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[mardi 14 octobre 1997] L'asociale, le maladroit et le muffin...

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SERPENTARD7ème année
    SERPENTARD
    7ème année
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DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 19/01/1980 Canterbury
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MessageSujet: [mardi 14 octobre 1997] L'asociale, le maladroit et le muffin... Ven 23 Déc 2016 - 23:59

Stella Rowell.
Tel était le doux prénom de l’épineux problème qui se posait à lui. Encore une fois.
Assis en tailleur sur le banc de sa tablée pour éviter de somnoler, Lysander méditait sur les causes du cercle vicieux qui semblait l’accabler dans sa relation avec la Serdaigle. Tentative de relation. Tentative de relation amicale et réalité bien plus incertaine. Il était pourtant plein de bonnes intentions et il ne se pensait pas stupide… Maladroit dans ses relations, le Serpentard pouvait aisément de concevoir, mais au bout d’un an, statistiquement, il devait s’être produit au moins un évènement durant lequel il ne se serait pas couvert de ridicule ou ne l’aurait offensée sans le vouloir. Il en était sûr parce qu’il avait fait le calcul, en prenant ce qu’il pensait être de raisonnables approximations. 2,34 évènements exactement, si on les considérait comme indépendants, 3,19 dans le cas contraire. Alors la question demeurait entière : pourquoi ?

L’incident à l’origine de sa présence ici avait la couleur de l’entraide et le goût d’un muffin aux myrtilles. Pas de quoi présager une catastrophe, n’est-ce pas ? Accablé de constater que, pour la troisième fois consécutive, les elfes de maison « oubliaient » de préparer le petit déjeuner pour la cinquième maison, il avait pris l’initiative de commencer une petite collection de pommes à l’intention de son camarade et ami. Innocemment absorbé dans son livre de sortilèges, l'étudiant avait attrapé un petit tas de fruits qu’il avait transformés en cailloux de la taille d’un pouce avant de les arranger en assemblages complexes qu’il faisait jouer, tordant et écartant la structure du composé pour tester les limites de son sort. La prochaine étape avait été de tenter de les fusionner en gardant le même volume, compactant leur structure, et il avait passé plusieurs dizaines de minutes à essayer, progressant par petits pas, visiblement absorbé – et il l’était ! – par son travail.
Pris au jeu, il avait rapidement cherché un autre élément, un dont la structure diffèrerait de celle des pommes, et son regard était tombé sur l’innocente pâtisserie qui reposait, délaissée, sur la table des bleus et bronzes. Il n’avait pas réfléchi plus loin et, d’un accio informulé, avait attiré à lui le muffin aux myrtilles, faisant se refermer sur le vide la main qui s’était tendue pour le saisir. Mince, malgré l’heure de début de cours toute proche, il restait dans la Grande Salle quelques âmes à nourrir. L’objet de la discorde s’était arrêté en vol entre les deux tables, visiblement indécis, avant de rebrousser chemin vers sa propriétaire légitime, porté par un regard et un mot de regret, pour se voir rejeté par une jeune sorcière qui n’avait pas tardé à sortir « rejoindre son cours ». Il n’avait pas osé la suivre, d’autant que c’était l’heure des options et qu’il avait lui-même un cours d’alchimie auquel il devait assister, et avant qu’il ne se décide un malicieux Gryffondor avait joué le prédateur et croqué dans le muffin encore suspendu, l’emportant avec un rire.

Et c’est ainsi que le jeune homme se retrouvait là, patientant depuis l’ouverture de la salle avec un linge rempli de semblables gâteaux à l’intention de la jeune femme. Il avait vu l’espace se remplir puis se vider, au fur et à mesure des vagues de lèves-tôts ou de moins réveillés, ses jambes le démangeant de sortir courir alors que son esprit s’embrumait dans l’ennui. Lysander n’osait pas risquer de se plonger sans retour possible dans l’un ou l’autre écrit, redoutant de manquer le bref passage de Stella. Personne ne s’étonnait de le trouver peu bavard à sa table, les habitués ne s’en formalisant pas et incorporant ses rares remarques dans leurs discussions, les autres ne cherchant pas trop à comprendre. Quelques-uns avaient remarqué son petit manège autour de la Serdaigle et ne se privaient habituellement pas de le mettre dans l’embarras par l’une ou l’autre remarque, mais aucun n’avait été témoin de la scène d’hier pour son plus grand bonheur.
Pourtant, quand elle entra, le vert et argent n’osa pas se lever et baissa plutôt la tête. Sa vue l’avait mis en face de la réalité de la précarité de sa tactique d’approche. Il ne pouvait pas vraiment aller vers elle, lui tendre le colis puis partir comme un facteur pressé, surtout avec l’entourage dont elle bénéficiait. Mais se laisserait-elle servir ? Il en doutait. Sous son siège, le petit paquet bien enveloppé lui semblait à présent être une bombe à retardement. Le choix de la confrontation l’exposait au risque d’un nouvel échec, une méthode plus discrète lui semblait préférable, et l’usage d’un intermédiaire : impossible. Le sorcier décroisa les jambes pour entrelacer ses doigts, jouant avec ses phalanges comme avec le nœud du problème. Evidemment il ne pouvait pas simplement rebrousser chemin, même s’il avait fini par se dire que ce serait sans doute un moindre mal… Mais enfin, il en était capable ! Après tout, c’était la première vers laquelle il s’était lancé, et il ne voulait pas voir son départ taché d’un échec.

A vrai dire, le serpent n’avait même pas spécialement envie qu’elle prenne conscience de la « livraison » avant qu’il ne soit à bonne distance. Principe de précaution oblige. L’invisibilité, c’était largement dans ses compétences. Elle pouvait prendre deux visages : un fait de lumière et l’autre d’ombre, ayant éliminé le premier il lui restait le second. Regrettant un instant de n’avoir personne auquel adresser une prière, il prit une grande inspiration et se leva, peut-être un peu brusquement, attirant quelques regards qui se détournèrent bien vite alors qu’il ramassait sa besace et le petit sac improvisé qu’il avait rendu invisible – littéralement – d’un sort murmuré quelques instants plus tôt. Prenant une démarche vive à défaut de pouvoir la rendre nonchalante, il fit le tour de la table des couleuvres, baguette toujours dissimulée dans sa manche, tournant le poignet pour lancer le wingardium leviosa qui emporta son fragile paquet au ras du sol.
Glissant incognito entre les bancs, il vint se lover sur le sommet du sac de la sorcière et Lysander détourna précipitamment les yeux, avant de se remettre en route. La pression sur sa baguette se relâcha lorsqu’il franchit les portes de la Grande Salle et le sorcier sut que son sort s’était dissipé. Un sifflement fila entre ses lèvres : il avait été trop tendu, il devait apprendre à maitriser un peu mieux sa magie ! Rangeant l’instrument dans son étui à sa taille – tout en envisageant sérieusement d’en prendre un pour le bras – il s’adossa au mur en poussant un soupir. Mission accomplie ! Il fit jouer ses doigts dans lesquels persistaient quelques fourmillements sans prêter attention aux regards surpris qui se posaient sur lui.
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SERDAIGLE7ème annéeJe veux pas être ton exMODO
    SERDAIGLE
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MessageSujet: Re: [mardi 14 octobre 1997] L'asociale, le maladroit et le muffin... Mer 4 Jan 2017 - 21:06

Un matin plutôt banal, Stella tentait tant bien que mal d’avancer son étude en s’occupant d’effectuer une lecture pour avancer un de ses travaux de botaniques. Depuis la fin de l’année dernière, son habituelle concentration légendaire était devenue de l’histoire ancienne. Elle avait de la difficulté à garder le focus plus d’une trentaine de minutes et n’arrivait plus à faire abstraction du bruit ambiant comme elle parvenait à le faire auparavant. Malgré tout, elle ne cessait de se répéter que de se concentrer sur la théorie lui permettrait peut-être d’oublier tout ce qui la tracassait, du moins pour quelques instants. Le temps s’écoulait lentement depuis septembre, et certaines journées étaient plus pénibles que d’autres, mais ce jour là, elle n’avait nulle envie de s’efforcer de sourire et d’être optimiste, elle demeura donc un peu en retrait ce matin là et décida de tarder un peu dans la grande salle. Son plan consistait à tenter d’étudier jusqu’à la toute dernière minute et d’arriver juste à temps à son cours de runes, histoire de ne pas avoir à discuter avec ses camarades de maison en chemin vers la classe du Professeur Nielsen. Elle n’avait pas grand appétit non plus, mais Maya avait posé un muffin aux myrtilles devant elle avant de s’éclipser sans prononcer un mot. Les deux jeunes femmes s’étaient éloignées depuis l’année dernière, mais Stella appréciait ce geste de bienveillance qu’elle avait remercié d’un faible sourire après s’être promise mentalement qu’elle ferait un effort pour en manger au moins la moitié.

Alors qu’elle s’apprêtait à en détacher un petit morceau dans l’intention de le grignoter en toute tranquillité maintenant que la table s’était vidée, sa main n’avait attrapé que du vide, car un joueur de tour avait décidé de la dérober de son semblant de petit déjeuner. Elle s’était vivement retournée pour constater que le voleur de pâtisserie n’était nul autre que Lysander Gilson, un Serpentard de septième année qui semblait prendre goût à l’embêter. Découragée qu’il n’ait toujours pas appris à la laisser tranquille, elle avait ignoré le muffin qu’il avait renvoyé vers elle. Il tentait sans doute de jouer avec ses nerfs, si elle essayait de l’attraper, il le ferait bouger de quelques centimètres afin qu’elle rate sa prise comme une idiote, ou encore, il avait peut-être transformé le goût de l’aliment afin de se réjouir de l’air de dégoût qu’elle ferait en croquant dans le gâteau. Agacée par ces idées, Stella avait baissé les yeux et rapidement ramassé ses affaires, avant de sortir de la grande salle à grandes enjambées, se demandant encore une fois pourquoi il prenait autant plaisir à se moquer d’elle. Visiblement, certains élèves n’avaient pas dépassé le niveau de maturité de la troisième année et s’amusaient encore à essayer de ridiculiser les autres en guise de passe-temps.

Elle ne désirait certes pas perdre son temps en réagissant à ses enfantillages, mais elle songea tout de même que s’il persistait, elle n’allait pas non plus se laisser faire et laisser le Serpentard s’en tirer aussi facilement. Après tout, elle était préfète maintenant, si elle le désirait, elle pouvait lui remettre la monnaie de sa pièce afin qu’il cesse de l’importuner une fois pour toutes.

Le lendemain matin, toutefois, elle avait déjà pratiquement oublié l’incident de la veille. Il fallait dire qu’elle était d’humeur un peu moins maussade que le jour précédent, et elle s’était rendue à la grande salle le ventre gargouillant à l’idée de d’engloutir une toast à la confiture de fraise et une bonne tasse de thé Earl Grey. Elle s’assit tout près d’Amanda, une première année qu’elle avait pris sous aile depuis la rentrée, ayant de la sympathie pour les nouveaux élèves qui arrivaient à un bien triste moment pour découvrir leur école autrefois tellement plus chaleureuse. Ce n’est que lorsqu’elle se pencha pour vérifier que son devoir de potions était bien dans son sac qu’elle réalisa que quelqu’un y avait posé un panier rempli de victuailles.

« C’est toi qui a mis ça là Amanda!? » demanda la préfète à la petite Serdaigle. L’autre haussa les épaules, ignorant qui lui avait laissé ce paquet mystérieux. Le muffin de la veille lui revint alors en tête, elle se retourna pour chercher Maya du regard à la table, mais sa camarade de 7e année ne s’y trouvait pas, elle ne pouvait donc pas être l’envoyeur de ce cadeau. Oh non. C’était sans aucun doute l’autre clown qui tentait encore une fois de la ridiculiser. Elle examina le panier du bout de sa baguette, n’osant même pas toucher à la nourriture qu’il contenait. Qu’avait-il encore en tête cette fois? Lui faire manger des muffins qui lui donneraient une poussée de furoncles? Ou avait-il simplement dissimuler des pastilles de gerbes à l’intérieur de la pâte dorée? Elle secoua la tête découragée et ne prit même pas la peine de se lever pour aller voir s’il se trouvait à la table des Serpentards. Elle finit promptement son tout petit repas, frotta ses mains pour en enlever les miettes de pain et attrapa le panier en même temps que son sac. Cette fois, elle ne se laisserait pas faire.

Elle sortit de la grande salle, et n’eut pas à chercher très loin avant de trouver Lysander.

« Tiens, je crois que tu as oublié ça! » lui lança-t-elle d’un ton accusateur en lui fourrant le panier dans les bras. « Maintenant j’aimerais que tu arrêtes de te payer ma tête s’il te plaît! » ajouta-t-elle avant qu’il n’ait eut le temps de répondre quoi que ce soit. Elle tourna les talons, puis sentit ses joues virer au rouge. « S’il te plaît » Et puis quoi d’autre encore? pensa-t-elle. Elle était à peu près aussi menaçante qu’un bébé botruc souriant. Elle tentait tant bien que mal de surmonter son anxiété sociale depuis le début de l’année, mais ce n’était certainement pas parce qu’elle était prise de bouffées d’assurance momentanées que cette confiance ne déguerpissait pas au galop aussi vite qu’elle n’était apparue. Elle marcha d’un petit pas rapide vers sa classe malgré qu’il restait encore une vingtaine de minutes avant le début de la première période. Au moins elle s’en allait en cours de potions, une classe qu’elle affectionnait particulièrement, surtout depuis que c’était le professeur Slughorn qui s’en chargeait. Cependant, alors qu’elle trottinait vers son refuge, elle se souvint que le Serpentard était dans la même classe qu’elle. Elle frissonna à l’idée d’avoir à la confronter de nouveau et agrippa la bandoulière de son sac comme une bouée de sauvetage. Quelle idée aussi d’arriver autant d’avance à son cours! Elle n’avait aucun ami présent à qui faire semblant de parler pour éviter le Serpentard. Où était Foster quand on avait besoin de lui pour détourner l’attention, hein?

Elle entra dans le local en se mordant la lèvre inférieure, puis attendit avec appréhension.

HJ:
 

_________________

« Young but I'm not that bold »
Hope when you take that jump, you don't fear the fall, Hope when the water rises, you build a wall. Hope that you fall in love, and it hurts so bad
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SERPENTARD7ème année
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MessageSujet: Re: [mardi 14 octobre 1997] L'asociale, le maladroit et le muffin... Dim 29 Jan 2017 - 23:25

HJ:
 

Tout va bien, je suis toujours en vie. Je suis toujours en vie et aucun danger ne me menace. Aucune menace à l’horizon, relève la tête il fait beau. C’est une belle journée tout va bien.
Telles étaient les phrases qui tournaient en boucle dans sa tête alors que, mains sur les genoux, à moitié plié en deux et presque pris de haut le cœur il reprenait des couleurs contre le mur du couloir. Son cœur valsait à grands coups douloureux, manifestant bruyamment son déplaisir si bien qu’il était certain que tout le couloir l’entendait. Toute l’école était au courant. Il voulait disparaître dans un trou de souris et combattait vaillamment son angoisse. Lui, stressé ? Non. Pas le moins du monde. Pourquoi s’angoisser d’être mis en lumière, de quoi pouvait-on avoir peur de la part de Stella Rowell, la glaciale Serdaigle qui rejetait ses tentatives d’approche comme s’il avait été un poisson qui lançait un hameçon à un pêcheur. Pas une seule conversation n’avait aboutie jusqu’à maintenant à autre chose qu’une catastrophe ou un malentendu, alors autant abandonner les mots. L’estomac était une langue universelle, une valeur sûre. C’est avec cette conviction en tête qu’il se redressa, souffla, se passa une main dans la nuque et roula des épaules pour les dénouer. Il s’apprêtait à partir, faire un tour comme il avait l’habitude de le faire depuis la deuxième année, laisser ses pas le porter loin de cet endroit honni qu’il allait éviter les prochains jours, jusqu’à semer la peur.
Mais elle avait d’autres projets pour lui. Comme un chat qui surgit au moment où la souris pointe le bout de son nez hors de sa cachette, elle fondit sur lui pareille à l’aigle qui l’abritait en son nid.
« Tiens, je crois que tu as oublié ça ! » les mots claquèrent alors qu’il était cloué au sol par le boulet d’osier qui abritait les gâteaux. Retour à l’envoyeur, littéralement, et en express s’il vous plait, murmura une voix ironique sortie d’un coin sombre de son cerveau. «Maintenant j’aimerais que tu arrêtes de te payer ma tête s’il te plaît !  » Il n’eut même pas le temps de se remettre de sa surprise qu’elle était déjà partie. Envolée. Une attaque éclair qui le laissait déboussolé.
Mais… fit-il avec un temps de retard. Une éternité de retard : son dos disparaissait déjà au tournant du couloir. Et il était encore le centre de l’attention. Au milieu du couloir. Quelques rires de jaunes et rouges fusèrent, invisible derrière la paume mais non moins suffisamment sonores pour que ses nerfs à vifs ne les captent. Haha, le petit Lysander qui se faisait mener la vie dure par Miss Rowell. Le vers de terre dévoré d’un coup de bec. Il brûlait comme une allumette sous le feu des regards. En temps normal il les aurait ignorés mais là… Là il se sentait mis à nu comme si les couches de vêtements dont il se couvrait étaient devenues transparentes. Translucides. Trouées. Et ça ne faisait que commencer…

Un autre prédateur arpentait les couloirs. Une griffonne tout aussi implacable mais terriblement plus impressionnante, dont il avait une peur bleue. Son éternel chapeau tordu jetait une ombre menaçante sur ses traits tirés et pâles qui rendaient ses yeux d’autant plus perçants. Malgré sa belle performance, Stella avait encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre le niveau de Mc Gonagall.
« Monsieur Gilson, ne savez-vous donc pas qu’il est interdit d’emporter de la nourriture ? Laissez vos camarades manger au lieu de vous goinfrer égoïstement dans votre coin. Demi-tour et reposez ça avant que je ne sévisse.
- Madame, ce n’est pas ce que vous croyez. Ce n’est pas pour moi…
- Trois, deux…
»
Il recula de quelques pas, battant en retraite, comprenant qu’il ne servait à rien d’essayer de lui expliquer. Il fut sauvé, Merlin la garde ! par Lana qui arrivait, toujours aussi souriante et énergique bien qu’on sente à quelques approximations capillaires qu’elle s’était sans doute préparée en moins de temps qu’il ne lui en avait fallu pour ouvrir les paupières. Sautillant vers lui, oisillon affamé, elle eut le courage d’élever la voix alors que lui-même sentait son souffle se bloquer dans sa gorge.
« Lysander ! Merci d’avoir pensé à moi, désolée de m’être levée tard… Bonjour Madame, excusez-le il voulait juste m’éviter de passer la journée le ventre vide.
- Je n’excuse rien, dépêchez-vous.
»
Il la regarda s’en aller sans pouvoir croire s’en être sorti, entrainé comme une poupée de chiffon par la blairelle qui l’emmena à l’abri au milieu des jaunes. A l’abri… Tout était relatif étant donné les regards méfiants qui montaient à son encontre. Bleu, rouge, vert, jaune. Autant de signes distinctifs  qui les séparaient. Mais quand les yeux se détournèrent il en resta une paire, faussement inquisitrice, qui cherchait ses prunelles comme un ours du miel. Il était temps de payer l’addition. Que croyait-il, rien n’était gratuit en ce bas monde !
Mais Lana était au coude à coude avec Wayoth sur le podium des gens à qui il ne voulait absolument pas avoir à expliquer son embrouillamini avec la bleue et bronze. Il ne voulait pas qu’elle tente de lui expliquer, qu’elle lui propose son aide et encore moins qu’elle en rit. Pas méchamment, sûrement, amusée et attendrie comme la maman poule qu’elle savait être. Mais maman, bébé maladroit voulait sortir de sa coquille, faire les choses comme un grand. C’était dur d’être un grand, mais il allait s’en sortir. Ne pas flancher devant les autres, pas devant ceux qui comptaient vraiment. Il se mordit la lèvre intérieure : combien de temps avant qu’elle attrape un des témoins au détour d’un couloir ? Elle connaissait tout le monde, c’était presque un miracle qu’il ait réussi à la tenir hors de l’histoire jusqu’à maintenant. Mais tous les miracles ont une fin.
Un instant, il songea qu’avec un peu de chance un des psychopathes qu’abritait le château allait faire quelque chose d’assez remarquable pour éclipser son déboire des mémoires… Il chassa cette pensée égoïste d’un mouvement de la tête. Son regard croisa accidentellement celui qu’il évitait depuis quelques secondes. Tic, tac, son temps était compté.

D’un élan, il se précipita dans cette seconde qu’il lui restait alors qu’elle ouvrait la bouche. S’échapper, d’un battement de nageoire. Surprendre l’adversaire pour gagner du temps et fuir le plus loin possible. Ne pas se replier, s’immobiliser, sinon il serait pris au piège. Décidément Stella, tu l’obligeais à bien des changements.
Il posa le panier sur la table et profita de son bras ouvert pour serrer contre elle la jeune fille coupée dans son élan, stupéfaite. Et lui, tendu comme la corde d’un arc, refoulait sa répugnance du contact en tentant de donner un élan enjoué à sa voix. Il n’en contrôlait pas le volume, guère le débit trop rapide, à peine le ton vacillant, mais il déclama bravement :
« Merci Lana, tu m’as sauvé la vie ! Régale-toi et ne sois pas en retard en cours ! »
Un dieu miséricordieux avait décidé qu’il ne partagerait pas ses cours de potions avec les Poufsouffles. Mais il fallait le remercier rapidement, car c’étaient les aiglons qui partageaient leur horaire. Ses longues jambes le portaient en foulées amples dont la vitesse cachait l’imprécision. Quiconque le voyant ainsi passer ne se douterait pas le moins du monde que sa salle de classe se trouvait dans la direction exactement opposée. En le suivant on comprenait bien vite que sa route ne menait nulle part, qu’il se contentait de faire des tours et des détours comme pour semer un poursuivant. Accélérant le rythme jusqu’à la limite de courir – on ne courrait pas dans les couloirs ! mais il ne rêvait que d’une escapade éclair hors des murs pour se vider de ce tourbillon – comme si en forçant son souffle et son cœur ils s’accorderaient sur un rythme normal. Comme si la pression s’égarerait à chaque tour de son sang dans ses veines pour ne plus être qu’un souvenir. Vivant souvenir qui l’attendait au détour d’une porte.
Il aimait le cours de potions. Moins depuis le règne de la limace, mais il aimait ça. Il lui fallait toute sa force de persuasion pour se convaincre d’aller en cours. Maintenant. Sans attendre la dernière minute. Profiter du flot des élèves dans lequel se glisser, à l’abri. Comme un mouton au milieu du troupeau, protégé par ceux qui, autour de lui, détourneraient l’attention des prédateurs. Piètre mouton qui faisait une tête de plus que la majorité des élèves, deux face aux plus jeunes. On l’aurait classé meneur s’il n’y avait pas cette timidité maladive, ce besoin de se faire oublier pour pouvoir agir. Agir, il devait agir. Ne pas se laisser aller. Que croyait-il enfin, qu’il était en vacances ? Que ce monde noir était une colonie gracieusement organisée par les mangemorts ? Il devait se tenir bon sang, et au diable les flots d’émotions qui perçaient ses défenses comme si elles étaient de papier.
Il ne savait plus où donner de la tête, mais il devait se reprendre !

Il infléchit sa trajectoire pour entrer dans les toilettes. Désertes. Il ouvrit le robinet en faisant tomber son sac sans égard pour son contenu. La morsure de l’eau froide sur ses paumes moites puis sur son visage fut une bénédiction. Ses pensées cessèrent de tourner comme des abeilles folles, la machinerie de son cerveau vit sa pression baisser. Le présent cessa de se faire submerger par un flot d’informations, s’éclaircit. Il restait un peu plus de dix minutes avant le début du cours. Ses veines se rétractèrent sous sa peau en même temps que ses flux contradictoires se détournaient du premier plan de son esprit, comme des prédateurs guettant leurs proies. Ils étaient toujours là, derrière une membrane fine et pâle. Comme une peau qui ne demandait qu’à éclater sous la morsure d’un couteau. Mais il lui suffisait de se tenir loin des mots coupants, des regards pénétrants, des mouvements agressifs. Juste reprendre le cours normal des choses, aller en salle de potions, s’installer dans le fond, comme d’habitude, pour pouvoir étudier des passages plus intéressants du cours pendant que Slughorn leur raconterait sa vie.
Les images rassurantes des cours précédents lui revinrent en mémoire, refrain immuable, sans autre surprise qu’un devoir annoncé pour la semaine prochaine, sans plus de problèmes que ceux très simples des réactions magicochimiques. Il avait l’instinct pour ça, pour les réactions prévisibles et contrôlables des ingrédients dans les larges chaudrons. Il était en territoire connu. Il lui suffisait de ne pas dépasser la limite invisible du territoire de sa paillasse et il serait en sécurité. Le principal danger – à savoir les élèves imprévisibles, avait été largement éradiqué par la nouvelle distribution de l’emploi du temps : plus de gryffondors maladroits et vantards pour déclencher une explosion ou se lancer des défis stupides. Malgré leur réputation  les bleus et bronze pouvaient se montrer tout aussi stupides dans leur excentricité, mais eux au moins avaient la décence de rester dans leurs frontières. Oui, ça allait bien se passer. Un cours comme un autre.

« Un cours comme un autre » martela-t-il pour clore son argumentaire intérieur.
C’est bon, il était calme. Il ramassa la bretelle de son sac pour le remettre en bandoulière, vérifiant que ses papiers et livres n’avaient pas trop souffert de sa brusquerie, avant de sortir. Il navigua dans la foule sans accorder un regard à ceux qu’ils croisaient, savourant la régularité de son pas comme un encouragement, une preuve que le monde tournait encore rond. Que ce qui s’était passé n’était qu’une parenthèse dans une ligne droite et prévisible, sans autre danger qu’une innocente bousculade oubliée le pas d’après. Pas d’enjeux, pas de drame.
Il descendit les escaliers derrière un petit groupe de bleus. Les élèves se rassemblaient pour le cours qui allait commencer dans une poignée de minutes, il aurait voulu suivre leur mouvement, comme un oiseau emporté par ceux qui le précèdent. Mais il s’arrêta. Ce fut son erreur. Il resta bloqué à la porte, le temps d’une hésitation, lorsque son regard se posa sur sa silhouette droite. Sûre et impériale comme la figure de proue d’un vaisseau de guerre. Il sentit sa confiance trembler, comme si elle se sentait indigne d’exister tant elle n’était qu’un pâle reflet de ce qu’il voyait. Il ne pouvait pas l’approcher. Un mur invisible le maintenait à distance et il s’était cogné dessus. Juste une seconde, une hésitation.
Cela suffit au groupe de serpentards pour le rattraper. A leur regard entrainé pour déceler la raison de son trouble : en même temps ils commençaient à avoir l’habitude. Un sourire narquois étira leurs lèvres alors qu’un gémissement interne maudissait l’entité qui s’était levée du pied gauche ce matin et avait décidé de le harceler. Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ?
Un coude se logea gentiment dans ses côtes, alors qu’un visage se penchait vers lui pour murmurer d’une voix conspiratrice :
« Eh bien Lysander, toujours derrière Rowell ? Vas-y, on te regarde ! »
Un murmure juste assez fort pour que ses amis rassemblés ne l’entendent et tous partirent dans un rire en jetant des regards à la Serdaigle. Comme de bien entendu, ils occupèrent les places deux rangs derrière la jeune femme, ne souhaitant rien rater du spectacle. Et comme s’ils étaient bons amis son bourreau l’entraina vers le petit groupe. Défends-toi ! Dégage-toi ! tonnait son cœur qui jouait des coudes dans sa poitrine, mais il n’avait pas la force de se soustraire à l’emprise qui le livra comme un colis à la table juste derrière la brune. Elle avait réussi à s’entourer de ses amies, qui étaient arrivées avant lui, heureusement ! Mais ce n’était qu’un piètre réconfort, il savait qu’ils trouveraient bien un moyen de la faire se retourner. D’attirer son attention sur lui. Et tous ses efforts auraient été vains.
C’est le cœur serré, les mains tremblantes, qu’il sortir ses affaires et s’assit alors que la voix du professeur s’élevait. Pas assez forte, malheureusement, pour couvrir les rires qui résonnaient narquoisement derrière son dos. Il n’osait pas se retourner. Il n’arrivait pas à détendre ses épaules. Il sentait presque leurs regards contre sa nuque, comme autant de lames. Quarante-cinq minutes. Il devait tenir quarante-cinq minutes. Quarante-cinq heures. Quarante-cinq jours. Quarante-cinq millénaires, il serait mort d’une attaque bien avant.

« Bonjour à tous. J’espère que vous avez passé un bon week-end. Bien occupé, j’en suis sûr. Vous avez tous déposé le devoir que je vous avais demandé sur mon bureau ? »
Quelques exclamations dépitées fusèrent, quelques-uns avaient manifestement l’espoir de finir leur devoir en douce pendant les cours. Ce n’était pas son cas, il avait consciencieusement terminé sa dissertation, elle attendait sagement. Dans son sac. Il allait devoir se lever. Aller jusqu’au bureau. Revenir. Risquer d’affronter son regard. Ne pas y penser. S’il commençait à s’imaginer les scénarii catastrophes il ne trouverait jamais la force de bouger.
Sa chaise racla contre le plancher alors qu’il déroulait sa carcasse raide et se dirigeait d’une démarche d’automate vers le bureau, comptant ses pas pour se calmer. Le regard concentré droit devant lui.
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[mardi 14 octobre 1997] L'asociale, le maladroit et le muffin...

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