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[2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard.

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MessageSujet: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Dim 8 Jan 2017 - 23:32

La routine. Octave l’abordait avec une méfiance accrue. Si l’on pouvait vraiment parler d’abordage… Il faille déjà qu’il y ait quelque chose à aborder. L’habitude était subtile et traînante, s’instaurant dans nos vies tel une marée, par vagues toujours plus abondantes, et lorsque l’on se retournait pour voir la plage, il était déjà trop tard et la mer était partout. Encore un flot et l’on perdait pieds, alors qu’on croyait l’eau à hauteur des mollets. L’habitude rampait silencieusement et l’on la percevait qu’une fois pris au piège et incapable de s’en défaire. Pourtant, elle avait la réputation d’être confortable, cette habitude monotone, sans surprises. Une tranquillité paisible la suivait et plongeait dans un équilibre apaisant où le véritable repos était enfin possible. Quelle consolation que de savoir les jours à venir aussi semblables que ceux passés ! Où le frisson d’aucune espèce de spontanéité ne venait faire ondoyer la surface d’une eau aussi claire et lustrée qu’un beau miroir. Aucune inquiétude, rien que la douceur patiente d’une existence monocorde, comme un éternel jour d’été, la tête dans l’herbe et le visage bigarré par l’ombre d’un arbre au feuillage vert abondant. De temps en temps, une brise légère chassait les feuilles et parsemait la peau d’ombres fantasques et des rayons chaleureux du soleil, répandant un délicieux frisson de quiétude silencieuse. Tout était familier, la vie était rythmée à la perfection, plus aucun effort n’était nécessaire. Qu’il était aimable, l’air de l’habitude, tel le murmure monotone des abeilles cherchant leur chemin dans les hautes herbes non fauchées. Le gazouillis d’élèves en train de chuchoter par-dessus leurs piles de livres, des pages qui se tournaient, emplissant l’atmosphère d’une palpitation moelleuse. Le calme. Relatif mais agréable de par sa légèreté saisissante. Rien n’était troublant, à part peut-être la tranquillité elle-même…

Pourquoi tant de réticence à en profiter alors ? La force de l’habitude. Elle était pernicieuse d’autant plus qu’elle agissait sur les gens sans leur consentement. Comment donc se défendre de quelque chose qui nous fait tant de bien ? Ce qui semblait être une bonne habitude s’avérait bien souvent en être une mauvaise. La routine rendait fainéant et placide. Après un mois passé à travailler dans cette bibliothèque, Octave commençait à en percevoir les effets sur son quotidien. Une vague inquiétude était venue courber l’arc dédaigneux de ses sourcils, alors qu’il répétait un mouvement coutumier sans y réfléchir. Et c’était précisément cette désinvolture spontanée qui le rendit soucieux. Cette sensation, il l’avait oubliée depuis longtemps, sa vie récente n’ayant été qu’une succession d’évènements qui n’avaient laissé de repos à son corps, et encore moins à son esprit. Si n’importe qui à sa place ne s’en serait pas ému, Octave avait toutes les raisons de s’en alarmer, même si ce fut à tort. La sensation était exactement la même qu’il y a dix ans. Douze maintenant, en fait. Enfin, presque. Au mois de décembre, cela en fera douze. La dernière fois qu’il s’était senti aussi confortablement las, c’était lorsqu’il avait commencé à boire. Et une fois l’habitude en place, l’effort pour en changer était incommensurable. Si les alcooliques s’interdisaient de toucher à la boisson par crainte de ne pas y résister, le grand démon d’Octave avait toujours été l’oisiveté paresseuse. Il avait d’ailleurs posé sa plume pour se laisser aller contre le dossier de son fauteuil en vieux cuir verni. Le visage tourné vers le plafond, il tenta de relativiser, mais le malaise ne partait pas. Pourtant, les circonstances étaient bien différentes, pour ne pas dire complètement antonymiques, mais l’angoisse de l’habitude était-elle aussi une habitude… Il souffla. Il était effectivement devenu un peu indolent depuis un certain temps, mais ce n’était pas très grave, n’est-ce pas ? Il avait le droit de se poser, après tout. De profiter de la vie monotone qu’il n’avait jamais eue, ou que très vaguement. Ce n’était pas critique, sa torpeur langoureuse ne risquait pas de lui coûter sa vie et sa santé cette fois-ci. Il n’était pas malheureux, du moins n‘en avait-il pas l’impression, et l’inertie était agréable au lieu d’être pénible. Il y a douze ans, la routine l’avait pétri d’une conduite atrocement uniforme, tel l’Ouroboros. Aujourd’hui, c’était autre chose, une autre vie, un autre instant…

Pourtant, la paresse semblait être si identique qu’il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter, comme si avec elle n’allait pas tarder à arriver une mélancolie désabusée dont il allait devoir se défaire comme d’une crème fraîche que l’on bat jusqu’à en faire du beurre. Octave se força un sourire, mais rien ne venait, et c’était d’autant plus étrange. Ah ! Diantre ! Il ne fallait donc pas s’en inquiéter autant, de cette douce tranquillité ! Mais il avait toujours autant la crainte de retomber dans ses vieux travers, ceux qu’il croyait oubliés et même perdus. Perdus jusqu’à ce que l’on ne sente plus le sable sous nos pieds et qu’on ne voie à l’horizon que du bleu. Encore un soupire. Bon sang, quel ennui ! Quelle école infernale. Même pas moyen de s’oublier dans le travail tant il était répétitif à en mourir et presque ennuyeux maintenant. Octave se redressa et reprit la plume entre ses doigts pour finir de noter dans le registre ce qu’il devait avant de l’oublier. Un élève passa non loin de son bureau. Heureusement, il y avait toujours ces jouvenceaux pour nuancer les journées. Pour ne pas dire qu’il n’y avait qu’eux. Il ne savait dire si c’était sa personnalité ou non, mais certain d’entre eux avaient décidemment un caractère fantasque. Quoi qu’il vînt à se dire que c’était là une spécificité de la jeunesse que d’être capricieuse. Eux aussi, allait-il en faire le tour jusqu’à ce que plus rien ne le surprenne en ce château ? Et alors, il recommencerait à se sortir de l’ennui en faisant des bêtises. Ah, mais il ne fallait pas se mentir ainsi odieusement ! Il avait déjà commencé ses calembredaines, tel le sagouin malpropre qu’il était. Ce qui en soi constituait aussi une habitude, que de vicieusement se comporter avec les gens. Décidemment, tout était une habitude en ce bas monde. Pourvu que cela ne le rende pas rossard…

Un coup d’œil à l’imposante horloge de bureau à l’apparence étrange, et Octave se leva d’un bon trop énergique tant il avait le désir de se convaincre de sa propre ardeur. Pas de soucis avec cela au moins. D’une invective redoutable d’autorité naturelle, il demanda à un groupe d’élèves de partir car la bibliothèque allait fermer. C’était probablement la partie la plus ennuyeuse de toute la journée : chasser les gens. Il aurait préféré avoir une cloche à vache pour faire migrer le troupeau d’un coup de grelot jusqu’à l’extérieur. Un chien… Sébastien, fais bouger la carne jusqu’à l’enclos ! Mords leurs les pattes s’ils bougent trop lentement ! Trop barbare me direz-vous, mais dans une école où les inspecteurs cassaient des doigts aux élèves, rien n’était trop grossier. Mais au lieu de diriger son fidèle cerbère à travers une nuée de stupides moutons, Octave parcourait les rayons d’un pas mesuré, vérifiant qu’aucune bête ne s’était perdue. Et comme d’habitude, il en trouva une. Cette tête brune était si concentrée sur son affaire qu’il fit un deuxième tour de la bibliothèque avant de revenir la voir, lui laissant le temps d’éventuellement finir sa page. Un tel acharnement était charmant, tout autant que le manque d’organisation était impoli en un lieu pareil. Que voulez-vous, la ponctualité n’était plus une priorité. Et si les gens savaient parfois arriver à l’heure, ils savaient en revanche très rarement quand était le bon moment pour partir. D’une démarche tranquille, il s’avança vers le petit bureau de chêne massif, si rageusement jonché de livres qu’on n’en voyait plus les bords. Le plus intrigant c’est que tous avaient un rapport plus ou moins direct avec la divination. Octave eut un sourire étrange en regardant cette épaisse rivière de cheveux ébène qui avait eu l’audace de ne pas le remarquer. Si au début de l’année scolaire il ne connaissait aucun élève ni de nom, ni de visage, au fur et à mesure des passages et des emprunts, il avait fini par faire le lien. Chacun avait son rythme, ses préférences, son écriture manuscrite spécifique. Octave n’avait pas vu Miss Kaveline jusqu’à maintenant, mais il reconnaissait cette lubie. Son nom seul empruntait autant de livres en lien avec la clairvoyance. Il la toisa encore un peu, avant de l’interroger de sa voix languide et basse, un peu moqueuse pour l’occasion sans être blessante :

« Miss Kaveline, cette opiniâtreté est ravissante, c’est une belle entreprise que de lire l’avenir, mais n’oubliez pas de rester dans le présent. Car où que vous regardiez, c’est bien le seul qui soit en mesure de vous rattraper. Un peu comme maintenant. La bibliothèque ferme, demoiselle. Ou je vous enferme ici pour la nuit, ça me convient également, à condition que vous restiez sage. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 9 Jan 2017 - 19:54



La jeune sorcière se gratta le bout du nez avec sa plume. Elle était arrivée juste après son cours de Potions avec pour ambition de terminer le plus vite possible son devoir pour Slughorn. Elle avait déjà rédigé trente centimètres sur l'Élixir de Longue Vie, son utilisation et le rôles des différents ingrédients qui le composait... Il ne lui restait plus qu'à écrire sa conclusion. De sa main droite, elle tourna la page d'un livre pour en lire le quatrième paragraphe. Elle trempa la pointe de sa plume dans son encrier et rédigea rapidement (mais intelligemment) les dernières lignes de son devoir. Une fois achevé, elle prit quelques instants pour corriger les éventuelles fautes, puis elle rangea soigneusement son parchemin dans son sac. Il lui fallut encore quelques minutes pour remettre à leur place les différents ouvrages qu'elle avait empruntés.

Mais au lieu de quitter la bibliothèque pour retourner à sa salle commune, ou de travailler sur son devoir en Histoire de la Magie, Lina se dirigea dans un autre rayon, un rayon nettement moins populaire, puisqu'il s'agissait de l'espace où tous les livres traitant de la divination étaient entreposés. La blairelle était souvent seule dans cet endroit – là de la bibliothèque, les élèves se contentaient souvent du livre Lever le voile du futur, acheté en début d'année. Lina, elle, avait lu tout un tas de livres au sujet des Arts Divinatoires, que ce soit l'Oracle des Rêves, ou encore Cristal Brisé : les mauvais coups du sort, mais aussi Prédire l'imprévisible : protégez – vous contre les chocs. Elle avait également lu une bonne partie de la bibliographie de l'arithmancienne Bridget Wenlock... Mais finalement, les trois quarts de ces livres lui semblaient orientés, souvent très pessimistes dans le sens où ils ne traitaient que de la Mort, comme l'éviter, pourquoi,... Là où Lina voulait apprendre certaines pratiques, avoir une vision neutre de son don. La sorcière refusait d'être une antenne, ou un radar à potentiels cadavres.

La jeune Poufsouffle avait donc sélectionné avec grand soin ces nouveaux livres à lire. Elle en avait pris sur la cartomancie, même si elle était presque devenue experte concernant le tirage des Tarots. D'autres avaient pour sujet le Temps, tout simplement. Il y avait également deux autres ouvrages : un sur les boules de cristal (un art particulièrement nébuleux pour Lina) et l'autre sur les songes.
L'adolescente se plongea consciencieusement dans ses livres : elle aurait presque pu être confondue avec Hermione Granger. Le temps ne semblait pas avoir d'emprise sur elle. Fait exceptionnel, elle ne se leva pas pour aller à la Grande Salle et prendre un repas digne de ce nom, et sauta le dîner. Elle resta là, à tourner les pages jaunies des grimoires, en prenant des notes sur des bouts de parchemins. C'est ainsi qu'elle apprit que les boules de cristal symbolisaient les quatre éléments, et que chaque élément avait sa spécificité. Le cristal à lui seul incarnait la pureté, les choses limpides... Tout était une affaire de symbolisme. L'avantage de cet outil c'était notamment qu'il permettait de révéler des choses cachées : la boule de cristal va donc au – delà la simple prédiction en se détachant du Temps futur pour s'incarner dans le présent.

Absorbée par son travail de recherche, la jaune et noir n'entendit pas le bibliothécaire se diriger vers elle.

« Miss Kaveline, cette opiniâtreté est ravissante, c’est une belle entreprise que de lire l’avenir, mais n’oubliez pas de rester dans le présent. Car où que vous regardiez, c’est bien le seul qui soit en mesure de vous rattraper. Un peu comme maintenant. La bibliothèque ferme, demoiselle. Ou je vous enferme ici pour la nuit, ça me convient également, à condition que vous restiez sage. »

Lina sursauta violemment : elle avait brutalement été tirée de son univers. Il lui fallut une seconde (peut – être deux) pour atterrir dans le monde réel, ou dans le présent comme le soulignait habilement l'homme aux livres. La sorcière regarda son joyeux bazar et se sentit un peu honteuse : Lina avait toujours apprécié les hommes un peu plus âgés, elle aurait voulu être surprise dans de meilleures conditions, et donc certainement pas entourée de vieux bouquins parlant de sujets obscurs. D'ailleurs, ces livres, elle n'avait pas du tout fini de les lire...

La sorcière tacha de ranger un peu ses brouillons et ses livres. Le bibliothécaire semblait moins virulent que Madame Pince, mais il valait mieux ne pas tenter le diable : après tout, elle ne savait rien de lui. Il était arrivé en début d'année, mais Lina n'avait jamais pris le temps d'échanger quelques mots avec lui, si ce n'est « Bonjour », « Merci », « Au revoir ». Des banalités, en sommes.

« Ah oui... Je suis désolée, je vous retiens. Lina pointa du doigt les quelques ouvrages sur son bureau. Je peux les emprunter ? Si la réponse est non, je veux bien passer la nuit ici...», ajouta t – elle avec un rire nerveux.

Pour être honnête, avec tout le travail à fournir en ASPIC, la jeune femme n'avait que peu de temps à consacrer à ses recherches personnelles. Et pourtant, ces travaux comptaient énormément pour elle, puisque c'était ceux qu'elle avait l'intention de présenter au Ministère de la Magie pour travailler ensuite au Département des Mystères : il fallait leur fournir un genre de mémoire, puisque ce département était rattaché à une filière scientifique et à la Recherche.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mer 11 Jan 2017 - 18:19

Même si non dénué de fantaisie et d’extravagance, Octave avait tout de même un esprit relativement cartésien. D’autant plus qu’il fut élevé dans un monde d’abord sans magie, puis très rigoureusement dirigé vers les sciences et la maîtrise des sujets moldus. L’on lui avait appris à être méthodique, sec et systématique, plein de bon sens, un logisticien en somme. Quelle ne fut pas sa suspicion lorsque son esprit solidement rationnel entra en collision avec un sujet confus comme la divination. Mais lorsque l’on pénètre dans le monde sorcier, il faut inévitablement abandonner quelques convictions au bord de la route et accepter la présence dans la nature de forces immanentes et surnaturelles, pouvant être utilisées par souci d’efficacité pour obtenir des effets semblant irrationnels. Cela remettait les perspectives en place, de savoir qu’une baguette de bois pouvait servir à faire des expériences que ni la physique, ni la chimie n’étaient en mesure d’expliquer. Ni même l’esprit humain tout court, de quoi rendre les prestidigitations de Houdini encore plus incroyables. Mais si la magie était tout de même régie par un semblant de constance et de logique, il n’en était pas le cas pour la divination, qui semblait être un art aléatoire et très incertain, ne se basant sur aucun facteur régulier, apparaissant là où cela lui plaisait, et toujours par hasard. Il était extrêmement difficile de prendre au sérieux cette pratique visant à découvrir ce qui était ignoré, en particulier dans la mesure où elle sortait complètement de voies ordinaires de la connaissance pour se référer à des procédés occultes et des pratiques douteuses. Sans oublier que, comme il était souvent le cas pour un exercice ne se basant sur aucune règle s’assujettissant à la démonstration, n’importe qui avec un peu de jugeote pouvait prétendre faire partie du cercle très privé et privilégié de l’élite, des élus capables de profiter plus que d’autres de la relativité générale. Alors, non seulement Octave était cartésien, mais en plus, élitiste. Il fonctionnait au mérite, et voir tant de gens profiter allègrement d’un système indéterminé pour se hisser au-dessus des autres ou pire, utiliser leur pseudo don pour tromper les faibles d’esprit l’agaçait au plus haut point. Non pas qu’il ait pitié de ces médiocres qui croyaient en tout, mais la malhonnêteté sans effort l’irritait. Le mérite sans travail tout court, d’ailleurs.

En temps normal, voir un élève se plonger autant dans ce domaine lui aurait arraché quelques moqueries, si ce n’est concrètes, au moins spirituelles, voir un léger ricanement dans la barbe. Les étudiants n’affectionnaient pas vraiment cette matière, justement parce qu’il fallait être prédisposé pour rencontrer un certain succès et que peu l’étaient en réalité. La plupart du temps, c’était les jeunes femmes qui s’y intéressaient davantage, peut-être du fait de leur maturité précoce, ou de la mièvrerie caractérisant leur âge. L’intérêt était cependant surtout très superficiel, ne s’aventurant que très rarement de manière sérieuse dans les méandres de cet art occulte. Combien aurais-je d’enfants, qui sera mon époux, Truc va-t-il m’embrasser avant la fin de l’année, est-ce que j’aurais de bonnes notes ? Bref, l’avenir mignard et nombriliste d’une énième dinde en quête de sa farce.

Si Octave n’appréciait guère les sottes niaiseries quotidiennes et considérait la divination d’un œil suspect, voir une élève si assidûment concentrée sur sa tâche ne pouvait que l’amadouer. Il n’eut même pas envie de se moquer en voyant la jeune femme concentrée sur ses livres au contenu extrêmement théorique et particulièrement généralisé. Après tout, comme la plupart du temps, c’était des manuels créés pour les gens souhaitant pratiquer la divination, pas pour ceux possédant le don véritable. Une énième tentative de systématiser ce qui appartenait au domaine de l’irrationnel. Mais Miss Kaveline s’acharnait, et cela était particulièrement agréable, tout comme sa manière de se faire surprendre. Octave avait les bras dans le dos et un vague sourire flottait sur ses lèvres alors qu’il observait la jeune femme reprendre ses esprits, se reconnectant à quelque chose de plus tangible que toutes ces relatives fumisteries. Elle s’empressa de remettre de l’ordre sur son bureau, un réflexe nerveux, une organisation factice sans grand intérêt autre que s’occuper les mains et se donner du mouvement. Octave la regarda faire sans rien dire, mais son regard se teinta de malice. Qu’il était simple de confondre les gens. Un seul mot et les voilà en train de s’agiter comme s’il eurent reçu l’ordre du grand général des armées.

« Ah oui... Je suis désolée, je vous retiens. Je peux les emprunter ? Si la réponse est non, je veux bien passer la nuit ici... »

Octave prit appui sur le bureau des deux mains et considéra la pile de livres. Bon, la réponse, il la connaissait déjà, mais c’était pour le suspens. D’ailleurs, penché ainsi, il était quasiment au même niveau que le visage de la jeune femme et il finit par lui décocher deux flèches de son regard d’une mielleuse taquinerie. Décidemment, il n’avait pas la dégaine d’un bibliothécaire, ou même d’un fonctionnaire. Il n’était pas assez formel pour cela, quoi qu’il ait pu faire l’effort de se plier aux règles, de s’accommoder et d’être sage et invisible comme on le demandait si souvent aux bureaucrates en tout genre. Mais en prévision de l’année à venir, il se savait ne pas pouvoir survivre intellectuellement à l’ennui de faire semblant aussi longtemps sans que cela ne soit véritablement nécessaire. Surtout lorsqu’il fallait mimer quelqu’un d’aussi terne que pouvait l’être un bibliothécaire de campagne. Pincer les lèvres, avoir l’air sérieux et aussi rigide qu’une barre de fer, quelle mésaventure. Donc, Octave pencha très légèrement la tête sur le côté et susurra :

« Ca fait un peu beaucoup d’ouvrages pour une seule fois, Miss Kaveline, je le crains. D’ailleurs, est-ce Kaveline, dit-il en accentuant le « a » à l’anglaise, ou Kaveline, mettant cette fois l’accent sur le premier « e » sans prononcer le second, à la russe ? Quoi que je ne connaisse que peu de gens portant un nom de famille avec ce type de sonorités et ils viennent tous de l’Est. Ce sera donc Kaveline. Descendez-vous d’un général d’infanterie, de l’un des directeurs de l’institut pédagogique sous l’empire russe ou du sociologue et fondateur du libéralisme ? Ou bien carrément du représentant de la société impériale orthodoxe de Palestine ? Tous des Kaveline, tous de potentiels ancêtres. »

Doucement, Octave sourit de son sourire énigmatique le plus travaillé. Un sourcil interrogateur se leva au travers de son front alors qu’il regardait Lina en essayant d’y percevoir un peu de cette âme slave qu’on daigne reconnaître aux jeunes femmes russes. Mais la racine s’était visiblement effacée, et la demoiselle n’avait pas beaucoup de distinctions avec ces adolescents anglais, ou peut-être seulement la rondeur du visage. Sans vraiment savoir pourquoi, Octave était tel un originaire russe -alors que ce n’était pas le cas-, rencontrant en territoire inconnu un autre compatriote. Un lien infime se formait, inexplicable, l’obligeant à se sentir proche de ces producteurs d’alcool à patate comme s’il fut l’un des leurs et qu’en maîtriser la langue était suffisant pour se faire accepter. Il était probable simplement que dans son enfance, il se sentit bien plus proche de sa nourrice russe plutôt que de sa propre mère. Octave lâcha un petit ronronnement guttural et plongea ses yeux émeraude dans ceux de la jeune femme, l’hypnotisant un peu, comme il savait si bien le faire, de son regard assuré et au battement de paupière langoureusement paisible.  

« Bon mademoiselle, Lina, il va falloir me convaincre que je peux vous faire confiance si vous voulez emporter tout ça avec vous. A moins que vous ne souhaitiez vraiment rester ici, mais là encore, il faut m’en convaincre, outrepasser les règles cette année à bien plus de conséquences qu’avant. Vous êtes motivée, c’est bien, mais qu’est-ce qui fait que vous mériteriez qu’on transgresse l’un ou l’autre dogme pour vous ? Surtout lorsqu’il s’agit de divination, domaine où s’il l’on n’a pas de talent, rien ne sert de s’y attarder avec autant d’ardeur. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 16 Jan 2017 - 0:12

La table en bois ciré grinça très légèrement. Lina n'eut pas besoin de lever les yeux pour chercher le regard du bibliothécaire. Il examina les différents ouvrages et la jaune et noire reporta également son attention sur eux. Il n'y en avait pas tant que ça... La sorcière le soupçonnait de vouloir s'amuser avec elle...

Octave Holbrey ! La jeune femme venait enfin de se souvenir de son prénom et de son nom de famille. Elle était incapable de savoir si Rogue l'avait présenté en début d'année ou pas. En revanche, elle entendait encore des élèves de cinquième année discuter du nouveau bibliothécaire en espérant qu'il ne soit aussi... Enquiquinant que Mme. Pince.  

Il inclina un peu sa tête. Lina haussa un sourcil un instant.

« Ça fait un peu beaucoup d’ouvrages pour une seule fois, Miss Kaveline, je le crains. D’ailleurs, est-ce Kaveline, ou Kaveline ? Quoi que je ne connaisse que peu de gens portant un nom de famille avec ce type de sonorités et ils viennent tous de l’Est. Ce sera donc Kaveline. Descendez-vous d’un général d’infanterie, de l’un des directeurs de l’institut pédagogique sous l’empire russe ou du sociologue et fondateur du libéralisme ? Ou bien carrément du représentant de la société impériale orthodoxe de Palestine ? Tous des Kaveline, tous de potentiels ancêtres ».

Soufflée. La sorcière était tout simplement soufflée. Parce que franchement, qui à partir d'un simple nom de famille pouvait vous balancer tout un tas de potentiels ancêtres ? C'était véritablement impressionnant. D'autant plus qu'il avait prononcé son nom de famille presque aussi bien que son grand – père paternel.
Du coup l'adolescente ne tiqua même pas sur le « beaucoup d'ouvrages »... Comme si on pouvait emprunter trop de livres...

Elle fronça délicatement ses sourcils : ça lui donnait un air un peu trop sérieux, mais ce n'était pas grave dans l'absolu. La Poufsouffle avait fait des recherches généalogiques, justement. Notamment pour mieux comprendre l'histoire de son ancêtre Helena Kaveline qui, comme elle, possédait le Troisième Œil. Malheureusement, elle n'était pas remontée très loin pour l'instant. Lina se racla gratta le bout du nez en se raclant la gorge.

« Impressionnant, vraiment Mr. Holbrey... Malheureusement, je vais avoir du mal à vous répondre. J'ai cherché à savoir d'où je venais, j'ai donc fait un peu de généalogie. Mais sur le siècle dernier, je n'ai lu aucun des noms que avez cité ».

Elle haussa les épaules, nonchalante, mais admirant tout de même son joli sourire. Lina décida de se laisser porter par les évènements, de laisser captivée par son regard.

« Bon mademoiselle, Lina, il va falloir me convaincre que je peux vous faire confiance si vous voulez emporter tout ça avec vous. A moins que vous ne souhaitiez vraiment rester ici, mais là encore, il faut m’en convaincre, outrepasser les règles cette année à bien plus de conséquences qu’avant. Vous êtes motivée, c’est bien, mais qu’est-ce qui fait que vous mériteriez qu’on transgresse l’un ou l’autre dogme pour vous ? Surtout lorsqu’il s’agit de divination, domaine où s’il l’on n’a pas de talent, rien ne sert de s’y attarder avec autant d’ardeur ».

La blairelle lui sourit gentiment. Lina ? Il n'y avait plus de Miss. Kaveline ? Un gentil rapprochement, comme pour mieux souligner à quel point il était important de le convaincre. Problème ? La jeune femme n'avait jamais eu à faire cela. Les gens lui faisait, en général, naturellement confiance. C'était un exercice nouveau pour elle.
Méthodiquement, Lina referma chacun de ses livres et elle les empila : du plus gros, au moins épais. Elle observa ensuite son interlocuteur. Elle n'était pas convaincu que ce soit quelqu'un de très sérieux, mais en même temps, elle ne savait rien de lui. Ce qui était plutôt, en fait. La petite fouine qu'elle était se trouvait face à un parfait inconnu. Et pourtant, elle devait faire en sorte qu'il lui fasse confiance. C'était un drôle de jeu aux règles étranges, mais pourquoi pas. Après tout, elle avait presque tout son temps parce que, même si les lois à Poudlard avaient changé, elle était sûre qu'aucun Mangemorts ne viendrait ici : personne ne se méfie des bibliothèques.

Distraitement, elle caressa la reliure de livre le plus gros. Octave, comme beaucoup de gens, semblait avoir un point de vue bien négatif au sujet de la Divination. Comment lui en vouloir quand on voyait le Professeur Trelawney. Il était amusant de voir comment pour certains domaines, une personne suffisait à tout décrédibiliser, et ce, peu importe le nombre de gens doués qui avaient pu faire leurs preuves avant : parce que Sibylle ne mentait, elle était effectivement la descendante d'une célèbre voyante.

Le regard de Lina se posa sur le sac en toile qui était à ses pieds. Un vieux sac, il est vrai, mais très pratique. Sans savoir pourquoi, elle y tenait beaucoup. Tout au fond de ce sac se trouvait un jeu de carte, emprisonné dans une petite boîte métallique, pour que celles – ci soient plus faciles à transporter. Lina avait emporté ses précieuses cartes de Tarot puisqu'elle voulait étudier quelques domaines de la Divination ce soir. Les cartes du Tarot de Marseille avaient la particularité de représenter des scènes ou des personnages. Certains des éléments dessinés, voire tous, avaient une symbolique particulière. Symbolique que l'on retrouvait dans d'autres domaines de cet Art abstrait, comme par exemple l'interprétation des rêves. Lina avait emporté ses cartes au cas où elle aurait eu besoin ou envie de comparer certains éléments.
Manifestement, elle n'en aurait pas le temps ce soir.

Avec un sourire, la Poufsouffle se baissa pour farfouiller au fond du sac. Elle sortit sa petite boîte métallique et la posa sur la table. Elle l'ouvrit. La première carte visible était celle du Bateleur. Elle prit la carte avec sa main gauche, et les mélangea. Puis elle les posa. Toujours très souriante, elle dévisagea le bibliothécaire.

« Je vous propose un tour de passe – passe... Enfin presque. Si je réussis ce que je vous prédis sur les cartes vous paraît probable ou vous convainc alors je gagne, et j'ai le droit de choisir : soit j'emprunte tous mes livres. Soit je passe la nuit ici. Si je perds... Eh bien à vous de choisir ce que vous ferez de moi. Mais tachez d'être objectif ! »

Elle lui fit un clin d’œil. Leurs destins, ou presque, étaient entre ses mains.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mar 17 Jan 2017 - 1:10

« Impressionnant, vraiment Mr. Holbrey... Malheureusement, je vais avoir du mal à vous répondre. J'ai cherché à savoir d'où je venais, j'ai donc fait un peu de généalogie. Mais sur le siècle dernier, je n'ai lu aucun des noms que vous avez cités »

Comme bien souvent, il avait devancé son interlocuteur par sa connaissance aussi aléatoire qu’inutile dans les sujets les plus divers et variés. Que voulez-vous, il avait ce talent, ce don inné et inexpliqué que tant d’étudiants en détresse rêvaient de posséder. La mémoire eidétique. Ce qu’il lisait, entendait ou regardait, il s’en souvenait formellement jusqu’à la fin de sa vie. Parfois, comme maintenant, sans qu’il n’ait besoin d’y réfléchir concrètement, des détails ressortaient pour enrichir sa pensée d’agréments culturel et informatifs. Il ne s’étonna finalement pas tant que ça lorsque la jeune fille lui avoua ne pas en avoir entendu parler. Elle était sorcière, pas moldue, et ne devait pas vraiment mélanger ces deux univers autant que lui le fut contraint. Tout au long de sa jeunesse et de son travail, tous deux obligeants à leur manière, il fut forcé à camper ferme d’un pied et de l’autre dans deux univers différents et qui ne faisaient que se frôler. Après tout, les noms évoqués étaient des noms strictement moldus, et quand bien même cherchait-elle ses origines, il y avait peu de chance qu’elle s’aventure trop loin de ce côté-ci, les sorciers ayant toujours bien plus d’intérêt pour la source pure de leurs pouvoirs, plutôt que pour leur descendance atavique. L’ancêtre moldu pouvait bien être le Duc de Norfolk que personne chez les mages n’en avait cure ni n’en ressentait une quelconque fierté.

Octave se contenta donc d’accentuer son sourire entendu en voyant la jeune femme lever avec désinvolture ses frêles épaules. Les compliments, surtout lorsqu’ils semblaient sincères, avaient le don de le rendre mièvre l’espace de quelques secondes, encore aujourd’hui, alors qu’il espérait avoir dépassé cette faiblesse datant de l’enfance et de son éternel complexe. La complaisance était venue se glisser à son insu dans son regard et sa manière de se tenir sans qu’il ne puisse refreiner cette manie, la vilaine… Sans se décontenancer et en faisant perdre le côté obscur à son sourire, Octave observa Miss Kaveline empiler ses livres dans une tentative de réflexion sans avoir à subir une immobilité embarrassante. Patiemment, il la laissa donc se décider quant à la marche qu’elle souhaitait suivre, déjà presque certain qu’elle jouerait son jeu. Même si la plupart du temps ils n’y étaient pas obligés, les gens avaient tendance à se laisser aller à la coquetterie, tant cette dernière avait l’avantage de flatter l’égo. Tout le monde possédait toujours le choix finalement, mais rares étaient les personnes qui tentaient de ramener le bibliothécaire vers un échange formel et convivial en quelques mots, préférant toujours le sublime exquis du badinage folâtre et taquin. Quant à Octave, ce n’était pas tant par volupté -bien qu’évidemment, il en tirait un incommensurable délice- qu’il s’aventurait sur ce terrain-là, mais plutôt parce que cela avait tendance à baisser la garde de ses interlocuteurs. Sans s’en rendre compte, ils lui faisaient déjà un peu confiance. Une complicité indicible s’instaurait lentement sans que personne n’en remarque rien jusqu’à dire un mot de trop et là, plus moyen de revenir en arrière. C’était une technique on ne peut plus primitive, mais qui marchait à tous les coups, les individus en ce monde passant tant de temps à atténuer leurs pulsions naturelles innées qu’ils ne se rendaient pas compte lorsqu’on en caressait une dans le sens du poil. Cela lui arracha une énième satisfaction de voir Miss Kaveline si réceptive en apparence à cette espièglerie qui se tramait en silence, se reflétant uniquement dans des regards pétillants et emplis d’expectative.

Puis, alors qu’il observait la jeune femme plongée dans une réflexion propre, Octave y vit ce trait de lumière très caractéristique qui n’apparaissait que dans le creux d’un esprit étant soudain traversé par une idée salvatrice. Il se concentra davantage, suivant la gestuelle de la demoiselle, curieux et impatient de savoir ce que cette tête savante avait bien pu lui inventer. Son corps s’était baissé sous la table telle une gracieuse branche d’arbre courbée par la force du vent, avant de se redresser avec un mystère entre les mains. Etant de ceux qui aimaient à se faire surprendre, Octave s’arrêta de réfléchir un instant, ne voulant pas laisser le temps à son cerveau méthodique de deviner le contenu de la boîte avant que l’adolescente ne le lui révèle d’elle-même. C’était bien plus intrigant et intéressant comme ça. Mais là, plutôt que d’être charmé comme il s’y attendait, Octave se contenta de pivoter sa tête légèrement sur le côté avec suspicion en voyant les cartes. Ah, il était bon joueur et toujours prêt à découvrir de nouveaux horizons, mais franchement, franchement… De la divination ? Avec lui qui plus est ? Avait-il dont une tête à aimer qu’on lui prédise la mort, ou des enfants et un mariage, la tête de celui qui pourrait s’en étonner ou s’en réjouir comme une midinette de campagne ? Enfin, que pouvait-on attendre finalement de plus de la part d'une jeune femme passant le plus clair de son temps à s'informer sur le sujet ? Il croyait en la divination, il n’y avait pas de soucis de ce côté-là, mais trop de menteurs couraient en ce monde pour qu’il fasse confiance à un tas de Tarot posé sur une table. Surtout lorsque les cartes en question appartenaient à une adolescente. En vérité, il désespérait un peu maintenant de rencontrer quelqu’un pourvu du troisième œil authentique, tant il en avait vu de ces faux prophètes.

« Je vous propose un tour de passe – passe... Enfin presque. Si je réussis ce que je vous prédis sur les cartes vous paraît probable ou vous convainc alors je gagne, et j'ai le droit de choisir : soit j'emprunte tous mes livres. Soit je passe la nuit ici. Si je perds... Eh bien à vous de choisir ce que vous ferez de moi. Mais tachez d'être objectif ! »

Il souleva un sourcil et courba à peine l’arc dédaigneux de ses lèvres en un sourire à peine visible. Bon, à défaut d’avoir une prédiction véritable, il allait au moins pouvoir avoir un aperçu de l’intelligence de Miss Kaveline. A quel point était-elle maligne ? A quel point était-elle habile en déductions diverses ? Peut-être lui parlerait-elle des relations difficiles avec sa famille, constant que chacun pouvait finalement faire à son sujet, d’où le manque d’intérêt de ce type de présages. Ne sait-on jamais, peut-être Octave avait-il en face de soi un Sherlock Holmes des temps modernes qui usait de son énergie pour entourlouper les gens en leur disant ce qu’ils savaient déjà ? Néanmoins, il se redressa, jaugeant la jeune femme de toute sa vertigineuse hauteur avant de sortir sa baguette et de faire apparaître une chaise revêtue de cuir au niveau du dossier et cerclée de deux accoudoirs. Nonchalamment, il la poussa près du bureau et s’assit dessus, se préparant à cette séance occulte avec pour seul intérêt de découvrir l’habilité de Miss Kaveline à le mener en bourrique, la divination étant la seule circonstance qui ne le rebutait pas à l’idée d’éventuellement se faire avoir. Il fallait savoir saluer les esprits particulièrement adroit après tout. Regardant la jeune femme dans les yeux, il lui rendait son sourire, quoi qu’un peu moins rayonnant et beaucoup plus vicieusement mielleux. Posant sa main sur le tas de Tarot, il l’étala sur la table en un arc-de-cercle régulier, son habilité à déployer les cartes lui venant de son passif en tant que joueur de poker et autres jeux du même gabarit. Se laissant aller au hasard, il tira du bout du doigt quarte cartes aléatoires sans vraiment prendre garde ni à leur emplacement, ni à leurs particularités. A dire vrai, elles semblaient toutes identiques vu d’ici, de simples marques de temps ayant laissé leur trace sur les bordures, écorchées par endroits, usées à d’autres.

« Un tour de passe-passe ? Tu n’essayes donc même pas de te donner un peu de sérieux ? Où est donc passé le jargon de l’occulte ? Cartomancie céleste, ésotérisme prophétique, l’avenir dans le Tarot, divination archangélique… Des clichés, j’en conviens, mais ils ne sortent jamais de nulle part, ni pour rien. Quoi qu’il en soit, marché conclu. Si tu gagnes, tu fais ce que tu veux, si je gagne, tu passes la nuit ici. Et en fonction de l’étendue de ton échec, on verra ce que je ferai de toi. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 20 Jan 2017 - 19:48

HJ:
 


La blairelle perçut son changement d'attitude, mais elle ne fit rien, elle était sûre d'elle... Pour l'instant. La sorcière le regarda étaler les cartes, on sentait dans ses gestes le poids de l'habitude. Peut – être un ancien joueur ? Avec son doigt il tira quatre cartes. C'était la partie que Lina aimait le moins : elle avait toujours du mal à accepter qu'un inconnu puisse toucher à son jeu, lui qui était si ancien, si précieux...

« Un tour de passe-passe ? Tu n’essayes donc même pas de te donner un peu de sérieux ? Où est donc passé le jargon de l’occulte ? Cartomancie céleste, ésotérisme prophétique, l’avenir dans le Tarot, divination archangélique… Des clichés, j’en conviens, mais ils ne sortent jamais de nulle part, ni pour rien. Quoi qu’il en soit, marché conclu. Si tu gagnes, tu fais ce que tu veux, si je gagne, tu passes la nuit ici. Et en fonction de l’étendue de ton échec, on verra ce que je ferai de toi. »

Le « tu » était donc d'usage maintenant ? Lina lui offrit un de ses plus beaux sourires. Mais évidemment, il ne pouvait savoir quel était son point de vue à elle sur la divination. La jeune femme ne lui en voulait pas, d'une certaine façon, elle avait eu des mots beaucoup plus durs que les siens. Malgré tout, il avait accepté le marché, même si Lina se demandait ce qu'incluait le « on verra ce que je ferai de toi ».

« J'ai été comme vous. Pire encore. J'ai longtemps nié que la divination puisse exister pour de vrai, et pourtant, je viens d'une famille de sorciers... »

Lina rangea le reste des cartes. Puis elle prit la première carte qu'Octave avait choisie : elle la plaça à gauche. La deuxième à droite, la troisième en haut et la dernière en bas. Le tout formait une sorte de croix. Elle retourna les arcanes en suivant le même ordre, et contempla le tirage. La jeune voyante pinça les lèvres et fronça ses sourcils. Il était difficile d'expliquer pourquoi, mais ce tirage la mettait mal à l'aise. Malheureusement, il était trop tard pour reculer : comme lui, elle avait accepté le marché.
Avec son index gauche, elle tapota la première carte et releva le menton pour s'adresser directement à Octave, droit dans les yeux.

« Celle – là vous représente. La carte du Mat ou du Fou, en fonction de la traduction... Elle est un peu compliquée puisqu'elle n'a pas de chiffre. Le Mat a subi une ou des pertes... Des pertes à vous rendre fou : des gens sont partis, je vois des morts aussi. Malgré tout le Mat avance vers l'inconnu, il est indépendant, un peu marge du système, c'est pour ça qu'il a un baluchon sur l'épaule. C'est un personnage excentrique. Pourtant il y a ce chien, qui lui mord la jambe, il a déchiré son pantalon et l'a blessé. Le Mat est donc fondamentalement ce personnage amoché qui se débrouille pour avancer, même s'il est poursuivi par ses anciens démons. Restez prudent ».

Lina se racla la gorge. Ce moment s'avérait un peu plus stressant que prévu. Quelque part elle craignait un peu les réactions du bibliothécaire. Il pointa du doigt la deuxième carte, la plus importante.

« Celle – là représente... Une sorte d'obstacle, une difficulté. Mais dans votre cas, il s'agit plutôt d'une personne qui... Lina prit quelques secondes pour bien choisir ces mots. D'une personne dangereuse pour vous. L'Empereur. C'est une carte particulière, puissante. Elle représente un homme, évidemment. L'Empereur est là, confortablement installé sur son fauteuil, à l'abri. Mais il doit s'occuper et surveiller son peuple, dans le cas présent il s'agirait plus... D'une personne en particulier. L'homme en question est fort et probablement dominant. L'Empereur est intelligent, équilibré, profondément rigoureux... Lina hésita. Elle n'aimait pas ce qu'elle éprouvait en parlant de cette carte, elle avait la sensation de parler d'un homme... Mortel. L'Empereur a également un rôle d'apparat : les soirées mondaines, les rencontres avec des gens importants. Cet homme a deux facettes : il peut être charmant, noble bref, bien sous tous rapport.  Mais il peut aussi être impitoyable, il ne pardonne pas.  Ah autre chose. Il est associé au chiffre 4, le quatre est un chiffre raffiné, il incarne la maîtrise. La figure géométrique qui va avec, est le carré, forcément. On en revient au caractère intransigeant À titre tout à fait personnel, je vous conseillerais de rester méfiant : je pense que nous parlons ici d'un homme cruel ».

Lina regarda la carte de l'Empereur. Dans l'immédiat, elle n'aimait pas du tout cette Arcane, il y avait quelque chose d'effrayant, et la sorcière ne comprenait pourquoi cette arcane se trouvait là avec un sens aussi... Péjoratif. Dans quels draps un simple bibliothécaire avait – il pu se fourrer... ? Et la carte suivante ne présageait rien de bon non plus...

« Là c'est la Maison de Dieu. C'est une carte qui peut être.. Néfaste. D'un point de vue neutre, elle incarne des changements soudains, parfois violents. Cette carte vous indique qu'il y a une possibilité, Lina appuya le terme, pour qu'une catastrophe se produise. Je vois... De la rancune, peut – être une volonté de se venger. Si cette personne, et je pense que nous parlons – là de l'Empereur, décide de se venger... Sachez que vous ne pourrez rien faire, vous serez impuissant. La situation sera difficile à surmonter...»

Enfin la dernière carte. La sorcière était soulagée de voir l'Arcane Sans Nom. Même si elle représentait la mort, cette carte n'était pas aussi négative que les apparences le laissaient penser. C'était une carte subtile et délicate, une des préférées de Lina.

« Et enfin l'Arcane sans Nom. La Mort... Symbolique. Évidemment, elle est liée au nombre treize. Mais elle représente en fait le changement, le renouveau. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans votre cas : même si l'Empereur passe à l'acte, vous ne mourrez pas. Lina osa la touche d'humour, il était clair qu'elle était nerveuse, mais au vu du tirage, elle trouvait ça tout à fait normal et sain. En fait, la Mort vous recommande de vous détacher de votre passé pour aller vers autre chose. »

Lina regarda ses cartes, puis Octave, avant d'appuyer son dos contre le dossier. Mentalement, elle additionna les cartes. 33. 3 + 3 = 6. La sorcière, prise d'un doute, fouilla son jeu de cartes pour voir laquelle correspondait au chiffre 6. Elle étouffa un petit cri de surprise : l'amoureux ?! Elle posa la carte.

« C'est euh. L'amoureux. Il s'agit donc d'un trio : vous, l'Empereur et une femme... C'est un avertissement. Puisque vous êtes le Mat et que l'Empereur est l'Empereur, je dirais que cette carte représente la femme. Elle est indécise, elle a du mal à prendre position. Vous êtes liés tous les trois, et vous jouez à un jeu dangereux. Notamment parce qu'elle représente... Une tentation, pour vous»

La dernière phrase était un commentaire tout à fait personnel. Lina laissa ses cartes entre elle et Octave. En proposant son jeu, elle ne pensait pas découvrir quelque chose dans ce goût – là . Pleine de préjugés, elle s'était dit qu'un bibliothécaire ne pouvait qu'avoir une vie paisible. C'était à cause de ce genre de tirage que la sorcière avait mis si longtemps à accepter ce qu'elle était. La jeune femme ne voulait pas finir comme Trelawney, à prédire des malheurs toute la journée, jusqu'à la fin de sa propre existence. Bien sûr, elle savait que les gens avaient toujours des vies délicates, parsemées d’embûches. Mais on ne pouvait lui demander de sauter de joie à chaque funeste prédiction sous prétexte qu'elle avait un don. Elle en arrivait parfois à envier tous ces charlatans qui se contentaient de prédire des histoires d'amour, des mariages, des naissances et parfois des divorces. Ils avaient la vie facile, eux.

« Alors... J'ai gagné ? ».

Cette fois, Lina ne prit pas la peine de sourire, même sa voix avait perdu un peu de chaleur : elle était rendue presque atone. La jeune voyante était gênée. C'était ça aussi le problème de la Divination, il y avait des choses que l'on n'avait pas envie de savoir. Et ce soir, Lina l'avait momentanément oublié.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Sam 21 Jan 2017 - 20:01

A chaque fois, il ressentait un trouble expectatif le gagner, une excitation palpable qui faisait frémir le rayon lumineux de ses yeux, leur prêtant un éclat singulier. Quelle que puisse être l’issue de cette bagatelle, elle ne pouvait que lui inspirer satisfaction. Tel un pèlerin à qui on promettait l’absolution divine sur des lieux sacrés, la vision bénie de Saints et des miracles célestes, Octave attendait sagement son présage, souhaitant qu’il soit vrai et qu’advienne enfin devant ses yeux ébahis la manifestation de forces supérieures qui échapperaient à son entendement. Si Miss Kaveline s’avérait être une véritable prêtresse du temps et de l’espace, dotée d’une authentique clairvoyance, il s’inclinerait alors de bonne grâce devant ce don inné de la nature, ce cadeau inestimable que l’on ne pouvait que tenir en haute estime. Si elle se présentait en tant qu’habile mystificateur, Octave aura le plaisir de découvrir un esprit agile et probablement doté d’une intelligence capable de faire fléchir la sienne en le trompant l’espace de quelques instants. Qu’y avait-il de plus exaltant que de desceller en l’autre un entendement hors du commun ? Peut-être éventuellement celui, parfaitement orgueilleux, de mettre à nu un imposteur, dépouiller une belle tartuferie de son appart jusqu’à voir un petit corps pelé et ridicule. Seigneur, oh que oui, ces trois éventualités emplissaient déjà son esprit d’une joie que seules les personnes corrompues pouvaient ressentir ainsi, car il n’y avait qu’elles pour savoir accommoder toutes les éventualités à leur bon plaisir.

Tandis que Miss Kaveline découvrait les quatre cartes tirées, Octave composait avec sa patience et son sang-froid pour ne pas laisser l’enthousiasme d’une joyeuse coïncidence venir mettre à mal sa lucidité et sa rigueur cartésienne. La première erreur devant un faux prophète était l’embrasement optimiste de la stupéfaction face à présage ou une description que l’on croyait nous convenir. Le hasard était si bien construit avec ces gens que les cartes se mettent soudain à parler comme à notre propre cœur, et tout paraît convenir lorsqu’on y songe. De là nait l’excitation et l’attente heureuse d’une seconde prédiction appropriée, puis d’une troisième, jusqu’à ce que la suspicion soit remplacée par le plus honnête ébahissement devant tant d’incontestable vérité. Pourtant, c’était bel et bien la première surprise manifestée qui s’avérait fatale. Une fois qu’on pense y croire, plus rien n’arrête l’espérance de se faire surprendre un peu plus. De la même manière qu’un tour de magie exécuté par des mains habiles et auxquelles on croit, tant que le mécanisme reste soigneusement invisible et insoupçonné. Soigneusement, Octave remonta les manches de sa chemise d’un blanc immaculé et disposa ses bras sur ses accoudoirs en signe d’ouverture parfaite d’esprit, ce qui était formellement le cas. Le sourire abandonna son visage au profit d’une expression plus sérieuse, son regard restant néanmoins curieusement lumineux. Il était attentif, la tête légèrement penchée vers l’avant, prêt à écouter les déductions sur son propre avenir.

Suivant les pincements de lèvres et les haussements de sourcils de la jeune femme, il resta de marbre, respectant rigoureusement l’accord tacite passé avec soi-même. Véritablement, il ne savait pas à quoi s’attendre exactement, à quel degré de fourberie allait-il devoir faire face en faisant preuve de sa plus splendide impassibilité. Toutes ses expressions confuses sur le visage féminine étaient-elles les marques d’un jeu d’acteur habile ou la sincère inquiétude pour des cartes ne lui convenant guère ? Il avait bien fait de retirer le sourire qui jouait d’habitude sur ses lèvres carmin, car il se serait de toute manière évanoui au fur et à mesure que l’adolescente parlait. Il connaissait les cartes et le Mat ne venait pas à lui pour la première fois, le hasard devenant un peu trop persistant pour en être un. Son regard oscillait entre l’illustration et le visage préoccupé de Miss Kaveline, pour qui l’explication semblait devenir contraignante, comme si elle n’appréciait pas ce qui fut tiré. Et puis, l’Empereur. Des associations systématiques lui vinrent en tête à mesure que son esprit triait les personnes de son entourage pouvant le mieux convenir à ce rôle. Manifestement, au vu des évènements passés, Octave ne pouvait conclure qu’à une seule personne. Andreas Rowle. Mais ce nom ne lui revenait en tête que parce que l’histoire était récente, véritablement, beaucoup de ses connaissances pouvaient parfaitement être représentés par cette carte. Calmement, il relativisa, toujours sans donner de signe de contrecoup, gardant son visage aussi impassible que les dessins sur le Tarot restaient immobiles. Des présages, on lui en avait déjà fait, mais celui-là instaurait une ambiance étrange et les dires de la jeune femme le troublaient involontairement, l’obligeant sans cesse à modérer ses instincts primaires pour revenir à la sèche logique. La foi, la croyance, tout cela était particulièrement dangereux car si l’on s’y abandonnait, il fallait savoir le faire au bon moment au risque de se voir plonger dans un univers empli de facéties desquelles il sera impossible de se défaire. Et puis, la Maison de Dieu, carte intermédiaire représentant les intentions de l’Empereur à l’égard du Mat. Il sentit ses dents se serrer derrière ses lèvres closes. Le nom revenait encore, comme une mouche volant au-dessus de sa tête, qu’il avait beau chasser qu’elle recommençait de plus belle. Andreas Rowle. Tout ca il le savait, il le savait… alors pourquoi est-ce que ça le gênait tellement d’entendre tout cela ? Le malaise était partagé, sans qu’il n’en laisse cependant rien paraître, fidèle à soi-même et à son désir de garder ce genre de choses pour soi pour l’instant. Découvrir son ressenti trop tôt devant quelqu’un d’habile pouvait facilement s’avérer fatal. Sa méfiance et son désir de se protéger en cette situation prouvait avec quel sérieux il abordait les présages et les gens trop perspicaces.

L’Arcane sans Nom… Il aurait dû se sentir rassuré, mais comme il n’y croyait qu’à moitié et que son esprit était préoccupé par ce qui fut dit plus tôt, Octave ne se trouva pas soulagé que sa mort n’était pas encore écrite et ne subviendrait pas de la main du Père. Il pencha légèrement la tête sur le côté, l’air vaguement sévère alors que l’adolescente fouillait ses cartes avant de s’étouffer sur celle qui fut choisie. L’amoureux, bon sang de bois. Plus les cartes tombaient, plus la situation devenait claire… ou ne faisait que sembler ? Miss Kaveline finit son explication à un Octave ayant baissé son regard vers la dernière carte, qu’il observait attentivement, plongé dans une réflexion qui recouvrait ses yeux d’un voile trouble. Tout ça lui correspondait beaucoup trop. Il releva la tête avec un vague sourire relevant le coin de ses lèvres alors que la jeune femme lui demandait si elle avait gagné. Il ne répondit pas tout de suite, l’observant d’abord attentivement, décochant deux flèches émeraude dans les yeux de la cartomancienne. Puis il jaugea à nouveau les cartes en passant lentement sa langue sur ses lèvres pleines. Enfin, sa voix raisonna, calme et profonde, vibrant dans l’air en un mélodieux baryton.

« Tu sais quel est l’avantage du Tarot ? Il n’y a que vingt-deux cartes, toutes très allégoriques, l’une comme l’autre. Et qu’est-ce qu’il se passe quand le choix est minime ? On fait preuve de généralisation. Pas pour rien d’ailleurs qu’il existe plusieurs mains de Tarot aux iconographies différentes, cela permet de mieux satisfaire les différentes doctrines. J’ai sorti le Mat. Carte très particulière qui pourrait en flatter plus d’un s’espérant original. Tu me dis qu’il a subi des pertes, mais qu’il avance tout de même malgré un passé qui le retient, le réfractaire du lot tout désigné, le marginal qui souffre de sa propre histoire tout en essayant de s’émanciper… Te rends-tu bien compte que cette carte pourrait convenir à n’importe qui ? Tout le monde souffre à sa mesure de son passé et tend vers son futur, mais les souffrances sont toutes relatives à notre propre expérience et ce qui me paraît être une pacotille sera une torture pour quelqu’un d’autre. Tu aurais pu, avec le même succès, me décrire le Bateleur que j’aurais hoché de la tête pour la symbolique de la renaissance de cette lame, sa tendance à la spontanéité. Parce qu’en vérité, si on regarde bien, dans chacune des cartes du Tarot il y a un peu de nous quelque part. Ce n’est pas pour rien si le Tarot de Marseille fut créé sur la base de la philosophie hermétique, univers de l’occulte et de l’ésotérisme analogique ou tout n’est que relief et ombres dont on doit deviner le sens plus que le comprendre. Ca a quelque chose de pratique je trouve, ca se base beaucoup sur… l’imagination, la sensibilité de celui qui manie le jeu et celui qui écoute l’explication. »

Il soupira, non par lassitude, mais parce que sa respiration s’était passablement ralentie. Son regard dériva sur la carte de l’Empereur et celle de la Mort. Octave se pencha légèrement sur la table pour mieux les voir sans les toucher avant de diriger ses yeux pétillants vers la demoiselle.

« Tout ce que tu as dit a fait sens d’une certaine manière dans ma tête parce que je suis méthodique. Le Tarot est interprétation. Tu me dis l’Empereur dangereux pour moi, qu’il ne montre qu’une facette à la fois… Moi je peux te dire que l’Empereur, du fait de son appartenance au chiffre quatre, un chiffre stable, peut être jugé comme quelqu’un de conservateur et donc quelqu’un en qui on peut avoir confiance du fait de sa constance envers ses habitudes. De plus, on dit aussi qu’il vit sur ses acquis en pesant que cela durera toujours, réagissant mal au changement, même face à l’évidence. Peut-on, dans ce cas-là, vraiment parler de quelqu’un d’intelligent et d’équilibré ? Et puis, le fait qu’on le voie de profil ne nous dit pas nécessairement que c’est quelqu’un qui cache quelque chose, mais plutôt quelqu’un qui regarde incessamment vers son passé, vers les biens matériels acquis et sur lesquels il se repose. Mais bon, effectivement, lié à la carte de La Mort, si un homme puissant comme l’Empereur s’attaque à moi, que pourrais-je bien faire, en pauvre bibliothécaire, hein ? C’est logique… Mais qu’est-ce qui te dit, avec tout ce que j’ai soulevé, que ce sera une catastrophe ? D’autant que l’arcane de la Mort parle de changement soudain, pas de vengeance. La vengeance ou la rancune ne sont pas des changements, ce sont la conclusion ou le revers d’une situation. Ce n’est même pas une renaissance, ni un nouveau départ, alors je trouve ton interprétation assez étrange. »

Octave s’arrêta et réfléchit encore un peu, amassant en sa mémoire ses connaissances sur le sujet. Son regard frôla la carte de la Maison de Dieu.

« Tu n’as pas parlé de l’égo, qui serait bienvenu dans n’importe quelle situation, que l’on fasse référence à son absence ou sa présence. Avec quelqu’un comme l’Empereur, ce serait judicieux, non ? Surtout face à moi, probablement que ce sera mon égo qui prendra une bonne dose d’humilité dans ce cas-là, vu que je ne suis pas en état de résister à l’Empereur. Tu vois, je pense à un évènement précis et je réarrange la symbolique à mon avantage, pour que cela veuille dire quelque chose pour moi spécifiquement. Et puis bon, qu’en est-il du Dieu assis sur la Tour ? Est-ce l’Empereur ? L’Empereur qui se croit tout puissant et qui essaye de donner des leçons d’humilité aux petites gens en bas, mais qui finit par tomber, comme on tombe tous lorsqu’on essaye d’aller trop près du soleil ? Ca aussi, c’est possible, si on considère que le Mat est pour certains symbole de puissance et d’acte. L’ordre du potentiel. »

Ah que le Tarot était commode, toujours à pouvoir nous dire ce que l’on veut entendre. Octave gazouilla quelque chose d’incompréhensible dans sa barbe tout en regardant la dernière carte. Un sourire perça enfin ses lèvres. Cassidy, bien sûr qu’il pensait à elle. Mais aussi à Jane, Abigail, Lorelei, Elizabeth, Anna… Des noms, certains concrets, d’autres tirés de l’univers littéraire, héroïnes dont il était tombé jadis amoureux, dans le sens purement métaphorique du terme.

« Bien évidemment qu’on est liés tous les trois, puisque ce sont les cartes que j’ai tirées. Mais jolie Mademoiselle, vraiment. Comme dit, nous avons tous un passé qui nous rattrape, un avenir que l’on guette, l’égo nous ronge tous, ou son absence nous humilie aux yeux des autres, nous avons tous un homme de pouvoir qui peut s’avérer être notre ennemi, un père, un patron, le Seigneur des Ténèbres. Chaque instant de notre existence peut représenter un changement, chaque rencontre peut être fatale tout autant qu’elle peut nous transformer, ca dépend de la manière qu’on aura d’aborder ces changements. Et bien sûr, nous avons tous une décision difficile à prendre, pour nos études, notre vie, nos amours, nous-même… ou quelqu’un à aimer, qui représente pour nous une tentation impossible ou difficile, car comme l’on sait, il est dangereux de céder à la tentation, quelle qu’elle soit. La question est finalement de savoir si je crois que tu as le don de l’Unité. Si tu es capable de faire lien entre les évènements du hasard pour en tirer un sens à venir. Or, le Tarot est si symbolique que je fais pour ainsi dire tout le travail à ta place. Je fais moi-même mes connexions, mes liens et mes interprétations par rapport aux vagues explications que tu me donnes et aux souvenir que je recèle. Un peu facile, non ? Alors est-ce que tu as gagné ? Moui. A mes dépends. Tu n’as rien dit d’exceptionnel qui puisse être applicable à moi spécifiquement. Ta victoire est facile parce que tu as vu large et que tu n’as pas vraiment pris de risques. En revanche, si tu as vraiment le don de divination… Permet-moi de te dire qu’il est paresseux. »

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