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[2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard.

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MessageSujet: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Dim 8 Jan 2017 - 23:32

La routine. Octave l’abordait avec une méfiance accrue. Si l’on pouvait vraiment parler d’abordage… Il faille déjà qu’il y ait quelque chose à aborder. L’habitude était subtile et traînante, s’instaurant dans nos vies tel une marée, par vagues toujours plus abondantes, et lorsque l’on se retournait pour voir la plage, il était déjà trop tard et la mer était partout. Encore un flot et l’on perdait pieds, alors qu’on croyait l’eau à hauteur des mollets. L’habitude rampait silencieusement et l’on la percevait qu’une fois pris au piège et incapable de s’en défaire. Pourtant, elle avait la réputation d’être confortable, cette habitude monotone, sans surprises. Une tranquillité paisible la suivait et plongeait dans un équilibre apaisant où le véritable repos était enfin possible. Quelle consolation que de savoir les jours à venir aussi semblables que ceux passés ! Où le frisson d’aucune espèce de spontanéité ne venait faire ondoyer la surface d’une eau aussi claire et lustrée qu’un beau miroir. Aucune inquiétude, rien que la douceur patiente d’une existence monocorde, comme un éternel jour d’été, la tête dans l’herbe et le visage bigarré par l’ombre d’un arbre au feuillage vert abondant. De temps en temps, une brise légère chassait les feuilles et parsemait la peau d’ombres fantasques et des rayons chaleureux du soleil, répandant un délicieux frisson de quiétude silencieuse. Tout était familier, la vie était rythmée à la perfection, plus aucun effort n’était nécessaire. Qu’il était aimable, l’air de l’habitude, tel le murmure monotone des abeilles cherchant leur chemin dans les hautes herbes non fauchées. Le gazouillis d’élèves en train de chuchoter par-dessus leurs piles de livres, des pages qui se tournaient, emplissant l’atmosphère d’une palpitation moelleuse. Le calme. Relatif mais agréable de par sa légèreté saisissante. Rien n’était troublant, à part peut-être la tranquillité elle-même…

Pourquoi tant de réticence à en profiter alors ? La force de l’habitude. Elle était pernicieuse d’autant plus qu’elle agissait sur les gens sans leur consentement. Comment donc se défendre de quelque chose qui nous fait tant de bien ? Ce qui semblait être une bonne habitude s’avérait bien souvent en être une mauvaise. La routine rendait fainéant et placide. Après un mois passé à travailler dans cette bibliothèque, Octave commençait à en percevoir les effets sur son quotidien. Une vague inquiétude était venue courber l’arc dédaigneux de ses sourcils, alors qu’il répétait un mouvement coutumier sans y réfléchir. Et c’était précisément cette désinvolture spontanée qui le rendit soucieux. Cette sensation, il l’avait oubliée depuis longtemps, sa vie récente n’ayant été qu’une succession d’évènements qui n’avaient laissé de repos à son corps, et encore moins à son esprit. Si n’importe qui à sa place ne s’en serait pas ému, Octave avait toutes les raisons de s’en alarmer, même si ce fut à tort. La sensation était exactement la même qu’il y a dix ans. Douze maintenant, en fait. Enfin, presque. Au mois de décembre, cela en fera douze. La dernière fois qu’il s’était senti aussi confortablement las, c’était lorsqu’il avait commencé à boire. Et une fois l’habitude en place, l’effort pour en changer était incommensurable. Si les alcooliques s’interdisaient de toucher à la boisson par crainte de ne pas y résister, le grand démon d’Octave avait toujours été l’oisiveté paresseuse. Il avait d’ailleurs posé sa plume pour se laisser aller contre le dossier de son fauteuil en vieux cuir verni. Le visage tourné vers le plafond, il tenta de relativiser, mais le malaise ne partait pas. Pourtant, les circonstances étaient bien différentes, pour ne pas dire complètement antonymiques, mais l’angoisse de l’habitude était-elle aussi une habitude… Il souffla. Il était effectivement devenu un peu indolent depuis un certain temps, mais ce n’était pas très grave, n’est-ce pas ? Il avait le droit de se poser, après tout. De profiter de la vie monotone qu’il n’avait jamais eue, ou que très vaguement. Ce n’était pas critique, sa torpeur langoureuse ne risquait pas de lui coûter sa vie et sa santé cette fois-ci. Il n’était pas malheureux, du moins n‘en avait-il pas l’impression, et l’inertie était agréable au lieu d’être pénible. Il y a douze ans, la routine l’avait pétri d’une conduite atrocement uniforme, tel l’Ouroboros. Aujourd’hui, c’était autre chose, une autre vie, un autre instant…

Pourtant, la paresse semblait être si identique qu’il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter, comme si avec elle n’allait pas tarder à arriver une mélancolie désabusée dont il allait devoir se défaire comme d’une crème fraîche que l’on bat jusqu’à en faire du beurre. Octave se força un sourire, mais rien ne venait, et c’était d’autant plus étrange. Ah ! Diantre ! Il ne fallait donc pas s’en inquiéter autant, de cette douce tranquillité ! Mais il avait toujours autant la crainte de retomber dans ses vieux travers, ceux qu’il croyait oubliés et même perdus. Perdus jusqu’à ce que l’on ne sente plus le sable sous nos pieds et qu’on ne voie à l’horizon que du bleu. Encore un soupire. Bon sang, quel ennui ! Quelle école infernale. Même pas moyen de s’oublier dans le travail tant il était répétitif à en mourir et presque ennuyeux maintenant. Octave se redressa et reprit la plume entre ses doigts pour finir de noter dans le registre ce qu’il devait avant de l’oublier. Un élève passa non loin de son bureau. Heureusement, il y avait toujours ces jouvenceaux pour nuancer les journées. Pour ne pas dire qu’il n’y avait qu’eux. Il ne savait dire si c’était sa personnalité ou non, mais certain d’entre eux avaient décidemment un caractère fantasque. Quoi qu’il vînt à se dire que c’était là une spécificité de la jeunesse que d’être capricieuse. Eux aussi, allait-il en faire le tour jusqu’à ce que plus rien ne le surprenne en ce château ? Et alors, il recommencerait à se sortir de l’ennui en faisant des bêtises. Ah, mais il ne fallait pas se mentir ainsi odieusement ! Il avait déjà commencé ses calembredaines, tel le sagouin malpropre qu’il était. Ce qui en soi constituait aussi une habitude, que de vicieusement se comporter avec les gens. Décidemment, tout était une habitude en ce bas monde. Pourvu que cela ne le rende pas rossard…

Un coup d’œil à l’imposante horloge de bureau à l’apparence étrange, et Octave se leva d’un bon trop énergique tant il avait le désir de se convaincre de sa propre ardeur. Pas de soucis avec cela au moins. D’une invective redoutable d’autorité naturelle, il demanda à un groupe d’élèves de partir car la bibliothèque allait fermer. C’était probablement la partie la plus ennuyeuse de toute la journée : chasser les gens. Il aurait préféré avoir une cloche à vache pour faire migrer le troupeau d’un coup de grelot jusqu’à l’extérieur. Un chien… Sébastien, fais bouger la carne jusqu’à l’enclos ! Mords leurs les pattes s’ils bougent trop lentement ! Trop barbare me direz-vous, mais dans une école où les inspecteurs cassaient des doigts aux élèves, rien n’était trop grossier. Mais au lieu de diriger son fidèle cerbère à travers une nuée de stupides moutons, Octave parcourait les rayons d’un pas mesuré, vérifiant qu’aucune bête ne s’était perdue. Et comme d’habitude, il en trouva une. Cette tête brune était si concentrée sur son affaire qu’il fit un deuxième tour de la bibliothèque avant de revenir la voir, lui laissant le temps d’éventuellement finir sa page. Un tel acharnement était charmant, tout autant que le manque d’organisation était impoli en un lieu pareil. Que voulez-vous, la ponctualité n’était plus une priorité. Et si les gens savaient parfois arriver à l’heure, ils savaient en revanche très rarement quand était le bon moment pour partir. D’une démarche tranquille, il s’avança vers le petit bureau de chêne massif, si rageusement jonché de livres qu’on n’en voyait plus les bords. Le plus intrigant c’est que tous avaient un rapport plus ou moins direct avec la divination. Octave eut un sourire étrange en regardant cette épaisse rivière de cheveux ébène qui avait eu l’audace de ne pas le remarquer. Si au début de l’année scolaire il ne connaissait aucun élève ni de nom, ni de visage, au fur et à mesure des passages et des emprunts, il avait fini par faire le lien. Chacun avait son rythme, ses préférences, son écriture manuscrite spécifique. Octave n’avait pas vu Miss Kaveline jusqu’à maintenant, mais il reconnaissait cette lubie. Son nom seul empruntait autant de livres en lien avec la clairvoyance. Il la toisa encore un peu, avant de l’interroger de sa voix languide et basse, un peu moqueuse pour l’occasion sans être blessante :

« Miss Kaveline, cette opiniâtreté est ravissante, c’est une belle entreprise que de lire l’avenir, mais n’oubliez pas de rester dans le présent. Car où que vous regardiez, c’est bien le seul qui soit en mesure de vous rattraper. Un peu comme maintenant. La bibliothèque ferme, demoiselle. Ou je vous enferme ici pour la nuit, ça me convient également, à condition que vous restiez sage. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 9 Jan 2017 - 19:54



La jeune sorcière se gratta le bout du nez avec sa plume. Elle était arrivée juste après son cours de Potions avec pour ambition de terminer le plus vite possible son devoir pour Slughorn. Elle avait déjà rédigé trente centimètres sur l'Élixir de Longue Vie, son utilisation et le rôles des différents ingrédients qui le composait... Il ne lui restait plus qu'à écrire sa conclusion. De sa main droite, elle tourna la page d'un livre pour en lire le quatrième paragraphe. Elle trempa la pointe de sa plume dans son encrier et rédigea rapidement (mais intelligemment) les dernières lignes de son devoir. Une fois achevé, elle prit quelques instants pour corriger les éventuelles fautes, puis elle rangea soigneusement son parchemin dans son sac. Il lui fallut encore quelques minutes pour remettre à leur place les différents ouvrages qu'elle avait empruntés.

Mais au lieu de quitter la bibliothèque pour retourner à sa salle commune, ou de travailler sur son devoir en Histoire de la Magie, Lina se dirigea dans un autre rayon, un rayon nettement moins populaire, puisqu'il s'agissait de l'espace où tous les livres traitant de la divination étaient entreposés. La blairelle était souvent seule dans cet endroit – là de la bibliothèque, les élèves se contentaient souvent du livre Lever le voile du futur, acheté en début d'année. Lina, elle, avait lu tout un tas de livres au sujet des Arts Divinatoires, que ce soit l'Oracle des Rêves, ou encore Cristal Brisé : les mauvais coups du sort, mais aussi Prédire l'imprévisible : protégez – vous contre les chocs. Elle avait également lu une bonne partie de la bibliographie de l'arithmancienne Bridget Wenlock... Mais finalement, les trois quarts de ces livres lui semblaient orientés, souvent très pessimistes dans le sens où ils ne traitaient que de la Mort, comme l'éviter, pourquoi,... Là où Lina voulait apprendre certaines pratiques, avoir une vision neutre de son don. La sorcière refusait d'être une antenne, ou un radar à potentiels cadavres.

La jeune Poufsouffle avait donc sélectionné avec grand soin ces nouveaux livres à lire. Elle en avait pris sur la cartomancie, même si elle était presque devenue experte concernant le tirage des Tarots. D'autres avaient pour sujet le Temps, tout simplement. Il y avait également deux autres ouvrages : un sur les boules de cristal (un art particulièrement nébuleux pour Lina) et l'autre sur les songes.
L'adolescente se plongea consciencieusement dans ses livres : elle aurait presque pu être confondue avec Hermione Granger. Le temps ne semblait pas avoir d'emprise sur elle. Fait exceptionnel, elle ne se leva pas pour aller à la Grande Salle et prendre un repas digne de ce nom, et sauta le dîner. Elle resta là, à tourner les pages jaunies des grimoires, en prenant des notes sur des bouts de parchemins. C'est ainsi qu'elle apprit que les boules de cristal symbolisaient les quatre éléments, et que chaque élément avait sa spécificité. Le cristal à lui seul incarnait la pureté, les choses limpides... Tout était une affaire de symbolisme. L'avantage de cet outil c'était notamment qu'il permettait de révéler des choses cachées : la boule de cristal va donc au – delà la simple prédiction en se détachant du Temps futur pour s'incarner dans le présent.

Absorbée par son travail de recherche, la jaune et noir n'entendit pas le bibliothécaire se diriger vers elle.

« Miss Kaveline, cette opiniâtreté est ravissante, c’est une belle entreprise que de lire l’avenir, mais n’oubliez pas de rester dans le présent. Car où que vous regardiez, c’est bien le seul qui soit en mesure de vous rattraper. Un peu comme maintenant. La bibliothèque ferme, demoiselle. Ou je vous enferme ici pour la nuit, ça me convient également, à condition que vous restiez sage. »

Lina sursauta violemment : elle avait brutalement été tirée de son univers. Il lui fallut une seconde (peut – être deux) pour atterrir dans le monde réel, ou dans le présent comme le soulignait habilement l'homme aux livres. La sorcière regarda son joyeux bazar et se sentit un peu honteuse : Lina avait toujours apprécié les hommes un peu plus âgés, elle aurait voulu être surprise dans de meilleures conditions, et donc certainement pas entourée de vieux bouquins parlant de sujets obscurs. D'ailleurs, ces livres, elle n'avait pas du tout fini de les lire...

La sorcière tacha de ranger un peu ses brouillons et ses livres. Le bibliothécaire semblait moins virulent que Madame Pince, mais il valait mieux ne pas tenter le diable : après tout, elle ne savait rien de lui. Il était arrivé en début d'année, mais Lina n'avait jamais pris le temps d'échanger quelques mots avec lui, si ce n'est « Bonjour », « Merci », « Au revoir ». Des banalités, en sommes.

« Ah oui... Je suis désolée, je vous retiens. Lina pointa du doigt les quelques ouvrages sur son bureau. Je peux les emprunter ? Si la réponse est non, je veux bien passer la nuit ici...», ajouta t – elle avec un rire nerveux.

Pour être honnête, avec tout le travail à fournir en ASPIC, la jeune femme n'avait que peu de temps à consacrer à ses recherches personnelles. Et pourtant, ces travaux comptaient énormément pour elle, puisque c'était ceux qu'elle avait l'intention de présenter au Ministère de la Magie pour travailler ensuite au Département des Mystères : il fallait leur fournir un genre de mémoire, puisque ce département était rattaché à une filière scientifique et à la Recherche.

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Dernière édition par Lina H. Kaveline le Mer 1 Fév 2017 - 22:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mer 11 Jan 2017 - 18:19

Même si non dénué de fantaisie et d’extravagance, Octave avait tout de même un esprit relativement cartésien. D’autant plus qu’il fut élevé dans un monde d’abord sans magie, puis très rigoureusement dirigé vers les sciences et la maîtrise des sujets moldus. L’on lui avait appris à être méthodique, sec et systématique, plein de bon sens, un logisticien en somme. Quelle ne fut pas sa suspicion lorsque son esprit solidement rationnel entra en collision avec un sujet confus comme la divination. Mais lorsque l’on pénètre dans le monde sorcier, il faut inévitablement abandonner quelques convictions au bord de la route et accepter la présence dans la nature de forces immanentes et surnaturelles, pouvant être utilisées par souci d’efficacité pour obtenir des effets semblant irrationnels. Cela remettait les perspectives en place, de savoir qu’une baguette de bois pouvait servir à faire des expériences que ni la physique, ni la chimie n’étaient en mesure d’expliquer. Ni même l’esprit humain tout court, de quoi rendre les prestidigitations de Houdini encore plus incroyables. Mais si la magie était tout de même régie par un semblant de constance et de logique, il n’en était pas le cas pour la divination, qui semblait être un art aléatoire et très incertain, ne se basant sur aucun facteur régulier, apparaissant là où cela lui plaisait, et toujours par hasard. Il était extrêmement difficile de prendre au sérieux cette pratique visant à découvrir ce qui était ignoré, en particulier dans la mesure où elle sortait complètement de voies ordinaires de la connaissance pour se référer à des procédés occultes et des pratiques douteuses. Sans oublier que, comme il était souvent le cas pour un exercice ne se basant sur aucune règle s’assujettissant à la démonstration, n’importe qui avec un peu de jugeote pouvait prétendre faire partie du cercle très privé et privilégié de l’élite, des élus capables de profiter plus que d’autres de la relativité générale. Alors, non seulement Octave était cartésien, mais en plus, élitiste. Il fonctionnait au mérite, et voir tant de gens profiter allègrement d’un système indéterminé pour se hisser au-dessus des autres ou pire, utiliser leur pseudo don pour tromper les faibles d’esprit l’agaçait au plus haut point. Non pas qu’il ait pitié de ces médiocres qui croyaient en tout, mais la malhonnêteté sans effort l’irritait. Le mérite sans travail tout court, d’ailleurs.

En temps normal, voir un élève se plonger autant dans ce domaine lui aurait arraché quelques moqueries, si ce n’est concrètes, au moins spirituelles, voir un léger ricanement dans la barbe. Les étudiants n’affectionnaient pas vraiment cette matière, justement parce qu’il fallait être prédisposé pour rencontrer un certain succès et que peu l’étaient en réalité. La plupart du temps, c’était les jeunes femmes qui s’y intéressaient davantage, peut-être du fait de leur maturité précoce, ou de la mièvrerie caractérisant leur âge. L’intérêt était cependant surtout très superficiel, ne s’aventurant que très rarement de manière sérieuse dans les méandres de cet art occulte. Combien aurais-je d’enfants, qui sera mon époux, Truc va-t-il m’embrasser avant la fin de l’année, est-ce que j’aurais de bonnes notes ? Bref, l’avenir mignard et nombriliste d’une énième dinde en quête de sa farce.

Si Octave n’appréciait guère les sottes niaiseries quotidiennes et considérait la divination d’un œil suspect, voir une élève si assidûment concentrée sur sa tâche ne pouvait que l’amadouer. Il n’eut même pas envie de se moquer en voyant la jeune femme concentrée sur ses livres au contenu extrêmement théorique et particulièrement généralisé. Après tout, comme la plupart du temps, c’était des manuels créés pour les gens souhaitant pratiquer la divination, pas pour ceux possédant le don véritable. Une énième tentative de systématiser ce qui appartenait au domaine de l’irrationnel. Mais Miss Kaveline s’acharnait, et cela était particulièrement agréable, tout comme sa manière de se faire surprendre. Octave avait les bras dans le dos et un vague sourire flottait sur ses lèvres alors qu’il observait la jeune femme reprendre ses esprits, se reconnectant à quelque chose de plus tangible que toutes ces relatives fumisteries. Elle s’empressa de remettre de l’ordre sur son bureau, un réflexe nerveux, une organisation factice sans grand intérêt autre que s’occuper les mains et se donner du mouvement. Octave la regarda faire sans rien dire, mais son regard se teinta de malice. Qu’il était simple de confondre les gens. Un seul mot et les voilà en train de s’agiter comme s’il eurent reçu l’ordre du grand général des armées.

« Ah oui... Je suis désolée, je vous retiens. Je peux les emprunter ? Si la réponse est non, je veux bien passer la nuit ici... »

Octave prit appui sur le bureau des deux mains et considéra la pile de livres. Bon, la réponse, il la connaissait déjà, mais c’était pour le suspens. D’ailleurs, penché ainsi, il était quasiment au même niveau que le visage de la jeune femme et il finit par lui décocher deux flèches de son regard d’une mielleuse taquinerie. Décidemment, il n’avait pas la dégaine d’un bibliothécaire, ou même d’un fonctionnaire. Il n’était pas assez formel pour cela, quoi qu’il ait pu faire l’effort de se plier aux règles, de s’accommoder et d’être sage et invisible comme on le demandait si souvent aux bureaucrates en tout genre. Mais en prévision de l’année à venir, il se savait ne pas pouvoir survivre intellectuellement à l’ennui de faire semblant aussi longtemps sans que cela ne soit véritablement nécessaire. Surtout lorsqu’il fallait mimer quelqu’un d’aussi terne que pouvait l’être un bibliothécaire de campagne. Pincer les lèvres, avoir l’air sérieux et aussi rigide qu’une barre de fer, quelle mésaventure. Donc, Octave pencha très légèrement la tête sur le côté et susurra :

« Ca fait un peu beaucoup d’ouvrages pour une seule fois, Miss Kaveline, je le crains. D’ailleurs, est-ce Kaveline, dit-il en accentuant le « a » à l’anglaise, ou Kaveline, mettant cette fois l’accent sur le premier « e » sans prononcer le second, à la russe ? Quoi que je ne connaisse que peu de gens portant un nom de famille avec ce type de sonorités et ils viennent tous de l’Est. Ce sera donc Kaveline. Descendez-vous d’un général d’infanterie, de l’un des directeurs de l’institut pédagogique sous l’empire russe ou du sociologue et fondateur du libéralisme ? Ou bien carrément du représentant de la société impériale orthodoxe de Palestine ? Tous des Kaveline, tous de potentiels ancêtres. »

Doucement, Octave sourit de son sourire énigmatique le plus travaillé. Un sourcil interrogateur se leva au travers de son front alors qu’il regardait Lina en essayant d’y percevoir un peu de cette âme slave qu’on daigne reconnaître aux jeunes femmes russes. Mais la racine s’était visiblement effacée, et la demoiselle n’avait pas beaucoup de distinctions avec ces adolescents anglais, ou peut-être seulement la rondeur du visage. Sans vraiment savoir pourquoi, Octave était tel un originaire russe -alors que ce n’était pas le cas-, rencontrant en territoire inconnu un autre compatriote. Un lien infime se formait, inexplicable, l’obligeant à se sentir proche de ces producteurs d’alcool à patate comme s’il fut l’un des leurs et qu’en maîtriser la langue était suffisant pour se faire accepter. Il était probable simplement que dans son enfance, il se sentit bien plus proche de sa nourrice russe plutôt que de sa propre mère. Octave lâcha un petit ronronnement guttural et plongea ses yeux émeraude dans ceux de la jeune femme, l’hypnotisant un peu, comme il savait si bien le faire, de son regard assuré et au battement de paupière langoureusement paisible.  

« Bon mademoiselle, Lina, il va falloir me convaincre que je peux vous faire confiance si vous voulez emporter tout ça avec vous. A moins que vous ne souhaitiez vraiment rester ici, mais là encore, il faut m’en convaincre, outrepasser les règles cette année à bien plus de conséquences qu’avant. Vous êtes motivée, c’est bien, mais qu’est-ce qui fait que vous mériteriez qu’on transgresse l’un ou l’autre dogme pour vous ? Surtout lorsqu’il s’agit de divination, domaine où s’il l’on n’a pas de talent, rien ne sert de s’y attarder avec autant d’ardeur. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 16 Jan 2017 - 0:12

La table en bois ciré grinça très légèrement. Lina n'eut pas besoin de lever les yeux pour chercher le regard du bibliothécaire. Il examina les différents ouvrages et la jaune et noire reporta également son attention sur eux. Il n'y en avait pas tant que ça... La sorcière le soupçonnait de vouloir s'amuser avec elle...

Octave Holbrey ! La jeune femme venait enfin de se souvenir de son prénom et de son nom de famille. Elle était incapable de savoir si Rogue l'avait présenté en début d'année ou pas. En revanche, elle entendait encore des élèves de cinquième année discuter du nouveau bibliothécaire en espérant qu'il ne soit aussi... Enquiquinant que Mme. Pince.  

Il inclina un peu sa tête. Lina haussa un sourcil un instant.

« Ça fait un peu beaucoup d’ouvrages pour une seule fois, Miss Kaveline, je le crains. D’ailleurs, est-ce Kaveline, ou Kaveline ? Quoi que je ne connaisse que peu de gens portant un nom de famille avec ce type de sonorités et ils viennent tous de l’Est. Ce sera donc Kaveline. Descendez-vous d’un général d’infanterie, de l’un des directeurs de l’institut pédagogique sous l’empire russe ou du sociologue et fondateur du libéralisme ? Ou bien carrément du représentant de la société impériale orthodoxe de Palestine ? Tous des Kaveline, tous de potentiels ancêtres ».

Soufflée. La sorcière était tout simplement soufflée. Parce que franchement, qui à partir d'un simple nom de famille pouvait vous balancer tout un tas de potentiels ancêtres ? C'était véritablement impressionnant. D'autant plus qu'il avait prononcé son nom de famille presque aussi bien que son grand – père paternel.
Du coup l'adolescente ne tiqua même pas sur le « beaucoup d'ouvrages »... Comme si on pouvait emprunter trop de livres...

Elle fronça délicatement ses sourcils : ça lui donnait un air un peu trop sérieux, mais ce n'était pas grave dans l'absolu. La Poufsouffle avait fait des recherches généalogiques, justement. Notamment pour mieux comprendre l'histoire de son ancêtre Helena Kaveline qui, comme elle, possédait le Troisième Œil. Malheureusement, elle n'était pas remontée très loin pour l'instant. Lina se racla gratta le bout du nez en se raclant la gorge.

« Impressionnant, vraiment Mr. Holbrey... Malheureusement, je vais avoir du mal à vous répondre. J'ai cherché à savoir d'où je venais, j'ai donc fait un peu de généalogie. Mais sur le siècle dernier, je n'ai lu aucun des noms que avez cité ».

Elle haussa les épaules, nonchalante, mais admirant tout de même son joli sourire. Lina décida de se laisser porter par les évènements, de laisser captivée par son regard.

« Bon mademoiselle, Lina, il va falloir me convaincre que je peux vous faire confiance si vous voulez emporter tout ça avec vous. A moins que vous ne souhaitiez vraiment rester ici, mais là encore, il faut m’en convaincre, outrepasser les règles cette année à bien plus de conséquences qu’avant. Vous êtes motivée, c’est bien, mais qu’est-ce qui fait que vous mériteriez qu’on transgresse l’un ou l’autre dogme pour vous ? Surtout lorsqu’il s’agit de divination, domaine où s’il l’on n’a pas de talent, rien ne sert de s’y attarder avec autant d’ardeur ».

La blairelle lui sourit gentiment. Lina ? Il n'y avait plus de Miss. Kaveline ? Un gentil rapprochement, comme pour mieux souligner à quel point il était important de le convaincre. Problème ? La jeune femme n'avait jamais eu à faire cela. Les gens lui faisait, en général, naturellement confiance. C'était un exercice nouveau pour elle.
Méthodiquement, Lina referma chacun de ses livres et elle les empila : du plus gros, au moins épais. Elle observa ensuite son interlocuteur. Elle n'était pas convaincu que ce soit quelqu'un de très sérieux, mais en même temps, elle ne savait rien de lui. Ce qui était plutôt, en fait. La petite fouine qu'elle était se trouvait face à un parfait inconnu. Et pourtant, elle devait faire en sorte qu'il lui fasse confiance. C'était un drôle de jeu aux règles étranges, mais pourquoi pas. Après tout, elle avait presque tout son temps parce que, même si les lois à Poudlard avaient changé, elle était sûre qu'aucun Mangemorts ne viendrait ici : personne ne se méfie des bibliothèques.

Distraitement, elle caressa la reliure de livre le plus gros. Octave, comme beaucoup de gens, semblait avoir un point de vue bien négatif au sujet de la Divination. Comment lui en vouloir quand on voyait le Professeur Trelawney. Il était amusant de voir comment pour certains domaines, une personne suffisait à tout décrédibiliser, et ce, peu importe le nombre de gens doués qui avaient pu faire leurs preuves avant : parce que Sibylle ne mentait, elle était effectivement la descendante d'une célèbre voyante.

Le regard de Lina se posa sur le sac en toile qui était à ses pieds. Un vieux sac, il est vrai, mais très pratique. Sans savoir pourquoi, elle y tenait beaucoup. Tout au fond de ce sac se trouvait un jeu de carte, emprisonné dans une petite boîte métallique, pour que celles – ci soient plus faciles à transporter. Lina avait emporté ses précieuses cartes de Tarot puisqu'elle voulait étudier quelques domaines de la Divination ce soir. Les cartes du Tarot de Marseille avaient la particularité de représenter des scènes ou des personnages. Certains des éléments dessinés, voire tous, avaient une symbolique particulière. Symbolique que l'on retrouvait dans d'autres domaines de cet Art abstrait, comme par exemple l'interprétation des rêves. Lina avait emporté ses cartes au cas où elle aurait eu besoin ou envie de comparer certains éléments.
Manifestement, elle n'en aurait pas le temps ce soir.

Avec un sourire, la Poufsouffle se baissa pour farfouiller au fond du sac. Elle sortit sa petite boîte métallique et la posa sur la table. Elle l'ouvrit. La première carte visible était celle du Bateleur. Elle prit la carte avec sa main gauche, et les mélangea. Puis elle les posa. Toujours très souriante, elle dévisagea le bibliothécaire.

« Je vous propose un tour de passe – passe... Enfin presque. Si je réussis ce que je vous prédis sur les cartes vous paraît probable ou vous convainc alors je gagne, et j'ai le droit de choisir : soit j'emprunte tous mes livres. Soit je passe la nuit ici. Si je perds... Eh bien à vous de choisir ce que vous ferez de moi. Mais tachez d'être objectif ! »

Elle lui fit un clin d’œil. Leurs destins, ou presque, étaient entre ses mains.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mar 17 Jan 2017 - 1:10

« Impressionnant, vraiment Mr. Holbrey... Malheureusement, je vais avoir du mal à vous répondre. J'ai cherché à savoir d'où je venais, j'ai donc fait un peu de généalogie. Mais sur le siècle dernier, je n'ai lu aucun des noms que vous avez cités »

Comme bien souvent, il avait devancé son interlocuteur par sa connaissance aussi aléatoire qu’inutile dans les sujets les plus divers et variés. Que voulez-vous, il avait ce talent, ce don inné et inexpliqué que tant d’étudiants en détresse rêvaient de posséder. La mémoire eidétique. Ce qu’il lisait, entendait ou regardait, il s’en souvenait formellement jusqu’à la fin de sa vie. Parfois, comme maintenant, sans qu’il n’ait besoin d’y réfléchir concrètement, des détails ressortaient pour enrichir sa pensée d’agréments culturel et informatifs. Il ne s’étonna finalement pas tant que ça lorsque la jeune fille lui avoua ne pas en avoir entendu parler. Elle était sorcière, pas moldue, et ne devait pas vraiment mélanger ces deux univers autant que lui le fut contraint. Tout au long de sa jeunesse et de son travail, tous deux obligeants à leur manière, il fut forcé à camper ferme d’un pied et de l’autre dans deux univers différents et qui ne faisaient que se frôler. Après tout, les noms évoqués étaient des noms strictement moldus, et quand bien même cherchait-elle ses origines, il y avait peu de chance qu’elle s’aventure trop loin de ce côté-ci, les sorciers ayant toujours bien plus d’intérêt pour la source pure de leurs pouvoirs, plutôt que pour leur descendance atavique. L’ancêtre moldu pouvait bien être le Duc de Norfolk que personne chez les mages n’en avait cure ni n’en ressentait une quelconque fierté.

Octave se contenta donc d’accentuer son sourire entendu en voyant la jeune femme lever avec désinvolture ses frêles épaules. Les compliments, surtout lorsqu’ils semblaient sincères, avaient le don de le rendre mièvre l’espace de quelques secondes, encore aujourd’hui, alors qu’il espérait avoir dépassé cette faiblesse datant de l’enfance et de son éternel complexe. La complaisance était venue se glisser à son insu dans son regard et sa manière de se tenir sans qu’il ne puisse refreiner cette manie, la vilaine… Sans se décontenancer et en faisant perdre le côté obscur à son sourire, Octave observa Miss Kaveline empiler ses livres dans une tentative de réflexion sans avoir à subir une immobilité embarrassante. Patiemment, il la laissa donc se décider quant à la marche qu’elle souhaitait suivre, déjà presque certain qu’elle jouerait son jeu. Même si la plupart du temps ils n’y étaient pas obligés, les gens avaient tendance à se laisser aller à la coquetterie, tant cette dernière avait l’avantage de flatter l’égo. Tout le monde possédait toujours le choix finalement, mais rares étaient les personnes qui tentaient de ramener le bibliothécaire vers un échange formel et convivial en quelques mots, préférant toujours le sublime exquis du badinage folâtre et taquin. Quant à Octave, ce n’était pas tant par volupté -bien qu’évidemment, il en tirait un incommensurable délice- qu’il s’aventurait sur ce terrain-là, mais plutôt parce que cela avait tendance à baisser la garde de ses interlocuteurs. Sans s’en rendre compte, ils lui faisaient déjà un peu confiance. Une complicité indicible s’instaurait lentement sans que personne n’en remarque rien jusqu’à dire un mot de trop et là, plus moyen de revenir en arrière. C’était une technique on ne peut plus primitive, mais qui marchait à tous les coups, les individus en ce monde passant tant de temps à atténuer leurs pulsions naturelles innées qu’ils ne se rendaient pas compte lorsqu’on en caressait une dans le sens du poil. Cela lui arracha une énième satisfaction de voir Miss Kaveline si réceptive en apparence à cette espièglerie qui se tramait en silence, se reflétant uniquement dans des regards pétillants et emplis d’expectative.

Puis, alors qu’il observait la jeune femme plongée dans une réflexion propre, Octave y vit ce trait de lumière très caractéristique qui n’apparaissait que dans le creux d’un esprit étant soudain traversé par une idée salvatrice. Il se concentra davantage, suivant la gestuelle de la demoiselle, curieux et impatient de savoir ce que cette tête savante avait bien pu lui inventer. Son corps s’était baissé sous la table telle une gracieuse branche d’arbre courbée par la force du vent, avant de se redresser avec un mystère entre les mains. Etant de ceux qui aimaient à se faire surprendre, Octave s’arrêta de réfléchir un instant, ne voulant pas laisser le temps à son cerveau méthodique de deviner le contenu de la boîte avant que l’adolescente ne le lui révèle d’elle-même. C’était bien plus intrigant et intéressant comme ça. Mais là, plutôt que d’être charmé comme il s’y attendait, Octave se contenta de pivoter sa tête légèrement sur le côté avec suspicion en voyant les cartes. Ah, il était bon joueur et toujours prêt à découvrir de nouveaux horizons, mais franchement, franchement… De la divination ? Avec lui qui plus est ? Avait-il dont une tête à aimer qu’on lui prédise la mort, ou des enfants et un mariage, la tête de celui qui pourrait s’en étonner ou s’en réjouir comme une midinette de campagne ? Enfin, que pouvait-on attendre finalement de plus de la part d'une jeune femme passant le plus clair de son temps à s'informer sur le sujet ? Il croyait en la divination, il n’y avait pas de soucis de ce côté-là, mais trop de menteurs couraient en ce monde pour qu’il fasse confiance à un tas de Tarot posé sur une table. Surtout lorsque les cartes en question appartenaient à une adolescente. En vérité, il désespérait un peu maintenant de rencontrer quelqu’un pourvu du troisième œil authentique, tant il en avait vu de ces faux prophètes.

« Je vous propose un tour de passe – passe... Enfin presque. Si je réussis ce que je vous prédis sur les cartes vous paraît probable ou vous convainc alors je gagne, et j'ai le droit de choisir : soit j'emprunte tous mes livres. Soit je passe la nuit ici. Si je perds... Eh bien à vous de choisir ce que vous ferez de moi. Mais tachez d'être objectif ! »

Il souleva un sourcil et courba à peine l’arc dédaigneux de ses lèvres en un sourire à peine visible. Bon, à défaut d’avoir une prédiction véritable, il allait au moins pouvoir avoir un aperçu de l’intelligence de Miss Kaveline. A quel point était-elle maligne ? A quel point était-elle habile en déductions diverses ? Peut-être lui parlerait-elle des relations difficiles avec sa famille, constant que chacun pouvait finalement faire à son sujet, d’où le manque d’intérêt de ce type de présages. Ne sait-on jamais, peut-être Octave avait-il en face de soi un Sherlock Holmes des temps modernes qui usait de son énergie pour entourlouper les gens en leur disant ce qu’ils savaient déjà ? Néanmoins, il se redressa, jaugeant la jeune femme de toute sa vertigineuse hauteur avant de sortir sa baguette et de faire apparaître une chaise revêtue de cuir au niveau du dossier et cerclée de deux accoudoirs. Nonchalamment, il la poussa près du bureau et s’assit dessus, se préparant à cette séance occulte avec pour seul intérêt de découvrir l’habilité de Miss Kaveline à le mener en bourrique, la divination étant la seule circonstance qui ne le rebutait pas à l’idée d’éventuellement se faire avoir. Il fallait savoir saluer les esprits particulièrement adroit après tout. Regardant la jeune femme dans les yeux, il lui rendait son sourire, quoi qu’un peu moins rayonnant et beaucoup plus vicieusement mielleux. Posant sa main sur le tas de Tarot, il l’étala sur la table en un arc-de-cercle régulier, son habilité à déployer les cartes lui venant de son passif en tant que joueur de poker et autres jeux du même gabarit. Se laissant aller au hasard, il tira du bout du doigt quarte cartes aléatoires sans vraiment prendre garde ni à leur emplacement, ni à leurs particularités. A dire vrai, elles semblaient toutes identiques vu d’ici, de simples marques de temps ayant laissé leur trace sur les bordures, écorchées par endroits, usées à d’autres.

« Un tour de passe-passe ? Tu n’essayes donc même pas de te donner un peu de sérieux ? Où est donc passé le jargon de l’occulte ? Cartomancie céleste, ésotérisme prophétique, l’avenir dans le Tarot, divination archangélique… Des clichés, j’en conviens, mais ils ne sortent jamais de nulle part, ni pour rien. Quoi qu’il en soit, marché conclu. Si tu gagnes, tu fais ce que tu veux, si je gagne, tu passes la nuit ici. Et en fonction de l’étendue de ton échec, on verra ce que je ferai de toi. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 20 Jan 2017 - 19:48

HJ:
 


La blairelle perçut son changement d'attitude, mais elle ne fit rien, elle était sûre d'elle... Pour l'instant. La sorcière le regarda étaler les cartes, on sentait dans ses gestes le poids de l'habitude. Peut – être un ancien joueur ? Avec son doigt il tira quatre cartes. C'était la partie que Lina aimait le moins : elle avait toujours du mal à accepter qu'un inconnu puisse toucher à son jeu, lui qui était si ancien, si précieux...

« Un tour de passe-passe ? Tu n’essayes donc même pas de te donner un peu de sérieux ? Où est donc passé le jargon de l’occulte ? Cartomancie céleste, ésotérisme prophétique, l’avenir dans le Tarot, divination archangélique… Des clichés, j’en conviens, mais ils ne sortent jamais de nulle part, ni pour rien. Quoi qu’il en soit, marché conclu. Si tu gagnes, tu fais ce que tu veux, si je gagne, tu passes la nuit ici. Et en fonction de l’étendue de ton échec, on verra ce que je ferai de toi. »

Le « tu » était donc d'usage maintenant ? Lina lui offrit un de ses plus beaux sourires. Mais évidemment, il ne pouvait savoir quel était son point de vue à elle sur la divination. La jeune femme ne lui en voulait pas, d'une certaine façon, elle avait eu des mots beaucoup plus durs que les siens. Malgré tout, il avait accepté le marché, même si Lina se demandait ce qu'incluait le « on verra ce que je ferai de toi ».

« J'ai été comme vous. Pire encore. J'ai longtemps nié que la divination puisse exister pour de vrai, et pourtant, je viens d'une famille de sorciers... »

Lina rangea le reste des cartes. Puis elle prit la première carte qu'Octave avait choisie : elle la plaça à gauche. La deuxième à droite, la troisième en haut et la dernière en bas. Le tout formait une sorte de croix. Elle retourna les arcanes en suivant le même ordre, et contempla le tirage. La jeune voyante pinça les lèvres et fronça ses sourcils. Il était difficile d'expliquer pourquoi, mais ce tirage la mettait mal à l'aise. Malheureusement, il était trop tard pour reculer : comme lui, elle avait accepté le marché.
Avec son index gauche, elle tapota la première carte et releva le menton pour s'adresser directement à Octave, droit dans les yeux.

« Celle – là vous représente. La carte du Mat ou du Fou, en fonction de la traduction... Elle est un peu compliquée puisqu'elle n'a pas de chiffre. Le Mat a subi une ou des pertes... Des pertes à vous rendre fou : des gens sont partis, je vois des morts aussi. Malgré tout le Mat avance vers l'inconnu, il est indépendant, un peu marge du système, c'est pour ça qu'il a un baluchon sur l'épaule. C'est un personnage excentrique. Pourtant il y a ce chien, qui lui mord la jambe, il a déchiré son pantalon et l'a blessé. Le Mat est donc fondamentalement ce personnage amoché qui se débrouille pour avancer, même s'il est poursuivi par ses anciens démons. Restez prudent ».

Lina se racla la gorge. Ce moment s'avérait un peu plus stressant que prévu. Quelque part elle craignait un peu les réactions du bibliothécaire. Il pointa du doigt la deuxième carte, la plus importante.

« Celle – là représente... Une sorte d'obstacle, une difficulté. Mais dans votre cas, il s'agit plutôt d'une personne qui... Lina prit quelques secondes pour bien choisir ces mots. D'une personne dangereuse pour vous. L'Empereur. C'est une carte particulière, puissante. Elle représente un homme, évidemment. L'Empereur est là, confortablement installé sur son fauteuil, à l'abri. Mais il doit s'occuper et surveiller son peuple, dans le cas présent il s'agirait plus... D'une personne en particulier. L'homme en question est fort et probablement dominant. L'Empereur est intelligent, équilibré, profondément rigoureux... Lina hésita. Elle n'aimait pas ce qu'elle éprouvait en parlant de cette carte, elle avait la sensation de parler d'un homme... Mortel. L'Empereur a également un rôle d'apparat : les soirées mondaines, les rencontres avec des gens importants. Cet homme a deux facettes : il peut être charmant, noble bref, bien sous tous rapport.  Mais il peut aussi être impitoyable, il ne pardonne pas.  Ah autre chose. Il est associé au chiffre 4, le quatre est un chiffre raffiné, il incarne la maîtrise. La figure géométrique qui va avec, est le carré, forcément. On en revient au caractère intransigeant À titre tout à fait personnel, je vous conseillerais de rester méfiant : je pense que nous parlons ici d'un homme cruel ».

Lina regarda la carte de l'Empereur. Dans l'immédiat, elle n'aimait pas du tout cette Arcane, il y avait quelque chose d'effrayant, et la sorcière ne comprenait pourquoi cette arcane se trouvait là avec un sens aussi... Péjoratif. Dans quels draps un simple bibliothécaire avait – il pu se fourrer... ? Et la carte suivante ne présageait rien de bon non plus...

« Là c'est la Maison de Dieu. C'est une carte qui peut être.. Néfaste. D'un point de vue neutre, elle incarne des changements soudains, parfois violents. Cette carte vous indique qu'il y a une possibilité, Lina appuya le terme, pour qu'une catastrophe se produise. Je vois... De la rancune, peut – être une volonté de se venger. Si cette personne, et je pense que nous parlons – là de l'Empereur, décide de se venger... Sachez que vous ne pourrez rien faire, vous serez impuissant. La situation sera difficile à surmonter...»

Enfin la dernière carte. La sorcière était soulagée de voir l'Arcane Sans Nom. Même si elle représentait la mort, cette carte n'était pas aussi négative que les apparences le laissaient penser. C'était une carte subtile et délicate, une des préférées de Lina.

« Et enfin l'Arcane sans Nom. La Mort... Symbolique. Évidemment, elle est liée au nombre treize. Mais elle représente en fait le changement, le renouveau. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans votre cas : même si l'Empereur passe à l'acte, vous ne mourrez pas. Lina osa la touche d'humour, il était clair qu'elle était nerveuse, mais au vu du tirage, elle trouvait ça tout à fait normal et sain. En fait, la Mort vous recommande de vous détacher de votre passé pour aller vers autre chose. »

Lina regarda ses cartes, puis Octave, avant d'appuyer son dos contre le dossier. Mentalement, elle additionna les cartes. 33. 3 + 3 = 6. La sorcière, prise d'un doute, fouilla son jeu de cartes pour voir laquelle correspondait au chiffre 6. Elle étouffa un petit cri de surprise : l'amoureux ?! Elle posa la carte.

« C'est euh. L'amoureux. Il s'agit donc d'un trio : vous, l'Empereur et une femme... C'est un avertissement. Puisque vous êtes le Mat et que l'Empereur est l'Empereur, je dirais que cette carte représente la femme. Elle est indécise, elle a du mal à prendre position. Vous êtes liés tous les trois, et vous jouez à un jeu dangereux. Notamment parce qu'elle représente... Une tentation, pour vous»

La dernière phrase était un commentaire tout à fait personnel. Lina laissa ses cartes entre elle et Octave. En proposant son jeu, elle ne pensait pas découvrir quelque chose dans ce goût – là . Pleine de préjugés, elle s'était dit qu'un bibliothécaire ne pouvait qu'avoir une vie paisible. C'était à cause de ce genre de tirage que la sorcière avait mis si longtemps à accepter ce qu'elle était. La jeune femme ne voulait pas finir comme Trelawney, à prédire des malheurs toute la journée, jusqu'à la fin de sa propre existence. Bien sûr, elle savait que les gens avaient toujours des vies délicates, parsemées d’embûches. Mais on ne pouvait lui demander de sauter de joie à chaque funeste prédiction sous prétexte qu'elle avait un don. Elle en arrivait parfois à envier tous ces charlatans qui se contentaient de prédire des histoires d'amour, des mariages, des naissances et parfois des divorces. Ils avaient la vie facile, eux.

« Alors... J'ai gagné ? ».

Cette fois, Lina ne prit pas la peine de sourire, même sa voix avait perdu un peu de chaleur : elle était rendue presque atone. La jeune voyante était gênée. C'était ça aussi le problème de la Divination, il y avait des choses que l'on n'avait pas envie de savoir. Et ce soir, Lina l'avait momentanément oublié.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Sam 21 Jan 2017 - 20:01

A chaque fois, il ressentait un trouble expectatif le gagner, une excitation palpable qui faisait frémir le rayon lumineux de ses yeux, leur prêtant un éclat singulier. Quelle que puisse être l’issue de cette bagatelle, elle ne pouvait que lui inspirer satisfaction. Tel un pèlerin à qui on promettait l’absolution divine sur des lieux sacrés, la vision bénie de Saints et des miracles célestes, Octave attendait sagement son présage, souhaitant qu’il soit vrai et qu’advienne enfin devant ses yeux ébahis la manifestation de forces supérieures qui échapperaient à son entendement. Si Miss Kaveline s’avérait être une véritable prêtresse du temps et de l’espace, dotée d’une authentique clairvoyance, il s’inclinerait alors de bonne grâce devant ce don inné de la nature, ce cadeau inestimable que l’on ne pouvait que tenir en haute estime. Si elle se présentait en tant qu’habile mystificateur, Octave aura le plaisir de découvrir un esprit agile et probablement doté d’une intelligence capable de faire fléchir la sienne en le trompant l’espace de quelques instants. Qu’y avait-il de plus exaltant que de desceller en l’autre un entendement hors du commun ? Peut-être éventuellement celui, parfaitement orgueilleux, de mettre à nu un imposteur, dépouiller une belle tartuferie de son appart jusqu’à voir un petit corps pelé et ridicule. Seigneur, oh que oui, ces trois éventualités emplissaient déjà son esprit d’une joie que seules les personnes corrompues pouvaient ressentir ainsi, car il n’y avait qu’elles pour savoir accommoder toutes les éventualités à leur bon plaisir.

Tandis que Miss Kaveline découvrait les quatre cartes tirées, Octave composait avec sa patience et son sang-froid pour ne pas laisser l’enthousiasme d’une joyeuse coïncidence venir mettre à mal sa lucidité et sa rigueur cartésienne. La première erreur devant un faux prophète était l’embrasement optimiste de la stupéfaction face à présage ou une description que l’on croyait nous convenir. Le hasard était si bien construit avec ces gens que les cartes se mettent soudain à parler comme à notre propre cœur, et tout paraît convenir lorsqu’on y songe. De là nait l’excitation et l’attente heureuse d’une seconde prédiction appropriée, puis d’une troisième, jusqu’à ce que la suspicion soit remplacée par le plus honnête ébahissement devant tant d’incontestable vérité. Pourtant, c’était bel et bien la première surprise manifestée qui s’avérait fatale. Une fois qu’on pense y croire, plus rien n’arrête l’espérance de se faire surprendre un peu plus. De la même manière qu’un tour de magie exécuté par des mains habiles et auxquelles on croit, tant que le mécanisme reste soigneusement invisible et insoupçonné. Soigneusement, Octave remonta les manches de sa chemise d’un blanc immaculé et disposa ses bras sur ses accoudoirs en signe d’ouverture parfaite d’esprit, ce qui était formellement le cas. Le sourire abandonna son visage au profit d’une expression plus sérieuse, son regard restant néanmoins curieusement lumineux. Il était attentif, la tête légèrement penchée vers l’avant, prêt à écouter les déductions sur son propre avenir.

Suivant les pincements de lèvres et les haussements de sourcils de la jeune femme, il resta de marbre, respectant rigoureusement l’accord tacite passé avec soi-même. Véritablement, il ne savait pas à quoi s’attendre exactement, à quel degré de fourberie allait-il devoir faire face en faisant preuve de sa plus splendide impassibilité. Toutes ses expressions confuses sur le visage féminine étaient-elles les marques d’un jeu d’acteur habile ou la sincère inquiétude pour des cartes ne lui convenant guère ? Il avait bien fait de retirer le sourire qui jouait d’habitude sur ses lèvres carmin, car il se serait de toute manière évanoui au fur et à mesure que l’adolescente parlait. Il connaissait les cartes et le Mat ne venait pas à lui pour la première fois, le hasard devenant un peu trop persistant pour en être un. Son regard oscillait entre l’illustration et le visage préoccupé de Miss Kaveline, pour qui l’explication semblait devenir contraignante, comme si elle n’appréciait pas ce qui fut tiré. Et puis, l’Empereur. Des associations systématiques lui vinrent en tête à mesure que son esprit triait les personnes de son entourage pouvant le mieux convenir à ce rôle. Manifestement, au vu des évènements passés, Octave ne pouvait conclure qu’à une seule personne. Andreas Rowle. Mais ce nom ne lui revenait en tête que parce que l’histoire était récente, véritablement, beaucoup de ses connaissances pouvaient parfaitement être représentés par cette carte. Calmement, il relativisa, toujours sans donner de signe de contrecoup, gardant son visage aussi impassible que les dessins sur le Tarot restaient immobiles. Des présages, on lui en avait déjà fait, mais celui-là instaurait une ambiance étrange et les dires de la jeune femme le troublaient involontairement, l’obligeant sans cesse à modérer ses instincts primaires pour revenir à la sèche logique. La foi, la croyance, tout cela était particulièrement dangereux car si l’on s’y abandonnait, il fallait savoir le faire au bon moment au risque de se voir plonger dans un univers empli de facéties desquelles il sera impossible de se défaire. Et puis, la Maison de Dieu, carte intermédiaire représentant les intentions de l’Empereur à l’égard du Mat. Il sentit ses dents se serrer derrière ses lèvres closes. Le nom revenait encore, comme une mouche volant au-dessus de sa tête, qu’il avait beau chasser qu’elle recommençait de plus belle. Andreas Rowle. Tout ca il le savait, il le savait… alors pourquoi est-ce que ça le gênait tellement d’entendre tout cela ? Le malaise était partagé, sans qu’il n’en laisse cependant rien paraître, fidèle à soi-même et à son désir de garder ce genre de choses pour soi pour l’instant. Découvrir son ressenti trop tôt devant quelqu’un d’habile pouvait facilement s’avérer fatal. Sa méfiance et son désir de se protéger en cette situation prouvait avec quel sérieux il abordait les présages et les gens trop perspicaces.

L’Arcane sans Nom… Il aurait dû se sentir rassuré, mais comme il n’y croyait qu’à moitié et que son esprit était préoccupé par ce qui fut dit plus tôt, Octave ne se trouva pas soulagé que sa mort n’était pas encore écrite et ne subviendrait pas de la main du Père. Il pencha légèrement la tête sur le côté, l’air vaguement sévère alors que l’adolescente fouillait ses cartes avant de s’étouffer sur celle qui fut choisie. L’amoureux, bon sang de bois. Plus les cartes tombaient, plus la situation devenait claire… ou ne faisait que sembler ? Miss Kaveline finit son explication à un Octave ayant baissé son regard vers la dernière carte, qu’il observait attentivement, plongé dans une réflexion qui recouvrait ses yeux d’un voile trouble. Tout ça lui correspondait beaucoup trop. Il releva la tête avec un vague sourire relevant le coin de ses lèvres alors que la jeune femme lui demandait si elle avait gagné. Il ne répondit pas tout de suite, l’observant d’abord attentivement, décochant deux flèches émeraude dans les yeux de la cartomancienne. Puis il jaugea à nouveau les cartes en passant lentement sa langue sur ses lèvres pleines. Enfin, sa voix raisonna, calme et profonde, vibrant dans l’air en un mélodieux baryton.

« Tu sais quel est l’avantage du Tarot ? Il n’y a que vingt-deux cartes, toutes très allégoriques, l’une comme l’autre. Et qu’est-ce qu’il se passe quand le choix est minime ? On fait preuve de généralisation. Pas pour rien d’ailleurs qu’il existe plusieurs mains de Tarot aux iconographies différentes, cela permet de mieux satisfaire les différentes doctrines. J’ai sorti le Mat. Carte très particulière qui pourrait en flatter plus d’un s’espérant original. Tu me dis qu’il a subi des pertes, mais qu’il avance tout de même malgré un passé qui le retient, le réfractaire du lot tout désigné, le marginal qui souffre de sa propre histoire tout en essayant de s’émanciper… Te rends-tu bien compte que cette carte pourrait convenir à n’importe qui ? Tout le monde souffre à sa mesure de son passé et tend vers son futur, mais les souffrances sont toutes relatives à notre propre expérience et ce qui me paraît être une pacotille sera une torture pour quelqu’un d’autre. Tu aurais pu, avec le même succès, me décrire le Bateleur que j’aurais hoché de la tête pour la symbolique de la renaissance de cette lame, sa tendance à la spontanéité. Parce qu’en vérité, si on regarde bien, dans chacune des cartes du Tarot il y a un peu de nous quelque part. Ce n’est pas pour rien si le Tarot de Marseille fut créé sur la base de la philosophie hermétique, univers de l’occulte et de l’ésotérisme analogique ou tout n’est que relief et ombres dont on doit deviner le sens plus que le comprendre. Ca a quelque chose de pratique je trouve, ca se base beaucoup sur… l’imagination, la sensibilité de celui qui manie le jeu et celui qui écoute l’explication. »

Il soupira, non par lassitude, mais parce que sa respiration s’était passablement ralentie. Son regard dériva sur la carte de l’Empereur et celle de la Mort. Octave se pencha légèrement sur la table pour mieux les voir sans les toucher avant de diriger ses yeux pétillants vers la demoiselle.

« Tout ce que tu as dit a fait sens d’une certaine manière dans ma tête parce que je suis méthodique. Le Tarot est interprétation. Tu me dis l’Empereur dangereux pour moi, qu’il ne montre qu’une facette à la fois… Moi je peux te dire que l’Empereur, du fait de son appartenance au chiffre quatre, un chiffre stable, peut être jugé comme quelqu’un de conservateur et donc quelqu’un en qui on peut avoir confiance du fait de sa constance envers ses habitudes. De plus, on dit aussi qu’il vit sur ses acquis en pesant que cela durera toujours, réagissant mal au changement, même face à l’évidence. Peut-on, dans ce cas-là, vraiment parler de quelqu’un d’intelligent et d’équilibré ? Et puis, le fait qu’on le voie de profil ne nous dit pas nécessairement que c’est quelqu’un qui cache quelque chose, mais plutôt quelqu’un qui regarde incessamment vers son passé, vers les biens matériels acquis et sur lesquels il se repose. Mais bon, effectivement, lié à la carte de La Mort, si un homme puissant comme l’Empereur s’attaque à moi, que pourrais-je bien faire, en pauvre bibliothécaire, hein ? C’est logique… Mais qu’est-ce qui te dit, avec tout ce que j’ai soulevé, que ce sera une catastrophe ? D’autant que l’arcane de la Mort parle de changement soudain, pas de vengeance. La vengeance ou la rancune ne sont pas des changements, ce sont la conclusion ou le revers d’une situation. Ce n’est même pas une renaissance, ni un nouveau départ, alors je trouve ton interprétation assez étrange. »

Octave s’arrêta et réfléchit encore un peu, amassant en sa mémoire ses connaissances sur le sujet. Son regard frôla la carte de la Maison de Dieu.

« Tu n’as pas parlé de l’égo, qui serait bienvenu dans n’importe quelle situation, que l’on fasse référence à son absence ou sa présence. Avec quelqu’un comme l’Empereur, ce serait judicieux, non ? Surtout face à moi, probablement que ce sera mon égo qui prendra une bonne dose d’humilité dans ce cas-là, vu que je ne suis pas en état de résister à l’Empereur. Tu vois, je pense à un évènement précis et je réarrange la symbolique à mon avantage, pour que cela veuille dire quelque chose pour moi spécifiquement. Et puis bon, qu’en est-il du Dieu assis sur la Tour ? Est-ce l’Empereur ? L’Empereur qui se croit tout puissant et qui essaye de donner des leçons d’humilité aux petites gens en bas, mais qui finit par tomber, comme on tombe tous lorsqu’on essaye d’aller trop près du soleil ? Ca aussi, c’est possible, si on considère que le Mat est pour certains symbole de puissance et d’acte. L’ordre du potentiel. »

Ah que le Tarot était commode, toujours à pouvoir nous dire ce que l’on veut entendre. Octave gazouilla quelque chose d’incompréhensible dans sa barbe tout en regardant la dernière carte. Un sourire perça enfin ses lèvres. Cassidy, bien sûr qu’il pensait à elle. Mais aussi à Jane, Abigail, Lorelei, Elizabeth, Anna… Des noms, certains concrets, d’autres tirés de l’univers littéraire, héroïnes dont il était tombé jadis amoureux, dans le sens purement métaphorique du terme.

« Bien évidemment qu’on est liés tous les trois, puisque ce sont les cartes que j’ai tirées. Mais jolie Mademoiselle, vraiment. Comme dit, nous avons tous un passé qui nous rattrape, un avenir que l’on guette, l’égo nous ronge tous, ou son absence nous humilie aux yeux des autres, nous avons tous un homme de pouvoir qui peut s’avérer être notre ennemi, un père, un patron, le Seigneur des Ténèbres. Chaque instant de notre existence peut représenter un changement, chaque rencontre peut être fatale tout autant qu’elle peut nous transformer, ca dépend de la manière qu’on aura d’aborder ces changements. Et bien sûr, nous avons tous une décision difficile à prendre, pour nos études, notre vie, nos amours, nous-même… ou quelqu’un à aimer, qui représente pour nous une tentation impossible ou difficile, car comme l’on sait, il est dangereux de céder à la tentation, quelle qu’elle soit. La question est finalement de savoir si je crois que tu as le don de l’Unité. Si tu es capable de faire lien entre les évènements du hasard pour en tirer un sens à venir. Or, le Tarot est si symbolique que je fais pour ainsi dire tout le travail à ta place. Je fais moi-même mes connexions, mes liens et mes interprétations par rapport aux vagues explications que tu me donnes et aux souvenir que je recèle. Un peu facile, non ? Alors est-ce que tu as gagné ? Moui. A mes dépends. Tu n’as rien dit d’exceptionnel qui puisse être applicable à moi spécifiquement. Ta victoire est facile parce que tu as vu large et que tu n’as pas vraiment pris de risques. En revanche, si tu as vraiment le don de divination… Permet-moi de te dire qu’il est paresseux. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 27 Jan 2017 - 2:58

Elle aimait sa façon de parler, de ponctuer ses phrases, le choix de ses mots.  Il était dur dans ses propos, parfois, mais la jeune sorcière n'arrivait pas à lui en vouloir. Elle ne chercha pas à l'interrompre, lui laissant ainsi tout le loisir de démonter son art : chose qu'il faisait méthodiquement, avec une précision chirurgicale. Il avait reprit chacune de ses cartes pour tenter de l'avoir à son propre jeu. Encore une fois Lina se retrouva admirative : l'homme en face d'elle était manifestement un puits de connaissances. Mais il manquait de nuances.

Ah. Il parlait du Bateleur. Vraiment ? Très bien, elle y reviendrait. Mais là encore, il marquait un point : la jeune Poufsouffle ne put retenir un sourire.
Mais effectivement, on avançait tous avec nos pertes et nos faiblesses, mais il excluait quelque chose : la singularité de chaque personne et comment un être pouvait choisir de traiter ladite perte. Ainsi Lina incarnait l'Étoile, celle qui ne s'éteint jamais, malgré les épreuves. Octave, de son côté, avait géré les choses autrement. Son rapport au désir et à la mort avait fait de lui le Mat.

Un bref instant, Lina quitta la scène. Quelque chose avait rebondit dans son esprit... Ou alors il y avait eu un déclic.. Elle se voyait, assise, face au bibliothécaire. Son double se tenait droit, paisible, il avait les jambes croisées et une expression polie sur le visage qui se teintait parfois d'un charmant sourire. Ses cheveux cascadaient sur son dos, à l'exception de quelques mèches qui encadraient son visage : elle avait oublié d'attacher sa crinière couleur geais. C'était étonnant. La sorcière fut désarçonnée par cette vision d'elle – même : elle semblait si sereine face à cet homme qui faisait tout par la déstabiliser... Lina était surprise par sa capacité à rester là, solide. Presque sûre d'elle. Il y a quelques années, elle se serait très certainement effondrée devant de telles remarques. Qu'est – ce qui avait changé pour elle ? La blairelle le savait. Bien sûr, elle avait grandi, on réagit autrement lorsque l'on a 17 ans. Mais elle avait accepté de faire le deuil de sa sœur : certaines choses vous font grandir plus vite que d'autres... Elle avait reprit confiance, elle avait assumé son don pour essayer d'en faire autre chose qu'une simple peur : il était nécessaire d'en faire une force.
Mais la jeune femme se sentait encore fragile, après tout, elle avait faibli à la vue du tirage, effrayée par ce qu'elle était capable de voir et de ressentir...  Lina tenta de se reconnecter au monde réel. Elle leva ses yeux vers Octave et se trahit, un bref instant. Elle ne se voyait plus comme tout à l'heure, mais elle savait que pendant un dixième de seconde, elle avait eu l'air terrorisé. Non pas par le bibliothécaire, mais par ce qu'elle était. Elle comprenait désormais pourquoi l'épouventard de son arrière arrière arrière grand – mère n'était autre qu'elle – même. Helena Kaveline avait eu les mêmes angoisses.
L'apprentissage serait encore long...

Lina cru entendre  Octave critiquer son analyse sur l'Empereur. La jaune et noire se saisit de son discours pour revenir définitivement. Elle était plus forte que ça : plus forte qu'Helena, plus forte que Trelawney.

L'Empereur, hein ?  Une nouvelle fois, Lina s'étonna de sa culture. Il y avait toujours du vrai dans ce qu'il racontait sur l'Arcane mais il était encore trop terre à terre, presque incapable d'interpréter les choses : il ne ressentait pas les cartes, ils ne les entendait pas non plus. La jeune voyante eut un nouveau sourire : elle se sentait stupide de penser comme ça... Pourtant, c'était vrai, les cartes vibraient avec une certaine intensité, Lina pouvait sentir l'onde de choc se répandre lentement sur sa peau avant de la pénétrer jusqu'au plus profond de ses organes. C'était pour cela qu'elle savait ce qu'était l'Empereur.
Octave était doué, capable de relier les cartes les unes aux autres. Il ferait probablement un excellent charlatan... L'Empereur et l'Arcane Sans Nom. Comme beaucoup d'autres, il l'appelait la Mort. La sorcière tiqua mais ne fit rien. Elle n'aimait pas que l'on appelle cette carte ainsi : c'était nier sa subtilité.
Elle l'écouta parler patiemment de l'égo, de la Maison de Dieu et de comment arranger la symbolique. Elle ne dit rien non plus quand il parla du Mat comme « symbole de puissance et d'acte », même si elle pinça les lèvres. Bien sûr qu'il était puissant et qu'il était capable d'agir... Mais à la mesure de son insouciance et de son grand besoin de liberté. C'est ce qui expliquait qu'il puisse parfois retomber dans ses travers...

Enfin la sentence tomba :

« Bien évidemment qu’on est liés tous les trois, puisque ce sont les cartes que j’ai tirées. Mais jolie Mademoiselle, vraiment. Comme dit, nous avons tous un passé qui nous rattrape, un avenir que l’on guette, l’égo nous ronge tous, ou son absence nous humilie aux yeux des autres, nous avons tous un homme de pouvoir qui peut s’avérer être notre ennemi, un père, un patron, le Seigneur des Ténèbres. Chaque instant de notre existence peut représenter un changement, chaque rencontre peut être fatale tout autant qu’elle peut nous transformer, ca dépend de la manière qu’on aura d’aborder ces changements. Et bien sûr, nous avons tous une décision difficile à prendre, pour nos études, notre vie, nos amours, nous-même… ou quelqu’un à aimer, qui représente pour nous une tentation impossible ou difficile, car comme l’on sait, il est dangereux de céder à la tentation, quelle qu’elle soit. La question est finalement de savoir si je crois que tu as le don de l’Unité. Si tu es capable de faire lien entre les évènements du hasard pour en tirer un sens à venir. Or, le Tarot est si symbolique que je fais pour ainsi dire tout le travail à ta place. Je fais moi-même mes connexions, mes liens et mes interprétations par rapport aux vagues explications que tu me donnes et aux souvenir que je recèle. Un peu facile, non ? Alors est-ce que tu as gagné ? Moui. A mes dépends. Tu n’as rien dit d’exceptionnel qui puisse être applicable à moi spécifiquement. Ta victoire est facile parce que tu as vu large et que tu n’as pas vraiment pris de risques. En revanche, si tu as vraiment le don de divination… Permet-moi de te dire qu’il est paresseux. »

Jolie mademoiselle ? Lina eut un petit rire. Gênée elle appuya son front sur sa main, un peu comme pour se cacher, avant de reprendre son sérieux. Elle savait qu'elle avait les yeux qui brillaient. Cette conversation la mettait de bonne humeur, elle s'amusait, heureuse de pouvoir débattre aussi facilement. Octave lui faisait faire un exercice compliqué : elle devait tout expliquer, tout justifier pour prouver sa valeur. Elle eut la vision d'un entraîneur s'occupant de son poulain. Bien sûr, ce n'était pas vraiment le cas. Le bibliothécaire n'avait pas probablement pas conscience de ce qui se passait dans la tête de la jeune fille. Mais la sorcière était ravie du lien qui se tissait lentement entre elle et lui. Elle se sentait comme une escrimeuse, et il parait chacune de ses attaques, de ses faiblesses, pour mieux riposter à coup d'argumentaires béton.


« Il y a... Plusieurs choses que je dois vous dire... D'abord, vous ne pouvez pas être le Bateleur. Pas maintenant en tout cas, tout simplement parce que le Bateleur est un personnage victorieux, et que vous, vous ne l'êtes pas. Peut – être dans un mois, ou deux. Mais certainement pas aujourd'hui ».

Lina se gratta le coin de la lèvre. Elle n'avait pas le choix, elle devait se « lâcher » totalement si elle voulait montrer à Octave qui elle était vraiment. Après tout, il l'avait bien mérité.


« Je voudrais aussi revenir sur l'Arcane Sans Nom et l'Empereur... Vous ne considérez pas les choses dans leur globalité, et vous excluez la Maison de Dieu : or, c'est à cause de cette carte que je pense... Non pas à une catastrophe, comme vous dîtes, mais à quelque chose de néfaste et de dangereux ? Oui. C'est à cause de cette carte également que je pensais à une histoire de vengeance ou de rancune, mais je vous avoue que là, il s'agit d'un sentiment très personnel ».

« Sentiment très personnel ». Elle ne savait pas comment mieux expliquer les choses. Après tout elle n'avait pas eu de vision, elle n'était rentrée en transe. Il n'y avait rien de pragmatique là – dedans. Elle ne pouvait pas expliquer cette sensation qui lui tiraillait les entrailles depuis tout à l'heure. Lina n'avait rien vu à proprement parler. En revanche elle avait ressenti tout un tas de choses. L'Empereur qui était si néfaste : c'était un homme plus âgé. Avec sa main gauche, Lina reprit la carte de l'Empereur et de l'Amoureux. La fille. L'étudiante l'imaginait blonde, mais elle était incapable d'expliquer pourquoi, elle ne comprenait pas toujours très bien comment fonctionnait son don de voyance. La fille était indécise. Sur quoi ? Lina se sentait comme une télévision déréglée, et ça lui donnait mal à la tête. Elle fit une petite grimace. Son lien avec l'Empereur, quel était – il ? Rigoureux. Fort. Intelligent. Il surveille. Le pater familias...

« Mon don est peut – être paresseux, la voix de Lina sembla un peu éteinte... Il lui fallut une seconde ou deux pour reprendre son habituelle tonalité... Mais en attendant, c'est pas moi qui batifole avec la fille d'un Mangemort ».

La sorcière se surprit elle – même. Elle lui avait jeté ces quelques mots à la figure sans la moindre délicatesse. Lina mordit sa lèvre inférieure. Profondément mal à l'aise, étonnée, dépassée, amusée, effrayée, stressée... Son petit corps ne pouvait contenir autant de sentiments à la fois, c'était trop. Elle s'efforça de garder un visage neutre. À quoi pensait – il exactement pour oser flirter avec ce genre de personne ? Est – ce que la femme (que Lina décida de surnommer Blondie) était – elle comme son père, une Mangemort ? Elle lança un rapide coup d’œil autour d'elle... L'étudiante ne voulait pas de problèmes : elle eut soudainement envie de saisir Octave par les épaules et de le secouer dans tous les sens : ce n'était pas parce que le monde avait cessé de tourner qu'il devait en faire de même... !
Puis, abandonnant tout faux semblants, elle se laissa aller en revêtant une expression de complet désespoir : on n'avait pas idée d'avoir de telles histoires en période de guerre...

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 27 Jan 2017 - 20:58

Lorsque rien à priori ne l’en empêchait, il est vrai qu’Octave avait un penchant pour la franchise, dire les choses comme il le sentait nécessaire de faire, la dissimulation perpétuelle n’ayant d’autre fin que le vice lui-même. Peut-être était-ce un peu précipité que de vouloir être absolument clair dans ses idées devant quelqu’un qu’il ne connaissait pas et, par-dessus tout, essayait probablement de le tromper en retour. Mais s’il y avait bien une manière simple de mettre fin à une simulation, c’était soit la manipulation, qui demandait du temps et de l’effort, ou l’immuable logique. Jouer le jeu ou lever le voile. Le choix était en fait très rudimentaire finalement. Il n’y avait rien de plus fatal que la droiture lorsque l’on connait ou croit deviner les intentions de son opposant, comme c’était le cas présentement. Miss Kaveline avait sorti les cartes et dès lors il fut clair dans son esprit qu’elle voulait peut-être le leurrer. Sur elle, le travail de la manipulation n’aurait pas valu la peine, elle qui n’était qu’une élève et dont les desseins ne pouvaient vraisemblablement pas être plus néfastes que ce dont l’imagination d’Octave était capable de produire. Alors, dans un sourire, il avait palabré comme il savait si bien le faire, ne s’attendant certainement pas à de la gratitude, seulement à des haussements suspicieux de sourcils et éventuellement une paire de lèvres serrées en un fil droit. En biais, il la vit plusieurs fois sourire, ne sachant s’il fallait prendre cette considération comme un rictus nerveux ou une moquerie à l’égard de ses explications. Peu importe, elle allait forcément lui répondre quelque chose et alors la lumière se ferait plus claire sur toutes ces expressions qui avaient faiblement agité son visage à la bouche restée silencieuse. Au moins écoutait-elle jusqu’au bout, ou bien, faisait-elle simplement preuve de patience, le laissant finir son propos pour mieux placer son propre raisonnement. Ah, peu importait les devinettes, Octave savait parfaitement que son discours était ainsi fait pour desceller au plus vite la nature de ses interlocuteurs. Miss Kaveline n’allait pas faire exception, le culot appelant inévitablement son équivalent. Il se tut enfin, ponctuant ce long monologue par une touche de fomentation nécessaire, un pétard mouillé pour mieux faire réagir. Décidemment, même et surtout la sincérité avait un dessein spécifique autre que la quête absolue de vérité chez ce personnage.

La jeune femme eut un geste tout à fait charmant qui n’échappa pas à la sensibilité du bibliothécaire, si gourmand en infinis détails qui rendaient les gens envoûtants, comme les signatures involontaires d’une personnalité. Il pencha la tête, souriant à son rire et l’observant porter une main à son visage dans un mouvement qu’il reconnut comme étant de la gêne. Le regard huilé par l’émotion qu’il rencontra quand la jeune femme daigna relever la tête confirma son intuition, même s’il ne savait pas exactement ce qui pouvait bien l’enflammer ainsi. Qu’était-ce donc, une audace assurée qui teintait ce joli visage d’un amusement naissant, ou le plaisir de la conversation ? Oh, le compliment peut-être ? Une flatterie diluée et dite presque par habitude vous effleurait décidemment les âmes les plus sensibles. Mais Octave attendait patiemment la rage, la réplique, la frustration, l’abdication, ne se laissant que peu caresser par ce gracieux mouvement de la bouche et de la main, cette lueur dans le creux du regard qui lui plaisait déjà un peu trop. Probablement que les manquements de son caractère le rendaient beaucoup plus susceptible d’apprécier les doucereuses marques d’attention. Toutefois, la leçon était apprise et il s’autorisait à priser quelques gestes agréables, se laissait même vaguement charmer parfois, sans jamais en perdre son objectif. Un bel adage de la maîtrise et de la lucidité que voilà. Encore un peu et la bagatelle allait prendre fin, la satisfaction de la raison allait être noyée.

« Il y a... Plusieurs choses que je dois vous dire... D'abord, vous ne pouvez pas être le Bateleur. Pas maintenant en tout cas, tout simplement parce que le Bateleur est un personnage victorieux, et que vous, vous ne l'êtes pas. Peut – être dans un mois, ou deux. Mais certainement pas aujourd'hui ».

Octave la toisa avec l’incrédulité la plus courtoise, relevant ses sourcils à la courbe satanique dans une expression de légère suspicion. Puis ils s’abaissèrent, détendant ses lourdes paupières et abandonnant son regard à la considération de cette déclaration. Peut-être avait-elle raison, pour le moment, aucune victoire n’était à sa portée, ni dans ses perspectives d’ailleurs. Mais était-il si perceptiblement outrecuidant dans ses ambitions ? Son regard s’illumina à nouveau alors que son esprit revenait à la réalité et il esquissa un sourire chaleureux, aussi bienveillant qu’il pouvait l’être à l’égard d’une réplique qu’il ne pouvait s’empêcher de considérer comme une attaque à son orgueil. L’avait-elle si bien écouté qu’elle trouva de quoi riposter en le prenant directement par les sentiments plutôt que par la raison, insultant presque par là tout autant sa vanité que son intelligence ? Après le discours qu’il lui avait servi, cela n’aurait rien d’étonnant après tout et alors, cet air enchanté ne pouvait-être que l’illustration d’un esprit vicieux. Octave la connaissait bien, cette dépravation d’âme qui permettait de sourire négligemment tout en marmonnant des affronts. Pour toute réponse, il ne lui offrit qu’un faible gloussement sourd qui secoua à peine sa poitrine et resserra ses lèvres qui demeurèrent closes. Soit elle croyait vraiment en ces cartes et parlait aussi honnêtement que lui, soit elle essayait de le blesser. Bien qu’il y ait probablement quelque chose à y répondre, Octave se contenta pour le moment du silence, déjà vaguement satisfait du résultat. Elle ne s’était pas figée dans le silence elle, au moins, et c’était déjà cela de gagné car il n’y avait que la manque de réaction pour rester indéchiffrable. Elle revint donc sur l’Arcane Sans Nom, l’Empereur, la Maison de Dieu, la vengeance, la rancune, du très vague et du très flou, encore. Il avait d’ailleurs légèrement relevé la tête pour accueillir sa deuxième réplique avec intérêt, comme une fleur qui s’ouvre au soleil. Mais en comprenant où elle voulait en venir, son cou se rompit et sa tête tomba tranquillement, l’amenant à regarder ses genoux avec un sourire contemplatif. Il avait déjà exprimé sa pensée sur l’absence de rigueur de cet art, de cette manie, et n’avait plus rien à y rajouter.

« Mon don est peut – être paresseux, mais en attendant, c'est pas moi qui batifole avec la fille d'un Mangemort »

Encore une chance qu’il ait eut le reflexe démonstratif de baisser la tête, sinon elle aurait à coup sûr perçu son malaise. Celle-là, il ne s’y attendait pas, c’était certain. Fondamentalement, la forme était plus gênante que le fond, mais le sens couplé à cette soudaine désinvolture l’émurent plus que ce qu’il aurait voulu. D’abord la panique, un infini tressaillement imperceptible le parcourut alors qu’Octave sentait un semblant d’angoisse remonter. Comment ? D’où ? Son visage se redressa lentement, interdit, les yeux plissés dans une expression d’extrême vigilance, mais Miss Kavelina n’ajouta rien et il dut se contenter du peu qu’elle lui avait balancé avec impertinence. Des questions se bousculaient dans son esprit et faillirent poindre sur le bout de sa langue, mais il se l’interdit formellement. Pourtant, le silence et la réflexion ne devaient pas non plus durer trop longtemps, sinon elle pourrait penser avoir visé juste ou quelque chose d’important, ce qui était très clairement le cas. Alors, avec aisance, Octave se laissa aller contre le dossier de sa chaise, duquel il s’était décollé sans s’en rendre compte. Les épaules détendues, il considéra la jeune femme avec une pointe d’amusement mielleux. Il se donnait l’air tranquille de celui qui faisait une pause théâtrale pour mieux répondre, mais en réalité, un certain désordre régnait en son esprit. Il s’emballait, il fallait relativiser, et vite. Ce n’était qu’une adolescente après tout, une étudiante qui essayait d’être plus maligne que l’employé de cette école dont elle ne savait rien à part, visiblement, ça.

Des ragots ? Il y en avait partout, quelqu’un avait dû les voir, Cassidy et lui, dans le restaurant du village. Et puis, « batifoler » ? C’était bien une expression cavalière ! Si elle y avait vu quelque chose de grave, Miss Kaveline aurait certainement employé un autre terme que celui-là, alors il lui parut clair que le pseudo contrecoup, se voulant manifestation de l’occulte, n’était qu’une médisance de couloir qui lui fut arrivée jusqu’aux oreilles. Elle n’avait clairement pas conscience de l’étendue de ce qu’elle venait de découvrir, ni du danger qu’un tel savoir pouvait représenter. Finalement, Octave voulut lui adresser un sourire coquet, pour souligner que tout ceci n’était qu’un jeu, mais au lieu de ça ses sourcils se levèrent d’étonnement alors qu’il voyait le visage de la jeune femme se crisper de désolation. Ca alors, lui qui s’attendait à un fumet victorieux n’avait finalement qu’une consternation en retour, qui eut d’ailleurs le don de juguler son élan de sarcasme. Etait-ce donc ses propres paroles qui l’avaient mises dans un tel état ? Machinalement, Octave s’avança et se pencha par-dessus la table, tendant une main pour se saisir de cette de Miss Kaveline. Doucement, il recouvra la gracile petite main de la sienne, large et masculine, aux veines marquées et à la peau sensiblement calleuse par endroits. C’était comme si elle avait avoué quelque chose qu’elle regrettait maintenant, ou qui la mettait en mauvaise posture, et il ne pouvait que compatir à un chagrin qu’il ne comprenait pas jusqu’au bout. A dire vrai, la raison avait beau prendre le dessus, des choses restaient vagues et inexpliquées, quelles que furent ses tentatives pour les relativiser. Dans la globalité, il pouvait lui inventer des excuses, des ragots de couloir, des justificatifs plausibles pour exposer le savoir, dissimulé derrière un jeu de cartes, mais des détails échappaient à son entendement. Et alors qu’il caressait, sans contrainte aucune, les doigts d’allumette en essayant de déconcentrer la demoiselle de son chagrin soudain, il commençait à voir trouble. Son esprit était rentré dans une boucle contradictoire où il ne pouvait décemment trouver explication à tout. Ses paupières papillonnèrent fébrilement et il s’autorisa un sourire rassurant.

« Allons, allons, Camène, fée de l’avenir, faut-il donc se contrarier pour si peu ? Laisse tomber le vouvoiement, tu viens juste de dire que je batifolais avec l’ennemi comme une gourgandine pendant l’occupation, après tout. De toute manière je préfère le tutoiement, et ça va dans les deux sens, comme tu peux le constater. »

Son sourire s’abaissa alors qu’une idée lui venait à l’esprit, de plus en plus persistante, et Octave pencha la tête sur le côté, observant la jeune femme en biais, l’air soudain méfiant. Il y avait quelque chose dans la manière qu’elle avait de s’exprimer qui le gênait, le troublait particulièrement. Sa manière d’exposer les faits ne ressemblait pas vraiment à ce qu’il avait entendu jusqu’à maintenant de la part de charlatans de toutes trempes. Elle l’avait un peu blessé dans son orgueil, mais n’avait finalement pas vraiment essayé de le contredire par la raison, mais qu’à travers des allégories, comme si elle voyait quelque chose d’évident dans cet amas de généralités et qui lui échappait complètement. Il ne pouvait s’aventurer à confirmer quoi que ce soit cependant, c’était trop dangereux, pour lui surtout. S’il s’avérait qu’elle était simplement plus habile et meilleure actrice que lui, il ne fallait surtout pas qu’il lui donne des éléments sur lesquels elle pouvait rebondir. Mais quelque chose dans ce raisonnement se soustrayait clairement à son intelligence et sa compréhension, comme s’il n’avait pas tout écouté attentivement, ce qui, pourtant, était le cas. L’instant d’après, il la regardait dans les yeux, décochant deux flèches perçantes à l’égard de Miss Kaveline, lui faisant ainsi comprendre que son intention était devenue extrêmement sérieuse.

« Dis-moi, est-ce que tu essayes de me tromper ? »

S’il n’était pas nécessairement en mesure de découvrir quelqu’un de plus intelligent et malin que lui, il savait toutefois sans équivoque quand quelqu’un lui mentait. La pause y était bien évidemment pour quelque chose. Sentant que sa main était restée trop longtemps au contact de celle de la demoiselle, il la retira tout en se redressant légèrement, son torse surplombant néanmoins encore le bureau et sa main étant restée à plat sur la table, non loin de celle de sa jeune interlocutrice. La question paraissait presque rhétorique maintenant. Pourtant, une autre allait suivre, tout aussi éloquente :

« Qui es-tu ? Tu te doutes que je ne fasse pas référence à ton nom, tes parents, ton pays d’origine ou ton histoire… Qui es-tu pour savoir ce que tu sais et au sujet de quoi, je tiens à le souligner, je ne confirme pour le moment aucun fait ? Les rumeurs sont-elles si distordues dans cette école ? Ou es-tu juste une espionne durant ton temps libre ? Tu... »

Il s’arrêta et couina dans sa barbe en souriant nerveusement, n’osant pas encore évoquer ce qui sortait tout autant de l’ordinaire de son entendement que du monde magique en général. Il lui était pour le moment plus facile de la supposer habile plutôt que dotée du pouvoir qui détruisait toutes les limites de la rationalité. Son regard se posa sur la pile de livres, tous les mêmes, toujours les mêmes, toujours le même sujet au fil du mois derniers. Octave revint à Miss Kaveline, un amusement mitigé tirant les traits de son visage. Il lui fallait être prudent, mais les lacunes dans la maille de sa logique ne le laissaient pas en paix.

« Tu ne serais pas aussi contrariée s’il ne s’agissait que d’un jeu, n’est-ce pas ? Tu n’es pas de ceux qui osent, ou sont simplement en mesure de jouer avec ce genre d’information… ? »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Sam 28 Jan 2017 - 18:03

Son cœur battait terriblement fort. Mais au lieu de le sentir vivre au creux de sa poitrine, Lina avait l'impression qu'il était descendu un petit peu plus bas, quelque part vers l'estomac. Elle ne supportait pas sentir chacun des battements de son organe, aussi vital soit – il. Ça résonnait à l'intérieur d'elle, et cette hyper sensibilité tout à fait soudaine la rendait encore plus nerveuse, elle qui était d'habitude si flegmatique.
Mais Octave eut un geste imprévu : délicatement, il enveloppa la main de Lina dans la sienne. La sorcière en eut le souffle coupé, elle n'imaginait pas que le bibliothécaire puisse avoir un geste affectueux à son égard, encore moins après ce qu'elle venait de lui dire. Doucement, il caressait ses doigts. Elle se sentait fragile. La jeune femme ne frissonna pas, mais elle aurait pu. Elle était légèrement perturbée par ce contact qu'elle considérait intime. Ce n'était pas anodin une main : on l'a saisi pour guider quelqu'un. Et si cette personne se laisse faire, c'est qu'elle a confiance. Octave Holbey avait – il confiance en elle ? Lina en doutait. La jaune et noire avait – elle confiance en lui ? Elle était incapable de répondre. Elle n'avait probablement pas une confiance totale en cet homme, pour plusieurs raisons évidentes, mais en cet instant précis, il était rassurant, et c'était tout ce qui comptait.

Il l'appela fée de l'avenir. C'était une jolie référence. Plus jolie en tout cas que celle sur la Seconde Guerre Mondiale... À cause de son deuxième prénom, l'adolescente avait toujours eu un faible pour la mythologie grecque. C'était un beau compliment. Elle nota également qu'il voulait qu'elle le tutoie. Cette partie – là, Lina l'aimait un peu moins. D'abord parce qu'elle avait pour habitude de vouvoyer les personnes plus âgées qu'elle, par politesse. Mais l'autre motif, le plus important à ses yeux, c'était que le tutoiement impliquait pour elle une relation égalitaire. Et clairement, elle n'était pas à la hauteur de l'homme qui se trouvait assis de l'autre côté du bureau. Malgré tout, elle céda en hochant la tête, acceptant ainsi de faire un pas vers lui. De toute façon il n'avait pas tort : ce qu'elle venait de lui jeter à la figure équivalait presque à une insulte, alors autant opter pour le « tu ».

Lina parvint enfin à lâcher du regard leur deux mains sur le bureau, elle releva les yeux vaguement rassurée, mais elle perçut la méfiance qui émanait du bibliothécaire. Elle aurait dû s'en douter. Octave Holbrey semblait lui prêter de drôle d'intentions.... De quoi avait – il peur, exactement ? Ce regard si particulier, si perçant. La température sembla chuter de plusieurs degrés, quelque chose venait de changer.

« Dis-moi, est-ce que tu essayes de me tromper ? »

Il retira un peu brusquement sa main au moment précis où Lina prit une expression dégoûtée. C'était donc ça. Depuis le début il pensait qu'elle se fichait de lui ? La sorcière était tout simplement outrée qu'on puisse la penser ainsi. Elle n'aurait pas fait une chose pareille, c'était ridicule. Elle qui avait tellement de mal à utiliser son don pour les autres... Jamais elle n'avait cherché à tromper qui que ce soit sur cette planète, elle avait fait de son mieux pour lui décrire chacune des cartes, et malgré tout cela, ce n'était tout simplement pas assez ?! Elle en était presque blessée.

« Non ».

Juste « Non ». Trois lettres. Son ton était ferme, froid. Son regard droit et dur. Sa poitrine lui paraissait gonflée de colère. Elle eut envie de partir sans demander son reste mais elle n'en eut pas le temps.

« Qui es-tu ? Tu te doutes que je ne fasse pas référence à ton nom, tes parents, ton pays d’origine ou ton histoire… Qui es-tu pour savoir ce que tu sais et au sujet de quoi, je tiens à le souligner, je ne confirme pour le moment aucun fait ? Les rumeurs sont-elles si distordues dans cette école ? Ou es-tu juste une espionne durant ton temps libre ? Tu... Il eut un sourire nerveux qui déstabilisa Lina. Il avait l'air de s'amuser. La sorcière, elle avait prit une douche froide. Tu ne serais pas aussi contrariée s’il ne s’agissait que d’un jeu, n’est-ce pas ? Tu n’es pas de ceux qui osent, ou sont simplement en mesure de jouer avec ce genre d’information… ? »

Contrariée ? Un jeu ? Pendant un instant l'esprit de la jeune femme se troubla. Elle avait du mal à comprendre de quoi il parlait. Elle considéra le sorcier : elle s'arrêta sur les traits de son visage, sur ses épaules. Elle suivit le chemin de son bras pour atterrir à  sa main, toujours posé sur la table. C'était une main de travailleur. Elle hésitait, partagée entre le désir de se mettre en colère, et celui de répondre calmement. Il aurait franchement mérité qu'elle s'agace. Pendant quelques secondes, elle s'imagina ranger ses affaires et partir sans rien dire, drapée dans sa dignité. Mais la scène avait quelque de faux, un truc qui n'allait pas. Lina sut que s'énerver ne servirait rien. Depuis le début, ils s’efforçaient tous les deux d'avoir une discussion constructive : il ne fallait pas tout gâcher à cause d'une histoire d’orgueil mal placé.

La jeune femme venait en fait de comprendre qu'Octave l'avait traitée ainsi pour être sûr qu'elle n'était pas une manipulatrice, une vulgaire diseuse de bonne aventure, une comportementaliste capable de déduire tout et n'importe quoi en fonction d'un geste, d'un sourire, d'un soupir. Lina s'était trompée : il ne s'agissait pas vraiment de prouver que la divination existait, mais de prouver qu'elle était une voyante digne de ce nom. Il y avait donc là une subtilité que la blairelle n'avait pas saisie. Mea culpa.

L'étudiante prit une grande inspiration et se radoucit. Elle chercha les mots justes : elle avait toujours était très concise dans sa façon de s'exprimer, faisant parfois des raccourcis un peu rapides.La sorcière n'avait jamais aimé s'étendre sur de longs discours, ce qui faisait d'elle un être peu bavard et franc. Elle se remémora les mots d'Octave. Il l'avait questionné sur les rumeurs de Poudlard. C'était étonnant, elle aurait cru qu'il serait au – dessus de ça, mais non. Il semblait s'y intéresser de près. Mais Lina, en véritable petite fouine ne se souvenait de rien d'exceptionnel le concernant. Pourtant, la sorcière était sûre qu'il était au centre de beaucoup d'évènements : il fallait au moins ça pour flirter avec la fille d'un Mangemort. Donc le bibliothécaire tenait à sa tranquillité, et Lina pouvait la lui garantir, au moins pour ce qu'elle venait d'apprendre, parce qu'elle était convaincue que malgré son attitude nonchalante, elle avait raison sur  ce qu'elle avançait : les cartes ne mentaient jamais. Les gens, en revanche, si.

Quant à savoir qui elle était...? C'était une bonne question. La sorcière aurait voulu répondre qu'elle était tout simplement Lina Hecate Kaveline. Qu'elle était anglaise, fille d' un immigré russe et de sa femme anglaise. Elle aurait aimé ajouté qu'elle était une sorcière plutôt douée surtout en sortilège et en potions. Elle aurait pu ajouter que c'était une personne discrète, optimiste, douce, curieuse. Qu'elle avait su rester la même malgré le décès de sa sœur. Il aurait été fantastique de pouvoir simplement s'arrêter là.  Mais Lina était plus que ça.

« Je suis une voyante. Une vraie. Mais tout ce que je sais, je le garde pour moi ».

Son ton était calme. Elle avait réussi à se détendre de nouveau. Pour affirmer son dire, Lina lui sourit : elle se voulait rassurante. Il devait comprendre qu'elle ne colporterait aucune rumeurs. Elle inclina la tête en observant son interlocuteur, cherchant un signe lui confirmant qu'il lui faisait confiance. Doucement, elle avança sa main vers celle d'Octave, avec son majeur, elle lui caressa le bout des doigts, un peu comme il l'avait fait juste avant. Elle tenait à lui rendre ce geste – là. Puis elle retira un peu sa main, trop timide en cet instant pour lui offrir plus. De toute façon, elle avait déjà donné beaucoup. D'abord, elle lui avait fait un tirage, et le nombre de personne à qui elle avait fait pouvait se compter sur les doigts d'une main. Ensuite, elle lui avait parlé explicitement de son don. Cependant, elle voulait bien lui accorder autre chose : une promesse.

« C'est juré, Lina marqua un temps d'arrêt symbolique. En échange, tu ne dis rien à mon sujet... D'accord ? ».

Bien sûr, l'étudiante s'assumait un peu plus que douze heures plus tôt, mais pas au point de se signaler à tout l'école, surtout si certaines personnes devaient avoir des contacts plus ou moins étroits avec des Mangemorts. La jeune voyante n'était plus très rassurée depuis qu'elle avait su que des disciples de Vous – Savez – Qui avaient tenté de récupérer une prophétie au département des Mystères. Peut – être que Lina se montait la tête toute seule, mais le Mage Noir avait décidé de s'intéresse à la divination, alors il valait mieux rester discrète.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 30 Jan 2017 - 1:29

Qu’il aimait le trouble des jeunes filles en émoi. C’était plus fort que lui, une espèce de pulsion primitive et carnassière qui le poussait à se délecter de la fragilité que ses gestes et ses paroles pouvaient provoquer chez les autres. Et en particulier chez les jeunes fleurs fragiles comme l’était Miss Kaveline. Pourtant, cela n’avait pas été son intention primaire, et pour une fois son esprit lascif n’avait pas agi avec intéressement, seulement dans un élan de compassion spontané. Mais en sentant la nervosité féminine pulser sous ses doigts, la perversion remonta en lui, huilant le blanc de ses yeux d’une lueur étrange, davantage encore lorsqu’elle se laissa faire sous sa caresse, s’y abandonnant presque. Elle était indubitablement gênée, et c’est ce qu’on attendait d’une jeune fille bien rangée et éduquée de son âge, quant à Octave, il ne ressentait que le plaisir doucereux de voir la confusion étinceler dans ses yeux l’espace d’un instant fugace. Elle finit par s’apaiser, acceptant presque pleinement l’attention qu’il lui avait accordé pour la faire revenir à la réalité, chose qui avait manifestement marché. La vie était ainsi faite que les priorités et les souffrances se mettaient par ordre non pas de croissance, mais chronologique. Au moins fut-elle distraite de ses pensées lugubres pour se concentrer sur d’autres, beaucoup plus impudiques. Enfin, c’est ce qu’il aimait à s’imaginer, les natures difficiles lui procurant beaucoup plus de joies à son esprit que celles qui répondaient sans réfléchir à ses attentions avec encore moins d’élégance que lui n’en était capable. Cependant, son but n’était pas de corrompre et son plaisir ne fut qu’une charmante gratification supplémentaire, alors il finit par retirer sa main pour mieux poursuivre, le contact les unissant ne pouvant décemment pas accompagner les paroles qu’il avait à prononcer.

Juste au bon moment visiblement car sa question provoqua chez la jeune femme une expression qu’il se serait attendu en fait à voir bien plus tôt. A vrai dire, à l’instant même où il avait commencé à lui déballer son long monologue égotiste. Etait-elle donc vexée ? Malgré sa fascination du moment pour l’exercice qu’ils venaient d’exécuter, Octave ne put s’empêcher de sourire, si ce n’est concrètement, au moins son regard s’illumina et il s’entendit clairement rire en écho dans sa tête. Vraiment ? Ah, voilà qui était bien intéressant. Soit elle jouait si bien le jeu qu’il ne pouvait y voir que du feu au point de se demander s’il n’était pas allé trop loin, de manière trop impudente, dans son test, soit elle était vraiment sincère. Bien évidemment, d’une certaine manière, cette option l’intéressait beaucoup plus que les autres, car il aurait alors devant lui un trésor inestimable, un gouffre d’informations nouvelles, mais surtout une opportunité. Elle lui avait tamisé son « Non » à travers une rangée de dents serrées et il s’extasia intérieurement de tant de colère. C’était tout bonnement merveilleux. Si jusqu’à maintenant les choses n’avaient pas été tout à fait claires à son propre sujet, quant aux révélations qu’elle lui avait faites, Octave parvenait en revanche sans aucun mal à additionner les réactions de la jeune femme en une suite logique. Quoi qu’on en dise, l’esprit humain avait beau être enchevêtré, les impulsions naturelles et spontanées étaient invariablement simples. Les émotions étaient toujours primitives, surtout celles de la haine et de la répulsion. Elle le regarda avec une telle dureté, pourtant il n’avait d’autre envie que de sourire. Vraiment, c’était inespéré, comme la fonte des neiges en plein pôle Nord.

Néanmoins suspicieux jusqu’au bout, Octave continua sur sa lancée et alors qu’il parlait, il sentait la proximité de la jeune femme l’électriser d’impatience, comme s’il fut en présence d’un évènement mystique miraculeux. Il était presque déçu et ne pouvait s’aventurer à y croire. Elle avait l’air si normale. Enfin, il était le mieux placé pour savoir que la personnalité ne tenait que très rarement la promesse donnée par l’apparence. La vie était ainsi faite que c’était dans la roche la plus vulgaire que l’on pouvait trouver des diamants, que c’était la fleur la plus belle qui ne dégageait strictement aucune odeur alors qu’on contraire, une minuscule poignée de chèvrefeuille pouvait vous imbiber tout un jardin. Et alors qu’il lui posait la question fatidique, celle à laquelle on ne pouvait que répondre franchement ou se dérober visiblement, Miss Kaveline sembla s’immobiliser, comme prise par surprise. Octave l’observa aussi attentivement que possible, les lèvres entrouvertes par la curiosité et le sentiment de flottement qu’avait revêtit cet instant. Il se serait penché encore plus par-dessus la table pour mieux considérer les traits de l’étudiante, mais ce geste aurait été perçu comme un peu trop intrusif, et ce n’était pas le moment d’être maladroit. Voilà, elle devait s’ouvrir, il voyait bien que quelque chose s’opérait dans son esprit, une inspiration, un adoucissement, peut-être une réévaluation de ses considérations. Accroché à son visage tel un nouveau-né au sein de sa mère, Octave la contemplait, interdit, attendant que la magie opère et que la vérité n’éclore.

« Je suis une voyante. Une vraie. Mais tout ce que je sais, je le garde pour moi »

Le ton de la jeune femme avait beau être habité par une sérénité tout mesure, Octave sentit clairement ses propres yeux s’écarquiller très lentement. Il s’était vaguement préparé à cette éventualité, à l’arrière de son esprit, quelque part dans les méandres, entre ses questionnements existentiels sur la provenance des rayures dans le dentifrice et le moyen de fabrication des gélules. Il avait eu le réflexe de se redresser, sans quitter Miss Kaveline du regard néanmoins. Ses yeux finirent par devenir vitreux et il coinça de ses dents luisantes sa lèvre inférieure dans une concentration laborieuse et quelque peu amusée. C’était délicat à réaliser, et on aurait dit qu’il attendait encore quelque chose de la part de la jeune femme tant son attention était pénétrante. Finalement, après quelques contorsions étranges des lèvres, comme s’il s’apprêtait à parler, Octave esquissa un sourire qui se répandit jusqu’au creux de ses pupilles frémissantes. A cet instant, il sentit quelque chose le toucher et ses yeux se baissèrent instinctivement pour voir ce qui pouvait bien le déranger. Diantre ! C’était un doigt gracile qui venait à la rencontre du sien pour lui donner une caresse. Son sourire s’accentua alors que son esprit oscillait entre le charme et l’ébahissement le plus sincère. Bon sang, il était prêt à jurer à haute voix et avec un langage des plus fleuris. Bon, vous me direz, il y avait Trelawney, et des bruits courraient comme quoi elle était une véritable voyante, mais franchement, elle était folle. Beaucoup trop excentrique pour qu’on puisse faire confiance à ce qui appartenait au don et à ses imaginations fantasques. Elle avait élevé son talent à un rang d’une telle importance que cela en devenait ridicule. Miss Kaveline semblait être quelqu’un de beaucoup plus censé. Moins… mystique.

« C'est juré. En échange, tu ne dis rien à mon sujet... D'accord ? »

Cette fois, Octave rigola pour de bon de son rire guttural, dénudant ses dents dans un sourire en tranche d’orange. Un plaisir mêlé à une dernière touche de suspicion en ressortit. Le ricanement mielleux passa et il pencha légèrement la tête sur le côté en tanquant ses yeux émeraude dans ceux de la jeune femme. Sa voix frémit, suave et pleine de sous-entendus graveleux :

« Oh, crois-moi ma cartomancienne, je vais te garder pour moi… »

Il jeta un regard déterminé vers la pile de livres que la jeune femme avait soigneusement rangé et se leva avec souplesse, l’air particulièrement décidé. Sans un mot, il s’éloigna et vogua d’étagères en étagères, récupérant quelques ouvrages au passage dont il connaissait l’emplacement quasiment par cœur maintenant. Il revint à peine quelques minutes plus tard d’un pas rapide mais élégant et posa les quatre ouvrages sur la table. Pointant du doigt sur l’ancienne pile de l’étudiante, il dit d’un ton parfaitement assuré « Ca, c’est de la m*rde. C’est fait pour des gens qui veulent se distinguer et qui n’ont aucun talent, sauf peut-être pour ceux qui veulent arnaquer. C’est beaucoup trop… terre à terre. Ce sont des explications pratiques qui ne t’aideront jamais à comprendre. Ca en revanche… » Il releva une pile de parchemins qui n’était même pas reliée au niveau de son torse. « C’est de Cicéron, « De la divination ». C’est bourré de références divines, mais il suffit de remplacer ces références par le mot « magie » maintenant. » Il posa la pile de papier devant la demoiselle et se saisit du second ouvrage, puis du troisième et du quatrième : « Onirocritique, Daldis. Kouei tsang, Gui Zang. Et surtout, surtout… Hermetica de Hermès Trismégiste. Des textes fondateurs, pour les esprits dévoués capable de les comprendre. Même moi, plein de choses m’ont échappées, je suppose que tu les percevras mieux que je ne l’ai pu. » Octave prit à nouveau appui de ses deux mains sur la table, surplombant la jeune femme de sa haute taille, la regardant de haut en bas tel un arbre courbé par le vent. Tant de questions se bousculaient sur ses lèvres qu’il ne savait pas par laquelle commencer. L’avantage indéniable d’une telle découverte était certainement son relativement jeune âge. Comme elle semblait le montrer, Miss Kaveline avait encore tout à apprendre et le bibliothécaire impatient d’en connaitre plus à son tour. Octave avait l’air vorace, comme un chasseur étant tombé sur une proie de belle taille, mais en réalité, il n’était qu’assoiffé de comprendre, de savoir. La divination frôlait avec l’ésotérisme autant dans le monde moldu que dans celui des sorciers, et les ouvrages en parlaient si rarement avec cohérence… soit cela avait tendance à tomber dans le mysticisme complet, soit dans le pragmatisme théorique. Mais elle était là, devant celui, ce lien inexpliqué avec l’espace et le temps, le hasard et le déterminisme.

« Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu ressens ? C’est quoi, des vibrations célestes ou… je ne sais même pas ce que ça pourrait être tellement c’est extatique. Et ne t’inquiète pas quant à mes fréquentations, je suis une catin, je batifole avec tout le monde, aucun rapport avec mes appartenances. Mais dis-moi plutôt, l’Empereur… tu dis que je n’en meurs pas. Ca veut dire que j’en sors à moitié en vie, ou au contraire, intacte ? »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mar 31 Jan 2017 - 23:29

Sa réaction avait le mérite d'être totalement inédite. Elle s'était attendu à ce qu'il écarquille les yeux, étonné, avant de se moquer d'elle. Et finalement, non. Il riait. Un drôle de rire d'ailleurs, mais ça ne dérangeait pas Lina. Elle eut l'intuition qu'il lui accordait une certaine crédibilité. Comme beaucoup d'autres, il n'avait en tête que le professeur Trelawney et ses bouteilles de Xérès.  Il était déjà arrivé qu'on vienne la voir elle, plutôt que son professeur, justement parce qu'elle était totalement détachée du jargon divinatoire qui frôlait le mysticisme et qu'elle ne se baladait pas emmitouflée dans des châles avec une boule de cristal . La jeune Poufsouffle brillait pas sa banalité, et cette normalité à toute épreuve ne faisait qu'appuyer son sérieux, sa rigueur et sa bonne foi quant à ses capacités.

« Oh, crois-moi ma cartomancienne, je vais te garder pour moi… »

Lina eut encore une fois un rire nerveux qui secoua ses épaules. Elle avait été gênée par le pronom possessif « ma » : les dons de la voyante n'appartenaient à personne.  Le malaise était d'autant plus saisissant que la sorcière avait cru déceler un sous – entendu tout à fait volontaire dans la formulation d'Octave. Sous – entendu auquel elle ne savait pas quoi répondre, à condition qu'il faille y répondre...

Cependant, Lina n'eut pas le temps de s'émouvoir plus longtemps. Le sorcier se leva sans crier gare pour se diriger vers les rayons. Lina le suivit du regard, la bouche très légèrement entrouverte. Un instant, elle eut peur qu'il s'en aille, alors même que rien n'aurait justifier cela. Il revint rapidement auprès d'elle, accompagné de quelques documents. C'était de vieux parchemins, abîmés par le temps. Certains n'étaient même pas reliés.  Il lui expliqua ce que chacune des pièces écrites contenaient, en lui citant les auteurs. La sorcière regarda alternativement les ouvrages qu'elle avait sélectionné, et ceux de l'homme aux livres. Elle était dépité. Ceci dit, ça expliquait au moins pourquoi tous les bouquins qu'elle avait choisit étaient si orientés, si négatifs. Lina avait toujours été frustrée : ils ne contenaient jamais ce qu'elle cherchait. Ce qui l'intéressait, elle, c'était l'essence même de la divination et non pas les différentes façons de se protéger des coups du sort. Elle voulait aller au – delà de ces simples préoccupations, beaucoup trop terre à terre. Elle aurait pu s'épargner tellement de temps si elle avait demandé l'aide du bibliothécaire avant... Lina n'avait pourtant jamais osé ; elle pensait être capable de pouvoir se débrouiller seule, et elle craignait d'éveiller les soupçons.  Oh bien sûr, elle savait que tous les livres qu'elle avait emprunté étaient notés quelque part, avec son nom juste à côté, mais elle s'était toujours dit qu'avec tous les élèves de Poudlard, il était impossible de faire un lien. Pourtant, la Poufsouffle en était sûre, Octave l'avait fait. Il était venu la voir ici en l'appelant par son nom et son prénom, elle venait juste de le remarquer... S'il avait été capable de s'en souvenir, il connaissait également son historique, c'était évident. Surtout avec une mémoire comme la sienne.

Doucement, Lina effleura du bout des doigts le premier texte. Elle pouvait sentir l'odeur du vieux parchemin. Les pages étaient un peu jaunies, mais en bon état. Ces livres pouvaient – ils vraiment contenir tous les secrets qu'elle avait voulu savoir ? Allaient – ils pourvoir lui expliquer pourquoi elle était hors temps ? Hors espace? Naviguant toujours en eaux troubles... ? Cependant, elle avait du mal à croire que certains concepts aient pu échapper au bibliothécaire : Lina le savait intelligent, voire brillant. Qu'est – ce que ces ouvrages pouvaient contenir qui puisse se soustraire à sa pensée ?
Par habitude, elle se mordilla la lèvre inférieure. Elle leva ses yeux pétillants vers l'homme aux livres. Il avait posé ses mains à plat sur la table. Elle était sûre qu'il lui réservait autre chose. Mais en attendant, la sorcière avait une question véritablement importante à lui poser.

« On en revient au point de départ... Je peux les emprunter ? Ou dois – je passer la nuit ici ? Qu'est – ce que tu vas faire de moi ? »

Lina lâcha un petit sourire en coin, absolument parfait, qui ne diminua pas malgré l'air insatiable d'Octave. Elle sentait qu'il n'y avait rien d'agressif là – dedans. Elle avait conscience de son statut de curiosité ».La jeune femme voyait presque les rouages tourner dans les yeux du sorcier et elle le comprenait parfaitement. Comment aurait – il pu en être autrement de toute façon ?

« Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu ressens ? C’est quoi, des vibrations célestes ou… je ne sais même pas ce que ça pourrait être tellement c’est extatique. Et ne t’inquiète pas quant à mes fréquentations, je suis une catin, je batifole avec tout le monde, aucun rapport avec mes appartenances. Mais dis-moi plutôt, l’Empereur… tu dis que je n’en meurs pas. Ça veut dire que j’en sors à moitié en vie, ou au contraire, intacte ? »

Elle s'était attendu à ce genre de questions. Mais il était extrêmement difficile de répondre. Comment expliquer le type de sensations auquel elle était confrontée à chaque fois qu'elle utilisait son Troisième Œil ? Octave ne se contenterait pas d'un simple « Je ne sais pas, c'est comme ça et puis c'est tout » , il faudrait lui expliquer en profondeur. L'exercice était d'autant plus délicat que son ressenti avait un peu la même forme vaporeuse que les rêves dont on à dû mal à se souvenir : plus on force l'opération plus ils deviennent insaisissables et s'effacent dans le néant. La sorcière ouvrit la bouche, et la referma. Non. Il fallait prendre son temps. Elle réfléchit un instant. C'était quelque chose de diffus, de brouillon. Des sensations, dans le ventre qui parfois remontaient pour bouillonner dans sa tête. Elle n'avait jamais eu de visions, seulement quelques rêves prémonitoires, et encore... Prédire l'avenir, c'était instinctif.  Comment expliquer cela ? Il n'avait pas tort quand il parlait de vibrations. Lina n'y aurait jamais ajouter le terme céleste, mais il y avait de ça.

« Ce n'est pas... Elle s'embarquait dans une explication confuse, et elle tenait absolument à éviter tout le jargon à la Trelawney. Il fallait qu'elle reste elle – même...  Tout d'abord, je tiens à dire que je n'ai jamais eu de visions ou de transes ou quoi que ce soit de ce genre. Mais quand je tire les cartes j'ai l'impression que... Lina pinça les lèvres. Qu'elles sont comme vivantes. Elles murmurent des choses. La sorcière planta ses yeux couleur jade dans ceux d'Octave, le mettant au défi de rire. Mais ça ne s’entend pas, ça se ressent. Comme ces gens qui voient la musique, ceux qui sont atteint de synesthésie. Le terme de vibrations me semble assez approprié. Ça fait comme... Un séisme.Ça part du bout des mains, Lina agita ses doigts. Et ça se répand partout. Parfois, comme avec l'Empereur, le séisme début dans le ventre... »

Elle avait l'air d'une folle, c'était sûr. Pourtant il s'agissait vraiment de cela. Mais comment garder une once de crédibilité en prétendant avoir un séisme à l'intérieur de soi ? Ou encore que les cartes parlaient... ? Lina fronça les sourcils et se frotta la tempe. Les questions qu'il posait n'étaient pas du tout évidentes. Elle ne chercha pas à discuter des fréquentations d'Octave, ça ne la concernait pas. Il précisa que ses flirts n'avaient pas rien à voir avec ses positions politiques. Lina le savait déjà, mais c'était toujours bon de l'entendre.
Enfin, vint la question de l'Empereur. L'impression de danger revint s'immiscer lentement en Lina. La sorcière avait en tête un dragon du Komodo. Elle voyait l'Empereur tapis à l'abri, dans l'ombre. Elle l'imaginait se rapprocher furtivement, sortant sa langue pour humer la peur ambiante, avant d'attaquer par surprise, en mordant à la gorge, ou au ventre.

« Concernant l'Empereur... C'est difficile à dire. Je ne pense pas que vous... Tu t'en sortes intacte ».

Lina s'en voulu avant même d'avoir achevé sa phrase. Elle ne pouvait pas annoncer des choses pareilles comme ça. Il fallait qu'elle... Enrobe un peu plus les faits. On ne pouvait décidément pas être aussi franche avec des sujets aussi sensibles. Le regard de la sorcière se tinta d’inquiétude alors qu'elle guettait ses réactions.

« Enfin je veux dire... Ça va être délicat.  Il y aura forcément des conséquences. L'Empereur est... Lina hésita un instant, une question au bord des lèvres. Qui était l'Empereur ?. Un mangemort, d'accord. Mais la sorcière était soudainement intriguée par son identité. Elle mordilla l'ongle de son pouce et baissa les yeux. Non. Il ne fallait pas poser cette question, elle en était presque sûre. Enfin il est cruel ».

Elle enfonçait une porte ouverte : la sorcière manquait clairement d'expérience. Lina se contentait en général de tirer les cartes pour elle – même.  Il y avait eu quelques exceptions, bien sûr : sa sœur, Jake,...  C'était à peu près tout. Et il s'agissait à chaque fois de mauvaises nouvelles...  La Poufsouffle soupira.

« Je suis désolée. Je ne suis pas très douée pour annoncer ces choses – là. Lasse, elle gratta avec son index une tache invisible sur la table parfaitement ciré. Lentement, elle releva les yeux vers celui qu'elle aimait surnommer l'homme aux livres. Et toi alors... Qui es – tu ? »

Il fallait être quelqu'un de spécial ou d'atypique pour être le Mat, mais aussi pour prendre des risques aussi inconsidérés pour une femme.  Lina était sûre qu'il était bien plus qu'un simple bibliothécaire. Elle partait également du principe qu'il était obligé de lui répondre, après tout, elle lui avait confié son secret. Qui était donc cet homme au sourire sarcastique et au regard si mystérieux ? La jeune femme avait donné beaucoup de réponse, elle voulait du donnant – donnant, jugeant qu'elle n'en avait pas assez.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mer 1 Fév 2017 - 20:18

A croire que tout en lui la troublait, tant ses actions éveillaient sur le visage de la jeune femme quelques crispations passagères, des mimiques bien charmantes qui ne pouvaient qu’aspirer un vaguement conscient sentiment de profonde satisfaction. Il aimait maîtriser la situation, même lorsqu’elle ne semblait pas être à son avantage. Elle lui avait avoué son secret, un secret de taille qui imposait une certaine béatitude, et pourtant c’était Miss Kaveline qui semblait ressentir le plus de gêne et de confusion à son égard. Il la regarda considérer les livres qu’il avait pris soin de lui apporter avec un demi-sourire de contentement. Octave aimait aspirer le désordre, mais encore plus, il appréciait à partager son savoir avec des esprits curieux et intéressés, alors s’il pouvait faire les deux en même temps, c’était d’autant plus agréable. Cela aurait été une grande déception vaniteuse si Miss Kaveline lui avait avoué déjà connaître les œuvres proposées, mais ce ne fut pas le cas et elle les inspecta d’abord des yeux, puis du bout des doigts, comme pour s’assurer de leur tangibilité. Les feuilles étaient certes vieilles, mais bien entretenues tout de même. Elles auraient probablement été en état bien pire si plus d’élèves s’étaient donnés la peine de les lire, mais la vie était ainsi faite que c’était typiquement le genre d’ouvrages dont beaucoup parlaient à voix basse et disposaient d’un avis tranché sur le sujet sans jamais n’en avoir lus la moindre page. C’était des textes complexes, extrêmement anciens et écrits par des initiés, pour des initiés, raison d’ailleurs pour laquelle Octave n’avait pas tout saisi. Ce n’était pas des ouvrages explicatifs pour les incultes sur la manière dont marchait le troisième œil, non, plutôt un traité, voir même un essai, sur l’occultisme. Pour quelqu’un comme lui, qui ne possédait aucun talent dans le domaine, cela fut du même effet que s’il avait étudié des livres traitant sur un organe inexistant qui permettrait de ressentir les ondes électromagnétiques. Il en comprenait le contenu et le fonctionnement des principes, sans être en mesure de les transcender. Il aurait fallu être un requin pour cela, pour réellement comprendre les choses qui y étaient expliquées. Fatalement, ne possédant pas le don, il ne pouvait que supposer sans vraiment pénétrer le sens, atteignant rapidement les limites de ses propres capacités. En revanche, Lina avait visiblement le don inné pour palier à ce que le bibliothécaire ne possédait pas. D’ailleurs, elle se mordillait la lèvre et Octave en fit de même avec la sienne, en parfait miroir. Et comme ils faisaient tous les deux cela pour des raisons bien distinctes, l’un ou l’autre allait sans aucun doute finir avec de la couleur aux joues.

« On en revient au point de départ... Je peux les emprunter ? Ou dois – je passer la nuit ici ? Qu'est – ce que tu vas faire de moi ? »

Octave sourit, enserrant toujours sa lèvre carmin de ses dents blanches et luisantes. Ah, c’était vraiment tentant de profiter d’une telle situation, laisser son instinct primitif prendre le dessus et s’en réjouir un peu pour voir où cela les mènerait. De ses doigts, il pianota sur la table, l’air de réfléchir, jusqu’à ce que sa pommette ne trésaille, faisant plisser son œil droit par un sourire accentué et une malice toute en douceur. Il s’humecta légèrement les lèvres d’un coup de langue avant de répondre :

« Cadeau. La dernière fois que quelqu’un les a ouverts à part moi remonte à plus de cinquante ans. Ils auront une bien meilleure existence entre tes mains qu’ignorés. Après tout un livre est fait pour être lu. »

Tant d’ouvrages qui partaient à la poubelle simplement parce que personne n’en voulait. Des classiques, des textes fondamentaux, des reliques originelles, tout cela était régulièrement détruit par les plus grandes bibliothèques du monde pour faire de la place. Certaines étaient suffisamment censées pour les distribuer gratuitement à ceux qui les voulaient, mais cela était ben rare. Ici aussi, certains livres disparaissaient, trop amochés pour être lus, trop vieux, pas assez lus, occupant l’espace sans contrepartie. D’une certaine manière, c’était normal, mais il y avait quelque chose de triste dans un pareil gâchis. Et puis, des livres quoi, personne ne viendrait l’embêter pour cela, à moins que quelqu’un ne soit déterminé à lui rendre la vie difficile, mais en de telles circonstances, tout était prétexte à le rendre coupable, alors pour le coup, il donnait. Le don de Miss Kaveline et son acharnement à l’étudier prêtait certitude à Octave qu’il ne le regretterait pas. Car il était également certain que le temps lui offrirait d’autres occasions de profiter d’une position de faiblesse.

Miss Kaveline entama finalement son explication et Octave se tendit sensiblement, soudain très attentif à ce qu’elle pouvait bien lui dire. Il ne connaissait des devins que ce qu’il avait bien pu lire ou entendre et les prophètes rencontrés s’étaient avérés être des faux bien rapidement, faisant de leur témoignage un imbroglio inconsistant. La vérité se trouvait pourtant toujours quelque part entre les croyances populaires et les faits pur et durs. Chose que l’étudiante avait fini par lui confirmer, car de son récit il tira bon nombre de similitudes avec tout ce qu’il connaissait déjà. Pour le reste, il avait abandonné l’idée de comprendre pragmatiquement le Troisième Œil. Si bien que même lorsqu’elle parla du murmure des cartes, Octave se contenta de froncer légèrement ses sourcils tout en penchant la tête sur le côté, les yeux sondant le lointain dans une tentative de s’imaginer ce que cela pouvait bien être, un murmure de cartes. A l’évocation de la synesthésie, il écarquilla légèrement les yeux, se souvenant soudain de la fois où il avait fumé un peu trop de Selvia et qu’il avait été non seulement capable de voir les sons, mais ces derniers s’étaient combinés à des couleurs spécifiques. L’une de ses expériences les plus psychédéliques, et de loin. Sous les souvenirs échevelés qui s’immisçaient par la force de l’association, Octave frissonna d’un sentiment d’inconfort et finit par s’assoir. Le trip hallucinatoire lui avait laissé le cerveau complètement en bouillie. Il finit par secoue légèrement de la tête pour faire partir les idées et regarda Miss Kavelina d’un air quelque peu méfiant.

« Ca sonne assez… flippant. Ca ne te rend pas un peu folle d’entendre tous ces… murmures et ces vibrations ? Ce doit être éprouvant non ? Surtout la première fois… Quoi que je suppose que c’est la même chose que pour ceux qui naissaient aveugles, ou privés de l’un de leur sens. Pour eux c’est un fait avec lequel ils n’ont pas eu besoin de s’accommoder, la réalité étant déjà telle quelle pour eux. De la même manière, toi, tu ressens des choses en plus et c’est un fait indéniable avec lequel tu n’as pu que composer. En tout cas, tu parais mieux le gérer que Trelawny, chez qui, je le crains, la possession d’un don n’a fait qu’accentuer sa démence. Tu crois que chez elle, c’est un trait de caractère qui la rend aussi versée dans le mysticisme ou c’est le don qui l’a rendue comme ça ? Je n’ai jamais entendu parler de prophètes qui seraient devenus fous à cause de leurs visions. En revanche, ils sont nombreux à être connus pour leur excentricité. C’est de la vanité ou une conséquence de leurs savoirs ? L’un comme l’autre sont finalement compréhensibles. Vous, les devins, vous avez un lien privilégié avec l’univers. La nature vous parle. Il y a de quoi vouloir voler près du soleil. »

Il se tut un instant, se disant que peut-être le professeur de divination n’était pas ainsi pour rien, et que ce n’était que la marque des Dieux. La folie en échange d’un don. Les humains n’étaient pas faits pour posséder trop de pouvoirs, surtout ceux qui risquaient de flatter son égo au point de lui faire perdre toute représentation de la réalité. Ces gens-là finissaient par se couper du monde et de ses vérités les plus élémentaires. Miss Kaveline allait-elle finir ainsi, elle aussi ? Avec l’âge, sa distinction du monde tangible se brouillerait avec les vibrations divines et sa conscience disparaîtrait quelque part entre deux entendements. Du coup, une autre question en découlait et Octave releva les yeux pour la poser :

« Est-ce que ca veut dire que les cartes, les boules de cristal, tous ces accessoires, sont vraiment magiques eux-aussi ? Qu’ils ont un lien avec les sensations que tu as ? Ou est-ce que ce ne sont que des cartes et c’est ta volonté seule qui leur confère une particularité ? Parce que ces choses-là n’ont pas un mode de fabrication spécifique, comme les baguettes magiques. Le cristal n’est que tu cristal et les cartes du simple papier. Cela voudrait-il dire que tu pourrais faire de la divination sur tout et n’importe quoi ? Il y a bien des peuples qui prédisent l’avenir en jetant des pierres dans un bol de sang, des os de poulet dans du blanc d’œuf. Ca voudrait aussi dire que les cours de divination de l’école ne servent strictement à rien. Avec ou sans cartes, s’il n’y a pas de murmure, il n’y en a pas. »

Parler de la divination, c’était comme parler du génie. Octave finit par murmurer dans sa barbe, les yeux dans le vague, des paroles lues quelque part qui lui revenaient :

« Nous apportons le génie en naissant ; il est confondu et mêlé avec l’esprit, comme une essence est confondue et mêlée dans un verre d’eau ; ou plutôt que c’est l’esprit même en tant qu’il est porté vers une science préférable à une autre. Il est pour ainsi dire le tyran des facultés de l’âme : il les contraint à tout quitter, et les entraîne pour les servir dans les ouvrages où il est emporté lui-même. »

Vraiment, tout ceci était très mystérieux. Le naturel revint au galop et le bibliothécaire s’affubla d’un sourire fantasque, s’abandonnant à quelques rêveries que son esprit lui offrait en pâture, s’imaginant comme le monde était en fait bourré de vibrations étranges et qu’elles l’enveloppaient sans qu’il n’en ait conscience. L’espace d’un instant, il eut la sensation de vibrer lui aussi et regarda ses mains, se disant qu’il était vraiment stupide de se laisser aller de la sorte. Bien sûr qu’il ne vibrait pas et qu’aucun objet ne lui avait jamais parlé. Doucement, son visage redevint sensiblement sérieux alors qu’il repensait à l’Empereur et aux révélations que Miss Kaveline lui avait offertes. Il plissa du nez sans le vouloir, illustrant un dégoût naissant avant de se reprendre et sourit avec bienveillance aux excuses de l’étudiante.

« Oui, il est cruel. J’espérais avoir la chance de le surpasser en tout point, mais visiblement je ne suis pas assez habile. Ou comme dirait l’autre, tout a forcément un prix et le mien semble inévitable. Mais ne t’excuse pas, c’est le genre de fois où il faut dire les choses comme elles sont, sans fioritures. De toute manière je ne suis pas quelqu’un qui a besoin qu’on le ménage, surtout pas dans un cas comme celui-là. J’en doute, mais il est possible que je meure un jour sous la main de l’Empereur. Alors tu vois, il faut foncer dans le tas, si je ne sais pas tout, cela risque de m’être encore plus dommageable. »

Andreas Rowle. Maudit personnage. Octave n’en avait pas peur, mais la méfiance était de mise. Ce n’était pas une prédiction à prendre à la légère et il savait parfaitement que si le père de Cassidy se tentait à agir pour lui donner une leçon, il allait devoir faire preuve d’une grande prudence. Cela dit, si Lina sentait les vibrations divinatoires, lui sentait l’odeur de la rancœur et du danger à des kilomètres. Dans un coin de son esprit, il avait espéré que le vieux s’en prendrait à lui directement, sans passer par des subterfuges, ni blesser qui que ce soit. Mais c’était une illusion dans laquelle il aurait bien voulu se bercer et seul son pragmatisme à tout épreuve l’en avait empêché. Il avait vu clair dans son jeu. Dernières les bonnes manières et la bonne prestance, c’était une monstruosité qui se cachait. Forcément, l’attaque allait être fourbe, sans aucun honneur ni courage. Rien que de la lâcheté et de la malice.

« Et toi alors... Qui es – tu ? »

Octave releva les sourcils dans un geste d’intérêt, sortant des sombres stratégies et probabilités qui s’étaient immiscées en son esprit. Puis, comme d’habitude, il sourit, par habitude cette fois, tant il savait parfaitement ce que cette question on ne peut plus vague sous-entendait. Un éclat mystérieux se fit au fond de ses yeux, comme il savait si bien le faire, et il regarda la demoiselle un instant sans répondre, friand qu’il était des silences qu’il emplissait d’un dramatisme exagéré.

« Tu veux savoir ce que je fous avec les Mangemorts, c’est ça ? Ou mieux, comment quelqu’un qui a affaire avec des Mangemorts peut se retrouver ici, dans une bibliothèque d’école ? Figure-toi que ça n’enlève rien à ma fonction de bibliothécaire, donc je suis avant tout un bibliothécaire ici. J’ai sorti le Mat, tu sais toi-même ce qu’il signifie. Que je le tire à l’envers ou à l’endroit, ça se vaut, d’ailleurs. Marginal et irrationnel, c’est bien cela ? Je ne m’aventurerai pas à contredire ni à affirmer, ce n’est pas de mon ressort, je te le laisse. Quoi qu’il en soit, j’étais consultant avant, je réglais les problèmes des autres, les Mangemorts faisant parti de mon public. C’était un métier très ambivalent et j’ai appris beaucoup de choses et ai pas mal voyagé en l’exerçant. Mais je crois que ce qu’on ne m’enlèvera jamais, où que j’aille, quoi que je fasse, c’est que je suis curieux et comme n’ai pas beaucoup de valeurs morales ni de principes bien définis, il m’arrive des histoires très étranges. Je m’attire les foudres d’Empereurs, par exemple. La bibliothèque, c’est pour la tranquillité, mais surtout… surtout c’est le cœur du problème de notre époque. C’est ici que tout se passe, que les vies changent, que les Mages Noires se font et se défont, n’est-ce pas intrigant ? Peut-être est-ce inenvisageable pour toi, mais je ne suis pas très difficile et curieux de la vie, sous tous ses aspects, quel qu’ils soient. Tout m’intéresse. S’il faut résumer ma… « philosophie », je dirais simplement que le savoir, c’est le pouvoir. Fatalement, plus j’en sais, plus j’ai de problèmes. Mais comme dit, tout à un prix n’est-ce pas ? Ca ne me dérange pas, j’accepte les choses comme elles viennent ; les Empereur, les prophètes, les filles de Mangemort, peu importe tant que j’y trouve mon compte et que je suis en paix avec moi-même. La vie vaut la peine qu'elle nous procure. Elle en vaut toujours la peine. » Il fit une pause et soupira avant de conclure « Je crois que j'ai un peu dérivé. Ca va, j'ai bien répondu à ta question ? J'y suis allé consciencieusement en tout cas. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 3 Fév 2017 - 17:38

Le sourire en coin de la jeune femme se transforma gentiment : la bouche de Lina abandonna son joli petit rictus pour former un rond parfait, et un petit « oh ! » s'en échappa. Doucement, elle posa la paume de sa main sur la première couverture. Elle leva son regard pétillant vers Octave. La jeune sorcière était absolument ravie, d'autant plus qu'elle savait que ces livres n'avaient pas de prix. De tels ouvrages.... Ils étaient de véritables petits miracles. Elle les attira vers elle, précautionneusement pour ne pas froisser ou plier les parchemins par erreur. Il venait de lui faire un charmant cadeau, et seulement quelques jours avant son anniversaire. C'était presque en sans fautes pour le bibliothécaire.

Ses explications étaient confuses, mais la sorcière avait observé attentivement Octave. Elle décortiqua chaque centimètres carrés du corps de l'homme qui était près d'elle. Elle regardait chacun de ses muscles, se tendre ou pas, elle avait cherché à saisir chacun de ses regards, guettant parfois un sourire sur son visage. Lina avait eu peur qu'il se moque, même gentiment. Presque complexée par ces capacités, elle se méfiait des réactions des gens, ne sachant ce qu'elle voulait, ce qu'elle attendait, ce qu'elle préférait. Un rire l'aurait vexé, un sourire peut – être moins, trop de questions indiscrètes l'auraient embarrassée. Elle nota le frisson qui parcourut Octave, et cette réaction primaire l'a rassura. Évidemment, il ne pouvait comprendre totalement ce qui passait à l'intérieur de Lina, mais le bibliothécaire semblait saisir tout ce qui était à sa portée, et c'était déjà extraordinaire. Il secoua la tête et la jeune femme répondit par un sourire : oui, la divination pouvait avoir cet effet. « Ça sonne assez flippant », avait – il dit. C'était vrai, terriblement vrai. Sa première prédiction, elle l'avait faite à sa chère petite sœur. Elle lui avait annoncé, sans le savoir, que c'était une cracmol et qu'elle n'irait donc jamais à Poudlard. Lina s'était toujours sentie coupable, elle avait eu l'impression de créer un malheur, et non pas de le prédire. Ce qu'elle avait vu ce jour – là lui avait mutilé le cœur, et quand quelques années plus tard Victoria était décédée, la plaie s'était rouverte, plus béante et sanguinolente que la première fois.  Alors oui, tout ça était éprouvant et flippant, parfois.

« Vous, les devins, vous avez un lien privilégié avec l’univers. La nature vous parle. Il y a de quoi vouloir voler près du soleil ».

La sensation de malaise s'atténua un peu. Il la croyait, et elle conservait toute sa crédibilité. Il avait même fini par se rasseoir sur la chaise. La sorcière hocha la tête en silence. Une vieille photo en noir et blanc fit effraction dans son esprit. La personne qui était dessus ne bougeait pratiquement pas. Elena Kaveline. C'était une femme belle, grande mais ses traits étaient durs, son regard également. Le grand – père de Lina avait retrouvé son journal intime. Il l'avait entièrement traduit, et la blairelle avait pu récupérer le document quelques mois plus tard. C'est de cette manière qu'elle avait su que son arrière arrière arrière grand – mère avait totalement perdu pied.

« Elena Kaveline, mon ancêtre. Hum, les cartes lui appartiennent... Lina les pointa du doigt. Elle a finit par se brûler les yeux avec sa baguette. J'imagine qu'on ne gère pas les choses de la même façon... ».

C'était un murmure, à peine audible. La jaune et noire n'était même pas sûre qu'Octave ait pu entendre ce qu'elle avait dit.  Mais peut – être avait – elle parlé plus pour elle – même que pour lui, car il ne savait rien de cette femme, à part ce qu'elle venait d'annoncer. Il n'était pas nécessaire de préciser à quel point Lina se sentait relier à cette femme. Mais ce fil invisible qui les attachait l'une à l'autre n'aidait pas la voyante qui avait peur de reproduire l'histoire. Entre Elena et Trelawney, Lina n'était pas rassurée : les deux trajectoires n'étaient pas des perspectives particulièrement réjouissantes...

De nouvelles questions pertinentes prirent naissance sur les lèvres d'Octave. La Poufsouffle n'avait que rarement cherché à résoudre l'énigme des objets divinatoires, en grande partie parce qu'elle s'y était intéressée pour la première fois en troisième année, autrement dit quand elle n'avait pas assez de connaissances pour répondre à ses interrogations. Lina avait ensuite un peu délaissé le sujet. La jeune femme fit la moue et fronça les sourcils. Beaucoup de gens pratiquaient la divination, avec tout et n'importe quoi.

« Je pense que ce qui compte, c'est comment le sorcier investit l'objet en question. Je maîtrise très bien la cartomancie par exemple. Les feuilles de thé me parlent beaucoup moins en revanche... Je trouve ça un peu folklorique. Ça doit être un peu comme pour la science des baguettes. L'objet divinatoire investit permet de canaliser, de centraliser la magie du sorcier, pour obtenir de meilleurs résultats. Il doit y avoir des affinités... Mais j'imagine que certains devins peuvent tout à fait se passer de boule de cristal, ou de pierres s'ils sont suffisamment puissants. Il n'y a pas besoin d'outils particuliers pour avoir une vision par exemple ».

Lina se perdit un instant dans ses pensées. Octave avait raison de comparer la divination et la science des baguettes. Il y avait bien sûr quelques différences notables, déjà souligné par le bibliothécaire, mais on trouvait malgré tout un certains nombres de points concordant. Cependant, il fallait être un sorcier pour avoir une baguette et pratiquer la magie. La divination, quant à elle, peut se pratiquer non seulement pas des non voyants, mais également par des moldus, avec plus ou moins de résultats. Il y avait une autre exceptions : les centaures, qui eux n'utilisent que l'astronomie et la fumée.

« Oui, il est cruel. J’espérais avoir la chance de le surpasser en tout point, mais visiblement je ne suis pas assez habile. Ou comme dirait l’autre, tout a forcément un prix et le mien semble inévitable. Mais ne t’excuse pas, c’est le genre de fois où il faut dire les choses comme elles sont, sans fioritures. De toute manière je ne suis pas quelqu’un qui a besoin qu’on le ménage, surtout pas dans un cas comme celui-là. J’en doute, mais il est possible que je meure un jour sous la main de l’Empereur. Alors tu vois, il faut foncer dans le tas, si je ne sais pas tout, cela risque de m’être encore plus dommageable. »

Son visage, soudainement si sérieux avait ramené Lina sur la terre ferme. Il ne lui en voulait pas, elle cessa de gratter la table.  Au contraire. Elle était étonnée par son calme. Évidemment, il n'était pas ravi, elle avait surpris son air dégoût, ça s'arrêtait là. La jeune femme n'avait senti ni peur, ni angoisses. Quelque part, il semblait prêt. Il n'était pas comme tout le monde, c'était sûr et certain. Elle formula donc la question qui lui brûlait les lèvres. Il haussa ses sourcils, et lui sourit. Pour la première fois, la Poufsouffle ne lui répondit pas, elle voulait attendre de sa voir ce qui se tramait pour donner en retour, ne serait – ce qu'un sourire. Il laissa le temps s'installer en eux deux, et la sorcière pinça les lèvres.

À la question « Tu veux savoir ce que je fous avec des Mangemorts ? » Lina se retint férocement d'hocher la tête avec vigueur. Elle l'écouta attentivement. Buvant chacune de ses paroles. Un homme au service de tout le monde ?  Même des Mangemorts ? « Mercenaire » fut le premier terme qui s'invita dans l'esprit de la jaune et noire. Mais elle n'avait rien contre dans l'absolu. En vérité, elle admirait sa curiosité, son indépendance. Une indépendance empreinte d'intelligence qui plus est. Alors effectivement, pour un homme pareil, une bibliothèque était un lieu parfait.
Lina caressa ses lèvres avec index. Elle était d'accord lorsque Octave avançait que la vie valait la peine d'être vécue, sinon elle – même se serait suicidé après la mort de sa sœur. Mais il y avait quelque chose qui la chiffonnait... Fallait – il se rendre la vie compliquée au point de se retrouver presque en danger de mort ? Le fait qu'il accepte les choses sans broncher ne changeait rien.

« Oui mais... La bibliothèque c'est pour la tranquillité ?  Lina marqua un temps d'arrêt. Elle avait repris les termes exacts qu'il avait utilisés. L'Empereur, sait – il où te trouver ? »

Elle était presque sûre que la réponse était « oui ». Et de toute façon, même si ce n'était pas le cas, l'homme en question était probablement suffisamment puissant pour mettre la main sur Octave. Lina savait que l'Empereur était prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait. Encore une fois, elle eut envie de savoir qui était cet homme. La jeune Poufsouffle était d'un naturel curieux, elle avait l'habitude de savoir beaucoup de choses, sur beaucoup de gens. Par exemple, elle avait été une des rares à savoir que lors du Tournoi des Trois Sorciers, tous les participants avaient su bien à l'avance de quoi serait faite la première tâche : Lina avait entendu Harry Potter en parler à Cédric, alors qu'elle quittait le couloir des Enchantements après un cours avec Flitwick. Le sac du Poufsouffle venait de se déchirer, permettant ainsi à Harry de l'aborder. Le rouge et or avait également précisé que Madame Maxime et Karkaroff étaient déjà au courant, et donc Fleur et Krum aussi. Bien sûr, la  voyante, encore très jeune à l'époque avait gardé ça pour elle, comme toujours.

La savoir ne s'apprenait pas que dans les livres, ou les bibliothèques. Parfois, il suffisait de se taire et d'écouter. Comme Octave, en un sens, Lina était au courant de beaucoup de choses, mais elle avait toujours réussis à éviter les ennuis.  Pourtant ce soir elle avait l'impression de se rapprocher du danger, notamment en s'attachant autant à l'identité de ce Mangemort.

« J'imagine que je ne peux pas savoir qui il est... ? »

Une idée venait de germer dans l'esprit de la sorcière. Elle qui n'avait fait que des prédictions désastreuses... Peut – être pouvait – elle utiliser son don pour aider Octave ? Elle n'était pas sûre qu'il accepte cette main tendue. En fait, elle comprendrait tout à fait qu'il refuse, ce serait le plus logique pour impliquer le moins de gens possible. Mais enfin... Elle avait des capacités extraordinaires qui n'étaient pas négligeables. En tout cas, elle l'espérait.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Sam 4 Fév 2017 - 22:12

Manifestement le cadeau plaisait, bien plus que ce à quoi il se serait attendu. Ah, l’attrait du gratuit. La merveille de la possession qui ne demande aucun effort en retour. Dans un monde où tout se possède farouchement et tout se mérite, recevoir un don dénué de contrepartie était presque miraculeux. Et puis surtout la flatterie. Après tout, en y réfléchissant bien, un cadeau était non seulement une faveur matérielle mais également temporelle, Octave ayant dépensé du temps et de l’énergie pour entretenir ces biens. Aujourd’hui, il les donnait pour que les ouvrages remplissent au mieux leur destinée, cajolant par la même occasion une sensibilité féminine toujours séduite par quelques compliments sous-entendus. Non, vraiment, offrir un présent, quel qu’il fut, était toujours considéré avec une attention toute particulière, brisant les barrières les plus infranchissables. L’habitude était là et Octave perçut l’immanquable éclat dans le regard, celui qu’il connaissait si bien et qui était comme une lumière allumée derrière une porte qui s’entrouvrait sensiblement. Un rayon lumineux vint lui vriller la pupille et le fit sourire un peu plus concrètement ; il savait que cette minime intention avait entremêlé un peu plus sûrement la jeune fille entre ses tentacules. La suite n’en fut que plus simple, l’étau se refermant doucement sans qu’il n’ait à se forcer finalement. Octave avait compris la nature sensible de l’étudiante, bien élevée, dotée d’un caractère agréable et certainement loin de connaitre une once de perversion. Elle semblait gentille et chaleureuse, dénuée de méchanceté primaire, si parfaitement à l’opposé de ce que pouvait être l’homme en face d’elle qu’il s’en trouvait vaguement apaisé. Les gens qui ne lui ressemblaient pas lui faisaient du bien, mais il trouvait fatalement plus de facilité à les manipuler, consciemment ou inconsciemment. Au moins était-il sincère dans ses agissements, et à aucun moment il n’eut l’envie de se moquer de la jeune femme, tout en ressentant la satisfaction d’une ascendance qu’il savait grandissante. Octave n’était pas encore certain si c’était là un trait de son caractère ou une continuité de son don, mais Miss Kaveline n’avait pas l’étoffe de ceux qui s’enorgueillissaient de leur talent. Pourtant, il y avait de quoi. Mais elle, elle ne faisait emphase de rien, ou très peu et probablement de manière involontaire. Elle le guettait, il sentait son regard méticuleux parcourir son corps comme si elle cherchait quelque chose de précis, que ses réactions lui importaient plus que ce qu’elle voulait bien avouer. De quoi était-elle donc si curieuse ?

« Elena Kaveline, mon ancêtre. Hum, les cartes lui appartiennent... Elle a fini par se brûler les yeux avec sa baguette. J'imagine qu'on ne gère pas les choses de la même façon... ».

Un prénom russe, une famille russe, il était maintenant sûr que la descendance du don venait de Russie, pays bien connu pour son adoration mystique de tout ce qui était occulte. Les devins y fleurissaient, arnaquant une population croyante, en quête constante de divinités et de miracles spectaculaires. Depuis la chute du communisme, la population majoritairement ignorante était retournée dans les églises, priant encore plus pieusement qu’à l’époque des Tsars. L’ésotérisme était même présent à la télé et ce pan culturel remontait très loin dans l’histoire de ce pays rendu trouble par son isolement et particulièrement accroché à l’occulte.

Pour seule réaction, Octave avait relevé un sourcil dans une expression dubitative, l’amertume alourdissant un visage au sourire évanoui. Il fallait manifestement une bonne maîtrise de soi et de ses pouvoirs pour être en mesure d’accepter de porter un don pareil. Etre en lien permanent avec quelque chose qui n’existe pas encore devait aisément rendre fou, brouillant les limites entre la réalité et l’imaginaire, le futur et le présent. Les gens se perdaient déjà parfois lorsque l’argent leur brûlait les doigts, sans parler des cas cliniques des esprits qui se dédoublaient, entendaient des voix et voyaient des choses. La divination avait au moins l’avantage d’appartenir à des personnes pouvant prétendre à une psychologie plus ou moins stable et avaient entre les mains la possibilité de pouvoir composer avec un tel talent. Pourtant, pourtant… ils échouaient tous. Immanquablement. Comme si la faiblesse de leur âme ne pouvait que succomber face à une telle force incommensurable. Peut-être le souci était-il dans l’origine de ce pouvoir, complètement inné, un don spectaculaire de la naturel pour lequel il ne fallait rien faire, rien sacrifier. La faveur était gratuite, personne ne devait se battre pour l’avoir et par conséquent, personne ne pouvait convenablement s’y préparer. Octave regarda un instant la jeune femme, à couvert de ses longs cils noirs, sentant déjà quel destin s’offrait à elle. Finirait-elle corrompue aussi ? Sa beauté se flétrirait-elle tout autant que son doux caractère ? Il n’en savait rien. Ce qui était certain en revanche, c’était qu’elle allait en souffrir, ou peut-être avait-elle déjà souffert. Etat des faits qui pourrait expliquer sa réticence et sa volonté à garder son propre avantage secret. Il n’y avait pas à chercher pour comprendre ce qu’elle pouvait bien craindre d’autre à part soi-même. Et puis ce murmure… Les mots ne prenaient de l’importance qu’à la manière qu’on avait de les exprimer, et sans le vouloir peut-être, Miss Kaveline lui avait dévoilé ce qu’il voulait savoir.

Finalement, sa réponse sur les objets magiques rejoignait sensiblement la sienne, mais la question restait toute ouverte, ou plutôt le mystère ne trouvait jamais confirmation inébranlable dans la réalité. Un tel flottement l’embêtait toujours quelque peu, même s’il s’obligeait à l’accepter. Les objets n’étaient que des objets et il n’y avait que la main de l’homme, la main d’un sorcier pour en faire jaillir la magie au sens propre du terme. Tout passait par la fibre de l’humain, comme un ultime retour à l’anthropocentrisme, replaçant l’humanité sur une piédestal par rapport aux autres créatures en ce monde. Octave jeta un regard vers les cartes. Oui, que du papier, du papier et des dessins qui n’étaient là que dans le but unique de mettre un sens pré-formulé sur des sensations. Finalement, c’était comme si les cartes, tous ces accessoires de divination, n’étaient que des obstacles qui réduisaient, par le sens limité qu’on leur donnait, les vibrations perçues. Ne valait-il mieux pas se débarrasser de tout cela et essayer de décrire son ressenti occulte sans l’aide de quelque chose d’aussi simplificateur que de bêtes allégories ?

En attendant, la jeune femme se caressait la lèvre du bout du doigt, comme une sorte d’invitation involontaire à la volupté. Octave s’était même arrêté de bouger et de réfléchir, l’observant maintenant d’un œil amusé, empli d’une suggestivité toute particulière, ses yeux suivant l’inflexion de sa bouche, qui se courbait délicatement sous l’assaut d’une phalange gracile. Le charme opérait d’autant plus sûrement qu’elle ne le faisait pas pour lui induire une idée, mais simplement parce qu’une pensée lui plaisait, très probablement. Et cette scène avait cela de beau qu’elle n’était destinée à aucun spectateur, Octave se trouvant être un voyeuriste indésiré. Et puisque c’était dans sa nature que de relever les choses aimables, il la fixait avec une bienveillance vorace, la tête légèrement penchée vers l’arrière pour souligner la paresse de ses lourdes paupières. Mais puisque la spontanéité ne pouvait souffrir de longueurs, la jeune femme se laissa aller à une autre réflexion, beaucoup moins complaisante.

« Oui mais... La bibliothèque c'est pour la tranquillité ? L'Empereur, sait – il où te trouver ?
- La tranquillité, parfaitement. C’est un travail calme, répétitif, dans un environnement tout à fait banal. La vie ici est mesurée, les horaires sont assez fixes, les gens sont calmes, ils viennent pour étudier, en tout cas pour la majorité. Finalement, malgré le fait qu’on soit à Poudlard, centre névralgique des évènements, l’existence ici est parfaitement banale. La vie quotidienne est exceptionnellement routinière. Enfin, par rapport à ce que j’ai connu en tout cas, ici c’est comme vivre sur une partition de gammes, tu sais, pour entrainer les doigts. Tout est… réglé, posé, rythmé, les gens sont simples, ils ont des vies relativement simples, tout ne se réduit pas pour eux à une question de pouvoir et de rivalité. S’ils sont vicieux ou méchants, ce n’est jamais très grave. Les adolescents sont bien pour ça. Et puis le personnel de Poudlard est également relativement accommodant. C’est de ça dont je parlais en évoquant la tranquillité. Avant, chaque jour était différent, je ne savais jamais quand j’allais pouvoir rentrer chez moi, manger ou simplement dormir. Maintenant, je sais exactement quand tout se passe et c’est agréable. Tu dois te dire que ce n’est pas vraiment possible d’avoir ce genre de pensées en un lieu pareil, mhh ? Et pourtant, pourtant… Je suis bien plus en paix ici qu’avant, ce qui te laisse un vague aperçu de ce mon « avant » fut. »

Il avait découvert la routine encore en Australie, mais là-bas, il ne faisait quasiment rien. Il s’était laissé aller à quelques aventures cavalières, pour casser un ennui qui s’installait, mais repartir dans ses anciennes habitudes ne lui avait alors pas semblé être une bonne idée non plus. Sa vie d’avant le rendait violent, irritable et cruel, au contact de gens pour qui il n’y avait que cela qui avait de l’importance. Cette existence avait de nombreux points positifs qui exaltaient avec frénésie les passions qu’il avait en lui, nourrissant certains attraits de son âme en toute impunité. Mais finalement l’entremêlement quotidien n’avait pas besoin d’être aussi complexe pour le satisfaire. Il avait ressenti le besoin, la nécessité de s’assagir et l’avait saisie en plein vol comme un oiseau que l’on attrape par les plumes du bout des doigts. Octave se pencha légèrement vers l’avant, prenant appui de ses deux coudes sur ses genoux et tanqua ses yeux émeraude dans ceux de la jeune femme avec un certain sérieux.

« Et oui, l’Empereur sait où me trouver, pour l’instant en tout cas, sauf si je décidais de fuir, ce qui n’arrivera pas. Je crois qu’on peut officiellement dire que je suis en danger. Mais c’est bien pour la première fois que je ne peux pas m’en défaire, non pas parce qu’il n’y a pas de solutions, mais parce que aucune d’elles ne me convient. Il n’y a pas d’échappatoire. »

Cassidy… Sans attache, il aurait pu se tirer de n’importe quelle situation sans le moindre encombre, mais quelqu’un d’autre était maintenant attaché à sa vie et leur destinée était étroitement mêlée. Etait-ce un choix ? Oui, parfaitement. Il avait fait ce choix et il ne lui restait plus qu’à assumer un tel attachement pour que jamais Cassidy ne le regrette.

« J'imagine que je ne peux pas savoir qui il est... ?
- Si, bien sûr, je ne peux pas t’empêcher de tirer tes cartes, d’avoir une vision à son sujet, ou de le deviner tout simplement… mais je ne te le dirai pas. Ca te mettrait en danger toi déjà et... » Il voulut rajouter qu’elle ne serait pas la seule concernée par cette information, mais un secret bien gardé étant finalement in secret non-dit, il se retint. «… et de toute manière quel intérêt à part satisfaire ta curiosité ? J’en conviens, c’est une raison tout à fait valable, si ce n’est la seule qui soit. Mais je crains que cela ne te concerne en rien et il vaut mieux que les choses restent ainsi, que je sois la seule personne visée par la foudre. Au lieu de ça, je te propose un exercice. Pour moi, pour toi, comme tu veux. Use de ton don sans artifices, sans cartes ni bibelots qui pourraient t’influencer dans la manière que tu aurais de décrire ce que tu ressens. Contente-toi d’éprouver et dis ce qui te passe par la tête sans penser aux symboles, allégories et livres. A mon tour d’être curieux. Peut-être satisferas-tu ta curiosité d’une certaine manière également. »

Octave n’était pas sûr que ce soit comme cela que ça marche, mais il se rapprocha quand même de la table en s’asseyant sur le rebord de la chaise. Remontant les manches de sa chemise d’un blanc virginal jusqu’aux coudes, il laissa son bras couvert de vieilles cicatrices, longues et profondes pour la plupart, venir s’allonger sur le bois du bureau, paume tendue vers le haut. Ses doigts se détendirent, découvrant le creux de sa main large et chaud dans une invitation à venir la saisir. Un sourire flottait sur son visage, un peu mystérieux, un peu avenant, débordant de défi.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mar 7 Fév 2017 - 0:36

Effectivement, vu sous cet angle, la vie semblait presque être un long fleuve tranquille. Elle posa son regard sur le monde qui les entourait. Il n'y avait que le silence. Parfois, le bois, encore vivant, craquait un peu. Une armure grinçait au fond d'un couloir. Lina se força à imaginer la bibliothèque en plein jour, avec un point de vue extérieur. Elle entendait le grattement des plumes, les murmures. Elle voyait deux ou trois élèves sortir de la Réserve. Et enfin, lui, qui fermait les portes de la bibliothèque à vingt heures précises.

Sauf ce soir.

Alors oui, vu comme ça, ce lieu pouvait réellement être vu comme un havre de paix, malgré tout ce qui gravitait autour. Mais la sorcière se demandait comment ce sentiment pouvait rester intact alors même qu'un de ses ennemi savait exactement où le trouver. Son cœur tomba dans son ventre quand elle l'entendit prononcer les mots : « Il n'y a pas d'échappatoire ». Ses yeux s'écarquillèrent et ses sourcils se froncèrent légèrement. Elle n'aimait pas ces propos empreints de fatalité.

Sa question lui paraissait d'autant plus stupide maintenant. Mais il avait été nécessaire pour elle de la poser, parce qu'elle appréciait que les choses soient dites. Bien sûr, Octave ne lui donna aucune information.  Elle nota cependant le « raté » dans sa phrase. Il avait faillit dire quelque chose, mais il s'était rattrapé... De justesse. La curiosité piqua de nouveau Lina. Elle s'apprêta à ouvrir la bouche, mais il la devança.

« Au lieu de ça, je te propose un exercice. Pour moi, pour toi, comme tu veux. Use de ton don sans artifices, sans cartes ni bibelots qui pourraient t’influencer dans la manière que tu aurais de décrire ce que tu ressens. Contente-toi d’éprouver et dis ce qui te passe par la tête sans penser aux symboles, allégories et livres. A mon tour d’être curieux. Peut-être satisferas-tu ta curiosité d’une certaine manière également ».

La jeune femme cligna des yeux à deux reprises. Elle eut envie d'éclater de rire et commença même à esquisser un sourire. Ce sourire disparu quand elle le vit remonter ses manches et tendre son bras vers elle. Il tourna sa paume vers le plafond de la bibliothèque. La blairelle fixa la main de l'homme un petit moment. Elle se souvenait de la chaleur qu'elle dégageait. Elle comprenait pas pourquoi il voulait faire ça : il avait déjà eu une prédiction, et pas une joyeuse en plus. Lina ne se sentait pas capable d'annoncer une autre mauvaise nouvelle ; parce qu'elle était sûre que rien de bon n'allait être vu dans cet exercice. Il n'y avait rien de divinatoire dans cette affirmation, seulement Octave n'avait clairement pas eu une vie facile, et il semblait prompt à s'attirer des ennuis...

Elle avait l'impression que ça faisait une éternité qu'il lui avait tendu la main. Et pourtant, elle restait là, immobile, avec la sensation que chacun de ses membres pesait soudainement une tonne. Au moins. Elle leva les yeux vers lui. Il souriait. Ce sourire était une drôle de cuisine, il y avait beaucoup d'ingrédients là-dedans, mais ce qui était clair, c'est que pour lui, il s'agissait d'un challenge.

Lentement, la sorcière glissa sa main vers celle du bibliothécaire. Elle était un peu gênée par ce contact physique. Elle entremêla ses doigts aux siens. Ne sachant que faire, elle ferma les yeux, se raccrochant de toutes ses forces à Octave : il serait désormais le seul point de réel pour elle.

Le silence tomba sur elle et l'enveloppa. Inspirer. Expirer. Il n'y avait pas de méthodologie pour ce qu'elle était entrain de faire. Lina ne voyait rien. Juste du noir et c'était agaçant. Elle resta de longues minutes ainsi, sans que rien ne se passe. Sa jambe droite avait quelques impatiences. Ça n'allait pas. Et pourtant, bien qu'elle ne puisse rien voir, elle croyait sentir quelque chose de désagréable. Elle eut un mouvement rapide de la tête, comme pour éviter un moucheron. Elle avait chaud.

Lina ouvrit les yeux. Elle détendit ses doigts en pianotant un peu avant de reprendre la main d'Octave. La sorcière ne voulait plus fermer les yeux. Elle détailla le bras du bibliothécaire et remarqua les cicatrices. Elle en choisit une, au hasard, et la caressa avec son index, se demanda vaguement comment cette traînée blanche avait pu se retrouver là. Avec son majeur, la jaune et noire suivit le parcours d'une veine, depuis le haut de l'avant bras d'Octave, jusqu'à son poignet. Elle fit ensuite glisser ses cinq doigts dans la paume du sorcier, puis elle les retira. Au bout de quelques secondes elle plaça son majeur au creux de la main d'Octave. Elle traçait sur sa peau des chemins invisibles : des cercles, des lignes droites qui remontaient jusqu'à la pulpe de ses doigts. En vérité, elle n'avait pas la moindre de ce qu'elle faisait, ni pourquoi elle le faisait. En revanche, elle se sentait partir. Elle fixait l'avant bras du bibliothécaire, sans le voir pour autant, il lui apparaissait flou. Lentement, les ponts qui la reliait au monde présent s’effondraient.

Pour la deuxième fois de la soirée, Lina eut très chaud.

Les images qui apparaissaient dans son esprit manquaient de clarté, elles étaient comme parasitées : ça lui donnait mal à la tête. Mais Lina n'arrêta pas. C'était la première fois qu'elle pratiquait la divination de cette manière et elle en voulait plus.

De l'alcool. Beaucoup d'alcool.

« Du whisky ».

Sa voix avait perdue toute sa chaleur. Elle était à la fois plus froide et plus grave. Mais Lina ne pouvait pas s'entendre. Les images venaient par flash, trop rapidement, et pas toujours dans le bon ordre. La voyante ne savait pas comment remettre les choses en place... Elle vit un homme, et elle eut de la peine pour lui. Il avait perdu beaucoup dans cette histoire. Il y avait Octave aussi.

« Il est par terre. Tu l'as fait boire. Il s'en souvient ».

La jeune Poufsouffle avait du mal à savoir où elle était. Dans le passé d'Octave, ou liée à cet homme ? Elle ne connaissait pas son prénom, mais elle devinait sa rancœur, il ressassait, encore et toujours la même histoire, ivre de rage contre l'homme qui avait tout gâché. Lina serra le poignet d'Octave, peut – être un peu fort : il lui fallait un point de repère, quelque chose à quoi s'accrocher.

« Il t'a traqué. Et il t'attend. Il va se venger ».

Comment ? Lina avait vu cet objet plusieurs fois. Sa maman était une née moldue, et la blairelle avait grandit avec une double culture. Elle n'aimait pas beaucoup la télévision, mais elle avait quand même regardé plusieurs films avec sa mère, des classiques et quelques mauvaises séries américaines ou anglaises.

« Il va te tirer dessus ».

Il faisait noir.. L'homme était dans la maison. Octave était dos à son agresseur. Lentement, l'inconnu lève son arme, et prend le temps de viser. Son chargeur est plein et il veut le vider : il est venu pour ça. Il appuie sur la gâchette.

Lina s'éloigna brutalement du bibliothécaire. Sa chaise racla bruyamment le sol. Si elle avait pu, elle aurait probablement crié. Elle n'avait pas vu le corps du sorcier tomber à terre, elle ne savait pas non plus que la première balle ne serait pas mortelle. Mais elle en avait assez vu : c'était trop pour elle. Les yeux presque exorbités elle dévisagea l'homme assis en face d'elle.

« Il sera chez toi quand tu rentreras et il va te tirer dans le dos »

Sa voix était tremblotante. Lina avait dit ça le plus rapidement possible pour ne pas s'attarder sur le sujet. Elle tenta de recouvrer contenance, et repris sa position initiale : elle rapprocha sa chaise en prenant soin de la soulever pour être un peu plus discrète. Elle ancra solidement ses mains sur la table et essaya de reprendre une respiration normale. Le dos droit, les jambes croisées. La sorcière replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Son cœur battait encore la chamade, mais elle avait retrouvé un air normal. Du moins, elle l'espérait.

Elle avait entendu la déflagration de l'arme, le bruit raisonnait encore dans ses oreilles. Lina n'arrivait pas à croire qu'il puisse se mettre aussi facilement en danger. On parlait quand même d'un homme qui avait littéralement traqué le bibliothécaire. La voyante n'avait pas tout saisit concernant les raisons de cette vendetta, mais pour une fois, elle ne voulut pas savoir plus.
Mais au moins, il était au courant et il pourrait éviter le pire. Les blessures avec genre d'arme se guérissaient beaucoup plus facilement chez les sorciers que chez les moldus. De l'essence de dictame devrait suffire ? Non, peut – être pas. Et il faudrait retirer la chose (la balle ?), à l'intérieur. La sorcière eut un frisson.

« Plus de prédictions pour ce soir, d'accord... ? »

Elle tenta un vague sourire, mais le regard ne suivait pas. À ce rythme – là, Lina deviendrait folle bien plus vite que prévu. D'un autre côté, il fallait bien qu'elle s'entraîne à encaisser ce genre de choses...
La jaune et noire soupira. Elle rêvait d'une boisson chaude. Genre un thé au citron. Avec du sucre. Beaucoup de sucre.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mar 7 Fév 2017 - 22:03

La curiosité le rendait quelque peu étourdi, voir inconséquent. Les gens abordaient la divination avec une telle légèreté que l’on ne pouvait que se sentir en spectateur dont le choix était de croire en une prophétie ou non, comme c’était le cas à chaque fois. S’en moquait-il ? La prédiction de l’Empereur ne l’avait pas étonné le moins du monde, renforçant l’idée qu’il avait d’être capable de suffisamment bonnes déductions pour ne pas avoir à se reposer sur des certitudes ésotériques. Sa vision parfaitement lucide des âmes humaines et de ce que cela pouvait impliquer le rendait bon probabiliste. Il savait quasiment toujours ce que les gens avaient en tête, quels étaient leurs sentiments et de ce fait, son raisonnement englobait de manière relativement habile toutes les possibilités et rien ne le prenait finalement par surprise. Les desseins cachés se dévoilaient au travers d’actions contradictoires et rares étaient les gens qui savaient bien se cacher, renforçant l’idée d’Octave que son destin était bel et bien entre ses mains. C’est donc avec un certain détachement inconscient qu’il considérait les dires de la jeune femme quant à son avenir, comme si ces prédictions ne lui étaient pas tout à fait destinées. Le problème en était probablement l’absence de surprise quant aux intentions de l’Empereur. La justesse de ses propres déductions ne le troublait plus depuis longtemps et il abordait la chose avec un certain fatalisme. D’autant que la curiosité lui faisait faire abstraction de sa propre implication dans cette histoire. Il était le cobaye et le spectateur enjoué en même temps, trépignant de voir le cochon se faire couper le groin. Mais surtout, Octave ne considérait pas une prédiction comme étant parfaitement inaltérable. Ce n’était pas un voyage dans le temps vers le passé ou l’avenir ; aucun paradoxe temporel n’adviendrait si jamais il décidait de se comporter différemment que ce qui fut prévu. La divination n’était que de la plausibilité sensorielle, l’art de la déduction sans efforts ni pensée. Le tout était finalement de savoir si la prédiction d’un événement avait pour résultat de faire arriver ce qui fut prédit, ou si une prophétie n’était qu’un amas de conjectures données à un instant précis, et qui changeaient en fonction de ce qui était entrepris ? Bref, un présage avait-il pour vocation à être immuable, comme un pan de l’histoire déjà écrit par on ne sait qui, parfaitement inévitable, ou était-il versatile et véritable uniquement sous des conditions bien spécifiques qu’il fallait remplir ? Et alors, le savoir de cet avenir devenait-il une salvation possible ou au contraire, scellait-il définitivement le cours des choses ?

En pragmatique aguerri, Octave ne pouvait décemment croire que la vie était écrite et inaltérable. Alors il avait tendu sa main, par curiosité, sans réfléchir un instant quelle incidence cet exercice pouvait avoir sur son propre destin, ni si les nouvelles allaient être bonnes ou mauvaises. Miss Kaveline avait eu envie de rire, mais sa détermination avait fait mourir le scepticisme qu’elle éprouvait. L’hésitation se sentait et Octave ne savait pas exactement pourquoi elle se tâtait autant, comme si l’entreprise en elle-même lui était délicate. Etait-ce donc si éprouvant que cela ? Il n’avait aucune idée de l’effet que cela pouvait avoir sur le corps, même s’il supposait déjà les répercussions sur l’âme. Oui, finalement, rien d’étonnant à ce qu’elle soit réticente, vu les histoires qui courraient et la prédiction qu’elle venait de faire. Fatalement, elle s’immisçait involontairement dans la vie des gens et partageait d’une certaine leurs peines et leurs joies. Mais comme dans la vie, on craignait toujours plus les malheurs, c’est tout naturellement ces moments là qui ressortaient. Ce sentait-elle responsable de ce qu’elle voyait ? Se croyait-elle coupable des choses qui arrivaient ? Les esprits les plus faibles avaient tendance à repousser la faute sur quelque chose de concret plutôt que d’accepter le fait qu’il y avait une horrible injustice dans cette nature désintéressée. Il n’aurait pas été étonné d’apprendre que quelqu’un lui ait déjà tenu -ou tiendra un jour- rigueur pour ce qu’elle avait dit. C’était le lot de ceux sur qui pesait la responsabilité d’un destin.

Pourtant, dans un geste de faveur ou par curiosité, va savoir, la jeune femme finit par laisser sa main venir timidement se lover contre la sienne. Ah, ces adolescentes pudiques et réservées, tant de charme. Octave veilla à laisser sa main parfaitement immobile pour ne pas davantage troubler Miss Kaveline dans sa concentration mutique. Au lieu de cela, parce qu’il n’était franchement pas quelqu’un de très recommandable, il s’appliqua à détailler les traits du visage féminin. Avec un peu de chances, elle ne sentirait pas la brûlure de son regard sur sa peau au travers de l’intense réflexion dont elle allait devoir faire preuve. Il chercha en elle quelque chose de slave, mais décidemment, il n’y avait rien en elle qui soufflait de l’Est. Peut-être éventuellement les hautes pommettes… mais ça c’était très américain aussi. Dommage, il appréciait le charme particulier de ces belles filles russes. Enfin, Miss Kaveline n’avait rien à leur envier, cela dit. Sa chevelure était d’un brun saturé et éclatant, lourde de parfum et de douceurs, descendant le long de son corps en une cascade ondulée, délicatement mue d’un subtil balancement aux mouvements désordonnés de sa petite tête. Des sourcils épais et droits, non dénués cela dit d’un mouvement cambré pour souligner son regard aux grandes paupières régulières et aux cils noirs et épais, tendrement ourlés vers l’extérieur. Sa large mâchoire accentuait un menton volontaire et une fameuse bouche aux lèvres délicieuses, imperceptiblement entrouvertes, lui laissant voir avec une certaine ferveur l’éclat nacré d’une dent blanche, perçant derrière une fente rouge de sang. En regardant son visage concentré, Octave essaya de se souvenir de l’un de ses sourire, la manière qu’il avait de transformer les traits de sa personne, comme si tout son être s’épanouissait soudain au soleil. Un soubresaut le fit sortir de sa contemplation silencieuse et il cligna plusieurs fois des yeux. Le silence ne le gênait toutefois absolument pas et il était volontaire pour rester ici pendant encore de longues minutes s’il le fallait. En attendant, elle ne faisait pas preuve d’autant de patience et semblait s’agacer de ne rien voir. Ses grands yeux s’ouvrirent et Octave souleva ses sourcils d’un air interrogateur, l’air de rien, l’air surtout très désintéressé.  

Mais au lieu de se contrarier, ou de revenir à son exercice, la jeune femme alla guetter son bras, s’arrêtant finalement sur une cicatrice qu’elle caressa. Un frisson le parcourut à la sensation de la pulpe de ses doigts frôlant sa peau fine et sensible là où un amas de terminaisons nerveuses s’étaient faites au gré d’une mauvaise cicatrisation. Rares furent les fois où il avait eu l’occasion de correctement se soigner. Cherchait-elle un point d’encrage ? Un lien spécifique avec sa personne ? Octave regardait cette main gracile papillonner au-dessus de son avant-bras avec une attention toute particulière. Le mouvement changea et elle longea un fleuve bleuté avant de plonger en son estuaire l’espace de quelques secondes. Enfin, elle s’éloigna, puis revint à nouveau, dessinant d’un doigt unique quelques broderies au creux de sa paume, l’obligeant à sourire de ce toucher qui le faisait doucement frémir. Et puis, de manière relativement brusque, elle s’absenta. Son regard se voila sensiblement et sa main s’arrêta de bouger. Fronçant les sourcils, Octave se pencha sensiblement vers l’avant, guettant intensément cet instant unique où la raison rejoignait le monde des possibilités. Du whisky. Le ton de sa voix lui indiqua clairement que ce n’était pas une parole jetée au hasard. Il est par terre. Tu l’as fait boire. Il s’en souvient. Ouhla, ca ressemblait à… tellement de choses. Il y eut au moins une centaine de souvenirs qui s’éveillèrent à cette succincte évocation. Il t’a traqué. Et il t’attend. Il va se venger. Il va te tirer dessus. Voilà quelque chose de déjà plus significatif. Une arme, donc. Il n’y avait pas beaucoup de personnes moldues qu’il avait forcés à boire et encore moins qui possédaient une arme. Cela dit, quand on savait chercher, on pouvait trouver, donc ce n’était pas un détail très parlant finalement. Un bruit strident le fit sortir des méandres de ses propres suppositions et il regard la jeune femme droit dans les yeux pour constater son effroi. Il sera chez toi quand tu rentreras et il va te tirer dans le dos. Bon, il ne s’attendait pas à une grande promesse de joie éternelle dans les mois à venir, ni la satisfaction d’un désir longuement refoulé, mais tout de même, ça ? Fallait-il donc qu’il ait deux occasions de mourir, dont l’une avec un pourcentage particulièrement élevé ? Il laissa échapper un soupir assez lourd. On se croirait au bon vieux temps. Alors, sa destinée était-elle scellée ou avait-il justement l’occasion de la modifier ? L’avenir le lui dira…

« Plus de prédictions pour ce soir, d'accord... ? »

Lentement, d’un air particulièrement absent, il hocha de la tête en signe d’acceptation. Les yeux dans le vague, il observait sans la voir la cicatrice touchée. Le mauvais présage était-il dû à la nature de ce stigmate ? Dans un élan aliéné, il s’était blessé tout seul avec un morceau de verre, ce qui expliquait le rebord relativement irrégulier de l’entaille. Encore un résultat de l’une de ses nuits troubles, où son propre corps était devenu un ennemi. Il ne se souvenait même pas des raisons qui l’avaient poussé à faire cela ; hanté par quelques hallucinations, il avait fini par se réveiller dans une ambulance, pâle et le bras enroulé dans une serviette. On ne voulait pas le laisser sortir, et la cicatrice resta, alors que quelques potions sorcières ne lui auraient laissé aucun souvenir tangible de ce genre d’expériences. Doucement, il ramena son bras à soi et le laissa choir sur ses genoux, observant maintenant la jeune femme d’un œil singulier, comme s’il la sondait. En vérité, c’était sa propre prophétie qu’il étudiait avec minutie. Il n’avait pas l’intention de se prémunir contre l’attaque. Si l’homme en question était si assoiffé de vengeance, il n’y avait aucun intérêt à l’éviter, fuir ne marchait qu’un certain temps. Plus tôt il l’affronterait, plus vite l’histoire se règlerait. Allait-il mourir ? La première fois, il avait posé la question sans y réfléchir, mais la réponse était clairement non. Aucun destin ne pouvait être scellé, et encore moins le sien. A dire vrai, le visage de Miss Kaveline le rendait bien plus inquiet que sa propre destinée. Pendant encore quelques minutes, il demeura absent, absorbé par les méandres de son esprit. La perspective d’être blessé ne lui faisait pas peur, et encore moins celle d’affronter un moldu, même si ce dernier était armé. De l’inconscience peut-être, ou l’assurance outrecuidante d’être le plus fort… Quelqu’un qui avait macéré dans la rancœur pendant un long moment et dont le bras n’était mené par autre chose que la vengeance ne pouvait être efficace. La haine rendait les gens instables et beaucoup trop exaltés pour réfléchir correctement. Oh oui… le voilà… ce policier… seule personne qu’il avait fait boire et qui pouvait lui en vouloir véritablement. Mais il suffit. Octave ralluma la lumière derrière ses yeux, les rendant pétillants à nouveau, comme s’il avait entendu une très bonne nouvelle, ce qui formellement était le cas.

« Magnifique. C’est vraiment très bien. Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ? Excellent ! Tu as vu mon destin, indépendamment de ce que j’aurais pu te dire ou des cartes que j’aurais pu tirer. Tu as juste… transcendé la nature ! C’est incroyable. Honnêtement, je n’étais pas sûr que tu y parviendrai, mais j’avais tort manifestement. L’un des rare cas où j’aime avoir tort. C’est… mieux qu’une sortie dans l’espace cosmique que tu viens de nous faire ! Je suis épaté, et encore, le mot est faible. La classe internationalement, comme dirait l'autre. »

Tranchant avec la mine particulièrement sérieuse qu’il avait arborée plus tôt, Octave parla avec ardeur et engouement, comme si l’exercice ne lui fut pas destiné. Ses propres malheurs ne l’étonnaient plus et puisqu’il maitrisait plutôt bien son environnement, il ne s’inquiétait finalement pas à ce sujet dans l’immédiat. Miss Kaveline en revanche, elle, lui avait fait démonstration d’un pouvoir tout à fait exemplaire. Le bibliothécaire replia son coude et laissa sa joue prendre appui sur sa main ouverte. Un sourire joueur souleva le coin de ses lèvres et il demanda d’un ton aguicheur :

« Qu’est-ce que tu veux en récompense ? Tout effort particulier mérite sa contrepartie. Demandes ce que tu veux de… relativement faisable et je ferai mon possible pour satisfaire ce désir. »

Puis, pour dissiper un peu le malaise qu’il avait senti, il décida d’être perspicace sans pincettes, comme à son habitude. Peut-être que ça aiderait la jeune femme à mieux supporter sa condition. Forcément, il redevint un peu sérieux, mais son visage était si lumineux qu'on ne pouvait qu'y lire un optimisme réconfortant.

« N’ais pas peur des présages, même les plus mauvais. Déjà parce que les gens connaissent plus de malheurs que joies, raison pour laquelle tu verras rarement quelque chose de bon. Et puis même, c’est certes effrayant de voir l’avenir et ses possibilités, mais il ne faut surtout pas oublier que tout appartient au passé. Le futur se construit toujours par rapport au chemin que nous avons décidé d’emprunter. Toi, tu ne fais que soulever le voile sur les évènements qui peuvent en résulter et ça s’arrête à ça. Tu ne créées rien, tu ne forge pas de voie obligatoire, tu n’es qu’une spectatrice. C’est comme regarder la télé. Ce n’est pas toi qui décide de ce qu’elle va montrer, et encore heureux. Je préfère des gens qui savent voir l’invisible plutôt que ceux qui peuvent construire et imposer leur volonté. Alors arrête d’être triste ou de t’inquiéter, j’ai moi-même forgé ma destinée, tu ne fais que la constater. Et comme tu peux le voir, j’en suis satisfait, ou en tout cas, elle ne m’inspire aucune crainte, alors tu n’as même pas le droit de t’en chagriner pour moi, déjà parce que je ne t’en donne pas le privilège, et aussi parce que ça ne sert à rien. Alors plutôt que de me faire des sourires forcés, fais m’en un sincère et dis-moi ce que tu veux ? »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 10 Fév 2017 - 19:49

Il approuva d'un signe de tête. Lina sentait que le bibliothécaire était parti bien loin d'elle. La sorcière l'observa attentivement, il lui faisait pensé à une poète américaine qu'elle appréciait tout particulièrement. Elle avait avait toujours aimé la littérature moldue, qu'elle jugeait plus riche que celle du monde des sorciers. Enfin... Cette poète, Emily Dickinson avait donc écrit un jour « Pour être hanté, nul besoin de chambre, nul besoin de maison, le cerveau regorge de corridors plus tortueux les uns que les autres ». À cet instant précis, Octave était l'incarnation des mots écrits par la poète dans ses cahiers de poèmes.

Il ramena son bras vers lui et le laissa tomber sur ses genoux. Cette fois, se fut à lui de la détailler. Lina décida de se laisser faire. Elle ne baissa pas les yeux. Il était étrange de regarder quelqu'un entrain de vous regarder. Mais il y n'y avait rien d'agressif ou d'intrusif dans les yeux du bibliothécaire. Et puis... Lina appréciait, peut – être un peu trop,  être regardée par l'homme aux livres. Elle aimait la façon dont ses yeux pouvaient se teinter de scepticisme, ou non, être pétillants, ou pas. Il avait un regard vert, assez expressif.
Lina attendit patiemment qu'il revienne du voyage solitaire qu'il avait entreprit. Enfin, ses prunelles reprirent vie, pour sa plus grande joie.

« Magnifique. C’est vraiment très bien. Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ? Excellent ! Tu as vu mon destin, indépendamment de ce que j’aurais pu te dire ou des cartes que j’aurais pu tirer. Tu as juste… transcendé la nature ! C’est incroyable. Honnêtement, je n’étais pas sûr que tu y parviendrai, mais j’avais tort manifestement. L’un des rare cas où j’aime avoir tort. C’est… mieux qu’une sortie dans l’espace cosmique que tu viens de nous faire ! Je suis épaté, et encore, le mot est faible. La classe internationalement, comme dirait l'autre ».

Elle eut un petit rire. C'était effectivement la première fois qu'elle parvenait à pratiquer la divination sans l'aide d'un quelconque objet. En fait, c'était ce qui se rapprochait le plus d'une vision. Mais Lina ne réalisait pas encore ce qu'elle venait de faire, en partie parce qu'elle avait du mal à se souvenir de ce qui c'était vraiment passé. Elle gardait en tête le souvenir de quelques images, mais alors qu'il ne s'était écoulé que quelques secondes, elle était incapable de se rappeler comment les choses s'étaient déroulées, à quel moment elle avait commencé à avoir ses... Flashs. Elle ne se souvenait pas vraiment avoir parlé, par exemple. Elle savait qu'elle l'avait fait, c'était évident mais... Il y avait quelque chose qui bloquait. Lina n'était même pas sûre de pouvoir recommencer.

« C'est bizarre, je me souviens plus trop... Lina eut un sourire, elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle était flattée de ce qu'Octave avait dit sur elle. Il avait semblé sincèrement emballé par ce à quoi il venait d'assister. Elle n'arrivait pas à être perturbée par son manque de souvenirs. En accord avec elle – même, elle décida de se poser plus de questions à ce sujet à un autre moment. Mais merci, c'est grâce à toi. Je n'aurais jamais essayé de faire ça toute seule ».

Il changea d'attitude : le visage au creux de sa main et un sourire au coin des lèvres. L'estomac de Lina fit un petit bond. Elle ne le connaissait pas bien, il venait juste de faire connaissance, de la manière la plus étrange qui soit, mais cet air – là, elle l'avait déjà vu, à plusieurs reprises.

« Qu’est-ce que tu veux en récompense ? Tout effort particulier mérite sa contrepartie. Demandes ce que tu veux de… relativement faisable et je ferai mon possible pour satisfaire ce désir ».

Elle éclata de rire. C'était décidément une bonne nature. Lina s'attendait précisément à quelque chose de ce genre. Elle était un peu gênée, mais elle tenta de dissimuler le malaise. Elle avait déjà eu des livres, et voilà qu'il lui en proposait plus. Lina se demanda vaguement si tout cela allait s'arrêter. Elle se sentait presque redevable. Elle n'avait rien fait si ce n'est lui prédire des dangers mortels.
Octave reprit un air un peu plus sérieux, mais son expression restée enjouée. Il allait passer à autre chose. Tant mieux. Elle préférait ça, qu'il alterne les sensations, les sujets. Elle aimait leur rythme de conversation, tout était pertinent, sans fausses notes. Elle avait l'impression qu'il menait la danse, mais pourquoi pas, après tout ? Elle appréciait ça.

« N’aie pas peur des présages, même les plus mauvais. Déjà parce que les gens connaissent plus de malheurs que joies, raison pour laquelle tu verras rarement quelque chose de bon. Et puis même, c’est certes effrayant de voir l’avenir et ses possibilités, mais il ne faut surtout pas oublier que tout appartient au passé. Le futur se construit toujours par rapport au chemin que nous avons décidé d’emprunter. Toi, tu ne fais que soulever le voile sur les évènements qui peuvent en résulter et ça s’arrête à ça. Tu ne créées rien, tu ne forge pas de voie obligatoire, tu n’es qu’une spectatrice. C’est comme regarder la télé. Ce n’est pas toi qui décide de ce qu’elle va montrer, et encore heureux. Je préfère des gens qui savent voir l’invisible plutôt que ceux qui peuvent construire et imposer leur volonté. Alors arrête d’être triste ou de t’inquiéter, j’ai moi-même forgé ma destinée, tu ne fais que la constater. Et comme tu peux le voir, j’en suis satisfait, ou en tout cas, elle ne m’inspire aucune crainte, alors tu n’as même pas le droit de t’en chagriner pour moi, déjà parce que je ne t’en donne pas le privilège, et aussi parce que ça ne sert à rien... »

Lina le dévisagea un instant, l'air peut – être un peu choqué par ce qu'elle venait d'entendre. Elle ne savait pas trop comment elle se sentait, ni ce qu'il venait d'éveiller en elle. La sorcière eut l'impression d'avoir un trou noir à la place du ventre. Quelque part, il lui avait fait du bien. Ces mots, un peu abrupts, avaient touché juste. Elle ne créait rien, c'était vrai. Elle savait que l'avenir pouvait changer. Octave avait raison, elle n'y était pour rien. Elle s'imposait elle – même des devoirs, des responsabilités, qui peut – être, n'avaient pas lieu d'être. Lina vivait une véritable épiphanie, au premier sens du terme, elle n'avait jamais saisit l'évidence de la divination : elle n'était pas responsable de ce qui se passait.
Sa bouche était entrouverte, ses sourcils légèrement arqués. Si seulement elle avait pu rencontrer Octave plus tôt... Elle manquait encore de recul sur son propre don. Lina se rattrapa aux branches en se disant qu'elle était encore jeune et qu'elle n'avait pas eu de mentor pour la guider. Mais elle ne pouvait pas se permettre de continuer comme ça. Sans s'en rendre compte, elle posa sa main sur ses nouveaux libres : il faudrait travailler encore plus dur.

« Oui... Oui tu as raison...
- Alors plutôt que de me faire des sourires forcés, fais m’en un sincère et dis-moi ce que tu veux ? »

Lina fit la moue. Elle ne lui avait fait qu'un seul faux sourire de toute la soirée, il exagérait un peu. Malgré tout, amusée qu'il lui redemande ce qu'elle voulait, elle lui fit un de ses sourires ravageur qui l'a rendait si charmante. La jeune femme se savait jolie, mais comme beaucoup d'autres finalement. Ce qui la rendait différente, c'était sa fraîcheur. La personnalité jouait terriblement sur la beauté physique, et Lina le savait. En vérite, il valait être charismatique plutôt que d'être simplement belle.

« Eh bien... Je... La sorcière repensa à son désir de boisson chaude. Je veux bien un thé au citron. Elle avait terriblement envie de demander autre chose, mais elle ne savait pas quoi. Elle repensa au ton aguicheur d'Octave. Pour une fois, la Poufsouffle avait envie de jouer le jeu, mais elle devait admettre qu'elle ne connaissait pas bien les règles... Mais si tu as mieux à proposer... je t'écoute ».

Elle lâcha un petit rire. C'était maladroit. Très maladroit. Lina brillait pas son inexpérience. Mais enfin, il fallait au moins saluer l'initiative : il était rare qu'elle se montre aussi courageuse. Pourtant, comme beaucoup de jeunes gens, elle avait connu quelques flirts, quelques histoires. Elle avait déjà cherché à séduire, juste comme ça, pour s'amuser un peu, tester son potentiel. Mais elle avait toujours trouvé l'exercice difficile. La jeune femme se connaissait : elle était un peu trop tendre, elle s'attachait très vite. La séduction, c'était prendre un risque, pour elle. Mais enfin... Avec un homme de quelques années son aîné, et déjà épris d'une autre, il n'y avait rien à craindre. Du moins l'espérait – elle.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Dim 12 Fév 2017 - 3:40

Un test ? Probable. Mais après-tout, chaque interaction, aussi minime soit-elle, n’avait-elle donc pas pour visée d’appréhender toujours un peu mieux l’autre ? La question était de savoir à quel point ce désir était conscient. Octave tendait naturellement à la maîtrise de son environnement, parfois sans véritablement le préméditer, à tel point cette manie était devenue une habitude. Ses interférences avec le monde l’entourant avaient pour principal intérêt le discernement viscéral de l’autre. Si l’on comprend, il n’y avait plus qu’un pas jusqu’à la domination et là tout le reste semble simple. L’exercice était inutile en terrain connu, en présence d’esprits modestes et raisonnables, mais Miss Kaveline n’en faisait manifestement pas parti, alors il s’était prêté à ce jeu qu’il appréciait tout particulièrement. Il sondait le terrain avec minutie, ne mettant jamais de gants pour retourner la terre de ses mains nues. On le croyait sincère et tout en nature, ce qui n’était fondamentalement pas faux, mais il agissait de la sorte avec un intéressement particulier. Les questions fâcheuses n’étaient jamais là pour simplement provoquer, bien que cela fut tout ce qu’on était prêt à lui accorder, une vanité blessée ayant les mêmes attraits qu’une poignée de sable jetée aux yeux. Aveuglés, ils ne voyaient que de l’impertinence. Plus rarement, certaines bonnes natures se laissaient vaguement charmer par un esprit considéré comme libre. Peu importait finalement, la réaction était là, inévitable. Octave voyait en Miss Kaveline une âme douce et généreuse, quelque peu timide, suffisamment en tout cas pour que cela soit charmant sans tomber dans l’embarras de quelqu’un étant beaucoup trop pudique. Pudique, elle l’était aussi, à juste mesure, dans toutes les coutumes de la politesse rudimentaire. C’était agréable, presque trop bien rangé finalement. Et puis sensible aussi, particulièrement envers le malheur des autres, ce qui faisait de son don un fardeau plus qu’autre chose. Mais elle semblait assez intelligente pour étudier l’étendue de son talent au lieu de se contenter d’en avoir peur et de se laisser emporter par la folie. Cependant, ce n’était là que des balbutiements, les prémices d’une jolie nature que la vie ne manquerait pas de piétiner davantage.

Elle avait réussi à un tour de force pour la première fois de sa vie et Octave en était l’honorable témoin, ayant forcé la main du destin pour avoir le spectacle qu’il désirait. La jeune femme s’était gracieusement laissée faire, sa bonne volonté étant certainement un compliment à sa charmante personnalité toute en courbes doucereuses. Octave sourit en coin à ses remerciements, se sentant déjà comme celui qui avait bouleversé une vie d’une manière irréversible et sans qu’elle n’en remarque rien finalement. Personne n’aurait jamais eu la curiosité de la pousser dans une telle aventure. Les devins suscitaient généralement soit un bon rire gras de scepticisme, soit un intérêt tout particulier, vibrant de dévotion et presque effrayé devant une telle force qu’aucun être humain normal ne saurait ni comprendre, ni atteindre. Mais Octave avait cette curiosité de la vie qui surpassait l’admiration qu’il pouvait éprouver pour pareille avènement de la nature. Miss Kaveline était une rareté et il ne se serait jamais pardonné de ne pas en profiter au moins un peu. Et la vie était ainsi bien faite que les gens appréciaient lorsque l’on s’intéressait à eux, alors son avidité n’était la plupart du temps que la bienvenue. Profitait-il de cette jeune fille conciliante ? Pour la peine, non, mais elle lui facilitait la tâche, c’était certain.

Merci, c’est grâce à toi. Octave y repensa, en sourit doucement, alors que son visage prit une allure curieuse, comme s’il avait goûté quelque chose d’extrêmement satisfaisant. Il se crut gentil un instant, mais au fond de son cœur, il savait qu’il éprouvait la satisfaction d’être une exclusivité aux yeux de cette étudiante. Elle se sentait redevable, et il n’y avait rien de mieux que cela pour attacher fermement les gens. Leurs bons sentiments les menaient toujours sur des sentiers qu’ils n’auraient peut-être pas dû emprunter. Heureusement pour elle, Octave n’avait rien de vilain en tête, mais il sentait un avantage qu’il ne pouvait décemment pas négliger. Qui plus est, elle avait accepté sa longue tirade réconfortante comme quelque chose de concevable et rien n’était plus grisant que d’avoir raison. C’était gagné, Octave le savait d’ailleurs, il l’avait deviné bien avant que Lina ne le lui confirme dans un phrasé réfléchi, mais ça faisait toujours plaisir de l’entendre. Et puis, elle était elle-même très agréable et le bibliothécaire ne pouvait s’empêcher d’être d’humeur gai en présence d’un tel individu. Elle était tout simplement adorable, avec ses grands yeux qui papillonnaient en le regardant de cet étrange intérêt que nous prenons aux choses lorsque nous sommes préoccupés de problèmes qui nous effraient. Et puis, l’instant d’après, elle lui souriait comme une fleur qui s’ouvre d’une parole flatteuse qu’il lui avait susurrée. Alors il lui souriait aussi en retour, de son sourire esquissé du bout des lèvres, prêtant un air vaguement engageant à son visage. Ses yeux se mettaient à miroiter comme le fond d’un lac aux eaux troubles et il devenait clair que quelque chose se tramait derrière ce rayonnement avenant. Un peu trop bien pesé pour être sincère. Mais comme tout cela était subtil, l’on s’imaginait qu’il avait une idée graveleuse derrière la tête, piquant davantage la curiosité et l’attrait que la suspicion. C’était là son pouvoir d’illusionniste.

« Eh bien... Je...  Je veux bien un thé au citron. »

Il avait levé un sourcil suspicieux dans la direction de la jeune femme, la toisant de haut en bas, autant que le lui permettait la table. Vraiment ? Semblaient dire ses yeux. De la gêne, à ce point ? Un manque d’audace certain. Mais bon, c’est ce qu’on attendait de sa part, alors c’était normal et Octave finit par simplement hausser des épaules en reprenant son rictus mielleux en coin. Clairement, la jeune femme semblait avoir une idée en tête sans être capable de l’énoncer, cherchant de ses yeux actifs une échappatoire à sa propre politesse ou à un manque d’imagination qui tombait au mauvais instant. Ah, c’était toujours comme ça, le cerveau refusait de fonctionner pile au moment où on posait la question fatidique. Elle avait beau passer ses nuits à énumérer quelques fantasmes, ils s’étaient tous évaporés alors que l’instant de les réaliser se présentait enfin. Typique. Octave attendit encore un peu pour voir ce qu’elle allait bien pouvoir lui dénicher d’autre.

« Mais si tu as mieux à proposer… je t’écoute. »

De surcroit, Miss Kaveline rigola discrètement, comme surprise par sa propre audace. Le bibliothécaire finit par ricanement doucement dans sa barbe sans que ses lèvres ne s’entrouvrent, le rire étant resté coincé quelque part dans sa poitrine en un bruit roque, faisant vibrer sa poitrine. Il la regarda en biais, les yeux aux paupières mi-closes, comme l’on évalue une situation aux moult sous-entendus non-dits ou un jeu d'échec dont on connait mieux l'issue que son adversaire. Passant sa langue sur ses lèvres pour en étancher la sécheresse, Octave finit par dire d’un ton taquin :

« Faut-il donc que tu m’imagines si mauvais hôte que tu te sentes obligée d’utiliser une telle occasion pour me demander une tasse de thé ? Je devrais me vexer, vraiment. C’est très vilain de ta part. Déjà parce que je pense avoir de suffisamment bonnes manières pour ne pas te laisser dans l’inconfort d’une gorge sèche, mais également parce que tu gaspilles un don généreusement offert pour une broutille que je t’aurai de toute manière accordée. Enfin, tu fais comme bon te semble, bien sûr. »

Octave la regarda un instant d’une œillade perçante et pleine de malice avant d’invoquer un elfe de maison pour lui demander un plateau habituel, garni toutefois d’une deuxième tasse. La créature disparut après une pirouette et l’attention du bibliothécaire revint vers la jeune femme ; son air se fit plus sévère alors qu’il pinçait ses lèvres en une fine ligne rouge :

« Vraiment, Lina, avec le prénom, ca faisait tout de suite plus sérieux, bien sûr que j’ai mieux à proposer, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Ne compte pas sur moi pour être l’initiateur et l’artisan en même temps, ce serait trop simple. Et puis, ce n’est pas à moi de réaliser mes souhaits pour le moment, sinon crois moi que j’en profiterai à tes dépends. Et j'ai beaucoup d'imagination. »

Et voilà, ni vu, ni connu, j’te retourne la situation. La tentation était grande, mais Octave était bien plus intéressé de savoir ce que la jeune femme avait à proposer. Bien sûr, un sourire avait fini par poindre, tant il ne pouvait se résoudre à demeurer ainsi fâché, mais une ombre demeura sur son regard, tel un rappel de ce dont il se savait finalement capable. A cet instant précis, l’efle de maison réapparut dans un claquement sonore, déposant un plateau sur la table, garni d’une théière fumante aux feuilles en train d’infuser, de deux tasses en verre, forgées dans un métal sculpté tout en courbes et qui esquissait une fine poignée dans un style art nouveau. Il y avait également une petite assiette présentant quelques rondelles de citron coupées finement, une sucrière bombée et un bol de miel crémeux. Octave remercia l’elfe avant de soulever le couvercle de la théière pour constater l’avancée de la décoction. Un craquement, et les voilà nouveau seuls. Prenant soin à faire un sourire sournois et douteux, Octave fit le service en jetant des regards en biais à l'étudiante de temps en temps, gardant incessamment le silence. Il ajouta deux rondelles de citron à la tasse destinée à Miss Kaveline, qu’il posa devant elle, lui laissant le soin d’ajouter du sucre si elle le désirait. Pour sa part, il se contenta d’une généreuse louche de miel qui devait bien faire un tiers de sa tasse. Il attendit encore un peu que les feuilles de thé s'infusent davantage et se servit à son tour. Là, il se laissa aller contre le dossier de son siège, les doigts d’une main enroulées autour de la poignée en fer qui était devenue tiède à force de conduction thermique. La première gorgée fut agréablement brûlante, mais il avait toujours bu son thé ainsi, très chaud, très noir et extrêmement sucré. Certaines connaissances rigolaient de lui en disant qu’il aurait pu aussi bien boire directement au goulot d’une bouilloire en ayant rempli sa bouche de sucre au préalable. Les coudes posés sur les accoudoirs, dans une pose tout à fait relax, il pencha la tête sur le côté.

« Donc, on considère que le souhait a été exhaussé ? Moi ça me va. Je ne me suis pas fatigué et pire, j’en profite. Ou tu préfères considérer ce geste comme de la politesse naturelle et user de ton vœux d’une manière bien plus… adéquate ? »

En écho, il avait fougueusement gloussé, comme la jeune femme plus tôt, insinuant ainsi tous les sous-entendus graveleux qu’il pouvait y avoir derrière sa proposition, somme toute innocente pour l’instant. Oh, qu’Octave était vicieux et pervers. Il avait fait l’école de la débauche et était de sorte certaine que, par la nature fragile de la jeune femme, elle ne risquait pas d’aller aussi loin que lui en était capable. Elle ne l’avait pas encore compris manifestement, mais il valait mieux pour elle qu’elle évite de donner avantage aussi facilement à un être aussi licencieux que le bibliothécaire. Avec la pleine conscience de cela, ce dernier jouait des limites tout en la prévenant doucement, lui évitant le désagrément d’avoir volontairement abandonné le pouvoir à un être comme lui. Il avala une gorgée et se dit qu’il pouvait quand même aider cette pauvre enfant :

« Je suis sûr que tu as des souhaits qui viennent peupler les pensées de ta jolie tête avant que tu ne t’endormes, ou dans les instants de rêveries quotidienne... Quelques fantasmes indicibles, des désirs restés inassouvis par manque de courage, des envies particulières, une attention spéciale... Ce qui te fait languir et qui te manque. Je t’aurais bien donné quelques indices, mais j’ai peur de t’influencer et ce ne serait pas pertinent. Pas personnel. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Dim 12 Fév 2017 - 23:10

« Eh bien... Je... Je veux bien un thé au citron. Mais si tu as mieux à proposer… je t’écoute ».

Il leva un sourcil, se demandant manifestement si elle se fichait de lui. La réaction de la jeune femme l'avait apparemment laissé perplexe, et c'était tout à fait compréhensible. Elle était trop sage, trop timide, elle avait presque refusé la main qu'il lui avait tendu. Lina baissa la tête en souriant, à la fois gênée et amusée. Il lui répondit par un espèce de rire étouffé, qui ressemblait presque à un grognement. Il passa sa langue sur ses lèvres et Lina attendit la suite, la tête légèrement inclinée. Elle avait repliée son bras droit et posa sa main contre son cou.

« Faut-il donc que tu m’imagines si mauvais hôte que tu te sentes obligée d’utiliser une telle occasion pour me demander une tasse de thé ? Je devrais me vexer, vraiment. C’est très vilain de ta part. Déjà parce que je pense avoir de suffisamment bonnes manières pour ne pas te laisser dans l’inconfort d’une gorge sèche, mais également parce que tu gaspilles un don généreusement offert pour une broutille que je t’aurai de toute manière accordée. Enfin, tu fais comme bon te semble, bien sûr ».

Elle leva vers lui ses yeux espiègles, se retenant de lui rétorquer qu'en même temps... : il ne lui avait jamais rien proposé. Mais à sa décharge, le contexte rendait les choses difficiles : offrir une boisson chaude entre deux funestes prédictions n'était pas chose aisée. Lina le suivit du regard quand il se leva et convoqua un elfe de maison. Elle regarda la petite créature mal fagotée s'incliner bien bas avant de prendre congé.  

« Vraiment, Lina, bien sûr que j’ai mieux à proposer, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Ne compte pas sur moi pour être l’initiateur et l’artisan en même temps, ce serait trop simple. Et puis, ce n’est pas à moi de réaliser mes souhaits pour le moment, sinon crois moi que j’en profiterai à tes dépends. Et j'ai beaucoup d'imagination ».

Ah ?! La mâchoire de la jeune femme se décrocha de quelques millimètres. Pourtant Octave était exactement là où on l'attendait, mais autant de franchise, et la façon dont il avait prononcé son prénom... C'était parfois déroutant, surtout avec l'air si sérieux qu'il avait prit. Cependant elle fut curieuse, qu'aurait – il pu demander si, l'espace d'un instant, les rôles avaient été inversés ? En profiter à ses dépends, vraiment ? Lina était persuadée qu'elle n'avait pas grand chose à offrir, même avec beaucoup d'imagination.  

L'elfe de maison revint dans un crac sonore qui surprit la blairelle dans ses rêveries, sans la faire sursauter pour autant, et tant mieux. Il apporta un large plateau la table. De petits nuages de fumée se dégageaient de la théière. Les tasses étaient délicates, en verre. Le service était plutôt élégant, dans un style qu'elle n'aurait su nommer dans l'instant. L'elfe de maison, après s'être de nouveau incliné disparu, pour le reste de la soirée cette fois – ci, et cette évidence fit frissonner la jeune voyante. Elle remarqua le sourire un brin malicieux de son interlocuteur, mais elle n'en fit rien, bien décidée à ne pas lui répondre à chaque fois. Elle le boudait un peu de ne pas avoir pris les devants, en grande partie parce qu'elle n'était pas certaine de pouvoir formuler explicitement ce qui lui ferait plaisir... Elle se voulait neutre, mais son regard la trahissait, elle en était presque sûre.
Pour tenter de se contenir, la jaune et noir observa Octave avec méthode. Il remplit sa tasse et y plaça deux rondelles de citron. La main blanche de la voyante saisit la sucrière. Lina versa dans sa boisson une dose généreuse de sucre. Elle n'avait jamais compris ces gens qui buvaient leur thé nature. Sa mère lui avait souvent dit que mettre autant de sucre dans une tasse était un manque de savoir vivre, mais la quantité de miel dans le thé de l'homme aux livre déculpabilisa la jeune femme. Elle reposa le sucre, et rapprocha son breuvage. Avec sa petite cuillère, elle remua sa boisson, sans toucher une seule fois les bords du récipient. Concentrée, elle regarda les petits cristaux blancs se fondre dans le liquide encore brûlant. Dès qu'ils eurent tous disparus, elle porta la tasse à ses lèvres rouges. Le thé lui irradia le palais, la langue, la gorge, mais le but recherché était atteint. Elle ferma les yeux, un dixième de seconde, en savourant brièvement la sensation.

« Donc, on considère que le souhait a été exhaussé ? Moi ça me va. Je ne me suis pas fatigué et pire, j’en profite. Ou tu préfères considérer ce geste comme de la politesse naturelle et user de ton vœux d’une manière bien plus… adéquate ? »

Il gloussa. Lina n'était pas sûre que ce soit bien naturel, mais c'est pourtant ce qu'il avait fait. Elle tenta, tant bien que mal de retenir un sourire. Pourtant sa question était tout à fait sérieuse. Octave lui permettait de saisir sa chance, à nouveau : il lui laissait une deuxième opportunité. Et la jaune et noire avait bien dans l'idée que si jamais elle voulait quelque chose, c'était maintenant ou jamais, il n'y aurait pas de troisième chance, elle en était certaine. La sorcière hocha la tête en signe de négation.

« Je suis sûr que tu as des souhaits qui viennent peupler les pensées de ta jolie tête avant que tu ne t’endormes, ou dans les instants de rêveries quotidienne... Quelques fantasmes indicibles, des désirs restés inassouvis par manque de courage, des envies particulières, une attention spéciale... Ce qui te fait languir et qui te manque. Je t’aurais bien donné quelques indices, mais j’ai peur de t’influencer et ce ne serait pas pertinent. Pas personnel »

Lina mordit sa lèvre inférieure en observant Octave. Pour une fois, elle ne se sentait presque pas mal à l'aise. Elle préférait les choses claires aux sous – entendus, le langage cru se trouvait être plus « vrai » au yeux de la jeune femme, notamment parce qu'il laissait moins de place à l'interprétation, au doute, aux erreurs. Les mots choisis avaient d'autant plus d'importance sur un sujet pareil : ils n'étaient plus que le moyen d'expression verbal du corps.
Évidemment qu'elle avait des envies, ou des fantasmes, pour reprendre ses termes. Des idées parfois radicalement opposées à ce qu'elle semblait être. La jeune Poufsouffle pouvait être créative de ce côté – là, et alors même que son corps était presque immobile, son esprit se trouvait être tout à fait actif, mettant parfois en place un espèce de jeu théâtral où Lina pouvait être à la fois actrice, metteuse en scène et pourquoi pas spectatrice. Mais il y avait toujours un fil rouge qui traversait les mises en scène de la sorcière, quelque chose qui permettait en elle, l'éveil du printemps... En revanche de là à le réclamer... Formuler une demande, ou un souhait, c'était déjà admette qu'il y avait un désir. C'était aussi accepter la frustration s'il y avait un refus. Bref, faire une demande, c'était entrer dans un rapport et faire avec les conditions.

« Comme tout le monde. Lina posa un délicat sourire sur ses lèvres. Son ton était à peine plus dur qu'avant. Mais moi ce qui m'intéresse vraiment tu vois, c'est que l'autre perde le contrôle et se laisse totalement aller avec moi. J'aime qu'on se donne entièrement, sans secrets, sans tabous. Tu peux... Lâcher la bête, ça ne me gêne pas, au contraire. J'en demande beaucoup, parce que je veux la personne toute entière...  La sorcière se tut un instant, avant de reprendre en parlant un peu plus bas. Si tu veux quelque chose de moi, vas y, ce que je veux c'est que tu le fasses vraiment... À 100 % . ».

C'était le seul moyen d'obtenir des sensations, des émotions qui soient véritablement pures. La sorcière avait pour habitude de vivre les évènements présent et futur presque complètement à vif, et elle s'y était habituée, elle aimait donc, tout naturellement, les choses intenses, avec tout ce que cela pouvait impliquer de mal ou de bien, en supposant que la vie soit aussi manichéenne.
Techniquement, Lina n'avait  fait encore aucune requête, elle avait plus ou moins posé des conditions.  Elle en demandait beaucoup tout en faisant le minimum. En revanche, elle acceptait qu'il en demande tout autant... La jeune femme avait conscience de la personne à qui elle s'adressait et la potentielle expérience qu'il avait. Le corps d'un être ne s'éprouve que dans sa rencontre avec l'autre, et parce qu'Octave était... Lui, tout simplement, Lina avait décidé qu'elle voulait tout. Lentement, elle reposa ses mains sur la table, son regard était presque brûlant. Elle détailla l'homme aux livres, toujours posté sur sa chaise, l'air parfaitement détendu.

« Mais je ne serais pas contre... Partager un peu plus d'intimité avec toi ».

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 13 Fév 2017 - 16:36

Les choses semblaient avoir sensiblement changés, comme si sa propre espièglerie avait lentement déteint sur la jeune femme, presque à ses dépens. Les balbutiements muaient doucement, ses grands yeux ouverts dans l’étonnement ou la gêne cessaient progressivement de battre de leurs ailes, les regards en biais n’illustraient plus une retenue suspicieuse. Encore quelques rougeurs aux joues de temps en temps, des yeux fuyants par moments, quelques hésitations dans la gestuelle, mais ne chipotons pas, c’était mieux qu’avant ; Miss Kaveline gagnait indéniablement en audace. C’était là l’adage de l’honnêteté polissonne, domaine dans lequel Octave était quasiment passé empereur. Cette attitude, qui oscillait entre une pénétrante irrévérence et de la galanterie fantaisiste, avait le don de pousser les gens à agir en miroir, gagner en assurance devant cet individu qui semblait en déborder, une douce outrecuidance rassurante, comme s’ils y voyaient un défi pour eux-mêmes. La raison en résidait peut-être dans cet éclat étrangement bienveillant qui brillait, intarissable et subtil, au creux de ce regard vert miroitant. Ainsi la jeune femme se laissait à lui envoyer quelques œillades éveillées, comme si elle commençait à comprendre et à accepter les règles qu’Octave imposait implicitement. Tout le monde se laissait emporter dans la spirale, souvent sans s’en rendre compte. Mais bon, ce n’est que lorsqu’on croyait avoir compris les lois qui régissaient ce monde, que le bibliothécaire s’amusait à les changer, à surprendre par une nouvelle bagatelle, toujours un peu plus de familiarités, de sous-entendus graveleux ou simplement une malice à toute épreuve. Il avait vu sa mâchoire se décrocher, se disant qu’il aurait bien été tenté d’aller la refermer du revers de la main. Finalement, il jugea que c’était bien plus cocasse comme ça, alors que ses dents blanches luisaient derrière deux lèvres bien rouges, préférant réserver un pareil geste pour plus tard, lorsque l’occasion se représenterait -parce qu’elle allait à coup sûr se représenter. Les mots, une manière comme une autre de peser sur son vis-à-vis et de lui imposer sa force, de s’introduire dans son intimité brûlante sans même toucher à son espace vital.

Pendant qu’il servait le thé, elle sembla résister quelque peu, se refusant à dire quoi que ce soit et en lui décochant quelques regards en coin se voulant maîtrisés. Pourtant, ses réactions précédentes indiquaient bien au bibliothécaire qu’elle n’était pas parfaitement à l’aise et que le calme serein qui semblait présentement l’habiter n’était qu’une face pour ne pas dévoiler un peu trop le bouillonnement qui montait dans son cerveau. Un mouvement singulier demeurait au fond de son regard et cela rappela quelqu’un à Octave. Une blonde aux cheveux d’or et à la peau de lait, comme une lune brillant sur un champ de blé, dont le mouvement du rayon lumineux finissait toujours par la trahir. Une lumière jaillissait de toute cette retenue glaciale, illuminant ses prunelles, si ce n’est d’une agréable chaleur, au moins d’une vivacité mâtine. L’espace d’un instant, son sourire se fit vaguement bienveillant. A leur manière, elles avaient toutes deux de yeux obscurs, profonds et vastes, comme la nuit immense, où derrière une succession d’ombre léthargiques, scintillaient les trésors d’une âme ignorée et pourtant si forte qu’elle faisait vibrer et voluptueusement pétiller ce noir oppressant.

Du sucre, beaucoup de sucre. Octave s’était toujours imaginé que les gens qui aimaient ainsi le sucre ne pouvaient être que des natures sensibles. Mais ce n’était là qu’un préjugé, qu’il trouvait toutefois particulièrement charmant, comme le symbole d’une personnalité douce. Aussi loin que remontaient ces souvenirs -et Merlin seul sait à quel point il se souvenait de tout avec précision-, les personnes qui aimaient les douceurs se trouvaient bien souvent elles-mêmes dotées d’un caractère affable. Avec amusement, il nota également qu’elle ne faisait aucun bruit, illustrant là les étendards de la politesse rudimentaire, ignorés par tant de monde. Etait-ce la gêne qui la forçait à rester aussi silencieuse, où était-elle belle et bien si convenablement élevée ? Les deux suppositions étaient toutes deux à son honneur et Octave y sourit aimablement en cachant le bas de son visage derrière sa propre tasse, dont les effluves fumeux lui faisaient plisser les yeux. Ainsi, il avait l’air encore plus équivoque, à observer la jeune femme de son regard impénétrable. Quant à Miss Kaveline, elle l’évitait pour de bon, le regard plongé dans le fond de sa tasse comme si les réponses s’y trouvaient. De la divination ? Sucre, sucre, dis-moi, que va donc me faire le sieur Holbrey ?

Ah, l’on se mordille la lèvre ! Diantre, en voilà une bonne chose. Et en plus, elle était déjà rouge cette lèvre, alors la malmener ne changea rien, mais le geste avait déjà quelque chose de captivant en soi. Quelle curieuse manie tout de même que d’emprisonner sa propre chair entre ses dents, si lascive. Octave observa ce manège de réflexion en souriant franchement en direction de la jeune femme, ne faisant même pas de pauses dans son attitude lorsqu’il lui arrivait de boire une gorgée, tant son regard demeurait singulièrement immobile. Espérait-il quelque chose en particulier ? Peut-être le plaisir d’avoir provoqué un semblant d’audace, ce serait déjà satisfaisant. Mais il s’accoutumerait tout autant d’un silence gêné et d’un manque d’idée venant d’une Miss Kaveline éternellement gênée et vaguement intimidée que l’on daigne lui accorder une telle demande. Après tout, c’était un trait de caractère qui, présentement, trouvait grâce à ses yeux.

« Comme tout le monde. Mais moi ce qui m'intéresse vraiment tu vois, c'est que l'autre perde le contrôle et se laisse totalement aller avec moi. J'aime qu'on se donne entièrement, sans secrets, sans tabous. Tu peux... Lâcher la bête, ça ne me gêne pas, au contraire. J'en demande beaucoup, parce que je veux la personne toute entière... Si tu veux quelque chose de moi, vas-y, ce que je veux c'est que tu le fasses vraiment... À 100 %. »

Oh… oooh…. Ooooooh…. Octave s’était complètement immobilisé. S’il s’y attendait ? Non, pas vraiment, en tout cas pas de la part d’un esprit pareil. Tout de suite, il lui devina un vice caché, profondément enfoui et dont elle n’avait peut-être pas conscience. Il s’était éventuellement imaginé quelques douceurs adolescentes, des envies fugaces mais si caractéristiques de ces aimables enfants, pleins d’une fougue que leur âge leur aspire gentiment. D’ailleurs, ses yeux s’écarquillèrent sensiblement alors qu’un sourire un peu dépravé, bancal car déformant la partie de son visage plus que l’autre, venait plisser sa pommette droite. Et pour le coup, il n’essaya même pas de cacher son trouble, car il y avait de quoi être troublé.

« Mais je ne serais pas contre... Partager un peu plus d'intimité avec toi.
- Ah ouais, donc tu passes comme ça, du thé à l’intimité, sans transitions. »

Il but une gorgée mécaniquement, le sucre de son thé saturant sa bouche de manière toujours plus agréable. Malgré les hésitations et les rougeurs, Miss Kaveline semblait parfaitement sérieuse et sûre de la demande qu’elle formulait, ce qui de surcroit souleva les sourcils du bibliothécaire dans une expression d’étonnement tout mesuré. Sa surprise n’avait rien de spontané. C’était au contraire un saisissement nonchalant, maîtrisé et un brin théâtral. Il eut envie de ricaner, mais se retint de justesse et son rire se mua en un joyeux éclat dans le fond de ses pupilles. Vilaine, vilaine fille. Elle ne lui demandait rien de concret finalement, imposant plutôt contraintes à l’exhaussement de son souhait, poussant Octave à agir sur la base de sous-entendus pour qu’il se révèle un peu plus au lieu de lui quémander quelque chose de concret. Vilaine, vilaine fille. Octave sembla réfléchir, dirigeant son regard redevenu paisible, mais non sans un fond de malice persistant, vers le plafond, puis sur les étagères de livre, voyageant sur le paysage qui lui était offert sans vraiment tourner du cou ; il n’y avait que ses pupilles qui étaient actives. Puis, ses yeux se tintèrent d’une obscurité douteuse et son timbre baissa d’une octave. Il prononça les mots de façon très posée et très calme, mais tout cela devenait un peu embarrassant.

« On est déjà intimes. J’ai répondu honnêtement à toutes tes questions. Mais souviens-toi, tu as vu la « bête », et elle t’a fait peur. Est-ce bien judicieux de réclamer ce qui, il y a quelques instants plus tôt, t’as autant troublée ? Et puis, qu’est-ce qui te fait dire que je suis dans la retenue ? Ais-je l’air de te mentir ? De me contenir ? Je t’épargne simplement ce que tu n’as pas voulu savoir d’emblée. A raison, certains êtres sont comme des sables mouvants ; ne cherche pas leurs secrets de peur d’être engloutie. »

C’était un tendre jeu et Octave aurait pu se défaire de son attention de moult manières pour ne pas avoir à perdre et il avait choisi son arme la plus efficace : le langage. Encore une fois, il refusait de faire le travail à sa place et s’était contenté de jouer sur les mots, rendant le terrain toujours plus étroit pour la jeune femme, restreignant ses possibilités jusqu’à ne laisser que ce qu’elle avait véritablement en tête et n’osait exprimer clairement.

« Et puis, même si ce n’est vraiment dans la définition du mot, on sait tous que l’intimité peut être physique ou spirituelle. Alors précises, est-ce que c’est mon âme que je dois vendre, ou mon corps ? Une partie spécifique de mon âme ou de mon corps ? Que veux-tu ? Ma main ? Mes yeux ? Mon cœur ? Mon passé ? Mon avenir ? Mes secrets ? Mes désirs ? Mes goûts ? Le feu de mes reins ? Les palpitations de ma poitrine ? Mes blessures ? Mes ratures… En quelle quantité ? Pardon, mais c’est un vœu que je t’ai proposé, alors il faille bien que nous fassions convenablement commerce. »

Sa voix était restée sereine et sensiblement guillerette, ponctuant l’énumération de menus silences pour laisser le temps à Miss Kaveline de réaliser ce qu’elle voulait. Encore une fois, il lui avait donné des indices, pour la perdre un peu plus, ou pour concrétiser de manière crue ce qu’elle pouvait bien avoir à l’esprit. A elle de choisir, mais à coup sûr, si elle s’obstinait dans son tâtonnement, il allait s’efforcer de la frustrer en choisissant le moindre mal, le plus superficiel et le moins intéressant. Dans la foulée, il souleva un sourcil interrogateur :

« Et puis, de quelle bête parles-tu exactement ?... Encore faut-il qu'il y ait une bête. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mer 15 Fév 2017 - 15:36

Un sourire en coin apparut sur son visage quand elle vit les yeux du bibliothécaire s'écarquiller un peu. Touché. En cet instant, Lina aurait adoré être une legillimens et s'introduire dans l'esprit tortueux d'Octave. C'était bien évidemment impossible, aussi la sorcière se mit en quête de chaque micro expression, du moindre indice qui pouvait la guider. Elle nota son drôle de sourire, qui n'en était pas tout à fait un d'ailleurs. Ce qu'elle avait dit semblait lui avoir plu, mais bien sûr, il ne tomberait pas dans le pseudo piège qui n'en était pas vraiment un, mais plutôt une tentative maladroite pour le laisser la diriger, lui évitant ainsi de faire un faux pas. Cependant, la jeune femme était satisfaite d'avoir réussi à troubler l'homme en face d'elle, même si cela ne devait durer que quelques secondes.

« Ah ouais, donc tu passes comme ça, du thé à l’intimité, sans transitions ».

Elle haussa les épaules sans pouvoir se retenir de rire. C'était lui qui avait commencé après tout, en lui proposant cet espèce de jeu dont lui seul connaissait les règles. Il haussa les sourcils, mais Lina avait dans l'idée qu'il se jouait un peu d'elle, l'effet de surprise était déjà passé, elle en était presque sûre.

« Eh bien... Oui ».

Elle crut percevoir la malice à peine dissimulée au fond de ses pupilles et elle lui répondit par un sourire. Dès l'instant où elle avait formulé son... ébauche de requête, elle avait su que ce ne serait pas suffisant pour Octave. La Poufsouffle savait qu'il s'arrangerait pour détourner la situation à son avantage, même si elle avait espéré qu'il prendrait la main... Les yeux de l'homme aux livres papillonnèrent autour d'eux, elle aurait voulu suivre son regard, mais cela aurait impliqué de se retourner, et Lina ne voulait pas lui tourner le dos.

Un voile obscur s'abaissa sur les yeux couleur émeraude du bibliothécaire et la jeune femme se raidit sans vraiment sans rendre compte, redoutant un peu ce qui allait suivre.

« On est déjà intimes. J’ai répondu honnêtement à toutes tes questions. Mais souviens-toi, tu as vu la « bête », et elle t’a fait peur. Est-ce bien judicieux de réclamer ce qui, il y a quelques instants plus tôt, t’as autant troublée ? Et puis, qu’est-ce qui te fait dire que je suis dans la retenue ? Ais-je l’air de te mentir ? De me contenir ? Je t’épargne simplement ce que tu n’as pas voulu savoir d’emblée. A raison, certains êtres sont comme des sables mouvants ; ne cherche pas leurs secrets de peur d’être engloutie ».

Faux. Enfin... Il avait raison dans l'absolu, mais Lina ne considérait pas leur relation comme intime. Pas encore. Certes, leur échange avait été particulièrement étrange, mais il lui fallait plus que ça. Quant à la bête... Lina pinça les lèvres, ce n'était pas tout à fait sa bête à lui qu'il avait vu, mais plutôt celle d'un autre, celle d'un Mangemort. Elle avait bien sûr une (très) vague idée de ce dont Octave pouvait être capable, mais dans le fond, ce n'était pas ça qu'il l'avait le plus dérangé. Ce qui avait été source de malaise c'était le courroux des gens qu'il avait provoqué. Le bruit de la détonation restait un souvenir glaçant, mais il ne s'agissait pas du bibliothécaire, mais de cet homme qui avait tout perdu. Ce qui se cachait au fond d'Octave, Lina ne pouvait même pas en esquisser les contours. Elle savait seulement qu'il était capable de pousser les gens au bout d'eux – même.  Est – ce qu'elle risquait vraiment d'être happée par les secrets de cet homme ? La sorcière se plongea dans les yeux du trentenaire. Oui, certainement. Pourtant elle était terriblement attirée par tout ce qui pouvait se tramer dans la vie de cet homme.

« Et puis, même si ce n’est vraiment dans la définition du mot, on sait tous que l’intimité peut être physique ou spirituelle. Alors précises, est-ce que c’est mon âme que je dois vendre, ou mon corps ? Une partie spécifique de mon âme ou de mon corps ? Que veux-tu ? Ma main ? Mes yeux ? Mon cœur ? Mon passé ? Mon avenir ? Mes secrets ? Mes désirs ? Mes goûts ? Le feu de mes reins ? Les palpitations de ma poitrine ? Mes blessures ? Mes ratures… En quelle quantité ? Pardon, mais c’est un vœu que je t’ai proposé, alors il faille bien que nous fassions convenablement commerce ».

Nouveau sourire en coin. Lui aussi aurait mérité quelques conseils en matière de transitions. Au fur et à mesure de toutes les possibilités qu'il énumérait, une onde de chaleur se répandait dans son jeune corps. Elle admirait sa capacité à rester calme et mesuré : les années d'expériences, sans doute. Lina aurait voulu être capable de rester aussi sereine, mais la situation était trop inédite pour elle. Et puis... Le fait d'être aussi sensible le rendait réactif, il avait l'air de s'amuser, plusieurs émotions se distillaient dans son regard, pour le plus grand plaisir dans la jeune femme. Elle releva très légèrement le menton et porta un instant son index à ses lèvres, elle fut tentée, l'espace d'un instant de mordiller son ongle mais elle n'en fit rien : elle ne s'était jamais rongé les ongles, et elle n'avait pas pour ambition de commencer aujourd'hui.

Le sorcier lui avait fait plusieurs propositions, et elles étaient toutes très intéressantes, à leur manière. Le plus fou dans tout ça, c'est qu'il ne lui proposait pas simplement une intimité physique, mais également une intimité plus... Spirituelle, et dans cette dernière, il ne lui offrait pas que des choses positives, il était également prêt à lui vendre ses « blessures et ratures ». Il y avait un très léger tri à faire.

Elle prit sa tasse de thé et bu une nouvelle gorgée en tentant de se remémorer chacun des termes qu'il avait employés. Elle reposa sa boisson chaude dans sa soucoupe sans faire tinter le service. Ses doigts tripotèrent la anse de la tasse quelques secondes. Un sourire se faufila peut – être sur ses lèvres alors qu'elle repensait à la chaleur diffuse logée au creux de son ventre.

Son âme ou son corps ? Y avait – il une infime possibilité pour avoir les deux ? Ou devait – elle absolument faire un choix ? À sa main, elle répondait oui, évidemment Lina y avait déjà brièvement goûté, et elle avait aimé son contact chaud. Ses yeux ? Oui aussi, ils étaient expressifs et elle avait aimé qu'ils s'arrêtent sur elle. Ses lèvres ? Hélas, il n'avait rien proposé à ce sujet là. Son cœur ? Question inutile. La sorcière avait été déstabilisée à l'idée qu'il lui propose et le rouge lui était monté aux joues. Son passé ? Oui, c'était certainement une des choses qu'elle voulait le plus ardemment, mais elle savait que cela prendrait du temps. Heureusement, elle était patiente. Son avenir ? Lina prit un instant. Au sens divinatoire du terme, elle l'avait déjà. Elle pouvait tout à fait se passer de lui désormais. Mais s'il parlait de prochaines rencontres... La réponse était oui, encore. Ses secrets ? Oui. Ses désirs ? Pourquoi pas. Ses goûts ? Tous. Le feu de ses reins ? Lina avait été amusée par l'expression qu'elle jugeait désuète. Elle se mordit l'intérieur de la joue et baissa les yeux en souriant. Les palpitations de sa poitrine ? Certainement, oui. Ses blessures ? Bien sûr. Ses ratures ? Encore plus.

Il haussa un sourcil, et sans lui laisser plus de temps pour réfléchir à toutes ces questions, il enchaîna.

« Et puis, de quelle bête parles-tu exactement ?... Encore faut-il qu'il y ait une bête ».

La sorcière prit un instant de réflexion et se racla la gorge tandis que son regard se posait partout autour d'Octave, l'évitant soigneusement. Elle avait besoin d'un instant de répit avant de se jeter dans la gueule du loup.

« Alors., d'abord... Ton cœur appartient à une autre, et ce serait de toute façon, terriblement prématuré d'en parler. Elle laissa passer quelques secondes avant de reprendre calmement. Je veux bien tout le reste. Elle n'avait pas chuchoté cette fois. Son ton était presque ferme. Et concernant la bête... Il y en a toujours une, Octave ».

Elle aussi pouvait balancer du prénom pour se donner des airs sérieux après tout. Malgré tout, elle avait dit ça avec douceur.  Ceci dit, il avait parlé d'un commerce, ce qui impliquait très probablement un échange, alors que voulait – il lui ? La question était innocente, elle ne voulait pas savoir pour réarranger la situation en son avantage, en tout cas ce n'était pas son but premier... De toute façon en était – elle capable ? Mais,en dépit de ses intentions elle était en droit de se demander quels allaient être les termes de cet échange, plus ou moins.

« Mais j'imagine que ça fait beaucoup tout ça... Vas – tu demander quelque chose en échange de tout ce que j'ai dis... désirer ? »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Jeu 16 Fév 2017 - 15:45

Il y avait toujours un risque particulier à énumérer des propositions précises au lieu de garder une question ouverte et vague, laissant ainsi le loisir à son vis-à-vis de faire appel à ses propres pensées au lieu de les emprunter à l’autre. S’il y avait des options bien spécifiques, les gens ne se fatiguaient que très rarement à essayer d’y ajouter les siennes, simplement par fainéantise ou par facilité -ce qui en soi revenait souvent à la même chose. Le rasoir d’Ockham du comportementalisme. Raisonnement philosophique qui allait d’autant mieux à la situation qu’il s’agissait là d’un principe d’économie, ou plutôt de parcimonie. Si la variation moderne sonnait comme « Les hypothèses semblables suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables », Octave constatait de plus en plus qu’au contact de l’humain, cela devenait plutôt quelque chose de ce goût-là : « Si l’une des hypothèses présentées me satisfait, je n’irai pas chercher la justesse, je me contenterai de la facilité ». Principe du mouvement moindre. C’était une théorie qui s’appliquait aisément aux choses mineures de la vie, mais le bibliothécaire avait plutôt tendance à se pencher vers la « loi de l’avarice » : il est vain d’essayer d’en faire moins avec ce qui requiert plus. La simplicité et le manque de courage à essayer de formuler ses propres idées l’exaspérait toujours quelque peu, mais l’habitude était venue avec le temps, à force de rencontrer des esprits peu enclins à manifester leurs propres envies, préférant répéter les mots et les passions d’un autre, à la manière d’un pastiche. Donner des réponses dans sa propre question était une manie qu’Octave essayait d’éviter pour la simple et bonne raison que cela avait rarement de l’intérêt. Il voulait connaître la vérité, posant des questions pour faire appel aux sentiments absolus de l’individu, découvrir qui il était, mais la disposition des gens à toujours choisir la facilité pour une raison ou une autre le privait de cette opportunité. Ils ne faisaient que répondre en écho ce qu’il venait de dire, et l’intérêt était le même que si Octave eut crié dans un puits pour entendre sa propre voix en retour. Bon sang que c’était fastidieux et fatigant. Et le voilà maintenant à jouer à son propre jeu tout seul.

Présentement, il l’avait fait pour ironiser, intimider un peu peut-être par tant de franchise, avec l’expectation que Miss Kaveline ne finisse par réfuter ses dires en rougissant. Et elle rougît, c’était vrai, tout en semblant le prendre au sérieux, ce qui n’avait pas vraiment été dans ses intentions. Enfin, ce n’était pas un problème en soi que le sarcasme se transforme en réalité ; fut un temps où il vendait son corps et son esprit au plus offrant, sans vraiment avoir beaucoup de considération pour soi. En revanche, la situation prenait soudain une toute autre ampleur, revêtant une importance singulière assez grave en un sens. Octave avait souri pour la peine, pour souligner la disproportion de son énoncé, mais l’étudiante semblait sérieuse et réfléchie, considérant manifestement la proposition avec un intérêt tout particulier. Misère, ce n’était pas intéressant et encore moins pertinent. Il se prédestinait maintenant à réaliser un souhait qui avait été formulé par ses propres soins et cela n’avait certainement pas l’attrait de la nouveau, du défi ou du mystère. Au moins découvrait-il cette jeune fille bien moins prude à ce sujet qu’il ne l’aurait cru. Oh oui, qui eut cru que cette douce nature, effrayée par quelques prédictions saugrenues, aurait pu s’intéresser à de telles balivernes aussi crues et grivoises. Mais bon, qui était-il pour juger sans connaître ? Et alors que Miss Kaveline se plongeait dans ses pensées pour, visiblement, mieux évaluer son questionnement, Octave baissa la tête sur ses mains avec un air quelque peu sinistre, sans toutefois quitter la cartomancienne des yeux. Finalement, après une rougeur et quelques hésitations, elle lui répondit :

« Alors., d'abord... Ton cœur appartient à une autre, et ce serait de toute façon, terriblement prématuré d'en parler… Je veux bien tout le reste. Et concernant la bête... Il y en a toujours une, Octave »

Wai, un peu facile comme réponse. Si peu coopératif. M’enfin, c’était pile poil dans le sujet, alors pour le coup, il n’eut aucun haussement de sourcil ni de sourire. Le mot « prématuré » lui resta coincé en travers de la gorge, comme s’il n’était pas censé avoir sa place dans ce contexte et l’entendre ainsi avait accroché sa sensibilité et son goût pour les bonnes formulations. Pas un instant l’idée de réfuter l’appartenance de son cœur à quelqu’un d’autre ne lui était passé à l’esprit, ce qui rendit la présence de ce mot par la suite d’autant plus dérangeante. Cependant, si Miss Kaveline formulait exactement ce qu’elle avait à l’esprit, cela voulait dire que si la possibilité s’était présentée, elle aurait tout pris de lui. Il ne savait s’il devait s’en sentir flatté ou extrêmement défiant. Malgré le ton doucereux employé de la jeune femme, une bile de méfiance monta en lui, comme cela arrivait si souvent lorsqu’il rencontrait des clients qu’il sentait n’avoir aucune considération pour les choses humaines. Etat de fait qui l’étonna quelque peu, tant cela allait en contradiction avec l’allure guillerette que l’étudiante se donnait.

« Mais j'imagine que ça fait beaucoup tout ça... Vas – tu demander quelque chose en échange de tout ce que j'ai dit... désirer ?
- Honnêtement, tu n’as pas dit désirer grand-chose, te contentant d’acquiescer à mes idées à la volée. Ce ne serait pas très juste de faire payer pour des désirs qui ne sont pas vraiment les tiens, n’est-ce pas ? Effectivement, c’est une conséquente oblation que tu me demandes… Je suppose que nous verrons en cours de route, rien n’est très concret pour le moment et je ne peux pas donner de valeur à quelque chose d’aussi indéterminé. A moins que tu n'ais quelques chose d'équivalent à l'esprit ? »

Il avait presque été méchant, mais il savait que lorsque les sous-entendus finissaient par ne plus marcher, c’était la négation qui devait prendre les relais. Finalement, la suspicion se mua en curiosité et Octave se tint déterminé à en savoir plus sur le sujet. Posant sa tasse déjà à moitié vide sur la table, il se releva souplement de sa chaise, un sourire qui ne disait rien qui vaille sur les lèvres. C’était toujours ainsi, il était foncièrement incapable d’innocence lorsque son esprit était en éveil, ses traits prenant d’eux-mêmes un air mauvais. Il aurait pu faire semblant, se forcer à la candeur pour ne pas éveiller les soupçons, mais ce n’était pas là le but de cette entrevue. D’une patte de velours languide, le bibliothécaire contourna le bureau avec une allure parfaitement naturelle, comme si cela était la suite logique des choses. Arrivant du côté de Miss Kaveline, il chassa avec désinvolture et douceur les mains de la jeune femme du bureau d’un revers de la main avant de s’y assoir, continuant à prendre appui d’une jambe sur le sol, alors que l’autre… Parlons-en, de l’autre. L’autre jambe avait en même temps forcé le passage entre les cuisses de la donzelle. Lascivement, elle vint prendre appui, d’un genou replié, avec le bord de sa chaussure cirée sur l’ourlet boisé de sa chaise, juste entre ses cuisses maintenant sensiblement écartés, manquant de happer son pied d’un instant à l’autre à coup sûr. Et tout cela fut fait avec une infinie délicatesse, le genre qu’on ne lui connaissait pas. Son éternel sourire ambigu aux lèvres, Octave se pencha légèrement vers l’avant et pris appui d’un bras sur sa cuisse relevée. Maintenant, malgré le rictus, il avait l’air parfaitement amical et candide, comme s’il n’y avait rien d’équivoque à se taper ainsi la pose. Pure ironie, bien entendu, mais cela lui allait bien d’être ingénu.

« Voilà, on est déjà plus proches de ton but que tout à l’heure, c’est un indéniable progrès. Je ne suis pas très doué en « intimités », mais on m’a toujours dit qu’il fallait de la proximité pour. Faut-il que je te touche ou c’est encore trop tôt ? »

Ah, vilain mensonge, mais c’était pour excuser son geste au cas où, des fois qu’il ait trop l’air d’un prédateur et que la jeunesse ne veuille s’enfuir, ce qui ne serait définitivement pas très amusant. Un moment, il bougea du pied sur la chaise et au sol, cherchant meilleur appui pour son corps, trouvant après quelques tâtonnements l’équilibre harmonieux nécessaire à une longue conversation, ou du moins un toisage en règles. Enfin, Octave lui sourit un peu plus franchement, la regardant droit dans les yeux alors que ses pupilles pétillaient de champagne. Il semblait patiemment attendre la suite de ces « intimités » évoqués, comme un enfant suivant des instructions précises dont il ne connaissait pas encore la suite. Et puis, son regard s’attendrit sensiblement et il finit par dire d’un ton taquin vaguement triste :

« Prématuré… oui, tu as probablement raison. Qui sait, si tu me le demandais, mon cœur finirait peut-être par t’appartenir à toi ? Parce que c’est ça que tu veux, non ? Le tout. Et que serait un corps sans cœur après tout… »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Sam 18 Fév 2017 - 0:12

« Honnêtement, tu n’as pas dit désirer grand-chose, te contentant d’acquiescer à mes idées à la volée. Ce ne serait pas très juste de faire payer pour des désirs qui ne sont pas vraiment les tiens, n’est-ce pas ? Effectivement, c’est une conséquente oblation que tu me demandes… Je suppose que nous verrons en cours de route, rien n’est très concret pour le moment et je ne peux pas donner de valeur à quelque chose d’aussi indéterminé. A moins que tu n'aies quelques chose d'équivalent à l'esprit ? »

Elle baissa les yeux pour regarder ses genoux et se réfugia derrière un sourire. C'était ce qu'elle savait faire de mieux. Il avait été un peu dur dans sa façon de parler, mais il n'avait pas tort dans le fond, Lina ne pouvait pas se jouer de lui sans retour de flamme. Elle se sentait un peu en mauvaise posture, et sans branches auxquelles se rattraper, incapable de nommer les choses et surtout son désir. Pourquoi ? « Attention à ce que tu dis, les écrits restent, et les paroles s'envolent ! ». La voix de sa grand – mère résonna dans les oreilles de Lina. Elle ne savait plus à quelle occasion Ekatarina lui avait dit ça, mais la phrase avait marqué l'adolescente. Pourtant, cet adage  était faux. Penser ainsi, c'était mépriser le pouvoir de la mémoire. Faire une promesse, donner ses mots à quelqu'un, s'était s'engager dans la relation, c'était aussi donner un petit bout de soi, en tout cas dans le cas d'une parole vraie.

« Je.. Hum... »

« Le désir, c'est le désir de l'autre » avait dit un sage. Elle voulait qu'il la désire, comme il voulait qu'elle le désire, en tout cas en théorie. Elle essaya vaguement de baragouiner quelque chose, et évidemment, elle échoua lamentablement. Heureusement pour Lina, Octave sembla passer à l'action. Sa tasse de thé tinta légèrement quand il la reposa. Elle – même haussa un sourcil. Son sourire avait un côté narquois qui ne rassura pas vraiment la jeune femme. D'une démarche souple, il contourna le bureau et se posa à côté d'elle. La bouche à peine ouverte, Lina le dévisagea, surprise, curieuse, peut – être un peu inquiète. Ces traits avaient changés et Lina se sentait comme une petite souris face à un chat particulièrement sauvage. Cependant, elle se laissa faire lorsqu'il repoussa ses mains qu'elle posa du coup en haut de ses cuisses. Il s'installa sur le bureau, moitié, moitié debout. Pour maintenir son assise, il prit appui sur la chaise de Lina en glissant le bout de sa chaussure juste entre les cuisses de la jeune femme. Audacieux, évidemment. Le regard de la sorcière s'arrêta un petit moment sur le pied de l'homme. En souriant, il se pencha un peu vers elle.

« Voilà, on est déjà plus proches de ton but que tout à l’heure, c’est un indéniable progrès. Je ne suis pas très doué en « intimités », mais on m’a toujours dit qu’il fallait de la proximité pour. Faut-il que je te touche ou c’est encore trop tôt ? »

Sa voix était paralysée quelque part au fond de sa gorge, elle hocha la tête en silence. Il était tellement près, elle pouvait sentir son parfum, et en deviner les notes olfactives. D'abord quelques choses de vivifiant, pour attirer l'attention. Lina crut sentir des agrumes, et peut – être quelque chose de plus doux, une fleur... Elle huma encore  l'effluve de l'homme aux livres. Après les agrumes, et ce qu'elle pensait être une odeur de rose, venait la touche d'élégance, une note boisée. Enfin, l'apothéose, la masculinité poussée à son paroxysme avec le bois de Santal, Lina en était certaine.

Alors, ils étaient intimes ? Déjà ? Finalement, qu'est – ce que cela voulait dire... ? C'était vrai ce qu'il avait dit un peu plus tôt, il avait répondu à toutes ses questions. Et voilà qu'il s'était rapproché d'elle. Physiquement. L'intimité, c'était donc aussi un espace, sans doute privé. En l'occurrence, un espace privé dans un espace public, totalement désert. Les seuls témoins de cette nouvelle intimité n'étaient que de vieux livres. Dans cet endroit si particulier, où il avait donné des réponses, elle s'était révélée en lui confiant son don. Presque plus de secrets, et de la proximité. Ils touchaient au but, en effet.

« Prématuré… oui, tu as probablement raison. Qui sait, si tu me le demandais, mon cœur finirait peut-être par t’appartenir à toi ? Parce que c’est ça que tu veux, non ? Le tout. Et que serait un corps sans cœur après tout… »

Le ton de sa voix lui sembla terne. Comme s'il était... peiné par quelque chose qu'elle ne pouvait pas comprendre. Elle pinça les lèvres : elle n'aimait pas l'imaginer comme ça.

Elle pensa subitement à la femme de la carte, Blondie. La question entre elle et Octave n'avait – elle pas été réglée ? La jaune et noire avait été terriblement déstabilisée par les propos d'Octave, et la façon qu'il avait d'insinuer que peut – être, si elle le demandait il lui donnerait son... Elle se racla la gorge. L'espace d'un instant, elle imagina ce qu'il se passerait si effectivement le précieux organe devait lui appartenir. Quelque chose remua dans son ventre, quelque chose d'agréable, l'idée lui plaisait un peu trop...
Mais un sentiment plus mesquin, presque perfide s'empara de l'esprit de Lina ? Cherchait – il à se moquer d'elle ? Il avait pourtant l'air sérieux et de toute façon quel intérêt aurait – il à la mener en bateau alors qu'elle venait de lui dire que cela n'avait aucun sens de parler ça, maintenant ? Elle doutait de lui, maintenant.  La sorcière baissa les yeux. Cette question valait – il vraiment la peine de se triturer les méninges maintenant ? Elle l'avait dit elle – même : il était prématuré d'évoquer ce sujet, alors de quoi s'inquiétait – elle ?

Tout doucement, elle leva sa main droite vers le visage de l'homme. Elle était terriblement hésitante, mais en même temps, rien ne l'empêchait de poursuivre son geste. Toucher au lieu de parler, c'était plus facile comme ça, en tout cas pour l'instant. Délicatement, le majeur et l'index de la jeune femme se posèrent sur la lèvre supérieure d'Octave. Elle fit glisser des doigts un peu plus bas, avant d'interrompre son mouvement, guettant une réaction, n'importe laquelle. Attentive, elle fronça à peine ses sourcils. Elle chercha son regard, sans savoir ce qu'elle voulait y trouver. Pour une fois, c'était elle qui venait vers lui, même si c'était probablement le ton de la voix d'Octave qui avait motivé son geste.Lina laissa retomber son bras dès qu'elle eu atteint la clavicule du bibliothécaire, près du col de sa chemise blanche.

Ce contact lui avait fait du bien, elle avait aimé toucher ses lèvres, sa peau, sentir les poils de sa barbe. Elle passa sa main pâle dans ses longs cheveux noirs et ondulés pour écarter de son minois quelques mèches rebelles. Elle se sentait un peu plus à l'aise, pourtant elle détourna le regard.  Mais par un quelconque miracle, sa voix sembla se réveiller tout doucement.

« Oui...  Peut – être... Mais je ne suis pas une voleuse. Elle se tut quelques secondes, le temps de repenser à la carte des amoureux, et de lui sourire à nouveau. Et oui.. Tu peux me toucher ».

Sa dernière phrase avait été murmurée, comme si les mots étaient devenus trop dangereux pour être prononcés à voix haute. Un frisson la parcourut le long de l'échine. Elle se demanda vaguement où ce drôle de petit jeu allait la mener, parce qu'elle n'avait jamais passé une soirée comme ça, c'était sa toute première fois. Enfin... Bien sûr qu'elle s'était déjà retrouvée seule avec un garçon. Lina se souvenait parfaitement de moments complices près du lac, ou dans des salles de classe désertes. Mais avec un garçon et non pas un homme, et cette différence n'était pas négligeable.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Sam 18 Fév 2017 - 21:51

Cet extrait contient du contenu mâture, orienté pour un public averti.

Il connaissait plutôt bien ses propres limites, après tant d’années passées à les tester, sauf lorsqu’il se prenait dans la parade et qu’elles le surprenaient en pleine action, freinant soudain toutes ses intentions. Il se prenait toujours à l’émulation, surtout lorsqu’il maîtrisait les évènements et il serait allé probablement plus loin encore dans son manège si seulement un souvenir ne lui était pas revenu en tête, brusquement, comme un coup de poignard dans l’œil. Cette perspective subite, désagréable, l’obligea à rebrousser chemin bien plus tôt que ce qui fut prévu. Dommage, tout un plan avait grandi don son esprit comme une plante sinueuse, à force d’exploration de possibilités auxquelles Miss Kaveline répondait pour le moment de manière concluante. Ce qui était d’autant plus dommage car il dut se résoudre à renoncer à ses intentions non pas par échec, mais parce que ses propres considérations passagères l’en empêchaient. Et puis, ce n’était plus le moment d’être vicieux et mauvais, pour une fois il pouvait bien laisser tomber sa manière de faire habituelle, celle qui se targuait de la méthode socratique. La dialectique était sa forme préférée de persuasion, car elle alliait tout autant la pratique que la pensée dans la recherche de justesse, tout cela bien souvent aux dépends de la personne à convaincre. Quoi qu’il en fût, aujourd’hui, ce chemin prenait fin, Octave arborant une attitude de vie relevant du risque assumé, raison pour laquelle la situation n’avait laissé aucun goût amer dans sa bouche, juste un contentement fataliste.

Il l’avait vue lever sa petite main gracile dans sa direction, avec une hésitation paresseuse, et par habitude, il s’était figé dans l’attente de la suite. Sourire aux lèvres, il avait d’abord suivi l’avancée en péripéties indécises de ses doigts jusqu’à ce qu’il ne comprenne ce qu’elle souhaitait faire. Alors, il dirigea ses yeux sur son visage, avide de suivre les émois de cette créature féminine qui ne savait pas encore exactement ce qu’elle faisait, ni sur quel chemin elle marchait, même si elle devait bien se douter de la direction que tout ceci prenait. Octave sentit la pulpe de ses doigts toucher sa lèvre ; l’intérieur de sa bouche s’écrasa contre ses dents sous la pression et il frissonna instinctivement de ce contact si intime. Ses lèvres s’entrouvrirent pour lui laisser plus de place et il se figea parfaitement, seuls ses cils battant paresseusement l’air témoignaient de son attention. Il la regardait simplement de ses yeux scrupuleux, sentant sa main curieuse explorer le reste de son visage. Presque en miroir, elle fit preuve d’audace en réponse à sa chaussure coincée entre ses jambes, s’immisçant bien davantage toutefois dans la moiteur de son intimité qu’il ne l’avait fait. C’était le but de toute sa provocation, pousser les gens à en faire toujours plus jusqu’à atteindre les limites de leur convenance, et là il avait sa réponse. Ce toucher si peu anodin le séduisit d’abord, sa soif de caresses nourrissant ses instincts les plus primaires, avant de le braquer. Elle avait touché sa peau et par-là, atteint sa frontière entre l’extérieur et l’intérieur, transgressant complètement cet espace vital qui les séparait encore.

Du fait de son vécu, Octave n’avait eu que peu de considérations pour sa chair, son corps n’étant qu’une agréable et frissonnante barrière, support de son individualité, et non pas une voie intermédiaire pour atteindre la prochaine étape. Depuis longtemps, son propre corps ne construisait plus les prémices de son intimité, la sphère du privé s’étendant uniquement et exclusivement à sa vie intérieure, aux pensées et aux ressentis. Pourtant, alors que les doigts féminins, après avoir franchi la vallée abrupte de son cou, se dirigèrent vers la naissance de son poitrail, Octave disparut derrière une réminiscence. Il était étrange comme l’on revenait toujours à l’original du mal, alors même qu’il ne nous faisait plus souffrir, simplement parce que c’était là qu’étaient enfouis les premiers souvenirs d’un sentiment nouveau. Raison pour laquelle il se retrouva vaguement étonné de repenser à cela maintenant, alors même qu’il n’en voyait pas le lien. Mais la liaison était la sensation ressentie.

Il avait presque quatorze ans. Il était allongé dans son lit et le haut de son crâne cognait contre le sommier dans un rythme plus ou moins régulier. C’était le mouvement des hanches de Maggy, agressifs balancements d’avant en arrière, qui le poussaient sur son oreiller à la rencontre de la tête du lit. Le drap, déjà à moitié par terre, finit par tomber complètement et Octave entendit sa chute sur le plancher. Une légèreté de feuille morte. Elle était lourde et avachie sur lui comme un vieil arbre courbé par le vent. Elle pressait sur sa poitrine et il avait du mal à respirer. L’air se faufilait tant bien que mal entre ses dents serrées et ses lèvres entrouvertes, peinant à atteindre ses poumons. Tout ce qu’il voyait, c’était sa lourde et épaisse chevelure bouclée, un rond de poils noirs qui venait et repartait au rythme des mouvements de son large bassin. « Ca te plait ? » Eructa-t-elle. Ses bras adolescents, encore un peu enfantins, étaient coincés sous l’oreiller et ne pouvaient bouger. Soudain, elle se redressa en prenant appui sur son torse de garçon et le regarda de loin, attendant probablement la première volupté charnelle secouer les membres du jeune Octavius. Dans cette position, un bruit répugnant emplit la pièce, une sorte d’exhalaison humide. Quelques instants plus tôt, elle était rentrée dans sa chambre en peignoir, fait qui ne l'avait guère intrigué, puisque c’était le temps d’aller se coucher et qu’elle lui rendait toujours une dernière visite inquisitrice pour éteindre la lumière. Mais cette fois-là, Maggy, ou Madame O’Reilly, sa gouvernante, avait ouvert le vêtement sur son corps nu avec ces mots exacts à la bouche : « Votre mère souhaite que je vous éduque ». Ca continuait, les mouvements du bassin et l’aspiration rendue maintenant délicate par ses entrailles serrées. Les larmes lui étaient montées aux yeux et, dans un soubresaut, son corps s’était tendu dans une extase douloureuse, la première d'une longue lignée.

Oui, cela devait être la première fois qu’il avait senti son esprit se distancier de son propre corps, un peu comme s’il ne lui appartenait plus. Il avait très nettement ressenti l’absence parfaite d’émotions dans cet acte totalement mécanique autant dans la physiologie que dans le geste. Le souvenir était net, bien que lointain, et appartenant depuis bien longtemps au registre de ces choses auxquelles on n’accorde plus d’importance. A dire vrai, c’était disproportionné de l’évoquer en un instant pareil, alors que le contexte était totalement différent, mais l’association émotive se fit manifestement trop forte, la mémoire sensorielle reprenant le dessus. Octave avait laissé Miss Kaveline finir son geste, vague sourire aux lèvres, avec dans le cœur, une compassion pour cette jeune femme méchamment naïve. Méchamment, car elle ne se rendait compte de rien. Le geste avait été doux, agréable, empli d’une curiosité chaleureuse, et Octave ne put s’en sentir que flatté, mais le clivage s’était fait et l’instant avait perdu tout le charme d’un rapprochement intime. Quoi qu’il ne fût même pas certain qu’ils aient atteint cette limite-là à aucun moment. Il avait joué son jeu et se retrouvait devant une ingénue qui ne comprenait pas où était le manquement.

« Oui... Peut-être... Mais je ne suis pas une voleuse. Et oui… Tu peux me toucher. »

Octave rigola doucement, lèvres fermées, avant de venir enrouler autour de ses doigts une mèche rebelle de cheveux noirs. D’un mouvement attendri, il la replaça derrière l’oreille de Miss Kaveline, là où sa place semblait être, réalisant ainsi d’une certaine manière son souhait, alors que le bout de ses doigts avait effleuré le duvet de sa tempe. Il dégagea sa chaussure, prenant appui de ses deux pieds sur le sol alors que ses mains vinrent s’enrouler autour du rebord de la table. Un instant, il regarda le sol, le visage sérieux et en même temps teinté d’une sorte de bienveillance latente. Enfin, il releva la tête :

« Je crois que ce n’est pas possible. » Il n’y avait aucune animosité dans sa voix, simplement une sorte de regret impalpable qui le rendait vaguement fataliste parce que de toute manière c’est dans cette direction que tout allait. Les choses s’étaient ainsi passées que la réalisation arriva plus tôt que prévu. « Tu vois, je ne pense pas que l’intimité soit quelque chose que l’on puisse demander de quelqu’un. C’est un peu comme la notion de respect et de confiance, ce n’est pas une relation que tu peux exiger. Dès lors que cela constitue un acte consciemment forcé, il devient factice. Je conçois parfaitement que tu ne sois pas en mesure de percevoir ce que cela a d’inconvénient pour le moment, mais ce n’est pas mon cas. Principalement parce que je t’apprécie et que cela ne donnerait rien de bon. Tu aurais peut-être eu mon corps, mais le reste te serait demeuré éternellement fermé. L’intimité, il faut de la patience et du temps pour y parvenir, une tendresse inconsciente, innée et non une envolée de caresses données sous la contrainte d’un souhait, ou des secrets soutirés par la force d’une promesse. L’intimité n’est pas affaire de conventions énoncées à haute voix. Je préfèrerais largement qu’un jour, au creux d’un silence complice et confiant, c’est notre relation qui se mette à exister, à prendre forme, au travers d’un lien qui s’invente et se tisse de lui-même. Et ce silence deviendra une intimité sincère, un aveu. Et ce sera à l’évidence, un merveilleux silence. Ce que nous avons là en revanche, c’est pléthore de sous-entendus, de tensions emplies de défi et d’un désir qui se réalise que parce que l’autre accepte de rester immobile. »

Octave renversa doucement sa tête vers l’arrière, toisant le plafond et abaissant ses épaules dans un geste d’abandon. La réflexion se tissait lentement en son esprit et il sourit gentiment à ses propres pensées, mettant enfin des mots sur des sentiments éprouvés jadis et demeurés éternellement indicibles. Lina l’avait touché et il en avait ressenti un plaisir animal, primitif, dénué de tout sentiment autre que celui de la satisfaction de la chair. Cela avait son avantage, mais il savait son attachement réduit à néant à cet instant précis. Il baissa la tête, soupira sans réelle raison à cela, avant de poursuivre :

« Tu dis ne pas être une voleuse. Je veux bien te croire, mais au vu de tes agissement et de tes dires, cela n’est possible qu’à une seule condition. Tu dis savoir mon cœur clos, mais cela ne t’a pas empêchée de venir me toucher, de satisfaire un désir que tu savais ne pouvoir être pour le moment que sensuel. Suis-je à ce point un objet à tes yeux pour que tu ne puisses dissocier ma sensibilité de ma chair ? Comme si je pouvais faire abstraction de ce qu’il y a en moi pour venir ne t’offrir que la moitié de ce qui est voulu ? Est-ce vraiment cela que tu souhaites ? »

Là aussi, il n’avait pas parlé de manière à la culpabiliser, au contraire, il semblait sincèrement s’intéresser à la condition de cette jeune femme, aux pensées qu’elle avait en tête et à ses désirs auxquels elle répondait avec si peu de considération et pourtant avec une telle hésitation. Octave pencha la tête sur le côté, ses doigts pianotèrent sur la table et il esquissa un sourire enjôleur. Il en avait vu des esprits de toute trempe et des tout acabit. De plus, il n’avait lui-même jamais véritablement eu de pitié pour sa chair, dont il se dissociait si souvent pour faire taire la douleur, alors voir les autres en faire de même à son égard ne l’éprouvait pas, cela était presque un fait normal, surtout lorsqu’il ne connaissait pas spécialement la personne.

« Peut-être il y a de ca quelques années, la situation ne m’aurait pas dérangé, loin de là... mais maintenant, ce que je t’ai dit tout à l’heure n’était pas la vérité. La vérité est que je ne m'appartiens plus. Mon corps et mon esprit ne m'appartiennent plus et je n'ai pas le droit de vendre ou de proposer en échange quelque chose qui n'est plus à moi. En l'état des faits, la seule chose que je sois en mesure de t'offrir, c'est une intimité amicale. Mais si tu continues sur cette voie, tu auras moins que rien. »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Lun 20 Fév 2017 - 20:24

Elle l'entendit rire. C'était un petit rire, enfermé dans la bouche de son hôte. Quand il tendit sa main vers elle pour récupérer des bouts des doigts une mèche de cheveux, elle ferma les yeux. Délicatement, il la replaça derrière son oreille. La chaise grinça quand il retira son pied, et le son du bois malmené lui fit rouvrir les yeux. C'est à ce moment qu'elle comprit que quelque chose venait de changer dans l'atmosphère, trop tendre, trop... Trop. Juste trop. Elle croisa les jambes et posa ses mains sur ses genoux. Elle concentra son attention sur sa tasse de thé, pour le moment tout allait encore bien, mais il allait ouvrir la bouche, et alors, elle ne serait plus capable de soutenir son regard. Or, elle ne voulait pas se dérober pendant le discours qu'il allait lui servir.  Ce fut pendant ce moment de flottement que Lina entendit la voix de sa mère loin au fond de son esprit, alors qu'elle récitait les mots de John Donne : « Aussi, n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi », pourtant, la jeune femme était loin d'être mourante. Mais elle savait que c'était très probablement la fin de quelque chose, alors la citation était presque appropriée au contexte.

« Je crois que ce n’est pas possible. Tu vois, je ne pense pas que l’intimité soit quelque chose que l’on puisse demander de quelqu’un. C’est un peu comme la notion de respect et de confiance, ce n’est pas une relation que tu peux exiger. Dès lors que cela constitue un acte consciemment forcé, il devient factice. Je conçois parfaitement que tu ne sois pas en mesure de percevoir ce que cela a d’inconvénient pour le moment, mais ce n’est pas mon cas. Principalement parce que je t’apprécie et que cela ne donnerait rien de bon. Tu aurais peut-être eu mon corps, mais le reste te serait demeuré éternellement fermé. L’intimité, il faut de la patience et du temps pour y parvenir, une tendresse inconsciente, innée et non une envolée de caresses données sous la contrainte d’un souhait, ou des secrets soutirés par la force d’une promesse. L’intimité n’est pas affaire de conventions énoncées à haute voix. Je préférerais largement qu’un jour, au creux d’un silence complice et confiant, c’est notre relation qui se mette à exister, à prendre forme, au travers d’un lien qui s’invente et se tisse de lui-même. Et ce silence deviendra une intimité sincère, un aveu. Et ce sera à l’évidence, un merveilleux silence. Ce que nous avons là en revanche, c’est pléthore de sous-entendus, de tensions emplies de défi et d’un désir qui se réalise que parce que l’autre accepte de rester immobile ».

Elle eut l'impression de devenir liquide et de couler lentement de sa chaise pour inonder le sol. Mais tout ça, c'était à l'intérieur d'elle. La cartomancienne continuait à regarder la tasse avec attention. Elle se demanda vaguement si le thé était encore chaud. Elle avait tiqué quand il l'avait dit qu'il l'appréciait, elle se sentait désabusée et subitement, elle avait du mal à le croire.
Encore une fois, il ne se trompait pas dans ce qu'il disait, mais Lina se sentait terriblement honteuse. Dans sa façon de parler... Peut – être qu'il s'agissait d'une sur – interprétation de sa part, mais elle se sentait seule. Lui aussi avait voulu jouer. C'était lui s'était avancé vers elle. Dans les faits, elle n'avait proposé qu'un tirage, et n'avait demandé qu'un thé au citron. Enfin, elle lui avait demandé... Elle avait accepté qu'il la touche. Quelque part, loin au fond d'elle, la jeune femme était cependant rassurée. Après tout elle l'avait dit : elle voulait connaître ses envies, ses goûts, ses faiblesses, etc... Et tout cela impliquait du temps, probablement de longues conversations.

Comme la Poufsouffle semblait toujours éprouver une fascination sans borne pour cette maudite tasse, elle ne vit pas Octave fixer le plafond et sourire. Elle aurait pourtant aimer cette vision. Elle l'entendit soupirer, mais son regard resta fixe, elle ne chercha pas à diagnostiquer son visage pour savoir ce qui pouvait le pousser à avoir cette réaction. Elle savait qu'il n'avait pas encore fini, et elle ne voulait toujours pas prendre le risque de baisser les yeux devant lui.

« Tu dis ne pas être une voleuse. Je veux bien te croire, mais au vu de tes agissement et de tes dires, cela n’est possible qu’à une seule condition. Tu dis savoir mon cœur clos, mais cela ne t’a pas empêchée de venir me toucher, de satisfaire un désir que tu savais ne pouvoir être pour le moment que sensuel. Suis-je à ce point un objet à tes yeux pour que tu ne puisses dissocier ma sensibilité de ma chair ? Comme si je pouvais faire abstraction de ce qu’il y a en moi pour venir ne t’offrir que la moitié de ce qui est voulu ? Est-ce vraiment cela que tu souhaites ? »

Son corps en entier se raidit. Ses sourcils se froncèrent, et son regard se brouilla deux ou trois secondes. Ce qu'il venait de dire était presque cruel. Pour la deuxième fois, Lina se sentit seule, alors qu'ils avaient deux dans la pièce, deux à jouer à ce jeu dont lui seul connaissait les règles. La jaune et noire avait tâtonné et elle avait probablement commis des erreurs, mais l'accuser de ne se soucier que de son corps à lui. Oui elle avait eu envie de le toucher, de... Elle ne pouvait pas nier tout cela. Mais entre intimité physique et spirituelle, la sorcière n'avait pas voulu choisir. Lina était sincèrement peinée qu'il puisse lui prêter une intention de ce genre.

Octave lui avait posé une question, mais son discours lui restait un peu en travers de la gorge. Elle ne savait plus quoi répondre. Elle aurait voulu lui montrer à quel point elle le trouvait injuste, là, maintenant. Le pire dans ton cela, c'est que son ton n'était même pas agressif, il prenait des pincettes, et avait vraiment l'air de vouloir savoir ce qu'il se passait dans la tête brune de Lina... Elle entendis les doigts de l'homme aux livres tapoter la table. Elle fut tentée de se tourner vers lui : elle ne saurait lui expliquer sa frustration, sa peine, mais peut – être que d'un regard, il pourrait comprendre ?  Mais voilà, elle était incapable de bouger. Lina était encore trop à vif. Elle aurait voulu lui jeter une remarque cinglante à la figure, mais ça aussi elle en était incapable, en grande partie à cause de la douceur dont il avait preuve. Lina inspire et expira profondément.

« Je ne voulais pas... Je ne pensais que à... Je... Elle soupira en fermant les yeux. Non. Bien sûr que non ».

Sa voix avait quelque peu perdue de sa chaleur naturelle. Elle n'aurait pas cherché à satisfaire un désir, son désir. Lina n'utilisait pas les gens. Elle s'était égarée, parce qu'elle avait été tentée, mais c'était tout : elle n'avait pas encore dix-huit ans et était encore victime des tumultes de l'adolescence.

« Peut-être il y a de ça quelques années, la situation ne m’aurait pas dérangé, loin de là... mais maintenant, ce que je t’ai dit tout à l’heure n’était pas la vérité. La vérité est que je ne m'appartiens plus. Mon corps et mon esprit ne m'appartiennent plus et je n'ai pas le droit de vendre ou de proposer en échange quelque chose qui n'est plus à moi. En l'état des faits, la seule chose que je sois en mesure de t'offrir, c'est une intimité amicale. Mais si tu continues sur cette voie, tu auras moins que rien »

La jeune femme fit un mouvement de la tête. Elle avait failli le regarder, mais s'était ravisée à la dernière seconde. Elle ne comprenait pas ce qu'il venait de dire. Il ne s'appartenait plus ? Lina pinça ses lèvres : impossible pour elle de saisir ce qu'il évoquait en disant cela. Mais il l'avait calmée. Bien sûr Lina avait été blessée par les propos qu'il avait tenu, elle avait eu profond sentiment d'injustice, mais elle ne pouvait pas non plus blâmer Octave : il était trop facile de se dire qu'il lui prêter de mauvaises intentions, juste « comme ça », pour le plaisir.  Il y avait manifestement autre chose, de plus profond. La Poufsouffle inclina très légèrement la tête sur la droite.

« Moi, ça me va très bien ce que tu me dis... Une intimité amicale »

Sa voix était douce, mais peut – être un peu lasse, d'ailleurs, elle soupira. Son regard papillona une seconde vers Octave, pas assez longtemps pour voir sa réaction. Elle agissait probablement de façon un peu puérile, mais c'était pour se protéger et peut – être aussi par fierté. Ceci dit il n'y avait plus grand chose à craindre maintenant... La sorcière consentie donc à poser son regard vert émeraude sur Octave. Elle avait insisté sur le « amicale », en se demandant vaguement comment tout cela allait se goupiller. Avait – elle envie de le revoir après ce qu'il venait de se passer ? Elle hésita un instant, pour faire bonne mesure. Bien sûr qu'elle le voulait. Lina restait totalement attirée par le mystère qui entourait cet homme, mais aussi par tout ce qu'il pouvait être, en tant que lui.

« Mais je ne comprends pas quand tu dis que ton corps et que ton esprit ne t'appartiennent plus »

Puisqu'elle l'avait regardé pendant ce qui lui semblait être des heures, Lina repris son thé et but une gorgée, en grande partie pour se donner une contenance. Elle garda cependant la tasse entre ses mains, posées sur ses genoux. Pour la première fois depuis un petit moment, la jeune femme leva se yeux interrogateurs vers l'homme aux livres, en se demandant surtout s'il allait lui répondre. Il avait employé des termes étranges pour parler de ses deux entités : vendre, échanger... S'il n'avait parlé que de son corps, la sorcière aurait presque plus comprendre, parce qu'il était facile de le perdre : le corps ne fait que vivre en colocation avec l'esprit. Il est le premier à pouvoir nous trahir, ne serait – ce qu'en tombant malade. Mais l'esprit, l'essence même de ce que nous sommes, comment pouvait – il en perdre la propriété ?

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Mer 22 Fév 2017 - 19:01

Dans l’air flottait déjà l’ambiance si familière du malaise, et le silence pressait presque physiquement sur les corps, à tel point même que la jeune femme joignit ses jambes dans une position de repli, comme si elle sentait que c’est ce que la situation demandait de sa part. C’était la pesanteur du « on est allés trop loin » qui embaumait la pièce tel un parfum trop lourd. Il y avait du vrai dans cela, dans ce sentiment de vague embarras qui ne pouvait venir que d’une envie refoulée et demeurant frustrée. Peut-être était-ce dû à sa jeunesse, mais Octave perçut l’instant où du jeu, ils étaient passés à la réalité, bien avant qu’il ne se mette à parler ; comme quoi la force de l’attitude était bien plus forte que tous les mots qu’il pouvait dire. On aurait cru que l’air avait refroidi tant il manquait de la chaleur habituelle dans ces regards évasifs d’une paire d’yeux soudain extrêmement vagues. Ca y est, elle refusait de le regarder, fixant quelque chose à côté de lui, la tasse peut-être, avec cet étrange intérêt un peu trop concentré. Pourtant, c’était lui qui parlait, mais Miss Kaveline n’avait fait que prêter attention à des détails l’entourant, sans oser une seule fois affleurer son visage du regard. Il connaissait bien cette manie, qui consistait à s’intéresser aux choses menues et insignifiantes mais tangibles pour se distraire d’une préoccupation qui effrayait, d’un ennui aspiré par une nouvelle sensation pour laquelle il n’y avait pas encore d’expression, ou même d’une terreur née d’une pensée obsédante à laquelle il fallait céder. C’était là l’adage de l’embarras, se dit-il simplement alors qu’elle continuait à lui préférer une tasse de thé. Bien sûr, il ne s’était pas attendu à une autre réaction de sa part que celle qu’elle lui présentait à la dérobée. Soudain, elle fronça les sourcils, mais il n’eut aucune pitié à son égard et resta patient en silencieux un instant, la laissant prendre conscience du sens de ses mots ; un sens qui semblait déjà fortement lui déplaire. Il ne savait pas encore si elle était fâchée de colère et de désaccord, ou si ce n’était que le mécontentement d’une gêne que l’on met aussi ouvertement en emphase. Quoi qu’il en fût, l’un ne méritait que l’indifférence tandis que l’autre du temps, alors il lui donna les deux.

« Je ne voulais pas... Je ne pensais que à... Je... Non. Bien sûr que non. »

Non, bien sûr que non. C’était intrigant parfois de voir comme les gens se relayaient sur les limites apparentes des autres plutôt que sur celles qui leurs étaient propres. Et lorsque le couvercle de la boîte de Pandore leur retombait soudain sur les doigts, ils faisaient les grands yeux, s’indignaient de la mauvaise qualité de la boîte plutôt que de doigts un peu trop crochus. La tendance à l’expérimentation, probablement. Mais en réalité, peu assumaient les limites qu’ils pensaient se donner. Et voilà que Miss Kaveline s’était davantage intéressée au champ de possibilités laissés par Octave plutôt que par ce dont elle était capable d’assumer. Il l’avait laissée avancer autant qu’il le pouvait, un peu trop loin par rapport à ce dont elle était en général éventuellement capable, puisque dès qu’il se rétracta, elle s’en sentit visiblement blessée. Lui en voulait-elle ? C’était quasiment inévitable. C’était là l’adage des individus qui se laissaient guider sans se poser de questions et, dès qu’on les abandonnait en terrain inconnu, ils remettaient la faute sur l’autre de les avoir emmené aussi loin. Pourtant, elle n’était plus une enfant, ou si peu, et ce n’était plus aux autres de veiller à ce dont elle était capable, ce que sa sensibilité, sa politesse et ses bonnes mœurs étaient en mesure de supporter. Octave n’était pas un guide. Toutefois il avait la courtoisie de ne pas pousser le bouchon trop loin, jusqu’au point de non-retour ou le regret allait prendre définitivement le pas sur l’embarras. Il s’était rétracté au bon moment, à dire vrai.

Toutefois, Miss Kaveline allait devoir décider ce qu’elle désirait avant d’agir. Si elle s’était attardée un instant pour mieux considérer ses propres intérêts au lieu de sans cesse fuir en essayant de devenir ceux d’Octave, ils n’en seraient pas là. Non, ils se seraient toisés avec respect en acceptant simplement que les limites de l’un n’étaient pas celles de l’autre. Mais les voilà assis, l’un constant et stoïque, l’autre mal à l’aise et foulée comme une fleur que l’on aurait chiffonnée d’une main enragée. Pourquoi se flétrissait-elle donc ainsi… ? Par manque de considération. Heureusement, ce n’était qu’un jeu, mais la vie en était un et il fallait toujours s’assurer d’en connaître les règles sous risque de s’y perdre, comme maintenant. Octave sourit vaguement, par reflexe plus que par intérêt, ou peut-être parce qu’il avait l’impression de relever une banalité qui continuait à tristement le surprendre. Ils se laissaient quasiment tous se perdre dans ses filets et lui en voulaient en final de ne pas rendre l’étreinte plus douce. Ce n’était son rôle. Ou plutôt, il était un rude bâton qui frappait avant que la vie même ne vienne châtier tous ses esprits incertains et indécis. Les gens lui en voulaient toujours à un moment où à un autre de les avoir emmenés trop loin, comme s’il se devait d’être rigoureusement bien rangé pour que personne ne se sente mal à l’aise, mais personne ne lui disait non, non plus. Mais bon, ca non plus, il n'en était pas fâché, étrangement.

« Moi, ça me va très bien ce que tu me dis... Une intimité amicale »

Nous faisions donc un pas en arrière, timide acceptation qui n’était peut-être même pas sincère, mais simplement une forme de fière abdication. De toute manière, elle n’avait pas le choix et ne semblait pas être de celles qui s’énervaient en grandes pompes sans aucune gêne. Tout resta donc très discret et bien rangé, même si Octave avait perçu les quelques nuances qui avaient habité son visage. D’ailleurs, il n’en avait rien fait, relevant avec patience la lutte intérieure qui l’avait obligée à regarder pendant aussi longtemps une innocente tasse de thé comme si ce fut l’œuvre la plus intéressante en ce lieu. Pourtant, il savait, c’était en elle-même qu’elle regardait avant tout. Elle apparût un peu moins enthousiaste, et Octave reconnut bien là la marque fatiguée que laissait un désir refusé. Il s’était préparé à ce qu’elle se lève et veuille partir, mettant fin à ces sentiments confus qui semblaient avoir pris le relai sur la malice et le très léger flirt, mais elle resta là, et relança le propos :

« Mais je ne comprends pas quand tu dis que ton corps et que ton esprit ne t'appartiennent plus. »

Octave eut un mouvement de tête étrange avant de sourire en pinçant ses lèvres carmin avec un certain amusement. Ah, il ne s’attendait pas à devoir expliquer quelque chose de ce goût-là, se disant que la réplique allait simplement prendre forme dans l’esprit de la jeune femme et qu’elle en comprendrait l’essence sans avoir besoin de demander des explications supplémentaires. C’était pour lui un sujet à tel point naturel et pénétrant qu’il venait à oublier que ce n’était pas le cas pour d’autres. En ces instants, il venait à se demander si vraiment sa sensibilité et sa perception des affaires du cœur et de l’esprit étaient les même que celles des autres, tant sa vision des choses soulevait des questionnements ou pire, un refoulement définitif. L’on lui avait après tout souligné plus d’une fois que sa vie n’était pas très saine, mais c’était comme cela pour le moment et il n’y pouvait pas grand-chose, ni ne voulait changer quoi que ce soit d’ailleurs. Etrangement, envers et contre tout, la vie lui convenait ainsi, à travers le filtre qu’était le sien, un peu bancal, un peu étrange, mais c’était son équilibre à lui. En cet instant, Miss Kaveline le regarda enfin et il se troubla sans savoir pourquoi. Néanmoins, son sourire persista et Octave sembla prendre du temps pour réfléchir et trouver les bons mots. Finalement, précautionneux, prudent, il tâta le terrain du bout des lèvres :

« Les attachements du cœur, jeune fille, les attachements du cœur… ceux qui nous rendent dépendants, nous imposent les délices de l’abandon. C’était une façon de parler. Pour cela, je crois que je ne suis pas quelqu’un de très moderne. C’est une question de responsabilité, je crois, un impératif moral. L’amour est un éternel don de soi. Il ne s’agit par de devenir l’esclave de l’autre, de se déposséder de son corps et de son esprit pour qu’ils deviennent la propriété de l’autre, mais c’est plutôt une union mutuelle de deux êtres à travers leurs dimensions personnelles. Elle me fait confiance, elle m’offre ce qu’il y a de plus sacré en elle et il en est de ma responsabilité de ne pas la décevoir. Je suis maintenant coupable de ses joies et de ses peines, de la félicité de son esprit et de la grâce de son corps. C’est un cadeau dont je me dois de prendre soin. Et davantage encore parce que c’est une affection dont je suis la source et le fondement conscient. »

Il se tut et soupira, ayant le sentiment de ne pas être assez clair, de se dédouaner quelque peu de cette situation, d’avoir l’air de quelqu’un qui prenait soin d’un animal que parce qu’on le lui avait offert. Mais ce n’était pas cela. Ce n’était rien de tout cela. Octave ferma les yeux, se mordit la lèvre et rigola doucement sous la joie latente qui l’envahissait alors qu’il repensait à tous ses nouveaux sentiments qu’il avait imaginés irrévocablement perdus. Une chaleur doucereuse l’envahit et il se sentit frémir comme l’on frémit d’un rayon de soleil tant attendu.

« Je ne sais même pas comment l’expliquer, tous les mots me semblent banaux et pauvres et rien ne convient. Je sais juste que son esprit est présent dans chacune de mes pensées, dans chacun de mes gestes et en cela je lui appartiens sans qu’elle n’en sache jamais rien. C’est une présence qui s’impose d’elle-même, une tension sans relâche qui ne me laisse pas en paix, une souffrance qui me rend heureux. Cela me va bien, de ne pas m’appartenir et d’avoir une autre finalité dans mon existence que moi-même. Je crois d’ailleurs que c’est comme cela que je me sens le mieux… C’est ce qui arrive en tout cas, lorsque quelqu’un devient plus important à nos yeux que nous-même. »

Octave regarda la jeune femme, encore pas tout à fait sûr que ses mots aient parfaitement suivi sa pensée, ce qui était chose rare finalement, mais certains concepts échappaient définitivement à son entendement et c’était très bien comme ça. A force de donner un sens à tout, il en perdait parfois le goût, et le mystérieux bonheur qui l’envahissait lui convenait assez bien. Il sourit alors d’un sourire sincère et chaleureux à la jeune femme et, tendant une main consolatrice vers son visage, il lui caressa la joue du bout des doigts, comme l’on frôlerait une étoffe de soie. La tendresse fut lente et paresseuse, descendant de sa tempe, passant par sa joue et descendant vers l’angle de sa mâchoire. De là, il l’obligea à relever son visage pour le regarder un peu plus franchement, décidé à mettre fin au malaise et à poindre vers une note plus doucereuse pour que les séparations soient agréables. Ses doigts disparurent alors et reprirent place sur la table.

« Je te le souhaite. Que tu aimes ou sois aimée un jour de cette manière. D’un amour qui se donne sans rien attendre, telle une rose rayonnant de sa beauté sans raison. » Joyeusement, il fit la moue, grimaçant de sa bouche avant de déclarer : « Tu vois, voilà l’intimité qui nait sans que l’on s’en rende compte et qui se répand comme un fleuve qui suit son cours, sans calcul et sans intention. C’est déjà plus agréable je trouve, non ? Dis-moi, as-tu déjà connu cela ? Cet abandon divin de soi où l’on vendrait gloire et possession pour quelqu’un d’autre ? »

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Jeu 23 Fév 2017 - 19:01

L'amour est un éternel don de soi avait – il dit. C'était une jolie expression, mais qu'il était dommage de l'associer à la dépendance. Ah non, il avait modéré son propos en parlant d'union mutuelle, et c'était déjà mieux. Pourtant Lina avait tiré l'Amoureux, elle avait vu l'hésitation de Blondie, elle avait deviné ses doutes, alors Octave était – il sûr que cette union était vraiment mutuelle ? Comment pouvait – il être certain que les dés avaient été jetés ? La sorcière planta ses dents blanches dans la chair rouge de sa lèvre inférieure pour la martyriser une fois de plus... Chut Lina ! Cette histoire ne la concernait pas, d'autant plus qu'elle lui avait expliqué cette carte, il n'y avait rien de plus à dire sur cette affaire.

Elle le regarda se mordre la lèvre, mais ce n'était pas la même attaque que la sienne. Octave était plus doux, plus lascif. Son rire avait quelque chose de changé, il était plus doux, subtilement chargé d'une émotion, Lina devina qu'il s'agissait de quelque chose s'apparentant au bonheur et elle lui sourit en retour. Elle aimait voir les gens dans cet état, parce qu'ils avaient alors quelque chose de touchant, de profond.

« Je ne sais même pas comment l’expliquer, tous les mots me semblent banaux et pauvres et rien ne convient. Je sais juste que son esprit est présent dans chacune de mes pensées, dans chacun de mes gestes et en cela je lui appartiens sans qu’elle n’en sache jamais rien. C’est une présence qui s’impose d’elle-même, une tension sans relâche qui ne me laisse pas en paix, une souffrance qui me rend heureux. Cela me va bien, de ne pas m’appartenir et d’avoir une autre finalité dans mon existence que moi-même. Je crois d’ailleurs que c’est comme cela que je me sens le mieux… C’est ce qui arrive en tout cas, lorsque quelqu’un devient plus important à nos yeux que nous-même »

Il parlait de l'amour comme un peintre parlait d'une toile : chaque sentiment, chaque sensation, qu'il décrivait apparaissaient à Lina comme une nuance de couleur allant du jaune vif , au rouge bordeaux, en passant par l'orange du soleil qui se couche. Il y avait aussi des pointes de blanc immaculé et de bleu ciel. Octave, plus qu'un bibliothécaire était devenu William Turner, le peintre de la lumière. La sorcière avait vu ses tableaux à la National Gallery de Londres et ils lui avaient procuré un sentiment de paix : écouter l'homme en face d'elle, c'était comme être devant un de ses tableaux. C'est ainsi que Lina comprit qu'elle ne savait rien des choses de l'amour. Enfin de cet amour – là, parce que bien sûr qu'elle aimait ses parents, et qu'elle aimait encore sa sœur, au – delà de la mort.

Heureux celui qui meurt d'aimer.

Elle fut heureuse d'avoir levé les yeux vers lui quand elle revit son sourire, le sourire d'un homme heureux. Avec une délicatesse qui somme toute lui allait bien, il déposa le bout de ses doigts vers la tempe de Lina, puis  suivant une ligne invisible, il descendit lentement vers l'angle de sa mâchoire. Il raffermit sa prise, pour l'obliger à relever un peu plus son visage. C'était bien la première fois qu'il la touchait sans qu'elle n'éprouve de gêne ou quoi que ce soit d'autre. Elle était simplement contente de ce contact, satisfaite, parce qu'il avait l'avait touchée avec ses mots d'amour destinés à une autre avant de la toucher avec sa main. Elle le trouvait beau pour ça, et ce phénomène effaçait tout malaise.

« Je te le souhaite. Que tu aimes ou sois aimée un jour de cette manière. D’un amour qui se donne sans rien attendre, telle une rose rayonnant de sa beauté sans raison. Tu vois, voilà l’intimité qui nait sans que l’on s’en rende compte et qui se répand comme un fleuve qui suit son cours, sans calcul et sans intention. C’est déjà plus agréable je trouve, non ? Dis-moi, as-tu déjà connu cela ? Cet abandon divin de soi où l’on vendrait gloire et possession pour quelqu’un d’autre ? »

Lina fit une petite grimace, elle ne pensait pas qu'il lui poserait cette question : les amourettes d'une adolescente n'avait rien de bien palpitant. Le regard de la jeune femme se perdit un instant. Effectivement, elle avait eue quelques histoires, comme tout le monde, probablement. Elle se souvenait parfaitement de ce garçon, Caleb qu'elle avait rencontré l'été qui avait suivi la mort de sa sœur Victoria. Il avait passé énormément de temps à soutenir la jeune fille éplorée, l'empêchant de sombrer totalement. Elle avait apprécié beaucoup de choses chez lui : le goût de ses lèvres, ses mains, ses cheveux un peu trop long, sa façon de lever les yeux aux ciel, la manière dont il tournait les pages des livres, son humour décalé, sa capacité à comprendre le monde qui l'entourait malgré son jeune âge... Mais tout ça n'avait pas suffit à la rendre amoureuse. Elle était peut – être encore trop juvénile, et trop fracassée pour aimer véritablement.
Puis il y avait eu cette fille, une moldue qui habitait un peu plus bas. Elle était vraiment sublime. Lina avait passé des heures à admirer l'éclat de ses yeux bleus, et la fossette à sa joue gauche. Elle s'appelait Elisabeth, elle était grande, blonde et portait toujours des jupes ou des robes. Elle volait souvent le de lait de ses voisins avant de le boire à la bouteille. Sa franchise dépassée l'entendement, comme si elle n'avait pas la moindre barrière, le moindre scrupules. C'était une véritable furie parfois : la blairelle l'avait souvent comparée à un feu forêt. Pourtant, ensemble, Elisabeth, que Lina appelait Beth, faisait preuve d'une grande tendresse, comme si elle acceptait de baisser les armes, l'espace d'un moment pour se livrer entièrement. La sorcière avait eu beaucoup d'affection pour Beth. Mais voilà, c'était tout « beaucoup d'affection ». Cependant, Beth se démarquait de tous les autres : d'abord parce qu'elle avait été la première fille à séduire la blairelle, ensuite c'était elle qui avait mis un terme à leur relation, alors que Lina avait prit l'habitude d'apporter un point final à ses histoires. Bien sûr, la sorcière n'avait pas été étonnée qu'Elisabeth prenne les devants : elle était fière, c'était elle qui partait, pas les autres.
À Poudlard, elle avait souvent eu des « coups de cœur » pour des garçons ou des filles, espérant pouvoir sortir avec eux. Lina les avait observés de loin, en rigolant parfois bêtement avec les amis au courant, quand la cible passait près d'elle. Parfois, elle avait eu l'occasion d'en séduire et elle avait connue quelques semaines agréables. Mais ils n'étaient que des histoires, avec un début et une fin. La jeune femme avait vu l'amour plus qu'elle ne l'avait vécut.

La sorcière, revenant sur terre, haussa les épaules. Elle avait aimé la façon dont Octave avait parlé de tout ça, les mots qu'il avait choisis. Il lui donnait presque envie d'aimer à son tour. Elle gonfla ses joues d'air pendant une seconde, quelque peu dubitative face à ce qu'avait été sa situation sentimentale. Elle avait adoré ces moments d'ivresse à deux, même s'il n'y avait pas eu d'amour.

« Non non. Rien de tout ça. Elle se mordit la lèvre en se demandant si quelque chose n'allait pas chez elle. J'aurais bien voulu mais non. Je ne sais pas pourquoi. J'avais de bonnes raisons pour, pourtant. Elle repensa à la gentillesse de Caleb, à quel point il pouvait se montrer perspicace. Elle se remémora la soif de liberté de Beth, de son rire, de sa sagesse, en dépit de son sale caractère. Ouais, j'aurais pu. Mais impossible ».

Le ton était détaché mais emprunt de... remord, peut-être, indiquant clairement qu'elle ne mentait pas pour se donner des airs d'indifférences. L'amour, c'est deux inconscients qui se rencontre avait – elle entendu dire un jour. Elle avait trouvé ça beau. Il fallait croire qu'elle n'avait jamais trouvé l'autre inconscient capable d'embrasser le sien. De toute façon, l'avait – elle vraiment cherché cette personne ? Certainement pas. Ça aurait été facile pourtant, un simple tirage aurait suffit. Maintenant qu'elle y pensait, Lina n'avait jamais fait de tirages pour elle – même, exclusivement pour elle – même : elle n'avait jamais voulu savoir si elle avait réussi ses B.U.S.Es, à connaître le résultat d'un match de Quidditch, à savoir si Beth allait partir... Pendant quelques secondes, la voyante fut assez fière d'elle.

Il a été dit que la maladie de l'adolescence c'est de ne pas savoir ce que l'on veut mais  le vouloir cependant à tout prix. Il était temps pour Lina de grandir un peu et de mettre fin à la crise adolescente. En grec le terme Krisis désigne la décision  : le moment où la sorcière devait décider de son avenir pointait le bout de son nez, et il faudrait être prête. Elle regarda Octave en souriant. Elle aimait bien sa façon de la toucher, son sourire, la façon dont son sourcil pouvait s'arquer parfois, ses mains robuste, son parfum. Mais ce n'était que la surface, le début d'un début, du moins l'espérait – elle. Pourtant, elle avait une drôle de sensation au sujet d'Octave, sans qu'elle parvienne à mettre encore le doigt dessus parce qu'elle manquait un peu de recul.

Lina ne s'était pas rendue compte de l'intensité qu'avait prit son regard. De toute façon, l'étincelle dans ses yeux s'était rapidement éteinte quand la sorcière leva les yeux au ciel en haussant une nouvelle fois ses frêles épaules.

« C'est pas grave, ça viendra »

Elle ne savait sans doute pas encore à quel point elle avait raison.

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MessageSujet: Re: [2 octobre 1997] - La sibylle de Poudlard. Ven 24 Fév 2017 - 18:09

Il lui fut déjà donné de se demande ce qu’il en serait advenu de lui s’il avait rencontré quelqu’un capable d’apaiser son tempérament et de passer un baume sur son cœur, aux prémices de son existence. Aurait-il par-là eu la chance d’évoluer autrement que ce qui en était aujourd’hui ? Serait-il parvenu à profiter de la vie plus tôt et avec une naïveté qui aurait été bien plus salutaire à son esprit que cette lucidité imposée, maintenant si bien ancrée qu’il ne savait plus comment vivre sans ? Aurait-il été plus conciliant, plus doux, plus gentil ? L’affection serait-elle parvenue à le rendre bienveillant de simplicité ? Tendre comme la jeunesse, ensoleillé d’un éveil curieux et débordant de fraîcheur ? Un enfant tranquille et comblé qui n’aurait eu en tête aucun souci plus important à régler que la couleur du skateboard qu’il désirait pour son anniversaire. Un adolescent banalement révolté contre l’autorité et tentant de se réapproprier son propre corps au travers de modifications corporelles. Une nouvelle coupe de cheveux, un piercing, un tatouage que ses parents n’auraient jamais voulu lui payer. Alors il aurait travaillé en tant que postier ou serveur dans le café du coin pour imiter la signature de ses parents et se faire percer la langue ou un téton, dans le cas d’une crise plus extrême. Un étudiant heureux de sa vie et stressé pour son avenir, se murgeant sévèrement en fin de semaine pour péniblement repartir le lundi matin à huit heures, échangeant des rictus complices mais moroses avec des amis en survivant à une gueule de bois commune. Jeunesse populaire, baignée de sentiments humains et d’effleurements à en faire frémir le cœur au moins un peu à chaque instant, douceur se diluant dans l’existence pour la rendre timidement belle et terriblement honnête.

Mais à chaque fois, la réponse se présentait à lui avec la dureté d’une évidence absolue. Octave aurait été incapable de saisir cet instant où sa vie aurait pu changer. A l’époque, il ne comprenait pas les rapports humains simples, les plaisirs que l’on pouvait éprouver entouré d’amis et de personnes agréables. Le concept de confiance n’avait eu aucun sens à son caractère, tout comme l’amitié, l’amour, l’indulgence, l’altruisme… Si durant ces jeunes et inconscientes années avait subsisté un peu de lumineuse délicatesse, en grandissant il devint enfant taciturne, mauvais et renfrogné. Il aurait pu être ennuyeux si seulement tous ses mauvais penchants n’étaient pas agrémentés d’une débordante imagination, encouragée par un sarcasme développé, une ironie souvent méchante et une langue toujours acerbe. Cassidy et Jane auraient pu passer devant lui, essayer de le charmer pour consoler son tempérament cruellement édulcoré, qu’il n’en aurait vu qu’une belle figure à bécoter. Les gens avaient été comme des objets à collectionner pour lui selon leur utilité. Leur utilité directe et immédiate pour satisfaire quelques désirs ou atteindre un but, mais rarement s’y était-il attardé pour s’y intéresser. Personne ne lui apportait quoi que ce soit et Octave n’en avait jamais attendu rien d’autre qu’un usage cru et superficiel. Il aurait fallu vouloir changer pour changer, et l’idée ne lui avait pas une seule fois traversé l’esprit jusqu’à la mort de son grand-père. Il s’était cru heureux, possédant tout ce qu’on pouvait désirer.

Alors, il avait espéré que la jeune femme lui réponde par la positive, dans un inconscient désir de ne voir personne traverser le même désert que lui. Elle réfléchissait et il la regardait, accroché à ses lèvres dans l’attente d’une réponse. L’espoir sot passa à la volée et Octave se souvint avec une certaine consolation qu’il était une exception. Fort heureusement, les tumultes de la majorité étaient comme un champ de blé, balayé par de fortes bourrasques alors que les épis tanguaient tous ensemble dans la même direction. Leur vie émotionnelle était normale, tranquille et bien portante, évoluant sans trop s’exacerber, ni complètement mourir après un chagrin. Leur sensibilité les protégeait, ne s’enflammant véritablement que très rarement, et toutes les douleurs étaient bénignes pour souligner au mieux des joies toujours plus nombreuses. Les petits malheurs paraissaient excessifs à défaut d’avoir connu pire. Mais surtout, leur esprit était bien bâti, égal, en permanence entouré de bonnes choses pour en nourrir l’engrais. Alors, lorsque Miss Kaveline lui répondit que finalement, elle n’avait rien connu de ce qu’il lui avait décrit, Octave ne s’en accabla pas. Elle était jeune, mais surtout, elle avait eu de quoi réfléchir, ce qui voulait dire que sa situation n’était pas asséchée, que son cœur avait connu les prémices d’un battement amoureux, son timide écho, une répétition avant le grand spectacle. Il releva toutefois, soulevant ses sourcils dans un air de fausse indignation étonnée :

« Tu avais de bonnes raisons ? Tu aurais pu, mais impossible ? Non, non, sûrement pas. L’amour n’a pas besoin de raisons, et encore moins dépend-t-il de nous. Je crois que la seule chose qui dépend de nous c’est le choix de laisser mourir ce sentiment ou de l’exacerber. Ce n’est pas pour rien si l’on dit que l’amour est un feu qui s’éteint s’il ne s’augmente. Mais il naît en nous indépendamment de notre volonté, contre ou avec son consentement. »

Il se garda bien de préciser que l’on pouvait toutefois s’en prémunir en y restant parfaitement aveugle. Parce que ne tombent amoureux finalement que ceux dont l’âme toute entière y tend, consciemment ou inconsciemment. Et pour cela, il faut savoir considérer l’autre pour y trouver son bonheur, découvrir le besoin de rester tous les jours en la compagnie d’un corps qui n’était pas le sien. Les goûts d’Octave avaient toujours été difficiles et le fait de ne s’intéresser à personne n’avait pas arrangé son affaire. S’il avait connu les timides balbutiements d’une affection naissante, il s’en effrayait comme d’une peste et écrasait l’émoi sans vergogne. Rien ne devait jamais s’élever en son âme plus haut que la raison froide et calculatrice. Mais Lina n’était pas comme lui et il n’y avait aucun intérêt à préciser cela, découvrir l’existence de ce chemin-là. Alors Octave se contenta de décocher un sourire en coin pour clore le sujet. Le regard qu’elle lui jeta par la suite le troubla vaguement, tant il avait le sentiment de connaître cet éclat étrange au fond du regard sans parvenir à mettre les mots dessus. Il sentit d’instinct qu’il ne s’agissait pas d’une œillade anodine et courtoise, qu’elle impliquait bien plus qu’une simple joie ou une émotion insignifiante que cette conversation aurait pu provoquer. Non, c’était autre chose de bien plus profond et perçant.

« C’est pas grave, ça viendra.
- Bien évidemment.

Octave resta silencieux un instant, encore souriant de la certitude de son propos, sentant avec apaisement l’avenir qu’avait encore cette jeune femme devant soi. Il repensa un moment à ce regard, ne sachant s’il devait y prêter importance, s’il lui était dirigé personnellement ou s’il s’agissait de l’écho d’une pensée qui ne le concernait en rien. Un souvenir peut-être. Finalement, puisque la réponse ne viendrait de toute manière pas, le bibliothécaire se redressa doucement et s’écarta. Sa main vint se poser sur les ouvrages qu’il avait ramenés. « Donc, cadeau, tu les prends et tu les gardes. » Puis il vint ramasser d’une étreinte unique, lovant contre son torse d’un seul bras, les livres que Miss Kaveline étudiait avant qu’il ne l’interrompe. « Ceux-là, je les récupère, leur place étant sous la poussière au sommet d’une étagère inatteignable, ou éventuellement entre des mains d’amateurs. » Enfin, il se redressa complètement, bombant légèrement le torse et gardant son dos bien droit comme s’il fut un militaire sur le point de faire un salut. Un rictus malicieux passa sur son visage et il susurra : « Des affaires de la plus haute importance m’attendent. Car bien évidemment, il n’y a qu’une affaire de vie ou de mort qui me tiendrait éloignée d’une cartomancienne comme toi. Je dois donc m’en aller. Restes ici si tu le désires, mais si tu pars, éteins les bougies de table qui restent. Sans surveillance, ce pourrait être dangereux. Laisse le thé ici, je m’en occuperai plus tard. » Octave la regarda un instant, comme s’il reconsidérait ce qui l’attendait. Une entrevue nocturne avec Rusard pour une exploration du château tant attendue… Non, cela ne se ratait définitivement pas. Il soupira doucement avant de poursuivre, une pointe de gaieté étrange dans la voix : « Bonne soirée et bonne nuit, Miss Lina, to be continued… » Un clin d’œil, un sourire et le voilà qui reculait d’un pas pour disparaître derrière les nombreux rayonnages, comme un acteur s’évanouissant derrière son rideau. Et le spectacle était fini.


- Fin -

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