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[Septembre 1997] - Une soirée de rêve.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
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MESSAGES : 184

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 21 Aoû 2016 - 17:01

Au début, elle l’avait écouté attentivement, comme une enfant à qui sa grand-mère racontait des histoires près d’un feu crépitant, une soirée d’hiver, l’air ébahi en moins, bien entendu. Mais elle avait fait un effort, preuve qu’il avait réussi à l’intéresser un tant soit peu par son récit. En même temps, qui n’aimait pas les contes ? Ils avaient cet aspect très commode de faire part de valeurs morales concrètes, de vérités gênantes et de moult actes de bravoure improbable sans que personne ne se sente contraint de s’identifier à quoi que ce soit. Les princesses et les princes étaient les fruits d’imaginations de quelques esprits en manque d’aventures, de ménagères flétries d’amour, pouvait-on se dire si l’histoire ne se trouvait à pas être à notre goût, ou si elle blaisait notre amour propre. Ce genre littéraire, Octave ne l’avait naturellement pas choisi au hasard. Si Cassidy rechignait lorsque la réalité se présentait à elle aussi nue qu’un roman naturaliste, il avait décidé de la couvrir, de l’habiller de quelques somptueuses parures pour au mieux parfaire son attrait. Il l’avait harnachée d’un beau jupon à baleines, dont il avait soigneusement serré les courroies, et lui avait passé un lourd brocard de soie dans lequel étaient taillés la jupe et le corsage. Les manches gigot se resserraient en un étroit fourreau sur l’avant-bras et la jupe à godet s’évasait en une large corolle. Et voilà que la vérité se trouvait être à la dernière mode, habillée dans une tenue qui pouvait charmer et tromper n’importe qui.

Tout le monde voulait un peu de beauté dans la vie, qu’elle se présente à eux dans ses meilleurs déguisements, belle et désirable, et non courbée par sa dureté inébranlable, enlaidie par une destinée hasardeuse et aussi rugueuse que du papier à poncer. L’esprit humain n’était guère assez rigoureusement pragmatique pour accepter une existence dans toute sa dureté crue, sa force brute, son effroyable grandeur couplée à une incapacité à avoir de la considération pour les êtres obligés de vivre misérablement sous son joug. Raison pour laquelle l’imaginaire de chacun tendait à peupler ce monde d’un sens, quel qu’il puisse être pour chacun, afin de ne pas se laisser abattre par l’austérité sans fin ni fond du hasard.

Ainsi, au début, s’était-il appuyé sur l’esprit pétulant du caractère de la jeune femme. Parce que c’était drôle et que c’était ce à quoi elle semblait réagir immanquablement. Tout en étant théâtral, ses propos demeurèrent extrêmement crus et presque cruels dans leur complète sagacité. Et effectivement, elle se tortillait, mais pas comme quelqu’un qui n’était pas d’accord, ou outré avec ce qui était dit, mais comme une personne qui n’acceptait pas de front les propos tenus. Il avait cru estimer qu’elle fut suffisamment solide et surtout lucide pour une brutalité sans apparats. Pourtant, elle ne tenait pas tout à fait la promesse de sa rudesse, du moins pas comme elle l’aurait voulu. Au fur et à mesure qu’il saisissait les singulières nuances qui composaient le tableau de Cassidy, il rectifiait son angle, changeant imperceptiblement de tactique, jusqu’à se rendre compte qu’elle n’avait nullement besoin de brutalité. C’était sa tasse de thé, pour ainsi dire. Alors oui, il visait juste, mais pas avec la bonne arme, ce qui se ressentait dans les réactions que très partielles et jamais complètement intimes de la jeune femme. En même temps, il avait été bête de s’attaquer à elle de la sorte, alors que la dureté semblait avoir moulu son existence de toutes part. La violence et la barbarie, elle y était habituée. Bien sûr, Octave avait été rustre d’une manière bien plus voilée et discrète que ce dont elle avait l’habitude, mais franchement à quoi s’attendait-il donc…

Maintenant, il fallait faire tout le contraire. Faire de sa vie un conte, car ceux-ci avaient toujours une fin radieuse ; mais ça, ce n’était pas encore envisageable pour le moment. Elle l’écouta, et au lieu d’être plongée dans une froide patience, elle semblait calme ; au début néanmoins, jusqu’à ce qu’elle ne se fige. Elle avait toujours la même expression d’apaisement, mais tout son corps fut comme paralysé dans l’instant, comme si elle fut soudain transformée en pierre. Cette vision avait quelque chose de profondément troublant, mais Octave ne s’en arrêta pas pour autant, continuant son récit ; son récit à elle. Il n’y avait qu’un nerf, qui faisait palpiter sa paupière, pour indiquer qu’elle fusse encore en vie, bien que son corps semblât se vider de son sang par l’intérieur, tant elle avait perdu ses couleurs. Un instant, il fut contraint de dévier le regard pour ne pas se faire décontenancer, mais son stratagème marchait et il ne se saurait jamais pardonné d’avoir lâché prise par pitié pour son cœur de glace. Son but étant de le faire fondre, et non d’en endurcir l’extérieur par renoncement. Puis soudain, une voix sortit de sa bouche de marbre, aussi froide que la pierre elle-même :

« Ne me sous-estime pas Octavius. Je suis tout à fait capable de passer à l'acte. »

Ma foi, il n’en doutait point. Il ne doutait pas que la Cassidy qu’il avait devant lui, ou plutôt sous lui, était en mesure de commettre un meurtre pour cacher son secret. Mais cet acte d’ignorant l’enfoncerait davantage dans les abysses, paralysant encore plus son esprit, l’empêchant définitivement de réfléchir. Il fallait être maître de soi pour supporter le poids d’un meurtre, ou bien ne plus exister du tout en tant que personnalité, ce qui facilitait grandement les acquis de conscience. La véritable Cassidy, celle qui était de feu et de glace, parviendrait-elle à tuer ? Et surtout, le jour où elle renaîtrait, serait-elle en mesure de supporter tout ce dont elle avait été capable pendant ces instants où son âme fut dénuée de scrupules ? A dire vrai, il n’en savait rien. Mais il espérait qu’elle n’avait pas encore eu le temps de totalement corrompre ce qui lui restait de son intégrité presque perdue. Comment pouvait-elle dignement répondre de ses actes, puisqu’elle n’était pas exactement elle-même, et ce depuis un bon bout de temps ? Pourtant, bien que parfaitement au fait qu’il avait en face de lui un esprit déséquilibré au possible, Octave ne la craignait pas, malgré ses menaces à la brutalité de plus en plus saisissante à mesure qu’il refusait à prendre peur. Il n’y pouvait rien, ce n’était pas du courage forcé, mais il ne la craignait pas, pour une raison qui lui échappait quelque peu. Peut-être était-ce leurs points communs qui lui donnaient tant d’assurance. Simplement il savait que plus il montrerait d’indifférence à l’égard de Cassidy à ce sujet, moins elle s’en sentirait capable. L’absence de peur en un moment qui pourtant avait tous les ingrédients pour en susciter avait de quoi troubler au point de faire perdre le sens de l’acte en lui-même. Et puis, il connaissait parfaitement quel alignement devaient avoir les planètes pour que la blonde se sente suffisamment en danger et finisse par l’empoisonner au détour d’un vers de champagne. C’était un secret beaucoup trop précieux pour qu’il le livre à qui que ce soit.

Et puis, un battement de paupières, un frôlement de cils lui indiqua un émoi nouveau, seule trace de sincérité dans toute sa tenue de fer. Inlassablement, il visait juste. C’était la raison pour laquelle on l’avait apprécié dans son milieu empli de gens aux secrets aussi multiples que leurs mensonges. C’était un trait qu’il se savait détenir de sa mère, qui avait toujours su quoi dire pour le faire pleurer étant enfant. Mais lui ne s’était pas cantonné à sonder les esprits grossiers de rejetons ; non, il s’était appliqué à élevé sa subtile perspicacité à un tout autre niveau, au dépend de sa mère, parfois, par pure vengeance. Elle ne pleurait pas comme lui, mais elle ne parlait plus, se protégeant d’un fils qui avait fini par se retourner contre sa génitrice. Elle ne s’offusquait pas non plus, visiblement peu étonnée qu’il ait fini par devenir pire qu’elle.

Plus il avançait dans l’histoire, plus elle changeait, tantôt concentrée, tantôt crispée, mais jamais désintéressée ou indignée. Encouragé, Octave continuait, intrépide, alors qu’il savait parfaitement que de ses mots, il l’obligeait à se confronter au portrait de son âme, tel Dorian Grey qui ne se rendait pas compte à quel point ses actes avaient fini par l’enlaidir de manière définitive. Mais le pire, c’était qu’il se tenait à ses côtés pour contempler les dégâts, si bien que chacune de ses phrases devait l’atteindre en plein cœur, la brûlant d’une délicate évidence. Enfin, il l’avait déstabilisée jusqu’à lui faire perdre un peu de son semblant de contenance, tout en étant persuadé que comme d’habitude, elle ne lui laissait en voir beaucoup moins que ce qui se passait en réalité. A tâtons, et à force de suppositions, il mesurait les dégâts à ses imperceptibles expressions.

« Oriental... »

Un écho vint doubler sa voix en douceur. Il n’en laissât rien paraître jusqu’à maintenant, mais à chaque fois qu’il se rendait en un lieu nouveau, il tirait sur ses fils pour s’informer sur les gens qui y résidaient. Octave était suffisamment affable pour ne pas retourner leurs existences comme on le ferait avec une terre en culture ; il se contentait de s’aviser que de manière très superficielle sur les ragots et la vie des habitants de manière graduelle, allant du moins au plus notable. Ainsi s’était-il soigneusement informé sur les inspecteurs, car il ne pouvait décemment pas y avoir de place pour le hasard dans ce cas. Pour les autres, il préférait renchérir ses savoir déjà acquis par une rencontre, pour se faire une idée plus exacte des personnages. Cassidy avait fait partie de ses recherches. Un Aurore redevable, et fort bien au courant des liaisons que les Mangemorts avaient entre eux, lui avait conté dans une courte missive l’histoire de la blonde gazelle. Toutefois, à moins que la situation ne se gâte, Octave tenait à ne pas faire étalage de ses savoirs particuliers ; chose qu’il venait tout juste de faire en parfaite connaissance de cause. Il avait voulu de la sorte renforcer l’effet de son récit, qui se voulait presque omniscient. Par-là, il avait voulu lui montrer à quel point il pouvait la voir au travers, bien que ce savoir en particulier n’avait aucun rapport avec sa perspicacité.

Elle ne tint plus la tension et finit par se relever d’un bond si brusque qu’Octave en fut étonné. Mais elle ne s’enfuit pas, le regardant de haut, les bras croisés dans un mouvement qu’il devina être de protection. Visiblement, elle ne savait plus où se mettre, ni comment retourner la situation en son avantage, à part en le dominant physiquement. Mais cela ne l’aida pas, car même au-dessus, Octave la voyait petite. D’en bas, elle lui sembla d’autant plus frêle et fragile, son corps ressemblant définitivement à une grande fleur, tant ses cheveux crépitants faisaient penser à des pétales en éclosion. Cela lui arracha un énième sourire, d’autant plus grand qu’il savait que ce n’est pas ce qu’elle désirait de sa part. Mais il ne partirait pas.

« Quel magnifique conte, quoique légèrement trop à l'eau de rose à mon goût. Tu es particulièrement doué pour faire virevolter les mots, je dois le reconnaître. Un poète hors paire, un orateur éloquent et se voulant charmant. Malheureusement pour toi, je ne suis pas de celles qui se laissent envoûter par de simples histoires.
-Crois-tu vraiment que l’envoûtement était le but ? »

Il savait parfaitement qu’elle essayait d’esquiver les coups, mais il n’allait pas lui laisser la satisfaction de faire comme si ce conte n’avait rien à avoir avec la réalité, qu’il n’était là que pour lui faire plaisir. Il n’avait aucunement l’intention de lui permettre de se comporter comme si elle fut plus stupide qu’il n’en était. Mais il n’eut pas le loisir de contempler l’effet de sa réplique car elle se détourna de lui avec une lenteur appuyée, s’en allant rejoindre l’autre bout du jardin. Pour Octave, il n’y avait toutefois pas de doutes à avoir, elle ne lui faisait pas dos par hasard, quelque chose était en train de se passer sur son visage pour qu’elle veuille ainsi se cacher, elle qui était si digne il y a encore quelques secondes.

« Tu parles d'intégrité mais tu ne tiendras pas deux semaines au château si tu ne contrôles pas un minimum tes paroles et tes actes. Le Seigneur des Ténèbres a pris le contrôle, le temps des rêveries est terminé Octavius. L'intégrité est un concept honorable, je ne dis pas le contraire, mais il faut savoir faire la part des choses, ou alors... peut-être es-tu suicidaire ? Cela expliquerait que tu oses te permettre de dire toutes ces choses devant une fille de Mangemorts. Porter sa résistance comme un drapeau ne te mènera pas vers un avenir, mais te précipitera dans ta tombe. C'est ridicule. Ton conte féerique est pour les enfants innocents et comme toutes les histoires merveilleuses, il ne reflète pas la réalité en oubliant des variables pourtant capitales. »

Un ricanement s’empara de lui, faisant trembloter ses épaules alors qu’il détournait le regard vers les étoiles. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle daigne commenter la première partie de son récit, mais il ne pensait pas qu’elle s’accrocherait à détailler la sienne avec autant de minutie. Bon, il était fair-play, et elle avait assez souffert comme ça, alors il allait répondre à ses questions aussi honnêtement qu’il le pouvait, quitte à ne pas la satisfaire du tout. Il avait bien voulu travestir la vérité pour lui alléger la tâche, mais il n’allait pas en faire de même en ce qui le concernait, car il était très important qu’il soit clair avec elle pour qu’elle cesse de se poser les mauvaises questions, se faisant une image de lui qui n’était pas tout à fait la bonne. C’est alors qu’il réfléchissait à sa réponse qu’elle lui demanda la bouteille. Il la lui tendit avec grâce, avant de se laisser aller contre l’herbe, s’allongeant de tout son long sur le sol. Passant un bras sous sa tête, il la regarda de toute en bas, depuis la terre elle-même, où Cassidy aurait d’ailleurs très certainement voulu qu’il se trouve. Il l’observa faire son étrange manège, ce qui le fit ricaner encore une fois, tant il avait l’impression d’observer un parfumeur en train de concocter une énième senteur, toujours sans succès. Elle humait, reniflait et touchait comme si s’eut été du poison, et Octave s’en amusa dans un sourire badin, persuadé qu’elle en faisait un peu trop. Une fois de plus, elle abordait la vie avec calcul.

« Champagne Louis Roederer, brut cristal rosé provenant de France. Paraissant intact de tout poison détectable. Bon choix de la part de la tenancière.
- Eh bien ma chère, étais-tu donc alcoolique ? »

Dit-il d’un ton taquin, tout en l’applaudissant des deux mains. Puis, replaçant ses bras sous sa tête, il riva son regard dans les étoiles, laissant le silence s’installer doucement. Il ne voulait pas répondre tout de suite à ses questions, ou ses accusations, plutôt. Ses yeux se perdaient dans le noir alors que des souvenirs engloutissaient son esprit, ravivés par ce que lui avait dit la jeune femme. L’un d’eux fit intrusion, faisant écho aux évènements présents. Rogue lui avait, lors de son entretient, lâché quelque chose de semblable. Comme quoi les gens ne pouvaient pas être aussi ouverts s’ils voulaient survivre dans ce monde. Quelle ironie que de voir cette opinion sortir de la bouche d’une femme au double jeu constant. Que pouvait-elle donc savoir des dangers que représentait un comportement fidèle ? Mais de toute manière, là n’était pas la question. Octave ferma les yeux, le visage calme, se laissant aller aux évocations lointaines qu’avaient réveillé en lui les dires de Cassidy. Il avait douze ans et était assis dans le salon familial, à essayer de lire un livre imposé par son grand-père : du Freud. Il devait tenir son ouvrage à bout de bras en raison de la tige d’acier plaquée contre sa colonne vertébrale. Ses bras étaient douloureux et il aurait voulu se laisser aller sur le canapé, s’avachir un tant soit peu, mais sa mère était convaincue que trois heures par jour dans un corset correcteur devraient suffire à conférer à son fils un port de roi, et Octave n’avait guère d’autre choix que de lire son livre dans un inconfort extrême. La courroie qui lui ceignait la tête s’enfonçait douloureusement dans son crâne, lui laissant à chaque fois une marque rouge sur le front qui persistait le reste de la journée. La souffrance se décuplait car il ne comprenait strictement rien au livre qu’il lisait, mais se savait être obligé de l’assimiler s’il ne voulait pas en plus finir avec une marque sur les doigts.

Et alors que l’Octave adulte était allongé sur le sol, il savait son dos parfaitement droit, aligné à la perfection avec sa tête, comme si la tige d’acier était toujours là. Même qu’il se souvenait encore des bribes de sa lecture de l’époque. Quel intérêt y avait-il à passer son temps à survivre ? Il voulait vivre.

« Mon intégrité est intacte car je ne faisais pas référence à son aspect extérieur. Je suis intègre vis-à-vis de mon esprit, à moi-même. Je ne me mens pas, je ne m’invente pas des désirs ni des goûts qui ne sont pas les miens, je suis en accord parfait avec les battements de mon cœur. Et mes sourires ont l’air faux car quand j’étais plus jeune, je ne savais pas sourire du tout. Je passais mes journées à me regarder dans un miroir pour étudier toutes les expressions faciales dont j’étais capable et les décortiquer, les perfectionner pour qu’elles soient crédibles. J’ai passé tellement de temps à imiter des émotions que même à ce jour, quand je rigole, les gens disent que ça sonne faux. Ce qui est un peu le cas. Je me trouve véritablement incapable de produire des expressions totalement naturelles, tant toutes mes réactions semblent étudiées et travaillées. Et elles le sont. Mais personne ne m’avait prévenu que si je forçai trop, je resterai faux jusqu’à la fin de ma vie. Le pire, c’est que maintenant, je ne le fais même plus exprès. Cela dit, autant on dirait en permanence que je joue la comédie, autant ça ne veut pas dire que mes émotions ne sont pas vraies. »

Cette réponse-là lui était venue avec difficulté, et cela se vit dans son air quelque peu contrit. Mais il défroissa bien vite son visage, et afficha encore l’un de ses sourires, n° E45, pour être plus précis.

« Et je n’aime pas qu’on m’appelle Octavius pas parce que c’est mon moi caché, mais parce que toute ma famille m’appelait comme ça en me vouvoyant, même quand j’avais cinq ans. Ils se dissimulaient tous derrière mon prénom noble pour ne pas avoir à se sentir trop proches de moi. Ca leur évitait très certainement le désagrément de se sentir coupables. Mais bon, t’entendre m’appeler comme ça est très logique finalement. Dit-il calmement, faisant référence à son désir de ne surtout pas se rapprocher de lui. Donc non, je ne me dissimule pas. Je suis vraiment comme ça. Je ne suis pas outrageusement joyeux pour palier l’immense gouffre de mon âme. Je suis joyeux parce que la vie me donne du plaisir et qu’il y a toujours une raison pour être heureux ici-bas. »

Et comme il en avait marre de parler au ciel, Octave se redressa d’un geste souple, avant d’enfin passer la chemise blanche sur ses épaules, les blessures causées par les buissons ayant enfin fini de saigner. Il n’en ferma néanmoins aucun bouton, préférant profiter des brises légères encore un instant sur sa peau ; les temps froids n’étaient plus très loin. Il se planta devant elle, à son désagrément plus grand qu’elle, le visage rougi par l’alcool.

« Je suis heureux de savoir que tu t’inquiètes pour de ma survie au château, susurra-t-il avec ironie. Mais tu ne devrais pas. Je sais comment vivre, mais je sais aussi comment ne pas mourir. Car je fais parfaitement la part des choses. Comme tu le dis si bien, je parle à une fille de Mangemort. Si nous étions tous obligés d’embrasser la destinée de nos parents, nous n’en serions effectivement pas là. Je pourrai avec le même succès te dire qu’on ne menace pas un fils de bourreau, mais être le fils d’un bourreau ne nous fait pas devenir bourreau nous-même. Alors j’ai décidé, pas tout à fait aveuglement, de faire confiance en ta destinée propre. Et puis, si je ne suis pas encore mort à ce jour, c’est que je sais plutôt bien me débrouiller, non ? »

Sur ses mots, il lui prit la bouteille des mains et en but quelques gorgées à son tour. Malgré toute la nourriture ingurgitée, quelque chose s’oxydait dans son cerveau et il se sentit très légèrement éméché. Pas soûl, cependant, ni même près de l’être. Cela dit, il ne se tenterait sûrement pas à manœuvrer une égreneuse à coton. Il tenait assez bien l’alcool, mais avait le malheur de quitter assez rapidement l’état de sobriété, sans pour autant perdre toute sa lucidité. Cela l’avait frappé quand il avait essayé, à 16 ans, de se bourrer la gueule pour perdre de sa timidité et aller draguer une fille. Mais au final, il avait fini complètement pété et toujours aussi timide.

« Ma Cassidy, cesses donc de médire sur les contes d’une façon aussi vulgairement banale alors que tu as passé ta soirée à te mordiller la lèvre comme une petite fille ! »

Dit-il d’un ton faussement outragé alors qu’il allait cueillir du bout du doigt une larme sanguine perlant de sa plaie à la bouche. Il avait à peine effleuré sa lèvre, juste le temps de récolter une perle de sang, qu’il amena à sa propre bouche pour la suçoter, tel un vampire. Puis, toujours la bouteille à la main, qu'il sirotait de temps en temps, il se dirigea vers un coin du jardin où se trouvait un parterre de fleurs. Il n’y avait que des pivoines de Chine, mais Octave s’en accommoda, à défaut d’avoir un vrai Lys. Et puis, cette teinte lui siérait mieux. Il en arracha un bouton, pas trop gros, ni trop petit, légèrement éclos, avant de revenir vers Cassidy. Les lèvres pincées sous la concentration, il enroula une mèche de cheveux blonds pour l’épaissir, avant de la faire passer derrière l’oreille de la jeune femme : là, il coinça la fleur. Reculant, il ne put s’empêcher de caresser subtilement la joue de la jeune femme, avant d’admirer son œuvre de loin. Il se félicita à quel point le teint rosé des pétales se mariait parfaitement avec les cheveux blonds de la donzelle.

« Mais si tu veux un peu plus de réalisme, te voilà donc avec des pétales dans les cheveux. Histoire que je fasse enfin quelque chose à l’endroit. »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 22 Aoû 2016 - 23:58

« [...]
-Crois-tu vraiment que l’envoûtement était le but ? »

La jeune femme haussa les épaules d'un mouvement souple, un air désinvolte peint sur son visage. Sa chevelure ondula. Bien sûr que non, ou si peu. Elle n'était pas idiote et avait parfaitement été en mesure de comprendre le sens latent et extrêmement dérangeant de ce conte si soigneusement choisi et si habilement conté par un orateur démoniaque maniant les mots, aussi subtils et délicats étaient-ils, comme des armes tranchantes dont les lames étaient recouvertes de venin - ou de poison. Volontairement, la jeune femme choisi soigneusement une réponse des plus évasives au sein de son répertoire ; la numéro A34 (cf...). Il était tout simplement hors de question de lui laisser entendre qu'elle avait tout à fait compris toute sa mascarade, et d'ailleurs, elle ne voulait déjà plus y penser.

« Qui peut réellement savoir ce qu'il se passe dans ton esprit bancal ? Avec toi et tes sourires étranges, on peut s'attendre à tout. Je pourrais te dire que l’envoûtement me paraissait être le but, mais tu prendrais plaisir à démentir. Tout comme je pourrais te dire que je ne le crois pas, que tu me dirais que c'était bel et bien ce que tu visais. »

Et pan. Prends-toi ça dans les dents et fiche-moi la paix avec tes remarques dérangeantes et tes sous-entendus à deux mornilles. La jeune femme en avait assez et n'avait plus envie de jouer. Terrifiée à l'idée d'avoir été percée à jour par un homme dont elle ignorait tout, elle préféra dévier la conversation vers... - son regard turquoise chercha son salut -, la bouteille de champagne, dont elle s'empara rapidement.

Si Cassidy avait été face à un public, sur scène dans une salle de spectacle, les gens se seraient surement retournés les uns sur les autres, se dévisageant avec une incompréhension palpable peinte sur leurs visages désabusés, tels des adolescents devant une pièce de théâtre moldue d'un genre particulièrement complexe telle la Cantatrice Chauve, d' Eugène Ionesco, appartenant au registre du théâtre de l'absurde.
Un véritable spectacle. Une représentation unique et éphémère, qui n'était guère à la portée de n'importe qui. Peu de personnes avaient la capacité et l'intelligence de comprendre, et même lorsque certains pensaient avoir saisi, s'ils étaient certes plus avancés que les autres, ils ne se représentaient que partiellement le spectacle puisque la majorité de celui-ci se déroulait en interne. Seuls ceux faisant partie de son monde, partageant eux-aussi cette même passion dévorante et cet intérêt insatiable, pouvaient comprendre que la blonde n’exagérait en rien son jeu. Était-ce un simple jeu d'ailleurs ? Certainement pas. Severus Rogue et Horace Slughorn auraient tout à fait confirmé, étant de ceux qui auraient très certainement pu comprendre que la jeune femme ne se donnait guère en spectacle. Le monde des Potions Magiques, s'il était merveilleux et rempli de surprises et de mystères, ne pouvait être comparé à un simple jeu dépourvu de règles et de logique. Aussi, la jeune femme s'était servie de ses sens en toute conscience afin d'identifier les arômes et les autres composants du breuvage. Certes, la bouteille avait été scellée avant que le bibliothécaire ne l'ouvre, mais en ces temps-ci, mieux valait prendre mille précautions plutôt que de n'en prendre aucune et de se retrouver bêtement en train d'agoniser après avoir ingurgité un poison se trouvant dans une bouteille de champagne. Hors de question. Quelle mort pathétique et humiliante. Fière, la jeune femme releva dédaigneusement la tête devant le petit ricanement qu'elle jugea mesquin de ce pauvre bibliothécaire qui ne devait certainement rien comprendre, et ignora tout bonnement ses rires stupides avant d'identifier le champagne à haute voix. Mourir empoisonnée par une bouteille de champagne... Quelle fin tragique et absolument ridicule pour une apprentie potionniste. Non. Si elle devait mourir, ce ne serait certainement pas de cette façon.

« Eh bien ma chère, étais-tu donc alcoolique ? »

Il l'applaudit de ses mains masculines aux longs doigts fins. Doigts de pianistes aurait dit sa mère. La taquinerie. Une chose que la jeune femme avait parfois du mal à comprendre, tout comme l'humour puisqu'elle n'avait jamais eu l'accès à ces concepts abstraits. La vie avait toujours été sérieuse pour elle, aussi, se permettre une ouverture au second degré lui était compliqué. D'autant plus que cela démontrait clairement une certaine liberté de penser et à faire fi des principes sérieux et exigeants auxquels elle avait toujours répondu depuis qu'elle était enfant. Il s'était de nouveau allongé, tel un chat de gouttière mal léché, pour contempler le ciel étoilé dans le silence. La Rowle l'observa un moment avant de s'apercevoir avec une certaine satisfaction qu'elle aussi était parvenue à provoquer quelque chose chez lui. Un certain trouble. Un regard soudainement brumeux, voilé par quelques souvenirs qui n'appartenaient qu'à lui, mais qu'elle était parvenue à raviver grâce à ses remarques intrusives.

« Etre dépendant de quelque chose, substance ou objet, ne fait que démontrer une pathétique faiblesse. Cela ne me correspond en rien. »

Ignorant royalement l'aspect taquin qu'elle avait pourtant bien repéré, elle avait au contraire choisi d'y répondre avec sérieux et rigueur. Une addiction n'était jamais rien d'autre qu'un moyen de défense contre un vide interne. Une solution au charme tentant mais sournoise et ravageuse. Puissante. Destructrice. Si la jeune femme s'était efforcée à dissimuler ce vide qu'elle portait en elle, tel un poison tuant à petit feu, elle avait toutefois résisté à épancher son malheur sur un quelconque objet, ou une quelconque épaule. Ses larmes, elle les avait gardé obsessivement pour elle, refusant de partager son malheur avec une autre personne. Personne ne connaissait ce pan de son histoire. L’assassinat monstrueux de sa mère par celui qui osait prétendre être son père.
Une addiction. Une triple dépendance ; physique, psychique et comportementale. Jamais la jeune femme ne se serait permis, ni même pardonné un tel écart, une faiblesse horrifiante de ce genre. Sa fierté que certains maudissaient, l'avait sauvée de ce gouffre, mais au prix de se renfermer totalement sur elle-même, ne permettant à personne de l'approcher.

« Mon intégrité est intacte car je ne faisais pas référence à son aspect extérieur. Je suis intègre vis-à-vis de mon esprit, à moi-même. Je ne me mens pas, je ne m’invente pas des désirs ni des goûts qui ne sont pas les miens, je suis en accord parfait avec les battements de mon cœur. Et mes sourires ont l’air faux car quand j’étais plus jeune, je ne savais pas sourire du tout. Je passais mes journées à me regarder dans un miroir pour étudier toutes les expressions faciales dont j’étais capable et les décortiquer, les perfectionner pour qu’elles soient crédibles. J’ai passé tellement de temps à imiter des émotions que même à ce jour, quand je rigole, les gens disent que ça sonne faux. Ce qui est un peu le cas. Je me trouve véritablement incapable de produire des expressions totalement naturelles, tant toutes mes réactions semblent étudiées et travaillées. Et elles le sont. Mais personne ne m’avait prévenu que si je forçai trop, je resterai faux jusqu’à la fin de ma vie. Le pire, c’est que maintenant, je ne le fais même plus exprès. Cela dit, autant on dirait en permanence que je joue la comédie, autant ça ne veut pas dire que mes émotions ne sont pas vraies. »

Le vent tournait. Enfin. La jeune femme dressa l'oreille. Enfin se décidait-il à sortir le véritable Octavius Holbrey de la pénombre dans laquelle il se tenait en retrait, et... étrangement, au fur et à mesure qu'il parlait, lui confiant certaines choses qu'elle aurait finalement aimé ne jamais connaître, les sourcils froncés par l'intensité de ce qu'il devait probablement ressentir, la colère de Cassidy retomba quelque peu malgré elle. Elle le sentait vrai, pour une fois. Une sincérité venant de ce qu'elle devinait être son cœur d'enfant. Une authentique confession ; celle d' un criminel sanguinaire avouant un meurtre resté caché depuis des années à un prêtre miséricordieux. Immobile, Cassidy resta interdite devant de tels aveux. Un enfant incapable de sourire. Pourquoi cela lui paraissait-il si familier ? Pourquoi lui racontait-il tout cela à elle ? Il aurait tout aussi bien pu ne rien lui laisser paraître et continuer le jeu provoquant auquel il avait pris un malin plaisir à jouer quelques minutes auparavant. Elle se concentra sur ses paroles. Ainsi donc il avait le problème inverse... Il ressentait les émotions, mais l'expression de ces dernières était complexe pour lui, alors qu'il s'agissait du contraire pour la jeune femme. Étrange coïncidence, qu'elle nota dans un coin de son esprit. Sur le même ton, il poursuivit son récit qu'il n'avait pas pris le soin cette fois de maquiller pour adoucir la réalité. Octavius. L' Octavius avait donc fait naufrage étant enfant et était relié à de mauvais souvenirs. Ce n'était pas une question de style. L'enfant qu'il avait été semblait avoir souffert de ce prénom qui ne lui permettait pas d'entrer en communication avec ses proches. Un prénom prison en quelques sortes. Un simple nom, enfermant un enfant, le coupant de toute vie, de tout accès au sourire et aux échanges qu'il y aurait dû y avoir entre lui et ses parents.

« [...] Ça leur évitait très certainement le désagrément de se sentir coupables. Mais bon, t’entendre m’appeler comme ça est très logique finalement. Donc non, je ne me dissimule pas. Je suis vraiment comme ça. Je ne suis pas outrageusement joyeux pour palier l’immense gouffre de mon âme. Je suis joyeux parce que la vie me donne du plaisir et qu’il y a toujours une raison pour être heureux ici-bas.

- Je ne me sens pas coupable de quoique ce soit à ton égard. Ni de mes mots, ni de mes actes. Ce sortilège et ce baiser, je ne les regrette en rien et si c'était à refaire, alors je le referai sans aucune hésitation. Peu importe l'histoire de ton prénom, pour moi, tu resteras toujours Octavius. »

Bien entendu, elle avait encore une fois pris soin de répondre à côté. Elle avait parfaitement compris que ce n'était pas la culpabilité qu'il lui reliait, mais son désir de ne pas le laisser approcher. Quant à persister à le nommer ainsi, ce n'était pas par torture psychique au final, mais juste une volonté de garder un contrôle sur lui. Et puis, " Octave " ne lui allait définitivement pas. Il se redressa et enfila la chemise blanche par dessus son torse abîmé. Debout face à elle, il la surplombait de nouveau. La jeune femme retint un mouvement de recul. Un mètre cinquante-trois... Quelle taille pathétique. Avec les années, elle avait appris à l'accepter et même à s'en servir à bon escient, aussi d'ordinaire cela ne la gênait plus, mais dans le cas présent les choses étaient différentes. Cet homme aux multiples facettes face à elle, avait trop de pouvoir. Sa taille, mais aussi son ton, sa complexité, ses connaissances sur certaines informations privées telles que son origine. Et puis... Sa capacité à l'avoir cernée. La nausée revint à cette pensée.

« Je suis heureux de savoir que tu t’inquiètes pour de ma survie au château. Mais tu ne devrais pas. Je sais comment vivre, mais je sais aussi comment ne pas mourir. Car je fais parfaitement la part des choses. Comme tu le dis si bien, je parle à une fille de Mangemort. Si nous étions tous obligés d’embrasser la destinée de nos parents, nous n’en serions effectivement pas là. Je pourrai avec le même succès te dire qu’on ne menace pas un fils de bourreau, mais être le fils d’un bourreau ne nous fait pas devenir bourreau nous-même. Alors j’ai décidé, pas tout à fait aveuglement, de faire confiance en ta destinée propre. Et puis, si je ne suis pas encore mort à ce jour, c’est que je sais plutôt bien me débrouiller, non ? »

Comment faire pour le démentir ? Le devait-elle d'ailleurs ? Celui qui portait trop d'efforts pour se défendre ne faisait-il pas au final un suspect idéal ? Ce dernier argument la décida. Elle ne perdrait plus de temps à se défendre abusivement, cela ne ferait que renforcer les soupçons du sorcier à son égard. Elle l'observa une fois de plus, découvrant à chaque fois un petit détail qui lui avait précédemment échappé. La longueur de ses cils bruns. La légère coupure sur son menton sûrement due à un rasage trop rapide.

« Ne te méprends pas, je ne m'inquiète pas pour toi. Il est simplement... aberrant de voir à quel point tu sembles te moquer de la vie et de sa valeur, en étant prêt à te mettre en danger inutilement. Tu dis que cette intégrité à laquelle tu tiens tant est interne, mais pourtant tu n'as pas hésité un seul instant à la revêtir face à moi, alors que je n'ai rien de différent des autres Mangemorts... A moins que tu ne te sois fait berné par le semblant d'auréole qui flotte autour de mes cheveux ? Tu dis que tu as décidé " Pas tout à fait aveuglément " de placer ta confiance en moi ? Mais cher Octavius, ce que tu es en train de faire porte tout simplement le doux nom de pur suicide. Tu sais que je suis une Rowle, tu dois sans doute connaître la réputation de ma famille, savoir que mon père et mon oncle ont participé à la bataille de la Tour d'Astronomie. Même si mon bras ne porte pas encore la marque des ténèbres - ce qui ne saurait tarder -, cela ne fait pas de moi une blanche colombe. »

Elle repoussa une mèche de cheveux blonds qui s'était emmêlée entre ses longs cils, sans pour autant le quitter des yeux. Un minuscule grain de beauté sur sa tempe gauche vint attirer son œil l'espace de quelques secondes. Une petite ride au coin de ses lèvres fines. Son visage regorgeait de petits détails tous aussi fascinants les uns que les autres. Un tableau empli de mille secrets. Il s'empara à son tour de la bouteille afin d'en avaler quelques gorgées. Sans un mot, elle le regarda faire. Son visage légèrement rouge et ses yeux verts quelque peu brillants à défaut de lui arracher un petit rire, eurent me mérite incontestable de permettre à ses lèvres de s'étendre en un léger sourire moqueur. Merlin, s'il continuait il allait falloir qu'elle le ramène au château en le traînant par les pieds. Quoique... Non. Pourquoi s'en encombrer ? Elle le laisserait dans l'herbe, ou peut-être le déplacerait-elle dans le buisson qui les avait abrités quelques instants auparavant, à dormir comme un malheureux, ronflant à dégommer les oreilles des voisins avec sa bouteille serrée contre lui, un filet de bave dégoulinant le long de sa légère barbe. Hum... Portrait réjouissant. Huhuhu, comme dirait l'espèce de dinde qu'il avait créé.

« Ma Cassidy, cesses donc de médire sur les contes d’une façon aussi vulgairement banale alors que tu as passé ta soirée à te mordiller la lèvre comme une petite fille ! »

Cette phrase eu le don de la tirer de ses rêveries d'une manière assez brutale, comme s'il venait de lui balancer une bassine d'eau glacée en pleine figure. Sa Cassidy ? Elle n'appartenait à personne. Elle releva brutalement la tête, le dévisageant d'un air condescendant. Quant à cette histoire de lèvre, s'il l'avait interprété comme un comportement venant d'une petite fille émerveillée par les histoires, grand bien lui fasse : il demeurait bien loin de la vérité. Qu'il y reste.

« Je ne suis pas " ta " Cassidy. Je ne suis celle de ... »

Il se rapprochait. Trop. Beaucoup trop proche, comme à son habitude. Le voilà qui passait avec une nonchalance caractéristique les limites qu'il se plaisait à ne pas voir, forçant ainsi l'entrée de son territoire. Une main masculine s'approchant outrageusement de son visage la força à se taire. Un doigt fin, vint se poser sur ses lèvres insolentes aux paroles cruelles, ayant désormais la couleur carmin des cerises sous le Soleil d'un mois de Juillet. Baillonnée par une aile de papillon. Furieuse, la jeune femme le transperça de son regard clair. Une caresse légère, et le voilà qui lui dérobait une gouttelette de sang. Son sang. Rougeâtre. Pur. Ahurie, elle le vit porter la larme de sang à ses lèvres avant de l'aspirer, engloutissant son hémoglobine au plus profond de lui.

« Tu... Tu es... fou. Complètement fou. »

Sa voix claire avait imperceptiblement tremblé, mais elle savait pertinemment que cela n'échapperait pas à son bourreau. Était-ce du à l'angoisse ou à la colère ? Il était impossible de l'affirmer clairement. Peu-être était-ce là un savant mélange des deux ? Comment avait-il osé ? Tel un voleur sournois, le voilà qui s'éloignait déjà en direction d'un parterre de fleurs.
Si son père avait assisté à la scène, le bibliothécaire aurait subi mille et une tortures durant de longues heures interminables au point d'en oublier son identité, avant que le Mangemort ne daigne enfin l'achever froidement pour avoir osé commettre un tel acte. Comment un sang-mêlé au sang souillé avait-il osé se permettre de s'approprier ainsi l'hémoglobine si pure de toute une lignée de Mangemorts depuis la nuit des temps ?

Le sang. Il avait avalé son sang. Soudainement, un épais voile noir l'étouffa, figeant ses pensées et son être en un bloc de béton, lourd. Infernal. Il revenait déjà, un bouton à la main rempli de romantisme et de bonnes intentions, mais elle ne le vit qu'à peine, et sa subtile caresse à la douceur d'une brise fraîche ne put suffire à l'arracher au tourbillon infernal qui l'engloutissait vers le passé. Fleur dans les cheveux, cœur menaçant de lâcher, le tableau devait être d'une beauté particulière.

« Mais si tu veux un peu plus de réalisme, te voilà donc avec des pétales dans les cheveux. Histoire que je fasse enfin quelque chose à l’endroit. »

Sa voix au loin, lui sembla être un murmure. Le bibliothécaire ne devait certainement pas avoir la moindre idée de ce qu'il venait de déclencher. Déjà, les images terrifiantes l'envahissaient, figeant son corps dans ce qu'il semblait être du béton. La temporalité se transformait ; le passé lointain se confondant avec le présent. Des flashs traumatiques. Images sensorielles non assimilées. Brûlantes, glacées. Infernales. Porteuses de mort et d'angoisse. Les émotions tourbillonnèrent autour d'elle, si rapidement que la jeune femme ne pu les identifier correctement. Celles-ci, trop longtemps refoulées, l'engloutissaient de leur puissance destructrice. Rage, haine, angoisse, et désespoir. Les ténèbres l'enveloppaient tandis que la scène traumatique se déroulait de nouveau sous ses yeux turquoises, horrifiés. Réelle. Cauchemardesque.

Une voix, glacée et impitoyable. Un verre en cristal contenant un liquide rougeâtre, épais et encore tiède. « Bois ce verre et tu vivras, refuse et tu mourras. ». Un corps de femme aux longs cheveux d'ébène était allongé sur sol, sans vie. Les yeux bleus grand ouverts semblaient la fixer, tandis que de ses lèvres carmin restées entrouvertes, s'écoulait un long filet de sang.

Ses épaules furent prises de tremblements incontrôlables tandis qu'elle reculait d'un pas, ne sachant plus vraiment où elle se trouvait. Le goût métallique du sang tiède glissant le long de sa gorge. Cassidy déglutit à grand peine tandis qu'elle semblait chercher son second souffle. Elle réprima à grand peine au haut-le-cœur. Incapable de prononcer le moindre mot au risque d'exploser en mille morceaux, elle ne pu que plonger son regard vert d'eau dans celui du sorcier qui l'avait involontairement replongée dans cet enfer, avec l'énergie du désespoir. Silencieusement, elle lui hurla sa rage et sa tristesse, bien que celui-ci ne pouvait en saisir la portée. Elle aurait aimé  lui hurler de partir, de s'enfuir loin d'elle, tout en s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage. Sentir ses bras puissants se refermer autour d'elle afin de la soutenir et la sortir des enfers dans lesquels elle sombrait. Humer l'odeur masculine de sa peau tiède et vivante. Entendre les battements sourds de son cœur affolé. Son corps commençait à faiblir, elle le sentait. Lentement, ses jambes pliaient sous son poids, devenant aussi molles que du coton. Elle se désintégrait, s'enfonçait de plus en plus, engloutie par le sol comme si l'herbe s'était soudainement muée en plantes maléfiques. Les images ne s'arrêtaient plus, se superposant les unes aux autres, l’entraînant dans une danse infernale lui donnant le tournis. Elle se noyait, prise au piège dans le passé qu'elle maintenait éloigné d'elle depuis trois années désormais.

Une brasse, deux brasses, elle tentait en vain de remonter à la surface, avant de prendre conscience que seule une douleur puissante aurait le pouvoir de la sortir de cet état. Cruellement, sans demi-mesure, Cassidy serra les poings de toutes ses forces, ses ongles transperçant la peau fragile de ses paumes. La chair se déchira en un crissement désagréable et le sang coula, effaçant celui de ses souvenirs. Enfin, grâce à la douleur, Cassidy réintégra le présent et inspira à pleins poumons, comme si elle venait effectuer un record en apnée. Devant ses yeux, le visage du sorcier réapparu comme si elle sortait d'un terrible cauchemar. Lentement, elle porta une main hésitante à la pivoine ornant sa chevelure. Celle-ci était toujours là. Le sang la tâcha légèrement.

« Une fleur dans mes cheveux... Vraiment ? C'est d'un tel romantisme... Savoure cette image Octavius, parce que tu ne me reverras pas ainsi avant longtemps. Je préfère en effet faire les choses à l'envers. »

Entonnement, elle était rassurée d'être en mesure de le revoir. D'être toujours en vie.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mar 23 Aoû 2016 - 13:53

« Etre dépendant de quelque chose, substance ou objet, ne fait que démontrer une pathétique faiblesse. Cela ne me correspond en rien. »

Comment pouvait-on être aussi amaurose ? Vraiment, c’était un cliché que de le dire, mais vraiment, Cassidy devrait un peu mieux se considérer parfois. Parce que si elle le faisait avec toute l’assiduité dont elle était capable, elle serait en mesure, si son égo ne lui entravait pas la route, de se rendre compte que, selon ses propres dires, elle était d’une faiblesse poignante. Aussi vacillante qu’une flamme de bougie en pleine tempête. Octave voulait bien lui laisser le bénéfice du doute, car elle n’avait pas dû prendre en compte les aspects psychiques que pouvaient revêtir les addictions. Mais étrangement, il n’avait aucun doute que ce n’était pas, une fois de plus, une façon de répondre à côté de la plaque, juste pour répondre quelque chose de condescendant. Ne faisait-elle donc pas de l’hostilité son carburant premier ? En ce moment même, pourrait-elle survivre si tout acharnement antipathique s’envolait soudainement de son corps ? Non, comme tout dépendant ne pouvait pas se priver du jour au lendemain de sa drogue, au risque de faire flancher son corps tout entier, l’état de manque n’étant que le symptôme d’une chair incapable de survivre sans un remède pour le purger. Raison pour laquelle Cassidy répondait systématiquement avec une férocité emplie de sarcasmes et d’ironie blessante. La haine était sa dope. Il n’y avait que par-là que, son esprit blessé, voyait une échappatoire à tous les malheurs qui avaient dû lui arriver. Et elle était incapable de s’arrêter, quoi qu’il lui dise et quoi qu’il fasse, lui rétorquant toujours avec désobligeance de nouvelles acidités. Mais quelle que soit la méchanceté qu’elle lui sifflait, il était certain d’avoir frôlé une part d’elle dont elle avait oublié l’existence. Les sentiments, c’est comme la corde d’un instrument : elle ne produit aucun son si on n’y touche pas.

« Je ne me sens pas coupable de quoique ce soit à ton égard. Ni de mes mots, ni de mes actes. Ce sortilège et ce baiser, je ne les regrette en rien et si c'était à refaire, alors je le referai sans aucune hésitation. Peu importe l'histoire de ton prénom, pour moi, tu resteras toujours Octavius. »

Il avait eu un sourire tendu, presque pénible. Il sentait la peine gratter son cœur du bout de l’ongle, ce souvenir laissant, encore aujourd’hui, un goût de pierre froide dans sa bouche. Il ne s’attendait pas à autre chose, en vérité, mais la réalité avait toujours une toute autre texture que ce qu’on pouvait s’en imaginer. Aussi l’avait-elle légèrement froissé par son manque poussé de tact, enfonçant une épine là où il avait volontairement mis à nu un aspect de sa personnalité, l’habitude de prendre des coups ayant flanché, peut-être parce qu’elle commençait à avoir de l’importance à ses yeux. Il avait toujours été rigoureusement scrupuleux dans le choix de ses fréquentations, car il savait parfaitement que c’était ceux qui lui étaient les plus proches qui lui avaient toujours fait le plus de mal. L’espace d’un instant, il effleura le regret, se disant qu’il n’aurait peut-être pas dû raconter cela à Cassidy, du moins pas encore, mais que c’était entièrement de sa faute si maintenant elle s’en servait contre lui avec aussi peu d’égard. Mais, d’un revers de la main, il fit partir cette idée, sachant pertinemment que le chemin de l’attachement était sinueux. Fallait-il bien se faire mordre au moins une fois par un renard avant de l’apprivoiser, après tout. Alors il souriait malgré tout, amusé par la détermination que mettait la jeune femme à essayer de le repousser par tous les moyens, même les plus lâches. Un moment, il crut même entendre dans ses paroles, l’écho de celles de sa génitrice, ce qui rajouta à son sourire une touche de nostalgie. « Peu m’importes ce que tu veux, Octavius… Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas », lui avait-elle un jour lancé après l’avoir laissé une semaine dans un appartement fermé pour pouvoir partir avec son amant. Nuance que chez sa mère, une telle réaction ne relever pas d’un esprit forcé de contradiction. Non, chez elle, le manque de considération avait toujours été d’un naturel affligeant.

Et alors que Cassidy continuait à lui prêter des intentions ou des aspects qui n’étaient pas les siens par pure étroitesse d’esprit, Octave ne pouvait s’empêcher de continuer à lui sourire en plein visage, comme si ses mots n’avaient aucune répercussion sur le lac serein de son cœur. Bon sang, bien sûr qu’il savait tout ça, son nom, la réputation bien taillée de sa famille aussi nombreuse par ses membres que par leurs péchés commis. Comment pouvait-on décemment ne pas être au courant ? Ne voyait-elle donc pas qu’il visait au-delà de tout ça ? Mais il laissa cette réflexions à plus tard, ne voulant pas stopper se flot de parole si révélateur du degré de conditionnement de son esprit de jeune fille encore en proie à la recherche identitaire. Ou plutôt, à son trouble.

Il n’avait pas tout de suite compris que quelque chose n’allait pas. Peut-être parce qu’il était trop occupé à parfaire son spectacle, ou parce que Cassidy avait mis du temps à réagir, il ne le savait pas exactement, mais après avoir glissé le bouton de fleur dans ses cheveux, il la regarda dans les yeux pour y découvrir le désastre. Ses mains se baissèrent lentement pour ballotter, inutiles, de chaque côté de son torse, alors même que son éternel sourire s’évanouissait dans l’ombre, comme s’il n’avait jamais existé. Il connaissait ce regard, et savait parfaitement ce qu’il traduisait, ou ne traduisait pas, justement. C’était comme observer quelqu’un en train d’avoir des hallucinations, les yeux voyants au loin, la gélatine aussi trouble que de l’eau croupie. Cassidy était partie ailleurs, en prise avec des choses qu’elle était seule à voir. Pourtant, aucun doute ne pouvait subsister, Octave avait eu un geste malheureux qui avait soulevé la vase tapissant les abysses de son esprit, tel un violent coup de vague. Etait-ce le sang ? Cette petite goutte carmin, suçotée à bout de lèvres ? Par cet acte anodin, il avait réveillé quelque chose sans vraiment le vouloir. Il la considérait, immobile, ne prenant pas la peine d’ouvrir la bouche dans une question qui, il en était certain, serait destinée à mourir sans recueillir aucune réponse. Alors il restait silencieux, les pieds solidement plantés dans le sol, tandis que sa main retenait avec déjà moins d’assurance la bouteille de champagne. Son regard était préoccupé et de sourcils froncés le surplombaient, traçant un léger sillon sur l’arête de son nez. Etant passionné soi-même et parfois cruel avec les autres, Octave était habitué aux éruptions nerveuses, aux crises de larmes et de colère, aux hystéries émotionnelles… Mais étrangement, l’espace de quelques secondes, la détresse de Cassidy l’avait paralysé, laissé interdit, probablement parce qu’il n’avait pas envisagé une telle réaction de la part de la jeune femme, qu’il avait cru plus solide que ça. Ou au moins, avait-il pensé ses émotions tapies bien plus profondément, au point où aucun unique effort n’aurait été capable de les ressusciter. Dans un coin de son cerveau, il eut un soupir soulagé à l’idée qu’il s’était peut-être trompé sur la difficulté du caractère irrécupérable de la situation. La vérité n’était pas si loin de la surface qu’il l’avait cru.

Elle prit le risque de le regarder droit dans les yeux, du fond du gouffre où elle se trouvait, d’un regard tourmenté et empli d’un désespoir qu’Octave n’aurait jamais cru voir un jour de sa part. Mais il fallait dire qu’il ne la connaissait pas encore très bien. Puis elle hurla, d’un cri sauvage de chagrin et de douleur qui raisonna inlassablement en écho dans ses oreilles, lui glaçant le sang. Et alors que Cassidy fléchissait, la bouteille de champagne heurta le sol dans un bruit sourd de piccolo, avant de basculer sur le côté, répandant son contenant pétillant dans la pelouse. Il l’avait lâchée sans réfléchir, libérant ses deux bras pour attraper la jeune femme par les coudes, alors qu’elle s’écroulait devant lui tel un animal blessé, incapable de se tenir debout tant l’affliction absorbait toute son énergie. Sur le moment, le chagrin demandait toujours plus d’efforts que le bonheur, abandonnant sa victime sans forces, vidant son cœur de sa vigueur. Alors, simplement pour ne pas qu’elle se fasse mal, Octave s’était évertué à la soutenir, pour l’accompagner dans une chute moins rude que ne le lui aurait imposé la gravité. Il s’agenouilla à ses côtés, le visage impénétrable, un bras solidement enroulé autour de sa taille aussi fine que celle d’une princesse, alors que de l’autre, il appuyait l’un de ses coudes, qu’il avait enlacé à pleine poigne. Elle était légère, et la retenir ne fut pas une tâche très rude, contrairement au poids de ce qui tourmentait son esprit, auquel il n’avait aucun moyen de mettre fin. Maintenant, elle demeurait vraiment seule avec ses propres démons, et Octave n’y pouvait strictement rien. Il n’avait aucun moyen de rendre le supplice de son âme plus supportable, à part en prenant soin du corps qu’il habitait. Aussi avait-il fini par caresser de sa paume large et chaude le dos de la jeune femme, ne quittant pas des yeux son visage qui demandait grâce aux souvenirs qui lui faisaient vivre un enfer.

Pourtant, il ne regrettait rien, aucune excuse n’avait pris la peine de franchir ses lèvres alors que la frêle gazelle se tordait de douleur entre ses bras. Il n’était pas resté là pour la ménager, ou lui faciliter la tâche sur le chemin de la guérison qu’il avait pris soin de paver à chacun de ses pas. Quelque chose s’était brisé, déclenchant un retour aux sources, une profonde introspection qui avait entrainé Cassidy dans un tourbillon incessant de souffrances les unes plus tumultueuses que les autres. Une secousse interne avait brisé la glace, faisant déborder le lac tout entier. Il compatissait en silence, sans ressentir de pitié néanmoins, se contenant de l’aider dans son plongeon. Plus les souvenirs étaient occultés, et plus leur force devenait destructrice les rares fois où l’esprit daignait faire appel à eux, et pires étaient-ils quand quelqu’un d’autre mettait la main dessus, les réveillant involontairement. Entre sa demi étreinte réservée, Octave sentit le corps de la jeune femme trembler avec moins de violence, sans pour autant être contrôlés. Son dos se souleva dans une aspiration profonde, et Octave arrêta ses caresses devenues mécaniques, retirant sa main à mesure que Cassidy reprenait ses esprits. Il finit également par lâcher son coude, voyant le regard féminin s’éclaircir, comme si elle était enfin sortie des eaux troubles dans lesquelles son iris avait failli couler.

« Une fleur dans mes cheveux... Vraiment ? C'est d'un tel romantisme... Savoure cette image Octavius, parce que tu ne me reverras pas ainsi avant longtemps. Je préfère en effet faire les choses à l'envers. »

Il la regarda, d’abord intransigeant. Mais s’étant bien assuré qu’elle fut sortie de son tombeau, Octave esquissa le sourire le plus niais dont il était capable en réponse. Encore à terre, faible, et un pied dans les ténèbres, elle avait déjà assez de contenance pour lui sortir une pareille réplique. Au point où il se demanda si son cerveau malade n’avait pas encore inventé toute cette histoire de donzelle en détresse. Mais en regardant ce visage d’une pâleur translucide, ses épaules encore tremblotantes convulsivement, cet épuisement au fond des yeux, il dut se rendre à la simple évidence que Cassidy s’était extirpée de son supplice comme on sort d’un mauvais rêve. Comme si le songe n’avait eu aucun impact sur la réalité, toujours aussi ensoleillée et rassurante. Doucement, pour ne rien brusquer, il se releva pour chercher la cape, restée étendue sur l’herbe non loin d’eux, avant de revenir et la passer sur le petit corps recroquevillé et frissonnant de la jeune femme. Effectivement, elle était revenue suffisamment à elle pour qu’il ne s’aventure pas à essayer de la réchauffer autrement que d’un regard enjoué, bien que cela manquait d’efficacité très certainement. Regard qui pouvait sembler déplacé au vu de la situation, mais il n’attendait de sa part aucune explication et ne souhaitait poser aucune question, pas par conviction de prendre un vent, mais parce que c’était encore trop tôt. Cette révélation, elle ne l’avait pas faite volontairement et était passée dessus comme si rien ne s’était passé, et qu’il venait tout juste de glisser la fleur dans ses cheveux. Il n’avait pu complètement négliger cela, au moins en la réconfortant au détour d’un vêtement qui lui était familier, mais il joua le jeu, agissant comme avant, évitant les interrogatoires qui se prêtaient mal à la situation. Un jour lui en parlerait-elle peut-être, ou pas, qui sait. Il s’assit en tailleur en face d’elle, les lèvres subtilement relevés par un sourire malicieux.

« Tant mieux, ça rendra alors ce genre de moments singuliers dans leur intensité. Et ne dit-on pas que c’est la rareté d’un instant qui lui donne de la valeur ? Alors agis comme bon te semble, à l’envers ou à l’endroit, mais tant que tu m’offriras ces instants de grâce, je supporterai n’importe quoi venant de ta part. »

Avait-il susurré en la sondant d’un regard aussi pétillant que le champagne répandu dans les fourrées. Il éprouvait une satisfaction toute particulière à être mielleux avec elle, bien que ces jeux perfides furent, eux, mus pas des sentiments bel et bien sincères, mais recouverts d’une truelle de fond de teint à n’en pouvoir deviner ne serait-ce que le contour. Sa tendance à quasiment tout exagérer le rendait peu authentique aux yeux des gens qui ne le connaissaient pas ne serait-ce qu’un minimum. Il avait aussi ceux qui s’en accommodaient exprès, pour ne pas avoir à agir avec délicatesse à son égard.

Du coin de l’œil, il vit cependant une trace rouge venir égayer la roseur des pétales. Incertain, il fit un allé retour entre le visage de Cassidy et la fleur qui surplombait son oreille avant de se figer sur cette-dernière. Du sang. Son esprit fit rapidement le calcul et il se saisit avec ferveur de l’un des mains de la jeune femme, qu’il porta au-dessus de ses genoux, se penchant légèrement pour mieux voir. Dans leur position naturelle, les doigts féminins se recourbaient légèrement sur la paume et Octave dut, d’un mouvement délicat de ses propres doigts, aplatir les siens pour découvrir les blessures sanguinolentes qu’ils cachaient. Une fois de plus, son sourire s’envola en un instant alors qu’il inspectait maintenant les ongles de Cassidy, voulant s’assurer de la cause à effet. Dans un soupir, et sans relever la tête, il empoigna l’autre main de la blonde pour refaire le même manège, d’une plus courte durée cette fois-ci. Voilà donc comment avait-elle fini par émerger de son cauchemar, en affligeant une douleur à son propre corps. Du pouce, tout en soutenant la main de la jeune femme dans la sienne, il caressait le contour des plaies fraîchement ouvertes en silence, profitant quelque peu de la douceur de sa peau. Il finit par se redresser, sans toutefois lâcher les doigts de Cassidy, un air faussement contrit sur le visage.

« Qu’est-ce que je vais faire de toi ? A ce rythme-là, à la fin de l’année, je n’aurais plus aucun vêtement qui ne porte une tâche de ton sang. »

Puis, soupirant lourdement, il remonta sa manche toute propre sur sa main, ce qui eut pour effet de dénuder très légèrement son épaule, déséquilibrant la tenue de la chemise. Lentement, il pressa le bout de tissus contre l’une des paumes de la donzelle, ressentant sur sa peau à travers la manche épaisse le sang rapidement imbiber l’étoffe. Toujours aucun mot, aucune phrase en quête d’explications, juste des gestes qui se comportaient comme si tout cela était naturel. Pauvre grand-mère et grand-père, ils perdaient définitivement leur deuxième chemise. Octave se promit d’aller en déposer deux neuves au pas de la porte, de la même taille et couleur, avec peut-être, un petit mot de remerciement.

« Je ne me met pas en danger inutilement, je t’assure, finit-il par lui dire en lui décochant un regard en biais avant de reprendre son ouvrage, je te l’assure. Et s’il y a bien une chose sur laquelle tu te trompes, c’est sur ta ressemblance aux autres Mangemorts. Tu ne leurs ressemble pas. Tu n’es pas tissée du même fil, bien que tu tendes à vouloir en imiter la structure. Alors arrêtes de te comparer aux gens qui t’entourent pour me dissuader de quoi que ce soit. Tu n’es pas une blanche colombe, c’est certain, mais je n’ai jamais prétendu que tu l’étais. Enfin, il la regarda droit dans les yeux. Cesses de me décourager avec des choses que je sais déjà, ta personnalité torturée, ta complexité ne m’effrayer pas le moins du monde. Pire, elle m’attire. Si tu veux que je me désintéresse de toi, tu n’as plus qu’à te transformer en écervelée sans âme ni intelligence. Mais je crois que tu en es proprement incapable. Et puis de toute manière, j’ai déjà eu le temps d’entrevoir que ce n’était absolument pas le cas. Donc c’est peine perdue. »

Il releva sa manche et observa la plaie quasiment propre, contrairement à la chemise qui était, elle, pleine de sang.

« Je crois qu’il va falloir rentrer à château, on n’a rien ici pour soigner tes blessures et je commence à manquer de chemises. Et puis comme ça, tu pourras en profiter pour me fuir dans tes appartements, où je n’aurais pas l’audace de te suivre. »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mer 24 Aoû 2016 - 16:55

Le hurlement qui s'était échappé de ses iris, à défaut de pouvoir s'extraire de ses lèvres désespérément closes cousues entre elles par un fil de fer, soudées par un matériau encore inconnu, avait été silencieux. Incapable d'émettre le moindre son, Cassidy s'était contentée de le fixer, de plonger dans la couleur émeraude des prunelles de l'homme. Vert. Couleur salvatrice. Celle de l'espoir. Pourtant, le hurlement émis par le regard débordant d'émotions incontrôlées de la jeune femme avait raisonné aux oreilles d'Octavius aussi clairement et distinctement que si elle venait de lui hurler en plein dans les tympans, le rendant sourd jusqu'à la fin des temps. Le silence pouvait parfois être d'un vacarme assourdissant. Les yeux parlaient, chuchotaient, révélant les non-dits les plus coriaces. Ils hurlaient même. Brisant l'impétueux silence que les lèvres fermées avaient imposé à la voix, bâillonnant cette dernière d'un puissant barrage de chair. Les émotions trouvaient toujours une autre voie/x pour s'exprimer, au grand désarroi et au dépend de leur propriétaire qui n'en avait souvent même pas conscience. Les yeux trahissaient, en reflétant fidèlement l'authenticité de l'âme.

Était-elle tombée ? Elle ne s'en était même pas rendue compte, mais visiblement, à la sensation d'un bras puissant se refermant autour de sa taille et d'un appui salvateur au niveau de son coude gauche, son corps avait lâchement cédé. Faible. Sans ressources de dernier recours. Merlin, il allait falloir qu'elle songe à acquérir un tuteur lui permettant de conserver sa stature fière dans les moments les plus difficiles, à défaut de pouvoir l'aider à grandir. Le bras autour de sa taille la comprimait fermement mais cette sensation était loin d'être désagréable. Sans être agréable pour autant, la force et la fermeté de ce bras bien vivant lui permettaient d'éprouver les limites de son propre corps. Un contenant. Un cadre pour ne pas défaillir et conserver un pied dans l'étrier de la réalité. Son coude était coincé, soutenu par une poigne masculine vigoureuse, et là, elle fut certaine qu'il ne la lâcherait jamais. Qu'importe ce qu'elle ferait. Propos haineux, ou moqueurs. Fierté. Air condescendant à souhait. Remarques acides et répliques insolentes. Regards glacés ou brûlants. Cruauté. Aucune arme ne semblait efficace contre lui. Qu'importe ce qu'elle était. Fille de Mangemorts au sang-pur. Une Rowle. Une sale blonde au cœur de pierre. Reine des neiges, statue de glace aux yeux brûlants. Une louve solitaire et sauvage, ou une vipère crachant son venin pour éloigner - voire attaquer - les prédateurs. Inlassablement, peut-être même inconsciemment et à ses dépends, il serait toujours là près d'elle, à la contempler de ses yeux moqueurs et à lui balancer un de ses sourires étranges en pleine face.

Un frottement rythmé dans son dos. Une friction lente et contrôlée, d'une douceur inouïe. Bien que perdue dans son monde grisâtre et cauchemardesque, Cassidy fut en mesure d'en ressentir les moindres variations. De haut en bas, la paume chaude se baladait le long de sa colonne vertébrale, prenant le soin de passer sur chacune de ses vertèbres. De la plus haute cervicale se situant dans sa nuque, jusqu'à la vertèbre située au bas de son dos. Infimes percussions venant se répercuter sur chacun de ses os. Les tremblements commencèrent à ralentir mais cela n'était guère suffisant pour permettre à la jeune femme de sortir de son cauchemar. Aussi, lorsqu'elle senti les frôlements de ses propres ongles au creux de ses paumes, la solution lui apparu comme une évidence. Une lente contraction des poignets, des mains et des doigts. Le sang coula, la libérant de son passé impitoyable duquel elle semblait être prisonnière à jamais. Incapable de s'en défaire, ne faisant que l'enterrer sous une couche épaisse de gravats, lui infligeant ainsi le même traitement qu'à ses émotions.

Le voile noir qui l'étouffait jusque là se déchira brusquement, libérant ainsi son nez et sa bouche. Sa gorge se libéra de la vipère infernale qui s'y était sournoisement glissée, l'empêchant ainsi de s'exprimer par la parole. Octavius. Le poulpe humain. L'homme aux mille facettes. Le bibliothécaire sournois et inquisiteur. Ses yeux émeraude étaient toujours là, la fixant pour la première fois avec une nouvelle expression inédite qu'elle ne pu identifier tant elle se sentait encore affaiblie. Il n'en avait pas profité pour s'enfuir ou pour la précipiter à terre en profitant de sa faiblesse sur laquelle elle vomissait déjà. Déjà la jeune femme se reprenait, honteuse devant ce qu'elle jugeait être une fragilité pathétique. Sa nature défensive revint au grand galop, tel un cheval sauvage impossible à arrêter, aussi rapidement que son trouble s'était installé.

« Une fleur dans mes cheveux... Vraiment ? C'est d'un tel romantisme... Savoure cette image Octavius, parce que tu ne me reverras pas ainsi avant longtemps. Je préfère en effet faire les choses à l'envers. »

Rien ne s'était passé. Quitte à mentir devant lui, autant aller jusqu'au bout et pousser la chose jusqu'à se mentir à elle-même. S'illusionner au sein d'un mensonge. Rien n'était plus détestable, mais rien n'était plus confortable. Déjà la contenance revenait sous le regard intransigeant et légèrement surpris du sorcier. Mentalement, la jeune femme serra les poings. Il n'avait pas intérêt à faire la moindre remarque, déplacée ou non sur ce qui venait de se produire à son insu. D'abord, il ne s'était rien passé. Strictement rien. Il n'avait fait que glisser la pivoine dans sa lourde chevelure blonde, rien de plus.
Un sourire reflétant la niaiserie suprême à l'état pur se dessina ensuite sur son visage, tandis que son regard enjoué refaisait surface, répondant ainsi à sa dernière remarque tel qu'il en avait pris l'insupportable habitude. Elle l'observa se lever doucement et se saisir de sa lourde cape noire avant de la lui poser sur les épaules. Si elle l'en laissa rien paraître, intérieurement elle grimaça. Implicitement, subtilement avec toute la délicatesse dont il était capable, il venait de lui signaler qu'il avait assisté en spectateur silencieux à ce qu'il venait de se passer. Tranquillement, le sourire aux lèvres, il s'assit face à elle, se mettant à sa hauteur.

« Tant mieux, ça rendra alors ce genre de moments singuliers dans leur intensité. Et ne dit-on pas que c’est la rareté d’un instant qui lui donne de la valeur ? Alors agis comme bon te semble, à l’envers ou à l’endroit, mais tant que tu m’offriras ces instants de grâce, je supporterai n’importe quoi venant de ta part. »

Elle soupira en levant les yeux au ciel tant devant l'étendue de sa phrase que devant son regard pétillant infernal. Une sangsue. C'était le cas de le dire.

« Alors je devrais peut-être m'appliquer à ne t'en donner aucun. »

Alors qu'elle venait de terminer sa phrase, une alarme s'alluma dans son esprit. Le regard du bibliothécaire était soudainement redevenu sérieux. Trop sérieux, se figeant sur la fleur qu'il avait lui-même déposé dans ses cheveux quelques minutes auparavant. Lorsqu'elle le vit approcher sa main de la sienne, la jeune femme voulu se dérober mais elle ne fut malheureusement pas assez rapide et le sorcier s'empara fermement de son poignet. Prise au piège. Il ne servait plus à rien de se débattre aussi Cassidy s'immobilisa-t-elle, attendant le verdict. Avec mille précautions, il déplia ses doigts alors qu'apparaissaient devant lui les blessures sanglantes qu'elle venait de s'infliger. Bien que mal à l'aise, la jeune femme se força à ne pas détourner le regard, et ses yeux restèrent rivés sur le sorcier tandis que ce dernier laissait échapper un soupir. Un frôlement. Une caresse. Interdite, la blonde ne pu prononcer un mot, se contentant d'observer froidement le pouce de l'homme qui contournait ses plaies. Finalement, au bout de ce qui lui avait semblé être une éternité, Octavius releva les yeux vers elle, tout en gardant sa main dans la sienne.

« Qu’est-ce que je vais faire de toi ? A ce rythme-là, à la fin de l’année, je n’aurais plus aucun vêtement qui ne porte une tâche de ton sang. »

Nouveau soupir. Lourd. Une fois de plus, il ne pu se retenir d'agir en preux chevalier, n'hésitant guère à sacrifier la chemise blanche qu'il venait tout juste de revêtir. Doucement, s'en servi afin d'éponger ses paumes blessées. Bien vite, le sang rougeâtre imprégna le tissu. Le blanc immaculé vira au rouge. Tout comme leurs esprits venaient de se contaminer l'un l'autre. Il ne faisait aucun doute que ni l'un, ni l'autre ne sortiraient indemnes de cette rencontre. Avec leurs similitudes et leurs différences les deux adultes s'étaient marqués l'un l'autre, plus ou moins involontairement.

« Je ne me met pas en danger inutilement, je t’assure. Et s’il y a bien une chose sur laquelle tu te trompes, c’est sur ta ressemblance aux autres Mangemorts. Tu ne leur ressemble pas. Tu n’es pas tissée du même fil, bien que tu tendes à vouloir en imiter la structure. Alors arrêtes de te comparer aux gens qui t’entourent pour me dissuader de quoi que ce soit. Tu n’es pas une blanche colombe, c’est certain, mais je n’ai jamais prétendu que tu l’étais. Cesses de me décourager avec des choses que je sais déjà, ta personnalité torturée, ta complexité ne m’effrayer pas le moins du monde. Pire, elle m’attire. Si tu veux que je me désintéresse de toi, tu n’as plus qu’à te transformer en écervelée sans âme ni intelligence. Mais je crois que tu en es proprement incapable. Et puis de toute manière, j’ai déjà eu le temps d’entrevoir que ce n’était absolument pas le cas. Donc c’est peine perdue. »

Voilà. Par ce long monologue il venait enfin de confirmer ses craintes. Désormais, quoiqu'elle fasse, il serait là, telle une sangsue immunisée contre le feu. Cassidy Rowle pouvait bien se transformer en beaucoup de choses. Reine des glaces, princesse ardente, impératrice des cachots, en revanche revêtir le creux d'esprit d'une pintade écervelée lui était encore impossible. Elle n'en maîtrisait que les balbutiements. Huhuhu.
Que répondre à cela ? Inlassablement, son cerveau cherchait une réponse, une sorte d'infime parade.

« Tu ne me connais que depuis quelques heures. Peut-être suis-je en réalité une écervelée sans âme et sans intelligence comme tu dis. Une écervelée à qui l'on aurait appris mécaniquement l'art du parler et de l'illusion. »

Lorsqu'il daigna annoncer la fin du supplice en évoquant l'idée de retourner au château, le cœur de la blonde bondit de joie. Ô Soulagement intense ! Enfin allait-elle pouvoir se reposer et qui sait peut-être même parviendrait-elle à trouver le sommeil ? Elle avait toujours le droit de rêver, non ? Enfin la lumière au bout du tunnel apparaissait. Tremblotante. Vacillante. Tel un doux rêve s’amorçant faiblement.

« Je crois qu’il va falloir rentrer à château, on n’a rien ici pour soigner tes blessures et je commence à manquer de chemises. Et puis comme ça, tu pourras en profiter pour me fuir dans tes appartements, où je n’aurais pas l’audace de te suivre. »

C'était faux. Dans l'une des multiples poches intérieures de sa cape la Rowle savait pertinemment qu'elle possédait une fiole de potion servant à obtenir une cicatrisation rapide des plaies, mais elle se garda bien de le révéler à son interlocuteur, préférant se servir habilement de cette porte de sortie. Souplement, elle se leva en se dressant sur ses jambes fuselées qui l'avaient trahie avec une telle lâcheté quelques instants auparavant. Elle ne vacilla pas. Tout était terminé. D'un geste vif, elle resserra les pans de sa cape noire autour de ses épaules, rajoutant ainsi une énième couche de protection autour d'elle.

« Si il y a bien une chose à savoir sur moi Octavius Holbrey, c'est que je ne suis pas lâche pour fuir devant toi. »

Les seules choses qu'elle fuyait sans s'en rendre réellement compte étaient son passé et ses émotions. Autrement, elle affrontait. Tête baissée ? Jamais. Avec réflexion, calcul et anticipation. Autrement, elle se contentait d'esquiver lorsque les situations lui déplaisaient, ce qu'elle s'appliquerait certainement à mettre en oeuvre dans les semaines à venir. Esquiver le bibliothécaire autant que possible. Toutefois esquiver n'était pas fuir. Esquiver était bel et bien relié à l'anticipation, aussi si jamais à l'avenir elle se retrouvait face à lui, elle l'affronterait. Une fois de plus. Maudite fierté.
Que faire désormais ? Elle n'avait aucune envie de faire le chemin du retour en sa compagnie. L'image ridicule de leur couple se baladant bras dessus, bras dessous en direction du château, gambadant joyeusement sous le ciel étoilé, lui soutira un sourire moqueur. Merlin, jamais. Jamais. Lentement, Cassidy rabattit sa capuche sur sa chevelure dorée, prenant soin de bien camoufler chaque petite mèche rebelle. Bientôt, sa cape l'habillant des pieds à la tête, elle ne ressembla plus qu'à un fantôme. Une silhouette habillée d'ombre que n'importe qui aurait voulu éviter. Un personnage digne de l'allée des Embrumes, sans aucun doute. Avec une lenteur calculée, elle se pencha pour ramasser ses escarpins noirs et la robe cyan reposant tranquillement sur l'herbe. Sa décision était prise. Puisqu'il lui avait ouvert la porte de sortie, l'emprunter ne serait vu comme une quelconque fuite. La situation pouvait être comparée à celle d'un oiseau en cage, à qui l'on ouvrait gracieusement la grille afin qu'il puisse voler vers d'autres cieux. De lui-même, l'oiseau n'avait pas tenté de s'enfuir, se contentant de supporter et d'affronter son destin de captivité. Au fond, elle ne faisait là qu'utiliser la situation à son avantage, comme toujours. Elle se redressa, et observa l'espace d'un instant le sorcier avec qui elle venait de partager une soirée intense. Soirée de rêve ou de cauchemars ? Le sommeil de la jeune femme répondrait très certainement rapidement à la question.

« Je retournerai aux Trois-Balais dans les jours à venir pour payer ma part. Tu n'as rien à payer, si ce n'est le champagne que tu as toi-même commandé. Je t'aurai bien remboursé les deux gorgées que j'ai bu, mais cela me semble compliqué... Cette soirée était sensée être la mienne, c'est donc à moi de m’accommoder de son prix. »

Une dette liait les gens entre eux, les condamnant à se quitter pour mieux se retrouver. Il en était tout simplement hors de question. Une dette rendait dépendant, et cette idée lui était détestable.

« Tu as rempli le défi que je t'avais lancé, enfin... en y ajoutant tes propres règles. A présent, nous sommes quittes. Sur ce, je te souhaite une bonne fin de soirée...  »

Destination, détermination

« ... Octavius. »

Décision. La silhouette sombre disparu dans la nuit en un bruissement de cape, tandis que ses doigts fins se refermaient sur une petite mèche de cheveux bruns, perdus au fond d'une des poches de sa cape. Le chapitre se clôturait, l'histoire de faisait que commencer.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Jeu 25 Aoû 2016 - 19:25

Un répit, une pause. C’était un cadeau qu’il lui faisait par considération. Peu importe la raison, l’excuse présentée, fallacieuse ou avérée, n’avait qu’à revêtir une apparence raisonnable. Pour sauver les apparences, comme dirait l’autre. Car il était absolument certain que même à l’article de la mort, Cassidy ne daignerait pas partir d’elle-même, si tant est que cela lui prêterait un air de faiblesse ou d’abandon. Elle se devait d’être forte coûte que coûte, pour elle, mais surtout pour les autres, qu’aucun n’ait l’idée saugrenue qu’elle soit capable de perdre contenance pour si peu. Mais Octave le savait, le devinait, même si elle n’en laissait rien en supposer, que la blonde devait être fatiguée. De lui, disons-le clairement. Il se savait parfaitement être épuisant en relations, oppressant, tant par son panache que par sa tendance à mettre tout le monde au défi. Peu de gens se sentaient véritablement bien à ses côtés. Il était trop écrasant, trop débordant, trop lui. Qu’il était épuisant d’être soi, parfois. Alors, il avait décidé que cela suffisait pour ce soir ; Cassidy avait assez souffert de son entêtement, de la ténacité avec laquelle il venait labourer son corps et son cœur, sans gêne ni retenue, comme si elle fut déjà sienne. Et même si elle le méritait bien, d’une certaine manière, il n’y avait aucun plaisir à achever un cadavre déjà à terre, frissonnant sous les assauts d’un simple souvenir. Sans réelle subtilité peut-être, avait-il donc glissé cette échappatoire éventuelle, pour voir si elle allait s’en saisir désespérément. Cette porte de sortie salvatrice qui n’engageait, à priori, à rien. Elle pouvait partir désormais, et ce pour une bonne raison.

Sans surprises, c’est ce que Cassidy décida de faire, non sans y rajouter ses propres conditions, afin de définitivement ne pas être celle qui tourne le dos à un gars un peu trop souriant. Elle ne fuyait pas, bien entendu que non, c’était une séparation convenue, bâtie en partie sur un mensonge confortable. Octave l’écouta sans dire un mot avant de l’observer s’éloigner avec assurance, avant que sa silhouette ne s’évanouisse définitivement dans les ténèbres. Il avait caressé le fugace espoir, un cliché, qu’elle se retourne une dernière fois. Mais elle n’en fit rien, mettant sans le savoir à exécution son désir de le décevoir. Il secoua la tête pour faire partir cette idée de son esprit. L’espace d’un instant, il eut envie de joue la musique de l’agacement avec ses nerfs en allant tout payer aux Trois-Balais, mais il repoussa ce désir, uniquement mu par son esprit de défiance. Cela suffisait. Pas la peine de la narguer en plus d’une telle façon si peu convenable. Octave tendit une main pour attraper la bouteille de champagne, uniquement pour constater avec dépit qu’était survécu un petit fond d’alcool. Un étrange silence l’envahit, intensément pesant, faisant bourdonner ses oreilles. Il ne souriait plus, et son visage n’exprimait plus qu’une absence tragique d’émotions. Figé sans être totalement détendu, il scrutait sans réellement voir l’endroit où Cassidy avait disparu sans un regard. Sa soudaine absence, survenue après des salutations si abominablement froides et convenues, avait laissés un vide aspirant dans sa poitrine. Il sentait une espèce de succion sous son cœur, tandis que ses poumons ne semblaient pas avoir assez de place sous ses côtes pour respirer.

Cette femme avait quelque chose d’intensément fascinant. Il n’y avait qu’avec sa disparition qu’il saisit à quel point elle avait laissé, sans le vouloir, très certainement, une empreinte dans son esprit et un reflet dans son regard. Il était dès à présent vide d’elle, de son énergie débordante et de ses yeux qui avaient laissés une brûlure sauvage dans le creux du regard. Il ne voyait plus que cette étincelle impérissable de vie, palpitante telle un pulsar. Allait-elle essayer de l’oublier ? Allait-elle penser à lui, ou avait-il déjà quitté son songe, avec la même facilité qu’il avait quitté son regard ? Lentement, comme s’il fut en apesanteur, Octave se laissa tomber dans l’herbe, le regard maintenant perdu dans la voie lactée. Il devait être au-delà de minuit, car pour ainsi voir les étoiles, avec une telle netteté, il faudrait que toutes les lumières avoisinantes fussent éteintes. Sans Cassidy, il eut l’impression qu’effectivement, tout était concrètement devenu plus sombre. Peut-être était-ce à cause de ses cheveux blonds reflétant joliment la lune ? Ou de son regard capable d’embraser une forêt par un simplement battement de cils… ?

Et puis, le grondement cessa et la nuit ne devint pas si noire que cela, à mesure que ses sens s’habituaient au vide silencieux d’une lumineuse et retentissante absence. La vie reprenait son cours et pour Octave, l’aventure ne faisait que commencer. O, qu’était délicieuse l’anticipation d’une belle rencontre. Il lui tardait de voir où ce chemin-ci le mènerait, avec le seul souhait que ce ne fusse pas trop simple, ni trop décevant de complexité, et empreint d’une intensité égale à ses attentes. L’étoile qu’il fixait lui fit un clin d’œil, et il finit par sourire tendrement, d’un sourire qu’il ne se réservait qu’à lui-même, afin de se convaincre d’un avenir plein de promesses, et non de mordantes désillusions…

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[Septembre 1997] - Une soirée de rêve.

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