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[4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
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MessageSujet: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Sam 25 Fév - 3:05

Grat, grat, gratGRAT, GRAT ! grat, grat, gratgrat, grat, grat, grat, grat…. HipAaaaatchaaaA ! Pardon. A tes souhaits. Grat, grat, grat, gratCrriiiiiiiiiiIIIIIIII. Splatch. M*rde ! C’est tombé !... FrFRRRSSHHH, pop, pop. Grat, grat, grat, gratOh ! Scchh. Sccch. Klong, klon, klung ! Fais gaffe avec ton sac !

Hummm… Huuuummmm. Hum-hum.  Humpf ! hu, hu. Hic !

Heureusement qu’il était interdit de manger ici, sinon, à cet incessant brouhaha et murmures de corps humains en mouvements, viendrait s’ajouter en plus les ignobles onomatopées de mâchouillements et de glottes avalant les bouchées difformes d’un mélange de nourriture et de salive. Octave avait le sentiment d’assister à un concert de musique bruitiste. Mais si, vous savez, ce merveilleux mouvement artistique qui consistait à faire reproduire par de nobles instruments les bruits de la nature. Et quand on parle de nature, ce n’est pas le chant de la douce forêt champêtre, non, plutôt celui d’une fonderie. Comme s’il n’y avait pas déjà assez des choses désagréables et hideuses en ce monde, qu’il faille en plus en rajouter une couche avec un mouvement glorifiant le suicide auditif. Et puis, la définition était claire : Cette musique se caractérise par l’assemblage de sons communément perçus comme désagréables ou douloureux – oui, très douloureux- en prenant à contre-pied les plus communes définitions de la musique. Oui, exactement, aller à contre sens. Ignominie. Et la symphonie de la bibliothèque continuait tranquillement dans ce qui lui semblait être un long et pénible crescendo. Comment est-ce que la présence adolescente pouvait-elle être aussi bruyante ?

Assis au bureau, Octave était accoudé au-dessus de son registre, la plume perchée à quelques millimètres du papier et une goutte d’encre menaçait d’en tomber. La tête penchée, frissonnant d’un froid que lui seul sentait, il appuyait de ses doigts crispés sur ses paupières closes, écrasant ses globes oculaires comme s’il voulait priver son cerveau de la vue en repoussant les bulbes de ses yeux dans leurs cavernes. Il vit d’abord des taches blanches parsemer, telles des étoiles filantes, l’intérieur de ses paupières, jusqu’à ce que la pression ne se fasse sentir et qu’une vibration ne secoue ses cristallins. Là, un caléidoscope de couleurs sombres se mit à danser et il grimaça de mésaise. Que l’existence était rédhibitoire lorsque la fatigue le prenait. La fatigue et l’angoisse aussi. Une terrible et tumultueuse angoisse l’étreignait, l’étouffant un peu à chaque instant, l’empêchant de vivre, de respirer, de dormir. Une gêne l’oppressait à la poitrine, et une sorte de vertige le prenait par moments. L’accumulation de tout était vraiment mauvaise et Octave ne parvenait que très vaguement à reprendre psychologiquement le dessus. Si seulement il pouvait dormir. De frissons en bouffée de chaleur, il espérait s’évanouir quelque part. Mais comment le pouvait-il alors que seul un opaque et impénétrable inconnu le submergeait. Que faisait-elle ? Où était-elle ? Avec qui ? Et pourquoi ? Cette kyrielle de questionnements avait depuis longtemps perdu de son intérêt, se muant en un sentiment constant d’agitation. Il avait toujours cru que « se torde les mains » était l’expression d’une démonstration fictive, ou peut-être l’obscure survivance d’on ne sait quel rituel médiéval. Mais tandis qu’il se tenait immobile dans une tentative de s’aveugler avec ses doigts, sous l’emprise du désespoir et d’une méditation désespérée, cela aurait été le seul geste sans paroles capable d’exprimer l’accablement qui l’habitait. Pourtant, Octave demeura détaché, posant finalement la plume sur le bureau et se laissant aller contre le dossier de son fauteuil. La tête renversée, il regardait le plafond de ses yeux brûlants de fatigue. Véritablement, s’il n’y avait pas le teint pâle et le contour rouge vif de ses paupières pour souligner que quelque chose n’était pas comme d’habitude, on aurait pu largement s’y méprendre. Dans sa gestuelle, il ressemblait simplement à quelqu’un d’indisposé par une tache qui s’adonnait à son intelligence avec difficulté et le contrariait. Mais la marque disgracieuse et inconvenables de la fatigue laissait une ombre curieuse sur son visage d’habitude, si ce n’est enjoué, au moins pétillant d’une vie doucement exaltée.  

Grat, grat, grat, grat, GRAT… Par pitié ! C’est du parchemin, pas du marbre à graver, diantre ! Que quelqu’un lui donne un maillet et un marteau, qu’il nous sculpte un Merlin de pierre !

Il n’allait pas se mentir, un cas de figure pareil avait déjà hanté son esprit à quelques reprises. Simplement, un beau jour, Cassidy disparaissait, le laissant seul et sans nouvelles, dans l’incapacité de demander de l’aide à qui que ce soit. Mais là, ça arrivait… au mauvais moment. Il n’avait pas encore retrouvé son calme et n’en voulait pas. Il voulait la choyer avec douceur, la désirer d’une passion brûlante et extatique, se nourrir à sa bouche du goût du miel et de la moiteur d’un amour sans cesse galvanisé par le moindre effleurement. Il ne voulait pas se calmer et que dure éternellement cet état où la moindre pression suffisait à déchaîner toutes les ivresses paradisiaques. Où ils étaient comme seuls, divinement, miraculeusement seuls alors qu’une béatitude ardente et profonde l’enveloppait en permanence, latente et quiète, prolongeant ainsi son rayonnement. Il en voulait encore, de ces sentiments débordants et de cette permanente allégresse. Mais voilà, à peine avait-il eu le temps de reconnaitre à quel point il avait envie et besoin d’elle, que sa tête blonde disparaissait, s’évanouissant dans le noir comme si tout ne fut qu’un rêve. C’est donc avec une angoisse égale à son extase passionnée qu’il se murait maintenant derrière le doute, vague et infini.

Enfin, l’heure approchait à la fermeture. Oust ! ce troupeau de sculpteurs de parchemin, de hoqueuteurs, de froisseurs de papier et de percussionnistes de sacs à dos ! Octave se leva avec l’énergie de la nervosité et alla éteindre quelques bougies, celles qui étaient les plus éloignées des élèves, indiquant ainsi qu’il fallait commencer à jouer les dernières mesures de leur symphonie bruitiste. Il entama son tour réglementaire qui consistait à faire raisonner le claquement de ses talons, comme une cloche indiquant la fin de l’entracte. Le réflexe pavlovien avait eu le temps de se mettre en place depuis le début de l’année et, alors que le clou qui scellait la semelle de ses chaussures martelait dans un bruissement vibrant le sol de pierre, il voyait les étudiants s’agiter sur leurs livres. Les couvertures claquaient et Octave, ayant atteint le bout de la rangée la plus éloignée, au lieu de revenir sur ses pas et contrôler que tout un chacun était bien parti, se laissa tomber dans l’un de ces canapés d’étude où les gens finissaient par s’endormir d’ennui. Peut-être que la magie allait opérer sur lui aussi, que ce moelleux confortable allait fermer par la force de l’habitude ses paupières rigides et sèches comme du papier. D’ailleurs, ses globes oculaires n’étaient plus que deux raisins secs… Sur le dos, Octave toisait le haut et sombre plafond, un talon au sol, l’autre replié sur l’accoudoir et ballottant dans le vide, écoutant au loin les sons d’affaires que l’on range. Et puis, le silence… Un silence relatif, mais déjà plus silencieux que tout à l’heure. La bibliothèque semblait respirer, des courants d’air passaient en sifflant entre les pages et les vieilles couvertures en cuir, faisant craquer le bois qui se distordait dans l’air humide du château. Et puis la pierre se mit à exhaler, souffrant de la pluie qui battait tranquillement les murs de Poudlard. Cette atmosphère parvint à le détendre d’abord, avant que cette morosité moisie typiquement anglaise ne le fasse broyer du noir encore plus qu’avant. Il ferma les yeux et les sentit grincer, le revers de ses paupières raclant le verre pillé du blanc de ses globes. L’une de ses mains vint se lover sur son torse, contre son cœur dont il sentit les battements. Bon sang. Vivement, il s’éveilla et ses yeux s’ouvrirent d’un éclat singulier, gênante comme une lumière brusquement rallumée. Avec des œillades agitées, il scruta l’étendue de son petit royaume de papier et soupira. Rien à faire. Rien à faire pour dormir et rien à faire pour changer quoi que ce soit. L’impuissance totale et frustrante. Et avec, le sentiment de redevenir comme avant. Si l’anxiété avait maintenant une cause connue, l’angoisse en revanche avait le même goût que dans son enfance. Renfermé et bilieux, Octave abandonna l’un de ses bras replié au-dessus de sa tête, tandis que l’autre reposait maintenant solidement sur son torse. On aurait dit une Vénus barbue allongée dans son coquillage, à l’abandon des vagues la malmenant. Des bruits de pas se firent entendre au loin mais, épuisé, Octave ne prit même pas la peine d’avoir l’air contrit ou de froncer ses sourcils. A mesure que les pas s’approchaient, sans cesser son observation du plafond, il finit néanmoins par gronder d’une voix atone, rauque et paresseuse d’indolence sarcastique :

« On est fermé. Fermé comme un livre. HA ! Magnifique. Revenez demain, quand les livres se seront reposés. »


HRP:
 

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Lun 6 Mar - 1:30



Adossée contre le mur froid en face de la bibliothèque, elle attendait, patiente. Depuis l'avant veille, elle n'avait pas osé y retourner. C'était trop tôt. Elle avait besoin de garder ce moment rien que pour elle, et d'éviter que la réalité, parfois un peu trop abrupte, ne vienne fracasser le moment qu'elle avait partagé avec Octave. Lina avait donc soigneusement évité de traîner en ce haut lieu de savoir. Cependant, dès le lendemain, elle avait accepté d'y accompagner deux amies. Évidemment, elle n'était pas rentrée, la jeune Poufsouffle les avait laissé devant la porte avant de retourner dans sa salle commune. Pourtant, même de loin, elle l'avait aperçu. Il avait semblé sincèrement contrarié, mais Lina n'avait pas osé s'approcher pour autant. Elle avait gardé cet événement rangé dans un coin de sa tête, et c'était ce qui l'avait poussé à revenir aujourd'hui, d'abord pour observer, de loin. Elle était y retourné dès le matin pour accompagner encore une fois des amis . Elle n'entra pas, mais elle le vit à travers l'embrasure de la porte. Il avait encore cet air rembruni. Rien d'alarmant en soi mais Lina avait l'intuition qu'il y avait quelque chose de plus grave.  En pinça les lèvres, fit demi tour, et se dirigea vers le grand escalier pour quitter le château. C'était une élève studieuse, mais elle avait beaucoup travaillé ces derniers jours, elle pouvait tout à fait se permettre de prendre un jour ou deux pour elle. C'était en tout cas l'excuse toute prête qu'elle servait ceux qui s'offusquaient de ne pas la voir étudier.

Puisque c'était le week-end, elle avait revêtu ses habits moldus qu'elle préférait au robes de sorciers, qu'elle trouvait trop encombrantes. Avant de se rendre dans le parc, elle fit un détour par sa salle commune Il faisait beau, mais froid, elle voulait prendre une écharpe, ou n'importe quoi capable de lui tenir chaud. La sorcière passa un pull rayé et un jean délavé. Avec ses mains expertes, elle se fit un chignon très simple, presque sur le sommet de sa tête. Puis, à l'aide de  ses deux petits doigts, elle détacha quelques mèches en vrac, pour se donner un air moins strict. Elle se plaça devant le miroir et prit sans regarder un tube de rouge à lèvre : cette fois, elle tomba sur un genre de rose poudré un peu foncé, qu'elle aimait bien, même si elle le mettait peu souvent. Les joies du hasard. Elle passa enfin une épaisse écharpe en laine au couleur de sa maison avant d'aller dans le parc.
Elle avait passé le plus clair de sa journée à lire près du lac en mâchouillant un chewing-gum ou en discutant avec les rares élèves de septième année qui ne s'enfermaient pas à la bibliothèque pour réviser leur A.S.P.I.Cs. Avec une élève de Serdaigle, elle s'amusa à métamorphoser des pierres en objets voire en animal. C'était une bonne journée, et Lina savoura cet instant, parce que depuis quelques semaines, il était devenu compliqué de prendre du bon temps.

Finalement, la porte de la bibliothèque s'ouvrit, et un premier groupe d'élèves sortit. Machinalement, elle leur adressa un sourire. Elle jugea qu'ils devaient être en cinquième année. Pour tuer le temps, elle avait défait son chignon. Ses doigts fins passaient et repassaient entre ses mèches ondulées, toujours avec le même rythme. Avec agilité, elle se tressait les cheveux en fixant la lourde porte en bois.  Un deuxième groupe suivit le premier.  La Poufsouffle les regarda quitter le couloir en silence. Une élève toute seule de Gryffondor poussa la porte et sorti également. Lentement, les élèves quittèrent la pièce. Elle imaginait Octave patrouiller entre les tables, presque sans rien dire : sa seule présence suffisait à faire comprendre aux adolescents que l'heure était venue. Enfin, les quelques amis qu'elle avait laissé là auparavant firent leur apparition.Une de ses amies se dégagea du groupe et s'avança vers elle

« Ahh ! Tu nous as attendu. On y va ?  
- Non, non, je dois faire un truc avant. Je vous retrouve tout à l'heure ».

Elle appuya son discours d'un clin d’œil, et sa camarade ne chercha pas plus moi. Lina  leur fit un signe de la main qu'ils lui rendirent. Elle acheva sa tresse et la laissa posée sur son épaule droite. Il lui sembla que le dernier élève était sorti : un pauvre garçon de première ou deuxième année, aux airs exténués. La blairelle lui tint la porte et il ne prit pas la peine de la remercier. Elle se faufila juste derrière lui en faisant claquer sa langue contre son palais. Mal éduqué.
À l'intérieur,  toutes les chandelles étaient encore allumées. C'était joli.  Leur éclat faisait briller le bois récemment ciré. La jeune femme emprunta l'allée principale en prenant le temps de vérifier entre les rayons. Le bruit de ses pas résonnait, comme si son écho cherchait à repousser les murs de la bibliothèque, voire à les faire exploser. C'était un peu gênant, la sorcière avait l'impression d'être suivie par un troupeau d'éléphants. Elle venait de dépasser le centre de la pièce, quand elle entendit la voix d'Octave fendre l'air.

« On est fermé. Fermé comme un livre. HA ! Magnifique. Revenez demain, quand les livres se seront reposés ».

Elle haussa un sourcil. L'entendre parler lui permit de deviner qu'il se trouvait tout au fond, là où allait en général ceux qui voulait travailler en groupe en s'installant confortablement sofa. Elle accéléra le pas en tentant de rendre sa démarche plus souple pour atténuer le vacarme. Enfin, elle le vit. Lina esquissa un sourire en coin. Il était allongé dans un canapé rouge dans une position un peu clichée qui lui allait bien. Mais il gardait sur le visage ses traits froissés. Quelque chose n'allait pas... Qu'est-ce que la vie avait bien pu faire de lui en deux jours à peine ?

« Bof. Peut mieux faire ».

Un sourire se dessina de nouveau sur ses lèvres. Non parce qu'il fallait quand même avouer qu'il pouvait faire mieux niveau railleries, elle en était sûre. Elle s'approcha de lui. Une fois à côté de lui, elle s'assit sur le sol, en tailleur et prit appui sur ses deux mains qu'elle plaça un peu derrière elle. Ses yeux verts détaillèrent minutieusement le corps qui s'était échoué sur le canapé. Vu de près, il avait l'air encore plus misérable, comme s'il n'avait pas dormi depuis plusieurs semaines, ce qui était parfaitement faux. Il y avait donc une autre raison. Elle se remémora ses dernières paroles :  « Lorsque quelqu’un devient plus important à nos yeux que nous-même ». Elle fit la moue, pas très convaincue, était – il vraiment possible de se laisser aller aussi vite pour de simples histoires de cœur ? Lina grimaça intérieurement. Tout compte fait, concernant son histoire à lui, elle n'était pas sûre que le terme simple soit le plus adapté. Elle s'arrêta une nouvelle fois sur son visage. Non. Elle n'y croyait pas. Il devait y avoir quelque chose de plus grave. Un décès ? Un abandon ? Était - il encore en danger ? La dernière fois, la menace d'une mort imminente n'avait pas semblé le perturber outre mesure.

« Il s'est passé quelque chose, hein ? Depuis hier tu... »

Elle se tut et leva les yeux au ciel. Il était trop tard désormais pour ne pas admettre qu'elle l'avait observé, même de loin.  D'ailleurs, pourquoi avait – elle ressenti ce... Besoin (?) de le voir, ne serait - ce que quelques secondes ? Ils ne s'étaient vu qu'une fois. Et pendant ces instants passés ensemble, Lina ne s'était pas spécialement sentie à l'aise. Elle avait piqué plusieurs fars, s'était presque agacée, avait boudé, ... Mais elle s'était aussi surpassée, elle avait eu la sensation de repartir grandit de cette entrevue. Elle l'avait aussi admiré l'homme en face d'elle, sa mémoire, son expérience, son avidité de savoir. Elle le sentait passionné, il n'y avait qu'à voir la façon dont il avait parlé de ce qu'il éprouvait pour elle. Et Lina avait aimé ça. Peut – être n'y avait – il rien d'anormal à vouloir le revoir finalement. Elle l'aimait bien. Et c'était tout... Elle mordit sa lèvre avant de pincer ses lèvres pour les faire glisser l'une contre l'autre, comme pour mieux homogénéiser son rouge à lèvre.

« T'es pas obligé de rentrer dans les détails si c'est... Compromettant ? »

Elle n'était pas sûre que le terme soit le bon, mais au vu de ses fréquentations, il n'était pas inadapté non plus.

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"Du chaos naît une étoile"

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Ven 10 Mar - 23:25

Le son de sa voix, aussi agréable qu’une poignée de pierres ponces frottées entre-elles, n’était manifestement pas parvenue à éloigner l’intrus ; malgré la tirade, l’écho des pas persistait. Octave ne pouvait même pas blâmer l’intrépide, il était bien difficile d’être menaçant en s’égosillant depuis un canapé de velours. Il sentait bien de toute manière qu’il n’avait pas la force, ni une véritable envie d’être redoutable, seulement un peu sinistre. Sans oublier l’humour douteux dont il était capable lorsque le manque de sommeil dilatait son cerveau. Va savoir si c’était par indolence ou simplement à cause de son caractère, mais il resta immobile et yeux fermés malgré l’approche imminente et la claire désobéissance de l’étudiant récalcitrant. Restait plus qu’à savoir ce qu’il ou elle désirait tant, au point d’approcher malgré la sommation. Elle. Aucun doute, il n’y avait qu’une femme pour avoir un tel déhanché, froissement chaloupé de semelles s’allongeant contre le sol pour se donner meilleure allure. Contrairement aux hommes, souvent lourds et désireux de s’imposer, elles avaient un pas mesuré et égal, comme une pluie de printemps. Quoi que la semonce eût le don de rendre la démarche plus discrète. Comme si cela allait aider. A condition d’être en chaussettes, cette bibliothèque, une fois vide, ne laissait aucune chance d’approche furtive. Pourquoi furtive d’ailleurs ? Elle était quoi, une lionne en chasse ? Tout cela était franchement curieux comme comportement, mais ne se sentant pas le moins du monde menacé, Octave garda sa posture débordante de nonchalance, puisque c’était le seul sentiment pour lequel il avait encore de la sympathie en cet instant.

« Bof. Peut mieux faire. »

Bof. Bof ? Bof ! Non seulement on rampe pour ne pas se faire remarquer, on n’écoute pas les ordres, on vient en dehors des heures d’ouvertures, mais en plus on critique ? Encore une qui n’avait pas peur d’en mettre une surcouche supplémentaire. Etrangement, et contre toute logique, le seul nom qui lui vint en tête fut celui de Felix Lawford, puisqu’Il n’y avait que lui pour être en permanence aussi vulgairement outrageant. Avant même qu’un semblant d’exaspération exacerbé n’ait le temps de monter aux narines du bibliothécaire, la compréhension advint qu’il s’agissait de Miss Kaveline. Il allait forcément y avoir un contact personnel imminent et Octave ne parvenait à se décider sur la marche à suivre. Prétendre à une fatigue passagère, une mauvaise foi lunatique qui advenait en temps de pleine lune, des menstruations masculines, une indigestion, une frustration due à l’autorité… ? Même si le mensonge n’avait pas à être prononcé ni évoqué, l’imposture avait toujours besoin d’une légende pour être un minimum convaincant. Il n’avait donc plus qu’à piocher parmi ce qui le mettait généralement dans cet état, sans oublier d’en nuancer un peu le propos pour le rendre le plus futile possible, et en avant l’éternelle représentation. Et puis d’un côté, pourquoi se fatiguer davantage à faire semblant lorsqu’il suffisait de refuser de répondre aux questions ? La bienséance. Aucun remous, jamais, nulle part. Refuser de parler pouvait parfois paraître plus outrageant encore qu’un mensonge, et bien plus suspicieux. Méticuleusement, il remonta dans les méandres de ses souvenirs pour se rappeler le nombre de fois qu’il lui était arrivé d’être dans cet état-là et la réponse était systématique. Ce n’était jamais pour peu. Il n’était pas dans sa nature profonde que de s’émouvoir autant sans sujet valable, même s’il était formellement un être tout en drame. L’exagération de la banalité constituait justement une manière pour mieux canaliser les affaires graves, un peu comme maintenant. La frivolité avait assurément laissé place à quelque chose de silencieusement contenu, sur le point d’atteindre sa masse critique sans jamais vraiment y parvenir. Pour quelle raison les gens pouvaient-ils bien se mettre dans des états pareils ? Les études ? Des examens, pour sûr. Un travail exténuant. Un divorce… En attendant, le bruit de pas s’était drastiquement rapproché au point de se figer jusqu’à côté de son oreille, accompagné d’un froissement de vêtements.

« Il s’est passé quelque chose, hein ? Depuis hier tu… »

Si cela avait été possible, Octave se serait figé, mais heureusement pour lui, il n’y avait pour le moment en ce monde aucun corps plus inerte que le siens. Comme il avait déjà déterminé dans son esprit que rien de spécial, ni de sortant de l’ordinaire, ne s’était produit, il fronça légèrement les sourcils. Pourquoi fallait-il nécessairement qu’il se passât quelque chose, mh ? N’avait-il donc pas le droit d’être simplement fatigué ? Voyons mon pauvre, personne n’est jamais aussi fatigué sans aucune raison. Il faut y aller, pour se mettre dans cet état, tout de même. Déjà, cette réponse était à rejeter. Parfois, il fallait valait mieux ne pas lutter contre l’évidence et Octave savait parfaitement que son relief était, même si une pâle copie de ce qu’il ressentait véritablement, déjà beaucoup trop éloquent quant à son humeur. Alors quoi, se taire ?... Attendez, depuis hier ? Son esprit grinçant d’effort pour s’inventer un mensonge avait failli rater ce remarquable détail. D’un coup, Octave rouvrit ses yeux comme des volets battus par une tempête et se tourna sur le côté, posant sa tête sur sa main au bras replié en triangle. Un sourcil relevé, le regard légèrement plissé par la lumière dont ses pupilles avaient perdu l’habitude, le bibliothécaire toisa Miss Kaveline comme si ce fut un interrogatoire de la Gestapo dont il s’agissait.

« T'es pas obligé de rentrer dans les détails si c'est... Compromettant ? »

Pendant un moment, son cerveau s’était vraiment arrêté de réfléchir et le vide s’était fait, abyssal, son visage continuant tant bien que mal à imiter un semblant d’activité intellectuelle derrière ses yeux. Cela s’avéra finalement être une plutôt honnête illustration de tous ces faciès étudiants, un peu bovins, en train de regarder le monde sans le comprendre. Il n’était donc pas obligé de rentrer dans les détails ? Que c’était gentil de sa part de bien vouloir le préciser !

« Les affaires personnelles sont toujours compromettantes, Miss K. »

Finit-il par déclarer d’une voix étonnamment distincte, alors que l’on se serait attendu à, au mieux, un grommellement, au pire, un grognement indistinct. Pour le coup, il avait été vague, sans parler du fait qu’il avait évoqué une mystérieuse affaire personnelle, mais franchement, qu’est-ce qui ne l’était pas ? Il voyait déjà l’esprit de la jeune femme partir vers les horizons de la spéculation comme le sien pouvait si bien le faire. Mais au-delà d’être évasif, ce propos avait surtout vocation à mettre une limite distincte. Et puisque c’était personnel, quelle qu’en pouvait être la cause, il ne comptait absolument pas en parler, ni en détail, ni sans détails, même pas en reliefs. Et la spécificité de la pensée était telle, qu’elle restait hypothétique tant qu’on ne la confirmait pas, chose qu’Octave n’avait pas l’intention de faire, quelles que fussent les suppositions de Miss Kaveline. Depuis hier, donc… Ses yeux se plissèrent davantage.

« C’est pour ça que tu es là ? » Malgré son air renfrogné, il n’y avait aucun jugement ni méchanceté dans le timbre de sa voix, seulement une curiosité latente. Une méfiance naturelle le prenait toutefois lorsque l’on accordait trop d’attention à sa personne, particulièrement quand lui ne pouvait pas s’en rendre compte. Sachant qu’il finissait toujours par s’imaginer toutes sortes de choses, Octave préféra laisser la remarque probablement involontaire de la jeune femme à l’ordre des observations passagères et volages. Cela dit, le sujet de sa présence ici était tout aussi charmant qu’étrange. Dans un mouvement souple, il finit par s’allonger à nouveau sur le dos, prenant soin à se reculer vers l’accoudoir, laissant une place libre. « Viens plutôt t’assoir, c’est franchement plus confortable que par terre. » Le cœur n’y était pas, mais le sens passait. Et puis, comme il fallait toujours qu’il soit un peu taquin, continuant à fixer le plafond et les bras croisés sur son poitrail, Octave déclara avec fermeté : « Bof, peut mieux faire ? Tu ne peux décemment pas te dire que vexer les gens est le meilleur moyen pour commencer une conversation ? Surtout une conversation où tu poses des questions. Maintenant c’est trop tard, je suis outré et scandalisé. Les portes de ma considération te sont fermées pour toujours. Tout comme celles du sommeil pour moi. » Après une pause dramatique, il reprit d’un ton plus naturel : « Alors, t’es là pour quémander des livres ? Profiter de ton statut VIP en venant après les heures de fermeture pour étudier ? »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Mar 28 Mar - 0:32

« Les affaires personnelles sont toujours compromettantes, Miss K »

Miss K. Elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en coin. Elle aimait ce surnom : elle imaginait de suite une femme fatale, extraordinairement intelligente et aux yeux revolver. Lina aurait probablement apprécié être ce genre de personnage, parce qu'une femme comme ça ne peut vivre que des choses exceptionnelles, le genre que l'on oublie pas et sur qui on écrit des livres. Mais voilà elle n'était que Lina : jeune voyante aux lèvres rouges, parfois trop gentille.
La voix d'Octave était plus intelligible et claire que ce à quoi elle s'était attendu, elle s'accrocha à ses mots pour tenter d'en déceler quelque chose, si cela était possible. Elle élimina d'instinct la possibilité du décès qui aurait pu l’atterré. Elle l'aurait senti si c'était le cas, elle le savait. Depuis qu'elle avait perdue sa petite sœur la jeune femme était devenue douée pour repérer les gens en deuil. Un second flair, qu'elle jugeait un peu malsain, comme beaucoup de choses autour d'elle, finalement. Elle avait comprit la fermeté de son ton et ne posa pas plus de questions : elle ne forçait pas les gens à parler. On ne peut obliger personne à se confesser. Elle lui avait laissé une porte de sortie, facile d'accès et il avait saisit l'opportunité. La sorcière haussa ses frêles épaules.

Quand il lui demanda si c'était pour ça qu'elle était venue, son sourire faiblit un peu. Le problème avec Octave, c'était qu'elle ne savait pas sur quel pied danser. Il l'avait déjà accusé une fois de vouloir le tromper, elle ne voulait pas en plus qu'il se sente piégé, lui qui semblait tant se méfier de l'espionnage et des rumeurs. Elle ne voulait pas non plus qu'il se monte la tête à propos de ce qu'elle pourrait lui dire.

« Bien sûr ».

Le ton sûr qu'elle avait employé la surprit presque. Elle avait décidé de jouer la carte de l'honnêteté. Après tout, c'était une personne franche. Pourquoi mentir en prétextant ne rien avoir remarqué ? Parce que ce serait admettre l'avoir cherché du regard ? La blairelle confirma intérieurement sa position : si elle avait dû mentir, l'homme aux livres l'aurait deviné, elle en était certaine. Et de toute façon, elle n'aimait pas les non – dits.

« Viens plutôt t’asseoir, c’est franchement plus confortable que par terre »

Elle releva son menton et jugea l'espace qu'il lui laissait pour s'asseoir. Ce n'était pas vraiment qu'elle hésitait, mais les quelques contacts physiques avec Octave avaient été plus intenses que ce à quoi elle s'était attendu. Mais d'un autre côté, elle n'allait pas tenir éternellement sur les dalles froides et dures de la bibliothèque. Et puis ce soir, le contexte était différent. Finalement, elle se leva. Avec ses deux mains, elle frotta l'arrière de son jean pour en enlever les quelques saletés qui avaient profité de l'occasion pour s'accrocher à elle. Enfin, elle s'installa sur le canapé, légèrement en biais pour lui faire face. Elle appuya son coude replié sur le dossier et ancra son visage dans sa main blanche.

« Bof, peut mieux faire ? Tu ne peux décemment pas te dire que vexer les gens est le meilleur moyen pour commencer une conversation ? Surtout une conversation où tu poses des questions. Maintenant c’est trop tard, je suis outré et scandalisé. Les portes de ma considération te sont fermées pour toujours. Tout comme celles du sommeil pour moi »

Elle éclata de rire, un vrai beau rire, chaleureux. Le bout de ses doigts se posèrent près de sa bouche en partie pour la cache. Elle se reprit en dégageant de son visage une mèche folle. Elle redressa ses épaules et croisa ses jambes. Elle aurait voulu les ramener sous ses fesses, mais elle ne voulait pas salir le sofa où ils s'étaient installé.

« Oh mais pardon, c'est que je ne te savais pas aussi susceptible. Elle lui fit un clin d’œil. Tu te doutes bien que sinon je t'aurais ménagé un peu plus que ça »

Comme si c'était lui qui avait besoin d'être ménagé. Elle nota cependant dans son esprit sa dernière phrase. Alors c'était donc, en partie, ça. Depuis combien de temps n'avait – il pas dormi ? Et pourquoi se refuser le luxe d'une potion si les choses étaient si difficiles pour lui ? Avait – il besoin de rester éveillé ? De son côté, il prenait son temps pour travailler son effet.

« Alors, t’es là pour quémander des livres ? Profiter de ton statut VIP en venant après les heures de fermeture pour étudier ? »

Elle haussa un sourcil en souriant, flatté.

« Ahh, j'ai un statut V.I.P ? »

Pour une fois que la divination lui était profitable... Parce qu'elle savait bien que c'était ça qui avait marqué Octave : son don. Sans cela, elle était une étudiante lambda, sans grand intérêt. Mais elle ne lui en voulait pas, après tout il y avait quelque chose d'exceptionnel, de rare et l'homme aux livres semblait apprécier ce genre de particularité chez les gens. Elle lâcha encore un de ses sourires en entortillant une mèche rebelle autour de son index.

« Je voulais juste savoir s'il y avait quelque chose que je pouvais faire pour toi ».

Son visage se teinta d'une expression un peu plus sérieuse, elle était sincère dans sa démarche, réellement soucieuse pour lui. Mais elle ne se sentait pas à sa place en lui parlant de cette manière, comme si elle n'avait pas le droit de se s'intéresser à lui, ou de remarquer son état. En même temps comment aurait – elle pu ne [i]rien{/i] remarquer ? Il n'avait pas brillé par sa discrétion, il ne pouvait donc pas lui en vouloir... N'est – ce pas ? Elle baissa les yeux en pinçant un peu les lèvres. La timidité dont elle avait fait preuve  son égard revint pointer le bout de son nez, mais Lina ne voulait pas se laisser dominer par elle. D'abord, parce que ce n'était pas quelqu'un de spécialement timide mais aussi parce qu'il aurait été dommage qu'Octave ne retienne que son don et sa timidité : elle était quand même un peu plus que ça.

« En fait, si tu n'arrives pas à dormir, pourquoi tu n'utilises pas une potion ? »

Ce détail lui revint brusquement en tête. Elle releva ses grands yeux verts et chercha le regard d'Octave.

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Mar 28 Mar - 21:03

« Bien sûr. »

Voilà qui avait le don de le mettre dans l’embarras, lui qui ne savait jamais s’il devait s’en sentir flatté où suspicieux ? Octave avait encore cette vieille pensée enracinée dans un coin de son esprit qui lui disait que tout acte de bienveillance ne pouvait être qu’intéressé. Si l’on était complaisant à son égard, c’est que l’on désirait quelque chose en retour, pour soi ou pour quelqu’un d’autre. Le désintéressement n’existait pas et même s’il s’était acharné à améliorer sa perception du monde l’entourant, il lui était encore extrêmement compliqué de faire confiance aux gens. Bien davantage à ceux d’ailleurs qui inspiraient la sympathie, puisqu’on sait bien qu’il n’y a rien de plus dangereux que les individus dont le caractère n’est absolument pas reflété par leur apparence. Et croire que parce que c’était une adolescente qui lui prêtait ses grâces la rendait incapable de malveillance serait une erreur monumentale. Cela dit, pourquoi un tel pessimisme précisément maintenant, alors qu’Octave avait été capable de bien plus d’engouement lors de leur première rencontre ? Probablement que sa position de faiblesse le rendait inconsciemment anxieux, tel un animal en territoire inconnu, certain que le danger pouvait venir de n’importe où, d’autant plus qu’il était blessé et en conséquence pas aussi fort qu’à l’accoutumée. La fatigue ne l’aidait pas à réfléchir et l’instinct reprenait le dessus, crispant son esprit autant que ses muscles dans une tension passive et indolente, comme un lézard faisant le mort pour échapper à son prédateur. Raison pour laquelle d’ailleurs la première chose qui lui vint à la bouche fut de questionner l’intérêt sous-jacent que pouvait avoir cette visite. Si cela était véritablement le cas, Octave ne lui en aurait pas voulu, il savait que ce n’était pas nécessairement pas fait par méchanceté. Faire preuve d’intérêt pour avoir ce que l’on voulait n’était qu’une preuve de politesse indispensable pour ne pas que ce monde soit réduit à un cauchemar d’âpreté. Miss K était peut-être simplement venue au mauvais moment, désirant profiter de l’absence d’élèves pour réviser mais trouvant au lieu de cela un bibliothécaire gênant de fatigue. Alors, ses qualités de jeune femme bien élevée lui dictaient de faire preuve de compassion au lieu de couardise ; c’est ce qu’elle faisait. Attitude qu’Octave s’efforça de lui retourner, abaissant sensiblement sa garde en les menant vers un terrain un peu plus familier où il avait l’occasion d’être un peu plus bavard.

« Ahh, j’ai un statut V.I.P. ?
Octave souleva un sourcil en callant sa tête contre l’assise aux coussins un peu trop usés.
- Sinon on ne serait pas là à discuter. Chose promise, chose due. Tu viens quand tu veux.
Commenta-t-il avec détachement. Décidemment, il n’y avait que très rarement un juste milieu, soit il fallait inlassablement rappeler leurs privilèges à des gens qui n’en croyaient rien, soit les gens en question acceptaient tout ce qu’on leur offrait et se permettaient bien plus.
- Je voulais juste savoir s'il y avait quelque chose que je pouvais faire pour toi. »

Que c’était généreux. Cela dit, c’était l’un de ces moments où il n’y avait pas grand-chose à faire. D’autant qu’Octave était de ceux qui gardaient la plupart du temps tout pour soi, surtout par pudeur, mais d’autant plus par conviction que son salut n’était pas en l’autre. Jamais personne ne pouvait le sauver ni l’aider à part lui-même. Ou le temps, éventuellement. Un peu arrogant comme attitude, mais jusqu’à maintenant, il s’en était toujours sorti seul. Honnêtement, il ne savait pas quoi répondre à Lina. Octave fixa le plafond un instant d’un regard contemplatif, se demandant sérieusement ce qui était en mesure de l’apaiser en ce moment. Où était-elle ? Etait-elle partie définitivement ? Pourquoi n’écrivait-elle pas ? Il avait franchement peur de s’imaginer les raisons pour lesquelles Cassidy pouvait ne pas l’avoir prévenu. Et parce que son esprit était ainsi fait, il y voyait fatalement le pire. Elle était revenue auprès de son père, l’oubliant complètement, lui et ses promesses douteuses. Stop. Il était peut-être temps de se rendre à l’évidence que toute cette histoire était horriblement bancale, sans avenir ni ambitions autres qu’une possible utopie spirituelle qui n’était pas parvenue à tenir au-delà d’une seule soirée. STOP. Sans qu’il ne le remarque, ses sourcils s’étaient arqués d’une douleur sourde. Qu’il se faisait pitié, ce n’était pas croyable. Mais après tout, Cassidy était son premier véritablement attachement depuis la mort de Jane, raison pour laquelle ses douleurs étaient si disproportionnées par rapport à la dimension de la blessure. Son cœur s’était mis à battre avec férocité contre ses côtes, tel un oiseau en cage, lui arrachant un soupir d’agacement. Cet état des choses le fatiguait davantage encore que le rythme effréné de sa pensée et de son cœur ne collât absolument pas à son activité physique. D’angoisse, il s’essoufflait dans le vide.

« En fait, si tu n'arrives pas à dormir, pourquoi tu n'utilises pas une potion ? »

C’est avec une certaine brusquerie, comme s’il s’était rendu compte être allongé sur un tas de fourmis, qu’Octave se hissa de ses jambes pour venir poser sa tête sur la cuisse de la jeune femme. Puis, immobile, il jugea du nouveau confort acquis. Le moelleux était confortable et la chaleur en émanant le calmait un peu, probablement que toucher un autre être vivant avait quelque chose de curatif. Un instant, Octave ferma les yeux en essayant de se focaliser sur les nouvelles sensations et le calme détendu irradiant de cette jambe toute en souplesse. Contrairement à son coussin, Octave se sentait particulièrement tendu, chaque fibre de son corps étant prête à se détendre avec panache. Doucement il passa ses doigts sous la cuisse et essaya d’y trouver une artère en palpant la peau à travers le jean. Il la sentit soudain, battre contre la pulpe de ses doigts avec la puissance imperturbable d’un métronome. Le pouls de Lina étant bien plus régulier et tranquille que le sien, alors il s’efforça de se concentrer dessus pour apaiser ses propres battements, se creusant un nid dans cette belle et impassible accalmie. Doucement, même si cela lui demandait une infinie concentration, sa respiration redevint un peu plus regulière et son torse cessa de se soulever en de sinistres tressaillements. Enfin, il rouvrit les yeux, encore plus fatigué qu’avant, mais déjà plus silencieux. Dirigeant son regard sur Lina, il sembla hésiter avant de répondre :

« Je suis un ancien toxicomane et alcoolique, il vaut mieux pour moi que j’évite ce qui peut artificiellement me faciliter la vie, surtout dans un état pareil. C’est le meilleur moyen pour retomber dans de vieux travers. »

Octave soupira encore une fois, s’agrippant un peu plus à cette cuisses palpitante et chaude, calant sa nuque contre la rigidité vallonnée du jean. Il se sentait être non loin des mécanismes qu’il y a dix ans. C’était le genre de sentiment que l’on n’oubliait pas, parce qu’il était suivi d’un « Que tout aille au diable ! ». Il avait ressenti à l’époque une telle souffrance qu’elle avait abouti à un abandon de trop. Celui qui menait tout droit à l’indifférence des conséquences et à un mode de vie nihiliste, ou plus rien n’avait d’importance que la dopamine qu’on pouvait s’injecter dans le cerveau à coup de seringue, d’alcool ou de poudre. Et puisque c’était toujours l’insouciance qui précédait l’extase, c’était ce sentiment-là qui finissait par prévaloir dans tous les aspects de la vie. Et cette impassibilité finissait par grandir et se transformer en une entité à part entière, une personnalité apathique et poursuivant un seul et unique intérêt, écrasant tout le reste : l’oubli, le soulagement artificiel à tout bout de champ. Octave n’avait pas envie de réveiller de vieux démons, il ne voulait pas faire à nouveau grandir de mauvaises choses dans sa tête. Un démon, petit au début et à peine audible, mais qui avait fini par faire trois fois sa taille, puisque comme tout le monde, il n’y avait pas prêté assez d’attention, écoutant trop ses revendications et ses envies. On va en désintox pendant quelques jours, jusqu’à ce que l’envie physique disparaisse. Mais tout bon toxicomane sait que cette personnalité à part entière qui a été créée à force d’être satisfaite, ne meurt jamais. Elle demeure une personnalité forte et dominante, en vie, qu’il est très délicat de faire taire. Une fois qu’elle y est, elle y reste, fermement ancrée et hurlant son désir auquel il faut dire non à tout instant du reste de sa vie.

Chaque moment associé un jour avec la drogue faisait ressortir le démon, qu’il fallait punir et refuser ses caprices, inlassablement et sans jamais fatiguer. Car si l’on cédait une fois, les entrelacements que l’on croyait mort renaissaient de leurs cendres comme s’ils n’avaient jamais disparu finalement. L’on croit que tout s’est arrangé, et puis on croise un ami avec qui on avait l’habitude de se bourrer la tronche et Bam, l’envie ronge. Parce que le truc à l’intérieur n’est pas mort, et plus Octave était faible, plus le démon était fort, affermi par les mêmes mécanismes qui l’avaient mené à l’addiction. A savoir la solitude, la tristesse et l’absence de sens, ce qui était un peu en train de se reproduire en ce moment même. S’il craquait, la lutte risquait de reprendre depuis le début. Octave était parvenu à s’imposer un nouveau système de priorités, un fonctionnement totalement différent pour faire taire ses envies malsaines et fainéantes, malheureuses. Ainsi que toute addiction, la sienne avait eu une forte composante cognitive, pleine de pensées autodestructrices, de désirs et de vouloirs, si bien qu’il avait été obligé, pour être efficient, à quasiment reconstruire l’entièreté de son propre caractère et de sa vision de la vie pour garder cette chose dans un coin, immobile. La convalescence avait été si efficace qu’il en venait aujourd’hui à oublier l’état dans lequel furent jadis les choses. Du moins, jusqu’à ce qu’une difficulté comme celle-ci se présente. L’équilibre qui se formait par la suite était toujours précaire d’une certaine façon, un simple stresse étant capable de le remettre sur d’anciens chemins familiers et rassurants. Ou plus simples en tout cas. C’est toujours plus simple de s’en foutre et de se concentrer sur ce qui lui faisait du bien, même de manière éphémère. Octave eut un sourire singulier, plutôt semblable à une crispation musculaire, et il ricana doucement.

« Tu sais pourquoi on appelle parfois l’alcool « un spiritueux » ? Parce que toute pathologie est une personnalité. Il y a un démon de l’alcool. Et qu’est-ce qu’il y a dans l’alcool ? Un esprit. Et qui est cet esprit ? C’est l’esprit de Dionysos. Ou Bacchus. Et quand on boit de l’alcool, on s’ouvre à la possession par l’esprit d’une malédiction. Tout le monde aime ça, parce que Dyonisos est une recherche de plaisir à très court terme. Un peu d’alcool, et on peut faire tout ce que notre timidité nous interdisait avant, un bon coup de dopamine dans les connexions. Mais il suffit de laisser l’esprit nous posséder un peu trop longtemps pour que ça devienne un vrai problème parce qu’il va prendre ses aises. J’aime bien cette image, c’est comme avec les sept péchés capitaux et leur personnification. »

Mais tout ça, ce n’était que des mensonges. Il y avait toujours une bonne raison pour se faciliter la vie, surtout les raisons que l’on s’inventait à soi-même pour être plus tranquille. Et en ce moment, même un « ce n’est que pour dormir » était inacceptable. En temps normal, il pouvait boire, il pouvait fumer, se droguer un peu, à condition d’être en harmonie avec soi. Mais dès que les choses se compliquaient, qu’il avait le sentiment de perdre pied, se faciliter la vie pouvait devenir très dangereux. Oh, il se savait en mesure de succomber une fois par faiblesse pour ne pas y retoucher après… Mais s’accorder du repos à court terme ne valait certainement pas l’effort émotionnel et caractériel dont il allait devoir faire preuve plus tard à long terme. Surtout si Cassidy ne revenait pas. Non, ce n’était vraiment pas le bon moment pour se laisser aller. D'autant qu'une impuissance d'une autre nature le rongeait déjà...

« Je trop longtemps eu recours à la facilité ; maintenant, je n’y ai plus le droit. Et de toute manière, on croit que ça facilite la tâche, mais c’est faux, ça ne fait que remettre le souci à plus tard. » Octave soupira en continuant à se concentrer sur les battements cardiaques de Miss Kaveline. Bon sang que c’était agréable. « Bon, sérieusement, t’es venue pour des bouquins ? Pour reviser ? Enfin, tu tombes bien, j’ai trouvé une vieille pochette, "Les Vrayes centuries et Propheties de maistre Michel Nostradamus". »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Sam 15 Avr - 17:58

Il souffrait. Elle le voyait. Mais il ne dirait rien sur les raisons de cette douleur muette, c'était presque sûr.
Que faire alors ? Le distraire ? Était – ce seulement possible ? La jeune femme pinça ses lèvres peintes en rose, elle n'avait, pour l'instant, aucune solution à proposer. Elle n'était encore personne, et elle le connaissait à peine. La seule chose qu'elle pouvait lui apporter, c'était sa présence, à condition qu'elle puisse être apaisante, réconfortante.
Presque comme s'il l'avait pu se glisser à l'intérieur de son esprit, Octave changea de position, sans faire grincer le sofa, pour poser sa tête contre sa cuisse, contre son corps mince et chaud.  Ses yeux se fermèrent et son souffle se fit plus régulier.  Si Lina en avait eu le pouvoir, elle aurait absorbé toute sa peine pour lui donner sa gaieté et lui apporter un peu de douceur, juste pour dérider ce front marqué par quelque chose qui ressemblait à de l'angoisse. Un transfert d'énergie. Elle sentit ses doigts glisser sur son jean, à la recherche de quelque chose. Pendant un bref instant, Lina retint son souffle. Enfin, il appuya sur un point précis. Quand elle discerna son pouls battre, elle comprit que c'était le but de cette quête : il se calquait sur son rythme cardiaque. Elle n'avait pas le droit à l'erreur, elle devait rester calme, paisible.

« Je suis un ancien toxicomane et alcoolique, il vaut mieux pour moi que j’évite ce qui peut artificiellement me faciliter la vie, surtout dans un état pareil. C’est le meilleur moyen pour retomber dans de vieux travers ».

Délicatement, elle posa ses doigts sur la tempe du bibliothécaire, qu'elle caressa en formant de petits cercles. Un ancien toxicomane et alcoolique, hein ? Elle ne s'était pas attendu à ça en posant la question, mais finalement la réponse ne l'étonnait pas. Parfois, il était nécessaire pour certaines personnes de placer un voile entre elles et la réalité, quelque chose pour rendre les choses plus acceptables. Elle ne comprenait ces affaires – là que d'un point de vue théorique. Lina était fondamentalement une fille sage. Elle ne buvait la plus part du temps qu'avec modération, même si certains accidents devaient être notés, elle ne se droguait pas non plus. Elle aurait pu, pourtant. Mais non. Après le décès de sa sœur, elle était simplement restée muette, encaissant les évènements, incapable d'en dire quoi que ce soit. Elle avait tout gardé, jusqu'à pouvoir digérer le tout et accepter que Victoria ne reviendrait plus jamais.  Elle n'avait pas vraiment versé dans l'auto – destruction. Elle s'était juste éteinte, comme un fantôme, Lina avait perdu ses couleurs. Un peu comme l'homme aux livres en cet instant.

« D'accord, pas de potions alors ».

Toujours tranquille, elle esquissa un petit sourire en coin. Elle refusait de critiquer ce qu'il venait de lui dire, de poser un jugement moral. Elle passa sa main tiède dans ses cheveux, en se demandant vraiment si c'était la meilleure chose à faire. Sa mère à elle, avait des mains fraîches. Quand elle allait mal, Lina adorait sentir ses doigts frais dans sa nuque. Il y avait quelque chose de revigorant là – dedans. Est – ce que des mains chaudes comme les siennes avaient un tel pouvoir ? Elle en doutait. Mais à défaut d'avoir la bonne température, elle espérait que le geste serait correctement interprété, qu'il comprendrait qu'elle voulait juste être là pour lui, même s'il ne voulait pas parler. Elle espérait être capable de le distraire, ou d'apaiser les pensées qui assaillaient son esprit. À défaut de lui offrir une solution, peut – être pouvait – elle lui apporter une bulle, hors du temps, où il pourrait se réfugier pour essayer de mettre ce qui n'allait pas de côté ?

« Tu sais pourquoi on appelle parfois l’alcool « un spiritueux ? »

La jaune et noire fit non de la tête. Elle n'y connaissait pas grand chose en alcool. Pire, le sujet ne l'avait jamais intéressé, et ce, même si son père était un grand amateur de whisky. Cependant, elle écouta attentivement chacun des mots d'Octave, en grande partie parce qu'elle était douée pour ça, mais aussi parce qu'elle l'aimait l'entendre parler, un peu admirative du panel de connaissances qu'il possédait. Dionysos. Dieu du vin, des vignes, de l'abondance, l'excès, de la folie. Du théâtre et de la tragédie. Un Dieu, mais un Dieu qui erre. Un être dans le tout, donc dans le rien. C'était peut – être ça, la malédiction dont il parlait.

« J'ai trop longtemps eu recours à la facilité ; maintenant, je n’y ai plus le droit. Et de toute manière, on croit que ça facilite la tâche, mais c’est faux, ça ne fait que remettre le souci à plus tard. Bon, sérieusement, t’es venue pour des bouquins ? Pour reviser ? Enfin, tu tombes bien, j’ai trouvé une vieille pochette, Les Vrayes centuries et Propheties de maistre Michel Nostradamus »

Elle le croyait. Il parlait avec l'expérience de l'homme qui avait vécut. Et encore une fois, elle ne le jugeait pas. Comment aurait – elle pu de toute façon ? Elle ne connaissait presque rien de son histoire. Mais la fin de son discours la mettait légèrement mal à l'aise. Elle lui avait déjà dit qu'elle n'était venue que parce qu'elle était inquiète. Allait – il vraiment falloir le répéter ? Lina hésitait, elle se sentait de nouveau un peu timide. Elle ne pouvait pas prétendre être venue pour réviser, puisqu'elle était venue les mains dans les poches. Emprunter des livres ? Lesquels ? Mais la jeune femme pouvait aussi garder la même ligne conductrice, et rester honnête. Ce qu'elle était.    

« Je t'ai dis pourquoi j'étais venue. Elle prononça ses mots rapidement, en murmurant presque. Elle ne voulait pas insister sur ce fait là. Un peu gênée, elle reposa sa main qui caressait le visage d'Octave sur le canapé. Elle racla la gorge. Trouvé ? Comme ça, d'un coup ? »

Les Vrayes centuries et Propheties de maistre Michel Nostradamus... Maintenant qu'elle y pensait, elle avait déjà entendu ce titre quelque part... Mais où ? Ce n'était certainement pas Trelawney qui lui en avait parlé. Lina était presque sûre de l'avoir lu quelque part. La sorcière fronça les sourcils, en tentant de se souvenir du contexte. Elle avait un vague souvenir. Elle était chez elle, la fenêtre était ouverte, il devait faire chaud. Elle était dans sa chambre. La mémoire lui revint subitement. Son grand – père lui avait traduit le journal intime de son ancêtre Elena. C'était là qu'elle avait vu le texte mentionné par Octave. Le cœur de la jeune femme s'emballa un peu. Elle se sentait parfois dépassée par son don et éprouvait le besoin, presque viscéral, de créer un lien, aussi fragile ou symbolique soit – il, avec cette femme morte.

« Ça me parle... Le texte parle aussi de la vie de l'auteur, non ? Je ne le connais pas bien... »

Elle grimaça. Lina manquait clairement de culture dans son domaine, et ce, même si elle avait assimilé plusieurs techniques divinatoires. Son instinct n'était pas suffisant, il était nécessaire maintenant d'acquérir plus de connaissances.

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Lun 17 Avr - 21:00

En réponse à sa retenue et sa sobriété forcée, choisie consciencieusement, des doigts en fines tiges d’orchidée virent se poser sur sa tempe, tendue par le mouvement serré de sa mâchoire, grincements de dents involontaires et moue de lèvres qui tiraient la peau de son visage. Imperceptiblement, ses sourcils se froncèrent. La douleur et la discorde se faisait sentir autre part. Etrangement, une crampe le prit aux reins et à l’arrière du crâne, comme s’il fut déshydraté, zébrant sa fatigue d’une nouvelle marque tavelée et désagréable. Epine supplémentaire spécifiant que quelque chose n’allait pas. Son corps gémissait doucement, silencieusement, en vieux bateau grinçant en écho sinistre sitôt qu’un remous venait le faire tanguer. C’était encore trop tôt pour pouvoir y remédier convenablement, chaque inquiétude nécessitant son propre temps d’élévation vertigineuse avant d’enfin choir dans l’oubli. Mais avant cela, tout s’accumulait dans la peine et l’impuissance d’une situation que l’on ne pouvait que subir, sans véritablement y remédier une fois que notre sensibilité nous y contraignait. Il ne restait plus qu’à se recroqueviller dans un coin, tant il n’y avait rien à faire, à part mettre ses sentiments de côté, ce qu’Octave ne voulait pas. Non pas par complaisance malsaine dans la souffrance, qui elle d’ailleurs était une vieille amie, mais parce que ce n’était pas quelque chose dont il avait envie de se priver. Il ne voulait pas que l’absence de Cassidy lui soit plus supportable, il ne désirait pas s’indifférencier jusqu’à ne plus la considérer du tout. Il n’y avait jamais de juste mesure, c’était tout ou rien. Elle-même le lui avait prouvé au travers de son comportement changeant, toujours extrême d’impétuosité.

Pourtant, il se força à se détendre. Les doigts étaient remontés vers la lisière de ses cheveux, lui arrachant un frisson froid. Ce n’était pas agréable, mais cela devait l’être. La tension de l’épiderme quémandait l'attention d’un esprit qui tournait en rond dans sa propre mélasse, préférant se renfermer plutôt que de prêter faveurs à un corps qui se dégradait de toute manière à mesure que le temps passait, pliant sous l’insomnie et l’angoisse. A quoi bon lui accorder du crédit, à cette chaire tremblotante ; il valait mieux l’ignorer, minimiser ses douleurs. Alors cette main entre ses mèches eut d’abord l’effet d’une énième torture, un autre manquement d’un membre qui cédait sous la pression. Mais ce n’étaient que des doigts d’une nature tendre, revêtant la douceur que l’on ne pouvait désirer que d’une mère aimante ou d’une amante veloutée. La désinvolture certaine du geste faisait ressortir avec tiédeur son intention dorée et solaire. Bientôt, à force de redonner un peu de considération à son corps, Octave défronça sensiblement son visage, comme s’il fut plongé dans un tumultueux sommeil. Sentant à peine le frémissement moite de sa peau se transformer en timide ondoiement chaleureux là où les doigts de Lina traçaient leurs chemins, tels d'obstinés ruisseaux, Octave finit par lâcher un long soupir qui sembla, dans l’exhalaison languissante, détendre ses membres, laissant son cou désarticulé. Timidement, il tendit même sa tête à l’encontre des caresses pour mieux les sentir. Ses yeux arrêtèrent de chercher l’invisible et le mouvant pour s’immobiliser derrière ses paupières closes. Enfin, il sembla respirer plus posément et son cœur ne battait plus à ses oreilles. Il n’y avait que le bourdonnement de ses pensées et inquiétudes qui persistait, quelque part derrières le palais de son esprit, tel un orgue raisonnant entre les colonnes de pierres sans que l’on ne sache où il se trouvât.

Il s’était attendu à davantage de curiosité, particulièrement de la part d’une adolescente, quant aux aventures retraçant l’épopée de ses nombreux déboires. Mais elle, resta relativement silencieuse, discrète dans son intérêt, ou démonstrative dans son manque de considération pour ce genre de choses. Encore de la politesse, peut-être, se dit-il à soi-même d’un ton laconique, comme s’il s’agissait d’un défaut caché. Elle avait probablement raison de rester joliment pudique. C’aurait une information qui aurait beaucoup intrigué quelqu’un comme Lawford, assurément. Enfin, ce n’était pas comme si l’envie de s’étendre sur le sujet était là, d’autant qu’il l’avait déjà éconduite quant aux origines de son état.

« Je t'ai dis pourquoi j'étais venue… Trouvé ? Comme ça, d'un coup ? »

Entre deux phrases, la main disparut, frustrée du propos tenu ou lasse du toucher. Octave rouvrit les yeux, serrant un peu sur ses doigts pour mieux sentir le pouls du cœur féminin, essayant de remarquer une variation dans le cœur de la jeune femme. Mais à dire vrai, avec tous ces mouvements et ces paroles, il ne sentait plus grand-chose, gardant simplement sa main pour profiter de la chaleur et de la pression rassurante de cette cuisse contre les coussins du canapé. Il sentait le bout de ses doigts coincés, et la situation avait quelque chose de profondément satisfaisant, comme s’il était enfin parvenu à prendre racine quelque part, arrêtant son vol désordonné de moineau perdu dans la tempête. An biais, Octave regarda Miss K d’un éclat frustré peut-être un peu trop sincère au fond du regard, et s’empressant de le faire disparaître en clignant des paupières et renvoyant ses rayons de jade vers le plafond. Un caprice. Mais il s’était senti vaguement apaisé, enfin. D’abord, il eut l’air désolé, puis, du bout des lèvres, Octave fit la moue et esquissa même un demi-sourire coquet.

« Pour me voir, j’ai compris. J’ai pensé à une politesse de rigueur avant de me demander quelque chose d’autre. Je pose toujours la question deux fois, au cas où. Excuse-moi. »

Et de toute manière, la conversation était déjà partie dans une autre direction. Octave cambra sa belle taille, détendant les muscles endoloris de son dos, tout en fouillant dans ses remembrances jusqu’à remonter vers sa récente trouvaille. Déjà, un air malicieux se dessinait sur son visage ombré de fatigue, comme s’il s’agissait de l’histoire la plus palpitante en ce monde, mais l’élan fut bien vite interrompu par une brusquerie involontaire de Miss K. Un soubresaut à peine perceptible l’obligea à la regarder franchement. Elle semblait, elle aussi, perdue dans des souvenirs, quoi que bien plus profonds que les siens. De sa main engoncée, Octave sera la cuisse de la jeune femme, fronçant légèrement ses sourcils en un arque impétueux, sentant sous la pulpe de ses doigts le cœur féminin manquer un battement. Elle parût s’agiter doucement, découvrir un trésor à l’arrière de ses yeux. L’évocation avait pris son temps, mais la voilà qu’elle faisait lumière, effleurant des cordes que Lina avait peut-être cru profondément enfouies.

« Ça me parle... Le texte parle aussi de la vie de l'auteur, non ? Je ne le connais pas bien... »

Octave scruta attentivement son visage, contournant de son regard de jade la grimace qui déformait ses traits, sentant sa curiosité piquée en son sein. S’il y avait bien quelque chose d’immuable en son esprit, à condition que le trait de caractère ne soit pas écrasé par une puissante indolence, particularité sur laquelle aucune contrainte extérieure ne pouvait avoir effet, c’était son insatiable, maladive, dérangeante curiosité. Heureusement, il était beaucoup trop éprouvé et épuisé pour qu’une flamme n’agite ses noires pupilles d’un feu ardent.

« Non. C’est la première version du recueil de ses prophéties. Parce qu’il avait un style obscur et usait d’un vocabulaire tiré d’un mélange de moyen français, latin, grec et provençal, les interprétations ont une grande liberté, et certaines rééditions ont été corrigées pour être plus compréhensibles. Donc non, manifestement, je ne suis pas juste tombé sur ça par hasard. Je le cherchais en pensant que ça pourrait t’intéresser. Après tout, certains parlent du plus grand prophète de l’histoire. En tout cas, quelques uns de ses dires se sont réalisés, quoi que ce soit discutable, justement parce que les écrits sont souvent vagues. Difficile à dire cependant s’il était simplement visionnaire et doté d’une intelligence supérieure, ou s’il avait un don véritablement sorcier… Tu le comprendras mieux que moi je suppose, si tu t’aventures à le lire. »

Il préféra d’abord répondre en substance avant de s’intéresser davantage au sujet qui l’avait touché. De sa main libre, Octave alla retrouver à l’aveugle celle de la jeune femme, qu’il empoigna avant de la guider vers la lisière de ses cheveux, lui sommant ainsi silencieusement de continuer. Enfin, le geste n’avait rien d’autoritaire, ce n’était qu’une demande désinvolte qui n’engageait à rien, d’autant qu’il ne voulait pas paraître plus désespéré qu’il ne l’était, si c’était encore possible. Il avait abandonné les doigts graciles sur son front froid, plaquant un instant même la paume étroite et féminine de la sienne contre sa peau, fermant les yeux. La chaleur était agréable, hérissant son épiderme d’une tension froide. Pour sa part, sa main était gelée. Finalement, il rabattit son bras sur son ventre et continua, usant déjà de manœuvres pour pousser à l’honnêteté, essayant de viser faux pour obliger Lina à le corriger. Il savait qu’une réaction comme celle qui avait secoué la jeune femme ne pouvait être liée qu’à des sentiments intimes et les atteindre n’était pas toujours très simple.

« Tu as déjà dû le voir ici peut-être, il y a une édition bien plus récente. Je ne crois pas qu’on en parle en cours d’histoire ou en divination… Tu es une voyante après-tout, tu as forcément lu ça quelque part en faisant tes recherches... Cela dit ça m’étonne que ça n’ait pas plus accroché ton attention. Trop moldu ? »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Sam 27 Mai - 21:12

Bien qu'il ne manifestât aucun intérêt particulier à travers son regard, elle se sentait observée. Octave était un homme curieux, et la sorcière se doutait qu'il voudrait savoir où elle avait entendu parler de ce livre.  Est – ce que l'homme aux livres avait pu percevoir son malaise à l'idée d'évoquer son arrière – arrière grand – mère ? C'était possible. Lina se revit entrain de froncer ses sourcils. Oui, il avait sans doute perçut quelque chose. Pourtant rien ne vint. Pas de questions, pas de regards suspects... Était – il trop épuisé pour chercher le pourquoi du comment ? Lui accordait – il un répit ?

« Non. C’est la première version du recueil de ses prophéties. Parce qu’il avait un style obscur et usait d’un vocabulaire tiré d’un mélange de moyen français, latin, grec et provençal, les interprétations ont une grande liberté, et certaines rééditions ont été corrigées pour être plus compréhensibles. Donc non, manifestement, je ne suis pas juste tombé sur ça par hasard. Je le cherchais en pensant que ça pourrait t’intéresser. Après tout, certains parlent du plus grand prophète de l’histoire. En tout cas, quelques uns de ses dires se sont réalisés, quoi que ce soit discutable, justement parce que les écrits sont souvent vagues. Difficile à dire cependant s’il était simplement visionnaire et doté d’une intelligence supérieure, ou s’il avait un don véritablement sorcier… Tu le comprendras mieux que moi je suppose, si tu t’aventures à le lire ».

Un frisson parcouru son échine, alors que son cœur bondissait joyeusement dans sa poitrine. Il l'avait cherché pour elle. Il s'intéressait à elle, pauvre adolescente qu'elle était.  Elle se força à se focaliser sur la conversation. Elle ne voulait pas perdre le fil. Octave avait amassé tellement de connaissances... Lina l'admirait pour ça. Et l'écouter parler était toujours un vrai plaisir... Le ton de sa voix, la musicalité des mots qu'il utilisait... Elle adorait ça. Mais elle pinça les lèves « tu comprend mieux que moi » avait – il dit. Elle n'en était pas sûre. Il fallait reconnaître qu'il lui manquait certaines bases. Lina, concernant la divination, était intuitive plus qu'autre chose. Elle ne manquait pas de bonne volonté pourtant, mais les ouvrages que Trelawney lui avait conseillé n'étaient pas les bons, elle ne s'en était aperçu que quand le bibliothécaire lui avait donné ses précieux ouvrages. Alors non, clairement, elle n'était pas certaine de mieux comprendre que lui. Peut – être d'envisager les choses autrement, mais c'était probablement tout.
Mais de toute façon, elle ne voulait pas commencer ce nouveau livre avant d'avoir terminé les anciens qu'il lui avait offert. Lina tenait à faire les choses dans l'ordre.

« Je m'y aventurerai sûrement... Mais j'ai d'autre livres à lire avant »

Son ton amusé c'était accompagné d'un charmant petit sourire en coin. Si elle avait osé, elle aurait cherché les yeux de l'homme aux livres pour échanger un regard complice. Mais elle se contenta de regarder droit devant elle.  C'est sans doute parce qu'elle ne le regardait pas qu'elle fut surprise de son geste. Son cœur eut un raté quand elle sentit la main d'Octave prendre la sienne. Il guida sa petite menotte blanche sur son front, appuya délicatement sa paume contre son visage. Lina le laissa faire, profitant de l'instant, rougissant tendrement. Elle dégageait désormais un peu plus de chaleur que tout à l'heure. La sorcière se remit à caresser avec délicatesse son visage. Sur ses tempes, elle traça des cercles, elle remonta une ligne invisible jusqu'à son front, chatouilla l'espace entre ses deux sourcils, elle descendit un peu plus pas, et caressa furtivement ses cernes de couleur lavande. Elle continua son chemin, descendant en fait vers le cœur d'Octave. Elle s'arrêta un moment sur ses joues : la barbe de l'homme chatouillait la pulpe sensible de ses doigts. Elle caressa ensuite le dessous de sa bouche, sans oser franchir la barrière de ses lèvres. Le menton, le cou.  Lina laissa sa main courir jusqu'à sa clavicule.

« Tu as déjà dû le voir ici peut-être, il y a une édition bien plus récente. Je ne crois pas qu’on en parle en cours d’histoire ou en divination… Tu es une voyante après-tout, tu as forcément lu ça quelque part en faisant tes recherches... Cela dit ça m’étonne que ça n’ait pas plus accroché ton attention. Trop moldu ? »

Elle interrompu son geste un instant. Il n'avait donc pas renoncé, il avait simplement accordé une trêve. Elle fit remonter ses doigts vers la tempe d'Octave, et recommença son jeu depuis le début, la tempe, le front...

« Non, souffla t-elle. Pas ici. Elle hésita un peu. Mais en même temps, il n'y avait rien à cacher... Mon grand – père m'a traduit le... Journal de mon arrière – arrière grand – mère. Elle mentionne le livre dedans, je sais plus pourquoi. Il n'a pas spécialement attiré mon attention parce que... J'étais surtout curieuse de sa vie à elle »

Elle insista sur le dernier mot. Est – ce que cela suffirait pour faire comprendre à Octave à quel point elle était fascinée par cette femme ? Quelque part au fond de son esprit, elle revit une vieille photographie de la voyante. Des cheveux noirs, comme les ailes d'un corbeau, comme Lina... De grands yeux ouverts sur le monde, de couleur claire mais la jeune fille ne pouvait pas en être certaine, puisque l'image était en noir et blanc. Elle était mince, grande, avec un air trop sérieux, fier. Elena ne bougeait presque pas, on aurait pu croire le photographe était un moldu.
Lina s'était souvent interrogée... Est – ce qu'elles se ressemblaient ? Les mêmes cheveux, la même ligne de sourcils, la même mâchoire, peut – être, mais c'était tout, hélas. Déçue, la jaune et noire avait alors questionné son grand – père pour savoir si elles avaient des personnalités comparable, mais il avait répondu par la négative, en insistant sur le fait qu'à la fin de sa vie, Elena était devenue très taciturne, austère...
Mais en lisant le journal, Lina leur avait découvert d'autres points communs. Toutes les deux avaient perdues leur petites sœurs. Et le patronus de son ancêtre était une corneille. Certes, ce n'était pas un corbeau, comme Lina, mais c'était la même famille.

Elle en était à caresser l'angle de sa mâchoire. Oui, c'était une voyante... Une apprentie voyante plus exactement. Mais c'était un bon début, d'autant plus qu'elle ne cessait de progresser.

« Merci de m'aider... Avec tous ces livres ».

Elle était terriblement sincère. Octave avait été de son côté, s'il était possible de parler ainsi. En tout cas il l'avait cru. Certains avaient mal réagis, d'autres ne l'avaient traitée qu'avec indifférence. La divination était une branche nébuleuse de la Magie, beaucoup refusaient tout simplement d'y croire. Enfin il y avait eu les médusés, qui l'avait harcelée pour qu'elle prédise chaque seconde de leur avenir.  Lina avait aimé sa façon d'accepter les choses, preuves à l'appui. C'est ainsi que, sans le savoir, il avait aidé la jeune fille, dix fois, mille fois plus que Trelawney.

Faisant fi de toute timidité, elle s'arrêta de caresser son visage un bref instant, juste le temps de poser furtivement ses lèvres roses sur le nez d'Octave. Son baiser fut tellement léger qu'il ne laissa aucune marque de maquillage, à la plus grande satisfaction de la sorcière.

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Lun 29 Mai - 1:23

« Je m'y aventurerai sûrement... Mais j'ai d'autre livres à lire avant »

Il pinça ses lèvres, sourcillant sous la paume de la jeune femme, ridant son front d’un léger sentiment de résipiscence. Il s’était probablement un peu emporté et risquait de l’étouffer sous une avalanche de papiers et d’études sur le sujet. Mais il s’était tant enthousiasmé à sa rencontre ! Découvrir une véritable voyante parmi les étudiants fut comme une révélation. Il y avait toujours cru d’une certaine façon, mais voir ses suppositions couronnées d’une preuve tangible était une récompense qui enflammait à tel point qu’il se dispersait, incapable de discipliner un esprit électrisé. Ces instants s’amenuisaient avec l’âge et il chérissait chacun d’eux, chaque manifestation qui l’émerveillait et le rapprochait un peu plus de l’idée du divin. Evidemment, tout était un miracle dans cette vie si l’on considérait les contradictions qui pétrissaient cette existence. Allant de l’extrême vulnérabilité humaine à sa capacité à accomplir des merveilles, jusqu’à la logique implacable de cette belle, prodigieuse nature qui n’en finissait pas de démontrer son ingéniosité autant dans l’infini que dans l’infinitésimal. Mais le don de voyance dépassait l’entendement, encore plus que la magie, car il allait non seulement à l’encontre des lois de la physique, mais également celles du temps. Que pouvait-il y avoir de plus excitent que cela ? Seulement, Octave ne s’était pas confronté à un phénomène fini. Miss Kaveline n’était qu’une adolescente et elle devait encore devenir tout ce qu’elle pouvait, l’étendue de ses pouvoirs lui échappant grandement. Naturellement, comme c’était ce qu’il faisait à chaque fois que le monde ne lui donnait pas une réponse suffisamment intéressante, Octave s’était tourné vers les anciens et leurs savoirs. Au point peut-être de trop en imposer sur le dos de la jeune fille, la faisant non pas complice de sa curiosité maladive, mais sa victime. Non, bien sûr, il ne souhaitait pas lui imposer le douloureux chemin de l’épuisement dans une tentative de devancer la course du temps.

« Oui, bien sûr. Tu me diras quand tu auras le temps et l’envie de t’y intéresser. »

Il s’en voulait un peu d’avoir été si fervent à ses dépens, alors sa voix sonna douce, résignée, un peu timide. Duveteuse aussi, parce qu’il commençait à profiter des caresser induites que Lina lui prodiguait. S’abandonnant à la sensation de ses doigts courant la peau de ses tempes et de son front, Octave ferma paisiblement ses paupières, essayant d’apaiser toute la tension accumulée sur son visage pour pas que la caresse devienne désagréable. C’était toujours étrangement plus simple pour lui de se laisser aller pour quelqu’un plutôt que de faire l’effort pour soi. Peut-être ressentait-il les responsabilités promises à autrui plus importantes que celles faites pour soi, va savoir, mais en tout cas la magie, délicate et tendre, opérait. La jeune femme exécutait son œuvre avec application à tel point qu’Octave se perdit un instant entre ses doigts, alors qu’elle longeait ses joues creusées, sans se rendre compte qu’elle descendait un peu trop bas. Lorsque ses mains fleuretèrent avec la naissance de son cou, il se mit soudain à parler, pour reprendre contenance soi-même et la déconcentrer elle. Chose obtenue puisque Miss Kaveline cessa son activité. Il avait enfin ressenti un peu d’apaisement, si ce n’est moral, au moins physique entre ses paumes, mais même son aise se reconnaissait des limites que de jeunes femmes bien rangées comme elle ne devaient pas franchir. Et lui encore moins, alors qu’il se savait si prompt à se laisser emporter par la consolation d’un corps pas toujours aimé, et encore moins traité convenablement au cours de sa courte mais tumultueuse existence. Heureusement, la jeune femme se remit à l’ouvrage en massant à nouveau ses tempes fatiguées d’éprouver de la peine.

« Non. Pas ici. Mais en même temps, il n'y avait rien à cacher... Mon grand-père m'a traduit le... Journal de mon arrière – arrière grand – mère. Elle mentionne le livre dedans, je sais plus pourquoi. Il n'a pas spécialement attiré mon attention parce que... J'étais surtout curieuse de sa vie à elle »

Octave laissa un long « mhhh » compréhensif secouer sa poitrine. L’information ne l’avait pas tout de suite percutée à dire vrai et il avait meuglé comme une vache par reflexe, sans vraiment traiter l’information, tant il essayait de s’oublier sous la tendresse, mettant la peine de côté alors que ses muscles arrêtaient enfin de le faire souffrir sous la tension. Un instant encore avait-il contemplé la quiétude toute relative obtenue, yeux clos et les lèvres légèrement entrouvertes par une mâchoire détendue… Et puis ses paupières s’ouvrirent brusquement. Il regarda Lina avec beaucoup de considération, cherchant sur son visage quelque chose qui lui donnait un indice supplémentaire sur la suspicion qui l’animait dorénavant. Il saisissait parfaitement le besoin de remonter ses racines pour comprendre sa propre souche, particulièrement en présence de pouvoir dont disposait Lina. Mais Nostradamus n’était pas de la littérature que l’on lisait vraiment ni que l’on possédait pas hasard. C’était quelqu’un dont on parlait beaucoup, sur qui on tournait des documentaires et écrivait des papiers scientifiques, toutefois personne ne le lisait véritablement. Il faisait partie de ces auteurs auxquels on faisait référence par souci culturel sans en avoir touché une page pour autant. Un peu comme Platon ou Pascal, parce qu’il fallait reconnaitre qu’ils n’avaient pas écrits des œuvres particulièrement faciles à lire, ni très évidentes. Qui plus est, Octave savait que le don de divination était quelque chose qui se transmettait des parents aux enfants, sautant parfois quelques générations. La curiosité de Lina ne s’en retrouverait que plus censée. Néanmoins, il ne voulait pas trop s’avancer, bien qu’il eût tendance à faire confiance à sa première intuition dans le sujet. Si une idée naissait dans son esprit par association, ce n’était en général pas par hasard. Il voulut lancer une pique en plein vol, profiter de l’envolée apportée par sa supposition, mais se ravisa au dernier moment et se contenta de meugler une deuxième fois.

« Merci de m'aider... Avec tous ces livres »

Doucement, il lui sourit en coin, la regardant en biais d’un air flatté avec cet air de chat bien nourri qu’il prenait lorsqu’on lui faisait plaisir. Il allait répondre que la joie était le sienne, car il n’y avait finalement rien de plus agréable que le partage mutuel, mais la jeune fille se pencha vers l’avant et il sentit le tissu de son jean glisser contre ses doigts, se tendant d’un dos courbé. Elle se penchait et la distance était si courte qu’il n’eut même pas le temps de réaliser ce qui se produisait lorsque sa bouche chaude se déposa sur son front froid. L’affaire ne dura qu’un instant, alors l’on ne pouvait pas décemment dire qu’il avait eu le temps de comprendre, et encore moins d’en profiter. En un battement de cil, la voilà qui s’éloignait déjà, les joues joliment rougies. Lui, sentait l’emprunte moite et ardente du baiser sur sa peau, qui souffrait déjà d’un vent froid. Et tandis que Lina se redressait, Octave la regardait d’un œil étrange, vaguement songeur, comme s’il ne parvenait pas à se décider sur quelque chose. Ce qui était sûr, c’est que cette attention l’avait définitivement réveillé. D’un geste lent, il retira la main qui était sous la cuisse de Lina et se redressa avec précaution à son tour, s’asseyant sur le canapé à côté de la jeune femme, lui offrant maintenant seulement son profil. Ses bras prirent appui sur le rebord des coussins, de chaque côté de ses genoux et il cambra son dos, baissant légèrement la tête. Finalement, il tourna son visage, un sourire plein de malice sur les lèvres et susurra :

« Est-ce que c’est comme cela que font les bonnes filles bien rangées de la famille Kaveline ? Elles embrassent de vieux bibliothécaires pour les remercier ? » Il plissa les yeux et rajouta « Ca pourrait donner de fausses idées aux vieux bibliothécaires. »

Octave la scruta ainsi un instant, semblant la mettre au défi, avant de se répandre en un rire de gorge espiègle. Sans s’arrêter de ricaner doucement, il se laissa aller contre les coussins de velours du canapé, passant son bras de chaque côté du dossier, longeant le dos de Lina par la même occasion de son avant-bras. Laissant sa tête aller vers l’arrière, il cala sa nuque contre le traversin étroit cousu à même le divan. Son rire s’étouffa naturellement dans sa poitrine et Octave secoua la tête, comme pour mettre fin à la plaisanterie. Plaisanterie qui n’en était pas vraiment une d’une certaine façon. Ne parvenant pas à en saisir le sens jusqu’au bout, il avait glissé une mise en garde bien réelle derrière son apparent badinage. La voie empruntée était délicate et il valait mieux qu'elle sût ce qu'elle désirait exactement avant de s'y aventurer. Toutefois, il n’avait pas changé de position pour cette raison spécifiquement, mais surtout parce qu’on ne pouvait décemment pas avoir l’air mystérieux en étant couché. En tout cas, pas dans cette pose. Et puis il ne parvenait pas à dormir de toute façon, alors rester couché avait commencé à l’exaspérer. Cela dit, sa tête n’en tenait pas mieux et la fatigue se faisant quand même sentir, sa nuque tangua et il finit par pencher la tête sur le côté, collant sa joue sur les oreilles pourpres et détendant son cou. Regardant Lina en biais, il soupira paisiblement.

« Les livres, ce n’est franchement pas grand-chose. J’aurais bien aimé t’aider autrement, mais ce n’est pas de mon ressort, je crois. Tu vis des choses qui dépassent mon entendement. Des choses que je ne peux qu’essayer de comprendre sans m’en approcher véritablement. J’arrive à peine à imaginer ce que tu dois ressentir, et encore, ce que n’est que selon ce que j’ai lu. J’ai l’impression que c’est comme essayer d’inventer une nouvelle couleur. Ca n’a aucun sens. C’est frustrant. J’aimerai savoir ce que tu ressens. » Un instant, Octave tapota le bois du dossier de ses doigts, se concentrant sur quelques pensées qui l’accaparaient. Puis, son regard redevint limpide et il sourit à nouveau du bout des lèvres, n’étant pas encore parfaitement capable d’exécuter un plein sourire en tranche d’orange convaincant. Pour le moment, il se contentait d’illusions. « C’est pour ça que tu t’intéresses à ton ancêtre ? Pour te comprendre ? Elle te ressemble ?... Les gens regardent en arrière surtout pour trouver des réponses. »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Mar 20 Juin - 13:00

Il changea de position, juste après avoir reçu son baiser. Avait – elle fait quelque chose de mal ? La sorcière fronça ses sourcils noirs, vaguement inquiète. Il ne semblait pas outré, peut -  être était – il décontenancé par ce qu'elle avait fait ? Elle soupira un peu quand il se leva : il lui laissa une sensation de froid sur ses cuisses. Pour pallier à cette impression désagréable, elle croisa les jambes utilisant ainsi sa propre chaleur corporelle pour tenter de se réchauffer.

« Est-ce que c’est comme cela que font les bonnes filles bien rangées de la famille Kaveline ? Elles embrassent de vieux bibliothécaires pour les remercier ? Ça pourrait donner de fausses idées aux vieux bibliothécaires ».

Ses joues se couvrirent de petites taches rouges. Elle avait espéré tout autre chose. Pendant les dixièmes de secondes qu'il lui avait laissé, elle avait eu le temps d'imaginer quelques scénarii, certains un peu. Mais elle n'avait pas prévu ces mots, cet avertissement à peine caché... Mais il avait raison, Octave faisait parti de ses gens avec qui il fallait faire preuve de sagesse... « Méfie toi de ce que tu souhaites, ça pourrait arriver ».  Encore aurait – il fallut que la jeune adulte soit en accord avec elle même quant à ses désirs.
Un rire franchit la barrière des lèvres du bibliothécaire au même moment ou Lina se raclait péniblement la gorge. Elle tenta de dire quelque chose mais ça voix se cassa et aucun son ne daigna sortir de sa gorge. Elle le regarda s'installer le plus confortablement possible sur le canapé. Il avait repris un air plus sérieux. Il était déjà passé à autre chose qu'au baiser, elle en était sûre, quelque chose avait changé. Son regard, son attitude ? Il passa son bras derrière le dos de Lina, sans la toucher pour autant. Elle frissonna. Le deviner si près d'elle... Elle avait l'impression de pouvoir sentir sa peau contre elle, pourtant, non. L'énergie qu'elle croyait percevoir n'existait pas, ou alors seulement dans son esprit à elle, c'était évident.

« Les livres, ce n’est franchement pas grand-chose ».

À sa première phrase la jeune femme haussa les épaules. Elle était touchée qu'il veuille l'aider mais gênée qu'il pense ne pas en faire assez... À lui tout seul il avait été plus efficace que Trelawney, ou que n'importe qui d'autres. Même ses propres parents avaient abandonnés l'idée de la guider. Au début, elle avait cru que c'était parce qu'ils la pensait coupable de l'accident de sa sœur : après tout elle n'avait pas était capable de les prévenir. Mais elle avait fini par comprendre que le Lynn et Victor Kaveline ne se sentaient tout simplement pas à la hauteur. Comment auraient – ils pu l'être de toute façon ? Cela aurait demandé trop d'investissement, trop de recherches... Lina avait donc cessé de leur parler de son don, des flashs ou des visions qu'elle pouvait avoir parfois, à moins qu'ils ne soient concernés. Cet accord tacite ne semblait pas convenir tout à fait aux deux partis, mais ils n'avaient rien trouvé de mieux pour l'instant.

« J’aurais bien aimé t’aider autrement, mais ce n’est pas de mon ressort, je crois. Tu vis des choses qui dépassent mon entendement. Des choses que je ne peux qu’essayer de comprendre sans m’en approcher véritablement. J’arrive à peine à imaginer ce que tu dois ressentir, et encore, ce que n’est que selon ce que j’ai lu. J’ai l’impression que c’est comme essayer d’inventer une nouvelle couleur.  Ça n’a aucun sens. C’est frustrant. J’aimerai savoir ce que tu ressens ».

Elle planta ses grand yeux verts dans ceux de l'homme aux livres. Elle peinait à deviner ses intentions. Octave était d'un naturel curieux, elle l'avait compris dès le début... Était – ce pour cela qu'il s'intéressait à ce qu'elle ressentait ? Ou se souciait t – il d'elle ? Un peut des deux peut – être ? C'était l'option la plus probable, et celle qu'elle préférait.
Elle pesa les mots d'Octave et tacha de clarifier les choses dans son esprit, ce qui n'était pas facile. Ce qu'elle ressentait... ? Elle même n'était pas sûre... D'abord parce que la sensation était différente à chaque fois. Globalement elle pouvait dire que la chose n'était pas très agréable, mais...  Elle chercha une image, quelque chose de clair, que l'on pouvait retrouver dans le monde ordinaire.

« C'est comme … Écouter une radio qui capte mal. La comparaison était auditive plutôt que visuelle, mais elle n'avait trouvé mieux. Tu sais, comme quand ça grésille et que tu entends mal... C'est très agaçant, c'est irritant. Il y a des fois où les choses se déroule bien, ou je vois clairement, mais les trois quart du temps c'est... Incomplet. Frustrant, très très frustrant ».

Ce genre de visions brouillonnes lui donnaient parfois mal à la tête. Les images étaient floues ou incohérentes et Lina passait alors un long moment à travailler sur une moitié de puzzle, à déchiffrer l'indéchiffrable. Puis se greffait à ça les sensations du corps et son instinct, les choses qu'elle parvenait à deviner sans explications possible.

« C’est pour ça que tu t’intéresses à ton ancêtre ? Pour te comprendre ? Elle te ressemble ?... Les gens regardent en arrière surtout pour trouver des réponses ».

Elle nota son sourire et hocha la tête avec un peu plus de ferveur que prévu. Quelques mèches de cheveux ondulées se détachèrent avec souplesse de son chignon, mais elle n'y prêta pas vraiment attention. Avec son index, elle se gratta le bout du nez, perplexe. Est – ce qu'elle lui ressemblait ? Elle tergiversa pendant ce qui lui semblât être un long moment.

« Oui pour me comprendre et... Elle ne me ressemble pas vraiment. Enfin si mais une version plus dure, plus austère. Elle a les cheveux noirs, comme moi, je ne suis pas sûre de la couleur de ses yeux, ils pourraient être verts également, mon grand - père ne s'en souviens pas bien. Nos patronus sont presque pareils. Le sien était une corneille, moi c'est un corbeau. Comme elle, je préfère la cartomancie... »

Lina tut le dernier élément qui la reliait plus que tout à son ancêtre : Elena, comme sa descendante avait perdue sa jeune sœur. La jaune et noire avait été très perturbée quand elle avait appris ce fait – là et elle s'était sentie atrocement coupable, comme s'il fallait des conditions sine qua non pour posséder le don de voyance. Elle ne pensait vraiment que ce soit le cas, pourtant le doute l'envahissait parfois... D'autre fois elle se disait simplement que perdre un membre de sa famille arrivait souvent et que l'on n'y pouvait rien, que ce n'était que le hasard, un simple et malheureux hasard.
Elle tapota légèrement le sol avec son talon, l'utilisant presque comme une pioche pour le jardin. Un geste un peu nerveux, pour se donner une contenance.

« Je n'ai pas trouvé beaucoup de réponses pour l'instant. L'idéal serait un voyage dans le temps ».

Elle lâcha un petit rire sans joie. Un voyage dans le temps... Même, la magie n'avait pas su résoudre ce problème – là... Enfin si, partiellement, pour quelques heures tout au plus, mais c'est tout. Et l'on ne pouvait pas faire revivre les morts à moins qu'eux mêmes ne le désire ardemment et refusent leur sort. Des questions de magie théorique très compliquée qui étaient traitées au Département des Mystères au Ministère de la Magie.

« Et toi ? Tu as des idées sur pourquoi j'ai... Sur pourquoi je vois ? »

Elle appuya sur le dernier mot. Elle faisait confiance à la tête bien pleine d'Octave. Lina se doutait qu'il n'avait pas une réponse toute prête à lui servir, mais peut – être avait – il des hypothèses, des pistes de travail.  Elle s'en voulait un peu de lui demander ça, après tout elle était venue pour lui, pour s'assurer qu'il allait bien et non pas pour trouver des réponses à ses questions, mais elle n'avait pas pu s'empêcher de répondre à ses questions et d'en poser en retour. Il avait l'air sincère dans sa démarche, et il était tellement rare qu'elle puisse parler de ses capacités aussi facilement...

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Ven 23 Juin - 2:53

L’avait-il un peu frustré ? Froissé une quelconque espérance ? Ou simplement avait-il réagi trop promptement à ce qui n’était qu’un gage de tendresse sans arrière-pensée ? Octave ne savait jamais quoi faire avec ce genre de choses, tant l’ambigüité le laissait parfois dans l’attente d’évènements qui ne se produisaient jamais. Il regardait Lina en biais et se disait qu’elle aurait pu être sa fille. Quoi que, ce n’était pas une excuse ça, seulement une réflexion qu’avaient certains vieux pour s’empêcher de faire des bêtises. Lui, s’en moquait pas mal et n’avait pas d’état d’âme à ce sujet, ni de tiraillement de conscience. Plus jeune, ayant été majoritairement entouré par des adultes, il s’était imaginé épouser une vieille pour profiter de sa maturité et de la grâce doucereuse que certaines d’entre-elles avaient à un âge avancé. Maintenant, il se disait qu’il s’était banalement cherché une mère de substitution. A y repenser, depuis qu’il avait avec succès dépassé la trentaine, ses intérêts étaient comme passés à travers un miroir. Cela dit, il était dans une école où la moyenne d’âge était bien faible, ce qui expliquait éventuellement son attrait soudain pour tous ces yeux innocents et débordants de vitalité. Mais dans un coin de son esprit, il ne pouvait s’empêcher d’y donner une signification symbolique. Sa propre jeunesse lui avait d’une certaine manière échappée. Et s’il s’était, comme tout enfant désirant grandir plus vite, intéressé à des personnes plus âgées que lui durant ce qui avait été son adolescence, aujourd’hui, selon sa propre analyse bâclée, il tendait à rattraper ce temps perdu. Comme un pauvre vieux qui n’acceptait pas de mûrir. Dans les deux cas, c’était un peu pathétique.

Mais il était fatigué d’être sérieux. Sa jeunesse avait été grave, sans sourires ni exaltations. Aucun amusement, ou de ceux qui ne convenaient pas vraiment à son âge. Octave toisa Lina avec attention, ses lourdes paupières mi-closes, alors qu’il jouait de ses doigts avec un fil tiré du canapé. Elle pouvait être sa fille tout autant qu’elle pouvait être son aventure. Mais il savait toutefois, comme avec Elena, qu’il serait incapable de s’ouvrir jusqu’au bout à quelqu’un d’aussi jeune et inexpérimenté. Elle semblait douce et délicate et il ne voulait pas venir y déverser le goudron épais qu’était son âme. Elle n’avait pas besoin de ça, personne n’avait besoin de ça. Et pourtant c’était l’unique condition que quémandait son cœur : de pouvoir s’ouvrir. Même avec Cassidy, il n’était pas certain jusqu’au bout de pouvoir le faire… Malgré les airs qu’elle se donnait, elle était faible à l’intérieur et certainement pas encore assez constante émotionnellement pour pouvoir l’aider à porter sa croix, comme lui l’aidait à porter la sienne. C’était trop tôt. Cassidy était déjà surpassée par ses propres problèmes, alors devoir gérer les malheurs de quelqu’un d’autre n’était même pas envisageable. Quant à Lina, il avait peur de l’abimer, elle-aussi, comme il risquait de blesser sa Sirène, de l’affaiblir, ou de la déconcentrer. Alors, ce baiser sur le front, non seulement il lui parût ne pas être à propos dans le contexte, mais en plus, il l’avait brûlé. Il sentait encore son empreinte sur son front, comme un stigmate. Les baisers de Leslie ne l’avaient pas gêné parce qu’ils étaient innocents, mais quelque chose dans les lèvres, l’attitude et l’allure de la jeune femme l’avait touché plus que ce à quoi il s’était attendu. Peut-être parce que son propre esprit n’était pas clair. Lina était belle. C’était déjà une femme, même si gracieuse comme une fleur grasse, à peine sortie de l’enfance. Les gens beaux, charmants, il n’y résistait pas vraiment. Même s’ils s’avéraient exécrables, il gardait une douceur en son esprit à leur égard. En dépit de sa fatigue, il s’était senti enfiévré pour cette jolie nymphe. Il aimait posséder la beauté. Et encore plus la grâce et le charme. Octave savait que s’il s’aventurait à lui rendre ses gages d’amitié, ses témoignages n’auraient rien d’innocent, même s’il ne percevrait pas plus loin. Il était doué pour donner de faux espoirs.

« C'est comme… Écouter une radio qui capte mal. Tu sais, comme quand ça grésille et que tu entends mal... C'est très agaçant, c'est irritant. Il y a des fois où les choses se déroule bien, ou je vois clairement, mais les trois quarts du temps c'est... Incomplet. Frustrant, très très frustrant. »

Gentiment, il sourit, laissant sa tête aller encore plus contre les coussins, se détendant pour laisser son esprit imaginer une radio grésiller. Petit, il s’était armé d’un émetteur et avait essayé de communiquer avec d’autres amateurs, ne captant en général pas grand-chose que du bruit. Sa mère lui avait très rapidement confisqué son appareillage, voyant que son fils discutait avec un inconnu à travers cette machine de barbare. Mais il se souvenait encore parfaitement des crépitements de la neige dans le haut-parleur lorsqu’il ne parvenait pas à se caler sur la bonne fréquence. Quoi qu’il s’imaginât que l’analogie devait être malgré tout bien éloignée de la réalité. Surtout qu’il fût bien loin de pouvoir s’identifier correctement à une radio, même s’il en comprenait vaguement les mécanismes. Octave comprenait toutefois la frustration que l’on pouvait ressentir lorsqu’on était agressé par quelque chose qui n’était pas clair. Cela devait être la même chose que pour les sentiments, lorsqu’on était exalté par quelque chose sans être capable de l’identifier correctement. Il écouta la jeune femme parler de son ancêtre avec un certain enthousiasme qui était plaisant, comme si un lien invisible, rassurant, se créait entre deux générations qui ne s’étaient pas connues. Cela devait être sécurisant de savoir qu’elle n’était pas la seule de la famille à posséder ce don, que ce n’était pas une exception à la règle, mais une continuité naturelle.

« Tu dois te sentir rassurée de savoir que quelqu’un de ta famille a vécu probablement quelque chose de semblable à ce que tu vis maintenant… Quant au reste, tu trouveras toi-même tes réponses. C’est même mieux ainsi. Pas besoin de retourner dans le temps. »

Il l’avait dit du bout des lèvres, un peu dans le vague, se sentant lui, complètement étranger à toute sa longue et sinueuse parenté. Personne ne lui ressemblait et il était comme rapporté. Une exception, justement, dans ce monde à l’apparence bien rangée. Il avait toutefois remarqué que Lina avait buté sur la fin, comme si elle se refusait à continuer l’énumération. Sa bouche s’était légèrement arquée et ses yeux s’étaient éloignés, cachant ce qu’ils voulaient dissimuler. Octave n’y prêta pas beaucoup d’attention, sachant qu’on réagissait comme cela que lorsqu’il s’agissait de quelque chose d’intime. Son bras amorça un mouvement pour toucher le dos de la jeune femme dans un pseudo élan de réconfort, mais il se ravisa, frôlant à peine le tissu de son haut. Sa main se reposa sur les coussins. Juste à temps, car il tressaillit en entendant sa question qui le plongea dans la confusion.

« Et toi ? Tu as des idées sur pourquoi j'ai... Sur pourquoi je vois ? »

Il souleva un sourcil interrogateur et la regarda franchement d’un air penaud. Mais elle semblait sérieuse et il revêtit le visage de la réflexion ; ses yeux devinrent brumeux et se perdirent quelque part sur les rayures grises de son pull évasé. Il finit tout de même par sourire et frotta ses paupières douloureuses du revers de la main avant de commenter :

« Elle est super existentielle ta question et franchement je ne suis pas sûr de pouvoir te répondre de manière convaincante. Dans tous les cas, tu as toujours deux chemins : le déterminisme et le hasard. Soit ton don n’a aucune autre explication qu’une circonstance accidentelle de la nature et tu en fais ce que tu veux, soit c’est une fatalité, auquel cas ton rôle est d’en profiter parce que tu es une sorte d’élue. Mais dans les deux cas, c’est une responsabilité, c’est sûr. Enfin non, ce n’est pas vrai, tu n’es pas une élue. Et la responsabilité dont je te parle, elle n’est pas due aux autres, mais envers toi-même, tu comprends ? Tu as un potentiel et il faut que tu t’épanouisses et deviennes tout ce que tu peux devenir pour te sentir bien. Peu importe, au final qu’il y ait une raison pour laquelle tu vois l’avenir. Je pourrais convoquer des scientifiques, ils te sortiront une formule en théorie mathématique et voilà, ce sera ta réponse. Ou des théologiens, ils te parleront des voies impénétrables du Seigneur et qu’il te faut porter ta croix dignement. D’autre te diront que c’est Merlin, ou Dieu et que ta voie est toute tracée, que tu dois faire le bien et sonder tes visions pour prévenir les gens d’éventuels malheurs. Mais en vérité, je pense qu’il n’y a que toi qui puisse donner un sens à ton don. Tu peux en faire ce que tu veux. Faire le mal, le bien, ne rien en faire du tout si ça t’embête. Mais accepte, parce que ça ne disparaitra pas. Ne t’identifie pas à ta grand-mère. Elle est elle et toi tu es toi. »

Sa main bougea, imperceptible, il tendit ses doigts, encore, caressant de ses phalanges son haut de coton, puis il finit par poser sa main aux doigts déliés sur son épaule, touchant de sa peau le cou de la jeune femme. A défaut de pouvoir être amical, il pouvait au moins se permettre d’être rassurant et la situation s’y prêtait parfaitement. Son petit doigt se posa à la naissance de son cou blanc et y demeura sans bouger, sans caresser, pressant simplement sa paume froide contre le corps chaud dans ce qu’il voulait être une demi étreinte consolatrice et fortifiante.

« Pense à ton don comme à une prédisposition. Une intelligence ou une sensibilité. Certains sont doués pour la peinture, d’autres pour les sciences. Toi, tu vois l’avenir. Tu n’as pas besoin de faire d’efforts particuliers pour ça à la base, c’est juste là. Mais tu dois éduquer cette force si tu veux la maîtriser. Si tu ne parviens pas à la contrôler, elle te contrôlera et tu en dépendras. Pour fleurir, dompter, il faut développer tes capacités, à condition que cela ne te rende pas malheureuse, bien sûr. Peu importe, pourquoi tu vois, de la même manière qu’on se moque de pourquoi les gens sont intelligents. Profites-en, c’est ton talent. Et Merlin seul sait à quel point c’est rare d’avoir un talent. Et comme pour tout talent, ce sera autant un don du ciel qu'une malédiction. » Finalement, Octave regarde ses jambes, ses doigts glissèrent un peu, mais sa main resta sur l’épaule. « Dis, je ne t’ai pas vexée au moins, tout à l’heure ? Je ne m'y attendais pas, c'est tout. »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Ven 23 Juin - 16:55

Il l'observait. La sorcière sentait son regard vert posé sur elle, mais il y avait plus que ça. Octave semblait provisoirement ailleurs, plongé dans une obscure réflexion. Elle continua pourtant sa tirade, tentant d'expliquer au mieux ce qu'il se passait quand l'avenir s'insinuait dans le présent, forçant ainsi l'entrée de son esprit, le déréglant, l'obligeant à voir l'impossible. Et pourtant elle aimait ça, quelque part. Surtout le tirage de carte, l'art qu'elle maîtrisait le mieux. Il y avait quelque chose de rassurant... Quand ses doigts graciles frôlaient le papier rigide et épais des lames des tarots, la voyante se sentait comme à la maison. Une maison étrange, biscornue, sombre, merveilleuse, pleine de surprises, parfois dangereuse, mais une maison quand même. C'était à ce monde – là qu'elle appartenait. Elle aimait ouvrir la boîte de fer dans laquelle le jeu était enfermé. Une odeur de vieux parchemins et d'encre se dégageait alors dans l'atmosphère, et ce simple parfum suffisait parfois à apaiser les angoisses de Lina. Même si elle craignait ce qu'elle allait deviner dans les minutes suivantes, elle savait, elle sentait que c'était la seule et unique chose à faire en cet instant, et que rien ne pourrait l'empêcher d'effectuer son tirage. C'était peut – être ça le destin finalement : elle ne choisissait presque pas quand tirer les cartes, c'était les cartes qui l'appelait

« Tu dois te sentir rassurée de savoir que quelqu’un de ta famille a vécu probablement quelque chose de semblable à ce que tu vis maintenant… Quant au reste, tu trouveras toi-même tes réponses. C’est même mieux ainsi. Pas besoin de retourner dans le temps ».

La clef de la phrase résidait dans « a vécu probablement quelque chose de semblable ». Si effectivement il y avait un lien invisible entre Elena et Lina, alors la voie de la jeune femme était toute tracée, à son plus grand désarroi. Était – il seulement possible que leurs vies soient autant imbriquées, alors même que presque un siècle les séparaient ? Si et seulement si c'était le cas, Lina connaissait les enjeux et les risques. Pouvait – elle faire mieux que son ancêtre et s'en sortir, ou était – elle condamnée elle aussi ? La jeune femme voulait croire que non. Après tout, elle était l'Étoile : son influence était d'ordre cosmique, elle était solide. Lina, était comme un soleil, brillante et capable de projeter sa propre lumière malgré le monde noir dans lequel ils vivaient tous. Elle était capable de guider, elle était l'espoir. L'Étoile incarne l'intuition, elle est désintéressée et juste, parce qu'elle n'est que bonté. Lina n'en était pas encore là, bien sûr. Personne ne pouvait à ce point incarner une carte, mais elle voulait tendre le plus possible vers ça. Elle ne pouvait plus nier sa nature... Peut – être que ce serait suffisant pour la protéger d'elle – même.

Lina lui rendit son sourire. Elle remarqua ses paupières lourdes. Il s'était mis plus à l'aide, basculant encore un peu sa tête en arrière. Cette image l'attendrit. La sorcière commençait à éprouver une certaine tendresse à l'égard de l'homme épuisé, installé à côté d'elle.

« Tu as sans doute raison... »

Il y eut un mouvement derrière elle. Comme s'il avait voulu faire quelque chose, avant de se raviser. Son cœur se mit à battre plus vite. Avait – il voulu la toucher ? Elle mordilla sa lèvre. Peut – être pas. Elle scruta Octave, mais son expression n'avait pas changé. Peut – être avait – elle rêvé. Après tout, le chaste baiser qu'elle lui avait offert l'avait fait fuir. Lina avait sans doute trop espéré un contact et l'avais imaginé. Elle inclina légèrement sa tête, souriant pour elle – même. Elle perdait un peu la raison. Mais elle se ressaisit. Elle avait encore une question à lui poser, puis qu'il était la personne la plus érudite qu'elle ait eu l'honneur de rencontrer pour l'instant. Elle formula sa problématique en le regardant droit dans les yeux. Elle ne put s'empêcher de sourire devant sa réaction. D'abord, il haussa un sourcil. Il était beau quand il avait cette expression, à la fois perdue et étonnée.  Puis il prit un air contrit. Lui avait – elle posé une colle ? Nouveau sourire. Pourtant il trouva une réponse qui fit écho dans l'esprit de la sorcière. Déterminisme et hasard.  Lina écouta attentivement ses propos, la bouche légèrement entrouverte, les sourcils un peu froncés, signe chez elle d'une extrême concentration.

Quant au choix des deux chemins, Lina l'avait fait il a déjà bien longtemps. Elle était sûre que c'était le destin, et donc la fatalité. Il lui arrivait parfois de prétendre le contraire quand elle était fatiguée de son don, mais au fond d'elle, la voyante était persuadée que le hasard n'avait rien à voir là – dedans. Mais Octave faisait preuve de sagesse, elle était effectivement la seule à pouvoir mettre du sens sur son don. Elle s'était toujours obligée à céder aux autres,  à ne croire que son don n'était porteur que de mauvaises nouvelles. Mais ce n'était pas tout à fait vrai.  Il était temps pour elle se dégager de la demande des autres pour créer sa propre vérité au sujet de son Troisième Œil. Après tout elle le connaissait, il faisait parti d'elle depuis sa naissance, il était son plus vieil ami, qu'elle le veuille ou non. Elle ferma les yeux, avec la sensation d'avoir trouvé une forme de paix, plus ou moins fragile, mais qu'elle pouvait faire durer. Un sentiment d'épiphanie venait de naître en elle. Octave lui avait permit d'entrouvrir les yeux sur quelque chose. Elle n'avait pas encore totalement mit le doigt sur la nature de son don, mais elle pointait dans la bonne direction.

A nouveau, elle crut sentir quelque chose d'aussi fragile et discret que le battement d'aile d'un oiseau. Elle retint un bref instant sa respiration, aux aguets. Des doigts se posèrent délicatement, presque timidement sur elle, au bas de sa nuque. Lina ferma les yeux et soupira. Il pressa légèrement sa peau. Elle prit ce geste comme un signe, une confirmation de ce à quoi elle avait pensé un peu plus tôt : elle se trouvait enfin sur le bon chemin.

« Pense à ton don comme à une prédisposition. Une intelligence ou une sensibilité. Certains sont doués pour la peinture, d’autres pour les sciences. Toi, tu vois l’avenir. Tu n’as pas besoin de faire d’efforts particuliers pour ça à la base, c’est juste là. Mais tu dois éduquer cette force si tu veux la maîtriser. Si tu ne parviens pas à la contrôler, elle te contrôlera et tu en dépendras. Pour fleurir, dompter, il faut développer tes capacités, à condition que cela ne te rende pas malheureuse, bien sûr. Peu importe, pourquoi tu vois, de la même manière qu’on se moque de pourquoi les gens sont intelligents. Profites-en, c’est ton talent. Et Merlin seul sait à quel point c’est rare d’avoir un talent. Et comme pour tout talent, ce sera autant un don du ciel qu'une malédiction ».


C'est juste là. En profiter. Son talent. Lina se sentit un peu plus forte. Elle avait trop longtemps considéré sa capacité comme une croix à porter. Pourquoi ? Parce qu'il ne l'avait jamais aidé en temps utile, du moins croyait – elle. Pourtant, quand elle avait provisoirement perdu son Troisième Œil, elle s'était sentie aveugle, perdue. Elle aurait dû comprendre à ce moment que ce don lui appartenait à elle, et non pas qu'elle lui appartenait. Elle avait manqué de maturité et le regard extérieur et plus lucide d'Octave l'avait aiguillé.  Elle tourna son regard de couleur jade vers lui et hocha la tête avec conviction, en silence.

« Ça fait sens ce que tu dis... Vraiment. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle ».


La sorcière se sentit soulagée. Ses yeux verts détaillèrent Octave, et encore une fois, un élan d'affection la traversa. Il avait trouvé les mots pour la réconforter, et elle lui en était reconnaissante. Mais il y avait quelque chose de plus dans ce qu'elle ressentait. Sans trop comprendre pourquoi elle eut envie de se blottir contre lui, de poser sa tête contre son torse et de rester là, avec lui. Mais bien sûr, elle n'en fit rien, se satisfaisant déjà plus que nécessaire du contact de sa main d'homme sur le bas de son cou.

« Dis, je ne t’ai pas vexée au moins, tout à l’heure ? Je ne m'y attendais pas, c'est tout »

Son rire résonna comme des petites clochettes. Elle était positivement étonnée qu'il lui pose cette question, qu'il se préoccupe à l'idée de l'avoir vexée ou pas.

« Je pensais que c'était à moi de te poser la question, vu que c'est toi qui est parti. Elle lui sourit avec toute la douceur dont elle capable. Non, je ne t'en veux pas, bien sûr que non. Et pour être honnête, je ne m'y attendais pas non plus, ça m'a pris comme ça je... Elle se racla une nouvelle fois la gorge et tacha de ne pas trop rougir. Je n'avais aucune arrière pensée. C'était juste... Elle ne pouvait pas dire que c'était juste « comme ça » parce que c'était faux, il y avait eu un vrai désir. Un désir chaste, innocent, mais un désir quand même. Elle haussa les épaules, incapable de s'expliquer plus que ça.  Excuse – moi de t'avoir mis mal à l'aise, ce n'était pas le but ».

Elle tut le fait qu'elle avait apprécié ce court baiser et se félicita de ne pas avoir céder à sa pulsion quelques minutes auparavant et d'être restée bien droite, à sa place. En revanche, elle baissa les yeux : Lina n'osa pas le regarder, elle avait trop peur que ses prunelles la trahissent.

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Sam 24 Juin - 18:41

Il avait parlé sans vraiment réfléchir, ou si peu, et à peine avait-il terminé son propos que l’impression d’être un imposteur l’envahit. Doucement, à la dérobée, il lui avait jeté des coups d’oeils pour se rendre compte qu’elle buvait complètement ses paroles. Il y avait des dangers à exercer une influence, surtout lorsqu’on avait tendance à parler vite et sans prendre en compte le fait que peut-être, l’interlocuteur allait faire confiance sans rien remettre en question. Mais Octave se rendit très vite compte qu’il avait généralisé, supposant sur quelque chose qu’il ne connaissait pas sans y apporter assez de nuances à son goût. En y réfléchissant, il minimisait probablement l’importance du don de voyance, en la comparant à des choses aussi triviales que la sensibilité artistique, mais c’était tout ce qu’il connaissait. Et là était sa faille. Il n’était certes pas le premier à parler de choses qui lui étaient éloignées, mais sa responsabilité était avant tout d’être prudent, surtout lorsqu’on l’écoutait avec autant d’attention. Quand bien même, que savait-il du talent, de la sensibilité ou de l’intelligence ? Pas grand-chose non plus. Il ne savait absolument pas ce que cela voulait dire de devoir vivre avec un désir dévorant, une vision de l’univers qui pouvait faire naître la beauté avec un naturel désarmant, ou avec un entendement tel qu’il laissait à percevoir les grands mystères de l’univers. Octave était loin de tout ça, loin de ce poids ou de ces vocations qui vous rendaient les gens fous tellement ils possédaient leurs esprits par la soif, le génie créatif et réflexif. La voyance devait être encore plus frénétique et insatiable, étant un fait allant au-delà de l’intelligence et de l’entendement, il en était, d’une certaine façon, convaincu. Ce n’était pas de la logique, ni une prédisposition à l’esthétique. Cela plongeait directement ses racines dans les mystères le plus sombres de la magie et de la relativité générale. Jusqu’à maintenant, la sorcellerie ne semblait pas avoir de limites, tout comme le cosmos lui-même.

« Ça fait sens ce que tu dis... Vraiment. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle »

Octave releva les yeux, regardant la jeune femme qui le détaillait déjà en retours. C’était peut-être ça le problème : il ne fallait pas qu’elle voie les choses sous cet angle. Il était probablement trop simpliste. Ou, dans le meilleur des cas, s’adaptait mal à sa situation. Toutefois, ce dont Octave était certain, c’était qu’elle devait accepter son don dans son entièreté si elle voulait vivre avec. Il n’allait pas disparaitre, ni changer, jamais, et essayer de le combattre ou de s’en défaire n’allait que la rendre malheureuse et lui faire perdre son temps et son énergie. Octave ne croyait pas, pour ce genre de choses, en la notion de malveillance. Comme tout ce qui était né de la nature et qui était plus un outil qu’une entité à part entière, son don de voyance n’était pas mauvais. Il n’était pas bon non plus. Il était, et c’était tout. Lina pouvait en faire ce qu’elle voulait. Les mauvais présages n’étaient mauvais que parce qu’ils rendaient quelqu’un malheureux. La jeune femme n’était qu’en plein milieu, transformant ses visions en phrasé intelligible. Elle ne créait rien. Elle était un télescope, dans lequel on regardait pour voir les étoiles. Un oscilloscope qui matérialisait un signal électrique. Une télévision qui montrait les images qu’elle captait. Raison pour laquelle Octave lui avait laissé finalement le soin du choix. Si elle décidait de partir en croisade en se drapant d’une mission, soit ! si cela pouvait rendre sa vie supportable en donnant un sens à ses capacités. Il fronça finalement les sourcils et regarda Lina, sérieux comme une pierre :

« Ne prends pas tout ce que je te dis pour acquis, jamais. Je raisonne beaucoup à tort et à travers sans connaissance de cause. Moi, ou qui que ce soit d’ailleurs. Comme pour ton don, il n’y a que toi au final qui sait ce qui est le mieux pour toi. Personne n’est responsable de toi à part toi-même. Ca ne veut pas dire qu’il faut être méfiante envers tout, mais crois-moi, tu seras toujours la seule à posséder toutes les réponses. Les autres peuvent être des guides, mais jamais ils ne sauront mieux que toi ce qui te rendra véritablement heureuse. Reste ouverte à ce qui fait sens, mais garde ton intégrité. Ne laisse pas les autres prendre ta place. »

Il se tut finalement, la main toujours sur l’épaule de la jeune femme sans s’en rendre compte, ses doigts s’étant crispés sur sa peau frêle. Il n’était pas un exemple, pour personne, et encore moins un guide très fiable. Soudain tout ce qu’il avait dit lui parut être d’une stupidité profonde et, de sa main libre, il pressa ses doigts sur ses paupières, essayant de réprimer l’exaspération qui montait. Finalement, Lina le sortit de sa transe en rigolant doucement. Octave retira sa main et releva la tête vers elle, se sentant encore plus ridicule. Il fallait le faire, devant une fille de dix-sept ans ! Mais il avait l’excuse d’être fatigué. Qui plus est, ils étaient en plein milieu de la nuit et il ne parvenait pas à avoir les idées très claires. Depuis longtemps, le flot de sa pensée ressemblait à un magma sans filtre, immonde imbrication d’angoisses et d’idées farfelues qui se suivaient, le fatiguant tout en le maintenant éveillé. Ce n’était décidemment pas le meilleur moment de lui demander des conseils existentiels. Encore moins en était-il sensé.

« Je pensais que c'était à moi de te poser la question, vu que c'est toi qui est parti. Non, je ne t'en veux pas, bien sûr que non. Et pour être honnête, je ne m'y attendais pas non plus, ça m'a pris comme ça je... Je n'avais aucune arrière-pensée. C'était juste... Excuse-moi de t'avoir mis mal à l'aise, ce n'était pas le but. »

D’abord, Octave tira la moue, soulevant ses sourcils d’un air dépité, se rendant compte que d’une certaine façon, il était effectivement « parti ». Allongé sur ses genoux, il s’était senti à sa merci et ça ne lui avait pas plu. Alors il s’était relevé pour qu’ils soient à égalité de force de d’intentions. Ou peut-être que ça aussi, il le prenait trop au sérieux ? Se posant dix mille questions qui n’avaient pas lieu d’être. Pourtant, son instinct était alerte comme s’il était sur un terrain de guerre, déversant derrière ses yeux des suppositions et des alertes les unes plus inquiétantes que les autres. Octave tressaillit doucement, puis soupira, retirant sa main qui commençait à manquer de sang. Elle dégringola le long du bras de la jeune femme, avant de s’échouer à côté, sur les coussins. Un tendon nerveux faisait danser son annulaire. Avec cette sensible conversation, son anxiété était revenue, doucereuse, faisant battre son cœur plus vite et enflammant ses nerfs jusqu’à la nausée. Lina avait cafouillé sur ses fins de phrase et il essayait de comprendre pourquoi. Si c’était là la manifestation d’une timidité naturelle, d’une coquetterie quelconque ou de tout autre chose. Toutefois, il rebroussa vite chemin, à ce stade-là, son cerveau n’étant capable de lui proposer que des horreurs improbables, voir blessantes. Octave courba son dos, cambrant sa taille pour détendre ses muscles et reprit sa position initiale à quelques détails près, sa tête demeurant droite alors qu’il regardait Lina regarder le sol.

« Je ne suis pas mal-à-l’aise. J’ai surtout peur d’avoir une mauvaise influence, quel que soit le domaine. C’est mon talent à moi, si je puis dire. Toi non plus, ne sois pas embarrassée, dit-il en supposant que la jeune femme ne le regardait plus pour cette raison, tu n’as rien fait de mal. Enfin, si c’était effectivement sans arrière-pensées. »

Moelleusement, il gloussa, glissant une pointe de minauderie dans son regard et son allure, pointant son menton vers la jeune fille et lui faisant des yeux de velours. Il plaisantait, mais c’était aussi une perche pour savoir si l’intention était sérieuse ou pas. A dire vrai, il avait trouvé le geste un peu précipité, pas vraiment encore à propos, même si compréhensible en soi. Mais ce n’était qu’une coquetterie de sa part et il s’attendait surtout à la voir rougir, baisser les yeux d’un air gêné, plus qu’une flamme dans son regard soudain intéressé et rempli de sous-entendus graveleux. Ou sourit à sa propre pensée, douloureusement. L'image de Cassidy tourbillonnait dans un coin de sa tête, le rendant doucement fou. Il se détestait de réagir comme ça, d'être aussi obsessionnel et passionnel. D'avoir si peu confiance en soi et aux autres, de voir le pire, de ne pas être capable de se calmer ou d'envisager qu'elle était juste partie rendre visite à une vieille tante en oubliant de le prévenir. Il méprisait cet amour qui le rendait ivre tout autant qu'il l'adorait davantage. Et puis juste à côté, il y avait Lina. Calme, jolie et douce, toujours patiente à son égard, toujours gentille et compatissante. Finalement, il conclut d’une voix un peu lasse, fermant ses paupières pour ne pas avoir à réfléchir à l’effet que feraient ses paroles :

« Ne me fais pas confiance. Tu es bien trop gentille pour moi, tu finiras par en souffrir. Le fait que je ne sois pas gêné par tes gages en dit déjà long. »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Dim 25 Juin - 21:12

Ses doigts serrèrent son épaule avec plus de force. La jeune femme tourna son visage vers lui, interpellée. Elle n'avait pas mal, mais elle ne comprenait pas. Il semblait en colère, mais contre lui – même. Lina n'avait pas prise ses paroles comme acquises, simplement eh bien... Ce qu'il lui avait dit lui avait parlé. Pas tout, mais beaucoup de choses, c'était vrai. Mais objectivement, il était forcé d'admettre qu'il avait raison quand il disait qu'elle avait besoin d'accepter ce qu'elle était. Pour désamorcer la situation, Lina hocha la tête en murmurant d'affilé deux « D'accord ». Elle n'était pas sûre du stratagème plutôt faiblard, mais il se tut et frotta ses paupières devenues pourpres. Elle aurait sans doute dû se taire et ne jamais poser sa question. C'était vrai, elle était la seule à savoir ce qu'il y avait de bon pour elle. Quelque part son don l'isolait et elle n'avait pas le droit de forcer les gens à intégrer son univers de la sorte, en les obligeant à répondre à des problématiques sans réponses. Désormais, elle éviterai le sujet. Elle continuerait de lire les livres qu'il lui conseillerait (parce qu'après tout il était bibliothécaire et possédait tout un tas de référence), mais elle ne le dérangerait plus avec ses interrogations. Elle n'en parlerait qu'à sa demande à lui. C'était une promesse qu'elle espérait tenir, aussi difficile qu'elle soit.

Le tirage qu'elle lui avait fait quelques jours plus tôt lui revint en tête. L'Empereur... À défaut de poser des questions, elle pouvait surveiller. D'ailleurs il n'y avait pas que l'Empereur. Maintenant que la guerre était là, le danger était partout. Mais elle avait un avantage considérable. Après tout, cela faisait un moment déjà qu'elle guettait l'issue de cette guerre en tirant régulièrement les lames de tarots, elle n'aurait plus désormais qu'à se focaliser sur certaines personnes... Ses parents, Octave, Abigail, peut – être, … Elle dresserait une liste plus tard...

Son rire trancha avec les pensées qu'elle venait d'avoir, et sans doute avec celle du sorcier. Ses sourcils se relevèrent, en une expression que Lina eut du mal comprendre. Elle pouvait la deviner, bien sûr, mais elle n'en comprenait pas bien la raison. Il retira sa main de son épaule, et la voyante tenta de garder un visage posé, refusant d'admettre à quel point elle avait apprécié son contact.

« Je ne suis pas mal-à-l’aise. J’ai surtout peur d’avoir une mauvaise influence, quel que soit le domaine. C’est mon talent à moi, si je puis dire. Toi non plus, ne sois pas embarrassée. Tu n’as rien fait de mal.  Enfin, si c’était effectivement sans arrière-pensées ».

Ce genre de propos avec un tel regard... Elle ne savait pas sur quel pied danser.  Une mauvaise influence ? Elle n'y croyait pas vraiment. Bien sûr, suite à leur dernière discussion elle avait eu un bref aperçu de ce dont il était capable, et elle ne douta pas de ce qu'il pouvait faire... Mais au final, les gens font leur propre choix. Il était impossible, pour elle, d'admettre qu'Octave puisse mettre à mal des gens consciemment. Involontairement, elle fit non de la tête, rejetant tout simplement cette idée.
Ne pas lui faire confiance, se méfier de tout le monde ou presque, mais accepter les livres, discuter avec lui, être la victime consentante quand il la soupçonnait d'avoir de mauvaises intentions... Octave brillait par son manque de constance et de confiance en soi, mais surtout il doutait trop des autres et d'elle Ce qui était inhabituel pour Lina. Depuis toujours les gens lui faisait aveuglément confiance sauf lui, pourquoi ? Sans doute pour les mêmes raisons que ceux qui croyaient en elle, se méfiant ainsi de l'évidence. Les montagnes russes qu'il lui imposait la perturbait plus que de raison. Pouvait – elle mettre ça sur le compte de sa fatigue manifeste ? Certainement. Serait – il plus apte à lui accorder sa confiance quand il irait mieux ? Elle l'espérait.

« C'était sans arrière-pensée. Elle joua une nouvelle fois la carte de l'honnêteté, puisque c'était tout ce qu'il lui restait. Mais ce n'était pas désagréable ».

Phrase tournée à la négative, bien sûr, histoire de minimiser les faits.

« Ne me fais pas confiance. Tu es bien trop gentille pour moi, tu finiras par en souffrir. Le fait que je ne sois pas gêné par tes gages en dit déjà long »

Ses sourcils se haussèrent un bref instant, il venait de confirmer ses craintes...  C'était donc cela le secret ? Il fallait donc être une hystérique capricieuse et mauvaise pour avoir le droit de le fréquenter ? Lui ou un autre d'ailleurs. Elle se retint de lever les yeux au ciel, mais elle soupira. D'un autre côté, comment lui en vouloir. Elle savait bien de quoi elle avait l'air. Tout chez elle inspirait la douceur, et la gentillesse : sa voix, ses yeux, son teint clair, ses lèvres roses comme celle d'une poupée, son sourire. Absolument tout, jusqu'à la maison à laquelle elle appartenait. Machinalement, elle joua avec une mèche de cheveux, l'enroulant et la déroulant autour de son index. Lina avait toujours était quelqu'un de constant, de joyeux. Mais quelque part c'était ce qui l'avait sauvé après le décès de sa sœur. Elle chérissait tellement la vie, elle s'était battue corps et âme contre la noirceur qui l'avait envahie en voyant le petit cercueil de Victoria sombrer dans les entrailles de la Terre. À ce moment – là c'était elle qui avait prit le relais. C'était elle qui avait rangé les affaires de sa cadette dans des cartons et qui les avaient montées au grenier. Elle aussi qui avait prit en charge ses parents, qui avait tenté de leur insuffler, à nouveau, un souffle de vie.

En cet instant, elle se sentit profondément sous estimée par Octave. Mais comme il ne savait rien de tout cela, elle ne pouvait le lui reprocher. Son regard se durcit un peu. Oui, c'était vrai. Elle était gentille, mais c'était aussi sa force. Elle n'était pas fragile, ou plutôt, elle ne l'était plus. Elle n'était encore qu'à l'aube de sa vie, aujourd'hui ils étaient en guerre, et pourtant elle était toujours là, à survivre chaque jour que Dieu faisait.

« Tu te trompes, Octave. Et tu es trop fatigué pour avoir cette conversation ».

Sa voix manquait de fermeté, mais l'idée générale était là : « On en reparlera plus tard ». Elle n'était pas fâchée, simplement Lina estimait qu'il n'en savait pas encore assez sur elle. S'il le souhaitais, ils pourraient de nouveau avoir cette conversation, mais un autre jour. En espérant que cette fois il soit plus sensé et qu'il l'a juge moins fragile. Pour appuyé son discours, elle lui jeta une œillade rapide qui confirma ses propos quant à son état général. Il n'était plus que l'ombre de lui – même. Pendant un bref instant, elle regretta de ne pas avoir plus insisté quant aux raisons de ce chagrin.

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Lun 26 Juin - 16:31

Elle était beaucoup plus jeune. Le souci n’était pas le nombre de printemps fêtés, mais que la juvénilité corrélait avec un caractère pas encore très abouti, perméable et corruptible. Il se souvenait de soi-même à cet âge et malgré tout ce qu’il pouvait avoir cru ce concernant, tout ce qu’il avait pu revendiquer sur la force de sa personnalité et l’immuabilité de ses opinions, il s’était finalement rendu compte qu’il n’avait été qu’une feuille de papier. Une feuille de papier sur laquelle l’encre de ses parents et proches avait écrit tout et n’importe quoi, usant de chantages affectifs ou simplement de domination familiale. Il avait fermement cru être sien, jusqu’à se rendre finalement compte qu’il appartenait à d’autres, l’entièreté de sa personnalité étant vouée à la satisfaction des lubies d’autrui. D’extrêmement pernicieuses fantaisies auxquelles il avait fait confiance. Il oubliait cependant également que Lina bénéficiait d’une belle éducation sociale qui la protégeait d’une trop grande crédulité. Pouvait-on dire qu’il fut un jour innocent ? Un peu naïf, faible et démuni, alors qu’on lui faisait miroiter le contraire ? Il ne voulait surtout pas être quelqu’un comme cela pour Lina, celui qui usait de son pouvoir pour faire croire n’importe quoi et Merlin seul savait à quel point il en était capable lorsqu’il le désirait. Combien lui coûterait-il de baisser ses lourdes paupières, jetant l’ombre sinueuse de ses longs cils sur ses yeux de velours, miroir verdâtre de profondeurs marines. Il esquisserait alors un demi-sourire mystérieux, un peu mielleux, désireux de quelque chose, se mettrait à entamer rêveusement des phrases sans les finir, gloussant entre deux hésitations avant de toiser Lina d’un air entendu pour la captiver davantage. Puis, une question, ou une revendication dite dans un baryton grave, velouté, et la jeune femme serait d’ici-là tellement sur les braises qu’elle s’empresserait d’exhausser son souhait qui n’avait l’air de rien, sans se poser de questions. Si elle se mettait à réfléchir, il la prendrait par le bras, la déconcentrerait jusqu’à avoir la réponse désirée. Ou exagèrerait-il sa maladie pour adoucir les mœurs, si la jeune femme se montrait trop récalcitrante… Et tant pis si ça ne marche pas du premier coup, c’était que l’attachement n’était pas assez fort. Alors il n’aurait plus qu’à travailler sur le sujet, glissant sans cesse dans sa gestuelle quelques intentions à l’égard de Lina pour doucement, furtivement flatter son égo et sa beauté. Jusqu’au jour où il posséderait quoi que son cœur puisse quémander.

D’ailleurs, il ne put s’empêcher de vaguement badiner, provoquant la jeune femme sur un terrain qu’elle avait exprimé comme étant innocent. Inconsciemment, il avait voulu la mettre un peu mal à l’aise, qu’elle s’embarrasse de ce qu’elle avait véritablement en tête, tout en réalisant que le bibliothécaire n’avait plus dix-sept ans et qu’elle n’était peut-être pas encore assez avisée pour un homme de son âge. Aucun rapport avec la maturité, simplement d’intérêts et de capacités. Il y avait aussi un risque qu’elle réponde sans gêne à sa bravade, découvrant ainsi un caractère bien plus mûr que ce à quoi on pouvait penser en la voyant. Octave ne parvenait pas encore clairement à mettre le doigt dessus, ce qui le poussa ainsi à la hardiesse joueuse. Lina oscillait imperceptiblement entre une jolie candeur et une cautèle qui s’ignorait. Il se demandait alors à quel point tout cela était conscient et si elle était justement prudente par constant calcul, se montrant naïve lorsqu’on lui demandait un peu de coquetterie, et innocemment charmeuse lorsqu’on attendait de la sagesse ? Etait-ce volontaire ? Il ne parvenait pas à le savoir et d’une certaine façon, s’en sentait menacé. La jeune femme secoua de la tête, soit à quelque chose qu’il avait dit, soit à une pensée que cela avait fait naître en elle.

« C'était sans arrière-pensée. Mais ce n'était pas désagréable. »

Oh bon sang, mais quel charmant mélange de minauderie doucereuse et de désir reconnu ! Elle semblait se refuser à être clair, en tout cas pas jusqu’au bout, parlant en demi-énigmes qu’il fallait sonder pour s’en imaginer davantage. Cela lui arracha un bref sourire, puis Octave ferma les yeux, sentant le soulagement de ses paupières et de ses yeux douloureux, avant de confirmer encore une fois ce qu’il pensait. Il n’entendit en réponse qu’un soupir. Il se doutait que ce qu’il venait de déclarer ne sonnait pas comme un aveu agréable ni à dire, ni à entendre. Que Lina allait peut-être s’en offusquer, pensant qu’il la supposait ne pas être assez forte ? Ou qu’elle avait une nature trop douce pour soutenir celle du bibliothécaire. En somme, tout semblait revenir au même. En général, il n’y avait pas tant d’alternatives que cela et la jeune femme risquait de se vexer ou de rebiquer. Alors, yeux fermés, Octave attendait l’orage, qu’il fut silencieux ou déchaîné. Allait-il parvenir à la pousser aux aveux ? Quelque chose de personnel, une faille adolescente qu’elle allait lui offrir pour garantir sa force émotionnelle ? Qu’allait-elle lui donner comme gages, comme preuves de sa contenance ? Elle, qui était encore perdue face à l’étendue de son don, et donc face à une part importante et sombre d’elle-même, encore bien inconnue et pourtant si importante dans sa vie. Octave avait laissé sa tête retomber sur les coussins, ne désirant plus la tenir alors qu’il n’y avait plus personne à regarder. Un certain silence l’accompagna et il devina la jeune femme être en pleine tergiversation avec soi-même, tentant de trouver la meilleure chose à répondre à ce à quoi on l’accusait en tapinois.

« Tu te trompes, Octave. Et tu es trop fatigué pour avoir cette conversation. »

Spontanément, sans qu’il ne s’y fut préparé, le bibliothécaire pouffa d’abord, puis se mit à rire doucement, réprimant sa joie comme s’il fut en plein milieu d’une pièce de théâtre qu’il ne fallait pas interrompre par un bruit inopiné. Elle avait même rajouté son prénom pour donner du poids à sa phrase, montrant qu’elle était sérieuse comme une crise cardiaque et qu’elle avait pesé chaque mot qu’elle disait. Vivement, il rouvrit les yeux, se retourna sur le côté en prenant appui de sa tête sur son bras replié. Son coude baignait dans les coussins, et tandis que son corps épousait la forme du canapé, ses jambes trainant nonchalamment au sol, Octave ressemblait à une peinture divine de la renaissance. Une quelconque déesse se reposant sur une pierre battue par des flots.

« Pardon maman, je vais me coucher alors. Mais j’ai du mal à dormir, tu peux aller me chercher un verre de gin dans la cuisine ? N’oublie pas d’y glisser deux, trois tranches de concombre, veux-tu ? »

Se moqua-t-il avec un sourire faiblard en coin. Après tout, s’il n’était pas en état pour juger l’influençabilité de Lina, c’est qu’elle pouvait également se tromper sur sa capacité à réfléchir dans un état de fatiguée avancée. Il lui reconnaissait toutefois qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Il savait ne pas pouvoir faire parfaitement confiance à sa pensée en l’instant présent, ce qui pouvait le rendre d’autant plus malveillant. Sans sommeil, il devenait paresseux, ne réfléchissait pas beaucoup à ce que les gens pouvaient se dire et parlait sans prendre de pincettes. Octave baissa la tête, se gondola de sa propre blague et de la situation en général, moquant le sérieux qu’avait revêtu la situation alors qu’il n’y avait pas lieu de s’y accrocher autant finalement. La jeune femme ne voulait pas paraitre docile, ni corruptible, et rien de tel que de couper court à la conversation pour se donner un air autoritaire. Malgré tout, il hésitait à la prendre au sérieux, à faire confiance au jugement qu’elle avait de soi-même, se connaissant bien.

« Bon, dis-moi Lina, sur quoi est-ce que je me trompe alors ? Tu ne peux pas me dire que j’ai tort sans argumenter un minimum parce que sinon ça voudrait dire que ton avis seul est en soi un gage de véracité qui ne saurait souffrir de justificatifs. Je ne remettrais pas tes déclarations en question si on parlait d’avenir ou de divination, mais pour le reste, il va falloir t’expliquer. »

Le voilà qui, d’une voix mielleuse et charmeuse, l’accusait presque d’outrecuidance. A ce rythme-là, elle allait fuir, vexée jusqu’au trognon, le haïssant de retourner chacune de ses intentions pour en faire un défaut. Même si c’était dit volontairement sous cette forme moqueuse, vaguement délatrice, Octave n’aimait pas quand on lui indiquait un défaut ou un manquement sous la forme d’un discrédit suivi par une affirmation si assurée. S’il avait été bourré, il se serait forcément froissé, surtout en prenant en compte que c’était une jeune femme de dix-sept ans qui lui disait ça. Mais il se sentit soudain l’âme gracieuse et folâtre -le dernier stade de l’insomnie où tout le rendait joyeux, comme s’il était sujet à une drogue- offrant à l’étudiante un sourire onctueux comme une glace en plein été. Il rajouta soudain, d'un air songeur :

« Pas désagréable dis-tu ? C'est un nez pourtant, et même pas un nez de chat. Je comprendrai si on parlait de lèvres, de nuque, du dos de la main, du creux de la mâchoire, d'une quelconque peau tendre de poignet ou des reins, mais un nez... Vous êtes bien impressionnable, Miss K. »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Mar 27 Juin - 2:20

« Pardon maman, je vais me coucher alors. Mais j’ai du mal à dormir, tu peux aller me chercher un verre de gin dans la cuisine ? N’oublie pas d’y glisser deux, trois tranches de concombre, veux-tu ? »

Elle haussa un sourcil. La sorcière aurait voulu garder un air sérieux et impénétrable, mais c'était impossible. Elle n'avait pas spécialement apprécié qu'il l'appelle « maman » se moquant ainsi que sa pseudo – autorité , mais elle l'avait cherché en jouant la carte du prénom pour tenter d'être plus ferme. Vaine tentative...  Doucement, un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Sa moquerie était de bonne guerre après tout, même si Lina avait sincèrement voulu mettre un terme à cette conversation qu'elle trouvait déplaisante. Elle l'écouta rire à ses dépends. La jeune femme se réinstalla sur le fauteuil et ramena une des ses jambes sous ses fesses, offrant ainsi à Octave son visage de trois quarts, plutôt que de profil. Lui même avait d'ailleurs réajusté sa position. Il ressemblait désormais à un Dieu paresseux confortablement installé.

« Bon, dis-moi Lina, sur quoi est-ce que je me trompe alors ? Tu ne peux pas me dire que j’ai tort sans argumenter un minimum parce que sinon ça voudrait dire que ton avis seul est en soi un gage de véracité qui ne saurait souffrir de justificatifs. Je ne remettrais pas tes déclarations en question si on parlait d’avenir ou de divination, mais pour le reste, il va falloir t’expliquer. »

Sa voix était trop doucereuse pour aborder un tel sujet, mais ça ne semblait pas le déranger. Évidemment, il l'avait suivi en prononçant son prénom. Mais l'impact n'était pas le même, peut – être parce qu'il était plus âgé, ou parce qu'il avait plus d'expériences qu'elle... En tout cas, elle n'aurait pas osé blaguer ou défier son autorité. Elle entrouvrit sa bouche, puis elle la referma. La sorcière baissa les yeux, cachant son regard émeraude derrière un voile de cils noirs et épais. Pourquoi fallait – il qu'il s'attache tant à ce genre de détails ? Pourtant elle fut touchée, un peu, qu'il lui accorde sa confiance, au moins concernant l'avenir. C'était déjà un petit pas, mais si au fond, il n'avait pas le choix : c'était effectivement le seul domaine où elle apparaissait comme crédible.
Un gage de véracité... C'était donc ça qu'il lui demandait ? Lina agita nerveusement ses doigts. Elle avait besoin de se donner une contenance, de faire quelque chose. La jeune femme leva ses deux mains blanches et les glissa derrière sa tête. Avec soin, elle détacha ses cheveux couleur corbeau, qui tombèrent en cascade dans son dos. Elle posa l'élastique sur son genoux et elle ramena sa crinière bouclée sur une seule de ses épaule. Enfin elle prit l'accessoire de coiffure avec sa main et joua avec, l'enroulant autour de ses doigts, malmenant l'objet avec force au gré de ses réflexions.

Que pouvait – elle lui dire ? Il n'accepterait pas une réponse du style « Ça fait dix huit quand que je vis avec moi – même, je sais ce que je suis ». Il voulait une preuve tangible, quelque chose sur quoi s'appuyer. Mais qu'avait – elle à lui offrir ? À quel moment Lina avait – elle comprit qu'elle était plus forte que ce qu'elle croyait ? Pour la deuxième fois de la soirée, elle se remémora le cercueil de sa sœur. Il avait fait très chaud ce jour – là. Pendant toute la cérémonie, l'adolescente avait senti sa peau brûler sous les rayons du soleil, et cette sensation l'avait aidé à rester debout. Elle avait comprit en cet instant précis qu'elle n'avait pas le droit de se laisser aller, qu'il fallait continuer, qu'il y aurait d'autres soleils, d'autres lunes. Elle ne pouvait pas laisser ses parents, ils étaient trois désormais, ils devaient rester ensemble, ils étaient une famille. Bien sûr, malgré cet engagement envers la vie, Lina avait sombré quelques temps. Pendant de longues semaines elle avait combattu les ténèbres, tout en s'exorcisant de la peine et de la douleur qu'elle avait ressenti. Et puis un matin, l'air avait été plus respirable. Elle s'était levé, et elle deviné qu'il était temps de recommencer à vivre. Ce serait dur. Mais c'était maintenant ou jamais, il ne fallait pas louper le coche.

Elle réfléchit un instant en mordillant sa lèvre inférieure, abîmant ce qu'il restait de rouge à lèvre. Elle était d'accord pour parler de cette période de sa vie, mais elle ne voulait pas épiloguer plus que ça, même si elle le savait, elle s'exposait aux questions d'Octave. C'était un défaut qu'elle partageait avec ses parents : ils avaient du mal à parler de Victoria aux autres, comme s'ils voulaient garder jalousement chacun des souvenirs qu'ils avaient avec elle... Et puis comment parler d'elle ? Comment restituer avec exactitude le son de sa voix, la couleur de ses cheveux, son rire, son regard pétillant... C'était impossible. Même le meilleur des écrivains n'y parviendrait pas. Elle chercha une phrase simple, et efficace, mais qui constituerait une preuve tangible pour Octave.

« On a le droit de poser un genoux à terre. Mais on doit toujours se relever. Quoi qu'il arrive, il faut continuer à vivre, c'est que j'ai appris quand ma petite sœur est morte ».

Le ton était calme, et sa voix ne trembla pas, même quand elle évoqua sa chère Victoria. Mais elle restait nerveuse, ce qui la poussa à continuer sa mascarade avec son élastique. Elle venait de dévoiler à Octave ce qu'elle espérait être une preuve : sa volonté de vivre, quoi qu'il arrive.  C'était une pulsion élémentaire et primitive chez n'importe quel être vivant, mais qui était comme décuplée chez Lina.

« Pas désagréable dis-tu ? C'est un nez pourtant, et même pas un nez de chat. Je comprendrai si on parlait de lèvres, de nuque, du dos de la main, du creux de la mâchoire, d'une quelconque peau tendre de poignet ou des reins, mais un nez... Vous êtes bien impressionnable, Miss K. »

Miss K. Elle appréciait de plus en plus ce surnom. Pourtant, malgré le sourire d'Octave, la sorcière fut un brin vexée... Décidément il ne lui épargnait rien ce soir, à croire qu'elle ne faisait rien de bien, que chaque geste, chaque mot était potentiellement déplacé ou incorrect et que c'était à elle de lui démontrer par a + b que non. C'était presque comme repasser ses B.U.S.E.S. Oui, elle avait posé un baiser sur son nez. Parce qu'elle en avait eu envie, pour le remercier, parce qu'elle n'aurait pas pu l'embrasser ailleurs de toute façon, toutes les autres parties de son visage étant de toute façon trop intime.  

« Un baiser sur le nez peut avoir plus de valeur qu'un baiser sur les lèvres. Tout dépend du contexte, de la sincérité de l'un ou de l'autre. Je ne pouvais pas deviner que tu aimais être embrassé ailleurs ».

Elle ne pensait pas à mal. Mais à force de la travailler comme il le faisait, Lina s'épuisait, elle ne savait plus ou donner de la tête, ou quoi faire. La voyante frotta sa tempe un bref instant, avant de poser sa main blanche sur sa cuisse. Elle ne voulait pas partir pour autant et le planter là, mais elle se sentait agacée, ou plutôt perdue, déboussolée. Elle oscillait constamment entre les deux. Sous regard fut un peu moins chaleureux que d'habitude. Elle aurait voulu qu'Octave apprécie également. Quand elle l'avait chastement embrassé, c'était d'abord parce que ses sentiments avaient comme débordés, elle avait voulu lui donner une marque d'affection, le remercier de l'avoir aidée, de l'avoir cru, presque de suite, et ça lui avait du bien, beaucoup de bien. Manifestement, elle avait un flop. Pourtant, elle ne regrettait pas vraiment son acte, simplement que l'homme aux livres n'en ai pas profité.  

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Mar 27 Juin - 18:17

Il devenait retors et il appréciait la verve que cela lui prêtait. Il aurait dû s’en vouloir de le faire à l’égard de la jeune et belle Lina, mais la voir se tordre l’exaltait doucement. Il se sentait subtilement électrisé, brassant dans une volute qui arquait son dos dans l’attente de voir la jeune femme protester, lui résister, comme elle semblait se croire en être capable. La fatigue devait y être pour quelque chose, les élans de souffles vigoureux se mêlant à son désir de ne pas perdre la face, simplement parce qu’il avait du mal à réfléchir. Octave tendait à se reprendre, dans l’idée de troubler une jeune femme bien impressionnable. C’était loin d’être une obligation, mais Lina voulait lui prouver quelque chose, et comme toute personnalité qui ne trouvait jamais la paix ni la sérénité, il s’était tendrement rebiqué, mettant en doute ses paroles et lui en déversant d’autres dans le creux de l’oreille, de quoi mieux la tourmenter. Il ne donnait pas de repos ni aux sens, ni à l’esprit, joueur au point de faire comme si cette conversation était une joute, une bataille, plutôt que des palabres roucoulés dans le confort du canapé. Il avait toujours été ainsi, attaquant un peu le premier, exaspérant subtilement, forçant les gens à se justifier alors qu’il n’y avait pas de raison à cela autre que l’insinuation de son propre caprice. Et souvent, les gens tombaient entre ses doigts crochus, ne sachant où regarder, ni quoi dire pour satisfaire cet appétit vorace qui étincelait dans les yeux rieurs du jeune homme. Semblable aux autres, Lina se courbait déjà imperceptiblement sous les rafales de vent qu’était qu’Octave.

Elle aurait pu partir, dans le cas le plus extrême. Ou simplement lui dire une banalité préservatrice de ses secrets intimes et de sa pensée, pour éviter de lui répondre quoi que ce soit de constructif, non par méfiance, mais par pudeur. Egalement dans l’idée de se préserver un peu devant cet homme facilement intrusif, sans qu’il ne le soit pour autant concrètement. Il ne l’obligeait à rien après tout et la parole n’était qu’un son que l’on pouvait décider d’ignorer. Mais Lina s’agita, se cacha derrière ses paupières à mi-closes. A dire vrai, il se serait contenté de n’importe quoi, même d’un refus catégorique de poursuivre la conversation. Toutefois la jeune femme, décidée à plier consciencieusement sous ses assauts, réfléchissait déjà à ce qu’elle pouvait bien répondre de convaincant. Et lui aussi du coup, se demandait ce qu’elle parviendrait à lui avouer de pertinent pour essayer de justifier sa prétendue inflexibilité. Comme pour compenser l’absence de paroles, elle défit sa crinière, répandant une douce odeur fleurie dans l’atmosphère, déroulant les mèches de cheveux sur ses frêles épaules, lourde cascade noire sur un lit de rivière pâle et menue. En coin, Octave sourit à cette allure de charmante jeune fille qui ne savait quoi dire, se rabattant sur le monde réel des objets pour se donner contenance.

« On a le droit de poser un genou à terre. Mais on doit toujours se relever. Quoi qu'il arrive, il faut continuer à vivre, c'est que j'ai appris quand ma petite sœur est morte. »

Tel un coucher de soleil hivernal, son sourire radieux devint pâle, avant de s’effacer complètement au profit de la ligne droite et écarlate de ses fines lèvres. Un instant, sans grand considération, Octave s’était imaginé qu’elle lui livrerait un quelconque secret adolescent, une escapade qui illustrerait sa force d’âme inébranlable, l’exemple vague et timide d’une chaste bravoure sans grand éclat, pour ne pas avoir à rentrer dans la confidence la plus intime. Mais Lina avait décidé de creuser loin, lui offrant en pâture une partie de son cœur et la moitié de sa vie d’enfant, faisant ainsi preuve de beaucoup moins de réserve que ce à quoi il fut en droit de s’attendre. L’aveu le saisit un instant, coupant tous les élans taquins et lascifs qu’il avait nourri pendant leur silence contemplatif. L’austérité de la confidence le désarma complètement, au point où il ne sut qu’en fait, oubliant complètement son but premier. Longuement, Octave contempla la jeune femme d’un air grave, une lueur étrange dans le regard, avant de baisser lentement les yeux vers le pourpre du canapé, sondant les lignes en crois de la couture dorée. Il ne savait trop que dire, ayant parfaitement conscience de la gravité de l’épanchement succinct dont Lina avait fait preuve. Lui rendre la pareille, par principe, pour qu’elle se sente à égalité en face d’un homme à qui elle donnait, bout par bout, un peu de sa propre âme ? Avoir pitié, parce que c’était ce que demandait tout autant la bienséance, qu’un cœur sensible ? Pourtant, elle ne lui avait pas raconté cela pour susciter son indulgence, mais comme preuve de la force de son caractère. Elle lui avait dit ça non pas parce que le deuil l’accaparait de toute part, mais parce qu’elle y avait justement survécu sans pour autant y perdre sa gentillesse. Octave demeura immobile un moment, son regard absent perdu dans une contemplation inutile de tissus.

« J’en suis navré. »

Finit-il par souffler, insinuant par son court regret tout ce qui pouvait être insinué à un pareil grief. Il se sentit vaguement coupable, se disant que la jeune femme lui avait dit cela simplement pour le faire céder plutôt que parce qu’elle lui faisait entièrement confiance. Cela dit, c’était son choix de révéler pareil détail de son existence et Octave finit par imperceptiblement froncer les sourcils. Elle ne voulait pas sa pitié, alors il ne lui restait plus qu’à percevoir sa réponse ainsi que ce qu’elle était censée être. Maintenant qu’il y réfléchissait, quelque chose le chiffonnait. Il hésitant à en faire part puis, finalement, haussa des épaules et remonta son regard toujours aussi sérieux vers Lina.

« C’est très honorable de ne pas se laisser abattre par la perte d’un être proche, c’est même très courageux. Mais je ne suis pas sûr que dans le contexte, la force d’âme ait un rapport avec la résistance dont tu peux faire preuve vis-à-vis d’autrui. Rien ne t’empêche d’être naïve et forte moralement en même temps. Qui plus est, la mort d’un être proche ne remet pas nécessairement en question la confiance que tu peux avoir envers les autres. Ca ne te rend pas plus méfiant. Ne dit-on pas que parfois, ce sont les gens les plus blessés qui sont les plus gentils et veulent faire plaisir pour éviter aux autres un chagrin qu’ils ne connaissent que trop bien ? »

Octave souffla, regardant ailleurs, essayant de se rappeler de la mort de sa grand-mère. Elle s’était pendue contre la porte de sa chambre. Ses jambes touchaient le sol, ce qui dénotait une réelle détermination à mourir. Elle aurait pu se relever à n’importe quel instant pour cesser la torture, mais elle s’était laissée mourir à bout de corde, s’étouffant sous son propre poids. Elle avait été la seule à avoir été gentille avec lui, mais à cause de sa personnalité maniaco-dépressive psychotique, elle passait son temps à détruire sa vie pour l’amour de l’art. Elle était déjà grande en général, mais lorsqu’elle sombrait dans la folie, elle devenait énorme. Elle ne tenait plus dans la boîte de leur vaste maison, la boîte de sa propre vie. Tous les couvercles sautaient et elle disparaissait pour des mois entiers. Le reste de la famille lui vouait un mépris féroce et personne ne cilla en apprenant son suicide. Peut-être parce que son entourage y demeura interdit, Octave n’avait pas extériorisé son chagrin. A priori, cela ne l’avait pas rendu plus amer, ni plus méfiant. Peut-être encore plus taciturne, parce qu’on avait banalisé la mort d’un membre de la famille, le réduisant à quelques commentaires désobligeants sur sa vie de folle furieuse qui faisait honte à tout le monde, même à son mari. L’indifférence l’avait rendu indifférent. Mais c’était une autre histoire.

« Par exemple, pourquoi m’as-tu révélé cela ? Parce que tu voulais me convaincre. Parce que tu voulais me plaire, non ? Comme moi je veux te plaire d’une certaine façon. C’est ça, l’influence. Une influence volontaire que tu acceptes de ma part, parce que tu ne veux pas me blesser. Tu aurais pu t’en moquer, ne rien me dévoiler, rigoler à mes questions et me dire que c’était bien tenté et que de toute façon, le temps nous le dira. Mais tu as préféré répondre. Que crois-tu que j’aurais pu te faire avouer de cette façon, profitant de ton désir d’être agréable, si j’avais vraiment voulu savoir quelque chose de précis ? »

Finalement, il démasqua l’affaire, qui n’avait rien de mystérieux finalement, mais demeurait souvent tacite. « Une vraie rencontre provoque une influence réciproque. Deux mondes intimes interagissent et chacun modifie l’autre », disait Boris Cyrulnik. Même si naturellement Octave tendait à vouloir être un minimum agréable, il avait présentement l’adage de l’âge et de la position face à Lina, qui devait lui reconnaitre un minimum d’autorité pour agir ainsi. Et Octave se savait être capable d’avoir de très mauvaises intentions, tout en se camouflant derrière la badinerie un peu perverse qu’on avait du mal à croire, mais à laquelle on succombait parfois par esprit de jeu. Octave redevint tranquille, perdant de sa gravité en se rappelant du baiser sur le nez et sourit à nouveau à cette guillerette dispute. Une discussion qui devait épuiser Lina, il le savait, parce qu’il donnait l’impression qu’elle devait se défendre. Et elle n’avait pas assez de malice pour se moquer de lui en retour, alors que c’était tout ce qu’il méritait.

« Un baiser sur le nez à plus de valeur quand il n’ose pas embrasser les lèvres, non ? Tout finit par se résumer à la bouche et c’est la tension qui possède le geste qui le rend suave. Que l’on commence sa route sur la main, ou au mollet, tout se termine sur les lèvres. » la taquina-t-il encore une fois. « Détends-toi, je plaisante. Ca me flatte que tu sois avenante à mon égard, douce et gentille par considération pour… quoi que ce soit me concernant, même si je ne pense pas vraiment le mériter. Tu vois comme je suis méchant ! je t’accable puis je me dénigre. Promis, je serai sage lorsque j’aurais réussi à me reposer. Moi aussi, je me relèverai. »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Mer 28 Juin - 13:52

« J’en suis navré ».

Le regard de Lina dévia vers les rayonnages. Ce genre de regrets imposés par la bienséance l'avait toujours mis mal à l'aise. Elle se doutait bien que les gens s'excusaient de sa perte, mais en même temps, elle avait du mal à trouver ça légitime. Comment lui ou les autres pouvait – ils comprendre ce qu'était sa perte, comment pouvait -ils s'imaginer pouvoir prendre part à sa peine ? Ou peut – être fallait – il s'excuser de raviver le souvenir... C'était idiot, parce qu'il lui ne lui restait que cela, des souvenirs. Ses réminiscences, Lina avaient eu l'occasion de les partager avec Amaryllis. Sa camarade de Poufsouffle comprenait mieux que personne ce qu'elle avait vécut, même si bien sûr, leurs expériences divergeaient un peu. Leurs histoires n'étaient pas exactement semblables après tout. Pourtant, les deux élèves parvenaient se parler, à se rencontrer dans la douleur de la perte. C'était suffisant pour Lina.

Enfin, elle daigna le regarder à nouveau. L'éclat dans son regard avait changé. S'il s'était terni l'espace d'un instant, juste après son absence sa confidence, ce n'était plus le cas. Octave revenait, et la jeune femme était sûre que sa prochaine tirade n'allait pas être agréable à entendre. Elle ferma les yeux un bref instant et inspira un grand coup. Quand il reprit la parole, elle était loin d'être prête.

« C’est très honorable de ne pas se laisser abattre par la perte d’un être proche, c’est même très courageux. Mais je ne suis pas sûr que dans le contexte, la force d’âme ait un rapport avec la résistance dont tu peux faire preuve vis-à-vis d’autrui. Rien ne t’empêche d’être naïve et forte moralement en même temps. Qui plus est, la mort d’un être proche ne remet pas nécessairement en question la confiance que tu peux avoir envers les autres. Ca ne te rend pas plus méfiant. Ne dit-on pas que parfois, ce sont les gens les plus blessés qui sont les plus gentils et veulent faire plaisir pour éviter aux autres un chagrin qu’ils ne connaissent que trop bien ? »

Son regard s'égara un bref instant. Lui aussi était victime de ses souvenirs, la sorcière en était sûre. Mais lesquels ? Il avait admis son courage. Lina se demanda s'il le pensait vraiment, ou si c'était simplement pour atténuer ce qui suivrait ensuite. Voilà, il avait gagné. Elle mettait désormais en doute ce qu'il lui disait. Belle leçon monsieur le Professeur. Cependant il avait raison, la mort de sa sœur ne l'avait pas rendu plus méfiante... La guerre en revanche, oui. Mais sûrement pas assez pour Octave. Lassée, elle cessa de torturer l'élastique qui n'avait clairement rien demander, persuadée maintenant qu'il n'y avait rien à faire concernant ce sujet. L'homme aux livres avait décidé, pour elle, qu'elle était bien trop gentille et manifestement son avis était à lui seul un « gage de véracité qui ne saurait souffrir de justificatifs ». La jaune et noire parvint à sourire et à soupirer en même temps. Désormais, elle serait à l'épreuve du temps, parce que si Octave avait décidé ça maintenant, il n'était pas exclu qu'il change d'avis...

« Par exemple, pourquoi m’as-tu révélé cela ? Parce que tu voulais me convaincre. Parce que tu voulais me plaire, non ? Comme moi je veux te plaire d’une certaine façon. C’est ça, l’influence. Une influence volontaire que tu acceptes de ma part, parce que tu ne veux pas me blesser. Tu aurais pu t’en moquer, ne rien me dévoiler, rigoler à mes questions et me dire que c’était bien tenté et que de toute façon, le temps nous le dira. Mais tu as préféré répondre. Que crois-tu que j’aurais pu te faire avouer de cette façon, profitant de ton désir d’être agréable, si j’avais vraiment voulu savoir quelque chose de précis ? »

« Parce que tu voulais me plaire ». Les mots raisonnèrent dans sa tête, si bien qu'elle eut du mal à entendre la suite de son discours. Pendant un instant, sa vue se brouilla. Une intense chaleur se répandit à l'intérieur elle. Le foyer se situait dans sa poitrine, mais elle sentait la brûlure se diluer dans son sang, et voyager dans son ventre, ses jambes, ses bras, le bout de ses doigts. Elle s'entendit vaguement croasser un « Quoi ? », surpris, plus qu'outré, dans un premier temps. Elle se redressa et ses yeux s'écarquillèrent un peu, malgré ses sourcils froncés. Quelques mèches noires glissèrent de son épaule pour venir caresser son dos.

« Tu penses... Sérieusement, et elle insista avec force sur ce mot, que j'ai utilisé la mort de ma sœur pour te plaire ?!. Elle haleta un instant, ses épaules se relevant et s'abaissant, suivant le rythme de sa respiration trop rapide et révélant également ses clavicules. Elle tenta de se rebrancher sur ce qu'il avait dit après, mais seules des bribes lui revenaient. Je... Oui, oui j'aime agréable. Franchement, qui aimerait être un glaçon, ou un monstre assoiffé de sang ? Mais je ne serais pas non plus prête à tout pour être appréciée. Octave, si tu ne dois pas m'aimer, et bien c'est comme ça, c'est tout. Tant pis ! »

Lina ne pensait pas le « Tant pis », elle aurait sincèrement voulu qu'il l'apprécia, parce qu'elle même l'estimait déjà, et avait pour lui de l'affection. Elle pinça ses lèvres roses tendre. Non, il se trompait, la voyante ne lui aurait pas tout avouer juste pour lui plaire, ou pour le charmer. À une époque peut – être... Et encore ! On lui avait appris la pudeur. Évidemment, elle aurait été peinée de devoir lui cacher des choses, mais elle était encore tout à fait capable de se taire pour des choses importantes, sinon, elle n'aurait pas prit le risque de rentrer dans la Résistance... Au sujet de sa sœur, il l'aurait très bien pu l'apprendre par quelqu'un d'autre. Mais par exemple, elle n'avait rien dit concernant sa mère née – moldue, et en ces temps obscurs, il ne lui viendrait pas à l'esprit d'en parler, à qui que ce soit : ce serait mettre sa famille en danger. Elle ne croyait pas Octave capable de les dénoncer, mais le Ministère avait les moyens de faire parler n'importe qui contre son gré.
Elle cligna des yeux à plusieurs reprises pour retrouver une vue nette. Les petites taches vermeilles qui étaient apparues sur ses joues quand elle s'était sentie blessée commencèrent à disparaître. Lina se réinstalla dans le fauteuil, et croisa ses bras. Quoi qu'il en dise, il avait été injuste avec elle, qui n'était venue que pour s'assurer qu'il allait bien. D'ailleurs, à bien y réfléchir, elle n'était pas certaine de se souvenir comment ils en étaient arrivés là...

« Un baiser sur le nez à plus de valeur quand il n’ose pas embrasser les lèvres, non ? Tout finit par se résumer à la bouche et c’est la tension qui possède le geste qui le rend suave. Que l’on commence sa route sur la main, ou au mollet, tout se termine sur les lèvres... Détends-toi, je plaisante. Ça me flatte que tu sois avenante à mon égard, douce et gentille par considération pour… quoi que ce soit me concernant, même si je ne pense pas vraiment le mériter. Tu vois comme je suis méchant ! Je t’accable puis je me dénigre. Promis, je serai sage lorsque j’aurais réussi à me reposer. Moi aussi, je me relèverai. »

Elle haussa les épaules. Sans doute. Mais elle n'avait même pas véritablement songé à l'embrasser ailleurs que sur le nez... Elle lui jeta un regard en coin. Que cherchait – il cette fois ? Ainsi il était flatté. Il n'avait pas eu l'air de l'être pourtant... Ainsi, il se décrivait comme méchant. C'était vrai qu'il l'avait accablée, pour reprendre ses termes, mais de là à se considérer comme méchant, il y avait quand même un sacré pas à faire. Il lui avait fait beaucoup de peine en insinuant qu'elle s'était servit du décès de sa sœur, mais Lina doutait sérieusement que cela soit volontaire de sa part. Elle était pratiquement certaine que vu de sa fenêtre à lui, il y avait là un vrai argument. C'était en tout cas ce qu'elle espérait.
Enfin, elle haussa les sourcils à la fin de sa phrase, curieuse de savoir à quoi il pouvait ressembler dans ces moments – là, dans il était sage. Elle aurait voulu esquisser ne serait – ce qu'un très léger sourire. Après tout il avait admit, à demi mots, avoir manqué de tact, mais dans l'immédiat, elle ne s'en sentait pas capable. Elle aurait pu se forcer, mais elle n'avait pas envie de lui mentir. Pourtant il aurait été dommage de se quitter sur ça. Il lui avait dit de se détendre... Vraiment ? En gage de bonne volonté, elle accepta de décroiser ses bras, signe d'une attitude déjà moins fermée. Elle posa son coude sur le dossier du sofa, et laissa sa tête prendre appuie sur ses mains. Ainsi il lui faisait une promesse, et une belle qui plus est. Très bien, elle saurait s'en souvenir.

« Ah bon... Parce que tu sais être sage, toi ? »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Jeu 29 Juin - 0:55

C’était inévitable. A chaque fois qu’on évoquait les morts, l’image de Jane ne pouvait s’empêcher de venir monopoliser ses souvenirs, se répandant en encre d’un noir diffus parmi ses pensées sans pour autant les éclipser. Elle était là, floue comme une ombre à l’horizon, mais aussi présente que le soleil, le réchauffant de l’intérieur par vagues de douces réminiscences. S’il n’y songeait pas consciencieusement, elle demeurait confuse, comme une odeur, ne se rattachant à aucun moment précis, mais plutôt en une volute de sensations. La tendresse, le goût du sucre, le caléidoscope de ses robes colorées, la flamme de ses cheveux lourds, une sensation d’oisiveté un dimanche matin, lorsqu’elle repliait sa jambe sous les draps pour venir l’enlacer. Et puis bien sûr, un rire, comme un carillon dans ses oreilles. Son cœur se serrait alors, manquait parfois un battement, mais Octave se sentait bien et cette douloureuse piqure de rappel le réconfortait plus qu’elle ne lui faisait mal. Aurait-il osé utiliser la mort de Jane pour se rapprocher de quelqu’un ? Se sortir d’un pétrin ? Oui, probablement. Raison pour laquelle il supposait cela possible de la part de Lina, bien que son insinuation n’ait pas été de l’ordre du même degré de conscience. Il ne s’imaginait pas qu’elle ait pu le faire consciemment, mais c’était ce que la jeune femme avait cru de sa part, ne souhaitant pas voir, à juste titre, que cela pouvait vouloir dire tout autre chose. Mais Octave se tut, et alors que la voyante s’exaspérait de lui, il la regarda d’un visage inchangé, sans sourire ni vexation, sans gravité ni inquiétude. Il comprenait sa réaction et savait avoir probablement fait preuve d’un peu trop d’honnêteté, mais tant pis, c’était ce qu’il pensait des gens en général, même de ceux qui étaient les plus doux. Le chemin vers l’enfer était pavé de bonnes intentions et c’était on ne peut plus vrai. On s’imagine toujours qu’il faille que ce soit quelque chose de grave pour que cette maxime soit valable, mais elle se manifestait imperceptiblement dans les actions et les paroles de tous les jours. Pour l’amener à la confidence, Lina avait parfaitement pu chercher le souvenir le plus douloureux pour mieux le convaincre, sans nécessairement penser à mal quant à sa sœur. Enfin, s’il y avait bien quelque chose qu’elle pouvait exploiter, ce n’était pas le deuil, mais la pitié dont pouvait faire preuve le bibliothécaire à son égard. Au moins, sa réaction voulait clairement dire qu’elle n’imaginait pas qu’on puisse être aussi manipulateur. Et d’une certaine façon, cela le conforta de la voir aussi vexée.

En y réfléchissant, il y avait deux possibilités. Soit la nature de la jeune femme était doucereuse, un peu candide, joueuse, mais certainement pas manipulatrice comme lui pouvait l’être. Soit, Lina était encore si accrochée à sa sœur qu’une seule mauvaise insinuation comportant son évocation dans une même phrase la réveillait d’un coup de fouet. Comme un requin, elle sentait le sang et ses pupilles se dilataient, ne lui faisant voir que du noir autour d’elle. On avait tous un point sensible qui nous faisait partir au quart de tour et peut-être que pour Lina, il s’agissait encore de sa défunte sœur. Raison pour laquelle Octave ne parlait jamais de Jane. Il n’évoquait pas son prénom, se référant toujours à une mystérieuse « Elle », sans visage ni caractère, qui lui rappelait toute la tendresse qu’il y avait dans ce monde. Peu de gens savaient et c’était tant mieux. Il ne gardait pas jalousement son souvenir pour soi, mais il avait simplement la sensation qu’elle était une part si intime de lui, car elle lui avait apporté tant de réconfort, qu’il fallait un terrain propice à des confidences la concernant. Un Eden où il se sentirait tranquille et où parler de sa douce et tendre ne se mêlerait pas à l’angoisse d’être trahi. Sa mère avait toujours si bien su tirer les moindres ficelles qu’il daignait lui tendre par inadvertance que le silence était devenu le mot d’ordre dans sa vie. Il semblait toujours se dévoiler, mais ne disait en réalité pas grand-chose de substantiel. Ou uniquement ce qu’on ne pouvait pas retourner contre lui. Donc, au lieu de s’en vouloir pour avoir outré l’étudiante, Octave ne broncha pas, la toisant sans discontinuer comme on observerait un animal dans une cage, en ayant conscience qu’il ne nous sauterait pas au cou. Elle exagérait tout, et ça ne l’étonnait même pas au fond. A sa place, il aurait déjà partagé plein de sous-entendu graveleux, plaisanté sur le sujet, flirtant odieusement pour ne surtout pas paraître blessé.

« Tu penses... Sérieusement que j'ai utilisé la mort de ma sœur pour te plaire ?! Je... Oui, oui j'aime agréable. Franchement, qui aimerait être un glaçon, ou un monstre assoiffé de sang ? Mais je ne serais pas non plus prête à tout pour être appréciée. Octave, si tu ne dois pas m'aimer, et bien c'est comme ça, c'est tout. Tant pis ! »

Il y avait mille paroles qui se pressaient à sa bouche pour contredire chaque point qu’elle lui avait reproché ou évoqué, mais c’aurait été véritablement méchant et sans considération. Octave la regarda, attendant qu’elle se calme, que la marée de colère, ou quel que fut le sentiment qu’il lui avait inspiré, se lisse. Elle avait croisé les bras, bougeant un peu pour décharger l’énergie nerveuse de son corps tendu. Peut-être qu’elle était beaucoup trop ouverte à son égard, d’où cette mauvaise tournure. Il ne savait trop qu’en penser, mais savait à coup sûr qu’il n’avait absolument pas envie de s’excuser. Ni de s’expliquer, d’ailleurs. Parce que les choses qu’il pouvait avoir à lui dire lui plairaient encore moins que ce qu’il avait pu supposer jusqu’à maintenant à voix haute. Octave n’avait pas une très bonne opinion de soi, et par corrélation celle qu’il avait des autres était à peine meilleure. Même s’il espérait souvent le meilleur, il n’écartait jamais le pire et cela donnait des situations comme celle-là. Qu’aurait pensé Jane de son comportement ? Elle aurait claqué sa jolie langue contre son palais pour lui manifester son mécontentement, puis aurait dit quelque chose dans le genre : « Franchement, petit chat, elle est aussi délicate qu’une fleur et tu la traites comme une ronce. Sois gentil, sois moins pugnace, elle t’offre un baiser et tu tends les armes. Tu mords souvent pour rien, petit chat ». Octave baissa finalement les yeux, puis se roula sur le dos, abandonnant sa pose de divinité mythologique pour préférer celle de l’hédoniste. Lentement, il passa une main sur son visage, grinça des dents et toisa le plafond de ses yeux plus rouges que verts, animés d’une vive et soudaine angoisse mutine.

« Tant pis ? C’est vrai ? Dommage… Je t’apprécie et je n’aimerai pas être un tant pis. Si je deviens sage, vaudrais-je mieux qu’un tant pis ? »

Il laissa rouler sa tête sur le côté, observant Lina à l’horizontale, regardant cette jeune femme et ne sachant plus qu’en faire, ni ce qu’il voulait en définitive. S’il regrettait ou pas, d’avoir trop parlé, d’avoir accordé de l’importance à tout ça ? Il n’avait plus vraiment envie de réfléchir. C’était peut-être plus simple finalement de se laisser porter sans chercher des sous-entendus et des motifs cachés partout. Etre tristement honnête sans insinuations quelconques, sans jeux de mots. Ne pas comprendre les métaphores et ne pas en faire. Il aurait bien aimé que son langage et sa pensée soient aussi simples qu’un code, un algorithme bien construit, où tout était clair et sans fioritures. Il n’aurait alors à dire que ce qu’il pense et ce qu’il pense serait d’une simplicité primitive. Octave finissait souvent par revenir à cette conclusion, que c’était plus simple de ne rien ressentir. De ne rien attendre des autres, ni de soi-même, au moins pour s’éviter des quiproquos et les souffrances que l’absence inexpliquée de Cassidy faisait naître en lui. Un trou béant.

« Non, tu as raison, je suis trop fatigué pour avoir cette conversation. Je commence à viser la facilité, ce qui n’est pas très bon signe. Je ne pense pas que tu es de ceux qui peuvent utiliser la mort de quiconque comme une excuse pour quoi que ce soit. Tu es agréable et tu n’es pas orgueilleuse, je l’ai compris. De toute manière, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. »  Octave fit un geste mou de la main, comme pour éloigner une mouche. « Ne te vexe pas. Oublie, j'ai eu tort, je ne réfléchis pas à ce que je dis. » Il lui sourit faiblement, avec le sourire d’un simplet qui excusait son manque de tact par sa stupidité, la regardant droit dans les yeux en espérant y desceller ce qui lui permettrait de se tranquilliser. Manquerait plus qu’il se fâche avec la seule personne qui s’était inquiétée de le voir en mauvais état. Son sourire se fit plus franc, moins hébété et il déclara d’une voix presque timide, basse tel le grondement du tonnerre : « Merci d’être venue. C’est bien que tu sois là. Je crois que j’en avais besoin sans le savoir. Tu me sauves à ta façon. » Et il le pensait. Lina l’avait forcé à se focaliser sur quelque chose, au lieu de vagabonder dans le cosmos fertile de son cerveau. « Par exemple, je me sens bien avec toi, alors j’essaye de bien me tenir, de ne pas me laisser découdre, d’être alerte pour être un tant soit peu civilisé et agréable. Bon, ça ne marche pas à tous les coups, mais ça me distrait de ce qui me disperse et m’oblige à me tenir sur mes deux jambes. Si ce n’est pour moi-même, au moins pour quelqu’un que je n’ai pas envie d’horripiler. Ma mère appelait ça la discipline affective. »

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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Lun 10 Juil - 23:05

Il n'avait pas réagit, n'avait pas daigné broncher une seule fois. Son apparente indifférence calma rapidement la sorcière en proie à sa propre douleur. Sa colère était vaine. Puis une réaction, enfin. Octave roula sur le dos, il frotta son visage et grinça des dents. Lina pinça les lèvres, craignant un peu ce qui allait venir ensuite.

« Tant pis ? C’est vrai ? Dommage… Je t’apprécie et je n’aimerai pas être un tant pis. Si je deviens sage, vaudrais-je mieux qu’un tant pis ? »

Elle haussa son délicat sourcil noir, revêtant ainsi le masque de la surprise. Puis son visage se transforma, lentement. La jeune femme baissa ses yeux couleur émeraude. Maintenant, elle s'en voulait terriblement de lui avoir jeter ces deux malheureuses paroles à la figure. C'était la première fois qu'elle lui mentait, et elle n'aimait pas ça. Mais sur le coup... Eh bien ses mots avaient tout simplement dépassés sa pensée. Sa colère tomba lentement, sans qu'elle puisse y faire grand chose. La voyante croisa ses mains sur les genoux et dodelina un petit peu de la tête. Ses longs cheveux noirs avaient glissés, cachant désormais une bonne partie de son visage pâle. Bien sûr qu'il valait mieux qu'un misérable « tant pis », sage ou pas. La sorcière bascula légèrement sa tête en arrière, et glissa son regard vers Octave, un sourire au coin des lèvres.

« Oh, je pense oui »

Le ton se voulait plus léger, plus détendu. La soirée n'avait pas eu la tournure souhaitée, la discussion était trop sérieuse, un peu gênante et les choses avaient faillis dégénérer. Lina ne voulait pas ça, elle n'était pas d'humeur à se disputer, pas ce soir. Octave, l'air fatigué, se laissa aller sur le côté. Il observa Lina qui pour une fois n'essaya pas de d'échapper à son regard scrutateur. Après tout qu'il y aille, il n'avait qu'à essayer de deviner qui elle était, ce qu'elle voulait, de toute façon elle voulait faire la même chose, découvrir un peu plus le bibliothécaire qui était installé à ses côtés. Discuter avec lui, c'était subir un véritable ascenseur émotionnel, mais il l'avait rendu curieuse. Qui était – donc l'obscur personnage, gardien des livres de Poudlard ?

« Non, tu as raison, je suis trop fatigué pour avoir cette conversation. Je commence à viser la facilité, ce qui n’est pas très bon signe. Je ne pense pas que tu es de ceux qui peuvent utiliser la mort de quiconque comme une excuse pour quoi que ce soit. Tu es agréable et tu n’es pas orgueilleuse, je l’ai compris. De toute manière, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.  Ne te vexe pas. Oublie, j'ai eu tort, je ne réfléchis pas à ce que je dis ».

La sorcière fronça ses sourcils, plissant  la peau de son front. Cette expression lui donnait un air plus âgé qui lui allait bien. Ainsi, elle ressemblait beaucoup plus à une femme qu'à une écolière.
Elle avait imaginé l'accident des centaines, des milliards de fois dans sa tête. Beaucoup lui avait reproché de faire les choses ainsi, pourtant elle n'avait pas pu s'en empêcher. C'était plus fort qu'elle. Imaginer le drame, c'était, d'une certaine manière, une façon de se l’approprier. Alors voilà, dans sa tête, le bus s'était arrêté au milieu de la voie ferrée, coincé par la deuxième barrière de sécurité. L'institutrice s'était dirigée vers le chauffeur, agacée, effrayée, en lui demandant dans un français médiocre de faire bouger le bus, de défoncer la barrière s'il le fallait. Pourtant, il n'arrivait à le redémarrer. Puis, au loin, le train klaxonna une première fois. C'est à ce moment que les adultes comprirent qu'un événement horrible allait se reproduire. La femme força le chauffeur à ouvrir les portes du véhicules, et commença à faire évacuer ses élèves, en rang, calmement, se demandant si elle les sauverait tous. Les enfants venaient de comprendre aussi. Ils se mirent à hurler. Deuxième coup de klaxon. Lina avait imaginé chacun des visages  des camarades de sa sœur, et au milieu, la chevelure flamboyante de Victoria. Le train n'arrêtait plus de hurler, et l'institutrice de s'activer. Puis au dernier moment, elle se dégagea, attirant contre elle un petit garçon, et laissant derrière et malgré elle certains élèves, dont la sœur de Lina. Elle avait ensuite entendu la tôle se déformer, le crissement des freins, les hurlements, les éclats de verre. Sa vision s'arrêtait là. Lina était incapable d'en faire plus.

Non, clairement, la sorcière n'était pas en mesure d'utiliser cette vision à son avantage. C'était trop pour elle. Elle en serait devenue folle. Pourtant, il s'excusait. Ne pas se vexer... Oui, elle en était capable. Elle le croyait quand il disait qu'il n'avait pas voulu dire ça. Elle prenait parfois les choses trop à cœur, elle avait pu se méprendre sur ses intentions...

Un sourire vint fendre les lèvres du bibliothécaire. D'abord timide et fragile, comme un oiseau sorti de l’œuf. Puis plus présent, plus cordial, plus sûr. Elle baissa les yeux, voilant son regard vert avec ses paupières bordées de cils noirs. Elle haussa les épaules. Lina voulait bien tourner la page. La jeune Poufsouffle apprécia ce revirement, et elle lui rendit son sourire. Son corps, heureux de ce changement d'attitude se relâcha. Lina n'avait pourtant pas eu l'impression de s'être raidit à ce point. Elle tendit ses jambes devant elle, et se genoux gauche craqua, lui arrachant une grimace, puis, la voix rauque d'Octave transperça à nouveau l'atmosphère, attirant encore l'attention de la jeune voyante.

« Merci d’être venue. C’est bien que tu sois là. Je crois que j’en avais besoin sans le savoir. Tu me sauves à ta façon.  Par exemple, je me sens bien avec toi, alors j’essaye de bien me tenir, de ne pas me laisser découdre, d’être alerte pour être un tant soit peu civilisé et agréable. Bon, ça ne marche pas à tous les coups, mais ça me distrait de ce qui me disperse et m’oblige à me tenir sur mes deux jambes. Si ce n’est pour moi-même, au moins pour quelqu’un que je n’ai pas envie d’horripiler. Ma mère appelait ça la discipline affective. »

Discipline affective ? La jeune femme ne put s'empêcher de rire, sans savoir si cela était approprié ou pas. Ainsi, il ne voulait la mettre à mal, d'où cette discipline... Affective. Quelque part, ces propos réchauffèrent le tendre cœur de Lina, elle se sentait rassurée, bien que gênée. Le sauver à sa manière... ? Elle avait des difficultés à envisager les choses de cette manière. Vu que sa fenêtre, elle avait simplement remarqué qu'Octave semblait souffrir de quelques maux, et avait voulu se montrer présente parce qu'elle l'appréciait, peut-être un peu plus que de raison. En aucun cas elle n'avait voulu jouer les héros, prétendant ainsi être capable de secourir une personne qu'elle venait finalement de rencontrer.

« Discipline affective, hein. Un rire au fond des yeux, elle dévisagea l'homme. Écoute ne t'en fais pas, d'accord ? Je n'aurais pas pu te laisser dans cet état là sans rien faire. Je suis trop... Moi, pour ça ».

Et c'était terriblement vrai. Elle avait réfléchi avant de se lancer dans son entreprise de consolation, hésitant parfois un peu. Après tout, le lien qui l'unissait à Octave n'était pas des plus solides, mais elle était incapable d'assister impuissante à sa souffrance, à ou celle d'un autre, et cela ne s'expliquait pas.

« Mais si ma présence a eu un quelconque effet bénéfique sur toi, alors tant mieux, c'était l'effet espéré ».

Espéré, et non pas attendu. Toute la nuance se trouvait là.



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MessageSujet: Re: [4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé. Ven 14 Juil - 17:56

Tandis que son tempérament naturellement curieux et scrutateur le poussait à aller recueillir les gestes et la qualité de leur grâce, sa fatigue commençait à lui imposer des miroitements incertains, et surtout un flot de vide. C’était comme s’il ne savait plus lire et que le langage du corps ne voulait plus rien dire pour son regard, à l’accoutumé si prompt aux suggestions sagaces. Il regardait Lina et se faisait simplement hypnotiser par sa cascade de cheveux noirs, détaillant davantage le reflet des bougies dans le teint charbonné de sa crinière qu’essayant de percer les mystères de son visage. Il se savait maintenant sûrement faible d’esprit et de corps au point que ce qui avait du sens jusqu’à maintenant n’en avait plus, se transformant soudain en entité inanimée et muette. S’il avait été poète, il aurait volontiers résumé que la nature ne lui chantait plus. En vérité, il était simplement épuisé et les rares choses qui lui venaient à l’esprit semblaient insensées et sans grand intérêt. Octave sentait sa tête tanguer doucement, tandis que ses yeux ne quittaient plus les ruisseaux noirs de Lina, captivés par cette noirceur ondoyante, profonde et étrangement lumineuse. Ah oui, les bougies… Sans vraiment le vouloir, par faiblesse et facilité, il l’avait encore taquinée, appelant à la contradiction en lui confiant qu’il aurait aimé être plus qu’un « tant pis ». Il avait été quasiment certain que la jeune femme allait céder, et c’était ce qu’elle avait fait, indéniablement. A demi-mot, parce qu’elle était dotée davantage d’un caractère réservé qu’extraverti, mais elle l’avait consolé. Et bien qu’il fût conscient de la supercherie, que les mots dans cette petite bouche n’étaient pas là totalement de leur plein gré, Octave s’en sentit vaguement soulagé. Soulagé et satisfait de l’entendre dire ce qu’il avait désiré. Quoi que, la fatigue le mettait dans un tel état de flegme qu’il n’était plus certain que le contraire l’aurait attristé. Il ne voulait pas se disputer ou être méchant, mais aurait-il été touché par son rejet définitif ? Lina… Trop insensé pour y songer.

Lorsqu’il avait évoqué le souvenir de sa mère, l’étudiante se mit à rire et, par mimétisme pur, Octave esquissa un sourire, ricanant presque et transformant encore une fois la douleur en plaisanterie. Ce genre d’instants, quoi qu’un peu gênants de par les sentiments contradictoires qu’ils lui inspiraient, avaient quelque chose de salvateur. Il ne songeait presque jamais à son passé lointain ne serait-ce qu’avec un semblant d’enchantement. Mais quand quelqu’un trouvait une raison d’en rire, Octave se sentait pris d’une joie égale, sans réelle raison valable autre que celle de son interlocuteur. Alors, Lina rigolait doucement et lui aussi. Quoi qu’en y réfléchissant, cela pouvait très bien être un rire nerveux et ils étaient tous les deux en train de ricaner pour rien. Encore aujourd’hui, ça lui restait en travers de la gorge à chaque fois qu’il venait à évoquer quelque chose qu’il devait à sa chère mère. Et Merlin seul savait à quel point il lui devait son caractère et certaines de ses manières. Elle aurait certainement voulu avoir bien plus d’influence, même s’il retrouvait des reflets d’elle à chaque pas qu’il faisait. Bon sang ! Ma mère, ma mère, ma mère ! Un fils à maman ! Quelle horreur. Octave grimaça, exaspéré par soi-même. Il devait vraiment dormir. Ou au moins se retrouver seul pour pouvoir se liquéfier, enfin craquer sur toutes les coutures et se répandre au sol comme un sac de blé jeté à la hâte. En fait, il n’en pouvait plus, de cette discipline affective ; elle l’avait déjà suivi toute la journée.

« Discipline affective, hein. Écoute ne t'en fais pas, d'accord ? Je n'aurais pas pu te laisser dans cet état là sans rien faire. Je suis trop... Moi, pour ça. »
Octave arqua un sourcil, lui jetant un regard amusé.
« Trop toi ? Ca veut dire quoi ça ? Trop Poufsouffle ? »

Il la taquinait encore, la poussant à dire ce qu’elle ne voulait pas, ou à se justifier au lieu de la remercier de bon cœur. Oui, la jolie Miss était probablement comme ça, gentille et dévouée aux autres. De ceux qui étaient incapables de détourner le regard à la vue d’une âme en peine, comme poussés par la force invisible de la compassion à venir en aide dès que c’était possible. Octave s’était souvent demandé si de telles personnes n’avaient pas finalement la bonté superficielle, à force de porter secours à tout le monde ? Une générosité diffuse, mais égale d’une personne à l’autre, et jamais en profondeur. Après tout, on savait bien que ce qui était trouvé en abondance avait bien moins de valeur que ce qui était rare. Les faveurs d’un misanthrope semblaient exceptionnelles comparées à la gentillesse d’un altruiste. Bien entendu, Octave n’était pas ingrat et la question frôla sa bouche plus par habitude que par réel intérêt, sans qu’il ne remette en question les gracieuses intentions de la jeune femme.

« Mais si ma présence a eu un quelconque effet bénéfique sur toi, alors tant mieux, c'était l'effet espéré. »

Il sourit dans le vide, regardant quelque chose au loin, au travers de Lina qu’Octave ne semblait plus voir. Sourires, sourires, éternels sourires sans saveur ni sincérité ; reflexes de complaisance factice. C’était dans ces moments de fatigue qu’il comprenait à quel point cela lui demander un effort au quotidien que de sourire. Il aurait préféré garder son visage immobile, sans aucune tension, presque mort. Mais quelque chose, l’orgueil peut-être, et les éternels jeux de manipulation dans lesquels il s’étaient si profondément enfoncé qu’ils faisaient maintenant partie intégrante de sa nature, mais quelque chose, disais-je, le poussait à l’ouverture artificielle. Cependant, son visage lui faisait mal à présent et le sourire s’évanouit, fané comme une plante à la tige trop fragile. Du bout des lèvres, il finit par déclarer, l’allure horriblement impassible :

« Bénéfique, mais temporaire, comme tout ce qui au final est superficiel au problème originel. Toutefois, tu as soulagé un symptôme, c’est certain, et je t’en suis infiniment reconnaissant. Mais Miss K… il se fait tard et le couvre-feu va tomber. Tu n’aimerais pas te faire surprendre par des inspecteurs, n’est-ce pas ? Et j’aimerai encore moins que ça arrive par ma faute. »

Avec une énergie qu’on ne lui aurait pas soupçonné au vu de son état de décrépitude maîtrisée, Octave se releva vivement sur ses deux jambes. Il s’étira longuement le dos en roulant des épaules puis, retroussant les manches de sa chemise, il se retourna vers Lina et lui tendit la main pour l’aider à se relever.

« Viens, je te raccompagne. »

Une douce invitation à ne pas résister, affriandant par la promesse d’une galanterie servie dans le creux d’une paume chaude et large. Il lui sourit d’un air un peu las, mais taquin quand même, une lueur étrange continuant à danser dans son regard vert devenu terne et quelque peu morne. Il savait que le sommeil n’allait pas venir et cela le fatiguait déjà d’avance. Cette nuit allait être longue, mais au moins la solitude lui permettrait de gémir en silence et se complaire dans sa belle mélancolie. Passer la soirée avec Lina l’avait en fait épuisé davantage, plutôt que de le requinquer. La discipline affective n’était pas un terme ironique et comme suggéré, il y avait plus de discipline que d’affection. Son regard, attendri par la fatigue plus qu’endurci, parcourut Lina avec paresse.

« Toutes les bonnes choses ont une fin, comme dirait l’autre. »

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Crédit : Abi
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[4 Octobre 1997] - Houle sur coquillage et dialogue de canapé.

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