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[Hiver 95] Sinking in sin.

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MANGEMORT
    MANGEMORT
AVATAR : Gemma Ward
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire. as always.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 6 mars 1971, en Scandinavie.
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MessageSujet: [Hiver 95] Sinking in sin. Jeu 2 Mar 2017 - 22:32

/!\ Certains passages ne sont pas adaptés à tout public, c'est pourquoi nous demandons la plus grande précaution à ceux qui le lisent. /!\


Paris, hiver 1995. Des volutes de vapeur s’échappent d’une minuscule fenêtre, au dernier étage d’un minuscule hôtel. Elles se fixent un instant dans l’air glacial, avant de se disperser au cœur de la nuit. A travers la vitre floutée par la chaleur, une seule pièce, faisant office de chambre, de salon et de salle de bain tout à la fois. Un lit au confort relatif, une radio, un tabouret et une douche que l’on ne peut utiliser sans être sûr que tous le mobilier profite de l’eau. Mais cette douche est aussi la raison pour laquelle Doraleen a choisi cet hôtel en particulier. Rentrée fraîchement de mission, elle s’était sentie tellement sale qu’elle avait refusé tout net de fréquenter son partenaire une minute de plus tant qu’elle ne s’était pas lavée. Il n’avait pas été compliqué ensuite de « convaincre » le groom centenaire de lui céder gracieusement une chambre, et accessoirement, de lui accorder l’exclusivité de l’eau chaude pour la soirée. L’hôtel étant vraisemblablement vide, il n’y perdait pas grand-chose.

Cela fait donc bien quinze minutes que la Finch se prélasse sous le jet d’eau brûlante (c’était soit ça, soit l’option gelée, et elle avait grand besoin de détendre ses muscles crispés) en songeant à la ville sous ses pieds. Paris, le mythe français, cité des Lumières et de la débauche. C’est dans l’immense métropole que venait de se dérouler avec succès l’opération « Monseigneur », trois longs jours durant. Un enchaînement de filages, de menaces et d’exécutions sommaires au creux d’une ruelle, terriblement épuisant. Leur cible – qui s’est révélée être au final un groupe de dix personnes dissimulées sous un seul nom – s’était très bien couverte, et toutes les sources d’information qu’ils avaient dénichées leur avaient donné des difficultés. Entre la gamine impossible à faire parler, la clocharde qui maniait terriblement bien l’art du transplanage ou le pâtissier délicat, mort d’un arrêt cardiaque dès le premier Endoloris, ils avaient été gâtés. Au final, leurs efforts et leur endurance avaient porté leurs fruits : la planque s’était ouverte devant eux comme une évidence, et grâce à une excellente préparation du terrain et de leur condition physique, il n’avait pas été bien difficile de conclure.

En songeant au combat, Doraleen se dit qu’elle a eu de la chance d’être associée avec ce consultant. Drôle de métier. Elle-même l’aurait plutôt qualifié de mercenaire. Un homme talentueux, sans qui elle aurait perdu pas mal de morceaux durant les dernières heures. Ils n’avaient pas beaucoup parlé en dehors des préparatifs de mission et des partages d’informations. Et ce qu’ils s’étaient dit ne les avait pas vraiment éclairés l’un sur l’autre. Deux parfaits inconnus qui obéissaient aux ordres. La routine, se dit la nordique. Mais au bout du compte, pas tant que ça. Contrairement à un nombre incalculable d’autres collaborations, elle s’était sentie véritablement proche de son partenaire, dans le sens où leurs manières de penser et de procéder se complétaient bien, rendant le travail très efficace, et le temps un peu moins long. L’homme, d’une trentaine d’année, dégageait un mélange de charisme, d’exubérance et de professionnalisme très marquant, qui ne l’avait pas laissée de glace. Mais pas question de lui céder du terrain, ou de lui laisser s’approprier toute la réussite. Une voix lui soufflait que la gloire n’était rien pour lui, et que son statut indiquait qu’il agissait avant tout pour l’argent. Elle ne pouvait rien affirmer. Il s’était soigneusement assuré de ne laisser échapper aucune parole, de ne montrer aucune marque donnant la moindre information tangible sur lui en tant qu’homme. Elle-même avait employé toutes les précautions qu’exigeait son titre et sa nature. Mais en général, cette dissimulation n’était que dans un sens. Perturbant.

La jeune femme coupa l’eau et sortit de la cabine de douche. Elle se sécha rapidement le corps, essora ses cheveux platine, et toujours nue, ouvrit sa minuscule valise d’un coup de baguette. Pensive, elle en tira quelques échantillons de vêtements, mais les rangea bien vite, insatisfaite. Elle s’assit sur le lit, l’esprit ailleurs, mais brusquement l’inspiration lui vint, et elle fit venir à elle quelques étoffes qui se révélèrent être un ensemble noir, simple et confortable – bien que le haut soit aguicheur elle devait l’admettre – qui mettait en valeur la pâleur de sa peau. Elle le passa lentement, savourant la propreté et le silence, qui ne feraient pas long feu d’après elle. Puis, rangeant le tout et séchant ses cheveux d’un sort, elle s’empara d’une pochette où elle rangea de l’argent moldu et quelques petits sachets de différentes substances peu légales mais fort agréables quand partagées. Puis elle sortit de l’hôtel, son manteau à la main, ses talons claquant sur les pavés.

Spoiler:
 

Le rendez-vous n’était que vingt minutes plus tard, mais Dora n’avait eu que peu d’occasions de parcourir Paris seule et sans rien qui la force à ignorer la beauté de la ville. Elle était très sensible à l’architecture et aux ambiances nocturnes, et ici, elle était comblée. Haussmann ne s’était pas moqué du monde, et ses longues avenues vides bordées d’arbres nus étaient du meilleur effet. De nombreux cafés laissaient échapper de la musique, de la lumière et des rires. Sa destination n’était pas l’un deux. En vérité, elle ne savait pas où voulait l’emmener son partenaire. Elle n’avait retenu que le mot-clé de sa phrase : alcool. A partir de là, elle n’avait plus rien demandé. Arrivée à destination, un parc charmant en face de la Sorbonne, la Finch s’assit gracieusement sur un banc, croisa ses longues jambes et huma les parfums nocturnes de la ville, à la fois aigres et agréables, en attendant l’autre. Elle sourit furtivement en s’avisant qu’elle ne connaissait même pas son nom – autre que son nom de code – et que peut-être, elle le lui demanderait, pour plus de commodité. Puis elle se mit en quête d’une fausse identité à lui offrir en cas de réciproque.

HRP : j'ai pris quelques libertés sur l'endroit, la mission ... donc j'espère que tout est ok, sinon n'hésite pas à me le dire, je changerai ce qui ne convient pas !

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Dernière édition par Doraleen N. Finch le Ven 14 Avr 2017 - 0:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Ven 3 Mar 2017 - 19:30

Jal, Jal, Jal… Que fais-tu donc ainsi, allongé sur le ventre et le visage enfoui dans le matelas ? A se demander comment tu fais pour respirer. La silhouette dénudée aurait bien répondu quelque chose, mais dans sa position, elle ne pouvait que grogner. Jalender, debout, tu as des choses à faire, des gens à voir… Et puis, il ne sied guère à un personnage de ton rang de se laisser ainsi aller. Encore cinq minutes dis-tu ? Bon, si ce n’est que cinq… Mais ne t’endors pas, tu ne te réveilleras pas sinon, ou en sursaut et en retard, et Merlin seul sait à quel point tu détestes les gens dénués de ponctualité. Il ne manquerait donc plus que tu commences à t’approprier les défauts que tu abhorres.

Il faut toujours un peu de temps pour redevenir soi-même. Ou plutôt, pour reprendre une apparence acceptable une fois que la fatigue s’abattait sur vous. Octave… Pardon, Jal, s’était douché pour redonner du panache à ses nerfs, mais une fois sorti, l’appel de la confortable horizontalité l’avait fauché en plein élan comme l’on vous faucherait des herbes hautes avec une faux. Voilà l’énergie qui disparaissait pour laisser un corps froid et immobile, tête dissimulée dans une position à priori inconfortable entre les draps. Un cadavre qui respirait à peine. Il croyait avoir dépassé ce stade du deuil, ce qui était partiellement le cas. Mais l’épuisement fissurait la contenance et les barrières d’un esprit soudain fragile pour laisser fuiter quelques réminiscences dont on croyait vouloir se débarrasser et que l’on étreignait pourtant dès la première occasion. Créature aux trois quart humaine, Jalender s’oubliait doucement, s’abandonnant aux tendres douleurs d’un temps révolu encore un peu. Au moins la mort de Jane avait-elle contribué à rendre sa mémoire plus sereine. Il ne sombrait plus dans les souvenirs d’une enfance inexistante ou d’une adolescence mal-aimée, dans les méandres d’une vie d’insensibilité saccadée de frustrations. L’image de Jane avait pris la place de ses malheurs personnels et, alors que la retenue se relâchait, il ne pensait plus qu’à elle et à quel point elle lui manquait. Son esprit se confondait en un ruisseau d’émotions et de souvenirs discontinus dont la force ne faisait que se décupler à mesure qu’il n’entreprenait rien pour y remédier, se complaisant dans sa peine passagère, dans l’unique vestige de ce qui était parvenu à insuffler la vie en lui. Ironiquement, même morte, elle le rendait plus vivant que jamais il ne le fut jusqu’à leur rencontre. Ses souffrances passées semblaient factices et insignifiantes face à celle-là, face à la seule qui serrait réellement son cœur. Et puis, tandis que l’agitation allait en s’exacerbant, son esprit rencontrait une corniche familière, brutalement creusée, aux arêtes vives, comme si la route avait été emportée par un glissement de terrain. C’est ici que tout se figeait dans une sensation de flottement hors temps et espace. C’est ici qu’Octave sait, avec une acuité à donner la nausée, presque comme pour la première fois : Jane est morte. Est morte.

Absolument immobile, silencieux ou tout au plus gémissant d’exaspération, il attendait patiemment que passe la crise. Le matelas grinça et Jalender se releva, aigri par son propre comportement. Ces crises, aussi éparses que spasmodiques, étaient devenues trop pénibles pour être traitées comme des sentiments. Après elles, il n’éprouvait que du soulagement. Sitôt qu’il se retrouva debout, tout dans ce cosmos reprit sa place initiale et le chapitre fût clos. Jadis, la douleur prenait le dessus, mais aujourd’hui, tout cela n’était plus qu’un recasement dans lequel Jalender se complaisait avec ferveur, désireux de rouvrir cette plaie, de souffrir encore un peu de ce beau chagrin. Et comme sa mémoire était exceptionnelle, rien jamais ne s’estompait vraiment dans ses souvenirs.

Sa partenaire de travail avait insisté pour se rafraîchir et Jalender en avait fait de même. Pendant toute la durée de la mission, il avait pris soin à arborer un comportement relativement retenu et concentré sur l’objectif, sachant parfaitement qu’il s’agissait de l’un de ces travails où il n’y avait pas de temps à perdre et donc aucune fantaisie à avoir. Mais maintenant que tout était terminé, il sentait la tension s’atténuer lentement et le naturel revenir. Il redevenait charmant et serviable, pétulant comme un vin fermenté et déjà un enjouement venait parfaire l’exubérance toute calculée dont il avait su faire preuve. Ne s’étant pas laissé le loisir de le faire plus tôt, Jalender profitait enfin d’un repos relatif pour évaluer les grâces de sa partenaire. Décidemment, la troupe de Mangemorts était bien variée. Si bien que l’on y trouvait comme un condensé de la nature, allant de l’armoire écervelée à la jonquille à peine éclose et à la naïveté toute juvénile. Mais bon, plus il travaillait avec eux, plus il se rendait compte qu’à quelques exceptions près, ils étaient tous animés par un désir de pouvoir. Peu d’entre eux assimilaient finalement la doctrine de base, qui ne se présentait que comme un premisse confortable pour dominer d’office une bonne moitié de la population. S’il n’avait pas prêté attention aux charmes féminins, Jalender avait en revanche pris grand soin à observer son caractère. Un charmant orgueil l’habitait, si bien pardonné par un physique avantageux et fruit indéniable d’une éducation particulière. Quoi que ce trait-là, elle semblait le nourrir plutôt que de s’y opposer. Venait s’y ajouter une froideur certaine toute en agréments, comme si elle se défendait ainsi pour que personne n’ait le courage de la considérer plus bas que ce qu’elle voulait bien. Du coup, elle ressemblait à l’une de ces filles bourgeoises à qui l’on avait fait sentir ce qu’elles valaient, renflouant l’ego jusqu’à ce qu’il finisse par se suffire à lui-même. Elle avait semblé vouloir le cacher, mais Jalender connaissait bien cette vanité qui ne parvenait jamais parfaitement à être humble. Cela lui rappela son adolescence. Heureusement, l’on pouvait lui pardonner l’outrecuidance car tout semblait lui réussir et le consultant n’avait fait que constater à quel point elle avait répondu à ses attentes de partenariat efficace et constructif. Sauf peut-être dans son incapacité à se retenir en cas d’échec. Jalender, éternel calculateur ne se laissant jamais abattre, avait avec suspicion observé une étincelle de rage prendre la jeune femme alors que les choses avaient commencé à leur échapper. Toutefois, cette nature capricieuse n’était pas dénuée d’une élégance envoûtante, dont seules les femmes de son rang étaient capables.

Pour pallier à la lacune d’une conversation peu personnelle et mal entretenue au cours de cette mission, Jalender avait proposé un rendez-vous dans un parc pour fêter la fin de l’aventure. Il n’avait pas formulé cela exactement de cette manière, mais dans sa tête, tel était le but : finir sur une belle note et, alors que les esprits s’apaisaient, en découvrir davantage. A croire qu’il ne prenait jamais véritablement de repos dans ses éternelles observations. Il n’y avait plus de raisons pour se cacher, et Jalender avait troqué ses vêtements de paysans au champ, encrouté de sang et de saletés, contre quelque chose de plus classieux. Beaucoup plus classieux. C’était décidemment bien plus confortable pour l’âme, même si les haillons de la populace étaient appréciables pour leur… commodité. Pas la peine d’essayer de se taper un sprint en richelieus en cuir de veau noir, c’est certain. Heureusement, à Paris, ni l’un, ni l’autre ne tranchait avec le paysage urbain et Jalender passa inaperçu à la sortie de son hôtel malgré le caban en laine noire de chez Saint Laurent. Et puis bien sûr, pour ne pas changer, comme quoi l’habitude remontait à loin, un costume décontracté signé Tom Ford, cintré et sur-mesure dans une coupe dite Windsor. Mais bon, comme cet hiver était doux, tout était déboutonné. Sauf la chemise bien entendu. Enfin si, mais que de deux boutons, histoire d’avoir l’air d’aller à une soirée élégante, ni trop guindée, ni pas assez dévergondée. Un esprit libre mais élégant, comme il aimait à se le dire.

Ce n’était pas la première fois qu’il venait ici, ni la dernière non plus d’ailleurs. Il n’eut aucun mal à retrouver ses marques pour subtiliser chez un restaurateur compatissant, au nom d’une vieille amitié, une bouteille de champagne et deux flûtes en cristal. Merci, Philippe, je passerai manger un bout demain, ce soir il est trop tard. Non, je n’ai pas oublié ton caviar blanc Almas, il est dans mes bagages, tu l’auras demain, promis. Ayant décoché sa promesse, Jalender se dirigea vers le parc d’un pas léger, humant l’air frais et sentant vaguement la neige pour le relâcher en volatiles nuages de buée. La soirée promettait d’être franchement intéressante, peut-être même bien plus que la mission elle-même. Le pavé claquait sous ses talons, accompagné de quelques bruits de voitures et de brouhahas disparates, tandis que ses doigts enlaçaient souplement le goulot de la bouteille et les pieds des verres. La vie ! La belle vie insouciante de Paris l’étonnait toujours autant, surtout cette tendance à rester en terrasse alors même que l’on était en plein milieu de l’hiver. Que voulez-vous, la vie de bohème ne connait ni le chaud, ni le froid ! Un peu comme le style. Jamais il n’aurait aimé vivre ici, mais y revenir de temps en temps était un véritable plaisir. Et comme à chaque fois, parce que cette ville lui donnait soif et faim, c’est Hemingway qui lui revint en tête : Pendant que je mangeais des huîtres au fort goût de marée, avec une légère saveur métallique que le vin blanc frais emportait, ne laissant que l’odeur de la mer et une savoureuse sensation sur la langue, et pendant que je buvais le liquide frais de chaque coquille et savourais en suite le goût vif du vin, je cessai de me sentir vidé et commençai à être heureux. Espérons que Philippe ait des huîtres pour demain. De rues étroites en rues plus larges, il atteignit enfin la Place Paul Painlevé. Un square miniature s’y trouvait coincé entre la vieille Sorbonne et le beau Musée de Cluny, d’un pur style gothique flamboyant. La nuit, c’était encore meilleur, car l’on pouvait alors observer les plafonds richement ornés par les fenêtres lumineuses.

Jalender se dirigea nonchalamment vers un banc où il voyait déjà, blonde et diaphane telle la lune, parmi les arbres noirs et nus, son ancienne partenaire de mission. Avant même qu’elle ne le regarde, un sourire était venu se glisser sur ses lèvres, affable et mielleux, plissant très légèrement ses yeux émeraudes aux paupières lourdes. Il fit tinter le cristal entre ses doigts avant de relever la bouteille, tout en continuant à marcher. Un Magnum Ruinart Brut qu’il entreprit d’ouvrir après avoir posé les deux flûtes sur le banc à côté de la jeune femme. Maintenant, Jalender pouvait se permettre de la regarder d’une toute autre façon que ce ne fut le cas durant leur mission. Une sorte d’intérêt voilé flottait à la surface de son regard, faisant pétiller la couleur de ses yeux au moins autant que le champagne lui-même. Et puis, il la regardait beaucoup trop longtemps et trop franchement, comme s’il s’apprêtait à dire quelque chose, mais ne disait finalement rien. Petit jeu de tension qu’il affectionnait bien, pour voir de quelle étoffe l’autre était fait, particulièrement lorsqu’il s’agissait de relations humaines et de sous-entendus graveleux jamais prononcés. D’ailleurs, aucune parole n’était sortie de sa bouche, même pas un bonsoir, simplement un sourire affable ornait son visage et lui donnait l’air mystérieusement satisfait de quelque chose. Ayant débouchonné le goulot dans un claquement sonore, Jalender vint s’asseoir à côté de la jeune femme, dont il était -pour l’instant- séparé par le couple de verres. Verres qu’il remplit généreusement avant de déposer le champagne à côté de sa cuisse, de l’autre côté. Cérémonieusement, il leva sa flûte et, après un soupir sérieux, entama :

« A la satisfaction d’un travail bien fait. »

Après une discrète gorgée, Jalender la regarda d'un air suave tout en décochant sa première flèche avec un naturel déconcertant, la franchise reprenant le pas sur la diplomatie faite preuve durant la mission :

« Yaxley n’a pas été très clair, tu as déjà été tisonnée ? Et pas tisonnée, j’entends marquée ? »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Sam 4 Mar 2017 - 12:22

Le nez planté dans la voûte céleste, Doraleen savourait sa solitude et en prenait de pleines bouffées, comme un plongeur avant une longue apnée. Elle n’avait plus goûté ce délice du tintement de ses pensées avec elle-même, de l’absence totale d’un regard ou d’un jugement extérieur, depuis un long moment. Sa respiration se faisait de plus en plus profonde à mesure que le silence l’emplissait. Sans qu’elle puisse se l’expliquer, elle en vint à songer à sa famille. Que faisaient-ils en ce moment ? Il devait être très tôt là-haut. Son père devait encore dormir, tandis que sa mère organisait déjà d’une main de fer la journée auprès des domestiques. Puis elle préparerait elle-même le café. Ils ne manquaient pas à Doraleen. Personne ne lui manquait jamais, en vérité, car elle possédait cette capacité déstabilisante à laisser le passé à sa place, sans jamais s’y prélasser, sans jamais regretter la moindre parole ou acte. Souvent, elle se l’était reprochée, pensant n’être qu’un substitut d’être humain aux sentiments erronés et transparents. Puis avec le temps, et l’occupation, elle n'y avait plus prêté aucune importance. Que dire de plus ? Aller de l’avant, dresser ses faiblesses, contrôler les apparences, comme d’habitude.

Un tintement de cristal la fit redescendre dans le parc avec douceur. Elle se redressa, dégagea ses épaules en arrière, réajusta son port altier avec l’aisance que confère l’éducation, et déporta son regard vers le nouvel arrivant. Il s’était soigné. Son expression avait changée, laissant transparaître une certaine espièglerie rendue quelque peu charmeuse par l’environnement, le costume parfaitement ajusté, la lune et le champagne. Dora ne se priva pas de lui rendre la longue observation qui accompagna son arrivée. Elle nota son sourire, mais surtout le soin avec lequel il rendait son apparition avantageuse. Un expert, se dit-elle immédiatement. Si son but était de tester sa résistance au charme, il allait être servi. La jeune femme se connaissait bien. Et elle savait que si son partenaire commençait à l’analyser, à la gratter entre les oreilles pour la faire ronronner, elle serait désemparée. Pas de trouble, ni de timidité. Mais elle savait fort bien qu’à ce jeu, il en fallait peu pour la renverser. Si elle avait su si bien faire son travail ces derniers mois, c’est parce qu’elle prenait l’avantage dès le commencement, pour ne plus le lâcher. Et puis, son physique aidant, le commun des mortels se laissait facilement duper par quelques manières, quelques paroles toutes faites, qui les contentaient et les mettait en confiance avant que la faux ne s’abatte. Seulement là, elle était face à un tout autre niveau. Un sourire amusé décora ses lèvres à ces pensées. Excellente soirée en perspective.

Toujours en silence, Jalender – puisque c’était ainsi qu’il s’était présenté – prit place à ses côtés, en la dévisageant d’une façon que la Finch aurait jugée provocante en d’autres circonstances, mais qui dans l’immédiat la flattait plus qu’autre chose. Il avait parfaitement compris comment procéder avec les femmes (et les hommes, d’ailleurs), tout en finesse et en suggestion. Comme la poésie. Ne rien dire, qui ne fût un reflet de l’idée première, sans quoi le poids des mots noierait l’onde du sens. Refusant de fuir ce regard pressant, elle lui rendit brièvement, juste le temps de lui faire passer son amusement. Ostensiblement, elle fit tomber le bleu de son regard vers la bouteille et son goulot, les deux verres miroitants, et suivit chaque geste de l’homme dans l’ouverture puis dans le service du champagne. Toujours souriante, toujours silencieuse, elle lui laissait la première manche. Quoique tout bien réfléchi, elle envisageait de lui laisser tout le jeu. Elle était fatiguée de jouer au plus intelligent, au plus fin. C’était son quotidien. Avait-elle vraiment besoin de cela ? Oui, souffla sa conscience, car c’était une part d’elle. Mais déjà Jalender levait son verre, à leur fructueuse collaboration.

« A nous » compléta-t-elle tout bas, levant son verre mais n’y buvant pas encore. Elle attendait l’inévitable : le premier pas de danse. Vers quoi se dirigerait-il ? Une valse ? Il ne se fit pas attendre. Tisonnée. Si Doraleen avait bu une gorgée de champagne, elle se serait certainement étouffée avec, entre le rire et la surprise. Ce serait donc un tango, un jeu dangereux de séduction sauvage, mais précis et délicat, comme sur un fil d’équilibre. Elle se contenta d’élargir un peu plus son sourire. Là où certaines se seraient senties offensées, elle, saluait l’initiative de la beauferie, si évidente et assumée qu’elle en devenait en un sens… subtile. Elle ne réfléchit qu’une seconde à sa réponse, seconde durant laquelle elle trempa les lèvres dans le champagne pour le goûter.

« Par le seigneur des Ténèbres en personne. » Elle laissa planer l’allusion avec sourire mi-figue, mi-raisin. « Ce fut d’ailleurs assez douloureux. »

Elle ne put s’empêcher de penser à la tête de Bellatrix si elle avait dit ça en face d’elle. La pauvre folle aurait crié au blasphème et demandé sa tête. Décidant que c’était à son tour, la Nordique prit le temps de détailler de haut en bas son compagnon, puisque l’obscurité l’en avait empêchée à son arrivée. Elle ne put s’empêcher de glisser son regard tant sur les courbes de ses épaules, de son dos et de ses cuisses, que dans les détails de son visage et de ses mains. Il était rare de rencontrer quelqu’un si objectivement bien fait de sa personne.

« Joli costume. Et excellent champagne. »

Elle reprit une gorgée pour appuyer ses propos, savourant l’alcool et les bulles dansantes au creux de sa gorge. Ses origines nobles l’avaient habituée aux produits de luxe, mais elle leur avait trouvé un véritable attrait le jour où ils n’ont plus été de simples agréments du quotidien. L’exceptionnel doit rester exceptionnel, sans quoi il se dénature et perd son lustre.

« On ne trouve pas de telle bouteille dans la supérette du coin. J’en déduis que c’est un cadeau ? »

Doraleen s’assit plus confortablement sur le banc, calant son dos et sa nuque au creux du bois, savourant l’instant et la chaleur bienfaitrice qui montait lentement dans sa poitrine.

« Tu as des amis très généreux … Jalender. »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Sam 4 Mar 2017 - 20:42

L’éclat tout en rameaux de cette ville Lumière venait mettre en relief la figure singulière de la poupée en porcelaine. De grands yeux bleus comme l’on en voyait rarement, gardant leur pâleur diffuse malgré le voile de la nuit, qui aurait déjà éteint tout autre regard d’un gris morose et sans intérêt. Peut-être était-ce le blanc de ses yeux, si insistant et vaste qu’il irradiait de sa propre clarté, soulignant les traits de son visage et cette expression naturelle si étrange qu’il avait. Une beauté truculente, à la limite du disgracieux parfois tant elle tendait à la démesure des espaces et des proportions. Les canons voulaient que la symétrie soit l’adage de l’harmonie ; sa grâce à elle était discordante, et alors que chez les banalement belles femmes l’on savait tout de suite ce qui nous plaisait en un pareil visage, la demoiselle cachait bien son mystère. L’on ne pouvait que la regarder encore, à tenter de comprendre ce qui dans sa physionomie aspirait un tel envoûtement contradictoire. Un attrait presque inexplicable, un monceau de qualités insaisissables, comme si cette beauté-là allait au-delà des attributs visibles. Bien sûr, il y avait cette bouche, charnue comme Jalender n’en avait jamais vu. Lippe de corail, si large et épaisse qu’elle semblait en permanence être gonflée d’un plaisir mystérieux. La lèvre supérieure était plus menue, trop petite par rapport à sa sœur, mais à la courbe si impétueuse que l’on ne voyait plus que cette sinuosité enchanteresse. Une bouche plantureuse, soufflée et presque vultueuse tant elle était toute en tension suave. De celles que l’on voudrait toucher pour profiter d’une apparente voluptueuse douceur, avec l’espoir que la promesse soit tenue. De celles que l’on voudrait voir manger, happer la vie, être blessée et maltraitée par quelques intentions savoureuses.

Quant à Jalender, elle ne lui aspirait que des désirs lubriques. Son caractère corrompu n’aspirait qu’à rougir de sang les bouches aussi innocemment belles que moelleusement séraphiques. La tentation était d’autant plus insupportable lorsque la lippe s’ouvrait, découvrant un dégradé rosé et diffus sur l’intérieur des lèvres pâles ; rosé qui s’intensifiait et gagnait en carmin à mesure qu’il s’enfonçait dans les ténèbres de sa bouche. Et puis, surprise ! Une dent, blanche et luisante, qui contrastait avec le pourpre des lèvres comme un appel à s’y engouffrer ; plus loin l’on s’y engageait, plus de luxe il y avait. Tout cela était beaucoup trop charnel par rapport à son visage candide, ce qui rendait probablement la contradiction d’autant plus belle. Petite menton et petit nez, mâchoire étroite comme celle d’une enfant bien faite. Une douceur juvénile qui rentrait en contradiction avec la sensualité de ses lèvres. Un visage lisse et blanc, sans aucune imperfection ni disgrâces propres à la vie humaine. Un cou de cygne, fin et joliment élancé, empli de la délicatesse si caractéristique d’une fragilité subtile. Alors forcément, lorsqu’une créature pareille répondait à vos faveurs, il y avait de quoi se sentir flatté. Mais Jalender, en vaniteux expert, portant sa fausse assurance comme l’on vous porte un bouclier, ne fit rien transparaître. Les femmes n’aimaient que très rarement les hommes qui donnaient le sentiment qu’une réponse favorable était pareil qu’une complaisance imméritée. Aussi la regardait-il non pas avec admiration et curiosité, mais avec un suave appétit, dans l’idée qu’elle se sente désirée et non pas glorifiée, et donc largement accessible. Avec la gente féminine, Jalender se sentait parfois hors catégorie, et se prêtait alors une audace qui n’était pas vraiment la sienne mais qui lui donnait aplomb avec efficacité. Rapport qui aurait pu s’inverser dès sa première question, mais Louise, paraissant d’abord étonnée, finit par boire une gorgée en souriant à son vin.

« Par le seigneur des Ténèbres en personne. Ce fut d’ailleurs assez douloureux.
- Comme la plupart des choses qui arrivent pour la première fois, je suppose. »

Commenta-t-il avec espièglerie. Jalender n’avait jamais eu véritablement le temps d’éprouver stupeur ou tremblement devant les Mangemorts. D’abord du fait de son éducation principalement moldue et tenue à l’écart, puis parce qu’il avait appris à être au moins aussi impitoyable qu’eux en définitive. La marque des Ténèbres ? Un tatouage comme un autre d’une appartenance sectaire, un clan, une mafia plus ou moins élaborée. Rien de nouveau à l’horizon ni de très effrayant, à part peut-être dans la nature du maître lui-même, un Lucifer qui pétrifiait par sa puissance solitaire. Mais ses disciples en revanche, c’était bien souvent une autre histoire. Histoire bien triste et bien banale. Mais Jalender fut coupé dans son élan, sentant clairement la jeune femme l’observe en retour, traçant de son regard clair les contours de son corps bien habillé. Au final, ce fut un compliment presque à côté qui tomba. Les faveurs revinrent à son costume et à sa bouteille, ce qui lui fit esquisser un sourire charmeur et satisfait. C’était une Mangemort avérée, faisant parti du cercle très privé de ceux ayant eu le droit d’être marqués, et Jalender ne pouvait nier qu’il y avait un grand avantage de se faire reluquer et complimenter par quelqu’un comme elle. D’autant que les femmes étaient bien rares dans les rangs du Seigneur et qu’il était plus agréable pour une fois de charmer par le flirt plutôt que par une poignée de main virile et une démonstration de force. Quoi que, tout en ce monde se résumait à une démonstration de force, qui revêtait simplement différentes formes. Ici, c’était le badinage qui triomphait discrètement. Jugeant qu’il l’avait suffisamment flattée d’un regard empli de convoitise subtile, Jalender retourna sa tête et se laissa aller à son tour contre le dossier du banc, respirant avec délice l’air frais de la nuit, qui venait comme renforcer le goût du champagne dans sa bouche. Son surnom fut prononcé au détour d’une remarque, avec une insistance que le concerné ne fut pas certain de saisir. Elle savait parfaitement que ce patronyme n’était qu’un surnom, bien évidemment. Alors pourquoi le souligner ? Avant de répondre de sa voix mielleuse, il savoura une lampée réglementaire.

« Des connaissances que je flatte pour qu’elles se sentent redevables. Dans notre monde à nous, rares sont ceux dotés d’une véritable générosité, n’est-ce pas Louise ? Et puis on est là pour savourer la vie et fêter. J’espère franchement qu’on vaut plus qu’un cubi de superette, tous les deux, Louise. »

Il marqua une pause significative à son tour, plus pour laisser le temps de réfléchir que pour faire emphase sur quoi que ce soit. Il ne dit rien de plus quant à la provenance de la bouteille, préférant laisser des détails de ce goût-là au mystère ; de petites énigmes qui constituaient sa personnalité et qui le rendaient surprenant à bien des égards. Au détour d’une œillade en tapinois, offrant à la jeune femme son visage de trois-quarts, Jalender accentua son sourire en coin avant de commenter en miroir :

« Joli chemisier. Très transparent. » Un ricanement de gorge s’en suivit, nullement pour mettre la jeune femme mal à l’aise, mais pour dire à quel point finalement la mission leurs avait fait perdre tout leur bon goût. Il avait le sentiment qu’ils s’étaient rencontrés sur un chantier de construction pour se redécouvrir au cours d’une soirée mondaine. « Qu’est-ce que tu obtiens pour ce genre de missions ? As-tu une contrepartie autre que celle de pouvoir fièrement et convenablement servir ton maître ? La gloire auprès de tes collègues ? De l’argent ? Une jolie tenue ? Finalement, vous êtes tous bénévoles d’une certaine manière. Je suppose que quand on sert avec le cœur, la gratitude ou la reconnaissance suffit. » Il se moquait un peu d’elle, gentiment, à la dérobée, car il se doutait déjà de ce qu’il en était pour Louise. Les personnes dévouées comme Bellatrix étaient rares, et chacun cherchait dans cet amas ténébreux une part du gâteau. « Tu es censée me détester d’ailleurs. Ou me mépriser en tout cas. Sang-mêlé, pas très docile, en accord avec aucune doctrine, travaillant pour celui qui l'arrange… Quoi que, j’aurais pu m’arrêter à sang-mêlé. Comme quoi, la politique est souple. La fin justifie les moyens, hein ? » Champagne qui monte déjà à la tête ? Que nenni, voyons. Jalender vous creusait jusqu’à la moelle dès la première occasion pour voir de quelle viande vous étiez faits. Et avec Louise, il avait le sentiment de pouvoir tâter plus loin qu’à l’accoutumée il ne l’aurait fait avec un Mangemort. Pour l’exemple, Yaxley et lui, c’était une longue histoire de sujets évités avec soin. « Et toi, non seulement tu me parles, mais en plus tu bois du champagne en ma compagnie alors que la mission est terminée depuis bien trois heures. Tu fais une mauvaise employée... » A voir maintenant si elle butterait contre les contradictions de sa position sans trouver sortie ou si elle s'en accommoderait en rigolant. Ah, Lucifer était aussi un sang-mêlé, que l'on me dit, certes, mais Lucifer, c'est Lucifer, alors que Jalender, ce n'était qu'un grain de riz dans cette pyramide de blé.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Lun 6 Mar 2017 - 0:25

« Des connaissances que je flatte pour qu’elles se sentent redevables. Dans notre monde à nous, rares sont ceux dotés d’une véritable générosité, n’est-ce pas Louise ? »

Doraleen acquiesça doucement, les yeux dans le vague, un éternel sourire flottant sur ses lèvres pleines. Cela allait de soi. Cependant, elle se demandait bien de quel monde il parlait précisément. Parce qu’à l’évidence, outre ces quelques missions communes, leur univers ne se croisait jamais, ou très rarement. L’un était fait de voyages, de cachets, d’intérêts et d’individualisme. L’autre était strict, fruit d’actions collectives fixées sur un objectif commun – et donc fatalement déshumanisé. Mais d’un autre côté, se dit la jeune femme, il suffisait de changer de perspective pour comprendre son point de vue. Ils partageaient le danger, la violence, la recherche du profit … et une relative liberté. Et puis, c’était une remarque d’ordre général, pourquoi se tordre l’esprit ainsi ?

« Et puis on est là pour savourer la vie et fêter. J’espère franchement qu’on vaut plus qu’un cubi de superette, tous les deux, Louise. »

La répétition de son nom d’emprunt lui rappela à quel point elle le trouvait beau. Louise. Prénom français, aux sonorités chiques, douces, qui collait parfaitement à son physique de baby doll. Par contre, cette appréciation sur son goût supposé de la fête et de l’excès ne toucha pas sa cible, et son sourire jusque-là permanent s’évanouit doucement, pour laisser la place à une expression neutre – et sur un visage comme celui de Doraleen, neutre signifiait « lunaire ». Sa personnalité habituelle (c’est-à-dire pas la femme charmeuse-agréable-et-bon-public qu’elle montrait en ce moment) voulait ressurgir et empêcher cette discussion de rester plaisante. Qui était-il pour définir sa ligne de comportement ? voulait-elle se laisser penser. Après tout, oui, de quel droit. Mais Doraleen fit un effort et stoppa immédiatement ce courant d’indignation qui voulait emporter sa façade. Elle commençait à apprécier ce que la soirée annonçait, et si son Mister Hyde faisait des siennes, non seulement elle serait ridiculisée mais en plus elle le regretterait à l’avenir, car la compagnie de qualité se faisait rare. Donc non, stop,  tu te calmes tout de suite Mary Sue.

« A l’évidence Jalender,  notre flacon de vie quotidien serait plutôt un spiritueux. Quelque vieux cognac, mordant et délicieux. »

Contrairement à Jalender, qui semblait rester fidèle à lui-même quel que soit l’interlocuteur, Doraleen avait la manie – le besoin ? – de s’adapter à celui-ci jusque dans sa manière de s’exprimer. Elle avait rarement rencontré un individu aux propos si solides. La plupart des gens avec qui elle travaillait, Mangemorts, employés au ministère, chasseurs de primes, avaient un comportement doublé d’un caractère relativement basique. Cette fois, elle devait faire un effort pour se hisser à son niveau, alourdie par ses fréquentations (enfin, excepté son tout nouveau partenaire, Tomas, qui brillait en toute situation d’une froide intelligence, très mathématique) En compensation à ces lacunes, ellepuisait dans les ressources de son éducation. Quitte à paraître prétentieuse, au moins ne paraîtrait-elle pas sotte.

« A moins que, pour savourer la vie et fêter, une simple ivresse soit suffisante, comme on a souvent tendance à le croire. »

Et c’était certainement le programme à venir. Quoi de plus simple que de s’enivrer ? Ils avaient bien le temps d’être cognac avant de tourner à la vodka. « Joli chemisier. Très transparent. » Encore une remarque flatteuse, maladroite en d’autres circonstances, amusante sur le moment. Doraleen préféra ne rien répondre – il n’y avait rien à dire –  autre que par sa main aux longs doigts de pianiste qui s’éleva à la rencontre de l’étoffe de sa gorge pour en apprécier la qualité. Elle aimait porter ce genre de vêtements, qui, rare avantage de sa physionomie, ne faisaient pas trop vulgaire sur elle. A peine mignon, comme une petite fille en simple culotte au bord de la mer. Pour chasser cette image désagréable de son esprit, Doraleen resservit du champagne bien qu’aucun de leurs deux verres ne soit vide.

Puis Jalender évoqua, plus pour faire briller la finesse de son ironie que par véritable curiosité, le salaire d’une telle mission. Il énuméra autant de récompenses qui n’étaient ni concrètement vraies, ni totalement fausses. Être Mangemort était un travail à temps plein, qui nécessitait un véritable investissement et de la réflexion. En échange de leurs services, les gens comme Doraleen qui n’avaient pas d’autre source de revenus (oublions les parents voulez-vous) voyaient toutes leurs dépenses de vie soulagées, avec une jolie enveloppe à chaque mission … mais celle-ci était plus symbolique qu’autre chose. Parce que le véritable enjeu en dessous de tout ça était de rester en vie. Quitter les rangs du Seigneur des Ténèbres revenait à déserter en temps de guerre, et la sentence qui suivait était irrévocable. La véritable question était : que gagnait-elle à s’engager ? Pour certains, en effet, c’était une question d’idéologie. Pour d’autres, la promesse d’être du côté des vainqueurs, car la puissance indéniable de leur Maître était porteuse d’un message très clair, et très tentant. Mais ceux-là étaient souvent faibles, et s’ils s’engageaient, c’était très souvent pour se rassurer, se dire avoir une cause, pour s’offrir une identité, une raison d’être. Combien de partisans des forces du Mal s’étaient noyés en se jetant à corps perdu dans un combat qui n’était pas celui de leur cœur, mais de leur dépit ?

« Tu es censée me détester d’ailleurs. Ou me mépriser en tout cas. La fin justifie les moyens, hein ? »

Dans le cas de Doraleen, l’avantage n’était pas financier, mais véritablement humain. Elle restait elle-même (si on pouvait dire ça comme ça) et profitait des avantages d’une vie de Mangemort. Voyager, apprendre, augmenter sa puissance, cultiver ses étonnantes capacités en magie noire, se sentir utile. Elle était quelqu’un d’assez simple en définitive. Pour elle, être une servante de Voldemort revenait à une simple activité. Délicate, certes, car elle risquait tout à chaque instant, se refusait par là le droit à l’erreur, et devait parfois faire des choses qui lui déplaisaient … comme partout.

« Et toi, non seulement tu me parles, mais en plus tu bois du champagne en ma compagnie alors que la mission est terminée depuis bien trois heures. Tu fais une mauvaise employée... »

Doraleen aurait bien aimé développer les raisons de son choix de vie auprès d’un homme intelligent comme Jalender, mais elle sentait bien qu’en définitive, il s’en moquait un peu. Il cherchait seulement à la tester, à évaluer ses réactions et la profondeur de son esprit. Provoquer l’idéologie du mal, il s’en rendrait vite compte, n’avait pas plus d’impact sur elle qu’un rayon de soleil sur un glacier. Elle n’avait pas dit un mot, l’écoutant patiemment, à demi tournée vers lui pour lui manifester son intérêt. Quand il eut achevé sa dernière phrase, elle se permit un petit haussement de sourcils tout en finesse et caressa à son tour du regard les lèvres de son interlocuteur, finalement closes après tant de paroles.

« Eh bien, il faudrait te décider ! Suis-je bénévole ou employée ? Tu n’es pas très clair, Jalender. »

Elle jouait sur les mots, s’introduisant dans les minuscules failles de son partenaire, s’amusant de sa gentille provocation. Il savait qu’elle n’allait pas se fâcher, comme elle savait qu’il n’attendait pas qu’elle s’explique. Un regard extérieur aurait dit qu’ils se connaissaient depuis longtemps, car ils se permettaient des privautés peu courantes chez deux simples « collègues de travail ». Un véritable délice.

« Nous autres Mangemorts sommes des gens simples, tu sais. Nous ne demandons rien de mieux qu’un peu de reconnaissance – et quelques gallions, occasionnellement – en échange de nos bons et loyaux services. »

Son ton se teintait d’une légère moquerie à son tour. Contrairement à Jalender, elle devait surveiller son langage, car peut-être n’étaient-ils pas tous seuls. Les insultes des autres, passe encore. Mais si elle-même se mettait à critiquer les forces du Mal, c’était une tout autre affaire. Il allait devoir s’en rendre compte, car elle déviait un peu du sujet originel pour garder les pattes blanches.

« Enfin, cela ne doit pas être si mal, puisque des gens comme toi en profitent allègrement pour se remplir les poches ! » Cela disant, la main qu’elle avait laissée à sa gorge alla lentement planter un doigt dans le torse du consultant, tant par défi que pour en apprécier la consistance. « C’est bien beau de se moquer monsieur Jalender (elle prononça ces mots avec l’accent français), mais venant d’un cowboy solitaire qui dépend des galères des autres pour subsister, je trouve ces insinuations sur mes choix de vie légèrement déplacées. »

Bien sûr que ce n’était pas si simple, mais quelle importance ? Doraleen espérait seulement qu’il n’allait pas la prendre au sérieux, auquel cas elle serait terriblement déçue. Mais une voix lui soufflait qu’elle n’avait pas à s’en faire, et que tout ce qu’elle risquait, c’était au pire que son trait d’esprit tombe à plat, au mieux que son interlocuteur s’en contente et laisse échapper un sourire plus large et moins énigmatique. Mais pour s’assurer de la bonne course de ses paroles, elle préféra compléter avec un air plus sérieux.

« Quant à mes fréquentations … il faut croire que la force de mes convictions devait être inférieure aux agréments promis par cette soirée. » Œillade. « Mon rang, si contraignant qu’il puisse être, n’efface pas mon désir de vivre. Ni ma liberté de le faire comme je l’entends. »

Elle laissa planer un court silence, avant de retirer son doigt du buste de Jalender et de reprendre un peu ses distances. « Mais cela va de soi, bien entendu. » Elle s’était un peu laissée emporter par un soudain besoin d’affirmer son intégrité. Elle était cependant restée très douce, et non sèche et sans appel comme certaines femmes se montraient souvent, persuadées qu’elles étaient de l’incapacité de l’autre à appréhender leur condition. Dans la continuité de son recul, Doraleen vérifia ses appuis et, sans prévenir, se leva du banc d’un seul mouvement souple qui fit bruisser ses cheveux blonds.

« Que dirais-tu d’aller marcher un peu ? »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Jeu 9 Mar 2017 - 10:52

Lire. Lire le visage, les expressions, les gestes, les moindres tremblements de l’iris colorée, les frémissements de phalanges et les torsions involontaires de lèvres. L’on entend déjà de loin les rigoristes s’offusquer que l’on ne « lit » pas un faciès. Un faciès, ce n’est point un livre, très cher, on ne le feuillète pas et encore moins le déchiffre-t-on comme si ce fut de l’écriture ! Encore l’un de ces jeunes laxistes qui n’ont de cure que pour la métaphore facile ! Qui réduisent sans vergogne un art à de la littérature, comme si l’on n’avait pas déjà suffisamment de vulgarisation en ce monde ! Pourtant, c’était exactement le sentiment qu’il avait à chaque fois ; lire les corps, et au-travers de lui, un peu de l’esprit. Alors, peut-être avait-il habituellement une lecture plus active que celle des autres individus, mais l’exercice lui paraissait semblable. Un ramassis de mimiques qu’il fallait convenablement assembler, comme des notes, pour pouvoir composer la mélodie à entendre. C’était systématique, comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher. La raison demeurait vraisemblablement dans la facilité avec laquelle il y parvenait, car l’on sait bien que les choses qui s’adonnent à notre esprit sans difficultés, nous tendons à les apprécier davantage que ce qui requiert un effort de notre part. Même les moindres tensions, il les sentait sur sa propre peau, comme un épaississement de l’air à l’approche de Détraqueurs. Enfin, pour le coup, un sourire qui s’évanouit était sans équivoque. La pauvre n’avait pas de chance, son visage était bien trop agile pour que les émotions puissent y passer sans soulever le moindre muscle. Elle avait la figure trop douce et enfantine pour pouvoir convenablement le figer comme Jalender savait si bien le faire, souvent derrière un sourire immobile et à peine troublé d’une ombre. Son enfance n’avait jamais été très expressive et il avait finalement lui-même cultivé son émotivité au travers d’un apprentissage imitatif, pareil à un psychopathe essayant de s’intégrer dans une vie toute en expressivité. Quoi qu’il en fût, le mouvement de lèvre n’alla pas plus loin, ne se trahissant pas davantage au travers de paroles revendicatrices ou d’airs outrés. Elle était donc discrètement parvenue à endiguer ce qui avait à réveiller quelques aigreurs en elle. Jal en tint compte sans le souligner, préférant faire mine d’ignorer poliment les sursauts de caractère.

« A l’évidence Jalender, notre flacon de vie quotidien serait plutôt un spiritueux. Quelque vieux cognac, mordant et délicieux. A moins que, pour savourer la vie et fêter, une simple ivresse soit suffisante, comme on a souvent tendance à le croire. »

Un spiritueux, qu’elle disait… Pour une autre occasion peut-être. L’alcool était une histoire d’humeurs et Jal se sentait plutôt pétillant et joyeux que vieux, lourd et huileux. Heureusement pour lui, chaque jour avait un goût différent et il n’allait certainement pas se cantonner à une seule saveur pour se satisfaire. Plutôt que d’accentuer son sourire, le consultant se mordit la lèvres inférieure, pulpeuse et humide, la retenant d’une rangée de dents blanches à en rivaliser avec la virginité de sa chemise. Bien vite cependant, la coquine échappa à son emprise et se replia doucement comme un pétale s’ouvrant au soleil. Un ricanement s’en suivit, profond et sourd, vibrant dans un souffle. Une simple ivresse. Il aurait bien aimé connaître une simple ivresse, tiens.

« Je me contente de peu, mais pas du moindre. J’escomptais sagement satisfaire mon goût du bon et du beau, agrémenté d’une agréable conversation éventuellement. Cela devient si rare de nos jours. Enfin, si tu escomptes combles quelques-uns de mes autres sens, je ne peux qu’en être réjoui. Je croyais l’aventure derrière-nous, pensant qu’un peu de paresse ne nous ferait pas de mal. »

L’ivresse. Ahlala, si seulement. Il supportait si bien l’alcool, notre Jal, particulièrement depuis son année de débauche sur les autres continents. Cela n’avait jamais fait son bonheur d’aucune façon que ce soit, lui permettant simplement de s’oublier un peu, jamais complètement tant sa propre lucidité l’empêchait d’être parfaitement détaché de tout.

« De plus, cela fait bien longtemps que pour moi, l’alcool ne représente plus que l’attrait de la saveur. »

Et puisque le champagne fut resservi un peu plus tôt, Jal se saisit de son verre du bout des doigts, tandis que son esprit s’évadait l’espace de quelques instants pour se rappeler de bien cruelles choses, aussi mauvaises et vicieuses que l’on pouvait s’imaginer. Un grand appartement vide au quinzième étage, un matelas au sol et des cadavres de bouteilles, alignées le long des murs et baies vitrées tels des soldats ayant servi, vestiges éternels d’une addiction sans intérêt. Si l’on pouvait vraiment parler d’addiction, d’ailleurs. Plutôt d’une débandade parfaitement volontaire et paresseuse sans aucune envie de s’en sortir. Pour le coup, la gorgée qu’il but, et même le verre entier ne furent pas un geste théâtral, mais laissèrent apparaître une minuscule faille dans l’être de comédie qu’il était. Après une inspiration mesurée, Jal reprit sa contenance et posa son verre vide sur le banc sans se resservir. Sa gorge pétillait et cela le rendit heureux, comme lorsque l’on entend du popcorn sauter dans un poêle.

« Eh bien, il faudrait te décider ! Suis-je bénévole ou employée ? Tu n’es pas très clair, Jalender.
- J’ai dit employée, pas salariée. L’un n’empêche pas l’autre et vous êtes quasiment tous d’abord bénévoles pour finir employés. »

Jal sourit d’un sourire sans véritable saveur, comme si quelqu’un avait tendu les deux fils de ses lèvres vers le haut. Louise évitait la question, mais ce n’était pas très grave et largement prévisible. Même, cela lui en disait bien plus sur sa situation que si elle avait décidé de lui mentir. Ces Mangemorts, ils étaient toujours tous si guindés et s’offusquaient pour si peu dès que l’on osait mettre leur loyauté en question, comme s’il s’agissait de la pire insulte en ce siècle. D’autres, comme Louise, avaient plus de finesse en la matière, se contentant de réponse à la dérobée d’un ton plus ou moins naturel. Mais la fuite se sentait aussi clairement que si elle fut physique. Jal se retourna d’ailleurs complètement vers elle, passa son bras sur le dossier du banc, touchant presque l’étoffe de son chemisier du bout des doigts. Son autre main reposait sur ses genoux à présent croisés, et sa posture lui donnait un air de parfaite écoute ouverte. La jeune femme se cantonna à son rôle, récitant son texte, confirmant une situation délicate qui ne semblait pas toujours aller dans le même sens que sa pensée. Enfin, s’il y avait bien une chose sur laquelle elle ne se trompait pas, c’est que les Mangemorts étaient motivés par des pulsions relativement primitives. Louise continua à se soigner et Jal se contenta de lire entre les lignes, lui souriant en retour d’un air parfaitement entendu, comme s’il fut convaincu de ses réponses et qu’elles lui paraissaient censées. Du moins jusqu’à ce qu’elle retourne la situation pour s’en prendre à lui, détournant la conversation encore plus franchement qu’elle n’avait bénéficié d’une réponse ni franche, ni complète. Jalender laissa grimper ses sourcils le long de son front dans une moue d’étonnement un peu trop dramatique avant de jeter un regard indescriptible à la jeune femme tant il était louche. Pour agrémenter son phrasé accusateur, un doigt vint se planter dans son torse bâti de béton. Cette attitude lui donna plus d’aplomb qu’il ne l’aurait voulu et il répondit d’un ton taquin, retournant la balle :

« On dépend tous des lacunes des autres, sinon cela ferait bien longtemps que l’on serait tous notre propre boulanger à pétrir notre propre pain, notre forgeron et notre peintre en même temps, et plus personne n’aurait besoin d’un Seigneur des Ténèbres pour se sentir puissant puisqu’on serait tous capables de tout faire. Ce serait d’un ennui… Mais oui, non seulement je profite, et en plus j’ai le toupet de m’en moquer. Il est bien plus préférable pour ces pauvres diables que je profite de leur faiblesse plutôt que ce soit toi. »

Il s’arrêta là, laissant l’ironie teintée d’acidité à la blague et n’approfondissant pas davantage sa pensée. Quitte à être tout à fait honnête avec soi-même, Louise l’avait presque vexé, tant Jalender espérait et pensait que ses ambitions personnelles ne pouvaient en rien souffrir la comparaison avec celles des Mangemorts. Il fallait toutefois se rendre à l’évidence, qu’à quelques nuances près, leur nature était fondamentalement la même. Ils se nourrissaient et jouissaient de choses aussi simples que mauvaises. De malheureux défauts du caractère humain. Toutefois, Jalender avait au moins l’occasion de se targuer d’être parfaitement libre de ses mouvements, luxe qu’aucun serviteur des Ténèbres ne pouvait se permettre. Alors la jeune femme pouvait bien lui retourner le vice autant qu’elle le voulait, il se savait être d’un tout autre niveau, tendant vers des horizons bien différents. Pour conclure son propos, le consultant finit par esquisser un sourire encore plus louche que le précédent. Sourire qui s’accentua néanmoins lorsqu’elle lui parla de ses flageolantes convictions. Pas la peine de se cacher qu’il appréciait ce genre d’insinuations qui lui donnaient plus d’importance que ce qu’il semblait mériter. Le doigt se retira de son poitrail, sonnant la fin de l’interlude dramatique et sans davantage de ménagement ni de pauses, Louise se leva sous les yeux d’un Jalender contemplatif. Un peu plus indolent, il suivit le mouvement à son tour, prenant par habitude le soin de corriger sa posture en affaissant ses épaules tout en redressant sévèrement son dos. A peine assis, déjà debout. Etait-il parvenu à la mettre mal à l’aise ? Ce n’était pas comme s’il voulait absolument l’acculer contre le mur…

« Pas étonnant qu’avec votre notion de la liberté commune, vous ayez un peu de mal à comprendre celle des autres… » Encore une pique. Il se moquait, mais il y avait de quoi, lorsqu’un Mangemort prétendait pouvoir être libre. « Ce n’est pas pour rien que vous l’appelez Maître et qu’il s’adresse à vous comme à ses serviteurs. » Non, vraiment, il n’y croyait pas. Ou si c’était le cas, cette liberté finissait par être punie. Cette idée-là le tentait bien… Alors sa voix parût particulièrement enjouée lorsqu’il accepta : « Très bien, marchons. Tu me montreras donc jusqu’où ta prétendue liberté peut te mener. » Des défis, encore des défis, toujours des défis. Du moins, c’était toujours le sentiment qu’il voulait donner.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Sam 11 Mar 2017 - 20:14

Étrangement, sa précédente remarque l’avait plus refroidie qu’elle ne le pensait. Elle avait laissé une fenêtre s’ouvrir dans sa façade, et toute la chaleur s’en échappait brutalement, happée par le blizzard qui s’acharnait contre les carreaux. Peu à peu, le regard qu’elle portait sur Jalender changea. S’il restait séduisant dans ce qu’elle savait de lui, sa calme assurance se muait à ses yeux en une forme de mépris contenu. Ses regards attentifs devenaient calculateurs. Ses remarques amusantes ne l’étaient plus du tout. Un bon psychologue aurait diagnostiqué ce brusque revirement d’état d’esprit comme conséquence d’une « papercut » de son ego – elle-même aurait pu l’admettre si ce courant d’air n’avait pas refroidi son discernement et ravivé les braises d’une fierté noble, tapie au fond d’elle.

« Enfin, si tu escomptes combler quelques-uns de mes autres sens, je ne peux qu’en être réjoui. Je croyais l’aventure derrière-nous, pensant qu’un peu de paresse ne nous ferait pas de mal. »

Doraleen resta impassible, peut-être mystérieuse, enfin du moins elle ne réagit pas à cette remarque. Ni à la lèvre qu’il venait de mordre insolemment, comme un appel à la débauche. Ni à sa remarque sur le goût et l’ivresse. Elle n’en pensait cependant pas moins. Elle aurait voulu lui renvoyer son audace, lui refuser tout contact, partir même, mais bien sûr tout cela n’état pas concevable. Elle n’était pas une lâche finie. En attendant, elle refusait de lui offrir plus de clés. Même quand il changea de position de sorte à lui offrir toute son attention du point de vue purement esthétique – et marquant son jeu moins subtilement qu’il l’avait habituée – elle ne dit rien. Peut-être osa-t-elle un frémissement au contact de son bras contre le tissu de son haut, mais à peine plus que celui d’un érable sous la brise. Le tronc immuable, mais toutes ses feuilles agitées d’une très fine vibration, pour l’une de colère, pour l’autre de fascination, l’ensemble ne se voyant qu’à peine et ne voulant rien dire, car tous ses sentiments s’emmêlaient et s’entre-effaçaient.

« Mais oui, non seulement je profite, et en plus j’ai le toupet de m’en moquer. Il est bien plus préférable pour ces pauvres diables que je profite de leur faiblesse plutôt que ce soit toi. »

Brave Jalender. Là est certainement un de tes défauts : tu es terriblement intelligent, mais ne sais pas l’effacer pour te laisser accessible au commun des mortels. Tu as du toupet, c’est certain. Le toupet même de rappeler à quel point tu nous surclasses. A ces pensées, Doraleen tiqua. Le consultant lui rappelait un peu cet odieux personnage qu’était Clyde Bradbury, dans sa manière d’analyser et de soumettre chaque élément de son monde à une interprétation du domaine de la sociologie. Chez eux, l’humain semblait effacé. Ou bien il était tellement au cœur de la réflexion analytique qu’il se faisait de l’ombre à lui-même, là où l’humanité n’avait plus sa place, où seules comptaient ses composantes : les gestes, les mots, les regards.


Pour être honnête, cette couche extérieure d’elle-même, chaque mot prononcé, chaque geste amorcé, immédiatement elle se le reprochait. Peut-être aurait-elle dû expliquer son véritable point de vue sur sa fonction de Mangemort ? Qu’au final, la position était agréable dans ses avantages uniquement, qu’elle se moquait bien des idées de Voldemort, qu’elle le craignait seulement ? Qu’elle avait été, en un sens, contrainte de s’engager ? Elle ne savait que faire. D’un côté, s’emmêler dans les explications ne l’avancerait en rien : il n’avait pas à connaître son passé. Sans compter qu’elle refusait de lui donner plus d’importance qu’il n’en pouvait possiblement avoir. Pas question donc de parler d’elle, tout son être le faisait suffisamment comme cela. Alors se taire ? Ridicule, elle ne voulait pas fuir. Continuer à faire semblant d’être maline ? Cela semblait inévitable

« Pas étonnant qu’avec votre notion de la liberté commune, vous ayez un peu de mal à comprendre celle des autres… »

Les paroles de Jalender avaient cela de frustrant qu’elles trahissaient ses calculs pour toucher toujours juste, et donc les étapes préalables : observation, analyse, interprétation. Si Doraleen le comprenait, c’est qu’elle-même utilisait cette méthode au quotidien avec tout le monde. Mais à un niveau bien moindre. Peut-être qu’un jour, elle arrêterait cette mascarade et se donnerait la mort. Ou bien peut-être qu’un jour le Seigneur des Ténèbres serait vaincu. Alors, elle aurait toute la liberté de reprendre ses choix. En attendant, pouvait-elle faire autre chose qu’assumer et agir efficacement ?

Il avait raison, elle n’était pas libre de ses actes, mais du moins avait-elle le choix de garder ou non sa vie. La Finch voulait se rassurer en se disant ça, bien consciente de ses chaînes. Mais, vraiment, elle n’avait plus envie de se battre contre lui. Elle se sentait fort insignifiante, mais il était plus sage de constater les faits que de les combattre en vain. Elle allait continuer la conversation, normalement, selon ce qu’elle s’était fixé comme intentions, conclure la soirée s’il le voulait bien, et apprendre de ses lacunes pour une prochaine confrontation.

En se levant, Dora nota avec une certaine ironie le redressement du port altier de Jalender, qu’elle-même venait de retoucher sur son propre buste. Menton haut, épaules basses, ventre tendu et omoplates serrées. Sans demander son avis, et l’esprit à demi tourné vers les quelques coups suivants, la jeune femme s’empara de l’avant-bras de son partenaire, juste assez proche pour qu’il la sente serrée contre lui, mais pas assez pour installer une véritable et intime proximité. Elle restait par ailleurs bien droite, ne prenant pas appui sur lui. Une manière de faire progresser gentiment la soirée, tout en manifestant sa confiance en elle (il allait sans dire que cette confiance était au plus bas, mais comme guidée par un quelconque instinct de survie, une indicible fierté, elle voulait continuer à paraître bien portante).

« Très bien, marchons. Tu me montreras donc jusqu’où ta prétendue liberté peut te mener. »

Ça y est, il y était parvenu, il l’avait fatiguée. Enfin, c’est sûr qu’elle ne s’était pas montrée bien combattive. En d’autres circonstances, peut-être qu’elle aurait poussé le vice, qu’elle se serait justifiée, qu’elle aurait tenté de lui faire comprendre les innombrables niveaux de recul qu’elle prenait soin à établir dans chaque conversation, avec la plus simple des créatures comme avec des esprits tels que le sien. Elle voulait lui dire clairement, simplement, qu’elle n’était pas de taille à lutter. D’ailleurs, il devait se régaler en ce moment-même, à souligner ses erreurs comme on explique à un enfant un problème de baignoire qui fuit. Ce n’était pas explicite, mais parfaitement compréhensible. Elle se sentait, en un sens, un peu humiliée. Chacun de ses mots pouvait être retourné contre elle. Pire, chaque geste, chaque respiration recelait un sens qui la dépassait, mais qu’elle savait exister. Et ça l’énervait profondément. Heureusement, la colère étant un de ses vices les plus tenaces, elle avait enfin réussi à le masquer suffisamment pour que cela passe pour une légère inconvenance. Du moins, elle espérait que ça suffirait pour leurrer son interlocuteur. Elle en doutait.

Doraleen ravala donc sa frustration. Elle avait très envie de lui faire une remarque sur son air suffisant, elle voulait exagérer ses défauts apparents, avancer des suppositions sur ses défauts cachés. Elle se retint et se força à la réflexion, finit son verre de champagne d’une traite et, d’un coup de baguette, enchanta la bouteille qui les resservit. En y réfléchissant bien, elle ne reverrait plus jamais cet homme. Pourquoi s’affecter autant ? Elle devait profiter de ce qu’il avait à lui offrir. Quant à son esprit et son verbe insolents de finesse, elle les admirait. Tout simplement. Elle devait considérer Jalender comme une chance d’apprendre de ses erreurs. Intérieurement, elle fulminait de s’entendre penser ainsi, avec raison et discernement. Mais elle devait se convaincre que l’esprit était « son arme et son bouclier les moins encombrants et les plus fiables », comme l’avait fait remarquer Toms quelques jours plus tôt.

« La Boétie parlait de Servitude volontaire : la liberté de s’asservir soi-même. Tu ne sais rien de moi et de comment j’en suis arrivée là. »

Elle prononça ces mots avec un visage doux, sans une once d’agressivité, pour ne pas qu’il sur-interprète et se sente accusé de quoi que ce soit. La Mangemort rassemblait les morceaux de son armure, une façade de détachement, d’assurance et d’amitié, très légers et répartis. En même temps, elle essayait de dénombrer les éléments que Jalender pouvait posséder de son passé. Bien peu de choses en somme. Peut-être avait-il deviné ses origines nobles (en citant la Boétie, elle avait consciemment sacrifié un indice, bien peu de familles modestes possèdent le Discours dans leur bibliothèque), ou son pays natal, mais il ne pouvait pas avoir de nom, ni de trace pour soumettre la moindre hypothèse sur les raisons de son engagement. Elle non plus ne savait rien de lui. Peut-être était-il temps de passer à l’offensive, au lieu de se camper derrière des façades bancales.

« Et je suis sûre que tu ne veux pas le savoir. »

Sa voix se faisait plus faible à mesure qu’elle parlait, en raison de leur proximité. A mi-chemin entre le chuchotis et la mélopée, elle sonnait plus langoureuse qu’elle ne l’aurait souhaité. Doraleen n’avait pas très envie de se lancer sur ce terrain glissant de la supposition, et le passé de Jalender ne l’intéressait pas. Seul comptait le futur imminent. Pour une jeune femme de 23 ans, la Finch ne sortait pas beaucoup, ne s’amusait pas des masses. Elle avait développé de manière prématurée le « syndrome du comptoir », seule dans les bars jusqu’au petit jour, avec son verre, parfois avec un livre, le plus souvent avec des moldus éméchés qui voyaient en elle un objet de fantasme, ou une sœur de peine à consoler. Combien de fois avait-elle écouté d’une oreille distraite le discours interminable d’un homme cocu, qui lui racontait tous les détails insignifiants de sa vie insignifiante, sans qu’elle ne lui réponde jamais? Il la croyait alors émue, et parlait de plus belle. Ce n’était donc pas vraiment ce qu’on pouvait concevoir de plus festif.

« Je ne connais pas très bien Paris, où allons-nous ? »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Lun 13 Mar 2017 - 3:59

Furtivement, comme une branche de vigne faisant son chemin à la recherche d’un maintien, son bras menu tel un cou de cygne était venu s’enrouler autour du sien, épaisse racine à la peau déjà bien marquée. Ce contraste avait toujours eu quelque chose de profondément fascinant ; une opposition qui envoûtait par sa fabuleuse et complète disparité. Tout comme cette manière que Louise avait eue en se rapprochant, dans un geste insinuant une plus grande intimité et qui pourtant suintait de convenance polie. Quel beau langage que celui du corps, se dit-il doucement, observant de ses yeux aux paupières lourdes et mi-closes leur demi étreinte. Contrairement à une plante, elle ne s’était pas enroulée autour de lui pour chercher soutient, ni pour le suivre, mais par habitude de jeune femme bien éduquée. Une courtoisie qui au fond ne voulait strictement rien dire d’autre que l’acquisition d’un convenable savoir-vivre. Tant mieux, la bienséance la mènera à sa perte avec quelqu’un comme Jalender, qui avait évolué bien plus longtemps qu’elle dans un monde de complaisance superficielle. Il connaissait la différence entre une créature charmée, qui s’enroulait sur vous comme une vague de marée montante, et cette nonchalance toute calculée de nœud décoratif. Alors il y sourit, pensant déjà à l’avenir et à tout ce que cet enlacement factice allait bien pouvoir lui apporter. Au lieu de refreiner ses ardeurs, sans le savoir, Louise ne faisait que les enflammer davantage, soufflant sur un brasier bien trop impétueux pour pouvoir l’éteindre. Ma chère, avait-il eu l’envie de dire, je profite de tout, ne l’oubliez pas, sans vergogne qui plus est. Rien n’était jamais oublié, et rien ne mourrait dans l’inconscient.

Que dire, tant pis ! Une approche ne marchant pas, tentons-en une autre ! De toute manière, il n’y avait rien de ravissant à toujours obtenir le bon résultat dès la première tentative. Pas qu’il eût pris tout cela pour un funeste jeu sans importance, loin de là malgré l’air qu’il se donnait, mais il éprouvait un attrait inconditionnel pour la psyché humaine, qu’elle daigne s’offrir ou non. C’était une redondance de plus que de sembler plus ouvert et tranchant qu’il ne faillait l’être, une indélicatesse de sûreté, comme lorsque l’on prend de l’élan pour mieux sauter, et surtout plus loin. Maintenant que le recul était fait, il pouvait s’élancer. Déjà, il sentait la jeune femme plus sombre que lorsqu’ils s’étaient retrouvés, vaguement taciturne, et il y avait de quoi. Joliment morose, comme un nuage gris dans un ciel clair. Il continua à la regarder avec cet air mystérieusement contemplatif que l’on a en observant quelque chose qui nous apporte de la joie, attendant que le silence prenne fin. Oh, il savait que si elle avait eu la politesse de venir enlacer son bras, elle en aurait suffisamment pour poursuivre la conversation. Que la convenance était utile tout de même, surtout lorsqu’il s’agissait de desservir quelqu’un. Tant qu’elle s’obligeait à parler, elle continuait à le nourrir, prêtant ses grâces à quelqu’un qui n’avait en réalité besoin d’aucune approbation pour continuer à s’exalter. Jalender brûlait de tout, quelles que puissent être les intentions ou les considérations. Il n’y avait que l’indifférence pour contrarier sa fougue, et même là encore il savait immanquablement quoi faire. Mais bien peu étaient ceux qui s’adonnaient à l’impassibilité parfaite en sa présence.

« La Boétie parlait de Servitude volontaire : la liberté de s’asservir soi-même. Tu ne sais rien de moi et de comment j’en suis arrivée là. Et je suis sûre que tu ne veux pas le savoir. »

Oh non. Non ! Encore une fois l’on réduisait à quelques mots à peine un sens tellement plus large ! Et comme d’habitude, l’on abordait que ce qui nous intéressait sur le moment, profitant peut-être de l’ignorance de l’autre, évoquant une prétendue « servitude volontaire » comme si cela était censé tout expliquer. Chez quelqu’un d’autre peut-être, l’idée aurait fait timidement son chemin, s’inclinant devant un sombre nom qu’il ne connaissait pas, et l’association de mots dont il ne comprenait pas vraiment le sens profond, puisque privé de son contexte. Alors, sagement, il aurait acquiescé, acceptant une évidence imposée par l’art du dépouillement, comme un sot aurait convenu par le syllogisme qu’un chien est un chat parce que ce qui les caractérise tous les deux sont leurs quatre pattes. En temps normal, Jalender aurait par curiosité naturelle cherché à en savoir plus, posant toutes sortes de questions jusqu’à acculer son interlocuteur, ou jusqu’à l’épuiser éventuellement. Mais pour l’instance, il connaissait plutôt bien l’ouvrage cité, alors il pouvait prestement rebondir sans avoir à chercher un défaut dont il avait déjà la connaissance. Sans chercher à se rapprocher de trop, respectant cette distance polie que lui imposait Louise, le consultant pencha néanmoins très légèrement la tête dans sa direction, lui offrant son visage de trois-quarts, les cils rabattus sur des yeux brillants d’un vert saturé. Doucement, comme une invitation à une dance, il se mit en marche, tirant sur le bras de sa partenaire, l’obligeant à s’accrocher un peu mieux pour le suivre. C’est donc dans le mouvement qu’il répondit :

« Bien sûr que si. Sinon je vais devoir me contenter de prendre appui sur La Boétie, supposant que tu es asservie, disons, par habitude. Certains de nos parents sont souvent nos premiers despotes, et l’on grandit sous leur joug avec l’esprit de servitude. Pas nécessairement nos parents d’ailleurs, simplement ceux qui prennent soin de nous dans notre enfance. Cela expliquerait éventuellement un manque de combativité, puisque de toute manière on ne regrette jamais ce qu’on n’a jamais eu. Il parait qu’il faut avoir pitié de ces gens, qui passent d’un maître à l’autre sans ciller car ainsi va la vie pour eux depuis toujours et que leur attrait pour la liberté n’a jamais existé. » D’un pas mesuré mais assuré, Jalender les fit traverser le square, descendre vers le trottoir et traverser la route pour longer le Musée de Cluny. « L’autre raison éventuelle de ta situation, toujours selon La Boétie, c’est que tu as été assujettie de force. Et la force englobe tout un tas de choses comme la contrainte morale, spirituelle, physique, le chantage, la peur… Et comme il le dit si bien, de cette première raison découle cette autre : que, sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches et efféminés. Et avec la liberté, on perd aussitôt la vaillance. Les individus soumis n’ont ni ardeur, ni pugnacité au combat, chose que les tyrans savent bien, aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir. » A leur droite se profilait un petit jardin médiéval, fermé à cette heure-ci. Encore une route à traverser et les voilà dans la rue Boutebrie, cernée par des colonnes serrées de bas immeubles aux hauts plafonds. En plus du mouvement des voitures et de l’éclairage tamisé de la ville, un bar secouait l’air d’un joyeux tumulte et de couleurs vives, comme un phare en pleine mer. Jalender n’avait pas vraiment quitté du regard la jeune femme, s’absentant seulement par moments pour faire attention à leur route ou à leur rythme. Contrairement à elle, il continuait à faire preuve d’intérêt, un peu comme pour souligner son propos, qui avançait doucement. « Mais s’il y a bien une chose qui marque ce discours, c’est que c’est un cri d’indignation. « Mais, ô grand Dieu, qu’est-ce donc cela ? Comment appellerons-nous ce malheur ? Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais tyrannisés !... Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! ». Alors bon, servitude volontaire, peut-être… mais il n’éprouve que de la pitié et une désolation pour cela. Justement ! Tout son discours est un appel à la résolution de ne plus servir, à être libre. Il ne demande pas de pousser le tyran, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir et de laisser le désir, si grand et si doux de liberté, reprendre vie. Car dès qu’il est perdu, tous les maux s’ensuivent, et sans elle tous les autres biens, corrompus par la servitude, perdent entièrement leur goût et leur saveur. »

Jalender les avait emmenés jusqu’à l’hôtel Saint Severin, juste à côté de l’église portant le même nom. Là, il ralentit un peu pour on regarder sa magnifique architecture de gothique flamboyant, toute en arc brisés et en piques montantes qui fendaient l’air tels des lances transperçant un chevalier à terre. Il avait pris soin à ne pas attaquer la jeune femme de front, seulement à distiller le blâme au travers des mots d’un auteur qu’elle avait finalement elle-même choisi. Le but n’était pas de la rendre coupable, mais de lui faire comprendre qu’à son sens, l’exemple était mal choisi. Pas la peine de rajouter qu’un tel texte, datant du seizième siècle et écrit par un môme de seize ou dix-huit ans, n’aurait certainement pas traversé les âges s’il ne faisait que défendre une apathie collective. Laissant son regard voguer quelques instants sur les reliefs de l’église, Jalender finit par revenir à la jeune femme et l’observa d’un air particulier, une malice teintée d’une douce sensibilité au fond des yeux.

« Je préfère quand les gens parlent d’eux avec leurs mots plutôt que de se référer à des choses universelles, certes, mais sorties de leur contexte. Crois-moi, je n’essaye pas de te juger. Je n’aime juste pas quand les gens se cachent derrière des propos qui ne leurs vont pas. Quitte à ne pas vouloir me parler, ne dis rien. Ou si je ne te plais pas, pars. Plus besoin de faire preuve de professionnalisme ou de politesse maintenant, non ? La nuit est trop belle et l’occasion trop agréable pour que tu te coltines à Paris quelqu’un juste parce qu’il t’a donné rendez-vous. »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Mer 15 Mar 2017 - 23:31

Ils se mirent en marche, et Doraleen comprit immédiatement au regard de Jalender qu’elle avait accroché son attention avec la Boétie, et qu’elle pourrait attendre une indication sur leur destination encore longtemps. Son œil vert s’était éclairé brusquement à la mention du philosophe, et Dora contempla un instant son visage empli d’intérêt, rajeuni, lumineux. Dès les premiers mots du consultant, elle se remit à sourire. Maintenant qu’elle était en paix avec elle-même et avec la brillance de son partenaire, elle était prête à recevoir ses propos, à les boire à la source même.

« Bien sûr que si. »

Eh bien ? Cela était bon à savoir. Silencieuse et attentive, Dora prit le temps de décoder les paroles de Jalender, qui s’était lancé dans un commentaire de l’œuvre. Il en connaissait, des choses, cet homme. Beaucoup de gens, quelles que soient leurs origines, leur éducation, avaient leurs références. Des œuvres qu’ils pouvaient citer à loisir pour appuyer leurs propos, leur donner de la crédibilité, une véritable substance historique. Elle-même avait dû construire ses connaissances d’elle-même, profitant de l’immense bibliothèque familiale. Ses parents ne lisaient pas beaucoup, et encore moins des traités humanistes. Mais puisque toute bonne famille se doit de posséder dans sa demeure un ensemble conséquent de  livres, rangés au creux d'étagères de bois précieux, ils s'étaient arrangés pour racheter la bibliothèque complète d’un vieil aristocrate cultivé et endetté jusqu’au cou. Lieu fantastique qu’une bibliothèque complète et chaleureuse. Doraleen pouvait aisément affirmer qu’elle avait passé les meilleures heures de son adolescence au cœur de la haute pièce, à déchiffrer de vieux manuscrits, à crayonner des notes incompréhensibles dans les marges, puis à relire ces mêmes ouvrages des années plus tard en corrigeant ses remarques, en en rajoutant, en savourant le sentiment d’évolution qui la frappait de plein fouet.

« Il parait qu’il faut avoir pitié de ces gens, qui passent d’un maître à l’autre sans ciller car ainsi va la vie pour eux depuis toujours et que leur attrait pour la liberté n’a jamais existé. »

Jalender, évidemment, ne faisait pas que commenter innocemment l’essai. Il critiquait la Mangemort avec une rare violence, comme seuls les propos indirects le permettent, quand ils sont compris et non bêtement survolés. Et Dora les comprenait. Sans réagir autrement que par un redoublement d’attention, elle encaissait son dû, décidant qu’elle devait le mériter après avoir évoqué si évasivement un si vaste sujet. Elle avait toujours beaucoup aimé ce texte de virulente critique et d’appel à l’indignation, lancé par un tout jeune homme des siècles auparavant, comme un éclair dans la nuit. Comment expliquer que les hommes se complaisent ainsi dans leurs chaînes ? Et s’il n’était que question de chaînes ! l’exploitation, le mensonge, l’hypocrisie et l’injustice dont ils sont victimes, ne devraient-ils pas les pousser à se lever ? C’était bien sûr l’axe principal de lecture, et, elle en était convaincue, le principal message adressé à ses lecteurs. Pas question donc de faire la fière et de s’enfoncer, car le texte était trop beau pour qu’elle le salisse ainsi.

« Avec la liberté, on perd aussitôt la vaillance. Les individus soumis n’ont ni ardeur, ni pugnacité au combat, chose que les tyrans savent bien, aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir. »

Simple, efficace, en quelques secondes Jalender venait de résumer grossièrement sa situation. Eduquée à la sauce pro-Voldemort, mais jamais forcée à y croire, elle avait baigné dans ces croyances de supériorité du sang. Les livres l’en avaient sauvée, heureusement, mais son esprit n’avait jamais été bien coriace, surtout avant sa quinzième année. Il aurait été enfantin de l’endoctriner, avec un peu plus de volonté. Quant à son entrée dans les rangs du Seigneur des Ténèbres, elle n’avait pas eu beaucoup de choix. Se soumettre consciemment, se voir forcée par Imperium, ou mourir. Souhaitant garder un minimum de dignité, elle s’était engagée. Cela avait peut-être été dû à la période de transition entre son diplôme et son serment, cinq années vides, inintéressantes, fruits d’une trop longue habitude à l’incertitude et à la paresse. Elle avait cédé à tous les vices, et notamment au plus dévastateur de tous : la stagnation. Comme un lotus éclatant, se complaisant dans les miasmes de son marécage. Alors l’arrivée des Rafleurs ce soir-là avait été pour elle la possibilité, inespérée, d’une progression miraculeuse. Elle n’était pas faite pour la lumière. Trop faible, trop jeune, pour comprendre les vertus de la liberté. Cette liberté dont Jalender, et la Boétie, vantaient les merveilles, elle l’avait connue, mais s’y était embourbée. La liberté se mérite, et Doraleen n’avait jamais rien fait pour se la voir accordée. Elle n’y avait trouvé que solitude et facilité. Alors cette possibilité de faire quelque chose de sa vie, obtenue encore une fois sans efforts … comment refuser ?

« Sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches et efféminés. Et avec la liberté, on perd aussitôt la vaillance. Les individus soumis n’ont ni ardeur, ni pugnacité au combat, chose que les tyrans savent bien, aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir. »

Doraleen se rendit compte du regard qu’elle portait sur Jalender, entre deux vagues égarements dans ses réflexions. Brillant, presque avide. Elle ne regardait en lui que l’orateur, et les infimes mécanismes de son visage qui s’activaient alors qu’il détaillait sa pensée. Bientôt, elle se sentit capable de reproduire mentalement tout ce fascinant faciès, sans réfléchir. Ils cherchaient au fond des pupilles de l’autre des messages silencieux, des indices oubliés, des émotions révélatrices. Depuis le début de la soirée, Dora croyait y lire un mélange d’intérêt, d’ironie passagère et de ce qui devait être une forme de désir. Elle-même devait renvoyer ce genre d’idées, l’ironie remplacée par la surprise. Quant au chemin parcouru, elle calquait ses pas sur les siens, et le laissait mener la marche, suivant toutes ses variations de direction avec la précision d’une danseuse. Mais elle n’avait aucune idée de l’endroit où ils se trouvaient. Quelque part, dans le quartier Sorbonne. Ou pas.

« Mais s’il y a bien une chose qui marque ce discours, c’est que c’est un cri d’indignation. »

Nous y voilà. Le cœur du propos, ce qu’il introduisait depuis le début de sa tirade. Il avait une remarquable mémoire, pour citer de si larges passages de l’œuvre. En effet, la Boétie déplorait l’ignorance des peuples sur les beautés de la liberté. Même plus, il affirmait que chaque être vivant tendait à être libre, qu’un animal enchaîné allait jusqu’à se ronger la patte pour se délivrer. Doraleen se dit qu’elle n’avait jamais exprimé son accord avec les propos de la Boétie, et seulement repris son terme de servitude volontaire. Alors certes, c’était mal résumé, mais si elle s’était autorisée un tel raccourci, c’est parce qu’elle supposait qu’il comprendrait son insinuation. Elle n’était pas libre, et ne souhaitait pas le redevenir, car tout ce qu’elle avait connu de l’émancipation n’était que nasse obscure et boueuse. De plus, le risque d’être suivie persistait. Elle aurait voulu répondre à ses accusations à demi voilées, mais il ne lui en laissa pas l’occasion, et arracha brusquement le masque.

« Je préfère quand les gens parlent d’eux avec leurs mots plutôt que de se référer à des choses universelles, certes, mais sorties de leur contexte. »

Si seulement elle pouvait s’expliquer ! Laisser son esprit ouvrir les vannes, sa langue en enjoliver l’expression, en réguler le flux, et rendre tout cela cohérent et agréable, convainquant et raisonné, comme une fontaine versaillaise. Mais ce talent, elle l’avait perdu dès qu’elle avait mesuré la hauteur du mur qui lui faisait face. « Je ne cherche pas à te juger », ça c’était un mensonge. Il la jugeait sans arrêt. Elle préféra ne pas relever, et prit une petite inspiration pour enfin délivrer les mots qui la brûlaient, avec une grande précaution et beaucoup de douceur.

« Très bien. Excuse-moi si cette évocation du Discours, pour le moins évasive, t’a semblée inappropriée ou insultante. Le contexte manquait. Sans te reprendre, je t’accorde tout ce que tu viens de dire sur la Boétie, et sur moi. Sauf une chose. » Une chose qu’elle jugeait indispensable d’éclairer s’ils voulaient continuer correctement cette conversation, car elle était la raison originelle de son évocation de l’essai. Déjà qu’elle lui cédait un nombre indécent d’avantages …

« Je pense que cette œuvre, outre son appel à l’indignation, met en avant cette part d’ombre commune à tous les hommes : nous souhaitons vivre mieux, pas forcément vivre libre, ce qui est bien différent. Et quand la servitude permet de vivre mieux – ou du moins, de le croire – le peuple s’en accommode très bien. Dans mon cas comme dans d’autres, la soumission en pleine connaissance de cause n’a été qu’un sacrifice raisonnable, une simple concession. Elle m’a permis de m’extirper de ma précédente situation, en tous points inférieure. » Elle murmurait presque maintenant, le visage inexpressif et détendu, ses yeux comme deux lacs gelés plantés dans les forêts d’émeraude de Jalender.

« Je n’ai pas mérité ma liberté, elle ne m’a jamais apporté que de gluantes facilités. Aujourd’hui je n’en veux plus. Et j’ignorerai ses attraits jusqu’à ce qu’elle vaille enfin la peine que je me batte pour elle. »

Doraleen repassa mentalement ses propos, pour s’assurer de leur clarté. C’était fort prétentieux et assez irresponsable de prétendre rejeter la liberté, elle en avait conscience, mais quoi ? Fallait-il qu’elle mente aussi sur cela ? Elle ne voulait rien ajouter à ce sujet ô combien passionnant, mais qui comme tous les sujets de sa trempe était le potentiel déclencheur d’un conflit. Et elle ne voulait pas se battre, même d’esprit à esprit, contre Jalender. Ils n’étaient pas là pour ça.

« Quitte à ne pas vouloir me parler, ne dis rien. Ou si je ne te plais pas, pars. »

Etait-ce l’impression qu’elle renvoyait ? Un refus de communiquer ? De l'antipathie ? Oh, loin de là. Elle se contenait, se censurait, c’était certain. Mais ce n’était qu’une manière pour elle de ne pas laisser échapper trop de maladresses. Elle n’avait pas cette répartie cinglante qui semblait être si naturelle chez son partenaire. A peine quelques jolies phrases, de temps à autre, qui lui venaient sans prévenir, mais qui n’impressionneraient pas le consultant pour deux sous.

« Plus besoin de faire preuve de professionnalisme ou de politesse maintenant, non ? La nuit est trop belle et l’occasion trop agréable pour que tu te coltines à Paris quelqu’un juste parce qu’il t’a donné rendez-vous. »

Doraleen avait bien envie de prendre cette dernière remarque comme une faille dans la défense bardée de fer de Jalender. Une sorte de dérapage, qui prouvait son intérêt. Mais elle préféra rester pragmatique, et l’interpréta comme l’expression de son agacement. Il ne voulait pas perdre son temps. Et elle non plus. Toutefois, maintenant que la conversation était entamée, elle ne voulait plus vraiment qu’elle s’arrête. La Mangemort apprenait et jubilait trop pour couper court à la soirée dans l’immédiat. Elle opta donc pour une légère variation de comportement.

« J’en prends note, et te renvoie la politesse. Ne te force pas à supporter ma compagnie si elle te semble insupportable. S’il le faut vraiment, je trouverai bien quelqu’un d’autre. »

Pour quoi, elle ne le précisa pas. Mais sa voix aux intonations malicieuses et son expression désuète ne laissaient pas de place au doute. Elle souhaitait réellement raccommoder les bords de leur soirée en péril (la faute au consultant et à ses questions tordues), et pour cela, elle acceptait même de jouer la jeune mondaine lambda, avec son interminable second degré, sa charmante frivolité et sa tendance à la débauche. Observant les alentours, Doraleen fut saisie par la superbe diversité des architectures, la joie de la vie Parisienne et l’exclusivité du soir bleu dont ils profitaient. Elle en fut très touchée.

« C’est vrai que la nuit est belle. » Cela dit, elle reporta son regard sur Jalender et lui sourit faiblement.

« Réflexion faite (bien que la tentation de finir la soirée en face-à-face avec moi-même soit forte) je vais me faire violence et rester un peu. Sache que j’apprécie ton invitation et que je tâcherai de me faire plus … agréable. »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Ven 17 Mar 2017 - 1:40

Qui eut cru qu’il aurait distillé autant de détails sur sa propre personne en une remarque qui ne le concernait à priori pas du tout ? L’avait-elle remarqué ? Probablement pas. Tout comme lui n’avait pas tout de suite saisi à quel point ce discours détaché suintait d’une expérience qui revenait par vagues de réminiscences inconscientes, alimentant le propos de son propre jus. Et comme il aimait à parler, à s’étendre, fatalement, son bavardage innocent se cousait du fil d’un vécu personnel. Une fois la remembrance ancrée et au bord de la bouche, elle se dissolvait tranquillement dans les mots et les phrases, l’emportant vers une exaltation doucereuse et subtile. Mais puisqu’il avait déjà démontré son tempérament enflammé, l’on ne savait jamais vraiment s’il était simplement passionné ou si c’était un sentiment bien plus profond qui s’exprimait au détour de quelques regards malicieux. La Boétie avait été une lecture comme une autre, savourée avec l’intérêt que l’on porte à ce qui nous éclaire sur nos propres pensées. Jalender l’avait découvert bien trop tard pour que ce texte ait eu l’occasion de transcender son existence en l’aidant à découvrir quelle était donc cette chose qui l’avait rendue si malheureux. De toute manière, l’on aura beau lire ce que l’on voudra, les tragédies personnelles, nous les affrontons seuls sans aucune citation pour nous redonner du panache. A dire vrai, dans le malheur, plus rien n’a d’importance que la souffrance elle-même et les idées parcourues un jour semblent bien peu avisées et désuètes. Il n’y avait, éventuellement, que la poésie pour illustrer le chagrin, mais là encore, ce qui touche ne fait que mieux nous complaire, exacerbant davantage le désespoir. Jalender avait parlé avec la légère qu’il fallait octroyer aux théories abstraites, mais à la réflexion, maintenant que son exposé fut fini, il ne pouvait décemment pas ignorer ce que ces idées avaient réveillé en lui. Heureusement, il y avait toujours l’honnêteté de sa dernière réplique pour venir camoufler l’amertume sentimentaliste qui perçait, de quoi faire croire qu’il était plus concerné par la situation que ce n’était véritablement le cas.

Quoi qu’il en fût, certains esprits infiniment courageux, ou à la patience séraphique, parvenaient à, si ce n’est apprécier, au moins s’intéresser suffisamment à ce qui pouvait s’apparenter à un soliloque pour en saisir les nuances. Mais Jalender crut voir la jeune femme s’accrocher à sa bouche comme lui s’était accroché à La Boétie. Comme il en était si souvent le cas, à chaque fois que quelqu’un lui apportait une attention particulière, le consultant y voyait que ce que les éternels pourchassés pouvaient voir. Il la voyait silencieusement boire son propos, se disant que c’était peut-être pour mieux lui retourner la balle. C’était certes sont droit, bien évidemment, mais c’était alors un intérêt malsain qui cherchait la faiblesse dans le but d’affliger en retour une blessure aussi grande que possible. La discussion pouvait devenir un combat latent à tout instant, lorsqu’il était mené par deux esprits aussi forts que les leurs. Dès que son propos fut fini, il avait détourné son regard et son attention sur les environs, attendant patiemment et avec une curiosité étouffée ce que la Mangemort allait bien pouvoir extraire de son discours. En l’écoutant bien, peut-être parviendrait-il à en savoir plus sur elle rien qu’à la manière dont elle avait appréhendé lui et son objection. En tout cas, Louise aussi avait semblé devoir faire preuve de patience pour ne pas l’interrompre, se tourmentant de lui répondre enfin. Bonne chose, se dit-il, au moins la toquade avait pris le pas sur la morosité.

« Très bien. Excuse-moi si cette évocation du Discours, pour le moins évasive, t’a semblée inappropriée ou insultante. Le contexte manquait. Sans te reprendre, je t’accorde tout ce que tu viens de dire sur la Boétie, et sur moi. Sauf une chose. »

Il avait baissé la tête pour mieux la considérer, elle et sa révélation. Pas la peine de relever qu’il n’y avait rien d’insultant, que la vie était après tout ainsi faite quand les mots des uns étaient dénaturés ou au moins travesties par les autres. Lui aussi devait le faire bien souvent sans nécessairement le vouloir, par pur orgueil, et personne n’était alors là pour pointer son manquement. Alors qu’elle parlait, il s’était mis à lui sourire sereinement, et on aurait pu croire qu’il ne l’écoutait pas vraiment pour pouvoir éprouver une telle résignation devant une pensée si dure pour un esprit bien jeune. Ou peut-être était-elle dure justement parce qu’elle était jeune, va savoir. Jalender baissa même les yeux un instant vers leurs bras enlacés, sentant une autre vague arriver, le rendant incapable de se concentrer sur le visage de Louise, par peur qu’elle ne déborde de ses yeux et ne s’échoue sur ceux de la jeune femme. Malgré toute la bonne volonté dont il pouvait faire preuve, Jalender ne parvenait pas à lui donner parfaitement raison sur le fond de son interprétation. Il comprenait sa situation plus qu’il n’était prêt à l’avouer à haute voix, mais pour lui, tout cela découlait non d’un désir de vivre mieux, mais d’une paresse. Une faiblesse d’esprit qui cherchait la facilité, faisant une félicité des choses qui nous tombent dessus par hasard et que l’on veut bien accorder à une belle injustice, lorsque l’avantage reçu n’est en rien mérité et pourtant là, comme par magie. S’il y avait bien quelque chose qu’il avait retenu de sa propre vie, c’était que l’aisance prédisposée partait comme elle revenait, nous abandonnant sans nouvelles possessions que celles dont nous disposions auparavant. Les privilèges gratuits ou offerts ne nous apprenaient rien, ne nous éduquaient d’aucune façon puisqu’il n’y avait pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour les avoir. Pour la jeune femme, la facilité venait en fait de là, de cette incapacité à pouvoir se gérer soi-même, préférant abandonner la responsabilité et le pouvoir décisionnel à quelqu’un d’autre pour n’avoir à subir que les conséquences de sa propre désobéissance. Et Merlin qu’il était simple de servir sans ambitions. Les peuples s’accommodaient effectivement de beaucoup de choses, mais surtout s’accommodaient-ils aisément du fait d’avoir un responsable sur qui pointer lorsque leur indolence les rendait soudain malheureux.

Jalender fronça légèrement les sourcils en entendant la jeune femme parler de sacrifice raisonnable, comme pour confirmer sa propre pensée. Elle cherchait la situation la plus confortable possible, sans avoir à endurer le poids d’une liberté où elle ne savait plus quoi faire de son corps et d’une servitude trop ennuyeuse et en tout point désavantageuse du joug parental. Un nid douillet où elle empruntait les ambitions de quelqu’un d’autre, obéissant aux caprices qui n’étaient pas les siens pour une cause qui, finalement, n’était pas non plus la sienne. Elle vivait par procuration et tout en cela semblait répréhensible. Qu’avait-elle donc finalement pour elle, que ces infimes instants où elle bavassait aux côtés d’individus devant lesquels elle ne pouvait même pas convenablement se défendre ? Car comment pouvait-on décemment légitimer sa situation derrière le compromis de vivre une vie qui ne nous appartenait pas ? Honnêtement, Jalender n’avait rien à y répondre. Il fallait du temps pour se rendre compte de la raison qui nous faisait trainer une existence lamentable, et un seul instant fatidique était parfois suffisant pour nous faire réaliser la méprise d’une telle vie. Pire, il advenait bien souvent que la destinée ne nous réservait strictement aucun drame, nous guidant paisiblement au travers du brouillard de nos belles illusions, sans remous ni secousses. Et ainsi passait la vie, avec cet éternel sentiment que quelque chose manquait, une sorte de manquement sur lequel on ne parvenait pas à mettre le doigt et qui restait indéfiniment vide. Bien sûr, pour certains, c’était toujours mieux que de devoir se déraciner du jour au lendemain, faire sacrifice de son propre caractère et de sa tranquillité d’âme pour découvrir que la vie valait beaucoup, beaucoup plus que juste un compromis fait par paresse. Cela dit, malgré tout le désir, il ne pouvait rien dire, étant lui-même passé par là, ayant déjà été malheureux de vivre libre à ne savoir qu’en faire, désirant presque revenir en arrière, dans le confort d’une monotonie où il n’avait rien à faire de plus qu’à réprimer sa nature sans jamais porter le poids de ses propres déceptions. Finalement, avec amertume et une sobriété que l’on ne lui connaissait que très rarement, le consultant murmura :

« La vie est souffrance et elle ne deviendra jamais plus attrayante qu’elle ne l’est déjà. Elle ne changera jamais pour toi, ce sera toujours à toi de faire l’effort. Toujours. »

Et puis soudain, comme s’il ne s’était rien passé et qu’il n’avait rien dit, Jalender se dérida, releva la tête et un sourire vint délicatement étirer ses lèvres d’une rougeur taquine. Le temps allait faire son affaire et les mots n’avaient pas vraiment d’importance en cet instant-là, il le savait parfaitement. Louise allait devoir faire son propre chemin toute seule, réaliser un jour ou l’autre la méprise ou rester dans sa complaisance pour toujours sans jamais se rendre compte que l’inconvénient ne venait pas de la liberté, mais d’une idéologie soutenue majoritairement par fainéantise. Après tout, pourquoi se battre lorsqu’on a un semblant de paix ? Et comme à chaque fois, il faudra qu’un jour les intentions deviennent soudain beaucoup plus sérieuses et concrètes pour mettre tous ses agioteurs au pied d’une réalité qu’ils refusaient de voir au profit de ce qu’elle pouvait bien leur apporter de bon. De toute manière, ce n’était pas un aspect à aborder de front, mais plutôt à la dérobée. La Boétie n’était pas assez subtil pour ça maintenant. Jalender observa sa douce mais impétueuse compagne devenir malicieuse au détour de quelques phrasés presque languides, signe qu’ils reprenaient le jeu. Au dernier mot, il sourit plus franchement, l’observa un instant avant de roucouler de son baryton mielleux d’un air entendu :

« Je préfère le naturel à l’agréable. »

Fougueux, il se détourna et entraina Louise dans sa marche, les faisant longer l’église puisque ce n’était pas là le but de leur balade. A gauche, en face de l’édifice, encore un long et lumineux café, Le Saint Séverin, lové au rez-de-chaussée d’un ancien immeuble. Décidemment ! Et plein de gens en terrasse, verre à la main et clope entre les lèvres. Ils arrivèrent enfin au croisement de l’étroite place qui se profilait devant l’église et de la ruelle parallèle, petite et étouffée, ce qui la rendait d’autant plus pittoresque. Jalender hésita un instant, à droite ou à gauche ? Une plus longue balade ou aller droit au but ? Ah, diantre, à gauche bien sûr, tout droit vers la lumière des boutiques plutôt que celle des voitures. Ils contournèrent l’angle du café et s’engagèrent sur un chemin piéton étroit comme il y en avait des centaines à Paris, dans les lieux où l’architecture était préservée. Le pavage était large et ancien, bétonné par endroit avec maladresse. Et là Jalender ne regardait plus sa Louise, bien que son bras serrât celui de la jeune femme contre son flanc avec ardeur. Son regard voguait avec un émerveillement égal sur le tableau qui s’offrait à eux, brillant de la lumière que le quartier Latin injectait dans le rayon coloré de ses yeux. Une vie nocturne fournie et emplie de restaurants exotiques pour la plupart, aux portes laqués toujours ouvertes et aux publicités illuminant le chemin si bien qu’on ne voyait même pas l’agrément des lampadaires. De vieilles façades en bois se succédaient, datant probablement encore de la révolution industrielle, toutes de colonnes verticales et de décorations classiques, allant du bordeaux au noir et changeant d’une enseigne à l’autre sans jamais briser le rythme par un pan de mur en briques. Les gens voguaient sur ce bras étroit et baigné de lumière avec la tranquillité d’un plaisir savouré, parcourant l’endroit d’œillades agars caractéristiques de l’oisiveté.

« Je ne suis pas quelqu’un qui se force, et encore moins suis-je quelqu’un de poli, sauf si c’est intrinsèquement dans mon intérêt. Et mes intérêts sont généralement assez prosaïques. J’ai déjà perdu assez de temps avec cela avant, sans que ça ne m’apporte aucune utilité autre qu’une fausse complaisance dont je ne veux plus dans mes rapports personnels. Donc ce n’était pas de la politesse mais de la diligence de ma part, qui nous aurait rendu service à tous les deux. Et crois-moi, tu le sauras si tu me deviens insupportable avant même qu’on n’ait eu le temps de ne serait-ce que s’agacer un peu. On peut dire qu’à quelques détails près, je vis comme je travaille. C’est par ici ! »

Changea-t-il soudain de sujet avec un naturel déroutant, comme si ce fut la suite logique de son propos, tout en entrainant Louise à leur droite dans une rue encore plus étroite et plus lumineuse de cafés et bars en tout genre. Le ton de sa voix n’avait pas été menaçant ni méchant, mais plutôt étrangement fataliste. Après tout, ce n’était en rien une contrainte, mais plutôt un constat que certain pouvaient largement prendre pour de la rudesse exécrable, se voyant déjà humiliés d’entendre un si honnête propos. Pourtant, il n’y avait aucun mystère, Jalender était devenu ainsi à force de vivre, ne désirant plus s’encombrer d’individus souhaitant se jouer de sa personne au moyen de quelques politesses indésirables et surtout inutiles. Depuis longtemps, il préfèrait l'authenticité, quitte à être blessé, plutôt qu'un joli savoir-vivre qui cachait un dédain contenu. Non merci. Les convenances n'étaient utiles qu'en cas de courte rencontre, ce qui n'était plus le cas pour Louise. Trois jours, c'était déjà trop long s'il fallait subir de la civilité apprise par coeur. De ce fait, il n'était pas de ceux qui tenaient rigueur de ne pas plaire.

« Mais j’ai également un caractère particulièrement conciliant et dégagé, ce qui fait de moi quelqu’un de très difficile à véritablement fatiguer. Les gens croient m’agacer alors qu’ils ne font qu’attiser ma curiosité. Et je suis très curieux. »

Jalender n’eut le temps que de décocher un sourire entendu et mielleux à Louise avant qu’ils ne parviennent à leur but. Enfin ! Au bout de leur longue succession de ruelles piétonnes, soudain, une route et puis la Seine. Et à droite, derrière un pont à quelques centaines de mètres, Notre Dame de Paris, illuminé d’une myriade de feux blancs qui soulignaient dans le ciel orangé de cette nuit d’hiver son gigantesque relief lourdement orné. Le regard dirigé vers le parvis gothique, Jalender changea encore de sujet, suivant le fil de sa pensée chaotique comme cela venait :

« Depuis quand les familles de sang-pur ont dans leur bibliothèque un humaniste moldu ? Ou c’était de la lecture interdite et par esprit de contradiction, tu fais tout ce que ton rang te somme de ne pas faire ? Et puis franchement. Franchement, où est-ce que tu aurais pu te trouver quelqu'un d'autre pour discuter d'humanistes français comme La Boétie avec toi, hein ? Je les connais, ces français, ces autres, et je sais tourner les pages bien mieux qu'eux. Tu ne trouveras pas de lecteur plus... rigoureux et assidu que moi. »

Bien entendu, tout cela était sujet à interprétation. C'était même vivement recommandé.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Jeu 23 Mar 2017 - 20:10

Après avoir achevé sa dernière phrase, Doraleen s’était attelée à une observation plus précise des lieux qui l’entouraient. Elle voulait retenir l’emplacement des ruelles, des bars, des carrefours, afin de pouvoir se repérer et s’orienter dans ce labyrinthe qu’était Paris. A mesure que leur promenade suivait son cours, elle voyait l’organisation des rues comme un écheveau de fil déroulé par un chat au hasard de ses déambulations : chaotique. Et la progressive accélération de Jalender n’arrangeait rien. En attendant sagement qu’on lui donne la réplique, elle emplissait son regard de la vie nocturne et des beautés de la capitale. Des éclats de lumière et de rires s’échappaient des innombrables cafés. Chacun d’eux était rallongé d’une charmante terrasse et de ses terrassiers, qui montraient une farouche détermination festive en bravant la froidure de janvier. Elle contempla les toits, les façades, les balcons en fer forgé, et tout cela lui plaisait beaucoup. Malgré tout elle savait qu’elle ne pourrait pas y vivre. Tous ces ornements étaient artistiquement très plaisants, mais à la longue, useraient son goût du raffiné, jusqu’à lui faire détester chaque fleur de chaque colonne de grès. Elle n’avait jamais vraiment versé dans la poésie et ses bohèmes.

« La vie est souffrance et elle ne deviendra jamais plus attrayante qu’elle ne l’est déjà. Elle ne changera jamais pour toi, ce sera toujours à toi de faire l’effort. Toujours. »

Tirée de sa contemplation par la voix lasse et grave de son partenaire, elle mit un peu de temps à faire le lien avec ses précédents propos, jusqu’à finalement connecter les points et froncer les sourcils. Quel cynisme désespérant ! Elle-même n’était pas une optimiste diplômée, et son quotidien n’était certes pas l’île aux enfants, mais elle parvenait tout de même à tirer une soupe satisfaisante de son parterre d’orties. Enfin, Jalender était plus âgé qu’elle, il ne fallait pas l’oublier, et il avait dû en voir d’autres. Un homme usé peut-être ? Il restait jeune, elle refusait de lui donner plus de trente ans. Cependant, à la manière dont il lâcha cette phrase subliminale, comme un vieux sage fatigué, elle sourit et en prit note avec une certaine ironie. Elle ne connaissait pas cet effort dont il parlait. Bien sûr, un jour, elle devrait se mettre à la besogne. Mais pourquoi se presser ? Tout était si simple. Peu satisfaisant, certes, et souvent frustrant, mais tellement accessible. Comme pour chasser les doutes qui cherchaient à se glisser dans les fissures lézardant sa volonté, elle raffermit sa prise sur le bras de son compagnon et détendit ses épaules. On n’y pense plus.

Comme en écho à sa résolution, Jalender changea de ton, d’attitude et d’allure. Avec cette remarque sur le naturel et l’agréable, elle retrouva l’espièglerie dont il avait fait preuve un court instant au début de la soirée, mais qui au final n’avait jamais vraiment quitté son regard. Mais toujours, cette espèce de moquerie à demi voilée. Elle avait beau y réfléchir, elle ne comprenait pas pourquoi il persistait à aller à contre-courant de ce que le bon sens dictait en matière de sociabilité. C’est-à-dire qu’elle croyait s’y connaître en rapports humains. Pour peu qu’on ne souhaite pas trop se casser la tête, il existe une sorte de ligne de conduite, de parole dans une discussion qui lui garantit la santé. Elle avait étudié cette frontière entre le juste et le gênant, le bienséant et le désagréable. A la recherche de cette frontière et de son emplacement exact, elle avait fait des expériences sur nombre de sujets. Certaines choses ne se disent pas, bien sûr. Mais au-delà des sujets tabous généralement évidents, il y avait autre chose. La plupart du temps, la limite était instinctive, se clarifiait par l’habitude de la vie en société. Face à un interlocuteur sensible, n’importe qui doué d’un minimum de discernement comprend que plusieurs manières de répondre se présentent à lui. De la plus pertinente pour les éloquents, à la plus inappropriée, celle qui sonne faux. Par exemple, parler de l’autre, avancer des suppositions sur ce que contient son passé ou sa personnalité (même par taquinerie) n’est pas approprié, surtout après une rencontre récente. Et puis tout simplement, à la manière de réagir, de se comporter pour entretenir une conversation agréable … tout cela était fort abstrait mais parfaitement compréhensible. Elle concevait très bien que cette ligne de conduite était la voie de la facilité, et menait souvent à l’hypocrisie. Et donc que Jalender se refuse à la suivre, parce qu’il semblait se contrebalancer de ce qu’elle pouvait bien penser de lui. Mais tout de même, elle le trouvait entêté. Enfin, maintenant, il semblait en avoir fini avec tout cela, et Doraleen avait un peu honte de l’admettre, mais elle en était soulagée.

« Je ne suis pas quelqu’un qui se force, et encore moins suis-je quelqu’un de poli, sauf si c’est intrinsèquement dans mon intérêt. Et mes intérêts sont généralement assez prosaïques. Et crois-moi, tu le sauras si tu me deviens insupportable avant même qu’on n’ait eu le temps de ne serait-ce que s’agacer un peu. On peut dire qu’à quelques détails près, je vis comme je travaille. C’est par ici ! »

Damned, lisait-il dans ses pensées ? Au moins, c’était plus clair comme cela. Doraleen appréciait cette franchise, la clarté de son propos et ses arguments tout à fait valables. Certains s’accommodent mieux des commodités que d’autres. Elle-même pouvait maintenir cette distance polie, ces convenances, plusieurs mois après avoir rencontré un individu, même en le fréquentant régulièrement. En fait, jusqu’à ce qu’il ne la surprenne plus, ne lui donne plus de raisons d’être prudente. Cela pouvait durer quelques jours, comme beaucoup plus longtemps. C’est là qu’elle reconnaissait les personnes de valeur. Elle n’en avait jamais rencontré. En observant Jalender, un petit sourire figé au coin des lèvres, elle se corrigea, consciente de l’immense potentiel du consultant. Comme un ultime coup porté à son ego, ce constat acheva d’évaporer sa résistance. Elle crut même la voir scintiller un instant au creux des lampadaires avant de se disperser en silence dans la nuit. Elle préféra ne pas trop s’attarder sur son allusion à l’insupportable, décidant qu’elle ne l’était pas. Elle pouvait être agaçante par ses hauteurs passagères, ses regards éloquents, son silence, mais jamais exécrable tant qu’elle ne le désirait pas.

« Mais j’ai également un caractère particulièrement conciliant et dégagé, ce qui fait de moi quelqu’un de très difficile à véritablement fatiguer. Les gens croient m’agacer alors qu’ils ne font qu’attiser ma curiosité. Et je suis très curieux. »

Doraleen n’était pas certaine de comprendre ce qui motivait le consultant à s’ouvrir de la sorte, si toutefois il était sincère. Mais franchement, qu’avaient-ils à gagner à se mentir ? Tous les deux n’en étaient plus là. Elle mit donc cette anecdote sur le compte de la simple envie de partage et de sympathie. C’était étrange, mais concevable. En s’écoutant penser, Dora se dit que la compagnie des Mangemorts l’avait rendue beaucoup trop méfiante. Elle se préparait toujours au mensonge et à la dissimulation. Elle ne croyait plus personne. C’était une bonne chose que de rester sur ses gardes, de prévoir un coup d’avance, mais elle avait tendance à oublier qu’elle n’était pas en présence d’un Mangemort. Jalender n’avait pas du tout la même philosophie. Voilà ce que c’était que de vivre en permanence avec des sorciers sombres et inintéressants. Elle ne pouvait se permettre d’avoir des amis. Trop risqué, pas le temps de les entretenir. Et ne parlons même pas d’un amant. Pour ce soir, Doraleen acceptait de s’offrir un peu de bon temps, de prendre une goulée d’air. Elle accueillit donc le charmant sourire de son partenaire par un léger haussement de ses sourcils délicats. Tout son visage avait pris une expression beaucoup plus avenante, plus douce, très naturelle qui faisait ressortir la pureté de ses traits.

« C’est ma curiosité qui s’attise quand … »

Sa voix s’éteignit avant la fin de la phrase. La banalité humaine de son propos venait de se fracasser contre le somptueux parvis de la cathédrale Notre-Dame, joyau étincelant de l’architecture, manifestement sublimé par un talentueux maître éclairagiste. Les innombrables statues alignées contre la façade, les tympans et les bas-reliefs formaient un ensemble visuel sans commune mesure. La masse de touristes ayant depuis longtemps déserté les quais et la place, celle-ci se trouvait dénudée, immense, accentuant la hauteur et la masse gigantesque de la cathédrale. Doraleen n’était jamais venue ici de nuit, s’était à peine attardée de jour, et trouvait en cet endroit la concrétisation de ses lectures. Le roman de Victor Hugo, bien sûr, en tout premier lieu. Elle regrettait de ne pas savoir la langue française précisément pour les œuvres de cet apanage. Le regard figé sur cette silhouette sortant de terre, lointaine mais parfaitement distincte, elle avait oublié la présence de Jalender à son flan. Nettement moins impressionnable, il reprit comme si de rien n’était.

« Depuis quand les familles de sang-pur ont dans leur bibliothèque un humaniste moldu ? Ou c’était de la lecture interdite et par esprit de contradiction, tu fais tout ce que ton rang te somme de ne pas faire ? Et puis franchement. Franchement, où est-ce que tu aurais pu te trouver quelqu'un d'autre pour discuter d'humanistes français comme La Boétie avec toi, hein ? Je les connais, ces français, ces autres, et je sais tourner les pages bien mieux qu'eux. Tu ne trouveras pas de lecteur plus... rigoureux et assidu que moi. »

Sortant de son extase et reprenant le jeu, elle fut prise d’un petit rire blasé à la pensée de l’adolescente qu’elle était, prise de pulsions de révolte. Non, loin de là, elle n’avait jamais été très farouche, et encore moins vis-à-vis de ses obligations de rang. La noblesse était assez guindée dans les pays scandinaves, c’était certain, mais ils n’étaient plus au XIXe siècle, et elle n’avait jamais ressenti le besoin de se comporter à contre-courant d’une étiquette déjà bien assouplie.

« Qui te dit que je ne l’ai pas trouvé au hasard d’une déambulation dans les bibliothèques moldues de Londres ? » Car avait-elle mentionné sa bibliothèque familiale ? Elle ne le croyait pas. Mais puisqu’il l’évoquait avec une telle assurance, il devait l’avoir déduit d’on-ne-sait quels éléments de la conversation. Pas besoin de se tordre plus l’esprit, et puis elle n’avait pas cru un instant qu’il laisserait transparaître des doutes. Elle se remit en marche, entraînant cette fois Jalender, déterminée à se rapprocher de la cathédrale qui remplissait à merveille sa fonction de phare.

« Plus sérieusement, il est d’usage de posséder une grande bibliothèque dans les bonnes familles qui, par définition, en ont les moyens. Car la bibliothèque n’est-elle pas le cœur d’une maison ? Enfin, mon père n’ayant jamais été un grand intellectuel et souhaitant seulement emplir les étagères, il a racheté la collection complète d’un vieux sorcier très instruit et les a fait entreposer par d’autres sans en ouvrir un seul. Je doute qu’à part ceux du département d’économie, il ait connaissance du moindre ouvrage de cette bibliothèque. Alors en plus savoir si les auteurs sont sorciers, moldus, humanistes ou communistes, cela dépasse totalement son domaine de compétence. Pour te dire, il y a un rayon consacré uniquement à Adolf Hitler, avec au moins six traductions de Mein Kampf. » Elle sourit à la Seine au souvenir de cette découverte incongrue, au beau milieu de la nuit, alors qu’elle se renseignait sur les champignons. Elle n’avait jamais su par quelles circonstances le nazisme s’était retrouvé côte à côte avec les truffes, mais cela l’avait toujours fait rire.

« Quant à la Boétie … je l’avoue, tu étais totalement inespéré. J’ai bien peur de ne pas dénicher avant longtemps un autre puit de connaissances, pour parler d’un sujet aussi profond et passionnant que celui-ci. Il n’est plus nécessaire de rappeler les vertus de la lecture, cette extase qu’elle procure ! » Métaphore filée, hm ? « Tu sembles posséder une solide expérience dans le domaine. Je n’ai jamais discuté littérature avec un français, donc j’imagine que je peux te faire confiance là-dessus. Et si c’est une invitation, je l’accepte volontiers. »

Doraleen finit son verre de champagne et laissa traîner son regard pétillant le long des quais, puis le long des doigts de Jalender. Elle avait faim.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Sam 25 Mar 2017 - 0:15

Certains prétendent que plus on voyage, plus on finit par être fermé d’esprit. Si une première expérience vous éblouit dans toute la splendeur de la découverte et de l’inédit, les fois d’après, les choses se ressemblant d’un bout à l’autre, les éléments de surprise finissent par s’amenuiser. L’habitude du déjà vu prend le dessus et on finit blasé sans le vouloir, simplement parce que tous les recoins de ce monde nous semblent familiers dans leurs reliefs. Pour le moment, Octave n’en était certainement pas encore à ce stade de désabusement, mais il était certain que la cathédrale de Paris avait injecté bien plus d’étoiles dans les yeux de Louise que les siens. Parce qu’il y avait des choses dans la vie qui continuaient à vous émouvoir quoi qu’il en fût, le consultant contempla la structure d’un regard déjà un peu plus tranquille avant de diriger son attention vers la jeune femme d’un doux regard en biais.

Il lui enviait un peu son émerveillement candide, l’adage de l’inconnu ayant le pouvoir de bouleverser à sa mesure l’ordre du discernement acquis, chose qu’Octave affectionnait doucement. Il aimait ce qui parvenait à faire évoluer sa perception du monde ou des détails quotidiens de l’existence, raison pour laquelle fut advenu un temps où il ne s’était rien refusé, désireux de posséder l’univers entiers dans les confis de son cerveau. Le temps passant, il avait eu le sentiment de s’être sensiblement fatigué, d’avoir perdu d’une certaine façon sa capacité à s’émouvoir. Ou peut-être que sa propre existence n’avait simplement plus le même goût sans Jane. Mais ces rues et ses places, il les connaissait bien, presque par cœur, et l’éblouissement se faisait de plus en plus rare et difficile à obtenir d’un esprit de moins en moins apte à s’abandonner dans l’admiration de ce qui était de l’ordre de l’habitude. Il avait donc reluqué la belle cathédrale, vibrant secrètement de son sublime imposant, avant de rediriger son attention vers ce qui dans sa vie était véritablement nouveau. Le visage de Louise exprimait de tous ses traits délicats le pur saisissement et au travers d’elle, Octave avait la sensation de redécouvrir comme elle, cette majestueuse Madame. Mais en réalité, c’était elle qu’il redécouvrait. Il ne s’était pas imaginé que la vue parvienne à émouvoir autant la jeune femme, pensant simplement qu’un tel endroit teinterait au moins leur balade d’un peu de mise en abyme, comme c’était souvent le cas face à quelque chose de bien plus grand que nous, une leçon involontaire d’humilité. Il avait voulu la décentrer légèrement, et manifestement cela avait marché avec la référence la plus triviale que l’on pouvait trouver dans Paris après la tour Eiffel. Mais s’il y avait bien une vérité à ne pas oublier, c’est que les clichés ne le devenaient jamais par hasard et qu’il fallait ne pas hésiter à s’en servir. Alors, voilà que Louise s’oubliait, rencontrant le prodigieusement indicible et à peine croyable, lorsqu’on y pense. Des constructions dont peu sont de nos jours capables et qui concentrent en eux toute la splendeur de l’esprit et du savoir-faire humain. Moldu qui plus est. Par la simple force de l’imagination et de l’ingéniosité, ils élevaient la pierre vers le ciel. Octave avait parfois l’impression que le monde sorcier n’avait jamais pris possession de cette part de leur identité, leurs mode et manières datant d’un temps révolu faisant écho à ce retard conceptuel de la pensée. Et on sait bien qu’un individu qui n’a pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour vivre décemment, devient progressivement paresseux et son intelligence se meurt aussi sûrement que son inventivité. Les sorciers étaient souvent si peu reconnaissants pour ce qu’ils avaient, prenant pour acquis la moindre chose qui se soumettait à leur magie. Quoi que, l’extrapolation était peut-être exagérée. Octave était simplement agréablement surpris et content que le tableau fasse son effet.

Finalement, comme l’admirable se passait de mots et de descriptions, Octave fut celui qui brisa la contemplation, reprenant une posture un peu moins sérieuse, évasive dans sa métaphore, jouant sur les sous-entendus. Dur de savoir si c’était l’atmosphère du lieu qui avait mis Louise de bonne humeur ou les insinuations déliées du consultant, mais elle ricana avant de répondre par une question. Octave tordit sa bouche dans un sourire à l’envers, semblant considérer cette possibilité. De par sa tenue et son maintien, la récente découverte d’un pan de son histoire, le consultant avait simplement déduit que Louise venait d’une bonne famille. La Boétie n’était certainement pas de la littérature que l’on abordait dans les écoles sorcières, et la plupart du temps il en était ainsi que les enfants happés dans le monde magique s’y consacraient entièrement en oubliant les apprentissages du monde Moldu. S’il y avait bien une tendance agréable parmi les classes aisées, c’était d’avoir un certain patrimoine littéraire. Il n’était pas sûr de vouloir l’avouer, parce qu’il était un peu tôt pour ça, mais il avait naturellement procédé à une association personnelle, ayant lui-même tout appris de la bibliothèque familiale à ses débuts. Alors Octave finit par hausser les sourcils avant de commenter :

« Rien ne me le dit, j’ai juste visé au hasard en espérant que ce soit dans le mille. »

Et il semblait qu’il avait effectivement touché la vérité dans ses suppositions. Toutefois, avant de le lui confirmer, Louise le prit par surprise et l’entraina dans une chevauchée de longues jambes en direction de Notre-Dame. L’évocation des grandes familles le fit sourire, car Louise lui expliquait l’usage comme s’il y fut tout à fait étranger, narrant la légende de sa propre famille tentant de suivre une belle coutume de faux-semblants. Au moins avait-elle eu l’esprit de se cultiver contrairement à son père, initiative qu’Octave ne pouvait qu’apprécier, considérant cela comme un témoignage d’un esprit curieux et ouvert. A condition de tout dévorer sans distinctions, bien évidemment. La lecture, comme la parole, pouvaient parfaitement se réduire à une manière d’agrément orgueilleusement ses propres idées. Le consultant accentua d’autant plus son sourire en se souvenant de la grande collection de livres sur les camps de concentration que s’était approprié sa vénérée mère à des enchères en Suisse. De belles œuvres, reliures en cuir de l’édition Famot, dont chaque volume retraçait avec une précision méthodique les fonctionnements des différents camps de travail. Vraiment, il n’y avait rien de tel qu’un livre pour condenser de féroces pensées et d’horribles histoires sans que rien n’en soit bouleversé jusqu’à on en feuillète les pages. Les idées se tenaient là, les unes à côté des autres sans faire le moindre bruit, existant envers et contre tout, malgré les infamies ou beautés qui pouvaient être couchées sur le papier. Néanmoins, Octave ne put s’empêcher de se dire que c’était bien irréfléchi de la part d’un parent prétendument autoritaire que de laisser accès à des livres dont il n’avait aucune idée à son enfant. A moins qu’il n’était de ceux qui ne donnaient aucune importance à ce qui ne les intéressait pas outre mesure.

Et puis, alors qu’ils continuaient à marcher en longeant le fleuve, Louise finit par répondre à sa dernière toquade. La métaphore semblait se filer, faisant briller les yeux du consultant d’un vert sémillant, teinté d’une ombre étrange qu’il était délicat d’attribuer au noir de la nuit ou à un sentiment enfoui. Enfin, il espérait que l’allusion fut comprise et qu’ils ne s’engouffraient pas dans un cocasse quiproquo. Octave ne put s’empêcher de noter que le comportement de Louise avait vaguement changé. Non seulement était-elle différente de la personne avec laquelle il avait travaillé, mais en plus était-elle déjà sensiblement changée par rapport au début de la soirée. Moins revêche, plus tranquille, l’impétuosité de son être ayant abandonné son visage devenu serein, laissant sa bouche détendue en un arc pulpeux et brillant d’un reflet argenté. C’est finalement rieuse et caressante que Louise acheva sa propre suggestion et Octave sentit sa joue trépigner d’un rictus qui hésitait à poindre, mais il se contenta d’une bouche fine et d’un regard aussi brûlant qu’impénétrable. Ils arrivaient au pont et il fallait en traverser la route pour rejoindre la Dame. Puisque le regard courtisant ses doigts ne lui échappa pas, Octave défit son bras de l’emprise de la jeune femme d’un souple mouvement de l’épaule. Mais dans sa fuite, il en profita pour attraper la main gracile autrefois enroulée sur son avant-bras. Ses longs doigts enlacèrent ceux, plus longs et fins encore, de la jeune femme et sans la regarder, il prit de l’avance pour traverser la route, ne ralentissant que lorsque son pied toucha le trottoir d’en face. La route traversée, il aurait pu lâcher sa main, ce que bien évidemment il ne fit pas, l’attirant à lui, laissant leurs deux bras longer leurs corps en continuant à marcher doucement en direction de la cathédrale. Plus que quelques pas…

« Les français se vantent d’être de grands littéraires, nous bassinent avec leurs écrivains talentueux venus du siècle dernier, mais ils ne lisent pas beaucoup, ou mal, et que ce qui est moderne et vous fait mourir d’ennui. » Pour le coup, la métaphore insinuait une double compréhension, l’une un peu plus méchante et ironique que l’autre. Bien sûr, ce n’était que de l’humour. Et comme il aimait à mélanger réalité et allusion, Octave enchaina dans le vague : « Longue, longue expérience, comme tu dis. La bibliothèque familiale était monstrueuse autant par sa taille que son contenu. Innombrables extases, incroyable vertu, mais aussi beaucoup de libertinage et de turpitude. Aussi loin que je m’en souvienne… » De l’allusion il passait à la réminiscence sans laisser un seul indice pour son interlocutrice. Mais la catachrèse était telle que les deux sujets évoqués, l’un clairement, l’autre en sous-entendu, sonnaient pour lui de la même manière. Du moins, il avait connu les deux très tôt et ce de manière quasi discontinue jusqu’à maintenant. « Et puis, une invitation à quoi, ma chère Louise ? A la lecture ? Non, non, on n’invite pas à la lecture. Je préfère l’appel en tapinois, l’ailé langage de la suggestion silencieuse mais charnelle. L’invitation est source de clarté et réduit l’effort qu’on fait à une vaine écume, convention déjà déformée comme des chaussures trop étroites. Ca réduit la tentation par trop de facilité. La lecture, c’est une histoire de désir auquel on succombe dans un murmure sans jamais l’évoquer. On en parle après, éventuellement, une fois la soif rassasiée et la frénésie refroidie. J’aime à laisser mon ardeur se consumer aussi longtemps qu’elle le peut. » Et puis, comme pour illustrer son propos, Octave desserra légèrement ses doigts, les faisant simplement courir contre le dos de la main de Louise en de frôlement éphémères, au rythme de leur pas. La caresse le fit frémir doucement et il sourit à ce toucher électrisant sa peau bien plus qu’une étreinte formelle. Avec tendresse, il laissait par moments ses phalanges glisser entre celles, fluettes et frêles de la jeune femme, les emmêlant en une broderie fantasque avant de repartir dans une flatterie furtive jusqu’à son poignet, s’arrêtant là où le vêtement commençait. Enfin, c’est ce qu’il fit croire, car finalement, l’un de ses doigts s’introduisit entre la peau d’un velouté laiteux et l’élastique de la manche. L’intrusion ne dura qu’un instant, posant un sourire en coin à peine visible sur sa bouche et teintant son regard d’un éclat singulier. Lascif, il continua à jouer de la cadence de leur balade, poursuivant la conversation silencieuse de leurs mains papillonnantes où tout leur être se concentrait en un rayonnement de torture torride, exalté par la frustration involontaire de n’avoir plus que cela. Plus que ces frémissements volages contraignant à contrôler les pulsions palpitantes des murmures de leurs douceurs. Frustrer pour mieux attiser. Exalter dans la contrainte et l’insinuation de tellement, tellement plus.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Jeu 30 Mar 2017 - 21:40

Dans l’absolu, il aurait été difficile de trouver de promenade plus agréable dans Paris à cette heure crépusculaire, propice aux fantaisies d’un regard paisible. Les quais qui paraissaient sales et bondés en journée camouflaient leur noirceur repoussante dans celle de la nuit. L’eau de la Seine, peu engageante et parfois nauséabonde sous le soleil, n’était que merveille ondulante offrant aux attentifs le reflet laiteux et incongru de la lune. Celle-ci, encore basse, n’était qu’à quelques jours de sa pleine envergure, et jetait sur la ville un voile translucide et virginal. Débarrassée de ses lourdes pièces d’armure, Louise souriait sans véritable raison, se sentant loin de tout ce qu’elle avait pu connaître ces derniers temps. Elle sentit encore le regard scrutateur de Jalender, et se dit qu’il y était pour beaucoup dans sa rencontre avec cet état de grâce. Elle hésitait encore beaucoup à son sujet. Ses intentions, sa véritable nature, les brèches qu’il devait abriter au plus profond de sa façade de marbre, tout cela restait très flou. Mais pour quelque obscure raison, la jeune femme avait décidé de couper les barbelés. Elle restait méfiante, et entretenait toujours cette dose de « ça peut tourner mal n’importe quand » qui garantissait un atterrissage en douceur en cas de chute. En attendant, il n’était qu’un partenaire inconnu, et les gens de sa profession prenaient rarement plusieurs cachets à la même enseigne. Il n’y avait que peu de chances pour qu’ils se retrouvent à l’avenir. Sauf bien sûr s’ils le souhaitaient et se contactaient de leur propre initiative. Ce qui ne serait définitivement pas raisonnable de sa part.

Un air frais se glissait entre les pans de tissus qui couvraient la Mangemort. Cependant elle n’avait pas froid. Elle n’avait jamais eu froid, d’aussi longtemps qu’elle pouvait se souvenir. Ou bien seulement froid de l’intérieur, ce qui n’était pas du tout le même frisson, ni le même tremblement. Alors que son regard s’était détaché du fleuve pour trouver la main, puis quittait la main pour revenir à la cathédrale en approche, il fallut traverser une route. Leur manière de marcher convenant très bien aux calmes voies piétonnes, un peu moins aux longues transversales, le bras de Jalender défit son étreinte avec douceur. Sa main, espiègle tête de serpent ou tendre tentacule, glissa le long du bras blanc et trouva comme une évidence sa menue jumelle. Louise accepta avec un petit sourire en coin le contact plus intime, moins formel, de leurs dix doigts s’emmêlant pour ne former d’une sorte de soudure, d’où l’on ne pouvait distinguer à première vue la main féminine de la main masculine. Elle serra doucement cette main forte et rude bien que relativement fine pour une main d’homme. Les lumières se mirent à danser alors qu’ils traversaient le macadam en vitesse, la jeune femme se laissant entraîner sans opposer de résistance.

Elle ne s’attendait pas à ce qu’il la lâche. S’il l’avait fait, elle aurait certainement hésité une seconde, avant de la reprendre par elle-même. Déjà le formidable bâtiment, impossible à faire entrer dans une seule époque, laissait progressivement entrevoir sa hauteur écrasante, et elle s’interdit la moindre parole. Jalender reprit donc naturellement le sujet qu’ils avaient laissé de l’autre côté de la route. Qu’était-il en train de critiquer dans la lecture des français, au juste ? Louise hésitait entre une interprétation politique et une autre, plus lubrique. Et comme elle ne désirait rien avancer de faux, et puisqu’il semblait vouloir continuer à parler, elle sourit par convenance. Elle ne savait pas si les français continuaient à honorer leur illustre passé, mais un seul regard sur l’état actuel de la culture dans le monde répondait d’avance à sa question. Le temps n’était plus aux français, aujourd’hui l’encens était répandu de l’autre côté des océans, en Amérique et en Asie. Il enchaîna sur un commentaire à la teinte étonnement amère. En fait, les allusions étaient résolument dans la continuité des précédentes, pourtant la manière dont il choisit ses mots, cette dernière phrase laissée en suspens donnait à sa phrase l’aspect d’un coffre de bois comme on en trouve parfois dans les bas-marchés de Camden : ancien, plein d’histoire, et doté d’un double-fond solidement scellé. Et devant ce coffre, pour une raison qui leur échappe mais qui doit être liée à la teneur obscure des secrets conservés, certains tenteront de le forcer sans succès, d’autres se contenteront d’imaginer. Louise était de ceux-là, aussi laissa-t-elle planer le doute, d’innombrables hypothèses glissant le long des alizées de son esprit avec délice, de la plus fantastique à la plus scabreuse.

« Et puis, une invitation à quoi, ma chère Louise ? A la lecture ? Non, non, on n’invite pas à la lecture. Je préfère l’appel en tapinois, l’ailé langage de la suggestion silencieuse mais charnelle. On en parle après, éventuellement, une fois la soif rassasiée et la frénésie refroidie. »

Tout en faisant couler de sa bouche ces mots charmants, ces élégantes tournures de phrase, Jalender les rapprochait lentement mais sûrement de l’immense parvis de Notre-Dame. Bercée par sa voix de ténor, découvrant progressivement les détails de l’édifice aux divines illuminations, un goût de champagne sur le palais et des odeurs de tabac magique montant des quais lui emplissant les narines, Louise sentait la vie s’emparer de tout son corps. Puis secrètement, une dernière couleur vint parer ce paysage sensuel, rendant l’instant si intense qu’elle crut éclore d’un long sommeil. Aussi légère qu’un courant d’eau, la main du consultant s’ouvrit pour ne plus qu’effleurer la surface de sa compagne en de légers balancements qui ne faisaient qu'infimement suggérer le contact. La jeune femme ferma son regard pour mieux savourer l’électricité qui reliait leurs deux peaux quand elles ne se touchaient pas. Elle sentait le frisson de l’autre, et en frissonna elle-même, hypnotisée par les afflux de désir qu’elle sentait grimper comme des vagues en marée ascendante. Plus le contact était ténu, plus la sensibilité était forte. Elle ne tarda pas à répondre à l’appel de tant de douceur. D’abord passivement, en tournant seulement la paume, en guidant le frôlement sur telle ou telle extrémité. Apprenant rapidement sur quelles parties de la main l’intensité était la plus insupportable, elle sut bientôt où elle-même devait faire glisser le bout de son ongle pour provoquer l’incendie chez Jalender.

« J’aime à laisser mon ardeur se consumer aussi longtemps qu’elle le peut. »

Sur le flan des métacarpes, au niveau des articulations des doigts – juste un millimètre avant – et au creux de la paume, Louise joua de sa finesse pour chercher les points sensibles. La cadence de leurs pas se fit plus lente, comme pour prolonger au maximum l’intervalle irréel entre le pont et le parvis. Leur attention, focalisée toute entière sur ce point ardent au bout de leurs corps, s’était décuplée. Comme un delta à dix branches, bouillonnant du désir de se jeter dans la mer. Quand un de ces ruisseaux osa franchir brièvement la barrière du vêtement, juste en dessous du tissu léger, elle dut se mordre la lèvre tant le flot fut violent. Non pas qu’elle jugeât les limites dépassées, si limites il y avait, mais simplement parce que le carré de peau frôlé par Jalender était encore marqué des cicatrices de son adolescence. Cicatrices douloureuses pour son ego, mais qu’elle avait acceptées comme faisant partie entière de sa personne. Preuves bien réelles de sa faiblesse passée, de son incapacité à sublimer sa douleur en détermination. Elle ne les exhibait pas, mais ne les cachait pas non plus et n’en avait pas honte. Pourtant ce doigt si tendre semblait s’être introduit dans cette intime part de son passé comme s’il savait ce qu’il allait y trouver, et cela avait provoqué en elle un délicieux mélange de crainte et d’extase.

Leurs doigt dansèrent ainsi, arabesques virevoltantes, jusqu’à ce qu’il ne fut plus possible d’ignorer qu’ils étaient arrivés face à la grandiose façade de la cathédrale. Ils s’arrêtèrent d’un même élan, happés par ce témoignage grandiloquent d’époques passées. Proche, toutes les subtilités de son architecture se dévoilaient avec une précision délectable. Immédiatement, les mots de Victor Hugo, lointains, ressurgirent dans sa mémoire pour s’associer tout naturellement à ce qu’elle avait sous les yeux. Tout y était. Les portails d’ogive, les niches royales de pierre ornée, la rosace démesurée, les tympans modestes, et les tours immenses séparées en cinq niveaux de ciselures et de détails invisibles du sol, simples fantaisies des tailleurs de pierre et des architectes à travers les décennies. Elle comprenait enfin ce qu’il voulait dire par trois niveaux de dégradation : temps, guerres et modes qui ont l’un après l’autre, sans relâche, dénaturé l’édifice originel mais qui en même temps lui ont offert cette splendide diversité. Depuis Hugo, la belle avait certainement encore beaucoup subi. Le chapitre se fermait donc comme une promesse sur cette constatation : « le tronc de l’arbre est immuable, la végétation est capricieuse ».

Leurs mains ne pouvaient plus se servir du mouvement de la marche comme excuse, c’est pourquoi Louise arrêta un instant de parcourir les lignes, d’exciter les plis de l’autre paume, pour se laisser glisser et retrouver un semi emboîtement entre les doigts de Jalender. Elle ne le regardait pas, préférant simplement le sentir, dans tout son charisme écrasant. Elle garda le silence un instant, toujours émue par les afflux de sensations en tous genres, par la nuit et par Notre-Dame. En vérité, elle craignait que le moindre mot ne brise cette coque de beauté qui l’enlaçait avec tendresse. Une réflexion culturelle ou intellectuelle serait aussi délicate d’un pavé dans l’étang, le lyrisme sincère n’était pas du tout ce qu’elle savait formuler le mieux et une simple constatation des faits n’aurait aucun intérêt. Elle se tourna vers Jalender, entrouvrit la bouche, puis se ravisa et revint à la façade. "On en parle après, éventuellement, une fois la soif rassasiée et la frénésie refroidie", autant rebondir.

« D'accord pour l'invitation. Cependant deux lecteurs, sortant tous deux du même livre, lu avec la même ardeur, savent ce qu’il leur a procuré, et le souvenir de ses lignes continue de palpiter en eux, rendant inutile la moindre évocation. Un regard, et l’autre sait quel passage lui traverse l’esprit. En parler après brise l'alchimie, tandis que l'évoquer avant ne fait qu'attiser le désir de s'y plonger. »

Elle rétablit le contact visuel avec son partenaire, l’air très sérieux, presque grave. Il avait des yeux d’un vert très intense et rare, les filaments de son iris ondulant au rythme des mises au point répétitives de la pupille. De charmantes esquisses de pattes d’oie suggéraient son naturel souriant autant que son âge mûr, et une fine barbe – peu entretenue durant les derniers jours – adoucissait les contours anguleux de sa mâchoire. Au terme d’une glissade le long de sa joue, on tombait sur les lèvres, fermes et colorées, renfermant à la manière d’un coquillage des perles blanches parfaitement alignées. L’ensemble était harmonieux et pour le moins efficace, bien qu’assez conventionnel. La beauté physique ne résidant cependant pas que dans l’harmonie d’un faciès, mais comme chacun le sait, dans le charme du corps entier, Louise estima que l’homme lui rendant son regard avec intensité possédait bien et sans effort cette beauté objet de tant de mythes. Avec une franche désinvolture, elle se détourna sans trahir une seule des précieuses gouttes de son inclinaison. Tout son corps parlait déjà assez pour elle, elle n’avait rien à ajouter.

Elle esquissa quelques pas vers la lumière de Notre-Dame, sa main toujours glissée à demi dans celle de Jalender. Quand elle eut trop avancé pour qu’ils puissent sans effort rester ainsi soudés, elle laissa son bras retomber lentement. En chemin, elle posa son manteau sur un banc, glissa sa baguette dans l’élastique modifié de son pantalon, et alla se poster les mains dans les poches tout en face du portail central. Rendre ses mains inaccessibles n’était certes pas un choix innocent, et il suggérait bien plus qu’un simple besoin d’alléger ses épaules, de se donner un air, ou de se protéger du froid. Les paupières closes pour mieux sentir l’air de la nuit, mieux entendre le murmure charmeur de la Seine, et reprendre le contrôle sur son esprit brûlant, Louise jouait, et bien qu’elle ne menât pas la partie, elle s’amusait beaucoup.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Dim 2 Avr 2017 - 21:20

Il avait flirté sans véritablement penser aux conséquences, qui pourtant ne pouvaient qu’être évidentes. Il se nourrissait sans vergogne du plaisir que cela procurait, et de la beauté qu’il parvenait à garder à ses côtés on ne sait par quels miraculeux effluves séducteurs. Toutefois, plus Louise répondait positivement à ses intentions, moins il avait la certitude qu’il désirait réellement cela. Bien entendu, la soirée était tout à fait charmante en soi ; il cultivait savamment une jolie fleur, tout en profitant autant des grâces qu’elle voulait bien lui prodiguer que de sa beauté délicate. Il trouvait un plaisir familier à lui dire des choses que peu auraient osé lui dire, et elle, eh bien, elle semblait lui trouver un intérêt quelconque, comblant ses désirs inavoués et un ego toujours adouci de se sentir apprécié et observé. Mais justement voilà, parfois son caractère s’en contentait, d’une relation superficielle et à peine effleurée que dans un esprit de convenances, pour se donner l’air de considérer l’autre alors que ce n’était pas le cas. Mais à d’autres occasions, être traité comme un bout de ruban pour une vanité, comme une parure d’un jour d’été pour sublimer quelque chose d’autre, ne lui convenait pas. Il ne voulait pas se sentir l’accessoire d’un dessein qui ne le concernait pas vraiment, il voulait… banalement et méchamment être l’objet du désir et non son agrément. Vraiment, d’habitude, Octave se satisfaisait orgueilleusement des conquêtes qu’il faisait comme on gravissait une montagne. Car c’était ainsi avec les femmes, il fallait être subtil tout en passant son temps à combattre jusqu’à ce qu’elle s’abandonne entre ses bras tel un trophée mérité à force de longs efforts. Et généralement, plus la séduction était longue et pénétrante, plus la récompense se faisait douce, parce qu’il s’en va naturellement que la victoire difficilement acquise est toujours plus satisfaisante au goût. Quoi que, la vie ne vous épargnait jamais quelques rares déceptions, inlassable rappel des petites injustices et désillusions de cette intransigeante nature. A croire que les deux sexes jouaient à un jeu différent chacun de son côté ; les hommes devaient se battre pour gagner, alors que les femmes devaient résister pour en définitive s’abandonner.

Les derniers jours passés à travailler lui avaient laissé un arrière-goût désagréable ; cet éternel sentiment de lassitude, qui se succédait à la satisfaction d’être utile et efficace. Octave endossait des désirs qui n’étaient pas les siens et atteignait des buts qui ne le concernaient pas, se faisant accessoire d’une vie étrangère. Et alors, même la séduction devenait laborieuse, s’assimilant à une énième lute à mener pour avoir ce qu’il voulait, mais surtout pour satisfaire le désir de l’autre d’être coquerie. Il savait, dès lors que les choses se mettaient traditionnellement en place, que chacun suivait son rôle et une barrière invisible se créait, tel un scripte que l’on se sentait obligé de réciter pour que tout se passe bien. Il allait gagner, elle allait céder. Le désir allait, inévitablement être dirigé vers la conquête en soi, et non vers son sujet, se présentant en ultime but à atteindre pour satisfaire le plaisir du corps et de la vanité, au détriment de l’autre. L’acte se résumait alors à des coups de reins données à soi-même et une extase solitaire, prise sans considération à de la viande chaude. Il croyait les apprécier ces femmes, mais il n’appréciait que ce qu’elles lui aspiraient. Et l’inverse devait largement se valoir, ce qui était on ne peut plus pénible.

Parce qu’il se sentait un peu épuisé de batailler dans les moindres aspects de l’existence -son travail, les femmes, les autres, le deuil, le chagrin, le bonheur-, les doigts qui lui rendirent la caresse eurent plus d’effet que ce à quoi il aurait pu s’attendre. La première vague fut la plus intense, il ne s’y était pas préparé, étant l’instigateur de cet entrelacement furtif, et l’on sait bien que toucher est bien moins voluptueux qu’être caressé. La douceur crépusculaire à laquelle il aspirait avait basculé dans des ténèbres sensuelles et aveugles. Le frémissement fébrile était parti de la pulpe de sa paume et remonta tout son corps d’une ondée vigoureuse jusqu’à dresser les cheveux de sa nuque, obscurcissant ses yeux d’une ardeur si soudaine qu’il eut du mal à la contenir aux fragiles barrières de sa peau. Un réseau de caresses éthérées se créait entre leurs mains consentantes, zébrant son être de frissons désordonnés auxquels il eut l’audace de s’abandonner. Lui, qui croyait avoir fait Louise prisonnière de ses ardeurs irrévérencieuses, se retrouvait plus ému que ce qu’il aurait voulu l’être. La fatigue devait y être pour quelque chose, Octave se sachant sensible aux tendresses lorsque l’esprit ne parvenait plus à convenablement contrôler l’épiderme assoiffé de son être. Ces doigts fins et graciles voyageaient entre les siens, un peu calleux, plus grossiers et épais, patte d’ours en comparaison à ces tiges languides de glycine. A en jugement par son application, Louise devait s’en délecter tout autant que lui, à jouer avec une chair cruellement insatiable, lui faisant profiter du même traitement qu’il lui avait imposé. Plus que tout, malgré la frustration latente, il appréciait ces instants furtifs, parce qu’ils imposaient une délicatesse emplie de grâce qui vous torturait de désir. Mais c’était là encore une faveur rendue et non offerte. Plus leurs doigts assoiffés de caresses se cherchaient, plus Octave sentait ses yeux devenir vitreux, les lèvres brûlantes d’une sécheresse soufflée à coups de respiration échevelée. Il avait même fini par sourire de tendresse, mais uniquement lorsque la jeune femme avait décidé de le devancer, pour ne pas lui dévoiler les sentiments languides qui naissaient en son esprit à force de s’adoucir. Les jeunes femmes ne voulaient pas de cela. Elles voulaient de l’espièglerie féroce à en perdre la tête, à en trembler des genoux. Une force agréable et masculine sans violence, mais avec panache, et plein de vagues et l’odeur de la mer en contre bas. Son bras était plus lourd que le sien, et leurs mains se séparèrent aussitôt que la force des doigts féminins ne suffit plus. Louise alla observer le tympan majestueux de la Dame, tout en Madones et en Prophètes de pierre.

« D'accord pour l'invitation. Cependant deux lecteurs, sortant tous deux du même livre, lu avec la même ardeur, savent ce qu’il leur a procuré, et le souvenir de ses lignes continue de palpiter en eux, rendant inutile la moindre évocation. Un regard, et l’autre sait quel passage lui traverse l’esprit. En parler après brise l'alchimie, tandis que l'évoquer avant ne fait qu'attiser le désir de s'y plonger. »

Un sourire s’était formé sur sa bouche, un peu narquois, parce que cela lui avait donné une idée qu’il savait parfaitement servir son propos, tout autant que celui de la jeune femme. Ce qui était encore mieux, parce qu’à priori, ils étaient censés en sortir tous deux contentés, mais bien évidemment, quelqu’un allait finir fatalement frustré et hébété, voir vexé. Louise lui échappait, Octave l’avait senti dès le début, malgré leurs bras enlacés ou leurs mains caressantes. Il s’imposait et elle acceptait, juste avant de fuir un peu, comme pour le forcer à la rattraper et à en faire davantage qu’avant. Une gradation imposée dont il suivait souvent le rythme, mais pas ce soir. Parce que ce soir, il voulait plus. Il voulait être plus. Un instant encore, il avait laissé Louise tranquillement contempler la cathédrale, se complaisant dans l’allure toute suave que son corps renvoyait à propos. Elle l’attirait par sa gestuelle lascive, comme une lourde odeur de fleur en plein milieu de l’été qui vous laisse troublé et pantelant de gourmandise. Oh oui, une femme dans toute sa splendide séduction. Mutin, Octave finit par rejoindre Louise et la contourna même, se plantant entre elle et la cathédrale, la dépassant à peine par la taille, mais déjà assez pour la surplomber.

« Il y a un problème avec ce que tu me dis. On ne peut pas évoquer quelque chose que l’on n’a pas encore lu. La seule manière d’être en mesure d’abréger une histoire, d’en connaître le contenu en avance, c’est de l’avoir déjà parcourue. C’est pour cela que les préfaces sont écrites par l’auteur lui-même ou quelqu’un ayant lu le roman. Il faut avoir connaissance de la chose pour pouvoir l’escompter ou en rêver. Ou alors on se contente d’anticiper un récit que l’on connait déjà. Probablement notre propre livre que l’on a écrit soi-même et qu’on connait par cœur à force de l’avoir répété. Mais alors quel intérêt ? Relire toujours la même chose… Dans ce cas-là on se retrouve à chacun désirer sa propre expérience, se remémorant les pages qui nous sont familières et nous procurent le même frisson invariable. Et tu finis par soit imposer ton propre récit, soit suivre celui de l’autre. Ce qui représente un embêtement, parce qu’à force de s’enfermer dans ce qu’on connait déjà, rien ne change jamais, et l’on se projette incessamment dans le passé au lieu de penser au renouveau. A force, le livre devient conventionnel mais rassurant. En revanche, on peut supposer écrire une nouvelle histoire à deux. On peut alors seulement la conter en reliefs... »

Finit-il par lâcher, tête penchée sur le côté et l’œil brillant d’un éclat miroitant, comme si le fond de sa pensée reposait dans les profondeurs de son regard, et son iris en dansait d’intensité, rayonnant d’un vert dégradé et vif. Il avait gardé son manteau, parce que cela lui donnait l’avantage sur la nudité toute relative de Louise. Il la regarda de haut en bas, et donna par tout son être, l’impression de considérer la situation et leur distance. Puis il tendit un bras au coude joliment replié et franchit l’espace les séparant. Sa main aux doigts déliés s’approcha de la bouche de la jeune femme sans la toucher. Pour tout dire, elle s’arrêta à quelques millimètres ; si près que Louise devait sentir la chaleur de la peau masculine irradier celle, fine et délicate, de ses lèvres. Il flottait à la surface de son visage comme une libellule aux ailes gazeuses au-dessus de la surface d’un lac immobile. Octave ne la regardait pas, il suivait attentivement l’immobilité de son propre geste. De sa pulpe, il sentait Louise respirer.

« Sans vraiment effleurer le sujet, juste en contournant la forme. »

Du bout de ses doigts aux aguets, il effleura à peine le duvet imperceptiblement hérissé le long de sa lèvre supérieure, se fondant dans la chaleur âcre et rayonnante qui enveloppait le jeune corps de Louise. Depuis la mort de Jane, il n’avait pensé qu’à soi sans le vouloir, étouffant inconsciemment une peine aux détriments des autres, même ceux qu’il connaissait bien et qu’il appréciait, usant de leur présence plus pour s’accaparer que par intéressement. Un léger sourire malicieux vint s’allonger sur ses lèvres carmin, et la lascive anticipation avait abaissé ses lourdes paupières, assombrissant son regard de jade. Suave, Octave laissa glisser ses doigts vers l’étroit menton féminin, qu’il prenait garde à ne surtout pas toucher, l’effleurant peut-être à peine de l’aura fiévreuse de son être. Ses doigts contournèrent la mâchoire et descendirent le long de son cou blanc de cygne, suivant le mouvement des muscles sous la peau, s’arrêtant finalement un instant entre les deux clavicules saillantes. Le vêtement avait recouvert la nudité, mais ce n’était pas bien grave et n’enlèverait rien à l’alanguissement du geste. Octave avait même fini par se perdre entre les plis volages du tissu, forçant l’étoffe à frissonner doucement de son contact indirect contre la chair de Louise. Sa paume finit par se retourner, et ce fut du dos de ses phalanges et de sa main qu’il esquissa quelques caresses éthérées et suspendues au bord d’un abîme voluptueux. Et il rampait sur les fronces noires de son haut, contournant à peine sa poitrine, remontant un peu vers son épaule anguleuse avant de se rabattre sur son flanc voûté, virevoltant sur son être comme une nuée de papillons dont les ailes aériennes faisaient frémir sans toucher. C’est lorsqu’il sembla soupeser le relief de son sein de sa paume et de ses doigts qu’Octave reprit, tout en continuant à tracer son sillon de cajoleries inconstantes :

« On croit connaître le relief parce qu’il est évident et nu à nos yeux. Ce qui est vrai d’une certaine façon. Mais c’est le reste qui compte avant tout, les infinies fantaisies de notre caractère qui rendent l’histoire unique. Et tu vois, quand bien même le livre en soi s’avère être très court, de quelques pages à peine, ça ne veut pas dire qu’il doit être conventionnel et ennuyeux à en mourir, comme un geste répété au quotidien sans saveurs. »

Octave avait parcouru la pleine enneigée de son ventre, faisant palpiter le tissu du haut de Louise de quelques caresses, laissant les plis se coincer contre ses doigts comme les cordes d’un instrument. Atteignant sa taille, il laissa sa main retomber, ayant fini son chemin et le relief de cette histoire à laquelle il se refusait à imposer une fin imaginaire. Il voulait que les choses changent pour lui, qu’il cesse de feuilleter toujours les mêmes pages moisies et qui n’appartenaient à personne d’autre qu’à son passé. Et parce qu’il désirait avant tout faire trembler les règles préconçues d’un protocole indéfiniment le même, il laissa sa bouche se détendre en une sorte de rictus mystérieux. Il regarda Louise dans les yeux un instant avant de la contourner et de venir prendre place sur le banc, à côté du manteau. De là, il observa la Dame et finit par dire, dans un soupire :

« Les pages de mon livre sont usées à force d'avoir été contées. J'aimerais beaucoup fermer l'ancien et composer quelque chose de nouveau. »

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MANGEMORT
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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Jeu 13 Avr 2017 - 18:41

Le bras blanc de Louise était encore parcouru des remembrances de sa précédente étreinte. Détachée de son partenaire, tournée vers l’immense façade de lumière, des pensées de toutes sortes se glissaient le long de sa mémoire, partout où la flamme l’avait mordue, partout où elle s’était sentie interpellée par les doigts délicats de Jalender. Avait-elle senti chez lui la même folie qui l’avait prise, elle ? Elle n’en doutait plus maintenant. Le souvenir de cette crispation délicieuse, de ces regards lascifs, de cette respiration saccadée, tout cela était bien trop vivace, trop évident pour qu’elle se permette de l’ignorer. En vérité, la sincérité sauvage de ce désir ne l’avait plus frappée depuis bien longtemps. Elle était certes bien jeune, mais pour les besoins de son étude puis pour ceux de son activité – et non de sa libido complexe – elle avait connu un nombre impressionnant de partenaires, de tout genre, de toute ethnie, de toute classe sociale. Comme durant cette période intéressante de parfaite immoralité, où son obsession allait aux êtres les plus vertueux pour les détourner de leur compagnon. Sous son influence, les infidélités avaient vu le jour par dizaines. Certains se prenaient parfois de passion pour elle, persuadé en perdant l’autre d’avoir tout perdu et s’abandonnant donc au vice. Quand cela arrivait, ces passions elle s’empressait de les attiser pour enfin les éteindre d’un battement de cils, avec panache. Doraleen aimait s’enticher, se rapprocher joliment des objets de son intérêt. Elle ne pouvait nier que plusieurs fois, elle avait éprouvé une sorte de fascination qui l’avait faite pencher vers la lumière, avait presque mué son mensonge en attirance. Un jeu dangereux et délicat que celui auquel elle s’adonnait. Mais sa raison l’avait toujours remise sur le droit chemin, et son inconsidération s’était acquittée du reste : relativiser, oublier, recommencer.

Ce soir-là cependant, un clignotement incongru se manifestait. Allumé par de simples badineries et encouragé par leur récente chasse au frisson, au creux de leurs paumes, un courant d’eau chaude naissait dans l’océan Arctique. Louise songeait à cela, tout en se perdant dans les fantaisies architecturales de la cathédrale. En quoi cette soirée, cet homme, leur rapport actuel, étaient-ils différents du reste de son expérience ? Les réponses étaient claires, rapides, illustrées par de nombreux exemples concrets et indéniables. Leur caractère respectif les avait tenus à bonne distance l’un de l’autre, tout en établissant une forme singulière de taquinerie. Ils cherchaient à voir si l’autre valait la peine de se donner de la peine. Refusant de céder du terrain, la Mangemort s’était alors enfoncée dans sa fierté avant de se rendre à l’évidence : elle n’était pas de taille à lutter. Elle s’était donc laissée bercer par le charme et le verbe éclatants de son compagnon, répliquant sans grande conviction, se permettant d’outrageux raccourcis. Elle maintenait le cap, poussait un peu le jeu de séduction, sans attendre grand-chose de son impressionnant interlocuteur. Enfin, si, s’attendant à tout ce qu’elle connaissait des hommes, sauf qu’entre coups de sang et rires écarlates, elle n’avait pas cessé un seul instant d’être étonnée. Cela avait eu le mérite de garder vivace son intérêt et sa répartie. Et maintenant, cessant les allusions faciles, ils s’étaient engagés ensemble dans une discussion voilée sur l’état de leurs affinités, face à un miracle du Moyen-Âge, frissonnant du contact de l’autre jusqu’à la frontière de leur retenue. Alors, qu’en déduire ?

Elle ne s’était risquée à cette joute qu’une fois dans sa vie avant cela. A Durmstrang, un garçon plus jeune, très beau, très sombre. Ils partageaient leur talent pour la magie Noire, et s’étaient entichés l’un de l’autre, pendant quelques mois. Chacune de leur rencontre était courte et marquée par des mots savamment choisis, des regards lourds de sens. Elle ne pouvait rien en tirer aujourd’hui, si ce n’est l’intense satisfaction de retrouver ce sentiment de semi-joie, de curiosité. Depuis qu’elle avait brisé le lien physique avec Jalender, ses pensées n’étaient pas claires, désordonnées, pleines d’incohérences, elle en avait conscience. Elle ne regardait même plus la cathédrale. Elle ne faisait que tendre tous ses sens vers la présence du consultant, qu’elle entendait se rapprocher lentement. Elle avait ouvert une fenêtre, puis une autre pour qu’il puisse l’inonder de sa présence. La pire chose qu’il pouvait lui faire maintenant serait non pas de partir, mais de couper le flot d’attention dont il la gratifiait depuis une heure. Elle était trop vaniteuse pour accepter qu’une telle chose se produise. Mais elle était également trop prudente pour s’abandonner totalement, pour lui manifester son intérêt avec toute son ardeur. Ce n’était pas la tentation qui manquait ! Pourtant elle s’imposait ce sabot, presque contre sa volonté, persuadée qu’au moindre relâchement complet on la pousserait dans les ronces. Jalender arriva à son niveau et la dépassa, provoquant un léger appel d’air dont la jeune femme emplit son nez délicat.

« Il y a un problème avec ce que tu me dis. On ne peut pas évoquer quelque chose que l’on n’a pas encore lu. La seule manière d’être en mesure d’abréger une histoire, d’en connaître le contenu en avance, c’est de l’avoir déjà parcourue. C’est pour cela que les préfaces sont écrites par l’auteur lui-même ou quelqu’un ayant lu le roman. Il faut avoir connaissance de la chose pour pouvoir l’escompter ou en rêver. Ou alors on se contente d’anticiper un récit que l’on connait déjà. »

La voix était aromatisée d’un sourire, Louise l’entendait, et cela la fit sourire à son tour, car elle croyait comprendre ce qu’il voulait insinuer. Un message à passer ? La manière didactique était toujours la plus efficace, bien que son second degré ait le défaut de parfois prêter à confusion. Mais en cet instant, aucune confusion n’était possible, et la jeune femme assimilait parfaitement l’idée du consultant. Jolie idée du reste.

« A force, le livre devient conventionnel mais rassurant. En revanche, on peut supposer écrire une nouvelle histoire à deux. On peut alors seulement la conter en reliefs... »

Sage parole, pleine de promesses à demi voilées, et d’une proposition à la jolie teinte bleutée. Jalender se tourna vers elle, planta à nouveau son regard dans le sien comme pour déverser en elle l’essence même de ses mots, leur source et leur force. Puis il le laissa tomber, pour une nouvelle fois la considérer dans sa globalité, semblant juger de son potentiel, ou peut-être se repaissant de son apparence. En tant que femme, Louise connaissait très bien ce sentiment de n’être plus vue que comme un bel œuf en chocolat dans son nœud de ruban. Elle l’éprouvait au quotidien, et cela avait développé en elle – comme pour nombre de ses semblables – la désagréable habitude d’interpréter chaque regard comme un jugement de qualité/prix, une marque d’avidité. Il n’en était rien bien sûr la plupart du temps. Mais c’était plus fort qu’elle, et en se croyant toujours dévorée du regard, elle sentait aussi sa vanité enfler dangereusement.

Louise vit la main de son partenaire se soulever lentement, et sans à-coup, se rapprocher de son visage. Elle se figea, en attente, incapable du moindre mot. En le laissant s’approcher ainsi, elle lui offrait la chance de la défigurer, quand il le souhaitait. Mais la douceur immense qui se dégageait du mouvement la convainquit qu’il n’en ferait rien. Quel intérêt pour lui de la blesser ? Alors elle ferma les yeux, et suivit à l’aveugle le parcours diaphane de ces doigts précis à quelques millimètres seulement de sa peau. Juste assez pour qu’elle sente le mouvement de l’air, la chaleur du corps, mais encore trop loin pour que les pores envoient les signaux du contact à son cerveau. L’électricité était encore plus intense qu’avant. La torture aussi. Ses lèvres s’entrouvrirent de leur propre initiative tandis que le tentacule continuait son pèlerinage le long de sa peau d’ivoire.

« Sans vraiment effleurer le sujet, juste en contournant la forme. »

Chaque virage, chaque modulation de la trajectoire aérienne avait l’effet d’un courant d’énergie aux couleurs de soleil. Louise était poussée aux limites de sa résistance. Quand il entama une descente risquée vers le tissu de son haut noir, son bras tressaillit, elle ouvrit les yeux et s’apprêta à se dégager, mais il ne fit qu’effleurer la matière transparente. Toujours sans la toucher, du moins pas directement.

« On croit connaître le relief parce qu’il est évident et nu à nos yeux. Ce qui est vrai d’une certaine façon. Mais c’est le reste qui compte avant tout, les infinies fantaisies de notre caractère qui rendent l’histoire unique. Et tu vois, quand bien même le livre en soi s’avère être très court, de quelques pages à peine, ça ne veut pas dire qu’il doit être conventionnel et ennuyeux à en mourir, comme un geste répété au quotidien sans saveurs. »

Louise savait que la main délicate refléterait les paroles de son propriétaire, et qu’elle ne finirait pas par la toucher, car c’est ce qu’elle faisait à chaque fois. En un sens, elle était privilégiée, mais ne savait pas si elle devait bien le prendre. Car n’était-elle pas la femme aléatoire sur laquelle il avait arrêté la roue du changement ? N’allait-elle pas seulement servir de carrefour, d’aiguillage ? Contrairement à beaucoup, et peut-être à Jalender, elle ne croyait pas spécialement en l’humain, à sa sensibilité, son attachement légendaire à ses semblables. Elle n’aimait pas les hommes, elle les observait, les jugeait, parfois profitait de ce qu’ils avaient à lui apporter. Pourquoi ce soir en particulier, cet homme en particulier verrait la fin de cet état paisible d’indifférence ? Quelques vagues, un iceberg sur la mer d’huile … elle était Louise après tout. Louise avait un cœur, un véritable panel de sentiments à exposer au monde. Elle aimait passer du temps avec les autres, s’attacher à eux, créer des relations. Elle aimait aimer. Alors cet homme qui lui proposait de changer, pour un soir au moins, les règles du jeu, elle allait y croire. Au diable sa raison qui lui demandait gentiment de partir depuis le début de la soirée, avant que cet inconnu voie en elle une autre de ses femmes, qu’il lui susurre des rayons de lune et qu’elle y croie. Il était clair que Jalender n’avait rien du Dom Juan classique.

« Une nouvelle ? » Le jeu de mot la fit sourire. « Je n’en ai jamais lue d’intéressante. A chaque fois, la fin me décevait cruellement. Un lieu commun, une ouverture obscure, quelque pirouette maladroite. Je pense qu’il faut être un écrivain de grande valeur pour écrire une bonne nouvelle … »

C’est tout ce qu’elle put articuler avant qu’une nouvelle rafale de frissons ne la parcoure. Sa voix était très basse, compte tenu de la proximité de son partenaire. Mais si elle avait voulu parler plus fort, elle ne l’aurait certainement pas pu, tant la tension dans son ventre était forte. Elle était toujours comme ça, à contracter les abdominaux quand on l’approchait de trop. En l’occurrence, la main de Jalender contre cette partie large et blanche de son corps poussait la tension à des sommets vertigineux. Il dû le sentir et se considérer repu, car au moment où elle allait céder et saisir cette main cruelle pour lui infliger on-ne-sait quel traitement, il se détacha d’elle et alla s’asseoir sur le banc où elle avait déjà posé son manteau. Elle se tourna immédiatement vers lui, un petit sourire aux lèvres, l’œil brillant de ce qui lui traversait l’esprit.

« Les pages de mon livre sont usées à force d'avoir été contées. J'aimerais beaucoup fermer l'ancien et composer quelque chose de nouveau. »

Soutenant son regard, Louise attendit une poignée de secondes avant d’elle-même se diriger vers le banc. Mais elle ne s’y assit pas. Elle le contourna, comme Jalender l’avait contournée quelques instants auparavant, et se posta derrière lui en silence, attentive au moindre de ses mouvements. Puis, tirant les mains de ses poches, elle fit glisser ses ongles fins le long de la nuque qui s’offrait à elle, avant de contourner la mâchoire pour survoler la joue, grimper jusqu’aux pommettes hautes, souligner le sourcil, jusqu’à atteindre la lisière des cheveux et s’y engouffrer de toute la largeur de ses paumes froides, avec beaucoup de précautions.

« J’aimerais beaucoup apporter ma contribution à cet ouvrage qui promet d’être de grande qualité. » Elle cherchait ses mots, mais ne savait que dire. La métaphore s’usait d’avoir été trop sollicitée, et les doigts de Louise virevoltaient habilement contre les cheveux délicats de leur propriétaire. « Je ne sais pas raconter les histoires. Je ne sais que les lire ou les écouter. Ou les vivre parfois. » La mangemort se pencha en avant, fit glisser ses mains le long d’un torse chaud et solide avant d’approcher son visage de l’oreille de Jalender.

« Les meilleures histoires ont aussi les meilleurs personnages, ceux qui questionnent et résolvent, qui font bouger l’univers dans lequel ils évoluent, ceux qui parfois même échappent au contrôle de leur auteur et tracent eux-mêmes leur champ des possibles. Tu ferais un très bon personnage de roman. Un peu trop mystérieux peut-être, ce qui peut frustrer, mais à coup sûr passionnant. » Ses lèvres effleurèrent le lobe avant de remonter le long du cartilage. Ses cheveux tombaient en cascade blonde sur les épaules du consultant, chatouillant la peau de son cou avec espièglerie. « Moi je n’ai jamais été vue que comme l’arbre au bord de la route, offrant son ombre et ses fruits aux pèlerins. Mais je connais une histoire où les arbres sont vivants, et se tirent hors du sol pour rejoindre une grande bataille. C’est une bonne histoire. »

Louise disait n’importe quoi, mais elle s’en moquait. Elle était justement Louise, la part rêveuse et irréfléchie de Doraleen, elle pouvait dire ce qu’elle voulait, qui en avait quoi que ce soit à faire ? Suivant ce courant d’inconséquence qui la traversait, ses lèvres se retroussèrent et des dents blanches apparurent un quart de seconde, avant d’aller titiller très légèrement la courbe de chair du haut de l’oreille. Elle se redressa tout de suite après ce contact, comme s’il avait été fortuit, avant de resserrer son emprise sur le torse puissant de Jalender et de poser son menton sur son épaule droite. Malgré elle, une moue enfantine se dessinait sur ses lèvres. Elle pianotait doucement au rythme d’une chanson qui lui trottait dans la tête.

« Qu’est-ce qu’elle va raconter, notre histoire ? »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Sam 15 Avr 2017 - 18:32

A peine avait-il prononcé sa dernière phrase qu’il le regretta déjà sensiblement, ayant le sentiment d’avoir effleuré un entrelacs d’épines qu’il n’aurait pas dû. Sujets un peu trop proches de son âme et de ce fait, beaucoup trop intimes pour le lieu et les circonstances, craignant de jeter un froid gêné sur la conversation ; de quoi combler un hiver bien trop doux. Ce n’était pas le genre de choses que l’on pouvait se permettre de dire, même au détour d’une métaphore. Peut-être surtout pas au détour d’une métaphore en fait ; non seulement était-il évasif, mais en plus se cachait-il derrière une figure de style pour rendre l’indiscrétion moins palpable. Apparemment, c’est ce qui était nécessaire parfois pour créer un semblant de confiance, en donnant à voir une bribe de soi à travers un trou de serrure. Le sentiment de gêne en découlant devait être normal dans ce cas, même si l’intention fut volontaire. Ou pas tout à fait, raison pour laquelle Jalender avait le soupir lourd maintenant, comprenant qu’il avait parlé plus vite qu’il n’aurait dû.

Après une importunité pareille, il n’y avait plus qu’à faire comme si tout était absolument normal et que rien n’était regretté. Ce que Jalender fît avec toute la désinvolture naturelle dont il était capable, renversant sa tête vers l’arrière pour observer les hauteurs de la cathédrale dans toute sa splendide hauteur. Quelle que fut l’effet de ses paroles, il n’en restait pas moins à présent que le choix devait être fait par la jeune femme, même s’il s’agissait de donner une réponse négative, voir même de simplement s’évaporer dans les airs en oubliant son manteau. Bon, cela ne serait finalement pas bien grave. En revanche, il ne voulait pas qu’elle s’imagine qu’il fut un hypocrite. Bien évidemment, ils ne se connaissaient pas suffisamment bien pour que son attirance soit autre que superficielle, qu’il soit question de son apparence envoûtante de singularité, ou de son caractère qu’il ne pouvait qu’effleurer. Tout comme il avait effleuré la peau de ses mains, Jalender n’avait fait qu’apercevoir un peu de sa profondeur de caractère, mais tout ceci risquait de rester à jamais rigoureusement spécieux. L’éternel survol d’un mystère qui ne s’ouvrirait jamais, attisant de ce fait encore plus la curiosité. Louise lui plaisait à l’œil, comme probablement à tous les hommes, elle lui faisait éprouver un désir de possession. Cependant, il savait aussi et comprenait avec une effroyable clarté qu’il ne la désirait pas pour soi, ni par égoïsme, ou pour ce qu’elle pouvait bien représenter dans son imaginaire, mais pour ce qu’elle était, ou en tout cas ce qu’il en savait. Voilà le sentiment de naïveté qui naissait dans son esprit alors même que sa pensée n’avait pas complètement fini son propos. C’était peut-être vrai, peut-être se mentait-il à sa moi-même en se prêtant de bons sentiments qui n’existaient que parce qu’il en avait marre d’être toujours aussi protocolaire avec tout le monde. Cela dit, Jalender ne pouvait s’empêcher de penser que ces sentiments-là étaient sincères. Qu’il ne la voulait pas simplement pour soi, mais pour quelques concepts plus élevés et authentiques. Alors il regardait son dos cambré, se disant que Louise devait en avoir vu des hommes comme lui, des malicieux qui n’en avaient qu’après ses beaux yeux et sa bouche de fruit ensoleillé. C’aurait été mentir que de dire qu’il sortait du lot, qu’il voulait avant tout autre chose que son beau visage se crisper sous l’assaut d’une extase qu’il avait le pouvoir de provoquer. Tout restait très superficiel, mais au moins avait eu l’audace de tendre à ce qu’ils ne soient pas seuls l’espace de ces quelques instants farouches et débordants de fièvre. Qu’ils soient à deux. Que chacun ait le temps de se rendre compte de la présence de l’autre et s’y fondre pour s’oublier et non pas mieux se retrouver dans la chair de l’autre. Non, bel et bien s’oublier, comme l’on s’oublie banalement en lisant un livre, justement.

Quoi que, elle aussi lui avait fait un aveu personnel, presque une preuve de faiblesse, une faille dans son existence : celle de l’ennui profond. C’était comme dévoiler qu’une telle beauté et une telle allure ne parvenaient pas à s’abreuver de toutes les splendeurs de la vie, s’embourbant dans l’embarras de journées sans surprises, ni reliefs. Même une femme comme elle souffrait de ce mal mélancolique. Elle ne menait pas l’existence que l’on supposait accompagner sa grâce, non, Louise était une jolie fleur dans les tréfonds d’une forêt immobile, où jamais rien ne se passait. Incroyable non ? L’on tend à se dire que ce genre de figure ne peut qu’avoir les aventures qu’elle mérite, les tendresses qui reviennent de droit à sa peau duveteuse. Qu’elle était une personne capable de satisfaire le sentiment qui était nourri par toute splendeur qui voudrait qu’on voie plus que cela en elle. Aucune lecture intéressante, des fins décevantes, des lieux communs, pirouettes au milieu… Jalender ne pouvait s’empêcher de se dire que cela arrivait parce que personne ne lisait vraiment les pages. Ils prenaient le livre qu’était Louise, s’en abreuvaient sans le comprendre, déchiffrant en diagonale, ou ne lisant même que le titre, juste pour pouvoir déclarer « J’ai lu du Louise ! », comme certains se targuaient parfois de citer quelqu’un qu’ils n’avaient jamais lu, juste entendu parler. « Comme disait Nietzsche dont je ne connais rien, mais dont j’ai ouï dire quelque part… Ah, Zola, il parait que c’est de la lecture lourde. Je l’ai, dans ma grande bibliothèque de reliures à peine touchées. Et aujourd’hui, j’ai acheté Louise, je l’ai parcourue du bout des doigts et la lecture semblait agréable, je n’en sais trop rien, mais c’est un auteur connu et revendiqué, alors mon égo s’en porte bien ». Il était triste d’imaginer qu’elle n’avait connu que cela, surtout au vu de son jeune âge. Enfin, peut-être avait-il tort d’éprouver un peu de pitié pour elle, car c’était une situation dont elle pouvait être entièrement fautive. L’on trouve ce que l’on cherche bien souvent. Et il était clair qu’elle n’avait pas cherché quelqu’un comme Jalender. Il y a quelques années, d’ailleurs, il ne se serait même pas embêté en s’intéressant à la couverture, tant qu’elle fut jolie, s’en emparant comme bon lui semblait pour l’abandonner, pages déchirées et encre illisible. Il s’en foutait. Pire encore que ceux qui faisaient des pirouettes, parce que lui n’aurait pas eu assez de considération même pour cela. Peut-être même l’aurait-il retournée pour ne voire que son dos, sachant parfaitement qu’il n’y aurait de cette histoire qu’un visage grimaçant de honte et de douleur.

Elle l’avait contourné, et puisqu’il connaissait les agréments du mystère de l’aveugle, Jalender redressa sa tête pour faire parfaitement face à la cathédrale, concentrant ses autres sens sur ce qui se passait dans son dos. Cette initiative accéléra sa respiration, exaltant l’excitation de l’inconnu. Il se figea finalement et un sourire vint flotter sur ses lèvres alors qu’il sentit des ongles venir à la rencontre de sa nuque. Seulement, il tendit légèrement le cou, penchant la tête vers l’avant pour lui donner une plus grande manœuvre. A mesure que les doigts creusaient leur chemin sur les reliefs de ses muscles et ossature, il courbait l’échine, tournait de la mâchoire tout en frissonnant d’appétit. Cette caresse intime lui fit soudain comprendre à quel point sa peau fut assoiffée d’être touchée. Il n’était plus certain de savoir comment respirer correctement et sa poitrine se soulevait dans un rythme saccadé. La main féminine vint finalement s’engouffrer dans les fourrées de ses cheveux, brisant leur mouvement et électrisant un Jalender qui sentait cette caresse descendre du sommet de sa tête comme du plomb liquide, dégoulinant vers ses tempes, faisant frémir le duvet de ses joues et de son cou. Il se dit qu’il pourrait vivre ici. Je veux dire ici. Au creux de cette main qui le choyait. Devenir petit et infinitésimal au sein de cette paume pour qu’elle puisse l’étreindre tout entier.

« J’aimerais beaucoup apporter ma contribution à cet ouvrage qui promet d’être de grande qualité. »

Jalender eut un sourire entendu. Disons plutôt qu’elle espérait qu’il soit de qualité. Pour cela, il ne pouvait rien promettre malheureusement, l’on se trouvait toujours à deux doigts d’être déçu, la satiété ne tenant qu’à un fil, à quelques détails anodins. Surtout avec les femmes. Pour les hommes, c’était un peu plus simple, leurs exigences étant finalement bien prosaïques en matière de corps. La main de Louise descendit le long de son torse, et à mesure qu’elle s’approchait de son centre et s’éloignait de son visage, Jalender sentait l’anticipation grandir en une tension dans son ventre et ses épaules, raidissant son cou. Il humecta ses lèvres sèches d’un coup de langue rapide, gardant la tête droite et refusant de regarder où était Louise, et si elle était descendue aussi loin que ce qu’il en sentait. La contreplongée était vertigineuse, tout autant que cette bouche qui susurrait quelques douceurs à son oreille rougie et chaude du souffle qui s’abattait sur elle comme une vague. Il n’était plus qu’abdos et ouïe. Une large étendue d’épiderme ondoyante et désireuse qu’on s’allonge dessus, qu’on la caresse et qu’on la touche pour enfin satisfaire un manque qui l’enflammait et la soulevait, la faisant trembler puis se répandre en une fièvre passionnée et tordue de frustration. Un long soupir lui échappa.

« Tu ferais un très bon personnage de roman. Un peu trop mystérieux peut-être, ce qui peut frustrer, mais à coup sûr passionnant.
-  Je vais tâcher d’y remédier alors, je ne voudrais surtout pas frustrer qui que ce soit.
- Moi je n’ai jamais été vue que comme l’arbre au bord de la route, offrant son ombre et ses fruits aux pèlerins. Mais je connais une histoire où les arbres sont vivants, et se tirent hors du sol pour rejoindre une grande bataille. C’est une bonne histoire. »

Ouhlala, Tolkien ? Tolkien était un peu l’équivalent du point Godwin, s’il l’on en venait à parler de lui, c’est que ça avait assez duré. Enfin, l’oreille mordue lui fit fermer les yeux, avant quoi ses paupières papillonnèrent, comme prises d’un soubresaut. Mais la morsure fut trop fugace pour qu’il puisse en profiter pleinement, alors son regard s’ouvrit promptement dès qu’il sentit la jeune femme s’écarter. Cruelles taquineries, comme leurs mains plus tôt, à croire que personne n’osait vraiment empoigner quoi que ce soit à pleine main. A part ces doigts, qui lui rappelèrent leur existence en se pressant contre sa peau au travers de vêtements trop épais. Il ne sentait qu’une pression et de la chaleur, alors qu’il voulait éprouver la douceur et la volupté qui se cachait derrière le rempart de sa fine chemise. Une longue inspiration souleva son torse, un mélange de désir et d’expectative. Mais surtout une détermination. C’était à lui d’attiser maintenant. Pour toute réponse à la dernière question de Louise, Jalender esquissa un sourire avant de se pencher légèrement vers l’avant pour se dégager gentiment du menton qui prenait appui sur son épaule. Avec la même précaution, il se dégagea du bras qui l’enlaçait et finit par se lever. A son tour, il contourna le banc, empoignant au passage le manteau de la jeune femme. Calmement, une moue des plus paisibles et conciliante sur le visage, il déplia le vêtement et le présenta entre ses mains. Attendant que Louise daigne se redresser, tel le roseau qu’elle était, il l’aida à le mettre, le calant sur ses épaules. Finalement, toujours sans un mot, il ferma consciencieusement, avec une lenteur exagérée, chaque bouton, ne laissant que les deux premiers défaits par conviction purement esthétique. Ce faisant, Jalender resta extrêmement proche de la jeune femme, regardant cependant exclusivement l’œuvre de ses doigts, paupières mi-closes. Sa respiration s’était calmée et il semblait tranquille et satisfait, mais le mutisme qu’il s’imposait derrière un sourire à peine dessiné entendait qu’il prenait son temps avant de se dévoiler. Puis, il baissa un bras et alla chercher la baguette magique qui était au creux de sa poche. D’un mouvement lascif et paresseux de la main, il la présenta à Louise et susurra :

« Eh bien, notre histoire pourrait déjà raconter comment on transplane dans un endroit plus calme, par exemple… Simple exemple. Ou bien on pourrait… Je ne sais pas, se débarrasser des fioritures et se montrer comme l’on est, sans les apparts et vanités qui nous déforment ; à nus, pour ainsi dire. »

Son sourire s’accentua, alors qu’il semblait réfléchir à un endroit où aller. Le regard toujours fixé quelque part sur la poitrine de Louise, perdu entre les tris de son haut, Jalender pinça ses lèvres pour refreiner un sourire s’accentuant. Il fit la moue pour se détendre les lèvres et un discret coup de baguette magique s’en suivit. Beaucoup trop court et petit pour qu’il puisse s’agir de transplanation. Et en effet, un coup de vent fugace fit vibrer l’air entre ses jambes et son visage, comme ceux qui arrivent lorsque quelque chose disparaît subitement, créant un appel d’air brutal. Il n’avait pas regardé les vêtements de Louise par hasard, ni par gêne… en fait il se concentrait pour ne pas en faire disparaître trop… En tout cas, le haut de la jeune femme s’évapora dès qu’il avait agité sa baguette. Ses fines jambes de nymphe s’étaient aussi retrouvées nues. S’il avait bien fait son travail, Louise ne devait plus avoir que son manteau sur les épaules. Même les chaussures s’étaient volatilisées. Son regard s’illumina d’espièglerie et il pinça de nouveau ses lèvres dans une minable tentative de ne pas rire, mais le sourire était trop fort et il finit par fleurer sa bouche jusqu’à dénuder ses dents. Tout de suite, parce qu’il savait que ce qu’il avait fait n’était pas loyal, Jalender se recula prestement de quelques pas, se mordant maintenant la lèvre inférieure, préparant déjà son second sort informulé. S’en suivit un mouvement incertain et les vêtements manquants réapparurent au creux de sa poigne libre qu’il présentait déjà devant soi, pour que Louise voie bien sa baguette magique pendouiller à la ceinture de son pantalon défait. L’on pouvait considérer qu’elle était maintenant effectivement à nu, au sens propre comme au figuré. Au moins cet interlude avait-il eu le don de calmer ses frémissements d’épiderme. Ses deux bras s’abaissèrent et il rigola plus franchement, se répandant en une moquerie cristalline et gutturale, qui n’avait cependant rien de méchant. Au contraire, le ricanement parût doux et intrigant.

« Je suis désolé, j’ai dû me tromper de sortilège, je suis si maladroit parfois ! »

Le fait qu’il continue à sourire n’arrangeait en rien l’affaire, bien évidemment. Jalender se délectait bien de ces situations, qui pouvaient scandaliser à tel point que n’importe quel esprit sain entrerait en convulsion en le voyant se gausser, pendant que les assises morales de la société s’écrouleraient dans un grand fracas apocalyptique. Dans un geste conciliation, il rangea sa baguette, mettant fin à l’interlude magique, et passa les vêtements de la jeune femme sur son bras pour ne pas les froisser davantage. Il n’y avait que la paire de talons qui demeura entre ses doigts. Il regarda Louise en suite, malicieux et déjà un peu lubrique en s’imaginant ce qu’elle pouvait ressentir alors que l’air frais s’engouffrait entre sa peau nue et l’âpreté du manteau. Des frissons, il espérait, et une contenance secouée par des vagues d’anticipation, de quoi diluer ses envies de meurtre éventuelles…

« Je sais, c’est injuste, mais tu pourras te venger, je te le promets. Un peu plus tard cela dit. Ca te laisse le temps de mijoter ta colère. Mais attends… je ne vais pas te laisser pieds nus. Ca, ce n’était pas prévu. »

Jalender s’approcha finalement de la jeune femme à nouveau et s’agenouilla pour lui passer ses chaussures. D’abord la première, puis la seconde, et à chaque fois, le talon claquait méchamment contre la pierre lorsque Louise reposait son talon à terre. Ayant fini son œuvre, il ne la lâcha pas, et les doigts de sa main droite vinrent enlacer le mollet gracile. Il le caressa doucement avant de se redresser lentement, longeant soigneusement de sa main la courbe de la jambe laiteuse, enveloppant de sa large paume les muscles tout en courbes, frôlant l’intérieur du genou. Son être était aussi doux et chaud qu'il se l'était imaginé, sa beauté et son apparence tenant au moins la promesse d'une exquise volupté. A partir de là, sa main s’engouffra sous le manteau et il ne put poursuivre son chemin qu'à l'aveugle et jusqu’au milieu de sa cuisse, dont il flatta d'abord l'extérieur, avant de glisser vers l'intérieur, là où ses doigts se mirent à picoter tant la peau y était ardente et l'air lourd d'ardeur. Jalender s'était arrêté de respirer, se concentrant sur la pulpe de ses doigts, qui se répandait en une caresse impétueuse. Le tissu du par-dessus s'accrocha et se souleva sur son poignet. C’est avec malice qu’il effleura une dernière fois l’épiderme pubescent et irradiant une impétuosité enflammée, avant de retirer sa main, laissant le bas du manteau recouvrir ce qui était nu. Debout, il toisa Louise en biais, les joues un peu colorées et l'oeil luisant, avant de déclarer :

« Bon, ce n’est pas si mal d’être à nu, non ? Et puis ca nous promet une longue balade, jusqu'à ce que tu ais froid. »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Mar 2 Mai 2017 - 18:09

Au creux de la chevelure sombre de Jalender, les mains de Louise avaient trouvé un refuge de chaleur délectable d’où elle ne se retira pas sans regrets. Et ce confort était visiblement partagé, au vu du long frisson qui parcourait l’échine offerte du consultant. Elle avait toujours été habile de ses mains. Instinctivement, elle savait où appuyer, où effleurer très précisément un corps pour l’emmener à l’extase. Surtout dans l’immense surface vierge du dos, où prolifèrent muscles, os et tendons, instruments de son savoir. Elle savait flatter les échines, détendre les nœuds, et n’hésitait jamais à se servir de cette capacité pour mettre au pas les amants les plus vigoureux. L’homme était un animal comme un autre. Certaines zones de son anatomie, correctement massées, étaient d’importantes zones de détente et de bien-être. Elles libéraient des toxines plongeant le sujet dans un état de grâce et de flottement. Chez le chat c’était très simple, le sommet du crâne, l’arrière des oreilles, le cou, certaines parties des pattes, et on gagnait une symphonie de ronronnement sans forcer. L’homme était plus charnu, plus musclé, aussi l’important était de d’abord tâter le terrain pour savoir à quel type d’anatomie on avait affaire. Palper le dos, les épaules, la tête pour trouver les points sensibles et les exploiter au mieux. Les experts savaient encore mieux utiliser les zones osseuses comme les mains, ou musclées comme les cuisses. Mais Louise n’était qu’une initiée, et se limitait donc à son domaine de compétence, qui s’étendait du sommet de la tête à l’extrémité basse du dos. En attendant, la nuque et les cheveux suffiraient. Ses caresses n’étaient qu’un aperçu, une promesse des douceurs qu’elle consentait à lui offrir. Et si le dos de Jalender ne lui avait pas encore été dévoilé dans toute sa splendide nudité, elle frémissait déjà en l’imaginant offert à ses mains savantes, crispé puis relâché, entièrement à la merci de ses désirs et de sa force.

En se penchant à son oreille, les mains à plat sur son torse et attentive à son souffle qui s’accélérait progressivement, elle ne put s’empêcher de prendre une grande bouffée de l’odeur de Jalender. Une odeur très précise  bien que douce, aux notes distinguées et étrangement salées. Elle s’en emplit, laissa les effluves s’emparer de son esprit, sourit en les sentant glisser le long de ses cheveux, se prendre dans ses vêtements, et l’enivrer elle-même. Elle soupira d’aise, alors que le consultant tremblait de sa fougue. Elle aurait voulu faire plus, entrer ici-même en phase avec lui, mais elle devait laisser le cœur s’aérer. Elle devait laisser « l’ardeur se consumer ». Alors elle s’écarta, mais ne lâcha pas prise et maintint le contact en transfusant de larges doses de douceur à travers ses paumes.

Pour toute réponse à sa dernière question, Jalender eut une sorte de sourire indéchiffrable et se redressa, reprenant visiblement contenance. Il se dégagea gentiment des paumes de la jeune femme, qui l’observait dans un mélange d’impertinence et de fascination. Il bougeait vraiment bien, avec fluidité et puissance, sans aucun mouvement inutile. Sa haute stature lui offrait l’avantage de la surplomber, et cette forme harmonieuse qui se détachait parfaitement dans la lumière dorée de Notre-Dame, Louise n’arrivait pas à s’en détacher. Elle le vit attraper son manteau, et captant son regard patient, elle se redressa lentement en jouant de la cambrure excessive de son dos, poussant de ses bras menus et s’étirant par la même occasion, comme un long chat noir, effilé et languide. Sans un mot, religieusement, il ouvrit son manteau et lui présenta avec diligence. Etonnée mais docile, elle se tourna et lui offrit ses épaules. Etrangement, le consultant si bavard depuis le début de la soirée ne pipait mot, semblant se délecter de la lenteur exagérée de ses mouvements et de son excessive proximité avec le corps délicat de la nordique. Son œuvre achevée, il resta ainsi, statique, le regard concentré sur un point précis du buste de Louise, le sourire étirant ses lèvres lui donnant un air un peu carnassier. Elle-même resta immobile, attendant patiemment qu’il laisser s’envoler les mots qui semblaient lui brûler les lèvres. Quand enfin il s’exécuta, baguette en main, elle ne put que se délecter de la nature alléchante de ses propositions. Mais ce jeu sur les mots la laissait perplexe, trop évident, trop grossier par rapport à ses précédentes paroles. Jalender semblait avoir abandonné l’idée d’une séduction verbalement délicate, et décidé d’entrer dans le vif du sujet avec une incision qui la déstabilisait un peu. Autant, en fait, que cette lèvre pincée, que ce regard fixe, que cette baguette s’élevant sans même attendre de réponse …

« Que fais-t… »

Ni une, ni deux, elle se retrouva nue. Entièrement, irrémédiablement nue. Du moins, c’était ce que l’afflux brutal d’air froid lui fit comprendre en la frappant brutalement des pieds jusqu’au cou, soulevant son épiderme avec la force d’un ouragan, provoquant en plus de la surprise une forme assez violente et primitive d’indignation. Elle n’esquissa pas le moindre mouvement, son esprit turbinant à vive allure, réalisant assez douloureusement le pourquoi de cette malice qui planait depuis quelques secondes. Avait-il tout prévu depuis le début ? Elle ne le croyait pas. Les premières secondes, tumultueuses, laissèrent la place à un brusque revirement quand Louise se rendit compte qu’elle avait encore son manteau sur elle, couvrant en grande partie sa nudité. Jalender jouait donc avec elle, avec ses limites, ses doigts habiles glissant le long de la frontière de la tolérance. Elle n’avait qu’une envie, dans l’instant, c’était de lui asséner une monumentale claque pour faire disparaître le colgate provoquant de son sourire. Mais profitant de sa surprise, il s’était déjà reculé, comme anticipant sa colère et la virulence de sa réaction. Louise abandonna l’idée, et s’apprêtant à l’invectiver, elle surprit son regard, celui d’un homme pas franchement honteux mais décidemment conscient du danger auquel il venait de s’exposer. Et de ce vert pétillant, comme d’un bain d’algues, elle ressortit plus légère, calme … et amusée. Il avait un culot monstre. On ne pouvait pas vraiment dire qu’elle l’avait cherché. Mais l’indignation estompée et sa distance retrouvée, elle se devait de saluer l’audace du geste. Comme il semblait le guetter pour se rassurer, elle laissa ses lèvres s’étirer en un sourire vaincu, signe qu’elle se prenait au jeu. Alors sans faire durer le supplice plus longtemps, il réalisa un nouvel informulé, et les vêtements sombres réapparurent au creux de ses bras.

Brebis dans une peau de loup, Louise et son manteau noir s’approchèrent d’un pas glissant vers le consultant. Elle ignorait le froid et la saleté des pavés, s’abandonnant totalement à la sensation intéressante du nu invisible. Maintenant qu’elle s’y était habituée, elle sentait pleinement le frottement du tissu de son manteau contre sa peau fine. De bonne facture, le vêtement ne la grattait ni ne la gênait, et son contact n’était pas trop désagréable. Mais plus que sa peau contre le tissu, ce qu’elle savourait était celui de ses jambes entre elles, qui se côtoyaient du mollet jusqu’à la très fine peau pré-pubienne. Toutes les parties les plus intimes de son corps, et par définition les plus sensibles, étaient sollicitées par le manteau et par le vent. Ces sensations étaient accentuées par le simple fait qu’ils étaient en janvier, et donc qu’elle négligeait depuis quelques semaines l’épilation appliquée de son corps. En vérité, sa pilosité générale étant à l’instar de ses cheveux d’une blondeur presque blanche, elle n’avait jamais vraiment prêté attention à la repousse des jambes et des aisselles quand elle était superficielle, car invisible à l’œil nu. Et bien sûr, suivant les coutumes de son pays, elle n’avait jamais touché aux poils pubiens, zone sacrée entre toutes. Ce n’était bien sûr pas sans savoir à quel point la sensibilité était décuplée quand on ne s’épilait pas, ayant plusieurs fois expérimenté les avantages du naturel en matière de plaisir.

En rejoignant Jalender, ne décrochant pas une seule seconde son regard, elle laissa son sourire énigmatique flotter, entre malice et cruauté, et suggérer la suite pour elle. Car la nudité était une chose, mais elle ne pouvait supporter de se savoir désarmée. Face au consultant, elle s’arrêta, et récupéra immédiatement sa baguette qui pendait, orpheline, de l’élastique de son pantalon encore chaud. Il y avait des limites à tout, et confisquer sa magie en était une à ne pas franchir. Une fois l’instrument à nouveau en sa possession, sa rassurante rigidité reprenant sa place entre ses doigts et taisant ses dernières réticences, elle put détendre les dernières crispations de son visage et s’amuser plus sincèrement de l’expression très adolescente de Jalender. Celle du garçon qui a réussi à infiltrer la douche des filles et qui se délecte du spectacle à travers un trou de serrure.

« Je suis désolé, j’ai dû me tromper de sortilège, je suis si maladroit parfois ! » Les mains sur les hanches, elle secoua élégamment sa tête blonde. Merlin, quel spectacle affligeant que la débauche d’un caractère si prometteur !

« Maladroit … je rêve … » marmonna-t-elle alors qu’il posait joliment ses vêtements sur son bras, attentif à ne pas les abîmer. « Tu te rends compte qu’avec n’importe quelle autre femme, tu serais déjà en train d’agoniser sur le pavé ? »

La question était rhétorique, bien sûr, et elle n’attendait déjà plus aucune réponse au moment où une rafale de vent trouva son chemin jusque dans le vide de son manteau, remontant de ses jambes jusqu’à sa nuque en l’enveloppant d’une fraîcheur délicieuse. Elle frissonna, partagée entre le plaisir et Puis le consultant repris, parla de chaussures, de froid, de prévision … Elle l’observa sans un mot se baisser et, avec une douceur qu’elle prendrait presque pour de la tendresse, lui passer lentement ses chaussures. Elle avait opté ce soir-là pour des bottines basses de marque, en cuir noir et aux talons raisonnablement hauts qui lui garantissaient confort, chaleur et élégance.

Quand les mains de Jalender entrèrent en contact avec sa peau, Louise ouvrit la bouche et manqua de lui asséner d’arrêter. De ne même pas essayer de monter plus haut. Car c’est ainsi qu’elle se serait comportée avec n’importe qui. Sauf qu’elle avait tendance à oublier qu’elle n’était pas avec n’importe qui, et que ce soir, elle s’était engagée d’elle-même dans la voie de la luxure. Et puis, passée la première seconde de surprise, le bout des doigts d’un froid assez désagréable, la sensation brute changea. Elle sentait la chaleur de ses paumes se diffuser lentement et toujours cette profonde douceur, qu’elle semblait n’avoir jamais connue chez ses amants, qui l’invitait à tous les abandons. Alors qu’il remontait très doucement vers le haut de ses jambes blanches, extrêmement attentif à ne pas faire un geste de trop, Louise planta ses doigts dans les cheveux qui s’offraient à elle comme seule prise pour contenir sa fébrilité. L’interlude, hors du temps, sembla pourtant n’avoir duré qu’une fraction de seconde, et quand l’homme se redressa, tout émoustillé encore de sa sommaire exploration, elle reçut à nouveau l’électricité du courant de vent contre son épiderme sensible et démuni. Une myriade de petites étoiles la picotaient gentiment, et son bas-ventre commençait doucement à ronronner.

« Bon, ce n’est pas si mal d’être à nu, non ? Et puis ça nous promet une longue balade, jusqu'à ce que tu aies froid. »

Louise ne releva pas la plaisanterie, par contre elle ne se priva pas d’hausser les sourcils d’une indignation – à peine – exagérée devant la proposition de son partenaire. Sera-t-elle donc la seule à subir des excentricités sans autre contrepartie que la promesse d’une revanche future toute relative ? Tolérer le sortilège qui l’avait dénudée, puis le brûlant contact, passe encore. Elle y avait trouvé son compte. Mais accepter de se comporter comme la victime d’un jeu érotique tordu, en ne pouvant s’offrir aucune emprise sur l’autre, cela commençait à faire beaucoup. Avec un soupir, elle reprit la parole, le temps de trouver une contrepartie équitable.

« On aurait le temps de faire tout Paris, du sommet de la butte de Montmartre jusqu’au plus profond des catacombes avant que j’aie froid. »

Sa voix avait pris une couleur bleuâtre d’ironie tendre, et son regard glissait sur Jalender comme un courant d’eau froide, mordant et cajoleur. Hum, peut-être que finalement, elle ne lui ferait pas le plaisir de lui rendre la pareille, il serait trop content. A l’inverse, elle allait relever fièrement le défi, garder sa dignité, attendre un instant plus propice et … non. Non, décidemment, ça n’allait pas se passer comme ça. Mais elle devait le prendre par surprise, et pour cela elle gardait des atouts dans sa manche. Sa manche, qui abritait désormais sa baguette magique avec laquelle elle allait se faire un plaisir de le remettre à sa place. Il était fatigué de toujours devoir prendre l’initiative ? eh bien elle allait lui en servir, de la passivité, histoire qu’il se désillusionne un peu. Elle n’était pas bien différente des autres après tout. Une femme assez faible et aux techniques de tromperie fort peu originales.

« Tu m’accorderas au moins qu’on aille boire quelque chose pour compenser ? »

Sans attendre, elle saisit son bras et l’entraîna vers un café proche, animé de rires et de musique mais pas franchement bruyant. Les prix y étaient élevés d’après elle, mais elle avait parfaitement de quoi se le permettre. Ils s’installèrent à une table un peu à l’écart, étroite mais offrant une vue parfaite sur la cathédrale et son parvis. Louisa s’assit joliment, croisa ses jambes nues, puis héla un serveur aux airs de chanteur populaire et lui commanda deux de leur meilleur whiskey. Quand il fut reparti, calmement, et sentant le regard du consultant sur son visage, elle glissa une main à l’intérieur de son manteau. Effleurant lentement sa clavicule et son sein gauche, elle atteignit une grande poche intérieure de laquelle elle tira son petit sac. Toujours avec mille précautions, elle le posa sur la table en fer forgé et l’ouvrit. Outre le billet qui allait payer leur consommation, elle s’empara de deux tout petits sachets cachés entre deux plis, contenant chacun un produit différent. L’un de la poudre, l’autre des pilules. Elle posa sa main dessus, et tout naturellement, fit un peu de place et un joli sourire pour le serveur qui revenait du bar avec deux verres généreusement emplis d’une magnifique liqueur ambrée.

« A mon tour maintenant. »

Le serveur disparu, Louise prit dans une main le sachet de poudre, dans l’autre le sachet de pilules et elle les cacha dans son dos. Elle changea plusieurs fois les sachets d’emplacement, feinta, recommença, de telle sorte à ce qu’elle-même ait oublié ce qui se trouvait où. Puis elle chercha le regard de Jalender et sourit. Il pouvait refuser, elle ne lui en tiendrait pas rigueur. Mais ce n’étaient pas des substances provoquant la moindre dépendance, et leurs effets n’étaient pas facteurs d’impuissance ou de perte de contrôle. Sans compter qu’avec la magie, il leur serait facile de réduire les effets, de se contrôler, de s’en aller même rapidement dans un endroit isolé. Elle avait un rapport très distant avec la drogue, refusant tout simplement les injections, et en prenant rarement accompagnée. Mais ce soir-là, elle jugeait que son partenaire et elle pouvaient se permettre une petite gourmandise.

« Tu choisis. Je prends l’autre. Ou bien je les range immédiatement, et ne les ressortirai pas. »

Une œillade curieuse, nullement moqueuse, et son sourire s’estompa doucement pour laisser la place à un plus grand sérieux.

« Tu joues ? »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Dim 7 Mai 2017 - 4:35

Dieu créa la magie pour donner à une poignée d’élitistes le contrôle partiel de la nature. Ils créèrent des merveilles et Dieu vit que c’était bon. Si seulement avait-il eut vent de toutes les sombres fantaisies qui se réalisèrent à l’ombre des regards, que seuls quelques petits ouvrages joliment lubriques illustraient, contant les aventures de quelques polissons qui s’envoyaient des Obscuro pour s’aveugler, des Revigor pour l’endurance, sans parler de toutes les applications inventives du très célèbre Wingardium Leviosa. L’on dit que le sortilège fut inventé par Hobart pour se déplacer dans les airs sans balais, c’est ce qui se dit, c’est ce qui se raconte… La magie permettait quand même bien des toquades, et déshabiller une femme d’un seul mouvement du poignet et des lèvres avait son charme, tout comme lui donner quelques ardeurs en l’irradiant d’un charme aux bouffées de chaleur. Mais cela, c’était éventuellement pour plus tard. En attendant, Jalender allait se contenter d’imaginer les sensations d’une peau nue contre un manteau robuste. Le contraste le fit doucement frémir, alors qu’il se surprenait déjà à avoir envie de caresser ce doux épiderme autant que de le morde à pleines dents, de le châtier de ses larges paumes jusqu’aux rougeurs. Tirer la crinière d’une poigne de fer jusqu’à rendre agréable le frottement de la laine par contraste. Il l’avait senti en frôlant le mollet et la cuisse de sa jeune nymphe, elle avait la virginité juvénile et tendue des femmes qu’on ne touchait qu’avec précaution et toujours pour flatter. Petite, menue et frêle, elle ne semblait pas robuste malgré son caractère farouche. Il eut soudain le désir de faire comprendre à cet esprit impétueux les cruelles limites du corps, les faiblesses de fin bras, souples et duveteux comme des branches de saules. Entre ses doigts, elle finirait fragile, incapable de combattre sa force robuste, toujours chantante, tantôt courbée, tantôt arquée à ne savoir où fuir ni comment lutter, mais pour le moment… Pour le moment il n’y avait qu’un manteau et le monde lascif de chimères les séparant. Douce, douce Louise, que j’aimerai corriger cette outrecuidance et ce sourire. Et puis surtout les germes de la vengeance qui pointaient leurs bourgeons dans ses yeux trop grands et trop clairs. Il avait attendu une claque qui n’était pas venue, dont l’idée fut bien vite remplacée par de la glacée patience, dans l’attente du moment propice pour une humiliation pire encore. Qu’elle soit coquette alors, car une femme aux jambes nues était toujours suave alors qu’un homme dévêtu sous son plumage tournait les têtes à en casser des cous.

« Tu te rends compte qu’avec n’importe quelle autre femme, tu serais déjà en train d’agoniser sur le pavé ? »

Raison pour laquelle il ne faisait pas pareil manège avec n’importe qu’elle femme. Mais Louise était jeune et surtout, lui avait laissé entrevoir la désinvolture de son esprit libertin. Alors, Jalender leva ses sourcils à la courbe satanique dans une moue d’étonnement à peine feinte, et regarda la jeune femme de ses grands yeux légèrement écarquillés pour le spectacle.

« Agoniser, vraiment ? De plaisir, alors ! »

Bien vite, il esquissa à nouveau un sourire moqueur, jouant de son insolence comme l’on pince les cordes d’une harpe, avec maîtrise et savoir. L’espace de quelques secondes, son regard s’était fait légèrement gélatineux et il ricana doucement. Pas la peine que Louise ait ne serait-ce qu’un soupçon de supposition quant à sa longue histoire de véhémences féroces. Remembrances d’une époque où ses considérations étaient bien différentes et les relations exclusivement égoïstes. Les luttes étaient alors véritablement d’une agressivité courroucée, pleines de cris et d’hurlements cruels, finissant parfois à terre avec le sang à la bouche et la douleur aux côtes. Il était souvent au-dessus, penché et en colère, immobilisant de ses mains froides et fortes en prenant au cou ou écrasant d’un genou la poitrine. Parfois finissait-il à dos, une dent cassée ou l’œil injecté de sang d’une claque solide, se relevant encore plus furieux pour prendre par la peau et saisissant sauvagement les poignets pour corriger encore plus durement. Sa jeunesse fut emplie de rudesse féminine, la chair était toujours flattée avec une voracité accrue et donc une brutalité particulière. Même les semblant de douceur finissaient dans la perversion de l’hypocrisie, comme si faire plaisir par la tendresse n’était pas convenable pour son taux de testostérone. Les moindres mièvreries faites par oubli ou abandon se concluaient alors par un rejet empli d’indifférence, faisant emphase exagérée sur son détachement. Le charnel avait pour vocation de lui appartenir et être égoïste, le plaisir ne devait passer que par sa propre volonté et se contenter d’être inlassablement cru ; la chaleur autre que celle des corps n’avait pas à avoir lieu. Le sourire se fit étrangement renfermé sur le visage d’un Jalender plus vieux et ayant beaucoup changé. Louise parlait probablement avec humour et une bonne dose de rancune, mais elle ne s’était pas imaginé la part de vérité dans sa menace. Enfin, pour sa défense, les raisons de ses agonies avaient été bien pires qu’un simple jupon volé par esprit de flirt folâtre. Les temps étaient bien différents et les sentiments vindicatifs n’étaient plus motivés par sadisme et sévérité, mais transpiraient l’espièglerie.

Elle avait repris sa baguette et lui, n’avait rien fait. Grossière erreur, me direz-vous, elle va te défroquer encore plus vite que tu n’as eu le temps de le faire ! Justement. C’étaient les règles du jeu que d’accepter une égalité des chances plutôt que d’imposer une domination sans failles. Louise et lui ne se connaissaient pas et il serait fort malvenu de la soumettre entièrement sans accord préalable. D’autant que vu son caractère, elle allait rebiquer telle une jument bourrue. Alors il l’observait en biais, se tenant prêt à accepter la vengeance de bon grès et avec remerciements. Mais la nymphe se calma, se cambra et haussa des sourcils. Jalender sentait le doux sarcasme poindre, comme ceux qui naissaient d’un orgueil blessé dans le jeu, plein de revendications et d’esprit mordant.

« On aurait le temps de faire tout Paris, du sommet de la butte de Montmartre jusqu’au plus profond des catacombes avant que j’aie froid.
- Jusqu’à ce que tu aies trop chaud alors. »

Avait-il répondu sans ciller. La finalité était la même, elle allait finir par vouloir retirer son manteau, pour une raison ou pour une autre, que ce soit pour s’habiller plus chaudement ou pour se refroidir, peu importait, en dessous de cette fine couche de laine, elle était complètement nue. Et puis surtout, si elle était vraiment capable de cela, c’est qu’il pouvait partir ! Pas la peine de poursuivre une donzelle qui refusait de céder aux caprices et qui était prête à parcourir d’infinies distances, juste pour prouver qu’elle était la plus forte. C’était un comportement de garçonnet, ça, ma chère ! Ah, je sais, vous voulez retirer votre vêtement quand vous en ressentirez vous-même l’envie, par fierté et non par contrainte. Très bien, je suis également très doué dans le domaine où il faut faire croire aux gens que l’idée placée dans leur tête est belle et bien la leur… Elle se croira maîtresse de sa destinée et lui aura quand même ce qu’il voudra. Quel beau mariage. Qu’il était accommodant d’être patient et docile. Parfois, Jalender se disait qu’il ne rencontrait quasiment que des femmes revêches parce que c’était lui qui les rendait comme cela, à toujours tout transformer en amusement. Elles se sentaient obligées de relever le défi et de faire pire que lui. Fallait-il songer à leur caresser la nuque comme l’on flatterait un chat pour le voir s’allonger sur le dos et offrir son ventre en pâture ? Mais l’on sait bien qu’une fois le bras sur le ventre, les chats vous l’attrape de ses pates pour vous mordre méchamment les doigts. Mauvaise métaphore. En vérité, en la présence d’un esprit tranquille, le sien s’apaisait très rapidement aussi, faisant docilement miroir à son jumeau. C’était alors que l’espièglerie de la demoiselle ravivait la sienne. Ils étaient donc tous deux ainsi, à ne jamais se calmer devant une humeur semblable, ou que par faiblesse.

« Tu m’accorderas au moins qu’on aille boire quelque chose pour compenser ? »

Compenser quoi exactement ? Comment une boisson pouvait-elle bien compenser une si charmante nudité ? Bah, avant que Jalender n’ait eu le temps de rétorquer quoi que ce soit, Louise l’embarqua par le bras et le guida vers un lieu plein de monde et de bruits. D’un dernier informulé, il fit disparaître les vêtements de cette dernière, ne souhaitant pas déformer les poches de son beau par-dessus. Voulait-elle un peu de public ? Quelle curieuse idée. Il se voyait déjà l’obliger à monter sur une table pour tirer sur les pans de son manteau et exposer aux yeux ébahis, mais non pas contrariés, de jeunes étudiants étourdis la belle pudeur de sa chère compagne. Une nuit parisienne triviale, vous me direz ! Ou peut-être était-ce pour se sécuriser, se disant qu’en étant entourés de monde, elle serait plus tranquille un moment, Jalender se faisant sage et timide. Ah, comme si cela pouvait l’arrêter, lui, l’homme sur scène. Et comme il était de ceux qui faisaient preuve de culot, il se retrouvait bien souvent à écrire les scénarios des spectacles.

Louise les ramena vers une table à l’écart, sous les regards de quelques curieux qui reluquaient ses jambes juste avant de jeter un coup d’œil vers Jalender, pour constater si le damoiseau était à la hauteur des guiboles de sa dame. Il suivit le mouvement et, avant de s’assoir, déboutonna son caban pour ne pas se sentir gêné. Et puis aussi pour que Louise n’ait pas l’idée de le déshabiller en le voyant si bien couvert. D’un doigt crochu, il desserra légèrement sa cravate pour libérer le col de sa chemise, sans pour autant se donner un air dévergondé. La nymphe décida pour lui, commandant un fort spiritueux. Il ne s’en offusqua pas ; peu importait ce qu’il buvait, de toute manière il n’avait pas soif et ce n’était certainement pas un verre de whisky qui allait lui monter à la tête. Fut un temps où il pouvait s’enfiler une bouteille de Dewar’s en une soirée sans tituber, alors si l’idée de Louise fut de l’affaiblir, c’était raté. Jelender balaya par reflexe la salle du regard, débusquant les regards en biais un peu trop agressifs, repérant les dangers potentiels et les sorties adéquates, mais à part un groupe de jeunes gens éméchés qui braillaient quelques chansons à l’autre bout du café, la vie menait tranquillement son cours. Lorsqu’il revint à sa nymphe, elle avait la main plongée contre son sein, visiblement à la recherche de quelques chose -ou en train de se faire plaisir, qui sait. Elle fit apparaître son sac à main, petit étui semblable à une pochette. Deux sachets furent sortis et Octave n’eut même pas besoin d’y regarder à deux fois pour comprendre ce que c’était. Voyez-vous, la drogue, si sa forme pouvait se confondre facilement avec quelques médicaments ou carrément de la farine, les contenants eux, ne trompaient jamais. Une boîte de la taille d’un ongle, des sachets plastiques hermétiques, et toujours en extrêmement petite quantité. Sauf si vous étiez un revendeur, mais Louise n’en était manifestement pas un. La jeune femme cacha l’affaire alors que le serveur leur apportait la commande, non sans porter un regard désireux à l’entremêlement des cuisses blanches comme de la craie. Vole, chenapan, loin de cette blondeur qui ne s’intéresse pas à toi. Deux verres tintèrent et le curieux malandrin disparut, à la bonne heure.

« A mon tour maintenant. »

Jalender releva un sourcil, attentif aux mouvements de la blonde démunie, qui cachait maintenant les deux décoctions dans son dos. Comme elle le regardait avec malice et que ses coudes bougeaient en ailes de poulet le long de ses côtes, il en déduit qu’elle essayait de le perdre. Oh… Oh. Avec un personnage comme Louise, Jalender supposa deux stupéfiants magiques, qu’il reconnut quasiment instantanément, à peine les avait-il vus. De la douce « Alice », nom donné à un champignon magique des forêts européennes qui, une fois séché et réduit en poudre, devenait un fort sédatif et analgésique. Très en vogue parmi les riches ménagères dans le milieu des années cinquante. Et puis, l’autre, un peu plus exotique, le Chandoo. Tout droit venu de Chine celui-là, commun parmi l’élite, car l’on sait bien qu’il n’y a que les pauvres qui se shootent jusqu’à se faire amputer les bras et se défoncer les cloisons nasales. Les riches s’amusaient, ça s’arrêtait à cela. L’adage de ces deux produits magiques était qu’il fut impossible d’en devenir dépendant physiquement. Ah, que Marie-Hélène Michou devait être contente, lorsqu’elle sniffait son rail d’Alice, de savoir que son teint allait rester frais le lendemain ! Jalender sourit à l’égard de sa partenaire, qui mélangeait si soigneusement les deux sachets qu’il eut envie d’en rire. L’intérieur de son coude se mit à le démanger, là où, fut un temps, il avait pris l’habitude de se faire ses injections d’héroïne. Douce époque, pleine d’illusions. Il se gratta machinalement, sans vraiment palier au problème tant l’épaisseur de ses vêtements était considérable. Il resta là, un instant, à se racler le bas du biceps et en toisant Louise d’un regard gélatineux.

« Tu choisis. Je prends l’autre. Ou bien je les range immédiatement, et ne les ressortirai pas. Tu joues ? »

Cela faisait un moment qu’il n’avait rien pris. A peine cette idée lui vint en tête qu’il arrêta de se gratter, faisant soudain le lien entre le souvenir et le geste. L’effet des drogues dépendait beaucoup de la sensibilité. Jalender avait une imagination florissante, mais était également profondément lucide et ancré dans la réalité, ce qui faisait que ses expériences pouvaient aussi mal tourner que bien. Enfin, ce qu’elle lui proposait aujourd’hui n’était pas grand-chose, à tel point qu’il pouvait ne pas en prendre, l’alcool faisant très bien le travail à la place. Mais elle était si enthousiaste quant à cela qu’il finit par avoir un sourire malicieux, la laissant volontiers croire que c’était là un geste exceptionnel de sa part que de bien vouloir consommer de la drogue. Qui plus est, elle était si sérieuse maintenant, comme une enfant posant une question existentielle à son naïf parent. Jalender prit néanmoins son temps. Il posa son regard sur le verre ambré, le saisit du bout des doigts et en avala une mince gorgée, laissant à peine l’alcool nimber son palais et réveiller ses entrailles. Ensuite, il pinça ses lèvres, goûtant le suc s’y étant accroché, avant de reposer le godet à culot sur le fer légèrement oxydé de la table. Il respira à larges goulées, aérant sa bouche, savourant ce whisky tout à fait honorable pour un petit bar touristique, probablement plus habitué à servir de la bière qu’un vingt-et-un and d’âge. Enfin, il tendit sa main droite en direction de la jeune femme et ouvrit ses doigts, paume tournée vers le plafond.

« A droite. Ta droite. »

La tête légèrement penchée vers l’avant dans une attitude malicieuse, Jalender attendit que Louise daigne déposer son présent dans le creux de sa main. L’Alice. Parfait. Aussi vite que le creux de sa paume fut rempli, il ramena son bras sous la table pour ne pas attirer trop de regards, ni inviter les spectateurs éventuels à décortiquer scrupuleusement le contenu du sachet. Mais avant de s’attaquer à la poudre, il garda le sachet fermé entre ses doigts et vint se pencher en direction de Louise. D’une main impétueuse et autoritaire, mais douce, Jalender l’intima de défaire l’entrelacement de ses cuisses en passant le bout de ses phalanges dans la fente de leur union. Délicatement, il s’empara de l’un des genoux libérés et le cala entre les siens, déjà ouverts pour accueillir la blancheur diaphane de cette jambe. Rien de bien libertin, juste un peu langoureux. Ses paumes caressèrent de part et d’autre quelques instants la peau duveteuse de sa cuisse, sans néanmoins s’éloigner du genou ; il vérifiait la viabilité du terrain. Sans se redresser, il ouvrit le sachet et vint déposer la poudre sur le voile laiteux de sa chair en une ligne désordonnée et fine, remontant cette fois aussi loin qu’il le pouvait jusqu’au pan froissé de son manteau, qui recouvrait encore bien ses hanches graciles.

« Je joue, mais avec toi. »

Susurra-t-il d’un timbre bas et mielleux comme un bon hydromel. Jetant un regard vers la salle occupée, il se plia en deux, tenant le genou plié entre ses doigts tendrement lascifs à flatter la chair fine de leur pulpe. Son nez effleura l’épiderme juvénile, constatant avec plaisir sa douceur, s’imprégnant du halo picotant de sa chaleur diffuse. Pour ne pas disperser la poudre étendue, il s’était arrêté de respirer. Sa bouche aux fines lèvres s’ouvrit, goulue et rouge, laissant à peine entrevoir derrière sa lippe tendue les perles qu’étaient ses dents. Sa langue cruelle pointa, déjà avide, venant recueillir l’Alice aigre sur une Louise sucrée. Il remonta avec une lenteur exagérée, étudiée, le long de la cuisse de craie, polissant sa peau d’un sillon humide, long et chaud. Lorsqu’il atteignit le bout de son chemin blanchâtre, Jalender rabattit sa langue et avala la drogue sans se relever, caressant de son nez encore une fois la vallée enneigée, sentant déjà du bout de ses lèvres le goût de la mer au loin, amené par vagues d’air chaud depuis les coins sombres du manteau féminin. Finalement, il se redressa lentement, vrillant Louise de ses yeux de jade avant de s’éloigner, venant complètement s’adosser contre le dossier de sa chaise et, les épaules basses, s’humecta voluptueusement les lèvres, ramenant les dernières bribes des diverses saveurs à sa bouche. Les sensations allaient venir bien plus tard, il le savait, sentant déjà ses gencives s’anesthésier sensiblement, comme les réminiscences d’une narcose. Il ne fallait juste pas rater l’instant du décollage. Jalender reprit une gorgée de whisky, faisant cette fois longuement voyager l’alcool dans sa bouche, diluant le goût amer de la poudre par un goût plus amer encore, mais déjà plus fruité. Le sachet fut rangé dans la poche de son caban. Le genou féminin, nu, demeurait entre les siens, à se frotter contre son pantalon de toile. A chaque contact, il frémissait doucement d’anticipation, sans jamais toutefois entrer dans les sphères de la surexcitation. Sa fougue était contrôlée, suave, ne brillant que d’une nuée de paillettes dorées, nageant dans le rayon coloré de ses yeux verts.

« Alors, quand est-ce que j’agonise ? Frappe, et frappe-moi fort, que je ne puisse plus me relever. Parce que sinon, je prendrai le dessus et ce sera définitif. Tes mains seront liées de ma cravate et je me pencherai encore, cette fois pour remonter bien plus haut. C'est tremblotante que tu traverseras Montmartre, demandant de retirer tes chaines et ton manteau avant même que la butte n'ait disparu de l'horizon d'immeubles. Il n'y a qu'une chose qui te sauvera, que tu me fasses m'oublier. »

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MANGEMORT
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire. as always.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 6 mars 1971, en Scandinavie.
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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Mar 27 Juin 2017 - 13:30

Le café était animé d’un courant chaud, presque estival, qui faisait vivre les conversations avec un naturel déconcertant. Les dizaines de ravissantes petites tables en fer forgé semblaient dotées de leur propre voix et chantaient la douceur du soir. Qui aurait pu se douter, dans une atmosphère si romantique, du scénario de luxure qui se tramait à quelques pas ? Les lanternes ténues et orangées n’éclairaient pas que le charme, mais aussi le désir. L’indispensable petit fond d’accordéon/piano baignait les sens de la quiétude mais surtout de la fébrilité. Tous les attributs du calme petit coin de douceur se muaient pour Louise en autant d’incitations à la débauche. Comment aurait-il pu en être autrement, alors qu’elle se laissait couvrir du regard fiévreux de son partenaire, acceptant la nudité privative, jouant même de celle-ci ? Elle offrait au regard ses jambes blanches, comme une Lotophage proposerait au voyageur la fleur interdite. Elle s’était jetée dans les filets dorés de Jalender, mais devait garder un plein contrôle de ses actions et de ses choix. C’était primordial.

Et ce fut pourtant le parfait inverse qu’elle ressentit en tendant à l’homme le petit sachet d’Alice. Le regard qui lui jeta était indéchiffrable, bien que définitivement peu surpris. Un habitué des planants ? Il acceptait le sachet sans qu’elle ait dit de quoi il s’agissait. Elle en concluait qu’il s’y connaissait. Louise avait l’impression qu’elle aurait dû lui donner d’autorité celui qu’elle voulait qu’il prenne. Du moins c’est ce que lui aurait cru, parce qu’au final elle-même n’avait pas de préférence, mais son état d’esprit aurait été très différent : elle aurait eu l’impression de mener la danse. Ne pas lui laisser le choix, être incisive. C’était comme ça qu’elle fonctionnait d’habitude. Que Doraleen fonctionnait. Enfin pour ce soir, nul besoin de se faire un dessin, elle ne regretterait pas le coup du « je-mélange-et-tu-choisis ». Sans compter que cela rajoutait une couche de crédibilité au véritable but de la manœuvre.

Jalender s’empara donc de l’Alice, et Louise garda le Chandoo. Elle n’eut pas le temps de commenter ce choix, qu’une main large et impérieuse se manifesta brusquement contre ses genoux croisés. Elle mit un peu de temps à réaliser que c’était bien sa main à lui, et qu’il exigeait d’elle qu’elle sépare ses jambes l’une de l’autre. Sans opposer de résistance, elle obtempéra, curieuse de voir ce qu’il avait prévu de faire. La créativité de Jalender semblait sans limites en matière de jeu salace. Devait-elle prendre cela comme une marque de son intérêt ? Elle ne doutait pas qu’il fut capable de charmer toutes ses cibles par le jeu de la malice et de l’audace, bien qu’elle l’imaginait plus en éternel protéiforme, changeant de méthode en fonction de celle qui lui faisait face, n’étant pas exactement lui-même mais celui qu’il fallait qu’il soit pour atteindre ses fins. La jeune femme semblait se souvenir d’une histoire dans laquelle une créature, née pour se battre, avait une sorte de sortilège dans l’esprit qui changeait le mode de combat en fonction de l’adversaire et enregistrait les données des précédents affrontements, afin de s’enrichir toujours plus et d’augmenter le taux de réussite. Une créature en constante mutation, en constante progression.

C’est donc avec d’infinies précautions que le consultant palpa la neige de sa cuisse, appréciant sa régularité et son galbe, distribuant en même temps de gentils frissons à la jeune femme immobile. Il se pencha, raffermit sa prise, et entreprit de déposer la drogue en une fine ligne poudreuse, le long de la ligne de peau jusqu’aux limites du manteau. Louise comprenait ses intentions en même temps qu’elle sentait la substance légère couvrir sa cuisse, coincée entre ses puissants homologues masculins. « Fieffé gredin … » s’entendit-elle murmurer, étonnée elle-même des relents bourgeois de son expression. Les yeux rivés sur la porte d’où allait et venait le jeune serveur, Louise se laissa voguer au rythme des pulsions qui s’emparaient de son ventre alors qu’il n’était plus question de mains baladeuses, mais de lèvres avides.

Et de fait, la sensation de la langue sur sa peau était assez ambivalente. D’un côté, l’indéniable érotisme de l’acte qui semblait promettre une continuité frémissante, l’humidité du muscle rose étant objectivement très agréable. De l’autre, entre toutes ces autres caresses – le vent, le manteau, ses cheveux – celle de la langue tranchait véritablement et lui semblait étrangère, comme venant d’une autre dimension. La jeune femme ne put s’empêcher d’imaginer quelque insecte, quelque animal marin glissant le long de sa peau lisse. Sentant la chaleur l’envahir mais refusant de se déchirer la lèvre, elle saisit son verre et goûta le breuvage ambré, plus pour s’occuper la bouche que par véritable envie. Surprise de la qualité du whiskey, elle se força alors à le déguster lentement et dans les règles, savourant le mélange unique de sensation qui lui était offert par sa langue et celle de Jalender. Un pur délice.

Quand le consultant se redressa, tout émotif de son exploration, Louise fit glisser sa main le long de la traînée humide qu’il venait de laisser, effleurant la zone honorée, alors qu’à son tour il profitait de son nectar. Ses doigts fins survolèrent son genou pour rencontrer un de ses prisonniers et lui adresser de petits cercles de tendresse, très délicats, comme sur le sommet du crâne fragile d’un chat.

« Alors, quand est-ce que j’agonise ? Frappe, et frappe-moi fort, que je ne puisse plus me relever. »

Quelle fougue ! Ce n’était pas en la menaçant qu’il obtiendrait d’elle le moindre sursaut. Mieux encore, il ne lui donnait qu’une envie, celle de rester douce et caressante. Alors qu’il achevait sa tirade, comme un prince de tragédie, Louise ouvrait son propre sachet en souriant.

« N’en dis pas plus, damné consultant. La nuit est sombre et emplie de terreurs. »

De sa main droite, elle saisit la patte libre – comprenez : celle qui ne tenait pas de verre – de son partenaire et la retourna face contre ciel. Déposant avec légèreté une des petites pilules de Chandoo sur l’extrémité de l’index, elle le contempla un instant, puis porta le doigt jusqu’à sa bouche entrouverte, et planta délicatement ses dents jusqu’à la deuxième phalange avant de remonter lentement vers l’ongle. Sa langue piqua la petite boule verte, elle l’avala, et joua un instant le long de l’ongle parfaitement coupé et propre. Ses dents tantôt effleuraient, tantôt s’enfonçaient dans la peau fine du doigt, en privilégiant la pulpe de l’extrémité qui était plus sensible et définitivement plus agréable à cajoler. Par courts instants seulement, elle se permettait d’accueillir tout l’index entre ses dents, contre la muqueuse de ses joues. Le jeu ne dura pas plus d’une minute, et quand Louise se redressa à son tour, une lueur de malice brillait au fond de ses yeux gelés. Une saveur dansait sur son palais, l’amer du Chandoo et le sucre des doigts de Jalender, se mariant en un goût sans nom, étrange, ténu.

« On aurait le temps de faire tout Paris, du sommet de la butte de Montmartre jusqu’au plus profond des catacombes avant que j’aie froid.
- Jusqu’à ce que tu aies trop chaud alors. »


Sans qu’elle ait véritablement pu se l’expliquer, Louise avait été persuadée qu’il allait répondre cela. Et de la même manière, une idée avait lentement commencé à germer dans son esprit, dessinant d’habiles contours le long de son imagination. La pilule commençant très lentement à faire effet, un seul regard vers le sourire arrogant de Jalender finit de la convaincre. Le coup des sachets, le café, le whiskey, tout cela n’était qu’un leurre. Un ensemble de minuscules ébauches de vengeance, de fausses tentatives d’affaiblissement destinées à faire croire au consultant que c’était comme cela qu’elle lui rendrait le coup du manteau. Mais elle avait de plus grands et plus nobles projets pour lui.

Alors qu’elle avalait le Chandoo, la main qui jouait sur le genou masculin s’était arrêtée, et s’était laissée pendre mollement le long du dossier de la chaise. Sa baguette était tombée entre ses doigts, et alors qu’elle cajolait les phalanges de son partenaire, elle lança avec application un sortilège informulé. La blonde régula le charme pour qu’il s’enclenche dès qu’elle eut reposé sa main sur la table. Cette précédente remarque sur sa résistance au froid lui avait inspiré en représailles un banal Calorem Circumsisto (sans les étincelles), qui ferait progressivement augmenter la température de l’air autour de Jalender. Ce qui lui semblera être d’abord de simples bouffées de chaleurs se révélera rapidement être beaucoup plus magique, et beaucoup moins accommodant. Il l’avait dévêtue brusquement, sans la prévenir ? Elle voulait l’observer enlever une à une les nombreuses couches de vêtements qui lui donnaient l’air si noble, si intègre et si robuste. Jusqu’à enfin déboutonner cette satanée chemise et lui offrir l’objet de son appétit.

Feignant d’abord de ne pas remarquer la petite goutte de transpiration qui apparaissait sur la tempe de Jalender, Louise ne put retenir un petit soupir de contentement en voyant que le café entier s’agitait lentement. Du côté des hommes uniquement, un mouvement de fébrilité semblait naître. Beaucoup d’entre eux desserraient leur cravate, ouvraient leur manteau, l’enlevaient même. Ce n’était pas assez chaotique et surnaturel pour que quiconque s’inquiète, mais la température montait chez la gente masculine, et les vestes tombaient. Louise lança un long regard à l’homme en face d’elle, fraîche comme une pivoine, et sourit aimablement.

« Quelle chaleur soudaine ! Les soirs de janvier sont surprenants à Paris. » La jeune femme posa négligemment sa baguette sur la table, comme s’il s’agissait d’une babiole sans importance. Elle jeta un petit regard à l’entrée des serveurs, mais le dos de son compagnon masquait en grande partie ce qu’elle faisait au reste du café. Rassurée, elle leva son instrument, et le pointa vers la gorge de Jalender. « Tu es en nage … ne te gêne pas pour moi. » Un petit mouvement de poignet, et la cravate si savamment desserrée à leur arrivée se resserra brusquement, pendant quelques demi-secondes, avant de se relâcher totalement jusqu’à se dénouer. Du bout de la baguette, Louise joua un instant avec le tissu qui dansait au bout de sa magie, toujours posé sur la nuque de son propriétaire, puis le fit s’enrouler langoureusement, irrésistiblement autour de l’avant-bras du consultant.

« Be careful with the threats, or you’ll end up being the one with the wrists attached. »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Jeu 6 Juil 2017 - 1:29

La croqueuse de mort silencieuse le gratifiait d’un souffle imperceptiblement saccadé, le noyant dans un regard baigné d’un halo humide et suintant, prisme qui la rendait fauve, doucement indisciplinée, débraillée comme un croquis fait d’une main rapide. Il lui avait, semblait-il à s’y tromper, fait une faveur. De son désir polarisé et goulu, il avait tracé le chaud chemin voluptueux, fente moite et suintante qui faisait autant de promesses qu’elle le pouvait, flattant la chair duveteuse jusqu’à l’iriser de ce toucher avant de l’abandonner au froid de l’absence. Elle avait eu l’intimité de sa bouche, alors que lui n’avait fait que presser le dard de son ardente ventouse sur l’épiderme de sa cuisse rosée. Mais l’œillade dont elle l’avait couvert lorsqu’il s’était redressé lui avait donné le sentiment qu’il était celui qui avait au mieux satisfait sa concupiscence, frustrant celles de la chair à peine frôlée. Il se demanda si ce n’était pas la frustration languide d’être celle qui se faisait enlacer, et non celle qui imposait sa volonté, qui grisait ainsi son œil d’une brume aussi désireuse qu’insatisfaite. Orgueil orphelin qui brassait une peau tendre, vibrante d’un émoi imposé par la nature plutôt que par l’esprit. Oui, il s’était peut-être penché pour goûter le nectar sur la courbe de sa racine plutôt que d’aller le cueillir directement sur la cime de ses lèvres, mais par une caresse aussi vulgaire, Jalender était parvenu à lui provoquer bien plus de soupirs surpris et de frissons qu’elle ne lui en avait imposé jusqu’à maintenant. Comme tout à l’heure, lorsqu’il l’avait aidée à mettre ses chaussures, genou à terre et tête basse, il lui avait à nouveau offert la lisière de sa nuque hâlée, s’inclinant symboliquement devant elle pour venir flatter l’extrémité la plus éloignée de son intimité rougeoyante, fervent esclave du lacté de sa chair. Elle l’avait surplombé, mais en tremblant de son attention. Le sillon humide avait tant possédé ses moyens qu’un flot bouillonnant avait franchi ses lèvres pleines, le décrivant plus qu’elle ne le traitait, puisqu’il s’était effectivement fait mendiant, happant de sa bouche le pied que Jalender semblait supplier d’être généreux. Peut-être que si on le jugeait convenable, ou que son désir finissait par faire pitié, l’on lui laisserait baiser la main ? Mais bien sûr, ce n’était qu’une soumission d’apparat, ce qui devait encore plus exaspérer la belle et suave croqueuse. Croqueuse de quoi déjà ?

« N’en dis pas plus, damné consultant. La nuit est sombre et emplie de terreurs. »


Fallait-il seulement mentionner que c’était ce qu’il désirait ? Une nuit, pleine et emplie, sombre et terrible. Le damné consultant se contenta de lui offrir un visage égal, aussi peu impressionné que tendrement velouté. Louise pouvait lui dire tout ce que son cœur chantait, tant que ce n’était pas un non enragé et catégorique qui sortait de sa bouche, il ne ferait rien de ses suppliques ou de ses menaces, se comportant joyeusement tel qu’il le souhaitait. La sucrée fougueuse s’empara de sa main, qu’il lui offrit sans résister alors qu’elle la retournait paume vers le haut. Sur l’un de ses doigts naturellement courbés, elle déposa la pilule de son propre plaisir, la laissant tenir en équilibre sur la pulpe de sa phalange. De ses yeux azurés, Louise le darda pour lui laisser le temps de respirer et de contempler sa déliquescence furieusement contenue. La gourgandine goba son doigt comme si ce fut une sucrerie, coinçant sa basse phalange entre une rangée de dents cruelles, menaçantes, comme si elle pensait à le lui arracher. Jalender sentait la moiteur de sa bouche, l’os concave du palais qu’il touchait de son doigt prisonnier. Le milieu de sa main avait disparu dans une caverne mystérieuse et il regardait cette absence d’un air hébété, contemplatif, comme si ce membre n’était plus le sien à présent, mais appartenait entièrement au fauve qui essayait de se l’approprier. Les lèvres pleines et roses remontèrent, découvrant ses basses phalanges qui brillaient maintenant d’une surface mouillée. La dentition perlée se planta dans son ongle, lui arrachant le frisson d’une faible mais exquise douleur. Du dos de ses autres doigts, Jalender touchait la joue chaude de la jeune femme. Cette caresse lui donna envie d’empoigner la délicate mâchoire pour encore une fois lui imposer son rythme, quitte à ce qu’elle lui morde le doigt jusqu’au sang.

Jalender fut si happé par l’observation de ce phénomène étrange, qu’il négligea son propre corps, ses yeux curieux et ténébreusement avides enveloppant le spectacle qui s’offrait à lui. Il s’était penché pour mieux voir, s’oubliant un peu pour mieux sentir les tressaillements de la bouche féminine sur sa chair, la chaleur aqueuse et agile de sa langue, les sursauts vivaces de ses joues qui restaient actives. Un long souffle franchit les lèvres du consultant, qui s’était retenu de respirer. Sa bouche s’entrouvrit légèrement, faisant un timide écho à sa jumelle gourmande.

La performance, finalement plutôt succincte, prit fin et Louise se redressa, abandonnant la palme masculine sur leurs genoux tout en le défiant du regard. Chacun avait donc pu goûter à l’autre, ce qui les mettait égalité ? Jalender sentait que cet acte coquet et surtout lubrique avait satisfait l’appétit orgueilleux de la jeune femme. Alors quoi maintenant, ils allaient attendre que le poison fasse sont effet ? Le consultant se laissa aller contre le dossier de sa chaise, secouant avec une lenteur exagérée sa tête dans une mouvement si étrange, qu’on aurait dit qu’il suivait le rythme lancinant d’un quelconque requiem de son menton. Plus par principe que par envie, il porta le verre à ses lèvres pour en boire une longue gorgée. L’alcool brûla sa bouche, provoquant un tout autre frisson, mais qui rejoignait le reflux de concupiscence dont il était le sujet. Un sentiment d’impatience nouée déferla au-dedans de lui telle une pluie de cendres et gronda sourdement derrière ses temps. Il pinça ses lèvres en une fine ligne rouge, toisa Louise de travers, sans détermination, mais avec une curieuse suspicion. Quelque chose montait et il ne savait plus si c’était déjà les bouffées de la drogue, de l’alcool, de son envie lascive ou les provocations humides de Louise qui le mettaient dans cet état. Le regard extasié de la jeune femme ne le laissait pas tranquille non plus, tant il ne savait à quoi s’attendre la part de cette créature aussi paresseuse qu’ingénieuse dans ses frivolités.

« On va donc mutuellement se dévorer, membre par membre, tels d’excentriques cannibales ? »

Les frissons, qui lui procuraient des vagues de diffuse et vive chaleur, se transformèrent en ardeur concrète. Même ses doigts, habituellement froids, s’étaient réchauffés dans l’air ambiant. Comme c’était l’hiver, Jalender avait eu d’abord la sensation que les ondes provenaient de ses muscles excités, brûlant sa peau de l’intérieur par l’irradiation enthousiaste d’un corps fébrile. Mais il fallut se rendre bien vite à l’évidence que la chaleur ne pouvait provenir de son organisme à la seule condition qu’il ait la fièvre. Ses épaules se soulevèrent longuement alors qu’il aspirait une grosse bouffée d’air… un air chaud. Jalender jeta un regard à travers la salle et compris que d’autres personnes avaient ressentis ses élans tropicaux eux aussi. A moins que l’endroit n’eut été imprégné par un dense nuage d’hormones, plongeant la gente masculine dans une quelconque excitation aussi soudain qu’effrénée, l’autre explication à cette ménopause générale ne pouvait être que… Tandis que la moiteur résiduelle de son doigt semblait se répandre sur l’entièreté de son épiderme, Jalender tourna la tête pour constater le regard un peu trop satisfait de la jeune femme. Après avoir écarté les pans de son manteau, sa main se dirigea vers sa chemise pour en déboutonner le col, mais se ravisa. Nu éventuellement, mais pas débraillé.  

« Quelle chaleur soudaine ! Les soirs de janvier sont surprenants à Paris.

- Fieffé gredin… C’était vite dit, car la parfaite friponnerie n’était pas encore arrivée, car la parfaite friponnerie tranquillement se paraît, car la friponnerie, la voici. »

Gazouilla-t-il en pointant son regard vers la baguette furtivement posée à table. Louise toisait déjà ce qui se passait dans le dos du consultant, préparant sa suivante fantaisie, que Jalender supposait être bien plus frivole que la précédente, et surtout plus dangereuse pour son orgueil. La chaleur était indéniable là pour le gêner, l’obliger à se dépoitrailler tel un modiste s’étant habillé avec goût, mais beaucoup trop chaudement pour l’été, préférant le style à l’approprié. Son éternel esprit de contradiction lui dictait de s’emmitoufler dans son manteau jusqu’à la racine des cheveux au risque de crever. Mais honnêtement, il n’allait certainement pas se déshabiller ici, même s’il devait faire encore dix degrés en plus. Enfin, à une exception près. Se redressant un peu, il retira son manteau d’un mouvement souple des épaules, se retrouvant simplement en cravate et chemise. Eventuellement, il pouvait retrousser ses manches, mais préférait laisser encore de la marge aux limites de son effeuillage.

« Tu es en nage … ne te gêne pas pour moi.

- Il n’y a pas que toi ici. »

Commenta-t-il avec le ton de l’évidence. La drogue avait dû atteindre les sphères hautes de son cerveau parce que Jalender sentit très clairement son cœur ralentir. Tandis qu’il était occupé à défaire quelques plis sur son haut, quelque chose d’autre décida de faire la manœuvre inverse. Sa propre cravate, traitresse noueuse, se resserra sur son cou au point de lui faire redresser la tête. Le bourdonnement caractéristiquement d’un manquement d’oxygène se fit entendre à ses oreilles l’espace d’un instant. Les bouffées de chaleur et maintenant ça ? Allons, Jalender ne pouvait décemment pas se laisser avoir comme ça, vous ne croyez pas ? Pourtant ce simple geste lui rappela au contraire quelques souvenirs, les uns plus agréables que les autres. A l’époque où il n’avait cure de rien, et plus tard encore, l’une ou l’autre dame lui passait la corde au cou, pressant dessus de son frêle poids jusqu’à l’asphyxie onirique. Fragile, haletant, Jalender était prêt à tout moment à être dévoré, à se laisser aller à ses instincts naturels. C’était dans ces moments qu’il commençait à supplier… L’espace d’un instant, il faillit perdre le contrôle, et laisser échapper de ses lèvres son désir le plus spontané. B*ise-moi… ces deux mots faillirent glisser de sa bouche, sans qu’il ne pût les arrêter. Heureusement pour lui et pour sa vie vécue et différée, seul un soupir s’échappa en même temps que, Merlin soit loué, la cravate se défit. Clignant des yeux pour se remettre de son trouble, Jalender esquissa un sourire -sa bouée de sauvetage. L’un des pans du ruban de soie continua à se mouvoir sous les ordres muets de la sorcière, s’enroulant à présent sur l’un de ses avant-bras.  

« Be careful with the threats, or you’ll end up being the one with the wrists attached. »


Jalender dévia son regard vers la salle. Ils étaient tous trop occupés à s’étonner de la nouvelle chaleur ambiante et à commander de nouveau verres plutôt que par la sorcellerie qui se produisait dans un coin sombre de la salle. Son visage revint alors vers Louise, toujours les mêmes mots sur le bout de la langue. Il toisa ensuite sa cravate qui enlaçait son bras tel un serpent. Ses mains s’avancèrent soudain, se posant sur les cuisses de la jeune femme, qu’il écarta sensiblement tout en se laissant glisser vers l’avant. Bientôt, il se retrouva à genoux entre deux rivières laiteuses et pour le plaisir de la mise en scène, son visage se retrouva légèrement inférieur à celui de Louise. Il la regarda donc d’en bas, joignant ses deux poignets parallèlement entre leurs deux corps. Une invitation. Jetant un dernier regard vers la salle pour être certain qu’ils n’allaient pas être interrompus par un serveur outré, Jalender plongea son regard de jade dans le bleuté de celui de la jeune fille avant de gémir dans un souffle :

« Je ne crains pas de donner la menace pas plus que ne le crains de la recevoir. Vas-y. Fais. Je suis maître constant autant que je suis esclave dévoué. Attache-moi. A condition de savoir ce que tu vas faire de moi lorsque je serai sage et soumis. »

Jalender tendit son cou, offrant son visage aux yeux mi-clos et aux cils entremêlés à celle qu’il voulait bien pour maîtresse. Ne s’étant jamais retrouvé aussi proche, il détailla le visage féminin, courbant le saillant de ses pommettes autant que l’arc impétueux de sa bouche pleine. A l’idée que son doigt y avait voyagé, il sourit légèrement, coinçant le tendre de sa lèvres supérieure sous une rangée de dents timidement dénudées. Son regard descendit plus bas avant de remonter vers les grands yeux de Louise.

« Dans le cas contraire… Ma Vénus, tu vas devoir t’attendre à craindre les foudres de Zeus. S’il s’échappe, il te transformera en roseau. Encore que… Zeus n’est qu’un libertin frivole, et tout comme moi, il n’y a qu’au lit qu’il aime être attaché, as you know it so well. »

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Mer 9 Aoû 2017 - 0:50

« On va donc mutuellement se dévorer, membre par membre, tels d’excentriques cannibales ? »

Fallait-il seulement mentionner que c’était ce qu’elle désirait ? La chaleur qu’il devait ressentir à cet instant, Louise l’imaginait insupportable. C’est sans surprise qu’elle l’observa retirer manteau et retrousser chemise pour limiter l’inconfort mais toujours, prit-elle note, en gardant une certaine tenue et, si l’on pouvait appeler ça comme ça, une indéniable classe. Il était évident que l’homme était trop fier, trop bien sur lui pour accepter ce qu’elle lui proposait avec ce malicieux tour de baguette. Toujours était-il que l’avantage tournait doucement en sa faveur ; le rapport de force flanchait. L’accepter reviendrait pour l’homme à céder du terrain sur la sympathique mais fragile tradition du « man first », et bien qu’elle doutât que ceci lui déplaise, il n’était pas exclu qu’il soit de ceux qui en gardent amertume jusqu’au moment où, dans l’intimité, ils puissent violemment venger leur virilité.

Une réflexion se fraya un chemin jusqu’à la conscience de Louise. Il n’était plus temps pour elle de changer de trajectoire. Quelques minutes plus tôt, elle aurait pu encore reprendre le contrôle, même partiel, de cette hallucinante soirée, en saisissant cet homme indécent par le menton pour lui faire plier l’échine, le vriller du regard et finalement le repousser. Corps et âme. Mais il était clair que rien de tout ceci ne pouvait arriver désormais, et que tous deux n’en avaient par ailleurs pas la moindre envie. Les corps finiraient trempés de sueur et de larmes, les âmes brûleraient le temps d’une étreinte, puis tout ceci prendrait fin, proprement. Ce constat la saisit brutalement, alors qu’elle se surprenait à prendre un véritable plaisir face au spectacle d’un Jalender étouffant, trahi par ses propres apparats. C’est ce constat même qui lui fit ensuite relâcher l’étreinte mortelle, plus que son caractère potentiellement dangereux. Doraleen s’oubliait-elle, ou était-ce Louise qui se découvrait ? Alors que le consultant reprenait contenance et sourire de rigueur, la jeune femme à l’expression délectée luttait contre la tempête faisant rage derrière son front.

Parce que c’était une chose de jouer la séductrice effarouchée, d’effeuiller doucement son indifférence, mais c’en était une autre de se retrouver finalement nue et sans écailles face à l’objet simultané de son désir et de sa perte. Louise se délectait de la situation, c’était une certitude, mais Doraleen se sentait réellement vulnérable, presque en danger. Pas de délire paranoïde, pas l’ombre d’un penchant schizophrène, car ces deux entités n’étaient que des parts distinctes d’une seule et même personne, et seul leur nom – intangible – différait réellement. Pour autant la situation les avait éloignées l’une de l’autre jusqu’à les distinguer suffisamment : Doraleen, puisque c’était ainsi qu’on l’avait nommée à la naissance, était saine d’esprit. La Louise qu’elle était quelque part était seulement plus sauvage, plus gourmande, plus audacieuse, et face à Jalender cette éclatante personnalité avait abattu la froide raison de sa maîtresse pour jaillir à l’air libre, Lumière polaire rejoignant ses sœurs dans leur Ville. La jeune femme, yeux voilés, prit appui sur cette conviction pour soutenir le regard du consultant avec la malice et la douceur qu’elle s’imposait. Elle ne savait pas s’il s’y prendrait, ayant été confronté à sa froide efficacité professionnelle, mais transpirant de luxure comme il l’était, elle le croyait … disposé à l’indulgence.

Toisant son partenaire échaudé, Louise rappela à son esprit le souvenir des sensations ambivalentes qu’il lui avait imposées au cours des dernières heures. Le champagne d’abord, légère mise en bouche introductive. Puis cette frustration qui avait blessé son ego en découvrant son étendue intellectuelle, la profondeur de son savoir … et son goût pour la démonstration. Venu le temps du contact physique, le bras, la main, les frissons des doigts impatients, les cajoles chastes et les promesses. Face à Notre-Dame, un assaut de sensations en tous genres relevé par une exploration plus poussée, une véritable franchise du toucher …  puis la rupture provoquée par l’interruption magique et la violence de l’initiative masculine. Louise s’était retrouvée nue : les hostilités étaient lancées. Jusqu’à cette langue avide contre sa cuisse blanche, l’absorption des aphrodisiaques, et l’accalmie joueuse avant une tempête qui s’annonçait dévastatrice.

La jeune femme suivit du regard le consultant à l’expression ambivalente, délecté et torturé ; toujours souriant mais indéniablement crispé par quelque refoulement ou quelque remembrance. Il caressa des yeux sa traitresse de cravate avant de s’agenouiller entre ses jambes. Toujours attentif à la qualité de la mise en scène, son visage fut bientôt légèrement en contrebas de celui de la nordique, une expression délicieusement provocatrice sublimant ses traits. Si proches l’un de l’autre, Louise fut saisie d’une véritable vague d’émotion. Emotion étrange s’il en était, inhabituelle, un mélange improbable de désir, d’excitation, de tristesse et de peur. Elle voyait en Jalender la concrétisation d’un millier d’attentes qui résonnaient avec ses faiblesses les plus pernicieuses, les plus enfouies. Inutile de préciser que la position du consultant n’arrangeait en rien ce trouble d’une rare intensité. Elle se retrouvait comme une toute jeune fille, en plus fougueuse mais aussi en plus intimidée. Cette impression, futile et fugace, mit peu de temps à se dissiper. Elle céda la place à une pulsion plus animale, incisive, évidente. L’appel de la chair.

« Je ne crains pas de donner la menace pas plus que ne le crains de la recevoir. Attache-moi. A condition de savoir ce que tu vas faire de moi lorsque je serai sage et soumis. »

Le sourire carnassier de Louise s’élargit alors que sa main blanche, prolongée par sa baguette, reprenait le contrôle du tissu. Elle laissa voguer la magie au gré de sa fantaisie, dévorant des yeux ce visage si charmant, offert, presque suppliant. La cravate quitta le bras pour onduler contre l’épaule, le buste, remonter et finalement changer de branche. Elle s’enroula paresseusement contre Louise, passa sous sa manche et remonta gentiment jusqu’à son propre cou de cygne. Elle s’y noua à la Christensen, efficacement, sa pointe retombant tout contre la ligne thoracique séparant les doux galbes de sa poitrine. Durant ce ballet hypnotique et délicieusement lent, son autre main dessina avec douceur le contour du visage de Jalender, se promenant nonchalamment le long des pis et des saillies du fascinant faciès.

« Craindre … obéir … » Elle eut une moue ennuyée. « C’est si primitif. »

Puis Jalender eut ce petit pincement de lèvre qui la secoua, et qu’elle aurait dévoré comme une bête si l’homme n’avait pas immédiatement enchaîné avec ses murmures infernaux. Zeus, rien que cela … Elle pensait n’avoir aucun mal à être la nymphe qu’il souhaitait voir en elle, de Métis à Callisto. Quoi que pour cette dernière, s’il savait s’y prendre, elle irait peut-être rejoindre les constellations dont la pauvre fille était maintenant une des principales attractions. Dora comme Louise devraient pouvoir s’accorder au moins là-dessus. Sa main continuant à parcourir délicatement la nuque offerte, elle sortit de son sac quelques billets qui règleraient leur addition. Du bout de sa baguette, elle ordonna la fin progressive du maléfice frappant les moldus, le maintenant par malice sur le consultant – quoi que d’une ampleur bien réduite. La drogue commençait à assaillir ses connexions nerveuses, et de jolies couleurs commençaient à fleurir autour d’elle. Le visage de Jalender lui parut soudainement très, très proche.

« Zeus est une crapule de la pire espèce – celle des dieux – mais je dois lui reconnaître un certain goût en matière de femmes. » Venait-elle de s’encenser copieusement ? Tout à fait. Mais lui avait bien mélangé noms grecs et noms romains, elle ne lui avait rien dit. Son visage s’approcha encore jusqu’à ce que cheveux platines chatouillent joues négligées. « Quant à ses pratiques vénériennes, peu s’en sont plaintes. Les autres sûrement ont menti pour préserver leur vertu, parce qu’enfin, b*iser un dieu, ça ne doit pas être si terrible. »

Spoiler:
 

Vulgaire, elle l’était. Que Merlin la pardonne et ferme les yeux. Louise enfin n’en pouvait plus. Sans un regard pour le reste du café, elle brisa les entraves de son stoïcisme et dépassa le visage masculin pour se plonger au creux de son cou palpitant. Sa bouche vermeille s’y complut avec délice, embrassant la chair, épousant ses contours de peau frémissante, administrant un traitement divin au fruit de sa convoitise. Ses doigts, libérés de la baguette qui reposait au creux de sa poche, s’enfonçaient dans les cheveux épais avec la même délectation que ceux d’Amélie dans les paniers de graines. Bien vite, ils ne furent plus guidés par la moindre raison, que les pulsions de son désir, pénétrant la chemise, griffant précieusement dos et épaules, cherchant un contact puissant et prolongé. Sa bouche, elle … quittant le cou à regret, elle chercha l’oreille, et ce fut un gala. Elle reproduisait sur lobe et cartilage les mêmes traitements qu’elle mourrait de recevoir, se basant sur son propre désir pour satisfaire au mieux celui de son supplicié. Lèvres, dents, langue, elle usait de son savoir-faire pour titiller la zone érogène, soumettre son propriétaire, sans toutefois abuser de l’instrument et en ménageant la chair pour d’autres aventures.

Quittant l’excroissance, elle remarqua quelques regards moldus teintés d’amusement ou de scandale, et empoigna le bras de Jalender pour le lever doucement puis le tirer hors de cette terrasse indiscrète. Elle n’avait pas fait dix pas que les quais se présentèrent à eux, déserts et engageants. Elle se retourna vers lui, l’œil fol, et après une seconde de contemplation, alla chercher enfin ces lèvres éloquentes pour leur soutirer maintes liaisons dangereuses. Main droite enserrant le dos dans la transversale, main gauche pressant la nuque vers elle, Louise adoptait le comportement d’une affamée mais ses gestes restaient délicats et gracieux, comme si elle rechignait encore à se salir. Un regard fugitif lui confirma que cela n’était pas fait pour durer. La nymphe allait y perdre des feuilles, et étrangement, brûlait d’expectative à l’idée de se faire déraciner. Le Chandoo hachant ses idées, le whiskey en lissant les bords, sa langue eut bien du mal à tracer une formule intelligible.

« Ce manteau est … terriblement gênant. » furent les seuls mots simples qui exprimaient correctement son état d’esprit. D’une main, elle fit mine de défaire les boutons du haut, de l’autre elle tira sa baguette. Quand les doigts furent sur le point d’achever leur travail, une seule attache conservant encore le soupçon principal de son intimité, elle s’arrêta et saisit la main fiévreuse du consultant. Avec un dernier regard de geyser islandais, ils transplanèrent ensemble loin du quai parisien.

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MessageSujet: Re: [Hiver 95] Sinking in sin. Dim 20 Aoû 2017 - 22:07

Ce texte n'est PAS pour tout le monde. Il n'a pas été mis en noir pour RIEN. Ceux qui ne sont pas interessés, faites demi-tour !



A peine la cravate avait-elle coulé comme une rivière de la montagne de ses bras, que Jalender comprit la fin imminente de cette incartade. Il l’avait en fait déjà sentie un peu plus tôt, lorsqu’un sourire un peu trop sauvage et pas assez joueur avait fendu le visage de la jeune femme. Elle reculait finalement un peu, et ce rictus presque triomphant de sa soumission volontaire était beaucoup trop large pour concrétiser un quelconque sentiment de domination, se faisant plutôt pour mieux cacher une fuite discrète. Car la cravate libéra ses poignets, alors qu’il avait supplié à ce qu’on les garde prisonniers, et vint s’enrouler sur la poitrine féminine, tel un serpent endormi. Malgré sa légère déception, il fut tendrement consolé par des doigts volages, qui virevoltèrent le long de son visage. Il fallait avouer qu’il ne s’était pas véritablement attendu à ce qu’elle accepte ce genre d’effort engoncé. Elle était une belle fillette qui aimait à avoir le sentiment de dominer plus qu’elle n’aimait à dominer concrètement. Parce que dominer impliquait des responsabilités un peu trop contraignantes par moment, et c’était tellement mieux de se laisser faire en définitive ! Surtout quand on savait que ce qui se tramait promettait d’être contentant -fut-ce un doux euphémisme. Louise fit même la moue et joua celle qui était blasée de tout, pour ne surtout pas montrer qu’éventuellement, elle n’était habituée à rien. Heureusement pour elle, il connaissait cette attitude et n’avait pas l’intention de lui prouver le contraire, en faisant encore pire pour l’amuser un peu. Elle était encore là après tout ; c’est qu’elle ne s’ennuyait pas.

« Zeus est une crapule de la pire espèce – celle des dieux – mais je dois lui reconnaître un certain goût en matière de femmes. Quant à ses pratiques vénériennes, peu s’en sont plaintes. Les autres sûrement ont menti pour préserver leur vertu, parce qu’enfin, b*iser un dieu, ça ne doit pas être si terrible. »

Petite revêche de malheur ! Fallait-il donc répondre à tout, et surtout avec une telle incitation à la malice ? Qu’importe ! Comme la plupart, elle voulait rajouter son cristal de sel reluisant pour regarder une énième fois de haut, comme si c’était nécessaire et que Jalender n’était pas déjà à sa merci. Mais tandis qu’il l’avait délicatement attisée sur la braise des ses propres bravades, Louise vint soudain, indisposée par les nombreuses frustrations qu’il lui avait causées, butiner à son cou la fleur de ses envies. Il crut d’abord qu’elle voulait l’embrasser, et s’en étonna presque. Mais il sentit la brûlante caresses de ses cheveux sur sa bouche et la non moins brûlante caresse de ses lèvres au creux de sa mâchoire. Ses doigts graciles se creusèrent des sillons désordonnés dans ses cheveux cuivrés, sa nuque, ses épaules, son poitrail… tout ce qui était accessible à son appétit était soigneusement flatté. Jalender, qui en oubliait presque son pseudonyme, se laissa gracieusement faire. Elle ne lui offrait peut-être pas une féroce et sensuelle domination, mais au moins lui prodiguait-elle une attention qui n’avait d’égale que son propre désir. Il se consuma d’ailleurs à cette pensée, exultant de la voir si appliquée dans son ouvrage, si charnue et sensuelle, que sa propre excitation et contentement étaient presque plus dus à cette idée flatteuse qu’à une quelconque satisfaction charnelle. Jalender soupira d’aise, les yeux luisants, profitant finalement de la caresse dont le gratifiait cette belle et truculente jeune femme. Si jeune… si tendre, un duvet pubescent parcourant encore le doux galbe de ses membres, un visage rond, joliment bouffi, comme gentiment châtié jusqu’à atteindre ce rosé d’un ciel matinal.

Tout frissonnant de lascivité, il comprit à peine qu’on le forçait à se lever, tant la convoitise mielleuse débordait de ses yeux, qui regardaient toujours ailleurs, mais non pas au-delà. Toujours à l’intérieur de soi, à l’intérieur de Louise, qu’il s’était retenu de toucher, jouant la veulerie passive pour ne surtout pas qu’elle cesse ces douceurs, qu’elle exécutait avec tellement de soin que cela ne manqua pas de réveiller en lui quelques chatouillements voluptueux…

Récupérant ses affaires d’une seule main, il la suivit, docile comme un âne, sans considération aucune pour les curieux, le regard si joueur et brillant qu’un nifleur s’en serait emparé. Il souriait à peine du bout des lèvres, et ce sourire était si rêveur qu’on aurait pu aisément prêter cette allure à un désir contenté. Ce qui était le cas, d’une certaine façon. Bien plus que son propre désir, Jalender était galvanisé par sa passion à elle. Louise le tirait par le bras sans le regarder, pressée de ne plus se faire épier, pressée qu’ils soient seuls et que la pudeur s’endorme dans son lit de quiétude. Il était peut-être plus désireux qu’elle encore, mais sa patience le rendait presque indolent, toujours dans la maîtrise exaspérante. Il n’avait qu’à voir son dos pour supposer ce qu’il y avait sur son visage. Toute en élégance, Louise se montra effectivement lorsqu’ils furent assez éloignés, à un consultant pour le moins mystérieusement comblé.

La rencontre, muette et quelque peu réservée, de ses lèvres tendres avec celles, plus tendres encore, de la jeune femme, lui laissa son goût en écho dans la bouche et sur la langue. Son odeur se dilua dans sa salive pour s’y dissoudre tel un parfum charnu. Son effet n’en paraissait que plus enivrant puisque de leurs corps, ce n’était que les silhouettes qui se touchaient. L’haleine brûlante et la bouche en suspens, butineuse, il la regarda, prostré dans une contemplation rêveuse, défaire les boutons de son manteau. Et bientôt il fut ouvert si bas et si haut, que du mystère il ne demeura presque rien, et tout à la fois, car il voyait les ensellures ivoiriennes de sa délicieuse féminité, sans en percevoir une seule dans son entièreté. Son visage irradiait d’un appétit sans équivoque, et en même temps d’un quelque chose que seules les femmes de son caractère parvenaient à manifester sans crainte d’entrer en contradiction. Menue, plus fragile que jamais face à un Jalender tout habillé, sans trace de sous-vêtements incrustés dans la chair, elle exsudait l’envie. Mais Louise était aussi paradoxalement tout en orgueil, cambrée, gonflée, encore sûre d’elle et presque inatteignable, tout cela avec le désir qu’on la touche. Elle croyait peut-être pouvoir garder cet air tout du long, probablement, et Jalender voulait bien le lui laisser croire en enlevant cet éternel sourire de sa bouche entrouverte. Déjà un goût métallique envahissait sa langue, tendre expectative charnelle…

Il n’eut pas besoin de réfléchir à la suite car, encore plus impatientée par ses propres bravades, Louise se saisit de son bras, indolent et immobile, spectateur docile jusqu’à maintenant, et les fit transplaner. La succion caractéristique ne fit que magnifier la tension qu’il ressentait au creux des reins. Aussitôt qu’ils se fussent retrouvés dans le noir d’une chambre d’hôtel, Jalender lâcha un long soupir empli d’une lourde concupiscence, mais ne bougea pas tout de suite. Dans la pénombre, il observait les yeux d’un bleu de firmament, aussi brillants de lascivité que la voûte étoilée. Un léger sourire se dessina à sa bouche, épinglé sur son visage d’albâtre figé, au comportement de statue de pierre, dont les expressions ne changeaient que sous les assauts du marteau, le pieu pouvant servir de sentiments à l’occasion. Il savait que les exigences lui revenaient, ainsi que le doux art de l’effeuillage négligé. Elle avait beau s’être montrée revêche, sa domination féminine ne passait que par l’acte de recevoir toutes les grâces et de n’en donner que quelques-unes en retour, au compte-goutte. Soit ! Il ne savait que se soumettre aux caractères les plus forts de toute façon, et le sien semblait un peu plus disposé que celui de Louise à la sauvage autorité.

D’une seule main, après un silence chargé d’électricité et de revendications qui demeurèrent muettes, Jalender défit le dernier bouton du manteau féminin, tout en se contentant de la fixer intensément dans les yeux. Nulle attention pour ce qui se tramait en bas, mais ce n’était que pour donner le sentiment à la jeune femme que toute l’action se concentrait dans son regard. Banalement, mais avec facilité, il déviait son intérêt du peu de mouvements qu’il s’autorisa avec une lenteur toute étudiée, caractérisée par l’économie du geste. Et ce fut toujours avec une lenteur étudie qu’il contourna la jeune femme, accrochant son regard bleu de ses émeraudes vertes, tandis que ses doigts, eux, accrochaient les pans de son manteau habillé en négligé.

Dans son dos, il se pencha sur sa nuque pour qu’elle sente la chaleur de son haleine s’étendre langoureusement sur l’épiderme virginal de son cou blanc. Aussi délicatement qu’il le put, il fit glisser le lourd manteau des épaules de la jeune femme, jusqu’à le faire tomber au sol. Toutes les premières fois avaient quelque chose de factice. Un jeu se tramait sans qu’on ne puisse être parfaitement honnête dès le départ. Jalender voulait bien s’y soumettre et le connaissait même très bien. Tandis que son regard se voilait de l’extase amoureuse, que Louise avait déjà pu deviner en lui par intermittence, souvent cachée derrière un autre sentiment orgueilleux, il se soumettait aux règles strictes de la dissimulation éprise. Ils se courtisaient encore et il se voulait délicat, découvrant l’étendue de l’épiderme assoiffé, ardent, de la jeune femme avec la prudence d’un explorateur. Sans la toucher encore concrètement, Jalender demeura dans son dos et le froissement du coton indiqua qu’il défaisait paresseusement les boutons de sa propre chemise. Celle-ci finit par choir au sol, après quelques instants de contorsion que Louise ne put contempler, que deviner, car l’homme était si proche de son être et s’appliquait si bien à la frôler comme par mégarde, que si elle avait décidé de se retourner pour l’épier, la magie des caresses cumulatives et pour le moins aériennes s’en serait envolée pour de bon. Le frisson serait devenu beaucoup trop rapidement étreinte passionnelle et ça, Jalender ne le voulait pas. Il ne dénuda d’ailleurs que son haut, désirant garder une dernière entrave pour soi. Sans compter la cravate, encore nouée sur les épaules de la jeune femme… Pas pour très longtemps cela dit.

L’avantage de sa position avait cela d’agréable que Louise ne voyait pas encore son corps couvert de cicatrices. Le spectacle surprenait toujours un peu, titillant la curiosité malsaine de savoir dans quels malheurs un homme de sa trempe avait bien pu se retrouver pour finir aussi blessé. Les observations étaient d’ailleurs rarement franches, et les regards s’attardaient sur lui lorsqu’on pensait qu’il n’en savait rien, ce qui n’était jamais le cas. L’intensité de ces attentions lui brûlaient même le dos. Mais quel que fut l’instant, dès qu’il se dévoilait, il y avait un moment de latence qui se faisait, tandis que l’action ou le silence-même se figeait pour contempler cette peau difforme.

Le cœur bondissant, il permit à ses lèvres altérées de glisser impondérablement de la tiède chevelure à la nuque brûlante. Tout dans leur exquise séduction l’avait préparé à cette navrance éprouvée, mais il la rencontrait comme pour la première fois. Il aurait voulu s’attarder indéfiniment sur la rondeur délicieuse de la petite saillie osseuse, qui relevait sa nuque et cascadait en échine anguleuse, cambrant joliment son dos de velours, mais il lui fallait avancer pour ne pas frustrer la belle. Equilibre précaire entre chasteté pieuse et taquinerie lascive.

Avant les caresses franches, effrénées, il aimait à parcourir une courte période d’étranges ruses, de dissimulations sournoises, qui remontaient, elles, vers les prémices de ses plaisirs timides, exotiques, confondus dans une conduite ambiguë et trouvant son achèvement minable et navrant dans un assouvissement aussi compliqué que zélé. Une certaine part de son adolescence -celle qui ne fut pas accaparée par des femmes mûres affinant docilement son éducation sentimentale- fut consacrée à la contemplation lascive de ce que les femmes voulaient bien lui montrer. Son cœur finissait par bondir à la vue d’une frêle épaule, ou du velouté d’une cambrure dorsale qu’offrait une robe à col bateau. En somme, toutes ces choses imminemment délicates que pouvaient nous dévoiler les femmes sans le savoir. Et ces délices, dont le charme inconscient était trop irrésistible pour qu’on n’en jouît pas en secret, tout en étant trop sacré pour être profané au grand jour, provoquaient en lui bien plus de palpitations juvéniles que les corps savamment dénudés de ses âgées maîtresses. Ces relations avaient souvent eu pour but de le débarrasser de ses démangeaisons, très vite, avec une précipitation brutale, sans saveur. Alors à l’inverse, le mystère du vêtement et de l’élégance, les frôlements minutieux et les câlineries précautionneuses, avaient bien plus d’effet sur son désir que n’importe quelle croupe dévoilée.

Son ton avait évolué avec l’âge, tout comme le plaisir, mais il aimait toujours autant contempler un instant ce qui lui faisait envie jusqu’à la torture. Ses approches et œillades extatiques avaient commencées très tôt, dans un passé indéfini, et avaient été si délicates et discrètes que même si on l’eût remarqué, personne n’avait jamais rien proscrit, acceptant même tacitement cette attention. Il n’avait d’ailleurs même pas cherché à comprendre si une telle complaisance était due à son jeune âge, ou parce que quelque part, ses regards emplis de désir brûlant, sans pour autant paraître pervers, participaient à flatter un quelconque égo féminin. Il y avait toujours eu tellement plus de vive convoitise dans cette expectative zébrée de quelques caresses éthérées, prodiguées comme par inadvertance, que dans le pathos rédhibitoire de ses copulations sans autre intérêt que la physiologie. Jalender avait toujours su, même au seuil de l’adolescence, et sans autre expérience que ce qu’on voulait bien lui concéder, que ce qu’on lui servait n’était que de petites putes pataudes. Et à chaque fois qu’elles essayaient de l’embrasser, du coude, il leur détournait le visage sans ménagement.

Tandis que Jalender se laissait aller à une respiration de plus en plus saccadée par la profondeur vertigineuse du dos blanc de Louise, son lâche vêtement trahissait son envie. Heureusement, elle ne pouvait pas voir ni son excitation, ni l’éclat empourpré de sa lèvre humide, ni son torse qui se soulevait dans un mouvement irrégulier, ni son regard, qui contournait son long cou français, blanc comme le lis, ou les pleins et déliés des reliefs de son corps nu, et que la lumière artificielle de la nuit ne faisait que relever le galbe par un jeu savant d’ombres et de lumières. Et lui non plus ne voyait rien du visage de Louise, qu’il devinait cependant perdre de sa superbe, comme cela arrivait toujours.

En contemplant ces formes franches, qu’il s’interdisait de toucher, Jalender cultivait sa concupiscence masculine, l’instinct féroce et l’occasion favorable, jusqu’à être ému et supplicié d’une façon si vigoureuse qu’il finit par passer un bras entre les côtes et le bras droit de la jeune femme. Sa main glissa, telle un serpent, entre ses seins et il pressa sur sa poitrine pour la faire reculer contre son ventre chaud. Leurs corps, aux cambrures différentes, ne s’embrassaient absolument pas, entre son poitrail vallonné et les omoplates saillantes de la jeune femme, son abdomen plat et la cambrure de la taille féminine, sans parler de ses fesses charnues… Cette différence lui allait bien cependant, tant cela accentuait la délicieuse silhouette de Louise et son propre désir fou qui le faisait sortir de lui-même. Ses lèvres finirent par se planter dans le cou gracile et laiteux, qu’il parcourut avec application, longeant de sa bouche toute sa longueur jusqu’à l’oreille. Gracieusement, elle releva ses cheveux d’un mouvement de la tête, balayant son dos et le torse de l’homme, qui frémit avant de venir baiser l’épaule, caressant, cajolant de ses doigts déliés un pan de sa petite poitrine. Mais bientôt, tandis qu’il la tenait occupée avec sa bouche sur les cambrures de son haut, sa main libre, jusqu’alors nichée contre la chute de ses reins d’une paume aplatie et immobile, glissa vers les reliefs de son ventre et ses hanches. Dans un sifflement, ses doigts finirent par atteindre leur but. Quelques délicates pressions plus tard, et Louise se renversa sur son épaule, béante, se caressant avec grâce, soupirant, chantant presque, moulant avidement son petit plissement de paradis à sa paume ouverte en coupe.  

Son autre main abandonna la poitrine et vint entrouvrir le rideau souple et soyeux de sa blonde chevelure, se frayant en suite un passage de sa bouche jusqu’au splénius tiède, qu’il dorlota. Toujours dans le but de confondre l’esprit de sa jeune compagne, il la taquinait tendrement de ses autres dix doigts gourmands, qui jouaient leur musique dans sa blancheur brûlante. Le visage fouetté par des embruns salins, il s’accrocha à son cou et ses cuisses graciles, observant comme elle se désacralisait sans le vouloir, le corps déjà secoué de soubresauts et tensions qui ne voulaient surtout pas que Jalender puisse fuir, enserrant sa main de ses jambes crispées.

Ce manège dura un temps, danse de caresses franches et d’embrassades plus ou moins aériennes, pendant lequel Jalender se nourrit allègrement du goût de sa peau et du toucher de son duvet, se tordant contre son corps doucereux, à l’abri des regards. Il s’attisa ainsi longuement sans rien s’octroyer d’autre que la promesse du plaisir d’autrui, se gardant sagement immobile pour ne surtout pas précipiter sa propre extase, ou trop l’échauffer. Il s’exalta jusqu’à avoir le tournis, jusqu’au juron qui tentait de poindre à sa bouche avec la colère de la frustration. Si bien qu’il cessa brusquement toutes ses flatteries aussi passionnées que nonchalamment oisives, retourna Louise d’un coup sec par le coude pour se pencher sur son visage rondelet de poupée et la dévorer de sa bouche, pressant son petit corps mystérieusement blanc comme de la craie et intacte contre le sien, hâlé et contus.

Un sourire absolument ensorceleur se dessina cependant sur sa bouche, lorsque, l’espace de quelques halètements, elles s’étaient séparées. Il plissa tendrement ses yeux veloutés, tous ses traits illuminés d’une douce fulgurance rêveuse ; une expression qui reflétait si bien tout le plaisir qu’il éprouvait, et si mal toute la frustration qui le brûlait encore, doucement et progressivement assouvie, mais jamais assez rapidement au goût de son épiderme avide. Cependant ces sentiments étaient semblables en cet instant, tandis que ce qui n’était pas encore satisfait galvanisait si bien ce qui l’était déjà un peu. Toute cette impatience concupiscente tavelait son sourire et son visage d’un brasillement tendre, miellé, plein de fossettes, pendant qu’il fusait, n’étant jamais destiné à qui que ce soit en particulier, mais flottait plutôt dans sa propre vacuité lointaine et fleurie, sans que cette suavité éloignée n’enlève rien au charme de cette expression oisive. Il aimait les femmes et il aimait l’amour. Louise était la parfaite créature avec laquelle il pouvait se perdre, adorer son beau corps et sa fine peau dans laquelle il rêvait de s’envelopper, de se fendre en elle pour ne jamais quitter cette douceur rédemptrice. Il n’avait pas un caractère à penser à quelqu’un d’autre, ni à se remémorer une quelconque expérience passée pour comparer. Jalender se consacrait entièrement à la belle et tendre Louise, comme il aimait à se consacrer à chaque âme joyeuse qui voulait bien de ses caresses. Même s’il souriait et regardait souvent dans le vide, ivre qu’il était des sensations que lui prodiguaient son esprit et son être, Jalender ne semblait jamais absent, ni déconcentré. Il était là, amoureusement dévoué à chaque membre, à chaque cambrure, silhouette, ombre d’un duvet frisé, fente désireuse et cou redressé, appelant à l’embrassade.

Lui faisant maintenant face, il enlaça sa Louise aussi délicatement qu’il le put, il apprit de sa bouche son visage. Tout cela avec une douceur de contours, comme s’il dessinait son portrait du bout de ses lèvres sèches et brûlantes. Il avait la gestuelle d’un admirateur pâmé, ce qu’il s’autorisait à être précisément maintenant, lorsque l’orgueil était chassé pour ne pas corrompre pareille idylle d’un peu trop d’amour-propre mal placé. Il embrassa langoureusement ses joues et ses tempes, la lisière de son front et même ses sourcils, dont il choya le relief vertigineux jusqu’au nez. Le menton, les lèvres, encore, puis l’oreille un peu, tout cela dans un soupir bienheureux de l’amant éperdu et lascif.  

Maintenant, même leurs lèvres ne lui suffisaient plus. Néanmoins, consciencieusement, inlassablement, Jalender passait et repassait ses lèvres sur celles de Louise, rebroussant, taquinant leur velours brûlant, trouvant une saveur délectable dans le contraste entre caresses ailées et la congestion brutale de la chair. Invisible, l’une de ses mains profita pour défaire la boucle de sa propre ceinture, effeuillant les quelques vêtements qui lui restaient avec la subtilité d’un magicien faisant disparaître une colombe sous un drap. Le pantalon tomba, trahi par le bruissement métallique de sa boucle en acier.

Un peu brutal sans être indélicat, il vint à l’allonger sur la coucher de coussins ronflés, accompagnant son frêle corps de ses bras robustes. Louise était prête à l’étreindre et, en assouvissant enfin sa concupiscence luxurieuse, Jalender baisa son pâle visage avec une tendresse volubile, murmurant, gémissant en trois langages, passant de l’un à l’autre avec la fluidité d’un possédé. Il demeura si proche, perché sur ses coudes, qu’il lui souffla son application dans la bouche, tandis qu’elle se laissait tantôt aller sur les draps, telle une algue languide bercée par la mer, tantôt elle nouait ses quatre membres autour de lui dans une étreinte désespérée en vigne grimpante, comme s’ils avaient fait l’amour depuis toujours, dans tous leurs rêves. Et tandis qu’elle l’enlaçait en vigne sauvage, il poussait en elle telle une racine. Plus elle le serrait, plus il était pris d’une frénésie obscène, incontrôlable. Quelle divine sensation de plénitude ! L’impatience passionnée débordait comme une baignoire. Sa nuque se hérissait, tandis qu’il cherchait de tout son corps le doux contact de la peau de Louise. Il lui arrivait de fermer les yeux dans l’effort et de plonger dans le creux soyeux du cou qui se déployait sous lui en éventail japonais. Telle une pie, il cherchait frénétiquement les bijoux qu’étaient les soupirs et plaintes de gorge qu’elle osait manifester avec timidité, les joues rosies. Elle se mordait parfois les lèvres et, l’entendant, Jalender venait les délivrer d’un baiser possessif qui ouvrait leurs bouches tels deux coquillages, l’un gémissant tendrement et l’autre s’épanchant doucement dans une rivière de sucreries susurrés dans l’impulsion, plus que par volonté, et ce toujours dans une langue ou dans l’autre.

Quelque part au-dessus, un potpourri en verre marquait sur une étagère le rythme de leur passion. Mais véritablement plus rien n’existait que les soupirs et cette chair tendue en brûlante, si soyeuse qu’on avait la sensation d’y fondre, de s’y dissoudre follement comme si l’un et l’autre n’étaient finalement qu’une goutte d’encre dans un verre d’eau. Jalender, le regard embrumé d’une lascivité débordante, embrassait sensuellement ce qu’il parvenait à atteindre, ayant une préférence pour les parties les plus tendres de son corps gracile. Baisers qui semblaient maladroits par moment, tant l’attention était rendue difficile par l’exercice qu’il s’appliquait à exécuter en gardant une cadence soutenue. Mais ce charmant désordre était pallié par la passion qu’il insufflait dans chacun de ses gestes, chacun de ses soupirs et gourmandes embrassades. Il se démenait comme un dément pour satisfaire chaque parcelle de la peau féminine, lui prodiguant toutes les grâces dont il était capable et que le divin épiderme méritait. Il espérait au moins qu’il parvenait de ses caresses à la combler autant qu’elle comblait ses sens par son corps-même. Parfois, par fantaisie, il se hissait un peu de sa poitrine pour remonter à son visage pour embrasser la peau tendre de la tempe, toute proche de l’œil langoureux, insistant avec une tendresse singulière sur les yeux longs de sa Louise. Tumultueux, il répandait sur son corps autant sa ferveur amoureuse que son souffle laborieux, abandonnant des traces humides, parfois des traces de dents qui partaient avec la rougeur, sur tous les reliefs atteignables. Et cette frénésie n’en finissait plus, coincée entre cajoleries suaves et la ténacité vigoureuse de son puissant mouvement de séisme charnel. Magie tactile. Infinie patience face au malaise du désir massif, du désir engluant.

Néanmoins son endurance ne résista pas à la frénésie et fatalement, il se soumit à sa propre félicité. Ses lèvres vinrent retrouver au dernier instant celles de Louise dans une étreinte voluptueuse, cependant qu’il vibrait, quasiment immobile, crispé par le plaisir qui le secouait violemment, pris qu’il était dans la saveur splendide d’une concupiscence enfin satisfaite par, si on voulait bien le dire ainsi, un feu d’artifice se répandant en feu de joie dans ses veines. Après l’extase, il se pencha sur Louise, respirant difficilement, embrasé par une étincelle qui demeurait encore intacte. Rassasié et repus, mais au cœur battant tel un sauvageon, il s’accorda une pause dans le cou satiné de sa belle amante.

A présent agenouillé, Jalender descendit, presque d’un trait, mais dans un mouvement continu et paresseux cependant, le long du corps de la nymphe, faisant courir sa bouche sur la route de son insolent ventre, sans même lui accorder un regard. Insolent car diantre, il fallait bien l’avouer, il provoquait les yeux qui lui tombaient dessus, et cette lourde et profonde respiration éreintée n’en finissait pas de soulever sa voluptueuse poitrine. Jalender parcourut l’espace entre l’oasis de son nombril et ses cuisses du bout de ses lèvres sèches, avant d’atteindre finalement le cœur de sa convoitise, de ses tièdes confis, où il employa maints artifices pour la faire rougir. Son combat contre la retenue de Louise fut sans vergogne ni pitié, brûlant et assoiffé. Il sentit cependant bientôt que s’approchait fatalement le moment où celui-ci allait abdiquer, et où il pourrait se satisfaire, par la bénédiction de la jeune femme, de son glorieux triomphe. La pointe poussée à l’aventure finit par la soumettre, et dans un soupir béat, qui ne tarda pas à s’envoler vers un petit et charmant gémissement, la douce s’abandonna enfin. Son buste se courba, son dos se cambra et après une implosion que Jalender sentait encore résonner dans ses propres membres engourdis et qui sembla durer jusqu’à la douleur, la délicieuse tension se relâcha.

Il remonta, enfouissant sa joue rugueuse dans le l’oreiller plein de songes qu’était le ventre électrisé de la jeune femme. Ses bras enlacèrent ses côtes et ses doigts vinrent se perdre entre les ailes qu’étaient ses omoplates et les draps du lit. Il soupira d’aise, écoutant la respiration de Louise qui n’en finissait pas de soulever sa tête dans de longs mouvements saccadés par un plaisir encore vaporeux, qui devait embuer sa tête et ses yeux d’un épais brouillard. Lui, ne ressentait plus que l’euphorie tranquille d’une passion ayant glorieusement trouvé son achèvement. Il ne voulait rien d’autre que cela. Cette délicieuse moiteur et ce feu continu qu’il ressentait au fond de soi et qui le réchauffait tendrement. L’effervescence laissait doucement place à un ravissement ensorceleur. Lunaire, son corps presque phosphorescent de blancheur, l’irradiait comme une aura brûlante, l’ombre d’un extase révolue l’habitant avec délice, et décuplée par cette chair opulente de jeunesse. Il y avait quelque chose d’on ne sait quoi papillonnant dans l’air…

Elle s’était peut-être attendue à quelque chose d’autre, de plus bestial et brutal, mais Jalender avait décidé de la surprendre, l’espérait-il en tout cas, pas une attention toute en tendresse. Il avait demandé à ce qu’on lui noue ses bras, mais puisque cette route-là lui fut refusée, il avait décidé de les nouer autrement. Qu’y avait-il finalement de plus exceptionnel qu’une sensualité qui tenait ses promesses ?

Enfin, Jalender remonta complètement, frôlant consciencieusement, paresseusement les courbes de Louise de son propre corps, exalté en écho intense par son plaisir révolu. Il s’allongea à côté d’elle, et tandis qu’il roulait sur le dos, d’un bras puissant, il l’emmena avec soi, lovant son visage contre la courbe de son torse, l’enlaçant d’une main possessive. Zébré d’azur qu’il était d’avoir œuvré de manière fabuleuse, insensée, comme ne pouvait l’être que les affres de l’amour charnel, Jalender enveloppa la douce nymphe dans ses bras en poussant, enfin, un dernier gémissement repus de tendresse humaine. Sa peau fine, blanche, luisait dans le noir sous la lumière fluorescente d’un quelconque lampadaire, et il observait en tapinois ses cils fuligineux tout emmêlés, ses yeux dont il ne voyait que le liquide transparent et blanchâtre… Il ne trouva rien à dire et n’était pas certain d’y être obligé. Il espérait cependant qu’elle ne pense pas à l’abandonner, gênée par son trop plein de considération et d’intimité doucereuse, ayant préféré une intercourse brutale et impersonnelle. Il huma alors un peu de son parfum, caressa du bout des doigts son épaule joliment arrondie et décida de la laisser fuir si tel fut son désir, tandis que le sien s’estompait lentement pour laisser place à une béatitude latente.

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