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[5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 463

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Mer 15 Fév 2017 - 18:47

Malgré toute la nervosité et le désordre que les quelques dernières heures avaient semé en son esprit, Octave s’obligea à être prudent, se convaincant qu’il devait attendre encore quelques heures supplémentaires avant d’aller cueillir sa Cassidy à l’hôpital. Attendre qu’il y ait moins de monde, que l’heure de visite soit passée, qu’il soit suffisamment tard pour que personne de notable ne puisse le remarquer et faire preuve d’un peu trop de curiosité déplacée. D’autant qu’elle n’était pas en danger à l’hôpital. Au contraire, c’était l’endroit où elle était censée se trouver et venir la récupérer ne se présentait finalement plus que comme l’acte égoïste de celui qui la voulait savoir près de soi plutôt qu’entre les mains de spécialistes compétents. Mais surtout, il s’inquiétait de son état, il voulait se rassurer soi de la gravité d’une situation telle qui avait demandé à ce que Rogue en personne ne vienne le chercher. Une brebis de plus dans l’enclos. Il ne pouvait que deviner les épreuves endurées et dans un fol élan d’orgueil, il s’était imaginé être le seul capable de tempérer les inquiétudes de Cassidy. Il lui fallut se rendre à l’évidence qu’il n’y allait que pour soi, pour constater la nature des choses et ne plus rester dans un brouillard aussi insupportable qu’opaque. Encore un peu, et il se serait résolu à suivre le conseil du Directeur en l’abandonnant à sa chambre de naphtaline encore quelques jours supplémentaires. Merlin seul savait ce qui pouvait advenir s’il se présentait trop tôt. Seulement, à l’instant où il s’était résigné à patienter jusqu’à ce que le jour ne prenne fin, le temps se déforma drastiquement et la vie prit une toute autre texture. Octave se dit que c’était dû à la fatigue, ce qui était effectivement partiellement le cas, mais son impatience inquiète rendait le monde autour de lui cruel. Tout faisait du bruit, beaucoup de bruit, en continu, mêmes les plantes semblaient chuchoter lorsqu’un coup de vent frôlait les feuilles les unes contre les autres. Chaque seconde était insupportable d’éternité et, déjà un peu plus rassuré, Octave s’était obligé à dormir pour oublier le temps qui passait. Si tôt que sa tête avait effleuré son oreiller, il sombra dans un sommeil agité qui le réveillait dans l’espoir inconscient qu’il soit déjà l’heure d’aller la retrouver, de la même manière qu’un étudiant sortant de sa torpeur une heure en avance de peur de rater son examen. A chaque fois, il regardait l’heure, et à chaque fois, il était beaucoup trop tôt. Pourtant, il n’y avait pas d’examen à passer et le moment du rendez-vous ne faisait partie que d’une sorte de contrainte qu’il s’était lui-même créé. C’était la limite acceptable.

En homme de contradictions, Octave se plongea dans un bain et attendit bien au-delà de la limite. Simplement pour être sûr et également pour ne pas succomber à ses propres caprices en sortant au galop retrouver sa bien-aimée. Au lieu de cela, il se laissa porter par la chaleur de l’eau, ferma les yeux dans une tentative de se calmer davantage, pour au final s’énerver encore plus alors que des idées se mirent à se bousculer dans un esprit qu’il essayait de vider. Ah, c’était toujours la même chose, pour ne pas penser, il faut penser à ne pas penser, et tout le monde sait que c’est une boucle vicieuse qui finit dans la frustration. Et puis, de toute manière, quel que fut le sujet exploité, tout revenait à Cassidy, qu’il pense à Rogue, à Lucifer, aux Mangemorts, à la nature morte du quatrième étage ou même aux vacances qu’il avait passées en Croatie. Octave avait très clairement senti par instinct qu’une relation particulière avait dû se tisser entre Cassidy et le Directeur, et il n’était absolument pas certain de son avis sur le sujet. Pour être honnête, cela ne lui plaisait pas, déjà parce qu’il ne l’avait absolument pas vu venir, ce qui était un point non négligeable dans le poids d’un mécontentement pour le moment dirigé vers soi-même. Il ne comprenait pas où avait bien pu se trouver leur attache singulière, à moins que les Mangemorts et l’amour des potions ne connecte les gens entre eux de manière bien plus efficace que prévu. De la jalousie infantile ? Peut-être, un peu, et cela l’énervait d’autant plus qu’il n’était pas censé éprouver ce genre d’irritation. Ce qui le dépossédait, c’était de ne pas savoir ce qu’il en était vraiment. Elle était privilégiée aux yeux d’un homme qui n’avait jusqu’à maintenant donné de considération véritablement pour personne et c’était… intrigant. Intrigant et partiellement, horriblement exaspérant. Pourquoi ? Ce n’était pas simplement une estime respectueuse et se limitant au cadre physique et celui d’une passion commune, non, il avait cure de ses états d’âme. Rogue ne s’était pas limité à s’inquiéter pour son état charnel, il s’inquiétait également pour son bon mécanisme spirituel. C’était bien la limite franchie dans les habitudes du Directeur qui inspirait le plus de méfiance à Octave. Enfin, méfiance… c’était encore la frustration qui parlait. Quelque chose ne collait pas et il ne savait pas pourquoi, ni qui allait lui donner ce morceau d’énigme, Rogue ou Cassidy ?

Elle avait maintenant les faveurs de deux personnages extrêmement dangereux et cet état de faits ne l’avait pas mise en sécurité, loin de là. Ils avaient eu si peu de temps… Entre la confession de leurs sentiments dans la chambre d’hôtel à Londres et leurs quelques discrètes entrevues dans les coins du château, ils n’étaient parvenus à maintenir une idylle toute relative qu’une poignée de jours. Que dire… une poignée d’heures plutôt. Ces instants-là de tranquillité étaient irrévocablement perdus. Tout maintenant allait se résumer à une présence lénitive, au pansement de plaies, un pot-au-feu sublimé de tentatives pour rendre la vie quotidienne supportable, un postiche animé d’instants toujours plus délicats les uns que les autres. Et ainsi s’en irait leurs existence, ballotée entre une vie cruelle et le réconfort tout relatif de bras qui finiraient fatalement par devenir insuffisants face aux évènements. Se contenterait-elle de lui et de rien d’autre ? Il y avait encore des choses que, malgré toute sa volonté et son pouvoir de persuasion, il demeurerait incapable de changer à sa guise. Peut-être allait-elle finir par se tourner davantage vers quelqu’un étant plus en mesure de comprendre sa condition qu’un bibliothécaire si peu enclin à accepter les règles et les limites. Ils étaient différents et voilà que commençait une période où tout ce qui pouvait les opposer, les opposera. Rogue l’énervait par son rapport mystérieusement élitiste envers sa bien-aimée, et il s’énervait soi-même de surcroit d’y accorder autant d’intérêt. Ce n’était pas le moment ; il ne devrait d’ailleurs jamais avoir de moment pour cela, il n’avait pas quinze ans. Mais l’absence de compréhension dans des choses qui touchaient si près Cassidy le plongeait dans une sorte de rumination morose où il exploitait sans relâche les possibilités sans qu’aucune ne puisse avoir grâce à ses yeux. Il n’y avait que la vérité qui le pouvait et Octave ne la détenait pas.

Il s’échappa littéralement du bain, entrainant des vagues d’eau par-dessus le rebord de la baignoire. Impossible de se détendre. Il lui fallait bouger pour mieux digérer tout cela. Marcher. Il avait failli enfiler quelque chose de simple, mais le but était maintenant de passer aussi inaperçu que possible et sa simplicité à lui ne rimait certainement pas avec la simplicité du monde sorcier. Leur simplicité était restée coincée quelque part à l’ère victorienne, qui plus est parmi la classe la plus modeste ce qui dénotait souvent une qualité de tissus assez moindre, chose qu’Octave détestait par-dessus tout. C’était le genre de vêtements qui s’usaient rapidement et étaient assez mal taillés. C’était systématique. Sauf les plus aisés avaient le droit à un peu d’extravagance venue d’autres siècles tout aussi antérieurs, mais le bibliothécaire se devait d’être bibliothécaire pour cette fois-ci. Et puis bien sûr des couleurs si incertaines et sombres que l’on ne pouvait dignement les identifier. A croire que seules choses bouffées par les mites pouvaient avoir grâce aux yeux du monde magique. Bon, il n’était pas là non plus pour faire croire qu’il venait des coins sombres de l’Allée des Embrumes. Octave avait sorti ce qu’il y avait finalement de plus adéquat pour se fondre relativement dans la masse : un complet. Veston, pantalon et gilet de la même couleur, d’un noir diffus, un peu grisâtre. Une sobriété chic à l’anglaise de 1840, celle qui se fond autant dans la rue qu’au palais royal. La coupe du pantalon à taille étroite était droite et tombait sur des bottes fines d’un cuir quelque peu vieilli et d’un brun sombre. Le gilet, discrètement brodé de fil noir, se fermait sur trois rangées de boutons et se terminaient par deux pointes au niveau de la taille. La chemise à plastron et sans boutons avait des manches larges et les poignets étroits, s’élargissant sur des emmanchures évasées et trainantes, recouvrant la main jusqu’aux premières phalanges. Le col était haut et une cravate blanche et large nouait lâchement son cou façon lavallière. L’ensemble tout en sobriété historique était complété par une redingote lourde allant jusqu’aux genoux, sorte de veste croisée à la basque. Les stigmates des élans du mouvement gothique que les sorciers appréciaient tant. Cela lui donnait une silhouette fine, assez romantique : les épaules tombantes, taille cintrée, élégance et spleen. A dire vrai, Octave appréciait ces vêtements là également, mais il avait passé tant de temps dans le monde moldu qu’il se sentait ainsi imposteur. Un faux sorcier essayant de se faire passer pour quelqu’un qu’il n’était pas. Enfin, en attendant, cela lui allait bien.

Pas de fioritures, aucun signe de richesse extérieure, sa tenue droite mais respectueuse était à l’image de ses vêtements : toute en modestie. En marchant dans la direction de la forêt pour quitter le territoire du château, Octave était tranquillement rentré dans son rôle, endossant avec aisance une réserve pudique qui ne lui ressemblait pas, mais qui étrangement lui collait présentement bien au teint. C’est qu’il savait se rendre invisible lorsqu’il le voulait. Au loin, une église marqua une dernière fois les dix heures du soir, et dans le bruit étouffé des cloches, le bibliothécaire transplana. Au moment où son pied foula le pavé devant l’Hôpital Sainte Mangouste, il avait déjà revêtu cet air de totale indifférence qui était censé aller à quelqu’un remplissant une activité qui ne lui était pas destiné à l’origine. C’était un bibliothécaire de Poudlard qui était venu chercher une collègue et qui se trouvait si occupé qu’il fut contraint de venir tard de surcroit. Bref, quelle insurmontable plaie. En entrant dans l’établissement, son visage prit un air pressé, vaguement préoccupé, mais très certainement pas par ce qui se passait ici, plutôt par quelques affaires qui l’attendaient encore au château, cette tâche l’obligeant à les abandonner. Bref, l’on ne pouvait pas être plus représentant de l’ennui mortel qu’Octave en cet instant.

L’infirmière de garde lui demande ce qu’il désirait sur le ton quelque peu embarrassé de quelqu’un s’apprêtant à refuser une requête sans en connaître le sujet. Elle devait avoir l’habitude de refouler de potentiels visiteurs à cette heure tardive et Octave ne lui en tint pas rigueur, se comportant comme le parfait compatriote de malheur, entre personnes qui s’apprêtent à faire quelque chose qui ne leur plaisait pas. D’une voix à peine suave, il lui spécifia la nature de sa venue et les particularités de sa position, à savoir qu’il était bibliothécaire de Poudlard et était, à la demande d’un Directeur qui n’en avait cure, venu récupérer une collègue pour s’assurer qu’elle arrivera bien à ses appartements. Bref, la routine. La jolie sorcière de comptoir lui adressa un sourire en cherchant dans les papiers, sourire qu’Octave lui rendit en coin, comme quelqu’un ayant soudain trouvé intérêt à son activité. Puis il soupira, tendit la baguette magique de Cassidy à l’infirmière, lui disant qu’elle pouvait la lui rendre en la voyant. Pour sa part, il n’avait pas l’intention de l’accompagner, sa quête s’arrêtait à faire un aller-retour entre le château et l’hôpital, point barre, aucune autre considération ne pouvait avoir lieu. Et alors qu’elle lui adressa quelques sous-entendus compréhensifs quant à certains patrons qui pouvaient s’avérer ingérables tant ils faisaient des demandes saugrenues, ils échangèrent quelques regards de connivence, partageant la même qualité d’employés au service de gens qui profitaient de leur statut. Ah oui, quel vilain personnage ce Directeur, toujours à demander des services qui sortaient de l’ordre des compétences de ses humbles serviteurs. La sorcière rigola, lui demanda comment il s’appelait. Octave. Octave Holbrey. Si, c’est dur d’être à Poudlard en ces temps-ci, particulièrement avec des gens comme ceux-là. Mais c’est la vie et nous ne pouvons-nous y soustraire, alors il faut composer avec, n’est-ce pas ? Composer avec un employeur rigide et danser la danse que nous impose le temps. Et vous ? Cassandre. C’est charmant. J’espère que votre nuit de garde n’est pas trop fatigante… Elle lui dît que ça va, puis s’en alla en précisant qu’elle n’avait pas pour très longtemps.

Bon, au moins la bonne humeur allait peut-être l’obliger à être plus sympathique envers Cassidy.

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APPRENTI(E)Filière scientifique et médicale
    APPRENTI(E)
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INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Prise, par lui. Mais chut.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 16/06/1975, Inde
SANG SANG: pur
MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Sam 18 Fév 2017 - 18:34

Un pas. Un suivant. A l'aveugle, elle avançait, les bras tendus devant elle, brassant l'air qui devient progressivement moite et lourd. Tenter de maîtriser un tant soit peu son environnement, en vain. Encore un ? Hésitante, la jambe nue resta suspendue dans les airs, maintenue par un fil invisible. Le pantin soumis hésitait. La marionnette avait peur mais le choix ne lui était pas laissé ; la ficelle se tendit et la força à continuer d'avancer. Le sol ne se déroberait-il pas sous ses pas ? Était-elle arrivée au bord d'une falaise au gouffre vertigineux et aux roches plus affûtées les unes que les autres ? Peu importait. Les ficelles reliées à ses quatre membres se tendirent de manière simultanée et elle n'eu d'autre choix que de marcher vers... l'inconnu. La mort ? Tandis qu'elle progressait, obéissant de manière quasiment automatique aux moindres sollicitations des cordes de nylon venant enserrer sa peau, la marionnette pensait. Et plus les possibilités fleurissaient dans son esprit, plus son état général semblait se dégrader. L'herbe était humide sous ses pieds. Obscurité totale. L'encre se répandait, partout, venant presque l'asphyxier par son épaisseur et son intensité. Dans le silence assourdissant, sa gorge se noua et le rythme de ses pulsations cardiaques s'accéléra. Boum boum boum boum boum boum... Elle suffoqua tout en se forçant à déglutir. Elle n'avait pas le choix, il lui fallait continuer. Une bouffée d'angoisse l'envahit alors que son pied nu entra en contact avec une sorte de mare poisseuse et tiédasse. Figement. Son débit sanguin s’accéléra. Non. L’écœurant liquide enserrait maintenant sa fine cheville, venant s'infiltrer entre chacun de ses doigts de pied. Un frisson lui parcourut l'échine, venant hérisser le duvet blond recouvrant sa nuque. Il fallait faire demi-tour. Le danger était palpable et le tableau, macabre. Néanmoins, lorsque la marionnette tenta de faire marche arrière, les attaches se tendirent de plus belle, avant de se transformer soudainement en barbelés tranchants. Le nylon fut remplacé par le fer rouillé. Un glapissement de douleur franchit ses lèvres, brisant ainsi le silence angoissant du paysage morbide lorsque la ronce de fer aux aiguillons acérés semblables aux rameaux de Robinia pseudoacacia, s'enfonça dans sa peau, entaillant profondément la chair. Le sang coulait maintenant, elle en était certaine. Sentant sa gorge se serrer, la poupée tenta de se reprendre, mais c'est trop tard. Un sanglot de détresse lui échappa et les larmes commencèrent à rouler le long de ses joues opalines. Comme toujours, elle n'avait pas le choix. Se soumettant de nouveau aux impitoyables fils de fer, elle repris sa progression. L'autre pied rejoignit son jumeau et derechef, à ce contact avec le liquide qu'elle ne parvenait pas à voir, un gémissement angoissé s'échappa de sa gorge. Terrifiée, la poupée aux cheveux blonds continua sa progression, s'enfonçant de plus en plus profondément dans l'épaisse substance gluante. Elle en avait jusqu'à la taille maintenant, et sa robe - autrefois blanche, presque transparente - lui collait à la peau. Sa lourdeur l’écœurait au delà des mots.

« Nehal... » Avait-elle bien entendu ? De nouveau, son prénom murmuré dans les ténèbres fut porté à ses oreilles. « Nehal... » Son second prénom. Sa voix suave et si singulière. Reconnaissable entre mille. Il était là. Elle n'était plus seule. « Octavius ! » Le prénom franchit ses lèvres, jeté dans les airs avec l'énergie du désespoir. A l'aveugle, guidée par les murmures des ombres, elle se dirigea vers lui, ne prêtant soudainement aucune attention aux ronces cruelles lui entaillant la peau. Reprise de contrôle. La marionnette mourrait et la jeune femme reprenait le contrôle. Lui seul possédait cette capacité ; celle de lui faire franchir des montagnes. Elle le rejoindrait et rien ne l'en empêcherait. « Nehal... » Un murmure, à côté d'elle. Sursautant, les bras et les jambes en sang, embourbée dans cette substance qu'elle ne parvenait toujours pas à identifier. Il était là. C'était sa voix. « Octavius - sa voix se brisa sous l'émotion l'envahissant tandis qu'elle se jettait dans ses bras - Fais-moi sortir d'ici ! Je... je suis perdue. Il n'est pas loin, je le sens. » Sa Marque la brûla. La douleur était abominable, si intense que des points de lumière se mirent à danser devant ses iris, venant soudainement illuminer l'obscurité. Sans un mot, des bras se refermèrent autour d'elle et au même instant où ces derniers entrent en contact avec son dos dénudé, Cassidy comprit que quelque chose clochait. Le sang se glaçant dans ses veines, elle tenta brutalement de se défaire de l'étreinte mortelle, en vain. ça n'allait pas. Ces bras étaient trop maigres, cette peau, bien trop froide. Ces doigts trop longs et squelettiques. Cette odeur n'était pas la sienne. Ce buste était bien trop allongé et étroit. Ce geste, dépourvu de toute douceur. Au contraire, l'étau se refermait de plus en plus autour d'elle, menaçant de venir lui fracturer des côtes. « Lâchez-... moi. » Elle avait de plus en plus de difficultés à respirer. L'air ne rentrait plus correctement dans ses poumons comme commençait à en témoigner cette toux sèche qui vint secouer son corps grêle. Ses mains griffèrent, son corps se contorsionna afin de tenter de se soustraire de l'emprise, en vain.

Lumière. Vive et blanche. D’ instinct, les paupières de la jeune femme se refermèrent dans un mouvement d'autoprotection contre cette agression lumineuse, avant de se ré-ouvrir de manière progressive. Il aurait mieux fallut qu'elle les conserve fermées et ce, à jamais. Devant les prunelles écarquillées d'horreur de Cassidy, la silhouette du Seigneur des Ténèbres se dessina. Il se tenait debout, au milieu d'un lac de sang rougeâtre et visqueux. Elle était là, complètement emprisonnée de ses anneaux visqueux. Hurlement de terreur. Se débattant de plus belle, en proie à la panique, elle ne parvint qu'à provoquer un nouveau resserrement. « Alors Nehal, comme ça tu pensais me berner ? » Un sanglot terrifié s'échappa de la gorge de la jeune femme à bout de forces. Lord Voldemort se tenait devant elle, mais la voix d'Octavius sortait de sa bouche. « Tu pensais vraiment pouvoir te jouer de moi ainsi ? Holbrey m'a tout raconté à ton sujet. Tes idéaux, ton double jeu pathétique... » Brutalement, l'empoignant par les cheveux, il la décolla de lui et la força à se retourner. Par dessus son épaule, de son index blanchâtre, il pointa une silhouette qui se rapprochait progressivement, traversant l'étendue vermeille. « Vois qui arrive espèce d'idiote. Regarde bien, ne serait-ce pas ton petit copain ? Celui à qui tu t'es ouverte de façon si pathétique ? » Son souffle glacé à son oreille ne fut rien en comparaison de l'ébranlement qui s'empara d'elle. Octavius avançait vers elle, un rictus ornant ses lèvres fines. « L'amour Nehal... L'amour. Tu n'es qu'une misérable traître à ton sang, et tu vas en payer le prix. » A ces mots, il la libéra en la projetant sur le bibliothécaire qui la réceptionna sans vaciller, les bras grands ouverts. Là, Cassidy l'aperçu ; la Marque des Ténèbres, sur l'intérieur de son avant-bras gauche. Les yeux agrandis d'horreur, elle parvint à articuler quelques mots des plus inutiles. « Tu, tu en es un... » Le rictus du sorcier s'agrandit, venant déformer outrageusement ses traits. « L'amour aveugle Nehal, tu le sais pourtant. » La voix froide et si singulière du Seigneur des Ténèbres. Délicatement, sa main vint caresser la courbe de sa joue avant de se perdre dans sa nuque, tandis que de l'autre, il maintenait toujours son avant-bras. Brutalement, sa main se resserra autour de son cou et - dans un mouvement sec - il la fit entièrement basculer à la renverse dans le lac d'hémoglobine.

La terreur emplit la sorcière mais lorsqu'elle commença à se débattre, c'était déjà trop tard. La paume d'Octavius lui enserrant la nuque, il la retourna sur le ventre comme si elle ne pesait rien et lui plongea la tête sous le sang. Par réflexe, elle ouvrit la bouche pour hurler en se débattant, mais la referma bien vite. Dans un premier temps, l'apnée réflexe propre aux humains se déclencha et l'épiglotte se ferma das un spasme du larynx, visant à protéger les voies respiratoires. Hypoxie cérébrale. Néanmoins, au bout de quelques secondes, elle suffoqua - ceci permettant au spasme de se lever et la substance poisseuse fit irruption dans ses voies aériennes, venant par la même occasion détruire les alvéoles pulmonaires et provoquer une extravasation de sang. Asphyxie aiguë par inondation bronchique et alvéolaire. Boum boum boum boum boum boum... Le cœur s'emballa. Boum... Boum... Boum... Avant de commencer à ralentir. Peu à peu, la privation d'oxygène du cerveau et du cœur se faisait sentir, et alors qu'elle perdait conscience...

« Miss Rowle, réveillez-vous ! »

Une main secouant son épaule la tira du sommeil, la faisant se redresser dans un sursaut. La terreur se lisant sur ses traits, Cassidy hurla tout en saisissant la main de l'infirmière venue la réveiller. Cassandre avait pâlit face à la poigne de la jeune Mangemort qu'elle avait réveillé apparemment un peu trop brusquement. Peut-être ses collègues de l'équipe de jour auraient-ils dû accepter de lui accorder le sixième flacon de Potion de Sommeil sans Rêves qu'elle leur avait maintes fois quémandé aux vues des transmissions médicales. Certes, au niveau de la posologie cela ne se faisait pas mais... Il s'agissait là d'une Mangemort, alors honnêtement... Qui s'en souciait réellement ? Néanmoins, après concertation, l'équipe avait jugé bon de prendre soin d'elle au maximum sous peur de représailles si jamais un quelconque accident arrivait. De ce fait, la posologie avait été respectée et la jeune Rowle n'avait pas bu de Potion de Sommeil sans Rêves depuis maintenant environ sept heures. Apparemment épuisée mentalement, elle était tout même parvenue à s'endormir, mais aux vues de son réveil pour le moins brutal, son sommeil n'avait pas du être de tout repos.

« Calmez-vous Miss. Quelqu'un est venu vous chercher pour rentrer à Poudlard et m'a donné ceci pour vous. - elle lui tendit sa baguette -Prenez votre cape, le baume prescrit par le médicomage et suivez-moi jusqu'à l’accueil pour les papiers de sortie. »

Le regard hagard, Cassidy relâcha lentement le poignet de l'infirmière. Elle avait du mal à enregistrer les informations qu'elle recevait. L'esprit embrumé et encore parasité par le rêve d'angoisse dans lequel elle avait réellement cru être en train de mourir, elle ferma les yeux un instant et porta une main tremblante à sa poitrine dans laquelle son cœur battait furieusement. Inspirer. Oui, cette fois l'air entrait dans ses poumons. Elle respirait. Elle était encore en vie. Ce n'était qu'un cauchemar, un simple cauchemar. Toutefois, la question à se poser était " A partir de quand avait-il débuté ? ". Un simple coup d’œil à son avant-bras gauche vint le lui rappeler et de nouveau, un tremblement vint secouer l'entièreté de son corps tandis que sa main se refermait brutalement sur la Marque. Sa Marque. La nausée l'envahit et la jeune femme sentit la salive chaude envahir sa bouche. Se recouchant en travers des draps chiffonnés, elle referma les paupières et - portant les doigts à ces dernières, inspira profondément afin de tenter de faire passer la nausée. Se contrôler. Il lui fallait tenir, Rogue était enfin venu la rechercher. Sans un mot, l'étudiante se redressa et se leva un peu trop brusquement au goût de l'infirmière qui ne manqua pas de le lui faire la remontrance, ce qui lui valut un regard glacé l'empêchant de terminer sa phrase qui se termina en un gargouillis qui n'avait rien de glamour. Après s'être recouvert les épaules de sa cape noire qui avait été lavée et réparée - tout comme sa robe - Cassidy glissa le baume pour son épaule dans l'une des poches et récupéra sa baguette avant de s'engouffrer dans le couloir, sans un regard pour Cassandre et Elyas - toujours alité et shooté aux antidouleurs.

Elle descendit les escaliers ignorant royalement l'aide proposée par l'infirmière qui - dans un soupir résigné, finit par la devancer et regagna le bureau d'accueil un sourire mielleux aux lèvres. Elle avait mieux à faire qu'à gérer une Mangemort qui refusait la moindre aide. Rejetant ses boucles châtains derrière ses épaules, elle rejoignit la réception où l'attendait cet homme au charme si caractéristique. Octave. Octave Holbrey. Un prénom bien étrange pour un homme l'étant tout autant.

« Voilà voilà, ma lourde tâche est accomplie. Votre collègue ne devrait pas tarder à arriver. Ne vous embêtez pas à lui chercher des chaussures, elle est pieds nus et c'est normal. Elle n'avait pas de chaussures lorsque - elle chercha un moment dans le dossier - ... Oh je vois, c'est le Directeur de Poudlard qui l'a amenée ici. Bref, lorsqu'il l'a amenée, elle n'en avait pas. Autre chose, je ne pense pas si cela vous importe mais je me dois légalement de vous informer de son état actuel. Elle n'a fait que dormir, avec administration de Potions de Sommeil sans Rêves mais le médicomage a jugé bon de ne pas lui en donner depuis environ sept heures. Lorsque je suis allée la chercher, elle dormait, mais était apparemment en plein cauchemar. Sinon, elle a refusé toute nourriture et n'a pas prononcé un seul mot depuis son arrivée le 3 Octobre, en fin de matinée. Son pansement à l'épaule gauche a été changé quatre fois, de même que le bandage et le médicomage chargé de son dossier lui a remis un baume à appliquer plusieurs fois par jour. »

Avec vivacité, Cassandre farfouilla dans le dossier tout en jetant quelques regards appuyés au sorcier.

« Alooors, voyons voir le dossier pour les papiers de sortie. Ah la voilà... Bon courage pour la ramener. Cette Mangemort - elle baissa la voix et lui fit signe d'avancer le visage vers elle - c'est une véritable plaie. Figurez-vous qu'à son arrivée ici, elle a agressé Teresa, l'une des infirmières, en lui donnant un coup de poing en plein visage. Ils ont du la mettre sous sédatif pour l'emmener dans sa chambre... Je vous jure, ces Mangemorts... Je ne sais pas comment vous faîtes au château cette année. - elle posa sa main sur la sienne, venant caresser le dos de sa main du bout du doigt - A l'époque, j'appartenais à Gryffondor, et vous ? »

Elle avançait lentement dans le hall de réception. Elle bougeait. Son corps était en mouvement, mais pourtant elle avait l'impression de s'écrouler à chaque pas. Elle respirait, toutefois il lui semblait que son souffle ne parvenait pas jusque dans ses poumons et que le manque d'oxygénation la faisait vaciller. Elle marchait sans voir, sans entendre autre choses que d'insupportables bourdonnements. Un pas, deux pas, trois pas... Compter, pour tenir. Compter, pour ne pas penser. Rogue allait payer. Comment avait-il pu la laisser ici tout ce temps ? Certes, officiellement elle n'était restée à l'hôpital que deux jours, mais cela lui avait paru durer une éternité. Heureusement, l'enchaînement des somnifères lui avait permis de faire passer le temps plus rapidement, mais surtout, surtout, de ne pas exploser. De ce fait, les émotions étaient restées bridées, refoulées au second plan et n'avaient pas pu être libérées. Réveillée, Cassidy commençait à ressentir de nouveau... Non. Rien. Tu ne ressens rien Cass'. Rien. Tu vas rentrer et oublier. Il ne s'est rien passé. Pourquoi t'ont-ils gardée ici pour une simple blessure à l'épaule, hein ? Rien. Tu ne ressens rien, il ne s'est rien passé. Tout va bien. Tout va bien. Elle allait bien. Elle avait dormi car elle s'était épuisée à la tâche. Simple burn-out étudiant. Tout ce qu'il y a de plus courant, n'est-ce-pas ? Et puis elle n'avait mal nulle part - du moins physiquement - cela voulait donc dire que rien n'avait changé, n'est-ce-pas ?

L'image d'une Marque se dessina dans son esprit embrouillé, la ralentissant sensiblement. Non. Cette tête de mort abominable avec ce serpent... n'avait rien à voir avec elle. Alors qu'elle se rapprochait du bureau d'accueil, le regard vide et le visage inerte, Cassidy se figea et une lueur éclaira enfin ses iris recouverts d'un voile trouble. L'homme venu la rechercher n'était pas Severus Rogue, non. Il s'agissait d' Octavius. Octavius. Rogue lui avait remis sa baguette et l'avait envoyé la chercher. L'image de l'Octavius du cauchemar s'imposa de force dans son esprit sibyllin, mais mentalement, d'un revers de main, Cassidy l'envoya au diable. Son cœur se mit à battre plus fort et l'espace d'un instant, elle manqua de tout oublier. Les convenances sociales. Les apparences trompeuses. Un moment, elle se vit tout plaquer et courir le rejoindre afin de retrouver l'espace de ses bras. Elle avait besoin de lui, de sentir son odeur masculine et boisée et la douce chaleur de ses bras se refermant autour d'elle. Elle avait envie de se laisser aller tout contre lui. Se confondre dans son étreinte si puissante et protectrice, entrer dans sa peau aux multiples cicatrices et se cacher au plus profond de lui. Ne plus jamais s'en séparer. Pourtant, elle se retint juste à temps et refréna avec une immense difficulté cette erreur de spontanéité qui aurait pu leur coûter la vie, à tous les deux. Contrôle-toi. Ni Octavius, ni elle ne pouvaient se laisser aller à ce genre de démonstration affective en public. Ils étaient de simples collègues. Ils n'étaient ni amants, ni en couple, ni amis, ni ennemis. De simples collègues, indifférents l'un à l'autre.

Ses pieds nus claquèrent sur les dalles froides du couloir aux murs blancs. Arrivée aux côtés d'Octavius, l'apprentie le salua d'un signe de tête des plus évasifs. Son corps frôla le sien, et pendant quelques millisecondes, leurs doigts s'effleurèrent - masqués par la cape de la jeune femme. De son côté, Cassandre se tourna alors vers elle, en lui tendant une plume avant de reprendre d'un ton froid :

« Il faut que vous signez et datez ce document de sortie Miss Rowle, sur le côté gauche. Voici une plume et de l'encre. Quant à vous Octave - elle lui adressa un sourire charmeur tout en appuyant sur son prénom -, j'aurais également grand besoin de votre jolie signature... En bas, à droite. Tenez voici une autre plume, un peu raide à manier mais aux vues de la finesse de vos doigts, cela ne devrait pas être un soucis pour adapter votre doigté... Quelles mains remarquables. Il est rare de trouver des hommes possédant des doigts comme les vôtres... Vous faites du piano ? »

Elle le laissa signer avant de récupérer la plume, prenant soin de frôler lascivement sa main de ses doigts. Avant de joindre la feuille au dossier médical, et de ranger celui-ci, elle prit le temps d'observer avec attention la signature en question.

« Quelle écriture soignée et appliquée... Une bien charmante calligraphie... L'art de la belle écriture, est-ce bien comme cela que l'on dit ? Ces caractères d'écriture élégants et ornés, tout en courbes et arabesques... Ces pleins, ces déliés... Peut-être auriez-vous la patience de m'apprendre cet art si délicat ? »

Tandis que l'infirmière dont la voix avait revêtit des sous-tons enjôleurs et langoureux, s'accoudait sur le rebord du bureau, la tête légèrement penchée sur le côté, un sourire charmeur accroché à ses lèvres fines, Cassidy serra les poings, tandis que son visage se contractait sous la colère qu'elle sentait monter en elle. Respire Cass'... Impuissante, condamnée au rang de spectatrice passive dont la présence n'était même pas remarquée, elle ne pouvait rien faire. Strictement rien. Imperceptiblement, sa mâchoire craqua tandis que ses ongles s'enfonçaient dans le creux de ses paumes. Des collègues indifférents, rien d'autre. Elle ne pouvait rien faire, hein ? Discrètement, la main droite de la sorcière se porta à sa poche extérieure et ses doigts fins se refermèrent sur le manche de sa baguette sombre qu'elle caressa lentement. Arrête, pas d'esclandre. Faisant basculer sa tête en arrière, la blonde fit craquer quelques cervicales sous la tension qui grandissait progressivement en elle. A regrets, les doigts féminins se relâchèrent et la petite main reprit sagement sa place initiale, le long de son corps. Rentrer, elle voulait rentrer, et vite. Elle ne tiendrait pas longtemps devant ce petit manège et Cassandre risquait de se retrouver hospitalisée au sein de son propre lieu de travail. Ironique, n'est-ce pas ?

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Dim 19 Fév 2017 - 2:16

L’infirmière partie, Octave s’était retourné en s’accoudant paresseusement au comptoir, observant de son regard décoloré les environs, éclairés d’une faible lumière tamisée qui renvoyait tout aussi paresseusement les ombres disproportionnées d’individus fantômes. Ils se mouvaient d’une démarche indolente et souvent boiteuse, comme s’ils trainaient un poids derrière eux et leurs figures semblaient difformes à cause des ombres que projetaient les reliefs de leurs visages souvent blessées, recouverts de cicatrices en voie de guérison et de bandages. L’absence d’agitation à cause de l’heure tardive rendait l’endroit moins angoissant que d’habitude, moins sordide aussi, malgré un ralentissement presque irréel qui s’opérait. C’était comme si la mort ne venait pas la nuit, les esprits se calmant alors, dans l’attente sereine d’un lendemain angoissant. En attendant, Octave restait là, comme aux obsèques d’un inconnu en regardant les patients à la dérobée. A part les infirmières, personne ne s’adressait la parole entre eux, comme s’il s’agissait d’un sacrilège, et que dès l’instant où les souffrants pénétraient dans l’hôpital, un rituel étrange s’enclenchait ou chacun devenait une victime silencieuse et sans âme, prête à mourir. Le pire, c’est que tout le monde s’abandonnait entièrement et sans question à cette pratique, donnant leur consentement sans tergiverser, comme si c’était la suite naturelle des évènements. Une hiérarchie routinière. Etrangement, l’odeur des antiseptiques ne le dérangeait pas particulièrement. Au contraire, Octave se sentait plutôt à l’aise dans cet endroit peuplé de gens malades et au seuil de la mort. Probablement à force d’habitude, alors qu’il lui était maintes fois arrivé de se retrouver sur un lit aux draps stérilisés, à respirer le désinfectant à pleins poumons. Ici, tout le monde était à votre service, tout le monde voulait aider à soigner vos blessures et il y avait quelque chose de réconfortant dans cette complaisance obligatoire. « Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. » Si seulement c’était effectivement le cas à chaque fois et pour tous…

Finalement, après une longue et passive contemplation des lieux, Octave se retourna en entendant l’infirmière parler dans son dos. Une pression au cœur faillit lui faire accomplir un mouvement beaucoup trop brusque, mais il fit volteface avec souplesse, comme quelqu’un que l’on apostropherait dans la rue. Il s’attendait à voir Cassidy à ses côtés, raison de son soudain et fulgurant empressement, mais il n’en fut rien, l’infirmière était revenue seule. Un sourire vaguement affable collé aux lèvres, il écouta la jeune femme l’informer sur l’état de sa collègue, se sentant intérieurement flétrir au fur et à mesure qu’elle parlait. Pourtant, il n’eut aucun mal à lâcher quelques petits ricanements complaisants lorsque la situation le demandait, souriant d’un air de complice intéressé à ses critiques sous-entendues et ses préjugés acerbes. Il n’eut aucun mal non plus à revêtir des expressions méchamment sarcastiques pour souligner son indifférence, voir son sadisme latent, à savoir sa jeune collaboratrice recevoir le seul traitement qu’elle méritait, bien évidemment. Le manque de professionnalisme flagrant de l’infirmière l’irritait quelque peu, mais il ne pouvait même pas lui en vouloir de se comporter ainsi, avec autant de dédain à l’égard d’une Mangemort. Dans un monde idéal, peut-être qu’elle aurait mis ses sentiments parfaitement de côté pour servir non une cause ni une opinion, mais un métier, toutefois l’utopie n’était pas de mise depuis très longtemps et Octave n’en ressentait qu’une espèce de tristesse amère où chaque côté avait ses propres raisons pour dédaigner l’autre. Il la comprenait sans la tolérer, et c’est peut-être ce qui rendait le discours de l’infirmière si pénible. Néanmoins, ce manque de conscience professionnelle lui fit comprendre que la demoiselle voulait indéniablement se rapprocher de lui en tenant des propres qu’elle pensait partagés. Il ne la déçut pas et parût rester indifférent aux malheurs de Miss Rowle. Les regards appuyés qu’il reçut lui confirmèrent l’intention et il se pencha légèrement par-dessus le bureau pour la regarder chercher parmi les dossiers. En vérité, il guettait avec fébrilité du coin de l’œil l’arrivée de celle qu’il attendait. Il avait peur de la découvrir souffrante, pâle, mal en point, malade et tenant à peine sur ses jambes. Des cauchemars la tourmentaient, elle était démunie, blessée et ne se nourrissait pas. Le dédain avec lequel l’infirmière lui apporta cette description l’inquiéta davantage encore au point où il s’était demandé si on l’avait convenablement traitée en ces lieux.

Nerveux en son cœur, mais formellement charmant d’apparence, Octave se pencha encore lorsque la sorcière reprit son récit auquel il ne prêta qu’une attention polie, et que parce qu’elle risquait de lui apporter des éléments essentiels, sinon, l’information aurait à coup sûr heurté le mur de sa parfaite indifférence. Ah la voilà... Octave jeta un coup d’œil si fébrile dans la direction que regardait l’infirmière, qu’il ne vit rien. Ou plutôt, les lumières du plafond et des murs jetait une ombre si difforme sur sa menue silhouette qu’il préféra ne pas la détailler et revint à Cassandre, l’écoutant avec une attention toute concentrée. Malheureusement, plus il l’écoutait, plus il en apprenait, ignorant avec patience et retenue la vilenie qui perlait de ce discours, ressemblant maintenant davantage à du ragot qui s’acharnait qu’à de la vérité substantielle. On aurait dit qu’elle parlait d’une bête curieuse, d’une sous-créature, un peu comme les discours qui étaient tenus sur les noirs à une époque, en période de ségrégation. Par habitude habile, Octave pouffa discrètement dans sa barbe, comme s’il s’agissait là d’un fait avéré dont on pouvait se moquer entre individus qui se comprenaient et qui partageaient les mêmes opinions. A sa dernière remarqua, il parvint même à rouler des yeux vers le plafond avec exaspération, comme pour illustrer tout ce qu’il en pensait. Et puis, la main féminine vint se reposer sur la sienne et il la fixa, presque surpris. Poliment surpris.

« A l'époque, j'appartenais à Gryffondor, et vous ?
- Quelle charmante coïncidence… moi aussi. »

Roucoula Octave sans retirer sa main, soulevant ses sourcils dans un mouvement sans équivoque. La sorcière sembla rougir très discrètement. La caresse disparut et il s’en trouva presque soulagé. Sentant que le moment était venu, il se retourna à nouveau vers sa gauche, prenant appui du coude sur le comptoir en hauteur avec une parfaite expression d’impassibilité contenue. Pas le moins du monde compatissant, il souleva un sourcil en voyant la démarche hésitante de Cassidy, semblant se demander comment il parviendrait à la ramener jusqu’à ses appartements sans la toucher. Cette attitude fit mouche aux yeux de Cassandre. Pourtant, il avait relevé avec douleur toutes les imperfections de ce visage flétri par une fatigue affective. Ses yeux, si vifs à l’accoutumée, semblaient s’être éteints comme si l’énergie du cœur n’y était plus, envolée avec la force de se battre. Au moins ne semblait-elle pas avoir mal, malgré quelques égratignures au visage, sur le corps, et le large bandage qui faisait relief sous sa robe. L’idée horrible lui vint qu’il aurait préféré la voir gravement blessée plutôt que comme ça, avec cette expression de détresse silencieuse au fond d’un regard qui ne se consumait plus ni de glace brûlante, ni de feu ardent. Il se blâma avec cruauté d’une telle pensée, mais pourtant, c’était vrai, le corps pouvant guérir facilement en ce monde alors que les blessures de l’âme risquaient de rester éternellement ouvertes. Il craignait de la voir replonger encore plus profondément que ce ne fut le cas jusqu’à maintenant, qu’elle s’enterre vivante jusqu’à s’étouffer parfaitement dans une morosité stagnante et immuable. Pour le moment, n’ayant aucune idée de ce qu’elle pouvait avoir en tête, il s’inquiéta naturellement de ce qu’il ne pouvait pas voir, de ce qui ne s’était pas produit. Bien sûr, il aurait désiré qu’elle se jette sur lui pour célébrer leurs retrouvailles autant qu’il avait l’envie de la prendre dans ses bras, mais Cassidy n’en fit rien, et lui non plus. Avant qu’elle n’arrive à ses côtés, il s’était détourné d’elle, n’osant la toiser trop longtemps de son regard qu’il savait dur et presque cruel, mais pas assez pour avoir l’air impoli. De la contenance courtoise. Pourtant, il sentit leurs doigts se frôler si subtilement qu’il crut à une hallucination. Son cœur se serra et il déglutit mécaniquement pour s’ouvrir les voies qu’il sentit soudain s’obstruer sous la tension.

« Il faut que vous signez et datez ce document de sortie Miss Rowle, sur le côté gauche. Voici une plume et de l'encre. Quant à vous Octave j'aurais également grand besoin de votre jolie signature... En bas, à droite. Tenez voici une autre plume, un peu raide à manier mais aux vues de la finesse de vos doigts, cela ne devrait pas être un souci pour adapter votre doigté... Quelles mains remarquables. Il est rare de trouver des hommes possédant des doigts comme les vôtres... Vous faites du piano ?
- Vous avez parfaitement deviné, ma chère Cassandre. » Dit-il d’un ton affable après avoir jeté un coup d’oeil sur son badge. Puis il se pencha sur la feuille, qu’il signa d’un coup de main rapide, presque désinvolte. « Ce ne sont certainement pas mes livres qui les rendront épais et calleux. »

Il ne savait pas pourquoi il avait dit cela… Probablement pour soutenir la conversation d’une manière ou d’une autre, pour ignorer Cassidy et les réactions qu’elle pouvait avoir, se concentrant sur l’attitude désintéressée qu’il avait à son égard et qui lui demandait une énergie conséquente, effort invisible que personne n’était en mesure, ni ne devait remarquer. La sorcière, en récupérant sa plume, lui frôla encore une fois la main et il ressentit ce toucher comme une agression sur sa peau brûlante, sur ce corps qui ne demandait et n’attendait de se presser que contre une seule personne. Au lieu de cela, c’en était une autre qui le touchait et dont il profitait des faveurs assidues. Il avait soif d’eau et on lui donnait du sel en plein désert. Sa bouche s’en assécha tant la caresse était horriblement insatisfaisante. Il voulait partir, et vite…

« Quelle écriture soignée et appliquée... Une bien charmante calligraphie... L'art de la belle écriture, est-ce bien comme cela que l'on dit ?
- Je pense que l’on peut effectivement dire ça comme ça, lui répondit-il d’un ton étrangement jovial.
- Ces caractères d'écriture élégants et ornés, tout en courbes et arabesques... Ces pleins, ces déliés... Peut-être auriez-vous la patience de m'apprendre cet art si délicat ?
- Ah, mais j’aurais la patience de vous apprendre n’importe quoi si vous le désirez ? »

Si faire semblant lui demandait des efforts, une fois dans l’esprit désiré, le reste suivait tout seul avec un naturel déconcertant. Le but était de ne pas trop réfléchir, préparer son rôle à l’avance et s’y tenir intuitivement. Octave, à force d’entrainement, avait fini par rentrer parfaitement dans la peau des personnages qu’il désirait incarner, oubliant presque tout le reste une fois que l’action était engagée. La discussion le sauvait et il se laissa emporter l’espace d’un instant dans sa figuration superficielle. Encore, l’infirmière sourit et Octave y répondit par un sourire en coin, cherchant dans les méandres de son esprit une échappatoire satisfaisante pour les deux partis, que chacun ait ce qu’il désire sans ressentir de gêne. De toute manière, il ne pouvait avoir l’air trop pressé, toute perspective se devant d’être plus intéressante que raccompagner une Mangemort chez elle. La justesse lui dictait une conduite à tenir et il s’y plia avec résignation.

« Mais avec plaisir, si on commençait par l’art d’un verre, quelque part, un de ces jours prochains ?
- Un art difficile à maîtriser, à coup sûr, cela nous demandera beaucoup de temps.
Elle rigola doucement, encourageant son flirt en flattant son égo. Il reprit alors, amenant la séduction à sa suite logique aussi vite qu’il le pouvait. Après tout, si tôt que les intentions étaient déclarées, il n’y avait plus qu’à viser dans le mille et se barrer.
- Envoyez-moi un hibou au château, attendez… » Dit-il avant de récupérer un bout de parchemin vierge sur le bureau, ainsi que la plume précédemment utilisée pour griffonner l’adresse à écrire sur le parchemin. Octave Holbrey, Poudlard, bibliothèque. « Ainsi, on se mettra d’accord sur un lieu et une heure prochaine… et puis ça me donne une occasion pour avoir à mon tour un échantillon de votre écriture. »

Il avait ponctué sa phrase par une nuance mielleuse dans la voix, une descente grave et subtile dans un baryton suave, débordant de tous les sous-entendus qu’on pouvait y voir. Encore un sourire décoché en direction de l’infirmière. Pas une seule fois il n’avait daigné regarder Cassidy, ni même y prêter un semblant d’attention, se concentrant entièrement sur la jeune employée en face de lui à qui il prodiguait avec un acharnement subtil ses faveurs à la sincérité relative. Elle les entendait et l’entreprise fut d’autant plus délicate, mais la situation était telle qu’il lui advint difficile de jongler convenablement sans que quiconque ne se sente vexé. La personne pour laquelle il devait en cet instant avoir de la considération, c’était l’infirmière. Cassidy n’était qu’une pièce rapportée et lui.. eh bien, il avait engagé un rapprochement et ne pouvait s’en défaire maintenant. Il avait envie de s’étouffer, qu’une raison particulière mais légitime l’empêche soudain de parler, que quelqu’un intervienne et les oblige à fuir, qu’une explosion leur permette de disparaitre et qu’il n’ait plus à déblatérer cette misère… Heureusement, elle prenait fin, mais chaque mot lui fut comme arraché de la bouche, naissant dans son esprit tels des montres contre natures. Et plus il avait parlé, plus il sentait, comme une allégorique, une personnification de ce qui se produisait, un froid se créer entre lui et Cassidy. Un froid imaginaire, peut-être, mais qu’il devinait bien ancré dans son cœur. Qu’allait-elle s’imaginer ? Allait-elle le haïr sur le moment ? Les maudire tous les deux d’une langue fourchue et venimeuse ? Il l’aurait fait. Dans son état, Octave en aurait probablement fait de même, sa retenue volant au diable et, se sentant trahi jusqu’aux entrailles, il se serait probablement décomposé de l’intérieur, son âme se liquéfiant en une flaque d’azote liquide. Peut-être, dans son mutisme forcé, aurait-il finit par relativiser et se calmer, mais Cassidy… Cassidy était un volcan. Un volcan qui avait mis tant de temps à s’allumer que s’il finissait par s’éteindre, ce serait probablement pour toujours. L’infirmière récupéra le parchemin, l’air particulièrement satisfaite. Pour parfaire le tableau, Octave désigna d’un coup d’œil rapide la Mangemort fraîchement baptisée avant de regarder Cassandre d’un air exaspéré, puis souriant, avant de conclure :

« Parfait alors, je pense qu’il est l’heure que nous y allions. Bonne nuit Mademoiselle et à bientôt, je l’espère. »

Il se retourna sur ses talons, regarda Cassidy, la jaugea de haut en bas, son sourire s’évanouissant sur son visage à mesure qu’il la considérait. Bien sûr, le geste pouvait être interprété de deux manières, et c’était tant mieux, cela lui donnait l’occasion de se laisser aller l’espace d’un instant au découragement qui l’avait envahi. Elle lui rendait son regard, impassible à son tour. L’espace d’un instant, tous deux se toisèrent et on aurait vraiment cru qu’ils ne se connaissaient pas, qu’ils se détestaient même éventuellement. Sans oser supposer quoi que ce soit, sans même y songer, Octave se redressa sensiblement, prenant de l’importance sur la petite taille de Cassidy, avant de se diriger d’un pas décidé vers la sortie. Nettement, dans ce soudain silence, il entendait le bruit de ses pieds nus frotter contre le sol de pierre. On aurait dit une orpheline de guerre, le corps guéri, mais l’âme morte, comme si elle avait tout perdu dans une ultime bataille. Il ouvrit la porte, passa en premier et constata qu’il pleuvait. Il s’avança un peu sur le trottoir, observant la rue déserte avant de se retourner vers la jeune femme. Là encore, il la regarda d’un air interdit, son visage n’exprimant maintenant strictement rien. Elle se tenait à l’écart, juste devant la porte, sa pâleur et ses cheveux blonds contrastant avec le noir de la nuit. Octave finit par faire un pas vers l’avant et l’empoigna par le bras gauche, choisissant le geste le plus impersonnel et le moins délicat que possible. Il l’avait prise comme on prenait une prisonnière pour l’emmener à la potence. Oui, l’idée était parfaite, à l’image de son indifférence apparente. Encore un peu. Encore un instant et c’en serait finit de cette mascarade ignoble où il s’était refusé de se couper de soi tout en se forçant à mimer un parfait jeu d’acteur qui lui était contraire. Les lèvres serrées, il fouilla de sa main libre dans la poche de sa veste et, lorsque du bout des doigts il trouva sa baguette, un craquement se fit entendre, les emportant au loin.

Le transplanage sembla durer une éternité et l’éprouva physiquement comme en écho à ce qu’il éprouvait. Ses doigts n’en devinrent que plus serrés, empoignant dans une pince de fer la chair féminine qu’il ne devait surtout pas lâcher. Le sol se fit à nouveau tangible sous leurs pieds et il rouvrit les yeux, précédemment fermés pour ne pas avoir de haut le cœur. Ici aussi, il pleuvait des cordes. Ils étaient enfin seuls.

Octave se laissa enfin emporter par l’agitation qui s’était accumulée en lui durant ces deux jours qui lui avaient paru être une éternité. Toute la fatigue, la frustration, la colère, le désir et l’envie s’étaient manifestés sous un unique geste brutal et impétueux. L’inquiétude et l’impatience avait rendu le mouvement sec, rude, à l’image de sa passion qui s’était faite agressive d’une convoitise restée si longuement ignorée et insatisfaite. Il l’avait attirée à lui comme l’on vole un objet sur un étalage avant de s’enfuir, ramenant son petit corps à lui alors qu’il l’avait vu vaciller. Dès lors qu’il avait vu ses genoux se fléchir sous le poids d’une faiblesse momentanée, il l’avait empoignée encore plus durement pour la coller contre soi. Le choc avait dû être brutal, la manière de faire peut-être même désagréable, mais il avait espéré qu’elle se fonde en lui comme de l’encre dans l’eau, qu’elle épouse et rassasie son corps. Dans l’élan, Octave passa l’un de ses bras sous son aisselle, froissant la robe de ses doigts fébriles dans son dos, plaquant sa paume contre ses omoplates dans le désir de la recouvrir autant qu’il le pouvait. Son autre bras vint s’enrouler autour de sa taille, l’enserrant toujours plus et, oubliant sa propre force, il la souleva vers lui, enfouissant son visage dans son cou et ses cheveux, emmêlant ses cils rabattus sur sa joue dans les mèches humides et à l’odeur familière. L’odeur de l’hôpital. Il n’y avait qu’au creux de sa nuque qu’il parvenait à sentir la cannelle de sa peau et le lys de ses lèvres. Son nez creusa sa route jusqu’à l’endroit le plus doux et parfumé pour y rester. Ses bras pressaient, s’enroulaient autour de Cassidy pour mieux la soulever et il la serrait contre soi avec un tel désespoir qu’il avait l’impression que son cœur s’était arrêté de battre. Le sang s’était figé dans ses veines et il n’y avait plus que cela, cette odeur et cette étreinte qui existaient en ce monde. Ce petit corps à la lourde chevelure qui était un condensé de toute ses envies. Il aurait dû la relâcher, la comprimer moins que cela, mais il avait la crainte que s’il la lâchât, elle s’enfuirait encore, disparaitrait à tout jamais pour ne plus revenir. Il se sentait coupable de tout sans savoir exactement de quoi. Il n’arrivait plus à réfléchir correctement et la seule chose qui subsistait de son tumulte était la culpabilité et se désir insatiable de réconfort. Finalement, pour enfin libérer ce flot surabondant, Octave pressa son visage avec force et l’agressivité du désespoir dans le creux de son cou blanc avant de se répandre dans une litanie murmurée d’abord, proférée par la suite d’une voix malheureuse et acharnée, comme s’il arrachait à pleine bouche ces mots à l’air ambiant, comme s’il déchirait d’un coup de dent un morceau de quelque chose.

« Pardon, pardon, pardon… pardon, pardon, pardon, pardon… Pardon. Je te demande pardon. Pardon… Pardon... Pardon... »

Pardon pour ce que je t’ai affligé, ce que l’a vie t’as affligé, ce que les gens t’ont fait ressentir, ce que la nature ne t’a pas donné, ce que le destin t’a enlevé, comment il t’a puni, comment il t’a malmenée et châtiée sans relâche. Pardon pour ce qui ne peut plus être changé, les sentiments de colère qui ne se tarissent plus, la rancune qui n’aurait jamais dû naître… Pardon pour tout.

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SANG SANG: pur
MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Mer 22 Fév 2017 - 20:56

Mutique ne signifiait ni aveugle, ni sourde. Interdite, Cassidy assistait à l'entièreté de la scène qui se déroulait devant elle, le visage figé dans un stoïcisme certain. Était-elle en train de rêver finalement ? Peut-être cauchemardait-elle après tout. Du rêve au réel, la frontière pouvait parfois s'avérer bien plus mince que ce que l'on aurait pu penser. Une scène. Le mot était juste. Tout ceci n'était rien d'autre qu'une mise en scène, n'est-ce-pas ? Sa voix. Gracieuse et courtoise. Trop courtoise. « Ma chère Cassandre. » Des mots remplis de miel aux sonorités sucrées et doucereuses. Étaient-ils également hypocrites ? Ils auraient dû l'être, ils devaient absolument l'être. Après tout, Octavius jouait là un rôle... N'est-ce-pas ? Un frisson glacé parcouru la colonne vertébrale de la jeune femme dont les poings se serrèrent violemment dans les plis sombres de sa cape. Elle l'espérait. Oui, Octavius devait avoir de nouveau revêtu le masque d'acteur qui lui allait si bien. L'homme aux mille facettes, il est l'homme aux mille facettes. Elle ne devait pas l'oublier. Cependant, en dépit de ces pensées rationnelles, la tension montait. Elle pouvait la sentir grandir en elle, grondant tel un animal sauvage et féroce. Indomptable. Le vase allait finir par déborder, elle le sentait. Comment se contrôler ? Sa gorge se serra devant cet échange de regards remplis de sous-entendus graveleux. Elle avait envie de vomir. Vomir sa haine et sa rage. Sa tristesse et la peur qui la tenaillait. Une véritable scène de rentre-dedans des plus grotesques était en train de se dérouler face à elle, sans qu'elle n'ait - une fois de plus, la possibilité de réagir comme elle l'aurait souhaité. Qu'aurais-tu souhaité Cassidy ? Le regard verrouillé sur les lettres fines et serrées qu'elle traçait sur le papier, la main de la sorcière trembla imperceptiblement, venant faire baver l'encre en dehors du cadre. Son regard... Oui. Elle aurait souhaité qu'il la regarde de ses yeux de jade. Un regard doux, un regard tendre. Qu'il l'observe comme il avait l'habitude de le faire auparavant. Elle aurait voulu pouvoir sentir ses jambes s'animer dans le seul but de courir le rejoindre. Se jeter contre lui sans prendre garde à sa force et se blottir dans ses bras masculins qui se seraient refermés autour d'elle, tandis qu'il aurait juré de ne plus jamais la laisser partir loin de lui. Sa voix, oui. Elle aurait savouré chaque parole murmurée par sa voix suave au creux de son oreille, comme il savait si bien le faire. Elle aurait aimé respirer l'odeur de sa peau à pleins poumons, comme si cela avait été la dernière bouffée d'oxygène qu'il lui aurait été donné de respirer. Celle de ses cheveux bruns aussi. Elle les savait doux et épais au toucher désormais. Elle aurait aimé tant de choses, mais rien de tout cela n' était possible. Rien. Utilisant ses maigres forces pour contenir l'explosion qu'elle sentait remonter en elle faisant vibrer tout son corps d'une chaleur nouvelle, Cassidy apposa brusquement la dernière lettre de ce nom de famille qu'elle haïssait tellement, venant perforer légèrement le papier sous l'effet de la hargne péniblement contenue.

Penchée sur le document administratif, la jeune femme serra les dents avant de se redresser, le visage figé dans une colère froide. Elle inspira profondément. Elle allait sortir, enfin. Tout irait bien. Tout allait déjà bien, n'est-ce pas ? Lorsque les doigts serpentant de l'infirmière vinrent frôler - dans une caresse parfaitement délibérée, le dos de la main d' Octavius, ceux de la Rowle se crispèrent violemment sur la plume prêtée par la fonctionnaire. Reposant cette dernière sur le bureau, son regard clair accrocha celui de la soignante, froid comme la glace, et la tension monta encore d'un cran tandis que ses lèvres se rétrécissaient en une ligne fine et pâle. Tout n'allait pas bien, non. Lui broyant l'estomac, l'orage intérieur augmentait progressivement. Elle le sentait, au plus profond d'elle-même, gagnant peu à peu du terrain sur le contrôle qu'elle s'évertuait à conserver. Respire Cass, respire. A grand peine, elle réprima une sorte de spasme, entre le hoquet de rage et le sanglot où se mêlaient désarroi et désespoir. Pourquoi ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à gérer ? Pourquoi ces mots mensongers, ces attitudes qu'elle savait fausses, la blessaient-ils autant ?

« Quelle écriture soignée et appliquée... Une bien charmante calligraphie... L'art de la belle écriture, est-ce bien comme cela que l'on dit ?
- Je pense que l’on peut effectivement dire ça comme ça.
- Ces caractères d'écriture élégants et ornés, tout en courbes et arabesques... Ces pleins, ces déliés... Peut-être auriez-vous la patience de m'apprendre cet art si délicat ? - elle allait vomir -
- Ah, mais j’aurais la patience de vous apprendre n’importe quoi si vous le désirez ? »

Ses mots la percèrent, la poignardèrent en plein cœur avec une frénésie infernale. Une cruauté sans pareille. Un coup, deux coups... Trois, quatre, cinq, six... Toujours portés plus profondément. Hurlement intérieur, cri déchirant le silence de la nuit où se mélangeaient les voix chaudes et basses des deux protagonistes face à elle. Le sang coulait tandis que Cassidy se liquéfiait intérieurement. ça faisait mal. Bon dieu que ça faisait mal. Qu'était-ce donc que ce sentiment si nouveau qui lui vrillait le ventre jusqu'à venir se répercuter dans le creux de ses reins ? Je vais exploser. Était-ce exagéré ? Sûrement. En d'autres circonstances, la jeune femme se serait très certainement beaucoup mieux adaptée à la situation et ne l'aurait sans doute pas vécue aussi intensément, comprenant avec lucidité que le bibliothécaire n'était entré dans ce jeu de séduction malsain avec l'infirmière, que dans le but de la protéger. De les protéger, eux. Néanmoins, en l'état actuel des choses, l'esprit morcelé par les récentes épreuves, elle ne parvenait guère à prendre le recul nécessaire pour visualiser les choses sous un autre angle. Peu à peu, le doute s'insinuait en elle, venant raviver sa nature méfiante. Sa fureur et sa déception, s'ils n'étaient pas exprimés à haute voix, se lisaient désormais parfaitement sur son visage presque translucide sous le coup des émotions nouvelles qui la remplissaient dangereusement, et douloureusement. Bon sang. Était-ce cela aimer ?

Silencieusement, Cassidy observa le visage du sorcier auquel elle s'était ouverte. Avait-elle eu raison ? Il avait été sincère, elle en était certaine désormais. Pourtant... à la vue de ce visage si sûr de lui, de ce rictus douteux ornant ses lèvres carmins, sa gorge se noua. Il était si profond, avait l'air tellement convaincu par tout ce qu'il racontait d'un ton charmeur. Pourquoi ? Pourquoi en faisait-il autant ? Chaque mot qu'il prononçait à l'égard de Cassandre venait creuser en elle un fossé vertigineux, les séparant l'un de l'autre un peu plus au fur et à mesure que le temps s'écoulait. Des échanges de belles paroles dégoulinant de sous-entendus, et un jeu de regard la faisant frémir de colère. Sentant la bile brûlante lui remonter le long de la gorge, menaçant d'envahir sa bouche, l'étudiante se détourna un instant en fermant les yeux, dissipant ainsi le regard venimeux qui avait pris possession de ses prunelles turquoise. Pendant quelques secondes, elle inspira profondément afin de se calmer. Comment faire ? Que faire ? Lorsqu'elle se retourna de nouveau afin de leur faire face, ni Octavius, ni Cassandre ne semblaient avoir remarqué sa faiblesse momentanée, trop occupés qu'ils semblaient être à se dévorer mutuellement du regard. Amertume. Cette dernière suintait par tous les pores de sa peau. Colère contre lui. Rage contre l'infirmière. Fureur contre elle-même. Pourquoi s'était-elle attachée par Merlin ?! Pourquoi ? Pourquoi avait-elle succombé à cette passion mortelle contre laquelle on l'avait toujours mise en garde ? Pourquoi s'était-elle autorisée à se laisser vivre ? Le temps n'était plus à la vie, mais à la survie. Ses dents s'enfoncèrent dans la pulpe de ses lèvres venant recolorer ces dernières - horriblement pâles.

« Mais avec plaisir, si on commençait par l’art d’un verre, quelque part, un de ces jours prochains ?
- Un art difficile à maîtriser, à coup sûr, cela nous demandera beaucoup de temps. Envoyez-moi un hibou au château, attendez… - il inscrit nom et prénom sur un parchemin - Ainsi, on se mettra d’accord sur un lieu et une heure prochaine… et puis ça me donne une occasion pour avoir à mon tour un échantillon de votre écriture. »

Du miel. Lourd. Répugnant au delà des mots. Collant et visqueux. Piège infernal dans lequel elle coulait, incapable de regagner la rive. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'il menaçait de la déchirer. La Rowle serra les dents devant ces sous-entendus à peine masqués, si fort que se mâchoire craqua sous la pression exercée par ses dents nacrées. Elle mordait. Elle broyait. Elle déchiquetait. Elle avait l'impression de se tuer elle-même à s'obliger à rester là, avec eux, se forçant à conserver un semblant de prestance et de fierté. Tout son être était si douloureusement tendu qu'elle cru un instant que l'entièreté de ses os se broyaient sous le poids de ces mots qui s'avéraient bien trop durs à supporter. Pourquoi allait-il si loin ? Avait-il changé d'avis à leur sujet ? Se rétractait-il finalement ? Vacillante sous le poids des questions venant la tourmenter bien plus que nécessaire, Cassidy se rattrapa de justesse au bureau afin d'éviter la chute. Sa propre faiblesse la rendait malade. Jamais elle ne s'était sentie aussi ridiculement insignifiante, à la merci du moindre souffle de vent. Fragile. Alors qu'elle papillonnait des paupières en tentant de rétablir sa vue, une sorte de dernier souffle s'échappa de ses lèvres à demi-closes. Il lui fallait apprendre à lâcher. Elle ne pouvait décemment pas se nourrir et se consumer de cette colère paroxystique. Ce n'était pas possible. Peu à peu, au fur et à mesure des paroles prononcées, le chagrin vint remplacer la fureur devant une telle cruauté, la peine ne pouvant faire autrement que de finir par émerger. La colère rongeait de l'intérieur, mais l'affliction épuisait. Progressivement, l'emballement de son cœur se stoppa et son rythme cardiaque commença à ralentir. Ralentir. Ralentir. Comme pour se protéger. Ses longs doigts s'enlacèrent autour de ses bras fins, se donnant ainsi la contenance physique qui lui manquait tant en cet instant précis. Laissant retomber sa tête contre sa poitrine, elle baissa les yeux sur le sol pour ne plus avoir à supporter le spectacle écœurant auquel tous les deux s'adonnaient. Elle fuyait. Telle une lâche, incapable d'avoir assez de force et de dignité pour affronter la situation avec ardeur. Pathétique sang-pure.

Transparente. Invisible. Elle n'existait pas. Elle n'existait plus. Pas un regard, pas un sourire. Aucun mot, aucun geste. Son corps était-il encore visible ou s'était-elle finalement désintégrée devant les blessures et les profondes coupures que lui infligeait cette scène depuis qu'elle avait débuté ? Elle avait été tellement heureuse de le reconnaître de loin. Choquée, mais heureuse. Un tel soulagement, une telle félicité que l'apaisement soudain procuré par sa simple présence, avait manqué de lui faire perdre ses moyens et sa contenance. En vérité, elle ne s'était rétractée qu'au dernier moment. Mais voilà, si la chape de plomb qui recouvrait ses frêles épaules s'était évanouie à la vue du bibliothécaire, la tournure qu'avait pris la situation avait rendu les choses encore pires. Ses yeux. Deux piscines sans fond dans lesquelles elle se noyait, lentement. Aspirée par leur dureté, elle coulait. Un sourire adressé à l'infirmière. Une brasse. Nouvelle tasse d'eau salée. Elle étouffait, ses poumons en manque d'oxygène ne lui permettaient pas de respirer. La noyade était en cours. Chaque mot prononcé venait lui enfoncer un peu plus la tête sous l'eau. Elle suffoquait. Le froid s'empara d'elle, la forçant à raffermir sa prise autour de ses bras qu'elle frictionna lentement, comme pour venir s'assurer de la présence de son enveloppe charnelle et venir éprouver sa solidité. Cassidy avait l'impression de se consumer de l'intérieur, se décomposant tel un cachet d'aspirine dans un verre d'eau. Perdait-elle des morceaux de chair au fur et à mesure des mots prononcés ? Tiens, n'était-ce pas son cœur explosé en mille morceaux qu'elle distinguait au loin ? Un mont de bouillie de muscle et de sang. Merlin, mais pourquoi allait-il si loin ?

« Parfait alors, je pense qu’il est l’heure que nous y allions. Bonne nuit Mademoiselle et à bientôt, je l’espère. »

Un soubresaut agita le corps de la jeune femme et l'émotion la prit à la gorge, venant l'empêcher de déglutir correctement. Enferme-toi. Mais... Fais-le Cassidy... Retire-toi. C'était pour son bien, elle ne survivrait pas à tout ceci en l'état actuel des choses. Inspirant profondément, ses paupières se refermèrent sur ses iris débordant de peine et de ressentiment. Rideau de longs cils noirs recourbés vers la lumière. Mais il faisait nuit. Nuit noire. Nehal devait se taire, et Cassidy devait reprendre le dessus, comme elle l'avait toujours fait. Un souffle, et elle expira. Les pensées étourdissantes se tarirent progressivement tandis qu'elle s’efforçait de vider son esprit. Petit à petit, les images commencèrent à se dissiper, venant s'effacer avec plus ou moins de difficulté, tels les châteaux de sable emmenés par le cycle des marées. Deux prénoms gravés dans la roche, vaincus par l'érosion. Sschhhhhh.... Le Seigneur des Ténèbres.... La forêt... Sschhhhh... Greyback.... On aurait dit que la pellicule se rejouait une toute dernière fois avant de s'effacer à jamais. Bellatrix... La douleur, oh oui, la douleur.... Les yeux rouges aux pupilles verticales. La sensation de ses doigts autour de son poignet... Sschhhh... La douleur inimaginable et cette marque dans sa chair... L'odeur de l'hôpital... Cassandre... Octavius... Cassandre et Octavius. Son regard froid, ses mots mielleux, les échanges oculaires, les mots doucereux. Les frôlements grotesques... Enfin, lorsque Cassidy rouvrit les yeux, son regard vide vint s'enfouir profondément dans celui du sorcier qui s'était tourné vers elle, la toisant de haut en bas comme si elle n'était qu'un misérable insecte, une erreur de la nature. Impassible, le visage de la sorcière ne reflétait plus rien. Aucune émotion, aucun sentiment. Aucune trace de colère, ni de haine ou encore de tristesse. Rien. Le vide. Le néant. En elle, la porte s'était refermée, emmenant provisoirement les récents événements et les émotions y étant associées. Sans un mot, les deux sorciers se toisèrent sous le regard satisfait de Cassandre. Vide. C'était creux. Une absence. Le manque. Vide. Merveilleux et salvateur. Reposant, enfin. Lorsqu'il se redressa face à elle, dans une tentative d'asseoir sa domination sur sa personne, Cassidy ne releva même pas. Rien. Elle ne bougea même pas d'un cil. A quoi bon bouger ? A quoi bon entrer dans son jeu ? Vide. Dans un frôlement de cape, il la contourna et se dirigea vers la sortie. De manière automatique, elle le suivit. Rentrer. Oh oui, rentrer enfin. Dormir. Encore. A jamais, peut-être bien.

Un courant d'air vint la cueillir, mais elle ne sentait pas le vent. La pluie vint la mouiller, les gouttes d'eau ruisselant le long de sa chevelure blonde et de son visage pâle, mais elle ne ressentait plus le froid. Anesthésiée, elle s'avança un peu avant de s'arrêter, loin de lui. Sans un mot, il se retourna et la dévisagea. Echanges de regards. Neutres. Rentrer. Juste, rentrer. Rentrer et dormir. Rentrer et oublier. Elle ne bougerait pas. Impossible qu'elle se rapproche. Elle était vide. Une coquille vide et transparente. D'ailleurs, il ne la voyait pas vraiment, n'est-ce pas ? Son regard semblait la transpercer comme si son corps n'avait été qu'un voile transparent volant dans le vent. Le passé était un désert, le présent était vide et le futur serait le néant. Enivrant, tentant et reposant, le vide apaisait. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se décider à bouger, et se rapprocher d'elle. Sa poigne se referma brusquement sur son bras gauche, lui arrachant une grimace de douleur, venant raviver en l'espace de quelques millisecondes, le tigre qu'elle pensait avoir enfoui profondément en elle. Comment osait-il lui faire du mal après tout ça ? Qu'espérait-il ? Qu'attendait-il ? Un hoquet de douleur franchit le seuil de ses lèvres pâles et froides lorsque son geste rude et sec vint soulever légèrement son épaule blessée. Instinctivement, elle porta sa main droite sur les doigts masculins qui la malmenaient, tentant de se soustraire à son étreinte. En vain. Furieuse, elle releva vivement la tête vers lui tout en lui décochant deux flèches ardentes, sentant la fureur se raviver en elle. M*rde. Contrairement à ce qu'elle avait pensé, le volcan ne s'était pas complètement éteint. Pourquoi ne la laissait-il pas en paix ? Pourquoi tenait-il à raviver cette étincelle au fond d'elle ? Tel un pauvre fou, il entretenait le brasier de l'incendie. Pourquoi ? Progressivement, son cerveau se remettait en marche, correctement. Se pourrait-il... Une minuscule étincelle d'espoir se raviva un instant en elle, venant éclairer son regard d'une faible lueur. Cette brusquerie avait servi à une chose ; lui sortir provisoirement la tête de l'eau. Une sorte de bouche à bouche relevant de l'urgence extrême. Par la douleur, il l'avait réveillée. Par la douleur, il avait dissipé ses pensées oppressantes et ravivé sa lucidité. Se pourrait-il que tout ce qui s'était passé ne soit qu'une réelle mascarade ? La protéger. Se protéger. Les protéger. N'était-ce pas ce qu'ils avaient convenu ensemble ? Si. Ne jamais se montrer en public. Parfaite indifférence. Sphère privée, sphère publique. Cassidy frissonna. Soudain, elle avait froid, et se sentait trempée. Il pleuvait, et le vent s'était levé. Il faisait nuit, aussi. La jeune femme se réveillait. Perdue. Alors qu'ils transplanaient, son regard clair s'accrocha à celui d' Octavius pour ne plus le lâcher.

Le transplanage ne fut guère agréable. Pire qu'à l'accoutumée, cela s'entend. Les doigts d'Octavius profondément ancrés dans sa peau venaient lui couper la circulation à la manière d'un garrot bien trop serré. Lorsque ses pieds nus touchèrent les graviers juste devant la grille du château, les fourmillements s'étaient propagés jusque dans la pulpe de ses doigts dans lesquels elle pouvait sentir les battements de son cœur. Tiens... Il était donc encore là. Nauséeuse, Cassidy eu un haut le cœur qui lui vrilla littéralement l'estomac, la forçant à se pencher vivement vers le sol, tout en ramenant ses longs cheveux blonds en arrière. Toutefois son estomac était vide. Complètement et définitivement vide. Comme son esprit. Rien ne sortit, et elle inspira profondément en se redressant. Trop vite, bien trop brusquement. Des points de lumière apparurent devant ses yeux, venant flouter sa vision et le paysage nocturne se mit à tourner autour d'elle, l'emmenant dans une danse infernale. Vacillante, elle sentit soudain tomber, ses jambes se dérobant sous son poids. Même son corps la lâchait. Avait-on déjà vu plus pathétique ? Elle ne valait rien. Alors qu'elle se sentait chuter, un étau de fer la retint. Un geste. Un unique geste. Brutal, des plus indélicats, mais ô combien salutaire. Ramenée impétueusement à lui, elle n'eu d'autre choix que de se laisser faire et sa tête vint se claquer sur le torse du bibliothécaire avant même qu'elle n'ait eu le temps de reprendre son souffle, et encore moins de réfléchir. Rapidement, les bras du sorcier s'enroulèrent autour de son corps tels des serpents resserrant leurs anneaux afin d'empêcher leur proie de fuir. Ces bras... Étaient-ce les siens ? Sans aucun doute. Ils étaient chauds, la carrure était la bonne. Un frémissement parcouru le corps de Cassidy, venant se répercuter sur la moindre parcelle de peau. Sa gorge se noua. Elle n'osait pas y croire. Les bras ballants, elle ne se débattait pas mais était incapable de faire le moindre geste en réponse à cette étreinte passionnée et désespérée. Collée contre lui, l'apprentie était incapable de penser correctement. De rigide, son corps passa à inerte. Inspirant profondément, elle se contenta de fermer les yeux, respirant à plein nez cette odeur qui lui avait tant manqué. Une poupée de chiffon. Un pantin désarticulé aux ficelles coupées. Une marionnette victime de la cruauté de ses propriétaires. Lorsque ses pieds quittèrent le sol alors qu'elle se sentait soulevée dans les airs, blottie tout contre lui, Cassidy ne réagit pas, se contentant d'apprécier silencieusement le doux bercement provoqué par leurs corps en mouvement. Le vent soufflait dans ses cheveux, venant les emmêler tandis qu'elle sentait son souffle chaud dans le creux de son cou. Un souffle qui l'aurait très probablement chatouillée en tant normal, mais là, il n'en était rien. Plaquée contre son corps, elle aurait aimé avoir la force de se fondre en lui, apportant un léger tonus musculaire en réponse à cette pression enfiévrée, mais toute force semblait l'avoir quittée. Trop. Trop d'émotions, trop de questions. Trop de peur. Trop d'incertitudes, et de retournement de situation. La tête reposant dans la cape recouvrant son épaule, elle se contentait de respirer lentement - peu être trop lentement, se nourrissant de l'odeur de sa peau. Elle sentait ses cils papillonner sur sa joue humide, et ses gestes - qu'elle devinait contenus et réprimés afin d'éviter de la casser en deux ou de lui broyer quelques côtes, étaient frémissants, emplis d'une telle fébrilité qu'elle compris. Imperceptiblement, elle se détendit encore davantage entre ses bras tandis que sa gorge se nouait face à l'émotion qui menaçait de ressortir. Garder les yeux fermés. Une fébrilité. Cette agitation rendant ses gestes quelque peu maladroits et rudes, ces doigts se raccrochant nerveusement à sa taille, ces légères secousses semblant émaner des ses membres. Il s'agrippait. Il s'agrippait à elle avec un désespoir on ne peut plus palpable, si bien que même Cassidy - dans son état de flottement actuel, avait été à même de le percevoir. Elle voulait se noyer, se fondre dans cette étreinte si dure et paradoxalement, si douce. Sa tête balla sensiblement sur le côté, dégageant partiellement son visage, l'exposant ainsi aux gouttes de pluie qui continuaient de tomber, inlassablement. Une goutte, deux gouttes. Si les larmes refusaient de franchir la barrière de ses cils, les perles d'eau venues du ciel venaient comme refléter allégoriquement ces dernières.

Une pression au creux de son cou. Plus forte qu'auparavant. Un murmure parvint à ses oreilles, venant la tirer des abysses dans lesquelles elle semblait avoir sombré. Que disait-il ? Le chuchotement était trop bas. Elle ne parvenait pas à le comprendre.

« Pardon... »

Cassidy frémit entre ses bras. L'émotion... Trop forte. Doucement, ses paupières frémissantes s'ouvrirent sur des prunelles fatiguées par tant d'événements.

« [...] pardon, pardon, pardon, pardon… Pardon. Je te demande pardon. Pardon… Pardon... Pardon... »

Une voix si malheureuse, bouleversée... Elle avait compris. La scène... Tout n'avait été qu'un majestueux leurre. Un jeu de rôle fantastique composé de toute pièce - scénario, attitudes et costume compris, afin de la protéger, elle. Afin de les protéger, eux. Pourtant, face à tant de réalisme, en proie à la fatigue et au désespoir, Cassidy avait vacillé. Le problème venait encore une fois d'elle. Elle n'avait pas été à même de s'adapter au jeu d'acteur d'Octavius. Trop faible, trop fragile. Un spasme de rage dirigée envers elle-même vint secouer son corps, se répercutant contre celui du sorcier. Elle les avait mis en danger. Une fois de plus. Merlin, Octavius était tellement plus doué qu'elle dans son jeu d'acteur qu'elle s'était presque faîte berner. Elle aurait aimé s'excuser, lui dire à quel point elle regrettait. Le rassurer. Lui expliquer qu'elle ne lui en voulait pas... Mais sa bouche refusait de s'ouvrir, et ses cordes vocales, de fonctionner. Alors qu'elle ne pouvait lui offrir que le silence vide de sens, le corps de Cassidy s'anima soudain. Dans un sursaut brutal, ses bras vinrent s'enrouler autour de son cou comme si sa vie en dépendait. Son souffle s'accéléra. Qu'il ne craigne rien, elle ne le lâcherait pas. Elle ne s'enfuirait pas. Elle n'avait rien à lui pardonner. Venant plonger son visage dans le creux de son cou, elle s'efforça de lui transmettre cette certitude qu'elle n'était pas encore en mesure de lui communiquer oralement. Ses lèvres pâles s'entrouvrirent contre la peau tendre de son cou, mais elle eu beau forcer, aucun son ne parvint à en sortir. Le silence. Encore. Rageusement, la jeune femme referma la bouche, incapable de verser une seule larme. A sec. Les lacs de ses iris semblaient définitivement secs. Pourquoi ? Pourquoi ne parvenait-elle même pas à rassurer celui qui avait besoin de l'être en ce moment-même ? Sa main droite vint se perdre dans la nuque du sorcier, laissant se déplier les doigts qui se mirent à parcourir cette dernière en une multitude de caresses, avant de venir s'agripper - peut-être un peu brutalement, à ses cheveux bruns.Je suis désolée ! C'est à moi de te demander pardon. Pardon, pardon, pardon. Pardon pour m'être laissée bernée par ton jeu de rôle, pardon pour avoir succombé au doute qui me vrillait les entrailles. Pardon pour mes regards. Pardon pour ne pas être en mesure de te rassurer davantage. Pardon pour ne pas savoir de protéger de moi. Pardonne-moi d'être moi. Si instable. Si faible que j'en tremble de colère.

Le protéger d'elle-même. Si toxique, si néfaste. Si... Mangemort. Écarquillant brusquement ses yeux en amande, Cassidy prit conscience de sa posture. Les bras solidement noués autour de la nuque d'Octavius, la manche de sa cape s'était quelque peu relevée, entraînant dans un même mouvement celle de sa robe. La Marque était apparue. Noire encre. Resplendissant de mille feu sous la pâleur de la lune. Indécente, abominable, elle était entrée en contact avec sa peau, à lui. Lui qui n'avait rien demandé à personne. Figée par l'horreur, son corps se rigidifia brutalement dans les bras du sorcier. Raide, elle retira brusquement son bras gauche de son cou, le ramenant contre elle, lui épargnant ainsi tout contact avec cette chose monstrueuse gravée dans sa chair. Il fallait qu'il la lâche, avant de se salir. Il ne méritait pas ça. Pas ce contact avec ce qui la reliait désormais avec Voldemort. Il fallait qu'elle le protège. Qu'elle se protège. Qu'elle les protège.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Jeu 23 Fév 2017 - 23:45

Il en était toujours ainsi, que l’on se rendait compte de l’absence de quelque chose, de la nécessité d’une action, que lorsqu’on en avait besoin ou que l’on se trouvait, pour l’une ou l’autre raison, incapable d’en faire usage. Rejetez pendant des années un prétendant éperdument amoureux, la force de ses louanges se feront sentir à l’instant où il aura décidé de passer à autre chose. Mangez toute votre vie avec une fourchette sans utiliser de couteau, et soudain son absence dans le service réglementaire vous mettra mal à l’aise, comme si par son simple manque, il crée le besoin de soi-même. Et là, l’impossibilité de communiquer. De parler. De s’expliquer. Octave pouvait parler avec n’importe qui, sauf avec elle, la seule créature qui avait probablement, en ces moments d’incompréhension, le plus besoin d’entendre quelques réconforts de sa part. C’était en tout cas ce qu’il s’était imaginé en essayant de se mettre à sa place, devinant les sentiments qui auraient pu être les siens devant une scène pareille. Mais ils étaient différents et l’interprétation ne pouvait être qu’approximative. Sa langue avait brûlé sa bouche tout du long, à cause des mots qu’il prononçait, mais surtout à cause de ceux qu’il ne prononçait pas. Bon sang ! Ce n’est que de la comédie ma chère, souris et détends-toi ! Ce n’est qu’une farce pour donner du panache aux nerfs et de la couleur aux joues ! Mais la bagatelle avait si longtemps duré que si la couleur était belle et bien montée, elle avait eu le temps de redescendre. Cassidy avait cette teinte très particulière, presque translucide, que prenait la peau lorsque le cœur cessait de battre, mettant fin à la course folle du sang dans les tissus, dont les capillaires perdaient en couleur, décolorant la chair comme de la viande de poulet. Il avait vu les veines bleutées courir son visage, contrastant si bien avec l’ivoire de sa peau et la lumière tamisée de bougies de l’hôpital, et avait cru un instant voire une ombre du passé le regarder, baignée par le voile d’une illusion. Et bien sûr, bien au-delà de ces détails, alors qu’il était dans l’incapacité de parler à la jeune femme, ni même de lui jeter un simple regard qui serait le reflet des émois véritables de son cœur et des préoccupations de son esprit, Octave ne pouvait même pas espérer se plonger dans ses grands yeux bleus pour y trouver du réconfort. Non, tout leur était clos. Il n’y avait que l’espoir qui subsistait et la confiance en l’autre.

Elle, qui lui avait pendant si longtemps jeté son indifférence, son dédain ou son mépris à la figure, voilà qu’elle pouvait enfin voir de quoi lui était capable, et ce à quoi sa répulsion ressemblait. Quoi que, c’était encore un sentiment théâtral, et bien que l’on pût aisément s’y tromper, il s’agissait d’une exaltation universelle, conceptuelle, et qui n’était pas la sienne. Lorsqu’il était véritablement en proie à une émotion forte, il devenait le contraire de soi. Il n’élevait pas la voix, ne faisait pas de gestes brusques ou dramatiques, ne s’époumonait que très peu. Ses colères, ses peines et ses ressentiments s’épanouissaient dans un caisson étanche. Lorsqu’il était assailli par l’un de ces émois, il était le seul à le savoir. Là, tout ce froid dans les yeux, ces expressions de dédain, ce n’était pas très subtil et déjà trop démonstratif par rapport à ce dont il était capable. Mais tout cela, c’était pour l’amour de la scène ! La gloire des planches ! Et la seule spectatrice qu’il avait n’aime pas le spectacle. Que de mauvaise ironie, d’humour ma placé. C’était plus facile de luter comme ça. Les minutes étaient devenues des heures et chaque mot avait semblé s’embourber dans de la vase et peinait à atteindre son but. Tout avait duré beaucoup trop longtemps et Octave n’avait eu qu’une seule envie qui lui brûlât les lèvres : s’expliquer. S’assurer que tout allait bien entre eux malgré tout. C’était là leur première apparition commune au grand public, et Octave avait sorti le grand jeu, le plus convaincant, le plus mesuré, pour présenter ce qu’il y avait de plus authentique comme manifestation d’indifférence vénéneuse aux yeux du monde. Et tout un chacun semblait y croire, le public, l’acteur et surtout Cassidy.

Au mauvais moment, pour se rassurer, il s’enorgueillit de pouvoir être en mesure de faire la différence et de voir quand elle jouait elle aussi la comédie, ou quand elle ressentait véritablement les choses. Il s’était dit que finalement, un seul regard suffirait à savoir s’il était allé trop loin ou non. Mais en se retournant, Octave avait soudain perdu toute certitude. Plus aucune conviction n’avait de sens. Son visage fin ressemblait à une toile vierge sur laquelle on aurait oublié de mettre un coup de pinceau. Elle était impassible et immobile telle la neige éternelle et grinçante dans les endroits où l’homme n’avait pas le courage de poser son pied. Quelque part où la nature était rude et intransigeante et où rien ne fondait jamais, demeurant immuable. Ce n’était donc pas le froid joyeux d’une neige fraîchement tombée, ni cette glace qui brillait de mille feux, tel un rire, sous un soleil blanc. Cassidy avait la constance insensible d’une nature qui s’étouffait elle-même, où tout était paralysé par un air lourd et pesant, épais comme de l’eau, et la vie, ou plutôt son absence, était plongée dans un silence bruissant de densité. Il n’y avait rien, aucun appui pour reprendre l’équilibre, juste une totale absence de tout. Elle était une page blanche où rien n’était écrit, quel que soit le sens dans lequel il tournait les pages. Plus il l’avait regardée, moins il avait trouvé de choses à dire, sentant les justifications disparaître au profit d’un profond sentiment de culpabilité qui n’avait rien à dire ni à offrir qu’un silence gêné. Etait-ce un mécanisme, ou fut-elle blessée au point où elle s’était si efficacement renfermée ? Il aurait voulu que la réponse fut négative, mais il fallait se rendre à l’évidence. Il y avait vu une flamme auparavant, et maintenant tout était éteint. Il n’y avait que cette profonde et effrayante impassibilité pour mesurer l’étendue de ce qu’elle pouvait ressentir. Etrange paradoxe, mais il avait maintenant clairement la certitude qu’en public, moins son regard n’exprimait d’émotions, plus son effroi était profond. Des regards de ce genre, elle lui en avait servi à la pelle au restaurant et même un peu après, mais véritablement, aucun n’équivalait celui-là. Il suffisait de la regarder et le vide se faisait, spatial, comme si un trou noir se formait dans ses entrailles et attirait tout à soi pour que rien ne persistât. Octave avait senti son propre corps se refroidir, se vider de sa substance, comme si l’on avait remplacé le sang de ses veines par du formol. Et plus rien n’était, et toute vie semblait éteinte autour.

Encore une fois, la vie se jouait des manquements et à l’instant où ils s’étaient enfin retrouvés seuls et en sécurité, les mots lui avaient manqués. Ils s’étaient coincés quelque part dans sa gorge serrée, la culpabilité la nouant aussi fort qu’une corde amoureuse, une main passionnée qui sortait de ses entrailles, toutes étriquées par le doute jeté à coup de regards aussi indifférents que l’était la nature elle-même. Rien n’était venu à ses lèvres pour la réconforter, pour illustrer la douleur qu’il éprouvait à la voir ainsi. Les souffrances ne faisaient que se deviner, et les répercussions ne s’en ressentaient que d’autant plus sauvages à la vue de ce visage vidé de tout. Il lui avait semblé l’entendre gémir avant que ses doigts graciles ne virent s’enrouler autour des siens pour s’en libérer. Ce geste avait sonné comme un retour en arrière, comme si l’histoire était revenue à son point de départ, lorsque l’idée même d’une caresse lui faisait horreur. Et puis la fureur, palpable, prit place à l’impassibilité juste avant qu’ils ne transplanent. Et le voilà, toujours en train de lui tenir le bras et incapable de dire quoi que ce soit. Tout s’était accumulé dans sa tête et maintenant qu’il se trouvait libre des entraves imposées, rien ne venait, gêné par le sentiment qu’aucun mot ne serait suffisamment fort pour exprimer le chagrin et le remord qu’il avait. D’autant que cet état-là, il en était partiellement coupable. A l’instant où il aurait fallu être un réconfort doucereux et rassurant, il s’était trouvé dans la possibilité de lui offrir que le contraire. La situation l’avait rendu triste et Octave s’était dit que s’il n’avait pas été lui, les choses se seraient déroulées autrement. S’il avait été sang-pur, d’une noble famille bien placée, à la notoriété irréprochable, personne n’aurait vu d’inconvénient à ce qu’il vienne la chercher à l’hôpital, ni son père, ni la communauté sorcière, ni Rogue, ni même Lulu. Ils auraient pu vivre leur histoire en s’épanouissant au soleil. La vie aurait été bien plus saine. Mais ils étaient là, sous la pluie, à sa cacher dans le noir, et Octave continuait à lui tenir méchamment le bras comme si sa Sirène ne manquerait pas de s’enfuir à l’instant où sa poigne se ferait plus douce. Il aurait préféré qu’elle connaisse mieux que cela. Qu’au moins quelqu’un soit capable de la rassurer et de guérir ses peines quand il le fallait, et non pas quand c’était possible et que la situation le permettait. Et maintenant, même lui se trouvait muet, impuissant à remplir son rôle et à la consoler.

Malgré tout, la désolation l’avait rendu excessif et c’est avec la fougue d’un désespoir au bord de l’écœurement qu’il l’avait attirée à lui. Cette brutalité continue n’était néanmoins plus là pour illustrer son mépris, mais sa peine. Un chagrin saisissant comme une bouffée d’air glacé qui l’avait mené à être agressif. Etrange, comme les gestes pouvaient être parfaitement identiques tout en étant animés par un sens radicalement opposé. Il avait eu encore un peu peur que Cassidy ne se dégage avec violence pour le toiser de loin. Il ne voulait plus la voir. Il voulait la sentir. L’étreindre suffisamment fort pour que l’expression de son visage ne change et qu’il n’ait plus à supporter cette indifférence dévorante. Enfin, ce fut au creux de son cou que le flot se déversa alors que son visage se crispait dans une grimace d’affliction. Son cœur se durcissait à force d’étouffer et il sentait ses battements de cœur dans ses tempes comme une secousse orageuse de l’air, avant que l’éclair ne fende le ciel. Il la serrait fort, comme l’on étreignait ce qui nous était le plus cher en ce monde, essayant de le faire sien, sentant son corps épouser le sien avec lassitude. Elle n’avait pas bougé, se laissant faire comme si la vie avait quitté son être, et il se dit avec désespérance que sa Sirène se serait férocement débattue si elle nourrissait véritablement à son égard quelques ressentiments. Alors Octave la serra encore plus fort contre lui, priant pour que quelque chose la réveille enfin, et que cette pression exaltée ne la sorte de sa torpeur soudaine. La torpeur de ceux qui ne ressentaient plus rien à force d’avoir éprouvé trop. Il avait senti sa tête se renverser légèrement vers l’arrière, offrant son visage pâle à la merci de la pluie et il avait entamé sa timide supplication. Qu’elle lui revienne. Pour cela, finalement, il n’y avait qu’un seul mot qui lui était venu en tête. Il n’avait eu aucune idée si la litanie allait avoir une répercussion quelconque, mais c’était ce qu’il ressentait et les mots étaient venus sincères. Elle resta ballante, et il faillit hurler de passion et d’abattement.

Mais soudain, dans une convulsion qu’il manqua de prendre pour un rejet, Cassidy enroula ses bras menus et faibles autour de son cou. Octave se tut enfin dans un murmure fébrile, presque gémissant, et son visage se rua davantage dans cette cascade de cheveux odorante, se perdant entre ses mèches ensoleillées et au parfum qu’il ne pouvait qu’aimer, tant que c’était le sien. C’est au creux de cette chaleur féminine, lové contre sa douce joue, qu’Octave enfuit son cœur distendu et débordant. Un cataclysme d’allégresse faillit l’emporter et c’est les yeux fermés, le visage grimaçant d’une tension nouvelle, qu’il lâcha un soupir qui se perdit dans un sourd et unique sanglot. Enfin, la délivrance. Son cœur était reparti, elle était en vie et elle lui rendait son étreinte avec une passion égale. Le souffle chaud de sa Sirène se répandait par à-coups contre le col de sa chemise, s’engouffrant dans les fentes et venait caresser sa nuque. Quel ange de rêve ! Il sentit sa mâchoire remuer quelques fois, dans une tentative de parler, ou de respirer un peu mieux que par le nez, qui sait. Peu importait, dans le velours sombre de cette nuit d’Octobre, il n’avait de cesse de se délecter de ce philtre qu’était cette jeune femme blottie entre ses bras. La concentration dans l’air opaque et velouté de toutes ces senteurs et de ces sentiments en son sein lui firent monter le rouge aux joues. Et puis, après la consolation de sentiments partagés, vint la compréhension que Cassidy était enfin là. Enfin avec lui après ces deux horribles jours d’absence. Il ne se souvenait même pas à quand remontait leur dernière entrevue… Si, bien sûr qu’il le savait. Ces images restaient gravées dans sa mémoire et représentaient aujourd’hui ses principales sources de joie. Ils s’étaient vus la veille de sa disparition, en plein milieu de l’après-midi, alors qu’il avait quitté sa bibliothèque dans l’espoir d’effleurer d’un coup d’œil sa délicate silhouette. Il s’était perdu dans la mêlée d’élèves sortant de cours et la vit tourmenter la pierre de ses talons. Elle ne l’avait probablement pas vu, semblant préoccupée par quelques sujets qui avaient voilé son regard et le maintenaient fixé sur une feuille. Encore une de ces œillades à la dérobée qui ne faisaient qu’exacerber ses envies plutôt que de les tarir. Et même ainsi, il préférait largement mourir de ne pouvoir la toucher, mais continuer à observer le relief doucereux de son être, qui lui procurait un bonheur incommensurable. Belle créature, brasier de son cœur, douceur de sa peau, allégresse de son âme, la voilà revenue entre ses bras, sauve et toujours sienne. Elle s’était accrochée à ses cheveux et il avait envie de gémir, gémir comme un animal blessé tant le soulagement le pressait à la gorge, mais ce n’est qu’une succession de soupirs qui franchit le bord de ses lèvres.

Qui sait combien de temps leur étreinte avait pu durer, il n’en fatiguait pas, bien que son esprit eût eu le temps de retrouver ses marques et sa relative sérénité. Trop longtemps pour la patience de Cassidy peut-être, car elle se braqua soudain. Instinctivement, rassuré, Octave avait déjà légèrement relâché l’emprise de sa caresse sur son petit corps, jusqu’à la lâcher complètement alors qu’elle s’était mise à se débattre. S’imaginant naïvement d’abord qu’elle voulait retrouver possession de ses moyens, il s’était malgré tout penché pour la laisser toucher le sol du pied, écartant ses bras et se redressant vaguement pour la regarder. Mais son geste si violent ne quittait pas son esprit. Elle avait tiré son bras avec un tel empressement pour le ramener à soi, qu’il ne pouvait réellement y avoir de doute. Fallait-il donc qu’elle s’en rappelle en cet instant… Oui, bien sûr, elle allait y penser sans arrêt maintenant. Toutefois, jusqu’à ce moment précis, Octave ne s’était pas douté de l’importance que cette expérience avait eu pour elle, ni où était exactement le traumatisme. Ses doigts frôlaient encore les bras féminins, cette attention recouverte par sa lourde cape. Il regarda d’abord avec inquiétude cet avant-bras qu’elle serrait contre soi avant de toiser son visage d’un blanc lunaire. Ce teint n’avait rien de sain, et Cassidy semblait mortifiée, maladivement pâle et comme écœurée. Dans un spasme, Octave grimaça. Ses mains rompirent le contact et il les laissa un instant tomber le long de son corps, tandis que ses yeux se perdaient quelque part au niveau des pieds nus de sa Sirène, la moue vaguement préoccupée. Il soupira doucement, sourit presque. Il releva à nouveau ses mains et vint saisir les pans larges et profonds de la capuche ornant la cape et la rabattit doucement sur sa tête blonde et maintenant légèrement humide. « Voilà qui est mieux » murmura-t-il dans sa barbe. S’assurant que le vêtement tenait bien en place et qu’il cachait convenablement le visage féminin de la pluie, ses bras descendirent dans leur besogne. Paresseusement, il ramena les extrémités de sa cape vers le milieu, la bordant presque à la manière d’un peignoir, avant d’en fermer les boutons. Tout cela ressemblait définitivement à un père habillant son enfant pour l’école, particulièrement dans sa gestuelle si affectueuse. Il avait pris un soin tout particulier à protéger du froid et de la pluie, un sourire à peine visible soulevant le coin de ses lèvres et une douceur au fond du regard.

Puis, sans véritablement la prévenir, avec un naturel déroutant il se pencha et passa l’un de ses bras sous ses cuisses et l’autre dans le haut de son dos, soulevant sa Cassidy telle une mariée prête à franchir cérémonieusement le seuil de sa nouvelle maison. Elle ne pesait presque rien et Octave n’eut aucun mal à la faire basculer dans ses bras, la soulevant à la hauteur de son torse pour qu’elle ne sente pas le mouvement de ses jambes et puisse reposer sa tête sur son épaule si l’envie lui venait. Mais dès l’instant où elle comprit le manège, la tête blonde se mit à se débattre des jambes et des bras pour que son porteur la repose au sol ce qui, bien évidemment, était hors de question. Alors qu’elle se distordait tel un chat, il faillit la lâcher, mais retrouva prise et équilibre au bon moment pour la faire revenir à lui en la serrant fort contre son poitrail. L’empêchant de bouger d’un bras solide enroulé autour de ses épaules, sa main s’était saisie du fin poignet féminin pour entraver toute tentative de résistance. Son autre bras serrait les cuisses de lait à travers la cape et Octave, la regardant droit dans les yeux, gronda d’un premier « Non » autoritaire. Le second le fut encore plus. Un « Non » sec et impérieux. Il avait même froncé les sourcils et son visage avait perdu de sa douceur. Elle était sérieuse et lui aussi, bien plus encore qu’elle vu que la force physique était de son côté et il en profitait sans vergogne. Elle ne voulait pas le toucher, tant pis, mais il pouvait encore s’octroyer ce droit ; lui, n’avait aucune raison de la lâcher. S’étant un instant assuré qu’elle ne bougeait plus, Octave fit un doux mouvement de l’épaule pour lui sommer de redresser la tête et ne plus offrir son visage à la pluie.

« Si tu crois que je vais te lâcher maintenant… tu rêves. Ca fait plus de deux jours que je t’attends. »

Sans se presser, il s’était mis en route, longeant dans l’ombre de grands pins touffus la petite route sinueuse menant au château. La lune perçait de derrière les nuages et éclairait le chemin d’une douce lueur ondoyante à mesure que le vent soufflait. De ses jambes il se frayait un chemin au travers d’herbes folles, les battant de ses chaussures dans un bruit de cheveux qu’on brosse sauvagement. Le bas de son pantalon se gorgeait d’eau. Il n’y avait pas prêté davantage d’attention tout à l’heure, mais maintenant que le silence s’était fait, que certaines passions étaient retombées, la nature reprenait ses droits et rappelait majestueusement sa présence. D’une démarche régulière mais trainante, Octave berçait doucement sa Sirène entre ses bras, la lovant contre son buste pour que son corps en mouvement lui transmette un peu de sa chaleur. La pluie n’avait de cesse de tomber en une ondée de gros sous, tambourinant le paysage. La cime des arbres accueillait les gouttes en un bruissement sonore et elles tombaient, de branche en branche, jusqu’à former des fins et ponctuels ruisseaux. Ceux-ci se déversaient d’une feuille à l’autre jusqu’à choir au sol, se répandant dans le gravier du chemin ou les fourrées de sous-bois dans un étrange bruit de caisson de sable que l’on secouerait nonchalamment. La pluie possédait la particularité de donner une apparence de fertilité à la végétation et alors même que tout les entourant se paraît de diverses teintes de gris, la nature semblait grasse et féconde, riche de vie et de senteurs. D’ailleurs, c’était une odeur de verdure fraîche qui leur parvenait, alors qu’une légère brise d’automne s’engouffrait entre les troncs et les feuillées. Une sensation de propreté autant de l’air que du paysage, tandis que l’eau emmenait par torrents sauvages les impuretés. Comme une métaphore. Cassidy ne voulait manifestement pas parler, et il se doutait de la raison. Ou peut-être n’avait-elle pas envie de parler tout simplement, mais c’était très bien comme cela aussi. L’étreinte des bras d’Octave se resserra sensiblement et il pencha la tête un instant pour lui administrer en silence un fugace baiser sur son front blanc, à la lisière de ses cheveux dorés. L’humidité avait dérangé les boucles de ses mèches rebelles, emmêlant les fils ensoleillés entre eux. Bien sûr, son mutisme le préoccupait dans l’absolu, et il observa un instant ce visage féminin qu’il ne pouvait s’empêcher d’aimer. Une belle et gracieuse jeune femme à la figure de porcelaine délicate, à l’expression fatiguée. Ses mains mêmes, fraîches et blanches, étroitement serrées contre une poitrine menue, possédaient un charme curieux. Cet abattement la dotait d’un envoûtement poétique, élégant et mélancolique. Octave avait épié son visage un moment à la dérobée, figure si étonnamment distincte dans la nuit et derrière cette capuche qu’elle paraissait diffuser une faible phosphorescence naturelle. Son regard avait atterri sur son avant-bras qu’elle cachait et il cilla avant de relever sa tête vers la route. Elle y accordait tant d’importance que lui aussi du coup ne pensait plus qu’à ça. L’image persistait sur sa rétine comme s’il avait trop longuement fixé un point.  

« J’aurais pu te récupérer plus tôt, mais Rogue n’est venu me prévenir que ce matin. Il s’inquiétait pour toi et voulait que tu restes encore plus longtemps je crois. J’ai moi-même préféré attendre, réduisant les chances que quelqu’un de significatif ne nous remarque… »

Sa voix avait sonné anodine, comme s’il racontait une histoire, repassant sur les évènements avec une légèreté toute calculée. Il n’attendait pas qu’elle lui réponde, ni à une réaction quelconque en fait. Après le long silence, rendu relativement apaisant par le régulier et protecteur manteau de pluie, où il l’avait laissée s’abandonner à ses propres pensées, Octave décida de rompre au moins jusqu’à sa chambre cette réflexion qu’il ne pouvait suivre. Alors, à défaut de savoir à quoi elle pensait, au moins lui imposait-il ses paroles dans le vague espoir qu’elle s’y accroche et les écoute pour sortir de sa torpeur morose. Et à ce stade-là, il était prêt à lui raconter tout ce qui lui passait par la tête. Enfin, bien entendu, l’histoire n’était pas choisie au hasard… Aux antipodes de ce qui les entourait de ce qui habitait leurs esprits respectifs. Octave leva les yeux et se perdit un instant dans la contemplation des premiers rameaux des arbres et des nuages qui recouvraient le ciel d’un grand drap grisonnant et duveteux. Quelques gouttes percèrent au-travers du feuillage épais et tombèrent sur ses joues, ramenant un souvenir sur la plage de sa mémoire comme une vague tranquille.

« Lorsque j’étais en Australie, l’année dernière, j’y ai découvert une plante assez rare ; elle ne pousse pas partout et a besoin de conditions très spécifiques. Avec un guide, je suis descendu au le centre de l’île, vers le Mont Musgrave, non loin du grand désert Victoria. Je voulais voir ce que cet endroit avait à m’offrir. On m’a montré plein de choses magnifiques, des paysages époustouflants, des villages somnolant dans les champs, des jardins emplis de roses, des constructions si immenses que même les oiseaux ne pouvaient pas monter aussi haut, des créatures marines exotiques et des couleurs comme il n’y en aurait peut-être qu’en Inde… Mais je me souviens d’une chose en particulier, un cactus. C’est à l’ombre d’un bois de mulga que je le vis pour la première fois. Il poussait à son pied. J’ai dit cactus, et tu dois tout de suite t’imaginer qu’il s’agit d’une espèce de phallus sortant du sol et couverte d’épines, et c’est ce que je m’étais dit aussi quand on m’en avait parlé. Alors je n’ai pas bien compris lorsque j’ai aperçu cette timide plante grimpante aux feuilles grasses et à l’apparence épaisses. Toutefois, quand tu les touches, elles sont étrangement rêches et rigides. Elle m’arrivait à peine au genou, et pourtant malgré sa petite taille il y avait bien une dizaine de boutons fermés qui parcouraient son corps d’un vert profond. Il s’agissait de la Selenicereus grandiflorus, appelé cactus vanille ou Reine de la nuit. Les fleurs sont si lourdes qu’elles trainent parfois au sol et peuvent atteindre un diamètre de quarante centimètres. Elles ne s’ouvrent que la nuit et qu’une seule fois, et le parfum qui en émane est très puissant et proche de celui de la vanille, d’où le nom. C’est une plante très rare et tu t’imagines bien que quand le guide m’a demandé si je voulais attendre pour la voir fleurir, j’ai accepté. Il faisait très chaud et on a patienté jusqu’au soit car je refusais de partir, de peur de ne plus retrouver l’endroit après et de rater cet évènement. Finalement, le soir venu, la lente éclosion a commencé et je voyais ses multiples pétales s’ouvrir à mesure que le temps passait. La fleur est si blanche ! Si belle. Et elle sentait si bon que j’avais envie de la manger. Alors que le ciel était parsemé d’un dégradé rouge de brasier, cette plante m’a offert sa splendeur virginale avec la timidité d’une jeune fille. La vague de chaleur ne s’était pas encore retirée, tout était poussiéreux autour et on était fatigués et sales, mais j’avais devant moi ce miracle de beauté et de force de la nature. Comme toi. C’est amusant, parce que le bouton du cactus n’est pas très joli, assez curieux. On dirait un amas de tentacules rougeâtres qui poussent dans la même direction. Mais quand la fleur éclot, ses pétales pointus s’écartent et rayonnent d’un blanc opalin aveuglant. Et tout autour, lorsque la fleur est imposante, il y a une couronne de feuilles jaunes qui se forment, comme la crinière d’un lion. »

Les voilà sortis de la forêt et Octave traversait l’immense clairière qui les séparait du château. Les arbres n’étaient plus là pour le protéger et sa chevelure avait fini par s’aplatir avant de ruisseler à son tour de gouttes d’eau comme une plante généreusement arosée. La pluie perlait sur son front sans que cela ne semblât le gêner et il continuait à raconter son histoire d’un ton de conteur discret pour ne pas troubler la quiétude les entourant.

« Tout comme je l’ai attendue elle, je t’attendrai toi. Quoi qu’il advienne et quel qu’en soit le prix. Je suis navré d’être venu te chercher aussi tard, mais sache que je finirai toujours par te rejoindre, où que tu sois. Je te trouverai dans le plus aride des déserts, dans la plus glaciale des banquises et j’attendrai que tu t’éveilles à moi.  Et peut-être que ma patience et ma persévérance payera et je verrai encore une fois la blancheur laiteuse de ton cou, la courbe arquée de ta nuque et le miel de tes lèvres qui me diront quelque chose de vanillé. Mais ne parle pas encore, cache-toi entre mes bras et reste close tant que tu en as besoin. Je saurai attendre que la nuit opaque et fraîche tombe, prenant la place du soleil brûlant qui te consume si tu tentes de t’épanouir trop tôt. Dérobe-toi mon cœur encore un peu et pense au jour où je t’emmènerai voir ta jumelle et où l’on attendra à deux qu’elle daigne nous éblouir, oubliant qu’elle fut un jour le sujet de ma métaphore. Je ne t’en ai pas parlé par hasard non plus, ni pour faire joli. La Reine de la nuit est très peu connue ici, mais là-bas, en Australie, l’on l’utilise parfois pour faire une potion particulière. J’ai retenu la recette, mais je ne te la dirais pas, tu iras l’apprendre toi-même. Il faut la boire avant que le soleil ne se lève impérativement et, l’espace d’une journée, tant que les rayons du soleil brillent, l’on peut devenir invisible jusqu’au soir, lorsque le soleil se couche. Tu comprends la subtilité ? Celle qui ne s’ouvre que la nuit, reste insaisissable le jour. Mélangé à d’autres ingrédients spécifiques, cela peut servir aux vampires pour supporter le soleil durant de courtes périodes. Je n’en ai jamais bu, ce n’est pas recommandé pour des raisons évidentes, mais j’aimerais qu’on fasse cette expérience un jour, je crois que ce serait très amusant, surtout en plein centre-ville. »

Il s’était retourné pour jouer du coude et ouvrit la porte principale. Le même manège se répéta lorsqu’il referma la dite porte de son dos. Là en revanche, il fallait se taire. Mais de toute manière, son histoire était terminée. Même ici, même si le sol n’était pas aussi froid que celui de dehors, Octave n’avait pas daigné reposer Cassidy au sol et la porta jusqu’aux cachots. Il en descendit les marches sur la pointe des pieds, invoquant toutes ses capacités pour ne pas faire de bruits avec les talons de ses chaussures. Là, il n’avait plus le choix. Devant cette porte close qu’on ne pouvait ouvrir qu’avec la magie, doucement, il relâcha son étreinte et permit à la jeune femme de poser un pied au sol. Le bras toujours enroulé autour de ses épaules graciles, Octave la regarda un instant avec une sorte de béatitude rêveuse alors que de sa main libre, il cherchait la baguette pour déverrouiller la porte. Et comme il se mouvait d’une manière particulièrement lente pour retarder l’instant, le manège dura un certain temps. Sa main se dégagea même de l’épaule de Cassidy pour venir tirer sur un pli de capuche et dévêtit la tête blonde comme l’on découvrirait la nouvelle pièce d’une collection de musée. Il ne souriait pas vraiment, mais un éclat rieur persistait dans son regard jusqu’à ce qu’enfin, il finisse par sortir sa baguette. Une étincelle perça les ténèbres et la porte s’ouvrit. Un autre coup de baguette s’en suivit pour allumer toutes les lumières de la chambre et Octave, d’un mouvement de la main, invita sa Sirène à prendre les devants et enfin rentrer chez soi.

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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Mer 8 Mar 2017 - 23:33

Un petit moment de douceur, de calme et de sérénité. Il était venu, enfin. Si les premiers instants en sa compagnie s'étaient révélés abominablement odieux, faisant naître en elle une souffrance qu'elle n'aurait pas cru être possible de ressentir, désormais il était là. Réellement là. Réellement lui. Le soulagement était tel qu'une fois l'esprit apaisé, elle avait noué ses bras autour de la nuque d'Octavius pour ne plus la lâcher. Inspirant profondément, Cassidy ferma les paupières - venant innocemment caresser la peau fine du creux du cou masculin de la pointe de ses longs cils - pour mieux se noyer dans la peau douce et parfumée de son cou. Son odeur familière émanant de son corps s'insinua instantanément dans ses narines, ondula tout en se frayant un chemin jusqu'à son âme et vint réchauffer son être glacé par la pluie et le flot d' émotions négatives qui l'avait précédemment submergée en son fort intérieur. Un élan fougueux, masculin et boisé. Frais comme une agréable brise matinale associé à un envoûtant ballet d'exquises senteurs diverses et variées - allant du parfum suave de la baie rose au caractère musqué du vétiver - se mélangeant en un parfait accord homéostatique et équilibré.
Tout d'abord, une essence fusante chaude et boisée - quasiment vibrante et galvanisant les sens - de vétiver. Un léger soupir de bien-être s'échappa des lèvres pâles de la sorcière qui accentua sa prise autour des cheveux masculins, enroulant ses phalanges autour des petites mèches de cheveux bruns, humant à plein poumons ces effluves constituant une partie de l'homme pour qui son cœur s'était mis à battre comme il ne l'avait encore jamais fait. Des fines senteurs élégantes et sophistiquées à la facette délicatement fumée, quelque peu terreuse et végétale, venant stimuler l'imaginaire en évoquant subtilement les sous-bois. Notes cédrées sèches. Plus subtiles - mais tout aussi charmantes - quelques émanations aériennes et lumineuses d' agrumes gorgés de vitalité solaire. Une fragrance aux notes hespéridées, discrète et naturelle, au fond caractériel et musqué et au cœur vaguement floral. L'ensemble dégagé était son odeur. La sienne. Forte et équilibrée. Celle naturelle de sa peau mêlée à celle de son parfum. Mélange d’âpreté et de sucré. Doucement, le visage de Cassidy glissa à l'orée de ses cheveux. Il lui fallait l'entièreté de l'enveloppe olfactive. Celle dégagée par la peau ne suffisait pas. Il lui en fallait plus. Se souvenait-elle... ? Oui. Oui. C'était bien cela, comme dans ses souvenirs. Il n'avait pas changé. Ses cheveux possédaient toujours cette odeur qui le caractérisait si bien ; mélange de noix et de musc blanc aux agréables effluves d'ambre gris. Une senteur apaisante et délicate. Une esquisse de sourire éclaira son visage un bref instant avant qu'elle n'ouvre la bouche sans parvenir à émettre le moindre son.

Les mains masculines, vives et fougueuses, parcouraient sa taille, la courbe de son dos, son corps - allant jusqu'à se mêler à sa chevelure dorée - recherchant probablement à mieux l'agripper afin de s'assurer de sa réelle matérialité. L'image de la jeune femme s'apparentait-elle à un hologramme ? Était-ce vraiment elle ou un traître sous Polynectar ? Si ces possibilités auraient pu être envisagées, ces dernières trouvaient leurs limites assez rapidement. Non, il s'agissait bel et bien de Cassidy comme pouvait en témoigner certains signes d'une véracité implacable tels que son comportement des plus singuliers ou encore son odeur. Ni les hologrammes, ni une quelconque potion ne pouvait décemment permettre de reproduire de tels éléments ; succession de petits détails que nul autre ne pouvait détenir. Sa façon de se tenir, sa capacité à effacer toute trace d'émotion ou de sentiments. Pire même, à ne plus les ressentir. Et puis bien entendu, son odeur naturelle à elle aussi. Masquée derrière de puissantes émanations chimiques et antiseptiques, elle était encore là, timide, délicate, presque effacée, mais bel et bien présente. Là. A la lisière de ses cheveux, dans le creux de son cou. Endroit fragile et caché qu'il s'était d'ailleurs empressé d'aller retrouver, y plaçant à son tour son nez afin de mieux la sentir. Elle. Et son odeur véritable. Une troublante féminité suave à la séduction énigmatique et impénétrable. Un élan fougueux de fraîcheur libératrice, comme un assaut décisif de vitalité. Fleur des morts insaisissable. Paradoxalement, les puissantes exhalaisons florales et enivrantes ne laissaient pas de doute quant à la vie habitant ce corps rendu tendu par l'émotion. Une fragrance enveloppante au sillage renversant de simplicité. De son aura suave et délicate, le lys oriental imprégnait sa peau tout en faisant voyager aux tréfonds de pays étrangers. Un parfum-bouquet diraient certains, alliant fraîcheur et douceur presque naturaliste des majestueux pétales. De magnifiques lys charnus possédant en leur centre ces insolents et impétueux pistils parsemant leur pollen épicé et poivré aux notes attirantes et audacieuses. Notes épicées dans une sphère de douceur forgé par une rivière de cheveux blonds. Un univers enchanteur bien caché, un murmure envoûtant plus velouté, aux divines émanations capiteuses et poudrées, donnant l'impression de plonger dans un océan floral aussi lumineux qu'ambivalent.
Mais ce n'était pas tout, non. Pour les nez les plus experts, si l'odeur florale imprégnait la chevelure de Cassidy, une senteur totalement différente - mais se mariant parfaitement avec le bouquet précédent - enrobait délicatement chaque parcelle de sa peau opaline. Difficilement saisissable dans le contexte présent à cause des journées passées alitée à l'hôpital, elle était atténuée mais n'en restait pas moins délicieuse. L' Asie si souvent fantasmée. Une atmosphère teintée d'un parfum suave, mêlée de lumière et d'or. Princesse orientale aux yeux ceints de khôl, rebelle et indomptable vêtue de ses plus belles soieries et parée de bijoux précieux. Enveloppant et chaud, sans être étouffant, l'oriental somptueux et raffiné n'évoquait que délicatesse tendrement épicée. Une écorce d'un arbre tropical d'Inde. Distillée, cette dernière donnait naissance à une essence à l'odeur chaude, subtilement boisée au féminin, délicatement sucrée et relativement poudrée. Un subtil mélange aux tonalités veloutées s'immisçant dans la conscience et envoûtant les sens. Une envolée charnelle et gourmande sur un fond chypré et épicé. La cannelle ; nectar sacré. Épice rituelle promettant le plus inoubliables des voyages dans les traditions de l’extrême orient.

Passionnément, Octavius l'avait soulevée de terre pour ne plus la lâcher et tout aurait pu alors s'apaiser définitivement si seulement le rappel à la réalité n'avait pas été si dur et si violent. La réalité. Merlin, pourquoi cette dernière ne cessait-elle de nous ramener à nos démons et aux tourments de la vie ? Confinée entre ses bras, les paupières de Cassidy finirent par tressauter pour s'entrouvrir. Se figeant dans l'horreur absolue, les iris oscillant entre le bleu et le vert apparurent alors soudainement dans leur globalité, braqués sur le bras pâle dévoilé par la mouvance de la cape. Une tâche. Cette horrible tache écœurante à la symbolique si odieuse qu'elle ne pouvait définitivement pas l'assumer. Une marque indélébile, maintenant indolore, gravée à jamais dans la chair de l'intérieur de son avant-bras. Un noir absolu, paraissant absorber tout éclat lumineux dans un tourbillon à la force exponentielle. Un contraste des plus brutaux et discordant compte tenu de la pâleur lunaire de son épiderme dont l'opalescence actuelle rivalisait très certainement avec celle des femmes scandinaves. Un mélange naturellement audacieux compte tenu de ses origines, mais d'autant plus accentué dans la présente situation. Cette combinaison déséquilibrée lui apparaissait comme étant des plus grotesques et insultantes, avec un rendu totalement dysharmonieux, à la limite, non... Indéniablement discordant. Se raidissant, Cassidy ôta son bras de l'épaule du bibliothécaire, le ramenant avec empressement sur sa poitrine dans un geste quelque peu violent. Il n'était pas question qu'elle le touche. Que cette horreur le touche, lui. Se débattant légèrement, et parce qu'il l'avait bien voulu, elle parvint à retrouver le contact du sol sous ses pieds nus. Elle voulu reculer mais lorsqu'elle croisa son regard teinté d'une inquiétude maladive, elle ne pu s'y résoudre et resta là, bêtement, le bras replié sur son buste, sans savoir quoi faire. Que faire ? Que dire ? Elle avait été terrifiée par l'idée qu'il la repousse et désormais, c'était elle qui amorçait le mouvement de recul. Ses doigts se resserrent autour de son bras, venant tracer sur la peau pâle, des sillons violacés et rougeâtres tant la force exercée n'était pas dosée. A se demander lequel des deux était le plus extrême. Il avait grimacé et avait finalement rompu le contact. Désormais, ils étaient là, se toisant, indécis. Ne sachant ce qu'il s'était passé, Octavius devait sans doute se demander l'origine de ce qu'il prenait probablement pour un rejet. En réalité, il s'agissait bien là d'un nouveau rejet, mais contrairement aux apparences, le rejet ne s'adressait pas à lui, mais à elle. Cassidy se rejetait elle-même dans un mouvement de dissociation corporelle. Déni. Ce bras ne lui appartenait pas. Cette Marque, n'était pas la sienne... N'est-ce-pas ? Le visage blême, elle le fixait sans prononcer un seul mot, l'esprit figé dans un couloir sans issue.

Il suffisait d'un geste. Un seul. Un fin sourire vint étirer les lèvres carmin du sorcier qui avança de nouveau les mains vers elle. Que comptait-il faire cette fois ? L'esprit vacillant, la jeune femme resta immobile, les pieds solidement ancrés dans le sol. Pas un seul instant elle ne le quitta des yeux, comme si elle ne craignait qu'un clignement de cils ne viennent lui entraver la compréhension de son intention. Ses grands yeux en amande étaient fixés sur lui lorsqu'un rideau noir vint lui obstruer la vue, rompant net le contact visuel intense qu'elle lui imposait. La large et profonde capuche sombre avait été rabattue délicatement sur ses cheveux mouillés par Octavius. Repoussant légèrement la capuche en arrière de manière à percevoir de nouveau ce qui l'entourait, elle entrouvrit les lèvres, cette fois avec un peu plus d'assurance et de détermination, mais une fois encore, les mots restèrent bloqués dans sa gorge, étouffés dans l’œuf. Rien ne sortait. Le mutisme la privait de ses moyens. Il était encore trop tôt pour parler. Tais-toi Cassidy. Ne cherche pas à parler. Tu n'en es pas capable, lui dictait une petite voix intérieure. Était-elle en train de sombrer ? La pathologie mentale était-elle en train de se déclarer suite à une décompensation ? Octavius lui, ne paraissait absolument pas perturbé par ses pensées, contrairement à elle. Loin de là. Tranquillement, il avait ramené les pans de sa cape noire, venant soigneusement fermer les boutons de cette dernière. Perplexe, Cassidy l'observait, ne comprenant pas où cela allait les mener. Pourquoi ? Pourquoi tant de tendresse ? De précaution ? Son regard étrangement doux venait tellement contraster avec le regard hautain et dédaigneux dont il l'avait considérée quelques minutes auparavant. Elle savait qu'il s'était obligé à agir ainsi - à l'hôpital - pour les protéger tous deux, mais ce contraste était tellement saisissant que...

Un mouvement des plus inattendus coupa net le fil de sa pensée. Voilà qu'elle se sentait décoller dans les airs pour finir une nouvelle fois, au creux de ses bras. Le contact. Une fois de plus. Tu es répugnante Cassidy. Répugnante. Comment pouvait-il décemment porter la main sur elle autrement que pour la frapper ou la repousser avec violence ?

« ... ! »

Lâche-moi ! Octavius lâche-moi ! Tu ne te rend pas compte... Violemment, la jeune femme se cambra entre ses bras puissants, se tortillant telle une anguille afin de tenter de redescendre. Ce n'était pas possible. Il était trop près. Telle une pile électrique, elle commença à se débattre comme un beau diable - prenant toutefois garde à ne pas le blesser. Ne plus le frapper. Elle se l'était promis et le lui avait promis, à lui aussi. Répression. Aussi se contenta-t-elle de tenter de le repousser - en canalisant au maximum son énergie pour ne pas lui exploser littéralement entre les bras. Les bras, les jambes, les pieds et les mains. Même la tête. Tout son corps bougeait, se secouait se débattait dans une visée on ne peut plus simple : retrouver la terre ferme. Vacillement. Un instant, elle se sentit tomber. Avec lui. Il ne l'avait même pas lâchée alors qu'elle était parvenue à le déséquilibrer. De justesse, il s'était rattrapé et était parvenu - dieu sait par quel moyen - à se rétablir dans un équilibre précaire et incertain. Même en se sentant chuter, il n'avait pas daigné ne serait-ce que desserrer un seul et unique doigt de son corps. Rien. Pour toute réponse à cette tentative d'évasion peu fructueuse, un étau se resserra vivement autour de ses épaules, venant par la même occasion emprisonner son poignet droit d'une poigne de fer. Impitoyable. Ses cuisses furent resserrées, comme si elles avaient été soudées entre elles par le maléfice de glu perpétuelle. Il lui était désormais absolument impossible de bouger. Relevant son regard clair vers le visage du bibliothécaire, elle croisa ses iris émeraude qui la fixaient d'un air sévère.

« Non » Une voix autoritaire qui ne la découragea pas pour autant. Balayant cette interdiction d'un clignement de cils, elle tenta alors de tendre son corps au maximum, comptant sur le manque d'appui d'Octavius. Après tout, ses mains n'étaient pas directement en contact avec sa peau, mais ne faisaient que la maintenir au travers d'une épaisse couche de tissus. Avec un peu de chance et de persistance, peut-être parviendrait-elle à... « Non »

Un second ordre, prononcé dans une sorte de grognement sourd et tranchant. Cette fois-ci, la Rowle s'immobilisa entre ses bras, les prunelles rivées dans les siennes. Le visage d'Octavius s'était transformé. Toute douceur avait disparu de son visage qui s'était sensiblement durci face à sa résistance néfaste. Il ne la lâcherait pas. Il n'avait jamais voulu la lâcher, même avant qu'elle ne s'abandonne à lui. C'était peine perdue. Prisonnière ainsi de ses bras, elle n'avait pas la moindre chance de s'en tirer. Il était bien trop fort, et elle - minuscule crevette à la force de mouche - bien trop faible. Il n'y avait rien à faire, à part tenter de maintenir son bras loin de lui.

« Si tu crois que je vais te lâcher maintenant… tu rêves. Ca fait plus de deux jours que je t’attends. »

Abandonnant la partie, la jeune femme se détendit progressivement dans ses bras, laissant sa tête reposer contre son buste. La pluie continuait de tomber alors qu'il avançait d'un pas franc, comme s'il n'avait jamais eu quelque chose entre les bras. Serrée contre lui, se laissant bercer par les mouvements profonds et réguliers de sa respiration et par le rythme de ses pas, elle laissa ses paupières épuisées se refermer, se réfugiant dans l'obscurité salvatrice. Elle ne voulait plus voir le monde. Elle ne voulait plus voir le paysage grisâtre, le ciel lourd et bas - tel une chape de plomb pesant au dessus de sa tête. C'était fini. Tout prenait fin. Brisures d'espérances. Son avenir. Ses envies. Ses désirs. Son identité. Tout. Elle n'était plus rien, sauf une Mangemort. Un de ces êtres qu'elle haïssait plus que tout au monde. La marionnette de son père. Tu ne sais pas. Il ne savait pas. Il ne réalisait pas ce qui s'était déroulé et ce qu'elle avait du endurer pour ne pas être tuée. Sa vie n'avait tenu qu'à un fil, et sans Rogue, peut-être Octavius n'aurait-il pas eu l'occasion de la tenir actuellement entre ses bras. Que lui avait dit Rogue ? Sûrement pas la vérité. Cette marque... l'avait détruite. Annihilée. Elle n'était plus qu'une coquille vide. Vide de vie, vide de sens. Respirer. Elle ne devait pas oublier de respirer. Le pas d' Octavius était déterminé. Il la ramenait chez elle, enfin. Dans ce cachot sombre et humide qu'elle était parvenue à faire sien après un certain temps d'adaptation. Elle pourrait alors rejoindre son lit, s'enterrer sous le drap pâle et s'endormir. Fermer les yeux et se laisser aller, définitivement. Un tremblement secoua son corps alors qu'une goutte de pluie s'accrochait sur la pointe de ses cils naturellement recourbés. Elle avait envie de vomir. De pleurer. D' hurler. Enfouissant un peu plus son visage au sein de la cape du sorcier, elle eu envie d'y demeurer pour l'éternité. Elle glissait. Lentement, elle se sentait sombrer dans les eaux troubles et profondes de l'affliction qui débordait de son être, à présent presque recroquevillé entre les bras du sorcier. Et il marchait. Encore et encore, sans daigner ralentir le pas ne serait-ce qu'une seule seconde. Sous ses pas, les herbes se couchaient dans quelques bruissements mais hormis cela, rien ne venait troubler l'atmosphère lugubre que la météo venait lui communiquer. La pluie tombait inlassablement, venant comme rincer le visage féminin éteint, de toutes ces infamies. Ah si seulement le déluge avait la possibilité de venir effacer toute trace de ce qu'il s'était passé... Alors que la mâchoire de Cassidy se contractait sous l'effet d'une tension qui ne parvenait plus à s'exprimer, l'étreinte se resserra un peu plus autour d'elle, venant lui offrir cette contenance physique qui lui faisait tant défaut. Une seule larme vint s'échapper de son œil droit - pourtant toujours fermé - franchissant la barrière de ses cils pour venir rouler le long de sa joue, dévalant la courbe douce de sa pommette pour finir sa course dans le creux de son cou. Une perle salée. Une unique larme, dépourvue du moindre sanglot. Tout était retenu à l'intérieur. Un baiser léger déposé sur son front lui fit entrouvrir les yeux, l'émotion la prenant à la gorge et la plaquant violemment contre un mur de pierres. Ce geste était d'une beauté rare. Une tendresse infinie, source d'apaisement certain. Merlin... Comment pouvait-il ? Le ferait-il encore s'il savait ?

« J’aurais pu te récupérer plus tôt, mais Rogue n’est venu me prévenir que ce matin. Il s’inquiétait pour toi et voulait que tu restes encore plus longtemps je crois. J’ai moi-même préféré attendre, réduisant les chances que quelqu’un de significatif ne nous remarque… »

Il s'inquiétait pour elle... Brusquement l'étudiante fut prise d'un spasme qu'elle ne réprima qu'au dernier instant. Inquiet pour elle ? Vraiment ? Alors qu'il avait refusé de la ramener avec lui  au château, faisant consciemment le choix de l'abandonner seule - ou plutôt en la charmante compagnie d' Elyas - à l'hôpital. L'hôpital... Cet endroit infect où il l'avait laissée pourrir à la merci d'un équipe médicale qui la haïssait pour ce qu'elle était, et ce qu'elle représentait. Ce crétin de potionniste aurait voulu qu'elle reste encore plus longtemps ?! A ces mots, Cassidy ouvrit grand les yeux, le regard débordant soudain d'une colère noire et froide. Elle l'aurait eu devant lui qu'elle lui aurait dévissé la tête en moins d'une seconde tant la colère qu'elle avait nourrit en elle depuis le départ de Severus Rogue, grandissait. C'était la meilleure... Inquiet pour elle ? Il s'inquiétait pour elle ?! Quelle vaste plaisanterie ! Imperceptiblement, les doigts de l'étudiante se resserrent sur la cape du sorcier sous le coup du feu qu'elle sentait se raviver en elle. En réalité, la jeune femme était tout simplement beaucoup trop perturbée et épuisée pour faire preuve de lucidité et réaliser que si le directeur de Poudlard l'avait laissée à Sainte Mangouste pendant tout ce temps, c'était effectivement pour lui permettre de se reposer et de récupérer sans qu'elle ne puisse se mettre en danger sous le coup d'un raptus anxieux. Raison pour laquelle il avait par ailleurs fait le choix - ô combien vécu de manière abominable par Cassidy - de ne pas lui remettre sa baguette. En attendant, la Rowle était dans un tel état d'ébranlement psychique qu'elle demeurait tout simplement incapable d'entendre raison. Impossible pour d'elle de prendre de la distance avec ce qu'elle jugeait comme étant une infamie après ce que le Seigneur des Ténèbres lui avait infligé. Allez vous faire foutre Rogue. Comment osait-il prétendre qu'il s'inquiétait ? A moins qu'il ne s'agisse que de l'interprétation personnelle d'Octavius ? Quand bien même... Comment avait-il osé la laisser seule dans un tel moment ? L'abandon effroyable venu lui perforer le corps au moment de son départ, avait réveillé en elle de douloureux souvenirs, des traumatismes cauchemardesques plus ou moins anciens qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle-même tant ils avaient été douloureux et déchirants. Mais là... Ce départ brusque et glacial n' avait pas fait que lui laisser un goût amer dans la bouche, non. Ce dernier avait fait bien pire. Il l'avait profondément ébranlée. En ces instants de faiblesse magistrale, la sorcière aurait tant aimé pouvoir se reposer sur quelqu'un, et en l' occurrence, la seule personne disponible et qui lui avait sauvé la vie - bien qu'elle n'en comprenne toujours pas les raisons - s'était avérée être Severus Rogue. Le même homme qui lui avait tourné le dos au moment où elle avait eu le plus besoin de lui. La rancœur était là, profondément gravée en elle, la mutilant presque tant son intensité était à la limite du supportable. Vivement, la nouvelle Mangemort referma les yeux, réprimant en son fort intérieur toute cette rage qui ne demandait qu'à s'exprimer - à tel point que ses mains avaient commencé à se mettre à trembler.

La pluie tombait toujours. Le silence était propice à son abandon. Gris. Morne. La nature se mourrait, comme un pâle reflet de sa vie qu'elle était presque en mesure de se représenter en train de lui glisser entre les doigts. Seuls les pas réguliers d'Octavius et sa puissante étreinte lui permettaient de ne pas sombrer. C'est alors qu'il décida de parler. Tout commença par un cactus australien... Et le voyage commença. Les paupières closes, Cassidy se concentra sur le son de sa voix. Une voix douce et rendue légèrement rauque. Le conteur naissait, venant l'envelopper délicatement de ses paroles aux sonorités chantantes, de ses mots à l'envolée poétique. L'homme l'entourait de ses bras, le conteur de sa voix. Que disait-il ? Il lui sembla qu'il l'emmenait loin. Loin d'ici. Loin de toute cette grisaille et de ce froid abominable. Loin de la réalité si difficile à gérer. Des problèmes venant faire vaciller. Le conteur l'emmenait vivre avec lui, au cœur de paysages à la beauté indicible, mêlés de contrastes aux couleurs somptueuses. Un pays où le Soleil brillait haut dans un ciel d'un bleu éclatant, où l'air était le plus pur, transparent. Bien qu'elle eu immédiatement cerné la tentative du bibliothécaire pour lui changer les idées, Cassidy tenta de se prêter à l'exercice. Il fallait qu'elle pense à autre chose. Il le fallait. Derrière ses paupières fermées, la peinture commençait à s'esquisser. Un coup de pinceau. Elle pouvait presque les sentir sur sa peau... Les rayons d'un Soleil d'été, la douce tiédeur du bois qu'il évoquait... Un second dépôt de couleurs. Du vert profond et tendre, un bouton d'un blanc immaculé. Fermé. L'attente de la tombée du jour, narrait le conteur. Une fleur ne se révélant qu'au coucher du soleil, lorsque ce dernier était en train de disparaître au profit d'une voûte céleste ensorcelante. Une lourdeur, un parfum ; celui de la vanille, cette épice aux mille visages provenant d'une orchidée lianescente d'Amérique centrale aux fleurs étoilées. Une douce effluve découlant du pouvoir de son imaginaire puissant vint lui chatouiller doucement les narines. Un parfum suave et sucré à la fois. Légèrement épicée et porteuse d'une chaleur sensuelle des plus envoûtantes. Quelques notes gourmandes et captivantes, venant troubler les sens avec une facilité déconcertante. Soupir. Coup de pinceau. Une forme maintenant se dessinait dans son esprit, éclosant lentement avec une délicatesse des plus subtiles. Une fleur. D'un blanc si pur et regorgeant d'une innocence d'une fraîcheur presque juvénile. Tâche de lumière se révélant sous un ciel à la couleur des flammes vacillantes d'un brasier rouge orangé.

« La vague de chaleur ne s’était pas encore retirée, tout était poussiéreux autour et on était fatigués et sales, mais j’avais devant moi ce miracle de beauté et de force de la nature. Comme toi. [...]. »

La jeune femme n'écouta même pas la fin du conte. Le retour à la réalité s'était fait. L'histoire était finie. Comme toi. Ces deux mots raisonnèrent dans son esprit telle une infernale litanie. Comme toi, comme toi, comme toi. Comme toi. Les paupières s'ouvrirent, révélant des iris vert d'eau qui peinaient à réintégrer l'instant présent. Comme toi. Comme... elle ? Non. Elle n'avait rien de merveilleux, et encore moins de pur. Pervertie depuis longtemps, elle avait torturé, usé des impardonnables. Elle avait menti, elle avait trompé. Elle avait abusé. Elle avait fait coulé le sang. Blessé, fait pleurer, repoussé. Elle avait déçu, frappé. Violenté. Elle avait été glaciale, aussi dure que le marbre, aussi blessante que la glace. Une force de la nature ? Si l'on aimait les orages de grêle destructeurs et les blizzards destructeurs, alors oui, il était possible de la dépeindre ainsi. Le conteur s'était tu, mais l'homme prit le relais, n'hésitant guère à employer des mots percutants.

« Tout comme je l’ai attendue elle, je t’attendrai toi. Quoi qu’il advienne et quel qu’en soit le prix. Je suis navré d’être venu te chercher aussi tard, mais sache que je finirai toujours par te rejoindre, où que tu sois. »

Cassidy arrêta de respirer, ses mains se raccrochant un peu plus encore à la cape du sorcier.  Il voulait l'attendre, mais l'accepterait-il lorsqu'il saurait ce qu'elle avait été contrainte de devenir ? Assumerait-il le fait d'être lié à une Mangemort ?

« [...] Dérobe-toi mon cœur encore un peu et pense au jour où je t’emmènerai voir ta jumelle et où l’on attendra à deux qu’elle daigne nous éblouir, oubliant qu’elle fut un jour le sujet de ma métaphore. Je ne t’en ai pas parlé par hasard non plus, ni pour faire joli. La Reine de la nuit est très peu connue ici, mais là-bas, en Australie, l’on l’utilise parfois pour faire une potion particulière. »

Une... potion ? Cassidy releva les yeux vers le bibliothécaire, fronçant légèrement les sourcils sous le coup de l'interrogation. Une potion à partir d'une fleur de cactus australien ? Elle n'en avait jamais entendu parler.

« J’ai retenu la recette, mais je ne te la dirais pas, tu iras l’apprendre toi-même. Il faut la boire avant que le soleil ne se lève impérativement et, l’espace d’une journée, tant que les rayons du soleil brillent, l’on peut devenir invisible jusqu’au soir, lorsque le soleil se couche. »

Le plan d'Octavius fonctionnait - du moins temporairement. Une potion d'invisibilité. Jamais elle n'avait entendu parler d'une telle chose. Ni en Inde, ni au cours de ses études supérieures au Centre de Formation, ni même pendant ses précédents stages auprès de potionnistes possédant pourtant une belle notoriété du fait de leur statut de chercheurs et d'auteurs de plusieurs ouvrages inédits. Y avait-il des effets indésirables ? Obtenir l'invisibilité sans aucune conséquence négative en contrepartie lui semblait totalement irréaliste. Devenir invisible et disparaître aux yeux de tous pendant une journée entière... L'invisibilité, tout comme l'immortalité, avait très certainement un prix. Les engrenages de son cerveau se remettaient doucement à fonctionner.

« Tu comprends la subtilité ? Celle qui ne s’ouvre que la nuit, reste insaisissable le jour. Mélangé à d’autres ingrédients spécifiques, cela peut servir aux vampires pour supporter le soleil durant de courtes périodes. Je n’en ai jamais bu, ce n’est pas recommandé pour des raisons évidentes, mais j’aimerais qu’on fasse cette expérience un jour, je crois que ce serait très amusant, surtout en plein centre-ville. »

Un minuscule sourire vint étirer les lèvres pâles de Cassidy. Parfois, peut-être sans s'en rendre réellement compte, Octavius était des plus innocents et de ce fait, il en devenait des plus touchants. Lentement, sa main droite vint caresser tendrement la joue du sorcier tandis que ce dernier empruntait les escaliers menant aux cachots. Pourvu qu'ils ne croisent personne... Comme les inspecteurs, ou pire encore, les Carrows. Une marche, encore une... Il faisait noir, il faisait froid, mais peu lui importait. Elle était enfin rentrée, et presque chez elle. Alors qu'ils arrivaient enfin devant la porte de ses appartements, le bibliothécaire lui permit enfin de retrouver le contact du sol, la déposant doucement à terre, avec un certain regret que la jeune femme ne fut pas en mesure de percevoir dans ses prunelles, à cause de l'ambiance sombre du couloir étroit. Souplement, Cassidy retrouva ses appuis - ses pieds nus entrant en contact avec le sol de pierres glacées -, tandis que le sorcier la contemplait silencieusement, les yeux rivés dans les siens. Il ne fallait pas qu'il voit. Il ne fallait pas qu'il sache. Devait-elle le lui dire ? La Sang-pur ne craignait pas tant sa réaction par rapport à son appartenance officielle aux serviteurs du Lord que ce que cette acquisition signifiait pour eux deux. Une multiplication des dangers. Une obligation d'acceptation de sa part, à lui. Il lui faudrait accepter de la voir partir en mission - préparée ou à l'improviste -, de la savoir en danger, de la voir rentrer blessée. Il lui faudrait accepter le fait qu'elle torture des innocents pour des convictions qui n'étaient guère les siennes. Y parviendrait-il ou tout cela serait trop dur à supporter pour lui ? Quelques jours plus tôt, au restaurant, il avait semblé sûr de sa décision et de tout ce que cela impliquait. Seulement voilà, Andreas avait précipité les choses - sûrement pour l'enchaîner davantage - et désormais, le temps des promesses était révolu. La Marque était là. Cassidy Rowle était devenue une Mangemort. Les paroles prononcées avaient été merveilleuses, mais maintenant face aux faits, comment allait-il véritablement réagir ? Sans un mot, le brun repoussa avec douceur la capuche sombre couvrant ses boucles humides de la jeune femme, avant pointer sa propre baguette vers la porte qu'elle avait précautionneusement verrouillé à l'aide de sortilèges hindous, deux jours plus tôt. Le voir user du contre-sortilège hindou qu'elle lui avait appris lui fit quelque chose sans qu'elle ne puisse mettre de mots dessus. La porte s'ouvrit, et les lumières s'allumèrent.

Silencieusement, Cassidy entra dans le cachot lui servant d'appartement. Enfin. Enfin elle y était. Enfin, elle se sentait chez elle. Véritablement chez elle. Tout ce qu'elle aimait était là, dans cette pièce sombre et froide. Sa vie était là. Sur l'étagère surplombant le bureau où étaient rangées classées ses recherches et ses cours, des flacons regorgeant de liquides colorés aux textures différentes - plus ou moins liquides. Des rendus variés, allant du nacré au mat, en passant par l'illusion de volutes de fumées enchanteresses. Qui pouvait considérer les potions comme ennuyeuses ? Les potions ; une passion certaine et socialement acceptable par tous les partis, contrairement à la suivante qui se trouvait être, elle, bien dissimulée aux yeux de tous. Personne ne savait, personne. Même pour les plus experts, au premier coup d’œil - superficiellement - rien n'était perceptible. Un lit au drap blanc emmêlé, un bureau correctement rangé - plume noire sur son support et parchemins soigneusement numérotés. Un bureau d'étudiant, sans aucun doute. Dans un coin, un chaudron en argent qu'elle avait acheté lors de sa première année de formation, en face du lit, une petite armoire en bois sombre - réserve d'ingrédients personnelle qu'elle s'était elle-même constituée. Aucune photographie. Aucun tableau. Un endroit plutôt impersonnel, n'est-il pas ? De la décoration ? Vraiment... Était-ce bien le moment en des temps pareils ? La prudence mes amis, la prudence. L'environnement dans lequel évoluait une personne en révélait souvent beaucoup sur celle-ci et ça, Cassidy en était parfaitement consciente. De ce fait, le cachot restait des plus neutres, mettant seulement en lumière sa vocation de future potionniste. Néanmoins... Là. Là. Je vous dis, ... Regardez-bien. Le placard. Oui, allez-y, ouvrez-le. Maintenant, agenouillez-vous et regardez au fond. Quoi ? Comment ça, rien à part une boule de vêtements constituée de deux robes ? Très cher, vous n'êtes guère observateur. Ne vous a-t-on jamais appris à être observateur et minutieux ? Sous la pile d'épais pull-overs et celle constituées par les jeans.

Effectivement, au fin fond du placard contenant ses vêtements de la vie quotidienne, étaient cachées des soieries bien plus secrètes, soigneusement pliées. Des voiles constituaient le premier élément accessible. Pièce indispensable, complément incontournable à la tenue de toute danseuse orientale, venant apporter une aura de raffinement en sublimant la féminité de cette dernière. Avec ou sans paillettes ? Cela dépendait, mais lorsque ces dernières étaient bien agencées avec le reste de la tenue, elles ne faisaient qu'éblouir les yeux indiscrets des spectateurs de l'ombre, les invitant à l'évasion au gré de déhanchés des plus enivrants. Des voiles rectangulaires, ou demi-lune. En organza souple, ou en soie naturelle. Semi-transparents pour les uns, dégradés pour d'autres. Un travail de drapé délicat invitant à la rêverie. Des brassards voile aussi, s'attachant au niveau du biceps afin de tomber gracieusement le long du corps et de prolonger les mouvements de bras avec lascivité et élégance lorsque la danseuse se mouvait. Des jupes légères et vaporeuses en lycra - avec ou sans bande décorative - à la fronce subtile et aux couleurs envoûtantes allant du troublant et si envoûtant vert d'eau au carmin insolent et passionné. La plupart étaient longues et fendues, avec des styles bien différents ; plus ou moins ethniques, plus ou moins sauvages. Un véritable tsunami de reflets et de couleurs. Pour affiner et magnifier le corps de la danseuse, ces dernières, aux multiples perles et incrustations, faisaient parfaitement leur boulot. Rien n'était à redire. Mais au delà des jupes, lorsque l'on cherchait bien, il était tout à fait possible de dénicher quelques sarouels en mousseline doublés d'un shorty accompagnant élégamment la transparence du tissu. Un peu plus à droite se trouvaient différents types de hauts. Des bustiers brodés de paillettes, des cache-cœurs aux manches trois-quarts aux effets volantés et fluides, ou encore plusieurs soutien-gorges en satin aux bonnets coqués, joliment pourvus de bijoux de perles nacrées à l'entrebonnet, ou encore de strass en cristal collés sur le tissu même, mettant en valeur l'ondulation ventrale de la danseuse. Des ceintures brodées aussi ; ethniques ou davantage orientales. Métalliques, ornées d'une multitude de petites piécettes rutilantes ou de rangées de sequins, elles s'étaient toutes un jour mouvées au gré du déhanchement de la jeune femme.

Des voiles, des jupes, des sarouels, divers hauts et des ceintures mais... Ne voyez-vous pas que quelque chose manque ? Non ? Par Merlin, regardez bien ! Là, une petite bourse de velours... Ouvrez-la et découvrez son contenu avec ravissement. Des bijoux de tête, traditionnellement appelés tikka ou bindi ; un travail tout en filigrane et en plaqué or orné de zirconium, de strass et de petits grelots, se crochant à la chevelure. Des bangles ; bracelets - manchettes ou non - en métal aux pièces argentées ou dorées, destinés à sertir les poignets, à ne pas confondre avec les bracelets de bras, qui eux servaient à décorer les biceps avec leurs petites perles et leurs charmants grelots. Néanmoins, au milieu de tout cela, oublier les mains aurait été une erreur capitale. Un affront au monde oriental où l'expression de ces dernières faisait partie de la culture à part entière. Ces dernières étaient élégamment mises en valeur en étant agrémentées de bracelets couvre-main, ou de parures raffinées au pouvoir de séduction incontestable. Si les bras et les mains étaient parés, les chevilles d'une danseuse orientale avaient la chance de l'être tout autant. Aussi, dans un autre petit sac en velours bordeaux se trouvaient divers types de chaines visant à venir habiller la jambe et souligner la cheville avec beaucoup de charme et d'élégance. Certaines étaient fines et en argent, ornées de turquoise ou de lapis-lazuli, tandis que d'autres - un peu plus épaisses - étaient en métal, pourvues de médailles frappées et de petits pendentifs ou encore de quelques médailles en étoile quatre branches. Des boucles d'oreilles - des anneaux pour la plupart. Des colliers ras-de-cou articulés, composés d'un treillis de pièces ornées d'insignes et perles de pierres semi-précieuses.

Cachés. Dissimulés aux yeux de tous, jusqu'aux siens. Après le décès de sa mère - danseuse professionnelle - Cassidy avait voulu oublier. Oublier ce qui lui avait permis de se canaliser. Délaisser une passion des plus intenses qui lui permettait de se réguler sur le plan émotionnel, afin d' oublier sa douleur, allant jusqu'à tenter d'oublier ses origines et tout ce qui la rattachait à ces dernières. Depuis son arrivée en Angleterre et la mort de Nila, la sorcière n'avait jamais plus enfilé ses vêtements de danse, ni permis à son corps de s'exprimer comme elle le faisait auparavant. Cassidy fit quelques pas dans la pièce, le regard flou. Il manquait quelque chose désormais. Toute sa vie n'était plus complète. Un morceau manquait à l'appel, lui laissant comme un vide béant au cœur de la poitrine. Qu'était-ce donc ? Il ne lui fallu que quelques secondes pour comprendre. Lentement, l'apprentie défit les boutons de sa cape, et déposa cette dernière sur son lit avant de récupérer sa baguette dans l'une des poches. Ceci fait, elle se retourna vers Octavius resté sur le pas de la porte et le considéra d'un air interdit. Sa bouche s'ouvrit, et cette fois, les sons sortirent. Enfin.

« Entre, je t'en prie. »

Sa voix était plus basse qu'à l'accoutumée, ceci étant du au fait que ces mots étaient les premiers qu'elle prononçait depuis son hospitalisation. C'était lui. La pièce manquante. La personne manquante. Restant à distance, elle l'observa silencieusement, gravant en elle chaque petit détail de son visage. Comment avait-il pu réussir à la duper à Sainte-Mangouste ? Le visage masculin n'avait rien de serein. Les traits tirés et épuisés, lui-même semblait presque sur le point de défaillir.

« Viens, assieds-toi sur le lit. Tu vas finir par tomber. »

Considérant son état d'un air grave, elle poursuivit d'une voix hésitante, malgré le fait que chaque parole qui franchissait le seuil de ses lèvres ne faisait que l'épuiser un peu plus.

« Merci d'être venu. Je... j'aurais voulu te prévenir dès mon arrivée à l'hôpital mais... Rogue - elle prononça ce nom avec hargne pour la première fois - m'avait pris ma baguette et je ne pouvais pas t'envoyer de patronus. Quant aux hiboux... ils ne m'y ont pas laissé l'accès. »

Elle fuyait. Elle ne le laissait pas parler pour qu'il ne puisse pas poser de questions tant elle les redoutait. Le moment tant redouté des explications progressait et pour le coup, Cassidy ne se voyait absolument pas l'affronter. Elle recula d'un pas, tenant toujours fermement sa baguette dans sa main droite. Il fallait qu'elle respire.

« Je vais mieux. Ne t'inquiète pas. J'étais juste... épuisée - elle ne mentait pas vraiment en disant ça - Peu importe, ne t'inquiète pas. Tout est de la faute de Rogue qui a tenu à me faire hospitaliser alors que je ne supporte pas les hôpitaux. »

L'explication était totalement bancale, le discours totalement plaqué mais pour le coup, c'était tout ce qui lui était venu en tête compte tenu de l'urgence de la situation, et le pire c'était qu'elle s'était arrangée pour ne pas mentir. Le fond de ses paroles était vrai. L'épuisement psychique avait été en partie la raison de son hospitalisation sous contrainte, et le responsable de cette dernière s'était bel et bien avéré être le potionniste maudit. Bon sang Cass, tu fais bien mieux que ça d'habitude... Ce mensonge, qui n'en était même pas un puisqu'une part de la vérité était là, n'était en aucun cas une preuve d'un quelconque manque de confiance en lui, mais reflétait simplement sa propre incapacité à assumer tout ce qu'il lui avait été imposé de vivre. Déni. Il fallait fuir, et vite. Se reprendre. Penser à un plan B. Devait-elle lui dire la vérité alors qu'elle-même était dans l'incapacité la plus totale de l'accepter ? Impossible. Et puis... quelle vérité ? Tout va bien Cass. Tu vas bien. Oui, elle allait bien. Il ne s'est rien passé.

« Il faut que j'aille prendre une douche, déclara-t-elle d'un ton posé, je ne supporte pas l'odeur de l'hôpital. Mets-toi à l'aise, je reviens. »

Sur ces mots, la sorcière se détourna de lui pour se diriger vers la salle de bain adjacente, la boule au ventre. Totalement perdue et angoissée, ne sachant quelle posture adopter. Arrête Cass', il ne s'est rien passé. Rien. Sa main vint se poser sur la poignée de la porte et - après un instant d'hésitation - elle l'actionna.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Lun 20 Mar 2017 - 20:03

De quelles qualités fallait-il donc être doté pour supporter la vue de la personne que l’on chérit s’abîmer un peu plus à chaque instant ? Sans en ressentir la culpabilité de l’impuissance et de s’y abandonner, de reconnaître que le mal était déjà commis, et ce par quelqu’un d’autre. Combien d’énergie était-elle nécessaire pour ne pas souffrir des mêmes maux que les siens et que l’affection obligeait à s’approprier ? Ou des suppositions qu’un visage morose pouvait nous aspirer avec la plus froide horreur, dont l’imagination s’empressait de prendre possession pour en faire quelques monstruosités indicibles, souvent plus détestables encore que la réalité même. De quelle sorte d’impassibilité devait-on faire preuve pour admettre sa propre insuffisance sans véritablement s’y soustraire dans l’ignorance ? Comment diable la regarder dépérir en continuant à sourire, avec l’espoir que si l’on ne pouvait pas l’aider à convenablement l’apaiser, l’on pouvait au moins ne pas la tirer davantage vers le bas. La douleur la plus saisissante était rarement celle que l’on voyait le mieux, mais plutôt celle qui se distillait doucement et subtilement derrière une contenance pénible et cruelle. Rythmé par le mouvement révolté de ses pas et par le poids que ses bras avaient à porter, son cœur n’avait pas eu à se soucier du silence ni de l’attente réfléchie, il se contentait de fouetter férocement le sang de son corps, aussi ne remarquait-il pas les émotions qui auraient pu le faire battre plus fort encore. La pluie et le froid avaient distrait ses sens, alors que son esprit était comblé par un but que le chemin leur imposait, se refusant à prêter une attention trop grande à toute cette tension qui s’accumulait au bout de ses doigts. Emue, sa peau vibrait à l’unisson avec les frissons de celle qui fut longuement lovée dans l’étreinte de ses bras. Tout ce trouble réprimé derrière un caractère s’isolant de force l’aurait fait trembler, comme la corde d’un instrument agitée par l’onde à laquelle elle voulait bien être sensible. Mais le mouvement élancé de ses jambes et de sa pensée, la nature l’entourant dans un tumulte nuageux et sombre, l’empêchaient d’y accorder de l’importance. Ou plutôt, selon les lois connues de la perspective, son esprit réorganisait les inquiétudes selon les priorités de l’instant, l’empêchant de s’abandonner à quelque chose sur quoi il n’avait de toute manière aucun pouvoir. Il savait devoir la ramener saine et sauve dans le confort d’un lieu, si ce n’est tout à fait agréable, au moins parfaitement familier et rassurant. A dire vrai, il profitait de l’effort soutenu pour avoir une excuse. Parce qu’il savait qu’une fois le calme revenu, plus rien, à part peut-être un négationnisme de mauvaise foi dont il n’était pas capable de toute manière, ne serait en mesure de l’éloigner de la réalité. Et elle non plus. Car s’était à ses dépens qu’il s’épuisait.  

La sérénité revenue, la compréhension advenait comme si l’on avait arrêté le temps quelques instants plus tôt, et qu’il s’empressait de rattraper son retard maintenant. Les tressaillements incertains de son être lumineux prenaient d’autant plus leur sens devant la rigide droiture de son dos, son visage relevé comme s’il fut animé par le fantôme d’une fierté. Cassidy, tel un voile lugubre, avait fait quelques pas la pièce, comme si elle la redécouvrait, avant de se retourner. La souffrance demeurait d’autant plus palpable qu’elle faisait trembler l’air à force de se contenir, suintant et se canalisant en une énergie vibrante, s’échappant ponctuellement au travers de quelques gestes désordonnés. A tel ou tel détour, Octave avait le sentiment que cette silhouette élusive et gracile lui échappait, pour plonger dans des eaux bien trop noires et profondes qu’il n’était prêt à sonder. A peine l’avait-il lâchée que sa Sirène s’était déjà complètement détachée de l’étreinte de ses bras, perdant du peu de la chaleur qu’il fut capable de lui communiquer. Et le voilà immobile, homme impuissant à soulager sa peine comme il le voulait, incapable de mettre fin à une douleur qui ne lui appartenait pas et qui l’enveloppait doucement, tel un dense brouillard. L’échéance, cette mort de l’âme qu’il appréhendait sans cesse depuis leurs retrouvailles, tout était aussi évident qu’un débris de bois séché. Elle était lourdement, crûment mortifiée. Son visage paraissait plus petit, froissé comme une vieille peinture, presque craquelé de ce qui débordait d’elle. L’affaire n’avait duré probablement que quelques heures, mais leur dureté et implacable réalisme leur avait donné toute la rudesse inerte et ligneuse d’une vie entière. Ses joues s’étaient fanées et creusées, davantage encore que les ombres jetées par son ossature parussent grandes. Ses bras et ses mollets avaient perdus de leur finesse, malgré le fait qu’ils se soient visiblement amaigris, reflétant la lumière d’un blanc de lait écrémé. Enfin, elle se mit à parler, mais seulement pour faire preuve de civilité, à lui, qui s’était déjà maintes fois introduit tel un voleur par cette porte, d’abord pour graisser de sa patte chaque recoin de la chambre, ensuite, pour la retrouver ou la surprendre de quelques insignifiantes attentions. Il n’y voyait qu’une politesse embarrassée qui se défendait pour ne pas avoir à être personnelle. Il y avait une horrible disharmonie entre ce qu’elle disait et l’emphase douloureuse de son corps tendu. Une musique dissonante se jouait, trop marquée par la contradiction pour sonner juste. Octave, pour illustrer son écoute, avait fait quelques pas dans la pièce sans rien dire, l’envie d’encourager une telle tromperie s’amenuisant un peu à chaque instant.

Le regard immobile et le visage un peu trop inexpressif, il la laissa palabrer. Il aurait dû être un peu plus avenant peut-être, aussi chaleureux que plus tôt dans la soirée, mais cette première ouverture, bien qu’en rien surprenante, l’avait poussé à la réserve. Il était tel le spectateur qui avait saisi le secret de l’illusion et la réalité le laissait détaché, dans l’attente que l’exhibition mensongère prenne fin. Toutefois, comprenant les raisons qui régissaient le comportement de la jeune femme, Octave avait davantage l’air étrangement patient plutôt qu’ascétique. Banalités sur banalités, les unes se succédaient aux autres s’éloignant toujours un peu plus du sujet. Viens, assieds-toi, merci d’être venu, Rogue, je vais mieux, ne t’inquiète pas, juste… épuisée, la faute à Rogue, car supporte pas les hôpitaux.

Il y avait un thème récurrent dans la mythologie universelle qui revenait de manière ponctuelle au travers l’histoires des civilisations : celui du déluge. Bien sûr, partiellement parce qu’il y avait de réels déluges et inondations un peu partout d’un pays à l’autre, sauf là où les conditions climatologiques ne le permettaient pas, mais il y avait aussi un élément beaucoup moins métaphorique dans ces contes, que les humains avaient fini par élever au rang de légende. Imaginez, un ouragan frappe le pays et balaye êtres humains, constructions et nature de la surface de la terre. Devant un tel spectacle, l’on se retourne pour dire que c’est là un acte de Dieu. Après avoir contemplé dans l’horreur et l’impuissance la force d’une telle nature, l’on finit éventuellement par se retourner vers l’Etat, pointant du doigt sur les digues qui étaient censées retenir le déluge et le maîtriser plus convenablement que cela. L’Etat savait qu’il construisait quelque chose qui n’allait pas résister, et pourtant ils ont pris l’argent et l’ont dépensé autrement, d’une manière inadéquate et mauvaise. Et cela est preuve d’aveuglement. L’on peut d’abord pointer du doigt sur le Seigneur, qu’il soit du Ciel ou des Ténèbres, mais vient fatalement le moment où il faut regarder l’Etat pour ce qu’il est : une dégénérescence qui, par son aveuglement, a laissé le déluge faire son affaire. Car dans les histoires et les mythes, qu’il s’agisse de la Bible ou de légendes païennes, les hommes et la nature périssent car Dieu juge durement et envoie toujours le déluge pour punir l’humanité de sa sénilité et son profond aveuglement. Un manque de calcul et de recul qui finit par se répercuter d’un seul coup et de manière définitive. Chacun, à un moment donné de son existence, subit un tel déluge. Un déluge de chaos qui vous retrouve d’une façon ou d’une autre. Et vous finissez par vous retourner pour voir d’où proviennent les causes de ce chaos ; il arrive parfois effectivement que le déluge advienne de manière parfaitement aléatoire et sans raison. Mais la plupart du temps, le désordre vous submerge et vous regardez au fond de vous et vous découvrez soudain que vous saviez que le déluge venait, vous saviez qu’il n’était pas très loin et que vous n’y prêtiez pas assez attention. Les conséquences de ce manque de recul cascadent et finalement vous font perdre complètement pied. Ainsi, vous vous retrouvez dans une situation peu enviable car non seulement le désordre de votre existence n’a plus aucun sens mais en plus vous savez que c’est de votre faute. Cette réalité-là vous rend aigre, amer et meurtri.

Sa belle et revêche Cassidy s’était faite emporter par une destruction qu’elle savait réelle, qui arrivait sur elle comme une vague dont l’ombre l’avait rendue froide et insensible. Et cette vague, elle l’avait d’une certaine manière elle-même créée. Maintenant, la réalité flottait, ce qui fut jadis tangible ne l’était plus et ce qu’elle avait refusé de voir était là, noircissant autant sa peau que son cœur. Puisque le monde n’avait plus de sens, la tension existant entre la cohérence et l’intégrité s’était évaporée, l’abandonnant à un paysage qu’elle ne pouvait plus appréhender dès lors que tout avait radicalement changé. Sa place n’était plus la même. Elle gravissait un échelon sur lequel elle n’avait à priori même pas voulu poser son pied et avait fait la rencontre de ce qu’elle ne voulait pas, mais aussi de ce qu’elle ne maîtrisait absolument pas. Sa compréhension et ses structures selon lesquelles sont monde tournait habituellement étaient tombées les unes après les autres devant le visage de la malveillance la plus pure et cruelle dont pouvait faire preuve la nature. Après cela, comment faire pour vivre ? Avec quoi, quels outils, comment se réadapter à cette réalité qui ne ressemblait plus à rien et ne convenait plus aux structures d’usage ? Elle se réfugiait dans la politesse et les actes qu’il lui fut donné de comprendre et d’assimiler. L’affection qu’elle éprouvait pour Octave d’une certaine manière, les actes insensibles de Rogue à son égard, les éléments qui l’avaient empêchés de pouvoir communiquer… Mais tout cela n’était que le relief de ce qu’elle était parvenue à clairement saisir. Cassidy avait fait l’expérience de quelque chose qui avait balayé les axiomes de son système de connaissances. L’évènement était si redouté et inattendu qu’il ne parvenait pas à se faire assimiler par les confins de son appréhension et de l’interprétation de ce qui l’entourait, la laissait en morceaux. Maintenant que le traumatisme appartenait au passé… comme s’il pouvait véritablement appartenir au passé. L’on s’imagine que le passé est fixe et immobile, ce qu’il est effectivement en un sens, mais la raison qui fait que nous nous souvenons de notre vie avec une certaine clarté, c’est pour pouvoir utiliser l’information qu’il nous apporte afin de se préparer au futur. Et l’esprit de Cassidy n’allait pas la laisser en paix tant qu’elle ne parviendrait pas à accepter ce qui lui était arrivé. Il lui était arrivé quelque chose qu’elle refusait de saisir, ce qui l’empêchait pour le moment de se projeter vers un avenir où elle parviendrait ainsi à éviter une telle situation à nouveau. Et cela allait rester en elle aussi longtemps que la question ne serait pas résolue.

Le seul geste qu’Octave s’autorisa fut de retirer son manteau, le pliant sur le dossier de la chaise du bureau pour ne pas mettre d’eau sur les draps comme l’avait fait Cassidy. Qu’en faire maintenant ? Jouer son jeu et attendre qu’elle veuille bien parler d’elle-même ? Poser des questions gênantes et la forcer à la réponse ? Certains souligneront qu’elle avait déjà assez été punie et réprimée pour qu’il vienne y ajouter sa propre couche, mais visiblement trois jours solitaires passés à l’hôpital ne l’avaient pas fait suffisamment réfléchir. Manifestement, elle s’était plus emmurée que parvenue à entrer en tergiversations avec les parts de son être dont elle n’avait pas connaissance et ne voulait pas rencontrer. Cassidy avait retiré son bras de son cou comme si quelque chose l’avait brûlée. Il n’y avait que du dégoût derrière tout ça et une totale absence d’acceptation. Tout en elle se réduisait à cela, son monde se réduisait à cela, son esprit était confiné derrière les reliefs de ce tatouage qui assombrissait sa vie comme une éclipse totale et définitive. Autant lui-même avait vécu ce genre de situations, autant le travail nécessaire de remise à l’ordre, Octave l’avait fait tout seul et de sa propre initiative. Et comme il fut seul, cela ne l’avait pas empêché d’être intransigeant à son propre égard, aveugle à la souffrance que cela engendrait et à la difficulté que l’exercice présentait. Il s’était tiré par les cheveux, par la peau et les os jusqu’à complètement rationaliser et reconstruire les nouvelles perspectives qui l’avaient entourées sans qu’il n’y fût préparé. C’était de sa faute. Il avait maintes fois brisé l’équilibre précaire entre la stabilité de ce qui était tangible et pleinement compréhensible et l’exploration. Trop impétueux, trop assoiffé, il avait sondé dans l’imprudence et avait fini par découvrir non seulement des aspects de ce monde qui l’avaient bouleversé et ce de manière définitive et sans retour, mais surtout une malveillance, une cruauté et une faiblesse dont il ne se serait pas cru capable. Qu’en faire ? Se restructurer. S’améliorer. Combler le vide et assumer les lacunes que ses découvertes avaient créés en son esprit et sa conscience. Encore fallait-il comprendre ce qui réellement faisait défaut.

Elle n’avait pas eu la force de parler, mais maintenant que c’était le cas, elle avait néanmoins eu l’énergie d’inventer un mensonge, banale oui, bancal certainement, épuisant peut-être. La seule chose qui le sauvait de l’ironie montant dans sa gorge en une bile brûlante fut que derrière la pauvreté de ces clichés grossiers, il y avait encore un en elle un jardin, et des crépuscules, et la grille d’un palais -régions diaphanes et merveilleuses, dont l’accès lui était délibérément et formellement interdit, avec ses hardes polluées et ses convulsions misérables d’assurance outrecuidante. Je vais mieux. Ah oui ? Parce qu’il existe un état plus misérable dans lequel tu te trouves présentement ? Diantre, que la nature est pleine de surprises. Toujours prête à combler le spectre du possible et de l’impossible. Ne t’inquiète pas. Certainement pas, de quoi devrais-je d’ailleurs ? Tout me semble en ordre. J’étais juste… épuisée. Cela se voit ma chère, vous avez la même allure qu’après une longue balade dans une forêt. Excepté que les arbres sont en feu. Le sol est en feu. Et toi aussi, tu es en feu. Et que la forêt est en fait l’enfer. Peu importe. Oui. En effet. Qu’est-ce qu’on s’en fout puisque tu vas mieux de toute manière. Le passé est au passé et qu’on l’y laisse, c’est cela ? Tout est de la faute de Rogue. Vilain, vilain Rogue. Odieux personnage qui t’a hospitalisée. Vraiment, on n’a jamais vu plus grande cruauté et injustice en ce monde. Il a tenu à me faire hospitaliser alors que je ne supporte pas les hôpitaux. Tout s’explique. C’est de là que doit venir tout le malaise alors ? Il ne s’agit pas d’une sombre aventure avec Lulu, non, c’est une peur phobique des hôpitaux qui te met dans tout tes états. Sinon, à part ça, combien de couches vas-tu rajouter sur ton mur d’excuses fallacieuses ? Encore une peut-être ? Une dernière, de quoi renforcer l’édifice. Ne sait-on jamais, il pourrait ne pas tenir assez longtemps pour que tu puisses véritablement reprendre contenance comme tu le voudrais. Quoi que, avec un mur aussi mal construit, tu pourras essayer de mettre autant de couches que tu veux, ça ne le rendra pas plus résistant. Si le matériau est pourri, rien ne peut décemment tenir. Ton édifice est moche et caduc et tu es comme le petit cochon qui fait son tas de paille en espérant que cela le protégera du loup.

Tandis qu’Octave sombrait dans un sarcasme silencieux et salutaire, son visage s’était fait inexpressif. Non pas à la manière d’une statue qui tenterait de ne pas se faire dominer par ses émotions, chose que Cassidy illustrait très bien pour sa part, mais comme quelqu’un de patient et de scrupuleux. En fait, il semblait attendre quelque chose et seuls ses yeux brillaient d’un vert curieux, reflet d’une réflexion qui se menait derrière son regard aussi immobile qu’étrangement quiet. Lui non plus n’était pas en adéquation avec ce qu’on aurait pu attendre de sa part au vu de la situation, mais là était finalement le but. Il faisait mine de croire à son mensonge sans y rétorquer quoi que ce soit. En même temps, comme il ne disait rien, son silence pesait du poids de l’illusion qu’avait instauré Cassidy. Elle savait qu’il n’était pas dupe, mais lui faisait exprès de se présenter en plus crédule qu’il ne l’était. C’était ce qu’elle voulait, non ? Non. Bien sûr que non. Elle savait son mensonge risible et il aurait été plus logique de le souligner. Mais en bon joueur, et parce que c’était tout ce dont il était présentement capable, Octave se pliait gentiment aux règles imposées. Il le faisait un peu par sarcasme, parce que c’était une autre manière de faire emphase sur ce qui faisait défaut, rendant cette situation un peu plus absurde encore, poussant le non-sens aux confins du réalisme. Pour le moment, tout tenait en équilibre, mais il lui aurait suffi d’être un peu plus démonstratif pour que la tromperie s’effondre sur elle-même.

A nouveau, elle lui tournait le dos pour fuir. Que pouvait-il de toute manière attendre d’autre de sa part ? La méchanceté s’était calmée car il comprenait avec amertume que Cassidy ne lui faisait pas encore suffisamment confiance. Ou peut-être avait-elle simplement cru être capable de lui faire confiance. Mais les voilà confrontés à une réalité acerbe et elle faisait demi-tour. De toute manière, tôt ou tard, Octave allait apprendre les détails de cette histoire, de la bouche de quelqu’un d’autre ou de celle de sa sirène. L’espace d’un instant, mu par l’orgueil, il avait voulu être condescendant. Se vexant tel un enfant de la voir ainsi lui mentir alors que de si belles paroles avaient été prononcées quelques jours plus tôt. Tant de promesses et d’assurances réduites à néant, saccagées par une première épreuve horriblement tangible. Octave se souvenait de cette soirée révélatrice, où il s’était rassasié de Cassidy après des assauts fabuleux et insanes qui l’avaient laissé inerte et zébré d’azur durant les jours à venir. A chaque instant l’envie de l’enlacer avec un sanglot muet de tendresse humaine le prenait. Il la regardait maintenant et se remémorait le chatoiement de sa peau sous les rayons des bougies, le guillochis de ses cils noirs de suie, et ses yeux bleus et lumineux qui en cet instant étaient plus vides que jamais – l’image même d’une patiente hébétée par la drogue. Cette tendresse n’était presque plus, se crevassant et se changeant en honte et en désolation, car il avait beau l’avoir prise dans ses bras, elle s’était débattue et maintenant, elle lui parlait comme si leur nuit commune n’était plus. Le rapprochement mutuel s’était éteint, ne leur laissant plus que le plaisir du corps et de la caresse, mais gardant les esprits éloignés et étrangers. Octave, alors qu’il voyait Cassidy tourner la poignée de la porte en lui faisant dos, eut un spasme de remord. Il avait su dès le début quoi faire, mais son manque latent de confiance en ses propres qualités, aussi minimes furent-elles, le poussaient inlassablement à vouloir attaquer le premier pour ne pas avoir à se défendre. La poignée grinça lentement, douloureusement et étant pris par la certitude que la voir disparaitre derrière cette porte pour se laisser glisser un peu plus profondément dans le chaos et l’incertitude n’était pas ce qu’il voulait pour elle, Octave l’interpella :

« Je suis au courant. »

Qu’aurait-il gagné à la laisser mariner dans son coin, à attendre qu’elle murisse d’elle-même tandis que ses cauchemars se faisaient davantage hideux et épouvantables à force d’imagination nourrie par l’incertitude ? Il ne s’agissait pas d’un concours où chacun attendait de l’autre en silence des preuves d’attachement. La situation semblait si simple maintenant qu’Octave faillit avoir le réflexe de sourire, par nervosité probablement, mais se retint de justesse. Son visage, jadis apaisé d’une patience caustique, s’était tendu de gravité sans pour autant qu’il en paraisse sévère. Tranquillement, comme pour souligner son propos et tout ce que sa déclaration insinuait sur ce qui s’était passé, il alla récupérer la cape de Cassidy, qui avait alors eu le temps de laisser une trace humide sur les draps, pour la joindre à son manteau.

« Et ce n’est le fait que tu ais dégagé ton bras avec une violence exagérée qui m’a mis sur la voie. Je l’avais déjà déduit bien avant. Pendant ma conversation avec Rogue, en fait. »

Il eut le sentiment que c’était un détail important à souligner pour ne pas qu’elle s’imagine avoir fait un faux pas. Qu’elle ne cherche pas dans ses souvenirs un moment où le comportement d’Octave avait bien pu changer d’une manière ou d’une autre, témoignant d’une découverte qui pouvait tout changer. Non, il était demeuré fidèle tout du long, indépendamment de ce qu’il savait à son sujet. Etrangement, et comme à chaque fois que le mensonge était évident, il n’avait pas éprouvé le besoin de préciser la nature exacte de son savoir. A quoi bon ? C’était si indubitable. Il n’y avait qu’une seule chose dans cette situation qu’il pouvait déclarer savoir et qui était en mesure de changer la perspective. Octave prit appui en plein milieu de la chambre, juste en face de Cassidy, prenant toutefois soin à ce que quelques pas les séparent. Il la regarda longuement, la sondant un peu, mais surtout lui laissant le temps d’appréhender la métamorphose de ses croyances. Il finit même par baisser les yeux vers le sol pour qu’elle ait l’opportunité de ne pas avoir à faire semblant, de se forcer à produire le même spectacle jusqu’à ce que son esprit ne puisse complètement assimiler les évènements. A l’abri de son regard, il espérait lui laisser l’occasion de se laisser submerger. Avait-il besoin de préciser ce que cela voulait dire pour lui ? Bien évidemment. S’il y avait bien une chose qu’il avait apprise en ce qui concernait le manque de confiance, c’est qu’aucun mot n’était de trop. Aucune emphase n’était jamais assez forte. Les sous-entendus et les non-dits n’avaient aucune valeur là où l’imagination faisait déjà son possible pour rendre le paysage aussi noir que la nuit. Alors, sans relever les yeux, il précisa d’une voix claire, débordante de fatalité :

« Ca ne change rien pour moi. Ca m’est égal. Je sais que ce n’est pas le cas pour toi, et que tu ne me croiras peut-être pas tout de suite parce que les évènements ont tout bouleversé, mais je t’assure. Si tout semble être différent, je n’ai pas bougé. »

Octave avait conscience qu’en déclarant cela, il brisait l’illusion qu’elle avait construite de ses dernières forces pour ne pas altérer le petit pan du passé qu’il lui restait. Une manière d’exercer du pouvoir sur ce qui était demeuré réel et intouché par le malheur qu’elle avait vécu. De désespoir, et parce que c’était le seul repère qu’il lui restait, elle s’appuyait dessus avant que la vague ne la rattrape, elle et tout ce qui l’entourait. Fatalement, adviendrait un moment où tout le monde prendrait connaissance de ce qui s’était passé et de son nouveau statut, et alors tout cela allait devenir incontestable. Mais elle n’avait pas à préserver le passé parce qu’il était encore là, immuable quoi qu’il pût arriver. Néanmoins Octave ne pouvait pas la laisser nager dans cet hors-temps que Cassidy tentait de se créer. D’une part parce qu’il ne pouvait pas participer à la mascarade, et d’autre part, parce que cela n’allait en rien l’aider à accepter sa situation. Le réconfort ne consistait pas à se cacher, mais à trouver un élément de stabilité inaltérable au milieu du chaos, élément qui vaudrait autant dans le passé et le présent que dans l'avenir. Cassidy cherchait ce qui n’était plus, et pour cette raison, il fallait qu’elle se réveille. Il avait conscience que cela allait pousser la jeune femme à contre cœur dans ce qu’elle redoutait, et la prise de conscience, la vue de son illusion tombant en miettes n’allait certainement pas se faire dans la mesure. Du bout des lèvres, il répéta sans relever les yeux, n'offrant à sa sirène que le relief de son front et le châtin de ses cheveux humides et en désordre :

« Ca m’est égal. »

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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Mer 5 Avr 2017 - 22:14

Un main sur la poignée, elle fuyait. Elle voulait fuir. Alors pourquoi ses doigts semblaient-ils mettre un temps infini à venir presser l'anse de la porte de bois sombre ? De l'ébène, probablement. Fragiles, ces derniers avaient plié sous l'ordre impérieux de l'esprit de Cassidy qui ne demandait qu'à trouver un endroit pour se laisser aller. Une fois la porte franchie, quelque chose se produirait. Elle le savait, elle le voulait. Elle voulait se retrouver, bien que plus rien ne serait comme avant désormais. Qui était-elle ? Que voulait-elle ? Mourir ou survivre ? Exploser ou s'écrouler ? Franchir la porte. Il lui fallait franchir le seuil de cette pièce, disparaître aux yeux de celui qui comptait tant pour elle et face auquel elle se sentait honteuse de paraître faible. Imperceptiblement, ses doigts vinrent presser un peu plus la poignée mais le résultat - à part un grincement - ne fut guère significatif. La jeune femme fronça légèrement les sourcils. Quelque chose bloquait en elle. Quelque chose de profond. Une partie d'elle-même ne désirait pas se confiner dans cette pièce et subir ce qui s'y déroulerait une fois la porte refermée et bouclée. C'était pourtant ce qu'elle avait prévu. Ce qui était prévu depuis le début. Depuis que les doigts squelettiques du mage noir s'étaient refermés autour de son poignet. Depuis lors, plus personne n'avait touché son bras. Pestiférée, elle avait vu les regards écœurés et effrayés du personnel hospitalier se détourner de son corps qui lui était devenu si étranger en l'espace de quelques heures. Elle avait entendu leurs commentaires douteux et leurs remarques immondes prononcés par leurs voix rendues aiguës et crissantes par toute la méchanceté et la peur que cette chose noire leur inspirait. Ces dernières s'étaient incrustées en elle, venant la blesser et la torturer, elle qui de manière générale, avait pourtant l'habitude de laisser ce genre de chose lui glisser sur la peau. Ces regards, ces remarques l'avaient perforée, venant la heurter au plus profond d'elle même et réveiller l'angoisse infernale d'être condamnée à errer définitivement seule et haïe. Caricatural ? Peut-être bien, mais en attendant il s'agissait pourtant là de ce qu'elle ressentait. Elle avait alors su ce qu'elle serait amenée à faire. Incontestablement.

Il fallait qu'elle l'enlève. Peu importe que cela soit totalement irrationnel. Il fallait qu'elle parvienne à ôter ce... cette... chose. Retirer cette horreur de sa chair, la détruire, la scalper. L’annihiler. Cela était la raison pour laquelle sa baguette lui avait si cruellement manqué ces derniers jours et pour laquelle elle avait tant tenu à la récupérer. Il lui fallait franchir cette porte, bon sang. Le regard dans le vague, Cassidy fixa une nouvelle fois la porte qui lui faisait face, si proche et à la fois si lointaine. Si proche... Si lointaine. Que faire ? Qu'est-ce qui l'en empêchait maintenant que tous les éléments étaient réunis ? Elle était rentrée dans ses appartements et sa baguette se trouvait dorénavant entre ses mains. Plus rien ne l'empêchait d'agir.

« Je suis au courant. »

Clac. La poignée s'actionne enfin et la porte s'ouvre. Un pas, deux pas. Sans se retourner, elle entre et referme la porte derrière elle. Elle n'a pas voulu croiser son regard pour ne pas revenir en arrière. Ne pas penser. Silencieuse, l'apprentie contemple sa baguette d'un regard éteint, presque vide, avant de lever les yeux vers le plafond et d'agiter cette dernière dans les airs pour insonoriser la pièce. Voilà qui est mieux, au moins Octavius ne s'alarmera pas. Sortilège de verrouillage... Bien. Ceci fait, elle avance vers le lavabo blanc fissuré et pose sa baguette sur le rebord de ce dernier. La pièce est froide et humide. On devine aisément qu'elle n'a pas été utilisée pendant plusieurs jours. Toute odeur de gel douche et de shampoing a disparu. L'air est humide et glacial. Il n'y a aucun chauffage mais pourtant elle ne frissonne pas. L'instant est venu et elle est déterminée. Son regard turquoise croise celui de son reflet, ce qui ne fait que renforcer sa décision. Il faut s'en débarrasser. Plus rien ne compte. Plus rien n'a de valeur à ses yeux. Vite. Vite. Vivement, la jeune Mangemort remonte sa manche gauche et ne peut retenir un nouvel haut-le-cœur à la vue de cette chose ignoble incrustée dans ce qui autrefois était encore à elle : son corps, sa peau. Se saisissant de sa baguette, elle point cette dernière vers la Marque. Celle-ci trône sur son bras, dans sa chair. Diffindo, Destructum, Ectoplasmus... Un nombre impressionnant de sortilèges, et de maléfices - magie noire ou non - lui avaient traversé l'esprit durant ces deux derniers jours. Sorts anglais ou hindous, peu importait. L'un d'entre eux fonctionnerait forcément. Forcément. Du moins, c'était ce que Cassidy s'était bernée à croire dans un mouvement défensif inconscient. Il fallait que quelque chose fonctionne. Il le fallait à tout prix.

« Diffindo. »

Il est rare qu'elle prononce les formules mais celle-ci franchit le seuil de ses lèvres sans qu'un quelconque accent ne vienne entraver la prononciation. Un murmure vide et prononcé d'une voix atone. Le sortilège de découpe. Simple et basique. Durant ses études au Centre de formation, elle avait pour habitude de s'en servir afin de découper soigneusement certains ingrédients lorsque le temps pressait ou que l'unique petit couteau en argent mis à disposition pour trois élèves était déjà utilisé. La seule différence était que désormais, l'ingrédient à découper n'était pas un ingrédient ; il s'agissait de sa chair. Une première coupure apparaît sur sa peau pâle. Elle est superficielle et picote à peine. Le sang commence tout juste à perler. Ça ne suffira pas et l'étudiante en est parfaitement consciente alors, elle accentue le sortilège, poussant ce dernier à pénétrer plus profondément sa chair. Elle sent ses nerfs crier sous l'effet de la douleur tandis qu'elle s'enfonce de plus en plus profondément. La douleur vive fait monter l'adrénaline, l'aidant à poursuivre sa tâche. Vivre dans la douleur. La douleur venant rendre la vie, permettant d'éprouver le corps au travers de sensations censées être désagréables, mais vécues avec une telle intensité qu'elles finissent par devenir paradoxalement agréables. L'épiderme se déchire avec une facilité déconcertante et le sortilège entame le derme - couche intermédiaire de la peau. L'hypoderme quant à lui est encore sauf, mais ce n'est là qu'une question de temps. Elle inspire, fermant un instant les yeux. Ça y est, cette fois, le sang coule. Le liquide tiède s'écoule vraiment tandis qu'un sifflement de douleur s'échappe d'entre ses lèvres serrées. Son visage se crispe mais pourtant elle ne relâche pas le sort et poursuit au contraire son avancée sanglante, venant faire le contour de la Marque des Ténèbres. Les bords des plaies se rejoignent enfin. La découpe est accomplie. L'étape la plus difficile reste à faire : faire sauter la surface de peau contenant le tatouage. Inspirer. Expirer. La jeune femme ferme les yeux, tremblante. Des gouttes de sueur coulent le long de ses tempes et son cœur bat à la chamade. Allez Cassidy, fais-le. Et le bout de chair sanglant s'envole dans les airs. Cela ne lui a pas pris longtemps. La sorcière ne peut retenir un hurlement de douleur et lâche sa baguette, venant appliquer sa main droite sur la plaie ouverte d'où s'échappe un épais sang noirâtre. Réflexe instinctif. La douleur est telle que ses jambes se dérobent sous son poids et elle s'écroule sur le sol en serrant son bras mutilé contre sa poitrine. Sa tête manque de peu le rebord du lavabo, lui interdisant la mort qu'elle semble pourtant vouloir rejoindre. Ce n'est pas ton heure... Les larmes coulent le long de ses joues d'ivoire tandis qu'elle hoquette sous l'effet du mal qui la terrasse au sol, l'empêchant de se relever. Un spasme. Deux spasmes. Elle est pathétique et elle le sait mais la jeune femme n'en a strictement rien à faire. Il n'y a plus de place pour l'orgueil désormais. Les paupières fermées, elle s'efforce de retrouver une respiration calme, en vain. Un nouvel hurlement mêlant détresse et douleur s'échappe de sa gorge. Qu'a-t-elle fait ?

Combien de temps resta-t-elle ainsi ? Impossible à déterminer. Les paupières de l'apprentie potionniste finissent par papillonner et elle se relève lentement, vacillante. Vide. La douleur - si vive au début - a fini par anesthésier ses sens et Cassidy se sent véritablement comme sous l'emprise d'une drogue. Elle flotte dans les airs, s'évapore de son propre corps sans que rien ni personne ne la retienne. Est-elle libre ? Elle pourrait le croire mais son pragmatisme légendaire lui impose un brusque retour sur Terre. Son bras est en sang ; ce dernier coule le long de sa peau et se répand en petites gouttes sur le sol de la salle de bain, mais pourtant la Marque est toujours là. Le Sortilège a été inefficace, ne venant que déchirer la peau mais au final, l'immondice noire est gravée au plus profond de sa chair, au plus profond de l'hypoderme. Quand bien même elle serait parvenue à creuser jusqu'à l'os, le maléfice de magie noire employé par Voldemort était si puissant que lorsque la peau repousserait, la Marque réapparaîtrait à son tour. Plus pâle que la mort, Cassidy lève les sortilèges et actionne la poignée. Clac.

Un battement de cils et la Rowle revint brusquement à elle, le souffle court. Que s'était-il passé ? Le regard perdu, elle balaya rapidement la pièce du regard, tentant d'analyser la situation dans laquelle elle se trouvait. La porte d'ébène menant à la salle de bain était toujours fermée et ses doigts à elle toujours bloqués, paralysés dans cet entre-deux vertigineux. Elle n'avait rien fait, absolument rien fait. Elle n'avait pas bougé d'un pouce mais pourtant, en l'espace de quelques minutes, son esprit avait voyagé loin. Bien loin. Inspiration, expiration. Voilà où était le blocage. Voilà pourquoi elle ne pouvait pas franchir le seuil de cette porte. Parce qu'il était là désormais. Elle n'était plus seule comme auparavant. Elle n'était plus l'enfant condamnée au silence, ou l'adolescente assujettie qu'elle avait du se résigner à être afin de survivre. Non. Désormais elle était une jeune femme avec un droit à la parole. Une vraie parole, avec une personne de confiance pour l'accueillir et la soutenir. Silencieusement, elle se retourna pour faire face à celui qui venait la sauver une fois de plus. La sauver d'elle-même cette fois. La main crispée autour de sa baguette, elle était complètement perdue. Que faire maintenant ? Avait-il bien dit qu'il savait ? Le visage du bibliothécaire qui s'était relevé du lit pour aller déposer sa cape trempée auprès de son propre manteau, était devenu soudainement plus grave.

« Et ce n’est le fait que tu ais dégagé ton bras avec une violence exagérée qui m’a mis sur la voie. Je l’avais déjà déduit bien avant. Pendant ma conversation avec Rogue, en fait. »

Il savait. Il savait tout depuis le début. Sa baguette lui échappa des mains et tomba sur le sol. La chute lui sembla infinie, comme au ralenti. Il savait pour sa marque, il savait pour son nouveau statut. Cela n'avait désormais plus aucun sens de tenter de le lui cacher. Comment aurais-tu pu le lui cacher Cassidy ? Je... Aucune idée. Un soupir s'échappa des lèvres pâles de la jeune femme qui baissa la tête vers ses pieds nus. Elle se sentait vide et éprouvait des difficultés à penser. Tout s'était écroulé si vite. Plus rien. Elle n'avait plus rien.

« Tu sais déjà... »

Une chose de plus qu'on lui retirait, un choix de moins. Une fois de plus, elle se retrouvait devant le fait accompli. Oh bien entendu, l'étudiante aurait très probablement fini par avouer les récents événements à Octavius, ainsi que leurs conséquences, mais elle aurait aimé pouvoir avoir le choix du moment, du contexte et de la manière de le lui annoncer. Mais comme pour tout, avoir le choix ne semblait pas être quelque chose d' envisageable. Une perte de contrôle, une fois de plus. Cependant, elle n'explosa pas. Il avait désamorcé la bombe, empêchant toute explosion ou en tout cas, venant retarder celle-ci. Il savait. Merlin, il savait tout. Le bibliothécaire s'était arrêté au milieu de la chambre, à quelques mètres d'elle. Elle n'eut que quelques secondes afin de croiser ses prunelles de jade avant que ces dernières ne virent rejoindre le sol. Pour la première fois face à elle, il avait baissé les yeux. L'heure était grave et n'était plus à la gentille bataille qu'ils n'avaient jamais réellement lâché, ni l'un, ni l'autre. Des heures sombres les attendait et pour la première fois, il sembla à la jeune femme qu'il en prenait réellement conscience par ce simple geste. Ce dernier lui vrilla l'estomac, tout en agissant paradoxalement comme un baume apaisant. Du respect. Peut-être se trompait-elle mais elle voyait en ce simple mouvement une considération immense pour sa personne qui avait été déniée et mise à mal ces derniers jours.

« Ça ne change rien pour moi. Ça m’est égal. Je sais que ce n’est pas le cas pour toi, et que tu ne me croiras peut-être pas tout de suite parce que les évènements ont tout bouleversé, mais je t’assure. Si tout semble être différent, je n’ai pas bougé. »

« Ça ne change rien pour moi. » Il n'avait pas bougé. L'ancre était toujours là, interdisant au bateau de se laisser emporter par une mer sombre aux vagues déchaînées. L'ancre était forte et déterminée. D'une solidité à toute épreuve. Il l'acceptait. D'un seul coup, en l'espace de quelques minutes, la jeune femme repensa à tout ce qui s'était passé, tout ce qu'il avait dit depuis qu'il était venu la rechercher à l'hôpital... avec un angle de vue différent. Celui où elle savait qu'il avait agit ainsi alors qu'il était déjà au courant du changement qui la terrassait. Toute cette douceur, tous ces mots qu'il avait prononcé... Il l'avait fait en connaissance de cause.

« Tu n'as pas bougé... Merlin. Tu n'as pas bougé alors que tu savais. Tu es toujours là et tu n'as pas fui. »

Elle s'avança rapidement vers lui sans prendre la peine de ramasser sa baguette. Elle n'en avait plus besoin.

« Comment est-ce possible ? Comment peux-tu accepter ça ? Je... Je... »

Elle franchit les quelques mètres les séparant pour venir rejoindre le creux de ses bras. Fermant les paupières, le visage enfoui dans le tissu de sa chemise, elle inspira profondément, tentant de maîtriser les larmes qu'elle sentait naître sous ces dernières. N'avait-elle pas été assez faible ?

« Il était là. Il était là Octavius, le Seigneur des Ténèbres. J'ai failli mourir. J'ai vraiment cru que j'allais mourir. Il y avait Lestrange, et puis... son serpent gigantesque... - sa pensée se décousait tandis que les images lui revenaient par flashs - Greyback et... un Grapcorne. Il m'a blessée à l'épaule et ensuite... Je me suis vue mourir. J'avais peur. J'avais tellement peur que j'avais du mal à bouger. Il m'a posé des questions, et c'était ma punition pour ne pas avoir assez bien répondu. C'était l'Albanie tu sais. La forêt... C'était un test. Tout n'était qu'un test pour lui. Il fallait survivre, c'était la seule règle. Et... le duel... J'ai... J'ai utilisé le maléfice et... Et puis il m'a dit d'avancer et... »

Les mots moururent dans sa gorge. La décharge était amorcée.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Lun 10 Avr 2017 - 4:44

Il s’était forcé à ne pas relever les yeux, même en entendant du mouvement. Des froissements de vêtements, lui semblait-il ; le bruit de son collant qui frottait entre ses cuisses. Il l’avait fait pour des raisons on ne peut plus honorables, désirant lui laisser le temps de se reprendre, mais maintenant qu’il la sentait bouger, la dignité se muait doucement et inconsciemment vers un repli. Banalement, il repoussait l’échéance, redoutant ce que ses mots, et la manière choisie pour les prononcer, avait bien pu insuffler dans le tempérament de la jeune femme, qu’il savait désordonné. L’appréhension n’était pas tant nourrie par la crainte de se faire frapper pour une raison ou une autre, si aisément trouvée lorsqu’il fallait évacuer une colère, mais par les bouleversements que sa parole avait bien pu créer. Par faiblesse, il faillit regretter d’avoir pris les devants, d’avoir foncé dans le tas pour couper court à des longueurs qui ne lui plaisaient guère, pouvant s’avérer finalement nécessaires pour les blessures de Cassidy. Soudain il fut saisi par l’horreur qu’elle puisse s’éloigner davantage de lui que ce n’était déjà le cas. Se sentant brusquée, elle allait se renfermer sur elle-même, en coquillage suspicieux des vagues qui le balayaient avec férocité. Cachant son nacre chatoyant et son corps languissant et lymphatique. Cependant, comme c’était souvent le cas, aussi vite cette idée avait-elle eu le temps de transpercer douloureusement son esprit, qu’Octave la chassait d’un froncement de sourcils imperceptible. Il ne s’agissait pas de lui, ni de la distance qui les séparait, ni de la meilleure manière d’agir pour se protéger d’un torrent de haine et de reproches. Elle avait besoin d’aide, peut-être pas de la sienne, mais à défaut de quelqu’un de plus aguerri, Octave était là, tête poliment baissée et ruminant du noir en attendant qu’on lui balance quelque chose à la figure. Que se fussent des mots ou une arme. Si Cassidy devait exploser, autant qu’elle le fasse à cause de lui et devant lui, plutôt que face à un inconnu en plein milieu d’une salle bondée, n’étant plus capable de soutenir une agitation grandissante à force de ne point être nommée. A sa manière de se comporter, tel un animal sans cesse en quête d’un ennemi, biche égarée dans le noir et surprise par les phares d’une voiture perdue, il avait tout de suite compris que la jeune femme renfermait précautionneusement un secret. Secret dont les portes tendaient à rester indéfiniment closes, comme si rien ne s’était passé. A chaque fois qu’il sentait une créature se débattre désespérément derrière les barreaux d’une cage, à l’ombre des regards, Octave savait que c’était là qu’il fallait absolument faire lumière. Aveugler la bête furieuse qui n’en pouvait plus d’être ignorée. Finalement, peut-être fallait-il un peu de brusquerie pour forcer quelqu’un à ouvrir les dalles d’un tombeau que l’on préfèrerait enterrer et oublier par faiblesse.

Il y avait chez Octave toujours un instant d’abattement avant la détermination féroce. Comme s’il avait besoin de faire un pas en arrière, de prendre du recul pour considérer la situation dans son ensemble, avant d’être apte à convenablement se mettre de côté. Dernier soubresaut pathétique d’un égoïsme réfractaire. Maintenant, il attendait. Trop longtemps, ou pas assez, mais rien ne lui donnait une raison de relever la tête à part l’impatience. Et cela, il n’y avait plus le droit, pas après avoir pris les devants. C’était au tour de Cassidy de réagir, de faire quelque chose ou d’y rester hermétiquement close suffisamment pour qu’il en vienne à considérer une autre attaque, plus brutale encore. Qu’elle s’échoue au sol comme une fleur fanée ou qu’elle mette le feu à la pièce entière, peu lui importait, tant que cela lui permettait de prendre conscience de l’ampleur de la situation. Chose impossible si elle continuait à se renfermer dans un mutisme immobile. Etrangement, il fallait savoir faire preuve d’indifférence à l’égard de la souffrance pour lui permettre de guérir. Rester dur et sans considérations autant qu’il le fallait. Qu’elle crie et s’en étrangle, qu’elle en meure, qu’elle se blesse et explose, qu’elle gémisse ou se répande en injures irrévérencieuses, en flot de méchanceté et de haine. Il valait mieux qu’Octave soit l’allumette l’embrasant ; qu’il soit le spectateur de son bûcher plutôt qu’elle ne s’embrase dans la solitude sans quiconque pour contrer ses flammes. Que se passait-il dans sa tête ? Derrière ses grands yeux bleus, que la mémoire lui rappelait ternes et sensiblement grisés par la fatigue, ou d’autres sentiments plus graves encore. Quelles vies et destins se jouaient dans son esprit, inondant sa pensée de tortures insupportables ou de mensonges rassurants ? A quel moment, dans quel grondement assourdissant son mur allait-il enfin tomber pour la mettre face à la réalité ?  

« Tu n'as pas bougé... Merlin. Tu n'as pas bougé alors que tu savais. Tu es toujours là et tu n'as pas fui. Comment est-ce possible ? Comment peux-tu accepter ça ? Je... Je... »

Il avait serré les lèvres et fermé les yeux un instant avant de les rouvrir avec l’impétuosité d’ailes d’oiseau. Toujours la même question, posée en différents temps et lieux, mais poussant de racines profondément ancrées dans la pensée et le caractère de la jeune femme. Il croyait entendre la fuite des conséquences d’années passées à se mentir à soi-même, à arborer un comportement qui n’était pas véritablement le sien : la haine. Elle ne s’aimait pas. Elle ne pouvait pas. Comment, après tout, pouvait-on s’imaginer aimer ce qu’on savait être une imposture ? Octave avait inspiré l’air bruyamment, prêt à répliquer quelque chose, mais en réalité rien ne vint. Il se sentit soudain si triste pour elle, si débordant de peine pour la nymphe à la peau de lait et aux cheveux de miel. Elle ne voyait rien, continuant à souffrir et se tordre d’un mal qui était si profond qu’elle ne comprenait plus d’où il venait, ni de quelle manière s’en débarrasser. Comment pouvait-il donc rester de marbre ? Comment pouvait-il rester là en connaissant l’ignominie qui noircissait sa peau d’une ombre mauvaise ? Comment cela pouvait-il ne pas avoir d’importance ? Pourquoi continuait-il à éprouver de l’affection pour une créature corrompue jusqu’à la moelle… Octave savait qu’il y avait plus que cela. Qu’il y eût, derrière cette montagne insondable de glace et de neiges, un jardin passionné et passionnel, Eden de son âme et refuge de l’inconscient, où son cœur se noyait peut-être la nuit, guérissant ses sèches blessure pour pouvoir mieux repartir le lendemain. Un lieu sacré en son sein et gardé inconnu de la détentrice elle-même. Ses songes abritaient un palais rayonnant derrière l’horizon, que Cassidy ne pouvait voir une fois éveillée, n’étant en mesure de le visiter que dans l’inconscient profond. Son cœur savait que si la pragmatique réalité, le caractère sévère, mettait la main sur ce minuscule jardin séraphique, il allait le détruire dans la seconde. Avec rage et détermination, raser le palais enchanté avant d’avoir eu le temps d’y succomber, par crainte que cela fasse fondre un cœur de glace et une pensée de pierre. Elle n’avait pas encore eu le temps d’en prendre conscience, mais Octave l’avait vu, ce minuscule coin immaculé et brillant tel un soleil dans le fond de son regard éteint. Et d’autant plus s’accrochait-il à cet espoir qu’il connaissait trop le prix de chaque petit grain, chaque microscopique système planétaire escorté de sa vivante galaxie. Alors comment ? Non. Ce n’était pas la bonne question.

Mais avant qu’il n’ait pu trouver les mots exacts pour y répondre, sa Sirène était venue se réfugier contre lui. Un naufrage. Perdition ou retrouvailles au creux de ses bras. L’élan fut si désespéré qu’il parvint à réchauffer son cœur à lui, à l’apaiser dans un cocon de lumière duveteuse. C’était autre chose qu’il attendait, légitimement se disait-il, raison pour laquelle il s’était sensiblement durci pour subir l’assaut. Mais à la place de la violence prévue, ce fut une force brute de volupté qui vint le heurter tel une vague houleuse. Il en perdit pied, tant il s’était rigidifié, comme un bout de bois sec sur une plage. Féroce, trépignante, tremblante, Cassidy s’était fondue sur lui, en lui, pour y trouver le réconfort que les paroles avaient promis. Avant même qu’elle n’ait eu le temps de se coller parfaitement à lui, Octave avait enroulé ses bras autour de ses frêles épaules, posant une paume sur sa tête pour la garder proche de soi. Et avec cet enlacement, un flot jaillit dans son esprit, radieux de beauté, enserrant son cœur dans un soubresaut tendu par une nervosité qu’il avait reléguée au second plan. Pétrifié, sans souffle, se laissant envahir par un torrent frémissant et brûlant, Octave se nourrissait à s’en étouffer de cette douceur qu’elle lui offrait enfin de grâce. De cet élan de l’âme qui était uniquement dirigé vers lui, le gratifiant d’un réconfort auquel il n’avait pas espéré et qui l’épanouissait davantage encore, comme s’il fut une plante à l’ombre d’un grand arbre. Mais voilà qu’après tant de colère et de non-dits, de tendresses factuelles et sans véritable saveur, elle s’ouvrait à lui plus par le désespoir du geste que par la force des mots. Et cela avait plus de valeur que n’importe quelle caresse. A nouveau, comme avant, elle était sienne. Elle s’ouvrait à lui et le laissait pousser en son cœur comme une liane et enfin, après tant de jours, elle lui appartenait à nouveau. De corps et d’âme. Il pouvait toucher sa conscience de ses doigts, la brûler vive, l’étreindre jusqu’à la morte, la choyer jusqu’à l’extase. Elle était sienne. Et lui était encore plus à elle que jamais. Il se laissait noyer par ce jaune solaire, par cette tendresse renonciatrice, ce dévouement pour elle, cette affection passionnée qui embaumait sa pensée dans un nectar voluptueux…

« Cassidy, Cassidy… »

Il s’entendait murmurer ce prénom dans la pénombre de la chambre, à l’abri de ses cheveux dorés, et l’acoustique du temps lourdement coupolé chargeait son appel d’un tel poids d’angoisse et de passion et de douleur qu’il eût suffi, si elle avait été morte, à arracher d’un coup la fermeture de son linceul de marbre. Cassidy ! L’état dans lequel une seule étreinte de la part de sa Sirène pouvait le plonger l’effrayait doucement. A mesure que son attachement grandissait et que son esprit s’emplissait d’images et de pensées exaltées, il en était venu à se questionner sur la nature de tant d’émoi. Il n’en cherchait pas la raison, cela il le savait déjà, mais leur force lui inspirait une crainte silencieuse. Et puis, très vite, la réponse était venue de nulle part, telle une évidence tapie dans l’ombre en attendant qu’on mette la main dessus. C’était en regardant Cassidy partir un soir de la bibliothèque, alors que son sourire narquois habituel s’était discrètement mué en béatitude, qu’Octave comprit soudain. Fût-il question d’un sentiment semblable ou d’un air de déjà-vu, mais il s’était aperçu que depuis Jane, c’était la première fois qu’il éprouvait une adoration aussi forte pour quelqu’un. C’était une sensation qu’il n’aurait jamais voulu perdre. Et la retrouver, même sous cette forme encore embryonnaire et instable était merveilleux. Honnêtement, il n’aurait pas pensé un jour parvenir à nourrir une égale passion que celle partagée avec Jane. La porte avait claqué, et vu fut avec l’image de sa Sirène à l’esprit qu’Octave comprit que, non seulement la tendresse était différente et donc complètement nouvelle, mais qu’elle était également bien plus forte que celle qui demeurait dans ses souvenirs. Ou peut-être n’était-ce qu’une illusion, que les sentiments nouveaux ensevelissaient doucement ceux du passé. Au fond, ce n’était pas grave et peu importait. De toute manière, de soi-même, la douleur de la perte s’était estompée avec les douceurs de l’amour avec le temps, devenant de moins en moins poignants. Pas un instant ne s’était-il imaginé que parce que le goût était le même, il s’agissait de remplacer un amour révolu de force par un attachement naissant. Jane avait encore sa place quelque part dans les méandres les plus sacrées de sa mémoire, myriade de souvenirs choyés. Et aucune d’eux n’était effacé ou amoindri par Cassidy. Les choses étaient apparues avec une telle clarté saisissante qu’Octave ne put que s’abandonner davantage au cœur de celle qu’il aimait à présent. Celle qui gisait entre ses bras, au bord des larmes, âme à nue, saisie d’une extrême faiblesse et impuissance. Il la sentait trembler sous ses doigts, secouée de sanglots silencieux et invisibles.

« Il était là. Il était là Octavius, le Seigneur des Ténèbres. J'ai failli mourir. J'ai vraiment cru que j'allais mourir. Il y avait Lestrange, et puis... son serpent gigantesque... »

En l’entendant parler, il resserra son étreinte dans l’idée inconsciente de lui prêter l’appui dont elle avait besoin pour continuer son récit. Elle pouvait s’effondrer, se laisser aller, il avait assez de force pour la soutenir quoi qu’il advienne. Tout ce qu’elle lui disait, elle le revivait en souvenirs, raison pour laquelle la carrure d’Octave avait fini par se durcir, se redresser, au lieu de se courber sur sa Sirène comme une lyre. Il la tenait toujours entre ses bras, mais la tendresse se fit sèche, un peu rude, bombant son torse en bouclier et ses épaules en vallons détendus et robustes. Seule sa tête continuait à se pencher vers l’avant pour goûter de ses lèvres sèches la chaleur de ses cheveux de miel. Il ne voulait pas donner l’impression de souffrir avec elle, mais la sensation d’un tronc contre lequel on pouvait venir prendre appui parce qu’il était solide et profondément enraciné, aussi grand que puissant, n’inspirant qu’une confiance aveugle et une sérénité par son immobilité immuable. Ses bras étaient des branches solides sur lesquelles elle pouvait grimper pour atteindre le sommet, se sortir des ombres de la forêt dans laquelle elle se trouvait et s’épanouir à la lumière des cimes. Même sa respiration, faiblement saccadée, avait fini par devenir profonde comme un long sommeil. Un air grave habitait son visage, telle une ombre voilée qui inspirait non l’agitation, mais la quiétude protégée par un regard aussi vif qu’inébranlable. Doucement, alors que l’une des paumes féminines était venue épouser son poitrail, il laissa sa main rejoindre les doigts de sa nébuleuse Cassidy et les étreignit avec extrême douceur.

« Greyback et... un Grapcorne. Il m'a blessée à l'épaule et ensuite... Je me suis vue mourir. J'avais peur. J'avais tellement peur que j'avais du mal à bouger. Il m'a posé des questions, et c'était ma punition pour ne pas avoir assez bien répondu. C'était l'Albanie tu sais. La forêt... C'était un test. Tout n'était qu'un test pour lui. Il fallait survivre, c'était la seule règle. Et... le duel... J'ai... J'ai utilisé le maléfice et... Et puis il m'a dit d'avancer et... »

La seule raison pour laquelle il tressaillit faiblement fut l’idée de ce qu’elle avait dû ressentir en subissant les évènements. Une agression silencieuse et acceptée comme une bénédiction divine. Profanation horrible à laquelle elle avait dû consentir avec le sourire pour ne pas périr. C’était comme remercier son bourreau après un cruel châtiment. Toute contre lui, Cassidy s’était raidie, mince et menue, faible et anguleuse comme une pierre mal taillée. Plus elle parlait, plus elle semblait perdre en forces, mais gagner en détermination tant le débit se faisait désordonné et précipité, malgré la crainte raisonnant à chaque mot qu’elle prononçait. Elle était effrayée tout en sentant le besoin de revivre tout cela, mettre une parole et une idée sur l’histoire pour enfin la rendre concrète, tangible, réelle. Octave sentit l’os de sa mâchoire se tendre sous sa peau et l’articulation se raidir tant il serrait les dents. Le gracieux corps malade de sa rayonnante Sirène se courbait imperceptiblement, bondissant de sanglots restés coincés dans sa gorge, hoquets silencieux, soulevé par la peur et le chagrin, la servilité et l’impuissance. Il n’y avait que la parole qui l’empêchait de pleurer. Tel un élément instable et incapable de se contenir l’agitation de son angoisse, elle tremblait entre ces bras, qui essayaient de la contenir autant qu’ils le pouvaient. Il l’enserrant toujours un peu plus pour la réconforter, lui imposant son solide enlacement pour la protéger de dangers qui naissaient et mouraient à présent exclusivement dans ses souvenirs. Il était là, avec elle, et tout le danger était dans le passé. Ici, il n’y avait que des choses familières, consolatrices, et ces branches millénaires auxquelles s’accrocher pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer.

Octave avait dix ans et on était en hiver 1975. Il avait cette coupe de cheveux dite intemporelle qui l’avait suivie depuis aussi longtemps qu’il s’en souvenait, et allait persister jusqu’à la vingtaine. Une Slicked back, que sa mère adorait parce que cela donnait l’air rangé et autoritaire en même temps. Pour sa part, le garçon l’aimait parce que cela lui permettait d’avoir les cheveux longs et d’étaler une bonne dose de gomina dessus pour les faire luire comme s’ils étaient mouillés. A l’époque, il avait développé une obsession pour les tenues d’officiers allemands, alors ressembler à un soldat de la Wehrmacht ne pouvait pas le rendre plus heureux. Si, peut-être bien autre chose. Le Seigneur des Ténèbres. Depuis leur arrivée à ce rassemblement dont il ignorait la visée, Octave n’avait eu de cesse de sonder d’un regard vif les reliefs de la foule. Il voulait le voir, ne serait-ce qu’effleurer sa silhouette de ses yeux assoiffés et ardents. Sa mère lui avait promis qu’il serait là. Le Seigneur des Ténèbres, rien que le nom lui inspirait déjà une fébrilité trépignante. Il était un gamin solitaire, entouré d’amis parfaitement imaginaires. Il jouait avec les arbres. Son éducation et sa condition avaient fait qu’il nourrissait une fascination pour les pierres précieuses et les hommes de pouvoir. Autour de celui-là, des légendes virevoltaient, les une plus incroyables que les autres. Que dis-je, un homme. Un Dieu. Un Pur Esprit proverbial capable de miracles autant par la magie que par la parole. Bien entendu, tout cela était métaphorique. Comme l’avait très soigneusement souligné sa mère : c’était un homme, un homme de talent, mais un homme quand même, pour lequel il fallait éprouver autant d’admiration que de méfiance. Mais la curiosité naturelle du jeune garçon l’avait rendu nerveusement fébrile et il voulait enfin voir l’enveloppe charnelle de celui qui, disait-on, était capable de l’inimaginable. Il avait été capable de prodiges à l’école, son ascension sociale était miraculeuse et ses partisans de plus en plus nombreux. Cela se voyait-il ? Lorsque l’on était aussi talentueux, cela se lisait-il sur le visage ? Le secret de son succès était-il écrit dans ses yeux ? « Octavius, tiens-toi correctement » avait sifflé sa mère en lui serrant la nuque de ses doigts élancés. Mais Octavius ne l’entendais déjà plus. Il déglutit avec difficultés, la gorge nouée par une anxiété exaltée.

Un diable dans un corps de Narcisse. Même si sa beauté semblait quelque peu flétrie par un mal inconnu, Octave voyait l’ombre d’une splendeur subsistante. Le Lord avait une stature noble et droite, renvoyant à une grande force de caractère. Il se tenait avec une nonchalance toute étudiée, presque flegmatique, superbe au milieu d’un monde qui n’était pas légitimement le sien mais qui semblait lui appartenir de plein droit, tant il le dominait de son détachement. Les gens autour paraissaient diminuer, et Octave se sentit déborder de jalousie et d’admiration pour la carrure somme toute humaine d’un Lord dont le pouvoir dépassait l’entendement. Quelque part au fond de soi, il comprenait pourquoi personne ne lui résistait, ni la vie, et encore moins les gens. Ils essayaient tous d’avoir une contenance digne devant lui, tout en se recroquevillant sur leurs genoux pour ne surtout pas le dépasser par la taille. Ce qui donnait un spectacle étrange d’une foule au regard vaniteux, mais au visage terré. Et encore moins osaient le regarder dans les yeux. Pourtant lui, ce môme généralement si poli, dévisageait impétueusement les contours de ce visage dont il essayait de percer le mystère. Tout dans sa physionomie appelait à la soumission. Tout, de son nez romain plein de caractère, ses yeux perçants, rougeâtres, aux sourcils bas et arqués, sa bouche finement dessinée, toute de rigueur intransigeante, jusqu’à ses cheveux noirs de jais ramenés vers l’arrière avec désinvolture, aspirait l’exaltation. Un fétiche que seuls les grands hommes pouvaient imposer aux foules. Il semblait être fait de marbre et de fleurs, tant ce qui restait de son charme contrastait avec une noirceur jetant une ombre sur toute sa personne, comme un voile le séparant des autres. Une sévérité et intelligence accrue défigurait la beauté pure de ce visage par un savoir acquis au prix de grands sacrifices. Le Lord avait le regard lourd et l’allure pesante de ceux pour qui le chemin les menant à l’endroit où ils étaient présentement fut empli de sacrifices et de corruptions. C’était le visage de celui qui avait accepté et étreint sa propre part d’ombre pour en faire usage sur ce qui l’entourait. Il avait intégré sa propre malveillance et l’agressivité qui était en lui, semblant regarder le monde en le jugeant. Mais que pouvait-il bien y comprendre, le jeune Octavius ? Il n’y voyait qu’un rayonnement écrasant de force charismatique.


Octave cligna des yeux à plusieurs reprises pour s’extraire de ce souvenir qui, manifestement, contrastait complètement avec ce qu’avait vécu sa Sirène. La faute en était peut-être à l’inconscience de la jeunesse, l’admiration insensée pour un esprit malade qui vous subjuguait par sa force avant de consumer par sa vilénie si jamais vous vous approchiez de trop près. Mais à dire vrai, à mesure que le charme s’était dissipé, la fascination n’avait fait que grandir. Il avait entendu dire que le Lord avait vu son beau visage marqué par des malédictions au point de devenir inhumain. Octave était certains qu’il s’agissait du mythe de Dorian Gray et de son portrait. Que l’ignominie de ce qui fut commis, parce qu’il s’agissait de magie, avait fini par corrompre son âme et se marquer sur son visage comme une brûlure de l’enfer. Dans un coin de son esprit, Octave désirait voir encore une fois cet être transfiguré, métamorphosé par ce qu’il avait commis, pour constater la noirceur de son âme. Voir d’un seul œil l’esprit de ce grand sorcier à nu, comme griffée sur son faciès. Admirer quel était le prix d’une telle vie… Octave déglutit avec difficultés et chassa cette pensée. Sa main vint se perdre entre les boucles dorées de Cassidy, enserrant sa nuque avec douceur. Voilà une pensée qu’il ne pourrait peut-être bien jamais lui expliquer…

Et puis il m'a dit d'avancer et...

« Et tu as réussi, tu es en vie. Tu as réussi à te sauver de la mort. Tu as réussi Cassidy. C’était un test, et tu l’as passé. Tu t’étais préparée pour ce moment, et pas en vain. Tu as combattu ta peur et c’est elle qui t’as sauvée. Tu as fait ce qu’il fallait, j’en suis certain. » Dit-il d’une voix grave en lui caressant le cou du bout des doigts, frôlant à peine sa peau nacrée. « Donc, vous êtes allés en Albanie, dans une forêt, où tu as été attaquée par un Grapcorne ? Il y avait aussi Greyback et Lestrange ? Et Rogue, je suppose ? Tu as dû les combattre, c’est ça ? Les fuir ? Quel maléfice as-tu utilisé ? » Il se tut, se rendant compte qu’il posait trop de questions et reprit : « Attend. Reprends dès le début, quand tout cela a commencé. Comment t’y es-tu rendue ? Tu n’as pas été prévenue en avance, donc c’est arrivé par surprise, c’est cela ? Tu ne t’y attendais pas… » Octave souffla longuement, déposa ses lèvres sur les cheveux brûlants de Cassidy en un baiser bienveillant « Ma fleur indienne, tu as été très courageuse. Tu vois.. » ses doigts se lancèrent dans l’exploration tortueuse de sa lourde chevelure ensoleillée « …la question n’est pas de savoir comment je peux encore rester là, c’est comment pourrais-je fuir ? C’est qui est impossible, ce n’est pas que je reste en connaissance de cause, mais que je m’en aille. Comment, au nom de quoi pourrais-je t’abandonner ? Pourquoi ? Ce n’est qu’une marque, Cass, certes la conséquence d’un choix que tu as fait, mais ça ne change en rien qui tu es, toi. Je ne te laisserai jamais pour si peu. Voir le visage du danger que tu anticipais depuis si longtemps t'aidera à mieux l'affronter. Cela ne t'as pas rendue mauvaise, cela t'as rendue plus forte. Regarde-toi, tu n'es pas fière de ton sort, tu es effrayée que la marque puisse te corrompre. Tu commences à comprendre qui tu es. Et cela ne t'as pas transformée en quelqu'un qui pourrait me faire fuir. »

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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Lun 17 Avr 2017 - 23:35

Des secousses, des tremblements infernaux. Elle vibrait malgré elle, et ce n'était guère d'une énergie nouvelle, loin de là. La terreur qu'elle avait enfouie au plus profond d'elle-même pendant plus de deux jours faisait enfin surface. L'effroi qu'elle avait été dans l'obligation de contrôler afin de ne pas être tuée d'un négligent mouvement de baguette venait enfin se matérialiser. C'était comme si une lourde poussière grisâtre et néfaste s'envolait de son corps en même temps que les mots qu'elle prononçait. La décharge, enfin. La décharge violente et quasiment insoutenable, de toutes les horreurs vécues ces derniers jours. Les paupières closes, le visage crispé par les reviviscences qui se déchaînaient à l'intérieur de son être, les tremblements qui venaient secouer son corps la terrassaient et ce ne fut que grâce aux bras qui s'étaient solidement refermés autour d'elle qu'elle parvint à rester debout, s'agrippant aux vêtements du sorcier avec l'énergie du désespoir. Il était venu. Il était venu. Ils étaient là, réunis tous les deux et plus rien ni personne ne les séparerait. Jamais. Ne lui avait-on jamais appris à ne jamais dire jamais ? Fallait-il encore être superstitieux pour croire en ces mots, et Cassidy ne l'était pas et - aidée par sa nature pragmatique - se refusait à l'être. Tandis que les mots désordonnés franchissaient le seuil de ses lèvres rendues pâles par la fatigue et l'angoisse, permettant ainsi une première figuration de la pensée jusque là irreprésentable, les doigts fins de la sorcière se refermèrent encore plus fermement sur le tissu qui protégeait la peau de celui qu'elle aimait.

Celui qu'elle aimait. Oui. Comment pouvait-il en être autrement après tout ce qu'ils avaient traversé ? Lentement, l'idée encore inconsciente progressait vers le pré-conscient. Elle en avait déjà remarqué les prémices, n'y prêtant pas vraiment attention, ou plutôt, détournant volontairement l'attention sur quelle qu’autre pensée lorsque les signes se manifestaient un peu trop dangereusement à son goût. Mais aujourd'hui, lorsque les signes s'étaient manifestés bien plus fort qu'à l'accoutumée, avec une intensité peu commune, la jeune femme n'avait pas voulu s'en détourner comme elle avait eu l'habitude de le faire, farouchement. Cet infime progrès permettait enfin à la pensée de progresser vers la conscience. « Cassidy, Cassidy… », avait-il murmuré, le visage incliné vers sa chevelure blonde qui n'était à ses yeux qu'un moyen parmi tant d'autres de lui rappeler qu'elle était bel et bien une Rowle. Merlin, qu'est-ce qu' entre ses lèvres ce prénom se transformait. La mélodie semblait plus souple, l'enchaînement de sons plus harmonieux. Moins dur. Pour la première fois, entre ses lèvres carmin, son prénom sonnait autrement à ses oreilles. Une prosodie presque agréable à entendre à à écouter. Les doigts du bibliothécaire virent rejoindre les siens qui s'étaient accrochés au tissu recouvrant son buste qui s'était durci afin de lui donner cet appui solide comme le roc qu'elle recherchait. Sa paume tiède recouvrait tendrement ses phalanges rendues glacées par l'angoisse et Cassidy comprit en cet instant précis que rien ni personne n'aurait le pouvoir d'un jour venir la déloger de là. Cette place était la sienne, il lui avait fait la promesse. Les mots avaient été là, dans la chambre d'hôtel, et désormais les actes venaient compléter cette promesse qui avait été prononcée. En elle, un nouveau verrou sauta avec un bruit de ferraille. Elle l'aimait. Par Merlin, elle l'aimait. Peu importait qui il avait été. Peu importait ce qu'il avait fait. Elle l'aimait, lui qui n'était pas parfait et qu'elle ne désirait pas ainsi. Elle l'aimait, avec ses forces et ses défauts. Ses mains se pressèrent un un peu plus contre lui. Il n'avait jamais voulu la laisser partir ? Eh bien c'était son tour désormais. Pour l'éloigner de lui, il faudrait lui passer sur le corps, la réduire à néant. Quand bien même Andreas dont la haine serait nourrie par quelques soupçons, se décidait t'il à les éloigner d'une quelconque manière, jamais ô grand jamais il ne pourrait lui prendre le contrôle de son cœur. Jamais. Elle l'aimait plus que de raison au final, lui qui avait autrefois servi les Mangemorts. Cassidy déglutit avec difficulté et inspira profondément, chassant cette pensée avec laquelle elle ne parvenait pas à être totalement à l'aise. La main d' Octavius, comme si elle eut senti une nouvelle tension, vint se poser sur sa nuque tout en faisant s' hérisser le minuscule duvet translucide qui parsemait son épiderme.

« Et puis il m'a dit d'avancer et...  »

Les mots ne parvinrent pas à sortir de sa gorge et sa voix s'éteignit de nouveau.

« Et tu as réussi, tu es en vie. Tu as réussi à te sauver de la mort. Tu as réussi Cassidy. C’était un test, et tu l’as passé. Tu t’étais préparée pour ce moment, et pas en vain. Tu as combattu ta peur et c’est elle qui t’as sauvée. Tu as fait ce qu’il fallait, j’en suis certain. »

Ce n'était pas tout à fait vrai. Elle était effectivement en vie, mais elle était aussi morte. Elle avait perdu une nouvelle parcelle d'elle-même. Cette dernière lui avait été arrachée en Albanie, à la sortie de cette sombre forêt emplie de magie noire. Cette forêt qui avait elle aussi, manqué de la tuer. Elle ne s'était pas sauvée de la mort. Pas vraiment. En partie, peut-être. Elle avait effectivement tenu devant le Lord. Elle avait eu les bons réflexes pour ne pas mourir en un claquement de doigts. Elle était restée debout. Son entrainement intensif pour la manipulation était entré en jeu de manière totalement naturelle. Au final, elle s'était arrangée pour ne pas parler plus que nécessaire. C'était véritablement son comportement non verbal qui l'avait sauvée. Baisser les yeux. Se taire en un silence respectueux. Si Andreas lui avait bien servi à quelque chose, paradoxalement, elle s'en servait à son insu pour rester en vie. Toutefois, sa force avait aussi été sa faiblesse puisqu' à cause de sa volonté de ne pas de dévoiler, le Seigneur des Ténèbres l'avait soumise à cette épreuve dont Elyas n'avait été qu'un pion, une difficulté supplémentaire. Elle avait été responsable de sa vie, pour pouvoir sauver la sienne. Toutefois, si ce comportement lui avait permis de rester debout, la vie, elle la devait au professeur Rogue. C'était lui qui l'avait protégée en affirmant qu'elle pensait comme les Rowle, lui qui lui avait lancé ce sortilège lui permettant de récupérer des forces face à Bellatrix. Lui qui l'avait emmenée à l'hôpital. Sans lui, elle aurait probablement été tuée.

« Donc, vous êtes allés en Albanie, dans une forêt, où tu as été attaquée par un Grapcorne ? Il y avait aussi Greyback et Lestrange ? Et Rogue, je suppose ? Tu as dû les combattre, c’est ça ? Les fuir ? Quel maléfice as-tu utilisé ? »

Les souvenirs tourbillonnèrent de plus belle, l’entraînant malgré elle dans leur danse folle. Un paysage grisâtre lui revint d'abord en mémoire. Des grilles en fer forgé, une haute bâtisse, immense. La main de Rogue lui enserrant le poignet. Une condamnation à mort. Le route vers l’échafaud.

« Je... Oui, enfin non, d'abord ce n'était pas l'Albanie. Ce... Je ne sais pas où j'étais. Il y avait un grand manoir. Il pleuvait et il faisait sombre. Il... Je ne pense pas que nous étions encore en Ecosse, il faisait un peu moins froid qu'ici, le paysage était différent, plus vert mais... Et puis, oui Macnair, Lestrange et... Mais c'était après.. »

Bon dieu qu'elle était confuse. Sa pensée s'emmêlait, se déversant par des bribes dont le sens et la chronologie était incompréhensible. Entre les bras du sorcier, Cassidy se sentit vaciller, épuisée. Elle avait besoin d'être cadrée, contenue, sécurisée pour pouvoir lui expliquer les événements. Il fallait qu'il lui pose des questions précises afin de la guider, autrement, cela donnait ce résultat pathétique. Octavius du le sentir puisqu'il rectifia presque instantanément le tir, lui proposant de reprendre les choses par le début. Le commencement. Celui qu'elle n'avait en effet pas eu le loisir de voir venir, ni de s'y préparer comme elle aurait aimé.

« Attend. Reprends dès le début, quand tout cela a commencé. Comment t’y es-tu rendue ? Tu n’as pas été prévenue en avance, donc c’est arrivé par surprise, c’est cela ? Tu ne t’y attendais pas… »

La douceur de ses lèvres se déposant avec tendresse et bienveillance sur le sommet de son crâne vint l'aider à retrouver une respiration un peu plus apaisée. Boum, boum, boum... Peu à peu, alors qu'elle conservait les paupières fermées et les bras serrés autour de lui, l'apprentie potionniste souffla doucement, expirant toute l'angoisse qui l'habitait, et la détruisait à petit feu. Il fallait qu'elle s'en débarrasse tant cette dernière et son intensité, la rongeait, l'empêchant de retrouver pleinement ses esprits. C'était également à cause d'elle que sa pensée se destrcuturait ainsi. Perdait-elle la tête ? Peut-être était-elle réellement en train de décompenser et de sombrer dans une douce folie protectrice ? Dans un sens, qui serait celui qui pourrait bien le lui reprocher et lui en vouloir après tout ce que la vie lui avait pris, sans rien lui rendre, ni lui donner en contrepartie ? Enfin, cela n'était plus tout à fait vrai à présent. La vie l'avait mis sur son chemin, lui. Sans lui, comment aurait-elle donc réagit après avoir reçu la Marque finalement ? Elle s'était toujours préparée dans cette optique, mais au final, rien ; aucune préparation, aucun aménagement, n'aurait pu permettre d'anticiper ce qui s'était produit.

« C'est arrivé en début de matinée, le 3 Octobre. Je m'étais réveillée tôt parce que je devais apporter des potions à l'infirmerie. J'allais déjeuner à la Grande Salle, lorsque j'ai croisé le Directeur dans le couloir. Il m'a dit... Il m'a dit... - elle fronça les sourcils et ouvrit les yeux - de le retrouver dans le hall d'entrée et de ne pas être en retard. Au début, j'ai cru qu'il s'agissait là d'un rendez-vous pour un cours avancé de potions. »

Le lui avait-elle déjà dit ? Peu importait en l'état des choses, c'était loin d'être l'information avec de l'importance. Se concentrant, la jeune femme reprit son souffle.

« Mais ce n'était de tout évidence pas pour ça et je ne l'ai compris que trop tard, lorsque je l'ai vu revenir avec mon cousin. Là j'ai compris que quelque chose m'échappais. Il... Rogue nous a fait transplaner et on est arrivés devant cet immense manoir. Je savais que quelque chose de mauvais se tramait... Pour que Rogue nous y amène... Mais ce manoir n'appartenait pas aux Rowle, Octavius. Il nous a ensuite dit... Il nous a dit que...

Sa respiration se coupa et de nouveau ses paupières s'ouvrirent brusquement se figeant sur les petites fioles colorées sur l'étagère derrière Octavius. Elle ne pouvait tolérer de revivre ces images dans le noir sans craindre d'être de nouveau submergée par l'angoisse, c'est pourquoi ses paupières s'était ouvertes, permettant à ses iris tourmaline de se figer quelque part dans la chambre. Dans sa chambre. Elle n'était plus là-bas, non. Elle était ici maintenant, avec lui. Boum, boum, boum... Elle l'entendait battre entre eux, son cœur à lui. Inspirant profondément, Cassidy se concentra de manière à se laisser bercer et guider par ce rythme régulier et apaisant. Deux respirations... se rejoignant en une seule. Un souffle commun. Pour la première fois de sa vie, elle usait de la présence de quelqu'un d'autre, et mieux encore, de ses battements de cœur, afin de se canaliser, elle.

«... Il nous a dit que nous allions rencontrer le Seigneur des Ténèbres. Je... J'ai... C'est... C'est tout ce pourquoi j'avais toujours lutté Octavius. Si j'ai choisi de poursuivre mes études supérieures dans le domaine des potions, si j'ai choisi de rejoindre Poudlard cette année avant d'apprendre que l'école était tombée aux mains des Mangemorts... Tout était calculé pour éviter précisément cette situation. Mais... Mais Père m'a une fois de plus devancée. - elle se redressa entre ses bras, de manière à plonger son regard dans le sien - C'est lui Octavius, c'est lui qui m'a recommandée au Seigneur des Ténèbres, et je suis certaine que ce qui l'y a poussé, c'est cette soirée au restaurant. Je te l'avais dit. Je t' avais dit que d'une manière ou d'une autre, il nous le ferait payer. Et... malgré ça, je sais que ce n'est que le début. »

Elle ne voulait pas le perdre comme elle venait de perdre une partie d'elle-même.

« Octavius, je...
- Ma fleur indienne, tu as été très courageuse. Tu vois… la question n’est pas de savoir comment je peux encore rester là, c’est comment pourrais-je fuir ? C’est qui est impossible, ce n’est pas que je reste en connaissance de cause, mais que je m’en aille. Comment, au nom de quoi pourrais-je t’abandonner ? Pourquoi ? Ce n’est qu’une marque, Cass... »

« Cass ». Il l'avait appelée ainsi pour la première fois. Un simple surnom me direz-vous. Rien de bien transcendant ? Eh bien si, au contraire. L'on donnait des surnoms à deux catégories de personnes ; celles que l'on détestait, afin de se moquer d'elles, et les autres. Celles dont le prénom s'y prêtait et que l'on appréciait assez pour se permettre une nouvelle proximité. Une intimité profonde venant renforcer les liens existants déjà, et en créer de nouveaux.

« ... Ce n'est...
-... Certes la conséquence d’un choix que tu as fait, mais ça ne change en rien qui tu es, toi. Je ne te laisserai jamais pour si peu. Voir le visage du danger que tu anticipais depuis si longtemps t'aidera à mieux l'affronter. Cela ne t'as pas rendue mauvaise, cela t'as rendue plus forte. Regarde-toi, tu n'es pas fière de ton sort, tu es effrayée que la marque puisse te corrompre. Tu commences à comprendre qui tu es. Et cela ne t'as pas transformée en quelqu'un qui pourrait me faire fuir. »

Le vide. Le vide emplit son esprit, mais cette fois, ce néant avait quelque chose de fondamentalement différent par rapport à celui qu'elle avait l'habitude d'expérimenter. Était-ce bien du vide à bien y réfléchir ? Non, pas vraiment. Il s'agissait plutôt là de quelque chose de fondamentalement nouveau pour la jeune femme. Si nouveau qu'elle l'avait immédiatement associé au sentiment de vide qui lui arrivait d'éprouver fréquemment. Toutefois, ce n'était pas cela, mais plutôt de la quiétude. Il était apaisant. En quelques mots, habilement choisis, le bibliothécaire avait réussi à venir temporiser l'angoisse envahissante. Quelques phrases, des réponses simples, des questions rhétoriques.

« Je... Je ne sais pas quoi te répondre. »

C'était tout juste croyable mais c'était pourtant le cas. Elle était arrivée au bout de ses arguments et ne trouvait plus à répondre devant tant de sincérité.

« Je ne veux pas te quitter. Je ne veux plus être loin de toi. Tu sais, je n'ai jamais réellement été effrayée à l'idée de mourir. C'est une éventualité tellement ancienne pour moi... Un faux pas, et voilà. Mais maintenant... quelque chose a changé - elle porta sa main gauche à la joue du sorcier qu'elle caressa avec tendresse, son pouce venant tracer de légers cercles sur son passage - ... Maintenant j'ai peur de mourir parce que nous serions séparés. Je te veux toi, Octavius. Tu as été le premier et le seul auquel j'ai pensé à l'hôpital. Je suis désolée de t'avoir fait souffrir pendant ces quelques jours où je n'ai pas pu te donner de nouvelles. J'aurais du te laisser un mot avant de partir avec le Directeur mais j'étais loin d'imaginer la tournure qu'allait prendre cette journée. »

Comment aurait-elle pu ? Elle inspira profondément.

« Je n'ai aucun mérite à être encore en vie. Aucun, à part avoir su baisser les yeux et ne parler que lorsqu'il s'est adressé à moi. Et encore, lorsque j'ai parlé, j'ai failli tout faire foirer. Le Seigneur des Ténèbres m'a interrogé sur mes capacités, mon expérience et... bon tu me connais, j'ai... Comme sa question était très vague, j'ai donc pris le risque de lui présenter une sorte de curriculum vitae basique. Je n'allais certainement pas me dévoiler, et cette description scolaire ne lui a pas plu. - elle repoussa une petite mèche de cheveux en arrière tandis qu'elle sentait son cœur s'accélérer de nouveau dans sa poitrine - Il a fait venir Walden Macnair, tu sais, l'ami de longue date de Lucius Malefoy. Je le connaissais déjà, il travaille pour le Ministère en tant que bourreau de créatures dangereuses. Macnair et... Bellatrix Lestrange, une tarée de première. Il m'a mise à l'épreuve en nous amenant mon cousin et moi en Albanie. Elyas avait été blessé parce qu'il s'était montré orgueilleux. Le but était de sortir de cette forêt dans laquelle Fenrir Greyback avait été lâché sur nos traces. Ni Elyas, ni moi ne devions mourir. Bien entendu, Greyback nous a vite retrouvés et... il... il m'a blessée à l'épaule gauche. »

S'écartant un peu d'Octavius, la sorcière dénuda légèrement son épaule gauche en abaissant l'encolure de la robe qu'elle portait. L'esquisse d'un large bandage blanc apparu sous ses yeux. Contemplant ce dernier d'un regard terne, elle poursuivit.

« Cette séquelle n'est pas tout à fait due à son sortilège en réalité. - elle laissa le vêtement reprendre sa place initiale - La blessure initiale a été aggravée suite au maléfice de magie noire que j'ai employé pour le mettre hors d'état de nuire. J'ai du maintenir le sortilège assez longtemps, pendant qu' Elyas se débarrassait d'un Grapcorne. »

Se mordillant nerveusement la lèvre inférieure, les souvenirs se déployant dans son esprit à la manière d'un film sans fin, Cassidy se força à poursuivre. Il fallait qu'elle aille jusqu'au bout. Qu'elle puisse déverser le tout d'une seule traite. Les vannes étaient ouvertes, elle ne devait pas encore les refermer.

« On est parvenus à sortir de la forêt, seulement... Dès que l'on en est sortis, Bellatrix nous est tombée dessus. Je n'avais clairement plus assez de forces pour tenir un duel entier face à elle. J'avais donné la Solution de Force à Elyas dans la forêt pour qu'il puisse tenir avec sa jambe déchiquetée par le serpent du Seigneur des Ténèbres. Plusieurs de ses sorts m'ont frôlée, et l'un d'entre eux est venu me percuter à l'épaule gauche. Après... Je ne sais pas bien ce qu'il s'est passé. Je... Je ne suis pas entièrement sûre mais... - elle fronça les sourcils - ... Non, ce n'est pas possible... »

Se détournant du sorcier, la Rowle entreprit de faire les cent pas dans la pièce. Que s'était-il réellement passé ? Peut-être avait-elle glissé au sol à cause de l'herbe mouillée ? Après tout, elle avait été pieds nus...

« J'ai eu l'impression qu'un sort informulé m'a fait glisser au sol pour que j'évite un maléfice lancé par Bellatrix, mais je ne suis pas sûre. Tout s'est passé si vite pendant le duel... Mais j'ai vraiment eu la sensation que quelqu'un prenait le contrôle de mon corps, que ça ne dépendait pas de moi. Et puis ensuite... Ensuite je me suis sentie beaucoup mieux. Comme si j'avais récupéré une partie de mon énergie, brutalement. J'ai pu continuer le combat et... J'ai... J'ai employé un autre maléfice de magie noire hindou. Il a frôlé Bellatrix et ensuite, le Lord nous a séparé. »

La partie la plus difficile restait à aborder. Déglutissant, la jeune femme s'immobilisa au beau milieu de la pièce, le regard vide fixé sur son bureau.

« Il m'a fait signe d'approcher. Il a pris mon poignet et... il a jeté le maléfice. »

Le malaise l'envahit de nouveau. Des papillons noirs commencèrent à apparaître devant ses iris vert d'eau, signe annonçant la faiblesse croissante. Prononcer ces derniers mots lui donna le tournis et Cassidy plia les jambes afin de s'asseoir rapidement à même le sol, les jambes recroquevillées sur le côté. Ses mains vinrent rejoindre le sol devant elle et sa tête, alourdie, ploya sous le poids de tout ce qui se mouvait en elle.

« Il faut que tu comprennes... Sans toi, je n'aurais jamais eu la force de tenir et de surmonter tout ça. C'est... Je m'y étais préparée depuis toujours, je pensais orgueilleusement pouvoir dépasser cette marque et ses effets mais en réalité, c'est impossible. Si tu n'étais pas là, je ne sais pas comment je ferais actuellement... Je... C'est grâce à toi que j'ai pu tenir à l'hôpital. C'est toi qui me donne la force de continuer d'avancer. Je... - sa voix s'abaissa - Je crois que... Je crois que... je t'aime. »

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Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Mer 19 Avr 2017 - 17:51

Il aurait dû se sentir horriblement mal, s’accabler avec toute la force de son caractère, s’obligeant à négliger les émois doucereux que sa vue lui inspirait. Alors qu’il s’était durci, elle avait fini par s’abandonner à la force offerte, s’accrochant davantage aux plis de ses vêtements, se tenant debout presque à la seule puissance du bras qui enlaçait sa taille en liane amourachée et impétueuse. Dans son malheur, ses tremblements convulsifs, ses sursauts involontaires et sanglots étouffés, elle était belle. Le sel aux cils, sillons à peine visibles de larmes, dont le reflet dansait en myriades d’étoiles célestes, traçant sa joue et imprégnant sa paupières inférieure d’un tendre renflement, elle succombait délicatement. Octave la sentait faiblir contre son poitrail et cela lui inspirait un ravissement coupable. Ravissement à cause de cette peau défendue si blanche, si voluptueuse, pâlie par des jours d’angoisse et ombres de monstrueuses inquiétudes. A cause de ses cheveux, se répandant en rivière de miel entre des astres aux reflets dorés, de ses jambes fuselées et interminables, jolis pinceaux tout en courbes et longueurs laiteuses. A cause de ses mouvements saccadés, qui courbaient son dos en lyre exquise et fléchissant d’un poids insoutenable, cambrure languide contre laquelle son bras frémissant venait se creuser un nid confortable. A cause de son odeur de lys et de cannelle, diluée par quelques agressives effluves de péripéties jadis empruntées, qui semblaient recouvrir presque entièrement la senteur naturelle de sa peau diaphane, tel un sinistre sépulcre scellant l’avènement de choses nouvelles. Mais lorsqu’il enfouissait son nez entre les mèches ensoleillées, il la sentait elle, l’aura de sa chaleur suave et lourde comme une songerie dans un jardin sauvage en plein milieu de l’été, lorsque toutes les fleurs ouvertes tanguaient sous une brise légère. A cause de son regard d’azur aussi profond que vertigineux, intelligent, tavelé d’une poussière d’argent qui dansait au sein de ses rayons colorés comme milles paillettes. Il avait depuis longtemps découvert que là se trouvait le chemin sinueux vers son âme, et c’était peut-être elle qui miroitait dans les abysses du noir profond de ses prunelles, unique lumière spectrale dans cette allure rigide. A cause de son agreste nudité sous des robes toujours proches du corps, ne dévoilant que ce qui n’avait pas à se soustraire à l’imagination. Et derrière tout cela, la culpabilité, jurant lamentablement sur son lit de désespérances et incapable d’empêcher ses sens de se braquer sur l’image qu’il avait d’elle et qui était engloutie par ses yeux avides.

C’était la possession qui lui faisait apprécier ce spectacle mélancolique et d’une beauté saisissante. Elle continuait à tressaillir en voile de soie malmené par la tempête, gracieuse même dans sa peine, vibrante d’émotion et il se délectait inconsciemment du souffle saccadé qui buttait contre son torse, et de tous ces détails et ces faiblesses séduisantes qui l’avaient poussée à s’effondrer contre lui, à s’appuyer sur ses bras et à sangloter contre son cœur. Il aimait à la voir comme cela. Non pas faible, ni abattue comme une fleur foulée par méchanceté à ses pieds raidis, mais sienne. Elle se reposait sur lui et il ne pouvait en demander davantage, ce pourquoi son malheur lui semblait si tragiquement poétique. Il n’était pas le premier appui contre lequel elle s’était échouée de fatigue, non, il était le seul arbre sous lequel elle avait osé s’abriter. Empli d’un orgueil sensible et inconscient, Octave la serrait contre lui pour mieux sentir comme elle s’abîmait à l’ombre de son corps et s’épanchait à son oreille. Elle s’adonnait à lui et pourtant, c’était lui qui se sentait complètement possédé. Et plus elle parlait, plus elle fléchissait des genoux et courbait son joli dos, brandissait sa tête à la lourde crinière, plus il s’oubliait dans ce spectacle empli d’une splendeur subtile, délicate, succombant aux charmes qu’elle avait sur lui. Elle était belle comme la vie, parce que les joies et les malheurs qu’elle lui offrait étaient sincères ; et parce qu’ils étaient rares, ils étaient merveilleux. Timidement vaniteux, Octave se sentait en silencieux spectateur à qui la nature offrait l’un de ses plus gracieux cadeau. Cassidy, infranchissable monument d’intransigeance, se ployait là dans le creux de son étreinte en efflorescence que lui seul avait le droit d’entrevoir. Enfin, c’était ce qu’il se dit sur le moment, s’étant si longuement battu pour qu’elle lui fasse ne serait-ce qu’un peu confiance. Il avait le sentiment qu’elle s’épanouissait enfin imperceptiblement, hésitant encore à s’abandonner en une éclosion généreuse d’abondance luxuriante. Maintenant, Octave le savait. Encore un peu et elle allait s’ouvrir, et leurs vies s’étreindraient étroitement dans les ténèbres pour pousser d’une destinée unique, s’enlaçant jusqu’à ne faire plus qu’un et tendre simultanément vers le soleil. Il l’adorait si horriblement.

« C'est arrivé en début de matinée, le 3 Octobre. Je m'étais réveillée tôt parce que je devais apporter des potions à l'infirmerie. J'allais déjeuner à la Grande Salle, lorsque j'ai croisé le Directeur dans le couloir. Il m'a dit... Il m'a dit... »

Octave l’écouta consciencieusement, sourcils légèrement froncés par la tension que cela provoquait en lui. A dire vrai, il ne craignait pas tant le contenu du récit que la délivrance ou, au contraire, l’infamie qu’il pouvait provoquer dans le cœur de sa Sirène. Bien souvent, le récit était soit libérateur, soit il ramenait des souvenirs ignorés et alors la blessure se rouvrait, large et creuse, saignant comme si elle fut faite pour la première fois. Mais Cassidy parlait vite, plongée dans les méandres de ses remembrances avec plus de détermination que de crainte. L’histoire l’emportait plutôt que de l’engloutir, et chercher des mots concernant son vécu semblait remettre ses idées en place. Ou en tout cas, l’exercice la faisait réfléchir. L’esprit d’Octave cherchait de son côté les appuis et interprétations qu’il y avait à faire tout au long de cette funeste entrevue. Peut-être avait-il ressenti une rancune envers le directeur, mais elle fut brève puisque vaine. Il savait parfaitement dans quel monde ils évoluaient et garder rigueur envers des actes de personnes qui se comportaient finalement exactement de la manière dont ils étaient censés se comporter n’avait strictement aucun sens. L’évocation des cours avancés de potions fit une vague dans la suite de ses idées, venant s’ajouter à ses propres hypothèses comme une confirmation de ce qu’il avait supposé. Cassidy était spéciale, et pas que pour lui. D’une manière moindre, bien entendu, mais la fente s’était ouverte et son évolution n’était qu’une question de volonté et de désirs.

Enfin, Octave reconnaissait à demi-mot que la situation n’avait rien d’étonnant. Il aurait fait pareil. Lorsque la question était véritablement importante, se perdre en cérémonies et cartons d’invitation n’avait aucun intérêt. La surprise vous démunissait bien souvent de vos moyens les plus rudimentaires et si la condition de Cassidy avait finalement payé, elle n’avait pas échappé à une cruelle désillusion sur l’étendue de ses capacités. Pour s’améliorer et devenir plus fort, il fallait affronter ses craintes et tourments. Le Seigneur des Ténèbres, Cassidy ne l’avait rencontré que pour la première fois, et tous les entrainements entretenus étaient tombés comme de la poussière face à l’inconnu, face à la grandiose étendue de ce dont on n’avait aucune idée. Lui aussi, fut un temps, s’était imaginé tant de choses sur ce qu’il n’avait pas encore vécu, et la vie lui avait systématiquement fait plier genoux, le mettant à terre. La théorie ne valait rien une fois transformée en pratique quand on n’avait aucune idée de ce dont on parlait. Cassidy, émue par son récit, finit même par se redresser pour le regarder franchement dans les yeux et la lueur d’inquiétude qui y demeurait le troubla plus qu’il ne l’aurait voulu. On aurait dit un animal surpris en pleine nuit par les feux d’une voiture.

« C'est lui Octavius, c'est lui qui m'a recommandée au Seigneur des Ténèbres, et je suis certaine que ce qui l'y a poussé, c'est cette soirée au restaurant. Je te l'avais dit. Je t'avais dit que d'une manière ou d'une autre, il nous le ferait payer. Et... malgré ça, je sais que ce n'est que le début. »

Cette fois, la culpabilité qui le saisit n’avait rien de diffus ni de confusément agréable. Elle l’empoigna avec fulgurance, remontant jusqu’à son visage comme un mal de tête fiévreux, paralysant soudain sa pensée tant il en fut tétanisé d’effroi. Un silence confit se fit dans son esprit, engluant de mélasse aigre la responsabilité qu’il sentit retomber sur ses épaules en rocher de Sisyphe. Tout devint moite, le temps se figea dans un air suintant et lourd. Pourquoi maintenant ? Il en avait toujours été conscient pourtant, ce n’était pas là une découverte incongrue ou un chemin qu’il n’avait pas exploré au préalable pour s’assurer qu’il était apte à en endosser les conséquences. Si la première confrontation avait eu lieu dans des circonstances plus isolées, Octave aurait très certainement mené la barque d’une toute autre manière, mais le rôle qu’on lui avait spontanément prêté dût être tenu pour ne pas entrer dans la confusion. Une fois Manu lancé, il fut impossible de nier les propos avancés et il n’y avait plus qu’à maintenir le degré de vérité à un niveau acceptable pour la tablée en faisant le moins de dégâts possibles. Au final, par rapport à ce qu’il aurait pu faire, le résultat fut relativement satisfaisant. Mais Octave savait que si la situation avait été entre ses mains seules, il aurait été capable de faire bien mieux que ce débâcle conclu à la hâte. Toutefois, on ne refaisait pas un monde avec des suppositions et les conséquences étaient là. A un moment, la tempête allait se faire, Andréas allait sévir… le voilà d’ailleurs qui condamnait déjà une vie pour se venger sur une autre. Ce n’était pas lui qui le tétanisait présentement, ni l’étendue de ce qu’il pouvait faire ou leur infliger. Non, ces mots-là raisonnaient dans sa tête depuis longtemps comme une prophétie dont il fallait attendre les premiers signes d’accomplissement. Mais ces mots étaient posés sur l’orée de lèvres en dégradé de rouge, comme des gouttes de sang coulant sur sa conscience qui n’extériorisait jamais rien et qui gardait tout pour soi, n’étendant le réel palpable de ses constatations qu’à la lisière de son propre monde silencieux. Cassidy l’avait dit et il fut pris d’une horrible secousse de résipiscence, tremblement imperceptible de sa lucidité blessée parce que ce n’était personne d’autre que sa Sirène qui lui renvoyait ce présage en attaque inconsciente. Les mots sonnaient non pas comme un constat de faits, mais comme un reproche de quelque chose dont ils étaient tous deux foncièrement et intrinsèquement coupables. Tout était de leur faute. Tout était de la sienne. Elle ne le disait pas, mais ce fut ce qu’il lut entre les lignes. Ce n’était peut-être pas ce qu’elle insinuait d’ailleurs, mais c’était ce qu’il ressentit. Comme si cela allait changer quelque chose… Doucement, il murmura :

« Je ne peux pas me résoudre à regretter de te voir prendre cette voie Cassidy, parce que je pense sincèrement... j'espère que ce chemin là te rendra heureuse. Mais je me sens horriblement désolé de cette situation. J'en suis le seul coupable. Elle aurait pu être meilleure si seulement les circonstances, sur lesquelles je n'ai finalement pas pu avoir prise, avaient été autres. Je suis désolé de te mettre dans cet embarras. Presque suffisamment navré et effrayé pour toi au point de te laisser revenir sur tes pas si tu le souhaites. Je ne voudrais pas que tu souffres quelques chose pour ce dont tu n'es pas prête et qui en définitive, risquerait de te faire plus de mal que de bien. Je suis désolé, ma responsabilité est affreuse et ton courage immense jusqu'à maintenant, à l'image de ma lâcheté, alors que tu es obligée d'affronter ce que j'ai créé. Tout est de ma faute et c'est à toi que ton père le fera payer en première... Je suis désolé. Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que je dois faire ? »

Il ne savait plus comment exactement, mais il était parvenu à s’extirper de cette catatonie de raison, pour bredouiller quelques douceurs. La culpabilité plus que le reste l’avaient rendu tendre, comme s’il se devait maintenant de réparer les torts infligés par sa faute à quelqu’un d’autre que lui. C’était de son devoir de la remettre sur pieds pour que l’avenir ne lui fasse pas peur parce qu’il serait toujours là… Il aurait beaucoup voulu lui déclarer cela, mais c’était manifestement impossible et il n’était pas de ceux qui proféraient des palabres dans le vide juste pour la beauté de l’instant. Il était incapable de la protéger de ce que lui réservait l’avenir. Ou s’il la sauvait d’un malheur, ce serait pour la plonger dans un autre. Véritablement, il ne pouvait que venir guérir ses blessures aussi consciencieusement que possible. C’était un fait d’impuissance qui, sortant de la bouche de sa Sirène, n’avait fait que se décupler prodigieusement. Il le savait cela, pourtant, il le savait…

« Je... Je ne sais pas quoi te répondre. »

Octave en avait soulevé un sourcil suspicieux. Il n’y avait pas grand-chose à répondre de toute manière, à part si elle avait quelque chose à revendiquer, mais le silence lui aurait très bien convenu, s’il fut réconfortant. Au lieu de cela, elle le regardait de ses grands yeux agiles aux cils en pattes d’araignées, toujours inquiète et même un peu hébétée. Il s’acharna à lui rendre son regard, un peu sévère encore, mais déjà un sourire bienveillant pointait à l’orée de ses lèvres. Dis-moi que ça va mieux, c’est tout ce qu’il me faut, se dit-il. Enfin, il semblait finalement qu’elle avait plus à en dire que ce qui fut déclaré, car bien vite, le fleuve reprit son cours, dans une direction d’ailleurs qu’il n’aurait pas soupçonnée être prise aussi promptement et avec autant de sincérité désarmante. Ainsi, bien vite, la volubilité du flot, d’emblée hésitant quant aux thermes et au rythme, ce qui pouvait aisément se comprendre, mais déterminé, prit une signification beaucoup trop considérable à son oreille pour qu’Octave soit en mesure de l’écouter avec le stoïcisme dont il faisait preuve jusqu’à maintenant. Ce n’était pas ce à quoi il s’était attendu. La tirade le prit au dépourvu suffisamment pour figer son visage, et si par moment il ne clignait pas des yeux, on aurait pu croire à une photographie moldue, prise sans l’accord de son modèle. Le monologue qui lui était entièrement dédié continuait et lui ne pouvait que rester suspendu sur elle, le regard fixe et impénétrable, sur le point de se faire timoré sans jamais vraiment franchir cette barrière. Il éprouvait encore tant de mal à croire en cela. Ces mots tendres et caressants qui sortaient de la bouche d’une femme qui l’avait si durement et longuement malmené. Il ne s’en plaignait pas, mais il l’avait davantage connue en fluide glacé tentant de geler son propre cœur et ses pensées que délicate et si honnêtement sensible. Il ne s’était pas imaginé un instant qu’elle fut prête. Il avait simplement souhaité qu’elle lui fasse confiance, qu’elle s’ouvre à lui sur ce qui lui aspirait la peur et le désarroi. Mais le flot discontinu de sa pensée avait manifestement ouvert la voie à quelques chemins sinueux vers des endroits inexplorés de son âme, secoués d’émois bien plus vertigineux que ce qu’il avait supposé. Non, ce n’était pas tout à fait vrai, il savait que son esprit n’était pas une multitude de lambeaux s’envolant loin d’elle pareille à des blizzards matinaux de papier de soie chiffonnés. Sa vie intérieure était pleine et riche… mais n’était-ce pas trop tôt pour elle ? Si elle se précipitait trop vite dans la faille de choses qu’elle ne connaissait pas bien d’elle-même, Cassidy risquait de s’y brûler.

« J'aurais dû te laisser un mot avant de partir avec le Directeur mais j'étais loin d'imaginer la tournure qu'allait prendre cette journée.
- Ce n’est pas grave. »

C’était la seule chose qu’il fut capable de lui répondre ; mécanisme rodé d’indifférence pour soi qui ressortait lorsqu’il était touché au-delà du descriptible. Comment avouer maintenant, quels mots choisir pour décrire ce que ces aveux représentaient pour lui ? A quel point il se galvanisait de savoir qu’il valait autant à ces yeux ? Autant qu’il avait osé l’espérer en tout cas, enroulé en pleine nuit dans les draps moites de la désespérance à trouver ses désirs d’amour et de reconnaissance grotesques. Il jurait, lamentablement, se privant à jamais de la vue qu’il construisait dans ses songes d’une Cassidy, belle et lumineuse, lui murmurant toutes sortes de sottises à l’oreille, de celles qui coulaient en son sein telles une sève ambrée et l’écartelaient d’un bonheur hébété, vaniteux et complètement, irrésistiblement enchanteur. Regarde, Cassidy, ma Céleste nébuleuse, regardes donc ce que tu me fais ! Ma belle, ma douce, emplis encore mon cœur de ces plaisirs outrecuidants, de cette dépendance qui croit à chaque fois que je me sens prendre un peu plus d’importance. Et alors je ne crains plus les tribulations du ridicule, les contingences du châtiment, mais que tu m’abandonnes et que je ne vaille rien pour toi, car alors, si je n’ai plus ta grâce, je n’ai plus la grâce de personne. Fais-moi miroiter encore un peu comme j’ai ma place sous les rayons de ton soleil.

« Je n'ai aucun mérite à être encore en vie. Aucun, à part avoir su baisser les yeux et ne parler que lorsqu'il s'est adressé à moi… »

De vitreux, ses yeux redevinrent normaux, légèrement gélatineux, mais ce n’était là que le reflet des bougies sur le blanc de son œil. A chaque instant du récit, il se répétait qu’elle était ici, dans cette pièce. De ce fait, chaque péripétie ou danger conté avait déjà été surmonté, et chaque battement qu’il manquait était une inquiétude inutile, compassion dirigée plus vers le passé que pour le présent. Il lui fallait revenir au présent, mais sitôt qu’il avait pris cette décision, Cassidy se défit doucement de son étreinte, pas vraiment consciemment, ni violemment, sans répulsion personnelle, mais avec cet air plaintif de celle qui cherchait la liberté pour galvaniser son énergie. Il la laissa faire sans résister, comme s’il fut une algue dans laquelle un poisson était venu s’emmêler. Elle nagea, s’éloignant, alors que l’ombre de son corps demeurait sur l’enveloppe charnelle d’Octave telle une aura qui lui picotait les sens. C’était le froid qui se faisait, immémorial. La situation en revenait à son point de départ.

Il connaissait tous ces gens cités, seulement de nom pour certains, de vue pour d’autres, et plus rares étaient ceux qu’il avait pu côtoyer. Mais il n’y avait pas de doute qu’aucun ne lui fut étranger. A maint moment s’était-il contrarié, quoi que cela n’eut pas de sens, encore une fois. Il les connaissait, et alors ? L’histoire en elle-même ne l’avait émue que parce que Cassidy en fut le cœur. Sans cela, ce n’était qu’une épreuve parmi tant d’autres, quoi qu’un peu caricaturale dans sa structure, si pleine de rebondissements et d’ennemis tapis dans les ombres. Personne n’était mort. Personne n’était véritablement censé mourir, juste souffrir et montrer sa valeur. Entrainement de guerre, bagatelle pour les yeux et un esprit en manque de la vue de vies sur le point de se briser. De l’adrénaline, du sang et beaucoup de sacrifices ! Du pain et des jeux. Octave mit sur le compte de l’exaltation les sensations étranges de Cassidy, l’envol de son corps qu’il attribuait à l’agitation de sens. Il n’était pas rare de se faire dépasser par ses propres reflexes en de situation difficile à gérer par le calcul pragmatique. Elle voulait peut-être croire à un miracle, une intervention extérieure quelconque, plutôt qu’en ses forces propres. Malheureusement, il n’y avait plus grand-chose qui le surprenait et à défaut d’être aussi horrifié qu’elle, il pouvait au moins faire preuve de compassion à l’égard de ses sentiments.  

« Il m'a fait signe d'approcher. Il a pris mon poignet et... il a jeté le maléfice. »

Le château de cartes, déjà fragile, secoué par une remembrance, tangua. Etrangement, plutôt que de venir l’étreindre ou l’aider à rendre sa chute moins rude, Octave resta immobile, regardant simplement la belle chevelure ondoyer dans les airs telle une houle de marée, suivant le mouvement du corps en de gracieux chatoiements mordorés. Cassidy se laissa choir sur la pierre, ronde comme un dos de coquillage mais défaite comme une fleur fanée dont la tige aurait cédé, et ses mèches, en pétales mortes, cascadaient à présent autour de son petit corps péniblement recroquevillé. Octave toisa sa phosphorescente naïade, se rendant compte qu’il avait encore son parfum sucré tout imprégné au nez. Alors qu’elle s’arrêtait de parler et qu’un silence crépitant se fit, il s’approcha d’elle à la dérobée, soignant chacun de ses pas et évoluant avec une lenteur exagérée, prêt à rebrousser chemin si jamais elle décidait de bouger. Il s’agenouilla finalement en face d’elle avant de s’assoir en tailleur, corps penché vers elle autant que possible si bien que ses lèvres pouvaient presque frôler les boucles brûlantes de sa crinière. Paisible, Octave guettait… Il avait même fini par tendre une paume aux doigts déliés vers elle, cherchant à dégager son visage de ce rideau doré, mais il s’arrêta à mi-chemin…

« Il faut que tu comprennes... Sans toi, je n'aurais jamais eu la force de tenir et de surmonter tout ça… »

Encore une fois, une brise venue du pays des merveilles avait commencé à affecter ses pensées, et maintenant celles-ci semblaient s’imprimer en italique, comme si la surface où elles se reflétaient était ridée par le fantasme de cette brise. A plusieurs reprises, sa conscience se plissa dans le mauvais sens, son corps de plus en plus agité, pénétrant dans les sphères mystérieuses de la fièvre fébrile, qui renvoyait de froids frissons se balader sur son épiderme en vagues éternelles. Encore ce doux songe… Des brumes de tendresse enveloppaient des cimes de désir. Savait-elle ce qu’elle provoquait ? La culpabilité douloureuse venait s’y mêler cruellement mais justement, le tiraillant entre ce qu’il voulait et l’état des faits. Il voulait qu’elle le considère, mais pas comme ça, pas mue par le supplice du désespoir qui l’avait fait s’accrocher à probablement la seule personne de son entourage qui lui avait manifesté un gentil mais persistant intérêt. Il était loin de se douter cependant à quel point le gouffre oublié fut exploré jusqu’à de profondeurs inconnues et abyssales. « Je crois que... Je crois que... je t'aime. ». C’était indéniablement à son tour de ne plus savoir quoi dire. Octave s’était complètement immobilisé, même ses paupières s’étaient figées en un léger écarquillement. Il n’y avait que sa main qui prit son temps pour redescendre en feuille morte sur ses jambes croisées. Une unique expression bizarre, lointaine, d’effarement passa sur son visage en voile translucide sans y laisser aucune trace. Ses joues creuses, ses lèvres ardentes et charnues bougèrent un peu sans laisser échapper ne serait-ce qu’un son. Il ne savait même plus s’il respirait encore, à vrai dire. Plus elle lui avait dévoilé à quel point elle avait eu besoin de lui dans ces moments de détresse, plus il avait eu la sensation qu’il ne s’agissait que d’un crescendo du désespoir. La musique de sa voix avait été de l’or inespéré, infiniment précieux à ses oreilles, mais il fallait séparer précautionneusement la part d’enfer de celle du paradis dans cet univers étrange, horrible, confondant d’amour misérable. Celui qui naissait dans nulle autre endroit qu’un cœur sans espoir, qui avait aperçu son premier rayon de lumière dans les ténèbres. Plus il était confiné, plus il grandissait, se nourrissant du souvenir de cette beauté caressée et plus la vie était dure, plus l’espoir était grand. Bien trop souvent. Le mensonge et la bestialité expectative fusionnaient en un certain point et c’était cette frontière qu’Octave essayait de percevoir, mais avait l’impression d’y échouer totalement. Parce qu’il manquait de discernement, probablement, se dit-il, incapable de luter alors qu’elle lui offrait ce qu’il voulait sans qu’il n’ait à le quémander.

Pourtant il avait eu l’impression d’en avoir fait la demande, au travers de toutes ces exigences d’honnêteté de la part de Cassidy, les remontrances quant à son lien rompu avec soi-même, les sollicitudes de confiance. Il avait surtout le sentiment maintenant d’avoir été l’une de ses rares attaches tangibles avec le monde l’entourant et celui qu’elle avait en elle. En retour, elle s’agrippait à lui avec un peu trop de véhémence, comme lui s’était agrippé férocement à Jane alors qu’elle avait été le premier souffle de bonheur véritable qu’il lui fut donné d’aspirer. Parce qu’il était le premier, s’imaginait-elle davantage que ce qu’elle ressentait vraiment ? Les prémices d’émois avaient-ils été assez forts pour lui faire croire à l’amour ? Se retrouver face à sa peur avait-elle renforcé d’un attachement bien trop solide les maillons d’une chaine qui ne se suivaient pas encore, ou pas assez bien ? Avec cette réalisation, les mots prononcés revêtirent le goût d’un sentiment d’épouvante blafarde, accentuée par la pâleur réaliste d’une pensée grise et névralgique qu’il avait lui-même eue. Elle s’empara de lui et gronda à l’intérieur de ses tempes. Octave baissa les yeux, un peu penaud, à peine chagriné, mais surtout pitoyable. Il l’était, vraiment pitoyable.

« Tu dis ça parce que tu es éprouvée par ce qui t’es arrivé. Tu n’es pas passée très loin de la mort après tout, il est normal que tu voies toutes tes espérances se nourrir soudain par la force du désir de vivre. Côtoyer le danger fait souvent ressortir la qualité des petites joies que nous procurait la vie discrètement. Tu as plus peur, mais tu es aussi d’une certaine manière plus heureuse, libérée. Ne te crois pas obligée de dire ça, ne te crois pas forcée… ne t’imagines pas que… que parce que ce que tu ressens contraste si bien avec ta douleur, que ça en fait de l’amour. » Si tôt qu’il eut prononcé cette phrase, Octave eut une grimace de dédain. Dans la précipitation, il reprit : « Excuse-moi. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. »

Loin dans les méandres de son passé, déjà agenouillé à même le sol, lui aussi était noué au ventre par des cimes du désespoir d’une démesure insoupçonnée. Avec une démence lucide, insensée, noyé par le regret et l’effroyable crainte de la voir, partir, Octave s’accrochait à ses jupes plissées de ses doigts fébriles et longs, prêt à déchirer, et ses mains étaient remontées si haut qu’elles s’étaient emmêlées dans les mèches de cheveux d’un roux flamboyant et qui tombaient en cascade sur sa poitrine et son ventre à la respiration saccadée. Il relevait ses yeux embués et voyait la trace rouge d’une violence brusquée sur son visage où des fossettes s’étaient creusées sur ses joues tirées. Il l’avait frappée et maintenant la suppliait de rester. C’était l’un de ces instants où l’ébranlement du regret vous frappait si fort qu’il faisait ressortir avec une clarté horriblement pénétrante ce qui était enfoui en dessous, derrière la bête outrecuidance, les carapaces défensives et l’apprêté pugnace. Il y avait eu une révélation subite, accompagnée par le sentiment immédiat d’une réalité contre laquelle on ne pouvait plus lutter. Jane… sa pâleur était lumière, son noir une nuit resplendissante. Là, parfaitement ivre de frayer, l’imaginant partir pour l’abandonner dans sa misérable prise de conscience beaucoup trop tardive, puisque le mal ultime fut fait, il lui avait gémit qu’il l’aimait. Il fut un monstre misérable et brutal, mais il l’aimait à en mourir ! Il se souvenait qu’elle avait rejeté la tête vers l’arrière et il ne vit plus que son menton, le relief bombé de sa joue et les cils battants de ses yeux. Parce que sa parole était mue par le regret, cela avait-il rendu son sentiment moins sincère ? De la même manière que la reconnaissance ou le désespoir de Cassidy la menaient à considérer Octave avec autant force ? Malgré la précipitation et le chagrin du moment, il n’avait jamais regretté son aveu. A son tour courbé, sans relever les yeux vers sa Sirène, il regardait ses mains posées sur le croisement de ses mollets, paumes tournées vers le plafond. Une expression singulière déformait ses traits. Une expression d’impuissance si parfaite qu’elle semblait se muer en une sorte d’hébétude paisible parce que c’était là tout simplement l’ultime limite des espérances qu’il pouvait atteindre sans se perdre dans l’expectative frustrante. Toute limite présupposant l’existence de quelque chose au-delà avait laissé la trace d’une illumination neutre dans ses yeux de jade.

« Tu le crois vraiment ? Je ne veux pas que tu confondes avec la reconnaissance ou la tristesse. Crois-moi, je ne dis pas ça par orgueil. Si tu savais comme j’ai espéré cela, comme j’ai espéré bien moins d’ailleurs, tu comprendrais à quel point me sont sacrés les élans du cœur. Parce que si ce que tu dis est vrai et si c’est ce que tu penses, être loin de toi serait comme mourir un peu, se désoler à chaque instant en se rassasiant de souvenirs et de mirages. Puis se repaître complètement d’une joie nouvelle au simple effleurement de ta silhouette, et te voir rendrait le monde réel à nouveau. C’est là que je veux vivre définitivement. Là où mon cœur ne se serre plus d’un sentiment solitaire. Là où je sais que je vaux pour toi au moins un peu de ce que toi tu m’inspires, car je n’éprouve pour toi que l’amour le plus tendre et le plus vrai. Mais je ne veux pas que tu regrettes tes aveux précipités. Je ne veux pas qu’une fois le calme revenu, tu te rendes compte que tout cela était exagéré. Si je suis prêt à donner mille baisers, je ne veux en recevoir aucun tant qu’ils ne sont pas mûrs, cars ils brûleraient mon sang. Je n’ai pas passé un jour sans t’aimer et t’avoir en pensée, ni une nuit sans te serrer dans mes bras en maudissant ce qui nous tient éloignés. J’ai peur de te brusquer, encore, mais j’ai rêvé si ardemment que l’affection sans bornes que tu m’inspire soit ne serait-ce qu’un peu partagée… Je préfère rien, plutôt que du mensonge et du regret. Je ne veux pas que ce soit la peur du reste qui te rattache à moi. » Il ne connaissait que trop bien maintenant les aléas incessants de sa blonde ardente et il voulait, au moins un peu, se protéger. Mais soudain, il se saisit du visage de Cassidy de ses mains, le relevant et perdant ses doigts déliés dans les mèches des cheveux dorés. Il la regarda droit dans les yeux de son air paisiblement maussade, presque tristement fataliste, mêlé à une fièvre vorace emplie de désirs : « Parce que si tu te décides de rebrousser chemins alors que j’aurais eu le temps de faire de toi mon asile et cultiver mes espérances, il ne restera plus rien de moi. Je t’aime à la fureur et une fois plein de toi sans la retenue d’une absence de réciprocité, si ton amour disparaît parce qu’il fut inventé, que me restera-t-il sur terre ? Embrasses-moi Cassidy, aime-moi maintenant et pour toujours ! Ou recule de ce pas et j'attendrai patiemment que cela advienne, ou n'advienne au contraire jamais. Mais quoi qu'il en sera, je resterai là. Ma nébuleuse, si la marque ne m'aura pas répugné, rien ne le fera, même pas ton refus. Embrasse-moi ou continue à parler de ce qui te fait peur, que je puisse être ta lune pour faire lumière dans tes ténèbres autant que tu es l'astre de mes jours. »

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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Lun 8 Mai 2017 - 17:27

« Je crois que... Je crois que... je t'aime. » Qui aurait cru que ces mots franchiraient un jour le seuil de cette paire de lèvres pâles ? Qui aurait pu croire que celle qui avait été diagnostiquée alexithymique il y a trois ans par plusieurs psychomages, parviendrait ne serai-ce qu'à énoncer des mots aussi importants que ceux qui venaient d'être prononcés ? « Je crois que... Je crois que... je t'aime. » Cassidy avait un peu hésité, buté sur les termes à employer, cherchant dans sa tête, cherchant dans son corps et dans son cœur si ces derniers étaient bels et bien les plus appropriés. Mais le ressenti était le bon. Elle était certaine de ne pas s'être trompée. Face à lui, assise sur le sol, elle avait gravit les échelons un à un, tendue, hésitante comme une enfant sur le point de franchir les limites données. Les limites. Cassidy avait toujours eu l'habitude de danser avec ces dernières, jonglant avec force entre ces barrières immatérielles, sans jamais se décider à oser à les franchir. Une enfant polie, sage et respectueuse. Une adolescente quelque peu rebelle mais très intelligente, qui avait rapidement su comprendre où se trouvaient ses intérêts. Une jeune adulte dont la survie dépendait du respect du cadre imposé. Un pas de travers, un battement de cil en trop, et c'en était fini.

« Il faut que tu comprennes... Sans toi, je n'aurais jamais eu la force de tenir et de surmonter tout ça… »

Du temps, elle sentait le mot venir et avait usé de ces quelques mots afin d'étendre quelque peu sa réflexion. Elle ne voulait pas se tromper. Pour elle, et pour lui. Alors, elle avait cherché, analysé. Il était là, assis en face d'elle. Patient, délicat comme un homme cherchant à apprivoiser une biche trop longtemps chassée par les humains. Créatures égoïstes et emplies de cruauté, à la soif de sang et de puissance insatiable. Que lui disait son corps ? Cassidy avait un instant fermé les yeux - dissimulée derrière son rideau de cheveux blonds - et inspiré profondément. Une tension, là, dans le creux de l'estomac. Ce n'était pas de la peur, enfin... En était-elle certaine ? Fronçant les sourcils, la sorcière s'était concentrée en se remémorant l'Albanie. Ouvrant soudainement en grand ses iris turquoises, elle avait eu sa réponse. Non, définitivement non. Cette tension n'était pas de la peur. Celle qu'elle ressentait actuellement dans le creux de son ventre était plus... douce. Plus... tendre ? Il y avait aussi ce nœud, cette boule dans la gorge. Ce signe somatique était nettement plus entravant que l'autre, comme s'il venait la pousser à réfléchir à deux fois avant de laisser échapper des paroles qu'elle regretterait presque aussitôt. La jeune femme inspira profondément. Son cœur - sans être le plus calme du monde - s'était apaisé dès lors qu'elle avait rejoint ses bras et lorsqu'il était venu la rejoindre sur le sol. Il battait. Boum, boum, boum... Des battements lourds et réguliers. Apaisants. D'ailleurs sa respiration elle-même en avait été impactée. Son odeur... Son odeur la grisait. Il n'y avait pas d'autre mot, si ? Peu importe. Les yeux bandés, Cassidy aurait été capable de la reconnaître en mille. Jusque dans ses cauchemars, elle avait été à même de reconnaître l'imposture non pas selon le physique irréprochable, mais par rapport à son odeur corporelle. Si son cœur avait du mal, en revanche, les sens de la sorcière avaient toujours été d'une sensibilité à fleur de peau et cela n'avait fait que s’accroître avec ses études de potionniste. Le physique, parlons-en du physique. Rapidement, elle avait relevé ses prunelles vert d'eau vers lui, le dévisageant au travers du rideau blond, avant de les rabaisser subrepticement vers ses propres mains posées sur le sol. Elle connaissait tout - ou presque - de lui. Jamais un corps ne s'était gravé aussi vite, avec autant de précision quant aux petits détails, dans son esprit. Au delà d'avoir habité plusieurs fois son enveloppe charnelle, ce qu'elle en avait observé de l'extérieur s'était gravé au plus profond de son esprit et elle ne s'en rappelait que trop bien. Cassidy était de celle qui ne se souvenait des choses que si ces dernières avaient une importance à ses yeux. La couleur des yeux d'Owen ? Oubliée. Le costume porté par Slughorn lors de la rentrée ? Aucune idée. Les mots prononcés par Ombrage au Ministère ? Restés flous. En revanche, elle connaissait sa peau douce et irrégulière à cause de la multitude de cicatrices nacrées de son torse. Il s'épilait le torse ou était imberbe, mais aucun poil ne recouvrait ses pectoraux. Ses lèvres étaient fines et bien dessinées. Ses yeux, d'un vert pétillant, en amande et pourvus de longs cils bruns. Très longs. Des paupières assez lourdes. Une mâchoire masculine bien dessinée. Sa barbe était le plus souvent courte et possédait quelques reflets auburn lorsque le Soleil s'y mêlait. Un nez romain qui ne lui déplaisait absolument pas, rajoutant selon elle, du caractère à son visage. Des cheveux épais, bruns. Elle n'était pas encore à même de savoir s'il avait des épis mais presque. Des mains aux larges paumes, un peu calleuses par endroits. Des doigts fins de pianiste aux ongles divinement proportionnés et parfaitement entretenus. Si bien qu'elle le soupçonnait en son fort intérieur de passer de temps à autres faire une manucure chez un professionnel. Un manteau vert sapin affreux, dans sa penderie. Des chaussures de marque, beaucoup de Richelieu. Des chemises blanches et noires pour la plupart, toutes soigneusement pliées. Un peu obsessionnel sur les bords, très certainement. Des cravates. Tant de cravates. Trop de cravates. Dont une couleur framboise sur laquelle elle tentait de se garder de tout commentaire. Une nonchalance paradoxalement parfaitement étudiée. Un sarcasme irritant bien qu'infernalement charmant. Un sourire unique qu'elle se surprenait à apprécier de plus en plus, et encore davantage lorsqu'il l'accompagnait de ce haussement du sourcil gauche dont il avait le secret. Un appartement décoré avec goût ; goût reflétant sa large culture aussi bien moldue - Le bossu de Notre-Dame, de Victor Hugo - que sorcière. Une passion prononcée pour la nourriture bien tenant au corps. Et aussi... Et aussi... Et aussi... Elle aurait pu poursuivre longtemps mais cela suffisait. L'esprit avait pris le relais sur le corps, venant lui prouver l'importance qu' Octavius avait pour elle.

Que disait le cœur ? Lui, le verrouillé. Lui, le méprisé et redouté. L'organe jugé inutile et haït. Il battait. Non, je veux dire, il battait. Vraiment. Il ne s'agissait pas d'un quelconque automatisme. Les pulsations cardiaques n'avaient rien à voir avec une vieille ritournelle mille fois jouée, si rouillée que certaines notes peinaient à sortir correctement. Non. Il y avait quelque chose d'indéniablement nouveau. Il ne disait pas grand chose à lui seul, il fallait le mettre en relation avec le reste et c'est ce qu'elle parvint à faire.

« Je crois que... Je crois que... je t'aime. »

Il était temps. Il était grand temps. La connexion s'était faite et les mots sortirent, prononcés à voix basse, tel un secret murmuré dans le creux de l'oreille. Boum, boum, boum, boum, boum... Il battait, le con. Pour ne pas dire qu'il s'emballait. L'angoisse remontait, elle le sentait. Avait-elle bien fait de le lui dire ? Pendant quelques secondes, elle retint sa respiration, en apnée. Était-ce trop violent pour lui ? Était-elle allée trop vite et allait-il se lever brusquement pour fuir loin d'elle ? Pour la première fois, elle avait franchi pour lui, ses limites. Hop. Un pas sur le côté. La barrière immatérielle dépassée. Elle se tenait là, sans la moindre fierté pourtant, de l'autre côté. Andreas n'aurait jamais aucun impact sur ça. Ses sentiments. Cette partie d'elle lui appartenait pleinement et jamais, ô grand jamais il ne pourrait avoir un impact sur son cœur. Il n'existait, à sa connaissance, aucun sortilège, aucune potion, capable d'impacter véritablement l'amour. L'Amortentia n'était qu'un simple leurre, rien de plus. Une partie d'elle demeurait libre. Libre d'aimer qui elle voulait et de ressentir ce qui lui plaisait si tenté qu'elle parvenait à identifier ce qui la traversait. Timidement, elle finit par relever la tête, sentant pour la première fois, ses joues se colorer doucement d'une douce chaleur.  

Ce qu'elle vit lui vrilla l'estomac. Octavius s'était immobilisé, les yeux écarquillés devant les mots qui venaient d'être prononcés. Il les avaient entendus, c'était certain. Comment allait-il les accueillir ? C'était une toute autre question. Un instant, elle cru que la main du bibliothécaire allait finir par venir rejoindre sa joue, mais non. Soudainement privée d'énergie, elle retomba mollement sur ses jambes d'Octavius, morte. Un frisson glacé parcourut l'échine de la jeune femme qui se mordit cruellement la lèvre inférieure. Déjà, la délicieuse chaleur ressentie au niveau de ses joues retombait, et ces dernières retrouvaient leur couleur aussi pâle que la mort. N'était-elle destinée qu'à créer la souffrance autour d'elle ? Lorsqu'elle croisa son regard, une micro-expression lui sauta au visage, venant lui broyer l'estomac. Elle s'était trompée. Elle avait du mal comprendre ses intentions. Quelque chose lui avait échappé, ce n'était pas possible autrement. Elle avait cru.... Elle avait pourtant cru qu'une telle déclaration l'aurait empli de bonheur mais... Non. Juste... Qu'était-ce donc que cet éclair qui avait traversé ses prunelles jade ? De la... surprise ? Non, il lui semblait pourtant que ça allait bien au delà. Sa main qui était retombée, cette absence de réponse, cette incapacité à parler... De la peur. Elle l'avait effrayé en lui ouvrant son cœur. Ce dernier devait être réellement noir pour inspirer une telle réaction. Effarée par ce qu'elle avait provoqué, Cassidy se recula vivement, rétablissant une distance plus que correcte entre eux. Son geste de repli ne s'interrompit que lorsqu'elle sentit la porte de la salle de bain derrière son dos. Pourquoi avait-elle dit ça ? Qu'est-ce qui lui avait pris ? Elle devait avoir mal compris les intentions du bibliothécaire, mal interprété cette promesse. Elle n'était pas une grande romantique, loin de là, mais peut-être avait-elle donné à ces mots et ces actes une importance qu'ils n'avaient pas ? Peut-être ne désirait-il pas son amour en réalité ? Qui voudrait de l'amour d'une Mangemort ? Peut-être était-ce cela le problème ? Se savoir aimé par une Mangemort qui n'était pas autorisée à l'aimer lui, sang-mêlé ? Aurait-il juste voulu qu'elle ouvre les cuisses au lieu de lui ouvrir son cœur ? Il ne lui avait pourtant pas semblé, non. Alors... Pourquoi cet effarement ? De la surprise, oui, mais de l'effarement ?

« Mère, je vous aime ! », avait une fois déclamé l'enfant alors que Nila venait de lui offrir son premier costume de danse orientale. Elle avait huit ans à l'époque et le cadeau lui avait fait tellement plaisir que les mots enfantins étaient sortis, spontanés et d'une innocence pure. Les serviteurs travaillant dans le hall s'étaient tous brusquement figés, leurs visages outrageusement déformés par une moue mêlant horreur et perplexité. Le visage neutre, Nila s'était redressée sans un mot, se contentant de flatter doucement le sommet du crâne de l'enfant, et s'était éloignée, sans un regard en arrière. Nehal était restée dans l'incompréhension la plus parfaite. Qu'avait-elle fait pour déplaire ? Avait-elle dit quelque chose de mal ? De non approprié ? Plus tard dans la soirée, un serviteur qu'elle appréciait beaucoup, Akshan, était entré dans sa chambre après avoir frappé à sa porte. Avec respect, il s'était assis sur le coin du lit de la fillette. « Qu'ai-je fait de mal Akshan ? Pourquoi Mère n'a t'elle rien dit et pourquoi m'avez-vous tous regardée comme un monstre ? » Le regard du vieux serviteur s'était adouci et il avait caressé les cheveux blonds de gamine, avant de lui répondre calmement « Vous n'êtes pas un monstre Cassidy. Vous devez juste comprendre ce qu'il est permis ou pas de dire et de faire. Je sais que vous faîtes de votre mieux, mais dire à quelqu'un que vous l'aimez ne vous est pas permis. » « Pourquoi ? » Nouveau sourire indulgent « Parce que cela vous rend faible et que vous ne pouvez pas aimer sans craindre de tout perdre. L'idéal serait que vous n'aimiez pas. Le fait est que vous aimez votre mère, alors ne le dites pas. Ne le dites jamais à personne si vous ne voulez pas souffrir. De plus, le nom de votre famille paternelle est tenu en haute estime en Angleterre, et je suis certain que Monsieur votre Père n'apprécierait aucunement entendre ces mots de votre bouche. Dormez maintenant, demain sera un autre jour. » 

Elle l'avait dit. Elle l'avait dit. La limite était de nouveau franchie et pour quoi ? Il avait baissé les yeux comme en proie à une gêne.

« Tu dis ça parce que tu es éprouvée par ce qui t’es arrivé. Tu n’es pas passée très loin de la mort après tout, il est normal que tu voies toutes tes espérances se nourrir soudain par la force du désir de vivre. Côtoyer le danger fait souvent ressortir la qualité des petites joies que nous procurait la vie discrètement. Tu as plus peur, mais tu es aussi d’une certaine manière plus heureuse, libérée. Ne te crois pas obligée de dire ça, ne te crois pas forcée… ne t’imagines pas que… que parce que ce que tu ressens contraste si bien avec ta douleur, que ça en fait de l’amour. »

En entendant ces mots, la jeune femme crut défaillir. Son souffle se coupa et ses yeux se seraient sans doute remplis de larmes si le coup de poignard n'avait pas été si profond. « Côtoyer le danger fait souvent ressortir la qualité des petites joies... » Mon dieu, mais il avait raison ! Pourquoi n'était-elle pas plutôt allée préparer des potions au lieu de lui déblatérer des paroles apparemment vides de sens ?! « Ne t’imagines pas que parce que ce que tu ressens contraste si bien avec ta douleur, que ça en fait de l’amour. » Oui maître, bien maître. Tu ne sais rien de l'amour. Depuis quand te prétends-tu experte en la matière ? Qui es-tu pour oser en parler, toi qui n'a rien vécu de comparable à l'amour que je lui ai porté, à Elle. Celle qui a été mon étoile. Elle brillait, elle. Il était clair qu'il était bien meilleur qu'elle en matière de lucidité émotionnelle mais pourtant, elle en était certaine. Elle ne lui avait pas balancé ces mots en désespoir de cause ou parce qu'elle les trouvait jolis et se demandait comment ils sonneraient dans sa bouche. Non. Ces mots avaient été réfléchis ; le corps, le cœur et l'esprit, analysés auparavant. Elle s'était ouverte. Elle les lui avait dit... Ces mots. Les mots interdits. Les mots qui avaient tué sa mère. Et lui... Et lui... Refermant ses bras autour de ses jambes, Cassidy étouffa un tremblement. Dans ses grands yeux turquoise, elle le fixa sans rien dire. Il n'y avait plus rien à dire.

« Excuse-moi. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.
- Non, bien sûr. »

Mais tu l'as dit. Et quelque part, tu l'as pensé. Tu as juste été incapable de l'étouffer. La gorge de la jeune femme se serra davantage, comme si Greyback avait été en train de l'étrangler. L'étau se refermait autour de son cou gracile, l'empêchant presque de respirer. C'était quoi ça ? Pourquoi... Pourquoi ? Pourquoi malgré ces mots si durs qu'elle avait reçu avec une telle violence, le sentiment évoqué persistait ? Le sentiment restait alors même qu'elle s'était sentie rejetée par ces mots. « L'amour blesse Nehal. », lui avait dit Nila. Elle avait eu raison. Terrifiée par la constance du sentiment, Cassidy resta silencieuse, les yeux rivés sur le bibliothécaire qui avait recommencé à parler. Le pouvoir de l'amour commençait à lui apparaître. Il pouvait la briser, la rejeter, la trahir ou la tuer... Le sentiment restait le même.

« Tu le crois vraiment ? Je ne veux pas que tu confondes avec la reconnaissance ou la tristesse. Crois-moi, je ne dis pas ça par orgueil. Si tu savais comme j’ai espéré cela, comme j’ai espéré bien moins d’ailleurs, tu comprendrais à quel point me sont sacrés les élans du cœur... »

Certes, les émotions n'étaient pas son fort, loin de là. Mais sérieusement, depuis quand la reconnaissance faisait-elle éprouver aux gens ne serait-ce qu'un dixième de ce qu'il provoquait en elle ? De la reconnaissance... Hum... Voyons... Elle était reconnaissante envers Inoue de ne pas avoir retenté de mettre de la bave dans sa dernière potion, envers Rogue de l'avoir acceptée en début d'année comme apprentie, d'avoir accepté de lui donner des cours avancé et de l'avoir sauvée, mais cela n'avait rien à voir ! De la tristesse ? Comment pouvait-il comparer son émoi à de la tristesse ? Elle n'avait pas besoin d'être consolée, elle n'avait jamais eu besoin de l'être ! Que ce qu'il appelait poétiquement les " élans du cœur " lui soient sacrés, elle le savait déjà depuis le début, depuis le premier jour de leur rencontre où elle s'était amusée à le provoquer en l'embrassant. Il en avait été si vexé et tellement bouleversé, qu'elle avait bien vite compris qu'il s'agissait d'un sujet sensible chez lui.

«... Parce que si ce que tu dis est vrai et si c’est ce que tu penses, être loin de toi serait comme mourir un peu, se désoler à chaque instant en se rassasiant de souvenirs et de mirages. Puis se repaître complètement d’une joie nouvelle au simple effleurement de ta silhouette, et te voir rendrait le monde réel à nouveau. C’est là que je veux vivre définitivement. Là où mon cœur ne se serre plus d’un sentiment solitaire. Là où je sais que je vaux pour toi au moins un peu de ce que toi tu m’inspires, car je n’éprouve pour toi que l’amour le plus tendre et le plus vrai. »

Il avait juste eu peur. Peur qu'elle se trompe, peur qu'elle ne l'abandonne. Un léger sourire éclaira les lèvres de la jeune femme qui recommença progressivement à s'apaiser. Il ne la rejetait pas. Il avait juste cru que les mots n'avaient pas été suffisamment réfléchis sauf... qu'il n'avait pas été dans ses pensées, ni dans son corps pour ressentir les sensations qu'il lui procurait. Les émotions l'épuisaient tant elle n'en avait pas l'habitude, alors les ascenseurs émotionnels qu'il lui faisait prendre...

« ... Mais je ne veux pas que tu regrettes tes aveux précipités. Je ne veux pas qu’une fois le calme revenu, tu te rendes compte que tout cela était exagéré. Si je suis prêt à donner mille baisers, je ne veux en recevoir aucun tant qu’ils ne sont pas mûrs, cars ils brûleraient mon sang. Je n’ai pas passé un jour sans t’aimer et t’avoir en pensée, ni une nuit sans te serrer dans mes bras en maudissant ce qui nous tient éloignés. J’ai peur de te brusquer, encore, mais j’ai rêvé si ardemment que l’affection sans bornes que tu m’inspire soit ne serait-ce qu’un peu partagée… Je préfère rien, plutôt que du mensonge et du regret. Je ne veux pas que ce soit la peur du reste qui te rattache à moi. »

Lentement, la blonde se rapprocha de nouveau de lui, comme un animal sauvage hésitant sur la démarche à suivre. Il l'avait blessée sans le vouloir. Elle en comprenait maintenant les raisons, mais pourtant au fond de lui, il avait douté d'elle. Même ses excuses ne pourraient pas effacer cela. Retour à la case départ, elle était de nouveau en face de lui au moment où l'homme se décida à saisir son visage entre ses mains aux paumes si larges qu'elles englobaient presque la totalité de l'ovale féminin. Il y avait quelque chose dans son regard, comme un espoir fou.

« Parce que si tu te décides de rebrousser chemins alors que j’aurais eu le temps de faire de toi mon asile et cultiver mes espérances, il ne restera plus rien de moi. Je t’aime à la fureur et une fois plein de toi sans la retenue d’une absence de réciprocité, si ton amour disparaît parce qu’il fut inventé, que me restera-t-il sur terre ? Embrasses-moi Cassidy, aime-moi maintenant et pour toujours ! Ou recule de ce pas et j'attendrai patiemment que cela advienne, ou n'advienne au contraire jamais. Mais quoi qu'il en sera, je resterai là. Ma nébuleuse, si la marque ne m'aura pas répugné, rien ne le fera, même pas ton refus. Embrasse-moi ou continue à parler de ce qui te fait peur, que je puisse être ta lune pour faire lumière dans tes ténèbres autant que tu es l'astre de mes jours. »

Était-ce clair ou confus ? Elle ne savait plus elle-même tant ces mots lui étaient étrangers. Octavius avait cette façon particulièrement élégante de s'exprimer. Un beau langage, tout aussi travaillé et charmant que pouvait l'être sa calligraphie qu'elle avait déjà eu l'occasion d'admirer. Il lui faudrait du temps pour comprendre réellement que ces mots lui été adressés à elle. Rien qu'à elle. Mais tout cela n'était qu'une question d'habitude. La jeune femme sourit doucement, un éclat de lumière passant dans ses prunelles bordées de longs cils.

« Je sais ce qu'est le mensonge, ne t'inquiète pas pour ça. Par exemple, je mentirais je t'affirmais en te regardant droit dans les yeux qu' Antoine Lacroix me bouleverse profondément et que j'envisage sérieusement de lui avouer que je l'aime. »

Elle esquissa un petit sourire, levant brièvement les yeux au ciel, toujours prisonnière de ses mains.

« Je sais, tu vas me dire que je fais dans l'exagération et que ce n'est pas réaliste. Je peux effectivement beaucoup mieux mentir que ça, et tu le sais pour l'avoir vu aux Trois-Balais. Peu importe. Je ne te mens pas. Quel serait mon intérêt de te mentir et de te faire croire que je t'aime, dis-moi ? Réfléchis à l'environnement dans lequel j'évolue et le contexte actuel, et rends-toi compte de la bêtise de ta réflexion quant au mensonge. »

Doucement, elle passa délicatement ses doigts fins et glacés derrière la nuque du sorcier afin de rapprocher son visage du sien et pencha légèrement sa tête sur le côté. Au passage, ses lèvres effleurèrent le creux de la joue du sorcier, parsemée de poils courts et drus qui s'accrochèrent légèrement à leur muqueuse. La jeune femme ferma alors les paupières et vint cueillir ces lèvres fines qu'elle connaissait si bien. Une seule caresse frémissante donnant cette sensation profonde de ne faire plus qu'un avec lui. Lui, et pas un autre. Elle se rapprocha davantage. De doux et hésitant, le baiser se fit plus passionné. Elle happa délicatement la lèvre inférieure du sorcier entre ses dents l'espace de quelques millisecondes, avant de la relâcher pour de nouveau embrasser cette bouche palpitante et venir sceller leurs lèvres en une longue attache éperdue. Finalement, les joues rosies, elle se recula légèrement et le fixa dans les yeux.

« Je t'aime. Et si tu as encore l'audace d'en douter, je te tords le cou. »

Elle n'était pas douée pour les fioritures.

« La peur fait partie de moi. Je l'ai intériorisée depuis que je suis en âge de comprendre à quel genre de famille j'appartiens. Ne crois surtout pas que ce soit par peur que je me rattache à toi. Au contraire, me rattacher à toi me fait encore plus peur dans le sens où je t’entraîne avec moi dans une histoire où j'étais normalement la seule impliquée. Quant à mes... aveux comme tu dis, ils ne sont pas précipités. Ils ont peut-être été déclenchés par... par ce qui s'est produit mais en quoi est-ce mal ? Ils existaient déjà avant et être à deux doigts de mourir m'a juste fait prendre conscience qu'il fallait que tu saches... que tu saches que tu as été aimé. Que je t'ai aimé et que je t'aime. Je ne sais pas ce qui m'arrivera, alors je veux que tu saches. Pour toi, les guerres sont des événements lambda parce que tu n'as jamais connu de personne y étant impliquée aussi personnellement que moi, mais cette guerre n'est pas comme les autres. Je suis en première ligne. »

La première ligne... Avec cette chose sur le bras.

« As-tu pensé à comment tu géreras mes absences ? Accepteras-tu de me voir revenir blessée ou de savoir que j'ai torturé ou tué pour une cause que je ne supporte pas ? Supporteras-tu tout ça ? Me savoir en danger, ne pas savoir où je suis si je suis convoquée en urgence... Et... Il faut également que tu puisses envisager que je sois un jour tuée. Un duel, un soupçon de la part du Seigneur des Ténèbres, et je suis morte. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Mar 9 Mai 2017 - 14:47

Ainsi étaient les choses en ce bas monde. Ce qui était dit ne pouvait pas être effacé, ce qui était entendu ne pouvait pas être oublié et tout changeait soudain, d’un mot à l’autre, le regret ou la douleur ne pouvant rien y faire, quelle que fusse leur force. Qu’aurait-il fait, si la belle Jane l’avait toisé avec épouvante pour lui déclarer qu’il se trompait probablement et que le présumé amour qu’il lui portait n’était qu’une tromperie de l’orgueil qui craignait de se faire abandonner par la seule femme qui lui avait si gentiment prodigué ses faveurs. « Comme une ombre, tu as peur de perdre ton soleil et de disparaître dans les ténèbres ; ce n’est de l’amour, tendre oiseau, c’est la peur de ne plus exister ». Il en serait mort à ses pieds. De honte et de regrets, de désespoir aussi de ne pas avoir su pouvoir aimer qui que ce soit correctement, même pas celle pour qui il aurait tout accompli et tout sacrifié. Jusque dans la plus profonde désespérance n’aura-t-il été en mesure de penser qu’à soi, ne sachant pas bien faire la distinction entre l’amour pour l’autre et sa propre détresse, uniquement capable de s’apitoyer et de lamentablement s’accrocher à celle pour qui il n’apportait rien. Si elle ne s’était pas penchée alors pour l’enlacer et lui murmurer tout ce qu’Octave avait un jour espéré entendre, il serait mort là-bas, sur ce parquet grinçant et mal ciré.

« Mon doux, tu n’aimes rien ni personne, tu as juste peur. Octavius, il faut être bon pour aimer, et tu ne l’es pas, Octavius… » C’était une autre voix maintenant qui se faisait écho dans sa tête, s’entrelaçant dans des souvenirs où elle n’avait pas lieu d’être, tel un éternel refrain qui le poursuivait dans les moindres aspects de son existence. Elle était toujours derrière pour le faire douter de soi. Et maintenant ses mots étaient dans sa bouche à lui. « Octavius, tu as peur ! » Et quoi maintenant ? Crier au pardon tel en dément en prétendant que ces mots n’étaient pas les siens ? Que c’était le fruit d’une longue et douloureuse absence qui le poursuivait inlassablement ? Qu’il n’était qu’un mélange permanent d’angoisse, d’anxiété, d’appréhension et de découragement ? Il avait l’espoir du meilleur, mais ne percevait que le mal à force de l’avoir si bien connu. Jane en fut une étincelante exception qui lui avait donné la force de changer sa manière de percevoir se monde, de changer le reflet qu’il souhaitait avoir en face de soi.

Ah ! Au fond, elle périssait, il le voyait bien. Dans ce regard si clair quelque chose se fracturait, comme un glacier se rompant et tombant dans l’océan qu’il inquiétait de longs et hauts remous. Ces vagues-là venaient se fracasser contre les iris serrées, les faisant doucement trembler d’une émotion qui lui échappait. Qu’il se sentit soudain minable d’avoir parlé trop vite ! Octave aurait voulu se tordre les poignets mais se contenta de serres ses mains en poignes de colère contre soi-même. La belle maladresse ! Définitive, peut-être ! Car l’on sait bien que recoller les morceaux fait bonne figure, mais la fissure restera là pour témoigner de la brisure. Cassure prématurée dans cet entrelacement si frêle d’émois nouveaux. Alors il fit de son mieux pour se rattraper, comme le font les gens désespérés, il s’offrit en pâture, soulignant sa misérable déréliction. Il palabrait quelque chose, ce qui lui passait par la tête, guidé de la force de sentiments malheureux, mais en réalité tous ces beaux efforts étaient faits pour ne pas avoir à se répandre en supplique. Ne pars pas ! Ne pars pas ! Ne me regarde pas ainsi, avec cette déception et défiance dans les yeux. De quoi avait-il envie de se souvenir ? D’abord, ses yeux. Ses yeux pleins d’amour. Puis ses yeux emplis de déceptions. Même si douloureuse, cette réalisation était une leçon importante parce qu’il comprit soudain que bien plus que la peur d’être seul et déçu, il voulait voir l’amour et la douceur dans ses yeux et plus jamais la déception. Plus jamais. Il ne restait plus qu’à être désarmant et honnête, reconnaitre sa propre incapacité à regarder au-delà de ses propres frayeurs et désirs. Suffisamment en tout cas pour transformer une tendresse infinie et belle en détresse intolérable. Amèrement, Octave avouait avec l’ardeur du remord et un acharnement résolu qu’il avait pitoyablement tremblé pour soi, qu’il tremblait encore mais que cela n’avait pas d’importance tant qu’elle acceptait de rester là, quel qu’en soit le prix. Il pouvait se taire s’il le fallait, subir l’insupportable, quitte à retourner dans l’indifférence si tel était un jour son choix, préférant du vide plutôt qu’un espoir qui risquait de lui brûler les yeux tel un soleil ; plus l’on s’en approche et plus il est dévastateur s’il n’est pas satisfait. Et puis, finalement, peu importait. N’avait-il pas promis, quoi qu’il arrive ? Octave avait reculé par reflexe, pétri d’un égoïsme apeuré, mais en définitive rien ne pouvait altérer ce dévouement. Ramper, ramper encore en espérant aspirer suffisamment de compassion pour provoquer le pardon divin et étaler ses peurs en éventail sous le beau soleil en quémandant sa clémence.

La ré-apprivoiser, encore, après lui avoir fait du mal, encore. Elle s’approchait enfin et il put saisir son visage entre ses mains et laisser cette chaleur lui brûler les lèvres. L’ambition bataillait avec la résignation de se contenter des denrées du présent, sans chercher à aspirer à plus tout le temps. Oui, il désirait plus et oui, il avait douté d’elle, mais n’était-ce pas légitime ? N’avait-elle pas démontré plus d’une fois qu’elle ne savait pas encore convenablement faire le lien sacré entre son cœur et ses envies ? Son cœur et son esprit ? Il avait par conséquent accueilli ces sentiments avec un degré égal de joie et de soupçons. L’amour ! Elle, qui avait à peine appris à faire battre son cœur au rythme de ses émois et non comme un cruel tambour de guerre, évoquait l’amour ! Le pragmatisme les aura tués tous les deux. L’une à force de trop réfléchir, l’autre à force de tout relativiser. Etait-ce une excuse, encore ? De celles que l’on se faisait à soi-même pour se confondre et laisser sa conscience tranquille, loin de la culpabilité ? Elle était perdue, mais était-ce véritablement une raison pour mettre ses propos sous interrogation de la sorte ? Non, bien sûr que non. Il aurait fallu réfléchir d’avantage, mais maintenant elle lui souriait. D’un sourire à peine courbé et quelque peu espiègle, ce qui rendit Octave nerveux tant il savait ce que cela annonçait : un sarcasme.

« Je sais ce qu'est le mensonge, ne t'inquiète pas pour ça. Par exemple, je mentirais je t'affirmais en te regardant droit dans les yeux qu'Antoine Lacroix me bouleverse profondément et que j'envisage sérieusement de lui avouer que je l'aime. »

C’étaient-là des paroles qu’il supportait mal d’entendre, même sous la forme d’une boutade, et elles le confondirent. Ses sourcils se froncèrent sévèrement sous le coup de la colère envers le nom évoqué. Le rosser de but en blanc, au milieu de la rue, comme l’eût fait tout honnête plébéien, était une perspective fort agréable. Imaginer l’amour et lui dans la même phrase nouait sa gorge d’une rage grandissante. Lacroix, ici et maintenant. Il aurait préféré entendre le nom de l’inspecteur que celui de ce révoltant personnage. Oh, lui n’était pas si exécrable que cela. Lacroix n’était véritablement qu’un ridicule simien bien dressé, se contentant de copier les bonnes manières sans en comprendre le sens de la noblesse. Mais sa présence se raccrochait à un souvenir qu’Octave aurait préféré ne mêler en rien à l’instant qu’ils étaient en train de vivre. Même ici, le fourbe s’immisçait. Que ce soit lui, où le géniteur Rowle, ils étaient tous deux condamnés à hanter les moindres recoins de leur vie. A chaque émoi amoureux, ils allaient frémir d’effroi ou de crainte face à l’œil qui les observait d’en haut. A croire que même l’exclusivité de leurs sentiments partagés ne leur appartenait plus, et il y avait une ombre cachée derrière chaque recoin. Ca, ce n’était pas du domaine du mensonge, mais du burlesque. Une grossière plaisanterie de mauvais goût ! L’impossible ! Elle avait dansé avec cette tige maladroite et tordue de bois moisi. Un sortilège de dessèchement sur ses parties génitales allait certainement le faire chanter comme un castrat, ce rustre impolis ! Horrible créature, en rien comparable à ce père… Ah ! Voilà qu’il songeait au père et à cette soirée où tout était né et mort en même temps. Une jolie tendresse sortie des cendres de la colère d’Andreas, la belle affaire. Probablement qu’Octave s’était arrêté de respirer pour ne pas ciller. Finalement il aspira bruyamment l’air pour empêcher un grognement de sortir alors que Cassidy lui offrait le blanc de ses yeux dans une moue moqueuse. Qu’elle était drôle, cette blonde ! Qu’elle était cruelle de le taquiner ainsi.

« Je sais, tu vas me dire que je fais dans l'exagération et que ce n'est pas réaliste. Je peux effectivement beaucoup mieux mentir que ça, et tu le sais pour l'avoir vu aux Trois-Balais. Peu importe. Je ne te mens pas. Quel serait mon intérêt de te mentir et de te faire croire que je t'aime, dis-moi ? Réfléchis à l'environnement dans lequel j'évolue et le contexte actuel, et rends-toi compte de la bêtise de ta réflexion quant au mensonge. »

Ses lèvres bougèrent en silence, voulant former quelques mots, mais l’air manquait à transformer la pensée en phrasé. Ses sourcils s’arquèrent et Octave sembla perdu, à la recherche de ce qu’il avait le droit de dire, si c’était pertinent ou non. Ses lèvres se scellèrent finalement et il ferma les yeux, plissant les paupières pour faire partir la tension qui s’y était accumulée. Sans les rouvrir, il eut un soupir qui finit en une espèce de convulsion mal contenue. La question n’était pas de savoir si elle lui mentait, mais si elle se mentait à soi-même. Il n’avait pas douté de la sincérité de son intention, mais de la compréhension de sa source. Après tout, ce n’était pas une attitude d’exception. Tant de gens autour, sans avoir jamais connu l’amour véritable, le confondaient avec une amourette qui durait tant que tout allait bien. Puis, dès que la première dispute éclatait, le premier mur s’érigeait, l’égoïsme prenait le pas sur la patience et l’amourette se rompait. De n’avoir jamais connu les attachements sincères du cœur, Octave s’était lui aussi déjà imaginé l’amour alors qu’une femme lui prêtait quelques douceurs. A une époque où la tendresse lui fut étrangère, il était, lui semblait-il alors, tombé amoureux d’une jeune serveuse de bar. Elle avait été la première à l’avoir embrassé avec autant de dévotion, sans rage ni possessivité aucune. Devant tant de volupté, il s’était senti fondre et crut à l’amour. Amour qui dura jusqu’à ce qu’il la voie embrasser un autre exactement de la même manière, laissant la même signature sur les lèvres de l’inconnu qu’elle avait jadis abandonné sur les siennes. A dire vrai, Cassidy pouvait avoir plein de raisons de lui mentir, de le faire souffrir. Quand bien même, peut-être ne lui mentait-elle pas… mais était-elle honnête avec elle-même jusqu’au bout ? Elle semblait en être convaincue, même si elle ne comprenait pas jusqu’au bout ses questionnements. Pas la peine, cependant, de se répandre à ce sujet…

Cassidy le détourna de ses pensées en glissant une main froide contre sa nuque et tira dessus pour l’obliger à se rapprocher, ce qu’il fit docilement, ayant enfin la réponse à l’attention quémandée. Elle aussi, s’était penchée vers l’avant et Octave laissa ses mains immobiles, si bien que ses doigts glissèrent dans la crinière dorée, s’y perdant comme dans une forêt jamais parcourue. Les mèches s’emmêlaient en désordre autour de ses phalanges alors qu’il recueillait sur sa joue l’effleurement de deux lèvres emplies de tendresse. Il ferma les yeux par anticipation et demeura figé, attendant, la bouche entrouverte, qu’elle vienne lui offrir le miel de sa caresse enchanteresse. Là, il sentait son souffle chaud de naïade sur sa peau sensible. Elle n’était plus qu’à une infime distance de sa vie embrasée, sa nébuleuse Cassidy ! L’épiderme avide de son corps tendait, frémissait d’impatience alors qu’il était irradié par l’ardeur solaire de sa chaude haleine, balayant l’espace les séparant encore. Après un énième tremblement, elle scella enfin leurs bouches avec tant d’affection qu’il sentit tout son être tenter de se condescendre en cette étreinte intime. Ses mains s’agrippèrent aux cheveux tièdes tandis qu’un timide et à peine audible gémissement raisonna dans sa gorge, sollicitant on ne sait quoi. Avidement, il pressait ses lèvres humides et chaudes contre leurs jumelles, penchant la tête pour mieux les épouser. Avec une passion lascive, il goûtait le parfum sucré de sa salive, redoublant d’ardeur tandis que Cassidy se faisait-elle-même plus fougueuse. Son cœur allait rompre. Plus leur union sacrée se prolongeait, plus il avait chaud, mais continuait à chercher de ses lèvres brûlantes, de sa bouche vorace encore un peu de cet élixir d’amour qu’elle lui offrait. Ils s’enlacèrent ainsi encore un instant, se révélant mutuellement quelques secrets désirs, scellant leur union d’un baiser amoureux. Puis Cassidy se recula, cueillant sa lèvre inférieure tel un fruit rouge, avant de revenir à la charge alors qu’il s’apprêtait à protester qu’il était bien trop tôt. Il aurait tiré sur les cheveux s’il l’avait fallu, mais elle revint à lui encore plus mielleuse qu’avant, l’emplissant de sa douceur nouvelle, dévastatrice. Elle l’abandonna haletant, le regard brumeux et à peine ouverte, avec la sensation de ses lèvres qui le picotaient.

« Je t'aime. Et si tu as encore l'audace d'en douter, je te tords le cou. »

Au travers de ces cils entremêlés, Octave lui rendit son regard, bien moins déterminé que le sien, beaucoup trop dans le vague et éperdument amoureux. La transformation l’embellit. Un sourire se dessina sur ses lèvres carmin, irradiant une adoration souveraine et ce rayonnement exprimait quelque chose de suave et d’humide à la fois. Il semblait fasciné par quelques pensées qui habitaient son esprit tout autant que par ce qu’il avait devant les yeux. Sa poitrine se soulevait avec fièvre tandis qu’il couvait le visage de sa sirène d’un regard empli d’une tendresse intolérable. Complètement démuni, Octave s’émerveillait doucement d’une joie qui lui envahissait le cœur et la pensée, laissant son empreinte sur son visage béat et ouvert comme s’il était prêt à tout accepter de ce monde à condition qu’elle l’embrasse encore. Peu importait sa menace, il était outrageusement heureux. Impudiquement débordant de bonheur.

« La peur fait partie de moi. Je l'ai intériorisée depuis que je suis en âge de comprendre à quel genre de famille j'appartiens.
- D’accord.
-  Ne crois surtout pas que ce soit par peur que je me rattache à toi.
- Ou tu me tords le cou. »
Non, ce n’était pas ça… bah, peu importe.
« Au contraire, me rattacher à toi me fait encore plus peur dans le sens où je t’entraîne avec moi dans une histoire où j'étais normalement la seule impliquée. Quant à mes... aveux comme tu dis, ils ne sont pas précipités. Ils ont peut-être été déclenchés par... par ce qui s'est produit mais en quoi est-ce mal ?
- Je n’en doute pas. »
Encore à côté ?
« Ils existaient déjà avant et être à deux doigts de mourir m'a juste fait prendre conscience qu'il fallait que tu saches... que tu saches que tu as été aimé. Que je t'ai aimé et que je t'aime.
- Ou tu me tords le cou…
- Je ne sais pas ce qui m'arrivera, alors je veux que tu saches. Pour toi, les guerres sont des événements lambda parce que tu n'as jamais connu de personne y étant impliquée aussi personnellement que moi, mais cette guerre n'est pas comme les autres. Je suis en première ligne. As-tu pensé à comment tu géreras mes absences ? Accepteras-tu de me voir revenir blessée ou de savoir que j'ai torturé ou tué pour une cause que je ne supporte pas ? Supporteras-tu tout ça ? Me savoir en danger, ne pas savoir où je suis si je suis convoquée en urgence... Et... Il faut également que tu puisses envisager que je sois un jour tuée. Un duel, un soupçon de la part du Seigneur des Ténèbres, et je suis morte. »

Octave se racla violement la gorge, perdant en un instant l’air repu qu’il affichait et se redressa, sourcils froncés et mine vaguement contrite. Son cœur se serra d’un seul coup, propageant un frisson froid le long de son échine, le rendant d’autant plus sévère. Ses mains quittèrent la belle chevelure et vinrent se poser sur ses jambes croisées, les doigts entremêlés en une broderie fantaisiste. Il prenait un nouveau départ ; changeait d’attitude. Il ne faisait plus la cour, il ne faisait plus preuve d’humour et était parfaitement ancré dans la réalité à tel point que son visage se durcit d’une maturité palpable. Maintenant, il informait, et sa voix sortit brusque, autoritaire. C’était là le ton d’un juge résumant les débats à l’intention du jury.

« Non, les guerres sont des évènements… ordinaires parce que ainsi va la vie. Je sais… que tu peux mourir. Ce n’est pas une opinion que j’aime à avoir, mais c’est tout ce que cela m’inspire. Tout le monde a peur de la guerre parce que personne n’a envie de comprendre comment ça arrive. Qui aimerait comprendre l’état d’esprit dans lequel il faut se trouver pour être prêt et volontaire pour commettre toutes les atrocités qu’on pourrait demander sous n’importe quelle circonstance ? Je ne vois pas la guerre avec légèreté, ce n’est pas parce que je dis que c’est trivial que je ne me rends pas compte de toutes les horreurs que ça implique. Je sais parfaitement que toutes les ombres de la personnalité humaine vont tout droit se confondre en enfer. Les guerres arrivent parce que les gens présument avec plus de facilité qu’ils sont bons plutôt que de reconnaître les parts d’ombre qu’il y a en eux, de l’embrasser et de la comprendre. C’est comme ça qu’on se retrouve avec une frustration qui se transforme en dogme et qui dégénère en guerre. Des populations entières se cachent derrière des bonnes intentions pour paver le chemin de l’immondice. As-tu déjà entendu quelqu’un faire la guerre pour faire le mal ? Non, la cause est toujours noble. J’ai vu tellement d’atrocités commises, tu ne peux même pas t’imaginer le degré de perversion que les gens peuvent invoquer au nom de ce qu’ils pensent juste, tout en continuant à penser qu’ils sont de bonnes personnes parce qu’ils poursuivent une idéologie. Et le plus terrible c’est qu’il y a toujours une raison pour être cruel. La vie en elle-même est déjà injustice et nous sommes tous condamnés à souffrir et tout le monde va mourir, n’est-ce pas suffisant pour devenir aigre et de vouloir se venger de toutes les injustices que tu traverses au cours de ton existence ? »

Octave croisa les bras sur sa poitrine et baissa la tête en fermant les yeux pour réfléchir un instant. Le silence se fit, en son esprit, écrasant et bourdonnant. Ce n’était pas des choses dont il aimait à parler. Finalement, il releva la tête et fixa Cassidy d’un regard cru et sévère. Comme avec tout ce qu’il avait de plus résigné en lui et solitaire, il l’abordait durement, sans prendre de pincettes tant il ne souhaitait à aucun moment entretenir d’illusions à son propre égard des parts sombres de son âme. Sa rudesse n’était en rien dirigée vers Cassidy, mais ne naissait que pour soi.

« Peu de gens reconnaissent le mal qu’il y a en eux, ce pourquoi ils ont tendance à rendre les choses dix fois pire. L’ombre humaine descend en enfer et l’enfer est souvent représenté en forme de spirale, tu sais pourquoi ? Parce qu’il y a toujours pire. Il y a toujours un abruti pour faire pire. Et quand tu ne te reconnais pas et que tu ne te comprends pas jusqu’au bout, tu ne fais pas attention à ce que tu fais parce que tu ne te rends pas compte de ce que tu peux faire. Tu finis d’un côté avec des gens qui, possédés idéologiquement, pensent faire le bien pour ceux qui leur ressemblent, et de l’autre, des naïfs qui rencontrent la guerre comme quelque chose qui n’a jamais fait partie de leur perspective alors que c’est là, tapis en eux. Tous les gens sont capables d’entrer en conflit, de faire la guerre, de se mentir pour se dédouaner du pire. Et la guerre est quelque chose qui ouvre la porte de tout ce qu’il y a de plus mauvais en nous, n’est-ce pas ? Et tout cela est encouragé par des gens comme toi, qui puisent dans leur part d’ombre pour survivre à la force les écrasant. Rares sont les vertueux dont l’opinion se renforce lorsqu’ils rencontrent le mal. Devant l’enfer, les gens se corrompent extrêmement facilement sans jamais oser se le reconnaître, même si ce qu’ils font les rend mentalement et physiquement malade, ils continuent à le faire envers et contre toute morale. C’est une souffrance que l’on accepte. »

La guerre était lambda. Il eut un sourire amère. Oui, d’une certaine manière. Cassidy l’avait souligné avec tellement de légèreté qu’il s’était senti obligé de corriger cette impression qu’il avait dû donner de lui comme éternellement habitué à tout. C’était vrai, mais cela ne voulait pas dire que ca ne lui était pas extrêmement pénible.

« Alors oui, avec cette vision que j’ai des gens et de la guerre, je suis parfaitement préparé à ce que tu ailles contre tes propres principes jusque dans les recoins les plus étendus de la perversion que ton esprit sera capable de tenir pour survivre. Je sais aussi que quelqu’un te rendra peut-être le coup un jour, que tu te feras écraser par la machine infernale qu’est la possession idéologique et complètement insensée des gens que tu côtoies. Et parce que je suis quelqu’un avec peu de principes, j’en comprendrai la nécessité : de tes meurtres, de tes absences, de tes blessures, de tes mensonges, tes cachotteries, tes hontes et tes regrets, tes peurs et tes craintes, tes dilemmes moraux et tes faiblesses d’esprit.  Tu n’es pas la première que j’accepte de voir mourir et souffrir. »

Un picotement le prit aux yeux, comme s’ils furent desséchés et il cligna des paupières pour faire partir la désagréable sensation de larmes mécaniques qui remontaient le long de sa gorge. Dès le début de sa relation avec Jane, elle l’avait mis au courant de sa situation. Toutefois, il était déjà tombé sous le charme. Par prétendue noblesse, il avait consenti à la suivre jusqu’au bout et avait tenu son engagement par amour plus tard, mais aucune supposition ne l’avait préparé à la manière dont tout cela s’était terminé. La seule chose qui le tenait droit en la présente situation était qu’il n’avait eu aucun regret jadis. Il se savait être assez fort pour nourrir cette relation sans s’en trouver irrévocablement détruit, pétri de remords et abattu par la faiblesse d’être abandonné et à nouveau seul.

« Je n’aime pas me mêler aux guerres et aux ambitions des uns et des autres parce que je sais déjà que la seule chose que je vais y trouver c’est de la méchanceté et du mal, de la cruauté et beaucoup, beaucoup de souffrance. Une souffrance qui rend petit à petit tout le monde fatigué et encore plus cruellement résigné, impuissant. Trop peu en prennent conscience et encore moins gardent une ligne droite envers et contre tout. Tu es contre le Seigneur des Ténèbres, mais regarde où ça t’a menée. La dictature ou l’opposition, c’est la même racine. Un combat contre une force opposée qui croit prendre source dans le bien commun. Parfois un miracle de bravoure se produit, mais c’est incroyablement rare. Je ne suis pas sensible à cela, je n’y accorde aucune empathie parce que bon sang, je sais à quoi m’attendre. Il n’y a que des exceptions infimes, comme toi, qui me font reconsidérer mes engagements, et ces engagements-là n’ont jamais aucun rapport avec le contexte. Tout le monde a toujours subi la guerre de la même manière et ici, c’est inlassablement le même scénario qui se répète. Tout le monde sait ce qui ne va pas, mais personne ne fait rien pour y remédier parce que c’est plus facile de se mentir à soi-même plus que d’essayer de s’améliorer. »

Il avait craché ces dernières paroles avec un désespoir mêlé à de la fatalité depuis longtemps enracinée dans son esprit. Son visage eut l’air peiné.

« Ne crois pas que parce que je te dis tout ça que je m’exclus du lot de ces gens. Je n’ai aucune illusion à mon sujet et le fait que je reconnaisse rester à l’écart en est la preuve. Envisager le fait d’aller contre ses propres principes est quelque chose que j’ai rencontré bien avant de te connaître alors savoir que tu en fais de même de ton côté… ce serait mal venu de ma part que de te faire la morale à ce sujet. L’autre raison pour laquelle je préfère rester étranger c’est que… C’est un principe qui s’applique extrêmement bien à mon sujet : ne fais pas ce que tu ne veux pas devenir. Et c’est ce que je m’efforce de faire depuis un certain temps autant que possible. La souffrance me rend mauvais. La corruption réveille des mécanismes rouillés que j’ai soigneusement enterrés. J’essaye de m’améliorer. Vraiment. Et je pense sincèrement que la seule manière d’améliorer la situation globale est de commencer par être responsable de soi-même et des actes que l’on commet. »

A ce point, Octave ne savait plus exactement ce qu’il avait prouvé ou réfuté. Pour quelle partie il plaidait, si tant est qu’il plaidait pour une partie quelconque. Mais jusqu’au dernier instant, ces phrases avaient jailli de la bouche avec l’authentique passion que caractérisait l’expérience. Il avait cru en chacune d’entre elles, les administrant au monde comme des coups de fouets pour le réveiller. S’il avait passé la plus grande partie de son existence corrompu, ayant beaucoup de mal à accepter ses souffrances, ce qui l’avait rendu d’autant plus virulent et violent, Octave avait fini par percevoir au loin les esquisses des vertus qui étaient importantes en cette vie. La beauté, le courage, la vérité. Il passa une main dans sa nuque, là où Cassidy avait abandonné la trace glacée de ses doigts. Il avait envie de la sentir encore, mais n’était pas certain qu’elle s’aventurerait à le faire précisément maintenant.

« Je ne prends rien à la légère. Je m’efforce de voir les choses du bon côté autant que possible. Parce que si je ne le fais pas, tu n’aimeras pas la personne que je risque alors de redevenir… Je préfère rester spectateur parce que au fond, je suis fait pour la guerre. Et j’attends inlassablement l’exception qui me fera frémir et qui me donnera la force d’être bon au milieu des décombres. Alors… quoi qu’il t’arrive, quoi que tu fasses, j’aimerai que tu viennes me voir et que tu n’hésites jamais à me dire ce qui te pèse. Quoi que cela puisse être. Encore plus que savoir que je fus aimé, je voudrais savoir que j’ai bénéficié de ta confiance. Mais pour pouvoir être un convenable appui, je dois savoir. Autant que j’en ai le droit et sans que cela n’entre en conflit quelconque avec d’autres principes que tu souhaites entretenir. »

Octave défit ses bras, sourit faiblement et passa l’une de ses chaudes paumes sur la petite joue rougie de Cassidy. Son pouce caressa doucement la pommette saillante un instant avant qu’il ne se penche et ne colle son front contre celui de la jeune femme, observant son visage devenu flou. Il soupira lourdement et murmura :

« Je sais que tu peux mourir, et je n’y suis pas préparé. Je ne pourrai jamais, c’est impossible. Je préfère envisager l’avenir comme si tu n’allais jamais mourir, parce que sans ça la vie serait impossible et insensée. Je veux qu’on parte en Australie en février pour aller voir cette fleur dont je t’ai parlé, je veux t’emmener dans le sud de la France, à Grâce, où ils fabriquent du parfum et dont les paysages sont recouverts de lavande. Je veux t’emmener au cinéma, consacrer des soirées entières à rester devant une cheminée et à lire des livres. Toi, un manuel sur des potions et moi, quelque chose de moldu, bien sûr. A un moment, parce qu’il arrivera fatalement, j’en aurai marre de te voir te consacrer aux potions et je commencerai à te faire des lectures à voix haute d’Andromaque ou du Paradis Perdu. Je te montrerai un jour ma maison et mes chats, ma collection de tableaux étranges peints par un schizophrène polonais. Je me ferai du thé, et pour toi, du café, parce que je saurai que tu n’aimes pas le thé. Tous les matins tu me caresseras la nuque, parce que c’est là que j’aime le plus à être touché. Tu me parleras pendant des heures sur les vertus des divers ingrédients qui existent et je te poserai plein de questions au point où tu n’en pourras plus… Et si la mort venait à faucher l’un d’entre nous, elle le fera comme il faut, par surprise, alors qu’on aura tous les deux eus jusqu’au dernier instant la tête emplie de rêves. Alors non, je n’envisage pas ta mort. Seulement la manière dont je peux au mieux t’aider dans tes épreuves. Et je ne veux pas non plus savoir que tu m’as aimé. Je veux savoir que tu m’aimes. Et si j’en doute, tu me rompras le cou. La seule chose qui m’inquiète, c’est que tu te rendes compte que les espoirs que je te conte ne sont pas à la hauteur des souffrances qu’il faut endurer pour pouvoir les vivre. Ou même, les espérer. J’ai peur qu’un jour, tu te réveilles à côté de moi et que tu me regardes comme le seul coupable de cette situation. Tu dis que c’est toi qui m’embarque là-dedans, mais c’est faux. J’ai été le premier à te provoquer en connaissance de cause. Je ne veux pas que souffres au point de ne plus pouvoir me supporter parce que je te renverrai l’image de celui qui t’as imposé cette vie insupportable. »

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MessageSujet: Re: [5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice. Ven 9 Juin 2017 - 18:24

Ce sujet de discussion risquait bien d'être toujours l'un de leurs points de discordance et cela la fit doucement sourire. Leurs points de vue sur la guerre. A l'heure actuelle, du haut de ses vingt-deux ans, Cassidy n'avait pas la même expérience que lui, certes, mais la seule guerre qu'elle avait vécu, elle n'avait pas le moyen échapper et était en première ligne. Avant elle aurait pas eu peur de devoir mourir, désormais, elle l'avait lui, et de plus elle savait que quelque chose de bien plus important se tramait pour l'avenir du monde sorcier si le Directeur l'avait choisie et prenait de son temps - pourtant bien chargé - pour lui enseigner les potions au point de l'emmener se les geler en Albanie et de lui avoir fait part de son projet d'assassiner un inspecteur, même s'il semblait avoir abandonné l'idée. A vrai dire, elle ne l'avait encore révélé à personne car la décision était toute récente dans son esprit, mais elle ne validerait pas sa troisième année. Elle redoublerait après la guerre qui menaçait d'éclater à tout instant, car elle aimait les potions et tenait plus que tout à terminer un cursus, mais... en ferait-elle son métier, comme l'avait fait Andreas ? Cela restait à voir. Toujours était-il qu'en l'état actuel des choses, avec en prime, Slughorn qui la fuyait comme la peste et avait tendance à délaisser certains de ses cours, la jeune femme s'était intérieurement résignée. Elle ne validerait pas cette année. Elle avait par ailleurs laissé tombé son sujet de recherche et les feuilles témoignant du travail acharné dont elle avait fait preuve depuis Septembre, prenait désormais la poussière.

Elle l'aimait. Bon sang qu'elle l'aimait. Il aurait fallu être idiot pour ne pas s'en apercevoir. Elle l'aimait comme les fleurs aimaient le Soleil. Elle l'aimait comme les abeilles ne pouvaient se passer de pollen. C'était d'une évidence. Et pourtant, cela lui restait inexplicablement hors d'atteinte. L'amour s'expliquait-il ? Enfant conçue sans amour, dans un écart de cuisses, sans douceur, elle devait être la première Rowle à ressentir ce sentiment. Et tandis qu'il parlait, de choses probablement sérieuses aux vues de son air sombre, elle l'aimait. Elle l'aimait gai, elle l'aimait taquin. Elle l'aimait sombre et maléfique. Elle aimait son esprit tortueux et elle aimait son corps. Elle l'aimait en entier, peu importe ce qu'il pouvait être en train de lui raconter. C'était probablement sérieux, mais pour l'heure, après l'abandon ressenti, la marque fraîche gravée dans son bras, elle n'était pas en état pour entrer dans un débat, ni dans une discussion sur la nature de la vie, ni sur la logique et la nécessité de guerres pour évoluer. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle l'aimait. De ses lèvres fines qu'elle aimait tant embrasser, s'échappaient des sons mélodieux aux basses enchanteresses auxquelles elle ne pouvait résister. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui déclamait, juste elle écoutait sa voix ; cette dernière imprégnant chaque parcelle de son être, pour ne jamais l'oublier. Dire qu'il lui avait promis de lui être fidèle et de rester près d'elle. C'était comme s'enfoncer dans un nectar de miel. Lachant un petit soupir, elle le regarda croiser les bras et fermer ses yeux de jade pourvus de longs cils. Un instant, il releva les yeux vers elle et la toisa d'un regard dur alors que les prunelles turquoises ne faisaient que lui crier leur amour.

« Peu de gens reconnaissent le mal qu’il y a en eux, ce pourquoi ils ont tendance à rendre les choses dix fois pire. L’ombre humaine descend en enfer et l’enfer est souvent représenté en forme de spirale, tu sais pourquoi ? Parce qu’il y a toujours pire. Il y a toujours un abruti pour faire pire. Et quand tu ne te reconnais pas et que tu ne te comprends pas jusqu’au bout, tu ne fais pas attention à ce que tu fais parce que tu ne te rends pas compte de ce que tu peux faire. Tu finis d’un côté avec des gens qui, possédés idéologiquement, pensent faire le bien pour ceux qui leur ressemblent, et de l’autre, des naïfs qui rencontrent la guerre comme quelque chose qui n’a jamais fait partie de leur perspective alors que c’est là, tapis en eux. Tous les gens sont capables d’entrer en conflit, de faire la guerre, de se mentir pour se dédouaner du pire. Et la guerre est quelque chose qui ouvre la porte de tout ce qu’il y a de plus mauvais en nous, n’est-ce pas ? Et tout cela est encouragé par des gens comme toi, qui puisent dans leur part d’ombre pour survivre à la force les écrasant. Rares sont les vertueux dont l’opinion se renforce lorsqu’ils rencontrent le mal. Devant l’enfer, les gens se corrompent extrêmement facilement sans jamais oser se le reconnaître, même si ce qu’ils font les rend mentalement et physiquement malade, ils continuent à le faire envers et contre toute morale. C’est une souffrance que l’on accepte.
- Alors... Tu es capable d'aimer une naïve comme moi, qui puise dans ma part d'ombre sur-développée pour survivre en écrasant ceux qui me tueraient sans remords s'ils s'avaient ? »

Elle l'aimait fataliste. Elle l'aimait résigné.

« Alors oui, avec cette vision que j’ai des gens et de la guerre, je suis parfaitement préparé à ce que tu ailles contre tes propres principes jusque dans les recoins les plus étendus de la perversion que ton esprit sera capable de tenir pour survivre. Je sais aussi que quelqu’un te rendra peut-être le coup un jour, que tu te feras écraser par la machine infernale qu’est la possession idéologique et complètement insensée des gens que tu côtoies. Et parce que je suis quelqu’un avec peu de principes, j’en comprendrai la nécessité : de tes meurtres, de tes absences, de tes blessures, de tes mensonges, tes cachotteries, tes hontes et tes regrets, tes peurs et tes craintes, tes dilemmes moraux et tes faiblesses d’esprit. Tu n’es pas la première que j’accepte de voir mourir et souffrir. »

Et il continua à parler. Un mouvement de catharsis.

Cette femme. Il l'avait déjà évoquée à l'hôtel. Un amour trop vite parti. Cassidy ne pouvait pas comprendre de qu'Octavius ressentait puisqu'à ses yeux, le bibliothécaire était le seul qu'elle avait jamais aimé. Cette dernière phrase lui vrilla l'estomac et lui fit baisser les yeux. Que faire ? Que dire ? Fallait-il ? Il lui semblait que non, pourtant, un mot franchit ses lèvres alors que ses yeux restaient fixés sur le sol :

« Merci. »

Les prunelles de jade se relevèrent tandis que ses mains rampèrent vers celles légèrement calleuses du sorcier pour venir se nicher dedans.

« Je ne sais pas qui elle était et je ne veux pas le savoir tant que tu ne seras pas prêt. Et si tu ne l'es jamais, ce n'est pas grave. Je suis pas elle, et je ne serai jamais elle. Je ne la remplacerai jamais Octavius. Jamais je ne chercherais à te la faire oublier et à prendre sa place. J'espère juste que tu as encore assez de place en toi, pour moi. Je suis petite tu sais. »

Elle esquissa un maigre sourire, mais il continua, dans un mouvement de catharsis.

« [...] Tu es contre le Seigneur des Ténèbres, mais regarde où ça t’a menée. La dictature ou l’opposition, c’est la même racine. Un combat contre une force opposée qui croit prendre source dans le bien commun. Parfois un miracle de bravoure se produit, mais c’est incroyablement rare. Je ne suis pas sensible à cela, je n’y accorde aucune empathie parce que bon sang, je sais à quoi m’attendre. Il n’y a que des exceptions infimes, comme toi, qui me font reconsidérer mes engagements, et ces engagements-là n’ont jamais aucun rapport avec le contexte. [...]
- Ce n'est pas là où ça m'a menée. J'y étais avant ma naissance. Je n'ai eu aucun choix Octavius. Jamais. Sauf... Celui de choisir si je luttais contre Père qui n'aurait pas hésité à me tuer si je m'opposais à sa volonté, ou de me forger une carapace encore plus forte pour survivre. Je ne peux pas être neutre. Mon histoire ne me le permet pas... et mes valeurs morales non plus. Je suis désolée de ne pas être telle que tu le voudrais, d'être de la même racine qu'eux... »

Et il continua. D'après lui, la guerre avait tendance à réveiller une part de lui pouvant être jugée de monstrueuse à ses yeux, et pourtant, elle ne fuyait pas, non. Elle restait là, silencieuse - du moins autant que possible - à l'écouter. L'écoute était une qualité certaine chez la jeune femme, tout comme son sens de l'observation accru, aussi regarda t'elle ses lèvres fines se mouvoir dans un mouvement hypnotique.

« Ne fais pas ce que tu ne veux pas devenir... » C'est un noble principe, effectivement. Malheureusement, tu ne pourras le retrouver chez moi. Du moins, tant que la guerre ne sera pas finie. Pour le moment, je suis enchaînée par la marque mais aussi par le lien mental qu'elle a tissé en moi. »

« Je ne prends rien à la légère. Je m’efforce de voir les choses du bon côté autant que possible. Parce que si je ne le fais pas, tu n’aimeras pas la personne que je risque alors de redevenir… Je préfère rester spectateur parce que au fond, je suis fait pour la guerre. Et j’attends inlassablement l’exception qui me fera frémir et qui me donnera la force d’être bon au milieu des décombres. Alors… quoi qu’il t’arrive, quoi que tu fasses, j’aimerai que tu viennes me voir et que tu n’hésites jamais à me dire ce qui te pèse. Quoi que cela puisse être. Encore plus que savoir que je fus aimé, je voudrais savoir que j’ai bénéficié de ta confiance. Mais pour pouvoir être un convenable appui, je dois savoir. Autant que j’en ai le droit et sans que cela n’entre en conflit quelconque avec d’autres principes que tu souhaites entretenir. »
- Je... Je n'en n'ai pas l'habitude. Pas du tout à vrai dire mais... Rien que tout ce que je t'ai confié n'est-ce pas une preuve de ma confiance ? Enfin, je ferai de mon mieux, bien que j'ai souvent tendance à intérioriser avant d'exploser. Je tenterai d'éviter l'explosion en te parlant. »

Lentement, il passa l'une de ses paumes chaudes sur sa joue. La caresse ne dura qu'à instant. Il posa son front contre celui de la jeune femme avant de soupirer dans un murmure :

« Je sais que tu peux mourir, et je n’y suis pas préparé. Je ne pourrai jamais, c’est impossible. - la jeune femme grimaça - Je préfère envisager l’avenir comme si tu n’allais jamais mourir, parce que sans ça la vie serait impossible et insensée. Je veux qu’on parte en Australie en février pour aller voir cette fleur dont je t’ai parlé, je veux t’emmener dans le sud de la France, à Grâce, où ils fabriquent du parfum et dont les paysages sont recouverts de lavande. Je veux t’emmener au cinéma
- Où ça ?
- ... consacrer des soirées entières à rester devant une cheminée et à lire des livres. Toi, un manuel sur des potions et moi, quelque chose de moldu, bien sûr. »

Un petit rire échappa à la jeune femme qui visualisait la scène idyllique qu'il lui dépeignait.

« [...] A un moment, parce qu’il arrivera fatalement, j’en aurai marre de te voir te consacrer aux potions et je commencerai à te faire des lectures à voix haute d’Andromaque
- de qui ?
-... ou du Paradis Perdu. Je te montrerai un jour ma maison et mes chats, ma collection de tableaux étranges peints par un schizophrène polonais. Je me ferai du thé, et pour toi, du café, parce que je saurai que tu n’aimes pas le thé.
- Raté. J'aime aussi le thé, mais un certain type, que je t'apprendrai à faire si tu veux.
- Tous les matins tu me caresseras la nuque, parce que c’est là que j’aime le plus à être touché. Tu me parleras pendant des heures sur les vertus des divers ingrédients qui existent et je te poserai plein de questions au point où tu n’en pourras plus…
- ça ne me dérange pas.
- Et si la mort venait à faucher l’un d’entre nous, elle le fera comme il faut, par surprise, alors qu’on aura tous les deux jusqu’au dernier instant la tête emplie de rêves. Alors non, je n’envisage pas ta mort. Seulement la manière dont je peux au mieux t’aider dans tes épreuves. Et je ne veux pas non plus savoir que tu m’as aimé. Je veux savoir que tu m’aimes. Et si j’en doute, tu me rompras le cou. La seule chose qui m’inquiète, c’est que tu te rendes compte que les espoirs que je te conte ne sont pas à la hauteur des souffrances qu’il faut endurer pour pouvoir les vivre. Ou même, les espérer. J’ai peur qu’un jour, tu te réveilles à côté de moi et que tu me regardes comme le seul coupable de cette situation. Tu dis que c’est toi qui m’embarque là-dedans, mais c’est faux. J’ai été le premier à te provoquer en connaissance de cause. Je ne veux pas que souffres au point de ne plus pouvoir me supporter parce que je te renverrai l’image de celui qui t’as imposé cette vie insupportable. »

Cassidy secoua la tête. Il y avait du vrai... Il y avait du moins vrai dans ce qu'il disait, ce qui rendait la situation bien compliquée à son goût.

« Je veux vivre et partager avec toi tous ces instants dont tu as parlé. Je pourrai même t'emmener en Inde, le pays d'origine du Phénix que l'on peut observer dans leur nid et l'on pourra voler avec mon tapis volant en toute légalité. Je pourrais te faire aussi rencontrer les merveilleuses créatures que sont les Occamy, qui sont originaire de là-bas... Te faire voir mon ancienne académie... On s'est embarqués tous les deux Octavius. Je t'ai repoussé au début, mais je n'avais aucune envie que tu partes. On tourne en rond, cessons ce débat stérile. Je suis aussi fautive que toi, mais je ne regrette pas ma décision. »

Elle posa sa main fraîche sur sa joue, dévoilant par mégarde la marque franchement ancrée sur l'intérieur de son avant bras.

« Je t'aime. Et je suis heureuse d'avoir finalement eu l'occasion de découvrir ce... sentiment avec toi. C'est le plus beau cadeau que tu puisses me faire. »

HJ
Spoiler:
 

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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[5 Octobre 1997] - Brisure d'espérances et invitation au supplice.

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