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[3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 270

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Jeu 24 Nov 2016 - 21:18

Octave avait le regard rivé vers l’une des fenêtres de la bibliothèque, contre laquelle battait une pluie torrentielle cascadée, balayée par des bourrasques de vent si fortes que certaines gouttes d’eau avaient le temps de se cristalliser et on aurait largement pu croire, au son, que quelqu’un était en train de jeter des pelletés de sable contre la vitre. Tout était flou et l’on ne voyait rien et c’était parfait car le bibliothécaire avait besoin à ce que rien ne le perturbe dans ses tergiversations qu’il entretenait avec soi-même. Il avait d’ailleurs l’air si parfaitement distrait que son regard ne voyait même plus les quelques élèves qui passaient devant son bureau pour déposer des livres où enregistrer un emprunt. Pourquoi pas ? Hein ? Pourquoi pas après tout ? Entre ses doigts, il n’avait de cesse de plier et déplier la dernière rétorsion épistolaire d’une vieille connaissance. Milo Kaçavenda, un entrepreneur syrien, qui avait dépassé la soixantaine depuis peu. Dans sa folle et tumultueuse jeunesse, il avait gravi les cadavres de ses ennemis en accumulant illégalement des informations compromettantes à leur sujet. Parfois il remontait si loin dans le passé que les renseignements cherchés se transformaient en archives. Le temps passait, les dossiers s’accumulaient et Milo s’adonnait à cette collecte comme à une passion, un loisir. Il avait fini par collectionner les témoignages en sa possession, en amassant d’autre, sans aucune utilité, tel un collectionneur souhaitant s’immiscer dans la vie intime de tout le monde, surtout de ceux qui étaient morts depuis longtemps. Sa fortune augmentant avec son âge, il était parvenu à se procurer des extraits de journaux de Leonardo Vinci et depuis s’adonnait en autodidacte à la stéganographie et à la cryptographie. Il n’était qu’un amateur et ses talents étaient limités, mais rien ne pouvait rivaliser avec l’exaltation qui l’animait lorsqu’il s’agissait de satisfaire un caprice. Parce que c’était ça, le caprice d’un vieux croulant qui avait trop de fric pour étouffer ses élans de dilettante qui s’ignore.

Néanmoins, sa requête avait le mérite d’être intéressante et ses arguments bien fondés. Tel le bon diplomate qu’il eut toujours été, Milo Kaçavenda avait fait appel à une parfaitement grossière flatterie pour convaincre Octave. Il avait fait mine de résister, mais à dire vrai, sa décision fut prise bien avant qu’il ne s’en rende bien compte lui-même, son premier réflexe ayant été de chercher des solutions au problème plutôt qu’une manière polie de dire non. M’enfin, il fallait parfois savoir se faire désirer, gonfler ses prix pour voir à quel point le client était désespéré. Et il l’était. Principalement parce que Octave était la seule personne en sa connaissance capable de mettre en scène une telle mission tout en possédant ce don si particulier et rare qu’était la mémoire eidétique. Milo n’était pas de ceux qui insistaient longuement en général, mais là, il l’avait enseveli, un hibou après l’autre, sous une pile de courtes missives emplies d’un froid pragmatisme calculateur, parfois de désespoir et même de menaces inassumées. Il lui avait même fourni les données géologiques, avec les spécificités du terrain, ainsi que des plans du bâtiment à « cambrioler ». Octave ne savait pas comment Kaçavenda était parvenu à se procurer ce type d’information, mais ils avaient intérêt à être à jour. Combien de fois s’était-il retrouvé avec un mur là où il devait y avoir une porte ? Trop souvent. La veille, il avait répondu positivement, une fois parfaitement certain que le plan échafaudé tenait la route au moins à soixante-quinze pourcents, laissant les réglementaires vingt-cinq restants au hasard, imprévus et mauvais aléas du destin. Tant que l’improvisation ne dépassait pas ce seuil-là, la tâche était largement envisageable. Mais lors de sa composition, Octave en vint à réaliser qu’il lui faudrait peut-être quelqu’un pour couvrir ses arrières lors d’une partie très spécifique et centrale de cette aventure.

Il fixait donc la fenêtre, en ce vendredi matin de 3 octobre, retournant dans son esprit le même nom de famille comme on retournerait une crêpe pour mieux la faire cuire. Il aurait préféré faire appel à quelqu’un qu’il connaissait, mais dramatiquement personne n’était disponible. Alors Octave hésitait, ayant toujours eu des réticences à travailler avec de nouvelles têtes, même si la tête en question était née sous un nom à la réputation bien commode. Enfin, depuis peu, il n’y avait plus de réputation du tout, puisque quasiment tout le monde était mort. Il ne restait plus que la jeune fille -trop jeune peut-être d’ailleurs- et son frère. Miss Shafiq avait toutefois l’indéniable avantage d’être à peine à quelques foulées. Enfin, ce n’était qu’un bonus, en théorie, car avec beaucoup de volonté, il était capable d’achever cette mission sans aide auxiliaire, mais il valait mieux mettre les chances de son côté, pas vrai ? A condition que ce soit une chance, et non un désastre. Dans un monde sans lois où la confiance était maîtresse parmi toutes les poignées de mains passées sous la table, Octave continuait à être excessivement méfiant vis-à-vis des réputations qui circulaient en téléphone arabe. D’autant que le prestige qui se faisait sur plusieurs générations prêtait souvent les qualités de la génération précédente sur la nouvelle, comme l’on s’imagine que le prestige d’une école est rehaussé par le prix Nobel qui y a jadis étudié. Toutefois, comme la tâche qui lui avait été confiée n’était, fondamentalement, pas d’une importance capitale et relevait plus de la satisfaction d’un loisir que la complétion d’un devoir primordial, Octave était prêt à risquer. Ou plutôt, il se savait être en mesure de réparer les bavures si le besoin se présentait. Alors il se saisit d’un morceau de parchemin et traça, de son écriture calligraphique :






Octave replia le parchemin en enveloppe et y glissa  une rondelle d’or non frappée, symbole de richesse et du fait qu’il était prêt à payer le prix qu’il fallait, en argent ou en nature. Il en cacheta l’ouverture avant d’appeler un elfe, lui indiquant la destinataire. Shafiq… un nom qui avait baigné la bouche de plus d’un, tantôt par flatterie, tantôt par crainte, plus rarement pour critiquer. Cette famille faisait partie de ces rocs inébranlables qui constituaient ce que l’on pouvait appeler le marché noir, commerce fait d’accords officieux et pour la plupart illégaux. Il lui avait déjà été donné d’en croiser quelques-uns, par hasard, alors il avait déjà une vague idée de ce dont ces mercenaires étaient capables. Enfin, tout cela était relatif. Mais quoi de mieux qu’une telle aventure pour connaître les capacités de ses collègues, n’est-ce pas ? Un bonus agréable, indéniablement. Plus efficace en tout cas qu’une vague discussion d’étudiante à bibliothécaire.

La journée coula sans remous, dans une parfaite banalité comme la vie vous en offrait rarement. Aux alentours de minuit, Octave se changea pour revêtir un pantalon cargo noir aux multiples poches qu’il truffa de fioles et d’ustensiles qui pouvaient s’avérer utiles. Il glissa sa baguette contre son avant-bras gauche, retenue par une sangle de cuir et cachée par deux couches de manche. Pas de doudoune ni de manteau, mais deux pulls superposés et aussi proches du corps que possible pour une plus grande liberté de mouvements. Une première couche fine en polyester pour évacuer la transpiration et éviter les sensations de froid dues à une sueur en contact permanent avec la peau. Et une deuxième couche, un pull noir, au maillage aéré pour ne pas compromettre l’intérêt du pull en dessous. Octave releva le col roulé jusqu’à la mâchoire et inspecta une dernière fois si tout était bon. Pas de sac, aucun bagage, la furtivité et l’efficacité étant de mise. Le bonnet et les gants ressortaient de ses poches arrière. Il resserra sa ceinture d’un cran et observa ses bottes en cuir pour voir si la semelle ne se décollait pas. Tout était cependant en ordre. Octave quitta la bibliothèque en fermant soigneusement la porte avant de longer les murs d’un pas de félin en évitant les regards inquisiteurs. Au final, il ne croisa personne, mais dût attendre derrière un mur qu’une paire d’inspecteurs s’en aillent pour pouvoir passer. Il arriva au lieu du rendez-vous quinze minutes à l’avance et balaya l’horizon du regard, scrutant le moindre point lumineux, le plus imperceptible mouvement, le miroitement incertain d’un reflet jusqu’à être parfaitement certain qu’il n’y avait personne à part lui. Alors, tranquillement, il s’adossa contre le mur en pierre, dans l’ombre de la lune et s’engagea dans la frénétique remembrance des plans qu’on lui avait fournis et qu’il avait dû apprendre par cœur. Naturellement, il s’était mis à siffloter, chose qu’il ne se permettait de faire qu’à l’extérieur et en étant seul. C’était Sweet Dreams d’Eurythmics, et comme les paroles étaient sympas, il se laissait par moment le loisir de marmonner le refrain. Que l’électro était simple à siffler quand même ; rien à voir, par exemple, avec un morceau subtil de piano, où il faudrait siffler toutes les notes sans y arriver véritablement, parce que bon, l’art de siffler était bien réduit face à l’art de du piano. Enfin, l’art du piano qui était traité avec amour par l’artiste, parce qu’il y avait des pianistes qui n’avaient de pianistes que le nom. Tout ça pour dire, que les sons minimalistes de l’électro, ça se sifflait bien.


Si ce n'est pas lisible:
 

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Dim 4 Déc 2016 - 14:26


Cela faisait déjà une journée entière qu'Astrid regardait le temps passer sans rien faire. Allongée sur le canapé des petits appartements qu'elle possédait à présent à Poudlard, ses yeux suivaient la lame du poignard finement ouvragé qui voltigeait juste au-dessus de sa tête. D'un geste expert, elle le réceptionna entre son index et son annulaire. Elle le renvoya dans les airs, recommençant son petit manège. Cela faisait bien deux heures qu'elle faisait ça. Elle n'avait rien d'autre à faire, de toute façon, n'ayant pas encore reçue les devoirs de ses élèves. Son frère ne donnait pas de nouvelles, également, et après ce qu'elle avait fait à un élève deux jours plus tôt, elle se voyait mal se balader dans les couloirs. Elle le faisait, seulement par nécessité, quand elle n'avait d'autres choix, à présent. Dangereuse. Oui, c'était le mot. Elle était clairement dangereuse, pour les élèves, alors qu'elle s'était jurée de les protéger. Autant essayer de les protéger d'elle-même, en premier lieu, ce qui était visiblement plus difficile à faire qu'à dire. Tu es douée pour les paroles en l'air, murmura l'autre voix. Un grognement s'échappa des lèvres du puma. Elle se releva avec une rapidité impressionnante, récupérant le poignard à la volée. Telle une danseuse, elle se retourna en ne s'appuyant que sur la pointe de son pied droit, son bras gauche - celui tenant présentement l'arme - se tendant comme mût d'une volonté propre. Le poignard s'échappa de l'étreinte de ses doigts, allant se planter dans la cible accrochée sur le mur, juste à côté de sa veilleuse. Il se planta pile en son centre, sans même qu'elle n'eût véritablement besoin de viser. Elle avait toujours été douée avec les armes blanches, bien plus que certains membres de son clan, même s'il lui avait fallu beaucoup de temps, beaucoup trop certainement, pour s'en rendre compte. Et susceptible, par-dessus le marché.

- Ferme-là, grogna-t-elle, seule, froidement.

Sa voix résonna dans la pièce, alors que ses yeux se posaient sur le miroir à quelques mètres de sa position. Elle les cligna, plusieurs fois, réalisant la couleur de ses cheveux et de ses yeux. Un beau bleu nuit. Elle grimaça, fermant les yeux quelques secondes. Après quelques respirations pour calmer ses nerfs qui avaient, visiblement, la fâcheuse tendance à lâcher facilement ses derniers temps, elle les rouvrit. Ses attributs avaient repris leurs apparences habituelles, son beau châtain, et ses yeux vairons. Elle soupira. Un soupire trahissant quelque peu son soulagement, qu'elle pouvait se permettre. Elle était seule, après tout. Rares moments où elle se donnait le droit de relâcher un peu la pression. Elle n'avait pas refusé d'avoir ne serait-ce qu'un seul tableau dans la pièce, préférant les murs de pierre vide, pour rien. Elle voulait un endroit où être véritablement tranquille, sans avoir à se soucier du fait que, dans ce foutu château, la majorité des murs avaient des yeux et des oreilles. Non, elle refusait que ce fût également le cas à l'endroit où elle vivait - enfin, où elle dormait serait plus exact.

Mais, après tout, ce serait beaucoup trop beau pour être véridique. L'elfe apparaissant devant elle, en se triturant les mains, le prouva. Il se recula dans un glapissement quand le poignard de la belle se retrouva sous sa gorge, celle-ci l'ayant appelée du mur d'un geste inconscient. Elle était à nouveau complètement tendue, son regard inexpressif posé sur la créature qui venait de pénétrer dans son antre sans même demander sa permission. Avec un soupire, Astrid se força à se détendre, laissant tomber l'arme sur le canapé de cuir près d'eux. Elle s'approcha ensuite de l'elfe avec lenteur. C'était assez comique, d'une certaine manière, de voir à quel point elle pouvait changer du tout au tout, en quelques secondes. Elle ressemblait à ce moment-là à une marionnette aux fils défectueux, plus qu'autre chose, alors qu'elle aurait pu, clairement, être apparentée à une guerrière, sauvage, des anciens temps, quelques secondes plus tôt. L'elfe pencha la tête sur le côté, sans prononcer le moindre mot, quand la demoiselle tendit sa main, pour récupérer la missive, dont elle devinait être la destinataire.


- La lettre vient de monsieur Holbrey, couina la créature, en s'inclinant bien bas.

Astrid leva les yeux au plafond dans un soupire, en voyant les réactions de la personne face à elle. Une personne, oui. Contrairement à de nombreux sorciers, Astrid considérait les elfes comme des êtres bien plus puissants et bien plus impressionnants que nombre de sorciers. Leur magie en était une preuve. Elle trouvait cela simplement... dommage qu'ils fussent enchaînés par la servitude. Elle revint à la réalité quand la missive fut posée dans sa main, et elle se força à sourire à l'elfe.

- Merci. Tu peux retourner à tes occupations, maintenant.
- Oh... Non, non, non ! Miss Shafiq est trop aimable, mais pas de merci ! Le Seigneur Noir serait pas content du tout !

Un clignement d'oeil, éberlué, puis un claquement de doigts plus tard, et Astrid se retrouva à nouveau seule. Elle secoua la tête, pour remettre ses idées à leurs places, dans le capharnaüm que représentait présentement son esprit, ses cheveux soyeux voltigeant par la même occasion. Ses yeux se posèrent ensuite sur la missive en question, scellée. Le poids et la forme, à un endroit en particulier, laissait déjà présager qu'il n'y avait pas qu'une simple lettre, à l'intérieur. Avec une certaine impatience, la demoiselle espérant clairement ne pas se tromper, elle l'ouvrit. Un sourire sauvage, et dangereux, apparut de lui-seul sur son beau visage, quand la pièce d'or fut arraché de son enveloppe. Un symbole, souvent utilisé dans son univers. Un symbole lui promettant, normalement, une mission. Elle ne s'était pas trompée et, surtout, c'était exactement ce qu'il lui fallait. Une mission, pour oublier pendant un temps, ses autres occupations. Redevenir celle qu'elle était réellement, ni plus, ni moins. Une guerrière. Pas un prédateur enfermé dans une cage, bien que soyeuse, à tourner en rond à longueur de journée et rêvant de liberté. La lettre fut rapidement récupérée ensuite et dépliée, pour pouvoir la lire complètement. Ses yeux voyagèrent sur la belle écriture de l'homme, lui demandant tout simplement ses services pour assurer ses arrières, pendant quelques heures, dans la nuit. Astrid acquiesça pour elle-même, après avoir brûlée la lettre d'un sort informulé, jouant avec la pièce. Elle la faisait passer entre ses doigts, l'observant glissant sur son index, et les autres, avant de recommencer en sens inverse. Un autre manège, alors qu'elle réfléchissait rapidement à ce qu'elle pouvait bien lui demander.

Ce ne fut qu'en récupérant le poignard qu'une idée lui vint. Une idée saugrenue, mais qui pourrait lui permettre d'approfondir clairement ses connaissances, en magie noire et, particulièrement dans les malédictions. Le poignard qu'elle possédait, empoisonné avec le nectar d'un serpent légendaire, lui avait après tout directement appartenu. Un paiement, de la famille Sovrano, qui possédait un nombre impressionnant de reliques et de livres, venant directement de leur propre famille. Thion Sovrano, un homme particulièrement détesté dans l'histoire, et pourtant fascinant dans sa folie. Un mage noir de l'époque de l'Antique Rome, qui avait été, également, un des hommes les plus puissant et les plus riche du continent. Sa famille n'avait plus un tiers de sa richesse, mais il possédait encore certains objets, en particulier, qu'Astrid rêvait de posséder. Un livre, surtout, qui n'avait, à ce jour, plus que huit exemplaires, disséminés dans le monde, interdit à la vente et la reproduction, mais traduit illégalement en italien pour certains, en anglais pour d'autres. L'original était bien évidemment intouchable, bien trop protégé, écrit directement en latin.
Tu rêves de l'avoir, n'est-ce pas ? "La Belle Magie ; La Magie Noire".

Astrid acquiesça, en se relevant. Elle traversa la pièce, tout en continuant de jouer avec la pièce d'Holbrey. Elle s'approcha rapidement de l'entrée de sa petite demeure, et poussa la porte pour se retrouver dans le couloir. À quelques pas du tableau représentant un noble chevalier, entrée secrète de son lieu de vie, se trouvait la porte menant à sa salle de classe. Elle s'y rendit, après avoir placé plus d'un sortilège de protection sur l'entrée de sa chambre, la majorité étant des connaissances, oubliées et récupérées, par les Shafiq, pour se protéger eux-mêmes des intrusions. La pièce n'avait pas véritablement changé, depuis son cours. Les mêmes tables, les mêmes tableaux et toujours le détraqueur enfermé. Astrid passa à côté de tout cela sans un regard, bien qu'elle laissa glisser ses doigts sur le verre, la protégeant de la présence néfaste de la créature, qui tentait tant bien que mal de sortir, en se collant à celle-ci. Une idiotie, mais on ne pouvait pas dire, que ses démons, étaient véritablement intelligents.

Ses pas la menèrent enfin jusqu'à son bureau, qu'elle déverrouilla après avoir baissé les protections, puis pénétra dans la pièce. D'un geste de sa baguette, la mercenaire rangea la paperasse, qu'elle avait délaissé, dans les tiroirs. D'un autre, elle ouvrit la malle se trouvant derrière celui-ci. Un nombre, conséquent, d'armes, vint s'installer sur celui-ci, accompagné d'un parchemin et d'une plume. Une plume particulière, qu'elle n'utilisait que dans ce genre de situation. Rapidement, elle griffonna sa requête pour Holbrey, même si le parchemin resta complètement vierge d'apparence. Il lui faudrait réfléchir pour pouvoir découvrir le paiement, un simple revelio ne suffisant clairement pas. Elle ne se faisait, malgré tout, pas d'inquiétude, l'homme était certainement intelligent et, si jamais il ne parvenait pas à trouver la solution, il lui suffirait de venir la trouver, pour qu'elle lui donnât. Elle l'enroula rapidement, s'aidant d'un ruban de feuille d'or. Une signature, chez les Shafiq. Elle le laissa sur le bord du bureau, puis ses yeux se posèrent sur ses trésors.

Des couteaux. Un katana, venant directement d'un sorcier japonais. Un arc et les flèches, empoisonnés, allant avec. Elle possédait également kunaïs et shurikens, particulièrement bien aiguisés. Elle avait une grande préférence pour les armes blanches, silencieuses. Mais, elle devait avouer, que l'arme - se trouvant au centre de tout l'attirail qu'elle possédait, comprenant, en plus de ce qui était cité ci-dessus, des fouets, des chaînes, et d'autres joyeusetés - lui faisait de l'oeil. Une arme, tout ce qu'il y avait de plus moldu, même si elle était modifiée magiquement, pour éviter le recul et le bruit. Un magnifique pistolet, semi-automatique, répondant au doux nom de Bergmann-Bayard. Astrid sourit, récupérant les munitions qui allaient avec, pour les ranger. D'un geste sec de sa baguette, elle fit apparaître les vêtements qu'elle mettrait le soir-même. Un débardeur, avec un pull aux mêmes matériaux, les deux moulants. Un pantalon, des bottines, complètement silencieuses, ainsi que son manteau, les trois dernier cités, de cuirs. Des vêtements, protégeaient avec plusieurs charmes. Une tenue de guerre, que toutes les femmes Shafiq portaient, les hommes ayant leur propres "tenues de travail". Seul le symbole au dos de la veste, laissait présager qu'Astrid n'était pas n'importe laquelle des femmes Shafiq. Un simple zéro, d'un bleu nuit, qui n'était quasiment pas visible avec le noir, pour des yeux n'étant pas habitués à l'observation. Rapidement, Astrid se revêtit, faisant disparaître les autres vêtements, présentement délaissés, d'un nouveau coup de baguette bien placé. L'heure tournait sereinement, laissant ainsi le loisir à la demoiselle de choisir les armes qu'elle prendrait avec elle. L'arme moldue, rangée, fut délaissée, pour plusieurs raisons lui étant propre, préférant se contenter d'autres outils. Les poches intérieures de sa veste, accueillirent chacune une seule arme. Elle ne les sentait pas pour autant, la magie pouvant faire des merveilles.

Quand enfin, la nuit enveloppa l'écosse, et que l'heure de partir pour sa rencontre sonna, Astrid sortit de son bureau, replaçant les protections. Elle enfila ses gants, avant-dernier détail de son attirail. Puis, avec une belle furtivité, la demoiselle passa dans les couloirs, sans se faire remarquer. Elle n'était plus simplement Astrid. Non, elle était présentement une Shafiq, une mercenaire, prête à tout pour réussir sa mission. Une mission, qu'elle ne connaissait pas encore, mais qui, elle l'espérait, s'avérerait intéressante. Complètement silencieuse, les charmes posaient sur ses vêtements, par l'ancien armurier des Shafiq aidant de beaucoup, la demoiselle emprunta un passage secret, au premier étage, lui permettant d'atterrir derrière un miroir, non loin du point de rendez-vous. À l'intérieur, elle ferma les yeux, une grimaça se peignant sur ses traits gracieux. Ses cheveux devinrent de jet, et ses yeux suivirent le mouvement, devenant deux obscurs billes. Ses traits se changèrent également, ne permettant plus au premier venu de la reconnaître, surtout dans l'obscurité. Un masque, son masque, qu'elle revêtait, quand son identité changeait. De la fille Astrid Shafiq ressortait, présentement, l'une des plus dangereuse mercenaire du clan. Z, pour le zéro. Un surnom, qui faisait trembler plus d'un sorcier, ou moldu. Peu étaient ceux connaissant la véritable identité de Z, malgré le fait, étrange, qu'Astrid ne s'en fût jamais véritablement cachée. Une légende, un mythe. La peur, tout simplement, cette arme si puissante et si délicieuse.

Après cela, elle récupéra l'une de ses armes. Un fils, très fin, qu'elle enroula autour de son avant-bras gauche, le serrant, au maximum, qu'elle le pouvait, sans pour autant se blesser, ou restreindre ses mouvements. Enfin complètement prête, après avoir fermé le long manteau lui collant au corps, bien qu'ouvert au niveau de ses jambes - et lui arrivant jusqu'aux talons -, elle poussa le fameux miroir. En quelques enjambés, délicieuse féline se mouvant avec la grâce d'une artiste, elle parvint jusqu'au lieu de rendez-vous. Elle s'immobilisa derrière une statue, les mains dans ses poches et le visage complètement inexpressif. Holbrey devait l'avoir vu, forcement, la demoiselle y ayant veillée. Elle attendit, de fait, qu'il vint directement vers elle. Une habitude, qu'elle avait, et qui ne la quittait pas. Contrairement à beaucoup de Shafiq, elle n'était pas du genre à aller d'elle-même vers l'employeur. S'il voulait réellement ses services, il se devait de se faire remarquer, plus qu'elle ne l'avait déjà capté. La respiration lente, complètement sereine, la belle tueuse patienta.


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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Sam 10 Déc 2016 - 1:42

« Wish there was something real, wish there was something true, wish there was something real in this world full of you. »

Du synthétiseur prenant et pressant de Take on Me, Octave était passé à Wish de Nine inch Nails, dont il murmurait les paroles dans sa barbe, les mélodies des instruments faisant bien trop référence au registre de l’ambient pour être pertinentes à fredonner. Trois minutes trente-quatre pour les Eurythmics et trois minutes quarante-sept pour Take on Me, plus le temps qu’il avait passé à s’installer, il devait être quasiment l’heure du rendez-vous maintenant. Enfin, si rendez-vous il devait y avoir. Cela ne serait pas la première fois que quelqu’un refuserait de venir à sa rencontre pour des raisons jamais explicitées. Mais celles-là étaient restés relativement rares et tant que cela demeurait ainsi, Octave n’avait pas l’intention de se demander quelles pouvaient bien être les motivations ou craintes de ces énergumènes à refuser ainsi sa compagnie. Présomption d’un mauvais travail ou rancœur inavouée, qu’importe, en général il avait suffisamment à faire sans avoir besoin de s’occuper de la bouillie émotionnelle de ses éventuels partenaires. Le vent s’était mis à souffler et, entre deux couplets, il lui était venu à l’esprit de partir seul et sans attendre, par paresse passagère et parce que comme toujours, plus l’heure de faire équipe approchait, plus il regrettait d’y avoir songé. L’idée lui avait semblé pourtant intrigante au début, rencontrer une mercenaire d’une aussi grande famille lui avait ainsi fait oublier les inconvénients qui le renfrognaient inévitablement en définitive. Même si son caractère faisait qu’il s’adaptait sans grand mal aux diverses situations et personnalités nouvelles qui se présentaient à lui, se retrouver à travailler avec quelqu’un d’autre le poussait tout autant à la curiosité qu’à la réticence. Et surtout, autant il savait à quoi il pouvait s’attendre de sa part à lui, autant il n’avait quasiment jamais aucune idée des capacités d’une tête nouvelle, ne faisant que très vaguement confiance à la réputation. Raison pour laquelle plus le temps passait, moins il avait de partenaires réguliers, une très petite minorité étant parvenue à le convaincre d’une intelligence égale au savoir-faire. Ou au moins, si ce n’était de l’intelligence en tant que tel, du tact était déjà un bon début. La conclusion était néanmoins invariablement la même : plein de connaissances, peu de gens de confiance, et encore moins avec qui l’envie de bosser naissait sans réserve.

Toutefois, la chose était maintenant décidée et la mission était raisonnablement simple, dans la mesure où Miss Shafiq n’avait d’autres choses à faire que l’écouter et rester discrète. Talents dont elle devait certainement disposer si on prenait en compte la famille dans laquelle elle avait grandi. Mais ne nous avançons pas, la renommée, telle la lumière, vient toujours plus vite pour mieux nous éblouir et nous faire oublier ce que le son a à nous dire. Bref, un travail pareil n’avait pas de quoi justifier une impolitesse pour le moment. Alors Octave restait là, tête penchée vers son ventre, à retirer quelques peluches de coton qui s’étaient attardées sur les plis désordonnés de son pull. Il avait déjà vu et repensé son plan une bonne dizaine de fois dans sa tête et c’était là le seul recours que son esprit avait trouvé pour ne pas compter les minutes. Quoi qu’il le fît de toute manière inconsciemment, en continuant à fredonner les paroles de Wish du bout des lèvres et dont il connaissait exactement la durée. C’était toujours mieux que de compter les moutons, après tout. Et puis soudain, un craquement. Imperceptible et qui se fondait presque parfaitement dans les divers bruissements sinistres du paysage environnant. Ce n’était pas là le frémissement d’un bois tordu par une forte bourrasque, mais bel et bien le bruit d’une nature qui se brise sous un pas étranger. Cela ne lui avait pas pour autant fait relever la tête, trop occupé qu’il était à écouter le son spécifique de cette démarche. Ce n’était pas un inspecteur, c’était certain, aucun d’eux ne se déplacerait avec une telle souplesse alors qu’ils avaient le plein pouvoir dans ce château et le parfait droit de se trouver n’importe où sur le territoire, même en plein milieu de la nuit. En fait, c’était clairement une femme. Il n’y avait qu’une femme pour avoir une souplesse aussi féline. Il lui devina un déhanché serpentant et ferme. La démarche. Déjà enfant il reconnaissait sa nourrice à sa manière de monter les escaliers en bois. L’intruse finit par s’arrêter, néanmoins un peu trop loin pour que ce soit une rencontre courtoise en bonne et due forme, par méfiance ou simplement par désir d’être la première à s’imposer par un silence réfléchi. Octave eut un vague sourire qui souleva le coin de ses lèvres et illumina son regard d’une lueur joyeuse. Décidément, il y avait toujours des règles à suivre, un protocole qui s’imposait et qu’il fallait respecter pour faire plaisir. Pourquoi pas, pourquoi pas…

«  Don’t think you’re having all the fun, you know me I hate everyone… Allons Miss Shafiq, sortez de votre planque, il fait bien trop sombre derrière cette statue pour que l’on puisse se toiser convenablement. »

Il releva enfin la tête, il plissa ses yeux, d’un jade si éclatant qu’ils semblaient briller dans le noir comme ceux d’un chat. Ce n’était pas tant pour décortiquer les traits du visage de l'inconnue, qu’il ne voyait de toute manière que très vaguement dans la pénombre et à cette distance, mais surtout pour s’assurer qu’elle était bien là où il l’avait entendue s’arrêter. Bien que la situation ne le demandât pas vraiment, il avait pour habitude de toujours évaluer son espace en fonction de son propre emplacement et de celui des gens et objets qui l’entouraient. Un simple coup d’œil pour remettre la réalité en place et mieux l’appréhender en cas de besoin. Octave esquissa un sourire enjôleur en direction de la demi-silhouette qu’il percevait derrière la statue avant de plonger une main dans l’une de ses poches. Il en sortit une boîte en bois, aussi petite que celles que l’on utilise en joaillerie, mais quelque chose dans l’exécution laissait à deviner que ce n’était absolument pas destiné au commerce. D’ailleurs, la surface, bien qu’assez grossière dans son apparence, était parfaitement lisse, si bien qu’on pouvait s’imaginer un simple cube comme ceux qu’avaient les enfants. Mais un loquet en laiton, sur l’un des côtés, laissait deviner l’utilité de cet objet, toutefois pas vraiment sur ce qui s’y trouvait, à part que ce quelque chose devait être relativement petit. De son autre main, Octave récupéra une montre, qu’il refusait d’avoir au poignet et préférait à gousset. Il appuya sur le bouton du cadran et le fermoir s’ouvrit, laissant luire les aiguilles sous la lumière lunaire. Les deux objets demeurèrent dans ses mains alors qu’il en relevait la tête :

« D’autant qu’il ne nous reste plus que quatre minutes pour nous considérer. Au-delà desquelles soit je disparaîtrai tout seul, soit nous le ferons ensemble, et dans ce cas-là il va falloir amorcer une approche. Quelque chose me dit que vous ne vous seriez pas déplacée pour refuser ; alors vous savez ce qu’il vous reste à faire : venir toucher… le fruit défendu. »

Une étincelle malicieuse traversa son regard alors qu’il ouvrait de ses doigts habiles la boîte en bois. Là, sur un lit de velours bordeaux, reposait une petite pomme toute sculptée dans du cuivre, pas réaliste pour un sou puisque recouverte d’arabesques sinueuses. Mais c’était belle et bien une pomme, dotée d’un long pédoncule et d’une feuille unique et fragile, aux nervures si bien faites qu’elle aurait pu tromper n’importe qui, si seulement sa couleur dorée n’était pas là pour rappeler la feinte de l’artiste qui l’avait faite. Ce n’était certes pas un réceptacle commun pour un Portoloin, mais son exécuteur avait l’excuse d’être un esprit fantasque, d’autant que le Portoloin ne leur serait utile qu’une seule fois. Cela ne leur laissait pas beaucoup de temps pour discuter, c’était certain, et d’une certaine manière, c’était fait exprès. La conversation, dont il appréciait les vertus en temps normal, se transformaient en défaut lorsqu’il s’agissait de travail. En quelques mots, un rapprochement, tout autant qu’un éloignement pouvait s’opérer et la mission risquait l’échec par manque de coordination. Il fallait être réaliste, si un début d’amitié pouvait naître au détour de quelques mots, ce qui se passait en général était plutôt l’inverse. Dans cet univers, les gens se méfiaient et se méprisaient les uns les autres avant même de se rencontrer par principe de rivalité. Très peu savait mettre de côté une amabilité et encore moins un antagonisme au profit du travail et de son achèvement dans un cadre professionnel et efficace. Alors, moins ils se connaissaient pour le moment, mieux c’était, car cela ne leur laissait que trop peu de temps pour s’estimer un tant soit peu. D’autant qu’Octave avait tendance à se construire des avis sur les gens rien qu’en les regardant. Exercice périlleux qui ne lui réussissait pas à tous les coups, même s’il s’avérait avoir souvent raison, la manière d’être et de s’exprimer des gens s'avérant être un reflet suffisamment limpide de l’esprit qui se cachait derrière. Et comme dit, la mission n’avait rien de compliqué, alors Octave pouvait se permettre de partir, même avec quelqu'un qui se montrerait incompétent. Il fallait bien une première fois, comme dirait l’autre, alors autant qu’elle soit la moins douloureuse que possible.

La boîte était tendue entre eux deux d’un bras replié au niveau du coude, lovée au creux de la paume du bibliothécaire qui bizarrement n’en avait plus l’air, invitant à se faire caresser par son éclat cuivré. Octave n’avait pas pour habitude de venir souper avec les autres enseignants dans la grande salle, ni de se mêler à la foule de manière générale, même s’il l’observait copieusement de loin. Alors, si pour Miss Shafiq c’était la première fois qu’elle le voyait, ils allaient au moins pouvoir partir sur des bases égales car Octave, à part en avoir entendu parler, ne l’avait jamais vue. En un mois, c’est chose impardonnable, me direz-vous ! Peut-être bien, mais le château était grand et la bibliothèque le tenait bien éloignée de tous les faits qui existaient à l’autre bout des couloirs. De plus, le seul moment où il s’autorisait à explorer les lieux, c’était lorsqu’il n’y avait personne, en plein milieu de la nuit alors que l’envie de dormir n’était pas là, ou durant les cours, lorsque le travail ne le tenait pas cloué sur place -ce qui en soi était chose relativement rare.

« Je vous promet de ne pas être un serpent, si vous me promettez de ne pas nourrir l’envie de vous apparenter à Dieu. »

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Lun 19 Déc 2016 - 19:20


- Don’t think you’re having all the fun, you know me I hate everyone… Allons Miss Shafiq, sortez de votre planque, il fait bien trop sombre derrière cette statue pour que l’on puisse se toiser convenablement.

Si Astrid avait débuté quelques mouvements imperceptibles, le rythme des paroles chantonnées l'envoûtant sans qu'elle n'y pût rien, et ses doigts répondant dans un réflexe inconscient venant la happer avec délice, elle arrêta leurs mouvements immédiatement quand l'homme prit la parole. Elle ne put empêcher un léger sourire, témoignant son amusement, se dessiner sur son visage, qui reprit malgré tout son expression glaciale très rapidement ; trop même, pour ne serait-ce qu'entre-apercevoir, dans la pénombre ambiante, son apparition chimérique. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, dans une attitude très animalière, fallait-il reconnaître, sans même qu'elle s'en aperçût, la demoiselle étant bien trop concentrée sur l'homme, bien moins sur elle-même et ses mimiques. Octave venait, en une phrase, de gagner la bataille, si tant était qu'il devait véritablement la gagner et qu'il ne l'avait pas déjà fait, ne serait-ce que par sa lettre, en l'invitant pour un bal mystérieux, où danse et chant devaient s'entre-mêler avec passion, sans promettre, pour autant, sa réussite artistique. Devait-elle suivre son ordre, ou, dans un contraire théâtral, le refuser, en se drapant dans une fausse dignité, ne lui allant, elle en avait conscience, que peu au teint, dans l'ensemble de ses missions ? Elle se posa la question, mais la réponse vint d'elle-seule, zigzaguant entre les pensées et les cauchemars pour venir s'imposer dans son esprit avec une attitude princière. En quelques mouvements d'une grâce stupéfiante, la démone s'installa dans une fine raie de lumière clignotante, lueur offerte avec effort par la belle dame qu'était Lune, laissant ainsi le loisir à son époux du moment de pouvoir apercevoir, sans véritablement distinguer, son visage angélique. Un emplacement tout calculé, lui permettant de l'observer, ses entraînements passés payant plus qu'elle ne l'aurait elle-même deviné ; la sombre ambiance ne la dérangeait pas, sa vue parvenant à s'adapter avec une précision étonnante, bien que n'étant, elle le reconnaissait, pas parfaite, mais lui permettant de le détailler suffisamment.

Durant ces quelques fractions de seconde, les lèvres de l'homme, qui avait relevé la tête pour, sans doute, définir son emplacement exact, se courbèrent, esquissant un sourire charmeur. Avec des gestes emprunts d'une belle nonchalance, sa main s'installa dans sa poche, avant d'en ressortir avec son trésor, une simple boite d'un bois visiblement sombre - non que les rares lueurs aidaient à se faire véritablement une idée de la couleur précise. Toujours avec sa manière unique de se mouvoir, Astrid détaillant ses gestes avec une certaine fascination, elle l'observa lire l'heure, sur une belle montre à gousset, dont les aiguilles luisaient sous les rayons lunaires. Enfin, la patience de la belle payant, il releva à nouveau la tête vers elle, reprenant la parole de sa voix grave.


- D’autant qu’il ne nous reste plus que quatre minutes pour nous considérer. Au-delà desquelles soit je disparaîtrai tout seul, soit nous le ferons ensemble, et dans ce cas-là il va falloir amorcer une approche. Quelque chose me dit que vous ne vous seriez pas déplacée pour refuser ; alors vous savez ce qu’il vous reste à faire : venir toucher… le fruit défendu.

Un frisson remonta le long de la colonne vertébrale de la femme, alors qu'elle se laissait sereinement emprisonner par les malices de son partenaire. Voyait-il cela comme un jeu ? Elle n'en avait aucune idée, mais la danse qu'il proposait, allait certainement plaire, même si le bal n'était pas à la hauteur des attentes. Non pas qu'Astrid s'attendait à des merveilles, préférant rester réaliste - d'aucun dirait pessimiste - plutôt que se retrouver déçue par un spectacle qu'elle aurait attendu grandiose, mais qui n'était que fadaises. Elle effectua un mouvement de son bras droit, dans un semblant de rapprochement, mais il n'en fut rien, la belle s'immobilisant à nouveau, toujours à la même place. Ses yeux se posèrent sur la petite pomme, que le bibliothécaire tendait de moitié vers elle, dans une invitation. Il manquait le genou au sol, mais la scène aurait été que trop théâtral, pour les goûts pouvant, parfois, être raffinés, de la danseuse. Un éclair de malice passa dans son sombre regard, l'illuminant tel un phare dans la nuit noire ; il disparut aussi rapidement qu'il apparut, ne restant qu'un dixième de seconde. La belle redressa son port de tête, de quelque millimètre. L'on pouvait presque faire le parallèle à son patronus, précisément son désir du moment, imaginant les oreilles du félin se redressait légèrement, alors que la curiosité prenait le dessus sur la raison, comme cela arrivait malheureusement souvent ; non que ce fût véritablement le cas, la comédienne étant bien trop sur ses gardes. Puis, un geste d'une élégance rare, un pas en direction de l'homme, avec une lenteur toute calculé et une souplesse féline paraissant toute naturelle ; un naturel réel, encore que la demoiselle n'en eût aucunement conscience.

- Dois-je conclure que je serais votre Ève et que vous seriez mon Adams ?

La belle joua de la voix pour la première fois, tout en s'avançant de sa démarche particulière, vers son cavalier. Une voix cristalline, aussi claire et limpide qu'une eau quiète, mais témoignant d'une certaine dangerosité. Holbrey se laisserait-il envoûter par le chant de la sirène, plongeant dans les profondeurs obscurs pour ne jamais en ressortir, noyé et oublié ? Ou se débattrait-il vainement, dans un futile espoir de combattre les envies indomptables du moment, que la voix mélodieuse ferait naître en lui ? Un demi-sourire, presque imperceptible, vint se déposer avec délicatesse sur le visage de la belle. Elle effectua un nouveau mouvement, toujours dans sa direction, parvenant jusqu'à lui avec la prestance d'une artiste qui ne se reconnaissait pas comme telle.

- Je vous promet de ne pas être un serpent, si vous me promettez de ne pas nourrir l’envie de vous apparenter à Dieu, dit-il dans une dernière parole.

Avec un touché délicat, soumise aux murmures du serpent, ses doigts gantées caressèrent la pomme. Le diable avait fait son office. Il venait de l'emprisonner, au moins pour une soirée, dans ses griffes acérés, qu'il parvenait à utiliser pour la dompter. Voulait-il en faire un joyaux de sa collection ? Paraissait-elle précieuse à ses yeux ? Dans l'univers où ils évoluaient, ces questions n'avaient aucunement leur place. La méfiance, le dégoût, la manipulation étaient des maux clefs. Il fallait parvenir à composer de belles mélodies, créer de magnifiques symphonies, en ce servant de ces quelques instruments. Gagner sans vertu, sans ne serait-ce que penser à triompher avec gloire. Les ombres devaient rester des ombres, ne pas s'exposer aux lumières aveuglantes des soleils, sous peine de disparaître dans des effluves de fumée, où tous ou presque les oublieraient.

- Je ne suis déesse ; et si vous êtes le cauchemar des croyants, je ne suis que l'une de vos armes, susurra-t-elle de sa voix si particulière.

Elle en jouait, ce servant de ses atouts, avec la même précision qu'elle utilisait, pour se servir de son poignard. Un poison qui s'insinuait lentement par les ports de la peau, avant d'emprisonner les sens des hommes, des mortels, qu'elle croisait. Une succube, qui prenait plaisir à envoûter pour détruire, sans jamais se lasser de la faiblesse de ses victimes. Et, pour cette nuit-là, elle était prête à servir un nouveau maître. Lilith avait-elle pris l'apparence de l'homme face à elle ? Sans doute, l'arme étant prête à suivre les ordres avec délice, à accomplir la demande avec soumission, ce pourquoi elle avait été invoquée en cette douce soirée déjà bien entamée. D'un geste serein et délicat, Astrid caressa à nouveau la pomme, jusqu'à ce que son index vint effleurer le pédoncule, qu'elle vint pincer doucement, s'aidant également de son pouce. Elle ne dit pas un mot, sachant qu'Octave comprendrait que la mission pouvait véritablement débuter, la belle reprenant un visage aussi lisse que celui d'une sculpture parfaitement réalisée.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Mer 21 Déc 2016 - 23:35

La brutalité. Ou de la férocité. Voir de la rusticité. Il y avait des femmes qui se livraient telles les fleurs de Stapelia, s’ouvrant aux hommes avec la simplicité d’une vertu que nulle grossièreté ne saurait atteindre. Comme en elles-mêmes, elles prêtaient au sexe opposé les faiblesses de leur propre caractère, ainsi qu’il était si souvent le cas d’esprit ne sachant voir au-delà de l’horizon de leur propre personnalité. Elles empoignaient avec plus ou moins de grâce et de subtilité la force masculine, happaient leurs regards d’un mouvement ondulé des reins et s’emparaient de leurs souffles hachés par une courbe trop suggestive. Mais comme la Stapelia, par son odeur déliée de chair en décomposition, elles n’attiraient que les mouches. Des mouches heureuses et nombreuses, faites exactement de la même trempe et dotés d’un pareil manque de bienséance, et qui s’élancent sur la belle couleur et sur le duvet d’un agréable pétale, ne sachant pas distinguer le charmant de l’agréable. Ces désespérés ne faisaient que renforcer l’ignorance grossières de la bienséance à ces femmes, qui ne faisaient que se conforter dans une dureté ostentatoire. Une pesanteur qui se rencontrait dans leur manière d’agir, et qui passait même jusqu’à leurs paroles. Il n’était pas toujours aisé de desceller l’ostentation tant elle faisait appel à des instincts auxquels il était difficile de résister. Ils enivraient l’esprit et les yeux, les laissant baigner dans l’huile visqueuse de leur propre vanité. L’on pouvait même parfois parler de contretemps, si bien le moment et l’occasion étaient ignorés pour agir selon le même chemin, quelle que soit la situation. A dire vrai, ce comportement induisait tant de sottes passions qu’il y avait de quoi devenir personne incommode soi-même. Fort heureusement, soit on y succombait, soit on transcendait telle rusticité au point qu’elle ne devienne maladresse. Pareil à la Stapelia, qui poussait en terre rocailleuse, la brutalité naissait d’un esprit aride aux oasis rares.

Octave toisa malicieusement la jeune femme s’approcher, observant sa démarche qui était très manifestement ainsi volontairement faite pour attirer le regard. Si tel n’était toutefois pas le cas, c’est qu’une ignorance aveugle s’opérait quelque part dans l’engrais d’un cerveau hermétique. Mais le présent bibliothécaire en doutait fortement, regardant cette créature se mouvoir tel un animal douteux du pain tendu et qui jouait des distances et des pauses. Et comme c’était souvent le cas dans ce genre de circonstances, l’appétit prenait le dessus, comme toute pulsion primitive qui se respecte, surplombant une nature interne policée. Encore un pas, encore une pause ; décidemment, il avait l’impression de voir la recomposition des Gnossiennes. Et comme elle ne se privait pas d’être aussi ouvertement hésitante, Octave n’eut aucune gêne à l’observer franchement dans cette accumulation d’intervalles, de mi-temps, de césures et d’imposants point d’orgues, entrecoupés de refrains tout en trémolos frémissants à coup de cordes frottées. Il la scrutait comme s’il fut dans un musée et qu’elle en était une pièce d’exposition, avec la béatitude caractéristique de ceux qui s’abandonnaient à la contemplation d’une œuvre qui ne se savait pas être regardée. Toutefois, présentement, elle le savait, d’où ce sentiment qu’un jeu se tramait, latent et indicible. Une désinvolture honnête illuminait son regard, alors qu’il avait fini par s’adosser plus franchement au mur derrière lui, dans l’attente de voir si la donzelle daignerait s’approcher davantage ou non. Le spectacle était d’autant plus charmant que son incertitude revêtait la forme d’un pan de soie ondulant dans le courant d’un ruisseau, suivant l’ondulation sinueuse mais régulière et hypnotisante de son mouvement fort de tranquillité. Octave avait même fini par légèrement pencher la tête sur le côté, fermant à demi ses lourdes paupières alors qu’un sourire joueur dansait en coin sur ses lèvres.

- Dois-je conclure que je serais votre Ève et que vous seriez mon Adams ?

Son visage ne changea pas, arborant toujours la même expression alors qu’il toisait en tapinois cette Eve déjà plus proche du Serpent que d’Adam. Ah, franchement, Adam et Eve ? Quel ennui. Sans nombril ni péchés, en voilà des créatures superficielles, dénuées de la passion qu’ils se destinaient à embrasser après leur faute, à cause de leur faute. Allait-elle donc le tenter en lui promettant le savoir de l’Univers, la connaissance du bien et du mal ? Lui qui se croyait être Nahash à proposer une pomme, voilà que la métaphore se poursuivait et qu’il se retrouvait en premier homme à se faire séduire pour succomber à son tour. Pas évident d’être l’Adam de sa Eve, infiniment, surtout lorsqu’on avait déjà goûté à l’arbre de la vie. Mais ça, charmante Eve ne le savait pas encore, alors Adam se tut sans rien répondre, soulevant à peine ses sourcils dans une expression vaguement confuse, oubliant qu’ils étaient probablement tous deux corrompus au point de ne mériter que des peaux de bêtes en guise de vêtements. Et comme la tentation mettait souvent à mal toute forme de conviction, la belle finit par mettre la main sur le fruit. On pouvait souffler, la bête se montrait coopérative. Que dis-je, la sirène. Ou la panthère ? Il s’y perdait un peu, entre ces genres et ces airs savamment mélangés. Mais n’était ce dont pas le propre de la femme que de troubler par un mimétisme papillonnant et mystérieux ? Octave se laissa gracieusement aller à cette caresse, jetant son regard sur la main gantée qui cajolait la pomme comme pour mesurer l’étendue de la situation qui ne se résumait plus qu’à cet objet. Il ne releva pas la tête lorsque la jeune femme lui adressa ses paroles emplies d’une acceptation diluée, se contentant de regarder ses doigts fins, laissant le son de sa voix baigner ses oreilles de sa mélodie propre. Un soupir suave fit frémir la dentelle de ses narines, alors qu’il mesurait à son tour ce que cette situation impliquait tout d’un coup pour lui. Se retrouver en compagnie d’une femme comme cela, était-ce donc si prudent pour sa paix d’âme ? Doucement, d’un mouvement du bras, Octave déroba la pomme du toucher la Dame. Il s’en saisit et la laissa dans le creux de sa main, l’observant un instant, avant de refermer ses doigts dessus. Ensuite, il rangea la boite en bois dans l’une de ses poches et vint pincer l’extrémité du gant de la jeune femme du bout des doigts. Remontant enfin ses yeux vers la mercenaire, il tira lentement sur le cuir pour dénuder la main féminine. Se saisissant de sa paume à présent démunie par son dos, il la retourna vers le ciel et déposa en son sein la sphère cuivrée qui roula à peine avant de s’immobiliser, feuille tendue vers le haut. La malice jouait dans le fond de son regard comme les rayons d’un soleil d’été dans les profondeurs d’un étang. Sourire espiègle soulevant le coin de ses lèvres, il laissa un ricanement sourd secouer sa poitrine d’un ronronnement guttural.

« Qu’il en soit ainsi ma chère Eve. Succombe à la tentation, qui sait ce qu’il en adviendra pour nous deux. Eden ou Géhenne. »

Il regardait la jeune donzelle sans discontinuer, ne rompant la détermination de son regard à aucun instant, alors qu’il recouvrait la paume féminine de la sienne, épousant la forme de la pomme tandis que ses doigts venaient se lover contre le fin poignet. La morsure de ses mains, qui enveloppaient celle d’Astrid comme la mâchoire d’un doux animal, scellait cette union transitoire d’une caresse étrange et lascive. Octave resta là, sans bouger, à considérer sa nouvelle partenaire sans ajouter un mot ni expliquer pourquoi cette attente silencieuse et scrutatrice. Au lieu de cela, il se contentait de sourire du bout des lèvres, à la diable, abaissant ses paupières et se donnant cet air légèrement grivois qui lui allait si bien au teint. Longuement, il observa, parcourant les traits de ce visage féminin, semblant être sur le point de dire quelque chose par moments sans qu’en définitive aucun son ne franchisse ses lèvres éternellement fermées. Et puis, un pincement au cœur, comme un à-coup électrisant qui aurait traversé ses artères en lieu et place de son sang. Une étincelle dans ses reins, coup de foudre en son cœur, flamme ardente traversant sa gorge et sa poitrine, jusqu’à se concentrer en une secousse intense et vrombissante, alors qu’il plongeait ses yeux huilés dans ceux de la jeune femme. Un instant encore, un dernier miroitement dans le creux d’un regard immobile et les voilà tous deux absorbés, suçotés à travers l’espace comme du plasma et retenus uniquement par cet entremêlement de mains qui enserraient la petite pomme. Fruit qui les tirait à travers un bulk de formes et de couleurs tordues et hétérogènes au point où l’on ne pouvait rien reconnaître. Et alors que des forces semblaient vouloir les arracher et les défragmenter dans ce chaos confus, leurs mains restaient fermement étreintes sans qu’aucun effort ne soit nécessaire. Enfin, tout cela ne dura qu’un temps. La fin de leur voyage fut aussi brutale que son début, remettant soudain le monde à l’endroit, la gravité reprenant brutalement ses droits et séparant âprement les mains jointes.

Octave eut l’esprit de recouvrir ses doigts sur la pomme pour ne pas la perdre, mais l’atterrissage, comme d’habitude, lui était difficile sans compter le fait que le terrain ne se prêtait pas vraiment à la délicatesse. Ses jambes s’enfoncèrent dans cinquante bons centimètres de neige, stoppant net l’élan donné par son voyage spatial. Sentant ses genoux craquer, il dut se pencher vers l’avant et ses mains s’enfoncèrent à leur tour dans l’épaisse poudreuse plus haut que le coude. Mais le mouvement entamé était bien trop insistant et il finit sa course sur le dos, au fond d’un trou blanc, des cristaux de glace s’engouffrant déjà dans le col de son pull. Prestement, Octave se releva, ébouriffant ses épaules et ses cheveux, faisant tomber la neige qui s’y était attardée. Une épaisse buée sortait de ses narines et, n’ayant pas encore eu le temps de se rendre compte de la température ambiante, il balaya tranquillement l’horizon de ses yeux paisibles. Du blanc. Enfin, de la neige surtout. Mais la nuit polaire la teintait d’un bleu profond et sombre. Depuis la lisière des montagnes au loin, le ciel, que l’on pouvait deviner au travers des lourds et bas nuages, était teinté d’un dégradé diffus, allant du blanc cassé au bleu marine. Heureusement aucun vent ne venait secouer cette quiétude ouatée. Il n’y avait que le crissement de la neige, dont les cristaux se frottaient les uns aux autres, qui venaient emplir l’air d’un grincement prolixe. Et puis le froid, d’abord imperceptible, le temps que la surface de la peau se refroidisse, et qui finissait par mordre le visage de ses dents jusqu’à la douleur. Octave regarda derrière, là où au loin se profilait les lumières de la ville de Ny-Alesund, qui miroitaient à peine d’un orange cuivré. Faisant parfaitement dos aux lumières, le regard dirigé vers les montagnes, il essaya d’apercevoir le but de sa visite, mais le lieu était sous terre et visiblement, même l’entrée ne faisait pas relief sur la platitude de l’horizon proche. Le bibliothécaire fit quelque pas, mais l’épaisseur de la neige était si grande qu’il lui fallait relever les genoux à hauteur des hanches pour avancer. Alors il sortit sa baguette et traça une ligne droite en partant de soi, faisant disparaître la neige sur une trentaine de mètres, libérant un étroit couloir de roche. Sa vue s’était habituée à ce crépuscule éternel et étrangement éblouissant malgré l’obscurité, et il jeta un œil vers la donzelle qui le suivait.

« Eh bien, certains diraient que c'est un enfer blanc, d'autres que c'est le paradis immaculé. Mais je suppose que les deux sont semblablement splendides... Bon, le mot d’ordre est simple : nous ne sommes pas censés être là. Pas que l’endroit soit particulièrement surveillé par qui que ce soit présentement, mais on ne doit pas laisser de traces ni se faire remarquer. Personne ne doit savoir qu’on est venus ici. Personne. Alors, tandis que je nous ouvre le chemin, ta mission sera de couvrir nos pas le plus naturellement possible. Voyons-voir à quel point tu es arme conciliante. Enfin, arme... pas besoin d'arme pour le moment, juste d'une balayette. »

Il avait pris soin de détacher chaque mot, si bien que sa phrase avait sonné comme des coups de marteau donnés sur de la viande pour l’attendrir. La raison en était non seulement le désir d’être pénétrant et concis, mais également car l’air qu’il respirait était si froid qu’il glaçait les poumons et hachait la respiration. Ralentissant son souffle, Octave tendit d’abord le gant jadis dérobé à Astrid avant d’enfiler les siens, suivi d’un bonnet qu’il déroula jusqu’à se recouvrir les oreilles. La pomme était de nouveau dans la boîte, enfouie profondément à l’abri dans l’une de ses nombreuses poches, lorsqu’il avait entamé le chemin de plus d’un kilomètre qui les séparait de leur but. Il était deux heures du matin ici, et même s’ils avaient à priori suffisamment de temps devant eux, plus vite ils finissaient cette mission, moins ils avaient de chances de se faire repérer. Le froid commençait à se faire sentir et il avança d’un pas rapide, à la limite du trot, foulant le sol rocheux sans faire de bruits. Au loin, quelque part entre les valons, il y avait Svalbard.

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SANG SANG: pur
MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Sam 14 Jan 2017 - 20:54


La pomme. Un symbole se prêtant à nombre de croyances, allant du dieu à l'humain, de la planète au fruit défendu, passant souvent par de nombreuses excentricités, toutes créées par les détracteurs des péchés qu'eux-mêmes possédaient dans l'ignorance. Le fruit de la vie, comme de la mort, de la quiétude, comme de la souffrance. Son présent Adam possédait la sienne, sculptée grossièrement, mais lui donnant un assemblage pouvant presque être perçu artistique. La belle pouvait apprécier certains arts, souvent dans leur simplicité la plus primaire. La nature pouvait être dans l'exemple, allant du bruissement des feuilles d'un arbre, au hurlement d'un loup solitaire, à la caresse élégante d'un serein paysage. Et l'homme, souvent animal sauvage acculé et destructeur, mais pouvant se révéler la plus précieuse des œuvres. Un chuchotement à l'oreille, un sourire complice et joueur, un geste adroit dans sa maladresse, ou encore, comme pouvait le vivre à cette heure la demoiselle, un regard. Un regard d'une beauté envoûtante par la malice y baignant, pétillant de cette vie corruptrice. Un souffle dans la nuque, rappelant à chaque instant qu'homme pouvait être autant carnassier que dispensable. Un léger sourire joua sur la finesse des lèvres de la spectatrice, alors qu'elle observait non sans une retenue feinte les traits délicats de l'artiste se trouvant face à elle.

Aucune réponse ne vint suite à sa propre tirade, mais Miss Shafiq n'en prit ombrage, continuant de savourer l'élégant spectacle s'offrant à elle. Octave avait-il conscience de l'effet qu'il parvenait à avoir sur elle, l'envoûtant, l'emprisonnant par un simple regard d'une fraîcheur enfantine, mais trompeuse ? Peut-être était-ce le cas, mais la mercenaire était à présent bien loin de tel questionnement, se laissant lentement transporter vers des songes irréalistes. Une danse, un chant, quelques masques invisibles savamment placés sur les visages, un buffet d'une belle envergure, promettant mille et une saveurs, plus raffinées les unes que les autres. Il y avait des personnes qui vivaient de cet obscur éclat depuis une naissance dans les pleurs, apprenant dès le berceau les règles tacites d'un tel univers et il y en avait d'autres, qui bien que ce pût être leur cas également, sans que rien ne pût le présager, n'avaient droit à de tels enchantements, alors que leurs êtres entiers hurlaient leur appartenance à ce monde, le charisme certain se dégageant d'eux ne pouvant être trompeur. La belle se demanda si Octave connaissait ces fêtes, ces dîners, où le jeu et la réalité s'entremêlaient dans un assemblage d'une dangerosité impressionnante, ou s'il n'avait eu droit d'y connaitre. Elle se douta que la première réponse était la clef, mais le doute ne pouvait que persister...

Un geste. C'était ce qui la remmena à la réalité, son sourire disparaissant aussi rapidement qu'une tempête pouvait ravager un village. Son sombre regard se déposa sur la délicatesse du geste, l'homme dérobant à ses doigts fins le fruit du démon. Avec une certaine expertise dans ses mouvements, il commença à retirer le gant recouvrant la main d'Astrid. Celle-ci, par une méfiance diluée de curiosité, se laissa faire dans un accord silencieux et immobile, son esprit analysant dans un réflexe les mouvances des mains se jouant de la sienne.


- Qu’il en soit ainsi ma chère Eve. Succombe à la tentation, qui sait ce qu’il en adviendra pour nous deux. Eden ou Géhenne.

Un murmure au creux de l'oreille, l'homme retournant la main docile de la bête pour y déposer le bijoux enchanteur. Le fruit roula légèrement sur sa paume tendue vers les cieux, avant de se stabiliser, la feuille offrant sa fausseté aux souverains des autres mondes, à commencer par la dame Lune. Un éclat la frappa à ce moment-là, venant éblouir pendant une seconde la jeune aventurière, qui se contenta de papillonner fébrilement des yeux, avant de les rouvrir. De ce temps, le bibliothécaire épousa de sa propre paume les contours de la pomme, se servant comme clef de cellule les doigts agiles de la succube observant à nouveau la beauté de son visage. Il alla jusqu'à oser refermer ses doigts sur son poignet, ne lui laissant guère le loisir de mouvoir son bras. Se redressant, il termina par figer la scène d'un regard sondeur, où malice et détermination se combattaient hardiment. Sans un mot, la féline intérieure, représentation mentale de la bête sauvage que pouvait être Astrid, se courba, s'inclinant devant tant de justesse et de magnificence, sans même qu'elle s'en rendît compte.

Puis, tout bascula. Les regards se voilèrent et le temps se courba, allant jusqu'à créer une symphonie de plaintes angéliques. Une secousse, puis le monde disparu, la scène prenant fin dans un abaissement de rideau. Un rideau représentant un mélange chaotique de couleurs et de nuances, tourbillonnant ténébreusement autour d'eux. Astrid eut la désagréable impression de se distordre également de nombreuses reprises, mais les mains liées ne cédèrent pas à la violence brute du voyage, permettant à leurs corps de s'unir à nouveau. Une danse impressionnante et salvatrice, mort et vie se déchaînant toutes deux dans un combat d'une violence rare pour les dérober l'une à l'autre, pouvant jusqu'à créer une nausée impératrice pour les non-initiés à de telles puissances.


Maintenant. La propre voix d'Astrid vrilla ses tympans, bien que ce fût qu'une pensée s'imposant. L'habitude reprit ses droits, ses réflexes reprenant vie à l'instant même où le voyage prit fin. Gravité, couleurs, réalité, tout se mélangea brutalement à nouveau pour recréer un paysage immaculé d'un blanc aux différentes nuances bleutées. D'une expertise mesurée, la baguette d'Astrid sauta directement dans sa main. Elle pointa, dans sa chute, son amie la plus fidèle directement sur son torse, qui recracha dans une hargne nouvelle un jet d'étincelle bleutée, qui explosa pour l'entourer, la recouvrant d'un nouveau manteau, une bulle translucide. Alors, avec la délicatesse d'une plume emportée par un vent léger, Astrid se déposa sur la neige avec la douceur d'une caresse, ses jambes s'enfonçant lentement dans la neige, jusqu'à que ses pieds chaussés atterrissent complètement sur le sol, laissant le bas de son corps emprisonné par leurs nouvelles cages d'une blancheur inégalable. Comme si une aiguille invisible venait transpercer son cocon, celui-ci explosa dans un tourbillon, laissant enfin la belle respirer à nouveau. Une grande respiration, qui se bloqua dans sa gorge, le froid mordant fouettant son corps entier jusqu'à pénétrer sa chaire et ses poumons. Elle ferma les yeux quelques secondes, se forçant à respirer de nouveau, plus lentement. Un vertige, et la belle secoua tout son corps, une pulsion primaire venant prendre le dessus, presque sur sa raison. L'adrénaline. Une mission. Elle y était véritablement, à présent. L'arme se redressa, cherchant des yeux son utilisateur du moment, qu'elle trouva non loin d'elle, se débarrassant des quelques amas de neige le recouvrant. Elle s'approcha de lui, sans un mot, et son visage se referma de lui-seul, comme mût d'une volonté propre.

- Eh bien, certains diraient que c'est un enfer blanc, d'autres que c'est le paradis immaculé. Mais je suppose que les deux sont semblablement splendides... Bon, le mot d’ordre est simple : nous ne sommes pas censés être là. Pas que l’endroit soit particulièrement surveillé par qui que ce soit présentement, mais on ne doit pas laisser de traces ni se faire remarquer. Personne ne doit savoir qu’on est venus ici. Personne. Alors, tandis que je nous ouvre le chemin, ta mission sera de couvrir nos pas le plus naturellement possible. Voyons-voir à quel point tu es arme conciliante. Enfin, arme... pas besoin d'arme pour le moment, juste d'une balayette.

Des mots durs et secs, des ordres. Ce n'était plus le moment de jouer à leur petit jeu de séduction, la mission commençant véritablement. Aucun son ne sortit des lèvres clauses de la belle, qui se contenta d'un acquiescement rapide et sec. Sa douce amie, toujours en main, fut pointée vers leurs arrières, alors qu'Octave commençait à tracer un fin chemin qu'il emprunta, sans véritablement l'attendre. Malgré de nombreuses connaissances, Astrid ne pouvait prétendre savoir où se trouvait l'endroit de leur visite et, pour le moment, elle ne s'en formalisait que peu. Elle savait, pour vivre ainsi depuis de nombreuses années, qu'une ignorance sereine pouvait parfois être préférable à une connaissance exacerbée. Il ne fallait savoir reconnaître que son ignorance pour, malgré tout, continuer à avancer et Miss Shafiq s'en formalisait à merveille. Dans un silence des plus complet, la mercenaire, de son surnom Z, commença à suivre son employeur, la neige derrière elle se reformant. Malgré leur passage du moment, aucune preuve ne pouvait à présent permettre le savoir qu'âmes vivantes étaient passées ici. Elle y veillait, restant dans l'ombre de l'homme. Malgré tout... Une pointe subtile d'impatience commençait à poindre. Comme si... Comme si la démone retrouvait son enfer, après l'avoir trop longuement abandonné.

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MessageSujet: Re: [3 Octobre 1997 - Spitzberg ] - E fructu arbor cognoscitur. Ven 20 Jan 2017 - 18:05

La neige avait marqué une espèce de scission dans le charme. Ou peut-être était-ce dû au fait que leurs mains s’étaient lâchées aussi brusquement, telles un élastique sur lequel on aurait tiré un peu trop fort et qui aurait fini par rompre, claquant l’air dans un bruit sec et strident. Clac. Une séparation forcée et puis la poudreuse, glacée et sèche tant l’air était gelé, figé dans une immobilité qui faisait grincer les flocons entre eux. Du froid, du froid ignoble, beaucoup de froid, sévère et âpre, s’engouffrant partout comme de l’eau sans en avoir la forme liquide, brûlant la peau trop chaude aussi bien qu’un fer chauffé à blanc, jusqu’au frisson, jusqu’à la douleur. Une température si basse, qu’on aurait pu y distiller de l’alcool, qui gelait la brume sortant de la bouche et du nez, se figeant déjà sur la barbe du bibliothécaire en une myriade de cristaux. Il sentait presque les larmes protectrices se solidifier à la surface de ses yeux. Avec une nature aussi peu avenante, pas de quoi s’étonner que la douceur toute relative de l’Angleterre paraisse soudain agréable. Et que dire d’une caresse dérobée, presque imposée, à une douce main féminine ? Si les femmes avaient quelque chose pour elles, c’était bien la volupté sublime et édénique de leur épiderme duveteux, incomparablement satiné, plus que la soie elle-même, éternel repère des mains calleuses et des visages hérissés masculins en quête de tendresse. Plus d’une fois avait-il lové sa joue contre un fin poignet gracile pour en humer le doux parfum et profiter de la torpeur suave y régnant, reposant sa rudesse vigoureuse contre une peau gracieuse et délicate. La cuisse, le cou, la voûte plantaire, la poitrine et puis les mains, tout y était si onctueux qu’on n’avait qu’un désir : s’y perdre comme dans un rêve sans fin. Mais avec un climat si implacable que les articulations s’en retrouvaient pétrifiées et que la peau perdait de sa sensibilité à mesure qu’elle refroidissait, abandonnant sa chaleur à l’air figée dans le temps, la pensée ne se perdait plus dans les méandres de l’agrément. Eventuellement, l’idée de se blottir à ce petit corps pour se réchauffer lui avait traversé l’esprit de manière aussi fugace et superficielle d’une météorite frôlant la surface de l’atmosphère terrestre, mais en réalité, le froid avait remis les priorités d’Octave rigoureusement en place. Svalbard.

Svalbard. Ils marchèrent longuement dans la pénombre bleutée qui, bien qu’ayant paru au premier abord incroyablement splendide, vrillait les yeux par sa ténacité diffuse. Il croyait devenir aveugle à force de sonder l’horizon où n’apparaissaient que des formes grises, qui finissaient par perdre en relief et devenaient bleues aussi à force de les regarder. Il avait fini par baisser les yeux sur la neige et ses pieds en mouvement, mais là encore tout était vaguement gris, ou noir, ou bleu. Seul le bruissement de leur pas se faisant entendre à l’étouffée, hachés parfois par les murmures de la nature qui n’avaient rien de rassurant, comme cela pouvait être le cas dans quelques forêts européennes. Ici, la nature semblait gémir et se casser dans un silence cotonneux, tout était un effort, tout semblait douloureux. Malgré le chemin difficile et une ambiance devenant oppressante, Octave ne faiblit à aucun moment et garda le rythme tout du long. De ses doigts à présent généreusement gantés, il jouait un air de piano dans le vide tout en murmurant la mélodie dans sa barbe pour se dégourdir les doigts et la bouche, qui s’assoupissait malgré l’écharpe bandée sur son visage. Il n’entama aucune conversation, comme il avait l’habitude de le faire lors de routes aussi longues, tout son corps étant crispé et concentré sur une seule idée : ne pas se refroidir. Et puis de toute manière, seules des banalités auraient pu franchir ses lèvres en un tel instant. Il fait froid, non, très chère ? Ah, quelle cruauté, la météo n’est vraiment pas clémente ici ! Enfin, on nous avait promis de la neige et du vent, c’est toujours ça de pris, une immobilité sourde plutôt qu’une poignée de clous balancés dans la gueule, n’est-ce pas ? On va espérer que ça reste comme ça, complètement inerte. Comme ça, si on meurt quand même, la neige n’aura peut-être pas le temps d’ensevelir nos petits corps frigorifiés. N’oubliez donc pas d’accueillir l’hypothermie dans une pause descente, des fois qu’on vous retrouve les jambes écartées et une horrible grimace au visage, ça ne ferait pas de très jolies photos pour le journal du coin.  

Et puis, au loin, à gauche, éclairant faiblement le dégradé sombre du pied d’une montagne, une lumière blanche, paraissant à cette distance et avec ce froid n’être qu’une bougie dans le coin d’une pièce sombre. L’unique entrée de la chambre forte de Svalbard. Si neuf ans plus tard, cet endroit fut inauguré en tant que Réserve mondiale de graines, souterrain sécurisé et destiné à la conservation des graines de toutes les cultures vivrières de la planète, en 1997, c’était déjà un coffre-fort géant, entretenu par des individus particuliers pour la conservation de quelques documents, allant d’archives historiques importantes à des plans de construction d’armement. Pas la peine de mentionner pourquoi construire et entreposer des objets particulièrement précieux était un avantage dans un lieu pareil. Si l’endroit, au vu de la très faible fréquentation, était pauvrement surveillé, la difficulté était qu’il n’y avait qu’une seule porte et que le souterrain s’enfonçait à 120 mètres de profondeur. Fort heureusement, les gardiens n’étaient que des moldus. Octave s’en approcha autant qu’il le pouvait, de cette unique lumière immobile. Alors que la neige sous ses pieds commençait à devenir faiblement jaunâtre, il s’arrêta et regarda Svalbard, sans pouvoir clairement distinguer combien de personnes en gardaient l’entrée. Mais ce n’était pas la peine…

« Tu montes en grade, Miss S, c’est bientôt l’heure de montrer tes talents de foreuse. Ce que tu vois, c’est l’entrée d’un long tunnel qui s’engouffre profondément sous la terre. Ce que je suis venu chercher se trouve être tout au bout de ce tunnel, dans l’une des salles privées de la réserve. On pourrait tenter de directement creuser dans la terre pour percer un trou au-dessus de l’endroit voulu, mais cet endroit est creusé dans le flanc d’une montagne de grès. Impossible de forer sur une aussi longue profondeur sans se faire repérer. D’abord le bruit, mais ça, c’est théoriquement possible de palier à ce problème pour ne pas nous faire remarquer. En revanche, les vibrations, c’est autre chose. Je te propose donc de remonter le plus près possible de l’entrée du tunnel, là où la terre est encore relativement molle… même si elle est à moins trois degrés, c’est toujours plus mou que du grès. On ne pourra pas rejoindre l’endroit à la perpendiculaire, les gardes remarqueront notre avancée dans la neige, donc on va rejoindre la colline à l’opposé de l’entrée et longer le tunnel par le toit jusqu’à ce que l’épaisseur soit satisfaisante. »

Bon, il semblait gentiment exposer sa logique et son plan, mais en réalité l’explication donnée n’avait pas pour vocation à souffrir d’aucune remarque. Il aurait pu tout aussi bien ne strictement rien dire à sa charmante compagne et simplement continuer sa route avec la conviction qu’elle le suive sans objections, mais l’expérience lui avait démontré que quelqu’un de bien informé pouvait éviter quelques bévues qu’il aurait fait en ne sachant rien. Pour l’instant en revanche, bien que le schéma fût entièrement dessiné dans son esprit, Octave préférait distiller l’information au compte-goutte, ne donnant que le nécessaire au moment venu. Un regard en biais à la jeune femme pour s’assurer de son état, et le voilà reparti, se dirigeant vers la gauche dans ce carrefour imaginaire. La lumière blanche éclairait maintenant leur profil gauche, mais était beaucoup trop éloignée pour projeter une ombre quelconque sur le sol ; détail pas anodin bien entendu. Ils remontèrent sur plus de cent mètres dans le crépuscule bleuté, jusqu’au flanc de la colline qui abritait le tunnel. Déblayant toujours le passage devant soi dans une neige qui montait ici jusqu’à son bassin, Octave gravit le sommet du monticule et jaugea le sol. A vu d’œil, ils devaient être bien plus loin que le bout-même du tunnel, mais c’était là une précaution supplémentaire pour que les gardes ne les voient pas approcher. S’accroupissant un instant, il toucha le sol de ses mains gantés, constatant la texture et la composition. Si jusqu’à maintenant il avait gardé une allure rapide, son pas s’était ici drastiquement ralenti. Se redressant, il entama de longer le sommet de la butte d’un pas de félin. Plus ils se rapprochaient de la lumière en contrebas, plus il devenait tendu et son pas s’assouplissait. A une trentaine de mètres de l’entrée, il s’arrêta. D’ici, il pouvait entendre au loin la discussion à voix haute des gardiens, frigorifiés par le froid. A nouveau, il s’accroupit pour de bon dans la neige à tel point que même sa tête ne dépassait pas de l’épaisse poudreuse. Sans attendre qu’elle fasse de même, Octave saisit sa compagne par la manche et l’entraina à ses côtés, de sorte à ce que son visage se retrouve au même niveau que le sien. Lentement, avec une étrange expectative dans le regard, il s’approcha de la jeune femme au point où leurs deux souffles ne formaient plus qu’une seule et unique brume. Il respira calmement un instant, la regardant dans les yeux de son air curieusement attentif, comme s’il attendait qu’elle lui dise quelque chose, puis finalement, il chuchota en se penchant encore plus :

« Il va vraiment falloir être silencieux, si on les entend et on les voit d’ici, c’est que les gardiens le peuvent aussi. L’avantage est qu’on est en hauteur et protégés par la neige. On est plus calmes qu’eux aussi. Par contre, évitons les sorts lumineux, dans cette pénombre ça se verrait particulièrement bien. Et non, on ne peut pas tuer les gardiens ou les endormir ou même utiliser un Impero. Ils sont vingt-cinq au total, ils font des rondes d’un bout à l’autre du tunnel et chacun d’eux est relié à un poste de contrôle qui préviendra les militaires si l’un d’eux ne répond pas à l’appel qui a lieu toutes les quinze minutes. Temps insuffisant pour faire ce que j’ai à faire et de toute manière, comme dit plus tôt, personne ne doit savoir qu’on est venu ici. Personne. »

Vivement, il pivota de la tête, semblant jauger les distances et les reliefs les entourant. Il regarda le bloc de béton qui s’élevait dans les airs et qui était l’entrée et la ventilation du tunnel, puis lorgna le bout de la colline, avant de revenir à ses propres pieds. Il réfléchit ainsi un instant, un murmure inaudible franchissant ses lèvres tandis qu’il sondait les méandres de son esprit. Le plus difficile n’était définitivement pas de s’enfuir en cas d’échec, mais bel et bien de ne pas se faire remarquer. Enfin, Octave releva son visage vers Mis Shafiq, pencha légèrement la tête sur le côté et souffla, d'un ton d'abord sérieux, qui se musa finalement en cajolerie à mesure que son visage figé commençait à sourire de cet air malicieux qui lui allait si bien :

« Sous nos pieds, il y a une pièce vide, où quasiment jamais personne ne passe. Deux mètres quarante de terre et de cailloux nous séparent d’elle, plus une couche de trente centimètres de béton armé. A toi de jouer. Pas de bruit, pas de spectacle de débris volant dans les airs. Un trou, c’est tout ce qu’il nous faut… réformable, le trou, bien évidemment. Alors, fille d'Eve, belle féline, à la patte de velours mais au regard sauvage, c'est dans tes cordes ? »

Instinctivement, par esprit de désinvolture et de jeu, il transformait l’aventure à priori égotiste en test divertissant. Pour ne pas changer.

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