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Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE]

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AuteurMessage
    P'tit nouveau
AVATAR : Andrew Garfield
MESSAGES : 4

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire endurci
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 19/01/1980
SANG SANG: né(e) de moldus
MessageSujet: Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE] Jeu 17 Nov 2016 - 23:24


Lysander Gilson
DOSSIER 1538



Who am I ?


PRÉNOM(s) & NOM : Lysander Gilson
DATE DE NAISSANCE & ÂGE : 19/01/1980, 17 ans
ANNÉE : 7e, options Etude des Runes et Alchimie
ORIGINE * : né moldu (officiellement : sang-mêlé)
REJOIGNEZ-VOUS NUNCABOUC?  : non (le prédéfini est à Serpentard, son beau-père a menti et nul n’a encore éventé la supercherie)
ANIMAL ÉVENTUEL : a eu un hibou, puis un chat, morts tous les deux, n’en a pas pour le moment
CLUB(S) : AD depuis le milieu de la 5e année : il y reste après une longue discussion avec son beau-père, mais ne sera pas actif au début du semestre (jusqu'à mi-novembre au moins). Il continue le club de duel (depuis la moitié de 3e année) au début de l'année mais sera moins actif à partir du moment où il reprendra l'AD. Et club de sciences depuis cette année : bien qu'il ne supporte pas Slughorn, il est vivement intéressé par la réserve de matériel pour les potions dans laquelle il pourra piocher pour mener ses expériences... et faire des potions (soin, défense...) en avance, juste au cas où.

A fait partie de : club d'échec [2e - 5e année]
BAGUETTE : Aubépine et plume de phényx, 24,63 cm, fine et cassante, entortillée sur elle-même
« Une baguette ingérable, dirons certains, et c’est vrai qu’elle a son petit caractère, mais si vous la brossez dans le sens de la plume elle devient la meilleure amie que vous puissiez avoir. Mais sans doute dis-je ça car c’est ma baguette, comme chaque sorcier dirait le même de la sienne. »
PATRONUS : pieuvre mimétique (ne le sait pas encore, car il n'a produit que des incorporels)

HORS JEU


COMMENT AVEZ-VOUS CONNU CE FORUM ?
Par un top-site
ÂGE IRL : 18 ans.
PERSONNALITÉ ÉVENTUELLE SUR L'AVATAR : Andrew Garfield
EST-QUE VOTRE PERSONNAGE POSSÈDE(RA) UN POUVOIR SPÉCIAL ?
Introduction : j'ai lu les topics correspondant aux pouvoirs acquis, vu la démarche qu'il fallait faire, je sais que c'est ... à acquérir x) je tiens juste à le présenter ici parce que j'en ai déjà l'idée, je sais que ça n'a pas de valeur en terme "d'apprentissage". Je place ici la démarche pour savoir si je peux continuer à placer ces éléments ou si j'arrête, si ça correspond à votre vision de ce que peut être ce pouvoir ou pas.

J’aimerais lui donner un pouvoir de legilimens, incontrôlé pour l’instant, qui proviendrait plutôt de sa baguette et se déclencherait lors d’une contradiction très forte entre sa volonté d’aller vers un autre et une impossibilité morale : sa baguette ferait donc « venir à lui » l’esprit de la personne. C’est quelqu’un de très observateur, et je vois ça comme « l’extension magique » de cette qualité, comme on acquérait par expérience un « sixième sens » sur notre façon de juger les gens à force d’avoir cette attitude. Ce ne serait que des murmures, des fragments de pensées sans images (des odeurs et des sons principalement), tant qu’il n’a pas appris à le contrôler. Mais une porte s’ouvre dans les deux sens : tant qu’il n’aura pas appris à s’en servir il y sera particulièrement vulnérable. C'est particulièrement vrai lorsqu'il est très stressé, car alors il "va chercher" un point d'ancrage dans le fil de pensée de quelqu'un d'autre pour esquiver la pression interne.
Malgré tout ce qu'il laisse paraître, il a terriblement besoin des autres : simplement il ne les laisse pas approcher.
Je l’ai déjà mentionné dans l’histoire, légèrement (je n'ai pas osé lui donner plus d'importance car je ne savais pas quel serait votre avis), sans qu’il y ait à mon avis à la modifier si cela m’était refusé, et j’aimerais l’accord de l’équipe sur ce dernier point =)
1) Prémices : à sa sortie de chez Ollivander, sa baguette établit le contact entre lui et le vendeur, comme une transition entre celui qui l’a créée et celui qu’elle accompagne désormais
2) Remarque du choixpeau : expression de sa sensibilité aux êtres utilisant le legilimens
3) Ses réactions en cours de divination : il suit de temps à autre le fil de pensées de Trelawney car il est intérieur terrifié d’avoir cours dans une salle tout en haut d’une tour et que parfois cette peur prend le dessus
4) L’attention particulièrement sympathique que lui portent les détraqueurs, eux aussi sont legilimens. C'est accessoirement un très bon moyen de faire en sorte qu'il ne s'accroche pas à vos pensées : sans leur présence il aurait très certainement "accroché" Ombrage
5) Les impressions que lui ont laissé le passage de la Serpentard dans la salle d’attente du tribunal : restes de ce qu’elle a vécu durant l’interrogatoire
6) Ce qu’il a ressenti en voyant la famille de son père, lorsqu’il s’est projeté dans la pièce

DÉSIREZ-VOUS ÊTRE PARRAINÉ(E) ?(voir Ici): non merci
AVEZ-VOUS LU LE RÈGLEMENT ? : Oui.
Ah, mince, ce n’est pas la bonne réponse…
>

J'écrirai mes rps à la troisième personne.


Ma vie, mon univers, et le reste (suffisamment de mots)

[2 septembre 1997]
Pourquoi ai-je l’impression que chaque pas que je fais me rapproche un peu plus de ma mort ?
Non, mauvaise question. Chaque seconde depuis notre naissance nous rapproche de notre trépas.
Pourquoi ai-je l’impression que chaque pas que je fais avance encore l’heure de mon décès ?
Processus inexorable car je ne peux pas manquer ce « rendez-vous ». Alors que je m’approche du passage vers le chemin de Traverse et le monde des sorciers, je revois mes premiers pas. Comme si le temps lui-même me prenait en pitié et m’offrait, en compensation des années que je n’aurai pas, celles que j’avais vécues, aussi vives dans ma mémoire que si elles se déroulaient présentement. Autour de moi, un flot indifférent de sorciers coule comme une onde glacée. Pressés, inquiets, tous arborent la même mine austère, et pour une fois je ne fais pas tache dans le décor : même si elle dépassait la majorité de la foule, ma tête portait docilement le même masque distant, les mêmes rides trahissant ma préoccupation, et ma seule entorse au règlement implicite devait être le soin que j’avais exceptionnellement pris à mon apparence. Nul doute que ça ne durera pas, car malgré le vent qui agite le tissu de ma cape vert émeraude je sens la sueur parcourir mon échine, et je dois me faire violence pour ne pas me passer la main dans les cheveux, réflexe malheureux qui trahissait une vive réflexion et avait tendance à transformer ma coupe en brosse en forêt de fougères. La diversité et l’animation de la foule du monde sorcier, si elles avaient impressionné le gamin que j’étais, me manquent à présent. Pas que je sois du genre fêtard, au contraire, le silence me va comme un gant… Sauf lorsqu’il a ce tranchant de glace et qu’il semble me faire glisser plus vite vers ma dangereuse destination.

Je me retrouvais là, terrifié et inquiet, comme la première fois. Pourtant, malgré mon angoisse, je ne dis rien, et mes yeux sont secs. Plus de crises de colère ou de panique ; pas qu’elles m’aient quittées, j’ai simplement appris à les cacher. Petit, j’avais tendance à dire tout ce qui me passait par la tête, je m’ennuyais à dire vrai, même si l’école privée dans laquelle m’avaient envoyé mes parents était largement au-dessus de toutes celles qu’on pouvait trouver à une cinquantaine de kilomètres à la ronde – une extravagance parmi d’autres de mon père qui aimait à se comporter comme un lord et attendait naturellement que je surpasse tous ceux que je côtoyais. Mais voilà, j’étais curieux et fasciné, et à la maison on ne me reprochait jamais de prendre la parole lorsque j’avais une remarque et une question, pourquoi m’en priver à l’extérieur ? Mes professeurs, s’ils avaient accueilli mes remarques avec joie, comme tout à chacun désireux de partager son savoir et heureux de le faire avec quelqu’un qui y trouvait de l’intérêt, avaient vite changé de ton : une punition qui me semblait injuste ou une idée qui ne collait pas avec celle, très claire, que j’avais, étaient des raisons beaucoup moins valables de prendre la parole, surtout lorsque les mots vous échappaient sans avoir levé la main. Et c’est ainsi qu’en début de primaire les punitions commencèrent à tomber. Et avec elles, les remarques. Les discussions avec mes parents… Les regards emplis de reproches de mon père qui me pesaient comme une chape de plomb. Ils avaient sortis le grand jeu pour faire rentrer dans les rangs le petit garçon un peu trop décidé, et qui risquait de saper leur autorité sur la classe.
Alors la leçon a fini par rentrer, forcément. Lys, garde tes pensées dans ta tête ! Rentrer oui, se loger, s’installer, s’ancrer même. Ainsi, si je ne peux pas me projeter à l’extérieur c’est naturellement l’extérieur que j’invite dans mon univers intérieur. Ce n’est pas une mauvaise chose, vraiment, ça me permet d’être plus rapide : la pensée bat la parole à plate couture. Glisser dans un simple détachement me donne les neurones libres pour analyser, et la discrétion qui l’accompagne me permet d’observer, ce que j’adore faire. On passe à côté de tellement de choses intéressantes… N’importe quelle science puise dans la nature son inspiration, et plus l’on s’approche, plus l’on voit petit, plus on peut agir sur ce qui nous concerne en profondeur. Mais si on veut être invité dans cette danse de petits riens, il faut se faire encore plus petit. Minuscule au milieu de géants, jusqu’à les absorber.  
Et bien après que ces professeurs aient oublié jusqu’à mon existence, ça m’évitera d’exploser.

Un léger rictus vient déformer légèrement mon masque : oublié, mis de côté, pourquoi les personnes qui me marquent le plus finissent-elles par me rejeter ? Ce que je suis est-il donc si abject pour que les personnes qui s’en approchent le fuient ? Non, je ne dois pas commencer à penser comme ça, pas maintenant. Si j’arrive au tribunal avec ce genre de pensées en tête les détraqueurs me suceront jusqu’à la moelle avant que le juge n’ait fini de lire mon nom. Je laisse mes doigts parcourir les bosses de ma baguette, résistant à l’envie de mettre l’écharpe qui patiente dans mon sac. Même Alisson ne pourra pas m’aider là-dedans. Haha, il a bon dos maintenant, l’avertissement du ministère ! J’avais été tellement effrayé en entendant au travers de la porte la femme qui était venue intercéder auprès de mes parents pour leur expliquer mon cas dire à ma mère qu’ils devaient rester unis, et me soutenir, car les nés-moldus, comme on nous appelait, pouvaient être la cible de certains camarades aux esprits farcis de préjugés par leurs parents.
Mon père venait de quitter la pièce en claquant la porte, moi de sortir discrètement pour pleurer, quand ces mots avaient sonné comme un glas, et une petite lueur en même temps, était venue. Mon père, malgré son rejet de l’univers magique, n’allait pas me laisser tomber, c’était une certitude. Il allait comprendre la nécessité pour moi de contrôler ces élans magiques qui avaient tendance à altérer la réalité autour de moi, il avait conscience de l’inévitable tension qui grandissait à chaque fois que je faisais face à une émotion forte, à ma peur de détruire par accident ce qui m’entourait. Il avait toujours été là, malgré ses moues et ses remarques, toujours justes malgré leur sécheresse, toujours présent comme un mur porteur. Ce n’était que récemment qu’il avait commencé à manifester une colère éclatante, à laquelle je réagissais ô combien mal, ce qui n’arrangeait pas mes affaires.
Mais je pouvais comprendre sa déception : depuis toujours il était convenu que je serai médecin, juriste ou architecte, ce qui m’allait très bien, et voilà que je… non, cette fichue magie, venait tout gâcher. Mais il allait comprendre, ce n’était que passager…
Combien de temps cette illusion de bonheur m’avait-elle aveuglée ? Suffisamment pour que le divorce soit prononcé. Quoi, pas de tour de magie cette fois ? Mon soldat mécanique avait guéri en une nuit, mais pas l’amour de mes parents ? La belle affiche au fond de la classe était restée collée, comme soudée au mur, quand on avait voulu la remplacer mais mon père s’éloignait ? A quoi me servaient tous ces petits miracles lorsqu’il me manquait l’essentiel ? Telles étaient les pensées qui m’agitaient le jour où j’ai reçu la lettre promise, celles qui me poussaient à la déchirer alors que je savais pertinemment que cela rendrait tous les efforts de ma mère vains, ce qui serait impardonnable – mais que n’aurais-je pas fait pour retrouver la sécurité promise par la présence de mon père sous le même toit ?
Enfin bon, il avait eu raison au final. De couper tous les ponts. Il était plus en sécurité comme ça. Il était mieux loin de moi.  


[1er septembre 1990]
Un carillon guilleret annonce mon entrée dans une grotte aux parois faites de boites en carton. Un pas devant ma mère, je ne peux m’empêcher de marquer un temps d’arrêt et elle doit me pousser gentiment pour pouvoir entrer. Plus que son sourire, qu’elle arrive admirablement à rendre naturel, c’est la nervosité marquée par le plissement de ses yeux qui me rassure : elle perçoit un danger, son instinct est en alerte, elle sera plus vive à réagir ainsi. Laissant un imperceptible souffle sortir de mes lèvres pour chasser le stress de ma cage thoracique, je balaye du regard les étagères vissées aux murs sur lesquelles s’empilent des milliers d’emballages. Autant de baguettes différentes, toutes ces nuances sont-elles vraiment utiles ? Perceptibles ?
Un murmure étouffé et un roulement provenant de l’arrière-boutique me permettent d’anticiper l’arrivée d’un homme sec, d’âge avancé d’après la couleur de sa barbe mais s’avançant du pas sautillant d’un jouvenceau. Son attitude me tire un minuscule sourire : pas de moquerie, non, mais je reconnais en lui un homme passionné et… Il a des yeux chaleureux et perçants, et me regarde comme si j’étais une pièce maitresse d’un assemblage complexe : avec respect, et cette étincelle qui me prie de m’ouvrir pour lui dévoiler mes secrets. Cet homme est magnifique, et j’aimerais lui offrir satisfaction. Il a l’air de placer tant d’espoirs en moi que je ne peux m’empêcher de vouloir le voir soudain s’illuminer, faire quelques pas et tendre le bras d’un seul geste pour me présenter une baguette, LA baguette, avec un sourire complice. Comme si nous partagions le secret de ce que j’en ferai. Cet homme est magnifique, plein d’une confiance qui rayonne et m’attire comme un papillon d’une flamme… Et moi je suis ridicule, à me faire des films comme si je n’étais pas rien d’autre qu’un client pour lui.
Inspiration, longue, expiration, saccadée, je tente un sourire tremblant et ouvre la bouche pour bégayer un salut poli. Ma seconde de rêve est partie, me voilà de nouveau dans le monde réel, m’emmêlant les doigts dans le maniement des ficelles de mon corps. Je n’ose plus le regarder dans les yeux et mon regard glisse sur ses rides pour se perdre… Il me ramène en un mot, élémentaire, un sourire, simple, avant de se mettre en mouvement comme un poisson dans l’eau. Un rêve, un rêve, c’est ridicule.

Tu as un nom mon grand ?
Oui, monsieur.
Question simple, réponse sans appel. Une seconde fait virevolter les mots parmi la poussière. Quelque chose ne va pas, le monde s’est arrêté, mon cœur s’emballe. Un trou, un manque… Mon nom, il veut savoir mon nom.
Lysander, monsieur. Lysander Gilson.
Les syllabes se précipitent comme l’eau pour combler un trou, alors que le vendeur se retournait à moitié pour me regarder. Il n’arrête pas son mouvement sèchement mais au contraire me fixe avec intensité. Immobile, allant jusqu’à ne plus respirer, je le laisse réfléchir. Il cherche quelque chose, je peux presque voir les limiers en chasse d’idées derrière ses iris, et je le laisse calmement faire.
Gilson. Nouvelle famille. Vous n’êtes jamais venue ici, ni votre mari, madame ?
Non, je n’ai pas cette prétention. Nous sommes… nouveaux.
Sait-il ? Sait-il ? Il sait, il a vu. Il a vu, il se tait. Il a vu le battement de paupières, le tremblement dans la joue. Maman, maman, ressaisis-toi ! Je pince les lèvres, je sens que je déborde aussi. Je veux la protéger, mais il ne va pas lui faire du mal, nul besoin, nul besoin. Mon regard s’est fait plus vif, mais le sien n’a pas changé, il réfléchit toujours avec un petit sourire absent. Il me regarde, il regarde les murs. Pas de tension, pas d’énergie superflue. Cet homme est un véritable poisson, aussi souple et nonchalant dans son environnement naturel.
Mouvement éclair, il me regarde toujours, semblant réfléchir avec lui-même comme je le fais si souvent, et je penche légèrement la tête de côté, l’invitant à me livrer ses pensées. Ma peur est redescendue, je retrouve l’homme aux baguettes dont je suis une moitié de création.  
Nouveaux, nouveaux, c’est bien, j’aime la nouveauté. Mais nouveau c’est dur, n’est-ce pas, surtout à cet âge, beaucoup de nouveautés. Vous venez pour Poudlard, n’est-ce pas ? C’est une merveilleuse école, en effet.
Et il me tend cette petite boite comme un cadeau, je la prends sans même m’en rendre compte, alors qu’il vient se mettre à ma hauteur comme pour accompagner mes gestes.

Cinquième essai, toutes les autres sont restées muettes et je ne sais pas si je m'y prends bien... Une boule a peu à peu pris place au fond de ma gorge, mais j'accepte la nouvelle baguette avec un petit sourire crispé, espérant que celle-ci réagisse. Priant pour qu'il se passe quelque chose.
Saule et crin de licorne, cette alliance peut emmener très loin des personnes un peu perdues. Elles n’ont que faire de la suffisance mais sont parfaites pour des débutants : elles les accompagnent, leur permettent de trouver leur propre équilibre sans cesser de les soutenir. Avec ça tu trouveras un chemin pour gagner confiance en toi.
Il me parle comme s’il me racontait une histoire, et je suis suspendu à ses lèvres. Quand, d’un petit signe de tête, il m’invite à l’essayer avec un sourire c’est sans y penser que je lève ma baguette. Avant de ramener précipitamment ma main contre ma poitrine, la couvrant de sa jumelle. Effrayé et confus, je n’arrive pas vraiment à croire que ce geste, bien innocent, soit à l’origine de la déformation du plancher devant moi. Mon geste de recul m’a amené à heurter Ollivander, et quand je me tourne vers lui, les lèvres dégoulinantes de mots d’excuses et luttant contre les larmes qui menacent, je ne trouve pas dans son regard la déception que je prévoyais. De la surprise. Une surprise pure de toute malice remplacée par un intérêt redoublé. Il tend la main, paume ouverte, attendant simplement que je lui remette l’objet comme s’il n’avait plus d’importance dans ce contexte. Comme on gommerait une équation qui ne mène à rien. Il fait quelques allers-retours, réparant au passage le plancher comme s’il était naturel que des gamins mettent à sac sa boutique, me donnant le temps de me remettre de cette première confrontation.
Un léger tremblement agitait mes mains. Je ne l’avais pas déçu, ce n’était pas ma faute. J’étais… un sorcier. Ça allait marcher. Pas forcément du premier essai, mais ce n’était pas grave. Un sorcier a une baguette – je m’étais renseigné, du mieux que j’avais pu, mais la littérature n’était pas très explicite à ce sujet. La littérature moldue, comme ils l’appellent – donc j’en aurai une. Et il allait m’aider. Le voir farfouiller ainsi parmi les multiples possibilités me fit percevoir la complexité de la chose, et me rassura quelque peu sur mes échecs répétés. Je me tournais vers ma mère avec un petit sourire un peu crispé pour la rassurer, ça devait lui paraître étrange tout ça. Elle me répondit sur le même ton, un peu plus large peut-être, et me prit la main pour la serrer. Fort. Nous pensions tous les deux à la même personne. Celle-là même dont nous évitions de parler depuis ce matin, mais qui était présente dans chacun de nos pas.
Alors, alors, pas si fragile que cela, n’est-ce pas ? Dis-moi, que ferais-tu à ma place ?
Une question, posée comme une devinette. Dont la réponse déterminera le choix entre les cinq boites qu’il tient, je le sens. Question difficile, car je n’y connais rien, absolument rien. Et il le sait, il doit le savoir. Mince, c’est à moi d’agir. Je ne sais pas, mais le mieux, à ma place, serait de répondre le plus naturellement possible.
Bien… Si je ne trouve pas, je demanderais de l’aide. Et je commencerais par expliquer aux gens comment ça fonctionne pour qu’ils puissent vraiment m’aider.
C’est stupide comme réponse, mais c’est celle qui me vient. Si tu ne sais pas, tu demandes ou tu cherches. Il a l’air d’avoir cherché, s’il demande… Alors autant rendre sa stratégie la plus efficace possible, non ? Non, ça n’a pas l’air d’être exactement ce qu’il voulait. Ou si ? Pourquoi son sourire a-t-il changé ? Il me tend une boîte que je m’empresse de prendre pour faire avancer les choses et me sortir de cette scène gênante. Bonne ou mauvaise chose ? La fumée noirâtre qui sort du bois me fait tousser et pleurer, libérant un peu de la tension qui s’accumulait en moi mais… ce n’est toujours pas ça. J’ai envie de hurler.

Pas de cèdre, vraiment ? Ou est-ce le dragon ? Donne-moi une seconde.
D’un mouvement du bras, il fait aspirer à sa baguette le fluide qui agressait nos muqueuses et n’attend pas que j’ai retrouvé mes capacités respiratoires pour me mettre dans les mains un autre objet, de la même couleur mais plus long, que je lâche immédiatement pour me protéger les oreilles. Le gong assourdissant qui a jaillit de l’air pour arracher mes tympans me fit rater un battement de cœur : était-ce le bâtiment qui s’effondrait ? Une minute de silence et d’immobilité plane : tout le monde se posait la question. Bulle qui fut percée par le vacarme du dehors : des rires, des appels, je me retournais pour voir qu’un petit groupe de garçons regardaient curieusement par la vitre. Ils devaient être à peine plus âgés que moi, et me dévoraient du regard avec la même gourmandise qu’ils mettaient dans la dégustation de leurs friandises. J’étais une bête de spectacle, mais Ollivander ne l’entendait pas comme ça. La vitre de la boutique devint totalement opaque alors qu’il déclarait comme si de rien n’était.
Décidément pas de ventricule de dragon, trop explosif… Vraiment très intéressant, jeune homme. J’adore la nouveauté, les défis qu’elle nous lance, et toi tu es bien le plus difficile des cas que j’ai eu à traiter aujourd’hui. Nous allons peut-être vers un record, qui sait ?
Son clin d’œil m’ôte l’envie de demander quel était ledit record à battre… Je n’avais pas vraiment envie de le découvrir. Mais aucun cas n’était désespéré, n’est-ce pas ?
Ca n’existe pas, hein ? Un sorcier sans baguette ?
Lys, garde tes pensées dans ta tête !
Trop tard. Il marque un temps d’arrêt à mi-chemin de l’arrière-boutique.
Mon grand, il y a dans cette maison plus de deux mille cinq cent baguettes, toutes différentes. Et toutes différentes de toutes celles que j’ai jamais vendues. Parce que chacune est destinée à une personne bien spéciale, et sans doute que certaines d’entre elles ne quitteront jamais mes étagères de mon vivant. Imagine que sur Terre il existe des centaines de boutiques comme celle-ci. Des centaines de milliers de baguettes différentes… Qu’en dis-tu ?
Qu’il existe des milliards d’êtres humains sur Terre.
Je m’en veux d’être ainsi pessimiste, mais je suis fatigué et j’ai du mal à me glisser dans le moule du sorcier. Je sais que ce monde a côtoyé le nôtre très longtemps, sans doute depuis toujours, et doit être bien aux faits de ce genre de choses mais…
C’est exact, et tous ne sont pas sorciers, loin s’en faut. Alors je dirais qu’un sorcier sans baguette sera exceptionnel, car il devra surmonter beaucoup d’épreuves pour trouver sa place parmi nous. Et, à titre purement personnel, j’aimerais beaucoup le rencontrer. Ce serait passionnant, non, de parler avec quelqu’un qui arrive à d’aussi grandes choses que la magie sans que ne lui convienne la voie qu’on a passé toute sa vie à étudier, n’est-ce pas ?
Magnifique, il n’y a pas d’autre mot. J’aimerais avoir le quart de la magnificence de cet homme, cela me suffirait pour des siècles.
Pour répondre à ta question, je ne peux pas t’expliquer. Je n’ai fait qu’observer, de longues années, et réfléchir bien sûr, mais je cherche toujours. Et pour chacun. C’est une voie infinie et passionnante. Mais je vais te donner un indice : l’essentiel est invisible pour les yeux.


Il me prit doucement par les épaules et me plaça au centre de la pièce.
Essaye, choisis-en une.
Il ne parla pas de hasard et je savais qu’il n’en était nullement question. C’était le « retour à l’ancienne méthode ». Bon, je n’étais pas très convaincu mais j’étais prêt à m’essayer au jeu. Fermer les yeux. Pas assez, l’image de la pièce se détachait encore trop bien sur mes paupières. Je tournais sur moi-même, bouleversant mon oreille interne, puis tel un marin saoul me dirigeais approximativement  vers un coin d’armoire, tombant à moitié et renversant un petit tas de boîtes en en saisissant une. Le trésor de bois clair qu’elle renfermait me donna l’impression d’être un oisillon curieux. Etrange comparaison, n’est-ce pas, que de voir l’oiseau dans la branche. Je me tournais vers Ollivander. Oui, un peu comme lui en fait.
Tu ne fais pas dans la demi-mesure, n’est-ce pas ?
Plaisanterie que j’accueillis avec un petit sourire, avant de poser mes doigts sur ce petit objet. Dis-moi, mon grand, tu es pour quelque chose dans mon choix ? Etait-ce de rire, de compassion, d’horreur, je ne sais pas, et le vendeur avait l’air aussi choqué que moi. Je posais par terre la boîte pleine d’eau et essorai ma manche droite, tordant le tissu à carreau pour en extraire les larmes de cette baguette claire qui s’était veinée de noir et d’un étrange bleu luisant. Encore une victime. Ce monde est-il vraiment fait pour moi ? Ollivander avait vraiment l’air préoccupé maintenant, et moi j’avais envie de partir en courant. D’aller au collège privé dont parlait mon père, et d’oublier toutes ces histoires de sorciers.
Partout je n’avais vu que des gens maniant la baguette comme une extension de leur bras, et face à eux je me sentais perdu, seul comme un poisson sans écailles, un oiseau sans plumes. Pas de baguette, pas de magie, fin de l’histoire. Si son histoire de sorcier sans baguette était vraie, alors je ne voulais pas être celui-là, je ne voulais pas me tortiller misérablement pour avancer. Ce monde me rejetait, visiblement, et je ne voulais pas me battre. Je ne voulais pas être lancé dans un univers qui me balloterait comme un fétu de paille, je préférais me faire violence et rester chez moi. Mettre dans une boîte mes rêves, mes espoirs, ma déception, mon désespoir, et l’enfermer dans un coffre-fort de mon univers intérieur. Peut-être même que si j’abandonnais tout ça, mes parents…

En moi grondait une sourde colère. Je ne veux pas y aller, je ne veux pas y aller, je ne veux pas y aller ! Je ne voulais pas, ô dieu non, être le jouet de ce monde qui m’avait déjà volé ma famille. Je n’étais pas un jouet, je n’étais pas un sorcier, je n’étais pas… un moldu non plus. Poudlard, un monde magique comme on en rêve enfant. Mais la magie ça n’existe pas vraiment. Pas comme un rêve d’enfant. Une envie de fuir, une porte secrète, une nouvelle chance. Pas un début de réponse à qui je suis, non. Rien que des mystères, d’autres questions. Vaciller, pleurer, s’effondrer même. Lys, garde tes pensées dans ta tête ! Maman avait été courageuse, elle croyait en moi, elle s’était battue pour moi. Elle se bat encore, n’est-ce pas ?
J’avalais la salive au goût métallique qui venait inonder ma bouche en retour de la blessure qui venait de s’ouvrir dans l’intérieur de ma lèvre. Lentement, mon regard se leva du tissu torturé de ma chemise préférée pour rencontrer le sien. Perdue, dépassée, mais toujours là. Elle me regardait avec ce regard un peu désolé qu’elle m’adressait lorsqu’elle devait m’expliquer pourquoi ce ne serait pas possible de sortir cet après-midi…
Mais, un sourire.
Ah. Elle a souri. Cette combinaison-là c’est quand elle ne peut pas m’aider sur un devoir ou répondre à une question. Ah, elle a souri. Après ce sourire et ces yeux-là on va chercher ensemble dans le dictionnaire ou l’encyclopédie. Voir même, avec de la chance, on va à la bibliothèque. On y va, dit ? On quitte la boutique, on quitte le chemin de Traverse, on quitte Londres et on va à la bibliothèque ?
La vigne est sensible et ne parle jamais sans raison. Je ne sais pas ce que celle-ci voulait dire mais le crin de licorne à l’intérieur en a pris un sacré coup. Haha, vous semblez être une petite tempête pour ces belles dames. Jeune homme, vous êtes décidément plus fort que vous ne le pensez.
Un souffle m’échappe, comme une toux. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Je n’en crois pas mes oreilles, cet homme est-il un fou ou un génie ?
Il marque un temps d’arrêt dans la succession de propositions, faisant courir ses doigts sur les emballages de cartons en dodelinant de la tête. Je redoute ce qu’il va me sortir cette fois, je redoute un nouvel échec. Ou je le cherche peut-être ? Un prétexte pour me sortir de ce monde étrange où tout le monde semble savoir mieux que moi ce que je suis et dois être, ce que je veux et dois vouloir.
Non, ce n’est pas une explosion, pas une inondation, pas une invasion d’insectes, mais un chant. Une comptine pour enfant, pour être plus précis. Les seuls mots d’espagnol que je connaisse, mais que je connaîtrai toute ma vie.

D’accord. Point, set et match. La musique a calmé presque instantanément le tourbillon qui menaçait de me noyer. Elle s’éteint alors que pointe la première larme. Un ange passe. Car le miracle s’est produit alors qu’Ollivander cherche encore, alors que je ne tiens rien. Comme si on était venu à mon secours. Il y a donc bien une baguette pour moi ici… Mais laquelle ? Je sens dans le regard de mon vis-à-vis la même question, une surprise à peine moins grande teintée d’un vif intérêt.
Comme je le pressentais votre cas recèle bien des surprises… Et bien qu’attendez-vous ? On vous a appelé, répondez donc !
Répondre ? Je ne sais pas à qui m’adresser, ni même si cela aurait vraiment un sens de me mettre à parler à voix haute… Les pensées peuvent sortir de la tête ici ? Je reste silencieux, hésitant, jusqu’à sentir la main de ma mère sur mon épaule, chaude et réconfortante. Jusqu’à entendre sa voix, comme réponse au problème posé. Maman, une fois de plus tu vois où je suis aveugle. J’écoute et me laisse porter par le son, hésitant à joindre ma voix mal assurée, décidé par une pression de ses doigts fins. Je tiens d’elle plus que mes cheveux chocolat aux reflets cendrés ou mes yeux sombres, mais aussi l’oreille musicale et une voix qui laisse entendre son potentiel, malgré les tremblements dus au manque d’entrainement. J’aurais certainement la haute et large stature de mon père, mais je garderais d’elle les yeux et la musique ; cette idée me plaisait.
Notre petit duo se rapprocha des étagères, essayant de donner un regard à chaque boîte, d’accorder une pensée à chacune des dormeuses, comme un appel. Une réponse. Un pas pour un pas. Petit à petit nous faisons le tour de la pièce, puis sur un signe de gérant nous nous dirigeons vers l’arrière-boutique. Ma voix ne faiblit pas, nous sommes une seule étincelle. Et nous finissons par trouver un écho. Un murmure, un soupir, un frisson qui glisse dans l’oreille tendue. Je pose un doigt hésitant sur une des boîtes. Me tourne vers Ollivander qui attendait respectueusement à un pas de distance.

Tiens donc, voilà une autre forte tête. Bois d’aubépine et plume de phénix, je vous avoue que je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un franchirait ma porte et pourrait lui convenir, c’est une diablesse très exigeante. Mais essayez-la.
J’ai encore choisi une baguette, mais pas vraiment. Je la sors et me retrouve envahi d’une douce chaleur qui me fait instantanément sourire. Je me tourne vers son ôte avec des étincelles de malice dans les yeux, et il me sourit en retour en m’adressant un clin d’œil.
Bien, je pense que ce fut assez d’émotions pour aujourd’hui, n’est-ce pas Lysander ?
Je retrouve l’homme qui m’accueillit dans le magasin, à ceci près que l’étincelle qui animait son regard s’est changée en supernovae. La mort d’une étoile. Un rêve qui respire.
J’ai hâte d’accueillir les autres Gilson.
Une poignée de main, comme une promesse. Je suis sur un petit nuage mais je sais que ce qui vient de se passer est important. Une poignée de main, comme un échange. Un échange de demi-couple : baguette contre sorcier. Elle contre moi. Elle et moi. Plus que notre duo. C’est presque comme si on insufflait des pensées éparses et de la confiance en moi directement dans mon cerveau. Je ne sais pas quoi penser de cet homme, il me parait tellement hors de ma portée. Comme un soleil. Je vais avoir besoin de temps pour digérer ça, mais le train ne m’attendra pas.
En fait, j’aimerais bien que le monde m’attende, un peu. Il n’y a pas un sort pour ça ?

[2 septembre 1997]
Comment la simple vision de sa boutique peut-elle raviver les souvenirs de ce jour comme si je venais de sortir de sa caverne d’Ali Baba ? Jeune, perdu, étouffé par la culpabilité de ce que j’étais mais décidé à donner le meilleur de moi-même, malgré l’étrangeté de ce monde qui m’entourait et dont j’ignorais tout. L’émotion me broie la gorge et je reste immobile, les yeux perdus dans le vide alors qu’à la devanture ravagée se superpose la dernière image que j’avais eu de la boutique encore intacte : un pot de fleur qui effectuait une danse folle en répandant son contenu dans la pièce. La petite rousse était venue accompagnée de ses deux parents, et sa mère lui avait présenté un mouchoir quand son père parlait, le sourire aux lèvres, rassurant ou plaisantant pour la consoler de son échec. La sensation amère de perte que j’avais ressentie à ce moment-là n’était pas loin de celle qui m’étreint la gorge présentement. Ma respiration se fait plus hachée, je frissonne et ne puis détacher mon regard des fenêtres obscurcies. Je suis une algue qui oscille dans le courant de la foule qui se presse pour les derniers achats de la rentrée, les esquivant sans leur porter de réelle attention, perdu dans mes pensées.
Ollivander avait eu l’air plus maigre, plus soucieux aussi, et avait perdu en cheveux ce qu’il avait gagné en rides. Mais il souriait toujours. Il avait dû, lui aussi, subir la répression, pour avoir vendu des baguettes à des nés-moldus – comme moi. Lui n’avait pu esquiver l’écueil, moi…
Je fermais les yeux une seconde, avant de me remettre en marche, retrouvant l’animalerie où j’avais trouvé Pips, mon courageux petit duc. Tombé au combat. Voldemort et ses chiens pouvaient penser ce qu’ils voulaient, ils n’étaient pas les premiers à entrer dans la danse mortelle du rejet du monde d’à côté. Et ce n’était pas la première fois que j’étais pris pour cible.


[1er septembre 1990]
Chère maman, je t’écris le premier soir, pardonne mes lettres un peu tremblantes mais la plume est plus difficile à manier que le stylo.
Je vais reprendre au moment où le train est parti de King Cross. J’ai trouvé une place dans un wagon avec une fille qui avait l’air gentille, son visage ressemblait à celui d’une poupée et elle était seule. Mais, alors que j’avais rassemblé mon courage pour lui parler, deux garçons sont entrés, ils se connaissaient visiblement tous les trois et ont commencé à discuter avec tant d’enthousiasme que je n’ai pas osé ouvrir la bouche de tout le trajet. Mais j’ai écouté, et beaucoup appris. Ils ont parlé de beaucoup de gens dont je n’ai retenu que la moitié des noms et des histoires, mais de ce que j’ai compris c’étaient des sorciers célèbres, qu’ils ont associé à des maisons. Sur le coup je n’ai pas vraiment compris, mais maintenant c’est clair : ils ont divisé les élèves de Poudlard en quatre groupes, je ne sais pas vraiment pourquoi, et les répartissent le premier jour grâce à un chapeau magique. Toute l’année est une sorte de compétition…


Je lève ma plume maladroitement, avant de la poser dans l’encrier sur ma petite table de chevet, de peur de tacher le précieux parchemin. Je ne sais pas vraiment si ce sera très clair pour elle, mais à vrai dire ce n’étais pas non plus limpide pour moi. Je cherchais dans ma mémoire quels détails pourraient l’aider, mais j’avais eu des yeux pour tout, et particulièrement pour la décoration. Si tout le monde semblait trouver normal qu’un plafond semble être nuageux et que des objets flottent ou parlent – je n’avais pas encore réussi à déterminer si ce n’était qu’un tour de passe-passe ou si ces personnages pensaient vraiment… Et je n’avais pas osé demander – et bien moi pas. J’avais assisté en silence à la répartition, plus craintif qu’enjoué par l’engouement général, et mon cœur s’était arrêté de battre lorsque mon nom avait retenti, appelant mes jambes plus que mon cerveau embrumé. Le voile s’était déchiré lorsque je m’étais assis sur le tabouret, laissant se déverser un flot tumultueux d’émotions. Si bien que…
Houla, quel vacarme là-dedans !
C’est ma tête je fais ce que je veux !
Echange éclair à peine le tissu avait-il frôlé mes cheveux, et je retenais mon souffle, choqué pour une fois de ma répartie. Lui aussi était silencieux, longtemps, on commençait à me regarder et je n'osais plus respirer. Je ne le voyais pas mais je le sentais bouger et un souffle agitait mes cheveux bruns. Un rire ?
Eh bien, voilà les mots qui scelleront ton avenir à Serpentard !
Non, vraiment, il valait mieux que je me concentre sur ce qui ressemblait à notre… son univers.

La salle était immense, décorée de bougies et quatre grandes tables y étaient installées, les autres élèves étaient déjà là. On avait été séparés à la sortie du train, les premières années avaient fait le voyage en barque et pour les autres je ne sais pas… J’étais perdu en sortant, et le groupe qui m’avait accompagné dans le train était déjà installé dans un bateau alors j’ai pris au hasard une place libre. Heureusement que la traversée avait été courte, parce que les quatre filles avait qui j’étais étaient de véritables gamines. Elles ont passé tout leur temps à chuchoter au sujet des autres élèves, et certains de leurs mots n’ont pas été tendres… Comme quoi même chez les sorciers on trouve ce genre de bécasses !
J’ai très vite arrêté de les écouter pour regarder les alentours de l’école, et c’était très beau. Il faisait déjà nuit, et le château se reflétait dans l’eau aux côtés de la Lune, comme s’ils se parlaient. Autour du lac il y a une forêt, et des montagnes encore plus loin, mais je n’ai pas bien vu. Je visiterai dans la semaine et je te raconterai. Le lac a l’air d’être un endroit très calme, au contraire des couloirs de Poudlard. Ils ont des escaliers pivotants qui mènent dans les étages, mais ma maison a ses quartiers dans les sous-sols. Pendant le repas de bienvenue j’étais entouré de gens que je ne connaissais pas, mais plus âgés, c’était une des seules places libres, parce que j’ai été appelé très tard. Ils font de drôles de plats et c’était vraiment très bon, mais il y avait des sortes de fantômes qui discutaient avec les gens et passaient entre les tables – ou à travers, au choix – et ça m’a coupé l’appétit. J’étais content de descendre, parce que la salle était très bruyante, mais je me suis très vite retrouvé perdu, ce château est un immense labyrinthe ! Mais à vrai dire rester toute la journée dans la salle commune des Serpentards ne me dérangerait pas, elle se trouve sous le lac dont je te parlais et la lumière est vraiment très belle. Ça m’a fait penser à l’aquarium en Espagne, quand nous étions allés chez tes cousins, et j’ai trouvé ça génial. J’aimerais bien que tu puisses le voir, mais je n’ai rien pour prendre une photo et ça mérite d’être vu en couleur, et en grand.


Je me demande s’ils ont un sort pour ça. Capturer des images et les rendre comme si on était dans la pièce. Il va falloir que je me renseigne… Un frisson me parcourt le dos lorsque je frôle en pensées les possibles offerts par la magie. Je laisse mon regard courir sur les pierres parcourues de reflets verts : je ne sais pas quels sont les critères de répartition, mais ce chapeau a vraiment bien fait de m’envoyer là. C’est sans doute le seul détail qui me fait penser que cet espace partagé est un peu ma chambre : moi qui ai toujours eu une pièce qui m’était dédiée, je retrouve mon espace personnel dans la façon dont je regarde les choses. Les autres, trop occupés à s’enorgueillir d’être admis dans cette « prestigieuse maison » n’ont même pas passé plus de quelques secondes à observer la pièce. A prendre la mesure de son espace, et des zones d’ombre, à admirer les reflets et les échos que portent les pierres, pas plus qu’à toucher les rideaux verts des lits qui sont la seule concession à notre intimité. Ils viennent et ils partent comme des grains de sable portés par une vague, sans prendre la peine de s’ancrer dans leur environnement.

Je me sens bien dans le dortoir, où je retrouve des choses familières et concrètes, mais quand les autres sont là c’est difficile. Là je suis seul, ils font une sorte de fête dans une salle commune un peu plus bas, pour nous souhaiter la bienvenue. Ah oui, je ne t’ai pas dit, Serpentard, c’est le nom de notre maison. On a un responsable aussi, Monsieur Rogue, qui est maitre des potions. Il me fait un peu penser à papa, il ne sourit pas beaucoup mais il a répondu aux questions qu’on lui a posées. On a quand même eu le droit au discours sur la « discipline exemplaire » et le « travail assidu » qu’exigeait une année à Serpentard. Ca non plus ça ne change pas beaucoup de l’école d’avant.
J’entends du bruit, je te laisse.
Gros bisous,
Ton Lysander.


Je souffle sur l’encre avant de rouler précipitamment le parchemin. J’espère que l’animalier disait vrai sur les capacités de ce petit rouleau de cuir à contenir une lettre sans qu’elle pèse plus d’une plume, sinon je ne sais pas comment Pips pourra la porter. Ce ne serait pas très pratique de devoir la couper…
Et bah alors, le petit dort déjà ?
Peut-être qu’il pleure sa maman, chétif comme il est je me demande s’il a vraiment onze ans.
Vous savez de quelle famille il est ?
Aucune idée, mais pas de la mienne en tout cas. Je n’ai pas vraiment écouté les noms.
Sa famille ne doit pas être connue, franchement je me demande pourquoi il est là.
Immobile et silencieux, je réponds en pensées à leurs remarques, une sourde colère grondait dans ma poitrine. Ces sorciers qui riaient des moldus ne savaient pas à quel point ils pouvaient leur être semblables. Mais j'allais leur montrer. A eux, à tous. Combien j'étais meilleur qu'ils ne le seraient jamais. Et ils retiendraient mon nom. Eux, tous. Et toutes les générations à venir. Même dans le monde moldu on chuchotera mon nom, avec respect. Avec admiration.

[2 septembre 1997]
Pips, mon lien avec ma mère et le monde extérieur pendant une longue année, ma première. Avec l’aide de ma mère j’avais gardé contact avec quelques amis : elle se chargeait de réceptionner les lettres et de les envoyer par voie moldue. Leur écrire ainsi m’a fait beaucoup de bien, en me permettant de retranscrire dans un langage que je connaissais mieux tout ce qui se passait ici. C’était drôle de faire ces ponts entre ces mondes qui se côtoyaient sans vraiment se croiser, comme des miroirs l’un de l’autre.  Observateur anonyme de leur jeu de cache-cache, je pouvais me détacher des difficultés imposées par la réalité. Je détournais mon regard de la vitrine derrière laquelle un crapaud me regardait avec un air suppliant. Non, après deux animaux morts j’avais assez donné. Et si j'avais eu le moindre doute le massacre des chouettes l'année dernière me les aurait ôtés.
J’avais assez vite compris que m’isoler comme ça ne ferait que me rendre la cible des autres, il valait mieux que je reste à la périphérie de leur monde mais bien présent, comme l’étaient les pierres de notre chambre. J’avais donc pris l’habitude de rester jusque tard dans la salle des Serpentards, travaillant tranquillement dans mon coin autant que cela était possible, et observant mes pairs. Je lisais tout ce qui passait à ma portée et avait à trait à la magie, et aucun exemplaire de la Gazette du Sorcier trainant dans la chambre ou sur une table de la salle commune n’échappait à ma scrupuleuse analyse. C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à collectionner les cartes que l’on trouve dans les paquets de chocogrenouilles, d’abord surpris de ne voir qu’un nom, un cadre vide et une brève description, je me suis bien vite habitué à ces allers-et-venues : monde de sorcier, je devais m’y faire. J’absorbais toutes les connaissances qui passaient à ma portée pour rattraper mon retard, et, si je me faisais tout petit en classe, n’osant pas répondre même lorsque j’avais de bonnes raisons de croire que j’aurais juste, je ne supportais pas que l’on mette en question mon statut de sorcier.
Parce que oui, il fallait bien le dire, ma cohabitation avec ma baguette était loin d’être évidente, et il m’arrivait plus que de raison de me retrouver victime de ses sorts. J’avais été averti par Ollivander, mais j’avais terriblement besoin de l’assurance que le pouvoir coulait bien dans mes veines et pouvait être plié à ma volonté pour m’aider à achever mes buts… A une chose positive, enfin ! Peine perdue avec cette tête de mule qui semblait toujours rire de mes déconvenues. Il n’y avait guère que Neville pour être pire que moi, mais enfin il était pour la plupart du temps malchanceux, alors que moi… Moi j’étais nul.

J’oscillais entre des phases de déprime, où mes essais ressemblaient plus à de vagues élans désespérés de faire sortir quelque chose de ce bout de bois que je tenais entre les mains, y compris lorsque je répondais aux provocations d’autres élèves et me tournais en ridicule, et des moments de rage froide où je pouvais rester des nuits entières à répéter le même sort, à me faire envoyer à quelques mètres, passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel ou tremper de la tête aux pieds… Avant de recommencer. Si j’étais bien un sorcier, ça finirait par fonctionner, il suffisait que j’essaye un nombre suffisant de fois. Durant cette première année la seule matière où je me débrouillais était celle des potions, car elle était la seule où j’étais légèrement meilleur que les autres – en particulier ces gryffondors souvent arrogants dans les autres matières – et que je me sentais en sécurité sous l’égide de notre professeur principal. Pas qu’il soit un tendre, mais il n’était pas injuste et j’arrivais assez bien à cerner ce qu’il nous demandait : à partir de là ces exigences n’en étaient que plus motivantes et 'étudiais avec plaisir. Il a fallu que l’on change de professeur en sixième année… Sans gagner au change, clairement. Et là j’ai un peu décroché, je l’avoue. Mais il fallait dire que j'avais commencé l'alchimie, sur laquelle j'avais reporté mon attention vorace.


En seconde année, isolé du monde moldu par la perte de Pips, j’avais extrait une antenne de ma coquille et m’étais inscrit dans un élan de courage au club d’échecs. J’en avais fait pendant quatre ans dans mon école primaire, j’avais eu le choix entre ça et un club de sport et pour ne pas répondre à mon père que courir derrière un ballon ne m’intéressait pas spécialement j’avais pris les échecs avec le sourire. Insister sur les qualités de ce que l’on prend et pas sur les défauts de ce que l’on a rejeté, une stratégie qui m’avait été montrée par ma mère et qui avait une fois de plus fait son office. Je ne l’ai jamais dit à quiconque mais il y avait bien un sport, la danse, qui me tentait bien, mettre la musique en mouvement, mais j’avais espoir de pouvoir jouer contre mon père qui faisait lui-même partie d’un club. Et ça a bien fonctionné, au bout de deux ans il avait consenti à me laisser "s’entrainer contre lui", comme il disait, je perdais naturellement mais j’apprenais avec d’autant plus de passion. Avec cette belle longueur d’avance, il était tout naturel que malgré mon jeune âge je me retrouve parmi les plus forts.
On était peu de seconde années à jouer sur les grandes tables, et j’ai vite repéré un Serdaigle plus fort encore que moi bien qu’il ait mon âge. Je gagnais rarement contre lui, mais je jouais avant tout pour nos discussions. Il aimait les arts lui aussi, et m’a beaucoup appris sur la peinture là où je complétais son éducation en musique par quelques remarques. Forcément, avec une grand-mère professeure de piano et de flûte traversière, et une mère qui avait également appris à jouer de cet instrument, la musique faisait partie intégrante de mon enfance. Nos échanges étaient partis de nos passions communes pour dériver plus tard sur des sujets plus sérieux, et si certains de ses propos me choquaient Bradley avait le calme nécessaire pour que je l’écoute. Il ne savait pas – comme tout le monde à cette époque – que j’étais né-moldu et me traitait avec le respect que l’on montre à un adversaire de talent, ce qui me changeait agréablement, l’écouter et réfléchir à ses paroles étaient la moindre des choses.
Ecoute et réflexion, ainsi étaient agrémentées nos parties, quelques échanges entre de longs moments de silence, comme une discussion qui ne prenait jamais vraiment fin. Nous nous retrouvions sur la même longueur d’onde de ce côté-là et il arrivait même que l’on se croise dans un cours ou un couloir et échangions quelques mots. Un échange permanent, une constante intemporelle qui a été la clef de voute de mon entrée. Ça, et la musique.

Un jour que je m’enfonçais dans une solide déprime comme l’automne s’avançait vers l’hiver, je m’étais enfoncé dans les couloirs du château, et j’avais aterri au détour d’un escalier en colimaçon face à une fenêtre en ogive qui donnait sur la salle de musique. Plus une ouverture pour éviter la claustrophobie dans les escaliers qu’une vraie fenêtre, je m'installai sur une marche pour écouter répéter les artistes du château. Mes connaissances en flûte traversière étaient trop minimes pour que j’ose m’inscrire aux côtés de ces virtuoses, d’autant que la seule idée de participer à des spectacles… Ce n’était pas pour moi, vraiment, et puis j’avais déjà à faire avec ma baguette récalcitrante. Ils préparaient un concert pour l’année suivante, avec beaucoup d’attention il fallait le dire, et j’étais resté toute l’après-midi à les écouter, fasciné et sous le charme, bercé par leur mélodie qui avait apaisé le nuage noir que me menaçait.
Une harpiste, entre tous, m’avait aperçu et j’avais failli prendre mes jambes à mon coup, mais elle n’avait pas prévenu le professeur alors… J’étais resté et je l’avais croisée en tentant de rejoindre la salle commune, un peu perdu il fallait le dire. Elle s’était révélée pleine de douceur mais indubitablement optimiste et comblait sans peine mes silences de remarques adroites pour me mettre à l’aise. Je ne lui avais rien dit sur mes antécédents musicaux, racontant simplement que je passais par là et elle l’avait accepté en me racontant quelques anecdotes sur chacun des membres, comme si elle me les présentait. On s’était séparés devant le dortoir des Poufsouffles, et c’est là qu’elle m’avait parlé de la portée que sa chatte avait eu au début de l’automne. Un petit groupe de chatons qu’elle ne pouvait pas garder mais qu’elle n’avait pas le cœur de tuer ou de donner à un vendeur, alors elle cherchait elle-même des personnes pour les prendre.

Et c’est ainsi que j’avais gagné un second dictateur en la personne de Wilbert. Je ne le lui avais pas demandé, je n’avais pas eu de chat et pas la moindre idée de comment les entretenir, mais elle était venue vers moi lorsqu’il avait fallu quelqu’un pour les garder pendant les vacances et que la seule de ses amies qui restait au dortoir était allergique aux chats… Il avait établi ses quartiers durant la-dite semaine et, contrairement à son frère, avait gardé l’habitude de venir mettre ses poils blancs, roux et bruns sur mes couvertures. Je n’avais pas le cœur à le chasser et le caresser me rendait étrangement calme alors nous avions fini par trouver un arrangement, un partage du territoire. Il ne me demandait pas de s’occuper de lui, sauf en ce qui concernait les gratouilles derrière les oreilles, alors il pouvait occuper mon lit le temps où je n’étais pas là, mais j’avais été catégorique sur le fait qu’il partait lorsque je dormais. Je n’avais que très moyennement envie de lui mettre un coup par erreur et de me retrouver victime de ses griffes. Mais je l'autorisais à rester lorsque, malade, comme trop souvent cette année-là, je gardais le lit dans un état fiévreux. Sa présence était alors rassurante, lorsqu'il me l'accordait.
Il venait aussi souvent accompagner mes veillées dans la salle commune, que je partageais après vingt-deux heures avec une petite blonde. Nouvelle, aussi chétive que moi, elle se faisait toute petite mais je ne me sentais pas vraiment à l’aise en sa présence. Elle n’était pas invasive, loin de là, mais au contraire peut-être trop semblable à celui que j’étais l’année passée, celui que j’essayais de changer, pour que je puisse m’approcher. Je l’écartais comme je traquais le faiblard qui habitait mes cellules, même si elle avait le privilège de ne pas subir ma virulence, puisque je me comportais avec elle vraisemblablement comme avec tous les autres : en gardant mes distances. Mais pour moi, la distinction était claire : si les autres étaient loin, Absynthe était dangereusement proche. Mais elle ne parlait pas beaucoup et c’était toujours mieux que de subir les babillages de mes camarades de chambre sur les habitantes du dortoir féminin. Ils agaçaient même Wilbert, qui venait dans ces moments trouver une place face au feu ou sur la table où je travaillais, mes genoux si j’étais sur le sofa.
Notre petit duo avait duré trois ans, presque jour pour jour, avant qu’Ombrage ne décide qu’elle n’aimait pas qu’il rôde dans les couloirs alors qu’elle l’avait interdit et ne le suspende pas la queue à la fenêtre d’une tour. L’élève qui l’avait trouvé, écrasé au pied de l’édifice, en train de pourrir lentement, en avait été malade pendant des jours et toute l’école avait été au courant. Sans nouvelle de lui depuis plus d’une semaine, ça n’avait pas été long de tirer des conclusions… Oui, ça avait aussi participé à ma décision de rejoindre l’Armée, et à ma rancune contre le ministère.

J'avais souvent recroisé Absynthe après sa transformation. Particulièrement dans les cuisines quand, chassés de notre dortoir, nous avions établi des quartiers provisoires dans les tours, et que la terreur du vide qui m’habitait se réveillait pour me tourmenter et m’empêcher de dormir, me donnant des sueurs froides et m’obligeant à me trainer dans les escaliers, rampant presque, pour arrêter de haleter et de pleurer misérablement. Bien conscient que j’enfreignais le règlement, je me réfugiais alors dans les cuisines, sous la Grande Salle, ou dans les quartiers lugubres des elfes de maison, comptant sur le charme d’Ecarte-Pensées que j’avais fini par réussir pour qu’aucun professeur de vienne me déranger. Les nuits là-bas étaient courtes, d’autant plus qu’il m’arrivait souvent de produire quelques tours simples pour distraire mes ôtes, mais le soulagement de savoir que je touchais terre valait mille nuits blanches. Et certains matins elle venait en avance, ou certains soirs après le couvre-feu, et m'adressait un sourire mutin.


[mars 1994]
Lysander ? Oui, enfin, un peu, on est souvent à la même table en divination. Il a parfois des réactions vraiment bizarres, limite aussi flippantes que celles de la prof... Quoi, c’est sur lui que tu as flashé ? Laisse tomber, ce n’est pas un beau brun ténébreux des films moldus à l’eau de rose, et de ce que j’en sais il déteste les gens qui jugent au physique. Oui, déjà tu pars mal. Et ce n’est pas un rebelle secret qui fait semblant de vivre une vie normale pour sortir en douce sauver le monde. Ce type est une catastrophe ambulante en terme de magie – tu n’étais pas là les années précédentes mais je l’ai vu de mes yeux -, il passe la moitié de son temps à travailler et l’autre dans des recoins perdus du château à discuter avec les portraits ou les fantômes - même Mimi Geignarde le connait ! C’est juste bizarre. Ce n’est pas un génie incompris à l’âme sensible, je veux dire, il réplique quand on le chahute, c’est juste qu’on ne sait pas quand on va dépasser la limite, mais quand c’est le cas il change d’un coup et – s’il ne se prend pas son sort en pleine figure – les gens s’en mordent les doigts. Tu n’as pas vu Ben la semaine dernière ? Il est resté plusieurs jours avec un message en rouge vif sur sa cape, un truc du genre « Si vous cherchez Lysander, vous le trouverez ». Il a essayé toute la semaine de l’enlever, je lui ai même fait une potion à charge de revanche mais rien n’y a fait. Il parait même que la couleur a formé un visage moqueur avant de disparaître. Vraiment, ce n’est pas une crème sous un masque de froideur, c’est vraiment quelqu’un qui n’aime pas qu’on l’approche et qui nous tolère jusqu’à un certain point. Donc oublie, c’est mort d’avance, une fille aussi superficielle et extravertie que toi ça va clairement le faire fuir Luz. Tu veux un argument imparable ? Il est Serpentard et tu es Gryffondor. Y’a pas à chercher plus loin, c’est pas fait pour coller entre vous.

C’est Norvel Twonk qui m’avait averti de l’initiative de Luz. J’en avais été à la fois soulagé – car elle persistait à s’installer à côté de moi à la table des Serpentards et montrait les dents dès qu’on lui faisait un commentaire, qu’elle me suivait jusqu’aux portes des cachots, bref me collait dès qu’elle pouvait avec la persévérance d'une beuglante, et que je ne savais pas comment lui dire d’arrêter – et terrifié. Sans cet avertissement, et la préparation psychologique qui avait suivie pendant une semaine qui avait été parmi les plus stressantes de ma troisième année – durant laquelle j’avais tout de même fait face deux fois à des détraqueurs – je serais sans doute resté pétrifié et incapable de saisir l’opportunité de lui faire prendre le large. J’avais répété, répété, répété encore les mots que j’avais à dire et au moment où, une fois passé le choc de sa présentation théâtrale, j’avais trouvé un élan de courage, j’avais juste commencé à parler. Récité ma leçon. Ne pas s’arrêter avait été facile, elle-même, coupée dans son élan, n’avait pas réagi durant un court moment, et à partir de là c’était fait. Rapide comme d’arracher un pansement, étrangement simple quand on y pense, et j’avais eu la paix. A peu près. Disons que ça avait été moins appuyé, mais je frissonne à chaque fois que je me retourne pour la voir me fixer.


Dernière édition par Lysander Gilson le Dim 4 Déc 2016 - 22:38, édité 19 fois
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SANG SANG: né(e) de moldus
MessageSujet: Re: Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE] Jeu 24 Nov 2016 - 19:58


[2 septembre 1997]
Plongé dans mes pensées, j’ai failli me faire renverser par une voiture et je bouscule un homme en sautant en arrière. Je m’excuse platement mais un détail me saute aux yeux : la cicatrice qui court sur son œil gauche et son iris blanc. Il n’en faut pas plus que je le reconnaisse : c’était le sixième année qui, alors que j’étais moi-même en troisième, avait échangé de chambre avec moi. Il ne supportait plus ses compagnons – même si j’appris plus tard qu’ils se vengeaient juste de ses remarques et coups bas – ni moi les miens, il n’avait pas été difficile de trouver un arrangement. Je l’avais à peine croisé avant et autant après, je ne savais pas vraiment s’il s’était plu dans son nouveau dortoir… En tout cas il n’avait pas l’air en forme, et devant son regard assassin je passais mon chemin sans demander mon reste. Sans doute n’avait-il pas vu en moi, grande asperge anguleuse, le petit gamin chétif que j’étais alors.
Mes proportions avaient changé très vite au début de ma troisième année, et même ma mère avait eu du mal à me reconnaître quand j’étais rentré. Elle avait simplement dit que mes grandes mains auraient fait la joie de ma grand-mère pianiste, nous avions ri ensemble et le malaise était passé.
Mes joues rondes s’étaient vues mangées par une mâchoire forte qui rendait mon visage presque rectangulaire. Une modification de mon anatomie qui avait adouci l’épaisseur de mes os pour rendre à mon nez droit et mes lèvres épaisses une proportion normale. Tout mon être paraissait étiré, des longs membres au visage haut, en passant par le cou que j’enfouissais sous une épaisse écharpe pour éviter de me retrouver affublé de surnoms ridicules, et qui donnait l’avantage pour regarder les gens de haut. Splendidement utile lorsqu’on était un des rares Serpentards à ne pas chercher à écraser les autres. Je cachais tous mon corps sous des vêtements épais, si bien qu’on pouvait se dire qu’il y avait sur cette grande carcasse une masse raisonnable de muscles, alors qu’à l’époque j’étais le rêve d’un dessinateur : chaque os, chaque articulation, chaque muscle laissait deviner sa présence, et c’était ce constat glaçant qui m’avait poussé à me mettre sérieusement à la course tous les matins.

Année vraiment intéressante que la troisième. Ma « transformation » avait creusé un peu plus le fossé entre Absynthe et moi et je me sentais moins menacé par sa présence, acceptant même de partager le sofa. Elle avait elle aussi beaucoup changé l’année d’après, suivant mes traces au détail près que j’avais gardé mes cheveux bruns aux reflets cendrés alors qu’elle-même en avait modifié la couleur. J’avais été surpris par le changement, d’autant qu’elle ne ressemblait pas vraiment à une nageuse est-allemande, ce qui éliminait l’hypothèse des hormones. La réponse était sans doute dans la magie, mais je ne lui ai jamais posé la question ni fait la moindre remarque : ce qu’elle avait fait ne regardait qu’elle, et elle semblait bien plus à l’aise comme cela. Moi aussi, au demeurant : étrangement, sa métamorphose avait été comme la symbolique d’une page qui se tourne. Et après tout ce qui s’était passé durant les trois premières années, j’en avais besoin.

[novembre 1993]
Je courrais à perdre haleine, loin du rythme régulier qui me permettait de tenir, je ne cherchais qu’une seule chose : la vitesse. Tout mon corps me hurlait de m’arrêter, alors que mon instinct me poussait en avant vers la silhouette sombre qui se détachait sur les nuages. Rejoindre le château était ma seule chance. Rejoindre le château avant que le détraqueur ne me rattrape.
J’avais écouté le discours de Dumbledore au début d’année, avec d’autant plus d’attention que j’avais failli en être la victime dans la journée et que cela m’avait laissé une trace indélébile. Mais il était censé les avoir chassés, que faisait celui-ci aussi près du château, du tourisme ?
Evidemment, ils étaient toujours à la recherche de Sirius Black, et s’ils n’avaient plus le droit de former une barrière autour du château ce n’était pas pour autant qu’ils allaient quitter totalement l’Ecosse. Mais enfin, on ne leur avait pas appris à faire la différence entre un coupable et un innocent ? Ou étaient-ils aussi attirés par le sang moldu ?
Ce n’était pas exactement le moment pour faire des recherches sur les-dites créatures, bien que je me promis de m’y atteler dès mon retour dans l’enceinte protectrice.

Espérant que les arbres puissent le gêner et le ralentir, je bifurque du chemin principal pour suivre une sente mais n’ose pas jeter un œil pour confirmer l’efficacité de ma stratégie. Je me fie à mon épiderme pour m’indiquer la proximité de mon poursuivant, et la réponse était toujours : beaucoup trop grande.
Je saute comme un cabri en jetant des regards éperdus de tous côtés : j’ai besoin de repères pour voir si je suis toujours dans la bonne direction, car je ne tiendrai plus très longtemps. Une petite incursion à découvert puis un slalom entre les arbres, ça me paraissait être une bonne routine. Je perdrais sans doute mon avance le temps de me repérer mais j’espérais pouvoir la récupérer le reste du temps.
Et cette fichue baguette qui refusait obstinément de produire un sortilège de défense, ou au moins une gerbe d’étincelles rouges. J’avais déjà réussi à en produire et m’étais acharné jusqu’à en perdre mon souffle, mais elles disparaissaient toujours avant d’avoir dépassé la cime des arbres. Je serrais mon poing plus fort : si j’avais un bon angle sur le château, je pourrais réessayer en priant pour que quelqu’un regarde pas la fenêtre.
Je prends une grande inspiration avant d’effectuer un nouveau virage à quatre-vingt-dix degrés. Quelques secondes à découvert, le temps d’apercevoir les montagnes à ma gauche et de prendre mes repères avec le peu de soleil qui perce la brume matinale, et je replonge. Je suis toujours vivant et je sais où je dois aller. Pas trop mal, Lys.

Je mets toute la force qui me reste dans mes muscles, comme pour défier la Magie qui refuse de me porter secours. Etre dépendant de cette énergumène de bois qui refusait obstinément de comprendre que si elle ne cessait pas dans la seconde de faire sa forte tête j'allais y passer, était monstrueusement rageant. Elle voulait quoi, que je la supplie ? Elle pouvait toujours rêver ! Mais enfin, si ce pouvoir m'appartenait, pourquoi devais-je subir ses caprices ? Qu'était-elle sans moi mis-à-part un bâton inutile juste bon à brûler ? Je serrais mon poings à m'en blanchir les phalanges, résistant à l'envie de la jeter.
Ce pouvoir m'appartenait, je n'avais pas besoin d'elle ! Un sorcier a une baguette mais ce n'est pas la baguette qui fait le sorcier, non ? C'est bien en moi que coule le sang chargé de magie qui me différencie d'un moldu, elle n'est qu'un assemblage de composants propres à amplifier l'onde que je provoquais. Alors quoi, elle ne me reconnaissait pas de droit à pratiquer la magie ? Pourquoi m'avoir choisi si c'était pour me laisser tomber lorsque j'avais besoin d'elle ?
Je ne suis pas un jouet !
Je tente de bander la volonté pour outrepasser cette barrière invisible qui sépare mon esprit du monde réel, pour infléchir le tissu de la réalité et m'en sortir. Mais je n'arrive qu'à m'essouffler, perdre le rythme, trébucher. Je ne suis pas assez fort pour cela... Mais enfin que valent les heures de cours que j'avais suivies ? N'aurais-je pas mieux fait de me concentrer sur moi, à quoi bon m'être acharné comme ça ?

Mes certitudes sont mises à mal alors que je cours pour ma vie. Je suis seul, sans pouvoirs, et je cours comme un lapin pour survivre. J’avais toujours eu la conviction que ma destinée allait s’éclairer, qu’un jour soudainement ma baguette m’obéirait et que je pourrais rentrer la tête haute et retrouver le niveau d’excellence que j’avais dans mon école moldue. Que je pourrais montrer au monde que Lysander Gilson n’était pas un incapable mais bien un grand sorcier. C’était ce qui m’avait soutenu durant mes moments de déprime, m’avait poussé à m’isoler plutôt qu’à m’effondrer devant tout le monde.
Mais ça n’arrivera jamais parce que je vais mourir.
Ma gorge me brûle, mes poumons menacent d’éclater, et je sens les larmes rouler alors que les arbres qui défilent me semblent être tous les mêmes. J’ai l’impression de ne plus avancer, que Poudlard déménage et que je ne trouverai qu’une colline vide. Pas de refuge, pas de protection, je n’aurai qu’à courir jusqu’à mon dernier souffle. Je suis seul et je mourrai seul. Personne ne voudrait me défendre, sauf ceux qui me prendraient en pitié.
Et dans ce cas-là, autant qu’ils me laissent mourir.
Parce que je ne pourrais pas affronter mon père en ayant sur la conscience d’avoir été ramassé à la petite cuillère par quelqu’un qui aurait eu pitié de moi. Je voulais m’en sortir sans que l’on puisse trouver à redire, en admirant juste mon acharnement sans voir combien j’avais été près d’abandonner.

Si je ne me trouve pas à moins de cinq minutes du château je suis mort. Je ralentis imperceptiblement ma course à cette pensée. La trouée dans les arbres se précipite à ma rencontre, impatiente sans doute de me dire que j’aurais dû me montrer moins heureux d’arriver à aller aussi loin ce matin. Le lac faisait une percée dans le terrain et allait m’obliger à faire un détour.
C’était rageant, alors que l’édifice se dressait à portée… Je levais mon bras dans une tentative désespérée de faire finalement jaillir une gerbe d’étincelles rouges. Mais je dérapais sur la pierre humide et couverte de mousse, roulant en grognant sur le bord de la falaise, avant de basculer sans que mes doigts n’arrivent à en crocheter le bord.
Au moins je n’ai pas été aspiré par le détraqueur.
Une mort de moldu en étant poursuivi par une créature magique… Ma vie était désormais officiellement devenue une blague depuis que la sorcellerie y avait fait irruption.
Je hoquette dans la demi-seconde que me laisse ma chute…

Et je rebondis. Littéralement, je touchais l’eau pour me voir projeté dans les airs, croisant mon poursuivant qui montra un temps d’arrêt. Je tentais par réflexe de me retourner pour ne pas atterrir sur le dos et me retrouva face à Poudlard. Destination droit devant ! Oui, mais je n’avais aucune idée de comment contrôler mon étrange moyen de transport.
Mon oreille interne délicate réclamait à grands cris que j’apprenne vite, car au bout de cinq rebonds j’étais déjà prêt à rendre le petit déjeuner que je n'avais pas pris, mais heureusement j’avais pris le coup, et mes trajectoires aléatoires, très pratiques pour semer un poursuivant, s’alignèrent. Je filais comme un galet, grisé par l’expérience, sans réfléchir à l’intéressante perspective de m’écraser une fois la terre ferme atteinte.
Sur la berge, une silhouette se dressait, et m’accueille d’un patronus incorporel que je traverse pour me retrouver à l’abri à ses côtés. Minerve Pondusac, la responsable du club de musique, me regardait en haussant un sourcil, plus surprise que réellement énervée. J’avais eu de la chance de tomber sur elle et pas sur la glaciale directrice de Gryffondor… Avec elle, au moins, j’ai une chance de pouvoir m’expliquer.

J’attends des explications.
Je reprenais mon souffle à grands bruits, les membres tremblants, en lui adressant un pauvre sourire. Des petits points noirs dansaient devant mes yeux, mais je me concentre pour essayer de formuler une pensée cohérente.
J’étais juste… sorti courir. Je l’ai croisé… à la limite du… parc.
Petit mensonge, car j’étais bel et bien sorti du territoire de Poudlard, mais qui m’éviterait de faire perdre des points à ma maison.
Il m’est tombé… dessus d’un coup. Je ne sais pas d’où… il sortait. Le directeur ne les avait-il pas… chassés ?
Je vomis la bile qui m’avait envahi la bouche. Beau détournement du problème, car elle m’accompagne à l’infirmerie et me quitte en disant qu’elle s’occupait personnellement de prévenir Dumbledore. Mais je quittais l'acromantula pour le basilic, car il m’était impossible de cacher à la terrible Madame Pomfresh que je n’avais pas dormi plus de quatre heures cette nuit - la faute à ce satané sort contre lequel je m'étais acharné, la belle affaire ! - et rien avalé ce matin avant de sortir, ce qu’elle me fit amèrement regretter.

[2 septembre 1997]
Cet incident m’avait profondément marqué, en me faisant réaliser combien j’étais minuscule et à la merci d’événements extérieurs imprévisibles. Je me montrais moins agressif avec mes pairs, moins tranché dans mes jugements. Et infiniment plus humble vis-à-vis de la magie. Et surtout, surtout, après cela ma baguette m’avait de mieux en mieux obéis. Ou plutôt j’avais compris qu’elle n’avait pas à le faire, que j'étais seul fautif de ne pas arriver à produire un sort, que c'était moi, et non elle, qui devait travailler. Evoluer. Que la magie n'était pas un interrupteur mais bien une force qui se travaillait comme un muscle. Que je ne devais pas seulement savoir ce que je voulais mais comprendre et sentir ce que ça impliquait. Ne pas être un dictateur mais un artisan. Et que ma baguette était se qui se rapprochait le plus d'un guide.
Ollivander avait raison : un sorcier sans baguette devait terriblement souffrir. Mais en même temps, quelle fascinante expérience...
J’aurais bien besoin présentement de la calme étincelle de cet homme merveilleux. J’étais arrivé.  
Je n’étais jamais entré dans les bâtiments du ministère de la Magie, à vrai dire je m’en étais toujours tenu le plus loin possible. Disons que j’avais des antécédents difficiles : les premières fois où j’avais vu un sorcier, une pour être exact, elle venait de la part de ce-dit ministère pour « aider à la transition dans l’univers magique », et chaque entretien se soldait inévitablement par une dispute entre mes parents. Et la seconde représentante portait le doux nom d’Ombrage, un cadeau empoisonné elle aussi - surtout lorsqu'on est un chat. Oui, forcément, ça n’aide pas.
La défiance. C’est sans doute ce sentiment qui me porte alors que j’appuie sur le bouton de la cabine téléphonique, retenant une grimace en sentant l’ascenseur magique descendre – mon vertige appréciait très moyennement ce genre de tours – puis mon souffle au milieu de la mer de sorciers qui s’affairaient sous une écume de lettres volantes. En passant sous les étages vitrés de l’administration j’ai levé la tête, scrutant les bureaux sans vraiment savoir si j’espérais vraiment apercevoir celle qui m’avait entrainé dans ce monde de fous. Si je concevais qu’il existe un hasard assez tordu pour qu’elle tourne la tête au moment où je passais et m’aperçoive. Mais non, évidemment. Je baisse la tête.


[1er septembre 1997]
Je devais assister à la rentrée bien que mon audition se déroule le lendemain, et je ne savais pas vraiment quelle journée je devais le plus redouter. S’il était vraiment enviable de souhaiter qu’elle ne s’arrête pas. Des bruits inquiétants circulaient sur les changements qui avaient été instaurés à Poudlard, mais il suffisait d’un tour dans une rue du monde magique pour constater qu’il était bel et bien chamboulé. La transition avait été brutale, coupante, comme un éléphant écrasant une fourmi, et pesait comme une chape de plomb sur les allées et venues des sorciers, matérialisée par le regard pesant des mangemorts qui patrouillaient. La magie de la rentrée, invisible et ne nécessitant aucune baguette, n’était qu’une façade et cela se sentait : si les élèves parlaient aussi bruyamment qu’à l’habitude, il n’y avait nulle allée et venue dans les couloirs du train, et la vendeuse de bonbons elle-même manquait à l’appel.
Mais il y avait bien un avantage à la situation : pour la première fois depuis que je prends le Poudlard Express, j’ai une cabine pour moi seul – j’avais même évité le wagon où étaient assis Wayoth et Lana, je n’avais pas le cœur à me faire harceler de questions pas plus qu’à faire semblant d’aller bien. Mes sombres pensées virevoltent au rythme des tunnels que nous traversons, courant sur le paysage qui défile comme si elles voulaient s’échapper de ce train. Bientôt, la pluie se met à tomber, et je frissonne un instant en voyant la buée se former sur les bords de la vitre. Je fais jouer mes épaules et me redresse : ma première rencontre avec un détraqueur, dans ce même train en troisième année, m’avait marquée au point que j’en devienne presque paranoïaque. Mais je chasse d’un froncement de sourcil rageur la sensation de froid qui faisait se hérisser les poils de mes bras et ma nuque, arguant contre la petite voix qui me disait que cette fois-ci aucun septième année ne viendra à mon secours que ce n’était que la différence de température entre le wagon chauffé et l’extérieur venteux.
Cette fois c’est moi le septième année. Si des détraqueurs agressaient les élèves, ce serait à moi de m’interposer.

Je pris une grande inspiration que je laissai filer entre mes dents, fixant mon regard sur les gouttes qui filaient comme des flèches sur le verre. Comme si elles cherchaient à s’échapper. Comme un avertissement : n’y aller pas. Je me demande s’il existe des créatures magiques qui vivent dans ces gouttes d’eau… Pour lesquelles chaque averse est une grande transhumance et dont les cycles de vie suivraient ceux de l’eau. Mourraient-elles en touchant terre, leur abri aspiré voracement par le sol, ou pourraient-elle le suivre au travers des couches de limon, jusqu’à trouver une nappe phréatique, refuge inespéré ? Avant de reprendre toutes le long voyage… Esquiver les racines, emporter au passage un minuscule morceau de roche, comme si elles s’en nourrissaient, plonger dans les basfonds en espérant, priant pour pouvoir revoir la lumière du soleil éclairer l’océan.  

[2 septembre 1997]
Je regrettais un instant de ne pas avoir eu le temps de repasser chez moi, prendre un grand bol de dioxygène entre la rentrée et l’audition. Une pause de normalité pour réviser encore une fois le spectacle que j’allais devoir donner. Normalité… Il ne fallait plus compter là-dessus sans ma mère pour m’accueillir. En fait, c’était peut-être mieux ainsi : voir mon beau-père essayer de combler l’attention qu’elle me donnait naturellement aurait été insupportable, et j’avais plus que tout besoin de calme. J’inspire et expire profondément, attendant un instant que ma cage thoracique réclame d’elle-même de l’air : ces pensées parasites n’étaient que l’expression de la terreur qui m’habitait à l’idée de passer cette porte, me laisser entrainer par elle ne servirait qu’à me déconcentrer. Fort de cet élan, je pose finalement ma main sur la poignée glacée. J’entrais dans la salle d’un pas glissant, observant les chaises vides en évitant de poser mon regard sur les têtes penchées ou les dos voutés qui de toute façon ne me rendaient pas mon attention. Chacun était concentré sur lui-même, renfermé sur son propre malheur, comme si nous étions suspendus au-dessus d’un gouffre sans fond, accrochés à la vie par un fil ténu qui ne demandait qu’à se rompre. A des milliers de kilomètres d’Azkaban nous étions déjà en prison.

Avant que je n’aie fini mon tour d’horizon, une jeune femme traversa la pièce, ses cheveux noirs et lisses tombant comme un voile devant son visage, sans pour autant tout à fait masquer ses traits. Une lueur froide dans son regard et l’impression ténue mais bien présente dans sa démarche qu’elle était le prédateur naturel de ses pairs me firent immédiatement penser à Serpentard, et avant qu’elle ne me dépasse j’avais déjà mis un souvenir, sinon un nom, sur son visage. Elle aussi faisait partie des élèves qui travaillaient souvent jusque tard.
Je serrais les lèvres, n’osant pas briser la bulle d’immobilité qui figeait le lieu en lui demandant comment cela s’était passé. Bien, enfin, pas catastrophiquement, puisqu’elle sortait par cette porte, mais j’avais besoin de précisions pour écarter les voiles sombres d’incertitude qui me faisaient tant redouter ce qui arriverait une fois cette porte passée. Je ne pouvais pas me permettre de l’approcher : sa carapace était visible tellement elle était rentrée à l’intérieur d’elle-même, et ce serait la faire cible de regards et d’attention indésirables.
Elle avait passé l’épreuve que nous redoutions tous, et je savais qu’un seul petit mouvement ferait basculer l’équilibre glacial de résignation qui s’était installé sous le regard perçant des surveillants de la salle. Elle avait réussi ; elle était libre ; elle ne méritait pas de rester prisonnière pour nous ; je m’écartais donc. Etait-ce mon imagination ou l’air était-il chargé de ce parfum sucré écœurant que portait Ombrage ? Elle laissait dans son sillon une marque froide, comme si l’étincelle d’espoir qu’elle avait matérialisée s’était échappée avec elle, et je déglutis.

Petite révolte contre la résignation générale, et parce que si je m’asseyais je n’étais pas sûr de trouver la force de me lever, je m’adosse au mur, en apparence fermement campé sur mes jambes mais c’était bien la coupe raide de mon pantalon qui cachait le tremblement de mes appuis. Je me concentre sur ma respiration, comme me l’a appris ma mère lorsque je la suivais à ses séances de yoga  – initialement pour mettre un peu de souplesse dans ces membres longs et anguleux. Deux mois, l’été de ma quatrième année, que j’avais prolongé durant ceux qui avaient suivi quoique moins régulièrement car il était délicat de s’isoler pendant deux heures.
Me réfugiant à l’intérieur de moi-même, je m’imaginais dans une bibliothèque et cherchant un livre. Je l’ouvre sur la table, allume les bougies qui dispensent une chaleur rougeoyante, et me trouve face à un texte sibyllin. J’attrape une plume et un parchemin de pensées et m’attelle à la traduction du texte en runes. Les allées et venues des gens qui m’entouraient n’étaient plus que des ombres mouvantes sur les murs sombres et les rayonnages poussiéreux, jusqu’à ce que…

Lysander Gilson. La voix retentit comme un coup de tonnerre qui fissura la table et me fit immédiatement revenir dans le monde conscient en deux battements de paupières. Je levais lourdement la tête dans la direction de l’homme qui venait me m’appeler, visiblement pressé d’en finir : j’étais parmi les derniers, et il était déjà tard dans l’après-midi. Lentement, je décroise les bras et m’avance pour le dépasser sans un regard, retenant ma respiration en passant entre les détraqueurs. Ma main, plongée dans mon sac en bandoulière, caressait nerveusement les fibres de mon écharpe, mais je résistais à l’envie de la mettre. Il ne fallait pas attirer l’attention des mangemorts sur elle, et les sortilèges qui l’habitaient – un Ecarte-Pensées et un Portoloin qui menait dans la Tamise, ce dernier gracieusement rajouté par un spécialiste ami de longue date de mon beau-père – et qui représentaient mes portes de sortie si les choses tournaient mal à Poudlard… Mais impossible de les utiliser ici.
Je prends place sur le fauteuil de bois noir, retenant une grimace en sentant la surface dure et froide agresser les angles de mes os… Malgré mes entrainements et mes longues marches, mon épais squelette était toujours aussi récalcitrant à se parer de masse musculaire, comme de n’importe quel coussin de chair. Moi qui était maigrichon gamin, la poussée de croissance de troisième année s’était dispensée de me donner les muscles assortis à ma haute taille et à mes larges articulations, et je ressemblais à un vautour jusqu’à ce que je décide de me mettre au sport. Mais malgré mes efforts acharnés, je restais svelte, et mes vêtements épais qui trompaient les regards ne pouvaient rien pour m’épargner le supplice de rester immobile contre une plaque de bois qui avait été conçue pour être inconfortable. On pouvait dire que j’avais l’habitude avec les bancs de Poudlard, et c’est un regard opaque que je lève vers la silhouette toujours aussi rose et rondouillarde d’Ombrage. Pourquoi fallait-il qu’elle dirige l’audience ?
Après l'animal, le maître... Je suis sûre que tu ne te souviens pas de Wilbert, n'est-ce pas vieille harpie ?

Dossier numéro 1538 : Lysander Gilson, septième année d’apprentissage de la sorcellerie à Poudlard, maison Serpentard ; fils du sorcier Edouard Gilson, infirmier à Ste Mangouste, jugé pour assistance à créatures hybrides et interdit d’usage de sa baguette en dehors de son lieu de travail ; et de la moldue Karol Gilson, apicultrice, disparue depuis le 3 mars 1997. C’est exact ?
Question de pure forme, elle m’avait eu comme élève en cinquième année – brillant élève si je pouvais me permettre… Mais ce n’était peut-être pas le bon moment pour le lui rappeler.
Oui.
Avez-vous une idée de ce pourquoi vous êtes là ?
J’ai reçu une lettre de convocation.
J’avais eu un instant la tentation de lui répondre que ça m’avait semblé être une bonne idée pour profiter de mes derniers jours tranquilles avant la reprise des cours… Wayoth, sors de ce corps, tu vas me faire tuer.
Vous êtes soupçonné d’avoir des liens étroits avec l’association rebelle connue sous le nom d’ « Armée de Dumbeldore », en plus d’avoir été élevé par une moldue, qu’avez-vous à répondre à cela ?
… Je suis innocent ?
Bah quoi, plus c’est gros mieux ça passe, non ? Tant que je n’étais pas sous veritaserum autant en profiter. Je vois quelques onces de rictus se dessiner sur les visages fatigués, et m’imagine un instant que je pourrais m’en sortir comme ça : par la lassitude des jurés qui savaient que dans trois cas comme moi ils pourraient rentrer chez eux. J’avais autant hâte qu’eux d’en finir, si ça pouvait les intéresser… Je n’avais pas vraiment envie de me lancer dans un grand discours et préférais me limiter à des phrases courtes et simples où j’étais sûr de ne pas me perdre ou me contredire. Pas sans une ouverture. Mais apparemment ça ne satisfaisait pas Ombrage, et les détraqueurs s’agitèrent, sensibles aux humeurs de leur maitresse. Restez loin, saletés.
Ne jouez pas au malin, mon garçon. Vous savez que n’importe quel auror peut déterminer quel usage vous avez fait de cette baguette, nous retracer les moindres…
J’avais blêmi lors de son discours, non pas à cause de ses mots mais de ses gestes. Une main qui s’approchait dangereusement de… Non ! Je n’ose pas bouger un cil mais je retiens ma respiration lorsqu’elle se saisit de ma baguette. Capricieuse et exigeante avec son propriétaire et dévoué serviteur, elle réagit de manière assez… explosive à cette poigne étrangère. Au sens propre. C’est-à-dire que le siège de ma bourrelle, mis à ses couleurs et rembourré de coussins, explosa littéralement dans son dos, projetant des éclats dans tous les sens et faisant pousser des cris aux sorciers les plus proches.
Ca y est. Je suis mort.
Le regard ombrageux – de circonstance, il fallait l’avouer – qu’elle me lança était parfaitement d’accord avec moi. Des heures de préparation, de réflexion, une fuite savamment organisée pour ma mère pour que ni son mari ni moi ne puissions la trahir en cas d’interrogatoire… Tout cela avait volé en éclat – encore une fois l’expression était de mise – pour un caprice d’Alisson. La gorge sèche, je tente de me rattraper, même si objectivement je n’y suis pour rien, il valait mieux les brosser dans le sens du poil.
Excusez-la, Alisson est quelque peu… caractérielle.
Alisson ?

[janvier 1994]
De même que les marins nommaient leur bateau, les chevaliers avaient pour coutume de donner un nom propre à leur épée, souvent celui de leur belle, qui était censé leur porter chance. Dans certains cas, cette coutume était étendue aux pièces d’armure lorsqu’elles avaient sauvé la vie de leur seigneur de manière particulièrement spectaculaire.
Allongé à plat ventre sur mon lit, je me régalais des anecdotes historiques du livre que j’avais reçu pour Noël. Ecrit par une née-moldue, il comparait élégamment les coutumes des moldus et des sorciers au cours du temps, révélant l’influence respective que ces mondes avaient eu l’un sur l’autre. Un ouvrage avant-gardiste par son propos et sa complétude, car il couvrait les plus lointaines origines des civilisations connues jusqu’à un temps très récent. Cadeau combiné de ma mère et mon nouveau beau-père… Je n’en revenais toujours pas que ce bête accident d’utilisation de la Garde-chaud que j’avais offert à ma mère ait conduit à leur rencontre. Mais bon, on dit bien qu’un malheur n’arrive jamais seul.
Je me gifle mentalement pour cette pensée : je n’avais pas le droit de qualifier de malheur une rencontre qui avait redonné le sourire à ma mère : elle devait se sentir seule, dans cette maison à laquelle elle était attachée par ses abeilles et qui s’était vidée de toute présence avec mon départ, et puis, c’était sa vie… Le principal c’était qu’il la rende heureuse, non ? Oui, ces arguments à deux balles étaient du réchauffé, la vérité c’était qu’après trois ans de silence, je ne m’étais toujours pas fait à l’absence de mon père.
Je n’avais pas osé lui envoyer de lettres de toute la première année, avec les galères qu’elle m’avait apportées, je me voyais mal me plaindre ou faire semblant. Puis, après que Pips ne soit jamais revenu, porteur du timide message qui lui annonçait que dans l’ensemble mes professeurs saluaient mes efforts même s’ils ne portaient pas toujours leurs fruits – on pouvait dire « jamais sauf en potions » aussi – je n’avais plus repris de hibou et me contentait de la voie moldue… Jusqu’à ce qu’on me rapporte la lettre avec la triste mention « Inconnu à cette adresse ». Mais bon, on n’avait pas bougé, nous. Ce n’était qu’une affaire de temps, il suffisait que j’arrive à maitriser mes pouvoirs et… Je n’avais pas été assez rapide. Pas assez appliqué peut-être, j’avais désespéré de nombreuses fois, je ne sais pas. Mais le fait était là : le Garde-chaud avait laissé échapper un flot de fluide brûlant qui avait profondément blessé ma mère et elle avait rencontré à l’hôpital magique l’homme qu’elle prévoyait d’épouser au printemps.

On retrouve naturellement cette coutume chez les sorciers vis-à-vis de leur baguette ou pour leur balai s’ils sont des joueurs de Quidditch professionnels. Dis-moi, ça te plairait d’avoir un nom ?
C’était quelque peu pathétique vu de l’extérieur, de parler comme ça à ma baguette, tenter de l’amadouer pour qu’elle accepte enfin de jeter des sorts correctement plus qu’une fois sur trois. Mais à force d’observer les gens, j’en étais venu à lui trouver des attitudes ou des réactions communes aux êtres de mon espèce, au point de sérieusement considérer l’option qu’elle ait, à l’instar des fantômes du château quoique peut-être de manière moins développée, une conscience. Une volonté propre. Bref, un élan qui guidait ses décisions et l’avait présentement poussé à faire voler mon oreiller de haut en bas, notre code pour l’approbation. Pour une fois j’avais fait mouche.
Eh bien, que dirais-tu… d’Elizabeth ?
Une convention dont on se passait bien pour les réponses explicites. Projeté à quelques mètres, j’atterris à moitié sur un autre lit, roulant par terre avec force grognements. Heureusement pour moi que ces fils de riches étaient rentrés chez eux « passer Noël en bonne société », sinon je n’osais imaginer leurs réactions. Ils en avaient vu d’autres, étant en cours avec moi, mais ils ne se privaient pas une seule seconde du plaisir de me rabaisser.
D’accord, d’accord, mais c’est un nom royal, tu sais ? Diana, tu trouves que c’est mieux ? Non, non, non, repose-moi ! On avait dit les objets ! D’accord, doucement ! Je vais y réfléchir, tu me fais signe quand tu en trouves un qui te plait. Mais discrètement, calmement, de manière non douloureuse, sympa, bref, évite de casser quoi que ce soit, surtout si c’est vivant.
Et évidemment, comme elle ne pouvait qu’être discrète et pleine de diplomatie, il avait fallu qu’elle réagisse pendant le cours de McGonagall, j’avais été à deux doigts de faire une attaque. Et ce n’était rien face à la honte de la gryffondor susnommée, entourée alors qu’elle se levait d’une haie d’honneur formée de plumes, de parchemins, de chapeaux, bref, de tout ce que la nouvellement nommée Alisson avait trouvé pour manifester son contentement. Oui, c’est dans ces moments-là que j’étais merveilleusement heureux de savoir me faire aussi petit.  

[2 septembre 1997]
C’est… son nom. Longue histoire. Pas intéressante.
Je ne sais pas trop sur quel pied danser, et pour une fois je suis content d’être assis. Je cherche un soutien potentiel parmi l’assemblée, mais je me heurte à des visages las, moqueurs, voir antipathiques. Magnifique. Me voilà splendidement plus enfoncé. Il ne manque plus…
Arrêtons de perdre notre temps avec ces âneries. Avale ça, reste tranquille et répond aux questions. Ça fera gagner du temps à tout le monde. Tu penses que tu peux le faire ?
Son ton est tellement sifflant qu’il va falloir que je me mette au fourchelangue si ça continue. Oui, parfois, sous le stress, notre cerveau ne sait produire que des pensées parfaitement utiles. Je suis intérieurement paralysé par la peur et c’est avec des gestes mécaniques que j’avale les deux gouttes de veritaserum qui m’empêcheront de mentir. Un malheur n’arrive jamais seul, n’est-ce pas ? Je me sens m’enfoncer, me vois déjà bafouillant devant l’auditoire, incapable de répondre à une question qui causera ma perte.
Faites-vous partie de l’assemblée de Dumbeldore ?
Non.
Parce que c’est l’armée de Dumbeldore, par l’assemblée. Je respire. D’accord, c’est ce moment dans un duel où l’adversaire fait une faute minuscule qui ouvre sa garde. Ce moment que l’on m’avait appris à voir durant les quatre ans que j’avais passé sous l’aile de Flitwick. Je ne devais pas la laisser me poser une question à laquelle je ne pourrais pas répondre.
J’ai été approché par deux élèves qui en faisaient partie au début de ma cinquième année, à sa création, ils m’ont demandé des cours de soutien appliqué en défense contre les forces du mal.
Ce n’est pas le rôle d’un élève de produire ce genre de cours.
En effet, et ça n’a pas duré, mais ils m’ont payé pour cela et j’avais besoin d’argent à l’époque.
D’argent sorcier, pour m’assurer d’être indépendant de ma mère ou mon beau-père s’ils devaient faire les frais des mangemorts qui pointaient le bout de leur nez. Parce que oui, nous avions cru à leur retour. Pas sur la parole du Survivant mais sur celle de Dumbeldore. Je ne l’avais pas fait de gaieté de cœur, mais j’en comprenais la nécessité, alors j’avais commencé à faire quelques menues tâches pour amasser un petit pactole que je conservais précieusement.
Simplement vous n’aviez pas d’assistant à l’époque, et ils n’arrivaient pas à comprendre votre manière d’expliquer. Ils me l’ont demandé en disant que j’étais doué dans cette matière – ce qui est vrai, sans me vanter – mais nous n’avons plus eu de contact après qu’ils m’aient parlé de l’AD. Ils m’ont proposé de la rejoindre mais j’ai refusé.

Le veritaserum contrôlait chacune de mes paroles, je n’avais même pas besoin de les appuyer, simplement de les énoncer clairement pour bien montrer qu’il n’entravait pas mes mots. Parce que je n’avais pas rejoint tout de suite leur groupe. Mais plus vers le milieu de l’année, après que tous ses membres se soient vus trahis et condamnés à des heures d’écriture avec cette plume barbare. Pas par un fol élan suicidaire. Mais les choses se précipitaient dans le monde magique, et la perspective d’avoir accès à un endroit où je pourrais m’entrainer à l’abri des regards qui reste dans l’enceinte de l’établissement – ce qui était toujours plus pratique que de sortir en douce – était ce qui m’avait décidé. Et puis, ils avaient de bons éléments, dont certains qui avaient fait partie du club de duels. Et surtout, contrairement à tout ce qu’on nous enfonçait dans le crâne, je savais pertinemment que pour survivre, pour que ma mère survive, j’allais avoir besoin d’alliés.
Pouvez-vous nous énoncer vos raisons pour ce refus ?
Je n’ai aucune confiance dans Harry Potter.
Clair, net. Ce Potter était peut-être l’objet d’une prophétie, qui allait peut-être se réaliser, pour ce que j’en savais. Mais il était surtout un aimant à problème, un gamin irrespectueux et une tête-brûlée qui avait entrainé de nombreux élèves dans sa chute. C’était ainsi que je le voyais à l’époque, et ça n’avait pas exactement changé. C’était donc avec des pincettes que j’avais rejoint leurs rangs, restant en marge et observant, à mon habitude, les attitudes de chacun pour déterminer à qui il était dangereux ou au contraire bénéfique de se lier. Une seule avait passé ces barrières : Lana.

Elle m’avait approché avec la spontanéité des tempêtes tropicales, et n’ayant aucune raison de refuser, aucun ancrage auquel me rattacher, j’avais été entrainé. Au sens propre du terme puisque nous avions révisé notre expelliarmus l’un contre l’autre. Enfin, on ne peut pas vraiment dire que ça ait été un mal, puisqu’elle m’avait introduit Wayoth, alors qu’il figurait en bonne position dans les gens fréquentables du groupe. La moitié du temps. L’autre moitié étant ma seule raison de ne pas l’avoir approché : je cherchais à comprendre la raison de ses sautes d’humeurs imprévisibles. Mais elle ne m’en a pas laissé le temps et, à vrai dire, je cherche toujours. Mais dans l’ensemble, c’était plutôt une bonne chose.

Je me rembrunis. Maintenant, Wayoth était passé mauve et gris. Et je ne devais pas le rejoindre. Et ça me mettait mal à l’aise. Je n’accordais pas ma confiance à beaucoup de gens, mais en agissant ainsi j’avais l’impression de l’abandonner, ce que je ne me pardonnais pas. Mais je ne pouvais pas choisir, pas encore, entre deux personnes que j’aimais.
Pourtant, c’est ce que je fais.
Je payais une dette en m’en créant une autre, cercle malsain. Mais au moins, pourrais-je garder un œil sur lui, de loin, alors que ma mère était seule. Jusqu’à ce qu’ils trouvent un prétexte pour envoyer à mon beau-père leurs chiens. Et que pour lui aussi commence la traque. Et puis ce sera mon tour, je rejoindrai les mauves et gris, et nous serons tous les deux dans la même galère.  

J’étouffe, l’air que j’aspire est liquide tellement il est froid, et la pression du veritaserum alliée à celle des détraqueurs met à mal mon intégrité psychologique. Mon dos est trempé de sueur et je n’ose pas m’imaginer, partant enfin de ce lieu maudit, rappelé pour poursuivre l’interrogatoire car ce simple détail corporel m’aurait trahi. Je suis piégé dos à ce siège de bois qui m’agresse, face à ces juges fatigués et guère préoccupés du sort du « dossier n°1538 ». J’avais des fourmillements dans les membres. L’envie irrésistible de partir en courant. Est-ce moi où ces satanés monstres se sont-ils encore rapprochés ?
Je voyais sans vraiment entendre leurs mots leurs lèvres bouger, leurs bouches s’ouvrir en de larges bâillements, mais dans mes oreilles, inondant l’intérieur de ma boîte crânienne, il n’y avait que des rires. Des rires enfantins et terribles qui me donnaient les larmes aux yeux. L’air se faisait brûlant dans mes poumons. Je jetais des regards perdus aux alentours, et ne me figeais que lorsqu’ils se mirent à fouiller la pièce du regard. Les rires n’étaient pas seulement dans mes oreilles, ils étaient partout.
Mais enfin, qu’est-ce que ça veut dire ?  

[juillet 1996]
Mon cœur tambourinait dans ma poitrine à grands coups, et mon souffle était plus rapide qu’il ne l’aurait dû, cependant que je ne faisais que me tenir là, immobile, les pieds fermement ancrés dans la terre meuble du jardin alors qu’il me semblait être à des dizaines de kilomètres de haut. En chute libre. Mes doigts jouaient inconsciemment avec les franges de mon écharpe, et je pensais distraitement que, dans un livre, c’était à ce moment de l’intrigue où le charme d’Ecarte-Pensées qui imprégnait ses fibres  devait se rompre. Au moment où le héros s’approchait, où il comptait plus que tout sur sa discrétion… et désirait à la fois ardemment être perçu. Mais je l’avais tissé avec attention, et éprouvé au fil de l’année, corrigé, poli, lustré même, il tiendra. Et c’est une bonne chose.
A dix pas des murs nord, j’observe le balai des lumières et des allées et venues que j’entraperçois au fil des fenêtres. Une femme qui allait vers le milieu de la quarantaine d’années mitonnait le dîner dans une grande casserole, appelant la petite famille à l’aider à mettre la table. Deux tornades dévalent les escaliers à grand bruit, l’une avec le temps de retard caractéristique des enfants qui découvrent les aléas de l’équilibre, et je les vois bientôt à travers la grande baie vitrée s’affairer autour d’une large table. La plus grande devait avoir quoi, trois ou quatre ans ? C’était donc le peu de temps qu’il avait fallu pour qu’il m’oublie, pour qu’il passe à autre chose. Un instant je me mis à vouloir qu’elles se découvrent aussi un don, que la moitié de sang que nous partagions charrie les étincelles de magie qui font de moi un né-moldu. Mais à quoi bon ?  

La dernière fois que j’avais vu mon père nous logions dans un petit appartement : il n’avait pas encore l’utilité d’une pareille maison. Il avait déménagé de l’autre côté de la ville, le plus loin possible qu’il ait pu sans s’handicaper pour aller au travail. Il m’avait embarqué, presque de force, et m’emmenait chaque matin, me raccompagnait chaque soir depuis le collège, comme si j’allais m’envoler. J’étouffais le sentiment d’oppression que cela faisait naître en moi en me disant que cela me permettait d’être avec lui, de lui montrer que je faisais des efforts pour me contrôler et je prenais bien garde à réparer mes accidents magiques avant qu’il ne les voit, pas toujours avec succès mais cela m’évitait au moins d’être mis à la porte. C’était comme de retenir son souffle.
Je ne voulais pas l’abandonner, je ne voulais pas choisir. Mais je ne pouvais pas tenir.
C’était la mort dans l’âme mais avec résolution néanmoins que j’avais suivi ma mère cette nuit où elle était venue me chercher à pieds, en cachette de mon père, la veille de la rentrée. Je l’avais observée au travers de la vitre de longues minutes, et malgré le froid elle n’avait pas bougé et me regardait en retour, patiemment. Elle savait combien c’était difficile pour moi de partir et m’avait laissé faire mon choix, et je savais qu’il me suffirait de faire non de la tête pour qu’elle tourne les talons. C’était en partie ce qui m’avait décidé.

J’assiste silencieusement à cette scène quotidienne, avec une fascination presque morbide. Je détaille chaque geste, chaque échange, découvre au passage que la mère attend encore un petit, ce qui me fait monter les larmes aux yeux. Les décors de la salle se gravent sur ma pupille – jusqu’aux cruels détails du petit duc empaillé qui orne le mur, et auquel j’adresse un salut silencieux empli de regrets, plus qu’une allusion aux effraies que l’on clouait sur les portes – et brille contre mes paupières alors que je ferme les yeux. L’une ou l’autre fenêtre ouverte fait porter les sons et les odeurs, et alors que je retiens mes larmes je vois presque la scène se déroule autour de moi, comme si j’en faisais naturellement partie. Le goût amer de la bile qui emplit ma bouche est un moment adouci par le jus de la viande et je ris aux éclats. Je les entends rire aux éclats, des rires enfantins qui s’envolent en spirales incontrôlées et des rires plus éclatants portés par une voix de soprano. Je sens même les muscles de ma mâchoire se contracter pour produire un sourire, qui s’élargit. Je hoquette et ouvre brutalement les yeux, cherchant mes repères. De l’autre côté du verre, une petite chipie au visage barbouillé de sauce agite frénétiquement les jambes en s’esclaffant, encourageant sa grande sœur dans son imitation compromise par ses spasmes de joie.
Je me détourne : je n’ai plus le cœur à rester jusqu’à ce que mon père trouve la lettre qui l’attend sur le rebord de la fenêtre. La fierté d’avoir réussi aussi brillamment mes BUSES – malgré un accident en divination – ne me parait plus aussi éclatante. Une année entière d’efforts, reconnus même par le professeur Chourave qui ne me laissait plus approcher de ses petits protégés que solidement surveillé par ses meilleurs éléments et qui m’avait accordé l’Acceptable alors qu’il n’y avait guère qu’en théorie que je réussissais quoi que ce soit, me paraissait sans valeur face au simple constat qui s’étalait sous mes yeux.

Brevet Universel De Sorcellerie Élémentaire

Le candidat est admis s'il obtient une des notes suivantes : Optimal (O), Effort Exceptionnel (EE), Acceptable (A).
Le candidat est recalé s'il obtient une des notes suivantes : Piètre (P), Désolant (D), Troll (T).

Lysander Gilson a obtenu :

Métamorphose :  O
Sortilèges : O
Potions : O
Histoire de la Magie : EE
Etude des runes : EE
Défense contre les Forces du Mal : O
Astronomie : EE
Botanique : A
Divination : A
Arithmancie : EE

[2 septembre 1997]
Moi, c’est… moi. Je veux dire, les détraqueurs.
Je m’embrouille, ma langue s’agite à la recherche de la salive qui a déserté ma bouche et ma gorge. Ce serait trop bête de s’évanouir maintenant, mais en même temps si reposant ! Seul un obscur instinct de survie, celui-là même qui me broyait la poitrine, m’empêchait de sombrer alors que déjà mes paupières papillonnaient. Si je m’évanouissais, je serais à la merci des détraqueurs.
Avait-il eu pitié de moi, était-il fatigué, avait-il à faire après sa journée, je ne sais pas. Mais une voix s’éleva et un patronus jaillit, incorporel mais suffisamment étendu pour faire reculer mes noirs bourreaux. Je serre les paupières quelques instants pour en chasser les larmes sans qu’elles ne coulent – je m’étais assez humilié comme ça pour aujourd’hui.
Bon, je crois que c’est tout, Dolorès. Il a répondu aux questions sous veritaserum, il n’a pu mentir, l’affaire est close. Au revoir monsieur Gilson.  
Je retiens mon souffle en reconstituant la phrase à partir des syllabes éparses que j’ai entendues. Je prie de tout mon être pour que cette intervention me soit salutaire, mais je crains qu’elle n’ait pas apprécié de se faire appeler par son prénom. Ses yeux de glaces percent le brouillard qui trouble ma vision, comme une épée au travers du fin tissu de mes vêtements. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, comme un chat joueur devant une proie qui couine.
Je vous souhaite de passer une bonne année, Monsieur Gilson.
Je n’aimais pas son sourire, trop de dents, trop pointues.
Et de réussir vos ASPICs, non pas parmi les meilleurs, mais LE meilleur.
Elle se pencha sur son bureau, me fixant de son regard fou.
Ou vous aurez la gloire d’être reconnu comme le cireur de chaussure attitré du Ministère.
Mais… C’est un métier moldu.
Sérieusement, votre vaisselle se fait toute seule et vous avez besoin d’aide pour cirer vos chaussures ? Mon exclamation et mon air de confusion furent accueillis avec un sourire plus large encore et un petit haussement de sourcils moqueur. J’avais pris sa menace très au sérieux, car je savais que cette femme pouvait se montrer aussi sadique et retorse que les détraqueurs qui lui faisaient escorte… Un peu trop peut-être ? Pourtant, j’étais intimement convaincu qu’il lui suffirait d’une mauvaise journée pour qu’elle aille sur un coup de tête fouiller mon dossier à la recherche de mes résultats. Je déglutis, péniblement.
C’est donc cela qu’on appelle être en sursis…


Dernière édition par Lysander Gilson le Mar 29 Nov 2016 - 18:03, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE] Jeu 24 Nov 2016 - 20:54

Et voilà la chronologie si vous êtes perdu(e)s :
(le nom de son père est Dekree Gilson, j'ai oublié un l mais c'est bien Wilbert, chgt = changement, déclarat° = déclaration)

l'image est très grande alors je mets un url plutôt que de rétrécir et que ce soit illisible
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MessageSujet: Re: Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE] Lun 28 Nov 2016 - 9:59

Bonjour et bienvenue sur le forum,

N'hésites pas à nous signaler lorsque ta fiche sera terminée (j'ai vu que tu étais en train de procéder aux dernières relectures) pour ne pas qu'elle passe inaperçue. ;)
Bon courage en attendant.

A très bientôt,

_________________
« Il y a des choses qui ne
s’expliquent pas.
»


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MessageSujet: Re: Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE] Hier à 22:38

Bonsoir,
Désolée du temps que ça m'a pris, j'ai été pas mal occupée cette semaine >>
Je n'écris jamais de textes au présent donc la concordance des temps est plutôt aléatoire... J'ai essayé de faire en sorte que ça reste lisible, désolée également si certains passages ne sont pas clairs, je m'efforcerai de répondre aux questions que vous pourriez vous poser ^^
J'attends votre retour !
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MessageSujet: Re: Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE] Aujourd'hui à 21:40

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Let's play hide and seek, Gilson. You've got ten seconds [TERMINEE]

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