AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Mar 30 Aoû 2016 - 18:06

15 Septembre 1997.

Il n’était pas quelqu’un de facile à surprendre. Principalement parce qu’il en avait déjà vu des vertes et des pas mûres, mais aussi grâce à son esprit d’une souplesse infaillible en toutes circonstances. Il aimait à se dire qu’il était toujours prêt à tout, ce qui s’avéra n’être que partiellement vrai. Lorsque le nouveau directeur lui avait envoyé une missive, accompagnée d’une pile de dossiers, pour lui annoncer qu’il allait devoir garder les loups-garou de l’école pendant les nuits de pleine lune, Octave marqua un arrêt. L’espace de quelques secondes, il eut une véritable absence. Son âme s’était détachée de son corps aux yeux vitreux et s’envolait, les doigts en l’air, lançant « ciao looser ! ». Heureusement, cela ne dura qu’un instant et il reprit contenance aussi vite qu’elle l’avait quittée. Il eut la nette impression d’être sujet à une sordide punition d’école, ou de passer un test au but incertain. Mais surtout, le sentiment d’être utilisé comme le vulgaire subordonné qu’il était avait mis à mal son égo, particulièrement après tant d’années passées à n’avoir strictement aucune notion d’hiérarchie imposée. La demande en elle-même l’importait peu, ce qui le froissait était son absence totale de lien avec sa profession officielle. Il avait toujours eu pour habitude de facturer un surplus lorsque des affaires annexes se présentaient, et était maintenant contraint d’obéir sans rechigner. Mais au fond, Rogue avait raison, et Octave finit par reconnaître qu’il ne pouvait décemment pas, dans un aussi grand château, se cantonner simplement à son rôle premier. Il avait donc laissé l’irritation qui le gagnait mourir dans un coin de son âme, et finit même par relativiser. Après tout, la seule fois où il lui avait été donné de voir un loup-garou, s’était à une bonne distance. Voilà donc qu’il avait l’occasion de les étudier de près, sans compter que les appartements de Cassidy n’étaient pas très éloignés de son lieu de gardiennage.

Cassidy… Cette femme. Sans qu’il ne se rende parfaitement compte de l’instant précis où cela s’était produit, l’image de la jeune femme s’était immiscée dans son esprit, se lovant dans un coin de son cerveau pour ne plus le quitter. Elle persistait, tel un parfum, à enivrer ses sens, à malmener la concentration dont il essayait de faire preuve pour ne pas avoir en permanence l’impression qu’elle était dans son dos, à faire frissonner la peau de sa nuque de son souffle chaud. Parfois était-il même envahi par une sensation aussi étrange et indéfinissable que saisissante, pour au final comprendre que s’était son souvenir qui le mettait en émoi, le prenant à la gorge et lui empoignant les tripes comme le plus pénétrant des venins. C’était encore pire et vicieux qu’une madeleine de Proust. Partout dans le château y avait-il quelque chose pour lui rappeler cette femme, même quand elle n’était pas spécifiquement dans son champ de vision. Car, pour ne rien arranger, il arrivait à Cassidy de se rendre à la bibliothèque afin d’y travailler de temps à autres, et lui emprunter quelques livres, faisant déferler une nouvelle vague sur sa plage de souvenirs presque sèche. Inexplicablement, lorsqu’elle était devant lui, il regagnait en assurance et parvenait à lui décocher un sourire des plus mielleux alors leurs regards se croisaient par hasard entre deux piles de livres. Peut-être était-ce dû à la défiance qu’ils s’inspiraient l’un l’autre et qui le poussait à garder tête haute en sa présence. Mais en son absence, inconsciemment, son esprit la voyait partout, si bien qu’il se surprenait plusieurs fois par jour à divaguer alors qu’une cascade de mèches blondes recouvrait l’intérieur de ses paupières à chaque fois qu’il s’aventurait à fermer les yeux pour retrouver contenance. Au bout de quelques jours, il capitula et reconnut qu’elle le hantait, comme le plus vengeur des fantômes. Après tout, il méritait cette turpitude.  

Mais du coup, la seule chose qui avait réussi à complètement reléguer au second plan la trace de la jeune femme fut cette surprenante annonce de surveillance. Et Octave, finalement, s’en trouvait reconnaissant d’avoir un peu de répit, car la nature humaine est ainsi faite, que les émotions éprouvées simultanément ne s’additionnent pas totalement dans notre sensibilité, mais se dissimulent les unes derrières les autres par ordre de grandeur, selon les lois bien connues de la perspective. C’est donc avec curiosité qu’il s’était adossé à son fauteuil pour feuilleter les dossiers des élèves concernés, qu’il n’avait jamais eu l’occasion de voir. Il n’était sûr de savoir si Rogue avait fait exprès de lui en parler aussi tard, mais on était le quinze septembre, précisément la veille de la pleine lune. Jetant un coup d’œil par la fenêtre, il constata que le ciel était clément, et parsemé de quelques nuages floconneux, présageant une nuit paisible. Il faisait encore relativement chaud à l’extérieur et Octave fut caressé par l’idée folle de profiter une dernière fois d’une baignade au clair de lune, comme il avait pris l’habitude de le faire en Australie. Sauf qu’ici, c’était peut-être la dernière fois qu’il avait l’occasion de plonger dans les eaux troubles du lac avant qu’une pluie torrentielle ne recouvre le paysage. De plus, il lui fallait bien dormir cette nuit afin d’être frais et dispo pour la prochaine, et quoi de mieux qu’une baignade pour se détendre ? Convaincu par son propre argument, Octave attendit qu’onze heures du soir sonnent sur la pendule mécanique de la bibliothèque et referma l’Odyssée, qu’il relisait au moins pour la dixième fois, avant d’aller récupérer une large serviette de bain dans ses appartements. Descendant les escaliers faiblement éclairés par quelques bougies, il prit grand soin à ne croiser personne. Et alors qu’il parcourait l’étendue d’herbe qui séparait l’entrée principale du château du lac, un dilemme occupait son esprit et pour une fois, il ne s’agissait pas de Cassidy. Non, une question bien plus pertinente : se baigner à poil ou pas ? Finalement, il en conclut qu’il verrait selon l’inspiration du moment.

S’approchant de la plage, il repéra un buisson bien garni et entreprit d’enlever ses chaussures en cuir pour les y planquer, ainsi que la serviette, des fois qu’un inspecteur ait l’idée de passer par ici. Une fois cela fait, il s’avança vers l’eau pour y plonger un pied et conclut qu’elle était bien plus froide que prévu. Cela trancha définitivement la question précédemment posée car il n’y avait que ses vêtements pour atténuer le peu de degrés du lac. En temps normal, il ne se serait pas volontairement aventuré dans une eau qu’il estimait à quinze degrés, mais là, il en avait vraiment besoin. Surtout que la nuit était effectivement belle et la lune blanche se reflétait sur la surface miroitante du lac, illuminant de mille feux le paysage. Regardant derrière soi une dernière fois et vérifiant que personne n’était en vue, il fit un pas en direction de l’eau, prenant tout son temps, et c’est en prenant tout son temps qu’il entra petit à petit dans l’eau. D’abord, le jean, qui fit un instant office de muraille contre laquelle l’eau venait se blottir, et puis, elle vint gracieusement les imbiber quand Octave fut allé plus en avant. Elle montait, de plus en plus haut, le long de son pantalon, imprégnant le tissus. Il était à mi-cuisse et marchait sans ciller, sentant enfin une tranquillité quasi absolue l’envahir, le regard perdu dans l’horizon, ou comme on dit : dans le(s) vague(s)… A la hauteur du nombril maintenant. Eh beh, qu’est-ce qu’elle n’était pas chaude… Sa respiration se fit difficile alors que ses épaules s’immergeaient, tant le froid était saisissant. Les narines palpitantes, il donna deux grands coups de brasse et enfin, n’eut plus pieds et avec, la totale sensation de ne plus rien maîtriser du tout. Ce n’était pas mauvais de se laisser aller de temps en temps…

A mesure qu’il parvenait à calquer son souffle sur la pression de l’eau, Octave se sentait de plus en plus à l’aise. Savourant cette liberté, il nagea sur place pendant un moment, profitant de de la sensation de quasi apesanteur que lui offrait l’eau. Puis, soudain, il se laissa couler, alors qu’une nuée de bulles lui échappaient par le nez, vidant ses poumons jusqu’à ce que ses pieds touchent le fond. Lorsque ses orteils prirent ferment appui dans la vase, il donna un grand coup et sortir de l’eau seulement pour reprendre une grande bouffée d’air, avant de replonger sous l’eau, cette fois-ci en nageant tout droit. En Australie, il avait pris l’habitude de faire de l’apnée et constata avec ravissement qu’il n’avait en rien perdu de ses capacités. Il ressortit environ trente-cinq mètres plus loin, inhalant goulûment l’air à plein poumons. Il savait le lac habité, aussi n’eut-il aucune surprise lorsque quelque chose vint toucher –lécher ?- son pied droit. Quelque peu troublé, il continua néanmoins à nager calmement en direction du centre du lac, là où les premiers rayons de la lune semblaient se refléter. Tantôt d’une brasse silencieuse, tantôt sous l’eau, il parcourut plusieurs fois la rive de long en large, savourant avec plaisir l’incomparable liberté de son corps, laissant une trêve pour son esprit, bien plus épuisé que ce qu’il voulait se laisser reconnaître. Ses épaules perdirent de leur tension et son dos se détendait à mesure que le temps passait. Les cheveux mouillés paraissant noirs, ainsi que sa chemise blanche faisant parfaitement écho aux reflets pâles de la lune, sa présence passait inaperçue, même de loin.

Presque entièrement rassasié, Octave plongea une dernière fois, après avoir bien rempli ses poumons, avec pour but d’atteindre la plage d’une seule traite. Une bonne cinquantaine de mètres le séparait et il n’était pas bien sûr de parvenir à les franchir sans reprendre son souffle à quelques mètres de la fin. Enfin, il s’immergea. Il aimait la sensation de ses cheveux ondulant dans le noir alors qu’il prenait de la vitesse, battant des jambes et des bras avec la vigueur d’un pur-sang au galop. D’un point de vue sensoriel, lutter contre la pression physique était l’une des choses les plus exaltantes qu’il connaisse. Les yeux grand ouvert, il ne voyait rien d’autre qu’une nuée grisâtre se profiler devant lui sans jamais changer de ton ni de relief. Il força jusqu’à ne plus pouvoir avant de sortir la tête de l’eau, dans un remous presque imperceptible tant il avait franchi la surface avec lenteur. Tout de suite, il remarqua quelqu’un sur la plage, à une dizaine de mètres de lui. Son corps se figea instinctivement, alors que son cerveau cherchait déjà mille issues à sa position, dans le cas où il aurait été question d’un membre peu avenant du personnel. La bouche encore sous l’eau, il laissa ses pieds prendre appui sur le sol, sans se redresser cependant, préférant rester caché aux yeux de l’inconnu pour le moment. Mais après une rapide observation, il constata avec un certain soulagement, à la silhouette du personnage, qu’il ne s’agissait que d’un élève. Trainer à une heure pareille à l’extérieur était interdit, tout comme se baigner dans le lac, ils étaient donc déjà tous deux complices. Naturellement, il remonta de quelques centimètres pour libérer sa bouche et articula d’un ton enjoué, le tout accompagné d’un sourire malicieux :

« Salut. »

Efficace.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 237

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Sam 10 Sep 2016 - 9:01


Shawn tournait en rond dans son dortoir comme un lion en cage. Il n’arrivait pas à trouver le sommeil et son corps était agité de nombreuses émotions contradictoires. C’était toujours ainsi avant la pleine lune. Comme si la bête en lui sentait approcher l’heure de sa libération, et armée de son euphorie, elle ébranlait l’âme de son réceptacle. Le sang bouillait dans ses veines et palpitait au niveau de ses tempes. Résultat, Shawn était animé d’une soif inextinguible de sauter sur place, de frapper dans quelque chose ou de courir en poussant un cri interminable.  Courir sans s’arrêter jusqu’à tomber d’épuisement et s’endormir à l’endroit de sa chute. Shawn se stoppa devant la fenêtre, depuis la tour des Gryffondors, il avait une vue splendide sur la lune presque pleine dans la nuit enveloppée de son manteau de ténèbres. Il soupira, envoûté par la lumière de l’astre solitaire qui caressait son visage de sa timide lumière. La lune, belle et silencieuse, mystérieuse et protectrice. Cet astre le fascinait au-delà des mots.  Si on devait comparer Shawn à un astre, aucun doute qu'on le qualifierait de soleil. Rien d'étonnant à ce que le soleil soit fasciné par sa compagne nocturne, reine des élégies.

Ses mains étaient moites et son souffle court. Il s’agissait de sa première pleine lune entre les murs de l’école depuis 4 ans, c’était angoissant. Il avait peur. Peur de se retrouver enchaîné au fin fond des cachots, peur de ce que Rogue pouvait lui réserver quand il serait sous sa forme animal. Pouvait-il faire confiance à Rogue ? Shawn ne savait pas. D’un côté, Rogue ne l’avait pas envoyé chez les boucs, il avait été muet comme une tombe sur sa condition de loup-garou, mais d’un autre côté, ne comptait-il pas se servir de lui pour créer une armée de loup-garous pour son Lord ?  Le dark lord ne refuserait pas une armée de bêtes assoiffées de sang avec le célèbre Greyback à sa tête. Il tourna le dos à cette nuit aux doigts gantés de velours noirs et se laissa choir sur son lit. Le Gryffondor fixa, pendant de longues minutes, le plafond de sa chambre. L’horloge accrochée près de la porte continuait la course inéluctable des secondes, des minutes et des heures. Tic-tac, les aiguilles égrainaient inlassablement le temps. Horloge impitoyable qui nous pointe du doigt : souviens-toi ! Il ferma les yeux et fut englouti par les ténèbres.  

鬼さんこちら手の鳴る方へ

Plongé ainsi dans l’obscurité, il entendit dans les profondeurs de son cœur, le cri métallique d’un bruant jaune, des éclats de voix et les rires de son frère. Il distingua un foulard noir, un énorme chêne et un bouquet de violettes. L'odeur de pin, de feuillus et de bois humide lui chatouillaient les narines comme s'il était vraiment couché sur un lit de feuilles mortes dans les profondeurs d'une forêt. La pellicule de ses souvenirs défilait sous ses paupières, rythmée par la mélopée des battements de son cœur. « 鬼さんこちら手の鳴る方へ » chantonnait la voix de son jumeau accompagnée des clappements de ses mains. Le jeu préféré de leur enfance qui ressemblait à un mélange de loup et de colin-maillard japonais.  Quand il y repensait, il était toujours désigné pour jouer le rôle du « loup » malgré ses protestations. À croire qu’il était parfait dans ce rôle, dans la peau du méchant alors qu’il répugnait cette idée par-dessus tout. Peut-être que c'était, au fond, sa nature profonde ? Il ouvrit les yeux, le temps ne doit jamais s’arrêter. Se souvenir, c’est arrêter le temps. C'est un peu mourir aussi quelque part. Il n’y avait rien de plus pathétique et effrayant à ses yeux. Vivre dans le passé, quelle idée.

Shawn n’avait pas peur du noir, pas même des ténèbres les plus épaisses. La nuit était symbole de liberté et de mystère, c’était son sanctuaire, une amie et complice.  Shawn avait peur du temps. Du temps qui gagne à tous les coups. Du temps qui nous broie, nous use et nous transforme en cendre. Le temps, ce monstre infâme qui pompe nos vies de son immonde trombe. Shawn ne supportait plus le son cruel de l’horloge et sauta sur ses jambes agiles pour sortir de la salle commune. Tant pis pour le couvre-feu, il méprisait cette immobilité aérienne, le ronflement paisible de ses camarades, la mélodie du silence. Dormir, l’inactivité, c’était un peu mourir. Ce sentiment d’être ballotté dans une petite cage au gré des caprices d’un enfant vicieux, de n'être qu'une bougie dans le vent. Il détestait cette impression plus que tout au monde.

Il dévala les escaliers quatre à quatre d’un pas dynamique, les oreilles aux aguets. Une des caractéristiques qui se réveillait lorsque la pleine lune approchait : sa vue, son odorat et son ouïe étaient bien plus développés que ceux des humains « normaux ». C'était la preuve même que la bête prenait le contrôle de son âme, le rongeait de l'intérieur. Le Gryffondor n'avait pas besoin d'un calendrier, il le ressentait jusque dans sa chair lorsque le jour de la pleine lune se rapprochait dangereusement. Shawn se hâta dans les couloirs sans croiser âme qui vive et atteignit sans encombre la grande porte qui menait au parc. Il se stoppa là sur les marches dans la fraîcheur de la nuit respirant le vent de liberté qui venait caresser ses cheveux et sécher la sueur sur sa nuque. Il essuya ses mains moites sur son pantalon. Immédiatement, il se sentit mieux, libéré de ce poids invisible qui pesait sur son âme. Un immense sourire fleurit à la commissure de ses lèvres. Il avait passé une excellente journée après tout, pourquoi broyer du noir une fois le soir venu ? Cela ne lui ressemblait pas.

Il avait bien débuté la matinée avec le cours d’étude des moldus dans lequel il avait tenu tête à la guenon qui leur servait d’enseignante. Son comportement lui avait valu 15 points en moins et une retenue corporelle après les cours, en tête à tête avec la sœur Carrow, miam, il avait hâte. Puis sa route avait croisé celle de Mathewsen qui l’avait embrassé, visiblement,  l’androgyne était complètement fou d’amour pour lui (peut-être parce que Inoue était le seul élève de Poudlard à savoir que Leslie était un homme malgré son physique de fillette ou alors savoir Inoue dans son corps pendant une journée avait titillé les hormones du cinquième année). Dans l'après-midi pour le cours de métamorphose, il avait poussé un cri strident (sans aucune raison apparente) alors qu’un silence de plomb régnait dans la classe. Il avait fait sursauter une bonne partie des élèves, mais également sa voisine de table, Abigail, qui avait maugréé en essayant de le chasser du siège. Sans explication, il avait rivé ses prunelles fuligineuses sur son frère qui l’avait regardé avec dédain. Mc Gonagall l’avait questionné en vain et avait finalement conclut : « M. Inoue, vous avez eu une note bien moyenne en métamorphose à vos Buses, ne me faites pas regretter de vous avoir gardé ». Quelle vieille peau celle-là. Shawn n’appréciait pas les figures d’autorités, il n’y avait d’ailleurs aucun enseignant à Poudlard que Shawn appréciait réellement. Ils étaient tous étroits d’esprit et enfermés dans leurs préjugés.

Pourquoi avoir poussé un cri ? La raison d’un tel acte devait même être obscure pour son jumeau. Shawn s’était souvenu d’une histoire racontée par sa tante datant de leur enfance (4/5 ans). Cette histoire se déroulait dans le métro magique japonais, un des jumeaux était dans une poussette face à leur mère et l’autre était directement sur ses genoux. Sa tante avait été incapable de se souvenir qui était qui, mais elle avait décrit, en riant, la scène survenue dans la rame du métro Kazeninaru. Le bébé dans la poussette avait commencé à pousser un cri extrêmement aigu. Vous savez ces gémissements atrocement désagréables que les bébés sont capables de produire et qui vous donnent envie de vous taper la tête contre les murs (ou taper la leur), c’était ce genre de braiment. Le bébé sur les genoux de sa mère avait répondu au cri de son frère en haussant le ton, le bébé dans la poussette qui se mangeait les pieds avait enchaîné en hurlant de plus belle et ainsi de suite. Dévisagés par plusieurs visages renfrognés, leur mère avait tenté de les faire taire, mais rien n’y faisait les deux jumeaux continuaient de communiquer en poussant des cris de plus en plus forts tout en riant. Shawn s’était donc simplement demandé si son frère allait répondre à son cri 10 ans plus tard et sans surprise la réponse était « non ». Leur lien était coupé depuis bien longtemps, il n’existait plus que l’ombre de leur complicité passée.

Sa journée s’était terminée en beauté avec son cours particulier avec le charmant poison qu’est Cassidy. Shawn s’avança prudemment dans le parc perdu dans ses pensées. Shawn ne suivait pas des cours particuliers pour rattraper son niveau en potion, mais bel et bien pour les beaux yeux de la demoiselle. Cela l’amusait beaucoup de lire l’agacement dans les prunelles mésange de Cassis (comme il aimait l'appeler) et il en faisait des tonnes pour tester la jeune femme. Après la chute des ingrédients pour l’obliger à se baisser en jupe, les réflexions dignes de 3615 POEM telles que « il a plu le jour de ta naissance, non ? Parce que le ciel a dû pleurer toutes les larmes de son corps en s’apercevant qu’il avait perdu son plus bel ange », sa dernière invention en date était de sculpter des cœurs dans les ingrédients lorsqu’elle lui demandait de tailler son œil de poisson-hérisson ou de couper en fine tranche le chou mordeur de Chine. Il ne savait rien de la demoiselle, pas même son allégeance au Mangemort, et il s’en fichait pas mal, ce qui l’intéressait c’était son répondant. Elle aurait pu être la sœur de Rogue que cela ne lui aurait fait ni chaud ni froid (hormis le fait que la sœur de Rogue ne pouvait être qu'un affreux laideron aux cheveux-serpillières et à la peau grasse).

Shawn se stoppa devant une danseuse de nuit, fleur qui n’éclot que lorsque la nuit approche et qui se met à danser lorsqu'elle est éclairée par la pleine lune. Il se demanda s’il ne devait pas la ramasser pour l’offrir à la fourmi qui lui faisait office de voisine, juste pour le plaisir de la voir tomber des nues et qui sait, peut-être lui enverrait-elle la fleur en pleine tronche. Mais il se ravisa, la plante allait crever avant demain matin, elle perdait donc tout intérêt une fois fanée. Il s’avança vers le lac, regrettant de n'avoir emporté que sa baguette et d’avoir oublié sa guitare, ça aurait été une nuit parfaite pour jouer un petit air de musique. Le lac était magnifique, la dame blanche se reflétait sur sa surface limpide et pas une vague ne venait troubler ce spectacle féerique. Alors qu’il envisageait de quitter ses chaussures pour faire trempette, une étrange forme à quelques mètres apparut furtivement dans son champ de vision, on aurait dit le crâne d’un kappa. La forme disparue aussitôt, avait-il rêvé ? Il fixa la surface du lac, mais aucune forme ne réapparut.

Alors qu'il délassait sa basket droite une voix joueuse se répercuta dans l’écho de la nuit.

« Salut. »

Shawn sursauta et chercha du regard d’où venait la voix. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour repérer l’adulte dans le lac. Et voilà les emmerdes, pensa-t-il. N’ayant aucun filtre devant la bouche, il s’exclama sans même le saluer : -Vous foutez quoi ?

C’était qui ce type qui se prenait pour le calmar du lac. Shawn n’avait jamais vu sa tronche auparavant, peut-être parce qu’il n’avait pas mis les pieds une seule fois à la bibliothèque depuis la rentrée. Le type souriait :- Je vous ai pris pour un kappa, et navré de déranger votre tête-à-tête amoureux avec le calmar au clair de lune. Il en fallait pour tous les goûts.

Il essayait de distinguer les traits de son visage, mais l'inconnu était à contre jour et seule sa tête sortait de l'eau.

-Vous êtes un prof' ?

Il avait la main sur sa baguette, par les temps qui courent on n’est jamais trop prudent.

_________________
It never troubles the wolf how many the sheep may be.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Mer 14 Sep 2016 - 14:15

Pour des raisons de primitive domination, Octave se retrouva satisfait de voir l’inconnu s’étonner ainsi de sa présence. Après tout, depuis des années, la déstabilisation fut son arme principale la plus efficace. Routine qui s’avérait être aujourd’hui une particulièrement mauvaise habitude. Mais elle s’était si profondément ancrée dans ses manières qu’il se trouvait maintenant presque incapable d’aborder les gens sans passer par la provocation. Et toutes ses relations finissaient ainsi systématiquement teintées d’une touche de bravade sans pause envisageable. M’enfin, ça encore, c’était une habitude, alors cela lui paraissait maintenant être le cheminement normal des choses. Comme si rien ne pouvait exister entre lui et les autres sans tension palpable. C’était tout ou rien, les autres possibilités n’existant tout bonnement pas. Ainsi, il continuait à sourire mielleusement alors que le jeune reprenait ses esprits. Il était curieux de voir un asiatique dans cette école, surtout avec les purges de puretés. Va savoir pourquoi, en général cela allait de pair la vidange ethnique. Il l’observa donc avec une plus grande attention pour essayer de deviner ses origines profondes, mais au lieu de cela il put seulement pour constater que manifestement, sa présence n’était pas désirée.

- Vous foutez quoi ?

Ca, c’était le second stade, celui des questions rhétoriques, aux réponses plus qu’évidentes. Elles servaient principalement à meubler le vide, à ne pas laisser muet dans la surprise. Ce à quoi Octave se contenta d’accentuer son sourire parce qu’il savait déjà ce qu’il allait répondre. Et sa réponse méritait une pause digne de ce nom, une mise en scène toute en finesse pour présenter au mieux cet exquis résultat de tant d’efforts sociétal et d’années de rigide éducation. Alors il laissa macérer les mots dans un silence significatif avant de susurrer sa réplique, qui ne demandait qu’à s’allonger sur la cime de ses lèvres, d’un air si naturel que c’en était déroutant :

« Bah, j’me touche, ça ne se voit pas ? »

Comme dirait l’autre, question débile, réponse narquoise. Et même si les plus ardus d’entre vous pourraient dire que, oui, mais il est sous l’eau, m’voyez, on n’est jamais sûr de ce qu’il est en train de faire en réalité… Je vous répondrai qu’il ne vous reste plus qu’à aller vérifier. Pendant ce temps, Octave avait complètement oublié qu’il était un membre du corps enseignant. Ce qui s’avérait être assez simple, surtout lorsque personne ne prêtait attention aux responsabilités qui incombaient à son poste à part Rogue. Bordel de Merlin, oui, lui, il était toujours là pour vous rappeler que vous faites partie d’une grandiose fête dont vous ne connaissez même pas le sujet. Mais surtout, Octave était une pièce rapportée de nulle part, ne provenant ni du ministère, ni des Mangemorts, ce qui aujourd’hui était quasiment la même chose. A croire que tout le monde sentait qu’il n’était qu’un imposteur qui n’avait aucun rapport avec les histoires qui se tramaient ici depuis des millénaires. Il était tel un gendre new-yorkais qui avait épousé une fille texane en moins de deux semaines et essayait maintenant de s’intégrer dans sa famille de redneck. Cela dit, y avait-il déjà eu un endroit où Octave se soit senti totalement à l’aise ? Aussi loin que remontait sa mémoire, il avait toujours été de passage, sans accroche et sans liens, se contentant de se repaître du suc primordial de l’existence d’autrui.  

- Je vous ai pris pour un kappa, et navré de déranger votre tête-à-tête amoureux avec le calmar au clair de lune.

Carrément. C’est qu’il se rattrapait vite le môme, passant de la colique verbale irrépressible à un cynisme tout mesuré. Ou bien était-il encore de ceux qui parlait avant de réfléchir, sans prêter grand intérêt au poids de ses paroles ? Nous verrons, nous verrons… Par contre, que sa tête ne collait pas avec sa pensée. Peut-être était-ce une caractéristique spécifique des asiatiques et de leurs traits délavés, mais ce garçon ne portait clairement pas le sarcasme dont il faisait preuve sur le visage. Octave savait d’expérience que ne pas avoir l’apparence de ce qu’on est véritablement ne pouvait être qu’un avantage, alors il redoubla naturellement de méfiance. Avec un peu de chances, l’élève se contentait d’être ironique sans jamais être méchant et cruel, comme tous ses gens qui usaient du satyre plus pour se défendre que pour faire mal. Quel que soit le cas, Octave y était rodé et avait toujours une panoplie de réponses prêtes.

« Ne t’inquiète pas, le calmar et moi sommes dans une relation libre, alors tu peux tranquillou venir barboter dans l’eau sans craindre la jalousie de l’un ou de l’autre. »

Avait-il dit tout en se mettant de trois-quarts dans un geste d’invitation à venir le rejoindre si l’envie était toujours là. Pour la peine, il daigna déplier genoux et se mit debout – peut-être pour prouver qui ne se touchait pas, va savoir-, si bien que l’eau ne lui arrivait plus que jusqu’au nombril. Du bout des doigts, il taillait la surface du lac, laissant de fins sillons dans leur passage. Sa chemise blanche collait à son corps, se resserrant en un curieux motif, alternant entre transparence là où l’étoffe étreignait les courbes de sa peau, et l’opacité des quelques plis qui s’étaient formés à la surface du tissu, s’accentuant sur les valons de son torse. Le bas du vêtement, quant à lui, continuait à flotter dans l’eau tel un voile fantomatique, reflétant la lumière de la lune d’autant plus intensément que la diffraction du lac l’y aidait. Chargés en eau, ses cheveux s’étaient agglutinés en épaisses et luisantes mèches sur le front, perlant sur son visage en d’épaisses gouttes noires de nuit. Seuls ses yeux semblaient plus clairs, cerclés de cils humides en paquets où s’accrochait encore désespérément une légère rosée scintillante. Et avec la lune, c’était comme s’il était couvert de paillettes.

- Vous êtes un prof’ ?

Octave pencha la tête sur le côté d’un air énigmatique, semblant analyser son vis-à-vis. D’abord, on parle pour parler, après on se reprends et on devient sarcastique et enfin on assure ses arrières, un peu tardivement cela dit. Le bibliothécaire aurait eu un grand plaisir à le lui confirmer, juste histoire de voir le jeune flipper un bon coup, parce qu’il le méritait bien à s’époumoner autant. Et comme la tentation était bien grande, il souleva un sourcil devant l’air circonspect et méfiant de l’élève.

« Quand bien même, qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu vas essayer de me buter pour cacher ton escapade interdite ? Allé desserre tes doigts Lancelot, ça donne de l’arthrite. »

S’il ne le tuait pas, Octave se souviendrait maintenant à vie de son visage et parviendrait à le retrouver jusque dans les enfers s’il avait l’idée de lui balancer un sort. Et s’il parvenait par miracle à le tuer, son cadavre ferait bien plus de bruits qu’un élève ne respectant pas le couvre-feu. Bref, s’il y avait bien un endroit où se débattre n’avait aucun intérêt, surtout quand on était en tort, c’était ici, centre névralgique de la tyrannie. Davantage lorsqu’on était parfaitement seul en plein milieu de la nuit devant quelqu’un qui ne représentait absolument pas l’ennemi commun. Enfin, pas tout à fait. Toutefois, comme il était bien connu que les gens stressées n’appréciaient pas les questions sans réponses encore plus que les réponses évasives, Octave abandonna sa mine suspicieuse et opta pour la deuxième option, préférant ne pas être honnête jusqu’au bout dès le début :

« Officieusement, dans la mesure où il m’arrive d’apprendre quelque chose aux élèves, on pourrait dire que oui. Mais officiellement, non. Dans tous les cas, tu n’as rien à craindre. Enfin, pas dans le sens commun du terme. »

Et hop, sourire mystérieux de circonstance. Le fait qu’il ne le connaisse pas, même de loin, ne le chagrinait nullement et il ne portait aucun jugement sur le fait que le jeune garçon ne se soit pas encore présenté à la bibliothèque. Pour sa part, Octave avait toujours préféré directement acheter les livres qui l’intéressaient, même les plus rares, plutôt que d’aller consulter ceux qui ne lui appartenaient pas. Et comme il n’était pas rare qu’il faille donne un coup de pouce pour faire bouger les choses plus rapidement, Octave, qui tenait l'indécision en horreur, décida d’agir avant qu’ils ne tombent dans le tourbillon de l’incertitude infinie :

« Soit tu te ramènes ici, soit tu me files ma serviette qui est derrière toi dans les buissons, mais ne restes pas planté là. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 237

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Dim 18 Sep 2016 - 19:59


Libre. Le jeune homme offrit son visage au ciel étoilé, un sourire à la commissure de ses lèvres. Plus haut. Encore plus haut. Il souhaitait s’élever dans les airs au-dessus du sol, de la terre, de la boue. Loin de ce corps qui n’était qu’une prison. Ce corps fragile et limité au possible, voué au pourrissement. Quitter les siens, vous qui avez endormi vos instincts. Vous qui avez fait le choix de renier vos origines pour vous transformer en amas de chairs informes et incapables de ressentir l’appel des saisissements. Des faibles et des damnés. Se libérer et devenir le vent joueur qui court dans vos cheveux, caresse les corolles des fleurs et chasse les nuages dans le ciel. Il tendit sa main vers le ciel en direction de la dame blanche. Il se sentait si petit et misérable, mais à cette distance il pouvait attraper la lune entre son majeur et son pouce. L’illusion d’être tout puissant, hein, c’est le caprice des Hommes. Pas étonnant qu’ils aient troqué leurs sensations contre un bout infime de savoir hasardeux et stérile.

Je pense donc je suis ? Pour Shawn, il n’y a une seule vérité : je ressens donc JE VIS ! Bien évidemment, il est important de savoir réfléchir, se poser des questions, c’est ce qui différencie l’Homme de l’animal, mais disons simplement que sa priorité n’est pas accordée à la réflexion. Après tout, l’homme possède une magnifique palette de sens : la vue, admirer un magnifique couché de soleil. L’odorat, sentir le délicat parfum des fleurs. L’ouïe, parce que la musique est tout simplement la plus belle chose et la plus précieuse que l’homme ait créée. Le goût, savourer les lèvres de l’être aimé. La nociception, parce que souffrir c’est également être humain. Le toucher, caresser les cheveux soyeux de celle qu’on aime. Et bien d’autres encore.

Cet amour de la liberté ne date pas d’hier. Depuis tout petit, il a toujours recherché à se rapprocher de cette conception très vague qu’est la liberté. Il n'est donc pas étonnant que le jeune homme épris de liberté aime tant le quidditch et la sensation de voler à pleine vitesse sur un balai. Son trop-plein d’énergie lui avait souvent causé des torts. Il voulait tout découvrir, tout ressentir. Grimper en haut d’un énorme chêne juste pour admirer la vue, courir jusqu’à ce que ses jambes s’écroulent de fatigue, plonger au fond d’un petit étang et sentir l’eau glisser sur sa peau, attraper des grenouilles et percevoir leur peau gluante. Il adorait cet éventail infini de découvertes. Son énergie fatiguait très souvent son entourage. D’ailleurs, il n’existait que deux types de personnes : ceux qui arrivaient à le suivre et ceux qui étaient laissés derrière. Le dicton moldu : qui m'aime me suive, n'a jamais été aussi véridique.

Shawn partait du principe qu’il valait mieux vivre 20 ans intensément que 90 ans d’ennui à courber l’échine devant autrui, les règles ou l’autorité. Bien évidemment, il était encore jeune et incroyablement immature, mais telle était sa philosophie de vie d’enfant. Exactement comme dans le règne animal, manger ou être mangé. Il était hors de question qu’il fasse partie des « proies » dévorées par les « autres », comme il aimait désigner les « adultes ». Il avait fait un rapprochement entre son père et le monde adulte, visualisant ce monde comme étant profondément ennuyeux et habité par des êtres acariâtres. Tirer la gueule est mauvais pour le moral et le corps. Shawn déteste par-dessus tout les personnes capables de vous plomber une ambiance rien qu’en ouvrant la bouche, les personnes constamment en train de râler, de se morfondre sur eux-mêmes, les manipulateurs et autres fouteurs de citrouille.

Miroir, mon beau miroir… Je n’ai pas besoin de toi.  Je sais qui je suis. Je suis moi et c’est parfait comme ça.

Shawn a souffert du système scolaire, de l’autorité de son père, du regard des autres. Son adolescence se résumait par le sentiment de brandir une pancarte portant les lettres : L I B E R T É au milieu d’une foule de pantins prisonniers de leur propre cage. D’être un individu multicolore au milieu d’une masse de personnes monochromes. C'est pour cela qu'il avait tant aimé venir étudier à Poudlard. Ce lieu n'avait pas des allures de cercueil, avant.

Cette virée nocturne était si douce à ses yeux, il n’aurait pas dit non à la présence d’un de ses amis, mais voilà il n’avait pas accès au dortoir des Serdaigles et encore moins au dortoir des filles de Gryffondor. Et puis, ses amis devaient être paisiblement endormis à l’heure qu’il est. Sans compter qu’il n’allait peut-être pas passer sa soirée seul. En effet, dans l’optique de simplement faire trempette, il avait commencé par délacer ses chaussures, mais bien vite, une voix l’avait interrompu. Complètement pris au dépourvu, les seuls mots qui lui vinrent à l’esprit furent : vous foutez quoi ?

Il discernait mal l’adulte à moitié caché dans l’eau et à contre-jour, mais Shawn était sûr d’avoir vu un sourire étirer ses lèvres. Il y eut un silence durant lequel Shawn resserra l’étreinte de ses doigts sur sa baguette en bois de couleur de l’ivoire. Quel sort pouvait-il bien lui balancer en pleine figure si cet inconnu s’avérait être mal intentionné ? Shawn n’était certes pas très doué dans le cours de sortilège, mais il restait un excellent duelliste malgré son jeune âge. Il sait élaborer des techniques de contre-attaques, son esprit vif et son agilité sont également une qualité indéniable. Il sait quand il doit réfléchir et quand il doit se fier à son instinct, de plus comme il est dépourvu de la moindre peur de se blesser, il s’avère être un très bon adversaire qui a certes beaucoup à apprendre, mais qui peut grandement progresser, s’il avait un enseignant digne de ce nom et pas un nain à moitié sénile… Shawn a besoin d’estimer la personne, la mettre sur un piédestal, et Flitwick, bien qu’excellent sorcier, n’était pas le type d’enseignant qui lui convenait. Il lui fallait quelqu’un de jeune dans sa tête, peut-être moins performant que Flitwick, mais capable d’intéresser Shawn au lieu de l’endormir.

Après réflexion, le sort Tarentallegra lui semblait parfait pour faire disparaître le sourire narquois sur le visage de cet adulte.


« Bah, j’me touche, ça ne se voit pas ? »

Shawn s’attendait à recevoir une réponse signifiant : ta question est idiote. Les adultes aiment beaucoup jouer sur les mots, ça les amuse de se sentir supérieurs, d'étaler leur savoir proche du néant. C'est leur royaume. Le royaume des mots où l'on aime brasser du vent en jouant les moulins. Le royaume de faussetés, d’hypocrisies et de mensonges. Un royaume de sable prêt à s’effondrer à la moindre bourrasque où ceux qui se croient maîtres ne sont qu’en fait simples esclaves. Il ne fut qu’à moitié surpris. Pourquoi à moitié ? Parce qu’il s’attendait à tout, mais pas à ce genre de réponses d’ordre sexuel. Intrigant, voilà ce qu’il se disait sur le moment. Il relâcha l’étreinte sur sa baguette, peut-être qu’il ne sera pas nécessaire de le faire danser pour le rendre intéressant celui-là. Il lui fit part de sa vision de la situation à savoir : l’inconnu était en rendez-vous avec le calmar du lac et conclut par : -Mais ça explique beaucoup de choses. C’est vrai que dix bras c’est toujours mieux que deux mains.


« Ne t’inquiète pas, le calmar et moi sommes dans une relation libre, alors tu peux tranquillou venir barboter dans l’eau sans craindre la jalousie de l’un ou de l’autre. »

Un sourire se dessina au coin de ses lèvres  tandis que l’adulte l’invitait d’un mouvement de buste. Il envoya valser sa basket délacée d’un coup de pied sans pour autant quitter l’étrange inconnu du regard.

- Cool alors.

L’adulte se redressa, montrant sa taille véritable, immédiatement les doigts du Gryffondor serrèrent la baguette. Il était tout habillé, c’était vraiment étrange et totalement atypique. Shawn se demandait ce qu’il cherchait au fond du lac, cet homme lui apparaissait de plus en plus comme une menace. Peut-être que c’était le fameux Greyback ? Un lèche-boule du Dark Lord ? Les possibilités étaient multiples. Il ne pouvait pas imaginer que cet énergumène était venu spécialement pour piquer une tête tout habillé.  Il devait y avoir quelque chose dans ce lac, quelque chose qu’il l’intéressait.  Il lui demanda donc s’il était un enseignant.


« Quand bien même, qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu vas essayer de me buter pour cacher ton escapade interdite ? Allé desserre tes doigts Lancelot, ça donne de l’arthrite. »

Il eut un rire moqueur. Lui ? Cacher son escapade ? C’était bien le dernier de ses soucis, il faisait perdre quotidiennement des points à sa maison et il ne se passait pas plusieurs semaines, lors de sa première année, sans qu’il ne soit en retenue. Non, il voulait juste savoir qui était cet étranger, parce que son visage ne lui disait rien.

-Nan, mais comme j’ai jamais vu vot’ tête et que les vieux d’cette école sont pas du genre à s’baigner, habillé au clair de lune ni à faire de l’humour. Je me demandais à qui j’avais l’honneur.  Parce que « professeur(e) », éructa-t-il, Rogue ou Mc Gonagall, quand on les voit on sent immédiatement qu’on va pas s’marrer avec eux.


« Officieusement, dans la mesure où il m’arrive d’apprendre quelque chose aux élèves, on pourrait dire que oui. Mais officiellement, non. Dans tous les cas, tu n’as rien à craindre. Enfin, pas dans le sens commun du terme. »

Oh Teletubbies, faisait-il exprès de parler comme un sorcier du 15e siècle,  par énigme ?  Shawn secoua la tête, c’est quoi ça : C’est oui ou c’est non. Shawn n’arrivait pas à savoir si cet adulte l’intrigué, l’agacé ou les deux à la fois, quoi qu’il en soit il ne le laissait pas indifférent. Ce qui n’était pas rien. Shawn est un gamin qui se lasse vite des jouets démodés et usés. Enfin, il avait retenu le plus important : il n’avait rien à craindre. Le Gryffondor n’étant pas du genre à réfléchir de trop, opta pour lui faire confiance, abaissa sa baguette complètement (bien qu’il ne la pointait pas non plus sur l’homme) sans diminuer sa vigilance pour autant.

- Laissez-moi deviner, vous étiez un Serdaigle hein, dans vot’ jeunesse s’entend ? dit-il narquois.

« Soit tu te ramènes ici, soit tu me files ma serviette qui est derrière toi dans les buissons, mais ne restes pas planté là. »

Shawn éclata de rire, il ne perdait pas le nord : - C'est la prison d'Azkaban qui se fout de la charité ! Moi j’ai mieux. Soit tu te ramènes ici, soit TU vas chercher ta serviette derrière ce buisson, mais ne reste pas planté là. Lui provocateur ? Noon, quelle drôle d’idée. Puis on dirait que tes vêtements sont passés par les fesses d'une vache Shawn a une mémoire affreuse des expressions et mélange tout.

En somme : décitrouilles- toi, je ne suis pas encore ? ton chien. Ce type vendait la peau du bœuf avant de mettre la charrue ! Shawn n’était pas du genre à obéir au doigt et à l’œil  et encore moins à des inconnus. Son estime et sa docilité se gagnaient, une fois acquises, il était aisé de le transformer un gentil petit loup de compagnie. Enfin tout en gardant à l’esprit qu’un animal sauvage, reste sauvage et donc imprévisible. On n’est jamais à l’abri d’une morsure. Il venait de passer du « vous » d’occurrence au « tu », pure provocation bien évidemment. Il testait les limites de cet étrange « enseignant ». Il devait avouer que c’était bien la première fois qu’il rencontrait un membre du corps enseignant qui semblait dynamique, jeune dans sa tête et intéressant, tout du moins aux premiers abords.
Dépasser les limites, le genre de chose que les braves gens n’apprécient pas vraiment. Vivre c’est consommer, se consumer. Cet homme semblait apte à le comprendre. Shawn l’observait dans l’attente de la suite, il délaça sa deuxième chaussure et la jeta en direction de la première. Il n'avait pas enfilé de chaussettes.

-Alors Monsieur l’enseignant-pas-enseignant-mais-peut-être-un-peu-enseignant, il avança vers le lac et s’assit sur son séant, elle est comment l’eau ?

Il trempa un pied puis l’autre, ce n’était pas très chaud. C’était même atrocement froid. Un frisson parcourut son épine dorsale.

-Teletubbies c’est glacé.

Il bougeait ses pieds dans l’eau pour éviter de finir transi lorsque quelque chose d’anormale se produisit. L’eau du lac semblait se recouvrir d’une fine pellicule de glace, les fleurs se fanaient et surtout cela faisait très longtemps qu’il n’avait pas ressenti cet étrange sentiment. C’était comme s’il plongeait au fond d’un océan et coulait inexorablement sans pouvoir remonter à la surface. Il se sentait vidé de ses forces, comme si la vie n’avait aucun sens, il se revoyait enchaîné dans le sous-sol, les lourdes chaînes de métal lacérant ses poignets d’enfant. Une peur s’insinua en lui, ce n’était pas normal, quelque chose clochait.
Il sortit du lac en trébuchant et se rattrapa de justesse sur les mains avant de se redresser complètement : - C’est quoi ce bordel ?

Il regardait autour de lui sans comprendre d’où venait le problème. Shawn n’avait jamais rencontré de détraqueur auparavant et il n’imaginait pas que ce qu’il avait pu lire dans des livres avait une telle puissance dans la réalité. Une silhouette encapuchonnée s’avançait vers eux, elle était au milieu du lac. Il aurait peut dû écouter un peu plus leur directeur lorsqu'il les avait prévenu que des détraqueurs surveilleraient désormais les alentours du château après le couvre-feu. Il s’arma de sa baguette et dévisagea l’adulte : - On aura vraiment fêté les branchettes avant Pâques. J’espère que vous avez votre baguette, parce que s’il y a bien un sort que je ne maîtrise pas c’est celui du patronus ! Et j’ai aucune envie de crever par une si belle nuit…qui plus est, à vos côtés, aussi charmant que vous soyez ! Par les temps qui courent, il était impossible que cet adulte ne soit pas sorti avec sa baguette et s'il était enseignant à Poudlard, il devait forcément maîtriser ce sortilège afin de chasser d'un coup la créature. Tout du moins, c'est ce qu'il se répétait pour se rassurer.

Plus le monstre approchait, plus sa confiance en lui se désagrégeait. Elle était aspirée avec sa joie. En réalité, il comptait beaucoup sur cet adulte, seul il n'avait aucune chance. Shawn était incapable de former son patronus, il ne pouvait faire jaillir qu'une lumière tout juste bonne à repousser la créature, pas à la faire fuir.

Hrp : j'ai décidé de faire intervenir un détraqueur et j'espère que cela ne te dérangera pas. Disons que mon perso a du mal à discuter avec des adultes (il a de gros a priori) et je me suis dit que faire intervenir cette créature pouvait débloquer la situation. Toutefois, si ça te dérange, n'hésite pas à me demander de modifier des trucs par MP. Y a aucun soucis ;)

_________________
It never troubles the wolf how many the sheep may be.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Mar 20 Sep 2016 - 22:21

« vot’ tête », « d’cette », « s’baigner », « s’marrer » ? Quoque ch’est qu’te berdoulles ? Ravise eul’coco comme i’est bieau, vins m'donner in baisse, min tio pouchin ! Il venait du chnord profond le môme ou quoi, à bouffer ses mots comme si c’eut été du Maroilles gratiné ? Pas étonnent qu’il n’ait jamais vu sa tête de pécore alors, les livres, ça devait le faire flipper. Il devait s’agir d’une énième mode de jeune de parler comme à la campagne, juste après le verlan. Mais le bibliothécaire voulait bien lui accorder que contrairement à ses collègues, il n’avait pas vraiment la tête de l’emploi. D’ailleurs, il n’avait pas la tête à quel qu’emploi que ce soit maintenant. A part peut-être celui dandy au chômage. Du coup il pouvait se permettre d’être exotique en faisant toutes sortes de choses qu’on ne prêtait souvent pas au corps enseignant par respect. Et il n’y avait aucun doute qu’ici, les enseignants étaient tous, à leur niveau, des gens extrêmement respectables, formellement incapables de folies qui pourraient mettre à mal leur réputation irréprochable. Avis que le jeune ne semblât pas vraiment partager à la manière qu’il eut de prononcer les noms de ses professeurs, comme s’il crachait un mollard à terre. De quoi parfaire cet air de crise d’adolescence. Lutte contre l’autorité, vocabulaire approximatif… puberté à l’horizon. Alors mon pti’, on a le poil qui pousse ? Te mine pas mon braf’ bellot, c’est pour faire de l’humour, alors rigole. Octave considéra le minet d’un air amusé, trouvant particulièrement cocasse de le voir parler aussi ouvertement, sans prendre de pincettes comme dirait l’autre, malgré les craintes apparentes qu’il avait manifesté devant d’éventuelles représailles. Un espèce d’hardiesse insensée.

- Laissez-moi deviner, vous étiez un Serdaigle hein, dans vot’ jeunesse s’entend ?

Et vous très cher, seriez-vous sorti de la forêt il y a peu ? Octave se laissa aller à un léger ricanement étouffé alors qu’il dénudait ses dents en un sourire carnassier. Ca sonnait comme une insulte, mais il préféra s’en enorgueillir. Cette maison était connue pour accueillir les sages et réfléchis, ce qui n’était pas pour déplaire au bibliothécaire, bien que le fait d’appartenir à une quelconque maison l’ait toujours incommodé. A l’époque, avec sa famille, cela aurait été des restrictions supplémentaires à respecter pour convenir au blason de la maison appartenue, représenter son nom avec fierté et la mise en valeur de toutes ses qualités. Cette école l’aurait encore plus enfoncé dans la rigidité de sa réclusion servile. Il en aurait suivi les règles à la perfection, s’enterrant un peu plus par la même occasion. Alors, Octave laissa la question en suspens, n’y répondant pas tout de suite, d’abord parce que c’était une blague en suite, s’il y répondait, cela allait les emmener sur un tout autre chemin. Donc il se contenta de soulever les épaules en continuant à sourire, comme s’il appréciait la boutade à sa juste valeur. En réponse, voilà que le jeunot éclatait de rire, et pas parce que quelque chose fut drôle, très certainement.

- C'est la prison d'Azkaban qui se fout de la charité ! Moi j’ai mieux. Soit tu te ramènes ici, soit TU vas chercher ta serviette derrière ce buisson, mais ne reste pas planté là. Puis on dirait que tes vêtements sont passés par les fesses d'une vache.

Octave manqua de peu de soupirer. Bien sûr, la cambrousse et le langage de péquenaud, ça avait son charme, mais ça pouvait tout aussi vite devenir relou. Cela dit, Octave était rodé à la provocation et ne broncha pas d’un cil, regardant fixement le garçonnet alors qu’un sourire figé déformait son visage. Il avait compris le message et ne s’offusqua aucunement puisque son but premier était atteint : faire bouger les choses. Il avait surtout appris que le gobeur de riz n’avait besoin de personne pour s’exciter, ce qui avait un indéniable côté pratique. Avec des gens en permanence chargés à bloc comme lui, il n’y avait pas besoin de se fatiguer à chercher sujet de conversation. Ca expliquait aussi pourquoi il n’arrêtait pas de parler, répondant à tout sans discernement ni réflexion, sa pensée devait carburer à toute vitesse, ne lui laissant pas le temps de prendre une pause pour mesurer les conséquences. Quelle chance qu’avec Octave, les mots avaient rarement des contrecoups tant il avait le don de se moquer des remarques outrageantes à son égard, pourvu qu’elles vinssent de gens dont il n’avait pas encore mesuré ni la stature, ni les qualités de discernement. De plus, c’était l’adage des gens sanguins que de raconter tout ce qui leur passait par la tête en courant d’air entre les deux oreilles, sans réfléchir au fondement de leurs paroles. Raison de plus pour ne pas y accorder trop d’importance. Voyant l’élève balancer la deuxième chaussure de son pied, Octave murmure d’un ton blasé :

« Ah bah tu vois que c’est toi qui bouges, finalement… »

De la bravade pour la bravade et parler afin d’avoir le dernier mot, il n’y avait que ça tout compte fait derrière cet élan de raillerie gratuite. Et heureusement d’ailleurs.

- Alors Monsieur l’enseignant-pas-enseignant-mais-peut-être-un-peu-enseignant, elle est comment l’eau ?

Pour le coup, Octave rigola franchement, sans répondre parce qu’encore une fois, le jeune homme n’avait pas attendu qu’on l’éclaire pour tremper ses pieds dans la flotte. Décidément, il aimait à poser des questions rhétoriques juste pour pouvoir placer ses impromptus. Toutefois, lorsqu’il remarqua à haute voix que le lac était glacé, Octave se rendit compte à son tour qu’il ne sentait plus ses pieds. Sur le coup, il se dit que c’était à force de ne plus bouger que son corps perdait de la chaleur, mais il dut se rendre à l’évidence qu’il avait encore bien chaud, alors que l’eau était beaucoup plus froide que toute à l’heure. Elle était, ainsi que l’avait si bien remarqué le minet, glacée, comme s’ils furent en plein milieu de l’hiver. D’ailleurs, de la buée s’échappait maintenant de ses narines alors que l’air lui-même se figeait, sec et aussi rigide que l’eau qui se gelait autour de sa taille et sur ses vêtements. Voyant, du fond de son regard devenu absent, le jeune s’animer au bord du lac, Octave comprit bien vite ce qui se tramait. D’un mouvement lent et mesuré, il se retourna sans hésitations vers l’étendue de flots qui se recouvrait d’une fine pellicule de givre, sentant maintenant clairement d’où provenait cette émanation turpide. Il le vit, à une centaine de mètres d’eux, tâche mâte au milieu de mille miroirs rayonnants, s’avancer vers eux presque avec paresse. Présage d’une mort lente sans échappatoire. A contrejour, on pouvait le voir tordre ses doigts calleux comme s’il savourait d’avance les proies qu’il venait de se trouver. Un Détraqueur. A croire qu’il les attirait comme pot de miel attire les abeilles. Déjà à Azkaban, ils s’agglutinaient autour de sa cellule comme s’il fut tout seul dans cette vaste prison. C’était il y a longtemps, et Octave n’y avait passé que trois semaines sous le nom de quelqu’un d’autre, mais cette sensation n’était pas une chose à laquelle on pouvait s’habituer, quel que soit le temps qu’on s’accorde.

Hypnotisé par le mouvement fluide des haillons noirs virevoltant sous une brise inexistante, il le fixait sans respirer, le visage interdit alors qu’un flot d’images inondaient son esprit en discontinu. Comme à chaque fois, Octave eut un grand mal à apaiser la tempête, malgré toute la concentration dont il savait faire preuve en pareil instant de crise. Repousser la vague de souvenirs imposés par la magie était un exercice délicat, mais il parvint, au bout de quelques minutes, à imposer une lucidité relative à son esprit. Aspirant un grand coup, il entendit le gamin s’inquiéter dans son dos. Cette intervention eut le don de définitivement replacer ses priorités. Après tout, la désolation qui l’avait envahie n’avait rien d’inhabituel. Enfin, il balaya l’angoisse paralysante du revers de la main, mettant en second plan les papillons noirs qui battaient de leurs ailes cendrées les parois de sa poitrine soudain étriquée. Le Détraqueur s’approchait et Octave lui tourna enfin le dos d’un geste parfaitement déterminé, mais le visage toujours aussi crispé dans une expression de contrariété contenue. Et c’est avec fermeté qu’il sortit du lac, à peine plus rapidement que n’avançait la créature noire qui n’était plus qu’à cinquante mètres. L’eau était tellement froide qu’elle ne bougeait quasiment plus autour de lui, se trouvant à quelques degrés de geler complètement. Il n’avait pas eu le temps de se refroidir, mais Octave sentait son corps engourdi, ce qui ne l’empêcha néanmoins pas de se diriger avec fluidité vers le buisson où il avait abandonné ses affaires. D’un geste vif et sans un mot il se saisit de sa longue et fine baguette qu’il pointa vers le Détraqueur. Les sourcils froncés, il savait exactement à quoi penser.

Il avait vingt-et-un ans et on était en plein milieu du mois de novembre. Il était assis dans le bureau du notaire de la famille avec sa mère juste à côté de lui. A l’époque, il était encore rasé de près et ses cheveux étaient légèrement gominés pour leur donner une brillance supplémentaire. Il se tenait aussi droit que sa mère, les mains posées sur les genoux alors que le vieil homme lisait le testament de son grand-père. Etaient énumérées les nombreux comptes et biens dont il avait disposé durant sa vie et qu’il léguait maintenant à sa descendance. Pas une seule fois le nom de sa mère ne fut cité, ni celui de quelqu’un d’autre d’ailleurs, il n’y avait que celui d’Octave. « Je lègue tous mes biens immobiliers, ma fortune et tout ce que je possédais en mon nom à Octavius Aethelstan Richard Holbrey, qu’il puisse en jouir une fois ma mort advenue et à sa majorité. » Sa mère ne s’était absolument pas offensée, sachant parfaitement qu’au vu des relations houleuses qu’elle avait entretenues avec son père moldu bien avant sa mort, elle ne pouvait pas compter sur quoi que ce soit de la part d’un homme qui chérissait au moins autant qu’elle la loyauté. Non, elle savait que l’étau qu’elle avait tissé autour de son fils était assez puissant pour qu’elle puisse jouir des biens de la famille à travers lui. Alors elle avait mis une main compatissante sur l’épaule d’Octavius, lorgnant sur son visage inexpressif et absent au travers de la dentelle noire qui recouvrait ses yeux en signe de deuil.

Elle avait eu l’erreur de croire que son fils était ainsi renfermé à cause de la mort prématurée de son grand-père, mais en réalité, cette annonce avait eu un effet tout autre que la tristesse. Avec cette disparition, un poids incommensurable s’était évaporé de ses frêles épaules. Toutes les règles établies par son mentor avaient disparu en un dernier battement d’un cœur malade. Avec lui étaient mortes toutes les expectations et obligations strictement protocolaires auxquelles Octavius s’était plié sans broncher. Tout un pan de sa vie avait soudainement disparu, et sans geôlier pour l’observer, il se sentait comme un chien qui faisait toujours le même tour sans en comprendre le sens. Cette vie, qu’il avait en partie vouée à satisfaire les désirs de son grand-père, sombrait dans l’absurde, ne trouvant plus aucun appui pour se justifier. Il avait cru un instant qu’il allait devenir fou devant cette totale absence de finalité. A vivre avec un maître, il se sentait désemparé d’exister sans lui. Mais avec ce testament, il avait enfin compris. Son maître était mort.

« Octavius, mon cher, je pense que nous pourrions revendre les deux appartements de Boston, ils ne nous servent à rien là-bas, et réinjecter l’argent dans les actifs de la banque de Gringotts, nous n’avons pas assez d’investissements chez les sorciers.
- Maman, ta gueule. »


Son maître était mort. Il avait vécu sa vie pour quelqu’un qui était mort et qui ne lui avait apporté que souffrance. Et pour quoi ? Dans quel but s’était-il fait violence toutes ses années ? Maintenant, sa mère essayait de prendre place sur le trône fraîchement vide, comblant le trou laissé dans le cœur de son fils par la mort de son père. Sauf que le trou béant n’était pas dans le cœur, mais dans l’esprit. Octave n’avait pas l’intention de lâcher cette liberté, qu’il avait caressé du bout des doigts, lui échapper au profit d’un maître encore plus tyrannique que le premier.

« Pardon ? Octavius, tu es juste déconcerté… Elle était étonnée, et il y avait de quoi. Jamais son fils ne l’avait tutoyée et encore moins insultée. Submergé, il lui avait répondu en hurlant :
- Vous avez disposé de mon esprit, de mon nom et de mon corps pendant toutes ces années ! Aujourd’hui, je récupère mon âme ! Parce que c’est mon âme et que je n’en aurais jamais une autre dans toute ma vie ! Je me suis menti, je me suis trahi, mais aujourd’hui, c’est terminé. Je décide, que tu n’auras plus aucun pouvoir sur moi ! Je t’abandonne mon nom, mais plus jamais tu n’auras mon âme ! »


« Plus jamais tu n’auras mon âme… »


Avait-il chuchoté en regardant le Détraqueur. Un point lumineux s’était formé au bout de sa baguette avant de disparaître, comme si rien ne s’était passé. Pourtant, il savait qu’il n’avait pas raté son coup. Encore une éternité de vide laissant place à l’incertitude s’était écoulée quand soudain, l’eau sous les pieds de la poisseuse créature s’était illuminée. De long et sinueux tentacules jaillirent des ténèbres, répandant dans la nuit une traînée lumineuse spectrale. S’entremêlant, ils tentaient de se saisir du Détraqueur, s’enroulant autour des pans de tissus pour le tirer vers le bas. Mais la texture visqueuse de sa chair empêchait une prise ferme, et les tentacules fumeuses glissaient sur son corps pour uniquement revenir inlassablement à la charge. Le poulpe géant, dont on ne pouvait apercevoir que les longs tentacules et deviner le corps briller depuis la profondeur des flots, se saisissait avec une force infatigable du Détraqueur, l’attaquant de tous côtés. Ce-dernier tenta d’abord de se débattre, s’élevant dans les airs, mais il se faisait inlassablement tirer vers le bas, manquant de peu de finir englouti dans le lac. Il finit par opter pour la fuite en surface, essayant de rejoindre la plage où se trouvaient les deux hommes, mais une fois encore, le patronus l’en empêcha, au point d’arracher des bribes de sa tunique. Le Détraqueur se jeta alors vers le bord opposé et le plus éloigné, s’échappant de l’emprise du poulpe de justesse. Mais ce dernier continua de le poursuivre, rossant rageusement l’air froid de ses ondoyants tentacules le temps de s’assurer que la créature était bel et bien déterminée à quitter les lieux. Octave abaissa enfin sa baguette et le patronus laissa lentement engloutir ses membres sous les flots avant de s’éteindre complètement et disparaître. Il aurait pu être plus efficace et viser directement le Détraqueur, mais il avait préféré faire apparaître le charme sous l’eau pour ne pas attirer l’attention d’éventuels spectateurs involontaires.

« Je suis bibliothécaire. Et je n’ai aucune idée de la maison qui aurait bien voulu de moi parce que je ne suis jamais allé à l’école. »

Avait-il dit d’un ton encore sérieux, l’irritation ne l’ayant pas tout à fait abandonné. Il semblait sensiblement inquiet et quelque peu contrarié, l’apparition du Détraqueur n’ayant pas entièrement rapport à cet état. Son patronus était fort et grand parce que ses rares instants de bonheur sincère étaient aussi puissants que fugaces. Mais ce bonheur-là, le plus souverain parmi tous, était lié à tant de douleur avec laquelle il contrastait qu’Octave se trouvait troublé à chaque fois qu’il revivait ces instants. Il revivait la joie intense de se réapproprier son propre esprit pour la première fois de sa vie, de savoir enfin qui il était, mais se souvenait également par la suite de toutes les bribes qu’il avait dû sacrifier avant de gagner sa liberté.

« Et vu que tu me trouves charmant, peut-être que je te verrai un peu plus souvent ? Tu verras, je suis irrésistible quand je feuillette un bouquin. »

Finit-il par susurrer, maintenant beaucoup plus détendu. Et comme il se sentait d’attaque à faire de l’humour teinté de flirt, il s’accorda même un léger sourire alors qu’il envoyait un coup d’œil malicieux en biais au jeunot. M’enfin, rien n’était de trop quand il s’agissait d’attirer les élèves et les pousser à travailler. Avec un peu de chances, son sourire parviendrait à accroître la fréquentation de la bibliothèque, qui sait.

« Tu peux m’appeler Octavi… Octave. Et toi alors, comment tu t’appelles ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 237

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Dim 9 Oct 2016 - 3:55


Alors qu’il souhaitait simplement prendre l’air, il avait fallu qu’il tombe sur un membre du corps enseignant qui semblait encore plus perché que le reste. L’étrange homme prenait un bain de minuit dans une eau glacée et intégralement habillé.  L’homme d’une trentaine d’années dévisageait le Gryffondor sans se départir d’un sourire narquois accroché sur ses lèvres. Son sourire donnait l’impression d’avoir affaire à un gamin effronté coincé dans le corps d’un adulte. Difficile de savoir ce qu’il y a de plus méprisable entre un gamin qui se prend pour un adulte et un adulte qui a oublié de grandir. Cet inconnu semblait être resté au stade de l’enfance, il en portait tous les vices : effronterie, esprit taquin, égo surdimensionné et incapacité à s’extraire du présent.

Shawn resta sur la défensive jusqu’à ce qu’il lui ordonne d’aller lui chercher sa serviette ou de se bouger.  Pour qui se prenait-il ? Le Gryffondor eut un rire moqueur et lui fit comprendre qu’il a qu’à se bouger le c*l pour aller chercher sa serviette tout seul comme un adulte qu’il était sensé être.


« Ah bah tu vois que c’est toi qui bouges, finalement… »

-Ouais, c’est pour faire parler les imbéciles, visiblement ça marche, conclut-il en haussant les épaules. Jusqu'où cet adulte tolérait-il l'arrogance ? Le père de Shawn n'aurait pas toléré les un dixième de ce que supportait l'adulte dans le lac. Tester les limites, un autre de ses passe-temps.

Le ton n’était ni provocateur, ni moqueur, il énonçait simplement un fait qui en disait long, au fond, sur le sixième année : « joue pas sur les mots, ça me gave profondément ». En revanche, si tu veux jouer au jeu : « viens on dit que celui qui aura le dernier mot a gagné », tu es tombé sur le gamin qu’il te faut. S’il existait bien un domaine dans lequel Shawn était doué, c’était celui de la répartie, il possédait la nonchalance et l’outrecuidance suffisantes pour ne pas être déstabilisé à la moindre remarque.

Probablement que la plupart des adultes y verraient une combinaison exécrable d’arrogance et de mauvaises éducations (celles de ne pas savoir se tenir à sa place), mais pour Shawn, ce n’était qu’un jeu. L’inconnu avait lancé les dés, la partie venait de commencer, non ? Il serait atrocement dommage de passer son tour. Puéril ? Totalement. Mais après tout, ce n’était qu’un enfant de 16 ans provoqué par un adulte qui avait quasiment le double de son âge et qui pourtant semblait vouloir jouer dans la même cour. Et c’est bien ce qui fascinait le jeune homme, un autre enseignant lui aurait immédiatement fait comprendre où était sa place, pas cet adulte. Tout du moins pas pour le moment. Il semblait avoir deux facettes et être doué d’un certain sens de l’observation.

Shawn ne serait jamais allé chercher sa serviette. Il n’estimait pas cet homme et il n’avait rien à lui devoir. Toutefois, cet inconnu exerçait une certaine fascination et Shawn se demandait ce qu’il y avait dans les coulisses, derrière ce visage provocateur. Il avait jeté sa seconde chaussure et s’était approché de l’eau sans quitter du regard l’énergumène. Il le questionna sur la froideur de l’eau, mais n’attendit pas de réponse. Il était ainsi, il aimait l’action plutôt que le baratin.  Sous les éclats de rire de l’adulte, Shawn arqua un sourcil : était-il en train de se moquer de lui ? Quel étrange adulte. D’ailleurs quel âge avait-il ? Shawn lui aurait donné environ 35 ans, à présent qu’il distinguait mieux les traits de son visage.

L’eau était encore plus froide que ce qu’il imaginait, ce type était vraiment siphonné ou alors… il  y avait quelque chose d’anormal. Au moment même où cette idée traversa son esprit, une fine pellicule de glace recouvrit la surface du lac gelant même l’herbe sous sa paume. De la buée s’échappait des narines de l’adulte, et même Shawn qui n’avait pourtant que ses pieds dans l’eau se mit à grelotter. Une silhouette ténébreuse encapuchonnée flottait au-dessus du lac et elle se dirigeait droit sur eux. Il sortit prestement de l’eau manquant de tomber. Un détraqueur, ce ne pouvait qu’être ce geôlier de la mort. Shawn n’en avait jamais rencontré auparavant et il n’aurait pas pu imaginer à quel point cette monstruosité était capable de s’infiltrer au plus profond de sa chair pour le plonger dans l’océan de ses tourments.

Shawn avait beau être bon en duel, le patronus faisait partie des nombreux sorts qui lui tenaient tête. Peut-être parce qu’il n’avait pas de souvenirs assez puissants, peut-être parce que la peur et l’effroi  avaient trop d’impact sur lui, que sa douloureuse solitude l’emprisonnait ou bien peut-être était-ce à cause de son manque d’entraînement. Sa seule porte de secours se trouvait en cet homme dont il ignorait tout et même dont il s’était méfié en premier lieu. La vie est parfois très ironique et joueuse. L’adulte ne bougeait pas, était-il en train de se faire dessus ? Il ne manquerait plus qu’il soit tombé sur un toquard. Shawn resserra l’emprise sur sa baguette réfléchissant à plusieurs optiques en cas de scénario catastrophe : abandonner l’adulte et chercher de l’aide dans le château ? Tentait de se battre quand même ? Même si l’adulte ne lui était pas spécialement amical, il ne pouvait pas se résigner à l’abandonner. Combien de temps fallait-il à un détraqueur pour faire le baiser final et envoyer cet homme six pieds sous terre ? Il n’en avait pas la moindre idée.

Le détraqueur n’était plus qu’à quelques mètres. Était-ce à cause de son imagination débordante, mais le spectre en haillons semblait jubiler à l’idée de son futur repas : deux âmes pleines de vie. Shawn avait froid, son corps tremblait et le sol tanguait sous ses pieds. Positif, pense positif… Positif ? Bonheur ? C’est quoi déjà ? Qu’est-ce qui me rendait heureux quotidiennement ? Il avait du mal à s’en souvenir. C’était comme s’il regardait le bonheur d’un autre à travers une vitre, il ne pouvait ni le ressentir ni le toucher.

Il sombra, lentement. Il entendait comme un chant, certainement une élégie. Sa dernière heure était arrivée.  

« Je n’ai pas choisi d’être comme ça ».

Rien n’a de sens. J’ai peur.

« Papa, maman », pleurait le petit garçon. Pour seule réponse, le crissement de lourdes chaînes en métal qui accompagnait chacun de ses mouvements. « J’ai peur, j’ai faim… j’ai envie de faire pipi ». Sa position n’était pas confortable, mais les chaînes ensorcelées l’empêchaient de se mouvoir comme il souhaitait. Depuis combien de temps était-il là enfermé dans cet endroit sombre et humide ? Il ne savait pas, mais cela lui semblait être une éternité. Il avait fini par se coucher à même le sol froid et sale parce que tous ses muscles étaient douloureux d’être restés dans la même position trop longtemps. « Mamaaaan, laissez-moi sortir. Je serai sage, je le promets… », n’en pouvant plus, il s’était fait pipi dessus. Le sol s’était imprégné de l’odeur acide d’urine ainsi que de ses larmes. Il avait fini par ne plus crier et attendre que l’enfer se termine. Après tout, il avait eu ce qu’il méritait. Il ne voulait pas faire du mal à ceux qu’il aime.

Shawn se débattait contre ses souvenirs néfastes, il nageait dans les eaux troubles de son désespoir, qui semblait de plus en plus imposant. Il revoyait son frère jouant  du violon acclamé par ses parents, ses doigts tachés de sang, un fourmillement au niveau de ses poignets, les yeux fuligineux apeurés de sa mère, une douleur lancinante dans la poitrine, des notes de piano virevoltantes, des éclats de voix et des rires.

Son désespoir était à l’image d’un lierre enlaçant une plante jusqu’à la faire crever. Il avait le sentiment de tomber de haut, très haut, mais à une vitesse ralentie. Quand son corps percutera le sol, ce sera la fin. Il languissait presque ce moment autant qu’il le redoutait. Il ne voulait pas revivre ces moments de son passé, cet instant.

« Hina, arrête t'es chiante »

« Ouhouuuu »

« Tu sais qu’il existe un Dieu dans chaque plante, chaque objet ? »

Tu étais un modèle. Un père même.

« Il y a une quinzaine de siècles, au fond de la mer, près des côtes du Japon se trouvait une grotte habitée par un dragon.

-Est-ce qu’il était méchant, tonton ?

-Oh oui, c’était le  plus terrible des dragons avec une gueule énorme aux dents acérées dont il se servait pour saisir les petits enfants qui se baignaient ou jouaient près de l'eau. Il courait ou nageait vers eux, s'en emparait et les croquait. MIAM

-Oh non, arrête !

- Que de larmes versées à cause de lui ; que de crainte chez les enfants qui n'ont pas été victimes du monstre.

La déesse Benten voulait mettre fin à ces souffrances. Elle voulait que chacun soit heureux. Y compris le dragon, car, « s'il est méchant », pensait-elle, « c'est parce qu'il n'est pas heureux. »

Elle se dirigea vers la grotte. Parvenue à sa hauteur, elle se pencha et, par sa volonté le sol se souleva, la grotte du dragon émergea au-dessus de la surface des océans, la terre s'étendit et se couvrit de forêts. L'île d'Enoshima était née.

Le dragon, stupéfait devant un tel spectacle, vit la déesse descendre du Ciel et s'avancer vers lui avec un sourire enjôleur. Elle lui adressa la parole en ces termes :

« Vous vivez en solitaire dans votre grotte. Ne vous y ennuyez-vous point ? Aucun être ne peut vivre sans affection. Voulez-vous que nous nous mariions ? Nous serons heureux ensemble, nous aurons des enfants que vous aimerez, j'en suis sûre. Alors… alors vous cesserez de manger les enfants des autres… »

Le dragon consentit et le calme revint sur les côtes proches d'Enoshima.

Depuis, les pieux Japonais ne cessent de rendre hommage à Benten, la divinité bienfaitrice, dispensatrice de joies.


-En fait, c’est un peu comme nous deux, hein tonton ?

-…Oui, c’est un peu comme nous deux.

-Raconte-moi encore l’histoire.»


Une larme solitaire roula sur sa joue et disparut au sol.


« Plus jamais tu n’auras mon âme… » avait murmuré l’adulte ou peut-être qu’il avait mal entendu, de toute façon, il était concentré sur plus important : le détraqueur. La mort se rapprochait, il était trop tard pour fuir, Shawn croyait sa dernière heure arrivée, il n’avait même pas la force de lever sa baguette pour se protéger. Que toutes ces idées noires  l’emportent et ferment à jamais ses paupières.

Je retrouverai ainsi ceux que j’aime.

Je ne serai plus un poids pour ma famille.

Ils seront soulagés.

Personne ne me regrettera.


Au même moment, une lueur étrange naquit au fond du lac juste sous le détraqueur qui se stoppa. Des tentacules sortirent brusquement de l’eau et tentèrent d’emporter l’infâme au fond du lac. Shawn qui se débattait dans l’océan de ténèbres de son âme refit surface, reprenait son souffle et semblait enfin voir la lumière du jour percer les nuages.

À plusieurs reprises le détraqueur tenta de s’élever en vain, il était inlassablement tiré vers le bas et risquait de sombrait avec le patronus à tout moment. Il finit par prendre la fuite et chasser le désespoir des veines de Shawn. Il secoua la tête, perdu, que lui était-il arrivé ? Cela ne lui ressemblait tellement pas. C’était donc cela le pouvoir des détraqueurs, c’était effrayant. Pourquoi broyer du noir, c’était une belle journée, la vie est belle.

- Alors c’était pas des conneries avec le calmar, vous aimez vraiment ça… C’est même votre patronus !

Shawn n’avait non seulement pas vu si la créature dans le lac était un calmar, une pieuvre ou un poulpe, mais de toute façon il était incapable de faire la différence entre ces différentes créatures.


« Je suis bibliothécaire. Et je n’ai aucune idée de la maison qui aurait bien voulu de moi parce que je ne suis jamais allé à l’école. »

Shawn pivota vers lui et le dévisagea, il avait l’air un brin agacé, différent. L’enfant avait fait place à l’adulte.

-Bibliothécaire, la grosse éclate en somme. Ça ne vous ressemble pas du tout, mais ma foi faut pas juger une baguette à sa composition, hein !

Il n’était pas allé à l’école ? Shawn avait raté cinq années à Poudlard et si auparavant il aurait dit  « c’est trop bien de ne pas aller à l’école », à l’heure actuelle, il n’en pensait pas un traître mot. Être enfermé chez soi sans croiser âme qui vive, était bien pire que de subir des profs plus puissants qu’une goutte de mort vivant. La solitude, il n’y avait rien de plus atroce. Il le dévisagea de haut en bas en se demandant ce qui avait pu lui arriver pour ne pas mettre un pied à l’école, mais cela ne le regardait pas quoi qu’il en soit et il ne comptait pas pousser ce bibliothécaire à lui en dire plus.

« Et vu que tu me trouves charmant, peut-être que je te verrai un peu plus souvent ? Tu verras, je suis irrésistible quand je feuillette un bouquin. » Susurra-t-il.

Shawn ricana légèrement : - Je pense que rien ne vaut la vision de votre bain de minuit en présence d’un détraqueur, en toute honnêteté.

Oui, il avait recommencé à utiliser le « vous », c’était plutôt bon signe. C’était la preuve qu’il estimait un minimum cet étrange adulte, en tout cas il souhaitait imposer une certaine distance, mais pour combien de temps.

« Tu peux m’appeler Octavi… Octave. Et toi alors, comment tu t’appelles ? »

-Octave ? répéta-t-il pour s’assurer avoir bien compris. Enchanté, moi c’est Shawn.

Shawn se pencha pour ramasser l’une de ses baskets : - en tout cas, wouha c’était géniale. Vous gérez, je n’aurais jamais cru dire ça un jour, mais cette créature peut-être classe, comme quoi ! Elle est arrivée et bouya, elle a tenté de faire sombrer avec elle la saloperie en haillon. Shiii Il accompagnait ses propos de grands gestes et de bruitage visant à simuler la bataille. Le combat a été acharné, mais l’autre plouc s’est fait la malle ! Il renfila sa basket tout en cherchant la deuxième du regard : ‘me demande à quoi ressemblera mon patronus. Il se parlait plus à lui-même qu’autre chose. Un lion ? Peut-être un tigre ou… mhm un loup ?

Il se redressa du haut de son mètre 73 et se dirigea vers son autre basket : - J’ai eu chaud, heureusement que vous étiez là ! Shawn était certes orgueilleux, mais il savait reconnaître les faits et certaines de ses limites. La prochaine fois, je tendrai une oreille plus attentive à ce que balbutie Rogue entre deux dépressions.


Il se stoppa la chaussure à la main et pivota vers l’adulte : - en parlant de dépression, c’ était ma première rencontre avec cette citrouille et j’espère que ça sera la dernière. J’aurais pas cru que leur pouvoir puisse avoir autant d’impact… sous-entendu sur moi.

Il n'était clairement plus sur la défensive avec l'adulte, chose rare.

_________________
It never troubles the wolf how many the sheep may be.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Lun 10 Oct 2016 - 23:57

Ils furent trop occupés à lutter contre les remembrances de leurs malheurs respectifs pour prêter attention l’un à l’autre. Octave détestait cette particularité du pouvoir des Détraqueurs tout particulièrement, plus même que le reste. Ils avaient la faculté de vous enfermer dans les méandres de votre esprit, vous coupant entièrement du monde extérieur. A chaque fois, il luttait inlassablement pour ne pas perdre ce lien avec la réalité, mais sa vision finissait pas se brouiller, se recouvrant du voile brûlant et douloureux des souvenirs les plus effrayants. Il coulait, littéralement, au point de ne plus vraiment pouvoir respirer, ne remarquant même pas qu’il étouffait. Cette fois il avait mis plus de temps à refaire surface que d’habitude.

Abaissant sa baguette, il avait encore l’impression qu’un étau enserrait fermement sa poitrine, malgré le départ de la bête. Lorsqu’il avait fini par parler, il avait longuement hésité à se retourner, ne sachant pas à quoi il allait devoir faire face. Les Détraqueurs faisaient des choses étranges avec les gens, les mettant parfois dans des états d’extrême détresse. Alors, il n’était pas sûr s’il devait attendre et laisser le temps à l’adolescent de reprendre contenance, ou s’il devait l’aider à revenir des limbes que pouvait être son propre esprit. Peu de gens étaient enclins à gracieusement faire démonstration d’une faiblesse. Le passage du Détraqueur était, selon la force mentale de tout un chacun, un dépouillement imposé et involontaire. Cette créature mettait à genoux et laissait à terre même après son départ. Octave avait donc fixé le lac plus longuement que convenu, alors que le Détraqueur était déjà parti et qu’il n’y avait rien à voir, par pudeur et considération. Alors quand, finalement, son regard croisa celui de l’élève au détour d’une œillade malicieuse, il y vit l’abattement lointain, propre à celui qui venait de revivre le pire sans y trouver une seule lueur d’espoir. Mais il n’en fit rien, voyant le jeune homme retrouver des couleurs et la fougue qui allait avec. Soit était-il bien plus fort qu’on ne pouvait le soupçonner, soit ses malheurs n’étaient pas si tortueux que cela. L’on ne savait jamais, avec tous ces jeunes tournés vers leurs propres malheurs comme des tournesols vers le soleil. Par réflexe, Octave sourit gentiment à tant d’entrain, alors qu’ils venaient tous deux de se rouler dans du verre pilé. Ca avait le don de détendre un peu au moins.

- Alors c’était pas des conneries avec le calmar, vous aimez vraiment ça… C’est même votre patronus !

Il s’était déjà interrogé sur les origines de son patronus, dont la forme l’avait surpris la première fois qu’il fut capable de l’invoquer, à dix-sept ans. Le monde magique avait ce côté pratique où chaque charme qui faisait appel à l'intime avait un sens. Intrigué, il avait d’abord essayé de faire le lien par soi-même. Mais ne trouvant rien de concluant à ses propres explications, il finit par faire une recherche sur la signification de cet animal. La plus prosaïque fut la référence à sa propre mère. Le livre disait que la pieuvre était une représentation de la génitrice possessive, qui empêchait son enfant d’accéder à son autonomie… De manière générale, le poule était le symbole d’une personne accaparante et dévorante, autrefois considéré comme un monstre des profondeurs, se rattachant aux esprits infernaux. C’était aussi le symbole du pouvoir tentaculaire secret, s’appliquant à toutes les formes de pouvoir dont la domination était perçue comme le résultat d’un mécanisme caché. Force menaçante et occulte dissimulée au fond des mers. Comment reconnaître à l’âge de dix-sept ans que même votre propre patronus vous spécifie qu’il n’y a rien de bon en vous ? Qu’avant que vous n’ayez vous-même décidé qui vous vouliez être, la magie vous indiquait votre nature semblable à celle d’une créature perçue comme maléfique et vicieuse. Comme un écho inconscient de ce que sa famille lui disait depuis des années.

Même si chagriné, Octave avait fini par ne plus prêter trop de force aux symboles, sachant parfaitement que s’il le faisait, il risquerait de s’y plier. Il avait donc préféré laisser son patronus sans signification, sans lien avec soi-même, un fatalisme amer l’envahissant à sa vue. Un poulpe… quelle idée, franchement… Octave n’avait jamais prétendu être quelqu’un de bon, mais la découverte du sens commun de son charme l’avait froissé, tant il lui fut désagréable de voir son patronus souligner de la sorte son caractère. Si bien qu’aujourd’hui, le poulpe n’était plus qu’un poulpe, symbole de rien, allégorie du vide, emblème de soi-même, et rien d’autre. Sauvagement, plutôt que de subir l’allusion, il l’avait entièrement dépouillée de son concept. Un poulpe ou un tas de cordes, cela aurait été la même chose. Tout cela pour garder son indépendance, ne reconnaissant qu’à moitié la force que cette manifestation avait pu avoir sur le jeune homme qu’il avait un jour été.

- Bibliothécaire, la grosse éclate en somme. Ça ne vous ressemble pas du tout, mais ma foi faut pas juger une baguette à sa composition, hein !
« Tiens donc, et qu’est-ce qui me ressemble ? »

Un haussement de sourcil circonspect avait accompagné sa question, prononcée sur un ton mi curieux, mi intrigué. Parce que franchement, que pouvait donc savoir ce minot prétentieux à son sujet ? Mais tout de même, la première impression n’étant jamais des moindres, il était intrigué de savoir quelle pouvait bien être la première chose qui venait en tête lorsqu’on le voyait. Même si on prétend infatigablement que le superficiel ne compte pas… eh bien, ma foi, si. C’est la première impression que nos futurs amis ou ennemis ont de nous, c’est sur cette apparence qu’ils nous jugent avant de décider s’ils veulent nous apprécier ou nous détester.

Entre temps, après une esquisse de flatterie, le jeune avait commencé à le vouvoyer, comme si les événements avaient remis ses esprits en place, ou plutôt réorganisé les barrières. M’enfin, qui peut bien comprendre ce qui se passe dans une pareille tête insolente ? Personne, indéniablement. Mais Octave devait avouer que cette aventure les avait tous les deux bien mieux mis en valeur qu’une rencontre à la bibliothèque n’aurait jamais pu faire. Gracieusement, la vie ne les avait pas liés autour d’un livre poussiéreux, mais par un combat nocturne face à la peur elle-même. On ne pouvait pas rêver mieux comme rencontre palpitante. Toutefois, lorsque le jeune cultivateur de bambou lui dévoila son prénom, Octave eut un déclic, étant sûr de le connaître. Mais si ! Ah, il l’avait sur le bout de la langue, au détour d’un neurone… Il en fronça les sourcils, n’écoutant que d’une oreille distraite les envolées lyriques de ce Shawn. Quoi que, son enthousiasme était tellement communicatif à l’égard du patronus du bibliothécaire que cela fit pétiller ses yeux de jade, bien qu’ils continuassent à fixer du vide d’un air absent. Il ne se serait jamais imaginé que son patronus puisse être qualifié comme classe. Et maintenant, cet élève s'extasiait devant, disant que c'était cool. Cool... un poulpe. C'était comme se redécouvrir un peu. Changer d'angle. Enfin, peut-être s'émerveillait-il surtout devant quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu.

-  Un lion ? Peut-être un tigre ou… mhm un loup ? J’ai eu chaud, heureusement que vous étiez là !
« Quand bien même, tandis que le Détraqueur prendrait son temps pour m’embrasser tendrement, tu aurais eu le tiens pour fuir vers le château à ta guise. Il paraît que je suis un appât efficace en ces cas de figure. »

Il avait répondu avec sa touche d’ironie habituelle, quoi que l’amusement prédominât sur la raillerie pour une fois. Mais son esprit s’était arrêté sur un mot qui avait défait le nœud des enchevêtrements de sa pensée. Loup. Il en écarquilla légèrement les yeux, alors que la vision de la missive de Rogue, le matin même, le frappait. Diable, comme cela ne lui était-il pas revenu plus vite ! Alzheimer précoce ? C’était à s’en poser la question véritablement parce que maintenant, il avait le dossier du jeune homme devant les yeux, comme ce fut précisément le cas quelques heures plus tôt. Le regard du bibliothécaire s’éclaircit soudainement, devenant même lumineux à mesure que la compréhension advenait. Il fixa enfin Shawn d’un regard bien ancré dans la réalité, et celui-ci lui faisait face, chaussure à la main alors que l’autre était déjà à son pied. Avait-il dit quelque chose ? Ah oui,  J’aurais pas cru que leur pouvoir puisse avoir autant d’impact… Il hésitait, sachant que probablement, ce n’était pas le genre de choses dont l’adolescent souhaiterait faire part aussi tôt dans leur rencontre. Et lui faire comprendre qu’Octave était au courant les remplacerait sur des niveaux différents, l’adulte ayant l’avantage de la connaissance. Mais la pleine lune était demain soir. Ils étaient de toute manière voués à se revoir dans des circonstances ennuyeuses. L’adolescent pourrait lui reprocher de ne pas avoir parlé plus tôt. Ah, décidément, détenir des secrets aussi intimes avait quelque chose de profondément gênant lorsqu’on essayait d’aborder les gens avec dignité. Plongé dans ses tergiversations, son esprit allant à la vitesse de la lumière, Octave en avait oublié à quel point il avait froid. Ses muscles et articulations étaient engourdis par l’évaporation qui gelait sa peau ; inconsciemment, il fit rouler ses épaules pour les réchauffer un tant soit peu. Mais véritablement, il était trop happé par sa découverte pour remarquer ses lèvres bleuies. Cela expliquait donc la sortie nocturne du garçon...

« Shawn… Comme Shawn Inoue ? » Il avait commencé à tâtons, mais la clairvoyance lui dictait que ce n’était pas la peine, qu’il n’y avait pas de manière agréable pour aborder le sujet, découvrir ses cartes. « Nous sommes donc voués à nous revoir bientôt, mon cher. Demain soir, pour être précis. Je suis chargé, par notre cher Directeur, de surveiller les lycanthropes. » Il avait pris grand soin à ne pas adopter un ton fataliste et désabusé qui pourtant s’imposaient avec la force de la logique. Plus encore maintenant qu’il était minuit passé. Il avait simplement révélé une vérité, ni agréable, ni désagréable, une simple information. Lentement, il osa faire quelque pas vers le jeune homme avant de poursuivre, avec le même ton, toutefois légèrement amusé, parce que la réplique l’imposait « Qui sait, ton Patronus sera peut-être un chat. T’imagine, le comble ? » Il avait fait un semblant d’humour, et ce n’était pas par hasard. Il voulait, peut-être pas très subtilement, montrer que peu lui importait. « Continues plutôt à me tutoyer, te voir soudainement me vouvoyer me donne l’impression de perdre en grade. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 237

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Dim 23 Oct 2016 - 12:49


Le détraqueur était parti, chassé par le patronus de cet étrange adulte. Le froid qui avait engourdi chaque parcelle de son corps était toujours présent. Ce n’était pas surprenant, il faut toujours du temps après l’intervention putride  d’un détraqueur pour que l’âme s’en remette, que les esprits sortent de la brume de ce cauchemar qu’est la réalité. Il était sonné et quasi inconscient de la présence à ses côtés qui dérivait presque autant que lui dans les abysses inexplorés de ses peurs, échecs et regrets.  Il n’avait jamais été aussi proche du désespoir et de la terreur ou peut-être bien que si, mais cela remontait à six longues années. Le temps avait recouvert ces cicatrices d’une fine couche de poussière. C’est ce qu’il croyait, mais certainement que la braise sous la cendre n’était pas encore complètement éteinte.  Il avait l’impression de pouvoir sentir les mains hirsutes de l’anéantissement enserrer son cou pour l’étouffer. Il se voyait déjà mort, seul, dans un silence sans appel. Ces créatures étaient détestables, car elle n’avait pas d’arme physique, pas de consistance. Elles utilisaient les faiblesses de l’âme humaine. Leur seul pouvoir, au fond, était de tirer profit de nos propres bassesses, aveulissements et cicatrices pour les retourner contre nous. Pas un homme sur cette planète ne pouvait leur résister, puisqu’un détraqueur est, quelque part, une parcelle de soi. Ils s’infiltrent sous la chair et font mourir même les âmes les plus pures. Bout d’âme ou part d’ombre qu’aucune potion, aucun remède, aucun sortilège ne pourront jamais complètement chasser. La lumière émanant du poulpe diminua progressivement pour finalement disparaître comme si la créature de lumière était retournée s’endormir dans les profondeurs sombres du lac.

Cette première rencontre avec un détraqueur avait réveillé en lui de vieux souvenirs oubliés.  Son frère jouant du violon et acclamé par des « un génie », lui enfermé dans la cave son être alourdi de chaînes, le soir de sa morsure, son fantôme dans un miroir, les jeux d’enfance avec Gayna et ses yeux apeurés après l’avoir découvert sous la forme de cette « chose ». Tout. Aucun répit ne lui avait été octroyé. Débris de rêves, comme boules de chagrin ne l’avaient donc pas épargné. Douloureux de se reprendre en pleine figure ce qu’on avait passé tant d’années à barricader derrière d’imposants murs. Ce poids invisible sur ses épaules l’obligeait de nouveau à courber l’échine éteignant une à une les lueurs d’espoir dans ses prunelles. Pourquoi l’avait-on toujours considéré si différent de son frère, même avant sa morsure ? Pourquoi son père ou sa mère n’avaient-ils pas été plus présents, lui qui avait, enfant, tant besoin d’une présence ? Plutôt que de raconter ses journées à ses parents, il s’était tourné vers son elfe de maison et même des créatures telles que le chartier du jardin. Avide d'attention et d'amour, il avait recherché ces trésors là où il pouvait et par conséquent, il avait tenté d'attirer l'attention de ses parents par des cris et des bêtises.

Son trop-plein d’énergie et son imagination sans limites lui avaient certes, attiré beaucoup d’ennuis, mais également beaucoup d’amis. Shawn était amusant, dynamique, distrayant, joyeux, souriant. C’était bien ça le problème. Shawn n’avait pas le droit de se morfondre ou de pleurnicher, parce qu’il était aussi chaleureux qu’un soleil et joueur que le vent. Il ne devait jamais se montrer abattu ou triste. Il devait être fort pour protéger son frère. Il était l’aîné de quelques minutes après tout. Il écoutait, à petites doses, les soucis d’autrui, mais lui, quelqu’un l’avait-il un jour autorisé à se plaindre et à pleurnicher pour aller mieux ?

On lui avait volé ce droit inconsciemment en lui collant cette étiquette de «  turbulent », « joyeux » ou « rebelle ». Les étiquettes rassurent les gens, ils leur donnent le sentiment de pouvoir maîtriser autrui, le contrôler. Dans le cas de Shawn, ces parents ont été les premiers à le déposer dans une petite boîte bien rangée, plutôt que de se remettre eux-mêmes en question. « Enfant turbulent », « il n’écoute rien », mais peut-être que le problème aurait dû tout simplement être posé autrement : pourquoi était-il un enfant turbulent ? Dans quel genre de situation n’écoutait-il pas ? La réponse aurait été aussi limpide que de l’eau de roche.  En ne se figeant que sur le comportement qui leur posait problème, ils ont inconsciemment  provoqué l’attitude qui leur déplaisait. Un enfant est une sorte de pâte à modeler, les parents en sont les créateurs.  Ils ont forgé ainsi ce Shawn qui vit au maximum dans le présent, faisant face à son avenir et tournant froidement le dos à son passé. Il répugnait à ressasser les erreurs passées, les espérances, les douleurs, les joies, les blessures aussi. Vivre dans son passé, c’est vivre comme quelqu’un de déjà mort, un mort-vivant en somme. C’est figer les aiguilles de l’horloge de sa vie à jamais sur un instant et oublier de remettre en marche les rouages rouillés de cette vieille horloge qu’est le temps.  Vivre c’est essuyer des échecs, pour Shawn faire face à des échecs est le prix à payer pour être vivant. Était-il un poids pour autrui en étant lui-même ?  Est-ce qu’ Abigail, Cassidy, Zack et les autres le détestaient vraiment ?

L’adolescent comme l’adulte ne bougèrent pas tout de suite, prisonniers de leurs propres démons. Fort heureusement, en ce qui concernait Shawn, il avait une capacité à se redresser même après la pire des blessures. Toutefois, les détraqueurs avaient plus d’effets sur lui qu’il aurait cru, mais plutôt que se morfondre et partir se recroqueviller dans un coin en pleurant sur son passé, il était plutôt du genre à se dire que c’était une bonne claque et que dès demain, il bosserait le sort du patronus avec un peu plus d’intérêt. Tant que l’on respire, tant que notre cœur bat, on n’a pas le droit d’abandonner et de baisser les bras, ni de se morfondre.  Le Gryffondor avait donc repris ses esprits lentement, mais surement. Son but, à présent, était de ne plus jamais se laisser surprendre par un détraqueur.  Il reprenait une bouffée d’air après s’être débattu dans la tempête de ses émotions. Une fois complètement remis, il croisa le regard de l’adulte. Ce dernier esquissa un sourire que Shawn lui rendit. Sourire était la meilleure arme après ce type de rencontre incongrue.

Il connaissait à peine cet homme, qu’il venait de découvrir son patronus : un poulpe, une pieuvre ou un calmar… Bref un truc aquatique avec plein de bras.  Certaines personnes, plus mystérieuses, n’auraient certainement pas appréciées que l’on découvre l’animal qui vivait en eux et surtout pas quand notre patronus est un animal avec une symbolique aussi négative. Mais Shawn ne voyait pas ce patronus sous cet angle. D’ailleurs, il ne se posait pas vraiment de question sur pourquoi un poulpe,  et préférait s’extasier sur cette apparition presque divine. On ne crache pas sur son sauveur, peu importe la forme qu’il revêtit. Depuis cette apparition, une certaine agitation le gagnait. Il se demandait à quoi pouvait bien ressembler son patronus. Serait-il identique à celui de son frère ?

Les présentations en bonne et due forme se profilèrent. Mieux vaut tard que jamais, comme on dit. Ce type était un bibliothécaire du nom d’Octave. Bibliothécaire, c’était bien LE métier dans lequel il n’aurait pas vu cet homme travailler. L’imaginer en compagnie de la vieille Madame Pince au milieu de livres poussiéreux semblait être totalement décalé.  Il lui fit d’ailleurs savoir.

« Tiens donc, et qu’est-ce qui me ressemble ? »

La question le prit au dépourvu, non pas parce qu’il ne savait pas quoi répondre, mais parce que cela lui semblait évident.

-Bah, j’sais pas. Vous semblez être un excentrique ou un marginal. Le genre de type capable de prendre un bain de minuit dans un lac cafi de créatures aquatiques. Besoin d’évasion, de se dépasser, de sortir du morne quotidien, non ? Il haussa les épaules, je vous aurais plus imaginé chercheur, briseur de sort pour les gobelins ou même, il hésita une demi-seconde, rafleur. Un truc qui bouge ou qui permet d'assouvir une sorte de curiosité maladive. Mais bon, j’chuis pas un fin psychomage comme vous pouvez le constater. Il enfila sa première basket à l’arrache sans refaire les lacets : bibliothécaire, ça c’est du job de gratte-poussière. Il se frotta la nuque avec nonchalance : chacun son truc. J’juge pas.

Il avait beau plaisanter sur le sujet et se moquer des rats de bibliothèque. Au fond, il ne jugeait pas le choix d’autrui, chacun trouvait midi à sa porte et il fallait bien des bibliothécaires. En somme, il préférait que d’autres gens s’en occupent à sa place. Le pire scénario serait de s’imaginer en train de travailler au milieu de deux étagères, car plus personne ne souhaite faire ce job. Il devrait même remercier des types comme cet Octave de bien vouloir occuper ce poste inintéressant et laisser aux autres des emplois bien plus intéressants.

Les détraqueurs. Le jeune homme ne pouvait pas s’empêcher d’y repenser. Qui ne serait pas obsédé par une rencontre avec cette monstruosité ? Naturellement, le sujet revint sur ses lèvres.

« Quand bien même, tandis que le Détraqueur prendrait son temps pour m’embrasser tendrement, tu aurais eu le tien pour fuir vers le château à ta guise. Il paraît que je suis un appât efficace en ces cas de figure. »

Shawn aurait presque été vexé par sa réflexion. Mais l’adulte semblait plaisanter, en tout cas son visage affichait un sourire narquois.

-Oh vous me prenez pour qui ? Je vous aurais pas laissé crever pour sauver ma peau, j’chuis pas un lâche !

L’adulte le fixait intensément au point que cela le mit mal à l’aise. Qu’est-ce qu’il avait à le dévisager de la sorte ? Shawn l’analysa plus en détail de haut en bas, histoire de se souvenir de son visage, mais nul doute qu’il ne l’oublierait pas de si tôt. Ce n’était pas le genre de personnalité que l’on oublie facilement.

« Shawn… Comme Shawn Inoue ? »

Méfiant, il arqua un sourcil. Comment connaissait-il son nom de famille alors qu’il y a cinq minutes, il ignorait tout de lui ? Ce type était-il un légilimens ?

- Oui, c’est ça. Je suis si célèbre que ça à Poudlard ?

« Nous sommes donc voués à nous revoir bientôt, mon cher.  Le gryffondor ne comprenait plus rien et dévisageait l’adulte comme si d’un regard il pouvait obtenir des réponses à ses questions. Demain soir, pour être précis. Demain soir ? Ces mots à peine sortis de ses lèvres, qu’il comprit ce que cet homme sous-entendait : la pleine lune.  Je suis chargé, par notre cher Directeur, de surveiller les lycanthropes. »

« Cher directeur », ça sonnait presque ironique ou il était en train de fabuler ? De toute façon, il n’avait pas le temps d’analyser ce détail tant la révélation l’avait surpris. Shawn se figea, tout sourire avait quitté son visage. Peu de gens étaient au courant à Poudlard, hormis Rogue et très certainement Slughorn. Les appréhensions concernant le but de Rogue vis-à-vis des loups-garous s'imposèrent de nouveau à son esprit. Pourquoi avoir choisi cet inconnu et lui avoir révélé un secret si lourd ? Était-il digne de confiance ? Y avait-il un but derrière cette mascarade ? Peut-être que cet emploi de pseudo bibliothécaire n’était qu’une couverture et que comme sa première impression lui avait dicté, cet homme cachait très bien son jeu. Qui sait ? C’était peut-être un mangemort ou un spécialiste des loups-garous venu faire des expériences sur lui pour faire avancer les connaissances au nom de la science et tant pis pour la morale. Un frisson parcourut son échine et ce n’était pas à cause du froid.

Shawn se força un sourire : - c’est donc vous le pseudo « gardien » ?  Quel hasard. Il arqua un sourcil : vous allez faire quoi si on est incontrôlable, tentez de nous apprendre à « donner la patte » ? Face à un loup-garou, il n'y avait pas grand chose à faire. Vous vivez dangereusement. Il enfila sa deuxième basket sans prendre la peine de bien enfoncer son pied jusqu’au bout. Rogue, pas de titre de politesse, doit vraiment beaucoup vous apprécier pour vous confier une tâche aussi gratifiante... Ou alors vous cachez votre jeu, pensa-t-il.

Il ne quittait pas des yeux l’adulte et sur un ton un peu plus adouci, il ajouta : - « les lycanthropes », il y en a d’autres dans l’école ? J’étais pas au courant.

Il ne doutait pas une seule seconde qu’Octave devait répugner à effectuer ce job. On lui avait trop souvent rappelait qu’il était un monstre, le message était passé. Ainsi, il ne pouvait pas imaginer qu’un sorcier « normal » puisse  le considérer comme son égal. Hormis son oncle, lui-même loup-garou, la plupart des gens connaissant son secret ont peur ou se méfient. Pourquoi leur reprocher puisque même le Ministère ne sait pas où classer les lycanthropes : être ou animal ? Octave s’avança dans sa direction, ce qui prit au dépourvu le jeune homme. L’attitude normale ne serait-elle pas de reculer au cas où l’envie de mordre lui prenne même sous forme humaine ? Qui sait, peut-être même que s’il éternue il peut transmettre le virus… La peur rend l’homme irrationnel et l’abruti. Shawn était très bien placé pour le savoir. Sa mère avait peur du moindre contact avec lui, peur de devenir comme lui… « cette chose » infâme.

« Qui sait, ton Patronus sera peut-être un chat. T’imagine, le comble ? »

Cette blague eut le mérite de le faire sourire : oui, ça serait vraiment ironique. Un miron... j'y avais jamais pensé, haha Il redevint sérieux et le fixa : mais vous n’avez pas peur ? Vous êtes étranges. D’habitude, le simple mot « lycanthrope » fait dresser les cheveux sur le crâne. Je pourrais vous mordre, vous savez... grrr, dit-il en imitant un chat sortant ses griffes. Il avait exprimé ce constat avec ironie, mais le plus triste était que derrière le rideau de l'humour se cachait la vérité : les gens sont terrorisés et en deviennent irrationnels. Il y était habitué et cela ne l’offensait pas le moins du monde. Octave avait pris un masque totalement neutre et impénétrable en révélant son rôle de gardien, peut-être pour ne pas l'offenser, peut-être parce qu'il n'avait aucun a priori, mais il aurait très bien pu se plaindre, cela ne l'aurait pas outré. Ce qui le dérangeait c’était lorsque les propos baignaient dans la haine et la violence du genre : « il faudrait tous les exterminer », « tu vas pas me dire que le Ministère ne sait pas où ils se cachent ».

Continues plutôt à me tutoyer, te voir soudainement me vouvoyer me donne l’impression de perdre en grade. »

Cette dernière remarque le fit éclater de rire.

- Vous voyez, ou plutôt, tu vois c’est exactement ça que j’essayais d’expliquer plus tôt quand tu m’as demandé ma première impression. C’est pas forcément le genre de truc que beaucoup « d’enseignants » diraient ! Tout comme le fait de prendre un bain dans un lac gelé en pleine nuit. Ce qui m’amène …

Il prit une pause comme pour imprimer ses propos dans l’esprit du fameux Octave :
-En toute honnêteté, est-ce que t’as été embauché pour disséquer en quoi nous sommes inhumains et faire des expériences sur nous ou t’es juste le type au mauvais endroit au mauvais moment ?

« nous », « vous », un monde. Je suis d’un côté de la barrière et vous, humains normaux, êtes de l’autre. Il en a toujours été ainsi, et il en sera toujours ainsi. Loin des autres, proche des siens.

« Tu ne te sens pas seul, parfois ? »

« Seul, non, je suis entouré d’amis et j’ai ma famille. Je n’ai pas le droit de me plaindre ».

« Je ne parlais pas de ce genre de solitude »

« Alors de laquelle ? »

« Se sentir isolé des autres. Ne pas trouver quelqu’un capable de te comprendre et de t’accepter pour ce que tu es. »

« Oh, je crois que peu importe qui nous sommes, nous ressentons tous cette peur au cours de notre vie ».

« Tu es vraiment courageux, je n’aurais pas pu vivre en étant quelqu’un comme toi »

« Très courageux ou très lâche… »


Shawn avait tendance à faire confiance à autrui, si cet inconnu lui disait dans le blanc des yeux qu’il ne lui voulait concrètement aucun mal, il était prêt à le croire. Quand bien même, cela pouvait être un mensonge éhonté.

- Vous trouvez pas ça, pardon, tu trouves pas ça injuste ? Tu possèdes une carte contre moi, et pas des moindres, et moi je ne sais rien de vo...toi. Il lui sourit transformant ses yeux en deux fentes : en échange, tu dois me révéler quelque chose sur toi ! Puis vous êtes sérieux ? Vous m'autorisez VRAIMENT à vous tutoyer ?

_________________
It never troubles the wolf how many the sheep may be.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Jeu 27 Oct 2016 - 15:07

Excentrique et marginal ? Parce qu’il osait se baigner à l’aube de l’automne, seulement accompagné de la lune ? Il lui en fallait donc peu pour juger quelqu’un d’original. Il y avait pourtant des individus avec des lubies beaucoup plus spécifiques que celles de ce bibliothécaire qui s’autorisait pourtant là un petit plaisir bien discret. Quoi que, nous ne parlons pas en termes de degrés de gravité ici, et les véritables excentriques étant particulièrement rares dans la nature, il n’y avait là rien d’étonnant à ce que ce jeune élève le considère ainsi. Après tout, pour quelqu’un enfermé dans une école en temps de guerre et très probablement muselé par sa condition de lycanthrope, se plonger dans un lac sous les étoiles devait effectivement être le summum de l’extravagance. Mais ce qui rappela davantage à Octave qu’il avait en face de lui un adolescent fut le rappel du « morne quotidien ». Encore un pour qui la routine représentait la frayeur de l’ennui. Comme si l’habitude représentait l’arrêt de l’existence. En ces moments, Octave repensait inlassablement, et avec ardeur, aux paroles de Rainer Maria Rilke : Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Peut-être que ce n’était là qu’une expression maladroite, mais cela rappela gracieusement au bibliothécaire qu’il avait su cultiver son caractère de sorte à ne jamais souffrir de l’ennui. A la limite, se prélassait-il dans une tranquillité journalière qui faisait elle-aussi du bien à sa manière, sans pour autant pencher dans l’embarras. Peut-être était-il en effet une sorte de marginal parce qu’il savait s’ennuyer dans le confort et sans que cela ne représente une plaie à l’âme, ni une mort de l’esprit.

Quant à son activité, Shawn ne se doutait certainement pas à quel point il n’était pas loin de la réalité. En vérité, son métier, qu’il avait jadis défini comme celui de détective libéral, s’avéra davantage s’apparenter à celui de consultant. Cette activité l’avait en définitive obligé à englober tant de corps de métiers différents qu’il pouvait se vanter d’avoir touché quasiment à tout, de manière pas toujours très approfondie cela dit. D’une certaine façon, Octave correspondait donc aux trois suppositions de l’adolescent. Il se souvenait même d’une fois où, particulièrement scrupuleux, il avait passé des semaines à s’entrainer au repassage de vêtements pour pouvoir se faire embaucher dans un pressing moldu dont le propriétaire fut soupçonné d’utiliser son établissement pour blanchir de l’argent. C’étaient ses débuts, et il était studieux comme un employé voulant impressionner son patron un premier jour de travail pour le remercier de l’avoir embauché. Une époque où il se fatiguait beaucoup trop pour se prouver à soi-même qu’il était capable de bien plus que ce à quoi on l’avait prédestiné, à cet être servile et uniquement capable de bien se tenir en exécutant les ordres. La rigueur de son éducation lui avait inculqué la patience et la détermination. Qualités qui lui avaient permis de maîtriser quasiment n’importe quel sujet, suffisamment pour ne pas être sujet de moqueries. Mais surtout… surtout, il avait ce trait de caractère accommodant, non sans lien avec sa curiosité, qui lui permettait de se satisfaire de n’importe quelle activité. Il savait tirer plaisir de tout. Allant de la traque à la recherche d’une orchidée rare dans les marais de Floride jusqu’à ce petit job de peintre en bâtiment qu’il avait eu pendant deux mois l’espace d’un été un peu foireux. Et c’était loin d’être de l’optimisme forcé. Il avait savouré du premier au dernier coup de pinceau monotone, profitant du répit cérébral que lui offrait ce travail simple mais réconfortant dans sa finalité.

Et tandis que Shawn débitait ses suppositions, Octave le reluquait en biais, sourcil relevé, yeux pétillants et sourire en coin. Non, bien sûr, l’on ne pouvait décemment pas dire que l’adulte avait l’allure qui collait avec cette profession donnée. Fondamentalement, l’adolescent avait raison, même si son jugement ne reposait que sur des stéréotypes, la vérité était là quelque part, cherchant son juste milieu entre le binoclard avachi sur sa pille de livres et le nez relevé d’un prétentieux qui chérissait sa bibliothèque plus que les gens qui la fréquentaient. A croire que les bouquins n’attiraient qu’une gamme bien spécifique de personnalités. Tout comme chaque corps de métier d’ailleurs. Alors à ce stade, on pouvait dire qu’il se trouvait flatté de ne pas correspondre à cette image de vers à bois morne et ennuyeux qui l’adolescent plaçait dans sa définition.

Octave eut un sourire étrangement bienveillant lorsque Shawn s’excita, comme si rien que le fait de sous-entendre qu’il pouvait être lâche était déjà un affront suffisant pour le relever d’une vive voix. La bravoure, encore une forme de force de caractère pour les âmes les plus belles. Cela dit, la revendiquer à tout bout de champ n’était pas non plus très judicieux, au risque de passer pour outrecuidant. Mais au vu de l’âge et du tempérament, c’était pardonnable et même finalement plutôt appréciable de voir autant d’aplomb aussi tôt. A en juger par le peu d’éléments dont Octave disposait, et malgré la provocation latente qui s’entremêlait de fil rouge dans le comportement et les paroles du jeune garçon, ce-dernier semblait être quelqu’un de fondamentalement bien. La bonté ne se couvrant pas toujours nécessairement de belles parures d’irréprochable gentillesse ni de pieuse modestie. Il était là, un peu rouge, un peu bancal et grossier, mais extrêmement lumineux, semblant faire partie de ceux qui avaient le don de la joie facile. Joie qui disparut lentement de son visage juvénile, comme un voile qui tombe, laissant une ombre dans son regard soudain d’acier alors que l’adulte lui expliquait leur lien à venir. La peur et la stupéfaction vous transformaient en un clin d’œil un garçon en homme. Cela dit, les mots qui franchirent sa bouche contrastèrent avec sa tenue, devenue l’espace de quelques secondes comme méfiante, s’avérant être d’une légèreté presque déconcertante. Il plaisantait. Par nervosité peut-être ? Après tout, si dans sa vie de paria de la société, il aurait dû tout prendre au sérieux, cela ferait longtemps qu’il serait mort d’un ulcère non ? Ou d’un anévrisme. Et puis, il vaut mieux sourire face à un danger potentiel plutôt que de montrer sa crainte, n’est-ce pas ? Octave aurait fait pareil, certainement. Le temps d’en apprendre un peu plus en tout cas.

« Je pense personnellement que c’est une sorte de punition. Une manière d’assoir son autorité. Peut-être un rappel subtil de mon statut inférieur par rapport au sien en tout point. Enfin, ce ne sont que des suppositions. Qui sait, peut-être qu’il a un plan, mais dans ce cas-là, il l’a gardé pour soi. Ce qui serait d’ailleurs encore un moyen de me remettre à ma place. Quoi que je me donne certainement trop d’importance… »

Il n’y avait pas de fatalisme dans sa voix, ni de frustration ou de résignation douloureuse. Un simple constat, comme s’il était en train d’énoncer les trois règles de la thermodynamique à une classe assoupie d’ingénieurs un lendemain de cuite. Bien évidemment, il avait été quelque peu contrarié à la lecture de la missive du Directeur, même vaguement vexé l’espace de quelques secondes, le peu d’immaturité qu’il lui restait ayant repris le dessus. Mais en définitive, c’était une opportunité inespérée pour découvrir de nouvelles choses. Les loup-garou avaient toujours été mis au pied de l’échelle sociale, ignorés et isolés comme des lépreux. Personne n’en parlait ni n’en faisait vraiment mention, à part dans les textes de loi ou les livres de défense contre les forces du mal, à tel point qu’on pouvait croire qu’ils n’existaient pas vraiment. Seuls quelques chercheurs s’étaient fatigués à faire des expériences et rendre des papiers, mais les écrits demeuraient rares et invérifiés pour la plupart tant le domaine concerné était peu exploité, mais surtout n’attirant l’attention que d’une très petite minorité. Minorité bien souvent dépourvue d’éducation et donc incapable de proprement défendre ses propres intérêts. Et Shawn était le représentant d’une branche dont les membres étaient mal représentés autant dans les sciences que dans la vie sociale, le Seigneur des Ténèbres ne faisant appel à eux maintenant que par besoin. Enfin, sait-on jamais, peut-être allait-il ouvrir une association de défense des droits des hommes chiens ? Au détour d’une autre blague, l’adolescent redevint néanmoins sérieux, laissant ce qui le préoccupait vraiment percer à travers les sourires d’apparence. Enfin, pas tout à fait, car il eut suffisamment de panache pour lui faire une imitation de doigts crochus griffant l’air. Ne sachant s’il valait mieux être parfaitement sérieux ou au contraire ironique en retour, Octave opta pour un juste milieu : une gravité souriant malicieusement.

« Moi aussi je pourrais te mordre. De mauvaises langues diront même que tu en chopperas la peste bubonique. Il se tut un instant, plissant légèrement les yeux, reprenant le sérieux adéquat qu’il fallait pour dire ce qu’il avait à dire. Pourquoi est-ce que je devrais avoir peur ? As-tu l’intention de me tuer ? De me mordre ? Vous serez enfermés et sous les effets d’une potion. Mais si un accident devait arriver, mettant ma vie ou celle de quelqu’un d’autre en danger, je ferais tout pour vous empêcher de faire du mal, quitte à vous tuer s’il le faut. »

Dans sa bouche, cette option sonna comme parfaitement réalisable. Encore une fois, ce n’était pas une menace, mais un fait, un peu amer et cru, mais Shawn devait le savoir bien mieux que le bibliothécaire. Lui, qui était plus au fait de sa difficile condition plus que quiconque. Il n’y avait effectivement pas grand-chose à faire contre quelqu’un qui ne contrôle pas ses actions, alors Octave avait tenu à préciser que la mort était un dernier recours. C’était rude, mais sa capacité à totalement s’abstraire de l’être humain au point d’être capable de mettre fin à une vie justifiait largement l’absence de peur. Autant parler des choses qui gênent tout de suite et clairement, sans passer par mille détours emplis d’une politesse toute relative. Peut-être que cela allait même rassurer le jeune homme d’une certaine manière. Dès le début cela dit, Octave avait décidé de parler à Shawn d’égal à égal, parce qu’il le méritait bien, et que généralement cela simplifiait grandement les relations que de traiter les gens avec sérieux.

« Donc non, je n’ai pas peur de toi. Il est vrai que j’appréhende, car ce n’est pas sans danger, mais j’ai le cœur tranquille parce que je sais ce qui m’attend et je sais quoi faire. Les gens ont souvent l’angoisse de l’inconnu, ce qui n’est pas mon cas. La vie a beaucoup plus effrayant à offrir qu’un adolescent loup-garou. »

Il aurait eu la frousse il y a encore quelques années, qu’il aurait savamment camouflée derrière un trop plein d’ardeur pour se donner du courage. Cela dit, il avait toujours été beaucoup trop prétentieux pour reculer face au danger et encore moins devant une peur paralysante. Alors il forçait comme un damné, faisant dans un claquement de dent nerveux ce qui lui aspirait tant de crainte jusqu’à ne plus la ressentir. Il se devait de dompter les éléments, les maîtriser et les comprendre pour ne plus être mort de trouille à chaque instant de l’existence. Donc non, il n’avait pas l’intention de fléchir face à un adolescent qui perdait la boule une fois par mois. Non mais ho, lui aussi il en était capable d’abord. Qui sait, peut-être que lui aussi, une fois par mois, sortait dans les rues des villes voisines pour dépecer des vierges dans un élan de folie meurtrier ? Qui sait… qui sait. D’ailleurs, Shawn fit une supposition dans ce sens, faisant encore une fois référence au côté marginal du bibliothécaire : En toute honnêteté, est-ce que t’as été embauché pour disséquer en quoi nous sommes inhumains et faire des expériences sur nous ou t’es juste le type au mauvais endroit au mauvais moment ? Question légitime, quoi que pas vraiment d’actualité. Octave n’était pas certain que ce genre de pratique soit répandue chez les sorciers, qui ne s’abaisseraient jamais à découper un corps. C’était l’adage des moldus ça, non ? Se salir les mains avec un travail manuel avilissant car largement exécutable par un quelconque sortilège. Il avait eu l’intention de lâcher un rire, mais après réflexion, cette possibilité était en soi assez tristement plausible.

« Je ne suis pas enseignant, je suis bibliothécaire, ça me donne le droit de faire ce que bon me semble dans la mesure où je ne suis censé être un exemple pour personne. Et non, je ne suis pas un Josef Mengele des temps modernes. Mais je ne suis pas là non plus au mauvais moment. J’attends éventuellement de toi que tu me racontes ce que tu ressens pendant la transformation sous l’effet d’une potion. De quoi tu te souviens, à quel point es-tu conscient. »

Le froid le saisit soudain à la gorge, comme gelant son tronc cérébral. Il eut même du mal à finir sa phrase tant sa mâchoire était engourdie, ce qui fit qu’il prononça les derniers mots d’une manière quelque peu étrange, presque baragouinée. D’abord perplexe, Octave se mit à masser les muscles maxillaires dans une tentative de détendre le tremblement qui s’en emparait. Le voilà qui claquait des dents. Cette simple réalisation le mena à constater que dans sa globalité, tout son corps était glacé et sensiblement paralysé par le froid. Il ne faisait pas spécialement froid pour un milieu de septembre, mais les évènements qui s’étaient enchaînés les dernières heures le laissaient maintenant complètement frigorifié. La faute en était aux vêtements encore humides et, écoutant toujours Shawn d’une oreille quelque peu distraite, Octave entreprit de se sécher à l’aider de sa baguette magique. Un sortilège silencieux, peu connu car destiné à une clientèle spécifique, mais diablement utile pour ce genre de cas de figure. Il se basait sur la filtration sous vide utilisée en chimie pour séparer un solide d’un liquide. Une sorte d’essorage forcé en somme. Dans un bruit de succion d’air, ses vêtements se séchèrent en un clin d’œil. Ah, on se sent déjà beaucoup mieux. Quoi que ce n’était pas une pauvre chemise et un jean qui allaient l’aider à se réchauffer et ne pas mourir d’hypothermie. Alors il se dirigea vers le buisson où avait jadis abandonné ses affaires et en sortit ses bottes pour les enfiler avec à peu près le même soin que Shawn avait mis à enfiler les siennes. Lacets défaits et trainants sur l’herbe, il se saisit de l’épaisse serviette et s’en recouvrit la tête, se séchant les cheveux dans un frottement intensif. Cela eut le don de lui dégourdir au moins les bras, lui réchauffant le crâne et la nuque. Il laissa la serviette ainsi, en voile religieux sur sa tête, les pans de cette dernière enveloppant ses épaules.

- Vous trouvez pas ça, pardon, tu trouves pas ça injuste ? Tu possèdes une carte contre moi, et pas des moindres, et moi je ne sais rien de vo...toi. En échange, tu dois me révéler quelque chose sur toi ! Puis vous êtes sérieux ? Vous m'autorisez VRAIMENT à vous tutoyer ?

Octave souleva un sourcil interrogateur devant ce soudain bafouillage. Il avait si bien commencé, le tutoyant sans aucune hésitation, et le voilà qui retombait dans le vouvoiement, pareil à une petite fille ne croyant pas à son bonheur de rencontrer sa princesse Disney préférée. C’était si dur à croire ? Le bibliothécaire ne répondit cependant pas tout de suite, le reste de la réplique demandant une certaine réflexion. Ce n’était pas la première fois qu’on marchandait avec lui pour lui soutirer des détails sur sa vie ou ses connaissances, mais c’était la première fois en revanche que la demande émanait d’un élève. En attendant, il livra un brin de faux arguments, dans la perspective de voir le visage de Shawn se faner de déception.

« Non seulement je t’y autorise, mais en plus je t’y encourage. Et ce n’est pas vrais, tu sais déjà pas mal de trucs sur moi : j’aime me baigner dans des eaux froides en plein milieu de la nuit et ce malgré les créatures douteuses qui peuplent le lac. Mon Patronus est un poulpe et je suis un bibliothécaire qui n’a pas la tête de l’emploi. Et le Directeur ne m’aime probablement pas. Enfin, il n’aime personne, mais ça c’est une autre histoire. Tu peux tirer plein de conclusions de tout ça par toi-même, je ne vais pas le faire à ta place. Mais pourquoi tu veux savoir quelque chose d’équivalent à ton secret sur moi ? Tu veux pouvoir me faire du chantage ? »

C’était dit avec légèreté et humour, mais dans l’esprit du bibliothécaire, cela cachait une vérité bien réelle. S’ouvrir avait toujours représenté un risque dans son ancien métier et il en avait gardé une certaine méfiance. Mais Shawn lui plaisait bien et il voulait bien jouer le jeu, à sa manière cela dit. Car c’était bien une question de donnant, donnant. Il aurait pu refuser par pudeur et défiance, mais cela aurait probablement refroidi l’ardeur de ce jeune homme qu’il était destiné à croiser au moins une fois par mois et dans des situations assez intimes. Une relation de confiance était nécessaire pour le bon déroulement des événements et Octave devait céder à ce caprice. Alors il mima la mimique de Shawn en plissant à son tour les yeux avant de susurrer :

« Bon… Qu’est-ce que tu veux savoir ? »

Car en revanche, il n’allait pas lui faciliter la tâche en choisissant de soi-même un élément particulier de sa vie. Shawn allait devoir se la jouer fine pour le coup s’il voulait découvrir quelque chose de vraiment croustillant.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 237

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Dim 6 Nov 2016 - 12:40


L’inconnu du lac, le sauveur au poulpe se prénommait Octave et était le nouveau bibliothécaire. Shawn avait du mal à y croire. Imaginer cet homme enfermé dans une bibliothèque puant le ranci au milieu de livre poussiéreux  lui était difficilement concevable. Lorsque l’adulte lui demanda dans quel genre de métier il l’imaginait, Shawn avait l’impression de jouer au jeu des sept erreurs : sept erreurs se sont glissées entre le dessin A et B, sauras-tu les retrouver ? Il avait maladroitement tenté d’exposer son point de vue à l’adulte qui l’avait écouté en arquant les sourcils, un sourire amusé aux lèvres. Malgré l’expression du bibliothécaire relativement avenante, il y avait toujours comme un voile. Peut-être que cet homme portait constamment un masque ou tout simplement, peut-être qu’il faisait partie de ce type de personne à jamais impénétrable. C’est ce qu’on nomme communément le charisme, non ? Cet homme était un paradoxe vivant. À force de fréquenter des bouquins aux reliures usées, il était sûrement devenu identique à ces morceaux de papiers jaunis par le temps : sous sa couverture usée se cachaient des trésors de découvertes et de révoltes. Pour juger de la qualité d’un livre, il fallait tourner la première page et commencer la lecture. Autrement, il est impossible d’évaluer quoi que ce soit.


Shawn était connu pour rester sur ses gardes en présence d’adulte, il se méfiait des adultes, du poison de leurs mots, de leurs irresponsabilités et de leurs imperfections. Par conséquent, il relevait presque du miracle de le voir aussi avenant avec un représentant du monde adulte. Son père ne l’aurait certainement pas reconnu. Tout du moins, ce n’était pas l’image fictive qu’il s’était créée concernant son fils aîné. Ce n’est pas pour autant que le Gryffondor faisait confiance entièrement au bibliothécaire, mais il se demandait s’ils n’étaient pas sculptés dans un bois identique : le bois de ceux prêts à secouer le monde. Ceux capables de presser le quotidien pour en sortir le jus sucré pouvant enivrer les sens et hisser les vies à leur summum. Les excentriques, les décalés, les fous, les vivants, les paumés, les artistes… appelez-les comme bon vous semble. De toute façon, ils ne se soucient guère de vos étiquettes. Pour ces types, c’est leur anniversaire tous les jours, car ils sont constamment sur des montagnes russes.  Octave était-il, lui aussi, de ceux qui aiment croquer la vie à pleine dent ? Cette image idéalisée était probablement le simple fruit de son imagination. En tout cas, une chose était sûre concernant cet homme : ses réflexions étaient aussi aiguisées qu’un harpon et elles rataient rarement sa cible.


Il lui révéla le lien invisible qui relirait à présent leur vie : Octave était le fameux gardien censé surveiller les loups-garous durant les soirs de pleine lune.  Au Japon, il existe une croyance selon laquelle toutes les personnes que nous croisons dans notre vie étaient des proches dans des vies antérieures. Des gens bons comme mauvais ayant joué un rôle dans une de nos vies passées. Alors cet Octave devait forcément être lié à Shawn, il y a de ça plusieurs réincarnations en arrière. Son gardien. Une nouvelle peut réjouissante aux yeux du jeune homme, trop habitué aux rejets face à sa condition. Ce bibliothécaire était-il un ennemi comme le reste ou quelqu’un qui lui voulait du mal ?  Il était méfiant, et certainement que la position de son corps de biais et sa façon de tordre ses bras trahissaient  ses émotions les plus profondes. Mais si cette nouvelle le surprit sur le coup, il sut rebondir rapidement et plaisanter en parlant de Rogue. Il n’était pas question de laisser trop transparaître ses questionnements envahissants.

Aller de l’avant, toujours, sans jamais avoir de regrets ou regarder en arrière. « Je regrette de ne pas avoir eu le courage de vivre ma vie comme je l’entendais » n’était pas le genre de phrase franchissant la barrière de ses lèvres. Vivre sans regret, c’était également vivre en accumulant les erreurs, vivre sans être soi. Le regret, poids qui nous broie, absence et manque qui nous écrasent, rêves suspendus. Le regret nous fait souffrir, nous empêche d’aller de l’avant. Mais c’est aussi un voyage, un apprentissage permettant de tirer une leçon pour le futur. Plutôt que de vivre sans regret, peut-être était-il préférable de vivre avec ses regrets, les comprendre et les placer dans une petite boîte à jamais.  Notre passé, nos erreurs, nos remords et regrets sont l’architecture de notre identité. Refuser le passé et ses regrets, c’est oublier de se réconcilier avec soi.

« Je pense personnellement que c’est une sorte de punition. Une manière d’assoir son autorité. Peut-être un rappel subtil de mon statut inférieur par rapport au sien en tout point. Enfin, ce ne sont que des suppositions. Qui sait, peut-être qu’il a un plan, mais dans ce cas-là, il l’a gardé pour soi. Ce qui serait d’ailleurs encore un moyen de me remettre à ma place. Quoique je me donne certainement trop d’importance… »


Shawn écouta jusqu’au bout ce qu’avait à lui dire l’adulte. Octave reconnaissait que Rogue se servait probablement de lui ou cherchait à l’écraser et à lui montrer sa supériorité, et pourtant aucune trace de fatalisme ou de frustration à l’horizon.  Se fichait-il à ce point de s’occuper de monstres ou d’être relégué au rang de sous-fifre ? Le Gryffondor dévisageait l’adulte de haut en bas, sa curiosité était aiguisée. Il se posait beaucoup de questions sur le bibliothécaire de l’école. Quoi de mieux que de décortiquer ce que pouvait avoir dans le ventre cet homme, comme une guêpe fouillant les entrailles d’un cadavre avec minutie. Toutefois, Shawn n’avait pas forcément le même genre de curiosité que les braves gens. Il s’empressa de lui poser la question qui brûlait ses lèvres, à savoir : n’avait-il pas peur de se faire mordre ?


« Moi aussi je pourrais te mordre.  Shawn entrouvrit la bouche, et dans ses prunelles brilla une douce lumière de joie. Oui, on aurait presque pu y observer les étoiles : wouha t’as vu y a même la grande ourse ! Ce n'est probablement pas pour rien que cet homme a été choisi comme gardien, et si... De mauvaises langues diront même que tu en chopperas la peste bubonique. Espoir, désespoir. Le jeune homme avait cru pendant une fraction de seconde que cet adulte était aussi atteint de cette maladie incurable qu’est la lycanthropie. La déception devait se lire sur son visage tandis que les étoiles dans ses yeux s’éteignaient petit à petit, adieu la grande ourse. Qu’est-ce que tu vas t’imaginer ? Tu crois sincèrement trouver quelqu’un comme ton oncle ? Quelqu’un qui te comprend et qui veille sur toi ? Shawn, réveille-toi, ne fais pas ton marshmallow tout mou fondu au soleil.


Le bibliothécaire se redressa et reprit un ton qui se voulait un peu plus sérieux.  Pourquoi est-ce que je devrais avoir peur ? Shawn le dévisagea les lèvres étroitement closes. C’est vrai, pourquoi devrait-on avoir peur de lui avec toutes les protections et la potion Tue-loup ? Il n'était qu'un simple loup. Octave avait un raisonnement logique basé sur des faits concrets. En tant que bibliothécaire, il avait également dû se renseigner sur le sujet. Raison pour laquelle, il était capable d'analyser sainement la situation sans être parasité par des préjugés de comptoir. As-tu l’intention de me tuer ? Il secoua la tête négativement : pas actuellement. De me mordre ? La solitude n’est-elle pas une raison suffisante pour vouloir mordre ? Vous serez enfermés et sous les effets d’une potion. Mais si un accident devait arriver, mettant ma vie ou celle de quelqu’un d’autre en danger, je ferais tout pour vous empêcher de faire du mal, quitte à vous tuer s’il le faut. »

-Me tuer ? répéta-t-il d’une voix éteinte sans quitter des yeux Octave. Ça avait le mérite d’être sincère, qualité que Shawn appréciait. Un sourire léger et tremblant apparut à la commissure de ses lèvres. La mort est une miséricorde pour les gens comme moi, non ? Il recula et détacha enfin sa prunelle sombre de l’iris émeraude des siennes et fixa la lune paresseuse au-dessus du lac. Est-ce que ce genre de réflexion on ne peut plus sérieuse correspondait à l’image que les gens avaient de Shawn Inoue, le geai luron, certainement que non. Mais peut-on vraiment connaître autrui ? Non, ce n’est qu’un souhait égoïste et irréalisable. Il est déjà difficile de se cerner soi-même, alors une autre entité extérieure à nous…

Sans le laisser répondre à sa phrase précédente, il enchaîna : -Si on devient incontrôlable, c’est que la potion a mal été préparée et donc qu’on essaye de te faire porter la responsabilité d’un accident voire de t’éliminer. Parce que je n'en doute pas, si je deviens incontrôlable, tu seras des nôtres. Depuis combien de temps n'avait-il pas parlé de sa condition ? Cinq ? Huit ans ? En tout cas depuis ce qui lui semblait une décennie. Cette discussion le dérangeait autant qu'elle lui apportait satisfaction. Il n'aimait pas vivre dans le secret et il y était obligé depuis l'âge de huit ans. Un secret parfois trop lourd à porter, seul. L'espoir que, partager ce poids avec cet inconnu, allégerait son fardeau était certainement puéril. Mais quand on se noie, on se raccroche à la première planche pourrie que l'on voit.


Le Gryffondor fit craquer sa nuque et éclata enfin de rire. ça n'arrivera pas, fort heureusement pour toi. Le Shawn, froid et sérieux, avait déjà disparu comme un mauvais rêve. Non ce n’était pas lui, cette part d’ombre ne lui appartenait pas. C’était certainement la faute du détraqueur qui avait réveillé les morts en décomposition de son âme, pire les souvenirs en putréfaction qui sommeillaient en lui: - Et tu penses, honnêtement, que ce sera si facile que ça de tuer plusieurs loups-garous ?

Il n’y avait pas de trace d’effronterie ou d’orgueilleux. Il posait simplement la question, car la réponse l’intriguait. Oh oui, la réponse pouvait en dire long sur cet Octave. C'était une question à multiple interprétations, reste à savoir celle que choisirait Octave. Shawn revoyait les yeux jaunes dans la nuit, le tintinnabulement de l’eau dans son dos couvert par les cris de ses parents. Il sentait le souffle haletant et brûlant de la bête qui se rapprochait de lui, puis la douleur, la peur et les ténèbres. Jamais il n’oublierait son face à face avec la créature, à la fois magnifique et répugnante. Son œil vif et haineux, sa mâchoire écumante et ses pattes puissantes. Trois sorciers n’étaient pas arrivés à maîtriser son oncle sous forme de loup, il avait entendu plus tard sa mère en parler. Ils étaient seulement arrivés à le maintenir à distance et le blesser. Peut-être que sa famille n’était pas suffisamment animée du désir de le voir mourir. Probablement qu’ils n’étaient également pas suffisamment bons en duel (une ex-mannequin, un fabricant de balais, une chienne et une vieille sorcière, on avait déjà vu mieux). Mais les faits étaient là, ce soir-là, il y aurait pu avoir plus qu'un seul contaminé.

« Donc non, je n’ai pas peur de toi. Il est vrai que j’appréhende, car ce n’est pas sans danger, mais j’ai le cœur tranquille parce que je sais ce qui m’attend et je sais quoi faire. Les gens ont souvent l’angoisse de l’inconnu, ce qui n’est pas mon cas. La vie a beaucoup plus effrayant à offrir qu’un adolescent loup-garou. »

Il était incapable de savoir si cet homme était totalement inconscient ou justement parfaitement conscient de ce que signifiait garder des loups-garous. Mais au final, qu’importe, il le rejoignait sur un point : la vie avait pire à offrir qu’un adolescent loup-garou. Shawn sourit à cette dernière remarque : - j’aime ta façon de penser.

Ses yeux ne quittaient pas ses baskets, à présent mises à ses pieds. Il n’avait plus qu’à partir, fuir cet adulte. C’est ce qu’il aurait fait en temps normal, c’est ce que son corps souhaitait, mais son esprit en avait visiblement décidé autrement. Il ne bougea pas d’un pouce. Fruit de son imagination ou d’un désir inavoué, Shawn voyait en cet homme des similitudes avec son oncle. La même aura de jeunesse, le même calme d’apparence et un certain goût pour la provocation.


« Je ne suis pas enseignant, je suis bibliothécaire, ça me donne le droit de faire ce que bon me semble dans la mesure où je ne suis censé être un exemple pour personne. Et non, je ne suis pas un Josef Mengele des temps modernes. Il ne connaissait pas Josef Mengele, mais préféra le taire. Mais je ne suis pas là non plus au mauvais moment. J’attends éventuellement de toi que tu me racontes ce que tu ressens pendant la transformation sous l’effet d’une potion. De quoi tu te souviens, à quel point es-tu conscient. » La fin de se phrase se coinça dans sa gorge, puis il se massa la mâchoire.

L’adulte semblait être frigorifié et à y regarder de plus près, il avait les lèvres virant vers le bleu-violet.

-Ce que je ressens, hein ? Il eut un rire sarcastique sans quitter l’adulte du regard qui venait de se sécher en utilisant un sort informulé.  « Rien, je suis un monstre » aurait-il répondu à n’importe quel adulte qui aurait eu l’audace de lui poser cette question, mais pour Octave il sentait que cela ne mènerait à rien. D’ailleurs, c’était bien la première fois qu’on lui posait cette question. C’était bizarre qu’on s’intéresse à ce qu’il est sous forme de loup-garou. Même ses parents ne lui avaient jamais demandé ce qu’il ressentait, parce que cela sous-entendait qu’il ressentait quelque chose et c’était formellement exclu. Voyons, mes braves gens, un monstre ne ressent rien. Octave était en train d’enfiler ses bottes, il ne quittait pas des yeux sa silhouette : donc vo..tu pars du principe que je ressens forcément quelque chose…  Question rhétorique, mais la pilule était difficile à avaler pour le jeune homme. Le bibliothécaire lui faisait de nouveau face et se sécha les cheveux à l’aide de sa serviette, qu’il avait demandé à Shawn d’aller chercher un peu plus tôt. S'il avait su, il serait certainement allé la chercher. Serait-ce l'ombre d'un regret ? Non, jamais.


Le second  point qui interpellait vivement le jeune homme était ce tutoiement. Octave confirma l’autorisation de tutoyer en précisant que c’était même encouragé. Shawn hocha la tête et lui demanda alors de lui révéler un secret en échange du sien. Octave détenait dans ses mains, le futur de Shawn.

«Et ce n’est pas vrais, tu sais déjà pas mal de trucs sur moi : j’aime me baigner dans des eaux froides en plein milieu de la nuit et ce malgré les créatures douteuses qui peuplent le lac. Mon Patronus est un poulpe et je suis un bibliothécaire qui n’a pas la tête de l’emploi. Et le Directeur ne m’aime probablement pas. Enfin, il n’aime personne, mais ça c’est une autre histoire. Shawn éclata de rire en entendant l’énumération des choses qu’il savait sur lui. Il n’y avait pas pensé, mais en effet, il savait des choses sur cet inconnu. Tu peux tirer plein de conclusions de tout ça par toi-même, je ne vais pas le faire à ta place. Mais pourquoi tu veux savoir quelque chose d’équivalent à ton secret sur moi ? Tu veux pouvoir me faire du chantage ? »


- Du chantage, non. C’est juste de la curiosité, savoir quel type d’infos tu m’aurais données. Il réfléchit avant de continuer : ou alors, une sorte de pacte. Enfin le meilleur moyen de ne pas voir son secret révélé, c’est encore de le garder pour soi, haha. Shawn n'était pas du genre à forcer la main, si cet adulte ne voulait pas parler, il l'accepterait sans rechigner.


« Bon… Qu’est-ce que tu veux savoir ? »

Il haussa les épaules d’un air détaché, mais ne répondit pas tout de suite à la question. Le Gryffondor réfléchissait vraiment à ce qu’il voulait savoir ou non.

-Mhmm, tu n’as pas peur des loups-garous, alors je me demande qu’est-ce qui te fait peur ? Ou si tu préfères la forme que prend un épouvantard en face de toi. T’es pas obligé de répondre, s’exclama le jeune homme en faisant quelques pas en direction du château. Je dirais même je préfère que tu ne me dises rien plutôt qu’un mensonge. Il fixa avec intensité l’adulte jaugeant ses réactions, la lueur dans ses yeux. Il était à la recherche d’un signe précurseur du mensonge. Les adultes sont des menteurs et les enfants sont leur première victime. Ils réagissent tous de la même manière lors de leur première trahison : outrage et incrédulité.

« Papa est occupé ». « Maman n’a pas peur de toi. Elle t’aime ». « Je serais toujours là ». « C’est pour ton bien ». « Les gentils gagnent toujours ». « Je suis fière de toi ». « Je t'aime ».

Menteurs. Menteurs. Menteurs.


« Dans les livres, on dit qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Mais c’est faux. Personne est immortel ». Shawn avait été un enfant très éveillé, en avance sur son âge. Pas scolairement parlant, mais plutôt au niveau de ses analyses. Ce qui était relativement paradoxal, car il avait, dans ses actes, un comportement immature au possible.

Le tutoyer était plus difficile que ce qu’il pensait, il trouvait ça même bizarre. Alors qu’il n’avait pas hésité à le provoquer en tout début de rencontre en le tutoyant.

- Vou...Tu as des gosses ? Tu en veux ?  La question sortit de nulle part et avant même qu’il ne le réalise, elle avait franchi ses lèvres. C'était atrocement déplacé et indiscret.

Question étrange, voire anodine. Mais si Shawn la posait, c’est qu’elle avait, pour lui, une importance. Son oncle n’a jamais eu d’enfant.

_________________
It never troubles the wolf how many the sheep may be.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Mar 8 Nov 2016 - 13:47

- La mort est une miséricorde pour les gens comme moi, non ?

Une sorte de spasme parcourut le visage du bibliothécaire lorsqu’il entendit cette question, aux allures d’emphase davantage que d’interrogation cherchant réponse. Probablement d’ailleurs le disait-il parce que c’était quelque chose qui faisait sens dans sa tête d’adolescent, et qu’il n’avait pas besoin tant d’une affirmation ou d’une négation, que d’une réaction. Il n’y avait pas d’assurance derrière ce sourire tremblant, rappelant plus que jamais le grand enfant dépité, mais encore espérant, qui se tenait devant Octave. Il y avait une lourde fatalité derrière cette parole sinistre, une conscience du monde qui l’entourait et qui ne vouait qu’une vaste animosité et une crainte pour les gens semblables à son espèce. Shawn répétait la pensée d’un autre en s’attendant peut-être à ce qu’elle trouve écho dans l’esprit de son interlocuteur encore un peu mystérieux, encore pas tout à fait clair. Il y avait là une forme de contrariété qui ne pouvait qu’accepter l’opinion générale, qui énonçait une vérité entendue sous diverses formes à travers sa vie, au détour d’une négligence sociale ou parentale, à travers des mots indirectement lourds, fuyants et peureux à son égard. Et peut-être même à force de l’entendre provenir de gens tous aussi divers que variés, mais unis dans cet ultime jugement, Shawn avait-il fini par y croire, ou au moins l’accepter comme une exactitude le concernant. Et comme envers toute opinion publique qui ne concernait pas une vérité rigoureusement absolue au sens philosophique tu terme, Octave l’abordait avec beaucoup de suspicion. Fort heureusement, l’avis de la majorité ne constituait pas une preuve d’évidence. Et même plutôt trop souvent une preuve d’ignorance barbare.

« Si tu souffres au point que la mort te semble une félicité, oui effectivement, ce serait un acte de miséricorde. »

Il aurait pu rajouter que les gens comme lui ne semblaient cependant pas unis par ce même dénominateur qu’est la tourmente, ou du moins pas tous. Il aurait pu faire preuve de davantage de pitié, de gentillesse ouverte, de compassion démonstrative au travers de mots rassurant comme on l’aurait fait pour un moineau tombé de son nid. Mais il savait exactement ce que la phrase, prononcée par Shawn du bout de lèvres à moitié souriantes, voulait dire, et il sentait qu’y répondre ainsi était la meilleure chose qu’il puisse faire. Nulle miséricorde, justement. Aucune tentative de rassurer directement. Simplement un renvoi, peut-être un peu trop pragmatique, vers sa propre exagération. Car la miséricorde devait être à la mesure du péché commis, et jamais l’inverse. Toutefois, le bibliothécaire, après un silence réfléchi, rajouta :

« Cesses de bafouer des mots. La miséricorde est un acte de pitié et non une excuse vertueuse pour se débarrasser d’autrui. La miséricorde est belle et indulgente, alors à en juger par l’aigreur qui t’anime, ce n’est pas à elle que tu penses quand tu l’évoques. »

Il réprimandait l’adolescent pour la simple raison qu’il avait présenté cette croyance comme si elle était la sienne, alors il n’était que justice s’il en portait la responsabilité, même si la pensée qui animait cette réflexion, ne lui appartenait pas. Octave se trouva soudain quelque peu dur et il apporta une lumière doucereuse sur son visage pour nuancer des propos déjà dits. Il avait toujours été de nature sévère, envers soi-même et envers les autres. Mais présentement, il ne pouvait se permettre d’être trop cru et indigeste, comme cela lui arrivait bien souvent pour ne pas perdre de temps avec des individus aux allures ennuyeuses. Lentement mais sûrement, Shawn perçait. Subtilement, et seulement par moments, comme une étoffe de soie mal tissée, qui laissait par endroit transparaître les rayons du soleil. Quoi que dans son cas il s’agissait plus d’une amertume et d’un sérieux encore quelque peu réservé, mais déjà son visage se détendait par moments, abandonnant le rire et les sourires au profit de quelque chose de plus franc. Bien souvent les gens avaient la tristesse large et la joie lourde, mais Shawn était bâti du parfait contraire. La joie lui était facile pour mieux composer avec les duretés de son monde, alors que le chagrin était un fardeau qui restait sombre et allongé au fond de son être comme une créature dormante à l’ombre d’un bonheur qui ne lui laissait jamais de place. Alors elle continuait à dormir, toujours plus amère et grosse, grasse dans son immobilité nourrie par un maître qui ne voulait pas d’elle, mais qui ne cessait de lui apporter pitance à force de ne jamais la montrer. Comme une plante que l’on ignore et qui finit par éclore d’une fleur empoisonnée dans notre dos. Et lorsqu’enfin on porte son nez à ses pétales, elle nous enivre sans laisser de place au reste.

L’espace de quelques phrases, Shawn resta d’ailleurs encore quelque peu grave au travers d’un sous-entendu qui n’en était finalement pas un. Octave en lycanthrope ? Ce serait bien là une manière de se débarrasser définitivement de sa mère. Et de perdre toute la fortune accumulée, accessoirement. Il était certain qu’elle n’hésiterait pas un instant à le déclarer malade et incapable de gérer ses fonds. Et la société sorcière lui donnerait probablement raison, aussi expéditive pour ce genre de choses que tout le système juridique américain. Peut-être l’enfermerait-elle dans un institut spécifique, perdu quelque part dans un pays mort et éloigné, qui n’aurait d’autre but que d’accepter les rebus dont les autres sociétés ne veulent pas. Cette possibilité était définitivement à exclure, quitte à se suicider et léguer son argent à des associations. Mais là encore, la Reine Mère serait largement en mesure de contester sa décision de dépressif schizophrène. Oui, non, invariablement, devenir loup-garou était proscrit lorsqu’on devait lutter contre une hydre. Ou bien allait-il devoir soigneusement le cacher… Ah, mais Octave était ainsi fait qu’en définitive, il se contentait de tout et trouvait du répit là où il n’y en avait pas. Il s’accordait à n’importe quoi, trouvant un avantage à tout, tant son cœur était facile et peu enclin à la commisération envers soi. Il ne s’apitoyait que rarement et s’en sentait coupable après. Il avait toujours été un monument de conciliation, cultivant inlassablement une paix personnelle au détriment du reste, parce qu’il n’y avait que dans l’harmonie d’une sérénité mesurée qu’il ne sombrait pas. Il se savait capable de grandes mélancolies et il en était hors de question. Cela dit, Octave n’avait pas été effleuré par l’idée qu’on puisse vouloir le tuer ou le transformer en le piégeant, simplement car c’était peu probable, ou vraiment très recherché pour pas grand-chose. Mais surtout, qui était-il donc dans ce château pour que l’on veuille déjà sa perte en moins d’un mois de travail ? Personne. Il n’était personne. Alors le bibliothécaire ne s’en inquiéta pas davantage, recevant bien vite une confirmation de la part de l’adolescent.

- Et tu penses, honnêtement, que ce sera si facile que ça de tuer plusieurs loups-garous ?
« Facile dans un sens morale ou physique ? »

Il avait regardé Shawn en biais, les lèvres basses, son sourire ayant disparu quelque part au fond de son visage, derrière ses lourdes paupières. Après réflexion, il se doutait bien que cette question englobait tous les sens qu’elle le pouvait, parce qu’elle fut prononcée par un adolescent qui n’avait dû faire véritablement du mal dans son existence que par inadvertance. Alors était-ce le genre de choses à lui révéler ? Est-ce que cela méritait réponse ? Parce que dans les deux cas la réponse était positive. Pas qu’Octave soit cruel et sans compassion, mais il était si rationnel qu’il pouvait se satisfaire sans remords d’un meurtre justifié. Encore fallait-il que le raisonnement fasse poids dans son esprit intransigeant. Le bibliothécaire releva la tête vers les étoiles un instant, pinçant ses lèvres sèches vers l’intérieur de sa bouche. Non, il n’était certainement pas simple d’arrêter plusieurs lycanthropes si l’on ne savait pas où viser. Il lui semblait qu’il avait appris au fil des années à être efficace lorsqu’il s’agissait de faire mal. Il n’avait jamais été particulièrement musclé ni bourru, il était de taille moyenne, et son métier de consultant lui avait bien souvent permis de prendre pleinement conscience des désavantages de son physique. Il n’avait jamais fait peur à personne par un roulement de pectoraux ou par un cou épais et rentré dans des épaules vallonnées. Alors il avait compensé par une force explosive, un corps sec et bombé comme une armure, usant de sa petitesse relative au profit d’une souplesse agile. Mais surtout, Octave n’aimait pas se battre. Il n’y trouvait aucun plaisir particulier, ni le goût de l’adrénaline, ni celui d’une endurance patiente ne l’attiraient. Il avait donc cherché à toujours mettre fin au combat le plus rapidement possible, visant les points vitaux, tranchant profondément les tendons, visant les yeux, le cou, les croisements de nerfs sur les os, les cartilages fragiles et les artères les plus grosses. Tuer un loup garou n’était pas facile, mais ce n’était pas impossible. Il était bien parvenu à abattre un taureau enfui de son enclos d’un coup de marteau en pleine tête…

« Ce n’est pas facile, mais ce n’est certainement pas infaisable. Mais nous en aurons le cœur net le moment venu, pas vrai ? »

Il ne voulait pas s’abandonner en une longue et inutile démonstration de force ou de savoir, à essayer de prouver à un adolescent qu’il serait capable de le tuer le moment venu, de quelle manière et si cela allait être dans la douleur ou non. C’était accorder trop d’importance à quelque chose qu’il tenterait de toute manière d’éviter par tous les moyens.

Tandis qu’Octave s’appliquait à se sécher, Shawn eut une réticence, comme ce fut déjà tant de fois le cas lors de leur courte conversation. Donc vo..tu pars du principe que je ressens forcément quelque chose… Octave, derrière un pan de sa serviette rabattue, bâtit de ses paupières incompréhensives, tant le sujet était pourtant logique à son esprit et sensible à son cœur. Puis il eut un sourire triste, presque amusé, bien que cela semble contradictoire, mais il était soudain animé d’une sorte de tristesse joyeuse alors qu’une sagacité nouvelle lui brûlait la bouche. Depuis le début de cette conversation, ils étaient comme les fenêtres de deux univers parallèles, à renvoyer chacun une image du monde qu’il y avait derrière eux. Shawn et Octave avaient tous deux grandis et évolué, baignés par les règles et les lois qui régissaient leur existence de par les circonstances de leur naissances respectives. Ils avaient tous deux une vision différente de la vie et de la manière dont se passaient les choses. Et au travers de chaque parole, l’un tirait l’autre dans son macrocosme personnel, lui faisant découvrir les lois fondamentales qui y régnaient en maîtresses. Ainsi, ce qui paraissait nature à l’un, ne l’était pas pour l’autre, et inversement, jusque dans les moindres détails. Mais au fond, même si leur condition avait été différente à la base, fut un temps où ils furent pareils. Octave connaissait cette deshumanisation brutale et intransigeante dont les gens, qui ne vous aimaient pas où vous craignaient, pouvaient faire preuve. Octave avait souri par mélancolie, traversé de vieux souvenirs, et d’inquiétudes encore bien réelles qui appartenaient pourtant à un autre temps, à un autre lui. Il n’avait pas encore assez grandi. Et en cet instant, c’était tant mieux. Parce qu’il comprenait parfaitement un monde où Shawn puisse être relégué au rang d’objet sans âme ni sentiments, un peu comme un tas de ronces, qui non seulement n’aspirait aucun charme, mais en plus piquait lorsqu’on essayait d’y toucher. Il n’y répondit rien au début, trop pris par un étonnement d’homme qui était habitué à donner valeur à tout. Dans son esprit, il ne jugeait pas quelqu’un sur une condition qui était immuable et sur laquelle personne n’avait de pouvoir. Ainsi, naturellement et à preuve du contraire, il avait supposé qu’en tant qu’humains, les lycanthropes bénéficiaient exactement de la même sensibilité. C’était décidément faire preuve d’une grossière absence de rigueur que de s’imaginer le contraire par pur principe. Un principe basé sur la peur de l’inconnu, qui plus est. Et comme il avait mis du temps à s’en rendre compte, il était trop tard pour répondre maintenant, le rassurer.

- Mhmm, tu n’as pas peur des loups-garous, alors je me demande qu’est-ce qui te fait peur ? Ou si tu préfères la forme que prend un épouvantard en face de toi. T’es pas obligé de répondre ! Je dirais même je préfère que tu ne me dises rien plutôt qu’un mensonge.

Un pur sourire de satisfaction étira les lèvre d’un Octave diablement malicieux, tordant sa bouche en un rictus asymétrique. C’était une très bonne question. Si l’on ne faisait pas attention à la manière dont on y répondait, on pouvait involontairement livrer quelques indices bien trop intimes pour la portée de l’interrogation. Il pouvait dire qu’il avait peur des insectes, et c’en serait fini, étant vrai, mais ne représentant qu’une partie accommodante de la vérité.

- Vou...Tu as des gosses ? Tu en veux ?
« Ca fait deux question, ça. »

Et une deuxième question beaucoup plus inquisitrice d’ailleurs. Octave, l’œil toujours aussi pétillant qu’une flûte de champagne, regardait un Shawn au tutoiement encore délicat, et pour qui la dernière question semblait finalement avoir bien plus d’importance personnelle que la première. La première fut clairement posée par curiosité réfléchie, dans un désir d’au mieux utiliser son avantage pour en découvrir le plus que possible en un nombre limité de mots. La deuxième en revanche, était le fruit d’une passion spontanée et avait bien plus de valeur personnelle qu’une importance informative. Malgré sa remarque, Octave ne semblait nullement contrarié ; au contraire, il s’en trouvait agréablement enchanté. Ce genre de spontanéité sincère avait le don de l’adoucir, lui qui était on ne peut plus sensible à une honnêteté intime et délicate. Enfin, tout cela était effectivement très charmant, mais il allait falloir maintenant y répondre. Mais avant cela…

« Je reviens. »

Il continuait à cailler. Son corps ne parvenait pas à correctement se réchauffer après cette aventure frôlant avec les limites de l’hypothermie, et il lui fallait maintenant autre chose qu’une serviette et un coup de baguette magique. En temps normal, il se serait enroulé dans sa couette comme dans un nuage, ou aurait en tout cas mis un gros pull. Mais maintenant, alors que rien de ce genre n’était sous la main, il se souvint des cocasses mots de son enfance, si souvent prononcés par son grand-père, qui ne reconnaissait jamais le moindre caprice. Si tu as froid, lui disait-il, tu n’as qu’à aller courir, ça te réchauffera. Enfant, il rechignait, sachant que c’était là une manière de souligner sa faiblesse, mais aujourd’hui cela lui paraissait être une bonne suggestion. D’autant qu’il n’avait pas envie de rentrer pour si peu.

Il avait d’abord fait quelques pas en longeant le bord du lac, en direction de la forêt, sans un regard supplémentaire pour l’étudiant qui, finalement, pouvait partir s’il le désirait. Le pas titubant se transforma finalement en grandes enjambées, en trottinement hésitant et enfin en course généreuse. Il foulait l’herbe de ses bottes, regrettant de ne pas pouvoir être pieds nus, sentant le jean le gêner au niveau des genoux par un manque de souplesse. Encore quelques mètres et il sprintait en direction des arbres, le regard fixe et le vent battant son visage presque douloureusement. Bras contre le haut du corps, contrebalançant gracieusement les grands et puissants mouvements de ses jambes, il donnait l’air d’une avancée tranquille malgré sa rapidité, plutôt qu’à une fuite précipitée. Rapide, mais régulier, il respirait encore normalement, comme une machine au cœur aussi puissant que celui d’un bœuf. Se rapprochant du premier sapin, il ne ralentit pas, envoyant soudain son pied droit vers l’avant et prenant appui dans la terre pour perdre le moins d’élan que possible. Il y parvint presque, par un savant et agile mouvement de bras et de hanches, encaissant de ses fortes jambes la soudaine absence de mouvement. Mais le voilà à nouveau reparti, reprenant la même allure en moins de trois foulées. Il revenait vers Shawn, les joues rougies et le corps chaud. Il voulut ralentir et s’arrêter à quelques mètres du garçon, mais ses lacets, qu’il n’avait pas faits par paresse et qui avaient fouetté le vent pendant toute la durée du trajet, se prirent les uns aux autres. Et comme il n’avait pas eu le temps de ralentir assez, la chute fut grande et merveilleuse. Par reflexe, il rentra la tête et courba le dos. Une roulade, rendue violente et longue par l’élan qui animait encore son corps, et le voilà dos à terre, étendu de tout son long, visage tendu vers le ciel. Le souffle d’abord coupé et les yeux écarquillés, Octave eut une sorte de soupir de gorge, avant d’éclater d’un rire franc. Rire toujours aussi étrange et semblant presque trop mesuré dans les harmoniques pour être vrai. Ca mère ne s’était jamais privé de lui dire « il rit mal, cet enfant ». L’enfant avait donc cessé de rire par embarras au fil du temps, mais on lui dit alors qu’il était beaucoup trop morose. Comme un acteur, Octave dut se trouver ce rire gracieux et joliment modéré qui avait toujours l’air plus poli que vrai. Cet enfant qui riait mal ne savait plus rire du tout. Il finit par s’arrêter, les joues sanguines et les yeux humides, mais joyeux. Le ciel était dégagé et l’on pouvait voir les étoiles. Sous le poids d’une pensée nouvelle, son front se détendit, abandonnant les quelques fines rides de bonheur qu’il avait, sa bouche s’arqua en une expression sérieuse. Toutefois, son regard resta clair et vif, comme si ce qu’il s’apprêtait à répondre n’était pas si terrible que cela.

« J’ai peur… j’ai peur de toute. Et les épouvantards le sentent. Ils ne savent jamais quelle forme prendre devant moi. Ils glissent et se tordent sous différents visages, changeant de formes et d’apparences, mais ne se fixent jamais sur rien. Alors des épouvantards, je n’en vois qu’une mêlée insipide, une créature immonde qui n’a ni début ni fin et qui n’a de cesse de changer pour trouver ce qui pourrait bien m’effrayer le plus. Mais j’ai peur de tout. De la vie, du vide, de la solitude, de l’eau, de la mort, du regret et des passions, du feu, du noir, de l’infini et de la honte. J’ai peur des animaux, de l'inconnu, des gens, surtout des gens. De l’ignorance, de la colère, de l'ennui, de la brutalité, de la violence et de la barbarie. J’ai encore la crainte de ma famille, de mes amis, qu’ils puissent me trahir et me haïr. J’ai peur du monde et du bruit, des espaces clos ou immenses. L’existence m’effraye. Le monde m’angoisse en permanence. Mais bien que la peur m’habite, elle ne me gouverne pas. Il y a en moi des forces bien plus puissantes que celle-là. »

Comme à chaque fois qu’il parlait de soi, Octave avait dans la voix ce détachement étrange, comme s’il eut parlé de quelqu’un d’autre. Pudiquement, il dévoilait mot à mot les secrets d’autrui. Il avait une conscience de soi quasi parfaite, et cela l’angoissait également, de ne plus être, ne serait-ce qu’un peu, un mystère pour soi-même. Mais il ne répondait pas à Shawn à contrecœur. Au contraire, il se dévoilait si peu qu’il se trouvait charmé lorsque quelqu’un trouvait grâce à ses yeux. Les confidents idéaux n’étaient jamais ceux que l’on croyait. L’on pensait toujours qu’il faille une grande amitié et une intimité certaine pour pousser à l’aveu sans crainte, seulement Octave avait besoin d’une particularité qu’il ne trouvait pas souvent : quelqu’un capable de tenir sur ses deux jambes. Le bibliothécaire avait toujours eu le rôle de l’oreille, lui, l’infatigable et infaillible statue de bronze sur qui rien ne semblait avoir d’effet. Il avait les épaules larges pour tenir les épanchements d’autrui sans trouver personne à avoir le dos assez fort pour soutenir les siens. Alors il ne disait quasiment jamais rien, où se contentait de lâcher quelques bribes à des inconnus qui ne savaient encore rien à son sujet, comme Shawn. Shawn qui, par le poids de son propre secret et de ses propres souffrances, avait dû bâtir une endurance égale à celle du bibliothécaire. Entre bêtes faites du même poil, l’on se reconnaissait.

« A ma connaissance, je n’ai pas d’enfants. Et je ne pense pas que j’en aurai. Je suis trop égoïste et tourné sur moi pour cela. Je ne crois pas que j’aurais été un mauvais père, mais je l’aurais été dans la contrainte et la souffrance de ne pas pouvoir les aimer comme ils le méritent. Et cela, aucun enfant ne devrait avoir à le supporter, n’est-ce pas ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
GRYFFONDOR6ème année
    GRYFFONDOR
    6ème année
AVATAR : Jaebum (got7)
MESSAGES : 237

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: ça se mange ?
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 30 mars 1981 à Glasgow
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Lun 14 Nov 2016 - 19:02


« Si tu souffres au point que la mort te semble une félicité, oui effectivement, ce serait un acte de miséricorde. »


-Souffrir ?

Shawn souffrait-il ? Il ne savait pas quoi répondre à cette question. Jamais il ne lui était venu à l’esprit qu’au fond de lui dormait un petit enfant de dix ans enchaîné à sa peine et ses peurs attendant une main salvatrice ou au moins une personne qui le remarquerait. Il se sentait plein de vie, dans la fleur de l'âge, heureux et chanceux. Mais quelque chose en lui était resté enfermé dans cette cave et n’avait jamais vu la lueur du jour. Cette chose s’était aigrie, renforcée et avait grossi. Cet amas de souvenirs, de peurs et de déceptions en décomposition était, certes, invisible à l’œil nu, mais il existait bel et bien. Sans odeur, sans forme, sans être. Et pourtant, cette accumulation était un peu à l’image de sa chambre, un bordel sans nom, mais également un endroit dans lequel il se sentait bien, chez lui. Dans lequel il pouvait fermer les yeux et plonger dans les ténèbres de ses rêves. Il réalisa à cet instant précis, grâce ou à cause de cet Octave, qu’il n’espérait même pas qu’on le comprenne ou l’accepte. Qu’il avait abandonné ce privilège, il y a fort longtemps et que cela lui était égal. Cette prise de conscience fut douloureuse et désagréable. C’était la faute de cet Octave, qui avec le poids de ses mots, visait toujours juste. À défaut d’une bonne claque, on oublie souvent que les mots permettent tout aussi bien, voire mieux de remettre les idées en place. Il vivait sur un chemin parallèle à celui de ses camarades, mais n'en était pas plus heureux ou malheureux. Sa grand-mère japonaise disait toujours : "泣いて暮らすも一生,笑って暮らすも一生", ce qui signifie que le chemin de la vie est le même, qu'on le passe en pleurant ou en riant. Shawn avait décidé d'opter pour les rires.


Seul au sein de sa famille, mis à l’écart de sa « meute », il n’avait pourtant pas à se plaindre et si vous le questionnez à ce sujet, il répondra en souriant : « je suis chanceux ». Toutefois, cette famille ne lui avait jamais fait de place pour qu’il s’épanouisse.  Alors Shawn avait grandi de manière tordue, comme un bonsaï. « Tout ira bien Shawn ». Mensonge. Enfant, il avait connu le même destin tragique que cet arbre voué à éternellement souffrir sans jamais s’épanouir. Ses racines ligaturées comme l’avaient été les rêves du Gryffondor, cultivé dans un pot trop petit pour lui. Une vie d’éternelles souffrances. Rêves et espérance, brisés, écrasés, broyés, détruits, déchiquetés, pulvérisés. Mais est-ce que le bonsaï sait qu’il souffre ? Qu’il aurait pu, lui aussi, déployer ses racines librement dans la terre infinie et toucher les étoiles de sa cime ? Être beau et fier, grand et fort ? Non, il n’en sait rien parce qu’il n’a jamais connu le privilège d’être libre. C’était sans fondement, mais il avait l’impression qu’Octave aussi avait connu cette transformation forcée, ce sentiment de ne plus s’appartenir. Et puis au fond, le bonsaï peut, à sa manière, devenir gracieux et se recouvrir de magnifiques fleurs, même en ayant pour base un aspect tortueux.

Prendre conscience et accepter la réalité étaient, toutefois, deux choses très distinctes. Et lorsque le mécanisme de la prise de conscience était en route, il fallait du temps pour digérer la réalité.  Shawn n’avait pas peur de la route à parcourir, il était équipé pour faire face à ce qui se trouvera au bout du chemin, tout du moins il l'espérait. Il se sentait seul parmi les siens, mais quel homme n’avait jamais ressenti cela ? Il souffrait, c’est vrai, de cette solitude qui le tiraillait lors des soirs d’insomnie, mais le jour emportait ces douloureux questionnements. Même le visage de son oncle disparaissait avec les rayons des premières lueurs pour ne laisser qu’un fantôme aux contours flous. Adieu les cauchemars, les poussières des souvenirs… le mauvais rêve est parti. Ou est-il tout simplement que trop présent dans cette réalité inéluctable ?  Son oncle lui manquait, leurs conversations aussi et la franchise dans ses yeux quand il lui affirmait que ce ne sont pas eux les méchants. Il lui avait donné la force de continuer, et ce, pendant six longues années, mais voilà, le carburant commençait à manquer et il n’avait pas la moindre station essence à l’horizon de sa vie.


« Cesses de bafouer des mots. La miséricorde est un acte de pitié et non une excuse vertueuse pour se débarrasser d’autrui.

Il dévisagea l’adulte sans comprendre pourquoi il semblait agacé, presque trop engagé. Il avait le sentiment de se faire gronder, comme l’une des rares fois où son oncle avait élevé le ton. Shawn n’avait pas compris les raisons ayant poussé son oncle à s’énerver. Il l’avait simplement surpris avec des enfants moldus près du porche de la vieille maison au sud du village, dans les quartiers abandonnés.  Derrière la colère, l’enfant avait surtout lu la peur, mais son oncle n’avait peur de rien, comme tous les adultes, n’est-ce pas ? Ça aussi c’est une illusion propre aux enfants, celle de croire que les adultes n’ont plus peur du noir.

La miséricorde est belle et indulgente, alors à en juger par l’aigreur qui t’anime, ce n’est pas à elle que tu penses quand tu l’évoques. »

Quant à Octave, ne lui avait-il pas dit plus tôt qu’il le tuerait sans hésitation ? N’était-ce pas un acte de pitié pour abréger les souffrances de cet être vivant ni monstre ni vraiment humain ? Un sourire réchauffa le visage d’Octave comme pour adoucir ses propos.

Que répondre à ses accusations ? Octave avait raison et il le savait. Tous les deux le savaient. Malheureusement, son orgueil refusait de l’avouer de vive voix et aucune pirouette  ne lui venait à l’esprit pour se dégager de cette conversation trop personnelle.

-Démasqué, dit-il en levant les deux mains à hauteur de son visage. C’est vrai, pour moi, ce n’est pas de la miséricorde, mais un meurtre.  

Il tut le fond de sa pensée : mais qu’est-ce que l’avis d’un pauv’ gamin qui n’y connait rien, face au Ministère en personne. Si les loups-garous avaient des droits et des défenseurs, cela se saurait et ce n’est pas dans le contexte actuel qu’une association : « protégeons les loups » ou « Des droits pour les lycanthropes » risquait de voir le jour. Et puis, les faits étaient là : un loup-garou est dangereux pour les autres sorciers.

La discussion devait de plus en plus sérieuse, tout du moins dans la bouche de Shawn qui était connu pour son humour et son caractère relativement ensoleillé. Octave, un lycanthrope et avec lui un espoir fou, celui de remplacer son oncle. Mais on ne remplace pas les morts, et malgré leur absence, ils occupent toujours une place glacée auprès de nous. Et très souvent même, plus de place qu’un vivant, trop de place. Il dévisagea l’adulte, non, impossible. C’était stupide et il se détestait de ressentir ce genre de manque. Les souvenirs du passé doivent rester là où est leur place, dans le passé.


« Facile dans un sens morale ou physique ? »

Il aurait dû s’y attendre venant du bibliothécaire, savoir qu’il ne foncerait pas tête baissée pour répondre à sa question. Qu’au final, lui qui avait voulu disséquer l’adulte, se retrouvait sur la table d’opération, Octave en tenu de chirurgien, scalpel en main pour une opération à cœur ouvert. Tout ce qu’il déteste. Le bibliothécaire offrit son visage au ciel et celui du jeune homme se déroba pour fixer les herbes folles qui poussaient çà et là aux alentours du lac.


-Laisse-tomber, finit-il par conclure, mais l’adulte opta pour une réponse suffisamment évasive afin que l’on ne sache pas exactement quelle position il prenait sur le sujet.


« Ce n’est pas facile, mais ce n’est certainement pas infaisable. Mais nous en aurons le cœur net le moment venu, pas vrai ? »

- haha oui ! Que le plus inhumain gagne.

Là pour le coup c’était de la provocation. Ce qu’il sous-entendait, c’est que le survivant serait le monstre, et l’autre le véritable « Homme ». Voilà maintenant qu’Octave sous-entendait qu’un loup-garou ressent des choses. Un bien étrange homme possédant une multitude de facettes et une palette de nombreuses couleurs, un arc-en-ciel en somme. Octave avait des armes terribles contre lui, il connaissait sa condition. Shawn ne pensait pas qu’il s’en servirait, mais il avait besoin de sceller avec cet adulte un pacte. Il ne savait pas trop quelles en étaient les raisons, mais quelque chose en lui le poussait à en apprendre plus sur Octave, quitte à être indiscret.  Partager un secret trop lourd à porter, l’illusion d’avoir trouvé quelqu’un comme soi, quelqu’un capable de porter cette croix à sa place. Peut-être également dans l’espoir de solidifier ce lien fragile et instable qui les unissait à présent. À défaut d’en avoir avec son frère jumeau.


Zack, l’enfant sage. L’enfant prodige. L’enfant poli et propre. Son reflet parfait dans le miroir. L’existence même de son frère lui rappelait que la sienne n’était qu’une succession d’échecs et lui montrait ce qu’aurait pu être sa vie s’il en avait un peu moins fait à sa tête. C’était difficile de se lever tous les matins et de faire face ainsi à ses échecs et défauts capables de vous parler, de vous sourire, de vous haïr.

De quoi pouvait bien avoir peur Octave, c’était la première question qui lui était venue à l’esprit. Shawn lui-même était incapable de répondre à cette question. Il était trop jeune, trop immature pour saisir toute l’ampleur de cette question. Il avait déjà croisé la route d’un épouvantard au grenier de l’immense manoir, mais il était très jeune et en compagnie de son frère. La créature n’avait pas eu le temps de se transformer complètement, prise entre les peurs des deux enfants.  L’elfe avait eu le temps d’intervenir et eux de déguerpir en poussant des cris d’effrois devant la masse brumeuse noire qui tournoyait en prenant différents aspects dont celui d’un affreux clown aux dents jaunes. Nos peurs, une grande question bien plus profonde qu’elle ne le laissait croire. Un sourire amusé et flippant se dessina sur ses lèvres, visiblement Octave aimait autant la question qu’elle le laissait sceptique.


Une deuxième question tout aussi intime brisa le silence qui les séparait.  Celle-ci était spontanée et par conséquent, d’autant plus étrange de par sa nature.


« Ca fait deux question, ça. »


Shawn lui sourit : j’ai jamais été doué en maths. Il ne pensait pas une seconde que l’adulte se donnerait la peine de répondre à ses questions et encore moins avec honnêteté.

Il regrettait presque son indiscrétion, mais le regard de l’adulte était animé d’une étrange lueur. Celle de la jeunesse éternelle.  Incompréhensible et fascinant étaient les deux mots qui venaient à l’esprit du jeune homme en observant cet homme pas tout à fait un adulte, pas non plus un enfant.


« Je reviens. »


-Hein ? Quoi ? s’écria le Gryffondor regardant autour de lui, incapable de comprendre où voulait aller l’adulte. Il longeait le bord du lac. Ce type est fou, il va replonger dans le lac ou alors il fuit, furent les premières pensées traversant son esprit. Il ne le regardait même pas et faisait comme s’il n’existait pas. Shawn arqua un sourcil suivant du regard l’adulte qui venait de se mettre à courir.


-Il court ! s’exclama-t-il à lui-même. J’y crois pas, un sourire dévoilant ses dents accompagna la fin de sa phrase, ce type est en train de courir, hahaha. Il est complètement siphonné… Non c’est un génie. Shawn n’en croyait pas ses yeux, mais il ne rêvait pas. Octave était bien en train de se réchauffer en piquant un petit sprint autour du lac. Comment l’adulte avait-il pu être surpris lorsque Shawn lui avait dit qu’il n’avait pas la tête de l’emploi. Un excentrique, un être vraiment vivant, ce n’est pas le genre de chose que l’on croise tous les jours et encore moins dans une bibliothèque. D’ailleurs, il revenait vers lui le visage tout à fait normal, à peine essoufflé. Shawn hochait la tête négativement en le fixant, un sourire amusé aux lèvres.


Il allait l’accueillir chaleureusement d’une petite blague, mais l’adulte se prit les pieds dans ses lacets défaits et trébucha vers le sol. Il fit une roulade qui ressemblait un peu à un sac-poubelle dévalant des escaliers et sa course se stoppa lorsqu’il retomba lourdement sur le dos. Shawn ferma les yeux, ouch ça devait faire mal. Lorsqu’il les rouvrit, c’était pour découvrir un Octave pris d’un puissant fou rire. Fou rire communicatif puisqu’il déclencha également un rire chez le Gryffondor. Shawn se rapprocha en trottinant pris entre deux éclats de rire : - quelle chute ! Tu t’es pas fait mal au moins ?

Il s’accroupit et se pencha au-dessus de lui : - ta maman t’a jamais dit qu’il valait mieux faire ses lacets ! Lui-même ne les avait pas faits et pourtant sa mère le lui avait répété maintes et maintes fois. Le visage du bibliothécaire s’était de nouveau assombri et il prit la parole avec sérieux :

« J’ai peur… j’ai peur de tout. Shawn fixa ce visage qui ne le regardait pas, il ne décelait pas de trace de mensonges. Une révélation pour le moins surprenante. Et les épouvantards le sentent. Ils ne savent jamais quelle forme prendre devant moi. Ils glissent et se tordent sous différents visages, changeant de formes et d’apparences, mais ne se fixent jamais sur rien. Alors des épouvantards, je n’en vois qu’une mêlée insipide, une créature immonde qui n’a ni début ni fin et qui n’a de cesse de changer pour trouver ce qui pourrait bien m’effrayer le plus. C’était effrayant dit comme cela.  Les épouvantards prenaient avec lui, l’aspect de la peur elle-même. Un entremêlement de tous les sentiments : angoisse, terreur, effroi, qui font que le mot « peur » existe. Mais j’ai peur de tout. De la vie, du vide, de la solitude, de l’eau, de la mort, du regret et des passions, du feu, du noir, de l’infini et de la honte. J’ai peur des animaux, de l'inconnu, des gens, surtout des gens. Il ne comprenait que trop bien, il n’y avait rien de plus effrayants, ambigus, tordus et destructeurs que les êtres humains.  L’humanité dans son manteau de sang et de haine. Les propos d’Octave trouvaient parfaitement leur sens dans les croyances du jeune homme. Il le regardait captivé, dans l’attente de la suite. Il donnait le sentiment de raconter l’histoire d’un personnage, d’un héros perdu comme dans les contes de son enfance. De l’ignorance, de la colère, de l'ennui, de la brutalité, de la violence et de la barbarie. J’ai encore la crainte de ma famille, de mes amis, qu’ils puissent me trahir et me haïr. J’ai peur du monde et du bruit, des espaces clos ou immenses. L’existence m’effraye. Le monde m’angoisse en permanence. Mais bien que la peur m’habite, elle ne me gouverne pas. Il y a en moi des forces bien plus puissantes que celle-là. »

Shawn lui offrit un sourire sincère, voire bienveillant. Le sourire de quelqu’un qui vous comprend et n’a pas besoin des mots pour vous l’expliquer. Si Octave avait eu le même âge que Shawn, cette scène aurait marqué le début d’une longue amitié, faite de rire et de compréhension. Il en était sûr, mais voilà Octave n’avait pas 16 ans, mais le double de son âge. Et alors ? Lui murmura une petite voix à son oreille. Est-ce que tu comptes devenir comme ces adultes étroits d’esprit ? Si tu ne tentes pas, tu ne peux pas savoir. L’amitié n’est pas une histoire d’âge, mais d’âmes qui se rejoignent. Cette rencontre n’est pas le fruit du hasard.

Shawn murmura sans même s’en rendre compte pour répondre à ses pensées : 一期一会. Il se gratta la nuque : -Eh bah, vous êtes une véritable camisole d’émotions. Ça doit bouillir là-dedans ! dit-il en pointant du menton le front d’Octave. Épatant, ouais, vous êtes épatant. Shawn avait oublié l’histoire du tutoiement tant la surprise due à la petite course et chute d’Octave était grande. Le bibliothécaire ne devait pas s’en rendre compte, mais peu d’adultes pouvaient se « vanter » d’avoir reçu un compliment de la part de Shawn Inoue.

« A ma connaissance, je n’ai pas d’enfants. Carrément, ricana Shawn. Et je ne pense pas que j’en aurai. Je suis trop égoïste et tourné sur moi pour cela. Je ne crois pas que j’aurais été un mauvais père, mais je l’aurais été dans la contrainte et la souffrance de ne pas pouvoir les aimer comme ils le méritent. Et cela, aucun enfant ne devrait avoir à le supporter, n’est-ce pas ? »

Shawn sembla sceptique et dévisagea l’adulte. Était-ce de la peur ? Un manque de confiance en soi ? Ou tout simplement de l’égoïsme ? Shawn ne se posait pas vraiment la question, mais la réponse que venait de lui donner l’adulte était déroutante, hors norme.  

- Eh bah si mon père avait eu autant de jugeote, je ne serais pas là pour discuter avec vous. Shawn se releva : J’pense pas que vous serez un si mauvais père que ça. Intuition.

Il lui tendit la main pour l’aider à se relever, une sueur froide lui lécha l’épine dorsale et lui fit pivoter la tête de droite à gauche : - J’pense qu’on ferait mieux de rentrer. Et aux pas de course, avant que l’autre détraqueur se ramène avec sa famille et ses potes. Il ne pouvait pas l’affirmer, mais il avait l’impression d’entrapercevoir un fourmillement noirâtre à l’autre bout du lac. Il aida l’adulte à se relever scellant le pacte liant le fil de leurs vies. Et se dirigea d’un pas dynamique en direction du château. Ses lacets défaits volaient à chaque pas en rythme avec ceux d’Octave. Bien plus tard dans son lit, cette image des lacets fouettant l’air resterait ancrée dans son esprit bien plus que d’autres moments de leur rencontre. Leurs pas foulaient l’herbe, et le froid semblait prendre plus en plus d’ampleur. Ils faisaient bien de rentrer.

- Et si on faisait la course !? Le dernier arrivé est une mandragore mouillé !

Les lourdes portes du château grincèrent lorsqu’elles furent poussées et se refermèrent avec lourdeur dans le dos des deux hommes. Les torches incrustées dans le mur s’allumèrent faiblement. Shawn pivota vers Octave :- Bon, « Octave », c’est ici que nos chemins se séparent pour ce soir. Faut que je retourne dans mon dortoir sans me faire repérer par le puceau aux rhumatismes et sa serpillière sur pattes. Il grimpa plusieurs marches et se stoppa en hélant le bibliothécaire : - Hey, peut-être qu’un de ses quatre, je viendrai te rendre visite à la biblio’. ‘fin, j’ai dit peut-être… Allez tchuuss ! Casse-toi pas la gueule dans les escaliers, c'est mauvais pour ton arthrose ! Il grimpa quatre à quatre les marches et disparut de son champ de vision. La lumière des torches faiblissait à cause du non-mouvement de l'adulte. À peine disparu que Rusard surgissait sur la droite d’on ne sait quel passage secret, haletant et en sueur avec une énorme lanterne produisant une lueur jaune blafarde très désagréable. Il éclaira le visage du bibliothécaire en levant sa lanterne à quelques centimètres de lui : - Holbrey ? Vous, vous aussi vous l'avez entendu ? Vous n'auriez pas vu dans quelle direction il est parti ?! Ah les châtiments corporels de Rusard, il ne manquerait cela pour rien au monde.


C’est tout ce qu’entendit Shawn qui trottinait à présent dans un couloir en direction de la tour des lions. Il n’avait pas besoin d’entendre la réponse d’Octave, il était certain que ce dernier ne le balancerait pas. Ce sentiment ne se basait sur aucun fondement, il le savait c’est tout. Comme un et un font deux.

HRP : Merci pour ce charmant rp.  Je sais pas si t'as matière à répondre ou si tu veux qu'on le clôture comme ça ? Enfin, tu me diras.

_________________
It never troubles the wolf how many the sheep may be.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 183

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Lun 21 Nov 2016 - 3:55

Un meurtre, voilà, parfait, c’était le mot qu’il cherchait. Ce mot qui échappait un peu aléatoirement à l’entendement d’un nombre incalculable de gens qui le camouflaient sous diverses notions vaseuses et pas toujours à propos. Enfin, pas toujours… lorsque l’on était au sein d’une société qui se targuait d’être civilisée, le mot de meurtre n’était quasiment jamais utilisé à bon escient. Ainsi, même les plus hypocrites voyaient en ce concept une signification barbare qui ne convenait pas à de hautes mœurs. Il finissait souvent remplacé par des sonorités plus nobles, ou en tout cas moins sauvages, comme : miséricorde, justice, absolution, combat pour la liberté, ennemi à vaincre, légitimité, équité, le bon sens, contrôle de la population… De gracieux euphémismes pour se sentir moins coupable alors que l’on s’apprête à commettre l’infâme et parfois même l’impardonnable. Il n’y avait en définitive qu’une chose qui était capable de forcer la conscience collective à s’aveugler sciemment et avec une bienveillance égoïste : la peur. Pour la majorité, il s’agissait de la pire des peurs, celle qui naissait de l’ignorance, par l’ignorance, pour l’ignorance. Celle qui se cultivait soi-même dans sa propre insuffisance. La peur n’avait rien de préjudiciable en soi, mais les gens qui ne cherchaient jamais à la combattre par fainéantise l’étaient. Et davantage encore lorsque l’effroi finissait par priver le petit peuple d’acquis de conscience et de discernement. Shawn était le victime directe d’une généralisation par la terreur. Comme tant de différentes minorités l’étaient encore aujourd’hui pour certains, représentatifs d’une menace souvent imaginaire qu’ils exerçaient sur une majorité incompréhensive. Pire encore lors que la particularité de ces gens si spéciaux était invisible à l’œil nu, renforçant la peur toujours un peu plus. Venait alors la traque, le recensement et enfin l’exclusion sociale de tous ses membres qui gangrenaient cette belle et si homogène société. Jusqu’au jour où le meurtre ne serait plus un obstacle. D’ailleurs, l’était-il encore vraiment ? Si Shawn venait à se considérer comme tel, c’est que la limite était depuis longtemps silencieusement franchie, comme lorsque l’on abat un chien malade sans que quiconque ne vienne nous demander des comptes. Après tout, il était malade, pas vrai ?

- haha oui ! Que le plus inhumain gagne.

Octave détestait véritablement ce jeu. A celui qui se prétendait être le plus vilain, le plus déshumanisé, le plus violent, avec le plus de défauts ou le moins de vertus. A celui qui saura faire preuve du moins de compassion et d’indulgence, qui fera preuve de la plus grande cruauté et de l’imagination la plus fertile pour faire mal. Octave y esquissa une moue étrange, entre l’embarras et la confusion. C’était bien le seul défi auquel il ne répondait jamais de front, ne souhaitant pas faire le concours de l’âme la plus hideuse, il en avait eu assez comme ça, sans avoir besoin de le prouver ou de le mettre en avant. Seulement, il ne se sentait pas non plus de laisser cette phrase sans un répondant adéquate. Sur le moment, il avait pincé ses lèvres, à la recherche du bon souvenir, puis finit par murmurer, plus pour soi-même que pour Shawn en définitive, n’étant même pas certain que ce dernier l’entende :

« L’homme est-il un monstre ou le monstre un homme ? »

Fort heureusement, ils avaient bien vite enchaîné sur des sujets bien plus intéressants et productifs que celui-là. Surtout pour Shawn en fait. Peut-être s’était-il attendu à quelque chose de plus simple que cette longue tirade si généreusement offerte, mais Octave tenait toujours à demeurer honnête quand on le lui demandait, sans chercher à se mettre au niveau de son interlocuteur et de ses attentes. D’expérience, il savait que cela n’avait aucun intérêt en ce genre de situations. Dans tous les cas, Shawn fut servi. Le bibliothécaire, immobile et allongé sur le dos, ne s’attendait pas à grand-chose en réponse, peut-être éventuellement un peu de confusion ou de compassion, mais au lieu de cela il crut entendre l’écho d’un étonnement. Eh bah, vous êtes une véritable camisole d’émotions. Ça doit bouillir là-dedans ! Épatant, ouais, vous êtes épatant. Ses sourcils se froncèrent d’abord dans un scepticisme qui lui avait toujours été naturel en de telles circonstances. Il donnait l’impression du parfait contraire la plupart du temps, mais Octave n’était pas un homme qui se laissait facilement aller à la complaisance. Il en venait même à douter du sens dans lequel prendre cet « épatant ». Mais plus il y réfléchissait, essayant d’y trouver signification, plus il se trouvait orgueilleux à essayer de trouver flatterie ou reproche là où il n’y avait peut-être rien. Il avait toujours eu moins de mal à accepter une critique qu’un compliment, mais cela aussi, il essayait de se l’interdire, pour ne pas revenir davantage en ce manque cruel de confiance en soi qu’il avait eu jadis et qui avait nourri la plupart de ses doutes. Doutes qui lui avaient coûté tant de choses… Alors il finit par hausser des épaules, comme pour se débarrasser de mots qu’il ne comprenait pas jusqu’au bout. Et pour palier au doute, il enchaîna sur sa deuxième réponse, qui finalement ne le rassurait en rien sur ses qualités humaines. Pourtant Shawn semblait penser le contraire, à évoquer un père qu’Octave devina instantanément absent. Ou en tout cas dont la bienveillance et la présence laissait à désirer quelque chose de mieux. Quel sentiment familier. Octave y sourit avec amertume avant de se reprendre, se corrigeant qu’il avait depuis longtemps dépassé ce stade où il punissait sa famille pour tous ses maux. Et même si cela était partiellement justifié, il ne désirait pas raviver la flamme rancunière qu’il avait eu tant de mal à éteindre.

Il sourit encore une fois à cet adolescent qui ne le connaissait pas, mais qui l’imaginait déjà en père accompli. Rien n’était moins sûr, mais à quoi bon démontrer à quel point il se croyait mal avisé pour un pareil rôle. Il n’y avait plus qu’à avoir espoir de voir les jugements de Shawn s’accomplir éventuellement un jour, d’une manière ou d’une autre. Pas nécessairement d’ailleurs au travers d’une naissance, mais au moins sous la forme d’un accomplissement personnel gratifiant. Toutefois, Octave était davantage porté sur le pessimisme qu’il ne voulait le reconnaître, s’attendant souvent au pire de sa part, sans jamais s’accorder aucun agrément s’il lui arrivait de se comporter convenablement. Vestiges d’une enfance où tout était soit normal, soit mauvais. Le succès en tant que tel n’existait pas, se devant d’être une constance plutôt qu’un événement singulier et victorieux.

- J’pense qu’on ferait mieux de rentrer. Et aux pas de course, avant que l’autre détraqueur se ramène avec sa famille et ses potes.

Octave se saisit du bras tendu machinalement et se releva sans vraiment se poser de questions, ni par sentiment de danger, ni par réel désir de rentrer. Rares étaient les fois où il ne souhaitait pas retrouver ses draps et une solitude chérie, préférant continuer la découverte d’une personne au travers d’une discussion. Mais Shawn pensait à autre chose, et Octave ne put que le suivre gracieusement, d’un pas égal, bien qu’un peu plus dansant, sa démarche ayant toujours été étudiée pour faire le moins de bruit possible tout en semblant naturelle. Ils marchèrent d’abord, puis finirent par sprinter à grandes enjambés, se perdant dans une course joyeuse et libératrice, comme si un danger se tapissait dans la nuit noire dans leur dos, menaçant de leur empoigner les mollets, les faisant fuir toujours plus vite. Pas une seule fois n’avait-il eut l’idée d’essayer de dépasser le jeune homme, d’entamer une idée de rivalité entre eux deux. Il n’y avait qu’une fuite commune des ténèbres de cette nuit de septembre, regorgeant de dangers et d’ombres mouvantes que même la lune n’avait pas la capacité de mettre en relief. Mais ils courraient assurément si bien qu’aucun détraqueur ne serait capable de les rattraper, lacets défaits ou pas. Et puis, il savait parfaitement que Shawn était plus rapide de par sa nature et des bontés que la jeunesse lui accordait. Leur chevauchée nocturne prit fin lorsqu’ils poussèrent les grandes portes d’entrée, cet imposant porche tout de bois et de pierre sculpté. La lumière chaleureuse de bougies et de torches les illuminèrent tous deux de l’éclat agréable et tamisé d’un lieu sécurisé. Puis Shawn se retourna vers un Octave qui savait déjà ce que cela voulait dire. Il lui sourit doucement, l’écoutant reprendre le tutoiement qu’il avait oublié plus tôt, sous le coup de la gêne peut-être, à condition qu’il soit capable d’éprouver de la gêne avec toute cette désinvolture, bien évidemment. Il offrir même un rire de gorge à la blague graveleuse, accordant que d’une certaine manière, c’était vrai. Pauvre Rusard.

- Hey, peut-être qu’un de ses quatre, je viendrai te rendre visite à la biblio’. ‘fin, j’ai dit peut-être… Allez tchuuss ! Casse-toi pas la gueule dans les escaliers, c'est mauvais pour ton arthrose !
« Fais attention, tu risques de te faire mal, ton cerveau ne supporterait pas la vue de tant de livres rassemblés en un seul endroit. Je te filerai d’abord un bouquin avec l’alphabet dedans et après on avancera par petits pas. Octave fit une pause, apprécia sa blague, puis poursuivit, d’un ton beaucoup plus sérieux : Si une nuit l’insomnie te prends encore et que la solitude te pèse, viens me voir, indépendamment de l’heure et du moment… »

Un sourire et un regard malicieux en biais plus tard et Shawn avait déjà disparu, gravissant l’escalier comme un bouc escaladant une montagne. Octave observa les marches vides, entendant encore l’écho du talon claquer contre la pierre et les lacets siffler dans les airs. Décidément, quel curieux jeune homme. Quelle rare et chérissable personnalité ! Octave s'en sentit l'âme légère et flottante, comme si une félicité particulière l'avait touché, lui offrant un peu de bonheur sincère et doucereux. Une joie que paradoxalement, il ressentait à travers quelqu'un d'autre. Une fois encore, il était soudain émerveillé par la vie et de ses nombreuses manifestations aussi silencieuses qu'extraordinaires. Jamais n'avait-il été autant reconnaissant à son corps et son esprit d'être capable d'apprécier tous les discrets bienfaits que l'existence accordait aux plus attentifs. Shawn... il était une lumière qui se posait sur les autres pour les réchauffer un peu. Il fallait impérativement conserver ce beau caractère du danger qui le guettait, des cordes qui pouvait l'étrangler à tout instant, enlacer ses bras et ses jambes pour le faire couler toujours plus profondément dans ce qui tapissait ses entrailles. Non, il ne s'agissait pas de la lycanthropie, mais du doute et du désespoir que les gens pouvaient créer en nous en soulignant nos différences. La particularité de Shawn était un mal reconnu comme tel par une grande majorité, et il n'y avait pas de hasard quant à ce que le jeune homme le cache aux autres. Il se protégeait, de soi, des autres, jouant le rôle de celui pour qui tout va bien sans jamais véritablement pouvoir se confier. Les autres... les autres allaient le faire souffrir, le faire hésiter, tâter dans le noir de l'exclusion, peut-être au point où il se détestera soi-même pour si mal rentrer dans le moule commun. Il semblait déjà tellement se méfier, aborder les choses de front... Octave espérait sincèrement qu'il avait quelque part son propre rayon de soleil chaleureux. Pour le réconforter un peu, et surtout le faire tenir.

Mon dieu, dormir, quel ennui après une telle aventure. Quoi que… Il n’eut pas le temps de regretter cette fin que Rusard fit son entrée, comme un prestidigitateur vous faisant apparaître un éléphant en plein milieu d’une salle de théâtre. Ce dernier lui pointa sa lanterne dans le visage tel un officier de la Gestapo s’apprêtant à entamer un long interrogatoire. Octave plissa des yeux pour se protéger la vue avant d’écarter la lanterne d’un revers de la main tout en écoutant le concierge.

- Holbrey ? Vous, vous aussi vous l'avez entendu ? Vous n'auriez pas vu dans quelle direction il est parti ?!

Octave fit les yeux ronds, comme s’il venait de découvrir une coïncidence singulière, ou pire, son âme sœur. Il se rapprocha de Rusard et répondit avec la plus grande conviction dont il savait faire preuve :

« Ah mais tout à fait ! Je le poursuis aussi, d’ailleurs, mais il n’arrête pas de m’échapper à tel point que je n’en vois que l’ombre. Il est parti par-là ! Dit-il en pointant du menton le couloir opposé de là où avait surgi Rusard. Nous devrions le chercher à deux, on aura plus de succès. Octave saisit le vieux et claudiquant concierge par le coude d’une poigne déterminée et le força à prendre cette direction avec l’air de celui qui voulait vraiment atteindre le but imposé. Mais dites-moi Rusard, c’est un bel animal que vous avez là, c’est quelle race, un Main Coon ? Très beau pelage, luisant, et l’œil vif, vous devez en prendre soin. Vous avez déjà pensé à la faire participer à des concours ? D’ailleurs, il paraît aussi que vous connaissez tous les recoins de Poudlard ? Ca fait de vous un employé hors pair, indéniablement. Vous pourriez me faire visiter un de ces quatre ? En profondeur je veux dire…"

Bon, comme quoi, elle n’était peut-être pas terminée, cette nuit.


-Fin-

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Aujourd'hui à 1:28

Revenir en haut Aller en bas

[15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» L'histoire du poisson jaune et bleu» [1er Septembre 1997] Diviser pour mieux régner» [13 Septembre 1997] Teach me all you know» [11 Septembre 1997] Le Géranium Dentu» Pages d'histoire des hommes et des femmes d'Haiti et leurs épisodes
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: HORS JEU :: La pensine :: Sept. 1997 - Août 1998 :: Sujets terminés-