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[Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre

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SERPENTARD1ère année
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MessageSujet: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Sam 14 Jan 2017 - 10:53






Elle monta les escaliers plongée dans une brume nébuleuse sans qu’elle ne sache si elle était causée par ses yeux humides ou par son état d’hébétude. D’habitude, elle aurait hurlé de voir les escaliers se dérober juste sous ses pieds ou tournoyer alors qu’elle était dessus. Ce soir-là elle s’en fichait – mieux, elle suivrait leur volonté. Elle ne tiqua pas quand elle s’aperçut qu’ils l’avaient menée à la volière.

La lettre dans sa main semblait la brûler toute entière.

Les plumes tournoyaient tout autour d’Andrée et elle s’assit lourdement sur le sol couvert des excréments des hiboux. C’était précisément pour ça qu’elle ne voulait pas avoir d’animal et qu’elle refusait de s’occuper des chouettes du manoir. Elle en avait une sorte de phobie inexplicable. Quand elle était plus jeune, sa mère lui avait expliqué que quelque chose lui était tombé sur la tête, quelque chose de gros et visqueux, quelque chose de lourd et collant ; vu son expression, il n’avait pas été difficile de comprendre de quoi elle voulait parler.

Elle ne pensa même pas à grimacer et promena une main sur les rainures du plancher d’un air absent.

Le vent froid qui sévissait depuis plusieurs jours soufflait par la grande alcôve ouverte devant elle et la morsure du froid se fit bientôt sentir, mais elle ne s’en soucia pas non plus. En réalité, ses yeux étaient déjà trop pleins de larmes pour qu’elle ne se préoccupât d’autre chose.

Comment était-elle censée gérer ça ? Comment était-elle censée comprendre que tout était fait pour elle, dans son intérêt, pour sa vie future ? « Je suis désolée que tu le prennes comme ça, Andrée », qu’elle avait écrit. « Je veux que tu comprennes bien que tout ce que nous faisons, c’est pour te préparer au monde. Tu n’as pas à remettre nos décisions en cause. Et il est peut-être temps de cesser tes caprices d’enfant gâtée, désormais. Toi qui voulais plaire à James, il est peut-être temps que tu y mettes du tien. »

Elle avait fait tellement d’efforts, pourtant. Elle avait ravalé ses pleurs au moment de monter dans le train, elle avait retenu ses moues malheureuses quand ils étaient arrivés en vue du château, elle avait relevé le menton quand il avait fallu coiffer le Choixpeau. Que fallait-il de plus ? Qu’attendaient-ils de plus ?

La vision de sa Bretagne natale passa fugacement devant ses yeux et elle fut prise d’un long frisson qui la fit claquer des dents. Pendant ses leçons particulières, son précepteur lui avait maintes fois montré des images de Beauxbâtons, sa future école disait-il. Les beaux jardins à la française, les toits de tuiles orangées et les murs de pierre ou de briques rouges, la fontaine qui accueillait les visiteurs et l’imposante grille en fer aux moulures compliquées qui les repoussait – en réalité, tout cela l’avait charmée avant même qu’elle ne comprenne ce que ça impliquait. Depuis son plus jeune âge, elle s’était préparée à faire sa vie là-bas ; depuis son plus jeune âge elle n’aspirait qu’à ça. Et là… et là, tout était fichu.

Les autres enfants ne l’avaient même pas remarquée. Là où en France, elle avait toujours charmé son public, conquis les petites filles et même séduit les garçons, en Grande-Bretagne tous l’ignoraient. C’était comme une malédiction des contes que Sally lui lisait auparavant, sauf qu’elle était dix fois pire : elle la broyait comme une petite chose et lui donnait la nausée presque tout le temps.

Si elle avait fait mine de se faire invisible, tout au fond d'elle, elle rêvait qu'on aille vers elle.

Sa main se mit à trembler et elle appuya plus fort sur les lattes de parquet sales. Il fallait que cela cesse. Il fallait qu’elle se reprenne, que la crise passe, que tous ses problèmes trouvent solution.

Même les cours de Sortilège, qu’elle avait pourtant attendus depuis qu’elle en connaissait l’existence, n’avait pas la saveur attendue. Elle faisait face chaque fois aux regards scrutateurs des autres et elle ne comprenait pas. Est-ce que les élèves avaient compris à quel point elle les méprisait ? Est-ce qu’ils savaient à quel point elle ne voulait pas d’eux ? Est-ce qu’ils avaient saisi à quel point elle aurait préféré être ailleurs, loin d’ici, partout sauf ici ? Elle n’en avait rien dit pourtant. Elle s’était tue, elle s’était faite discrète. Je veux juste que ça passe, je veux juste tout arrêter, je veux juste rentrer à la maison.

Le tremblement s’accentua et bientôt son corps entier fut secoué de spasmes violents et incontrôlables.

C’était le soir, il faisait froid, et Andrée pleurait – elle pleurait sur ce qu’elle avait perdu, sur ce qu’elle voulait retrouver, sur ce qu’elle n’aurait jamais plus.




Dernière édition par Andrée de Kerimel le Jeu 6 Juil 2017 - 17:59, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Ven 20 Jan 2017 - 18:58

Le mois de Septembre venait de mourir pour laisser éclore le mois d'Octobre. La jeune femme avait toujours apprécié ce mois – ci qui marquait le début de l'automne, sa saison préférée. Elle aimait voir les arbres changer de couleur. Même la Forêt Interdite semblait plus chaleureuse avec ses feuilles rouges ou orangées, parfois presque dorées.

Mais cet automne – là semblait plus froid, plus pluvieux, que tous ceux que la Poufsouffle avait connus ici. Lina, comme beaucoup d'élèves, avaient dû prendre de nouveaux repères pour vivre dans cette école qu'elle ne reconnaissait presque plus. Mais bien sûr, cette sensation de malaise s'étendait à toute la Grande – Bretagne, voire plus. La jeune sorcière avait souvent pensé à ses parents en ces temps troublés. Sa mère ne sortait presque plus de la maison où elle s'était réfugiée. Son père, juge au Ministère de la Maie travaillait sous tension bien qu'il soit protégé par son statut de sang – mêlé. L'adolescente avait continué à écrire à ses parents, régulièrement, mais depuis son arrivée ici, les lettres étaient directement envoyées à son père au Ministère de la Magie, dans son service. C'était la consigne que Mr. Kaveline avait donné à sa fille, et Lina s'était pliée à la règle.

Ce jour – là, la blairelle s'était levée plus tôt pour écrire, officieusement à ses parents, officiellement à son père. Comme d'habitude, la sorcière avait demandé des nouvelles de ses proches, puis elle avait décrit les récents évènements, ici, à Poudlard. Elle avait ensuite glissé précautionneusement sa lettre dans son sac avant de partir pour son premier cours de la journée. Malgré cette ambiance déplorable, Lina avait décidé de ne pas se laisser aller, et faire les choses par étapes : aller en cours, rendre ses devoirs, maîtriser son Troisième Œil, être utile à l'A.D réussir ses A.S.P.I.C.s. Le programme de l'année s'avérait donc chargé, mais il faudrait faire avec.

Lina décida de monter à la volière un peu avant le repas du soir, histoire de ne pas avoir à courir pour rentrer dans sa salle commune avant le couvre – feu. Il avait plus quasiment toute la journée, et les marches pour monter au royaume des hiboux étaient particulièrement glissantes. Pendant toute son ascension, Lina avait été terrorisée à l'idée de tomber dans les escaliers et de se fracasser le crâne, tout en se disant avec ironie que si elle avait dû mourir ce soir, elle l'aurait forcément vu. Elle ne put s'empêcher de rire à sa propre blague.

Une fois en haut, Lina essora ses cheveux et remercia le ciel d'être encore en vie. La prochaine fois, elle attendrait le matin pour envoyer sa missive. La jeune blairelle entra dans volière. Comme d'habitude, il y avait tout un tas de plumes sur le sol et de fientes. Lina leva le nez pour tenter de repérer sa chouette. Elle s’appétait à l'appeler quand elle cru entendre un sanglot étouffé. La sorcière tourna sur elle – même pour tenter de trouver l'origine du bruit, qu'elle finit par trouver sur le sol.

Une jeune élève se trouvait – là. Une première année vu sa minuscule silhouette et les traits enfantins de son visage. L'adolescente se mordit la lèvre, légèrement gênée de surprendre l'enfant dans un moment aussi intime. Mais l'enfant avait besoin d'aide, et Lina ne pouvait  décemment pas rester là sans rien faire. Lentement, elle s'approcha. Le parquet grinça sous ses pas, mais il était impossible de l'entendre, notamment à cause du vent qui hurlait dans le tour. Avec des gestes empreints de douceur, la jeune femme s'accroupit face à la petite de Serpentard qui semblait en plein désarroi, à deux doigts de la crise d'angoisse. Son visage était baigné de larmes, sa respiration saccadée. Elle était secouée de tremblements violents. Lina repoussa quelques mèches rebelles du visage la verte et argent et posa ses mains sur ses épaules et sortit son plus beau sourire.

«Eh là...  Qu'est – ce qui t’arrive ? »

La Poufsouffle fronça les sourcils. On avait pas idée d'être aussi malheureux à tout juste onze ans. Juste à côté la petite fille se trouvait une lettre. Lina n'osa pas la lire, elle avait peur qu'elle contienne une nouvelle néfaste. Elle se contenta de s’asseoir sur le sol et de passer son bras autour des épaules de la verte et argent. Il faisait froid, et il y avait beaucoup de vent. Une chouette hulula au – dessus de sa tête.

« Je suis Lina Kaveline. Comment tu t'appelles ? ».

La distraction, c'était la solution de Lina. Faire parler la très jeune fille pour tenter de l'apaiser, au moins provisoirement. Il vint à l'esprit de l'adolescente que ce devait être son arrivée à Poudlard qui avait perturbé la Serpentard. Elle avait probablement imaginé un château chaleureux et plein de vie. Au lieu de ça, elle se retrouvait dans un endroit sombre, froid et rempli de Mangemorts. Il y avait de quoi être déstabilisé. L'enfant n'avait pas dû se sentir bien pour sa rentrée, il n'y avait rien de très reluisant dans le fait de se faire répartir sous l’œil malfaisant des Carrows.  D'ailleurs, maintenant qu'elle y pensait, la sorcière se souvenait avoir vu la jeune élève le jour de la Répartition. Lina avait toujours adoré ce moment et elle y accordait toujours une grande importance, même s'il lui arrivait de penser que onze ans c'était un peu tôt pour décider du destin de jeunes gens qui, après tout, n'était encore que des enfants.

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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Dim 22 Jan 2017 - 0:03


Andrée faillit hurler de peur quand des mains inconnues lui dégagèrent le visage. Elle aurait voulu se reculer un peu plus mais la paroi de la tour lui bloquait le dos et des poutres en bois lui interdisaient toute retraite sur la droite. L’élève qui l’avait surprise là s’était plantée en face d’elle et lui obstruait une partie de sa gauche.
 
Soudain, par-delà de la peur qui l’avait traversée quelques secondes plus tard, ce fut la honte d’être vue en position de si grande faiblesse qui prit le dessus. Ses larmes redoublèrent et ses épaules tressautèrent un peu plus. Des mains aériennes se posèrent dessus et limitèrent leur tremblement. « Eh là… » La voix de la fille était douce, calme et rassurante. « Qu’est-ce qui t’arrive ? » Andrée secoua la tête et refusa de lever les yeux vers sa bienfaitrice, même si elle aurait certainement apprécié de voir le visage de la fillette qu’elle consolait. Ses yeux étaient sans doute bouffis et ses joues souillées de larmes – il était hors de question qu’elle se montre ainsi.
 
Du coin de l’œil, la petite fille vit le regard de l’autre s’attarder sur sa lettre qui gisait désormais à terre comme un fantôme de souvenirs oubliés. Elle lui fut reconnaissante de ne pas s’en saisir ; elle trouverait certainement ridicule le fait de pleurer juste parce que sa mère refusait d’accéder à ses caprices.
 
Une nouvelle bouffée d’embarras la saisit et elle se blottit contre l’élève lorsqu’elle lui entoura les épaules avec son bras.
 
Ses habits étaient jaunes et noirs, ses cheveux étaient d’encre et sa peau presque blanche, mais contre toute attente elle lui inspira confiance. Au moins, elle ne l’ignorait pas avec le mépris poli des autres Serpentard et ne l’agressait pas dès qu’elle parlait comme les élèves de son ancienne école en Angleterre. Elle renifla encore une fois à ce souvenir mais le hululement d’une chouette vint couvrir son sanglot.
 
« Je suis Lina Kaveline », dit l’autre avec sa voix bienveillante. « Comment tu t’appelles ?
 
- Je… » Les mots semblaient la fuir et ses yeux se brouillèrent à nouveau, mais elle fit un effort pour continuer. « Je m’appelle… » Elle sentait sa voix trembloter. « … Andrée. » Elle espéra vraiment que Lina l’avait entendue, parce que sa phrase mourut dans son chuchotement et une bourrasque fit grincer la tour en entier.
 
Une chouette passa au-dessus d’elle et elle se serra un peu plus contre la Poufsouffle. « J’ai toujours eu peur des chouettes, c’est un peu bête n’est-ce pas ? » Pourquoi se sentit-elle obligée de le préciser ? Pourquoi se sentit-elle obligée de justifier son besoin pressant d’affection, qu’elle ne parvenait pas à combler depuis plus d’un mois qu’elle était ici ? Auparavant, sa maman l’aurait prise dans ses bras, l’aurait bercée en lui chuchotant des mots doux et l’aurait bordée dans son lit. Elle aurait éteint quelques bougies mais en aurait laissé d’autres allumées pour ne pas qu’elle ait peur des ténèbres de la nuit. Sa chambre se serait vêtue de leurs ombres mouvantes et Andrée se serait amusée à suivre leurs danses jusqu’à ce que le sommeil ne l’engloutisse.
 
À présent, tout cela n’était plus possible, et les dortoirs des Serpentard étaient froids comme de la glace et aussi avenants qu’une prison.
 
Se souvenir de sa maison fit déborder ses yeux et plusieurs larmes s’en échappèrent. Il fallait qu’elle pense à autre chose, qu’elle parle d’autre chose. « Ma maman… » Était-ce vraiment une bonne idée d’en parler maintenant ? « Ma maman ne veut pas me renvoyer en France », fit tout de même Andrée. Elle ne se préoccupa pas du fait que Lina ignorait probablement de quoi elle parlait. « Elle dit que maintenant, ma vie est ici. Que notre vie est ici. Mais moi, je sais bien que non, je sais bien qu’ici ne sera jamais ma maison. Est-ce que le monde me paraîtrait si froid, sinon ? Est-ce que ce qui m’entoure me semblerait si étrange et si menaçant autrement ? » Elle enfoui son visage dans ses mains glacée et un frisson la parcourut toute entière.
 
Le craquement du plancher se fit un peu plus présent et il lui sembla que la tour allait s’effondrer sous les rafales de vent. Dans un état second, les yeux rouges, Andrée s’affaissa un peu plus. Il lui semblait que tout était noir, si noir, et qu’elle ne trouverait jamais sa place parmi ces élèves si brillants, si intelligents, si sociables. Ils étaient si parfaits, ces gens qui l’entouraient. Ils évoluaient autour d’elle comme si elle était un fantôme et elle ne pouvait que les observer, impuissante et coincée dans son malaise.
 
Elle sonda le sol à tâtons et finit par retrouver sa lettre. À force d’être tenue depuis la veille, le papier avait légèrement terni et les coins commençaient à se corner. Des zébrures sans doute dues aux nombreux pliages zigzaguaient un peu partout et fissuraient même certains mots dont l’encre n’avait pas bien tenu. Sans préavis, Andrée la déchira rageusement en dizaines de petits morceaux et les éparpilla avec des gestes furieux. La mâchoire crispée, elle se concentra pour ne pas encore pleurer.
 
« De toute façon, elle n’attendait pas de réponse, cette fichue lettre », cracha-t-elle. « Qu’est-ce que ça peut bien lui faire si je la garde ou non ? »




Dernière édition par Andrée de Kerimel le Jeu 6 Juil 2017 - 18:00, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Sam 28 Jan 2017 - 16:18

Andrée ? Lina fronça les sourcils. Elle était presque sûre que c'était un prénom français. En tout cas,  c'était le pays qu'il lui évoquait. La sorcière s’appétait à lui répondre que c'était un très joli prénom quand une chouette passa au – dessus d'elles. Les muscles de l'enfant se raidirent et elle se serra un peu plus contre son aînée.

« J’ai toujours eu peur des chouettes, c’est un peu bête n’est-ce pas ? »

La jaune et noire haussa les épaules en souriant. Elle n'était pas sûre qu'Andrée ait pu voir ce sourire : il faisait noir et il aurait fallut qu'elle lève son minois pile au bon moment, mais c'était l'intention qui comptait. Avec son pouce, la jeune femme traça de petits cercles sur l'épaule de l'enfant. Tout le monde sur terre avait des phobies et aucune d'entre elles n'étaient ridicules. Ceci dit, il fallait avouer que c'était plutôt dommage d'avoir peur des hiboux dans le monde des sorciers...

« Non ce n'est pas bête... Certains de ces oiseaux ont des serres absolument terrifiantes... »

Et c'était tout à fait vrai. D'autres avaient des airs particulièrement féroces, alors non, franchement, il n'y avait rien de bête là – dedans.  Lina senti de nouveau le petit corps d'Andrée s'agiter : elle recommençait à pleurer. La jeune femme pinça les lèvres, l'enfant semblait inconsolable. Que pouvait bien contenir cette lettre ?

« Ma maman ne veut pas me renvoyer en France. Elle dit que maintenant, ma vie est ici. Que notre vie est ici. Mais moi, je sais bien que non, je sais bien qu’ici ne sera jamais ma maison. Est-ce que le monde me paraîtrait si froid, sinon ? Est-ce que ce qui m’entoure me semblerait si étrange et si menaçant autrement ? »

C'était donc ça. La situation était délicate pour la blairelle. Tout d'abord elle ne connaissait absolument pas l'histoire de cette première année, ensuite, il lui semblait que la mère de cette jeune fille avait raison. Enfin... Peut – être pas sur la forme, mais sur le fond. Andrée était obligée de terminer son année scolaire. Au moins celle – ci... Peut – être pourrait – elle éventuellement rejoindre l'école de Beauxbâtons plus tard ? Lina n'osait pas trop s'avancer, elle avait peur d'aggraver les choses.
Andrée gigota un peu pour saisir la fameuse lettre, puis, sans la moindre cérémonie elle déchiqueta la missive avec une fureur sans nom, provoquant ainsi une véritable avalanche de minuscules bout de parchemins qui s'écroulèrent sur le sol de la volière.

« De toute façon, elle n’attendait pas de réponse, cette fichue lettre. Qu’est-ce que ça peut bien lui faire si je la garde ou non ? »

Lina se racla la gorge, un peu gênée.  Andrée avait déchiré la lettre avec une fureur sans nom, provoquant ainsi une véritable avalanche de minuscules bout de parchemins qui s'écroulèrent sur le sol de la volière.

« C'est ce que ta mère te disait dans la lettre ? Que tu ne pouvais pas rentrer vivre en France ? »

La blairelle se leva un instant. Une fois au centre de la volière, elle tendit le bras et appela sa chouette. C'était un petit animal à l'air boudeur, de la taille d'un gros pigeon. Elle était moins grosse que les trois quarts des oiseaux présents dans la volière, mais Lina adorait son air robuste. Les yeux jaunes de Perséphone se posèrent sur sa maîtresse avant de jeter son dévolu sur l'autre être humain dans la pièce. Au bout de quelques secondes, l'oiseau daigna tendre sa petite patte. Lina y attacha soigneusement sa longue lettre. Elle s'avança ensuite près du fenêtre. Elle caressa le haut de la tête de Perséphone puis elle la regarda s'envoler au loin.

« Tu sais... Je comprends que tout te semble froid ici, Lina retourna s’asseoir en tailleur juste à côté d'Andrée. Elle prit un instant pour choisir, très soigneusement, chacun de ses mots. Les choses ont changées ici depuis que Tu – Sais – Qui est revenu au pouvoir. Mais ta mère a raison. Tu dois essayer de tenir le coup, au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire. Après je ne sais pas, je ne connais pas ton histoire ».

La sorcière se demanda vaguement pourquoi il était si important pour Andrée de retourner en France. Était – elle naît dans ce pays ?  Lina n'avait jamais quitter le Royaume Uni. Sa sœur en revanche l'avait fait, et c'était dans ce maudit pays qu'elle avait perdu la vie, quelque part dans le Sud, pas très loin d'Aix – En – Provence. Évidemment, le pays en tant que tel n'y était pour rien. Mais la jeune femme nourrissait une espèce de … rancœur.

« L'avantage c'est que tu viens de trouver quelqu'un à qui parler quand ça va pas. Je ne vais pas laisser notre chère , Lina prit un accent très parisien, française, toute seule ici ».

La Poufsouffle s'engageait un peu. Mais si elle refusait de laisser l'enfant mourir de peur et d'angoisse. Elle avait fait manifestement beaucoup d'efforts pour répondre aux attentes de sa mère, elle méritait bien un peu de soutien.

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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Jeu 9 Fév 2017 - 17:12


« C’est ce que ta mère te disait dans la lettre ? Que tu ne pouvais pas vivre en France ? » Andrée se demanda brièvement pourquoi la jeune femme se montrait si curieuse envers elle et haussa les épaules. Elle avait tellement peu l’habitude qu’on se préoccupe de ce qu’elle pensait qu’elle avait oublié quel effet cela faisait ; dans une autre vie, dans un autre pays, c’était devenu si naturel…
 
Lina se leva pour aller accrocher son courrier à la patte d’une chouette de la volière. Elle ne paraissait pas méchante mais Andrée préféra rester à une distance prudente de l’animal et se colla contre le mur de la volière.
 
Elle sentit sa bouche tirer vers le bas. « Elle dit qu’elle s’en fiche que je reste ici. Elle dit que la France, c’était avant et que ça ne sera plus jamais mon pays. Elle dit que maintenant qu’on a fait notre vie ici il serait ingrat de partir alors que mon beau-père nous protège. » Son visage se crispa. « Tu parles, il est jamais à la maison et maman fait comme si tout allait bien. La seule personne qui m’aime un peu, c’est Sally, notre elfe de maison. Et je suis sûre que c’est juste parce qu’elle le doit. » Elle suivit des yeux l’oiseau qui s’envolait et se détendit un peu. Alentours, tous les volatiles dormaient et les seuls dont les yeux étaient ouverts se trouvaient à l’autre bout de la pièce ouverte, près des ouvertures qui servaient de fenêtre. L’une d’entre elles y était même perchée et se penchait dangereusement vers l’extérieur.
 
« Tu sais », et la voix de Lina fut comme un écho au travers d’un songe, « je comprends que tout te semble froid ici. Les choses ont changé ici depuis que Tu-Sais-Qui est revenu au pouvoir. » Andrée haussa les épaules. Ce n’était pas tellement l’ambiance qui la dérangeait, même s’il fallait avouer que devoir manœuvrer pour ne pas à avoir à s’exercer en Sortilèges sur des élèves n’était pas la chose la plus plaisante au monde. Elle, tant que les professeurs la laissaient dans son coin, elle s’estimerait heureuse. « Mais ta mère a raison », continua l’autre. « Tu dois tenir le coup, au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire. Après je ne sais pas, je ne connais pas ton histoire. »
 
Andrée bondit comme sur un ressort et s’éloigna de quelques pas précipitamment. Il lui sembla qu’on l’avait piquée quelque part avec une aiguille et que tout saignait à l’intérieur d’elle-même. La colère monta soudain et elle ne chercha pas à se calmer : « Justement, tu connais rien de moi ! Tu peux pas me demander de tenir le coup dans un lieu que je déteste et avec des gens que je déteste ! » Elle hurla de frustration et shoota dans un tas épars de plumes qui traînait là. « Depuis que j’ai quitté la France, c’est comme si mon cauchemar ne s’arrêtait jamais. Le seul endroit où j’étais bien, c’était à la maison quand Sally était à côté de moi. À l’école, les autres se moquaient de mon accent français. Dans les parcs, on me jugeait parce que j’étais étrangère. Et quand j’ai commencé à faire de la magie sans faire exprès, on m’a traitée d’anormal, de démon et de sorcière. Ils tiraient les cheveux pour voir s’ils repousseraient et leurs parents faisaient semblant de ne pas voir parce qu’ils voulaient savoir si c’était vrai. » Sa voix se brisa.
 
Elle se rassit avec une telle violence que ses mâchoires s’entrechoquèrent et elle grimaça de douleur. Elle souffla profondément pour tout évacuer et ravala les larmes qui, à nouveau, souhaitaient sortir. Un moment passa, puis Lina reprit la parole d’une voix toute douce : « L’avantage c’est que tu viens de trouver quelqu’un à qui parler quand ça va pas. Je ne vais pas laisser notre chère française, toute seule ici. »
 
Andrée rigola un peu malgré elle et ses épaules se secouèrent doucement. « Tu imites très mal l’accent français », lâcha-t-elle. Elle réfléchit un instant et parut se décider. « Merci de ton aide, je l’accepte avec grand plaisir. Je n’avais jamais essayé mais parler à quelqu’un fait beaucoup de bien. » Elle observa Lina du coin de l’œil, curieuse de voir si elle avait compris quelque chose. Son visage était plongé dans l’ombre de plus en plus noire du soir tombant et elle se demanda soudain quelle heure il était. Elle avait mangé très tôt, dès que le repas avait été servi en vérité, mais le couvre-feu était fixé à vingt-heures et les Carrow avaient la réputation d’être plutôt intransigeants sur le règlement – du moins sur les points qui leur plaisaient.
 
Elle repensa aux paroles de Lina et soupira. « Je n’avais jamais pensé au fait que l’école puisse être différente de maintenant », avoua-t-elle. « Je veux dire, ma maman a été à Beauxbâtons donc elle n’a pas pu me parler de Poudlard. Et James, c’est mon beau-père, ne parle jamais de sa scolarité. Pour moi, l’ambiance ici est », elle chercha un instant ses mots, « naturelle. À l’image de celle d’Angleterre, un peu. Il fait tout le temps froid et tout le temps sombre mais je pensais que c’était normal dans un si vieux château. Ça devait être encore pire il y a des années, des siècles même. » Elle imagina un instant à quoi pouvait bien ressembler leur école à sa création. Elle était sans doute plus petite et moins imposante. Elle devait être bien moins confortable aussi, malgré ce que Lina en disait. Elle était sûre qu’il y faisait encore plus froid et plus sombre puisque les gens de l’époque étaient tous pauvres – sauf les nobles, mais quel noble irait étudier dans une école alors qu’il pouvait se payer les services d’un précepteur ?
 
Et puis quand les mœurs avaient commencé à évoluer, pendant la Renaissance par exemple, le château avait du commencer à s’agrandir. Elle ne savait pas comment ni dans quelles dimensions, elle ne savait pas s’il avait pris sa taille actuelle en une fois ou si c’était le fruit d’une longue évolution sur plusieurs dizaines d’années – son esprit de petite fille voulait croire à la première option mais quelque chose de plus rationnel en elle penchait pour la seconde – mais elle était certaine que la croissance de Poudlard devait être quelque chose de passionnant à étudier. Sans doute que de grands sorciers avaient contribué à sa construction et à sa protection ; elle avait entendu que de puissants enchantements très difficiles à contourner en gardaient l’entrée et elle se demanda vaguement s’ils étaient le fruit du cerveau de quelque génie ayant auparavant enseigné ici.
 
Au sein des écoles moldues dans lesquelles sa mère l’avait placée, on lui avait parlé de guerres mondiales assez récentes qui avaient touché toute l’Europe et même plus loin. Est-ce que les sorciers de Poudlard y avaient participé ? Est-ce que les communautés magiques avaient offert leur baguette pour défendre leurs pays ? Elle se secoua un peu et cligna des yeux pour reprendre ses esprits. « Poudlard était vraiment différent avant Tu-Sais-Qui ? Je veux dire, c’était vraiment mieux avant ? » Dans sa question, il y avait l’avant Carrow, l’avant Rogue, l’avant Nuncabouc, l’avant torture et l’avant noirceur aussi, mais elle n’eut pas envie de développer et préféra se taire.
 
De toute façon, le malaise dans sa voix disait tout à sa place.




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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Mar 14 Fév 2017 - 20:42

Elle l'avait écouté patiemment, sans rien dire. Et quand Andrée, frustrée, s'était mise à crier, Lina n'avait même pas sursauté. C'était une enfant malheureuse qui se comportait comme tel. Elle s'était brusquement relevée et sa voix, devenue puissante sembla faire exploser les murs de la tour. Plusieurs hiboux, surpris, avaient battus des ailes en hululant. La blairelle venait de mordre là où Andrée avait déjà été blessée. Elle aurait sincèrement voulu faire les choses autrement, mais mentir à la première année aurait probablement était plus cruel, d'autant plus que Lina doutait sérieusement que l'enfant soit stupide : la jeune Serpentard savait probablement qu'il fallait qu'elle tente de s'adapter à cette nouvelle vie. Évidemment que ce serait une épreuve pour elle, Andrée n'avait manifestement pas eu son mot à dire. Le monde devait lui paraître menaçant, obscur et le moindre petit raté devenait un événement insurmontable.

« Justement, tu connais rien de moi ! Tu peux pas me demander de tenir le coup dans un lieu que je déteste et avec des gens que je déteste ! Depuis que j’ai quitté la France, c’est comme si mon cauchemar ne s’arrêtait jamais. Le seul endroit où j’étais bien, c’était à la maison quand Sally était à côté de moi. À l’école, les autres se moquaient de mon accent français. Dans les parcs, on me jugeait parce que j’étais étrangère. Et quand j’ai commencé à faire de la magie sans faire exprès, on m’a traitée d’anormal, de démon et de sorcière. Ils tiraient les cheveux pour voir s’ils repousseraient et leurs parents faisaient semblant de ne pas voir parce qu’ils voulaient savoir si c’était vrai »

Le son de sa voix resta coincée au fond de sa gorge. Épuisée par des sentiments trop abrupts, elle se laissa tomber près de Lina, une nouvelle fois. Cette dernière ne tenta pas d'approche cette fois-ci, il était peut-être encore trop tôt, Andrée était encore en colère, et c'était bien normal.
Alors c'était donc ça l'histoire simplifiée de la verte et argent ? C'était une vie classique finalement, mais qui pouvait être tout à fait douloureuse. On l'avait arrachée à sa terre natale, bien sûr qu'elle souffrait. On lui avait vendu une école qui semblait tout à fait merveilleuse pour finalement l'envoyer dans un château sombre et remplit de Mangemorts. Cette enfant avait eu le monde contre elle.

« L’avantage c’est que tu viens de trouver quelqu’un à qui parler quand ça va pas. Je ne vais pas laisser notre chère française, toute seule ici »

Elle était honnête. Andrée lui faisait penser à un petit animal sauvage qu'il fallait protéger, à la fois des autres, mais aussi d'elle – même. L'enfant lâcha un petit rire, rien de bien folichon, mais c'était un bon début, il aurait été sûrement été difficile d'obtenir plus.

« Ah, ça... ! Je n'ai jamais prétendu être douée... »

Andrée sembla hésiter un instant avant de se lancer pour baragouiner quelque chose. La jaune et noire comprit qu'il s'agissait en fait d'une tirade en français. Elle n'avait compris que le mot « Merci », en autre parce qu'avant que sa sœur parte en voyage scolaire dans ce maudit pays, la jeune femme l'avait aidé à apprendre quelques rudiments de la langue, des petits mots du style « Bonjour », « Merci », « Au revoir », « Je m'appelle Victoria », etc...  La blairelle, fidèle aux valeurs véhiculées par sa maison, lui sourit presque tendrement. Elle n'avait certes saisit qu'un seul mot dans cette longue phrase, mais elle avait comprit l'idée général, du moins l'espérait – elle. En signe de sympathie, Lina lui donna un coup d'épaule, très léger.

« Je n’avais jamais pensé au fait que l’école puisse être différente de maintenant. Je veux dire, ma maman a été à Beauxbâtons donc elle n’a pas pu me parler de Poudlard. Et James, c’est mon beau-père, ne parle jamais de sa scolarité. Pour moi, l’ambiance ici est... Naturelle. À l’image de celle d’Angleterre, un peu. Il fait tout le temps froid et tout le temps sombre mais je pensais que c’était normal dans un si vieux château. Ça devait être encore pire il y a des années, des siècles même »

La Poufsouffle eut un petit rire. Décidément, Andrée n'en démordait pas... Mais elle avait probablement le droit de voir l'Angleterre et le château de cette manière. C'était un peu délicat pour Lina de voir son pays et son école critiqués ainsi, mais elle aurait très certainement dit la même chose si elle avait dû se retrouver en France. Tout bien réfléchi, Lina aurait été pire.

« Tu es un peu dure... »

Le ton n'était pas agressif, mais chaleureux, montrant ainsi qu'elle n'en voulait pas le moins du monde à Andrée. D'autant plus qu'en étant à Serpentard, elle passait le plus clair de son temps dans les cachots : il y avait quand même des endroits plus agréables que ces longs couloirs humides, sombres et puants.

« Poudlard était vraiment différent avant Tu-Sais-Qui ? Je veux dire, c’était vraiment mieux avant ? »

Lina prit un instant. Bien sûr que les choses étaient mieux avant. Depuis que Rogue était à la tête de l'école, la jeune femme avait l'impression de voir la vie en noir et blanc. Elle avait vu d'anciens amis être forcés de rejoindre Nuncabouc, et de sa table, elle les voyait, affamés, obligés de se nourrir de restes, parfois avariés. La sorcière aurait voulu faire comme en cinquième année, et s'enfermer dans le travail pour ne rien voir autour d'elle. Mais il y avait des choses qu'on ne pouvait pas laisser passer...

« Eh bien déjà, la cinquième maison n'existait pas. Les repas étaient plus gais. Le château, globalement, était plus vivant, plus bruyant. Je ne sais pas à quoi ressembleront les banquets d'Halloween ou de Noël cette année, ni même s'il y en aura, je peux t'assurer qu'ils étaient fabuleux. Tu n'es pas obligée de me croire, mais je peux t'assurer que le château était beaucoup plus chaleureux ».

Lina eut un sourire radieux. L'ancien Poudlard lui manquait terriblement : même les mauvaises blagues de Peeves. Elle se souviendrait toujours des adieux de Fred et George Weasley.  La sorcière jeta un regard circulaire à la pièce. Mais voilà, Celui – dont – on – ne – doit – pas – prononcer – le – nom avait prit le pouvoir, sous le nez du Ministère de la Magie, et il avait sonné le glas d'une époque. La poitrine de la blairelle se serra un peu et son sourire se mua en une espèce de grimace.

« Si tu savais comme je les déteste ces... »

Ce n'était qu'un murmure, à peine audible. Lina avait retenu les derniers mots, évitant ainsi le pire. Il y avait des choses qu'on ne pouvait plus dire à Poudlard. Elle ne pouvait pas expliquer à quel point elle haïssait les Mangemorts et leur Maître, d'abord parce qu'ici, même les murs avaient des oreilles, mais aussi parce qu'elle ne savait pas exactement dans quel camps Andrée se trouvait...

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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Jeu 23 Fév 2017 - 14:12


Andrée était plongée dans ses pensées et elle fut surprise quand Lina prit la parole. En fait, elle n’était même pas sûre d’avoir attendu de réponse de sa part mais elle tendit l’oreille parce que malgré tout, le sujet l’intéressait. « … plus vivant, plus bruyant », disait-elle sur le château, et la fillette n’était pas certaine qu’elle aurait apprécié de vivre dans un endroit aux habitants trop tapageurs. Mais elle n’osa rien dire et se contenta de faire la moue. Lina continuait à parler, plongée dans ses souvenirs comme si elle regrettait les années passées.
 
En fait, c’était sans doute le cas.
 
L’étincelle dans les yeux de la jeune femme était fascinante et Andrée se prit à croire que peut-être, un jour, elle aurait la même qui danserait dans son regard. « Comme tu le racontes, le château avait l’air beau », dit-elle néanmoins, parce qu’elle avait le sentiment qu’il fallait qu’elle soit reconnaissante à Lina pour ses confessions. Elle n’était pas douée en remerciements mais elle pouvait toujours lui montrer qu’elle l’avait écoutée avec attention. « Mon beau-père m’a raconté que pendant les repas, à Poudlard, il y avait plus d’un millier de desserts. J’ai compté à la rentrée et il y en avait moins d’une vingtaine… » Même s’ils étaient très bons, se retint-elle d’ajouter. Elle se leva et se tourna face à la Poufsouffle. Tout à coup, l’immobilité lui pesa. « L’école a l’air d’avoir vraiment beaucoup changé. »
 
L’expression de Lina se transforma imperceptiblement et son visage lui parut soudain plus crispé. Andrée ne sut jamais si c’était de la tristesse profonde, de la colère refoulée ou un mélange plus complexe de sentiments pas très joyeux mais elle se sentit obligée de détourner la tête. « Si tu savais comme je déteste ces… » Mangemorts, compléta Andrée à sa place, mais elle ne le dit pas parce qu’elle n’était pas assez courageuse.
 
Elle aussi les détestait – de tout son corps et de tout son cœur. Même Mr Leigh, pourtant fiancé à sa maman, elle ne l’aimait pas vraiment. Elle en avait peur, elle voulait son respect, mais elle n’avait aucune affection pour lui et elle avait bien souvent du mal à le cacher. Mais elle en avait besoin si elle voulait atteindre son objectif – c’était coopérer avec les puissants ou rien du tout.
 
Son corps se tendit et elle espéra que ça ne se verrait pas dans l’obscurité de la nuit. Elle ne voulait pas que Lina croie qu’elle était pro-Mangemorts – mais paradoxalement, elle ne voulait pas non plus qu’elle pense qu’elle leur faisait la guerre. Elle la connaissait depuis si peu de temps et les gens étaient généralement si peu digne de confiance – même si elle lui avait promis qu’elle la protégerait, pouvait-elle juste se confier comme ça, sans aucune crainte des conséquences que ça pourrait avoir ?
 
« Ils », Lina saurait qu’elle parlait des Mangemorts, n’est-ce pas, même si elle omettait de les nommer ? « Ils sont un peu effrayants », dit-elle d’une toute petite voix. Elle pensa aux Carrow devant lesquels elle se liquéfiait en voulant bien faire. Elle pensa aux Nuncabouc, seuls et isolés, enfermés dans leur misère sans que personne ne vienne les aider, et elle se sentit minable dans sa propre lâcheté. Elle tenta d’imaginer ce qu’il se passerait si l’un des Carrow lui demandait de leur lancer des sorts et à sa plus grande horreur elle s’en pensa tout à fait capable. « Ils… on dirait qu’on peut leur résister, comme ça, de loin, mais en réalité ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? On est obligé de faire ce qu’ils veulent, sinon c’est nous qui servons de cobaye. »
 
Andrée jeta un regard craintif vers l’entrée de la volière pour vérifier que personne n’arrivait. Elle ne sous-entendait pas vraiment qu’elle les détestait, n’est-ce pas ? Ce n’était pas ce qu’elle avait dit ; il n’y avait aucune raison de craindre une intervention extérieure puisque qu’elle ne dénigrait pas les Mangemorts – ni les Carrow, en particulier. Jamais, jamais. Il serait vraiment trop imprudent de le faire – alors ce n’était pas ce qui était ressorti de son discours, n’est-ce pas ?
 
Une œillade vers Lina, et elle tenta de se justifier : « Enfin, je veux dire, ils sont vraiment très impressionnants et ils dégagent beaucoup d’autorité, alors c’est dur de leur dire non. Mais c’est plutôt une qualité, pas vrai ? » Elle sentit sa pirouette affreusement bancale et elle se mordit les lèvres.
 
Et si les sbires de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom avaient mis des mouchards dans la volière ? Et si les hiboux étaient doués d’une quelconque forme de langage et étaient sur le point d’aller tout rapporter à la Direction ? Et si à cause d’elle sa maman se faisait arrêter, soupçonnée de complicité ? Et s’ils l’arrêtaient elle parce qu’elle avait dit les mauvaises choses au mauvais endroit ? Et si Mr Leigh, par un mystérieux procédé, était amené à entendre ce qu’elle venait de lâcher et décidait de ne jamais renvoyer Andrée en France ?
 
La fillette baissa brusquement la tête en serrant les poings si fort qu’elle eut peur de s’arracher la peau. C’était pour ça qu’elle préférait généralement réfléchir avant de parler et qu’elle détestait quand sa spontanéité naturelle reprenait le dessus. Généralement, elle parvenait plutôt bien à se contrôler et ses actions étaient presque toujours guidées par une intense méditation préalable, mais il arrivait parfois que le contrôle de ses idées lui échappe et que tout se mette à l’envers – comme en cet instant très précis.
 
Merlin, qu’est-ce qu’elle pouvait se maudire parfois. « C’est », les mots ne semblaient pas lui venir naturellement, « tu as compris ce que je voulais dire, hein ? Tu as compris que, euh, ils n’étaient pas mes ennemis ? »
 
Ce qu’elle disait n’avait réellement pas de sens, se lamenta-t-elle silencieusement. Heureusement que Lina ne semblait vraiment pas du côté des Forces du Mal. Andrée devait juste avoir l’air schizophrène et bipolaire – est-ce qu’ils connaissaient ces maladies chez les sorciers ? Le Seigneur des Ténèbres devait l’être un peu pour être aussi cruel.
 
Aussitôt elle obligea ses pensées à faire demi-tour, catastrophées. Si même son esprit réfléchissait n’importe comment, alors elle était définitivement perdue.




Dernière édition par Andrée de Kerimel le Jeu 6 Juil 2017 - 18:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Jeu 2 Mar 2017 - 23:30

« Ils sont un peu effrayants. Lina couvrit l'enfant de son regard émeraude en fronçant très légèrement les sourcils. Ils… on dirait qu’on peut leur résister, comme ça, de loin, mais en réalité ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? On est obligé de faire ce qu’ils veulent, sinon c’est nous qui servons de cobayes ».

La Poufsouffle soupira en hochant la tête de gauche à droite, en signe de dénégation. C'était, bien sûr, ce qu'ils voulaient faire croire. Andrée se trompait dans son analyse, mais comment lui en vouloir après tout : notre vision du monde n'était pas la même à tout juste onze ans. On ne pouvait pas lui demander d'entrer dans la Résistance, ça impliquait trop de sacrifices. D'autant plus qu'Andrée semblait être terrifiée par le monde autour d'elle. Lina la soupçonnait d'être de ceux qui se servait de la peur comme moteur pour fuir. Mais encore une fois, elle lui donna pour excuse d'être une enfant. On devient plus courageux en grandissant. C'était du moins ce qu'elle espérait, même si Andrée n'était pas une Gryffondor.

La verte et argent sembla douter d'elle – même. Avec un air presque confus, elle regarda la Poufsouffle. Ses mots étaient faiblards, et ressemblaient à s'y méprendre à des excuses. Mais à qui étaient – elles destinées ? Impressionnant et qualité dans une même phrase traitant des Mangemorts. La jaune et noire pinça ses lèvres rouges. Andrée avait – elle peur d'être écoutée en cet instant ? Ou pensait – elle vraiment ce qu'elle racontait ? L'enfant semblait tellement se soucier du regard des autres, en tout cas de celui de ses parents, désirait – elle également rentrer dans les bonnes grâces des Mangemorts ? Pourquoi ?  Sa famille se trouvait – elle être proche de Vous – Savez – Qui ?

« Andrée tu ne... »

Le ton de Lina avait quelque chose d'étrange. Elle aurait voulu lui expliquer qu'il fallait pas avoir peur, qu'il fallait pas se laisser faire, qu'elle n'était pas toute seule, qu'il y avait toujours une solution, quelque chose à faire. Qu'on ne pouvait pas les laisser gagner. Mais Andrée lui coupa la parole, peut – être de façon involontaire. L’œil scrutateur de la blairelle nota que le corps de la Serpentard s'était raidi. Elle serrait les poings très fort, elle avait également baisser sa tête brune.

« C'est... Tu as compris ce que je voulais dire hein ? Lina haussa les épaules. Tu as compris que euh... Ils n'étaient pas mes ennemis ».

Ces propos manquaient de cohérence et déstabilisaient Lina qui ne savait pas trop sur quel pied Andrée était entrain de danser. Était – elle contre le régime actuel, sans oser l'assumer ? Ou voulait – elle se faire bien voir par les Mangemorts pour d'obscurs raisons ?   La Poufsouffle resta là, assise, alors que l'enfant la dominait désormais de toute sa hauteur, pourtant elle semblait mal à l'aise. Lina soupira.

« J'ai compris, ne t'inquiète pas ».

Le ton se voulait rassurant, mais la jeune femme ne pouvait s'empêcher d'être curieuse. Elle n'était pas certaine d'avoir compris quoi que ce soit, la Serpentard semblait être coincée entre deux feux. Lesquels ? Finalement, qui était vraiment Andrée ? La jaune et noire tendit ses jambes devant elle et massa la tempe avec son index et son majeur. Elle était curieuse, un peu gênée aussi. D'instinct, Lina avait eu envie de prendre l'enfant sous son aile. Sa volonté demeurerait – elle indemne si elle apprenait qu'Andrée soutenait les Mangemorts et par extension le Mage Noir ? Elle lui avait accordé le bénéfice du doute, pour l'instant, mais pourrait – elle lui accorder éternellement le bénéfice de la jeunesse ? Lina ne se sentait pas capable de défendre une personne capable d'approuver ces êtres abjects. Mais elle ne pouvait pas non plus l'abandonner à eux. Une autre option se dessina sous ses yeux : elle pouvait protéger Andrée de leur influence néfaste, la garder à l'abri. Mais elle devait d'abord avoir toutes les cartes en main, pour ne pas commettre d'erreur, ou le moins possible.

« Et donc ta mère a... épousé ton beau – père, et toi tu ne l'aimes pas beaucoup, c'est ça ? »

Lina n'osa pas demander frontalement pourquoi Andrée avait autant de ressentiment envers cet homme. De toute façon, cela aurait été indélicat. En revanche, elle voulait amener la verte et argent à parler d'elle – même de ce qui n'allait pas, à lui expliquer en quoi ce beau – père était défaillant. Ceci dit, il était possible que la jeune femme s'emballe, peut – être Andrée n'avait – elle rien à cacher. Après tout, il était commun qu'un enfant déteste son beau – père ou sa belle – mère, tout simplement par peur que l'inconnu remplace le parent disparu.

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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Mar 14 Mar 2017 - 21:45


Andrée se maudit elle-même lorsqu’elle vit Lina hésiter. Visiblement, elle ne savait pas ce qu’elle devait croire à son propos ni ce qu’elle était censée dire pour, peut-être, la mettre plus à l’aise. La fillette murmura un faible désolée sans réellement savoir pourquoi elle s’excusait. À la place, Lina soupira de lassitude. « J’ai compris, ne t’inquiète pas », et Andrée ne sut s’il fallait se réjouir ou non de sa compréhension – quelle compréhension d’ailleurs ?
 
Elle lui envoya un regard suspicieux, pas sûre de ce qu’il fallait répondre. « Je… » Elle se balança de droite à gauche, complètement gênée. Même devant quelqu’un qui lui voulait du bien, elle se ridiculisait et elle avait l’air d’un bébé capricieux qui ne savait pas ce qu’il voulait. « Merci », lâcha-t-elle simplement, parce qu’il fallait bien dire quelque chose – et des remerciements, c’était toujours mieux que rien. C’étaient Mère et Sally qui ne cessaient de le lui répéter.
 
Un début de silence envahit la salle, tendu pour Andrée, songeur pour Lina. Dans les hauteurs, les hiboux et les chouettes s’étaient calmées et les froissements de leurs ailes s’étaient faits plus discrets. Leur hululement avait cédé place aux mugissements des éléments et la pluie battait la Tour comme pour parfaire le décor. La jeune Serpentard se demanda brièvement s’il était possible que le temps reflétât son humeur ou si – et elle se doutait bien que c’était l’option la plus probable – elle se faisait juste des idées et ramenait tout à sa propre personne, comme d’habitude.
 
À ses côtés, elle entendit Lina prendre une inspiration. « Et donc ta mère a… » Elle sembla chercher ses mots, peu sûre d’elle, mais continua tout de même la phrase qu’elle avait commencée. « Epousé ton beau-père, et toi tu ne l’aimes pas beaucoup, c’est ça ?
 
- Elle ne l’a pas épousé », précisa immédiatement Andrée. Il lui sembla extrêmement important que Lina sache qu’elle n’était reliée par aucun contrat officiel à cet homme qui transpirait le négatif. Ce n’était pas vraiment du mépris, ce n’était pas vraiment de la cruauté, mais il avait cette façon de se mettre au-dessus des autres qui impressionnait Andrée et qui lui faisait peur tout à la fois. Et puis cette bulle de mystère qui l’entourait en permanence, ces bribes de secrets qu’elle avait pu glaner en fouinant dans le Manoir et ses silences trop suspects pour qu’ils soient innocents… et surtout, surtout, la façon qu’il avait de se jouer de sa maman. « En fait, ils ne sont que fiancés. Je ne sais pas quand ils se marieront – je ne sais même pas s’il compte l’épouser un jour et je suis sûre que Mère n’attend que ça. Pas parce qu’il fait partie de la Haute comme ils disent, mais parce qu’elle l’aime vraiment, tu sais ? Ça se voit dans ses yeux, ça se voit quand elle en parle ou quand on attend de ses nouvelles. Quelques fois elle me raconte leur rencontre et même si à cause d’elle je n’ai plus de papa, ça fait comme dans les contes de fée qui terminent bien, et c’est encore mieux même. »
 
Andrée n’avait jamais tenté d’exprimer tous les sentiments retords qu’elle avait envers Mr Leigh et elle se rendit compte à ce moment là à quel point elle avait besoin d’une oreille attentive. À quel point parler de ce qui l’inquiétait pouvait faire du bien, à quel point mettre des mots sur la haine qu’il lui inspirait parfois pouvait être libérateur. C’était comme si un poids invisible s’envolait de ses épaules et elle eut presque l’impression de cracher ses quatre vérités en face de son beau-père.
 
Le regard dans le vide, elle s’appliqua à tout raconter dans les détails. Tant pis si c’était répété et tant pis si elle ruinait la réputation de sa potentielle famille d’adoption – elle s’en fichait complètement. Ce qu’elle voulait, à ce moment-là, c’était cracher tout son soûl sur quelqu’un qui avait brisé sa vraie famille cinq ans auparavant, aussi facilement qu’une petite brindille et aussi irrémédiablement qu’un verre qui se casse.
 
Elle lui parla de cet homme mystérieux qu’elle voyait parfois devant leur villa, en France, et des accès de colère qui prenait brusquement son père quand il s’en apercevait. Elle lui parla de leur départ précipité de leur manoir, de leur pays, après qu’il ait presque frappé sa maman et qu’il ait brisé presque tous leurs vases de collection. Elle lui parla de l’arrivée chez l’homme en noir, du sentiment implacable et intrigant, haineux et attirant, qu’il faisait naître en elle et qui la faisait fuir et approcher tout à la fois. Elle lui parla des tentatives d’approche qu’il avait faites à son égard et qui s’étaient tantôt soldées par un échec, tantôt avérées fructueuses. Elle lui parla en détail de cette relation ambigüe qu’elle avait avec sans qu’elle ne sache si c’était bien ou mal – d’un ton mal assuré, Andrée confia qu’elle pensait que leur lien n’était finalement pas très sain.
 
Et puis elle arriva à la partie plus difficile de l’histoire – celle qui lui faisait plus mal, celle qu’elle taisait presque toujours, celle qu’elle n’avait confiée qu’à Sally. « Dès que nous sommes arrivées en Angleterre, avec Mère, j’ai envoyé une lettre à Père. » Elle renifla et les larmes roulèrent sur ses joues sans qu’elle ne s’en rende compte. Si elle avait essayé, elle n’aurait pas pu deviner si c’étaient des pleurs de tristesse ou bien de frustration. « Je voulais absolument qu’il sache que je n’étais pas d’accord avec Mère, que je voulais rester en France et avec lui, et que même si ce qu’il avait fait c’était pas bien, que je lui pardonnais et que je l’aimais toujours. Ma lettre était vraiment longue et je m’étais appliquée pour bien écrire comme la maîtresse de l’école disait, en attaché, parce que je savais qu’il aimait ça. J’ai demandé à Sally de corriger mes fautes aussi, pour que ce soit le plus parfait possible. » Elle ferma les yeux, cette fois consciente de l’eau qui en coulait. « Je n’ai jamais eu de réponse. Je croyais que c’était la lettre qui s’était perdue, au début, alors j’en ai écrit une autre, puis une autre et encore une autre, sans jamais le dire à Mère… et elles sont toujours restées muettes. Je continue d’en envoyer chaque semaine, chaque dimanche, en espérant qu’un jour il prendra la peine de se souvenir de sa petite fille mais », elle se mordit violemment les lèvres, « c’est comme écrire à un mort, maintenant. »
 
Elle détourna la tête, triste et songeuse à la fois. Elle s’était longtemps demandée dans ses lettres ce que pensait Père de son entrée à Poudlard. Du nouveau régime qui le régissait, des nouvelles autorités qui s’étaient mises en place. De sa répartition à Serpentard, aussi, et du fait qu’elle l’avait priée uniquement pour plaire à Mr Leigh.
 
Elle tenta de déchiffrer l’expression de Lina sans se faire voir en se demandant s’il était bien raisonnable de lui parler de ça aussi. Ne la jugerait-elle pas en apprenant ses manipulations ? Ne la prendrait-elle pas pour une petite fille pourrie qui n’avait devant elle qu’une voie sombre et noire et pleine de mauvaises choses ? Ne penserait-elle pas comme tout le monde qu’elle était une personne abominable et que rien ne pourrait plus la faire changer ? Et puis, elle ne voulait pas revenir sur le chemin qu’elle avait déjà fait. Ça signifierait sûrement qu’elle aurait eu tord de prendre certaines décisions et elle ne voulait pas penser à ça. Elle ne voulait pas penser qu’elle pactisait sans doute avec le diable, mais…
 
Mais elle n’avait pas eu le choix, n’est-ce pas ?
 
Il fallait qu’elle retourne en France. Pour son bien à elle, pour qu’elle se sente mieux dans le monde où elle évoluait, mais aussi pour vérifier que son papa ignorait juste son courrier et n’était réellement pas… pas mort – et le mot résonna comme une sentence dans son propre esprit.
 
Elle se trouva très courageuse quand elle reprit une fois de plus la parole. Sa voix était plus faible, plus éraillée, encore moins assurée. Elle était sûre qu’elle avait l’air pathétique et à mille miles de l’image qu’elle voulait donner d’elle au quotidien. « L’une des raisons pour lesquelles Mr Leigh ne se marie pas avec Mère, c’est », elle hésita, et Merlin que c’était dur, « c’est sans doute que tout ce qu’il fait c’est… disons que c’est pas très… pas toujours légal. Enfin, dans l’état actuel des choses, ça le deviendrait sans doute… plus, mais dans la rue, ils disent… ils disent qu’il vend des trucs pas très honnêtes et… et pas très moraux non plus. » Andrée baissa la tête, presque honteuse. Pourtant, elle n’avait eu aucun scrupule à s’en servir, et elle n’en avait toujours aucun – c’était juste que de l’avouer devant Lina, qui semblait si compréhensive et si douce, si droite et si juste, c’était un peu plus dur que de se l’avouer à soi-même. Presque en murmurant, elle reprit : « Alors du coup, je me suis dit que… qu’il avait des relations. Au sein du nouveau Ministère, par exemple, tu sais ? Des bonnes… des bonnes relations. Et qu’il en voudrait d’autres, beaucoup d’autres. C’est pour ça que j’ai voulu aller à Serpentard. Je me suis dit que d’abord, ça ferait plaisir à Mr Leigh et ça l’impressionnerait, et ensuite… ensuite, je pourrais à mon tour nouer des… des relations qui pourraient l’aider et qu’après, il… il m’en serait reconnaissant. Et que pour me remercier, il pourrait convaincre Mère et jouer de ses relations, justement, pour me renvoyer en France. »
 
Elle ne savait vraiment pas quelle sorte d’élan l’avait prise. En fait, elle s’était lancée sans réfléchir, et ça lui faisait tellement de bien qu’elle n’avait pas voulu s’arrêter, même quand elle était arrivée aux parties moins flatteuses pour elle. Depuis tout ce temps, elle avait besoin de se confier, elle avait besoin qu’on lui dise qu’elle ne faisait pas tout de travers, et que non elle n’était pas un monstre, et que oui tout finirait par s’arranger, et qu’elle retrouverait son papa, et que sa maman ne lui en voudrait pas, et qu’ils vivraient tous ensemble une belle et heureuse vie pleine de richesses et de bonheurs, comme avant quand elle avait six ans.
 
Sauf que maintenant elle avait honte, tellement honte de raconter tout ça à quelqu’un comme Lina, et elle baissa la tête et n’osa pas relever les yeux pour affronter le regard accusateur qu’aurait certainement son aînée.


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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Ven 2 Juin 2017 - 20:35

Les prunelles suspicieuses d'Andrée étaient tout à fait justifiées puisque Lina elle – même était en proie au doute. La force du regard de l'enfant l'avait forcé à baisser les yeux. Elle se sentait honteuse de ne pas pouvoir saisir à la perfection la position de la Serpentard, pourtant, elle ne manquait pas de bonne volonté. Sa camarade dû se dire la même chose, puisqu'elle la remercia du bout des lèvres. Un sourire se dessina sur le visage bienveillant de la blairelle. Reprenant le fil de ses pensées, elle dessina un plan dans son esprit, et Andrée en était la pièce centrale.

« Et donc ta mère a... épousé ton beau – père, et toi tu ne l'aimes pas beaucoup, c'est ça ? »

Il fallait apprendre à la connaître, découvrir sa vie, ce qu'elle aimait, ce qu'elle haïssait, qui elle était, et pourquoi, dans le seul et unique but de la protéger, de l'empêcher de glisser du côté obscur.

La sorcière se fit de suite reprendre par sa  cadette. Sa mère et son beau – père n'étaient pas mariés, ce qui semblait tenir particulièrement à cœur à l'enfant. Le couple n'était donc que fiancé. Il ne manquait plus que la signature de l'un et de l'autre en bas de la page pour officialiser le tout. Le discours d'Andrée toucha la blairelle. Elle semblait tellement mature quand elle parlait du couple de sa mère...
A aucun moment Lina ne tenta pas d'interrompre Andrée. Instinctivement elle devina qu'un espace c'était crée entre elles, propice à l'échange. L'enfant se lança dans un long monologue explicatif, et la Poufsouffle comprit à quel point il était nécessaire qu'elle accuse réception de toute ces confidences.

Avec un regard sans faille, elle écouta, attentivement, l'histoire de la petite De Kérimel qui semblait loin de tout tandis qu'elle s'expliquait.  La jeune Serpentard laissa les mots s'écouler, libres, bruts. Lina se laissa porter par le son de la voix d'Andrée. Elle imagina la villa de sa camarade, elle voyait une grande bâtisse, en pierre. Elle pu sentir le soleil réchauffer doucement sa peau, juste après une pluie estivale, discrètement, elle huma l'air : la terre encore humide dégageait cette odeur si particulière, le pétrichor. La Poufsouffle visualisa l’immense jardin qui s'étendait autour de la propriété. Mais quelque vint troublé cette vision, plutôt agréable. Au loin, la jeune femme aperçu la silhouette d'un homme, bien habillé, assez beau mais plus âgé qu'elle. Derrière elle, des cris retentirent, ceux d'un homme. Le père biologique d'Andrée, dans un de ses accès de colère. La jaune et noire pinça les lèvres, légèrement effrayée. Comme dans un film, elle assista, impuissante, à la violente colère de cet homme brisé qui, a deux doigts de frapper sa femme préféra hurler et fracasser des vases précieux contre les murs de la maison.
Puis la scène se modifia. Lina reconnu les paysages de l'Angleterre. Andrée et sa mère était parties précipitamment  pour s'installer dans le manoir de l'homme. C'était une belle maison mais Lina la trouvait austère, moins charmante que celle qu'elles avaient habité en France. Elle vit la Serpentard, seule, dans une chambre, attendant une lettre qui n'arriverait jamais. Cette vision lui déchira le cœur.

« … C'est comme écrire à un mort maintenant ».

La jeune femme eut envie de se lever pour rejoindre l'enfant et la serrer dans ses bras, mais elle fut incapable de bouger. Ses sourcils étaient légèrement froncés, elle devait certainement avoir l'air extrêmement concentré, mais ses yeux contenaient un fond de chagrin, pour qui savait voir. L'histoire d'Andrée, c'était donc une histoire d'abandon. Lina regarda la petite De Kérimel de haut en bas. L'enfant devait constamment être sous pression : faire plaisir à sa mère, et à Mr. Leigh par extension, garder, peut – être, un contact avec son père absent, et sûrement tout le reste ; se trouver une place à Poudlard et dans le monde. L'enfant devait être en proie au doute à chaque instant de sa vie... Comment était – il possible de contenter tout le monde ?

« L’une des raisons pour lesquelles Mr Leigh ne se marie pas avec Mère, c’est... C’est sans doute que tout ce qu’il fait c’est… disons que c’est pas très… pas toujours légal. Enfin, dans l’état actuel des choses, ça le deviendrait sans doute… plus, mais dans la rue, ils disent… ils disent qu’il vend des trucs pas très honnêtes et… et pas très moraux non plus. Elle se tut un instant, silencieuse, gênée, malheureuse aussi. Puis, avec pudeur, elle reprit son discours. Alors du coup, je me suis dit que… qu’il avait des relations. Au sein du nouveau Ministère, par exemple, tu sais ? Des bonnes… des bonnes relations. Et qu’il en voudrait d’autres, beaucoup d’autres. C’est pour ça que j’ai voulu aller à Serpentard. Je me suis dit que d’abord, ça ferait plaisir à Mr Leigh et ça l’impressionnerait, et ensuite… ensuite, je pourrais à mon tour nouer des… des relations qui pourraient l’aider et qu’après, il… il m’en serait reconnaissant. Et que pour me remercier, il pourrait convaincre Mère et jouer de ses relations, justement, pour me renvoyer en France ».  

Le cœur de Lina eut un raté. C'était donc ça. Sans être un Mangemort, il était sûrement de leur bord et ravi de la situation actuelle. Et bien sûr, Andrée, s'était engouffrée là – dedans pour essayait d'arriver à ses fins. S'était – elle rendu compte qu'elle en avait pour plusieurs années ? Que tout le monde aujourd'hui était en guerre et que les relations d’antan n'avaient plus d'importance aujourd'hui ? Et après tout, avait – elle vraiment besoin de lui pour rentrer ? Lina ramena ses jambes sous elle, salissant son collant noir et prit la petite main froide d'Andrée.    

« Tu t'imposes des problèmes qui ne sont pas de ton âge... Pour Mr. Leigh et ta mère... Ce qu'elle allait dire pouvait – il convenir à une enfant de 11 ans ? On ne connaît jamais parfaitement le couple de nos... parents ou beaux – parents. Quant à ses activités illégales, toi tu n'as rien à craindre, tu es ici, à Poudlard. Lina se retint de dire « en sécurité ». Et tu sais quoi ? Si Mr. Leigh ou ta mère ne peuvent pas ou ne veulent pas te ramener en France, moi je t'y emmènerai ».

Cette promesse lui coûtait terriblement. La France, c'était ce pays assassin qui avait tué sa petite sœur. Mais Andrée, elle, était vivante et souffrait du mal du pays, alors pourquoi pas... Ce voyage pourrait être thérapeutique, pour l'une comme pour l'autre. En fait, plus elle y réfléchissait, plus ce plan lui semblait réalisable. Elle était majeure et avait de toute façon prévu de faire un voyage après ses études. Le seul élément perturbateur était en fait les parents d'Andrée qui pourraient dire non... Que faire dans ce cas ? Lina se vit entrain de demander à son père, juge, de plaider en sa faveur. Il serait sûrement d'accord. Il comprendrait...  Et qui oserait offrir une réponse négative à un homme comme Victor Kaveline.

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MessageSujet: Re: [Octobre 1997] L'ange, l'enfant et la lettre Mer 5 Juil 2017 - 23:25



Andrée de Kerimel n’avait jamais été personne à s’épancher sur ses problèmes. Ce qu’il fallait comprendre à son sujet, c’était qu’elle s’était tant renfermée sur elle-même qu’elle s’était involontairement et progressivement fermée au dialogue ; de vecteurs de vie et abandon à autrui, ils étaient devenus chaînes et poids qui la retenaient prisonnière de ses problèmes. Auparavant, longtemps auparavant, si longtemps en vérité qu’elle n’en gardait que le souvenir diffus d’un mirage presque oublié, elle avait mis sa joie de vivre à disposition pour offrir l’oreille compatissante qu’il manquait à ses amis – plus particulièrement, à son amie. Là non plus elle n’avait pas l’habitude de se confier : on ne pouvait pas dire que son existence était remplie de problèmes et qu’elle était malheureuse à outrance. En fait, elle aurait tout donné pour garder ses habitudes d’avant. Ses repères passés, sa famille oubliée, ses jeux d’antan.

Elle aurait donné son âme. Son intégrité toute entière, son essence la plus profonde. C’était ce qu’elle voulait raconter à Lina sans même qu’elle ne s’en rende compte. Parce que sans doute c’était un fardeau trop difficile à porter pour l’assumer, sans doute c’était quelque chose qui ne s’avouait pas et dont on avait honte de parler. Les gens capables de l’impossible et de l’inadmissible pour atteindre leurs buts propres, aussi louables ces objectifs étaient-ils, c’étaient des gens mauvais, n’est-ce pas ? Il était difficile, oh si difficile, de faire la distinction entre le noir et le blanc, l’éteint et le brillant, le souillé et le pur… Andrée se trouvait, et bien trop souvent à son goût de petite fille, aussi abominable qu’une horrible personne. Salie jusqu’au plus profond d’elle, crasseuse jusqu’à la moelle. Elle était mal à l’aise dans ses convictions et c’était, depuis des semaines qu’elle se nouait le cerveau, la première fois qu’elle osait en parler.

La fin de son flot de paroles ininterrompu marqua la rupture de quelque chose en elle : comme un poids immatériel qui s’envolait, comme un fardeau invisible qu’on lui retirait. Lina, cet ange monté un soir comme tous les autres à sa rencontre, semblait l’écouter comme jamais personne ne l’avait écoutée. Elle était comme ces buvards qu’ils utilisaient en calligraphie en primaire : l’encre des mots de l’enfant s’échappait de la plume acérée qu’était sa langue et la jeune femme, toute ouïe, les absorbait à mesure qu’ils sortaient. Comme un torrent violent, comme des diamants bruts. Ils n’étaient que le jaillissement de ses idées – désordonnés, violents peut-être, maladroits sans aucun doute. Un silence ambigu s’installa. Pour Andrée, il n’était pas spécialement pesant. Elle avait surtout besoin de réordonner les pensées qui n’avaient désormais plus de chronologie dans son esprit, elle avait très envie de se replier derrière la carapace qu’elle avait finalement entrebâillée après tout ce temps, elle se préparait déjà à éviter un futur craquage pareil à celui-ci dans les jours qui suivraient. Car, et elle ne se faisait aucune illusion à ce sujet, elle savait déjà que rien ne serait facile par la suite – plus dur, plus éprouvant, pas plus simple. Déjà elle regrettait tout ce qu’elle avait dit, toutes ces paroles qui prouvaient sa jeunesse, tout cet engrais qui pourrait faciliter son effondrement.

Pour Lina, en revanche, Andrée ne savait pas ce qu’il en était. Comment aurait-elle pu, d’ailleurs ? Il lui paraissait évident que la jeune femme pût être dégoûtée par ce qu’était sa famille. Peut-être que malgré le bien fondé de ce qu’elle voulait vraiment, elle désapprouverait les moyens que la petite fille employait pour y arriver – et elle aurait raison. Honnêtement, si elle avait été à la place de la Poufsouffle, aurait-elle été capable de porter un regard neutre, amical ou bienveillant, à quelqu’un capable de pactiser avec le Mal pour quelque chose d’aussi futile que sa famille ? Sa famille et ses intérêts, se rappela-t-elle soudain.

Ce n’est pas futile, souffla une voix dans son esprit. Elle s’y raccrocha comme elle put, comme à chaque fois qu’elle faisait son apparition pour la rassurer. Elle n’était pas vraiment très efficace mais elle était là et elle devait se contenter d’elle la plupart du temps.

Lina attrapa sa main, contact rassurant dans le froid ambiant. Andrée n’osa pas la regarder : peur de déchiffrer son expression, crainte de devoir sortir de sa bulle de presque-calme dans laquelle elle se trouvait pour le moment, frayeur de voir le monde se fissurer, peut-être des trois à la fois. Elle fut presque tentée de lever la tête et observer les chouettes pour ne pas avoir à affronter les yeux de sa nouvelle confidente. Un mouvement à ses côtés – elle n’en vit pas plus. Était-ce une tentative de reculer ? « Tu t’imposes des problèmes qui ne sont pas de ton âge », dit-elle finalement sans trop d’intonation décourageante dans la voix.

« Pas de mon âge ? », croassa la fillette. Sa voix était éraillée d’avoir trop parlé. Elle se souvint d’Émilie, son amie de la vie d’avant, qui lui disait souvent que sans elle, leurs plans machiavéliques n’auraient eu ni queue ni tête. Elle avait été spontanée mais réfléchie ; elle n'était désormais qu'un labyrinthe de questionnements en suspens. Si elle avait su à quoi ses réflexions pouvaient la mener… « C’est sûrement vrai… Je veux juste retrouver mon papa. Je suis trop vieille ou trop jeune pour ça ? » Dans sa voix, seule l'interrogation était audible. L’incompréhension et la confusion aussi. Colère, mépris et même tristesse semblaient l’avoir désertée.

La fillette soupira profondément. Il lui semblait qu’elle était au milieu de nœuds qu’elle ne parviendrait jamais à défaire toute seule. Lina reprit, plus prudente que jamais : « Pour Mr Leigh et ta mère… On ne connaît jamais parfaitement le couple de nos… parents ou beaux-parents. » Je voudrais qu’il n’existe pas, pas le comprendre, se retint de répliquer Andrée. Bien sûr, sa réserve naturelle reprit le dessus. Elle pinça simplement les lèvres en une moue équivoque : c’était peut-être un peu moins transparent, mais sans doute suffisamment pour être à peu près comprise. « Quand à ses activités illégales, toi tu n’as rien à craindre, tu es ici, à Poudlard.

- Mais peut-être que les Carrow s’attendent à ce que je fasse comme lui. Sans doute que lui aussi le voudrait », ne put-elle s’empêcher de murmurer. « Et puis les potions sont les seuls trucs pour lesquels je me débrouille à peu près. Je suis sûre que Mère trouverait que faire des potions plus tard serait une excellente idée. » Elle voyait déjà sa maman s’en réjouir : elle exercerait dans un domaine dans lequel elle était douée, qu’elle apprendrait à aimer vraiment et, oh Merlin comble du bonheur, elle pourrait même reprendre le commerce de son cher James ! Andrée détourna les yeux. Elle n’y avait jamais réfléchi auparavant mais l’idée, aussi floue fut-elle encore, la révulsait déjà. Le fait qu’elle fût, éventuellement, trop jeune pour penser à sa future carrière ne lui traversa pas l’esprit.

Les unions de naissance étaient courantes dans la Haute anglaise et il en restait même des relents dans l’aristocratie française. Mariage arrangé, métier prémédité – après tout, où était la différence ?

Lina reprit : « Et tu sais quoi ? Si Mr Leigh ou ta mère ne peuvent pas ou ne veulent pas te ramener en France… » Andrée ouvrit grand les yeux. Le sang battit un instant dans ses tempes, comme lorsqu’elle fournissait un effort trop important. Était-il possible que… ? « …moi, je t’y emmènerai », acheva-t-elle. La fillette se retourna tout à fait. Pour la première fois depuis le début de son récit, elle tenta de déchiffrer l’expression de la jeune femme. L’air doux qu’elle lui avait prêté au tout début de leur conversation était toujours présent : maternel, rassurant, chaleureux.

Elle fut un instant terriblement tentée de remettre son affirmation en doute. Laisser son naturel méfiant reprendre le dessus et s’exclamer, mauvaise au possible : « Me ramener en France ? Laisse-moi rire, pourquoi tu ferais ça ? Tu me connais même pas et je viens de te dire que ma belle-famille est quasiment Mangemort. » Au lieu de ça, elle ouvrit et referma plusieurs fois sa bouche, tout à fait stupidement. Un début de sourire, des prémices de rire, le commencement d’une explosion se formèrent. Incrédulité, joie, retenue, gratitude, elle ne sut pas vraiment quoi exprimer d'abord. Finalement, ses premiers instincts reprirent le dessus et elle fronça son nez. « C’est vrai ? Je veux dire, si j’y crois maintenant tu me diras pas dans deux secondes que c’est pas vrai ? »

Ses yeux, malgré ses évidents efforts pour se retenir, pétillaient dans l’obscurité. Enfin son visage se peignait de l’expression enfantine qu’elle aurait du adopter depuis bien longtemps déjà ; enfin elle trouvait une raison pour rire et pour pleurer de joie comme elle avait si bien sur le faire des années avant. Le poids qui avait commencé à détendre ses épaules sembla s’effriter encore un peu. Dans son cœur, une bulle éclata : quelque chose qui lui rappela la France se propagea dans son estomac puis plus bas, dans ses jambes, dans ses bras, dans sa tête aussi.

Il était étonnant comme une simple déclaration pouvait tout changer. Spontanément, Andrée se jeta dans les bras de Lina. « Merci », souffla-t-elle. Elle nicha sa tête plus profondément dans le cou de la jeune femme et chuchota dans ses cheveux : « C’est le plus beau cadeau de la terre entière. Si tu veux, je te montrerai tout ce que je connais. Déjà, la Bretagne, parce que c’est le plus bel endroit du monde. Je t’emmènerai à la maison… » Elle s’interrompit soudain. Son père y serait peut-être. Il y aurait peut-être refait sa vie. Ou il y aurait peut-être un signe de son existence encore présente, chaude et humaine, quelque part, un signe qu’elle saurait comprendre. Qu'elle saurait parvenir à comprendre. Elle secoua la tête. « Non, on ira à la maison à la fin en fait. D’abord, on ira à Lille. J’y ai été une fois et j’avais mangé une glace, c’était bon ! » Elle se recula et s’assit en tailleur devant Lina. Surexcitée, Andrée ficha ses yeux dans les siens : c’était autant un moyen de déchiffrer son expression que de se reconstruire une dignité. Ça faisait des années qu’elle n’avait pas exprimé de joie aussi sincère et Merlin, ce que ça faisait du bien ! C’était gênant, elle n’était pas habituée, mais elle ne pouvait nier qu’elle se sentait plus légère à présent.

Elle se mordilla les lèvres, malicieuse. « J’aimerais envoyer tout de suite une lettre à Mère pour lui demander », dit-elle. Elle se leva d’un bond. « Mais j’y pense ! Je devais de toute façon lui répondre, alors pourquoi ne pas en profiter pour lui en parler ? Ça ne te dérange pas ? » Elle plissa les yeux, soudain moins confiante : « Et toi ? Tes parents voudront bien que tu m’accompagnes en France ? Ils te laisseront faire ? Ils pourront venir s’ils veulent. »

Dans sa tête, tout s’organisait déjà à la perfection. Sa maman, charmée par l’aura de Lina et par la bonté de sa proposition, n’hésiterait pas à lui dire oui pour le bonheur de sa fille. Mr Leigh, parce qu’il reconnaîtrait la générosité et le bon-sens de l’idée et parce qu’il aimait trop sa mère – du moins, Andrée l’espérait – pour lui dire non sur une telle affaire, ne prendrait guère de temps pour se décider à abonder en son sens. Lina, et sa famille si c’était vraiment nécessaire, viendraient avec elle pour visiter son pays d’origine – sa vraie patrie. Elle retrouverait son papa et peut-être même, qui savait après toutes ses années ? son amie Émilie, que malgré l’espacement de leurs courriers elle ne s’était jamais résolue à oublier.

Oui, dans sa tête, tout s’organisait très bien. Les pièces du puzzle se mettaient en place et les boîtes s’emboîtaient à la perfection. C’était juste une question de karma, que disaient les Moldus. Et dans sa confiance infinie, Andrée voulait le croire : le karma lui souriait.



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