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[9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab]

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GRYFFONDOR5ème annéePréfèteModo Cœur de Lion
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MessageSujet: [9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab] Mar 30 Aoû 2016 - 20:08


L’œil noir et le visage fermé, Meredith traversait les couloirs en balayant ses camarades de son attitude glaciale, presque méprisante. Elle marchait avec conviction, avec l’air de celle qui sait où elle va et a de bonnes raisons d’y aller. Durant sa traversée du château, elle donna plusieurs coups de baguette qui eurent pour effet de fermer des portes, de resserrer une cravate, et enfin – ce qui lui fit serrer les dents – de pousser hors de son passage un élève appartenant à la maison Nuncabouc. La plupart des élèves pestaient en la voyant approcher, car elle commençait doucement à se forger une réputation de lèche-botte des Carrow. Beaucoup d’autres cependant n’avaient qu’une expression consternée sur le visage. Ceux-là étaient des Gryffondors qui la connaissaient un peu, ou des gens avec qui elle avait déjà discuté, avec qui elle avait passé du temps, des rires, des devoirs à la bibliothèque. Ils ne la connaissaient pas plus que ça, mais en savaient suffisamment sur elle et sur son comportement habituel pour être totalement déconcertés par ses récents agissements.

Meredith avait toujours eu cette image de gentille fille, douce, rieuse, agréable et intelligente qui lui collait à la peau. Toujours prête à aider les autres, intrépide, individualiste, pleine de joie de vivre et de générosité. Elle était maintenant à l’opposé de tout cela. Du moins, elle essayait, car il lui aurait été impossible de changer de personnalité du jour au lendemain sans rien laisser paraître. Elle avait de nombreuses failles. Heureusement pour elle, devenir une affreuse personne quand on est quelqu’un de bien est beaucoup plus simple que de tenter l’inverse. Elle comptait avant tout sur la capacité étonnante des êtres humains à s’adapter aux changements les plus loufoques, et pour l’instant, elle était dans la bonne voie.

Depuis la rentrée, une semaine auparavant, et l’annonce de l’ouverture de Nuncabouc, des changements dans l’application de la discipline, de sa longue discussion avec Neville, la jeune fille avait rapidement fait ses choix. L’un d’entre eux serait de devenir une abominable préfète, dominante, presque méchante. Elle devait à tout prix plaire aux nouveaux assistants d’éducation – si on pouvait vraiment les appeler ainsi, elle-même leur donnerait plutôt le titre de « psycho-jerks ». Elle devait s’approprier leur confiance, malgré sa maison, et s’infiltrer dans leur système pour en connaître le moindre détail, la moindre spécificité, et surtout, les moindres faiblesses. Elle se devait de le faire, pour tous les autres. Et ces autres, là était le point le plus abominable, ne devaient rien en savoir. Rien du tout.

« Hé, Breckenridge ! Depuis la fuite de ton grand-frère chéri, t’as trop pris la confiance, fais gaffe, ça va se retourner contre toi. »

Meredith réprima un frisson et se força à respirer profondément avant de se tourner vers le jeune Serdaigle qui venait de l’interpeller. Elle le connaissait de nom, et ce qu’elle s’apprêtait à lui dire lui donnait déjà la nausée.

« Celui qui devrait faire gaffe, c’est toi, Benson. Il me semble que ta première année de petite sœur est entrée à Gryffondor cette année … »

Elle planta son regard azur dans le sien, et enchaîna avec un petit sourire cruel très convaincant.

« Encore une impertinence, et la chère petite passera quelques heures enchaînée dans les cachots, sous la délicieuse surveillance d’un Détraqueur. »

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Le dénommé Benson blêmit brusquement. Il avait beau mesurer dix bons centimètres de plus qu’elle, et être d’un an son aîné, il préféra ne rien ajouter, et n’eut pour elle qu’un regard chargé du plus profond des mépris. Apparemment, le message était passé. Peut-être que les Carrow avaient fait le tour des maisons pour leur expliquer les nouveaux pouvoirs accordés aux préfets. Chacun savait qu’elle était en parfaite mesure de faire exécuter ses menaces, et bien qu’ils ne la croient pas encore capable d’une telle cruauté, ils ne voulaient rien risquer pour une simple invective dans les couloirs.

En s’éloignant, entourée des murmures révoltés, des regards méprisants des jeunes sorciers ayant assisté à la scène, Meredith se força à adopter un port altier noble et un regard défiant. A l’intérieur, elle était brisée. Son corps tremblait jusqu’aux os, elle avait mal au cœur et au ventre. Tout son être semblait lui ordonner d’arrêter cette comédie contre-nature. Mais elle garda la face, se répétant que tout cela en valait la peine. L’objectif était simple et multiple : être capable par son attitude d’agir sur tous les fronts, de s’arranger une place parmi l’élite pour soutenir les opprimés, et enfin, d’offrir aux élèves de Poudlard quelqu’un à haïr pour que leurs rangs se resserrent, et que la solidarité deviennent leur véritable arme.

Cependant, une semaine seulement, et déjà elle se sentait fragile comme un nouveau-né. La haine, ce n’était vraiment pas pour elle. Elle trouvait un peu de réconfort parmi ses amis très proches qui savaient ses intentions, et se gardaient bien d’être démonstratifs en public. Elle puisait dans les ressources de ses compagnons la force qui lui manquait pour accomplir sa mission. Mais personne d’autre qu’eux ne lui adressait plus la parole, et elle se retrouvait enclavée dans une prison de solitude et de ressentiment, que les rares moments d’honnêteté et de soutien peinaient à soulager. Serait-elle capable de tenir jusqu’au bout ? Bon, au moins, quand l’Armée de Dumbledore reprendrait du service, quand Neville aura fait jouer ses contacts pour reformer la résistance, le cercle du secret d’élargirait, et elle serait moins détestée. Les membres de la résistance sauraient, et, elle l’espérait, la soutiendraient.

En attendant, elle devait renforcer sa carapace et retenir sa respiration. Ce soir-là, elle devait retrouver une des seules raisons pour laquelle elle se battait de toutes ses forces : Gabriel. Après des retrouvailles intenses, alors qu’elle le croyait plongé dans la plus sombre des déprimes, elle avait retrouvé un peu de son meilleur ami d’avant, et comptait bien le sortir entièrement de cette nasse. Leur rendez-vous fixé pour le soir même lui réchauffait le cœur depuis la veille, et elle trépignait d’impatience à l’idée de le serrer enfin dans ses bras.

Le soleil s’inclinait lentement derrière le lac quand la jeune lionne pénétra dans la salle de musique, en vérifiant au préalable que personne ne l’avait vue ou suivie. Il n’y avait presque plus personne dans les couloirs de toute manière, la plupart était parti manger. Elle trouva la salle vide, et alla s’installer sur un des canapés de cuir le long du mur gauche. Pour une fois, elle arrivait la première. Cette année avait vraiment changé beaucoup trop de choses chez la jeune Breckenridge. Il était temps qu'elle se retrouve.

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MessageSujet: Re: [9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab] Dim 2 Avr 2017 - 18:13

Thème.
Quand as-tu commencé à avoir peur ? J'ai trouvé dans mon cœur une ressource étrange qui me donne la force de vivre à travers tout. La haine. La jalousie des autres. Ils sont tous gris et sans saveur, ils sont une masse dont je veux me débarrasser. J'ai les yeux perdus dans la lune, j'ai des éclats de blanc dans les yeux qui m'éblouissent. Je ne peux plus voir les couleurs.

Gabriel voulait se mordre lui-même. Revenir à cet état animal qui avait quitté trop tôt l'humain. Les veines lui brûlaient comme elles ne l'avaient jamais fait. Il ne trouverait en ce monde que peu d'alliés, mais ils seraient flamboyants. Il jouait pensivement avec sa baguette en attendant d'aller voir Meredith. Les lèvres pincées, il pensait à ce début d'année et il en voulait de plus en plus à son  père de lui avoir tourné le dos en ce moment critique. C'est sûr que l'homme - pourtant ancien Serdaigle- n'avait jamais brillé ni par sa présence, ni par son courage les années auparavant, mais la situation demandait... Autre chose. Une présence.

Meredith.

Elle avait changé, mais elle avait fait semblant. Il le savait. Il avait apporté son balais avec lui, comme excuse de sa présence le soir dans les couloirs du château. Un entraînement de Quidditch, ça se fait à toute heure. Ou presque. Distraitement, il caressa ses phalanges. Il ne pouvait pas cacher le mal qu'il se faisait. Si un miroir avait subi sa haine lors de la rentrée, son déchaînement de violence ne faisait que commencer. Il avait été envoyé ici, enfermé dans Poudlard comme un chien fou dont on veut se débarrasser. Que faire quand tous nous abandonnent ? Il avait beau faire preuve de force, il ne voyait à présent que le dos de ses parents se présentant à lui comme des images sur un mur. Impossible de voir leurs visages, impossible de les atteindre. Gabriel était juste une idée qu'ils avaient eu ensemble de leur futur, maintenant que leur futur était compromis, il n'était qu'un poids. Il avait eu l'impression de ne plus exister dans les yeux de son père. Au mieux, il était une raison d'anxiété. Alors il se battait contre les objets imaginaires, il se faisait mal pour se souvenir qu'il était vivant.

Son visage se déchira tandis qu'il retenait ses larmes en marchant. Quel spectacle allait-il lui donner ? Lui qui avait juré de l'aider à travers tout. Lui, le chaos salvateur, perdu en lui-même comme un enfant perdu dans un lit trop grand. Il jura de nouveau. Il voulait jeter ce balais au sol, prendre sa baguette et foncer vers les Carrow. Juste leur crier toute sa haine au visage et se sacrifier pour les autres. Il voulait que le monde s'arrête et lui donne le temps de respirer. Il se recroquevilla un peu plus sur lui même pour ne pas pleurer. Il arrivait bientôt. Il ne pouvait pas faire ça. Il était un chevalier, le preux. Celui qui sera toujours là, dans l'arrière plan, à combattre avec le sourire. Il alla s'asseoir un instant. Il prit une grande respiration, une goulée d'air qui passait avec difficulté dans sa gorge serrée. Il frappa d'un coup sec sur son genoux. La douleur lui fit reprendre légèrement ses esprits et il fut capable de reprendre de nouveau un souffle correct.

Il ouvrit enfin la porte, un sourire mal assuré sur ses lèvres. Lorsqu'il vit Meredith, il sentit une partie du poids sur lui s'échapper. Fondre comme de la cire face au phoenix. Il ferma la porte derrière lui. Malgré tout, son sourire était douloureux. Ça lui tirait les joues comme de vieux élastiques trop serrés. Armé de sa pauvre grimace, il s'avança simplement vers elle. Il ne savait pas quoi faire. Il n'avait qu'une envie, la serrer dans ses bras, mettre son visage dans ses cheveux. Oublier l'espace d'un instant la noirceur qui les entouraient. Qu'ils s'unissent pour se rassurer.

Mais il avait cette peur. Qu'elle agisse comme tous les autres, qu'elle le repousse. Qu'elle lui dise que ce n'était pas le moment. Alors, il tentait de se contenir. C'était ce qu'on lui demandait depuis trois mois : se contenir. Elle lui demanderait la même chose. Qu'il ne se jette pas sur elle, ce n'était pas le moment. Ils étaient là pour parler de choses sérieuses. Ce n'était pas juste.

"Meredith, je…"

Il n'arrivait même plus à parler. Avec son sourire douloureux et son esquisse de geste stoppé dans le vide, la main en avant, Gabriel ressemblait à un grand jouet brisé.

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GRYFFONDOR5ème annéePréfèteModo Cœur de Lion
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MessageSujet: Re: [9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab] Ven 14 Avr 2017 - 17:27

En attendant Gabriel, au fond de son canapé rapiécé, la jeune préfète inspira profondément dans l’espoir de s’apaiser. Mais elle savait que dès que son esprit était au repos, ça recommencerait. Tendue, elle le sentit arriver, voulut le combattre mais rien n’arrêtait jamais sa malédiction, et à nouveau, Meredith se fit assaillir par le souvenir du cours d’étude des Moldus. Deux jours seulement s’étaient écoulés, et pas une heure ne passait sans qu’elle soit prise d’horreur en revoyant l’éclair vert sortant de sa propre baguette, en se souvenant avec horreur de la haine qui l’avait renversée aussi facilement que si elle avait été de papier. Des nausées la prenaient le soir dans la salle commune, quand elle croisait le regard des premières années. Elle croyait voir en chacun d’eux l’illusion moldue qu’elle avait froidement abattue. Et eux l’avaient vue faire. Tout le monde l’avait vue, parce qu’elle avait hurlé le maléfice, elle l’avait craché avec une voix qui n’était pas la sienne, une voix dégoulinante de haine et de colère. Et maintenant ce souvenir la poursuivait, ainsi que celui de la lapidation. Elle sentait au fond d’elle que cela n’allait pas durer, qu’elle arriverait à guérir de son action. Mais au quotidien ce serait plus dur. Elle était déjà montrée comme une sympathisante des forces obscures, une utilisatrice régulière de Magie Noire. Car tout le monde n’y arrive pas du premier coup, pour lancer le sortilège de Mort il faut plus qu’un peu de talent. Comme pour lancer un patronus. Mais Meredith avait la magie de son côté, et le reste, la haine, lui avait été servie en quantités suffisantes. Cela lui avait paru presque trop facile. Un doute horrible naquit dans son esprit. Et si vraiment elle était faite pour la magie noire ? Si sa place n’était pas dans la lumière, avec les autres, mais dans un coin humide et inquiétant de l’allée des Embrumes ?

Une vive douleur à la main la tira hors de ces sombres perspectives. Elle leva le bras et contempla avec désolation la chair à vif de ses pouces, les immenses crevasses autour de ses doigts, formées par son incessante manie de s’arracher la peau fragile du contour de l’ongle. Elle avait toujours eu ce tic dérangeant, elle cela lui avait valu pas mal de pansements et autres baumes réparateurs inutiles puisqu’elle se charcutait à nouveau au moindre désagrément. Malgré tout, cela était resté assez occasionnel. Mais depuis la rentrée, elle n’arrêtait plus un seul instant de se ravager la peau, de mordre, de gratter ses pouces sanglants malgré la douleur, malgré la profondeur des plaies, malgré le risque d’infection. Elle extériorisait comme elle pouvait l’horrible pression qui pesait sur ses épaules. Et quand ses mains étaient occupées, c’était le tour des joues qu’elle mordait avec véhémence. Mais une grimace étant bien plus visible qu’un simple grattement des ongles, elle évitait de le faire en public. Personne ne devait la voir faillir dans son calme, sa méchanceté, sa froideur. Elle devait être de pierre. Pour ses mains, ça restait discret, et il y avait peu d’yeux véritablement observateurs dans son entourage. Si Adam était resté à Poudlard…  il l’aurait immédiatement remarqué. Il l’aurait soignée, aurait surveillé qu’elle ne le fasse plus, l’aurait aidée à se débarrasser du tic. Mais Adam n’était plus là pour voir ce que les autres refusaient de voir, et elle ne pouvait plus compter que sur son infaillible meilleur ami pour l’aider à drainer sa douleur au quotidien.

Gabriel.

Elle avait eu de longues et fréquentes pensées pour lui, depuis la rentrée. Il parlait peu. Encore moins avec elle, à sa demande, car Meredith n’était pas supposée avoir le moindre ami. Amaryllis partageait aussi le secret, mais elles ne se voyaient qu’à peine, ne partageant aucun cours et chacune très prise par ses obligations de préfète ou de Capitaine. A l’inverse, Gabriel était toujours là, en retrait, à veiller sur elle sans jamais faillir. Elle sentait sa présence dans l’ombre, quelques rangs derrière elle, dans un fauteuil à proximité, toujours à portée de regard. Elle le savait affaibli, ravagé par la noirceur. Ils avaient besoin l’un de l’autre, plus que jamais, et elle n’arrivait pas à concevoir qu’il ne se soit pas encore effondré de tout ce qui lui pesait. Elle l’admirait tant, voulait tant lui rendre tout ce qu’il lui offrait en permanence. Mais elle avait à peine la force de se sauver elle-même !

Comme en réponse à sa pensée, la porte s’ouvrit doucement, sans bruit, et Meredith reconnut immédiatement la grande silhouette de son ami. Elle se redressa dans son fauteuil, voulut se lever, mais s’arrêta en plein mouvement. Pour la première fois depuis le train, elle regarda vraiment Gabriel, de haut en bas, sans la peur d’être surprise, sans la peur de lui attirer des ennuis. Ce qu’elle vit lui donnait envie de pleurer. Du garçon espiègle, sautillant, rieur qu’elle avait toujours connu,  il s’était transformé en un jeune homme fatigué, marqué par la tristesse et la violence. Elle fut frappée par ses traits tirés, ses mains aussi ravagées que les siennes mais aux jointures, sa posture basse et lourde. Tout en lui criait la souffrance. Même son sourire forcé, résidu d’un caractère enjoué et preuve qu’il voulait rester l’ami rassurant qu’il avait toujours été, souleva le cœur de Meredith. Il articula son prénom, leva un bras, faiblement. La jeune fille était pétrifiée. Mais un cri retentit dans son ventre, résonna jusque dans son cerveau pour enfin atteindre son cœur, et sans attendre un instant de plus, elle se leva, et alors qu’elle marchait lentement vers son meilleur ami, elle se transformait peu à peu en petite fille terrifiée. Elle n’avait plus qu’une seule envie, c’était d’échapper à la nuit pour se réfugier dans les bras de son grand frère. Les rôles s’inversaient. Gabriel, l’éternel enfant, Meredith, la voix de la raison, lâchaient leur façade et devenaient ce qu’ils avaient vraiment besoin d’être.

La lionne finit sa course en pleurs, dans les bras de son ami, répétant son prénom comme une formule magique contre le mauvais sort. Elle le serrait si fort, de peur de le sentir tomber, glisser, se disloquer, qu’elle devait lui faire mal. Mais elle ne pensait plus à rien. La seule chose qui comptait, c’était cette chaleur, cette humanité qu’ils offraient chacun à l’autre dans l’espoir de se sauver du naufrage. Seuls ils n’y arriveraient pas. Dans ces bras immenses, Meredith resta longtemps sans bouger, jusqu’à ce que ses tremblements diminuent puis disparaissent, puis encore longtemps après cela. Elle se sentait parfaitement à sa place. Et surtout, elle n’était pas seulement dans les bras de Gabriel, mais Gabriel était dans ses bras, et elle savait qu’il en avait autant – si ce n’était plus – besoin qu’elle. Maintenant le talisman était reformé, et elle voulait croire à cet espoir que rien ne pourrait plus le briser tant qu’ils seraient là, vivants, solides. Elle voulait rêver un court instant, cesser de tout voir à travers la vitre salie et déformante du Poudlard des Carrow, et être optimiste, naïve comme une enfant, heureuse comme une enfant.

« Tu m’as manquée Gab. On va y arriver ensemble. Ensemble ou rien. »

En reprenant la formule de son frère, Meredith semblait la comprendre pour la première fois dans tout ce qu’elle impliquait. Elle était si juste, expliquait tellement de choses, en promettait tellement d’autres.

« Ils nous auront pas. Pas nous. Plus jamais. »

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MessageSujet: Re: [9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab] Dim 28 Mai 2017 - 19:00

Gabriel était devenu à travers ses quelques mois, un simple golem de tristesse. Rognant chaque jour ce qui le caractérisait le plus : Son impulsivité. Il aurait voulu soulever l monde et le briser contre le mur. Il devait faire quelque chose, mais le moindre de ses pas l'emmenait plus loin encore dans une direction qui lui semblait dangereuse. Il avait peur du futur plus que jamais. Il se détestait, à avoir si peur, à être découvert si fragile par lui même. Il voulait tout briser, à commencer par lui même. Il voulait articuler qu'il était désolé, il ne savait même pas pourquoi. Il trouvait le jeu de Meredith bien plus dangereux que le sien. Pourtant, elle était utile. Lui ? Il n'était qu'une ombre dans le tableau des gens qui savent quoi faire. Les autres le prenait pour un imbécile. Ils le repoussaient tous. Il avait besoin d'elle. Il devenait fou d'être aussi seul.


La chaleur fut brutale. Il ne s'y attendait pas. Son balai tomba au sol. Il serra aussi fort qu'il pouvait. Cette étreinte fit naître en lui un point de soulagement qui commença à se propager à travers son être comme une vague de chaleur lente. Il manqua de s'étouffer tandis qu'elle réchauffait ses membres et donnait à ses yeux leurs éclats perdus. Comme une plante assoiffée sous la pluie battante, il se redressa légèrement dans les bras de son amie. Il ne se rendait pas compte qu'il pleurait aussi, silencieusement, écoutant son nom répété comme une prière. Pour toutes les fois où le silence s'était imposé à la place de leurs rires depuis la rentrée. Il lui caressa les cheveux, attendant qu'elle arrête de trembler. Là. Il savait quoi faire. Il savait pourquoi il était là. Il ne dit rien, il ne la rassura pas de fausses espérances. Il n'y avait rien à dire.

« Tu m’as manquée Gab. On va y arriver ensemble. Ensemble ou rien. »

Il hocha la tête, un poids se levant de sa poitrine. Ensemble, il savait faire. Là encore.

« Ils nous auront pas. Pas nous. Plus jamais. »

Il desserra alors un peu son étreinte. Dans son souffle, il murmura avec le reste de sa douleur.

"Je n'ai jamais été aussi seul que depuis que j'ai remarqué les autres."

Il n'avait jamais fait attention à tous ses regards, ses sourires moqueurs auparavant. Tous ceux qui observaient le vice capitaine de l'équipe de Quidditch. La comète qu'il était ne brillait que de peur et de tristesse. Il avait tellement ébloui les autres que sa chute faisait plaisir en bien des lieux. Il attrapa le visage de Meredith pour plonger son regard franc dans celle qu'il avait trop longtemps ignoré, à sa propre demande. Son front contre le sien.

"J'ai eu tellement peur, mais maintenant que je te vois. Tout va mieux."

Un sourire joyeux se déposa sur les lèvres de Gabriel. La couche de poussière grise se fendait autour de lui, lentement. Il sentait la chaleur des joues de Meredith sous ses mains, il passa son pouce sous ses yeux gonflés de larme. Il ferma les yeux.

"Il va falloir vivre à travers tout, hein ? J'arrive à penser maintenant. Ils sont insignifiants. Ils n'ont pas le droit de me rendre comme une gargouille. Je ne les laisserais pas. Car tu es là. Tu m'attends sans le dire."

Il décolla son front de celui de son amie en rouvrant les yeux. La proximité de leurs visages lui apporta un peu de rouge aux joues. Pour la première fois, il remarquait combien elle était belle. Il repensa alors à Stephan et compris certaines choses. Des années plus tard. Il lâcha Meredith et commença à fouiller dans ses poches.

"J'ai quelque chose pour toi."

Il retrouva la feuille cartonnées après quelques secondes, il la tendit à Meredith. Il se mordait la lèvre un peu appréhensif.

"J'ai retrouvé cette photo de l'année dernière dans le fond de ma malle. J'en ai fais une copie."

L'envers était marqué de l'écriture maladroite de Gabriel : "Toujours."

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MessageSujet: Re: [9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab] Mer 19 Juil 2017 - 22:44


No link between Creep (or maybe yes ?) and the situation, but this very cover is my favourite ever and inspired me a lot while writing. So ... here it is !

« Je n'ai jamais été aussi seul que depuis que j'ai remarqué les autres. »

La phrase résonna dans deux immenses vides. Celui de la pièce démeublée, et celui de la poitrine de Meredith. Si l’un était enfermé, compressé entre quatre murs, l’autre n’avait cure des limites de sang ou de chair, et pouvait s’étendre à sa guise en dévorant dans son abysse toutes les lumières autour. La lumière de son rire, engloutie depuis longtemps. La lumière de ses yeux, terne et vacillante. Gabriel lâcha en un souffle étriqué toute l’accumulation de sa souffrance brute. Un murmure, un hurlement. Meredith ne pouvait pas s’arrêter de pleurer. Comme si sa vie en dépendait, des flots de tristesse contenue s’échappaient de son regard pour s’écraser sur l’épaule de son ami. Le garçon qui constituait toute une part essentielle de sa dérisoire existence lui confessait sa solitude. Il lui confessait surtout la difficulté qu’il ressentait à réaliser qui il était, où il allait, et ce qu’il avait perdu.

Le jeune Asher avait été au monde pareil à un feu d’artifice : superbe, bruyant et explosif. Il fonçait, il parlait, il riait. Sûrement, il aurait gagné à s’arrêter de temps en temps pour réfléchir. Mais tel un feu d’artifice, il éclatait en de joyeuses gerbes colorées seulement pour éblouir les autres, débordant de générosité et de malice pour quiconque le souhaitait. Et elle admirait ça plus que tout. Elle était incapable de faire preuve de son insouciance à long terme, alors il prenait tout sur lui, l’assimilait, puis vivait avec. Mais une immense part de ce Gabriel là avait sombré. Et aujourd’hui, délesté de sa joie de vivre, ses yeux s’ouvraient douloureusement. Il voyait les autres, comprenait le sens de leurs regards et de leurs mots. Meredith sentait sa douleur et son amertume comme si c’était la sienne.


« J'ai eu tellement peur, mais maintenant que je te vois. Tout va mieux. »

La petite leva le regard. Elle ressentait cela aussi, de manière décuplée, mais doutait d’être un renfort aussi puissant pour son ami qu’il l’était pour elle. Deux êtres brisés, serrés l’un contre l’autre en soufflant les souffrances que le monde leur infligeait … il ne leur restait donc plus que cela. Se regarder, se toucher, pleurer ensemble parce qu’il faut bien pleurer quelque part. Front contre front comme une sorte de bénédiction, Meredith répondit au sourire de son ami sans le ressentir. Elle n’arrivait pas à se réjouir de voir son meilleur ami si ravagé, et d’être incapable de l’aider au quotidien, d’être avec lui comme elle le voulait vraiment.

« Il va falloir vivre à travers tout, hein ? » En l’observant prononcer ces mots terribles, elle ne put retenir sa main de monter jusqu’à la joue creusée pour lui témoigner sa compassion en la déposant contre la peau fatiguée, comme une mère le ferait à son enfant. « J'arrive à penser maintenant. Ils sont insignifiants. Ils n'ont pas le droit de me rendre comme une gargouille. Je ne les laisserais pas. Car tu es là. Tu m'attends sans le dire. » La reconnaissance qu’elle éprouvait à cet instant était telle que tous ses mots semblaient trop fades pour l’exprimer. Elle voyait son presque-frère subir une implantation subite de maturité, connaître en quelques mois plusieurs années de malheurs … quoi qu’il arrive, elle serait là. Sans faillir. Dans l’ombre, dans le silence, parfois à des centaines de mètres, elle lui apporterait son affection infinie, serait son alliée tacite.

« Qu’ils osent seulement. Qu’ils essayent, et qu’ils périssent en essayant. »

Elle avait murmuré ces quelques mots avec une infinie douceur, qui ne parvenait pas à masquer la férocité et la hargne réellement éprouvée pour ces autres et leurs tentacules du mal. S’il arrivait quoi que ce soit à Gabriel … non, même avant cela, elle les tuerait. Elle les enfermerait dans un bloc de glace aussi froid que leur cœur. Le jeune garçon se détacha d’elle, et fouilla dans sa poche. Son air un peu gêné, rougissant, était inhabituel, aussi Meredith voulu s’inquiéter. Elle n’en eut pas le temps. Ses yeux se posèrent sur la photo, et ce fut comme si le temps ralentissait. Elle les reconnaissait à peine. Le sourire franc sur leurs visages, il lui semblait étranger. Etait-ce il y a si longtemps ? Non, quelques mois pas plus. Ils étaient beaux, tous les deux. La photo était sublime, le soleil miroitait sur leur peau, et leur complicité se ressentait dans leurs accolades, leurs regards amusés, leurs jeux. Meredith posa la photo contre son cœur, vivement émue.

« Merci Gab. Elle est … » La petite ne savait comment décrire la force du sentiment naissant de cette image. Elle ne finit pas sa phrase, mais se mit sur la pointe des pieds pour embrasser son ami au coin de la joue, sur la pommette. Un baiser long et silencieux, qui allait bien au-delà de son symbole. Elle l’entraîna ensuite sur le vieux canapé rapiécé où elle s’était établie avant son arrivée, et s’installa confortablement contre lui, la tête posée sur sa poitrine. Il semblait qu’ils puissent enfin parler à cœur ouvert, sans peur des représailles, c’est donc ce qu’ils allaient faire. Avant cela, elle laissa quelques instants de silence s’installer délicatement, naturellement. Meredith n’était pas de ceux que les silences gênaient. Elle aimait le silence, considérant chaque instant de non-dit comme une parole en soi. Elle les considérait même indispensables à une conversation agréable. Ils aéraient, étoffaient, adoucissaient les propos rudes. Elle ne comprenait pas en quoi ils pouvaient mettre quiconque mal à l’aise.

« Gab … est-ce que tu veux parler de cet été ? De la bataille ? De ta mère ? »

Franche et directe, entre eux, pas besoin de détours précautionneux. Ils se connaissaient trop bien pour cela. Ce serait une insulte que de lui présenter des longueurs hésitantes, dégoulinantes de pitié. S’il voulait parler, il le ferait. S’il ne le voulait, il le dirait, tout simplement. Meredith ne savait pas s’il y avait vraiment quelque chose à dire à ce sujet, mais son ami n’avait pas trouvé de soutien chez son père – ce qui était peu dire d’après elle – alors peut-être que ça pouvait lui faire du bien que de tout simplement lâcher sa peine, sa rancœur, sa colère à une personne qui l’écoutait et non en se déchaînant contre un mur inflexible.

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[Ça fait un moment, donc j'ai un peu perdu la main, je me rattraperais au prochain, désolée !]

Lorsque Meredith l'embrassa sur la joue, Gabriel s'empourpra un peu plus. Comme si la couleur qui avait manqué à ses joues ces dernières semaines venait par vagues chaudes lui remonter au visage. Le masque se craquela pour faire apparaître son sourire de toujours, dévorant son faciès comme le trait fou d'un artiste malade. Le lutin qui était en lui réapparaissait tranquillement.

Il suivit Meredith avec docilité et passa son bras autour d'elle tandis qu'elle posait sa tête contre lui. C'était agréable de se sentir si proche l'un de l'autre. Il laissa tomber sa tête contre la sienne, respirant tranquillement l'odeur douce qui émanait de ses cheveux. Il ferma les yeux pour se concentrer sur la question.

"Je ne sais plus trop, Meredith. Je ne me souviens pas vraiment de tout. C'est comme si y avait un truc qui voulait pas me donner les clés de mes propres souvenirs. C'est étrange, hein ?"

Il rouvrit les yeux en fente pour fixer le plancher poussiéreux de l'endroit, son regard brun était aussi vif que celui d'un renard pris dans un piège.

"J'ai été le plus blessé par mon père. Il ne sait pas quoi faire. Il m'a renvoyé chez mes cousins dès qu'il pouvait et il se cache au ministère. Ma mère, elle fait que dormir. Ils disent qu'ils savent pas. Ils savent pas, ils savent pas, ils savent pas."

Il secoua la tête.

" Personne sait rien, vraiment, de ce qui va se passer. On fait quoi ? On observe en attendant que ça se passe ? J'ai l'impression d'être une silhouette en arrière de ma propre vie. C'est ça, qui faut faire ? Subir ? J'ai envie de partir loin d'ici, mais je me dis que c'est pas la solution. J'ai envie de me détruire, car je ne sais pas quoi faire de toute cette haine et cette force. Si demain, je me réveille trop fort, les Carrow me tueront."

Il resta un moment silencieux. Ses paroles sortaient comme un flot calme et tranquille, en désaccord total avec leur dureté. C'était presque discordant, que d'entendre une voix si jeune et si forte, annoncer sa propre fin.

"Ce n'est plus une idée de faire de simples blagues comme pour Ombrage. C'est une véritable guerre qui se prépare, c'est n'était qu'une bataille en juin. Aujourd'hui, c'est plus que ça. Je dois me préparer. Tous, nous devons nous préparer. Car nous ne rentrerons pas dans leurs cases, dans leurs méthodes. Leurs pensées."  

Il caressa doucement les cheveux de Meredith.

"Je te laisserais dans le plan que tu veux, mais il va falloir que tu te protèges. Cache-toi bien de mes prochaines souffrances, Meredith. "

Car il sera torturé, car il sera bousculé, car il s'engagera dans le feu de la bataille comme le lion qu'il est. Il sera flamboyant une fois encore, au sein de cette guerre qui se prépare. Il n'arrivera pas en un seul morceau à la fin de cette année. Certainement pas. Et elle devra observer en silence.

Trahissant ses pensées les plus noires, sa main se referma autour de l'épaule de Meredith. Il ne resterait pas à l'arrière. Ce n'était pas sa place.

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MessageSujet: Re: [9 septembre 1970] Finally, together. [PV Gab] Sam 30 Déc 2017 - 23:40

Il se dégageait de leurs corps tremblants une véritable chaleur, celle des cœurs battant à l’unisson à la gloire d’une confiance infinie. Quand Gabriel avait souri, de ce sourire brûlant et mordant, ce sourire d’avant tentant une sortie vers le soleil, Meredith s’était elle-même fendue de joie. L’espoir subsistait donc. Il subsisterait toujours. Dans leur bateau branlant, fuyant, inquiétant, une petite lanterne au bout d’une canne faisait miroiter des reflets dans l’eau noire. Installés de leur mieux, calés au fond de ce canapé poussiéreux et pourtant parfaitement à leur convenance, ils s’écoutaient respirer. Puis la lionne posa sa question, et le lion y répondit, dans un murmure qui pourtant résonnait comme le plus féroce des rugissements.

« C'est comme si y avait un truc qui voulait pas me donner les clés de mes propres souvenirs. C'est étrange, hein ? »

La petite ne dit rien, attentive, respectueuse. Beaucoup de choses se jouaient en cet instant, bien plus qu’un simple réconfort mutuel. C’était presque comme une thérapie du silence … sans le silence.

« Je ne sais plus trop, Meredith. Je ne me souviens pas vraiment de tout. C'est comme si y avait un truc qui voulait pas me donner les clés de mes propres souvenirs. C'est étrange, hein ? »

En vérité, pas tant que cela. La petite ressentait son désarroi, elle le connaissait bien pour y avoir goûté quand son frère était parti. Un moment de flottement terrible, irréel, comme si on lui avait brutalement arraché les cordes vocales dans son sommeil, sans qu’elle s’en rende compte. Et au matin, plus rien. Elle savait qu’il allait partir, elle en était la complice, mais l’horreur n’en était pas diminuée. L’horreur de se dire que peut-être, elle ne le reverrait plus, ou alors dévisagé, estropié, mort. Et elle avait dû vivre avec le regard meurtri de ses parents, le sentiment tenace de les avoir trahis. Rien de comparable à ce que devait ressentir Gabi, mais elle s’y raccrochait pour tenter de comprendre la crevasse fendant son ami. Sa douleur, elle l’avait dépassée, elle sentait au fond d’elle que son frère était vivant. Son véritable démon était ici, et elle devait faire face au lieu de s’inquiéter pour son invincible sang qui ne se laisserait certainement pas avoir si facilement.

« J'ai été le plus blessé par mon père. Il ne sait pas quoi faire. »

Son père, Meredith ne l’avait jamais rencontré, ou juste vu de loin à la gare, peu adepte des sleepover. Mais immédiatement, d’un visage avenant, elle se figura en lui un homme dur, apeuré, triste et fragile. Elle ne trouvait rien de plus lâche pour un père que d’abandonner son enfant alors qu’il a plus que jamais besoin de lui. Elle ressentit une colère sourde résonner dans sa poitrine, comme en écho à celle constante de son ami. Comment osait-il, cet homme, infliger tel supplice à Gabriel ? Comment n’importe quel homme pouvait-il faire cela à son fils ? Le laisser dans l’inquiétude, la noirceur, la solitude ? Se réfugier dans son travail ? Elle concevait à peine le sentiment d’abandon qui devait habiter Gabi.

« Ma mère, elle fait que dormir. Ils disent qu'ils savent pas. Ils savent pas, ils savent pas, ils savent pas. »

A cette évocation, la petite serra la grande main un peu plus fort, sans rien dire. Gabriel savait qu’il trouverait toujours chez elle un refuge, que sa maison était la sienne, que sa famille était aussi la sienne s’il en ressentait le besoin. Mais elle ne croyait pas que c’était ce qu’il voulait entendre. Il ne voulait pas une famille de substitution, il voulait retrouver la sienne.

« Personne sait rien, vraiment, de ce qui va se passer. J'ai l'impression d'être une silhouette en arrière de ma propre vie. J'ai envie de partir loin d'ici, mais je me dis que c'est pas la solution. J'ai envie de me détruire, car je ne sais pas quoi faire de toute cette haine et cette force. Si demain, je me réveille trop fort, les Carrow me tueront. »

L’air et le temps étaient en suspension dans la salle de musique. Les instruments étaient là, immobiles, comme des créatures aux formes incongrues, cachées dans l’ombre à les observer. Meredith, comme eux, ne bougeait plus du tout, c’est à peine si elle respirait. Cette violence-là était plus dévastatrice que toutes les autres. Elle ne savait que dire. Elle voulait le rassurer, lui murmurer que tout irait bien, qu’il n’avait pas à craindre les Carrow tant qu’il ne se faisait pas remarquer. Elle voulait lui assurer que demain, s’il se réveillait trop fort, elle serait là pour bloquer la porte et protéger ses arrières. Mais ces mots restaient coincés dans sa gorge, trop dégoulinants d’un optimisme vain, de promesses intenables.

« Ce n'est plus une idée de faire de simples blagues comme pour Ombrage. C'est une véritable guerre qui se prépare. Tous, nous devons nous préparer. Car nous ne rentrerons pas dans leurs cases, dans leurs méthodes. Leurs pensées. »

Meredith acquiesça, sentant le bout de sa baguette chauffer doucement contre son ventre dans la doublure de sa robe. Elle répondait à son enthousiasme. Et cette flamme de révolte frémissant dans sa voix, si dangereuse qu’elle puisse être, restait une flamme capable de chasser le froid de la solitude et le brouillard du danger.

« Ça, je peux t’assurer que jamais ça ne se produira. Ils pourront nous torturer, nous mettre dos au mur ou nous attacher aux cachots, on ne pliera pas. Ils comprendront bien vite leur douleur. » Tout comme eux comprendraient bien vite la leur, mais ça, Meredith ne le savait pas encore. « Je te laisserai dans le plan que tu veux, mais il va falloir que tu te protèges. Cache-toi bien de mes prochaines souffrances, Meredith. »

La rouge reprit le va-et-vient de son pouce contre le dos de la main de son ami. Elle se voulait rassurante, mais ces mots la faisaient trembler contre son gré.

« Comme si je pouvais t’empêcher de t’exposer en première ligne… je ne peux que te demander de te préserver un maximum. De ne pas te lancer dans des missions suicides. De garder la tête froide. Je ne serai plus là pour faire ça à ta place. » Sa voix était celle d’une mère, son expression celle d’une enfant. « Et puis … toi aussi, protège-toi de moi. Je n’ai pas l’intention d’y aller de main morte. »

Sentant la main se refermer sur son épaule, et la serrer comme on sert la barre d’un bateau pour se donner le courage d’avancer, la lionne n’hésita pas un instant et recouvrit cette main large et chaude de la sienne, maigre et fraîche.

« Nous sommes à Poudlard depuis déjà dix jours, pourtant j’ai l’impression que toutes ces horreurs qui semblent se multiplier ne font que commencer. Et j’ai peur d’en devenir bientôt l’auteure. J’ai lu leur livre, tu sais … »

Sa voix se brisa. Elle s’apprêtait à aborder là un point sensible, très sensible de ses problèmes. En effet, elle avait lu le livre de Magie Noire pour débutants commandé par les Carrow. Mais ce que Gabriel ne savait pas, c’est qu’elle avait fait bien plus que cela. Déjà les années précédentes, elle s’était penchée sur ce domaine épineux et insondable qu’étaient les forces obscures. Et au fur et à mesure de ses recherches, de ses expérimentations, ce qu’elle découvrait la fascinait autant que la terrifiait. Comment avait-elle pu se laisser toucher ainsi, à son si jeune âge ? Comment en était-elle arrivée à en parler, maintenant ? Ces paroles semblaient sortir d’elle sans qu’elle y réfléchisse, comme un besoin primaire de confession.

« … j’ai lu leur livre, et ... » Elle ne savait comment aborder le problème. Ni comment le minimiser pour ne pas inquiéter Gabriel. Elle n’y arriverait pas. « Tu te souviens, l’année de Maugrey Fol Œil et du Tournoi des Trois Sorciers ? C’était il y a longtemps, on n’était que des enfants, on se connaissait à peine. Mais je t’avais confié une fois mon inquiétude, alors juvénile et sans grand sérieux, de pencher vers cette part sombre de la magie qu’il nous montrait parfois. Je trouvais ça fascinant. Et maintenant… depuis deux ans, je mène mes recherches dès que je peux, je pique des livres dans la Réserve, j’en emprunte chez un vieux sorcier de Plymouth. Et chaque fois, je lis, je dévore les pages, je suis aspirée par ce que j’y apprends. »

La jeune fille reprit son souffle, les yeux brillants, la main crispée sur celle de son meilleur ami. Elle avait peur des mots qu’elle allait prononcer. Elle se sentait vulnérable, incapable de contrôler ses émotions, et cela la mettait en colère contre elle-même. Ne pouvait-elle pas garder ça pour elle ? Au lieu d’inquiéter Gabriel, de lui donner des idées noires, de briser sa propre clause du silence, pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se taire et intérioriser, comme d’habitude ? En un sens, elle savait pourquoi. Parce que cette fois, c’était trop gros, trop lourd. C’était une vérité trop terrible à garder pour soi, une vérité qui menacerait de s’envenimer si elle ne voyait pas la lumière du jour.

« Gab … et si je devenais une mauvaise sorcière ? Si je tombais de l’autre côté ? » Son souffle était court, elle crachait ces paroles aussi vite qu’elle pouvait, de peur de s’arrêter en chemin. « On a des cours de magie noire cette année … c’est dangereux. J’ai peur que … que je sois douée. Non, je le sais, je suis douée pour ça. Je me dégoûte, mais je ne peux pas m’en empêcher. Tu sais ce qu’est la magie pour moi, comme un organe vital qui pulse dans toutes mes cellules, je ne suis pas grand-chose sans elle. Et d’en découvrir une part entière, une part mystérieuse, qui semble si proche, si contrôlable … rien que de la dire regarde, je tremble, je me fais peur à moi-même. »

Les images du premier cours battaient en elle, pulsaient, lui rappelaient comment sa baguette avait répondu docilement à l'appel de la haine. Elle l'avait fait. Elle avait lancé ce sort, et si ce n'était qu'une illusion qu'elle avait touchée, dans son cœur c'était comme si elle avait annihilé d'un rayon vert une part de sa lumière intérieure.

Ce qu’elle n’osait pas dire encore, c’était que ce basculement avait beaucoup à faire avec la chute de Stefan. Le garçon, en lui-même, ne lui faisait plus autant de mal quand elle y pensait. Mais elle l’avait cru si fort que maintenant qu’il était parti, qu’il s’était engouffré dans la brèche, elle semblait attirée elle-même vers cette noirceur pour tenter la comprendre, de comprendre ce pouvoir qui avait tué le serpent. Et, stupidement, elle se croyait suffisamment forte pour ne prendre de la magie noire que ce qui l’arrangeait, et laisser la colère, la haine et la folie de l’autre côté du gouffre. Mais à trop se pencher, elle finirait par tomber, c’était certain. A voir maintenant jusqu’où elle plongerait son visage avant de basculer sans retour, ou de se faire ramener brutalement sur la terre ferme.

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