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[15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup.

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MessageSujet: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyMar 30 Aoû 2016 - 18:06

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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptySam 10 Sep 2016 - 9:01

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Shawn tournait en rond dans son dortoir comme un lion en cage. Il n’arrivait pas à trouver le sommeil et son corps était agité de nombreuses émotions contradictoires. C’était toujours ainsi avant la pleine lune. Comme si la bête en lui sentait approcher l’heure de sa libération, et armée de son euphorie, elle ébranlait l’âme de son réceptacle. Le sang bouillait dans ses veines et palpitait au niveau de ses tempes. Résultat, Shawn était animé d’une soif inextinguible de sauter sur place, de frapper dans quelque chose ou de courir en poussant un cri interminable.  Courir sans s’arrêter jusqu’à tomber d’épuisement et s’endormir à l’endroit de sa chute. Shawn se stoppa devant la fenêtre, depuis la tour des Gryffondors, il avait une vue splendide sur la lune presque pleine dans la nuit enveloppée de son manteau de ténèbres. Il soupira, envoûté par la lumière de l’astre solitaire qui caressait son visage de sa timide lumière. La lune, belle et silencieuse, mystérieuse et protectrice. Cet astre le fascinait au-delà des mots.  Si on devait comparer Shawn à un astre, aucun doute qu'on le qualifierait de soleil. Rien d'étonnant à ce que le soleil soit fasciné par sa compagne nocturne, reine des élégies.

Ses mains étaient moites et son souffle court. Il s’agissait de sa première pleine lune entre les murs de l’école depuis 4 ans, c’était angoissant. Il avait peur. Peur de se retrouver enchaîné au fin fond des cachots, peur de ce que Rogue pouvait lui réserver quand il serait sous sa forme animal. Pouvait-il faire confiance à Rogue ? Shawn ne savait pas. D’un côté, Rogue ne l’avait pas envoyé chez les boucs, il avait été muet comme une tombe sur sa condition de loup-garou, mais d’un autre côté, ne comptait-il pas se servir de lui pour créer une armée de loup-garous pour son Lord ?  Le dark lord ne refuserait pas une armée de bêtes assoiffées de sang avec le célèbre Greyback à sa tête. Il tourna le dos à cette nuit aux doigts gantés de velours noirs et se laissa choir sur son lit. Le Gryffondor fixa, pendant de longues minutes, le plafond de sa chambre. L’horloge accrochée près de la porte continuait la course inéluctable des secondes, des minutes et des heures. Tic-tac, les aiguilles égrainaient inlassablement le temps. Horloge impitoyable qui nous pointe du doigt : souviens-toi ! Il ferma les yeux et fut englouti par les ténèbres.  

鬼さんこちら手の鳴る方へ

Plongé ainsi dans l’obscurité, il entendit dans les profondeurs de son cœur, le cri métallique d’un bruant jaune, des éclats de voix et les rires de son frère. Il distingua un foulard noir, un énorme chêne et un bouquet de violettes. L'odeur de pin, de feuillus et de bois humide lui chatouillaient les narines comme s'il était vraiment couché sur un lit de feuilles mortes dans les profondeurs d'une forêt. La pellicule de ses souvenirs défilait sous ses paupières, rythmée par la mélopée des battements de son cœur. « 鬼さんこちら手の鳴る方へ » chantonnait la voix de son jumeau accompagnée des clappements de ses mains. Le jeu préféré de leur enfance qui ressemblait à un mélange de loup et de colin-maillard japonais.  Quand il y repensait, il était toujours désigné pour jouer le rôle du « loup » malgré ses protestations. À croire qu’il était parfait dans ce rôle, dans la peau du méchant alors qu’il répugnait cette idée par-dessus tout. Peut-être que c'était, au fond, sa nature profonde ? Il ouvrit les yeux, le temps ne doit jamais s’arrêter. Se souvenir, c’est arrêter le temps. C'est un peu mourir aussi quelque part. Il n’y avait rien de plus pathétique et effrayant à ses yeux. Vivre dans le passé, quelle idée.

Shawn n’avait pas peur du noir, pas même des ténèbres les plus épaisses. La nuit était symbole de liberté et de mystère, c’était son sanctuaire, une amie et complice.  Shawn avait peur du temps. Du temps qui gagne à tous les coups. Du temps qui nous broie, nous use et nous transforme en cendre. Le temps, ce monstre infâme qui pompe nos vies de son immonde trombe. Shawn ne supportait plus le son cruel de l’horloge et sauta sur ses jambes agiles pour sortir de la salle commune. Tant pis pour le couvre-feu, il méprisait cette immobilité aérienne, le ronflement paisible de ses camarades, la mélodie du silence. Dormir, l’inactivité, c’était un peu mourir. Ce sentiment d’être ballotté dans une petite cage au gré des caprices d’un enfant vicieux, de n'être qu'une bougie dans le vent. Il détestait cette impression plus que tout au monde.

Il dévala les escaliers quatre à quatre d’un pas dynamique, les oreilles aux aguets. Une des caractéristiques qui se réveillait lorsque la pleine lune approchait : sa vue, son odorat et son ouïe étaient bien plus développés que ceux des humains « normaux ». C'était la preuve même que la bête prenait le contrôle de son âme, le rongeait de l'intérieur. Le Gryffondor n'avait pas besoin d'un calendrier, il le ressentait jusque dans sa chair lorsque le jour de la pleine lune se rapprochait dangereusement. Shawn se hâta dans les couloirs sans croiser âme qui vive et atteignit sans encombre la grande porte qui menait au parc. Il se stoppa là sur les marches dans la fraîcheur de la nuit respirant le vent de liberté qui venait caresser ses cheveux et sécher la sueur sur sa nuque. Il essuya ses mains moites sur son pantalon. Immédiatement, il se sentit mieux, libéré de ce poids invisible qui pesait sur son âme. Un immense sourire fleurit à la commissure de ses lèvres. Il avait passé une excellente journée après tout, pourquoi broyer du noir une fois le soir venu ? Cela ne lui ressemblait pas.

Il avait bien débuté la matinée avec le cours d’étude des moldus dans lequel il avait tenu tête à la guenon qui leur servait d’enseignante. Son comportement lui avait valu 15 points en moins et une retenue corporelle après les cours, en tête à tête avec la sœur Carrow, miam, il avait hâte. Puis sa route avait croisé celle de Mathewsen qui l’avait embrassé, visiblement,  l’androgyne était complètement fou d’amour pour lui (peut-être parce que Inoue était le seul élève de Poudlard à savoir que Leslie était un homme malgré son physique de fillette ou alors savoir Inoue dans son corps pendant une journée avait titillé les hormones du cinquième année). Dans l'après-midi pour le cours de métamorphose, il avait poussé un cri strident (sans aucune raison apparente) alors qu’un silence de plomb régnait dans la classe. Il avait fait sursauter une bonne partie des élèves, mais également sa voisine de table, Abigail, qui avait maugréé en essayant de le chasser du siège. Sans explication, il avait rivé ses prunelles fuligineuses sur son frère qui l’avait regardé avec dédain. Mc Gonagall l’avait questionné en vain et avait finalement conclut : « M. Inoue, vous avez eu une note bien moyenne en métamorphose à vos Buses, ne me faites pas regretter de vous avoir gardé ». Quelle vieille peau celle-là. Shawn n’appréciait pas les figures d’autorités, il n’y avait d’ailleurs aucun enseignant à Poudlard que Shawn appréciait réellement. Ils étaient tous étroits d’esprit et enfermés dans leurs préjugés.

Pourquoi avoir poussé un cri ? La raison d’un tel acte devait même être obscure pour son jumeau. Shawn s’était souvenu d’une histoire racontée par sa tante datant de leur enfance (4/5 ans). Cette histoire se déroulait dans le métro magique japonais, un des jumeaux était dans une poussette face à leur mère et l’autre était directement sur ses genoux. Sa tante avait été incapable de se souvenir qui était qui, mais elle avait décrit, en riant, la scène survenue dans la rame du métro Kazeninaru. Le bébé dans la poussette avait commencé à pousser un cri extrêmement aigu. Vous savez ces gémissements atrocement désagréables que les bébés sont capables de produire et qui vous donnent envie de vous taper la tête contre les murs (ou taper la leur), c’était ce genre de braiment. Le bébé sur les genoux de sa mère avait répondu au cri de son frère en haussant le ton, le bébé dans la poussette qui se mangeait les pieds avait enchaîné en hurlant de plus belle et ainsi de suite. Dévisagés par plusieurs visages renfrognés, leur mère avait tenté de les faire taire, mais rien n’y faisait les deux jumeaux continuaient de communiquer en poussant des cris de plus en plus forts tout en riant. Shawn s’était donc simplement demandé si son frère allait répondre à son cri 10 ans plus tard et sans surprise la réponse était « non ». Leur lien était coupé depuis bien longtemps, il n’existait plus que l’ombre de leur complicité passée.

Sa journée s’était terminée en beauté avec son cours particulier avec le charmant poison qu’est Cassidy. Shawn s’avança prudemment dans le parc perdu dans ses pensées. Shawn ne suivait pas des cours particuliers pour rattraper son niveau en potion, mais bel et bien pour les beaux yeux de la demoiselle. Cela l’amusait beaucoup de lire l’agacement dans les prunelles mésange de Cassis (comme il aimait l'appeler) et il en faisait des tonnes pour tester la jeune femme. Après la chute des ingrédients pour l’obliger à se baisser en jupe, les réflexions dignes de 3615 POEM telles que « il a plu le jour de ta naissance, non ? Parce que le ciel a dû pleurer toutes les larmes de son corps en s’apercevant qu’il avait perdu son plus bel ange », sa dernière invention en date était de sculpter des cœurs dans les ingrédients lorsqu’elle lui demandait de tailler son œil de poisson-hérisson ou de couper en fine tranche le chou mordeur de Chine. Il ne savait rien de la demoiselle, pas même son allégeance au Mangemort, et il s’en fichait pas mal, ce qui l’intéressait c’était son répondant. Elle aurait pu être la sœur de Rogue que cela ne lui aurait fait ni chaud ni froid (hormis le fait que la sœur de Rogue ne pouvait être qu'un affreux laideron aux cheveux-serpillières et à la peau grasse).

Shawn se stoppa devant une danseuse de nuit, fleur qui n’éclot que lorsque la nuit approche et qui se met à danser lorsqu'elle est éclairée par la pleine lune. Il se demanda s’il ne devait pas la ramasser pour l’offrir à la fourmi qui lui faisait office de voisine, juste pour le plaisir de la voir tomber des nues et qui sait, peut-être lui enverrait-elle la fleur en pleine tronche. Mais il se ravisa, la plante allait crever avant demain matin, elle perdait donc tout intérêt une fois fanée. Il s’avança vers le lac, regrettant de n'avoir emporté que sa baguette et d’avoir oublié sa guitare, ça aurait été une nuit parfaite pour jouer un petit air de musique. Le lac était magnifique, la dame blanche se reflétait sur sa surface limpide et pas une vague ne venait troubler ce spectacle féerique. Alors qu’il envisageait de quitter ses chaussures pour faire trempette, une étrange forme à quelques mètres apparut furtivement dans son champ de vision, on aurait dit le crâne d’un kappa. La forme disparue aussitôt, avait-il rêvé ? Il fixa la surface du lac, mais aucune forme ne réapparut.

Alors qu'il délassait sa basket droite une voix joueuse se répercuta dans l’écho de la nuit.

« Salut. »

Shawn sursauta et chercha du regard d’où venait la voix. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour repérer l’adulte dans le lac. Et voilà les emmerdes, pensa-t-il. N’ayant aucun filtre devant la bouche, il s’exclama sans même le saluer : -Vous foutez quoi ?

C’était qui ce type qui se prenait pour le calmar du lac. Shawn n’avait jamais vu sa tronche auparavant, peut-être parce qu’il n’avait pas mis les pieds une seule fois à la bibliothèque depuis la rentrée. Le type souriait :- Je vous ai pris pour un kappa, et navré de déranger votre tête-à-tête amoureux avec le calmar au clair de lune. Il en fallait pour tous les goûts.

Il essayait de distinguer les traits de son visage, mais l'inconnu était à contre jour et seule sa tête sortait de l'eau.

-Vous êtes un prof' ?

Il avait la main sur sa baguette, par les temps qui courent on n’est jamais trop prudent.
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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyMer 14 Sep 2016 - 14:15

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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyDim 18 Sep 2016 - 19:59

[15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. Tumblr_no30td3xQ91r8pj6io1_500

Libre. Le jeune homme offrit son visage au ciel étoilé, un sourire à la commissure de ses lèvres. Plus haut. Encore plus haut. Il souhaitait s’élever dans les airs au-dessus du sol, de la terre, de la boue. Loin de ce corps qui n’était qu’une prison. Ce corps fragile et limité au possible, voué au pourrissement. Quitter les siens, vous qui avez endormi vos instincts. Vous qui avez fait le choix de renier vos origines pour vous transformer en amas de chairs informes et incapables de ressentir l’appel des saisissements. Des faibles et des damnés. Se libérer et devenir le vent joueur qui court dans vos cheveux, caresse les corolles des fleurs et chasse les nuages dans le ciel. Il tendit sa main vers le ciel en direction de la dame blanche. Il se sentait si petit et misérable, mais à cette distance il pouvait attraper la lune entre son majeur et son pouce. L’illusion d’être tout puissant, hein, c’est le caprice des Hommes. Pas étonnant qu’ils aient troqué leurs sensations contre un bout infime de savoir hasardeux et stérile.

Je pense donc je suis ? Pour Shawn, il n’y a une seule vérité : je ressens donc JE VIS ! Bien évidemment, il est important de savoir réfléchir, se poser des questions, c’est ce qui différencie l’Homme de l’animal, mais disons simplement que sa priorité n’est pas accordée à la réflexion. Après tout, l’homme possède une magnifique palette de sens : la vue, admirer un magnifique couché de soleil. L’odorat, sentir le délicat parfum des fleurs. L’ouïe, parce que la musique est tout simplement la plus belle chose et la plus précieuse que l’homme ait créée. Le goût, savourer les lèvres de l’être aimé. La nociception, parce que souffrir c’est également être humain. Le toucher, caresser les cheveux soyeux de celle qu’on aime. Et bien d’autres encore.

Cet amour de la liberté ne date pas d’hier. Depuis tout petit, il a toujours recherché à se rapprocher de cette conception très vague qu’est la liberté. Il n'est donc pas étonnant que le jeune homme épris de liberté aime tant le quidditch et la sensation de voler à pleine vitesse sur un balai. Son trop-plein d’énergie lui avait souvent causé des torts. Il voulait tout découvrir, tout ressentir. Grimper en haut d’un énorme chêne juste pour admirer la vue, courir jusqu’à ce que ses jambes s’écroulent de fatigue, plonger au fond d’un petit étang et sentir l’eau glisser sur sa peau, attraper des grenouilles et percevoir leur peau gluante. Il adorait cet éventail infini de découvertes. Son énergie fatiguait très souvent son entourage. D’ailleurs, il n’existait que deux types de personnes : ceux qui arrivaient à le suivre et ceux qui étaient laissés derrière. Le dicton moldu : qui m'aime me suive, n'a jamais été aussi véridique.

Shawn partait du principe qu’il valait mieux vivre 20 ans intensément que 90 ans d’ennui à courber l’échine devant autrui, les règles ou l’autorité. Bien évidemment, il était encore jeune et incroyablement immature, mais telle était sa philosophie de vie d’enfant. Exactement comme dans le règne animal, manger ou être mangé. Il était hors de question qu’il fasse partie des « proies » dévorées par les « autres », comme il aimait désigner les « adultes ». Il avait fait un rapprochement entre son père et le monde adulte, visualisant ce monde comme étant profondément ennuyeux et habité par des êtres acariâtres. Tirer la gueule est mauvais pour le moral et le corps. Shawn déteste par-dessus tout les personnes capables de vous plomber une ambiance rien qu’en ouvrant la bouche, les personnes constamment en train de râler, de se morfondre sur eux-mêmes, les manipulateurs et autres fouteurs de citrouille.

Miroir, mon beau miroir… Je n’ai pas besoin de toi.  Je sais qui je suis. Je suis moi et c’est parfait comme ça.

Shawn a souffert du système scolaire, de l’autorité de son père, du regard des autres. Son adolescence se résumait par le sentiment de brandir une pancarte portant les lettres : L I B E R T É au milieu d’une foule de pantins prisonniers de leur propre cage. D’être un individu multicolore au milieu d’une masse de personnes monochromes. C'est pour cela qu'il avait tant aimé venir étudier à Poudlard. Ce lieu n'avait pas des allures de cercueil, avant.

Cette virée nocturne était si douce à ses yeux, il n’aurait pas dit non à la présence d’un de ses amis, mais voilà il n’avait pas accès au dortoir des Serdaigles et encore moins au dortoir des filles de Gryffondor. Et puis, ses amis devaient être paisiblement endormis à l’heure qu’il est. Sans compter qu’il n’allait peut-être pas passer sa soirée seul. En effet, dans l’optique de simplement faire trempette, il avait commencé par délacer ses chaussures, mais bien vite, une voix l’avait interrompu. Complètement pris au dépourvu, les seuls mots qui lui vinrent à l’esprit furent : vous foutez quoi ?

Il discernait mal l’adulte à moitié caché dans l’eau et à contre-jour, mais Shawn était sûr d’avoir vu un sourire étirer ses lèvres. Il y eut un silence durant lequel Shawn resserra l’étreinte de ses doigts sur sa baguette en bois de couleur de l’ivoire. Quel sort pouvait-il bien lui balancer en pleine figure si cet inconnu s’avérait être mal intentionné ? Shawn n’était certes pas très doué dans le cours de sortilège, mais il restait un excellent duelliste malgré son jeune âge. Il sait élaborer des techniques de contre-attaques, son esprit vif et son agilité sont également une qualité indéniable. Il sait quand il doit réfléchir et quand il doit se fier à son instinct, de plus comme il est dépourvu de la moindre peur de se blesser, il s’avère être un très bon adversaire qui a certes beaucoup à apprendre, mais qui peut grandement progresser, s’il avait un enseignant digne de ce nom et pas un nain à moitié sénile… Shawn a besoin d’estimer la personne, la mettre sur un piédestal, et Flitwick, bien qu’excellent sorcier, n’était pas le type d’enseignant qui lui convenait. Il lui fallait quelqu’un de jeune dans sa tête, peut-être moins performant que Flitwick, mais capable d’intéresser Shawn au lieu de l’endormir.

Après réflexion, le sort Tarentallegra lui semblait parfait pour faire disparaître le sourire narquois sur le visage de cet adulte.


« Bah, j’me touche, ça ne se voit pas ? »

Shawn s’attendait à recevoir une réponse signifiant : ta question est idiote. Les adultes aiment beaucoup jouer sur les mots, ça les amuse de se sentir supérieurs, d'étaler leur savoir proche du néant. C'est leur royaume. Le royaume des mots où l'on aime brasser du vent en jouant les moulins. Le royaume de faussetés, d’hypocrisies et de mensonges. Un royaume de sable prêt à s’effondrer à la moindre bourrasque où ceux qui se croient maîtres ne sont qu’en fait simples esclaves. Il ne fut qu’à moitié surpris. Pourquoi à moitié ? Parce qu’il s’attendait à tout, mais pas à ce genre de réponses d’ordre sexuel. Intrigant, voilà ce qu’il se disait sur le moment. Il relâcha l’étreinte sur sa baguette, peut-être qu’il ne sera pas nécessaire de le faire danser pour le rendre intéressant celui-là. Il lui fit part de sa vision de la situation à savoir : l’inconnu était en rendez-vous avec le calmar du lac et conclut par : -Mais ça explique beaucoup de choses. C’est vrai que dix bras c’est toujours mieux que deux mains.


« Ne t’inquiète pas, le calmar et moi sommes dans une relation libre, alors tu peux tranquillou venir barboter dans l’eau sans craindre la jalousie de l’un ou de l’autre. »

Un sourire se dessina au coin de ses lèvres  tandis que l’adulte l’invitait d’un mouvement de buste. Il envoya valser sa basket délacée d’un coup de pied sans pour autant quitter l’étrange inconnu du regard.

- Cool alors.

L’adulte se redressa, montrant sa taille véritable, immédiatement les doigts du Gryffondor serrèrent la baguette. Il était tout habillé, c’était vraiment étrange et totalement atypique. Shawn se demandait ce qu’il cherchait au fond du lac, cet homme lui apparaissait de plus en plus comme une menace. Peut-être que c’était le fameux Greyback ? Un lèche-boule du Dark Lord ? Les possibilités étaient multiples. Il ne pouvait pas imaginer que cet énergumène était venu spécialement pour piquer une tête tout habillé.  Il devait y avoir quelque chose dans ce lac, quelque chose qu’il l’intéressait.  Il lui demanda donc s’il était un enseignant.


« Quand bien même, qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu vas essayer de me buter pour cacher ton escapade interdite ? Allé desserre tes doigts Lancelot, ça donne de l’arthrite. »

Il eut un rire moqueur. Lui ? Cacher son escapade ? C’était bien le dernier de ses soucis, il faisait perdre quotidiennement des points à sa maison et il ne se passait pas plusieurs semaines, lors de sa première année, sans qu’il ne soit en retenue. Non, il voulait juste savoir qui était cet étranger, parce que son visage ne lui disait rien.

-Nan, mais comme j’ai jamais vu vot’ tête et que les vieux d’cette école sont pas du genre à s’baigner, habillé au clair de lune ni à faire de l’humour. Je me demandais à qui j’avais l’honneur.  Parce que « professeur(e) », éructa-t-il, Rogue ou Mc Gonagall, quand on les voit on sent immédiatement qu’on va pas s’marrer avec eux.


« Officieusement, dans la mesure où il m’arrive d’apprendre quelque chose aux élèves, on pourrait dire que oui. Mais officiellement, non. Dans tous les cas, tu n’as rien à craindre. Enfin, pas dans le sens commun du terme. »

Oh Teletubbies, faisait-il exprès de parler comme un sorcier du 15e siècle,  par énigme ?  Shawn secoua la tête, c’est quoi ça : C’est oui ou c’est non. Shawn n’arrivait pas à savoir si cet adulte l’intrigué, l’agacé ou les deux à la fois, quoi qu’il en soit il ne le laissait pas indifférent. Ce qui n’était pas rien. Shawn est un gamin qui se lasse vite des jouets démodés et usés. Enfin, il avait retenu le plus important : il n’avait rien à craindre. Le Gryffondor n’étant pas du genre à réfléchir de trop, opta pour lui faire confiance, abaissa sa baguette complètement (bien qu’il ne la pointait pas non plus sur l’homme) sans diminuer sa vigilance pour autant.

- Laissez-moi deviner, vous étiez un Serdaigle hein, dans vot’ jeunesse s’entend ? dit-il narquois.

« Soit tu te ramènes ici, soit tu me files ma serviette qui est derrière toi dans les buissons, mais ne restes pas planté là. »

Shawn éclata de rire, il ne perdait pas le nord : - C'est la prison d'Azkaban qui se fout de la charité ! Moi j’ai mieux. Soit tu te ramènes ici, soit TU vas chercher ta serviette derrière ce buisson, mais ne reste pas planté là. Lui provocateur ? Noon, quelle drôle d’idée. Puis on dirait que tes vêtements sont passés par les fesses d'une vache Shawn a une mémoire affreuse des expressions et mélange tout.

En somme : décitrouilles- toi, je ne suis pas encore ? ton chien. Ce type vendait la peau du bœuf avant de mettre la charrue ! Shawn n’était pas du genre à obéir au doigt et à l’œil  et encore moins à des inconnus. Son estime et sa docilité se gagnaient, une fois acquises, il était aisé de le transformer un gentil petit loup de compagnie. Enfin tout en gardant à l’esprit qu’un animal sauvage, reste sauvage et donc imprévisible. On n’est jamais à l’abri d’une morsure. Il venait de passer du « vous » d’occurrence au « tu », pure provocation bien évidemment. Il testait les limites de cet étrange « enseignant ». Il devait avouer que c’était bien la première fois qu’il rencontrait un membre du corps enseignant qui semblait dynamique, jeune dans sa tête et intéressant, tout du moins aux premiers abords.
Dépasser les limites, le genre de chose que les braves gens n’apprécient pas vraiment. Vivre c’est consommer, se consumer. Cet homme semblait apte à le comprendre. Shawn l’observait dans l’attente de la suite, il délaça sa deuxième chaussure et la jeta en direction de la première. Il n'avait pas enfilé de chaussettes.

-Alors Monsieur l’enseignant-pas-enseignant-mais-peut-être-un-peu-enseignant, il avança vers le lac et s’assit sur son séant, elle est comment l’eau ?

Il trempa un pied puis l’autre, ce n’était pas très chaud. C’était même atrocement froid. Un frisson parcourut son épine dorsale.

-Teletubbies c’est glacé.

Il bougeait ses pieds dans l’eau pour éviter de finir transi lorsque quelque chose d’anormale se produisit. L’eau du lac semblait se recouvrir d’une fine pellicule de glace, les fleurs se fanaient et surtout cela faisait très longtemps qu’il n’avait pas ressenti cet étrange sentiment. C’était comme s’il plongeait au fond d’un océan et coulait inexorablement sans pouvoir remonter à la surface. Il se sentait vidé de ses forces, comme si la vie n’avait aucun sens, il se revoyait enchaîné dans le sous-sol, les lourdes chaînes de métal lacérant ses poignets d’enfant. Une peur s’insinua en lui, ce n’était pas normal, quelque chose clochait.
Il sortit du lac en trébuchant et se rattrapa de justesse sur les mains avant de se redresser complètement : - C’est quoi ce bordel ?

Il regardait autour de lui sans comprendre d’où venait le problème. Shawn n’avait jamais rencontré de détraqueur auparavant et il n’imaginait pas que ce qu’il avait pu lire dans des livres avait une telle puissance dans la réalité. Une silhouette encapuchonnée s’avançait vers eux, elle était au milieu du lac. Il aurait peut dû écouter un peu plus leur directeur lorsqu'il les avait prévenu que des détraqueurs surveilleraient désormais les alentours du château après le couvre-feu. Il s’arma de sa baguette et dévisagea l’adulte : - On aura vraiment fêté les branchettes avant Pâques. J’espère que vous avez votre baguette, parce que s’il y a bien un sort que je ne maîtrise pas c’est celui du patronus ! Et j’ai aucune envie de crever par une si belle nuit…qui plus est, à vos côtés, aussi charmant que vous soyez ! Par les temps qui courent, il était impossible que cet adulte ne soit pas sorti avec sa baguette et s'il était enseignant à Poudlard, il devait forcément maîtriser ce sortilège afin de chasser d'un coup la créature. Tout du moins, c'est ce qu'il se répétait pour se rassurer.

Plus le monstre approchait, plus sa confiance en lui se désagrégeait. Elle était aspirée avec sa joie. En réalité, il comptait beaucoup sur cet adulte, seul il n'avait aucune chance. Shawn était incapable de former son patronus, il ne pouvait faire jaillir qu'une lumière tout juste bonne à repousser la créature, pas à la faire fuir.

Hrp : j'ai décidé de faire intervenir un détraqueur et j'espère que cela ne te dérangera pas. Disons que mon perso a du mal à discuter avec des adultes (il a de gros a priori) et je me suis dit que faire intervenir cette créature pouvait débloquer la situation. Toutefois, si ça te dérange, n'hésite pas à me demander de modifier des trucs par MP. Y a aucun soucis ;)
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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyMar 20 Sep 2016 - 22:21

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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyDim 9 Oct 2016 - 3:55

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Alors qu’il souhaitait simplement prendre l’air, il avait fallu qu’il tombe sur un membre du corps enseignant qui semblait encore plus perché que le reste. L’étrange homme prenait un bain de minuit dans une eau glacée et intégralement habillé.  L’homme d’une trentaine d’années dévisageait le Gryffondor sans se départir d’un sourire narquois accroché sur ses lèvres. Son sourire donnait l’impression d’avoir affaire à un gamin effronté coincé dans le corps d’un adulte. Difficile de savoir ce qu’il y a de plus méprisable entre un gamin qui se prend pour un adulte et un adulte qui a oublié de grandir. Cet inconnu semblait être resté au stade de l’enfance, il en portait tous les vices : effronterie, esprit taquin, égo surdimensionné et incapacité à s’extraire du présent.

Shawn resta sur la défensive jusqu’à ce qu’il lui ordonne d’aller lui chercher sa serviette ou de se bouger.  Pour qui se prenait-il ? Le Gryffondor eut un rire moqueur et lui fit comprendre qu’il a qu’à se bouger le c*l pour aller chercher sa serviette tout seul comme un adulte qu’il était sensé être.


« Ah bah tu vois que c’est toi qui bouges, finalement… »

-Ouais, c’est pour faire parler les imbéciles, visiblement ça marche, conclut-il en haussant les épaules. Jusqu'où cet adulte tolérait-il l'arrogance ? Le père de Shawn n'aurait pas toléré les un dixième de ce que supportait l'adulte dans le lac. Tester les limites, un autre de ses passe-temps.

Le ton n’était ni provocateur, ni moqueur, il énonçait simplement un fait qui en disait long, au fond, sur le sixième année : « joue pas sur les mots, ça me gave profondément ». En revanche, si tu veux jouer au jeu : « viens on dit que celui qui aura le dernier mot a gagné », tu es tombé sur le gamin qu’il te faut. S’il existait bien un domaine dans lequel Shawn était doué, c’était celui de la répartie, il possédait la nonchalance et l’outrecuidance suffisantes pour ne pas être déstabilisé à la moindre remarque.

Probablement que la plupart des adultes y verraient une combinaison exécrable d’arrogance et de mauvaises éducations (celles de ne pas savoir se tenir à sa place), mais pour Shawn, ce n’était qu’un jeu. L’inconnu avait lancé les dés, la partie venait de commencer, non ? Il serait atrocement dommage de passer son tour. Puéril ? Totalement. Mais après tout, ce n’était qu’un enfant de 16 ans provoqué par un adulte qui avait quasiment le double de son âge et qui pourtant semblait vouloir jouer dans la même cour. Et c’est bien ce qui fascinait le jeune homme, un autre enseignant lui aurait immédiatement fait comprendre où était sa place, pas cet adulte. Tout du moins pas pour le moment. Il semblait avoir deux facettes et être doué d’un certain sens de l’observation.

Shawn ne serait jamais allé chercher sa serviette. Il n’estimait pas cet homme et il n’avait rien à lui devoir. Toutefois, cet inconnu exerçait une certaine fascination et Shawn se demandait ce qu’il y avait dans les coulisses, derrière ce visage provocateur. Il avait jeté sa seconde chaussure et s’était approché de l’eau sans quitter du regard l’énergumène. Il le questionna sur la froideur de l’eau, mais n’attendit pas de réponse. Il était ainsi, il aimait l’action plutôt que le baratin.  Sous les éclats de rire de l’adulte, Shawn arqua un sourcil : était-il en train de se moquer de lui ? Quel étrange adulte. D’ailleurs quel âge avait-il ? Shawn lui aurait donné environ 35 ans, à présent qu’il distinguait mieux les traits de son visage.

L’eau était encore plus froide que ce qu’il imaginait, ce type était vraiment siphonné ou alors… il  y avait quelque chose d’anormal. Au moment même où cette idée traversa son esprit, une fine pellicule de glace recouvrit la surface du lac gelant même l’herbe sous sa paume. De la buée s’échappait des narines de l’adulte, et même Shawn qui n’avait pourtant que ses pieds dans l’eau se mit à grelotter. Une silhouette ténébreuse encapuchonnée flottait au-dessus du lac et elle se dirigeait droit sur eux. Il sortit prestement de l’eau manquant de tomber. Un détraqueur, ce ne pouvait qu’être ce geôlier de la mort. Shawn n’en avait jamais rencontré auparavant et il n’aurait pas pu imaginer à quel point cette monstruosité était capable de s’infiltrer au plus profond de sa chair pour le plonger dans l’océan de ses tourments.

Shawn avait beau être bon en duel, le patronus faisait partie des nombreux sorts qui lui tenaient tête. Peut-être parce qu’il n’avait pas de souvenirs assez puissants, peut-être parce que la peur et l’effroi  avaient trop d’impact sur lui, que sa douloureuse solitude l’emprisonnait ou bien peut-être était-ce à cause de son manque d’entraînement. Sa seule porte de secours se trouvait en cet homme dont il ignorait tout et même dont il s’était méfié en premier lieu. La vie est parfois très ironique et joueuse. L’adulte ne bougeait pas, était-il en train de se faire dessus ? Il ne manquerait plus qu’il soit tombé sur un toquard. Shawn resserra l’emprise sur sa baguette réfléchissant à plusieurs optiques en cas de scénario catastrophe : abandonner l’adulte et chercher de l’aide dans le château ? Tentait de se battre quand même ? Même si l’adulte ne lui était pas spécialement amical, il ne pouvait pas se résigner à l’abandonner. Combien de temps fallait-il à un détraqueur pour faire le baiser final et envoyer cet homme six pieds sous terre ? Il n’en avait pas la moindre idée.

Le détraqueur n’était plus qu’à quelques mètres. Était-ce à cause de son imagination débordante, mais le spectre en haillons semblait jubiler à l’idée de son futur repas : deux âmes pleines de vie. Shawn avait froid, son corps tremblait et le sol tanguait sous ses pieds. Positif, pense positif… Positif ? Bonheur ? C’est quoi déjà ? Qu’est-ce qui me rendait heureux quotidiennement ? Il avait du mal à s’en souvenir. C’était comme s’il regardait le bonheur d’un autre à travers une vitre, il ne pouvait ni le ressentir ni le toucher.

Il sombra, lentement. Il entendait comme un chant, certainement une élégie. Sa dernière heure était arrivée.  

« Je n’ai pas choisi d’être comme ça ».

Rien n’a de sens. J’ai peur.

« Papa, maman », pleurait le petit garçon. Pour seule réponse, le crissement de lourdes chaînes en métal qui accompagnait chacun de ses mouvements. « J’ai peur, j’ai faim… j’ai envie de faire pipi ». Sa position n’était pas confortable, mais les chaînes ensorcelées l’empêchaient de se mouvoir comme il souhaitait. Depuis combien de temps était-il là enfermé dans cet endroit sombre et humide ? Il ne savait pas, mais cela lui semblait être une éternité. Il avait fini par se coucher à même le sol froid et sale parce que tous ses muscles étaient douloureux d’être restés dans la même position trop longtemps. « Mamaaaan, laissez-moi sortir. Je serai sage, je le promets… », n’en pouvant plus, il s’était fait pipi dessus. Le sol s’était imprégné de l’odeur acide d’urine ainsi que de ses larmes. Il avait fini par ne plus crier et attendre que l’enfer se termine. Après tout, il avait eu ce qu’il méritait. Il ne voulait pas faire du mal à ceux qu’il aime.

Shawn se débattait contre ses souvenirs néfastes, il nageait dans les eaux troubles de son désespoir, qui semblait de plus en plus imposant. Il revoyait son frère jouant  du violon acclamé par ses parents, ses doigts tachés de sang, un fourmillement au niveau de ses poignets, les yeux fuligineux apeurés de sa mère, une douleur lancinante dans la poitrine, des notes de piano virevoltantes, des éclats de voix et des rires.

Son désespoir était à l’image d’un lierre enlaçant une plante jusqu’à la faire crever. Il avait le sentiment de tomber de haut, très haut, mais à une vitesse ralentie. Quand son corps percutera le sol, ce sera la fin. Il languissait presque ce moment autant qu’il le redoutait. Il ne voulait pas revivre ces moments de son passé, cet instant.

« Hina, arrête t'es chiante »

« Ouhouuuu »

« Tu sais qu’il existe un Dieu dans chaque plante, chaque objet ? »

Tu étais un modèle. Un père même.

« Il y a une quinzaine de siècles, au fond de la mer, près des côtes du Japon se trouvait une grotte habitée par un dragon.

-Est-ce qu’il était méchant, tonton ?

-Oh oui, c’était le  plus terrible des dragons avec une gueule énorme aux dents acérées dont il se servait pour saisir les petits enfants qui se baignaient ou jouaient près de l'eau. Il courait ou nageait vers eux, s'en emparait et les croquait. MIAM

-Oh non, arrête !

- Que de larmes versées à cause de lui ; que de crainte chez les enfants qui n'ont pas été victimes du monstre.

La déesse Benten voulait mettre fin à ces souffrances. Elle voulait que chacun soit heureux. Y compris le dragon, car, « s'il est méchant », pensait-elle, « c'est parce qu'il n'est pas heureux. »

Elle se dirigea vers la grotte. Parvenue à sa hauteur, elle se pencha et, par sa volonté le sol se souleva, la grotte du dragon émergea au-dessus de la surface des océans, la terre s'étendit et se couvrit de forêts. L'île d'Enoshima était née.

Le dragon, stupéfait devant un tel spectacle, vit la déesse descendre du Ciel et s'avancer vers lui avec un sourire enjôleur. Elle lui adressa la parole en ces termes :

« Vous vivez en solitaire dans votre grotte. Ne vous y ennuyez-vous point ? Aucun être ne peut vivre sans affection. Voulez-vous que nous nous mariions ? Nous serons heureux ensemble, nous aurons des enfants que vous aimerez, j'en suis sûre. Alors… alors vous cesserez de manger les enfants des autres… »

Le dragon consentit et le calme revint sur les côtes proches d'Enoshima.

Depuis, les pieux Japonais ne cessent de rendre hommage à Benten, la divinité bienfaitrice, dispensatrice de joies.


-En fait, c’est un peu comme nous deux, hein tonton ?

-…Oui, c’est un peu comme nous deux.

-Raconte-moi encore l’histoire.»


Une larme solitaire roula sur sa joue et disparut au sol.


« Plus jamais tu n’auras mon âme… » avait murmuré l’adulte ou peut-être qu’il avait mal entendu, de toute façon, il était concentré sur plus important : le détraqueur. La mort se rapprochait, il était trop tard pour fuir, Shawn croyait sa dernière heure arrivée, il n’avait même pas la force de lever sa baguette pour se protéger. Que toutes ces idées noires  l’emportent et ferment à jamais ses paupières.

Je retrouverai ainsi ceux que j’aime.

Je ne serai plus un poids pour ma famille.

Ils seront soulagés.

Personne ne me regrettera.


Au même moment, une lueur étrange naquit au fond du lac juste sous le détraqueur qui se stoppa. Des tentacules sortirent brusquement de l’eau et tentèrent d’emporter l’infâme au fond du lac. Shawn qui se débattait dans l’océan de ténèbres de son âme refit surface, reprenait son souffle et semblait enfin voir la lumière du jour percer les nuages.

À plusieurs reprises le détraqueur tenta de s’élever en vain, il était inlassablement tiré vers le bas et risquait de sombrait avec le patronus à tout moment. Il finit par prendre la fuite et chasser le désespoir des veines de Shawn. Il secoua la tête, perdu, que lui était-il arrivé ? Cela ne lui ressemblait tellement pas. C’était donc cela le pouvoir des détraqueurs, c’était effrayant. Pourquoi broyer du noir, c’était une belle journée, la vie est belle.

- Alors c’était pas des conneries avec le calmar, vous aimez vraiment ça… C’est même votre patronus !

Shawn n’avait non seulement pas vu si la créature dans le lac était un calmar, une pieuvre ou un poulpe, mais de toute façon il était incapable de faire la différence entre ces différentes créatures.


« Je suis bibliothécaire. Et je n’ai aucune idée de la maison qui aurait bien voulu de moi parce que je ne suis jamais allé à l’école. »

Shawn pivota vers lui et le dévisagea, il avait l’air un brin agacé, différent. L’enfant avait fait place à l’adulte.

-Bibliothécaire, la grosse éclate en somme. Ça ne vous ressemble pas du tout, mais ma foi faut pas juger une baguette à sa composition, hein !

Il n’était pas allé à l’école ? Shawn avait raté cinq années à Poudlard et si auparavant il aurait dit  « c’est trop bien de ne pas aller à l’école », à l’heure actuelle, il n’en pensait pas un traître mot. Être enfermé chez soi sans croiser âme qui vive, était bien pire que de subir des profs plus puissants qu’une goutte de mort vivant. La solitude, il n’y avait rien de plus atroce. Il le dévisagea de haut en bas en se demandant ce qui avait pu lui arriver pour ne pas mettre un pied à l’école, mais cela ne le regardait pas quoi qu’il en soit et il ne comptait pas pousser ce bibliothécaire à lui en dire plus.

« Et vu que tu me trouves charmant, peut-être que je te verrai un peu plus souvent ? Tu verras, je suis irrésistible quand je feuillette un bouquin. » Susurra-t-il.

Shawn ricana légèrement : - Je pense que rien ne vaut la vision de votre bain de minuit en présence d’un détraqueur, en toute honnêteté.

Oui, il avait recommencé à utiliser le « vous », c’était plutôt bon signe. C’était la preuve qu’il estimait un minimum cet étrange adulte, en tout cas il souhaitait imposer une certaine distance, mais pour combien de temps.

« Tu peux m’appeler Octavi… Octave. Et toi alors, comment tu t’appelles ? »

-Octave ? répéta-t-il pour s’assurer avoir bien compris. Enchanté, moi c’est Shawn.

Shawn se pencha pour ramasser l’une de ses baskets : - en tout cas, wouha c’était géniale. Vous gérez, je n’aurais jamais cru dire ça un jour, mais cette créature peut-être classe, comme quoi ! Elle est arrivée et bouya, elle a tenté de faire sombrer avec elle la saloperie en haillon. Shiii Il accompagnait ses propos de grands gestes et de bruitage visant à simuler la bataille. Le combat a été acharné, mais l’autre plouc s’est fait la malle ! Il renfila sa basket tout en cherchant la deuxième du regard : ‘me demande à quoi ressemblera mon patronus. Il se parlait plus à lui-même qu’autre chose. Un lion ? Peut-être un tigre ou… mhm un loup ?

Il se redressa du haut de son mètre 73 et se dirigea vers son autre basket : - J’ai eu chaud, heureusement que vous étiez là ! Shawn était certes orgueilleux, mais il savait reconnaître les faits et certaines de ses limites. La prochaine fois, je tendrai une oreille plus attentive à ce que balbutie Rogue entre deux dépressions.


Il se stoppa la chaussure à la main et pivota vers l’adulte : - en parlant de dépression, c’ était ma première rencontre avec cette citrouille et j’espère que ça sera la dernière. J’aurais pas cru que leur pouvoir puisse avoir autant d’impact… sous-entendu sur moi.

Il n'était clairement plus sur la défensive avec l'adulte, chose rare.
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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyDim 23 Oct 2016 - 12:49

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Le détraqueur était parti, chassé par le patronus de cet étrange adulte. Le froid qui avait engourdi chaque parcelle de son corps était toujours présent. Ce n’était pas surprenant, il faut toujours du temps après l’intervention putride  d’un détraqueur pour que l’âme s’en remette, que les esprits sortent de la brume de ce cauchemar qu’est la réalité. Il était sonné et quasi inconscient de la présence à ses côtés qui dérivait presque autant que lui dans les abysses inexplorés de ses peurs, échecs et regrets.  Il n’avait jamais été aussi proche du désespoir et de la terreur ou peut-être bien que si, mais cela remontait à six longues années. Le temps avait recouvert ces cicatrices d’une fine couche de poussière. C’est ce qu’il croyait, mais certainement que la braise sous la cendre n’était pas encore complètement éteinte.  Il avait l’impression de pouvoir sentir les mains hirsutes de l’anéantissement enserrer son cou pour l’étouffer. Il se voyait déjà mort, seul, dans un silence sans appel. Ces créatures étaient détestables, car elle n’avait pas d’arme physique, pas de consistance. Elles utilisaient les faiblesses de l’âme humaine. Leur seul pouvoir, au fond, était de tirer profit de nos propres bassesses, aveulissements et cicatrices pour les retourner contre nous. Pas un homme sur cette planète ne pouvait leur résister, puisqu’un détraqueur est, quelque part, une parcelle de soi. Ils s’infiltrent sous la chair et font mourir même les âmes les plus pures. Bout d’âme ou part d’ombre qu’aucune potion, aucun remède, aucun sortilège ne pourront jamais complètement chasser. La lumière émanant du poulpe diminua progressivement pour finalement disparaître comme si la créature de lumière était retournée s’endormir dans les profondeurs sombres du lac.

Cette première rencontre avec un détraqueur avait réveillé en lui de vieux souvenirs oubliés.  Son frère jouant du violon et acclamé par des « un génie », lui enfermé dans la cave son être alourdi de chaînes, le soir de sa morsure, son fantôme dans un miroir, les jeux d’enfance avec Gayna et ses yeux apeurés après l’avoir découvert sous la forme de cette « chose ». Tout. Aucun répit ne lui avait été octroyé. Débris de rêves, comme boules de chagrin ne l’avaient donc pas épargné. Douloureux de se reprendre en pleine figure ce qu’on avait passé tant d’années à barricader derrière d’imposants murs. Ce poids invisible sur ses épaules l’obligeait de nouveau à courber l’échine éteignant une à une les lueurs d’espoir dans ses prunelles. Pourquoi l’avait-on toujours considéré si différent de son frère, même avant sa morsure ? Pourquoi son père ou sa mère n’avaient-ils pas été plus présents, lui qui avait, enfant, tant besoin d’une présence ? Plutôt que de raconter ses journées à ses parents, il s’était tourné vers son elfe de maison et même des créatures telles que le chartier du jardin. Avide d'attention et d'amour, il avait recherché ces trésors là où il pouvait et par conséquent, il avait tenté d'attirer l'attention de ses parents par des cris et des bêtises.

Son trop-plein d’énergie et son imagination sans limites lui avaient certes, attiré beaucoup d’ennuis, mais également beaucoup d’amis. Shawn était amusant, dynamique, distrayant, joyeux, souriant. C’était bien ça le problème. Shawn n’avait pas le droit de se morfondre ou de pleurnicher, parce qu’il était aussi chaleureux qu’un soleil et joueur que le vent. Il ne devait jamais se montrer abattu ou triste. Il devait être fort pour protéger son frère. Il était l’aîné de quelques minutes après tout. Il écoutait, à petites doses, les soucis d’autrui, mais lui, quelqu’un l’avait-il un jour autorisé à se plaindre et à pleurnicher pour aller mieux ?

On lui avait volé ce droit inconsciemment en lui collant cette étiquette de «  turbulent », « joyeux » ou « rebelle ». Les étiquettes rassurent les gens, ils leur donnent le sentiment de pouvoir maîtriser autrui, le contrôler. Dans le cas de Shawn, ces parents ont été les premiers à le déposer dans une petite boîte bien rangée, plutôt que de se remettre eux-mêmes en question. « Enfant turbulent », « il n’écoute rien », mais peut-être que le problème aurait dû tout simplement être posé autrement : pourquoi était-il un enfant turbulent ? Dans quel genre de situation n’écoutait-il pas ? La réponse aurait été aussi limpide que de l’eau de roche.  En ne se figeant que sur le comportement qui leur posait problème, ils ont inconsciemment  provoqué l’attitude qui leur déplaisait. Un enfant est une sorte de pâte à modeler, les parents en sont les créateurs.  Ils ont forgé ainsi ce Shawn qui vit au maximum dans le présent, faisant face à son avenir et tournant froidement le dos à son passé. Il répugnait à ressasser les erreurs passées, les espérances, les douleurs, les joies, les blessures aussi. Vivre dans son passé, c’est vivre comme quelqu’un de déjà mort, un mort-vivant en somme. C’est figer les aiguilles de l’horloge de sa vie à jamais sur un instant et oublier de remettre en marche les rouages rouillés de cette vieille horloge qu’est le temps.  Vivre c’est essuyer des échecs, pour Shawn faire face à des échecs est le prix à payer pour être vivant. Était-il un poids pour autrui en étant lui-même ?  Est-ce qu’ Abigail, Cassidy, Zack et les autres le détestaient vraiment ?

L’adolescent comme l’adulte ne bougèrent pas tout de suite, prisonniers de leurs propres démons. Fort heureusement, en ce qui concernait Shawn, il avait une capacité à se redresser même après la pire des blessures. Toutefois, les détraqueurs avaient plus d’effets sur lui qu’il aurait cru, mais plutôt que se morfondre et partir se recroqueviller dans un coin en pleurant sur son passé, il était plutôt du genre à se dire que c’était une bonne claque et que dès demain, il bosserait le sort du patronus avec un peu plus d’intérêt. Tant que l’on respire, tant que notre cœur bat, on n’a pas le droit d’abandonner et de baisser les bras, ni de se morfondre.  Le Gryffondor avait donc repris ses esprits lentement, mais surement. Son but, à présent, était de ne plus jamais se laisser surprendre par un détraqueur.  Il reprenait une bouffée d’air après s’être débattu dans la tempête de ses émotions. Une fois complètement remis, il croisa le regard de l’adulte. Ce dernier esquissa un sourire que Shawn lui rendit. Sourire était la meilleure arme après ce type de rencontre incongrue.

Il connaissait à peine cet homme, qu’il venait de découvrir son patronus : un poulpe, une pieuvre ou un calmar… Bref un truc aquatique avec plein de bras.  Certaines personnes, plus mystérieuses, n’auraient certainement pas appréciées que l’on découvre l’animal qui vivait en eux et surtout pas quand notre patronus est un animal avec une symbolique aussi négative. Mais Shawn ne voyait pas ce patronus sous cet angle. D’ailleurs, il ne se posait pas vraiment de question sur pourquoi un poulpe,  et préférait s’extasier sur cette apparition presque divine. On ne crache pas sur son sauveur, peu importe la forme qu’il revêtit. Depuis cette apparition, une certaine agitation le gagnait. Il se demandait à quoi pouvait bien ressembler son patronus. Serait-il identique à celui de son frère ?

Les présentations en bonne et due forme se profilèrent. Mieux vaut tard que jamais, comme on dit. Ce type était un bibliothécaire du nom d’Octave. Bibliothécaire, c’était bien LE métier dans lequel il n’aurait pas vu cet homme travailler. L’imaginer en compagnie de la vieille Madame Pince au milieu de livres poussiéreux semblait être totalement décalé.  Il lui fit d’ailleurs savoir.

« Tiens donc, et qu’est-ce qui me ressemble ? »

La question le prit au dépourvu, non pas parce qu’il ne savait pas quoi répondre, mais parce que cela lui semblait évident.

-Bah, j’sais pas. Vous semblez être un excentrique ou un marginal. Le genre de type capable de prendre un bain de minuit dans un lac cafi de créatures aquatiques. Besoin d’évasion, de se dépasser, de sortir du morne quotidien, non ? Il haussa les épaules, je vous aurais plus imaginé chercheur, briseur de sort pour les gobelins ou même, il hésita une demi-seconde, rafleur. Un truc qui bouge ou qui permet d'assouvir une sorte de curiosité maladive. Mais bon, j’chuis pas un fin psychomage comme vous pouvez le constater. Il enfila sa première basket à l’arrache sans refaire les lacets : bibliothécaire, ça c’est du job de gratte-poussière. Il se frotta la nuque avec nonchalance : chacun son truc. J’juge pas.

Il avait beau plaisanter sur le sujet et se moquer des rats de bibliothèque. Au fond, il ne jugeait pas le choix d’autrui, chacun trouvait midi à sa porte et il fallait bien des bibliothécaires. En somme, il préférait que d’autres gens s’en occupent à sa place. Le pire scénario serait de s’imaginer en train de travailler au milieu de deux étagères, car plus personne ne souhaite faire ce job. Il devrait même remercier des types comme cet Octave de bien vouloir occuper ce poste inintéressant et laisser aux autres des emplois bien plus intéressants.

Les détraqueurs. Le jeune homme ne pouvait pas s’empêcher d’y repenser. Qui ne serait pas obsédé par une rencontre avec cette monstruosité ? Naturellement, le sujet revint sur ses lèvres.

« Quand bien même, tandis que le Détraqueur prendrait son temps pour m’embrasser tendrement, tu aurais eu le tien pour fuir vers le château à ta guise. Il paraît que je suis un appât efficace en ces cas de figure. »

Shawn aurait presque été vexé par sa réflexion. Mais l’adulte semblait plaisanter, en tout cas son visage affichait un sourire narquois.

-Oh vous me prenez pour qui ? Je vous aurais pas laissé crever pour sauver ma peau, j’chuis pas un lâche !

L’adulte le fixait intensément au point que cela le mit mal à l’aise. Qu’est-ce qu’il avait à le dévisager de la sorte ? Shawn l’analysa plus en détail de haut en bas, histoire de se souvenir de son visage, mais nul doute qu’il ne l’oublierait pas de si tôt. Ce n’était pas le genre de personnalité que l’on oublie facilement.

« Shawn… Comme Shawn Inoue ? »

Méfiant, il arqua un sourcil. Comment connaissait-il son nom de famille alors qu’il y a cinq minutes, il ignorait tout de lui ? Ce type était-il un légilimens ?

- Oui, c’est ça. Je suis si célèbre que ça à Poudlard ?

« Nous sommes donc voués à nous revoir bientôt, mon cher.  Le gryffondor ne comprenait plus rien et dévisageait l’adulte comme si d’un regard il pouvait obtenir des réponses à ses questions. Demain soir, pour être précis. Demain soir ? Ces mots à peine sortis de ses lèvres, qu’il comprit ce que cet homme sous-entendait : la pleine lune.  Je suis chargé, par notre cher Directeur, de surveiller les lycanthropes. »

« Cher directeur », ça sonnait presque ironique ou il était en train de fabuler ? De toute façon, il n’avait pas le temps d’analyser ce détail tant la révélation l’avait surpris. Shawn se figea, tout sourire avait quitté son visage. Peu de gens étaient au courant à Poudlard, hormis Rogue et très certainement Slughorn. Les appréhensions concernant le but de Rogue vis-à-vis des loups-garous s'imposèrent de nouveau à son esprit. Pourquoi avoir choisi cet inconnu et lui avoir révélé un secret si lourd ? Était-il digne de confiance ? Y avait-il un but derrière cette mascarade ? Peut-être que cet emploi de pseudo bibliothécaire n’était qu’une couverture et que comme sa première impression lui avait dicté, cet homme cachait très bien son jeu. Qui sait ? C’était peut-être un mangemort ou un spécialiste des loups-garous venu faire des expériences sur lui pour faire avancer les connaissances au nom de la science et tant pis pour la morale. Un frisson parcourut son échine et ce n’était pas à cause du froid.

Shawn se força un sourire : - c’est donc vous le pseudo « gardien » ?  Quel hasard. Il arqua un sourcil : vous allez faire quoi si on est incontrôlable, tentez de nous apprendre à « donner la patte » ? Face à un loup-garou, il n'y avait pas grand chose à faire. Vous vivez dangereusement. Il enfila sa deuxième basket sans prendre la peine de bien enfoncer son pied jusqu’au bout. Rogue, pas de titre de politesse, doit vraiment beaucoup vous apprécier pour vous confier une tâche aussi gratifiante... Ou alors vous cachez votre jeu, pensa-t-il.

Il ne quittait pas des yeux l’adulte et sur un ton un peu plus adouci, il ajouta : - « les lycanthropes », il y en a d’autres dans l’école ? J’étais pas au courant.

Il ne doutait pas une seule seconde qu’Octave devait répugner à effectuer ce job. On lui avait trop souvent rappelait qu’il était un monstre, le message était passé. Ainsi, il ne pouvait pas imaginer qu’un sorcier « normal » puisse  le considérer comme son égal. Hormis son oncle, lui-même loup-garou, la plupart des gens connaissant son secret ont peur ou se méfient. Pourquoi leur reprocher puisque même le Ministère ne sait pas où classer les lycanthropes : être ou animal ? Octave s’avança dans sa direction, ce qui prit au dépourvu le jeune homme. L’attitude normale ne serait-elle pas de reculer au cas où l’envie de mordre lui prenne même sous forme humaine ? Qui sait, peut-être même que s’il éternue il peut transmettre le virus… La peur rend l’homme irrationnel et l’abruti. Shawn était très bien placé pour le savoir. Sa mère avait peur du moindre contact avec lui, peur de devenir comme lui… « cette chose » infâme.

« Qui sait, ton Patronus sera peut-être un chat. T’imagine, le comble ? »

Cette blague eut le mérite de le faire sourire : oui, ça serait vraiment ironique. Un miron... j'y avais jamais pensé, haha Il redevint sérieux et le fixa : mais vous n’avez pas peur ? Vous êtes étranges. D’habitude, le simple mot « lycanthrope » fait dresser les cheveux sur le crâne. Je pourrais vous mordre, vous savez... grrr, dit-il en imitant un chat sortant ses griffes. Il avait exprimé ce constat avec ironie, mais le plus triste était que derrière le rideau de l'humour se cachait la vérité : les gens sont terrorisés et en deviennent irrationnels. Il y était habitué et cela ne l’offensait pas le moins du monde. Octave avait pris un masque totalement neutre et impénétrable en révélant son rôle de gardien, peut-être pour ne pas l'offenser, peut-être parce qu'il n'avait aucun a priori, mais il aurait très bien pu se plaindre, cela ne l'aurait pas outré. Ce qui le dérangeait c’était lorsque les propos baignaient dans la haine et la violence du genre : « il faudrait tous les exterminer », « tu vas pas me dire que le Ministère ne sait pas où ils se cachent ».

Continues plutôt à me tutoyer, te voir soudainement me vouvoyer me donne l’impression de perdre en grade. »

Cette dernière remarque le fit éclater de rire.

- Vous voyez, ou plutôt, tu vois c’est exactement ça que j’essayais d’expliquer plus tôt quand tu m’as demandé ma première impression. C’est pas forcément le genre de truc que beaucoup « d’enseignants » diraient ! Tout comme le fait de prendre un bain dans un lac gelé en pleine nuit. Ce qui m’amène …

Il prit une pause comme pour imprimer ses propos dans l’esprit du fameux Octave :
-En toute honnêteté, est-ce que t’as été embauché pour disséquer en quoi nous sommes inhumains et faire des expériences sur nous ou t’es juste le type au mauvais endroit au mauvais moment ?

« nous », « vous », un monde. Je suis d’un côté de la barrière et vous, humains normaux, êtes de l’autre. Il en a toujours été ainsi, et il en sera toujours ainsi. Loin des autres, proche des siens.

« Tu ne te sens pas seul, parfois ? »

« Seul, non, je suis entouré d’amis et j’ai ma famille. Je n’ai pas le droit de me plaindre ».

« Je ne parlais pas de ce genre de solitude »

« Alors de laquelle ? »

« Se sentir isolé des autres. Ne pas trouver quelqu’un capable de te comprendre et de t’accepter pour ce que tu es. »

« Oh, je crois que peu importe qui nous sommes, nous ressentons tous cette peur au cours de notre vie ».

« Tu es vraiment courageux, je n’aurais pas pu vivre en étant quelqu’un comme toi »

« Très courageux ou très lâche… »


Shawn avait tendance à faire confiance à autrui, si cet inconnu lui disait dans le blanc des yeux qu’il ne lui voulait concrètement aucun mal, il était prêt à le croire. Quand bien même, cela pouvait être un mensonge éhonté.

- Vous trouvez pas ça, pardon, tu trouves pas ça injuste ? Tu possèdes une carte contre moi, et pas des moindres, et moi je ne sais rien de vo...toi. Il lui sourit transformant ses yeux en deux fentes : en échange, tu dois me révéler quelque chose sur toi ! Puis vous êtes sérieux ? Vous m'autorisez VRAIMENT à vous tutoyer ?
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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyJeu 27 Oct 2016 - 15:07

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Dernière édition par Octave Holbrey le Mer 3 Avr 2019 - 19:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyDim 6 Nov 2016 - 12:40

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L’inconnu du lac, le sauveur au poulpe se prénommait Octave et était le nouveau bibliothécaire. Shawn avait du mal à y croire. Imaginer cet homme enfermé dans une bibliothèque puant le ranci au milieu de livre poussiéreux  lui était difficilement concevable. Lorsque l’adulte lui demanda dans quel genre de métier il l’imaginait, Shawn avait l’impression de jouer au jeu des sept erreurs : sept erreurs se sont glissées entre le dessin A et B, sauras-tu les retrouver ? Il avait maladroitement tenté d’exposer son point de vue à l’adulte qui l’avait écouté en arquant les sourcils, un sourire amusé aux lèvres. Malgré l’expression du bibliothécaire relativement avenante, il y avait toujours comme un voile. Peut-être que cet homme portait constamment un masque ou tout simplement, peut-être qu’il faisait partie de ce type de personne à jamais impénétrable. C’est ce qu’on nomme communément le charisme, non ? Cet homme était un paradoxe vivant. À force de fréquenter des bouquins aux reliures usées, il était sûrement devenu identique à ces morceaux de papiers jaunis par le temps : sous sa couverture usée se cachaient des trésors de découvertes et de révoltes. Pour juger de la qualité d’un livre, il fallait tourner la première page et commencer la lecture. Autrement, il est impossible d’évaluer quoi que ce soit.


Shawn était connu pour rester sur ses gardes en présence d’adulte, il se méfiait des adultes, du poison de leurs mots, de leurs irresponsabilités et de leurs imperfections. Par conséquent, il relevait presque du miracle de le voir aussi avenant avec un représentant du monde adulte. Son père ne l’aurait certainement pas reconnu. Tout du moins, ce n’était pas l’image fictive qu’il s’était créée concernant son fils aîné. Ce n’est pas pour autant que le Gryffondor faisait confiance entièrement au bibliothécaire, mais il se demandait s’ils n’étaient pas sculptés dans un bois identique : le bois de ceux prêts à secouer le monde. Ceux capables de presser le quotidien pour en sortir le jus sucré pouvant enivrer les sens et hisser les vies à leur summum. Les excentriques, les décalés, les fous, les vivants, les paumés, les artistes… appelez-les comme bon vous semble. De toute façon, ils ne se soucient guère de vos étiquettes. Pour ces types, c’est leur anniversaire tous les jours, car ils sont constamment sur des montagnes russes.  Octave était-il, lui aussi, de ceux qui aiment croquer la vie à pleine dent ? Cette image idéalisée était probablement le simple fruit de son imagination. En tout cas, une chose était sûre concernant cet homme : ses réflexions étaient aussi aiguisées qu’un harpon et elles rataient rarement sa cible.


Il lui révéla le lien invisible qui relirait à présent leur vie : Octave était le fameux gardien censé surveiller les loups-garous durant les soirs de pleine lune.  Au Japon, il existe une croyance selon laquelle toutes les personnes que nous croisons dans notre vie étaient des proches dans des vies antérieures. Des gens bons comme mauvais ayant joué un rôle dans une de nos vies passées. Alors cet Octave devait forcément être lié à Shawn, il y a de ça plusieurs réincarnations en arrière. Son gardien. Une nouvelle peut réjouissante aux yeux du jeune homme, trop habitué aux rejets face à sa condition. Ce bibliothécaire était-il un ennemi comme le reste ou quelqu’un qui lui voulait du mal ?  Il était méfiant, et certainement que la position de son corps de biais et sa façon de tordre ses bras trahissaient  ses émotions les plus profondes. Mais si cette nouvelle le surprit sur le coup, il sut rebondir rapidement et plaisanter en parlant de Rogue. Il n’était pas question de laisser trop transparaître ses questionnements envahissants.

Aller de l’avant, toujours, sans jamais avoir de regrets ou regarder en arrière. « Je regrette de ne pas avoir eu le courage de vivre ma vie comme je l’entendais » n’était pas le genre de phrase franchissant la barrière de ses lèvres. Vivre sans regret, c’était également vivre en accumulant les erreurs, vivre sans être soi. Le regret, poids qui nous broie, absence et manque qui nous écrasent, rêves suspendus. Le regret nous fait souffrir, nous empêche d’aller de l’avant. Mais c’est aussi un voyage, un apprentissage permettant de tirer une leçon pour le futur. Plutôt que de vivre sans regret, peut-être était-il préférable de vivre avec ses regrets, les comprendre et les placer dans une petite boîte à jamais.  Notre passé, nos erreurs, nos remords et regrets sont l’architecture de notre identité. Refuser le passé et ses regrets, c’est oublier de se réconcilier avec soi.

« Je pense personnellement que c’est une sorte de punition. Une manière d’assoir son autorité. Peut-être un rappel subtil de mon statut inférieur par rapport au sien en tout point. Enfin, ce ne sont que des suppositions. Qui sait, peut-être qu’il a un plan, mais dans ce cas-là, il l’a gardé pour soi. Ce qui serait d’ailleurs encore un moyen de me remettre à ma place. Quoique je me donne certainement trop d’importance… »


Shawn écouta jusqu’au bout ce qu’avait à lui dire l’adulte. Octave reconnaissait que Rogue se servait probablement de lui ou cherchait à l’écraser et à lui montrer sa supériorité, et pourtant aucune trace de fatalisme ou de frustration à l’horizon.  Se fichait-il à ce point de s’occuper de monstres ou d’être relégué au rang de sous-fifre ? Le Gryffondor dévisageait l’adulte de haut en bas, sa curiosité était aiguisée. Il se posait beaucoup de questions sur le bibliothécaire de l’école. Quoi de mieux que de décortiquer ce que pouvait avoir dans le ventre cet homme, comme une guêpe fouillant les entrailles d’un cadavre avec minutie. Toutefois, Shawn n’avait pas forcément le même genre de curiosité que les braves gens. Il s’empressa de lui poser la question qui brûlait ses lèvres, à savoir : n’avait-il pas peur de se faire mordre ?


« Moi aussi je pourrais te mordre.  Shawn entrouvrit la bouche, et dans ses prunelles brilla une douce lumière de joie. Oui, on aurait presque pu y observer les étoiles : wouha t’as vu y a même la grande ourse ! Ce n'est probablement pas pour rien que cet homme a été choisi comme gardien, et si... De mauvaises langues diront même que tu en chopperas la peste bubonique. Espoir, désespoir. Le jeune homme avait cru pendant une fraction de seconde que cet adulte était aussi atteint de cette maladie incurable qu’est la lycanthropie. La déception devait se lire sur son visage tandis que les étoiles dans ses yeux s’éteignaient petit à petit, adieu la grande ourse. Qu’est-ce que tu vas t’imaginer ? Tu crois sincèrement trouver quelqu’un comme ton oncle ? Quelqu’un qui te comprend et qui veille sur toi ? Shawn, réveille-toi, ne fais pas ton marshmallow tout mou fondu au soleil.


Le bibliothécaire se redressa et reprit un ton qui se voulait un peu plus sérieux.  Pourquoi est-ce que je devrais avoir peur ? Shawn le dévisagea les lèvres étroitement closes. C’est vrai, pourquoi devrait-on avoir peur de lui avec toutes les protections et la potion Tue-loup ? Il n'était qu'un simple loup. Octave avait un raisonnement logique basé sur des faits concrets. En tant que bibliothécaire, il avait également dû se renseigner sur le sujet. Raison pour laquelle, il était capable d'analyser sainement la situation sans être parasité par des préjugés de comptoir. As-tu l’intention de me tuer ? Il secoua la tête négativement : pas actuellement. De me mordre ? La solitude n’est-elle pas une raison suffisante pour vouloir mordre ? Vous serez enfermés et sous les effets d’une potion. Mais si un accident devait arriver, mettant ma vie ou celle de quelqu’un d’autre en danger, je ferais tout pour vous empêcher de faire du mal, quitte à vous tuer s’il le faut. »

-Me tuer ? répéta-t-il d’une voix éteinte sans quitter des yeux Octave. Ça avait le mérite d’être sincère, qualité que Shawn appréciait. Un sourire léger et tremblant apparut à la commissure de ses lèvres. La mort est une miséricorde pour les gens comme moi, non ? Il recula et détacha enfin sa prunelle sombre de l’iris émeraude des siennes et fixa la lune paresseuse au-dessus du lac. Est-ce que ce genre de réflexion on ne peut plus sérieuse correspondait à l’image que les gens avaient de Shawn Inoue, le geai luron, certainement que non. Mais peut-on vraiment connaître autrui ? Non, ce n’est qu’un souhait égoïste et irréalisable. Il est déjà difficile de se cerner soi-même, alors une autre entité extérieure à nous…

Sans le laisser répondre à sa phrase précédente, il enchaîna : -Si on devient incontrôlable, c’est que la potion a mal été préparée et donc qu’on essaye de te faire porter la responsabilité d’un accident voire de t’éliminer. Parce que je n'en doute pas, si je deviens incontrôlable, tu seras des nôtres. Depuis combien de temps n'avait-il pas parlé de sa condition ? Cinq ? Huit ans ? En tout cas depuis ce qui lui semblait une décennie. Cette discussion le dérangeait autant qu'elle lui apportait satisfaction. Il n'aimait pas vivre dans le secret et il y était obligé depuis l'âge de huit ans. Un secret parfois trop lourd à porter, seul. L'espoir que, partager ce poids avec cet inconnu, allégerait son fardeau était certainement puéril. Mais quand on se noie, on se raccroche à la première planche pourrie que l'on voit.


Le Gryffondor fit craquer sa nuque et éclata enfin de rire. ça n'arrivera pas, fort heureusement pour toi. Le Shawn, froid et sérieux, avait déjà disparu comme un mauvais rêve. Non ce n’était pas lui, cette part d’ombre ne lui appartenait pas. C’était certainement la faute du détraqueur qui avait réveillé les morts en décomposition de son âme, pire les souvenirs en putréfaction qui sommeillaient en lui: - Et tu penses, honnêtement, que ce sera si facile que ça de tuer plusieurs loups-garous ?

Il n’y avait pas de trace d’effronterie ou d’orgueilleux. Il posait simplement la question, car la réponse l’intriguait. Oh oui, la réponse pouvait en dire long sur cet Octave. C'était une question à multiple interprétations, reste à savoir celle que choisirait Octave. Shawn revoyait les yeux jaunes dans la nuit, le tintinnabulement de l’eau dans son dos couvert par les cris de ses parents. Il sentait le souffle haletant et brûlant de la bête qui se rapprochait de lui, puis la douleur, la peur et les ténèbres. Jamais il n’oublierait son face à face avec la créature, à la fois magnifique et répugnante. Son œil vif et haineux, sa mâchoire écumante et ses pattes puissantes. Trois sorciers n’étaient pas arrivés à maîtriser son oncle sous forme de loup, il avait entendu plus tard sa mère en parler. Ils étaient seulement arrivés à le maintenir à distance et le blesser. Peut-être que sa famille n’était pas suffisamment animée du désir de le voir mourir. Probablement qu’ils n’étaient également pas suffisamment bons en duel (une ex-mannequin, un fabricant de balais, une chienne et une vieille sorcière, on avait déjà vu mieux). Mais les faits étaient là, ce soir-là, il y aurait pu avoir plus qu'un seul contaminé.

« Donc non, je n’ai pas peur de toi. Il est vrai que j’appréhende, car ce n’est pas sans danger, mais j’ai le cœur tranquille parce que je sais ce qui m’attend et je sais quoi faire. Les gens ont souvent l’angoisse de l’inconnu, ce qui n’est pas mon cas. La vie a beaucoup plus effrayant à offrir qu’un adolescent loup-garou. »

Il était incapable de savoir si cet homme était totalement inconscient ou justement parfaitement conscient de ce que signifiait garder des loups-garous. Mais au final, qu’importe, il le rejoignait sur un point : la vie avait pire à offrir qu’un adolescent loup-garou. Shawn sourit à cette dernière remarque : - j’aime ta façon de penser.

Ses yeux ne quittaient pas ses baskets, à présent mises à ses pieds. Il n’avait plus qu’à partir, fuir cet adulte. C’est ce qu’il aurait fait en temps normal, c’est ce que son corps souhaitait, mais son esprit en avait visiblement décidé autrement. Il ne bougea pas d’un pouce. Fruit de son imagination ou d’un désir inavoué, Shawn voyait en cet homme des similitudes avec son oncle. La même aura de jeunesse, le même calme d’apparence et un certain goût pour la provocation.


« Je ne suis pas enseignant, je suis bibliothécaire, ça me donne le droit de faire ce que bon me semble dans la mesure où je ne suis censé être un exemple pour personne. Et non, je ne suis pas un Josef Mengele des temps modernes. Il ne connaissait pas Josef Mengele, mais préféra le taire. Mais je ne suis pas là non plus au mauvais moment. J’attends éventuellement de toi que tu me racontes ce que tu ressens pendant la transformation sous l’effet d’une potion. De quoi tu te souviens, à quel point es-tu conscient. » La fin de se phrase se coinça dans sa gorge, puis il se massa la mâchoire.

L’adulte semblait être frigorifié et à y regarder de plus près, il avait les lèvres virant vers le bleu-violet.

-Ce que je ressens, hein ? Il eut un rire sarcastique sans quitter l’adulte du regard qui venait de se sécher en utilisant un sort informulé.  « Rien, je suis un monstre » aurait-il répondu à n’importe quel adulte qui aurait eu l’audace de lui poser cette question, mais pour Octave il sentait que cela ne mènerait à rien. D’ailleurs, c’était bien la première fois qu’on lui posait cette question. C’était bizarre qu’on s’intéresse à ce qu’il est sous forme de loup-garou. Même ses parents ne lui avaient jamais demandé ce qu’il ressentait, parce que cela sous-entendait qu’il ressentait quelque chose et c’était formellement exclu. Voyons, mes braves gens, un monstre ne ressent rien. Octave était en train d’enfiler ses bottes, il ne quittait pas des yeux sa silhouette : donc vo..tu pars du principe que je ressens forcément quelque chose…  Question rhétorique, mais la pilule était difficile à avaler pour le jeune homme. Le bibliothécaire lui faisait de nouveau face et se sécha les cheveux à l’aide de sa serviette, qu’il avait demandé à Shawn d’aller chercher un peu plus tôt. S'il avait su, il serait certainement allé la chercher. Serait-ce l'ombre d'un regret ? Non, jamais.


Le second  point qui interpellait vivement le jeune homme était ce tutoiement. Octave confirma l’autorisation de tutoyer en précisant que c’était même encouragé. Shawn hocha la tête et lui demanda alors de lui révéler un secret en échange du sien. Octave détenait dans ses mains, le futur de Shawn.

«Et ce n’est pas vrais, tu sais déjà pas mal de trucs sur moi : j’aime me baigner dans des eaux froides en plein milieu de la nuit et ce malgré les créatures douteuses qui peuplent le lac. Mon Patronus est un poulpe et je suis un bibliothécaire qui n’a pas la tête de l’emploi. Et le Directeur ne m’aime probablement pas. Enfin, il n’aime personne, mais ça c’est une autre histoire. Shawn éclata de rire en entendant l’énumération des choses qu’il savait sur lui. Il n’y avait pas pensé, mais en effet, il savait des choses sur cet inconnu. Tu peux tirer plein de conclusions de tout ça par toi-même, je ne vais pas le faire à ta place. Mais pourquoi tu veux savoir quelque chose d’équivalent à ton secret sur moi ? Tu veux pouvoir me faire du chantage ? »


- Du chantage, non. C’est juste de la curiosité, savoir quel type d’infos tu m’aurais données. Il réfléchit avant de continuer : ou alors, une sorte de pacte. Enfin le meilleur moyen de ne pas voir son secret révélé, c’est encore de le garder pour soi, haha. Shawn n'était pas du genre à forcer la main, si cet adulte ne voulait pas parler, il l'accepterait sans rechigner.


« Bon… Qu’est-ce que tu veux savoir ? »

Il haussa les épaules d’un air détaché, mais ne répondit pas tout de suite à la question. Le Gryffondor réfléchissait vraiment à ce qu’il voulait savoir ou non.

-Mhmm, tu n’as pas peur des loups-garous, alors je me demande qu’est-ce qui te fait peur ? Ou si tu préfères la forme que prend un épouvantard en face de toi. T’es pas obligé de répondre, s’exclama le jeune homme en faisant quelques pas en direction du château. Je dirais même je préfère que tu ne me dises rien plutôt qu’un mensonge. Il fixa avec intensité l’adulte jaugeant ses réactions, la lueur dans ses yeux. Il était à la recherche d’un signe précurseur du mensonge. Les adultes sont des menteurs et les enfants sont leur première victime. Ils réagissent tous de la même manière lors de leur première trahison : outrage et incrédulité.

« Papa est occupé ». « Maman n’a pas peur de toi. Elle t’aime ». « Je serais toujours là ». « C’est pour ton bien ». « Les gentils gagnent toujours ». « Je suis fière de toi ». « Je t'aime ».

Menteurs. Menteurs. Menteurs.


« Dans les livres, on dit qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Mais c’est faux. Personne est immortel ». Shawn avait été un enfant très éveillé, en avance sur son âge. Pas scolairement parlant, mais plutôt au niveau de ses analyses. Ce qui était relativement paradoxal, car il avait, dans ses actes, un comportement immature au possible.

Le tutoyer était plus difficile que ce qu’il pensait, il trouvait ça même bizarre. Alors qu’il n’avait pas hésité à le provoquer en tout début de rencontre en le tutoyant.

- Vou...Tu as des gosses ? Tu en veux ?  La question sortit de nulle part et avant même qu’il ne le réalise, elle avait franchi ses lèvres. C'était atrocement déplacé et indiscret.

Question étrange, voire anodine. Mais si Shawn la posait, c’est qu’elle avait, pour lui, une importance. Son oncle n’a jamais eu d’enfant.
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Dernière édition par Octave Holbrey le Mer 3 Avr 2019 - 19:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. EmptyLun 14 Nov 2016 - 19:02

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« Si tu souffres au point que la mort te semble une félicité, oui effectivement, ce serait un acte de miséricorde. »


-Souffrir ?

Shawn souffrait-il ? Il ne savait pas quoi répondre à cette question. Jamais il ne lui était venu à l’esprit qu’au fond de lui dormait un petit enfant de dix ans enchaîné à sa peine et ses peurs attendant une main salvatrice ou au moins une personne qui le remarquerait. Il se sentait plein de vie, dans la fleur de l'âge, heureux et chanceux. Mais quelque chose en lui était resté enfermé dans cette cave et n’avait jamais vu la lueur du jour. Cette chose s’était aigrie, renforcée et avait grossi. Cet amas de souvenirs, de peurs et de déceptions en décomposition était, certes, invisible à l’œil nu, mais il existait bel et bien. Sans odeur, sans forme, sans être. Et pourtant, cette accumulation était un peu à l’image de sa chambre, un bordel sans nom, mais également un endroit dans lequel il se sentait bien, chez lui. Dans lequel il pouvait fermer les yeux et plonger dans les ténèbres de ses rêves. Il réalisa à cet instant précis, grâce ou à cause de cet Octave, qu’il n’espérait même pas qu’on le comprenne ou l’accepte. Qu’il avait abandonné ce privilège, il y a fort longtemps et que cela lui était égal. Cette prise de conscience fut douloureuse et désagréable. C’était la faute de cet Octave, qui avec le poids de ses mots, visait toujours juste. À défaut d’une bonne claque, on oublie souvent que les mots permettent tout aussi bien, voire mieux de remettre les idées en place. Il vivait sur un chemin parallèle à celui de ses camarades, mais n'en était pas plus heureux ou malheureux. Sa grand-mère japonaise disait toujours : "泣いて暮らすも一生,笑って暮らすも一生", ce qui signifie que le chemin de la vie est le même, qu'on le passe en pleurant ou en riant. Shawn avait décidé d'opter pour les rires.


Seul au sein de sa famille, mis à l’écart de sa « meute », il n’avait pourtant pas à se plaindre et si vous le questionnez à ce sujet, il répondra en souriant : « je suis chanceux ». Toutefois, cette famille ne lui avait jamais fait de place pour qu’il s’épanouisse.  Alors Shawn avait grandi de manière tordue, comme un bonsaï. « Tout ira bien Shawn ». Mensonge. Enfant, il avait connu le même destin tragique que cet arbre voué à éternellement souffrir sans jamais s’épanouir. Ses racines ligaturées comme l’avaient été les rêves du Gryffondor, cultivé dans un pot trop petit pour lui. Une vie d’éternelles souffrances. Rêves et espérance, brisés, écrasés, broyés, détruits, déchiquetés, pulvérisés. Mais est-ce que le bonsaï sait qu’il souffre ? Qu’il aurait pu, lui aussi, déployer ses racines librement dans la terre infinie et toucher les étoiles de sa cime ? Être beau et fier, grand et fort ? Non, il n’en sait rien parce qu’il n’a jamais connu le privilège d’être libre. C’était sans fondement, mais il avait l’impression qu’Octave aussi avait connu cette transformation forcée, ce sentiment de ne plus s’appartenir. Et puis au fond, le bonsaï peut, à sa manière, devenir gracieux et se recouvrir de magnifiques fleurs, même en ayant pour base un aspect tortueux.

Prendre conscience et accepter la réalité étaient, toutefois, deux choses très distinctes. Et lorsque le mécanisme de la prise de conscience était en route, il fallait du temps pour digérer la réalité.  Shawn n’avait pas peur de la route à parcourir, il était équipé pour faire face à ce qui se trouvera au bout du chemin, tout du moins il l'espérait. Il se sentait seul parmi les siens, mais quel homme n’avait jamais ressenti cela ? Il souffrait, c’est vrai, de cette solitude qui le tiraillait lors des soirs d’insomnie, mais le jour emportait ces douloureux questionnements. Même le visage de son oncle disparaissait avec les rayons des premières lueurs pour ne laisser qu’un fantôme aux contours flous. Adieu les cauchemars, les poussières des souvenirs… le mauvais rêve est parti. Ou est-il tout simplement que trop présent dans cette réalité inéluctable ?  Son oncle lui manquait, leurs conversations aussi et la franchise dans ses yeux quand il lui affirmait que ce ne sont pas eux les méchants. Il lui avait donné la force de continuer, et ce, pendant six longues années, mais voilà, le carburant commençait à manquer et il n’avait pas la moindre station essence à l’horizon de sa vie.


« Cesses de bafouer des mots. La miséricorde est un acte de pitié et non une excuse vertueuse pour se débarrasser d’autrui.

Il dévisagea l’adulte sans comprendre pourquoi il semblait agacé, presque trop engagé. Il avait le sentiment de se faire gronder, comme l’une des rares fois où son oncle avait élevé le ton. Shawn n’avait pas compris les raisons ayant poussé son oncle à s’énerver. Il l’avait simplement surpris avec des enfants moldus près du porche de la vieille maison au sud du village, dans les quartiers abandonnés.  Derrière la colère, l’enfant avait surtout lu la peur, mais son oncle n’avait peur de rien, comme tous les adultes, n’est-ce pas ? Ça aussi c’est une illusion propre aux enfants, celle de croire que les adultes n’ont plus peur du noir.

La miséricorde est belle et indulgente, alors à en juger par l’aigreur qui t’anime, ce n’est pas à elle que tu penses quand tu l’évoques. »

Quant à Octave, ne lui avait-il pas dit plus tôt qu’il le tuerait sans hésitation ? N’était-ce pas un acte de pitié pour abréger les souffrances de cet être vivant ni monstre ni vraiment humain ? Un sourire réchauffa le visage d’Octave comme pour adoucir ses propos.

Que répondre à ses accusations ? Octave avait raison et il le savait. Tous les deux le savaient. Malheureusement, son orgueil refusait de l’avouer de vive voix et aucune pirouette  ne lui venait à l’esprit pour se dégager de cette conversation trop personnelle.

-Démasqué, dit-il en levant les deux mains à hauteur de son visage. C’est vrai, pour moi, ce n’est pas de la miséricorde, mais un meurtre.  

Il tut le fond de sa pensée : mais qu’est-ce que l’avis d’un pauv’ gamin qui n’y connait rien, face au Ministère en personne. Si les loups-garous avaient des droits et des défenseurs, cela se saurait et ce n’est pas dans le contexte actuel qu’une association : « protégeons les loups » ou « Des droits pour les lycanthropes » risquait de voir le jour. Et puis, les faits étaient là : un loup-garou est dangereux pour les autres sorciers.

La discussion devait de plus en plus sérieuse, tout du moins dans la bouche de Shawn qui était connu pour son humour et son caractère relativement ensoleillé. Octave, un lycanthrope et avec lui un espoir fou, celui de remplacer son oncle. Mais on ne remplace pas les morts, et malgré leur absence, ils occupent toujours une place glacée auprès de nous. Et très souvent même, plus de place qu’un vivant, trop de place. Il dévisagea l’adulte, non, impossible. C’était stupide et il se détestait de ressentir ce genre de manque. Les souvenirs du passé doivent rester là où est leur place, dans le passé.


« Facile dans un sens morale ou physique ? »

Il aurait dû s’y attendre venant du bibliothécaire, savoir qu’il ne foncerait pas tête baissée pour répondre à sa question. Qu’au final, lui qui avait voulu disséquer l’adulte, se retrouvait sur la table d’opération, Octave en tenu de chirurgien, scalpel en main pour une opération à cœur ouvert. Tout ce qu’il déteste. Le bibliothécaire offrit son visage au ciel et celui du jeune homme se déroba pour fixer les herbes folles qui poussaient çà et là aux alentours du lac.


-Laisse-tomber, finit-il par conclure, mais l’adulte opta pour une réponse suffisamment évasive afin que l’on ne sache pas exactement quelle position il prenait sur le sujet.


« Ce n’est pas facile, mais ce n’est certainement pas infaisable. Mais nous en aurons le cœur net le moment venu, pas vrai ? »

- haha oui ! Que le plus inhumain gagne.

Là pour le coup c’était de la provocation. Ce qu’il sous-entendait, c’est que le survivant serait le monstre, et l’autre le véritable « Homme ». Voilà maintenant qu’Octave sous-entendait qu’un loup-garou ressent des choses. Un bien étrange homme possédant une multitude de facettes et une palette de nombreuses couleurs, un arc-en-ciel en somme. Octave avait des armes terribles contre lui, il connaissait sa condition. Shawn ne pensait pas qu’il s’en servirait, mais il avait besoin de sceller avec cet adulte un pacte. Il ne savait pas trop quelles en étaient les raisons, mais quelque chose en lui le poussait à en apprendre plus sur Octave, quitte à être indiscret.  Partager un secret trop lourd à porter, l’illusion d’avoir trouvé quelqu’un comme soi, quelqu’un capable de porter cette croix à sa place. Peut-être également dans l’espoir de solidifier ce lien fragile et instable qui les unissait à présent. À défaut d’en avoir avec son frère jumeau.


Zack, l’enfant sage. L’enfant prodige. L’enfant poli et propre. Son reflet parfait dans le miroir. L’existence même de son frère lui rappelait que la sienne n’était qu’une succession d’échecs et lui montrait ce qu’aurait pu être sa vie s’il en avait un peu moins fait à sa tête. C’était difficile de se lever tous les matins et de faire face ainsi à ses échecs et défauts capables de vous parler, de vous sourire, de vous haïr.

De quoi pouvait bien avoir peur Octave, c’était la première question qui lui était venue à l’esprit. Shawn lui-même était incapable de répondre à cette question. Il était trop jeune, trop immature pour saisir toute l’ampleur de cette question. Il avait déjà croisé la route d’un épouvantard au grenier de l’immense manoir, mais il était très jeune et en compagnie de son frère. La créature n’avait pas eu le temps de se transformer complètement, prise entre les peurs des deux enfants.  L’elfe avait eu le temps d’intervenir et eux de déguerpir en poussant des cris d’effrois devant la masse brumeuse noire qui tournoyait en prenant différents aspects dont celui d’un affreux clown aux dents jaunes. Nos peurs, une grande question bien plus profonde qu’elle ne le laissait croire. Un sourire amusé et flippant se dessina sur ses lèvres, visiblement Octave aimait autant la question qu’elle le laissait sceptique.


Une deuxième question tout aussi intime brisa le silence qui les séparait.  Celle-ci était spontanée et par conséquent, d’autant plus étrange de par sa nature.


« Ca fait deux question, ça. »


Shawn lui sourit : j’ai jamais été doué en maths. Il ne pensait pas une seconde que l’adulte se donnerait la peine de répondre à ses questions et encore moins avec honnêteté.

Il regrettait presque son indiscrétion, mais le regard de l’adulte était animé d’une étrange lueur. Celle de la jeunesse éternelle.  Incompréhensible et fascinant étaient les deux mots qui venaient à l’esprit du jeune homme en observant cet homme pas tout à fait un adulte, pas non plus un enfant.


« Je reviens. »


-Hein ? Quoi ? s’écria le Gryffondor regardant autour de lui, incapable de comprendre où voulait aller l’adulte. Il longeait le bord du lac. Ce type est fou, il va replonger dans le lac ou alors il fuit, furent les premières pensées traversant son esprit. Il ne le regardait même pas et faisait comme s’il n’existait pas. Shawn arqua un sourcil suivant du regard l’adulte qui venait de se mettre à courir.


-Il court ! s’exclama-t-il à lui-même. J’y crois pas, un sourire dévoilant ses dents accompagna la fin de sa phrase, ce type est en train de courir, hahaha. Il est complètement siphonné… Non c’est un génie. Shawn n’en croyait pas ses yeux, mais il ne rêvait pas. Octave était bien en train de se réchauffer en piquant un petit sprint autour du lac. Comment l’adulte avait-il pu être surpris lorsque Shawn lui avait dit qu’il n’avait pas la tête de l’emploi. Un excentrique, un être vraiment vivant, ce n’est pas le genre de chose que l’on croise tous les jours et encore moins dans une bibliothèque. D’ailleurs, il revenait vers lui le visage tout à fait normal, à peine essoufflé. Shawn hochait la tête négativement en le fixant, un sourire amusé aux lèvres.


Il allait l’accueillir chaleureusement d’une petite blague, mais l’adulte se prit les pieds dans ses lacets défaits et trébucha vers le sol. Il fit une roulade qui ressemblait un peu à un sac-poubelle dévalant des escaliers et sa course se stoppa lorsqu’il retomba lourdement sur le dos. Shawn ferma les yeux, ouch ça devait faire mal. Lorsqu’il les rouvrit, c’était pour découvrir un Octave pris d’un puissant fou rire. Fou rire communicatif puisqu’il déclencha également un rire chez le Gryffondor. Shawn se rapprocha en trottinant pris entre deux éclats de rire : - quelle chute ! Tu t’es pas fait mal au moins ?

Il s’accroupit et se pencha au-dessus de lui : - ta maman t’a jamais dit qu’il valait mieux faire ses lacets ! Lui-même ne les avait pas faits et pourtant sa mère le lui avait répété maintes et maintes fois. Le visage du bibliothécaire s’était de nouveau assombri et il prit la parole avec sérieux :

« J’ai peur… j’ai peur de tout. Shawn fixa ce visage qui ne le regardait pas, il ne décelait pas de trace de mensonges. Une révélation pour le moins surprenante. Et les épouvantards le sentent. Ils ne savent jamais quelle forme prendre devant moi. Ils glissent et se tordent sous différents visages, changeant de formes et d’apparences, mais ne se fixent jamais sur rien. Alors des épouvantards, je n’en vois qu’une mêlée insipide, une créature immonde qui n’a ni début ni fin et qui n’a de cesse de changer pour trouver ce qui pourrait bien m’effrayer le plus. C’était effrayant dit comme cela.  Les épouvantards prenaient avec lui, l’aspect de la peur elle-même. Un entremêlement de tous les sentiments : angoisse, terreur, effroi, qui font que le mot « peur » existe. Mais j’ai peur de tout. De la vie, du vide, de la solitude, de l’eau, de la mort, du regret et des passions, du feu, du noir, de l’infini et de la honte. J’ai peur des animaux, de l'inconnu, des gens, surtout des gens. Il ne comprenait que trop bien, il n’y avait rien de plus effrayants, ambigus, tordus et destructeurs que les êtres humains.  L’humanité dans son manteau de sang et de haine. Les propos d’Octave trouvaient parfaitement leur sens dans les croyances du jeune homme. Il le regardait captivé, dans l’attente de la suite. Il donnait le sentiment de raconter l’histoire d’un personnage, d’un héros perdu comme dans les contes de son enfance. De l’ignorance, de la colère, de l'ennui, de la brutalité, de la violence et de la barbarie. J’ai encore la crainte de ma famille, de mes amis, qu’ils puissent me trahir et me haïr. J’ai peur du monde et du bruit, des espaces clos ou immenses. L’existence m’effraye. Le monde m’angoisse en permanence. Mais bien que la peur m’habite, elle ne me gouverne pas. Il y a en moi des forces bien plus puissantes que celle-là. »

Shawn lui offrit un sourire sincère, voire bienveillant. Le sourire de quelqu’un qui vous comprend et n’a pas besoin des mots pour vous l’expliquer. Si Octave avait eu le même âge que Shawn, cette scène aurait marqué le début d’une longue amitié, faite de rire et de compréhension. Il en était sûr, mais voilà Octave n’avait pas 16 ans, mais le double de son âge. Et alors ? Lui murmura une petite voix à son oreille. Est-ce que tu comptes devenir comme ces adultes étroits d’esprit ? Si tu ne tentes pas, tu ne peux pas savoir. L’amitié n’est pas une histoire d’âge, mais d’âmes qui se rejoignent. Cette rencontre n’est pas le fruit du hasard.

Shawn murmura sans même s’en rendre compte pour répondre à ses pensées : 一期一会. Il se gratta la nuque : -Eh bah, vous êtes une véritable camisole d’émotions. Ça doit bouillir là-dedans ! dit-il en pointant du menton le front d’Octave. Épatant, ouais, vous êtes épatant. Shawn avait oublié l’histoire du tutoiement tant la surprise due à la petite course et chute d’Octave était grande. Le bibliothécaire ne devait pas s’en rendre compte, mais peu d’adultes pouvaient se « vanter » d’avoir reçu un compliment de la part de Shawn Inoue.

« A ma connaissance, je n’ai pas d’enfants. Carrément, ricana Shawn. Et je ne pense pas que j’en aurai. Je suis trop égoïste et tourné sur moi pour cela. Je ne crois pas que j’aurais été un mauvais père, mais je l’aurais été dans la contrainte et la souffrance de ne pas pouvoir les aimer comme ils le méritent. Et cela, aucun enfant ne devrait avoir à le supporter, n’est-ce pas ? »

Shawn sembla sceptique et dévisagea l’adulte. Était-ce de la peur ? Un manque de confiance en soi ? Ou tout simplement de l’égoïsme ? Shawn ne se posait pas vraiment la question, mais la réponse que venait de lui donner l’adulte était déroutante, hors norme.  

- Eh bah si mon père avait eu autant de jugeote, je ne serais pas là pour discuter avec vous. Shawn se releva : J’pense pas que vous serez un si mauvais père que ça. Intuition.

Il lui tendit la main pour l’aider à se relever, une sueur froide lui lécha l’épine dorsale et lui fit pivoter la tête de droite à gauche : - J’pense qu’on ferait mieux de rentrer. Et aux pas de course, avant que l’autre détraqueur se ramène avec sa famille et ses potes. Il ne pouvait pas l’affirmer, mais il avait l’impression d’entrapercevoir un fourmillement noirâtre à l’autre bout du lac. Il aida l’adulte à se relever scellant le pacte liant le fil de leurs vies. Et se dirigea d’un pas dynamique en direction du château. Ses lacets défaits volaient à chaque pas en rythme avec ceux d’Octave. Bien plus tard dans son lit, cette image des lacets fouettant l’air resterait ancrée dans son esprit bien plus que d’autres moments de leur rencontre. Leurs pas foulaient l’herbe, et le froid semblait prendre plus en plus d’ampleur. Ils faisaient bien de rentrer.

- Et si on faisait la course !? Le dernier arrivé est une mandragore mouillé !

Les lourdes portes du château grincèrent lorsqu’elles furent poussées et se refermèrent avec lourdeur dans le dos des deux hommes. Les torches incrustées dans le mur s’allumèrent faiblement. Shawn pivota vers Octave :- Bon, « Octave », c’est ici que nos chemins se séparent pour ce soir. Faut que je retourne dans mon dortoir sans me faire repérer par le puceau aux rhumatismes et sa serpillière sur pattes. Il grimpa plusieurs marches et se stoppa en hélant le bibliothécaire : - Hey, peut-être qu’un de ses quatre, je viendrai te rendre visite à la biblio’. ‘fin, j’ai dit peut-être… Allez tchuuss ! Casse-toi pas la gueule dans les escaliers, c'est mauvais pour ton arthrose ! Il grimpa quatre à quatre les marches et disparut de son champ de vision. La lumière des torches faiblissait à cause du non-mouvement de l'adulte. À peine disparu que Rusard surgissait sur la droite d’on ne sait quel passage secret, haletant et en sueur avec une énorme lanterne produisant une lueur jaune blafarde très désagréable. Il éclaira le visage du bibliothécaire en levant sa lanterne à quelques centimètres de lui : - Holbrey ? Vous, vous aussi vous l'avez entendu ? Vous n'auriez pas vu dans quelle direction il est parti ?! Ah les châtiments corporels de Rusard, il ne manquerait cela pour rien au monde.


C’est tout ce qu’entendit Shawn qui trottinait à présent dans un couloir en direction de la tour des lions. Il n’avait pas besoin d’entendre la réponse d’Octave, il était certain que ce dernier ne le balancerait pas. Ce sentiment ne se basait sur aucun fondement, il le savait c’est tout. Comme un et un font deux.

HRP : Merci pour ce charmant rp. [15 Septembre 1997] - L'histoire du poisson et du loup. 2761295038  Je sais pas si t'as matière à répondre ou si tu veux qu'on le clôture comme ça ? Enfin, tu me diras.
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