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[26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 446

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Dim 9 Oct 2016 - 0:28


26 Septembre 1997
Vendredi.



Demain, c’était l’anniversaire de Manu. Il allait fêter ses trente ans. Mais comme c’était quelqu’un de particulièrement exubérant, ce qui expliquait probablement pourquoi ils s’entendaient si bien avec Octave, il profitait que cette année la date tombe un week-end pour étendre les festivités sur deux, voire trois jours. La deuxième moitié du vendredi était réservée aux amis, au Spa et au restaurant gastronomique à la dernière mode de la capitale, programme en somme très sage pour combler sa tendance au luxe dont il fut aussi brusquement que tragiquement privé à l’âge de dix-huit ans. Son nom complait se trouvait être Emanuel d’Anselme, fils d’une américaine dont Pierre d’Anselme s’était entiché et qu’il avait recueilli sous son aile alors qu’il disposait déjà d’une épouse. Manu était l’union d’un amour passionné et sincère, ce pourquoi il reçut le nom de son père et même les droits qui allaient avec, au détriment des sentiments des enfants légitimes et de leur mère. Il avait grandi dans les appartements de son père avec toute la famille, contrairement à sa mère qui disposait de sa propre demeure à la lisière de Paris et où Monsieur d’Anselme se rendait tous les soirs, ne se soustrayant jamais à son devoir d’amant. Mais pareille à une pierre polie par les vagues de l’océan, l’amour s’amenuisait avec le temps, jusqu’à ce que la maîtresse soit éconduite après vingt ans de loyaux services. Sous la pression familiale, Emanuel ayant perdu sa protectrice, Pierre finit par mettre son bâtard à la porte, sans rien d’autre que l’éducation reçue, prétextant le déshonneur du nom parce que son fils avait des penchants sexuels contrenatures. Il avait dix-huit ans à l’époque, un diplôme moyen en poche, et son caractère peu rigoureux, voir même laxiste, couplé à une tendance franchement noctambule, qui lui était venue à force de profiter de l’argent illimité en soirées interminables, ne le prédestinait pas à une grande carrière. De toute manière, cet abandon l’avait rendu conciliant et il se consola dans un métier de barman dans lequel il réussissait si bien qu’il se retrouva propulsé dans les coins les huppés de ce monde.

Ils s’étaient rencontrés lors de circonstances douteuses, à une époque où Octave avait la main beaucoup plus lourde sur la bouteille et les fêtes que maintenant. Le jeune détective consultant prétendait pouvoir préparer un meilleur Cosmopolitant que le barman et ils s’étaient tout naturellement lancés dans une course à celui qui ferait mieux. Depuis, leur amitié n’avait fait que se renforcer, d’abord nourrie par l’alcool et la débauche de la jeunesse, puis par les diverses épreuves que la vie avait entreposé sur leur chemin. Leurs caractères tout aussi contraires que semblables avaient mûris dans une loyauté sans faille qui n’avait fait que se confirmer au fil des années. Ils avaient donc tous deux la certitude absolue de toujours pouvoir compter l’un sur l’autre, en tout et à n’importe quel moment, ce qui était on ne peut plus vrai.

Octave s’était arrangé pour se libérer plus tôt en cette journée, raison pour laquelle il avait exécuté son méfait dans les appartements de sa tendre sirène dans la matinée. Ainsi, le cœur léger, il s’en était allé retrouver Emanuel à 16H30 en face du Lanesborough, un hôtel qui se trouvait au centre de Londres, en face du Hyde Park Corner. L’établissement n’avait pas toujours été sorcier. Il y a encore deux siècles, la bâtisse appartenait à une famille de moldus, jusqu’à ce que l’héritier mâle s’avère être un sorcier. Celui-ci, mu par l’orgueil d’être autre, s’arrangea bien vite pour réserver l’hôtel particulier aux gens de son espèce. Mais la demeure faisait partie du patrimoine architectural de Londres et le faire disparaître du jour au lendemain n’était pas possible. Alors il fit plus simple, n’autorisant que la clientèle sorcière à réserver dans son établissement. Nombreux étaient les moldus qui se targuaient d’avoir passé une nuit dans ce prestigieux et ô combien réputé palace, mais en réalité, depuis au moins 1856 aucun humain dénué de pouvoirs magiques n’y avait dormir. Pour eux, la liste de réservation, celle de l’hôtel tout autant que du restaurant, était remplie sur les décennies à venir. Et comme l’on y voyait toujours plein de monde, personne ne suspectait jamais rien, la magie pure étant cachée à leurs yeux par des illusions. Octave y avait réservé encore l’année dernière, trois chambres pour tout le week-end, ainsi qu’une table, Manu lui ayant spécifié qu’ils étaient six. C’était un accord tacite entre eux qui avait pris racine dès les premiers mois de leur rencontre, où Octave avait pris l’habitude de palier par sa richesse la totale absence de moyens de son ami, qui continuait pourtant inlassablement à rêver de palaces cinq étoiles. Cela lui faisait plaisir, alors le dandy n’hésitait jamais à réaliser les demandes informulées de son cher et éternellement pauvre ami, qui continuait à être gêné de ces cadeaux autant que le premier jour, se sentant toujours un peu redevable.

C’est donc yeux baissés qu’il l’accueillit aux portes de l’hôtel, creusant le sol de la pointe de sa jolie chaussure laquée pour l’occasion, avant d’enserrer Octave dans une étreinte étouffante. Malgré un style en apparence assez rigide, Manu parvenait à se donner un air aéré rien qu’en déboutonnant sa chemise et nouant sa cravate à la va vite. Ou peut-être était-ce son jean serré « oh so gay » comme il le disait si bien lui-même. D’ailleurs, ce jean, ils l’avaient achetés ensemble, et il était si moulant que c’était à se demander comme Manu pouvait rentrer dedans, ou pire, en ressortir. Un grand mystère de l’humanité. Après un court bavardage banal mais essentiel sur leurs vies respectives, Manu finit par avouer au bibliothécaire qu’il avait invité son amant régulier, pour des raisons évidentes, ainsi que Penelope, Eve et Elena, de très agréables connaissances de longue date. Octave ne put qu’y sourire, car Elena était l’une des rares avec laquelle il pouvait pratiquer son Russe en tout liberté. Peut-être parce qu’elle avait quasiment son âge ; surtout parce qu’elle avait l’esprit aussi vif que le sien, usant d’expressions qui n’étaient pas bien vues en respectable compagnie, mais qui rendaient honneur à cette langue si fleurie. Penelope était une ancienne rédactrice de mode à la retraite, à l’esprit si ouvert et à l’âge si avancé que ses récits tirés d’une expérience personnelle captivaient son auditoire à chaque fois. Elle était délicieuse comme un bon vin qui aurait bien vieilli. A 56 ans, elle paraissait encore jeune grâce à ses grands yeux tranquilles et aux traits fins d’un visage doux comme les pétales d’une rose. Elle s’habillait toujours de manière distinguée et fantaisiste pour souligner son côté artistique, mais jamais extravagante, nouant ses longs cheveux blonds et bouclés en un chignon lâche à la naissance de sa nuque. Eve était la plus jeune du groupe avec ses vingt-trois années à peine, mais son flegme altier, digne d’une reine qui avait survécu à une tripotée de guerres, et son intelligence particulièrement narquoise la rendaient indispensable pour une soirée telle que celle-ci, en ce genre de compagnie. Sa manière de parler sans jamais faire aucune inflexion dans sa voix était apaisante tout en soulignant son caractère, tandis que son visage affichait une agréablement immuable et subtile expression de dédain.

Les retardataires arrivèrent et Octave put avec attention observer ce nouvel amant qu’il n’avait encore jamais vu et qui, visiblement, était d’une vingtaine d’années plus âgé que Manu. Bien que parfaitement charmant, cet Adonis répondant au doux prénom de Beslan, s’avéra être tragiquement stupide. Décidemment, Manu avait cette étrange manie de s’enticher de gens diablement séduisants mais sans aucune cervelle, qu’il gardait près de lui comme des fleurs qui égayaient ses journées par leur beauté. Peut-être parce qu’il était de ceux qui trouvaient que l’intellect était une exagération qui détruisait l’harmonie de n’importe quel visage ; la beauté, la vraie beauté pour lui s’arrêtait là où l’air intellectuel commençait. Octave entama tout de suite son rituel de flirt avec Elena, et ils se mirent à cancaner comme deux poules sur une étagère. Cela exaspérait toujours le reste du groupe, qui se sentait involontairement être le sujet de cette discussion qu’ils ne comprenaient pas, et parfois c’était effectivement le cas. Car les deux semblables s’amusaient à critiquer l’entourage en chuchotant des expressions slaves dans le creux de l’oreille de l’un l’autre. Et c’est ce qu’ils firent, murmurant au sujet de Manu et Beslan en gloussant discrètement. Un léger raclement de gorge de la part d’Eva suffit cependant à les faire taire, et le petit groupe se dirigea dans l’entrée de l’hôtel, où un portoloin les attendait pour les emmener aux Bain de Lavey, dans les montagnes Suisses.

Il était 20H30 lorsqu’ils se posèrent à la table du restaurant Céleste, attenant à l’Hôtel londonien. Ils s’étaient prélassés dans les eaux chaudes et thermales des Alpes, s’étaient gracieusement alanguis sous de puissants massages orientaux, avaient goûtés aux fruits frais et à des cocktails rafraîchissants. Leurs corps s’étaient purgés des poids et impuretés de ce monde dans des saunas secs ou humides, à feu de bois ou à vapeur, se faisant tantôt fouetter par des balais en branches séchées de chêne ou de bouleau à la manière des russes, ou éventés par de géants éventails dans un style mongole. Pour redonner du panache au corps et au cœur, après les vapeurs à 120° des saunas, ils allaient sauter dans des lacs gelés par la magie, sentant la vie doubler de vitesse dans leurs vaines. Un bon bain de boue de la mer morte acheva d’apaiser les esprits dans une immobilité délicieuse. C’est donc frais, parfaitement propres et délicatement parfumés qu’ils pénétrèrent dans la salle du Céleste, fin prêts à polir toute cette pureté par du bon vin et de la bonne nourriture. Le samedi était officiellement réservé au libertinage le plus complet, digne d’une réception dionysiaque, et le dimanche au décuvage. Il y a longtemps, Octave fût un adepte de cette coutume, qu’ils avaient eux-mêmes instaurés au début de leur relation amicale avec Manu, organisant joyeusement trois journées entières dédiées aux envies du corps et parfois de l’esprit lorsque l’occasion se présentait. Mais avec le temps, et quelques malencontreux accidents, il avait fini par se raviser, délaissant l’alcool, mais surtout la drogue, s’adonnant à quelques activités moins excessives alors que Manu continuait à follement sniffer des rails de coke. Mais il ne le faisait que pour son anniversaire, alors Octave fermait ses yeux emplis d’inquiétude, le laissant faire dans la mesure de l’acceptable. Tout comme les trois femmes, qui avaient finies elles aussi par le connaître.

La salle était d’un sculptural style Regency, alliant harmonieusement en une savante synthèse le goût anglais de la seconde moitié du XVIIIeme siècle avec un retour à l’antique. Il alliait le meilleur des courants exotiques et gothiques, avec pour maître mot le sentiment bourgeois attaché au confort intérieur et à l’ameublement solide. Le mobilier français en bois massif, qui décorait les murs de la salle mais constituaient également l’intégralité de ses tables et ses chaises, représentait avec délicatesse ce goût pour l’artisanat du voisin hexagonal. Le plafond de verre laissait apercevoir les nuages éclairés par la lune, donnant à l’endroit, déjà éclairé par des bougies, une allure singulière, l’un voilant la vue d’une douceur orangée alors que l’autre y rajoutait son relief nacré. L’atmosphère était parfaite. Les vitraux étaient entourés par une frise d’héros de la mythologique grecque, alors qu’au trois poutres du plafond étaient suspendus trois lustres d’un vague mélange d’art déco et de néo-classique. D’une structure dorée, les lustres reflétaient délicatement la lumière des bougies au travers des centaines de lamelles de cristal dont ils étaient ornés, prêtant un attrait envoûtant aux lieux.

Ce décor d’une grande qualité donnait à comprendre que l’endroit, comme tout ce qui s’y passait, était de l’ordre de l’exception, et qu’il fallait donc y convenir. Le groupe d’hédonistes avait alors revêtu leurs plus belles parures, ou en tout cas les plus dignes, pour convenir autant à la beauté du lieu qu’à satisfaire leurs propres goûts. Octave avait donc troqué son habituel trois pièces pour… un autre trois pièces. Celui-ci était d’Anthony Formal Wear, un tout petit tailleur dans les quartiers paumés juifs de la ville, mais par qui passaient tous les avocats et hauts fonctionnaires de Londres. Parfois, pour avoir un costume, il fallait prendre rendez-vous quelques années en avance. Cet ensemble-là, Octave se l’était offert pour son propre trentième anniversaire, et c’est donc tout naturellement, par esprit de tradition, qu’il en avait offert un à Manu, mais en noir, pour qu’il puisse le porter au dîner. Le sien était, quant à lui, d’un bleu marine métallisé, en fine laine peignée italienne, croisée de laine mohaire, ce qui lui donnait son brillant singulier. D’une coupe slim lounge, il avait laissé son veston ouvert, ce qui permettait ainsi de mieux voir le gilet taillé en demi-ovale, plus bas que pour un costume plus commun. Sa bonne longueur permettait une transition harmonieuse vers le pantalon de la même couleur, soulignant harmonieusement sa silhouette élancée. Une cravate de largeur moyenne, strictement de la même couleur que le costume, nouait le col français de sa chemise d’un blanc immaculé auquel faisait écho la petite pochette de coton en pli puffy qui dépassait de la poche avant. Pour nuancer le costume, Octave s’était muni d’une montre à gousset en platine, dont l’extrémité était accrochée au deuxième bouton de son gilet, barrant ce dernier de la courbure de la chaine qui rejoignait la poche de son pantalon. Des boutons de manchettes sans relief venaient unir les manches de sa chemise, y ajoutant une discrète gerbe de froides étincelles lorsque la lumière s’y mirait. Seule une bague, qu’il portait d’ailleurs à l’annulaire de la main droite, venait contraster la tenue somme toute en élégante harmonie.







- 50 Gallions, déclara Manu d’une voix rendue grave par l’assurance.
- Tu ne les as pas de toute manière, rétorqua Anna de son joli accent slave.
- Je les aurai quand tu m’auras donné les tiens parce que j’aurais gagné ce pari, poursuivit Manu d’un ton fataliste en regardant son verre, l’air de rien.
- Impossible.
- Pourquoi as-tu peur de parier alors ?
- Octave ! Скажи мне что это не правда ! (Octave ! Dis-moi que ce n'est pas vrai !)
- Non, non, je ne dirais rien, ni ne ferai rien tant que l’un de vous ne m’aura pas promis 20% sur les gains.
Elena et Manu échangèrent un regard, l’un suspicieux, l’autre souriant, tandis que les deux autres femmes observaient la scène avec une bonne dose de malice sur leurs visages. Il n’y avait que Beslan et Elena qui oscillaient entre franche curiosité et méfiance égale, étant les seuls à ne pas être au courant la particularité d’Octave. Puis la jeune femme dit :
- Très bien, 50 Gallions, mais c’est moi qui teste.
Octave fixa Elena puis Manu à tour de rôle, demandant d’un regard de velours s’ils étaient d’accords, et personne ne broncha, le scrutant en retour dans l’attente du tour de magie spirituel qui, bien que déjà reproduit moult fois, les exaltait toujours autant. Alors l’élégant bibliothécaire se saisit du Menu qu’il lut avec application pendant deux bonnes minutes tandis que Manu cachait une cruauté sauvage envers la russe, sachant parfaitement qu’il avait un avantage sur elle.

Comme à chaque fois qu’ils se retrouvaient ensemble, qu’ils soient à trois ou à dix, leur groupe faisait généralement l’animation visuelle et auditive de toute la pièce. Attirant quelques regards intéressés dans leur direction, personne n’avait jamais toutefois l’air de les désapprouver, tant leur douce et toujours élégante réjouissance se répandait en une ambiance agréablement guillerette. Ils folâtraient sans jamais gêner personne par un geste gauche ou une voix trop portée, agissant comme une jeunesse qui s’amusait dans la convenance des bonnes manières. Le restaurant était plein à craquer de sorciers de la bonne société, majoritairement âgés et engoncés dans des tenues en calicot. Une petite musique tantôt très avant-gardiste, tantôt classique, tantôt d'ambiance, accompagnait le discret brouhaha de leurs conversations. Parfois, un rire cristallin s’élevait d’une table ou une autre, puis le ton redevenait calme, avant de repartir sur une nouvelle passion. Cette agréable atmosphère mondaine était due à la pudique discrétion du service. Les serveurs slalomaient entre les tables sans jamais qu’on ne les voit à moins de les chercher du regard ; un plat arrivait à table, déposé par une main si invisible que personne ne la remarquait, commençant à manger sans se poser de questions. D’ailleurs, la lumière tamisée, concentrée sur le milieu de chaque table par trois hautes bougies pour ne pas plonger les clients dans la somnolence, empêchait de clairement voir le visage de ces nobles employés dont la tête restait bien souvent dans la pénombre. Ils se tenaient toujours droits, ne se penchant jamais à la hauteur de leurs clients, se contentant d’être des mains gantées qui sortaient de l’ombre pour resservir un peu de vin ou du pain.

Penelope, de sa main libre, maniait les petites perles de son collier, très belles, très rondes et toutes égales. Elle riait doucement au jeu qui se tramait, montrant de dents alignées à la perfection et l’envers mouillé de sa lèvre rose, semblant, malgré son âge, aussi jeune que le reste de la compagnie, voir encore plus, avec ses deux bras nus, magnifiques, fins au poignet et aux mains paresseuses. Eve, quant à elle, se contentait d’un vilain sourire en coin, regardant la jeune russe avec empathie. Octave finit par poser le Menu sur la table, dos vers le plafond, et Elena s’empressa de se saisir du sien, faisant onduler ses longues manches à la japonaise d’un vert sourd et recouvertes de dentelles compliquées.
- Tu es prêt ?
- Toujours, ma chère, répondit le concerné en se redressant légèrement, centrant sa cravate bleu marine sur son torse.  
- Le plat à 52 Gallions.
Octave fronça les sourcils, renversant la tête vers le plafond avant de débiter :
- Homard rôti au Tandoori et accompagné d’une purée d’asperges fumées.
Elena écarquilla les yeux avant de se ressaisir pour ne surtout pas laisser paraître sa surprise. Elle plissa même les yeux avant de rétorquer :
- C’était trop simple, trop évident, c’était le plat le plus cher de la carte, forcément que tu t’en souviens. Quel est le vin qui accompagne la poire du dessert ?
- 1985 Château Lafaurie-Peyraguey, 1er Cru classé, Sauternes, France, 100ml, 25 Gallions.

Elena se laissa aller contre le dossier de sa chaise, tourmentée entre le désir de croire à cette mémoire photographique ou soupçonner un subterfuge mis en place par Manu et Octave pour la coincer. Ses fins cils blonds battaient l’air, se refermant sur ses pupilles d’un bleu tranquille tandis que Manu, satisfait, allumait un énième cigarillo du bout de sa baguette magique. La fumée, épaisse et âpre, s’éleva dans les airs avant de venir se prendre dans une bulle invisible qui empêcha sa propagation dans la salle. Eve, d’un geste du menton, lui en demanda un et ils se mirent tous deux à fumer d’un air assouvi, crachant de brûlantes panaches qui allaient s’épaissir en une boule grise sous le plafond. Soufflant par les narines, Manu finit par demander son dû avec insolence et Elena le foudroya du regard en retour, consciente qu’elle avait perdu par désavantage alors qu’Octave rigolait doucement dans sa barbe, habitué qu’il était de ses bagarres insouciantes. Eva taquina la russe de sa langue fourchue mais la conversation fut poliment interrompue par la présence du maître d’hôtel qui s’enquerrait de savoir si ces Messieurs Dames voulaient boire quelque chose pour commencer. Manu se redressa vivement sur sa chaise, jetant son regard suppliant vers Octave :

- Un champagne. Du brut cristal rosé 95 de Louis Roederer ! puis il se retourna vers le serveur et susurra d’une moue boudeuse, Dans des coupes, pas dans des flûtes, et avec un panier de framboises !
Le maitre d’hôtel sourit à ce caprice avec courtoisie, ayant probablement déjà entendu bien pire, alors qu’Octave se laissait aller à un rire beaucoup plus franc, amusé des fantaisies de son ami qu’il avait entretenu durant toutes ces années.
- Des framboises ? Tu ne veux pas plutôt des boudoirs ? demanda Eva, persuadé qu’il devait confondre, mais Manu lui précisa :
- Non, des framboises, j’ai lu que Marie-Antoinette buvait son champagne comme cela, avec des framboises flottant dans la coupe.
Elena, qui lui en voulait encore un peu, grommela orgueilleusement :  
- Elle se tartinait du blanc de plomb sur le visage aussi alors que c’est toxique.
Pour seule réponse Manu piqua :
- On dit plutôt Céruse, la ruskov.

Pour couper court, Octave confirma auprès du serveur qu’ils choisissaient le Roederer quémandé. Dès qu’il s’en fut parti, Eve entama courtoisement une conversation sur la manie qu’avaient les grands restaurants à rendre la lecture de leur carte compliquée avec des noms de plats incompréhensibles. Beslan, qui était danseur de ballet, s’en moqua doucement, si bien que toute la tablée partit sur l'étude approfondie de la carte du Céleste.
- De toute manière, pour toi Beslan, tant que le plat est à moins de 30 dollars, il n’est pas bon, lança Eve à travers la table, ce à quoi le concerné répondit, sans aucun accent étrangement, malgré ses origines arméniennes, juste avec une manie bizarre de rouler les « r » :
- Pourquoi est-ce que tu fais de moi un tel monstre glamour ? Je vais vous raconter la première fois que je suis allé dans un restau chic. J’avais peur d’y rentrer, j’avais l’impression que le portier allait me démasquer, du style « Eh, petit, qu’est-ce que tu fais là, rentres chez toi ! ». J’étais prêt à lui montrer mon passeport pour lui prouver que j’avais vingt-sept ans. A l’intérieur, c’était comme au Louvre, pire qu’ici ! Enfin, à l’époque je n’avais pas encore vu le Louvre, mais c’était comme ça que je me l’imaginais. Le serveur était habillé mieux que moi. Il me tend la carte et je ne comprends rien, mais en même temps j’ai peur de demander, parce que pour sûr, tout le monde va se retourner vers moi avec un regard dédaigneux, pensant, mais qu’est-ce que c’est que ce péquenaud qui ne sait pas ce qu’est un « déflopé ». Et le pire, c’est que le serveur, d’un ton prétentieux, n’a rien expliqué et m’a juste dit qu’il me le recommandait, car c’était le meilleur de la ville. Je me suis senti comme un idiot fini, croyant que tous les restaurants faisaient en fait du « déflopé » et que j’étais le seul ignare à ne pas savoir ce que c’était…

Le récit fut interrompu par des mains recouvertes de gants blancs qui déposèrent des coupes de champagne et deux paniers de grosses framboises sucrées sur la table. Le bouchon partit, résonnant dans la salle et la joyeuse compagnie applaudit le maître d’hôtel qui s’empressa de remplir les coupes du pétillant rosé. Ils trinquèrent en invoquant l’anniversaire de Manu avant de boire une bonne lapée, paupières closes pour profiter de ce philtre qui vous faisait aimer la vie. Profitant de la pause, Manu se pencha vers un Octave occupé à plonger quelques framboises dans sa coupe, alors que ce dernier était déjà en train de repêcher les siennes du bout des doigts avant de les gober. Le bibliothécaire comprit la manœuvre et se pencha aussi pour entendre ce que son ami avait à lui dire en secret.
- Ce ne serait pas la fille dont tu m’avais parlé à la table à côté ?
Octave, qui n’avait pas prêté la moindre attention au monde ambiant, partiellement à cause de l’éclairage qui forçait à ne voir que ce qui se passait à sa table, fronça les sourcils, coupe toujours à la main :
- Quelle fille ?
- Celle qui t’as faite passer pour un chevalier de la manchette devant la moitié de la gente masculine de Londres. La Rowle. On dirait qu’elle est là avec son père.

Vivement, Octave releva les yeux, tournant légèrement la tête sans toutefois la relever, restant proche de celle de Manu au point que leurs cheveux venaient s’entremêler. Ses yeux, qui fixaient la table d’à côté, mirent du temps à s’adapter à la pénombre qui les séparait, mais il finit par voir très nettement que c’était bel et bien elle. Depuis quand était-elle là ? Ne s’attendant absolument pas à cela, il eut un tournoiement maladif des prunelles, une décoloration soudaine de la bouche qui défigura son faciès. Mais il finit par reprendre haleine avec précaution pour que Manu ne l’entende pas respirer et redevint pareil à lui-même. En entrant, il avait reconnu et même salué personnellement quelques connaissances qui lui avaient fait signe de la main, mais il n’avait pas franchement cherché quiconque du regard. Il était rare qu’il se laisse autant absorber par une bonne compagnie, alors lorsque cela arrivait, il en profitait, s’y abandonnant avec franchise. Tandis qu’il ne regardait plus les cheveux blonds, Manu remarqua dans un cynique ricanement :
- Elle est grêle comme une plume, la mignonne… Qui eut cru qu’une si petite chose te torturerait autant…
- Tu sais que ma mère lui a écrit ? Manu ouvrit sa bouche en « O » dans un air d’étonnement amusé avant de pouffer dans l’oreille de son ami. Octave lui fit part dans les grandes lignes du contenu de la lettre et de la manière dont il en fut au courant. Lorsqu’il se retourna pour voir la tête de Manu, celui-ci se mordait la lèvre intérieure pour ne pas s’esclaffer, les yeux pétillants comme le champagne qu’il tenait du bout des doigts.
- Infernale génitrice… Ca fait longtemps que je ne l'ai pas vue. Elle a toujours cet éternel air moqueur ? Cet air d'avoir du cyanure dans sa poche et un demi-setier de chloroforme dans son réticule ?

- Что вы там шепчитесь ? (Qu'est-ce que vous chuchotez tous les deux ?)
Octave cambra sa belle taille, mettant sur son visage une impression de bien-être complaisant, de rêverie interrompue, comme si le champagne lui était déjà monté à la tête. Puis il se pencha vers Elena et lui susurra :
- Завидуешь ? Хочешь, могу с тобой пошептаться. (Jalouse ? Si tu veux, je peux chuchoter avec toi.)
Et ils se mirent à gazouiller en russe à propos de banalités réconfortantes, yeux scintillants et une tendresse emportée faisant sourire leurs lèvres, les une naturellement carmin, les autres rehaussées par une touche de rouge à lèvre. Octave se laissa gracieusement aller au commérage, mais une anxiété étrange avait gagné un coin de son esprit, lui donnant envie de jeter encore un coup d’œil à la sirène. Le jasement d’Elena étant particulièrement agréables, il n’eut pas grand mal à reléguer le malaise au second plan, décidé à se reprendre complètement en main avant de s’aventurer à narguer la potionniste. Manu, en revanche, se redressa sur sa chaise, et jeta quelques regards malicieux vers la blonde de la table voisine avant de prêter attention à son cher et tendre Beslan qui animait la conversation avec les deux autres demoiselles.




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APPRENTI(E)Filière scientifique et médicale
    APPRENTI(E)
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INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Prise, par lui. Mais chut.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 16/06/1975, Inde
SANG SANG: pur
MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Lun 10 Oct 2016 - 23:56

Elle s'était levée ce vendredi matin, une sourde douleur lui transperçant le poignet droit. Grimaçante, elle s'était redressée violemment, s'adossant à la tête de lit tout en maintenant son poignet serré contre sa poitrine. Sous l'effet de la douleur électrique, elle avait fermé les yeux, serrant les dents afin de retenir à grand peine un glapissement de douleur, relativement peu classe. Finalement au bout de plusieurs minutes, celle-ci s'était enfin estompée et Cassidy s'était levée afin de se diriger vers une étagère en vieux bois. Sans la moindre hésitation, elle s'était emparée d'un flacon contenant un liquide rosé, de sa propre composition : Infusion de Rosée de lune, associée à des écailles de Synancée. Cette préparation personnelle ayant reposé pendant cinq jours  ; la durée réglementaire ayant été établie par Burouit en 1756 afin de neutraliser les effets d'ingrédients venimeux, pouvait donc être consommée désormais, le venin imprégnant les écailles ayant été dilué par la décoction. Après avoir vidé le flacon, Cassidy s'était emparée de sa baguette magique reposant sur sa table de chevet, et avait fait apparaître un bandage imperméable afin de limiter les vibrations ressenties dans le poignet et de l'immobiliser, afin de permettre à la potion d'agir au mieux.

Depuis son escapade en Sibérie en la charmante compagnie du professeur Rogue il y avait cinq jours de cela, l'état de son poignet préalablement cassé, avait empiré. Bien que les os eurent été ressoudés grâce à une ingestion rapide de Poussos, la douleur s'était réveillée, lancinante, au point de la tirer de son sommeil de plomb plusieurs fois par nuit. Souhaitant éviter toute complication médicale, la jeune femme s'était alors droguée aux philtres anti-douleurs, avant de songer à expérimenter cette préparation sur elle-même. Dangereux ? Peut-être bien... Mais en attendant, elle n'avait pas pu continuer ainsi. Se basant sur les propriétés des écailles de poisson-pierre lui ayant été enseignées en Inde, et celles de la Rosée de Lune, ayant été découvertes par Cliodna ; druidesse irlandaise, au Moyen-Âge, la jeune femme avait choisi de tenter le tout pour le tout, se refusant à se rendre à l'infirmerie, et encore plus de demander conseil au professeur Slughorn, ou au professeur Rogue qui se seraient certainement posé bien trop de questions. Bien entendu, elle avait pris mille-et-unes précautions en se renseignant dans de nombreux ouvrages de botanique et de potions et même de magie médicale, croisant les informations et les données collectées au cours de nombreuses recherches de chercheurs. Aussi, procédant de manière logique, elle avait rapidement éliminé les combinaisons dangereuses d'ingrédients issus de matières végétales ou animales, noté les éventuels effets indésirables de certains dosages. Précision. Précision et rigueur avaient été ses maîtres mots. Aussi, elle avait soigneusement sélectionné la Rosée de Lune dont l'une des propriétés, à savoir celle anesthésiante, permettait de neutraliser les vomissements pouvant être provoqués par les écailles. Entre le cours particulier de Rogue, ses recherches intensives à la bibliothèque, les cours de soutien qu'elle donnait à des êtres dépourvus de cervelle mais non d'hormones tels Inoue dont la simple vue de ses yeux bridés avait le don de lui taper sur le système, la Rowle n'avait pas eu énormément le temps d'avancer dans ses recherches sur l’Élixir de Longue Vie. Les dernières informations qu'elle avait collecté remontaient à la nuit du vingt-trois, mais avaient été grossièrement interrompues par l'arrivée d'un paon envoyé par Mère Holbrey. Il fallait qu'elle rattrape son retard, aussi la blonde s'était ensuite précipitée sous la douche, afin de se réveiller entièrement.

Bien vite, une odeur caractéristique avait envahi la petite salle de bain adjacente à la chambre, imprégnant le moindre tissu pouvant s'y trouver. Le lys, mais pas n'importe quelle espèce, non. Une espèce caractéristique des Indes. En effet, c'était l'un des rares signes discrets trahissant l'attachement de la Rowle pour son pays natal et la culture dans laquelle elle avait baigné durant vingt ans. A son arrivée en Angleterre, la jeune femme avait du détruire pratiquement tous ses effets personnels aux caractéristiques hindoues, afin de lui prouver son dévouement et son reniement des apports maternels. Bijoux, vêtements, livres, photographies ou encore musiques, tout avait été détruit, annihilé par un feu magique qui étai sorti de sa propre baguette sous le regard attentif de son père. Tout... à l'exception de quelques photos ou encore vêtements qu'elle était parvenue à dissimuler. Cassidy n'avait pas renoncé à l'Inde, non. Et des signes discrets tels que son shampoing aux extraits naturels de Lys oriental pouvait en témoigner. Le Lys, plante herbacée particulière appartenant à la famille des liliaceae regroupant également le narcisse, le muscari, le muguet de mai, la jacinthe ou encore la tulipe, était particulier tant au niveau du symbolisme que de son apparence, en passant par ses effluves spécifiques. Soit on l'appréciait, soit on le détestait en raison de son odeur enivrante pouvant être dérangeante pour certaines personnes à la sensibilité trop exacerbée. Il ne pouvait guère y avoir d'entre-deux. Le Lys oriental quant à lui, possédait quelques spécificités telles que la taille immense des fleurs aux pétales d'un rouge orangé parsemé de petites tâches mouchetées dans les tons mauves, connues par seuls quelques spécialistes occidentaux ou par les natifs d'Inde. De culture un peu plus délicate que le Lys asiatique, il était cependant également plus sophistiqué. Les fleurs ne s'ouvraient qu'en été et possédaient six tépales, composés de trois pétales, et trois sépales identiques. Quant à leur pistil imposant situé au centre de la trompette composée par les tépales, c'était bel et bien ses étamines qui étaient à l'origine de ce parfum si puissant.
Si l'odeur du shampoing était si prononcée et avait pour spécificité de ne pas s'évaporer telles les odeurs de synthèse aux propriétés chimiques, cela était du au fait que la fleur de Lys oriental dont l'odeur était encore plus forte que celle du Lys de la Madone, avait été plongée dans l'huile, y macérant pendant plusieurs semaines afin de capturer l'odeur de la fleur, à la manière des techniques utilisées en parfumerie moderne. En effet, si le Lys de la Madone faisant partie de ces fleurs dites " muettes " en raison de l'impossibilité d'extraction d'essence ou d'absolue, ce n'était pas le cas du Lys oriental, chose que peu de floriculteurs savaient. De ce fait, lorsque la jeune femme sortit de la douche, se sécha rapidement avant d'appliquer un lait hydratant à la cannelle - épice typique d'Inde - et se dirigea ensuite vers son armoire afin de se vêtir, les effluves enivrantes la suivirent au travers de la pièce, à la manière d'un parfum entêtant et entêté.

Il fallait qu'elle travaille, qu'elle avance sur son mémoire. Sa matinée s'était avérée libre, aussi une fois habillée, l'apprentie potionniste s'était dirigée vers la bibliothèque afin de se plonger dans son sujet. Arrivée devant la porte, elle y était entrée silencieusement, saluant Octavius d'un somptueux regard glacé, avant de filer au fin fond de la pièce, hors de sa vue afin d'avoir une chance de pouvoir se concentrer.

A présent, s' étant entourée d'ouvrages plus ou moins anciens et de parchemins relatant des travaux scientifiques dont l'ancienneté faisait peine à voir, Cassidy travaillait. Elle avait sorti l'ancienne plume noire de Rogue et du parchemin, avant de se plonger dans sa lecture. Le destin semblait enfin s'être décidé à être clément envers elle, la laissant travailler en paix et progresser dans les lectures compliquées qu'elle s'était elle-même imposées depuis qu' Horace Slughorn semblait s'être mis en tête de l'éviter comme la peste. Pendant plusieurs heures, elle n'avait pas levé le nez, et personne ne s'était aventuré à venir la déranger, jusqu'à ce que midi ne sonne, la tirant de son travail acharné. Le premier coup de pendule la fit violemment sursauter, allant jusqu'à la faire faire une énorme bavure sur son parchemin, tout en le perçant violemment. Pestant, Cassidy releva ses yeux couleur tourmaline et observa les alentours... Vides. Désespérément et totalement vides. Les élèves avaient du partir déjeuner. Reposant sa plume, la jeune femme se permis un étirement exemplaire tout en fermant les yeux. Merlin, ce que cela faisait du bien ! Une fois ce plaisir accordé, sorcière plia bagage et s’apprêtait à évacuer les lieux lorsqu'elle s'immobilisa. La bibliothèque était vide. Trop vide. Octavius n'était plus là... alors qu'il devait pertinemment savoir qu'elle n'était pas ressortie depuis son arrivée. Elle en était certaine, le sens de l'observation du bibliothécaire était presque, sinon autant accru que le sien. La blonde fronça les sourcils, se figeant, le regard rivé sur le bureau en bois. Quelque chose clochait. Jamais Octavius ne l'aurait laissée seule ici en pleine conscience, s'il n'avait pas eu l'intention de préparer quelque chose. La semaine avait était calme, dangereusement trop calme... Depuis le temps, il devait non seulement s'être rendu compte qu'elle était à l'origine de la mascarade de la bibliothèque, mais aussi qu'il lui manquait plusieurs vêtements qu'elle ne lui avait toujours pas rendu. Pas qu'elle compte les garder en souvenir ou en trophée, non, mais la blonde ne parvenait ni à trouver le temps pour les lui restituer, ni la manière de le faire. Le visage légèrement plus pâle que d'ordinaire, Cassidy s'approcha de l'antique bureau en bois de chêne. Ce dernier, d'un style plutôt vintage, était légèrement surélevé par un piédestal et était composé d'un large espace de travail et de sept tiroirs. Avec mille précautions, parce qu'elle ne tenait pas à avoir à rembourser les ouvrages, elle déposa les livres qu'elle comptait emprunter sur le livre répertoriant les emprunts laissé ouvert au centre, manquant par la même occasion de faire tomber les deux piles de livres reposant sur le côté gauche du bureau, mais aussi la lourde montre de table reposant au centre. Pestant, elle les rattrapa de justesse et parvint à les repositionner comme si rien ne s'était passé. Lentement, elle fit le tour pour venir s'installer dans le fauteuil du bibliothécaire, et manqua d'y disparaître tant le moelleux du fauteuil était... moelleux. Merlin, comment pouvait-il supporter un siège comme celui-ci ? La blonde se redressa avec brusquerie, et se saisit de la plume bordeaux provenant vraisemblablement d'un basilic mâle, qui reposait sur son socle positionné en haut à droite du bureau, avant de dénicher un parchemin vierge. Rageusement, elle y inscrivit rapidement de son écriture fine et serrée, les titres des différents ouvrages qu'elle emportait, ainsi que la date du jour. Afin d'agrémenter le tout, elle y apposa uniquement son nom de famille, suivit d'un C. - au cas où il viendrait à la confondre avec Elyas -, refusant de lui donner accès par écrit à l'intimité que renfermait son prénom qu'il s'était si rapidement approprié le soir de leur dernière rencontre. Une fois ceci fait, la blonde jeta un coup d’œil à la tasse finement décorée contenant un fond de liquide noir impossible à identifier. Prudemment, elle en huma les effluves avant de froncer le nez. Du thé. Préférant nettement le café noir à ce breuvage aqueux, Cassidy s'en détourna et rassembla ses affaires avant de sortir de la bibliothèque pour rejoindre ses cachots.

Tout de suite, elle senti que quelque chose... dérangeait. L'atmosphère était étrange. Dans les airs, une odeur particulière planait, ressortant excessivement à cause de l'humidité ambiante des cachots. Cette odeur... lui était familière mais il lui était impossible d'en retrouver l'origine, comme si son cerveau cherchait à la préserver du traumatisme incroyable que cela pouvait représenter. Fronçant les sourcils, la sorcière dont les bras débordaient d'ouvrages, sortit avec difficulté sa baguette de sa poche et s'empressa de lever les sortilèges de protection hindous qui protégeaient son intimité avec tant de loyauté. D'un pas franc, elle entra et se rendit directement au petit bureau de bois sur lequel elle laissa tomber les livres dont le poids total devait rivaliser avec le sien. Une fois ceci fait, elle se laissa tomber en arrière, sachant exactement la distance à laquelle sa chaise était censée se trouver par rapport à son bureau. Lorsque ses bras battirent de chaque côté de son corps tentant vainement de se raccrocher à une quelconque prise et que ses fesses rencontrèrent durement le sol glacé, la Rowle comprit qu'il y avait un problème. Un vrai problème. D'une ampleur inquiétante. Vivement, elle se redressa en grimaçant et se retourna afin de constater que la chaise avait bougé de sa trajectoire habituelle, étant située légèrement plus à gauche que d'ordinaire. Néanmoins, ce changement avait été suffisant pour provoquer sa chute. Les yeux crépitants tels des lasers, la jeune femme sonda la pièce de son regard clair, passant le moindre recoin aux rayons X. La première chose à attirer son attention fut son lit. Vivement, la blonde se dirigea vers ce dernier et l'inspecta du regard avant de frôler les draps froissés du bout des doigts. Quelqu'un s'était allongé ici, elle en était certaine au vu des plis irréguliers et des creux formés par le matelas dont la qualité laissait tant à désirer qu'il épousait la forme de n'importe quelle chose présente sur ce dernier. Prudemment, la blonde se pencha et huma l'odeur se dégageant de l'oreiller. Toujours cette odeur familière, la même qu'elle venait de détecter dans le couloir.

Alors qu'elle se redressait, les souvenirs lui revinrent tandis que sa mémoire se déverrouillait brusquement. Cette nuit... Le Mangemort... Les buissons... Ses bras autour de sa taille, la plaquant contre son torse avec force. Holbrey. Le poulpe humain. Il était parvenu à entrer ici. Sous le choc, la jeune femme recula de plusieurs pas, se plaçant au centre de la pièce, à distance de tout mobilier comme ci ce dernier s’apprêtait à lui sauter à la gorge. Il lui sembla soudainement que cette odeur qui le représentait, un mélange de noix fraîche et de parfum typiquement masculin, empreignait la totalité de la pièce, se matérialisant tel un brouillard des plus opaques. Retenant sa respiration depuis plusieurs secondes déjà, s'étant mise automatiquement en mode apnée lorsqu'elle avait compris qu' Octavius était entré, Cassidy finit par reprendre une grande bouffée d'air, avec la désagréable impression de respirer son parfum tant celui-ci lui paraissait prégnant alors qu'il n'en était rien puisque l'on sentait davantage l'odeur de Lys que celle du bibliothécaire. Lentement, le corps de la sorcière se remit en mouvement. Le figement était terminé, il fallait inspecter les dégâts. Alors qu'elle s'avançait vers le bureau, un elfe de maison se matérialisa au centre de la pièce. Encore sous le choc, Cassidy ne sursauta guère, se contentant de tourner lentement la tête vers la petite créature tremblotante.

- C'est pour quoi ?
- Miss Rowle, on a demandé à Winky de remettre ces paquets à Miss Rowle, en mains propres.

C'était quoi encore cette histoire ? Rogue avait-il décidé de lui accorder la couette qu'elle escomptait ? Préoccupée, la blonde lui désigna le lit.

- Pose le là-dessus.

L'elfe ne bougea pas d'un pouce, se tortillant sur place, visiblement mal à l'aise. Une flamme brûla dans le regard de la Rowle dont les nerfs étaient à fleur de peau.

- Qu'attends-tu ?
- ... Les ordres qu'a Winky reçu sont formels Miss Rowle. Winky doit remettre les deux paquets à Miss Rowle, en mains propres.

Prête à exploser, la jeune femme parvint de justesse à se contrôler et s'approcha rapidement de la créature tremblotante. Vivement elle lui tendit les bras, dans lesquels l'elfe déposa avec précaution les deux paquets, avant de disparaître aussi vite qu'elle était venue, trop heureuse d'être encore en vie. Rageusement, Cassidy laissa tomber les paquets sur le sol, s'en désintéressant totalement. Il y avait plus grave à gérer pour le moment. Il était entré. Comment avait-il fait d'ailleurs ? La porte ne possédant pas de clé, il était impensable qu'il ait pu trouver une chose n'existant pas, et cette dernière était constamment protégée par des sortilèges hindous qu'elle avait volontairement mis en place dès son arrivée. Ces sortilèges, en raison de leur exotisme, ne pouvaient être levés à l'aide d'un simple "Alohomora". Impossible. Tandis qu'elle réfléchissait intensément, ses yeux clairs observaient les dégâts subtils qu'avait provoqué le bibliothécaire, la plaçant dans un inconfort hors paire puisqu'elle était là reléguée au rang de spectatrice passive et impuissante face à une catastrophe qui n'avait rien de naturel. Il avait du vouloir récupérer ses vêtements, ça devait être ça. Vivement, elle se dirigea vers son armoire et arrivée devant cette dernière, sa main s'arrêta à quelques centimètres de la poignée. Peut-être s'était-il planqué dedans ? Ou alors... Y avait-il placé quelque chose pouvant lui bondir au visage ? Un hibou furax ? Le paon familial ? Sa main suspendue dans les airs finit par s'abattre violemment sur la poignée et l'armoire s'ouvrit en grand. Vide. Vide de toute intrusion. Ses vêtements étaient là, à leur place... Au premier regard, rien ne paraissait avoir bougé. Toutefois, tout avait bougé. Subtilement, sournoisement. L'espace entre les cintres sur lesquels reposaient ses robes avait été réduit, ses sous-vêtements dépliés puis repliés, de même que certains de ses chemisiers. Lentement, la jeune femme s'accroupit et écarta les vêtements afin d'accéder au fond de l'armoire et de constater qu'en effet, les habits masculins qu'elle avait roulé en une boule peu élégante, avaient bel et bien disparu. Leur propriétaire était venu les récupérer, mais... - elle se redressa - qu'avait-il emporté d'autre ? Lui avait-il dérobé quelque chose en retour ? Il était impossible de le savoir tant il semblait avoir touché à tout. Merlin...

- Cass'... respire. Calme-toi Cass... Calme...

Tout avait bougé. Il s'était approprié l'entièreté de son domaine alors qu'elle, ne s'était intéressée qu'à sa penderie. D'un mouvement violent, elle envoya balader les livres sur le sol, faisant s'envoler les parchemins remplis de notes qu'elle gardait sur son bureau. L'un d'entre eux atterri à ses pieds et lorsqu'elle se pencha pour le ramasser, son regard fut attiré par une sorte de petit graffiti en bas de page. Fronçant les sourcils, elle se redressa, la feuille à la main, avant de constater l'étendue des dégâts "HO". Holbrey Octavius. Merlin, le voilà qui avait signé son oeuvre, son méfait inquisiteur. Visiblement, il n'était pas venu ici uniquement dans le but de récupérer ses affaires, non. Cassidy ferma les yeux en inspirant profondément, laissant son bras retomber le long de son corps. Il s'était vengé, et en beauté. Elle avait eu tord de penser qu'après une semaine peut-être se serait-il calmé... Non seulement il s'était introduit ici alors qu'elle pensait que cet endroit était impénétrable, pour récupérer son dû, mais il était allé plus loin. Bien plus loin. Il la poussait clairement à la paranoïa. Torture psychique. Bien joué Holbrey... Bien joué. Je ne suis pas la seule à maîtriser cet art de toute évidence... Comment était-il entré ? Était-ce la première fois ? L'avait-il déjà observée en secret lorsqu'elle dormait ? Sous la douche ? Avait-il lu ses notes ? Humé ses vêtements ? Bavé sur son oreiller ? Peut-être avait-il emporté des sous-vêtements, ou même certaines potions ?
Lentement, Cassidy déposa la feuille sur le bureau et se dirigea vers la salle de bain, une boule dans la gorge. En poussant la porte, ce fut trop. Un sentiment de vide l'envahi, provoquant tout d'abord un figement digne des statues de marbre grecque. Puis, secondairement, l'explosion suivit. Violente. Intense.

- शिट ! बंद बकवास Holbrey !!

La trace d'un baiser sur le miroir central de sa coiffeuse. Un trace rouge. Rouge vif. Tel un amour passionné et dévorant... Ou tel que pouvait l'être le sang. L'intrusion était splendide, d'autant plus que la trace des lèvres colorées était venue se superposer à celles de son reflet. Le baiser l'avait embrassée. La perspective et les dimensions avaient été parfaites. Hasard ou plan soigneusement calculé ? Elle ne le saurait jamais. Retour à l'envoyeur. Cette intrusion ultime au sein de sa personne provoqua la déverrouillage de la porte hindoue maintenue fermée en elle depuis des années. La série de jurons prononcée dans cette langue aux tonalités chantantes vint la trahir, révélant au grand jour son appartenance au monde oriental. En une fraction de seconde, Cassidy rejoignit la coiffeuse et effaça de son poing gauche rageusement la trace parfaite et insolente des lèvres impertinentes. C'était plus qu'elle ne pouvait en supporter. Les veines battaient le long de ses tempes tandis qu'elle examinait avec minutie l'étendue de dégâts. Instinctivement, sa main se porta vers son mascara. Ce dernier n'était plus refermé à fond comme elle avait l'habitude de le faire. Le serrage du bouchon n'était qu'approximatif. Ecoeurée, la Rowle laissa retomber le tube de matière noire sur la surface claire comme si ce dernier l'avait brûlée. Il avait été loin, tellement loin. Bien pire qu'elle. S'en était-il rendu compte ? Elle n'en était même pas sûre tellement le brun avait pour sale habitude de reléguer les limites à ne pas franchir au second plan. Et là en l’occurrence, il était allé bien trop loin. Une boite à bijoux ayant été déplacée vers le milieu de la table attira ensuite son attention. Tu n'es pas à ta place toi... Précautionneusement, elle l'ouvrit et contempla son contenu à distance, interdite à l'idée qu'il ait pu porter la main sur ses effets personnels. Les bijoux renfermés au sein de ce coffret étaient pour la plupart occidentaux. Nombre d'entre eux ; les plus raffinés et somptueux telles ces boucles d'oreilles Harry Winston serties de quatre émeraudes taillées en poires, entourées de cinquante-quatre diamants, lui avaient été offerts par son père. D'autres, en argent, beaucoup plus simples mais néanmoins délicats et élégants étaient des cadeaux qu'elle avait reçu à l'occasion de ses anniversaires et provenaient majoritairement de ses amis, à l'exception de certains d'entre eux qu'elle s'était elle-même offerts. Néanmoins, il y avait dans cette boite une chose qu'elle n'aurait jamais dû avoir en sa possession... D'une main légèrement tremblante, Cassidy en sorti une fine bague en argent, ornée de lapis-lazuli... Pierre typiquement hindoue. Ce bracelet avait appartenu à sa mère. Sans le savoir, Octavius venait de profaner une partie d'elle profondément enfouie dont personne n'avait idée de l'existence. Espérant de tout cœur qu'il ne soit guère un fin connaisseur des pierres, et ainsi qu'il n'eut pas fait le rapprochement entre ce bracelet et l'Inde, la Rowle reposa le bijou à sa place et referma la boite qu'elle replaça à sa place initiale ; en haut à droite, à côté d'une barrette à cheveux en or jaune, sertie d'un rubis grenat, lui ayant été offerte par son père pour son vingt-et-unième anniversaire.
Ses prunelles turquoises désabusées tombèrent ensuite sur le tube de rouge à lèvres qu'il avait si librement utilisé et laissé ouvert au milieu de la table. Doucement, elle s'en saisit et l'observa silencieusement. Ce rouge à lèvres était l'un de ses préférés bien qu'elle ne le porte qu'en de rares occasions en raison de sa couleur très prononcée. Pourquoi avait-il fallu qu'il se saisisse de ce dernier précisément comme s'il avait lu en elle ? Violemment, elle le précipita dans la poubelle avant de se lever... et de déraper sur le tapis qui n'était pas censé se trouver là. Grinçant des dents, elle poursuivit son inspection en ouvrant la douche. L'odeur de Lys était plus prégnante que jamais, signe que le flacon de shampoing avait été ouvert il y a peu. Par la barbe de Merlin... Il s'était introduit jusqu'à ses origines. Cette pensée lui fit l'effet d'un coup de poignard dans le ventre. Vacillante, l'apprentie potionniste referma la douche, prise d'une nausée. Elle se retint au mur pour ne pas tomber, à cause du vertige qui venait de l'envahir brutalement. Elle avait envie de vomir. Vomir sa colère, son angoisse, ses mille-et-unes interrogations qui ne cessaient de bourdonner dans ses oreilles, accentuant ce sentiment de malaise. S'était-il brossé les dents avec sa brosse à dents ? Avait-il usé de sa douche et de sa sortie de bain ?

Tout en regagnant lentement la pièce principale encore sous le choc, la blonde massait son poignet endolori par les heures de prise de notes. Se dirigeant vers son lit, elle leva sa baguette magique vers ce dernier et aussitôt les draps ainsi que la taie d'oreiller s'envolèrent dans les airs avant de retomber sur le sol en un petit paquet blanc. Satisfaite, elle ramassa les deux paquets que lui avait apporté l'elfe, avant de regagner ce dernier et de s'y asseoir, les boites sur ses genoux. Froncement de sourcils. Ce n'était clairement pas une couette, d'autant plus qu'il y avait une enveloppe cachetée par accompagnant les paquets. Jamais Rogue ne se serait donné cette peine pour lui faire porter une couette. Essayant de retrouver un semblant de calme, Cassidy ouvrit la missive et déplia le parchemin de ses doigts fins encore quelque peu tremblants.

Spoiler:
 

Effectivement, deux boîtes y étaient jointes, l’une de taille considérable mais fine, et l’autre qui semblait être un étui à chaussures. La première était nouée en son centre d’un ruban noir, mâte et fin, serré au milieu. L’intérieur était tapissé de rouge saturé, et un papier de soie replié, de la même teinte, recouvrait la robe. Une carte était posée là où les pans de papier se rejoignaient et étaient maintenus par une pastille noire d’adhésif ; cette dernière était signée par L’Wren Scott. La robe, longue et étroite, faisait partie de sa collection d’été inspirée par les œuvres de Klimt, ce qui expliquait le motif circulaire hypnotisant qui descendait en miroir le long de l’axe central, donnant l’impression de volutes de fumée stylisées à la japonaise. Les courbes géométriques étaient cousues en appliqué d’un tissu noir satiné, presque métallisé, sur une étoffe aux reflets sombrement cuivrés. L’ensemble, épousant les courbes du corps avec grâce, était d’une sombre élégance, subtile tout autant que captivant, d’autant que sa simplicité était palliée par un jeu de coutures en profondeur et dont l’étoffe chatoyante rehaussait l’illusion. Au fond de la boîte, il y avait un collier, tout aussi cuivré que la robe, mais beaucoup plus imposant aussi. Se fermant à la base de la nuque, il suivait le cou avant de s’ouvrir sur le buste jusqu’aux épaules, telle une énorme queue de paon, en imitant le motif par des pièces dorées, reliées entre elles par des chaînes dont le dessin était rigoureusement régulier. L’aspect archaïque et sculptural du bijou s’alliait cependant parfaitement à la robe dont il imitait la couleur et y donnant une allure beaucoup plus luxuriante.

La deuxième boîte était d’un beige éclatant, signée sur le couvercle d’un « Christian Louboutin, Paris » à la main. L’intérieur était également rouge, point pas souci de beauté, mais parce que c’était le signe distinctif de ce créateur. Les souliers étaient sculpturaux, d’autant plus vertigineux et félins que rehaussées par une plateforme conséquente. La paire se nommait Marlenalta et subjuguait par ses courbes renversantes, accentuées par un talon de 150 millimètres qui se prolongeait en une languette arrondie, faite pour épouser le mollet et aider au maintien. Une bride de velours, à la courbe élégante, partait de la pointe du soulier discrètement ouverte et tissait un lien gracieux en croisement jusqu’à sa fermeture sur le côté du mollet. C’était du veau velours, d’un noir profond qui contrastait avec la célèbre languette d’un rouge vif et poignant qui longeait la semelle sur toute la longueur, du bout, passant par la cambrure et jusqu’à la gorge du talon. Le tout, même si pas au goût de tous, témoignait d’un travail de grande qualité, fruit de beaucoup de savoir-faire et d’une dévotion à l’art sans équivoque.*


Froissement du papier. Froissement... Que dis-je ? Déchirement. Anéantissement. Violemment, la blonde se leva et se mit à déchiqueta la missive en mille morceaux tout en hurlant dans sa langue maternelle des paroles fleuries et délicates dont personne n'aurait voulu avoir connaissance. Les chaussures décolèrent dans les airs avant d'aller s'écraser contre l'un des murs de la pièce. C'était trop... trop. Trop... Irreprésentable... Au point qu'elle n'avait même plus les mots pour exprimer son ressenti. Les émotions se bousculaient en elle, provoquant un véritable feu d'artifice interne. Lentement, la jeune femme se laissa aller sur le sol, entraînant avec elle la robe qu'elle haïssait déjà. Elle aurait tant aimé pouvoir se redresser, la tête haute et le regard fier. Porter un jean et des baskets. Arriver en retard ou même ne pas s'y rendre. Faire fi de son autorité comme il se plaisait à dénier son identité. Entre ses mains, Cassidy n'existait plus pour elle-même. Pas de choix, pas de pensée. Juste de l'obéissance, pure et dure. Soumise, passive, contrôlable. Dépendante. Seul son père possédait ce pouvoir sur elle, ce qui expliquait qu'en dehors des griffes de ce dernier, son caractère et sa personnalité s'étaient développés aux antipodes de ces caractéristiques. La tête penchée vers l'avant, ses longs cheveux masquant son visage aux traits fins, la Rowle craqua. Pour la première fois depuis bien longtemps. Ce n'était pas tant la lettre reçue qui avait provoqué cela, que son assemblage avec l'effraction dont ses appartements avaient été victimes. Une accumulation de tension, d'angoisse, faisant finalement exploser la soupape de sécurité qui lui permettait d'avancer chaque jour. Vivienne Holbrey lui avait-elle écrit finalement afin de lui révélé ce qu'il s'était passé aux Trois-Balais ? Était-ce pour cette raison qu'il la convoquait si soudainement usant du prétexte de vouloir avoir des nouvelles concernant ses progrès ? Progressivement, sa vue se brouilla, lui ôtant encore davantage ses maigres repères. Le fleuve allait déborder, les digues commençaient à céder. Vaine fut la lutte. Quelques secondes plus tard, deux larmes débordèrent de ses prunelles turquoises. Ce furent les seules, mais ce fut déjà trop pour elle. Rageusement, la blonde les essuya rapidement, ne leur laissant pas le temps de rejoindre la courbe délicate de sa mâchoire, avant de se lever et de rejoindre son lit défait. Là, elle se roula en boule, dans une position quasi-fœtale, et s'endormit en l'espace de quelques minutes, se protégeant dans une dernière tentative désespérée, en se réfugiant dans le monde des songes.

*******

Une douce lumière dans les sous-tonds rosées vint la tirer des bras de Morphée. Papillonnant des paupières, les yeux finirent par s'ouvrir lentement, avant de se refermer. La lumière provenant des bougies n'était guère vive non. Simplement, Cassidy n'avait guère envie de se sortir de ce sommeil sans rêve, reposant, dans lequel elle avait sombré durant plusieurs heures. Plusieurs... heures ? Vivement, les paupières s'ouvrirent en grand pour ne plus se refermer. Bondissant hors du lit, la jeune femme encore vacillante se précipita dans la salle de bain. Dans son élan, elle se mangea maladroitement l’encadrement de la porte, ce qui la fit lâcher un glapissement de douleur tandis qu'elle attrapait sa montre posée sur le rebord du lavabo. Fébriles, les doigts féminins durent s'y reprendre en deux fois afin de parvenir à la tenir dans le bon sens. Vingt-heure quinze. Par le slip de Merlin. Il n'y avait pas une minute à perdre. Rapidement, la blonde se déshabilla, protégea ses cheveux de l'eau par un sortilège et entra dans la douche. A peine quelques minutes plus tard, elle sorti de celle-ci comme une furie et se précipita sur sa sortie de bain. Une fois sèche, elle se munit d'un soutien-gorge noir sans bretelles afin de pouvoir faire honneur au bustier de la robe que son cher père avait sélectionné, et d'un tanga aussi fin que possible dans la mesure où l'étroitesse de la robe ne lui permettrait clairement pas de revêtir un dessous dont les coutures auraient été trop saillantes. Un peu moins nue, Cassidy se décida à enfiler la robe qui glissa le long de son corps comme-ci elle avait été cousue sur elle, telle une seconde peau. D'un geste brusque, elle se saisit de l'imposant collier qu'elle referma dans sa nuque, sans plus de cérémonie, ne prenant même pas la peine de le considérer. Les pièces froides ne tardèrent pas à se réchauffer au contact de sa peau encore brûlante suite à la douche bouillante qu'elle venait de prendre. Refusant de se confronter à son reflet, la jeune femme recouvrit immédiatement ses épaules nues de son long trench d'un vert profond à col mandarin, dont la jolie longueur arrivant à la hauteur des chevilles paraissait lui donner quelques centimètres supplémentaires non superflus. Ceci fait, Cassidy alla ramasser les chaussures gisant au pied du mur contre lequel elles avaient étaient explosées quelques heures plus tôt, et en vérifia la pointure. Trente-cinq. Il ne s'était pas trompé. Soupirant, la blonde les enfila rapidement avant de constater non sans une certaine surprise, que le confort dû à la plateforme plutôt importante, était impressionnant. Se relevant, la jeune femme retourna à la salle de bain afin de se coiffer. Son père aimait choses élégantes et sophistiquées. La simplicité pour lui, n'avait d'égale que la médiocrité, aussi ne pouvait-elle décemment pas se contenter de porter les cheveux longs, sans le moindre apparat. Face à son reflet, l'apprentie laissa échapper un petit soupir tout en passant sa main bandée dans son épaisse chevelure aux reflets chatoyants. Bandée ? Vivement, elle retira les bandes blanches et bougea son poignet droit avec précaution. Aucune douleur. Bien. Ses pupilles revinrent se concentrer sur son reflet. Qu'allait-elle bien pouvoir faire de ses cheveux ? A cause de l'humidité ambiante, ils avaient cette fâcheuse manie d' onduler, ce qui déplaisait fortement à son père, néanmoins... elle n'allait sûrement pas lui faire le plaisir de les lisser. Hors de question. Petite rébellion. Ses doigts agiles se mirent alors en route. Elle savait quoi faire, et cela plairait sans conteste au sorcier. Rapidement, les doigts féminins commencèrent à tresser, inlassablement, à une vitesse tout juste croyable. Coiffure compliquée basée sur un divin mélange de tresse en épi partant du côté du crâne, se prolongeant par la suite dans le dos, intégrée dans une fishtail floue et lâche d'où s'échappaient quelques mèches. La tresse réalisée, la blonde ramena cette dernière en un chignon flou et bas, découvrant partiellement la nuque. Bien. Satisfaite, la Rowle fixa le tout à l'aide de quelques épingles, et l'agrémenta de la barrette qu'il lui avait offerte pour son vingt-et-unième anniversaire.

Rapidement, elle se dirigea ensuite vers sa coiffeuse et s'y assit. L'heure était au maquillage. Une simple poudre minérale rehaussée d'un bush corail discret suffit pour le teint, elle n'avait pas l'intention, ni le besoin d'en faire davantage. Fronçant les sourcils, Cassidy s'empara ensuite du mascara d'un noir profond et - tentant s'ignorer le fait que le poulpe humain l'avait eu en mains quelques heures auparavant, s'en appliqua le long des cils en faisant des petits zigzagues de façon à éviter les paquets, démultipliant ainsi leur intensité et accentuant leur longueur - déjà naturellement évidente - de façon significative. Pour les lèvres, la jeune femme sélectionna un rouge profond, mat, tirant subtilement sur un doux marron, afin de rappeler l'éclat grenat du petit rubis ornant sa barrette. Enfin, elle orna ses oreilles de boucles élégantes aux perles nacrées, et entrepris de passer à son majeur gauche une bague représentant un serpent à l’œil serti d'un minuscule éclat de rubis, en train de se mordre la queue. Inutile de se parfumer, l'odeur de Lys que dégageait encore sa chevelure se suffisait à elle-même. Sortant de la salle de bain, la jeune femme se munit d'une pochette en velours noire, sobre mais néanmoins élégante, y plaça diverses affaires nécessaires à sa survie ; potions anti-douleur, baguette, gants, et autres petites choses dont elle avait le secret, et sortit des cachots tout en prenant soin de verrouiller sa porte une nouvelle fois, bien qu'elle ne fut plus tout à fait certaine de l'efficacité de ses sortilèges.

La nuit froide et claire vint la cueillir lorsqu'elle ouvrit la double porte principale en chêne, et une fois hors de l'enceinte de Poudlard, la Rowle transplana... pour atterrir en plein milieu du boulevard londonien faisant face au Lanesborough hotel dans lequel Andreas lui avait donné rendez-vous. Manquant de se faire percuter par une Ferrari 458 d'un noir métallisé, elle parvint de justesse à rejoindre le trottoir, la nausée habituelle l'envahissant soudainement. Toutefois, n'ayant pas mangé le midi, son estomac était heureusement complètement vide. Risquant un œil à l'horloge éclairée surplombant le paysage grisâtre, Cassidy expira. Il était exactement vingt heures cinquante-sept, elle serait pile à l'heure et Merlin savait à quel point Andreas savait apprécier la ponctualité. Montant les marches, les portiers ouvrirent les doubles portes devant elle afin qu'elle puisse pénétrer tranquillement dans le hall. Si l'endroit était incontestablement somptueux, la jeune femme n'y fut absolument pas sensible, comme si elle portait des œillères invisibles venant entraver son champ de vision. Concrètement, elle aurait pu entrer dans un burger que cela aurait eu la même espèce d'importance à ses yeux, tout simplement à cause de la présence de son hôte, et du contexte de cette soirée à laquelle elle l'avait pas choisi de se rendre. La contrainte avait le don de faire pourrir tout ce qui la frôlait. Aussi, elle n'eu aucune réaction étonnée ou émerveillée lorsqu'un maître d'hôtel s'approcha d'elle afin de la débarrasser de son long manteau.

- Vous avez réservé Miss ?
- Mon père s'en est chargé, indiscutablement. Au nom de Rowle.

Consultant le registre, le sorcier acquiesça avant de l'inviter à le suivre tandis qu'il la conduisait à la table réservée. Traversant la pièce immense au sein de laquelle dînaient majoritairement des sorciers d'un certain âge vêtus de leurs plus beaux apparats, la Rowle ne prêta guère attention aux regards divers se tournant vers elle.

- En vous souhaitant une agréable soirée Messieurs-dames.

Le maître d'hotêl se retira alors, dégageant la vue. Père et fille se dévisagèrent un instant, avant que les prunelles vert d'eau de Cassidy ne dérivent vers un invité mystère - troisième personne dont le visage lui était totalement inconnue. D'une trentaine d'année, l'homme s'était levé à son arrivée, accompagnant le mouvement d'Andreas qui se dirigeait déjà vers elle. Le spectacle commença. Souriante, la jeune femme s'approcha à son tour de son paternel.

- Bonsoir père.
- Cassidy, ma chère fille ! Quel plaisir de te revoir.

Père et fille, dont la ressemblance était véritablement frappante, s'embrassèrent une fois, avant qu'Andreas n'invite son invité à s'approcher. Le tenant par l'épaule, il fit les présentations.

- Antoine, je vous présente Cassidy, ma fille dont je vous ai parlé à maintes reprises. Cassidy, voici Antoine Lacroix, l'un de mes plus fidèles clients par delà les frontières, puisque la noble famille Lacroix vient de France.
- Miss Cassidy, c'est un véritable plaisir pour moi de pouvoir enfin mettre un visage sur ce prénom, déclara le brun s'inclinant légèrement en saisissant délicatement sa main afin d'en frôler le dos en un parfait baisemain. Permettez-moi de dire que vous êtes absolument splendide.
- Tout le plaisir est pour moi Monsieur Lacroix, je vous remercie pour ce compliment.

Elle aurait tout donné pour être ailleurs.

- Laissez-moi vous aider Miss, déclara-t-il en la guidant vers la chaise qui lui était réservée, avant de la lui pousser délicatement au creux des genoux.
- Je vous remercie.

Au secours. Tandis que le français regagnait sa place, le regard de la blonde dériva vers la table voisine. Des jeunes, enfin, plus ou moins. Six, ils paraissaient bien s'amuser eux, profiter de la vie avec une innocence grotesque, faisant fi de la guerre qui se profilait. Silencieusement, la jeune femme contempla les visages un à un, notant leurs spécificités, lorsque tout à coup... Boum. Le vide. Béant. Choc intergalactique, la propulsant à des années lumières des paroles que son père était en train de prononcer. Ce n'était pas possible. Son esprit épuisé devait lui jouer des tours. Détournant le regard, Cassidy reporta son attention sur ce qu'était en train de raconter Antoine.

- ...age dans votre formation Miss, et bien entendu, suite à la suggestion intéressante de votre père, je pourrai éventuellement envisager cette possibilité.

Hum ? Quoi ? Que racontait-il le mangeur de grenouilles ? Se basant sur le peu qu'elle avait pu entendre, la jeune femme tenta une réponse évasive.

- Hum... C'est en effet intéressant, mais pouvez-vous m'en dire davantage ?

Un sourire aimable ornant son visage, Antoine s'empressa d'accéder à sa demande, tombant dans le panneau.

- Bien entendu Miss... Cassidy. Voyez-vous, votre père m'a parlé de votre modification de la potion de régénération sanguine dont vous êtes parvenue à retourner les effets. Bien que ce soit tout à fait fascinant, et également intéressant au vu de votre jeune âge, il me semble que cette modification ne laisse des traces visibles sur le corps de la victime. En tant que potionniste, je pourrai éventuellement collaborer avec vous en vous recevant lors d'un prochain stage. Ensemble, nous pourrions échanger nos connaissances et travailler main dans la main afin d'affiner cette potion. De plus, Andreas m'a dit que vous étiez actuellement apprentie à Poudlard ? Quel est le professeur qui vous encadre ?
- Le professeur Slughorn

Andreas se laissa aller à un petit rire.

- Slughorn Cassidy ? Tu n'étais pas censée avoir ce bon Severus ? Celui avec qui Aloïs ne s'entendait pas ?
- Le professeur Rogue n'enseigne plus puisqu'il a pris la direction de Poudlard, Père. C'est donc Horace Slughorn qui a récupéré la direction de la maison Serpentard et le poste de professeur de potions. De ce fait, c'est lui qui est censé m'encadrer.

Andreas fronça les sourcils.

- Censé ?
- Disons... qu'il ne se sent guère rassuré en ma compagnie.
- Et donc ?
- Il... m'évite.

Un rire franc les interrompit.

- Comment peut-il être effrayé par une charmante jeune femme telle que vous Cassidy ? C'est véritablement grotesque et couard.
- Ce n'est pas de moi dont il a peur Antoine, mais de ce que représente le nom de Rowle pour quelqu'un comme lui. Slughorn a le sang-pur et a toujours refusé de rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres.

Lentement, le français hocha la tête tout en versant trois coupes de champagne.

- Bien entendu, suis-je idiot...

Oui.

- ... Pour en revenir au sujet principal, voici ce que je vous propose ; venez avec moi en France durant les vacances de la Noël pour un court stage de trois semaines. Cela nous permettra de travailler ensemble et de mettre en place les bases de notre future collaboration. Cela ne pourra que vous servir à l'avenir. En France, mon nom est tout aussi connu que le votre en Angleterre.

Comment se dépêtrer de cette affaire ? Cassidy porta le verre en cristal à ses lèvres et en avala une petite gorgée, faisant tourbillonner les petites bulles dans sa bouche.

- Et vous ? Qu'est-ce que cela vous apporterait Monsieur Lacroix ?

Ce dernier lâcha un petit rire de contentement tout en se retournant vers Andreas à qui il s'adressa dans un français inaccessible à la blonde, qui détourna de nouveau son attention vers la table voisine. Un instant, son regard turquoise croisa le regard malicieux de l'homme brun aux côtés de... citrouille. C'était bel et bien Octavius. Un instant, elle manqua de recracher le champagne qu'elle avait en bouche. Sur le coup, elle avait mis cela sur le compte de la fatigue. Perception déformée, esprit fatigué. Mais non. C'était lui, en chair et en os, vêtu de ses plus beaux habits et sirotant ce qui semblait être... Un champagne... Mais pas n'importe lequel... C'était celui qu'il avait commandé le soir de leur sortie improvisée. Tranquillement, gobant ses framboises comme un bienheureux, il bavassait dans une langue étrangère à laquelle elle ne comprenait strictement rien, avec la blonde à ses côtés. Pour la parler ainsi, avec cette fluidité, cette rythmicité et cet accent si parfait, il devait avoir des origines, ce qu'elle ne lui avait jamais soupçonné auparavant. Hum... Cette langue avait des consonances relatives aux pays de l'Est... Polonais ? Bulgare ? Ou... peut-être Russe ? Tout en le fixant du coin de l’œil, la jeune femme retint mentalement cette information supplémentaire à son sujet. L'avait-il vue ? La jeune femme n'en avait pas la moindre idée, mais le simple fait de le savoir ici, savourant son champagne avec une tranquillité déconcertante à quelques mètres d'elle, suffit à raviver la flamme crépitante de son regard. Serrant ses doigts contre le cristal, la blonde le fusilla de son regard clair. La soirée ne faisait que commencer. Il allait payer. Comment ? Elle n'en avait pas la moindre idée à vrai dire, d'autant plus que la présence de son père l'empêchait totalement d'agir comme elle aurait aimé le faire, à savoir aller l'agripper par le col si blanc de sa chemise qui ne le représentait décidément guère, avant de le traîner de force dans les toilettes et de lui plonger la tête dans la cuvette afin de faire taire son bavardage incessant qu'elle ne comprenait pas, et de décimer ses sourires en coin. Tandis qu'elle rêvassait, la sorcière surpris de nouveau un regard insistant de la part du brun aux allures efféminées... Rivant son regard transperçant dans le sien, elle le scruta, étudiant ses traits avec attention. Froncement imperceptible de sourcils. Ce visage... et ces manières... ne lui étaient pas inconnues. Où et quand avait-elle donc pu être amenée à le croiser ? Tandis qu'elle avalait une nouvelle lampée d'alcool, la lumière se fit dans son esprit, venant apporter une nouvelle étincelle à ses yeux - comme si ces derniers n'en possédaient pas déjà assez. Ce mec... était serveur... au Wizard's Gay Bar. Lentement, le visage de la jeune femme pâlit tandis que la connexion s'établissait dans son esprit, et aux vues de l'air malicieux ornant ses lèvres masculines, il savait. Octavius avait du tout lui raconter.

Lentement, la jeune femme expira afin de tenter de réduire la tension qui remontait déjà en elle, avec toute la puissance d'un thermostat déréglé. Fusillant l'homme efféminé et le poulpe humain du regard, elle se força à détourner les yeux, afin de tenter de suivre la conversation animée entre son père et Lacroix. Du français. Elle n'y captait strictement rien, mais faisait tout comme, pour ne plus à avoir à supporter les regards des deux pestiférés. Progressivement, son regard se noya dans le vague tandis que son esprit quittait les lieux, bercé par la musique aux tonalités étranges qui envahissait la salle et les silhouettes de quelques couples dansant au loin sur la piste de danse.


*Un grand merci à mon cher Octavius pour la rédaction de cette lettre, le choix de la tenue et cette description que je n'ai pas retouché, ne voulant rien dénaturer.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 12 Oct 2016 - 17:46

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Ambiance:
 


Cette position avait quelque chose de très pratique, bien qu’elle fût bien assez inconfortable. Légèrement penché vers sa voisine slave, Octave se retenait de tomber par un bras tendu et prenant appui sur la chaise d’Elena, au point de toucher du bout des doigts sa fine cuisse recouverte de soie. Cette furtive caresse étant une habitude entre eux, le bibliothécaire ayant toujours des rapports outrageusement tactiles avec ses rares amis, elle ne s’en offusqua guère, poussant même sa fine jambe à la rencontre de la main inquisitrice. Elena était également penchée, mais beaucoup plus gracieusement, puisque galamment, Octave faisait en sa direction les trois-quarts du chemin. Il lui offrait son visage, ce qui lui permettait au mieux d’écouter la conversation à la table d’à côté, oreille tendue. Pourtant, cela n’avait pas été son intention au début, loin de là. Doucement, Elena lui susurrait une badinerie, soufflant sa délicate et chaude haleine sur l’arrête de son nez grec. D’une oreille, il l’entendait elle, mais petit à petit, l’attention de l’autre se détournait à mesure qu’un flot de paroles en français lui parvenaient. Son niveau en la langue de Molière lui permettant de comprendre sans nécessairement avoir besoin de faire appel à un monument de concentration, Octave fut momentanément happé par la discussion voisine. D’ailleurs, sans nécessairement le vouloir. Il s’en serait senti vaguement honteux, ne se trouvant ni dans un endroit, ni dans des circonstances qui lui autorisaient à écouter aux portes. Il se serait même empressé de mettre fin à cet exercice d’espionnage opportuniste, mais les propos tenus le gardèrent malgré lui en haleine. Son expression n’avait pas changé, revêtant un sourire languissant d’intérêt pour ce que lui gazouillait Elena. Seule l’étincelle éteinte dans le fond de ses yeux sous-entendait une absence d’attention. Heureusement, il n’y avait que Manu qui le connaissait suffisamment pour s’en rendre compte. Elena, quant à elle, poursuivait son histoire sous les « Да » (Oui) et les « Да ты что… » (C’est pas vrai…) mécaniques de son vilain interlocuteur.

- Et vous ? Qu'est-ce que cela vous apporterait Monsieur Lacroix ?

Petit rire satisfait.
- Votre fille vous ressemble Andreas, non seulement physiquement, mais davantage par son caractère semblable au votre. Vous l’avez bien éduquée…
- Ne vous avancez pas autant, trop souvent encore je retrouve des remembrances de sa mère en elle. Un mauvais choix que je me dois maintenant de redresser autant que possible. Cette femme pullulait l’esprit de Cassidy comme une mauvaise herbe prospérant dans un beau jardin. A chaque fois qu’elle s’éloignait un peu de moi, la mauvaise graine y grandissait, menaçant d’étouffer les jeunes plantes.  
- Et je vois que vous êtes parvenu à la sarcler comme il se doit. Avec beaucoup d’autorité, tout est possible. De ce que vous m’avez dit, vous avez déjà accompli des prouesses. Regardez comme elle se tient, tel un iceberg au milieu de l’océan.
- En effet.
D’autres rires de gorge suivirent, odieusement complices, avant qu’un tintement de verres qu’on trinque ne se fasse entendre.
- Mais je souhaite davantage de bonne influence dans sa vie, raison pour laquelle vous êtes ici. Elle a besoin de gens comme vous pour sortir les dernières inepties qu’elle a en tête.

- Ты гад. Ты же меня не слушаешь! (Tu es un pouilleux. Tu ne m’écoutes même pas !)
- Слушаю душенька, слушаю. (Je t’écoute, ma douce, je t’écoute.)
- Мог бы лучше претворяться. (Tu pourrais mieux faire semblant.)
Heureusement pour Octave, d’une question personnelle, Eve détourna l’attention de la Russe qui s’apprêtait à bouder, sa lèvre inférieure s’étant déjà mise à gonfler. Elle se retourna, battant le visage du bibliothécaire de ses longs cheveux blonds et écartant sa cuisse de la main masculine par la même occasion. Il en profita pour se redresser et retrouva un Manu le fixant intensément, semblant attendre le bon moment pour l’aborder, un sourire narquois étirant ses lèvres. Avec son nez concave et légèrement rebiqué, cet air détestable lui allait terriblement bien, soulignant à merveille son caractère vorace. Pour parfaire le tableau, il mâchouillait une poignée de framboises, ses dents croquant paresseusement les grains dans un bruissement sourd. Diablement lascif, il se laissait aller à un mutisme empli de sous-entendus graveleux. Sous la contrainte de ses yeux luisants, Octave grimaça, sachant parfaitement où son ami voulait en venir. Gêné, il se détourna pour poser son regard sur les deux hommes de la table contiguë, chose qu’il n’avait pas eu l’occasion de faire jusqu’alors. Il ne voyait pas très bien Andreas, qui lui faisait dos, mais peu importait car il avait déjà eu l’occasion par le passé d’observer cet homme. En revanche, il ne connaissait absolument pas le troisième individu, ni de nom, ni d’apparence, ce pourquoi il s’y attarda aussi discrètement que possible, profitant que l’étranger soit trop occupé à reluquer sa sirène.

C’était un jeune homme mince à la figure italienne, les cheveux coiffés comme si on les y avait déposés à coup de bombe à chantilly. Les sourcils bas et droits, les yeux aussi vastes que renfoncés, il donnait l’impression d’être en permanence concentré sur quelque chose, comme si les moindres détails de ce monde le préoccupaient avec la même intensité. Son nez, d’une droiture admirable, sauvait son visage aux pommettes vagues d’une certaine mollesse. Une belle et large mâchoire se réduisait en un menton étroit et volontaire, surplombé par des lèvres particulièrement charnues, qui donnaient envie de les embrasser rien que pour confirmer leur onctuosité. Quoi que, la lisière de son cuir chevelu était assez étrange, peu symétrique, mais c’était pour sûr en détail sur ce tableau de fraîcheur juvénile. Il était assez beau, même si pas au goût d’Octave, qui savait toutefois reconnaître les qualités harmonieuses d’un tel visage. Digne d’un journal de haute couture. Il s’était toujours imaginé que de jeunes gens comme celui-là devaient peupler l’imaginaire de la mythologie grecque. Des éphèbes aux peaux lisses et tendues sur une ossature pleine de noblesse. Enfin… si seulement la beauté de l’esprit suivait-elle celle du corps.

Au vu de l’absence de réaction de la part de Cassidy, les deux hommes s’étaient exprimés en une langue qu’elle ne connaissait pas, c’était certain. C’était un comportement qui exaspérait Octave au plus haut point. Et tandis que les paroles du français lui revenaient en tête, le brun voyait le visage du jeune homme gagner en détails particulièrement sinistres. Ses yeux jadis perçants lui parurent vides, ses prunelles noires allant et venant sur le blanc de ses globes comme des insectes effarés, son menton prononcé, pointu comme un pic à glace. Soudain, il parût fade, n’inspirant que le malaise d’un visage étrangement lustré. Au moins avait-il le bon goût d’être bien habillé. Octave, l’aversion au bord des lèvres, dévia légèrement vers la gauche et croisa le regard enflammé de Cassidy. Ne s’en troublant aucunement, il soutint son regard en lui présentant son faciès le plus outrecuidant. Ce n’était pas le moment de faiblir, et puis jamais n’allait-il se laisser adoucir par des circonstances disgracieuses. Ses compagnons de dîner étaient son problème, d’autant qu’elle avait largement prouvé sa capacité à échafauder des plans sans scrupules pour mettre quelque à mal. Octave se devait donc d’en faire autant. Sa jubilation ne faisait qu’augmenter à mesure qu’il réalisait l’ampleur de la gêne de sa sirène. Elle qui avait découvert son intrusion que quelques heures plus tôt… Il s’imaginait volontiers à quel point ses envies de meurtre devaient être sanguinolentes. La blessure était encore tout fraîche. Comme la paranoïa. N’essayant toutefois pas de gagner au jeu imaginaire de celui qui gardera le contact visuel le plus longtemps, Octave rompit le duel en détournant son attention vers Manu avec une question qui lui revenait en tête :

- Ca veut dire quoi, « sarcler » ?
Le concerné se redressa en réfléchissant.
- Il me semble que ca veut dire « arracher une plante avec ses racines ». Ca s’applique en particulier à la mauvaise herbe. Pourquoi ? Tu lis des livres de jardinage en français maintenant ?
- J’ai entendu la conversation d’à côté.
- Ils parlaient de jardinage ? Comme c’est ennuyeux. Il eut un rire narquois, allant de pair avec la mine qu’il affichait. Puis il soupira rêveusement, ce qui obligea Octave à regarder franchement son ami. Celui-ci fixait maintenant Cassidy d’un air de poète contemplant une belle fleur.
- Ah, si ses yeux pouvaient cracher de l’acide, cela fait longtemps que le marbre que je suis se serait dissout...
- Tu sais que même le jus de citron peut dissoudre le marbre ? C’est que du carbonate de calcium…  
- Oh mais tais-toi donc ! Tu déprécie ma métaphore avec ton pragmatisme.
Au moins c’eut le don de détourner son regard vers Octave, qu’il considérait maintenant avec l’agacement boudeur d’une enfant à qui on aurait refusé un caprice. Mais le brun se rattrapa bien vite :
- Et puis on sait tous que tu n’es pas fait de marbre, mais de glace. Aucun acide ne peut te dissoudre. Il te faudrait un peu de chaleur pour te faire fondre, et avec le vent glacial qui souffle dans ta direction, ça ne risque pas d’arriver.

Le voilà qui cachait sa bouche de ses phalanges, recouvertes de bagues en argent, pour cacher un rire naissant. Il s’esclaffa délicatement en regardant Octave avec malice avant de détourner son attention à nouveau vers la table d’à côté. Le bibliothécaire se saisit de sa coupe de champagne, qu’il sirota lascivement, laissant Manu étancher son plaisir à mettre les gens mal à l’aise. Après l’image qu’avait osé lui prêter Cassidy dans des sphères aussi nombreuses que variées, se sentir scrutée en permanence était un moindre mal. Heureusement, les quatre autres étaient trop absorbés par leur conversation sur la fabrication du whisky pour se rendre compte de ce qui se passait à l’autre bout. Tentant d’abandonner Manu à son statut de guet, il voulut s’intéresser à la conversation, se pencha même légèrement sur la table pour mieux entendre, mais c’est là que Manu choisit pour tonner d’étonnement dans son oreille. Croyant d’abord qu’il lui gênait la vue, Octave se recula, mais une main lourdement baguée vint se poser sur son poignet pour ralentir son geste :
- Mon dieu, c’est un Lacroix.
Du coin de l’œil, il vit Penelope, intriguée, se surélever au-dessus de la table dans leur direction.
- Lequel ?
- Le fils.
-Tu le connais ? s’enquit Octave avec raillerie, sachant déjà tout le mal qu’il ressentait à l’égard de ce fils Lacroix.
- Non, pour qui me prends-tu donc ! Déclara Manu, sentant l’insinuation déshonorante qu’il pouvait y avoir à connaître des gens de ce genre. Et comme le reste de la tablée ne semblait pas être au courant, il poursuivit sur le ton du ragot, nuançant son intrigue d’une gestuelle qui allait avec :
- Mais on a fréquenté la même école de danse à Paris. Je devais avoir seize ans il me semble. C’est une noble famille de sangs-purs qui remonte si haut qu’on en perd la trace dans l’arbre. Des potionnistes de renom, connus surtout pour leurs inventions douteuses. Le père est prof et la mère chercheuse. Bref, je m’en souviens parce que c’était l’année où il devait passer des examens d’entrée dans une école réputée. Il stressait tellement le bougre qu’il était impossible de le faire danser. Il était raide comme un cadavre. Je crois qu’il a dû vomir une ou deux fois pendant les séances. A l’époque, il n’avait pas encore cet air important sur le visage. Après avoir eu son examen, il n’est plus jamais revenu... Puis il rajouta, dans un soupir fataliste, comme pour justifier qu'il connaissait un Lacroix : Les bourges, un petit monde, indéniablement...
Pénélope y amena ses lumières :
- J’ai vu son père une fois, il devait écrire un article pour mon journal. Laid à vous couper le souffle. L’air d’un maraîcher normand qui s’en irait aux champs de patates avec une cape. Costaud, le torse ramassé, mais avec les guiboles d’une femme, il fait penser à un jockey à la retraite, trop gonflé et trop musclé. Il se dit que le fils a tout pris de sa mère, mais des rumeurs courent qu’Antoine n’est pas légitime. Rumeurs vigoureusement démenties, bien entendu.

Leur symphonie de glapissements et de chuchotements fut interrompue par le maître d’hôtel, serveur attitré de la table pour cette soirée, qui s’inquiétait s’ils étaient prêts à commander. Chacun son tour, ils commandèrent leurs plats, et Elena se moqua même d’Octave lorsque celui-ci se saisit de son menu pour se remémorer son choix, lui rappelant que manifestement il n’avait pas besoin d’antisèches. Il l’ignora royalement, trop occupé qu’il était à jauger le garçon en frac blanc se tenant discrètement dans la pénombre, attendant que tout le monde ait choisi. Comme la moitié de la table prenait du poisson et l’autre de la viande, Eve, grande connaisseuse, opta pour un blanc et un rouge pour accompagner les plats. Un Vouvray de chez Huet, demi-sec de 95, et un Silex de Dagueneau. La tablée eut un sourire de contentement, mais Octave continuait à fixer les mouvements du serveur qui récupérait à présent les cartes, une lueur étrangement gélatineuse dans les yeux. Manu s’en égaya avec exaltation :
- Non, je connais ce regard ! Tu t’es encore perdu dans ta forêt…
- J’ai besoin de ta bénédiction, c’est ton anniversaire.
Manu plissa les yeux, la réflexion nouant ses sourcils à la racine du nez, la bouche entrouverte en un arc révolté. Puis il se tourna vers Pénélope et lui demanda la grosse croix qu’elle avait l’habitude de porter au cou. Pendant que Beslan l’aidait à défaire le fermoir de sa chaîne d’argent, Manu se saisit de sa serviette restée repliée en losange sur la table. Il en défit le pli d’un geste paresseux de la main avant de la poser sur sa tête à la manière d’un voile chrétien, laissant dépasser quelques mèches d’un noir de merle. Une fois avoir récupéré la grosse croix sculptée des mains de son amant, Manu afficha une expression pieuse sur le visage, les paupières mi-closes dans une piété fervente. La croix devant soi, il récita d’une voix monocorde :
- Seigneur Saint, Père tout-Puissant, dieu éternel, par l’invocation de ton saint nom, par la venue du Christ, je bénis ton serviteur que voici, qu’il puisse accomplir ses méfaits immoraux avec habilité et fourberie. Qu’il foule aux pieds ses ennemis et soit victorieux en tout combat et demeure toujours sans blessures ; je lui accorde de poursuivre dans le vice et de défendre par la tromperie. Par le Christ…
- Amen.
De deux doigts, Manu traça le signe de croix dans les airs devant le visage d’Octave, avant de se pencher et de lui déposer un vertueux baiser sur le nez. Un sourire narquois vint déformer ses chastes lèvres de none :
- Va. Va répandre la sainte religion hédoniste.

Octave lui sourit en retour avant de se relever. Sans un regard pour Cassidy, il fit mine d’aller aux toilettes, mais tourna au dernier moment pour rejoindre les cuisines. Là-bas, il retrouva leur serveur, qui dictait d’ailleurs leur commande au cuisinier. Prestement, il s’en approcha, l’interpellant par son prénom, précédemment aperçu sur le badge accroché à son veston.
- Dis-moi Nathan… ça t’intéresse un pourboire monstrueusement indécent ? Le concerné hocha de la tête et Octave poursuivit : Tu vas me filer ton uniforme. On a à peu près la même carrure, si j’ai bien jaugé. Le serveur sembla hésitant et sur le point de refuser mais le brun insista : Le triple de ce que tu recevras ce soir. Ca ne me prendra qu’une dizaine de minutes, tu pourras sagement m’attendre dans les vestiaires, bien entendu, tu garderas ton badge, personne ne saura que c’est toi. Mais je te jure de ne déshonorer personne ici.

Le triple, c’était tentant… Jetant des coups d’œil furtifs, Nathan finit par l’emmener dans les vestiaires du restaurant, où ils se changèrent. Ou plutôt Octave revêtit le frac noir réglementaire de l’établissement, alors que Nathan resta en caleçon, à tenir le costume du bibliothécaire sur le revers de son bras. Demandant un peigne, le brun coiffa ses cheveux strictement vers l’arrière, passant même un peu d’eau dessus pour les discipliner et les faire luire comme s'il y avait du gel. Promettant à son complice qu’il ne tarderait pas, il sortit de la pièce, longea les cuisines et rejoignit la salle. Avant d’ouvrir la porte battante, il aspira un bon coup et adopta cette attitude légèrement soumise qu’affichaient les autres employés, rentrant dans le rôle comme il savait si bien le faire. Passant une serviette de coton sur son avant-bras, qu’il replia à l’horizontale le long de son torse, Octave se dirigea vers la table de sa chère sirène. Exprès, il se posta entre les deux hommes, pour qu’ils ne puissent pas le voir, ni le distinguer, peu enclins qu’ils seraient déjà rien qu’à le regarder, mais en plus à simplement lever les yeux alors qu’il était si proche. Cassidy, par contre, devait parfaitement le voir malgré la pénombre. Il ne lui porta guère attention au début, entamant un discours d’une voix qui ne lui ressemblait pas, légèrement nasillarde et avec des intonations maniérées, mais néanmoins parfaitement servile.
- Messieurs, Madame, avez-vous déjà choisi ? Permettez-moi de toutefois vous suggérer le plat du jour ? C’est un plat indien. C’est un cœur… Là, il regarda Cassidy droit dans les yeux, Un cœur de serpent. Mariné dans un distillat d’Amaryllis, d’ivraie, de Campanule et de Crocus, le cœur est ensuite coupé en fines tranches de carpaccio, couchées sur un lit de glace, et assaisonné par des cheveux du Diable d’Espagne.
Puis, nature peinture, Octave reprit une expression de servitude et lorgna sur Antoine qui semblait dégoûté.
- Euh, non, merci… Une question.
- Toujours dévoué, Monsieur.
- Qu’est-ce que le Parsnip ?
- C’est du Panais, Monsieur, plante herbacée d’une couleur blanche ivoire, proche de la carotte par le goût et la forme, Monsieur, quoi qu’un peu plus sucrée.

Encore une fois, Antoine grimaça avant de retourner à sa lecture, alors qu’Andreas scrutait sa carte les lèvres pincées. Octave proposa courtoisement de revenir, mais le Rowle le retint d’un geste de la main, insinuant qu’il ne leur fallait que quelques secondes pour se décider. Le bibliothécaire, une main revêtant un gant blanc toujours contre le ventre, l’autre dans le dos, en profita pour revenir à sa chère Cassidy.

Et tandis qu’il la narguait de toute sa hauteur, le menton orgueilleusement relevé, dans l’attente de la commande, il eut la possibilité de mieux l’étudier. Aussi proche et sous la lumière des bougies, elle dévoilait des détails qu’il n’aurait pu voir depuis sa table. Il lui souriait avec effronterie, la contemplant en réalité plus qu’autre chose à présent. Elle semblait toute faite de douces pétales de lys, auxquelles sa tenue empruntait leur envoûtante nature, et d’ivoire, rendant justice à cette mine si dure qu’elle affichait. Néanmoins, une rougeur venait joliment ponctuer sa joue toute en, semblait-il, décolorer le contour de ses lèvres maquillées. Elle lui en voulait, et c’était normal. Ce silence qui lui était imposé par les circonstances la rendait quelque peu tendue, au point où cela pouvait se sentir dans les traits de son gracieux visage. Même ses beaux cheveux paraissaient avoir pris du volume à cause de l’électricité statique. Ses mèches, qui descendaient en furieuse cascade savamment désordonnée jusqu’à un chignon lâche et asymétrique à la base de sa nuque, étaient semblables à un champ de blé. En plein milieu de l’été, lorsque des bourrasques de vent balayaient les épis sous les rayons d’un fort soleil, bariolant le paysage d’un dégradé allant du jaune à l’ocre. Ses narines finement ciselées palpitaient avec émotion tandis qu’elle le transperçait  ardemment de ses grands yeux bleus. Son large collier cuivré, qui recouvrait toute sa poitrine, jetait une ombre sur son visage de marbre, lui donnant un air plus menaçant encore. Toutefois, quelque chose était différent, la fougue de leur première rencontre n’étant plus pareille. Cassidy semblait sensiblement fatiguée, un peu fanée de mécontentement, comme si la situation s’avérait, par accumulation, trop rude à soutenir… Sans qu’Octave l’eut remarqué ni véritablement prémédité, ses traits muèrent doucement. Le bibliothécaire avait abaissé son visage, et son sourire s’était délicatement attendri, les derniers reflets de sournoiseries disparaissant derrière l’éclat curieusement suave de ses yeux. Depuis longtemps lui était-il délicat de lutter contre la beauté, mais encore plus contre le charme. Chose dont il put jouir librement alors que la retenue gardait la jeune femme immobile et muette. Son impétueuse fougue parvenant si souvent à distraite Octave des grâces naturelles de son jeune corps...

- Je vais prendre le Sauté de sèche en entrée, et l’agneau en plat.
- Je prends la même entrée, suivi d’un lièvre.
- Très bien Messieurs, Madame ?
- L’œuf Burford et le chevreuil.
Elle avait accouché de cette tirade à travers des dents serrés et une mâchoire crispée, si bien qu’Octave en eut un rictus malsain alors qu’il effectuait une légère révérence de la tête. Prenant connaissance auprès d’Andreas du vain qu’ils allaient prendre, il repartit vers les cuisines d’un pas souple. Il y récupéra trois couteaux à viande et retourna dans la salle. Là, il se pencha d’abord sur l’épaule d’Antoine, déposant le couteau à sa droite. Il fit de même avec Andreas, prenant soin à ne pas toucher les deux hommes même pas d’un revers de manche, et se mouvant aussi prestement que possible pour qu’aucun ne prête attention à son visage. Fort heureusement, ils étaient trop occupés, lancés dans une autre discussion sur la France et leurs potionnistes de renom. S’étant assuré de passer inaperçu, il se pencha au-dessus de Cassidy, cette-fois de manière sensiblement plus lascive, frôlant son bras du sien et soufflant dans son oreille :
- Alors, tu ne me présentes pas ?
Prestement, sans laisser le temps de rétorquer une quelconque méchanceté, il disparut dans le noir, rejoignant à nouveau la cuisine pour tout de même communiquer la commande au chef, trop occupé dans son travail pour remarquer qu’Octave ne faisait pas parti du service.

Son costume bleu à nouveau sur les épaules, les cheveux dans un désordre harmonieux comme d’habitude, Octave était en train de défroisser sa manche du revers de la main alors qu’il pénétra furtivement dans la salle. Calmement, il rejoignit sa propre table, sans jeter un regard vers Cassidy, comme si cet aparté n’avait jamais existé et qu’il avait effectivement visité les toilettes pour se remettre un peu de parfum. Son plat était déjà là. Il s’assit gracieusement, cambrant son dos et renversant sa forte nuque, afin de renvoyer quelques mèches de cheveux indisciplinées qui lui barraient le regard vers l’arrière. Ce geste ne suffisant pas, il y glissa en plus ses doigts, dans la recherche de l’effet escompté qu’il trouva sans grand mal.
- Tu aurais dû l’embrasser dans le creux du cou… Commenta tendrement Eve, tous ses amis sans exception ayant assisté, avec la discrétion d’espions de guerre, à sa saynète. Il la gratifia d’un regard satisfait avant de répondre :
- J’aurais dû la mordre, oui.
Plantant sa fourchette dans un morceau de maquereau, il vint le cueillir du bout de ses dents, les yeux décochant enfin deux flèches assassines vers sa sirène.

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 19 Oct 2016 - 20:51

- Et vous ? Qu'est-ce que cela vous apporterait Monsieur Lacroix ?

Il avait laissé échappé un petit rire tout en la couvant du regard, avant de se détourner d'elle jetant une œillade complice à Andreas, comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Là, il s'était engagé dans une discussion dont elle ne pouvait saisir la teneur des propos puisqu' Antoine avait eu l’extrême obligeance et le bon goût de s'exprimer en sa langue maternelle, le français, dans une tentative délibérée de la tenir à l'écart de la conversation. Andreas lui répondit dans un français impeccable, l'ayant appris dès l'Université, voulant devenir conférencier à l'international, présentant ses travaux de potionniste dans différents pays. Aussi le français faisait-il partie de ces langues qu'il maîtrisait sur le bout des doigts, et ce, sans la moindre trace d' accent inélégant.

Elle s'était alors détournée à son tour, avant d'apercevoir Octavius, et de prendre conscience que c'était bel et bien lui. Pas une hallucination - perception sans objet à percevoir, ni même une illusion, non. La réalité objective, pure et dure, indépendante d'elle. Son esprit fatigué ne lui avait pas joué un mauvais tour. Il était là, tranquillement assis en chair et en os, bavassant gaiement avec ses invités, sa fougue légendaire empreignant son visage d'un éclat de vie le rendant on ne pouvait plus attirant. Déjà si soigné habituellement revêtant le plus souvent des costumes trois pièces dont elle soupçonnait certains de provenir de  l'esprit de grands créateurs et des mains de tailleurs réputés, en cette soirée conviviale, son style paraissait encore plus travaillé, en accord avec ce décor d'une qualité exemplaire - il fallait tout de même le reconnaître. Un costume d'un bleu assez foncé, n'ayant rien à voir avec les yeux dont la couleur glacée rivalisait avec celle des eaux polaires de son père, possédant un certain brillant qui n'aurait pas été à n'importe qui. Tout le monde ne pouvait tenir la route avec une telle matière, mais la jeune femme du reconnaître que le bibliothécaire devait bel et bien faire partie de ces rares personnes pouvant se permettre de porter tout et n'importe quoi, sans que cela n'enlève quoique ce soit à leur charme naturel. Était-ce sa personnalité tellement peu conventionnelle qui lui permettait de parvenir à mettre en valeur le plus original des vêtements possédant une coupe non réglementaire, ou dont le textile aurait suffit à faire fuir les trois quarts de la population londonienne ? Peut-être y avait-il de cela, en effet. Hormis cette abominable cravate framboise, faute de goût monumentale. Sans surprise, une chemise blanche à la coupe slim - cintrée - recouvrait son torse venant souligner subtilement sa silhouette élancée et redessiner les muscles qu'il possédait - elle le savait bien pour avoir eu le plus grand bonheur d'habiter son corps. Ses yeux de jade brillant d'une lueur éternellement narquoise, tout comme son intelligence vive pouvait l'être, s'étaient à leur tour fixés dans les siens, semblant la défier de prononcer un seul mot à son égard, ou encore de venir lui mettre une tarte. Condamnée au silence, les lèvres éperdument closes, comme soudées entre elles, Cassidy se perdit alors quelques secondes dans des rêveries perverses en s'imaginant se lever tranquillement de sa chaise, se diriger d'un pas félin et élégant vers lui en prenant soin d'ignorer royalement la tablée, se pencher délicatement dans son dos, par dessus sa carrure masculine tout en venant glisser ses mains fines et délicates le long de ses pectoraux, venant froisser le tissu parfait de sa chemise parfaite. Rapprocher ses lèvres maquillées de son cou. Venir emplir les narines de l'homme par le parfum de fleur envoûtant dégagé par sa chevelure. Déposer un tendre et voluptueux baiser à la lisière de sa peau, venant tâcher le col français de chemise immaculée de rouge, avant de l'étrangler délicatement avec la chaînette de sa montre à gousset.

Rêveries, ô douces rêveries libératrices de tension. Depuis longtemps la Rowle devant se conformer à ce qu'on attendait d'elle, avait appris à évacuer la tension autrement, notamment en se perdant dans des rêveries de ce type. Cassidy laissait échapper un petit soupir de contentement lorsque les verres des deux hommes se rejoignirent dans un joyeux tintement sonnant quelque peu macabre aux oreilles de la blonde, qui dans un geste tout aussi précis qu'élégant, repositionna une petite mèche blonde ondulée au sein du chignon bas et légèrement asymétrique qu'elle portait. Tandis que les doigts féminins experts s'enfouissaient dans la chevelure blonde, se prêtant à la tâche avec une facilité déconcertante, elle ne vit pas Octavius se lever de la table voisine, et encore moins que ce vile mollusque ne se dirigeait pas vers les toilettes pour hommes, mais bel et bien vers les cuisines du restaurant. Lorsque ses prunelles turquoises se dirigèrent de nouveau vers la table voisine, elle ne rencontra que le regard regorgeant d'ironie de l'homme brun aux allures efféminées. Octavius avait disparu sans qu'elle ne le voit faire, ce qui provoqua à ses dépends, une légère crispation de sa main droite - crispation qui n'échappa guère à l’œil aiguisé de son père qui fronça les sourcils, et interrompit Antoine qui bavassait dans un français interminable d'un revers de main, pour la fixer droit dans les yeux.

- Cassidy ?

La jeune femme sursauta légèrement en entendant soudainement la voix de son paternel la rappeler à l'ordre. Vivement, son regard se détourna de la table voisine pour revenir sur les deux hommes qui la dévisageaient - un air interrogateur déformant légèrement les traits d'Antoine dont un sourcils insolent s'était relevé, tandis qu'un air contrarié empreignait les traits de son père dont le regard glacé s'était porté un instant sur son poignet droit, avant de revenir se figer dans les iris vert d'eau que sa fille avait hérités de sa mère.

- Oui, père ?
- Qu'as-tu au poignet droit ?
- Oh, rien de grave, ne vous inquiétez pas. Un petit accident lors d'un cours particulier que j'ai assuré il y a trois jours. L'élève a fait exploser son chaudron, et malheureusement à cause de la force de l'explosion, il m'a percutée de plein fouet et je suis tombée. Ce n'est qu'une légère entorse.

Tandis qu'elle racontait ce mensonge d'un ton parfaitement naturel et posé, du coin de l’œil, la jeune femme s'aperçu que non seulement les conversations avaient cessé à la table voisine, mais que certains visages s'étaient discrètement tournés vers eux. Ne pouvant risquer un regard trop appuyé, la sorcière reporta l'entièreté de son attention sur son père qui continuait de la fixer, l' air impénétrable.

- Une explosion, dis-tu ?
- Oui. Cet élève a eu la brillante idée de tenter d'innover en rajoutant sa propre salive dans la préparation d'un Philtre de paix.

Automatiquement, l'image d'Inoue lui était apparue, et elle s'en était servie de base, mêlant comme à son habitude, de la vérité à un mensonge, créant un subtil mélange d'honnêteté et de vilainies abominablement fausses, ancrant ainsi la chose dans la réalité. L'exercice, à ses débuts de mise en pratique, avait été difficile à assimiler. Certes, le concept était simple, une équation mathématique. Vérité + Mensonge. Là où la tâche s'était complexifiée à ses yeux, avait été de devenir capable de faire cette addition de manière dosée, l'équilibrant subtilement des deux côtés, de manière fluide et de l'énoncer de façon parfaitement adéquate avec le rythme et le ton singuliers de chaque conversation. Tout un art, dans lequel elle avait fini, à force de pratique, par exceller si bien que la plupart de ses magnifiques et subtiles transformations de vérités, passaient presque toujours inaperçues.

- De la salive dans un Philtre de paix ?, s'esclaffa Antoine tout en portant ses doigts bagués devant sa bouche afin de réduire la portée de son rire, mais ma chère, vous avez véritablement des buses à votre charge !
- Je ne vous le fais pas dire.

Andreas, quant à lui, garda le silence, tandis qu'Antoine se saisissait de cette occasion pour réintroduire la blonde dans la conversation.

- Pour en revenir à ma proposition, qu'en dites-vous ?
- Pour en revenir à ma question, qu'est-ce-que cela vous apporterait ?

A cette réplique, le jeune homme laissa échapper un rire amusé et échangea un bref regard avec Andreas, qui acquiesça d'un léger signe de tête.
Passant une main pâle sur le dessus de sa chevelure parfaitement domptée à l'instar de celle du bibliothécaire, frôlant ainsi le dessus de son crâne dans un geste se voulant distingué, l'homme se pencha vers elle, approchant sa mâchoire bien dessinée de son visage. Retenant un geste de recul, Cassidy resta campée dans la même position, telle une statue de marbre, dardant sur lui un regard glacial, entre ses longs cils noirs. Les lèvres charnues s'arrêtèrent à quelques centimètres de ses siennes, s'étirant alors en un sourire amusé. S'ouvrant légèrement afin de laisser entendre un petit ricanement, son souffle tiède vint caresser le visage de la blonde pendant quelques instants, avant qu'il ne se décide à se redresser, retrouvant son maintien altier.

- Puis-je savoir à quoi vous jouez Monsieur Lacroix ?, demanda-t-elle d'une voix glacée.

Ce dernier lui adressa un sourire charmeur, avant de se tourner vers Andreas qui n'avait pas esquissé un geste. Usant de nouveau du français, il lui confia d'une voix légèrement rauque :

- Étonnant. Vous aviez raison Andreas, j'ai eu tord de mettre en doute votre parole.
- Je vous avez prévenu Antoine, Cassidy est ainsi. Il y a en elle une part qui continue de défier l'autorité - aussi subtile soit-elle à déceler. Elle n'a pas reculé face à vous, pire, elle n'a même pas cillé. Voyez un peu la façon dont elle vous a répondu, observez son regard à la fois brûlant et glacé. Ce regard... c'est celui qu' il m'est arrivé de surprendre chez sa mère en de rares occasions. Vous disiez qu'elle me ressemblait, certes, Cassidy a tout d'une Rowle ; cette peau couleur ivoire, cette blondeur caractéristique. En revanche, ce qui la met en porte à faux avec moi, ce sont ses yeux, tant par leur couleur avoisinant celle de la tourmaline, que par leur expressivité., répondit ce dernier en usant également de la langue de Molière.

Lascivement, le français se tourna de nouveau vers sa voisine de table, dont le maintien quelque peu raide, trahissait son état interne.

- Très chère, veuillez m'excuser si je vous ai surprise, mais je voulais m'assurer par moi-même de ce que votre père m'avait confié à votre sujet, à savoir que rien ne vous faisait reculer.

La Rowle ne sourcilla pas, se contentant de fixer le français, tentant de radoucir progressivement son regard qui l'avait une fois de plus trahie.

- Cassidy a encore visiblement beaucoup de progrès à faire, notamment face à l'autorité, n'est-ce pas ma fille ?
- Oui père.

Elle se força à baisser les yeux, détournant ainsi son regard transperçant vers le menu ouvert face à elle. Si ses yeux avaient eu le don de lancer des éclairs bien réels, ce dernier se serait sans aucun doute enflammé sur le champs.
Alors qu'elle s'efforçait de déchiffrer un menu diablement complexe, une voix légèrement nasillarde mais sans aucun doute, familière, lui fit lever la tête.

- Messieurs, Madame, avez-vous déjà choisi ? Permettez-moi de toutefois vous suggérer le plat du jour ? C’est un plat indien. C’est un cœur… Un cœur de serpent. Mariné dans un distillat d’Amaryllis, d’ivraie, de Campanule et de Crocus, le cœur est ensuite coupé en fines tranches de carpaccio, couchées sur un lit de glace, et assaisonné par des cheveux du Diable d’Espagne.

Posté entre Andreas et Antoine - place stratégique puisque ces derniers ne daignèrent pas lever la tête pour le regarder, serviette en coton sur l'avant-bras, c'était lui. Lui. Lui. Sa respiration s'accéléra soudain, son souffle se faisant court. Une veine temporale palpitant sous le choc. D'abord interloqué, le regard de la Rowle s'assombrit en l'espace de quelques secondes, une fois la surprise dépassée et le figement intégré. Une légère rougeur qui n'était guère due à l'alcool pétillant, vint joliment colorer ses joues de manière diffuse, rehaussant ainsi la courbe de ses pommettes. Pourquoi ? Merlin. Pourquoi avait-il décidé d'en remettre une couche ? N'étaient-ils pas à égalité désormais, après ce saccage de son espace privé ? Il fallait croire que non. Le poulpe humain n'en avait clairement pas fini avec elle, s'amusant à semer la pagaille dans son esprit, et à titiller vicieusement ses nerfs d'une main de maître, avec la précision et le doigté d'un chef d'orchestre. Comme s'il ne supportait pas de ne pas exister à ses yeux. Ils auraient très bien pu passer leur soirée chacun de leur côté, mais non. Indéniablement, il avait fallut qu'il trouve un moyen de provoquer une nouvelle rencontre, en dépit des risques qu'il leur faisait courir à tous les deux. De nouveau, le regard de la blonde dévia vers la table voisine et capta les regards tournés vers elle, plus ou moins discrets. Le regard moqueur de l’efféminé lui donna l'envie de lui faire avaler le balais qu'il paraissait avoir dans le c*l. Reportant son regard vers Octavius, elle laissa son regard presque fiévreux de haine, le transpercer librement puisqu' Antoine et Andreas avaient le nez fourré dans leur carte respective. Un instant, l’œil mauvais et la paupière supérieure tremblante de rage difficilement contenue, elle fut tentée de commander le plat du jour, néanmoins, heureusement pour Octavius, la référence à l'Inde l'en empêcha, puisqu' il était certain qu' Andreas n'aurait clairement pas apprécié.

Il était là, droit comme un I, se tenant fièrement entre deux hommes dont l'un aurait très bien pu le te tuer s'il avait été tenu au courant de leurs précédents rapports. Le menton relevé, une subtile moue orgueilleuse se dessinant sur ses lèvres, il la fixait de manière insolente, la dominant une fois de plus, physiquement et psychiquement. Tandis qu'Antoine se renseignait sur l'un des plats, le blonde changea alors de tactique, se repliant dans une totale indifférence. Nouvelle défense. L'indifférence. Elle n'avait pas encore tenté cette technique. L'ignorance royale, pure et dure, que l'on disait diablement efficace. Bien des fois, elle avait employé cette technique, notamment pour tenter de se débarrasser d'un ex petit ami, néanmoins, elle ne l'avait pas encore tentée avec lui. Peut-être cela fonctionnerait-il enfin ? Se concentrant intensément sur ses propres traits, elle força ses derniers à se détendre tandis que ses mains se relâchaient, ses doigts fins venant innocemment pianoter sur le rebord de la table, jouant une mélodie inaudible contenant toutes ses émotions qui menaçaient de déborder. Détournant son regard clair vers sa carte, elle s'efforça de calmer sa respiration ainsi que les battements infernaux de son cœur, loupant par la même occasion le changement presque imperceptible des traits du serveur d'un soir. Lire le menu, vite. Parsnip, chevreuil, agneau, lièvre, maquereau... Sèche... Elle grimaça. Merlin, elle n'avait tellement pas faim, et encore moins désormais. Ses traits, désormais lisses, donnaient une toute autre expression à son visage, une sorte de nouvel éclat. Hautain, et non plus haineux. Le regard d'une Rowle au sang-pur, et fière de l'être. Reine de marbre. Reine des glaces. Elle qui haïssait tellement le froid.

- Je vais prendre le Sauté de sèche en entrée, et l’agneau en plat.
- Je prends la même entrée, suivi d’un lièvre.
- Très bien Messieurs, Madame ?

Sans qu'elle puisse lutter, l'indifférence se fissura, tandis que sa nuque se raidissait. Le masque tombait. Elle n'était pas assez forte, définitivement. Il lui était impossible de conserver cette indifférence face à lui, cette dernière se muant inlassablement en électricité statique. Le haïr lui était si simple, en revanche, sans qu'elle ne parvienne à se l'expliquer, il lui était totalement et définitivement impossible pour elle de tenir de masque immuable face à lui, et c'était bel et bien la seule et unique personne à provoquer cela chez elle. Cette constatation vint la crisper davantage, et lorsqu'elle entrouvrit ses lèvres élégamment maquillées afin de passer commande, non seulement elle eu envie de lui cracher de jolis mots fleuris au visage, mais en plus sa mâchoire craqua légèrement tant elle était contractée.

- L’œuf Burford et le chevreuil.

Les mots lui avaient été arrachés. Peu importaient leur sens, le problème n'était pas là, mais résidait bel et bien dans le fait qu'il avait trouvé le moyen de l'obliger à faire ce qu'il voulait, à savoir lui adresser la parole, sans qu'elle ne puisse faire autrement. Le rictus qu'il afficha suite à cela la tendit encore davantage, et sa main menue vint se refermer en un geste compulsif sur sa baguette reposant à ses côtés, puisqu'elle ne se séparait jamais de cette dernière. Piano Cass, piano... Lentement, uns à uns, les doigts féminins se décrispèrent et se replacèrent souplement à côté de son assiette, venant pianoter sur la nappe. Inspirer, expirer, inspirer... Ne pas oublier d'expirer. Enfin, il s'éloigna après avoir pris connaissance auprès de son père, du vin qu'ils allaient prendre. Disparu, envolé. Les épaules de la jeune femme se détendirent tandis qu'elle passait une main lascive dans le creux de sa nuque dont la raideur rivalisait avec celle du pas de Severus Rogue dans ses moments de mauvaise humeur. Tandis qu'elle se massait délicatement les cervicales, sentant le mal de tête arriver, il reparu. Aussitôt, elle rangea son bras, tandis que sa main droite vint se triturer nerveusement une pièce dorée de son large collier. Sans un mot, aussi discret qu'un fantôme, il plaça les couteaux des deux hommes à droite de leurs assiettes, avant de s'avancer vers elle. Sensiblement, elle se raidit, la posture digne de la cavalière qu'elle avait été pendant plusieurs années. Et là, elle le sentit. Un frôlement. Une brise à peine esquissée venant délicatement lui chatouiller le bras droit. Lascivement, il se pencha dans son dos, prenant plaisir à ce qu'elle ne puisse pas réagir, et là, son souffle chaud dans sa nuque, des mots brûlants lui parvinrent dans le creux de l'oreille.

- Alors, tu ne me présentes pas ?

Un frisson. Caractéristique. Que seul lui parvenait à provoquer chez elle. Un frisson octavien. Long, et puissant, telle une décharge électrique, la figeant dans un mutisme, l'empêchant de respirer. Apnée. Ce frisson... elle l'avait déjà ressenti en sa présence, lorsqu'il avait si délibérément pris le soin de la dévêtir dans les toilettes des Trois-Balais. Le regard figé droit devant elle, pas un seul de ses cheveux ne bougea. Transformée en statue, comme si les yeux d'Octavius se posant sur elle avaient été ceux de la chevelure de serpents de Méduse. Finalement le sorcier se détourna et s'éloigna enfin, cessant son murmure macabre et sournois. Lentement, elle expira. Merlin, quelle imprudence... Heureusement pour lui que son père et Antoine étaient trop absorbés par leur discussion sur les potionnistes français. Tremblant légèrement, sa main se referma de nouveau sur sa baguette, dans un geste purement défensif.

Il le lui fallut que quelques minutes pour revenir, et s'installer de nouveau à sa table, en compagnie de ses amis qui avaient eu tout le loisir d'apprécier le spectacle, d'un point de vue extérieur qui plus est. Aussi calme qu'un lion en train de digérer sa proie dont il s'était délecté des heures durant, prenant soin de broyer chaque côte et d'en savourer chaque parcelle de chair fraîche et tendre. La jeune femme, quant à elle, était à la fois furieuse, et malade de trouille. De toute évidence, leurs humeurs ne se rencontreraient jamais. La détresse de l'un semblant indispensable à la détente de l'autre.

- Ma chère Cassidy, allez-vous bien ? Je vous trouve un peu pâle... Etes-vous souffrante ?
- Pas souffrante Monsieur Lacroix, juste fatiguée. Le rythme est assez intense depuis le début de l'année.
- Ma chère, vous travaillez trop. Vous devriez songer à vous détendre.
- Le travail est la force de chaque homme Antoine, je suis heureux que Cassidy ait hérité de ma rigueur.

La jeune femme adressa un petit sourire à son père, avant de porter son verre à ses lèvres.

- Bien entendu Andreas, bien entendu. Seulement, pour pouvoir être productif et efficace, il me semble nécessaire de s'octroyer quelques instants de détente de temps à autres.
- Cassidy n'a pas besoin de cela, les potions étant déjà une passion pour elle, n'est-ce pas ?
- Tout à fait père. - elle se redressa, tout en repoussant une mèche insolente qui était venue se perdre dans ses cils - Monsieur Lacroix, lorsque l'on a la chance d'exercer des études s'élevant au rang de passion, il n'est guère nécessaire de chercher la " détente " ailleurs. De plus...
- De plus Cassidy sera présentée devant le Seigneur des Ténèbres, pour recevoir la marque.

Boum. Bam. Bim. La chute fut abyssale. L'impression de se noyer dans les enfers. Brûler vive. Se liquéfier sur place. Lentement, le sang sembla se figer dans ses veines. Se reprendre, vite.

- Quand pensez-vous me faire cet honneur père ?
- Lorsque je te jugerai prête. Tu n'as pas à en savoir davantage. En attendant, tu as encore des progrès à faire.

La jeune femme acquiesça, avalant une nouvelle lampée d'alcool. La nausée revenait. Oh bien entendu, elle se doutait parfaitement que ce jour ne tarderait pas à venir, mais l'entendre de la bouche de son père, venait concrétiser la chose de manière inquiétante, précipitant les événements d'une manière beaucoup trop rapide. En effet, elle n'avait pas encore eu l'occasion de trouver ce qu'elle recherchait, et qui lui apparaissait pour le moment comme le seul élément pouvant la sauver. Il lui fallait trouver quelqu'un pouvant lui apprendre l' Occlumancie, du moins des bases solides, afin de pouvoir tenir la face devant le Seigneur des Ténèbres, sans y perdre la vie. Il y avait bien cet ancien professeur avec qui elle avait gardé de bons contacts, en Inde. Un Occlumens remarquable. Il fallait qu'elle lui envoie un hibou, elle n'avait pas le choix.

- C'est tout à votre honneur Cassidy, vous ferez une Mangemort remarquable, j'en suis convaincu, avec un esprit comme le vôtre.
- C'est justement les failles de l'esprit qu'il faut combler, commenta Andreas en français.

Antoine Lacroix sourit avec force avant de répondre dans sa langue maternelle.

- Au vu du travail remarquable que vous avez accompli sur votre fille, je ne doute pas que ces quelques failles seront vite colmatées.

Octavius la fixait. Le regard transperçant comme jamais, animé d'une lueur meurtrière. Les prunelles brillant de rage, Cassidy ramena sa baguette sur ses genoux, profitant de la conversation animée entre son père et Lacroix, à laquelle elle ne comprenait toujours rien. Prenant soin d'éviter son père assis en face d'elle, ainsi que la blonde de la table du bibliothécaire qui était de dos, de sous la table, la Rowle visa habilement. Sortilèges informulés, dans lesquels elle excellait. Il la cherchait depuis trop longtemps, la soupape venait de sauter. Brusquement, la chaise sur laquelle Octavius était assis se rompit sous lui, de façon brutale, si brutale qu'il se retrouva bien vite les fesses sur le sol, sous le regard étonné de ses convives. Heureusement pour lui, et malheureusement pour elle, son assiette fut miraculeusement épargnée, aussi il fut épargné d'une douche au jus de maquereau. Toutefois, elle n'en avait pas fini. Un mouvement de poignet plus tard, le maléfice de Chauve-Furie suivit, ayant l'avantage de ne produire aucune traînée lumineuse. Brusquement, une nuée de chauve-souris apparurent dans la salle et foncèrent droit sur Octavius, alors que ce dernier n'avait même pas eu le temps de se remettre sur pied, venant s'emmêler dans ses cheveux et battant des ailes sur son visage. Heureusement pour lui, deux serveurs - dont ce cher Nathan - arrivèrent bien vite à son secours, et neutralisèrent les bêtes d'un coup de baguette, lui apportant dans le même mouvement, une nouvelle chaise.

- Monsieur, allez-vous bien ? Que s'est-il passé ?

Néanmoins, avant que le bibliothécaire ne puisse répondre, la voix d'Antoine se fit entendre.

- Par la barbe de Merlin, ne serait-ce pas ce cher Emanuel d’Anselme ?

Vivement, Cassidy - qui avait déjà reposé sa baguette à ses côtés sans que personne ne remarque son méfait - se retourna vers Lacroix qui s'était levé de sa chaise, et qui dévisageait le brun efféminé, un sourire mi-amusé, mi-narquois aux lèvres. Merlin... Non. Pas ça. Merlin ne tint pas compte de ses supplications et Antoine se dirigea d'un pas souple vers le dit Emmanuel.

- Combien d'années d' Anselme ? Quinze, vingt ans ? C'est fou ce que tu n'as pas changé depuis le temps - il laissa échapper un ricanement amusé - Tu ne me présentes pas à tes charmants amis ? Quoique... Oui, ça me revient, ne serait-ce pas cette charmante Madame Green ? ça alors, cette soirée est riche en surprises dites-moi !

Non. Non. Et non. C'était un cauchemar, elle allait se réveiller. Incrédule, la Rowle dévisageait maintenant Antoine, et Emanuel, ses yeux passant par Octavius. Non. Et dire que sans ses sortilèges, peut-être qu'Antoine ne l'aurait même pas remarqué. T'es conne Cass... T'es complètement conne... Indifférente face à Octavius ? Impossible. Définitivement. Il ne manquait plus que...

- Antoine, vous ne nous présentez pas ? C'est très impoli mon cher ami...

ça. Il ne manquait plus que ça. Lacroix, se retourna vers Andreas, un sourire badin ornant ses lèvres charnues.

- Pardonnez moi, mon cher, le surprise m'ôte toute courtoisie. Emanuel, chère Madame Green, je vous présente Andreas Rowle, potionniste renommé, ainsi que sa charmante fille, Miss Cassidy.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Jeu 20 Oct 2016 - 21:16

Il n’avait pas eu le temps d’avaler sa première bouchée que Manu était déjà en train de lui respirer dessus avec excitation, pressé de faire part de ces ragots qu’il adorait tant.
- Soldat au rapport.
- Je t’écoute soldat d’Anselme.
- La cible a le poignet droit blessé, semble-t-il. Une entorse selon ses dires, causée par un élève dont le chaudron a explosé, ce qui l’a fit choir au sol et se blesser par la même occasion. Philtre de paix qui aurait mal tourné. Lacroix a souligné qu’il n’y avait que des incapables dans ton école. Elle a confirmé.
- Et t’as entendu tout ça d’ici ? Tu souffres d’hyperacousie ou quoi ? Tu devrais postuler aux services de renseignement, avec tes oreilles.
- Dis que tu n’es pas content d’avoir ces oreilles à ton service…
Manu se laissa aller avec nonchalance contre le dossier de son siège, vaguement vexé qu’on lui rappelle ainsi sa constante curiosité, intrusive jusqu’à l’impolitesse la plus grossière. Octave prit le soin, l’espace de quelques secondes, d’avoir l’air profondément désintéressé par ce qu’on venait de lui dire, avant de reluquer son meilleur ami avec une indifférence toute mesurée.
- Ils ont dit quoi encore ?
Manu arbora la même expression flegmatique, nez levé vers le plafond alors qu’il aspirait aristocratiquement une bouffée de son cigarillo à moitié consumé.
- Rien.
Octave souleva un sourcil perplexe alors que Manu prenait grand soin à ne pas le regarder, inspectant maintenant une cuticule qui rebiquait à l’ongle de son pouce. Le bibliothécaire se retint néanmoins d’insister, sachant parfaitement qui serait le premier à craquer. Et inévitablement, après une relativement longue attente -selon les normes du français en tout cas, il finit par souffler avec un dédain peu caché la fumée par ses délicates narines. Son sang-froid se limitait assez souvent à ses capacités à retenir sa respiration, alors lorsqu’il eut fini d’exhaler, il se tourna vers le bibliothécaire et déclara d’un ton énigmatique :
- Ce n’est pas ce qu’ils ont dit qui est intéressant, c’est ce qu’ils ont fait.
Sa phrase fut accompagnée par un léger écarquillement des yeux pour donner davantage de poids à ses propos. Puis il se tut à nouveau, buvant cette fois la dernière lampée de champagne qui avait survécu dans le fond de son verre. Patient, Octave attendit quelques secondes avant de s’énerver :
- Allé Manu, t’es une commère, pas un dramaturge, arrêtes ton suspens.

Manu ne s’en offusqua nullement et développa son récit, racontant à son ami à quel point Sieur Lacroix s’était approché de sa dulcinée, semblant vouloir l’embrasser. Mais il n’en fit rien, s’arrêtant à quelques millimètres du visage féminin, un sourire narquois tordant sa grosse lippe alors que la blonde ne broncha même pas d’un pouce. Soit voulait-elle être embrassée, soit elle résistait à une provocation. Quoi qu’il en soit, Sieur Lacroix finit par s’éloigner, s’adressant à Sieur Rowle sur ses tendances à défier l’autorité, vous-vous rendez-compte, très cher ? Scandaleux. Regard brûlant et glacé, nous n’avons pas peur des paradoxes en ces lieux ! Qu’elle tiendrait de sa mère, parait-il ; quel manque de goût, on sait tous que nos yeux devraient appartenir à nos pères, pour qu’ils puissent mieux nous reconnaître en tant que leurs enfants légitimes, n’est-ce pas ? Et tout ceci pour quoi ? Pour un test. Les deux gentlemans s’amusaient à tester la biche aux grands yeux, pour voir si elle fuirait en voyant le fusil. Et Sieur Père sembla un peu déçu de voir sa revêche de fille défier ainsi du regard un prétendant, dans quel monde vit-on, par Merlin ? La petite sembla se faner sous le regard de son géniteur, baissant sa lourde tête vers le menu, affligée par sa propre impétuosité. Canaille, indéniablement, de celles qu’on doit dresser au fouet et au poteau.

Alors que Manu finissait sa satire, Octave ne put s’empêcher de rire, principalement parce que son ami avait cette manière si charmante de dédramatiser une scène par un jargon de la commère qu’il était. Mais le bibliothécaire finit par avoir un regard évasivement compatissant à l’égard de sa sirène, qu’il reconnaissait bien là, à faire face au vent quoi qu’il arrive et quel que soit le danger, ainsi que ses conséquences. Eternellement fière, comme un animal sauvage n’ayant jamais connu la cage, et se débattant férocement pour ne jamais y rentrer. Mais elle lui parût bien pâle tout d’un coup. Détail que les hommes qui l’accompagnaient étaient justement en train de soulever. Naturellement, il tendit l’oreille, assistant en spectateur involontaire de cette démonstration masculine de force paternelle, Andreas interprétant à merveille son rôle de personnage classiquement immuable dans sa sévérité sans considération. Il était visiblement de ceux qui se servaient de leur entourage pour mieux briller, sans se soucier du coût que cet éclat pouvait avoir. A l’évocation d’une marque à venir, Octave eut la gorge inexplicablement nouée, alors même que les propos n’avaient en soi rien d’extravagant pour une telle famille. Peut-être parce qu’il la connaissait un peu, il ressentit, comme par écho, ce qu’il s’imaginait des sentiments qui empoignaient alors la jeune femme. Malgré tout, elle resta digne, répondant aux attentes de son père autant qu’elle le pouvait par un phrasé satisfaisant. Au son de voix du Sieur Rowle, il sut qu’il n’y avait là aucun honneur pour cet homme à voir sa fille atteindre ce rang. A ses yeux, Cassidy, fantoche dérisoire, fille de comédie, n’avait de valeur qu’en fonction du pouvoir qu’il exerçait sur elle. Il appartenait à lui seul de résoudre ses problèmes, sans que jamais elle n’ose impudemment aliéner de son propre chef la sérénité et le destin de son cher père. Au point qu’il la regardait et lui parlait avec les intonations d’un propriétaire. Parfois, c’est comme si elle était parfaitement absente. Au point où les deux hommes repartirent vers la langue de Molière en plein milieu de la conversation, sans égard vers la concernée.

Peiné, il la fixa d’un regard en biais, bien que comme toujours, c’était précisément le genre d’émotions qu’il ne laissait pas transparaître, alors il sembla naturellement sournois, malgré l’inflexion singulière de ses sourcils. Cassidy le regarda en retour et il se détourna brusquement, comme si elle l’avait surpris affairé à une occupation peu recommandable. Et pendant qu’il essayait de camoufler son trouble, se disant qu’il n’y avait pas de quoi réagir comme cela, avec autant de gêne, sa chaise craqua. Il ne s’y attendait pas et manqua de peu d’empoigner dans sa chute la nappe rigoureusement blanche qui recouvrait la table. Heureusement, il eut -ou n’eut pas- la présence d’esprit de ne pas le faire. Il chuta, fatalement, sans essayer de se retenir, sans gestes brusques, avec une fluidité déconcertante, se retrouvant dos à terre, le visage tourné vers le plafond à présent. Etonné, le bibliothécaire n’eut le temps de cligner des paupières qu’une paire de fois avant qu’une nué de chauves-souris ne vienne l’assaillir. Par réflexe, n’ayant pas le temps de sortir sa baguette, il protégea son visage de ses avant-bras alors que les bestioles maléfiques tourbillonnaient au-dessus de lui avec rage. Le cauchemar, qui sembla bien durer une éternité, prit subitement fin alors qu’Octave, par précaution, maintenant encore ses bras en l’air, sait-on jamais. Manu finit par l’empoigner pour l’aider à se relever alors qu’une nouvelle chaise venait déjà plier l’arrière de ses genoux. Pas une seule seconde n’avait-il eu un doute quant à la provenance de ces sortilèges. Sans équivoque, ni tentative de cacher son geste, il envoya un regard destructeur à Cassidy, les sourcils froncés par une colère à peine maîtrisée. Encore une fois, alors qu’il se contentait de discrètement lui mettre la pression et ce sans public, elle l’humiliait en prenant soin à attirer tous les regards. C'était la deuxième fois qu'elle parvenait à le diminuer en lui prêtant un comportement qui n'était habituellement pas le sien. La fureur était montée à son front, décolorant sensiblement son visage aux tempes griffées. Emporté par la rage, son esprit se demandait s’il devait occire la pécheresse. Mais après réflexion, elle ne méritait pas réellement une mise à mort. Non, Cassidy avait des poignets très vulnérables, et il était prêt à se contenter de lui faire horriblement mal lorsqu’il se retrouveraient seuls. Ce qui n’était pas prêt d’arriver.

- Par la barbe de Merlin, ne serait-ce pas ce cher Emanuel d’Anselme ?

O[/b]ctave n’avait pas pris la peine de jeter un regard dans son dos, sachant parfaitement qu’une centaine d’yeux lui brûlaient encore la nuque tandis que Beslan s’était gentiment approché pour repriser, d’un coup de baguette magique, une manche déchirée. Le brouhaha s'intensifia soudainement avant de mourir, manifestation d'un intérêt épuisé. Le spectacle était fini. Profitant que le fils Lacroix dévie l’attention, Octave tapota de sa serviette de table là où il sentait le picotement de quelques griffures. Du sang s’imbiba dans le tissu et il s’empressa de faire pression sur les fines plaies pour ne surtout pas tâcher autre chose. N’ayant pas de miroir à portée de main, il ne savait pas exactement l’état de son visage, étant néanmoins certain que son centre n’avait pas été touché. Il ressentait un fourmillement douloureux à la lisière de ses cheveux, au-dessus de l’arcade sourcilière droite, et un autre sous l’oreille gauche, là où sa mâchoire se cassait en un angle prononcé. Il maintint la serviette de coton sous la deuxième blessure, le sang risquant de salir sa chemise. D’une discrète interrogation, il demanda à Elena si son apparence était correcte. Cette dernière passa une main aux doigts graciles dans ses cheveux, leur redonnant un aspect convenable, rabattant du bout des doigts quelques mèches sur sa tempe pour cacher la fraîche coupure qui brillait d’un sang à peine coagulé. Elle inspecta son costume et le col de sa chemise avant d’acquiescer d’un mouvement de la tête, confirmant que le reste était à nouveau présentable grâce au savoir-faire de Beslan. Il regarda enfin Antoine Lacroix juste au moment où celui-ci partait dans une nostalgie douteuse.

- Combien d'années d'Anselme ? Quinze, vingt ans ? C'est fou ce que tu n'as pas changé depuis le temps.
- C'est ça, quand on n'a pas d'âme, remarqua Manu en levant à peine les yeux vers celui qui venait de le reconnaître. On ne vieillit pas.
- Tu ne me présentes pas à tes charmants amis ? Quoique... Oui, ça me revient, ne serait-ce pas cette charmante Madame Green ? ça alors, cette soirée est riche en surprises dites-moi !
Les épaules de Manu furent animées par un soupir d'exaspération, savamment camouflé derrière la fumée qui sortit de sa bouche, mais Octave ne le connaissait que trop bien. Penelope, en revanche, dont l'éducation et les bonnes manières ne flanchaient en aucun cas, eut un sourire affable alors qu'elle tendait sa fine main vers Lacroix, lui permettant d'y déposer un baiser de salutation.

- Antoine, vous ne nous présentez pas ? C'est très impoli mon cher ami...
- Pardonnez-moi, mon cher, le surprise m'ôte toute courtoisie. Emanuel, chère Madame Green, je vous présente Andreas Rowle, potionniste renommé, ainsi que sa charmante fille, Miss Cassidy.
Manu pinça d'abord ses lèvres en une fine ligne de mécontentement, mais un coup d'oeil vers Cassidy transfigura l'expression contrariée de son visage en son parfait opposé. Maintenant, il souriait, affable comme jamais, ou en tout cas suffisamment pour mettre Octave sur ses gardes, les idées de Manu ayant la fâcheuse tendance à ne jamais épargner personne. Il se redressa pour dominer sa tablée et mieux voir celle d'à côté. D'une voix flatteuse, destinée à Antoine, il dit :
- Au lieu de nous présenter d'aussi loin, viens plutôt, toi et tes amis, à notre table pour que nous puissions faire connaissance davantage en... profondeur.
Lacroix parût étonné, tout autant que le reste du public, mais Manu ne faiblit pas, continuant à le fixer de derrière ses longs cils noirs et fournis, une expression des plus aimables jouant sur son visage. Antoine, pris au piège par sa propre politesse, se retourna vers Andreas pour lui demander l’approbation. Octave profita de cet intervalle pour tirer sur la manche noire d’un Manu encore debout ; ce dernier pencha légèrement sa tête vers son ami, ses cheveux noirs venant faire office de rideau à son visage soudain énigmatique.
- Je t’en conjure, ne sois pas téméraire.

I[/b]l n’eut pour seule réponse qu’une étincelle dans le regard du français qui redirigea son attention vers ses nouveaux invités. Andreas sembla réfléchir un instant, jetant d’abord un regard vers sa fille, puis vers la table voisine avant de se lever, tout en faisant signe aux serveurs de venir les aider à se placer. L’un d’eux aida Cassidy à se relever avant que Manu ne prenne les choses en main :
- Il y a assez de place ici, placez mademoiselle entre nous deux, dit-il en pointant du doigt sur l’espace entre lui et Octave. Et je propose aux deux gentlemans de s’asseoir entre les Dames, comme ça elles auront toutes un homme pour prendre soin d’elles pendant le dîner.
Ils durent tous se déplacer légèrement avec l’aide invisible de serveurs toujours prévenants. Chacun reprit place, Antoine se retrouvant coincé entre Elena Et Eve, et Andreas siégeant aux côtés de cette-dernière et de Penelope. Pas une fois Octave ne prit soin de regarder Cassidy, trop fier et encore trop énervé, la blessure à son orgueil étant fraîche. Manu fut le seul qui resta debout, dominant l’assemblée de sa haute taille. Cigarillo entre coincé entre le majeur et l’index de sa main droite, il aspira une bouffé avant d’entamer sa partie préférée : les présentations.
- Enchanté de faire votre connaissance, Monsieur, Miss Rowle. Permettez-moi à mon tour d’avoir l’immense honneur de vous présenter mes amis : Beslan Daoud, danseur de ballet au New York City Ballet, connu pour son parfait entrechat-six. Penelope Green, ancienne rédactrice dans un quotidien sorcier américain, maintenant elle fait profiter de ses charmes la crème londonienne. Eve Haze, commissaire-priseur dans le domaine des objets magiques rares. Elena Kouzminova, présentement infirmière à Ste Mangouste. Et enfin…

C[/b]’était son moment de gloire, ses amis ayant toujours été sa plus grande fierté, les présenter tour à tour en donnant les détails de leur présente ou ancienne profession donnait de l’importance à Manu, à qui l’on reconnaissait depuis toujours d’avoir un bon goût pour les fréquentations très utiles. En vérité, il menait une existence de pur parasite, de gigolo inavoué qui savait toujours retomber sur ses pattes. Heureusement pour lui, son esprit vif et son caractère agréable, quand il le voulait, lui prêtaient les grâces des plus grands de ce monde. Et il le leur rendait bien, chantant leurs louanges à la moindre occasion. Et c’est ainsi qu’il s’apprêtait à flatter son plus grand et ancien bienfaiteur, à qui il pensait déjà avoir fait plaisir par une vengeance envers sa Dulcinée, qu’il avait exprès placé entre eux deux. Pourtant, lorsque le moment vint de prononcer le prénom de son ami, il sembla hésiter, le regardant d’abord, puis Andreas.
- Octave Hol… Non, juste Octave. N’est-ce pas comme cela que vous le connaissez ?
Sa question était directement adressée à Sieur Rowle qui, pour seule réponse, fronça ses sourcils broussailleux et quasi blancs en une expression d’incompréhension. Pour le coup, Manu parût véritablement décontenancé à son tour, voyant que sa déclaration ne faisait pas l’effet escompté. C’était précisément ce genre de comportement qu’Octave avait sous-entendu en lui demandant de ne pas être téméraire, mais Manu avait cette fâcheuse tendance à n’avoir aucun tact. Il aspirait toujours si ardemment à tirer parti de ses relations qu’il faisait par se prendre soi-même au piège. Un silence gênant se fit, mais Manu, qui ne se laissait jamais dérouter bien longtemps, reprit d’un ton léger :
- Pardon, j’aurais cru. Octave a travaillé en tant que consultant pour certaines de vos relations, Macnair, je crois, et Yaxley. Dans la foulée, il prit enfin place sur son siège en lançant un regard sceptique à l’égard du bibliothécaire. Eh bien mon vieux, je te croyais plus populaire que cela.
Le plus dur finalement avait été d’agir comme si tout cela était convenu et ne l’embarrassait nullement. De justesse, Octave s’était retenu de pincer ses lèvres en une fine ligne contrariée par le trop grand bavardage de Manu, mais il n’en fit rien, se contentant de prendre un air entendu, s’adoucissant sans sincérité.

- Aussi contradictoire que cela puisse être, mon cher d’Anselme, ma popularité se mesure à ma discrétion. Alors cesses d’importuner nos nouveaux amis avec des histoires qui leur importent peu.
Ca sonnait comme il fallait, mais le simple fait qu’il ait choisi d’utiliser le nom de famille de Manu pour l’apostropher montrait le sérieux de sa sommation. La seule chose qui pouvait indiquer quant à la contenance dont il faisait présentement preuve étaient ses sensibles narines qui blanchirent. En revanche, Manu ne manqua pas de s’aplatir comme un lévrier, passant une langue nerveuse sur ses lèvres sèches. Il aspira une bouffée de son cigarillo et s’apprêtait à sauver la situation, mais Antoine intervint soudainement :
- Oh mais non, je suis toujours ravi de croiser un partisan insoupçonné du Lord.
Nous y voilà. Octave redoutait quelque peu ces instants où il se sentait obligé de se justifier, d’autant que les gens réagissaient différemment à chaque fois. Néanmoins, avec une sincérité désarmante, il répondit avec un détachement qui visait à ne mettre personne mal à l’aise, teinté néanmoins d’une fermeté certaine :
- Je ne suis pas partisan, je faisais simplement mon travail, Monsieur.
Lorsqu’il n’y avait pas de raison de se cacher, surtout qu’Octave n’avait pas l’intention de passer la soirée à faire semblant, il disait ce qu’il en était d’un bloc. Cela lui évitait d’avoir à faire l’éloge forcée de quelqu’un dont il n’avait pas envie de parler juste pour faire plaisir à une énième fanatique qui n’entendait que ce qui allait rigoureusement dans son sens. Par-là, il sous-entendait clairement que non, le Lacroix n’était pas tombé sur un groupe de suiveurs qui étaient prêts à parler du Seigneur des Ténèbres jusqu’au bout de la nuit en comparant les différentes signatures de leurs posters. A ce moment précis, les entrées des trois invités furent servies, alors que les autres avaient déjà finies les leurs. Une nouvelle bouteille rouge fut proposée que Manu fut le premier à goûter, faisant tournoyer le vin dans le fond d’une large et profonde coupe. Elena, pensant rattraper le malaise, rebondit :

- De toute manière, Monsieur Holbrey est maintenant bibliothécaire à Poudlard.
Elle sembla vouloir rajouter quelque chose avec humour, mais le mouvement de menton d’Andreas, qui était resté relativement discret jusqu’à maintenant, la fit sursauter. Il regardait maintenant sa fille d’une œillade perçante, presque menaçante. Malgré le fait qu’il ne paraissait pas être un pugiliste, sa carrure soudainement plus vigoureuse que jamais, sembla moulée dans de la fonte. Octave, qui en avait oublié son ressentiment contre sa voisine, la regarda enfin, faisant un bref allé retour entre elle et son père. La tension se fit soudain aussi palpable qu’un mur de brique se dressant au milieu de la table. D’une voix rassurante car posément calme, Octave articula lentement :
- Pardonnez-moi Monsieur, j’ai pensé qu’il serait plus impoli de ma part de venir perturber un dîner familial avec des salutations incongrues. J’ai préféré reléguer cela à une occasion qui se prêterait mieux à une pareille rencontre. Je suis certain que votre fille n’en pense pas moins. Et effectivement, le destin semble nous forcer la main.
Ce fut au tour d’Antoine de faire un mouvement étrange de la tête, comme si une abeille avait tenté de le piquer. Au moins, l’intervention du bibliothécaire eut le don de rappeler au paternel qu’il n’était pas seul avec Cassidy et, peut-être même, à ménager son élan de contrariété envers une fille qui avait eu l’audace de lui cacher quelque chose. Le brun lança à son tour un regard à Cassidy, cette situation trop intime suscitant davantage en lui la gêne que la jubilation de la voir souffrir d’une autorité parentale. L’espace d’un instant, il sembla inquiet, légèrement furieux que Manu ait eu l’idée saugrenue de jouer ainsi avec le feu. Penelope reprit le flambeau avec tact :
- De toute manière les présentations sont faites maintenant ! Dites-moi, Sieur Lacroix, comment se porte donc votre père ?

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Jeu 27 Oct 2016 - 23:36

- Pardonnez moi, mon cher, la surprise m'ôte toute courtoisie. Emanuel, chère Madame Green, je vous présente Andreas Rowle, potionniste renommé, ainsi que sa charmante fille, Miss Cassidy.

Ébahie. Atterrée. Épouvantée par ce qu'elle avait elle-même provoqué. Cassidy resta sidérée sur sa chaise, avec l'envie de disparaître dans un trou de souris. Alternativement son regard turquoise oscillait entre les différents visages qui l'entouraient. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu'ils se connaissent ? Lacroix et cette Mme Green. Lacroix et ce d'Ansleme. On disait que la vie était bien faite, les hasards heureux et que le monde était petit. Une seule de ces propositions étaient vraie aux yeux de la blonde : la dernière. Incrédule devant ce qu'elle avait fait, elle se maudissait intérieurement, les poings si serrés que ses ongles nacrés meurtrissaient la peau douce et fragile de ses paumes. Toutefois, une fois de plus la douleur lui importait peu. En rage. Elle était en rage. Mais cette fois, cette dernière n'était pas adressée au bibliothécaire mais contre elle-même. Comment avait-elle pu oser se fourrer elle-même dans ce pétrin ? Voilà où menait l'impulsivité que lui seul semblait avoir le don de faire éclore de nouveau, telle une fleur mortelle se réveillant d'un sommeil de cent ans. La brider. La tuer. Il le fallait. Chaque fois que Nehal se réveillait au travers d'elle, des catastrophes se produisaient.

Il s'était retrouvé les fesses à terre, et le visage ainsi que les cheveux attaqués par une horde de chauve-souris à l'image de la blonde, c'est à dire bien sauvages. La scène avait été exceptionnelle, presque jouissive pour elle. Depuis le temps qu'elle attendait cette occasion de lui faire payer l'intégralité de ses affronts, de ses provocations, de ses tortures doucereuses et plus ou moins silencieuses... Patiente, elle avait dans un premier temps orchestré avec la précision d'un orfèvre, une rencontre inédite dans la bibliothèque. Toutefois, il avait été encore plus loin qu'elle qui s'était introduite dans ses appartements mais qui n'avait touché qu'à ses vêtements. Lui, poulpe sournois et visqueux, avait laissé son emprunte diabolique sur l'entièreté de ses effets personnels, et involontairement sûrement... Il l'avait faite craquer. Enfin, il fallait être nuancé.... Nuance Cass, nuance... Rien n'est tout blanc, ou tout noir... Le gris et ses infimes et infinies variations de teintes existent également... Disons... Qu'il avait involontairement contribué à son effondrement.

L'effondrement. Parlons-en tiens. Elle avait lâché prise, lamentablement, elle qui pensait pourtant avoir progressé depuis toute ces années. Depuis combien de temps les larmes n'avaient-elles pas franchi le seuil de ses yeux vert d'eau ? Hum... Depuis... Depuis maintenant trois ans. Trois ans de combat. Inlassable. Processus d’effondrement interne tandis que la couche extérieure se fortifiait. S'abuser sur ses ressentis pour se protéger. Se mentir à soi-même de façon tellement évidente qu'elle en devenait naturelle. Mais voilà qu'il était entré dans sa vie, aussi rapidement qu'un tsunami dont il possédait toute la force et toutes caractéristiques, mis à part... qu'il était sournois, discret, subtil. Ce qui le rendait véritablement plus dangereux que n'importe lequel des plus puissants ouragans. Il avait réussi... ce que personne d'autre avant lui n'avait réussi, même si nombre de personnes avaient pourtant tenté. Il l'avait fragilisée, fissurée. Creusant dans ses failles avec ses tentacules visqueux, de manière à se frayer un chemin vers son âme, vers Nehal, tentant de la libérer de ses entraves. Un mal pour un bien ? Non. Un mal pour un mal. C'était la guerre, et Nehal ne pouvait décemment pas permettre de se libérer. Il.. l'avait faite pleurer. Il avait été une pièce maîtresse dans ce processus catastrophique qui s'était déchaîné sur elle, sans la moindre pitié, décharnant son corps de son enveloppe protectrice.

Cassidy serra la mâchoire si fort que ses condyles craquèrent tandis que d'Anselme la fixait, un air absolument charmant peint sur son visage. Peint... La jeune femme savait parfaitement qu'il savait qui elle était, et ce qu'elle avait fait à son ami. Je sais que tu sais que je sais que tu sais. Ce brusque retournement de situation ; passage ultra-rapide entre mécontentement et amabilité trop grotesque pour être honnête, ne lui disait rien qui vaille. Ne disait-on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid ? Il s'était amusé à la provoquer, mais avait, une fois de plus, franchi toutes les limites, n'hésitant pas un seul instant à venir rencontrer indirectement son père. Cette rencontre, qui était tout ce que la jeune femme refusait, était finalement ce qu'elle avait provoqué - et ce de manière bien plus directe que le bibliothécaire puisque voilà que Lacroix venait d'accepter avec acquiescement de son père, que les deux tables se rejoignent. Tandis qu'un serveur venait l'aider à se lever de sa chaise, comme si elle avait été amputé des deux jambes, ou complètement aveugle, le cerveau de la jeune femme tournait à plein régime - pour changer. Son père l'avait regardée, avant d'accepter. Pourquoi donc ? Que préparait-il ? Ce n'était pas innocent, elle ne le connaissait que trop bien, et en était certaine. Alors qu'elle allait s'asseoir aux côtés de la dite Madame Green, le maudit efféminé commença à mettre son plan à exécution.

- Il y a assez de place ici, placez mademoiselle entre nous deux - Cassidy pâlit encore un peu plus - Et je propose aux deux gentlemans de s’asseoir entre les Dames, comme ça elles auront toutes un homme pour prendre soin d’elles pendant le dîner.

Rejoignant la place maudite avec un léger sourire aux lèvres, la sorcière se ressaisit. Il fallait qu'elle joue le jeu - pour survivre. Redressant la tête, la jeune femme se saisit de la main que lui tendait galamment son bourreau d'un soir, ce traître tout aussi sournois que le poulpe lui-même, le remerciant d'un signe de tête, tout en le gratifiant d'un sourire ravageur à faire tourner la tête du plus frigide des hommes.

- Quelle charmante intention Monsieur d'Anselme... Une éducation en or, cela va sans dire.

Tranquillement, tout en le transperçant de son regard clair bordé de longs cils d'un noir profond, Cassidy pris place entre le brun et ... Octavius. Ce dernier était bien amoché, et cet air désordonné et vexé n'était malheureusement pas pour lui déplaire. Bien qu'il ne daignait pas la regarder, la jeune femme, elle, le contemplait librement, un petit sourire ornant le coin de ses lèvres joliment maquillées. Pour une fois, elle pouvait le détailler sans qu'il ne lui rende son regard transperçant. Néanmoins, apparence oblige, se sachant sous surveillance, la jolie blonde finit par détacher son regard du profil de son voisin de table dont le siège était si proche du sien que le velours de leurs chaises respectives se touchaient, afin de reporter son attention sur d'Anselme qui jouait lui aussi parfaitement la comédie. Merlin, qu'ils étaient nombreux à exceller dans ce domaine... La sorcière se concentra. Lever du rideau, Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, préparez-vous à applaudir, une nouvelle représentation théâtrale débutait.

Un numéro... Cet homme étrange et machiavélique était clairement dans la théâtralisation lui aussi. Pas étonnant qu'il soit un ami d'Octavius. Était-il pire que ce dernier ? Cela était bien difficile à dire, mais disons qu'aux yeux de la blonde, la ressemblance était frappante, pour ne pas dire troublante. Discrètement, le regard de la Rowle dévia vers son voisin de gauche tandis qu'elle jouait avec sa baguette reposant sur ses genoux. D'un geste délicat, elle lissa les plis de sa robe tout en entortillant nonchalamment quelques mèches s'échappant de son chignon bas autour de ses doigts fins.

- Enchanté de faire votre connaissance, Monsieur, Miss Rowle. Permettez-moi à mon tour d’avoir l’immense honneur de vous présenter mes amis : Beslan Daoud, danseur de ballet au New York City Ballet, connu pour son parfait entrechat-six. Penelope Green, ancienne rédactrice dans un quotidien sorcier américain, maintenant elle fait profiter de ses charmes la crème londonienne. Eve Haze, commissaire-priseur dans le domaine des objets magiques rares. Elena Kouzminova, présentement infirmière à Ste Mangouste.

Attentivement, Cassidy prêta attention à chacun des visages. Une manière de maîtriser son environnement, une fois de plus. Du contrôle, elle en avait besoin, et d'autant plus dans des moments comme celui-ci où la situation lui avait totalement échappé, la plaçant dans une position légèrement ennuyeuse, au bord d'un précipice sur un terrain poreux, alors qu'il avait plu des cordes la veille. Beslan... Des cheveux grisonnant, un air maniéré et légèrement simplet. Indifférence. Il ne représentait aucun danger potentiel, son air à moitié dans les vapes ne trompait personne. Tranquillement, le regard turquoise de la blonde dévia ensuite sur cette fameuse Madame Green aux hypnotiques boucles dorées et à la mâchoire anguleuse, plus communément appelée Pénélope par l’efféminé. Des traits d'une finesse troublante, des grands yeux azur dans lesquels il semblait facile de se perdre, débordant d'intelligence et de malice quelque peu inquiétante. Élégante et raffinée, son maintien était absolument irréprochable et ses manières totalement appropriées lui donnant l'allure d'une aristocrate distinguée. Presque immédiatement, Cassidy se sentit à la fois admirative mais également menacée par cette femme, pressentant que cette dernière serait possiblement la plus à même de déceler la moindre de ses failles comportementales, pouvant lui faire soupçonner que sous sa carapace vernie de jeune fille de bonne famille au sang-pur, se dissimulait une jeune femme sauvage et insoumise. Aussi, lorsque ses prunelles croisèrent celles de Pénélope, la Rowle se força à ne pas détourner le regard, tout en lui souriant aimablement, avant de passer à la jeune femme suivante. Ève. Cette dernière, aux vues de la jeunesse de ses traits, devait probablement avoisiner les vingt-deux ans... ou peut-être vingt-cinq... En réalité lui donner un âge s'avérait particulièrement compliqué puisque son visage paraissait légèrement crispé et déformé par une sorte de moue hautaine, si propre aux sang-purs, remontant quelque peu son nez droit. Cette jolie brune à la bouche tel un bouton de rose et dont la pâleur de la peau rivalisait avec la sienne, ne lui inspira rien de particulier sinon un certain ennui avec ses cheveux impeccablement laqués. Aucune mèche de travers, toutes étaient à leur place, rangées avec ferveur et peignées soigneusement. Ennui mortel et lassitude extrême. Portant sa coupe à ses lèvres, l'apprentie dévia vers la personne suivante ; la jeune femme prénommée Elena. Blonde aux yeux bleus, elle aurait pu lui ressembler si ses sourcils avaient été plus fournis, sa peau un tantinet plus nacrée, et sa chevelure indubitablement plus claire et plus épaisse. Ses yeux étaient également plus petits et d'un bleu plus manifeste que ceux de la Rowle, dont la couleur infernale oscillait inlassablement entre le vert et le bleu, leur donnant cette teinte turquoise que son père haïssait. Cette dernière un peu plus effacée que les autres, la fixait aussi avec un petit sourire aux lèvres, mais l'air légèrement contrarié. Son maintien sembla quelque peu raide à la Rowle, qui fronça imperceptiblement les sourcils, lançant une discrète œillade vers les mains de la demoiselles. Poings fermés, reposant sur sa robe de soirée. Miss était indéniablement contrariée.

- Et enfin… Octave Hol… Non, juste Octave. N’est-ce pas comme cela que vous le connaissez ?

Vivement, Cassidy détourna le regard vers d'Anselme qui venait de s'adresser directement à son père. Que voulait-il dire ? Les sourcils froncés, elle fixa intensément Octavius de ses grands yeux turquoise. Pourquoi d'Anselme pensait-il que son père connaîtrait le bibliothécaire ? D'où sortait-il ce rapprochement ? Il devait sûrement se tromper. La jeune femme vit son père se redresser légèrement sur sa chaise, lisser tranquillement sa fine barbe argentée et reposer sa coupe de champagne, avant d'interroger son interlocuteur d'une voix posée mais qu'elle identifia - à force d'expérience - comme étant légèrement intriguée :

- Je ne connais pas votre ami Monsieur D'Anselme. - son regard transperçant se tourna alors vers Octavius tandis que la main de la jeune femme se crispait sur sa baguette - Devrais-je vous connaître mon cher ? Manquerais-je à tous mes devoirs ?

Il se tenait droit, aux aguets. Un prédateur en chasse. L'aigle s'était envolé. Merlin... De nouveau, Cassidy porta sa coupe à ses lèvres tandis que d'Anselme reprenait déjà, ne laissant - heureusement - pas le temps à Octavius de répondre, et détournant ainsi légèrement l'attention d'Andreas du poulpe humain.

- Pardon, j’aurais cru. Octave a travaillé en tant que consultant pour certaines de vos relations, Macnair, je crois, et Yaxley. Eh bien mon vieux, je te croyais plus populaire que cela.

Pardon ? Pendant un quart de seconde, la respiration de Cassidy se bloqua et il lui fut impossible d'avaler la gorgée d'alcool qu'elle avait en bouche. Inlassablement, les bulles crépitaient dans le fond de sa gorge, ne parvenant pas à franchir le passage de l’œsophage. Dysphagie brutale. En vérité, l'étudiante était tout simplement tellement choquée par ce qu'elle venait d'entendre que sa respiration s'était coupée. Apnée. Pure et dure. Elle... ne devait pas avoir entendu correctement. Ou compris. Ce n'était pas possible. Tout simplement pas possible. Lentement, elle tourna les yeux clairs vers le profil du bibliothécaire tandis que Lacroix ne manquait pas l'occasion d'en rajouter une couche.

- Oh mais non, je suis toujours ravi de croiser un partisan insoupçonné du Lord.

Boum boum... Boum boum... Boum boum... Ne plus rien contrôler, perdre la notion de limites. Force décuplée, non mesurée. Involontairement, tout son corps se raidit, et tandis que ses cervicales craquaient silencieusement, la main droite de la sorcière se crispa tellement fort autour de sa flûte en cristal, exerçant une telle pression que cette dernière explosa violemment en mille morceaux, déversant sur la nappe en soie blanche, son contenu pétillant. Des morceaux de cristal. Tranchants. Minuscules. Explosés, éparpillés sur la nappe. Recouverts d'un liquide rougeâtre. Dont quelques uns atterrirent sur les genoux d'Octavius.

- Cassidy... Mais que t'arrives-t-il ma fille ? Ne sais-tu donc pas te tenir devant un public ?

Andreas les sourcils froncés et l’œil glacé, la fixait attentivement, bien trop attentivement. Ses lèvres fines s'étaient pincées, et son ton s'était fait tout de suite beaucoup plus dur et légèrement exaspéré.

- Voyez Antoine, il reste véritablement beaucoup de travail à fournir pour faire de Cassidy une parfaite Rowle..., ajouta-t-il en français sans même regarder Lacroix qui acquiesça silencieusement tout en dévisageant la jeune femme.

- Je... Je suis désolée Père. Indiscutablement, la coupe possédait déjà une fêlure, et je n'ai pas été suffisamment attentive.

Sa main saignait. Le sang, une fois de plus. N'était-il doué que pour cela, la faire saigner encore et encore ? D'une manière ou d'une autre, le sang ou les larmes finissaient par couler. Toutefois, la blessure physique n'équivalait en rien celle qui était en train de se creuser au plus profond de son âme, venant y apporter une nouvelle tâche, symbole de trahison, de mensonge et de violence. Sans un regard pour Octavius qui était en train de servir des excuses à la noix, sa main gauche se saisit de sa serviette blanche afin d'éponger sa main mais, dans ce mouvement presque désespéré, elle ne parvint qu'à enfoncer davantage dans sa chair les minuscules paillettes de cristal tranchantes, restées plantées dans le creux de sa paume. Mal ? Oui... Enfin, peut-être. Elle ne savait plus. Son esprit était ailleurs, loin. Bien loin. Refusant de regarder Octavius, son regard se figea dans les éclats de verre plantés dans sa main et tandis que les éclats de voix bourdonnaient autour d'elle, un tourbillon l'emportait au loin. Il s'était foutu d'elle. Il lui avait menti. Ce soir-là. Dans le jardin aux pivoines. Les bordures des lèvres blanchissantes, elle inspira profondément, retirant un premier morceau de cristal de sa paume. Tout n'avait été que mensonge. Son beau discours sur les Mangemorts qu'il avait dépeint de manière si emprunte de mépris n'avait été que manipulation pour l'amener à se révéler, l'amener à la faire vaciller. Heureusement qu'elle n'avait pas cédé et qu'elle était restée droite dans ses bottes, fidèle à son père et à ses beaux discours. La jeune femme releva son regard clair qui vint se figer dans celui du bibliothécaire, happé par ce dernier. Ainsi tu travaillais pour eux sale traître... Tu m’écœures... Dire que tu as tenté de me pousser dans mes retranchements, tentant de me percer à jour... Peut-être travaillais-tu pour mon père et qu'il ne s'agit là qu'une d'une ultime mise en scène ? Ce dîner... n'est peut-être qu'un piège instauré par mon charmant père.

- De toute manière, Monsieur Holbrey est maintenant bibliothécaire à Poudlard.

Merlin... Le destin s'était-il donné pour mot de la détruire ? Maudite blondasse. Tandis que Cassidy se retenait de bondir à la gorge de sa voisine de table, le ciel sembla s'obscurcir brutalement tandis qu'une tension palpable se mit à crépiter autour de la table. Heurt des regards silencieux. Dialogue muet entre père et fille tandis que le silence planait. Le Père se redressa, son menton se relevant brutalement tandis que son regard azur se braquait sur sa fille. Apnée. Elle cessa de respirer, son regard turquoise figé dans celui de son paternel. Tremblement de paupière imperceptible.

- Ah oui ? Mais dans ce cas, puis-je savoir pourquoi ma très chère fille qui évolue au sein de Poudlard également, n'a pas réagi à la vue de ce charmant... bibliothécaire ?

Trou noir. L'impression de chuter au fond d'un puits sans fond. Le vide. Oxygène, où es-tu cher oxygène ? L'air n'entrait plus dans les poumons, n’alimentant plus son cerveau tandis que son sang si pur se glaçait dans ses veines, la transformant réellement en reine des glaces. Voie sans issue. Impasse. Déjà, ses mains se refroidissaient. Une sorte de douche froide. Courant d'air glacé venant hérisser les poils translucides de ses avant-bras. Chair de poule. Terreur sans nom. Agonie silencieuse. Le monde se délitait autour d'elle tandis qu'elle ne pouvait détacher ses prunelles du regard menaçant de son père. Tout ce qu'il ne fallait pas qu'il se produise était arrivé. Malédiction. Peu importe l'issue, la jeune femme savait qu'elle en paierait le prix, une fois seule avec lui. Elle le savait. Peu importe l'explication qu'elle y trouverait, elle savait que dans le meilleur des cas, il n'y croirait que partiellement.

- Pardonnez-moi Monsieur, j’ai pensé qu’il serait plus impoli de ma part de venir perturber un dîner familial avec des salutations incongrues. J’ai préféré reléguer cela à une occasion qui se prêterait mieux à une pareille rencontre. Je suis certain que votre fille n’en pense pas moins. Et effectivement, le destin semble nous forcer la main.

Il essayait de rattraper le coup. Mais... Olala, c'en était presque touchant. Elle en aurait presque eu la larme à l’œil si elle n'avait pas appris ce qu'elle venait d'apprendre de manière aussi brutale à son sujet. Néanmoins, il ne fallait pas se laisser abattre. Un tournoiement de baguette plus tard, et les blessures de sa main disparurent, de même que les perles écarlates venues tâcher subtilement la nappe blanche.

- En effet. Je m'excuse de ne pas vous en avoir tenu informé dès le début Père, mais en réalité Monsieur Holbrey et moi-même ne nous connaissons pas vraiment puisque nous ne faisons que nous croiser de temps à autres.

- Vous croiser ? Mais ma chère, ne travaillez-vous pas sur votre mémoire, et de ce fait n'êtes-vous pas amenée à vous rendre à la bibliothèque pour vos recherches ?

Maudit Lacroix. Avec un sourire, la sorcière se tourna vers lui, penchant légèrement la tête sur le côté. Un nouvelle mèche de cheveux blonds s'échappa de son chignon, venant cascader le long de sa nuque gracile - chose qui ne serait probablement jamais arrivé à Ève.

- Monsieur Holbrey n'a pris ses fonctions que récemment au château. La bibliothèque n'a rouvert que depuis une semaine, puisque des travaux importants s'y sont déroulés suite à l'accident de l'année dernière. De ce fait, - elle tourna les yeux vers Octavius - je ne connais pour ainsi dire, presque pas Monsieur Holbrey, ne l'ayant aperçu que récemment.

Progressivement, le regard tourmaline de la sorcière se mua en une expression impénétrable, tandis qu'elle se tournait plus franchement vers lui.

- Mais je suis véritablement ravie de découvrir en votre personne, une... sorte d' allié du Lord. Avoir travaillé pour les Mangemorts est tout à votre honneur Monsieur et vous inscrit indirectement comme un partisan éloigné. N'avez-vus jamais songé à rejoindre les rangs vous aussi ? Beaucoup pensent que les serviteurs du Seigneur des Ténèbres ne sont pas des gens à qui l'on peut faire confiance, qu'ils ne se battent qu'au nom de la turpitude, ce qui les rends instables et imprévisibles. Certains voient en eux une absence totale de morale et pensent que ce qui les unit est le pouvoir. Mais vous, mon cher, vous semblez être une personne détachée de tout cela, et si Yaxley a fait appel à vos services, c'est que vous êtes indiscutablement une personne de confiance. N'est-ce pas Père ?

Elle avait pris soin d'utiliser les mots qu'il lui avait servi sur un plateau d'argent lors de leur rencontre, lui renvoyant en pleine face avec toute la douceur qui la caractérisait. Lentement, Andreas acquiesça.

- Si Yaxley a fait appel à vous Monsieur Holbrey, c'est que vous agissez sans remords et que vous êtes impitoyable car ses missions sont généralement bien sanglantes, ce qui est une bonne chose. Vous feriez un excellent Mangemort. Toutefois, il est certain que cette décision n'appartient qu'à vous.

- Les hommes intelligents, sachant manipuler et qui s'avèrent impitoyables font souvent d'excellentes recrues d'après Père, et je suis certaine que vous y seriez tout à fait à votre place Monsieur, et ce même si nous vous avons vu chuter lamentablement - avec une certaine grâce ceci dit, et être attaqué par toutes ces affreuses créatures.

Attaquant son entrée, Cassidy porta sa fourchette à ses lèvres rosées, tandis qu'Andreas repoussait son son assiette déjà à moitié vide.

- Monsieur Holbrey, consulter pour un Mangemort n'est pas juste " faire son travail ". Un opposant au Seigneur des Ténèbres se trouverait fatalement aux prises avec sa conscience pour remplir une tâche de la sorte. Vous ne pouvez pas vider votre employeur de sa substance - faire fi de ce qu'il est et des idéaux qu'il défend, surtout lorsqu'il est un Mangemort. Cela est rigoureusement impossible. Soit, vous n'êtes pas ce que l'on pourrait appeler un fervent défenseur des idéaux de notre Maître, mais vous ne pouvez pas y être radicalement opposé pour avoir accepté des missions de la sorte.

Qui était-il ? Soutenait-il les Mangemorts ? En était-il un et ne jouait-il la comédie avec elle que sur ordre de son père ? S'il était un consultant, ce dernier pouvait très bien l'avoir embauché pour tenter de la percer à jour et de lui faire avouer qu'elle ne soutenait pas plus les idées du Lord que Potter. Une Rowle, elle était une Rowle, et de ce fait, apprendre cette nouvelle aurait du la réjouir, pourtant, elle ne pu s'y résoudre. La tâche était bien trop difficile à gérer.

- J'aurais dû prendre la sèche en entrée... Cet œuf n'est décidément pas terrible.

Une moue déçue ornant son beau visage, elle repoussa son assiette, étant en réalité incapable de manger tant sa gorge était serrée. Depuis le début il s'était payé sa tête. Cet homme était décidément complètement toxique, risquant de la mettre à découvert. S'il travaillait pour les Mangemorts, alors elle devait le traiter comme l'un d'entre eux. Respect, cordialité, politesse. Mais au fond, il serait son ennemi désormais, comme tous.

- Ohhh... Entendez-vous cette musique ? Quel morceau délicat et envoûtant... Andreas, puis-je me permettre d'inviter votre charmante fille ?

Un simple signe de tête, et voilà qu'Antoine se levait prestement, allant se positionner entre la jeune femme et le bibliothécaire, se penchant légèrement vers elle, la main tendue.

- Miss Cassidy, me feriez-vous l'honneur de cette danse ?

La tristesse l'habitait tellement, ainsi que la colère qu'elle se saisit de cette main de fer se présentant comme vêtue d'un gant de velours et apparaissant comme salvatrice, presque sans réfléchir. Prise au piège, mais il fallait qu'elle s'éloigne. Qu'elle s'éloigne de lui au risque de s'effondrer. Lentement cette dernière, aussi sournoise qu'un serpent l'aida à se lever. Elle ne vacilla guère, et dans un mouvement élégant, sa silhouette fine esquiva habilement Octavius et sa chaise, se contenant de ne frôler que son bras de sa hanche. Sans un regard pour lui, elle déposa sa baguette aux côtés d'Anselme, et se laissa emporter par cette main masculine qui l’entraîna alors sur la piste de danse prévue à cet effet. Alors qu'ils s'éloignaient, Andreas lança à Lacroix, dans la langue de ce dernier.

- Il ne s'agit pas d'une entorse Antoine.

Le français haussa les sourcils un instant, avant de continuer son chemin, entraînant la jeune femme dans son sillage.

*********

D'un air tranquille, il observa sa fille s'éloigner, suivant Antoine sur la piste de danse. Bien. Cela lui permettrait de mettre son plan à exécution. Se tournant vers le bibliothécaire, Andreas reprit d'un ton aimable :

- Monsieur Holbrey, une question me vient à l'esprit... Pourquoi avoir cessé votre activité de consultant ? ... Je me risquerai à vous proposer un marché, libre à vous de l'accepter ou non, rien ne vous y engage. Voici ma demande : surveillez ma fille, et faites-moi un rapport régulier de ses comportements, et ses fréquentations. Voyez-vous, Cassidy a été en partie élevée par sa mère, qui a exercé sur elle une influence on ne peut plus néfaste. De ce fait, il m'arrive de retrouver en elle quelques signes me tenant en alerte quant à son sujet. Je voudrais m'assurer qu'elle ne dérive pas du chemin auquel elle est destinée, d'autant plus que je la présenterai d'ici quelques temps devant le Seigneur des Ténèbres. Je ne permettrai à personne de l'éloigner de la voie tracée pour elle.

Le sorcier s'essuya délicatement les lèvres en tapotant sa serviette contre ces dernières.

- Ce service serait bien entendu rémunéré mon cher. Je sais être généreux lorsqu'il s'agit de ma fille. Disons que je vous laisse jusqu'à la fin de cette soirée pour me donner votre réponse... Si jamais vous refusez, bien entendu, je comprendrai et ne vous en tiendrai pas rigueur. - il but une gorgée de vin - Maintenant cher Octave, invitez donc cette charmante demoiselle à danser. Elle ne vous quitte pas des yeux depuis le début de la soirée.

Elena rougit jusqu'aux oreilles sous le regard transperçant du Rowle.

Le plan était on ne peut plus simple. Andreas n'était pas dupe, et avait rapidement été mis en alerte, soupçonnant que quelque chose se passait entre sa fille et ce bibliothécaire dont elle n'avait guère évoqué spontanément l'existence - et lui non plus. Ces coups d’œil furieux de sa part à elle, sa tranquillité maîtrisée à lui. Sa façon de s'être justifié. Le verre explosé. Sa pâleur à elle... Il lui était impossible de savoir quelle était la nature de leur relation, mais cela ne lui plaisait guère. Mais... Dans un sens, il ne pouvait en être certain. Aussi, avait-il choisi de proposer ce travail au brun, dans un premier temps pour voir sa réaction, mais également pour empêcher tout rapprochement entre sa fille et ce dernier puisqu'il savait parfaitement que jamais Cassidy ne pourrait se rapprocher de quelqu'un chargé de la surveiller pour son compte. Peut-être n'y avait-il pas de justification quant à ses doutes, mais Andreas était quelqu'un de méticuleux, et anticipait la moindre poussière venant se déposer dur son chemin. Aussi, avait-il choisi la voie de la prudence.

Si Holbrey acceptait, il la perdait.
S'il refusait, il la mettait en danger - venant renforcer les soupçons du patriarche.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Ven 28 Oct 2016 - 22:23

Dès que les trois invités s’étaient installés à la table d’Emanuel, une ambiance étrange prit place immédiatement, comme un voile sinistre et funéraire recouvrant un cercueil. Déjà les visages, malgré les sourires d’apparence, se faisaient plus graves et tendus, sauf Manu, qui papillonnait tel une abeille, d’une fleur à l’autre, comme si l’électricité ambiante ne faisait que lui redonner des forces. Peut-être parce qu’il était le seul ici à bénéficier de la parfaite inconscience. Il agissait toujours comme un enfant, subissant ses propres caprices sans réfléchir, esclave de ses envies et de son caractère égoïste, pour ne pas dire purement nombriliste. Il continuait à être agréablement affable, sincèrement amusé et enchanté de la tournure des évènements, comme s’il venait de s’embarquer dans une palpitante aventure, observant d’un œil ouvertement curieux ses invités les uns plus tendus que les autres. Pourtant il savait qu’aucun de ses amis n’avait d’affinités particulières avec les enthousiastes du Lord des Ténèbres. Mais comme tout inconscient incapable de percevoir les ravages que pouvaient provoquer ses irrépressibles envies, il se comportait avec ce ravissement qui lui était propre. Il pensait avoir fait plaisir à Octave, mais il se faisait plaisir à soi-même davantage. Déjà à l’époque, il exaltait en voyant son meilleur ami se tirer des problèmes comme un illusionniste faisant un tour de ses mains habiles, sans avoir une seule considération pour ce que cela pouvait coûter. Peut-être parce que Octave donnait l’impression qu’il pouvait se sortir de n’importe quelle situation dérangeante avec une facilité déconcertante, un peu comme ses chanteurs d’opéra ou ses gymnastes aguerris pour qui leur travail ne semble demander aucun effort ni sacrifice. C’était peut-être de sa faute à lui, à toujours vouloir prouver que la vie lui était simple dans tous ses aspects. Véritablement, depuis que Manu le connaissait, Octave semblait glisser sur l’existence avec aisance, sans jamais montrer les sacrifices qu’il devait faire pour s’offrir une vie telle que la sienne. Alors d’Anselme s’imaginait encore que le spectacle allait être comme d’habitude : distrayant et réjouissant, sans se rendre compte qu’il les avait tous plongés dans un nid de serpents venimeux. Peut-être un autre jour en aurait-il lui aussi tiré une certaine satisfaction, mais précisément en cet instant, cela tombait mal tant les enjeux promettaient d’être élevés.

Sans pouvoir se retenir, Emanuel entama dès qu’il le put sa démonstration préférée de force. Octave lui aurait sauté à la gorge s’il avait pu, mais il n’avait même pas la possibilité de lui enfoncer une fourchette dans la cuisse pour le faire taire. Impuissant comme jamais, il avait observé Manu faire sa présentation comme un Japonais la destruction d’Hiroshima et Nagasaki. Il avait eu le temps d’expirer une dernière fois avant de s’arrêter de respirer, les épaules basses, la poitrine affaissée et le regard cloué sur cet homme debout qui dévoilait sans vergogne ce qu’il espérait passer sous silence. Tout du long, il avait pris soin à rester courtoisement intéressé et ouvert, ses talents de distanciation étant particulièrement utiles et rodés spécialement pour des instants comme celui-là, où il fallait camoufler son ennui et ses envies de meurtre. La seule chose qui aurait pu le trahir aurait été si quelqu’un s’était aventuré à glisser un miroir sous ses narines pour voir si de la buée s’y formait. Penelope devait se douter de quelque chose très certainement, elle qui était douce et pénétrante, mais elle évita de le regarder pour ne pas prendre le risque d’attirer l’attention sur lui. De biais, il sentait clairement que Cassidy le regardait, perdue quelque part dans le coin flouté de sa vision. Mais pas un instant ne s’était-il abandonné à un tressaillement suspect, maître de soi comme jamais, regardant les évènements comme s’il était vêtu d’un scaphandre. Il n’y eut qu’Eve pour pousser un soupir d’agacement si peu camouflé devant l’extravagance d’Emanuel, elle qui était fatiguée à la moindre démonstration trop enthousiasmante. Cependant, c’était écrit sur son visage que c’était là un témoignage de son caractère.

Mais maintenant, tous les regards étaient tournés vers lui. Arborant l’air quelque peu embarrassé qui seyait à la situation, Octave porta un regard vers son verre le temps que Manu clarifie la situation. Lorsque ce dernier s’excusa, il eut un vague sourire satisfait et osa une œillade vers le père de Cassidy dont le visage s’illuminait d’un intérêt nouveau. Octave le fixa alors franchement, revêtant la légère arrogance que lui prêtait son rang récemment révélé. Car à présent tous deux savaient qu’ils appartenaient au même monde, tournant dans des cercles qui se rejoignaient pour la plupart. Il n’eut aucun répit pour contrôler la réaction de Cassidy ; dès lors que la nature de ses activités fut révélée, une atmosphère de défi latent s’instaura entre les deux hommes. Une sorte de complicité rivale qui visait à savoir qui était le plus digne de l’amour de leur Dieu. Car tous deux étaient indéniablement dotés du même trait de caractère : la compétitivité innée. L’intervention flatteuse d’Antoine cessa à moitié leur duel invisible en détournant leurs regards, mais la partie ne faisait indéniablement que commencer. Octave y était habitué, raison pour laquelle le regard perçant, pour ne pas dire transperçant, d’Andreas ne le troubla pas le moins du monde. C’était le même manège à chaque fois qu’il avait affaire à des Mangemorts ou des gens de pouvoir pour qui le plus important était la domination des éléments les entourant. Pour ne pas se faire écraser, pour se faire considérer, il fallait primitivement résister à la bravade, ne pas succomber à la première œillade assassine et gagner un minimum d’intérêt. Octave aurait pu s’aplatir pour ne pas se faire remarquer, mais son instinct lui dictait le contraire.

A peine eût-il fini de répondre à Antoine qu’un éclatement fit sursauter la tablée. Cassidy avait brisé son verre, attirant non seulement l’attention de la compagnie, mais également la colère froide de son père, pour qui n’importe quel écart semblait être un affront passible de mort. Son cœur lui dictait d’aller l’aider à éponger ses plaies, mais sa raison l’obligeait à garder le dos droit et à détourner le regard, faisant poliment semblant que rien n’était arrivé. Cassidy resta figée un instant, observant sa main et le sang qui y coulait d’un œil terriblement absent, comme si son âme avait quitté son corps. Comme si la blessure était trop grande pour qu’elle puisse la réaliser pleinement. Néanmoins, elle reprit ses esprits et se mit à essuyer sa main sous l’attention toujours sévère de son père. Octave sentait que ce n’était pas un hasard. Comment cela pouvait-il en être un de toute manière ? Elle qui semblait toujours si bien se contrôler, la voilà qui bisait des verres d’une poignée un peu trop forte alors que ses doigts avaient la finesse et la fragilité d’une belle broderie. Il n’avait pas le temps d’y réfléchir minutieusement, un torrent de sensations et d’idées envahissant son esprit, le submergeant de suppositions les une plus dérangeantes et blessantes que les autres. Il ne pouvait que s’imaginer ce qu’elle devait penser et ressentir au point de casser du cristal, mais quelque chose lui disait qu’il n’était pas loin de la vérité, et cela l’effrayait. Il interprétait la situation selon ses propres forces émotionnelles, certes, alors peut-être exagérait-il certains aspects de cette histoire. Mais à aucun moment il n’avait pensé que Cassidy puisse avoir une réaction pareille, si fatalement spontanée. Elena, presque aussi maladroite que Manu, bien que nourrie de bonnes intentions, en rajouta une couche, obligeant Octave à s’en défaire au détour d’une formule de politesse. Cassidy, reprenant contenance, se justifia à son tour, poursuivant sa logique, mais Antoine, en bon inquisiteur qu’il était, ne manqua pas de relever les inexactitudes de son excuse.

- Monsieur Holbrey n'a pris ses fonctions que récemment au château. La bibliothèque n'a rouvert que depuis une semaine, puisque des travaux importants s'y sont déroulés suite à l'accident de l'année dernière. De ce fait, je ne connais pour ainsi dire, presque pas Monsieur Holbrey, ne l'ayant aperçu que récemment.

Elle le regardait maintenant avec ce sourire dont il connaissait si bien la nature profonde, et ce rictus lui faisait mal, à même qu’il était de deviner ce qui se cachait derrière. Il aurait préféré en cet instant ne pas la connaître pour ne pas comprendre les sous-entendus qu’elle mettait dans sa flatterie mensongère. Le pire arriva lorsqu’elle le cita, mot pour mot, faisant référence à cette nuit de début de Septembre. Octave sut qu’il la perdait. Ses idées, jadis si chaotiques, se remirent miraculeusement en place, formant un lien parfait autour de cette longue tirade secrètement amère. Des mots… de simples mots… combien étaient-ils terribles. Limpides, éclatants et cruels. Il savait, elle le détestait maintenant avec toute la sincérité du désespoir. Elle, qui ne pouvait avoir confiance en personne, le pensait terrifiant menteur qui venait de se faire démasquer par un ami un peu trop bavard. Ami bien impudent en réalité. Etait-elle satisfaite ? Cette vérité la rendait-elle heureuse ? La tranquillisait-elle ? Cassidy avait découvert un imposteur qu’elle avait failli réchauffer sur ses flancs. Se sentait-elle victorieuse ? Ou au contraire aigrement triste de voir l’une des rares personnes à qui elle avait failli s’ouvrir par faiblesse s’avérer n’être qu’un hypocrite ? N’y avait-il pas finalement une grande tristesse derrière cet effort de lui faire comprendre si clairement qu’il était découvert ? Ou se l’imaginait-il… Se donnait-il trop d’importance comme cela lui arrivait si souvent par orgueil ? Orgueil vite balayé par la hantise que l’intérêt qu’elle lui avait vaguement semblé porter n’était qu’une illusion. Il avait toujours été si prompt à l’emportement sentimental. Au fond de soi, Octave ne souhaitait pas la voir si cruellement trahie, et préférait croire qu’elle en tirait le plaisir d’avoir démasqué un traître, plutôt que la douleur de ne pouvoir se confier véritablement à personne. Il ne voulait pas qu’elle perde à cause de lui ou de Manu le peu d’espoir qui subsistait quelque part profondément en son cœur. Et voilà que cet espoir semblait mourir sous ses yeux. Aussi sûrement qu’une lumière qu’on éteint. Avec froideur, Octave recouvrir son propre cœur d’une pellicule de plomb, s’abstrayant de ces pensées qui faisaient rage. Avec assurance, il les étrangla, pour ne rendre qu’un regard savamment hautain à sa Sirène alors qu’elle l’enfonçait, un adjectif après l’autre, le caractérisant de tout ce qu’elle détestait.

Intelligent, manipulateur, impitoyable, sans remords… En d’autres circonstances, il se serait gargarisé de ces compliments. Mais leurs auteurs, dont il connaissait la pensée, ne lui aspiraient aucune confiance par leur jugement. Dans leurs bouches, cela le dépouillait de toute humanité. Pourtant il y souriait, les yeux tantôt floutés d’un modeste embarras et abaissés sur le coin de la table, tantôt relevés et pétillants, le visage luisant comme un chat qui aurait découvert un pot de crème fraîche. Il laissait cette flatterie glisser sous sa peau, se convaincant sans grand mal qu’elle était en son avantage. Antoine semblait très intéressé par la conversation, secondé de Eve et de Penelope qui le regardaient avec un intérêt ardent, toutes deux animées d’une flamme bien différente que celle de leur voisin. Elena se recroquevillait à côté, gênée d’avoir indirectement provoqué tout cela, sa charmante timidité n’empêchant pas son intelligence de comprendre ce que Manu ne percevait même pas du coin de sa conscience. Il était droit sur sa chaise, satisfait au possible et les yeux luisants de contentement, s’attendant à recevoir un regard semblable de la part de son ami. Ce qu’Octave fit, semblant le remercier d’avoir donné un tel tournant à cette rencontre, comme si toute cette histoire lui donnait rétribution. Manu lui envoya un clin d’œil alors que son regard d’aveugle se dirigeait vers Cassidy, interprétant le maintien de glace qu’elle avait comme un jeu. Impudent et inconscient. Il était d’excellente compagnie pour les aventures trépidantes et sans grande conséquence pour autrui. Mais le présenter à un monde où les enjeux se faisaient plus dangereux et plus globaux était impossible. Il était intelligent, mais son égocentrisme l’empêchait de voir le dessous des évènements. Il était un être superficiel par excellence. A la dernière remarque d’Andreas, Octave sourit d’un air réfléchi avant de dire d’un ton modeste :

« Peut-être bien… »

Il pliait, mais n’avait pas envie d’en discuter pour le moment. Il ne s’en sentait pas capable et n’en voyait pas l’intérêt, connaissant parfaitement d’avance les avis des concernés. Andreas soulignait le fait qu’il était impossible de travailler pour des Mangemorts sans adhérer un minimum à leurs idéaux. Qu’en faire ? Que faire d’un adjectif qui excluait d’office toute autre possibilité ? Se battre ? S’il le faisait, ce serait au risque de paraître trop farouche dans le seul but d’expliquer son point de vue. A vrai dire, Andreas ne lui laissait d’autre choix que d’accepter son opinion et de s’y soustraire. C’est ce qu’il fit, sans s’expliquer davantage cela dit pour le moment.

- Ohhh... Entendez-vous cette musique ? Quel morceau délicat et envoûtant... Andreas, puis-je me permettre d'inviter votre charmante fille ?

Octave releva les yeux, tendant l’oreille. Oui, c’était effectivement une belle musique, qui faillit d’ailleurs craqueler son assurance alors qu’il se laissait aller à la mélodie. Une tendresse passa sur son visage alors qu’il se retournait pour regarder les couples danser. Tant de souvenirs… Antoine se leva, allant cueillir une Cassidy déçue par son repas, ou par autre chose. Il ne la regarda pas, se concentrant sur la musique et les danseurs alors qu’il sentit quelque chose le frôler. Quelque chose… cela ne pouvait être qu’elle. Une dernière caresse qui sonnait la fin de sa confiance et de sa considération. Enfin, encore une fois, il dramatisait, elle n’avait fait que le toucher par inadvertance, n’est-ce pas ? Toutefois, il ne put se résigner à ne pas la regarder s’éloigner. Ou plutôt se justifia-il de ne pas avoir le choix s’il voulait encore profiter de cette vision enchanteresse de couples se muant avec grâce, mains dans la main, répondant aux accords lancinants d’une envoûtante musique. Alors il laissa son regard glisser sur la courbe de sa taille, longeant la chute de ses reins jusqu’à tenter de se saisir de ce pan de tissus qui bougeait au rythme de ses pas, et qui s’éloignait inévitablement dans un tourbillon de reflets noirs. Sans savoir exactement pourquoi, il sentit que sa respiration s’était accélérée. Encore un instant, et le voilà de nouveau impénétrable, le souffle serein et la mine tranquille. Il se retourna au même moment où Andreas interpella Antoine en français d’un message énigmatique qu’Octave ne comprit pas tout de suite.

A peine s’étaient-ils éloignés que sieur Rowle tourna son corps entier vers le bibliothécaire, demandant ainsi toute son attention. Octave saisit d’instinct l’invitation au jeu qui reprenait et se redressa, cambrant légèrement sa taille et détendant ses épaules alors qu’il achevait la dernière gorgée de champagne qui restait dans son verre. Une fois cela fait, il laissa ses doigts jouer avec le pied du verre alors que ses yeux décochèrent deux flèches enflammées au paternel. Il connaissait cette expression tellement bien qu’il y réagissait inconsciemment, prenant la pose qui convenait le mieux à ce genre de situations. La partie reprenait et il ne pouvait se permettre la moindre faiblesse. Un exercice difficile dans lequel il excellait. Manu connaissait lui-aussi cette attitude emplie de défiance confiante pour l’avoir si souvent vue chez son ami, alors il s’excita, se penchant vers l’avant pour mieux entendre la conversation. Seule Penelope avait une pâleur dans le regard qui trahissait son inquiétude de voir Octave avoir l’allure d’un général s’apprêtant à exécuter un fugitif de ses propres mains.

Attentivement, il écouta Andreas parler. Et pendant qu’il parlait, le bibliothécaire perdait petit à petit le sourire narquois qui soulevait plus tôt le coin de ses lèvres carmin. Il ne s’attendait certes pas à ce que son interlocuteur soit aussi directe, aussi tôt et en présence de tous ses amis, mais ce n’était pas là le témoignage d’une perte de contenance. Pour ce coup-ci, il n’avait pas besoin de jouer la comédie, ce qui facilitait les choses. Toutefois, il ne se relâcha pas, gardant les coutures qui maintenaient sa détermination bien serrés. Sincérité ne voulait pas dire ouverture. Comme tout homme de pouvoir, Andreas n’avait finalement de la politesse qu’une très vague notion superficielle. Peut-être avait-il tenté de le déstabiliser en posant dès la première phrase de sa tirade une question si intime ? Octave ne perdit pas de temps pour réfléchir à une réponse, sachant parfaitement que quelque chose d’autre ne tarderait pas à suivre. Une question en entraîne une autre, pas vrai ? Son instinct ne trompa pas et Andreas enchaîna bien vite sur le cœur de ce qui l’intéressait. Et dans son énoncé, honnêtement traître, il s’ouvrait honteusement, dévoilant à quelqu’un qu’il ne connaissait pourtant pas sa profonde nature, allant jusqu’à la confidence. Etait-ce le nom de Yaxley qui avait une telle force évocatrice ? Eventuellement, mais quelque chose d’autre se cachait sous cette demande. Tentait-il de l’amadouer par ce geste, le poussant à lui faire confiance pour plus vite commettre une faute ? Octave aurait bien voulu faire cesser ce verbiage d’un geste de la main, mais ne pouvait se permettre tant de légèreté. Alors il écouta jusqu’au bout, sans toutefois tenter de camoufler que les propos tenus le chiffonnaient sensiblement. A la dernière phrase, le bibliothécaire arborait définitivement un visage sans sourire ni passions. L’air neutre et réfléchi qu’il offrit à Andreas eut le don d’éteindre la confiance que le vieux avait eu tout au long de son discours. Définitivement, il était trop intrusif, se comportant comme le fils le plus aimé de son Dieu des Ténèbres, à qui chaque chose était pardonnée. L’orgueil du rang se heurtait maintenant au flegme de celui qui faisait fi des règles et des limites.

Octave hésita sur la tenue à suivre, sondant de son regard nébuleux le visage tendu d’un interlocuteur qui avait compris que ses paroles n’avaient pas eu l’effet escompté. S’avachir galamment sur sa chaise ou se pencher vers l’avant dans un geste de menace ? Dans un compromis énigmatique, Octave décida de ne pas bouger, le dos décollé de sa chaise, droit comme une parallèle, la tête sensiblement penchée vers l’avant, ce qui jetait une ombre sur son regard émeraude, faisant resplendir ses yeux tels deux étangs moussus aux profondeurs abyssales. Pour ne pas se distraire, il abandonna le verre de champagne vide et posa sa main dans un demi-aplat sur la table.  Il regarda un instant la bague qui ornait son annulaire et dont la pierre miroitait comme un profond océan sous les rayons du soleil avant de relever les yeux, une expression doucereuse sur le visage et un vague sourire compatissant aux lèvres. Enfin, il lui répondit :

« Monsieur Rowle, vous auriez dû vous saisir de votre patience et attendre de me connaître un peu mieux. Car si vous aviez pris le temps de le faire, vous auriez su que l’argent ne représente strictement aucune motivation pour moi. »

Il était tellement concentré qu’il remarqua à peine le retour de Cassidy et d’Antoine qui avaient visiblement fini leur danse. Mais peu importait. Octave se tût le temps de laisser les jeunes s’installer à nouveau sur leurs chaises sans quitter Andreas de ses yeux figés dans une immobilité poignante. Puis il reprit sur un timbre de voix bas et mélodieux, ce qui le rendit soudain beaucoup plus masculin qu’à l’ordinaire.

« Je suis en effet sans scrupules ni remords. Mais uniquement lorsqu’il s’agit de mes propres intérêts. L’idéologie n’a aucun rapport avec cela, mes clients ont simplement toujours su comment cultiver mon intérêt avec des affaires intéressantes et des récompenses conséquentes et précieuses par leur rareté. Et pour l’instant, vous n’y parvenez pas. Ne tenez pas rigueur à mon honnêteté, je vous parle comme au potentiel client que vous semblez vouloir être et non comme à l’invité d’Emanuel. Et je n’ai pas pour habitude de me perdre en conjectures inutiles.
Andreas renifla d’une déception mal camouflée car surprise sur le fait et but une gorgée de vin.
- Travailler pour les Rowles ne serait donc pas un prestige ?
Octave eut un sourire étrange et répondit, mais en français, veillant à ce que Cassidy ne sache rien des plans de son père devant lui, et en profitant pour souligner les propos qu’il avançait :
- Vous ne m’écoutez pas. Le prestige est volatile. Vous me proposez une mission ennuyeuse contre quelque chose qui ne m’intéresse pas. Où est le prestige là-dedans ? Je connais ma valeur, vous non semble-t-il. J’aimerais que vous me croyiez quand je vous dis que ce n’est pas de la prétention, mais mes compétences seraient bien mieux employés autre part qu’à espionner votre insolente progéniture pour vous. J’oserai rajouter que si c’est un problème d’éducation, ce n’est certainement pas à moi d’y remédier. Engagez une nourrice ? Après, si vous y tenez vraiment… La question serait de savoir si vous êtes en possession de quelque chose qui saurait palier tout autant à mes honoraires qu’au profond ennui et déshonneur professionnel que j’éprouverai à m’acquitter d’une telle tâche ?

Le point final était mis à cette négociation. Pas une seule fois sa voix n’avait eu une inflexion disgracieuse, laissant à deviner qu’il était fâché ou agacé. Heureusement pour lui, il avait dit tout cela sans penser à Cassidy. Elle ou quelqu’un d’autre, cette proposition l’aurait contrarié de toute manière, sincérité qui confondit Andreas dans un espèce de mutisme dédaigneux. Octave venait de lui montrer qu’il n’était pas un simple homme à tout faire qui courbait l’échine lorsque les grands de ce monde s’abaissaient à son niveau. A ces débuts, il avait effectivement accepté n’importe quoi, mais c’était pour prouver son mérite. Petit à petit était venu le temps où il n’avait plus besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, sa réputation le faisait pour lui. En quelques années, il était passé du statut de stagiaire qui faisait le café à celui de Dali. Fini les petites commandes à trois copecks pour dévoiler l’adultère de Madame tout le Monde. Et maintenant, Andreas proposait à Dali de repeindre son garage ? Perte de peinture. Il l’aurait fait s’ils avaient été amis, mais ce n’était pas le cas. Enfin, Octave se détendit aspirant un bon coup, fermant le rideau de cet acte, semblant attendre que sieur Rowle en fasse de même, rangeant son outrecuidance dans sa poche pour accepter la sentence. Il conclut donc, toujours en français :

« Cela dit, conseil gratuit de consultant : si vous voulez de la servilité, vous aurez toujours par moments de l’insolence, quoi que vous fassiez. Si vous voulez de la loyauté en revanche… eh bien, cela se conquiert, mais ne se force pas. Puis il reprit en anglais : Je vais suivre votre conseil et danser un peu. Cela dit ce sera avec Madame Green, car Elena a beau me dévisager, elle ne sait pas bien danser la valse. Octave se releva et contourna la table alors que Penelope lui tendait déjà sa main gracile. Il offrit un regard amusé à Manu et susurra : d’Anselme, tu devrais inviter Elena, vous irez bien ensemble, avec vos quatre pieds gauches. »

Prenant appui sur la main masculine offerte, Penelope se leva et, guidée par Octave, ils s’éloignèrent de la table alors que Manu et Elena avaient tous deux perdus leurs couleurs. Cela leur allait bien, se dit le bibliothécaire avec cruauté. Ils l’avaient tous les deux mis dans cette situation où il avait été contraint à faire preuve de fermé devant quelqu’un qu’il ne voulait même pas connaître. A vrai dire, Andreas ou quelqu’un d’autre… Les gens auraient été différents mais avec des rangs identiques que la situation aurait abouti à la même situation. Octave n’avait jamais cherché à rester affable avec des gens de la trempe du père de Cassidy, préférant d’avance leur faire comprendre à quoi ils devaient s’en tenir. Il devait déjà faire semblant sur tellement de points que rajouter en plus un travail de consultant était de trop. Il espérait seulement vaguement que Andreas soit assez intelligent pour séparer le travail et les rapports plus amicaux qu’ils étaient maintenant obligés de tenir à table à cause de Manu. Bon sang, Elena ne méritait pas la même méchanceté que son meilleur ami, mais il avait agi sans distinction, trop contrarié de voir ses propres amis le mettre dans l’embarras. Manu et Elena étaient des enfants qui ne savaient pas se tenir, chacun à leur manière. Cela dit, il avait taché d’adapter le bon ton pour que sa métaphore ne soit comprise que des deux concernés. Cela sonnait comme une blague véridique. Mais les deux savaient bien danser en vérité, et Octave avait outrageusement fait référence à cette absence de savoir-vivre qui les caractérisait. Au moins Manu avait-il compris qu’il avait fait une erreur.

Il avait essayé d’être gracieux, de tenir un pas élégant et élancé jusqu’à la piste de danse, guidant sa partenaire par la main jusqu’au milieu de la piste. En d’autres circonstances, il aurait choisi Elena, mais en cet instant précis, il avait ardemment besoin de Penelope. Elle était l’une des seules à être capable par sa douceur de calmer ses exaltations et énervements. Levant sa main qui tenait toujours celle de la Dame, Octave enveloppa son omoplate dénudée par sa large main, profitant de ce premier contact véritablement chaleureux et humain de la soirée. Positionnant leurs coudes à la hauteur des épaules, il donna le mouvement à cette valse lancinante qui leur allait si bien. Ils tournoyèrent sans rien dire pendant quelques instants, Penelope le laissant dans son mutisme, le regardant seulement parfois avec douceur.

« Quel homme détestable.
- Tu as déjà vu pire.
- Peut-être, mais cela fait très longtemps que je n’ai pas été forcé par politesse de passer une soirée entière en leur compagnie.
Penelope lui sourit tristement en retour ce qui le força à arrêter le mouvement.
- Je suis désolé, on va au bar ? Il faut que je sorte. »

Elle acquiesça de la tête et ils s’échappèrent discrètement entre les couples qui dansaient. Ils sortirent de la salle occupée par le restaurant, traversèrent le hall d’entrée et allèrent rejoindre le bar qui était, Merlin soit loué, au complet opposé du bâtiment. Il n’y avait qu’une poignée de personnes, répandues dans cette grande salle moderne à l’éclairage tamisé. Il s’apprêtait à commander quelque chose au barman, mais Penelope le tira par le bras pour le forcer à rejoindre les canapés qui se trouvaient au fond de la salle. Elle s’assit dans un coin et le tira vers elle, pour qu’il vienne creuser sa place jadis habituelle contre son épaule. Penelope avait cette sensibilité suffisante pour deviner ce qu’il désirait bien avant qu’il ne le formule ou même ne sache que c’était de cela dont il avait besoin. Alors Octave se laissa gracieusement faire, courbant le dos pour s’asseoir contre sa Dame. Il s’avachit sensiblement, posant sa tête contre son bras anguleux et se laissa aller au creux de cette étreinte qu’elle lui offrait.

« Tu veux que je t’embrasse ?
- Non, pas cette fois-ci. »

Ils se turent à nouveau alors que Penelope se penchait sur l’oreille d’Octave tout en passant sa délicate main dans ses cheveux châtains, le décoiffant délicieusement, faisant jouer les mèches entre ses doigts de pianiste. Pour sa part, il regardait le plafond, la respiration d’abord laborieuse. Il finit par se calmer doucement sous l’effet des caresses de la femme qui aurait pu être sa mère. Il finit par s’abandonner et eut l’air triste.

« Parfois je le déteste tellement. Il ne se rend compte jamais de rien à part de soi-même. Silence. Tu te souviens, à l’époque, je te disais que j’étais fatigué ? C’est de cela. De ces rapports de force, cette hypocrisie qu’il faut supporter, cette violence latente et ces provocations à répétition où chacun essaye de te prouver que tu ne vaux rien, que tu es le plus faible, le plus misérable. Et tu passes ton temps à leur prouver le contraire comme un damné. Et pour survivre à tout cela, tu te désensibilises. Parfois j’avais l’impression que j’étais en train de mourir intérieurement, lorsqu’il n’y avait personne pour me tirer vers le haut de temps à autres. J’étais comme évanoui sans avoir perdu toute conscience, mais incapable de définir ce qui me restait de ma sensibilité.
- Tu as beaucoup changé depuis la première fois que l’on s’est rencontrés…
- Je l’espère. Je ne veux plus de ça dans ma vie. De cette tension. Au moins cette soirée aura eu l’avantage de me rappeler ce que j’ai fui à l’époque au point d’aller à l’autre bout du monde. Maintenant aussi, j’aimerai partir. Au diable Manu.
- Et Cassidy ? Tu vas l’abandonner ?
Octave eut l’air de sincèrement regretter ses paroles, triturant nerveusement la bague à son doigt. Après un long silence, il souffla :
- Non. Mais je crains qu’elle ne me haïsse maintenant.
- C’est parce qu’elle ne te connait pas. Et puis peu importe non ? Tu n’es pas homme à t’échapper pour une si petite contrariété, n’est-ce pas ?
- Non, en effet. Je suis désolé de te faire subir ça. »

Penelope passa une main sur la joue d'Octave qui s'empressa de la saisir et l’embrassa tendrement. Penelope… elle lui disait toujours ce qu’il avait besoin d’entendre pour lui redonner du courage et de l’aplomb. Ils se levèrent finalement, comme après une longue sieste en plein milieu de l’été et rejoignirent à le restaurant, Octave à nouveau calme et prêt à affronter ce que la vie avait de mauvais à lui offrir. Alors que la douce main de Pénélope enveloppait délicatement la sienne, ils longèrent les tables dans une salle où l’atmosphère n’avait pas changé. Etrangement, Eve riait à une plaisanterie d’un Antoine soudain charmant et affable. Ma foi, si elle y trouvait son compte. Octave aida Penelope à s’asseoir à table, avant de rejoindre sa place, lui aussi, visiblement plus vigoureux et aimable. Il adressa un sourire d’une sincérité désarmante au père de Cassidy, semblant spécifier que malgré son orgueil blessé par une proposition qu’il jugeait déshonorante, il ne lui en tenait pas rigueur. Bref, il donnait l’exemple, se comportant comme un adulte, espérant ardemment que l’autre adulte suivre l’initiative pour ne pas alourdir davantage une ambiance qui semblait enfin décoller un tant soit peu. Il se tourna vers Cassidy, débordant d’une ardeur nouvelle. Rien n’est jamais perdu définitivement.

« Pour répondre à votre question, Miss Rowle, non, je n’ai jamais songé à rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres. Ou plutôt, si j’y ai songé, mais je m’y refuse. Ce serait fort ennuyeux. De nos jours, c’est comme être membre d’un parti politique. Je suis trop exubérant pour m’y soustraire. Octave se détourna légèrement, s’adressant maintenant en même temps à Andreas. Et je puis vous assurer qu’il est parfaitement possible de servir honnêtement un maître sans adhérer à ses idéaux. Tout dépend des ordres donnés. Sinon cela voudrait dire que les avocats qui défendent des violeurs adhèrent nécessairement au crime commis ? Un vulgaire syllogisme. Enfin, certains peut-être effectivement. Mais d’autres sont mus par des principes plus fondamentaux comme le sens d’une justice sans considérations. Après tout, les Mangemorts sont tant d’autres choses que les idéaux qu’ils partagent. Vous, ma chère, vous êtes une apprentie potionniste, par exemple. Dites-vous qu’une fois un Mangemort m’a demandé de trouver une réplique du diadème de la princesse Sissi pour l’offrir à l’anniversaire de son épouse. Alors permettez-moi de vous dire que votre vision est très réductrice. »

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SANG SANG: pur
MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Dim 30 Oct 2016 - 2:43

Sans un regard pour lui, elle s'était levée de sa chaise avec une élégance rare, et sa fine main glacée désormais débarrassée des paillettes tranchantes de cristal, avait rejoint la main masculine, s'y noyant volontairement tandis que les doigts du sorcier s'étaient déjà refermés sur la sienne. Paumes contre paumes. Contact corporel réconfortant, même s'il était en réalité bien plus dangereux que sécurisant. Oh bien entendu, au plus profond d'elle d'elle-même, Cassidy en était consciente, d'autant plus qu'Andreas avait lancé une dernière phrase en français à l'intention de Lacroix qui avait haussé les sourcils avant de lui jeter une œillade étonnée. Néanmoins, l'éloignement lui ferait du bien. Une bouffée d'air. Elle avait besoin d'oxygène. Sentir l'air entrer dans sa trachée, se tracer un chemin vers ses poumons, dilatant ses bronches et ses bronchioles ; canaux pourvues de petits cils, presque aussi fins que ceux de la prénommée Elena.

Arrivés sur la piste de danse où évoluaient déjà certains couples plus ou moins âgés, elle observa Lacroix se rapprocher d'elle, allant jusqu'à coller élégamment leurs bassins respectifs, et placer - en expert - sa main chaude et imposante au creux de son omoplate gauche, à mi-chemin avec la descente de son dos, épousant délicatement avec une douceur insoupçonnée, la courbe naturelle de la cambrure joliment prononcée de ce dernier. Il n'eut aucun mal à trouver l'os en question puisqu'en cette soirée la chevelure blonde de la jeune femme était relevée, ne dissimulant en rien la courbe délicate de sa nuque gracile, ni même celle de ses fines épaules. Lentement, il donna le mouvement et tous deux se mirent alors à tournoyer, suivant parfaitement le rythme de la musique et ses infimes variations. Silencieusement, ils évoluaient en harmonie sur la piste, sans même frôler les autres couples dont certains s'étaient arrêtés dans leurs mouvements pour les regarder, se reculant légèrement afin de leur laisser plus d'espace pour évoluer. Antoine perçu ce changement, et son ego se pâmât tandis qu'il amplifiait ses pas afin de prendre tout l'espace qui lui était si gracieusement accordé. Tel un coq dans son poulailler, il évoluait avec une confiance aveugle en ses capacités et en celles de sa partenaire à qui il adressa un sourire mielleux auquel elle se força à répondre. Occupant maintenant tout l'espace, il varia les pas, en avant, en arrière, testant dans un même temps les capacités de danseuse de Cassidy, qui immuablement, suivait le mouvement, ne se laissant aucunement surprendre par ces changements de direction, ou ces inversions de cadre.

Tandis qu'elle se laissait guider par cet homme en qui elle n'avait aucunement confiance, Cassidy était ailleurs, ne se concentrant pas le moins du monde sur l'instant présent. Si le corps était présent, l'esprit s'était bel et bien échappé, envolé. En tant que danseuse accomplie, le temps où il lui fallait porter une attention extrême au moindre de ses pas afin d'en saisir le sens, et ainsi éviter les pieds de ses partenaires, était révolu. Désormais, les mouvements, même les plus inattendus tels que ces inversions de sens, ou ces rotations soudaines que lui proposait le français, ne la surprenaient guère, et elle y répondait souplement, avec une aisance désarmante pour Lacroix qui avait tout de même fait une école de danse. Ils évoluaient donc ainsi, souplement, élégamment. L'un testant l'autre, l'autre se contentant de suivre sans la moindre animosité. La danse était belle, le cadre était magnifique. Si les gens s'étaient arrêtés pour les admirer, ils étaient cependant aveugles. Car ce tableau n'était pas parfait. Ou justement, il l'était trop, ce qui le rendait imparfait. Trop parfait ; le rythme était respecté, la fluidité indéniable, les pas précis. La technique était sublime, indéniablement maîtrisée par les deux partenaires. Toutefois, il manquait bel et bien une chose entre eux. L'harmonie n'était que prétendue, et l'accord, de surface. Elle était présente dans son corps, mais son esprit, indomptable, n'était pas le moins du monde accordé avec celui d'Antoine, ni même avec la danse. Elle tournoyait, tel un robot élégant bien huilé, ou pour une image plus sorcière, comme si elle avait été soumise à l'impero. Toutefois pour le remarquer, il fallait un œil immanquablement aiguisé ainsi qu'un intérêt passionné pour la scène en train de se dérouler, ce que les invités, qui avaient envie de s'évader de ces temps sombres le temps d'une soirée, ne possédaient guère. Aussi, hormis deux autres couples avec qui Lacroix semblait s'être donné pour mot d'entrer en compétition, les frôlant dangereusement, tous s'étaient arrêtés de danser, pour contempler le couple peu commun que la Rowle formait avec le français.

D'un côté il y avait la douceur, une certaine nostalgie peut-être. Du regret. Mélangé avec le remords, les deux dansant une valse lancinante enlacés amoureusement. Une certaine peine.
De l'autre, il y avait la performance compétitrice. La domination. La technique irréprochable.

Dans tous les cas, ce que les gens ne voyaient guère, c'était l'absence de l'âme. La danse était bien exécutée, mais ni Cassidy, ni Antoine n'étaient réellement là pour le plaisir. Leur connexion n'était que corporelle et superficielle. La jeune femme n'avait pas choisi d'être là, et n'avait aucune espèce d'envie de partager cet instant avec le français, qui lui, s'il avait dans un premier temps recherché le plaisir, s'était maintenant perdu dans une démonstration de performance et de force, tant avec elle cherchant à la mettre en difficulté, qu'avec les deux autres couples combattant pour leur droit au plaisir de la danse.

Depuis combien de temps valsait-elle ainsi, telle une feuille abandonnée aux vagues de l'océan, flottant sur ce dernier et s'adaptant aux irrégularités parfaites de ses mouvements ? Cassidy avait perdu la notion du temps, en même temps que le semblant de droiture qu'instaurait sa coiffure. En effet, lentement, au grès des mouvements imprévisibles du français, son chignon reposant à la lisière de sa nuque s'était défait. L'esprit libéré, éloigné du monde réel, se répercutait dans sa chevelure. Enfin, les cheveux rebelles quoiqu' encore tressés, reprenaient leur droit à la vie, se déversant en une cascade scintillante de mèches entremêlées le long de son dos. De nouveau les petites mèches s'échappèrent de l'emprise de l'épaisse tresse à deux brins, venant souligner la douce angulation de sa mâchoire, ainsi que la courbe de son visage fin. Sentant un léger chatouillis sur le dos de sa main, Antoine paru enfin se reconnecter à elle, et esquissa un léger sourire penchant légèrement la tête sur le côté :

« Oh ma chère Cassidy, notre danse vous fait-elle perdre la tête au point que votre coiffure ne puisse pas tenir le rythme ?
- Mes cheveux ne reflètent en rien mes capacités Monsieur Lacroix puisque je danse avec mon corps. Si je parviens à vous suivre, ne soyez donc pas vexé au point de vous rabattre sur une coiffure insuffisamment fixée. »

L'homme eut un petit ricanement, sa main venant se nicher délicieusement dans le creux des reins de la sorcière, sans que cela ne soit pour autant déplacé.

« Il est indéniable que vous êtes une excellente danseuse Cassidy, et je n'en suis point vexé, juste ravi d'avoir eu l'honneur de m'en assurer, et la satisfaction de partager ce moment avec vous.
- Le partage est une notion complexe, et relative à chacun.
- Que voulez-vous dire très chère ?
- Qu'êtes-vous en mesure de comprendre Monsieur Lacroix ? »

Pour la première fois en sa présence, le collègue de son père eut une moue contrariée tout en l'invitant à tournoyer. Significativement, son regard se durcit l'espace d'un instant, avant de retrouver cette lueur douceâtre qui le caractérisait si bien. Retrouvant la main de sa jeune partenaire à la langue bien trop insolente, Lacroix dans un mouvement plus fort, la ramena vers lui, la plaquant contre son buste, ce qui força la blonde à relever les yeux vers lui. Affrontement silencieux, dans lequel elle s'avérait très forte et réellement habile puisque cette soudaine proximité forcée ne l'empêcha pas de suivre les mouvements imposés par le danseur. Son regard turquoise ne daignait pas quitter celui du français, renforçant involontairement les soupçons qu'avait induit Andreas chez ce dernier en lui parlant d'elle. C'est alors que, afin d'asseoir sa domination masculine face à une demoiselle bien trop intrépide sous son apparence immuable, le brun changea soudainement l'angle de sa main tenant la main droite de la jeune femme, imposant au poignet de cette dernière une rotation aussi inattendue que douloureuse. Un léger sifflement s'échappa des lèvres de Cassidy tandis que la douleur aiguë qu'il venait de déclencher la forçait à détourner le regard, ses paupières se fermant malgré elle. Heureusement, celle-ci ne dura qu'une fraction de seconde puisque l'instant d'après, Antoine avait permis au poignet anciennement fracturé de reprendre sa place initiale, alors que la musique se terminait. Se reculant légèrement, le sorcier garda la main de la Rowle dans la sienne, et ses lèvres virent frôler le dos de celle-ci.

« Votre poignet semble avoir des difficultés avec certaines angulations très chère... Ce signe clinique est typique d'une récente fracture... Pas d'une entorse, qui est un simple étirement des ligaments reliant les os entre eux. »

Interdite, Cassidy ne répondit rien, se contentant de braquer ses iris clairs sur lui.

« Votre fougue dissimulée me plait Miss, toutefois, vous devriez vous méfier. Certains seraient prêts à payer pour briser des étalons trop impétueux. »

Tandis qu'il ramenait galamment sa partenaire à leur table, Antoine souriait franchement. Vexé, il l'avait été oui, mais il n'avait guère menti en expliquant à Cassidy ce que ses mensonges et sa langue trop acérée pouvaient lui coûter. En parfait gentleman, il ramena la blonde à sa place, afin de réintégrer la sienne entre la jeune Ève et Elena. Le visage légèrement crispé, Cassidy referma ses doigts sur son poignet droit dont la douleur électrique se propageait dans tout le bras. Nehal s'était réveillée. Elle n'avait pas su gérer et se plier face aux français aux remarques douteuses. Honte à elle qui s'était involontairement vendue. Décidément, la fatigue et toute la tension accumulée ne faisaient que la pousser à se trahir ce soir... Elle enchaînait les erreurs avec une facilité déconcertante et on ne peut plus dangereuse. Tâchant d'ignorer la douleur, et tandis que les plats arrivaient, l'apprentie potionniste se força à se concentrer sur la discussion visiblement tendue se déroulant entre Octavius et son père. Merlin... Qu'avait-il encore inventé ?

« Je suis en effet sans scrupules ni remords. Mais uniquement lorsqu’il s’agit de mes propres intérêts. L’idéologie n’a aucun rapport avec cela, mes clients ont simplement toujours su comment cultiver mon intérêt avec des affaires intéressantes et des récompenses conséquentes et précieuses par leur rareté. Et pour l’instant, vous n’y parvenez pas. Ne tenez pas rigueur à mon honnêteté, je vous parle comme au potentiel client que vous semblez vouloir être et non comme à l’invité d’Emanuel. Et je n’ai pas pour habitude de me perdre en conjectures inutiles. »

Intérieurement, Cassidy senti sa mâchoire se décrocher. Comment osait-il parler ainsi à un Rowle, lui simple sang-mêlé ? En un claquement de doigts, elle savait son père parfaitement à même de faire enfermer le bibliothécaire à vie à Azkaban, toutefois, ce dernier se contenta de renifler dédaigneusement et de porter son verre à ses lèvres, tout en fixant le bibliothécaire d'un air impénétrable.

« Travailler pour les Rowles ne serait donc pas un prestige ? »

Pourquoi ? Pourquoi son père se donnait-il toute cette peine ? Et de quoi étaient-ils en train de parler ? Un contrat ? Une mission ? En tout cas, si tel était le cas, Octavius semblait refuser d'effectuer cette dernière. Mais... si Andreas était en train de lui proposer un contrat actuellement, cela pouvait-il signifier qu' Octavius n'avait jamais travaillé pour lui ? Et de ce fait qu'il ne s'agissait pas d'une soirée piégée au cours de laquelle il exécutait son rôle de consultant pour lui ? Trop de questions, trop peu de réponses... Les rouages entrechoquaient violemment dans l'esprit en alerte de la jeune femme, sans parvenir à trouver un terrain d'entente. Cassidy suivait attentivement l'échange qu'elle avait pris en cours, sans parvenir à comprendre ce que tout cela signifiait. Où était la vérité ? Où se terrait le mensonge ? Concernant la réaction de son paternel, la jeune Rowle savait pertinemment que cela cachait quelque chose, car Andreas ne se serait jamais donné la peine en temps normal, de poursuivre la conversation avec une personne faisant preuve d'une telle insolence envers lui. Jamais.

Bien qu'étant dans l'incapacité la plus totale de la comprendre, même avec toute la meilleure volonté du monde, la réponse, d' Octavius la cloua sur sa chaise, tandis qu'elle provoquait chez Andreas un haussement de sourcils significatif. Le bibliothécaire s'était exprimé en français.
Le Mangemort se redressa sur sa chaise, un léger rictus ornant ses lèvres fines. Tranquillement, il vint poser souplement ses coudes sur la nappe immaculée, repoussant légèrement son assiette, et croisa les doigts les doigts un à un, sans quitter Octavius du regard.

« Quelle surprise... Votre maîtrise du français est surprenante Monsieur Holbrey. Vraiment parfaite. Pour en revenir sur ce que vous disiez, il est certain que je ne connaissais pas votre valeur puisque je n'avais jamais entendu parler ne serait-ce que de votre existence. Toutefois, je ne peux que l'imaginer si Yaxley et McNair ont fait appel à vos services. Toutefois, il est vrai que vous me surprenez sur un point ; je ne vous pensais pas aussi... - il lissa sa barbe de ses longs doigts - sûr de vous. », répondit-il en anglais.

Intérieurement, Andreas notait les informations, ou plutôt les gravait dans son esprit. Ce bibliothécaire-consultant ne lui disait rien qui vaille. Il était bien trop sûr de lui, refusant de se plier aux règles et faisant fi du respect que le nom de Rowle inspirait dans la société. Un électron libre, une particule de magie indomptable... qui lui rappela soudain la façon de penser de Nila, son ex-épouse. Une liberté de penser, une liberté d'action, un refus de plier face à l'autorité qu'il représentait. Une liberté qui avait finir par déteindre sur sa fille. Cet homme était un danger, et d'autant plus s'il ne servait pas les intérêts du Seigneur des Ténèbres.

« Cela dit, conseil gratuit de consultant : si vous voulez de la servilité, vous aurez toujours par moments de l’insolence, quoi que vous fassiez. Si vous voulez de la loyauté en revanche… eh bien, cela se conquiert, mais ne se force pas. », répondit-il usant du français.

Andreas décroisa les doigts et commença à découper sa viande, lentement, tout en reprenant, dans la langue de Molière à son tour :

« Je ne partage pas votre avis Monsieur Holbrey, même si je le respecte cela dit. Pour en revenir à " mon insolente progéniture ", je ne vous aurais sûrement pas confié sa garde, mais sa surveillance. En aucun cas, il ne me serait venu à l'esprit de vous charger d'y remédier. Tout ce que j'attends de vous relève d'une simple surveillance et d'un rapport régulier. Aucune intervention. Quant au paiement, vous allez vite en besogne mon cher. A vouloir faire de l'esprit, vous détournez mes mots et ne comprenez que ce que vous souhaitez comprendre. J'ai dit que ce service serait rémunéré et que je savais être généreux lorsqu'il s'agit de ma fille, mais je n'ai jamais parlé d'argent. Alors, peut-être serait-il sage de prendre le temps de vous assurer du sens de mes paroles, avant d'en déduire vos conclusions erronées, mon cher. »

Son regard se fit pensif, oscillant entre Octavius et Cassidy. Lentement, il porta un morceau à sa bouche, sous les regards de la tablée, avant de reprendre, usant toujours du français.

« Vous me rappelez quelque peu ma fille Monsieur Holbrey... Cette espèce d'insolence juvénile dissimulée par de beaux vêtements et par une facilité oratoire. Heureusement, Cassidy est encore jeune et ses écarts se font de moins en moins réguliers à force de travail. Elle a beaucoup évolué, et sait que j'agis pour son bien. - il s'interrompit un instant - Je peux bien entendu vous rémunérer autrement qu'avec de l'argent - que je ne doute pas que vous possédez aux vues de votre costume. La question est de savoir ce que vous désirez, en échange de ce service. Détendez-vous donc mon cher, tout en y réfléchissant, nous en reparlerons après.
- Je vais suivre votre conseil et danser un peu. Cela dit ce sera avec Madame Green, car Elena a beau me dévisager, elle ne sait pas bien danser la valse. D’Anselme, tu devrais inviter Elena, vous irez bien ensemble, avec vos quatre pieds gauches. », déclara le brun en anglais.

Sans un mot, Cassidy l'observa se lever afin de rejoindre Pénélope Green, qui dans un mouvement élégant, tendait déjà sa main gracile vers lui - doigts que l'homme s'empressa de saisir afin de l'aider galamment à se lever, avant de l’entraîner à son tour sur la piste de danse. Elle n'avait rien compris à ce qu'il venait de se produire face à elle, l'alternance du français et de l'anglais la mettant en grande difficulté quant à la compréhension d l'intégralité du spectacle auquel elle venait d'assister en spectatrice impuissante. Toutefois, elle était quasiment certaine d'une chose : que cela ne présageait rien de bon pour elle. Intérieurement, la Rowle tressaillit tandis qu'elle massait de manière circulaire son poignet droit reposant sur ses cuisses. En effet, à plusieurs reprises, elle avait saisit le regard azur de son paternel se diriger vers elle, ainsi que certaines œillades discrètes d' Octavius à son égard. Si elle n'avait pas d'idée précise de la teneur de leur échange, il était quasiment certain qu'elle avait fait partie de la discussion - à son insu.

« Comment s'est déroulée cette danse mon cher Antoine ? Vous qui êtes un excellent danseur, avez-vous pu apprécier le talent de ma fille ? »

La voix de velours de son père la tira de ses sombres pensées qui auraient pu se matérialiser en d'épaisses volutes de fumées grisâtres, de manière brutale, et ce fut seulement en puisant dans ses dernières réserves psychiques qu'elle parvint à se servir d'une ultime once de contrôle afin d' empêcher son corps épuisé de réagir trop brutalement en sursautant violemment : Seules ses mains reposant sur ses genoux se crispèrent nerveusement entre elles.

« Oh parfaitement bien Andreas, il va sans dire qu'elle possède un talent indéniable. Toutefois, je me dois de souligner que le poignet de mademoiselle me parait bien sensible... pour une simple entorse. Il faudra y remédier définitivement avant qu'elle ne vienne travailler en France à mes côtés cet hiver. »

Cassidy fronça légèrement les sourcils, s'apprêtant à lui balancer dans la face qu'elle ne lui avait en aucun cas donné son accord. Alors qu'elle ouvrait la bouche, prête à lui balancer des paroles venimeuses dont elle avait le secret, un regain de lucidité lui revint en pleine poire lorsqu'elle capta le regard de son père rempli de promesses ne laissant présager rien de bon. Contrainte et forcée, Nehal se tu, et Cassidy reprit le contrôle, parvenant de justesse à transformer la moue de dédain naissante au coin de ses lèvres, en un sourire amusé.

« Je ne peux malheureusement pas vous promettre cela Monsieur Lacroix. - il fallait jouer la carte maîtresse - je pense devoir rester au château pendant ces vacances afin de travailler avec le Directeur. »

Andreas posa alors ses couverts, et avec une douceur insoupçonnée, tapota ses lèvres à l'aide de sa serviette d'un geste rempli d'élégance, avant de toussoter légèrement afin de reprendre d'une voix légèrement rauque.

« Explique toi Cassidy.
- A mon arrivée à Poudlard, j'ai pris l'initiative de solliciter l'aide du professeur Rogue afin de m'améliorer en potions. Les cours théoriques me manquaient, aussi, je lui ai demandé s'il accepterait de me donner des cours avancés, et il a accepté.
- Vous améliorer ? Mais votre père m'a affirmé que vous étiez l'une des étudiantes les plus brillantes de votre promotion Miss Cassidy. A quoi bon vous rajouter du travail si vous êtes déjà la meilleure ? »

A grand peine, la jeune femme retint un long soupir et masqua son agacement en portant sa fourchette à sa bouche, ce qui lui donna quelques instants de répit. Forçant ses gestes à revêtir une certaine nonchalance étudiée, elle reposa ensuite sa fourchette et porta le verre de vin à ses lèvres afin d'en avaler une gorgée. Courage Cass... Après tu dormiras pendant mille ans... Une soirée... Une Teletubbies de soirée c'est tout ce qu'on te demande. Ne foire pas tout, c'est déjà assez compliqué...

« Je ne suis pas la meilleure Monsieur Lacroix. Je suis passionnée, certes... mais...
- N'êtes-vous pas la première de votre année ?
- A vrai dire, je ne pense pas.
- Oh je vois, alors vous souhaitez le devenir ?
- Non. »

Lacroix fronça les sourcils.

« Je crains de ne pas vous suivre très chère. A quoi bon solliciter ce fameux professeur Rogue si vous ne souhaitez pas vous améliorer ?
- Mais c'est bel et bien ce que je vise. Ne comprenez-vous pas ? Je ne souhaite pas devenir la première. Cela n'a pas de sens pour moi. Une fois la première, que ferai-je ? Où irai-je ? Non, indéniablement, j'ai besoin d'avoir quelqu'un devant moi. Une personne qui me pousse à me surpasser moi-même. Je veux pouvoir continuer à apprendre, à découvrir de nouvelles choses. Je ne vise pas à être la première, la "meilleure", je veux me surpasser et repousser mes limites.
- Hum... Je... vois. Nous trouverons un arrangement, j'en suis certain. »

Il ne voyait rien. La jeune femme en aurait mis sa main à couper. Il ne comprenait pas ce vers quoi elle tendait, mais été trop fier pour l'avouer, ce qui l'arrangeait. Tranquillement, la blonde lui adressa son plus beau sourire, et tandis qu'elle reprenait son repas - se forçant à avoir l'air le plus naturel possible, alors que rien que le fait de piquer avec sa fourchette l'élançait, Antoine se tourna vers Ève et sa coiffure toujours impeccable - en contraste frappant avec celle de la blonde.

« Et vous Miss Haze ? Parlez-nous un peu de votre travail ? - questionna-t-il en sortant de la poche intérieure de son veston, un petit étui contenant ses cigarettes favorites - Vos études sont donc terminées ? »

Galamment avec un sourire, il lui en proposa une, ce que la jeune femme s'empressa d'accepter.

« Oui, en effet. Je travaille depuis maintenant deux ans. De ce fait, je suis amenée à voyager et... attendez, puis-je voir votre étui ? »

Haussant légèrement les sourcils, un air mi-amusé, mi-étonné peint sur son visage, le français le lui tandis, et elle s'en saisi tout en le remerciant rapidement. Coinçant sa cigarette au coin de ses lèvres maquillées, elle releva le petit étui à hauteur de son visage et l'observa avec la plus grande attention, comme s'il avait été une relique datant de mille cinq cent ans.

« ça alors... Monsieur Lacroix, où avez-vous eu cet étui ?
- Oh il appartenait à l'un de mes ancêtres, un Lacroix, qui l'a reçu en héritage à la mort du dernier descendant d'une ancienne famille de sang-pur française, aujourd'hui disparue. Le blason que vous voyez dessus est le leur. Mais, comment cela se fait-il qu'une jeune femme telle que vous connaisse ce blason ? »

La brune lui sourit malicieusement.

« Je suis commissaire-priseur Monsieur Lacroix, c'est donc mon métier de reconnaître ce genre de choses... Vous savez, les objets rares, voire uniques... Parfois sans valeur apparente, mais indéniablement toujours précieux.
- Oh je vois... Ma famille doit encore avoir plein d'objets appartenant à cette famille sur l'étagère de la bibliothèque familiale, cela vous intéresserait-il éventuellement ? Je sais que ma mère souhaitait s'en débarrasser, pensant que ce ne sont que des babioles futiles sans le moindre intérêt.
- Hum... Je pourrais en faire un catalogue pour les enchères si cela vous intéresse, vous pourriez en recueillir une très belle somme.
- Je ne pensais pas que ce genre d'objets de valeur pouvaient se perdre dans la nature sans que personne ne leur trouve de l'intérêt pendant si longtemps !
- Monsieur Lacroix, cela arrive constamment. Combien de fois ais-je retrouvé des reliques ancestrales dans les greniers de gens qui voulaient revendre leurs maisons... »

Amusé, le mangeur de grenouille tira sur sa cigarette et aspira la fumée nonchalamment, tandis que l’excédent ressortait par ses narines.

« Alors votre rôle est de redonner de l'éclat aux objets que plus personne ne remarque ... Je me sens tout d'un coup plus important à l'idée de posséder un trésor caché, je vous en remercie. »

Alors que la brune éclatait d'un rire franc, Cassidy sentit un mouvement à ses côtés. Il était revenu. Octavius. Celui dont elle ne savait rien. Celui dont la rencontre en cette soirée avait fait écrouler ses maigres connaissances à son sujet. Un trou noir, voilà ce qu'il lui inspirait. Imperceptiblement, son maintien se rigidifia alors que sa respiration s'accélérait légèrement.

« Qui sait, je trouverai peut-être quelque chose d'autre chez vous pour rehausser votre propre éclat ? »

C'est ça, allez vous redonnez de l'éclat mutuellement, et foutez-moi la paix... Tandis que Lacroix et la brune se taquinaient, elle avait enfin un semblant de tranquillité, la conversation tendue étant enfin déviée d'elle. Soufflant légèrement, la blonde croisa ses couverts sous le regard amusé d'Emanuel. Ce d'Anselme... Elle avait juste envie de l'étrangler de ses propres mains. Alors qu'elle allait ouvrir la bouche, une voix la devança. La sienne. Qui d'autre ?

« Pour répondre à votre question, Miss Rowle, non, je n’ai jamais songé à rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres. Ou plutôt, si j’y ai songé, mais je m’y refuse. Ce serait fort ennuyeux. De nos jours, c’est comme être membre d’un parti politique. Je suis trop exubérant pour m’y soustraire.
- Trop exubérant... Avez-vous conscience que ce n'est guère une qualité de nos jours Monsieur Holbrey ? Vous savez que vous ne pourrez rester ainsi, tel un indécis, bien longtemps ? C'est la guerre mon cher, et un jour ou l'autre il vous faudra choisir votre camps, et j'ose espérer qu'avec votre esprit, vous saurez faire le bon choix. »

Andreas lâcha un petit rictus, tandis que le bibliothécaire se détournait légèrement d'elle afin de l'intégrer à la conversation.

« Et je puis vous assurer qu’il est parfaitement possible de servir honnêtement un maître sans adhérer à ses idéaux. Tout dépend des ordres donnés. Sinon cela voudrait dire que les avocats qui défendent des violeurs adhèrent nécessairement au crime commis ? Un vulgaire syllogisme. Enfin, certains peut-être effectivement. Mais d’autres sont mus par des principes plus fondamentaux comme le sens d’une justice sans considérations. Après tout, les Mangemorts sont tant d’autres choses que les idéaux qu’ils partagent. Vous, ma chère, vous êtes une apprentie potionniste, par exemple. Dites-vous qu’une fois un Mangemort m’a demandé de trouver une réplique du diadème de la princesse Sissi pour l’offrir à l’anniversaire de son épouse. Alors permettez-moi de vous dire que votre vision est très réductrice. »

Soupirant légèrement, Andreas secoua la tête en signe de dénégation. Désignant Cassidy de sa main, il répondit :

« Cassidy est parfaitement au point avec ce genre de débat d'une simplicité enfantine. Échangez plutôt avec elle, et nous reviendrons ensuite sur l'objet de notre précédente discussion. »

Inspirant profondément, la jeune femme se força à rester calme, et alors qu'elle se tournait plus franchement vers son voisin de droite, offrant sa chevelure à l'efféminé, son genou droit entra malencontreusement en contact avec la jambe gauche du bibliothécaire. Insupportable. Vivement, elle replia précipitamment la jambe sous sa chaise, sans néanmoins paraître le moins du monde troublée.

« Monsieur Holbrey, je ne me perdrai pas dans de longs discours pour vous expliquer que non seulement votre vision des choses est erronée, mais qu'en plus elle vous met dans une situation délicate face à des défenseurs des idées du Seigneur des Ténèbres. Servir un maître sans adhérer à ses idéaux est rigoureusement impossible car même si en effet les Mangemorts sont tous différents les uns des autres, ils sont réunis au nom d'une cause commune : La suprématie du sang-pur. De ce fait, en étant singuliers, ils sont tout de même semblables dans leur idéologie. Les avocats qui défendent les criminels n'adhèrent bien évidemment pas au crime, mais réalisent leur travail au nom d'une cause commune, et ce tout comme les Mangemorts et ceux - comme vous, servant les intérêts des Mangemorts : la justice. De ce fait, vous qui prétendez être libre de toute influence " politique ", au nom de quoi avez-vous exercé pour les Mangemorts pendant ces années, si ce n'est pas ce qu'ils défendent eux ? »

La logique était simple, pure et dure.

« Mais vous avez raison sur un point - reprit-elle sans lui laisser le temps de répondre - les gens sont souvent beaucoup plus que ce qu'ils donnent à voir. »

Elle s'était efforcée de parler d'un ton détaché, néanmoins, une note glaciale s'était détachée dans sa dernière phrase, sans qu'elle ne puisse la moduler.

« Excusez-moi un instant. » , déclara-t-elle en se levant souplement.

Repoussant silencieusement sa chaise en velours, la sorcière se dirigea alors vers les toilettes pour dames, avant de bifurquer au dernier moment vers les escaliers menant au premier étage là où se trouvaient les chambres et quelques-unes des suites de l'hôtel. Il fallait qu'elle marche, qu'elle se mette en mouvement. Rester assise près de lui à lui faire la morale n'avait aucun sens à ses yeux et lui était totalement insupportable. Tandis qu'elle montait les marches, tenant sa baguette dans sa main droite, Cassidy repensait à tout ce qu'elle avait appris en l'espace d'une seule soirée, et senti la nausée l'envahir. A bout, elle était à bout de forces. Épuisée à la fois psychiquement et physiquement. S'enfonçant dans les couloirs faiblement éclairés, elle tourna une fois à gauche, puis à droite. Une fois, non deux fois. Où peut-être était-ce l'inverse ? Elle était perdue, mais s'en moquait totalement. Lentement, la tête commença à lui tourner, l'obligeant à ralentir le rythme de sa marche folle et à prendre appui contre un mur. Fermant les yeux, la Rowle inspira profondément. Se calmer. Le pire était arrivé. Tous ses cauchemars s'étaient réalisés en l'espace de quelques heures. Que pouvait-elle bien craindre de plus ?

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Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Dim 30 Oct 2016 - 20:46

« Cassidy est parfaitement au point avec ce genre de débat d'une simplicité enfantine. Échangez plutôt avec elle, et nous reviendrons ensuite sur l'objet de notre précédente discussion. »

Lentement, comme s’il fut la grande aiguille d’une horloge à foliot, Octave se retourna vers Cassidy, la mort dans l’âme et le sourcil péniblement droit. Pas la peine de s’attarder sur le contenu, il n’y avait rien de tel qu’un affront à peine camouflé pour faire perdre toute crédibilité au raisonnement qui l’entourait. Dès qu’il entendait ne serait-ce qu’un soupçon de l’étoffe d’un semblant d’injure, Octave assumait que son interlocuteur prêtait plus d’intérêt à le rabaisser qu’à entretenir une conversation argumentée. Si le débat était d’une simplicité enfantine, pourquoi se fatiguait-il donc ? Ah, pardon, il ne se fatiguait pas, c’est vrai, il reléguait cette médiocre tâche à sa fille, comme si le bibliothécaire ne méritait plus l’effort d’entretenir un semblant de conversation. L’air aimablement intéressé de voir son avis être confronté par ce qui semblait être un digne opposant, Octave se décomposait intérieurement en vérité. Définitivement, cela commençait à l’ennuyer et il n’avait plus aucune envie de débattre. Déjà à l’origine, il ne comptait pas justifier son opinion devant quelqu’un dont le jugement lui importait autant que le cycle migratoire de l’oie cendrée. Que dis-je, autant que l’existence chaotique et palpitante d’une Giardia (parasite intestinal unicellulaire)… Il avait tenté indirectement, de faire comprendre à Cassidy qu’il était effectivement plus que ce que ses activités laissaient paraitre, qu’il n’avait pas essayé de la duper ni n’était parvenu à lui mentir. Qu’elle n’avait pas à se méfier de lui malgré tout ceci. Ce désir l’avait alors poussé à exposer son opinion sans vergogne ni considération pour ceux qui l’entouraient, car seul son avis à elle importait à ses yeux en cet instant. Même si l’exercice se devinait aisément inutile, il aurait préféré faire front au paternel, car en s’opposant à lui, il s’opposait au carcan qu’Andreas avait mis sur sa fille. Mais l’immonde personnage, condescendant à outrance et de manière injustifiée, ne souhaitait visiblement pas se donner cette peine, profitant probablement de l’occasion pour encore une fois tester sa fille.

Octave s’était donc franchement retourné, un coude à table et l’autre reposant sur le dossier de sa chaise, tête légèrement penchée sur le côté avec un expression de parfaite concentration sur le visage. Mais elle ne l’intéressait pas. Ce qu’elle avait à dire, il n’avait pas envie de l’entendre, ni n’avait l’intention d’en prendre compte. Il savait que ce qui sortirait de cette bouche épineuse n’aurait aucune espèce de valeur, comme une contrefaçon. Aussi réussie qu’elle pouvait-être, jamais n’aurait-elle l’éclat de l’originel. Malencontreusement, la jambe de Cassidy heurta la sienne. Aussitôt qu’elle l’eut remarqué, son pied disparut. Elle opérait une séparation peut être inconsciente mais stratégique, l’espace qu’elle créait entre eux visant à spécifier leur statut d’ennemis sur le sujet à venir. Tant mieux, c‘était le genre de mise en scène qui aidait le bibliothécaire à se détacher parfaitement. Monsieur Holbrey, s’adressa-t-elle à lui, je ne me perdrai pas dans un long discours… Les paroles de la jeune femme coulaient sur lui comme la pluie sur du duvet de cygne bien graisseux, l’atteignant à peine par son sens et encore moins par sa logique. Un écho, tout au plus. Comment l’écouter, alors qu’il savait parfaitement qu’il n’y avait aucune conviction derrière, à part celle que lui inspirait la peur d’un paternel autoritaire ? Octave ne pouvait et ne voulait pas discuter avec elle dans ces conditions où elle n’était pas libre de ses pensées ni de ses paroles. Cela n’avait strictement aucun intérêt. Et tandis qu’il se répétait cela avec lassitude, Cassidy continuait à débattre, s’épanchant autant qu’elle le pouvait, lui servant des arguments qui n’en étaient déjà pas à la base et qui sonnaient d’autant moins convaincants qu’ils sortaient de la bouche d’une hypocrite. C’était comme écouter les aveux d’un homme après une longue et pénible torture. Elle conclut sur une question vaguement maïeutique, qui n’avait finalement aucun rapport avec ce qu’elle avait avancé plus tôt, semblant toutefois sous-entendre que cette gradation d’arguments devait logiquement le pousser à une seule et unique réponse possible de sa part. Mais ce n’était pas le cas. Ce n’était pas quelques phrases plus ou moins bien cousues entre elles qui allaient remettre sa vision de l’existence en question, le pousser à se rendre compte que tout ce qu’il avait fait dans la vie jusqu’à maintenant se basait sur des motivations fallacieuses. Alors quoi, Oh Mon Dieu, ma chère, vous m’avez convaincu, je vois soudain le monde d’une autre manière, j’avais faux sur toute la ligne, m’a vie n’a plus aucun sens tout d’un coup ! Qu’ai-je fait, je suis un monstre d’homme ! Ben voyons. Sa conscience ne broncha pas une fois et resta tranquille, tel un chat endormi sur un radiateur en plein milieu de l’hiver.

« Finalement, il était long, votre discours… »

Dit-il dans un soupir. Et alors que Cassidy s’excusait, Octave se tourna vers Andreas :

« Je vous accorde Monsieur que votre fille a le talent de défendre ses opinions comme vous l’avez prédit : avec la simplicité d’une enfant. Dois-je vraiment y répondre ? Je ne suis pas certain de pouvoir me… hisser à ce niveau de simplicité. Enfin, de toute manière, vous avez relégué cette conversation à votre fille, ce qui fait qu’elle ne vous appartient plus. Je vais donc l’attendre pour tenter d’y… répondre dirons-nous. Quant à notre affaire commune, permettez-moi de réfléchir encore un peu, les enfantillages n’étant vraiment pas mon fort. »

Et comme Manu était loin et qu’il ne souhaitait tout de même pas abandonner Elena entre les pattes sordides de cet individu qui ne ferait qu’une bouchée de la russe, Octave se pencha vers elle, spécifiant autant par sa posture que par son regard entièrement tourné vers sa voisine que la discussion entre Andreas et lui était close jusqu’à nouvel ordre. Dans la langue de Pouchkine, il s’enquit de savoir si la jeune femme se portait bien et si elle ne souhaitait pas quelque chose. Voyant qu’elle bénéficiait enfin de son attention la plus intime, Elena s’empressa de se noyer en excuses, se maudissant de son manque de perspicacité, mais Octave se contenta de passer une main sur sa joue pour la calmer et la faire taire. Contrairement à ses autres amis, Elena, malgré sa profession qui nécessitait courage et robustesse, était la moins apte à soutenir la pression sociale. Entourée de sang et de bandages, elle restait aussi froide et intransigeante qu’Octave lui-même pouvait l’être, mais soumise à la pression d’ennemis vivants, elle s’effondrait aussi sûrement qu’une brindille en pleine tempête. A cette tablée, elle était bien la seule dont l’état le préoccupait véritablement. Elle supportait très mal la tension latente et les non-dits. Détournant la conversation vers un sujet qui leur était propre, il tenta de la distraire de ce qui venait de se passer, la poussant à oublier qu’ils étaient en compagnie d’au moins un Mangemort avéré. Heureusement, l’ambiance semblait avoir repris son cours habituel à la table, Andreas s’étant joint à Antoine et Eve, alors que Manu chuchotait quelque chose à Beslan et Penelope, qui ne manquait pas d’envoyer à son protégé quelques regards indéchiffrables. Les fourchettes empalaient sans pitié la nourriture dans le bruissement caractéristique des couverts, jouant la mélodie d’une soirée qui reprenait son cours malgré les animosités restées sous silence. Octave en avait presque retrouvé un sourire de joie sincère alors qu’il regardait tendrement le visage d’Elena s’extasier sur la conversation qu’ils continuaient à entretenir en russe, se cachant dans la bulle qui leur était propre.

Mais l’étrangement sentiment que quelque chose n’allait pas ne le quittait pas, laissant une lourdeur au creux de son estomac et un nœud qui le prenait lentement au cou, sans qu’il soit parfaitement en mesure de dire de quoi il s’agissait. Une inquiétude mystérieuse l’envahissait alors qu’il sentait les secondes s’écouler avec toujours plus de clarté. Ses sourcils se froncèrent lorsqu’il fut saisi de compréhension. Se retournant vers la chaise toujours vide, il jeta un coup d’œil vers Andreas qui discutait assidument avec ses voisins, se laissant même aller à accompagner ses paroles d’une gestuelle démonstrative et étrangement gracieuse. Le voyant soucieux, Elena se tut, posant une main délicate sur son genou tendu. Octave revint à elle et dans un souffle, pour s’assurer qu’il n’était pas le seul à trouver le temps long, il lui dit :

« Elle est partie depuis longtemps, non ? »

A son tour, la jeune slave jeta un coup d’œil vers la chaise dramatiquement vide et son visage se durcit sensiblement, ce qui suffit à Octave pour comprendre que sa remarque était judicieuse. Sans une once d’hésitation, prenant soin à ne pas paraître brusque toutefois, il se leva, contourna Elena et se pencha sur l’épaule d’Andreas en lui spécifiant dans un murmure son inquiétude, ainsi que son intention d’aller retrouver la jeune fille. Elle lui paraissait bien pâle, maintenant qu’il y repensait. Son père sembla être traversé par la même pensée et se leva. D’un commun accord et sans avoir besoin d’échanger la moindre parole, les deux hommes se dirigèrent vers les toilettes des femmes, cet endroit étant leur premier indice véritable. Alors qu’Andreas s’arrêta devant la porte, mu par une pudique hésitation, Octave au contraire poussa la porte battante avec le sang-froid qui caractérisait sa détermination. Les deux femmes qui y étaient ne le remarquèrent pas d’abord, étant trop occupées à se remaquiller. Alors qu’il longeait les portes, les ouvrant les unes après les autres pour constater que toutes les cabines étaient vides, l’une des Dame l’apostropha d’un « Monsieur ? ». Le bibliothécaire l’ignora, voyant que Cassidy n’était manifestement pas là. A ce moment, Andreas glissa la moitié de son corps dans l’entrebâillement de la porte et regarda Octave d’un air interrogateur. Ce dernier secoua négativement de la tête. Tous deux en froncèrent les sourcils, sachant que si elle n’était pas là, elle pouvait être véritablement n’importe où. Mais le plus important était de savoir pourquoi n’était-elle pas ici ? Où était-elle partie ? Les deux hommes rejoignirent de concert le hall d’entrée et Andreas demanda à la réception si personne n’avait vu une blonde aux cheveux bouclés et tressés dans les environs. Pendant ce temps, Octave s’était dirigé vers le bar, qu’il balaya d’un regard perçant calme. En ces instants d’inquiétude, c’était comme s’il se déconnectait, une fine couche impénétrable enveloppant son âme, la protégeant des inquiétudes et tensions du monde extérieur, libérant son esprit à une réflexion des plus froide et calculatrice. Les deux opposants, alliés autour d’une préoccupation commune, se retrouvèrent en bas de l’escalier, ayant tous deux récolté des réponses négatives.  

Andreas eut un regard furieux vers la porte de sortie, supposant silencieusement mais avec rage que sa fille aurait pu fuir pour des raisons lui échappant. Il était prêt à suivre son instinct et la chercher à l’extérieur lorsqu’un employé d’étage se montra en haut des escaliers, sur le palier intermédiaire. Octave s’empressa de l’interpeller d’en bas, lui décrivant la jeune femme recherchée par ses vêtements et sa coupe de cheveux. Le garçon leur confirma qu’il avait vu Miss Rowle au détour d’un couloir et qu’il avait cru qu’elle rejoignait sa chambre, semblant ne pas se sentir particulièrement bien. D’un pas vif, le bibliothécaire gravit les escaliers, rejoint par un Andreas qui avait enjambé les marches deux par deux pour le rattraper. Sentant qu’ils auraient peut-être besoin de son aide, l’employé d’étage leur emboîta le pas, les guidant à travers les couloirs pour leur montrer où il avait vu pour la dernière fois la demoiselle recherchée. Ils la retrouvèrent assez vite, adossée à un mur et couvrant ses paupières de ses doigts tremblants. Avec la galanterie qui lui semblait maintenant propre, Andreas, s’arrêta dès que sa fille entra dans son champ de vision et la rappela à la réalité en lui envoyant un magistral, guttural et sonnant :

« Cassidy ! »

Sa voix râpeuse et sourde raisonna sinistrement dans le couloir, se cognant aux murs et surprenant la jeune femme comme un coup de fouet sur son petit corps de moineau. Elle se redressa aussi prestement qu’un arc qu’on détend, jetant un regard à son père qui s’inquiétait moins de la santé de sa fille que de son incapacité être en mesure de camoufler ses faiblesses. Tandis qu’Andreas longeait le couloir avec détermination, Octave et le garçon d’étage se laissèrent volontairement devancer, chacun pour une raison différente, quoi que la gêne étant probablement bien un lien commun. D’un pas plus lent, il rejoignit les deux Rowle qui étaient déjà plongés dans un silencieux manège de servitude. Pour ne pas se laisser tenter à aider la jeune femme, Octave noua ses mains dans son dos et garda distance, arborant un masque impénétrable sur le visage, vaguement contrasté par une galante inquiétude. C’était là une posture adéquate pour illustrer les rôles qu’ils s’étaient fixés avec Cassidy. Deux collègues de travail qui se croisaient par hasard dans un restaurant, et dont les opinions étaient si opposées qu’ils ne pouvaient que vivre chacun de leur côté. Alors il resta là, planté, à observer de loin comme l’inconnu qu’il était et à qui la bonne conduite interdisait la sollicitude en ces instants-là. Il regardait avec une étrange impassibilité le père corriger sa fille, l’informant d’une voix à peine perceptible tant elle était murmurée à quel point elle lui faisait honte. Le garçon d’étage se souvint en revanche du professionnalisme dont il devait faire preuve en tant qu’employé et alla passer un bras de soutient à une Cassidy chancelante mais droite sur ses jambes, si désireuse de démontrer à un père qui ne la touchait même pas qu’elle était capable de tenir le coup. Heureusement, le commis, étonnement entreprenant, ne prêta guère attention à Andreas, se préoccupant uniquement de l’état de santé de la jeune fille.

« Miss, je crois qu’il faudrait mieux pour votre santé que vous vous allongiez, vous avez perdu toutes vos couleurs. Lui dit l’employé d’étage avec un ton sincèrement préoccupé.
- Non, vraiment... je vous remercie monsieur, mais ça ira. Ce n’était qu’un léger malaise, qui commence déjà à passer.
Cassidy lui avait répondu avec une lassitude mal camouflée derrière une autorité à peine maîtrisée. Elle tangua sensiblement, prenant involontairement appui sur le bras offert du garçon d’étage. Ce dernier ne se démonta étonnamment pas, visiblement habitué et entraîné à gérer des clients récalcitrants. Calmement, il lui répondit de sa voix fluette :
- C'est pour ça que vous vous appuyez autant sur mon bras ? Ecoutez Miss, dans notre établissement, nous ne laissons aucun client se mettre en danger, même s'ils s'en sentent capables. D’autant que les autres clients pourraient vous voir ainsi et penseraient que vous avez trop bu ou que vous êtes malade et que l’hôtel ne daigne pas s’occuper de vous. Cela jetterait une ombre sur notre réputation, Miss. Alors s'il vous plait, accompagnez-moi, nous allons trouver un endroit où vous pourrez vous reposer et je vous porterai un verre d'eau. Si avec cela vous vous sentez de nouveau d'attaque, je ne m'y opposerai pas.
Cassidy sembla craquer intérieurement, pliant devant ces arguments, tandis qu’Andreas en faisait de même, visiblement gêné à l’idée que quelqu’un puisse voir sa fille dans cet état. Il eut une œillade étrange en direction d’Octave, l’incluant certainement parmi ces « quelqu’un » en question. Toutefois c’était trop tard, il avait pensé que sa fille avait fui, mais la réalité était bien plus désagréable que cela.

- Dans ce cas-là je préfère qu’on s’en aille. Cassidy, tu rentres avec moi, nous allons transplaner à la maison.
Octave était prêt à protester, voyant parfaitement où le vieux voulait en venir, mais une fois de plus, le garçon d’étage le sauva d’une potentielle erreur en intervenant gracieusement :
- Monsieur, votre fille est visiblement trop faible pour un tel effort. Il vaut mieux qu’elle reste ici le temps de se rétablir entièrement. N’ayez crainte, nous nous occuperons bien d’elle, vous pouvez en être certain.
Andreas se redressa de tout son haut, compensant sa défaite devant un employé d’hôtel par sa grande taille avant de cracher :
- Je n’en doute pas un instant. »

Dédaigneux et déçu, il se retourna avec froideur, longeant l’allée sans un regard pour Octave et disparut dans un couloir perpendiculaire. Le bibliothécaire l’accompagna d’un regard neutre, s’assurant qu’il soit parti, avant de lancer au garçon d’étage, qui s’était un instant figé devant sa propre bravoure :

« Ma chambre est au bout du couloir, emmenez-la y, allongez-la et ramenez-lui de l’eau fraiche. Ne discute pas Cassidy. »

Avait-il avorté avec sécheresse toute tentative de la concernée à une révolte. Il s’assura que l’employé disposait de la clé nécessaire avant de se retourner et partir à son tour. Il avait une conversation à terminer dont l’issue lui était soudain apparue comme une manière définitive de se débarrasser à jamais de l’hypocrisie mielleuse et insultante du vieux Rowle. Trottinant, il descendit les escaliers et retrouva Andreas en face de la réception. Il était déjà en train d’enfiler un manteau en compagnie de Lacroix. Avec un sourire affable, Octave l’interpella, le forçant à se séparer de son compagnon d’une soirée.

« C’est à propos de votre offre, sieur Rowle. J’y ai réfléchi.
- Et à quelle conclusion la détresse évidente de ma fille vous a-t-elle conduite ? Demanda-t-il avec nonchalance.
- Je sais ce que je veux en échange. Votre fille a soulevé un point tout à fait véridique à mon sujet.
- Que c’est étonnant, et lequel, puis-je savoir ?
- De par mon statut, il m’arrive d’être en situation délicate lorsque je suis confronté à la noblesse de ce monde. J’arrive toujours à m’en défaire, mais si cela pouvait être évité, ce serait encore mieux. La vie deviendrait plus simple si j’avais le rang adéquat à mes opinions.
- Que voulez-vous dire ?
- Que c’est votre fille que je veux en échange.
Il avait dit cela avec une simplicité déconcertante, ce qui enfonça davantage Andreas dans un mutisme méfiant et outré. Alors Octave continua, exprimant sa pensée comme il le faisait toujours, avec une honnêteté troublante :
- Les mariages sont encore une histoire d’alliances à ce que je sache ? Une telle association serait une aubaine pour moi, me permettant de franchir d’un bond toutes les marches de l’échelle sociale, m’ouvrant des portes qui seraient restées éternellement closes quelles que soient mes relations. Bien sûr, je pourrais toujours y rentrer par le trou de la serrure, mais c’est mieux quand un valet ouvre la porte pour vous, non ? Je n’ai jamais véritablement songé à me marier, je vous l’avoue, mais un mariage d’intérêt serait une excellente opportunité. Et puis imaginez comme il est plus commode d’espionner les faits et gestes de sa femme plutôt que de la fille de quelqu’un. L’affaire gagne d’un avantage considérable. Dans ce cas-là je puis vous promettre que vous aurez des rapports sur son comportement tous les jours jusqu’à la fin de votre vie. Ou de la sienne, sait-on jamais. Bien évidemment, comme spécifié, je ne cherche pas l’affection, mais une place concrète dans ce monde. Miss Rowle continuera à faire ce que bon lui semble et vivra où elle voudra.
- Comment osez-vous ? S’étouffa le paternel dans sa barbe.
- Oh, ne faites pas cette tête-là. Vous m’avez fait une proposition dégradante pour ma profession, je vous en fait une déshonorante en retour, ce n’est qu’un échange équivalent.

Octave venait là d’exécuter son tour de magie préféré et de loin le plus efficace. Mettre la barre trop haute. Mettre la barre si haut qu’un client trop insistant lâcherait prise, incapable de céder ce qu’il lui demandait en échange. Il ne connaissait pas très bien Andreas, mais était certain que sa fille était la seule chose qu’il n’abandonnerait jamais de sa vie à quelqu’un comme lui, même pour mieux la contrôler. Le choix par dépit, celui qui vous fait refuser une opportunité bien présentée simplement parce que le contrepoids s’avérait être beaucoup, beaucoup trop lourd. Octave était habitué à cet air offusqué qui se formait sur le visage de ses interlocuteurs dès qu’il avait l’audace de prononcer la phrase magique. Tout le monde avait la même réaction, se disant que cet impertinent évaluait décidemment beaucoup trop cher ses services d’homme à tout faire. Ils ne se rendaient jamais compte qu’il ne faisait pas ça par orgueil, mais simplement pour les faire fuir d’eux-mêmes très, très loin. Aussi loin que possible. Ceux-là ne revenaient jamais en général, et c’était tant mieux. S’il avait jugé une demande trop dégradante une fois, cela ne faisait que se répéter habituellement. D’expérience il savait que plus il acceptait, plus on lui en demandait. Il avait donc appris à efficacement éloigner ce type de personne de son chemin et ce de manière définitive.

« Vous faites de l’esprit, Monsieur Holbrey ? Dit Andreas en se détendant sensiblement, soudain persuadé que c’était une plaisanterie mal choisie.
- Moi ? Absolument pas. Je suis parfaitement sérieux. C’est mon prix. Une place dans la société contre l’opportunité de garder votre statut intact. Parce que finalement, vous faites tout cela que pour mieux la contrôler, n’est-ce pas ? Votre fille vous représente. Si vous acceptez mon prix, nous serons deux à nous inquiéter qu’elle se comporte convenablement en public.
- Vous êtes fous.
- C’est un non ? »

Andreas ne lui répondit rien, les sourcils froncés par la méfiance et un semblant de colère alors qu’il entama un mouvement d’éloignement vers Lacroix qui l’attendait, une curiosité déformant les traits de son visage. Le majordome leur ouvrit la porte alors qu’Octave enfouit ses deux mains dans ses poches, entièrement tourné vers les deux hommes qui s’éloignaient, attendant jusqu’au dernier moment une réponse à sa question. Il savait qu’elle n’arriverait pas, mais c’était un jeu d’apparences qu’il devait jouer jusqu’au bout, au point il ou une moue de contrariété joua sur son visage. Avait-il dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? Sans déconner. Mais sérieusement, qu’avait-il donc fait de mal ? Pourquoi sieur Rowle ne lui répondait-il donc pas ? Il aurait pu avoir la politesse, tout de même…

La porte se referma et Octave laissa un sourire envahir son visage. Que dis-je, presque un rire. Il se mordit la lèvre pour se retenir, une larmichette joyeuse naissant au coin de l’un de ses yeux. Il resta pourtant planté là pendant un moment, à regarder le dos disparu du père de Cassidy, persuadé qu’un jour, quelqu’un allait en mourir. Ah, mais c’était si drôle. Cela en valait définitivement le coup. Lentement, il finit néanmoins par se retourner, se dirigeant vers l’entrée du restaurant, mais un coup d’œil suffit à lui faire comprendre qu’il n’y avait pas qu’Andreas et Antoine qui avaient déserté les lieux. Octave fit demi-tour et rejoignit le bar. Bingo, ils étaient tous assis autour d’une table, un verre déjà à la main, riant de quelque chose dont eux seuls étaient au courant. Elena finit par le remarquer et, d’un geste de la tête, Octave lui fit comprendrait qu’il montait pour la soirée. Après tout, il était déjà vingt-trois heures et l’anniversaire de Manu n’était que demain, alors pour ce soir, il pouvait encore lui en vouloir et l’éviter. A son tour, Penelope lui fit un geste de la main discret avant de retourner à la conversation si animée qu’ils avaient. Sans se presser, Octave traversa le hall d’entrée et remonta les escaliers, s’attendant à ce qu’une furie lui saute éventuellement à la gorge. Il profita donc encore un peu des instants de tranquillité que lui offrait le dédale de couloirs vides de monde et joliment décorés.

Un sourire fataliste en coin, il finit par sortir la clé avec laquelle il jouait, main dans la poche, avant d’ouvrir la massive porte en bois. Quelques bougies étaient allumées, mais de manière sporadique, instaurant une agréable ambiance à la luminosité diffuse et tamisée. L’entrée donnait sur un court couloir qui aboutissait à deux canapés faisant face à une cheminée en marbre, incrustée contre le mur de gauche. Octave ne chercha pas tout de suite Cassidy du regard, ne sachant même si elle était restée en définitive. Mais il était empli d’une félicité apaisée à l’idée que le dîner soit enfin terminé. Tout cela était derrière lui et il pouvait se laisser aller à un peu de sérénité. Le poids et la tension qui l’avaient accompagné tout au long de cette soirée glissaient de ses épaules comme un glacier qui fond à mesure qu’il avançait. Les yeux mi-clos, il enleva sa veste et la déposa sur le dossier de l’un des canapés avant d’aller s’enfoncer dans l’autre avec un soupir de béatitude. Il ferma les paupières et laissa sa tête aller vers l’arrière, offrant son visage au plafond. A l’aveugle, il déboutonna ses manches, abandonnant les boutons de manchette à côté avant de poser ses bras le long de son corps. Enfin, il se détendit, ses muscles se relâchèrent et son esprit se permit de ne penser à strictement rien, se contentant d’écouter paisiblement le bruit du feu crépitant dans la cheminée. L’assoupissement l’envahissait lentement à mesure que la chaleur ambiante dressait les poils de ses avant-bras. Soudain, une porte s’ouvrit quelque part derrière lui. Donc, elle était encore là. Dans la salle de bain ? Manifestement. Il savait que ce n’était pas prudent de garder les yeux fermés alors qu’une Rowle était dans les parages, mais tant pis, ces rares moments de tranquillité étaient trop précieux pour qu’il les rompe de son propre chef. Qui plus est, cela forcerait peut-être la jeune femme à en faire de même…

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Sam 5 Nov 2016 - 20:57

Gris. Grisâtre. Épais et opaque. Le brouillard. Ses lèvres rosées s'entrouvrirent dans un mouvement désespéré, tendant d'inspirer l'oxygène qui semblait avoir disparu de l'environnement. Vacillante sur ses jambes fuselées, aveugle de l'environnement qu l'entourait, seule sa main droite, en appui régulier contre la tapisserie recouvrant le mur du couloir lui permettait de savoir qu'elle continuait d'avancer. Un pas. Un deuxième. Au travers de l'opacité grise, les yeux pourtant grands ouverts, elle continuait d'avancer, vers une destination inconnue. Mille pensées en tête, elle ne prêta guère attention à l'employé qui passa près d'elle, lui demandant si tout allait bien. Sa réponse fut à l'image de son maintien ; en mode automatique déraillé. Joli automate certes, mais automate tout de même. L'impression de marcher sur une ligne invisible, un fil tendu au dessus d'un gouffre si vertigineux que le meilleur des alpinistes les plus experts aurait certainement hésité avant de se lancer dans sa traversée potentiellement mortelle. Un pas. Un deuxième. Ne pas regarder vers le bas. Toujours devant. Même si le brouillard épais refusait de se dissiper. Un battement de cils ne l'aida guère. Avancer, encore. Jusqu'où ? Peu importe. Mettre de la distance. C'était tout ce qui comptait. Entre elle et lui. Entre elle et eux. Elle n'avait pas pu supporter son regard après ce qui venait de lui être révélé. Nehal avait envie d'exploser tout en s'écroulant - elle qui avait manqué de se révéler quelques semaines auparavant - tandis que Cassidy menaçait de se fissurer. Dans le jeu qu'était la vie, il était nécessaire d'être à même de reconnaître ses faiblesses, de sentir lorsque la scène devenait trop dure à supporter. En bonne joueuse, Cassidy s'était levée et était partie, afin d'éviter le pire.

Voilà où elle en était. Elle marchait, telle une funambule, dans le couloir désertique d'un hôtel à elle ne savait combien d'étoiles. Pour n'importe qui, une soirée dans un palace tel que celui-ci aurait été un rêve éveillé, mais pour elle, le cauchemar avait bel et bien commencé. Il lui avait menti sur toute la ligne en crachant son venin sur les Mangemorts, avec une telle intensité qu'elle n'avait pas douté de son allégeance une seule seconde après cela. Rien n'avait pu lui laisser croire qu'il les avait servi. Rien. En dépit de ses masques qu'elle avait commencé à entrevoir, ses multiples facettes qu'il lui avait présenté - passant de l'extravagance au sérieux absolu en un claquement de doigts -, elle n'aurait jamais pu soupçonner l'existence de celle qui lui avait été révélée ce soir. Un serviteur du Lord Noir - directement ou indirectement, qu'importe. Il avait servi la même cause, de près ou de loin, que son père. Un menteur, un traître de plus. Un traître spécial cela dit, puisqu'il avait été le seul et l'unique - non pas à avoir tenté de gratter sa carapace en béton armé - mais le seul à avoir commencé à la fissurer. Par sa personne, sa patience. Son insolence et son extravagance. Un savant mélange entre blanc et noir, tout en nuances. Entre passion et provocation. Non conventionnel, la jeune femme n'avait jamais été confrontée à un tel personnage de toute sa vie. Toutefois, ce soir, elle avait vu le côté sombre, sans nuances. La bête aux convictions extrémistes assoiffée de pouvoir. Si elle savait pertinemment qu'il ne possédait pas la marque puisqu'elle avait habité dans son corps, elle n'avait pas habité son esprit, et cette noirceur dissimulée venait de lui exploser en pleine figure. Une claque à Nehal. Aussi brûlante que gorgée de trahison. Il s'était amusé à lui jeter de la poudre aux yeux, dans ses iris tourmaline et - idiote qu'elle avait été - elle n'avait vu que du feu dans dans son jeu. Aveugle.

Joueuse experte... Tu parles. Elle qui se considérait ainsi depuis bien longtemps, avait été remise à sa place en l'espace de quelques minutes. Calmée, décimée. Elle avait trouvé meilleur menteur et meilleur joueur qu'elle. Pause. Lentement, ses ongles nacrés se crispèrent sur la tapisserie tandis que ses phalanges blanchissaient. Il n'était pas le seul traître, ni le seul fautif. Non. Elle l'était également. Honteusement, elle s'était trahie elle-même, elle et ses convictions. Elle et son contrôle permanent. Cette révélation quiavait été à ses yeux d'une telle immondice, n'aurait jamais du prendre cette importance malsaine à ses yeux. En tant que Rowle, elle aurait du tout simplement l'accueillir avec une certaine surprise compte tenu de ce qu'ils avaient vécu quelques semaines auparavant, mais cela aurait du lui faire ni chaud, ni froid. Or, ça n'avait pas été le cas, signe qu'il avait déjà trop d'importance à ses yeux. Brusquement, l'alarme avait sonné, hurlé dans ses oreilles. La sortant brusquement de l'eau dans laquelle elle se noyait. Elle avait ouvert les yeux pour constater qu'elle était déjà enfermée. Emprisonnée, au sein d'une cage aux barreaux d'aciers.. Il était trop proche d'elle, qui s'était bien trop ouverte. Certes, elle avait perçu qu'il était plutôt doué pour transgresser toutes les limites, et que sa proximité était un problème. Sauf, qu'il n'était pas proche, non. Il était entré. Et ça, elle ne l'avait pas perçu parce que personne n'avait jamais accompli cet exploit. S'adossant contre le mur, ses doigts fins se portèrent sur ses paupières. Il fallait qu'elle se réveille, qu'elle se reprenne. Ce n'était plus possible. Elle se perdait elle-même, et si cette pensée lui était si intolérable, c'était parce qu'elle faisait écho au fait que sa mère avait donné sa vie pour qu'elle évite de tomber dans cette erreur.

« Cassidy ! »

L'injonction paternelle sifflant à ses oreilles l'arrêta dans son élan, et eu le mérite incontestable de dissiper brusquement et définitivement l'épaisse nappe grisâtre dans laquelle elle se perdait. Un clignement de paupières, un battement de cils noirs, et la voilà qui réintégrait la réalité. L'ignoble réalité. Dans un flou artistique, le couloir étroit dans lequel elle évoluait s'esquissa sous ses yeux, les couleurs chatoyantes venant se mélanger entre elles dans un ballet démoniaque, avant que les formes et les contenus ne reprennent correctement leur place. Un mur crème, un tapis bordeaux. Un mobilier en bois de rose, sur lequel reposait un bougeoir ancien. Une profonde inspiration, et la voilà qui pivotait sur ses talons, prête à affronter les remontrances de son paternel, avec cette soumission immuable qui teintait leur relation. Toutefois, elle ne s'était guère attendue à ce qui se présenta sous ses yeux. Une fois de plus. Pourquoi perdait-elle pied face à lui ? Lui. Que foutait-il là au juste ? Si le visage furieux d'Andreas n'était guère surprenant, elle ne s'était attendue qu'à être confrontée à lui seul, ce qui était déjà bien assez en soi. Mais non. Le destin en avait encore après elle, puisqu'ils n'étaient pas juste à deux, mais à quatre. Son père, elle, un employé, et lui. Holbrey. Situé davantage en retrait avec l'employé, il avait accompagné son père à sa recherche. Pourquoi donc ? Estimait-il n'en avoir guère fait assez ? Voulait-il donc assister à sa chute dans les moindres détails ? Etre témoin de sa disgrâce ?

« Père, je...
- Tais-toi. Es-tu véritablement inconsciente ou tout simplement incapable de te rendre compte de la situation dans laquelle tu me mets ?
- Je...
- Tu me fais honte Cassidy. Véritablement honte. Si nous n'étions pas accompagnés, je me serai fait un devoir de te corriger comme tu le mérites. »

Interdite, la jeune femme baissa ses yeux - tant haïs par son père - , signe de soumission. Silencieusement, elle se força à l'écouter, sans l'interrompre.

« Qu'est-ce qui t'as pris de monter ici ? Tu pensais vraiment que personne ne s'en apercevrait ? Quel était ton but en faisant cela ? - il marqua une courte pause, les narines encore frémissantes de rage contenue - Tu cherchais à attirer l'attention sur toi, n'est-ce-pas ? Qu'ais-je donc fait pour que tu te comportes ainsi Cassidy ?
- Ce n'est pas cela, je... je ne me sentais pas...
- Il y a encore tant de ta mère en toi. N'as-tu donc pas renié ses principes ? »

Vivement, Cassidy releva les yeux vers cet homme qu'elle haïssait du plus profond de son cœur, et lorsqu'elle ouvrit la bouche pour s'exprimer, ce fut d'une voix sans faille.

« Bien sûr que si Père. Et je vous l'ai déjà prouvé à maintes reprises. Pour vous, j'ai brûlé tout ce qui me rattachait à l'Inde, j'ai appris ces manières indispensables au savoir-vivre en société dont j'avais cruellement manqué pendant tant d'années. Certes, je suis consciente de mes faiblesses et de mes lacunes par rapport à Aloïs, mais je les travaille Père. Je m'efforce de ne pas vous décevoir.
- Tu n'as pas abandonné son caractère.
- J'y parviendrai, et pour vous prouver ma bonne volonté, je suis prête à accepter de me rendre en France avec Monsieur Lacroix pour les vacances de Noël. Je suis certaine, aux vues de nos échanges, qu'il sera capable de m'apporter la rigueur dont il m'arrive encore parfois de manquer.
- Ce n'est pas comme si tu avais réellement le choix Cassidy. Il faudrait mieux pour toi que tu te reprennes, et vite. Le Seigneur des Ténèbres ne tolérera pas pareille faiblesse dans ses rangs. »

Le regard dur de son père vrilla dans le sien, la sondant au plus profond de son âme, et à cet instant, la blonde remercia Merlin que son père ne soit pas Legilimens. Alors qu'elle rouvrait la bouche, l'arrivée d'Octavius et du garçon d'étage la força à se taire. Au final, ce n'était pas plus mal puisque subir les remontrances et s'efforcer d'avoir un discours cohérent et sans faille dans son état était un défi relevant presque de l'impossible. Silencieusement, ses iris clairs dérivèrent sur le bibliothécaire, dévisageant ce dernier avec un masque d'impassibilité expert. Rien. Voilà ce que son joli visage reflétait. La haine ? Non. La colère ? Que nenni. L'indifférence ? Même pas. Le vide. Le néant. Les bras croisés dans le dos, cette image qu'il se donnait n'était qu'une image. Elle le savait pour l'avoir vu à maintes reprises affalé dans son fauteuil si... moelleux à la bibliothèque, surprenant parfois ses pieds à même le bureau de bois. Masques, apparence, superficiel. Le bougre savait donner dans le paraître. C'était indéniable. En cet instant, avec son masque du parfait gentleman néanmoins conscient de sa place, il aurait pu faire figure de gendre idéal pour Andreas si la nature de son sang n'était pas aux yeux de ce dernier, aussi outrageante, et s'ils n'avaient pas eu ces échanges si... piquants durant le repas.

Un bras droit s'enroulant autour de sa taille tandis que le gauche vint se placer sur son avant-bras gauche lui fit tourner les yeux vers l'employé qui s'était permis ce geste.

« Miss, je crois qu’il faudrait mieux pour votre santé que vous vous allongiez, vous avez perdu toutes vos couleurs.
- Non, vraiment... je vous remercie monsieur, mais ça ira. Ce n’était qu’un léger malaise, qui commence déjà à passer. »

Elle avait tenté de mettre dans sa voix toute la fermeté possible, et tenta même de se dégager de l'emprise du garçon d'étage qui ne fit que resserrer sa prise, visiblement concerné par son état. Son effort pour se dégager fut tel qu'elle fut déséquilibrée et tangua légèrement, prenant involontairement appui sur le bras du sorcier, qui ne manqua pas cette occasion pour lui faire remarquer sa faiblesse, venant rajouter un plis supplémentaire au front d'Andreas pour qui la situation devenait véritablement humiliante.

« C'est pour ça que vous vous appuyez autant sur mon bras ? Ecoutez Miss, dans notre établissement, nous ne laissons aucun client se mettre en danger, même s'ils s'en sentent capables. D’autant que les autres clients pourraient vous voir ainsi et penseraient que vous avez trop bu ou que vous êtes malade et que l’hôtel ne daigne pas s’occuper de vous. Cela jetterait une ombre sur notre réputation, Miss. Alors s'il vous plait, accompagnez-moi, nous allons trouver un endroit où vous pourrez vous reposer et je vous porterai un verre d'eau. Si avec cela vous vous sentez de nouveau d'attaque, je ne m'y opposerai pas. »

Mettre en jeu la réputation de l'hôtel ? La jeune femme risqua un regard vers son paternel dont le visage s'était durci face à cet argument de poids. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne souhaitait en aucun cas attirer la disgrâce sur le nom des Rowle.

« Dans ce cas-là je préfère qu’on s’en aille. Cassidy, tu rentres avec moi, nous allons transplaner à la maison. »

Oui, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Sans un mot, la jeune femme acquieça et chercha une nouvelle fois à se dégager des mains de l'employé, toutefois ce dernier la maintient une fois de plus. Merlin, elle avait vraiment envie de lui mettre une baigne. Comptait-il la lâcher un jour ? Elle n'était pas sa propriété et en tant que cliente majeure et vaccinée, elle était encore libre de ses choix.

« Je vous prierai de bien vouloir me lâcher immédiatement Monsieur. »

L'ignorant royalement, le garçon d'étage ne lui accorda pas un regard tandis qu'elle le transperçait d'un regard mauvais, préférant s'adresser directement au paternel qu'il avait sans aucune peine identifié comme étant le représentant et le seul détenteur d'une quelconque autorité.

« Monsieur, votre fille est visiblement trop faible pour un tel effort. Il vaut mieux qu’elle reste ici le temps de se rétablir entièrement. N’ayez crainte, nous nous occuperons bien d’elle, vous pouvez en être certain.
- Non, je ne...
- Je n’en doute pas un instant. »

Interloquée, la jeune femme dévisagea son père qui s'éloignait déjà en direction des escaliers, sans daigner lui accorder ne serait-ce qu'un regard et il lui fallu quelques instants pour comprendre que s'il avait cédé aussi facilement face aux arguments pesants d'un simple employé, c'était bel et bien à cause d'une question de réputation. Peu lui importait son état, seul le prestige avait une importance à ses yeux et l'employé avait frappé juste, usant du seul argument ayant un véritable poids à ses yeux. Devant ce père qui l'abandonnait ainsi, sans un regard pour elle, Cassidy savait que lors de son retour, elle en baverait. Plus que nécessaire. Qu'allait-il inventer ? Elle n'en avait aucune idée mais savait pertinemment que cela ne laissait présager rien de bon. Se tournant vers l'employé, elle tenta une dernière fois.

« Monsieur, je vous suis reconnaissante de vous inquiéter ainsi mais croyez-moi, votre sollicitude n'est pas justifiée. Je me sens réellement mieux, je n'ai aucunement besoin de...
- Ma chambre est au bout du couloir, emmenez-la y, allongez-la et ramenez-lui de l’eau fraîche. Ne discute pas Cassidy. »

Pardoooon ? Non, elle avait dû mal entendre. Une seconde, la Rowle resta pétrifiée devant cette audace avant qu'elle ne sente la fureur monter en elle, à une vitesse alarmante. Boum boum... Comment osait-il s'en mêler ? Boum boum... Tout ceci était de sa faute et voilà qu'il se permettait de lui donner des ordres ? Boum boum... Le voilà qui lui tournait le dos maintenant, s'éloignant d'elle, sur les traces de son père qui avait déjà disparu dans les larges escaliers reconduisant au rez-de-chaussée où se trouvait le restaurant Le Céleste où devaient les attendre ses invités.

« Non mais je rêve... Holbrey ! », finit-elle par hurler.

Elle nageait en plein délire là... Elle allait finir par émerger ce n'était guère possible autrement. La fureur grandissait en elle, si bien que l'employé, sentant la tempête arriver l'entraina d'une poigne ferme vers la chambre indiquée par Octavius dont il venait de récupérer la clé.

« Miss, s'il-vous-plait, ne criez pas. Certains clients dorment déjà et vous devez respecter notre clientèle.
- Alors lâchez-moi immédiatement que j'aille régler mes comptes avec lui.
- Je... Je ne pense pas que cela soit une bonne idée Miss. Votre père a accepté que vous restiez ici et ce charmant Monsieur a eu la délicatesse de vous offrir le moyen de vous reposer. Pourquoi vouloir partir ? »

Un regard glacial lui répondit. " Charmant monsieur "... Il avait bien dit " charmant monsieur " ? Non mais là, on partait loin...  Nooooon... Elle avait du mal entendre, oui oui, c'était cela. En plus d'être aveugle, elle devenait sourde. C'était sûrement ça. Une fois qu'il l'eu traînée devant la porte de ladite chambre, il ouvrit cette dernière tout en veillant à ne pas la lâcher, et une fois ceci fait, il prit la peine d'allumer les lumières d'un coup de baguette, avant de la pousser gentiment mais fermement à l'intérieur. La furie devant lui, il lui désigna le lit d'un geste maniéré.

« Allongez-vous donc quelques instants Miss. Prenez le temps de respirer, je vous assure que vous êtes vraiment très pâle, trop pour être en bonne santé. »

Si les yeux pouvaient tuer, l'employé serait sans aucun doute tombé raide mort.

« Savez-vous qui je suis ? Connaissez-vous ne serait-ce que mon nom de famille ?
- Je... Je ne doute pas que votre nom ait une grande importance Miss, mais...
- Miss Rowle. Cela restera Miss Rowle pour vous... - son regard dévia vers le badge du sorcier - Edgard.»

Blanchissant à son tour, l'employé eu un léger mouvement de recul devant la baguette qu'elle lui avait pointé sous le nez, avant de parvenir à reprendre contenance.

« Miss Rowle, j'agis avec l'accord de votre Père. De ce fait, peu importe votre nom, je n'aurai aucun soucis, et vous le savez. Je tiens à vous préciser que pour toute détérioration matérielle que vous pourriez causer, la facture sera immédiatement envoyée à votre Père. »

Sur ces mots, ne lui laissant guère le temps de riposter, le dénommé Edgard referma la massive porte en bois avant de la verrouiller à double tour et s'éloigna dans le couloir en ayant déposé la clé devant la porte, de manière à ce que ce " Charmant Monsieur " puisse la retrouver aisément. En entendant ce cliquetis caractéristique, la blonde se précipita sur la porte pour en actionner la poignée, en vain. Il avait vraiment osé aller jusqu'à l'enfermer dans une chambre qu'elle n'avait pas payé, qui n'était pas la sienne. Merlin... La jeune femme laissa son bras tenant sa baguette le long de son corps, avant de reculer lentement de quelques pas tout en restant face à la porte, prenant conscience de la position dans laquelle elle se trouvait. Prise au piège, elle était complètement à la merci du bibliothécaire. Que pouvait-elle faire ? Que voulait-elle faire ? Agrippant sa chevelure blonde dans un geste désespéré, Cassidy tournoya un instant sur elle-même, avant de se laisser tomber en arrière en travers du lit. Elle avait chaud. Elle avait froid. Tant de choses s'étaient produites, tant d'émotions qu'elle était dans l'impossibilité d'identifier avaient surgit, la mettant dans une zone d'inconfort tout juste croyable. Elle ne parvenait même plus à penser de manière claire et lucide. Fil idéique brisé. Ses pensées se chevauchaient, formant un ensemble incohérent - susceptible de devenir dangereux si jamais le bibliothécaire revenait. Le bibliothécaire... C'était sa chambre. Vivement, Cassidy se redressa et bondit sur ses jambes, mettant le plus de distance entre le lit et elle. Par la barbe de Merlin, elle disjonctait vraiment. Ce laisser-aller ne lui ressemblait décidément pas. Les jambes tremblantes, l'apprentie rejoignit l'un des deux canapés et, après un instant d'hésitation, s'assit sur le rebord, afin d'enlever ses chaussures.Ceci fait, elle abandonna ces dernières au pied du fauteuil, les laissant reposer sur le tapis, et s'approcha de l'âtre diffusant une chaleur réconfortante. Face à la cheminée de marbre dans laquelle grondait un feu, le regard vert d'eau de la jeune femme se noya dans cet océan de chaleur salvateur. Il avait osé... Andreas avait osé évoquer sa mère, Nila, chose qu'il ne faisait jamais. En effet, depuis le meurtre de cette dernière, ce sujet était tabou et père et fille ne l'abordaient jamais. Les paupières mi-closes, Cassidy se laissa un moment aller à écouter le crépitement hypnotisant des flammes rougeoyantes, avant de se lever et de se diriger vers la salle de bain, baguette à la main, tout en soulevant un pan de sa robe dont le bord traînait désormais sur le sol. Refermant la porte de la salle d'eau derrière elle, la blonde se dirigea vers la lavabo de marbre blanc et entreprit se rafraîchir la nuque en y déposant de l'eau glacée, qui lui donna des frissons lorsque les gouttes coulèrent le long de son dos, avant de se perdre dans le tissu de la robe, absorbée par ce dernier. Lentement, Cassidy releva les yeux vers la glace surplombant le lavabo, et compris soudainement l'inquiétude de l'employé. S'approchant un peu plus de son reflet, elle porta ses doigts à son visage comme pour s'assurer que ce reflet lui appartenait bien. Son visage avait perdu toutes ses couleurs, seul le blush corail sauvait quelque peu les apparences, sans que toutefois cela ne suffise à duper le monde ambiant.

« Que t'arrive-t-il Cass ? Si même ton corps se met à te trahir, comment peux-tu parvenir à tenir la route ? »

La voilà qui parlait à voix haute désormais... Secouant la tête, Cassidy tenta de se reprendre. Il fallait qu'elle se prépare à se confronter à lui, Octavius. Lorsqu'il reviendrait, il lui faudrait parvenir à contrôler sa rage à son égard... Y parviendrait-elle ? C'était une grande question, mais elle n'avait pas d'autre choix que d'essayer puisqu'elle était enfermée ici, avec une porte refusant de s'ouvrir même en y jetant des Alohomora. De plus, si l'employé avait dit une chose de juste, c'était que le transplanage dans son état était proscrit. Dégageant son visage de quelques mèches de cheveux, la sorcière regagna le salon, avant de se figer sur place en découvrant une silhouette de dos, paraissant assoupie l'un des canapés. Cette silhouette... Cette odeur de noix fraîche avec cette note typiquement boisée... Il ne faisait aucun doute. C'était lui. Octavius. Lorsque son poignet droit se crispa, elle retint à grand peine un gémissement de douleur. Boum boum... Son coeur battait... Boum boum... De plus en plus fort. " Octave a travaillé en tant que consultant pour certaines de vos relations, Macnair, je crois, et Yaxley ". La voix du dénommé Emanuel lui revint aux oreilles, retentissant dans son esprit aussi clairement que s'il avait été à ses côtés, en train de soulever une mèche de cheveux afin de lui murmurer vicieusement ces paroles du bout des lèvres, dans le creux de l'oreille. Un long frisson l'envahi. Boum boum... Boum boum... Son rythme cardiaque n'était-il pas en train de s'emballer là ? Possible... Tandis qu'elle sentait tous les muscles de son corps se contracter sous l'effort de la retenue, Cassidy se décida à avancer vers lui, et contourna le canapé, réprimant difficilement l'envie ô combien tentante de lui tordre le cou par derrière.

Il s'était foutu d'elle. Il lui avait menti. Boum boum
Pourquoi cela avait-il tant d'importance à ses yeux ? Boum boum
Elle aurait du s'en moquer après tout... Boum boum.
Il était déjà entré. Tel un serpent, se faufilant jusqu'à son âme, venant habiter ses pensées, à ses dépends. Boum boum...

« Monsieur Holbrey... »

Ne serait-ce que l'appeler " Octavius " lui paraissait tout simplement impossible désormais.

« Vous êtes déjà de retour ? Qu'en est-il de vos charmants invités ? Les avez-vous congédié usant de la même autorité dont vous avez fait preuve pour me faire enfermer ici ? »

De même que le tutoiement. C'était comme si elle était aux prises d'une étreinte forcée de laquelle elle tentait de se soustraire, en repoussant avec force son agresseur. Monsieur Holbrey, vous... Elle n'avait plus que cela pour tenter de mettre à distance une personne qui n'était plus seulement proche d'elle, mais qui était entré bien trop loin dans son esprit, dans son... Non. Si le début de sa phrase sa voix avait été parfaitement maîtrisée, la fin avait été légèrement tremblotante, trahissant le tsunami interne dont elle était victime. Lentement, très lentement, le brun entrouvrit les paupières afin de la dévisager. Baguette à la main, visage fermé animé d'un regard sombre et brûlant, bien que n'étant vraiment pas imposante, la jeune femme était indéniablement menaçante. Plus de nuances, elle était à deux doigts d'exploser. Plus de sourire feint, pas de faux semblants.

« Mes félicitations mon cher... Servir les intérêts des Mangemorts, les mêmes que vous avez dénigré avec tant de ferveur en début de mois... Voilà une surprise palpitante. »

Un haussement de sourcils. Un craquement d'os se fit entendre tandis que sa main gauche se refermait autour de la carafe remplie d'eau disposée sur la petite table près du canapé. Lentement, sa baguette toujours fermement tenue dans sa main droite, elle se servit un verre d'eau et alors qu'elle le portait à ses lèvres légèrement décolorées, le bibliothécaire se permit la chose brisant net toute tentative de contrôle. Il sourit. Un sourire satisfait, en coin, comme il savait parfaitement les faire. Bug. Un, deux, trois, quatre... Son regard clair le transperça sans pitié, laissant entrevoir qu'il n'aurait jamais, mais jamais dû se permettre cela. Il était dans l'incapacité la plus totale de comprendre ce qu'elle ressentait, ce n'était pas possible autrement. Cinq, six, sept... Huit. Ne pas craquer... Ne pas craquer... Neuf... Avec une violence inouïe, la Rowle, dans un geste mêlant haine et rage envoya le verre se fracasser contre le mur, explosant en mille morceaux, sa lourde tresse venant fouetter les airs tant le mouvement fut imprégné de vitesse et d'une vivacité non attendue.

« Comment... Oses-tu ? C'est ça ton plaisir ? , hurla-t-elle en pointant sur lui sa baguette tremblante de rage, Tu t'es foutu de moi, tu n'as fait que mentir, tenter de me mener en bateau depuis le début !! C'était quoi ces beaux discours à deux mornilles que tu m'as sorti, hein ?! Réponds-moi ! T'étais en mission pour mon Père, c'est ça ? Il voulait que tu me surveilles ? Et cette fleur, tout ce cinéma ? Pourquoi... Pourquoi t'être caché de Jugson s'il était l'un de tes collègues ?! Je.. मैं आप से नफरत है Holbrey !! »

Remplie de rage, elle explosait. Enfin. Sans parvenir toutefois à pleurer. Vide, elle se sentait vide, anéantie par tout ce qu'elle avait découvert.

« ça ne te suffisait pas de venir t’immiscer dans ma vie hein ? De m'empêcher de dormir ?! Il a fallu que tu t'introduises dans mes appartements, que tu... que tu... que tu t'appropries la seule chose qui m'appartenait encore !! Qui es-tu vraiment, hein ?! Que veux-tu ?! Sois sincère, ne serait-ce qu'une seule fois ! Je.. Je ne te comprends pas, je ne sais pas comment me comporter avec toi ! Tu... Tu n'es qu'un traître, un menteur, un p*tain d'acteur qui ne fait que s'amuser sans voir les dégâts qu'il créé autour de lui !! Tu sais comment mon père va me payer tout ça hein ?! »

Elle mélangeait tout. Sa haine contre lui, celle contre son père, saupoudré de toute la tension accumulée depuis le début du mois de Septembre. Bien entendu qu'il n'était pas responsable de tout, mais actuellement, dans l'explosion, la tempête n'épargnait ni la côte, ni le phare. Tout en parlant - pardon, hurlant - elle recula, renversant la table au passage, sans y prêter la moindre attention. D'un geste rageur, elle arracha violemment sa robe, déchirant le tissu jusqu'aux dessus des genoux de façon à être plus libre de ses mouvements, puis se redressant brusquement, elle lui envoya une gerbe d'étincelles brûlantes, bien vite suivie d'une seconde incantation :

« Expulso ! »

Sans réfléchir, elle se précipita ensuite sur lui, heurtant violemment son corps du sien. Le mouvement, l'action. Cela l’empêchait de penser et de s'écrouler. Agenouillée au-dessus de lui, ses genoux venant enserrer son bassin, sa main gauche agrippa le col de sa chemise si détestablement blanche, l'obligeant à relever la tête tandis que de la droite, elle lui flanqua sa baguette sous le nez. Sans douceur, elle l'obligea à approcher son visage du sien et lui adressa un regard meurtrier tandis que sa lourde tresse blonde retombait sur l'avant de son épaule droite.

« Qui es-tu vraiment et à quoi joues-tu avec moi, Octavius ?! »

Sa main gauche se resserra sur le col de la chemise. Il tenait tant que ça à rencontrer Nehal la fougueuse ? Celle qu'elle entravait depuis des années au fond de son être ? Eh bien, il lui fallait assumer, elle venait de se réveiller, émergeant des Enfers dans lesquels elle avait été plongée et enchaînée depuis bien trop de temps.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Pas vraiment seul, mais presque.
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Dim 6 Nov 2016 - 4:58

PlayList made by Yann Tiersen:
 


«  Monsieur Holbrey… »

Il aurait été plus que stupide de ne pas s’en douter, ne pas s’y attendre. Et effectivement, l’interpelé n’avait exclu aucune possibilité, ne se voilant le paysage en rien, n’en étant de toute manière d’ailleurs pas capable. Il avait toujours eu les idées tragiquement claires, alors d’une certaine manière, il avait su tisser le motif de son avenir à mesure que la soirée passait et que Cassidy s’éloignait lentement mais infailliblement de lui. Il n’avait pas été question d’une dissension violente et radicale, comme un tissu dont on tire sur les coutures pour le déchirer bestialement, laissant les fibres abîmés et discontinus à l’air libre comme de la chair mutilée par une arme malhabile. A force d’y songer, il avait aperçu la réflexion assombrir le front de Cassidy d’une voilette lugubre, se répandant en son regard tel de l’eau froide, gelant en un instant tout ce qu’elle touchait. A un moment, il ne savait pas quand exactement, mais il avait compris que ses pupilles s’étaient figées, non pas qu’elle eut fixé son regard sur quelque chose. Simplement, ses prunelles, si profondément noires en temps normal, s’étaient assourdies dans un gris sans relief ni ombres ; deux coupelles absorbant toute la lumière sans en refléter aucune. L’iris avait cessé son rayonnement nerveux et déluré, s’abandonnant à une immobilité défunte, qui ne faisait qu’accentuer celle, inerte, du cristallin. Et avec lui, c’était tout son regard qui s’évanouissait derrière une fine et vaporeuse pellicule de défiance. Les portes se refermaient sur Octave et il n’avait rien pu y faire sur l’instant, tant le moment ne s’y prêtait pas. Même le blanc de ses yeux, jadis si ondoyant et sans cesse agité par une énième émotion, qui venait prendre place sur la précédente avec la même assurance que la lune succédait au soleil, s’était épaissi comme de l’eau croupie. Alors maintenant, allongé sur ce canapé, à peine serein et vaguement détendu, Octave ne voulait pas ouvrir les yeux, risquant de rencontrer ce même regard terne et inexpressif qu’elle lui avait servi par moments, tantôt nuancé par une froide colère, tantôt par une condescendance si spécifique à ces familles au sang vertueux. Elle avait emboîté le pas à son père, l’abordant avec cette même outrecuidance, comme s’il n’était qu’un moins que rien, qu’un morceau de cristal fêlé perdu dans un panier de diamants. Il n’y avait prêté qu’une attention limitée, sachant que la situation faisait qu’ils avaient tous joué le rôle qui convenait au mieux. Mais…

Mais maintenant c’était différent. Ils n’étaient que deux et il n’y avait personne d’autre à impressionner par un maintien sans failles ou un discours aussi droit que s’il eut été tenu par le Lord lui-même. S’il déchirait ses paupières pour rencontrer ce visage aux yeux étouffés, il n’était pas sûr de pouvoir y faire face avec la même prestance qu’il l’aurait voulu. Il n’y avait plus personne devant qui faire semblant. Si elle continuait à le faire, cela voudrait dire que le chemin qu’il avait si difficilement ouvert il y a quelques semaines risquait de définitivement se refermer et disparaître comme une trace de pas dans le sable. Il n’y avait pas songé concrètement, mais cette crainte demeurait en son esprit telle l’ombre d’une menace invisible, couvrant la lumière sans que jamais l’on ne sache d’où cela provenait exactement. A dire vrai, il avait nourri jusqu’au dernier moment l’espoir intime que, par un miracle quelconque du destin, rien n’eut changé, comme si ce dîner n’avait jamais existé, et les mots qui y furent prononcés, jamais dits. Jusqu’au dernier moment, Octave avait couvé ses inquiétudes derrière l’absence tangible de preuves lui spécifiant le contraire. Jusqu’au dernier moment. Jusqu’à ce « Holbrey ». Ainsi lui, qui ne se fiait que très rarement à son cœur, voyait ce dernier se faire étreindre par un pragmatisme logique. Il n’y avait plus de doutes possibles et un retour en arrière venait d’être fait. Que dis-je… un retour. Les compteurs venaient d’être remis à zéro, comme s’ils venaient véritablement de se rencontrer pour la première fois autour de cette grande table nappée d’un blanc crémeux. Comme si c’était là que les vérités de leur condition respectives étaient apparues comme les plus justes. Et tout ce qui avait précédé ce soir n’existait soudain plus, pareil à un beau mensonge noyé par la rugueuse mais ô combien plus authentique vérité. Cet éloignement soudain en était d’autant plus difficile qu’Octave avait été rigoureusement sincère durant leur première rencontre, contrairement à cette soirée fallacieuse et pourtant bien plus rationnelle aux yeux de ce monde. Il ne pouvait de ce fait pas vraiment lui en vouloir de laisser son esprit s’emplir de ce qui semblait logique plutôt que par ce qui était vrai mais terriblement illusoire.

En débit de la rationalité qui le gouvernait, Octave sentit quelque chose en lui s’effondrer. En son cœur aussi, l’espérance venait de se figer devant l’implacable froideur d’un « Holbrey ». Au moins n’avait-il pas ouvert les yeux, repoussant au dernier moment la rencontre avec les deux disques fuligineux et aussi flegmatiques que deux lacs aux eaux froides et sans fonds. Il savait très bien pourquoi la jeune femme faisait davantage confiance aux évènements récents plutôt qu’aux anciens, alors pourquoi était-ce si difficile ? Pourquoi était-ce si laborieux d’affronter cette absence dans le creux du regard, qu’il savait pourtant parfaitement légitime ? La vie était cependant ainsi faite que ce qui était compréhensible n’était pas nécessairement facilement admissible, autant par le cœur que par l’esprit, qui tendaient inlassablement vers des désirs plus lumineux et moins raisonnables que ce que la vérité avait à offrir. Il se serait tordu nerveusement les doigts pour se rappeler que la logique avait bien plus de valeur que les tensions d’un espoir déjà mort avant d’être né, mais ils l’étaient déjà. Tendus et galvanisés par le trouble qui le prenait à la gorge, ses doigts se crispaient contre le tissu du canapé. Il y enfonçait ses paumes à plat pour être exacte, les ongles blanchis par un effort invisible car la seule chose qui s’opposait à ses mains était le rembourrage un peu trop épais de l’assise.

« Vous êtes déjà de retour ? Qu'en est-il de vos charmants invités ? Les avez-vous congédiés usant de la même autorité dont vous avez fait preuve pour me faire enfermer ici ? »

Il tressaillit à chaque mot et chaque piqûre l’éveillait un peu plus à la réalité qu’il se gardait d’affronter en restant dans le noir comme un enfant se cachant sous sa couverture pour ne pas entendre ses parents se disputer. Et puis, tant qu’il ne voyait pas, il pouvait prétendre que cela n’existait pas, n’est-ce pas ? Ah, mon vieux, cesses donc de te cacher, plus tu l’éviteras, plus cette situation t’immobilisera, lui chuchota une voix à l’oreille. Ou plutôt un regain provocateur de courage devant l’ironie cruelle dont faisait preuve la jeune femme à son égard. Mais aussi, ce fin de phrase avait instauré un doute en lui qui ne demandait qu’à être confirmé. Elle avait commencé à parler d’un air tranchant d’abord, puis son ton s’était finalement abattu en une suffocation nerveuse. Cet affaissement des mots, comme si quelque chose avait étranglé Cassidy, lui fit lentement ouvrir les yeux pour constater à quel point l’apparence collait à l’imperceptible faille qu’il venait d’entendre. Ses cheveux soulevés au-dessus de son front, le contour doux et enveloppé de sa joue rendaient plus sombres ses yeux sensiblement anxieux, ses yeux de femme enfermée dans une colère malheureuse, ses yeux achevés et définitifs dans un visage sévère et réservé. Sous son regard indéchiffrable, elle ne changea pas d’attitude et il remarqua pour la première fois à quel point son beau teint sans nuances avait pris la transparence d’une rose blanche d’hiver, que l’ovale des joues avait maigri, la peau fatiguée s’étirant sur l’os de pommettes saillantes. L’honnêteté et l’absence de désir de cacher la violence qui décharnait son visage surprirent Octave, qui s’attendait davantage à voir un air impassible, collant si bien avec ses paroles si justes à son rang de fille de Mangemort. Il avait cru qu’elle reprenait son rôle, mais en fait elle se moquait de lui et de ses prétendus mensonges.

« Mes félicitations mon cher... Servir les intérêts des Mangemorts, les mêmes que vous avez dénigré avec tant de ferveur en début de mois... Voilà une surprise palpitante. »

Il en aurait ri, mais se contenta de battre des paupières, croyant à peine en ce qu’il voyait et entendait. Le chemin était toujours là, les portes semblaient se rouvrir et il pouvait de nouveau l’atteindre à tout moment, il lui suffisait de le vouloir en trouvant les bons mots. Cassidy aurait pu revêtir le masque de l’indifférente flatterie pour le convaincre d’une sincère mais condescendante louange, et il aurait plié sous le poids de ce cruel mensonge qui chérissait ce qu’elle haïssait le plus en secret. Mais elle était froidement rageuse, prête à exploser comme de la poudre chauffée à la flamme. Et il était censé être cette flamme. Et même s’il ne le voulait pas, il allait de toute manière l’être. Ce constat eut le don de doucement le rassurer malgré la précarité évidente de cette situation. Il fit l’erreur, comme cela lui arrivait souvent, de sourire. Véritablement, c’était davantage un spasme nerveux qu’un véritable sourire, mais tel l’acteur qui s’était perdu dans les multiples jeux qu’il menait, Octave sourit narquoisement, probablement sous l’affluence d’une joie à peine naissante. C’était un sourire qu’il se destinait à lui-même, mais comme toute chose qui se laissait voir, le sourire en coin fut reçu par d’autres comme un ultime affront. L’affront en trop. Il voulut même fermer les yeux et soupirer d’aise, tant savoir que le début du mois de Septembre ne s’était pas perdu quelque part dans l’oubli d’une aventure si singulière qu’elle revenait dans l’esprit que comme un rêve. Mais tout était là, sur son visage de jeune femme flétrie et fanée par un interminable effort. Et la faille était toujours là, et il pouvait encore la voir. Il ne savait même pas clairement pourquoi cela le rendait si heureux. Mais à peine avait-il fermé les paupières dans un instant de félicité qu’il dut les rouvrir dans la panique. Sous le coup de la surprise, d’un bon mécanique, il s’était même prestement relevé, ne sachant pas exactement d’où le danger venait. Nerveusement il chercha des yeux l’explication de ce fracas raisonnant et ne vit qu’une tache sur le mur et des débris de verre au sol. Des gouttes d’eau cascadaient le long du papier peint gaufré en arabesques baroques et en fleurs de laurier. Le motif s’imbibait et Elle pointait sa baguette sur lui.

Cassidy tremblait bravement et lui criait dessus, déversant enfin ce qu’elle avait véritablement sur le cœur. Elle se tenait, le front penché et barré des folles mèches de cheveux qui s’étaient libérées de l’emprise de la coiffure, la main fermée sur sa baguette frissonnante, dans une attitude toujours plus menaçante. Et son regard paraissait tantôt le voir, tantôt se voiler d’un souvenir ou d’une pensée inachevée, rendant ses yeux pâles. En posture défensive, Octave ne broncha pas, se tenant prêt à se saisir de sa baguette, soigneusement plaquée contre son torse, dans le revêtement de son gilet, mais n’en fit rien. Il se contentait de contempler avec stupeur les gestes désordonnées de cette rageuse créature. Malgré leur violence, ces mots le troublèrent moins que ceux prononcés froidement plus tôt par cette même bouche maintenant décolorée et pâle. Car ce qui animait Cassidy, c’était une souffrance honnête et qui n’était pas méchante au fond. Mais surtout était-il fortuné de la voir poser les questions qui lui torturaient le cœur plutôt que de s’enfermer davantage en assumant d’emblée qu’il n’était qu’un menteur. Elle lui demandait des comptes, et il ne pouvait en être plus comblé qu’en cet instant où la tempête ne faisait que se déchaîner sur lui en succession de frustrations refoulées et de mots non-dits pendant trop longtemps. Et elle continuait de crier en femme trompée et trahie dont la douleur reflétait un cœur qui avait tenté de faire confiance. Octave, les sourcils noués en une expression de défiance, n’avait en réalité habité que par un seul désir : passer une main sur son visage pour faire partir la joyeuse tristesse qui ne demandait qu’à déformer ses traits soucieux. Mais il ne le pouvait pas, Cassidy avait besoin d’autre chose.

En si peu de temps, elle lui reprocha tant de choses, mais surtout son intrusion. Il faillit s’en offusquer sincèrement, avant de comprendre qu’elle regrettait surtout de l’avoir laissé faire. Cette histoire de chambre violentée n’était finalement qu’une métaphore qui renvoyait à quelque chose de bien plus abstrait que ce à quoi ses mots faisaient haineusement référence. Il s’était glissé dans son être beaucoup plus loin qu’elle ne l’aurait voulu et il l’avait blessée. Alors Cassidy hurlait, la poitrine soulevée par le chagrin trop facile, la rancœur d’une affection trop vite donnée et si durement malmenée, par une servilité qui s’ignore, par la frustration d’avoir fait confiance à la mauvaise personne qu’elle avait peut-être cru être la bonne, par un agitateur infantile qui détruisait ce que bon lui semblait d’un revers de mot. Et puis son père. Un père vengeur qui n’avait fait que rajouter un poids à la charge que sa fille avait dû porter pendant toute la soirée, et qui allait probablement la pousser dans un plus profond malaise encore plus tard. Et elle n’avait plus de forces pour cela. Plus d’énergie pour lutter contre un traître et un maître.

Voyant la jeune femme renverser la table d’un mouvement brusque et déchirant le bas de sa robe, Octave fronça définitivement les sourcils sur son nez droit, accentuant la courbe satanique de son arcade. Sa mâchoire se serra et il déglutit, à peine prêt au combat qui semblait s’annoncer. Il aurait pu sortir sa baguette, mais n’en fit rien, sa logique lui dictant paradoxalement de ne pas se défendre ouvertement. Peut-être aurait-il dû, car un bouquet d’étincelles jaillit de la baguette de Cassidy, comme une manifestation physique de ce qui se tramait dans son for intérieur. Vivement, il se recula de quelques pas, prenant soin à éviter les éclats chatoyants, mais pas assez vite, ou pas assez loin. Certains étaient venus brûler les manches de sa chemise pour dévorer sa peau. Il se débâtit méthodiquement, pressant le tissu contre ses bras là où le sortilège pinçait douloureusement pour couper l’apport d’oxygène aux flammes. Et toujours pas de baguette entre les mains. Il se l’interdisait, n’étant pas certain de pouvoir retenir son instinct à une défense efficace. Dans la mêlée et l’aveuglement lumineux, il l’entendit rugir son second sortilège. Octave n’eut que le temps de relever les yeux pour voir l’onde bleutée arriver. L’Expulso le toucha à l’épaule, l’envoyant contre le mur derrière lui, alors qu’une grimace le saisissait, la clavicule cassée jadis faisant sentir ses faiblesses. Au moins eut-il le réflexe de rouler son dos et coincer son cou pour ne pas blesser sa tête dans le choc. Sa colonne vertébrale prit le coup dans un craquement sourd, la force de la projection ondoyant jusqu’à dans ses côtes. Il posa un genou à terre pour ne pas finir étalé au sol, une main enserrant l’épaule endolorie. Octave se releva prestement, osant même quelques pas vers l’avant, sachant à quel point il pouvait être dangereux de se trouver à proximité de murs lors d’un combat sorcier. Il s’était résigné à sortir sa baguette magique, mais la furie le devança alors qu’il avait encore les cuisses faibles et la tête baissée sur son gilet. Cassidy lui sauta littéralement dessus, lui faisant à nouveau perdre l’équilibre et il tomba à la renverse sous ce poids plume auquel l’élan prêtait de la force. A son tour, il rugit à travers des dents serrées en heurtant le sol de ses deux omoplates, et cette fois sa tête ne manqua pas de s’écraser contre le tapis persan, ce qui heureusement amortit sensiblement le choc. Mais la blessure était là, faisant vibrer son cerveau. Une main vint se saisir de sa chemise, l’obligeant à courber la nuque alors que le col blanc amidonné le tirait vers le haut.

« Qui es-tu vraiment et à quoi joues-tu avec moi, Octavius ?! »

Il cligna des yeux à plusieurs reprises pour faire passer les têtards qui s’étaient mis à danser dans le blanc de ses yeux avec le mal de crâne, avant de comprendre qu’une baguette le menaçait. Elle le regardait avec une rage qui ne semblait pas avoir de fond et n’était aucunement apaisée par ce début de combat où il n’avait fait que prendre les coups sans vraiment chercher à s’en défendre, mais plutôt à continuer à rester debout.

« J’ai combien d’heures pour répondre à cette question, parce qu’elle est très existentielle… »

Avait-il murmuré à travers des dents serrées et un ton ironique à peine prononcé. Il s’était peut-être laissé faire, mais cette situation commençait à sérieusement l’énerver. Avec elle, il passait son temps à se prendre des coups par galanterie sans jamais répondre en retour. Il était peut-être temps de riposter. Il haletait, de douleur un peu mais surtout d’avoir cabriolé à travers la pièce comme un sachet en plastique au gré du vent, à en perdre conscience du haut et du bas. Mais maintenant, il respirait plus tranquillement malgré le picotement qui le prenait à la clavicule doublement blessée. Et il fixait Cassidy du même regard rageur que cette dernière lui offrait, quoi que d’une intensité quelque peu moindre. Il l’hypnotisait, comme il savait si bien le faire, la défiant d’un œil qu’elle allait se sentir obligée de soutenir par fierté. Et c’était tant mieux, et c’était calculé. Car tandis qu’ils se toisaient en chien de faïence, Octave avança sensiblement sa main droite jusqu’à ce que sa propre baguette magique vienne s’enfoncer entre les côtes basses du ventre de la jeune fille, formant un pli net dans la robe noire. Les voilà tous deux en train de se menacer de magie, l’une explosive et l’autre calculateur, sans plus aucune pitié apparente l’un pour l’autre. Peut-être était-ce vrai pour l’une, mais ce n’était pas le cas pour l’autre, qui ne faisait là encore que maintenir le rythme imposé, par reflexe. Il réfléchit une seconde de plus et finit par plaquer sa baguette contre sa paume avant de se saisir de la cuisse droite qui l’enserrait, sans égard pour la baguette qu’il avait toujours sous son nez. Vivement, profitant de ce poids plume, il bascula Cassidy sans réel ménagement sur le côté, luttant pour qu’elle ne l’entraine par avec lui par le col qu’elle tenait toujours fermement dans sa main. Dans le mouvement imposé, alors qu’elle s’écroulait… non, volait sur le côté, Octave prit avantage du trouble et se saisit de la baguette de la jeune femme avec sa main gauche restée libre. Il était plus fort et s’était préparé au mouvement, alors il n’eut qu’à tirer vigoureusement sur le bâton pour le voir glisser des doigts de la demoiselle.

Sans perdre de temps il se releva, abandonnant Cassidy au sol et faisant pencher la balance de son côté. Maintenant c’était lui qui était debout, ses deux mains enserrant fermement les deux baguettes. Il aurait pu lui jeter un sort, même faible, mais il savait que ce petit corps assoiffé de haine ne tiendrait pas la cadence s’il avait pris le risque de se défendre par la magie. Il la regarda avec sévérité d’abord, avec une colère presque menaçante tant il n’aimait pas en arriver là. Mais il lui apparaissait clairement que c’était comme ça que la blonde fonctionnait. A coup de défouloir. La respiration d’Octave s’était à nouveau accélérée alors qu’il hésitait sur la marche à suivre. Succomber au caprice d’un mécanisme rodé sur l’expression physique de sentiments refoulés ou imposer son propre tempo. Il finit par secouer la tête comme une bête prise par le cou, renversant la nuque pour aspirer en suffoquant, faisant luire à la lumière des bougies ses dents humides et blanches comme des pages vierges. Il récupéra les deux baguettes dans une seule poigne et massa de sa main libre son épaule encore souffrante. Pourtant, malgré le choix qu’il essayait de faire, ce-dernier était en fait déjà fait. Il l’avait désarmée et contre lui, elle ne valait rien sans sa magie. Mais ce qui usait davantage son esprit et expliquait son immobilité soudaine, était qu’il accaparait sa pensée par la réponse qu’il devait fournir. Il aurait pu l’attaquer en retour sur ses propres hypocrisies, ses mensonges en continu, qu’elle avait tout autant perpétré pendant leur première rencontre qu’au long de cette soirée. Mais ce n’était pas juste. Il ne pouvait pas justifier ses défauts en pointant ceux de quelque d’autre. Le fait qu’ils étaient à égalité sur certains points ne lui donnait pas raison et n’allait certainement pas la rassurer, elle. Simplement, il ne voulait pas…

Il ne voulait pas la perdre. Il ne voulait pas être celui qui lui ferait le plus de mal. Il ne voulait pas la faire souffrir davantage qu’elle souffrait déjà. Il ne voulait pas qu’elle s’en aille ou qu’elle le haïsse. Il ne voulait pas qu’elle s’indiffère de lui ou qu’elle fasse semblant d’apprécier en lui ce qu’elle ne pouvait décemment pas, simplement pas obligation. Il n’en voulait pas qu’elle parte sans l’avoir compris. Et alors que cette pensée lui vit, Octave perdit son sang-froid et souffla en regardant le plafond, ses réflexions semblant agir comme un acide sur ses enchevêtrements de couches d’exagérations, ses réticences et ses sentiments inexprimés qui caractérisaient tant son comportement éternellement exalté et qui servait la plupart du temps à détourner le regard de choses plus profondes. Une explosion de poudre dorée pour couvrir le désespoir le plus complet face au vide le plus parfait. Un sentiment vindicatif d’incompréhension et de laissé pour compte. L’impression d’inachèvement, volatile et insaisissable, peut-être même inexistant. Octave passa une langue nerveuse sur ses lèvres asséchées par sa respiration laborieuse. Pourtant il allait devoir une fois de plus être fort. Parce que s’il n’était pas là pour soutenir cette colère qui animait Cassidy, qu’allait-elle faire ? Vers qui pouvait-elle se tourner, alors qu’il semblait être le seul devant qui elle osait laisser libre cours à son ressenti, et qui était capable d’encaisser tout cela ? Alors il renversa fatalement encore une fois sa tête vers l’arrière avant de reprendre sa pâleur habituelle de pommettes éternellement sereines, revêtant une supériorité dont tout le secret tenait dans le port de tête, l’aplomb des jambes, la désinvolture des épaules et des bras. Puis il fixa Cassidy avec une détermination sans sourire ni joie.

« Ton père est parti avec Lacroix. Les autres ont également fini leur repas et s’en sont allés. »

Il avait décidé de répondre dans l’ordre, même s’il ne commençait pas par l’essentiel, pour garder une continuité dans ses réponses. Sa voix avait sonné ferme mais sans dureté, contrairement à ce qu’on aurait pu légitimement attendre de son air intransigeant. Il ne voulait pas avoir l’air de se justifier, et pourtant c’est probablement ce à quoi allaient ressembler ses explications. Il voulait agir avec assurance, mais c’était compliqué alors qu’une colère féminine si désarmante continuait à le baigner de toutes parts.

« Où crois-tu que je serais le plus apte à te mentir ? Entouré de Mangemorts et de gens qui ne connaissent pas tout de moi autour d’un dîner dans un lieu public, ou parmi les fourrages d’un jardin en pleine nuit alors que je n’ai que la lune et toi pour confidentes ? Je ne connais pas Jugson… et je ne connaissais pas ton père jusqu’à ce soir… »

Un instant il fit dos à Cassidy, pour regarder quelque chose d’autre qu’elle sans avoir besoin de détourner un regard fuyant, et lui montrer la faiblesse qui le reprenait au cœur. Heureusement, sa voix était restée claire jusqu’au bout, jusqu’à la dernière note. Contrairement à la jeune femme, il avait gardé le tutoiement, non pas par tactique mais par habitude, et parce qu’il ne se sentait pas de lui dire tout cela sur le ton du « vous ». Il se targua de regarder par la fenêtre au travers de laquelle il ne voyait de toute manière rien que la nuit et les lampadaires qui éclairaient les rues. Bien sûr, il regardait sans voir, entièrement tourné vers les passions sauvages d’un animal pourchassé qui s’émouvaient en lui. Toujours aucun sourire. Comment pouvait-il ne serait-ce qu’y songer, même par habitude ? La pensée alourdissait ses lèvres, tirant leurs coins vers le bas, colorant néanmoins sa bouche d’un rouge profond et brûlant, unique témoignage des ardeurs qui l’habitaient. Il jeta un regard en biais à la jeune femme, lui offrant son visage en trois-quarts, battant lentement de ses longs cils aux paupières brûlantes sur des yeux d’un vers profond. Une étrange grimace traversa son visage, exprimant son impuissance à trouver des mots dignes de Cassidy. Probablement qu’elles ne lui donneraient même aucun réconfort et encore plus de colère.

« Tu… tu ne me connais pas. Et pourtant tu me juges sur le peu que tu as entendu. Peut-être parce que ce que tu as appris résout d’une manière ou d’une autre tes incertitudes. Si tu décides de réduire tout ce qui s’est passé entre nous au peu que tu sais maintenant, je ne peux rien y faire, parce que tout ce que je te dirai fera un lien dans ton esprit avec ce que tu vois de pire en moi, simplement parce que pour l’instant, c’est la seule certitude que tu aies à mon sujet. Nous sommes dans la même situation tous les deux. Tu sais que j’ai travaillé avec des Mangemorts et je sais que tu es la fille d’un Mangemort. Et tu as choisi de croire que je t’ai menti là-bas, alors que nous étions allongés tous deux dans l’herbe, seuls, mais que j’ai énoncé une rigoureuse vérité alors que nous étions assis autour de cette table emplie d’inconnus, certain pour toi, d’autres pour moi. Si je suis un si habile menteur, pourquoi me poses-tu ces questions alors que je pourrais encore te mentir ? N’espères-tu pas que je te désabuse ? Mais es-tu prête pour cela ? Vas-tu me croire ? Ou te renfermeras-tu dans une logique circulaire en te basant sur le peu d’information que tu as, jugeant à leur mesure les nouvelles que je vais te révéler ? »

Il pencha son front où les sourcils s’effilaient en ailes pointues et ferma les yeux un instant. Il craignait de montrer un désir qu’il n’avait pas encore eu le temps de nourrir ni de dissimuler. Le bibliothécaire écrasa ses paupières chaudes de sa main moite et froide avant de complètement se retourner enfin, regardant Cassidy à travers des paupières mi-closes, les cils s’entremêlant devant ses prunelles assombries et fatiguées.

« J’ai vécu et fait beaucoup de choses. Ma vie est loin de se résumer aux Mangemorts et aux travaux que j’ai accomplis pour eux. Même si cela dénote certains de mes traits de caractère, qu’il me fut arrivé de mettre au profit de gens pas toujours recommandables. Mais tout ce que je te dis, les explications que je te donne, ne serviront à rien si tu n’es pas prête à essayer de me comprendre ou de me faire confiance. Et comment peux-tu comprendre ou faire confiance à quelqu’un alors que tu te mens en permanence à toi-même ? Tu te mens à toi-même et écoutes ton propre mensonge, allant ainsi jusqu’à ne plus distinguer la vérité ni en toi ni autour de toi ; tu perds alors le respect de soi et des autres. Ne respectant personne, tu cesses d’aimer, de faire confiance et d’écouter. Tu… Tu ne sauras jamais qui je suis même si je te le dis parce que tu seras incapable de l’entendre. Je peux t’assurer autant que je le veux que je n’aie jamais joué avec toi ou t’ai menti ouvertement, mais m’écouteras-tu ? Ou écouteras-tu ce que ta méfiance te dira… Je… Si tu ne m’accordes pas une once de crédulité, mes mots ne serviront qu’à nourrir ta haine et ton ressenti davantage, et tu y trouveras aveugle confirmation de tes craintes. Et je… je te paraîtrai encore pire qu’avant. Parce que ta colère, ta défiance et ton jugement en auront décidé ainsi d’avance. Veux-tu simplement et définitivement me détester Cassidy ? Dis-moi, et je ferai ce qu’il faudra pour cela. Je te dirai de moi ce qu’il faut pour que je devienne la créature la plus malfaisante qui existe dans ton monde. Et les choses deviendront plus simple et tu n’auras plus à souffrir d’incertitudes à mon égard. Je veux bien être le sujet de ta haine s’il le faut. Parce que je ne voudrais pas avoir à éternellement me défendre devant une suspicion provoquée par chaque nouvelle chose que tu apprendras sur moi par hasard. »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Lun 7 Nov 2016 - 20:37

Le vrai... Le faux. Difficile à cerner. Au fond, la vérité pure existait-elle ? N'était-elle pas juste un ramassis d'inventions de l'esprit ? Totalement et entièrement subjective. Qui pouvait prétendre la détenir ? Certes, lorsqu'il s'agissait d'une équation mathématique, la réponse, la vérité était univoque et purement objective. Mais dès que l'on rentrait dans le champ de l'esprit humain et des facettes que ce dernier possédait, la question devenait soudain beaucoup plus complexe. La vérité... N'était-elle pas composée par un esprit humain ? Et un esprit humain était loin d'être objectif. Installée au dessus de sa victime, la jeune femme le menaçait de sa baguette, les yeux bouillonnant d'une rage sans issue, impossible à maîtriser. Sa cage thoracique se soulevait violemment au grès de sa respiration saccadée. Inspiration, expiration... Inspiration... Apnée. Violemment, le bout de sa baguette en bois sombre d'aubépine s'enfonça dans la gorge du bibliothécaire qui paraissait encore sonné. Sillons rosés, puis rougeâtres se dessinant dans la peau fine et si délicate de sa gorge. Empreintes. Éphémères, certes. Mais empruntes toute de même. Malgré cela, la main ne desserra pas son emprise sur le bâton en bois sombre, cela était totalement impossible. Il s'était moqué d'elle, avait tenté de la manipuler et de la tromper. Il n'était rien, personne. Un traître, un ennemi de plus parmi sa collection personnelle qu'elle agrandissait malgré elle - ou peut-être pas tout à fait finalement - au fur et à mesure que les années avançaient. Ce dernier n'avait pas encore tenté quoique ce soit. La main gauche de la jeune femme se crispa encore davantage sur le col d'un blanc immaculé, si violemment qu'il fut étonnant que le tissu ne se perfore pas aux vues de la force des ongles nacrés. Lentement, elle rapprocha son visage de celui de l'homme tout en ramenant le col vers elle et alors qu'il ouvrait de nouveau les yeux, dévoilant ses insupportables iris émeraude, Cassidy compris que le combat ne faisait que commencer. Violente, elle n'attendait que cela, qu'il riposte, qu'il tente de se défendre afin de répondre de façon symétrique à son explosion personnelle.

Vas-y agresse-moi, réponds-moi. Montre-moi ce que tu as dans le ventre au lieu de te défiler ainsi... Tes beaux discours, je m'en moque. Provoque-moi, réponds à mes attaques. Répands ton venin à ton tour. Ne me laisse pas dans cette souffrance sans y répondre à ton tour... Imperturbable, son regard turquoise le transperçait avec toute la puissance et l'intensité d'une bague immense déferlant sur le rivage, entrainant la destruction des maisons sur son passage. Plus rien ne pouvait résister. Arbres, panneaux, personnes et constructions... Impitoyable, la gerbe d'eau d'une puissance insoutenable emportait tout sur son passage. Pas de demi-mesure, absence définitive de quartiers. Il n'y aurait aucun survivant. D'une violence inouïe, la haine suintait par tous les pores de sa peau nacrée, sans que rien ne puisse la canaliser. Son coeur vrillait ses tympans d'une percussion infernale que même sa respiration ne paraissait guère en mesure de suivre. Comment pouvait-il la mettre dans un tel état, elle qui avait pourtant l'habitude de masquer ses émotions, de n'écouter que sa raison, opérant un clivage sans nom entre corps et esprit, entre raison et émotions. Jamais elle n'avait été dans un tel état. Sur le fil, Cassidy s'était arrêtée, et avait basculé dans l'océan de flammes frémissantes des Enfers. Nehal en était remontée, trop longtemps entravée. L'heure n'était plus à la discussion.

Sourde, elle l'était devenue. Et cette soudaine perte de vue, de contrôle et de raison, ne fit que la rendre plus dangereuse qu'elle ne l'était déjà. Débridée, ce n'était plus la femme qui s'exprimait, mais l'Erinye. Plus de faux semblants. A bas les efforts de compréhension et de retenue. Elle brûlait, littéralement. Paraissant se nourrir des flammes de l'âtre de la cheminée de marbre blanc. Un regard de braise qui n'était pas là pour séduire, mais bien pour consommer sa victime. Une chevelure aux mille reflets blonds accentués par la danse infernale des flammes paraissant venir s'y noyer. Comme si la tresse elle-même s'embrasait.

« J’ai combien d’heures pour répondre à cette question, parce qu’elle est très existentielle… »

Un souffle ardent. Un simple murmure, qui sonna comme une ironie insoutenable aux oreilles de la jeune femme qui se fit un plaisir d’enfoncer sa baguette encore un peu plus dans la gorge de l'homme qui l'avait trahie. Sous la pression exercée par le bout de bout, la peau virait lentement au violet désormais, à la manière d'un suçon trop longtemps exercé par des lèvres dominatrices et passionnées. Sauf que là, la passion n'avait pas sa place, seule la rage et la haine habitaient et animaient à la fois le corps, mais aussi l'esprit de la jeune potionniste, pourtant si à même de contrôler ses pulsions destructrices en tant normal. Mais cette fois, la cage dorée avait volé en éclat. Les barreaux avaient cédé sous la pression trop longtemps exercée et enfin, elle se lâchait. S'il était certain que Severus Rogue n'aurait guère apprécié ce relâchement, tout comme son père, elle ne pouvait véritablement pas le conrôler. C'était la première fois de toute sa vie que cela lui arrivait. Parce que c'était lui. Lui. Qu'avait-il de si particulier pour induire une telle perte de maîtrise de soi ? Violemment, ses ongles se crispèrent tellement sur le tissu qui n'avait rien demandé à personne, que la tension à laquelle fut soumise la chemise, provoqua la rupture des fils fragiles et délicats rattachant le premier bouton. Ce dernier fut propulsé, à la manière d'un boulet de canon au travers de la pièce. Une traversée avec une vitesse digne de celle d'un vif d'or.

« Quelques minutes Holbrey. Je te conseille de faire court et précis. Tu m'as assez menée en bateau avec tes longs discours. Je n'aurai plus cette patience pour t'écouter. »

Tranchante, à l'image de son apparence, sa voix avait revêtit une tonalité sourde et basse, vibrante de colère. Quelque peu rauque, emplie de piques acérées. Rapprochant ses lèvres encore maquillées de son oreille, sa voix s'éleva en un murmure paraissant presque lointain :

« En fait, je n'ai même plus l'envie de t'écouter. Pourquoi prendrais-je cette peine alors que tu n'as fait que me jeter de la poudre aux yeux depuis le début ? »

Son souffle glacé et brûlant dans le creux de son cou se répercuta dans son oreille comme un glas morbide. Le jugement dernier était arrivé. Parler, l'écouter... A quoi bon ? Avait-elle encore réellement envie de connaître ses réponses, et la force de supporter de nouveaux mensonges qui viendraient lui embrouiller le cerveau encore davantage ? Non... Définitivement non. Elle l'avait plus de temps à perdre avec ça, et plus d'énergie à lui consacrer. Cet homme ne pouvait lui attirer que des ennuis. Il haletait. Sa respiration qu'il avait pourtant l'habitude de conserver calme dans les situations les plus périlleuses, était légèrement saccadée, ce qui tira un sourire à la jeune femme. Souffrait-il ? Elle n'en serait que plus heureuse. Il le méritait bien, après tout ce qu'il lui faisait subir... Ne le lâchant pas du regard, elle vit avec satisfaction un nouvel éclat briller dans ce dernier. Une sourde colère. Enfin, elle parvenait à provoquer cela en lui. Une rage froide, contenue, contrairement à la sienne dont l'intensité était telle qu'elle pouvait sentir la force de l'afflux sanguin dans ses tempes. Soudain, quelque chose la força à se redresser légèrement. Une pointe s'enfonçant entre les côtes basses de son ventre. Fermement. Lentement, ses iris clairs se détachèrent du visage du bibliothécaire pour constater qu'il s'était enfin décidé à riposter en sortant à son tour sa baguette magique et de la lui enfoncer au travers des côtes. Étrangement, au lieu de l'inquiéter, ce mouvement lui soutira un léger soupir de soulagement.

« Vas-y. Qu'attends-tu ? Je n'ai pas peur de toi... Peu importe qui tu es réellement. »

Le défi. Piquant. Mordant. Les flammes crépitantes dans l'âtre se reflétaient dans sa pupille dilatée par l'ambiance tamisée de la pièce. Colère froide. Ton glacé. Alors que les prunelles s'affrontaient en un duel silencieux, une main - la sienne - s'empara fermement de sa cuisse droite. Une caresse ? Loin de là. Vivement, les doigts masculins écartés vinrent s'ancrer solidement dans sa peau nue, tandis que la paume de sa main lui permit de raffermir sa prise en lui accordant un appui stable. Sans crier gare, il avait abandonné son intention première, refusant d'user de la magie pour reprendre ses droits. Sa liberté, il venait de la reconquérir par la force brute, physique. Un appui, et la voilà qui basculait, déséquilibrée. Comme au ralenti, elle sentit son corps décoller, ses genoux quitter le sol sur lequel ils reposaient. Alors qu'elle atterrissait durement sur le sol à ses côtés, Cassidy songea à quel point il avait été déloyal. En refusant d'user de la magie, et en se contentant d'employer sa force physique - incontestablement bien supérieure à la sienne -, il ne lui avait laissé aucune chance. Du haut de son mètre cinquante-trois, lorsqu'il s'était saisit de sa cuisse droite pour la faire basculer, elle n'avait pas été à même de lutter. La force qu'il y avait mis ne lui avait laissé aucune chance. En moins de trois secondes, bien qu'étant solidement campée en appui ferme sur ses deux genoux, elle avait décollé, le col de la chemise lui échappant de la main gauche qui n'était pas sa main dominante. Tandis qu'elle atterrissait lourdement à ses côtés, son dos heurtant dans un bruit sourd le sol et sa tête claquant à son tour sur le tapis, il en profita pour lui dérober sa baguette qu'elle tenait toujours fermement dans sa main droite. Ce geste brusque la fit grimacer de douleur, ses paupières se fermant malgré elle l'espace d'un instant. Tandis que le morceau de bois lui glissait d'entre les doigts, elle ne put retenir un léger gémissement de douleur, venant trahir la faiblesse corporelle qui l'assaillait.

Quelques instants, la jeune femme resta allongée sur le dos, le souffle court. Elle venait de faire un soleil. Un joli soleil. Digne des plus grands gymnastes. Sauf que l’atterrissage avait tout bonnement été digne d'un chat aux pattes cassées. Prestement, tandis qu'elle clignait des paupières dans une parfaite imitation de ce qu'il venait de faire quelques instants auparavant, Octavius se releva et s'éloigna rapidement d'elle. Roulant sur le côté, se servant de son corps comme balancier, la jeune femme se redressa en position assise, les jambes repliées sur le côté. Lentement, elle porta sa main à l'arrière de son crâne, et entrepris de frotter vigoureusement ce dernier, ses doigts fins s'emmêlant dans sa chevelure, tandis que les étoiles dansaient encore devant ses yeux à l'image d'insupportables petits points de lumière mouvants. Lorsque ces derniers finirent enfin par se dissiper totalement, Cassidy se releva, prenant appui sur son poignet gauche. Face à l'ennemi. L'ennemi qui n'avait toujours pas dégainé. Désarmée, elle se tenait face à lui, les lèvres pincées et le regard brûlant. Sa chevelure folle moitié-tresse, moitié lâchée, donnait l'impression qu'elle venait de faire un saut en parachute tant les mèches rebelles paraissaient incontrôlables. Un peu à l'image de ce qu'elle ressentait actuellement en elle. Sur le qui-vive, prête à bondir pour esquiver les sortilèges qu'il pourrait lui lancer, elle avait reculé imperceptiblement sa jambe gauche vers l'arrière afin de s'assurer de meilleurs appuis.

« Vas-y Holbrey, tu as deux baguettes pour toi seul ! Assume, l'heure n'est plus aux bavardages ! En tant que serviteur du Seigneur des Ténèbres, tu ne devrais pas avoir de difficultés à me mettre à terre, n'est-ce-pas ?! A l'image des missions que tu as du accomplir pour lui ! Torturer les gens et te jouer d'eux de manière sadique et cruelle fait bien partie de tes spécialités, n'est-ce-pas ? Manipuler, mentir et trahir ne suffit pas mon cher ! Maintenant faut passer un cap au dessus pour remplir ton rôle de consultant - c'est bien ça ? - à la perfection ! », s'écria-t-elle rageusement.

Le regard de l'homme était enfin animé de ce qu'elle recherchait ; la colère. Cette émotion qu'elle n'était jamais parvenue à lui faire éprouver, et pourtant... Ils en avaient vécu des choses... Toutefois, bien que l'émotion négative soit présente, il se contenait. Beaucoup trop. Aucune explosion, juste une colère froide. Transperçante. Pas assez pour lui permettre de se décharger et de lui faire payer ce qu'il la forçait à éprouver. Tandis qu'elle le contemplait, son regard fut attiré par la palpitation quelque peu visible de l'une des ses veines temporales. Boum boum, boum boum. Le tempo était assez rapide, indéniablement. Il s'énervait. Vas-y, explose. Je n'attends que ça... Lentement, le sorcier renversa sa tête en arrière, comme aux prises d'un dilemme dont lui seul avait connaissance, ce qui eu le don d'agacer encore un peu plus la Rowle. Merlin, était-ce si difficile de lancer un sortilège ? Pourquoi tant d'hésitations ? Avait-il eu un choc sur la tête provoquant l'oubli instantané de l'intégralité de ses acquis ? Brisée, Nehal ne demandait qu'à se battre, et voilà qu'il lui refusait ce combat, sa seule chance de survie. Cette ingratitude lui donna la nausée tandis qu'elle l'observait se masser l'épaule atteinte par le sortilège qu'elle lui avait précédemment lancé.

« Ton père est parti avec Lacroix. Les autres ont également fini leur repas et s’en sont allés. »

Non... Non. Stop. Excédée, la jeune femme ferma les yeux et porta les mains à ses cheveux, s'agrippant à ces derniers en un geste compulsif. Son doux visage se crispa à l'entente de sa voix. Il parlait, encore. Ses fines lèvres s'ouvraient afin de laisser sortir ces notes basses et chaleureuses. En réponse à ce qu'elle lui avait demandé, certes, mais en réalité elle ne voulait plus l'écouter, de peur de se perdre un peu plus dans ses justifications à deux mornilles. Elle ne voulait plus souffrir en spectatrice passive, choisir si elle voulait croire à ce qu'il disait ou s'il ne faisait que lui raconter des mensonges - une fois de plus, pour la berner.

« Où crois-tu que je serais le plus apte à te mentir ? Entouré de Mangemorts et de gens qui ne connaissent pas tout de moi autour d’un dîner dans un lieu public, ou parmi les fourrages d’un jardin en pleine nuit alors que je n’ai que la lune et toi pour confidentes ? Je ne connais pas Jugson… et je ne connaissais pas ton père jusqu’à ce soir…
- Je ne crois rien. Je ne crois plus en rien depuis bien longtemps. J'ai suffisamment été stupide pour me faire berner une seule fois. Tu mens comme tu respires, avec une aisance que je n'aurais pas soupçonné. Tout... Tout ce que nous avons vécu... Jugson, Henry... Tout était faux. Maintenant tais-toi... Oublie mes questions, je ne veux pas connaître les réponses. »

Bien qu'elle luttait plus que tout au monde pour conserver un ton glacial, celui qui lui seyait si bien, l'épuisement ne lui permis pas de soutenir ce dernier jusqu'à la fin de la tirade dont les derniers mots se brisèrent alors qu'ils écloraient d'entre ses lèvres. Peut-être était-il temps pour elle de s'éloigner. Lentement, la jeune femme se détourna de lui et avança de quelques pas vers la cheminée. Sous ses pieds nus, le tapis lui paru glacial et son contact la fit frissonner. Le regard vide, les bras ballants. La colère - que dis-je, la rage - était-elle en train de retomber ? Vide, elle se sentait vidée, dépourvue de sentiments, d'émotions, d'humanité. Épuisée, elle n'était même plus à même de savoir ce qu'elle désirait. Bien entendu, la colère était là, latente, mais il ne lui permettait pas de s'en délivrer, refusant de répondre un tant soit peu à ses attaques diverses et variées. Alors qu'elle arrivait près de la cheminée, sa voix. De nouveau. Crispation. Pourquoi ne comprenait-il pas ? Était-ce une de ses nouvelles stratégies pour la blesser au delà de toute attaque physique ?

« Tu… tu ne me connais pas. Et pourtant tu me juges sur le peu que tu as entendu. Peut-être parce que ce que tu as appris résout d’une manière ou d’une autre tes incertitudes...
- Tais-toi... »

Craquement du poignet. Lentement, elle renversa sa tête en arrière, rejetant sa longue natte le long de son dos provoquant un tintement sinistre des pièces dorées ornant son imposant collier. Un craquement, un autre. Celui de ses cervicales verrouillées par une accumulation de tension qui menaçait d'exploser. Cassidy passa une main tremblante le long de sa nuque - la massant, tentant tant bien que mal de se défaire de cette tension qu'elle sentait monter de nouveau. Il fallait qu'il s'arrête.

« ...  Si tu décides de réduire tout ce qui s’est passé entre nous au peu que tu sais maintenant, je ne peux rien y faire, parce que tout ce que je te dirai fera un lien dans ton esprit avec ce que tu vois de pire en moi, simplement parce que pour l’instant, c’est la seule certitude que tu aies à mon sujet. Nous sommes dans la même situation tous les deux.... »

Tais-toi... Pitié, tais-toi. Craquement de la mâchoire. Pourquoi était-ce si douloureux ? Peut-être parce que ses paroles la renvoyait à une certaine vérité ? Quelque chose qu'elle aurait aimé pouvoir croire les yeux fermés ?

« ... Tu sais que j’ai travaillé avec des Mangemorts et je sais que tu es la fille d’un Mangemort. Et tu as choisi de croire que je t’ai menti là-bas, alors que nous étions allongés tous deux dans l’herbe, seuls, mais que j’ai énoncé une rigoureuse vérité alors que nous étions assis autour de cette table emplie d’inconnus, certain pour toi, d’autres pour moi. Si je suis un si habile menteur, pourquoi me poses-tu ces questions alors que je pourrais encore te mentir ?
- Tais-toi...
- ... N’espères-tu pas que je te désabuse ? Mais es-tu prête pour cela ? Vas-tu me croire ? Ou te renfermeras-tu dans une logique circulaire en te basant sur le peu d’information que tu as, jugeant à leur mesure les nouvelles que je vais te révéler ?
- Tais-toi. »

Nouveau frémissement. Un long frisson lui parcouru l'échine. Effectivement, il ne pouvait que lui mentir... A nouveau. Raison pour laquelle elle voulait qu'il se taise. Afin de ne plus se perdre dans un nouveau spectacle d'illusions dans lequel elle serait reléguée au rang infernal et si douloureux de spectatrice impuissante. Violemment, ses mains virent agripper ses bras, laissant leurs empruntes sur sa peau pâle qui marquait tellement facilement. Son regard clair se perdit dans les flammes venant parsemer son visage contrarié d'ombres grisâtres - fantômes du passé, tourments du présent. Un soubresaut caractéristique la saisit, signe qu'il valait mieux qu'il s'arrête... Ou qu'il continue s'il était vraiment prêt à l'affronter cette fois.

« Pourquoi... Pourquoi fais-tu ça ? Est-ce que ça t'amuse ? P*tain, et moi qui continue à te poser des questions... »

Sa main vint s'appuyer sur le rebord de marbre de la cheminée encastrée dans le mur tandis que de l'autre, elle se recouvrit ses paupières tremblantes de ses doigts fins. Les faux-calmes, la colère sourde... Rien n'était plus dangereux en réalité.

« J’ai vécu et fait beaucoup de choses. Ma vie est loin de se résumer aux Mangemorts et aux travaux que j’ai accomplis pour eux. Même si cela dénote certains de mes traits de caractère, qu’il me fut arrivé de mettre au profit de gens pas toujours recommandables. Mais tout ce que je te dis, les explications que je te donne, ne serviront à rien si tu n’es pas prête à essayer de me comprendre ou de me faire confiance... »

Le regard clair se releva enfin, venant se figer dans le mur face à elle. Mourrant. Assombri, et débordant d'une rage mêlée à une tristesse infinie. Désormais, la résonance était entière. La boucle, bouclée. Les mains... Les paupières... Tremblantes. La nuque, les épaules, les poignets... Tendus.

« ... Et comment peux-tu comprendre ou faire confiance à quelqu’un alors que tu te mens en permanence à toi-même ? Tu te mens à toi-même et écoutes ton propre mensonge, allant ainsi jusqu’à ne plus distinguer la vérité ni en toi ni autour de toi ; tu perds alors le respect de soi et des autres. »

Tremblements. Violents et incontrôlables. Le corps entier cette fois. Ses yeux vert d'eau se fermèrent malgré elle, lui accordant une obscurité qu'elle espérait salvatrice mais qui n'en fut rien. Le mal était fait. Il avait parlé, et elle l'avait involontairement écouté. Fermer les yeux comme pour refuser d'affronter sa voix et ses mots si durs. Ne plus regarder la vie en face, ne plus entendre la vérité si dure qu'il venait d'énoncer si innocemment. Il n'avait aucune idée de ce à quoi il venait de toucher. Et, pour son plus grand désespoir, il ne s'arrêta pas là.

« ... Ne respectant personne, tu cesses d’aimer, de faire confiance et d’écouter.
- Octavius... Tais-toi... Pit...
-... Tu… Tu ne sauras jamais qui je suis même si je te le dis parce que tu seras incapable de l’entendre. Je peux t’assurer autant que je le veux que je n’aie jamais joué avec toi ou t’ai menti ouvertement, mais m’écouteras-tu ? [...] »

Une boule dans la gorge. Un nœud étrange et détestable dans le ventre. La cisaillant de toute part.

« ... Veux-tu simplement et définitivement me détester Cassidy ? Dis-moi, et je ferai ce qu’il faudra pour cela. Je te dirai de moi ce qu’il faut pour que je devienne la créature la plus malfaisante qui existe dans ton monde. Et les choses deviendront plus simple et tu n’auras plus à souffrir d’incertitudes à mon égard. [...] »

Cassidy. Il se trompait, ce n'était plus à elle qu'il avait à faire en cet instant. Dos à lui, se trouvait Nehal, celle vers qui il s'était évertué à creuser dès le premier jour, sans ménager ses sentiments, venant les provoquer et les réveiller en elle. Elle qui avait toujours été si verrouillée face au monde extérieur. Le premier jour... Leur première rencontre. Pourquoi ce souvenir était-il si prégnant en elle ? Si sensoriel ? Elle pouvait se souvenir de la douceur et de la chaleur de sa peau, de son odeur entêtante. Les emplacements de ses cicatrices. La sensation de ses bras autour d'elle. Ses sourires. Ses rictus. Sa voix.... La même qui la faisait tant souffrir actuellement. Elle le sentait monter en elle. Violent, irrépressible. Non ! Sa gorge se serra terriblement, l'empêchant de déglutir. Vivement, elle porta son poing à sa bouche, venant étouffer ce qui lui était si douloureux. Une douleur terrible, atroce, accentuée par le fait qu'elle la refusait. Elle lutta, pendant quelques secondes avant qu'il ne sorte. Étouffé, mais exprimé. Un sanglot. Un seul, mais cela était déjà trop. Non... Vivement, Cassidy se retourna face à lui, une première larme débordant de son œil droit.

« Te faire... confiance ? Comment... oses-tu ? Tu... Tu te fous encore de moi ?! Te faire confiance ? ... Après ça !! »

C'était trop. Violemment, elle essuya la perle salée qui dévalait maintenant sa joue bien trop pâle, l'empêchant d'atteindre l'angle la courbe délicate de sa mâchoire. Il l'avait rendue faible, et cela par dessus tout, elle ne pouvait pas lui pardonner. D'un geste brusque, elle se saisit des chaussures qu'elle avait abandonné sur le tapis près de l'un de canapé, et ne prit même pas la peine d'armer correctement son bras pour ajuster le tir. Force décuplée, elle ne contrôlait plus rien. Ne prenant pas la peine de vérifier si son tir avait atteint sa cible, elle ne s'arrêta pas là. Saisissant la carafe en cristal remplie d'eau elle leva cette dernière à deux mains au dessus de sa tête, ne prêtant pas la moindre attention aux gouttes d'eau se déversant sur son visage - ayant l'avantage de dissimuler sa pathétique faiblesse, et le propulsa de toutes ses forces vers Octavius. Par chance pour lui, le projectile passa à quelques centimètres de son visage, ne manquant pas de s'exploser en mille-et-une éclats tranchants, répandant son contenu sur le sol. Ignorant royalement les baguettes qu'il avait en sa possession et dont il ne paraissait pas décidé à se servir de toute manière, la sorcière se précipita vers lui, aveuglée par ce tsunami interne trop longtemps réprimé. Sans retenue, son corps heurta le sien avec fracas, le déséquilibrant en le faisant reculer dans la bibliothèque murale présente derrière lui. Un véritable boulet de canon. Des livres tombèrent et les murs tremblèrent sous le choc. Un mètre soixante-quinze contre un mètre cinquante-trois... La différence était bien là. Avec force, les mains féminines s'agrippèrent à la chemise, si bien que cette dernière craqua par endroits. Une nouvelle larme roula sur sa joue, s'échappant de ses yeux clairs, franchissant la barrière de ses longs cils noirs. Non, non ! Pas face à lui.

« Je te déteste déjà !... Tellement ! »

Tu mens. Tu ne fais pas que le détester. Tais-toi !! Ses poings tambourinèrent avec force contre les pectoraux de l'homme, ses ongles nacrés griffant sa peau par endroits, ne faisant aucun quartiers quant à la chemise. Des blanches, il en avait trois millions. Une marque... Une seconde. Où étaient les baguettes ? Cassidy n'en avait que cure. Actuellement, c'était comme si la réalité se dédoublait. Perdue dans un monde parallèle sans aucune limites, les mains de la jeune femme frappaient, griffaient, se débattant contre des démons enfouis depuis trop longtemps. Assaillie de toute part, plus rien ne pouvait l'arrêter.

« Pourquoi tu parles ?! Je t'ai dit de te taire !! J'en peux plus... Je... Analyser, mesurer chaque geste... Contrôler mes paroles, ma voix, mes pensées !!! Tu sais ce que ça fait ?! Tout... Tout allait bien avant toi ! Pourquoi... Pourquoi... »

Sa main droite se rapprocha de son visage. Menaçante. Tous ces sentiments contradictoires lui donnaient le tournis tant ils étaient intenses et nouveaux pour elle qui ne les avait jamais écouté.

« Pourquoi t'as essayé d'entrer ?! Pourquoi ?! Toi qui travaille pour eux... Je... Comment pourrais-je te faire confiance ?!, hurla-t-elle en braquant ses iris dans les siens, La confiance, je ne sais pas ce que c'est mais ça ne fait que rendre les gens plus faibles ! Bats-toi maintenant, arrête de rester là sans rien faire, réponds-moi !! »

Permets-moi de m'exprimer. Permets-moi d'avoir un interlocuteur qui en me rendant mes coups, me permette de me sentir vivante. Permets-moi d'avoir des limites autres que celles de mon esprit fatigué et perdu. Autres que celles d'un père rigide et psychopathe. Permets-moi d'avoir mal. Permets-moi de m'extérioriser. Permets-moi de pleurer. De décharger. Contiens-moi, réponds-moi, parle-moi. Ne t'éloigne pas. Ne m'abandonne pas... qui que tu sois.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mar 8 Nov 2016 - 22:47

Il y avait une sorte de flottement, caractéristique à ce genre de moments, qui s’était installé. Alors que tout allait vite et que les esprits s’échauffaient sur la moindre parole, l’espace d’un instant rare et parfois insaisissable, le temps cessait son existence, et tout semblait devenir évident. Ou peut-être était-ce la sensation parfaitement faussée d’un esprit fatigué, qui se forçait soudain à observer les alentours, avec cet intérêt pour les choses insignifiantes que nous essayons de créer en nous lorsque des choses importantes nous effrayent, ou lorsque nous sommes troublés par quelque nouvelles émotions que nous ne savons exprimer. L’espace de quelques secondes donc, entre deux phrases inachevées, Octave s’était senti partir, son intelligence ne parvenant plus à se raccrocher à ce qu’il avait à dire, ce qu’il se devait de dire, alors qu’une voix incessante lui ordonnait de se taire. Pouvait-on parler d’habitude ? L’habitude de gens qui lui sommaient de cesser ses palabres, dont personne n’avait envie d’entendre l’amertume ni d’en sentir l’acidité dans la bouche. L’habitude de ne pas y prêter attention, de continuer un discours blessant et débordant d’une véridicité volontairement graveleuse et sèche. Car quelle que soit le vocabulaire choisi, les paroles qu’il prononçait avaient la même saveur, qu’elles soient entourées d’agréables fioritures ou garnies d’une grossièreté prosaïque. Parfois il s’adaptait à son auditoire pour mieux se faire comprendre, mais son éducation le poussait naturellement à tout dire comme s’il écrivait un beau roman. La vulgarité ou la simplicité ne lui venaient pas facilement, et il avait souvent l’air prétentieux quand il aurait fallu être compatissant. Son flegme exaspérait et sa bouche blessait plus sûrement que s’il avait choisi de se battre. Personne ne lui avait jamais demandé de cesser de lutter, alors que tout le monde lui demandait toujours de se taire. Mais il ne le faisait pas, parce que dans sa grande lucidité, ne disait-il jamais rien pour faire souffrir. Il disait ce qu’il pensait et considérait que la vérité ne devait pas être méprisée simplement parce qu’elle faisait mal. Ainsi, sans pitié, il ignorait les sollicitations étouffées, même si cela lui était infiniment douloureux.

Tais-toi, tais-toi… il se serait bien tut, s’il avait eu le sentiment ne serait-ce qu’infinitésimal d’un propos mensonger. Tant que Cassidy se tourmenterait sous le joug d’une vérité trop difficile à accepter, il n’avait pas l’intention de se taire. Il lui aurait fallu faire preuve d’une mansuétude qui n’était, en cet instant, pas assez grande pour faire plier sa droiture et ses convictions. Pour lui, connaitre et prendre conscience de la réalité avait été son salut. Une félicité dont le chemin fut horriblement pénible et aussi tortueux que le siphon d’un enfer aspirant les moindres preuves de faiblesse. Dans le chagrin, il avait fini par se faire face et se gardait maintenant de se mentir pour ne plus jamais avoir à se perdre dans le labyrinthe des faux-semblants et des tromperies que son esprit était capable de jouer à son cœur. Il avait craquelé le carcan de l’âme de Cassidy comme on soulevait le pan d’un rideau, par curiosité de ce qu’il y avait derrière. Il n’avait pas pensé y découvrir un tel enchevêtrement de simulacres fallacieux, dont il s’était empressé de remarquer la contradiction, comme un élève trop consciencieux. Parfois quelque peu naïf, ou trop présomptueux, il se glissait là où il ne fallait pas, s’imaginant que tout le monde était aussi clair sur ses principes que lui, finissant par faire trembler des fondations et choir des édifices entiers dans un torrent de larmes d’indignation. Sensible aux autres, il avait toujours su quand s’arrêter, alors que d’un doigt impudent, il frôlait la pièce branlante sous l’incertitude, mais il ne l’avait pas fait avec Cassidy. Il ne l’avait pas fait et en était maintenant responsable jusqu’au bout. Il connaissait les particularités de ce caractère explosif qui, peiné d’une affliction, cherchait à se défaire des brûlures d’un tourment par la punition d’autrui. Elle voulait se battre, couvrir sa peine d’un sentiment plus étreignant encore. La rage, la haine de la personne qui la faisait souffrir par un discours qui ne laissait pas de place à la riposte. Dans un brouillard empli d’obscurité, elle ne trouvait rien d’autre à lui dire qu’un « tais-toi ». Elle voulait frapper, et le détestait probablement encore plus de ne pas lui laisser cette occasion. Ne sachant comme se débarrasser de la tension paralysante qui l’envahissait, elle se perdait en contenance désordonnée, faisant tantôt craquer sa nuque, tantôt ses mains, laissant nerveusement onduler sa longue tresse le long de son corps arqué par le raidissement.

Cassidy apparaissait comme un arbre, presque mort et aux branches sinueuses, qui courbait sous un vent trop fort, tordant son corps sous une pression invisible, mais qui faisait craquer ses os et tendait ses nerfs dans une détresse incapable de se résorber d’elle-même. A mesure qu’il parlait, tavelé par des instants de lucidité presque chimérique, Octave voyait le moindre mal que sa bouche faisait, comme si chaque mot était un coup de couteau qui venait plier une courbe de son visage, ou l’angle de ses fin poignets… Pourquoi… Pourquoi fais-tu ça ? Pour lui faire du mal, manifestement. Etait-ce le temps d’avouer qu’il le faisait dans une tentative de la libérer ? Il la toisait en étrangère pour se donner du courage et finir, alors même que la seule chose à laquelle il pensait, s’était qu’elle avait abandonné son « Holbrey » glacial. Mais c’était là un « Octavius » d’une heure sombre, prononcé d’une voix étouffée et suppliante, comme celle une victime qui tente de faire appel aux miséricordieux sentiments de son bourreau en rappelant leur proximité révolue. Un « Octavius » de désespoir, qui ne parvenait même pas à achever la phrase qui l’entourait, sous le poids de ce prénom qu’elle avait elle-même choisi d’utiliser. Elle avait commencé par le nommer ainsi pour lui faire de la peine dans un jeu de pouvoir, mais maintenant, elle l’utilisait comme la seule chose qui les tenait encore ensemble. Infini lien de quelques lettres, qui les nouait l’un à l’autre comme un fil de soie qu’elle ne parvenait pas à déchirer. « Octavius », cette première marque d’attachement dont le son avait baigné sa bouche depuis le peu de temps qu’ils se connaissaient. Un fil qu’elle avait tissé de ses propres mains et qui l’étranglait maintenant, comme le plus parfait des traîtres. Elle avait tenté de s’en éloigner pour finalement, prise au désespoir, s’en rapprocher encore plus qu’avant, comme une fusée n’ayant pas eu la force d’échapper à la gravitation de la planète qu’elle essayait de quitter. Epuisée, elle retombait à terre, encore plus rapide que lors de son ascension. Et dans le silence sinistre qui suivit sa déchéance et la fin d’une longue semonce, un sanglot retentit. Pourtant étouffé, il raisonna avec clarté dans la chambre, accentué par deux épaules qui se soulevèrent dans une saccade nerveuse et incontrôlable. Elle se retourna sur un Octave interdit, serrant les dents à en faire pâlir sa mâchoire, les yeux brillants d’une émotion contenue, mais le corps étrangement lâche, comme si toute la tension se concentrait dans les iris vertes et tremblantes de ses yeux grands ouverts.

« Te faire... confiance ? Comment... oses-tu ? Tu... Tu te fous encore de moi ?! Te faire confiance ? ... Après ça !! »

Elle essuya une larme avec prestance, donnant l’impression de vouloir retirer une gêne davantage que de cacher une faiblesse. Octave n’en broncha pas, figé dans une immobilité gracieuse dont lui seul avait le secret, sujet de tant d’exaspération, et cela pour un cou savamment relâché. Sa poitrine se soulevait beaucoup plus lentement, témoignage d’un souffle faible et appliquée. Il avait cette tendance à ralentir mécaniquement sa respiration pour ne pas se distraire. A dire vrai, il inversait tous les contraires, et la tension le poussait à la souplesse. Plus il était angoissé, et moins cela se voyait. Il n’y avait que son cœur qui battait contre ses côtes à en faire mal, comme un oiseau fou désirant s’enfuir de sa cage. Et savoir qu’il avait contribué à la naissance d’une larme dans les beaux yeux de sa sirène le plongeait dans une torpeur sourde et inébranlable. Il semblait indolent, tandis que le sang battait à ses oreilles comme une salve de fusils. Il avait d’ailleurs à peine bougé, lorsque Cassidy, dans un effort qui reprenait le dessus de ses émotions, lui lança ses chaussures d’un mouvement désordonné et rendu incontrôlable par le désir de faire souffrir quelqu’un d’autre qu’elle. L’une d’elle frôla son bras sans lui faire mal, alors que l’autre était tombée au sol bien avant de l’atteindre, se prenant contre le rebord du canapé. Octave déglutit, continuant à regarder ce visage blême et noyé dans l’émotion qu’elle ne parvenait pas à retenir et qui ne faisait que s’en décupler. Le moyen n’avait plus d’importance, malgré que cela lui fasse mal par la même occasion, Cassidy crevait d’un sentiment mal discipliné et qui ne savait où trouver son salut. En voyant la carafe, Octave prit la peine de faire quelques pas sur le côté, sans la quitter d’un regard attentif et empli d’un vide vertigineux. Les deux baguettes serrées dans son poing tremblaient, sans qu’un infime tressautement n’anime sa main ou son bras. L’instinct de s’en servir était insistant, mais il continuait à se l’interdire. Et alors qu’il n’y avait plus rien de mobile à portée de mains, Cassidy décida d’utiliser son corps comme un instrument alors même qu’elle n’avait aucune force. Par reflexe, Octave avait relevé un bras en l’air, sans grande conviction, laissant faire cette furie qui semblait tirer une inépuisable énergie de toute cette déception accumulée. Une volonté de fer l’empêchait de se défendre complètement, sommant à ses nombreux reflexes d’encaisser autant que possible cette femme haineuse et profondément malheureuse.  

Cassidy s’était jetée sur lui sans savoir quoi faire, utilisant l’élan de son corps comme arme ultime, mais peu efficace. Octave tituba, sentant sa respiration se couper d’un coup reçu dans le ventre, et recula jusqu’à rencontrer le mur que son dos heurta dans un claquement sourd et vibrant, faisant vrombir le mince mur recouvert de plâtre. Des livres dévalèrent les étagères mais tous deux s’en fichaient bien. A nouveau, elle s’agrippa à sa chemise, à défaut peut-être de pouvoir le prendre directement au cou de ses fines mains graciles. Il garda le dos droit, tendant sur le tissu qu’elle retenait avec une force insoupçonnée, l’adrénaline lui prêtant une vigueur nouvelle et douloureuse. Octave la toisa avec une défiance désemparée, les sourcils légèrement relevés et les paupières lourdes. Une larme nouvelle se forma à la naissance de ses cils, brillante comme la rosée matinale. Elle s’accrocha un instant, mais les mouvements frénétiques de l’œil et des paupières la firent choir sur la joue marquée et rendue saillante par l’abattement féroce qui la creusait d’une fatigue cruelle. Elle coula, laissant son sillon lumineux sur la pommette et, n’ayant personne pour l’arrêter, elle se laissa mourir, disparaissant derrière une mâchoire saillante, continuant probablement sa route le long du cou. Elle y disparaîtrait assurément, quelque part au milieu de cette vallée d’ivoire, d’un épuisement téméraire.

« Je te déteste déjà !... Tellement ! »

S’il était possible de se tétaniser davantage, Octave l’aurait probablement fait, mais il était déjà tout entier en proie à une paralysie sépulcrale, alors que son émoi profond faisait en écho vibrer les muscles sous sa peau d’une manière imperceptible. Elle croirait à une tension de combat, mais il était raidi par l’incapacité à exprimer quoi que ce soit. Il y avait ceux qui souffraient sur le moment, lui s’épuisait après. L’instant présent le rendait quasiment incapable d’éprouver clairement quoi que ce soit, et plus l’affliction était grande, moins cela se voyait, et plus il semblait cruellement impassible, comme une statue religieuse à qui tout un chacun venait confier des prières, mais récoltait toujours le même regard immobile. Pourtant, en entendant ces mots, il fut assailli d’un spasme et comprit que la situation était sur le point de lui échapper. Il renversa doucement la tête vers l’arrière pour contenir l’émotion qui lui montait d’un cou noué au visage encore de marbre. Elle l’avait si bien visé qu’ils se laissa aller à y croire. Mais c’était là une faiblesse hasardeuse qu’il ne pouvait se permettre. Bien évidemment, qu’elle le détestait, mais comme pour toute parole, tant que les mots restaient sur la langue sans jamais franchir les lèvres, il n’y avait pas besoin de les affronter. Pour ceux-là, les plus terribles et peinant, il n’avait fait que penser y être préparé, seulement la vie était toujours plus dure au goût qu’à l’esprit. Ou peut-être avait-il tenté de s’épargner pour le coup, s’imaginant qu’elle n’aurait pas à le dire, alors même que c’était une possibilité qu’il avait lui-même proposé. Loin lui semblait maintenant cette nuit plus douce que le jour, et l’aube plus douloureuse que le crépuscule. Il n’y avait que cette soirée, qui souriait à leur détresse. A cette fille, qui le battait maintenant de ses poings et le griffait de ses ongles à lui en faire baisser la tête. La douleur au torse venait, mais l’émotion restait au bord de son regard jadis d’acier. Ses yeux sombres prirent un éclat flamboyant et se tintèrent de paillettes dorées, reflets des bougies allumés. Il entrouvrait la bouche par moment, ne sachant que dire exactement, ses bras se levaient, animés d’une volonté de se protéger, mais perdaient de leur élan en plein vol, se figeaient maladroitement à mi-chemin et retombaient le long de son corps déjà abîmé, et que l’on blessait davantage.

« Pourquoi tu parles ?! Je t'ai dit de te taire !! J'en peux plus... Je... Analyser, mesurer chaque geste... Contrôler mes paroles, ma voix, mes pensées !!! Tu sais ce que ça fait ?! Tout... Tout allait bien avant toi ! Pourquoi... Pourquoi... »

Il faillit avoir un sourire amer d’habitude traverser ses lèvres, les expressions de joie lui venant étrangement plus facilement que ceux de la tristesse. Peut-être pas esprit de combat, car pour sourire il fallait vaincre la gravité, alors que la peine laissait le visage couler simplement vers le bas. Ah, bien sûr qu’il le savait. Elle ne se doutait pas de ses motivations, et c’était trop tard maintenant pour les lui expliquer. Animée par la colère, Cassidy avait levé une main fulminante et tremblante au niveau de son visage, semblant prendre, dans un geste inconscient de fureur, un élan pour le frapper. Ses yeux éblouis s’écarquillèrent légèrement, et Octave releva un bras pour se défendre alors que la gifle partait. Arrivé à hauteur de son cou, son bras se détendis encore une fois, motivé par un désir inconscient, alors que les doigts de Cassidy, claquants et brûlants, frôlaient sa paume sans qu’elle ne soit à mesure de les arrêter complètement. Le voyant soudain se défendre, elle semblait y avoir mis plus de force dans une tentative de contrer le rempart maintenant inexistant, et ses phalanges s’abattirent dans un claquement contre la joue du bibliothécaire. D’une certaine manière, il l’avait voulu. Une vague d’abattement s’était abattue sur son cœur et il avait eu envie de se faire frapper, parce qu’il savait que ce n’était que de cette manière qu’il parviendrait à trouver l’énergie pour satisfaire les désirs de sa sirène.

« Pourquoi t'as essayé d'entrer ?! Pourquoi ?! Toi qui travaille pour eux... Je... Comment pourrais-je te faire confiance ?! La confiance, je ne sais pas ce que c'est mais ça ne fait que rendre les gens plus faibles ! Bats-toi maintenant, arrête de rester là sans rien faire, réponds-moi !! »

Alors que son expression n’avait quasiment pas changé du début à la fin, Octave s’était un instant perdu dans la contemplation de la brûlure qu’il sentait sur son visage, vive et électrisante. Cassidy le regardait, une marrée s’abattant quelque part au fond de son regard d’un bleu bigarré. Ah, qu’avait-il donc fait ? Horrible manquement de noblesse. Il n’avait qu’à se plonger dans les vagues qui battaient au creux de ces yeux pour se rappeler pourquoi il devait rester intransigeant avec soi-même. Ne pas succomber à son orgueil et amour-propre qui lui disaient tous deux de partir alors qu’une main impétueuse avait osé lui claque la joue. Ce n’était pas douloureux, c’était humiliant. Sa bouche se crispa encore alors qu’il s’obligeait à s’adoucir pour ne pas succomber à la faiblesse de son propre caractère qui mettait sa fierté au-dessus de son principe d’engagement. Il aurait été lâche de partir pour la tranquillité alors qu’il laissait derrière soi des vestiges d’une femme détruite de ses propres mains. Il n’y avait lui qui demeurait en cet instant capable de la soutenir jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’elle se reconstruise. Ses tempes se creusèrent sous l’effort d’une mâchoire crispée, ses lèvres serrées tressaillirent, mais il finit par faiblir et, dans un soupir, il sembla se relâcher à nouveau. Lentement, il rangea les deux baguettes dans sa poche. Puis, dans un geste souple et vif, il se saisit de la main de Cassidy qui l’avait frappée et, se mouvant comme s’il débutait une danse, il contourna prestement la jeune femme tout en tordant son bras dans son dos. Enchaînant une gestuelle qu’il lui était déjà arrivé de faire, il posa son autre main contre la nuque de Cassidy et la poussa violement contre le mur, plaquant son visage et son buste contre la tapisserie à laquelle il avait plus tôt collé son dos pour tenir les coups. Ses doigts empoignaient sans pitié le fin poignet et le cou gracile entre une emprise de fer. Ses bras demeurèrent tendus pour qu’elle ne puisse pas lui mettre un coup de pieds. A chaque fois qu’il la sentait se tordre sous sa prise, Octave resserrait ses mains, tordait un peu plus l’angle du bras de Cassidy jusqu’à atteindre leur souplesse maximale, ou enfonçait davantage sa joue contre le mur froid de cette chambre d’hôtel qui n’avait plus l’air de rien. La maîtriser ne lui demandait quasiment aucun effort, et cela se sentait dans la facilité avec laquelle il la maintenait, sans qu’un halètement n’ait emprise sur sa respiration, ou qu’un voile de transpiration ne se forme à la lisière de ses cheveux. Ce geste avait d’ailleurs participé à le calmer, concentrant l’espace de quelques longues minutes son attention sur autre chose que sur les passions qui animaient son cœur sans relâche, laissant son corps dans un flegme étouffant, duquel il ne se défaisait qu’à la fin.

« Voilà, je me suis battu, et je t’ai vaincu. »

Ce n’était qu’un euphémisme, mais suffisant pour lui faire comprendre que s’il décidait de se battre à pleine mesure, comme elle le lui demandait, il ne manquerait pas de la laisser sans souffle avant qu’elle n’ait le temps de trouver sa baguette magique dans ses poches. S’il devait lutter, il n’allait pas lui laisser le plaisir d’être honnête en lui rendant ses moyens avec sa baguette magique. Non, il était du genre expéditif, à frapper là où sa paralysait définitivement, où sa cassait et abandonnait dans une douleur incommensurable. Octave ne se battait que très rarement pour prouver quelque chose, ou pour faire plaisir. S’il le faisait, c’était pour annihiler définitivement. Il resta encore là un instant, à lui faire mal de ses paumes épaisses et de ses doigts puissants, attendant qu’elle cesse de se débattre et comprenne sa parfaite incapacité à se défaire d’une telle prise par elle-même. Puis, doucement, quand il se fut assuré d’un certain apaisement de la part de la bête -ou du sien ?-, Octave relâcha la pression. Mais alors que ses doigts se desserraient sur son corps de cygne, il se rendit compte que ce n’était pas une bonne idée, qu’un animal en furie pareil ne pouvait que s’enfuir dès que l’air de la liberté soulèverait le duvet de sa peau blême. Pire, elle irait s’enrouler autour de lui pour l’étouffer. Alors, il lâcha la nuque sans cesser de tordre le bras avant de l’obliger à se retourner d’un coup sec et maîtrisé. Il se recula en décochant deux flèches ardentes dans les yeux bleus de Cassidy, s’inspirant de la rage qu’il ne parvenait jamais à exprimer. Dans sa poche, il tâta sa baguette, qu’il reconnaissait maintenant à l’aveugle, et la sortit. D’un bras mou, il sembla d’abord viser son ennemie toute désignée, une expression indéchiffrable animant les traits de son visage. Mais d’un coup du poignet, un vase, qui trônait à l’autre bout de la pièce, vint rejoindre sa main libre et, d’un mouvement de balancier qu’il ne retint pas, il l’envoya en direction de Cassidy. Contrairement à elle, il visait parfaitement et le vase alla s’écraser contre le mur, légèrement à droite de ses genoux. Un autre coup de poignet s’enchaîna et ce fut un bougeoir éteint qu’il empoigna dans les airs. Celui-ci s’écrasa dans un bruit sourd et métallique devant ses pieds, les bougies s’en détachèrent et se brisèrent sur un sol déjà passablement jonché de débris.

« Tu me demandes l’impossible ! Je peux détourner ma prétendue colère sur des objets, Je peux briser tout ce qu’il y a ici que ça ne tarirait en rien ce que je ressens. »

Il se saisit cette fois du livre que lui avait ramené sa baguette et l’envoya valser contre les étagères au-dessus de Cassidy pour faire tomber encore plus de livres, dont aucune ne toucha la jeune femme dans sa chute. Quelques autres objets suivirent, cerclant le corps de moineau de Cassidy d’explosions sonores. Profitant du remous provoqué par le verre qu’il avait jeté, Octave finit par se rapprocher de sa victime, l’obligeant à rester dos au mur, sans la toucher toutefois. Le visage tendu et les mains crispés, il respirait fort et était parcouru de faibles spasmes.

« Mais tu sais quoi ? Je ne peux pas me battre contre toi. Parce que moi, je ne te déteste pas. Je ne te déteste pas ! Et même si j’étais en colère contre toi, je ne pourrais pas te frapper. Tu comprends ? Je ne peux pas te donner ce que tu veux. Tout ce dont je me souviens en te regardant, ce ne sont pas tes origines ni ta famille, ni tes faux-semblants, c’est un bosquet de roses, une buée d’étoiles, ce frisson, ce feu, cette moiteur de miel et cette longue, longue souffrance. Tout cela reste en moi. Comme la jeune femme aux jambes couleur de sable et à la bouche ardente, qui me hante sans trêve. »

Il n’avait rien prémédité, et c’était sorti tout seul, comme la libération d’une longue agonie inexpliquée. Sous l’émotion, il ne sut plus quoi faire et se mit à faire les cent pas sur une courte distance, comme un animal en cage aux yeux perçants et à la gorge serrée. Il revint vers Cassidy un instant et crispa ses doigts autour de son visage, comme s’il eut voulu le prendre entre ses mains, mais s’arrêta dans une hésitation confuse, tordant ses doigts dans les airs comme sous le coup d’une douleur nerveuse.

« Je suis en colère, mais pas contre toi. Je suis en colère de te voir souffrir comme ça. »

Il abattit ses deux mains serrées en poings contre le mur derrière Cassidy, entourant sa tête de ses bras blessés par les étincelles jadis lancées. Le mur en plâtre, mou et poreux, s’affaissa en deux cratères sous sa force brutale et sèche. Il laissa ses mains lovées contre le mur et se pencha sur la jeune femme, fermant les yeux d’une fatigue soudaine. Il n’avait jamais été doué pour la colère démonstrative. La sienne était souvent silencieuse et vrombissant doucement en son cœur, se manifestant par une froideur tranquille et réservée. Il ne savait pas crier, ni se défouler, ce n’était pas sa manière d’exprimer ses émotions. Son trouble était pudique et calme, presque imperceptible, souvent solitaire. Il accumulait tout, encaissait la douleur et les angoisses pour la libérer dans un instant de relâchement, quand la force n’y était plus, et là encore, ce n’était jamais explosif. Toujours dans la bonne tenue, que des gens associaient parfois à une absence totale de sentiments. Les siens étaient si courtois et placides qu’ils en semblaient polis, presque faux. Jeter des choses contre les murs, frapper des poings, ça ne lui ressemblait pas. Il avait espéré sur le moment que cela lui soit salutaire, comme pour Cassidy, mais il ne s’en sentait pas davantage libéré. La douleur était toujours là, brûlante comme une chaleur soudaine sur des doigts glacés. Penché, il sentait l’odeur de cette femme et même quelques mèches de cheveux lui chatouillèrent le front. Mais tout cela, au vu de la situation, ne représentait aucun réconfort. Elle le détestait, et il ne pouvait pas la toucher ainsi, d’une caresse doucereuse, ou en enfouissant son nez dans son cou parfumé, dans sa chevelure abondante comme un trop plein d’émotions. Et cette proximité qu’il leur avait imposée le brûlait davantage. Si proche de ce qu’il désirait et pourtant incapable de la toucher comme il le voudrait…

Son talon chaussé creusa le sol et un bruit de verre brisé se fit entendre. Sortant d’un rêve épuisant, Octave rouvrit les yeux, ce détail le ramenant à une toute autre réalité. Il se redressa, regarda le sol qui était jonché d’une multitude de débris de verre et de faïence. Quelques pages aussi et des livres… Doucement, comme si c’était la continuité logique de leur conversation, il s’accroupit et passa ses bras derrière les cuisses de Cassidy qu’il joignit avant de la soulever doucement vers le plafond. Elle était pieds nus.

La tenant fermement contre soi, il la regardait dans les yeux avec une lueur nouvelle. Contrairement à sa colère inexprimée, cette petite distraction avait réussi à le consoler quelque peu. Sans la quitter du regard, il se retourna et fit quelques pas en direction du lit, là où le tapis était demeuré propre. Il la déposa délicatement, sans rompre un instant le contact de leurs regards, puis se redressa en face d’elle. Un soupir de dépit franchit ses lèvres à mesure qu’il prenait conscience de ce qu’il avait à dire. Car après tout, elle avait le choix. Elle avait le choix, et lui disposait de la force nécessaire pour se plier à n’importe quelle décision, même et en particulier si cela allait à l’encontre de ses désirs. Alors il pencha sensiblement la tête sur le côté, comme alourdie par des yeux moroses et une bouche à l’arc tendu. Sous cet angle, il put au mieux voir le chatoiement soyeux sur le bord des tempes, qui se fondait graduellement dans l’or bariolé de ses cheveux blonds. Cela alourdit d’avantage ses paupières déjà basses et il eut un soupir à peine perceptible de douleur masquée.

« Je sais aussi que cette souffrance, j’en suis le coupable. Je pourrais laisser cette histoire sombrer dans l’oubli, la regarder s’abimer toujours plus intensément au fil des heures, jusqu’au moment où aucun de mes efforts n’aurait su la ramener à la surface. Cette idée m’est pourtant insupportable. Pourtant, ça ne change rien, que je désire l’inverse ou non. Puisque je suis coupable, c’est à toi de choisir. J’aimerai que tu me fasses un geste, ne serait-ce qu’un seul, pour me faire comprendre que tu souhaites sincèrement que notre relation ne s’effondre pas de cette façon. Je ne peux rien te prouver dans l’immédiat, ni t’obliger à me faire confiance, d’autant que rien maintenant ne pourrait te convaincre de cela. Peut-être n’ai-je pas suffisamment insisté, peut-être n’ai-je pas été suffisamment explicite ? Mais je dois dire que j’ai retourné maintes fois l’engrais de mon cerveau en espérant découvrir une pousse nouvelle, une idée miraculeuse qui aurait germé pendant un instant d’oubli ; mais je n’ai rien trouvé de concluant que toutes les tentatives que j’ai entreprises au long de cette désastreuse soirée pour te garder à mes côtés. Peut-être n’ai-je pas les qualités nécessaires pour être un bon jardinier. Mais je suis sûr que tu sauras me le pardonner. Au moins par l’oubli. J’abdique donc. Le plus humblement du monde, devant cette défiance que tu ne cesses de m’offrir. C’est là ma dernière tentative, après quoi je crains ne plus trouver de forces de retenir la corde qui me retiens à toi. Reviens moi, donnes moi une seconde chance de te prouver que je ne vaux pas que ce que tu as entendu. Ou ordonne-moi de m’en aller et je le ferai définitivement, je te le promets. Je t’oublierai et je te laisserai m’oublier. Ordonne, et à défaut de ne pouvoir satisfaire ton désir de te battre, je satisferai au moins ton désir de ne plus souffrir par mon absence. Ou donne-moi un signe… »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Lun 14 Nov 2016 - 23:36

Plaqué contre la tapisserie, dominé par son corps gracile, il ne s'était pas défendu. Rien, même pas une esquisse... Ou presque. Dans une vague tentative à peine amorcée, il avait - par moments - tenté de lever ses bras, déployant ses mains devant son torse. Des sortes de soubresauts de lucidité avortés avant même leur réelle naissance. Avant d'avoir pu avoir leur effet, ses gestes défensifs étaient retombés. Bras ballants, le long du corps. Alors les coups pleuvaient, semblant se déchaîner davantage devant ce silence. Un silence qui la renvoyait - elle - à ce vide qui résonnait en elle comme un gouffre sans fin, ou le moindre bruit, le moindre écho était absorbé par les ténèbres à la manière d'un trou noir. Pour la première fois, elle avait déchargé. Oh, ce n'était pas qu'elle s'était autorisée cela non ; une telle explosion d'émotions, de sentiments, relevait clairement d'une perte de contrôle qui aurait pu la conduire directement à sa perte si Octavius avait réellement été ce qu'elle pensait ; un sorcier au service au Seigneur des Ténèbres. Une telle perte de maîtrise de soi était lamentable, pathétique en soi. Déjà, Cassidy s'en voulait, assistant - détachée de son corps - à la scène dont elle était à la fois actrice et simple spectatrice passive. Néanmoins, en dépit de toute la rationalité et du pragmatisme dont elle tentait de faire preuve, la jeune femme ne parvenait guère à reprendre le contrôle sur elle-même. Cette décharge qui était inévitable, couvant depuis bien trop longtemps, ne faisait que la ramener devant une réalité qu'elle avait trop souvent relégué au second plan - loin, loin derrière, enterrée dans son pré-conscient -, à savoir que malgré les apparences qu'elle se donnait, cette absence de reconnaissance des sentiments, elle restait humaine. Vivante.

D'ailleurs, en cet instant, même si elle n'y prêtait pas directement attention, Cassidy était plus vivante que jamais. Les émotions s'exprimaient, violentes, virulentes. Destructrices. Deux bras, deux jambes. Deux pieds, deux mains. Une tête et un tronc. L'enveloppe charnelle était indéniable et elle ne l'avait jamais reniée. En revanche, cela ne suffisait pas pour se prétendre humaine. Non. Les robots moldus, les automates humanoïdes, si cela avait suffit, auraient également pu prétendre posséder un souffle humain. Cassidy venait d'être confrontée à une réunification de sa personne, de son humanité. Les larmes trop longtemps réprimées coulaient enfin. Cet organe qu'elle jugeait terriblement inutile au point qu'elle l'avait lui aussi renié, était bel et bien encore là. Et il battait sourdement. A s'en défoncer la cage thoracique. Son cœur. Un battement, un second, et encore un... Trop longtemps oublié, le voici qui prenait sa revanche, se manifestant brutalement et bruyamment, faisant plier son corps sous la violence de son langage singulier. Battements temporaux, allant se répercuter jusque dans la pulpe de ses doigts si bien qu'elle crut un instant que ses phalanges allaient se détacher. Et lui, il ne bronchait pas, ne lui permettant pas de retrouver le symétrique de sa souffrance à elle. Un miroir indépendant, refusant de refléter ce qu'elle ressentait et exprimait enfin. Impassible, le visage masculin ne lui offrait aucune émotion. Trop lisse. Trop figé pour lui permettre d'identifier les siennes qui sortaient avec fracas de son corps, n'ayant aucune pitié pour ce dernier qui les avaient bien trop longtemps réprimées. Hurlements contre le silence. Silence qui n'avait rien de libérateur, au contraire. Assourdissant, il la maintenait prisonnière d'elle-même.

Se servir de son corps comme d'une arme. Voilà une chose dont elle n'avait guère l'habitude, et pourtant en cet instant précis, désarmée dans cette chambre d'hôtel, Cassidy n'avait pas hésité une seule seconde à se jeter corps et âme dans une confrontation directe, traduisant un instinct combatif, même dans une situation désespérée comme celle-ci. Non, mais parce que - soyons honnête, et réaliste - du haut de son petit mètre cinquante-trois, de ses quarante-quatre kilogrammes, et de son inexpérience en matière de combat au corps à corps, elle n'avait strictement aucune chance face à lui. Si ses mots étaient puissants et tranchants - sa meilleure arme pour ainsi dire, puisqu'elle était devenue experte dans l'art de les manier, sa force physique n'était guère son meilleur atout, ce qui expliquait qu'elle comptait bien davantage sur la torture psychique et sur ses capacités magiques pour se sortir d'une situation problématique. Néanmoins, l'heure n'étant plus à la rationalité et au calcul, elle l'avait utilisé. L'adrénaline la boostant, elle s'était jetée sur lui tel un boulet de canon, parvenant à le déséquilibrer. Un corps. Une simple enveloppe à laquelle elle ne tenait guère en réalité. Pire. Qu'elle haïssait par sa faiblesse et sa ressemblance aux Rowle. Un corps qu'elle cherchait peut-être inconsciemment à faire souffrir. Lui faire payer ce qu'elle ne pouvait faire payer aux autres. Un réservoir de souffrance la consumant peu à peu, qu'elle finissait par retourner contre elle-même en une sorte de masochisme désespéré. Une fureur l'envahissait, dirigée à la fois contre elle, et contre lui qui avait provoqué cet affaiblissement. Toujours aucun répondant, aucune réaction similaire aux siennes. Paraissant inatteignable, il restait là, immobile, à la surplomber d'un regard quelque peu hautain emprunt de défiance. Regard que la jeune femme interpréta comme une gifle supplémentaire lui signifiant qu'elle n'était pas digne de son intérêt, ni de susciter en lui un quelconque mouvement. Elle ne valait pas le coup d'un quelconque effort de sa part. Les sourcils relevés, il lui rappela tant son père en cet instant qu'elle manqua de vaciller.

Déstabilisée, cela provoqua chez elle la chute du dernier rempart protégeant encore un tant soi peu Octavius de sa colère, tandis qu'une nouvelle larme franchissait le rempart formés par ses cils. Alors, elle lui cria ces mots « Je te déteste déjà !... Tellement ! ». Une confidence haineuse. Ces mots à double face, terribles. Terrifiants parce qu'ils étaient d'une dureté sans nom, d'une cruauté sans pareille et crus. Ne laissant aucune place quant au doute. Mais également terrifiants parce qu'ils ne reflétaient qu'une partie de la réalité, et un aveuglement total de sa part. Étonnement, ce furent ces quelques mots tranchants crachés à la manière d'un venin mortel, que le sorcier parut avoir une réaction. Authentique, et profonde. Provenant de ses tripes, venant traverser en les perforant sauvagement, les multiples couches qu'il lui présentait afin de la perdre un peu plus. Cela commença par un tressaillement subtil, presque imperceptible qu'elle ne parvint à ressentir que parce que ses doigts imposaient une tension intense à la chemise. Ce fut en effet le tissu tendu qui le trahit, par les vibrations qui retentirent entre ses doigts, se répercutant dans la paume de la Rowle. Lentement, elle vit la tête de l'homme s'arquer souplement vers l'arrière, comme s'il eut tenté de retenir quelque chose d'irrépressible qui montait en lui. La souffrance ? La rage ? Si elle ne parvenait guère à identifier ses propres émotions, celles des autres - surtout d'une personne les camouflant avec cette aisance - ne lui étaient pas plus accessibles. Allait-il enfin hurler à son tour ? Une nouvelle vague d'espoir prit naissance en sa poitrine meurtrie par les battements d'un cœur qui s'emballait depuis de bien trop longues minutes, Cassidy observa les yeux du bibliothécaire revêtir un nouvel éclat, qu'elle n'avait jamais eu l'occasion d'observer jusque là. Explose, allez ! Ses lèvres fines se décollèrent comme s'il s’apprêtait à parler... avant de se refermer une fois de plus. De frustration, la jeune femme manqua de laisser échapper un nouveau sanglot tandis que ses mains ne semblaient plus vouloir s'arrêter. Réprimant violemment ce dernier, la blonde sentit sa rage augmenter d'un cran - oui, oui, c'était possible. Prise d'une pulsion destructrice, sa main droite vibrante de tension se leva comme soudain animée d'une volonté propre. Prenant de l'élan, son bras s'arqua vers l'arrière. Tout se passa ensuite comme au ralenti. Un bras qui se lève, protégeant un visage impassible. Un claquement sourd. Retentissant. Assourdissant. Une tête se détournant sous l'impact. Puis... une douleur aiguë, montant dans le poignet, se répercutant jusque dans l'épaule. Elle l'avait frappé, à l'aide de sa main droite - main dominante chez elle. Alors qu'elle retenait de justesse un glapissement de douleur en se mordant la lèvre, la sorcière releva une nouvelle fois les yeux vers lui. Yeux débordant d'une rage incommensurable, et lui cracha une nouvelle flambée de mots brûlants au visage, le sommant de se battre. Une réponse. Il lui fallait une réponse. Ici, et maintenant. Une vraie réponse, mais au delà du verbal cette fois. Plus de fuite dans un silence miséricordieux. Elle ne voulait pas de son pardon, ni de sa clémence. Réponds-moi, permets-moi d'aller jusqu'au bout de ce que je ressens. De voir ce que mes yeux refusent de voir sur moi-même, de ressentir au travers toi ce que je ne parviens pas à nommer. Supporte-moi.

Enfin. Le déclic eu lieu. Rapide. En quelques secondes, Cassidy eu le loisir d'observer la crispation de ses lèvres, desquelles finit par s'échapper un léger soupir lui faisant croire qu'il allait une fois de plus esquiver la confrontation qu'elle s'évertuait à provoquer depuis de longues minutes. Un pacifique. Contre toute attente, était-elle tombée sur la personne la plus pacifique au monde au final ? Merlin... Elle avait tout tenté. Tout tenté pour le provoquer et l'amener à entrer en confrontation avec elle, en vain... Sarcasme, attaques magiques, verbales et enfin physiques. Mots hurlés, murmurés. Froids, brûlants. Durs, ironiques... Pour lui, elle avait dévoilé l'intégralité de son panel. En vai... Brusquement, alors qu'elle n'y croyait plus, Octavius entra en action. Après avoir pris le temps de ranger les deux baguettes en lieu sûr, d'un mouvement souple, il se saisit de sa main droite, et l’entraîna dans une danse. Leur danse, singulière et unique. La valse qu'ils n'avaient pas eu l'occasion, ni l'envie de partager lors du dîner. Deux électrons libres ; elle avait valsé avec Lacroix, tandis qu'il s'était abandonné à cette fameuse Madame Green. Une valse plutôt violente puisque la seconde d'après, la jeune femme se retrouva plaquée contre le mur, son bras droit tordu dans son dos par une poigne solide, tandis que sa nuque pliait sous la pression forcée d' une paume impérieuse et de doigts serrés autour de ses cervicales. Sa joue droite épousait le mur, indéniablement. Les positions s'étaient bel et bien inversées. La dominante était désormais dominée par une victime qui avait troqué son uniforme pour celui de bourreau. Maintenue ainsi, le premier réflexe de la jeune femme fut de se débattre. Rageusement, tel un félin venant d'être capturé, elle s'évertua à tenter de décoller son profil de la tapisserie, mais en vain. Plus elle y mettait de l'énergie, au plus la pression s'accentuait. Tout d'abord, ce fut sur son poignet, lorsqu'elle tenta de l'atteindre à l'aide de ses jambes en projetant ces dernières vers l'arrière dans une vaine tentative de décrocher le gros lot en frappant dans ses parties intimes. Échec, il était bien trop loin. Bras tendus, il appuyait de tout son poids sur ses deux points de pression, maintenant entre eux une distance réglementaire de sécurité. Après cette méthode directe, Cassidy changea de tactique, se tortillant à la manière d'une anguille afin de tenter de se soustraire à son emprise en lui glissant entre les doigts. En vain ; sa peau n'avait rien de celle d'un poisson, et le resserrement des doigts masculins autour de son poignet la fit fermer les yeux tant la douleur était intense. L'angle de son bras atteint sa souplesse maximale, au delà de celle-ci, l'os craquerait, ou il lui déboiterait l'épaule. Les paupières closes, Cassidy se mordit la lèvre inférieure afin de retenir un hurlement. Était-ce son poignet ou son bras qui lui faisait autant souffrir ? Elle n'en savait rien tant la douleur intense se propageait du bout de ses doigts jusque dans son épaule. Rageusement, dans un élan de désespoir, la jeune femme tenta de défaire l'emprise des doigts masculins autour de sa nuque et de son poignet à l'aide de son bras gauche resté libre. Presque aussitôt, comme toute réponse, son visage fut enfoncé un peu plus contre le mur au point que les arabesques de la tapisserie devaient s'être imprimées dans sa peau, un peu à la manière de tatouages tribaux.

- Lâche-moi Holbrey ! - la pression s'accentua une nouvelle fois sur son cou - Lâche-moi !

La respiration hachée, les ongles féminins se refermèrent cruellement sur l'avant-bras de l'homme qui maintenait son poignet dans son dos. A la manière de griffes, les ongles se transformèrent en serres, venant entailler plus ou moins superficiellement la peau de son adversaire, y laissant quatre marques légèrement sanglantes. Malgré cela, il ne la lâcha guère. Il ne la laisserait plus face à elle-même, seule dans la souffrance. Cette insistance tenace lui permit de donner un dernier coup de collier, avant de s'écrouler de tout son poids sur le mur, à bout de souffle. Son cœur battait la chamade tandis que la douleur était désormais quasiment disparue. Anesthésiée. Le souffle court, Cassidy ferma un instant les yeux, inspirant profondément. Lentement, elle passa sa langue au coin de ses lèvres pour y recueillir le reste de larme qui était venu y mourir.

« Voilà, je me suis battu, et je t’ai vaincu. »

A ces mots, la sorcière ouvrit vivement les yeux et son iris se figea droit devant elle tandis que ses muscles se bandaient de nouveau. Le sorcier du sentir la tempête revenir puisque ses doigts qui avaient commencé à se desserrer se raffermirent un instant autour de sa nuque gracile et de son fin poignet.

« Tu es... déloyal. Tu ne m'as pas offert un combat d'égal à égal. Tu as profité de ton avantage et... »

Soudain, sa nuque fut libre et avant qu'elle ne puisse utiliser la force de son bras gauche couplé à la possibilité de rotation de son buste, brusquement, un geste vif l'obligea à se retourner, interrompant ses paroles, et enfin elle pu lui faire face. Libérée, mais toujours désarmée.

« ... et tu ne m'as pas laissé la possibilité de t'affronter en duel. Rends-moi ma baguette. »

Pour toute réponse, un regard noir la transperça. Il lui avait répondu, certes, mais ce n'était pas assez. Il avait été déloyal... mais il avait agit. Plaquée au mur, la jeune femme avait pu, pour la toute première fois, expérimenter sa colère : muscles bandés, sourcils froncés, regard dur, force impressionnante et poigne rigoureuse. Une colère lui paraissant encore faible par rapport à ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle... Un volcan en éruption, une force dévorante dont l'intensité était telle qu'elle en devenait douloureuse.
Finalement, il tira de sa poche, non pas les deux, mais une seule baguette. Une seule. La sienne. Une fois de plus, il lui refusait l'affrontement qu'elle désirait tant, refusant de la laisser se mesurer à lui d'égal à égal. Soit il la laissait l'affronter sans riposter, soit il s'arrangeait pour faire en sorte qu'elle ne puisse riposter, mais en aucun cas il ne paraissait décidé à ce qu'ils puissent s'affronter tous les deux, ensemble. Que craignait-il ? Il était vrai que la jeune femme était douée en duel, notamment en matière de sortilèges informulés puisque ces derniers étaient la forme principale dont on lui avait enseigné l'exercice en Inde, mais il était clair que dans la situation présente, à cause de sa faiblesse à la fois physique et psychique, les conditions n'étaient guère réunies pour qu'elle en sorte vainqueur. Lentement, il tendit son bras devant lui, visant son visage.

Boum, boum... Boum, boum... Boum, boum... Alors qu'il la tenait en visée, les pensées de Cassidy se figèrent en un bloc de glace. Immobile, seule une pensée parvint à se frayer un chemin vers sa conscience : Vais-je mourir ? Face à ce bout de bois et à cet homme qui tantôt revêtait l'apparence d'un protecteur, tantôt celle d'un adversaire, elle ne savait plus quoi penser. Désormais, son destin ne lui appartenait plus. Perte de maîtrise totale. La jeune femme se liquéfia intérieurement, sachant que s'il décidait de la tuer, elle ne pourrait pas y échapper. Fière et insolente jusqu'au bout, Cassidy se redressa, dos au mur, dardant sur lui son regard vert d'eau. Quitte à mourir face à lui, autant le faire avec dignité.

« Lâche. », parvinrent à articuler silencieusement ses lèvres.

Depuis longtemps, elle se questionnait par rapport à la façon dont elle affronterait la mort lorsque cette dernière arriverait. Gémirait-elle, toute fierté envolée ? Tenterait-elle de se défendre ? Supplierait-elle son adversaire de l'épargner ? Rien de tout cela. Elle venait de comprendre une chose, essentielle. La façon dont elle affronterait la mort ne dépendrait pas que d'elle, mais également du contexte, et de qui la lui donnerait. De ce fait, désarmée face à Octavius, dans cette chambre d'hôtel, la Rowle se tenait droite. Plier face à lui ? Plutôt rêver. Les yeux grands ouverts fixant le visage de l'homme comme si la baguette tendue entre eux n'existait pas, la jeune femme soutint le regard assombri de ce dernier dont le visage en soi restait impassible. Un geste de baguette, mais aucun rayon verdâtre. Juste un vase, un vase venant rejoindre sa main. Toutefois, ce dernier n'y resta guère longtemps puisqu'une fraction de seconde plus tard, il s'éclatait contre le mur auquel elle été adossée, à droite de ses genoux. La faïence vola et ses jambes tremblèrent. Interloquée, la jeune femme observa les débris dispersés à ses pieds avant de relever le regard vers lui. Regard rempli d'incompréhension.

- Que...

Elle n'eu pas le temps de terminer sa phrase. Ses yeux s'agrandirent lorsqu'elle vit la main du bibliothécaire se refermer autour d'un lourd bougeoir métallique. Il n'allait quand même pas... ? Si. Il arma son bras, et propulsa ce dernier vers elle. Par réflexe, la jeune femme se baissa, se recroquevillant sur elle-même, protégeant son visage de ses bras ivoires. Lorsque ce dernier s'explosa juste devant elle, Cassidy sursauta et se redressa vivement, son regard cherchant autour d'elle une quelconque issue.

« Tu me demandes l’impossible ! Je peux détourner ma prétendue colère sur des objets, Je peux briser tout ce qu’il y a ici que ça ne tarirait en rien ce que je ressens.
- Et que ressens-tu vraiment au juste si ta colère n'est que " prétendue " ?, lui cria-t-elle en retour, de la haine ? de la rage ? une satisfaction de me voir ainsi sans défense ?! Tue-moi si tu dois le faire, qu'on en finisse enfin dans cette mascarade ! Je ne t'ai jamais dit de détourner ta colère sur les objets, je suis là. Je suis la seule qui te tiens tête, ce n'est pas ce pauvre bougeoir qui le ferait ! Ton adversaire, c'est moi ! »

Cette fois, une pluie de livres s'abattit tout autour de ses épaules, l'épargnant miraculeusement. « Potions des grands pouvoirs », tomba de la bibliothèque murale, à quelques centimètres de son pied gauche, lui barrant le chemin. Cassidy sourcilla devant le titre, avant de relever un regard furax vers lui. Était-ce calculé ? Cela n'avait rien de drôle. Divers objets suivirent, la forçant à prendre diverses postures de contorsionniste afin de tenter de les éviter, alors... qu'ils ne la touchaient pas. Aucun mobilier ne l'avait ne serait-ce que frôlée. Lorsqu'elle prit conscience de ce phénomène, Cassidy se redressa dignement, le regard rempli de défi. Soit il était très mauvais quant il s'agissait de viser, soit il avait fait exprès de l'éviter. Ses sourcils se froncèrent tandis que sa main gauche vint se poser sur son poignet droit où des marques violacées commençaient à se former. La douleur pulsait encore, se répercutant toujours jusqu'à l'épaule. Pourquoi perdait-il son temps à lui jeter des objets ainsi, en l'évitant ? D'autres objets suivirent encore quelques instants, l'entourant de verre brisé, de faïence et autres matériaux, sans que cette fois la jeune femme ne daigne bouger, et encore moins détourner le regard. Elle avait compris. Il ne souhaitait pas la viser.

Un souffle. Une expiration, et il s'était déjà rapproché, lui bloquant le passage, l'empêchant de fuir et l'obligeant à lui faire face. Il respirait fort, et son visage était étrangement... tendu. Pourquoi ? Pourquoi donc ? Elle n'avait pas eu le loisir de se défendre, alors pourquoi était-il dans un tel état ? Mais surtout... Que s'était-il amusé à faire ?

« Mais tu sais quoi ? Je ne peux pas me battre contre toi. Parce que moi, je ne te déteste pas.
- Arrête...
-... Je ne te déteste pas ! Et même si j’étais en colère contre toi, je ne pourrais pas te frapper. Tu comprends ? Je ne peux pas te donner ce que tu veux. Tout ce dont je me souviens en te regardant, ce ne sont pas tes origines ni ta famille, ni tes faux-semblants, c’est un bosquet de roses, une buée d’étoiles, ce frisson, ce feu, cette moiteur de miel et cette longue, longue souffrance. Tout cela reste en moi. Comme la jeune femme aux jambes couleur de sable et à la bouche ardente, qui me hante sans trêve. »

Le silence. Lourd. Pesant. Interdite, Cassidy resta pour la première fois entièrement muette face à cette déclaration totalement inattendue. Voix envolée. Dépossédée de toute volonté et de capacité de répartie cinglante. Sentant le danger arriver, elle l'avait supplié d'arrêter, d'une voix si faible qu'elle ne l'avait qu'à peine reconnue comme sienne. Elle ne voulait pas l'entendre. C'était inimaginable qu'il puisse continuer dans cette voie. « Tu comprends ? », lui avait-il demandé ; eh bien non, elle ne devait pas vraiment avoir compris. Elle ne voulait pas comprendre. La fatigue lui jouait très certainement des tours, ça ne pouvait être que cela. Perdues, ses prunelles turquoises vinrent trahir son état interne, devenant soudainement vagues, terriblement lointaines, se noyant dans une mer invisible connue d'elle seule. Intérieurement, la Rowle tentait de se raccrocher à un semblant de pragmatisme défensif et analysait les phrases, les mots, tentant d'y déceler le piège, ou encore le message caché. Échec. Il n'y en avait définitivement pas. Progressivement, ses yeux émergèrent de la brume, venant se figer dans ceux de son interlocuteur. Court-circuit cérébral. Il venait de le lui dire... Implicitement, mais pourtant d'une manière si claire et transparente. Elle l'avait découvert sous une nouvelle facette, terriblement simple et dépourvue de fioritures décoratives et ornementales. Était-ce la bonne ? Le sorcier lui était apparu authentique et pour la première fois, lui avait semblé terriblement sincère. Ce n'était pas le serviteur du Seigneur des Ténèbres qui avait parlé, ni le bibliothécaire, ni le poulpe humain. Ni ce dramaturge de talent. Juste lui, l'homme dans sa plus grande simplicité, dépourvu de toute armure, lui avait affirmé ce qu'elle n'avait jamais voulu entendre, que ce soit de sa part ou de la part de n'importe qui d'autre. Sans détour, il l'avait forcée à faire face à ce qu'elle avait involontairement induit chez lui alors qu'elle avait cherché à le repousser depuis le premier jour. Sans pitié, il lui avait arraché les œillères derrière lesquelles elle s'était dissimulée, s'aveuglant volontairement et plus ou moins consciemment. Le choc était rude, la chute infernale et infinie. Un long frisson la parcouru de la tête aux pieds tandis qu'elle se tétanisait. Pour la première fois, ses yeux se baissèrent en direction du sol. Elle ne pouvait pas y croire. Elle... ne voulait pas y croire. Non. Non. Et non. Dans un effort surhumain, ses lèvres closes s'ouvrirent mais aucun son ne sorti de sa gorge. Muette, condamnée au silence.

« ... »

Progressivement, de nouvelles larmes refusant de couler cette fois, se formèrent dans ses prunelles turquoises rivées sur le sol jonché de débris, tandis que sa gorge se nouait définitivement. Des éclats tranchants, ayant le même effet que les mots qu'il venait de lui avouer, alors que rien ne les y avait préparés tous les deux. Il tenait donc réellement à elle ? C'était... inconcevable. Après tout ce qu'elle lui avait fait enduré. La jeune femme s'était rarement autorisée à aller si loin pour repousser une personne. Pourtant, ce n'était pas ses mauvais coups, ses remarques acides et tranchantes, ses attaques magiques ou physiques, ses provocations verbales et commentaires insolents dont il s'était rappelé... Non. Juste cette nuit. Celle qu'ils avaient partagée, mêlant le jeu de domination, et le lâcher prise. Cette nuit, celle qui l'avait tant empêchée de dormir correctement durant plusieurs semaines.
Lentement, Octavius s'éloigna d'elle, comme aux prises d'un dilemme interne d'une extrême complexité. Peut-être dans un élan pudique regrettait-il déjà ses paroles si horriblement transparentes ? Ce fut seulement à cet instant que la jeune femme fut capable de relever son regard clair vers lui, et d'expirer l'air qu'elle avait retenu dans ses poumons, tenue en apnée par une force invisible. Un instant, son corps entier trembla, sous l'effets de soubresauts échappant à son contrôle. Lorsqu'il se rapprocha d'elle de nouveau, si proche qu'elle aurait aimé être en mesure de pouvoir se fondre dans les murs, ses doigts s'avancèrent au plus près de son visage, encadrant ce derniers de ses puissantes mains masculines - mains qui l'avaient maîtrisée quelques instants auparavant. Alors que ces dernières n'étaient plus qu'à quelques centimètres de sa peau, Cassidy tressaillit sans le quitter du regard. Peur, confusion, indécision. Pour la première fois, sans vraiment parvenir à en identifier la raison, elle réprima avec force l'instinct urgent qui lui dictait de le repousser violemment. Par miracle, leurs corps n'entrèrent pas en contact, les doigts masculins se contentant d'effleurer l'ovale de son visage à distance, comme si un rempart la protégeait de toute intrusion extérieure. Intouchable.

« Je suis en colère, mais pas contre toi. Je suis en colère de te voir souffrir comme ça. »

Violemment, dans un geste rageur, ses poings vinrent se fracasser de chaque côté du visage de Cassidy, qui, toujours figée dans un immobilisme absolu, retient de nouveau sa respiration et cilla sous le choc. Le mur sur lequel elle était adossée avait tremblé, et la tapisserie s'était affaissée sous la force non retenue dont avait fait preuve le brun. Coincée entre ces bras qui l'entouraient sans la toucher, l'étudiante ne parvenait plus à penser de manière rationnelle. Dans un effort surhumain, elle ouvrit de nouveau la bouche, sa mâchoire semblant avoir été coulée dans du plomb tellement ses lèvres eurent de la difficulté à se séparer.

« Je... »

Elle ne savait même pas ce qu'elle voulait dire ; fallait-il continuer à jouer ce double-jeu ? Devait-elle le croire ? Était-il sincère ? Avait-elle bien compris ? Était-ce un nouveau piège ? Les mots s'étranglèrent une nouvelle fois dans sa gorge, mourant, dans un silence dévorant, sur ses lèvres. Il lui était impossible de parler, tant son esprit était dans l'incapacité la plus totale à fonctionner normalement. Irreprésentable, tout ce qu'il lui avait avoué l'avait précipité au fond d'un gouffre, créant un tremblement de terre et déchirant le sol sous ses pieds. Sans préavis, elle avait chuté. Lamentable. Se forçant à inspirer profondément, Cassidy ferma une nouvelle fois les paupières, ses mains glacées venant trouver appui le long du mur contre lequel elle était assignée. Mur prison, qui l'avait empêchée de se dérober face aux aveux du sorcier. La tête de l'homme s'était affaissée à son tour, s'abandonnant devant elle, pliant pour la première fois. Plus aucune défense ; il courbait l'échine, lui offrant sa nuque dégagée. Un homme désarmé, dans son plus simple appareil. Les yeux fermés, penché au dessus d'elle, plus aucun son ne franchissait le seuil de ses lèvres pourtant si habiles pour énoncer des sarcasmes ou des vérités douloureuses. Ils étaient là, face à face, et désormais incapables de s'affronter, emprisonnés chacun dans leur propre souffrance silencieuse. Isolés. L'une, perdue, ne sachant plus comment réagir face à cet homme qui avait osé s'ouvrir à elle, lui dévoilant sa souffrance et ses sentiments. L'autre, épuisé par tant de lutte qui devait lui paraître vaine depuis le temps, et effrayé mais résolu à l'idée de la perdre définitivement. Elle, la tête haute, tentait encore de remonter à la surface des eaux troubles dans lesquelles elle avait coulé, de s'accrocher à d'invisibles branchages afin de ne pas sombrer. Lui, s'était laissé coulé, abandonné dans une souffrance maintenant si évidente aux yeux de la jeune femme qu'elle regrettait presque de ne pas l'avoir décelée auparavant. Si seulement il s'était montré sous ce jour-là avant, peut-être aurait-elle davantage modéré ses paroles... Ou peut-être pas. Qui sait  ?

Un brisement de verre leur fit ouvrir les yeux dans un mouvement parfaitement synchronisé. Chacun baissa la tête, leurs regards convergeant vers le sol qui s'était transformé en un piège tranchant ; trace indéniable et totalement objective de leurs colères clastiques. Du verre brisé, des éclats de porcelaine et de faïence, des morceaux de cire blanche, des pages détachées de leurs ouvrages de référence... Rien ne semblait avoir été épargné. Sauf elle. Miraculeusement intacte, tel un phare isolé en pleine mer ayant survécu à la tempête. Protégée par un bouclier invisible, une enveloppe impénétrable, Cassidy était toujours debout, le corps en un seul morceau. Seul sa robe déchirée, sa tresse à moitié défaite et son poignet droit sur lequel se dessinaient progressivement des traces violacées, témoignaient de ce qu'elle venait de vivre. Les s'étaient respectivement marqués, psychiquement, mais aussi physiquement. Étaient-ils enfin sur un pied d'égalité ? Doucement, la sorcière se senti décoller du sol, cette fois plus délicatement que lors de sa dernière envolée qui s'était avérée plutôt brutale. Maintenue fermement contre son torse, le corps quelque peu raidi dans ses bras, la jeune femme eu bien du mal à soutenir son regard, mais s'y força. Un pas, deux pas, trois pas... Quatre, cinq, six. Comptage compulsif, une fois de plus. Délicatement, il finit par la déposer sur le sol, le lit juste derrière elle, et se redressa face à elle. Pas un seule fois leurs regards ne s'étaient séparés. Avaient-ils réellement communiqué ? La Rowle n'en avait aucune idée, puisque sa pensée ne parvenait toujours pas à retrouver un cours et une fluidité normale. Soupir sur soupir, Octavius semblait à la fois désemparé par ce qu'il s’apprêtait à lui dire, mais aussi définitivement résolu. Sans un mot, elle l'observa pencher légèrement la tête sur le côté et se frictionna les bras dans une tentative de se réchauffer.

« Je sais aussi que cette souffrance, j’en suis le coupable. Je pourrais laisser cette histoire sombrer dans l’oubli, la regarder s’abimer toujours plus intensément au fil des heures, jusqu’au moment où aucun de mes efforts n’aurait su la ramener à la surface. Cette idée m’est pourtant insupportable. Pourtant, ça ne change rien, que je désire l’inverse ou non. Puisque je suis coupable, c’est à toi de choisir.
- Choisir ?, murmura-t-elle en écho lointain.
- ... J’aimerai que tu me fasses un geste, ne serait-ce qu’un seul, pour me faire comprendre que tu souhaites sincèrement que notre relation ne s’effondre pas de cette façon. »

Non... Non, il ne pouvait pas lui demander ça. Les prunelles turquoises de la jeune femme s'écarquillèrent sous le choc de ce qu'il lui demandait, tandis qu'elle reculait d'un pas, manquant de tomber à la renverse sur le lit, ne parvenant à retrouver son équilibre qu'au dernier moment.

« ... Je ne peux rien te prouver dans l’immédiat, ni t’obliger à me faire confiance, d’autant que rien maintenant ne pourrait te convaincre de cela. Peut-être n’ai-je pas suffisamment insisté, peut-être n’ai-je pas été suffisamment explicite ? Mais je dois dire que j’ai retourné maintes fois l’engrais de mon cerveau en espérant découvrir une pousse nouvelle, une idée miraculeuse qui aurait germé pendant un instant d’oubli ; mais je n’ai rien trouvé de concluant que toutes les tentatives que j’ai entreprises au long de cette désastreuse soirée pour te garder à mes côtés. »

La garder à ses côtés. Interdite, la jeune femme se força à déglutir. Il s'ouvrait, réellement. Ainsi donc, il lui prouvait une nouvelle fois qu'elle n'avait pas mal compris ces derniers aveux. Ses mots, pourtant doux, lui firent l'effet d'un coup de couteau dans le ventre.

« ... Peut-être n’ai-je pas les qualités nécessaires pour être un bon jardinier. Mais je suis sûr que tu sauras me le pardonner. Au moins par l’oubli. J’abdique donc. Le plus humblement du monde, devant cette défiance que tu ne cesses de m’offrir. C’est là ma dernière tentative, après quoi je crains ne plus trouver de forces de retenir la corde qui me retiens à toi. Reviens moi, donnes moi une seconde chance de te prouver que je ne vaux pas que ce que tu as entendu. Ou ordonne-moi de m’en aller et je le ferai définitivement, je te le promets. Je t’oublierai et je te laisserai m’oublier. Ordonne, et à défaut de ne pouvoir satisfaire ton désir de te battre, je satisferai au moins ton désir de ne plus souffrir par mon absence. Ou donne-moi un signe… »

Le silence. Une fois de plus. Pourquoi était-elle incapable de lui répondre, même pour le repousser une dernière fois ? Elle l'avait tant de fois auparavant... Cela aurait du être d'une facilité enfantine puisqu'il lui offrait là, sur un plateau d'argent, le moyen de se débarrasser définitivement de lui, et elle était certaine qu'il était parfaitement honnête dans les propos qu'il venait de lui tenir. Toutefois, les mots - inconnus - étaient là, bloqués dans sa gorge, refusant de sortir d'entre ses lèvres. Secouant la tête, Cassidy tenta de reprendre ses esprits, brisant le contact oculaire qu'il avait jusque là soigneusement entretenu.

« Octavius... Je.. Tu ne peux pas.. me demander ça... Je... C'est... Brusque. Comment veux-tu que je puisse te répondre ? - sa voix se brisa légèrement - Je... Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je veux, ce que je... ressens exactement. »

Forcée à l'introspection, la jeune femme se mordilla nerveusement les lèvres.

As-tu envie qu'il parte Cassidy ? La réponse s'imposa à elle telle une évidence. Oui. Loin. Très loin. Tout dans son discours était fait pour la faire fuir à l'autre bout de la planète en mode transplanage express. Ce discours aurait pu être prononcé par Owen, son ex petit-ami tant il était transparent. Face à l'amour conventionnel, la jeune femme était terrorisée et ne parvenait pas à le supporter. Terrifiée à l'idée de s'attacher, les démonstrations claires, explicites et directes telles que le romantisme pur et dur, étaient à proscrire pour celui qui souhaitait la garder près de lui. Owen n'avait jamais su s'adapter et l'avait perdue, d'autant plus que malgré ses efforts, la jeune femme n'était pas parvenue à s'attacher réellement à lui. Que cela soit clair, jamais Cassidy n'était tombée amoureuse puisque n'étant pas prête à accepter l'amour dans sa forme la plus pure. Ce sentiment lui était tout aussi inconnu que le monde moldu.

En revanche, si la première question laissait penser à une issue des plus fatalistes et limpides, une seconde question s'imposa avec force à son esprit fatigué, reléguant sa concurrente au second plan.

Es-tu capable de le laisser s'éloigner ? Un long frisson la parcouru alors que la réponse s'esquissait dans son esprit. Non. Progressivement, Cassidy prenait conscience d'à quel point cet homme avait prit une importance dans sa vie et dans son esprit. Pourquoi Cass' ? Pourquoi ? Qu'a-t-il qui te retienne ainsi ? ... Je, il n'est pas comme Owen. Il n'est pas dans le tout ou rien. Nuancé, complexe, intriguant et agaçant. Notre " relation " est tout sauf conventionnelle. Cela expliquait qu'elle soit parvenue à gérer ses quelques écarts romantiques comme la fleur - qu'elle avait conservé soit dit en passant -, ou encore cet aveu qui la mettait terriblement mal à l'aise. Je... J'ai... En sa présence, je me sens revivre. Grâce à lui, je ne suis plus figée. Je ressens des choses, même si je n'arrive pas à les identifier correctement. Je... Je bous de rage, j'explose, je pleure et parfois, j'ai envie de rire... De rire ? ... Mais je ne le montre pas... Qui est-il à tes yeux ? ... Je ne sais pas... Cherche... Il, il est mon opposé et celui qui me ressemble dans un certain sens. Il est mon adversaire privilégié sans lequel ma vie redeviendrait fade et cadrée au possible... Supporterais-tu de te retrouver seule ?... Oui, enfin je.... Supporterais-tu qu'il s'éloigne et te laisse seule ?... Non, je ne veux pas. Je ne veux pas qu'il m'abandonne. J'ai besoin... C'était trop. Stop. C'était déjà trop. Lentement, son regard clair se releva et plongea de nouveau dans les iris émeraude du sorcier qu'elle aimait tellement détester. Depuis début Septembre, si elle voyait en lui un insupportable rival, un orateur infernal qui était capable par un simple mot, un simple regard, de la faire brûler de rage, il était aussi celui qui la ramenait sans cesse à son humanité, celle qu'elle avait délaissé au profit d'un hypercontrôle de soi.

« Je... J'aimerais pouvoir croire en tout ce que tu m'as dit, mais je ne peux pas m'empêcher de... rester prudente. Comment pourrais-je te répondre alors que je ne suis pas au clair avec moi-même ? Je... J'ai toujours refusé de m'écouter et je suis maintenant dans l'incapacité de savoir quels sont... Je veux dire, ce que je ressens. »

Ne me laisse pas tomber. Tomber comme j'ai l'habitude de le faire, même si cela ne se voit pas. Couler au fond de mi-même, me laissant dévorer vivante par la brûlure de la glace qui me recouvre et me fige dans une unique pose et un sourire figé. Ne me laisse pas tomber. Sombrer dans cette maîtrise qui me détruit peu à peu même si elle m'est indispensable. Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas qui je suis. Je veux que tu t'en ailles, mais j'ai besoin de ta présence.

Ah si seulement ses yeux pouvaient réellement parler... Ne pouvait-il pas tout simplement lire au travers de son regard clair toutes les pensées qui traversaient son esprit sans qu'elle ne parvienne, ni ne soit en capacité de les formuler ? Un signe. Il avait besoin d'un signe, alors que tout ce pour quoi elle était douée était de repousser les gens, créant un véritable cratère autour d'elle. Que pouvait-elle faire ? Qu'était-elle en capacité de lui dire pour lui faire comprendre qu'elle avait besoin de le savoir proche d'elle ? Lentement, Cassidy se laissa tomber sur le lit derrière elle, sa tresse blonde fouettant les airs, et fixa le plafond d'un regard éteint. Il voulait un signe ? Ne serait-ce que celui-ci aurait du lui suffire, toutefois, elle n'était guère certaine que cela soit assez explicite pour lui. Et pourtant... ce comportement en disait déjà gros. Un laisser-aller, un certain abandon corporel. Jamais elle ne se serait permis ça avec n'importe qui. Un instant, elle ferma les yeux - nouveau signe - et un soupir s'échappa de ses lèvres. Prenant appui sur son coude gauche, elle se redressa en position assise, ses doigts venant jouer nerveusement avec le bout de sa tresse qu'elle avait ramenée sur son épaule droite. Hésitante, elle releva les yeux vers lui et sonda son visage. Devait-elle prendre le risque ? L'indécision était immense. Peut-être était-ce ça le problème... La réflexion. Trop de réflexion, d'anticipation, de calcul, et absolument pas de lâcher-prise, de ... souplesse. La clé était là, il fallait qu'elle parle, rapidement, d'une traite, sans chercher à peser le pour et le contre avant. Seulement après, elle s'adapterait aux conséquences de son choix. Vis Cass'... Tu ne lui a pas promis de survivre, mais de vivre.

« Je vais peut-être le regretter... Enfin, il est évident que jouer avec le feu est ma spécialité depuis toujours. Je suis prête à t'écouter, à te donner une réelle chance de m'expliquer qui tu es, et ce que signifie cette histoire, mais avant, il faut que tu saches... Je... Je ne suis pas simple Octavius, loin de là et je pense que tu as pu t'en apercevoir... Je suis blessante, froide et j'ai toujours maintenu les gens à distance de moi. Me battre est ma condition de... Je veux dire, je me suis toujours battue, notamment pour ne rien ressentir. Je... Es-tu certain de ce que tu fait ? As-tu réellement une idée de ce dans quoi tu te lances en... étant présent pour moi ? Je.. je ne pourrai pas changer d'un claquement de doigts. Je suis une Rowle Octavius, une Rowle. Ce n'est peut-être pas ma famille que tu vois au travers moi parce que mon souvenir te ramène à autre chose, mais leur sang coule dans mes veines et mon appartenance aux Sang-Purs et... bientôt aux Mangemorts est plus qu'évidente. Te lier à moi... te lie à eux et te mets en danger si tu ne m'as pas menti ce soir là, et...
- Octave, tu es là ? C'est moi, Elena. Je voudrais te parler, ouvre-moi, s'il-te-plait. »

Stoppée dans sa lancée, la bouche de la sorcière se referma aussitôt, le charme rompu. Elle en avait trop dit de toute façon. Son regard se détourna vers la porte d'où provenait la voix féminine et les légers coups portés contre celle-ci.

« Je t'en prie, va donc lui ouvrir. C'est peut-être important. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 16 Nov 2016 - 0:03

En ces instants, il avait parfois le sentiment d’être un pusillanime, faible et peut-être même lâche. Pourtant, la plupart du temps, son caractère lui était avantageux pendant les crises, lorsqu’il fallait savoir faire preuve de sang-froid et de retenue. Le détachement et l’indifférence n’avaient jamais représenté une inquiétude spécifique pour lui, qui parvenait à s’insensibiliser sur commande pour faire front au pire des dangers et à la moindre des insuffisances dont les gens faisaient preuve en des instants de péril. C’était effectivement particulièrement accommodant de savoir aussi habilement faire preuve de détachement en présence d’ennemis qui voulaient sa perdition, mais les données s’inversaient naturellement lorsqu’il s’agissait de personnes proches à son cœur. Par habitude, il leur restait sensiblement intransigeant, terriblement calme, alors qu’il aurait été préférable de sa part d’être empli d’une fureur ou d’une joie démonstrative. Au vu de ses éternels sourires, c’est qu’on était d’ailleurs en droit d’attendre de sa part : une joie incommensurable et une douleur toute en mise en scène tragique. Mais il était un profond introverti qui se faisait avec succès passer pour extraverti. Alors, lorsque les choses devenaient sérieuses et intimes, il surprenait quelque peu avec cet air cruellement serein, et on finissait par lui prêter une absence parfaite de sentiments. Ou du moins une dureté insensible et brutale, celle qui caractérisait les personnes qui étaient tant ancrées dans le désintéressement qu’il ne leur coûtait rien de continuer à blesser quelqu’un qui avait déjà un genou à terre. Et c’était peut-être bien vrai. Il lui arrivait d’être âpre et amer avec les gens qui souffraient devant lui. Autant ce rapport aux choses s’avérait être une force, autant cela devenait aisément une faiblesse. Ses propres sentiments le poussaient à se refermer, à se forcer au flegme, partiellement par accoutumance, mais surtout parce que c’était un moyen efficace de ramener les gens à son niveau. Il n’aimait pas crier, les explosions émotives le fatiguaient et les haussements de voix l’incommodaient. Avec le temps, il était advenu que la meilleure façon de calmer une eau qui bout était de ne pas l’exciter davantage. Plus il demeurait placide, plus les éléments déchaînés autour de lui avaient tendance à se modérer d’eux-mêmes. Et c’était effectivement lâche. Lâche et faible.

C’était du moins le sentiment qu’il avait en cet instant. L’impression d’une extrême faiblesse à ne pouvoir s’émouvoir autrement qu’intérieurement de la détresse qui lui quémandait un peu de répondant. Malgré toute la souffrance que cela lui inspirait, la coupure entre son cœur et son expressivité demeurait quasiment infranchissable. Il avait tenté d’être un minimum démonstratif, d’avoir l’air aussi furieux et désespérément triste qu’il l’était intérieurement, mais ce qui en ressortait n’était qu’un vernis lisse et convenu, répondant semblait-il d’une certaine manière aux espérances entretenues par Cassidy. Pourtant il n’avait jamais eu le sentiment d’être aussi faux qu’en cet instant de colère simulée. Aucune satisfaction ni bien être n’en était ressorti, simplement le sentiment de s’être encore une fois trahi pour faire plaisir à quelqu’un d’autre. Etait-ce grave ? Assurément non. En soi, cela n’avait rien de navrant, mais Octave était ainsi renvoyé encore une fois à son incapacité à s’exprimer autrement que par des mots, eux aussi, toujours contrôlés et soigneusement choisis. C’était là un trait de caractère déjà présent et soigneusement entretenus durant des années par une mère qui ne voulait pas savoir ce que son fils avait à l’esprit. En était ressorti un individu profondément schizothyme. A la nuance près qu’Octave se trouvait être parfaitement adapté à la vie réelle. Ou du moins c’était la juste impression qu’il donnait par son comportement. Présentement, cette particularité de caractère le rendait davantage affligé que satisfait. De la même manière que tant avant elle, Cassidy souffrait de ne voir aucun répondant de sa part, comme si elle et sa douleur ne valaient rien à ses yeux. C’est comme cela en tout cas qu’il l’aurait interprété. Alors il avait tenté, même de manière simulée à lui présenter ne serait-ce qu’un infime aperçu illustratif de ce qu’il éprouvait. C’était ce qu’elle attendait de lui après tout. Elle le voulait fort et en colère et non faible et sanglotant. Et il l’avait été, brutal et froidement sévère, évoluant dans le calcul de ce qui semblait le plus approprié. Au moins avait-il eu la faible satisfaction de la voir se défendre, preuve que sa mise en scène avait été un minimum convaincante.

Mais à mesure qu’il jetait des objets sur ce corps soudain recroquevillé sous la peur de se faire mal, sa détermination flanchait. Il aurait pu sans embarras rester ainsi et satisfaire les envies de la jeune femme, lui rendre sa baguette et les faire transplaner au milieu d’une forêt, où personne ne les entendrait se battre. Il aurait pu devenir le miroir de cette colère qui ne demandait que trouver opposition. Mais il avait décidé que c’était trop important à son cœur pour faire ainsi semblant tout du long, juste pour émousser un peu une faiblesse. Afin d’être convaincant dans son hypocrisie, il fallait faire preuve d’indifférence, une indifférence qui allait immanquablement le laisser sombrer dans une succession de tromperie qui mettrait en péril une relation qu’il voulait sincère. Le détachement le forcerait immanquable de se déconnecter de soi et, par le même cheminement, de Cassidy. Il risquerait alors de devenir admirablement cruel et sans pitié réelle, lui donnant ce qu’elle souhaitait et s’écartant ainsi définitivement d’elle à son insu. Pour faire complétement semblant, il lui était indispensable de se couper de son cœur, reléguant toute la responsabilité décisionnelle à sa raison. Et que lui aurait alors dicté sa raison pure ? De partir. De partir définitivement parce qu’il n’avait pas besoin de cela. Logiquement, Cassidy n’était pas nécessaire à sa santé mentale ni son affection. Elle représentait davantage un poids qu’une félicité, lui ayant jusqu’à maintenant apporté plus de désagréments que de bonheur. Mais son cœur lui hurlait autre chose, et pour ne pas succomber au pragmatisme de la raison, il ne pouvait strictement se déconnecter de ses passions. Car ce chemin-là n’avait pas de retour. Une fois que sa conscience tranchait, ses ardeurs disparaissaient dans l’oubli d’un cœur que l’on privait d’une tentation. Alors il faiblit devant la tâche qu’on lui demandait, refusant pour de bon de succomber à cette froide lucidité qui n’avait rien à faire là finalement. Il s’était promis de ne plus se renier.

Les mots qui lui firent définitivement changer d’avis furent ceux prononcés avec l’idée de le provoquer, pourtant il n’en ressortit que plus refroidi. Tue-moi si tu dois le faire… Ton adversaire, c’est moi ! Et alors que les objets continuaient à voler, avec de moins en moins de conviction cela dit, Octave prenait conscience de ce qu’ils étaient en train de devenir l’un pour l’autre. La colère de l’une et le faux-semblant de l’autre les retranchaient dans l’incompréhension. Plus il nourrissait sa colère, et plus Cassidy risquait de s’éloigner de lui définitivement. La fureur encouragée ne finissait jamais bien. Preuve en était qu’elle le pensait maintenant capable de la tuer, que cela faisait éventuellement parti de ses intentions, tout comme de se battre contre elle comme s’ils étaient de réels ennemis que tout opposait. Comme s’il était capable d’être véritablement cruel à son égard. Il ne voulait pas qu’elle pense cela. Il ne voulait pas que cette pensée ne puisse qu’effleurer son esprit, même de loin. Il ne voulait pas qu’ils soient à l’opposé l’un de l’autre. Alors il laissa tomber le masque, s’abandonnant à sa tristesse sourde et pudique qui n’avait pour témoin qu’un visage légèrement crispé et une palpitation aux tempes. Dans un élan de courage, il se dévoila soudain, tendu et fatigué par une lutte qui lui demandait un effort constant, laissant les mots baigner sa bouche comme un poison acide et qui s’écoulait d’un corps souhaitant se purger. Si elle devait en définitive le détester pour cette faiblesse-là, au moins aurait-il la consolation que ce fut son caractère sincère qui lui inspirât ces sentiments vindicatifs. Il ne récolta que du silence et des yeux fuyants. Ah, bien entendu, elle n’avait pas de quoi encaisser une si intime véracité. Il était plus simple de travailler avec de faux-semblant que l’on soupçonnait factices, plutôt qu’avec la droiture à laquelle on ne pouvait rien reprocher. Ou peut-être, éventuellement, un peu trop de franchise. Mais là non plus, il ne l’épargna pas, sentant clairement que s’il ne disait pas tout maintenant, il n’aurait pas la force de le faire après, que son naturel taciturne et refermé le rattraperait, clouant cette faille qu’il avait créée pour mieux se défendre. Mais il valait définitivement mieux se faire détester à raison que pour quelque chose que l’on n’était en réalité pas.

Toutefois, Octave était parfaitement lucide sur les limites qu’il avait. Il n’était pas de ceux qui s’imposaient de force pour apporter une aide qu’il savait nécessaire. Surtout, il savait que ses extrémités n’étaient pas les mêmes que celles des autres, et qu’il faisait souvent preuve d’une endurance plus grande. Octave ne désirait pas la soutenir si cela lui provoquait une souffrance à laquelle elle risquait de succomber, tiraillée entre ce qu’on lui demandait et ce qu’elle voulait. Il avait décidé de doucement lui donner le pouvoir du choix. La possibilité de se décider sur ce qu’elle souhaitait le plus, de ce qu’elle se pensait capable d’endurer. Il était en revanche moins certain qu’elle sache qu’il n’était pas quelqu’un qui aimait à en arriver à ce genre d’extrêmes invectives. Cependant, il lui sembla que ce soit là la seule chose qu’il pouvait faire et qui puisse faire réagir Cassidy. Au moins allait-il avoir le cœur net.

« Octavius... Je.. Tu ne peux pas.. me demander ça... Je... C'est... Brusque. Comment veux-tu que je puisse te répondre ? Je... Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je veux, ce que je... ressens exactement. »

Il ferma ses lourdes paupières alors que ses épaules s’affaissèrent au rythme d’une longue expiration. L’indécision… que pouvait-il y avoir de plus désobligeant ? Elle ne l’appréciait donc pas assez pour que le désir de le garder se présente à elle avec une clarté immédiate, mais elle ne le détestait pas non plus assez rageusement pour se défaire de lui. Il n’y avait véritablement rien de plus détestable que cela, cette incertitude maladroite qui lui donnait l’impression de n’être rien. Pas assez bon pour être aimé, ni assez mauvais pour être détesté de manière catégorique. Il voulait être indulgent, et d’un effort il s’obligea à respirer normalement et ne pas paraître attristé par cette réponse qu’elle lui offrait pourtant avec une once de tendresse et d’intérêt. Après tout, Cassidy avait fait un pas en avant, la sincérité de cet homme l’ayant troublée au point qu’elle abandonne son intransigeante demande de violence. Elle n’avait été que colère, et maintenant le doute l’habitait. Octave ne manqua pas de s’en réjouir, mais la situation l’empêchait de profiter de cet éclair de bienveillance soudaine. Elle ne le repoussait pas, c’était déjà cela, comme dirait l’autre. Cependant, il ne pouvait se défaire de son caractère qui appréciait les réponses peut-être pas totalement assurées, mais au moins un peu plus péremptoires que celle-là. Cassidy avait certes beaucoup à peser dans sa balance, mais ne pouvait-elle donc écouter le cri du cœur ? Lui, ne mentais jamais et la première impression était généralement la bonne. Il aurait d’ailleurs peut-être même préféré qu’elle ne réfléchisse pas, que sa réponse soit spontanée et dictée uniquement par le désir injustifiable de la passion affectueuse ou haineuse. Au lieu de cela, elle semblait se perdre en conjectures pratiques pour s’assurer de ce qui lui conviendrait le mieux, comme si elle choisissait le meilleur carrelage pour sa salle de bain. Alors, lequel avait-il la bonne taille ? Etait le plus imperméable et risquait moins la moisissure ? La bonne couleur, celle qui plairait aux yeux, et le vernis le plus tenace, qui ne s’écaillerait pas au bout de quelques jours… Mais surtout, le rapport qualité/prix était-il convenable ? N’allait-elle pas regretter son achat ? Pardon… je veux dire, son choix. Alors, était-il assez bien ? Tiendrait-il ses promesses ? Mais il n’avait pas le droit de penser cela, malgré l’amertume orgueilleuse qui lui montait à la poitrine. Il se devait de reconnaître que les sentiments exprimés par la jeune femme, bien que confus, montraient que tout n’était pas perdu pour lui, qu’Octave n’aurait peut-être pas à s’imposer un éloignement et un oubli forcé pour ne pas souffrir ou faire souffrir à son tour.

« Je... J'aimerais pouvoir croire en tout ce que tu m'as dit, mais je ne peux pas m'empêcher de... rester prudente. Comment pourrais-je te répondre alors que je ne suis pas au clair avec moi-même ? Je... J'ai toujours refusé de m'écouter et je suis maintenant dans l'incapacité de savoir quels sont... Je veux dire, ce que je ressens. »

Octave s’était donc forcé à la regarder, encaissant les coups sans rien laisser paraître, ni la joie que cette réponse lui procurait, ni la douleur de ne pas représenter la valeur sûre qu’il aurait voulu être. Comme à son habitude, il resta impassible mais attentif, écoutant chaque mot et chaque phrase en essayant de comprendre ce que cela pouvait représenter pour elle. Cassidy, dont il connaissait et assimilait parfaitement les difficultés à donner sa confiance pour des raisons évidentes, se laissait aller à autre chose, enfin. Elle envisageait soudain un avenir autre que celui auquel elle se prédestinait. L’idée de se rapprocher d’un être, pourtant si opposé en tout point à ses ambitions imposées, l’effleurait enfin avec délicatesse. Néanmoins, Octave s’était laissé aller à l’interprétation, car la réponse qu’elle lui fournit fut d’autant plus pragmatique que ce à quoi il s’était attendu. A dire vrai, il aurait espéré quelque chose de plus imagé et délicat que cette succession de logique infaillible, lui donnant une fois de plus le sentiment d’être le choix d’un esprit lucide plutôt que d’un cœur passionné. Cela donnait à sa victoire le goût étrange de la froideur. Il se sentait comme un bon employé qui recevait une promotion grâce à un travail efficacement accompli. Cassidy ne flattait pas ses singularités, mais les qualités que finalement n’importe qui d’autre aurait pu avoir avec un peu de jugeote. Il restait là parce qu’il était le fruit d’agréables avantages, et non parce qu’il suscitait un appel de cœur et d’âme. Un sentiment étrange de déjà-vu l’envahit, alors qu’il se rendait compte que ses clients parlaient parfois de lui sous cette manière. Il est un peu trop insolent par moments, mais il représente définitivement la meilleure candidature pour ce dont on a besoin. Enfin, Octave s’imaginait probablement trop de choses au travers de cette accumulation de propos dissuasifs sur le sang et la famille. Toutefois, comment ne pas faire autrement, alors que son caractère n’avait été nourri et élevé dans le doute de soi. Lorsque les choses le concernaient, Octave n’y voyait que le mal et l’insuffisance, comme tout ceux en qui la vie avait creusé le doute d’eux-mêmes et de ce qu’ils pouvaient bien représenter pour les autres. Il croyait bien plus avidement, même si avec amertume, au fait qu’on puisse l’apprécier par pragmatisme plutôt que par inclination inexpliquée d’âme. Surtout quand les avantages qu’il pouvait fournir étaient supérieurs aux inconvénients. C’était finalement parfaitement logique et tout en l’honneur de Cassidy. Mais il n’avait peut-être juste pas envie d’entendre le raisonnement qu’il y avait derrière une décision qu’elle semblait prendre presque à contrecœur.

« Octave, tu es là ? C’est moi, Elena. Je voudrais te parler, ouvre-moi, s’il-te-plaît. »

Il se figea, le regard porté vers les plis du drap de lit, ayant parfaitement conscience que cela tombait mal, et que sa sirène risquait d’avoir le temps de se refermer à jamais pour ne plus le laisser entrevoir quoi que ce soit. Mais elle le pria doucement de faire preuve de politesse, alors même qu’il avait l’intention de faire semblant de ne pas être là. Il déglutit et hocha lentement de la tête à plusieurs reprises, comme pour se libérer du poids de la pensée qui l’accaparait. Son front se plissa sous la poussée de ses sourcils, relevés par un chagrin étrange. Il serra les dents et se décida enfin à abandonner Cassidy, à moitié allongée sur le lit. Il se retourna et se dirigea vers la porte. L’espace le séparant de l’entrée étant suffisante pour qu’il puisse revêtir une expression neutre, voir même enjoué, et au moment où il ouvrit la porte, il offrit à Elena ce visage qui sous-entendait que rien ne s’était passé de particulier. Elle le dévisagea un instant avec inquiétude.

« Est-ce que ca va ?
-Ben, oui, pourquoi ? dit-il en soulevant ses sourcils dans un mouvement interrogatoire.
- Je… tu es parti si vite et pour ne plus revenir, je me demandais si tu…
Elle jeta un coup d’œil involontaire par-dessus l’épaule d’Octave et aperçut les débris de verre au sol, la table basse déplacée et les quelques autres témoignages qu’un combat avait eu lieu. Vivement, elle s’engouffra dans le petit couloir d’entrée, le sourcils soudain froncés, déterminée à voir à quel point les dégâts étaient importants, mais surtout d’où pouvaient-ils venir. Elle n’eut le temps que de faire un pas dans le salon avant qu’Octave ne la rattrape par le bras pour la ramener entre les deux murs qui cachaient de son regard le lit où se trouvait Cassidy. Mais Elena eut le temps de voir le désastre, balayant d’un regard qui ne cillait pas les cadavres d’objets cassés qui menaient vers le lit. A la vue de la blonde, accoudées sur le matelas, Elena écarquilla les yeux dans la fureur, son imagination faisant le travail avec méthode. De toute manière, la mise en scène ne menait qu’à une seule conclusion et Octave regretta soudain de ne pas avoir eu l’esprit de ranger tout cela avant d’ouvrir la porte. L’empoignant par le haut du bras, il la ramena violement à soi dans le désir de l’empêcher de voir ce qu’elle avait déjà vu. Il l’obligea à lui faire face, sans être capable néanmoins d’être sévère comme il aurait dû l’être de la voir pénétrer ainsi ses appartements.
- Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Tu as accepté la demande de son père, c’est ça ?
- Quoi ?
- Manu nous a dit ce que vous-vous racontiez en français, Octave. C’est pour ça qu’elle est là ?
Elena tenait d’être discrète, abaissant au début sa voix en un chuchotement sourd, mais plus elle avançait, plus le ton de sa voix montait. Octave regardait dans ses yeux délicats et une gêne le prit lorsqu’il crut sentir dans cette dernière question que la confirmation représenterait un soulagement. Comme si l’éventualité d’une autre version était bien pire que s’il eut accepté cette mission d’observation.

- Non. Je n’ai rien accepté du tout.
Finit-il simplement par murmurer en fermant la porte d’entrée alors que des murmures s’élevaient du couloir. Mais alors qu’en temps normal, cet aveu aurait dû la rassurer, elle qui s’inquiétant tellement pour lui lorsqu’elle le savait en mission, Elena parût au contraire fléchir. Elle baissa même la tête, se ramassa toute en relevant les épaules avant de lui jeter un regard empli de désespoir.
- Qu’est-ce qu’elle fait là alors ?
Elle aurait probablement dû s’arrêter à cela, mais elle ne pût s’empêcher de voguer de suppositions en suppositions, au point de l’apostropher maintenant comme si les déductions qu’elle avait fait dans sa tête étaient nécessairement vraies. Alors elle continua sur un ton de reproche :
- Tu te rends compte de ce que tu fais ? Encore, que tu travailles pour eux, mais que tu… que tu…
- En russe s’il te plait.
Tenta-t-il de minimiser ce que Cassidy pouvait entendre et comprendre à défaut de pouvoir aller dans le couloir, où ils auraient peut-être même davantage attiré l’attention. Cette demanda sembla encore plus enrager Elena qui s’étouffa :
- Pourquoi donc ! Si ce n’est pas une énième mission, qu’est-ce que tu t’en fous ? Hein ?! C’est une fille de Mangemort Octave. Que tu t’amuses à ses dépens… mais qu’est-ce qu’elle fait ici, dans ta chambre ?
- Elle était fatiguée et j’ai…
- Pourquoi elle ?
Octave s’arrêta net dans ses justificatifs et regarda Elena d’un air interdit, n’étant pas sûr de comprendre. Ou plutôt, ayant peur de comprendre ce qu’elle voulait dire. Elle fut parcourue d’un tremblement et enroula son petit corps de ses bras nus, semblant attendre une réponse.
- Comment ça ?
Elle enragea dans une exclamation gutturale de colère et se répandit en explications désordonnées :
- Pourquoi pas moi ? Si ce n’est pas une mission ni une contrainte extérieure, pourquoi elle ? Pourquoi… pourquoi pas moi ? Je t’attends depuis longtemps, depuis si longtemps, mais tu ne te soucies pas plus de moi que si je n’existais pas ! Tu me blesses, tu me méprises…
Octave voulut entamer une manœuvre d’approchement, lui posant une main sur l’épaule pour la rassurer et arrêter ce flot de paroles, mais elle s’en débâtit avec fougue, reculant au point de coller son dos au mur.
- Non ! Ne me touche pas ! Tu… Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ?! Cette Mangemort… comment oses-tu ? A quoi est-ce que tu penses ?! Je… T’es dégénéré ou quoi ? T’intéresser à elle alors qu’elle est le fruit de tout ce que tu détestes !
Octave se redressa, regarda ses chaussures en enfouissant ses bras dans ses poches. Cela eut le don d’attirer le regard d’Elena sur ses avant-bras, sanglants, brûlés et aux manches déchirés. Elle couvrit son visage de ses mains graciles et soupira de désespoir :
- Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici… ?
Il se durcit soudain, non dans l’apparence, mais dans le ton de la voix, qui se fit intransigeant et dur :
- Tu ne poses pas la bonne question. Ce n’est pas « Qu’est-ce qu’elle a plus que moi ». Mais de toute manière, ça ne te regarde pas. Rien de ce qui se passe ici ne te regarde. Je ne vois pas en quel honneur tu me fais la morale ou me reproches mes choix quand ils ne te conviennent pas alors que tu t’en trouves enchantée lorsqu’il vont dans ta direction. Comment oses-tu toi venir me dire ça ? Je ne te dois rien, à ce que je sache. J’ai toujours pris soin à ne pas te donner de faux espoirs, je t’ai soigneusement épargnée ce qui aurait pu te faire souffrir jusqu’à maintenant. Alors cesses de te comporter comme si je te devais quelque chose. Comme si je t’étais redevable.
Il se tut, le regard noir, conscient de sa cruauté devant cette jeune femme qui avait été méchante que parce qu’elle était elle-même blessée, mais il détestait qu’on remettre ses choix en question. Et encore plus lorsqu’il s’agissait d’une femme dont l’esprit était noyé dans une jalousie inventée. Elena se recroquevilla sensiblement, semblant vouloir s’enfoncer dans le mur davantage. Mais cette tirade ne sembla que lui donner encore plus raison :
- Pénélope, je veux bien, mais elle ! Qu’a-t-elle donc fait pour cela ?!
- Ce ne sont pas tes affaires.
- A chaque fois que je suis confrontée à une autre, j’ai l’impression de devenir de plus en plus une moins que rien. Qu’est-ce que j’ai qui ne va pas ? Pour que tu m’ignores aussi farouchement depuis tout ce temps ? Pour que ces femmes passent sans cesse devant moi comme si je n’étais digne que de ton amitié, comme si je valais moins que toutes ces p*tes de passage. Au lieu de ça, je reste là, à te regarder offrir aux autres ce que je te quémande depuis longtemps ! Est-ce que je suis si peu importante ? Est-ce que je vaux si peu que ça ?
- Non, Elena. Elena… Tu n’y es pour rien. Ce n’est pas toi c’est…
Mais il ne finit pas sa phrase, sachant qu’elle n’aurait de toute manière aucun sens, que c’était la réponse facile où l’on remettait la responsabilité au destin. Elena s’y accrocha pourtant, douloureusement :
- C’est… ? C’est toi ? C’est la vie ? Ne me dis pas ça Octave, ne me dis pas que ce que je désire repose sur un hasard et que je ne peux strictement rien y faire. Dis-moi ce qu’il faut que je change pour remédier à ça, ce que j’améliore pour enfin te plaire comme je le désire… Ne me dis pas que tout est perdu pour moi parce que le monde est ainsi fait que des femmes cruelles et insipides reçoivent plus de faveur de ta part que moi… moi qui ne t’ai jamais rien fait, jamais rien dit…
Elle se tassa encore plus sur elle-même, si cela était davantage possible, ressemblant à une fleur qui fane et qui s’assèche doucement. Certains mots avaient la capacité de rendre tangibles une réalité. Ainsi, alors que du temps de leur amitié inassouvie ils se comportaient en partenaires complices mais aux intentions platoniques, Octave se permettait des choses qu’il ne pouvait plus maintenant. Comme la toucher. Les choses qu’elle avait dites avaient transformé sa frustration en réalité qu’il se devait de ne pas entretenir. Il ne pouvait pas se permettre de faire preuve de compassion ou de tendresse à son égard, car maintenant, elle prendrait chacun de ses gestes comme un signe, un espoir, chose qu’il ne voulait pas au risque de la décevoir encore plus. Alors il resta droit, sans bouger, regardant cette tige de roseau fragile se courber sous un vent invisible :
- Je pourrais faire semblant pour te faire plaisir, mais ce n’est pas ce que tu veux. Et ce que tu veux… décidemment, c’est un leitmotiv ce soir… Ce que tu veux, je ne l’ai pas. J’ai essayé de le nourrir, mais en vain. Et si je me force, cela ne fera du bien à personne, ni à toi, ni à moi. Ou alors te porterais-je une affection sèche qui ne te satisfera jamais parfaitement.
Elle releva ses yeux secs sur lui, elle qui lui était semblable en ce genre de situation et qui acceptait sans sourciller lorsqu’on la ramenait à la réalité. La fureur et la jalousie passagère partirent avec la désillusion qu’elle s’était faite de pouvoir le conquérir d’une manière ou d’une autre. Mettre les choses au clair avait l’avantage de faire sombrer les vaines espérances. Quand la réponse était clairement dite, la tromperie et les divagations n’étaient plus possible. Octave voyait, dans les beaux yeux d’Elena qu’elle en prenait petit à petit conscience. A travers l’inassouvissement, elle voyait plus juste à présent. Enfin, c’est ce qu’il espérait en tout cas. Un long silence c’en suivit, uniquement entrecoupé par le crépitement de la cheminée, alors que la russe restait étrangement silencieuse. Elle finit par articuler d’une voix étranglée :
- Sois tranquille… Ce n’est rien. Je suis… désolée. Je crois que je me libère enfin.


Elle lui esquissa un semblant de sourire, crispé et extrêmement faux. Il le lui rendit, un peu moins forcé et certainement plus sincère que celui qu’elle lui avait offert. Elle se redressa, passa une main dans ses cheveux et sortir dans un claquement délicat de la porte sans rien rajouter d’autre. Octave regarda, certain qu’Elena s’effondrerait à la première occasion solitaire. Elle n’aurait d’ailleurs probablement jamais retenue ses larmes si Cassidy n’avait pas été là, dans son dos, quelque part derrière l’angle du mur, à entendre ce qu’ils étaient en train de se dire. Mais la honte l’avait forcé à se retenir autant qu’elle le pouvait, et peut-être était-elle-même partie plus tôt qu’elle ne l’aurait voulu, fuyant la crise qui lui montait à la gorge. Pourrait-elle maintenant le regarder en face un jour ? Octave se frotta machinalement l’arrière du crâne et alla s’assoir dans l’un des canapés, faisant profile au lit et à Cassidy. Il regarda droit devant soi, les yeux étrangement fixes sur le mur d’en face, qui ne comportait pourtant rien de substantiel. C’était une histoire à chasser de l’esprit, à droguer avec de l’opium, à étrangler pour ne pas en être étranglé soi-même. Il avait besoin d’un temps, d’une pause concrète pendant laquelle il pourrait avoir répit des changements de son existence, de la force dont il allait devoir faire preuve pour garder l’esprit serein. Mais l’angoisse devenait intolérable, ses moments de répit rimant avec la chute de son flegme. Son cœur se mit à battre avec force alors que le temps semblait se trainer sur des pieds de plomb, tandis que lui, des vents d’angoisse monstrueux l’emportaient vers le bord en dent de scie de la noire crevasse de quelque précipice. Octave savait ce qui l’y attendait, il le voyait même et, frissonnant, il se pencha vers l’avant et écrasa ses paupières brûlantes de ses paumes moites, comme s’il avait voulu priver son cerveau de la vue en repoussant les bulbes de ses yeux dans leur caverne. Mais c’était inutile, son cerveau s’engraissait de sa propre nourriture, et son imagination, que l’anxiété rendait grotesque, tordue et distordue par la douleur comme un être vivant. Comme cela n’avait aucun effet, il se redressa et se laissa aller vers l’arrière, s’avachissant contre le dossier du canapé et posant ses mains sur les accoudoirs, les jambes tendues devant soi. Il regardait le plafond, refermant ses paupières sur ses yeux sec un peu trop souvent.

A dire vrai, lorsqu’il ne se forçait pas à être parfaitement déconnecté, Octave était à fleur de peau en permanence, comme écorché vif. La tristesse lui était facile et l’émotion lui montait au visage aussi rapidement que sûrement. Il pouvait pleurer pour tout. Les larmes s’arrêtaient à ses paupières avec constance sans jamais franchir la barrière de ses cils sans qu’il n’en éprouve le désir. Mais lorsque l’envie se faisait pressante comme en cet instant, il répétait une gestuelle qui avait fait ces preuves et dont personne ne comprenait vraiment l’utilité, y voyant un tic nerveux ou un signe d’exaspération. Pourtant, il rejetait la tête en arrière que lorsque l’émotion se faisait insistante et que le seul moyen d’y faire barrage était de rendre leur chemin plus difficile encore par les lois de la gravité. Ou par celles de la physique, lorsqu’il se frottait les paupières jusqu’à s’en faire mal. Mais au moins cela marchait, infailliblement. Octave continua à fixer le plafond, serrant les dents et ne sachant pas quoi faire ni penser, cependant certain qu’il était encore dans l’incapacité de diriger son visage vers Cassidy. Pourquoi n’avait-il pas su entretenir l’affection qu’il avait pour Elena ? Les choses auraient été bien plus simples. Toutefois, il n’était pas de ceux qui aimaient celui ou celle qui les aimait davantage en retour. Et puis… Ses sentiments avaient toujours été profondément dévoués, indépendamment de la personne qui lui prêtait ses charmes, souvent à tort d’ailleurs, car il en souffrait plus qu’il n’en ressentait de la félicité. Et cela aussi le faisait souffrir, d’être incapable d’aimer une si jolie et gentille jeune femme qui l’aurait, très certainement, entourée des meilleurs soins et de la plus sincère des affections. Et les voilà à cause de cela peut être inconnus pour toujours à partir de maintenant. Et le hasard continuait à lui jouer des tours, car il préférait quelqu’un qui allait le plonger dans un tourbillon de chagrin plus féroce encore. Mais le plus enivrant et rassurant était qu’Octave ne ressentait aucune crainte à l’idée de se faire malmener davantage. Lentement, sentant les remous s’apaiser, il tourna la tête vers Cassidy, toujours à moitié allongé sur le canapé, qui supportait le poids de son corps avec un délicieux abandon. Il lui décocha un sourire étrange, un peu navré, un peu étranglé.

« Bon, où en étions-nous… Il y a des jours comme cela, où je ressens tout à la fois. Et d’autres, où je ne ressens strictement rien. Je ne sais pas ce qui est pire : se noyer entre les vagues ou mourir de soif… »

En disant cela sur un ton relativement détaché, il sembla regarder non pas Cassidy, mais au travers d’elle. Et puis soudain, la lumière sembla s’allumer derrière ses yeux, alors qu’il reprenait conscience de soi-même et de l’endroit où il se trouvait. D’un geste souple il se releva et alla s’allonger sur le lit, à distance respectable de sa sirène, sans toutefois avoir l’air de vouloir être distant. Là encore, il offrit son regard au plafond, laissant les larmes couler derrière ses yeux secs. Dans un geste désinvolte, pour détourner sa propre attention, il remonta les manches de sa chemise et inspecta ses avant-bras, où le neuf venait se mêler à l’ancien. Cicatrice sur cicatrice… Lorsqu’il sut quoi dire, Octave posa ses mains sur sa poitrine.

« Je suis désolé, je crois que je suis un peu fatigué. Depuis le début, tu sembles faire appel au même raisonnement, aux mêmes menaces sous diverses formes, tantôt voilées, tantôt directes, mais ayant toujours le même sens. Et tu ne sembles jamais écouter mes réponses, comme s’il faille que je te réconforte à chaque fois sur mes intentions. Combien de fois vais-je devoir te répéter que je sais qui tu es, et même maintenant, que je sais qui es ton père. Et tu ne comprends pas ce que je t’ai dit ; tu crois que ton souvenir me renvoie à autre chose, et que c’est pour cette raison que je suis incapable de voir le tableau dans son entièreté. Que je m’accroche à des souvenirs éphémères qui sont infinitésimaux par rapport à tout ce que tu représentes en réalité. Mais tu te trompes, ce que je voulais dire, c’est que malgré tes origines, malgré ta famille, ton statut et ton rang, je vois une jeune femme toute de lait et de miel. Je vois parfaitement le tableau dans son ensemble, et malgré ses défauts, je ne m’en trouve pas dans l’incapacité d’apprécier ce qui en fait sa beauté. Tu comprends ce que je te dis ? Je suis davantage attiré par ces multiples et charmants détails qu’effrayé par le menaçant paysage qui t’entoure. Je sais que tu es blessante et froide, mais j’ai souffert en silence jusqu’à maintenant à ce que je sache ? Je ne t’en tiens pas rigueur. Je t’accepte. Et tu as raison de rester prudente, la confiance se gagne et se mérite. J’espère qu’un jour tu m’accorderas ne serait-ce qu’une bribe de la tienne. Si cela n’advient pas, c’est que je n’en aurais pas été digne et alors tu auras le cœur tranquille à mon égard. Tu n’auras aucun doute et tu te détacheras de moi avec la sérénité d’avoir au moins essayé. Je peux te promettre pour ma part… quoi que ce soit probablement présomptueux… je te promets de rester honnête et dire les choses telles que je les pense. Au moins tu auras ce réconfort de ne pas douter de ma sincérité. Alors… que veux-tu savoir ? Ou veux-tu te reposer pour ce soir ? »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Lun 21 Nov 2016 - 21:02

Elle s'était ouverte. Imperceptiblement. Ne le voyez-vous donc pas ? Cet effort surhumain pour elle, ce lâcher prise exigeant... Cette prise de risque qu'elle jugeait inconsidérée. Elle venait de franchir un premier cap. L'ascension périlleuse qu'elle jugeait impraticable en raison du chemin dangereux qu'elle obligeait, avait commencé. Elle s'était lancée cette fois, au risque de finir par tomber dans le gouffre qui se dessinait sous elle au fur et à mesure qu'elle progressait. Oh certes, il fallait la connaître par cœur et posséder au moins un doctorat en observation minutieuse pour avoir saisi qu'elle venait de lâcher de plusieurs centimètres les brides qu'elle tenait en permanence ajustées contre elle-même. Pourtant, si elle l'avait bel et bien fait, il n'était malheureusement pas certain que le bibliothécaire ait pu s'en rendre compte. S'il était un observateur des plus assidus, il ne savait rien de la façon dont la sorcière avait pour habitude de gérer ses relations au quotidien. Se sentait-il déjà rejeté ? Exploité ? Le pragmatisme dont faisait preuve la jeune femme pouvait tout à fait justifier ce genre d'idées pouvant lui traverser éventuellement l'esprit. Néanmoins, dans sa douleur, elle venait de lui avouer qu'elle ne faisait que jouer un rôle, et venait de reconnaître à quel point le contrôle dont elle faisait inlassablement preuve était difficile et exigeant pour elle. Aurait-elle lâché ces informations devant une autre personne ? Non. Le contexte et ce qu'Octavius et elle avaient déjà vécu auparavant avait suscité ce laisser-aller à la confidence, bien que celle-ci eut été involontaire et sous le coup d'un épuisement certain. Aussi le pragmatisme rigide dont elle faisait preuve dans son discours argumentatif n'était là que comme une façade, une nouvelle couche de vernis protecteur. Une tentative explicative créée dans l'urgence, davantage présente pour se tromper elle-même que pour le tromper, lui.

Un discours pragmatique en apparence, révélant bien des choses par derrière si l'on prenait le temps et si l'on se donnait la peine de creuser au delà des simples mots. Mêler verbal et non verbal, et même, écarter les mots inutiles et défensifs pour découvrir ce qu'ils dissimulaient. Elle avait accepté de l'écouter alors que ce qu'elle avait appris au dîner l'avait littéralement sciée en deux. Rien que ceci n'était pas anodin. En effet, la rancune était l'un des défauts qui lui collait à la peau depuis toujours. Déçue, la jeune femme ne parvenait pas à passer outre des erreurs de son entourage. Une erreur, un faux-pas, et voilà que le sentiment de trahison s'emparait de son cœur et venait le contaminer comme un poison détestable, et la poussait à s'éloigner définitivement de celui ou celle qui l'avait blessée. Une protection comme une autre, une fois de plus. De nature méfiante et extrêmement prudente, il était déjà très rare que la blonde s'attache réellement à quelqu'un, aussi lorsqu'elle y parvenait, la personne se devait d'être droite jusqu'au bout. La confiance perdue, la reconquérir s'avérait une épreuve quasiment impossible. Or là, inexplicablement, la sincérité et les aveux spontanés et non calculés du brun l'avaient touchée... en plein cœur, et elle avait choisi de lui donner une chance de s'expliquer, réellement. En quoi cela relevait-il encore du pragmatisme, je vous le demande. Elle s'était aussi ouverte à lui, reconnaissant directement qu'elle était parfaitement complexe et dure. Glaciale, même. Pourquoi ? Parce qu'il fallait qu'elle puisse lui faire prendre conscience de ce dans quoi il se lançait. Si la forme était pragmatique et rationnelle, il ne fallait guère oublier ce que la plupart des gens oubliaient... S'interroger sur le pourquoi d'une telle confidence. Pourquoi reconnaître face à lui ces aspects-là d'elle-même ? Était-ce pour le décourager ? Cela aurait pu, en effet, mais elle avait déjà tant tenté de le faire fuir auparavant... Non, décidément cette réponse probable n'était pas la bonne. Se mordillant la lèvre tout en observant Octavius disparaître derrière le mur, se dirigeant vers la porte d'entrée, Cassidy se laissa de nouveau retomber sur le dos, ses cheveux étalés autour de sa tête comme une auréole dorée. Un ange ? Un rictus ironique vint se dessiner au coin de ses lèvres maquillées. Non, définitivement, cela ne lui ressemblait guère. Un démon plutôt. Elle était véritablement mauvaise pour avoir accepté de baisser ainsi sa garde.

« Merlin Cass... Qu'est-ce-que tu fous ? , murmura-t-elle pour elle-même, tout en se massant doucement les tempes, qu'est-ce-que t'es en train de faire exactement ?  »

Seul le silence lui répondit. Un silence lourd, à bout de ressources. Pourquoi lui avait-elle dit qu'elle visait sans cesse à maintenir les gens à distance d'elle ? Qu'elle s'était toujours efforcée de ne rien ressentir ? Cette partie d'elle-même était tellement... intime. Où était donc le pragmatisme là-dedans ? Il n'y en avait pas, et d'ailleurs, elle s'en voulait pour cela. Rien, niet, nada. Si toutes ces questions qu'elle lui avait posé avaient pu lui paraître on ne peut plus rationnelles et calculées, ce n'était pas tant pour se protéger elle que pour le protéger, lui. Parce qu'il en fallait bien qu'il y en ait un sur les deux qui puisse être conscient des dangers que cette ouverture représentait pour eux. Le protéger, lui. Octavius Holbrey. Inconsciemment, la jeune femme était terrifiée. Terrifiée qu'il puisse lui arriver quelque chose, puisqu'elle avait pu commencer à percuter grâce à cet ultimatum qu'il venait de lui poser, qu'elle était attachée à lui. Or, lorsqu'elle s'attachait à quelqu'un, ou inversement, qu'une personne s'attachait à elle... Les choses finissaient toujours par mal tourner.

« Le protéger... Cass... Comment espères-tu le protéger en t'ouvrant ? T'es toxique pauvre idiote. Toxique. »

Lâchant un long soupir, l'étudiante ferma les yeux. Pourvu qu' Octavius ne soit pas trop long, sinon, elle risquait fort de s'endormir malgré elle tant elle était épuisée. Cette décharge brutale d'adrénaline l'avait véritablement vidée. S'endormir... Vivement, les yeux de la jeune femme se rouvrirent tandis que ses sourcils se fronçaient. Il était hors de question qu'elle se permette un tel acte de faiblesse. Hors de question. Elle l'attendrait, plusieurs heures s'il le fallait, mais elle aurait le fin mot de cette histoire tordue. Lentement, la jeune femme se redressa en position assise, et entrepris de masser doucement son poignet droit, cependant dès que ses doigts entrèrent en contact avec ce dernier, une douleur électrique se déclencha aussitôt. Laissant échapper un sifflement de douleur, Cassidy laissa doucement retomber sa main sur sa cuisse, tout en contemplant les marques violacées désormais parfaitement visibles. Cinq doigts, imprégnés sur sa peau pâle. Tels une aile de papillon, ses longs doigts fins virent frôler ces traces qui lui avaient été imposées par la force. Une marque, deux marques... Des ecchymoses aux reflets violacés, pigmentées par une infinité des minuscules points rougeâtres ; minuscules taches cutanées rouges violacés, dues à une infiltration de sang sous la peau. Perdue dans sa contemplation, elle n'eu le temps de relever les yeux qu'en entendant la cavalcade. La silhouette d'Elena fit irruption dans le salon donnant sur la chambre, tandis que Cassidy se crispait davantage. Vivement, la slave détourna les yeux vers elle et son regard se rempli d'une horreur sans nom lorsqu'elle s'aperçu de sa présence. La pièce sans dessus dessous, la robe déchirée, le fait qu'elle soit sur le lit avec les cheveux défaits... Pour une personne extérieure, la conclusion était inévitable... et tellement risible pour Cassidy devant la fureur emplissant les yeux bleus de la sorcière qui se méprenait totalement sur ce qu'il s'était passé. Les gens avaient tellement le don de débarquer au mauvais moment et de tirer leurs conclusions rapidement, sans prendre le temps d'avoir toutes les cartes en main. Une fraction de seconde plus tard, Elena avait de nouveau disparu de sa vue, happée par une main masculine que Cassidy n'avait eu aucun mal à reconnaître comme appartenant au bibliothécaire.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Tu as accepté la demande de son père, c’est ça ? »

Une... demande ? Était-ce la raison de cette tension qui avait semblé émaner d'eux à son retour de la danse avec Lacroix ? La jeune femme fronça les sourcils avant de sauter souplement hors du lit. Silencieusement, elle s'approcha de la cloison la séparant d'Octavius et d'Elena, et atténua sa respiration.

« Manu nous a dit ce que vous-vous racontiez en français, Octave. C’est pour ça qu’elle est là ?
- Non. Je n’ai rien accepté du tout. »

Un murmure. Un simple murmure mais dont la franchise rassura la jeune femme. Ainsi donc son père avait tenté de l'embrigader dans un de ses plans sournois, et il avait refusé. Fermant les yeux, Cassidy s'adossa au mur, en parfaite symétrique avec Elena, debout de l'autre côté de la cloison. Qu'est-ce qu'Andreas avait bien pu lui demander ? Et surtout dans quel but ? La sorcière connaissait son paternel, et savait parfaitement que celui-ci détestait être redevable à quelqu'un, et encore plus lorsqu'il ne connaissait pas la personne. Cela cachait quelque chose.

« Qu’est-ce qu’elle fait là alors ? Tu te rends compte de ce que tu fais ? Encore, que tu travailles pour eux, mais que tu… que tu…
- En russe s’il te plait. »

Le russe. Jamais elle ne l'aurait pensé capable de comprendre cette langue. Possédait-il des origines slaves ? Contrairement à elle, chez qui l'accent avait cette fâcheuse tendance à ressortir lorsqu'elle s'énervait, jamais Octavius n'en avait laissé transparaître un. En attendant, il lui avait demandé de s'exprimer en russe, certainement dans le but qu'elle ne puisse pas entendre - ou du moins, comprendre - leur conversation, sans se douter qu'elle était juste de l'autre côté du mur.

« Pourquoi donc ! Si ce n’est pas une énième mission, qu’est-ce que tu t’en fous ? Hein ?! C’est une fille de Mangemort Octave. Que tu t’amuses à ses dépens… mais qu’est-ce qu’elle fait ici, dans ta chambre ?
- Elle était fatiguée et j’ai…
- Pourquoi elle ? »

Le silence.

« Comment ça ? »

La question était pourtant simple, même Cassidy l'avait comprise, alors qu'elle ne les avait même pas en visuel.

« Pourquoi... moi ? », murmura-t-elle en écho.

Pourquoi elle ? Pourquoi moi ? Pourquoi pas elle ? Pourquoi moi plutôt qu'elle ? Ainsi donc la belle Elena avait perçu un réel intérêt d'Octavius pour sa personne. Si une amie proche du bibliothécaire était capable de percevoir ça, cela voulait-il dire que ce dernier ne jouait donc pas un simple rôle ? Possible. Probable même, si elle se fiait aux aveux auxquels il s'était abandonné quelques minutes auparavant. Peu à peu, les pièces éparpillées représentant les bribes d'informations plus ou moins certaines qu'elle avait en sa possession concernant Octavius, se rassemblaient et s'agençaient entre elles, avec une certaine difficulté, il fallait le reconnaître. Pourquoi moi et pas elle ? Cette question n'était pas anodine. Soudain, l'explosion eu lieu. Certes, beaucoup moins violente que la sienne avait pu l'être quelques instants auparavant. D'une voix tremblante, la slave se répandit en explications désordonnées dont Cassidy ne retint pas la moitié, tant l'idée principale la figea sur place. Pendant quelques secondes, sa respiration se coupa alors qu'elle percutait l'évidence. Elena aimait Octavius. Sans détours, elle venait de le lui avouer d'une voix tremblante de colère, et de tristesse. Sans qu'elle ne parvienne à s'en rendre compte, la gorge de la Rowle se noua et ses bras se refermèrent l'un sur l'autre tandis qu'elle laissait aller sa tête contre le mur.

« Non ! Ne me touche pas ! Tu… Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ?! Cette Mangemort… comment oses-tu ? A quoi est-ce que tu penses ?! Je… T’es dégénéré ou quoi ? T’intéresser à elle alors qu’elle est le fruit de tout ce que tu détestes ! »

Inexplicablement, les mots de la slave qu'elle ne connaissait ni d'Eve, ni d'Adam, virent la toucher en plein cœur. Peut-être parce qu'elle avait commençait à s'ouvrir et que ces mots la reliaient à Octavius. Son cœur... Ainsi en possédait-elle encore un... Cette situation venait de le lui prouver. Glacé, mais pas mort. Ralenti, mais toujours battant. Vivante, elle était vivante. Ce dernier se serra contre son gré, et manqua un battement. Foutu organe inutile des plus fragiles ! Si Elena avait pensé cela d'elle sans que cela n'implique le sorcier, il était absolument certain que la Sang-Pur n'n aurait strictement rien eu à faire, mais là... La situation était différente. Du moins, son cœur la ressentait comme différente. « Cette Mangemort… ». La jeune femme serra les dents et d'un geste doux, caressa l'intérieur de avant-bras gauche. Vierge. Celui-ci état vierge de tout symbole. Sa peau pâle possédait encore ses mille reflets ivoirés, sans être tâchée à jamais par cette marque immonde qui regroupait les Serviteurs du Seigneur des Ténèbres entre eux. Intacte. Pour combien de temps ? Violemment, ses doigts se refermèrent sur son avant-bras tandis qu'un craquement sourd s'échappait de sa mâchoire. Jamais. Jamais elle ne serait des leurs. Le servir lui... Rien que l'idée lui donnait la nausée. Serviteur... Jamais elle ne le serait réellement, elle le refusait ; tout son être rejetait l'idée d'un bloc. Si elle avait poursuivi ses études supérieures, c'était dans l'idée que son père retarderait son entrée dans les rangs au profit d'études de Potionniste. Flatter l'Ego paternel lui avait paru comme un moyen stratégique de retarder l'inévitable. L'inévitable qui se rapprochait à grands pas.

« T’intéresser à elle alors qu’elle est le fruit de tout ce que tu détestes ! » Au moins, cela avait le mérite d'être clair. Limpide, transparent. Si Elena qui était son amie, disait vrai et ne se trompait pas sur lui, cela signifiait que la comédie, il l'avait bel et bien jouée ce soir devant tous afin de se protéger, lui, et de la protéger elle. De les protéger, tous les deux. Le fruit de tout ce qu'il détestait... Le fruit d'un mariage arrangé dépourvu de la moindre once d'amour entre les descendants de deux grandes familles de Sang-Pur. Un fruit... Un fruit pourri, oui. Une petite fille que son père avait espéré garçon, dont l'apparence physique n'avait pas suffit à l'honorer. Voilà ce qu'elle était. Le fruit pourri d'une alliance, d'un accord presque politique entre deux grandes familles ne jurant que par le statut de sang et les apparences. Fille d'anticipation, d'arrangements, et de rigueur. Comment pouvait-on décemment lui reprocher d'être ce qu'elle était devenue ? Perdue dans ses pensées, elle n'avait qu'à peine écouté la réponse fournie par Octavius. Ce fut le nouveau cri empli d'une fureur désespérée qui lui fit réintégrer l'instant présent.

« Pénélope, je veux bien, mais elle ! Qu’a-t-elle donc fait pour cela ?!
- Ce ne sont pas tes affaires. »

Mais pourquoi... Pourquoi ne démentait-il pas ? Après tout, rien ne s'était réellement passé au sens physique du terme, hormis une sombre bagarre. Qu'avait-elle donc fait pour cela ? La question était intéressante. Elena était intelligente et posait les bonnes questions - questions dont Cassidy ne possédait pas non plus les réponses.

« Ce que j'ai fait... », chuchota-t-elle d'une voix lointaine.

Un murmure adressé au vent. Qu'avait-elle fait ? Qu'avait-elle dit ? Si elle représentait tout ce qu'il détestait, comment avait-elle pu... l'attirer ? Un écho monta soudain en elle, résonnant dans son esprit embrumé « Tout ce dont je me souviens en te regardant, ce ne sont pas tes origines ni ta famille, ni tes faux-semblants, c’est un bosquet de roses, une buée d’étoiles, ce frisson, ce feu, cette moiteur de miel et cette longue, longue souffrance. ». L'amour s'expliquait-il ? La jeune femme fronça les sourcils. Était-ce bien de l'amour ? Amour ou simple attirance passagère ? L'oublierait-il et l'abandonnerait-il si elle se donnait à lui ? Vivement, Cassidy secoua la tête, comme pour chasser ces pensées polluant son esprit. Elle n''avait rien fait, sinon le repousser. Elle n'avait rien dit, sauf pour tenter de le faire fuir. Comment avait-elle pu le séduire involontairement ?

De nouveau, la voix d'Elena s'éleva dans la pièce, criant son désespoir aux oreilles de l'homme qu'elle aimait et qui ne l'avait jamais regardée autrement que comme une amie. Que pouvait-elle faire pour changer ? Comment pouvait-elle s'améliorer ? A ces mots, l'apprentie potionniste grimaça, et s'écarta du mur comme si ce dernier l'avait brûlée. Reculant de quelques pas, la jeune femme resta figée, à mi-chemin entre le lit et le mur. Changer... Elena était prête à se transformer, à dénier certains aspects d'elle-même et tout cela par amour pour un homme ? Bon sang, voilà pourquoi l'amour n'était qu'une vaste farce, un danger redoutable face auquel il fallait fuir. L'amour avait ce pouvoir détestable... Celui de nous transformer, celui de nous affaiblir. Etre prête à renoncer à celle que l'on était pour une personne ? Non... C'était inenvisageable. S'oublier... Si elle avait été amenée à le faire, cela n'avait été que dans un seul but : survivre. Se trahir, se transformer.... afin de pouvoir continuer à voir le jour se lever, et respirer l'air. Comment Elena pouvait-elle envisager un tel sacrifice pour une chose telle que l'amour ?

Des bribes de paroles. La voix d'Octavius lui parvint aux oreilles, et de nouveau Cassidy se rapprocha silencieusement du mur, pour venir y coller son oreille.

« [...] Ce que tu veux, je ne l’ai pas. J’ai essayé de le nourrir, mais en vain. Et si je me force, cela ne fera du bien à personne, ni à toi, ni à moi. Ou alors te porterais-je une affection sèche qui ne te satisfera jamais parfaitement. »

A ses mots, la slave sembla percuter que ses tentatives pour le rallier à son cœur étaient vaines. Enfin, elle partit, ses talons résonnant derrière elle, laissant comme une atmosphère remplie d'amertume dans son sillage. Rapidement, la jeune femme alla se rasseoir sur le lit, comme si rien ne s'était passé. Esprit embrumé, tant de questions bourdonnaient dans sa tête sans parvenir à s'organiser de manière logique et cohérente. Y-avait-il encore un fil conducteur entre elles ? Un claquement de porte, des bruits de pas. Octavius reparu dans son champ de vision, l'air grave, suivant son pas qui le mena droit à l'un des canapés du salon, dans lequel il s'affala. Sans un mot, Cassidy observa son visage qu'elle redécouvrait. Les traits tirés, son regard émeraude habituellement si vif, éteint. Définitivement, le masque était tombé. Lentement, il se frotta les paupières en se redressant, pris par une agitation qu'elle ne lui connaissait pas, lui qui avait ce don de tout relativiser et pour tourner les choses en dérision. De nouveau, il changea de position - toujours sans la regarder - se laissant gracieusement aller dans le canapé, les yeux levés vers le plafond intact de leur précédente bagarre. Un plafond blanc, vide. Un clignement, deux clignements... Trois, quatre, cinq. Six... sept... Ses paupières papillonnaient avec insistance - gestuelle étrangement familière que la jeune femme reconnut instantanément. La tête en arrière, le regard levé vers le plafond, ces clignements... Octavius ne divaguait pas, non. Il luttait contre les larmes, ces foutues perles salées trahissant ses faiblesses dont il ne désirait pas l'accaparer. Il combattait enfin cette tempête d'émotions qui devait faire rage dans son esprit, dans son cœur.

« Bon, où en étions-nous… Il y a des jours comme cela, où je ressens tout à la fois. Et d’autres, où je ne ressens strictement rien. Je ne sais pas ce qui est pire : se noyer entre les vagues ou mourir de soif… »

Il avait tourné la tête vers elle, la regardant sans vraiment la voir comme si elle eu été un simple fantôme, une âme égarée. Transparente. Doucement, la jeune femme replia ses jambes sur le lit, avant de le fixer calmement. Elle n'en avait pas conscience, mais pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, ses prunelles turquoises s'étaient adoucies. Plus aucune trace de défi, ni de colère. Même la méfiance s'était temporairement estompée au profit d'un nouvel éclat quelque peu chaleureux.

« Je préfère mille fois mourir de soif, que d'être submergée par des vagues incontrôlables auxquelles je ne comprends rien. Après, c'est totalement subjectif... »

Lentement, il se leva, s'approcha du lit, réduisant l'espace qui les séparait. Comme au ralenti, il s'allongea à ses côtés, le regard toujours perdu dans le plafond.

« Octavius, commença-t-elle, je... je suis vraiment... »

Le dernier mot resta bloqué dans sa gorge, refusant d'en sortir. Ses lèvres se refermèrent, ne lui permettant pas de mettre en mots ce qu'elle ressentait au fond d'elle-même. Un supplice sans fin. Elle n'était même pas capable de lui dire qu'elle était désolée, alors qu'Elena aurait été capable de tellement plus que ça. Cassidy se mordilla les lèvres, son regard se baissant sur ses genoux. Lentement, ses doigts vinrent retracer les marques violacées des doigts masculins. De ses doigts, à lui, gravés sur sa peau de manière temporaire. Indirectement, la main féminine, hésitante, vint se poser sur les marques des doigts du bibliothécaire. Elle lui avait saisit la main, à distance. De manière extrêmement implicite que rien n'était moins sûr qu'il le remarque - du moins consciemment.

« Je suis désolé, je crois que je suis un peu fatigué. Depuis le début, tu sembles faire appel au même raisonnement, aux mêmes menaces sous diverses formes, tantôt voilées, tantôt directes, mais ayant toujours le même sens. Et tu ne sembles jamais écouter mes réponses, comme s’il faille que je te réconforte à chaque fois sur mes intentions. »

Comment pouvait-on le lui le reprocher ? Cassidy fronça les sourcils tout en croisant les bras sur sa poitrine. Bien sûr qu'elle écoutait ses réponses, plutôt deux fois qu'une. En revanche, y croire était une autre affaire, relevant de la confiance, chose qu'elle ne pouvait pas encore lui donner.

« ... Combien de fois vais-je devoir te répéter que je sais qui tu es, et même maintenant, que je sais qui es ton père. Et tu ne comprends pas ce que je t’ai dit ; tu crois que ton souvenir me renvoie à autre chose, et que c’est pour cette raison que je suis incapable de voir le tableau dans son entièreté. Que je m’accroche à des souvenirs éphémères qui sont infinitésimaux par rapport à tout ce que tu représentes en réalité. Mais tu te trompes, ce que je voulais dire, c’est que malgré tes origines, malgré ta famille, ton statut et ton rang, je vois une jeune femme toute de lait et de miel. Je vois parfaitement le tableau dans son ensemble, et malgré ses défauts, je ne m’en trouve pas dans l’incapacité d’apprécier ce qui en fait sa beauté. Tu comprends ce que je te dis ?
- Je... Je crois... »

Menteuse. Une partie d'elle-même était complètement à la ramasse. Jamais elle n'avait été confrontée à une telle situation. Certes Owen avait été un excellent orateur lui aussi, mais... Cette fois, quelque chose était différent dans la façon dont les mots d'Octavius trouvaient un chemin en elle. Voilà, la nuance était là. Un chemin. Même si les paroles du bibliothécaires n'étaient guère encore parvenues à toucher son âme, elle se frayaient un chemin en elle, hasardeux certes, mais un chemin tout de même, au contraire des mots d'Owen, qui étaient toujours restés sur le pas de la porte, ne faisant que glisser sur la peau carapace de la jeune femme.

« Je suis davantage attiré par ces multiples et charmants détails qu’effrayé par le menaçant paysage qui t’entoure. Je sais que tu es blessante et froide, mais j’ai souffert en silence jusqu’à maintenant à ce que je sache ? Je ne t’en tiens pas rigueur. Je t’accepte. Et tu as raison de rester prudente, la confiance se gagne et se mérite. J’espère qu’un jour tu m’accorderas ne serait-ce qu’une bribe de la tienne. Si cela n’advient pas, c’est que je n’en aurais pas été digne et alors tu auras le cœur tranquille à mon égard. Tu n’auras aucun doute et tu te détacheras de moi avec la sérénité d’avoir au moins essayé. Je peux te promettre pour ma part… quoi que ce soit probablement présomptueux… je te promets de rester honnête et dire les choses telles que je les pense. Au moins tu auras ce réconfort de ne pas douter de ma sincérité. Alors… que veux-tu savoir ? Ou veux-tu te reposer pour ce soir ? »

Cassidy secoua lentement la tête, jouant nerveusement avec son reste de tresse qui reposait le long de son épaule droite. Au diable le langage non verbal, elle n'avait plus la force de le contrôler ce soir.

« Tu parles beaucoup. Je ne sais même plus par où commencer. Est-ce-que c'est une tactique pour m'embrouiller ? »

Elle plaisantait. Enfin... Il serait plus juste de dire qu'elle avait tenté car si l'intention y était, son ton était malheureusement resté inlassablement sérieux. Décidément l'humour n'était pas son fort. Aussi, pour faire passer cette remarque pouvant être perçue comme acide, la Rowle esquissa un petit sourire du coin des lèvres. Petit et discret, mais rempli d'une sincérité étonnante. Lentement, Cassidy se laissa tomber en arrière à ses côtés, séparée de lui par une ligne imaginaire. Il fallait commencer par le commencement. Si elle attendait de lui de l'honnêteté sans la moindre faille, elle se devait de l'être également. Son regard clair fixé sur le plafond qui n'avait décidément rien de transcendant, Cassidy commença :

« Il faut que tu saches que je vous ai écouté, avec Elena. J'ai tout entendu, et ça m'a bien arrangé qu'elle refuse de s'exprimer en russe comme tu le lui avais demandé. Elle a souligné quelque chose de tout à fait juste Octavius, une chose à laquelle tu t'es dérobé sans y répondre.. Mais tu n'as pas de chance parce que cette question je me la pose aussi, et moi, je ne te lâcherai pas. Pourquoi moi ? Pourquoi moi plutôt qu'elle ? Qu'est-ce-que j'ai fait pour ça ? Elena semblait sincère et prête à te donner... à tout te donner. Cela aurait été tellement plus simple avec elle qui n'est pas " le fruit de tout ce que tu détestes ". Si jolie, si ouverte à toi, démonstrative... Chaleureuse et bienveillante. Elle est mon opposée. Es-tu masochiste pour l'avoir repoussée et être revenu vers moi, une fille de Mangemort qui ne fait que t'attirer de la souffrance et des ennuis ? Regarde tes bras, ces nouvelles cicatrices que je t'ai infligé... Je sais bien que tu dis voir le tableau dans son ensemble, mais tu sembles pourtant bien plus aveuglé par ce que je représente à tes yeux que par ce qui m'entoure, et... tu ne devrais pas. C'est de l'imprudence pure. Je... N' y vois pas là une quelconque tentative de morale, ce n'est vraiment pas le but. Je cherche juste à te... Je veux dire... Ah comment dire ça ? »

D'un mouvement de balancier, Cassidy se servit de ses jambes pour rouler sur le côté droit, face à lui. Glissant ses mains sous sa tête, ses doigts d'entremêlant dans ses cheveux blonds, elle l'observa un moment, silencieuse.

« Les personnes qui se sont attachées à moi l'ont toujours payé Octavius. Toujours. Il faut que tu le saches. Je... Je ne veux pas - te perdre toi aussi -... Je veux dire, tu es le seul ici, au château et même ailleurs, qui soit capable de me tenir tête et de m’essouffler ainsi. Je... Sans toi, ce serait... différent. Et vide, d'une certaine façon. »

Il fallait qu'elle change de sujet, vite. Ne pas perdre pieds. Inspirant profondément, la blonde reprit d'une voix posée.

« Ensuite, tu pourrais me répéter mille et une fois que tu sais qui je suis que cela ne me suffirait pas pour me convaincre. Car pour que tu saches qui je suis, il faudrait que je décidé, moi, qui je veux être. Or... ce choix... ne, ne m'appartient pas. Je ne sais pas qui je suis, comment pourrais-tu prétendre le savoir en l'espace d'un mois ? Tu ne connais pas mon passé, tu ne sais rien de moi, ni de ma vie - ou presque. Je t'en ai fait bavé comme jamais je n'en avais fait voir à quelqu'un. J'ai raconté des mensonges te ridiculisant face à Henry, je me suis introduite dans tes appartements... Sans compter le concours de Drag-queen couvert par la Gazette, Trewlaney, le Wizard's Gay bar... Ombrage... Je sais que tu sais que j'étais à l'origine de tout ça. J'ai tout fait pour te repousser et pourtant... Tu es toujours là, même après que le professeur Rogue t'ait lancé le sortilège Doloris par ma faute, même après... ce soir. Je t'ai lancé des sortilèges, t'ai attaqué physiquement et verbalement... Et tu es là. Tu as repoussé les avances de ton amie pour rester auprès de quelqu'un qui ne fait que te blesser. Je... Je ne te comprends pas, ce qui m'amène à répondre à ta dernière question : je ne compte pas me reposer. Pas tant que je ne saurai pas un minimum où l'on va. »

Cassidy releva la tête et poursuivit, laissant cette dernière en appui sur sa main.

« Ce que je veux savoir... Merlin... Mais tout simplement qui es-tu ? Voilà ma principale question. Comme tu t'en doutes, elle se décline en plusieurs points. As-tu servi les Mangemorts ? Si oui, pourquoi ? Quelle est ta véritable allégeance, tes idéaux ? M'as-tu dis la vérité ce soir-là, dans le jardin ou jouais-tu la comédie ? Je... J'ai l'impression que tu es sincère ce soir, mais... Je ne sais pas. Je suppose que je dois avoir... Non, rien. - Elle avait peur. Peur de se confier, peur d'être trahie et d'être tuée. Cassidy se redressa en position assise, afin de mieux se concentrer - Quel était le marché que mon père t'a proposé et que, d'après ce que tu as dit à Elena, tu aurais refusé ? »

Lentement, les doigts fins de la jeune femme virent défaire l'élastique retenant ce qui avait autrefois ressemblé à une tresse, et avant cela, à une coiffure sophistiquée. D'une main mal assurée - car douloureuse - elle ébouriffa sa chevelure dégageant une odeur de lys, de manière à lui redonner du volume tout en enlevant les nœuds qu'elle avait récolté suite à sa lutte avec le brun. Ceci fait, ses iris revinrent se figer dans ceux du sorcier. C'était sa chance, celle qu'elle n'avait jamais accordée à personne. S'en saisirait-il ?

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mar 22 Nov 2016 - 20:57

« Je préfère mille fois mourir de soif, que d'être submergée par des vagues incontrôlables auxquelles je ne comprends rien. Après, c'est totalement subjectif... »

Pourquoi donc n’éprouvait-il aucun étonnement face à cela ? Seulement une sorte d’amertume, un regret, de la voir ainsi préférer se priver de tout plutôt que de prendre le risque de souffrir. Mais ne souffrait-elle pas déjà à force de s’assécher sans relâche ? Et plus elle se privait, moins ressentait-elle la faim qui tiraillait son esprit et son corps, revêtant la forme d’une douleur sourde et latente, telle une angoisse dont on ne connait pas la source, mais que l’on subit chaque jour un peu plus. Tout cela prenait soudain un sens, en quelques mots négligemment agencés pour expliquer une stature, Cassidy lui avait fourni le moyen de mieux l’entendre. Des vagues incontrôlables, auxquelles elle ne comprenait rien. Cela semblait d’une évidence maintenant. Il l’avait supposé froide et intransigeante par principe et par devoir, envers soi-même et son père. Mais qu’y avait-il de plus féroce que cela, de moins atteignable et d’incontrôlable, quoi que l’on fasse et quels que soient les moyens qu’on y mette ? La crainte. L’effroi de ne plus pouvoir se contrôler en se trouvant sous l’emprise de quelques sentiments inconnus et non maîtrisés. Octave avait pensé qu’elle fut parvenue à mater avec force et brutalité les émotions qui naissaient en son sein comme l’on tenait un tigre en laisse et que l’on dressait convenablement pour qu’il ne fasse aucun remous, qu’il obéisse au moindre caprice et s’efface dès qu’il s’avère n’être point accommodant. Naturellement, c’était ce qui lui était venu à l’esprit parce qu’il était lui-même comme cela, capable de s’apaiser et d’étrangler un émoi si le besoin se faisait pressant. Il s’était dit qu’il n’y avait qu’un obstacle à abattre pour faire jaillir la source intarissable d’une sensibilité exacerbée, mais il se devait maintenant de reconsidérer radicalement ses attentes. Il n’y avait pas de source. Il n’y avait qu’un désert avec un oasis qui se cachait sans cesse derrière des mirages. Cassidy ne dissimulait qu’un part infime d’elle-même ; pour le reste, elle ne ressentait en réalité rien. Elle s’était fermement interdit le moindre tressaillement, par crainte de le voir se transformer en un torrent qu’elle serait incapable de gérer, comme une goutte d’eau qui tombe sur un lac immobile et qui pourtant fait frémir toute sa surface de rondes et d’ondulations interminables.

Il y avait presque de quoi faire un reproche. Mais il y avait bien trop de tragique derrière ce manque d’intérêt pour quelque chose qu’elle ne comprenait pas. Il n’y avait plus un palais à reconstruire, c’était les fondations qu’il fallait fortifier, voir aller jusqu’à tout raser pour tout reconstruire. Cela aurait été plus simple peut-être que de tout détruire et refaçonner à sa guise et sa convenance, pour que cela soit plus convenable. Cependant, c’était là une pensée barbare que quelqu’un avait déjà eu avant : son père. Octave ne savait pas comment, mais il était maintenant certain qu’Andreas avait tenté de déraciner la belle fleur sauvage que devenait sa fille pour la faire ressembler à ce qu’il s’imaginait être charmant et maîtrisé. Il avait brûlé une grande forêt pour y planter un jardin symétrique, s’attendant à ce que cette terre fatiguée fasse pousser des fleurs et des buissons d’orangerie là où s’étaient jadis tenus de hauts et puissants cèdres. Et aujourd’hui, il y avait un semblant d’épanouissement parmi cette perfection formelle, cette majesté froide et théâtrale, reflet parfait d’une main mise humaine, le triomphe de l’ordre symbolique et esthétique sur le désordre de la nature, du réfléchi et du spontané. Andreas avait eu l’art de corriger le naturel pour y imposer une rigueur par l’impassibilité. Ce soir, Cassidy lui avait prouvé que derrière cette apparence bien rangée, il y avait une nature sauvage et poétique, toute faite de chemins sinueux, d’éléments remarquables, d’arbres rares au feuillage coloré, de troncs torturés, de pelouse désordonnée et folle. Sa famille n’avait nourri en elle que le négatif, la haine et la colère. Il devenait soudain évident que c’était précisément ces sentiments là qu’elle était capable d’au mieux exprimer sans être en étant de les contrôler. Cassidy était en permanence nourrie par l’animosité que lui inspiraient ses proches, incapable de les réprimer tant ils trouvaient toujours écho dans le monde de méchanceté qui l’entourait. Et alors qu’il y avait toujours place et pitance pour le dégoût, il n’y avait rien pour le reste. Ni paix, ni affection, ni amour, ni tendresse. Comment comprendre ce qui n’existait pas dans sa vie ? Comment étreindre ce qu’elle n’avait jamais eu et qui ne lui inspirait que méfiance ? Alors-même qu’elle plongeait sans hésitations dans une inimité froide et constante. Sans doute qu’il fallait infiniment plus d’efforts pour s’ouvrir et faire confiance que de s’entourer d’un flegme solitaire.

Il se sentait de bon droit de ne pas s’être emporté comme elle l’avait souhaité ; cela aurait été aussi efficace que s’il avait voulu éteindre du feu en y jetant du fioul. Finalement, elle avait tenté de l’entrainer sur un terrain qui lui était familier, où elle avait déjà ses repères, malgré le fait que c’était là clairement un comportement qui ne devait pas lui ressembler. Mais la rage ayant toujours été maîtresse en son sein aride, Cassidy n’avait même pas semblé voir qu’une voie différente que celle empruntée était possible. Elle n’avait été que démonstration désordonnée de sa frustration et Octave voulait maintenant lui montrer qu’il n’y avait pas que dans colère qu’on pouvait trouver satisfaction à sa douleur. Peut-être que le processus avait déjà pris place aux dépens d’Elena, car il avait cru entendre un semblant de pitié dans la voix d’habitude condescendante et distante de sa sirène. Là, elle avait trébuché sur quelques mots, n’achevant jamais la phrase, dont la fin s’était perdue quelque part dans sa gorge. Elle était désolée pour lui ? Quelle douce ironie. Pourquoi donc ? Ah oui, certes, elle était désolée pour la douleur que cela engendrait sans même probablement voir toute la vertu d’un tel instant. Fondamentalement, toute cette histoire était regrettable, mais il ne ressentait pas de tristesse, et l’émoi était davantage dû à la tension qu’à un véritable chagrin. C’était en observant ce genre de dévotion qu’il était tombé amoureux de l’amour pour le reste de sa vie. Et peut-être que le prix à payer pour être capable d’éprouver ce genre de sentiments était fort pour eux, mais Octave ne regrettait rien. Non par orgueil flatté de l’attention qu’on lui portait, mais simplement parce que c’était une dévotion libératrice qu’il se félicitait chaque jour de pouvoir être à mesure de ressentir. Elena allait le détester, mais au moins n’allait t-elle pas s’arrêter de vivre pour autant et redirigerait-elle un jour son affection vers quelqu’un d’autre, contrairement à Cassidy qu’un tel sentiment détruirait s’il venait à être frustré. Elle n’était pas assez forte pour ça. Définitivement pas assez.

Finalement, il s’était décidé à parler, longuement, à panser les blessures et les doutes comme il le pouvait et à la mesure de ce que lui permettait la situation. Après tout, il était sorcier, pas magicien. Par moments, agir aurait été plus efficace que de parler, mais présentement, il n’avait pas le choix et devait exprimer ce qu’il aurait mieux valu prouver, avec l’espoir qu’ils avaient encore le temps pour ça. Un jour peut-être se rendrait-elle compte par ses actes de ce qu’il essayait de lui raconter, mais la vie était ainsi faite que les terrains propices se faisaient rares et les petits actes de bravoure demeuraient souvent invisibles. Au moins l’avait-elle écouté jusqu’au bout sans l’interrompre ni exploser, demeurant sagement assise à torturer davantage d’une étreinte nerveuse le poignet qu’il avait maltraité plus tôt.

« Tu parles beaucoup. Je ne sais même plus par où commencer. Est-ce que c’est une tactique pour m’embrouiller ?
Octave haussa les sourcils. Un sourire, vraiment ? De l’humour ? Elle avait déjà été cruellement sarcastique à son égard, mais malgré la froideur, il sentait que la situation était sensiblement différente maintenant. Elle le toisait narquoisement et il lui rendit son sourire en coin avant de répondre :
- Ca semble marcher en tout cas. »

Il ne rajouta rien de plus, refermant cette parenthèse qui ressemblait davantage à la signature invisible de traité de paix. Si l’humour était permis, alors la tempête était derrière, pas vrai ? C’était rassurant, mais il ne voulait pas s’y attarder, rentrer dans une légèreté qui leur ferait oublier les choses qu’ils avaient et devaient se dire pour améliorer la situation. Alors Octave se roula sur le côté, ayant besoin d’un contact visuel avec Cassidy, qui s’était elle-même allongée non loin de lui. Appuyant sa tête sur un bras replié, il l’écouta attentivement, s’accrochant aux pétales qu’étaient ses lèvres tel un assoiffé, un naufragé entouré de flots salés. Lorsque Cassidy entama l’exposé de ses inquiétudes, elle lui avoua avant tout avoir entendu la conversation. Il aurait préféré garder cet instant privé, mais Elena en avait décidé autrement et il n’avait véritablement pas à en rougir. Alors Octave n’y prêta pas davantage attention, sachant toutefois que si elle abordait le sujet, c’est que la situation ne lui avait pas paru claire. Et en effet, ce pourquoi moi ? Il eut un sourire gêné, suivi d’une inflexion singulière des sourcils qui illustrait si bien l’ennui qu’il éprouvait à devoir répondre à cette question. Néanmoins il ne dit rien, se laissant le temps de réfléchir, et à Cassidy le loisir de suivre le cours de sa pensée sans que personne ne vienne l’interrompre. Elle sembla soudain charmante et douce à s’inquiéter autant de la félicité qu’elle se sentait incapable de lui et qu’Elena proposait avec débordement et ardeur. Mais voilà, elle se basait sur la parole de quelqu’un qu’elle ne connaissait pas et qui ne savait rien d’elle en retour non plus. Elena jugeait et s’étonnait de choses qui lui étaient totalement étrangères, mais s’en faisait un avis solide sur le peu qu’il lui fut donné de voir. La jalousie et la fureur avaient parlés à sa place, mettant en place des jonctions là où il n’y en avait pas, prêtant à Octave un avis qu’elle croyait en sa pensée, sans toutefois y avoir accès. Elle avait vu Cassidy se comporter avec tout le flegme et le sarcasme dont elle était capable et maintenant s’y comparait, ne comprenant pas comme une personne au caractère si mauvais puisse avoir plus d’attrait qu’elle-même. Peut-être d’ailleurs n’avait-elle pas la capacité d’apprécier quelqu’un comme Cassidy, même si elle venait à la connaître parfaitement, limitée qu’elle serait pas ses inclinations naturelles, son goût et caractère apaisant et fondamentalement bon. Peut-être ne seraient-elles jamais en mesure de se comprendre.

Du bout de l’ongle, il se mit à tripoter un fil de laine qui s’était détendu et échappait au motif nacré du dessus de lit. Il tira d’abord dessus, puis tenta de le tendre à nouveau pour l’homogénéiser. Il ne voulait plus la regarder alors qu’elle lui rappelait avec application toutes les raisons intimes qu’il avait de la fuir et de ne ressentir que de l’animosité envers celle qui ne lui avait apporté strictement aucun réconfort. Pour le coup, Octave n’avait pas de sourire rassurant à lui offrir, de douceur à lui transmettre pour lui faire comprendre que tout ce qu’elle disait était faux où n’avait aucune espèce d’intérêt. Simplement, elle avait raison, alors il avait abaissé ses paupières pour contempler ce petit fil désordonné, comme un enfant qui reconnaissait sa faute. Mais il ne pouvait lui en vouloir, après tout il se sentait partiellement coupable de la tournure qu’avaient pris leurs chemins respectifs. Les choses auraient été probablement différentes s’il n’avait pas essayé d’instaurer une compétition malsaine entre eux deux. Enfin, à l’époque, il n’avait aucune idée de qui elle était, ce qu’elle ressentait ni ce qu’elle combattait quotidiennement. Et après il fut trop tard car ils étaient tous deux engagés dans un échange de tir, à celui qui aurait la balle la plus grosse et qui tirerait le mieux. Il en avait profité au début, savourant cette espièglerie qui était chère à son cœur, a cet abandon sans retenue pour l’existence qu’il cultivait en lui voilà maintenant plus de dix ans, s’imaginant qu’elle maîtrisait le jeu aussi bien que lui. Mais manifestement, ce n’était pas le cas. Il aurait pu et dû le remarquer beaucoup plus tôt en la voyant, non pas répondre à mesure égale comme cela était de mise entre deux partenaires, mais essayant à chaque riposte de l’écraser complètement. Elle y était toujours allée bien plus fort que lui, alors qu’il se contentait d’gire à répartie égale, parce que pour lui, la victoire n’était pas le but, alors que pour elle, vraisemblablement, si. Il avait cultivé son imagination alors qu’elle choyait son vice à faire toujours pire, allant toujours plus loin et plus profondément, s’étonnant de le voir en ressortir avec le sourire. Il aurait dû s’en rendre compte.

Et maintenant, elle s’inquiétait des blessures qu’elle lui avait affligé, comme si elle regrettait d’avoir battu quelqu’un qui ne voulait en réalité pas se défendre. Il ne l’avait jamais fait parce qu’il n’avait pas vu cela comme la lutte de deux ennemis, reléguant leur « jeu » sur deux niveaux différents. Elle s’était fixé pour but de l’anéantir pour qu’il n’ait plus la capacité ou l’envie de riposter, alors que lui avait souhaité taquiner. Elle devait voir en chacun de ses actes une preuve d’hostilité supplémentaire qui ne faisait que gonfler son propre sadisme et sa méchanceté. Enfin, tout cela était fini et Cassidy ne faisait que le repousser avec le plus grand pragmatisme dont elle était capable, avec calme et sérénité de quelqu’un qui se trouvait soudain lucide. Il remonta ses yeux alors que Cassidy hésitait sur les mots à emprunter, à lui expliquer que malgré tout, sa persévérance avait payé. Il n’osa cependant pas encore lui adresser un visage réconfortant et il resta grave dans son immobilité attentive de la suite. Il était trop tôt pour se réjouir pour soi, même si ces quelques aveux lui avaient redonné du courage comme rien d’autre en cette soirée.

Toutefois, elle changea de sujet aussi promptement qu’elle avait su faire naitre l’espoir en lui, le mettant encore une fois en garde. Là encore, il se tut, la dévisageant calmement par moments, étudiant les vagues dorées de ses cheveux à d’autres, observant le lourd collier qui ornait son cou et sa poitrine comme une cage. Un ballet entre les détails de sa personnalité et son visage, vers lequel il revenait sans cesse pour en scruter les variations imperceptibles. L’incompréhension, il n’y avait donc que ça qui la préoccupait. Au début, il s’en était retrouvé gêné, parce que c’était généralement des questions qui restaient à jamais latentes et qui trouvaient leurs réponses au fur et à mesure. C’était là des questionnements subtils qui trouvaient leur chemin dans le monde des actes et des sous-entendus disséminés dans des gestes de douceur et de tendresse. Mais elle voulait tout savoir maintenant, comme l’enfant qui ne comprenait pas quelque chose et qui posait franchement le problème sur la table, sans se rendre compte que cela manquait de délicatesse. Son goût pour la finesse s’en trouva quelque peu froissé, mais il ne pouvait décemment pas en faire reproche à quelqu’un qui ne savait pas ce dont il parlait.

« Ce que je veux savoir... Merlin... Mais tout simplement qui es-tu ? »

Pour le coup, il fronça franchement les sourcils avec une mine déconfite tirant les traits de son visage. Par quoi commencer ? Chapitre un du tome premier ? Préface. Mais bon, était-ce vraiment quelque chose à quoi l’on pouvait vraiment répondre ? Heureusement, elle continua, détaillant plus ou moins ce qui l’intéressait et qui ne constitua en finalité aucun surprise pour un Octave qui ramena à nouveau son regard vers le fil de la couverture qu’il n’était pas parvenu à tirer convenable. Il était là, s’élevant en une petite boucle au-dessus de la maille, comme s’il avait souhaité échapper à son destin, à son rôle dans ce grand entrelacement. Octave n’avait jamais cherché à s’expliquer sur ce qui le motivait, parce que les gens qu’il rencontrait l’acceptaient en général tel qu’il était ou ne l’acceptaient pas du tout. Il n’y avait pas de demi-mesure possible avec quelqu’un comme lui, qui agissait de manière aussi ambigüe. Fatalement, les personnes qui l’accompagnaient dans son existence de manière intime devaient être pourvus d’une bonne ouverture d’esprit et surtout d’une confiance. Alors que Cassidy se redressait pour se mettre en position assise, Octave resta couché à observer un quelconque détail sans intérêt, réfléchissant déjà à ce qu’il voulait dire. Elle conclut par une dernière question qui le fit instantanément se renfrogner davantage. Puis, une odeur de lys lui fit redresser la tête vers une masse épaisse et riche de cheveux blonds. Il la regarda un long instant sans parler, puis il se redressa à son tour, balayant la pièce du regard, et se releva complètement. Octave était de ceux pour qui le bordel ne pouvait être acceptable que s’il était interne. L’extérieur se devait toujours d’être organisé, comme pour refléter ce vers quoi il tendait intérieurement. Alors il fouilla l’un de ses poches et en sortit les deux baguettes. Sans regarder la jeune femme, il déposa celle de Cassidy devant ses genoux nus avant de se retourner vers la pièce. D’un mouvement souple du poignet, il répara les objets volés, rassemblant les nombreux débris de verre et de faïence, les bougies cassées et les bougeoirs tordus. A mesure qu’ils se récolaient, les objets allaient retrouver leur place, plus lentement que d’habitude, peut-être à cause des mouvements paresseux du bras d’Octave qui ne cherchait pas à faire dans l’empressement, malgré l’air sérieux et concentré qu’il arborait. Lorsque le dernier livre fut placé sur son étagère et que la tâche d’eau au mur s’assécha, le bibliothécaire posa sa baguette négligemment sur le lit, avoir de s’assoir à nouveau. Avec une lenteur toute étudiée, il remonta l’une de ses jambes pour la croiser sur l’autre et se mit à défaire le lacet de son richelieu. Une fois la paire de chaussures placée soigneusement au pied du lit, il regarda devant lui, les jambes toujours croisées à la masculine, avant de soupirer.

« Elena… c’est vrai. Je m’y suis dérobé parce que ce n’était pas la bonne question et la réponse n’a aucune importance. Ou plutôt, comme la question est en elle-même faussée, la réponse le sera également. Il ne s’agit pas de pourquoi elle plutôt que toi. Vous induisez toutes les deux une notion de rivalité qui n’a pas lieu d’être. Ce n’est pas un choix que j’ai fait, simplement parce que Elena n’a jamais vraiment été une perspective que j’envisageais. Tu as raison, elle est douce et débordante, elle fera tout pour moi si je le lui demande, elle prendra soin de moi, elle me choiera avec tout l’amour qu’elle sera en mesure de me donner, peut-être même passerais-je avant ses propres désirs. Vivre en sa compagnie aurait très certainement été très simple. Sans parler du fait qu’elle soit mignonne et dotée d’un caractère agréable, d’une intelligence rare. Elle vit l’amour comme personne, avec épanouissement et abandon de soi. Elle aurait été la compagne idéale. Alors dis-moi plutôt, elle qui est si parfaite, comment a-t-elle pu s’enticher de quelqu’un comme moi, hein ? »

Octave se retourna vers Cassidy, l’air sincèrement perplexe. Quitte à se comparer au mérite, alors autant y aller franchement. Dans le genre, il n’était visiblement pas mieux. Il se laissa aller vers l’arrière, s’appuyant sur le matelas de ses deux bras tendus.

« Et puis, simplicité ne rime pas nécessairement avec bonheur. Je ne suis pas fait pour elle. Ou elle n’est pas faite pour moi, comme tu préfères. On est trop différents. Quand je veux dire trop, c’est que cela nous empêche à une certaine mesure de nous comprendre suffisamment. Elle est beaucoup plus candide et sage que moi, il y a beaucoup de choses que je ne lui ai jamais raconté parce que je savais qu’elle n’y verrait aucun sens. Elle croit me connaître et m’aimer pour ce que je suis, mais ce n’est pas le cas. Et je ne peux pas être avec quelqu’un à qui je me sens obligé de cacher des choses pour ne pas la froisser ou me sentir jugé en permanence. Quant à toi… J’ai le sentiment que nous avons des blessures semblables. Sans parler du fait que j’ai une inclination naturelle pour les personnalités équivoques plutôt que celles qui n’existent que d’un seul côté du miroir, comme Elena. Je ne suis moi-même pas comme ça et ça me met mal à l’aise. Pour eux, c’est comme s’il n’y avait qu’un pan de l’existence qui était réel. C’est pour ça que je vais te demander d’essayer d’oublier ce que tu as pu entendre. Elena ne te connait pas et elle ne me connait pas moi non plus… Même si tu es effectivement fille de Mangemort, mais ça, c’est autre chose. »

Il soupira, après avoir dit à voix haute ce qui avait toujours accompagné sa pensée lorsqu’il se trouvait proche d’Elena. Elle était charmante et agréable, mais elle avait connu trop peu de douleurs et de déceptions pour comprendre celles de l’homme qu’elle pensait connaître parfaitement. Elle l’avait traité de dégénéré, probablement par colère, mais c’était déjà suffisant pour lui prouver qu’elle était encore moins prête à entendre ce qu’il aurait pu avoir à lui raconter. A dire vrai, il ne racontait pas grand-chose à ses amis, à part peut être Penelope, mais même elle ne détenait pas toutes les vérités à son sujet. Il ne s’était jamais senti en mesure de tout donner à qui que ce soit, sauf une seule personne. Mais elle n’était maintenant plus de ce monde et il n’était pas du genre à absolument lui chercher un remplacement. Non, il savait parfaitement que jamais il n’allait rencontrer quelqu’un comme Elle dans sa vie et qu’il lui fallait accepter que quelqu’un lui plaise d’une toute autre manière. Octave se redressa et regarda ses avant-bras, paumes tournées vers le plafond. Longuement, il les étudia avant de sortir un mouchoir de sa poche et d’absorber le sang qui s’était formé par minuscules gouttes à certains endroits.

« Tu ne m’as pas rendu la vie facile, c’est certain, mais je ne suis pas quelqu’un qui se détache de ceux envers qui je nourris une affection parce qu’ils m’ont blessé. J’ai de la patience et j’essaye toujours de faire le tour de toutes les possibilités avant de mettre une croix définitive sur quelqu’un. Tu t’affublais de divers défauts tout à l’heure, et bien moi, je suis vindicatif. Je donne beaucoup de chances, j’attends, j’essaye, je persévère jusqu’à l’épuisement. Alors, si rien ne marche et que la situation reste désespérément irrécupérable, je me détache définitivement. Mon respect et ma considération, une fois perdus, le sont définitivement. Nous n’en sommes pas encore là et j’espère que ça n’arrivera jamais. Malgré ce que tu m’aurais fait subir, je vois en toit des aspects que j’apprécie et que tu me montres malgré toi. Petit à petit, la situation s’améliore et j’ai espoir que nous irons vers l’avant au lieu de reculer. Donc non, je ne suis pas aveuglé, ni masochiste, comme tu le dis. J’accepte de me faire maltraiter dans la perspective que cela nous aide à nous en sortir. Parce que je crois que tu vaux la peine qu’on souffre un peu pour toi. Tu crois être le fruit de tout ce que je déteste ? Voilà alors ce que je ne déteste pas : tu es vive d’esprit, sarcastique quand il le faut, intelligente et ardente, mystérieuse et espiègle par moments, parfois spontanée et parfois complètement axée sur le contrôle. Tu es profonde et compliquée sans pour autant être incompréhensible. Et puis tu es belle et gracieuse, même dans la colère et la tristesse, tu as un charme naturel qui fait que je ne peux pas véritablement y résister. Enfin… ce genre de choses. Tu vois, elle ne te connait pas pour dire que tu es tout ce que je déteste. »

L’ombre d’une gêne passa sur son visage alors qu’il tourna enfin son visage pour regarder Cassidy, sa lourde chevelure et ses grands yeux bleus, cerclés de cils aussi noirs et longs qu’un plumage épais de merle. Il ne voulait pas la mettre mal à l’aise davantage, sachant quel genre de pouvoir pouvaient avoir les compliments sur quelqu’un qui n’était peut-être pas habitué à les recevoir, ou qui n’y prêtait pas beaucoup de confiance. Néanmoins il avait tenté d’être aussi sincère que possible, sans fioritures de langage ni grande gestuelle. Cela n’avait pas sa place ce soir. Et de toute manière, s’il avait fait ça, Cassidy lui aurait encore claqué la tronche pour fuir loin, très loin.

« Et puis, je ne vois pas en quoi ce n’est pas compatible que de rejeter les avances d’une amie ET de rester ici. L’un n’a aucun lien avec l’autre. Tu serais là où non que la discussion aurait eu à peu près la même teneur. Tu ne comprends peut-être pas maintenant, mais un jour, va savoir, tu saisiras les raisons qui me poussent à rester. Je l’espère pour toi. Et pour moi aussi un peu quand même. Pour ce qui est du reste, tu sais déjà que je n’ai pas de marque sur le poignet, ça en dit pas mal je crois. Mais oui, j’ai travaillé pour les Mangemorts, mais je ne les ai pas servis, ce qui est pour moi une différence non négligeable. Comment expliquer ça de manière intelligible… J’ai beaucoup voyagé Cassidy, je suis allé dans de nombreux endroits, sans parler du fait que ma vie a toujours été partagée entre l’univers des moldus et celui des sorciers. Pour moi, bien souvent, ce qui était une guerre ici ne se retrouvait être qu’un article de journal là-bas. Mon existence ne se résume pas, comme la tienne, à m’engager dans un camp et combattre. Je suis demeuré étranger à tout ça. Il y a encore quelques mois j’étais à l’autre bout du monde et tout cette histoire n’avait pour moi aucune importance. Les guerres sont des évènements communs dans l’histoire et je ne me sens suffisamment proche de rien pour sérieusement m’engager d’un côté à de l’autre. Je n’ai aucune allégeance, j’ai travaillé pour ce qui m’intéressait, sans me poser de questions quant à qui j’aidais en faisant ce que je faisais. C’est peut-être irresponsable, mais c’est comme ça. Je me suis efforcé de faire ce que je voulais indépendamment de qui étaient mes clients. Cela m’est déjà arrivé de refuser des affaires de gens bien parce que cela allait à l’encontre de mes principes tout comme d’accepter la requête de mauvaises personnes parce que je trouvais les raisons légitimes. Je ne me suis jamais attaché à rien de particulier, seulement à ce que mon instinct me disait et ma conscience. Alors pourquoi ? Parce que j’en avais envie. Parce que ce qu’on me proposait me semblait intéressant. Tout simplement. »

Il se tut un instant, regardant ses genoux alors qu’une myriade de souvenirs envahissaient son regard devenu aveugle. Plus de dix années il avait fait quasiment ce que bon lui semblait, sans jamais avoir à ne répondre devant personne, et c’était le principe. Ne pas avoir à s’expliquer, à justifier ses actes et ses choix devant quiconque, et encore moins ressentir un regard scrutateur ou écouter un jugement précipité. Il avait déjà reçu suffisamment de discours moralisateurs de la part de sa famille alors que cela n’avait aucun intérêt et qu’il n’avait encore eu rien le temps de faire, ne manquait à ce tableau plus que quelques sombres inconnus venant lui réciter des litanies religieuses. Manu avait souvent été témoins de la plupart de ses activités, mais il était d’une vertu si légère qu’il n’avait jamais pensé à critiquer son ami. Octave se savait ne pas être quelqu’un de bon, ni de particulièrement gentil. Des vices considérables faisaient partie de sa personnalité, mais il avait appris à composer avec son caractère, mais surtout de l’avis que les gens pouvaient avoir de lui. Alors, si Cassidy n’acceptait pas ces explications-là, cet état spécifique des faits, cette absence de ligne morale conductrice, il n’y avait en effet plus rien à faire. Octave ne pouvait pas changer le passer et ne voulait pas se sentir blâmé non plus, ayant toujours considéré qu’il avait agi par conviction personnelle et que de cet état de fait, il n’était peut-être pas en accord parfait avec le monde ambiant et ses mœurs, mais il avait été au moins en conformité avec soi-même.

« Enfin, maintenant on peut presque dire que j’ai une allégeance pour toi. Tu es probablement la seule personne qui me ferait prendre part à tout cette histoire, aucune autre de mes connaissances n’étant aussi profondément embourbée dans cette guerre que toi en tout cas. Quant à ton père, il voulait simplement que je lui fasse des rapports sur toi pendant tes études à Poudlard. Il a dû croire qu’il pouvait m’acheter pour mieux te surveiller. Comme je ne pouvais pas catégoriquement lui refuser sans avoir l’air louche, j’ai fini par lui demander en échange quelque chose qu’il n’était pas prêt à donner. Alors on peut dire à ce stade que je n’ai rien refusé et qu’il s’est rétracté tout seul. »

Octave lui adressa un regard malicieux de profil, comme s’ils étaient les complices du même plan soigneusement mis en place. Puis il redevint sérieux et se tourna légèrement vers Cassidy, s’asseyant en biais sur le lit. Il lui faisait à présent face et délicatement, comme s’il se saisissait d’une quelconque sculpture particulièrement fragile, il s’empara de la main de la jeune femme, celle dont le poignet était marqué par sa propre brutalité. Doucement, il fit reposer son avant-bras gracile dans le creux de ses deux paumes chaudes, observant les motifs violacés d’un œil interdit. Ses lèvres se serrèrent en une fine ligne alors qu’il fronçait les sourcils, en colère contre soi-même et ne voulant pas reconnaître que cela avait peut-être été une étape nécessaire à franchir.

« Je suis désolé, il serait mal honnête de ma part en prétendant que je ne voulais pas te faire de mal, parce que c’était clairement le but, mais je n’aurais pas dû. Je n’aurais vraiment pas dû. Il enlaça gracieusement de ses doigts ce poignet qu’il savait blessé bien avant qu’il ne vienne y poser sa propre trace. Ses mains avaient l’air tellement grandes par rapport à celle de Cassidy. Octave finit par laisser glisser ses doigts vers le bras, jusqu’à finir par enserrer la petite main féminine. Ses pouces vinrent creuser une place confortable au creux de la paume chaude et il continua, sans regarder la concernée : Ce choix t’appartient, Cassidy. Pour ne pas dire qu’il n’appartient qu’à toi. Tu n’as juste plus le cœur à te battre. Au fond de toi, je pense que tu sais qui tu es. Je suis sûr que tout au fond de toi, à défaut de savoir ce que tu veux véritablement, tu sais au moins ce que tu ne veux pas. Et c’est le genre de chose sur laquelle tous les faux-semblants que tu essayeras d’avoir ne pourront influer. Tu te caches quelque part derrière tous ces voiles qui recouvrent tes yeux, il te suffit de te donner une chance. Je sais que ce n’est pas facile, et je ne t’invite pas à le faire dans l’immédiat. Je dis simplement que tout n’est pas aussi perdus que tu le crois. Il est impossible de n’être personne. Et toi, tu n’es clairement pas rien, même si tu t'es perdue. »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mar 29 Nov 2016 - 23:20

Elle avait tenté de s'excuser, en vain. Impossible de trouver le dernier mot. Mot manquant, irreprésentable pour son esprit rigoureux et donc imprononçable pour sa voix et ses lèvres. Désolée... Depuis bien longtemps - toujours en réalité - sa mère lui avait appris à ne jamais s'excuser de vive voix, mais uniquement par l'attitude corporelle. « S'excuser est un signe de faiblesse monumentale Nehal, tu ne survivras pas longtemps dans le monde actuel si tu t'écrases ainsi face aux autres. Mais... comment dois-je faire si je regrette vraiment quelque chose ? Tu baisses les yeux, et tu gardes le silence, mais attention, un silence respectueux et non empli de défi comme tu sais si bien le faire. » L'adolescente qu'elle avait été avait relevé les yeux. « Et face à Père ? Face à lui... Tiens-toi droite, baisse les yeux, garde la bouche fermée et encaisse. » Alors, elle avait encaissé, la bouche close, les coups ou les sortilèges qui s'abattaient sur elle lorsqu'elle avait été trop loin, trop hésitante, trop impolie. Pas assez forte, insuffisamment rigoureuse, trop distraite. Trop... Pas assez... Trop elle-même, pas assez comme lui. Jamais le mot, devenu inexistant pour elle, n'avait franchi la barrière de ses lèvres qu'elles soient enfantines, adolescentes ou adultes. S'excuser est un signe de faiblesse, et la faiblesse ne mène qu'à la soumission, et cette dernière, à la mort. Aussi s'excuser pour elle était tout simplement impossible, même si les regrets pouvaient intérieurement venir enserrer son cœur et lui broyer le ventre d'une main de fer, lui tordant violemment les boyaux, fissurant ses côtes comme si des coups physiques lui étaient portés volontairement. Ce ressenti pouvait être comparable à celui qu'elle avait éprouvé lors de son récent passage à tabac par ce photographe de malheur. Elle était... - la jeune femme n'en était même pas certaine à vrai dire - ... désolée pour lui ? Une tempête de ressentis entremêlés à la manière de solides cordes reliées entre elles par des nœuds plus complexes les uns que les autres, l'envahissait. Gorge serrée, cœur tambourinant sourdement dans sa poitrine, crispations musculaires. Estomac noué. Contact oculaire difficile à soutenir. Pourquoi ? Que pouvait-elle donc regretter ?

Tandis qu' Octavius prenait la parole afin de lui expliquer - entre autres choses - les raisons de son intérêt pour sa personne, la jeune femme se força à relever son regard clair vers lui tout en l'écoutant attentivement. Ses iris... Peut-être parviendraient-ils eux, à communiquer ce que sa bouche et sa voix étaient dans l'incapacité de dire ? Depuis toujours, l'une de ses plus grandes failles était son regard, pour tout et n'importe quoi. Bridée verbalement, ayant appris à contrôler ses mots, ses émotions et son comportement verbal, l'intériorité de Cassidy avait trouvé un moyen détourné de s'exprimer. Au lieu de sortir du creux de ses lèvres, ses ressentis qu'elle ne parvenait que rarement à reconnaître, avaient cette fâcheuse tendance à être véhiculés par son regard. Ses prunelles vert d'eau dardées dans celles du bibliothécaire, ne le tromperaient pas, elle en était certaine. Se reposer sur ses yeux, alors que son esprit était dans l'incapacité d'analyser les ressentis transperçant son corps. Un clivage, une fois de plus. Les yeux se mirent alors à parler, et Octavius du être en mesure de le voir s'il était aussi attentif que ce qu'il avait démontré jusque là. En revanche, rien ne pouvait lui certifier qu'il comprendrait.

Je suis désolée. Je regrette. Je ne voulais pas te faire souffrir ainsi, te causer tant d'ennuis. Le rejet et la cruauté sont en moi depuis toujours, c'est ainsi. Il faut que je me protège, tu comprends ? Je ne veux pas que tu perdes tes amis par ma faute. Je ne veux pas te détruire comme on m'a détruite. Te voir dans cet état à cause de moi me fait mal... Tes yeux papillonnant avec cette insistance, le regard levé vers le haut afin d'empêcher aux larmes de couler. Ta fierté t'honore, mais je ne voulais pas aller si loin. Mais c'est de ta faute aussi, pourquoi t'es tu entêté à vouloir m'approcher ? Pourquoi n'as-tu pas fuis alors qu'il était encore temps et que je pouvais encore le supporter ? Maintenant je me rends compte que si tu partais, les choses seraient différentes, et ton absence ne ferait qu'accentuer cette sensation de vide qui me broie continuellement de l'intérieur. J'ai vu tes masques, j'ai ressenti ton honnêteté, la véracité de ce que tu m'as avoué. Tu t'es présenté face à moi qui t'avais tant rejeté, avec une sincérité troublante, et voilà que tu me demandes de faire un choix. Et j'ai choisi. Choisi de ne pas te laisser partir. J'en suis désolée, à un point que tu ne peux même pas imaginer.

Une petite pointe d'humour malhabile, peu maîtrisée, ressemblant plutôt à une blague complètement ratée qu'à une malice menée avec succès. Ce n'était pas elle, en tout cas, pas ce qu'on lui avait appris à être. Comment pouvait-elle être ne serait-ce que légèrement plus agréable ? Elle ne connaissait rien à la relation qui était en train de se nouer entre eux. Ce n'était pas comme avec le professeur Rogue où le lien qui la liait à lui était teinté de respect, de méfiance, et de professionnalisme, ni celui qu'elle entretenait avec son père ou son demi frère où se mêlaient haine, crainte, et esprit de vengeance. La nouveauté l'effrayait, à vrai dire, autant qu'elle l'intriguait. Désarmée devant son incapacité à s'adapter au lien en train de se construire entre le sorcier et elle, Cassidy ne put que compenser la froideur de ses propos « humoristiques » par un petit sourire en coin, des plus subtiles. Comprendrait-il sa vaine et pathétique tentative d'amener une esquisse de légèreté entre eux ? Elle n'en avait aucune idée. Soucieuse, elle fixa le visage du brun avec attention pour ne manquer aucune de ses réactions. Un haussement de sourcils, un léger agrandissement des yeux avec une dilatation de la pupille. Clignements. Le regard émeraude du sorcier prit la direction de ses lèvres, avant de revenir sur ses yeux.

« Ça semble marcher en tout cas. »

Un petit sourire en coin s'esquissa au coin externe des lèvres masculines, tandis que son regard se teintait d'une lueur narquoise. Un reflet dans le miroir - à quelques détails près. Une vague de soulagement envahi la jeune femme, déferlant en elle comme un courant chaud et salvateur. Il était parvenu à comprendre sa piètre tentative, et cela lui ôta un poids des épaules, bien plus qu'elle ne l'aurait pensé et que ça aurait dû. Lentement, la sorcière se laissa aller contre le matelas à ses côtés, le regard perdu dans le plafond. Elle ouvrit la bouche, et commença alors à lui parler réellement, pour la première fois. Elle lui parla, longuement. Certains passages furent plus complexes à expliquer que d'autres, les mots venant à lui manquer pour exprimer son ressenti, mais elle se força à garder la tête haute et à continuer. Parler, mettre en mots toutes les pensées désordonnées qui la traversaient maintenant depuis leur rencontre. Beaucoup de choses s'étaient produites, sans qu'elle ne parvienne à y mettre un quelconque sens. Non seulement elle ne le comprenait pas, lui, mais elle ne se comprenait pas elle-même. Alors, lui avait-il paru légitime de commencer par déblayer un peu le bazar de son esprit en essayant de le comprendre, lui.

« Ce que je veux savoir... Merlin... Mais tout simplement qui es-tu ? »

La finalité. Enfin. A la fois terriblement complexe mais inévitable. Cette question existentielle était une synthèse de tous ses questionnements et ne pouvait décemment qu'être posée, en réponse au questionnement du sorcier « Alors… que veux-tu savoir ? ». Cette ouverture n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd, et la jeune femme s'était emparée de cette opportunité rare. Néanmoins, Octavius n'avait pas du s'attendre à un questionnement aussi franc, et direct - peut-être trop habitué aux détours subtils employés continuellement par la jeune femme - et son visage se crispa légèrement, ses sourcils venant se froncer, assombrissant quelque peu son regard. La jeune femme laissa échapper un petit soupir trahissant son impuissance, avant de préciser un peu la question, l'orientant avec une certaine sollicitude vers les quelques chemins à explorer qui l'intéressait de commencer à comprendre. Elle se redressa alors qu'il restait couché, le regard quelque peu fuyant - ne cherchant pour la première fois aucun contact oculaire avec elle. Du bout du doigt, il torturait un petit fil de la couverture qui avait osé tenter de se soustraire à sa destinée toute tracée. Le regard perdu dans le vague, il paraissait soudain soucieux... Ou était-ce de la concentration ? Il était vrai qu'il y avait de quoi être quelque peu perdu avec toutes ces questions dont le niveau de complexité était indiscutable. Une fois encore, elle ne l'avait guère épargné. Un fois la tresse défaite définitivement, il redressa la tête, et releva enfin le regard vers elle, comme sorti de sa torpeur soudaine. Cassidy lui lança un petit regard interrogateur alors que le silence s'installait entre eux, sans pour autant qu'il ne paraisse pesant pour aucun des deux. La tension était véritablement en train de retomber, en tout cas dans l'esprit de la jeune femme, mais le souci était maintenant de ne pas succomber à la fatigue provoquée par cette chute d'adrénaline. Se massant les paupières tandis que le sorcier se relevait pour ordonner la pièce, elle retint un bâillement avant de relever une nouvelle fois ses prunelles vers lui. Il venait de lui rendre sa baguette - un geste purement symbolique que la Rowle comprit comme une preuve formelle de confiance et venant peut-être signer un tournant entre eux. Souplement, ses doigts vinrent s'enrouler autour du morceau de bois pressant ce dernier en un contact rassurant. Récupérer son moyen de défense le plus efficace lui permit de se détendre un peu plus.

Une fois le carnage auquel ils avaient tous deux participé réparé, la chambre redevint vierge de tout conflit, alors que leurs colères clastiques leur avaient permis à tous les deux de commencer à s'écouter - à défaut de parvenir encore à se comprendre - et d'avancer l'un vers l'autre. Un lieu de conflit intact : tout avait repris sa place, comme si rien ne s'était passé alors qu'ils venaient de construire au moyen de coups douloureux, un pont entre eux, leur permettant de s'écouter. Un tournant venait d'être franchi, aussi même si Cassidy aurait préféré qu'il laisse la chambre en l'état le temps des explications, elle passa outre ce détail, ne s'en formalisant guère. Habituée à l'ordre, elle l'était oui. Elle aimait également beaucoup ce dernier puisqu'il lui permettait de maintenir l'illusion d'un certain contrôle. Toutefois, si garder les traces d'un tournant décisif entre eux lui paraissait important dans un moment comme celui-ci, elle n'ouvrit pas la bouche lorsqu' Octavius en décida autrement. Lui devait avoir besoin d'autre chose, de l'ordre, afin d'ordonner ses pensées pour pouvoir lui répondre au mieux, aussi Cassidy s'effaça gracieusement. Ceci fait, il revint s'asseoir sur le lit et entrepris de se mettre à l'aise en ôtant ses chaussures.

« Elena… c’est vrai. Je m’y suis dérobé parce que ce n’était pas la bonne question et la réponse n’a aucune importance. Ou plutôt, comme la question est en elle-même faussée, la réponse le sera également. Il ne s’agit pas de pourquoi elle plutôt que toi. Vous induisez toutes les deux une notion de rivalité qui n’a pas lieu d’être. Ce n’est pas un choix que j’ai fait, simplement parce que Elena n’a jamais vraiment été une perspective que j’envisageais. Tu as raison, elle est douce et débordante, elle fera tout pour moi si je le lui demande, elle prendra soin de moi, elle me choiera avec tout l’amour qu’elle sera en mesure de me donner, peut-être même passerais-je avant ses propres désirs. Vivre en sa compagnie aurait très certainement été très simple. Sans parler du fait qu’elle soit mignonne et dotée d’un caractère agréable, d’une intelligence rare. Elle vit l’amour comme personne, avec épanouissement et abandon de soi. Elle aurait été la compagne idéale. Alors dis-moi plutôt, elle qui est si parfaite, comment a-t-elle pu s’enticher de quelqu’un comme moi, hein ? »

Il soupira, avant de se retourner entièrement vers elle, l'air interrogateur. Semblant attendre une réponse sincère, il se laissa aller en arrière prenant appui sur ses bras. Que répondre à cela ? Jouant nerveusement avec quelques mèches blondes qu'elle entremêlait autour de ses doigts fins, la sorcière hésita un moment, le temps d'analyser l'entièreté de ses paroles et de comprendre qu'il se dérobait.

« Il ne s'agit de rivalité lorsque je te demande pourquoi moi plutôt qu'elle... Tu te trompes. Je veux juste essayer de comprendre ce qui t'a fait pencher pour ce choix qui est, disons-le honnêtement, absurde. Comme tu le reconnais toi-même, elle aurait été la compagne parfaite pour toi. Quant à savoir comment elle s'est... entichée de toi, tu m'en demandes trop. Je ne la connais pas, et ce... sentiment ne m'est pas des plus familiers. Peut-être s'est elle entichée de toi parce qu'elle trouve en toi quelque chose qu'elle ne possède pas ? Mais la vraie question n'est pas là. Pourquoi lui as-tu tourné le dos, toi, alors qu'elle aurait été tellement plus simple que moi et puis...

- Et puis, simplicité ne rime pas nécessairement avec bonheur. Je ne suis pas fait pour elle. Ou elle n’est pas faite pour moi, comme tu préfères. On est trop différents. Quand je veux dire trop, c’est que cela nous empêche à une certaine mesure de nous comprendre suffisamment. Elle est beaucoup plus candide et sage que moi, il y a beaucoup de choses que je ne lui ai jamais raconté parce que je savais qu’elle n’y verrait aucun sens. Elle croit me connaître et m’aimer pour ce que je suis, mais ce n’est pas le cas. Et je ne peux pas être avec quelqu’un à qui je me sens obligé de cacher des choses pour ne pas la froisser ou me sentir jugé en permanence. Quant à toi… J’ai le sentiment que nous avons des blessures semblables. Sans parler du fait que j’ai une inclination naturelle pour les personnalités équivoques plutôt que celles qui n’existent que d’un seul côté du miroir, comme Elena. Je ne suis moi-même pas comme ça et ça me met mal à l’aise. Pour eux, c’est comme s’il n’y avait qu’un pan de l’existence qui était réel. C’est pour ça que je vais te demander d’essayer d’oublier ce que tu as pu entendre. Elena ne te connait pas et elle ne me connait pas moi non plus… Même si tu es effectivement fille de Mangemort, mais ça, c’est autre chose. »

La jeune femme frissonna violemment tandis qu'une décharge électrique lui parcourait l'échine, faisant se dresser les poils translucides de ses avants-bras. Merlin... Suspendue à ses lèvres, elle darda son regard clair un peu plus profondément dans le sien. Comment avait-il pu dire cela ? Exactement ça ? Cette... justesse était tout juste imaginable. Comment avait-il pu sélectionner les mots exacts, ayant le pouvoir de la faire frémir et de résonner aussi parfaitement dans son esprit ? Simplicité ne rimait pas avec bonheur, tout autant que complexité n'y amenait pas forcément non plus. En revanche, il était certain que les personnalité complexes avaient toujours eu ce pouvoir d'attraction chez elle, suscitant à ses yeux un intérêt bien plus vif et approfondi que les personnes ne possédant qu'une facette lisse et dépourvue de la moindre irrégularité. Très certainement parce qu'elle même était des plus complexes. Des blessures semblables... Que savait-elle sur lui au final ? Bien peu de choses, ou en tout cas, elle ne savait que ce qu'il avait daigné lui montrer, et rien ne lui confirmait qu'il s'agissait bel et bien du véritable Octavius. Rien... Avant ce soir. Il lui avait promis d'être honnête envers elle, et de lui dire la vérité quant aux questions qu'elle pourrait poser. Bien entendu, il ne s'agissait là que de simples paroles, néanmoins pour la première fois, Cassidy se surprenait à espérer que ces dernières soient profondément sincères.

Souplement, après avoir lâché un nouveau soupir, le sorcier se redressa pour contempler ses avants-bras qu'on aurait dit lacérés par une meute de chats particulièrement féroces. Cinq longues griffures principales, ponctuées par une multitudes de petites éraflures plus superficielles, la plupart simplement rosées, les ongles n'étant pas parvenus à entailler la peau et à atteindre la chair à ces endroits là. Le sang, de nouveau. N'était-elle donc douée que pour cela ? Son regard clair fixé sur les blessures d'Octavius, Cassidy resta interdite tandis que ce dernier épongeait les quelques minuscules gouttelettes sanguinolentes. En soi, les blessures n'avaient rien de grave, mais c'était l'acte qui la dérangeait le plus. Elle l'avait blessé physiquement, au point de faire couler son sang. Lentement, la sorcière ramena ses mains devant elle et examina ses ongles nacrés avec attention. Du sang les ornait ; un sang que son père aurait jugé impur. Un sang qui n'était pas le sien. Véritablement mal à l'aise, Cassidy se saisit de sa baguette qu'elle pointa sur ses doigts, alternant la baguette de main. Un sortilège informulé plus tard, et les traces de sang - preuves ultimes de sa cruauté - avaient disparu.

« Tu ne m’as pas rendu la vie facile, c’est certain, - la jeune femme releva ses prunelles vers lui. Il était bien gentil, elle lui avait littéralement pourri l'existence du mieux qu'elle pouvait - mais je ne suis pas quelqu’un qui se détache de ceux envers qui je nourris une affection parce qu’ils m’ont blessé. J’ai de la patience et j’essaye toujours de faire le tour de toutes les possibilités avant de mettre une croix définitive sur quelqu’un... »

Venait-il de dire qu'ils se ressemblaient ? Pour le coup, cela les opposait radicalement, la jeune femme étant l'exact opposé. Sans que cela ne soit de l'impatience, si une personne lé décevait ou la trompait, Cassidy avait plutôt tendance à faire radicalement une croix sur cette dernière, s'éloignant tout aussi rapidement qu'il lui avait fallu du temps pour permettre à la personne de l'approcher.

«... Tu t’affublais de divers défauts tout à l’heure, et bien moi, je suis vindicatif. Je donne beaucoup de chances, j’attends, j’essaye, je persévère jusqu’à l’épuisement. Alors, si rien ne marche et que la situation reste désespérément irrécupérable, je me détache définitivement. Mon respect et ma considération, une fois perdus, le sont définitivement. Nous n’en sommes pas encore là et j’espère que ça n’arrivera jamais. Malgré ce que tu m’aurais fait subir, je vois en toi des aspects que j’apprécie et que tu me montres malgré toi...
- Que peux tu apprécier en moi ? Je...
- ... Petit à petit, la situation s’améliore et j’ai espoir que nous irons vers l’avant au lieu de reculer. Donc non, je ne suis pas aveuglé, ni masochiste, comme tu le dis. J’accepte de me faire maltraiter dans la perspective que cela nous aide à nous en sortir. Parce que je crois que tu vaux la peine qu’on souffre un peu pour toi. Tu crois être le fruit de tout ce que je déteste ? Voilà alors ce que je ne déteste pas : tu es vive d’esprit, sarcastique quand il le faut, intelligente et ardente, mystérieuse et espiègle par moments, parfois spontanée et parfois complètement axée sur le contrôle. Tu es profonde et compliquée sans pour autant être incompréhensible. Et puis tu es belle et gracieuse, même dans la colère et la tristesse, tu as un charme naturel qui fait que je ne peux pas véritablement y résister. Enfin… ce genre de choses. Tu vois, elle ne te connait pas pour dire que tu es tout ce que je déteste. »

Un clignement de cils, suivi d'un second, et d'un troisième, avant que les paupières ne restent bloquées. Le silence. Lourd, seulement entrecoupé par leurs respirations respectives. Hachée pour la sienne, paisible pour celle du brun. Des compliments ? Comment pouvait-il aimer tant de choses en elle, et être capable de le verbaliser, alors qu'elle était dans l'incapacité la plus totale à lui renvoyer l'ascenseur ? Si ces mots avaient été prononcés de la bouche d'une autre personne, deux cas de figure auraient pu alors être constatés. D'une part, elle aurait pu tout simplement sauter sur ses pieds, et s'enfuir hors de la chambre telle une furie poursuivie par un angelot aux insupportables bouclettes dorées. D'autre part, son poing aurait pu partir en direction du nez de son agresseur doucereux. Néanmoins, ces mots inhabituels et terrifiants s'étaient envolés de sa bouche à lui, et il n'était pas n'importe qui. Ce n'était pas l'un de ces imbéciles charmeurs du Centre de formation, non. Ces mots étaient les siens et seul son statut particulier qu'elle ne parvenait guère à expliquer le protégeait.

« Je... - ses yeux se baissèrent malgré elle tant elle était mal à l'aise face à des compliments qu'elle n'avait guère l'habitude de recevoir, et qu'elle était tout simplement incapable d'accepter - Tu exagères. Je ne suis pas... tout ça. C'est impossible. »

Accepter les compliments lui était quasiment impossible, mais Octavius ne s'arrêta pas là, bien décidé à répondre à ses questionnements qui pourtant, en auraient agacés plus d'un. Mentalement, la sorcière lui décerna la palme de la patience. Il devait vraiment tenir à elle pour prendre le temps de se justifier de la sorte... Au fur et à mesure de ses paroles, prononcées par cette voix qui lui était maintenant des plus familières, le visage de la jeune femme se crispait sans qu'elle ne puisse y remédier. Elle ne comprenait tout simplement pas sa vision des choses. Travailler pour les Mangemorts n'était pas une chose anodine, loin de là. Travailler... Servir... Où était la réelle différence aux yeux du brun ? Cassidy fronça les sourcils, triturant nerveusement la bague qu'elle portait à l'annulaire. Pour elle, il n'y en avait guère, mis à part éventuellement une histoire de court terme et de long terme. Au delà de cet aspect temporel, travailler ou servir revenait à la même chose. Il avait rendu service aux Mangemorts.

« Comment peux-tu servir, enfin... travailler pour reprendre ton terme, pour des gens que tu méprises si je m'en tiens à ce que tu m'avais laissé entendre et ce qu'a affirmé Elena ? Travailler sans allégeance, sans te poser de questions... Sans songer aux personnes auxquelles ton travail portait préjudice, comment est-ce possible ? ça n'a pas de sens, sauf si... sauf si tu es contraint à porter un masque mais je ne pense pas que ce soit le cas. Tu dis rester étranger à la guerre parce qu'elle te touche moins directement que moi, mais rien n'est plus faux Octavius. La guerre touche tout le monde, de près ou de loin, à court terme ou à long terme, mais au final elle nous impactera tous. Si tu soutiens les idées du Lord, tu pourras éventuellement y survivre, tandis que si tu t'y oppose, tu as de forte chances de mourir. Tu ne pourras pas clamer que tu n'as aucune opinion concernant le sort des sang-de-bourbe, ça ne tient pas la route. »

Elle avait employé le terme insultant à son insu, tant elle avait dû - afin de remplir son rôle de parfaite petite Sang-pur pro-Mangemorts, l'employer en continu et de manière extrêmement naturelle. Cette habitude s'était tellement inscrite en elle et avait tant été intégrée que le mot " nés-moldus " qu'elle avait autrefois employé en l'absence de son père, avait été effacé au profit de cette expression monstrueuse, sans que la représentation qu'elle avait de ces personnes ne correspondent un seul instant au caractère dénigrant de cette insulte.

« Tu as forcément une opinion sur la valeur du sang, sur ce qu'elle implique et la façon dont elle impacte sur la vie des gens - même si tu as un sang plutôt neutre de base -, d'autant plus si tu as une culture moldue. Que tu sois ici ou ailleurs, la guerre et ses conséquences te rattraperont un jour ou l'autre et tu ne pourras plus te dérober. Une guerre n'a jamais rien de commun et de banal. Jamais. Elle implique souvent des massacres et ces derniers ne peuvent pas être oubliés en un battement de cils. Comment peux-tu dissocier ton intérêt de la personne qui te demande un travail ? Comment un travail pour les Mangemorts peut-il t'intéresser ? Généralement, ce ne sont pas des missions de pacotille, ni sans le moindre impact... Torturer pour obtenir des informations, faire couler le sang pour avoir résisté au Seigneur des Ténèbres, faire pression sur une personne... Voilà ce qu'ils demandent généralement, j'en sais quelque chose. Trouves-tu un intérêt à torturer ? Tu parles de refus si ça allait à l'encontre de tes principes... Mais quel genre de mission que tu jugeais intéressante, as-tu donc effectué pour eux ? »

L'incompréhension noyait ses iris vert d'eau, tel un sombre marais brumeux engloutissant la moindre parcelle de vie. Tiraillée entre deux pôles ; la confiance qu'elle qu'avait envie de parvenir à lui accorder - ne serait-ce qu'en partie - et la crainte liée à la méfiance que lui inspirait ce discours neutre sans aucune ligne directrice ou valeur morale, la jeune femme commençait à perdre pieds. Cassidy avait souffert - et souffrait encore quelque part aujourd'hui, d'avoir à agir constamment contre ce qu'elle était, contre ses idéaux. Une souffrance telle qu'elle ne parvenait pas à comprendre - elle qui était obligée d'agir en parfaite adéquation avec les idées des Mangemorts - qu'une personne ne faisant pas partie de ce monde où le double jeu était nécessaire pour survivre, puisse accepter de travailler pour eux, en ne partageant pas leurs idées.

« Enfin, maintenant on peut presque dire que j’ai une allégeance pour toi. Tu es probablement la seule personne qui me ferait prendre part à tout cette histoire, aucune autre de mes connaissances n’étant aussi profondément embourbée dans cette guerre que toi en tout cas.

- Ce serait difficile d'être davantage au cœur, en effet, murmura-t-elle en baissant les yeux.

« Une allégeance pour toi ». Quelle étrange idée... Personne ne lui avait jamais dit quelque chose d'aussi... fort ? Ce n'était pas vraiment le mot. Une douce chaleur naquit dans le creux de son ventre, venant se propager subtilement sur ses pommettes pâles, leur donnant un nouvel éclat. Mal à l'aise, Cassidy ne répondit rien, se contentant de jouer nerveusement avec la pointe de ses cheveux. Que lui arrivait-il ? Pourquoi une telle réaction ? Une remarque de ce genre aurait du la laisser de marbre, plus froide que la glace, mais pourtant, l'effet inverse était arrivé - et ce bien malgré elle. Perdue devant ces sensations inhabituelles, la sorcière eu l'envie de se lever afin de remettre son corps en action, mais impossible pour elle de bouger. Priant pour qu'Octavius n'ait rien remarqué, Cassidy se força à relever les yeux vers lui, écoutant attentivement le reste de ses paroles.

« Quant à ton père, il voulait simplement que je lui fasse des rapports sur toi pendant tes études à Poudlard. Il a dû croire qu’il pouvait m’acheter pour mieux te surveiller. Comme je ne pouvais pas catégoriquement lui refuser sans avoir l’air louche, j’ai fini par lui demander en échange quelque chose qu’il n’était pas prêt à donner. Alors on peut dire à ce stade que je n’ai rien refusé et qu’il s’est rétracté tout seul. »

Aussi rapidement que les couleurs étaient venues redonner de l'éclat à ses joues, ces dernières s'en allèrent. Un claquement de doigts, et voilà que la jeune femme se liquéfiait de nouveau sur place, le teint rivalisant avec celui d'un fantôme. Transparente. Comment Andreas avait-il pu demander une chose pareille à quelqu'un qu'il ne connaissait pas ? C'était impossible, cela ne lui ressemblait pas. D'une part, le sorcier détestait devoir quelque chose à quelqu'un. D'une nature indépendante et centré sur lui-même, il ne se tournait que très rarement vers les autres pour un quelconque service, et si jamais il venait à le faire, il s'arrangeait toujours pour faire jouer ses relations et n'impliquer qu'une personne en laquelle il avait une confiance totale, ce qui suggérait une connaissance parfaite de ladite personne. Lentement, Octavius se tourna entièrement vers elle, et alors qu'elle était encore en train de tenter de digérer la nouvelle, l'assailli d'un nouveau choc. Un contact physique, hors d'une atmosphère de combat comme celle qui avait pu les réunir quelques minutes auparavant. Une autre signification, que la jeune femme ne se sentait guère prête à accepter. Heureusement, ce n'était pas un contact pour dire de la toucher, et lorsqu'elle s'en aperçu, la tension retomba et sa main de détendit dans les siennes, ses doigts venant se replier naturellement vers l'intérieur de la paume. Sans chercher à se dégager, elle observa son visage avec attention. Froncements de sourcils, pincements des lèvres... Il semblait visiblement contrarié par ces quelques traces qui n'avaient aucune espèce d'importance aux yeux de la jeune femme. Ou plutôt... Qui en possédaient une, mais loin d'être négative.

« Je suis désolé, il serait mal honnête de ma part en prétendant que je ne voulais pas te faire de mal, parce que c’était clairement le but, mais je n’aurais pas dû. Je n’aurais vraiment pas dû.

- Ne dis pas de bêtises, ce ne sont que les marques de tes doigts. Je marque vite, ce n'est pas de ta faute. Si tu n'avais rien fait, je t'en aurais voulu et il nous serait impossible de parler comme nous le faisons maintenant. Cette violence dont tu as fait preuve, c'est moi qui te l'ai demandée. J'en avais... besoin, je suppose. Tu as su répondre à ma violence par la tienne, et c'était... Enfin... Je n'arrive pas vraiment à l'expliquer. C'est... compliqué. »

Sans qu'elle ne s'en rende réellement compte, de son avant-bras, les mains du sorcier avaient voyagé jusqu'à venir enserrer doucement la petite main de la blonde dont le regard ne se détachait pas du visage de ce dernier.

« Ce choix t’appartient, Cassidy. Pour ne pas dire qu’il n’appartient qu’à toi. Tu n’as juste plus le cœur à te battre. Au fond de toi, je pense que tu sais qui tu es. Je suis sûr que tout au fond de toi, à défaut de savoir ce que tu veux véritablement, tu sais au moins ce que tu ne veux pas. Et c’est le genre de chose sur laquelle tous les faux-semblants que tu essayeras d’avoir ne pourront influer. Tu te caches quelque part derrière tous ces voiles qui recouvrent tes yeux, il te suffit de te donner une chance. Je sais que ce n’est pas facile, et je ne t’invite pas à le faire dans l’immédiat. Je dis simplement que tout n’est pas aussi perdus que tu le crois. Il est impossible de n’être personne. Et toi, tu n’es clairement pas rien, même si tu t'es perdue. »

Pourquoi relançait-il ce sujet ? N'avait-il pas compris qu'elle avait déjà choisi ? Elle avait décidé de lui laisser une chance, ce qu'elle le faisait jamais. Pour cela, elle l'avait écouté calmement, en ne s'enfuyant pas et en ne repartant pas dans les tours. Elle s'était dévoilée, révélée et avait même accepté son contact. Merlin... Pourquoi l'obligeait-il à être plus explicite, envers lui mais aussi envers elle ? C'était déjà bien assez difficile. La jolie blonde fronça les sourcils, sans pour autant chercher à retirer sa main de l'emprise du bibliothécaire.

« Un choix... Je n'ai pas l'habitude d'en faire tu sais. Je... je suis l'inverse de ce que je voudrais, je fais l'inverse de ce que je voudrais être libre de faire. Je dis l'opposé de ce que je pense la plupart du temps. Dans ma tête, c'est... vide et plein à la fois. Plein, parce qu'il ne faut surtout pas que je m'arrête de penser, jamais. Si j'arrête de penser, je perds le contrôle, et si je perds le contrôle... Je suis morte. Véritablement, morte. Je ne sais pas qui je suis. Je suis la fille d'un Mangemort, et je vais bientôt rencontrer le Seigneur des Ténèbres pour recevoir la marque. Ma survie ne m'appartient déjà plus, tu vois. Je ne sais pas qui je suis, et je ne sais pas ce que je veux. Quand bien même je saurais ce que je veux, ou ce que je suis, ça ne ferait que m'enfermer davantage parce que je ne pourrais pas être libre. Je... Tu ne comprends pas, je n'ai pas le choix. Je n'ai aucun choix. Je n'en ai jamais eu aucun et je n'en aurais jamais tant que je n'aurais pas trouvé comment... Comment m'en sortir. Je n'ai jamais été aussi proche de perdre tout contrôle de ma vie : Au pire la mort m'attend, au mieux la marque... »

Tout ce qu'elle avait tenté d'éviter. Les yeux de la jeune femme se baissèrent sur leurs mains mêlées. La sienne, était glacée malgré la chaleur dégagée par celles du sorcier.

« Octavius, il faut vraiment faire attention. Mon père ne demande jamais d'aide à personne, ou vraiment très rarement et uniquement à des gens qu'il connait. - ses iris se plongèrent de nouveau dans ceux du sorcier - Je ne savais pas qu'il doutait à ce point de moi. J'ai pourtant tout mis en oeuvre pour le satisfaire et ne pas lui donner la moindre raison de douter de moi. J'ai du manquer quelque chose, alors oui ça me met en danger, mais le fait qu'il t'ait demandé de garder un œil sur moi... Ce n'est pas bon du tout pour toi. Surtout si tu l'as mis en échec. Je le connais, il voulait vérifier quelque chose en te demandant ça... Ce n'était pas anodin. Mais... que lui as-tu donc demandé en échange pour qu'il ne puisse pas te le donner ? Parce que je le connais, quand il veut quelque chose, il met tout en oeuvre pour l'obtenir. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Ven 2 Déc 2016 - 22:34

Il avait étreint cette petite main comme l’on s’accrochait follement à un terrible espoir volant à notre portée. Il avait eu l’air sobrement mesuré et dirigé dans son geste, mais véritablement une intensité le troublait et tendait les muscles sous sa peau. La brusquerie n’était pas dans son caractère et il avait su la modérer alors qu’il aurait voulu se saisir de sa sirène pareillement que d’un oiseau en vol. Il aurait attrapé son aile par le plumage, empoignant ses pennes désordonnées entre ses doigts, et l’aurait vivement attirée à lui, à son visage et à sa bouche, dans un désir de révéler la fougue qu’elle lui inspirait sans le vouloir. Mais l’on ne séduit pas un animal farouche en le retenant de force. Il fallait lui donner envie de venir se lover entre ses paumes ouvertes, se laisser aller à la caresse étrangère qui promettait chaleur et réconfort et non une contrainte supplémentaire, un carcan de plus à tous ceux qu’elle portait déjà. Il voulait son toucher sécurisant telle la grâce voluptueuse d’un lieu familier où l’esprit trouvait son repos, au lieu d’une gêne à laquelle on se soumettait par reconnaissance. Alors Octave avait eu l’air de recueillir un papillon aux ailes fragiles entre ses doigts, frôlant à peine les marques qu’il avait jadis apposé avec tant de détermination, faisant preuve d’un délicatesse égale à sa violence. Pourtant, ce n’était pas un papillon qu’il avait attrapé, mais la corde d’un violon, fine et tendue, vibrante sous une émotion nouvelle qui la faisait chanter une mélodie inconnue et peu maîtrisée. Il l’avait sentie crispée au sein de son étreinte qui n’en était pas une. Peut-être était-ce la raison pour laquelle Cassidy avait fini par relâcher cette main prête à se détendre tel un arc. Octave s’en était saisi par regret, voulant envelopper cette brutalité passée de toute la tendresse qu’il pouvait se permettre à l’égard de la jeune femme sans l’effrayer. Il regardait la trace du fantôme de ses doigts, mais le regret fut bien vite balayé par l’envie de caresser cette peau davantage, le désir de la toucher plus. Guidé par la convoitise latente, il avait laissé glisser leur enlacement jusqu’à rejoindre sa paume gracile et enroula autour les serpents qu’étaient ses doigts. Elle ne broncha pas, peut-être trop prise dans la conversation ou par simple confusion. A moins que cette cajolerie intrusive ne la dérange finalement pas, et qu’elle se trouve soudain disposée à en profiter sans véritablement savoir qu’en faire ni qu’en penser. Il s’attendais toutefois, à chaque instant supplémentaire où sa main restait lovée entre les siennes, à la voir s’arquer et fuir, sous l’assaut d’une confiance venant d’atteindre ses limites. Mais rien ne se passait, sans que toutefois la prudence du bibliothécaire ne parvienne à s’amenuiser. Pire, elle ne faisait que grandir, toujours soucieux qu’il était de la voir se refermer à nouveau à cause d’un geste involontairement malvenu, trop précipité.

Il la tenait avec tendresse, sans bouger, encore sensiblement effrayé d’être parvenu à ce qu’elle s’abandonne un peu, pétale par pétale, couche par couche. Derrière chaque mot qu’elle prononçait il y avait une cassure qui apparaissait dans le mur si parfait et impénétrable de sa personnalité. Elle se fissurait volontairement, douloureusement. Chaque phrase devait lui procurer une peine supplémentaire. Une crainte inavouée de se faire trahir, tromper, déshonorer. Tout ce que sa situation avait d’incommodant faisait soudain surface avec une force nouvelle, exalté par l’éventualité d’y soumettre quelqu’un d’autre qu’elle-même. Et alors qu’elle parlait, Octave baissait un peu la tête, comme accablé par le poids de la servilité que la jeune femme subissait, cachant toujours plus son visage qu’il destinait à leur étreinte maladroite et incertaine. Au moins avait-elle l’avantage de savoir qu’elle agissait à l’inverse de ce qu’elle voulait. Cela voulait dire que son caractère authentique était toujours là, immuable tel un diamant pris dans la roche, à lui rappeler qu’elle vivait selon les conditions de quelqu’un d’autre et non les siennes. Elle n’avait possiblement pas le choix, mais au moins avait-elle conscience que ce qu’elle était devenue n’était pas ce qu’elle voulait. Finalement, elles étaient bel et bien là, ces racines, que son père détestait et essayait de couper, mais qui s’avéraient toujours plus profondes. L’on ne déracine pas un arbre à coup d’ordres et de contraintes. Octave n’avait pas eu cette chance, ou ce malheur, va savoir. Quand bien même, il s’était empoisonné sans le savoir, il avait pensé être heureux alors qu’il ne l’était pas, s’imaginant que son bonheur se réduisait à celui de sa famille. Il n’avait pas eu le temps d’avoir ses propres attaches, qu’on lui en avait imposé d’autres, de celles qui avaient poussées maladroitement, sentant quelque part que cette terre n’était pas la leur. Le sentiment de malaise ne l’avait quasiment jamais abandonné durant les vingt premières années de son existence. Les prises qu’il entretenait avec lui-même et le monde réel étaient factices et il croyait se noyer un peu plus chaque jour.

Qu’il était étrange de se voir dans un miroir qui ne nous appartenait pas ! Se retrouver un peu en quelqu’un, la même douleur de subir l’asservissement, se confronter encore une fois à quelque chose dont il s’était débarrassé comme l’on se lave d’un bain de goudron. Il avait conservé bon nombre de vestiges, qui faisaient maintenant partie intégrante de sa personnalité, volontairement ou non. Ecouter Cassidy lui faire part de ses contraintes, de ses craintes et incertitudes le ramenait quinze ans en arrière, faisant vrombir les fondations posées jadis par quelqu’un d’autre que lui. Mais si cette conversation lui avait fait comprendre quelque chose, c’est qu’il fallait cesser d’essayer de la convaincre. Il fallait lui laisser le temps de se rendre compte par elle-même de ce qui était possible, de ce dont elle était véritablement capable. Les chaînes qui l’empoignaient n’étaient en vérité pas si robustes que cela, leur solidité provenant principalement de la conviction qu’elle avait en leur résistance. Mais plus elle avançait dans ses explications, plus il ressentait une aversion grandissante pour le coupable de ce silencieux malheur. Une répulsion brûlante et abominable, non envers le Mangemort, mais envers l’homme. Ce père qui n’avait de père que le nom et qui écrasait tout sur son passage sans considérations. Un narcisse qui avait aspiré tout l’espoir et pouvoir décisionnel qui naissait en sa fille. Et la voilà qui se dévoilait, seulement pour montrer à quel point elle était fatiguée, à quel point la vie lui pensait et son propre corps lui semblait lourd à porter. L’existence se présentait à elle telle une succession d’étapes qui la mèneraient toujours plus loin d’elle-même. Un train à la marche lente et lourde que rien ne semblait pouvoir arrêter et qui voguait tout droit sur un chemin détesté. Sans espoir d’échappatoire, Cassidy restait assise, encaissant jour après jour le ballotement régulier des wagons, croyant ne pas avoir le choix d’en sortir.

Le cœur d’Octave se serra douloureusement à la simple idée d’être pris au piège comme elle l’était. Il ne voulait pas lui faire miroiter un avenir qui n’arrivera peut-être jamais, ou une libération proche, une délivrance inattendue. La seule chose qu’il pouvait faire présentement, c’était simplement être là. Etre là et la guider à travers un chemin qui lui était finalement familier, la soutenir lorsqu’elle trébucherait, la réconforter dans ses peines et lui donner espoir là où il n’y avait rien, combattant avec acharnement ce pessimisme qui fleurissait en elle avec le même succès acerbe que sa colère. Malgré sa force de caractère, cette situation sans issue, qui ne promettait que d’empirer, eut le don de faire plier Octave comme un roseau pris sous la première couche de neige hivernale. L’espace d’un instant, il avait faibli et n’osa par relever son visage car n’ayant aucun sourire rassurant à offrir. Il avait à nouveau dix-sept ans… Ce souvenir chassa le sang par torrents vers son cœur et il tomba dans une insensibilité familière. Il avait de nouveau dix-sept ans et rien n’avait de goût, rien n’avait de sens. Chaque journée était passée dans un brouillard opaque, sans passé ni avenir, accompagné d’une interminable sensation d’aller vers le fond, de couler. Il n’y avait jamais assez d’air pour respirer.

Le regard rivé sur leurs mains emmêlées, Octave évaluait frénétiquement la situation, refusant de se laisser abattre, cherchant quelque chose à dire qui ne soit pas une banalité, ni un argument qu’elle pourrait s’empresser de déprécier. Rien ne lui venait cependant à l’esprit et il dut se rendre à l’évidence qu’il n’y avait rien à dire. Elle se trouvait dans une impasse de laquelle aucun mot ne parviendrait à la faire sortir présentement. Cela viendra avec le temps. Octave resta donc muet encore un peu.

« Octavius, il faut vraiment faire attention. Mon père ne demande jamais d'aide à personne, ou vraiment très rarement et uniquement à des gens qu'il connait. »

Il releva à peine la tête, suffisamment pour croiser deux grands yeux qui le fixaient avec une insistance inquiète. Il eut un vague soupir avant de baisser à nouveau son visage vers la main que les siennes continuaient à tenir avec une précaution presque exagérée. Ses doigts n’avaient pas bougé, par crainte de trop oser. Ce n’était pas la première fois qu’il résistait à quelqu’un du rang d’Andreas, ni probablement la dernière. Ca ne se passait pas toujours très bien, et il aurait été inconscient de prétendre que cette situation n’avait aucune importance, mais il avait agi avec considération, Andreas n’étant pas la seule personne en ce monde à décider de son avenir. Il était en danger, mais il se sentait largement capable de lui résister sans créer trop de remous. Après tout, l’apparence était la chose la plus importante pour cet illustre personnage qu’était Sieur Rowle et il ne laisserait jamais aucune histoire de bas étage ternir sa réputation. Il avait présentement deux choix, celui de se taire sur ce qui s’était passé, ou revenir à la charge pour absolument avoir le dernier mot, ce qui serait franchement ridicule si on prend en compte qu’Octave n’était plus qu’un pauvre bibliothécaire. Ce serait s’acharner sur un termite, appliquer une vengeance d’orgueil sans gloire ni honneur. Soit Andreas était plus grand que ça, soit il était véritablement un petit personnage minable. En théorie, sa réponse, il l’avait déjà. C’était un homme cupide, cruel et violent qui n’avait autre mot d’ordre que soi-même. L’on pouvait effectivement s’attendre à n’importe quelle bassesse de sa part. Néanmoins, puisque l’antécédent n’était pas bien important et n’éclaboussait que peu l’honneur de ce personnage avilissant, Octave avait l’attention d’attendre que le coup vienne. Parfois, pour s’assurer une victoire, il fallait se laisser donner la chance de répliquer pour de bonnes raisons. Et pour le moment, il n’en avait aucune, à part celle qui ne le regardait pas, à savoir la situation de Cassidy. Octave n’avait pour le moment aucun droit de se défendre en son nom, d’autant qu’elle ne le souhaiterait probablement pas. En attendant, Octave savait ne pas donner suite à des affaires qui n’en valaient pas la peine à moins qu’on ne lui donner prétexte.

Tandis qu’un sourire amusé naissait à la commissure de ses lèvres, Octave était agité par une amertume. La réponse à fournir lui donnait déjà envie de rire tant elle revêtait un aspect cocasse en considérant leur relation, mais une peine à venir le terrait dans un mutisme renfrogné. Plus tôt, Cassidy avait exprimé des doutes quant aux fondements de son comportement, ne saisissant pas les motivations qui l’avaient mené à vivre l’existence qu’il avait eue. Il n’y avait d’ailleurs pas répondu sur le moment, pour la même raison qui le forçait à repousser les justifications qu’il s’apprêtait à donner. Exposer les raisons superficielles n’avait manifestement pas suffit, elle voulait creuser et voir, comprendre les entrelacements de son esprit. Manifestement, il ne pouvait que lui céder ce privilège dont peu pouvaient se vanter avoir eu. Il lui était clair maintenant que s’il voulait voir Cassidy avancer, il allait devoir faire plus de pas vers l’avant pour compenser ceux qu’elle ferait en arrière. Pour la mettre en confiance, il lui faudra se dévoiler bien plus que d’habitude, et cette idée l’angoissait quelque peu. Néanmoins il était prêt à lui faire confiance, à miser sur tout ce qu’il avait vu en elle et que Cassidy ne percevait même pas. Un moyen de lui prouver qu’elle était digne de franchise et de la conviction qu’Octave lui consacrait. Toutefois, la sincérité avait cela de peu accommodant, c’est qu’elle ne plaisait pas nécessairement. Son esprit à nu n’avait rien de charmant, alors le bibliothécaire remettait à plus tard les explications de ce qui faisait qu’il était lui. Il était certain de la force de son attachement, mais était beaucoup plus sceptique quant à celui de Cassidy. A chaque instant elle pouvait se retrouver effrayée ou dégoûtée, et il se taisait, profitant d’une dernière étreinte qui n’allait pas durer.  

« Je lui ai demandé ta main. »

Il avait relevé la tête et souri d’un air espiègle, enserrant la main de Cassidy dans la sienne en une cajolerie complice, comme s’il avait l’intention d’exécuter son entreprise. Mais avant qu’elle n’ait le temps de se dérober, Octave relâcha de lui-même sa caresse, rendant la main à sa propriétaire. Il se redressa, les doigts entrelacés sur ses jambes, et souriait comme un bienheureux, certain qu’il serait le seul à apprécier le calembour. Après tout, tel père, telle fille. Et comme il la savait avide d’explications en long, large et travers, Octave finit par ajouter :

« Pas de déclarations de sentiments larmoyants, ni de suppliques à genoux, tout était très pragmatique. J’ai sobrement motivé ma demande par l’envie de gravir l’échelle sociale et me trouver une place bien douillette et au chaud sur le flanc d’une famille de sang-purs. Il était tellement outré que ça lui a coupé le souffle. »

Ses yeux roulèrent vers ses paupières alors qu’il se remémorait le visage du père absolument pétrifié à l’idée de donner sa fille à quelqu’un d’aussi indigne. C’était tellement prétentieux. Ses dents blanches se dénudèrent dans un sourire en tranche d’orange, telles des pépins dans un fruit rouge. Il rigola doucement, d’abord sincèrement, jusqu’à ce que cela ne devienne un réflexe nerveux. Octave finit par pincer ses lèvres grenat, sentant que la joie le quittait imperceptiblement ; trait après trait, muscle après muscle, la gaieté disparaissait de son visage comme un soleil qui se couche. Enfin, il parut étrangement terne, comme une vieille feuille de papier dont l’encre aurait été brûlée par une forte lumière. Un peu délavé, il s’imposait une attitude de circonstance. Plus le sérieux le gagnait, plus Octave se rendait compte à quel point il aurait mal vécu que Cassidy enlevât d’elle-même sa main des siennes, dans le geste brusque et violent si caractéristique des désillusions soudaines. Il hésita longuement, laissant ses doigts jouer entre eux, trouvant des défauts à ses ongles pour mieux s’oublier dans les souvenirs qui l’accaparaient. Il était loin d’avoir le pire des passifs, c’était certain, mais sa manière de dompter ses propres démons n’avait pas toujours été des plus honorable. Quoi que, la vie n’avait pas besoin d’être emplie de sang et de cruauté tangible pour être horrifique. Le cadre était commun, son histoire presque banale et bien loin de l’abomination que vivait Cassidy. Pourtant, là où on pouvait s’attendre à du lyrisme mélodique ou une âpreté mélancolique, l’on entendait des hiatus déstabilisants. Contrairement à ce qu’il donnait à voir, sa vie était striée de contradictions hypnotiques, qui suivaient les mouvements de son caractère toujours changeant, semblant n’avoir aucun appui nulle part. Un univers anxiogène qui distillait un malaise diffus. Pris d’un embarras, Octave finit néanmoins par se concentrer sur Cassidy, la regardant tantôt tant les yeux, tantôt les détails de cette pièce dont la propreté le rassurait.

« Je vais tâcher de répondre à tes questions, mais pour cela il nous faut revenir en arrière… »

Il se tut encore, comme si énoncer cette phrase le mettait concrètement face à la réalité de son propre passé dont il n’avait jamais rougi devant qui que ce soit. Cassidy ne faisait pas exception, mais comme à chaque fois, aborder des sujets qui lui valaient souvent d’être rejeté s’avérait délicat, particulièrement lorsqu’il était mené par inclination du cœur à se révéler à tel point. L’hésitation était immanquablement là, l’obligeant à faire inlassablement le même choix : celui de l’honnêteté. Il aurait bien voulu inventer, conter la belle histoire de sa résurrection morale et spirituelle face aux diables de ce monde, mais dans ce cas-là Cassidy n’aurait pas mieux valu qu’Elena et ils se seraient demeurés étrangers jusqu’au bout. Après tout, ils avaient cela de différent qu’elle feintait certains des malheureux aspects de sa personnalité, alors que chez Octave ils étaient naturels. Dans un soupir, il feuilleta ses souvenirs en s’interrogeant où avait bien pu apparaître la première faille de sa vie. Ou son caractère n’était-il finalement que le fruit d’un travers inné ?

« J’ai grandi parmi des gens pour lesquels la valeur d’un individu s’estimait à son utilité immédiate. Personne n’est irremplaçable, nulle vie n’a d’intérêt absolu, rien n’est sacré, tout est permis pour peu que cela soit justifié. J’ai été encouragé à être cruel envers les autres et envers moi-même, à être misanthrope et solitaire, à boire le sang de mon entourage autant que possible, à profiter de la crédulité des ouailles au profit de mon propre succès. On m’a appris à n’avoir de considération ni respect pour personne, à me méfier de tout le monde. Souvent, les rapports que j’avais avec les gens étaient des rapports de force, âpres et sans pitié. J’étais plongé dans une rivalité constante avec le monde entier et dans une violence mimétique continue. C’est ce qui arrive naturellement lorsqu’on vit dans la rigueur. J’étais en permanence aigri et frustré. Je ne supportais pas le succès d’autrui car quel qu’en soit l’aspect, même le plus minable, j’y voyais le reflet de ma propre médiocrité. Je détestais presque tout le monde. J’observais les gens et je ne leur trouvais rien d’agréable, je voyais tout de suite le pire en eux, sans avoir besoin de me forcer et l’animosité s’accumulait en moi un peu plus chaque jour. Je ne croyais qu’en moi-même et je n’avais de confiance pour personne. Si je faisais preuve d’empathie, c’était uniquement par fierté. J’étais sans scrupules, méchant, vaniteux et insensible parce que c’est ce qu’on attendait de ma part. Plus impénétrable que le vide. J’ai tendu vers le pouvoir et la domination dans les moindres aspects du quotidien. »

Derrière ses yeux vitreux, la mémoire lui revenait, aussi éclatante que si ce fut arrivé hier. Une succession d’instants aussi rectilignes les uns que les autres, ou rien n’avait de relief tant aucun ressenti ne s’y associait. Aussi solitaire qu’il lui fût donné de l’être, personne n’avait cherché à le provoquer pour ses différences comme cela arrivait souvent avec les marginaux qui ne parvenaient pas à s’intégrer pour l’une ou l’autre raison. Visiblement n’avait-il jamais eu la tête d’une victime que l’on pouvait taquiner sans crainte d’une riposte. Des rumeurs le poursuivirent tout au long de sa scolarité et les curieux pouvaient les voir se confirmer. Il lisait beaucoup pour fructifier son imagination, qu’il envoyait toujours dans une seule et même direction. Par pur sadisme, il avait dilué des laxatifs dans la carafe d’eau de la table où il était assis à la cantine de son collège. Il s’était allègrement bourré l’estomac de charbon actif au préalable et buvait tranquillement l’eau empoisonnée avec tout le monde sans rien manger. Au moment venu, il s’était précipité aux toilettes avec les autres, non pour se purger d’un mal, mais pour vomir le poison imbibé et resté dans son estomac. L’école était privée, aux mœurs strictes et les soupçons étaient d’office tombés sur la nourriture. La cuisinière fut virée le jour suivant, même s’il n’y avait qu’une seule tablée qui fut malade et que rien ne la distinguait des autres à priori. Aucune empathie, rien que le plaisir grisant d’avoir fait le mal sans s’être fait prendre. Encore mieux, quelqu’un avait porté le poids de la culpabilité à sa place. L’histoire n’avait rien d’extravagant, mais ce n’était là qu’un récit parmi une multitude d’autres, plus perfides encore. Résultat d’un apprentissage entamé depuis son plus jeune âge dans une atmosphère malsaine. Octave manipulait son entourage tout en se faisant passer pour doux et serviable auprès de la majorité, ne révélant des bribes de sa véritable nature qu’à ses victimes passagères, les obligeant à subir son attitude sans pouvoir percer l’avis général.

« Je pense avoir changé, je crois, au moins un peu. En tout cas j’ai dilué mon mépris et mon sarcasme. Ca m’a pris du temps et ce n’est pas arrivé tout de suite. J’ai fait les choses qui me procuraient satisfaction sur le moment, pour lesquelles j’avais alors une inclination naturelle et un certain talent, apparemment. Je cultivais vivement ma cruauté et je me voyais doté d’une insensibilité envers la douleur d’autrui. Il n’y a pas que les Mangemorts qui, en ce monde, sont capables de commettre les pires atrocités, loin de là. Il m’est arrivé de torturer, de tuer, de blesser et de martyriser. J’ai souvent manipulé et profité de la faiblesse des autres simplement parce que je le pouvais. Je m’étais endurci et ait essayé d’être plus impitoyable que l’existence elle-même pour ne pas avoir à souffrir de ses revers. C’est pratique de repousser ses propres limites plus loin que celles des autres. A n’avoir de scrupules pour rien. J’ai fini par apprendre à sourire et prenais comme ça les gens en otage. Ils me croyaient rassurant… »

Plus il avançait, plus il lui paraissait clair qu’il avait bien fait de lâcher la main de Cassidy. Il devrait peut-être en plus se lever et s’éloigner, amorcer le mouvement en premier pour ne pas la voir s’éloigner, elle. Mais c’était trop tard et il restait assis, comme cloué sur place, parlant de soi d’une voix pudique et murmurée, aussi tamisée que les bougies qui illuminaient la pièce d’ombres vacillantes. Il baissait ses lourdes paupières non de honte mais par réserve, n’ayant pas l’habitude de se répandre en monologues à son propos. Il était un fervent défenseur de l’information distribuée au compte-goutte et sans gravité. Cette longue tirade personnelle le fatiguait plus qu’il ne l’aurait voulu, sa propre vie l’ayant déjà passablement épuisé et malmené sans qu’il n’en éprouve le besoin de revivre tout cela sous la forme d’un récit construit.

« Etrangement, au lieu de me fortifier davantage, la vie a fini par m’adoucir. Et cela non à la manière graduée, mais par à-coups. J’oscillait entre horizontalité desséchée presque suspecte et une fulgurance exaltée. Tantôt je débordais, et la minute d’après je ne ressentais plus rien, comme un capteur mal réglé. Chaque scène de ma vie d’antan semble collée à la précédente et à la suivante, comme extraite d’une hallucination, et recousue après coup, et j’ère en plein milieu en fantôme frémissant. J’ai fait du chemin et aujourd’hui il y a des choses que je ne ferai pas parce qu’elles ne correspondent plus à ce que je suis. Je n’ai plus les mêmes désirs. Enfin, je dis cela, mais je sais être capable de m’éteindre si le besoin se présente. Tu sais, c’est comme si je soufflais sur une bougie. Un coup de vent et le noir se fait. J’ai laissé ma personnalité s’épanouir au soleil, mais le crépuscule peut advenir à tout instant. L’obscurité vient et je suis à nouveau parfaitement indifférent à tout ce qui m’entoure. Encore maintenant je suis capable d’allumer et d’éteindre la lumière à ma guise. Tu me demande comment c’est possible de ne pas songer aux préjudices de mes actes ? Tu sais très bien comment. Mais dans notre vie nous vivons plusieurs vies et ce chapitre là j’ai réussi à le clore. Je n’irai pas jusqu’à dire que je ne suis plus cette personne qui n’avait cure de rien, car ce serait parfaitement faux, mais j’imagine avoir développé des traits de caractère qui contrecarrent mes vices et qui équilibrent un peu mieux ma personnalité... J'ai également eu le loisir de pouvoir réévaluer mes priorités et ce que j'attendait de l'existence. Ma détermination est infaillible et j'ai décidé de ne plus faiblir face à l'adversité. J'ai fait le choix de vivre dans la sensibilité et il y a des aspects face auxquels je ne séquestre plus, quoi qu'il arrive, quelle que soit la douleur que cela m'afflige. Etre insensible est comme ne pas ressentir la douleur physique, une faiblesse qui coupe d'un revers de la réalité tout entier. Peut-être est-ce finalement une résolution cupide de ma part que de refuser de m’éteindre lorsque cela serait plus pratique... Mais comment pourrais-je décemment vivre si je me refusais de suivre les désirs de mon coeur même et surtout lorsqu'ils me font souffrir ? Je suis fermement déterminé à essayer de tout subir... surtout lorsqu'il s'agit des gens à qui je tiens. »

Octave passa une main fatiguée sur son visage dans une tentative de le détendre. Ce n’est qu’en sentant la pression de ses doigts qu’il comprit à quel point ses muscles étaient tirés sous sa peau, même ses paupières le brûlaient et ses pommettes portaient le poids d’une peau tendue. De ses ongles, il brossa sa barbe tout en massant sa mâchoire avant de descendre et enrouler sa main autour de son cou. Ses yeux se fermèrent et il resta ainsi à tenir cette pose étrange tandis qu’une respiration lourde et longue animait lentement sa poitrine. Enfin, il ramena son bras à ses genoux et l’abandonna là tout en rouvrant ses yeux d’un vert si intense qu’il semblait être capable de garder son éclat même dans l’ombre la plus noire.

« La guerre touche tout le monde, c’est certain. Tous ceux qui y participent où y sont proches en tout cas. Mais la question est de savoir comment tu l’appréhendes. Il y a des gens qu’elle percute de plein fouet, qu’ils le veulent ou non, du fait de leur position sociale par exemple. Il y en a d’autres qu’elle ne fait qu’effleurer. Il y a ceux pour qui la guerre est un élément naturel leur permettant de se développer encore mieux qu’en période de paix. Et il y a ceux qui sont détruits, soit involontairement parce qu’ils se trouvent être des victimes toutes désignées, soit parce qu’ils ne supportent pas cette réalité-là. Il y a des gens qui se font emporter par la vague et il y a moi, qui glisse dessus. Fondamentalement, la situation n’a pas vraiment changé pour moi. Je n’ai que rarement eu de problèmes quant à mon rang ou mon sang parce que mon utilité dépassait ce détail-là. Mon avis n’intéresse personne tant que je fais ce qu’on me demande. Je relativise peut-être trop tu me diras, mais en attendant… c’est normal que tu penses cela impossible, t’es pétrie dans la guerre, dans les conflits, les oppositions d’opinion parce que ton statut te demande d’avoir un avis tranché. Quant à moi, personne ne me demande de m’opposer à quoi ce soit ni d’être formellement pour quelque chose. Quand ton but dans la vie s’est d’être aussi proche de la doctrine que possible, effectivement, tout le monde te jugera sur ta conformité, mais en réalité, la plupart du temps les masses se font persécuter parce qu’elles parlent trop fort, non pas parce qu’elles sont contres. »

Le problème d’une insensibilité combattue est qu’elle vous abandonnait défait et incapable de ressentir l’univers de la même manière que ceux qui s’y étaient développés d’une façon plus « saine ». Peut-être était-il finalement encore plus indifférent que Cassidy à ce sujet, non pas parce qu’il le voulait, mais parce que ce fait-là ne l’ébranlait nullement. Il trouvait si peu en lui de cette indignation morale que suscitait la guerre chez ceux qui se réclamaient d’une posture morale. Au contraire, il avait toujours été très sévère, même si compréhensif, envers ceux qu’il appelait parfois ironiquement des « belles âmes », d’autant plus enclines à l’indignation qu’aveugles à la rationalité du réel. C’était des raisonnements sublimes de gentillesse, mais qui ne cherchaient que la satisfaction du soi dans une construction d’idéal n’ayant d’autre support que des raisonnements vides et partiels. Orgueilleusement, il espérait parvenir non pas à critiquer vaniteusement le réel en rêvant le monde tel qu’il devrait être, mais de le comprendre tel qu’il était. Il n’était pas encore certain si ce flegme était dû à un vide ce caractère déjà présent où s’il avait développé cette placidité à force de voir le pire. Aujourd’hui, l’injustice le révoltait, la violence gratuite et l’immoralité pure et dure, mais il n’y réagissait pas de façon passionnelle. Octave ne s’enrôlait pas dans des groupes pour combattre les opprimés, ni dans ceux des bourreaux. La violence n’avait rien de choquant à ses yeux, même si elle lui était aujourd’hui déplaisante. Ce n’était pas un indigné persistant, plutôt un spectateur qui remettait de l’ordre lorsque les évènements s’approchaient trop de son orbite.

« Par exemple… Une guerre, c’est commun, à mon sens. C’est cyclique, tout comme les massacres. L’envie de dominer est banale, alors un groupe de types qui essayent de tatane la margoule à d’autres, ce n’est certainement pas nouveau. Je ne dis pas que ce n’est pas terrible, je dis que c’est un fait ordinaire qui se reproduit régulièrement à plus ou moins grande échelle. Si je ne me trompe pas, tu ne connais que ce conflit-là, alors forcément, tout est nouveau et apparaît comme l’évènement le plus dur de ton existence. Mais avant l’avènement du Lord, je suis passé par la Yougoslavie, la Tchétchénie et le Liberia. Les conflits, il y en a partout, tout comme des gens qui meurent dans l’oppression et la douleur. Alors, de quoi est-ce que je dois me sentir le plus proche ? De quelle guerre exactement ? Dois-je m’en vouloir si cette guerre-là ne me change pas ? Si elle ne me touche pas autant que les autres et que je ne m’en sente pas transfiguré d’indignation ? Ce qui est certain en revanche c’est que la guerre immédiate nous met chacun au pied du mur et nous oblige à mettre en jeu notre attachement à la vie et à nos biens temporels pour sauver un bien moral supérieur. Or, ce choix là je l’ai fait il y a longtemps. Toi en revanche, tu te trouves soudain obligée de prendre au sérieux ce qui, dans une condition moins dramatique de l’existence, pourrait être occulté, à savoir que la liberté concrète ou la morale exige de lutter contre ce qui menace l’effectivité. Qu’est-ce qui conduit l’homme à renoncer à la liberté et à consentir à la servitude ? C’est toujours la peur de mourir et le souci de ménager ses intérêts immédiats. La paix ne va pas sans courage, sans dépasser sa nature animale qui ne désire que survive. Le vrai maître de l’homme n’est pas à l’extérieur de lui, ce qui menace son existence éthique, c’est, en lui, sa peur de mourir ou de nuire à ses intérêts particuliers. La présence du Lord ne m’a pas fait réévaluer mes vanités ni n’a fait apparaître mes biens finis dans leur inessentialité. J’ai déjà été à ta place et je comprends ce que tu veux dire… toi en revanche, tu n’as jamais été à la mienne. Ca fait longtemps que les conflits ne me confrontent plus, alors forcément, ça contribue à ma distanciation. Ce ne sont pas des situations qui induisent un conflit existentiel en moi, ni une remise en question intérieure. »

Octave se tut soudain, comme le soufflé coupé. Véritablement, il avait le sentiment de trop parler. A force de tergiverser et de s’exposer il se rendit soudain compte à quel point cette facette de sa personnalité n’avait pas changé. Il la maîtrisait mieux, c’était certain, cependant elle était là, latente, à se manifester un peu partout sans qu’il ne s’en rende véritablement compte. Il se croyait être sorti d’affaire, mais manifestement c’était loin d’être le cas et le cardiogramme continuait à tracer une ligne droite aux oscillation rares. Son esprit restait sans pitié et son cœur de marbre pour plein d’aspects de l’existence, et Octave les voyait passer sans soulever ne serait-ce qu’un sourcil. A vraiment croire que les troubles étaient sélectifs en lui. Décidemment, soit il était trop connecté aux réalités de ce monde, soit pas assez, incapable de s’émouvoir pour ce qu’il le fallait mais sensible aux petites manifestations miraculeuses. Encore profondément farouche, les grands malheurs de masse ne faisaient que l’effleurer sans le toucher véritablement. Octave tourna sa tête dans un sens puis dans l’autre, faisant craquer ses cervicales dans un bruit sourd. La limite était encore diffuse entre ce qui l’inspirait et ce qui le laissait indifférent, si bien qu’il finissait par faire semblant lorsqu’il fallait s’apitoyer et se retenait quand la situation demandait de l’aplomb. Un éternel jeu caléidoscopique entre ce qu’il laissait paraître et ce qui advenait réellement. Il avait accepté cette dureté qui refusait de s’effacer, son indifférence partielle, ses goûts difficiles et son caractère élitisme quand il s’agissait de prêter ses grâces à quelqu’un, mais comme d’habitude, consentir et expliquer étaient deux choses différentes. Etrangement, il se sentit soudain coupable devant cette jeune femme qui souffrait tellement d’être si pragmatique et détaché face à ce qui l’avait mise dans cette situation. Il y avait de quoi probablement. Il méprisait son père, mais la guerre… ce n’était qu’un outil, qu’un concept dont les éléments variaient si souvent qu’il était impossible de parfaitement les juger avec subjectivité. Toutes les guerres étaient différentes, et elles se ressemblaient terriblement. Mais cette pauvre créature n’en connaissait qu’une, celle qui faisait rage en son sein et qui se reflétait si bien autour d’elle. Les deux se faisaient écho et elle s’imaginait que les désastres qui se déroulaient à l’extérieur étaient aussi décisifs que ceux en son cœur. Pourtant il ne pouvait se résoudre à être aussi inquiet qu’elle l’était. Par ataraxie ou par espérance…

« J’aurais aimé avoir quelque chose de plus rassurant à te dire… Des explications plus pertinentes à donner, qui me justifieraient davantage aux yeux du commun des mortels. Je suppose que je suis comme ça, ambivalent, pas toujours très cohérent, ce qui explique pas mal de choses, n’est-ce pas ?... Bon, sinon, tu voudrais m’épouser ou pas finalement ? »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mar 13 Déc 2016 - 22:19

« Je lui ai demandé ta main. »

Ses yeux en amande s'agrandirent sous le choc et ses sourcils se haussèrent sans qu'elle ne puisse rien y faire, tandis que ses lèvres s'entrouvraient laissant apparaître l'éclat nacré de ses dents blanches. Un clignement de cils, suivi d'un second, puis l'engrenage paru dérailler et les paupières de la jeune femme restèrent ouvertes dans un figement assez particulier. Il plaisantait. Il plaisantait n'est-ce pas ? Il n'avait pas réellement osé faire cela ? L'emprise du sorcier se resserra doucement autour de sa main, enserrant cette dernière telle une liane à laquelle il ne manquait que la bague pour parfaire le tableau. Interdite, l'étudiante déglutit tout en ne le lâchant pas du regard. Une énième facétie de sa part. Oui, ça devait être cela. C'était forcément cela. Il ne pouvait en être autrement. Il déconne, il déconne, il déconne. Il te teste Cass'. Il teste ton humour, oui, c'est forcément ça. Il a vu que t'étais totalement inculte en la matière, alors il te fout la tête dedans. Malgré ces pensées qui se voulaient rationnelles et rassurantes, le doute subsistait dans le regard clair et légèrement angoissé de la jeune femme. Le trouble faisait vibrer la surface de ses iris turquoises, comme une pierre venant troubler le miroir d'un lac paisible. Pourquoi fallait-il qu'il soit en mesure de l'atteindre ainsi ? Silencieuse, aucune parole ne parvenant à franchir le seuil de ses lèvres, Cassidy scrutait son visage, tentant vainement d'y déceler la vérité, un quelconque signe de plaisanterie franche. Le vert émeraude de ses yeux scintillait de cette lueur qu'elle connaissait désormais, donnant à son visage un air taquin, mais ce n'était guère assez pour lui permettre d'identifier ses mots comme une réelle plaisanterie.

« Je... Tu... déc.. c'est... »

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge nacrée, se nouant et s'emmêlant entre eux comme les fils fins d'une épaisse pelote de laine. La pensée ne parvenait pas encore à prendre suffisamment forme dans son esprit, et cela venait indéniablement de se traduire par une succession de mots sans queue ni tête. Le moment n'était pas encore venu de s'exprimer. Il fallait encore digérer les mots qu'il venait de prononcer. Peut-être avait-elle mal compris en réalité ? Ou alors y avait-il un sens caché, latent, qu'elle ne parvenait pas à déceler. « Je lui ai demandé ta main. » Imperceptiblement, les sourcils de la blonde se froncèrent tandis qu'elle essayait tant bien que mal de trouver un quelconque double sens aux paroles prononcées avec tant de légèreté par l'homme auquel elle s'était progressivement entrouverte. Rien. Nada. Niet. Demander la main de quelqu'un... Cela ne voulait dire qu'une chose et il ne pouvait guère l'avoir employé au sens propre ; seul le sens figuré correspondait. Soudain, l'étreinte douce et chaude des mains masculines se relâcha autour de la sienne, et cette dernière resta figée au dessus des genoux du bibliothécaire, pétrifiée.

« Tu as fait quoi ? »

Quatre mots. Juste quatre petits mots de rien du tout, contenant chacun une seule syllabe. Pourtant, la jeune femme avait juste l'impression d'avoir évacué des boulets de canon pesant plus de quatre tonnes chacun. Le ton employé était d'un vide abyssal, et elle n'était pas certaine d'apprécier la plaisanterie, ni la réponse qui allait suivre, inévitablement. Inconsciemment, la Rowle avait encore ce mince espoir, aussi fin et fragile que des fibres de verre, qu'il ne faisait que s'amuser tel l'enfant inconscient et perturbateur qu'il lui arrivait d'être.

« Arrête de sourire comme ça... Tu me fais flipper. Dis-moi que tu plaisantes. »

Oscillant entre la supplication et la menace, son regard était assez particulier en cet instant.

« Pas de déclarations de sentiments larmoyants, ni de suppliques à genoux, tout était très pragmatique. J’ai sobrement motivé ma demande par l’envie de gravir l’échelle sociale et me trouver une place bien douillette et au chaud sur le flanc d’une famille de sang-purs. Il était tellement outré que ça lui a coupé le souffle. »

Visiblement, le souvenir du visage qu'avait dû faire son père à la suite de cette demande devait être mémorable et inoubliable. Terriblement frais en mémoire. Tellement qu'il paraissait revivre la scène s'avérant très certainement des plus rocambolesques et uniques au monde. Lentement, son sourire s'accentua puis un rire d'abord discret franchi le seuil de ses lèvres grenat. Dans un premier temps, il tenta de réprimer cet assaut de gaieté imaîtrisable, en vain. Plus il tentait de se contenir, plus ce dernier se faisait sonore et emplissait la pièce d'une nouvelle atmosphère. Il avait osé faire ça pour se débarrasser de sa demande terriblement gênante et embarrassante pour eux deux. Dangereuse même. Partagée entre l'effroi suscité par l'exposition inconsciente à laquelle s'était soumis le sorcier et l'ahurissement devant le fait qu'il ait été en mesure de recourir à cette idée pour les sauver, le visage de la jeune femme se tordit en un rictus indéchiffrable. Il avait osé comme personne ne se l'était jamais permis avec son père, le forçant à reconsidérer son offre. C'était diablement ingénieux, mais terriblement culotté, et cela exposait encore davantage le sorcier. Certes, il avait fait en sorte de ne pas refuser directement afin de les protéger elle et lui, mais en osant demander ce prix bien trop élevé pour Andreas, il avait officieusement déclaré la guerre. Une guerre terrible puisque silencieuse et sournoise. Indirecte et venimeuse.

« C'est... intelligent, finit-elle par reconnaître à voix basse, vraiment intelligent mais... terriblement risqué pour toi. »

La main figée au dessus des genoux du sorcier finit par tressaillir et elle la ramena vers elle, ses ongles nacrés se recroquevillant sur sa paume tel un coquillage se refermant sur sa perle lors de la marée basse. Instinctivement, ses doigts virent se mêler nerveusement dans les quelques boucles formées par ses longs cheveux aux reflets argentés, à cause de la tresse dans laquelle ils avaient été pris quelques instants plus tôt. Le visage grave, elle détailla Octavius dont le rire s'était apaisé, au profit d'un sérieux des plus extrêmes. Le regard flottant, il paraissait hésiter, en proie à un tiraillement, un déchirement intérieur... Ou peut-être extrapolait-elle et n'était-ce là que les restes d'une quelconque hésitation d'un esprit tourmenté ? Cela étant, son regard profond finit par rencontrer le sien et dans un souffle, il accepta de répondre à ses questions intrusives. Intrusives, oui. Le jeune femme en avait conscience mais ne pouvait décemment pas les ignorer ou faire autrement pour tenter de lui accorder un début de confiance. Il fallait en passer par ce chemin difficile et tortueux menant à l'honnêteté et à la révélation d'une âme pas toujours telle que l'on attendait. Il serait honnête, il le lui avait promis.

Lorsqu'il entama la première partie de son récit, Cassidy su qu'il ne lui cacherait rien de ce qu'elle avait voulu savoir. L'honnêteté transperçait sa voix, tandis que les mots utilisés paraissaient des plus naturels – pas forcément bien réfléchis, ce qui venait prouver l'aspect spontané et réel de son discours sincère. Il n'avait pas eu une enfance facile, loin de là. Lentement, tandis qu'elle ne le lâchait pas des yeux, suspendue à ses lèvres et animée par cette puissante volonté qui la caractérisait depuis toujours pour tous les sujets – comprendre -, Cassidy entreprit de chercher à l'aveugle le fermoir doré du lourd collier doré, reposant quelque par dans sa nuque, sous l'épaisseur de chevelure. Un milieu difficile et hostile, autrement que le sien, certes, mais engendrant de la souffrance, c'était certain. Plus ou moins de souffrance ? Allons, la souffrance ne se mesure pas. Elle s'éprouve. Octavius avait sans nulle doute souffert lui aussi, autrement qu'elle, mais une souffrance était toujours destructrice. Formé pour entrer dans un moule... Un environnement dépourvu de tout sentiment. La jeune femme ne pouvait que comprendre. Petit à petit, les morceaux  du puzzle se mettaient en place en s’emboîtaient jusqu'à former l'esquisse de l'homme en face d'elle. Il y avait des similitudes entre leurs histoires, même si des divergences persistaient à les séparer. Cette extravagance s'expliquait bien finalement, elle ne faisait que trahir l'insécurité du petit garçon qu'avait été Octavius. Camouflé derrière ces humeurs extrêmes, il ne pouvait être mesuré puisqu'il n'avait jamais eu l'autorisation de ne prétendre qu'à être normal, dans la norme ou encore la moyenne. Non. On lui avait demandé d'être parfait, d'être le meilleur, sans faille et sans faiblesse. Sans sentiments, sans pitié, ni considération pour autrui. Impitoyable. S'il avait été normal, il n'aurait été rien d'autre qu'un individu médiocre, et sans le moindre intérêt. Un être invisible, aux yeux de sa famille. La famille... Étrangement, si les paroles du brun permettaient à la jeune femme de mieux le cerner, cela ne l'étonnait pas plus que ça. Tandis qu'il se révélait, derrière le miroir de ses grands yeux vert d'eau, les liens se créaient dans son esprit à la vitesse de l'éclair. Ses paroles, et la lettre reçue par Vivienne Holbrey. Cette femme lui avait immédiatement rappelé son père, Andreas. Une rigueur... Non, une rigidité extrême, un jeu superficiel et adaptatif d'apparences et d'excellence. De l'authenticité ? Aucune. Une dévalorisation extrême de son enfant qu'elle prétendait vouloir protéger, en ne protégeant en réalité qu'elle-même et sa fameuse réputation. Peut-être était-ce pour cela qu' Octavius avait été à même de réagir ainsi face à Andreas. Parce que ce genre de personnalité ne lui était pas totalement inconnue.

« Je pense avoir changé, je crois, au moins un peu. En tout cas j’ai dilué mon mépris et mon sarcasme. Ca m’a pris du temps et ce n’est pas arrivé tout de suite. J’ai fait les choses qui me procuraient satisfaction sur le moment, pour lesquelles j’avais alors une inclination naturelle et un certain talent, apparemment. Je cultivais vivement ma cruauté et je me voyais doté d’une insensibilité envers la douleur d’autrui. Il n’y a pas que les Mangemorts qui, en ce monde, sont capables de commettre les pires atrocités, loin de là. Il m’est arrivé de torturer, de tuer, de blesser et de martyriser. J’ai souvent manipulé et profité de la faiblesse des autres simplement parce que je le pouvais. Je m’étais endurci et ait essayé d’être plus impitoyable que l’existence elle-même pour ne pas avoir à souffrir de ses revers. C’est pratique de repousser ses propres limites plus loin que celles des autres. A n’avoir de scrupules pour rien. J’ai fini par apprendre à sourire et prenais comme ça les gens en otage. Ils me croyaient rassurant… »

Elle aurait du être en colère, le haïr et le rejeter pour ce qu'il avait fait, et ce qu'il avait été. Un bourreau sans cœur et sans âme, pourtant étrangement, ce ne fut pas un mouvement de rejet ni de dégoût qui étreignit son cœur...  Oui. Son cœur. Ce dernier battait étrangement fort, et ce phénomène parvint à la conscience de la jeune femme qui porta une main confuse à sa poitrine. Quelle sensation étrange. Étrangement, elle ne pouvait que le comprendre, parce qu'elle même avait commis des actes de ce genre, sans pour autant aller aussi loin que lui à profiter de la faiblesse d'autrui. Elle était ainsi parce qu'elle y était constamment obligée, mais une certaine lucidité lui maintenait la tête hors de l'eau parce que, contrairement à lui, une personne avait su lui permettre de conserver un semblant d'équilibre lors de son développement. Sa mère... qui avait donné sa vie pour lui permettre d'un jour vivre la sienne. La compréhension. L'arme qu'il lui était nécessaire pour survivre et s'adapter à des situations comme celles-ci paraissant perdues d'avance. Le rideau épais derrière lequel le sorcier se dissimulait commençait à se déchirer, laissant apparaître les faiblesses passées qui le constituait. Il était devenu ainsi parce qu'on le lui avait imposé. Il avait été cruel pour rendre ses parents fiers, pour être le fils dont ils auraient toujours rêvé. Il avait voulu les satisfaire, recherchant leur amour et leur reconnaissance. Il s'était perdu, pour mieux les combler... comme elle, si sa mère n'avait pas été là pour l'aimer telle qu'elle avait été.

« Ta mère m'a écrit, m'ordonnant pour ainsi dire, de ne pas me lier à toi. Je pense que tu as le droit de le savoir en tant que principal concerné... Lorsque j'étais enfant, j'ai voulu rendre mon père fier. Je voulais qu'il puisse un jour poser ses yeux sur moi et me prendre dans ses bras. J'ai appris l'anglais, j'ai appris à valser, à jouer du piano tel qu'il me l'imposait... Une petite fille parfaite en somme. Toutefois, lorsqu'il venait occasionnellement, il ne me voyait pas. J'étais comme... transparente. Je n'existais pas, ou pour les rares fois où j'ai existé, ce n'était jamais assez bien. J'ai fini par lâcher – et c'est sans doute son absence qui m'a permis de le faire - et abandonner le rêve de le satisfaire et je me suis développée dans l'exact opposé. Heureusement... une personne a su me canaliser tout en me permettant de développer une ouverture d'esprit. C'est un cadeau cruel en réalité... Parce qu'en m'offrant cette ouverture d'esprit, je suis aujourd'hui obligée d'évoluer sur un fil à double tranchant. Si j'avais été élevée par mon père, je serai sans doute comme tu l'as été autrefois, mais il avait mieux à faire que de se charger d'une fille qu'il n'avait pas désirée, tu comprends...  »

Aucune amertume dans sa voix. Juste une cruelle réalité évoquée le plus naturellement possible, telle une évidence acquise avec l'expérience des années qui s'étaient écoulées, plus ou moins rapidement. Le deuil du père aimant et protecteur était fait depuis longtemps désormais. Plus aucune espérance. Seule la haine et la rage dévastatrice restaient en son cœur et la maintenaient debout aujourd'hui. Survivre pour la vengeance. Tel avait été son but ultime, son leitmotiv depuis maintenant trois ans. Au delà de ça, le futur restait totalement inexistant et irreprésentable pour la jeune femme.

« Tu parles de rigueur... La rigueur est toute ma vie. Je ne ressens rien la plupart du temps, ou si je ressens quelque chose, je ne parviens pas à identifier ce que c'est. Mais contrairement à toi je n'en suis pas frustrée parce que... Je ne veux pas ressentir les choses, au fond de moi. C'est dangereux. Ce serait une faiblesse dont on pourrait se servir contre moi, d'autant plus lorsque j'entrerai dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. Comment peut-on être aussi... semblables et différents à la fois ? Comme toi, je suis sans scrupules, méchante, insensible et cruelle. Je ne fais pas confiance et ne me fie qu'à moi-même. J'ai torturé, sans ciller, sans rien ressentir. Malgré le fait que je doive viser l'excellence vis-à-vis de mon père et de ses attentes, au fond de moi je ne suis pas frustrée parce que cette excellence m'indiffère. En réalité, même si je prétends la rechercher, ce n'est pas ce que je vise. Loin de là. Il s'agit là d'une différence fondamentale entre mon père et moi. Si la vie t'a adouci, je ne peux pas me permettre ce luxe parce que contrairement à toi, mon nom a scellé mon destin avant même ma naissance. Je ne peux pas me permettre de choisir ce que je voudrais être ou ne pas être. Je me dois d'avancer sur le fil, comme je le fais depuis presque toujours. »

Nonchalamment, Cassidy laissa tomber le lourd collier réchauffé par la chaleur de sa peau aux reflets de nacre, sur les draps. Les pièces dorées scintillaient à la lueur des flammes de la cheminée dont les éclats venaient s'y refléter.  

« Marche ou crève. Survis ou aime. Etre insensible n'est pas une faiblesse pour moi. C'est une force, qui même si elle me coupe de certaines choses, me permet d'être en vie aujourd'hui. Avant de te rencontrer, je n'avais jamais oscillé comme tu dis. Je n'ai jamais rien eu d'un capteur mal réglé, sauf lors de ma première manifestation de magie où l'enfant calme que j'étais a manqué d'incendier la maison. Ou peut-être légèrement à l'adolescence, mais rien de plus. Je n'ai pour ainsi dire, jamais débordé, jamais rien ressenti... à quelques exceptions près. Tu es le seul à connaître cette facette de moi... Et je n'aime pas cette partie de moi. Je la pensais morte, détruite. Inexistante. Elle est trop dangereuse... et elle me fait peur. »

Hors de contrôle.

« Mais toi... Toi qui a eu le choix et qui a su te saisir de l'opportunité de t'équilibrer autrement, comment as-tu fait ? Je veux dire, quel a été ton déclic ? Qu'est-ce qui t'a donné cette envie de découvrir le monde des sentiments et de clore cette partie de ta vie ? »

Il avait eu cette chance qu'elle n'avait pas en sa possession. Celle d'avoir un sang tout ce qu'il y a de plus neutre. Sang-mêlé. Que ne donnerait-elle pas pour le posséder en ses veines... Etre libérée de tout ce que cette détestable pureté hypocrite impliquait. Libérée des obligations et des faux semblants. Etre elle-même... Le regard de Cassidy se fit vague et de plus en plus lointain, tandis que ses pensées l'emmenaient loin de toute réalité. Elle-même... La jeune femme frissonna. Elle n'avait aucune idée de ce que cela signifiait. Se dégageant de ces pensées tortueuses, Cassidy réintégra le fil de la conversation, en ayant loupé un morceau à cause de ses divagations idéiques.

« [...] Il y a des gens qui se font emporter par la vague et il y a moi, qui glisse dessus. Fondamentalement, la situation n’a pas vraiment changé pour moi. Je n’ai que rarement eu de problèmes quant à mon rang ou mon sang parce que mon utilité dépassait ce détail-là. Mon avis n’intéresse personne tant que je fais ce qu’on me demande. Je relativise peut-être trop tu me diras, mais en attendant… c’est normal que tu penses cela impossible, t’es pétrie dans la guerre, dans les conflits, les oppositions d’opinion parce que ton statut te demande d’avoir un avis tranché. Quant à moi, personne ne me demande de m’opposer à quoi ce soit ni d’être formellement pour quelque chose. Quand ton but dans la vie s’est d’être aussi proche de la doctrine que possible, effectivement, tout le monde te jugera sur ta conformité, mais en réalité, la plupart du temps les masses se font persécuter parce qu’elles parlent trop fort, non pas parce qu’elles sont contres. »

Il relativisait trop en effet, mais au fond, pouvait-on le lui reprocher compte tenu de son histoire ? Difficile à dire... Si la jeune femme avait été en capacité de comprendre son caractère, sa conception de la guerre et de ses effets qu'elle jugeait terriblement destructeurs, la laissaient perplexe. Il ne se mouillait pas. Silencieuse, elle continua de l'écouter, laissant tout jugement de côté. Après tout, il était assez honnête pour se mettre à nu face à elle. Qui était-elle pour se permettre de prendre la place d'un juge ? Personne. Elle n'était personne d'autre que Cassidy Rowle, diablement imparfaite elle aussi.

« [...] Les conflits, il y en a partout, tout comme des gens qui meurent dans l’oppression et la douleur. Alors, de quoi est-ce que je dois me sentir le plus proche ? De quelle guerre exactement ? Dois-je m’en vouloir si cette guerre-là ne me change pas ? [...] La présence du Lord ne m’a pas fait réévaluer mes vanités ni n’a fait apparaître mes biens finis dans leur inessentialité. J’ai déjà été à ta place et je comprends ce que tu veux dire… toi en revanche, tu n’as jamais été à la mienne. Ca fait longtemps que les conflits ne me confrontent plus, alors forcément, ça contribue à ma distanciation. Ce ne sont pas des situations qui induisent un conflit existentiel en moi, ni une remise en question intérieure. »

Tendu, le sorcier renversa son cou en arrière, faisant craquer ses cervicales probablement verrouillées par la tension accumulée en cette soirée.

« J’aurais aimé avoir quelque chose de plus rassurant à te dire… Des explications plus pertinentes à donner, qui me justifieraient davantage aux yeux du commun des mortels. Je suppose que je suis comme ça, ambivalent, pas toujours très cohérent, ce qui explique pas mal de choses, n’est-ce pas ?...
- En effet..
- Bon, sinon, tu voudrais m’épouser ou pas finalement ? »

Avait-elle bien entendu une fois de plus ? La main de la jeune femme resta suspendue dans les airs, les doigts entremêlés dans la longueur de sa chevelure. Pendant quelques minutes, le silence régna dans la pièce, seuls les crépitements des bûches de bois dévorées par les flammes rougeoyantes venait prouver que ce tableau surréaliste n'était pas figé dans le présent. Le temps continuait à s'écouler, tandis qu'elle hésitait à filer hors de la chambre d'hôtel, claquant la porte derrière elle et l'abandonnant, tel qu'elle l'avait fait dans le jardin aux roses. Devait-elle laisser la situation régresser après ce qu'ils avaient vécu ce soir ? La jeune femme se mordilla nerveusement la lèvre inférieure. Non... Il ne le fallait pas. Quelque chose lui disait qu'elle s'en mordrait les doigts et que le gâchis serait considérable. Après tout, il n'était pas comme Owen. Ce n'était pas la même chose. La relation était plus complexe. Elle devait prendre sur elle. Lentement, elle inspira profondément et braqua son regard dans celui de l'homme.

« Tu serais bien ennuyé si je te disais oui, Octavius. - un petit rire s'échappa de ses lèvres avant qu'elle ne reprenne son sérieux - mais pour te répondre sérieusement, non. Non, parce que ce n'est pas mon genre de m'engager les yeux fermés dans quelque chose que je ne connais pas. Le mariage... A vrai dire, je ne connais que le mariage arrangé. Celui qui a lié mes parents entre eux, et celui auquel j'ai échappé il y a trois ans. Je ne suis certainement pas prête à entendre ce mot. »

C'était à cause de cette annonce de mariage arrangé que tout avait basculé. Sa mère avait riposté pour lui permettre d'avoir un avenir, et elle en était morte.

« Pour en revenir sur ce que tu disais, personne ne te demandait de prendre parti Octavius, mais ce n'est plus le cas. Désormais les temps changent. Les libertés de pensée et d'action ne sont plus les mêmes que l'année dernière et tu ne peux plus rester neutre. Le Seigneur des Ténèbres a fait tomber le Ministère. Tout n'est qu'un coup d'état insidieux. Tu ne connais sans doute que la version officielle des événements... Celle qui est servie publiquement à la société afin que cette dernière ne s'affole pas et ne se rebelle pas, mais la vérité est toute autre et seuls les partisans du Lord la détiennent. Le Ministre de la magie, Rufus Scrimegeour, n'a pas démissionné, et suite à sa mort – qui n'a rien d'un accident -  Thichenesse ne l'a pas remplacé au pied levé. Scrimegeour a été assassiné Octavius. Les Mangemorts sont entrés au Ministère, l'ont tué et ont placé Thickenesse à sa place, sous impero, pour leur servir de pantin. Il ne s'agit pas de prendre parti pour une satisfaction narcissique et auto-gratifiante. Il s'agit de décider de l'avenir du monde sorcier, et... quand bien même tu ne souhaitais pas t'y impliquer et te contenter de surfer sur la vague comme tu dis, si... si tu... Merlin... Si tu envisages de rester près de moi, tu ne pourras pas rester neutre. Cette guerre – si tu restes à mes côtés - sera peut-être celle qui te touchera à un point que tu n'aurais pas pu anticiper avant de me connaître, parce que j'en mourrai peut-être. »

Mal à l'aise, Cassidy baissa les yeux sur sa robe déchirée et tira nerveusement sur un fil doré de cette dernière. Mourir... Elle s'était préparée à cette éventualité il y a bien longtemps maintenant. Désormais la guerre se profilait de plus en plus, et son avenir n'avait jamais été aussi incertain. Remettant en place une mèche de cheveux blonds tombée devant son doux visage, l'étudiante releva son regard turquoise vers le sorcier. Pourquoi s'ouvrait-elle ainsi ? Confidences pour confidences ? Ce n'était décidément pas son genre.

« Comprends-moi bien, je ne t'impose rien. Tu as le choix. Je ne veux pas te forcer à être ce que tu n'es pas au fond de toi... Je sais ce que cela fait et la souffrance que ça peut engendrer. Tu peux encore... partir. Rester ne sera pas simple, ne serait-ce que par mon implication directe dans la guerre, comme tu l'a si bien relevé. Je ne suis pas neutre, et tu ne pourras plus te contenter de n'être qu'un spectateur passif si tu choisis de rester.  Tu as choisi d'approcher la personne antagoniste de toi sur ce plan là. Je ne te donnerai pas de faux espoirs et serai franche envers toi : Je serai incapable de rester proche d'une personne travaillant pour les Mangemorts. C'est... impossible. Totalement impossible. »

Inspirant profondément, elle releva les yeux vers lui, une fois de plus.

« Merci de m'avoir confié ces parties de ta vie, bien que je ne t'ai pas vraiment laissé le choix. Je... J'espère ne pas me tromper en pensant que tu as été véritablement honnête et sincère envers moi. Sache que je comprends, et que je ne te juge pas sur ce que tu as pu faire auparavant. Je serai particulièrement mal placée pour le faire. Maintenant, le choix t'appartient à toi Octavius. Seulement, si tu décides de faire marche arrière... Reste fidèle à ta position de neutralité et... ne me condamne pas – la voix de la jeune femme se brisa, mais elle se força à maintenir ses iris levés face à ceux du bibliothécaire - Je ne veux pas mourir. Pas tout de suite. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 14 Déc 2016 - 19:39

« Tu serais bien ennuyé si je te disais oui, Octavius. »

Un petit rire s’échappa de sa bouche, mais Octave ne put s’empêcher de sourire avec un amusement mêlé à de l’amertume, qui se transforma finalement en un rictus compatissant. Elle était si simple à confondre. Telle une enfant qui ne savait prendre les choses qu'au premier degré, si parfaitement rectiligne étant sa pensée, Cassidy répondit à cette boutade avec ce qui semblait être un grand sérieux, et le rire ne pouvait rien y faire ni arrondir les angles de ses propos. Et effectivement, elle lui exposa avec minutie les raisons de son refus, comme s’il lui avait proposé la chose pour de bon et avec détermination, alors qu’il n’avait voulu que changer de sujet, la faire sourire et apprécier la cocasserie d’une telle situation. Au lieu de cela, le voilà bel et bien rejeté. Alors, à défaut de pouvoir apprécier le risible d’un tel instant, il contempla sa sirène plonger dans les quelques souvenirs que cette demande avait évoqués en elle. Rien de bon, assurément. Rien qu’un peu plus de calcul et toujours moins de bonheur. Chaque aspect de sa vie ne venait que confirmer la dureté d’une telle personnalité, qui s’était construire au contact des décisions de l’esprit et non du cœur. Il la regardait tendrement, les sourcils légèrement arqués en une expression d’affection sincère, ressentant avec toujours un peu plus de clarté, comme à chaque fois, qu’un objet de beauté était une source de joie, éternellement. Et même lorsqu’elle reprit ses propres paroles, Octave ne put s’empêcher de la regarder comme si quelle que soit la forme qu’elle ne décide de prendre, quel que soit le mot qu’elle prononce, cela ne lui inspirait qu’un bonheur incommensurable. Au fond, il était ainsi, à s’émouvoir avec délicatesse des aspects les plus étranges de l’existence, à trouver de la splendeur là où il n’y avait pour le moment que souffrance, à voir la grâce dans les traits rigides d’une statue de faïence, se contentant même de ce qui pouvait lui déplaire, n’y percevant que l’une des nombreuses manifestations de l’être adoré.

Quoi que, plus elle continuait, plus son expression devenait défaite et incertaine. Elle était déterminée à lui imposer une vision des choses qui était, bien que parfaitement compréhensible au vu de sa situation, pas tout à fait celle qu’Octave percevait. Il ne lui en voulait pas de s’obstiner, mais à dire vrai, il était beaucoup trop tôt pour qu’une telle conversation ait lieu entre eux. Ils ne se connaissaient que trop peu pour être à même de parfaitement percevoir les réalités dans lesquelles chacun d’eux baignait, même si Octave possédait tout de même l’avantage indéniable d’être plus âgé, mais surtout d’être passé par quasiment le même chemin que Cassidy. Aussi pensait-elle le choquer ou le surprendre lorsqu’elle lui parla de la véritable histoire de la montée au pouvoir du Lord. Mais même s’il n’avait pas été au fait de tous les détails, rien dans cette histoire ne le surprenait. D’ailleurs, peu de choses le surprenaient depuis longtemps. Il n’était pas certain si cette particularité était là due à son flegme éternel, ou à une vie bien remplie, mais les évènements ne semblaient receler plus aucun mystère pour lui, autant les nouveaux que les anciens. Aussi, pour seule réaction, Cassidy ne récolta qu’un vague soupir, qui souleva à peine ses épaules et son torse. Ne voyait-elle donc pas que c’était là le chemin habituel qu’empruntaient les dictatures et les retournements d’Etat ? Mais pour une fois, il se trompait, n’ayant pas un instant soupçonné que cette invective puisse se terminer ainsi, sur des propos aussi personnels. Voilà pourquoi donc cela la préoccupait tant… et tout devint soudain plus clair, tel le premier rayon de soleil qui illumine l’horizon bleuté du matin. Pourtant, même si cela aurait dû le toucher, Octave s’en trouva davantage embarrassé. Elle, qui espérait si peu, lui demandait séance tenante des preuves d’engagement. A ces mots, il s’était d’ailleurs relevé et fait quelques pas dans la chambre, mains dans les poches et les épaules basses. Le regard tourné vers le sol, il faisait dos à la jeune femme, triturant quelque chose au fond de l’une de ses poches. Il la comprenait parfaitement, cette mise au point qui avait dû lui couter cher en énergie et en hésitations, mais Octave avait la sensation de devoir faire un choix beaucoup trop tôt. Il était prêt à faire ce choix, mais comme bien souvent, les circonstances influaient sur sa capacité décisionnelle et en cet instant, il avait le sentiment d’être comprimé. Mais c’était trop tôt. Trop tôt pour ce genre de gages, et trop tôt pour se sentir captif d’une situation qui ne s’était pas encore présentée et ne se présentera peut-être jamais.

C’était maintenant à son tour de lui poser un ultimatum et cela l’obligea à se retourner alors qu’il écoutait d’une oreille légèrement contrariée les paroles de la jeune femme, qu’elle disait franches. Pour le coup, il n’en avait strictement aucun doute, et peut-être était-ce pour cette raison là qu’il ressentit une vague de malaise l’envahir. Il n’était pas dans sa nature de donner ce genre de garanties aussi tôt. Si pour certains l’avenir se dessinait avec plus ou moins de clarté, celui d’Octave lui paraissait parfaitement incertain. Il n’était pas un homme pétri de certitudes et avait pris l’habitude de renforcer son intelligence en n’ayant aucune idée arrêtée, laissant son esprit accueillir toutes les pensées tant qu’elles lui semblaient censées. Certains concepts étaient absolus en son âme, indépendamment du lieu et du temps, mais ses idées variaient sans égard pour son orgueil ou ses espérances, tant que la raison en était le principal engrais. Octave jeta à la jeune femme un regard en biais, semblant épris d’une hésitation, qu’il laissa cependant mourir à mesure que la perspective se détaillait un peu mieux parmi ce dédale de contraintes et de choix imposés. Il finit par sourire et murmura du bout des lèvres :

« Dis donc, tu refuses de m’épouser, mais c’est un contrat de mariage que tu me proposes. »

Le pétillant de ses yeux, qui s’était immiscé dans le rayon frémissant de ses iris le temps d’une réplique, se dilua avec la même rapidité avec laquelle il était venu danser dans les creux de son regard. Il avait préparé une réponse plus concrète, autre que cette énième preuve d’humour, mais il n’avait pas envie de la lui donner, pas maintenant. Non pas qu’elle fut désagréable à l’oreille ou à l’esprit, mais il voulait leur donner du temps pour se connaître et s’apprendre avant de s’imposer des sacrifices qu’il se savait de toute manière en mesure d’accomplir. De manière générale, il ne faisait que très peu de promesses, étant finalement un homme d’action plutôt que d’engagement. Si la décision lui semblait parfois floue à prendre à tête reposée, les priorités devenaient limpides en cas de crise.

Finalement, Octave se retourna et alla s’assoir sur le lit aux côtés de la jeune femme, aussi près que possible, beaucoup trop près peut-être d’ailleurs. Il passa un bras au-dessus de ses genoux repliés et prit appui sur le matelas d’une main, le buste penché sur Cassidy, épousant le contour de son corps sans le toucher ni même le frôler. Ils étaient si proches, et ses bras si bien positionnés, qu’elle ne pouvait fuir à moins de parfaitement s’allonger sur le lit, chose qui, dans son esprit, n’était absolument pas envisageable. Octave profita de cette faiblesse d’orgueil pour se pencher davantage sur elle, inclinant son visage sur le sien, qu’il dominait par sa taille avantageuse. Il la toisa dans les yeux avec l’intensité d’une étoile, longuement, douloureusement. Ses paupières lourdes se refermaient à moitié sur ses yeux languissants alors qu’il entrouvrait ses lèvres pour mieux les humecter. Il ne saurait dire si son souffle était lourd ou tranquille, mais ses narines frémirent sensiblement, émus par l’émotion qui s’emparait de son visage au travers d’une tension presque imperceptible tant elle se glissait avec délicatesse le long de sa bouche délicieusement arquée, sur le bout de ses lèvres rouges et pleines, sous une paupière chargée de torpeur doucereuse. Son visage paraissait tout aussi apaisé que singulièrement impénétrable. Il finit par baisser les yeux et se saisit d’une mèche de cheveux blonds qu’il fit rouler entre ses doigts, d’un bras replié contre son poitrail. Répit de courte durée pour la jeune femme, qui n’avait alors plus à souffrir de son regard mystérieusement insistant, d’autant plus que rien dans sa gestuelle ni dans ses courtes paroles n’expliquait cet étrange rapprochement imposé. Octave enroula la mèche entre ses doigts à plusieurs reprises jusqu’à la rendre froide et lisse comme un ruissellement de soie. Sa main resta figée là, entre leurs deux corps tout aussi immobiles, les cheveux emmêlés entre ses doigts, alors que son regard remontait à nouveau pour décocher ses flèches dans les yeux de Cassidy. Sa gestuelle était si langoureuse et son air si parfaitement charmant qu’une hypnose s’opérait doucement, destinée à couper le souffle, à mettre les sens en émoi et à lui faire perdre complètement pied. Encore quelques centimètres imperceptiblement franchis, au point que son souffle ne vienne s’écraser sur la bouche ourlée de la jeune femme. De ses prunelles papillonnantes, il observait les détails de son visage sans une once de gêne, mais avec une certaine réserve qui était l’écho de sa timidité naturelle. Pourtant il était si franc et inquisiteur que nul n’aurait l’idée de le supposer hésitant. A dire vrai, il semblait réfléchir. Une tension palpable l'étreignait et le maintenait en suspens au-dessus de cette jeune femme, qui ne lui aspirait qu'une seule envie.

Puis, finalement, après une attente interminable et une tension qui ne faisait que croitre à mesure qu’il refusait de s’éloigner, Octave finit par sourire avec paresse et ferma les yeux. Il s’était laissé aller au désir. Ce même désir qui l’avait poussé à venir la rejoindre pour se pencher sur elle comme une lyre, s’apprêtant sans grande conviction, mais avec ardeur à prendre possession de ce qui le tourmentait. Cependant, un judicieux instant d’hésitation rompit son élan et relâcha son étreinte, qui se contenta d’être superficielle, supportant une envie qui avait failli empoisonner son âme. Il avait presque oublié que ce qui l’avait jadis sauvé lui, n’était pas encore ce qui parviendrait à la sauver elle. En tout cas pas maintenant, ni comme ça. C’était donc un sourire de résignation qui était venu effleurer sa bouche, rouvrant ses yeux d’une clarté sereine. Doucement, il se recula, retirant sa main et déroulant les mèches de cheveux restées coincées entre ses doigts. Comme il avait eu le sentiment d’avoir commis une faute, il se releva à nouveau, s’éloignant jusqu’à rejoindre la fenêtre, par laquelle il jeta un regard incertain. Jusqu’à peu, il s’était, l’espace de quelques glorieux mouvements, senti en sécurité dans cette pièce, malgré leur combat, car rien n’avait eu d’importance quelconque à part elle et ses peurs. Mais au travers de quelques répliques, c’était comme si plus rien ne dépendait d’eux, et Octave se sentait à nouveau adolescent, contraint par la vie et impuissant devant les forces d’un destin tout tracé. Finalement, ce qu’elle voulait, c’était d’être rassurée sur ce qui était le plus cher à son cœur. Et ce qui était le plus cher à son cœur, c’était sa haine pour son père et ce qu'il représentait. Elle souhaitait un allié solide qui n’irait pas se perdre dans la masse de ce qu’elle n’aime pas, de ce qui était la source de toute sa souffrance et qui lui procurait tant de douleur depuis si longtemps. Malheureusement pour eux, les circonstances n’étaient pas aussi simples. Frustré d’un désir insatisfait, d’une convoitise volontairement abandonné, Octave ferma les yeux, crispant sa mâchoire sous la tension d’une gêne. Et puis, une tendresse se posa sur son visage alors que, épris d’un souvenir, il murmura :

« My dear beloved love, You shall rest in my heart, Unit death do us apart… Don’t be my last. »

Ses paupières se soulevèrent, luttant contre la nostalgie, et un sourire vint s’allonger sur ses lèvres, visiblement forcé, et donc étrangement doucereux, comme un bonheur qui essayait de percer à travers la douleur. Son visage semblait tendre à s’enlaidir d’une moue maussade, ou bien à s’illuminer d’une joie sincère. Au final, ce qui en sortit fut une sorte de mélancolie suave et douce. S’appuyant de l’épaule contre l’encadrement de la fenêtre, il était à moitié tourné vers l’extérieur, n’offrant que l’esquisse de son profil à Cassidy. Finalement, il la regarda à la dérobée, indéterminé et soudain presque timide. Elle lui avait dit des choses dont il se doutait déjà vaguement, ne pouvant relier son comportement et sa personnalité qu’à des données bien spécifiques. Effectivement, la nuance entre eux deux fut qu’il avait été élevé selon une ligne de conduite parfaitement rectiligne, ses tuteurs, parents et proches lui ayant tous imposés quasiment les mêmes règles. Cette divergence d’intérêt entre son père et sa mère avaient au moins valu à Cassidy le mérite d’être plus lucide. Ses actions et ses décisions étaient calculées pour paraître telle que son père voulait la voir, alors que pour Octave, pendant longtemps cette tension avait été inconsciente. Et pire en était le résultat qu’il avait toujours tendu le plus honnêtement du monde à satisfaire les lubies de ses parents. Néanmoins, Cassidy était encore jeune et il y a avait certaines choses qui continuaient à cruellement échapper à son esprit anguleux qui avait manifestement besoin de se débrider, ne serait-ce qu’un peu. Il lui fallait apprendre à s’apprécier de la même force avec laquelle Octave appréciait d'elle, ce qu’elle considérait comme des défauts. Par bribes, il se souvenait de sa propre remise en question, qui avait été le fruit d’une longue et douloureuse quête menée dans le noir. Au moins pour elle cela promettait d’être un peu plus simple, un peu moins pénible que ce le fut pour lui. Enfin, elle qui se croyait si forte, il n’était pas certain de la voir résister à l’assaut de ce qui lui faisait peur, le jour où il faudra il faire parfaitement face. Car il n’y avait pas de courage dans la fuite et elle ne serait pas en mesure d’évoluer tant que ses priorités restaient les mêmes, soigneusement rangées dans cet ordre distordu et malsain. Octave lui adressa un énième sourire amer.

« Je sais, pour ma mère... enfin bref. Quand j’avais vingt-et-un ans, je me suis soudain retrouvé sans Dieu ni Maître. A ce moment-là, je me suis rendu compte que ce que je prenais pour un bienêtre relatif n’était que solitude et malheur. J’ai longtemps cru être quelqu’un de… plutôt heureux, mais sans plus aucun souverain à satisfaire, mon existence avait en un claquement de doigt complètement perdu son sens. J’étais esseulé, délaissé et misérable. C’était ça, mon déclic. J’ai soudain eu le droit de penser par moi-même. D’une introspection à l’autre, j’ai fini par faire mon chemin, avec beaucoup d’erreurs et d’échecs. Et puis j’ai rencontré quelqu’un. »

Les premières années de son indépendance quémandée furent ignobles. Il n’avait pas réussi à correctement gérer cette nouvelle liberté, ni la profonde tristesse qui en avait résulté et avait rapidement sombré dans une dépression lugubre de laquelle personne n’avait été capable de le tirer puisqu’à l’époque, il était parfaitement seul. Presque deux années d’excès perpétuel, emplies de tentatives infructueuses à devenir comme les autres en comblant le trou béant qui s’était creusé dans sa poitrine, un puits sans fond que rien ne semblait pouvoir combler parfaitement, ni l’alcool, ni les femmes, ni la drogue. Rien. Il avait fui sa mère et s’était installé dans un appartement à Manhattan, suivant les conseils d’un groupe de tradeurs en vacances à Londres qu’il avait eu l’occasion d’accompagner dans sa découverte des plaisirs douteux de la vie. Appartement, immense vide sans autres meubles qu’un matelas au sol et la télé la plus grande disponible sur le marché à l’époque, le tout cerclé par des rayons de bouteilles vides, longeant les murs de manière scrupuleusement ordonnée, comme si ce fut l’œuvre d’un collectionneur. Là où il n’y avait pas de cadavres de bouteilles, c’était des piles de livres et de journaux qui s’élevaient parfois jusqu’à hauteur de la taille. Parmi ce dédale d’abjection qui faisait si bien parti du décor qu’il ne s’en rendait plus compte, Octave vivait hors du temps et de la société vers laquelle il avait au départ tendu, mais qu’il avait eu tant de mal à étreindre. Il était son Dieu et son Maître et ne savait plus quoi faire de soi. La captivité adolescente lui parut tout d’un coup presque douce par rapport à ce qu’il subissait, à cette absence parfaite de but dans la vie, sans appui ni ancre pour le retenir de dériver. Et puis, de solutions radicales en tentatives désespérés, il avait fini par s’extirper maladroitement du cercle vicieux dans lequel il était entré, où l’oubli avait plus de goût que le souvenir. Il était toutefois retourné sur un chemin déjà connu, celui qu’il maîtrisait. Une sorte de carence sentimentale avait pris la place de l’indifférence, lui permettant de se gérer plus ou moins, de s’adapter au monde qui l’entourait en simulant un intéressement tout en exaltant à outrance ce qu’il pouvait ressentir pour continuer à le sentir. Et puis, Elle. Jane.

Une jeune femme est assise sur la terrasse d’un café en un merveilleux et chaud jour d’été. Ses lèvres sont entrouvertes, et ses cheveux, roux et longs, à peine agités par une brise légère, répandant dans les airs un parfum suave. Elle lit et ses duveteuses paupières se referment sur ses grands yeux bruns, allant et venant sur la page de son livre. Sa robe est petite, bleu pâle, légère et translucide, et son sillon mammaire est aussi profond que son regard, de cette profondeur vertigineuse qui ne peut être que celle du grand vide de l’existence… et surtout, une de ses mèches folâtres est prise dans la bride de son soutien-gorge. Comment ne pas tomber amoureux ? Comment ne pas découvrir son cœur malade si ce n’est en rencontrant si parfaite créature ? Elle avait épousé tous ses goûts et ses travers si parfaitement qu’il avait cru qu’ils fussent jadis une seule et même personne, tragiquement séparée en deux et attendant de se retrouver pour s’apaiser l’un l’autre.

« Imagine quelqu’un qui ne ressent absolument pas la douleur. Tu crois que c’est un avantage ? Que ça rend la personne invincible ? Que parce qu’elle n’éprouve aucun mal, elle n’a pas d’attaches et peut vivre sans réserve ? C’est un pari risqué. C’est pareil pour les sentiments. Tu te crois forte, mais tu seras toujours en définitive vaincue par celui qui éprouve plus que toi. La douleur, les sentiments sont un bouclier qui nous protège, tout dépend de comment tu l’utilises. Qui crois-tu es le plus fort ? Celui qui ne ressent rien ou celui qui ressent tout et a su maîtriser ses émotions ? Celui qui brave ses craintes ou celui qui n’en a aucune ? Celui qui n’a aucune attache, ou celui qui se bat pour la survie de ses proches et de sa famille ? Tu te crois forte, mais viendra un jour ou tu craqueras, parce que ta force te vient de ta retenue, et non de quelque chose qui t’inspire véritablement. Tu te forces à survivre, mais tu ne vis pas. Tes motivations sont stériles et tu n’es pas flegmatique par choix, mais par défaut. Ce n’est pas une force, c’est une condition. Et tu t’en satisfais par défaut. Tu crois que c’est ta force parce que c’est tout espoir qu’il te reste. »

Une touche d’ironie s’était glissée dans sa voix malgré lui, tant il en avait rencontré des personnages sans foi ni loi et qui s’imaginaient être sans failles parce que rien ne leur faisait peur et qu’ils n’avaient de pitié pour personne en ce bas monde. De pauvres miséreux pour qui la vie restait un éternel mystère dont ils ne pouvaient profiter qu’à moitié ; de la pire moitié. Oh, Octave comprenait parfaitement la situation de Cassidy et ses craintes, mais il voyait aussi où était l’insuffisance de cette situation et les prétextes érigés en principes qui la gardaient si parfaitement immobile dans son cocon si insupportable et pourtant si familier. Elle croyait être en équilibre… mais son trouble perpétuel face au bibliothécaire était la preuve du contraire, même si elle prétendait que c’était une exception. Si c’était le cas, elle avait de la chance qu’il soit cette exception, et non quelqu’un d’autre, quelqu’un de beaucoup moins bien attentionné que lui.

« Je n’ai jamais été aussi fort et heureux qu’en étant épris d’Elle. Elle était… Elle a été mon étoile. Et comme toute étoile, elle s’est éteinte. Mais… tu ne me croiras pas tant que tu ne l’auras pas ressenti toi-même. My dear beloved love, You shall rest in my heart, Unit death do us apart… »

Une litanie qu’il lui était arrivé de lui murmurer au creux de l’oreille. Sa Jane. Elle y avait ajouté ses conditions, lui imposant la dernière phrase. My dear beloved love, You shall rest in my heart, Unit death do us apart… Don’t be my last. Don’t be my last. Elle avait insisté sur cette version peu avant sa mort, ardemment et avec conviction, même si sur le moment Octave fut incapable d’accepter ce qu’elle lui demandait. Mais elle savait parfaitement ce qu’elle faisait en lui imposant cette promesse tacite. D’ont be my last. Avec le souvenir de l’état dans lequel elle l’avait retrouvé, Jane craignait qu’il ne retombe dans les mêmes travers qu’autrefois, qu’il perde espoir face au grand déchirement auquel il allait devoir faire face en son absence.

« Don’t be my last. »

Encore un murmure, qu’il continuait inlassablement à se répéter comme une invocation, même s’il n’en avait plus vraiment besoin en tant que tel, mais c’était là le seul moyen qu’il avait eu de raviver son souvenir, toutes ses affaires ayant été récupérés de force par sa famille. Ils avaient toujours été contre leur liaison et le jour venu, il avait dû partir et ne plus revenir. On lui avait interdit les funérailles et quelques jours plus tard son frère était venu récupérer ses affaires dans la petite maison qu’ils s’étaient achetés par loin de Londres. Octave n’avait pas protesté une seule fois, n’ayant ni la force, ni le désir de s’opposer aux proches de celle qu’il avait si passionnément aimé. La seule chose qu’il lui restait aujourd’hui, c’était des souvenirs et ces mots. Un ordre, une ultime supplique sur un lit de mort. Don’t be my last. Elle voulait qu’il continue à vivre. Et c’est ce qu’il avait fait.

Octave passa une main sur son visage soucieux, à la limite de l’épouvante épuisée. Cela faisait un moment qu’il ne regardait plus Cassidy, non pas par honte ni parce qu’il avait la crainte de la confronter après une telle révélation, précédée d’une remise en question presque blessante. Ses yeux glissaient sur la chambre d’une manière errante alors qu’il se retournait, l’air préoccupé. En vérité, ces souvenirs avaient réveillé quelque chose d’autre en lui, des faits dont il avait déjà pris connaissance il y a fort longtemps, mais qui revenaient à mesure qu’il saisissait à quel point les évènements étaient semblables d’une génération à l’autre. Jane avait fait tant de sacrifices pour lui, elle s’était adonnée avec tant d’acharnement à l’élever du sol, à le cultiver pour le faire grandir sous les rayons du soleil qu’elle avait été pour lui. Plus il y réfléchissait, plus il se rendait compte combien leur courte mais intense relation lui avait coûté. Peut-être était-elle morte plus tôt à cause de ça, à cause de l’épuisement qui s’était abattu sur elle à force de panser ses plaies à lui. Ils s’étaient mis d’accord, elle avait fait son choix et lui aussi, indépendamment des conséquences et des responsabilités que cela leur occasionnerait. Il avait pourtant longtemps cru qu’il gâchait les derniers instants de sa courte vie avec ses lubies et ses caprices, mais elle lui avait sommé de rester. Encore aujourd’hui, il ne savait pas à quel point s’était-elle sacrifié pour lui, à quel point en avait-il profité finalement, en dépit de sa propre santé. C’était un cadeau qu’elle lui avait fait et le temps était venu de se sacrifier pour quelqu’un d’autre, de nourrir autrui avec les fruits qu’elle était parvenu à faire pousser en son cœur aussi difficilement qu’il était de cultiver une orchidée au pôle Nord. Soudain, comme pris d’une exaltation intense, Octave s’approcha de Cassidy, s'assit à côté et la regarda droit dans les yeux avec le plus grand des sérieux. Sa poitrine se soulevait sous une respiration longue et laborieuse, comme s’il avait couru, alors que ses yeux verts et intenses sondaient ceux de sa sirène. Il s’était à nouveau penché sur elle, non pas par désir, mais par détermination.

A toi, qui ne pourras jamais me voir évoluer, qui m’a aimée comme j’étais, qui m’a choyé et élevé. A toi, peut-être, mais je ne pense pas, qui ne me verra probablement jamais réaliser ton souhait de me voir vivre à nouveau. Considérons que c’est une manière d’exorciser ce qui me reste de toi, pour toi, sans toi. Loin d’être un éloge, loin d’être un fantasme, songeons que c’est mon adieu, car j’ai enfin trouvé quelqu’un pour remplir ma vie. Une façon de sublimer une dernière fois ce qui fut entre nous, de rendre hommage à ce qui te plaisait et te séduisait en moi. J’espère maintenant un renouveau. Un doux printemps, où ne pousseront cette fois, ni les fleurs de la souffrance, ni celles du regret, et encore moins celles du mal. Don’t be my last.

« D’accord. Je prends le seul parti que je peux : le tiens. Indépendamment des opinions d’autrui, des miennes ou des tiennes, parce que ça n’a aucune importance par rapport à l’engagement que je prends. Je reste avec toi, et je tiendrai bon avec toi, que la saison soit belle ou mauvaise, et ne t’abandonnerai pas lorsque le soleil te retirera ses faveurs, comme le font tous les autres pour reparaître quand le ciel te sourira à nouveau. Mais ne m’impose pas d’autres fidélités que celle que je t’offre, car il n’y en a qu’une seule que je pourrais tenir sans me retrouver à trahir deux engagements inconciliables. Alors je reste avec toi, quoi qu’il advienne. Quelle que soit notre destinée, avec l'espoir qu'à deux, elle nous soit plus douce malgré les épreuves. Je suis d'accord, j'accepte tes conditions. Toutes. »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Sam 24 Déc 2016 - 2:03

Il avait souhaité qu'elle parle, ou plutôt qu'elle lui parle sincèrement, avec franchise cette fois. Sans se cacher derrière le masque extensible, aussi souple qu'une seconde peau qu'elle revêtait maintenant depuis tant d'années. Cesser de se cacher, s'exprimer réellement en avouant le fond de sa pensée, en agissant tel qu'elle en avait véritablement l'envie. Difficile et tellement inhabituel pour la jeune femme. Octavius avait souhaité qu'elle s'ouvre enfin, et se révèle dans une simplicité naturelle, sans fioritures décoratrices et artificielles, telle une fleur dont les pétales de satin colorés ne se déployaient qu' avec la tombée de la nuit, avant de se refermer sur elle-même avec la levée du soleil et la rosée matinale. Pour cela, il avait tant lutté, combattant avec l'énergie du désespoir cette vague d'émotions incontrôlées qui s'était abattue sur lui, laissant ses principes pourtant profondément ancrés afin de pouvoir entrer en communication avec elle, affrontant avec fierté le regard meurtrier de la jeune femme qui s'était dressée face à lui, les épines exposées. Rose aux épines mortelles imprégnées de venin. Il avait saigné, il avait encaissé. Le verre avait explosé, la faïence s'était brisée. Les larmes avaient menacé de couler de ses yeux de jade, à cause de toute la tension presque insoutenable provoquée par l'ensemble de la soirée. Pour elle, pour la protéger et lui prouver son attachement et sa sincérité de laquelle elle doutait, il avait affronté son père. Il n'avait pas hésité avant de défier indirectement, avec une intelligence sans pareille l'un des Mangemorts du Lord Noir, un fier sang-pur dont le nom et le statut était pourtant bien reconnu. Dans un tout autre registre, il avait aussi rejeté Elena, la belle et si douce Elena. Jolie slave blonde aux iris cristallins dans lesquels se noyer devenait sans nul doute un plaisir, voire même une félicité. Il l'avait repoussée, elle, sa gracieuse amie qu'il estimait tant, prêt à briser leur complicité pour rester auprès d'elle. Elle, Cassidy Rowle, fille de Mangemort plus froide que la glace et au cœur plus dur que la pierre. Il avait tant fait, tant supporté. Et cela avait fini par payer. Fébrile, perdue et fatiguée, l'apprentie potionniste avait cédé. Sans même véritablement s'en rendre compte, elle avait perdu pieds. Une fissure, une faille s'était formée sur la carapace de marbre de la reine des glaces. D'abord fine et insignifiante en surface, sa profondeur était en réalité tout aussi importante que celle des gouffres maritimes menant aux abysses obscurs où la moindre lumière était immédiatement absorbée.

Elle lui avait parlé, noyant la profondeur des paroles et leur réelle signification par quelques fioritures. Néanmoins, ces dernières étaient là. Honnêtes et sincères. Le principal avait été dévoilé : " Je suis l'inverse de ce que je voudrais, je fais l'inverse de ce que je voudrais être libre de faire. Je dis l'opposé de ce que je pense la plupart du temps. " Bâillonnée, Nehal avait trouvé le moyen et la force de s'exprimer. Plus ou moins rapidement, la sorcière avait abordé des points cruciaux de son existence, accordant ainsi au bibliothécaire les clés symboliques lui permettant de mieux la comprendre. La cerner, elle et sa personnalité complexe, elle et son caractère à double tranchant. Elle, dont la survie ne dépendait que de la rigueur à laquelle elle s'était tant astreinte dans un premier temps que cette dernière était désormais devenue tout ce qui était de plus naturel. Certes certains éléments manquaient, mais beaucoup avaient été abordés et celui qui savait écouter et lire plus ou moins bien entre les lignes, s'apercevrait bien de la confiance qu'elle venait de placer en lui. Idéaux secrets, mariage arrangé, double jeu, double personnalité, faux-self, problématiques émotionnelles et affectives, addiction au contrôle, incapacité au lâcher prise, soumission à une autorité paternelle, alexithymie, incertitudes quant au futur, reconnaissance de certains défauts. Elle lui avait avoué l'existence de cette barrière interne, lui interdisant tout accès au monde des émotions et des sentiments si terrifiant et pourtant si terriblement vital. Elle avait entrouvert la porte, lui révélant le désert affectif, le vide interstellaire et sidéral de son cœur, à défaut du monde de sa pensée à contrario si fourni et tournoyant sans cesse à plein régime telle une machine bien huilée et inépuisable.

Maintenant qu'elle s'était lancée, il lui fallait aller jusqu'au bout, puisque c'était là où il la conduisait par ses répliques et sa façon d'alimenter la conversation en rebondissant sur ses propos, notamment ceux concernant la guerre et la façon dont elle percevait cette dernière. Un point de vue bien différent de celui de l'homme. La guerre, elle y était. Au centre du volcan prêt à exploser, tandis que lui se situait, en danseur habile et avisé, sur la passerelle surplombant le cratère ardent, se contentant d'éviter de respirer les vapeurs toxiques qui s'en dégageaient. De loin, de haut, le spectacle prenait une ampleur bien différente, c'était certain. Toutefois, même si elle l'avait voulu – ce qui n'était pas le cas – la jeune femme n'aurait pas eu la possibilité, la chance ou même le loisir, de se contenter de glisser comme Octavius sur cette dernière, en évitant d'être submergée et emmenée par une vague trop puissante pour elle, ou par un déchaînement de lave brûlante. Aussi, elle avait parlé. Les pensées trop longtemps enfouies au fond d'elle même prenaient enfin forme. Une mise en mots. Un processus de symbolisation permettant l'accès au monde des représentations et à l'intégration de ces dernières. Si elle devait s'engager dans quelque chose de sincère où l'on lui demandait d'être entière et de ne pas jouer un rôle, alors forcément des conciliations seraient à faire des deux côtés. Pour le moment, il lui avait demandé d'être sincère et honnête et cela commençait par lui avouer clairement qu'elle ne pourrait pas s'engager sincèrement auprès d'une personne ayant un lien proche ou lointain, des Mangemorts. Ces derniers, elle ne les connaissait que trop bien ayant depuis toujours sacrifié sa vie pour eux. Enfin, disons plutôt qu'elle y avait été obligée afin de tenir la route face à eux et ne pas mourir à la moindre réception organisée par son père où ces derniers pullulaient. Ses pensées, son discours, son vocabulaire, tout jusque dans dans son attitude et certains de ses choix vestimentaires avaient été pensés et construits dans ce but ; survivre, donner le change. Tenir compte de la variable indésirable " Mangemorts " avait toujours été une obligation. Aussi, la sincérité était antagoniste aux Mangemorts et à tout ce qui s'y rapportait. Cassidy avait été vraie, ramenant Octavius dans le principe de réalité. Le plaisir seul de la rêverie idyllique n'était plus permis, il lui fallait tenir compte du réel et de ce qu'il impliquait.

Comme elle s'y était attendue, alors que ses derniers mots s'envolaient de ses lèvres, Octavius baissa les yeux dans une attitude contrite et quelque peu embarassée, comme s'il venait seulement de prendre conscience de tout ce qu'il s'évertuait à obtenir, impliquait. Ses paupières s'étaient abaissées, recouvrant partiellement son regard. Retranché dans un silence mutique, il se leva du lit, abandonnant la jeune femme qui – elle - ne le quittait pas du regard, et commença à parcourir la chambre d'un pas lourd. Ses épaules s'étaient affaissées, comme sous le poids de responsabilités qui se présentaient à lui alors qu'il n'était ni prêt à les prendre, et encore moins à les assumer. Un enfant qui avait parlé trop vite, sans mesurer la portée réelle de ses mots. Cassidy se recroquevilla sur le lit, imperceptiblement, ses doigts fins venant enserrer le couvre-lit dans un mouvement angoissé. Le silence. Rien ne pouvait être pire aux yeux de la Rowle qui ramena ses genoux à sa poitrine, ses bras venant enserrer ses jambes nues. Parle, parle. Dis quelque chose. Retourne ta veste et enfuis-toi, ou accepte ce que je te demande, mais ne reste pas là, les lèvres ainsi closes, par pitié. Le regard inlassablement tourné vers le sol, refusant de se confronter à son regard, il semblait en proie à un dilemme terrifiant que Cassidy n'était pas certaine de vouloir connaître. Pas assez sûr de ce qu'il voulait... Au fond peut-être avait-il été en proie à la passion soudaine de la voir s'ouvrir à lui et s'offrir à ses caresses, sans réellement espérer une relation plus poussée ? Ou peut-être avait-il espéré quelque chose de réellement plus poussé, mais sans envisager les conséquences que cela impliquait ? Une boule se forma de nouveau dans la gorge de la jeune femme qui ne parvint pas à mettre de mot sur l'émotion qui montait lentement en elle. La tristesse, dans sa forme la plus pure. Celle qui venait lui faire regretter de s'être ouverte ainsi, celle qui lui faisait prendre conscience que toute ouverture rendait faible et vulnérable. Les doigts féminins se resserrèrent autour de ses jambes, venant s'imprimer dans la peau pâle de ces dernières. Ses iris tourmaline rejoignirent les flammes de la cheminée qu'elle apercevait de l'autre côté de la pièce, à proximité du petit salon qui avait subi ses assauts quelques minutes auparavant. Mutique, Cassidy ne vit pas le regard en biais que lui jeta le sorcier et ne tourna les yeux vers lui que lorsqu'un murmure vint doucement la tirer de son monde interne dans lequel elle se renfermait déjà, à la vitesse d'une huître défendant sa perle.

« Dis donc, tu refuses de m’épouser, mais c’est un contrat de mariage que tu me proposes. » 

De nouveau, les turquoises rencontrèrent les émeraudes. Un petit sourire s'esquissait sur ses lèvres fines, venant trancher avec le sérieux qui s'était emparé de lui quelques instants auparavant. Un homme aux multiples facettes, tout en paradoxes et en contradictions. Plaisantait-il, était-il sérieux ? Cassidy n'en savait rien et ne parvenait pas à le savoir, même en scrutant avec attention le visage du sorcier. Elle commençait réellement à fatiguer. Passant une main sur ses paupières, elle ne répondit rien, se retranchant à son tour dans un silence salvateur, tandis que les iris du bibliothécaire perdaient de nouveau de leur éclat. Dans une tentative de reprendre le contrôle, Cassidy se força à déplier de nouveau les jambes, abandonnant cette attitude défensive lui servant de bouclier, et replia de nouveau ces dernières sur le côté. A peine avait-elle terminé cette infime modification comportementale qu'Octavius se dirigeait de nouveau vers elle, d'un pas cette fois bien déterminé. Se forçant à ne pas reculer, la blonde l'observa s'asseoir de nouveau à ses côtés. Toutefois, un léger détail la fit tiquer. Il était près, très près. Beaucoup trop près pour quelqu'un ayant renoncé, néanmoins les centimètres les séparant avaient dû être soigneusement calculés par son esprit de maître car il ne la frôla même pas. Interdite, Cassidy se força à rester stoïque alors que pour la seconde fois de la soirée, un homme se rapprochait vivement d'elle. Un bras passé par dessus ses genoux, il empêchait toute tentative de dérobade sur la gauche, tandis qu'il la bloquait sur la droite par sa simple présence et sa carure avantageuse. Physiquement, elle n'était pas de taille, elle l'avait bel et bien expérimenté quelques minutes auparavant. Néanmoins, refusant de s'enfuir et de lâcher prise, la jeune femme resta là, bien droite, se forçant à respirer de façon convenable. De façade, elle paraissait de marbre, imperturbable, alors qu'en réalité en son fort intérieur, l'explosion n'était pas loin. Que voulait-il ? Qu'espérait-il ? Voulait-il la tester ? La faire fuir peut-être ? Lentement, il se pencha un peu plus sur elle, la forçant à s'appuyer sur ses bras qu'elle positionna instinctivement derrière elle, ce qui provoqua un léger mouvement de recul que la jeune femme stoppa immédiatement lorsqu'elle en prit conscience, refusant de se laisser aller à ce petit jeu. Elle ne céderait pas. Leurs visages étaient proches désormais, tellement proches que leurs cils respectifs pouvaient presque se frôler, mais il n'en fut rien. Tout avait soigneusement été calculé pour que le suggestif prenne le pas sur l'objectif. Leurs regards ne se lâchaient pas, l'un intense, l'autre d'une maîtrise immuable ne refletant pour le moment absolument rien. Extrêmement défensif, il protégeait la sorcière de toute tentative d'intrusion. Entre les longs cils noirs, les iris détaillaient avec minutie ce visage masculin qu'elle avait l'impression de compléter un peu plus à chaque fois qu'il provoquait un rapprochement de la sorte. Un minuscule grain de beauté, une ride naissante qui lui avait échappé... Des sourcils fournis et bien dessinés. Une barbe aux reflets auburn, mêlés de noir. Et ses lèvres. Carmin, et fines, avec l'arc de cupidon parfaitement dessiné. Lorsqu'il approcha la main de son visage, Cassidy se raidit sensiblement mais s'efforça de ne pas bouger, alors que finalement les doigts masculins se perdaient dans ses cheveux blonds.

« Que fais-tu ? »

Un souffle léger, un murmure s'échappant de ses lèvres rosées restées trop longtemps closes. La façade de marbre commença à vaciller. Lentement, elle s'efforça à déglutir, frissonnant à cause des frôlements provoqués par ses propres cheveux maintenus entre les doigts du bibliothécaire qui paraissait captivé par ces derniers, les enroulant d'un geste langoureux autour de ses doigts de manière à ce que la lumière puisse s'y refléter. Prisonnière. La chair de poule apparaissant sur ses bras vint la trahir. Une fois de plus, son corps en disait bien plus que sa bouche. Cette dernière s'ouvrit de nouveau, dans une vaine tentative d'aspirer l'air qui venait à lui manquer. Une fois de plus, le réflexe d'apnée avait pris le dessus sans qu'elle ne s'en rende compte.

« Que veux-tu ? »

Lentement, le regard du brun remonta vers ses prunelles, quelque peu insistant mais globalement impassible. Incompréhensible pour elle. Cassidy fronça les sourcils, sans pour autant bouger devant le visage masculin qui se rapprochait encore un peu plus, transgressant avec légèreté toutes les limites. Déterminé. Son souffle frôla ses lèvres qui s'étaient refermées une fois les mots prononcés. Un souffle tiède, léger, tel un voile translucide ballotté par une brise légère en plein été. Il n'allait pas oser, n'est-ce-pas ? La jeune femme n'était pas du genre à se retirer si jamais il avait l'audace de déposer ses lèvres sur les siennes, mais à coup sûr cela prouverait qu'il n'avait rien compris, ou pire, rien écouté de ce qui venait de lui être confié. Immobile, Cassidy attendait, fixant l'homme qu'elle ne percevait que comme inquisiteur, droit dans les yeux, une certaine étincelle de défi crépitant au fond de ses propres prunelles. La respiration de ce dernier s'était imperceptiblement accélérée, elle le sentait au rythme de son souffle se répercutant sur ses lèvres ourlées. Il hésitait, ce qui était plutôt bon signe, car cette hésitation démontrait une certaine réflexion et considération des propos qu'elle lui avait tenu. Il se refrénait et prêtait attention à sa personne, à qui elle était et à la façon dont elle percevait les choses et les ressentait avec sa propre sensibilité. Situé à quelques centimètres, le sorcier sembla en proie à un dilemme compliqué dont l'issue ne lui était  aucunement facilitée par un quelconque comportement de la part de l'apprentie. Il fallait qu'il choisisse, qu'il démontre ce qu'il souhaitait vraiment. L'initiative de continuer ce rapprochement en un fougueux ou délicat baiser, ou celle de s'immobiliser et de rompre ce dernier qui leur était à tous les deux douloureux, lui appartenait. Elle lui avait donné les cartes, désormais c'était à lui de démontrer qu'il savait, et avait envie de s'en servir à bon escient.

Elle regardait s'envoler les minutes(*). Le temps s'écoulait, inlassablement et il était toujours là, penché sur elle, la main refermée doucement mais fermement sur cette mèche oscillant entre le doré et l'argenté enroulée entre ses doigts. Et ces quelques centimètres les séparaient toujours, sans qu'il ne semble parvenir à franchir le cap de se rapprocher, ni à se résoudre à s'éloigner. Cruel dilemme. Sirène détestable jouant alors les désirs des hommes. Jouer ? Non, pourtant ce mot ne correspondait guère à Cassidy. Finalement, un sourire résigné s'esquissa délicatement sur les lèvres du bibliothécaire qui ferma lentement les yeux, brisant le contact oculaire devenant relativement compliqué pour les deux ; l'un refusant de céder, l'autre en proie à une indécision. Boum boum, boum boum, boum boum... Tourmentée par ce qu'il venait de se passer, sans pour autant réussir à mettre des mots dessus, Cassidy prêta attention aux battements de son cœur. Ces derniers étaient encore réguliers – signe qu'elle était parvenue à conserver un certain contrôle, mais s'étaient sensiblement accélérés. Lorsque son regard se rétablit, la décision était prise. Doucement, il déplia presque douloureusement les doigts, relâchant son emprise sur la jeune femme, la laissant retrouver son semblant de liberté, tout en se reculant. Tandis qu'il se relevait, s'éloignant de nouveau d'elle en direction de la fenêtre, Cassidy se força à respirer plus calmement, et parvint après quelques instants à ralentir son rythme cardiaque, et respiratoire. Il avait su prendre la bonne décision, celle lui prouvant qu'il la respectait réellement. Néanmoins, le respect et la considération dont il faisait preuve seraient-ils assez suffisants pour lui permettre d'accéder à sa requête précédemment formulée ? Sans cela, le chapitre ce clôturerait. Tandis que l'homme paraissait perdu dans ses pensées, Cassidy tira légèrement sur le bas de sa robe déchirée, tentant vainement de rabaisser cette dernière un peu plus afin de couvrir davantage ses cuisses nues, en vain. Un léger soupir franchi le seuil  de ses lèvres. Voilà pourquoi Nehal ne devait jamais s'exprimer. Elle était destructrice et ingérable.

« Je sais, pour ma mère... enfin bref. Quand j’avais vingt-et-un ans, je me suis soudain retrouvé sans Dieu ni Maître. A ce moment-là, je me suis rendu compte que ce que je prenais pour un bienêtre relatif n’était que solitude et malheur. J’ai longtemps cru être quelqu’un de… plutôt heureux, mais sans plus aucun souverain à satisfaire, mon existence avait en un claquement de doigt complètement perdu son sens. J’étais esseulé, délaissé et misérable. C’était ça, mon déclic. J’ai soudain eu le droit de penser par moi-même. D’une introspection à l’autre, j’ai fini par faire mon chemin, avec beaucoup d’erreurs et d’échecs. Et puis j’ai rencontré quelqu’un. »

Cassidy releva les yeux vers lui. Voilà donc qu'il poursuivait son ouverture. Ainsi donc semblait-il déterminé à obtenir sa place à ses côtés non seulement en dépit de ce qu'elle lui avait fait subir, mais aussi malgré le choix auquel elle l'avait soumis. Il savait donc que sa mère lui avait écrit ? L'étudiante haussa les sourcils. Comment était-ce possible ? Mentalement, elle entrepris de se repasser le film des dernières semaines et la solution finit par lui apparaitre quelques secondes plus tard avec une clarté douteuse. Il avait bien fouillé partout en s'introduisant dans ses appartements, cela ne faisait plus aucun doute. Retenant un grincement des dents, elle le laissa poursuivre sans l'interrompre, prêtant une attention qu'elle jugeait quelque peu démesurée à la suite de ses propos.

« Imagine quelqu’un qui ne ressent absolument pas la douleur. Tu crois que c’est un avantage ? Que ça rend la personne invincible ? Que parce qu’elle n’éprouve aucun mal, elle n’a pas d’attaches et peut vivre sans réserve ?
-Bien entendu, répondit-elle avec évidence.
-C’est un pari risqué. C’est pareil pour les sentiments. Tu te crois forte, mais tu seras toujours en définitive vaincue par celui qui éprouve plus que toi. La douleur, les sentiments sont un bouclier qui nous protège, tout dépend de comment tu l’utilises. Qui crois-tu es le plus fort ? Celui qui ne ressent rien ou celui qui ressent tout et a su maîtriser ses émotions ? Celui qui brave ses craintes ou celui qui n’en a aucune ? Celui qui n’a aucune attache, ou celui qui se bat pour la survie de ses proches et de sa famille ?
-... Je...
-Tu te crois forte, mais viendra un jour ou tu craqueras, parce que ta force te vient de ta retenue, et non de quelque chose qui t’inspire véritablement. Tu te forces à survivre, mais tu ne vis pas. Tes motivations sont stériles et tu n’es pas flegmatique par choix, mais par défaut. Ce n’est pas une force, c’est une condition. Et tu t’en satisfais par défaut. Tu crois que c’est ta force parce que c’est tout espoir qu’il te reste.
-Le tout n'est pas d'être la plus forte, mais d'être forte, peu importe la façon : ne rien ressentir, ressentir et maîtriser, surmonter ses craintes, ne pas en avoir... Peu importe au final. Ce qui compte est le résultat. Je ne me compare jamais aux autres, seulement à moi-même. Alors certes, initialement c'est une condition qui m'a été imposée, mais j'en ai fait ma force. Je n'ai pas eu d'autre choix, j'ai été obligée de m'adapter, de m'oublier, de brider tout ce qui était... dérangeant en moi et susceptible de me mettre en danger. Alors, oui, c'est éprouvant... Véritablement épuisant même, mais je sais où sont mes limites et que je suis tout simplement incapable de ressentir certaines choses, et de les gérer sans exploser. »

Laissant échapper un semblant de grondement, Cassidy se leva souplement afin de se diriger vers la cheminée et sa chaleur réconfortante. Se frictionnant les bras, le regard miroitant au grès de la danse des flammes, elle poursuivit sans se retourner.

« J'ai toujours peur de craquer oui, je ne tiens que grâce à ma volonté. C'est ainsi depuis toujours. Je n'ai jamais réussi et jamais eu l'occasion de me reposer sur quelqu'un. Ma force vient effectivement de ma retenue, d'un contrôle intense que je suis parvenue à m'imposer mais qui est désormais tellement naturel que l'on dirait qu'il a toujours fait partie de moi. Mais... ma force vient aussi de quelque chose m'inspirant contrairement à ce que tu penses.  Mes motivations sont loin d'être stériles, comme tu dis. »

Refusant de s'attarder là dessus, Cassidy referma la bouche sur ces derniers mots prononcés avec une certaine amertume. Décidément, Nehal s'exprimait trop. Un clignement de paupières duveteuses, suivi bien vite d'un second, et Cassidy repris pleinement possession de ses moyens et se recula presque trop vivement de l'être, se dégageant de la chaleur au profit d'une atmosphère plus fraîche.

« Je n’ai jamais été aussi fort et heureux qu’en étant épris d’Elle. Elle était… Elle a été mon étoile. Et comme toute étoile, elle s’est éteinte. Mais… tu ne me croiras pas tant que tu ne l’auras pas ressenti toi-même. My dear beloved love, You shall rest in my heart, Unit death do us apart… Don’t be my last. »

Il avait prononcé ces mots alors qu'elle regagnait lentement le lit, d'une démarche souple bien que légèrement engourdie par le froid et la fatigue qu'elle commençait véritablement à ressentir. Lentement, Cassidy se rassit à la même place et fixa le sorcier de ses grands yeux vert d'eau. Amoureux. Il avait été ce qu'on appelait couramment être amoureux, dans le langage commun. Ce sentiment qu'elle jugeait dangereux et qui rendait faible. Ce sentiment qu'elle ne connaissait pas, ne voulait pas connaître et redoutait qu'il ne lui tombe dessus un jour ou l'autre, sans crier gare. Pour l'éviter, elle avait fermé son coeur et bridé ses sentiments, ses émotions, au point de se retrouver totalement clivée et incapable non seulement de reconnaître, mais aussi de ressentir quoique ce soit la plupart du temps.

« Tu as été heureux, mais tu as souffert après lorsqu'elle t'a laissé... »

Elle avait aimé une fois en réalité. Aimé sa mère, qui l'avait aimée en retour bien qu'elle ne le lui ait jamais clairement dit. En revanche, son sacrifice avait valu tous les mots du monde. L'amour était bel et bien dangereux. Aimer une personne revenait à envisager de souffrir de sa perte. Profitant du fait que le bibliothécaire soit encore plongé dans ses pensées et ne la regarde pas, Cassidy secoua violement la tête, chassant ces souvenirs bien trop douloureux qui s'étaient envolés du tiroir verrouillé dans lequel elle les maintenait enfermés. Passant une main légèrement tremblante dans ses cheveux, tentant d'y remettre un semblant d'ordre, elle inspira profondément. Avec une certaine fébrilité, ses doigts graciles entreprirent de recommencer à tresser sa chevelure, acte symbolique inconscient visant à brider Nehal et à retrouver tout contrôle. Ce n'était réellement pas volontaire, plutôt instinctif. Toutefois, alors qu'elle venait de débuter, soudainement Octavius revint vers elle à grands pas. La jeune femme se figea, ses doigts se figeant net dans leur travail en cours. Papillonnant des yeux, incertaine de ce qu'il comptait faire, elle l'observa se rasseoir à ses côtés. De nouveau, son regard clair rencontra celui du sorcier. Un nouvel échange s'instaura entre eux. Dialogue tout d'abord silencieux, visant à annoncer l'ambiance. Le visage de l'homme était tout nouveau pour elle, une fois de plus. Les traits sérieux, il respirait plutôt fortement et de manière irrégulière. Cassidy fronça les sourcils et laissa retomber ses bras de chaque côté de son corps – abandonnant sa tresse en cours de réalisation – avant de les ramener sur ses cuisses. De nouveau, il se pencha sur elle avec un éclat sensiblement différent du précédent, faisant miroiter ses iris.

« D’accord. Je prends le seul parti que je peux : le tiens. Indépendamment des opinions d’autrui, des miennes ou des tiennes, parce que ça n’a aucune importance par rapport à l’engagement que je prends. Je reste avec toi, et je tiendrai bon avec toi, que la saison soit belle ou mauvaise, et ne t’abandonnerai pas lorsque le soleil te retirera ses faveurs, comme le font tous les autres pour reparaître quand le ciel te sourira à nouveau. Mais ne m’impose pas d’autres fidélités que celle que je t’offre, car il n’y en a qu’une seule que je pourrais tenir sans me retrouver à trahir deux engagements inconciliables. Alors je reste avec toi, quoi qu’il advienne. Quelle que soit notre destinée, avec l'espoir qu'à deux, elle nous soit plus douce malgré les épreuves. Je suis d'accord, j'accepte tes conditions. Toutes. »

Dans un premier temps, un long silence suivit cette lourde déclaration. Pas que la jeune femme tente d'analyser le discours non, elle en était tout simplement incapable. Le coup de massue lui était tombé sur la tête, violemment, alors que c'était elle qui l'avait confronté à ce choix. Que ressentait-elle ? Impossible de le savoir. Était-elle heureuse ? Possiblement. Terrifiée ? Totalement. Il avait accepté. Il voulait rester auprès d'elle malgré tous les éléments plus formels et objectifs, ancrés dans la dure réalité qu'elle lui avait présenté avec tant d'insistance. Il voulait rester. Je ne t'abandonnerai pas lorsque le soleil te retirera ses faveurs...

« Si tu dis que tu ne m'abandonneras pas, cela signifie aussi que tu ne devras pas mourir. »

Un souffle.

« S'il te plait, ne te mets pas en danger pour moi. Ce n'est pas une condition, mais une deman... »

Submergée par une émotion inconnue, la jeune femme ne put terminer sa phrase. Sa respiration se coupa tandis que le dernier mot mourrait sur ses lèvres maquillées. Ses paupières se fermèrent malgré elle l'espace d'un instant, et elle inspira profondément. Elle avait voulu cette situation, elle ne l'avait pas repoussé alors qu'il lui avait donné l'occasion. Pourquoi ? Parce qu'elle ne voulait pas qu'il s'éloigne. Ouvrant de nouveau ses yeux en amande, Cassidy reprit la parole. Que pouvait-elle faire ? Que pouvait-elle dire ? Merci ? Le mot semblait tellement dérisoire face à ce qu'il avait fait pour elle. Essaie d'être normale Cass', lâche prise par Merlin... Il lui fallait faire quelque chose de symboliquement fort, à défaut de pouvoir parvenir à ressentir les émotions et les sentiments et de les exprimer comme lui. Néanmoins, l'apprentie avait cette envie naissante au sein de sa poitrine, celle de lui signifier son engagement à elle aussi. Celle de le remercier à sa façon en lui faisant comprendre à quel point ce qu'il avait fait pour elle, la touchait bien plus qu'elle ne le souhaitait.

« Nehal. »

Le prénom avait éclos entre ses lèvres. Rapidement. Un peu précipité. La perle s'était dévoilée, et le rempart momentanément affaissé. Les yeux fixés dans ceux de l'homme, elle poursuivit :

« C'est mon second prénom, murmura-t-elle, celui qui reste inconnu aux yeux de tous. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Lun 26 Déc 2016 - 13:16

Il avait voulu l’embrasser. Par instinct peut-être, quoi qu’il ne fût pas évident d’évoquer l’instinct alors que les sentiments des autres lui demeurèrent pendant longtemps une source de profonde pitié. Leur excès lui semblait absurde et déplaisant, de la même manière que les émotions de ceux que nous avons cessé d’aimer nous paraissent ridicules. Il ne ressentait aucune gêne pudique, comme c’était si souvent le cas pour d’autres, les sentiments d’autrui, tout autant que les siens finalement, ne lui inspiraient qu’un dégoût méchant et navrant. Une pareille sensibilité exacerbée, cette compassion et gentillesse, n’étaient que les marques d’une faiblesse qui empêchait de gravir les échelons, car il n’y avait que sans considération que l’on parvenait à monter tout en haut de la montagne humaine, n’est-ce pas ? Et une fois en haut, il fallait s’endurcir encore plus pour rester au sommet, c’était le seul moyen, l’unique, ou le plus rapide en tout cas. Et cette sécheresse acquise, presque naturelle, ne s’en allait jamais véritablement, enveloppant par moments son esprit dans une impassibilité dont il avait du mal à se défaire, surtout lorsqu’il aurait fallu faire preuve davantage de délicatesse. Mais alors que Cassidy s’ouvrait, il ne voyait en elle que du vide. Elle était creuse, pas autant que lui le fut un temps peut-être, mais suffisamment pour l’effrayer. Par moments, elle lui semblait si stérile, si horriblement démunie qu’Octave s’en trouvait paralysé d’angoisse. Elle n’était néanmoins pas un désert parfaitement vain d’un bout à l’autre, et de-ci, de-là, des pouces se battaient pour leur survie sous ce soleil de plomb, au milieu de ce paysage aride, aussi frêles et cassantes que rude étaient la nature dans laquelle elles tentaient de percer. Elles pouvaient d’ailleurs mourir à tout instant, tomber en poussière au moindre coup de vent et Octave savait à quel point il était difficile de les faire évoluer. C’était une entreprise de longue haleine, qui n’avait pas vraiment d’achèvement. Alors, l’espace d’un instant, ce trou béant empli de rien l’avait épouvanté tant il lui rappelait avec une clarté maladive cette déchirure qui fut jadis la sienne. Doutant de ses forces, il s’était senti incapable de remplir un si large dépouillement alors qu’il n’était même pas certain d’être parfaitement parvenu à combler le sien. Y avait-il suffisamment de lui pour eux deux ? Etait-il en mesure de ranimer ce cadavre émotionnel auquel il fallait faire un incessant bouche à bouche ? Beaucoup de souffle. Une grande et inépuisable énergie. Au moins avait-elle tout à apprendre.

Dans un élan de terreur, il avait voulu remplir ne serait-ce qu’un peu cette profondeur sans fin, y jeter avec rage un rayon lumineux, de ses lèvres doucereuses et passionnées insuffler de la vie à cette âme sans éclat. Et puis, se reculer et voir naître une douceur dans le regard, une flamme de beauté ou au moins l’écho d’un cœur qui se serre, qui tremble de surprise et d’émoi, reflet confus de ses propres sentiments. Il voulait si ardemment voir dans ces grand yeux Aquamarines quelque chose qui le remplirait d’espoir. Mais pour le moment, il portait seul et à bout de bras cette espérance, ne voyant sur le visage féminin qu’hésitations et noirceur. Mais alors qu’il s’était penché sur elle pour étouffer une crainte égoïste qu’une impulsion nulle autre qu’assassine avait soulevé, une incertitude avait fait vaciller sa détermination. Pour son esprit méthodique, une seule hésitation, une unique faille, aussi petite soit-elle, était suffisante pour l’arrêter dans son élan tant il avait le besoin nerveux d’avoir une certitude absolue dans le bien fondé de ce qu’il faisait. Et présentement, sa motivation était pleine de soi, sans égard pour l’autre. L’autre, pour qui cette attention n’avait pour le moment rien de salutaire. Il n’avait eu qu’à regarder dans ces yeux emplis de défiance pour comprendre que Cassidy accepterait cette attention non par désir charnel ni par élan du cœur, mais par orgueil. Et plus encore que de la voir débordante de vie, il avait surtout l’envie de la voir libre de ses choix et en mesure de consentir à un baiser par plaisir. S’il fallait renoncer à ses propres tentations, soit, qu’il en soit ainsi, après tout, il était rare qu’Octave se refuse une allégresse ou un caprice, alors il pouvait bien le faire au moins maintenant. Et de toute manière, continuer son geste n’aurait donné que le regret de la voir subir sans passion ni envie sa propre ardeur, qui était très certainement débordante, mais certainement pas suffisamment narcissique pour se contenter d’une présence immobile. Octave avait besoin de répondant, de réconfort, ce dont elle était incapable en l’instant, et en serait encore longtemps. Cette réalisation était peut-être la plus pénible à supporter d’entre toutes. Mais il finit par renoncer, abandonnant un désir fugace, une peur viscérale, au profit d’un avantage plus tangible, appartenant cependant à un avenir lointain. Et avec, la douleur d’une morsure dans la poitrine alors que la distance se faisait, salvatrice mais terriblement sévère. Un renoncement après l’autre, un sacrifice à la fois, Octave allait conquérir ce cœur au déclin. Le plus délicat restait de se combattre soi-même pour se l’approprier, elle. La route était longue et il lui fallait réapprendre la patience. Les lèvres sèches, il s’était écarté, lui laissant sa liberté. Un jour peut-être s’approcherait-elle d’elle-même en tapinois pour lui voler quelques caresses… Et ce jour-là, ce sera à lui de souffler un que fais-tu ?

Au lieu de cela, la frustration l’avait sensiblement durci et il lui avait répondu presque avec colère, lui en voulant d’être aussi froide et orgueilleuse, incapable de satisfaire le peu dont il avait besoin présentement. Enfin, peu… beaucoup, finalement. Il lui en avait demandé beaucoup, le savait et ne pouvait s’empêcher de se retrouver fâché du refus voilé et indicible. Malgré la raison, la blessure s’était ouverte, le poussant à être vindicatif, à pointer avec froideur ses manquements. Mais alors qu’elle lui exposait une fois de plus sa manière de voir les choses, il comprit avec une lucidité presque étouffante à quel point ils parlaient tous deux un autre langage. Une expérience non partagée, deux univers trop différents pour se comprendre parfaitement, ou en tout cas s’accepter complètement. Si lui pouvait concevoir la logique qui la régissait et l’accepter avec plus ou moins de réticence, elle était incapable d’en faire de même pour lui, au point où ce qui un jour avait pu être cher à son cœur n’était qu’une faiblesse supplémentaire pour son esprit hermétique et était réduit qu’à un obstacle sur le chemin. Rien d’étonnant après tout, puisqu’il était passé par le même chemin où elle se trouvait maintenant. Pas exactement le même peut-être, mais néanmoins terriblement semblable. Et la vie était ainsi faite qu’il était plus simple de se retourner pour regarder son passé et le juger plutôt que de sonder l’avenir et y percevoir les nombreuses possibilités. Pour le moment, dans l’esprit de la jeune femme, il n’y en avait qu’un seul. Une seule voie rectiligne qui ne lui promettait que souffrances, comme la petite sirène qui avait troqué sa belle queue pour des jambes et dont chaque pas supplémentaire était un supplice. Jusqu’à la fin de sa vie, elle se voyait marcher sur des couteaux et toujours en silence, un regard de marbre et le sang froid. L’effroi, la frustration et enfin la colère avaient fait bourdonner son cœur à ses oreilles, montant le sang à son visage dont il coloria sensiblement les joues d’un rouge diffus. Au lieu de l’exciter davantage, le forcer à argumenter, la réponse de la jeune femme l’avaient obligé à se taire et à se calmer. Peu importe ce qu’il pouvait lui dire, les exemples qu’il pouvait lui donner, elle en était trop éloignée pour les comprendre, en saisir ni le sens, ni l’importance et la répercussion. A ce sujet-là, il n’y avait plus rien à dire, plus rien à démontrer. La parole n’avait aucun pouvoir ici. La rhétorique ne marchait pas. Pour comprendre, elle devait évoluer du cœur avant de pouvoir mûrir de l’esprit, alors Octave devait cesser de parler à sa logique et aller caresser son cœur, de la même manière que Jane l’avait un jour fait pour lui.

« Tu as été heureux, mais tu as souffert après lorsqu'elle t'a laissé... »

La belle rengaine. Octave y avait souri avec une certaine amertume dans le regard, ne sachant que trop bien où elle voulait en venir. L’excuse des ignorants et des peureux. Tout le monde dit que l’amour fait souffrir, mais ce n’est pas vrai. La solitude fait souffrir. Le rejet fait souffrir. Perdre quelqu’un fait souffrir. L’envie fait souffrir. Tout le monde confond ces sentiments avec l’amour, mais véritablement l’amour est la seule chose en ce monde qui fait disparaître toute la souffrance et fait que quelqu’un se sent merveilleusement bien à nouveau. L’amour est la seule chose en ce monde qui ne fait pas souffrir. Débordant de cette conviction, Octave n’avait rien répondu à cette remarque, d’autant plus convaincu que quoi qu’il puisse en dire, Cassidy n’y verrait qu’hérésie. Il était trop tôt pour ce type de conversations, d’autant qu’il n’était pas parfaitement prêt à partager ces détails de son existence avec quelqu’un qui aurait si peu de considération pour son vécu. De toute manière, elle n’y puiserait que faiblesse et défauts, ne comprenant pas d’où il pouvait bien tirer sa force. Avec un certain espoir, il se disait même qu’au bout du compte, ils n’auraient pas à avoir cette discussion car elle aurait tout accepté et compris d’elle-même. Dans tous les cas, il n’y avait rien à répondre, même si le désir fougueux le tiraillait de lui insuffler cette rêverie de tendresse. Il aurait souhaité lui expliquer à quel point cela l’avait rendu heureux et qu’aujourd’hui, malgré la douleur d’une perte, il n’aurait changé ce qu’il avait vécu avec Jane pour rien au monde. Et Dieu seul sait à quel point leur relation avait pu être difficile et douloureuse. Toutefois, même dans la détresse il se sentait complet et comblé comme jamais avant ce ne fut le cas. Alors si lui était parvenu à évoluer malgré son état lamentable, Cassidy en était-elle également capable. Il suffisait de lui inspirer le courage nécessaire, de la soutenir dans les instants de faiblesse et de lui redonner force lorsqu’elle se trouverait incapable de s’en donner elle-même.

Etrangement apaisé, Octave avait fini par se résoudre à faire un tel effort sans espoir de le voir un jour fleurir dans les grands yeux bleus de sa sirène. Cette entreprise risquait de finit par un échec, par manque de motivation ou de force, ou simplement d’épuisement. Toutefois, animé d’une clarté lumineuse, il voulait s’abandonner. Essayer de redonner sourire sincère à cette divine créature à la peau de lait, à la senteur d’un doux hiver, et aux cheveux de blé où se reflétait le soleil. Une personne d’une telle beauté éclatante ne pouvait pas avoir une âme aussi noire que ce qu’elle prétendait. La splendeur d’une personnalité se lisait souvent sur la fraîcheur des traits du visage, et plus il la regardait, moins il croyait en l’immuabilité de cette corruption. Le vice se lisait dans le regard, autant que la méchanceté, et même si c’était inconscient, Octave n’aurait pas autant persévéré s’il avait senti que cet avilissement était définitif et véridique. Il y avait quelque chose en elle qui respirait la grâce d’un cœur honnête et élégant, particulièrement lorsqu’elle se trouvait surprise d’un sentiment nouveau, où d’une action inattendue. Alors ses yeux s’ouvraient grand et se figeaient dans l’incrédulité et elle était alors plus ravissante que jamais. Un peu comme maintenant, alors qu’Octave s’était efforcé de transposer son dévouement en serment. C’était ce qu’elle souhaitait, non ? Mais au lieu d’une satisfaction rassurée, c’était l’étonnement qui avait pris possession de son visage, écartant ses paupières au point que ces cils noirs semblèrent devenir les rayons lumineux des étoiles qu’étaient ses yeux bleus. Octave ne put s’empêcher de sourire dans la joie en la voyant ainsi, comme il l’aimait, perdue dans une spontanéité involontaire, immobile, telle une bête découverte. Il détaillait ce visage avec tendresse, le dévorant de son regard un peu inquiet, un peu amusé, ses prunelles dansant sur les traits de son visage s’ouvrant de stupéfaction. Ils s’observaient, motivés par des émotions opposées, l’une parfaitement déconcertée des paroles entendues, l’autre totalement sous le charme de l’une…

En cet instant, elle était magnifique, un savant mélange de tout ce qu’Octave pouvait désirer en elle. Peut-être était-ce pour cela qu’il passait son temps à essayer de la confondre, afin d’apercevoir encore une fois cette faille qu’il lui fut donné de voir lors de leur première rencontre et qui n’était depuis plus sortie de son esprit, s’immisçant en son cerveau comme une mélodie tenace. Il n’y avait que dans la confusion qu’elle perdait de sa froideur et son regard se faisait pénétrant et intense, deux pupilles aux couleurs de l’espoir qui malheureusement, le faisaient rêver. Sa douceur à lui, sa malédiction à elle, mais ses yeux d’un bleu de ciel d’hiver étaient la seule chose qui existait sur ce visage si souvent dépourvu d’émotions. Mais lorsque l’une d’elle daignait effleurer sa figure de porcelaine, elle découlait toujours de ses deux topazes, qui s’illuminaient de reflets miroitants, frémissant d’un émoi qu’elle n’avait pas encore eu le temps de contrôler. Et alors, il était heureux et apaisé, secoué par un délicieux tressaillement qui ne pouvait être que celui de la grâce. Et puisque l’aveu semblait être de taille, Cassidy restait figée, comme incapable de se saisir de ce qui l’émouvait. Un léger sourire doucereux flottait sur les lèvres du bibliothécaire, alors qu’il n’avait de cesse de l’admirer, attendant qu’elle réagisse, se renferme inévitable comme l’huître qu’elle était. Mais cela tardait à venir et il se contentait de la regarder, respirant les délicates effluves de son parfum -de son odeur ? - qui le ravissait particulièrement. S’il en ignorait la source, il ne pouvait en revanche guère ignorer les effets qu’elles avaient sur lui. Il se sentait irrésistiblement attiré, une foule d’envie diverses naissaient en son cœur et fleurissaient en son sein. Et puis, en bas, une bouche presque entrouverte dans la surprise, l’arc délicieux de la lèvre supérieur, éclairé par en dessous, retenait à son sommet deux pointes de lumière dorée. Il sourit encore plus.

« Si tu dis que tu ne m'abandonneras pas, cela signifie aussi que tu ne devras pas mourir. S’il te plait, ne te mets pas en danger pour moi. Ce n’est pas une condition, mais une deman… »

Ce fut à son tour de se laisser surprendre quelque peu, laissant ses sourcils monter sensiblement le long de son front. Mais cela ne dura pas, et il les rabattit sur ses yeux pétillants de malice. Qu’était-ce donc que cela ? Ne voulait-elle pas se sentir responsable dans le cas où les choses tournaient mal ou s’inquiétait-elle pour lui ? A dire vrai, il avait la craint d’espérer, mais finalement peu importe, il survivrait à un peu d’incertitudes, tandis qu’elle, non. Elle se présentait soudain pareille à une enfant, à qui il fallait tenir la main le long de la route, la rassurer d’une étreinte consolatrice pour qu’elle puisse être certaine qu’en cas de chute, il y avait toujours cette main pour la retenir. Etait-elle au moins consciente de ce qu’elle lui demandait ? Une promesse quasiment intenable et probablement s’en doutait-elle, mais il lui fallait de l’apaisement à tous les niveaux. Autant qu’il était possible, il se devait de la rassurer, même s’il ne faisait que se répéter -chose qu’il détestait d’ailleurs. D’abord, il voulut plaisanter, ironiser quelque peu cette demande irréaliste, mais se refréna bien vite. Sans la quitter des yeux, il finit par dire simplement :

« D’accord, je ferai mon possible. »

Et même si c’était impossible, au moins trouverait-elle la paix dans un coin de son âme, l’équilibre qui lui était nécessaire pour pouvoir avancer. Un engagement utopique dit avec le plus sérieux du monde, comme s’il était en mesure de tenir cette promesse. L’amusement laissa bien vite place à la tendresse alors qu’il se rendait compte que peut-être, lorsque la vie le mettrait en difficulté, c’était cette promesse qui allait lui donner la force d’échapper à son destin. Ne jamais sous-estimer la force de ce qui pouvait donner courage en un moments de faiblesse. La responsabilité de la félicité d’autrui pouvait avoir un pouvoir incroyable. Alors Octave renonça à s’en moquer, prenant finalement cette invective le plus sérieusement du monde. Cependant même s’il ne le lui dirait jamais, il savait l’engagement déjà rompu. Elle n’en avait pas encore conscience, s’en doutait peut-être dans un coin de son esprit, mais être là voulait dire la protéger des dangers de son monde autant qu’il en était capable. Etre là, c’était la soutenir et lui épargner les souffrances de la vie. Elle n’était plus seule. Elle n’était plus seule…

« Nehal… C’est mon second prénom, celui qui reste inconnu aux yeux de tous.
- Enchanté Nehal, je me nomme Octavius. »

Ca aussi, il le lui laissait. Qu’elle en prenne soi. Plus que sa mère au moins. Qu’elle donne un autre sens à ce prénom détesté pendant si longtemps et auquel elle s’accrochait par orgueil et par désir de le blesser un peu. Il n’était plus question de s’offenser pour si peu et Octave abandonnait de grâce ce qui lui avait fait mal pour qu’elle le transformer avec un peu de chances en quelque chose de meilleur. Et de toute manière, tout ce que Octavius représentait était ce que sa mère n’aimait pas en lui, alors cela ne pouvait être que du bon, non ? Tout comme pour Cassidy, dont Nehal était le reflet de ce qui rendait Andreas si peu fier de sa fille. Bien que la situation ne se fût améliorée que d’une manière très vague, Octave se sentait de plus en plus habité par une allégresse étourdie, comme si le plus important était derrière. D’une certaine manière, c’était peut-être le cas. Les malentendus avaient fini par s’estomper, tout autant que certains doutes. Même si Octave avait cédé du terrain, s’était reculé pour mieux la laisser avancer, il n’en ressentait plus aucun agacement orgueilleux. Doucement, il avait fini par faire la paix avec ses propres désirs, les enchaînant pour éventuellement mieux les satisfaire plus tard. Les priorités avaient été réarrangées selon une perspective d’importance et non selon les envies spontanées que cette situation avait pu faire naître en lui. Et même s’il ressentait par moments les pincements d’une frustration onctueuse, il s’en servait comme engrais pour embellir sa rêverie contemplative. Plus il la regardait, et plus il la voulait, moins il pouvait l’avoir et plus il la trouvait belle et désirable. Cette beauté-là était consolatrice. Alors peu importe quand le moment viendra, et si elle s’adonnera un jour ou pas. Cela n’avait aucune importance tant qu’elle nourrissait en lui cette convoitise, tant qu’elle restait dans sa vie.

« Je me sens comme la première personne ayant trouvé la pierre philosophale. Je sais avoir découvert quelque chose de rare et de précieux, mais je ne peux la montrer à personne. C’est une bénédiction et une calamité à la fois, je ne peux en parler à quiconque et il n’y a que moi pour en profiter. Pas la peine de te demander pourquoi Nehal est inconnue de tous, je pense le deviner. C’est le prénom que ta mère t’a donné, c’est ça ? »

Si la première partie de sa réplique fut dite d’un ton taquin et résigné, la deuxième fut au contraire prononcée avec prudence et douceur, Octave sentant qu’il pinçait là une corde sensible. Il avait longuement réfléchi sur ce que pouvait bien être ce N au milieu de son nom complet. Et maintenant, en entendant la musique de ce prénom, les choses se remettaient doucement en place. Il savait d’où elle venait et qu’à la mort de sa mère, elle fut contrainte de revenir en Angleterre, mais rien de plus. Ses conditions de vie en Inde lui étaient inconnues, toutefois, en se remémorant les quelques bribes lâchées par Andreas, il semblait que sa défunte épouse n’ait pas honoré toutes les exigences, et sa fille continuait présentement sur ce chemin, malgré ses efforts. Octave hésitait alors à prendre cette voie, comme il avait hésité à lui poser des questions lors de leur première rencontre, alors qu’elle s’était effondrée sous un mal inconnu. La première fois, ils ne se connaissaient que trop peu et elle était si débordante de défiance qu’il lui n’aurait alors reçu aucune réponse. Mais ce soir, il sentait la situation plus propice. Il n’avait pas souhaité parler tout de suite de sa mère, mais c’était ce qui sur le moment lui avait semblé le plus naturel. Cette consonance ne pouvait être que celle de ses origines profondes. Si Nehal était sa face cachée et appartenait à l’Inde, c’est qu’elle devait puiser ses sources auprès de sa mère, qui était peut-être le dernier lien que Cassidy avait avec elle. En arrivant à cette conclusion hypothétique, Octave devina à quel point cet aveu devait coûter cher. Oui, comme une pierre philosophale, comme un morceau précieux de soi que l’on donne à l’autre, un secret profondément enfoui et farouchement gardé pour que personne n’ait l’idée de s’imaginer que ce N ait une quelconque importance. Symboliquement, ce N trônait entre Cassidy et les Rowles, unique rempart encore capable de l’éloigner de son père, si ce n’est physiquement, au moins par l’esprit et les convictions. Nehal était sa coquille, ultime armure d’acier qui empêchait Andreas d’avoir un parfait pouvoir sur son enfant. Avec rage et détermination, elle la cachait et l’assassinait un peu plus chaque jour, reléguant ce N maudit dans les recoins sombre de son âme, espérant le voir dépérir sans lumière. Mais il restait là, à farouchement se nourrir des bribes d’espoir qui lui arrivait encore de porter en son sein, s’évadant lorsque la fissure de son âme se faisait grande. Et ce soir, la faille était si large et creuse que Nehal avait quitté les ombres pour venir s’échouer dans la bouche de Cassidy sous la forme d’un aveu reconnaissant.

« Parle-moi… Non, attends, je reviens. Je dois t’écouter attentivement, et je ne peux pas le faire dans cette tenue en lambeaux. »

Octave s’était relevé avec prestance et tourné le dos. En route, il avait retiré son veston et défait sa cravate qu’il abandonna tous deux sur le rebord du canapé avant de disparaître derrière le mur du couloir. Là, à droite de la porte, il y avait une armoire encastrée dans le mur qu’il ouvrit. Certaines de ses affaires, emportées pour l’occasion de ce long week-end, y étaient soigneusement rangées, ramenées quelques heures plus tôt par un garçon de chambre. Si plus tôt Octave avait autre chose à faire que constater qu’il était souillon, maintenant que les émois s’étaient calmés, il ne pouvait que se rendre à l’évidence : une chemise ainsi déchirée était impardonnable. Il y en avait une neuve, noire, ah non, pas de noire, cela n’irait pas avec son pantalon bleu marine, donc du blanc et tant pis s’il fallait mettre autre chose demain. Octave se débarrassa de son torchon et enfila une chemise propre et cousue d’un coton blanc, dont il laissa les trois premiers boutons ouverts avec une nonchalance toute calculée. Réapparaissant derrière l’angle, il était occupé à remonter les manches jusqu’au coude, ayant toujours préféré porter l’habit ainsi, un peu par déformation professionnelle où il fallait être habille des mains tout en montrant qu’il ne cachait rien le long des avant-bras. Sourire complaisant et apaisé à la bouche, Octave vint rejoindre sa sirène, mais dévia au dernier instant vers la salle de bain, où il décrocha un peignoir au crin épais. Enfin, il revint définitivement et enveloppa délicatement d’un geste ample les épaules de sa sirène, ayant déjà remarqué à plusieurs reprises qu’elle frissonnait. Si l’heure n’avait pas tout à fait été à la galanterie tout à l’heure, il ne pouvait plus vraiment négliger ce qui était clairement apparu à sa vue. Toujours, il avait le désir de l’envelopper de ses bras dans une étreinte chaude et douce, mais l’interdit planait, latent et lourd. Alors il se contenta sans écarts de couvrir le frêle corps de sa sirène. En s’asseyant devant elle, Octave tâcha d’enserrer les pans du peignoir pour cacher sa poitrine avant de recouvrir ses genoux de cet épais tissu blanc qui éclatait comme neige au soleil, mais avait le toucher moelleux d’un nuage. Soigneusement, il la borda de toutes parts, lui épargnant la morsure du froid autant qu’il le pouvait, et si elle frissonnait encore, eh bien, il lui ferait un château de couettes. Ou la balancerait dans les flammes, va savoir. Il n’avait pas encore décidé.

« Bon, on est mieux comme ça. Alors, parle-moi de toi. Dis-moi quelque chose, ce que tu veux. Ce qui te passe par la tête. Ce que tu trouves important ou penses intéressant… »

Et comme son air était aimable et qu’une joie sucrée était venue s’allonger sur ses lèvres carmin, sa voix suave et basse s’entrelaçait d’une bienveillance gracieuse. Une question qui ne semblait engager à rien d’autre qu’une histoire contée du bout des lèvres. Octave s’était enfin adouci, étant parvenu à atténuer ses élans inassouvis et ses angoisses naissantes au profit d’une assurance tranquille et imperturbable. C’était ce dont elle avait besoin. Un Octave inquiet et incertain ne lui servait à rien et ne lui serait d’aucun réconfort. Alors il s’était efforcé de maîtriser les torrents naturels et spontanés de son âme jusqu’à les tarir, au moins au point où elle ne se rendrait compte de rien, même si un pincement se faisait toujours sentir par moments. Ses mains, qui torturaient jadis vêtements et objets avec nervosité, reposaient sur ses genoux, laissant tomber comme des fleurs lasses ses doigts fuselés. Sa poitrine, basse, s’élevait avec quiétude et tout en lui respirait l’équilibre. Mais une pensée, soudaine, vint perturber la tranquillité de son regard d’une ombre et Octave baissa les yeux vers ses genoux. Le sourire s’estompa, puis revint un peu nerveux. Il releva son regard, puis le baissa à nouveau, passant sa langue sur ses lèvres pour les humecter. A dire vrai, il hésitait à poser sa question, et n’en avait pas eu l’attention d’ailleurs à la base, mais elle était revenue à son esprit avec vigueur, s’y imposant sans échappatoire. Il n’avait pas fait le lien tout de suite, mais par rapport à ce qu’il avait raconté à Cassidy, il devait maintenant savoir. Il chercha à correctement formuler sa question, oscilla et opta pour une forme libre, celle qui n’influerait pas sur la réponse qu’il désirait entendre.

« Est-ce que… Comment tu...Hmm… Que penses-tu de ce que ma mère t’as écrit ? »

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 4 Jan 2017 - 23:12

Nehal. Elle le lui avait finalement offert, ce présent le plus précieux du monde. L'accès à cette partie d'elle qu'il recherchant tant depuis le premier jour où ils s'étaient rencontrés et où il l'avait aperçue, se faufilant à travers l'obscurité de sa pupille, telle une ombre ne désirant pas être remarquée. Nehal, un simple nom en apparence. L'histoire de ce dernier était toute autre. En réalité, ce qui rendait le cadeau de Cassidy précieux et unique, n'était pas la révélation de ce dernier, mais l'accès à tout ce que ce dernier renfermait. Un bout de son âme perdue, la moitié de son patrimoine génétique ; la partie cachée - honteuse selon son père - que personne n'était à même de percevoir puisque rien dans son apparence ne laissait transparaître ses origines orientales. De même, à force de travail acharné à la demande - que dis-je ? - à l'imposition de son père, son accent aux sonorités chantantes s'était tu, et ne ressortait actuellement que dans des moments d'énervement intense, comme celui s'étant produit quelques instants auparavant. Un prénom que seule sa mère avait quotidiennement employé après avoir été autorisée à en choisir un second pour sa fille à la naissance de cette dernière. Un double héritage contenu dans une double identité : Cassidy Nehal Rowle.

Cassidy ; un prénom d'origine anglaise choisi bien entendu par son père ; Andreas Rowle. Ce dernier, bien qu'extrêmement déçu que son enfant soit de sexe féminin, avait fait le choix de lui accorder - en raison de la ressemblance physique du nourrisson aux Rowle - un prénom reflétant une certaine noblesse. Cassidy... Au final ce prénom était plus complexe qu'il ne le laissait paraître lorsque l'on creusait dans sa signification, ce qu'Andreas – fervent défenseur des sciences exactes et du pragmatisme - n'avait pas songé un seul instant à faire. Les jeunes femmes porteuses de ce patronyme étaient censées être fières, déterminées, courageuses, mais sachant rester à leur place tout en possédant de vraies valeurs morales. On les disait aussi méfiantes, contrôlées, travailleuses, intellectuelles et pouvant se montrer parfois cyniques. Un prénom tellement adapté à la personne que la jeune femme avait été contrainte de devenir. Était-ce là le destin ? Le choix de ce prénom avait-il eu la valeur d'une prophétie ? Paraissant au premier abord froides et hautaines, il ne s'agirait en réalité bien plus d'une distance de façade défensive que d'un véritable trait de caractère puisqu'il se disait pour les connaisseurs, que les Cassidy possédaient cette peur de paraître vulnérable et de s'attacher, ce qui les rendaient assez réservées et secrètes, fuyant même parfois le contact avec les gens. En revanche, le symbolisme des prénoms était loin d'être une science exacte, il fallait bien en rester conscient, puisqu'elles étaient également décrites comme impressionnables, romantiques, n'ayant jamais de discours moralisateurs et craintives. Possédant comme totem végétal la vigne, elles était censées avoir besoin d'un tuteur afin de mieux s'épanouir tant au niveau professionnel que personnel. Pour l'étudiante, cela correspondait plutôt bien à la réalité bien que cette partie ne soit pas véritablement acceptée dans son ensemble. Avoir besoin d'une personne telle que Severus Rogue pour s'épanouir au niveau professionnel, soit. Elle en avait conscience et l'acceptait. En revanche, tout ce qui avait attrait au registre du personnel devenait tout de suite beaucoup plus complexe et être lucide à ce sujet n'était pas encore possible pour la Rowle qui se préférait libre et indépendante. Respectant leurs engagements, les Cassidy étaient connues pour être capable d'aller jusqu'à se sacrifier pour les personnes comptant réellement pour elle. Toutefois, il était clair que l'émotivité restait une grande faille chez elles puisque cette dernière étaient en réalité bien plus forte que sa réactivité ; tout excès d'émotions ou de sentiments aurait davantage tendance à être bloqué au point de les faire paraître insensible et distante, dans le seul but de se protéger.

Nehal. Le cadeau de sa mère, Nila. Son héritage, et l'une des seules choses continuant à la relier à elle, envers et contre tout. Le prénom avait été donné, la carte d'identité constituée. Pour la vie, elle serait Nehal, tout comme elle resterait Cassidy. Seul cet haïssable nom de famille pouvait toujours être évincé. Ce prénom mixte, originaire d'Inde, avait en réalité plusieurs significations. Métaphoriquement, ce prénom signifiant de manière littérale " petit arbre " renvoyait à des attributs de beauté, au charme et à la jeunesse, voire également à l'eau de la mousson connue comme " source de vie ". Toutefois, les Nehal pouvaient également renvoyer à la soif de savoirs, de connaissances, ce qui correspondait une fois de plus, totalement à la personnalité de la jeune femme. Ayant de hautes aspirations humanitaires, les Nehal rêveraient d'un monde où les races et les barrières sociales n'existeraient plus. Connues pour leur intelligence, elles étaient également référencées pour leur âme passionnée par les arts quelqu'ils soient, mais en particulier pour la danse et la musique. Sensibles et pleines de vie, le sourire leur allait bien et tout comme les Cassidy, leur loyauté pour leurs vrais amis ou pour toute personne chère à leur cœur était sans faille. Davantage dans le laisser-aller, le lâcher prise contre-indiqué par les Cassidy, Nehal venait tenter de rééquilibrer la balance en amenant une petite part de souplesse, d'innocence et d'ouverture à la surprise et au hasard. Fraîche, haute en couleurs et pétillante telle le cours d'une eau vive, la vie resplendissait de leurs corps toujours en action, dans le mouvement symboliquement associé à la vie. Indéniablement expressives, elles n'étaient pas forcément connues pour être bavardes mais plutôt pour leur spontanéité diablement vivante.

Un plus un égal deux. Pour le coup, l'équation mathématique fonctionnait parfaitement. A eux deux, ces prénoms constituaient presque entièrement le délicieux mais ô combien complexe tableau formé par la jeune femme. Une unité. Enfin dans une utopie idéaliste certainement... Dans le cas présent, la toile formée par la métisse renvoyait plutôt à un tableau dont les couleurs chaudes de l'orient commençaient à se ternir au profit des couleurs froides de l'occident, tandis que la peinture ocre se craquelait ensevelie sous l'épaisse couche de poussière qui la recouvrait. Telle une statue inachevée, Nehal restait figée dans l'ombre et l'importance déployée par Cassidy pour la recouvrir entièrement. Quasiment immatérielle, presque aussi impalpable que les brises orientales, la sculpture de sable fin et blanc de Nehal se désagrégeait aussi lentement que sûrement. Un à un, parfois par paquets entiers, plus le temps passait, plus le fragile équilibre disparaissait. Apercevoir Nehal aujourd'hui relevait clairement de l'exploit tout autant à cause de la rareté de ses apparitions, que de la courte durée de ces dernières. Les circonstances provoquant ses apparitions étaient plutôt rares... Nehal existait et sortait des abysses lorsque les potions venaient la chatouiller et raviver sa flamme passionnée. La passion. Voilà bien l'un des ingrédients qui possédait le pouvoir de la ramener à la vie, en échappant à l'emprise oppressante exercée par Cassidy. L'art des potions nécessitait assez de rigueur afin de lui permettre de se sentir à peu près stabilisée pour tenter de toucher à autre chose, à élargir son champ de connaissance en osant essayer de sortir de sa zone de confort en allant – avec l'aide du professeur Rogue, à la quête de la souplesse. La passion intellectuelle, provoquée par un certain enseignement, un certain art, mais également la passion au sens littéraire le plus pur. Lorsqu'un élan émotionnel qu'elle ne parvenait pas à étrangler, à réprimer avec force sous une épaisse couche de marbre, faisait surface, ce n'était plus Cassidy. L'explosion était toujours reliée à la résurgence de Nehal puisque cette dernière caractérisée par son impulsivité, sa spontanéité et son lâcher prise, n'était plus contrôlée par la tyrannique Cassidy.

« D’accord, je ferai mon possible. »

Il ne l'avait pas quittée des yeux, prononçant cette promesse avec tout le sérieux du monde. Les quelques mots s'envolèrent dans les airs pour venir se répercuter en plein dans sa poitrine, l'enveloppant dans une étreinte protectrice immatérielle mais pourtant terriblement proche. Une douce chaleur se répandit dans les veines de la jeune femme dont le regard s'adoucit sensiblement. Boum boum, boum boum. L'organe emmuré dans une épaisse couche de glace fut secoué d'un nouveau type de battements. Réguliers, mais un peu plus rapides que d'ordinaire. Lentement, la Rowle porta sa main à son buste, comme pour contenir cet organe qui venait lui rappeler une fois de plus – bien qu'autrement que dans un contexte de peur – son existence. Était-ce de la joie ? Du bonheur ? D'ailleurs quelle était la nuance entre les deux ? L'apprentie potionniste avait tout à fait conscience du caractère pour ainsi dire irréaliste de ce qu'elle lui avait demandé, mais quelque chose ; le fait d'avoir besoin de se sentir rassurée dont elle n'avait pas conscience, l'avait poussé à formuler cette demande. Néanmoins, il avait été prudent, et ne lui avait pas promis de survivre, mais de faire son possible, et cela, elle l'acceptait.

Elle n'était plus seule. Je ne suis plus seule, il est là. La pensée naquit soudain dans son esprit, comme une nouvelle évidence des plus formelles, néanmoins, cela était tellement nouveau que la blonde était encore dans l'incapacité de percuter et d'analyser la portée et le sens réel de cette idée si étrangère. Plus seule. Qu'est-ce-que cela voulait réellement dire ? Quels changements cela impliquait-il ? L'intégrer mettrait certainement beaucoup de temps pour elle qui ne s'était jamais ouverte ainsi à personne. Elle qui avait l'habitude de régler les choses par elle-même, de ne jamais déléguer, de ne pas s'ouvrir, de ne pas parler d'elle. Détourner habilement les conversations gênantes ou mentir de façon totalement naturelle lorsque le contournement de l'obstacle ne s'avérait guère possible.  Alors que toutes ces pensées tourbillonnaient en arrière plan dans son esprit, la jeune femme se décida à trouver le moyen de le remercier, de lui faire comprendre à quel point ses efforts et son geste l'avaient touchée. Il fallait quelque chose de significatif, de réellement important, à la hauteur de son présent à lui, et qu'elle soit en mesure de le lui offrir, elle. Alors, comme une évidence, la solution s'était présentée à elle, aussi claire que de l'eau de roche. Ce qu'il voulait, ce qu'il recherchait... C'était elle. Il le lui avait dit. Ce n'était pas Nehal, non, mais ce n'était pas non plus Cassidy. Ce qu'il recherchait, c'était elle. Cassidy Nehal Rowle. Une vision globale, une réunification équilibrée des deux parties de sa personnalité, qui en fonctionnement clivé, n'apportaient chacune que déséquilibre au long terme. Il connaissait déjà Cassidy, mais s'il avait entraperçu Nehal entre deux pans de portes ou de manière beaucoup plus directe dans l'explosion dont il avait été la victime désignée, il ne l'avait jamais rencontré de manière officielle. La décision fut prise, et rapidement, comme si elle ne craignait de revenir en arrière, le prénom fut prononcé à voix basse. L'aveu.

« Nehal… C’est mon second prénom, celui qui reste inconnu aux yeux de tous. »

Les mots étaient lourds, pesant chacun un poids inconnu mais assez pour lui faire courber l'échine. Néanmoins, aucun goût amer ne vint envahir sa bouche. Les mots avaient très certainement un effet libérateur puisqu'en lui confiant cette partie là d'elle-même, elle renouait avec l'Inde où elle n'était plus allée depuis maintenant trois ans. Néanmoins, cette partie là était aussi terriblement lourde et douloureuse.

« Enchanté Nehal, je me nomme Octavius. »

Les yeux encore baissés sur ses genoux, un sourire vint éclairer son visage enfin véritablement adouci. Voilà qu'il lui offrait un autre présent, elle en était consciente. Lentement, Nehal releva le regard vers le bibliothécaire, un sourire sincère au coin des lèvres. Un cadeau. Nehal et Octavius se rencontraient, enfin. Il lui avait offert ce prénom. Son véritable prénom. Celui dont elle se servait comme une arme, ou plutôt comme un bouclier – parfois les deux, contre  lui. Désormais, il renonçait à toute demande de surnom qu'elle jugeait saugrenu, pour le lui offrir, ce prénom visiblement haït. Un lâcher-prise, une sorte d'abandon de soi. Un cadeau dont elle se savait désormais responsable et qu'elle n'utiliserait désormais plus comme elle avait pris l'habitude de le faire. Désormais, elle en prendrait soin – autant qu'elle en serait capable. La jeune femme ignorait les raisons qui l'avaient poussé à renier son prénom presque aussi fort qu'elle avait enterré celui de Nehal, mais à bien y réfléchir, les raisons s'esquissaient lentement dans son esprit. Un prénom, pour être si profondément détesté, devait forcément avoir un lien avec ceux qui le lui avaient donné à sa naissance. Son père ? Elle n'en savait absolument rien. En revanche, d'après ce que Vivienne Holbrey lui avait donné à voir dans sa lettre, le doute n'était quasiment plus permis. Il y avait quelque chose entre la mère et le fils. Quelque chose de profondément malsain qui avait poussé le brun à tenter de se défaire de son emprise en refusant d'utiliser et que quiconque use ce prénom. A partir de là, il s'était forgé une parodie de lui même, un pantin nommé Octave qui – d'une certaine manière – faisait perdurer l'existence d'une souffrance rattachée à son véritable prénom.

« Tu l'as toujours été pour moi, depuis le premier jour dans la bibliothèque. »

Et c'était vrai. Jamais elle n'avait lâché ne serait-ce qu'un minuscule " Octave ". Jamais il n'avait été question de céder. " Octavius " avait toujours été une évidence à ses yeux, même si l'utilisation qu'elle en avait fait ne se situait pas dans la même optique puisque cela avait été le moyen de conserver une certaine emprise, un certain contrôle sur lui, en le maintenant notamment à distance. Néanmoins, elle avait aussi refusé d'utiliser le pantin, cette façade qu'il se constituait habilement en revêtant notamment des comportements extrêmes. Elle avait voulu, elle-aussi et certainement de manière plus inconsciente que lui, frôler des doigts la véritable personne qu'était cet homme, et non pas juste se confronter à ses facettes aussi diverses et inépuisables que les gouttes d'eau constituant les océans. Finalement, il renonçait à sa carapace – comme elle tentait de s'ouvrir – pour elle.

« Je me sens comme la première personne ayant trouvé la pierre philosophale. Je sais avoir découvert quelque chose de rare et de précieux, mais je ne peux la montrer à personne. C’est une bénédiction et une calamité à la fois, je ne peux en parler à quiconque et il n’y a que moi pour en profiter. Pas la peine de te demander pourquoi Nehal est inconnue de tous, je pense le deviner. C’est le prénom que ta mère t’a donné, c’est ça ? »

Dans un premier temps, la jeune femme ne répondit pas verbalement, se contentant d'hocher doucement la tête, faisant onduler sa tresse à moitié réalisée le long de son épaule droite. Son regard dévia ensuite vers les flammes de la cheminée dont la chaleur et la douce couleur orangée venait lui redonner une sorte de contenance intérieure, la ramenant droit en Inde. Étrangement, elle sentait qu'elle voulait parler, lui en dire un peu plus, mais quelque chose la retenait et les mots refusaient de sortir de sa gorge. En proie à un nouveau combat interne, ses lèvres s'entrouvrirent et sa voix s'en échappa, étouffée.

« Oui.... C'est... Nehal appartenait à l'Inde. »

Elle avait cette fois usé du passé. Présent... Passé... Nehal était-elle morte ou encore en vie ? En vie, très certainement. Sans aucun doute même. Mais avait-elle envie que Nehal survive ? Cela était une autre affaire. D'un côté oui, car elle aimait Nehal, comme on aime un petit défaut de notre corps, une petite cicatrice, un grain de beauté spécifique. Cette partie d'elle représentait également tout ce que son père détestait et la reliait indéniablement à sa mère, à son héritage oriental. Néanmoins, Nehal – en dépit de son lien à l'Inde – la faisait souffrir lorsqu'elle l'investissait trop. La sortir des abîmes lui était finalement terriblement douloureux, elle qui ne ressentait quasiment rien la plupart du temps. Un meurtre atroce, un deuil non fait, une ouverture d'esprit dangereuse, du sang, beaucoup de sang. Nehal était douleur et mort. Toutefois, Nehal était également liberté, bonheur, spontanéité. Elle était danse, Mangalore, amour maternel et vie. Soucieuse, la blonde détacha ses iris vert d'eau des flammes et reporta ces derniers sur cette tresse à moitié réalisée. Devait-elle la poursuivre, la laisser ainsi, ou la défaire ?

« Parle-moi… Non, attends, je reviens. Je dois t’écouter attentivement, et je ne peux pas le faire dans cette tenue en lambeaux. »

Interdite, Cassidy le regarda se lever souplement et disparaitre derrière l'angle du mur. Sérieusement, une chemise ? Qui s'en souciait réellement ? Il aurait pu être nu ou habillé en pape que cela n'aurait eu aucune espèce d'importance dans l'immédiat. Ses capacités d'écoute variaient-elles donc selon la tenue qu'il portait ? Etrange. Elle avait encore décidément bien des mystères à percer en lui. Tant mieux. Il finit par réapparaitre, une chemise de coton blanc intacte sur les épaules, occupé à replier soigneusement les manches de cette dernière à hauteur des coudes. Il finit par relever les yeux vers elle tout en souriant et dévia vers la salle de bain, déclenchant un froncement de sourcils chez la jeune femme. Qu'avait-il encore inventé ? Désirait-il se remaquiller maintenant qu'il était présentable ? Un sourire amusé naquit sur ses lèvres à cette pensée, sourire qui s'effaça lorsqu'elle le vit reparaître les bras chargé d'un lourd peignoir de bain d'un blanc immaculé, comme un rappel de sa propre chemise. Arrivé près d'elle, il ne lui en demanda pas la permission et l'enveloppa d'un geste à la fois doux et ferme, du vêtement. Attentionné... Ce n'était pas la première fois qu'il se souciait d'elle. La dernière fois, il l'avait protégée contre lui lors de l'épisode du bosquet de roses. Il l'avait aussi soutenue lorsqu'elle s'était écroulée lamentablement face à lui, incapable de supporter son propre poids sur ses jambes. Face à ces souvenirs, Cassidy frissonna de plus belle, toutefois le froid n'avait plus rien à voir là-dedans.

« Bon, on est mieux comme ça. Alors, parle-moi de toi. Dis-moi quelque chose, ce que tu veux. Ce qui te passe par la tête. Ce que tu trouves important ou penses intéressant… »

Pour le coup c'était totalement vague. Terriblement vague pour elle qui n'avait aucunement l'habitude de parler d'elle, du moins honnêtement. Raffermissant sa prise sur l'encolure du peignoir, la jeune femme le dévisagea, à moitié perplexe.

« Quelque chose d'important... sur moi - pause – Par Merlin Octavius, ta demande est... vague. Totalement et complètement vague. Je n'ai pas l'habitude de parler de moi, et à vrai dire, je ne sais même pas ce qui est important me concernant, ni ce qui serait susceptible de t'intéresser. Tu en sais déjà tellement maintenant... Mes véritables idéaux, mon second prénom, mes origines, la manière dont je fonctionne... Que voudrais-tu savoir ? J'ai bien... des choses, mais elles ne sont certainement pas importantes. Ce sont plus des petits détails. »

De nouveau, son regard dévia vers les flammes crépitantes dans l'âtre de la cheminée et un sourire flotta sur son visage venant éclairer ce dernier d'une nouvelle lueur.

« J'aime la chaleur, le Soleil, l'été, ça me rappelle Mangalore, la ville où je suis née. C'est une ville côtière tu sais... Quand je suis arrivée en Angleterre il y a trois ans pour mes études supérieures, ça a été difficile de m'adapter. Je déteste le froid, le vent, la pluie et le ciel gris. Pourtant... J'aime beaucoup loger dans l'ancien appartement du professeur Rogue, alors qu'il est sombre et humide et que je n'ai toujours pas reçu de couette. »

Elle frissonna de nouveau à cette pensée.

« J'aime les potions, voyager, apprendre, me dépasser... Quoi d'autre ? J'ai toujours été une très bonne élève mais je déteste l'histoire de la magie. Ma baguette est en aubépine et je déteste les Carrows. J'ai un demi-frère Aloïs, qui a le même âge que moi et était à Serpentard puisqu'il a été élevé ici en Angleterre, dans la demeure principale des Rowle. On ne s'entend pas bien du tout, et c'est un euphémisme. J'ai le vertige et je ne sais pas voler à balais. En revanche, je maîtrise convenablement le tapis volant. Je suis totalement nulle pour transplaner. Vraiment, je rate les trois quarts de mes atterrissages. Je.. J'aime beaucoup les Lys, j'ai quelques notions en piano. Je sais danser et je m’entraîne encore aux mondanités pour mieux rendre le change auprès de mon père. Je sais parler hindi et anglais. La cicatrice que je porte au niveau de l'omoplate gauche je la dois à mon oncle, le frère de mon père ; Thorfinn Rowle, celui qui a laissé échapper Potter à Tottenham Court Road cet été. J'ai déjà lancé des impardonnables, et j'en ai déjà reçu. J'ai également certaines connaissances non négligeable en magie noire et je lance la plupart de mes sortilèges de manière informulée. J'ai aussi un accent... quand je perds tout contrôle. Et toi alors ? Où as-tu appris le français et le russe ? Tu as donc des origines ? Et... comment as-tu su pour mon lien à l'Inde dans le jardin aux roses ? Tu ne vas pas me dire que mon apparence t'a mis sur la piste... »

Était-ce là ce qu'il attendait ? Elle lui avait livré de tout et de rien, des éléments plus ou moins importants. Quelques bribes de détails dont certaines pourraient être intéressantes, d'autres moins. En revanche, tous constituaient la personne que la jeune femme était réellement. Aucun mensonge, aucun paraître. Tout était vrai. A défaut d'une histoire bien ficelée, elle lui avait livré des anecdotes, des petits bouts d'elle-même, lui permettant d'ajouter des pièces à l'immense puzzle en plusieurs couches qui formait sa personnalité globale.

« Est-ce que… Comment tu...Hmm… Que penses-tu de ce que ma mère t’as écrit ?
-Dois-je être honnête ? »

Il ne te demande que ça Cass'... La jeune femme soupira et se leva doucement, en prenant soin de ne pas s'emmêler les pieds dans le peignoir qui était si grand pour elle qu'elle marchait totalement dessus. Songeuse, elle déambula quelques minutes dans la pièce, cherchant les bons mots pour ne pas le blesser.

« Je pense qu'elle pense pour toi. Qu'elle cherche à tout maîtriser dans ta vie. Par certains aspects, elle me rappelle mon père... Elle tente de faire passer ses demandes pour de la protection maternelle en invoquant des arguments douceâtres, mais qui selon moi après je peux me tromper, ne sont que des arguments de façade et de paraître. Elle ne protège qu'elle-même et sa réputation. Quant aux liaisons qu'elle te prête, je n'y fais pas attention car je hais que les gens me donnent une idée toute faite – qui plus est aussi négative - d'une personne.  Je pense qu'elle a cherché à me contrôler, à me dicter quoi faire, et rien que pour cette raison... J'ai cessé de l'écouter et j'ai même eu l'envie de faire le contraire.  »

Enfin, Cassidy se tourna vers Octavius, lui faisant face.

« En tant que parfaite sang-pure de bonne famille, je lui ai répondu, et je ne pense pas qu'elle aura apprécié, mais au fond de moi... J'avais juste envie de brûler sa lettre et de ne lui donner aucune réponse. »

Lentement, elle fit quelques pas supplémentaires dans la pièce, avant de retourner une nouvelle fois vers lui, les sourcils froncés.

« Dis-moi... Est-ce courant en Angleterre de faire amener le courrier par un paon ? »  

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 11 Jan 2017 - 1:58

« Tu l'as toujours été pour moi, depuis le premier jour dans la bibliothèque. »

En aurait-il été de même s’il lui avait tout de suite livré son prénom à lui ? Celui qu’il avait choisi pour être interpellé en ce monde ? Probablement. Probablement pas. Ne voyant aucun intérêt, elle ne s’y serait pas accroché avec autant de rage pour le froisser toujours un peu plus. Une sorte de fierté orgueilleuse, et venue d’un autre temps, l’envahissait à cette idée, de savoir que c’était là le seul relatif point faible qu’elle fut capable de lui trouver pour l’embêter. Et encore, il le lui avait donné lui-même sans y prêter garde, sans quoi elle n’en aurait jamais rien su. Mais au final, une amertume se glissait en lui à chaque fois qu’elle prononçait ce prénom-là. Il savait qu’il y prêtait trop d’importance, mais c’était involontaire, et il s’en voulait d’autant plus à cause de cela. Cette histoire appartenait au passé, pas vrai ? Ou pas vraiment. Il avait bien voulu y croire un instant, mais rien ne restait jamais parfaitement dans le passé. Ce prénom avait joué sur son caractère à cause de ces sonorités et de l’importance que ses proches y avaient insufflé, tout autant que les personnalités historiques qui l’avaient porté avant lui. Octavius. Sa mère était une passionnée des hommes légendaires, et le plus illustre en son esprit fut le premier empereur de l’empire romain, Auguste, né sous le nom de Caius Octavius, fils adoptif de Jules César. Vivienne avait cru qu’en prêtant un nom pareil à son enfant, il se destinerait à une vie glorieuse, motivé par sa propre importance. Mais au lieu de l’encourager et de lui faire croire au meilleur de lui-même, elle l’avait diminué, pensant ainsi mieux le prédisposer. Le contraire s’était produit, donnant naissance à quelqu’un qui oscillait entre la croyance d’être mieux que les autres, tout en n’étant capable de rien. Octave s’était doucement déprécié, retirant à son prénom toute la noblesse qu’il pouvait, préférant parfois qu’on ne le sollicite que par son nom de famille, on ne peut plus vague et commun. Trop d’importance. Heureusement, cela s’était fait dans son inconscient, pour le rassurer au moins un peu. Et maintenant les seules personnes au monde à le contrarier ainsi étaient deux femmes, l’une appartenant à priori à son passé, l’autre pouvant s’avérer être son futur. Il n’était pas certain de vouloir que son avenir soit un pareil miroir à son passé. Et encore moins que ce détail en soit la symétrie.

Cassidy était charmante, mais Octave n’était pas certain qu’elle sache parfaitement ce que cela voulait dire. A croire que pour elle ce prénom était le seul moyen d’arriver à le cerner, mais elle ne faisait que le contrôler. Nehal était ce qu’elle cachait en elle, sa véritable personnalité qu’elle associait à l’Inde et à sa mère, mais pour Octave l’histoire était tout autre. Elle pensait saisir son essence profonde et condensée, mais c’était tout ce qui n’allait pas lui plaire. Si l’on pouvait diviser de la sorte, bien que ce ne soit pas tout à fait vrai, Octavius représentait ce qu’il y avait de plus mauvais en Octave. Peut-être était-ce simpliste de trancher les choses de cette manière, pourtant c’était sous ce prénom-là qu’il avait été le plus immoral, vindicatif, mauvais et sans pitié. Doucement, Octave avait fini par prendre le relais, avec une toute autre importance, principalement parce que c’était un surnom que son premier véritable ami lui avait donné, trouvant l’ « Octavius » bien trop pompeux à son goût. Et pourtant, Manu était justement de ceux qui appréciaient l’emphatique. A croire qu’il avait senti dès le début que ce prénom le mettait d’une certaine manière mal à l’aise, ou ne lui rendait pas service, alors même qu’il ne savait encore rien de son histoire personnelle. Manu, qui n’avais jamais été fin psychologue ni un personnage avec beaucoup de tact, avait fait, sans le savoir, preuve d’amabilité. « Octavius ? Ca ne te va pas. Tu n’as pas une tête à porter un fardeau pareil. Nan, nan, nan. » avait-il lancé avec un mouvement gracieux de la main qui était devenu une sorte de signature. Pourtant, à cette époque, Octave n’avait fait qu’entamer un timide changement, et cette soudaine et amicale démarcation lui fut on ne peut plus salutaire. Ils avaient passé la soirée à s’affubler de surnoms fantasques : Manny, Manolo, Mano, Emma, Manel, Juan Manolo… ; Vio, Tavio, Tavius, Octo, Tatave, betterave… Avec l’aide de l’alcool, ils avaient fini par s’énerver, et en étaient ressortis « Manolo le Taco » et « Tavio la Polio ». Bien entendu, cela ne dura qu’un temps.

Octavius, il l’avait toujours été pour elle, depuis le premier jour dans la bibliothèque… Certes, mais été quoi exactement ? La valeur qu’ils mettaient tous deux dans cette nomination semblait être très différente. La faute n’était pas la sienne, mais elle ne se rendait pas compte quelles associations naissaient dans l’esprit du bibliothécaire en entendant ce prénom. Violence, flegme, brutalité, cruauté, indifférence de soi et des autres, dévotion inconditionnelle pour un peu d’amour maternel. Amour… que dis-je, un peu de considération était déjà une bonne chose. Les mots, combien sont-ils terribles ! Comme le prénom, ils étaient des sacs et prenaient la forme de ce qu’on voulait bien mettre dedans. Quelle subtile magie y avait-il donc en cela ? Aveuglement, Cassidy s’était acharnée à creuser dans ce qui le vexait, pensant qu’il y cachait quelque chose, une part de son âme qu’il ne souhaitait découvrir aux yeux de personne. Après tout, c’était normal, il était bien connu que ce que l’on s’efforce de garder discret est la première chose qui suscite de l’intérêt, même si cela ne représente strictement aucun intérêt. Et puisqu’il s’agaçait, elle y voyait une clé pour résoudre le mystère de ses contradictions. Si mystère il y avait, il ne résidait pas ici, au sein de cette marque qu’elle s’entêtait obstinément à lui donner comme un moyen de le provoquer. C’était peut-être vrai, mais seulement à moitié, car il ne cachait rien, cela ne faisait simplement que le vexer un peu qu’on ne daigne pas respecter son choix. Octavius était parfaitement intégré, dissout dans ce que le jeune homme s’était efforcé de devenir. Il ne l’avait pas totalement abandonné aux rebords de la route, ni caché en son sein pour mieux l’ignorer, non, il l’avait bercé pour mieux l’adoucir. Jadis, Octave avait songé à changer complètement d’identité, il avait même réussi à le faire pendant un temps, mais au vu de son passif, il lui était impossible de tout reprendre comme s’il n’avait pas de racines. Les siennes étaient bien trop profondes, et de toute manière il s’était finalement rendu compte qu’il valait mieux s’accepter et essayer de se changer plutôt que de se nier et tout recommencer.

Octavius n’était pas un mystère, c’était un pas en arrière. Ce n’était plus vraiment lui. Du moins en avait-il décidé ainsi. Contrairement à Cassidy, il était parvenu à mettre en corrélation continue le passé et le présent, et s’interroger sur ce qui avait terni comme s’il s’agissait d’un animal à apprivoiser n’avait aucun intérêt. A tort peut-être, mais il craignait que Cassidy n’y voie plus que ce qu’il n’y avait à en percevoir. Octavius était là, il avait simplement changé de forme. Tu l’as toujours été pour moi, depuis le premier jour dans la bibliothèque. Eté… été quoi ? Elle voyait Octave en s’imaginant que c’était Octavius. Une réponse. Pareillement que Nehal appartenait à l’Inde et constituait son propre paradoxe. Il ne s’étonnerait pas de la voir penser ainsi, car l’on prend toujours sa propre expérience pour exemple. Nehal se cachait dans sa cage tandis qu’Octavius s’était délayé comme du sucre dans l’eau. La différence n’était pas facile à percevoir, mais elle était bien là. En y réfléchissant, il trouvait cette dénomination réductrice aujourd’hui, non pas dans son importance, mais dans la manière qu’il faisait référence à une étape relativement révolue. Trop d’importance. Peut-être qu’en le connaissant mieux, Cassidy finirait par changer d’avis, où s’obstinerait-elle à vouloir le réconcilier concrètement avec Octavius comme elle-même tentait de faire harmonie avec Nehal. Dans ce cas-là, la ténacité était symbolique qui allait lui faire du bien à elle, sans rien changer pour lui. Enfin, quelle importance, quelle importance… En théorie, aucune, tant qu’il n’y avait pas mal entendus, ce qui semblait être le cas. Toutefois, il préférait s’en assurer avant de rectifier l’erreur. D’autant qu’avec quelqu’un comme lui, il ne valait mieux pas se perdre en conjectures et spéculations factices. Exercice dans lequel Cassidy pouvait s’avérer être extrêmement talentueuse au vu de sa capacité à se mentir à soi-même.

« Oui.... C'est... Nehal appartenait à l'Inde. »

Octave ne put s’empêcher de sourire un peu, un souffle peu maîtrisé faisant frémir ses narines et abaissant sa poitrine dans un soupir indulgent. Plus le temps passait, moins il était certain que l’on pouvait considérer que quelque chose appartenait à un temps révolu. L’inde était dans le passé, tout comme sa mère, mais Cassidy en était inconsciemment pétrie, probablement pour les mêmes raisons qui faisaient qu’elle voulait tant s’en débarrasser. C’était ce qui menaçait de la rendre libre, et c’est ce qu’elle ne voulait surtout pas. Mais ce sujet avait été médité et discuté suffisamment pour ne pas avoir besoin de s’y attarder encore une fois. De toute manière, elle n’allait pas changer au détour d’une parole bien dite ni vivre une révélation divine qui lui ouvrirait les yeux sur le chemin bordé de flammes qu’elle empruntait. Si la prendre de front fut nécessaire au début pour lui faire comprendre à quel point il était allé loin, Octave avait changé de doigté. Il le savait, il le voyait dans les petits détails de ses traits, dans les expressions insaisissables de son beau visage, que sa parole subtile et indirecte faisait son effet. Comme si ses mots prononcés donnaient une forme plastique aux choses informes. Octave la guettait sans cesse, un mystérieux sourire aux lèvres, connaissant le moment psychologique du silence tout autant que celle d’une attention bien particulière. Il tâtait, se souvenant doucement de tous les moments qui lui avaient révélés ce qu’il avait toujours ignoré, et s’émerveillait de voir Cassidy passer par une semblable expérience. Moins fulgurante que la sienne peut-être, mais toujours aussi charmante à percevoir. Subtilement, tout ce qui était fait et dit trouvait écho dans le lac à l’apparence paisible de l’âme de la jeune femme. C’était une joie à observer, avec sa belle figure et sa belle âme, elle faisait rêver. Ses yeux frémissaient un peu, l’iris se contractait et la magie se faisait, mystérieuse et délicate, révolution imperceptible dans un cœur muré de glace. Il en avait la conviction, à force de fissurer, la barrière allait s’effondrer. La musique allait continuer à la remuer, la troubler davantage à chaque fois, sans qu’elle ne s’en rende compte véritablement. Rien n’était un hasard à présent et chaque parole était destinée à toucher une corde secrète qui n’avait que vaguement été touchée auparavant et qu’il s’évertuerait à faire palpiter et vibrer en elle. Un sourire un peu trop sincère, un aveu confiant, une attention bienveillante, comme ce peignoir enroulé autour de ses frêles épaules…

« Quelque chose d'important... sur moi. Par Merlin Octavius, ta demande est... vague. Totalement et complètement vague. Je n'ai pas l'habitude de parler de moi, et à vrai dire, je ne sais même pas ce qui est important me concernant, ni ce qui serait susceptible de t'intéresser. Tu en sais déjà tellement maintenant... Mes véritables idéaux, mon second prénom, mes origines, la manière dont je fonctionne... Que voudrais-tu savoir ? J'ai bien... des choses, mais elles ne sont certainement pas importantes. Ce sont plus des petits détails. »

Il ricana doucement, la regardant d’un air familièrement malicieux. Chacun son tour, ma demoiselle. Et puis, il était parfois bien plus efficace de poser des question vagues, cela permettait de mieux découvrir ce à quoi la personne pensait. La malédiction des interrogations formelles était qu’elles ne laissaient pas place à une grande liberté et s’agrippaient au sujet avec fermeté. C’était plus simple d’y répondre car la question ne soulevait aucune réflexion internet, seulement une réponse concise. C’était comme lorsque l’on donnait une possibilité de réponse dans une question, « préfères-tu le sucre, ou le sel ? ». Le choix était binaire et il suffisait de se pencher sur ce que l’on aime le moins. Octave avait toujours préféré les sujets ouverts, car d’expérience, lorsqu’il y avait un panel de choix, les gens ne s’aventuraient jamais à y introduire une nouvelle possibilité, se cantonnant inlassablement à ce qui existait déjà comme s’il s’agissait d’une obligation catégorique. Il laissa donc Cassidy réfléchir, certain qu’elle allait trouver quoi lui répondre d’elle-même. Et lorsque son regard se dévia vers la cheminée, Octave sut qu’elle réorganisait sa pensée pour en tirer le meilleur jus.

Encore, l’Inde. C’était la première chose lui ayant traversé la tête. Une spontanéité qui lui coûtait si cher d’habitude amenait enfin un petit rayon de soleil sur son visage de marbre. Enfin, un peu de tendresse pour ce passé qu’elle souhaitait ignorer pour mieux satisfaire son père. Elle parlait avec simplicité, énumérant les choses comme elles venaient, laissant sa pensée couler à sa bouche sans essayer d’en maîtriser le sens, abordant les sujets sans les approfondir, ni les expliquer vraiment, simplement, sans fioritures ni tentatives de pragmatisme. Et puis, soudain, Rogue. Octave eut un mouvement de tête étrange, un peu vers l’arrière, un peu sur le côté, dans une pose réfléchie et méfiante. Une douleur presque mécanique dans les genoux et la tête. Un souvenir, il fallait le chasser. La souffrance n’avait rien d’inhabituel, mais son lien avec Cassidy le mit l’espace d’un instant mal à l’aise. Il ferma les yeux, se reprit du spasme qui lui traversait le visage et dirigea à nouveau son regard vers la jeune femme, laissant un sourire soulever les coins de ses lèvres pleines d’un rouge profond. Il avait eu raison d’attendre finalement, car le flot ne se tarissait plus. De petits détails en grands, elle voyageait, énumérant ce qui rendait sa personnalité charmante. Bien entendu, Octave en était curieux, mais surtout, il prenait plaisir à la voir s’ouvrir à personne d’autre que lui, et c’est ce qui le faisait sourire ainsi d’un plaisir orgueilleux. Quelles que furent les broutilles dévoilées, il ne pouvait s’empêcher de se réjouir, et cela se voyait à l’éclat lumineux de ses yeux émeraude et aux petites rides qui se formaient au coin de sa bouche et de ses paupières.

Octave ne l’avait pas quittée des yeux, comme sous le charme, les sourires se succédaient sur ses lèvres et l’étonnement ou la douceur devenaient plus raves dans ses yeux pétillants. Le tableau se complétait d’une multitude de fantaisies et il continuait à se réjouir du paysage qui n’en devenait que plus charmant. Sauf l’évocation de la cicatrice qui lui fit doucement plisser les sourcils, tant l’idée de sa souffrance lui était délicate. L’on se passionne pour quelqu’un et voilà que toutes ses douleurs deviennent nôtres, et le malheur subi semble centuple, tout comme les peines et les rancœurs, et tout fait mal une deuxième fois, créent des blessures qui ne nous appartiennent pas. La seule consolation qu’il pouvait avoir c’était de savoir qu’un homme comme Thorfinn avait failli. Le considérer médiocre était rassurant, au moins sa méchanceté n’était que le reflet d’un esprit faible et petit. Octave s’en délecta suffisamment pour relativiser le coup de poignard, comme si c’était véritablement en mesure d’être proportionnel, mais en attendant, c’était ce qu’il avait sous la main pour s’apaiser. D’ailleurs, il avait sans le vouloir plissé légèrement les yeux dans une expression de désapprobation, puis baissé la tête en la secouant tel un bélier. Il finit néanmoins par se résigner à n’être que spectateur de cette histoire déjà révolue et releva doucement son visage, retrouvant celui de la jeune femme, un peu plus paisible mais passionné que le sien. Il avait eu le sentiment que cette cicatrice valait toutes les siennes, tant c’était toujours la famille qui faisait le plus mal. Au moins, son corps n’était pas jonché de coups donnés par ceux en qui il avait eu confiance. Pas tous en tout cas. Cependant, alors que Cassidy détournait l’attention sur lui, il baissa à nouveau la tête dans un geste de réserve, une timidité innée qui ne lui venait qu’en compagnie des gens auquel il voulait s’ouvrir sans vraiment savoir s’il le pouvait. D’autant que les choses qui lui venaient les premières en tête étaient les plus terribles, celles qui le mettaient le moins en valeur, comme une ultime tentative de voir dans l’immédiat à quel point son interlocuteur était prêt. A quel point il était capable de le supporter, jusqu’à quelle immoralité. Une manière de dégoûter les gens tout de suite au lieu d’attendre, au risque qu’il soit trop tard. Mais avant de répondre, il avait décidé de tenter ce qui le turlupinait.

Sa mère. Enfin, cela n’avait aucun rapport avec elle en fait, mais elle était l’investigateur. Les histoires et explications qu’il avait livrées à Cassidy n’avaient rien d’équivoque. Les descriptions qu’il avait fournies n’avaient rien de charmant, et il l’avait fait exprès, à défaut de pouvoir parfaitement se justifier, Octave avait livré les informations crues, sans essayer de les embellir de fioritures parce que de toute manière, s’ils étaient voués à se connaître, elle allait se rendre compte s’il lui avait menti quelque part. Des personnes indélicates et bavardes étaient également toujours là pour souligner ses manquements comme sa mère, ou Manu, d’une certaine façon. Sa mère… Le souvenir de la lettre, qu’il avait découverte par hasard et n’avait pas pu s’empêcher de la lire, revint à son esprit. Elle l’y accablait avec ferveur, comme elle savait si bien le faire, à tort ou à raison, mais toujours de manière catégorique. Elle ne nuançait jamais rien, et tel était de toute manière son but, ne montrer qu’une partie de l’histoire, celle qui l’arrangeait en cet instant précis. Avec tout cela, cette description fleurie et écrite d’un langage soutenu, Octave ne craignait que Cassidy fasse lien et l’accable-t-elle aussi des mêmes travers, empruntant les mots de sa mère pour les faire siens. En de pareilles circonstances, ce n’aurait été finalement que justice, et le jeune homme y était préparé, voir résigné. Mais il avait quand même posé la question, de manière vague, toujours, peut-être un peu trop d’ailleurs, car la réponse qui survint ne répondait pas vraiment à ses attentes. Prise d’une gêne, semblait-il, Cassidy s’était levée, déambulant dans son peignoir trop grand comme un chaperon rouge dans la forêt. Octave fronça les sourcils, s’attendant éventuellement au pire, sans vraiment savoir ce que ce « pire » pouvait bien représenter.

« Je pense qu'elle pense pour toi. Qu'elle cherche à tout maîtriser dans ta vie. Par certains aspects, elle me rappelle mon père... […] »

Au lieu de le confondre ou de l’innocenter complètement, elle avait préféré foudroyer sa mère. Au moins la foudre visait-elle juste. Enfin, d’une certaine manière en tout cas. Elle aurait pu dire cela à l’égard de sa mère il y a dix, huit, voir même sept ans, mais aujourd’hui cela n’avait pas vraiment d’importance. Même si Cassidy dessinait le portrait de sa mère relativement bien, l’on devait toutefois noter que son entreprise de contrôle se réduisait à l’état de tentative. Si avant il ne lui fallait faire aucun effort pour le contrôler tant Octave essayait toujours de la contenter avant même qu’elle ne lui dévoile ce qu’elle voulait, ce n’était plus le cas maintenant. Tout était réduit à un vulgaire tâtonnement. Elle essayait de penser pour lui, de maîtriser sa vie. Parfois la tentative était douceâtre, se présentant sous l’attrait d’un amour maternel tardif, mais ne s’avérait être qu’un grossier chantage affectif. C’était bien la seule chose qui avait changé depuis son enfance, Vivienne ne s’étant jamais aventuré à être affective à son égard pour avoir quelque chose. Quant au reste, c’était la même rengaine dont elle changeait sensiblement la forme pour voir ce qui allait marcher, une noire colère, un cri, une insulte, l’imitation d’une douleur lancinante ou au contraire froide, du chantage, de l’indifférence punitive. Tous les sentiments y passaient à la pelle, mais son fils ne réagissait plus et se contentait de la regarder de cet air dépité qui donnait à sa mère l’envie de le frapper pour chasser cette pitié dans ses yeux. Prise par surprise, elle l’avait fait une fois d’ailleurs, regrettant sa perte de contrôle tout de suite après, non pas parce qu’elle avait fait du mal à son unique enfant, mais bien parce que cela la faisait paraître faible.

La seule évocation concrète de la lettre fut finalement ses prétendues relations. Octave pensait cela aujourd’hui, préférant oublier, ou du moins de pas comptabiliser les expériences reçues lors de sa période désordonnée et aventureuse d’il y a dix ans. Sa mère lui en avait gardé grande rigueur, parce que c’était là qu’elle avait eu le plus honte de lui au point de le répudier alors qu’il avait eu besoin d’elle. Encore maintenant, elle gardait ce comportement en mémoire pareil à un exemple de sa turpitude, le décrivant comme si rien n’avait changé depuis, à la seule nuance que son fils avait appris à être plus discret et cachait mieux ses méfaits aux yeux du monde. Il ne savait néanmoins pas encore s’il devait se sentir rassuré ou non de savoir que Cassidy n’y croyait pas, car sa seule motivation était la provocation de ne pas écouter ce qui lui disait quelqu’un qu’elle n’appréciait pas. Il sourit doucement, se disant qu’elle lui avouait à demi-mot ne pas aimer son père, ce qui était une évidence formelle, mais qui n’avait jamais été prononcé concrètement. Heureusement ou malheureusement pour eux deux, Vivienne était peut-être quelqu’un d’outrecuidant, mais certainement pas stupide. Elle savait quand elle rencontrait une forte tête à sous quelles conditions il ne fallait plus y répondre. Probablement même qu’elle n’avait pas répondu à la lettre de Cassidy, qu’il soupçonnait d’être courtoisement colorée de moult sous-entendus, la première missive n’ayant été qu’un moyen de savoir à qui elle avait à faire. Et maintenant, elle attendait, tapie, le meilleur moment pour intervenir et aggraver cette histoire ou s’en défaire complètement et sans détours. Si Octave avait hérité quelque chose de sa mère, c’était bien la patience.

« Dis-moi... Est-ce courant en Angleterre de faire amener le courrier par un paon ? »

Délicatement, il pouffa dans sa barbe, esquissa une grimace avant de regarder la jeune femme en biais :

« Non, pas vraiment. Ca se fait par contre au Pakistan et au Sri Lanka. Il est blanc ? C’est un cadeau d’un Prince d’Islamabad. Enfin, il lui a envoyé un collier qu’il avait mis au cou de son propre paon blanc, et ma mère l’a gardé. Je crois que depuis, c’est son patronus d’ailleurs. »

Il avait levé les yeux vers le plafond en essayant de se souvenir pour soi s’il s’agissait de la famille Bahawalpur ou Chitral. Maintenant qu’il était lui-même un adulte, il lui paraissait malsain de voir à quel point sa mère pouvait être avenante avec des hommes de pouvoir et de bonne famille, tout comme elle pouvait être parfaitement insensible à lui ou à des gens dont la valeur était encore à prouver. Une véritable illusionniste, cette femme, jetant de la poussière aux yeux de ceux à qui elle voulait plaire tout en négligeant ceux qu’elle devait par nature aimer. Mais la nature ne semblait avoir aucun impact sur elle, comme si elle était née dans un autre univers et était faite d’une autre matière que les gens qui l’entouraient. Un peu comme Octave, finalement, puisqu’il était manifestement la continuité charnelle de cette femme sans humanité. Elle prêtait ses grâces aussi vite qu’elle était capable de les retirer, et c’était probablement le plus effrayant dans les yeux de l’enfant qu’il fut, de voir l’amour et la considération si peu constants dans le cœur de celle qui aurait dû l’aimer sans considération. Sa propre tragédie, ou félicité, va savoir, fut de ne pas s’en rendre compte jusqu’à l’âge adulte que sa mère était censée le choyer plutôt que de le maîtriser. Il avait été comme elle, alors il la comprenait sans la tolérer, ni la cautionner, d’autant qu’elle savait parfaitement d’elle-même ce qui n’allait pas sans s’en soucier.

Octave soupira doucement, habité par un curieux accablement, une sorte de sourde tristesse, dont il ne pouvait parfaitement définir l’origine et qui, pour cette raison, le dominait d’autant plus. Le fait de ne pas recevoir de réponse probante à sa question, en plus d’essuyer des remarques dont il avait lui-même conscience à l’égard de sa mère, l’avait rendu quelque peu morose. Il se sentait doublement incertain et vaguement contrarié. Et puis, l’image d’un frisson lui revint en tête. Lentement et souplement, il se releva. Empoignant la couverture du lit, il s’avança vers Cassidy, hésitant sur la conduite à suivre. Les mains basses, il laissait la couette traîner au sol, jaugeant la jeune femme d’un œil sérieux, comme si la question demandait toute sa considération la plus grave. Ses yeux se fermèrent un instant comme pour garder leur secret. Quand ils s’ouvrirent à nouveau, la brume d’un rêve semblait être passée sur eux. Enfin décidé, il s’avança prudemment, tant chacun de ses gestes avait besoin d’être maîtrisé pour ne pas effrayer sa fleur. Comme il ne pouvait pas avoir la même gestuelle qu’avec le peignoir, Octave fit le tour de la jeune femme, la toisant en face, puis en biais, tel un toréador, le drap rouge entre les mains. Lentement, il leva la couverture, en trouva le milieu et le passa dans les dos de la jeune femme. Puisque ses mains tenaient les pans aux extrémités du tissu -ce qui était un manège d’une innocence ingénue-, il vint enrouler ses bras en même temps que le drap autour du frêle corps de Cassidy. Il avait voulu d’abord faire passer l’édredon sur ses propres épaules avant de venir enlacer sa sirène, mais après réflexion, ce contact indirect, cette étreinte doucereuse faite à travers l’épaisseur du coton rembourré, était plus sage tant elle semblait justifiée par le geste. Octave garda ses bras autour des épaules de la jeune femme, retenant la couette qui menaçait très probablement de tomber s’il ne faisait pas l’effort de les retenir. Il pencha légèrement la tête pour mieux voir et cela eut également le don de rapprocher son visage du cou de Cassidy, qui n’était pas caché par une masse épaisse de cheveux cascadant sur son épaule de l’autre côté.

Bien que l’intention ne fût pas identique, le geste avait quelque chose de beaucoup plus intime que ce qu’il avait entrepris tout à l’heure, et qui à priori sous-entendait un bien plus grand abandon. Peut-être était-ce dû au fait qu’elle ne pouvait pas le voir, ou qu’il se collait aussi franchement à son dos à travers l’épais drap. Pourtant ce contact éloigné avait réveillé en lui bien plus de frissons que son désir de l’embrasser. De sa hauteur, il voyait le minuscule duvet de son cou se hérisser imperceptible. Il l’observa, opale comme une fleur, pailletée par l’or de ses poils, se profilant derrière le voile de sa délectation maîtrisée dont elle demeurait probablement inconsciente, étant incapable de percevoir son visage concentré, aux lèvres discrètement entrouvertes. La lumière dorée des bougies dansait sur le relief de ses pommettes, rehaussant leur contraste, et celle de ces longs cils noirs et maquillés. Suspendu au-dessus de cet abyme de volupté, Octave finit par prendre du retard dans sa propre respiration tant il s’était figé dans la contemplation du peu que lui offrait cet angle de vue. Et surtout, il avait si bien penché la tête que les cheveux blonds étaient venus caresser sa tempe, la chatouillant presque tant le contact était fébrile. Ses yeux se posèrent sur les lèvres riches de Cassidy qui étaient alors d’un pourpre lumineux. Il s’arrêta de respirer pour de bon, se sentant soudain odieux, mais il ne pouvait plus retirer ses bras, sinon le drap allait tomber et l’instant deviendrait gênant pour les deux devant une telle maladresse non assumée. Alors il resta là, intérieurement pantelant à la vue de cette ossature délicate, ces cheveux brûlants et faits de soie, ondulants tel un vigoureux ruisseau, et qui semblaient contenir tout un rêve, plein de voilures et mâtures, et cette peau souple et fraîche, aussi duveteuse qu’une groseille. Mais surtout, cette chaleur, peut-être imaginaire, qu’il sentait à travers le drap. Ce n’était probablement que son propre corps qui brûlait, leste et frémissant, alors que celui de la jeune femme restait immuablement froid comme une tombe.

Le sentait-elle se consumer ? Le sentait-elle trembler fébrilement ? Ses doigts et ses mains, enlacées sur sa poitrine pour mieux retenir la couverture, étaient heureusement habitées par un calme paisible et rassurant. L’étreinte était forte mais douce, s’excusant de n’être motivée que par le désir de lui tenir chaud. Il faisait mine d’attendre que les petites mains graciles de sa sirène viennent remplacer les siennes pour pouvoir les enlever, mais véritablement il avait envie de rester ainsi, et qu’elle ne prenne jamais l’initiative de se couvrir soi-même. Il ne lui était que très rarement arrivé d’être aussi bouleversé et démuni face à une femme, ce qui rendait son émotion d’autant plus palpable. C’était un jeu dont il maîtrisait à la perfection les règles, sans faillir ni se laisser surpasser par les évènements. Mais la caresse était subtile, la vue interdite, et il n’y avait que l’expectative qui abolissait, dans un sens illusoire sinon factuel, la texture physiquement immuable mais psychologiquement très friable de la frontière matérielle et de l’espace qui les séparait. Il se savait ne pas être en droit de rompre cette intimité personnelle qu’il venait de frôler d’un peu trop près, et ses lèvres s’en asséchaient, comme sa gorge, alors que ses doigts devenaient inexplicablement froids alors que le reste de son être brûlait dans l’angoisse d’être allé trop loin. Si seulement il avait pu être débordant de son assurance habituelle, de sa fougue qui faisait que chacune de ses lubies était pardonnable et acceptable tant il l’exécutait avec passion. Mais là, quelque chose lui avait fait perdre son audace en plein milieu, le laissant incertain et pantelant, ne pouvant s’empêcher de se laisser aller à la touffeur sucrée et tonique qui, telle une brume d’été, flottait autour de ce corps féminin creusé de fossettes. Finalement, Octave s’humecta les lèvres du bout de la langue avant d’essayer de coincer sa lèvre sous ses dents pour refreiner sa respiration. Moite, elle s’enfuit, l’abandonnant à un soupir non maîtrisé qui souleva quelques boucles de cheveux blonds. Doucement, il reprit contenance et parla très bas, avec des notes profondes et mélodieuses, comme si sa parole ne devait tomber que dans une oreille, celle qui était si proche de sa bouche.

« Je n’ai entendu qu’un accent très vague tout à l’heure… dois-je en déduire que tu n’as pas totalement perdu le contrôle de toi-même ? J’en serai déçu… un peu effrayé, mais déçu. Un silence s’en suivit, où l’on pouvait presque le sentir sourire sans le voir. Il se racla la gorge et poursuivit du même timbre de voix mielleux qu’avant : Je suis méfiant et j’aime le contrôler, notre unique point commun si j’ose dire. Je me renseigne toujours un minimum avant de venir travailler quelque part. C’est comme ça que j’ai su d’où tu venais, ainsi que quelques autres détails à ton sujet, comme qui était ton père, certains membres de ta famille, ta mère, ce que tu fais comme études… Bref, des choses superficielles, une base. Quant à mes origines, elles sont anglaises de pure souche en ce qui concerne la branche maternelle. Mon père, je ne le connais pas, donc je ne saurai te dire. Quoi qu’il en soit, ce n’est certainement pas grâce à lui que je maîtrise plusieurs langues, mais à mes nombreux tuteurs. J’ai mené une scolarité moldue en fait. Je ne suis jamais allé dans aucun établissement sorcier, c’est ma mère et des profs particuliers qui m’ont tout appris. J’ai passé mes diplômes en candidat libre. Quoi d’autre… J’ai été élevé par mon grand-père et ma mère, ainsi qu’une multitude de nourrices. Ma grand-mère s’est suicidée quand j’avais quatorze ans. Plus je grandis, plus je comprends pourquoi. Elle m’a légué une plante dont je m’occupe depuis. Un Yucca. Je l’ai appelé « Edgar ». Oh, ça va t’intéresser ça : mon grand-père m’appelait Octavian. Il n’aimait pas la sonorité d’Octavius. Alors, plus tentée par quoi maintenant ? »

Sans s’en rendre compte, dans le désir de voir les réactions de la jeune femme à ce qu’il racontait d’un ton bavard et enjoué, Octave avait fini par pencher la tête encore plus vers l’avant, et comme la couette était haute et épaisse, son menton avait fini par venir se lover contre le drap. Il avait légèrement penché la tête sur le côté et regardait tantôt vers l’avant, se remémorant un souvenir ou des détails, tantôt en biais vers le visage de Cassidy qu’il voyait maintenant presque de profil. En tout cas, il pouvait ainsi observer ses pupilles et non pas juste le blanc de ses yeux. Il eut une moue impatiente, alors que la parole lui faisait oublier sa posture, rendant son regard pétillant. Il finit par redresser sa tête et lova ses lèvres au creux de l’oreille de Cassidy, répandant son souffle chaud dans les arabesques de son cartilage à mesure qu’il parlait :

« J’ai un terrain de plants de vanille à Madagascar, que je vends chaque année exclusivement à Coca-Cola parce que c’est la seule boisson avec le thé que je pourrais boire sans en avoir marre. Je déteste le bruit que fait du carton, ça me met mal à l’aise, je ne sais pas pourquoi. Je n’aime pas entendre les gens manger. J’ai beaucoup voyagé, j’ai vu l’intérieur de trois prisons dont Azkaban, et dans une autre on m’a martelé la main avec un marteau. J’ai été dans un kibboutz et ait intégré le Mossad pendant exactement neuf mois et quatre jours. Comment j’ai fait ? Avec de faux papiers. Je me suis fait percer l’oreille quand j’avais vingt-deux ans, oui madame. L’hélix pour être précis. J’ai cinq chats qui habitent dans ma maison désespérément vide à Londres. Quand je m’ennuie ou que je stresse, j’ai tendance à détruire les objets qui m’entourent. Je déchire du papier, j’essaye d’arracher le bois des meubles, ou d’y faire des trous, je casse mes plumes simplement en les triturant. Une fois j’attendais dans le bureau d’un type qui avait du retard et comme j’étais tout jeune, j’angoissais pas mal. J’ai fini par peler une statuette de dauphin qui était recouverte d’une espèce de couche de daim, ou je ne sais pas quoi… Quant à mes cicatrices, il faudrait la nuit pour les raconter, tellement j’en ai. Mais aucune n’a vraiment d’importance comme la tienne. »

Son regard, toujours plongé dans le vide, qui avait jadis oscillé entre nostalgie bienveillante et béatitude éloignée, avait fini par se ternir sensiblement, alors que sa mémoire pénétrait un sujet qui faisait bien plus parti du présent qu’il ne l’aurait voulu. Mais bon, il se devait de l’aborder pour l’éclaircir, et parce que finalement, son esprit n’était pas tranquille. Il pencha à nouveau la tête et regarda Cassidy en biais, l’air sérieux. Une amertume perça dans sa voix lorsqu’il reprit parole, alors que par réflexe nerveux, ses mains se resserrèrent sur le drap qu’il continuait à tenir, enveloppant la jeune femme dans une étreinte un peu plus forte, mais plus peinée également. Une sorte de tendresse agitée et fiévreuse, inconsciente de sa fébrilité. D’ailleurs, il ne faisait plus vraiment attention à son corps, toute son attention étant concentrée sur Elle, sa juge du moment, celle qui tenait presque son destin entre ses mains tant chacune de ses révélations risquait de les éloigner.  

« Tu as raison pour ma mère. Cette mère qui n’a de mère que le nom. J’exagère. Tu sais, je continue à l’aimer d’une certaine manière. Peut-être parce que je l’ai tant adoré quand j’étais gamin. Me rendre compte qu’elle me faisait du mal n’a visiblement pas été un choc suffisamment fort pour chasser toute l’aveugle dévotion que j’avais pour elle. C’est difficile d’aimer quelqu’un de mauvais. Mais je fais avec, je n’ai pas le choix. C’est ma mère et je ne peux pas m’en défaire complètement. Encore aujourd’hui, quand je m’éloigne, je culpabilise. C’est stupide. Elle ne m’aime pas. Comme tu dis si bien, elle se protège elle-même, et vu qu’il est trop tard de nier qu’elle a un fils, elle fait avec, je pense. Ne t’en fais pas pour elle, ne sois pas provocante avec elle, elle adore ça. Sa lettre n’avait probablement même pas pour but de t’arrêter, mais plutôt de savoir qui tu es et comment tu réagis. Elle ne m’a pas encore écrit, ça veut dire que ça ne la turlupine pas tant que ça. Elle a même peut-être écrit pour le plaisir de me diminuer aux yeux de quelqu’un… C’était ça ma question en fait. Est-ce que tu crois en ce qu’elle a écrit à mon sujet ? Est-ce que tu penses que sa description est juste ? Je ne t’en voudrais pas de penser ça, ce serait logique en fait. Ce qu’elle a écrit était partiellement vrai. Tu le sauras de toute manière un jour tout ça. Quand j’avais ton âge… Bon sang, je viens vraiment de le dire… Bref, quand j’avais ton âge, je n’étais pas très bien, je faisais n’importe quoi, j’avais un comportement désordonné et beaucoup trop insouciant. C’est de cette époque que ma mère, entre autres, tire la plupart de ses accusations en général. J’ai effectivement eu plein de liaisons, dont je ne me souviens même pas pour la plupart. J’ai pas mal picolé. J’ai quasiment fait tout ce qu’on pouvait faire en fait. Ahlala… je voulais savoir si tu y croyais et me voilà en train de confirmer les dires. Je ne suis vraiment pas malin parfois. C’est mon côté désabusé qui parle… Tu as toujours autant envie de faire le contraire après tout ce que je viens de te dire ? »

Ses mains, elles, ne comptaient pas la lâcher jusqu’au dernier instant.  

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Mer 25 Jan 2017 - 2:10

Parlé. Elle avait parlé longuement, révélant des détails sur elle, sa personnalité, ses goûts ou encore sa façon de fonctionner. La brèche s'était faite à son insu certes, mais désormais, c'était bel et bien elle qui décidait de sa profondeur. Il l'avait créée, et voilà qu'elle prenait le relais, l'amenant avec elle au sein de son univers singulier. Elle choisissait ce qu'elle désirait lui faire découvrir d'elle-même. Les mots s'écoulaient de ses lèvres maquillées, mais pourtant, la jeune femme ne ressentait aucune pression. Certes, le début avait été difficile, très difficile. Faire éclore les premiers sons, faire naître les premiers mots avait été très éprouvant et anxiogène pour elle, mais désormais, le plus dur était fait et les phrases s'écoulaient à l'intention de cet homme si fascinant qu'était Octavius Holbrey. D'un temps à l'autre, ses iris clairs revenaient se poser sur lui, comme pour s'assurer qu'il était toujours là, bien présent. Ces mots... tellement banaux pour certains. Tellement profonds pour d'autres. Tous avaient leur importance et leur portée était elle, belle et bien unique. Ces révélations étaient pour lui. Rien que pour lui. Cette fois, et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, la jeune femme lui donnait accès volontairement à ce pan d'elle-même. Certes, il lui en avait fait la demande, mais alors que quelques instants plus tôt, Cassidy l'aurait envoyé se faire brûler vif en Enfer, elle avait maintenant fait le choix de lui ouvrir les portes de son âme, et l'avait invité à entrer dans son intimité gardée secrète pendant tant d'années. Voici le salon, la cheminée... A votre droite se trouve la salle à manger et la chambre, en haut du pallier... Bienvenue chez moi.

Il était là, près d'elle, suspendu à ses lèvres, son regard de jade scintillant de mille feux, son sourire énigmatique ornant les ses lèvres. Néanmoins, pour la première fois, la sorcière ne chercha pas à lui donner un quelconque sens, ni à l'interpréter à outrance. Octavius était là. Il était resté là, à sa demande, et ce malgré tout ce qu'elle lui avait fait endurer. C'était tout ce qui comptait. Légèrement, au fur et à mesure de ses paroles, les fines épaules de la Rowle se détendirent tandis qu'elle prenait doucement conscience qu'elle ne courrait aucun danger en sa présence. Il n'était pas son ennemi, il n'y avait pas besoin de marcher sur des œufs devant lui. Il lui semblait qu'il lui était désormais possible d'être enfin elle-même. Penser ce qu'elle pensait. Dire ce qu'elle pensait. Faire ce qu'elle désirait. Quelque chose était bel et bien en train de se briser en elle, une chose qu'elle avait mis en place depuis tellement longtemps. Quelque chose qui était là constamment. Le filtre se mourrait, la barrière s'affaissait progressivement, elle commençait à le sentir. Imperceptiblement, ses mains tremblèrent et elle resserra ses doigts fins autour du col du peignoir qu'il avait déposé autour de ses épaules. La peur restait là malgré tout. Comme une habitude imprégnée dans tous les pores de notre peau. Elle était là, handicapant le moindre geste, paralysant la moindre pensée susceptible de la mettre en danger dans sa vie quotidienne. Une sorte de conditionnement développé avec les années. Pourtant, en cet instant, Cassidy luttait contre ce dernier ; la peur était injustifiée. Il était là. Pour elle. Non par obligation, non parce que son père lui en avait fait la demande. Il était là, à l'écouter avec ce sourire aux lèvres, parce qu'il le souhaitait et parce qu'elle l'y avait implicitement autorisé. Était-il conscient qu'un tournant décisif était en train de se produire ? Il était difficile de le savoir. Peu importe, peut-être lui faudrait-il du temps pour s'en rendre réellement compte, mais c'était bel et bien d'infimes petits changements tant dans le comportement non verbal, que dans les mots de la jeune femme, qui venaient témoigner d'un changement certain en train d'opérer. Elle parlait. Réellement. Naturellement. Sans chercher à contrôler ce qui naissait dans son esprit et sortait de sa bouche. La censure n'était pas active. Fluides, les idées s’enchaînaient sans relâche, venant témoigner d'un relâchement certain - en dépit de la peur qu'elle tentait de maîtriser de son mieux - et plus qu'évident aux yeux de quiconque savait observer, ou plutôt aux oreilles de celui sachant écouter.

Rogue. Ce dernier était venu se glisser dans le fil de ses pensées et son nom avait franchi la barrière de ses lèvres. Aucun filtre, autrement, l'apprentie aurait prêté attention à éviter le sujet en sachant ce que le directeur avait infligé au bibliothécaire par sa faute, à elle. Merlin... Il avait tant subi. Comme certains avant lui. Comme Owen, à sa façon. Néanmoins, quelque chose était différent cette fois. Lorsqu'elle y pensait, la jeune femme sentait son estomac se nouer et sa gorge se serrer. De nouveau, ses iris revinrent se poser sur lui tandis qu'elle l'observait au travers d'un rideau d'épais cils noirs. Elle déglutit difficilement en le voyant lutter, comme aux prises de souvenirs dont il désirait oublier l'existence. Il avait subi, pour elle et à cause d'elle. Un instant, elle cru qu'il allait s'éloigner, mais seule la tête eut un mouvement de recul tandis que ses narines furent parcourues d'un frémissement significatif. Les doigts de la sang-pure se crispèrent davantage tandis que les paupières frémissantes de l'homme se fermaient malgré lui dans un mouvement instinctif de protection. Une décharge électrique partit de la pulpe des doigts de Cassidy, se propageant violemment dans tout son corps - sujet à un nouveau tremblement. Un instant, l'espace de quelques millisecondes, un mouvement de main en direction du sorcier s'esquissa mais fut automatiquement réprimé. Étouffé dans l’œuf, il n'eut pas la chance de naître. Si l'intention avait été là, cette dernière n'avait pas eu le temps d'être menée à terme. Impuissante, elle se contenta de l'observer se décomposer légèrement mais sûrement l'espace de quelques instants. Finalement, un sourire revint soulever le coin de ses lèvres carmin, comme si l'instant de trouble n'avait jamais existé. Il pardonnait, une fois de plus. Un léger souffle vint se perdre entre eux, franchissant la barrière de ses lèvres. De Rogue, elle passa aux potions, et des potions aux voyages, à l'apprentissage et au dépassement de soi. L'évocation rapide de la cicatrice ornant son omoplate gauche sembla le contrarier outre mesure, ce qui la fit doucement sourire. Merlin, il semblait y accorder tellement d'importance par rapport à la considération qu'elle daignait porter à cette dernière et au contexte de son acquisition. Une cicatrice physique, ornant sa peau pâle d'une marque irrégulière, se teintant encore à ce jour d'une couleur violacée lorsque le froid venait la transpercer. Cassidy avait toujours eu la peau pâle, fine et extrêmement sensible et réactive. Toutefois, en dépit de sa taille pouvant être jugée par certains d'impressionnante - surtout pour une marque faite par une arme blanche, elle ne parvenait à entraîner aucune considération de la part de la jeune femme qui n'en avait absolument rien à faire. Dénuée d'affects, elle ne signifiait absolument rien pour elle et la sorcière l'avait rapidement acceptée comme faisant partie d'elle-même. Aucune douleur morale ne venait s'y ajouter à l'instar de multiples cicatrices bien plus profondes et douloureuses encore aujourd'hui. Néanmoins, ces cicatrices avaient la particularité d'être mentales, et non visibles.

Finalement, le bibliothécaire dévia le sujet, l'amenant sur un point qui semblait lui tenir particulièrement à cœur ; sa mère, et la lettre que cette dernière lui avait écrite. Ne le blesse pas Cass', fais attention à tes paroles. Cette fois, la jeune femme se brida de nouveau, mais ce n'était pas tant dans une visée d'autoprotection que par pure considération envers lui. Le faire souffrir... Paradoxalement, en dépit des apparences - qui s'avéraient finalement bien trompeuses, la jeune femme s'étonnait de se retrouver mal à l'aise face à cette idée venant la placer dans une position de bourreau de glace qui, en soi, ne la dérangeait guère habituellement. Néanmoins, plus elle prenait conscience de tout ce qu'elle lui avait fait endurer, plus il lui semblait aberrant qu'il soit parvenu à faire preuve d'une telle patience envers elle, et plus un semblant de culpabilité grossissait en son sein, venant réduire à néant toutes ses certitudes. Etre dure, être froide. Des conditions de survie essentielles - pour ne pas dire existentielles, pour elle. Dans ses rapports, Cassidy avait toujours été ainsi, encore davantage avec les hommes qu'elle s'était toujours évertuée à repousser avec ardeur, tel un animal sauvage refusant de se laisser domestiquer. Blesser Owen ne l'avait jamais réellement dérangée tant il lui avait été habituel de se retrouver accusée de faire du mal autour d'elle. Trop froide, trop dure. Égoïste. Sans cœur. Impitoyable. Cruelle. Que de qualificatifs divers et variés lui ayant été attribués à maintes reprises, et ce plus ou moins à juste titre. Effectivement, Cassidy blessait, mais si l'on prenait le temps de creuser - comme l'avait fait le bibliothécaire, l'on finissait par se rendre compte qu'il ne s'agissait pas là de pure méchanceté gratuite, mais plutôt d'un bouclier puissant dressé en rempart visant à se prémunir de tout ce qui était susceptible de la faire vaciller. Néanmoins, cette fois les choses étaient différentes, sans qu'elle ne parvienne à mettre de mot dessus. Elle avait tenu à le blesser pour le tenir éloigné, en dépit de ses efforts, son plan avait échoué. Tenace, il était resté près d'elle, s'insinuant progressivement dans sa vie et ses pensées. Il y avait semé le trouble et sa personnalité avait constitué un point d'ancrage majeur en son âme.

Sous ses yeux vert d'eau, il se releva, se saisissant du couvre-lit d'un rouge pourpre, aussi rouge que pouvait l'être le sang. D'abord hésitant, il se dirigea lentement vers la sorcière qui s'était arrêtée, le contemplant d'un air incertain. Que faisait-il exactement ? Figée dans le sol, Cassidy hésitait sur la marche à suivre. Reculer, ne pas reculer ? Hésitante, la sorcière semblait prise entre deux espaces temps. Que faire, que dire ? Comment réagir ? Que s'apprêtait-il à faire avec cette couverture épaisse ? Arrête de penser Cass', pour une fois. Il ne te veut aucun mal. Fermant les paupières, la sorcière s'efforça de respirer convenablement. Ses pensées s'embrouillaient. Les yeux fermés, plongée dans le noir, elle le sentit se glisser doucement dans son dos, son odeur masculine et les vibrations de la pièce lui permettant de le localiser. Un frisson, encore. Il était là, juste derrière elle. Son souffle tiède vint se perdre dans sa nuque dégagée aux reflets de nacre. Il s'était encore rapproché. Un peu plus. Doucement, des bras puissants vinrent s'enrouler délicatement autour de ses épaules, ramenant par la même occasion les extrémités de la couverture devant elle. Malgré l'infinie douceur de ce geste si précautionneux, le corps de la jeune femme commença par réagir de manière instinctive en se raidissant imperceptiblement. Un nouveau tremblement la parcourut, venant hérisser tous les poils translucides de son corps... Qu'était-elle en train de faire ? Quel tournant était-elle en train de prendre à agir ainsi ? N'était-ce pas égoïste justement de le mettre ainsi en danger ? Arrête Cass'... Mais je veux juste... Vis, bordel ! Vivre, et non se contenter de survivre. Cette nuance pourtant fondamentale lui revint brutalement à la conscience et lui fit soudainement ouvrir les yeux.

Cassidy s'éveilla, enfin. Les papillons noirs lui brouillant la vue et les sens se dissipèrent brusquement tandis que le voile noir qui obscurcissait ses pensées se déchirait en un craquement caractéristique, fendu par une vérité trop souvent niée. Vivre, avant qu'il ne soit trop tard. Pourquoi était-elle incapable de profiter des rares opportunités de bonheur que la vie lui proposait ? Pourquoi était-ce si difficile pour elle d'être en mesure de reconnaître que quelque chose la touchait ? Tant de défenses... Par Merlin. Elle étouffait. Comment parvenait-elle ne serait-ce qu'à respirer ? Se concentrer, il lui fallait se concentrer sur lui, sur ces bras qui l'enveloppaient d'une étreinte à la fois d'une douceur infinie, mais aussi d'une puissance indicible. Il ne la lâcherait pas, il le lui avait déjà affirmé et désormais, en le sentant enroulé autour d'elle comme il l'était à présent, elle en était presque convaincue. Il était là. Il serait là. Il lui en avait fait la promesse. Un soupir s'échappa de ses lèvres closes, venant relâcher ses muscles bandés par pur réflexe. Il ne lui voulait aucun mal, elle n'était pas une mission à exécuter, ni une cible à surveiller. Un souffle vint soulever une petite mèche de cheveux au dessus de son oreille droite dont le lobe était orné d'une perle de nacre blanche. Du coin de l’œil, la jeune femme le devina, le visage penché sur elle, les poils de sa barbe de quelques jours venant frôler la peau si sensible de sa nuque dont les petites pousses de cheveux blonds se hérissèrent à cette infime caresse. Immobile, elle resta là, abandonnée entre ses bras qui retenaient la couverture pour elle. Incapable de s'en saisir, relâchée entre ses bras, elle découvrait enfin le contact rassurant de son torse au travers de la couverture épaisse qui les séparaient. Petite. Entre ses bras, elle était encore plus petite que d'habitude, renforçant cet aspect de fragilité qu'il lui arrivait de dégager, et ce bien malgré elle. Un coup sec, et il pouvait facilement la briser, ce qu'il ne ferait jamais. Doucement, Cassidy se détendit entre ses bras tandis qu'un léger sourire naissait aux commissures de ses lèvres pourpres. Elle l'entendait respirer. Lui, le vivant. Lui, si exalté. Ah si seulement pouvait-il être en mesure de lui transmettre ne serait-ce qu'une infime partie de cette vitalité qu'elle lui enviait au fond d'elle-même. Toutefois, la respiration d'Octavius n'était guère paisible mais davantage saccadée et irrégulière, en proie à une agitation peu commune. La Rowle fronça les sourcils et tourna légèrement la tête vers le visage du sorcier, croisant un bref instant le regard émeraude de ce dernier. Était-ce à cause d'elle ? Un vent tiède vint de nouveau soulever délicatement quelques mèches de cheveux dorés, se perdant dans le creux de son oreille.

« Je n’ai entendu qu’un accent très vague tout à l’heure… dois-je en déduire que tu n’as pas totalement perdu le contrôle de toi-même ? J’en serai déçu… un peu effrayé, mais déçu.
- Tu n'entendras jamais plus que ce dont tu as été témoin. Cet accent, très vague, est bel et bien celui qui ressort lorsque je perds tout contrôle, ce qui... n'arrive jamais... habituellement. »

Paroles et paroles. Les phrases s’enchaînèrent à leur tour, s'écoulant de la bouche du bibliothécaire. A son tour, il lui dévoilait son histoire ; des bouts de son histoire. Un échange honnête, une construction réciproque. Une histoire pour une histoire. Une vie, pour une vie. Enfin, des morceaux de vie plus exactement.

« [...] Oh, ça va t’intéresser ça : mon grand-père m’appelait Octavian. Il n’aimait pas la sonorité d’Octavius. Alors, plus tentée par quoi maintenant ? »

Les yeux se fermèrent doucement tandis qu'une douce chaleur l'enveloppait, arrachant à son corps un nouveau tremblement. Malgré elle, ses épaules tressaillirent sous l'épaisse couche de vêtement la recouvrant, si bien qu'il fallait être extrêmement attentif et connecté au corps de la jeune femme pour parvenir à le distinguer. Les émotions arrivaient, menaçaient de déborder. S'il était encore trop tôt pour qu'elle puisse parvenir à les reconnaître comme étant siennes et pour les accepter, les mots franchirent ses lèvres. Spontanés. Vivants.

« Ta présence. »

Infernale vérité, terriblement infâme à admettre. Les mots lui brûlèrent les lèvres, venant enflammer ces dernières, les laissant rougies sous la couleur pourpre du rouge à lèvres. Peu importait son prénom. Octavian, Octavius... Elle voulait de celui qu'elle avait rencontré dans la bibliothèque et qui s'était présenté ainsi face à l'inspecteur. Elle voulait de cet homme qui l'avait agacée, torturée, poussée à s'effondrer. Celui qu'elle avait blessé, frappé, humilié, et qui malgré tout était resté. Elle voulait le tenace, le coriace, l'insupportable et insaisissable sorcier. Il l'intriguait, lui tout entier, avec ses qualités et ses défauts. Ce n'était pas un prénom qu'elle souhaitait avoir auprès d'elle, mais une personne. Toutefois elle ne parvenait guère à se résoudre à l'appeler " Octave ". Non, rien à faire. Avoir à changer de prénom pour se défaire d'une emprise néfaste ne lui semblait guère juste. Il fallait qu'il parvienne à se le réapproprier, à le faire sien et à lui donner le sens qu'il voulait lui donner au plus profond de lui-même. Peut-être même pourrait-elle l'y aider, un jour, qui sait ? Enfin, pour le moment la Rowle était incapable de se projeter dans le futur, le présent lui étant déjà bien assez compliqué à gérer, surtout après ces deux mots ayant franchi le seuil de ses lèvres. Merlin... Ses joues ne s'étaient heureusement pas colorées, mais son cœur quant à lui, avait raté un mouvement tandis que des frémissements caractéristiques étaient venus bouleverser son estomac. Nerveusement, l'émail blanc de ses dents vint trouver la peau tendre de sa lèvre inférieure, et elle se tut, sans se rendre compte que lui s'était penché encore davantage par dessus son épaule droite, de manière à ne rien manquer de ses potentielles mimiques.

« [...] Quand je m’ennuie ou que je stresse, j’ai tendance à détruire les objets qui m’entourent. Je déchire du papier, j’essaye d’arracher le bois des meubles, ou d’y faire des trous, je casse mes plumes simplement en les triturant. Une fois j’attendais dans le bureau d’un type qui avait du retard et comme j’étais tout jeune, j’angoissais pas mal. J’ai fini par peler une statuette de dauphin qui était recouverte d’une espèce de couche de daim, ou je ne sais pas quoi… Quant à mes cicatrices, il faudrait la nuit pour les raconter, tellement j’en ai. Mais aucune n’a vraiment d’importance comme la tienne. »

Et les fils de l'histoire se tissaient entre eux, lui permettant de mieux cerner le curieux personnage qu'était Octavius Holbrey. Un conte pour adultes, loin des féeries enfantines et ridicules, ce qui n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Sans un mot, l'apprentie potionniste écoutait silencieusement ce qu'il acceptait de lui confier, à elle qui l'avait tant rejeté et qui avait tout fait pour le blesser. Le rejet. La jeune femme savait pertinemment combien ce dernier pouvait blesser et laisser sa trace chez quelqu'un et ce pendant longtemps, d'autant plus lorsqu'il était répété, sous maintes et maintes formes et pourtant... Elle n'avait fait que cela depuis le premier jour de leur rencontre. Rejet sur rejet, il avait tout surmonté. Comment avait-il fait ? Comment avait-il tenu ? Comment pouvait-il ne pas lui en vouloir ? Une sensation physique d'oppression envahissait progressivement la poitrine de la sorcière, venant mettre à mal le rythme de sa respiration qu'elle était pourtant parvenu à conserver plus ou moins calme. Agitée. Parasitée par la sensation d'être confinée, presque suffocante, Cassidy tenta de reprendre le contrôle sur elle-même, en vain. Les pensées l'assaillaient de plus belle. Des rejets. Encore et toujours des rejets. Dans la bibliothèque, aux Trois-Balais, dans le jardin aux roses. Même son mauvais tour pouvait s'y apparenter. Et ce soir, un nouveau rejet... Avant l’accalmie qui semblait s'être installée désormais. Malgré les multiples rejets et cruautés dont elle l'avait assailli, il avait su rester ouvert et désormais, il en récoltait les premiers fruits.

« Cette cicatrice n'a absolument aucune importance à mes yeux, je te le jure. Mon oncle est un impulsif qui ne sait pas se contrôler. Il n'y a rien de plus à en dire, rien à en tirer. Si mon corps a été atteint, il ne s'agit que de l'enveloppe extérieure. Cette blessure est ancienne et n'a eu aucun réel impact sur moi. »

Les mots avaient été murmurés. Lentement, elle perçu un nouveau rapprochement du brun et tourna doucement son visage dans sa direction, lui permettant ainsi de la voir de trois quarts tout en croisant son regard tourmaline. Il semblait soucieux. Alors qu'il ouvrait la bouche pour se libérer de ce qui paraissait le contrarier, un serrement compulsif l'amena au plus proche de son torse, comme si l'épaisse couverture qui les séparaient n'avait jamais existé. Les mots furent absents mais étrangement, l'étudiante fut capable de percevoir quelque chose de différent... Quelque chose qu'elle ne parvenait pas à identifier clairement de manière précise mais, dans ce geste, Octavius lui communiquait une partie de lui-même qu'elle n'avait jamais encore perçu. Une partie profonde. Une peine, mêlée à de la tendresse. Impossible pour la jeune femme de parvenir à mettre les mots sur ce qu'elle percevait, mais il lui semblait bel et bien qu'il s'agissait là de quelque chose de puissant et d'intense. L'étreinte avait quelque chose d'urgent, de profondément fusionnel, comme s'il désirait l'inscrire au cœur même de sa propre peau. Il la maintenait contre lui, contre son cœur, comme s'il ne craignait un nouveau rejet, ou qu'elle ne se désintègre entre ses doigts.

« Tu as raison pour ma mère. Cette mère qui n’a de mère que le nom. J’exagère. Tu sais, je continue à l’aimer d’une certaine manière. [...] Encore aujourd’hui, quand je m’éloigne, je culpabilise. C’est stupide. Elle ne m’aime pas. Comme tu dis si bien, elle se protège elle-même, et vu qu’il est trop tard de nier qu’elle a un fils, elle fait avec, je pense. [...] C’était ça ma question en fait. Est-ce que tu crois en ce qu’elle a écrit à mon sujet ? Est-ce que tu penses que sa description est juste ? Je ne t’en voudrais pas de penser ça, ce serait logique en fait. Ce qu’elle a écrit était partiellement vrai. Tu le sauras de toute manière un jour tout ça. Quand j’avais ton âge… Bon sang, je viens vraiment de le dire… Bref, quand j’avais ton âge, je n’étais pas très bien, je faisais n’importe quoi, j’avais un comportement désordonné et beaucoup trop insouciant. C’est de cette époque que ma mère, entre autres, tire la plupart de ses accusations en général. J’ai effectivement eu plein de liaisons, dont je ne me souviens même pas pour la plupart. J’ai pas mal picolé. J’ai quasiment fait tout ce qu’on pouvait faire en fait. Ahlala… je voulais savoir si tu y croyais et me voilà en train de confirmer les dires. Je ne suis vraiment pas malin parfois. C’est mon côté désabusé qui parle… Tu as toujours autant envie de faire le contraire après tout ce que je viens de te dire ? »

Ces mots furent les bons. Inconsciemment, le sorcier avait su viser parfaitement juste pour toucher l'âme et le cœur de la jeune femme dont les battements retentirent encore plus fort jusque dans la pulpe de ses doigts fins. Un verrou sauta, puis un autre. Délicatement, les mains de la jeune femme se desserrent autour du col du peignoir d'un blanc immaculé qui lui recouvrait maladroitement les épaules dénudées. Doucement, les longs doigts féminins se frayèrent un chemin sinueux jusqu'aux mains crispées du bibliothécaire et virent se poser avec légèreté sur ces dernières, ne les recouvrant que partiellement tant la différence de taille était importante. Contact volontaire qui se voulait rassurant. Peau contre peau.

« Encore davantage qu'avant. »

Un souffle. Lentement, Cassidy baissa les yeux vers leurs mains respectives qui reposaient sur ses propres épaules, et doucement - avec une douceur qui lui était étrangère, desserra les doigts masculins refermés sur l'épais tissu rouge. Ce dernier finit alors par glisser lentement le long de ses épaules puisqu'elle avait fait le choix de ne pas le retenir, entraînant dans sa chute, le peignoir blanc. Ceci fait, elle relâcha les mains du bibliothécaire, et se retourna de manière à lui faire face. De nouveau, son regard clair rencontra celui de cet homme qui sans le savoir, venait de prononcer exactement les bons mots, ceux qui allaient lui permettre peu à peu de progresser à ses côtés.

« Cet homme décrit par ta mère, est décrit par elle. Même si tu te reconnais dans ce qu'elle a pu écrire, elle n'a reflété que tes défauts qu'elle a pris grand soin à recenser avec minutie, peut-être effectivement pour te diminuer à mes yeux. Elle ne m'a montré que les côtés négatifs, qui plus est, les côtés appartenant davantage au passé d'après ce que j'ai pu comprendre. Quelque chose t'a poussé à changer, à marquer un tournant dans ta vie... Jane, peut-être bien. Pourtant, ta mère n'en a pas tenu compte et a cherché à me pousser à ne voir que ces mauvaises parties de toi. L'homme infidèle, vicieux, cruel et sans pitié, mais... Qui suis-je pour te juger là-dessus, dis-moi ? Crois-tu que je sois meilleure ? Je blesse, je suis froide, cruelle, égoïste... J'ai torturé, je ne fais que mentir aux gens et les manipuler. Quand bien même il s'agit de me protéger. Si je crois en ce qu'elle a dit ? Oui, et non. Je pense qu'il y a, ou plutôt qu'il y a eu du vrai, parce qu'en plus tu viens de me le confirmer, mais je pense aussi qu'il y a eu de l'amplification ou en tout cas qu'elle n'a pas correctement ajusté la balance en te décrivant, prenant soin de ne mentionner que ce qu'elle jugeait détestable en toi. Elle n'est pas objective, elle est intéressée. L'intérêt n'a rien d'impartial. »

Elle le regardait, lui. Ce n'était pas le bibliothécaire, ni l'ex-consultant, ni même le sorcier. Ce n'était pas l'adversaire habile et infernale à qui elle avait mené la vie dure et qui le lui avait bien rendu. Elle le regardait, lui. Octavius. L'homme. Ses yeux turquoises plongés dans les siens, étaient d'une intensité rare, entourés par un rideau de longs cils aussi noirs que l'était la nuit qui était désormais entièrement tombée. Sa voix était claire et les mots prononcés distinctement ne laissaient planer aucun doute quant à leur pleine sincérité et leur parfaite authenticité. Aucun cinéma, aucun non-dit. La sorcière lui livrait une fois de plus le fond de sa pensée, quitte à faire fausse route.

« Je ne pense pas sa description juste, non. Et quand bien même elle le fut un temps, elle était très certainement grandement incomplète. De plus... ce qu'elle ignore c'est que je sais qu'un enfant devient ce qu'il devient par rapport à ce qui se construit au travers de la relation entretenue avec ses parents. Si tu es devenu ainsi à une certaine époque, avant de la rencontrer, Jane, ce n'est pas par hasard ou à cause de la génétique. Tu as une histoire, tu fais partie d'une histoire, et c'est exactement ce qu'elle a volontairement oublié de me mentionner. Elle ne m'a présenté que le résultat final qui lui déplaisait grandement, et non la construction de ce résultat. Quant à moi... Si je n'avais pas eu ma mère à mes côtés pour m'offrir cette ouverture d'esprit, aux antipodes des Rowle, je ne serais certainement pas celle que je suis devenue aujourd'hui. »

Il était dos à la cheminée dans laquelle dansaient les flammes aux éclats orangés. Les reflets de ces dernières venaient se noyer dans les cheveux bruns du sorcier, leur prêtant quelques reflets auburn par endroits. L'éclat de ses iris émeraude scintillait de plus belle, ravivé par les braises encore brûlantes. Sur sa joue droite, une légère trace attira l'attention de la blonde qui fronça légèrement les sourcils tout en inclinant subtilement la courbe de son cou pâle. Une marque - légère, certes, mais une marque tout de même. La sienne. Il lui était possible de distinguer, lorsqu'il y prêtait une grande attention, les traces de quelques uns de ses doigts, signe venant témoigner de sa précédente violence. Se mordant la lèvre, Cassidy esquissa un mouvement de recul avant de se ressaisir. Pas de nouveau rejet, non. Il lui fallait apprendre à dépasser cette phase, même lorsque la situation était compliquée à assumer pour elle, comme maintenant. Doucement, la jeune femme se rapprocha de nouveau d'Octavius, et - dans un mouvement quelque peu hésitant et tremblotant - leva la main vers le visage précédemment agressé. Incertains, les doigts féminins se rapprochèrent de la joue abîmée, tandis qu'elle-même se mordait la lèvre, consciente d'être responsable de cet acte. Arrivés à quelques millimètres du visage, ils s'arrêtèrent, hésitants, n'osant pas franchir le seuil de cette intimité si violemment violée précédemment. Doucement, les ongles nacrés se recroquevillèrent sur la paume dans un mouvement compulsif.

« Je... »

La bouche sèche, la jeune femme humecta ses lèvres et déglutit difficilement, avant de parvenir à déplier de nouveau les doigts pour les rapprocher de nouveau de la joue du sorcier. Délicatement, la pulpe de ces derniers vint frôler la peau tendre, parsemée de poils par endroits, aussi légèrement qu'une aile de papillon, ou que la caresse d'une brise tiède.

« Je n'aurais pas du. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - Joy
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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Jeu 26 Jan 2017 - 4:19

« Ta présence. »

Il n’avait pas véritablement pris conscience de cette réplique dans l’immédiat, ce chuchotement fébrile qui avait à peine secoué l’air d’un mouvement de lèvres et dont il n’avait pris note tant la phrase avait harmonieusement épousé la continuité de ses propres mots. Elle l’avait soufflé, la réponse à tous ses désirs, si naturellement et avec une spontanéité qu’il ne lui connaissait pas. Cassidy l’avait dit et il l’avait entendu, mais sans parfaitement comprendre le sens de cet aveu. Ou peut-être ne le voulait-il pas finalement. Parce que c’était la manière dont on l’avait éduqué et que c’était là le seul comportement à adopter pour avoir ce que l’on désirait, Octave s’efforçait de prendre les choses en main, de faire tanguer le destin sous la puissance de son bon vouloir, convaincu jusqu’au bout que son avenir à lui, était exclusivement entre ses propres mains. Il insistait, était bourru et dur, frénétique, exalté et brutal s’il le fallait, ou au contraire, engageant, avenant et gracieux, mais toujours méticuleux et attentif à la manière dont l’entremêlements des cordes de la vie réagissaient à son coup d’archet. Elles vibraient, chacune à sa manière, selon la tension et l’épaisseur, et Octave, en ménétrier aguerri, suivait ce que lui disait son instinct et sa sensibilité pour mieux faire chanter cet instrument capricieux qu’était l’existence. L’on lui avait appris comment obtenir ce qu’il voulait et il savait toujours quoi faire, comment se comporter pour atteindre son but. Les manœuvres étaient souvent inconscientes, comme maintenant, bâties dans un long aléa d’habitudes et de contraintes, mais le désir de victoire était bien présent en son esprit et le gratifiaient d’une brutalité et d’une détermination sans faille dont il avait fait preuve jusqu’à maintenant avec plus ou moins de parcimonie. Parfois, la force prenait le pas sur la douceur, parce que c’était ainsi que Miss Rowle fonctionnait le mieux, parfois l’inverse se produisait, pour panser quelques plaies, mais toujours dans le but de mieux l’étreindre entre les tentacules qu’elle s’était amusée à lui prêter au travers d’un niais surnom. Mais finalement, elle n’était pas loin de la vérité, car son cœur avait une tendance vicieuse par nature, son apprentissage adolescent n’ayant fait que renforcer cette prédisposition. Alors pourquoi, maintenant que les mots attendus avec une patience trépignante furent prononcés, sa conscience les avait comme ignorés ? Ta présence, ta présence…

Véritablement, si la vie avait bâti son caractère pour le succès, ou à défaut de la victoire, au moins avait-il l’esprit de compétition, rien n’avait jamais compensé son manque de confiance en soi. Aujourd’hui, l’extravagance de son comportement, son air extrêmement assuré et surtout, la facilité avec laquelle il semblait glisser sur les contrecoups de la fortune prévalaient sur les insécurités d’un esprit souvent mis à mal par l’échec et le manque de considération. Dans les questions du cœur, il était tel un chien de course, un lévrier dressé pour sprinter derrière un bout de feutre sans jamais l’atteindre, le but étant simplement de courir le plus vite possible, plus vite que les autres. Il savait poursuivre un dessein, mais n’avait pas les capacités mentales d’en assumer les conséquences, pareil à ce chien qui, en attrapant son morceau de feutre, ne saurait véritablement quoi en faire. Ta présence… Il l’avait distinctement entendu, aussi clairement que si elle l’avait regardé droit dans les yeux et le lui avait crié au visage, mais le sens ne passait pas, la réalisation, le déclic ne se faisait pas. Octave voguait avec orgueil et aplomb vers la consécration, mais chaque victoire était pour lui une surprise, tant il était convaincu quelque part au fond de lui qu’il ne parviendrait jamais à rien. Il n’avait pas été un enfant voulu, un enfant venu trop tôt et de la mauvaise personne, un enfant caché puis repoussé, dont le père ne voulait pas et la mère n’utilisait que comme un moyen pour avoir ce qu’elle voulait. Il fut un enfant fonction, utilitaire, porteur de gènes plutôt satisfaisants, un mâle au moins, c’était déjà cela d’acceptable. Les circonstances ne furent pas les bonnes pour qu’il soit perçu comme un véritablement digne héritier. C’était comme s’il avait pris la place de quelqu’un d’autre, quelqu’un qui devait venir, mais qui ne s’était jamais présenté. Sa famille lui aurait préféré au demi-frère issu d’un convenable mariage et non d’une union sans noces avec un géniteur fuyard. Espéré comme le désir d’un succès social, il fut l’enfant par défaut et on le lui avait subtilement rappelé sans même le vouloir. Sa famille s’était comportée avec en conséquence : lui suggérant que sa venue au monde avait contrarié leurs vies, leurs plans et leurs espérances. Aussi, il avait travaillé dur, sentant qu’il avait besoin de justifier son existence sur cette terre, culpabilisant de ne pas pouvoir être ce qu’ils attendaient de lui. Il devait impérativement se faire une place ici-bas, excuser sa propre réalité indésirable. Alors les victoires, même s’il se battait par instinct pour les conquérir, il n’y croyait jamais vraiment, comme si sa condition le prédisposait à la défaite et que toute concrétisation était un mystère en soi. Il voguait, d’erreurs en réussites, un peu hébété lorsque la victoire advenait.

Alors Octave avait poursuivi vers des banalités que Cassidy désirait connaitre à son sujet avec une désinvolture chargée de sens et d’émotions. Les mots continuaient à tourner quelque part dans sa tête, à la manière d’un refrain entêtant qui provoquait en lui un frisson dont il ne saisissait pas le sens. Ou qu’il ne voulait pas comprendre, ou n’osait pas. Il avait encouragé Cassidy sur ce chemin, mais pour lui-même l’espoir était un poison. Lui, qui avait l’air si sûr de soi et de ses actions, si certain du bienfondé de son jugement et de ses idées, n’osait jamais se laisser aller à l’espérance, seulement à un optimisme forcé, forgé de force pour contrer les défauts de son cœur qui lui avaient jadis fait tant de mal. Il ne pouvait vivre sans espoir, mais ce dernier lui faisait continuellement souffrir. Souffrir de ne pas être certain de mériter ce qu’il recevait, de ne jamais croire que ce qu’on lui donnait était bel et bien à lui maintenant et que personne ne s’aventurerait à le lui retirer. Souffrir que tout n’était qu’un jeu mené dans le but de le tromper, de fourvoyer des sentiments un peu trop facilement donnés. Il voulait avoir l’air fort pour faire croire que la chute n’était jamais rude, mais il avait constamment peur de tomber. Alors, parce que c’était ce que son instinct lui dictait, il préfère ne croire en rien, ne pas faire confiance aux petites marques d’attentions. Il y répondait, pour flatter son égo, et parce que c’était un jeu de séduction qui s’instaurait la plupart du temps. Cependant ici, il ne maîtrisait rien. Il s’imaginait avoir une emprise sur les évènements et un contrôle total sur la situation, mais en vérité, les choses lui échappaient, glissaient entre ses doigts comme une mèche de cheveux blonds. Tout était trop sérieux soudain, et jusqu’au dernier instant il avait tenu bon. Ou peut-être n’avait-il fait que croire que c’était le cas ? La séparation entre ce qu’on voulait bien s’imaginer et la réalité n’était pas toujours très nette après tout. Et plus il s’avançait dans ses explications, plus il se sentait confus, terrifié que les circonstances commencent à lui échapper comme maintenant, comme avant…

Comme à chaque fois que quelque chose le touchait véritablement au point d’opérer un changement. Probablement aurait-il préféré éternellement courir derrière son morceau de feutre, comme tous ceux qui préfèrent faire des efforts pour avoir ce qu’ils veulent sans jamais vraiment s’en saisir. Cassidy l’avait si bien repoussé, avec tellement de rage, qu’entendre ses mots de sa part semblait surréaliste. Ta présence. Fondamentalement, c’était si peu, un contrat indicible qu’il avait de toute manière signé à son égard, mais les mots étaient sortis de sa bouche et Octave n’osait trop comprendre l’importance qu’elle voulait bien leur donner. Il hésitait à les entendre tant sa propension à laisser ses espérances s’emballer lui laissaient finalement le goût amer dans la bouche d’avoir compris plus que ce qu’il y avait à comprendre. Raison pour laquelle il fallait toujours tout lui expliquer en détails lorsqu’il s’agissait d’intentions à son encontre. S’il comprenait parfaitement l’étendue d’une haine, les conséquences d’une antipathie, le sens de la répugnance, celui de l’affection lui échappait bien souvent. Il donnait la sienne avec mansuétude et générosité, mais la recevait avec extrême suspicion, attendant patiemment que les gestes viennent lui confirmer leur pensée. Ta présence… A mesure que le temps passait, il se sentait de plus en plus inquiet et agité, réprimant le désir de comprendre ce discret aveu dit du bout des lèvres. Etait-ce à contrecœur qu’elle lui avait dit ça de cette manière dérobée ? Que voulait-elle dire ? Encore, machinalement, sans le vouloir, il s’emballait, se refusant presque de s’accorder la paix. Il n’y avait à comprendre que ce qu’elle avait dit, n’est-ce pas ? Mais comment ! Comment parfaitement savoir l’importance qu’elle y accordait ? Toujours, sans relâche, il se torturait à tort, n’osant donner de crédit à rien par crainte que ce ne soit qu’illusion, un mensonge que son âme asséchée, perpétuellement assoiffée, était prête à boire par désespoir, même si c’était du poison. Il lui était bien plus simple de souffrir du mal qu’on pouvait bien lui faire que de s’accorder un peu de répit, tant ce dernier, une fois accepté, pouvait être fatal. Avec une autre, peut-être… mais Cassidy était si versatile et incertaine que toute marque d’affection venant d’elle était comme un fantôme, un murmure incertain, l’écho de quelque chose qu’il s’était imaginé en gestes et non en paroles. Et encore… les désirs primitifs du corps étaient plus facilement compréhensibles et explicables que les passions du cœur. Et il connaissait les siennes sans faire confiance à celles des autres. D’autant qu’il sentait cette timide réplique être l’élan de l’affection du cœur et non du corps. Encore une fois, le contraire lui aurait été plus facilement acceptable.

Il plaisanta, s’aventura à confirmer les paroles de sa très chère mère alors qu’il n’aurait peut-être pas dû ? Et tout ceci pourquoi ? Il aurait pu exagérer davantage en y repensant, lui décrire un peu mieux cet homme dont Cassidy ne faisait qu’entrevoir la forme au travers d’un récit qu’il voulait bien lui-même lui conter. Quelque chose d’insurmontable se découvrait dans son caractère et faisait qu’il finissait inlassablement seul. Sauf Jane. Peut-être par manque de temps, d’ailleurs, il n’en savait rien, après tout ils avaient passé si peu de temps ensemble qu’ils s’étaient inconsciemment efforcés de n’en tirer que le meilleur pour ne rien gâcher. Mais au fond de lui il savait que sur un terme plus long, ses manies auraient fini par la lasser. Sa Jane, qui s’était si gentiment accommodé de tout, lui avait si patiemment expliqué les choses, le sortant de sa propre boucle infernale. Cassidy était beaucoup moins gentille, moins compatissante que Jane, et plus y il pensait, moins il se sentait à la hauteur. C’est alors que les mains féminines avaient décidé d’empoigner les siennes, les enveloppant d’un voile protecteur, ou dissuasif, il ne sut dire au premier abord. Son corps se figea, tandis qu’il attendait les directives à suivre, les ordres indicibles qui allaient être donnés au travers d’une paire de mains autoritaires qui le béniraient ou le rejetteraient pour leur trop grande audace. Ce n’était pas là son espoir, mais c’était logique. Logique qu’elle n’en veuille pas, même de ce contact indirect et qu’elle se dérobe sous son poids un peu trop lourd. Et plus cette crainte faisait battre son cœur dans ses oreilles, plus il se rendait compte qu’il n’avait jamais aimé personne à part Jane. Personne en ce monde, aucune autre femme n’avait eu sur lui un tel effet, l’obligeant à complètement perdre pied, comme l’on se fait engloutir par une vague trop forte, une marrée aussi lente que puissance. La danse avait toujours été maîtrisée jusqu’à Jane, après Jane. Et puis, jusqu’à Cassidy. La dernière fois qu’il s’était senti ainsi, incertain, démuni, pantelant, c’était avec sa Jane.

« Encore davantage qu'avant. »

Alors que cette similitude le prenait aux tripes, la jeune femme l’obligea à laisser ses mains tomber le long de son propre corps. Le drap était tombé et ses bras avec, formant un mur invisible les séparant là où la couverture fut jadis. Octave, interdit et s’étant redressé sans vraiment s’en rendre compte, se refusa d’entamer quelques spéculations, attendant le prochain coup, la distance, le froid qui se produirait à force d’éloignement. C’était comme s’il ne l’entendait pas vraiment. Une habitude de plus peut-être, celle de se protéger des mots qui ne voulaient rien dire et qui n’étaient que très rarement suivis par un comportement réconfortant leur sens. Certes, Cassidy lui avait donné des marques d’attention plus tôt dans la conversation, mais rien d’aussi succinct, d’aussi peu subtil ni d’aussi court dans son phrasé. Ce n’était pas entouré de fioritures, ni caché au milieu d’un long discours, au détour d’un énième rejet ou d’un reproche. C’était là, aussi clair et sérieux que cela pouvait l’être, confirmant son premier murmure qu’il s’était refusé à comprendre. Octave la regarda se retourner, avec cette expression soudain indéchiffrable peinte sur le visage, tirant ses traits en une mine tantôt soucieuse, tantôt suspecte, comme un animal qui attendait qu’on le frappe. Il avait le sentiment de lui avoir donné un pouvoir sur soi beaucoup trop tôt, qu’elle n’était pas encore à mesure de savoir ce qu’elle voulait. Il regretta d’être aussi insistant, à lui imposer ses caresses, tandis que sa Sirène continuait à le regarder dans les yeux sans se reculer, visiblement prête à parler.

Et elle parla, lui disant exactement ce qu’il avait envie d’entendre, ce qu’il craignait d’entendre, ce qu’il désirait plus que tout entendre… Sa narration fut claire et simple et Octave, en homme pourtant exalté et habituellement souriant aux bonnes nouvelles, l’écoutait sans agitation, donnant toutes les assurances possibles sur sa tranquillité d’esprit. Seules ses mains tremblaient d’émoi, un frisson qu’il tentait de refouler en crispant imperceptiblement ses muscles pour garder l’apparence de la maîtrise tout en mettant fin aux spasmes qui remontaient maintenant jusqu’à ses poignets. Rien à faire. Il fit mine de changer de position, transférant son poids d’un pied à l’autre, se dégourdissant les muscles et relevant la tête pour regarder la jeune femme à couvert de ses cils entremêlés. Ca lui prêta presque un air condescendant dont il ne se rendit pas compte, tant il fut occupé à se redonner contenance. Soudain, il n’avait plus envie de penser à sa mère, ni d’en entendre parler mot, mais il était bien le seul instigateur de cette direction et il lui fallait tout subir jusqu’au bout, alors même que des passions telles baignaient son cœur qu’il éprouvait un profond dégoût à les mêler à quelqu’un comme sa mère. Même l’évocation de Jane et toute l’affection que ce prénom pouvait faire naître en lui ne parvint pas à réprimer son ressenti pour cette femme qui représentait à elle seule tout le contraire de ce qu’il éprouvait. Par reflexe, sans réfléchir et en serrant les lèvres, il répondit du tac au tac :

« Qui suis-je pour te juger là-dessus, dis-moi ? Crois-tu que je sois meilleure ? Je blesse, je suis froide, cruelle, égoïste... J'ai torturé, je ne fais que mentir aux gens et les manipuler. Quand bien même il s'agit de me protéger.
- Peu importe, ce n’est pas parce qu’on ne possède pas les qualités morales nécessaires qu’on ne peut pas être bon juge et que notre conseil n’aurait aucune valeur. Il n’est pas nécessaire d’être un bon artiste pour savoir critique de l’art, tout comme il n’est pas nécessaire d’être pieux pour savoir répandre la mansuétude autour de soi. »

Il l’avait dit dans la précipitation, avec une certaine agressivité, tamisant ses mots à travers des dents serrées et une mâchoire crispée, comme s’il fut primordial que cette tirade soit dite. Et ce l’était, important pour lui, pour sa tranquillité d’esprit et son envie d’être, si ce n’est vraiment jugé, mais au moins considéré avec objectivité, avec l’appel du cœur et non de la raison. Sa mère était une spécialiste pour cela, malgré tous ses défauts, elle avait toujours regardé son fils du haut de sa grandeur et non de ce qui la faisait être une personne détestable. Elle avait toujours été son juge le plus rigoureux, même si pas tout à fait impartial, comme le dit si bien Cassidy par la suite. Son regard instant, miroitant comme une eau claire sous un soleil de plomb, le gêna presque. Octave voulait avoir l’air normal, détendu comme à son habitude, souriant éventuellement, mais il n’y avait que des lèvres serrées qui demeuraient sur son visage presque sévère. Elena… Elena, ce n’était pas pareil, il avait gardé maîtrise du début jusqu’à la fin, parce que fondamentalement, il n’en avait cure. Cassidy était là, si proche et si éloignée en même temps, à lui dire toutes ces jolies choses et c’était comme si le sol se dérobait sous lui, que son cœur cessait de battre et sa poitrine de respirer. Un poids se faisait, ou se dissolvait dans son ventre, il n’en était pas tout à fait certain. L’inquiétude de l’importance. Jusqu’à maintenant, jusqu’à ce qu’elle lui dise ce qu’il voulait entendre, il ne s’était pas rendu compte à quel point tout ceci était important. Non pas que la crainte se faisait en son esprit, il n’y avait pas d’hésitation, seulement un espoir qui ne voulait pas éclore, qui se refusait à le faire alors que tout y était propice. Elle était importante, à chacune de ses phrases, il le remarquait de plus en plus, à quel point son avis à son égard avait de l’importance. Raison pour laquelle il ne voulait pas qu’elle se cherche des excuses à ne pas le considérer avec la froideur la plus parfaite, tant il voulait être sûr et certain de cette décision qu’elle semblait prendre. Qu’elle n’en regrette rien, pourvu qu’elle ne reprenne pas ses paroles plus tard ! Il avait l’impression qu’elle lui cherchait des excuses, au travers de sa mère, de sa famille, de son éducation… alors qu’il avait tâché, autant qu’il le pouvait, de s’en distancier, de ne pas blâmer cette partie-là de sa jeunesse, de la rectifier autant qu’il le pouvait et que ses moyens le lui permettaient. En vérité, il n’avait plus vraiment pour ambition pour devenir quelqu’un de meilleur, de moins cruel ou de moins fantasque, il s’était accommodé de sa manière de voir les choses et s’en contentait comme d’un fait contre lequel il n’allait pas pouvoir lutter le reste de sa vie au risque de finir par complètement se détester. Mais avec Cassidy, tous ses manquements remontaient soudain à la surface alors qu’elle prêtait responsabilité d’une certaine manière à son enfance.

« Si tu es devenu ainsi à une certaine époque, avant de la rencontrer, Jane, ce n'est pas par hasard ou à cause de la génétique. Tu as une histoire, tu fais partie d'une histoire, et c'est exactement ce qu'elle a volontairement oublié de me mentionner.
- Non c’est sûr, mais nous créons nous-mêmes nos hasards, la vie nous apporte des épreuves, mais nous seuls décidons de la manière qu’elles afflueront sur nous. Nous pouvons décider de surmonter les évènements, de les laisser nous changer ou pas, ou qu’ils nous emportent dans les profondeurs… »

Encore une fois, il avait parlé vite, baissant les yeux vers la poitrine de Cassidy qu’il ne voyait pas vraiment, ou seulement à travers un voile brumeux et sans s’en rendre compte. D’une certaine manière, cette large étendue de peau le rassurait par sa continuité monotone, presque sans reliefs tant elle était blanche, et seules quelques ombres dansantes, très légères, ponctuaient cette pleine enneigée. Par moments, son souffle avait buté, essayant d’aller à contre sens, et il s’était comme étouffé sous le flot de paroles qui sortait de sa bouche marmonnante, mais ayant quand même continué sa réplique. Encore une de celles qui avait pour but de rectifier une excuse qu’on tenterait de lui prêter. Il n’en voulait pas. Il ne voulait pas être coupable, mais il ne voulait pas non plus être victime. Il voulait être accepté tel qu’il était probablement, mais honnêtement, sa pensée s’emmêlait et ses sentiments rendaient leur cheminement difficile tant ils s’opposaient en sa poitrine avec les contradictions de son esprit, de ses principes, de ses doutes et de ses envies profondes. Il franchissait un cap qui s’adonnait à lui avec une difficulté particulière et le caractère de Cassidy ne lui facilitait pas vraiment la tâche. Parce qu’elle avait été si rude jusqu’à maintenant, il la savait versé d’une grande cruauté, davantage car elle s’en était montrée parfaitement capable à son égard au détour de ce qu’il s’était volontairement imaginé n’être qu’un jeu. Une manière de donner moins d’importance à ses actes dont finalement, il avait compris la véritable portée. Octave avait remonté son visage vers la sorcière alors que le souffle lui était revenu, sans toutefois avoir été capable de chasser cet air maussade qu’il arborait depuis qu’elle s’était retournée pour lui parler. Les sourcils froncés en un trait barrant son front, il semblait réfléchir, réflexion qui se reflétait sur les traits de son visage en une succession de crispations infimes, comme des manies, des réflexes incontrôlables. Il faisait l’effort de ne pas se tourmenter outre mesure, alors tout se concentrait dans la convulsion de sa mâchoire et le tremblement de ses mains restées sagement cachées contre son corps droit. Enfin, un sourire naquit sur son visage, mais clairement nerveux, presque à l’envers, et vint s’allonger sur ses lèvres sans passer par ses yeux alors qu’il voyait Cassidy pencher légèrement la tête sur le côté, observant sa physionomie sous un autre angle. Elle ne le regardait plus dans les yeux et il se demanda s’il n’avait pas une tâche sur la joue, un quelconque détail disgracieux qui le rendit d’autant plus soucieux que la situation ne se prêtait pas vraiment à ce type d’attentions.

Délicieuse, pulpeuse, palpitante, elle se mordit la lèvre avec une nonchalance charmante, emprisonnant la pulpe de sa bouche sous une rangée de dents blanches. Captivé par ce geste d’un envoûtement qu’il ne lui connaissait guère en ce contexte, Octave entrouvrit sa propre bouche, comme un miroir. Il la vit amorcer un mouvement de recul qui gela son cœur, ratant un battement, avant de reprendre un rythme aussi désordonné qu’avant alors que Cassidy revenait à lui. Elle leva la main vers un Octave immobile, les yeux jonglant fébrilement entre sa main, son visage et les tentatives de voir en biais ce qu’elle avait pu bien découvrir sur sa joue qui puisse la gêner autant. Sur l’instant, ils étaient tous deux presque identiques, agités par quelques sentiments qui les rendaient hésitants, pour des raisons différentes cela dit. Lorsque les doigts touchèrent sa joue, Octave sentit une infinie décharge secoue ses nerfs, indiquant qu’une marque s’y trouvait, une petite plaie à peine ouverte, peut-être vaguement écorchée, mais ayant laissé la peau encore à vif. La douleur fut si insignifiante qu’il la sentit à peine, plissant cependant l’œil le plus proche par simple reflexe. Prestement, il rouvrit les paupières avant de regarder Cassidy, observant son visage contrarié. L’hésitation, encore, se fit sentir alors qu’elle s’était abandonnée à un allé retour électrisant sur son visage.

« Je n'aurais pas dû. »

Un rire sortit de sa gorge alors qu’il avait continué à sourire sans conviction. Il rigola un instant, au point de dénuder ses dents blanches et en fermant les yeux sans vraiment savoir pourquoi, comme si la réponse à son opposition se trouvait quelque part sur le revers de ses paupières, dans le noir de ses songes. Mais il n’y avait rien. Sa main remonta, tremblante, et se saisit de celle de sa sirène, la plaquant d’abord plus concrètement contre sa joue. L’espace de quelques secondes, son visage s’adoucit à ce contact moins fugace qu’il imposait à Cassidy. Encore une fois, il la contraignait à plus que ce qu’elle n’était capable de lui offrir. Mais il lui en fallait tellement plus que ces touchers fugaces pour se sentir enfin complet, entier. Puis, à travers la paume gracile, il sentit les soubresauts inquiets de sa propre main et, d’un geste brusque, relâcha son emprise et s’écarta vaguement des épaules sans bouger les jambes. Sa main libéra celle de Cassidy et, comprenant qu’il avait agi trop vite, Octave ouvrit la bouche à plusieurs reprises sans savoir quoi dire. Son bras pendait à nouveau le long de son corps, inerte, vaguement agité. A son tour, il mordit sa lèvre inférieure en regardant la jeune femme de haut en bas, la poitrine soulevée par une respiration saccadée. Vraiment, cela n’allait plus du tout. Il perdait pied, le fond de l’océan se dérobait et ce n’était jamais simple de se laisser flotter à nouveau, même s’il savait parfaitement nager à priori. Un rire franchit ses lèvres, beaucoup moins assuré que le précédent.

« Ce n’est rien, ce n’est pas grave. »

Il l’avait dit en se forçant à sourire, mais alors qu’il sentit son expression se transformer en une grimace sous la tension, il remonta sa main gauche et la pressa contre sa paupière, remplissant de sa large paume toute la cavité. Ses doigts se perdirent dans ses cheveux et il ferma les yeux, pressant sur son globe oculaire au point de le faire reculer dans son arcade orbitaire, comme si cela pouvait aider à remettre ses idées en place ou à réguler la tension de son corps. Encore une grimace, un rire nerveux et des formes étranges qui dansent sur la surface interne du blanc de son œil. Il sentait les veines oculaires se remplir de sang sous la pression. Quelles banalités racontait-il donc… Il fallait résoudre le dilemme, parler avant que cela ne s’aggrave au lieu de s’enfermer à l’intérieur de lui-même jusqu’au débordement. Un sourire apparut sur sa bouche, cette fois un peu plus convaincu, alors qu’il pressait toujours sa paume contre son œil, sa cachant la moitié du monde. Lentement, sa main retomba, fébrile, se lovant tel un poids mort le long de son corps. Il cligna des yeux à plusieurs reprises, rétablissant sa vue floue, se préparant à s’expliquer sur son comportement étrange, contrastant si parfaitement avec ce qu’il avait pour habitude d’offrir. Les choses devenaient plus sérieuses… il devait plier genoux de lui-même et quitter le sol sans attendre qu’une vague l’emporte.

« Ce n’est pas grave pour moi. C’est une habitude, une mauvaise habitude peut-être, j’en conviens, mais elle est mienne est c’est comme ça. Je te dirais toujours que je supporterai tout, et ce sera le cas, parce que je n’ai pas le choix. Tu ne sauras probablement pas rien de ce qui me fera du mal, même si tu t’en douteras, parce que je n’ai pas pour coutume d’éveiller une sollicitude à mon sujet que je n’ai pas le moyen de calmer, surtout à l’égard de personnes qui me sont proches. Je ne veux plus que tu t’inquiètes à propos de moi, que tu regrettes… Ne m’interrompt pas s’il te plait… »

Il s’arrêta un instant, ne sachant plus où poser son regard pour se redonner contenance. Plus il parlait, plus ses peines et hésitations lui semblaient ridicules. Il souffla, fort, chassant la couleur de son visage, serrant ses mains en poings avant de les relâcher. Se détendre, ce n’était pas la peine de s’inquiéter, tout allait bien se passer.

« Je ne m’attendait à rien de spécial en venant à Poudlard, et je m’attendais à tout en même temps. Sauf à toi, même si je n’en donne pas l’air. En une seule soirée j’ai tellement découvert sur toi, tant de particularités qui m’ont charmées malgré moi, malgré toi alors que dès le début tu n’as eu de cesse de me repousser ! Pendant un mois j’ai vécu avec ton ombre dans mes pensées sans avoir la liberté d’en parler à quiconque sans te mettre en danger. Tu ruinais savamment mes espoirs avec un certain triomphe, frappant toujours plus fort que ce dont j’étais capable à ton égard, non pas par faiblesse d’esprit, mais par affection naissante. Je me suis efforcé de paraître désintéressé, indifférent à ce qui me touchait en vérité, à accepter ton mépris permanent sans être capable de te retourner un semblant de méchanceté en retour. Si, toutefois, je t’ai fait du mal, ce n’était pas dans mes intentions. Ma mère t’as écrit, te faisant confidente de sa pensée, de son insolence, de sa mauvaise volonté, et je suis dit que c’était fini. Enfin, tu me diras, comment quelque chose qui n’avait jamais commencé pouvait bien avoir une fin… Lors de cette fameuse soirée, Rogue a supposé que tu fusses la fautive et la seule chose qui me soit venue en tête pour essayer de t’écarter de ses soupçons ne constituait finalement même pas un mensonge. Je lui ai dit que sur cette terre, tu étais probablement la personne qui a le plus d’indifférence à mon égard. J’aurais bien voulu, pour ma tranquillité d’esprit, pouvoir dire la même chose à ton sujet sur le moment, mais c’est à croire qu’aucune supplique ni méchanceté ne pourra me libérer de l’attachement que je te voue. Je pensais à toi constamment, me minant de ne pas savoir où tu étais ni avec qui, en danger, en paix, heureuse, malheureuse… Et puis ce dîner ! Qui l’eut cru ! Tu étais troublée tout du long, je le sais maintenant en y repensant, mais je n’avais aucun espoir. Rien pour nourrir mes désirs et encore moins mes sentiments. J’ai résisté à ton père autant que j’ai pu, alors qu’il me traitait en ennemi sans me connaître, me proposant le plus avilissant avec des propos orduriers. Je voyais le pouvoir qu’il avait sur toi et plus je le constatais, plus j’enrageais. Ton cavalier français de pacotille qui parlait de toi comme d’un objet ! Manu, Eve, ces amis... ils sont loin d’être parfaits, je le sais et ils n’ont fait que te mettre encore plus dans l’embarras et la confusion. Tu ne voulais pas de moi et je savais pourquoi et je ne pouvais strictement rien y faire. Je ne pouvais pas non plus m’empêcher de te poursuivre, te blessant d’abord par mon trop persistant intérêt, puis te prenant en chasse tel un animal en attendant que tu te vides de ton sang, affaiblie. Je me sens lâche. Je regrette d’avoir insisté ! Je regrette d’avoir insisté. Moi non plus, je n’aurais pas dû te mettre en difficulté comme ça, je n’ai pensé qu’à moi. »

Il reprit son souffle, crispa ses muscles et s’humecta les lèvres, ses couleurs ayant parfaitement quitté son visage. Mais il ne devait pas s’arrêter, il savait que c’était là sa seule occasion. Non pas par rapport à elle, mais par rapport à lui-même. Encore un peu et les choses allaient revenir claires pour lui, limpides.

« La dispute dans cette chambre, la violence, les coups, je croyais qu’on ne pouvait pas descendre plus bas d’une certaine façon, mais je ne voulais pas que cela se finisse de cette manière, je voulais au moins que l’on puisse repartir sur des bases plus stables, mettre les choses au clair, quitte à s’être indifférents. J’étais trop concentré sur moi je crois… Je ne voulais pas te faire souffrir encore. Et puis, Elena. D’insultes en suppliques, je te perdais encore et encore, morceau par morceau, sans rien pouvoir y faire parce que fondamentalement, c’était moi le problème. Ce n’était pas toi, ce n’était pas les autres, c’était moi. Je t’imaginais partir à chaque instant, t’enfuir, me détester encore plus, même quand les choses s’étaient calmées. A dire vrai je ne savais même pas ce que tu faisais encore ici et il n’y avait que mon outrecuidance pour me chuchoter quelques malices réconfortantes alors même que je ne faisais que te retenir de force, comme à chaque fois. Et maintenant, alors que je pensais avoir souffert de mon attachement pour toi sans avoir pu profiter ne serait-ce qu’un peu des bienfaits que nous offre parfois l’affection, tu… tu viens vers moi ? Je me suis résigné depuis longtemps à la frustration, à l’insatisfaction, de ne pouvoir te toucher et ne de voir que du dégoût dans le regard, de l’hésitation ou que sais-je encore. Je me suis accommodé de la privation et des punitions qui s’attachaient à mon corps et mon cœur, et qui persisteraient à cause de mon désir pour toi. J'étais prêt à laisser ces sentiments s'étioler dans l'ombre de tes regards vindicatifs. Crois-moi, je ne dis pas ça pour te rendre coupable ! Ce n’est pas de ta faute, c’est de la mienne ! Après tout tu m’as parfaitement fait comprendre que tu ne voulais pas de moi dès le premier jour ! Alors je suis encore un peu confus que tu te rapproches. Je suis désolé de parler comme ça, je vais probablement le regretter ça aussi, mais je profite de… cette confusion qui règne dans ma tête pour m’expliquer parce que je sais qu’une fois la clarté revenue, mon orgueil me l’interdira. Je suis habitué, pour ne pas dire forgé à ne puiser que de la tristesse de mes relations avec les autres. Lorsque le contraire se produit alors que rien n’y présage véritablement et que ma tendresse est si… grande que je ne m’autorise aucun espoir, je me sens toujours déconcerté. Franchement Cassidy, tu… cette seule marque, ce geste que tu as fait, ces choses que tu m’as dites ont suffi à diluer le chagrin et l’absence de perspective qui m’habitait. Je crains de te donner ce pouvoir mais en même temps, regarde, quelques mots et me voilà troublé comme jamais. Alors franchement… franchement, ne t’inquiètes pas pour si peu. Tu m’en feras d’autres, des marques, et ce ne sera pas grave parce que tu seras là. Parce qu’un seul de tes mots saura tout guérir. Tu me l’as demandé, donc je serai là. Et ça me console déjà de ce qui pourrait bien m’arriver ou de ce qui m’est arrivé. A tort diront certains, mais ça m’est égale. J’ai l’habitude, j’ai l’habitude… Ne t’inquiète pas, d’ici quelques instants, le trouble sera passé et je pourrais envisager avec calme toutes ces résolutions et ma propre situation. C’est que, je n’ose trop y croire ni m’y résoudre, mais j’ai l’habitude. »

Il se tut en un murmure finalement, sentant que c’était bel et bien la fin. Octave avait parlé avec une infinie peine dans le fond du regard et l’espoir sur le bout de la langue, ce contraste offrant le spectacle déconcertant de celui qui était constamment désabusé sans se l’avouer. Il soupira en regardant le sol et releva enfin ses yeux pour regarder sa Sirène. Le sac était vide et l’angoisse disparaissait lentement, ne laissant à son corps que la tension d’une adrénaline lui nouant l’estomac. Il ne savait pas exactement pourquoi il avait dit tout cela, se sentant déjà en proie à la consternation. Mais tout cela allait passer, comme toujours.

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MessageSujet: Re: [26 Septembre 1997] - La vengeance est un plat qu'on fait manger par d'autres. Sam 28 Jan 2017 - 20:18

Elle parlait enfin, lui délivrant ce qu'elle avait dans son esprit. Ses pensées à son égard, celles envers sa mère. Tout avait été exprimé d'une façon parfaitement honnête et sincère. Elle avait été elle-même jusqu'au bout, tout en prenant une certaine précaution en abordant le sujet de Vivienne Holbrey, afin de ne pas le blesser. Trouver les bons mots, tout en restant sincère puisqu'il s'agissait là du souhait qu'il avait émis à son égard. Elle s'était ouverte, les mots trahissant sans vergogne des pensées dont elle n'avait même pas eu le temps de prendre conscience. Elle avait besoin de lui, de sa présence à ses côtés. Si elle avait envie de faire le contraire de ce que lui ordonnait Mère Holbrey de manière à peine déguisée derrière des fioritures ? Absolument, et encore davantage maintenant qu'il avait fait le choix de lui révéler tant à son sujet. Une ouverture pour une ouverture. En parfait gentleman, il avait rétabli l'équilibre entre eux, et elle avait pensé que ces mots qu'elle lui avait destiné l'auraient quelque peu rassuré, ou tout du moins auraient allumé un éclat caractéristique dans l'iris de ses yeux pourtant, il n'en fut rien. L'avait-elle blessé une fois de plus dans ses propos concernant sa mère ? Il l'aimait encore, malgré tout ce qu'elle lui avait fait endurer alors qu'il n'était qu'un petit garçon... Peut-être y avait-elle été trop durement ? Après tout, ce n'était pas comme si on l'avait souvent qualifiée de douce et de délicate. Les yeux dans les siens, la jeune femme restait silencieuse, attendant le verdict avec une certaine appréhension. Allait-il finalement la rejeter comme elle l'avait fait tant de fois bien avant lui ? Ses yeux étaient froids, dépourvus de la moindre étincelle pourtant si caractéristique de son regard de jade. Son expression était indéchiffrable, lui donnant un aspect quasiment inerte, ponctuée - lors de quelques trouées - d'un semblant de méfiance. Avait-il réellement pâli ? La sorcière fronça imperceptiblement les sourcils. Qu'avait-elle fait ? Qu'avait-elle dit ? Elle n'avait fait que répondre à son souhait et avait pris le temps de répondre à chacune de ses questions le plus honnêtement du monde, lui donnant à voir ce qu'elle était réellement. Qui elle était réellement. Une femme, avec ses forces et ses faiblesses. Une femme avec ses qualités, mais aussi ses défauts. Peut-être... En finalité peut-être que ce qu'il avait cru apercevoir subrepticement avait été idéalisé dans un fantasme forgé par son imaginaire sans limites ? La confrontation avec la réalité avait-elle été trop dure ? Les mains de la sorcière tremblèrent, entrant en raisonnance avec les soubresauts silencieux qui secouaient maintenant celles du bibliothécaire. Elle s'était enfin ouverte avec une certaine appréhension - il faut le dire - voulant croire en ses mots, souhaitant réellement qu'il puisse apprécier ce que son père haïssait tant en elle. Elle avait espéré, au fond. L'espoir. Par Merlin, elle avait vraiment été capable d'espérer à nouveau. Cassidy releva de nouveau les yeux vers le visage du sorcier. Tu m'as fait espérer, moi qui pensait en être incapable. En sa présence, elle apprenait tellement de choses sur elle-même, c'en était à la fois dérangeant et impressionnant. Il la dévisageait maintenant, le regard étrangement hautain, presque dédaigneux, venant de nouveau creuser le fossé qui les avait tant séparés et dont elle avait eu tant de mal à colmater les brèches afin de constituer un pont entre eux. Crac, crrrrrac... Les planches de bois fragiles qu'elle avait pris soin de fixer pliaient de nouveau sous le poids d'un regard jugeant, bien trop dur à supporter.

« Peu importe, ce n’est pas parce qu’on ne possède pas les qualités morales nécessaires qu’on ne peut pas être bon juge et que notre conseil n’aurait aucune valeur. Il n’est pas nécessaire d’être un bon artiste pour savoir critique de l’art, tout comme il n’est pas nécessaire d’être pieux pour savoir répandre la mansuétude autour de soi.
- Je me refuse à fonctionner ainsi. J'ai des défauts, beaucoup de défauts plus ou moins assumés, et cela m'invite à une certaine tolérance vis-à-vis de ceux des autres, même... même si je ne le montre pas habituellement. »

C'était son choix, sa manière de fonctionner. Il ne pouvait pas le lui reprocher. La jeune femme l'ignorait mais cette façon de considérer les choses du monde ; faits comme personnes, était l'un aspects la différenciant totalement de Vivienne Holbrey. Octavius ne retrouverait pas en elle cette façon de fonctionner dont il semblait être encore totalement imprégné aujourd'hui.

« L'humilité est une chose très importante pour moi. »

Il lui avait parlé rapidement, accouchant de ces mots qu'elle se refusait à cautionner, au travers d'une certaine brusquerie qu'elle ne lui avait connue qu'à un seul moment dans le jardin aux pivoines ; lorsqu'elle s'était avancée à le menacer, ce qui n'était guère le cas en la présente situation. Sans céder, Cassidy continua à soutenir le regard dur du bibliothécaire qui semblait comme la mettre à l'épreuve en la poussant dans ses retranchements, alors qu'elle faisait son possible pour lui faire comprendre qu'elle ne le jugerait pas comme sa mère avait eu l'habitude de le faire alors qu'elle n'en avait, selon la jeune femme, pas l'habilitation. En tout cas pas pour le faire comme elle l'avait fait, sans la moindre souplesse, sans le moindre équilibre, agissant telle une vieille balance déréglée et rendue bancale avec les années et l'oxydation. Sous le regard froid du sorcier, Cassidy luttait pour ne pas reculer et défendre ses opinions. Pourquoi cherchait-il à la mettre en difficulté alors qu'elle, d'une certaine façon, le défendait ? Mais attention, la défense n'était pas à relier avec une perte de lucidité, non. La défense avait sa place dans les jugements tribunaux et si elle avait pour qualité d'amener une part de souplesse, elle n' était pas pour autant dépourvue de réalisme. Il ne s'agissait pas de lui trouver des excuses outre mesure et de perdre toute objectivité. C'était même le contraire en réalité. Il s'agissait de replacer les choses dans leur contexte afin d' avoir une vue globale et unifiée de la réalité. Un bout de puzzle ne fonctionnait qu'en allant dans un ensemble, et pas autrement. Pouvait-on comprendre le sens et le fonctionnement du chiffre 4 sans le replacer dans sa réalité ? 2+2=4, 3+1=4, 1+1+1+1=4. Le résultat, seul, était incompréhensible. Pourquoi n'était-il pas heureux de savoir qu'elle ne le jugeait pas avec froideur et rejet, en prenant le temps de le comprendre entièrement, avec son histoire ? Peut-être parce que lui-même n'était pas totalement à l'aise et objectif lorsqu'il s'agissait de reconnaître les tords de sa mère, prisonnier du principe de loyauté et d'amour infantile inconditionnel. Ses lèvres pincées lui donnèrent des frissons. Que recherchait-il ? Lorsqu'elle le rejetait, il n'était pas satisfait et lorsqu'elle l'acceptait avec ses défauts, il cherchait à la contrer alors qu'elle n'avait absolument aucune mauvaise intention. Elle ne cherchait pas à le tromper, à le duper, à le rouler dans la farine, rien. Et pourtant, lui se blâmait et tentait de la déstabiliser.

« Non c’est sûr, mais nous créons nous-mêmes nos hasards, la vie nous apporte des épreuves, mais nous seuls décidons de la manière qu’elles afflueront sur nous. Nous pouvons décider de surmonter les évènements, de les laisser nous changer ou pas, ou qu’ils nous emportent dans les profondeurs… »

Il était buté. Diablement buté. Encore une fois il se trompait.

« Pour le coup, tu es trop pragmatique Octavius... Bien sûr que d'une certaine façon nous décidons de notre manière d'agir, mais ce n'est qu'une liberté de surface. D'un autre côté, ce qui constitue les fondements de notre façon de voir le monde et nos capacités de pouvoir y réagir au quotidien, que ce soit dans des situations banales ou plus rares, c'est bel et bien notre histoire selon moi. Un animal qui a été malmené toute sa vie et un animal ayant vécu en liberté auront-ils les mêmes ressources pour réagir face à une même situation de violence ? »

Sa voix était claire, et étrangement empreinte d'une certaine douceur alors même qu'elle n'en avait absolument pas conscience. A son insu, les vibrations de ses cordes vocales s'étaient spontanément adoucies et son visage, éclairé d'un sourire reflétant une certaine tendresse. Aider les autres avant de s'aider soi-même. Prendre soin des gens qui comptaient réellement pour elle. Encore une facette cachée que la Rowle prenait soin de dissimuler aux yeux de tous. Effectivement, la sorcière s'avérait être ce genre de personne dans le fond, mais uniquement lorsque la personne avait une valeur extrême à ses yeux, ce qui était véritablement rare. Elle était capable de torturer sans ciller, laissant son âme et son cœur de côté, mais lorsque l'attachement naissait en elle, que la personne prenait progressivement mais surement une place dans sa vie et dans son esprit, le cœur suivait expliquant ainsi le fait que la potionniste était capable de faire passer de rares personnes avant elle-même, pouvant aller jusqu'à se mettre en danger pour elles. Les yeux baissés, Octavius ressemblait à un enfant. Un enfant perdu, cherchant sa légitimité dans un monde dans lequel trouver sa place relevait de l'exploit. Lentement, il releva son visage vers elle, l'air complètement perdu. Désirait-il faire marche arrière ? Venait-il de se rendre compte de la complexité de la situation dans laquelle il souhaitait s'engager avec une telle ardeur quelques minutes auparavant ? Ou tout simplement s'était-il aperçu qu'elle n'était pas cette créature de miel et de fleurs qu'il avait longtemps idéalisée dans son imaginaire ? Les sourcils froncés en une expression indéchiffrable, les lèvres et les mains parcourues de légères crispations, Octavius paraissait totalement indécis. Alors qu'elle l'observait avec un mélange de crainte et d'attention, découvrant cette facette de lui qu'elle ne lui connaissait guère, le regard clair de Cassidy fut attiré par une marque rouge sur la joue gauche de son interlocuteur. Une marque qu'elle avait faite, elle. Elle, qui n'employait jamais la force physique. Elle, qui était si difficile à faire exploser. Après de longues hésitations, ne sachant comment réagir, ni comment serait perçu le moindre de ses gestes dans la situation actuelle où Octavius lui-même semblait complètement perdu, la potionniste finit par venir effleurer du bout des doigts la joue de l'homme qu'elle avait si violemment malmenée. Elle l'avait frappé... Non, elle l'avait giflé, venant blesser une fois de plus quelqu'un qui tentait d'avoir accès à son intimité. Un rejet, encore une fois. A son contact, l’œil gauche du sorcier se plissa légèrement, venant vriller un peu plus le cœur de la blonde.

« Je n'aurais pas dû. »

Non, elle n'aurait pas se laisser aller ainsi, à lever la main et à le frapper. Surtout au visage, cet endroit à la fois si fragile et terriblement intime. En le giflant, elle n'avait pas fait que blesser un visage même si dans les faits purement objectifs, c'était le cas. Elle avait porté atteinte à son identité, venant blesser son ego, sa virilité, et sa personnalité. Alors qu'elle se mordait la lèvre en proie à de violents remords, contre toute attente ce ne fut pas un mouvement de recul qui lui répondit, ni même une gifle qui lui aurait pourtant rendu la monnaie de sa pièce, mais un rire. Un rire bref, peut-être nerveux ? Avant qu'elle ne puisse creuser la question davantage, une main masculine vint recouvrir la sienne, la plaquant contre la joue rougie, comme s'il quémandait une caresse plus assumée. Paume glacée contre joue chaude. Peau contre peau. Le contact plus franc lui procura un nouveau frisson qui remonta le long de son dos, la perdant un peu plus. Pas de rejet ? Au contraire, un nouveau rapprochement ? Alors qu'il semblait vouloir la mettre en porte à faux avec ses affirmations ? C'était à ne plus rien y comprendre, à se taper la tête contre un mur. La main du sorcier tremblait tandis que les traits de son visage s'adoucissaient sous ses doigts élancés. Comme pour la perdre un peu plus, il relâcha brusquement son emprise, comme si la main féminine l'avait brûlé par sa température polaire. Il s'écarta imperceptiblement, ouvrant la bouche plusieurs fois sans que les mots ne puissent franchir le seuil de ses lèvres qu'il attaqua par la suite. Sa respiration était hachée, ses bras parcourus de légers tremblements. Merlin elle ne l'avait jamais vu comme cela, en proie à une telle perte de contrôle, lui qui était habituellement si assuré, si exalté et qui paraissait rempli d'une telle confiance en lui. Petit à petit, face à elle, l'oignon perdait ses couches protectrices et l'homme apparaissait dans son plus simple accoutrement. Mis à nu. De nouveau, un vague rire se perdit dans le silence de la pièce.

« Ce n’est rien, ce n’est pas grave. »

Il ne lui en voulait donc définitivement pas ? Perplexe, Cassidy resta silencieuse même si elle n'en pensait pas moins. Si c'était grave, bien sûr qu'elle était en faute. Si ses doigts s'étaient quelque peu réchauffés au contact de la joue du sorcier, ces derniers étaient de nouveau froids comme le givre. Il souriait, enfin avait tenté de sourire, en vain. Une grimace déformant ses traits était venue anéantir l'intention initiale, réduisant ses efforts à néant. Sans pitié, ni la moindre délicatesse, il vint appuyer sa paume sur l'un de ses yeux, forçant ce dernier à se fermer, l'empêchant de voir le monde autour de lui, l'empêchant de la voir, elle. Elle, la femme infernale responsable de cet état incontrôlable dans lequel il se trouvait présentement. Elle, dont les mots et les attitudes l'avaient forcé à se révéler sans artifices, venant réveiller des choses douloureuses telles que ce manque d'assurance et de confiance en soi. Un nouveau sourire, plus franc cette fois. Annonciateur d'une accalmie ? Elle n'en avait aucune idée.

« Ce n’est pas grave pour moi. C’est une habitude, une mauvaise habitude peut-être, j’en conviens, mais elle est mienne est c’est comme ça. Je te dirais toujours que je supporterai tout, et ce sera le cas, parce que je n’ai pas le choix. Tu ne sauras probablement pas rien de ce qui me fera du mal, même si tu t’en douteras, parce que je n’ai pas pour coutume d’éveiller une sollicitude à mon sujet que je n’ai pas le moyen de calmer, surtout à l’égard de personnes qui me sont proches. Je ne veux plus que tu t’inquiètes à propos de moi, que tu regrettes…
- Imp...
-... Ne m’interrompt pas s’il te plait… »

Respectueusement, Cassidy obtempéra, refermant sa bouche qui s'était une fois de plus ouverte malgré elle. Ce qu'il lui demandait était impossible. Comment ne pas regretter un tel acte lorsque l'on réalisait par la suite que l'on tenait bien plus à la personne que l'on venait de blesser, que ce qu' on avait pu imaginer ? Sa taire fut un bon choix dans tous les cas car ce qui s'en suivit vint éclaircir la situation de manière radicale. Les digues avaient lâché pour lui aussi. Il parla longuement, dévoilant tout ce qu'il avait sur le cœur et les raisons de cet aspect froid qu'il avait eu quelques instants plus tôt. Tout en l'écoutant, Cassidy eu l'impression de revivre leur histoire au travers d'un film ancien passé en accéléré, mais cette fois non plus en tant qu'actrice principale, mais comme simple spectatrice impuissante. Les mots fusaient, s'enchaînaient sans interruption dans un mouvement de catharsis. Les scènes se succédaient dans son esprit, lui imposant de revivre de l'extérieur les effets qu'il avait subi de sa propre cruauté, à elle. Figée, la jeune femme l'écoutait, ses yeux clairs ne pouvant se détacher des siens.

« [...] Pendant un mois j’ai vécu avec ton ombre dans mes pensées sans avoir la liberté d’en parler à quiconque sans te mettre en danger. Tu ruinais savamment mes espoirs avec un certain triomphe, frappant toujours plus fort que ce dont j’étais capable à ton égard, non pas par faiblesse d’esprit, mais par affection naissante. Je me suis efforcé de paraître désintéressé, indifférent à ce qui me touchait en vérité, à accepter ton mépris permanent sans être capable de te retourner un semblant de méchanceté en retour... »

B*rdel. C'était dur. Mal à l'aise, Cassidy baissa les yeux, ne pouvant soutenir sa propre image se reflétant dans les pupilles sombres du bibliothécaire. La jeune femme se savait dure, mais l'entendre ainsi de la bouche d'une personne qui avait progressivement pris de l'importance dans sa vie sans qu'elle ne s'en rende réellement compte à cause de l'aveuglement plus ou moins volontaire qu'elle s'imposait, était véritablement compliqué. Au fur et à mesure qu'il parlait, lui donnant à voir le chemin qu'il avait parcouru à cause d'elle, elle sentait un étau venir se resserrer de plus en plus fort autour de sa poitrine, allant jusqu'à l'empêcher de respirer convenablement. Avait-elle rougi de honte ? Non, au contraire. Il ne lui était guère possible d'être encore plus pâle qu'actuellement. Son cœur manqua un battement et sa respiration se coupa quelques instants alors qu'il continuait de parler.

« [...] Lors de cette fameuse soirée, Rogue a supposé que tu fusses la fautive et la seule chose qui me soit venue en tête pour essayer de t’écarter de ses soupçons ne constituait finalement même pas un mensonge. Je lui ai dit que sur cette terre, tu étais probablement la personne qui a le plus d’indifférence à mon égard.
-C'est faux. »

Par Merlin, jamais la vérité n'avait été aussi éloignée... Elle l'avait interrompu. Tais-toi Cass. D'un geste, elle s'excusa et l'invita à poursuivre.

«... J’aurais bien voulu, pour ma tranquillité d’esprit, pouvoir dire la même chose à ton sujet sur le moment, mais c’est à croire qu’aucune supplique ni méchanceté ne pourra me libérer de l’attachement que je te voue. Je pensais à toi constamment, me minant de ne pas savoir où tu étais ni avec qui, en danger, en paix, heureuse, malheureuse… [...] J’ai résisté à ton père autant que j’ai pu, alors qu’il me traitait en ennemi sans me connaître, me proposant le plus avilissant avec des propos orduriers. Je voyais le pouvoir qu’il avait sur toi et plus je le constatais, plus j’enrageais. Ton cavalier français de pacotille qui parlait de toi comme d’un objet ! [...] Je ne pouvais pas non plus m’empêcher de te poursuivre, te blessant d’abord par mon trop persistant intérêt, puis te prenant en chasse tel un animal en attendant que tu te vides de ton sang, affaiblie. Je me sens lâche. Je regrette d’avoir insisté ! Je regrette d’avoir insisté. Moi non plus, je n’aurais pas dû te mettre en difficulté comme ça, je n’ai pensé qu’à moi. »

Il revivait les choses et impuissante, Cassidy ne pouvait se résoudre à saisir l'une de ses mains au vol tant il les bougeait, illustrant ainsi ses dires par de nombreux gestes désordonnés et plus ou moins précis. Antoine Lacroix ne méritait pas tant d'attention de sa part, elle-même n'en avait absolument rien à faire de la manière dont il avait pu parler d'elle, même si Octavius avait du comprendre davantage de choses, aidé par sa compréhension de la langue française. Quant à son père... Il n'y avait rien à dire, à part qu'il s'était mis en danger. Qu'ils s'étaient mis en danger tous les deux en attirant les soupçons du patriarche. Si seulement elle n'avait pas provoqué cette chute, alors les deux tablées ne se seraient peut-être pas remarquées, ni rassemblées. Si seulement le destin les avaient tenus éloignés l'un de l'autre, rien de tout cela ne se serait produit.

« Octavius... Je... Je ne sais pas par où commencer. Je... Ce n'est pas seulement de ta faute. J'ai... je veux dire, j'ai une part de responsabilité énorme. De l'indifférence à ton égard ? Moi ? Sérieusement... Tu ne m'as jamais vue indifférente à quelqu'un. Lorsque je le suis, tout me passe au dessus de la tête et je n'ai absolument aucun scrupule à tout mettre en oeuvre pour le tenir éloigné. Tu me diras que j'ai fait beaucoup de choses pour cela avec toi, certes, mais pourtant rien n'était comparable. Je suis capable d'être encore pire, sans ambiguïté aucune. Or là, avec toi, il... il... मल. Je n'étais pas claire ou en tout cas j'aurais pu l'être bien plus, en n'entrant pas dans une sorte de jeu avec toi, ça t'aurais très certainement davantage dissuadé. Lorsque je suis indifférente, je ne joue pas. Je ne prends pas la peine de répondre, et surtout... je n'explose pas parce que tout ce que peut dire la personne ne m’atteins absolument pas. »

Elle releva les yeux vers lui, lui offrant de nouveau l'eau miroitante de son regard. Toutefois, cette dernière était trouble et agitée.

« Si tu n'avais pas insisté, rien de tout cela ne se serait produit en effet, mais... On aurait tous les deux perdu quelque chose, n'est-ce-pas ? Arrête de t'en vouloir, tu n'aurais peut-être pas insisté si je n'en avais rien eu à faire de toi et que je te l'avais bien fait comprendre, mais là... Ce... - les mots étaient difficiles à sortir - n'était pas le cas.»

L'entendait-il ? Elle ne pouvait en être certaine. Il recommençait déjà à s'exprimer, comme si les choses avaient été retenues pendant bien trop longtemps à l'intérieur de lui-même.

« La dispute dans cette chambre, la violence, les coups, je croyais qu’on ne pouvait pas descendre plus bas d’une certaine façon, mais je ne voulais pas que cela se finisse de cette manière, je voulais au moins que l’on puisse repartir sur des bases plus stables, mettre les choses au clair, quitte à s’être indifférents. J’étais trop concentré sur moi je crois… Je ne voulais pas te faire souffrir encore. Et puis, Elena. D’insultes en suppliques, je te perdais encore et encore, morceau par morceau, sans rien pouvoir y faire parce que fondamentalement, c’était moi le problème. Ce n’était pas toi, ce n’était pas les autres, c’était moi.
- Arrête.
- Je t’imaginais partir à chaque instant, t’enfuir, me détester encore plus, même quand les choses s’étaient calmées. A dire vrai je ne savais même pas ce que tu faisais encore ici et il n’y avait que mon outrecuidance pour me chuchoter quelques malices réconfortantes alors même que je ne faisais que te retenir de force, comme à chaque fois. Et maintenant, alors que je pensais avoir souffert de mon attachement pour toi sans avoir pu profiter ne serait-ce qu’un peu des bienfaits que nous offre parfois l’affection, tu… tu viens vers moi ? »

B*rdel. Comment pouvait-il dire que rien n'était de sa faute à elle, et que tout était de le sienne hein ? Sérieusement ! Tant de contradictions... La jeune femme se savait compliquée mais effectivement, présentées ainsi les choses prenaient une nouvelle dimension de complexité. Par Merlin... Elle était véritablement infernale et incompréhensible. Inhumaine, et cruelle. Une vraie fille de Mangemort. Pourquoi venait-elle vers lui ? Pourquoi maintenant ? Impérieusement, la réponse se présenta à elle tandis qu' Octavius continuait de déballer tout ce qu'il avait sur le cœur. Parce qu'il l'avait mise au pied du mur, dans l'urgence. Face à un dilemme où l'une des possibilités avait été qu'il s'en aille si elle se résignait à le lui demander d'une manière claire et authentique, Cassidy avait alors percuté qu'elle ne le souhaitait pas. Non. Il fallait qu'il reste. Elle le voulait. Mais pourquoi donc ?

« [...] Crois-moi, je ne dis pas ça pour te rendre coupable ! Ce n’est pas de ta faute, c’est de la mienne !
- Non... »

La suite fut d'une telle limpidité qu'elle lui en coupa le souffle. Ce qu'elle avait pris pour un signe possible de rejet, cette froideur qui était venue habiter son visage et qui avait terni sensiblement les traits souvent emplis de malice de son visage, n'était en réalité qu'une confusion interne face au revirement de situation auquel elle l'avait confronté.

« Franchement Cassidy, tu… cette seule marque, ce geste que tu as fait, ces choses que tu m’as dites ont suffi à diluer le chagrin et l’absence de perspective qui m’habitait. Je crains de te donner ce pouvoir mais en même temps, regarde, quelques mots et me voilà troublé comme jamais. Alors franchement… franchement, ne t’inquiètes pas pour si peu. Tu m’en feras d’autres, des marques, et ce ne sera pas grave parce que tu seras là. Parce qu’un seul de tes mots saura tout guérir. Tu me l’as demandé, donc je serai là. Et ça me console déjà de ce qui pourrait bien m’arriver ou de ce qui m’est arrivé. A tort diront certains, mais ça m’est égale. J’ai l’habitude, j’ai l’habitude… Ne t’inquiète pas, d’ici quelques instants, le trouble sera passé et je pourrais envisager avec calme toutes ces résolutions et ma propre situation. C’est que, je n’ose trop y croire ni m’y résoudre, mais j’ai l’habitude.
- Il est hors de question que je te refasse une marque telle que celle-ci. Je ne le ferai plus, je ne veux plus le faire. C'est... Non. »

Doucement la jeune femme frôla du bout des doigts les quelques cicatrices présentes sur le corps du brun, les enveloppant chacune d'un regard doux. Elle ne voulait pas le blesser, ni son corps, ni son esprit.

« Je ne veux pas te blesser. C'est... tu ne cesses de te blâmer et de m'innocenter comme si j'étais une oie blanche dans cette histoire mais... »

Doucement, sa main droite retomba le long de son corps.

« Je ne t'ai pas assez repoussé, je n'ai pas été limpide et suffisamment cruelle tout simplement parce que j'en étais incapable. Au fond de moi... Je... Je... Si au tout début je voulais effectivement que tu partes, les choses ont rapidement évolué sans que je ne m'en aperçoive, sans que je veuille m'en apercevoir. J'étais sans cesse partagée, tout en toi ne suscitait en moi qu'une ambivalence insoutenable que je cherchais à réprimer constamment. J'avais peur. Peur d'être percée à jour, peur de mourir. Je ne savais pas qui tu étais, comment tu fonctionnais, quels étaient tes idéaux. Je.. Je ne voulais pas... Je ne pouvais pas supporter l'idée de m'attacher à toi, parce que... Parce que s'attacher veut dire se mettre en danger. »

Était-elle réellement prête à prendre ce risque ? Cassidy releva ses prunelles turquoises vers le visage du sorcier. Elle ne voulait pas le perdre, alors la réponse s'imposa d'elle-même, la faisant doucement frémir, venant l'électriser toute entière. Un nouveau verrou oxydé qui maintenait son cœur verrouillé sauta et doucement, un geste s'esquissa, se dessinant à la craie. Sa petite main glacée vint doucement se glisser dans celle d'Octavius, venant entremêler ses doigts graciles entre les siens. La chaleur qui l'enveloppa presque instantanément lui tira un doux sourire, avant qu'elle ne redevienne sérieuse. C'était désormais à elle de s'expliquer, et de tenter de le rassurer sur ce qu'elle désirait réellement.

« Lorsque ce soir tu m'as demandé de choisir ce que je voulais réellement, j'ai eu peur. Je me suis sentie complètement perdue. Tout... Tout ce que je repoussais sans cesse a refait surface et je me suis rendue compte que, que je voulais que tu restes avec moi, même si cela me fait peur pour toi, pour moi. Pour nous. Je t'ai toujours dit que j'étais compliquée, ce n'était pas pour rien. Je suis particulièrement douée pour m'aveugler et refuser de voir ce que je ne veux pas voir. Il faut croire que je dois manquer de courage... Pourtant ce soir, lorsque j'ai été contrainte d'envisager réellement que tu me laisses seule, je... je n'ai pas pu et c'est là que j'ai vraiment réalisé que malgré toutes les fois où je te repoussais parce que j'étais incapable de te donner autre chose, tout ce que j'espérais au fond c'était que tu sois assez fort pour ne pas fuir, et que tu parviennes à trouver le courage de revenir. C'est... lâche. Je suis désolée Octavius, je suis vraiment désolée de t'avoir fait souffrir, mais je ne suis pas réellement douée pour apporter autre chose que de la souffrance. Je ne parviens pas bien à démêler mes sentiments, et à les nommer. Je n'ai pas l'habitude d'être démonstrative. C'est... Tout ça est tellement nouveau pour moi. Pourquoi toi ? Pourquoi as-tu su éveiller un tel intérêt chez moi, de telles... choses ? Je ne sais pas. Je ne sais pas. »

Un instant, la sorcière se tu, cherchant en elle-même les réponses à ses questions. Ses paupières se fermèrent tandis qu'elle essayait de s'y retrouver et de faire la paix avec elle-même. Les yeux fermés, elle reprit dans un souffle.

« J'aime ta façon d'être, ton regard énigmatique et ton charisme perturbant. J'aime ta façon de me pousser dans mes retranchements, ta combativité, ta détermination. Ta force, aussi. J'apprécie ta répartie, nos échanges sérieux ou même nos piques. J'aime tes défauts, ce manque de confiance en toi et cette belle assurance que tu sais si bien te donner. J'aime ta complexité, mais aussi ta simplicité. Ta voix, tes regards. Ta délicatesse et ta patience envers moi. Ton côté surprenant, et ton humour. On ne fonctionne pas de la même façon, nous n'avons pas forcément les mêmes points de vue mais je respecte ta façon de voir les choses, même si parfois je ne le comprends pas bien. - elle rouvrit les yeux - Ton sourire aussi, enfin... tes sourires plutôt. Il y en a tant que tu sais présenter et que tu m'as fait découvrir. Ta façon de me canaliser et de me tenir tête me rassure. J'apprécie ton intelligence, ta vivacité d'esprit, mais aussi tes cicatrices... et le fait que tu aies été capable de me présenter tes faiblesses et ce malgré tout ce que je t'ai fait endurer. Celui qui me pl... qui m'atti... qui... मल... que je voudrais près de moi ce n'est pas Octave, Octavian, ou Octavius... C'est toi, tu comprends ? Peu m'importe ton prénom et la signification que ta mère lui a donné. Je ne veux pas d'un prénom, je veux la personne qui le porte. »

Sans lâcher la main du sorcier, elle se rapprocha un peu plus réduisant la distance entre leurs deux corps, se moquant bien de marcher sur le peignoir blanc et le couvre lit rouge qui les séparait.

« Quant à celui que tu as été auparavant... Je l'accepte et comme j'ai tenté de te le faire comprendre alors que tu refusais d'entendre ce que j'avais à te dire, tu ne sais pas doser. - Doucement, sa main gauche vint se poser sur l'autre joue du joue du sorcier, celle qui n'avait pas été frappée -