidement acculé contre un mur, au fond de la grande salle. Il accrocha du regard ses condisciples et baissa les yeux vers le sol. Il n'avait pas l'intention de regarder. Plusieurs cris s'élevèrent et il serra les dents. Respire, se dit-il. Doucement. Inspire. Voilà, essaies de te calmer. Essaies de te concentrer sur autre chose. Bon ok, d'accord : c'est horrible, mais mieux vaut eux que toi. Respire, Léon .... Respire. Plusieurs élèves étaient en train de supplier. Des voix parfois terriblement enfantines qui lui firent relever la tête, alors qu'il s'était fait promettre de ne pas regarder. Mais la curiosité parfois malsaine, cet esprit de voyeurisme qui poussait les humains à se délecter de l'horreur, Léon en avait également hérité.  Certains hurlaient, de ces cris désespérés exprimant autre chose que de la souffrance physique. Léon ne savait pas quels êtres chers ils croyaient voir souffrir mais il ne tenait pas à découvrir quel genre de sortilège les Carrow utilisaient. Pas très loin, une première année de sa maison semblait baigner dans une marre de sang, son petit corps s'agitant de douleur. Endoloris. Léon détourna la tête, son ventre se soulevant. Il avait envie de vomir. Il ne parvenait plus à détourner le regard : les Carrow lacéraient, tranchaient, torturaient, humiliaient. Et les élèves tombaient les uns après les autres. Il n'y avait pas de choix déterminés, juste la loterie de la vie qui se faisait plus défavorable pour certains. Aucune maison, aucun nom ne semblait pouvoir les protéger de la folie destructrice des mangemorts. L'horreur, dans sa plus simple des représentations. Léon sentit ses jambes trembler, flageolantes, et il lutta pour tenir debout.

Alecto se rapprochait de lui, lentement mais sûrement. Plus que quelques poupées de chiffon à torturer et cela serait à son petit groupe de Serpentard. C'était inévitable. Léon s'imposa une respiration calme, prenant soin d'oxygéner au maximum son cerveau en ébullition. Pauvre instinct de survie qui poussait tout une partie de son être à rechercher une échappatoire. Comme ci c'était possible. Pourquoi personne ne se dénonçait ? Mais où était donc Potter et ses amis lorsque l'on avait réellement besoin de lui ? L'adolescent aurait mis sa main à couper que le balafré se serait dénoncé, même à tord, afin de protéger l'assemblée de cette nuit de souffrance. Visiblement, les résistants n'étaient pas fait du même moule. Ecrire sur un mur et mettre en danger toute l'école ? Facile ! Assumer ses actes ? Là, par contre, il n'y avait plus personne.  

Léon laissa ses yeux errer sur les élèves autour de lui et il sentit de nouveau son coeur se serrer. Partout où ses yeux se posaient, il ne voyait que de la peur et de la désolation. L'impuissance dans sa forme la plus simple. Ils n'étaient que les spectateurs du déchainement de violence des mangemorts. Il laissa les cris de ses camarades lui déchirer les tympans, les blessures de certains lui retourner l'estomac. L'odeur du sang lui agressa le nez et il retint de nouveau un haut le coeur. C'était des vies entières qui basculaient ce soir. La guerre les rattrapait tous et pour une fois, chacun était logé à la même enseigne. Léon n'avait pas mesurer l'horreur de ce que représentait le seigneur des ténèbres jusqu'alors.  C'était facile de ne pas être bouleversé par les immondices rapportées dans la gazette du sorcier : il lui suffisait de fermer les yeux. Là, la réalité était en train de lui crever les prunelles. Au loin, Malia s'effondra sous le coup d'un sortilège. Ses cheveux blond vénitien semblaient à présent rouges, baignant dans une marre d'hémoglobine. La bienséance aurait voulu qu'il vienne en aide à son ex petite-amie, mais Léon ne bougea pas d'un yota.

Il préféra fermer de nouveau les yeux, pour tenter de faire baisser la peur qui prenait peu à peu possession de lui. Il n'avait même pas honte d'employer ce mot : il était terrifié. Sauf que la peur n'était pas bonne. Elle obscurcissait l'esprit, tétanisait son être. Il avait déjà laissé cette part de lui prendre le dessus à la mort du directeur de l'école. Il s'était longuement demandé quelle stratégie adopter pour ne pas couler avec le reste du navire, le reste de la communauté sorcière. Il avait choisi de ne pas voir cette guerre, de détourner le regard. Pourquoi son plan devait-il voler en éclat cette nuit,  pourquoi la guerre était-elle si déterminée à l’arracher à son lit pour venir lui hurler aux oreilles qu'elle était là, bien présente, même  à Poudlard où il se sentait tant en sécurité. L'adolescent avait l'impression que tout le château lui criait " Ouvres tes yeux, Léon, regarde. Voilà ce dont tout le monde parle. La guerre. C'est moche, pas vrai ? ".  Sauf que lorsque l'on ouvre les yeux, on finit toujours par voir des choses que l'on n'a pas envie de voir. On finit également par apprendre des vérités qu'on préférerait ignorer. Mieux valait rester à l'écart.  

- Monsieur Shepper, susurra la voix d'Alecto.

La peur ne quittait pas sa peau, hérissant les poils de ses bras tandis qu'un frisson le traversait de la tête aux pieds. Il avait froid, mais son sang bouillonnait. Alors, il cessa de se battre et ouvrit les yeux, son regard apeuré se plantant dans celui, comblé, de la Mangemort. Il laissa l'affolement grignoter tout l'espoir de rester indemne. La peur se lova lentement en lui, guettant le moment où il perdrait pied. Mais Léon tâcha de conserver le peu de fierté qui lui restait, tenant les rangs. Pas question qu'il ne s'effondre en pleurant.

- Rien de personnel, Monsieur Schepper.  Il faut bien des dommages collatéraux, même parmi les Serpentards, lui souffla Alecto en souriant de toutes ses dents.

Il n'y avait rien de joyeux dans ce sourire. Ce sourire - le sourire que l'on a avant de briser quelqu'un, juste par sadisme - se déployait comme une promesse morbide. Léon s'y attarda quelques secondes et l'imagina proférant des sortilèges tous plus douloureux les uns que les autres. Il pensa à Malia, son visage poupin défiguré par la main d'un Mangemort. Et il comprit que c'était à présent son tour. Dans un geste désespéré, il se retourna face au mur, au même moment que le sortilège fendait l'air.

- Diffindo.

C'était comme si son monde volait en éclat. De la torture à l'état pure, un calvaire,  un déchirement, une souffrance. La brûlure lancinante d'une plaie déchirant son dos. C'était pire que tout. Pire que la fois où il s'était cassé le bras enfant, pire que la douleur de son os démis le même jour, pire que la façon dont le médicomage l'avait remis en place dans un claquement sec. C'était mille fois plus douloureux que la fois où il s'était entaillé le doigt en colonie de vacance, mille fois plus sanglant que lorsqu'il avait vu le sang quitter sa main ce jour là.  Léon ravala un sanglot, tombant à genoux. Le liquide poisseux dégoulinait dans son dos, maculant le tee-shirt blanc, terminant sa course contre le caleçon de son pyjama qui se retrouva imprégné d'hémoglobine à son tour. Il cru défaillir tandis en sentant ce liquide chaud et vital l'abandonner, à deux doigt de tourner de l'oeil. Ses forces le quittaient à la vitesse d'un vif d'or en plein match. C'était étourdissant, à la manière d'une gueule de bois imprévu, pire qu'un lendemain de nuit blanche, pire qu'un endormissement en pleins cours d'histoire de la magie. Il avait l'impression de n'être plus qu'une loque sanglante et dont le peu de sang qu'il restait faisait accélérer son rythme cardiaque. Logique, pensant Léon, avec l'hémorragie mon coeur est bien obligé d'accélérer la cadence afin de me maintenir éveillé, récupérant le sang au plus vite pour l'oxygéner et le renvoyer vers les organes nobles. Il maudissait tous les livres de médicomagie qu'il avait englouti. Il n'avait pas envie de penser  à l'épiderme entaillé et aux couches de muscles mises à nues.

Il tâcha de se rattraper au mur mais son corps en décida autrement. Dans un derniers gargouillis de douleur, il s'effondra face contre terre, presque heureux que l'inconscience mette fin à ce supplice.

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MessageSujet: Re: [17 Oct 97] Nuit de souffrances Mer 30 Aoû 2017 - 21:18







Nuit de souffrances
Le règne de la terreur commence



Quel son merveilleux et doucereux que celui de dizaine d'enfants gémir et pleurer à leurs pieds. Qui a t-il de mieux au monde ? Cette sensation incroyable de contrôle, de puissance en somme de parfaite domination. C'était Noël avant l'heure. En l'espace seulement de quelques minutes, les Carrow avaient perdu totalement pieds. La frustration, le dégoût, le mépris tant d'accumulations qui expliquaient cette perte totale de raison et ce coup de folie. Lorsque vous goûtez à ce sentiment de puissance, cette adrénaline qui s'empare de vous, plus rien n'a d'importance. Cette folie qui se distille dans vos veines et qui prend possession de votre âme, annihile toute forme de prudence, de logique, de raison ou d'intelligence. C'était précisément ce que vivaient le frère et la sœur Mangemorts. Parfaitement inconscients des conséquences de leurs actes, ils s'adonnaient avec un véritable ravissement sadique et malsain à torturer sauvagement les élèves.

Quelque soit leur âge, leur sang, leur position au sein de l'école, ils n'étaient plus rien à leurs yeux. Simplement des larves. Des masses infectes et impures qui se tortillaient et gémissaient à leurs pieds. D'ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ? Il était très tard (ou très tôt), la pénombre régnait malgré quelques bougies qui flottaient pitoyablement au dessus de leurs têtes (un jeu de lumière voulu et imposé par ces deux sadiques pour accentuer la terreur de leurs proies). Tous n'étaient vêtus que de simples pyjamas, parfaitement grotesques pour certains, incroyablement prétentieux pour d'autres. Il n'en demeurait pas moins qu'ils se confondaient tous dans cette foule, aucun ne portait de cape arborant le blason de sa maisonnée et il était impossible  de deviner d'un simple coup d’œil qui descendait de sang purs ou de la fange moldus.

La séance n'avait pourtant duré qu'une dizaine de minutes et tous les élèves n'avaient pas encore eu le temps de subir leur châtiment quand la double porte de la Grande Salle s'ouvrit brutalement dans un craquement assourdissant. Surgissant parmi la sciure de bois qui retombait mollement tout autour de l'entrée, Minerva McGonagall, baguette en mains, stoppa cette folie. D'un simple coup d’œil, elle prit conscience de l'étendue des événements et dû faire montre d'une force de soi impressionnante pour ne pas perdre son emprise sur sa baguette. L'enjeu était bien trop important. Il la surpassait. Les surpassait tous. La première chose a faire c'était de sécuriser au plus vite les élèves. L'enseignante se redressa et quitta sa posture de combat sans pour autant relâcher sa vigilance ou sa poigne sur sa baguette et s'avança en direction des Carrow. Aussitôt la foule se scinda sur son passage.


- Que se passe t-il ici ? S'enquit-elle de son ton sec et sévère habituel.

- Cela ne vous regarde pas vieille chouette, s'emporta aussitôt Alecto.


Minerva la foudroya du regard, ce qui eut pour effet de faire chanceler légèrement la Mangemorte. Toute âgée qu'elle puisse être, McGonagall impressionnait toujours autant.


- Vraiment ? Pourtant il me semble avoir tout à fait ma place ici. Il me tarde de connaître les motifs de se rassemblement nocturne et des hurlements que l'on entend à travers tout le château, rétorqua Minerva sans se démonter.

- L'un d'eux, Amycus désigna la foule d'élèves qui progressivement s'était regroupée derrière McGonagall, a dégradé un mur de l'établissement. Cet acte ne saurait rester impuni. Donc nous voilà, conclut le Mangemort en écartant ses bras et en inclinant légèrement le buste tel une révérence en esquissant un sourire tordu.

- Je vois. Et bien entendu, votre méthode consiste à regrouper tous les élèves et à les châtier jusqu'à ce qu'ils s'écroulent par terre, à demi inconscients et pour certains à ce que je vois sérieusement blessés ? Poursuivit Minerva dont la voix commençait à trembler de fureur.

- Cette méthode a toujours prouvé son efficacité, approuva Amycus un large sourire accroché au visage.

- Évidemment. C'est bien connu que des enfants en état semi végétatifs, privés de plusieurs sens sont parfaitement en mesure de divulguer une ou plusieurs informations valables et véridiques.


Le sourire d'Amycus se figea légèrement, ses yeux papillonnèrent rapidement en direction des élèves les plus sévèrement touchés, ceux qui continuaient à gésir au sol malgré l'arrivée salvatrice du professeur de métamorphose. Il chassa néanmoins très vite cette idée de son esprit et reprit.


- Nous n'avons pas à justifier nos méthodes d'éducation avec vous, McGonagall. NOUS sommes, et il accentua lourdement sur le pronom, les adjoints au directeur. NOUS, avons toute autorité en la matière. Pas vous.

- Oh vraiment ? Et bien, Monsieur le Directeur Adjoint, Minerva accentua elle aussi chaque mot, pouvez-vous me dire comment vous allez expliquer aux familles y compris celles que vous privilégiez par préférence du sang, ce qu'il est arrivé à leur enfants sous votre protection ?


Minerva fît mouche. Alecto tout comme Amycus échangèrent un regard où la panique commençait à poindre, tout sourire étant chassé de leur visage.


- Ou bien, comment se fait-il qu'aucun enseignant ou inspecteur ne se trouvent ici pour noter et identifier l'élève fauteur ? Ou encore, ce que dirait le Directeur qui est actuellement introuvable et …

- Nous n'avons que faire de Rogue ! S'emporta à nouveau Alecto.

- C'est pourtant SA responsabilité qui est remise en jeu par votre bêtise et vôtre stupidité, rétorqua Minerva dont la voix claqua comme un fouet et obligea la sœur à reculer.

- Je… Nous…

- « Je, je, nous, nous » , imita Minerva en s'avançant d'un pas et en faisant reculer légèrement les Carrow, que va t-IL dire lorsqu'IL apprendra votre affront ? Lorsque les familles de sang-purs y compris vos 'confrères', qui ont certains lien de parenté avec les victimes, sauront à quels jeux tyranniques et sadiques vous vous adonnaient dans le plus secret sur leur progéniture. Lorsque cette petite histoire éclatera au grand jour, quelle image restera de Poudlard ? De son directeur? De sa direction ? Ou du programme éducatif que l'on cherche à y distiller ?


Cette fois ci-, les Mangemorts eurent la décence de pâlir légèrement en prenant enfin conscience de leurs actes. Oh bien sûr, ils ne regrettaient absolument rien. Bien sûr que non. Ils regrettaient juste de ne pas avoir su mieux couvrir leurs arrières. D'avoir été pris avant d'en avoir terminé avec ses rats. Et puis, même si Minerva n'avait pas précisé, ce « IL » laissait supposer qu'elle ne parlait pas seulement de Rogue mais peut-être de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Cette possibilité n'échappa pas aux Carrow qui échangèrent une nouvelle fois un regard mi contrit, mi apeuré. Amycus fût cependant le premier à reprendre contenance et à s'avancer face à Minerva. Elle était toute petite face à lui mais elle ne broncha pas et refusa de céder un pouce.


- Serait-ce des menaces ?

- Il serait imprudent de ma part d'en faire. Il serait stupide de la votre d'en douter, rétorqua l'enseignante avec tout le courage qui symbolisait sa maisonnée.

- N'oubliez pas votre place McGonagall. N'oubliez pas non plus la notre. Vous jouez à un jeu dangereux.

- Les règles semblent vous dépasser tout autant pourtant. N'oubliez pas quant à vous qu'ici c'est une école et non un centre d'expérimentation.

- Et qu'allez-vous faire ? La défia Alecto, hésitante mais se voulant hautaine.

- Absolument rien, interrompit Amycus en s'avançant d'un pas et en toisant d'un air mauvais McGonagall, elle sait très bien où est sa place.

- Elle est exactement là où je me trouve à présent, poursuivit Minerva en resserrant sa prise sur sa baguette le long de son corps, prête à faire feu si besoin était.

- Vous…


Mais Amycus ne termina jamais sa phrase car une volée de pas emplit la Grande Salle. Le reste du corps enseignant surgit enfin, tout aussi surpris par la situation que par la posture d'Amycus face à Minerva. Certains, mais ils étaient trop peu nombreux, s'apprêtaient à venir prêter main forte à l'ancienne directrice adjointe, d'autres en grande majorité préféraient éviter de se mouiller. Ce fût contre toute attente l'arrivée fortuite de Rogue qui mit fin à cette tension. Habillé comme à son habitude de noir de pieds en cape, il ordonna rapidement la dispersion de la foule sans pour autant orienter les plus faibles vers l'infirmerie (ce que Minerva ordonna auprès de ses alliés discrètement dans son dos). Personne ne connût réellement le fin mot de cette histoire, une chose est sûre c'était qu'au lendemain matin, les Carrow n'en menaient pas loin malgré leur air suffisant.  On les aperçut plus d'une fois se masser douloureusement l'avant bras. Peut-être avaient-ils enfin pû sortir de cette école qu'ils jugeaient maudite ? Peut-être qu'ON avait exaucé leur souhait d'une vie plus palpitante et sanglante le temps d'une nuit ? La vie reprit son cours mais cette fois tous étaient prévenus.

L'injustice guettait tout le monde. L'horreur pouvait frapper à n'importe quel moment. Personne n'était à l’abri. Aucun nom, aucun insigne, aucun talent, aucun prétexte ne pouvait vous protéger.   Sans le vouloir, les Carrow avaient planté les graines de la colère et de la résistance. L'action de McGonagall fît longuement parler de lui, bien que personne n'en touchait un mot à haute voix. On l'admirait, on la redoutait, on l'enviait. Mais maintenant on chercherait à l'imiter.


** FIN **

M.A a écrit:
Merci à tous les membres pour leur participation !  

Je n'imaginais vraiment pas lorsque j'ai proposé cette idée au staff qu'elle provoquerait un tel engouement de vôtre part. Il fallait jouer le jeu, oser faire du mal et mettre en difficulté son personnage et ce n'est jamais chose aisé.  

Bravo à vous ! Vous m'avez impressionné par vos textes. La noirceur et l'horreur ont véritablement trouvés échos à travers vos écrits et c'était très agréable (au moins quelqu'un a pris son pied ici ) de ressentir ENFIN ce contexte qui est décrit dans le tome 7 (ou du moins sous entendus).

J'espère avoir suscité chez vous le désir de contrer le système Carrow avec davantage d'ardeur sans pour autant oublier que tout acte héroïque déclenche inévitablement d'effroyables conséquences !  

J'ai eu le plaisir de vous lire ici et j'espère à l'avenir vous lire dans vos propres intrigues, idées, révoltes ou collaboration avec l'ennemi (certains semblent avoir compris qu'il vaut mieux ramper et éviter la foudre que se dresser et s'en prendre plein les yeux – avouez la luminothérapie a d'incroyables vertus!   )

Une grosse pensée pour Wayoth qui a réalisé les magnifiques illustrations de tortures sans connaître leur utilité lors de la commande. Tu es de loin la meilleure sur ce forum !

Encore une fois, un immense merci pour votre participation !

Soyez sages ou bien...  

M.
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[17 Oct 97] Nuit de souffrances

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