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[Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes.

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MessageSujet: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Lun 29 Aoû 2016 - 12:23

1989 – 24 Décembre.
Comté de Surrey.


On aurait cru à une photo tant tout semblait immobile, figé sous une épaisse couverture de poudreuse à la hauteur insoupçonnée et abolissant les reliefs. Il n’y avait que des valons se superposant pour donner une idée de perspective à ce paysage sans formes ni ombres. Des arbres isolés, d’autres en bouquets perçaient le blanc absolu. Ils en soulevaient des lambeaux qu’ils portaient sur leurs épaules, manteaux splendides et guenilleux, seul incident sur la molle étendue immaculée, parsemant l’horizon lumineux de quelques points sombres. Et en plein milieu de la chaste pleine se dessinait un joli cottage en vieilles pierres on ne peut plus pittoresque. Des lumières multicolores transperçaient les épais carreaux de fenêtres et venaient s’allonger sur le sol, le teintant d’un arc-en-ciel inerte et flou, laissant deviner qu’une célébration prenait place entre les murs de la maison. Après tout, rien d’étonnant pour un vingt-quatre décembre, surtout pour une famille avec des enfants. Mais à cette distance, l’animation qui régnait dans le cottage n’était pas perceptible, ni à la vue, ni à l’ouïe, ne troublant ainsi en rien la quiétude d’une soirée hivernale. Aussi, n’y avait-il de bruit nulle part, rien qu’un silence assourdissant qui apaisait l’esprit, tout en tourmentant une âme incapable d’étreindre une pareille grandeur. Même aucune bourrasque de vent ne venait secouer l’air lourd comme rembourré d’ouate et d’un froid poignant. Le ciel étoilé était parsemé de nuages blancs semblables à des pelotes de laine et une cascade de flocons aussi gros que des plumes en dégringolaient avec aisance, ramenant toute la lumière au sol, captée et absorbée par la neige. Il n’y avait que ce bruit, cette multitude de points vierges se mouvant gracieusement dans la nuit noire pour rappeler à un éventuel spectateur qu’il ne s’agissait pas là d’un tableau.  

Et effectivement, des spectateurs, il y en avait un. Sereinement adossé contre le dernier sapin de la forêt qui s’étendait derrière lui, Octave suçotait un Chupa Chups à la framboise, et cela sans faire le moindre bruit, pour ne surtout pas briser l’atmosphère placide de l’endroit. Le regard rivé sur le cottage, il faisait rouler sa sucette d’un coin à l’autre de ses joues, entendant seulement ses dents heurter le bonbon à l’intérieur de son crâne. Avec le calme littéralement oppressant qui régnait, ça aidait à ne pas devenir sourd. Déjà, un demi-sourire jouait sur son visage alors même que rien ne s’y prêtait : ce qui restait d’enfance dans le cœur du jeune homme saluait la féérique disparition de toutes les couleurs sous ce voile à la texture duveteuse. En cette nuit festive, Octave arborait un simple bonnet rouge foncé en laine tricotée. Tiré de sorte à recouvrir ses oreilles, quelques mèches ondulées d’un châtain diapré s’en échappaient cependant avec désinvolture, venant chatouiller ses joues rosies par l’air frais, se perdant presque dans sa barbe de quelques jours proprement taillée. Comme un écho à la rougeur du tricot, ses fines lèvres étaient parsemées d’un dégradé carmin, parfaitement rehaussé par l’écharpe de la même couleur, également tricotée, et soigneusement enroulée autour de son cou dans un nœud lavallière. Mais indéniablement, sa plus grande fierté était son manteau en laine de couleur émeraude avec un col tailleur, cousu à la perfection sur sa silhouette élancée, et soulignant avec éclat le vert de ses yeux pétillants de malice. C’était un véritable petit bijou qu’Ozwald Boateng lui avait offert pour son anniversaire en Août et Octave avait attendu avec impatience de longs mois avant de juger la météo suffisamment froide pour pouvoir le porter sans que cela ne paraisse ostentatoire.

Il avait vingt-cinq ans et était à l’apogée de sa gloire, si bien qu’il n’avait quasiment plus une minute à soi, raison d’ailleurs pour laquelle il se retrouvait à la lisière d’une forêt glaciale en un réveillon de Noël. Pourtant, il avait reçu quelques invitations à des réceptions de la haute société britannique, moldues comme sorcières, mais au dernier moment on lui avait proposé une mission qui ne pouvait tout simplement pas se refuser. Non pas parce qu’elle émanait d’un individu douteux comme Yaxley, mais parce que ce dernier lui avait proposé en échange un miroir à double sens, objet peu courant et pouvant se révéler très utile pour quelqu’un comme Octave. Avec conciliation, il fit le deuil de son costume queue de pie, acheté spécialement pour la réception du troisième baron John Astor, dont il s’apprêtait à accepter l’invitation, avant de s’atteler à la tâche qu’on lui avait confiée. La renommée de sa sagacité n’était plus à refaire, aussi Yaxley s’était-il tout naturellement adressé à lui pour cette affaire d’une certaine importance. En toute honnêteté, il pouvait réduire son rôle dans cette histoire à celui de chaperon. Malgré les temps sombres pour les Mangemorts, ces derniers continuaient à agrandir leurs rangs au compte-goutte, et Octave était prié d’intervenir lorsqu’un énergumène donnait nourriture aux soupçons. C’était toujours Yaxley qui le contactait ; malgré son aversion pour les sang-mêlé, il savait toutefois reconnaître leur utilité, lorsqu’il y en avait une. Mais surtout détestait-il encore plus les traitres et les espions. Aussi, la confiance qu’il portait à Octave envers et contre tout avait quelque chose d’extrêmement flatteur.

Une nouvelle recrue s’était présentée aux Mangemorts il y a quelques temps de cela, un certain Aslak Loikson, et ils voulaient s’assurer de son allégeance en lui confiant une tâche des plus banales : passer une torgnole à quelqu’un. C’était d’ailleurs Octave qui avait dû enquêter sur l’énergumène en question : Odo Beauchamp, un homme de quarante-trois ans, employé du ministère, qui avait fait de la résistance lors de la première guerre avec le Seigneur des Ténèbres. Il était marié à une moldue et avait engendré deux progénitures, toutes deux dotées de magie, âgées de six à dix ans – respectivement une fille et un garçon. La correction avait donc non seulement pour but de rappeler à ce pauvre sorcier que les Mangemorts n’oubliaient pas et ne pardonnaient pas, mais également de tester la détermination de la nouvelle recrue ainsi que, par défaut, sa sincérité. Octave s’était également vaguement renseigné sur lui de son côté, souhaitant s’épargner les surprises et ne fut pas déçu d’avoir été prudent. Le gars en tenait déjà une sacré couche, pour ne pas dire une truelle. Et en plus, pour subtilement adoucir son côté glacial de psychopathe, il faisait de la photo. Etrangement, il y avait quelque chose de rassurant dans cette sensibilité au monde qui l’entourait. Bref, l'aventure promettait d’être on ne peut plus intéressant et Octave ne regrettait en rien d’avoir troqué une soirée de bavardages pour une mission d’observation, bien que le froid se fasse de plus en plus pénétrant. Mais c’était de sa faute, il avait souhaité venir un peu plus tôt, faire du repérage et profiter d’un cadre aussi paisiblement silencieux. La seule chose qui indiquait qu’il était en train de travailler était une sacoche en vieux cuir verni qui pendouillait sur son épaule droite, et semblait bien lourde à la façon dont elle déformait le tissu du manteau. Malgré ce poids, Octave se tenait quand même droit comme une parallèle, néanmoins légèrement avachi sur l’arbre, juste assez pour avoir l’air relax et cool. Et il l’était, complètement cool.

Loin derrière soi, il entendit la neige grincer sous le poids d’un pas mesuré et son sourire s’accentue au point de dénuder une rangée de dents aussi blanches que le bâtonnet de la sucette qu’elles coinçaient. C’était un bon point, Loikson avait suivi les consignes de Yaxley qui lui avait conseillé, à la demande d’Octave, de transplaner au milieu de la forêt et faire le reste du chemin à pieds. Le transplanage avait la fâcheuse manie de brouiller l’esprit à la manière d’un long trajet en voiture, et il n’y avait rien de meilleur qu’une balade dans les bois en plein milieu de l’hiver pour le raviver. Il était quasiment huit heures et la nouvelle recrue était venue juste à temps, ce qui était parfait. En effet, il n’était pas trop tôt, et les festivités avaient déjà commencés dans la famille, mais il n’était pas trop tard non plus, et les enfants n’étaient pas encore couchés, ni les parents trop saouls. Les pas se rapprochaient mais Octave continuait à fixer de son regard perçant les volutes de fumée qui avaient commencés à s’échapper de la cheminée du cottage. Il attendit que le jeune homme soit presque à son niveau pour enfin tourner la tête et lui adresser un sourire enjoué avant de lancer d’un ton des plus mondains :

« Bien le bonsoir, et bon réveillon. J’espère que cela ne contrarie pas trop tes plans, mais nous avons pensé avec Yaxley que ce serait plus efficace de le faire aujourd’hui. Surtout avec les enfants. Tu peux m’appeler Octave. »

S’était-il empressé de rajouter, sachant parfaitement que Yaxley n’avait pas dû communiquer à Aslak ne serait-ce que le prénom de son partenaire de mission. Peut-être vite fait une vague description physique, mais ça aussi, il en doutait, ce n’était absolument pas le genre du Mangemort que de s’étaler sur ces détails pour faciliter la tâche. En revanche, c’était Octave qui se réservait le droit de révéler uniquement son prénom et jamais son nom de famille aux gens qu’il rencontrait, et Yaxley le savait parfaitement.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mar 30 Aoû 2016 - 15:45





« Commencer par la douceur...  »


C'était une pluie diluvienne, une douceur tombée du ciel. L'homme détestait cela. Son dégoût n'était pas porté sur la neige et encore moins sur ce qu'elle représentait. Non. Son mépris était seulement, et uniquement, sur la température qu'elle apportait. C'en était presque risible. Lui qui venait des pays froids craignait par-dessus tout les degrés s'approchant de trop près de zéro, voire moins. Il finit par pousser un long soupir mêlé d'agacement et de dépit. Et dire que, d'ici quelques instants, il devrait affronter l'extérieur pour une mission qui lui avait été confié. D'aucun dirait que le travail a effectuer n'avait guère d'importance et n'était qu'une basse besogne pour tout bobu qui se respectait. Mais, du fait de son passé militarisé, le norvégien avait pleinement conscience que toute tâche avait son importance, même la plus humiliante. Aussi prenait-il sa future besogne très au sérieux. Le sorcier savait que cela allait prendre du temps, qu'il ne serait pas immédiatement accepté, qu'il aurait d'autres test, mais il acceptait ces conditions sans broncher. Il avait conscience qu'il devait faire ses preuves et il était prêt à les donner de n'importe quelle manière.

Terminant son verre de chocolat chaud, l'ancien démineur s'emmitoufla d'un épais manteau sombre ainsi que d'une longue écharpe de même couleur prévu spécialement pour cette saison. Afin de se protéger la tête et, surtout, ses oreilles décollées, il enfonça sur son crâne un simple bonnet noir. Il était inutile de donner la couleur de son jean ainsi que de ses chaussures. Vêtu de la sorte, on pouvait facilement le prendre pour un simple moldu craignant fortement l'hiver. Aslak n'avait tout simplement pas détruit tous ses effets personnels provenant de ce monde dépourvu de magie. Il n'y attachait aucune valeur sentimentale. Il est les gardait seulement pour des raisons pratiques. Son ancien salaire de démineur n'était pas des plus mirobolants et il devait encore trouver un métier, le temps pour lui de se faire un peu d'argent de poche avant de partir en vadrouiller. Car c'était comme cela que Loikson désirait agir. Comme le vent qui fouettait le bout de ses cheveux non dissimulés sous son morceau de tissu, allant il en avait envie, sans que rien n'y personne ne l'en empêche. Douce utopie que voici. L'homme avait pleinement conscience qu'il devrait répondre, s'il était accepté, aux ordres du Lord Noir. Mais cela ne le dérangeait guère pourvu qu'il acquiert plus de puissance en contre-partie.

Loin des demeures et de l'auberge dans lequel il s'était permit un bref arrêt afin de boire une boisson chaude, le sombre personnage transplana afin d'atterrir au beau milieu d'une forêt aux allures hivernales. Yaxley, un mangemort de réputation, avait été très clair sur le sujet et le sang-mêlé se refusait la moindre fausse note. Un long frisson désagréable parcouru toute son échine et la chair de poule s'immisça sur sa peau, malgré l'épaisseur de tissu. Par le marteau de Thor qu'il abhorrait le froid et tout ce que cela entraînait. L'individu se mit immédiatement en marche afin de rejoindre le point de rendez-vous, espérant ne pas être en retard et donner mauvaise impression. Il entendait le sol cotonneux crisser sous ses semelles et son souffle sortir de sa bouche en une volute dansante et glacée ; mélange brusque du chaud et du froid. Le paysage était monotone et le trajet dura quelques minutes. Aslak finit cependant par voir apparaître devant lui de la lumière non naturelle et comprit qu'il était enfin arrivé à destination. A cela, s'affirmait la présence d'un inconnu adossé contre l'écorce d'un sapin. Il était vêtu de façon assez chic et le sorcier comprit immédiatement qu'il ne jouerait que le rôle de témoin.

Tant mieux.
Aslak détestait avoir quelqu'un dans ses pattes.

- Bien le bonsoir, et bon réveillon. J’espère que cela ne contrarie pas trop tes plans, mais nous avons pensé avec Yaxley que ce serait plus efficace de le faire aujourd’hui. Surtout avec les enfants. Tu peux m’appeler Octave.

Le babillage incessant ainsi que le tutoiement déplût fortement et immédiatement qui ne manqua pas de pincer ses lèvres charnues en fine ligne. Son sombre regard sur la maison se profilant en face d'eux. Non, cette date était une excellente idée. Quoi de mieux pour une mission de ce genre de la mener à bien la veille de Noël. Il en avait presque envie de laisser un sourire cruel s'afficher sur son visage, mais il ne laissa apparaître qu'un furtif rictus. Loikson lança un rapide regard vers ledit Octave et retint difficilement une grimace en voyant le bâton de sucette dépasser de sa bouche. Vraiment...

- Ne me dérangez pas, prit la peine de grogner le norvégien avant de dépasser son compagnon de mission.

Sur ces mots emplis de sympathie, l'ancien soldat s'avança sans une once d'hésitation vers la demeure familiale où devait effectuer son forfait. Il savait qu'il ne devait pas faillir, que cet importun n'était là que pour le surveiller. Cependant, le nordique n'éprouvait aucune angoisse, aucun stress. Après tout, n'avait-il pas tué de nombreux ennemis lors de ses années à l'armée ainsi que ses frères d'armes ? Aslak savait presque comment il allait procéder, laissant l'improvisation guider ses futurs gestes. Arrivé devant le paillasson et ignorant royalement le nommé Octave, le jeune homme appuya deux fois sur la sonnette, patientant qu'on daigne lui ouvrir ; ce qui se produisit au bout de quelques secondes.

Un homme finit par ouvrir la porte, visiblement étonné de cette visite. Pourtant, l'ancien démineur ne lui laissa aucunement le temps de parler ; un sourire malsain, et pourtant poli,  se peignant sur son visage.

- Je viens vous apporter votre cadeau, monsieur Beauchamp.

Un violent coup de poing dans son visage effrayé.
La partie pouvait enfin commencer.




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mer 31 Aoû 2016 - 14:01

« Ne me dérangez pas. »

Quel homme. Tant de virilité. Octave n’eut que quelques secondes pour détailler Loikson, néanmoins ce fut suffisant pour qu’il ait le loisir de se faire un avis assez concluant. Le voyant afficher en biais un rictus, il ne put s’empêcher d’accentuer le sien, l’exaltation des autres faisant toujours écho en lui. Loikson était grand et élancé, tout comme son nez à l’allure cassée qui, par sa longueur, donnait encore plus d’élan à sa carrure. Malgré son expression d’une dureté sans équivoque, le Mangemort en devenir avait les traits plutôt doux et tout en courbes. Ses yeux noirs et vifs, semblables à deux flaques sans fond, étaient contournés par des paupières voluptueusement sinueuses, dont la forme était soulignée par une bouche charnue. Rien n’était là pour accentuer la sévérité qu’il arborait avec une certaine élégance, ni une paire de pommettes saillantes, ni une mâchoire carrée aux angles prononcés ; peut-être éventuellement les sourcils froncés… Mais ils étaient loin d’en imposer autant que ceux de Brejnev. Et puis il y avait ces grandes oreilles, dont Octave pouvait juger de la taille rien qu’à la manière dont elles faisaient relief sous son bonnet noir. C’était le genre de détail, couplé à un visage si singulier, qui touchait son goût pour les particularités physiques. Il n’était pas encore certain d’y percevoir un charme, mais était toutefois indubitablement troublé par ce jeune homme à l’allure si saisissante par sa dualité. C’était comme si une personnalité avait pris place dans un corps qui ne lui convenait pas tout à fait. Ou du moins, qui ne rendait pas assez service à sa personnalité. Néanmoins, sa froideur était convaincante malgré une apparence sauvage.

Et le voilà qui s’élançait à travers la plaine enneigée comme si Octave n’existait pas vraiment. Emmitouflé dans ses vêtements d’un noir à absorber toute la lumière du soleil, il marchait vite, obligeant son chaperon à trottiner derrière d’un déhanché mollasson. Loin de s’offusquer devant si peu de considération, ce dernier le suivait d’un air enjoué, tout en effaçant derrière eux la trace de leurs pas dans la neige d’un geste vif de la baguette magique. Une fois arrivés sur le porche, il resta en retrait, enfilant une paire de gants en chevreau, tandis que le brun sonnait à la porte. Heureusement, Beauchamp ne répondit pas tout de suite. Un temps infini était nécessaire pour les mettre, mais Octave les déroulait patiemment sur ses paumes pour ne surtout pas les abîmer. Les gants étaient si fins et serrés qu’on devinait les ongles sous la gaine du cuir souple. Juste à temps, car sieur Odo ouvrit la porte avec l’insouciance caractéristique d’un soir de fête, avant d’afficher un air surpris devant la paire d’inconnus, tous deux affichant un sourire bien différent. Il n’eut aucune chance de faire preuve de politesse, devancé par Aslak qui lui lança une réplique délicieusement ironique avant de lui envoyer un coup bien placé en plein milieu du visage.

Pas tout à fait préparé, Octave écarquilla légèrement les yeux sous l’étonnement avant de lâcher un ricanement de satisfaction. Enfin quelqu’un qui avait du goût pour la mise en scène. Complètement déstabilisé, Beauchamp perdit l’équilibre et tomba à la renverse, les mains sur son visage déjà plein de sang. Décidemment, l’irrigation nasale était fabuleuse. Profitant de cet instant de confusion, Octave contourna habillement Aslak sans même le frôler et entreprit une fouille sommaire de la victime gémissante et à terre. Il finit par trouver la baguette magique et la rangea dans la poche de son manteau.

« Surtout respirez par la bouche monsieur, sinon vous allez vous noyer dans votre propre sang, dit-il d’un ton compatissant avant de se tourner vers Aslak. Ты что, думал что ты тут один будешь тусить ?* »

Ce n’était pas pour craner qu’il avait usé du Russe, mais pour déstabiliser davantage. Parfois, ne rien comprendre était pire que ne rien savoir ou, au contraire, connaître son avenir à la minute près. En plus de plonger dans l’inconnu, ça avait le don de donner un sentiment d’infériorité devant la barrière de la langue. Octave enjamba le corps de l’homme et se dirigea droit dans le salon où le reste de la famille le toisa avec étonnement par-dessus la table à manger. Leur adressant un large sourire, et un « Bonsoir, Bonne fête » de circonstance, il parcourut la pièce, longeant les murs jusqu’à trouver le câble du téléphone qu’il arracha sans ménagement, dessoudant littéralement les fils de fer de la prise. Il s’était renseigné auprès de la compagnie du réseau téléphonique et savait que c’était la seule prise gigogne de la maison. La femme, Diane, ouvrit la bouche plusieurs fois tel un poisson sous l’eau avant de finalement balbutier, le regard allant et venant de la porte menant vers le hall à Octave :

« Mais qu’est-ce que…
-  Madame, nous n’avons pas l’intention de tuer qui que ce soit dans cette maison, mais si vous, ou vos enfants, ne vous tenez pas correctement, cela pourrait bien se produire. Considérez que ce sera ma seule menace. »

L’interrompit Octave en plein milieu de sa question alors que la chaleur ambiante avait commencé à lui monter à la tête. Défaisant les boutons de son manteau, il déposa son sac, qui fit un couinement ferreux comme une bourse pleine de pièces, à côté du sapin sous lequel étaient déjà entreposés moult cadeaux dans leurs emballages colorés. Puis, il retira son manteau, et après l’avoir soigneusement plié, l’abandonna sur l’accoudoir du canapé. Vêtu d’un simple mais moulant t-shirt noir à manches longues et d’un jean bleu marine, il jaugea d’un œil expert le degré de confortabilité dudit canapé. Satisfait, il s’assit en plein milieu, retira son bonnet et toisa la pièce d’un air des plus satisfait.




*Tu croyais quoi, que tu allais être le seul ici à faire la teuf ?

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Jeu 1 Sep 2016 - 18:34





« Pour finir dans la douleur  »


Le norvégien n'avait pas sorti sa baguette afin d'user de sort sombre ou humiliant. Peut-être devrait-il à cause de son surveillant, mais il ne le fit guère. Pas encore. Il voulait passer ses nerfs, son angoisse d'être refusé parmi les serviteurs du Sorcier Noir, se défouler sur quelque chose de vivant et d'un poil résistant. Mais le fêtard ne l'était pas - résistant- et chuta lourdement au sol, le regard autrefois ébaubi à présent paniqué et effrayé. L'ancien militaire savait parfaitement qu'il était parvenu à lui casser le nez, preuve en était le flot de sang qui sortait dorénavant de ses narines, faisant automatiquement pleurer l'homme. Cela brouillait certainement sa vue était donné que les glandes lacrymales se trouvaient au niveau du nez. Il alla pour le forcer à se relever afin de lui donner un autre violent coup, lorsqu'il aperçut son chaperon le slalomer avec souplesse pour s'accroupir vers sa victime. Allons donc, était-ce vraiment de s'occuper de cette larve ? Contre toute attente, Loikson distingua ledit Octave récupérer la baguette du blessé et la ranger dans l'une des poches de son manteau. Il en était agréablement surprit par cette étonnante initiative.

- Surtout respirez par la bouche monsieur, sinon vous allez vous noyer dans votre propre sang. Ты что, думал что ты тут один будешь тусить ?

Si Octave avait cherché à déstabiliser le nordique, il y était brillamment parvenu. Dans cette terre de gentleman, aucun ou trop parlait sa langue et apprendre que, même un sorcier britannique pouvait parler russe lui plût beaucoup. Il l'avait très mal jugé, il l'avouait silencieusement. Il ne répondit cependant pas. L'homme n'était pas bavard et il n'y avait rien à répondre, de toute manière. Il préféra retourner s'occuper de l'apeuré tandis que son comparse de la soirée l'enjamba et disparut dans la pièce voisine, sûrement celle où se trouvait le reste de la famille. Cela lui donna une idée.

Rage se mit à ronronner.
Cela lui plaisait également.

Finalement, l'ancien démineur sorti sa baguette et, d'un sort silencieux, contrôla le corps de l'homme et l'obligea à se rendre, avec des gestes désarticulés, dans la salle voisine. Il y fut satisfait d'y découvrir la mère de famille ainsi que ses deux enfants. Du coin de l’œil, il aperçu Octave se défaire de ses vêtements avant de s'installer tranquillement sur le canapé, devenant ainsi simple spectateur. Le patriarche se mit à bégayer, suppliant d'une voix enrouée d'épargner sa femme et ses enfants. Agacé, le photographe le fit taire ses supplications avec un Doloris bien senti, faisant glapir de frayeur les deux gosses ainsi que la maternel. Les surveillants d'une œillade menaçante, il se défit également de son bonnet, écharpe et manteau, les fourrant en pagaille sur un fauteuil lambda. Le paternel continuait de se rouler au sol bien que la torture était terminé depuis quelques secondes.

Insupportable petite nature.
Aslak se tourna vers l'épouse qui tentait de protéger sa progéniture de ses bras flasques.

- Mais que nous sommes impolis, fit-il avec un faux air désolé et avec son accent prononcé. Nous n'avons pas expliqué la raison de notre présence.
- Pitié... souffla la femme.
- La ferme ! Le militaire n'aimait pas qu'on l'interrompt et Rage se déchaîna un peu. Je disais donc. Savez-vous qui sont les Mangemort, madame.

Le sexe faible opina du chef, encore tremblotante sous le cri de leur éventuel bourreau.
Oui, elle savait et elle commença à avoir des sueurs froides.

- Parfait. Alors vous n'êtes pas sans savoir que votre larve d'époux les a combattu il a quelques années. Un regard désapprobateur ainsi qu'un sourire sadique. Il ne fallait pas Odo. Non, vraiment pas.

Un coup de pied s'enfonça violemment dans le ventre dudit Odo dont le souffle se coupa sous le choc et arrachant un cri à ses enfants apeurés. Agacé par ces cris incessants, le voyageur leur lança des chaînes enchantées et les bâillonna. Cette fois, c'était au tour de la mère de souffrir. Mais pas toute seule. La tirant durement par le bras, il finit par la gifler avec violence, agacée de la voir se débattre, la faisant chuter à terre, à côté de son mari.

- Que c'est attendrissant... mais il ne faut pas que vos enfants rate le meilleur du spectacle.

C'était peut-être de la rage, de la haine gratuite, mais par l’œil manquant d'Odin que cela lui faisait du bien. Il y avait une telle colère en lui que la faire sortir ainsi était presque soulageant. Le nordique obligea les deux mioches à s'asseoir sur une chaise qu'il tire jusqu'à côté de lui afin qu'ils ne puissent rien manquer du spectacle. Il n'avait pas prévu de blesser la petite fille et le petit garçon. Voir leurs parents se faire torturer était un traumatisme bien suffisant, selon lui. Alors, ignorant toujours Octave et se détournant des mineurs, il s'accroupit, pointa sa baguette vers les deux adultes et chuchota presque avec douceur :

-
Sectumsempra.




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Ven 2 Sep 2016 - 16:57

Etait-il sadique -outre le caractère sexuel que pouvait revêtir cette tendance, bien évidemment ? Honnêtement, il n’en était absolument pas certain. Octave reconnaissait en revanche volontiers qu’il lui arrivait d’être cruel. Ou bien était-ce l’inverse… Quoi qu’il en soit, il ne broncha pas d’une cellule quand Loikson administra un Doloris au père de famille, pour qui un coup de poing dans la figure devait déjà représenter le summum de la souffrance et de l’humiliation. Un calme stoïcien le possédait alors qu’un léger sourire satisfait miroitait sur ses lèvres, signe que tout se passait exactement comme prévu. Il n’éprouvait pas spécialement de plaisir à la vue de la souffrance d’autrui, excepté lorsque la victime était sujette à sa haine, pour une raison ou une autre, auquel cas Octave s’avérait être excessif dans l’application de ses châtiments. Alors, pourquoi cet air assouvi, au lieu d’une mine contrite par le devoir, devant un homme à priori bon se faisait malmener sans grâce ? Simplement parce que son travail n’arborait pas de caractère moral. Peut-être aurait-il défendu ce pauvre homme en d’autres circonstances ; probablement même qu’il prendrait le soin d’appeler une ambulance après la débâcle. Mais en attendant, il faisait la part des choses. Ou plutôt faisait-il parfaitement abstraction de l’empathie que cette scène lui aspirait. Au lieu de ça, alors que les cris résonnaient à ses oreilles, Octave était, d’une manière parfaitement malsaine, content du travail bien accompli.  

Véritablement, s’était à peine s’il remarquait toute la détresse qui alourdissait l’atmosphère de la pièce, contrastant avec le sapin clignotant, la cheminée allumée, la table bien garnie… Non, son attention était infailliblement concentrée sur Aslak. Il le trouvait quelque peu nerveux, mais pas d’une manière suspicieuse. Le jeune homme semblait simplement avoir du mal à garder son sang-froid, alors que sa chair subissait les assauts d’une excitation véritablement sadique. Il y avait de la passion dans la manière qu’il avait d’exécuter sa mission. A son œil enflammé l’on pouvait deviner que c’était là une activité qui lui donnait contentement. Il était sévère et méthodique, mais pas d’une manière désintéressée, comme pouvait l’être quelqu’un qui ne voyait là qu’une énième tâche à accomplir pour atteindre un but annexe. Devant l’apaisement qui gagnait Loikson à chaque acte de violence, Octave y voyait une source de plaisir. Un plaisir discret et voilé d’une telle froideur que cela restait peu perceptible aux yeux de ses pauvres victimes, qui pensaient peut-être encore avoir un être civilisé mais obligé devant eux. Si bien que la famille tenta à plusieurs reprises de susciter en cette hydre la compassion. Mais Octave savait déjà que c’était inutile, non pas parce que Loikson voulait réussir la mission, mais parce que c’était là son défouloir. Seulement, être cruel ne rendait pas les gens loyaux.

Les paupières mi-closes d’Octave donnaient l’impression qu’il regardait un soap opéra à la télé. Un soupir vint troubler son immobilité sereine lorsque le futur Mangemort fit taire les enfants. C’était tellement peu gracieux. D’une brutalité pas assez subtile pour Octave, mais après tout il n’était ici que pour regarder et non juger les manières de faire de son partenaire. Quoi que toute cette violence l’agaçait et il détourna le regard vers le sapin d’un air ennuyé alors que la mère tombait à terre, aux côtés de son mari. Il y avait quelque chose de profondément gênant dans leurs cris de détresse, tant ils manquaient de dignité en un instant pareil. Enfin, tout le monde ne pouvait pas être d’un flegme inébranlable, surtout devant la souffrance. La seule chose qui lui arracha un ricanement sourd fut l’accent d’Aslak qui, couplé aux répliques en Russe d’Octave, donnaient l’impression d’une mafia russe.

- Sectumsempra.

Brusquement, il tourna la tête vers Aslak, dont la silhouette était accroupie au-dessus des deux adultes alors qu’une onde d’énergie soulevait ses cheveux presque noirs. Lentement, il se releva, empoignant sa baguette magique, en même temps qu’un cri strident de douleur balayait la pièce. Contournant Aslak et les enfants qui gigotaient vivement sur les chaises, Octave alla s’agenouiller de l’autre côté des deux corps, maintenant défigurés par de larges entailles. D’un seul coup, des flots de sang en jaillirent, immobilisant les deux époux dans un choc qu’ils n’avaient encore jamais vécus et ne s’étaient jamais imaginés. La mine mollement agacée, Octave toisa Aslak avec le dépit de quelqu’un qui était habitué à ce genre d’évènements :

« Господи, что же ты такой нетерпеливый... Они же от потери крови тут умрут за пятнадцать минут. А сейчас всего лишь пол девятого... Тебе что уже ложиться пора ?* »

Sur ces mots, prononcés d’une voix aussi calme et légèrement ennuyée que s’il était en train d’expliquer des stratégies boursières, le chaperon traça des arabesques au-dessus des Beauchamp en bourdonnant dans sa barbe jusqu’à ce que les saignements cessent. En revanche, les plaies, elles, ne se résorbèrent pas, formant de légers creux dans le tissu des vêtements ensanglantés. Souriant à nouveau, il se redressa, satisfait de son travail, avant de brusquement froncer les sourcils : sa botte baignait dans une flaque de sang.

« Féchié, je vais en foutre partout. »

Maugréa-t-il avec mécontentement tout en nettoyant ses chaussures d’un autre sort, silencieux cette fois-ci. Visiblement, son geste, accompagné de paroles dites d’une voix aux notes réprobatrices, avaient donné de l’espoir au mari qui le saisit vivement par la jambe d’une main ensanglantée :

« Par pitié, jeune homme… aidez-nous… »

Supplique ultime de désespoir adressée à un Octave qui avait semblé, l’espace d’un instant, plus clément que leur bourreau. Il savait bien que c’était un geste insensé de désolation, poussé par la seule envie de survivre, mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir du dédain face à si peu de décence. Néanmoins il resta planté là, regardant Odo d’en haut, les sourcils formant une barre au-dessus de ses yeux contrits. Déjà que ses chaussures étaient foutues, son jean aussi était maintenant tâché de sang, et l’ironie voulait que même la magie ne pouvait jamais réellement retirer une emprunte carmin. Avec la patience d’un professeur d’université, il lui répondit, en le regardant droit dans les yeux :

« Vous croyez vraiment que je viens de vous rendre service en vous soignant ? Préparez-vous Odo, car la nuit est longue. Et puis, comme si c’eut été la continuité de son propos, Octave regarda Aslak et demanda : Quel est pour toi le but de cette mission ? »




* Bon Dieu, pourquoi es-tu aussi impatient… Ils vont crever d’ici quinze minutes à cause de l’hémorragie. Et il n’est que huit heures et demi… Qu’est-ce qu’il y a, tu veux déjà aller te coucher ?

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Lun 5 Sep 2016 - 17:40





« Faisons une pause réflexion   »


Aslak avait parfaitement conscience d'une chose. C'est qu'en ce bas monde, la pitié n'avait absolument aucune place. Ce n'est pas que c'était une preuve de faiblesse, mais c'était seulement parce que les ennemis étaient partout et ces derniers profiteraient d'une seule seconde d'hésitation. Et de doute, le norvégien n'en avait plus vraiment. Il n'en restait que des débris abîmés par le temps et les nombreux événements qui ont régis sa vie. Ne pas hésiter à tirer sur un enfant portant une kalachnikov et s'approchant de vous avec une froide détermination. Se méfier des personnes criant "au sauveur" dont on ne voit que les yeux. Dans ce cas précis, ce n'était pas du racisme. Du moins, pas pour Loikson qui avait trop vu ses compagnons d'armes se faire avoir par cette exubérante démonstration de gratitude. Ce n'était, ni plus ni moins, que de la pure méfiance. Se méfier des minutes beaucoup trop silencieuses, des voitures abandonnées en plein milieu de la route, des fils de couleur reliés à une bombe, à un seul maudit fil rouge relié à plusieurs explosifs à uranium appauvri alors que la zone était entouré de char d'assauts et de soldats alliés. Il s'en souvenait encore de ces moments où le temps avançait étrangement. Devant l'écran, il voyait les secondes défiler cruellement tandis que tout semblait s'être immobilisé autour de lui. Les adversaires surveillant discrètement les autres. Et, derrière son casque de protection, ses cheveux alors coupés à ras étaient déjà trempés de sueur, une larme de transpiration gouttant de son nez. Il savait.

Il savait parfaitement que, s'il échouait, son costume de cosmonaute censé le protéger ne servirait à rien. Trop près. Trop de missile. Mais il se souvenait qu'à cette époque, il s'en moquait royalement. L'adrénaline coulait dans ses veines. C'était comme voler en pleine tempête orageuse dans un vieux coucou. C'était sa drogue et ses collègues le prenaient pour un fou à cause de cela. Dire qu'il était responsable de leur sécurité, garant de leur vie. Ils tremblaient de trouille tout comme ils avaient confiance en lui. Après tout, on ne devenait pas démineur dans un claquement de doigt. Et qu'est-ce que leur lieutenant n'avait de cesse de répéter déjà ? Ah oui. Pour ce qui était de chercher, neutraliser, enlever et détruire des munitions, des explosifs et des engins suspects sur le domaine civil sur terre et en milieu aquatique, le soldat Loikson était extrêmement compétent. Mais qu'il était dommage qu'il ne soit pas pour obéir aux ordres et de cesser de réagir au quart de tour.

Et en cette froide soirée du vingt-quatre décembre dix-neuf cent quatre-vingt-neuf, était-ce que le nordique voyait devant lui ? Des prisonniers à torturer en guise de punition pour avoir fait passer l'arme à gauche à ses frères d'armes ? Aucunement. Le jeune homme savait parfaitement son passé militarisé à ce sombre, mais plaisant, présent qui se déroulait devant lui comme un tapis carmin. Il n'éprouvait aucun plaisir à s'en prendre à cette famille somme toute quelconque. C'était simplement le fait de passer sur quelqu'un, même des gens se croyant innocents, ses nerfs toujours à vif. Toujours prêts à craquer.

-  Господи, что же ты такой нетерпеливый... Они же от потери крови тут умрут за пятнадцать минут. А сейчас всего лишь пол девятого... Тебе что уже ложиться пора ?

Ces paroles le prirent par surprise, le faisant sortir de tous ses souvenirs. Un coup d'oeil vers la pendule trônant dans un coin de la pièce, il constata qu'il était effectivement bien tôt. Aussi, nullement outré par l'intervention d'Octave digne d'un présentateur météo, il le laissa s'approcher rapidement de ses victimes, effectuant une danse faite de courbes avec sa baguette, faisant stopper l'hémorragie. Le sang-mêlé ne prononça aucune parole, se contentant de regarder, d'examiner et de réfléchir à sa propre bévue. Il ne fallait pas qu'il s'énerve. Il n'était pas là pour cela et, malgré son impulsivité qui ne demandait qu'à s'exprimer une nouvelle fois, il savait qu'il venait de faire une erreur. Que le test n'était pas terminé qu'il ne devait être raté sous aucune prétexte.

- Féchié, je vais en foutre partout.

Aslak retint difficilement un reniflement à cette remarque. Grincer des dents juste pour du sang. Vraiment, il n'y avait que ceux qui n'avaient jamais été entourés de cadavre qui parvenaient à s'en plaindre. Si ce n'était que cela, ses propres chausses baignaient également dans ce liquide carmin et cela ne le dérangeait aucunement ; du moment que ce n'était pas le sien.

- Par pitié, jeune homme… aidez-nous…
- Vous croyez vraiment que je viens de vous rendre service en vous soignant ? Préparez-vous Odo, car la nuit est longue. Quel est pour toi le but de cette mission ?

Encore une fois, le norvégien se retint de s'agacer, sachant que son vis-à-vis n'était guère là pour le juger. Il n'aimait pourtant pas qu'on le fasse se remettre en question. De mauvaise foi qu'il était. Néanmoins, il ne lui en portant aucunement rigueur. Si le dandy n'était pas sorti de son rôle de spectateur et n'était pas intervenu, sa mission aurait été un échec et il aurait échoué. Alors Aslak ne répondit pas tout de suite, prenant le temps de réfléchir bien malgré lui à cette question. Le but. Devenir Mangemort. Recevoir cette puissance, ce pouvoir dont il avait été injustement privé depuis ses quinze ans. Mais ce n'était pas vers là que se dirigeait la question. Il ne devait pas répondre trop vite. Ce n'était pas une interrogation posée à la légère et le jeune homme souhaitait en comprendre toute sa portée.

- Накажите тех, кто смели бросать вызов. Поставьте сообщение для всех врагов. Позвольте им знать, что Mangemort никогда не забывает.

Il avait parlé en russe, estimant que ces larves n'avaient aucunement besoin d'entendre sa réponse. Il avait pris le temps de réfléchir à la bonne formulation, de trouver les bons mots. A présent, que cela fut une bonne ou une mauvaise réponse de sa part, cela importait peu. C'était ce qu'il avait compris de la raison de cette mission. Un vieil ennemi se faisant punir un apprenti. La boucle se bouclerait-elle ? Le nordique s'en fichait. Il avait compris la leçon. Le but de cette mission n'était pas de tuer. Pas vraiment. Pas tout de suite. Mais celle de punir. Il devait alors faire preuve de patience et d'imagination. Ce dont il n'était pas vraiment pourvu. On ne s'amusait pas à imaginer différentes de tuer un ennemi à la guerre. On tuait, point final. Alors le norvégien attendit une quelconque réaction d'Octave, donnant seulement un coup de pied à l'agaçante femme qui n'avait de cesser de supplier à l'aide.

Par les pommes pourries d'Idunn. Devait-il donc leur brises tous les os pour qu'ils se taisent enfin ?
...

C'était une idée bonne à prendre.

*:
 




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mer 7 Sep 2016 - 12:07

Il avait écouté la réponse du plus jeune en défroissant son t-shirt, qui, dans le feu de l’action, était remonté en une succession de plis sur son ventre. Mais pour ne pas tirer sur les coutures, il repassait doucement dessus du revers de sa main gantée. Accessoirement, comme toute activité qui ne demandait aucune manifestation cérébrale, ce détail manuel l’aidait à réfléchir. Bien avant de venir, il avait déjà tracé un scénario au préalable, une vague ébauche d’événements probables en fonction du caractère supposé de son sujet d’observation. La question posée, il savait que c’était une question piège, à laquelle personne ne répondait jamais correctement, voulant se montrer bon et loyal plutôt que perspicace. Et Octave ne leur en tenait jamais rigueur, parce qu’on ne plaisantait pas entre Mangemorts, et encore moins avec le Seigneur des Ténèbres. Heureusement pour lui, il était d’un autre monde, légèrement parallèle, alors il pouvait se permettre des écarts pour le bien de la cause. Car en vérité il était compliqué de sonder un esprit simplement en l’observant agir, surtout en un si court lapse de temps. La discussion en revanche, donnait beaucoup plus de chances à l’erreur. Surtout pour ce Loikson, qui avait été à l’armée. La contenance physique n’avait rien de compliqué pour lui, très probablement, mais la parole était un tout autre terrain sur lequel l’armée ne faisait jamais particulièrement emphase. Après tout, il fallait simplement savoir obéir… D’ailleurs, dans ce domaine, le futur Mangemort semblait avoir des difficultés, selon ce que disaient ses rapports militaires. Alors Octave y avait tout de suite vu un fabuleux champ d’exploration jacassier. Il esquissa un sourire en enlevant une peluche de son poitrail, et regarda Loikson d’un air mi-figue mi-raisin.

« Oui, ça c’est le côté superficiel de la mission. »

Tranquillement, il rangea le bâtonnet du bonbon dans sa poche, l’ayant déjà généreusement mâchouillé au préalable, ce qui était une très mauvaise habitue à laquelle il mettait fin dès qu’il s’en rendait compte. Contournant les corps, il alla se saisir d’une grappe de raisin qui trônait au milieu de la table pour pallier aux éventuelles remontées acides, chose qui arrivait souvent lorsqu’on mastiquait sans rien avaler. Il en goba un, faisant dos à la pièce, le temps de savoir si le fruit, absolument pas de saison, était bon ou s’il allait devoir se choisir autre chose. Mais bon, bien qu’il ne soit pas particulièrement sucré ni juteux, Octave décida quand même de le garder, le raisin ayant un côté très casanier. Puis il se dirigea d’un pas mesuré vers sa sacoche, de laquelle il sortit d’une main une trousse dépliable à la taille conséquente et qui semblait particulièrement lourde. Il finit d’avaler une poigné de raisins avant de reprendre parole :

« Mais fondamentalement, la raison pour laquelle on est là, c’est pour toi, dit-il avant de se racler la gorge. Voir de quelle pâte tu es fait. Allons droit au but parce que plus j’essayerai d’être subtil, plus ça me prendra du temps. Et la subtilité en un tel instant de sert franchement pas à grand-chose. »

Il enjamba les corps tout en attrapant deux autres raisins du bout des dents avant de s’assoir en tailleur à l’opposé d’Aslak, suffisamment loin pour que le sang ne puisse pas l’atteindre. Bon, il était temps de passer aux choses sérieuses, de sonder les âmes et le corps avec minutie. La nuit était peut-être longue, mais s’il ne se bougeait pas plus rapidement, il allait perdre beaucoup trop de temps en préambules. Posant religieusement la trousse en cuir devant soi, il entreprit de défaire le nœud qui la maintenait fermée. Ce faisant, il releva la tête vers Aslak et poursuivit :

« J’aime bien tes oreilles, alors je vais te dire une chose : tes missions, tu ne les feras jamais pour les raisons pour lesquelles tu crois, ou qu’on te donne. Tu auras toujours des spectateurs, dans tout ce que tu feras pour les Mangemorts, tout comme tu seras leur spectateur à ton tour, un jour. Tu ne tueras jamais que pour venger, mais tueras toujours pour prouver quelque chose. Octave se tourna vers le couple allongé au sol : C’est pour ça que ce n’est jamais la peine de leur quémander de la compassion, vous n’êtes qu’un accessoire dans une grande représentation. Ils ne peuvent pas faire appel à leurs sentiments car ce qui les attend derrière c’est leur propre perte. Et il est bien connu que l’envie de vivre est souvent plus forte que la noblesse d’âme. »

Il était maintenant important qu’Aslak comprenne que cette mission n’était pas une exception, un rite de passage singulier qui était réservé aux nouvelles recrues ; cela allait être ainsi le reste de sa vie de Mangemort. Il y aura toujours quelqu’un pour l’observer, l’analyser et pointer du doigt si nécessaire. Plus jamais il ne serait en paix, même s’il n’avait rien à se reprocher en théorie. Dans un univers d’ambitions, le prétendu ami opportuniste se transformait en ennemi dès la première divergence d’intérêts. C’était aussi la sous-jacente mission d’Octave que de prévenir de ce genre de choses. La dynamique interne aux Mangemorts était très spécifique et les gens pouvaient facilement s’y perdre, même s’ils se trouvaient tout à fait aptes et dignes à rejoindre les rangs. Est perdu celui qui croit qu’il suffit d’obéir et d’être loyal… Octave envoya un autre raisin dans la bouche avant de dérouler la longue pochette au sol. Elle dévoila grand nombre de compartiments avec une multitude d’objets tout aussi communs qu’étranges. Trivialement, il y avait des scalpels et des couteaux de différentes tailles et avec diverses formes de lame : des dagues militaires, dont un Kukri, des couteaux de cuisine comme ceux de boucher. Et puis il y avait des choses un peu plus curieuses, comme du fil, de texture et d’épaisseur différente, et des aiguilles. Des bobines de fer ou des clous, des pinceaux à tatouage avec de l’encre, des flacons emplis de liquides indéfinissables, des instruments dentaires ou chirurgicaux, des pinces de forgeron, des aiguilles d’acuponcture, un carnet de feuilles séchées… Bref, tellement de choses. Octave aspira bruyamment l’air par les narines alors que les enfants s’étaient mis à frétiller devant l’éclat lustré des ustensiles.

« Bon, qu’est-ce que tu choisis ? »

Parce qu’il fallait absolument qu’Aslak choisisse quelque chose. Encore un test, encore une question pas anodine. Mais comme à chaque fois qu’on se retrouve devant un problème en apparence trop simple à résoudre, on cherche le sens caché de ce dernier, avec la peur ne pas comprendre exactement où l’examinateur veut en venir. Et ça aussi, c’était un test en soi. Simultanément, tout et rien était une épreuve. Chaque geste, chaque expression renseignait Octave sur la contenance de la personne qu’il avait en face et il n’en voyait pas l’intérêt de s’en cacher. Adressant un sourire entendu à Aslak, il attendait patiemment sa décision, avec un éclat d’impatience dans le regard. Celui qui disait que là encore, le futur Mangemort scellait un peu plus son destin. Il était tôt, et le brun ne faisait que commencer son voyage dans les méandres de l’esprit de son partenaire de jeu. Indéniablement, cela allait être une longue nuit, pour les Beauchamp certainement, mais pour Aslak encore plus…

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Jeu 8 Sep 2016 - 17:54





« De fil en aiguille  »


- Oui. Ça, c'est le côté superficiel de la mission.

Le norvégien aurait dû se sentir outré, insulté. Personne ne devait se moquer ainsi des œuvres des Mangemorts. Néanmoins, il ne le fit aucunement. Peut-être ne se sentait-il pas assez concerné. Non. C'était autre chose. Il avait bien saisit la raison des paroles de cet Octave. Certes, ce dernier n'était visiblement pas du côté du Lord Noir, servant juste d'intermédiaire dans le cadre de certaines missions particulières. Aussi ne s'énerva-t-il aucunement, se contentant de l'écouter et de le regarder se relever, effaçant les plis formés sur ces vêtements. Le nordique le regarda se déplacer vers la table garnie de nourritures en tout genre et piocha dans l'assiette creuse de raisin avant de se déplacer vers ce qui semblait être sacoche. Il gardait le silence, étudiant ses faits et gestes du regard, se demandant ce que son vis-à-vis escomptait faire. Allait-il participer. Non. Non. Bien sûr que non. Question idiote, voyons. Cette mission, ce test, était pour lui, l'ancien soldat.

-  Mais fondamentalement, la raison pour laquelle on est là, c’est pour toi. Voir de quelle pâte tu es fait. Allons droit au but parce que plus j’essayerai d’être subtil, plus ça me prendra du temps. Et la subtilité en un tel instant de sert franchement pas à grand-chose.

D'autant plus que le militaire n'appréciait guère la subtilité, la trouvant quelque peu hypocrite. Il préférait de loin la franchise. Même douloureuse, elle gardait au moins son honnêteté. Mais la société -moldue comme magique- semblait se complaire dans les non-dits, les murmures, l'hypocrisie. C'était à en vomir. Était-ce son expérience à l'armée que le faisait préférer la vérité au mensonge ou était-ce plutôt dû à ces années où il avait été forcé de dissimuler ce qu'il était réellement. Il ne le savait pas vraiment et il s'en fichait bien.Il sortit de ses pensées lorsqu'il vit le propre sur lui enjamber les deux adultes chouinant de désespoir et s'asseoir en tailleur à une distance respectable de tout ce liquide carmin. Octave prit un soin précautionneux à poser sa sacoche de cuir sur le sol et l'ouvrir. Il releva sa tête, poursuivant sa diatribe.

- J’aime bien tes oreilles, alors je vais te dire une chose : tes missions, tu ne les feras jamais pour les raisons pour lesquelles tu crois, ou qu’on te donne. Tu auras toujours des spectateurs, dans tout ce que tu feras pour les Mangemorts, tout comme tu seras leur spectateur à ton tour, un jour. Tu ne tueras jamais que pour venger, mais tueras toujours pour prouver quelque chose. C’est pour ça que ce n’est jamais la peine de leur quémander de la compassion, vous n’êtes qu’un accessoire dans une grande représentation. Ils ne peuvent pas faire appel à leurs sentiments car ce qui les attend derrière c’est leur propre perte. Et il est bien connu que l’envie de vivre est souvent plus forte que la noblesse d’âme.

Alsak recula d'un pas et fronça les sourcils lorsqu'il l'entendit parler de ses oreilles. Que, Hel, faisaient-elles dans cette conversation qui n'avait absolument rien d’humoristique. Il avait parfaitement conscience de leur grandeur ainsi que de leurs décollements assez prononcé, mais ce n'était pas une raison de s'en moquer. Pourtant, rien dans le ton, ni dans l'expression du dandy ne laissait transpercer la moquerie. Alors il avait du mal à saisir. Loikson avait été sujet à de très nombreux quolibets concernant ses esgourdes durant l'armée. C'était, d'ailleurs, en grande partie pour cela qu'il les dissimulait sous une masse chevelue, ne leur laissant aucune chance de se montrer et de permettre à des nodocéphales de s'en moquer une énième fois. C'est bon. il avait eu sa dose.

Le sorcier écouta néanmoins tout ce qu'Octave avait dire sans le couper une seule fois. Vraiment, il appréciait qu'il aille droit au but, ne tournant pas sept fois sa langue dans sa bouche. Il hocha plusieurs la tête, comprenant ses propos. A l'armée, c'était complètement  différend. Ils ne tuaient pas pour prouver quelque chose, pour paraître. Non. Lui et ses frères d'armes retiraient des vies pour supprimer des ennemis à la liberté, la sécurité et bien d'autres choses encore. Ici, le norvégien rejoignait ce qu'on l'avait forcé à combattre. Combien de fois était-il resté aux côtés d'un soldat agonisant afin qu'il ne meurt pas seul. Combien de fois avait-il battu en retraite pour secourir ses compagnons. Maintenant, ce ne sera que de l'égoïsme pur et dur. Du chacun pour soi. Tant mieux, peut-être, l'ancien élève de Durmstrang avait toujours préféré la solitude à la bruyante compagnie. Même si, dans le cas présent, celle de cet anglais ne le dérangeait aucunement.

Puis, avec un œil curieux et intéressé, la bouche toujours close, il le vit ouvrir enfin sa sacoche, dévoilant une ribambelle d'arme blanche de toute sorte et de toute taille. Mais que faisait-il à se trimbaler ceci avec lui. Serait-ce un tueur, un espion. Non. Non. Une nouvelle fois, non. 'Suffit la stupide paranoïa, hein. Certes, il avait du apprendre à se méfier de tout et de n'importe quoi -et de n'importe qui-, mais il ne fallait pas exagérer, tout de même. Regardant plus en détail, il découvrit qu'il n'y avait pas que des couteaux et il ne cacha pas un regard prudent à l'homme assit.

- Bon. Qu'est-ce que tu choisis ?

Encore une épreuve et, cette fois, l'ancien démineur n'avait pas le droit à l'erreur. Octave semblait être quelqu'un de plutôt coulant et de compréhensif, mais peut-être n'était qu'un apparence qu'il se donnait pour faire baisser sa garde. Alors Aslak prit le temps de bien le temps d'étudier tout ce que cette étrange sacoche regorgeait. Les idées fusaient -il ne fallait pas croire qu'on ne parlait que femmes et retour au bercail à la guerre- il avait bien envie d'essayer quelque chose dont l'un de ses frères d'armes leur avait raconté avant le couvre-feu obligatoire. Pas de gestes tremblants et encore moins hésitants. Avec des gestes précautionneux, il sortit les aiguilles d'acupuncture et... un coup d'oeil malsain vers Odo qui frémit de terreur. Loikson posa doucement les objets avant de se saisir sa baguette et de la diriger vers le patriarche, le forçant à s'asseoir, à regarder. Il voulait se débattre, sauver sa femme, mais c'était une chose vaine, bien évidemment.

L'épouse, quant à elle, sanglotait. Elle avait compris qu'elle souffrirait et se montrer forte pour rassurer ses enfants était dorénavant bien au-dessus de ses forces. Elle ne chercha pas à se défaire de l'emprise de son bourreau lorsque ce dernier s'empara durement de sa  main ainsi que d'une aiguille. Elle cria seulement de douleur lorsque la pointe s'enfonça entre l'ongle et sa chair. Le militaire restait concentré, mais laissa tout de même sa curiosité parler, préférant la langue russe à celle anglaise. Il avait encore du mal à bien prononcer les mots. Celle nordique était bien plus aisée pour lui.

- Ты всегда вокруг с этим материалом с вами или Рождество атмосфера сделали вы хотите взять его с собой ?*

C'était une façon de couvrir les cris, de faire la conversation. De rester calme. Les hurlements de la mère commençait vraiment à l'agacer et il mourrait d'envie de planter une bonne dose d'aiguille dans sa gorge pour qu'elle se taise enfin. Mais ce n'était définitivement pas une bonne idée, alors se garda-t-il de le faire. C'était une façon aussi de tenter de connaître cet étrange individu qui le guidait et le conseillait de manière totalement détachée.

Cette fois, ce fut sa langue natale qui fusa hors de sa bouche tandis qu'il attaquait le majeur la matriarche, proprement énervé par ses geignements à n'en plus finir.

- Ved Heimdall, er derfor ikke i stand til å stenge, denne dama ?!
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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Ven 9 Sep 2016 - 22:18

Mâchouillant une dernière poignée de raisins, Octave se laissa aller sur ses pattes, vaguement tendues dans son dos et prenant appui sur le sol de mains en étoile de mer. Son regard se baladait sur la silhouette du futur Mangemort, tout vêtu de noir, glissant le long des courbes de ses mains et de son visage, uniques parties de son anatomie à contraster avec son habit de moine. Encore un corbeau. De ceux que Poe ou Lovecraft auraient pu aisément décrire dans l’un de leurs romans. A la lumière de cette pièce si joyeusement éclairée de lampions multicolores, Aslak ressemblait à une faucheuse personnifiée, tout en longueur et pâleur, ce qui représentait un indéniable avantage dans sa fonction de dévoreur de mort. Sous son regard entendu, Aslak finit par opter pour les aiguilles d’acuponcture, tirant un ronronnement de contentement de la gorge d’Octave. Ca lui plaisait, c’était quelque chose de fin et de délicat qui ne faisait quasiment jamais saigner, mais seulement fallait-il bien viser pour toucher un nerf de cette pointe quasiment imperceptible tant elle fut fine. Il regarda d’un œil serein le jeune homme faire sa propre mise en scène, relevant le père et se saisissant des doigts de la mère pour enfoncer les aiguilles sous ses ongles manucurés. Des cris, des sanglots et beaucoup de gémissements provenaient de nombreuses bouches et en de teintes si différentes qu’on aurait pu croire l’espace d’un instant à un concert a cappella. L’armée… Octave avait déjà vu ça lors de sa formation au Mossad ; encore une variante des esquilles chinoises. La torture, en voilà une chose qui ne connaissait aucune barrière populiste, un peu comme les armes.

Il ne répondit pas tout de suite à la question d’Aslak, se laissant hypnotiser par les crispations de douleur des différents membres de la famille, qui revêtaient chacun une nuance différente. Pour le père, c’était une souffrance colérique et impuissante, les enfants reflétaient l’inquiétude et le désespoir le plus vindicatif, alors que la mère se laissait aller à la douleur primaire, celle qui ne voulait rien dire d’autre que la tourmente. Il finit néanmoins par revenir à son acolyte alors que ce-dernier s’énervait dans une énième langue en laquelle Octave n’avait malheureusement que de très vagues notions. Finlandais ? Non, non, « derfor » était du Norvégien. Il se contenta de lui adresser un sourire poli en réponse, camouflant si bien la satisfaction qu’il éprouvait à le voir faire la conversation. Il ressentait toujours une sensation de victoire lorsque les gens, qui refusaient au départ à adresser une parole, se murant dans le mutisme, finissaient par lui poser des questions mues par rien d’autre que la curiosité des plus charmantes. Une humble consécration dans un monde de goujat reniant l’art ancestral du papotage. Et Octave ne pouvait décemment pas en ignorer l’importance puisque quasiment l’intégralité de ses conquêtes, il les devait au blabla. Raison pour laquelle il ne releva pas tout de suite la question, préférant laisser l’autre languir de n’entendre que du silence de sa part, histoire de l’intriguer un peu plus. Alors il abaissa légèrement ses paupières pour donner à son regard une pointe de mystère, comme il savait si bien le faire.

« Il est indéniable que Noël me rende tout jouasse. Mais en vérité, je prends cette sacoche avec moi à chaque fois que je travaille. »*

Une demi-réponse, de quoi éventuellement susciter encore plus d’intérêt. Mais à quoi bon ce maudit sac ? Pourquoi tant d’accessoires comme s’il avait l’intention d’endosser un rôle de cuisinier, de couturier et de chirurgie en même temps ? Un collectionneur récidiviste… Un ornement particulier pour semer la terreur ? Ou comme dirait l’autre, juste pour faire poser des questions. En tout cas, ça semblait marcher puisque Aslak lui parlait. Octave pencha sa tête d’un air badin en observant le Mangemort en devenir et esquissa un sourire singulièrement indéchiffrable, qui semblait empli de sous-entendus sanguinolents. Il resta ainsi pendant un long moment, sans broncher, caressant du regard tantôt les enfants, tantôt les parents, et souvent Aslak lui-même, qui œuvrait à sa tâche comme le bon militaire qu’il était.  Le détachement était tout un art… un voile qui vous couvrait l’œil et l’esprit de sorte à vous rendre parfaitement imperméable au monde qui vous entoure. Et alors plus rien n’a d’importance que ce à quoi vous concédez à en prêter. Il était exaspérant de voir à quel point Octave fut influencé par sa mère lors de sa jeunesse, parfois même à son insu. Mais aujourd’hui il constatait avec volupté qu’il avait largement dépassé sa Reine Mère. Elle serait indéniablement fière de lui en cet instant précis.

Sans transitions, Octave se releva d’un geste souple, faisant mine de se diriger vers les enfants, qui se trouvaient maintenant dans le dos d’Aslak. Et effectivement, il les toisa du haut de son hégémonie naturelle, pensant qu’il était peut-être temps de leur enlever les baillons, pour plus d’amusement. Mais plus tard, plus tard… En attendant, il se retourna lentement vers l’apprenti sataniste et se pencha, de sorte à ce que s’il lui prenait l’envie de retourner le visage, il se trouverait nez à nez avec celui d’Octave. Un léger sourire folâtre flottant sur les lèvres sanguines, il dégagea du bout des doigts les mèches de cheveux noirs du jeune homme et les fit passer derrière sa grande oreille.

« Ne fais donc pas cette tête Aslak, j’aime bien tes oreilles. Et ne te fatigue pas à avoir des complexes, c’est banal. Surtout qu’à vouloir éviter un défaut, l’on se jette souvent dans le défaut contraire. C’est un mal minime, alors plus tu le cacheras, plus on le remarquera et plus on s’en moquera. Mets la gêne de côté et il n’y aura plus personne pour s’en gausser… »*

Avait-il susurré du bout des lèvres juste au-dessus de l’oreille d’Aslak avant de se redresser et de le regarder, les paupières mi-closes dans une expression d’oisiveté lascive. Il avait prononcé son prénom dans un simple et bête esprit de furtive domination. Lui montrer que malgré le fait qu’il ne se soit pas présenté, Octave le connaissait déjà un peu. Et puis au moins maintenant ils étaient sur un pied d’égalité.

« Nos esprits ont déjà assez de défauts comme cela pour qu’on ait le luxe de se permettre d’avoir honte d’une spécificité physique. »*

Puis il se retourna vivement vers les enfants et leur retira d’un geste expert les baillons. Libérés et la mâchoire douloureuse, aucun n’osa parler et ils se contentaient de renifler bruyamment alors que la morve leur coulait du nez. Avec toujours le même flegme qui se manifestait en Octave sous la forme d’un sourire bienveillant, il vint s’agenouiller entre les deux marmots, toujours assis sur leurs chaises, de sorte à avoir la même vue qu’eux. Il regarda un instant, contemplant un Aslak méthodique maintenir en tenaille les mains de la mère et leur père, rigidement adossé au mur, la haine au visage. Le parfait spectacle de l’impuissance parentale. Il se tourna alors vers l’un des gosses, puis vers l’autre, pour capteur leur attention.

« Pourquoi croyez-vous qu’on fasse çela, les enfants, hein ? » demanda-t-il sur le parfait ton de prof de maternelle. Le silence se fit, entrecoupé de gémissements humides.
« Ne pas répondre, ce n’est pas très poli. » susurra-t-il mielleusement.
« On attend des invités » intervint le garçon avec une peureuse défiance.
« Ah oui ? C’est parfait, le spectacle n’en sera que plus long. En attendant je n’ai toujours pas de réponse. » Rétorqua-t-il d’un ton contrit avant que la petite fille ne se manifeste :
«  Parce que papa a… il a… Il n’a pas obéir. »
« Oui ! Mais on dit « obéit » ma chérie. Et le plus juste serait de dire qu’il a résisté. Bon, qu’est-ce que cette histoire nous-apprends-t-elle ? Mhhh ? Que dans la vie, il y a des conséquences à tout, tôt ou tard. Alors Sire Beauchamp, récoltez ce que vous avez semé avec dignité et cessez de vous humilier avec cette pitoyable mine déconfite. »


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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Lun 12 Sep 2016 - 16:04





« Les mots sortent d'eux-mêmes  »


Il prenait du temps à lui répondre, mais ce n'était pas bien grave. Tout concentré que le militaire l'était dans sa tâche, cela ne lui posait donc aucun problème à ce qu'il garde le silence. Prenant en main l'auriculaire, il enfonça une aiguille tout en réfléchissant sereinement à ce qu'il était en train de faire. La torture. C'était une des seules choses qu'il n'avait pas encore commises avant ce soir. Interrogé un prisonnier était assez aisé -enfin, pas dans son cas- mais supporter la douleur peinte sur le visage et dans les voix des victimes, c'était d'un tout autre niveau. Est-ce que le norvégien supporterait ce genre de chose ? Il se surprit à penser que, oui, faire souffrir autrui ne le dérangerai aucunement et ne lui ferait faire aucun cauchemar. Non, vraiment. Ce n'était que trois fois rien.

-  Il est indéniable que Noël me rende tout jouasse. Mais en vérité, je prends cette sacoche avec moi à chaque fois que je travaille, répondit-il en russe.

Décision commune et silencieuse. Le nordique ne savait pas trop pourquoi ils parlaient tous deux en cette langue. Après tout, il n'y avait absolument rien d'important dans votre conversation. Pas de secret. Juste un jeu de questions et de réponses. Mais bon, pour la part du militaire, il pouvait dire que l'anglais n'était pas sa langue natale et ne l'ayant que très peu parlé, il éprouvé quelques difficulté à le parler sans trop cracher sur la langue shakespearienne. Dans le sien, il ne le savait trop guère.

Cette demi-réponse teintée de mystère titilla quelque peu la curiosité du bourreau qui arqua seulement un sourcil, se débattant sans aucune difficulté contre la matriarche qui refusait de lui donner son autre main. Celle qu'elle utilisait dans la vie de tous les jours, sans doute. du coin de l'oeil, il vit Octave esquisser un sourire badin, mais dont on pouvait deviner de véritables raisons plus malsaines, macabres. Ainsi donc, cet homme plein de finesse et au bon Verbe était également capable de grande cruauté et de sadisme. Loikson sentit plus que ne distingua son collègue d'un soir se relever prestement afin de se déplacer sans doute pour aller tailler un brin de causette aux marmots qui pleuraient, demandant sans cesse à ce qu'ils laissent leurs parents tranquille. Mais bien sûr. Une fois que l'ancien soldat aura terminé son travail. Pas avant.

Surprit, le norvégien stoppa tous ses gestes tandis qu'Octave ramena ses mèches derrière son oreilles, susurrant doucement à seulement quelques rares centimètres de lui.

- Ne fais donc pas cette tête Aslak, j’aime bien tes oreilles. Et ne te fatigue pas à avoir des complexes, c’est banal. Surtout qu’à vouloir éviter un défaut, l’on se jette souvent dans le défaut contraire. C’est un mal minime, alors plus tu le cacheras, plus on le remarquera et plus on s’en moquera. Mets la gêne de côté et il n’y aura plus personne pour s’en gausser…
- Вы хороши единственный*, grogna-t-il toujours dans cette langue tsarine.

L'ancien démineur ne se braqua pourtant pas lorsque son prénom fut prononcé. Le dandy semblait bien plus en savoir qu'il ne voulait le paraître.

- Nos esprits ont déjà assez de défauts comme cela pour qu’on ait le luxe de se permettre d’avoir honte d’une spécificité physique.
- Я не стыжусь там. Я не только хочу давать наиболее небольшие возможности других чтобы смеяться в мне.**

Le nordique se crispa de tous ses muscles, plantant plus violemment une aiguille dans la chair de la femme qui se mit à convulser de douleur plus fortement. Mais il ne se préoccupait absolument pas de cela. Non. Ses lèvres pincées démontraient son agacement. Voilà qu'il se mettait carrément à se confier à ce parfait inconnu qui avait pourtant l'air de savoir pas mal de chose à son sujet. Pourquoi lui parler de choses qu'il préférait habituellement garder pour lui seul. Pourquoi ce relâchement. Aslak fronça les sourcils. Il n'aimait guère cette situation. Celle où les gens ordinaires finissaient par pleurer sur l'épaule de l'autre tout en contant ses malheurs. A celui qui souffrirait le plus. Non, ce n'était véritablement pas son truc.

Fort heureusement pour le norvégien, l'anglais se détourna rapidement de lui pour entièrement se consacrer aux enfants, sûrement en train de trembloter de terreur. Il avait d'ailleurs envie de ricaner à la leçon faites pour cet Odo qui était tiraillé entre douleur, désespoir et rage vaine. Le militaire, lui, n'avait rien à dire, mais cela ne le dérangeait aucunement de ne pas être le cerveau de la soirée.

Enfin, la torture de l'aiguille s'acheva et le sorcier délaissa les mains torturées de la femme sanglotante. Son regard sombre se tourna vers la sacoche de cuir encore ouverte et tomba sur les pinceaux à tatouages. Non. Pas tout de suite. Il lui fallait trouver une autre idée qui durerait. Dommage qu'il n'y avait pas de taser. Il se serait bien amusé. A la place, l'homme entièrement vêtu de noir se releva, profitant pour relever ses manches, se mettant un peu plus à l'aise, faisant ainsi découvrir son poignet gauche encore vierge ainsi qu'une grande partie de son tatouage à son avant-bras droit. Il s'approcha de Beauchamp jusqu'à s'accroupir devant lui, parlant, cette fois, dans un anglais aux "r" toujours roulant.

- Alors, monsieur Beauchamp. Cela va être au tour de qui ? Votre fille ou votre fils. Je vous laisse choisir avant que je ne le fasse moi-même.
- Pitié...
- Vous croyez vraiment m'attendrir avec vos simagrées ? Je n'ai que faire de vous et de votre famille. Alors. La fille ou le garçon ? Dites-moi.

Oui.
Dites-le-lui.

*:
 
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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mer 14 Sep 2016 - 18:00

Il était bien le seul… en même temps, il était le seul pour tant de choses. Peut-être était-ce dû à son entourage particulier, mais ses goûts ne s’accordaient qu’en de très rares occasions avec ceux de ses acolytes de travail. Dans son milieu, ils n’étaient après tout pas réputés pour la finesse de leur réflexion ni la délicatesse de leurs manières, préférant se distinguer par la plus grosse veine sur un pectoraux saillant, le calibre de balle le plus impressionnant, le degré de violence, la créativité dans la torture, la bagnole avec le plus de LED… Du superficiel nécessaire, en somme. Alors forcément, les oreilles décollées à la Dumbo, ça n’avait rien d’impressionnant. A moins d’en défigurer une un bon coup, pour la transformer en trophée de guerre. Mais en attendant, ça ne faisait que prêter un côté légèrement candide au personnage, particulièrement lorsqu’il était en train de faire souffrir une dame avec flegme. Quelque chose ne collait pas et on finissait par rentrer dans un comique de situation, qui aurait été complètement déplacé aux yeux d’un mortel lambda, mais qui prenait de l’ampleur devant un public aux nerfs d’aciers et qui riaient de la moindre disgrâce physique. Quant à Octave, cette contradiction entre l’apparence et les intentions, il la trouvait charmante. C’était une originalité singulière, pas désagréable à l’œil pour un sous. Mais quand on préfère voir le sang couler sur béton que dans les veines, il était normal que l’on n’ait pas le temps d’apprécier ce genre de délicatesses. Il se fit alors la réflexion qu’Aslak n’avait pas dû connaître grand-chose d’autre que la brutalité.

Bien entendu, Aslak enchaina sur une négation à laquelle Octave n’eut d’autre choix que de répondre par un soupir compatissant. Il était étonnant pour un tel homme que lui de ne pas avoir encore saisi les fines nuances de ce monde régi par les lois du mâle alpha. On pourrait aisément croire que tout cela était primitif et barbare, mais en réalité le jeu du pouvoir avait toujours demandé une adresse insoupçonnée de la part de ses participants et il n’y avait que le plus habile et subtil stratège pour rêver monter au sommet de la tour de domination. Les muscles et le fric n’étaient finalement que du superflu. Octave se gratta un sourcil du bout de l’ongle, en profitant pour lui redonner forme alors qu’il réfléchissait au meilleur plateau pour servir joliment son propos.

« N’ai pas honte de montrer ce qui ne représente aucun embarras alors… Parce que c’est ce à quoi ça ressemble quand tu passes ton temps à essayer de le cacher pour éviter les problèmes. Réveille-toi, tu es entouré de gens assoiffés de pouvoir qui attendent le moindre signe de faiblesse pour en profiter. »*

C’était bien le genre de choses sur lesquelles Octave pouvait se permettre d’être bavard : des conseils pratiques, n’ayant pour ainsi dire aucun rapport avec la fonction que s’apprêtait à embrasser Aslak. N’avait-il donc pas appris à l’armée que plus on essayait de voiler quelque chose de manifestement apparent, plus on attirait le regard, comme un phare en plein milieu de la nuit. Dès lors qu’un homme a honte de quelque chose, il devient pitoyable pour les autres qui sentent la pitié qu’il nourrit pour soi-même. Et il n’y a que les faibles pour se complaire d’une telle situation sans jamais chercher à en sortir.

« Si tu es assez doué, tu parviendras à cacher ce que bon te semblera : une fausse allégeance, un mensonge ou un trait de caractère désavantageux… mais pas tes anses de papillon. Dans le domaine que tu vises, tu as un potentiel certain, et il serait dommage qu’il soit gâché par si peu. »*

Il n’avait pas dit ça d’une voix rude, mais suffisamment ferme pour faire comprendre qu’il ne parlait pas là à la légère. Pas qu’Octave se sente responsable à présent de la réussite d’Aslak, poussé par la force des choses à le voir comme une sorte d’élève en train de passer un examen pour lequel il l’avait préparé. Non, il était simplement exaspéré de voir moult personnes échouer pour des broutilles qu’elles avaient l’absolu pouvoir de changer, mais n’en faisaient rien pour des raisons parfois obscures. C’était comme rater un devoir sur table pour une virgule mal placée, tracée par manque de rigueur. Inévitablement, ça l’agaçait, lui qui se targuait d’être lucide sur tout.

Mais voilà que le jeunot, déjà passablement irrité pour des raisons qu’Octave ne pouvait que deviner avec une justesse toute relative, se désintéressa de la femme et revint à la sacoche qui était restée déroulée au sol, tel un macabre tableau avertissant que ce n’était que le début des possibilités. Contraste parfait d’intérêt curieux par rapport aux enfants terrifiés, le brun observait son partenaire de jeu hésiter devant un si large choix comme une ménagère incapable de savoir si elle préférait la lessive liquide ou en poudre. Cette comparaison lui arracha un léger rire tellement l’expression du visage du futur Mangemort était en tout point identique à celui d’une parfaite femme au foyer. Comme quoi, l’hésitation revêtait le même air, qu’il s’agisse de produits ménagers ou d’outil de torture. Mais Octave concédait bien que c’était un choix difficile. La lessive en poudre lavait mieux que la liquide, mais il fallait en verser quatre fois plus, ce qui n’était franchement pas très économe… Finalement, Aslak se releva sans rien entre les mains mais avec un joli tatouage sur le bras qu’Octave ne manqua pas de ranger dans un coin de son esprit dans les sujets à éventuellement aborder. Tiens donc, il était maintenant d’humeur bavarde ? Inspiré peut-être ? Octave pencha la tête sur le côté, l’écoutant parler et ne sachant trop comment apprécier cette initiative : comme du bête mimétisme ou comme une envolée lyrique personnelle ? Car c’était là, mine de rien, un point intéressant à soulever. Mais plus tard, plus tard, le temps nous le dira. Avant qu’aucun des parents n’ait pu répondre, Octave se redressa et rétorqua d’un ton vaguement timoré :

« T’es sûr qu’on peut faire ça ? Je veux dire, toucher aux enfants ? Ils n’ont rien avoir avec les fautes commises par leurs parents, il me semble… d’autant qu’ils auront tout le temps de faire les leurs, avec ce que tu leur fais vivre. »

Il passa une main exagérément compatissante dans les cheveux de la petite fille, lui remettant quelques mèches folles en place sous les yeux de sa mère qui avait poussé un long gémissement tremblotant, les doigts toujours figés dans un spasme crispé. Encore un test, ou une question sincère ?

« Je ne me rappelle plus de ce que notre commanditaire a dit à ce sujet… On peut ? Ca me permettrait de diversifier enfin ma technique, je n’ai pas souvent eu affaire à des enfants… Oh, attends, attends ! »

S’exalta-t-il soudain avec un sourire des plus lumineux alors qu’à priori une idée merveilleuse effleurait son esprit. Il s’agenouilla précautionneusement cette fois devant les enfants, faisant dos aux parents et au futur Mangemort pour mieux capter l’attention de leur progéniture. De son air exagérément sérieux teinté d’une bienveillance mielleuse, il baissa d’abord les yeux, faisant mine de réfléchir en traçant des arabesques du bout du doigt sur le genou de la petite fille. Puis, il regarda chaque enfant à tour de rôle droit dans les yeux et demanda :

« Lequel de vos parents aimez-vous le plus ? Attention, vous allez devoir vous mettre d’accords… Et celui que vous aimez le moins… eh bien, vous n’aurez peut-être plus à l’aimer du tout. »

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Lun 19 Sep 2016 - 18:27





« Menons ensemble la danse  »


Très franchement, comment continuer à avoir honte de ses oreilles décollées alors qu'il avait passé une majorité de sa vie avec des cheveux ne dépassant pas les deux millimètres. Non. Vraiment, vers la fin de sa carrière, il n'y avait plus que les imbéciles pour se moquer encore de cette partie de son corps. Il n'aimait pas qu'on s'en moque sans pour autant en avoir honte. Qui aimait qu'on se paie sa tête, de toute manière. Alors pour faire tous ces idiots à la capacité intellectuelle frisant celui de l'huître, et pour un point de vue totalement esthétique, le norvégien s'était laissé poussé les cheveux. Cela lui allait bien mieux longs que courts. Réellement. De toute façon, lesdits quistres avaient goûté à son impulsivité à chaque moquerie, faisant ainsi taire les langues railleuses.

- N’ai pas honte de montrer ce qui ne représente aucun embarras alors… Parce que c’est ce à quoi ça ressemble quand tu passes ton temps à essayer de le cacher pour éviter les problèmes. Réveille-toi, tu es entouré de gens assoiffés de pouvoir qui attendent le moindre signe de faiblesse pour en profiter.

Le militaire ne répondit aucunement à cela. Il savait que ces propos n'avaient aucunement pour but de le vexer. Et puis, il y avait un réel fond de vérité dans ses paroles, prêtant à la réflexion. Il l'avait bien vu lors de ses années de services. Une femme vêtue d'une burqa n'était pas forcément innocente, pareillement qu'un enfant seulement âgé de huit ans. On leur donnait une image de faiblesse, de victime et ils en avaient conscience, en profitant allègrement. Il en était de même pour les carcasses de voitures abandonnées dans la rue à cause des conflits régissant encore le pays. Même un simple passant feintant la fuite pouvait se révéler être un kamikaze. L'ancien soldat avait fini par apprendre qu'un piège pouvait en cacher un autre. Oui. Exactement comme les trains. Ainsi, la vigilance devait être constante. La tension était toujours présente, même pendant le sommeil. Surtout pendant ce court laps de temps de repos.

- Si tu es assez doué, tu parviendras à cacher ce que bon te semblera : une fausse allégeance, un mensonge ou un trait de caractère désavantageux… mais pas tes anses de papillon. Dans le domaine que tu vises, tu as un potentiel certain, et il serait dommage qu’il soit gâché par si peu.

Le sorcier ne savait pas, ne comprenait pas pourquoi Octave lui expliquait tout ceci, le conseillait. N'était-il qu'un simple spectateur ou un enseignant souhaitant voir son élève dépasser ses craintes et ses hésitations. Il ne saurait le dire. L'ancien démineur émit un ricanement d'amusement pour le terme "anses de papillon". Celle-là, on ne le lui avait pas encore sorti. Quant au potentiel, il n'en doutait pas vraiment. Ce n'est pas de l'orgueil et encore moins de la condescendance, mais avec son expérience de la guerre et de la mort, il était certain qu'il valait plus que les autres aspirants qui n'avaient jamais eu à retirer des vies. Du moins, le pensait-il ainsi.

Mais pour l'heure, il préférait attendre la réponse du paternel qui tardait à venir avant d'être coupé par celle du dandy, apparemment choqué de ta question.

- T’es sûr qu’on peut faire ça ? Je veux dire, toucher aux enfants ? Ils n’ont rien avoir avec les fautes commises par leurs parents, il me semble… d’autant qu’ils auront tout le temps de faire les leurs, avec ce que tu leur fais vivre.

Aslak fronça les sourcils et pinça ses lèvres. Oui, bien sûr qu'il savait déjà tout ceci et il n'avait aucunement prévu de s'en prendre aux enfants. Du moins, pas physiquement. Ce n'était pas son but.

- Je ne me rappelle plus de ce que notre commanditaire a dit à ce sujet… On peut ? Ça me permettrait de diversifier enfin ma technique, je n’ai pas souvent eu affaire à des enfants… Oh, attends, attends !

Loikson arqua un sourcil et se redressa, se retournant vers le britannique qui n'avait de cesse de valser entre les conseils moraux, la pitié et l'exaltation cruelle. Vraiment. Ce type était très difficile à comprendre et à cerner. Mais, après tout, il le laissa faire. Ils avait le temps. Toute la nuit. Le jeune homme avait eu dans l'idée de menacer un des enfants afin de rendre les parents fou de terreurs, surtout le patriarche, sans pour autant blesser le gosse, mais bon. Visiblement, l'anglais avait envie de participer.

Tant mieux.
Dans un certain sens.

- Lequel de vos parents aimez-vous le plus ? Attention, vous allez devoir vous mettre d’accords… Et celui que vous aimez le moins… eh bien, vous n’aurez peut-être plus à l’aimer du tout.

Les ouailles du norvégien se firent plus intéressés après avoir entendu les phrases d'Octave. De contrarié, il était immédiatement passé à celui de curieux. Il entendit les deux enfants continuer de sangloter, visiblement tiraillés par ce choix cornélien. Est-ce que ce fut à cause de ce spectacle horrifique de leur mère hurlant de douleur ou par le sang tachant encore le sol, à moins que cela fut par le sentiment de protection que le géniteur n'arrivait jamais totalement à égaler. Le fait était que les deux enfants gémir leur mère, réclamant réconfort et asile dans cette nuit cauchemardesque qu'était le réveillon de Noël.

- Maman... appelèrent-ils encore.
- Ne faites rien à mes enfants, supplia une nouvelle fois Beauchamp.

Loikson le fit taire d'un violent coup de pied au visage, le faisant cracher du sang et hoqueter de douleur. Ce n'est vraiment pas le moment de parler, de supplier comme la larve qu'il était. Le nordique voulait savoir, comprendre, l'idée d'Octave. C'est pour cela qu'il ne pipait mot depuis le début, le laissant agir à sa guise, aller jusqu'au bout de son idée. Après tout, il serait dommage qu'Aslak soit le seul à s'amuser durant cette soirée chrétienne. En attendant, il se dirigea vers la table, grignotant quelques fruits avant de se servir un verre de vin. Un coup d'oeil vers la bouteille afin d'en connaître le nom. L'étiquette du prix était également affiché dessus. Un rictus amusé. Château Ausone de St Émilion. Excellent millésime, apparemment.

Décidément.
On ne se refusait rien.




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mer 21 Sep 2016 - 5:39

Aslak sembla contrit, avec ses lèvres pincées en un fin fil blanc de pression et ses sourcils arqués en une courbe concave étonnamment fluide. Et il y avait de quoi, finalement. Aslak ne se rendit visiblement pas compte sur le moment qu’Octave savait et que ce n’était que du jeu d’acteur. Il y avait presque de quoi se vexer, il avait quand même bien exagéré le ton, rendant sa voix légèrement fluette, accentuant le trait sceptique et préoccupé de son visage, tout ceci accompagné d’une gestuelle grossièrement didactique. Mais non, Aslak y était aveugle comme un artiste pouvait être totalement insensible aux sciences. Les signaux de fumée n’avaient manifestement pas suffi, bien qu’il se soit activé à faire la danse avec un tapis pour ponctuer les émanations ardentes. Aucun effet, Aslak soulevait un sourcil interrogateur, trop rigide pour se prêter au jeu. Il était cependant certain qu’Octave n’était pas toujours évident à suivre tant un monde à part entière tournait en permanence à l’intérieur de sa tête, l’emmenant bien plus loin que la situation ne le permettait réellement. Alors il mit de côté l’exaspération qui lui parut exagérée, elle aussi, pour simplement attendre que la lumière se fasse à tous les étages. D’ailleurs, après avoir posé sa question aux enfants, il finit par se retourner à moitié pour voir du coin de l’œil si son acolyte parvenait à suivre. Ce qui sembla être le cas, car le pâlichon semblât être soudain intéressé par la tournure que prenait la situation. Acceptait-il donc cet état des choses où ils allaient finalement être à deux à s’éclater ? Après tout, plus on est nombreux, mieux c’est, non ? Quoi qu’il en soit, il était parvenu, une fois de plus, à capter son intérêt.

- Maman...

Ah, maman donc, comme ce n’était pas étonnant. Toujours maman. A se demander d’où venait ce lien particulier qui liait de manière exclusive la mère à sa progéniture. Le père semblait toujours légèrement mis de côté, pareille à une ultime pièce rapportée. Cette situation, Octave l’avait connue intimement avec une mère si présente qu’il avait rêvé ne refaire plus qu’un avec elle, revenir dans son ventre et raccrocher le cordon ombilical, redevenir une part d’elle pour qu’enfin elle soit contente. Aussi détestable qu’elle puisse être, il l’avait vénérée depuis qu’il était petit pour les quelques qualités qui lui aspiraient admiration. Etait-ce finalement parce que c’était sa mère, ou parce qu’elle était une femme avec des facettes véritablement remarquables ? Il se demanda vaguement s’il aurait pu nourrir un jour sentiment identique pour un père ? A voir ces enfants quémander leur mère, la réponse était manifestement non. L’on avait tous un lien d’une intensité insoupçonnée avec notre mère, qui se révélait en des moments de pareille détresse. Etrange, car finalement celui qui était le plus apte à les défendre physiquement semblait être le père. Peut-être comptaient-ils sur une plus grande force morale de la part de la matriarche ? Puisque, dans la nature, les mâles étaient capables de dévorer la progéniture d’un autre pour engendrer sereinement la sienne. Etait-ce dans les gênes ? Cela le ferait bien chier d’avoir autant souffert des chantages affectifs de sa mère seulement pour une bête question de gênes. La prédisposition… Quoi de pire pour se sentir victime. Bref, alors qu’Octave s’apprêtait à sortir une pique, le père gémit dans son dos.

- Ne faites rien à mes enfants.

Ce à quoi, Aslak, en bon militaire qu’il était, s’en chargea immédiatement, sans même essayer de faire durer le plaisir. Les lamentations, ça faisait partie du spectacle ! Ca avait même souvent plus d’effet que la violence physique elle-même. Ce n’était pas pour rien que la torture la plus redoutée fut la privation de sommeil. Mais Octave n’avait pas eu le temps de réagir que le futur Mangemort avait envoyé sa botte donner un baiser au visage de Beauchamp et le brun se contenta de serrer les dents dans un air de désapprobation. Il se rattrapa néanmoins bien vite avant que quiconque ait pu le voir, reprenant ses grands airs de fausse compassion. Il se redressa et alla rejoindre Aslak qui avait étonnamment décidé de prendre ses aises. Alors, on se détend mon pti’ ? On profite enfin un peu de la vie, avec un verre de vin en plus ! On n’a pas peur de l’ivresse, dites-moi…  Octave le lorgna discrètement profiter de ces denrées festives, amusé de le voir un peu plus serein que tout à l’heure. Après tout c’était son métier que de détendre l’atmosphère, prouver qu’il y avait toujours une solution à tout. Il s’autorisa un vague rictus satisfait pendant qu’Aslak était occupé à observer le prix de la bouteille. Puis il se saisit d’une serviette en tissus qui trainait sur la table, la plus propre qu’il ait trouvé, avant de s’agenouiller aux côtés du pauvre Odo qui, sous la force du coup, s’était renversé sur le côté et se tenait maintenant le nez qui pissait à nouveau le sang.

« Allé mon brave, on se relève. A défaut d’accepter son destin debout, faites-le au moins en étant assis. »

Il passa ses bras sous les aisselles de l’homme et l’aida à s’adosser au mur, comme tout à l’heure. Puis il plia la serviette précédemment récupérée et essuya délicatement son visage, recouvert de larmes, de sang et même d’un peu de morve. L’homme tenta de se débattre mollement au début, mais finit par fatalement laisser tomber ses mains le long de son corps, visiblement épuisé par cette lutte plus émotionnelle que physique. Il était visiblement sur le point de se mettre à pleurer. Octave l’observa tout en finissant de nettoyer son nez avec une douceur toute considérée, avant de se redresser et contempler son œuvre. Pas un chef-d’œuvre, mais il était déjà plus présentable.

« Voilà, on y voit déjà plus clair maintenant, n’est-ce pas ? Puis on respire un peu mieux aussi. Et vous voyez, je ne les touche même pas, vos enfants, ils n’ont rien. Bon, revenons à nos moutons : ils ont très clairement choisi maman. Pourquoi ? Pourquoi pas vous ? Vous êtes un mauvais père ? Peut-être que vous les battez et qu’ils profitent du moment pour se débarrasser de vous ? Mais d’un côté, je comprends. Regardez comme votre femme accepte avec bien plus de dignité que vous cette fâcheuse situation. Elle souffre dans un quasi silence servile, acceptant sa destinée. Vous devriez en prendre de la graine, peut-être que vos enfants vous respecteraient un peu plus et ne vous désigneraient pas comme le membre à abattre. »

A ces mots, les enfants se mirent à gémir alors que des larmes de crocodile coulaient sur leurs joues, se mêlant à la bave qui suintait de leur bouche ouverte en une grimace crispée de détresse. Ils venaient de se rendre compte de ce qu’ils avaient provoqués. Mais leurs esprits étriqués étaient incapables d’étreindre la possibilité que leur décision puisse avoir de telles répercussions finales, alors ils paniquaient franchement, ne sachant plus quoi faire. Le petit garçon finit par couiner un « Papa » peu assuré, comme pour demander maintenant conseil à son second parent. Octave savait très bien ce qu’il en était, et c’était bien le but. Les rendre responsables.

« Papa ? Tu confirmes ? demanda-t-il en pointant son doigt ganté vers la fille. Donc c’est maman que vous aimez le moins ? »

Octave se releva prestement, enjambant d’un geste gracieux l’espace qui le séparait de la mère et se pencha au-dessus de son corps tendu et susurra d’un ton mielleux :

« Alors quoi Madame, vous couchez avec votre fils, c’est pour ça que pour sa part, il préfère vous voir morte ? Votre mari ne vous satisfait plus ? Il y a de quoi en fait… »

Cela sembla être la goutte de trop car le visage de la mère se mua, passant du désespoir à la rage, et malgré la douleur de ses extrémités où se logeaient encore les aiguilles, elle empoigna Octave par la gorge. Mais sa prise était faible, elle n’avait quasiment plus de forces, toute sa ferveur étant partie dans la souffrance qui, on le sait, absorbait toujours plus d’énergie qu’un quelconque autre sentiment. Le brun sentait l’artère de son cou battre plus intensément sous les doigts de la jeune femme, pour compenser par la pression un passage devenu plus petit. Le sang lui monta aux joues et au front mais il ne broncha pas d’un pouce, continuant à lui sourire en retour, fixant ses yeux emplis par la frénésie de la désolation la plus vindicative. Et comme il restait parfaitement calme, elle finit à son tour, au bout d’une ou deux bonnes minutes, par retrouver un semblant de contenance, se rendant à l’évidence que cela n’avait aucun intérêt. Lentement, ses doigts endoloris se desserrèrent, lâchant le cou d’Octave avec l’abattement misérable de celui qui, même dans un dernier acte héroïque, se savait impuissant.

« Voilà, maintenant vous vous savez physiquement incapable de me tuer. On en apprend des choses ce soir, pas vrai ?
- Pourquoi vous ne vous contentez pas de nous tuer ?
Demanda-t-elle dans un murmure atone.
- Ne sous-estimons pas l’importance d’un bon divertissement ! Puis il rajouta d’une voix plus portante : Bon, donc, je n’ai pas trop compris, môman, ou pôpa ? »

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Jeu 22 Sep 2016 - 18:47





« Et le jeu continu »


Décidément, la façon de faire n'était clairement pas la même que celle de son comparse de soirée. Si le militaire était habitué à la violence et ne craignait nullement d'en faire d'en même, trouvant une certaine satisfaction à provoquer de lui-même le choc, la douleur et les saignements, cela ne semblait pas être le cas du britannique dont il avait perçu sa grimace lors du coup pied envers le captif. Mais le norvégien s'en moquait totalement. Il n'était pas présent pour subir des espèces de jugement de valeur, bien au contraire. Et puis, cela sortirai sans doute macho, mais on l'avait apprit dès l'adolescence à rester ferme et fort en toute circonstance. Les supplications étaient réservés aux faibles et ces derniers ne méritaient rien hormis un regard de dégoût. Aslak s'en souvenait très bien de toutes les fois où il avait lui-même supplié son instructeur parce qu'il crachait du sang à force de courir dans la terre rendue boueuse à cause de la pluie diluvienne. Le résultat était qu'il devait courir deux fois, jusqu'à l'inconscience.

On ne récolte pas la victoire avec des larmes, soldats !

Le nordique, continuant de siroter son fameux verre de vin, regarda Octave s'avancer vers lui, ne cherchant absolument pas à dissimuler sa curiosité, le laissant agir jusqu'au bout. Après tout, il s'était bien amusé avec la matriarche, il était bien normal que le dandy puisse en faire de même à son tour. Il n'avait pas le monopole de l'amusement. Il le vit s'emparer d'une serviette en papier avant de se retourner et de se diriger vers le père au visage ensanglanté. L'ancien démineur bloqua son grognement d'agacement au fond de sa gorge lorsqu'il vit son compère s'agenouilla pour redresser le captif et lui essuyer le visage. Étaient-ils vraiment venu ici pour ne pas froisser la fierté des victimes ? Aslak en doutait fortement. Il chipa alors une clémentine qu'il décortiqua, laissant peau et trucs filandreux sur la table. Son péché mignon pendant la saison hivernal.

- Allez mon brave, on se relève. A défaut d’accepter son destin debout, faites-le au moins en étant assis.

L'ancien soldat écouta presque d'une oreille distraite les propos de l'anglais, ne cachant pas son amusement à certains moments du monologue.

- Voilà, on y voit déjà plus clair maintenant, n’est-ce pas ? Puis on respire un peu mieux aussi. Et vous voyez, je ne les touche même pas, vos enfants, ils n’ont rien. Bon, revenons à nos moutons : ils ont très clairement choisi maman. Pourquoi ? Pourquoi pas vous ? Vous êtes un mauvais père ? Peut-être que vous les battez et qu’ils profitent du moment pour se débarrasser de vous ? Mais d’un côté, je comprends. Regardez comme votre femme accepte avec bien plus de dignité que vous cette fâcheuse situation. Elle souffre dans un quasi silence servile, acceptant sa destinée. Vous devriez en prendre de la graine, peut-être que vos enfants vous respecteraient un peu plus et ne vous désigneraient pas comme le membre à abattre.

Tiens, cela lui rappelait vaguement le cadavre de son propre géniteur, la tête offerte au Seigneur Noir en guise d'allégeance...

Loikson commençait à comprendre le petit jeu que menait Octave et ne manquait pas de ricaner. L'amusement bien présent. Il ne s'était absolument pas attendu à aussi bien s'amuser à cette sombre et sanglante soirée de Noël. Non. La surprise était plutôt et même si le gentleman était énervant sur certains aspects, il reconnaissait son intelligence et son sadisme poli à la manière d'un Hannibal Lecter. Le cannibalisme en moins, cela allait de soi.

- Papa...
- Papa ? Tu confirmes ? Donc c’est maman que vous aimez le moins ?

Le nordique, cette fois, dissimula son rire dans son verre d'alcool. Vraiment. Ce petit jeu psychologique lui plaisait énormément même s'il préférait toujours l'action aux paroles. Cette fois-ci, l'acteur principal de cette scène se releva pour venir se pencher vers le corps allongé de la mère, les paroles toujours aussi mauvaises.

- Alors quoi Madame, vous couchez avec votre fils, c’est pour ça que pour sa part, il préfère vous voir morte ? Votre mari ne vous satisfait plus ? Il y a de quoi en fait…

Le sourire du sang-mêlé s'effaça totalement. Les sourcils se froncèrent et sa main se porta à sa baguette, prêt à agir lorsque cela deviendrait nécessaire. Son attention entièrement porté vers les mains blessées tentant d'enserrer la gorge d'Octave, il surveillait. La moindre trace, la moindre preuve que ce dernier avait quelque difficulté à respirer, qu'il souffrait à son tour. Prêt à lui porter secours à tout moment. On n'abandonnait pas un frère d'arme, on l'épaulait, restait avec jusqu'à ce que la vie quitte son corps. On le protégeait. Et, même si, son compagnon d'un soir n'était pas un militaire, le norvégien n'acceptait aucunement qu'on puisse tenter de le blesser. Protecteur jusqu'au bout des ongles. Malgré lui. Cependant, le sorcier resta totalement immobile, comprenant que l'anglais maîtrisait entièrement la situation car la femme finit enfin par relâcher sa prise, redevenant inerte sur le sol.

- Voilà, maintenant vous vous savez physiquement incapable de me tuer. On en apprend des choses ce soir, pas vrai ?
- Pourquoi vous ne vous contentez pas de nous tuer ?
- Ne sous-estimons pas l’importance d’un bon divertissement ! Bon, donc, je n’ai pas trop compris, môman, ou pôpa ?

Les drôles ne pipèrent mot, ne sachant plus vers qu'elle aide se tourner. Ils étaient apeurés, perdus. Tout ce qu'ils voulaient, c'était que ce cauchemar cesse enfin. Ou mieux, que rien de tout ceci ne soit arrivé et qu'ils fêtent Noël en famille, dans la joie et la bonne humeur. Mais non. Tout ceci était réel et ils ne savaient plus qui appeler pour les sortir d'ici. Ils voulaient leur mère. Ils voulaient leur père. Pourquoi on leur demandait de choisir entre les deux, mais c'est impossible. Ils veulent les deux.

Juste les deux.

Leurs têtes enfantines se tournèrent vers le militaire effrayant resté jusqu'alors immobile, s'approchant avec un verre de jus d'orange muni d'une paille. Ils ne comprenaient pas. Chacun leur tour refusait le verre, mais les quelques mots aux "r" roulants, soufflés avec une maladresse évidente, les convainquirent doucement. Pourquoi était-il si gentil, maintenant ? Ce n'était pas normal. Le verre se vida tandis que les larmes continuèrent de couler à flot.

- Répondez au monsieur, fit l'homme en noir d'une voix maladroitement encourageant, n'étant absolument pas à l'aise avec des enfants. Votre père ou votre mère. Il faut répondre.

Au bout d'un temps, la petite fille, la plus jeune, sanglota d'une voix chevrotante et suppliante.

- Je veux ma maman...
- Et toi ?
- Ne faites pas de mal à maman... S'il vous plaît, monsieur, finit par répondre le petit garçon, sa voix partant plus dans les octaves.

Le militaire s'éloigna, retournant s'adosser contre la table. Vraiment, il n'était pas à l'aise avec les enfants. Il ne les craignait en aucune manière et, à aucun moment il n'avait songé à les blesser physiquement, mais il avait saisi que, tétanisé par la peur, ils ne parviendrait pas à répondre à Octave. Alors, il avait tenté de les calmer légèrement pour que ce petit jeu dure encore. Ce serait moins drôle, sinon. Terminant son dernier morceau clémentine, il s'adresse à son comparse d'une voix claire, intelligible pour tous et empreint d'un amusement sadique.

- Je crois que tu as réponse. Ils préfèrent maman à papa.

Aslak délaissa finalement son verre de vin, voulant rester sobre jusqu'à la fin de la nuit, encourageant l'anglais à continuer son petit manège. Lui qui était habitué à la torture physique, il découvrait avec plaisir les joies de celle psychologie.

Vraiment. Il ne regrettait pas cette soirée.
Encore moins sa présence.

Il riait.




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Ven 23 Sep 2016 - 17:35

Son grand-père lui avait toujours répété que la violence, c’était un manque de vocabulaire. Que la barbarie commençait là où la parole s’arrêtait. L’homme de bonne foi supportait la contradiction parce qu’elle seule faisait naître l’évidence, la violence était l’argument du mensonge. C’était le recours ultime des faibles d’esprit, des incompétents qui cherchaient la voie de la facilité superficielle. La violence était laide et, sous quelque forme qu’elle se manifestât, était un échec ; la victoire obtenue par la violence équivalait à une défaite, car elle était momentanée. Tout naturellement, Octave associait le pacifisme au bon goût, essayant toujours d’en faire le moins possible, même lorsque c’était nécessaire, reconnaissant qu’à moitié toutefois qu’il y avait quelque chose de libérateur dans la démonstration de force physique. Mais l’on lui avait inculqué avec ferveur que cela ne rajoutait en rien à la grandeur de l’homme, qu’on ne l’estimerait jamais pour cela. En revanche, la fermeté d’esprit était la bienvenue. L’on avait encouragé en lui la finesse et la répartie cinglante, le manque de considération pour le profit personnel, le recours à la manipulation, au mensonge et à la cruauté envers autrui… L’on se méfiait de lui car, par rapport à la force physique, qu’il était possible de maîtriser d’une manière ou d’une autre, son esprit acéré n’avait aucune limite. Couplé à son goût pour le beau, il y avait peu de risque à ce qu’il s’aventure à frapper quelqu’un. Enfin… sauf en de cas très particuliers, pour l’amour de l’art, par exemple.

Aslak s’amusait, se détendait, et c’était tant mieux. C’était pour ainsi dire le but. Octave s’était assuré de sa capacité à faire mal, à être sadique et violent, peu importait si c’était à outrance, si c’était fait avec plaisir ou non. Tant qu’il le faisait avec flegme et sans hésitation, c’était le principal. Maintenant, il fallait passer à l’étape suivante, la plus importante. Pas de place pour l’improvisation ce soir. Non, les revirements de situation étaient bien pensés ; c’était sa techniquement préférée. Sitôt que les gens pensaient avoir saisi les tenants et aboutissants qu’il s’évertuait à changer la direction du vent, renversant tout, fixant un autre but, un autre rythme, une autre danse. Voilà d’ailleurs qu’Aslak se levait, ayant compris les règles du jeu, muni d’un verre et d’une paille, pour essayer de faire boire les enfants, depuis longtemps déshydratés. Octave s’était redressé au-dessus de la mère qui tendait un bras vers sa progéniture, observant Aslak avec attention. Il essayait de faire preuve de douceur et de considération, que c’était mignon. En particulier avec son accent de nordique, qui rendait la scène suffisamment gauche pour convaincre les enfants de boire un peu. Inconsciemment, ils ont dû être rassurés de voir un si grand et sombre gaillard leur bredouiller malhabilement quelques paroles encourageantes. Ils finirent donc par boire un peu et se calmèrent même. A tel point qu’ils finirent par donner un semblant de réponse hésitante sous les assauts courtois du futur Mangemort. Ils voulaient maman, et c’était normal.

La mère ferma les yeux alors qu’une larme s’échappait du coin de son œil, roulant sur sa joue et mourant à l’angle de sa mâchoire. Le père se mit à sangloter, toujours adossé contre le mur, le visage tuméfié par les coups à répétition portés à son nez. C’était à se demander s’il y voyait encore quelque chose. Aslak reprit sa place de spectateur, prenant appui sur la table et finissant de manger.

« - Je crois que tu as réponse. Ils préfèrent maman à papa.
- Je crois surtout que tout ça ne sonne pas de manière très convaincante. Il y a trop d’hésitation. Je préfère remettre cette décision entre les mains du destin. »

Dit-il d’un air songeur en se grattant la barbe. Oui, tout ça fut pour rien, toute cette souffrance, ces incertitudes, ces tâtonnements, ces litres de larmes et de sang, ces craintes hurlées, ces gémissements de supplications. Toute la douleur fut vaine. Elle n’avait servi à rien. Pire, maintenant le bourreau décidait de s’en remettre à une force supérieure, histoire de donner encore plus une impression d’impuissance à cette famille on ne peut plus normale et déjà ballotée par les aléas de la vie, ne méritant véritablement en rien un tel destin, une telle cruauté. L’espace d’un instant, les quatre le regardèrent, si incrédules que les larmes et les sanglots cessèrent. Octave pointa un doigt vers la mère et commença à chantonner, alternant avec le père quelques mètres plus loin.

« Вышел месяц из тумана
Вынул ножик из кармана,
Буду резать буду бить,
Все равно тебе водить. »*


Il connaissait également la comptine « Eeny, meeny, miny, mie » anglaise, mais il sentait qu’Aslak allait davantage apprécier son équivalent russe. Dommage que les concernés ne la comprenaient pas. Les enfants, connaissant ce rythme et la gestuelle qui allait avec, parurent horrifiés alors qu’Octave faisait valser son doigt entre les deux parents, s’arrêtant en définitive sur la mère. La chanson terminée, il fixa un instant la femme sans broncher, semblant réfléchir. Puis, il passa une main dans ses cheveux d’un air contrit avant de soupirer.

« Je ne me souviens plus, c’est celui qui est choisi qui a gagné, et l’autre à perdu ? Ou c’est l’inverse, celui qui est sélectionné qui as perdu, et l’autre à gagné ? »

Octave paraissait franchement perplexe, bien que ce fut encore de la comédie pour mettre un peu plus les nerfs à vif. Son manque total de considération et l’usage si mal placé d’une comptine firent mouche. Le père, poussant un cri de rage, se releva et s’élança vers le brun, qui se tenait au-dessus de sa femme, la regardant avec incertitude. Mais comme il était aveuglé par les boursouflures de son nez et des pommettes, devenues rouges et enflées, son élan désespérément héroïque fut rapidement coupé par l’un de ses pieds se coinçant sous le rebord du tapis. Toujours en meuglant tel un ours, sans se rendre compte qu’il était plus en train de chuter que de voler au secours de sa dame, Odo finit à quatre pattes, tremblant de voir son unique acte de bravoure abrégé sans avoir pu porter ses fruits. Les enfants avaient poussé un cris, surpris par l’initiative de leur père, alors que la mère, voyant son mari misérablement à terre, s’était recroquevillée sur elle-même en pleurant silencieusement. L’impuissance les submergea tous, comme une marée implacable, pénétrant dans leurs esprits avec une clarté soudaine et totale. Il n’y avait rien à faire. Ils n’étaient pas dans une superproduction hollywoodienne, aucun d’eux n’était un héros, ils étaient une famille normale, constituée de gens banaux. Néanmoins excédé que cela mette autant de temps à leur arriver au cerveau, Octave lâcha un soupir empli d’un agacement profond. Maintenant, il avait besoin de calme pour exécuter la suite de son plan. Il enjamba le corps de la femme, se mettant juste en face de Beauchamp, et dans un geste expéditif, il releva l’une de ses jambes au-dessus de la tête de l’homme. Prenant de l’élan avec ses bras, il envoya violemment le talon de son épaisse chaussure en cuir frapper l’arrière du crâne du père de famille, qui frissonnait encore, n’osant pas relever la tête. Ne s’attendant pas au choc, ses coudes faiblirent et il s’effondra au sol, se cassant peut-être même quelques dents au passage dans un bruit sourd. Sa tête rebondit une fois contre le tapis avant de s’immobiliser complètement. Mort ? Non.

« On va dire la mère, au lieu de tergiverser hein. Dit-il d’un ton sérieux avant de se tourna vers Aslak, visiblement dans l’expectative de quelque chose. Vas-y, à toi de jouer. »

Sur ces mots, il alla à nouveau s’assoir sur le canapé, laissant comprendre que la scène appartenait maintenant à l’apprenti Mangemort.  Se calant confortablement entre les coussins, il s’humecta sensiblement les lèvres, reprenant son sourire et observant Aslak avec l’œil d’un spectateur déterminé à voir une bonne pièce. Teinté d’un air sensiblement encourageant, sa posture semblait souffler : allé, on n’a pas fait tout ça pour rien, il faut bien un début de fin au premier acte. Quoi que de plus beau qu’une mort ? Quoi de plus magnifique que le deuil pour apprendre des leçons existentielles ? Odo devait souffrir. C’était le but de leur présence, après tout, non ?



Trad:
 

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Lun 26 Sep 2016 - 17:13





« La fin du premier acte »


Le militaire ne le montrait nullement, se gardant bien de l'afficher sur son visage et, par conséquent, de se trahir. Mais il se souvenait parfaitement de ces moments d'accalmie avec ses compagnons d'armes et de leurs discussions autour d'un feu de camp, pendant que l'ennemi semblait trop occupé à fomenter d'autres mauvais coups à venir. A ce moment-là, sa haine envers eux n'était pas encore assez forte pour qu'il désire leur mort à tous. Alors, il s'était pris à rêver d'un jour où ils rentreraient tous au pays et se retrouveraient au moins une fois par semaine dans le même pub, à parler du bon vieux temps, de ces années à la guerre et des sujets compromettants. Chacun faisant un tout autre métier. Un travail qui nécessiterait pas d'arme à feu, pas de méfiance constante. C'était l'époque où il avait encore un peu d'espoir.

Mais tout ces rêves s'étaient finalement brisés. Poupée de porcelaine trop fragile. Rage et Haine avaient envahit le cœur du norvégien, déposés leurs bagages et y avaient élus domicile. Elles étaient à leur place et ne s'en iraient sous aucun prétexte. Cet espoir qu'il chérissait tant, il y avait quelques années de cela, s'était détruit en même temps qu'il avait tranché la tête de son sotard de paternel. Le revoir, l'entendre cracher des injures à son égard, découvrir son faciès haineux et son air dégoût, méprisant, hautain. Tout ceci avait eu raison de lui. Aslak y avait pourtant longuement réfléchit. Peut-être qu'avoir une bonne discussion leur permettrait de se retrouver, mais en vain. Stupide espérance. Lui qui était quelque peu hésitant, n'eut plus aucun doute quant à son avenir. Alors il ne parvint plus qu'à voir leur hypocrisie, leur arrogance... et cette haine et cette rage grandirent en lui. Il avait fini par craquer et tous ses compagnons d'armes périrent de sa mains, sous le sort noir. Même lui.

Surtout lui.

Il ne fallut attendre que quelques jours pour que son géniteur subisse le même sort. Son fils lui avait pourtant donné sa chance. Une seule et unique chance de renouer avec sa progéniture. Quelle horrible gâchis. Mais à présent, il était là, quelques mois après son carnage, à subir un long et fastidieux test pour rejoindre les rangs de l'armée des ténèbres.Il n'y avait que là où Loikson avait sa place, il le savait. Il le sentait. Après tout, il ne ressentait aucune pitié, aucune compassion, aucune tristesse à torturer ces êtres dont il n'avait que faire et si participer au petit jeu de son comparse d'un soir pouvait l'amuser, eh bien soit. Amusons-nous.

- Je crois surtout que tout ça ne sonne pas de manière très convaincante. Il y a trop d’hésitation. Je préfère remettre cette décision entre les mains du destin.

L'ancien soldat grogna quelque peu, n'ayant jamais été un adepte de la torture psychologique. Il la trouvait trop longue, trop sournoise, fourbe. Le jeune préférait quand cela ne traînait pas, quand les choses étaient clairement affichés. Aucun non dit. Que de la franchise, ce que n'était pas vraiment la torture mentale. Néanmoins, il le laissa pointer un doigt vers la génitrice puis, vers le patriarche, chantant une comptine qui lui rappelait vaguement quelque chose. Il se crispa. Il se souvenait enfin. C'était une petite chanson qu'il s'amusait à chanter à sa petite sœur, pour plaisante, à l'époque où sa mère était encore présente et n'était pas encore partie avec le bébé. C'était les années où il n'y avait ni larmes, ni Rage, ni Haine.

"Вышел месяц из тумана
Вынул ножик из кармана,
Буду резать буду бить,
Все равно тебе водить.
"

- Je ne me souviens plus, c’est celui qui est choisi qui a gagné, et l’autre à perdu ? Ou c’est l’inverse, celui qui est sélectionné qui as perdu, et l’autre à gagné ? Fit-il d'un air contrit qui amusa le sorcier.

Vraiment, cet anglais était vraiment doué pour jouer la comédie, à se demander jusqu'où il était capable d'aller pour que son entourage gobe tous ses racontards comme l'on boit l'eau de la fontaine de Jouvence. Soudainement, dans un cri de rage et dans un vain élan de courage, l'ancien démineur vit le paternel se relever pour déverser toute sa colère vers le dandy. Le geste aurait pu être beau à regarder, si le père de famille ne s'était pas pris le pied dans le tapis, s'étalant de tout son long sur le tapis. Ridicule. Vraiment ridicule. Le sang-mêlé n'avait pas réagi, n'avait pas mit main à sa baguette, sachant qu'Octave contrôlait parfaitement la situation. Tous pleuraient maintenant de désespoir et le norvégien put deviner des traits excédés sur le britannique. Il arqua un sourcil lorsqu'il le vit lui donner un violent coup de talon à l'arrière du crâne d'Odo qui en glapit de douleur. N'était-ce pourtant pas lui qui semblait contre ton comportement agressif. Là, c'était la marmite qui se foutait du chaudron parce qu'il avait le postérieur noir.

- On va dire la mère, au lieu de tergiverser hein. Vas-y, à toi de jouer.

Le sourcil dudit Aslak revint retrouver les cieux éthérés de son front, alors qu'il entendit son compère lui laisser à nouveau le champ libre. Il finit néanmoins par se décoller de la table et s'approcha de la mère, recroquevillée sur elle-même. Il savait ce qu'il devait et cela ne le gênait aucunement de faire le sale boulot. La mort était sa compagne depuis longtemps. Mais la scène manquait un peu de théâtralité depuis le pseudo acte héroïque du père Beauchamp. Ce fut pour cela qu'il le força à nouveau à s'asseoir d'un coup de baguette. Quant à la femme, il se contenta de l'empoigner par sa tignasse brune et de l'obliger à se relever. Qu'elle tentait de se débattre ne le dérangeait pas. Sa fin resterait la même, inchangée. Une main agrippée à son crâne chevelue, l'autre tenant sa baguette qui se levait dangereusement vers elle.

"Смерть не удивляет мудрого человека;        
Всегда готово уезжать;        
Имея известность, чтобы быть себя,
чтобы предупреждать,
когда мы задолжаем решаем в этом проходе.
"*

Il aimait bien ces Fables Françaises.
Si criantes de vérité.

- Ne me regardez pas, ni votre mari, fit-il calmement de sa voix roulante. Ne regardez que vos enfants.

Étonnement, elle l'écouta, leur souriant une dernière fois, comme pour les rassurer, alors que le sort de Mort fut prononcé. La mère hurla sa douleur, faisant écho au cri de son époux et de ses enfants, une lueur verte envahissant toute la funèbre pièce. Puis, elle s'effondra. Sans souffle, sans vie. Sans rien. La génitrice n'était plus. Le père hurlait ses larmes tandis que les deux marmots l'appelaient sans relâche. Mais ce n'était pas fini aux yeux d'Aslak, il n'était pas de ceux qui s'en remettait au hasard. Alors d'un sourire presque compatissant mais, néanmoins, cruel, il se tourna vers la petite fille et le petit garçon pour leur dire d'une voix quasiment étonnée.

- Pourquoi pleurez-vous. Vous l'avez pourtant choisi, non ?
- Laissez mes enfants, espèce de monstre !

Monstre ? Oh que oui, il en était un. Et ce, au point où il n'en avait que faire de faire souffrir adultes ou enfants. Adultes et enfants. N'avait-il pas déjà tué des enfants portant des kalachnikovs ? N'avait-il pas retiré la vie de femmes vêtues de burqua feintant la peur ?  Monstre, il en était un et cela lui convenait parfaitement. Ce fut pour cela qu'il continua de sourire de façon sadique, se tourna vers le patriarche.

- Nous sommes venu ici pour vous punir et votre femme n'est plus de ce monde. A votre avis, cela va être au tour de qui ?
- Non...

Oh que si.


*:
 




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mar 27 Sep 2016 - 20:32

Il n’avait pas douté, pas un instant. C’était avec une assurance camouflée dans de la désinvolture qu’il avait proposé à Aslak de finir l’affaire. Il savait que le futur Mangemort n’allait pas refuser, qu’il ne pourrait simplement pas. Parce que c’était une belle occasion, pour quelqu’un comme lui, que d’être en mesure d’exercer un tel pouvoir sur la si précieuse et unique vie humaine. La tentation était trop grande et comme pour toute tentation venant à l’esprit de quelqu’un sans considération, il y avait cédé sans y réfléchir, sans préavis. Dans sa manière expéditive d’aborder les choses, Octave avait bien vu la tendance du futur Mangemort à finir les choses au plus vite, presque de manière précipitée, allant directement au but, à la mort, à la purgation définitive. Au moins cela avait le bon goût d’être rectiligne au possible. A n’en point douter, Aslak était quelqu’un de simple, pour ne pas dire simpliste. Il ne tournait pas autour du pot, ne faisait pas dans la dentelle, et quand il essayait, c’était maladroit. Les préliminaires, il aimait bien les regarder plutôt que d’y participer. Alors, une fois que son appétit pour le sordide fut rassasié, il laissa le meilleur morceau au connaisseur le plus aguerri, celui qui était le plus en mesure d’apprécier l’acte de mise à mort. Et Aslak, tout naturellement, y avait succombé, sans néanmoins manifester une surprise qui n’avait pas manqué d’attirer l’attention du brun. S’attendait-il donc à ce que la scène dure plus longtemps, qu’ils allaient malmener la famille jusqu’au petit matin ? Ils auraient pu, mais Octave avait autre chose en tête. Il ne faisait que suivre son plan de départ, alors aucune fausse note, aucune surprise dans le scénario.

Probablement aspiré par le théâtralisme de son compère, ou parce que finalement il avait un peu le sens de la mise en scène, Aslak avait relevé le père par la magie, histoire qu’il puisse assister en correcte spectateur à la pièce qui était donnée en son nom seul. Octave ricana ; après tout il n’était pas très poli de rater la moitié la plus intéressante du spectacle parce qu’on avait le visage dans le tapis. Toutefois, la barbarie apparente revint au galop alors que le futur Mangemort empoignait la femme en pleurs par sa longue chevelure, joliment coiffée au sommet de sa tête il y a encore peu. Cette fois-ci, le brun abandonna les grimaces d’agacement, qui ne furent qu’un jeu d’acteur jusqu’à maintenant. La plupart du temps, il n’appréciait pas la force brute, parce qu’elle manifestait que très rarement une véritable grâce ou un semblant de noblesse, mais en cet instant précis, peu lui importait véritablement. Ses yeux transperçaient sans équivoque le futur Mangemort, guettant chacun de ses gestes, le moindre tressaillement de muscle, une hésitation, un sourire complaisant, satisfait, cynique, une main tremblante d’excitation, de doute, un œil absent, scintillant… Mais il eut en retour qu’une froid satisfaction. Quelques mots presque miséricordieux, une jolie citation, et puis un flash aussi vert que vif illumina la pièce et probablement même la neige derrière les fenêtres. En dernier, Octave vit le regard lumineux d’Aslak se perdre dans une anticipation enfin contentée. Le brun était tellement concentré qu’il ne se protégea même pas les yeux en fermant les paupières ; l’œil légèrement plus écarquillé qu’à l’habitude, il sentit distinctement la lumière lui griller la rétine, rendant sa vision trouble l’espace de quelques secondes et teintée d’un vert incrusté.

Il cligna des yeux, essayant de faire passer la pellicule colorée. Avec la lumière, des cris assourdissants avaient raisonnés dans la pièce en canon et sur plusieurs octaves, manquant de le rendre sourd en plus. Bon sang que cette mort n’était pas discrète. Un véritable feu d’artifice. Un assassinat et une joyeuse célébration à la fois. Heureusement qu’ils étaient en pleine campagne. Octave se frotta les yeux du revers de la main avant de les rediriger, à nouveau opérationnels, vers Aslak. La femme était étendue à ses pieds, mais par sa mort elle avait perdu tout intérêt ; de pièce maîtresse, elle était passée à l’oubli, comme une page de partition déjà jouée. D’autant qu’Aslak, visiblement revigoré par ce geste défouloir, entreprenait déjà la suite. Le père avait eu la mauvaise idée de le traiter de monstre, ce qui l’encouragea encore plus dans son élan, comme toute personne qui assume le défaut qu’on lui reproche.

- Nous sommes venu ici pour vous punir et votre femme n'est plus de ce monde. A votre avis, cela va être au tour de qui ?
- Non...

« Si ! »

Octave répondit d’un ton fataliste à la question posée et à laquelle tout le monde pensait déjà, mais que personne n’osait ou ne voulait formuler. Prenant appui sur une jambe plus que sur le canapé, le brun se releva et alla s’accouder aux deux chaises des enfants, les surplombant par derrière, regardant tour à tour Aslak et le père de famille, qui n’avait même pas pris la peine de bouger, de désespoir ou de douleur, va savoir. Il passa une main dans les cheveux de la petite fille qui gigota violemment à ce contact, trop doucereux pour être acceptable, de quelqu’un qui venait tout juste de participer au meurtre de sa mère. Elle se pencha vers l’avant pour y échapper et Octave la laissa faire, sa main restant en survol dans les airs alors qu’un sourire mauvais naissait à la commissure de ses lèvres. Il finit même par lâcher un petit rire enjoué, dénudant ses dents d’un blanc éclatant de faïence, avant de tourner concrètement son visage vers Aslak, son confident intime de la soirée.

« Je recommence la comptine ? Ils sont encore deux à ce niveau… On va dire que c’est celui qui est sélectionné qui perd. La vie, hein bien entendue, pas le jeu… Eeny, meeny, miny moe… »

Avait-il recommencé à chanter en utilisant sa main restée en suspens pour toucher du bout du doigt à tour de rôle les crânes de deux enfants. Ils se mirent à crier, essayant d’échapper à ce clou qui venait s’enfoncer dans leur peau, mais Octave se penchait inlassablement, parfois se pliant par-dessus le dossier de la chaise, les atteignant à chaque fois, quoi qu’ils fassent. Il se comportait comme si c’était un jeu, avec espièglerie cherchant à les toucher, faisant des acrobaties pour les avoir alors qu’ils essayaient vainement de le fuir en tortillant le haut de leurs corps. Pas une seule fois n’eût-il l’air agacé, seulement amusé et diverti, le sourire aux lèvres et l’étincelle au regard. Son doigt tomba sur la tête du petit garçon, pleurnichant dans ses genoux, et n’essayant même plus de se soustraire une fois de plus à ce toucher. Se redressant, Octave parût légèrement déconfit, poursuivre les gamins lui ayant bien plu. Mais le jeu présent était fini, et il fallait savoir accepter la défaite. Toutefois, il continuait à tirer une moue dubitative, regardant le fils la tête penchée sur le côté.

« Je me disais qu’en fait, c’est lui qu’il faudrait laisser en vie. Tu comprends, c’est le plus âgé. C’est lui qui se souviendra le mieux des évènements de cette soirée, alors que sa sœur finira peut-être par oublier à moitié, avec l’âge. De par sa maturité, il sera plus profondément marqué, son esprit s’en tourmentera davantage la nuit, et parfois même le jour. Il croira nous reconnaître en chaque inconnu qu’il verra passer dans la rue. Et pire encore, il détestera son père jusqu’au plus profond de son être. La moindre cellule de son corps ressentira de l’aversion incontrôlée, même si peu méritée, pour cet homme par la faute de qui tout cela est arrivé, et qui n’aura même pas eu le courage de les protéger. De se sacrifier pour eux d’une manière ou d’une autre. Non, il aura l’indécence de rester en vie et continuer à aimer un fils qui le déteste en retour. Un fils qui, en plus, se sentira éternellement coupable d’avoir été celui qui resta en vie en cette soirée simplement à cause de son âge. Et son cœur deviendra d’autant plus noir qu’il se rappellera de cette histoire et qu’il la verra lentement se réaliser. »

Un présage fort probable dit sur le ton nébuleux d’une prémonition sordide. Peut-être que cet évènement allait au contraire resserrer les derniers lambeaux de liens familiaux qui allaient subsister à ce cataclysme, mais Octave savait que rien que le fait de le dire à voix haute pouvait sceller leur destin à leur insu. Les gens se laissent souvent et beaucoup trop facilement influencer sur des idées insufflées par de mauvais esprits au creux de leur oreille. Le garçon était jeune, mais sensible à ce qu’on lui disait, même lorsque cela sortait de la bouche de quelqu’un de profondément haï, simplement parce que ça ressemblait si bien à la vérité qu’il était par la suite extrêmement difficile de s’en défaire. Cette litanie l’avait mis dans un état proche de la transe, et Octave fixait Aslak d’un air légèrement fêlé avant de souffler :

« Alors, tu veux encore te faire plaisir ? »

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Jeu 29 Sep 2016 - 18:42





« On ne désobéit pas à la comptine »


Aslak n'aimait pas particulièrement contempler l'expression de peur, de panique, de désespoir ou de tristesse s'afficher sur les visages de ses victimes. Pas que cela lui lançait un haut le cœur car, en réalité, il s'en fichait pas mal. Il ne devrait pas être ainsi. On lui a apprit à retirer des vies pour en sauver, protéger, d'autres. Mais, au final, son comportement n'était pas des plus étonnants. Après tout, afin de ne pas perdre la tête à force de culpabiliser, pour faire disparaître les cauchemars, le meilleur moyen n'était-il pas de sombrer dans l'indifférence la plus totale. Fort heureusement, le norvégien n'avait pas encore touché le fond, mais cela n'était pas forcément une bonne chose. Le fait était qu'il sentait Rage et Haine s'installer petit à petit dans son être sans qu'il puisse les en empêcher. Lui qui se savait impulsif, cela n'allait pas arranger les choses. Tant pis. Il n'était pas là pour arranger.

Ce n'était pas son rôle.

- Si !

Le nordique se retint juste à temps de lever les yeux et se retourna vers son acolyte, prêt à écouter la suite. Parce qu'il avait compris que lorsque Octave prenait la parole, soit durait un moment, soit c'était pour ajouter plus de sadisme à la situation. Dans les deux cas, tout le monde l'écoutait. A croire qu'il était fait pour être le centre de toutes les attentions. Le militaire le regarde se placer derrière les enfants, soudain très craintif à son égard, ce qui n'était guère étonnant après ce qu'ils venaient de voir ; le meurtre de leur mère. L'anglais voulut poser sa main sur les cheveux de la fille, mais cette dernière se pencha en avant, voulant échapper à tout contact. Cela ne sembla pas déranger outre mesure ton comparse qui finit par en rire d'amusement. Enfin, il se tourna vers l'ancien démineur et parla d'une voix presque enjouée :

- Je recommence la comptine ? Ils sont encore deux à ce niveau… On va dire que c’est celui qui est sélectionné qui perd. La vie, hein bien entendue, pas le jeu… Eeny, meeny, miny moe…

Sa main bougea en même temps que les crânes chevelus des deux marmots s'affaissaient à chaque fois un peu plus. Le jeune homme ne fut pas surprit de voir le doigt s'arrêter sur le plus âgé des deux. A dire vrai, il n'y avait là aucune surprise. L'un des deux devait perdre, le reste n'était qu'un jeu de hasard qui faisait tourner en bourrique le paternel, fou de désespoir à l'idée que l'un de ses enfants perde la vie. Il venait de perdre sa femme, il ne voulait pas... Il ne pouvait pas accepter qu'on s'en prenne à sa progéniture. Eux, ils étaient innocents. Ils ne comprenaient rien de ce qu'ils se passaient. Ils ignoraient tout de son passé, de son combat. Pitié, qu'ils ne les tuent pas. Pas eux. Surtout pas eux.

Le sorcier remarqua la boude dubitative du dandy.
Le jeu n'était pas terminé.

- Je me disais qu’en fait, c’est lui qu’il faudrait laisser en vie. Tu comprends, c’est le plus âgé. C’est lui qui se souviendra le mieux des événements de cette soirée, alors que sa sœur finira peut-être par oublier à moitié, avec l’âge. De par sa maturité, il sera plus profondément marqué, son esprit s’en tourmentera davantage la nuit, et parfois même le jour. Il croira nous reconnaître en chaque inconnu qu’il verra passer dans la rue. Et pire encore, il détestera son père jusqu’au plus profond de son être. La moindre cellule de son corps ressentira de l’aversion incontrôlée, même si peu méritée, pour cet homme par la faute de qui tout cela est arrivé, et qui n’aura même pas eu le courage de les protéger. De se sacrifier pour eux d’une manière ou d’une autre. Non, il aura l’indécence de rester en vie et continuer à aimer un fils qui le déteste en retour. Un fils qui, en plus, se sentira éternellement coupable d’avoir été celui qui resta en vie en cette soirée simplement à cause de son âge. Et son cœur deviendra d’autant plus noir qu’il se rappellera de cette histoire et qu’il la verra lentement se réaliser.

Décidément, il semblait de plus en plus certain à Aslak que le britannique devait apprécier s'entendre parler. Certes, ses propos n'étaient jamais stupide et encore moins hors contexte, mais une aussi longue diatribe... c'était la première fois qu'il tombait sur un type. Après tout, pourquoi pas. Cela lui changeait des gens aux paroles monosyllabiques et des hurlements à la "Crève !". Mais, ainsi donc, malgré le choix du hasard, il avait décidé que ce serait la petite fille qui devrait perdre la vie. Étrange. Il n'y avait même pas dix minutes, son vis-à-vis l'avait empêcher de s'en prendre aux enfants et maintenant, voilà qu'il changeait d'avis. 'Va falloir qu'il se décide, parce que l'ancien soldat n'appréciait guère ce genre d'indécision. Pas de seconde chance. On assumait son erreur et c'était tout.

- Alors, tu veux encore te faire plaisir ?

Octave lui posa cette question avec une once de folie dans le regard et dans la voix. Loikson arqua un sourcil en le voyant ainsi, mais n'en pipa mot. S'il devenait fou, ce n'était pas son problème. Sainte-Mangouste était là pour lui. Néanmoins, il s'avança vers la petite fille qui se débattait déjà, couvert par les cris paniqués du patriarche qui n'avait de supplier de ne pas toucher à ses enfants. Pour son épouse, il avait pu rester fort, silencieux ; mais pour ses deux gamins, il sentait une peur panique s'emparer de tout son être. Cependant, le militaire n'en fit pas grand cas, se contentant de détacher la gamine et de la pousser vers le tapis, l'arrêtant près du corps de sa mère. Ses sanglots se firent plus fort, mais cela ne l'atteignit aucunement. Il réfléchit à ce qu'il pourrait bien lui faire, à ce que préparait l'anglais. Allait-il l'arrêter encore une fois ? Il ne l'espérait pas. Après tout, c'était elle qui avait perdu au jeu, et les règles étaient sans appels et sans pitié.

- Не останавливайте меня, в этот раз. В конце концов она потеряла часть, fit-il à l'adresse du britannique.*

Décidé, cette fois, à ignorer une éventuelle intervention de son collègue d'un soir, il se retourna vers la petite fille qui n'avait de cesse de le regarder avec des yeux apeurés et larmoyants. Silencieusement, elle criait à la clémence, ce que le norvégien n'était guère disposer à offrir.

- Ne me regarde pas, souffla-t-il une nouvelle fois. Regarde ton père, petite.
- Non. Laissez-la. Laissez-la ! Elle ne vous a rien fait ! Ne touchez pas à mes enfants. C'est moi que vous voulez, pas eux. Pas eux !

C'était vrai, il s'en moquait de ces mioches.
Mais la comptine avait parlé, non ?

Loikson était donc partagé. Devait-il agir de façon aussi expeditive comme avec la matriarche ou y mettre un peu plus les formes ? Un peu plus d'horreur. Mais n'était-ce pas la même chose au final ? Après tout, perdre un enfant aux yeux d'un parent, n'était-ce pas la chose la plus horrible ? Mais Beauchamp devant comprendre que ce cauchemar dans lequel il se trouvait était bien réel. Il ne se réveillerai pas aux côtés de son épouse et ses drôles ne viendraient pas leur sauter dessus pour leur réclamer l'ouverture des cadeaux. Non. Ce temps-là était dorénavant révolu. Un coup d'oeil vers le sapin, sur l'étoile accroché à son sommet te convainc enfin d'agir, la fillette tremblotante au centre de la pièce, appelant son paternel au secours, du regard. Mais il ne viendra pas la sauver, car il sera trop tard. Parce que le tueur la projeta finalement contre un mur, celui où tout le monde pouvait la voir, de façon à ce que chaque tête adulte puisse seulement atteindre ses pieds. La surprise était totale dans le visage enfantin et les cris du patriarche redoublèrent. Cris que le nordique ignora une nouvelle fois. A la place, un sourire cruel et malsain s'afficha sur son faciès et, d'un sort informulé, fit apparaître une flèche qui vint se ficher dans une cuisse, s'enfonçant dans le plaquo. Puis ce fut au tour de chaque membre de subir le même sort. Enfin la gorge.

Le sang ruisselait sur la tapisserie à mesure que la petite se vidait de son sang, un gargouillis inintelligible sortait de sa bouche alors qu'elle fixait son père. Le mélange d'émotion était indescriptible ; même un peintre chevronné ne serait parvenu à cet apothéose.

- S'il vous plaît... Entendit le militaire gémir.

Quoi. Qu'on la sauve ? Qu'on cesse de la faire souffrir ? Qu'on l'achève ? Ma foi, pourquoi pas. Octave avait voulu quelque chose qui marque les esprits à vie et il était servi. Qui ne se souviendra pas d'un membre de sa famille tenu par des flèches, la vie le quittant douloureusement. Scène horrifique digne de certains films d'horreur ou de tortur porn. Finalement, une dernière flèche vola dans le cœur. Le silence fut total. Cette fois, plus personne ne parla et cela lui fit un bien fou. Un peu de calme, de silence. Aslak n'avait jamais été un adepte du bruit, du babillage. Il en avait assez entendu.

- Pourquoi vous...
- C'est votre cadeau de Noël que nous vous offrons, Beauchamp. Puis, le norvégien se tourna vers l'anglais. Alors, le garçon reste en vie, finalement ?


*:
 




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Ven 30 Sep 2016 - 23:30

Aslak ne lui répondit rien, le regardant un instant, alors que des flammes ténébreuses dansaient au sein des yeux verts, ne faisant que croître à mesure que le silence s’éternisait, telle une macabre danse des vices. Il attendait une décision, patient dans sa folle excitation autant que cela pouvait être possible. Ses pupilles allaient et venaient de droite à gauche, sondant les yeux du futur Mangemort tour à tour, semblant ne pas savoir où se fixer, quel œil regarder. Le nordique était un peu plus grand que lui, du coup Octave le regardait d’en bas, le front en avant, ce qui lui donnait l’air encore plus extravagant dans sa soudaine et exagérée effervescence. Lorsque Aslak bougea finalement, son chaperon continua à le fixer intensément, suivant chacun de ses gestes avec davantage d’application que ce qui fut le cas tout au long de la soirée. Après tout, ils n’étaient plus très loin de l’apothéose de cette aventure et Aslak se trouvait en être le fier exécuteur. Le grand bourreau de cette histoire. L’agitation ambiante ne semblait pas les déranger, tant chacun était concentré sur une tâche qui leur incombait. Le futur Mangemort cherchait le meilleur moyen pour mettre en œuvre ce qu’on lui avait demandé, tandis qu’Octave...

- Не останавливайте меня, в этот раз. В конце концов она потеряла часть.

Il lâcha un ricanement de gorge, rocailleux et si profond qu’il semblait provenir des abysses de ses entrailles, faisant frémir sa pomme d’Adam alors qu’il pinçait ses lèvres pour retenir le rire naissant. Puis il hocha légèrement de la tête, semblant indiquer à son acolyte que sa voie était à présent totalement libre, qu’il pouvait faire preuve de toute la brutalité ou prosaïsme dont il voulait. Ce meurtre lui appartenait pleinement. Il posa ses coudes sur le dossier de la chaise, assez haute pour qu’il n’ait pas à se pencher, et s’abandonna à la barbarie ambiante, détrempée de larmes et de souffrance innocente. Les prunelles imbibées d’ivresse excessive, Octave observa les protagonistes dans leur dernière lutte, leurs derniers sanglots, réclamant la pitié à un corbeau noir et indifférent. Le père cria quelques paroles de désespoir terriblement véridiques dans la forme, mais tout le monde se rendait déjà bien compte que tout cela était fait justement pour lui. Mais il espérait encore pouvoir mourir pour les travers de ses actes, ce qui aurait mis fin à son propre calvaire définitivement, mais pas à celui de sa famille. Or, celui qui devait souffrir, c’était bien lui.

Aslak semblait douter, mais un coup d’œil vers le sapin illumina son regard autant au sens propre qu’au figuré, injectant une myriade d’étoiles sur la gélatine de ses yeux et dans le creux de ses pupilles. L’inspiration décidée, quel beau spectacle. Octave lui sourit, même si ce vague sosie de Lovecraft ne lui accorda aucune considération. Mais tout est une question d’ambiance. Alors il posa son menton contre sa main dont le coude prenait toujours appui sur la chaise, se tapant franchement la pose. Soudain, Aslak envoya le corps de la petite valser contre le mur avant de décocher une flèche magique dans l’une de ses cuisses. Cet impromptu sadisme fit lentement grimper les sourcils du brun jusqu’au milieu de son front, y marquant les futures rides d’expression. Il se serait attendu à plus de clémence pour une enfant, par principe, et à davantage de violence crue envers la mère, mais les rôles étaient inversés visiblement. Ou peut-être que la muse de la guerre l’avait-elle visité un peu trop tardivement, ne lui insufflant de l’enthousiasme que pour la chair fraîche et molle d’une petite fille. Il la crucifia de toutes parts, la clouant littéralement au mur. Et alors que des filets de sang s’écoulaient de ses plaies, Octave crut voir une reproduction miniature du martyr de Saint Sébastien. Sauf que lui avait survécu et guéri de ses flèches. Lentement, la petite succombait à ses blessures dans d’atroces souffrances, sous les yeux des membres restants de sa famille. Une dernière flèche dans le cœur mit fin à ce borborygme guttural et le silence s’empara de la pièce, un peu plus terrible que la dernière fois, peut-être parce qu’une enfant venait de mourir et que l’univers lui-même en faisait le deuil. Cependant, tout durant, Octave n’avait pas bronché, déplaçant son regard d’un personnage à l’autre, seule entité inébranlable dans ce tableau d’horreur, comme s’il ne faisait pas partie du spectacle.

- C'est votre cadeau de Noël que nous vous offrons, Beauchamp. Alors, le garçon reste en vie, finalement ?

Tels deux serpents sur le point de mordre, ses yeux verts quittèrent le corps de la petite fille pour transpercer ceux, noirs, du futur Mangemort. Son sourire s’accentua sensiblement à travers des doigts qui barraient sa bouche. Le détraquement se mit à danser sur son visage comme la lune à la surface de l’eau, déformant ses traits d’ombres curieuses et sinistres, semblant refléter un cœur et un esprit corrompus et lascif. Ses lèvres, fines et d’une courbure sinueuse, par leur teinte carmin, couplées au coloris chatoyant de ses yeux, rendaient le contraste d’autant plus saisissant. Tout son être débordait de luxe et de volupté ; lueur d’ardeur qui animait son esprit et son corps assombrie par une cruauté sans limites apparentes. Il arborait le même mauvais éclat que le serpent ayant proposé la pomme à Eve, dépeint avec toujours la même dépravation à travers les âges. Ou comme un diamant fêlé, dont le brillant était corrompu par une imperfection grandissante. Les paupières légèrement écarquilles et la démence étincelant dans le fond de ses yeux au pupilles dilatées par manque de lumière, Octave lâcha d’abord un rire râpeux pour seule réponse. Puis il haussa des épaules d’un air je-m’en-foutiste et sembla se parler à soi-même :

« Je ne sais pas, tu pourrais le tuer, lui aussi. Après tout, s’il reste en vie, Odo aura encore à quoi s’accrocher. Mais s’il reste seul, il n’aura plus que les démons de ses souvenirs pour lui tenir compagnie. Le but, après tout, n’est pas la souffrance de son fils, mais sa souffrance à lui… »

La phrase resta en suspens alors que l’esprit du brun partait vers d’autres horizons, continuant sa réflexion entre les parois de son crâne, alors que son idée inachevée laissa sa bouche entrouverte. Ses yeux devinrent flous, entièrement emporté qu’il semblait par une idée naissante. Il se mordit l’ongle du petit doigt, souriant au cheminement tortueux de sa pensée qui bondissait d’une spéculation à l’autre. Puis soudain il se redressa, à nouveau présent dans ce monde, avant de rejoindre le canapé dans lequel il s’affala pour la troisième fois de la soirée. Mais lorsqu’il s’assit, découvrant son visage après avoir offert son dos à la pièce l’espace de quelques secondes, le temps de rejoindre le sofa, toute trace de l’extravagance naturelle qui avait tourmenté son visage avait disparu. En un battement de cils, il semblait avoir repris possession de soi, et si bien qu’on aurait cru que la folie qui l’avait habitée n’avait été qu’une vague illusion. D’ailleurs, il ne souriait plus du tout, revêtant l’air qui lui était finalement naturel : une neutralité flegmatique. La tête d’abord renversée contre les coussins, il soupira avant de se pencher et saisir l’un des cadeaux de Noël qui trainait sous le sapin. Avec précaution, le paquet sur les genoux, il en défit le nœud avant d’ouvrir l’emballage. Un livre sur le Quidditch.

« Pourquoi tu me poses la question, en fait ? »

Il avait dit cela d’un ton anodin, légèrement préoccupé et curieux, sans être réprobateur, comme s’il lui demandait où se trouvait la télécommande. Octave sortit le livre, le feuilleta distraitement avant d’enfin remonter ses yeux vers le concerné. Le jeu était fini, et cela se lisait sur son visage emprunt maintenant d’un certain sérieux, néanmoins toujours nuancé par cette étincelle indescriptible dans le fond des prunelles. Un énième soupir anima son torse. C’était pourtant le moment qu’il appréciait le plus. La chute. Le moment où il cessait de jouer la comédie et où tout le monde se rendait compte de la supercherie. Ce pauvre Aslak avait employé toute son énergie à danser d’abord la valse, puis la salsa sous l’infernal accompagnement d’un Octave pinçant sur les cordes de son violon pour mieux échauffer l’esprit du futur Mangemort. Et voilà, voilà ce qu’il attendait, ce point de non-retour, cette question si bien posée, la raison de toute cette mise en scène, de cette exhortation permanente et agressive. Vicieux, le brun avait choisi l’apothéose pour encore changer de rythme et cette fois radicalement, jugeant le moment particulièrement propice. Quoi de mieux qu’attendre que le sang se mette à bouillir dans les veines pour le refroidir d’une vague glacée ?

« Je crois que tu as oublié qui je suis. »

Nouveau soupir, quelques pages du livre tournèrent. Aslak était fin prêt à tout entendre. Non pas dans le sens où il était préparé psychologiquement à subir n’importe quel choc, mais simplement qu’il avait atteint ce point précis de non-retour. L’emportement, qui l’avait délicatement étreint au fur et à mesure qu’Octave jouait de son pipeau, semblait avoir annihilé toute capacité d’observation autre que superficielle. Même plus besoin d’abattre à la machette des arguments les neurones les plus sceptiques. Son regard de jade s’était légèrement teinte d’un peu d’obscurité douteuse, et son timbre avait baissé d’un niveau. Il prononçait ses mots de façon posée et très calme. Et comme il fallait toujours spécifier ce que la personne avait oublié -sinon elle ne l’aurait justement pas oublié-, Octave enchaîna :

« Je suis ton chaperon. Tes ordres, tu les as reçus de Yaxley, pas de moi. Moi je ne suis là que pour te jauger, tu t’en souviens ? Il tourna quelques pages, distraitement, avant de ricanement doucement. Pourtant tu avais la bonne réponse au début. Je t’avais demandé ce qu’on foutait là et tu m’as dit, en russe, que c’était pour punir. Pourquoi as-tu déduit que le meurtre était une punition ? Pas parce que je te l’ai dit, j’espère ? Regarde mes poignets, dit-il en remontant ses manches, paumes tournées vers le plafond, est-ce que j’ai la marque des ténèbres sur moi ? Pour qui as-tu fait tout ça ? Pour Yaxley, ou pour moi ? Pour le Lord, ou pour satisfaire mes lubies ? Je crois que tu as oublié qui était ton maître dans cette histoire, un peu trop facilement d’ailleurs. Ca pue l’opportunisme tout ça… un certain manque de loyauté, tu ne trouves pas ? »

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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mar 4 Oct 2016 - 16:54





« Lourde déception »


Il pensait s'être trouvé un compagnon d'arme le temps d'une soirée, juste le temps d'une soirée. Il savait que ce n'était qu'un moment éphémère, une nuit froide et glaciale de Noël. La mort de ses frères d'armes étaient encore fraîche. Il ne le regrettait nullement. Tant de souvenirs avec eux, de rire, de faux sourires, de mensonges, de fausses camaraderie, de haine. Aucun d'entre eux n'avaient remarqué sa lente descente aux enfers, n'avaient fait attention à Rage et Haine qui s'étaient installé en son sein, contrôlant son esprit et son cœur. Son corps. Le militaire n'avait pourtant aucun grief envers les moldus pour avoir passé la moitié de sa vie avec eux, mais cette interdiction continue de se montrer tel qu'il était réellement, de devoir constamment cacher qui il était, de ne pas avoir eu droit à la vie qu'il avait désiré dès sa quinzième année... amas de rancœur, de rage et de haine. L'homme avait alors soif de pouvoir, de puissance, rêvant de ne plus se dissimuler dans l'ombre. Le dégoût craché par son géniteur n'avait fait que le convaincre de franchir la ligne, de sombrer définitivement dans le Mal. Tant pis s'il avait tord d'agir ainsi. Tant pis si l'ancien soldat le regretterait un jour. Il assumerait son choix jusqu'à sa mort, ou jusqu'à ce qu'on tente de le tuer dans son dos.

Son comparse avait toujours cette tête empreinte de folie, mais l'ancien démineur n'en fit aucun grand cas. Il n'était pas homme à se soucier de l'état de santé de chaque personne qu'il rencontrait. D'autant plus, il le savait, il ne le rencontrerai pas à nouveau de si tôt. Est-ce qu'il serait contre des retrouvailles. Il s'en fiche. Individu désabusé qui n'en a rien à faire des autres, de ce qu'ils peuvent bien ressentir, penser ou dire. Le militaire s'était tourné vers le britannique, lui demandant un banal conseil. Après tout, c'était lui qui avait lancé ce jeu ; à lui de le terminer comme il se devait. Non ?

Je ne sais pas, tu pourrais le tuer, lui aussi. Après tout, s’il reste en vie, Odo aura encore à quoi s’accrocher. Mais s’il reste seul, il n’aura plus que les démons de ses souvenirs pour lui tenir compagnie. Le but, après tout, n’est pas la souffrance de son fils, mais sa souffrance à lui…

Le norvégien hocha la tête, tout à ses réflexions. Sa décision était prise lorsque l'anglais lui demanda pourquoi il lui posait cette question. Le nordique haussa les épaules. Même s'il s'était bien amusé avec le sadisme de son compère d'une soirée, il avait été exaspéré, agacé même, par ses changements soudain d'avis. Il avait encore moins apprécié qu'il le coupe à chaque fois dans ses gestes, le forçant à le faire agir comme le dandy le voulait. N'était-il donc pas libre de ses mouvements ? N'était-il donc pas venu ici en tant que spectateur ? Car Aslak n'avait aucunement oublié ce fait. D'être surveillé, jugé. Il l'avait seulement relégué au second plan, le temps de quelques heures. Le temps de s'amuser.

- Je crois que tu as oublié qui je suis.

Loikson se tourna lentement vers Octave, un sourcil arqué et les lèvres pincées, regardant son vis-à-vis tourner les pages d'un livre lambda. La folie avait disparu de son visage, ses yeux et sa voix, parlant calmement bien qu'un peu douteux. La méfiance s'était totalement emparé du corps du militaire, sentant que quelque chose ne tournait pas rond. Qu'il avait été manipulé. Et Haine détestait qu'on se moque d'elle.

- Je suis ton chaperon. Tes ordres, tu les as reçus de Yaxley, pas de moi. Moi je ne suis là que pour te jauger, tu t’en souviens ? Pourtant tu avais la bonne réponse au début. Je t’avais demandé ce qu’on foutait là et tu m’as dit, en russe, que c’était pour punir. Pourquoi as-tu déduit que le meurtre était une punition ? Pas parce que je te l’ai dit, j’espère ? Regarde mes poignets, est-ce que j’ai la marque des ténèbres sur moi ? Pour qui as-tu fait tout ça ? Pour Yaxley, ou pour moi ? Pour le Lord, ou pour satisfaire mes lubies ? Je crois que tu as oublié qui était ton maître dans cette histoire, un peu trop facilement d’ailleurs. Ça pue l’opportunisme tout ça… un certain manque de loyauté, tu ne trouves pas ?

L'anglais était pourtant quelqu'un d'intelligent, de très intelligent. Ce n'était pas quelque chose à nier ou à renier. Mais ô combien avait-il été stupide d'oublier que l'homme qu'il surveillait, chaperonnait était quelqu'un d'impulsif, violent. Peut-être que la soirée se serait terminée autrement, s'il n'avait pas prononcé cette diatribe. S'il n'avait pas remis en doute le désir du sorcier de rejoindre les rangs du Lord Noir. Le livre aurait pu être évité de valdinguer dans la pièce par une main violente et agressive et le col du britannique ne se serait pas fait happer par cette même main, le forçant à se lever, plaqué un mur, une baguette s'enfonçant douloureusement dans sa hanche. Il n'y avait plus aucun calme sur le visage d'Aslak, plus aucun amusement. Seulement Rage et Haine qui s'était emparé de son être, de lui. Le roulement de ses "r" étaient dangereux et il se fichait bien qu'Odo puisse les entendre, les comprendre. Cela n'avait aucune espèce d'importance.

Il lui réglerait son compte plus tard.

- Tu me parles de loyauté, mais tu ne sais rien. Tu ne sais absolument rien de la loyauté, toi qui n'est qu'un manipulateur et un menteur, trahissant quiconque ose te faire confiance à chaque occasion qui se présente. Tu n'es qu'un être insipide racontant des salades pour que le monde entier ne tourne que toi car tu adores ça, hein ? Qu'on te regarde et qu'on t'écoute. Tout le temps. Ne me parle pas de loyauté quand tu ne sais pas ce que c'est, tout ce que j'ai fait et tout ce que je suis prêt à faire pour le rejoindre, Lui.

Rage et Haine voudrait tant le frapper, le tabasser pour lui faire comprendre à quel point, il n'aimait être manipulé ainsi, mais l'homme les bridait, les retenait tant bien que mal. Il parvint enfin à le relâcher non sans brusquerie et à reculer, ne le menaçant plus de son regard haineux et de sa baguette. A la place, il cracha le sort de mort sur l'homme qui hurla de douleur en même temps que le "NON !" hurlé longuement par son père.

C'était terminé. La fête touchait à sa fin. Elle aurait pu être agréable, encore empreinte d'un sadisme qui avait plut au norvégien, mais tout avait été gâché. Parce qu'on avait remit en doute son désir de rejoindre les rangs du Lord. On avait oublié le fait qu'il était un soldat fidèle à ses principes. Et ses principes se tournaient vers le Maître des Mangemorts.

- Mes enfants..., pleura Beauchamp.
- Vos enfants et votre femme serait encore en vie si vous n'aviez pas joué les stupides héros, cracha le norvégien qui avait énormément de mal à contenir sa rage. Vous auriez du y réfléchir avant de vous en prendre à nous. Vous saviez que cela ne resterait pas sans conséquence. Tout est de votre faute, Beauchamp.

Oui, tout était de sa faute, car il avait manqué de discernement, ne sentant pas venir le danger. Peut-être donnerait-il fin à sa vie, mais l'ancien démineur n'avait que faire de cela. On ne lui avait pas demandé à ce qu'on lui laisse l'envie de vivre, de se battre. D'un pas rageur, il se dirigea vers ses vêtements, ayant plus qu'assez de cette comédie. Cependant, il jeta un dernier coup d'oeil assassin vers son siamois d'un soir.

- La seule personne prête à jouer les opportunistes et à trahir dans cette pièce, c'est vous.

Et qu'on ne lui remette pas le meurtre de ses frères d'armes sur le tapis. Après tout, il avait été envoyé à l'armée contre son gré. Jamais, il n'avait été dans leur camp.

Jamais.




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MessageSujet: Re: [Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes. Mer 5 Oct 2016 - 19:46

Victoire. Le faible esprit avait craqué, faisant voler les obstacles, empoignant le col et plaquant méchamment contre le mur. Victoire. Baguette contre cuisse, il lui cracha des sensibleries au visage, un peu à côtés de la plaque, dans l’émotion, ne se rendant visiblement toujours pas compte où était le véritable problème. Avec beaucoup de mal, Octave se retint de sourire, gardant ses traits tirés, le menton relevé par le poing qui serrait l’encolure de son t-shirt, écrasant son cou et faisant monter la rougeur au visage. Il n’était pas le premier à le prendre par la force, ni très certainement le dernier, mais Octave savait déjà comment gérer ce genre de situations si elle devait dégénérer. Depuis le temps qu’il se faisait tabasser, Octave avait saisi un truc essentiel pour avoir le moins mal possible : se détendre. Il fallait rester souple, cela atténuait la violence, réduisant la tentative d’agression à néant. Donc instinctivement, dès qu’il vit le jeune homme lui foncer dessus sans qu’il n’ait la possibilité d’esquiver, il se relâcha. Seulement, Aslak se contenta de lui débiter ses mièvreries d’adolescent prêt à franchir vents et marrés pour les beaux yeux de sa belle, ou plutôt, les palpitantes narines en fente de son futur maître. Intérieurement, il jubilait ; joues rouges, larme en coin, mais il jubilait, si bien qu’un plaisir de détraqué naquit au fond de ses yeux, à défaut de se déposer sur sa bouche en un sourire mauvais. Il voyait le futur Mangemort à la limite de lui passer une torgnole, la colère débordant de ses yeux comme un verre trop plein, suintant de ses pores et électrisant ses cheveux. Ca le rendait fou de joie, malgré la douleur dans son cou et sa hanche, là où la baguette s’enfonçait franchement à travers le jean. Mais son cœur triomphait, traversé par l’adrénaline. Voilà qu’il avait passé les quatre dernières heures à ensorceler sa petite victime involontaire qui se croyait complice. Il y avait de quoi s’énerver, mais la violence haineuse était le meilleur moyen de donner raison, alors Octave s’en délectait allègrement.

Reprenant un semblant de contenance, le corbeau lâcha sa prise, le regard mauvais et la baguette tendue. Ah, les gens, ils ne supportaient vraiment plus rien du tout de nos jours. Chochotte va. Octave déglutit avec difficulté, se raclant la gorge pour libérer ses cordes vocales enrouées par une étreinte un peu trop amoureuse. Aslak déchargea sa fureur sur le garçon de manière expéditive, provoquant encore une vague d’exclamations douloureuses. Quel manque de retenue pitoyable. Franchement, il n’était plus à la maternelle à jouer au bac à sable, le petit corbeau ! C’était tellement minable qu’Octave lâcha un soupir légèrement agacé en défroissant le tissu sur son poitrail du revers de la main.

« Merci, tu as envers moi la douceur d’un rouleau de PQ de basse qualité, j’apprécie. »

Autant il faisait de l’humour, autant voir le norvégien aussi énervé l’exaspérait horriblement. Ne pouvait-il donc pas un peu se remettre en question avant de s’attaquer aux autres ? Il était de ceux qui usaient de la frustration non pas pour s’améliorer mais pour faire souffrir le monde qui les entourait, comme si l’univers y pouvait quelque chose à leur malheur de grain de sable dans le désert de l’humanité. Et ça, ça l’énervait passablement. Parce que c’était naze de ne pas assumer ses faiblesses, particulièrement quand cela finissait par avoir une répercussion concrète sur l’entourage, le concerné n’ayant pas la force de se contenir, frustré jusqu’au trou de balle de s’être fait avoir aussi facilement. Octave finit tout de même par ricaner méchamment, la tête légèrement renversée vers l’arrière et les paupières mi-closes pendant que l’autre ténébreux lui décochait deux flèches noires emplies de feu. Il croyait quoi ? Que cela allait émouvoir le petit cœur du petit Octave ? Pardon, j’ai di cœur ? Je voulais parler de sa pompe à huile de vidange froide qu’il avait pour éviter de rouiller. Il était téméraire, peut-être à outrance, mais c’était toujours à propos, car malgré cela il était prudent et savait ce qu’il faisait. Mais il était trop extravagant pour qu’on soupçonne sans aucune lueur de doute que ce personnage n’était que calcul et anticipation. Un soupir et texte :

« Mais en quel honneur est-ce que tu me parles de ma loyauté, ma traitrise et mon opportunisme ? On n’a pas enterré les cadavres ensemble toi et moi. Tu croyais quoi ? Que parce qu’on est en apparence du même côté, j’allais te ménager, être ton « ami » ? On ne se connait que depuis cinq heures. De plus, je suis là pour faire mon travail, et mon travail, en ce cas précis, consistait à te cerner en un temps limité. Peu importe que je ne sois pas loyal, manipulateur, menteur ou traite, tant que je fais ce pourquoi on m’a engagé. Peu importe les moyens pour peu qu’il y ait une fin, comme dirait l’autre. »

Loyauté… ce mot semblait être devenu un terme générique tant on le mettait à toutes les sauces sitôt que l’orgueil se trouvait blessé. Blasé, Octave alla récupérer son propre manteau et ses affaires, avant de replier d’un coup de baguette magique sa sacoche, récupérant en vol les aiguilles et autres ustensiles perdus en route. L’ensemble traversa la pièce et atterrit dans ses mains. « Je suppose que c’est rassurant de rejeter la faute sur les autres. Pauvre Loikson s’est fait entourlouper par le vil Octave comme un cheveu sur un doigt. Ce n’est pas de sa faute…Allons grandis un peu. » Dit-il dans un sifflement dédaigneux. « Tu en fais des tonnes pour rejoindre le Lord ? Bien. Mais ça ne fait pas de toi quelqu’un de loyal, plutôt d’obstiné et de déterminé. ‘Mettons que je ne connaisse rien à la loyauté… j’en connais par contre un rayon sur l’influence. Et toi, infernal polisson, tu t’es laissé absorber par le doux plaisir d’avoir quelqu’un qui te guide à la baguette, n’ayant plus qu’à exécuter les ordres donnés sans te poser de questions, obéissant au diable sur ton épaule, soufflant dans ton oreille, oubliant presque ce que ton futur maître t’as demandé. » Il fit un nœud avec les lanières de la sacoche en cuir et l’enfouit grossièrement dans le sac à bandoulières. « Tu aurais dû imposer ton rythme propre, ne pas m’écouter, faire les choses comme bon te semblait et comme te le dictait ta conscience professionnelle. Mais tu t’es laissé enivrer comme une minette devant un gros diamant. C’est facile d’avoir l’air fort en pétant des gueules, en revanche, quand on te demande de faire preuve de force morale, tu te dégonfles comme un pneu sur des clous. »

Il passa son sac sur son épaule et enfila son bonnet en laine, prêt à sortir. Sur son passage, il embarqua Odo par le col, le forçant à le suivre malgré un pas titubé et tremblotant, bien que parfaitement docile maintenant. Octave s’arrêté à côté d’Aslak, dans une espèce de face à face en diagonale, lui offrant son visage en trois-quarts. « T’es un peu comme un pédé refoulé en fait. T’aime bien qu’on te caresse la croupe, pour peu que tu n’ai pas à réfléchir, mais dès qu’on te confronte à la réalité, au fait accompli, tu te crèves les yeux en évoquant des vertus morales. Ne t’imagine pas que je n’ai pas remarqué tes petits sourires en coin et ton amusement lorsque tu suivais mon scripte. » Il se pencha légèrement vers le visage de son vis-à-vis, les yeux perçants comme deux prismes « Tu es influençable. C’est un peu dur d’être loyal quand on virevolte comme une feuille au gré du vent. Et là, aucun rapport avec ma capacité à être fidèle, juste de la logique. Tu t’es un peu viandé… Mais Yaxley semblait vouloir quelqu’un surtout capable d’exécuter docilement de basses besognes. Et tu me sembles en être parfaitement capable, pas besoin de loyauté pour ça, juste une échine bien souple. » Octave se redressa finalement, balayant du regard la pièce. « Crame cette baraque, conseil de connaisseur, pas d’ami, bien évidemment. Tu t’es attaqué à une famille de moldus et de sorciers ce soir. Sais-tu sais en quoi c’est différent de cas de figure plus homogènes ? C’est que la police locale tout autant que les Aurores vont s’en préoccuper. L’analyse ADN se démocratise de plus en plus, tout comme les empreintes digitales, avec toutes ses nouvelles technologies qui rendent le procédé plus rapide… Tu étais à l’armée, non ? Tu dois avoir un dossier d’Etat dans ce cas-là. Ce n’est que la police, tu me diras… Mais sais-tu qu’à mesure que la police moldue gagne en efficacité, les Aurores en profitent parfois, prenant note de leur avancement. Ce serait dommage qu’ils fassent le lien avec toi, d’autant que tu as laissé un peu partout ta trace ici. » Il leva sa main libre en faisant danser ses doigts recouverts de cuir « Fallait mettre des gants et prendre une douche avant ! Ne pas boire dans les verres, ne rien abandonner à table… » Octave lui sourit joyeusement avant de sortir de la maison.

La nuit était froide silencieuse, peut-être encore plus que lorsqu’ils étaient rentrés. Tout le monde devait dormir maintenant. Ou en l’occurrence, être mort. Le brun lâcha Beauchamp dans la neige, à l’orée du champ qu’ils avaient traversés tout à l’heure. L’homme n’essaya même pas de se redresser, se laissant aller sur ses genoux, la tête basse, probablement plongé dans une indolence post-traumatique. Octave pointa sa baguette sur lui et susurra un « Oubliettes », forçant la mémoire de sa victime à effacer toute trace de la présence du détective de cette soirée. Il n’y avait plus que Aslak qui pullulaient ses souvenirs, et s’était très bien ainsi, car de toute manière, c’était le futur mangemort qui avait quasiment tout fait. S’en suivit un « Stupefix » et le corps d’Odo faiblit sensiblement avant de tomber au ralenti dans la neige profonde. Le sorcier dans son manteau émeraude se retourna, sourire aux lèvres, observant la maison, globalement satisfait de la soirée.

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[Décembre 1989 - Surrey] L'hydre à deux têtes.

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