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[26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaireModo tentaculaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
    Modo tentaculaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 790

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 8 Fév 2017 - 22:09

Il fut trop absorbé par son propre embarras pour remarquer le malaise qu’il avait inspiré. C’était toujours ainsi, lorsque l’idée sonnait mieux dans la tête, mais s’avérait être un désastre de respect une fois travestie en mots. Tout avait paru particulièrement innocent alors que la voix interne avait énoncé son désir, mais Octave sentit, à l’instant où la question fut formulée, qu’elle pouvait paraître particulièrement offensante ; pire, intrusive et contraignante. Il avait fermement décidé de ne plus la brusquer autant que possible ; lui imposer sa volonté de force fut une manie qui avait porté ses fruits au début, la provocant toujours mieux, la poussant vers le bord du gouffre. Les apparences étaient trompeuses et il l’avait finalement découverte beaucoup plus fragile que ce qu’il s’était imaginé. La faute était entièrement sienne, il le savait, et ne pouvait maintenant plus que tenter d’au mieux guérir les blessures qu’il avait faites. Si la brusquerie avait d’abord contribué à sa libération, s’obstiner maintenant sur cette voie n’allait que les mener vers son renfermement définitif. Il avait librement maltraité son carcan de glace immuable, rossant la carapace pour la faire craquer, et maintenant que c’était fait, Octave n’avait plus le droit d’adopter une attitude identique avec le dépouillement découvert en-dessous. Cassidy était à vif, et parce qu’il ne s’agissait que des prémices de sa timide mais sincère éclosion, il se devait de chérir et d’encourager un tel abandon frissonnant au lieu de s’entêter à le battre encore plus pour que les choses aillent au rythme voulu. S’il continuait à être exigeant comme le jour de leur rencontre, elle finirait par se sentir blessée par celui pour qui elle avait daigné faire fondre l’insensibilité l’emprisonnant. Il n’en résulterait qu’un manque accru de confiance, raison pour laquelle il se devait impérativement de choyer cette faille qui ne fut faite que pour lui. Naturellement, les mots avaient commencé à s’emmêler autant dans sa tête que sur la cime de sa bouche et Octave avait l’impression de s’enfoncer dans de la vase à force de se creuser un trou toujours plus profond à coup de « rien de suggestif » et « je ne sais pas doser ». Il s’était rarement senti aussi pathétique qu’en essayant de justifier sa pensée parfaitement naïve et innocente, motivée par le seul désir de ne pas avoir à dormir seul, à l’abandonner elle dans la nuit noire, préférant consumer ce qu’ils avaient réussis à créer jusqu’au bout. Jusqu’au recommencement du lendemain où les idées allaient s’éclaircir et les choses immanquablement, sensiblement changer. C’était quasiment inévitable, il le savait, la nuit laissant toujours le temps pour réfléchir et repartir sur une nouvelle base. En l’invitant ainsi, il avait vaguement espéré repousser l’immuable, ou au moins atténuer son effet. Qui sait, le rayonnement de leur proximité pouvait pousser le sommeil à porter de conseils bienfaisants…

Ce fut finalement la mine légèrement embarrassée qu’il laissa sa pensée mourir dans le silence, mettant un point que très peu assuré à sa dernière revendication, comme si cela pouvait sauver le désastre du naufrage de ses balbutiements explicatifs. Il l’avait regardée sans vraiment la voir, les yeux beaucoup trop actifs, galopant d’un détail à l’autre pour ne pas avoir à se concentrer sur son regard. Mais il allait bien devoir finir par l’affronter pour connaitre sa réponse, la gêne ou l’outrage que sa demande avait bien pu provoquer. Il fallait assumer sa bévue et Octave, dans un soupir, releva avec anticipation ses yeux aux sourcils tendrement froncés. Ils se haussèrent en voûte et ses lèvres s’entrouvrirent d’inquiétude alors qu’il vit l’émotion se déverser des yeux de la jeune femme. Les gouttes brillaient sous la lumière des bougies et leur sillon vertigineux, courbant la sinuosité de sa joue pâle, traçait son chemin jusqu’à l’angle délicat de sa mâchoire. Le regard humide, elle luttait alors que les larmes perlaient, s’accrochant désespérément à ses cils pour ne pas tomber. Inévitablement, elles débordaient, lâchaient prise et coulaient, scintillant toujours plus sous l’attention d’un Octave effrayé au point que les cheveux naissants de sa nuque ne s’irisèrent. Il hésita, ne sachant que faire, comment réagir, quelle était la bonne solution tant il ne sut dire quelle était la raison de ces émotions débordantes. D’instinct, il serra la main féminine qui s’entremêlait à la sienne pour insister sur ce qui les reliait comme si ce fut l’ancre de leur bateau, mais il relâcha bien vite la prise de ses doigts, réalisant que peut-être, ce fut son geste impudent qui l’avait mise dans cet état. Il avait essayé de rendre cette attention d’une infinie douceur, pour lui transmettre au travers d’une caresse fugace tout ce qu’elle lui inspirait et qu’aucun mot n’était parvenu à parfaitement exprimer. Il ne s’était jamais considéré comme étant un poète particulièrement doué, se trouvant incessamment dans l’exagération volontaire ; de surcroit, il n’avait jamais été un amant des plus doux non plus ou ne serait-ce que compatissant. Serviable d’esprit, mais vorace de corps, il eut soudain l’impression de n’avoir, une fois plus, pensé qu’à soi. Les larmes coulaient, semblant ne pas avoir de fin, alors que finalement il n’y en avait eu que très peu, mais c’était déjà trop. Et l’absence de sanglots l’épouvantait d’autant plus. Avant qu’il ne puisse se décider à faire quelque chose, Cassidy s’était empressée de les essuyer ; nul doute qu’elle devait trouver cela déshonorant, comme une ultime preuve de faiblesse qu’elle n’était pas parvenue à retenir devant quelque chose pour ce en quoi elle avait eu si peu de considération : les sentiments. L’air inquiet, Octave voulut dire quelque chose. En tout cas, sa bouche s’ouvrit sensiblement sans qu’un son n’en sorte, puisque rien ne lui vint en tête. S’excuser ? Il ne savait même pas pour quoi et de toute manière s’était trop tard. L’émoi avait franchi ses yeux et c’était trop tard pour recoller les morceaux, la blessure était faite.

« Ce n'est rien, ce n'est pas toi. Enfin, si mais... Ne t'inquiète pas. Tout va bien. Tu n'as rien fait de mal. C'est moi. Il faut croire que... que je suis trop... pas habituée à tout ça. C'est... Il y a beaucoup de choses qui viennent et je n'ai pas l'habitude de, je veux dire, je ne sais pas forcément gérer ça. »

Il aurait dû se sentir rassuré, pourtant son regard perdit en éclat et ses sourcils se courbèrent davantage dans le chagrin de la voir pleurer. Il en était la raison et c’était comme un aveu de défaite. Les choses étaient allées trop vite, encore une fois. Encore une fois il n’était pas parvenu à se retenir suffisamment là où il aurait dû. Il avait su ne pas se battre contre elle, et le voilà incapable de résister à l’appel d’une tendresse si désirée. Cassidy renversa sa jolie tête vers l’arrière dans un geste familier et Octave vit le reflet humide qui faisait luire le blanc de ses grands yeux, comme en tendre écho à leur couleur bleu. Elle cligna des paupières et les larmes se distillèrent toujours un peu plus, ne laissant plus qu’une fine couche mouillée et miroitante rappeler l’émotion qu’elle ressentait. Peut-être aurait-il dû lui laisser le privilège de faire ses propres pas, prendre les devants quand cela lui convenait le plus. Elle était si fragile et joliment délicate. Malgré ses dires, quelque chose demeurait sur son visage qui ne laissait pas Octave en paix, outre son impression d’avoir encore fait un pas de travers. Il ne voulait pas la voir pleurer, de douleur et de plaisir, il voulait simplement que les choses évoluent de sorte à ce qu’elle ait à en souffrir le moins possible. Ce n’était peut-être pas des larmes de pure mélancolie, mais c’était là un signe que quelque chose n’allait pas. Que ses blessures étaient bandées trop maladroitement, touchées avec brusquerie au point qu’elles recommençaient à saigner, lui faisant inlassablement mal. Il avait ouvert cette faille et avait déjà le sentiment d’être incapable d’en prendre soin, comme si son toucher n’avait pas été assez délicat, ou justement, qu’il n’avait pas encore lieu d’être. Il voulut lâcher sa main pour ne pas la gêner davantage, mais se souvint que c’était son choix à elle d’entremêler ainsi leurs doigts et il demeura donc immobile, sans se défaire de l’emprise et vaguement gêné de ne pouvoir faire plus. Comme amenés à bout par le paroxysme d’une émotion incontrôlée, les cheveux féminins se libérèrent de leur propre entrave, se répandant en douce cascade jusqu’au creux de ses reins, entourant son beau visage d’une lueur dorée. A cette vue, son cœur s’émut davantage encore d’une telle splendeur qu’il avait rudoyée involontairement, par manque de faveur. La lourdeur de sa toison vermeille contrastait avec la finesse de sa peau et de ses épaules, qu’elle nimbait de quelques mèches se déversant en ruisseaux ondoyants. Cette sublime contradiction de forces et d’importance le bouleversa d’autant plus qu’elle essayait de paraître encore une fois plus forte qu’elle ne l’était. Une douleur passa sur le visage d’Octave alors qu’elle revenait à lui, serrant ses doigts avec insistance. Et plus la détermination dans son regard humide de larmes se faisait forte, plus il se sentait coupable. Détruire les barrières fut toujours facile pour lui, mais il n’avait eu que très peu d’opportunités de devoir les reconstruire. Les siennes, il les avait réparées à la force de ses propres convictions et élans d’optimisme, sans avoir de pitié pour les souffrances que les changements qu’il s’imposait pouvaient provoquer. Pour évoluer plus vite, il avait décidé de n’avoir strictement aucune considération pour soi, chose qu’il ne pouvait pas faire avec Cassidy. Elle n’était pas pareille et elle ne méritait pas ça.

« Je... Crois-moi, s'il-te-plait. Ne te braque pas. Ce que tu as fait... C'était... Ce n'était pas des larmes de tristesse. »

Il voulut sourire, mais encore une fois, une grimace en ressortit, une espèce de rictus empli de regrets. Des larmes de quoi alors, s’il ne s’agissait pas de tristesse ? Ou au moins, des larmes de douleur… Il regarda un instant vers le bas avant de murmurer :

« Tu n’es pas obligée de te forcer, tu sais. Plus maintenant. »

C’était la pire chose qui puisse lui arriver finalement. Octave savait à quel point elle pouvait vouloir désirer être forte, camouflant sa faiblesse derrière une quelconque autre raison tangible et plus honorable que des sentiments équivoques, mais surtout, des sentiments de tendresse. Il comprenait également parfaitement le monde auquel elle appartenait et savait les manies qu’elle y avait empruntés, son père étant le parfait exemple d’insensibilité renfrognée. Il n’avait pas eu l’intention de se braquer, seulement de lui laisser un peu d’espace et du temps pour réfléchir. Finalement, les choses s’étaient enchainées relativement vite et il était parfaitement légitime, voir nécessaire de prendre du recul. Sa proposition lui sembla soudain être une particulièrement mauvaise idée, un moyen d’enfoncer un peu plus la jeune femme dans la confusion de ses sentiments à peine naissants. Dans la précipitation, il risquait de les piétiner sans s’en rendre compte. Il fallait être prudent et faire attention à cette nouvelle et fraiche palpitation de l’âme. Octave finit tout de même par lui sourire sincèrement, décidé à laisser sa demande sombrer dans l’oubli et l’abandonner à ses pensées aussi rapidement que possible. Il savait à quel point son attachement pouvait être entreprenant et il craignait de n’être tenté de profiter d’une faiblesse supplémentaire que la jeune femme risquerait de lui montrer involontairement, submergée par quelques émois nouveaux.

D’une main, elle vint s’appuyer sur son épaule et il se redressa sensiblement, par reflexe, pour mieux voir ce qu’elle comptait ainsi faire. Il regarda sa main se poser sur la courbe de son bras avant de revenir à elle, l’air quelque peu perplexe. Incapable de résister et incapable de la repousser pour ne pas lui faire de mal. Pitoyable d’insuffisance. Un instant, Octave ferma les yeux, essayant de se redonner contenance et le meilleur moyen pour contrer ce rapprochement, cette étreinte qu’elle lui imposait sans avoir encore pu accepter ses propres envies. Cassidy se hissa sur la pointe de ses pieds et il se haussa davantage, désirant inconsciemment la garder dans son champ de vision, claire et nette. Leurs doigts se défirent et il se crut libre. Ou plutôt, il s’imagina qu’elle avait décidé comme lui, de lâcher la bride pour ce soir et laisser les choses se calmer, les émois s’éteindre doucement pour peut-être mieux repartir le lendemain, plus équilibrés et moins à fleur de peau que ce soir. Pourtant elle continuait à tendre vers lui comme une fleur vers son soleil jusqu’à atteindre le seuil où il ne pouvait plus physiquement reculer. Alors il s’immobilisa parfaitement, craignant de deviner ce qu’elle avait en tête à la vue de ses yeux encore trempés d’une douleur passée, et qui raisonnait en écho au travers des reflets huilés de ses pupilles, emplies d’une détermination qu’il ne lui connaissait pas. Enfin, elle s’arrêta doucement sans qu’il ne puisse parfaitement la voir, mais Octave sentait distinctement le rayonnement de son être lui brûler la peau et cette proximité le mettait à mal. Il aurait pu détendre ses bras, les forcer à ne plus la soutenir pour qu’elle n’atteigne jamais son but du haut de sa petite taille, mais quelque chose l’en empêchait. Le désir le tiraillait et il voulut respirer profondément pour reprendre ses esprits mais n’osa pas faire frémir de son souffle insistant le peu d’espace qui les séparait. Se moquait-elle de lui gentiment ? Lui faisait-elle subir la même taquinerie pour lui faire comprendre ce que cela faisait lorsque l’autre s’engageait dans une voie sans en atteindre le but ? C’est bon, il l’avait compris. L’attente le consumait douloureusement, autant que l’incertitude du geste le torturait. Il voulut se pencher, faire un pas, mais ce n’était pas un privilège qui lui appartenait. Avec amertume, il sentait sa promesse de précaution s’envoler au loin, lui glisser entre les doigts comme du sable qui s’enfuit à mesure qu’on le serre. Et tout cela à cause de ces lèvres qu’il s’imaginait sans trop y croire concrétiser une convoitise qui était d’autant plus un supplice qu’elle se trouvait horriblement proche. Il essayait de relativiser mais n’y parvenait pas, n’ayant qu’une seule envie : que sa Sirène se décide enfin s’il s’agissait d’une plaisanterie ou d’un intérêt parfaitement sérieux. Alors il la couvrait de regards actifs, remplis d’interrogations.

Dans un mouvement de balançoire, sans qu’il ne s’y attende véritablement, leurs bouches se touchèrent. Ou plutôt, celle de la jeune femme vint effleurer la sienne et alors il demeura tout à fait immobile, retenant son souffle comme quelqu’un qui écoute. D’instinct, il avait fermé les yeux dès l’instant où il avait vu l’intention se concrétiser. Dans le noir, il la sentit, les yeux encore emplis de l’image éclatante de son visage lui faisant face. Il se laissa gracieusement faire, détendant les muscles de son cou et de son dos, s’affaissant sur la jeune femme pour mieux goûter ce qu’elle lui avait si généreusement offert, comme pour confirmer ses dires, ou tarir les désirs dont il lui avait si fiévreusement parlé. Il l’avait connue si rude et cruelle que cette caresse doucereuse le dérouta, comme si ce fut l’attention d’une toute autre personne dont il profitait maintenant. Pourtant, c’était bien elle et il sentait dans sa bouche le sel de ses larmes. Son cœur s’étouffa de volupté et un sourd gémissement perça de sa gorge alors qu’il tendit une main pour épouser la courbe de son dos, éprouvant la douceur glissante comme l’ivoire de sa peau sous la robe mince qu’il chiffonna en la serrant entre ses doigts. Il la lova plus fermement contre soi, incapable cela dit de se laisser aller complètement, subissant ce baiser plus qu’il n’en profitait, n’osant pas se permettre de songer que cela, ce baiser, cette moiteur tendre et frissonnante pouvait marquer l’avènement de quelque chose de nouveau, d’une étape toute autre. Il frôla avec une piété infinie ses lèvres brûlantes -ou était-ce les siennes qui s’embrasaient ? – goûtant la saveur de sa bouche et le sel que son émotion y avait laissé. Son cœur frémit dans le creux de sa poitrine, secouant tout son être d’une félicité qu’il n’avait pas pensée possible aussi tôt, ni qu’elle lui tombe entre les bras de la sorte, se disant depuis le début qu’il allait devoir la chercher de lui-même. Finalement, Cassidy s’écarta, le laissant pantois et abandonnant à contrecœur la tendresse de ses lèvres qu’il suivit un instant en penchant la tête avant de s’obliger à s’arrêter et à les laisser s’évanouir. Le froid se fit, ne laissant dans sa bouche que le doux écho d’une caresse révolue qu’il voulut graver dans sa mémoire. Octave rouvrit ses yeux brumeux de désir et toisa la jeune femme au travers d’un rideau de longs cils. Son esprit était si grisé qu’il mit du temps à comprendre qu’elle s’était complètement défaite de son étreinte et que ses doigts ne touchaient plus que du vide. Mollement, il rabattit ses bras le long de son corps, lèvres luisantes et légèrement entrouvertes. Cassidy paraissait vaguement étonnée de son propre geste, comme si elle venait de relever un défi pour lequel elle ne s’était pas sentie prête. Ses joues étaient délicatement rosées et la couleur du rouge à lèvre sur sa bouche s’était un peu atténué, s’étant probablement perdu quelque part sur les lèvres du bibliothécaire. En biais, il l’observa, tel un animal qui avait enfin reçu une caresse de la part de quelqu’un en qui il avait confiance, redécouvrant soudain toute la carence affective qu’il avait en lui.  

« Je reste. Moi aussi, j'ai besoin de toi. Est-ce que cela excuse l'imposture de la bibliothèque ?
- Ca excuse tout. »

Par reflexe, il aurait souri, et parce que cette boutade était vraiment charmante, mais son état de trouble l’empêchait de passer à autre chose. Il ne pouvait plus revenir en arrière maintenant. C’était impossible. Impossible de se refreiner, d’en demander moins, de se contenter du minimum alors qu’elle lui avait offert un pareil baiser. Si doux et tendre qu’il frémît de douleur. Alors qu’elle s’était écartée pour leur laisser de la place, Octave fit un pas vers l’avant pour réduire le vide. Il releva ses deux mains et, lentement, laissa ses doigts glisser sur la peau douce et tendre du buste féminin, remontant paresseusement jusqu’à son cou. Son regard n’avait pas changé, ses lourdes paupières étaient mi-closes et ses yeux voilés d’une passion mystérieuse, mais sans aucune équivoque. Ses paumes brûlantes se posèrent un instant sur les clavicules saillantes pour en constater le relief jusqu’à rejoindre finalement à leur tour le cou de la jeune femme, où ils se posèrent, enveloppant la courbe délicieuse de sa gorge, tandis que ses doigts se perdaient déjà dans la masse dorée de ses cheveux. Et tandis que ses mains avançaient, il suivait également le mouvement, collant à nouveau furtivement son corps contre celui de Cassidy au travers de quelques timides effleurements. Finalement, de ses phalanges, il s’accrocha aux mèches dorées et obligea, sans brusqueries, avec lascivité, la jeune femme à renverser sa tête vers l’arrière. Il calla ses paumes sous l’angle de la mâchoire féminine, laissant ses doigts voyager entre les cheveux duveteux et la douceur de la nuque. Octave s’était parfaitement penché sur sa Sirène, profitant de sa taille pour la dominer de toute sa hauteur. Il la regarda au travers de la brume de ses yeux et, sans un sourire, se pencha doucement pour couvrir de baiser volages et tressaillant la commissure de ses lèvres. Le plaisir de la volupté lui avait fait fermer ses yeux et il se laissait guider par ses seules sensations, suivant la courbe délicieuse de la bouche de Cassidy, l’étreignant de quelques douceurs. L’angle était parfait et elle était offerte à l’assaut de ses caresses. Languissant, il ne lui offrait que de timides effleurements ardents et à peine perceptibles, s’éparpillant autour de sa bouche en baisers fugaces allant jusqu’à sa joue avant de revenir à la commissure de ses lèvres dont il flattait le relief vertigineux. Puis, ayant décidé que son papillonnement fugace avait assez duré, Octave s’écarta pour s’humecter les lèvres au loin. Sa tête s’inclina doucement, en un mouvement alangui et comme accablé, revenant tendrement à sa Sirène, recouvrant sa bouche de la sienne en biais pour qu’elles puissent mieux s’épouser en un baiser languide. L’extase tendait ses mains et leur faisait étreindre la nuque qu’elles chérissaient avant de relâcher l’emprise, tandis que ses lèvres palpitantes se pressaient avec tendresse contre celles de la jeune femme.

Tendres amies, je vous retrouve enfin après une si longue absence. Absence qui, je dois l’admettre, me fut ô combien insupportable. Ne vous moquez pas, chaque instant sans votre moiteur est comme une éternité. Votre peau est aussi douce et brûlante que dans mes courts souvenirs, pour ne pas dire plus. Lèves souples mais tendues, continuez à vous languir sous mes attentions généreuses. Rougissez, mes amours, en jouissant de ma caresse aveugle. Que voici, un éloge de votre somptueuse douceur. Vous m’avez cruellement manquées, tout comme le reste de votre être dont je sens le parfum dans ma bouche et mon nez. Les sensations m’enivrent. Mon nez se frotte négligemment contre ta joue et je te sens frissonner de plus belle alors que mon souffle chaud butte sur tes pommettes. Tandis que ton cœur cogne contre ma paume lovée sur ton cou, le mien suffoque. Ou n’est-ce que moi qui frisonne et dont le cœur cogne… ? Pardonne-moi, tout se confond. Mais au moins, j’ai le sentiment que nous vivons à l’unisson. Et alors que je m’étouffe, que cette douceur tant désirée me fait souffrir comme une blessure qui se rouvre, je ne cesse de t’embrasser et je ne peux pas me résigner à te quitter.

Il se recula un instant, avec une respiration sifflante avant de revenir encore, sous un angle quelque peu différent, allant se nourrir à sa bouche pour apaiser la torture de l’amour. L’une de ses mains finit par remonter le long du cou de Cassidy pour épouser sa joue, jouant à présent de ses longs doigts avec la naissance de sa chevelure sur sa tempe. Avec une générosité et une passion délicate, Octave lui faisait don de tout son cœur, de son être et de ses entrailles brûlantes. A force, ses lèvres s’asséchaient à mesure qu’il les frottait avec tendresse contre ceux de la jeune femme, et il se résigna à se reculer pour de bon, même si la plaie était encore ouverte et saignait abondamment, ne demandant qu’à être tarie de davantage de caresses. Lentement, il rouvrit les yeux et observa son œuvre, ce maquillage presque effacé sous les effets d’une moiteur prolongée. Du pouce, il vint essuyer la commissure des lèvres de Cassidy pour enlever un peu de rouge qui s’était étalé. Néanmoins, il sentait ses ardeurs s’être sensiblement taries, tant il s’était appliqué à les transmettre à la jeune femme au travers de ce dernier baiser extrêmement possessif. Rien de violent ni de brutal, simplement une passion qu’il avait du mal à contenir et que le premier baiser offert n’avait fait qu’enflammer davantage. Mais on pouvait lire dans son regard un apaisement confus, comme le calme revenant après une tempête dont la force était presque parvenue à le déraciner. Un rire lointain s’y reflétait alors qu’il sentait distinctement la caresse des cheveux dorés sur sa main encore confortablement enroulée sur la nuque de Cassidy. Surpris, il murmura dans un souffle :

« L’on dit qu’une fois un désir satisfait, il perd de son intérêt… alors pourquoi est-ce que je ne fais qu’en vouloir davantage… »

Cela avait la forme d’une question, mais sonna plutôt comme un plaisant constat. Encore un peu, comme pour calmer les ardeurs et s’habituer à l’état des choses et aux émotions qui l’habitaient maintenant, Octave caressa la joue féminine du bout des doigts, explorant simplement ses tendres reliefs. Il aurait bien voulu laisser son visage s’engouffrer dans sa chevelure pour en sentir les odeurs et s’en imprégner, mais elle était décidemment trop petite et il ne pouvait que l’observer de haut, son beau visage au creux de ses mains et son corps gracile lové contre le sien, tels deux arbres ayant poussé côté à côté. Finalement, il eut un sourire en coin, sentant ses lèvres pleines et rouges. Il fléchit doucement ses genoux, ayant une autre douceur en tête maintenant, et attrapa sa Sirène d’un bras par les cuisses comme plus tôt dans la soirée, la soulevant au-dessus de soi, tandis que de l’autre, il s’empara de la couverture restée à leurs pieds. En leitmotiv récurant, il rejoignit le lit et la posa dessus, l’obligeant à s’allonger dans les draps frais en forçant sur la manière qu’il eut de l’y déposer. Octave remonta la couette d’une main pour qu’elle recouvre les pieds nus de Cassidy et, transformant l’étreinte qu’il avait sur ses cuisses en caresse sur ses hanches, il s’allongea à côté. La position n’était pas la bonne, il voulait la voir, alors il se retourna et posa sa tête sur le ventre de la jeune femme tout en l’observant de son regard maintenant rieur. L’une de ses mains vint se lover sous les côtes féminines et il lui sourit tendrement. Puis, il tourna son visage et enfouit son nez dans le tissu de sa robe, dont il huma l’odeur délicate. Du bout des doigts de sa main restée libre, vint caresser celle de Cassidy qui lui était la plus proche, sans oser la saisir, s’adonnant à un jeu fugace de touchers évanescents. Dans l’air flottait une ambiance voluptueuse qui l’enveloppait dans une exquise chaleur. C’était si doux… Redressant son visage pour qu'il ne soit plus caché par les plis de la robe, il dit de sa voix de velours :

« Tu restes ? J’aimerai que tu restes pour combler chaque jour de chaque heure, puisqu’il y en aura tant des jours dans la moindre minute... Et tant pis si c’est un amour dont je suis doucement insensé. Tu envahis mon cœur et mes pensées et j’aime ces moments où tu n’appartiens qu’à moi… »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mar 14 Fév 2017 - 21:27

Les yeux fermés, elle l'avait senti frémir lorsque ses lèvres étaient entrées en contact avec les siennes dans un mouvement d' une infinie douceur. Privée de la vue, elle s'était abandonné à cette douce caresse d'une tendresse inouïe dont elle ne se serait jamais crue capable. Jamais elle n'avait embrassé ainsi. Quelque chose était différent dans sa manière de presser ses lèvres contre celles d'Octavius. Quelque chose était différent dans les battements de son cœur... Peut-être était-ce cela ? Les battements de cœur. Oui. Un accordage affectif avait lieu entre Octavius et Cassidy. Une sorte d'alchimie singulière, permettant un parfait ajustement tonico-postural, corporel, et psychique. Owen et elle s'étaient embrassés, oui. Ils avaient d'ailleurs été bien plus loin dans les élans charnels, mais ce qui avait toujours manqué entre eux apparaissait là comme une évidence : il n'y avait jamais eu de battements de cœur de la part de la jeune femme. Une absence de palpitations, de symbiose affective, venant remparder et limiter considérablement les échanges entre eux. Pour faire plus simple, jamais la jeune femme ne s'était autorisée à tomber amoureuse, et jamais elle ne l'avait été.

Elle le sentait contre elle. Frémir, respirer. Les moindres variations de sa respiration. Son souffle tiède se mêlant au sien, la chaleur dégagée par son torse dont elle pouvait ressentir les moindres reliefs abdominaux, et les cicatrices irrégulières. Les tensions des muscles qui la serraient contre lui. Sa large main était venue se placer dans le creux de son dos, la plaquant davantage contre lui de manière à ressentir au mieux le présent qu'elle lui offrait enfin. Cassidy sentit les doigts masculins se refermer sur le tissu délicat de cette robe déchirée qu'elle haïssait, dans un geste compulsif. Pourquoi s'y raccrochait-il tant ? Craignait-il qu'elle ne se dérobe brusquement ? A cette pensée, les lèvres de la jeune femme s'étirèrent en un fin sourire tandis qu'elle prolongeait le baiser, souriant contre ses lèvres. Elle n'avait plus l'envie de s'enfuir ou de le faire fuir. Cette étape était révolue. Désormais, elle ne désirait qu'une seule chose ; avoir la chance de pouvoir rester avec lui. Une chance... Oui, il s'agissait réellement de cela. Aurait-elle cette chance ? Lorsqu'elle pensait à l'avenir si incertain qui se profilait, Cassidy ne pouvait s'empêcher de trembler face à ce qui l'attendait... Non, face à ce qui les attendait désormais. Ils étaient maintenant deux. Mutuellement, ils s'étaient entraînés l'un l'autre, et il avait embarqué à ses côtés vers une destination inconnue, mais probablement très dangereuse et incertaine.

Lentement, comme à regrets, Cassidy s'écarta, se dérobant de son emprise provoquant chez lui un avancement de tête qui la fit doucement sourire. C'était comme tenter d'éloigner une abeille d'une fleur gorgée de pollen. Avec une félicitée nouvelle, elle constata que malgré l'éloignement de leurs corps qu'elle avait elle-même provoqué - après les avoir rapprochés, quelque chose perdurait entre eux désormais. Pour elle en tout cas, elle n'était pas encore en mesure de décemment parler pour lui. Et elle ne le ferait jamais. Toujours était-il que dans son fort intérieur, elle le sentait, quelque part en elle. Il était encore là, il avait désormais sa place dans son cœur. Éloigné, mais terriblement proche.

« Je reste. Moi aussi, j'ai besoin de toi. Est-ce que cela excuse l'imposture de la bibliothèque ?
- Ça excuse tout. »

Les iris tourmaline de la sorcière s'écarquillèrent à ses dépens tandis qu'un sourire se dessinait maintenant sur les lèvres rougies du sorcier. « Ça excuse tout. » Par Merlin, elle ne lui en demandait pas tant. Alors qu'elle ouvrait la bouche pour contester, tenter de lui faire entendre raison, Octavius ne lui en laissa pas l'occasion. Grisé par le baiser offert, frustré par le vide engagé entre eux, il franchit la limite. De nouveau. Immobile, les sourcils froncés devant son pardon infini qui la mettait mal à l'aise, Cassidy n'eut même pas le temps de commencer à protester qu'il avait de nouveau rassemblé leurs êtres. Elle l'observa, lui et son regard brûlant d'une lueur qu'elle connaissait déjà mais à laquelle elle n'avait jamais prêté attention. « J’ai tellement de désir pour toi que je m’en étouffe. », lui avait-il avoué avec passion quelques instants auparavant. Jamais elle ne se serait laissée aller à émettre ne serait-ce que l'once d'un minuscule doute. Lentement, il porta ses mains robustes sur sa peau frémissante, encore quelque peu engourdie de la douce étreinte qu'ils avaient si délicieusement partagé, venant lui transmettre la fièvre qui l'habitait. Un toucher brûlant. Ardent. La passion était là, incontestablement. Après avoir frôlé du bout des doigts la peau fine de son buste opalescent, ses longs doigts vinrent rejoindre l'ossature délicate de ses omoplates, semblant pendant quelques secondes y jouer quelques notes de piano avec légèreté, avant que le toucher ne devienne plus franc. Les paumes masculines virent se poser, d'une seule intention, à la base de son cou nacré tandis que les phalanges se dépliaient déjà souplement, telles des lianes enchantées, venant se perdre dans les ondulations vertigineuses de sa chevelure à la liberté retrouvée. Une sollicitation, une invitation à lui laisser mener la danse la prit de court. Les yeux écarquillés devant cette audace nouvelle, d'abord quelque peu réticente, l'étudiante finit - devant son regard doux et délivrant une tendresse infinie, par plier. Doucement, elle accepta de se laisser aller sous la pression de ses doigts emmêlés dans quelques mèches blondes. Souplement, sa tête suivi le mouvement mi-imposé, mi-proposé, se laissant aller dans le creux de sa paume. La gorge hâlée ainsi offerte, la nuque reposant sur le seul appui de sa main, jamais Cassidy ne s'était sentie aussi mise à nue. Abandonnée dans une position d'acceptation. La confiance. Jamais elle n'avait accepté ce genre de chose auparavant parce qu'elle ne s'était tout simplement jamais sentie en confiance, et n'avait jamais accepté de l'être. Prenant son visage en coupe, ses doigts venant épouser avec mille précautions les courbes de sa mâchoire, il se pencha sur elle. Les rôles s'étaient ainsi de nouveau parfaitement inversés. Si elle s'était aventurée à se hisser pour venir déposer ses lèvres sur les siennes, le voilà qui courbait l'échine pour les retrouver. Enfin, presque.

Une pluie, des milliers de petites gouttelettes d'eau tombées du ciel. Presque aussi agréable que celle de la mousson d'été qui venait nourrir la terre et les cultures chaque année en Inde. Elle s'était attendue à un seul baiser. Un seul, mais plutôt enflammé aux vues de la tournures des événements et de l'invitation à l'abandon, sollicitée par ce mouvement de douce pression exercé dans ses cheveux dorés. Une nouvelle surprise qui fut d'autant plus accueillie avec joie qu'elle ne l'avait absolument pas présagée. De petits baisers volages, une pluie de lèvres tendres et délicates venant épouser avec application l'ourlet de ses propres lèvres. Enivrée, comme en miroir à Octavius, les paupières de la jeune femme se refermèrent calmement. Rideau de cils noirs ne lui laissant que l'ouverture aux sensations procurées par ce contact fébrile et gracieux. Des papillons dans le ventre, des papillons sur la peau. Ces survols subtiles, tout en délicatesse venaient combler quelque chose en elle. Une sorte de grand vide, d'immense gouffre vertigineux. Ces petites caresses pudiques mais néanmoins brûlantes venaient au moment où elle en avait le plus besoin, comme une seconde peau protectrice et ré-unificatrice. Un instant, il lui sembla entendre les craquements de son enveloppe corporelle venant témoigner d'une réparation, d'un raccomodage de pans entiers de son être.

Puis, le vide. Dans un imperceptible froncement de sourcils, Cassidy rouvrit les yeux. Apaisée par ce torrent de baisers fugaces, ce soudain éloignement avait quelque chose de frustrant. Toutefois, cela ne dura que quelques secondes puisque l'instant d'après, le sorcier s'était de nouveau penché sur son visage pour venir cette fois, envelopper ses lèvres dans un baiser langoureux. Tandis que les doigts masculins s'étaient de nouveau refermés sur sa nuque gracile, mues par une soudaine envie, les mains de la sorcière s'animèrent à leur tour alors que le bibliothécaire se reculait avant de revenir dans une orientation quelque peu différente, de manière à goûter ses lèvres de toutes les façons. Presque dans l'urgence, les doigts féminins rejoignirent l'angle de la mâchoire du bibliothécaire, remontant tendrement le long de son ossature avant de s'arrêter juste à la naissance du lobe de ses oreilles. Langoureusement, ses doigts se séparent pour mieux en envelopper le contour et, alors qu'il se rapprochait de nouveau, elle l'attira à elle dans un mouvement presque compulsif, venant combler l'espace pour mieux retrouver le doux contact de ses lèvres qu'elle se surprenait à aimer tant. Penchant son visage sur le côté, elle ajusta l'angle de manière à venir épouser parfaitement ses lèvres tandis qu'il se perdait de nouveau dans le piège de sa chevelure de blé, lui communiquant son ardeur et sa fougue. Le contact de la main virile sur sa joue lui arracha un nouveau frisson tandis que ses paupières se refermaient. Elle goûtait au contact de ses mains et de ses baisers. Tous ses baisers. Qu'ils soient volages ou passionnés. Sur ses lèvres ou sur son visage. Le contact ferme mais relativement précautionneux de ses phalanges sur sa nuque vint hérisser la naissance du duvet translucide recouvrant cette dernière. Les poils de sa courte barbe sous ses paumes venait réveiller une soif de chaleur corporelle, une fébrilité toute nouvelle. Contrôlait-elle encore quelque chose ? Si l'on se fiait aux tremblements qui parcouraient l' entièreté de son corps fuselé, il semblait bien que non. Tout en lui l'attirait indéniablement, même s'il était encore trop tôt pour qu'elle ne puisse le reconnaître. Son regard pétillant, ses lèvres fines, sa peau brûlante, ses mains puissantes, la manière qu'il avait de se forger un chemin en usant de son nez et de sa barbe sur ses joues avant d'atteindre ses lèvres. Tout.

De nouveau, il s'éloigna alors qu'elle laissait glisser ses doigts le long de son visage, suivant la courbure de ses pommettes et l'angulation de sa mâchoire, avant que ses bras ne retombent le long de son corps. L'instant entre parenthèse était fini, mais l'une des mains de l'homme restait toujours solidement ancrée dans la peau de sa nuque, comme s'il était dans l'incapacité totale d'envisager de perdre totalement son contact physique. Toussotant, Cassidy replaça une mèche rebelle que le baiser échangé avait ramené entre eux. Bon sang, cette douce chaleur qu'elle sentait poindre sur ses joues la mettait terriblement mal à l'aise, elle qui n'était ni habituée à ça, ni encore totalement prête à assumer ses ardeurs qu'elle commençait tout juste à ressentir et à s'approprier. Après avoir passé son pouce au coin de ses lèvres, en retirant la légère bavure, Octavius eut l'air un instant... surpris, avant de murmurer :

« L’on dit qu’une fois un désir satisfait, il perd de son intérêt… alors pourquoi est-ce que je ne fais qu’en vouloir davantage… »

Peut-être parce qu'il n'y avait pas qu'un simple désir charnel, mais que quelque chose de plus profond était en train de se tisser entre eux ? La jeune femme n'était guère une experte en la matière. Sans répondre, ses prunelles turquoises vrillées dans les siennes, Cassidy se contenta de soutenir son regard de jade, en dépit de ses joues qu'elle ressentait comme rosissantes sous l'assaut de sensations et émotions dont elle n'avait guère l'habitude. Son dernier réel contact physique remontait à la gifle que lui avait administrée son père cet été, lorsqu'elle avait eu la mauvaise idée de venir l'interrompre alors qu'il était en train de parler. Cette gifle brûlante avait été d'une telle force, d'une telle puissance qu'elle l'avait littéralement projetée sur les graviers de la demeure familiale. Même si sur le moment, la Rowle ne s'était pas concentrée sur les sensations corporelles qui s'en été suivies, maintenant fermement le clivage entre son corps et son esprit, intuitivement elle savait parfaitement que les sensations provoquées n'avaient pas réellement été les mêmes. La douleur cuisante contre le plaisir charnel. La haine fiévreuse et bouillonnante contre l'affection tendre et suave. Le rejet antipathique contre l'attirance passionnée. La force brute et primitive contre une puissance précautionneuse et respectueuse.

La caresse de ses doigts sur sa joue lui arracha un fin sourire et elle porta doucement sa main contre la sienne, tentant vainement de la recouvrir. Sa paume était chaude et douce, légèrement rugueuse par endroits, mais cela ne la dérangeait en rien, bien au contraire. Cette légère callosité apportait un vague relief à son toucher, quelques irrégularité aidant à mettre sa sensorialité en exergue, de la même manière que lorsque les poils de sa barbe venaient caresser sa joue. Octavius finit par sourire lui aussi, avant de trouver une nouvelle technique pour la soulever du sol, venant enserrer ses cuisses nues d'un seul bras comme si elle ne pesait pas plus lourd qu'une plume. Il n'arriverait jamais à la soulever ainsi, c'était impossible. Un rictus moqueur se dessina sur les lèvres ourlées de l'apprentie tandis qu'elle croisait les bras sur sa poitrine.

« Ce n'est pas que je doute de ta force mais d'une seule main, je n'y crois paaaaas... »

Se sentant décoller, Cassidy eut un moment de déséquilibre dû à la surprise et se rattrapa maladroitement aux épaules du sorcier, avant de laisser échapper un rire cristallin.

« Arrête ! Octavius, arrête, repose-moi ! »

Sourd à sa demande, il fit mine de ne pas l'avoir entendue et se dirigea fermement vers le lit, elle dans un bras, le couvre-lit dans l'autre. Arrivé à destination, il la déposa enfin dessus mais lorsqu'elle se crut libre de tout mouvement, elle comprit qu'il n'en avait pas fini avec elle. Gardant son bras autour de ses cuisses, il la força à s'allonger, l’entraînant par son poids dans un mouvement de balancier. La tête de l'étudiante vint rejoindre le moelleux de l'oreiller, heurtant doucement ce dernier, tandis qu'un poids vint délicatement rejoindre son ventre. Sous l'effet de surprise, ses abdominaux se contractèrent un instant, le temps de comprendre qu'il venait de poser sa tête sur son abdomen. Le regard tourné vers elle, elle sentit d'un seul coup sa main tentant de se frayer un chemin pour venir se lover sous son flanc. Brusquement, un mouvement de contorsion la fit se cambrer violemment, en même temps qu'elle explosait de rire et elle tenta de se soustraire de son emprise avant qu'il ne la retienne. Tentant de reprendre le contrôle de sa voix entrecoupée de petits rires étouffés venant creuser de légères fossettes dans le creux de ses joues, Cassidy lui révéla :

« Désolée si tu t'es pris mon genou mais je suis très chatouilleuse. Ne bouge plus ta main, ou sinon ce sera à tes dépends. »

Elle se concentrait vivement pour s'habituer à la sensation de ces doigts et finalement, au bout de plusieurs minutes de soubresauts qui durent donner mal à la tête du sorcier, sa respiration saccadée se calma progressivement et son corps gracile se décontracta, venant épouser la forme de la main du sorcier. Ce dernier lui souriait tout en dardant sur elle un regard malicieux et quelque peu moqueur. Dans un mouvement de désespoir exagéré, elle ferma les yeux en souriant à son tour, oscillant de la tête sur l'oreiller, venant y étaler un peu plus ses cheveux aux reflets d'argent.

« Tu es infernal... »

Un toucher furtif sur sa main gauche vint délicatement accentuer son sourire alors qu'elle faisait le choix de conserver les yeux fermés, la fatigue se faisant sentir de plus en plus à cause de la position allongée.

« Tu restes ? J’aimerais que tu restes pour combler chaque jour de chaque heure, puisqu’il y en aura tant des jours dans la moindre minute... Et tant pis si c’est un amour dont je suis doucement insensé. Tu envahis mon cœur et mes pensées et j’aime ces moments où tu n’appartiens qu’à moi…
- Je reste, confirma-t'elle dans un souffle. Et effectivement, c'est... - sa voix se transforma en murmure - insensé. Complètement insensé, mais... Je dois reconnaître que lorsque j'arrête de réfléchir, la peur de l'avenir passe au second plan, et... j'apprécie ces moments partagés avec toi. Au final... - elle rouvrit les paupières laissant son regard fatigué se perdre hypnotiquement dans les arabesques peintes sur le plafond -Je... Oui... Je pense que je les ai presque toujours appréciés, quels qu'ils soient. J' avais besoin de quelqu'un comme... toi. Quelqu'un qui me tienne tête, qui sache me canaliser. Dès nos premiers mots échangés lorsque j'ai débarqué dans la bibliothèque à cause de Peeves... Tu m'as irritée, ce qui prouvait déjà quelque chose puisque majoritairement les gens ont tendance à me laisser indifférente. Mais là, face à toi... Une flamme s'est allumée en moi, une flamme de défi. Une... étincelle de vie. C'est ça, je me sens vivante avec toi, toujours. Je ressentais l'envie de me confronter à toi. J'avais besoin de ton humour mordant, et de tes piques agaçantes. Et puis tes rictus... Tes sacrés rictus. Enfin, je ne sais pas... Je pense qu'il doit y avoir des choses... qui... qui ne s'expliquent pas. Sinon comment justifier le fait qu'en dépit de toute la colère, l'énervement, la fureur ou même la rage que tu m'inspirais parfois, je ne craignais qu'une seule chose en réalité... Que tu me laisses. »

Cassidy ne put retenir un bâillement venant trahir son état de fatigue avancé, et laissa ses paupières se refermer, apaisée et épuisée après tant d'événements en une seule soirée. Un concentré bien costaud d'émotions plus variées les unes que les autres et un revirement de situation aussi inattendu que la situation actuelle. Le sommeil arrivait peu à peu, la plongeant dans un état de douce torpeur. Il était temps de dormir et pour la première fois, l'idée de rejoindre les bras de Morphée avant quelqu'un ne l'effraya pas. Il était tard. Paisible, la jeune femme se laissa doucement glisser dans un état de somnolence annonciateur d'une longue nuit. Sa respiration se fit progressivement plus lente et plus profonde signe que l'endormissement était proche. Elle était en sécurité.
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 15 Fév 2017 - 1:24

« Désolée si tu t'es pris mon genou mais je suis très chatouilleuse. Ne bouge plus ta main, ou sinon ce sera à tes dépends.
- Ah ? Voilà encore quelque chose qui nous oppose alors. Je ne sens rien. Je n’ai pas ce reflexe. »

Il avait souri narquoisement mais finalement, il immobilisa parfaitement sa main, ne voulant pas la gêner davantage, continuant à la couvrir timidement de ses regards éternellement perçants, une lueur insondable aux creux des pupilles, une sorte de bienfaisance… C’était à peine croyable, mais elle semblait pleinement s’abandonner. Pour la première fois qu’il la connaissait, Octave voyait sa Sirène paisiblement lovée au creux de l’étreinte des draps blancs, aucune once de méfiance ou d’éveil nerveux prenant possession de son corps et de son visage, soudain lisse et calme comme une perle. Like a bridge over trouble water, I will ease your mind. Il éprouvait une joie intense à la voir ainsi volontairement démunie, portant la couronne de ses cheveux comme un halo cuivré autour de être. Sa tête s’enfonçait dans les coussins et elle semblait se laisser flotter à la surface d’un lac. Les passions retombaient enfin et tout ce qui en restait était un goût douceâtre dans la bouche, le goût du contentement, et dans l’air flottaient les effluves d’une douceur veloutée. Tout cela lui serra le cœur, comme un bonheur si pressant et réel que l’on n’osait véritablement y croire. Pourtant il savait qu’il leur fallait vivre cet instant à pleins poumons, comme l’on respire une première goulée d’air les matins enneigés, car il pourrait être leur dernier, et plus jamais la vie n’allait être aussi belle que maintenant. Elle finit par se calmer, murmura une taquinerie les yeux fermés, un peu de velours l’enveloppant éternellement dans une exquise chaleur, et Octave crut l’espace d’un instant retrouver ces années perdues. Il y sourit tendrement à cette pensée, sentant le passé l’envahir, la nostalgie se nouant au présent d’une étreinte solide tant les sensations semblaient se confondre. Cassidy lui parlait tranquillement et il se surprit à avoir une douleur dans la poitrine, fantôme d’un mal révolu, mais qui reprenait racine alors que les sentiments naissants prenaient des formes un peu trop coutumières. Qu’il était agréable parfois de se bercer dans ses souffrances, et puisque celles-ci refermaient en elles tant de joie, il y revenait soudain, comme un âne retrouvant sa mangeoire. L’émoi se tarissait, puis repartait à nouveau, serrant sa gorge d’une poigne acide alors qu’il écoutait calmement la jeune femme se confesser dans un murmure, comme si l’on froissait du papier. Non, c’était l’inverse, les joies qui fleurissaient en sa poitrine lui en rappelaient d’autres, des plus anciennes et plus amères aussi, se fondant dans l’instant présent comme un dégradé d’horizon. Mais ces joies étaient mêlées à tant de poison et de tristesse que la morosité s’infiltra sous sa peau. Qu’est-ce que cela changeait d’aujourd’hui finalement ? De l’amour qui s’était tantôt fondu dans un malheur diffus et pénétrant. A vrai dire, tout cela était confus.

« J' avais besoin de quelqu'un comme... toi. Quelqu'un qui me tienne tête, qui sache me canaliser. Dès nos premiers mots échangés lorsque j'ai débarqué dans la bibliothèque à cause de Peeves... Tu m'as irritée, ce qui prouvait déjà quelque chose puisque majoritairement les gens ont tendance à me laisser indifférente. Mais là, face à toi... Une flamme s'est allumée en moi, une flamme de défi. Une... étincelle de vie. C'est ça, je me sens vivante avec toi, toujours. »

Des mots familiers lui parvinrent en écho. Etait-ce les siens ou ceux de quelqu’un d’autre ? Ah, indéniablement les siens. Oui, quelque chose de ce goût-là, cela il y a plus de cinq ans. Sauf que sa propre voix était une supplique discontinue qui montait et retombait, saturant l’air de ses cris désespérés, comme une odeur un peu trop forte et désagréable. Un souvenir lui revint à l’esprit, aussi saisissant qu’un rayon de soleil. Il faisait chaud cet été-là, 1990, même les nuits étaient brûlantes. Les traits de Jane étaient flous, probablement à cause des larmes qui perlaient des yeux d’Octave à ce moment-là, mais il se rappelait très clairement, pour une raison qui lui échappait encore aujorud’hui, peut-être par effet de contraste, ses minces épaules nues et la raie en biais de ses cheveux qui se détachait du reste par sa netteté à travers le halo de douleur où s’estompait déjà un peu sa grâce perdue. Il lui avait crié quelque chose de semblable à l’époque. Certainement pas avec les mêmes mots, mais le sens était là, beaucoup moins paisible que maintenant. La peur d’antan se mêlait à la tranquillité de l’instant présent et un mélange improbable se faisait. Octave avait baissé les yeux, faisant mine de réfléchir, sa respiration étant devenue mécanique et son corps demeurant immobile pour ne pas éveiller quelques soupçons. L’angoisse recommençait, comme avant. Il avait appris à être heureux par soi-même avant d’être capable d’être heureux avec quelqu’un, rendant la confiance très relative qu’il offrait parfois aux autres encore plus difficile. Lorsque la félicité venait d’autre part, il avait toujours le sentiment de ne pas le mériter et avait peur que, d’un instant à l’autre, quelqu’un vienne lui dire qu’il y avait eu une grossière erreur, que ce bonheur-ci n’était en fait pas le sien. Et puis ces souvenirs troublés qui remontaient à la surface, comme un rappel de ce qu’il en avait toujours été pour lui : un éternel combat. Rarement lui avait-on donné de la considération par gentillesse et véritable intérêt, alors au lieu d’attendre, il courrait s’en saisir à la volée, se sentant par contrecoup en imposteur qui avait forcé un destin qui ne lui était encore une fois pas destiné. Son cœur se serra tant il ne savait pas définir ce qu’il ressentait, ne parvenant pas à faire le tri entre ce qui appartenait au passé et ce qui était tangible. Sans s’en rendre compte, il s’était accroché à la main gracile de sa Sirène…

« Sinon comment justifier le fait qu'en dépit de toute la colère, l'énervement, la fureur ou même la rage que tu m'inspirais parfois, je ne craignais qu'une seule chose en réalité... Que tu me laisses. »

Il avait relevé les yeux, attendri, et soudain, il comprit. Il croyait retrouver des années perdues, alors que c’était de nouvelles qu’il découvrait et qui s’étalaient à ses yeux. Des années oppressantes et dangereuses, mais qui abriteraient des instants comme ceux-là, débordants de tendresse sincère. Octave la regarda, étendue comme une Vénus entre les plis de drap, des vagues de cheveux baignant son visage tranquille, et se dit que c’était le soleil qui deviendrait le symbole de cet avenir mitigé. L’écume des souvenirs s’était évaporée et il s’apaisa silencieusement comme si rien n’était advenu. Des jours nouveaux se profilaient, plus riches en promesses que les anciens, et bien que quasiment tout échappait aux certitudes, il demeurait bien, parmi ce flot obscur, une évidence :

« Depuis notre rencontre, la seule chose qui finalement n’a pas changé, c’est cette tendresse que pour toi j’éprouve, c’est cette silhouette que j’aime détailler. »

Une réponse évasive, pas vraiment concrète, mais une réponse quand même à toute ces inquiétudes révolues aujourd’hui. Malgré tout, quelle qu’eusse été leur aventure, Octave n’avait jamais pensé à s’en détacher de ses propres forces. Il aurait pu et aurait peut-être même dû, mais que voulez-vous, les attachements ont leurs propres mystères pour combattre la raison. A aucune occasion n’avait-il désiré lâcher prise et tomber dans l’indifférence. Ah, non ! Il aurait préféré être celui que l’on éconduit plutôt que de sentir une telle flamme mourir avant même de n’avoir pu se transformer en brasier. Il sourit encore une fois, se disant que décidemment, comme un poète, il aurait vendu sa gloire pour pouvoir nourrir ne serait-ce qu’un peu d’amour.

Il voulut répondre quelque chose d’autre, plaisanter un peu pour essuyer le fond de gravité qui l’habitait, mais il sentit la respiration de Cassidy se rythmer paisiblement sous sa tête et il s’arrêta de respirer. Elle était parfaitement quiète, comme une plante. Ses joues étaient roses et ses grands yeux clos, sans qu’un mouvement n’en échappe et cet état de complète torpeur, d’abandon confiant, aspira à Octave un tel ébahissement qui ne pouvait donner à entendre qu’il n’aspirait à rien d’autre que protéger ce doux sommeil. Le bibliothécaire, n’avait d’autre solution, d’autre désir et d’autre projet que de donner à cette nymphe endormie sous le hâle des bougies, à cette orpheline aux yeux battus, aux ombres creusées jusqu’aux tréfonds de son âme, un endroit où elle pourrait ainsi demeurer éternellement en paix. Sa Cassidy méritait une telle limpidité – oui, plus que jamais, sa Cassidy. Une tranquillité telle qu’elle n’aurait plus à douter de rien, ni de leur avenir, ni de leur passé et encore moins de lui-même. Il la voulait sur une plage, ou dans un lit de drap blanc, dormant sur le ventre et ses cheveux sauvages s’étalant sur son dos en une rivière de soleil et d’ivoire, une jambe nue creusant son nid contre le matelas, et les fenêtres ouvertes. Il était certain qu’il aurait pu l’observer ainsi sans voir le temps passer tant ce spectacle empli de volupté avait quelque chose de profondément envoûtant. Octave se refusait à dormir, se nourrissant de cette réalité encore fragile, la mêlant à quelques hallucinations et ruminations de son imagination qui, il en était certains, allait peupler ses nuits d’insomnie. Il éliminait le flou superficiel et, en amoncelant l’une sur l’autre des pellicules de vision transparente, il traça d’elle une image fantasque : entièrement nue, baignée par la lumière du matin, baignant elle-même entre les draps tel un rayon de soleil, avec cette indescriptible sérénité doucereuse sur le visage.

Il avait attendu qu’elle s’endorme parfaitement et que sa somnolence ne se transforme définitivement en sommeil pour s’écarter. Il s’était assis sur le matelas, surplombant le petit corps pâle de la masse avide de son propre corps. La torpeur le guettait, mais il continuait à l’observer, n’osant pas rompre le périple enchanté par quelques rêveries. Les nuits passaient vite, alors que l’éveil forcé pouvait durer une éternité. Et il aurait aimé, que cela dure une éternité, que jamais personne ne vienne les interrompe, ni la vie, ni le jour, qu’elle reste ainsi endormie jusqu’à ce que les dangers s’amenuisent pour qu’elle se réveille enfin dans un monde où elle pouvait vivre comme elle dormait : avec apaisement. Un apaisement d’exister sans avoir peur de la mort ou de la souffrance.

Octave finit par s’allonger à côté d’elle sans la toucher, de profil, ayant peur qu’un contact ne l’éveille. Il posa sa tête sur un bras replié et la regarda longuement, se plongeant dans quelques rêveries dont seul lui détenait le secret. Mais finalement, sa tête finit par tanguer alors qu’il continuait à lutter contre le sommeil, ses songes conscients se mêlant déjà à ceux que lui réservait le repos. Il finit par s’allonger complètement et eut un sursaut coupable lorsque sa bien-aimée hoqueta, débitant quelques propos incompréhensibles du bout des lèvres avant de se retourner vers lui, emmenant sa lourde chevelure dans son passage, sombrant dans l’opacité bienheureuse de sa belle inconscience. Heureusement, l’hôtel avait les murs épais et rien ne venait troubler le mielleux silence qui les recouvrait d’un duvet épais. Et alors qu’elle dormait, Octave restait figé, respirant à peine, les paupières de plus en plus lourdes, mais ce picotement dans les yeux ne lui faisant que plus clairement ressentir la combustion interne qui le ravageait doucement. C’était comme regarder une forêt brûler au loin. Plusieurs fois, il s’était laissé sombrer dans une demi-inconscience, s’assoupissant pour se réveiller un peu plus tard, sentant sur sa peau les rayons chaleureux de sa Sirène ou les mouvements lascifs de son corps endormi. Quelques fois, sous l’œil éveillé de son gardien, Cassidy vint à la rencontre d’Octave, lovant sa main ou sa jambe contre son épaule ou ses pieds, et puis soudain elle changeait languissamment de position, se retournant, s’emmêlant dans ses cheveux, faisant tomber les draps. Alors que la lumière grise se faisait derrière les rideaux, elle avait fini par pencher sa tête vers lui, touchant de sa joue ses phalanges immobiles, mettant ainsi définitivement fin à son endormissement. Dès lors, il l’avait regardée sans discontinuer, comme l’on détaille un tableau où l’on découvre toujours plus de plaisirs à force de le regarder.

Vers neuf heures, il avait glissé tel un drap d’une étreinte incomplète qu’avait fini par lui offrir Cassidy en abattant un de ses bras sur son cou. Doucement, sans faire de bruit ni de remous sur le matelas, Octave s’était défait des enchevêtrements de ce lit à contrecœur. Récupérant la couette au sol, il recouvrit le corps de sa Sirène avec avant de lui écrire un mot sur un bout de parchemin qu’il abandonna sur l’oreiller avant de disparaître, emportant ses affaires avec lui pour rejoindre comme si de rien n’était ceux avec qui il devait passer le reste de son séjour. Malheureusement, il n’avait pas le droit au désistement, ni aux retards.

« Le jour nait, tu te réveilles, mais rien de nouveau à l’horizon ni de changé. Mes baisers demeurent sur tes lèvres, comme hier, comme maintenant, comme toujours. »


-Fin-

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[26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres.

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