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[3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 500

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Jeu 24 Nov 2016 - 21:18

Octave avait le regard rivé vers l’une des fenêtres de la bibliothèque, contre laquelle battait une pluie torrentielle cascadée, balayée par des bourrasques de vent si fortes que certaines gouttes d’eau avaient le temps de se cristalliser et on aurait largement pu croire, au son, que quelqu’un était en train de jeter des pelletés de sable contre la vitre. Tout était flou et l’on ne voyait rien et c’était parfait car le bibliothécaire avait besoin à ce que rien ne le perturbe dans ses tergiversations qu’il entretenait avec soi-même. Il avait d’ailleurs l’air si parfaitement distrait que son regard ne voyait même plus les quelques élèves qui passaient devant son bureau pour déposer des livres où enregistrer un emprunt. Pourquoi pas ? Hein ? Pourquoi pas après tout ? Entre ses doigts, il n’avait de cesse de plier et déplier la dernière rétorsion épistolaire d’une vieille connaissance. Milo Kaçavenda, un entrepreneur syrien, qui avait dépassé la soixantaine depuis peu. Dans sa folle et tumultueuse jeunesse, il avait gravi les cadavres de ses ennemis en accumulant illégalement des informations compromettantes à leur sujet. Parfois il remontait si loin dans le passé que les renseignements cherchés se transformaient en archives. Le temps passait, les dossiers s’accumulaient et Milo s’adonnait à cette collecte comme à une passion, un loisir. Il avait fini par collectionner les témoignages en sa possession, en amassant d’autre, sans aucune utilité, tel un collectionneur souhaitant s’immiscer dans la vie intime de tout le monde, surtout de ceux qui étaient morts depuis longtemps. Sa fortune augmentant avec son âge, il était parvenu à se procurer des extraits de journaux de Leonardo Vinci et depuis s’adonnait en autodidacte à la stéganographie et à la cryptographie. Il n’était qu’un amateur et ses talents étaient limités, mais rien ne pouvait rivaliser avec l’exaltation qui l’animait lorsqu’il s’agissait de satisfaire un caprice. Parce que c’était ça, le caprice d’un vieux croulant qui avait trop de fric pour étouffer ses élans de dilettante qui s’ignore.

Néanmoins, sa requête avait le mérite d’être intéressante et ses arguments bien fondés. Tel le bon diplomate qu’il eut toujours été, Milo Kaçavenda avait fait appel à une parfaitement grossière flatterie pour convaincre Octave. Il avait fait mine de résister, mais à dire vrai, sa décision fut prise bien avant qu’il ne s’en rende bien compte lui-même, son premier réflexe ayant été de chercher des solutions au problème plutôt qu’une manière polie de dire non. M’enfin, il fallait parfois savoir se faire désirer, gonfler ses prix pour voir à quel point le client était désespéré. Et il l’était. Principalement parce que Octave était la seule personne en sa connaissance capable de mettre en scène une telle mission tout en possédant ce don si particulier et rare qu’était la mémoire eidétique. Milo n’était pas de ceux qui insistaient longuement en général, mais là, il l’avait enseveli, un hibou après l’autre, sous une pile de courtes missives emplies d’un froid pragmatisme calculateur, parfois de désespoir et même de menaces inassumées. Il lui avait même fourni les données géologiques, avec les spécificités du terrain, ainsi que des plans du bâtiment à « cambrioler ». Octave ne savait pas comment Kaçavenda était parvenu à se procurer ce type d’information, mais ils avaient intérêt à être à jour. Combien de fois s’était-il retrouvé avec un mur là où il devait y avoir une porte ? Trop souvent. La veille, il avait répondu positivement, une fois parfaitement certain que le plan échafaudé tenait la route au moins à soixante-quinze pourcents, laissant les réglementaires vingt-cinq restants au hasard, imprévus et mauvais aléas du destin. Tant que l’improvisation ne dépassait pas ce seuil-là, la tâche était largement envisageable. Mais lors de sa composition, Octave en vint à réaliser qu’il lui faudrait peut-être quelqu’un pour couvrir ses arrières lors d’une partie très spécifique et centrale de cette aventure.

Il fixait donc la fenêtre, en ce vendredi matin de 3 octobre, retournant dans son esprit le même nom de famille comme on retournerait une crêpe pour mieux la faire cuire. Il aurait préféré faire appel à quelqu’un qu’il connaissait, mais dramatiquement personne n’était disponible. Alors Octave hésitait, ayant toujours eu des réticences à travailler avec de nouvelles têtes, même si la tête en question était née sous un nom à la réputation bien commode. Enfin, depuis peu, il n’y avait plus de réputation du tout, puisque quasiment tout le monde était mort. Il ne restait plus que la jeune fille -trop jeune peut-être d’ailleurs- et son frère. Miss Shafiq avait toutefois l’indéniable avantage d’être à peine à quelques foulées. Enfin, ce n’était qu’un bonus, en théorie, car avec beaucoup de volonté, il était capable d’achever cette mission sans aide auxiliaire, mais il valait mieux mettre les chances de son côté, pas vrai ? A condition que ce soit une chance, et non un désastre. Dans un monde sans lois où la confiance était maîtresse parmi toutes les poignées de mains passées sous la table, Octave continuait à être excessivement méfiant vis-à-vis des réputations qui circulaient en téléphone arabe. D’autant que le prestige qui se faisait sur plusieurs générations prêtait souvent les qualités de la génération précédente sur la nouvelle, comme l’on s’imagine que le prestige d’une école est rehaussé par le prix Nobel qui y a jadis étudié. Toutefois, comme la tâche qui lui avait été confiée n’était, fondamentalement, pas d’une importance capitale et relevait plus de la satisfaction d’un loisir que la complétion d’un devoir primordial, Octave était prêt à risquer. Ou plutôt, il se savait être en mesure de réparer les bavures si le besoin se présentait. Alors il se saisit d’un morceau de parchemin et traça, de son écriture calligraphique :



Lettre:
 



Octave replia le parchemin en enveloppe et y glissa  une rondelle d’or non frappée, symbole de richesse et du fait qu’il était prêt à payer le prix qu’il fallait, en argent ou en nature. Il en cacheta l’ouverture avant d’appeler un elfe, lui indiquant la destinataire. Shafiq… un nom qui avait baigné la bouche de plus d’un, tantôt par flatterie, tantôt par crainte, plus rarement pour critiquer. Cette famille faisait partie de ces rocs inébranlables qui constituaient ce que l’on pouvait appeler le marché noir, commerce fait d’accords officieux et pour la plupart illégaux. Il lui avait déjà été donné d’en croiser quelques-uns, par hasard, alors il avait déjà une vague idée de ce dont ces mercenaires étaient capables. Enfin, tout cela était relatif. Mais quoi de mieux qu’une telle aventure pour connaître les capacités de ses collègues, n’est-ce pas ? Un bonus agréable, indéniablement. Plus efficace en tout cas qu’une vague discussion d’étudiante à bibliothécaire.

La journée coula sans remous, dans une parfaite banalité comme la vie vous en offrait rarement. Aux alentours de minuit, Octave se changea pour revêtir un pantalon cargo noir aux multiples poches qu’il truffa de fioles et d’ustensiles qui pouvaient s’avérer utiles. Il glissa sa baguette contre son avant-bras gauche, retenue par une sangle de cuir et cachée par deux couches de manche. Pas de doudoune ni de manteau, mais deux pulls superposés et aussi proches du corps que possible pour une plus grande liberté de mouvements. Une première couche fine en polyester pour évacuer la transpiration et éviter les sensations de froid dues à une sueur en contact permanent avec la peau. Et une deuxième couche, un pull noir, au maillage aéré pour ne pas compromettre l’intérêt du pull en dessous. Octave releva le col roulé jusqu’à la mâchoire et inspecta une dernière fois si tout était bon. Pas de sac, aucun bagage, la furtivité et l’efficacité étant de mise. Le bonnet et les gants ressortaient de ses poches arrière. Il resserra sa ceinture d’un cran et observa ses bottes en cuir pour voir si la semelle ne se décollait pas. Tout était cependant en ordre. Octave quitta la bibliothèque en fermant soigneusement la porte avant de longer les murs d’un pas de félin en évitant les regards inquisiteurs. Au final, il ne croisa personne, mais dût attendre derrière un mur qu’une paire d’inspecteurs s’en aillent pour pouvoir passer. Il arriva au lieu du rendez-vous quinze minutes à l’avance et balaya l’horizon du regard, scrutant le moindre point lumineux, le plus imperceptible mouvement, le miroitement incertain d’un reflet jusqu’à être parfaitement certain qu’il n’y avait personne à part lui. Alors, tranquillement, il s’adossa contre le mur en pierre, dans l’ombre de la lune et s’engagea dans la frénétique remembrance des plans qu’on lui avait fournis et qu’il avait dû apprendre par cœur. Naturellement, il s’était mis à siffloter, chose qu’il ne se permettait de faire qu’à l’extérieur et en étant seul. C’était Sweet Dreams d’Eurythmics, et comme les paroles étaient sympas, il se laissait par moment le loisir de marmonner le refrain. Que l’électro était simple à siffler quand même ; rien à voir, par exemple, avec un morceau subtil de piano, où il faudrait siffler toutes les notes sans y arriver véritablement, parce que bon, l’art de siffler était bien réduit face à l’art de du piano. Enfin, l’art du piano qui était traité avec amour par l’artiste, parce qu’il y avait des pianistes qui n’avaient de pianistes que le nom. Tout ça pour dire, que les sons minimalistes de l’électro, ça se sifflait bien.


Si ce n'est pas lisible:
 

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Dernière édition par Octave Holbrey le Dim 23 Avr 2017 - 15:14, édité 1 fois
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire et Bicurieuse
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 1 octobre 1976
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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Dim 4 Déc 2016 - 14:26


Cela faisait déjà une journée entière qu'Astrid regardait le temps passer sans rien faire. Allongée sur le canapé des petits appartements qu'elle possédait à présent à Poudlard, ses yeux suivaient la lame du poignard finement ouvragé qui voltigeait juste au-dessus de sa tête. D'un geste expert, elle le réceptionna entre son index et son annulaire. Elle le renvoya dans les airs, recommençant son petit manège. Cela faisait bien deux heures qu'elle faisait ça. Elle n'avait rien d'autre à faire, de toute façon, n'ayant pas encore reçue les devoirs de ses élèves. Son frère ne donnait pas de nouvelles, également, et après ce qu'elle avait fait à un élève deux jours plus tôt, elle se voyait mal se balader dans les couloirs. Elle le faisait, seulement par nécessité, quand elle n'avait d'autres choix, à présent. Dangereuse. Oui, c'était le mot. Elle était clairement dangereuse, pour les élèves, alors qu'elle s'était jurée de les protéger. Autant essayer de les protéger d'elle-même, en premier lieu, ce qui était visiblement plus difficile à faire qu'à dire. Tu es douée pour les paroles en l'air, murmura l'autre voix. Un grognement s'échappa des lèvres du puma. Elle se releva avec une rapidité impressionnante, récupérant le poignard à la volée. Telle une danseuse, elle se retourna en ne s'appuyant que sur la pointe de son pied droit, son bras gauche - celui tenant présentement l'arme - se tendant comme mût d'une volonté propre. Le poignard s'échappa de l'étreinte de ses doigts, allant se planter dans la cible accrochée sur le mur, juste à côté de sa veilleuse. Il se planta pile en son centre, sans même qu'elle n'eût véritablement besoin de viser. Elle avait toujours été douée avec les armes blanches, bien plus que certains membres de son clan, même s'il lui avait fallu beaucoup de temps, beaucoup trop certainement, pour s'en rendre compte. Et susceptible, par-dessus le marché.

- Ferme-là, grogna-t-elle, seule, froidement.

Sa voix résonna dans la pièce, alors que ses yeux se posaient sur le miroir à quelques mètres de sa position. Elle les cligna, plusieurs fois, réalisant la couleur de ses cheveux et de ses yeux. Un beau bleu nuit. Elle grimaça, fermant les yeux quelques secondes. Après quelques respirations pour calmer ses nerfs qui avaient, visiblement, la fâcheuse tendance à lâcher facilement ses derniers temps, elle les rouvrit. Ses attributs avaient repris leurs apparences habituelles, son beau châtain, et ses yeux vairons. Elle soupira. Un soupire trahissant quelque peu son soulagement, qu'elle pouvait se permettre. Elle était seule, après tout. Rares moments où elle se donnait le droit de relâcher un peu la pression. Elle n'avait pas refusé d'avoir ne serait-ce qu'un seul tableau dans la pièce, préférant les murs de pierre vide, pour rien. Elle voulait un endroit où être véritablement tranquille, sans avoir à se soucier du fait que, dans ce foutu château, la majorité des murs avaient des yeux et des oreilles. Non, elle refusait que ce fût également le cas à l'endroit où elle vivait - enfin, où elle dormait serait plus exact.

Mais, après tout, ce serait beaucoup trop beau pour être véridique. L'elfe apparaissant devant elle, en se triturant les mains, le prouva. Il se recula dans un glapissement quand le poignard de la belle se retrouva sous sa gorge, celle-ci l'ayant appelée du mur d'un geste inconscient. Elle était à nouveau complètement tendue, son regard inexpressif posé sur la créature qui venait de pénétrer dans son antre sans même demander sa permission. Avec un soupire, Astrid se força à se détendre, laissant tomber l'arme sur le canapé de cuir près d'eux. Elle s'approcha ensuite de l'elfe avec lenteur. C'était assez comique, d'une certaine manière, de voir à quel point elle pouvait changer du tout au tout, en quelques secondes. Elle ressemblait à ce moment-là à une marionnette aux fils défectueux, plus qu'autre chose, alors qu'elle aurait pu, clairement, être apparentée à une guerrière, sauvage, des anciens temps, quelques secondes plus tôt. L'elfe pencha la tête sur le côté, sans prononcer le moindre mot, quand la demoiselle tendit sa main, pour récupérer la missive, dont elle devinait être la destinataire.


- La lettre vient de monsieur Holbrey, couina la créature, en s'inclinant bien bas.

Astrid leva les yeux au plafond dans un soupire, en voyant les réactions de la personne face à elle. Une personne, oui. Contrairement à de nombreux sorciers, Astrid considérait les elfes comme des êtres bien plus puissants et bien plus impressionnants que nombre de sorciers. Leur magie en était une preuve. Elle trouvait cela simplement... dommage qu'ils fussent enchaînés par la servitude. Elle revint à la réalité quand la missive fut posée dans sa main, et elle se força à sourire à l'elfe.

- Merci. Tu peux retourner à tes occupations, maintenant.
- Oh... Non, non, non ! Miss Shafiq est trop aimable, mais pas de merci ! Le Seigneur Noir serait pas content du tout !

Un clignement d'oeil, éberlué, puis un claquement de doigts plus tard, et Astrid se retrouva à nouveau seule. Elle secoua la tête, pour remettre ses idées à leurs places, dans le capharnaüm que représentait présentement son esprit, ses cheveux soyeux voltigeant par la même occasion. Ses yeux se posèrent ensuite sur la missive en question, scellée. Le poids et la forme, à un endroit en particulier, laissait déjà présager qu'il n'y avait pas qu'une simple lettre, à l'intérieur. Avec une certaine impatience, la demoiselle espérant clairement ne pas se tromper, elle l'ouvrit. Un sourire sauvage, et dangereux, apparut de lui-seul sur son beau visage, quand la pièce d'or fut arraché de son enveloppe. Un symbole, souvent utilisé dans son univers. Un symbole lui promettant, normalement, une mission. Elle ne s'était pas trompée et, surtout, c'était exactement ce qu'il lui fallait. Une mission, pour oublier pendant un temps, ses autres occupations. Redevenir celle qu'elle était réellement, ni plus, ni moins. Une guerrière. Pas un prédateur enfermé dans une cage, bien que soyeuse, à tourner en rond à longueur de journée et rêvant de liberté. La lettre fut rapidement récupérée ensuite et dépliée, pour pouvoir la lire complètement. Ses yeux voyagèrent sur la belle écriture de l'homme, lui demandant tout simplement ses services pour assurer ses arrières, pendant quelques heures, dans la nuit. Astrid acquiesça pour elle-même, après avoir brûlée la lettre d'un sort informulé, jouant avec la pièce. Elle la faisait passer entre ses doigts, l'observant glissant sur son index, et les autres, avant de recommencer en sens inverse. Un autre manège, alors qu'elle réfléchissait rapidement à ce qu'elle pouvait bien lui demander.

Ce ne fut qu'en récupérant le poignard qu'une idée lui vint. Une idée saugrenue, mais qui pourrait lui permettre d'approfondir clairement ses connaissances, en magie noire et, particulièrement dans les malédictions. Le poignard qu'elle possédait, empoisonné avec le nectar d'un serpent légendaire, lui avait après tout directement appartenu. Un paiement, de la famille Sovrano, qui possédait un nombre impressionnant de reliques et de livres, venant directement de leur propre famille. Thion Sovrano, un homme particulièrement détesté dans l'histoire, et pourtant fascinant dans sa folie. Un mage noir de l'époque de l'Antique Rome, qui avait été, également, un des hommes les plus puissant et les plus riche du continent. Sa famille n'avait plus un tiers de sa richesse, mais il possédait encore certains objets, en particulier, qu'Astrid rêvait de posséder. Un livre, surtout, qui n'avait, à ce jour, plus que huit exemplaires, disséminés dans le monde, interdit à la vente et la reproduction, mais traduit illégalement en italien pour certains, en anglais pour d'autres. L'original était bien évidemment intouchable, bien trop protégé, écrit directement en latin.
Tu rêves de l'avoir, n'est-ce pas ? "La Belle Magie ; La Magie Noire".

Astrid acquiesça, en se relevant. Elle traversa la pièce, tout en continuant de jouer avec la pièce d'Holbrey. Elle s'approcha rapidement de l'entrée de sa petite demeure, et poussa la porte pour se retrouver dans le couloir. À quelques pas du tableau représentant un noble chevalier, entrée secrète de son lieu de vie, se trouvait la porte menant à sa salle de classe. Elle s'y rendit, après avoir placé plus d'un sortilège de protection sur l'entrée de sa chambre, la majorité étant des connaissances, oubliées et récupérées, par les Shafiq, pour se protéger eux-mêmes des intrusions. La pièce n'avait pas véritablement changé, depuis son cours. Les mêmes tables, les mêmes tableaux et toujours le détraqueur enfermé. Astrid passa à côté de tout cela sans un regard, bien qu'elle laissa glisser ses doigts sur le verre, la protégeant de la présence néfaste de la créature, qui tentait tant bien que mal de sortir, en se collant à celle-ci. Une idiotie, mais on ne pouvait pas dire, que ses démons, étaient véritablement intelligents.

Ses pas la menèrent enfin jusqu'à son bureau, qu'elle déverrouilla après avoir baissé les protections, puis pénétra dans la pièce. D'un geste de sa baguette, la mercenaire rangea la paperasse, qu'elle avait délaissé, dans les tiroirs. D'un autre, elle ouvrit la malle se trouvant derrière celui-ci. Un nombre, conséquent, d'armes, vint s'installer sur celui-ci, accompagné d'un parchemin et d'une plume. Une plume particulière, qu'elle n'utilisait que dans ce genre de situation. Rapidement, elle griffonna sa requête pour Holbrey, même si le parchemin resta complètement vierge d'apparence. Il lui faudrait réfléchir pour pouvoir découvrir le paiement, un simple revelio ne suffisant clairement pas. Elle ne se faisait, malgré tout, pas d'inquiétude, l'homme était certainement intelligent et, si jamais il ne parvenait pas à trouver la solution, il lui suffirait de venir la trouver, pour qu'elle lui donnât. Elle l'enroula rapidement, s'aidant d'un ruban de feuille d'or. Une signature, chez les Shafiq. Elle le laissa sur le bord du bureau, puis ses yeux se posèrent sur ses trésors.

Des couteaux. Un katana, venant directement d'un sorcier japonais. Un arc et les flèches, empoisonnés, allant avec. Elle possédait également kunaïs et shurikens, particulièrement bien aiguisés. Elle avait une grande préférence pour les armes blanches, silencieuses. Mais, elle devait avouer, que l'arme - se trouvant au centre de tout l'attirail qu'elle possédait, comprenant, en plus de ce qui était cité ci-dessus, des fouets, des chaînes, et d'autres joyeusetés - lui faisait de l'oeil. Une arme, tout ce qu'il y avait de plus moldu, même si elle était modifiée magiquement, pour éviter le recul et le bruit. Un magnifique pistolet, semi-automatique, répondant au doux nom de Bergmann-Bayard. Astrid sourit, récupérant les munitions qui allaient avec, pour les ranger. D'un geste sec de sa baguette, elle fit apparaître les vêtements qu'elle mettrait le soir-même. Un débardeur, avec un pull aux mêmes matériaux, les deux moulants. Un pantalon, des bottines, complètement silencieuses, ainsi que son manteau, les trois dernier cités, de cuirs. Des vêtements, protégeaient avec plusieurs charmes. Une tenue de guerre, que toutes les femmes Shafiq portaient, les hommes ayant leur propres "tenues de travail". Seul le symbole au dos de la veste, laissait présager qu'Astrid n'était pas n'importe laquelle des femmes Shafiq. Un simple zéro, d'un bleu nuit, qui n'était quasiment pas visible avec le noir, pour des yeux n'étant pas habitués à l'observation. Rapidement, Astrid se revêtit, faisant disparaître les autres vêtements, présentement délaissés, d'un nouveau coup de baguette bien placé. L'heure tournait sereinement, laissant ainsi le loisir à la demoiselle de choisir les armes qu'elle prendrait avec elle. L'arme moldue, rangée, fut délaissée, pour plusieurs raisons lui étant propre, préférant se contenter d'autres outils. Les poches intérieures de sa veste, accueillirent chacune une seule arme. Elle ne les sentait pas pour autant, la magie pouvant faire des merveilles.

Quand enfin, la nuit enveloppa l'écosse, et que l'heure de partir pour sa rencontre sonna, Astrid sortit de son bureau, replaçant les protections. Elle enfila ses gants, avant-dernier détail de son attirail. Puis, avec une belle furtivité, la demoiselle passa dans les couloirs, sans se faire remarquer. Elle n'était plus simplement Astrid. Non, elle était présentement une Shafiq, une mercenaire, prête à tout pour réussir sa mission. Une mission, qu'elle ne connaissait pas encore, mais qui, elle l'espérait, s'avérerait intéressante. Complètement silencieuse, les charmes posaient sur ses vêtements, par l'ancien armurier des Shafiq aidant de beaucoup, la demoiselle emprunta un passage secret, au premier étage, lui permettant d'atterrir derrière un miroir, non loin du point de rendez-vous. À l'intérieur, elle ferma les yeux, une grimaça se peignant sur ses traits gracieux. Ses cheveux devinrent de jet, et ses yeux suivirent le mouvement, devenant deux obscurs billes. Ses traits se changèrent également, ne permettant plus au premier venu de la reconnaître, surtout dans l'obscurité. Un masque, son masque, qu'elle revêtait, quand son identité changeait. De la fille Astrid Shafiq ressortait, présentement, l'une des plus dangereuse mercenaire du clan. Z, pour le zéro. Un surnom, qui faisait trembler plus d'un sorcier, ou moldu. Peu étaient ceux connaissant la véritable identité de Z, malgré le fait, étrange, qu'Astrid ne s'en fût jamais véritablement cachée. Une légende, un mythe. La peur, tout simplement, cette arme si puissante et si délicieuse.

Après cela, elle récupéra l'une de ses armes. Un fils, très fin, qu'elle enroula autour de son avant-bras gauche, le serrant, au maximum, qu'elle le pouvait, sans pour autant se blesser, ou restreindre ses mouvements. Enfin complètement prête, après avoir fermé le long manteau lui collant au corps, bien qu'ouvert au niveau de ses jambes - et lui arrivant jusqu'aux talons -, elle poussa le fameux miroir. En quelques enjambés, délicieuse féline se mouvant avec la grâce d'une artiste, elle parvint jusqu'au lieu de rendez-vous. Elle s'immobilisa derrière une statue, les mains dans ses poches et le visage complètement inexpressif. Holbrey devait l'avoir vu, forcement, la demoiselle y ayant veillée. Elle attendit, de fait, qu'il vint directement vers elle. Une habitude, qu'elle avait, et qui ne la quittait pas. Contrairement à beaucoup de Shafiq, elle n'était pas du genre à aller d'elle-même vers l'employeur. S'il voulait réellement ses services, il se devait de se faire remarquer, plus qu'elle ne l'avait déjà capté. La respiration lente, complètement sereine, la belle tueuse patienta.


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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Sam 10 Déc 2016 - 1:42

« Wish there was something real, wish there was something true, wish there was something real in this world full of you. »

Du synthétiseur prenant et pressant de Take on Me, Octave était passé à Wish de Nine inch Nails, dont il murmurait les paroles dans sa barbe, les mélodies des instruments faisant bien trop référence au registre de l’ambient pour être pertinentes à fredonner. Trois minutes trente-quatre pour les Eurythmics et trois minutes quarante-sept pour Take on Me, plus le temps qu’il avait passé à s’installer, il devait être quasiment l’heure du rendez-vous maintenant. Enfin, si rendez-vous il devait y avoir. Cela ne serait pas la première fois que quelqu’un refuserait de venir à sa rencontre pour des raisons jamais explicitées. Mais celles-là étaient restés relativement rares et tant que cela demeurait ainsi, Octave n’avait pas l’intention de se demander quelles pouvaient bien être les motivations ou craintes de ces énergumènes à refuser ainsi sa compagnie. Présomption d’un mauvais travail ou rancœur inavouée, qu’importe, en général il avait suffisamment à faire sans avoir besoin de s’occuper de la bouillie émotionnelle de ses éventuels partenaires. Le vent s’était mis à souffler et, entre deux couplets, il lui était venu à l’esprit de partir seul et sans attendre, par paresse passagère et parce que comme toujours, plus l’heure de faire équipe approchait, plus il regrettait d’y avoir songé. L’idée lui avait semblé pourtant intrigante au début, rencontrer une mercenaire d’une aussi grande famille lui avait ainsi fait oublier les inconvénients qui le renfrognaient inévitablement en définitive. Même si son caractère faisait qu’il s’adaptait sans grand mal aux diverses situations et personnalités nouvelles qui se présentaient à lui, se retrouver à travailler avec quelqu’un d’autre le poussait tout autant à la curiosité qu’à la réticence. Et surtout, autant il savait à quoi il pouvait s’attendre de sa part à lui, autant il n’avait quasiment jamais aucune idée des capacités d’une tête nouvelle, ne faisant que très vaguement confiance à la réputation. Raison pour laquelle plus le temps passait, moins il avait de partenaires réguliers, une très petite minorité étant parvenue à le convaincre d’une intelligence égale au savoir-faire. Ou au moins, si ce n’était de l’intelligence en tant que tel, du tact était déjà un bon début. La conclusion était néanmoins invariablement la même : plein de connaissances, peu de gens de confiance, et encore moins avec qui l’envie de bosser naissait sans réserve.

Toutefois, la chose était maintenant décidée et la mission était raisonnablement simple, dans la mesure où Miss Shafiq n’avait d’autres choses à faire que l’écouter et rester discrète. Talents dont elle devait certainement disposer si on prenait en compte la famille dans laquelle elle avait grandi. Mais ne nous avançons pas, la renommée, telle la lumière, vient toujours plus vite pour mieux nous éblouir et nous faire oublier ce que le son a à nous dire. Bref, un travail pareil n’avait pas de quoi justifier une impolitesse pour le moment. Alors Octave restait là, tête penchée vers son ventre, à retirer quelques peluches de coton qui s’étaient attardées sur les plis désordonnés de son pull. Il avait déjà vu et repensé son plan une bonne dizaine de fois dans sa tête et c’était là le seul recours que son esprit avait trouvé pour ne pas compter les minutes. Quoi qu’il le fît de toute manière inconsciemment, en continuant à fredonner les paroles de Wish du bout des lèvres et dont il connaissait exactement la durée. C’était toujours mieux que de compter les moutons, après tout. Et puis soudain, un craquement. Imperceptible et qui se fondait presque parfaitement dans les divers bruissements sinistres du paysage environnant. Ce n’était pas là le frémissement d’un bois tordu par une forte bourrasque, mais bel et bien le bruit d’une nature qui se brise sous un pas étranger. Cela ne lui avait pas pour autant fait relever la tête, trop occupé qu’il était à écouter le son spécifique de cette démarche. Ce n’était pas un inspecteur, c’était certain, aucun d’eux ne se déplacerait avec une telle souplesse alors qu’ils avaient le plein pouvoir dans ce château et le parfait droit de se trouver n’importe où sur le territoire, même en plein milieu de la nuit. En fait, c’était clairement une femme. Il n’y avait qu’une femme pour avoir une souplesse aussi féline. Il lui devina un déhanché serpentant et ferme. La démarche. Déjà enfant il reconnaissait sa nourrice à sa manière de monter les escaliers en bois. L’intruse finit par s’arrêter, néanmoins un peu trop loin pour que ce soit une rencontre courtoise en bonne et due forme, par méfiance ou simplement par désir d’être la première à s’imposer par un silence réfléchi. Octave eut un vague sourire qui souleva le coin de ses lèvres et illumina son regard d’une lueur joyeuse. Décidément, il y avait toujours des règles à suivre, un protocole qui s’imposait et qu’il fallait respecter pour faire plaisir. Pourquoi pas, pourquoi pas…

«  Don’t think you’re having all the fun, you know me I hate everyone… Allons Miss Shafiq, sortez de votre planque, il fait bien trop sombre derrière cette statue pour que l’on puisse se toiser convenablement. »

Il releva enfin la tête, il plissa ses yeux, d’un jade si éclatant qu’ils semblaient briller dans le noir comme ceux d’un chat. Ce n’était pas tant pour décortiquer les traits du visage de l'inconnue, qu’il ne voyait de toute manière que très vaguement dans la pénombre et à cette distance, mais surtout pour s’assurer qu’elle était bien là où il l’avait entendue s’arrêter. Bien que la situation ne le demandât pas vraiment, il avait pour habitude de toujours évaluer son espace en fonction de son propre emplacement et de celui des gens et objets qui l’entouraient. Un simple coup d’œil pour remettre la réalité en place et mieux l’appréhender en cas de besoin. Octave esquissa un sourire enjôleur en direction de la demi-silhouette qu’il percevait derrière la statue avant de plonger une main dans l’une de ses poches. Il en sortit une boîte en bois, aussi petite que celles que l’on utilise en joaillerie, mais quelque chose dans l’exécution laissait à deviner que ce n’était absolument pas destiné au commerce. D’ailleurs, la surface, bien qu’assez grossière dans son apparence, était parfaitement lisse, si bien qu’on pouvait s’imaginer un simple cube comme ceux qu’avaient les enfants. Mais un loquet en laiton, sur l’un des côtés, laissait deviner l’utilité de cet objet, toutefois pas vraiment sur ce qui s’y trouvait, à part que ce quelque chose devait être relativement petit. De son autre main, Octave récupéra une montre, qu’il refusait d’avoir au poignet et préférait à gousset. Il appuya sur le bouton du cadran et le fermoir s’ouvrit, laissant luire les aiguilles sous la lumière lunaire. Les deux objets demeurèrent dans ses mains alors qu’il en relevait la tête :

« D’autant qu’il ne nous reste plus que quatre minutes pour nous considérer. Au-delà desquelles soit je disparaîtrai tout seul, soit nous le ferons ensemble, et dans ce cas-là il va falloir amorcer une approche. Quelque chose me dit que vous ne vous seriez pas déplacée pour refuser ; alors vous savez ce qu’il vous reste à faire : venir toucher… le fruit défendu. »

Une étincelle malicieuse traversa son regard alors qu’il ouvrait de ses doigts habiles la boîte en bois. Là, sur un lit de velours bordeaux, reposait une petite pomme toute sculptée dans du cuivre, pas réaliste pour un sou puisque recouverte d’arabesques sinueuses. Mais c’était belle et bien une pomme, dotée d’un long pédoncule et d’une feuille unique et fragile, aux nervures si bien faites qu’elle aurait pu tromper n’importe qui, si seulement sa couleur dorée n’était pas là pour rappeler la feinte de l’artiste qui l’avait faite. Ce n’était certes pas un réceptacle commun pour un Portoloin, mais son exécuteur avait l’excuse d’être un esprit fantasque, d’autant que le Portoloin ne leur serait utile qu’une seule fois. Cela ne leur laissait pas beaucoup de temps pour discuter, c’était certain, et d’une certaine manière, c’était fait exprès. La conversation, dont il appréciait les vertus en temps normal, se transformaient en défaut lorsqu’il s’agissait de travail. En quelques mots, un rapprochement, tout autant qu’un éloignement pouvait s’opérer et la mission risquait l’échec par manque de coordination. Il fallait être réaliste, si un début d’amitié pouvait naître au détour de quelques mots, ce qui se passait en général était plutôt l’inverse. Dans cet univers, les gens se méfiaient et se méprisaient les uns les autres avant même de se rencontrer par principe de rivalité. Très peu savait mettre de côté une amabilité et encore moins un antagonisme au profit du travail et de son achèvement dans un cadre professionnel et efficace. Alors, moins ils se connaissaient pour le moment, mieux c’était, car cela ne leur laissait que trop peu de temps pour s’estimer un tant soit peu. D’autant qu’Octave avait tendance à se construire des avis sur les gens rien qu’en les regardant. Exercice périlleux qui ne lui réussissait pas à tous les coups, même s’il s’avérait avoir souvent raison, la manière d’être et de s’exprimer des gens s'avérant être un reflet suffisamment limpide de l’esprit qui se cachait derrière. Et comme dit, la mission n’avait rien de compliqué, alors Octave pouvait se permettre de partir, même avec quelqu'un qui se montrerait incompétent. Il fallait bien une première fois, comme dirait l’autre, alors autant qu’elle soit la moins douloureuse que possible.

La boîte était tendue entre eux deux d’un bras replié au niveau du coude, lovée au creux de la paume du bibliothécaire qui bizarrement n’en avait plus l’air, invitant à se faire caresser par son éclat cuivré. Octave n’avait pas pour habitude de venir souper avec les autres enseignants dans la grande salle, ni de se mêler à la foule de manière générale, même s’il l’observait copieusement de loin. Alors, si pour Miss Shafiq c’était la première fois qu’elle le voyait, ils allaient au moins pouvoir partir sur des bases égales car Octave, à part en avoir entendu parler, ne l’avait jamais vue. En un mois, c’est chose impardonnable, me direz-vous ! Peut-être bien, mais le château était grand et la bibliothèque le tenait bien éloignée de tous les faits qui existaient à l’autre bout des couloirs. De plus, le seul moment où il s’autorisait à explorer les lieux, c’était lorsqu’il n’y avait personne, en plein milieu de la nuit alors que l’envie de dormir n’était pas là, ou durant les cours, lorsque le travail ne le tenait pas cloué sur place -ce qui en soi était chose relativement rare.

« Je vous promet de ne pas être un serpent, si vous me promettez de ne pas nourrir l’envie de vous apparenter à Dieu. »

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Lun 19 Déc 2016 - 19:20


- Don’t think you’re having all the fun, you know me I hate everyone… Allons Miss Shafiq, sortez de votre planque, il fait bien trop sombre derrière cette statue pour que l’on puisse se toiser convenablement.

Si Astrid avait débuté quelques mouvements imperceptibles, le rythme des paroles chantonnées l'envoûtant sans qu'elle n'y pût rien, et ses doigts répondant dans un réflexe inconscient venant la happer avec délice, elle arrêta leurs mouvements immédiatement quand l'homme prit la parole. Elle ne put empêcher un léger sourire, témoignant son amusement, se dessiner sur son visage, qui reprit malgré tout son expression glaciale très rapidement ; trop même, pour ne serait-ce qu'entre-apercevoir, dans la pénombre ambiante, son apparition chimérique. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, dans une attitude très animalière, fallait-il reconnaître, sans même qu'elle s'en aperçût, la demoiselle étant bien trop concentrée sur l'homme, bien moins sur elle-même et ses mimiques. Octave venait, en une phrase, de gagner la bataille, si tant était qu'il devait véritablement la gagner et qu'il ne l'avait pas déjà fait, ne serait-ce que par sa lettre, en l'invitant pour un bal mystérieux, où danse et chant devaient s'entre-mêler avec passion, sans promettre, pour autant, sa réussite artistique. Devait-elle suivre son ordre, ou, dans un contraire théâtral, le refuser, en se drapant dans une fausse dignité, ne lui allant, elle en avait conscience, que peu au teint, dans l'ensemble de ses missions ? Elle se posa la question, mais la réponse vint d'elle-seule, zigzaguant entre les pensées et les cauchemars pour venir s'imposer dans son esprit avec une attitude princière. En quelques mouvements d'une grâce stupéfiante, la démone s'installa dans une fine raie de lumière clignotante, lueur offerte avec effort par la belle dame qu'était Lune, laissant ainsi le loisir à son époux du moment de pouvoir apercevoir, sans véritablement distinguer, son visage angélique. Un emplacement tout calculé, lui permettant de l'observer, ses entraînements passés payant plus qu'elle ne l'aurait elle-même deviné ; la sombre ambiance ne la dérangeait pas, sa vue parvenant à s'adapter avec une précision étonnante, bien que n'étant, elle le reconnaissait, pas parfaite, mais lui permettant de le détailler suffisamment.

Durant ces quelques fractions de seconde, les lèvres de l'homme, qui avait relevé la tête pour, sans doute, définir son emplacement exact, se courbèrent, esquissant un sourire charmeur. Avec des gestes emprunts d'une belle nonchalance, sa main s'installa dans sa poche, avant d'en ressortir avec son trésor, une simple boite d'un bois visiblement sombre - non que les rares lueurs aidaient à se faire véritablement une idée de la couleur précise. Toujours avec sa manière unique de se mouvoir, Astrid détaillant ses gestes avec une certaine fascination, elle l'observa lire l'heure, sur une belle montre à gousset, dont les aiguilles luisaient sous les rayons lunaires. Enfin, la patience de la belle payant, il releva à nouveau la tête vers elle, reprenant la parole de sa voix grave.


- D’autant qu’il ne nous reste plus que quatre minutes pour nous considérer. Au-delà desquelles soit je disparaîtrai tout seul, soit nous le ferons ensemble, et dans ce cas-là il va falloir amorcer une approche. Quelque chose me dit que vous ne vous seriez pas déplacée pour refuser ; alors vous savez ce qu’il vous reste à faire : venir toucher… le fruit défendu.

Un frisson remonta le long de la colonne vertébrale de la femme, alors qu'elle se laissait sereinement emprisonner par les malices de son partenaire. Voyait-il cela comme un jeu ? Elle n'en avait aucune idée, mais la danse qu'il proposait, allait certainement plaire, même si le bal n'était pas à la hauteur des attentes. Non pas qu'Astrid s'attendait à des merveilles, préférant rester réaliste - d'aucun dirait pessimiste - plutôt que se retrouver déçue par un spectacle qu'elle aurait attendu grandiose, mais qui n'était que fadaises. Elle effectua un mouvement de son bras droit, dans un semblant de rapprochement, mais il n'en fut rien, la belle s'immobilisant à nouveau, toujours à la même place. Ses yeux se posèrent sur la petite pomme, que le bibliothécaire tendait de moitié vers elle, dans une invitation. Il manquait le genou au sol, mais la scène aurait été que trop théâtral, pour les goûts pouvant, parfois, être raffinés, de la danseuse. Un éclair de malice passa dans son sombre regard, l'illuminant tel un phare dans la nuit noire ; il disparut aussi rapidement qu'il apparut, ne restant qu'un dixième de seconde. La belle redressa son port de tête, de quelque millimètre. L'on pouvait presque faire le parallèle à son patronus, précisément son désir du moment, imaginant les oreilles du félin se redressait légèrement, alors que la curiosité prenait le dessus sur la raison, comme cela arrivait malheureusement souvent ; non que ce fût véritablement le cas, la comédienne étant bien trop sur ses gardes. Puis, un geste d'une élégance rare, un pas en direction de l'homme, avec une lenteur toute calculé et une souplesse féline paraissant toute naturelle ; un naturel réel, encore que la demoiselle n'en eût aucunement conscience.

- Dois-je conclure que je serais votre Ève et que vous seriez mon Adams ?

La belle joua de la voix pour la première fois, tout en s'avançant de sa démarche particulière, vers son cavalier. Une voix cristalline, aussi claire et limpide qu'une eau quiète, mais témoignant d'une certaine dangerosité. Holbrey se laisserait-il envoûter par le chant de la sirène, plongeant dans les profondeurs obscurs pour ne jamais en ressortir, noyé et oublié ? Ou se débattrait-il vainement, dans un futile espoir de combattre les envies indomptables du moment, que la voix mélodieuse ferait naître en lui ? Un demi-sourire, presque imperceptible, vint se déposer avec délicatesse sur le visage de la belle. Elle effectua un nouveau mouvement, toujours dans sa direction, parvenant jusqu'à lui avec la prestance d'une artiste qui ne se reconnaissait pas comme telle.

- Je vous promet de ne pas être un serpent, si vous me promettez de ne pas nourrir l’envie de vous apparenter à Dieu, dit-il dans une dernière parole.

Avec un touché délicat, soumise aux murmures du serpent, ses doigts gantées caressèrent la pomme. Le diable avait fait son office. Il venait de l'emprisonner, au moins pour une soirée, dans ses griffes acérés, qu'il parvenait à utiliser pour la dompter. Voulait-il en faire un joyaux de sa collection ? Paraissait-elle précieuse à ses yeux ? Dans l'univers où ils évoluaient, ces questions n'avaient aucunement leur place. La méfiance, le dégoût, la manipulation étaient des maux clefs. Il fallait parvenir à composer de belles mélodies, créer de magnifiques symphonies, en ce servant de ces quelques instruments. Gagner sans vertu, sans ne serait-ce que penser à triompher avec gloire. Les ombres devaient rester des ombres, ne pas s'exposer aux lumières aveuglantes des soleils, sous peine de disparaître dans des effluves de fumée, où tous ou presque les oublieraient.

- Je ne suis déesse ; et si vous êtes le cauchemar des croyants, je ne suis que l'une de vos armes, susurra-t-elle de sa voix si particulière.

Elle en jouait, ce servant de ses atouts, avec la même précision qu'elle utilisait, pour se servir de son poignard. Un poison qui s'insinuait lentement par les ports de la peau, avant d'emprisonner les sens des hommes, des mortels, qu'elle croisait. Une succube, qui prenait plaisir à envoûter pour détruire, sans jamais se lasser de la faiblesse de ses victimes. Et, pour cette nuit-là, elle était prête à servir un nouveau maître. Lilith avait-elle pris l'apparence de l'homme face à elle ? Sans doute, l'arme étant prête à suivre les ordres avec délice, à accomplir la demande avec soumission, ce pourquoi elle avait été invoquée en cette douce soirée déjà bien entamée. D'un geste serein et délicat, Astrid caressa à nouveau la pomme, jusqu'à ce que son index vint effleurer le pédoncule, qu'elle vint pincer doucement, s'aidant également de son pouce. Elle ne dit pas un mot, sachant qu'Octave comprendrait que la mission pouvait véritablement débuter, la belle reprenant un visage aussi lisse que celui d'une sculpture parfaitement réalisée.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mer 21 Déc 2016 - 23:35

La brutalité. Ou de la férocité. Voir de la rusticité. Il y avait des femmes qui se livraient telles les fleurs de Stapelia, s’ouvrant aux hommes avec la simplicité d’une vertu que nulle grossièreté ne saurait atteindre. Comme en elles-mêmes, elles prêtaient au sexe opposé les faiblesses de leur propre caractère, ainsi qu’il était si souvent le cas d’esprit ne sachant voir au-delà de l’horizon de leur propre personnalité. Elles empoignaient avec plus ou moins de grâce et de subtilité la force masculine, happaient leurs regards d’un mouvement ondulé des reins et s’emparaient de leurs souffles hachés par une courbe trop suggestive. Mais comme la Stapelia, par son odeur déliée de chair en décomposition, elles n’attiraient que les mouches. Des mouches heureuses et nombreuses, faites exactement de la même trempe et dotés d’un pareil manque de bienséance, et qui s’élancent sur la belle couleur et sur le duvet d’un agréable pétale, ne sachant pas distinguer le charmant de l’agréable. Ces désespérés ne faisaient que renforcer l’ignorance grossières de la bienséance à ces femmes, qui ne faisaient que se conforter dans une dureté ostentatoire. Une pesanteur qui se rencontrait dans leur manière d’agir, et qui passait même jusqu’à leurs paroles. Il n’était pas toujours aisé de desceller l’ostentation tant elle faisait appel à des instincts auxquels il était difficile de résister. Ils enivraient l’esprit et les yeux, les laissant baigner dans l’huile visqueuse de leur propre vanité. L’on pouvait même parfois parler de contretemps, si bien le moment et l’occasion étaient ignorés pour agir selon le même chemin, quelle que soit la situation. A dire vrai, ce comportement induisait tant de sottes passions qu’il y avait de quoi devenir personne incommode soi-même. Fort heureusement, soit on y succombait, soit on transcendait telle rusticité au point qu’elle ne devienne maladresse. Pareil à la Stapelia, qui poussait en terre rocailleuse, la brutalité naissait d’un esprit aride aux oasis rares.

Octave toisa malicieusement la jeune femme s’approcher, observant sa démarche qui était très manifestement ainsi volontairement faite pour attirer le regard. Si tel n’était toutefois pas le cas, c’est qu’une ignorance aveugle s’opérait quelque part dans l’engrais d’un cerveau hermétique. Mais le présent bibliothécaire en doutait fortement, regardant cette créature se mouvoir tel un animal douteux du pain tendu et qui jouait des distances et des pauses. Et comme c’était souvent le cas dans ce genre de circonstances, l’appétit prenait le dessus, comme toute pulsion primitive qui se respecte, surplombant une nature interne policée. Encore un pas, encore une pause ; décidemment, il avait l’impression de voir la recomposition des Gnossiennes. Et comme elle ne se privait pas d’être aussi ouvertement hésitante, Octave n’eut aucune gêne à l’observer franchement dans cette accumulation d’intervalles, de mi-temps, de césures et d’imposants point d’orgues, entrecoupés de refrains tout en trémolos frémissants à coup de cordes frottées. Il la scrutait comme s’il fut dans un musée et qu’elle en était une pièce d’exposition, avec la béatitude caractéristique de ceux qui s’abandonnaient à la contemplation d’une œuvre qui ne se savait pas être regardée. Toutefois, présentement, elle le savait, d’où ce sentiment qu’un jeu se tramait, latent et indicible. Une désinvolture honnête illuminait son regard, alors qu’il avait fini par s’adosser plus franchement au mur derrière lui, dans l’attente de voir si la donzelle daignerait s’approcher davantage ou non. Le spectacle était d’autant plus charmant que son incertitude revêtait la forme d’un pan de soie ondulant dans le courant d’un ruisseau, suivant l’ondulation sinueuse mais régulière et hypnotisante de son mouvement fort de tranquillité. Octave avait même fini par légèrement pencher la tête sur le côté, fermant à demi ses lourdes paupières alors qu’un sourire joueur dansait en coin sur ses lèvres.

- Dois-je conclure que je serais votre Ève et que vous seriez mon Adams ?

Son visage ne changea pas, arborant toujours la même expression alors qu’il toisait en tapinois cette Eve déjà plus proche du Serpent que d’Adam. Ah, franchement, Adam et Eve ? Quel ennui. Sans nombril ni péchés, en voilà des créatures superficielles, dénuées de la passion qu’ils se destinaient à embrasser après leur faute, à cause de leur faute. Allait-elle donc le tenter en lui promettant le savoir de l’Univers, la connaissance du bien et du mal ? Lui qui se croyait être Nahash à proposer une pomme, voilà que la métaphore se poursuivait et qu’il se retrouvait en premier homme à se faire séduire pour succomber à son tour. Pas évident d’être l’Adam de sa Eve, infiniment, surtout lorsqu’on avait déjà goûté à l’arbre de la vie. Mais ça, charmante Eve ne le savait pas encore, alors Adam se tut sans rien répondre, soulevant à peine ses sourcils dans une expression vaguement confuse, oubliant qu’ils étaient probablement tous deux corrompus au point de ne mériter que des peaux de bêtes en guise de vêtements. Et comme la tentation mettait souvent à mal toute forme de conviction, la belle finit par mettre la main sur le fruit. On pouvait souffler, la bête se montrait coopérative. Que dis-je, la sirène. Ou la panthère ? Il s’y perdait un peu, entre ces genres et ces airs savamment mélangés. Mais n’était ce dont pas le propre de la femme que de troubler par un mimétisme papillonnant et mystérieux ? Octave se laissa gracieusement aller à cette caresse, jetant son regard sur la main gantée qui cajolait la pomme comme pour mesurer l’étendue de la situation qui ne se résumait plus qu’à cet objet. Il ne releva pas la tête lorsque la jeune femme lui adressa ses paroles emplies d’une acceptation diluée, se contentant de regarder ses doigts fins, laissant le son de sa voix baigner ses oreilles de sa mélodie propre. Un soupir suave fit frémir la dentelle de ses narines, alors qu’il mesurait à son tour ce que cette situation impliquait tout d’un coup pour lui. Se retrouver en compagnie d’une femme comme cela, était-ce donc si prudent pour sa paix d’âme ? Doucement, d’un mouvement du bras, Octave déroba la pomme du toucher la Dame. Il s’en saisit et la laissa dans le creux de sa main, l’observant un instant, avant de refermer ses doigts dessus. Ensuite, il rangea la boite en bois dans l’une de ses poches et vint pincer l’extrémité du gant de la jeune femme du bout des doigts. Remontant enfin ses yeux vers la mercenaire, il tira lentement sur le cuir pour dénuder la main féminine. Se saisissant de sa paume à présent démunie par son dos, il la retourna vers le ciel et déposa en son sein la sphère cuivrée qui roula à peine avant de s’immobiliser, feuille tendue vers le haut. La malice jouait dans le fond de son regard comme les rayons d’un soleil d’été dans les profondeurs d’un étang. Sourire espiègle soulevant le coin de ses lèvres, il laissa un ricanement sourd secouer sa poitrine d’un ronronnement guttural.

« Qu’il en soit ainsi ma chère Eve. Succombe à la tentation, qui sait ce qu’il en adviendra pour nous deux. Eden ou Géhenne. »

Il regardait la jeune donzelle sans discontinuer, ne rompant la détermination de son regard à aucun instant, alors qu’il recouvrait la paume féminine de la sienne, épousant la forme de la pomme tandis que ses doigts venaient se lover contre le fin poignet. La morsure de ses mains, qui enveloppaient celle d’Astrid comme la mâchoire d’un doux animal, scellait cette union transitoire d’une caresse étrange et lascive. Octave resta là, sans bouger, à considérer sa nouvelle partenaire sans ajouter un mot ni expliquer pourquoi cette attente silencieuse et scrutatrice. Au lieu de cela, il se contentait de sourire du bout des lèvres, à la diable, abaissant ses paupières et se donnant cet air légèrement grivois qui lui allait si bien au teint. Longuement, il observa, parcourant les traits de ce visage féminin, semblant être sur le point de dire quelque chose par moments sans qu’en définitive aucun son ne franchisse ses lèvres éternellement fermées. Et puis, un pincement au cœur, comme un à-coup électrisant qui aurait traversé ses artères en lieu et place de son sang. Une étincelle dans ses reins, coup de foudre en son cœur, flamme ardente traversant sa gorge et sa poitrine, jusqu’à se concentrer en une secousse intense et vrombissante, alors qu’il plongeait ses yeux huilés dans ceux de la jeune femme. Un instant encore, un dernier miroitement dans le creux d’un regard immobile et les voilà tous deux absorbés, suçotés à travers l’espace comme du plasma et retenus uniquement par cet entremêlement de mains qui enserraient la petite pomme. Fruit qui les tirait à travers un bulk de formes et de couleurs tordues et hétérogènes au point où l’on ne pouvait rien reconnaître. Et alors que des forces semblaient vouloir les arracher et les défragmenter dans ce chaos confus, leurs mains restaient fermement étreintes sans qu’aucun effort ne soit nécessaire. Enfin, tout cela ne dura qu’un temps. La fin de leur voyage fut aussi brutale que son début, remettant soudain le monde à l’endroit, la gravité reprenant brutalement ses droits et séparant âprement les mains jointes.

Octave eut l’esprit de recouvrir ses doigts sur la pomme pour ne pas la perdre, mais l’atterrissage, comme d’habitude, lui était difficile sans compter le fait que le terrain ne se prêtait pas vraiment à la délicatesse. Ses jambes s’enfoncèrent dans cinquante bons centimètres de neige, stoppant net l’élan donné par son voyage spatial. Sentant ses genoux craquer, il dut se pencher vers l’avant et ses mains s’enfoncèrent à leur tour dans l’épaisse poudreuse plus haut que le coude. Mais le mouvement entamé était bien trop insistant et il finit sa course sur le dos, au fond d’un trou blanc, des cristaux de glace s’engouffrant déjà dans le col de son pull. Prestement, Octave se releva, ébouriffant ses épaules et ses cheveux, faisant tomber la neige qui s’y était attardée. Une épaisse buée sortait de ses narines et, n’ayant pas encore eu le temps de se rendre compte de la température ambiante, il balaya tranquillement l’horizon de ses yeux paisibles. Du blanc. Enfin, de la neige surtout. Mais la nuit polaire la teintait d’un bleu profond et sombre. Depuis la lisière des montagnes au loin, le ciel, que l’on pouvait deviner au travers des lourds et bas nuages, était teinté d’un dégradé diffus, allant du blanc cassé au bleu marine. Heureusement aucun vent ne venait secouer cette quiétude ouatée. Il n’y avait que le crissement de la neige, dont les cristaux se frottaient les uns aux autres, qui venaient emplir l’air d’un grincement prolixe. Et puis le froid, d’abord imperceptible, le temps que la surface de la peau se refroidisse, et qui finissait par mordre le visage de ses dents jusqu’à la douleur. Octave regarda derrière, là où au loin se profilait les lumières de la ville de Ny-Alesund, qui miroitaient à peine d’un orange cuivré. Faisant parfaitement dos aux lumières, le regard dirigé vers les montagnes, il essaya d’apercevoir le but de sa visite, mais le lieu était sous terre et visiblement, même l’entrée ne faisait pas relief sur la platitude de l’horizon proche. Le bibliothécaire fit quelque pas, mais l’épaisseur de la neige était si grande qu’il lui fallait relever les genoux à hauteur des hanches pour avancer. Alors il sortit sa baguette et traça une ligne droite en partant de soi, faisant disparaître la neige sur une trentaine de mètres, libérant un étroit couloir de roche. Sa vue s’était habituée à ce crépuscule éternel et étrangement éblouissant malgré l’obscurité, et il jeta un œil vers la donzelle qui le suivait.

« Eh bien, certains diraient que c'est un enfer blanc, d'autres que c'est le paradis immaculé. Mais je suppose que les deux sont semblablement splendides... Bon, le mot d’ordre est simple : nous ne sommes pas censés être là. Pas que l’endroit soit particulièrement surveillé par qui que ce soit présentement, mais on ne doit pas laisser de traces ni se faire remarquer. Personne ne doit savoir qu’on est venus ici. Personne. Alors, tandis que je nous ouvre le chemin, ta mission sera de couvrir nos pas le plus naturellement possible. Voyons-voir à quel point tu es arme conciliante. Enfin, arme... pas besoin d'arme pour le moment, juste d'une balayette. »

Il avait pris soin de détacher chaque mot, si bien que sa phrase avait sonné comme des coups de marteau donnés sur de la viande pour l’attendrir. La raison en était non seulement le désir d’être pénétrant et concis, mais également car l’air qu’il respirait était si froid qu’il glaçait les poumons et hachait la respiration. Ralentissant son souffle, Octave tendit d’abord le gant jadis dérobé à Astrid avant d’enfiler les siens, suivi d’un bonnet qu’il déroula jusqu’à se recouvrir les oreilles. La pomme était de nouveau dans la boîte, enfouie profondément à l’abri dans l’une de ses nombreuses poches, lorsqu’il avait entamé le chemin de plus d’un kilomètre qui les séparait de leur but. Il était deux heures du matin ici, et même s’ils avaient à priori suffisamment de temps devant eux, plus vite ils finissaient cette mission, moins ils avaient de chances de se faire repérer. Le froid commençait à se faire sentir et il avança d’un pas rapide, à la limite du trot, foulant le sol rocheux sans faire de bruits. Au loin, quelque part entre les valons, il y avait Svalbard.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Sam 14 Jan 2017 - 20:54


La pomme. Un symbole se prêtant à nombre de croyances, allant du dieu à l'humain, de la planète au fruit défendu, passant souvent par de nombreuses excentricités, toutes créées par les détracteurs des péchés qu'eux-mêmes possédaient dans l'ignorance. Le fruit de la vie, comme de la mort, de la quiétude, comme de la souffrance. Son présent Adam possédait la sienne, sculptée grossièrement, mais lui donnant un assemblage pouvant presque être perçu artistique. La belle pouvait apprécier certains arts, souvent dans leur simplicité la plus primaire. La nature pouvait être dans l'exemple, allant du bruissement des feuilles d'un arbre, au hurlement d'un loup solitaire, à la caresse élégante d'un serein paysage. Et l'homme, souvent animal sauvage acculé et destructeur, mais pouvant se révéler la plus précieuse des œuvres. Un chuchotement à l'oreille, un sourire complice et joueur, un geste adroit dans sa maladresse, ou encore, comme pouvait le vivre à cette heure la demoiselle, un regard. Un regard d'une beauté envoûtante par la malice y baignant, pétillant de cette vie corruptrice. Un souffle dans la nuque, rappelant à chaque instant qu'homme pouvait être autant carnassier que dispensable. Un léger sourire joua sur la finesse des lèvres de la spectatrice, alors qu'elle observait non sans une retenue feinte les traits délicats de l'artiste se trouvant face à elle.

Aucune réponse ne vint suite à sa propre tirade, mais Miss Shafiq n'en prit ombrage, continuant de savourer l'élégant spectacle s'offrant à elle. Octave avait-il conscience de l'effet qu'il parvenait à avoir sur elle, l'envoûtant, l'emprisonnant par un simple regard d'une fraîcheur enfantine, mais trompeuse ? Peut-être était-ce le cas, mais la mercenaire était à présent bien loin de tel questionnement, se laissant lentement transporter vers des songes irréalistes. Une danse, un chant, quelques masques invisibles savamment placés sur les visages, un buffet d'une belle envergure, promettant mille et une saveurs, plus raffinées les unes que les autres. Il y avait des personnes qui vivaient de cet obscur éclat depuis une naissance dans les pleurs, apprenant dès le berceau les règles tacites d'un tel univers et il y en avait d'autres, qui bien que ce pût être leur cas également, sans que rien ne pût le présager, n'avaient droit à de tels enchantements, alors que leurs êtres entiers hurlaient leur appartenance à ce monde, le charisme certain se dégageant d'eux ne pouvant être trompeur. La belle se demanda si Octave connaissait ces fêtes, ces dîners, où le jeu et la réalité s'entremêlaient dans un assemblage d'une dangerosité impressionnante, ou s'il n'avait eu droit d'y connaitre. Elle se douta que la première réponse était la clef, mais le doute ne pouvait que persister...

Un geste. C'était ce qui la remmena à la réalité, son sourire disparaissant aussi rapidement qu'une tempête pouvait ravager un village. Son sombre regard se déposa sur la délicatesse du geste, l'homme dérobant à ses doigts fins le fruit du démon. Avec une certaine expertise dans ses mouvements, il commença à retirer le gant recouvrant la main d'Astrid. Celle-ci, par une méfiance diluée de curiosité, se laissa faire dans un accord silencieux et immobile, son esprit analysant dans un réflexe les mouvances des mains se jouant de la sienne.


- Qu’il en soit ainsi ma chère Eve. Succombe à la tentation, qui sait ce qu’il en adviendra pour nous deux. Eden ou Géhenne.

Un murmure au creux de l'oreille, l'homme retournant la main docile de la bête pour y déposer le bijoux enchanteur. Le fruit roula légèrement sur sa paume tendue vers les cieux, avant de se stabiliser, la feuille offrant sa fausseté aux souverains des autres mondes, à commencer par la dame Lune. Un éclat la frappa à ce moment-là, venant éblouir pendant une seconde la jeune aventurière, qui se contenta de papillonner fébrilement des yeux, avant de les rouvrir. De ce temps, le bibliothécaire épousa de sa propre paume les contours de la pomme, se servant comme clef de cellule les doigts agiles de la succube observant à nouveau la beauté de son visage. Il alla jusqu'à oser refermer ses doigts sur son poignet, ne lui laissant guère le loisir de mouvoir son bras. Se redressant, il termina par figer la scène d'un regard sondeur, où malice et détermination se combattaient hardiment. Sans un mot, la féline intérieure, représentation mentale de la bête sauvage que pouvait être Astrid, se courba, s'inclinant devant tant de justesse et de magnificence, sans même qu'elle s'en rendît compte.

Puis, tout bascula. Les regards se voilèrent et le temps se courba, allant jusqu'à créer une symphonie de plaintes angéliques. Une secousse, puis le monde disparu, la scène prenant fin dans un abaissement de rideau. Un rideau représentant un mélange chaotique de couleurs et de nuances, tourbillonnant ténébreusement autour d'eux. Astrid eut la désagréable impression de se distordre également de nombreuses reprises, mais les mains liées ne cédèrent pas à la violence brute du voyage, permettant à leurs corps de s'unir à nouveau. Une danse impressionnante et salvatrice, mort et vie se déchaînant toutes deux dans un combat d'une violence rare pour les dérober l'une à l'autre, pouvant jusqu'à créer une nausée impératrice pour les non-initiés à de telles puissances.


Maintenant. La propre voix d'Astrid vrilla ses tympans, bien que ce fût qu'une pensée s'imposant. L'habitude reprit ses droits, ses réflexes reprenant vie à l'instant même où le voyage prit fin. Gravité, couleurs, réalité, tout se mélangea brutalement à nouveau pour recréer un paysage immaculé d'un blanc aux différentes nuances bleutées. D'une expertise mesurée, la baguette d'Astrid sauta directement dans sa main. Elle pointa, dans sa chute, son amie la plus fidèle directement sur son torse, qui recracha dans une hargne nouvelle un jet d'étincelle bleutée, qui explosa pour l'entourer, la recouvrant d'un nouveau manteau, une bulle translucide. Alors, avec la délicatesse d'une plume emportée par un vent léger, Astrid se déposa sur la neige avec la douceur d'une caresse, ses jambes s'enfonçant lentement dans la neige, jusqu'à que ses pieds chaussés atterrissent complètement sur le sol, laissant le bas de son corps emprisonné par leurs nouvelles cages d'une blancheur inégalable. Comme si une aiguille invisible venait transpercer son cocon, celui-ci explosa dans un tourbillon, laissant enfin la belle respirer à nouveau. Une grande respiration, qui se bloqua dans sa gorge, le froid mordant fouettant son corps entier jusqu'à pénétrer sa chaire et ses poumons. Elle ferma les yeux quelques secondes, se forçant à respirer de nouveau, plus lentement. Un vertige, et la belle secoua tout son corps, une pulsion primaire venant prendre le dessus, presque sur sa raison. L'adrénaline. Une mission. Elle y était véritablement, à présent. L'arme se redressa, cherchant des yeux son utilisateur du moment, qu'elle trouva non loin d'elle, se débarrassant des quelques amas de neige le recouvrant. Elle s'approcha de lui, sans un mot, et son visage se referma de lui-seul, comme mût d'une volonté propre.

- Eh bien, certains diraient que c'est un enfer blanc, d'autres que c'est le paradis immaculé. Mais je suppose que les deux sont semblablement splendides... Bon, le mot d’ordre est simple : nous ne sommes pas censés être là. Pas que l’endroit soit particulièrement surveillé par qui que ce soit présentement, mais on ne doit pas laisser de traces ni se faire remarquer. Personne ne doit savoir qu’on est venus ici. Personne. Alors, tandis que je nous ouvre le chemin, ta mission sera de couvrir nos pas le plus naturellement possible. Voyons-voir à quel point tu es arme conciliante. Enfin, arme... pas besoin d'arme pour le moment, juste d'une balayette.

Des mots durs et secs, des ordres. Ce n'était plus le moment de jouer à leur petit jeu de séduction, la mission commençant véritablement. Aucun son ne sortit des lèvres clauses de la belle, qui se contenta d'un acquiescement rapide et sec. Sa douce amie, toujours en main, fut pointée vers leurs arrières, alors qu'Octave commençait à tracer un fin chemin qu'il emprunta, sans véritablement l'attendre. Malgré de nombreuses connaissances, Astrid ne pouvait prétendre savoir où se trouvait l'endroit de leur visite et, pour le moment, elle ne s'en formalisait que peu. Elle savait, pour vivre ainsi depuis de nombreuses années, qu'une ignorance sereine pouvait parfois être préférable à une connaissance exacerbée. Il ne fallait savoir reconnaître que son ignorance pour, malgré tout, continuer à avancer et Miss Shafiq s'en formalisait à merveille. Dans un silence des plus complet, la mercenaire, de son surnom Z, commença à suivre son employeur, la neige derrière elle se reformant. Malgré leur passage du moment, aucune preuve ne pouvait à présent permettre le savoir qu'âmes vivantes étaient passées ici. Elle y veillait, restant dans l'ombre de l'homme. Malgré tout... Une pointe subtile d'impatience commençait à poindre. Comme si... Comme si la démone retrouvait son enfer, après l'avoir trop longuement abandonné.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Ven 20 Jan 2017 - 18:05

La neige avait marqué une espèce de scission dans le charme. Ou peut-être était-ce dû au fait que leurs mains s’étaient lâchées aussi brusquement, telles un élastique sur lequel on aurait tiré un peu trop fort et qui aurait fini par rompre, claquant l’air dans un bruit sec et strident. Clac. Une séparation forcée et puis la poudreuse, glacée et sèche tant l’air était gelé, figé dans une immobilité qui faisait grincer les flocons entre eux. Du froid, du froid ignoble, beaucoup de froid, sévère et âpre, s’engouffrant partout comme de l’eau sans en avoir la forme liquide, brûlant la peau trop chaude aussi bien qu’un fer chauffé à blanc, jusqu’au frisson, jusqu’à la douleur. Une température si basse, qu’on aurait pu y distiller de l’alcool, qui gelait la brume sortant de la bouche et du nez, se figeant déjà sur la barbe du bibliothécaire en une myriade de cristaux. Il sentait presque les larmes protectrices se solidifier à la surface de ses yeux. Avec une nature aussi peu avenante, pas de quoi s’étonner que la douceur toute relative de l’Angleterre paraisse soudain agréable. Et que dire d’une caresse dérobée, presque imposée, à une douce main féminine ? Si les femmes avaient quelque chose pour elles, c’était bien la volupté sublime et édénique de leur épiderme duveteux, incomparablement satiné, plus que la soie elle-même, éternel repère des mains calleuses et des visages hérissés masculins en quête de tendresse. Plus d’une fois avait-il lové sa joue contre un fin poignet gracile pour en humer le doux parfum et profiter de la torpeur suave y régnant, reposant sa rudesse vigoureuse contre une peau gracieuse et délicate. La cuisse, le cou, la voûte plantaire, la poitrine et puis les mains, tout y était si onctueux qu’on n’avait qu’un désir : s’y perdre comme dans un rêve sans fin. Mais avec un climat si implacable que les articulations s’en retrouvaient pétrifiées et que la peau perdait de sa sensibilité à mesure qu’elle refroidissait, abandonnant sa chaleur à l’air figée dans le temps, la pensée ne se perdait plus dans les méandres de l’agrément. Eventuellement, l’idée de se blottir à ce petit corps pour se réchauffer lui avait traversé l’esprit de manière aussi fugace et superficielle d’une météorite frôlant la surface de l’atmosphère terrestre, mais en réalité, le froid avait remis les priorités d’Octave rigoureusement en place. Svalbard.

Svalbard. Ils marchèrent longuement dans la pénombre bleutée qui, bien qu’ayant paru au premier abord incroyablement splendide, vrillait les yeux par sa ténacité diffuse. Il croyait devenir aveugle à force de sonder l’horizon où n’apparaissaient que des formes grises, qui finissaient par perdre en relief et devenaient bleues aussi à force de les regarder. Il avait fini par baisser les yeux sur la neige et ses pieds en mouvement, mais là encore tout était vaguement gris, ou noir, ou bleu. Seul le bruissement de leur pas se faisant entendre à l’étouffée, hachés parfois par les murmures de la nature qui n’avaient rien de rassurant, comme cela pouvait être le cas dans quelques forêts européennes. Ici, la nature semblait gémir et se casser dans un silence cotonneux, tout était un effort, tout semblait douloureux. Malgré le chemin difficile et une ambiance devenant oppressante, Octave ne faiblit à aucun moment et garda le rythme tout du long. De ses doigts à présent généreusement gantés, il jouait un air de piano dans le vide tout en murmurant la mélodie dans sa barbe pour se dégourdir les doigts et la bouche, qui s’assoupissait malgré l’écharpe bandée sur son visage. Il n’entama aucune conversation, comme il avait l’habitude de le faire lors de routes aussi longues, tout son corps étant crispé et concentré sur une seule idée : ne pas se refroidir. Et puis de toute manière, seules des banalités auraient pu franchir ses lèvres en un tel instant. Il fait froid, non, très chère ? Ah, quelle cruauté, la météo n’est vraiment pas clémente ici ! Enfin, on nous avait promis de la neige et du vent, c’est toujours ça de pris, une immobilité sourde plutôt qu’une poignée de clous balancés dans la gueule, n’est-ce pas ? On va espérer que ça reste comme ça, complètement inerte. Comme ça, si on meurt quand même, la neige n’aura peut-être pas le temps d’ensevelir nos petits corps frigorifiés. N’oubliez donc pas d’accueillir l’hypothermie dans une pause descente, des fois qu’on vous retrouve les jambes écartées et une horrible grimace au visage, ça ne ferait pas de très jolies photos pour le journal du coin.  

Et puis, au loin, à gauche, éclairant faiblement le dégradé sombre du pied d’une montagne, une lumière blanche, paraissant à cette distance et avec ce froid n’être qu’une bougie dans le coin d’une pièce sombre. L’unique entrée de la chambre forte de Svalbard. Si neuf ans plus tard, cet endroit fut inauguré en tant que Réserve mondiale de graines, souterrain sécurisé et destiné à la conservation des graines de toutes les cultures vivrières de la planète, en 1997, c’était déjà un coffre-fort géant, entretenu par des individus particuliers pour la conservation de quelques documents, allant d’archives historiques importantes à des plans de construction d’armement. Pas la peine de mentionner pourquoi construire et entreposer des objets particulièrement précieux était un avantage dans un lieu pareil. Si l’endroit, au vu de la très faible fréquentation, était pauvrement surveillé, la difficulté était qu’il n’y avait qu’une seule porte et que le souterrain s’enfonçait à 120 mètres de profondeur. Fort heureusement, les gardiens n’étaient que des moldus. Octave s’en approcha autant qu’il le pouvait, de cette unique lumière immobile. Alors que la neige sous ses pieds commençait à devenir faiblement jaunâtre, il s’arrêta et regarda Svalbard, sans pouvoir clairement distinguer combien de personnes en gardaient l’entrée. Mais ce n’était pas la peine…

« Tu montes en grade, Miss S, c’est bientôt l’heure de montrer tes talents de foreuse. Ce que tu vois, c’est l’entrée d’un long tunnel qui s’engouffre profondément sous la terre. Ce que je suis venu chercher se trouve être tout au bout de ce tunnel, dans l’une des salles privées de la réserve. On pourrait tenter de directement creuser dans la terre pour percer un trou au-dessus de l’endroit voulu, mais cet endroit est creusé dans le flanc d’une montagne de grès. Impossible de forer sur une aussi longue profondeur sans se faire repérer. D’abord le bruit, mais ça, c’est théoriquement possible de palier à ce problème pour ne pas nous faire remarquer. En revanche, les vibrations, c’est autre chose. Je te propose donc de remonter le plus près possible de l’entrée du tunnel, là où la terre est encore relativement molle… même si elle est à moins trois degrés, c’est toujours plus mou que du grès. On ne pourra pas rejoindre l’endroit à la perpendiculaire, les gardes remarqueront notre avancée dans la neige, donc on va rejoindre la colline à l’opposé de l’entrée et longer le tunnel par le toit jusqu’à ce que l’épaisseur soit satisfaisante. »

Bon, il semblait gentiment exposer sa logique et son plan, mais en réalité l’explication donnée n’avait pas pour vocation à souffrir d’aucune remarque. Il aurait pu tout aussi bien ne strictement rien dire à sa charmante compagne et simplement continuer sa route avec la conviction qu’elle le suive sans objections, mais l’expérience lui avait démontré que quelqu’un de bien informé pouvait éviter quelques bévues qu’il aurait fait en ne sachant rien. Pour l’instant en revanche, bien que le schéma fût entièrement dessiné dans son esprit, Octave préférait distiller l’information au compte-goutte, ne donnant que le nécessaire au moment venu. Un regard en biais à la jeune femme pour s’assurer de son état, et le voilà reparti, se dirigeant vers la gauche dans ce carrefour imaginaire. La lumière blanche éclairait maintenant leur profil gauche, mais était beaucoup trop éloignée pour projeter une ombre quelconque sur le sol ; détail pas anodin bien entendu. Ils remontèrent sur plus de cent mètres dans le crépuscule bleuté, jusqu’au flanc de la colline qui abritait le tunnel. Déblayant toujours le passage devant soi dans une neige qui montait ici jusqu’à son bassin, Octave gravit le sommet du monticule et jaugea le sol. A vu d’œil, ils devaient être bien plus loin que le bout-même du tunnel, mais c’était là une précaution supplémentaire pour que les gardes ne les voient pas approcher. S’accroupissant un instant, il toucha le sol de ses mains gantés, constatant la texture et la composition. Si jusqu’à maintenant il avait gardé une allure rapide, son pas s’était ici drastiquement ralenti. Se redressant, il entama de longer le sommet de la butte d’un pas de félin. Plus ils se rapprochaient de la lumière en contrebas, plus il devenait tendu et son pas s’assouplissait. A une trentaine de mètres de l’entrée, il s’arrêta. D’ici, il pouvait entendre au loin la discussion à voix haute des gardiens, frigorifiés par le froid. A nouveau, il s’accroupit pour de bon dans la neige à tel point que même sa tête ne dépassait pas de l’épaisse poudreuse. Sans attendre qu’elle fasse de même, Octave saisit sa compagne par la manche et l’entraina à ses côtés, de sorte à ce que son visage se retrouve au même niveau que le sien. Lentement, avec une étrange expectative dans le regard, il s’approcha de la jeune femme au point où leurs deux souffles ne formaient plus qu’une seule et unique brume. Il respira calmement un instant, la regardant dans les yeux de son air curieusement attentif, comme s’il attendait qu’elle lui dise quelque chose, puis finalement, il chuchota en se penchant encore plus :

« Il va vraiment falloir être silencieux, si on les entend et on les voit d’ici, c’est que les gardiens le peuvent aussi. L’avantage est qu’on est en hauteur et protégés par la neige. On est plus calmes qu’eux aussi. Par contre, évitons les sorts lumineux, dans cette pénombre ça se verrait particulièrement bien. Et non, on ne peut pas tuer les gardiens ou les endormir ou même utiliser un Impero. Ils sont vingt-cinq au total, ils font des rondes d’un bout à l’autre du tunnel et chacun d’eux est relié à un poste de contrôle qui préviendra les militaires si l’un d’eux ne répond pas à l’appel qui a lieu toutes les quinze minutes. Temps insuffisant pour faire ce que j’ai à faire et de toute manière, comme dit plus tôt, personne ne doit savoir qu’on est venu ici. Personne. »

Vivement, il pivota de la tête, semblant jauger les distances et les reliefs les entourant. Il regarda le bloc de béton qui s’élevait dans les airs et qui était l’entrée et la ventilation du tunnel, puis lorgna le bout de la colline, avant de revenir à ses propres pieds. Il réfléchit ainsi un instant, un murmure inaudible franchissant ses lèvres tandis qu’il sondait les méandres de son esprit. Le plus difficile n’était définitivement pas de s’enfuir en cas d’échec, mais bel et bien de ne pas se faire remarquer. Enfin, Octave releva son visage vers Mis Shafiq, pencha légèrement la tête sur le côté et souffla, d'un ton d'abord sérieux, qui se musa finalement en cajolerie à mesure que son visage figé commençait à sourire de cet air malicieux qui lui allait si bien :

« Sous nos pieds, il y a une pièce vide, où quasiment jamais personne ne passe. Deux mètres quarante de terre et de cailloux nous séparent d’elle, plus une couche de trente centimètres de béton armé. A toi de jouer. Pas de bruit, pas de spectacle de débris volant dans les airs. Un trou, c’est tout ce qu’il nous faut… réformable, le trou, bien évidemment. Alors, fille d'Eve, belle féline, à la patte de velours mais au regard sauvage, c'est dans tes cordes ? »

Instinctivement, par esprit de désinvolture et de jeu, il transformait l’aventure à priori égotiste en test divertissant. Pour ne pas changer.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Ven 14 Avr 2017 - 13:17


Les ténèbres. Le froid. Encore le froid et l'obscurité. Astrid se concentrait uniquement sur l'homme devant elle depuis maintenant plusieurs minutes, jusqu'à essayer d'en oublier ses sensations physiques. Il était étrange de constater à quel point, ce qui pouvait paraître être l'inverse du feu pouvait être aussi blessant. Des brûlures. Des gerçures. Plus le temps passait, plus la dame se demandait par quelle folie elle s'était décidé à suivre son Adams dans cette aventure sans en connaître les détails. Malgré cela, la belle continuait d'avancer, inlassablement, tout en supprimant toutes traces de leur passage. Si Octave leur créait un petit chemin exigu leur permettant de passer sans trop de difficulté, son rôle à elle n'était autre que le reboucher, de manière à faire croire qu'aucune personne n'était passée ici. C'était précisément ce que la demoiselle faisait. La magie pouvait avoir bien des utilités et la mercenaire savait pertinemment comment faire pour l'utiliser à sa guise. Oblitade.

Combien de temps ? Combien de temps Astrid suivit le pas de l'homme sans rien faire d'autre de sa magie qu'effacer leurs traces ? Elle ne savait pas et son esprit avait bien mieux à faire que se concentrer sur les secondes qui s'écoulaient inlassablement, imperméable à la souffrance d'une femme rêvant presque d'une belle cheminé et d'un bon thé. Mais la réalité était bien évidemment toute autre et Astrid ne pouvait se permettre de perdre en concentration. Elle continuait d'avancer, encore et encore, observant les moindres mouvements de l'homme et ceux, jusqu'à apercevoir au loin, dans la pénombre bleuté ambiante, une lumière diffuse, après ce qui lui parut être des éternités de souffrances glacées. Au premier abord, la Shafiq crut sérieusement halluciner, voyant un mirage, comme cela pouvait parfois être le cas dans les déserts arides et ceux, bien qu'elle se trouvât dans un désert non fait de sable, mais bel et bien de neige et de glace. Elle cligna des yeux, une fois, deux fois, puis les mécanismes de son esprit se remirent en branle et le cerveau de la belle se remit réellement en marche. Cette lumière n'était pas un mirage, mais sans doute, vu l'angle d'approche que prenait son partenaire, leur destination. Enfin, ils y étaient réellement, pour le plus grand bonheur de la demoiselle. Un sourire léger fleurit sur ses lèvres. Non que jouer aux balayettes était si dégradant, mais Astrid avait bien d'autres talents qu'elle espérait pouvoir mettre en œuvre dans ce genre de mission. Encore quelques moments de marche, et enfin, la mercenaire s'arrêta derrière Holbrey. 

-  Tu montes en grade, Miss S, c’est bientôt l’heure de montrer tes talents de foreuse, émit d'une voix relativement faible l'homme à ses côtés. 

Elle comprenait, évidemment. Il ne pouvait se permettre de crier leurs présences.

Ce que tu vois, c’est l’entrée d’un long tunnel qui s’engouffre profondément sous la terre. Ce que je suis venu chercher se trouve être tout au bout de ce tunnel, dans l’une des salles privées de la réserve. On pourrait tenter de directement creuser dans la terre pour percer un trou au-dessus de l’endroit voulu, mais cet endroit est creusé dans le flanc d’une montagne de grès. Impossible de forer sur une aussi longue profondeur sans se faire repérer. D’abord, le bruit, mais ça, c’est théoriquement possible de palier à ce problème pour ne pas nous faire remarquer. En revanche, les vibrations, c’est autre chose. Je te propose donc de remonter le plus près possible de l’entrée du tunnel, là où la terre est encore relativement molle… même si elle est à moins trois degrés, c’est toujours plus mou que du grès. On ne pourra pas rejoindre l’endroit à la perpendiculaire, les gardes remarqueront notre avancée dans la neige, donc on va rejoindre la colline à l’opposé de l’entrée et longer le tunnel par le toit jusqu’à ce que l’épaisseur soit satisfaisante.

Si les premières paroles avaient réellement de l'intérêt pour Astrid, ceux-ci confirmant donc ses déductions, tout le reste n'était pas forcement utile, bien qu'elle n'émît aucun son ou geste pour prévenir de sa pensée. Elle était là pour obéir et si son employeur voulait taper la causette, c'était son choix. L'Adams était définitivement mort dans l'esprit de l'ancienne Gryffondor et Octave n'était plus qu'un employeur parmi tant d'autres, présentement. Il ordonnait, elle obéissait, tant que sa vie ne se retrouvait pas complètement en danger, ce qui ne risquait pas d'arriver vu les paroles de l'homme. La discrétion allait être de mise, évidemment, comme l'avait bien expliquer Octave entre les lignes, quand ils étaient arrivés. C'était parfait, ce même si Astrid n'était pas la meilleure dans l'infiltration, son frère la surpassant de loin dans ce domaine, elle gardait certains de ses talents pour elle et elle savait qu'ils seraient utiles ; et elle ne parlait pas de sa métamorphomagie, bien que cela était effectivement un atout dans certaines situations. Sans aucune réponse pour Octave, se contentant d'acquiescer en gardant un visage aussi impassible que la réalité et le froid le lui permettaient, elle suivit l'homme. Le signe de tête avait évidemment pour but de faire comprendre à son partenaire qu'elle avait compris son message. 

Le trajet ne fut pas aussi long que le précédent, fort heureusement. Astrid continuait d'effacer toutes traces de leurs passages, tout en laissant Octave leur déblayer le chemin, cela sur les centaines de mètres qu'ils firent ensemble, jusqu'à arriver vers leur destination. Octave ralentit, jusqu'à s'arrêter un moment pour s'accroupir et toucher le sol avec ses mains, sous le regard de la mercenaire qui en profita pour terminer de nettoyer leur passage dans cette zone. Finalement, Octave se releva sans un mot de plus, puis continua son chemin, avec une allure bien moins rapide. Astrid le suivit, remarquant par ailleurs que l'homme devenait de plus en plus souple dans sa marche, à mesure qu'il s'approchait de la lumière que l'on pouvait deviner plus loin, plus bas. Finalement, il s'arrêta sans prévenir et s'accroupit à nouveau et Astrid comprit rapidement que c'était réellement leur destination et que ses anciens mots allaient sans doute prendre sens ici. Elle commença à amorcer un geste pour le suivre dans son mouvement, mais n'eut pas le temps de l'accomplir qu'Octave attrapa la manche de son manteau pour la forcer à se baisser également. Elle le fit sans protester, bien qu'elle se dégageât rapidement de son emprise. Cela fait, Holbrey se rapprocha d'elle en la regardant, jusqu'à ce que le souffle de la demoiselle se mélangeât au siens. Astrid attendit alors qu'il prît la parole, sans un mot. Elle savait, devinait, que l'homme ne pouvait aller plus loin sans la prévenir de ce qu'il attendait d'elle clairement. S'il ne voulait pas se louper, il serait forcé de lui dire précisément ce qu'elle allait devoir faire. Sa patience paya par ailleurs, l'homme prenant la parole devant le demi-sourire de la jeune femme qui attendait sereinement, malgré le froid toujours bien présent. 

Il va vraiment falloir être silencieux, si on les entend et on les voit d’ici, c’est que les gardiens le peuvent aussi. L’avantage est qu’on est en hauteur et protégés par la neige. On est plus calmes qu’eux aussi. Par contre, évitons les sorts lumineux, dans cette pénombre ça se verrait particulièrement bien. Et non, on ne peut pas tuer les gardiens ou les endormir ou même utiliser un Impero. Ils sont vingt-cinq au total, ils font des rondes d’un bout à l’autre du tunnel et chacun d’eux est relié à un poste de contrôle qui préviendra les militaires si l’un d’eux ne répond pas à l’appel qui a lieu toutes les quinze minutes. Temps insuffisant pour faire ce que j’ai à faire et de toute manière, comme dit plus tôt, personne ne doit savoir qu’on est venu ici. Personne.

Elle allait finir par le comprendre. Un sourire énigmatique se dessina sur le visage de la Shafiq alors qu'elle écoutait sans un mot son partenaire, qui, après sa tirade, arrêta de la regarder. Astrid se concentra alors sur ses mains, qu'elle frictionna l'une contre l'autre sans un mot, après avoir placé sa baguette au niveau de ses lèvres. Elle ne dit pas un mot, à nouveau : après tout, Octave avait parfaitement raison, si eux pouvaient entendre les gardes, l'inverse était forcement possible également et la demoiselle ne voulait prendre aucun risque. Personne ne devait savoir qu'ils étaient venus ici, après tout. 

Sous nos pieds, il y a une pièce vide, où quasiment jamais personne ne passe. Deux mètres quarante de terre et de cailloux nous séparent d’elle, plus une couche de trente centimètres de béton armé. À toi de jouer. Pas de bruit, pas de spectacle de débris volant dans les airs. Un trou, c’est tout ce qu’il nous faut… réformable, le trou, bien évidemment. Alors, fille d'Eve, belle féline, à la patte de velours, mais au regard sauvage, c'est dans tes cordes ?
Nous allons rapidement le savoir, murmura Astrid à son tour, après avoir récupéré sa baguette dans sa main droite.

Elle ne se formalisa pas du ton qu'avait prit Octave, bien qu'un sourire amusé fleurît sur ses lèvres. Dans le même temps, la main gauche d'Astrid plongea dans l'une des poches intérieures de son manteau et elle en sortit une magnifique montre à gousset, d'or, gravé de runes à divers endroits. Un cadeau de son défunt père. Un autre sourire, bien plus doux, embellit le visage de la demoiselle, durant une demi-seconde. Une micro-expression qu'elle n'avait pu contrôler, la vue de la montre la renvoyant à un souvenir en particulier et, surtout, certaines paroles de son géniteur.

- Deux minutes. Durant une mission, quand tu tombes sur un obstacle qui ne devrait pas se trouver là ou dont tu ne connaissais pas l'existence, tu dois trouver la solution en deux minutes, pas une seconde de plus, lui avait-il dit, alors qu'elle l'écoutait. Elle avait huit ans et ses paroles étaient restés gravé dans sa mémoire. Pendant ce temps-là, tu dois mettre ce temps à contribution pour t'éviter certains ennuis, en prenant en compte toutes les informations que tu connais sur la mission en cours. Elle avait acquiescé, sans rien dire. Bien, tu tombes sur un mur de trois mètres de haut dans un couloir, créé magiquement par ta cible, que fais-tu ? Plusieurs minutes plus tard, elle avait donné sa réponse et son père avait alors répondu avec un léger sourire. C'est bien, mais tu as mis sept minutes et trente et une secondes ; c'est beaucoup trop. Il lui avait envoyé ensuite la montre à gousset qu'elle tenait présentement dans sa main, lui disant de la garder pour s’entraîner et, dans un futur lointain, pour éviter de mettre trop de temps durant ses missions. 

Deux minutes, murmura la mercenaire pour elle-même, en enclenchant le mécanisme de la montre. 

Elle attacha ensuite la chaîne à l'unique poche avant de son manteau, au niveau de son cœur. Elle se mit ensuite directement au travail. Se redressant légèrement, elle commença à incanter une formule en particulier, psalmodiant tout en ce déplaçant autour de l'endroit où elle allait devoir creuser. Octave, à ce moment précis, n'existait plus dans l'esprit d'Astrid : il n'y avait qu'elle et son objectif. 

Salveo Maleficia, Salveo Maleficia, Salveo Maleficia...

Lentement, un voile translucide vint recouvrir la zone où les deux protagonistes se trouvaient, empêchant de fait les moldus de pouvoir les voir. Un fait peu connu, même dans le monde magique : ce sortilège était à la base une protection, mais permettait également d'éviter d'être vu, rendant les personnes prisent dans le sortilèges invisibles aux yeux des autres personnes, moldus comme sorciers. Les murmures d'Astrid ne s’arrêtèrent pas pour autant. Elle pointa le dôme qu'elle avait elle-même créé et prononça une autre formule. Bon, en théorie, ça devrait marcher, en pratique... Je vais rajouter un sortilège repousse moldu. Silencio Totalum. Le problème avec ce genre de sortilège, c'est que, comme il ne créait aucune lumière, il n'y avait aucun moyen d'être certain qu'il avait bien fonctionné. Toutefois, Astrid ne voulait en aucun cas prendre des risques. Elle recommença alors à psalmodier en se déplaçant dans la limite du premier sortilège et, de sa baguette, un autre voile translucide sortit, venant se superposer au premier. 

Repello Moldum, Repello Moldum, Repello Moldum... 

Quand le second voile fut totalement en place, Astrid termina par pointer sa baguette directement sur le ciel et prononça une dernière formule, terminant enfin son petit manège. 

Caduto Nevera.

Le sortilège fit effet directement, le ciel se couvrit rapidement, sans même que cela se vit réellement. L'obscurité aidant, il n'était pas possible de remarquer la rapidité avec laquelle les nuages s'étaient rassemblés pour créer la chute de neige. Une chute de neige qui commença à devenir de plus en plus violente, à mesure où Astrid se concentrer pour alimenter le sortilège, gardant sa baguette pointait en l'air. Elle ne faisait pas cela pour rien, mais principalement pour deux raisons. La première était que si elle avait fait en sorte que les Moldus ne les voient pas et ne puissent pas s'approcher du lieu, elle préférait être certaine que leurs vues soient bloquées. La seconde était que si elle avait lancé un sortilège de silence informulé autour de la zone pour empêcher toute sortie de son intempestif, elle ne pouvait pas être certaine que l'enchantement avait réellement marché, celui-ci étant plus inventé rapidement que réellement existant. Si en théorie, il devrait marcher, en pratique, elle ne pouvait pas savoir : la chute de neige allait de fait empêcher les moldus d'entendre le bruit qu'elle allait faire, s'ils avaient pu réellement entendre... Enfin, bref, comme le disait son père : il vaut mieux être trop prudent que pas assez. Elle récupéra ensuite sa montre et arrêta le mécanisme, jetant un rapide coup d'œil sur le temps qu'elle avait mis pour tout mettre en place. Une minute et cinquante-trois secondes. Hm, elle pouvait faire mieux, mais c'était suffisant.  

Debout, sans plus être ne serait-ce qu'inquiétée par la présence des moldus, elle pointa enfin sa baguette sur le sol, où elle allait creuser. Elle commença par ramollir la terre d'un informulé, celle-ci étant bien trop dure pour être directement creusée, le tout pour éviter, surtout, une perte de temps inutile. Flaccido. Ceci fait, elle commença ensuite à creuser la terre, créant un tunnel qui s'agrandissait à mesure qu'elle s'enfonçait dans le sol en même temps que sa création. Defodio.

Après une trentaine de secondes à creuser, Astrid arriva enfin au niveau du béton. Elle se tourna alors vers Octave et chuchota rapidement quelques indications sur ce qu'elle avait mis en place, de manière à ce qu'il ne s’interrogeât pas inutilement plus tard, ce qui pourrait les ralentir, voir même les faire échouer.

Il faut que l'on puisse sortir et je doute que passer par la porte principale soit une option, commença-t-elle dans un souffle. Ce tunnel sera notre porte de sortie : les moldus ne pourront pas s'en approcher, ni le voir, tant que je serai réveillée ou que je n'aurai pas directement annulé les sortilèges mis en place, en dehors de la neige qui s'arrêtera d'elle-même dans plusieurs minutes. Je vais faire s'effondrer la paroi en dessous de nous, puis quand nous serons dans la pièce, je le réparerai. Prépare-toi à atterrir, car je ne pourrai pas empêcher ta chute. Mon timing va être déjà serré et il le serait beaucoup trop si je devais également t'éviter une foulure.

Elle tourna le dos à Octave et remonta sa main gauche au-dessus de son épaule, relevant son pouce, son index et son annulaire. Elle commença alors un décompte de trois secondes en abaissant ses doigts, puis, quand les trois secondes furent passées, elle lança un nouvel informulé, sa baguette pointée sur le béton. Deprimo. Des fissures commencèrent à apparaître sous leurs pieds, puis le mur – plafond, toit ? - s'effondra d'un seul coup, laissant alors Holbrey et Shafiq faire une magnifique chute. Astrid prit une profonde inspiration, puis balança deux sortilèges dans la foulée. Le premier, elle se visa elle-même. Le second, elle visa le trou qu'elle avait-elle même créé. Aresto Momentum ; Reparo ! La phœnix se contorsionna ensuite pour atterrir dans une position relativement confortable, plutôt que se laisser tomber sur le dos et se faire mal bêtement. À la seconde où elle toucha le sol, bien que ralentie, elle fit une roulade pour éviter de se faire mal, se relevant directement. Sa baguette fut pointée en premier lieu sur le plafond, qui avait été réparé avant même qu'un des débris touchât le sol – avec plus de chance qu'autre chose, Astrid en avait bien conscience – puis dans la salle même où les deux sorciers se trouvaient, un maléfice sur le bout de la langue, prête à assommer la moindre personne pouvant potentiellement s'y trouver.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Sam 22 Avr 2017 - 15:55

Un moment solennel allait se produire et il le savait, considérant déjà l’avenir avec une piété fervente digne d’un petit orphelin que l’on aurait abandonné à la naissance dans un monastère. On était dimanche de pâques et le petit Jesus allait sortir de son caveau. Enfin, l’observation véritable allait commencer pour lui, car il n’eut jusqu’à maintenant qu’un faible aperçu des fruits d’un entrainement réputé intransigeant avec les faiblesses et les manquements. Effacer des traces, c’était le minimum syndical pour tout individu évoluant dans l’illégalité, à condition que l’ambition fut de demeurer dans l’ombre. Nombreux étaient ceux qui se faisaient prendre par manque de concentration. Dans la précipitation, il était tellement simple d’oublier une petite trace de doigt, une tâche de sang, l’emprunte magique d’un sortilège un peu trop voyant... Ce fut donc avec une curiosité joyeuse et zélée qu’Octave observa la mercenaire sortir sa fine baguette. C’était un moment indéniablement fatidique parce que la première tâche -véritablement épreuve- proposée n’était jamais un hasard ni un moyen de se débarrasser d’une entreprise trop ennuyeuse. Non, l’affaire était soigneusement choisie pour être représentative de tout un éventail de capacités spécifiques. Il ne cherchait cependant pas tant l’habilité magique qu’une preuve d’ingéniosité opportune. Les sorciers croyaient bien trop souvent à tort que parce qu’ils savaient escrimer dans les airs avec leur baguette, cela les sauvait d’un manque de recul. La magie, après tout, allait à l’encontre de toutes les lois de la physique, et si on avait un tel contrôle sur la nature entre les mains, il y avait de quoi se croire supérieur en tout et partout. Mais le talent de la ferraillerie ne compensait que très vaguement un esprit trivial. A force d’expérience, Octave avait savamment appris à construire quelques circonstances propices à ce genre d’aventure. Comment allait-elle donc se charger de cette tâche ? Tel le bon professeur qu’il n’était pas, il importait peu à Octave la réussite de l’examen, ce qui l’intéressait était le processus intellectuel en lui-même.

Comme beaucoup, Miss S. semblait avoir son propre rituel -se présentant sous la forme d’une montre à gousset- qu’elle s’empressa d’entamer dès que le champ lui fut laissé libre. Octave continuait à sourire, cette fois par malice, parce que c’était terriblement commun et il était extrêmement intéressant de retrouver une telle manie, indépendamment du caractère autant de la personne que du travail accompli, parmi tous ces reîtres de l’âge d’or britannique. Il avait vu un adventiste du septième jour faire sa prière du dimanche juste avant d’entreposer de la dynamite sous un pont ferroviaire pour le faire péter au passage du train. Une autre faisait craquer ses doigts avant chaque combat. Cela n’avait aucun sens ni intérêt, mais c’était systématique, comme le son d’une cloche pour déclarer le début solennel d’une échauffourée. Elle ne commençait jamais ni ne donnait de coups si les jointures n’avaient pas claqué. Et puis il avait la Shafiq, qui regardait l’heure. Qui dit montre, dit temps. Octave pencha légèrement sa tête sur le côté, vaguement intrigué, quoi qu’il fût certain qu’il s’agissait soit d’un concours de vitesse, soit d’un trouble obsessionnel compulsif quelconque qui l’obligeait à se mettre en action que lorsque les aiguilles étaient perpendiculaires, alignées ou dans une autre position fantasque. Un peu, finalement, comme la fille qui faisait craquer ses doigts. Mais dès lors qu’il vit le sourire doucereux poindre sur le visage de Miss S, Octave devina l’attachement personnel et sentimental à cet objet. Un beau souvenir ? Un lien certain avec la situation et l’exercice imposé. Les habitudes avaient cela d’inconvenant qu’elles revenaient inconsciemment et se figeaient en un temps précis. « Deux minutes ». Il allait donc assister à un rituel séculier, quelque chose de sacré, un pan de mémoire réutilisé comme un vieux mouchoir en tissu offert par pépé sur son lit de mort. Non, bien sûr, il comprenait parfaitement l’importance du consacré, mais c’était toujours curieux à observer tant ça se plaçait un peu n’importe où et sans véritable à propos. Bon, admettons, pourquoi pas. Mais cette histoire de chronométrage impulsif ne lui plaisait pas beaucoup, s’imposer un temps lorsque la nécessité ne s’y prêtait pas était une contrainte for inutile. Enfin, encore une fois, c’était son problème et Octave n’était là que pour constater ce que cela donnait à la longue.

- Salveo Maleficia, Salveo Maleficia, Salveo Maleficia...

Bon, bon, un sort de protection, très bien. Comptait-elle donc faire de grands mouvements de voilier si elle avait besoin à ce qu’on ne les perçoive pas concrètement ? Toujours à terre, Octave s’était assis en tailleur sur le côté et regardait de ses yeux aux paupières battantes les frivolités de la jeune femme. Un autre murmure lui parvint aux oreilles, suivi du vrombissement caractéristique de l’air lorsqu’un sort était jeté. Gaiement, il renversa sa tête vers l’arrière et admira les étoiles qu’il avait l’impression d’observer en étant sous l’eau. Leur contour tanguait plus de d’habitude, se dilatait et se mouvait sans cesse au rythme du voile éthéré et translucide qui les entourait. L’étudiante se mit à tournoyer en débitant un énième sortilège pour repousser les moldus, avant de pointer sa brindille en direction du ciel et de déclarer : Caduto Nevera. Curieux, Octave tourna sa tête et fit rouler ses yeux en observant ce qui allait se produire, ne sachant absolument pas à quoi s’attendre. D’abord, rien n’advint, jusqu’à ce qu’une légère bourrasque de vent glacé ne le surprenne aux reins. Rentrant la tête dans ses épaules, il constata finalement qu’il commençait à neiger. S’enlaçant soi-même dans une demi étreinte pour se réchauffer, Octave s’avachit sur sa colonne vertébrale, l’âme chantant le refrain de la suspicion. Vraiment ? Tout cela était-il nécessaire ? Pour sa part, il n’avait pas de style particulier, ni épuré à outrance, ni emphatique dans sa manifestation. Cela dit, il se demandait vraiment si toute cette sarabande était très pertinente. Et puis cette tempête de neige, ça ne sentait rien qui vaille. Trop tapageur dans son importance, trop visible. Mais surtout, c’était le genre de chose qui rentrait des variables nouvelles à prendre en compte et donc, d’autres choses à prévoir en perspective, à évaluer, à calculer… Après tout, à part masquer la vue et éventuellement l’ouïe, quel autre impact collatéral pouvait bien avoir une météo pareille ? Ca ressemblait fort à de la sodomie de coléoptère ça, ou, comme disait l’autre, tuer une mouche avec un bazooka.

La montre fut ouverte à nouveau et constatée avec satisfaction. Bel et bien un chronométrage. Tant d’embêtements, bon sang. Tout cela était quelque peu engoncé tout de même ! Si jeune et déjà si lourdement procédurale. Il hésitait encore sur la définition, mais il y avait définitivement de l’emphase outrancière et inutile derrière tout cela. Et très certainement un manque d’imagination. Mais il attendait encore de voir pour conclure, car finalement l’on pouvait autant en faire trop par orgueil que par manque de confiance. La voyant ramollir la terre, Octave se releva, jeta un coup d’œil aux alentours grisés par la tempête de neige avant de revenir au trou dans le sol. Suivant le creusement de la glèbe, il descendait lentement en biais, un pas après l’autre, le long de la paroi poreuse et pleine d’eau cristallisée. Finalement, le béton armé se montra sous leurs pieds et alors que Miss S. se retournait vers lui, il retira son bonnet et le rangea dans l’une de ses poches, s’ébouriffant les cheveux.

« Ce tunnel sera notre porte de sortie : les moldus ne pourront pas s'en approcher, ni le voir, tant que je serai réveillée ou que je n'aurai pas directement annulé les sortilèges mis en place, en dehors de la neige qui s'arrêtera d'elle-même dans plusieurs minutes.
- On va espérer que tu restes éveillée alors. »

Il ne savait pas trop de quel timing elle parlait, mais tant pis. Regardant les doigts s’abaisser, Octave écarta vaguement les jambes, se plaçant en position d’appui, jusqu’à sentir une vibration sous ses pieds. Un rapide coup d’œil lui permit de constater l’apparition de fissures sur la dalle de béton et il fit claquer sa langue contre son palais avec agacement. Trop tard cependant, car l’édifice tombait déjà et si Miss S. avait choisi de ralentir sa chute, Octave s’était contenté de ne littéralement rien faire, pliant à peine des genoux avant que le plafond ne se dérobe. Connaissant la hauteur de mur, il savait combien d’énergie ses genoux allaient devoir absorber. Cependant, dès qu’il toucha le sol quelques mètres plus bas, il regretta sa décision. Ses articulations, nouées par le froid, s’étaient rigidifiées et pour correctement amortir le saut, il dut quasiment s’assoir par terre, la force attractive l’ayant tassé sur lui-même pour bien atténuer le geste. Sous le choc, ses poumons se vidèrent et il sentit un léger à-coup dans la gorge. Il aurait peut-être dû faire une roulade aussi, mais c’était trop tard maintenant.

Se redressant, il s’étira le dos et, plissant les yeux dans cette pièce qu’il savait petite et surtout noire, Octave sortit de la poche un petit bâton lumineux qu’il brisa et un faible éclat d’un bleu fluorescent se propagea jusqu’aux murs couverts d’étagères. Il préférait cela à un Lumos, beaucoup trop éclatant à son goût et surtout brillant tel un phare sous les fentes des portes closes… D’ailleurs, la lumière du couloir répandait son rayon d’un blanc séraphique sur le sol grossièrement bétonné. Miss Shafiq était déjà prête à attaquer. Tout doux, fougueux canasson, en général, il n’y a personne dans les placards à balais. Du tube plastique, il balaya la pièce pour en déterminer la taille exacte avant de le poser sur une étagère. Là, il retira ses épais gants d’hiver avant d’en enfiler une paire en fin cuir d’agneau. Détendant ses doigts pour assouplir le daim, Octave sondait consciencieusement les bruits en provenance du tunnel. Les fissures dans les fondations et les murs, ça faisait du bruit. Ca faisait vibrer la structure, surtout quand tout était aussi confiné et que les espaces étaient vides et grands, les sons s’y propageant extrêmement bien en écho. De plus, il craignait à ce que la tempête de neige n’ait poussé les gardes à rentrer dans l’enceinte du tunnel pour s’y abriter, ce qui ne leur faciliterait pas la tâche. Mais surtout… les communications radios pouvaient se faire brouiller par de telles bourrasques opaques. La tempête n’étant pas un évènement météorologique prévu, la tour de contrôle pouvait largement s’affoler si le contact disparaissait avec la totalité de leurs gardes, surtout si l’ouragan devait disparaître aussi brusquement qu’il fut apparu… Alors il attendait là, cœur battant et respiration quasi-inexistante, à écouter les bruits du dehors. Il attendit ainsi plus de cinq minutes, doigts entremêlés pour détendre le cuir aux jointures, la tête penchée vers la porte et le regard perdu dans le vide. Peut-être aurait-il dû prendre avec soi quelqu’un qui connaissait mieux les moldus… Ces choses-là pourtant étaient bien rares, même les sang-mêlé, une fois leurs pouvoirs découverts, se déconnectaient d’un monde manifestement bien trop morne et cruel et pragmatique. Des gardes passèrent, d’abord dans un sens, puis dans l’autre, discutant bruyamment ; comme prévu, deux groupes circulaient d’un bout à l’autre du tunnel, les autres se concentrant à l’extérieur du bâtiment. Lui aussi comptait les pas et les minutes, chronométrant leur durée de passage et la démarche de chacun pour savoir en combien de temps la ronde était terminée. Puis, ayant fini son analyse, il parla d’une voix basse et pleine de velours :

« On vous apprend un peu les sciences chez les mercenaires ? Les spectres lumineux ? Principes de diffraction ? La déviation d'ondes lumineuses ? Le temps de traverser le couloir, il faut qu’on se rende invisibles, mais la Désillusion, ça risque d’être moyennement efficace avec un éclairage de salle d’opération. Malheureusement, je ne suis pas Dumbledore, je n’arrive pas encore à complètement disparaître. La raison pour laquelle nous voyons les choses, c'est qu'elles émettent, réfléchissent ou absorbent la lumière, rendant ainsi l'objet touché visible. Lorsque ces rayons réfléchis ou réfractés parviennent à nos yeux, nous sommes capables de voir l'objet en question. Pour se rendre invisible, il faut donc que l'on n'émette aucune lumière mais surtout que l'on n'en réfracte aucune, ce qui est le plus compliqué. Je vais m'inspirer du principe des mirages. Quand il fait très chaud on a l’impression d’apercevoir de l’eau là où il n’y a que du sable. C’est en fait un bout de ciel qu’on aperçoit. Les rayons lumineux ont franchi un empilement de couches d’air de températures différentes, qui se comportent comme autant de milieux distincts. La lumière est donc déviée à chaque fois qu’elle passe d’une couche à l’autre, elle finit par atteindre le sol, où elle est réfléchie pour finir dans nos yeux. Je vais allier trois sortilèges pour nous entourer de couches successives d'air à température différente. Les uns se feront écran à d'autre, et la lumière déviera nos corps en poursuivant sa route. Pareil pour la lumière que l'on émet. Pour ca on va rajouter un petit changement de couleur pour ne produire que de l'ultraviolet. Par contre, tu auras chaud, et ce sont des longueurs d’ondes dangereuses si on s’y expose trop, il va falloir aller vite et longer le couloir aussi rapidement que possible. Cette fois, ce dont tu vas t’occuper, c'est des bruits de nos pas et de nos voix. On sera invisible l'un à l'autre et on n'aura plus que notre bouche et nos oreilles pour communiquer. C’était quoi, deux minutes, c’est ça ? C’est parti, t’as une minute et demie avant qu’on sorte. »

Octave se retourna et se saisit du bâtonnet fluorescent, resté sur l’étagère. Sortant sa baguette, il se tint immobile, prêt, semblant toutefois un peu ailleurs. Il comptait, attendait l’achèvement du temps imparti au-delà duquel ils allaient devoir attendre dix autres minutes avant de pouvoir sortir. Et plus ils passaient du temps dans ce placard à balais, plus il y avait un risque que quelqu’un ait l’idée d’y rentrer. Le sortilège de la modification de la réfraction allait lui demander de l’énergie et de la concentration, raison supplémentaire pour accélérer l’exercice.

« Evanesco. »

Le bâtonnet lumineux disparut et le noir se fit à nouveau dans la pièce ; il n’y avait que leurs chaussures qui étaient faiblement éclairées par la lumière perçant sous la porte en un sinistre éventail. Le temps approchant, il murmura en direction de la porte un « Silencio » pour l’empêcher de grincer. Et puis, jetant un regard vers la jeune femme dont il ne voyait quasiment rien, à part le relief de son visage, marqué par la lumière venant d’en bas, et le blanc phosphorescent de ses yeux, Octave susurra dans un soupir :

« Colovaria. »

250 nanomètres. Pas de quoi se brûler la peau, mais assez pour chopper un cancer au-delà d’un certain seuil. Enfin, ils ne comptaient pas y passer des heures non plus. 15 minutes étaient largement inoffensifs. La chaleur le prît à la racine des cheveux et descendit le long de son corps en vagues brûlantes. Rien d’insupportable, mais c’était comme se retrouver dans un sauna scandinave : sec et ardent. Là, il agita rapidement son poignet, sa baguette allant et venant tel un métronome. D'informulées, il créait successivement des bulles d'air à l'aide du charme de Têtenbulle, qu'il entrecoupait successivement du sortilège de Flagrante, qui emplissait l'espace d'une forte chaleur, et de Glacius, qui au contraire le refroidissait. Il dut faire au moins quinze allés retours avec sa baguette avant de considérer que c'était bon. Miss Shafiq avait disparu. Esquissant un sourire satisfait, il fit la même chose pour soi. En suite, aspirant l’air frais pour se redonner contenance, il ouvrit la porte d’un geste sec et déterminé. A cet instant précis, les gardes devaient se trouver quasiment aux extrémités du tunnel, en train de se faire dos, le regard encore dirigé vers les confins de leur petit royaume. C’était le bon moment pour sortir et traverser l’espace en n’ayant à rencontrer la vigilance proximale des gardes qu’une seule fois. Ouvrant la porte, il dut plisser des yeux, tant l’éclairage était fort, mais il était certain de l’efficacité de son sortilège tout simplement parce qu’il ne voyait plus la Shafiq. Elle non plus ne devait pas le voir. De ce fait, il ne pouvait plus que se reposer sur le sortilège de mutisme dont elle allait faire preuve pour communiquer sans qu’on ne les entende. Il siffla un « Sors » précipité avant de s’échapper à son tour du placard à balais en refermant la porte derrière eux. Octave tourna la tête, repérant visuellement les gardes d’une part et d’autre. A leur gauche, la porte principale de sortie se trouvait à peine à une trentaine de mètres d’eux et les gardes, décontractés par une nuit routinière, palabraient en finnois, gesticulant et se déplaçant d’une démarche chaloupée en leur faisant dos. A droite, les portes vers les différentes réserves se trouvaient à une bonne centaine de mètres. Le plus délicat au final allait être d’ouvrir la porte sans se faire remarquer. Parce que si le placard à balais se trouvait en fin de parcours, et que pendant un court laps de temps, personne ne le regardait, les extrémités du tunnel étaient systématiquement observées, soit par les gardes les plus proches, soit les plus éloignés. Mais en tout instant, il y avait forcément quelqu’un pour avoir un œil dessus. Se rendre invisible, c’était une chose, mais faire croire à une porte qui ne s’ouvre pas, faire illusion sur tout un pan de mur, c’était une autre histoire. Au début, la chaleur était assez agréable finalement, le temps de se réchauffer… Baguette cachée dans sa manche pour la garder elle aussi invisible, n’ayant pas d’autre choix que de parler pour diriger, Octave lança :

« On y va. On descend… » et puis, d’une voix beaucoup plus affable, il poursuivit, trouvant le moment étrangement opportun pour poser des questions. Ce qui n’était peut-être pas si bête puisque, Miss S. se trouvant concentrée, risquait avec un peu de chance de faire moins attention qu’à l’accoutumée. Pour sa part, il eut un peu de mal à avoir l’air aussi détaché qu’il l’aurait voulu pour rendre le propos léger, à cause de la concentration que lui prenait le maintien de tous ces sortilèges. « Qu’est-ce que tu fais à Poudlard dis-moi ? Je ne veux pas dire, qu’est-ce « tu » fais à Poudlard. Plutôt, qu’est-ce qu’une Shafiq fait à Poudlard en apprentie enseignante ? C’est l’attrait de la tutelle des Carrows qui t’intéresse ? »

Après tout, qu’est-ce qu’une mercenaire foutait dans une école pareille ? Il aurait été moins intrigant de la trouver dans un camp d’entrainement militaire, mais à Poudlard… De quoi confirmer que la régence du Seigneur des Ténèbres attirait les individus les plus incongrus dans des endroits ne convenant absolument pas à leur stature. Il imaginait déjà les Carrows souffrir de leur égo étouffé, obligés de se confiner aux murs de l’école, à enseigner à de la vermine, alors qu’ils étaient capables de tellement plus… D’un pas mesuré mais prenant, ils descendaient. Les gardes, ayant atteint le bout du couloir, se retournèrent et entamèrent la remontée contraire. Octave se sentait l’âme calme, déjà parce qu’il était certain de son propre sortilège, et d’autre part parce que si le mutisme de Miss Shafiq n’aurait pas fonctionné, ils l’auraient déjà su, avec une voix qui aurait porté en écho d’un bout à l’autre de la pièce. Les gardes passèrent juste à côté, bavardant sans relâche sur un sujet dont Octave saisit quelques mots : des élections et du foot. Pour le coup, il prit l'initiative du propos, craignant que Miss Shafiq n'ait l'idée de provoquer une tempête de neige ici aussi, pour aveugler les gardes...

« Je crois qu’on ne va pas s’emmerder. Envoie de la poussière dans la gueule des gardes qui nous voient, et on prendra la porte des entrepôts assez rapidement sans se faire prendre pendant qu’ils essayeront de se nettoyer les yeux. Admettons… décroche un peu l’un des néons au-dessus de leur tête. Il doit y avoir trois générations de poussière dessus. Et comme ils en prennent soin qu’une fois tous les trois siècles, ça n’étonnera non plus personne s’il casse. Ou un truc qui tombe à l'autre bout et qui fait du bruit, ce serait pas mal non plus... Simple suggestion. »

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Sam 27 Mai 2017 - 22:59


La jeune femme ne put s'empêcher de se sentir très conne pour deux raisons. Deux raisons bien particulières. La première était assez logique, vu le peu d'information qu'elle avait eu d'Octave. La seconde, elle, était... une idiotie, vu qu'elle avait très clairement prévenu l'homme de la future chute. En effet, elle entendit la réception d'Holbrey, qui aurait du être déjà moins bruyante s'il avait eu recours à un quelconque sortilège pour s'éviter des dégâts facilement évitables, mais également... N'aurait-il pas pu la prévenir à l'avance qu'ils allaient se retrouver dans un placard à balais ? Un simple "Au fait, Miss, nous allons dans une pièce qui n'est pas gardée, n'ayez donc aucune inquiétude" aurait été largement suffisant. Enfin, Astrid ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même, elle le savait : Octave avait été clair sur un sujet en particulier, le fait de ne pas être vu. C'était donc simplement logique qu'il ne les fît pas atterrir dans une pièce blindée de gardes armés jusqu'aux dents, prêt à massacrer tout ce qui ne devait pas se trouver là.

Astrid se redressa et se dépoussiérera, arrêtant de fait de menacer la porte de sa baguette comme si elle s'apprêtait à l'éviscérer. L'Adam, pour sa part, sortit un objet qu'elle ne connaissait pas et s'en servit pour faire de la lumière. Sans doute une invention moldue qu'elle ne connaissait pas. Après tout, si Astrid pouvait se venter qu'elle n'avait aucun mal à se promener dans leur monde sans être repérée, et cela, de part son érudition, elle admettait volontiers ne pas pouvoir tout connaître de leur monde et de leurs inventions. Enfin, encore une nouvelle preuve que les moldus pouvaient se montrer bien plus intelligents que les sorciers dans certains cas.

Finalement, après plusieurs minutes à attendre, le dos appuyé sur un mur vierge, Octave s'approcha d'elle pour prendre la parole, le tout avec toujours ce grain particulier qui, la Shafiq ne pouvait que se l'avouait, lui plaisait énormément. Elle l'écouta attentivement, sans jamais l'interrompre, ne serait-ce qu'une seule fois, gardant un visage aussi neutre que possible, bien que quelques micros-expressions pouvaient trahir ses pensées. Ici, un relèvement de sourcil léger, le fait qu'elle penchât la tête légèrement, un petit sourire venant prendre ses traits pour les embellir sans son autorisation.

- Bien, se contenta-t-elle finalement de répondre quand il termina son monologue.

Il faudrait qu'elle pense à lui demander de plus amples informations. Ça pourrait être utile, elle n'était pas réellement en phase avec ce genre de science.

Une minute et demi ? C'est ce qu'il avait dit ? Astrid ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel avec un sourire amusé : son tic était stupide et elle le savait, venant de son père lui-même, un homme qui contrôlait sa vie à la seconde près.

Quel genre de sortilège pouvait-elle utiliser ? Un simple sortilège de mutisme servirait à rien, il lui fallait autre chose et rapidement.

Peut-être qu'Octave connaissait également d'autres sciences intéressantes ? Pourrait-il lui expliquer exactement comment un moldu parvenait à faire voler un avion de plusieurs tonnes ?

Il faudrait vraiment qu'elle parvienne à arrêter ce tic idiot, mais bon... Après tout, cette montre était un héritage, s'en débarrasser ne serait pas aisé, elle le savait.

Il faudrait éventuellement réfléchir aux sortilèges qu'elle avait appris en dehors de Poudlard, ceux-ci étant trop scolaire, même si Octave utilisait précisément des sortilèges qu'elle avait elle-même appris dans cette école.

Saurait-il lui expliquer avec quoi été fait exactement les bombes ? Après tout, ses armes moldus avaient touché le monde magique également durant certaines guerres et peut-être qu'en apprenant plus, elle serait capable de s'en protéger.

Les tic-tacs de la montre ne pouvaient que la faire sourire après tout. C'était un son doux à ses oreilles, la renvoyant à une époque sereine où elle avait le droit de ne pas aimer sa famille pour la seule raison qu'elle était sa famille.

Oui, ce sortilège devrait faire l'affaire. C'était parfait. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Un sortilège qu'elle avait appris juste avant d'entrer dans l'Ordre du Phénix.

Clap. Astrid referma la montre qu'elle observait et la rangea sereinement. 1 minute et 21 secondes. Il lui restait 9 secondes pour utiliser le sortilège, bien plus qu'il n'en fallait en réalité. Ce qui allait surtout être coquasse, c'est qu'il lui fallait expliquer clairement à Octave comment fonctionnait l'enchantement pour éviter d'être repéré bêtement malgré tout.

- Tacent Circulum, prononça très clairement la mercenaire en traçant un cercle au sol, les englobant. Ce sortilège empêchera tous les sons que nous ferons de sortir de sa zone. C'est un sortilège extrêmement bien pensé, car il me permet de savoir précisément ses limites, l'ayant moi-même lancé. Il ne faudra pas en sortir, sous peine de se faire repérer dans la foulée. Son diamètre est approximativement de deux mètres. Si jamais je remarque un garde qui risque d'entrer dans la zone de silence, je le dirai à l'avance pour que nous ne fassions plus aucun bruit, sinon, il nous entendra. J'espère, ajouta-t-elle avec une certaine malice, que cette fois-ci, je me suis fait entendre.

Quelques secondes après ses explications, la demoiselle entendit un simple "sors". La porte était maintenant ouverte et Astrid s'y engouffra. Elle atterrit dans un couloir, la luminosité ambiante l'obligeant à plisser les yeux. Octave la suivit et referma la porte derrière eux. Non qu'elle le vît, elle le comprit simplement au son que la porte fit et qu'ils étaient les seuls à entendre. Astrid profita du cours répit pour profiter de la chaleur offerte par les sortilèges d'Octave, mais également pour rapidement voir ce qui se trouvait autour d'elle. La sortie à gauche, leur destination était donc forcément à droite. Bien. Les gardes continuaient leurs rondes sans même comprendre que deux intrus se trouvaient présentement dans le bâtiment. Si les moldus étaient plus intelligents que la moyenne des sorciers, il fallait avouer qu'ils avaient cette tendance absurde à ne jamais voir ce qu'ils avaient juste devant les yeux. Enfin, non qu'elle allait se plaindre, c'était précisément l'idée.

- On y va, on descend.

Astrid n’acquiesça pas, ne trouvant pas l’intérêt de le faire, l'homme ne le verrait pas. Elle se contenta donc de suivre le chemin indiqué par Octave, à un rythme régulier, de manière à ne pas le perdre en dehors de l'anneau de silence. Pour sa part, le fourbe qu'était son partenaire du moment trouva le moment parfait pour une petite discussion tranquille. Tranquille n'était finalement peut-être pas le bon mot, au vu de la question posée, par ailleurs. Astrid ne put retenir un petit sourire en coin en l'entendant. Ce n'était pas parce qu'elle devait maintenir le sortilège qu'elle allait se déconcentrer et débiter exactement ce pourquoi elle se trouvait au château cette année.

- L'attrait de la tutelle des Carrow ? J'en connais autant si ce n'est plus que mon maître de stage en magie noire. Ce n'est certainement pas pour cela, non, mais après tout, si tu connais notre réputation, tu dois savoir que tous les Shafiq ont un métier officiel en dehors de nos sorties en famille. Mon choix s'est simplement porté sur le professorat, particulièrement la défense, mais vu que ça a été modifié en magie noire, je m'y accoutume simplement. Pourquoi Poudlard ? C'est une école, répondit-elle avec une malice bien dosée. Et toi, que fait donc un homme avec autant de facette dans une bibliothèque ? Non que je crache sur l'amour des livres, ayant moi-même un amour prononcé pour ces puits de savoir, mais je m'interroge simplement.

Toutefois, avant même qu'Octave puisse lui répondre, elle reprit la parole quand un des gardes s'approcha dangereusement de l'anneau.

- Plus un bruit pour le moment.

Six mots, pas plus et Astrid s'arrêta de marcher le temps que le garde passât à côté d'eux, avant de reprendre sa marche quand il en sortit, continuant de discuter avec son collègue comme si de rien était.

- C'est bon. Alors ? demanda-t-elle.

Son sourire pouvait s'entendre.

Après quelques nouveaux mètres, ils arrivèrent non loin de leur destination et l'Holbrey reprit la parole, craignant sans doute qu'Astrid décidât d'aveugler les gardes avec une tempête de neige. Tempête qui s'était sans doute calmé depuis, d'ailleurs, et ce, avec un naturel ne pouvant trahir le sortilège. Suivant les indications de l'homme sans broncher, Astrid se retourna pour voir les gardes commencer à se rapprocher. Un simple mouvement de la main, le néon se décrocha, la poussière se rependit dans l'air. Un autre mouvement, la poussière se concentra pour attaquer les gardes sans qu'ils comprirent ce qu'ils se passaient. L'un d'eux se mit à tousser légèrement, attirant par ailleurs l'attention des deux autres, ce pendant que les deux premiers se nettoyassent les yeux. Avec prudence, Astrid profita du laps de temps offert pour entrouvrir la porte et s'engouffraient dans la pièce, se collant à elle ensuite pour laisser passer Octave et la refermer rapidement. En même temps, elle observa le nouveau lieu où ils se trouvaient, sa baguette toujours prête à être éjecté de sa manche au cas où.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mar 30 Mai 2017 - 20:21

Des bulles, plein de bulles. Octave se disait que si la magie dont ils avaient tous deux fait preuve avait été visible à l’œil nu, le spectacle en serait extrêmement curieux. Un caléidoscope psychédélique déformant les corps et les angles, deux individus se transformant dans une galerie de miroirs renvoyant des reflets brisés. Parfois, il valait mieux ne pas voir ce que la magie affligeait au corps en apparence et encore moins en profondeur. Un peu nerveux d’avoir ainsi chaud, Octave sentait presque les ultraviolets décomposer les cellules de sa peau comme l’on sentirait une nuée de fourmis imaginaires grimper le long de la jambe. Peut-être était-il trop cartésien par moments, ou trop influencé par son grand-père, mais la sorcellerie le mettait parfois mal à l’aise. Il n’allait jamais acquérir l’habitude de la spectaculaire et absolument absurde -en son sens- magie, et c’était probablement tant mieux. Quelques mouvements du poignet, quelques murmures, et les voilà invisibles et muets, comme pour confirmer la maxime abstraite que les mots avaient plus de pouvoir qu’une force physique. Octave s’étonnait encore que des philosophes ne s’étaient pas penchés sur le sujet pour restructurer toutes les perceptions de ce monde, autant physique que spirituel, pour revoir à la racine toutes ces théories anthropocentriques, ces concepts poussiéreux qui manquaient manifestement un énorme pan de la réalité. Platon aurait oublié de modéliser l’atome s’il avait su que la magie existait bel et bien sous une forme bien plus tangible qu’il se l’imaginait. Il y avait de quoi se sentir privilégié. Octave entendait le talon de la jeune femme claquer contre le sol non loin de lui et souriait doucement, se disant qu’ils étaient peut-être les descendants des dieux en ce bas monde, des fantoches de poussière céleste, ou les âmes transfigurées des anges déchus de l’ancien testament. Il regardait droit devant soi et parvenait à décrire le mouvement des hanches de la Shafiq tant son pas était caractéristique. Il pouvait presque la voir avancer avec une démarche chaloupée, comme un navire tanguant sur une mer agitée.

- L'attrait de la tutelle des Carrow ? J'en connais autant si ce n'est plus que mon maître de stage en magie noire. Ce n'est certainement pas pour cela, non, mais après tout, si tu connais notre réputation, tu dois savoir que tous les Shafiq ont un métier officiel en dehors de nos sorties en famille. Mon choix s'est simplement porté sur le professorat, particulièrement la défense, mais vu que ça a été modifié en magie noire, je m'y accoutume simplement. Pourquoi Poudlard ? C'est une école.

Ce n’était pas vraiment ce qu’il avait insinué en évoquant les Carrows, mais tant pis, à croire que la jeune femme n’était pas aussi opportuniste que certains autres mercenaires. Malgré leur caractère douteux, ces deux consanguins avaient une plutôt bonne position eu sein de l’école et auprès de Lord V. lui-même. Se trouver proche des gens de ce type ne pouvait jamais faire de mal lorsqu’on savait s’y prendre. Rogue était une option encore plus avantageuse, mais pour cela, il fallait avoir une passion pour les potions, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Mimer à la perfection un attrait pour un sujet qui nous désintéressait pouvait demander beaucoup d’énergie si l’exercice devait s’effectuer en permanence. Il était cependant logique que les mercenaires se soient penché sur des activités légales en lien quelconque avec leur activité principale, finalement. Et la magie noire, ou les défenses, n’était pas très éloigné de ce qu’ils faisaient en temps normal, quoi qu’à un niveau beaucoup moindre. Pas que pour une mercenaire d’ailleurs, mais pour n’importe quel spécialiste dans sa branche. Le professorat était souvent synonyme avec ennui et régression partielle. Les enseignants répétaient tout le temps la même chose d’une année à l’autre, sans avancer, sans changer de pallier, commençant à connaitre les discours et les gestes par cœur. Pas de perspective de recherche scientifique ou d’évolution quelconque, que de la stagnation. La Shafiq allait finir par s’ennuyer ici, surtout si elle avait un tempérament comme les autres membres de sa famille. Bientôt, les missions en extérieur ne parviendraient plus à rattraper le gouffre intersidéral de platitude que représente bien souvent le métier de professeur… A moins que le sujet ne soit exercé avec passion, mais ça, c’était une toute autre histoire, bien rare.

Et puis Poudlard… Poudlard ! Ca se comprenait. Mais le pays était en guerre et si elle voulait tant enseigner que ça, il y avait plein d’autres prestigieuses écoles éparpillées à travers le monde. Précisément maintenant, choisir Poudlard était loin d’être un hasard. Les épicentres d’évènements ne rassemblaient que des acteurs, pas des témoins de phénomènes, alors la jeune femme devait bien avoir un intérêt particulier. Peut-être une simple et inconscience curiosité, un peu comme celle d’Octave, ou un but tout autre, ce qui, venant d’une mercenaire, ne serait pas très étonnant. Le sourire du bibliothécaire redoubla derrière ses couches invisibles.

- Et toi, que fait donc un homme avec autant de facette dans une bibliothèque ? Non que je crache sur l'amour des livres, ayant moi-même un amour prononcé pour ces puits de savoir, mais je m'interroge simplement.

Forcément, la question se posait dans l’autre sens aussi et il s’y était attendu dans une certaine mesure -d’autres, beaucoup moins curieux, se seraient contentés de faits sans s’intéresser à la souche. C’était au moins la troisième fois qu’il devait répondre à cette question depuis le début de l’année, voir la quatrième, à croire qu’il fallait vraiment avoir une tête particulière pour cet emploi spécifique. Il aurait parié que personne n’avait eu l’idée de poser cette question à Madame Pince. Rien que son nom de famille en disait long. Il avait froncé les sourcils, réfléchissant vaguement à la réponse qu’il pouvait bien donner pour satisfaire une mercenaire dans l’âme, mais elle le devança, alors que des gardes passaient non loin. Perdant le fil de sa pensée, Octave dut garder silence pendant encore un temps alors que la jeune femme lui renvoyait un « Alors ? » joyeux. Pour quelqu’un comme lui, parce qu’il savait du coup qu’il sortait du cadre de ce qu’on attendait de lui dans un environnement pareil, répondre à cela de manière satisfaisante était quelque peu compliqué. Et puis, comme à chaque fois que l’on appuyait sur son manque d’adéquation, il finit par répondre avec une autre question :

« N’est sont-ce pas justement les livres qui nous prêtent toutes nos facettes, entre-autre ? La question serait plutôt de savoir ce qu’un homme sans facettes ferait dans une bibliothèque. » Il ricana doucement, sachant parfaitement qu’il ne répondait pas à la question, mais c’était juste dans l’idée de ne pas s’arrêter à quelques contraintes stéréotypées. « Je voulais être tranquille d’une part et d’autre part, je me renseigne sur l’architecture des croyances au seins d’une idéologie et comment ces dernières se forment dans les cerveaux de ceux qui y sont confrontés pour la première fois, comme des étudiants. »

Ce qui, depuis un certain temps, n’était même plus un mensonge. Depuis le début de l’année, il assistait en spectateur ébahi à tous ces jeunes gens en train de se faire labourer la cervelle par quelques dogmes imposés. Et les résultats étaient fort intéressants. D’autant que c’était précisément le genre de choses que l’on lisait plutôt dans un livre, des années plus tard, sous la forme d’un témoignage poignant, et que l’on avait très rarement l’occasion d’observer de ses propres yeux.

La Shafiq suivit son conseil et éloigna l’attention des gardes en les aveuglant à coup de poussière dans les yeux. Ils s’engouffrèrent donc tous les deux dans la porte au fond du couloir sans se faire remarquer. Dès que l’épais métal claqua contre l’encadrement, voyant qu’il n’y avait personne dans les parages de ce petit couloir éclairé d’un néon unique, Octave releva les sortilèges qui les recouvraient et posa son front contre un mur en béton brute. « Trop chaud » gronda-t-il entre les deux en fermant les yeux. Dire que dehors il faisait une température à peine suffisante pour que quelqu’un puisse y survivre sans geler. Pas moyen de relever les manches ni d’enlever ses gants pour le moment sans risquer d’abandonner des pellicules ou quelques substances corporelles sur le sol. D’ailleurs, en y pensant, Octave essuya du revers de la main la moiteur laissée par son front sur le mur. Le couloir, perpendiculaire au premier, beaucoup plus étroit et petit, donnait sur une dizaine de portes, dont certaines donnaient sur d’autre couloirs, puis d’autres portes. L’endroit était un véritable dédale, labyrinthe d’angles et de chemins à emprunter pour atteindre les coffres forts de chaque particulier. Octave soupira longuement pour chasser les bouffées de chaleur avant de s’avancer prudemment vers l’une des portes et, avant de l’ouvrir, il lança un Hominum revelio. Devant eux, rien ne se produisit, alors il s’engouffra sans plus aucune crainte dans la porte avec l’intitulé « 4 ». Derrière, une salle de taille moyenne se déployait en longueur, jonchée de grossières étagères métalliques qui montaient jusqu’au plafond. Les murs étant en plâtre grossier, on aurait presque pu croire que c’était plus une cave qu’un endroit acceptable pour conserver les documents qui peuplaient lourdement les rayonnages. Mais pourtant, quelque chose dans l’air était spécial. Et puis, plus on prêtait attention aux détails, plus on se rendait finalement compte que les dispositions, discrètes, avaient été prises. Le système électrique était soigneusement câblé pour éviter un incendie d’infortune, des extincteurs sans additifs étaient accrochés aux murs, sans parler des aérations qui perçaient le plafond. Contrairement au placard à balais et au long couloir qu’ils avaient parcouru, ici, l’air était pur aucune odeur ne polluait les environs. On pouvait presque penser à une salle blanche.

Sans un mot, Octave longea les rayons, cherchant dans ses souvenirs l’endroit où était posé le petit registre. Son commanditaire lui avait précisé l’emplacement exacte du livre recherché alors que les ouvrages stockés ici appartenaient à plein de particuliers différents, répertoriés visiblement par ordre alphabétique. Contournant une pile des dix-sept volumes de l’Encyclopédie de Diderot, Octave trouva son trésor. Un mince carnet d’à peine quinze pages, relié par des cordes cousues dans le papier et recouvert d’une fine feuille de cuire rigide. Le récupérant, il réapparut dans l’allée principe et fit signe à la Shafiq en éventant l’air du registre.

« La partie la plus ennuyeuse commence, Miss S ! Pour toi en tout cas. Je vais avoir besoin de concentration pour la demi-heure qui vient et il va falloir nous protéger si jamais quelqu’un décide de rentrer, parce que je ne peux pas faire ce que j’ai à faire tout en scrutant la porte. Enfin si, mais on en aurait pour deux heures alors et personne ne veut ça j’imagine. »

Dit-il en souriant d’un air entendu avant de s’assoir en tailleur par terre, calant son dos contre l’une des étagères et ouvrant le petit livre à la première page. Il écarquilla tout de suite les yeux et jura entre les dents quelques imbroglios à peine compréhensibles. Il avait espéré des formules mathématiques qui feraient sens dans son esprit pour un apprentissage par cœur plus consistant, mais c’était du charabia. Des clés de cryptage qui ne voulaient rien dire et qui étaient d’une longueur considérable. A y regarder, on aurait dit de l’encodage militaire. Octave se demande d’un coup si son commanditaire souhaitait vraiment déchiffres des pages sans importance de quelque personnalité décédée depuis des siècles. D’un coup, il releva la tête :

« Ah oui… on n’a pas encore parlé du payement. Nous sommes à mi-chemin dans notre mission, cela te donne une idée du danger que cela a représenté. Libre à toi de réfléchir à ce que tu veux en échange pendant que je suis occupé. On peut toujours négocier. » Susurra-t-il d’un ton badin et regardant la jeune femme d’un air mielleux. « Tu n’as pas peur de finir par t’ennuyer en tant que prof ? Et puis, Poudlard, Poudlard… il y en a plein d’autre, des écoles ! Pourquoi celle-là en particulier, se ce ne sont pas les Carrow, mhh ?» Demanda-t-il en penchant la tête sur les maudites pages, striées d’une petite police en patte de mouches, serrée au possible, à tel point qu’on aurait pu croire à une œuvre de Pollock. x0Ak3 o$2Rj md+HTRdJ5Q 7TbIgORTSG Muclffyv£…Misère.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mar 30 Mai 2017 - 23:27


Ô douce chaleur, pourquoi vouloir brûler mon corps ? Ô douce chaleur, serais-tu métaphore ? Ô douce chaleur, pourquoi meurtrir ma peau ? Ô douce chaleur, pourquoi un tel halo ?

Tant de questions, pour une simple petite brûlure. Enfin, petite n'était peut-être pas le mot, la douce chaleur commençant petit à petit à se transformer en un réel brasier la happant férocement. Astrid se demanda un temps si un sortilège de gèle-flamme, lancé directement sur elle, ferait effet. Elle finit par rejeter la proposition de son esprit. Elle ne savait l'effet que prendrait un tel sortilège avec le nombre déjà impressionnant de magie qui recouvrait les deux compères. Non, mieux valait-il attendre de lever les sortilèges avant de se rafraîchir. Voir, peut-être, de ne pas se rafraîchir du tout, au final. Après tout, au vu du temps qui les attendait encore à l'extérieur, il valait peut-être mieux patienter et profiter de cette chaleur plus qu'étouffante. Oui, c'était sans doute mieux ainsi, réflexion faite. Astrid avait enfin pris sa décision, tout en attendant la réponse de l'homme derrière elle, qui ne la fit pas attendre plus que nécessaire.

- N’est sont-ce pas justement les livres qui nous prêtent toutes nos facettes, entre-autre ? La question serait plutôt de savoir ce qu’un homme sans facettes ferait dans une bibliothèque, dit-il en lâchant un rire.

Astrid leva les yeux au ciel, amusée malgré elle par la réponse. Réponse typique des personnes ne voulant pas répondre, par ailleurs et cherchant à détourner la conversation ou à trouver une réponse toute faite. La Shafiq ne pouvait pas lui en vouloir pour cela, elle-même ayant utilisé le procédé pour éviter de répondre réellement à sa question, bien qu'elle l'eût très bien compris. Enfin, elle n'allait pas se retourner vers lui et lui balancer sereinement un vieux "Oh, je fais partie de l'Ordre du Phénix et je suis là pour protéger les élèves." Même le mentionner de manière détournée pouvait lui coûter cher et elle n'avait aucunement l'intention de se trahir bêtement ainsi. Il suffisait d'une erreur pour se retrouver au pied du mur, avec la baguette de Lord Voldemort sur la gorge et... très peu pour elle.

- Je voulais être tranquille d’une part et d’autre part, je me renseigne sur l’architecture des croyances au seins d’une idéologie et comment ces dernières se forment dans les cerveaux de ceux qui y sont confrontés pour la première fois, comme des étudiants.
- Intéressant, effectivement. Sans compter que c'est également un bon moyen de comprendre comment inverser le procédé. Enfin, je ne doute pas que les Carrow le feront d'eux-mêmes, ils sont assez idiots pour ça sans avoir besoin de personne, répondit-elle du tac au tac.

Elle savait qu'elle en disait beaucoup, tout en essayant de ne pas trop se mouiller. C'était un jeu dangereux, elle en avait complètement conscience, mais aussi un jeu qu'elle adorait malgré tout. C'était un peu ce qu'elle avait fait à chaque mission pour l'Ordre : se changer et s'amuser à faire comme si de rien était ensuite. Le jeu continuait, inlassablement, encore à cette heure. Finalement, plus vite qu'elle l'imagina, Octave et Astrid arrivèrent derrière la porte, et ce, sans encombre. L'homme en profita pour enlever tous leurs sortilèges en grognant un vieux "trop chaud" et Astrid devait bien avouer être totalement d'accord avec lui. Elle en profita également pour arrêter son sort de silence. C'était, après tout, un sortilège qui demandait une grande concentration et qui à forte dose, fatiguée extrêmement vite la personne qui l'utilisait. Jouant sereinement avec sa baguette, elle observa l'homme s'écraser le front contre un mur en haussant un sourcil amusé. Il avait de ces mimiques parfois... C'était assez amusant de travailler avec lui, au final. Il se rendit compte malgré tout rapidement de son erreur, faisant redoubler le sourire de la belle, alors qu'il essuyait le mur sur lequel il avait laissé son front s'appuyer. Après tout, s'il ne voulait pas être vu, il fallait aussi que personne ne pût deviner qu'ils étaient passé par ici. Laisser des empruntes, de l'ADN ou tout autre chose faisant partie d'eux ne serait pas réellement une bonne chose : ce complexe faisait partie du monde moldu, donc il y avait un risque qu'il eût des instruments permettant de découvrir ce genre de détails.

Les deux "amis" finirent par reprendre la route, parvenant assez rapidement devant une porte en particulier, ayant un numéro. Le quatre. Octave lança rapidement un sortilège, puis il ouvrit la porte, visiblement satisfait du résultat. Astrid le suivit, avant de le lâcher dans la pièce. De l'entrée, elle observa certains ouvrages avec une certaine curiosité. Elle ne se risqua pas à les touchers, pour autant, ne voulant en aucun cas bouger l'un d'eux ou l'abîmer. Elle savait que certaines personnes parvenaient à savoir précisément comment été placé certaines choses. Lancelot, son propre père, parvenait à savoir à la seconde si quelqu'un était entré dans son bureau durant son absence, par exemple. Elle n'en était pas capable, elle-même, mais savait que ça pouvait exister, aussi prendre un risque idiot ne servait à rien. Elle finit par sortir de la pièce, se postant devant la porte tranquillement, les bras croisés et l'épaule droite appuyée contre le cadran.

Octave finit par réapparaître et la demoiselle se retourna vers lui en entendant le bruit de ses pas. Celui-ci lui fit signe et la demoiselle se rapprocha, gardant les mains dans les poches de sa veste en cuir. Elle n'y avait rien d'inquiétant pour le moment, aussi se permettait-elle.

- La partie la plus ennuyeuse commence, Miss S ! Pour toi en tout cas. Je vais avoir besoin de concentration pour la demi-heure qui vient et il va falloir nous protéger si jamais quelqu’un décide de rentrer, parce que je ne peux pas faire ce que j’ai à faire tout en scrutant la porte. Enfin si, mais on en aurait pour deux heures alors et personne ne veut ça j’imagine.
- Ennuyeuse ou non, je suis en partie là pour ça, alors je ferais ce qu'il faut, répondit la demoiselle, se positionnant près d'Octave, de manière à pouvoir jeter un œil discret sur ce qu'il y avait dans le carnet.

Elle ne comprit absolument rien, aussi préféra-t-elle reporter son regard vers l'entrée de la pièce. Aucun bruit de pas ne se faisait entendre pour le moment. Tant mieux, la demoiselle ne se sentait pas d'humeur pour combattre des gardes. Surtout des moldus, par ailleurs.

- Ah oui… on n’a pas encore parlé du payement. Nous sommes à mi-chemin dans notre mission, cela te donne une idée du danger que cela a représenté. Libre à toi de réfléchir à ce que tu veux en échange pendant que je suis occupé. On peut toujours négocier., susurra Octave d’un ton badin et en regardant la jeune femme d’un air mielleux.

Hm. Pas faux. Qu'est-ce qu'elle voulait ? L'argent n'avait absolument aucune valeur pour elle. Elle préférait certains trésors, comme les maudits, ou encore les rares. Parfois, un livre ou deux sur certaines magies interdites et anciennes, également. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir lui demander, au vu de la difficulté relative de la mission ? Il ne lui laissa pas le temps de réfléchir plus que cela, reprenant la parole.

- Tu n’as pas peur de finir par t’ennuyer en tant que prof ? Et puis, Poudlard, Poudlard… il y en a plein d’autre, des écoles ! Pourquoi celle-là en particulier, se ce ne sont pas les Carrow, mhh ?
- Comme je te l'ai déjà dit, je me fou pas mal de la tutelle des Carrow. Pourquoi Poudlard ? En réalité, j'ai demandé à d'autres écoles au début, mais elles ont refusé ma candidature. Comprends donc, une Anglaise qui veut aller dans une autre école que Poudlard ? Il me prenait pour une mangemort voulant les infiltrer pour rallier leurs élèves à la cause du Seigneur des Ténèbres.

Et ils avaient bien eu raison... Astrid aurait très bien pu être mangemort. Une Anglaise, faisant partie de l'illustre et très connu famille Shafiq ? Comme Lord Voldemort lui-même n'avait-il pas remarqué son existence ? Astrid elle-même se posait la question, parfois, mais bon... Allait-elle se plaindre qu'il l'oubliât ainsi ? Certainement pas.

- Et pour ce qui est de l'ennui... Je ne sais pas. Je verrais bien. Si jamais je finis par m'ennuyer, je partirai. J'ai déjà d'autres plans en tête. Travailler sur les baguettes magiques pourrait me plaire aussi, je pense. C'est un travail qui demande une certaine rigueur, mais j'ai déjà de bonnes bases de connaissances sur les propriétés des différents cœurs et bois à utiliser. Enfin bref, je verrais bien à la longue.

Je verrais bien à la longue. Non. Je verrais bien à la longue si je survis à la guerre, plutôt. Astrid esquissa un sourire désabusé, puis se tourna à nouveau vers l'entrée. Personne, pour le moment. Ce n'était pas plus mal. Les mains jointes dans le dos, la demoiselle commença à tourner et virer tranquillement dans la pièce, observant les différents ouvrages sans jamais les toucher. Elle se demandait qui pouvait avoir de quoi se payer de tels coffres en dehors d'elle-même. Enfin, non qu'elle le fît, en dehors de son coffre à Gringotts, qui était protégé, normalement, d'un dragon, ses écrits étaient généralement dans son manoir, qui de toute façon, n'était habituellement pas trouvable. Incartable et avec des protections magiques plutôt puissantes. C'était simplement... plus pratique que cette ferraille et ses gardes qui ne voyaient rien. Il ne manquait plus qu'ils furent idiots et c'était le pompon pour l'endroit.

Le destin avait-il un sens de l'humour particulièrement pourris cette nuit-là ? Sans doute que oui, car quelques secondes après qu'Astrid émit sa pensée, elle entendit un bruit de pas provenant deux gardes s'approchaient en discutant près de l'entrée. D'un sortilège, elle referma la porte de la pièce dans laquelle Octave et elle se trouvaient. Manque de chance, visiblement, car les gardes venaient précisément faire une ronde dans cette pièce et ouvrirent la porte sans s'attendre à retrouver un homme, assis en tailleur et une femme debout à côté de lui, tous deux vêtus de noir des pieds à la tête.

Astrid cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Trois fois. Rien. Rien ne se passa, les gardes restaient plantés là, comme deux benêts, la main sur leurs armes qu'ils ne se décidaient toujours pas à dégainer. Finalement, à bout de patience, Astrid se redressa et...

- Bouh ! fit-elle en avançant d'un pas.

Un des gardes sursauta et la demoiselle ne put retenir un petit rire incrédule. C'était définitif, ces gardes étaient complètement cons.

- Vous n'avez rien à faire ici ! Déclinez vos identités !

Astrid parvenait à peu près à comprendre leur langue, bien que ce ne fût clairement pas facile. Aussi, sereinement, elle se lança un sortilège pour les comprendre plus facilement et pouvoir leur répondre. La magie pouvait définitivement faire des merveilles, permettant au plus imbécile des sorciers de pouvoir parler toutes les langues du monde à l'aide d'une simple formule et d'une baguette posée sur sa propre tempe.

- Vous n'avez rien à faire ici ! Déclinez vos identités ! répéta le garde qui n'avait pas sursauté, braquant son arme sur Astrid.

Son collègue l’imita et visa Octave. Astrid se déplaça tranquillement, de manière à faire bouclier de son propre corps. Après tout, c'était son travail, non ? Un sourire amusé, dérangé et dérangeant, étira ses lèvres. Le puma était en chasse et les deux pauvres souris allaient souffrir. Mais avant, elle préférait s'amuser avec les deux petits moucherons qui s'étaient malencontreusement perdus dans la toile de la grande méchante araignée.

- Nos identités, dit-elle dans leur langue, avec un accent parfait. Voyons, mes petits amis, vous l'allez tout de même pas croire que nous allons vous les donner gratuitement, si ? demanda-t-elle, amusée. Non, bien sûr que non. Deux gardes aussi intelligents que vous ne peuvent pas faire pareil erreur, suis-je bête. Moi et mon ami, nous sommes des pirates et nous avons décidé, figurez-vous, de piller ce magnifique trésor.

La mercenaire accompagna son discours d'un grand mouvement de bras, après avoir rangé sa baguette. Les gardes n'avaient pas bougé et c'était bien là leur erreur. Les bras en croix, Astrid fit deux mouvements de mains dans l'air, comme si elle brassait celle-ci. Les deux armes des moldus furent arrachés de leurs mains sans qu'ils ne pussent rien faire et ce fut à ce moment qu'Astrid décida que les festivités pouvaient réellement commencer.

- Dites-moi, je sais que vous devez envoyer un message à une tour de contrôle toutes les quinze minutes. C'est quand, la dernière fois que vous l'avez fait ?
- On vient de le...
- Ferme-là !

Astrid lâcha un rire franc. Ils étaient définitivement stupides.

- Vous venez de le faire ? Intéressant ! Je peux donc prendre dix minutes pour vous botter les fesses, n'est-ce pas ?
- Une seule femme contre deux hommes entraînés ? Laissez moi rire, pirate. Sans compter que même si vous y parvenez, quand ils essaieront de nous appeler, ils ne pourront pas.
- Oh, rassure-toi l'intelligent, j'ai déjà la solution pour ça.

Astrid sortit tranquillement sa montre de sa poche, levant un index vers les deux gardes pour leur intimer de patienter. Elle l'ouvrit, puis observa l'heure. Elle la régla pour que celle-ci sonnât d'ici dix minutes. Mieux valait jouer un peu moins et être certaine de ne pas empiéter sur le temps. Savait-on jamais. Elle plaça ensuite la montre à côté d'Octave, lui lâchant un sourire.

- Sois brave mon beau, garde moi ça pendant que je m'amuse.

Elle n'avait absolument pas eu conscience de parler la langue du pays dans lequel elle se trouvait et absolument pas l'anglais. Pour elle, présentement, cette langue sonnait comme celle de son pays natal. Finalement, elle se redressa et... La danse pouvait commencer. Sans baguette. Sans armes. Sans artifices. Juste ses connaissances contre celles de deux gardes moldus entraînés. Elle allait bien s'amuser. Sa première approche fut rapide, courant directement vers les gardes pour leur faire peur. L'effet fut plus qu'escompté, les deux hommes se séparant pour lui laisser une vue plongeante sur la porte, qu'elle se permit tranquillement de refermer. Elle en profita également pour y placer un sortilège de silence, ne voulant en aucun cas alerter d'autres gardes. S'amuser avec deux d'entre-eux puis leur effacer la mémoire était une chose, devoir se coltiner tout un régiment en était une autre et ils n'étaient pas là pour ça.

Quand elle eut terminé son petit manège, elle se tourna à nouveau vers les deux gardes. L'un d'eux avait profité de son détournement d'attention pour foncer vers Octave et les deux armes, pendant que l'autre avait sans doute pour objectif de l'empêcher de le rattraper. Peine perdue, l'homme face à elle avait oublié de demander si Astrid connaissait plus d'un tour dans son sac. Aussi, elle se mit à courir vers lui, comme si elle s'apprêtait à lui donner un coup-de-poing, mais utilisa en réalité son élan, devant lui, alors qu'il se protégeait le corps inutilement, pour passer à côté de lui après avoir tournée sur elle-même. Elle reprit alors sa course sans avoir ralenti, rattrapant rapidement le second garde qui n'eut pas le temps de toucher l'une des armes, de peu. Un genou atterrit dans son dos, l'envoyant tête la première vers le sol. Astrid grimaça, il risquait d'avoir quelques douleurs au dos pendant plusieurs jours après ça. Elle se réceptionna rapidement et, entendant les pas de l'autre, sauta directement sur ses mains pour lui envoyer ses deux pieds, joins, directement au niveau du ventre. De fait, elle se servait de son élan contre lui, ce qui n'était pas plus mal, vu la tête qu'il tira sur le moment. Sa course stoppée, Astrid se servit de la force de ses bras pour redresser son corps, tête vers le bas, pour ceinturer son ennemi au niveau de la taille. La danse continua et la demoiselle envoya son adversaire au sol en bougeant ses mains pour les croiser. Son corps heurta le sol en même temps que celui de l'homme qui lâcha un grognement de douleur. Astrid leva les yeux au ciel. Un petit bobo et il pleurait ? Par Merlin, pire que des larves.

Le relâchant, la jeune femme se redressa, replaçant une main dans sa poche. La main droite restait dehors, son bras replié devant elle et sa main relevait. D'un mouvement de son index et de son annulaire, elle fit signe aux deux gardes de se ramener. Elle avait touché la fierté des deux hommes. Maintenant, le jeu allait réellement commencer. L'attente ne fut pas longue, les deux gardes l'attaquant rapidement avec une coordination impressionnante. Astrid parvint à parer trois coups sans avoir à sortir sa seconde main, se servant de tous ses membres, mais elle du se rendre rapidement à l'évidence. Ils étaient peut-être idiots, mais ils étaient loin d'être faibles. Elle fut, de fait, obligée de sortir sa seconde main, se contentant au début de parer les différents coups, sans jamais contre-attaquer. En réalité, la tactique était loin d'être idiote. Astrid observait les mouvements des deux hommes, calculer rapidement les trajectoires de leurs coups pour parer, tout en calculant le moment propice pour retourner leur force contre eux. Plus l'adversaire était fort au corps-à-corps et plus Astrid se sentait dans son élément : après tout, son style favori n'était pas la force brute, mais bel et bien de retourner celle des autres contre eux et c'était précisément ce qu'elle allait faire.

Finalement, l'action tant attendue arriva et Astrid profita de ce moment pour se glisser entre les deux gardes. Les deux coups partirent avec force et la demoiselle se contenta de se baisser rapidement, laissant ses cheveux voler aux vents. Les poings des deux hommes fendirent air et cheveux, puis atterrirent directement sur le visage de leur acolyte. Et oui, les garçons, il faut toujours regarder la position de son adversaire. Elle se releva ensuite, observant les deux gardes au sol. Elle se recula rapidement, se mettant hors d'atteinte, puis leur fit un petit sourire indulgent. Pas tout le monde avait été entraîné par Lancelot Shafiq lui-même.

- Vous voulez qu'on arrête-là ou vous voulez qu'on remette ça ? Personnellement, je suis pour ! s'exclama-t-elle, telle une gamine redemandant une glace particulièrement savoureuse.

Astrid n'avait absolument pas conscience que, quand elle se trouvait dans un tel état, elle faisait réellement peur. C'était comme si vous voyez une petite fille, toute mignonne, s'amuser à massacrer quelqu'un avec un couteau pour son simple plaisir. C'était presque comme si une aura dérangeante se retrouvait autour de son corps, faisant fuir le plus brave des hommes. Les gardes se regardèrent et, téméraire, décidèrent de repasser à l'attaque. Astrid ne leur laissa pas le loisir d'essayer de la toucher, cette fois. Elle savait pertinemment comment ils fonctionnaient en tandem. Le premier eut le loisir de faire un vol plané directement sur la porte quand elle se baissa et se servit de son dos pour l'accompagner jusqu'à la sortie. Le second eut la chance de dire bonjour à son pied au niveau de son tibia, le faisant trébucher, alors qu'elle était au sol. Elle se releva rapidement et enjamba le garde avec un soupir. Ça devenait vite ennuyeux, finalement. Garde qui profita de son manque d'attention pour lui agripper une cheville avec une main. Grossière erreur à ne jamais faire. Le second pied de la belle écrasa rapidement ladite main jusqu'à ce qu'il lâchât prise avec un grognement de douleur.

Elle vint jusqu'à Octave et récupéra alors sa montre à gousset, observant l'heure. Cinq minutes. Cette petite danse n'avait duré que cinq minutes... Avec un haussement d'épaule défaitiste, Astrid sortit sa baguette et se dirigea vers les deux gardes qui s'étaient à nouveau relevé.

- Désolé les minions, mais finalement, vous m'ennuyez. Incarcerem.

Le sortilège partit et, de plein fouet, toucha le premier garde, rapidement suivit du second. Ils se retrouvèrent, de fait, ficelés ensemble, au beau milieu de la pièce. La demoiselle préférait cela pour leur effacer la mémoire, c'était plus simple qu'avoir deux hommes essayant de lui arracher les tripes avec les dents. Elle s'accroupit vers les deux idiots et déposa sa baguette sur la tempe de l'un deux.

- Ce que nous venons de faire, tu vas complètement l'oublier. Quand j'aurai effacé ta mémoire, tu ne te rappelleras de rien d'autre qu'une ronde habituelle, sans rien d'alarmant. Oubiette, murmura-t-elle avant de se tourner vers le second garde. Idem pour toi, mon brave. Oubliette.

Elle se redressa ensuite, faisant venir à elle les deux armes des moldus, qu'elle replaça dans les mains des deux gardes. D'un Impero, elle prit le contrôle de leurs esprits, leur ordonnant mentalement de ne pas les voir, ni de remarquer quoi que ce soit d'étrange pour cette soirée. Elle les détacha et leur demanda ensuite de quitter la pièce pour continuer leur ronde, comme si de rien était. Ils le firent sans poser de résistance. Quand ils ouvrirent la porte, Astrid profita de les avoir en visuel pour les libérer de son sortilège. Ils fermèrent la porte, sans les remarquer à nouveau et la demoiselle entendit le bruit de leurs pas s'éloigner après avoir supprimé son sortilège de silence. Finalement, elle se tourna vers Octave et...

- Oups, dit-elle en remarquant l'état pitoyable de la pièce, au milieu de laquelle Octave n'avait absolument pas bougé, toujours penché sur son travail.

Elle leva sa baguette bien haut, avant de prononcer la formule adéquate pour réparer tous les dégâts qu'elle avait fait. Tous les objets de la pièce se mirent à bouger, voler, se déplaçant d'un endroit à l'autre, reprenant ainsi leur place d'origine. Après quelques secondes, la salle était à nouveau comme neuve, comme si rien de tout ce qui venait de se passer avait été oublié dans le passé. Quand enfin, ce fut fait, elle se rapprocha d'Octave et reprit la parole, tranquillement.

- Pour ce qui est du paiement, je suis généralement friande de trésor assez rare, introuvable ou maudit ou encore de livre de magie noire relativement rare. Si tu as l'un des deux en stock, je ne suis pas contre, mais sache que je fais tout expertiser, au cas où.

Elle s'installa ensuite à côté de l'homme, accroupie et récupéra sa montre pour la désactiver avant qu'elle sonnât pour rien.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Jeu 1 Juin 2017 - 0:26

Les Carrows, retourner le procédé ? Si seulement. Si seulement c’était aussi simple. Les mécanismes qui se mettaient en place lors de la possession idéologique étaient si nombreux et compliquées que mettre fin à la tendance était possible, mais la renverser, beaucoup, beaucoup plus délicat. La plupart du temps, les gens ne devenaient pas ensorcelés par une doctrine du jour a lendemain, se découvrant une passion soudaine pour la suprématie des sang-purs, ou qui sait quoi d’autre. Il y avait derrière ces mouvements étranges de foule des mécanismes qui s’engrangeaient derrière un voile de morale. Pour comprendre le concept d’ombre, il fallait d’abord saisir celle de personnage. Le personnage étant ni plus ni moins la facette que chacun montrait au monde pour se faire accepter et apprécier. Certains se sacrifiaient parfois pour se faire apprécier à tout prix et d’autres voyaient en l’uniformisation d’une doctrine une possibilité justement de se faire accepter sans conditions. C’était simple avec les élèves. Tant d’esprits incertains, peu sûrs d’eux, ne sachant même pas qui ils étaient et tous immanquablement, désespérément en quête de compréhension. A qui d’autre pouvait-on mieux promettre l’amour du peuple à condition qu’ils adoptent les idées imposées ? Prenez mon corps, prenez mon âme, mais aimez-moi. Et puis, les autres, ceux qui étaient fatiguées de se dépatouiller dans la logique injuste et implacable de l’existence, préférant se réfugier derrière des dogmes sans fondement mais imposés avec une telle véhémence qu’il était facile de s’y soustraire autant par la morale que par la raison. Lord V. leur promettait à tous d’une certaine façon non seulement la cohésion sociale, mais en plus un sens dans la vie. Même s’il n’était pas le leur en tant que tel, mais sans le savoir, beaucoup de gens voulaient faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux, à condition de ne pas en avoir la responsabilité directe. Voilà pourquoi une école était un lieu parfait pour ça. Elle était remplie d’adolescents qui n’avaient pour la plupart pas encore correctement intégré leur agressivité et rêves de vengeance, sans parler du fait qu’ils n’avaient pas vraiment découvert ce dont ils étaient réellement capables. Plein d’esprit qui étaient blessés que parce qu’ils ne savaient pas comment exprimer les choses ou n’osaient pas les exprimer, n’ayant pas d’assez longues dents. Des masses sans défense, en résumé. Et il n’était pas question de défense physique, mais d’incapacité à différentier ce qui était moral et l’innocuité. Si les Carrows pouvaient réellement inverser cette tendance rien qu’avec leur stupidité, ils méritaient largement une médaille.

Octave soupira, il s’était oublié. Déjà qu’il n’était pas toujours évident d’apprendre par cœur quelque chose qui avait un sens, il était quasiment insurmontable de retenir quelque chose qui n’en avait aucun. Il fallait donc trouver un fil directeur entre toutes ces lignes de chiffres et de lettres découpées en quartiers plus ou moins réguliers… Octave aurait pu chercher le lien logique qui unissait cette succession de caractères, mais cela aurait été un enfer et lui aurait pris bien plus de temps qu’à essayer de se casser le cerveau et les yeux à se souvenir de cette salade de signes. Que faisait-on lorsqu’il n’y avait de sens à rien ? On en inventait un. Mémorisation par association d’idées. Et puisque Miss Shafiq était chargée de le surveiller lui et son esprit volage, Octave se laissa aller à partir dans une dimension parallèle. Bien sûr, il continuait à percevoir certaines choses dans sa vision périphérique malgré tout, ayant encore besoin de ses yeux pour parcourir ses interminables lignes de charabia indigeste, mais il se permettait d’ignorer les mouvements. Du moins jusqu’à trouver un rythme régulier d’apprentissage, après quoi il s’abandonna complètement, rentrant dans les sphères inexplorées de la vacuité intellectuelle absolue. La concentration, un art dans lequel il excellait. Enfin, la concentration…. L’indifférence totale, plutôt. Parce qu’il pouvait tout autant ne strictement rien faire et ignorer avec succès le monde entier s’il le désirait vraiment. Talent qui s’avérait être utile lorsqu’il fallait s’affranchir de contraintes physiques comme le bruit du ventilateur ou le cliquetis des pas de la mercenaire qui martelait le sol en visitant les étagères… Tant de choses qui pouvaient irriter ou empêcher de réfléchir.

Enfin, sauf si ce qu’il faisait se trouvait être vraiment ennuyeux, auquel cas il pouvait parfois commencer à divaguer, comme l’on commence à observer une mouche pour se distraire de révisions encombrantes. D’autres écoles hein ? Octave fit claquer sa langue contre ses dents en souriant à soi-même. Il ne se serait pas imaginé à ce que les pays étrangers fassent aussi rapidement rempart à l’Angleterre alors que Lulu n’avait repris le ministère que depuis peu. Ce qui arrivait souvent en revanche, c’était que les pays adjacents, suspicieux de leur voisin se transformant petit à petit en douce dictature, préféraient tenter de garder de bonnes relations pour s’éviter les dépenses d’une guerre imposée. Il aurait été logique qu’ils se soient méfiés si Miss S avait été un fonctionnaire du ministère ou une envoyée officielle du gouvernement, mais elle n’avait été qu’une jeune apprentie professeur indépendante… Enfin, la réputation des Shafiq n’avait pas dû l’aider, alors qu’à Poudlard, de nos jours, on devait apprécier les professeurs peu conventionnels. Cela dit, les voisins auraient pu vouloir la récupérer pour l’interroger sur ce qui se passait véritablement au sein de l’île britannique, la prendre en otage, ou en tant que réfugiée politique… Visiblement tout le monde tournait le dos aux ressortissants du royaume de Voldemort. Non, non… les clés de cryptage, il ne fallait pas oublier ça. Sinon il serait là encore dans deux ans, à vouloir échapper à ça.

V80Rcb1cW / AL3a0BntE crlnP5 vmDyl56 *gTldv2b…
- Sois brave mon beau, garde moi ça pendant que je m'amuse.

Lentement, doucement, tandis que ses yeux se troublaient par moments lorsqu’il cessait de fixer la page pour se concentrer sur son cerveau fumant, une sorte d’auto-hypnose opérait sur Octave. Il disparaissait. Ce n’était pas physique, mais quelque chose changeait. Son visage se détendait, ses épaules se baissaient et son corps se calait contre l’étagère de métal. Les réflexes prenaient la relève pour libérer l’esprit du poids du corps. En fin de compte, cela ne ressemblait pas à une absence -c’était seulement l’impression que cela pouvait donner aux spectateurs ou aux novices inquiets-, mais d’un fleuve, coulant à plein bord vers son embouchure avec un pouvoir apaisant. Rien à craindre, il ne se noyait pas derrière ce regard gélatineux, il se laissait porter, n’aspirant finalement qu’un paisible sentiment d’indolence et de confort. Mais voici qu’il lui arrivait quelque chose de nouveau, alors que le monde tombait soudain en poussière autour de lui et que les choses se mettaient en mouvements en même temps que des voix résonnaient dans la salle. Le visage d’Octave redevint tendu, les muscles de sa mâchoire saillaient légèrement ; sa bouche se serrait en mutine grimace et ses lèvres dessinaient une ligne farouche. Et pourtant, le reste du corps conservait une attitude détendue parfaite. De plus en plus, à mesure que le vacarme grossissait dans les environs, il semblait se dissocier, devenir une entité distincte. L’image de la statue assise, impassible, anonyme, sans guère de volonté ni d’individualité propre, l’incarnation même de la coordination musculaire, de l’absence d’anxiété, du silence poli, en train de porter son maître dans son apprentissage aussi silencieux que consciencieux. Comme si le corps faisait tout ce qui était en son pouvoir pour épargner à la tête de se laisser distraire… Et Octave, pareil au maître qui avait confié la direction de son corps à un serviteur, était maintenant libre de diriger ailleurs son attention. Justement, Octave tournait la page, parcourant de ses yeux redevenus vifs les premières lignes, qu’il chantait dans sa bouche fermée pour au moins leur donner du rythme. Dans un coin de sa tête, il avait conscience que quelque chose se tramait, mais les messages d’alerte ne passaient pas, fermement arrêtés par un « tu te démmerdes, jeune fille ».

Et plus le vacarme grossissait et que même le sol se mettait à trembler, de moins en moins Octave avait conscience du monde extérieur. Les mouvements de jambes, les exclamations masculines, les dialogues criés à plein poumons, le grincement métallique des rayonnages, la plainte de quelques papiers qui étaient tombés au sol non loin de lui, se répandant en une nuée de feuilles mortes, bruissements sinistres accompagnés de coups, de froissement de vêtements et chair que l’on cogne. Rien. Octave était descendu profondément à l’intérieur de lui-même. En arrière-plan, son inconscient enregistrait pourtant scrupuleusement les informations qui lui parvenaient bien distinctement, mais il n’en prenait pas conscience et la relecture était remise à plus tard pour lui permettre de se focaliser sur sa tâche déjà assez ennuyeuse pour en plus se faire déranger.

Et pour ce qui est de l'ennui... Je ne sais pas. Je verrais bien. Encore, il sourit. Un esprit libre ou indiscipliné ? Il avait toujours estimé qu’être un professeur se devait d’être si ce n’est une vocation, au moins dans les limites d’une certaine compétence donnée. L’apprentissage adéquat était ce qu’il y avait de plus primordial justement pour que les esprits faibles aient tous les outils pour ne pas se faire asservir, mais les écoles oubliaient cela bien vite, tout comme les enseignants. Ils préféraient débiter la même chose ou confronter plutôt que de donner un sens des responsabilités. Des baguettes… oui, pourquoi pas, après tout, il y avait tant de choses à découvrir dans ce monde, tant de domaines à survoler d’un regard assoiffé et non pleinement déterminé. Un peu volage, l’esprit, peut-être, pas très bien fixé, ni discipliné. Comme quoi, elle avait beau être une Shafiq, ça ne l’avait pas empêchée de passer par toutes les fluctuations innocentes d’une jeunesse en crise. Avidité qui happait tout sur son passage sans distinctions pour essayer de combler quelque chose.

- Oups.

Octave releva les yeux, réagissant on ne sait trop pourquoi exactement sur cette onomatopée-là. Il cambra le dos, fronça les sourcils en regardant la salle et ses paupières papillonnèrent un instant avant de se figer complètement alors qu’il balayait les décombres. Il ne savait même pas trop quoi dire, en fait. Constater les dégâts, c’était tout ce qu’il pouvait faire. Un petit état de légère stupeur l’accompagnait, hérissant les cheveux de sa nuque, l’obligeant à observer le résultat du combat de sa collègue comme l’on éprouverait le monstrueux spectacle de son chien ayant déchiquetai un sachet de farine à la maison pendant qu’il se trouvait seul. Cela prenait du temps parfois, d’être en phase avec la réalité, de relativiser convenablement. Alors Octave demeura silencieux un moment, suffisamment en tout cas pour que la jeune femme agite sa baguette et qu’un second tourbillon n’entoure le bibliothécaire, composé de feuilles volantes, d’acier tordu et de bois fissuré. Tout revint doucement à sa place, mais Octave n’avait manifestement pas assez d’imagination pour comprendre quels évènements avaient bien pu donner un résultat pareil Il n’y avait, en tout et pour tout, qu’une poignée de gardes ! Ils auraient dû tous attaquer strictement en même temps et faire péter de la dynamite planquée sous les dalles et dans murs pour provoquer tel désordre ! Il ferma les yeux. La magie. Et beaucoup, beaucoup trop d’impétuosité mal disciplinée. La jeune femme le rejoignit, manifestement satisfaite du résultat de l’aventure, et récupéra la montre qu’elle avait abandonné à côté du bibliothécaire. Ce-dernier se retourna vers elle, la laissa parler sans vraiment l’écouter, se contentant de la regarder d’un air sceptique. Puis, lorsqu’elle eut fini, il laissa un silence planer jusqu’au sol avant de commenter :

« T’as la délicatesse d’un éléphant en tutu. Est-ce que tu en fais des tonnes parce que tu as quelque chose à prouver ou parce que tu es si peu douée que tu as peur de rater une vache dans un tunnel ? » A peine eût-il terminé sa question rhétorique, qu’Octave pencha sa tête sur le carnet ouvert pour reprendre son exercice, mais compris qu’il avait pour le moment perdu toute concentration « Je vais faire une pause. »

Vivement, il se releva sur ses deux jambes et fit quelque pas en direction de l’étagère opposée, tout en récitant du bout des lèvres dans un rythme régulier ce qu’il avait déjà appris. Et comme le silence se faisait, son murmure ressemblait au bruissement maléfique de quelques créatures démoniaques grattant l’envers du sol en béton. Plissant les yeux, dès qu’il eut fini sa litanie, il se retourna à nouveau vers la jeune femme :

« Bonne chance pour faire expertiser le Necronomicon. Pourquoi du rare ? Ce n’est pas parce que c’est rare que ca a de la valeur quelconque à part celle de l’argent. Non parce que sinon je te donne l’une des premières éditions de la Bible de Gutenberg. Très rare, très cher, l’un des exemplaires est parti à 4.6 millions de dollars l’année dernière, mais d’un intérêt douteux en ce qui concerne le contenu à moins d’être un fervent collectionneur et puriste. Ou Le Violon Rouge, instrument maudit et qui, dit-on, aurait été verni avec le sang de la femme et de l’enfant du maître luthier. Maudit, oui, mais il ne vaut pas grand-chose et fait peur à tel point que personne n’en veut au final. Manuscrit de Voynich. On dit qu’il a été écrit par un mage noir qui aurait percé les mystères de la nature. Mais il est codé et personne ne parvient à comprendre de quoi ça parle. Cher, rare, probablement maudit et surtout traitant de l’obscur. » Octave se retourna vers la Shafiq et déclara « Il faut être plus spécifique, Miss S. Ce qui est rare pour l’un n’est pas nécessairement rare pour l’autre. Ce qui est unique n’a pas forcément de valeur et ce qui a de la valeur n’est peut-être justement pas rare. Quant à la magie noire, tout est magie noire à condition que leur cœur qui l’alimente creuse ses racines jusqu’à l’enfer. Tu sais bien que des gens comme nous ne sont que des outils, on n’est pas des catalogues. Décide-toi sur ce que tu veux, sinon je te rembourserai d’un prix qui m’est propre. » Le bibliothécaire se saisit de son carnet, prêt à reprendre le travail, mais le monta à hauteur du visage et susurra « Tu le veux ? C’est rare, ça coûte une fortune et on peut potentiellement faire des choses horribles avec. » Il ricana doucement avant de rouvrir à la page sur laquelle il s’était arrêtée pour continuer l’apprentissage par cœur.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Jeu 1 Juin 2017 - 14:32


Astrid observa les gardes s'en aller comme si rien ne s'était passer. Un soupir s'échappa de ses lèvres, quand ils refermèrent la porte. Elle se détourna de celle-ci, s'approchant de l'homme penché sur ses écrits qui releva la tête quand elle ne put s'empêcher de lâcher un simple mot, en remarquant dans quel état elle avait mis la pièce. Non que ce fût réellement grave, la magie lui permettant de réparer les dégâts avec une rapidité surprenante, sans compter le sortilège de silence qui avait empêché tous sons de sortir de la pièce. L'ennui, c'était bien cela, le carburant qui l'avait poussé à de telles facéties. Il fallait bien comprendre que la belle était plus une femme d'action qu'autre chose, préférant de loin un bon combat grisant à une attente interminable, comme certains de sa famille. Bien que son amour pour son frère commençât déjà à disparaître, elle ne pouvait pas cracher sur le fait que c'était un expert en la matière. Il faisait partie de ses personnes qui pouvaient observer ce qui se passait sans intervenir, cacher dans un coin, à observer ce qu'il se passait avec un sourire amusé. Elle n'y parvenait pas, l'ennui était bien quelque chose qu'elle craignait autant que ça la désespérait. L'ennui... Et plus elle y réfléchissait, plus la question d'Octave lui faisait se demandait si elle avait fait le bon choix. Il était vrai que ce métier pouvait devenir ennuyeux à la longue, sauf s'il était fait avec passion. La défense, la magie noire, comprendre ses disciplines étaient de réelles passions pour elle, mais l'enseigner ? Saurait-elle le faire réellement, ou même parviendrait-elle à supporter d'être enfermé la majeure partie de son temps ? Seul l'avenir pouvait lui donner une réponse, Astrid ayant conscience que se poser ce genre de question maintenant ne servant absolument à rien.

- T’as la délicatesse d’un éléphant en tutu. Est-ce que tu en fais des tonnes parce que tu as quelque chose à prouver ou parce que tu es si peu douée que tu as peur de rater une vache dans un tunnel ?
- Je sais. Et non, comme tu l'as si judicieusement fait remarqué, c'est la partie ennuyeuse et je m'ennuyais. Je n'allais pas non plus m'amuser à faire réellement attention alors que je pouvais me le permettre. Et puis, je n'y peux rien si les gardes sont lourds. Au sens propre du terme.
- Je vais une pause, marmonna Octave pour toute réponse, faisant sourire Astrid.

Celle-ci vint s'installer sereinement à côté de l'homme, s'allongeant sur le sol. Elle plaça ses mains derrière sa tête pour la surélever légèrement et avoir la porte en visuel, savait-on jamais. Enfin, elle se doutait bien qu'après ses deux gardes, personne d'autre ne viendrait avant un petit moment, mais comme disait le dicton... L'espoir fait vivre. Continuant de regarder la porte, la mercenaire put, en même temps, voir Holbrey se relever et commencer à faire les cent pas du coin de l'œil. Elle ne s'en préoccupait pas réellement, récitant ce qu'elle recherchait comme type de trésor, en règle générale. Quoi exactement ? Elle ne savait pas pour le moment et elle avait bien l'intention de réfléchir exactement à quoi elle voulait. l'Adam lui fit par ailleurs remarquer son manque de précision, avec une touche bien dosée de sarcasme. Astrid releva les yeux vers le plafond, ne lui répondant absolument pas. Qu'il fit donc ce pourquoi il était là, elle pouvait de fait réfléchir sereinement à ce qui pouvait l’intéresser. Il y avait bien un livre, un carnet de magie noire en particulier, mais la demoiselle n'était pas idiote, l'avoir serait plus compliqué encore qu'arriver dans cette pièce. Il faudrait pour cela, après tout, s'infiltrer dans un manoir gardé par des gardes bien sorciers, tous plus équipés que les militaires moldus eux-mêmes, parvenir à passer outre tous les sortilèges de protection pour enfin arriver jusqu'au carnet, sachant évidemment qu'à la seconde où il disparaîtrait de sa place, toute la demeure serait au courant et que ce serait un bordel pas possible à gérer. Lui demander de voler un tel carnet ? Peut-être pas. Le marchander avec la famille alors ? Elle n'était pas spécialement douée en négociation et elle savait qu'il se trouvait présentement sur le marché. Peut-être qu'il pourrait parvenir à baisser son prix. Non qu'elle n'eût pas un nombre impensable de galions à dépenser, mais si elle pouvait éviter de faire un gros trou dans les dépenses de la famille, ça l'arrangeait. Les Sovrano en demandaient minimum 200 000 galions. Une somme plus qu'astronomique. Même les Malfoy ne pouvaient pas se le payer, à ce prix-là. Si le livre les valait sans doute, étant l'original écrit par la mage noir et qu'il n'avait été traduit qu'en sept exemplaires dans le monde, tous possédaient par des collectionneurs qui préféreraient mourir plutôt que perdre l'ouvrage, il n'en restait pas moins trop cher d'après elle.

- Dis-moi, Octave, te considères-tu comme un bon négociateur ?

La demoiselle se redressa, s'appuyant sur ses mains pour observer le bibliothécaire. Un sourire jouait sur ses lèvres, sereine.

- Personnellement, ce n'est pas mon fort. Je suis certaine que je parviendrai à augmenter un prix à la place de le faire baisser. Si tu es bon, je sais comment je veux être "payé". Il se trouve que les Sovrano, une éminente famille italienne se décide à vendre un carnet en particulier que je veux, pour diverses raisons. Le prix qu'il demande, par contre est beaucoup trop cher. Je voudrai le baisser d'un quart, voir de moitié si possible, mais il se trouve que je suis particulièrement nul pour ce genre de tâche, donc j'aurai besoin de quelqu'un pour m'aider. Ce serait dans tes capacités ? Je préfère préciser que je ne serai pas la seule à le vouloir et je ne doute pas que certains collectionneurs ne comprenant même pas ce qu'est réellement se carnet préfère payer le prix plutôt qu'essayer de négocier, ne serait-ce que pour pouvoir se pavaner durant certaines soirées en criant sur les toits qu'il le possède et, ainsi, s'offrir une mort certaine et plus qu'idiote. J'apprécierais pouvoir posséder ce livre, et ce, sans avoir à verser de sang inutile, sans compter que les Shafiq et les Sovrano sont, pour le moment, en bon terme et que s'il apprenne qu'un membre de notre famille a tué pour posséder le carnet, ça risque fortement de se dégrader.

Astrid croisa les jambes et posa sa tête sur sa main droite, penchant la tête sur le côté. Elle se demandait s'il allait accepter sa requête. Après tout, le paiement qu'elle demandait consistait à, uniquement, se retrouver avec elle à une soirée mondaine où la relique serait présentée, puis vendue. Un jeu de danse et de chant, aux mots justes et aux venins serpentant pour corrompre les esprits à l'aide de ce merveilleux nectar qu'était l'argent. Octave parlait de corrompre ? Le Seigneur des Ténèbres aurait pu corrompre et contrôler le monde sorcier et, ce, sans terreur aucune. L'argent le lui aurait permis s'il l'avait voulu. N'était-ce pas ce que son propre père avait fait pendant les années où le mage noir était absent et même avant ? Contrôler les esprits avec ce genre de technique n'avait rien de compliquer, au final et c'était précisément pour cela que les marchés noirs, les contrats de mercenariats, les mafias sorcières et moldus marchaient si bien. Offrez donc une vie paradisiaque à un pauvre, offrez-lui l'argent dont il rêve tant et sans même aucune restriction, en dehors de celle d'obéir au ordre, avec une mention spéciale "mort imminente pour les traîtres" et voyez le résultat. Ce genre de tactique marchait bien mieux que la création même d'un groupuscule terroriste prenant le pouvoir petit à petit. Lancelot avait-il eu l'Ordre du Phénix sur le dos ? Ses ancêtres avaient-ils eu le Ministère de la Magie pour les arrêter - alors qu'ils infiltraient eux-mêmes toutes les institutions politiques pour prévenir de ce genre de problème ? Non. Lord Voldemort pouvait se venter d'avoir le pouvoir pour le moment, c'était un pouvoir qu'il ne garderait pas, car trop visible, trop voyant et qui faisait peur. Le pouvoir des Shafiq était tout autre, bien plus subtil et qui marchait tellement plus...

Toutefois, Astrid savait que, par moment, il fallait savoir reconnaître sa défaite pour mieux rebondir dessus et arracher la victoire et c'était précisément ce qu'elle avait fait en laissant Lévine, ce foutu mangemort, au pouvoir de sa famille ou encore qu’elle demandait l'aide à Octave pour récupérer ce livret, sachant pertinemment que seule, elle ne l'aurait jamais.

- Je te laisse y réfléchir, l'étalon. Sache simplement qu'en dehors de la négociation, tu n'auras que quelques actions à accomplir durant ce moment : rester à mon bras, sourire, être beau et danser. Je pourrais te fournir le costume si besoin et je te donnerai la date de la soirée si tu acceptes le moment venu.

Ayant terminé son monologue, autan intérieur qu'extérieur, la belle décida de se rallonger et ferma les yeux. Pour un œil non avisé, l'on pouvait croire qu'elle s’apprêtait à s'endormir, alors qu'en réalité, c'était tout autre. Une technique relativement peu connue était celle de méditer sur ses sens, en dehors de sa vue, pour prévenir de tous dangers. Une technique qu'elle utilisait à Poudlard depuis qu'elle y était entrée comme apprentie professeur, ne se sentant absolument pas en sécurité, même la nuit, même dans ses propres appartements. De fait, présentement, elle parvenait à savoir à peu près, au son de ses pas, où se trouvait Octave, ou encore parvint à entendre les deux gardes de tout à l'heure passer derrière la porte sans s'arrêter, discutant encore dans leur langue, qu'elle comprit parfaitement. Elle haussa un sourcil, avant de sortir sa baguette et d'annuler son sortilège. Il était peut-être temps de reprendre son bon vieux anglais, non ?

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Ven 2 Juin 2017 - 16:21

- Je sais. Et non, comme tu l'as si judicieusement fait remarqué, c'est la partie ennuyeuse et je m'ennuyais. Je n'allais pas non plus m'amuser à faire réellement attention alors que je pouvais me le permettre. Et puis, je n'y peux rien si les gardes sont lourds. Au sens propre du terme.

Et bien si, c’était justement ce qu’on lui demandait, de s’ennuyer. En fait non, on ne lui demandait pas de s’ennuyer, on lui demandait de rester discrète. Ou au mieux encore, d’être dénuée de toute émotion, du moins en apparence, l’ennui y compris. Il ne l’avait pas prévenue de l’inconvénient pas courtoise, pour qu’elle trouve de quoi s’occuper en attendant, mais pour qu’elle s’arme de patience au préalable au lieux de sombrer dans une nervosité à ne pas comprendre ce qui se tramait exactement. La magie permettait bien des choses, mais ce n’était jamais une excuse pour se permettre d’être outrecuidant en pensant que parce qu’on pouvait gérer les conséquences, il fallait se laisser aller à l’inutile dans le seul but de contenter un caprice. Octave eut un mouvement étrange de la bouche, une crispation aussi brève que vivace. Il avait l’impression d’entendre une enfant expliquant pourquoi elle avait étalé les pots de peinture partout dans l’appartement. Parce qu’il n’y avait personne pour dire non et parce que les pots de peinture étaient là, alors pourquoi pas ? Le profit que l’on tirait du danger ne faisait que nous payer les intérêts en ennui. En tant que mercenaire, elle devait en avoir connu, des hauts, pour que les bas lui soient si insupportables, mais n’était-ce justement pas l’adage de l’habitude, que de nous imposer une indifférence aux choses qui nous dérangent ? Ah, bien sûr, elle était jeune, mais cela n’allait pas pouvoir servir d’excuse si elle voulait continuer à travailler dans la branche familiale. De toute manière, quelle que puisse être la situation, il ne s’agissait jamais d’opportunités, mais de retenue. Résister à son propre caractère pour ne pas que la personnalité déborde trop sur la mission. Personne n’aimait lorsque les affaires devenaient personnelles. Et encore moins lorsqu’on se targuait d’ennui pour se justifier d’une emphase, ou que l’on repoussait la faute sur les autres pour se défaire des défauts de son caractère. Parce que dans ce cas-là, la faute ne serait effectivement jamais la sienne. Remettre la responsabilité au prochain ne pouvait convaincre que d’une seule chose : de son incapacité à se contrôler et se gérer soi-même.

Apprentie professeur, peut-être que ce n’était pas si mal finalement. Elève parmi les élèves que l’école apprenait à être utiles à la société tout en portant leurs propres responsabilités. Octave la toisa, allongée sur le sol, courbes féminines ondoyantes telles des vagues s’échouant sur le sable. Soyeuse jusqu’aux bout des ongles malgré la situation. Probablement était-ce la grâce de la nature qui s’était posée sur elle pour la doter de ces grands yeux tout en douceur, sa bouche veloutée, ou encore la finesse de son visage. Octave se détourna, farouche, récitant en boucle ce qu’il avait retenu, consolidant l’information pour qu’elle passe définitivement dans la mémoire à long terme. Elle le perturbait à se donner un air si indolent alors que l’environnement ne s’y prêtait absolument pas. C’était comme voir un camarade regarder par la fenêtre pendant toute la durée de l’examen. A tel point que tout le monde commençait à se demander s’il n’était pas inconscient ou si tout était si facile pour lui qu’il n’avait pas besoin de froncer les sourcils et faire fumer son cerveau. Il savait que ce n’était qu’une affaire d’apparences, après tout, et que cela n’avait pas beaucoup d’importance, mais il ne pouvait s’empêcher de penser que si cette femme était suffisamment versatile et dévorante pour palier à son ennui par une bastonnade, elle pouvait très bien maintenant décider de piquer une sieste parce qu’elle se sentait vaguement fatiguée. Elle s’expandait si bien dans l’environnement qu’elle finissait par occuper toute la place, sachant peut-être se rendre invisible, mais certainement pas discrète. Octave soupira pour de bon. L’impulsivité allait la perdre. Elle la perdait déjà.

Au moins se taisait-elle. Il espérait pour son bien que Miss Shafiq fut en train de réfléchir à ce qu’elle allait lui quémander, parce qu’en la matière, lorsqu’il s’agissait de donner, Octave devenait exprès très mauvais juge, considérant qu’en lui donnant le pouvoir, les gens manquaient leur occasion pour toujours, par la seule faute de leur paresse. Et cela, il ne le pardonnait à personne. Pas la peine de venir se plaindre parce que le payement ne convenait finalement pas, il demeurait intransigeant. Et se coltiner une employée frustrée dans les parages de l’école n’était peut-être pas une idée exceptionnelle, mais Octave ne comptait pas faciliter la tâche juste parce qu’ils étaient collègues, ni se fatiguer à essayer de trouver un payement équivalent lorsqu’il n’était pas question d’argent. L’argent, c’était facile, il pouvait servir à n’importe quoi et tout le monde s’en contentait tant que le montant semblait équivalent au service rendu. Les souhaits particuliers, cela devenait très rapidement délicat, d’autant que si l’argent ouvrait des possibilités, devoir se décider sur quelque chose de précis n’en laissait plus qu’une et ça, personne n’aimait ça. Les gens ne savaient que très rarement ce qu’ils voulaient de toute manière.

- Dis-moi, Octave, te considères-tu comme un bon négociateur ?

Le concerné meugla un « mhh ? » par reflexe dans sa barbe sans vraiment prendre en compte la question. Il releva enfin la tête de son livret, les sourcils légèrement froncés par la concentration, et regarda la jeune femme toujours allongée par terre. Négociateur ? S’il prétendait que non, cela l’empêcherait de faire partie d’un plan potentiellement exaspérant ? Parce qu’il n’y avait rien de plus ennuyeux que d’essayer de convaincre quelqu’un, ou de prendre le dessus tout en faisant mine d’abandonner. C’était ça finalement, la négociation : gagner en faisant semblant de perdre. Et c’était un exercice fatigant. D’autant plus que si une mercenaire se considérait incapable de le faire au point de prêter cette tâche à un bibliothécaire d’école, c’était que soit elle n’était pas douée, soit le gars était vraiment coriace. Les deux perspectives, l’une comme l’autre, n’avaient rien de rassurant. D’ailleurs, la Shafiq, manifestement sujette à une illumination, s’était redressée sur ses bras pour le toiser à la verticale. Pour la peine, il se décolla complètement de sa tâche, s’arrêtant à moitié et cala un doigt entre les pages pour marquer là où il s’était arrêté.

Octave l’écouta attentivement, le visage égale, se refusant à se laisser aller aux jugements avant d’avoir entendu tout le récit. A la fin de ce-dernier, il ne sût même pas comment réagir exactement. Ce qui le perturbait le plus n’était pas tant le contenu de la demande en elle-même, mais son contexte. J'apprécierais pouvoir posséder ce livre, et ce, sans avoir à verser de sang inutile, sans compter que les Shafiq et les Sovrano sont, pour le moment, en bon terme et que s'il apprenne qu'un membre de notre famille a tué pour posséder le carnet, ça risque fortement de se dégrader. Il espérait que c’était une blague, mais venant de sa part, cela sonnait presque comme une réalité envisageable. Son caprice pouvait-il aller jusqu’à brouiller de bonnes relations, juste pour posséder quelque chose ? Il craignait pour de bon une cupidité matérialiste. Au fond, peu lui importait, mais à ses yeux, cela ne la plaçait pas dans les rangs de ceux en qui il pouvait avoir confiance en se basant sur la bonne entente. Etait-elle de ceux qui vous poignardaient dans le dos pour récupérer vos précieuses trouvailles ? Il ne connaissait pas les Sovrano, l’Italie n’ayant jamais fait partie de son domaine de compétences, ni de prédilections, ou seulement en tant que destination de voyage. Mais il s’imaginait bien que les Shafiq ne liaient pas de bonnes relations par frivolité et que si entente il y avait, elle devait être importante. Raison pour laquelle l’intention de la jeune femme lui parut bien désinvolte. Beaucoup trop. On versait le sang lorsque l’on n’avait pas le choix, et non parce que c’était trop cher. Qui plus est, s’ils le vendaient, cela voulait dire qu’ils étaient prêts à s’en débarrasser, ce qui était déjà une bonne chose en soi. Octave toisa la nymphe allongée en biais, vaguement méfiant sans le vouloir, sourcil suspicieux relevé. Peut-être que finalement, chez les Shafiq le sang se versait comme une coupe de champagne et qu’à force d’évoluer dans l’ombre, ils en avaient perdu toute perspective.

- Je te laisse y réfléchir, l'étalon. Sache simplement qu'en dehors de la négociation, tu n'auras que quelques actions à accomplir durant ce moment : rester à mon bras, sourire, être beau et danser. Je pourrais te fournir le costume si besoin et je te donnerai la date de la soirée si tu acceptes le moment venu.
« Si vous avez de si bonnes relations, pourquoi ne pas leur demander ce service personnellement, au lieu de demander à quelqu’un d’inconnu d’intervenir ? Impose ton nom, invoque les bonnes relations que vous avez et à quel point la confiance baisserait d’un cran s’ils ne consentent pas à revoir leur demande à la baisse ? Ou sont-ils bien plus puissants que les Shafiq pour être en mesure de vous refuser sans rien craindre ? Auquel cas il serait encore plus stupide de prétendre dérober l’objet. »

Le bibliothécaire pencha la tête sur le côté et ses yeux prirent une texture gélatineuse, un peu comme tout à l’heure, lorsqu’il usait de concentration pour apprendre le carnet par cœur. Grande famille voulait dire pouvoir, valeurs arrêtées et bien souvent grande fierté en des dogmes suffisamment vieux pour être démodés. L’avantage avec les gens de pouvoir, c’est qu’ils savaient parfaitement eux-mêmes que l’on pouvait acheter quiconque et que tout avait sa valeur, ce qui facilitait d’une certaine manière les négociations, parce qu’un esprit cupide avait toujours quelque chose à désirer qui ne soit pas de l’argent. Si la famille était moindre, la question ne se posait pas vraiment. Une petite pression pouvait suffire à les convaincre que céder le trésor à une Shafiq à moindre coût ne pouvait que leur être bénéfique. Cela dit…

« Cela dit sache que les prix ne baissent jamais pour rien. Ils baissent que s’il y a quelque chose à proposer en contrepartie. Prépare-toi à devoir abandonner l’équivalent en valeur immatérielle ce que tu ne payes pas par l’or. A moins que tu ne sois en mesure de leur faire peur ou d’imposer ton autorité par ton nom. Toutefois, avant cela, assure-toi de pouvoir user de ton nom pour appuyer sur ce terrain-là. Je sais que la hiérarchie est de mise chez les familles comme la tienne, il vaut mieux que tu prennes soin de couvrir tes arrières autant là-bas qu’ici… Quoi que ça, ce n’est pas mon problème. »

Déjà, plein d’idées et de suppositions fleurissaient en son esprit. Mais surtout, il voyait en cette histoire une occasion de faire pousser ses propres racines en Italie. Et dans ce cas-là, il allait devoir redoubler de prudence pour en même temps satisfaire la Shafiq sans blesser l’orgueil des Sovrano. Qui plus est, il allait dans ce cas devoir ne pas se présenter comme auxiliaire des mercenaires anglais, mais en tant qu’indépendant pour pouvoir nouer des relations sous son propre nom et non celui de son employeur. Tout en s’assurant, bien évidemment, de leur autorité pour se donner plus d’importance qu’il n’en avait. Ca y est, il était déjà fatigué.

« C’est d’accord, mais à condition que ce ne soit que pour une seule soirée. Au-delà, ce sera à mon tour de demander compensation. Dis m’en plus sur les Sovrano. »

Voilà, il était complètement distrait. Bon, de toute manière, il avait dit qu’il faisait une pause.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mar 13 Juin 2017 - 0:17


- Si vous avez de si bonnes relations, pourquoi ne pas leur demander ce service personnellement, au lieu de demander à quelqu’un d’inconnu d’intervenir ? Impose ton nom, invoque les bonnes relations que vous avez et à quel point la confiance baisserait d’un cran s’ils ne consentent pas à revoir leur demande à la baisse ? Ou sont-ils bien plus puissants que les Shafiq pour être en mesure de vous refuser sans rien craindre ? Auquel cas il serait encore plus stupide de prétendre dérober l’objet.

La famille Sovrano. Astrid en avait fait mention, mais pour réellement comprendre d'où venait cette famille, il fallait remonter vers des temps reculés, oubliés, dont on n'osait se rappeler. Les livres d'histoire n'en parlaient pas ou peu, du moins était-ce le cas de ceux qui se trouvaient dans ce pays, car les grimoires racontant ce conte étaient nombreux en Italie. Rome, belle et puissante Rome, l'Empire d'un peuple qui avait su se démarquer, qui avait su conquérir. C'était à cette période, précisément, que le nom Sovrano était apparu pour la première fois. Au départ, cette famille n'avait rien. Ni terre, ni argent. Un simple enfant né dans une ferme, dont les parents n'avaient pas le sou. Un enfant qui avait été élevé dans la crainte du moldu, dans la crainte qu'un jour, l'on pût découvrir un pouvoir en lui qui aurait détruit sa propre famille. Un enfant qui, alors qu'il était maltraité par d'autres, avait fait sa première démonstration de magie brute devant des centaines de témoins. La famille disparu ainsi de Rome et personne n'en entendit plus parler. Son histoire aurait pu s'arrêter-là. Une histoire comme des centaines d'autres. Pourtant, cet enfant n'avait pas dit son dernier mot et, devenu adulte et puissant, il revint dans ce village, ce même qu'il avait dû fuir durant une enfance. Cet homme se nommait Thion. Le vagabond, qu'il se faisait appeler. Et quel vagabond, n'est-ce pas ? Il revint au village et l'on raconta que des flammes en forme d'animaux puissants et dévastateurs léchèrent habitants et maisons. Une légende historique comme il en existait bien d'autre. Jesus avait marché sur l'eau ? Thion avait conquis les flammes de l'enfer pour châtier ses êtres qu'il jugeait et jugerait toute sa vie comme être indigne du cadeau qu'était la vie. Face à une telle démonstration de puissance, la légende racontait qu'il avait su conquérir de nombreuses personnes, car après tout, ne rêvait-on pas déjà à cette époque de puissance et de pouvoir ? Avec l'aide de disciples, le Vagabond continua meurtres et attaques, terrorisant toute une population, moldus comme sorciers. Vous vous mettiez en travers de sa route ? D'un revers de main, disait-on, il vous balayait. Il devint ainsi une légende que l'on détesta autant qui terrorisa, mais l'homme n'avait pas prévu un cas de figure et il tomba sous le charme d'une autre sorcière, puissante et sauvage, qui avait su l'arrêter. Elle le nomma Souverain et de là, le mage noir devint Thion Sovrano et décida que ce nom serait le sien. Il fonda une famille, s'offrant une descendance à qui apprendre ses secrets les plus sombres, se décidant même à écrire à l'aide de sa sorcière un ouvrage composant ses connaissances. Grace à sa puissance, on lui offrit des terres, on lui offrit de l'argent, on lui offrit des femmes pour le servir et des enfants pour l'amuser, on lui offrit tout ce qu'il voulait. On lui promit la lune pour sauver quelques vies. Thion Sovrano était née et la légende jamais ne mourrait. La légende, oui, le personnage, si, car comme toute histoire, elle a une fin et si le mage noir s'était cru immortel pendant toute sa vie, la vieillesse finit par l'emporter, la mort se délectant de récupérer cette âme qui s'était jouée d'elle pendant de nombreuses années.

Voilà d'où venaient les Sovrano, mais cela n'expliquait pas réellement pourquoi le fameux carnet du mage noir allait se retrouver en vente. Astrid savait que la famille croulait sous certaines dettes, mais elle ignorait encore bien des détails qui ne lui permettaient pas de définir réellement ce qui la poussait à un tel acte. Observant le plafond après avoir rouvert les yeux, elle s'était enfermée dans son esprit, se rappelant de cette légende qu'elle avait tant aimée, quand elle n'était encore qu'une enfant. Comme toute légende, bien sûre, elle savait que ce n'était que demi-vérité sur demi-vérité et que tout ce qui était conté ne pouvait pas être vrai, même s'il y avait une part qui l'était. Les paroles d'Octave s'étaient faites lointaines et Astrid prit quelques secondes supplémentaires pour s'en souvenir, réfléchissant pour lui répondre. Que dire ? Voulait-elle se montrer joueuse ? Non, pas spécialement et mieux valait que l'homme sache à quoi s'attendre, de toute façon.

- Ils ne sont pas plus puissants que les Shafiq, mais pour ce qui est de faire jouer mon nom, ce ne sera pas possible, car mon cher frère sera présent et qu'il le fera bien avant moi. Il est le Patriarche de la famille et si les Sovrano devaient choisir entre lui et moi, ils n'hésiteraient même pas. Et avant que tu me poses la question, les italiens s'attendent déjà à ce que nous venions tous les deux, sans être pour autant "ensemble".

Astrid ne sut pas réellement si l'Adams l'écoutait. Il avait l'air un peu ailleurs, comme s'il réfléchissait déjà à la possibilité de se trouver au bras de la demoiselle ou tout autre chose qui allait avec, tel que les négociations. La Shafiq se redressa, observant Octave sans un mot, attendant une réponse. Il suffisait de patienter parfois et si Astrid n'était absolument pas douée pour cela, elle allait bien devoir apprendre et observer Holbrey réfléchir devenait déjà un exercice utile : elle se forçait pour rester encrer dans la réalité et ne pas repartir, que ce fut pour méditer ou se rappeler certains détails sur les Sovrano. Elle aurait bien d'autres occasions pour cela, bien avant la soirée.

- Cela dit sache que les prix ne baissent jamais pour rien. Ils baissent que s’il y a quelque chose à proposer en contrepartie. Prépare-toi à devoir abandonner l’équivalent en valeur immatérielle ce que tu ne payes pas par l’or. À moins que tu ne sois en mesure de leur faire peur ou d’imposer ton autorité par ton nom. Toutefois, avant cela, assure-toi de pouvoir user de ton nom pour appuyer sur ce terrain-là. Je sais que la hiérarchie est de mise chez les familles comme la tienne, il vaut mieux que tu prennes soin de couvrir tes arrières autant là-bas qu’ici… Quoi que ça, ce n’est pas mon problème.

Un soupir, puis un silence. C'était bien cela, le problème, elle n'avait pas la possibilité de faire jouer son nom, comme elle le lui avait dit. Lévine Shafiq le ferait, pas elle. Que pourrait-elle leur offrir ? Elle ne savait pas. Une alliance avec la famille Shafiq ? Un mariage arrangé ? Non. Lévine pouvait, pas elle, mais elle savait qu'il n'en avait absolument pas l'intention. Il voulait le carnet et il y mettrait le prix sans réfléchir, quitte même à augmenter s'il le fallait pour être certain de l'avoir ou couler le sang s'il n'était pas l'acheteur pour le récupérer. C'était un mangemort, après tout et un mangemort qui n'aimait pas perdre. La seule qu'il n'oserait pas toucher — du moins l'espérait-elle — c'était elle-même et si elle pouvait avoir le carnet, il ne chercherait plus à s'en emparer. Si elle parvenait à l'avoir, c'était plus qu'un bénéfice : elle éviter la mort inutile de collectionneurs, elle évitait également que son frère mît la main sur un carnet qui, elle n'en doutait pas, l'intéressait beaucoup trop et elle pourrait également l'étudier et le mettre ensuite en sûreté. Il lui fallait définitivement cette relique, sans toute la somme d'argent pour l'avoir et... Et elle n'avait aucune idée de comment elle allait bien pouvoir s'y prendre, au final. Elle espérait simplement qu'Octave serait un bon négociateur et qu'il parviendrait à avoir assez d'importance aux yeux des Sovrano. Ce n'était pas gagné...

- C’est d’accord, mais à condition que ce ne soit que pour une seule soirée. Au-delà, ce sera à mon tour de demander compensation. Dis m'en plus sur les Sovrano.
- Bien. C'est une famille pro-sang-pur qui commencent à avoir certaines dettes qui ne peuvent pas payer. Ils vivent dans une contrée non loin de Rome. Ils sont très attachés à certaines traditions et je ne doute pas que nous ayons droit à certaines démonstrations des leur durant la soirée. Ils sont au nombre de neuf aujourd'hui. Le chef de famille et sa femme, puis ses enfants et ses petits-enfants. Ce sont des collectionneurs. Ils aiment acquérir ce qu'ils n'ont pas ou plus et je ne doute pas que quand ils se seront "remplumés", ils chercheront à récupérer le trésor qu'ils vont vendre. Est-ce que tu as besoin d'autres informations en particulier ?

Astrid releva la tête pour regarder Octave, attendant tranquillement une réponse qui, elle ne s'en doutait, ne tarderait pas à venir. Elle lui laissait tout de même le temps de réfléchir. De ce qu'elle avait pu en voir depuis le début de la soirée, l'homme face à elle était quelqu'un de bien plus prudent et de bien plus réfléchie qu'elle ne saurait l'être un jour.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mer 14 Juin 2017 - 16:25

Il avait horriblement de mal à se concentrer sur l’instant présent. L’anticipation soudaine d’un avenir glorieux l’aveuglait au point de lui rendre la tâche horriblement, affreusement ennuyeuse. Il se sentait submergé par l’excitation et en même temps agacé de ce qu’il avait devant soi, tant le présent n’était pas à la hauteur d’un avenir qu’on lui promettait. Il avait l’impression d’avoir acheté une belle voiture, une puissante et grosse BMW bien virile, qui lui avait beaucoup plu et lui avait paru être la meilleure option lorsqu’il avait dû faire un choix. Et puis soudain, de nulle part, une monstrueuse Bugatti nouvelle génération qui lui faisait de l’œil et l’aguichait avec son autocollant « moitié prix » ! Mais non, maintenant il devait se coltiner la BMW toute pourrie, et même pas la peine d’essayer de la cabosser avant l’heure pour pouvoir s’offrir la Bugatti en avance, non. Il haïssait la Shafiq parce qu’elle était parvenue non seulement à le déconcentrer mais en plus à le frustrer en l’espace de quelques phrases à peine. La motivation, envolé, pour toujours. Il n’avait d’yeux que pour cette mystérieuse soirée et élaborait déjà les couloirs vertigineux de toutes les possibilités, corrélées aux données qu’il avait et pouvait supposer. Diantre ! Il voulait disparaitre, prendre le carnet avec lui et oublier ce coffre-fort suédois perdu dans les steppes. Il détestait lorsque quelque chose parvenait à rendre son travail insupportable, et c’était ce qui venait de se produire. Malheureusement pour lui, il avait une conscience professionnelle quasi-inébranlable, surtout lorsque l’envie se dérobait et qu’il avait pour seule excuse son propre caprice. Et alors non seulement il se sentait particulièrement contrarié mais en plus minable d’envisager un abandon juste parce la chose semblait fastidieuse. Et Miss Shafiq se prélassait là, au sol, sculpture sombre de pierre volcanique, à l’observer faire son affaire. Ne pouvait-elle donc pas s’occuper !

Octave remonta une main à son visage et enfonça du pouce et de l’index ses paupières closes. Il lui fallait bien réfléchir pour poser les bonnes questions et ne pas se perdre en conjectures sans intérêt. Il ne savait absolument pas qui étaient les Sovrano et c’était là son plus gros problème. A combler dans les jours à venir. Pour ça au moins, il n’avait pas besoin de consulter des registres interminables ou de lire des volumes entiers dédiés à la généalogie des sorciers. Il connaissait quelqu’un qui connaissait tout le monde. Un agoraphobe, collectionneur de magazines et qui passait son temps au téléphone avec des rédacteurs pour lesquels il produisait des traductions. Son lien unique avec la presse et la confiance qu’on lui portait à cause de sa maladie, faisaient qu’il était au courant de quasiment tous les ragots. Une visite s’imposait. Pas qu’il ne fasse pas confiance aux informations données par la Shafiq, mais il valait toujours avoir deux sources différentes. Car, comme on le sait bien, pour voir le monde en relief et profondeur, il faut au moins avoir deux yeux.

Quelque chose d’autre avait vivement suscité son intérêt, et qui fut probablement involontairement sous-entendu par la jeune femme. Elle avait mentionné son frère, dont il avait déjà entendu parler sans pour autant l’avoir vu, et encore moins rencontré. Ce qui le chiffonnait était de savoir que sa présence allait empêcher sa sœur d’avoir une ascendance durant la soirée. Certes, il était le meneur de la famille, mais cela n’expliquait pas pourquoi sa sœur se trouvait dans l’obligation de s’effacer au point de ne pas pouvoir faire poids de leur nom de famille. Leur intérêt était-il donc commun sans que pour autant ils ne se trouvent dans l’accord sur le sujet ? Couper l’herbe sous le pied d’un concurrent honnête, cela passait, mais se mêler de querelles familiales n’était vraiment pas bon. De sa propre expérience, c’était justement les liens familiaux qui rendaient les disputes affreuses, comme si le sang commun exacerbait la perversion à défaut de créer l’amour. Les meurtres et les vengeances étaient toujours plus terribles au sein d’une même famille. Et il ne voulait même pas imaginer ce que ça pouvait donner lorsqu’il s’agissait en plus de mercenaires. Vraiment, elle avait intérêt à ce que ce livre soit véritablement important pour non seulement vouloir défier son frère mais en plus demander à ce que ces Sovrano baissent leur prix. Encore des bobards en perspective ? Peut-être bien… Il adorait ça tout autant qu’il détestait. Ca faisait monter l’adrénaline et il se sentait tout autant nerveux qu’euphorique. Retirant sa main, Octave jeta un regard indéchiffrable à la jeune femme. Elle lui avait bazardé des informations casuelles concernant la famille, comme si elle ne distinguait pas ce qui pouvait être réellement intéressant à leur affaire. Mais bon, en somme, même par rapport à ce qu’elle ne disait pas, Octave pouvait déduire tout ce que l’on pouvait déduire d’une famille telle que la leur : riche, nombreuse, conservatrice et sur le point de tomber en déclin. Comme la plupart de leurs congénères, les Sovrano investissaient leur argent dans l’art et les babioles qui n’avaient de la valeur que parce que des riches voulaient bien leur en donner. Toujours mieux d’acheter une relique maya pour une somme astronomique que de réinjecter l’argent dans la société active, hein… Dans leur cas de figure, le point de pression était clairement l’argent et la Shafiq partait avec un gros désavantage.

« Ils faudra leur faire une offre qu’ils ne pourront pas refuser et qui soit plus intéressante que l’argent en lui-même. Renseigne-toi sur leurs créditeurs. Il ne doit pas y en avoir qu’un seul. Peut-être que j’en connaitrai certains, ou tu auras l’occasion de faire pression sur d’autres avec ton nom. Il faudra essayer de renégocier les dettes des Sovrano. Baisse le prix de ce qu’ils doivent, ou discute les intérêts, proposer un service en échange, une reconnaissance. Même les banquiers s’intéressent à autre chose que l’argent. A cette soirée, il faudra se pointer avec la garantie d’un appui extérieur. Du concret, parce que rien ne marchera avec des suppositions. Un contrat écrit ce ne serait pas mal… » Octave avait presque fini par se parler à soi-même. Puis, d’une voix plus claire, il reprit « Je doute qu’en tant que collectionneurs endettés, ils puissent s’intéresser à des artéfacts rares. Ce sera une soirée mondaine pleine de puissance et de bonne volonté, mais la réalité c’est qu’ils sont en déstockage. Ils vendent pour pouvoir se retrouver de nouveau à flot. Dans ce cas, malheureusement pour toi, tout ce qui les intéresse, c’est l’argent. Ou bien… mais c’est plus risqué, tu peux leur faire des promesses d’avenir. Une fois qu’ils se seront renfloués, tu peux établir des accords pour qu’ils reviennent plus facilement aux affaires. Les grandes maisons tournent souvent le dos à celles qui se retrouvent dans une situation comme celle des Sovrano. S’ils ne se dépêchent pas, il se seront rapidement fauchés et seuls. Mais ça risque de ressembler plus à une menace qu’autre chose, il faudra s’y prendre avec des pincettes si on en vient à cette solution-là. Ouais… renseigne-toi sur les créditeurs et les promesses de statut social et d’avantages que tu pourrais faire aux Sovrano. Avec un peu de chances, ce que tu leur donneras en échange aura plus de valeur en définitive que ce qu’ils t’auront vendu en tant que tel. S’il y a bien quelque chose qui est encore plus alléchant que l’argent, ce sont les certitudes du pouvoir. »

Il avait déjà l’impression de se faire un peu arnaquer, raison pour laquelle il déléguait partiellement les recherches à la demoiselle. En venant avec lui, elle avait fait face à l’inconnu en ne se reléguant que sur les savoirs de son employeur. Lui, ne pouvait pas vraiment se le permettre. Cela dit, il ne comptait pas non plus passer des journées entières à faire du travail de renseignement. Une soirée. C’était tout ce qu’il lui avait accepté de lui donner en compensation, sans réfléchir que pour négocier, il fallait être au courant du sujet sur le bout des doigts. Tant pis, il allait la laisser s’époumoner autant que possible et en faire aussi peu qu’il le pouvait. Ce n’était pas une question de fainéantise, mais de principe. Au pire, ils repartiraient bredouilles, mais des cartes des visites plein la poche. Avec un peu de chances, il allait pouvoir rencontrer Lévine Shafiq par la même occasion. Connaitre sa sœur, c’était bien, mais être sur la même longueur d’onde que le chef de la famille, c’était mieux, surtout s’ils n’étaient pas en bons termes. Mais ça, il allait devoir se renseigner de son côté. Poser trop de questions à Astrid pouvait s’avérer indélicat. D’un doigt replié, il tapa contre la barre en métal la plus proche et déclara :

« Ca me fait chier. Surveille la porte. »

Sur ces mots, il se retourna et s’engouffra dans les rayonnages, s’éloignant autant que possible de la jeune femme pour ne pas se faire distraire de son apprentissage imposé qui allait de toute façon peser un peu plus sur son cerveau. Pas la peine de remettre à plus tard, ça ne ferait que les retarder. Déjà qu’ils avaient bien pris dix bonnes minutes à discuter sans se soucier de ce qui les entourait… Puis soudain, coincé dans un couloir cerné par deux hautes étagères, il déclara :

« Tu peux aussi faire du chantage. Je me ferai passer pour un expert en art, nommé par un tribunal international quelconque. Tu n’auras qu’à dire que tu m’auras emmené pour faire authentifier tout ce que tu avais l’intention d’acheter. Et là, je commencerai à faire de la mauvaise pub en prétendant que la moitié des artéfacts sont faux. Mon avis n’aura aucune valeur factuelle, mais c’est bien là tout l’intérêt d’une vente aux enchères. Ca permet l’établissement du juste prix par la confrontation transparence entre l’offre et la demande. Si au moins un quart de demandeurs pensent que c’est du toc, personne n’enchérira et tu pourras récupérer ton carnet en dessous du prix demandé. Si les Sovrano commencent à s’inquiéter, tu leurs diras franco ce que tu veux et que je dévoilerai publiquement mon imposture dès qu’ils t’auront donné ce que tu veux au prix que tu veux. Bon, je ne t’entends plus. »

Octave préférait l’option des créditeurs parce que c’était plus honnête et que personne ne s’en sentirait humilié. Mais ce genre de choses ne marchaient pas toujours. Une fois s’être passablement éloigné de la Shafiq au point de ne plus la voir entre les étagères, Octave se posa de nouveau au sol en tailleur et reprit ses psaumes dans un murmure qui rappelait vaguement une horde de termites en train de creuser le bois. Ce truc l’ennuyait tellement qu’il était parfaitement déterminé à être le plus efficace possible. Se coupant du monde de la même manière que tout à l’heure, faisant follement confiance aux dons de surveillance de la Shafiq, Octave reprit son ouvrage, apprenant par cœur ce poème dont il ne comprenait rien et n’y voyait aucune logique. Quelque part, à l’arrière de son esprit, une petite voix maudissait consciencieusement de son côté Milo Kaçavenda, injuriant son nom sur des générations à venir. Ca lui prit vingt bonnes minutes supplémentaires pour venir à bout du carnet, ce à quoi il rajouta encore quinze minutes à s’assurer qu’il avait tout bien retenu dans l’ordre et sans fautes. Pour renforcer l’ancrage de la mémoire, il aurait bien été tenté de faire une petite sieste, mais il fallait se contenter de quelque chose de plus forcé. Se relevant, il fit un vague mouvement de crois dans l’espoir de ne pas retrouver la pièce complètement détruire. Tout en rejoignant la Shafiq dans le couloir principal, Octave sortit de l’unes de ses poches une petite boîte contenant ce qui ressemblait à des feuilles de tabac. A la seule exception que les feuilles étaient plus jaunâtres que brunes et avaient une forme arrondie. Il en coinça quelques-unes entres ses doigts gantés avant de les fourrer dans sa bouche. Le goût était assez mauvais, si amer qu’il en eut un frisson, mais se força à mâcher les feuilles séchées de Ginkgo Biloba. De quoi améliorer ses capacités mémorielles après-coup, pour être sûr de ne rien rater. Rejoignant la jeune femme d’un pas décidé cette fois-ci, Octave reposa le carnet sur l’étagère à laquelle il appartenait puis ordonna :

« On se casse. Maintenant qu’on sait à quoi s’en tenir, on peut transplaner. » Après un silence, un air affable s’étala sur son visage et il susurra : « Tu rejoins Poudlard de tes propres moyens ou t’as besoin que je te tienne la main ? »

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mar 20 Juin 2017 - 13:56


Pourrait-elle l'avoir ? Astrid n'y croyait pas réellement. Elle savait que Lévine le voulait, bien qu'elle ignorât exactement pourquoi. Tout ce qu'elle pouvait dire avec exactitude en ce jour, c'était que le moment venu où il faudrait parvenir à convaincre les Sovrano de lui fournir le carnet, contre la somme qu'elle avait, à la place de le donner à son frère, serait un moment difficile, surtout avec son frère dans les parages. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il avait bien plus d'un tour dans son sac, mais connaissait aussi sa manie de vouloir prouver sa supériorité. Avec un peu de chance, il lui laisserait même la place avant d'entamer ses propres négociations avec eux. Il faudrait jouer là-dessus, précisément et elle espérait sincèrement que l'Adam serait à la hauteur. Elle se rendait compte présentement que son choix n'était pas forcément le meilleur, pour plusieurs raisons. Elle le connaissait à peine, ne l'avait jamais vu à l'œuvre et si elle était persuadée qu'il restait bien plus réfléchi qu'elle, ça ne l'empêchait pas de commencer à douter, mais il n'était plus vraiment temps de faire machine arrière. Elle lui avait proposé ce paiement et il avait accepté. Elle allait devoir faire avec.

Octave avait l'air d'un lion en cage qui recherchait le meilleur moyen de s'échapper sans aucune possibilité de fuite. C'était assez étrange de voir les mouvements de l'Adam, lui qui savait se montrer si prudent et qui ficelait ses plans avec une parfaite coordination. Une prudence et des réflexions bienvenues, compte tenu de l'adversaire qu'il allait avoir. Les autres personnes qui voulaient le carnet ne serait pas un problème, c'était bien son cher grand frère qu'ils allaient devoir affronter et ce serait difficile. Quand Octave prit la parole, commençant à exposer ses demandes préalables à la soirée, la jeune femme se redressa complètement et se mit en position assise, les jambes croisés. Elle l'écouta attentivement et nota mentalement tout ce qu'elle put, même si certaines idées ne lui plaisaient pas. Elle ferait avec : elle n'avait pas tellement le choix et savait qu'elle n'était pas en position de faire réellement la fine bouche. Son imagination reprit le dessus bien vite quand l'homme termina son monologue et qu'elle fut contrainte de se relever pour se diriger vers la porte, sous sa demande express, pour surveiller leurs arrières. Elle fut bien vite arrêtée et n'eut même pas réellement le temps de se plonger dans ses pensées que son partenaire, qui s'était engouffré dans un couloir, reprit la parole. Il soumit une dernière idée, qui venait de lui traverser l'esprit et il ne put voir la grimace de la mercenaire. Elle n'allait certainement pas menacer. Elle pourrait, elle en avait les capacités, mais elle préférait encore se faire torturer par le Seigneur des Ténèbres que devoir menacer des personnes qui ne faisaient que leur travail. Menacée pour sa propre survie, elle pouvait le faire, menacer pour se retrouver avec un carnet dans les mains, non, elle ne préférait même pas se l'imaginer. Elle ne répondit pas, parallèlement à son monologue, et repartit vers la porte de son pas de félin. Elle s'installa à côté de la porte, sans l'ouvrir et tendit l'oreille pour vérifier qu'aucun garde passa. Heureusement, ce ne fut pas le cas.

Heureusement, vu que le phénix s'était envolé vers des pensées bien lointaines. Elle s'imaginait déjà à la soirée, réfléchissant à ce qu'il lui faudrait exactement pour parvenir à convaincre les Sovrano et couper l'herbe sous le pied du Patriarche de sa propre famille. La guerre interne chez les Shafiq avait débuté et Astrid perdait déjà beaucoup trop de terrain au fur et à mesure que le temps passait. Elle pouvait, malgré tout, prouver à Lévine qu'elle ne le laissait pas faire tout ce qu'il voulait impunément et que s'il le fallait, elle se trouverait sur sa route, seule ou non. C'était en partie pour cela aussi qu'elle voulait le carnet, quand on y réfléchissait bien, mais ce n'était pour elle qu'une envie de son inconscient. Ça et le fait que son défunt père avait rêvé de pouvoir, le lire et l'étudier. C'était une manière de faire son deuil, d'une certaine façon, sans qu'elle le sût.

Finalement, Octave revint après plusieurs longues minutes et le bruit de ses pas réveilla Astrid. Son regard, voilé, redevint clair et elle observa son Adam reposait le carnet, puis s'approcher d'elle. Sa voix se fit assez forte pour qu'Astrid l'entendît, mais que si des gardes passassent à proximité, ils n'entendissent rien.

- On se casse. Maintenant qu’on sait à quoi s’en tenir, on peut transplaner.

Astrid se redressa complètement et arrêta de jouer avec sa baguette, comme elle l'avait fait durant un moment s'en même s'en rendre compte. Elle s'apprêta à tourner sur elle-même pour disparaître de l'endroit, mais fut coupé dans son élan par la vue de l'expression qu'arborait le visage de son compagnon. Elle leva un sourcil interrogateur et il répondit à sa question muette d'une voix bien malicieuse.

-Tu rejoins Poudlard de tes propres moyens ou t’as besoin que je te tienne la main ?

Un sourire joueur commença à faire son apparition sur les lèvres de la belle et la demoiselle ne put s'empêcher de s'approcher de lui comme elle l'avait fait au début de la soirée, quand ils étaient encore à Poudlard. La lionne mesura chaque mouvement, jusqu'à arriver devant Octave et d'un geste sûr, présenta sa main à Octave, comme si elle s'attendait à ce qui la baisa. Il n'en fit rien, la prenant dans la sienne.

- C'est demandé avec tant de passion, je ne peux me voir refuser l'offre, répondit Astrid en relevant légèrement son sourcil droit, avec un micro-sourire.

Octave lui rendit, puis il commença à tourner et, après un crac sonore, les deux personnes avaient disparu de l'endroit. La sensation de se faire tirer dans tous les sens, d'être compressé, puis l'inverse, se fit ressentir violemment pendant un temps indéfinissable. Seules les deux mains liées permettaient un appui constant dans cette réalité totalement distordu. Finalement, toutes les sensations s'échappèrent et la vue revint à Astrid. Elle reconnut les hautes grilles du château et sourit, sans lâcher la main d'Octave. Elle n'allait pas le lui dire, mais elle ne supportait pas les transplanages d'escortes et préférait généralement le faire seul. À plusieurs, ça avait le don de lui donner un tournis absolument pas bienvenu, surtout en sachant ce qu'elle faisait comme activité. Elle attendit que la sensation désagréable passât, puis lâchât la main de l'homme qui se tourna vers elle avec un sourire.

- Je vais te laisser, je vais aller prendre le bon air d'Angleterre. J'en ai bien besoin.
- À une prochaine fois alors, Octave.

Avec un sourire, Astrid se retourna sans lui laisser le temps de rajouter autre chose et frotta ses mains les une contre les autres en se dirigeant vers le portail. Elle sortit sa baguette quand elle arriva près d'elles et fit un geste élégant dans leur direction, obligeant par son ordre muet aux barrières de s'ouvrir sur son passage. Au moment où elle pénétra le parc, elle remarqua un froid bien étrange commencé à l'envelopper et elle leva les yeux au ciel. Génial, je quitte un froid naturel pour un autre créé par de foutues créatures. Les détraqueurs l'entouraient de toute part et elle dut s'y reprendre à trois fois pour parvenir à créer son puma argenté, à l'aide du bon souvenir. Enfin, accompagnée de l'animal des brumes argentés, la mercenaire put se diriger vers le château, après avoir repris sa forme initial, les yeux et cheveux redevenant ce qu'on lui connaissait en temps normal.

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