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[Septembre 1997] - Une soirée de rêve.

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PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
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AVATAR : James McAvoy
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INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Ven 15 Juil 2016 - 10:56

Il avait franchi la porte de la bibliothèque comme une tempête, la tête penchée vers l’avant et le regard déterminé à ne pas se retourner. Ses cheveux suivaient le rythme de son pas, mais il avançait si vite qu’on aurait cru de derrière voir un véritable poulpe s’échapper en laissant un nuage d’encre –blond pour ce coup ci- derrière lui. C’était fou à quel point, malgré le fait qu’il soit dans le corps d’une autre, Octave se ressemblait terriblement à lui-même lorsqu’il arrêtait de jouer la comédie un tant soit peu. Et pour le moment il était horriblement sérieux, décidé à ne pas laisser sa copie conforme la rattraper. Enfin, c’était lui la copie conforme dans cette histoire. Mais qu’importe, parce que là il était lui-même ; offusqué et sévère. Qui l’eut cru, hein ? L’amour, c’était le seul sujet à propos duquel il restait réservé, tout au long de sa vie, il en avait trop peu reçu pour pouvoir plaisanter sur de tangibles marques d’attention. Il voulait bien s’en amuser, en rire aussi, mais jamais n’irait-il embrasser ou coucher avec quelqu’un pour chasser l’ennui ou assouvir quelques basses besognes. Et il ne souhaitait pas qu’on l’embrasse pour gagner un pari. Aussi étrange que cela pouvait être, au vu du personnage qu’il était, Octave n’était pas d’une petite vertu. A ce sujet-là, il était au contraire très méticuleux, d’une retenue étonnante. Oui, on pouvait dire qu’il était romantique. Mais pas comme ceux de sa génération. Par les livres, il avait hérité d’une sensibilité baudelairienne, de quoi en surprendre plus d’un. Seulement en réalité peu pouvaient se vanter d’avoir réussi à aller aussi loin dans son intimité.

Perdu dans ses réflexions, il en avait oublié de marcher sur les talons, ce qui lui valut de presque se tordre la cheville à plusieurs reprises. En dévalant les escaliers, il rata une marche ; heureusement, c’était l’une des dernières et Octave put se rattraper de justesse pour ne pas tomber à la renverse. A aucun moment ne s’était-il retourné pour constater si Cassidy le suivait. D’un geste royal, il enfonça la porte d’entrée du château et s’engouffra dans le noir de la nuit aussi épais que du goudron, ce qui ne l’empêcha pas de tracer sa route comme si de rien n’était. Ne surtout pas ralentir. Bon, si ça se trouve, il marchait aussi vite pour rien parce que personne ne le poursuivait, mais il était trop fier pour vérifier, et surtout, cela aurait fait terriblement gamin. Et ce n’était pas le moment pour avoir l’air immature ! Cela dit, peut-être qu’il était déjà trop tard… Cette pensée fit sprinter Octave encore plus vite et il était à la limite de véritablement courir. Sans s’en rendre compte, il avait rejoint le village, illuminé de mille feux en cette douce soirée d’un été anglais qui prenait fin. Il avait marché avec tellement d’empressement qu’il n’eut même pas le temps d’avoir froid, car honnêtement, cette mini robe était justement trop mini pour sortir dehors dans un pays pareil.

Il stoppa sur le pont, à quelques mètres des premières maisons de Pré-au-Lard et s’inspecta. Il avait été froissé, mais pas au point d’oublier sa mission : passer une bonne soirée. C’est justement là, que la jeune femme allait en voir de toutes les couleurs. Parce qu’il ne doutait pas qu’elle allait se pointer, à un moment ou à un autre. D’ailleurs, pour se sécuriser, il finit par regarder derrière lui : le noir. Le noir et les lumières du château, mais c’est tout, personne en vue. Octave se détendit alors sensiblement, prêt à re-rentrer dans la peau de son personnage. Il passa une main dans ses cheveux pour s’assurer qu’ils n’étaient pas trop en désordre, lissa sa robe pour détendre les bourrelets qui s’étaient formés pendant sa folle course poursuite avec un ennemi invisible. Ca va, il était plus que potable. Genre, trop sexy en fait. Ca aidait pas mal pour jouer la comédie. Là, il se mit en route à travers la rue principale du village d’un pas de top model et avec un déhanché de circonstance. Ouais, ça allait être la grosse teuf ce soir.



Il était déjà là, devant l’entrée du restaurant, penaud, l’air terriblement maladroit du haut de son énorme taille et horriblement indiscret avec sa tenue spéciale inspecteur du Ministère adepte de la domination ; respectez-moi, bande de gueux ! C’était franchement laid de loin, alors ça devait l’être encore plus de près. Octave esquissa un é-norme sourire, allant d’une oreille à l’autre, qui était là plus pour lui donner du courage qu’à charmer son futur conquérant. Le gros le… la vit et étira sa bouche en un rictus qui se voulait sourire. Dans sa tête, le bibliothécaire était déjà en train de pester comme une femme, à se demander pourquoi l’inspecteur n’avait pas pris la peine de s’habiller mieux que ça, ils avaient un rendez-vous galant oui ou citrouille ? Ce n’était pas la mort hein, un pti’ costard trois pièces ? Lui, il en aurait mis un. Enfin, il en portait un quasiment tous les jours, donc il était quand même un peu avantagé par ses goûts de luxe. Les gens de nos jours, ils ne font plus aucun effort de séduction. Bref, il s’approcha du grand dadais d’un pas aguicheur et lui tendit sa main en cachant l’autre dans son dos, la tête penchée sur le côté dans un geste glamour. L’inspecteur parût quelque peu troublé au début, mais finit par se ressaisir et prit la main de la jeune femme qu’il fit mine de baiser en se penchant. Un frison parcourut dans le dos d’Octave ; qu’est-ce que son geste était en inadéquation totale avec son apparence !

« Bonsoir mon cher »

Dit-il d’une voix profonde et coquette, digne d’Anna Mouglalis. En retour il eut un visage rouge. Non mais il invitait des femme à sortir pour rougir à une simple salutation ? Salut bien ton crustacé, l’ogre. Clairement mal à l’aise, l’inspecteur continuait à tenir sa petite main dans sa grosse… truelle. Ah, il n’en menait pas large là, le King Kong blanc, pas comme tout à l’heure à la bibliothèque. Octave se racla délicatement la gorge en jetant un petit coup d’œil à leurs mains unies à mi-chemin entre eux deux. Le géant eut l’air extrêmement gêné et lâcha la main de la donzelle avec une précipitation incroyable. Juste à temps, sa paluche commençait justement à transpirer. Octave étira son sourire autant que son visage le lui permettait en observant le pauvre fonctionnaire se décomposer sur place. Il y a quoi de mieux, après le rouge ? L’écarlate ? Le cramoisi… Octave opta pour le trop cramé. Noir, cash. A coup sûr, il allait se vider intérieurement. Mon Dieu, c’est qu’il se les coltinait, les introvertis. Ou peut-être que c’était lui qui avait un effet comme ça sur les gens ? C’est sûr que par rapport à lui, tout le monde semblait introverti. Passons. Le géant semblait muet et incapable de prononcer un mot, tellement il était gêné, et Octave décida de prendre les choses en mains : il allait l’aider, le pauvre.

« Je dois remarquer que nous ne sommes pas sur un pied d’égalité ! Vous connaissez mon nom, alors que je ne connais pas du tout le vôtre ! Il faut réparer cette injustice. »

King Kong parût d’abord soulagé que la discussion prenne cette route : il était plus simple de répondre à des questions sur des choses concrètes que d’essayer de charmer une femme. Puis il agrippa d’une main la manche de son long par-dessus en cuir avant de répondre d’une voix gutturale :

« Henry, Henry Burroughs. »

Octave lui adressa un sourire chaaaaaarmeur accompagné d’un léger haussement des sourcils. Mais après ça, rien ne se passa. Les riverains leur jetaient des regards confus, troublés qu’ils étaient par un tel contraste. La Belle et la Bête, je vous le dis. Ou King Kong et la femme. Ouais, c’était carrément ça. Il n’avait plus qu’à grimper sur la tour la plus haute de Poudlard, enlever ses vêtements et marteler sa poitrine de macaque géant avant de se jeter dans le vide. Octave sentit qu’il fallait prendre les choses en mains s’il ne voulait pas qu’on les remarque plus que ça. Il contourna alors l’inspecteur, passa son bras autour de celui, beaucoup plus épais, du grand dadais et le poussa délicatement vers l’entrée du restaurant. Il sembla comprendre l’intention car il suivit docilement le mouvement en regardant sa belle d’un œil conquis. Ils pénétrèrent dans les Trois-Balais, non sans difficulté puisque King Kong manqua de se prendre le chambranle de la porte tellement il était grand. Là, une serveuse les accueillit pour les diriger  vers la seule table pour deux qui leur restait, en prenant soin de longuement les dévisager. Octave lui rendit son regard de braise, ce qui sembla la remettre à sa place puisqu’elle leur donna les menus avant de s’éloigner vers le bar en slalomant entre les tables. Si la serveuse avait arrêté de les examiner, c’était tout le restaurant qui les observait dès à présent. Henry –même son prénom sonnait moche dans la bouche- sembla se ratatiner sur lui-même, ce qui était un spectacle assez incongru compte tenu de la fougue dont il savait faire preuve pour contrôler les masses. C’était comme observer un éléphant tenter de se cacher derrière un buisson.

Octave parvint à capter le regard de son partenaire et lâcha un petit rire excité en ouvrant la carte. Henry en fit de même et ils échangèrent poliment quelques banalités sur le temps, la beauté des paysages anglais et se réjouirent de la situation dans le pays, qui était selon Henry, des plus prometteuses. Octave acquiesça d’un ton si bien maîtrisé que cet odieux mensonge passa sans encombre comme un poulpe à travers un petit trou. Et alors qu’il scrutait la deuxième page de sa carte, il la vit. Elle était au bar, et heureusement, l’inspecteur lui faisait dos. Mais il reconnut non sans peine cette cape. Le souvenir du baiser l’avait abandonné et le plaisir du jeu en prenait la place. Elle allait morfler, cette blondasse de mes deux. Elle allait se décomposer en une flaque de vomis sur le sol. Il dirigea un regard on ne peut plus déterminé et mesquin vers la jeune femme, la tête légèrement penchée vers l’avant pour rendre son expression encore plus menaçante. Ce manège ne dura qu’un très court instant car l’inspecteur releva la tête et Octave changea son expression en un claquement de doigt ; comme par magie, c’était le cas de le dire. La serveuse approcha :

« Vous avez déjà choisis ? demanda-t-elle d’une voix monocorde.
- Oui, euh, alors moi, je prendrai une entrecôte bien cuite et, euh, ma partenaire prendra une salade ? »

Dit-il d’une voix satisfaite, comme s’il avait percé tous les mystères de l’univers. La seule fois où il avait osé prendre les devants, c’était pour étaler ses principes tout droit sortis des années 1960, quand le seul but des femmes dans la vie c’était de faire une bonne permanente. Cassidy en serait enchantée, mais pas lui, lui, il avait d’autres choses en tête. Il gloussa coquettement avant de jeter un regard vers sa spectatrice et répondit d’un ton si enjoué que s’en était louche à quel point il semblait heureux.

« Oh non ! Surtout pas, petit coup d’œil théâtral vers la carte, Alors moi, je vais prendre… une portion de garlic bread avec du fromage, un steak, noyé dans l’échalote, des pâtes chargées d’ail, du poulet mariné au piment, des frites noyées dans le vinaigre, une assiette d’oignons frits avec tout votre stock de bacon. Et puis un verre d’eau. »

Pour faire passer tout ça. Il avait ponctué sa commande par quelques petits regards en coin vers l’inspecteur, l’air de lui dire que oui, il était comme ça, il avait une femme avec de l’appétit devant soi. Mais en vérité Octave pensait juste « vas-y, comme ça, même si tu en auras très envie, tu ne pourras pas m’embrasser tellement je puerai de la gueule ». Dans un vif et élégant geste de la main, il referma la carte pour signaler qu’il en avait enfin fini avec sa commande. La serveuse et l’inspecteur le regardaient attentivement, probablement en train de se demander comment autant de nourriture allaient rentrer dans un corps aussi petit. Octave aussi se le demandait, mais il était prêt à relever le défi. Et pour souligner son sérieux, il ne prit même pas d’alcool. Après que la serveuse eut récupéré le menu, Octave s’appuya des coudes sur la table, les mains jointes sous son menton et battant des cils comme s’il tentait de s’envoler par la seule force de ses paupières. Soudain, Henry sembla vouloir dire quelque chose et Octave manifesta son intérêt par un léger soulèvement des sourcils :

« Je, euh… Je voulais vous demander… Est-ce que vous connaissez bien le… mh, le bibliothécaire, Mr. Holbrey ? »

Fu, fu, fu.  Un cadeau du ciel. Le pauvre King Kong était en train de sonder le terrain pour savoir s’il pouvait se l’approprier –ou tuer son rival. Octave ne savait pas s’il devait se sentir flatté ou non qu’un gars comme lui puisse le considérer comme un danger dans le cœur d’une donzelle pareille. C’était chou, mais il avait un autre plan en tête que de se laisser tranquillement dragouiller toute la soirée. Alors lentement, le visage d’Octave prit un air particulièrement mystérieux, les paupières mi-closes, il regarda un instant ses mains avant de relever les yeux vers l’inspecteur qui se dandinait sur sa chaise en attendant la réponse. Bine, bien, le bibliothécaire décida d’attendre encore un peu, histoire de faire monter la pression, de les faire mousser, lui et Cassidy –parce qu’il était absolument certain qu’elle était en ce moment même en train de les écouter, tendue comme un string. Il les laissa donc agoniser, chacun dans leur coin, en continuant à fixer King Kong d’un air impénétrable avant de les achever.

« Oui… c’est mon amant. »

Voilà comment on détruit des empires. Mais voilà que l’inspecteur se liquéfiait sur place, ses rêves et ses espoirs s’envolant comme des colombes par la fenêtre. Octave pouvait presque entendre le froissement de leurs ailes.  Flap, flap, flap, Adieu ! Aussi, il laissa sa main glisser sur la table avant d’envelopper celle du fonctionnaire qui était à l’origine tellement reconnaissant qu’une telle femme daigne s’intéresser à lui qu’il en avait oublié d’être outré. Ce geste l’obligea à relever les yeux sur la blonde qui lui répondit d’un clin d’œil beaucoup trop aguicheur, l’air de dire « t’inquiètes, mon chou, je suis une femme libre, je n’ai pour seule limite que mon imagination ». Octave était tellement satisfait de lui que ca se voyait sur son visage ; ses yeux brillaient de malice tandis que ses lèvres esquissaient un sourire énigmatique mais extrêmement assouvi. Il avait le rictus d'un chat dont la gueule était recouverte du sang de la souris qu'il venait d'attraper.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Sam 16 Juil 2016 - 13:14

Soirée du 3 Septembre 1997
Les Trois-Balais, Pré-au-Lard, Ecosse



Il fuyait le poulpe. Et vite qui plus est. Enfin, la fuite est le propre du poulpe, pourquoi être étonné au final ? Se tasser, disparaître dans un sillon d'encre, ou de mots, craché au visage de l'ennemi. Il n'échappait pas à la règle, il redevenait lui-même c'était tout. Et c'était mieux ainsi. Dès qu'il fut sortit de la bibliothèque, il s'efforça de la tenir à distance, ses longs cheveux blonds volant dans son sillage. Cassidy haussa les sourcils tout en prenant le temps de récupérer sa cape ; c'était donc à cela qu'elle ressemblait lorsqu'elle était en colère ? Eh bien... Une vraie furie, illuminée par une aura de lumière s'il-vous-plait. Les cheveux en bataille, le pas vif et saccadé. Elle ne s'aventurerait à dire l’œil tremblant, mais presque. Tranquillement, la jeune femme suivit ses traces, impossible de les louper, il suffisait de suivre le bruit insolent des talons... Par Merlin, il ne pouvait pas être plus discret ? Elle leva les yeux aux ciel et se posta par dessus la rembarre des escaliers afin d'avoir le plaisir de le contempler. Hum... Moui... Il ne se débrouillait pas trop mal pour un homme, il fallait le reconnaître. Un petit Acceptable au niveau de la marche, que dis-je, de la course en talons hauts. Ah, elle avait parlé trop vite. Voilà qu'il manquait de s'éclater la figure en se tordant la cheville dans les marches de marbre. Bah oui, c'est ça quand on fait son pressé et qu'on ne fait pas attention, on manque toujours de se prendre des gamelles... Pas facile d'être une femme n'est-ce pas ? Accoudée sur le muret de pierres, la jeune femme esquissa un sourire et laissa échapper un rire moqueur. Il allait passer d' un Acceptable à un Piètre pour la peine. Recalé.

Fredonnant " Give me Amortentia ", de Célestina Moldubec, le numéro trois des titres du top cinq de l'été selon la Gazette, Cassidy observa sa propre silhouette franchir d'un pas décidé les lourdes portes du château sans que personne ne l'arrête. Et voilà, un fou de plus dans la nature... Octavius Holbrey disparu de sa vue. Le regard fixé sur la double porte, Cassidy s'autorisa un léger soupir. Enfin seule. Voilà qui faisait du bien. Le poulpe éloigné, il lui sembla qu'elle parvenait déjà mieux à respirer. Bon sang, elle n'avait pas réalisé à quel point elle était tendue en sa présence. Give me Amortentia... La jeune femme se figea tandis que les quelques notes fredonnées mourraient sur ses lèvres. Oui... C'était bien cela. Le seul semblant d' amour qu'elle connaissait était celui que les potionnistes fabriquaient. Une philtre d'amour bien mélangé, une couleur nacrée et des spirales envoûtantes. Le pouvoir de donner une illusion d'amour en ne produisant en réalité qu'un sentiment de forte attirance, ou une obsession. Le seul amour qu'elle avait déjà côtoyé, le plus proche étant passé à sa portée était un philtre dans un chaudron. Cassidy ricana en secouant ses longs cheveux blonds. Ne jamais laisser quelqu'un s'approcher trop près. Jamais. Vis ou crève. Vis ou aime. L'amour dans un flacon, oui... Elle aimait beaucoup cette idée.

Le poulpe humain était libre... Libre. Libre. Libre. Les yeux de la Rowle s'écarquillèrent d'horreur tandis qu'elle descendait à son tour les escaliers afin de se rendre dans son bureau. Par le slip de Merlin ! Octavius Holbrey était lâché en pleine nature, avec son corps à disposition, alors qu''elle venait de le froisser au plus haut point. Oh my god. Et elle qui le laissait sortir tranquillement, comme ça à la vue de tous ! Se maudissant, la blonde dévala les escaliers avec une mention Optimale, et se précipita sur le battant. Une brise fraîche vint la cueillir tout en la faisant frissonner. Brrr... Par Merlin quel temps épouvantable. Un instant, ses iris vert d'eau se perdirent dans l'obscurité qui s'offrait à elle. Ancien grand port du royaume Hyder Ali, Mangalore, sa ville côtière natale lui manquait plus que jamais. Sa chaleur... Autant elle pouvait être fille de la glace, mais une partie d'elle demeurait fille du Soleil. Sa légère brise rafraîchissante promenant les odeurs de café et de noix de cajou... La palette de mille couleurs des paysages se dessinant devant ses yeux... Cassidy lâcha un long soupir. Ici tout était terne et gris, les paysages comme les gens au final... Enfilant sa cape noire et rabattant sa capuche, elle s’apprêtait à sortir lorsqu'une main de trois tonnes s'abattit sur son poignet, la soulevant presque de terre.

« Où pensez-vous aller comme ça ? Il est interdit aux élèves de sortir du château ! »

Zut. Crotte. Citrouille. Pourquoi la chance n'était-elle jamais de son côté ? Il était bien sorti quelques minutes auparavant lui. Sans aucun problème qui plus est ! Personne ne lui avait rien dit ! Alors pourquoi, fallait-il que ce ne soit jamais son cas ? Un geste brusque lui arracha sa capuche et son visage apparu.

« Je vous demande pardon ? Donnerais-je l'impression d'être une élève ? »

Des yeux glacés, un visage de marbre. La reine des glaces apparu dans toute sa splendeur dardant sur lui un regard mauvais promettant mille tortures plus variées les unes que les autres.

« Mi... Miss Rowle !  Je, pardonnez-moi... Je... Je ne vous avais pas reconnue avec cette cape. »

La main la lâcha brusquement, comme si elle l'avait brûlée au troisième degré. Un autre inspecteur effectuant sa patrouille de routine. Par la barbe de Merlin, quand il n'y en a plus, il y en a encore ! Enfin, l'avantage d'avoir été présentée à l'ensemble du personnel et des étudiants lors du banquet de début d'année était que les gens connaissaient désormais l'identité de ce joli minois...

« Je ne pensais pas avoir à vous demander la permission avant de sortir du château Monsieur... Quel est votre nom ? Que je puisse m'en souvenir lorsque je rencontrerai le directeur... »

L'homme blêmit. De grosses gouttes de sueur se mirent à perler le long de ses tempes avant de terminer leur course dans les plis de peau de son cou.

« Miss... Je suis réellement confus... Je... »

Pour être confus, ça il l'était. La jeune femme ne pu s'empêcher de songer à quel point Octavius l'aurait probablement trouvé ridicule et risible. Octavius... Par Merlin, il fallait qu'elle le rattrape et vite. D'un revers de main, elle l'interrompit. C'était bon, qu'il n'use pas sa salive davantage. Merlin qu'il était fatiguant. Sans lui adresser un mot, Cassidy lui tourna allègrement le dos et disparu dans la nuit.

******

Lorsqu'elle arriva au Pré-au-Lard, la jeune femme ne prit pas le temps d'admirer le paysage presque paisible qui s'offrait à elle. Sans s'arrêter, elle fonça en direction de l'auberge où travaillait Scarlett, priant Merlin pour que son amie ne soit pas de service ce soir. Elle ne tenait pas vraiment à expliquer comment et pourquoi il y aurait deux têtes blondes se ressemblant étrangement dans le pub. Un petit attroupement de sorciers bloquait l'entrée gardée par des têtes réduites, papotant de la pluie et du beau temps, des heures plus ou moins sombres.

« - Avez-lu la nouvelle biographie rédigée par Rita Skeeter, " Vie et Mensonges d' Albus Dumbledore " ?
- Non très chère, pas encore... Mais je pense me le faire offrir par mes petits-enfants pour mon anniversaire. Pour le moment, je suis toute étourdie par une pièce de théâtre écrite par Forbien Narré, un dramaturge de talent : " La triste métamorphose de mes pauvres pieds ". Un petit chef-d'oeuvre huhuhu... Mais vous, vous l'avez-lu vous ?
- Oh je l'ai à peine entamé... Vous savez un livre de neuf-cent pages, il y a de quoi lire. Mais j'en ai déjà appris des belles... Quelle jeunesse ! Saviez-vous qu'au décès de leur pauvre mère, Albus avait lâchement abandonné son frère et sa sœur au lieu de veiller sur eux ?
- Non ? En êtes-vous certaine ?
- C'est ce qui est écrit en tout cas. Et puis... son amitié révoltante avec Grindelwald, vous savez le petit-neveu de Bathilda Tourdesac. Enfin, vous n'êtes pas au bout de vos surprises Irma. »

Les deux mémés, habillées de riches tissus venant très certainement de chez Tissard et Brodette, l'empêchaient d'avoir accès ne serait-ce qu'à une fenêtre. Finalement, au bout de longues minutes de supplice à devoir jouer des coudes, Cassidy finit par réussir à se faufiler habilement entre les deux vieilles sorcières enveloppées dont les bigoudis rivalisaient avec des queues de cochon. Pauvres cochons. Enfin, la fenêtre. Le visage dissimulé entre les bégonias décorant les balconières, la Rowle chercha sa cible des yeux. Là. De l'autre côté de la pièce, la seconde table sur la gauche. Bien, la jumelle maléfique était repérée, il fallait entrer désormais. Profitant d'un mouvement de foule, la jeune femme se glissa telle une anguille dans l'interstice de la porte. Une fois à l'intérieur de la vaste salle éclairée par plusieurs bougies magiques pour une atmosphère des plus... romantiques à son grand malheur, elle s'installa discrètement dans un coin du bar situé à droite de l'entrée, afin de garder un œil sur la table.

« C'est pour manger ? », demanda la serveuse d'une voix monocorde faisant le même effet qu'un puissant somnifère.

Remerciant le ciel que Scarlett soit absente ce soir, la jeune femme répondit négativement. Son estomac des plus serrés était bien dans l'incapacité d'avaler quoique ce soit. Blême, elle observait indirectement la scène qui se déroulait derrière elle grâce au miroir central surplombant le bar qui lui faisait face, sans avoir le loisir d'intervenir.

« Servez-moi un Whisky-Pur-Feu, de la marque Ogden's Old Firewhisky s'il-vous-plait. »

Le couple formé par sa jumelle et l'armoire à glace attirait bien trop les regards. C'était réellement problématique. Il lui serait impossible de faire avaler une potion d'amnésie à tous ces gens. Et elle qui gloussait comme une dinde devant sa carte, décidément ce rire qui lui était profondément étranger ne lui allait guère. Portant le liquide ambré à ses lèvres, l'apprentie tendit l'oreille tout en ne les lâchant pas des yeux. Pour le moment tout semblait se passer relativement bien, Octavius hochait même la tête face aux inepties les plus rudimentaires déblatérées par l'inspecteur aux joues en feu. Eh bien, heureusement qu'elle n'avait pas sorti le grand jeu, autrement le pauvre aurait certainement dû être transporté en urgence à l'hôpital Sainte-Mangouste. La blonde commençait tout juste à se détendre lorsqu'elle croisa les turquoises de son sosie dans le miroir. Il l'avait repérée. Le regard mauvais et le sourire mesquin porteurs de mille promesses qu'il lui adressa la firent frémir, dressant les poils translucides de ses bras au garde à vous. Il n'allait quand même pas oser la mettre dans une situation douteuse n'est-ce pas ? Au fond d'elle même, Cassidy connaissait déjà la réponse, et ses doigts se resserrèrent sur son verre. C'est au passage de la commande que les choses commencèrent sensiblement à se gâter. Lorsqu'elle l'entendit commander le plat, la jeune femme manqua de recracher élégamment l'alcool qu'elle avait en bouche sur son voisin. Par Merlin, Octavius n'avait pas mis longtemps avant de redevenir lui-même.

« ... Alors moi, je vais prendre… une portion de garlic bread avec du fromage, un steak, noyé dans l’échalote, des pâtes chargées d’ail, du poulet mariné au piment, des frites noyées dans le vinaigre, une assiette d’oignons frits avec tout votre stock de bacon. Et puis un verre d’eau. »

Non mais il rigolait là ? Il allait annoncer qu'il les avait bien eu et se remettre à ricaner tel un dindon non ? Parce que clairement, là ce n'était pas possible. Par Merlin mais prends la salade, qu'est-ce que t'as contre la salade ? La jeune femme se frappa le claqua le front du revers de sa main à défaut de pouvoir se la claquer contre le comptoir avec le désespoir morbide d'un elfe de maison.

« Pssst hé ! Vous avez vu derrière vous ? Y'a un drôle de couple ahahah... Non mais sérieux vous avez vu sa tête ? Et elle qui est si jolie, qu'est-ce qu'elle fait avec un mec comme lui ? Mais... Ce ne serait pas la fille Rowle ?»

La jeune femme encapuchonnée fit un bond de trois mètres en découvrant son voisin de table qui s'était rapproché d'elle, empiétant de manière douteuse sur son territoire. En ré-atterrissant sur son tabouret, elle manqua de tomber à la renverse et retint sa capuche de justesse. Par Merlin, mais pourquoi fallait-il qu'on vienne sans cesse lui mettre des bâtons dans les roues ? Enfonçant sa tête encore plus profondément dans son vêtement, Cassidy répliqua d'un ton hargneux :

« Non c'est pas elle. La fille Rowle est brune, avec des tâches de rousseur et des yeux marron.... et bossue. Vous avez mangé des harengs ? Non parce que là, il faut songer à faire quelque chose. »

Et bim, prends-toi ça dans les dents. ça t'apprendra à venir déranger une espionne en mission tiens. Vexé, l'homme se détourna et retourna à sa place. Cassidy risqua alors un coup d’œil direct par dessus son épaule vers le couple des plus étranges.

« Je, euh… Je voulais vous demander… Est-ce que vous connaissez bien le… mh, le bibliothécaire, Mr. Holbrey ? »

Glacée, la jeune femme se retourna brusquement sur son verre et l'avala d'une traite. Par Merlin, mais quel crétin, quel abruti, scrout à pétard bouseux ! Aaaah si elle avait pu le trucider sur place... Si ses yeux avaient eu le pouvoir de tuer, l'homme serait déjà sur le sol, gisant dans une marre de sang. En parlant de mort, il était clair que là, elle était la suivante. Octavius n'allait pas la louper, c'était certain. Dans le miroir, le temps paru se suspendre. Accentué par l'effet indirect, la jeune femme avait l'impression d'assister à un mauvais film moldu. Impuissante, voyant l'étincelle dans les yeux de son sosie, Cassidy fit signe à la serveuse de lui apporter un second verre. Oh, non. Il n'y avait pas là de quoi la saouler, mais juste de quoi l'anesthésier.

« Oui… c’est mon amant. »

La blonde se liquéfia sur place. Vite le verre. Il avait osé le traitre. Il avait osé. S'étouffant à moitié, le liquide ambré lui déchirant la gorge, Cassidy darda sur sa jumelle un regard promettant mille vengeances. Oh bien sûr pour le moment, il la tenait. C'était sa soirée, elle ne pouvait rien faire et il le savait parfaitement, se plaisant à jouer avec le feu. Mais elle allait le lui faire payer au centuple cet affront. Ses cheveux allaient servir.
En une seconde, la jeune femme lui fit signe que sa fin était proche en faisant mine de lui trancher la gorge. Le message était clair, net et précis. Mais sa jumelle maléfique ne s'arrêta pas là, bien au contraire. Les yeux agrandis par l'horreur, l'apprentie distingua parfaitement ses longs doigts fins venir s'enrouler délicatement autour de la truelle de l'inspecteur. Elle allait tuer Octavius Holbrey.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - [url=dream.forumgratuit.eu]Joy[/url]
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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Sam 16 Juil 2016 - 17:47

Voyez comment tout avait magnifiquement bien tourné pour Octave et horriblement mal pour Cassidy. En effet, au lieu de vouloir être la plus maligne que tout le monde, la blondasse aurait pu simplement, avec dévotion, aller à ce rendez-vous de malheur, passer quelques ennuyeuses, mais confortables, heures avec l’inspecteur ministériel. Passivement supporter quelques marques d’attention, puis s’en aller au loin vers l’horizon, abandonnant une morne soirée derrière soi pour toujours. Au lieu de ça, elle avait décidé qu’elle devait être la meilleure, et maintenant, alors qu’elle aurait pu simplement s’ennuyer, elle était en train de tourbillonner entre Charybde et Scylla, tel un Ulysse incapable de voir la fin de son malheur. Et Octave était Poséidon,  s’assurant que ce calvaire n’arrive jamais à son terme. Cassidy, tu ne reverras plus jamais ta maison ! Octave avait même en impromptu un début du poème de l’Odyssée, revisité à sa sauce, rien que pour elle :

Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’Orgueilleuse:
celle qui était odieuse, et pendant des années erra,
subissant beaucoup de malheurs, découvrant divers supplices,
souffrant beaucoup d’angoisses dans son âme près du bar
pour défendre son honneur et sa dignité.

Octave était sûr que si la colère de la jeune femme se matérialisait concrètement, son corps s’enflammerait alors que ses cheveux cracheraient des éclairs dans tous les sens. Et comme en plus elle était tendue, avec toute cette énergie concentrée dans un si petit corps, elle finirait par se changer en trou noir et engloutirai toute la pièce et carrément le village entier, en fait. Ma sa souffrance était silencieuse et Octave ne pouvait qu’observer son malaise se condenser un peu plus chaque seconde. Et tout ça grâce à lui. Il s’applaudirait bien, tiens, mais ce n’était pas très envisageable. Du coup il se félicita mentalement pour avoir su si bien tourner toute cette histoire en son avantage. Par rapport à tout ça, le baiser forcé de la jeune femme n’était qu’une petite griffure de chaton sur sa main de mâle virile. Une égratignure à la surface de sa sensibilité. Elle, son superbe orgueil allait finir en lambeaux, écrabouillé, déchiré puis brûlé avant que les cendres ne soient répandues dans l’espace sans jamais pouvoir se rejoindre. Véritablement, tous deux étant d’une outrecuidance sans limites, ils étaient en train d’inévitablement se tirer vers le fond sans personne pour les arrêter, et surtout pas eux-mêmes. Octave était un invétéré joueur, la vie elle-même étant un amusement pour lui, il n’allait donc pas s’arrêter de sitôt. Ou seulement pour faire une pause. Ils n’auraient jamais dû se rencontrer ces deux-là, surtout en de telles circonstances où les bonnes manières furent rapidement mises de côté. Et le problème, c’est qu’elle était peut-être bien plus insouciante que lui, mais Octave était lui beaucoup plus tenace et d’une patience qui elle, n’avait réellement aucune limite. Il était de ceux qui s’arrangeaient pour avoir le dernier mot, même s’il fallait attendre une éternité pour ça.

C’est donc avec une détermination sans failles qu’il regardait l’inspecteur dans les yeux, le charmant d’une lueur sans équivoque au fond des pupilles. Octave allait le faire languir de désir, le charmer, l’embobiner avec tant de savoir-faire que ce dernier allait désirer Cassidy bien après le dîner. Il allait la poursuivre partout, convaincu d’une attirance réciproque. Elle finirait par en avoir marre et quitterait le château en larmes, la morve au nez. Ouais, c’était parfait. Mais Octave n’était pas dupe et savait bien que la vie n’était pas aussi linéaire qu’un scénario composé en 30 secondes par un esprit dérangé. Cassidy était bien plus forte que ça et il y avait moult moyens bien plus efficaces pour l’embêter de manière plus durable. La cohabitation au château promettait d’être explosive.

« Mais ne vous inquiétez pas, Henry, vous aussi, vous avez de la place dans mon cœur »

Il avait roulé le « r » de son prénom comme un chat en train de ronronner. Ce dernier parut quelque peu gêné au début, mais ne retira pas sa paluche de l’étreinte d’Octave, ce qui était une bonne chose. King Kong semblait réfléchir, son cerveau essayant d’assimiler ces notions probablement trop volages pour lui, l’homme qui rougissait à une simple salutation. Ca lui semblait être une tâche terriblement pénible que de réfléchir, et Octave voyait, à travers ces petits yeux de cochon, les rouages se mettre douloureusement en place. Le pauvre bougre.

« Miss Rowle, je ne vous croyais pas comme ça…
- Peu de gens me connaissent… comme ça. »

Il avait retiré sa petite main, préférant tracer des spirales sur le dos de la truelle du King Kong, le tout ponctué par un sourire mystérieux. De quoi faire fond un puceau comme lui.

« Et vous savez, je ne laisse que très peu de gens me connaitre… comme ça. »

Il laissa une pause dans sa phrase pour accentuer à quel point les deux derniers mots étaient spéciaux, le harem exclusif de Miss Rowle. Octave voyait bien Cassidy en dominatrice, tenir une douzaine d’hommes nus en laisse tout en claquant du fouet dans les airs et criant « léchez-moi les pieds, mes braves bêtes ! ». Octave manqua de pouffer de rire alors que cette image flottait à la surface de son cerveau sans daigner couler de sa vue. Et puis soudain, miraculeusement, la Bête sourit. D’un sourire compréhensif et intéressé. Diantre, tenait-il le premier membre du sérail de Cassidy ? Oui, le premier, car Octave ne tenait pas vraiment à être membre d’un club échangiste et encore moins à être tenu en laisse par cette blonde qu’il aimait tant détester. Il éprouvait du plaisir à se faire dominer, mais pas par elle, nulle part, ni dans la vie, ni au pieux.

« Je ne suis pas sûr d’être… comme ça.
- Mon cher, on ne naît pas… comme ça. On le devient. C’est tout un art, croyez-moi. »

Dit Octave en se voulant rassurant, ce qui sembla marcher car le géant reprit confiance et se redressa, ce qui n’était pas vraiment nécessaire au vu de sa taille, mais indiquait la mesure de son assurance retrouvée. C’est qu’il n’était pas si prude, King Kong. Enfin, cela devait être l’adage de la gente masculine que de parler le même langage. Mais le temps n’était plus à ce genre de réflexions car on apportait la nourriture ! La serveuse ramena d’abord la viande de l’inspecteur qui entrouvrit même la bouche, tellement il avait faim. Pour Octave, ce fut plus théâtral que ça, et ça lui allait parfaitement puisque c’était tout à fait son genre que d’attirer l’attention sur lui. La serveuse lui apporta d’abord son verre d’eau avant de revenir avec deux assiettes, celle des oignons et du pain. Elle lui demanda avec une hésitation palpable si elle devait tout apporter en même temps ou si la demoiselle désirait recevoir les plats au-fur-et-à-mesure. Octave s’empressa de lui confirmer qu’il voulait tout en même temps. Il voulait du spectacle. Un monstrueux festin. La serveuse partit lui apporter le reste et elle dut, malgré son habilité dans le métier, faire tout de même trois allers-retours entre la cuisine et la table. Et comme toutes les assiettes commandées ne tenaient pas sur leur petite table, ils en ramenèrent une autre rien que pour faire trôner le plat de pâtes odorantes dessus. Octave se sentait comme un Dieu Maya, à qui ses esclaves ramenaient des sacrifices par milliers pour recevoir la bénédiction ; comme un Roi nordique ayant organisé un festin pour cent personnes en l’honneur de la naissance de son fils. Il était littéralement entouré d’assiettes.

« Bon appétit ! Tu te sers si tu veux. »

Dit-il à l’inspecteur en se frottant les mains. Il allait devoir être fort, courageux pour avaler tout ça. Ca demandait de la technique et de la réflexion pour au mieux répartir la nourriture dans son petit estomac de fille pour avoir ne serait-ce qu’une chance de toute avaler. Il était prêt, toute sa vie, il ne l’avait vécue que pour ce genre de défis. Aussi, se redressant pour favoriser un bon transit, il planta la fourchette dans le tas d’oignons frit et entama le marathon. Il était seul au monde, pas un regard pour Cassidy, entièrement concentré sur la nourriture, qui était très bonne qui plus est. Tel un cachalot qui avalait son krill, un requin déchiquetant sa victime, une hyène dévorant sa proie, Octave aspirait la nourriture presque sans mâcher. En revanche, le public du Trois-Balais le regardait comme on regarde le concours de la plus grande mangeuse au monde. Alors, est-ce que Miss Rowle parviendra-t-elle à s’enfiler les 5 kilos de nourriture devant-elle ?

Octave n’avait même plus le temps de parler, ce qui était une aubaine en soi. Il piquait méthodiquement dans chaque assiette, dirigeant la fourchette vers sa bouche entre chaque plat, sa mâchoire craquait sous l’effort, mais il ne s’arrêtait que pour boire une gorgée. Forcément, cela n’avait plus rien de très élégant, mais en ce moment précis Octave, en plus d’embêter Cassidy, profitait d’un bon gavage gratuit. Vu qu’il n’était en plus pas dans son corps, il pouvait bien en profiter. Le problème, c’est qu’au bout de dix minutes et sans même être parvenu à complètement vider aucune des assiettes  –bien que celle des pâtes était quasiment terminée- il était déjà en train de sérieusement caler. Il se laissa aller contre le dossier de la chaise, finissant de mâcher un mélange de viande et d’oignons qu’il avait en bouche, manquant presque d’écarter les jambes comme le mec blindé qu’il était. Respirant difficilement, il regardait dans le vide, sentant qu’il n’allait pas tarder à s’évanouir. Qu’est-ce qu’elle avait une faible descente, Cassidy ! Lamentable. Avec cette carrure, elle ne devait pas tenir l’alcool non plus et Octave se félicita avec soulagement qu’il n’ait pas pris une bière, comme elle lui avait conseillé. Avec ça, il serait déjà en train de vomir quelque part, ou en plein coma hyperglicémique. Toute cette nourriture lui avait néanmoins quelque peu embrumé l’esprit. Octave se frotta machinalement les yeux avant de se souvenir qu’il était maquillé. Alors que cette révélation rencontrait de plein fouet son esprit engourdi par le gras à l’odeur d’ail, le bibliothécaire avala non sans mal avant de s’essuyer la bouche et se lever :

« Il faut que j’aille me repoudrer le nez. »

Et c’était le cas de le dire. Il ne savait pas à quel point il avait fait des dégâts en se touchant le visage ; ressemblait-il à un panda maintenant, le mascara étalé autour des yeux ? D’un pas chancelant, il se dirigea vers la salle de bain sous l’œil estomaqué du public qui n’en croyait pas ses yeux. Refermant la porte derrière lui, il se pencha au-dessus du lavabo pour observer son reflet dans le miroir. C’était un sentiment très étrange que de voir son reflet physique sans se reconnaître soi-même. Comme un dédoublement de personnalité couplé à une forte hallucination. Octave, gavé de nourriture, ce qui le mettait dans un état proche de celui de l’ébriété, était prêt à y croire, s’étant déjà demandé s’il n’était pas un peu schizophrène sur les bords. Heureusement, ses yeux n’avaient rien. Il était propre et belle, sauf que son ventre déformait légèrement sa robe, trahissant la quantité de nourriture qu’il venait d’engloutir ; la robe, elle, tremblait rien qu’à l’idée qu’elle allait devoir contenir encore plus que ça. Cependant Octave resta là, même si son inspection était terminée. Il l’attendait elle, son créateur, son Victor Frankenstein. Il était certain qu’elle allait venir lui remonter les bretelles à défaut de pouvoir l’assassiner dans un lieu public. Et bingo, la porte s’ouvrit ; le bibliothécaire constata dans le miroir que c’était bien elle et lança d’un ton désinvolte :

« Tu es sur le point de devenir une célébrité ici. La fille qui parvint à engloutir son poids en nourriture. Tu crois qu’ils vont me prendre en photo, serrant la main du cuistot, me demander de la signer, puis l’accrocher derrière le bar ? Tu seras l’anecdote du coin. Pour une fois, on te connaîtra pour autre chose que ton nom de famille ou la pureté de ton sang, c’est pas cool ça ? »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 17 Juil 2016 - 12:12

« Mais ne vous inquiétez pas, Henry, vous aussi, vous avez de la place dans mon cœur »

Henrrrrrrry. Le son lui écorcha violemment ses petites oreilles ô combien sensibles et délicates, tel un engrenage dont les pièces rouillées peinaient à trouver un terrain d'entente. C'était... tout simplement crissant en entendre pour Cassidy, qui éprouva la même sensation que si on l'avait forcée à manger du sable. Il l'avait faite ronronner comme une chatounette. Quelle honte, mais quelle honte. Il s'appropriait entièrement l'enveloppe charnelle, la faisant sienne, la modelant au grès de ses envies les plus fantasques. Henrrrry... C'était pourtant bien sa voix avec la musicalité due à son léger accent hindou qui prononçait ces mots. Elle ne s'en remettrait jamais. Il semblait avoir pris un soin tout particulier à constituer un nouveau personnage, aux antipodes de ce qu'elle était réellement. Il la rendait risible, poreuse. Il détruisait avec soin la personne qu'elle était, prenant plaisir à lui constituer de nouvelles failles qu'elle ne possédait pas. Il l'avait rendue facile, dépourvue de savoir-vivre en un claquement de doigt. Une caricature ? Non, même pas puisqu'une caricature venait accentuer les défauts que l'on possédait déjà. Là, il s'agissait d'une nouvelle personne, totalement différente d'elle. Quant à cette lueur malsaine et vicieuse qui allumait son regard... Elle suffisait à lui rendre étrangers ses iris turquoises, les dénaturant au possible. Ce n'était plus elle, non. C'était un cauchemar ayant revêti son apparence.

« Et vous savez, je ne laisse que très peu de gens me connaitre… comme ça. »

Voilà qu'il traçait des cercles tendancieux sur le dos de la poêle à frire qui servait de main à l'armoire à glace. Par Merlin, elle avait envie de pleurer... de rage, de colère, de haine, d'humiliation. Mais bien évidemment qu'il ne la pensait pas comme ça parce que ce n'était tout simplement pas elle ! Par Merlin, la jeune femme se retenait de sauter de son tabouret et d'aller se planter devant eux, retirant sa capuche en lui criant de se servir de la passoire qui lui servait de cerveau afin de faire le rapprochement entre l'attitude qu'elle avait eu dans la bibliothèque et celle qu'avait sa jumelle maléfique face à lui.

Elle avait mal à sa fierté, son orgueil, son ego. Qu'importe le mot employé, ils tombaient tous en mille morceaux, brisés, écrabouillés par la mise en scène véritablement diabolique du poulpe humain, qui n'avait définitivement rien à voir avec un quelconque mollusque. Il ne semblait pas exister sur cette terre un mot pouvant être assez fort afin de qualifier ce sentiment terrible qui la terrassait. L'impression quasiment physique qu' Octavius était en train de lui broyer des les vertèbres une à une, en lui sautant à pieds joints sur le dos, l'enfonçant ainsi sous terre. Il était en train de l'enterrer vivante. Incapable du moindre mouvement, elle observait, horrifiée, le nombre incalculable de plats arrivant les uns après les autres, telle l'épreuve consistant à manger le repas préparé par Mannekenpix le Belge, le cuisinier des Titans, dans les douze travaux d'Astérix. Les plats s’enchaînaient, dégoulinant de sauce et de gras. A coup sûr Octavius allait permettre aux Trois-Balais de réaliser la moitié de son chiffre d'affaire en l'espace d'une seule soirée... Une odeur de friture lui donna la nausée et tandis que la pauvre serveuse vacillait sous le poids des assiettes copieuses et volumineuses, Cassidy plongea le nez dans son verre afin de camoufler son envie de vomir.
Il mangeait... Non le mot était bien trop faible, trop insignifiant pour qualifier ainsi son activité en cours de déroulement ; disons plutôt qu' il engloutissait de façon octavienne, une quantité tellement impressionnante de nourriture que les clients avaient laissé leurs fourchettes de côté, préférant assister à ce spectacle inédit.

« - C'est une itinérante ?
- Elle doit sûrement répéter un numéro...
- C'est incroyable ne trouvez-vous pas ? Vous pensez qu'elle mange vraiment ? Où va la nourriture ? »

Les commentèrent bourdonnaient à lui en donner le tournis. Nauséeuse, la Rowle porta son verre à ses lèvres rosées, se détournant de l’écœurant spectacle. Il l'avait doublée, la capturant de ses tentacules pourvues d'immondes ventouses et en la faisant plonger avec lui. Rien que de penser ces mots lui faisait mal, lui donnant l'impression terrible d'être perforée par un poignard aiguisé, à la lame imprégnée d'un venin mortel. Un sentiment de peur, de perte de contrôle, mélangé à la haine adorée qu'elle lui portait. Dieu qu'elle le haïssait, et Merlin qu'elle se sentait vivante de le haïr de cette façon. La haine profonde et intense, débordait de son cœur et circulait dans son sang pur le contaminant outre mesure. Car oui, à défaut d'être en capacité d'aimer, l'apprentie savait haïr. C'était un art qu'elle maîtrisait parfaitement et dans lequel elle excellait.

Alors qu'il se goinfrait, se donnant en spectacle, la jeune femme se sentit faiblir, comme si le simple fait de voir le corps d’emprunt du bibliothécaire s'alourdir par toute cette nourriture, la rendait elle malade. Étrange comme sensation. Elle semblait comme connectée avec Octavius et son estomac. Brrrr... L'idée lui fit froid dans le dos. Les pâtes étaient lourdes, si lourdes dans son estomac pourtant vide et l'oignon... Que dire de l'oignon ? Il lui donnait la nausée... Toutefois, voir le poulpe visqueux caler vint lui apporter un semblant de réconfort. Le voir peiner, à la limite du malaise, valait tout l'or du monde. Elle l'avait pourtant mis en garde sur son appétit et la capacité d'accueil de son estomac - le même qui criait désormais : " Complet, c'est complet ! " -, mais il avait choisi de ne pas tenir compte de ses avertissements, s'entêtant rien que pour la provoquer. Comme quoi il n'y avait pas qu'elle qui commettait des erreurs de calcul... Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même : il se devait entièrement l'état dans lequel il était. Le seul petit problème était qu'il était en train de caler certes, jusque là rien de gênant, mais dans son corps à elle. S'il vomissait devant tout le monde, elle était finie. Enfin, elle le vit s'essuyer la bouche avant de se diriger vers les toilettes pour dames, au moins était-il encore conscient pour ne pas commettre d'impairs en la faisant entrer dans les cabinets de ces messieurs.

Il passa devant elle presque sans la voir, l’œil vide et terne d'un mollusque ayant mangé trop de crevettes, à la limite de l'indigestion. Vacillant. Par Merlin, il allait vraiment être malade, ce n'était pas possible autrement. La porte se refermant sur son sosie, Cassidy hésita un instant. Que faire ? Il était en train de bousiller son image. Il l'avait doublée. Elle grinça des dents contre son verre, menaçant de fissurer celui-ci. Pourtant, bien que cela lui était atrocement douloureux, elle se devait de le reconnaître. En le défiant d'aller à ce rendez-vous à sa place, l'apprentie potionniste avait pensé que le poulpe humain aurait été mal à l'aise, non seulement d'être dans un corps de femme, mais également de devoir supporter un rendez-vous galant avec l'inspecteur. Mais elle s'était douloureusement et magnifiquement plantée. Octavius s'était révélé étrangement à l'aise dans un corps qui était pourtant bien éloigné de sa corpulence initiale, mais en plus, l'homme qu'il était semblait véritablement à l'aise pour charmer son homologue masculin. Et pourtant il lui avait affirmé ne pas être homosexuel... La jeune femme descendit souplement de son tabouret et entra à son tour dans les toilettes.

Livide, les traits tendus, le bibliothécaire respirait profondément devant le lavabo. Sûrement se concentrait-il afin de ne pas dégobiller partout... La jeune femme s'approcha en fronçant son nez. Les cheveux de son sosie étaient emprunts d'une odeur de friture épouvantable, celle qui avait le don prend au nez et qui ne nous lâchait plus après des heures passées à la fête foraine, ou dans un burger. Lorsqu'il la vit entrer, Octavius se redressa face au miroir et lui lança d'un ton désinvolte emprunt d'un amusement certain :

« Tu es sur le point de devenir une célébrité ici. La fille qui parvint à engloutir son poids en nourriture. Tu crois qu’ils vont me prendre en photo, serrant la main du cuistot, me demander de la signer, puis l’accrocher derrière le bar ? Tu seras l’anecdote du coin. Pour une fois, on te connaîtra pour autre chose que ton nom de famille ou la pureté de ton sang, c’est pas cool ça ? »

Cassidy grinça des dents. ça pour lui faire une réputation, il était vraiment doué. Un vrai travail d'orfèvre. Tremblante d'une colère difficilement contenue, la jeune femme s'approcha silencieusement de son rival. Elle avait pris sa décision, même si celle-ci lui coûtait plus cher que tout au monde. Elle ne lui ferait pas le plaisir d'exploser, non. Au lieu de ça, elle allait tenter de sauver les meubles restants. Sage décision ? Peut-être bien en effet au vu du massacre qu'avait réalisé Octavius en l'espace de quelques minutes... Et elle n'avait pas envie de savoir s'il était capable de faire pire, parce qu'elle connaissait déjà la réponse.

« Epargne moi tes remarques grinçantes Octavius Holbrey. »

Ce nom, ce visage mémorisé se dissimulant derrière le sien, cette identité... Un frisson la parcouru. La haine débordant de ses yeux vert d'eau, elle se força à poursuivre, ayant l'impression pour chaque mot qu'elle prononçait, d'avaler des poignées d' épines de roses. Poignées de la taille de celles du dénommé Henrrrrrrry, bien entendu, sinon ce ne serait que trop simple.

« Je suis tenace, mais je sais reconnaître quand une cause est perdue. Tu as relevé le défi et je me suis... plantée. », déclara-t-elle rapidement, le dernier mot mourant sur ses lèvres, à peine chuchoté.

Le propre de la manipulation ne résidait-il pas dans la capacité de parvenir à mettre sa fierté de côté ? De laisser croire des choses à l'autre ? S'aplatir, savoir abandonner la partie avec plus ou moins de tact... Superficiellement. La jeune femme avait perdu une bataille, certes, mais le drapeau qu'elle levait, même s'il paraissait à première vue, blanc, était en réalité plus proche d'un gris douteux que de la couleur de la paix. Cassidy avança face au vainqueur de cette manche.

« Voilà, j'ai abdiqué face à toi. C'est ce que tu voulais non ? Maintenant arrête ce massacre. Tu m'as suffisamment affichée comme ça. Je... - elle passa une main dans ses longs cheveux qui eux ne sentaient pas la friture - ... Je ne sais pas comment je vais réussir à rattraper le coup. »

Il avait vraiment fait fort. En plus de l’enchaîner à l'armoire à glace qu'elle allait devoir se coltiner aux basques à Poudlard, il avait également pris soin de l'emprisonner à Pré-au-Lard. Le bibliothécaire ne se rendait clairement pas compte de l'ampleur de la situation. Elle était une fille de Mangemort, venant d'une famille au sang-pur réputée, intact de toute impureté depuis toujours. Par Merlin... Son père allait lui faire payer au centuple cet affront.

« Tu as... gagn... - le mot s'étrangla dans sa gorge -... Bref. »

Elle respira profondément, certaine qu'il n'allait pas s'arrêter là. Il était trop... vicieux, sadique, cruel, perfide... octavien pour cela. Certes pour le moment, il la tenait entre ses doigts vicieux, la dominant entièrement. Elle était à sa merci. Meneur de danse, dompteur de tigresse... Qu'il savoure bien son titre en herbe car celui-ci ne serait qu' éphémère... La vengeance est un plat qui se mange froid, et il faut parfois être capable de perdre une bataille pour gagner la guerre. Se redressant face à lui, la jeune femme affronta son regard. Fière, belle. La défaite avait un bien joli visage.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 17 Juil 2016 - 16:37

C’était son truc. Chacun avait son truc, et ça, c’était son truc à lui. Il savait rendre la vie pénible. En fait, il savait la rendre extrêmement simple aussi, mais cet impératif ne se présentait pas si souvent que ça à lui, alors on le connaissait principalement pour sa capacité à mener la vie rude à ceux qui n’avaient pas la décence de faire ce qu’il voulait. Et comme c’était ce qu’on lui demandait le plus souvent, c’était un art dans lequel il avait fini par exceller. Peut-être que si on lui avait confié un peu plus souvent d’œuvrer pour le bien, il ne serait pas aussi acerbe et infernal qu’il l’était. Mais ce n’était pas le cas, et il était devenu bon à faire plier les gens sous sa volonté, et ce de manière intraitable. Sa connaissance de la psyché humaine et des fils qui viennent s’y emmêler, rendait sa tâche encore plus aisée.

L’inverse en revanche ne se produisait quasiment jamais. Peu de gens avaient réussis à le faire céder et  ces personnes-là étaient devenues ses amis, auxquels il vouait une admiration et un respect sans égal. Octave gardait à distance le monde qui l’entourait. Ce n’était peut-être pas facile à percevoir, du fait de son caractère particulièrement enjoué et de la familiarité avec laquelle il abordait quiconque l’approchait, mais tout cela n’était que la couche externe de sa psyché stratifiée. Le noyau de son esprit était lui, bien gardé, dans les tréfonds abyssaux de son âme aux mille facettes et reflets. Personne ne le connaissait véritablement à part quelques privilégiés, et donc personne ne savait où tirer pour le faire succomber. Les gens usaient de techniques vulgaires qui ne marchaient que sur le commun des mortels, ceux qui se souciaient trop de leur image, de leur argent, de leurs familles… Mais pas sur lui, tant il était éloigné de ce monde où il se mouvait en conséquence avec une facilité étonnante, n’ayant aucune attache tangible nulle part. Il avait une emprise sur tout et rien n’avait d’emprise sur lui. Comment faire fléchir un tel caractère ? Et en plus, il savait parfaitement s’adapter, si bien qu’il pouvait pleurer sur la mort d’un petit chaton, mais lui trancher lui-même la gorge s’il fallait le faire pour ne pas perdre la main. Mille visages sur mille nuances de caractère.

Sa perspicacité lui avait dictée que Cassidy allait être explosive de rage, qu’elle allait péter toutes les toilettes, défoncer les cuvettes, tordre les tuyaux d’arrivée d’eau avant de le noyer dans une flaque d’eau, le talon posé sur l’arrière de son crane pour l’empêcher de se relever. Et elle l’était, très en colère, ce qui la faisait frissonner comme une plaque tectonique sur le point de se fendre en deux. Mais elle se retenait en même temps, ce qu’Octave trouva très étonnant à premier abord. Il ne laissa rien paraître de son saisissement, continuant à sourire d’un air satisfait au reflet de Cassidy dans le miroir, attendant d’en savoir plus avant de réagir concrètement.

« Epargne moi tes remarques grinçantes Octavius Holbrey. »

Pardon… elle arrivait à le faire flancher sans vraiment avoir conscience des dégâts qu’elle faisait en l’appelant par son prénom officiel. Ca le faisait frémir à chaque fois qu’il entendait ce suffixe en « ius ». C’était son petit tic, la chose sur laquelle il n’avait aucune emprise sans réellement savoir pourquoi ça le gonflait à ce point. Donc il se contenta de grimacer intérieurement, se retenant de tout commentaire car ce n’était pas le moment. L’heure était d’une gravité sans nom.

Il pouvait le voir, la pauvre se retenait de toutes ses forces pour ne pas faire craquer les coutures. Une maîtrise de soi remarquable compte tenu de l’étendue de son malaise, mais néanmoins pas suffisante pour ne rien laisser paraître. Pour la peine, et vu qu’il connaissait la difficulté de l’exercice, il félicita la petite pour cette tentative de tempérance.

« Je suis tenace, mais je sais reconnaître quand une cause est perdue. Tu as relevé le défi et je me suis... plantée. « Voilà, j'ai abdiqué face à toi. C'est ce que tu voulais non ? Maintenant arrête ce massacre. Tu m'as suffisamment affichée comme ça. Je... ... Je ne sais pas comment je vais réussir à rattraper le coup. »

Oh.. ooh… ooooooh, Octave était complètement suspendu aux lèvres de la potionniste. Ca n’allait pas du tout ça. Ca, plus qu’autre chose, mit Octave sur ses gardes. Sans vouloir jouer les prétentieux, son instinct lui faisait rarement défaut, et il lui avait dicté qu’il allait se faire péter la gueule. Au lieu de ça, il recevait une abdication coiffée d’un drapeau méchamment blanc, trop blanc. Les paroles de la jeune femme firent monter ses sourcils vers la lisière de ses cheveux, tandis que ses lèvres se détendirent, abandonnant son légendaire sourire pour une moue sceptique. Elle pliait genou trop tôt. Ou bien c’était lui qui avait le sentiment de ne pas être allé assez loin, et sa défiance n’était que la conséquence d’une vive déception de voir son adversaire jeter l’éponge trop tôt, même si ce n’était que pour remettre la partie à plus tard. Ses sourcils descendirent lentement pour reprendre leur place habituelle, ce qui lui donna un air particulièrement sérieux en vue de l’absence de sourire. Et tandis que le silence régnait, interrompu que par un robinet qui gouttait avec une régularité diabolique, le cerveau d’Octave se répandait en chemins sinueux, tentant de comprendre celui qu’était en train d’emprunter Cassidy, tout en cherchant un compromis entre ce qu’il voulait faire et ce qu’il devait faire. La blonde était en train de lui tendre une branche d’olivier comme on tend un verre de poison, non sans quelques vicieux dessins derrière ce geste. Et Octave n’était pas prêt ni à le goûter, ni à le boire. Pas parce que c’était du poison, mais parce qu’il n’avait pas encore soif. Et pourtant c’est ce qu’on attendait de lui.

Contrairement à ce qu’on pouvait croire –oui, oui-, Octave avait un bon fond –très profondément enfouis sous la surface bien entendu. Il n’avait pas pour habitude de s’acharner sur quelqu’un qui reconnaissait ouvertement ses torts, même si cela était fait de manière factice et plus pas désespoir que par un réel regain de modestie. Envers et contre tout, il donnait toujours une chance à ceux qui daignaient se désister, même si c’était dans la perspective de possiblement le regretter à l’avenir. Pour ça, il se laissait toujours l’option de pouvoir se venger plus tard. Mais au moins, il avait la possibilité de dire « eh, je t’ai fait confiance, c’est toi qui m’a fait croire que tu regrettais ! ». Bon, ce n’était peut-être pas aussi gentil que c’était un acte de pur calcul. Mais qui ferait la différence ?

« Tu as... gagn... Bref. »

Cette hésitation orgueilleuse lui fit prendre sa décision. Il savait exactement comment accepter cette marque de paix sans pour autant lâcher prise et paraître sadique et méchant. Enfin… presque. Parce que dans cette situation il allait paraître sadique et méchant de toute manière. Cependant, il aurait pu largement se gausser d’un rire sardonique au nez de la jeune femme et lui dire qu’il voyait bien qu’elle faisait ça que par désespoir et sans une véritablement pieuse honnêteté. Elle le détestait trop pour ça. Puis, il serait retourné dans la salle, se serait déshabillé et aurait fini son repas comme Eve au commencement du monde. Toutes les possibilités bien plus machiavéliques qu’il aurait pu exécuter, se trouvaient reléguées au second plan pour quelque chose de bien plus mesuré à première vue, mais suffisant pour satisfaire son appétit –spirituel, pas physique, hein. Octave se mordit la lèvre inférieure en regardant Cassidy de son œil légendairement mystérieux, qui présageait on ne sait même pas trop quoi.

Puis son visage revêtit un très léger sourire, aussi léger que lourde était la déception de la jeune femme. A peine perceptible, de quoi sensiblement accentuer son expression, devenue mi-rêveuse mi-pensive. Sans quitter Cassidy des yeux, il passa un doigt sous la bretelle gauche de sa robe avant de la pousser sur son épaule. Il fit de même de l’autre côté avant de tirer vers le bas le tissus jusqu’à ce qu’il tombe au sol. Là, il fit un pas vers l’arrière avant de se pencher pour récupérer l’habit et le poser sur le bord du lavabo. Décidément, il n’arrêtait pas d’être nu ces derniers temps. Puis il dit, d’une voix calme et douce :

« Très bien. Je te laisse le loisir de pouvoir enfin embrasser ce destin que tu as voulu fuir au péril de ta dignité. Tu vas avoir l’occasion de remonter la pente en prenant ma place. Je veux voir comment tu vas faire pour te dégager d’une telle situation.»

Et sur ces mots, il s’avança vers la jeune femme, qui aurait certainement voulu reculer mais non, impossible, Octave était déjà là, juste à côté d’elle, à la fixer sans même cligner des yeux, les paupières mi-closes en une moue hypnotisante. Son regard devint étrangement scrutateur, semblant transpercer tout sur son passage, brûlant d’une détermination sans failles ; de poulpe il se muait en serpent. D’une assurance qui ne tolérait aucune discussion, il dégrafa d’un geste habille et d’une facilité déconcertante la cape de Cassidy. Cette dernière tomba lentement et lourdement au sol dans un bruissement de tissus, découvrant une robe d’un rouge carmin et légèrement transparente. Le sourire d’Octave s’accentua très légèrement lorsqu’il vit qu’il y avait des boutons sur l’avant. Parfait. Avec toujours autant de témérité, il se mit à défaire lesdits boutons avec une lenteur toute maîtrisée, leurs poitrines se touchant presque tant il était proche, sur le point de l’enlacer. Et lorsque arriva le moment où il fallait se pencher pour continuer à déshabiller ce corps de nymphe, Octave n’en fit rien ; sans broncher de la tête, il fit simplement remonter le bas de la robe à la hauteur de ses mains pour continuer son ouvrage en tout tranquillité, ne prêtant aucune attention au fait que les hanches de Cassidy étaient ostensiblement découvertes. Mais rien de grave, non, non, puisqu’elles étaient seules, les deux mauvaises demoiselles. Il y avait probablement un moyen beaucoup plus simple de retirer cet habit, mais Octave n’en avait pas la moindre envie.

« Cet échange a cependant une condition très simple. Je crois que tu commences à me connaître un petit peu et ma seule demande est que je ne m’ennuie pas. »

Il ponctua sa phrase d’un sourire de circonstance, mielleux à souhait mais étrangement terrifiant. Il ne voulait pas qu’elle s’imagine que c’en était fini. Il lui laissait une chance, l’avantage de pouvoir faire les choses comme elle le voulait, jusqu’à une certaine limite. Il n’abandonnait pas la partie, il changeait juste les places, au sens propre comme au figuré, optant pour celle du spectateur et abandonnant la scène à la petite blonde. Arrivé au bout de la longue rangée de boutons, il écarta les pans de la robe pour laisser apparaître le reflet de son propre corps. C’était comme regarder dans un miroir procédant une intelligence propre. Puisqu'il n’avait plus besoin d’ensorceler sa proie, il baissa enfin ses yeux vers la poitrine de la jeune femme ; poitrine qu’il avait déjà vue mais qui avait une toute autre portée lorsque admirée sur l’original et non la copie. Il eut un rictus singulier et indéchiffrable avant de relever la tête. Puis, il la contourna comme une brise légère et se posa dans son dos, aussi proche d’elle qu’il pouvait l’être. D’un geste fluide, il saisit le col de la robe et le fit glisser le long de ses bras pour la déshabiller définitivement. Là, il posa ses deux mains fines sur les épaules de la jeune femme, les lovant aux creux de ses paumes et se pencha, pour susurrer du bout des lèvres à l’oreille de Cassidy :

« Je veux que tu fasses preuve d’imagination, au lieu de simplement flipper sur ta chaise en attendant silencieusement que le moment passe. Je serai toi pendant encore un certain temps, alors sache que je n'hésiterai pas à bondir de ma chaise et me découvrir aux yeux de tous si ce que j’entends ou vois ne me plait guère.»

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 18 Juil 2016 - 0:09

Ravaler sa fierté, s'abaisser à faire ce qu'on nous demandait afin de satisfaire les plaisirs douteux et les tendances sadiques de ceux qui s'imposaient. C'était cela, faire profil bas, sans pour autant en penser moins. Il la maîtrisait, certes mais il serait amené plus tard à être confronté au caractère éphémère et ô combien partiel de cette esquisse de contrôle. La maîtrise, selon la jeune femme, ne se limitait pas à imposer des comportements, ou des actions à sa victime, ce que tentait visiblement de faire Octavius. La réelle maîtrise, parfaite, pure, celle des professionnels aguerris, consistait non seulement à dominer l'autre physiquement, mais aussi psychiquement, en ayant la main mise sur son esprit et l’enchaînement de ses pensées. L'amener à penser comme lui. Lui imposer ses propres pensées et démons, en ne faisant plus qu'un avec son esprit. Aussi efficace qu'un Impero, aussi indétectable que du Veritaserum dans du thé des Indes.

Il paru un instant surpris devant son abdication soudaine, sans doute s'attendait-il à se faire arracher la tête et avait-il été incapable, jusqu'à présent, d'envisager que la jolie blonde soit capable de ravaler sa fierté au point de lui envoyer une colombe de paix. Piégée la colombe, bien entendu... Mais chut. Lentement, il se mordilla la lèvre inférieure, donnant à sa jumelle un air... irrésistible. Par Merlin, c'était donc à ça qu'elle ressemblait lorsqu'elle réfléchissait un peu trop et qu'elle se mordait tout naturellement la bouche... Silencieusement, la jeune femme nota dans un coin de son esprit de s'empêcher de faire ce geste à l'avenir... Sauf si besoin. Contrôle exige. Cela lui donnait l'air... Peu importe, il fallait qu'elle apprenne à contrôler son comportement non verbal. Maîtriser ses lèvres rosées d'une impertinence rare, dominer son regard insolent et profondément revendicateur... Quel vaste programme...
Un sourire léger, presque aérien s'envola délicatement des lèvres de son sosie. Visiblement, la voir capituler le mettait en joie. Ou alors était-ce plus subtil que cela ? Bien qu'attentive au moindre tressaillement de ses traits, Cassidy avait du mal à comprendre son expression faciale, d'autant plus que son propre visage n'avait jamais revêtit ces expressions inédites, profondément octaviennes. Qu'est-ce que son esprit tordu manigançait cette fois ? Un doigt qui se faufile, un regard turquoise entendu... Elle comprit, indéniablement. La robe tomba et son sang se glaça dans ses veines, la transformant en une statue de marbre grecque aux reflets nacrés. Seuls ses cheveux souffraient d'un délicat mouvement des plus aériens, ondulant de manière quasi-imperceptible sur la droite, à cause de la légère brise passant par une petite fenêtre restée entrebâillée. Quelques fils dorés se prirent dans ses longs cils mais elle était totalement incapable d'esquisser le moindre geste.

« Très bien. Je te laisse le loisir de pouvoir enfin embrasser ce destin que tu as voulu fuir au péril de ta dignité. Tu vas avoir l’occasion de remonter la pente en prenant ma place. Je veux voir comment tu vas faire pour te dégager d’une telle situation. »

Cette voix, calme et doucereuse aux tonalités presque chantantes, ne lui ressemblait pas. Inquiétante, elle ne visait pas à la rassurer bien au contraire, la Rowle le savait pertinemment.

« Je voulais juste savoir si tu étais capable d'agir au lieu de rester planqué derrière un bureau dans ta bibliothèque. », répliqua-t-elle d'une voix claire où l'on percevait un soupçon de légèèèère provocation.

Il s'approcha vivement d'elle. Rapide, sournois, tel un cobra indien piégeant sa proie. Un sourire effrayant ornant ses lèvres. La jeune femme trembla imperceptiblement tandis que le regard d'Octavius la scrutait d'une manière extrêmement dérangeante. Son corps fin fut parcouru d'un long frisson tandis que les poils translucides de ses avant-bras se hérissaient. Une violente chair de poule, et ce n'était pas à cause du froid, ça non. Le visage de sa jumelle était effrayant. Par Merlin, comment parvenait-il à déformer ses traits de cette façon, donnant ainsi cet air grave et cette tonalité mesquine à son visage ?

« Et il est clair... que tu es capable... »

Il se rapprochait de plus en plus, jouant avec ses nerfs comme un habile et vicieux marionnettiste avec des ficelles. Un spectacle pour enfants... Non. Non, que dis-je ? Reprenons. Un spectacle pour adultes avertis, des plus douteux.

« ... d'agir. »

Il était là, à quelques centimètres seulement de son visage. Nez à nez avec son sosie. S'il avait été lui-même, cela aurait été plutôt du... nez à torse. Elle déglutit mais soutint le regard percutant de sa jumelle. Echange violent, combat silencieux. Sans doute ferait-elle d'étranges cauchemars suite à cette soirée... Cassidy était prête à parier que l'oscillation de son visage avec celui du bibliothécaire aux traits sournois viendrait hanter ses nuits. Un tableau des plus cauchemardesque, de quoi la rendre malade pendant des mois. N'était-ce pas là un début du contrôle mental ? La jeune femme chassa violemment cette idée dérangeante qui avait eu le culot de venir s'insinuer dans son esprit où les pensées étaient parfaitement rangées, pour ne pas dire par thème et par ordre alphabétique.

D'un geste expert, il dégrafa sans peine sa cape noire qui tomba d'un seul mouvement lourd autour de ses chevilles fines. La jeune femme qui savait ce qui l'attendait bien qu'elle s'efforçait de ne pas y penser, se força à garder ses iris vert d'eau grand ouverts. Quant bien même elle aurait voulu s'échapper, le mur derrière elle l'aurait empêchée de se soustraire à l'emprise tentaculaire du poulpe dont elle pouvait presque être en mesure de sentir les ventouses gluantes venir épouser sa peau pâle, tandis qu'il dévoilait celle-ci à la lueur de la pièce. Lentement, comme s'il était en train d'arracher un à un les pétales blancs d'une délicate pâquerette, ses doigts habiles déboutonnaient avec une patience insoupçonnée chaque petit bouton rouge de la devanture de sa robe. Proche. Il était proche, et encore une fois beaucoup trop. Sa respiration s'accéléra légèrement. Merlin qu'elle haïssait ce type de situation où elle n'avait pas d'autre choix que d'assister passivement à sa propre mise à mort. Leurs corps se touchaient presque, se frôlant délicatement, subtilement puisque tel en avait décidé sa jumelle.

« Où sont tes limites Octavius Holbrey ? Le tutoiement familier comme si tu avais passé l'entièreté de ton existence à mes côtés, oser l'insolence avec l'inspecteur alors que ton statut de sang ne te le permet pas, accepter mon défi et être tout à fait à l'aise pour charmer un homme ?... »

Si elle l'avait tutoyé elle, c'était tout simplement par miroir, dans une volonté d' envisager les choses sur un pied d'égalité. Cérébrale. Contrôle inépuisable. Les limites... Il paraissait n'en avoir aucune. Aucune conscience des lois, des règles, des risques qu'il courait et qu'il lui faisait courir à elle aussi désormais. Tel un enfant inconscient, il s'en moquait bien et semblait leur rire au nez. En revanche, elle avait noté son point faible... Oh que oui. La réaction épique qu'elle avait gravé dans son esprit après l'avoir déclenchée volontairement. Sa victoire qu'elle n'était pas prête d'oublier. Peut-être sa seule véritable limite. L'amour. Quelle bêtise... Il ne savait, ou ne voulait pas jouer avec, préférant préserver avec un idéalisme béa, cette... chose créée de toute pièce pour les faibles. Il avait fui tel le poulpe qu'il était. Fui devant une fille capable de manipuler avec finesse le représentant de ce sentiment si terne et dangereux; il avait fui devant un simple baiser. Il lui avait allègrement tourné le dos lorsqu'elle s'en était servie afin de le tenir éloigné. Manipulé. Oh, le jeu de la séduction perverse et vicieuse ne le dérangeait pas ; il semblait même expert dans ce domaine, mais... le baiser lui, semblait être classé sur un piédestal, intouchable. Cassidy se dégagea du mur de pierres froides, retrouvant un semblant de liberté.

« Cet échange a cependant une condition très simple. Je crois que tu commences à me connaître un petit peu et ma seule demande est que je ne m’ennuie pas. »

« L'ennui est effectivement une chose subjective Octavius... Mais toi, tout semble t'ennuyer profondément si ce n'est pas dans l'extrême et dans le spectaculaire. Ne compte pas sur moi pour aller l'embrasser à pleine bouche, ni pour lui chanter la sérénade en faisant des acrobaties entre les assiettes. »

Dégagée du mur certes, mais pas du poulpe visqueux. Après ce qui lui avait parut être une éternité, il était finalement arrivé au bout de la rangée de boutons. Sans la moindre gêne, il écarta délicatement le tissu fin du bout des doigts, admirant sans scrupules le corps, et tout particulièrement la poitrine de la jeune femme. Rictus. Cassidy grinça des dents tout en s'efforçant de paraître détendue, ce qui ne fut pas facilité lorsqu'il se plaça sournoisement dans son dos, la collant de son corps de femme. Perte du contrôle visuel direct. Il était proche. Elle le sentait et cela la fit frémir malgré elle. Se faire coller ainsi par son double... Quelle expérience perturbante, d'autant plus qu'elle ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer le corps et le visage du bibliothécaire derrière les traits féminins, ce qui était - il fallait bien le dire - angoissant au plus haut point.

Le visage perdu dans sa chevelure, les mots qu'il lui adressa dans un souffle au creux de son oreille hérissèrent les petits cheveux qui protégeaient sa nuque gracile. Elle était revenue... la chair de poule.

« Je veux que tu fasses preuve d’imagination, au lieu de simplement flipper sur ta chaise en attendant silencieusement que le moment passe. Je serai toi pendant encore un certain temps, alors sache que je n'hésiterai pas à bondir de ma chaise et me découvrir aux yeux de tous si ce que j’entends ou vois ne me plait guère. »

La robe finit sa course sur le sol, à quelques mètres de la cape restée près du mur. Rouge et Noir. Noir et rouge. Les deux tissus colorés se frôlaient. La nuit et le sang. Les mains féminines, mais quelque peu viriles virent rejoindre ses épaules, la gauche recouvrant la cicatrice pâle et irrégulière qui traversait son omoplate. Un véritable frisson l'électrisa cette fois, sans qu'elle puisse réellement bouger à cause des mains intruses qui la retenaient sur place. Sans se retourner, Cassidy inspira profondément, obligeant ses épaules à se soulever légèrement - de même pour les mains de sa jumelle. Dix doigts. Il avait dix doigts et tous exerçaient la même pression aux différents endroits de sa peau. Les pouces ; orientés vers sa nuque, les paumes sur l'arête des épaules et les autres doigts reposant sur les clavicules.  

« Tu ne ferais pas ça... Tu te mettrais dans une situation qui deviendrait beaucoup plus compliquée pour toi que pour moi. Je suis protégée par mon nom, toi non... »

Et c'était sûrement vrai. Si le poulpe se pointait sous son apparence, et que deux Cassidy étaient aperçues, une enquête serait à coup sûr ouverte par le Ministère. La jeune femme s'en sortirait bien sans aucun doute, mais qu'en était-il du bibliothécaire ?

« Pourquoi me permets-tu de reprendre les rênes ? Qu'est-ce qui... t'intéresse réellement de voir ? », reprit-elle dans un souffle.

Et oui petit poulpe... Tu ne t'y attendais pas à celle-là, n'est-ce pas ? Je sais provoquer, exploser, me révolter, abdiquer... Mais je ne suis pas qu'une simple coquille vide. Réfléchir et m'interroger sont mes spécialités.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 18 Juil 2016 - 10:24


« Où sont tes limites Octavius Holbrey ? Le tutoiement familier comme si tu avais passé l'entièreté de ton existence à mes côtés, oser l'insolence avec l'inspecteur alors que ton statut de sang ne te le permet pas, accepter mon défi et être tout à fait à l'aise pour charmer un homme ?... »

Pourquoi s’interrogeait-elle sur ses actes tout d’un coup ? C’était quoi, la curiosité du désespoir ? Effectivement, dans ce monde moderne et civilisé, le tutoiement au premier abord passait encore relativement mal. C’était de la politesse, que de vouvoyer, comme disait l’autre. Pour Octave, le vouvoiement avait commencé avec son grand-père, pour marquer le respect d’une génération à l’autre. Sauf que cet homme ne méritait pas le respect qu’il quémandait à chacun. D’ailleurs, la majorité des hommes qu’il rencontrait rentraient dans cette catégorie de gens qui sollicitaient la révérence sans en avoir le moindre mérite. Octave, téméraire et insolent à l’époque, ne supportant donc pas une politesse imposée, et avait répugné à donner cette civilité à des individus qu’il jugeait médiocre et sans le moindre intérêt. Comme cette compréhension lui vint alors qu’il n’était encore qu’un enfant, les mesures prises étaient à l’image de son âge. Il décida un beau jour qu’il n’allait plus jamais vouvoyer quelqu’un. Le temps passant et l’esprit se formant, il avait fini par nuancer son propos sans jamais véritablement l’abandonner, tellement cela lui était pratique en certaines circonstances pour reconnaître les frustrés de la vie. Ceux qui n’avaient aucun honneur et s’offusquaient dès qu’on pointait du doigt leur futilité par un tutoiement. Il en fallait de la petitesse pour donner autant d’importance au pronom que les autres utilisaient.

Quant aux limites… c’était très simple. Si la vie lui avait appris quelque chose, c’est  qu’à défaut d’avoir de la renommée, on pouvait percer en ayant du culot. Il s’était toujours fait remarquer pour son ignorance calculée des convenances au bon moment. Il savait jouer avec les mœurs, la courtoisie, les usages et la bienséance suffisamment pour étonner, mais n’allant jamais jusqu’à mettre sa vie ou celle des autres en danger. Et même quand cela arrivait, il se faisait confiance pour toujours trouver une échappatoire. Mais voilà que pour Cassidy, il était en train de briser toutes les barrières de la décence et du savoir-vivre, alors que pour lui il ne s’agissait que d’une petite aventure des plus amusantes. C’était assez risqué, certes, mais rien de bien grave en définitive. Faire tourner en bourriques quelques âmes si étriquées qu’elles ne voyaient pas que ce qui se tramait n’était qu’une blague, ne représentait franchement pas le pire dont Octave était capable. C’est pour cette raison qu’en son for intérieur il n’y avait pas même une once de gravité, bien qu’il ne le montrait pas tant que ça à sa partenaire de jeu. Auquel cas elle péterait véritablement un boulon de le voir si espiègle alors qu’à priori sa réputation était en jeu –oui, oui, il pouvait être d’avantage inconscient que ce qu’il laissait paraitre en ce moment même. Mais bon, il fallait toujours rassurer ces délicates fleurs d’appartement.

Ca aussi Cassidy ne le savait pas, mais Octave ne s’inquiétait guère. N’étant pas fou non plus, il n’irait jamais jusqu’à corrompre sans détour la réputation d’une jeune donzelle comme elle. Mais c’était tellement drôle de la voir se tordre dans tous les sens comme un asticot dans une poêle chauffée à blanc !  Elle courrait, s’essoufflait, rageait et le maudissait de plus en plus à chaque instant, alors que le pire qui pouvait arriver, c’était ce qu’il se passait entre eux. Analysons… A part avoir englouti beaucoup de nourriture –mais pas tant que ça au final jusqu’à maintenant- Octave n’avait rien fait de compromettant en son nom. Il était sorti avec un mangemort dans un bar ? C’était monnaie courante. Ils avaient un rendez-vous galant ? Pourquoi pas, ce n’était que le premier, et elle était peut-être femme à aimer les armoires à glace ? Peu importe, tant que l’expérience ne se répétait pas pour consolider une mauvaise réputation. Octave savait parfaitement, en expert qu’il était, que la réputation pouvait être ruinée soit par une véritablement horrible histoire, soit par une mauvaise habitude qui persistait au fil du temps. Le public oubliait ou ignorait carrément les petits écarts spontanés. Quant à ce qu’il avait raconté à Henry… eh bien, qui est Henry, mhhh, par rapport à Cassidy ? Qui allait le croire, hein ? Exactement. Mais pour la blonde, qui avait une réaction en somme très commune et de ce fait parfaitement compréhensible, c’était la fin du monde. Dans la fougue du moment, l’empressement du jeu, elle avait oublié de relativiser. Ce qu’Octave avait appris à faire sans arrêt pour ne pas tomber dans le dramatisme réel. Et pour des raisons évidentes, il n’allait pas expliquer à la jeune femme que ce n’était pas si grave, non, il préférait au contraire mettre encore plus la pression.

Quant au reste, les réponses étaient évidentes pour lui, mais par pour elle, tout simplement parce qu’elle ne le connaissait pas bien et ne s’était pas vraiment efforcée de faire cet effort jusqu’alors, prise qu’elle était dans un tourbillon de désolation. Ahlala, ce n’était pas maintenant le bon moment pour poser ce genre de questions à son adversaire. Il aurait fallu le faire avant, alors même qu’il avait accepté ce défi. Ne s’était-elle donc pas demandé pour quelle raison cet homme parfaitement inconnu s’aventurait à relever un tel défi ? Si tel était le cas, elle avait manifestement gardé cette interrogation pour elle-même. Concrètement, maintenant, on s’en fichait, non ? Octave ne valorisait guère les questionnements tardifs et n’allait pas lui faciliter la tâche de ce côté-là.

« L'ennui est effectivement une chose subjective Octavius... Mais toi, tout semble t'ennuyer profondément si ce n'est pas dans l'extrême et dans le spectaculaire. Ne compte pas sur moi pour aller l'embrasser à pleine bouche, ni pour lui chanter la sérénade en faisant des acrobaties entre les assiettes. »

Oh, là encore, elle avait tort. Ce n’est pas parce qu’il était lui-même dramatique que seuls ses semblables lui paraissaient dignes d’intérêt. En vérité, ce qui l’intéressait surtout, c’étaient les petits évènements de la vie. Les modestes actes de bravoure que personne ne voyait, les éclairs d’intelligence passés inaperçus par des gens qui ne savaient pas prêter attention aux détails. Octave aimait à regarder ces infimes péripéties de tout un chacun car c’était justement elles qui décrivaient au mieux les caractères. Les gens se dévoilaient dans de grandioses actions, mais aussi dans les plus ordinaires, celles de la vie de tous les jours. Octave n’était pas extravagant tout le temps, ni tous les jours, pourtant c’est ce qu’on retenait toujours de lui à défaut de le connaître mieux. Probablement qu’il aurait d’ailleurs été satisfait avec toute solution employée par Cassidy pour s’extirper de cette situation, tant qu’elle ne partait pas en courant. Quoi que même une fuite en aurait dit long sur elle. Mais il ne comptait pas non plus en parler avec cette infernale donzelle. Il avait vu une notion une fois en psychologie qui l’avait grandement aidée par la suite pour sonder les cœurs humains. La théorie disait que quand on proposait des options aux gens, ceux-ci choisissaient inévitablement l’une des options exposées sans, à aucun moment, essayer d’énoncer une alternative personnelle. Octave s’était alors toujours évertué à poser des questions sans y placer un semblant de réponse à l’intérieur pour ne surtout pas influencer le choix de son interlocuteur. Il lui était impératif que les gens lui fassent une démonstration de leurs capacités personnelles propres et non influencés.

« Tu ne ferais pas ça... Tu te mettrais dans une situation qui deviendrait beaucoup plus compliquée pour toi que pour moi. Je suis protégée par mon nom, toi non... Pourquoi me permets-tu de reprendre les rênes ? Qu'est-ce qui... t'intéresse réellement de voir ? »

Il ne répondit pas tout de suite, enfouissant cette fois son nez dans la lourde chevelure de la jeune femme et humant les yeux fermés le parfum délicat de sa féminité rayonnante. Les femmes sentaient bon. Cassidy sentait bon.

« Ce qui m’intéresse, c’est toi. »

Avait-il simplement murmuré d’une voix profonde et intense, sans donner d’autres explications à cette déclaration énigmatique. Par-dessus l’épaule et à travers l’épaisse masse de cheveux dans laquelle son nez se perdait encore, il regardait le visage de la jeune femme. Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le crépuscule ; ces subtiles et terribles mirettes, que l’on reconnaît à leur effrayante fougue ! Elles attiraient, elles subjuguaient, elles dévoraient le regard de l’impudent qui les contemplait : des étoiles noires qui commandaient la curiosité et l’admiration. Sous sa main Octave sentait sa peau douce et voluptueuse. Elle était de ces femmes qui, par leur splendeur, réveillait en lui une passion enivrante, comme celle que l’on éprouve pour un chef-d’œuvre. Le bibliothécaire l’observait avec une exaltation si peu dissimilée par ses yeux à l’éclat de braise. Pourquoi le dissimuler, d’ailleurs ? Un chef-d’œuvre ne devait jamais rester à l’abri des regards et des langues, à jamais pur de tout effleurement ; un chef-d’œuvre voulait qu’on l’observe, qu’on le mesure et le pèse, qu’on le touche et le salisse, sans cela, il ne serait pas un chef-d’œuvre.

« Qu’est-ce que j’aurais aimé être dans mon propre corps là, maintenant… »

Soudain, on toqua à l’a porte., si bien qu'il n'eut même pas le temps d'achever ni sa phrase, ni sa pensée.

« Miss Rowle, est-ce que tout va bien ? Je commence à m’inquiéter. C’était Henry.
- Oui, tout va très bien mon cher, je suis désolée de vous faire patienter de la sorte mais j’ai une tâche sur ma robe. »

Octave se tut en écoutant le silence. Sa réponse parût satisfaire le géant qui s’éloigna de la porte d’un pas lourd. Cette intervention l’énerva quelque peu, trouvant désagréable lorsqu’on le sortait sans ménagement de ses rêveries. Mais cela eut le don de le faire redescendre sur terre, précisément là où il avait laissé en plan leur jeu. A contrecœur, il s’écarta, sentant soudain l’air frais sur son ventre, alors que la chaleur qui s’était formée entre leurs deux corps se dissipait. Dommage, il se sentait bien, lové dans son dos d’oiseau. Il en avait assez profité et ça suffisait. D’un geste vif, il saisit la robe aux pieds de sa jumelle et l’enfila sans ménagement, refermant les boutons avec une agilité étonnante, bien plus rapidement que lorsqu’il avait fait le chemin inverse. Il se saisit de la cape qu’il déposa sur ses épaules ; il était temps de partir. Il avait fait son choix, elle devait en faire de même. Soudain, un sourire illumina son visage de gazelle et il regarda Cassidy avec un reflet aussi profond que dément :

« Ou bien je te laisse faire ce que bon te semble avec ce pauvre Henry, mais en contrepartie tu m’appelles Octave. O.C.T.A.V.E., pas Octavius. »

Puis, après réflexion, il rajouta.

« C’est fou que je sois obligé de te faire du chantage à ce sujet quand même. »

Dit-il tout en fronçant ostensiblement des sourcils, ce qui ne lui donna pas un air furieux pour autant, plutôt gentiment exaspéré. Après un soupir, il la tanqua de son regard insistant fait maison :

« Alors ? »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 18 Juil 2016 - 21:59

Il ne répondait pas, se contentant de se murer dans un silence profond, d'une lourdeur extrême, telle la chaleur moite et collante pouvant être caractéristique de certaines journées d'été. Chaleur annonciatrice d'un choc thermique provoquant généralement un orage bien entendu. Le silence, bercé par leurs rythmes singuliers de respiration. Rapide mais régulier pour elle, un peu plus lent pour lui. Enfin... Lent... Tout était relatif. En y prêtant bien attention, on pouvait y déceler quelques irrégularités trahissant l'état interne du bibliothécaire. Muré dans un silence angoissant, saccadé.

Silencieusement, supportant toujours les mains de l'homme, enfin... de sa jumelle, sur ses épaules, Cassidy s'efforçait de faire tourner son cerveau à plein régime dans le but de tenter d'oublier la situation pénible et humiliante qu'elle était en train de vivre. Un clivage volontaire entre le corps et l'esprit. Et puis, une fois de plus... Il était question de contrôle. Se contrôler soi-même afin de parvenir à dresser ce mur infranchissable entre cœur et raison, mais également contrôler l'autre par la connaissance. Effectivement, il était tout à fait vrai que la jeune femme n'avait pas tenté de connaître l'homme complexe que semblait être Octavius Holbrey, mais en même temps, au vu du contexte... comment dire ? Particulier de leur rencontre, pouvait-on l'en blâmer ? Non, absolument pas. A bien y réfléchir, le responsable, la base du problème, la pomme pourrie ayant contaminé tout le panier, n'était pas Cassidy. Oh non... Je vous vois venir avec vos gros sabots... La jolie blonde venait de prendre conscience qu' il ne s'agissait pas d' Octavius non plus. Non... Allons, ne voyez-vous pas ? C'était à cause de lui qu'elle avait fait un détour imprévu et qui s'était avéré mortel par cette bibliothèque, à cause de lui qu'elle avait rencontré le poulpe humain dans ce contexte de tension... Peeves. Mentalement, elle le fit gagner la première place dans sa liste noire des personnes à éliminer d'ici la fin de l'année et souligna son nom en rouge sang. De trois traits.

De ce fait, grâce... non plutôt, à cause de cet imbécile d'esprit frappeur, elle était entrée comme une furie dans la bibliothèque. Là ce crétin de poulpe humain l'avait accueillie d'un " Entrez " ironique et malfaisant qu'elle n'avait pas digéré. Alors à qui la faute, hein ? Je vous le demande. Il aurait très bien pu après tout, se lever d'un bond à son entrée, et se précipiter, tel un preux chevalier, à ses côtés. Lui saisir la main. Ô juste ciel jolie demoiselle, allez-vous bien ? Que fuyiez-vous donc ainsi qui vous laisse hors d'haleine ? Ne vous en faîtes pas, moi, Octavius Holbrey, je vous protégerai de tous les dangers ! Ahahahah. La bonne blague. Hilarant. ça ne collait tellement pas au personnage ignoble que la Rowle, en dépit de la situation délicate dans laquelle elle se trouvait, fut secouée pendant quelques secondes par un rire silencieux qui la détendit légèrement. Ses épaules s'abaissèrent, libérées de quelques grammes de tension. Finalement, à cause du charmant accueil du bibliothécaire asocial et du caractère relativement provocant et sournois qu'avaient revêtit en à peine quelques minutes leurs échanges bien salés, Cassidy avait bâclé cette étape primordiale visant à en apprendre plus sur son ennemi afin de le dominer entièrement, corps et âme.

Désormais, elle se rattrapait car, même s'il ne lui répondait pas, son silence était des plus éloquents. Il lui suffisait juste d'aborder les choses sous un autre angle : Pourquoi donc ne daignait-il pas répondre ? Bien entendu, Cassidy avait tout d'abord pensé qu'il n'ouvrait pas la bouche dans le seul but de la frustrer ; ce qui collait parfaitement au personnage et à la situation. Oui... Elle voyait parfaitement la scène... T'as rien voulu savoir sale blonde, bah fais-en les frais maintenant... J'ai pas envie de gaspiller ma salive, ô combien précieuse et unique, pour tes beaux yeux ! Le seul problème de cette théorie était qu'elle commençait à connaître le poulpe et qu'il ne faisait aucun doute quant au fait qu'il ne se serait pas gêné pour le lui dire. Or... actuellement sa bouche insolente demeurait désespérément close, comme condamnée à jamais par un sortilège. Ohhhh Merlin si cela pouvait être éternellement et irrémédiablement vrai...
L'esprit rationnel poursuivait sur sa lancée, avec pour seul carburant le silence impertinent du sorcier. Si cette première hypothèse ne pouvait suffire à elle seule, il était toutefois possible de la compléter : Non seulement il était indéniable que le poulpe semblait avoir trouvé le sens de sa triste vie ; à savoir l'agacer prodigieusement, mais en plus comme il ne disait rien, il lui révélait involontairement quelque chose concernant son mode de fonctionnement singulièrement octavien. En choisissant de ne pas lui répondre, il venait implicitement de lui confier qu'il dissimulait bien des secrets. Il est impossible de ne pas communiquer ; théorie de psychologie sociale, très cher.

« Pourquoi me permets-tu de reprendre les rênes ? Qu'est-ce qui... t'intéresse réellement de voir ? »

Une dernière question, si simple, d'une naïveté déconcertante... Ayant pourtant le pouvoir de faire basculer des montagnes, trembler la terre, lever les océans, et de provoquer la chute de la Lune... Ou du Soleil... A voir.
Elle cru un instant qu'il n'allait pas y répondre, comme pour toutes les autres. Puis, progressivement, elle le sentit bouger derrière elle, se rapprochant encore plus - oui, oui c'était possible - la collant de façon à ce que son corps soit en mesure de venir épouser parfaitement ses courbes féminines. Le moule et l'original. La copie et son modèle. Le yin et le yang. Il ne répondait toujours pas, mais Cassidy était en mesure de sentir son souffle qui se perdait au sein de sa chevelure de blé. Puissant mais subtil, léger mais violent, brise et bourrasque. Brûlant et glacé. Il inspirait profondément, à plein poumons, comme s'il était en train de se droguer à une substance hallucinogène hors du commun, sans recracher la fumée tant celle-ci l'amenait au septième ciel. Était-il en train de devenir addict à la substance toxique mais unique en son genre qu'était l'apprentie potionniste ?

« Ce qui m’intéresse, c’est toi. »

Pas très spirituelle, mais sérieusement dérangeante comme réponse. Finalement, il aurait mieux fallu qu'il se taise, se murant dans son silence poulpaire. Il s'intéressait à elle, certes, il aurait été difficile de ne pas s'en apercevoir. Même un aveugle sourd s'en serait aperçu tant la tension entre eux était palpable. Mais... encore plus que son intérêt de surface, c'était la profondeur de sa réponse qui l'inquiétait. La jeune femme déglutit difficilement avec l'impression quasiment sensorielle que les doigts d' Octavius venaient se resserrer autour de son cou où pulsait de manière étrangement rapide une petite veine venant trahir son trouble. Qu'il s'intéresse à son corps, aucun soucis. Certes c'était gênant d'autant plus que la posture ne venait pas faciliter les choses, mais qu'il s'intéresse à elle compliquait les choses. Elle... Un corps svelte ; une silhouette fine, un visage harmonieux, des cheveux blonds envoûtants, des yeux vert d'eau transperçants, une bouche insolente, un sourire ravageur. Elle... Un esprit passionné ; une obsession du contrôle, une rigueur hors normes, une volonté de fer, une détermination ravageuse, un clivage piégeant. Une histoire complexe. Hors de question qu'il s'y intéresse de trop près. Après toutes les piques qu'elle lui avait volontairement envoyé en pleine poire, il aurait dû se désintéresser d'elle justement. Quelques minutes auparavant, il s'était pourtant éloigné à grands pas, fuyant suite à son baiser calculé. Pourquoi revenait-il à la charge maintenant ?

« Qu’est-ce que j’aurais aimé être dans mon propre corps là, maintenant… »

« Mais tu n'y es pas. Simple constat, n'y vois rien de personnel bien entendu. », répliqua-t-elle froidement.

Les coups portés par Henrrrrry à la porte ne la firent même pas sursauter tant elle était concentrée sur ce que le poulpe manigançait dans son dos et ses cheveux. Henry, pour une fois il tombait à pic. Son sauveur. Son chevalier servant sur son cheval blanc. Avec un soulagement notable, elle sentit Octavius se détacher d'elle, relâchant son emprise. Libre, elle était libre... Enfin, plus ou moins. Rapidement, il s'habilla de sa robe carmin, et ramassa sa cape noire avant de s'en recouvrir les épaules. Tout semblait réglé, lorsqu'une idée sembla illuminer son esprit pourtant déjà bien inquiétant à vide.

« Ou bien je te laisse faire ce que bon te semble avec ce pauvre Henry, mais en contrepartie tu m’appelles Octave. O.C.T.A.V.E., pas Octavius. »

Cassidy le dévisagea un moment. Interdite. C'était trop beau. Trop beau pour être vrai. Un sourire mystérieux se dessina sur son visage tandis qu'elle enfilait la robe cyan par dessus ses sous-vêtements.

« Donne moi tes chaussures. Si je reviens avec une paire différente, ça ne va pas le faire. »

Il n'était pas très attentif aux détails pour quelqu'un d'observateur. Elle l'ignorait royalement, prenant même le temps de vérifier son reflet dans la glace. L'occasion était trop belle. Voilà qu'il lui fournissait un autre de ses points faibles, un poignard à la lame recouverte de venin sur un plateau d'argent, non d'or. Un plateau doré aux reflets scintillants. Elle l'avait appelé " Octavius " parce qu'il lui avait demandé de l'appeler " Octave ". Et elle l'aurait appelé " Octave " s'il lui avait demandé de l'appeler " Octavius ". En lui proposant cette possibilité d'extraction, il venait lui confirmer qu'elle détenait un pouvoir sur lui, quelque chose qu'il ne pouvait pas contrôler en dépit de ses efforts. Le pouvoir des mots.
Alors qu'elle passait à côté de lui afin de rejoindre la porte donnant sur la salle, Cassidy ralentit, frôlant au passage le corps de sa jumelle.

« Rêve... »

Un souffle léger, un murmure aérien. S'il pensait qu'elle allait abandonner la magnifique arme qu'il lui avait tendu avec tant de légèreté... Il se trompait lourdement. " Donner c'est donner, reprendre c'est voler. " Et là, en l’occurrence, la jeune femme tenait précieusement au creux de ses mains le poignard... Par sa lame venimeuse, sans que le poison ne puisse l'atteindre. Immunisée. Seul le sorcier y était sensible.

«... Octavius. »

Le prénom s'envola de ses lèvres insolentes tandis que la porte se refermait sur elle.

L'arène. Bienvenue dans l'arène. De l'improvisation, ça allait être de l'improvisation totale bien qu'elle n'était absolument pas à l'aise avec ce genre d'exercice. Là, à défaut de pouvoir planifier, elle devrait s'adapter. Au final cela constituait un excellent exercice. Les regards se tournaient vers elle au fur et à mesure qu'elle passait devant les tables afin de rejoindre celle où l'attendait son prince charmant. Enfin... Charmant... Il fallait le dire très vite alors. Par Merlin qu'il était laid avec cet air qu'il voulait jovial peint sur sa face. Mentalement, Cassidy réalisa quelques étirements musculaires et lorsqu'elle arriva devant l'inspecteur, son sourire paraissait tout ce qu'il existait de plus naturel.

« Henrrrry, veuillez m'excuser pour cette grossière interruption. Cette tâche était des plus coriaces. »

Que le spectacle commence.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

Crédit - [url=dream.forumgratuit.eu]Joy[/url]


Dernière édition par Cassidy N. Rowle le Mer 20 Juil 2016 - 15:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mar 19 Juil 2016 - 18:59

Il se sentait comme un enfant qui avait enfin atteint la bonne taille pour faire un tour de RollerCoaster, comme un drogué en manque, se préparant pour sniffer son premier trait de cocaïne depuis des semaines, comme une pucelles sur le point de se faire déflorer après de longues années de célibat. Calmons-nous, calmons-nous… Toute cette excitation était tellement dure à réprimer ! Impossible, ça lui brûlait les lèvres de se répandre en un ricanement convulsif, d’exploser dans la splendeur de sa fourberie qui lui procurait toujours autant de plaisir que le premier jour où il avait réussi à avoir sa première victime : Antonio, 5 ans. Octave était parvenu à l’arnaquer de toutes ses billes en lui promettant que la jeune et jolie Cindy lui montrerait ses mamelons derrière le garage de l’école. Ce coquin d’Antonio s’était récolté une baffe monumentale et un surnom peu flatteur alors que le jeune Octave avait reçu les lauriers de posséder la plus grande collection de billes de la cours de récré. Antonio n’avait plus jamais osé lui faire des misères. Et au moment où il avait vu sa petite victime se prendre la torgnole la plus magistrale de toute cette petite école, Octave avait ressenti la même jubilation machiavélique que celle qu’il ressentait en ce moment même alors que Cassidy était en train de lui faire comprendre sans équivoque aucune que son souhait était au-dessus de ses moyens.

Octave tendit les chaussures à Cassidy pour qu’elle puisse parfaire son personnage.

Qu’il était insupportable de se retenir de se dandiner sur place, telle une donzelle allant à un concert de Queen. Mais Octave était sans nuls doutes un professionnel et, bien qu’intérieurement son exaltation était en train de provoquer des arrêts cardiaques à répétition, de l’extérieur, il restait de marbre, tel le David de Michel-Ange, en pleine songerie avant l’acte. Et puis de toute manière, Cassidy était beaucoup trop occupée par son propre dessein pour remarquer que quelque chose n’allait pas chez ce bon bibliothécaire. Enfin, quelque chose… un tressaillement de sourcil, une bouche qui se crispe, une mâchoire qui se resserre un peu trop pour que ce soit un geste naturel… Il profita qu’elle se regarde dans le reflet pour reprendre définitivement contenance, abandonnant même les soubresauts de son estomac –quoi que là il n’était même pas sûr que c’eut été une conséquence de son impatience, mais plutôt la viande qui était mal passée. Octave se reprit en main aussi rapidement qu’un battement de cils et regarda la jeune femme d’un air honnêtement curieux. Oh mon Dieu, qu’allait-elle donc faire ? Quel était son plan machiavélique pour se venger de lui ? Huhuhu. Cet exercice d’ironie rhétorique était son préféré. Tant de suspens, c’était in-te-nable.

En refusant de concrètement dire ce qu’elle comptait faire, Cassidy entretenait un faux mystère, qui n’en était pas un puisque personne dans cette pièce n’était dupe. En bon partenaire, Octave joua candidement le jeu en papillonnant des cils d’un air incrédule et la regardant se pomponner devant le miroir. Evidemment, tout ça n’était qu’exagération, elle non plus, pas dissimulée. On aurait dit deux vieilles dames de la haute société qui se détestaient, mais avaient tout de même une conversation transpirant l’hypocrisie. Très chère, quelle jolie bague avez-vous là ? Est-ce un cadeau de votre mari ? C’est bien les petits diamants, ca ne donne à personne l’envie de vous les voler, fufufufu. Ah mais ce n’est pas un hasard, mon amie, cette bague, je l’ai mise exprès pour vous, avec votre réputation de cleptomane ! Et toutes les deux finissent par se gausser d’un rire exagérément forcé.

Cassidy finit enfin son inspection et se retourna pour se diriger vers la porte de sortie, non sans au passage lui faire enfin clairement comprendre que sa requête n’était pas accordée.

« Rêve… Octavius. »

L’Octavius en question s’empressa de dessiner une mine déconfite sur son visage, l’air extrêmement déçu. Il n’avait pas eu le temps de refreiner ses mimiques pour les rendre réalistes. Si bien que si Cassidy ne lui faisait pas déjà dos, elle aurait vu que son visage était beaucoup trop dramatique pour refléter de réelles émotions. Honnêtement, il était extrêmement déçu qu’on ne lui accorde pas son caprice, mais ça, il ne se le reconnaissait qu’à demi-mot, refusant de croire qu’il pouvait accorder tellement d’importance à si peu. Mais le prix à l’autre bout de la balance avait de quoi étouffer son malheur. La porte claque enfin et le silence se fit. Ocativus resta immobile quelques secondes, en train de regarder ses traits, redevenus inexpressifs, dans le miroir. Etait-ce vrai ? Elle venait tout juste de sauter à pieds joints dans le trou qu’il venait de lui creuser ? Ses épaules se mirent à trembler et la blonde explosa en un rire guttural sortant tout droit des tréfonds de son estomac. Il riait à s’en étouffer et n’aurait pas été étonné qu’on les entende dans la salle du restaurant, mais il s’en fichait, ça devait sortir. Cette joie irrépressible n’allait pas avec son corps fragile et tout en longueur ; c’était comme si sa voix masculine avait réussi à se frayer un passage pour sortir de sa petite bouche en une vision chimérique d’une créature dont le timbre ne coïncidait pas du tout avec la forme. C’était bizarre et effrayant, mais c’est ce qui rendit le moment monstrueusement sublime. Octave se connaissait si bien que même dans la peau d’un autre, il parvenait à faire ressortir ses propres traits.

Pourquoi tant de joie ? Vous-vous souvenez de cette ambivalence dont Octave se glorifiait comme étant l’une de ses réussites les plus admirables ? Ce trait qui lui permettait d’adorer un chaton, tout en étant parfaitement capable de l’étouffer le moment venu si cela pouvait lui rendre service ? Et bien dans cette situation précisément, le chaton, c’était son travers, son caprice ; celui de se faire appeler Octave et non Octavius. Alors on se serre les fesses et on prend sa faiblesse pour en faire une arme en son avantage. En réalité, le bibliothécaire était gagnant dans les deux cas. Si Cassidy avait décidé de consentir à sa demande, au final, toute en simplicité, leur bataille c’en serait finie pour ce soir – bien que la guerre aurait continué. Octave aurait eu ce qu’il désirait, et elle aurait pu sauver son honneur comme bon lui semblait. Mais non, elle le détestait trop. Contrairement au caprice du poulpe, le sentiment d’antipathie profonde que la jeune femme nourrissait à son égard était cent fois plus empoisonnant. Il rendait aveugle et sourd, réduisant considérablement le champ de vision de sa victime, attrapant de ses griffes son esprit pour en déconnecter toutes les jonctions. Elle le haïssait, c’était sa faiblesse à elle. Et le but d’une faiblesse s’était de desservir son maître. Cassidy ne voulait tellement pas satisfaire aucune de ses lubies, qu’elle était prête à toutes les folies, même celles qui semblaient à priori bien plus complexes qu’un simplement changement de nom. Mais là résidait toute la splendeur de cette belle histoire, merveilleuse guerre, extraordinaire jeu de pouvoir et de domination…

Jeu qui se basait uniquement sur l’orgueil aveugle de ses joueurs. Cassidy s’était si convenablement efforcée à ne pas faire ce qu’il voulait le plus au monde, qu’elle finit par… quand même faire ce qu’il voulait. Tant pis, il survivrait à son prénom écorché. Probablement même qu’il profiterait de cette faille à l’avenir. Fallait-il lui dire qu’il détestait les femmes à moustache pour qu’elle s’en colle une sous le nez en lui courant autour pour le faire vomir ? En attendant, elle avait relevé le défi que de ne pas l’ennuyer. Mhhh, voyons voir ça, si elle était à la hauteur. Peut-être que dans son échec cuisant il la convaincrait finalement à céder à son caprice ? « Octave », allé, ce n’était pas si compliqué ? Mais elle ne voulait surtout pas lui faire plaisir… que faire avec une femme pareille ? Han, je déteste qu’on me masse, ne le fais surtout pas, vile sorcière ! Aaah, oui, comme ça, dans le bas du dos… Je veux dire, je déteste ça, comment oses-tu espèce de coton tige à frisotis ! Dommage que ce ne soit pas si simple dans la vraie vie de la réalité véritable, sinon il l’aurait déjà obligé à lui faire une manucure.

Ca lui avait coûté un petit morceau de fierté pour relativiser la situation, mais tant pis, elle pouvait bien l’appeler comme elle le voulait, il s’y était fait, il se faisait à tout de toute manière. Le plus dure était maintenant de ne pas oublier de continuer à lui faire croire le contraire. Honnêtement, on pouvait considérer que c’était une petite victoire pour Cassidy, qui l’avait abattu par sa témérité, mais également une victoire pour Octave, qui avait encore une fois l’occasion de montrer son relativisme. La maîtrise de soi était un exercice qui était toujours aussi difficile.

Oh, mais c’est qu’il était en retard pour le spectacle ! Remontant la capuche sur sa tête, il esquissa un sourire narquois à son reflet. Son reflet… mon Dieu, il avait de la barbe. Octave s’approcha d’un bond brusque du miroir pour s’inspecter. Mais oui, il avait du poil roux au menton. Son regard s’écarquilla alors qu’il scrutait avec force ce petit vestige de son propre visage, pas tout à fait convaincu pour le moment de son existence. Il le toucha du bout du doigt. Mais oui, c’était bien un poil de barbe. De SA barbe. Qu’elle heure était-il ? Beaucoup trop tôt. Il devait lui rester encore une heure au moins ! Sa bouche prit soudain la forme d’un « o », alors qu’une théorie lui venait à l’esprit comme le petit Jesus apparaissait aux alcooliques : telle une révélation. C’était la nourriture. A force de trop se gaver, ça avait dû dérégler quelque chose, trop déformer son corps, en rompant ainsi l’efficacité de la potion. Dans un bruissement sourd, ses cheveux blonds se faufilèrent l’intérieur de son crane tout en changeant de couleur, ce qui n’était pas une vision des plus agréables. Eurk, ça ne lui allait pas du tout les cheveux courts à la miss. Infamie et damnation. Pour la première fois de la soirée, il était abasourdi, la bouche entrouverte, l’œil au désespoir, le cœur battant et les jambes molles. Ca, ce n’était carrément pas prévu. Enfin, si, mais pas maintenant. Il avait prévu encore tellement de choses ! Il avait une représentation théâtrale à voir !

On se ressaisit, Octave, on se ramasse ! « Octavius… » se murmura-t-il à soi-même pour donner du panache à ses nerfs. C’eut l’effet d’un coup décidé dans la poitrine car son cœur reprit enfin un rythme compatible avec la vie. Voilà, maintenant il arrivait à respirer autrement que par la bouche. Pas facile alors qu’on sent tout son corps incapable de doubler de volume car enfermé dans une coquille trop petite. Avec empressement et frénésie, Octave retira la robe comme si cette dernière fut en feu. S’il devait changer de forme maintenant, il ne fallait mieux pas qu’il reste dans ces vêtements, ils allaient craquer sur lui à coup sûr. Et puis il voulait s’éviter le désagrément de se retrouver dans des habits trop petits. Il se retrouva complètement nu sous sa cape, pas totalement femme, ni encore tout à fait homme. Alors qu’une idée lui traversait l’esprit avec la brutalité d’une flèche, il jeta un coup d’œil à la fenêtre. Il fallait se dépêcher, s’il attendait de redevenir lui-même, il ne parviendrait peut-être plus à passer par ce petit orifice. Prenant de l’élan, il s’élança vers la fenêtre et l’ouvrit en grande avant de s’engouffrer à l’intérieur comme un serpent dans un terrier.

Ce n’était pas très délicat tout ça. Il dut s’appuyer sur ses mains pour ne pas tomber alors que ses jambes étaient encore coincées dans le cadrant. Un petit effort plus tard, il se retrouva à quatre pattes au sol ; heureusement que c’était l’arrière du restaurant et qu’il n’y avait strictement personne. Octave se redressa, non sans mal, car son corps avait déjà repris sa taille normale, mais pas encore ses membres, ce qui lui donnait un air d’asperge trop cuite puisqu’un peu vacillante. Sur la pointe des pieds, il s’échappa de l’arrière-cour vers une petite ruelle menant à tout un tas de petites maisons résidentielles. Là, tel un ninja, dans l’ombre de la nuit, il parcourait l’allée, longeant les palissades d’une patte de velours pour ne pas se faire repérer. Il était dégoûté. Si Cassidy le voyait en ce moment précis, elle mettrait en pratique l’expression « mourir de rire », il était sûr. C’était terriblement humiliant comme exercice, ça le rendait dingue de mettre tant d’efforts pour ne pas se faire voir par quelqu’un. On aurait dit un mauvais espion des vieux téléfilms des années 70. Sauf qu’il était à poil et pas du tout armé, mais il avait la même dégaine en tout cas. Se soulevant sur la pointe des pieds, écartant les buissons, il scrutait chaque jardin, tout à tour jusqu’à trouver ce qu’il cherchait. Ouvrant le petit portillon d’une jolie maison blanche, il glissa telle de la fumée sur la pelouse éclairée que par la lune, jusqu’au fil ou séchait du linge. Sans ménagement, il saisissait un tissu après l’autre pour voir de quoi il s’agissait. Merlin soit loué, il se trouva une chemise noire, une taille au-dessus cela dit. Comme il avait laissé sa baguette au château –quel débile-, il ne pouvait même pas la retailler pour qu’elle lui aille. Tant pis, il allait devoir se contenter, tel le hippie qu’il n’était pas, d’une chemise trop grande pour lui. Quelques t-shirt plus loin, il trouva un pantalon étrangement de la bonne taille, un peu long cela dit, ce qui lui donna un air très décontracté, dans le style étudiant en art de cinquième année –année où tout bon étudiant commençait à devenir fou.

Mais quelque chose n’était pas à sa place : pas de chaussures ! Pas de chaussures ? Pas de chaussures. Tant pis. Il ne lui manquait plus que la guitare et une grosse chaine en or pour compléter son attirail du parfait roumain de campagne. Le bon côté des choses c’est que ses vêtements étaient noirs, ce qui mettait en valeur les reflets roux de ses cheveux et sa barbe d’une manière diablement efficace. Autre bonne nouvelle, les vêtements n’étaient pas plissées de partout, ayant séché de manière bien droite, chose qu’Octave détestait encore plus que les chaînes en or. Ce n’était plutôt pas trop mal, ca lui donnait un charme bohémien. Avec plus d’assurance que tout à l’heure, Octave sortit du jardinet et s’engagea dans l’allée jusqu’à la rue principale, bondée de monde malgré les désastres qui se produisaient dans le pays. « On va continuer à vivre malgré tout » ? Slalomant entre les passants, dont certains dévisageaient ses pieds dénudés, le bibliothécaire colla son groin contre la fenêtre des Trois-Balais. Elle était là, cette blondasse de malheur. Une fois la crise passée, la jubilation remplaçait l’adrénaline, et Octave tremblait d’impatience. Elle ne se doutait pas la pauvre, de la vague qui allait la recouvrir. Selon leur accord tacite, Cassidy était censée se débrouiller toute seule sous l’œil sévère de son double. Mais n’était-ce pas trop tentant ? En plus, elle avait refusé de l’appeler Octave, ce qui constituait une raison valable pour se venger un peu à chaque fois que l’occasion se présentait, pour les décennies à venir. Le brillant aux mirettes et le visage sérieux, il pénétra dans le restaurant par la porte d’entrée et se dirigea d’un pas extrêmement assuré vers la table des amoureux. Il avait pris soin cela dit de ne pas les rejoindre par le bar, mais sur le côté, de sorte à ce qu’aucun des deux ne puisse le voir à moins de tourner la tête.

Au dernier moment néanmoins, Henry l’aperçut et le toisa d’un air tout à fait singulier, mi-déconcerté et mi-inquiet. Lui adressant un sourire amical, Octave posa une main sur l’épaule de Cassidy avant de déposer un léger baiser sur le sommet de son crâne, sans attendre qu’elle relève la tête. Le Fourbe la contemplait de haut, la dominant de tout son long, entre compassion et perversion.

« Alors ma douce, tu t’es trouvée un autre partenaire, dit-il en envoyant un clin d’œil coquin à Henry. Il était temps ! »

Puis il dévisagea la table, tellement recouverte d’assiettes qu’on ne la voyait plus. Et tout était à moitié entamé qui plus est. Ecarquillant les yeux en une moue épouvantée devant le massacre, il se tourna vers Cassidy en lui disant d’un ton inquiet :

« Oh mais c’est ignoble, ma chérie, pourquoi tu as commandé autant de nourriture ? Ne me dis pas que tu fais encore une crise de boulimie ? »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mer 20 Juil 2016 - 14:27

Les regards la transpercèrent de plus belle tandis qu'elle s'asseyait face à l'armoire à glace. Bon sang qu'elle avait envie de prendre la porte et de le laisser planté là, avec pour seule compagnie la demi-douzaine d'assiettes. Au lieu de ça, Cassidy s'assit élégamment face à son prince charmant. Le poulpe voulait du spectacle et elle devait éviter qu'il ne s'endorme, vaincu par l'ennui. Par Merlin, voilà bien un défi des plus complexes. Défi qu'elle se devait de remplir en respectant sa part du marché puisqu'elle n'avait pas daigné accéder à sa demande pathétique. Elle n'avait qu'une seule parole et elle comptait bien l'honorer. Se défiler relevant une fois de plus à une perte de contrôle. Toutefois, la question réelle était celle-ci : comment l'honorer correctement ? Si elle avait accepté la proposition d' Octavius, Cassidy aurait réglé l'affaire en moins de deux minutes, remballant l'inspecteur à la première occasion. Hop, bye bye coco, mais moi je me tire. Or là, la chose s'avérait d'une toute autre ampleur... Il voulait s'amuser. Il voulait du spectacle, du sang, de la chair fraîche. Quelque chose d'inédit ayant le pouvoir de faire trembler la Terre toute entière. Ou plutôt... De le faire trembler, lui. Trembler de rage, de haine, d'amour... Il n'avait pas jugé bon de lui préciser ce détail, aussi l'entendrait-elle à sa manière.

Pendant un instant, les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent d'horreur devant le nombre de plats et surtout la quantité de ce qu'elle était censée avaler. Qu'avait-il commandé déjà ? Son regard se perdit sur la table, nageant à grand peine parmi les plats en sauce. Du garlic bread avec du fromage, un steak à l'échalote, des pâtes à l'ail - elle détestait tout simplement cette herbe - du poulet mariné au piment, des frites au vinaigre et enfin des oignons frits. Elle haïssait la friture. Et l'oignon. Quant au piment, cela lui arrachait littéralement les papilles.
Alors que Cassidy était en train d'essayer de trouver une parade justifiant cette commande gigantesque, elle sentit un léger tapotement sur son épaule droite. La jeune femme abandonna les plats des yeux pour se retrouver face à une grande sorcière aux cheveux noirs à la garçonne, et aux yeux d'un bleu intense :

« Excusez-moi de vous déranger, vous et votre ami. Je ne serai pas longue. Je m'appelle Evana Plumb et je suis la directrice de Magic'O'Land, un cirque proposant des spectacles incroyables à travers tout le pays. Nous sommes réputés depuis les années 30 maintenant. C'est une activité familiale qui se vend très bien. Notre chiffre d'affaire n'a jamais été plus élevé que ces derniers temps, et... »

Sans blague. Proposaient-ils aussi des tours de magie ? N'en voyant pas le bout, et ayant hâte que cette soirée finisse au plus vite, Cassidy l'interrompit.

« Excusez-moi de vous interrompre Mme Plumb, mais je ne vois absolument pas où vous voulez en venir. »

Un instant, son interlocutrice paru abasourdie.

« Euh.. à vrai dire cela me paraissait évident Miss. Vous étiez apparemment en train de répéter un numéro, et des plus spectaculaires je tiens à vous le faire savoir. Aussi, je voulais vous offrir l'opportunité de rejoindre notre troupe de professionnels. »

Elle allait tuer Octavius. Ce poulpe visqueux allait réussir à lui ternir sa réputation par la simple force de son esprit pervers. Voilà qu'on la prenait pour une itinérante. Si son père l'apprenait, elle allait déguster. Dans le doute, il allait falloir qu'elle anticipe les possibles dégâts futurs.

« Je vous remercie pour votre proposition, mais je ne suis pas une artiste de cirque. Il se trouve que je faisais... - vite, vite Cassidy, pond quelque chose - ... un malaise vagal,et quand cela m'arrive, il faut que je mange. »

Bon d'accord. Elle avait foiré. Cela n'avait rien d'amusant, ni d'inédit et encore moins de spectaculaire. Le poulpe n'allait pas être content et allait mourir d'ennui à coup sûr, l’entraînant elle aussi dans sa chute infernale. Il ne manquait jamais de le faire de tout façon. Intérieurement, Cassidy grimaça. Elle était tellement différente du bibliothécaire dans sa manière de penser ! Il lui était tellement difficile d'accéder à sa logique, à sa réflexion, aussi, improviser quelque chose qui pourrait l'amuser était un défi on ne peut plus compliqué pour elle. Elle était rationnelle, rigide, rigoureuse. Il lui fallait improviser, être créative, imaginative. Bref, se débrouiller sans manuel et sans avoir eu la possibilité d'anticiper et de penser correctement la situation. Bref, pour le moment elle échouait lamentablement dans sa mission. Octavius devait être en train de la fusiller du regard, préparant sa revanche en ricanant sous cape. Elle se retourna et constata avec une certaine surprise, que sa jumelle maléfique n'était toujours pas revenue à sa place. Étrange. Peut-être était-il en train de rendre le contenu de son estomac, affalé lamentablement sur le carrelage froid, nageant dans son vomi, avec quarante de fièvre. Un herpès. De la sueur. Cette pensée lui donna du baume au cœur et elle se retourna vers Henry, qui était en train de la dévisager l'air inquiet.

« Vous auriez dû me dire que vous vous sentiez mal très chère. Comment vous sentez-vous à présent ? »

Du spectaculaire... La jeune femme jeta un coup d’œil rapide à la place qui restait pour son plus grand bonheur, vide. Il n'était pas là, alors pourquoi se torturer l'esprit ? Mais... cela était suspect. Peut-être était-il ressorti et se cachait-il afin de l'observer en lui faisant croire qu'il n'était plus là, n'attendant qu'une seule chose : qu'elle manque à son engagement. Hmmm... Il fallait rester prudent. Faire un mixe entre sa rigueur et la spontanéité d' Octavius. Un mélange entre un esprit adulte rigide, et celui d'un enfant naïf et innocent. Mélanger le noir et le banc, l'obscurité et la lumière. Le gris et la couleur. La vie et la mort. Il fallait trouver un juste milieu. Encore une fois, comme pour les potions, la question de l'entre-deux se posait. Infernale. Terriblement complexe. Un soupçon de rigueur auquel on ajoutait délicatement un doigt de souplesse. Il fallait qu'elle garde sa base, en s'autorisant une souplesse et une liberté octavienne. Quel programme passionnant, d'autant plus qu' Octavius ne faisait pas le show non, il était un show à lui tout seul. La mise en scène, les costumes, les jeux d'acteur, les lumières, le script... L'acteur principal.

« Je vous remercie Henrrry, ça va beaucoup mieux mais, je dois vous avouer que je commence à être rassasiée. »

Bah quoi ? Elle n'avait clairement pas faim, même si son estomac était bel et bien resté vide contrairement à celui du bibliothécaire, mis à part les deux verres de Whisky-Pur-Feu qu'elle avait si douloureusement imposé à sa gorge. Rajouter du Octavius maison...

«... hu hu hu. »

Voilà, elle avait imité à la perfection ce gloussement stupide de dinde trop cuite qu'il lui avait attribué en début de repas. Henry lui sourit de toutes ses dents, lui donnant l'air d'un requin pas frais. Il avait dévoré son entrecôte saignante et avait visiblement été jusqu'à prendre soin de ne pas gaspiller la moindre goutte de sauce si l'on se fiait aux grossières traces de doigts qui ornaient son assiette. Ecoeurant. Une main graisseuse se posa sur la sienne, la tirant de ses rêveries.

« J'ai bien réfléchi à tout ce que vous m'avez dit - Oh God. Voilà qu'il s'était mis à réfléchir - Si j'ai bien compris, vous voulez que nous... nous côtoyons de manière disons... plus intime... »

Le cerveau de la jeune femme se mit à tourner à plein régime, si bien qu'il était quasiment possible pour celui qui y prêtait attention, d'entendre les entrechocs des engrenages. L'homme se redressa, sans lâcher sa main fine et désormais toute aussi graisseuse que la sienne. Le regard turquoise de la Rowle parcouru la table des yeux à la recherche d'une serviette dont l'utilité ne serait sûrement pas négligeable.
Le dernier mot prononcé par l'armoire à glace suffit à provoquer le retour de la fameuse chair de poule, sensation qu'elle détestait, presque autant que le poulpe lui même  : c'était le même qu'il avait précédemment utilisé dans la bibliothèque lorsqu'il lui avait demandé pour la première fois de l'appeler " Octave ". Ne lui laissant pas le temps de répondre - à son grand soulagement parce qu'elle n'aurait pas été capable de lui répondre quelque chose de cohérent - l'inspecteur continua sur sa lancée avec toujours ce même sourire idiot sur son visage, tordant ses traits qui ne semblaient pas connaître cet exercice. Merlin que cela devait être douloureux.

« S'il faut vous partager avec Monsieur Octopus Hurpey... Je... pense que je devrais être capable de le supporter pour vous. »

Aïe. ça faisait mal, très mal. Si elle avait eu tout le loisir de pouvoir réagir à sa manière, cela aurait donné quelque chose dans le genre : " Je délirais à cause du malaise, merci et adieu. ". Mais là... La jeune femme tourna une nouvelle fois la tête en direction du bar. Pas de trace de sa jumelle. Penser comme Octavius, penser comme le poulpe humain... Par Merlin, que c'était difficile !
Cassidy était tellement concentrée qu'elle ne perçu pas le regard déconcerté d'Henry. Ce n'est que lorsqu'elle sentit une main masculine se poser sur son épaule droite dénudée qu'elle comprit avec horreur de qui il s'agissait. Cette sensation tactile, à la fois douce et ferme... Elle ne la connaissait que trop bien pour l'avoir supportée assez longtemps quelques minutes auparavant, même si quelque chose était différent... Elle n'eu pas le temps de relever la tête qu'il avait déjà déposé un doux baiser sur ses cheveux.

« Alors ma douce, tu t’es trouvée un autre partenaire. Il était temps ! »

Cette voix... Vivement, Cassidy tourna la tête et mentalement, tout s'écroula. Choc psychique, traumatisme. Vite il fallait une réanimation. Ses prunelles vert-d'eau véhiculaient tant de messages qu'il devenait difficile de tous les détecter et les comprendre ; surprise, incompréhension, horreur, choc. Son cerveau était tellement en bug qu'elle demeura figée, le regard fixé dans les prunelles de son rival, incapable de prononcer ne serait-ce qu' un seul mot.
Comment... Comment était-ce possible ? Avait-elle surestimé ses capacités de préparation du Polynectar ? Non... Pourtant cette potion était parfaite. Elle avait rigoureusement respecté à la lettre toutes les consignes. Les chrysopes n'étaient-elles plus valables ? Non, c'était impossible, elle prenait le soin à chaque préparation de vérifier la viabilité des ingrédients. Comment un tel effet avait-il pu se produire ? La potion était contre-indiquée pour les métamorphoses animales mais le problème ne pouvait pas non plus venir de là. Elle avait bien mijoté le temps nécessaire et il lui avait fallu un mois entier pour la préparer. La potion avait était préparée dans un chaudron de qualité. D'un seul coup, la jeune femme compris. Par Merlin... Voilà où pouvait la mener un excès de rigueur et un manque de souplesse... Le problème avait été qu' Octavius avait ingéré une potion qui ne lui était pas destinée à la base:  il avait avalé la quantité de potion qu'il lui aurait fallu ingérer elle, du haut de son mètre cinquante-trois et de ses quarante-neuf kilos, afin de durer plusieurs heures. Qui plus est, une variable parasite avait venue se greffer à cette erreur de calcul ; il avait mangé outre-mesure, imposant à son estomac à elle, une quantité énorme de nourriture dissipant ainsi plus rapidement les effets de la potion. Intérieurement, elle le maudit lui pour avoir voulu jouer au plus malin, et elle se maudit elle pour n'avoir pas pensé à ce problème de corpulence différente.

En attendant c' était bien lui, il n'y avait aucun doute. Lui et sa barbe de quelques jours, ses yeux verts étincelants de malice, ses cheveux foncés, sa carrure masculine et sa mâchoire carrée. Sauf que... Quelque chose n'allait pas. Il aurait dû être complètement nu puisque la potion avait cessé de faire effet... Or là, il avait un style Bobo ; bourgeois-bohème. Une tendance romantico-cool accentuée par les pieds nus. Ses pieds nus ? La jeune femme se pencha légèrement et cilla comme si une minuscule poussière était venue se déposer dans ses yeux. Pourquoi n'avait-il pas de chaussures ? Ah, elle y était. Difficile comme il était, il n'avait sûrement pas trouvé chaussure à son pied. Deux autres questions s'imposèrent alors à son esprit qui voulait tout comprendre : comment était-il sorti des toilettes et où avait-il trouvé ces vêtements ? Qu'avait-il fait de des vêtements féminins qu'elle l'avait vu revêtir ?

« Oh mais c’est ignoble, ma chérie, pourquoi tu as commandé autant de nourriture ? Ne me dis pas que tu fais encore une crise de boulimie ? »

Cette remarque vile la tira définitivement de ses pensées. Ses yeux à lui étaient écarquillés de manière exagérée - toujours ce fameux théâtralisme - tandis que les siens se plissèrent légèrement, lui donnant une légère ressemblance avec une vipère. Il n'avait pas respecté leur accord. Il l'avait brisé, écrabouillé sous ses pieds nus, en se présentant à la table, refusant de lui laisser les rênes. Lâche. Logiquement, on pouvait s'attendre à ce que la jeune femme brise elle aussi son accord, lui rendant ainsi la monnaie de sa pièce, toutefois ce ne fut pas le cas. Faillir à sa parole reviendrait à agir de la même façon que le poulpe et lui donner une nouvelle raison de lui mettre des bâtons dans les roues, et ça elle ne pouvait se le permettre. Sa condition avait été de ne pas s'ennuyer ? Eh bien il allait être servi. Il n'allait pas avoir le loisir de reprendre sa respiration.

Prêt ? La jeune femme lui envoya un regard des plus intenses. Partez...

« Prends donc une chaise mon bistouquet. Je m'en voudrais que tu patientes debout et que tu t'ennuies pendant que j'explique la situation à ce cher Henrrry. »

Octavius avait déclaré qu'il était son amant. Elle ne pouvait pas trouver de parade à cela, alors autant jouer le jeu. De toute manière, avec le coup de théâtre qui allait se produire, ce ne serait certainement l'information que retiendrait l'inspecteur. Sans attendre sa réponse, elle se tourna vers l'inspecteur, les yeux charmeurs.

« Oui je l'appelle ainsi parce qu'il a des goûts... originaux Henrrry, vous aurez tout le loisir de vous en rendre compte. Hum... Je ne vous cache pas que la situation est un peu complexe... Huhuhu - ricanement de dinde débile - ... Voyez-vous, Octavius est venu me voir en ce début d'année avec une demande assez particulière. Il avait besoin d'être dominé. Oui, vous avez bien entendu mon cher, dominé. »

Enterrer l'Ego du poulpe six pieds... non dix pieds sous Terre. L'impression, ô combien agréable, d'être en train de lui façonner un petit cercueil en béton bien douillet, pour les mille années à venir. Bonne nuit petit poulpe...

« J'ai vainement tenté d'accéder à sa requête avant qu'il ne me confie qu' en réalité, ce n'était pas de moi dont il avait besoin mais d' un homme. Un homme comme vous Henrrry... Puissant, musclé, viril. Un vrai étalon de guerre, à même de satisfaire ses fantasmes de soumission et ses envies les plus fantasques. Vous savez, murmura-t-elle avec un clin d’œil, il a beaucoup d'imagination... Et il admire certaines idées du Marquis de Sade, je ne sais pas si vous connaissez ? »

Son regard tendre se tourna vers Octavius tandis que sa main fine vint caresser ses cheveux, tel un chaton.

« Alors... Lorsqu'il vous a aperçu dans les couloirs de l'école, il est immédiatement venu me voir me demandant si je pouvais essayer de lui arranger le coup. Il m'a tellement suppliée... Des heures durant... Sa souffrance était véritablement insoutenable. Alors, je vous ai attiré dans la bibliothèque ce matin, et nous avons mis en place cette petite mise en scène dans le but de vous attirer ici, dans un cadre plus romantique que celui du château. »

Au vu de ses yeux qui semblaient véritablement sortir de leurs orbites, Henry allait mourir à coup sûr, mais Octavius aussi. Une pierre, deux coups. Il l'avait présentée comme une femme légère avec plusieurs amants, une libertine sans aucune morale ? L'hétéro dominant qu'il se plaisait à être ? Elle en faisait un soumis homosexuel. Hummm... Un véritable délice.

« Henrrry, il faut que vous sachiez qu' Octavius est quelqu'un de très réservé, c'est d'ailleurs pour cela qu'il risque de nier devant vous... mais une fois débridé, on ne l'arrête plus. »

On aurait dit qu'elle tentait de lui vendre un lot de sushis de poulpe périmés au lieu d'une cuisse de poulet dorée au four. Octavius devait se sentir flatté, elle lui faisait une de ces pubs...

« Mais... mais... Je... Je suis confus Miss, je... Pourquoi, pourquoi m'avez-vous dit que j'avais une place dans votre cœur et que vous laissiez peu de gens vous connaître " comme ça " ? »

La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure, songeuse. Il avait dit beaucoup de chose le poulpe... Beaucoup trop.

« Ai-je dis cela ? Vraiment ? Oh mon cher, je suis navrée mais c'était uniquement dans l'attente que bistouquet arrive. Oubliez-moi cher Henrrry... Ce soir, il ne s'agit plus de moi. C'est votre histoire à présent, à vous de la vivre. Libérez-vous, soyez heureux. », termina-t-elle en réunissant la main - pourtant virile - d' Octavius et la paluche graisseuse de l'inspecteur.

Cette stratégie allait sûrement écourter la soirée, puisque l'inspecteur allait à coup sûr, s'enfuir dans les minutes qui allaient suivre. Elle riait tellement intérieurement devant la mine déconfite des deux hommes qu'elle hésita à commander à boire pour l'ensemble de la salle : " Ce soir, nous célébrons l'union d' Henrrry et de bistouquet. En cette occasion, je paie une tournée générale. ", mais elle ne le fit pas. Il fallait rester prudente. Au fond, la jeune femme se doutait bien que l'armoire à glace refuserait la proposition d' Octavius - enfin, celle qu'elle avait faite pour lui - mais cela n'avait aucune importance. Après tout, il ne fallait pas que le bibliothécaire s'ennuie. C'était là tout ce qui comptait. Faisait-elle preuve d'assez de souplesse pour se sortir de la bouse de dragon dans laquelle il l'avait volontairement mise ? En tout cas, une chose était certaine, elle avait débridé son imagination pour lui, rien que pour lui faire plaisir.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mer 20 Juil 2016 - 22:57

Elle semblait un peu pâle… limite à l’article de la mort. Il était tellement heu-reux d’avoir cette unique occasion d’assister à une telle perte de moyens. Une véritable jouissance pour le regard, cette décomposition sur place, putréfaction avancée d’un cadavre émotionnel en devenir. La belle blonde le fixait, toute chose, tandis qu’un cinéma d’émotions traversait son visage livide. Et puis ses yeux, grands ouverts, les cils tremblants, la gélatine brumeuse, le reflet blafard, étaient pétrifiés et immobiles, profonds comme deux trous noirs… Il soutenait son regard sans broncher ni ciller, l’air calme et paisiblement heureux. Pauvre enfant. Octave compatissait pour l’unique raison suivante : qu’est-ce qu’il aurait détesté être l’instrument d’un personnage comme lui ! Heureusement que c’était lui, le master of puppets, sinon il se serait déjà flingué. Il n’empêche que ce savant mélange de stupéfaction et de paralysie intellectuelle rendait Octave on ne peut plus fier. Ils étaient en train de vivre une authentique catharsis, un psychodrame moderne. Sous le coup du dramatisme, les cœurs s’étaient arrêtés de battre, les poumons de pomper l’air, les cerveaux de fonctionner… Le temps était suspendu sur la présence mystérieuse du bibliothécaire dans cette pièce, dans son propre corps et avec les vêtements de quelqu’un d’autre ! Octave en savourait chaque instant, sachant qu’il ne verrait pas un tel trouble sur le visage de Cassidy avant longtemps. Alors il profitait des nuances, de sensibles émotions qui traversait ses yeux bleus sans pour autant déformer ses traits. Cette vision d’inertie était tout de même assez effrayante, comme si quelque chose avait rompu dans son cerveau, ne laissant plus que ses yeux pour communiquer avec le monde extérieur. Par effrayant, il voulait surtout dire sublime, merveilleuse illustration d’un choc titanesque, un lâcher prise total. L’aurait-il mis dans un état de catatonie ?

Elle était tellement belle lorsqu’elle ne se contrôlait plus ; ses émotions étaient si spontanées et son expression tellement honnête qu’Octave en avait le cœur ému. Cette attitude des plus naturelles lui donnait un charme candide éclatant. Et c’était encore plus merveilleux, car en cet instant précis, Cassidy était belle sans le faire exprès. Plus d’apparts, ni de manies, de gestes forcées ou de paroles mûrement réfléchies… juste elle, telle qu’elle était réellement, sans tous les artifices. Octave fut envahi d’une légère tristesse, de découvrir le cœur authentique de la jeune femme en de telles circonstances, alors que cette faiblesse momentanée lui avait été imposée par les évènements. Il aurait souhaité percevoir cette lueur de pureté en un instant plus calme, quand les choses se faisaient naturellement, en prenant leur temps. Il comprit alors que cette situation lui semblait si intime parce que c’était lui qui avait, par ses actes, fissuré la carapace de la jeune femme pour entrevoir sa nature, et il avait le sentiment qu’il en serait à jamais privé dorénavant. Cette désarmante surprise ayant été imposée par la force, Cassidy, il en était presque sûr, allait vouloir tout contrôler d’avantage pour ne surtout pas perdre la face devant lui. Etait-il allé un peu trop loin ? Avait-il atteint ce point de non-retour où Cassidy allait complètement se détourner de lui, ne laissant plus la place qu’à de la froide méchanceté soigneusement calculée, celle sans humour ni motivation. Cela arrivait parfois avec ceux qui ne supportaient pas qu’on aille si loin dans le jeu, au point d’être en mesure de voir une part véritable de leur âme. Certains, inconsciemment reconnaissants que quelqu’un puisse enfin les voir tels qu’ils sont, s’ouvraient d’avantage. D’autres, orgueilleux et maladivement introvertis, au contraire, fermaient les portes de leur âme à tout jamais, pour que personne ne puisse les surprendre ainsi, dans un tel état de nudité émotionnelle.

Progressivement, son regard changea, se murant derrière une réflexion profonde. Probablement se questionnait-elle sur sa transformation, ou une nouvelle échappatoire à cette situation, qui sait ? Ce changement poussa Octave à revenir dans le jeu, dans la réalité, et à abandonner ses mièvres rêveries et réflexions sur la sensibilité humaine. Et alors que cette réalisation frappait son esprit avec la force d’un coup dans les côtes, le brun se reprit. Décidemment, Cassidy avait la faculté de le faire dériver. De le rendre quelque peu nostalgique et rêveur. Enfin, ce n’était pas tellement elle que des associations d’idées totalement incongrues parfois liées les unes aux autres. On a tous nos petites faiblesses, après-tout. Dans tous les cas, la faille se refermait et Cassidy reprenait ses manies maintenant devenues habituelles. Elle se pencha même pour toiser ses pieds. Oui, ils sont nus, et alors ?

« Prends donc une chaise mon bistouquet. Je m'en voudrais que tu patientes debout et que tu t'ennuies pendant que j'explique la situation à ce cher Henrrry. »

Mon quoi ? Il n’était même pas sûr d’avoir entendu ce mot au moins une fois dans sa vie, pourtant la morphologie de ce-dernier ne laissait aucun doute quant à son sens. Bistouquet… Il regarda Cassidy, la lèvre supérieure tremblotante tellement ça le démangeait de grimacer de dégoût. Estomaqué, il prit une chaise vide et s’assit entre les deux amoureux.

« Oui je l'appelle ainsi parce qu'il a des goûts... originaux Henrrry, vous aurez tout le loisir de vous en rendre compte. Hum... Je ne vous cache pas que la situation est un peu complexe... Huhuhu Voyez-vous, Octavius est venu me voir en ce début d'année avec une demande assez particulière. Il avait besoin d'être dominé. Oui, vous avez bien entendu mon cher, dominé. »

Bistouquet... Lui, qui s’évertuait au nom du bon goût et de la bienséance, à s’habiller chez les plus grands créateurs, ces monuments de la mode et du design textile de son époque et des temps passés. Lui, qui achetait ses vêtements chez Prada, Hermès, Dior, Cardin, Valentino et dépensais des fortunes pour que tout soit fait sur mesure, avec le but de ne laisser aucun hasard dans son apparence. Lui qui allait au moins une fois par mois chez son coiffeur préféré à Londres s’il-vous-plait, pour se faire tailler les cheveux d’une main de maître ! L’élégance ne lui était pas venue par nature, il avait dû forcer dès son plus jeune âge à avoir la posture et les manières qu’il désirait, cela représentait des années de dur labeur, de contrôle de soi et surtout de beaucoup de volonté, une discipline de fer, pire que celle d’une ballerine de premier rang.

« J'ai vainement tenté d'accéder à sa requête avant qu'il ne me confie qu' en réalité, ce n'était pas de moi dont il avait besoin mais d' un homme. Un homme comme vous Henrrry... Puissant, musclé, viril. Un vrai étalon de guerre, à même de satisfaire ses fantasmes de soumission et ses envies les plus fantasques. Vous savez, il a beaucoup d'imagination... Et il admire certaines idées du Marquis de Sade, je ne sais pas si vous connaissez ? »

Lui, qui avait toujours parfait son éducation par les livres et la culture, provenant de tous les horizons, moldus comme sorciers. Rousseau, Nabokov, Pouchkine, Tourdesac, Platon, des tonnes de manuels de magie, des traités de philosophie et de psychologie, des mémoires de sciences, des initiations à des domaines aussi nombreux que variés, des pamphlets et il était même allé jusqu’à lire des écrits religieux. Lui, qui avait pratiqué plus d’une dizaine de sports différents, dont deux qu’il maîtrisait avec talent, ce qui lui avait valu plus d’une médaille lors de sa tumultueuse jeunesse. Lui, qui était un parfait polyglotte, ayant appris quatre langues différentes qu’il savait maintenant utiliser sans aucun accent.

« Alors... Lorsqu'il vous a aperçu dans les couloirs de l'école, il est immédiatement venu me voir me demandant si je pouvais essayer de lui arranger le coup. Il m'a tellement suppliée... Des heures durant... Sa souffrance était véritablement insoutenable. Alors, je vous ai attiré dans la bibliothèque ce matin, et nous avons mis en place cette petite mise en scène dans le but de vous attirer ici, dans un cadre plus romantique que celui du château. »

Lui, qui avait écrit deux traités de philosophie sur Heidegger et un sur l’optique sur la seule base des connaissances acquises en autodidacte. Lui, qui s’était acheté une maison avant d’avoir vingt-cinq ans avec l’argent qu’il avait lui-même gagné, plus ou moins honnêtement cela dit. Il avait des actifs en bourse, des obligations et des actions de douze entreprises différentes. Il savait même jouer au piano, bordel ! Bordel de citrouille ! Et le seul surnom qu’elle avait réussi à lui trouver, c’était bistouquet ? Bistouquet ? Jamais personne ne l’avait autant humilié de sa vie. Et par humilier, je veux dire humilié comme Napoléon avait dû l’être après son échec en Russie, ou comme De Gaulle, lorsqu’il fut contraint de se retirer pour la première fois du pouvoir en 1955. Ou pire, comme Rogue lorsqu’il surprit Harry Potter la tête plongée dans sa pensine.

« Henrrry, il faut que vous sachiez qu' Octavius est quelqu'un de très réservé, c'est d'ailleurs pour cela qu'il risque de nier devant vous... mais une fois débridé, on ne l'arrête plus. […] Ai-je dis cela ? Vraiment ? Oh mon cher, je suis navrée mais c'était uniquement dans l'attente que bistouquet arrive. Oubliez-moi cher Henrrry... Ce soir, il ne s'agit plus de moi. C'est votre histoire à présent, à vous de la vivre. Libérez-vous, soyez heureux. »

Octave la fixa d’un œil aussi noir que le fond d’un puit. Bistouquet. Elle allait se dire qu’il était en train de rager à cause des cochonneries qu’elle racontait à ce crédule d’Henry, mais Octave n’avait pas réussi à aller plus loin que la première phrase. Bistouquet. Sans s’en rendre compte, il était en train d’enserrer les doigts de l’inspecteur dans l’étau incoercible de sa main. Elle étreignait de plus en plus fort la paluche de King Kong jusqu’à ne plus laisser passer la circulation sanguine de cette dernière. Henry couina, manifestement incrédule face à la réaction si peu habituelle du bibliothécaire, sans pour autant oser lui faire remarquer sa douleur naissante. Bistouquet. Ce mot flottait à la surface de son cerveau comme les nouilles en forme de lettres à la surface d’une soupe. Coquefredouille ! Elle sortait de quelle époque ? En la regardant prononcer ce mot, il voyait son visage se rider instantanément de mille plis longs et sinueux. Il avait l’impression d’être le jeune amant d’une riche et vieille veuve. Ca ne pouvait être que ça, pour qu’elle l’appelle « bistouquet ».

« Non mais t’es sérieuse là ? Bistouquet ? Pourquoi tu me fous la honte comme ça devant l’homme que j’aime et en plus pendant la soirée où j’avais l’intention de lui avouer mes sentiments ? Tu ne veux pas qu’on soit ensemble lui et moi ? Pourquoi tu me fais autant de mal ? Pourquoi tu t’acharnes sur moi sans arrêt ? »

Sa lèvre inférieure se mit à trembler et ses sourcils se tordirent en une moue des plus chagrinée. Il se tourna vers Henry l’air désolé en desserrant ses doigts très lentement, pour être sûr de ne pas faire fuir l’animal. Car ce-dernier avait l’air assez effrayé. Comme s’il était rentré dans une maison de malades mentaux au XVIIIème siècle. Néanmoins, il fit un effort monumental pour se redresser, sans néanmoins retirer sa main de t’étreinte d’Octave, impressionné et gêné du panache donc le jeune homme avait su faire preuve contre toute attente.

« Monsieur Hulbrey… Je…. Euh, je ne suis pas… de ce bord-là, je suis désolé »

Octave fronça les sourcils d’une manière extrêmement théâtrale cette fois-ci, signe qu’il avait bien retrouvé ses esprits, même s’il avait été diablement sérieux quelques minutes plus tôt.

« Henry, ne me fuis pas ! C’est à cause de toi tout ça, Cassidy ! »

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SANG SANG: pur
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Ven 22 Juil 2016 - 13:24

Le sang coulait. Rougeâtre. Pur. La jeune femme venait de se mordre froidement la lèvre inférieure tandis qu'elle se refermait, verrouillant ses sentiments, plus rapide qu' un Éclair de Feu. Une fissure déchira la muqueuse tendre, laissant apparaître la chair à vif. Son sang si pur qu'elle détestait, perla. Une goutte unique tomba sur sa robe, venant laisser son empreinte cramoisie sur le tissu cyan. Telle une larme de sang. Discrètement, la blonde porta ses doigts à sa lèvre abîmée afin de l'essuyer légèrement. Elle avait merdé. Oui, totalement foiré. L'espace d'un instant, pourtant si infime, elle l'avait laissé pénétrer dans son espace psychique. Erreur monumentale, fondamentale. Cela n'avait duré que quelques secondes mais elle avait vu dans le regard du bibliothécaire que cela ne lui avait pas échappé. Tel le poulpe qu'il se plaisait à être, il s'était introduit dans la faille qui s'était ouverte bien trop facilement. Par Merlin, comment pouvait-elle encore être ainsi ? Se laisser surprendre, mais surtout le laisser paraître en laissant cette information s'envoler d'elle-même sans la maîtriser... Pathétique. Elle devait verrouiller ses sentiments, la moindre particule émotionnelle devait être bridée. Comment pouvait-elle être si faible ? Cassidy se mordit l'intérieur de la joue, jusqu'à ce qu'un goût métallique envahisse sa bouche tandis que ses poings se serrèrent d'une telle force que ses jointures devinrent blanches. Blanches de colère dirigée envers elle-même, tandis que son visage palissait de rage. Comment parvenait-il à la rendre si faible, tellement fragile que sa mère aurait eu pitié d'elle ? Elle qui lui avait tellement répété d'être forte, de contrôler et de masquer ses émotions si elle voulait survivre... Et lui, ce poulpe humain qui n'en était pas un, avait réussi à lui faire éprouver tellement d'émotions, de sentiments qu'elle pensait ne plus avoir... Comme si ce n'était pas suffisant, il était parvenu à lui faire ressentir des affects contradictoires et ambigus. Colère et amusement. Rage et fascination. Haine et... intérêt. Il l'avait choquée, surprise. Il avait joué avec elle, s'amusant à tester ses limites comme s'il s'agissait des siennes. Trop proche.

Il fallait qu'elle se reprenne, elle n'avait tout simplement pas le choix. Personne ne devait pouvoir l'atteindre. Alors, elle s'était de nouveau concentrée, et avait ré-investi le jeu.

Il avait bloqué dès le début. Pas partiellement non, mais totalement. Genre un gros bug de chez gros bug. Une panne générale suite à un orage cérébral qui avait provoqué un court circuit de ses fonctions nerveuses. Boum. Le regard vert était fixe, comme s'il avait subi un sortilège de figement, quant à sa lèvre supérieure, elle s'était mise à tressauter. Était-ce de la nervosité ? Ou peut-être de la colère difficilement contenue menaçant de lui exploser au visage ? La jeune femme l'ignorait mais cela ressemblait beaucoup à ce signe physique qu'elle ne pouvait réprimer lorsqu'elle était nerveuse ou qu'elle contenait trop d'émotions menaçant d'exploser ; un léger tressautement de paupière.
Bistouquet... Cela lui était venu tellement naturellement. En cherchant un terme complètement démodé, désuet, ridicule, voire presque inexistant, il ne lui avait fallu que quelques secondes avant de tomber sur celui-ci qui s'était révélé particulièrement à son goût parmi les diverses idées plus immondes les unes que les autres qui lui avaient traversé l'esprit. Mon poulet des îles... Mmmm trop exotique. Mon cabri... Mouais trop fade... Mon asticot... Trop tendancieux et écœurant. Bistouquet... Parfait, juste parfait. Perfecto. La moue qui s'esquissait sur ses lèvres se déforma vite en une charmante petite grimace. Aïe ! il ne fallait pas qu'elle rigole, sa lèvre inférieure, désormais légèrement gonflée, était douloureuse...

Repoussant et emmurant inlassablement ses émotions traîtresses sous d'épaisses couches de béton, les enterrant bien profondément au plus profond de son cœur de pierre - ou était-ce un cœur de glace ? -, elle se lança dans une histoire rocambolesque, projetant Octavius sur le devant de la scène, lui accordant avec une bonté sans pareille, le rôle principal, braquant tous les projecteurs sur lui. Une sorte de vengeance ? Peut-être bien, et alors ? Après tout, s'il n'avait pas voulu être impliqué, il aurait du se tenir à l'écart, respectant ainsi leur engagement. Tandis qu'elle parlait, crachant tout un flot de paroles faisant perdre toute crédibilité au bibliothécaire, elle l'observait régulièrement du coin de l’œil. Il restait figé, bloqué entre deux espaces temps, tout comme elle l'avait été quelques instants auparavant. Enfin, elle obtenait de lui une réaction satisfaisante. Une réaction de surprise des plus exquises, un choc intergalactique se produisant dans son cerveau de mollusque pas frais.
Ils étaient tellement différents, mais pourtant étrangement semblables si l'on creusait en profondeur. Leurs Ego, leur envie commune de dominer et le refus de déclarer la paix et de s'avouer vaincu. Deux têtes de mules, bornées et avec toute leurs complexités, leurs subtilités et leurs spécificités. Pouvaient-ils entretenir une relation correcte sans s'arracher la tête ? Se supporter sans le moindre accrochage ? Hummm... C'était difficile à concevoir. Tellement complémentaires, mais pourtant si différents. La tension qui stagnait autour d'eux lorsqu'ils étaient réunis, était palpable, créant un courant électrique détruisant toute vie sur son passage. Une relation des plus venimeuse, toxique au possible, risquant de les condamner et de les piéger tous les deux. L'un des deux allait s'essouffler, c'était certain et tellement prévisible. Mais ça ne serait pas elle. La jeune femme possédait une endurance du feu de Dieu lorsqu'il s'agissait de se protéger et de dresser des remparts. Frigide, mégère (cf...)... Ceux qui la condamnait ainsi ne restaient en réalité qu'en superficie, incapables de la percer à jour, impuissants devant sa complexité ou encore trop pressés pour se donner le temps d'essayer suffisamment longtemps. Octavius Holbrey allait sans doute finir par prendre la fuite, tout comme il n'avait mis que quelques minutes à le faire dans la bibliothèque.

L'inspecteur, dont la main reposait dans celle du bibliothécaire, lâcha un couinement digne d'un chien à qui l'on aurait violemment écrasé la queue. Si la jeune femme n'y prêta que peu d'attention, son regard vert d'eau perdu dans le vert profond de son rival, elle nota quand même qu'elle l'avait perturbé au point qu'il perdait désormais le contrôle de sa force. Et c'était ce pauvre Henry qui en pâtissait désormais. Comment allait-il réagir ? Allait-il lui bondir au visage afin de l'étrangler avant d'être envoyé à Azkaban ? Peut-être allait-il tout simplement lui rendre la monnaie de sa pièce en la transformant en une maîtresse sado-maso indomptable et insatiable ?

« Non mais t’es sérieuse là ? Bistouquet ? Pourquoi tu me fous la honte comme ça devant l’homme que j’aime et en plus pendant la soirée où j’avais l’intention de lui avouer mes sentiments ? Tu ne veux pas qu’on soit ensemble lui et moi ? Pourquoi tu me fais autant de mal ? Pourquoi tu t’acharnes sur moi sans arrêt ? »

Oh oh oooooh... ça alors, pour être étonnant, cela l'était ! Cassidy haussa les sourcils. Non seulement il n'avait pas tenté de la tuer, mais il entrait dans le jeu avec une facilité déconcertante, sans même tenter de la faire plonger avec lui. Était-ce là une abdication ? Une tentative de prendre ses distances en renonçant à cette provocation qui avait, jusqu'à présent, caractérisé leur relation ambiguë ?

« Voyez par vous-même Henry... Notre sommes trop différents l'un de l'autre : le jour et la nuit. L'ombre et la lumière... Je dis noir, il dit blanc. Tout comme le Soleil et la Lune nous sommes complémentaires, chacun paraissant indispensable à la survie de l'autre, mais il parait impossible que nous puissions co-exister. Je lui fais du mal sans le vouloir en l'appelant ainsi en public pensant lui faire plaisir alors qu'en réalité cela le blesse. Ce n'est définitivement pas de moi dont il a besoin pour mettre en scène ses fantasmes. »

Distraitement, prenant conscience de la portée que pouvaient avoir ces mots, elle massa de ses doigts fins la cicatrice encore momentanément douloureuse ornant son omoplate gauche tandis qu' Octavius sortait le grand jeu avec tout le théâtralisme dont il était capable. Moue contrariée des plus exagérées, tremblement de la lèvre inférieure tel un cocker baveux devant sa gamelle vide.

« Monsieur Hurbrey - décidément, il ne retenait vraiment pas son nom - … Je…. Euh, je ne suis pas… de ce bord-là, je suis désolé »

Comme prévu Henry se défilait. Plus que quelques minutes et cette soirée infernale serait enfin terminée et elle s'empresserait de l'oublier, bien qu'elle craignait d' avoir des nuits bien agitées pendant au moins quelques semaines.

« Henry, ne me fuis pas ! C’est à cause de toi tout ça, Cassidy ! »

Deux artistes de théâtre. Les répliques s’enchaînaient naturellement, comme si tout avait été prévu d'avance. Personne n'aurait pu deviner qu'il s'agissait là d'une improvisation des plus pures, dépourvue de toute répétition. Ils semblaient être sur la même longueur d'onde pour la première fois depuis leur rencontre. L'accord tacite s'était-il enfin établi correctement ? L'équilibre entre le Soleil et la Lune avait-il été atteint au prix de bien des difficultés ? Luttaient-ils désormais pour la même chose ? Un minuscule, microscopique bout de ciel bleu azur semblait apparaître entre les épais nuages noirs de leur relation. Pour le moment la balance semblait équilibrée. Néanmoins, l'apprentie potionniste ne baissa pas sa garde? Elle ne la baisserait plus désormais. Il devait avoir une bonne raison pour jouer le jeu après tour qu'elle s'était amusée à lui jouer... Clap, clap, clap. Cassidy l'applaudit mentalement ; elle devait bien reconnaître que son jeu d'acteur torturé, à la limite de la rupture sentimentale et mentale - surtout mentale -, était des plus excellents. Avait-il fait du théâtre dans une vie antérieure, ou peut-être en faisait-il encore ? Peut-être avait-il tourné dans un film moldu... ? Mais qu'on lui remette le césar du meilleur acteur dramatique à ce pauvre homme dont le talent n'était certainement reconnu à sa juste valeur ! La vie était tellement injuste avec les artistes dont le talent n'était souvent reconnu qu'après leur mort...

« C'est toujours de ma faute avec toi Octavius ! Tu ne te remets jamais en question et tu n'estimes que toi. », répondit-elle avec une moue contrariée, accentuée par sa lèvre fissurée.

Elle croisa fermement les bras en s'appuyant sur le dossier de sa chaise, les sourcils froncés. La jeune femme était également des plus douées lorsqu'il s'agissait de revêtir un masque et de s'inventer un personnage de toutes pièces. S'inventer des sentiments factices, jouer avec ses expressions faciales... On aurait dit un vieux couple marié depuis cent cinquante ans environ, ayant eu dix enfants tous nommés pareil " Paulette " pour les filles, et " Gérard " pour les garçons, et une libido n'ayant pas été ravivée de l'éclair de Zeus depuis l' An 1700 avant Jésus Christ. Trois, deux, un.

« Je... Je dois vous laisser Miss Rowle, Monsieur Hulbrey. Mais... Taisons cette affaire voulez-vous ? Je ne prends pas vos noms, et en contrepartie, vous ne parlez de ça à personne. »

Enfiiiiiin. Par Merlin, la libération était proche, encore quelques secondes de souffrance, et elle serait libre. Le doux parfum de la liberté... Humm... Elle comptait bien le savourer celui-là. Libre d'aller se terrer dans ses appartements dans les cachots, s'ensevelir sous l'épaisseur de dix couettes en plumes d'oie. Elle n'en sortirait plus jamais, prendrait une potion de sommeil sans rêves, ou encore la Goutte du Mort Vivant - elle hésitait - et tomberait endormie dans un sommeil profond pour les trois siècles à venir. La jeune femme lui adressa un sourire navré.

« Bien entendu Henrrry, bien entendu. »

L'armoire à glace se leva rapidement retrouvant ainsi sa taille de géant, aussi blanc que la Rowle l'avait été quelques minutes plus tôt. Malheureusement dans sa précipitation, il accrocha la nappe brodée de sa cape, entraînant malencontreusement deux assiettes et la carafe d'eau, qui suivirent le mouvement dans une parfaite synchronisation. Une harmonie incontestable. Quand je vous disais qu'il s'agissait d'une pure improvisation... Henry se retrouva avec le garlic bread au fromage venant apporter un peu de couleur à ses bottes ternes. Le plat dégoulinant de sauce contenant le poulet au piment à peine entamé, quant à lui, s'envola rejoindre les genoux du bibliothécaire avec une telle évidence que cela semblait être sa destinée depuis toujours. Quant au contenu de la carafe encore pleine... il se déversa en une gerbe d'eau explosive sur la jeune femme, le trempant entièrement à l'exception de sa tête qui fut miraculeusement épargnée.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Ven 22 Juil 2016 - 17:00

C’était prévisible. Que dis-je, inévitable. L’espace de quelques secondes, elle s’était gracieusement laissée aller, entrouvrant son armure et laissant apparaitre une fine et sinueuse fissure menant tout droit vers son âme aussi faiblesse et fragile que les ailes d’un papillon. C’est en tout cas ce qu’Octave crut apercevoir lorsqu’il avait plongé son regard pénétrant dans ceux, clairs et translucides, de Cassidy. Elle lui était soudain apparue être d’une tendresse extrême, et plus il la regardait perdre ses moyens, plus il avait l’impression de toucher du bout des doigts la fine membrane d’un cœur palpitant. Pourtant, il savait qu’il n’aurait jamais dû tendre le bras pour frôler son âme, et encore moins exprimer les émotions que cela lui avait alors procuré. Mais il avait été si stupéfait par cette soudaine ouverture, par le rayonnement de cet acte merveilleusement spontané, qu’il en avait oublié d’être courtois et poli. Et parce que cela avait été une marque de faiblesse involontaire, il avait maintenant le sentiment d’avoir avidement, avec l’indécence caractérisée du voyeurisme, regardé par un petit trou de serrure le miroitement authentique et frémissant de son être profond. C’était comme aller chercher un balai, et au lieu de ça surprendre un collègue en train de sangloter dans le placard. Une violation de l’intimité qui vous frappait d’abord d’une perverse curiosité avant de vous abandonner au malaise qui donnait envie de sortir et fermer la porte aussi vite qu’elle fut ouverte. Ce coup-ci, Octave n’était parvenu ni à camoufler son malaise, ni a complètement refermer la fissure de lui-même. En même temps, voir un esprit à nu était bien pire, mais cela ne l’avait pas empêché de se sentir coupable de n’avoir pas su faire preuve d’une plus grande réserve. Il venait de surprendre Cassidy nue et au lieu de se retourner, il la regardait se rhabiller avec hâte et l’embarras propre à la gêne.

Et maintenant, tragiquement, inévitablement, elle était en colère. Contre elle-même, bien entendu. Il la regardait se transformer en un nuage orageux avec une compassion et compréhension qui lui étaient rares. Les gens aussi fermés et guindés le rendaient quelque peu mélancolique. Fut un temps où il lui sembla que construire un mur infranchissable autour de soi était la meilleure idée pour survivre et pour ne laisser personne l’atteindre. Au final, cela avait été les années les plus malheureuses de toute sa vie. Il pouvait faire semblant en connaissance de cause, mais étouffer sa personnalité et son caractère en les asphyxiant avec un sachet plastique lui était insupportable. Enfin, si, en théorie, s’il le fallait pour la bonne cause, il pouvait tout supporter. Mais au fur et à mesure que sa cuirasse s’épaississait, il se sentait pourrir de l’intérieur, mourir à petit feu pour devenir un cadavre émotionnel, sans passions ni émotions. Il avait 17 ans et sa perception de ses ambitions changea lorsqu’il lut pour la première fois « Le portrait de Dorian Grey » d’Oscar Wilde. Le style et le livre étaient fabuleux en soi, mais les préceptes d’Harry changèrent sa vie. C’est précisément à la lecture de ce roman qu’il décida d’être lui-même jusqu’à sa mort, et cela lui avait probablement sauvé la vie. Cassidy avait probablement, selon elle, de bonnes raisons de se cacher. Et cela ne pouvait être que le signe d’une personnalité en réalité sensible, fragile et instable. Ces quelques secondes de détresse avaient suffi pour lui faire comprendre que Cassidy n’était pas comme ça, que son genre de femme frigide n’était qu’un rempart pour cacher un cœur sensible et délicat qui s’ignorait. Elle avait quoi, la vingtaine ? Toutes ces années à occulter son caractère authentique avaient dû lui faire oublier ce qu’elle était véritablement. Et on ne s’oubliait jamais soi-même par hasard et encore moins ne pouvaient-on le faire volontairement. Quelque chose l’avait poussée à changer.

Comment avait-il pu apercevoir autant de choses par une si petite et fugace faille, me demanderez-vous ? La vérité c’était qu’il y avait entrevu son propre reflet d’il y a maintenant longtemps. Il était passé par là et les sentiments qu’éprouvait la jeune femme lui étaient bien familiers. Ils avaient tous deux été blessés ou persécutés à un moment, mais Octave avait eu la force d’emprunter un autre chemin que celui de la cuirasse inébranlable. Cela dit, cette autre voie lui avait assurée une protection bien plus robuste qu’il ne l’aurait un jour soupçonné. Mais ça c’était encore un secret supplémentaire qu’il n’était pas prêt de révéler à qui que ce soit. Se protéger de tout, comme ne se protéger de rien avait un prix.

« Voyez par vous-même Henry... Notre sommes trop différents l'un de l'autre : le jour et la nuit. L'ombre et la lumière... Je dis noir, il dit blanc. Tout comme le Soleil et la Lune nous sommes complémentaires, chacun paraissant indispensable à la survie de l'autre, mais il parait impossible que nous puissions co-exister. Je lui fais du mal sans le vouloir en l'appelant ainsi en public pensant lui faire plaisir alors qu'en réalité cela le blesse. Ce n'est définitivement pas de moi dont il a besoin pour mettre en scène ses fantasmes. »

Octave leva un sourcil suspicieux. Oui, vas-y, fais toi passer pour une mauvaise entremetteuse avec de bonnes intentions. Seulement, lui, il le savait, il le voyait, qu’elle avait fait tout ça exprès. Cette sorcière avait probablement fouillé les moindres recoins de son esprit pour retrouver le mot le plus pourri qu’elle avait entendu il y a très longtemps lors d’un récital de poèmes médiévaux. C’était juste trop moche comme surnom, et Octave ne parvenait pas à le digérer. Ce qui était en revanche intéressant, c’est qu’elle sembla être surprise d’entendre le bibliothécaire prendre part au spectacle. D’un côté, c’était logique puisqu’il avait passé son temps à bien se positionner de l’autre côté de l’échiquier, même quand cela n’était à priori pas nécessaire. Sur le moment, c’était surtout pour aller au bout des choses. Mais avec le revers de situation que lui avait offert Cassidy, il y avait vu une opportunité qu’il s’était empressé de saisir. On pouvait donc dire qu’il s’était mis de son côté exclusivement pour profiter de la situation, et non dans un esprit d’équipe fraternel. Pourtant, l’esprit d’équipe, il l’avait, mais la plupart du temps c’était une union temporelle, ami un jour, ennemis le lendemain, alors avec Cassidy on ne pouvait clairement pas parler de fraternisation, même temporelle. C’était pour le moment impossible avec elle, surtout avec ce bistouquet. Horreur, horreur, mort et damnation quoi.

C’était par contre à son tour de s’étonner. Voir la blonde se muer en actrice alors qu’elle s’était évertuée à ne lui montrer que son côté pragmatique au possible, opportuniste et sans aucune allusion à un penchant pour la fantaisie, était tout bonnement exceptionnel. Cela dit, il était plus entrainé qu’elle pour le coup, raison pour laquelle sa surprise fut canalisée à l’intérieur de sa tête sans transparaitre sur son visage. Au lieu de ça il avait l’air toujours aussi outré et trahis par une blonde qui n’avait strictement aucun tact. Et en même temps, il avait du mal à ne pas sourire, parce que même s’il avait vu la carapace de la jeune femme se refermer il y a quelques secondes, elle étaient en train de prendre un plaisir pervers, mais sincère, à jouer la comédie dont elle avait elle-même écrit le scénario, s’il-vous-plait. Il était ému et avait l’impression de voir son enfant faire son premier spectacle à la maternelle. Spectacle un peu facile peut-être, mais c’était incontestablement un bel effort de la part de quelqu’un d’aussi inexpérimenté dans l’improvisation. Octave était là, telle une mère de substitution, assis sur sa chaise, en train de sécher des larmes d’émotions avec un mouchoir brodé à fleur, le regard humide et la lèvre tremblante. Son enfant essayait de voler de ses propres ailes ! C’était magnifique. Il était tellement fier. Peut-être lui ferait-il apparaître une médaille une fois qu’ils seraient rentrés au château. De bronze, parce qu’elle avait quand même du chemin à faire, et de toute manière il n’était pas juge à décerner la première place facilement. Comme disait son grand-père, il ne faut jamais mettre le maximum parce qu’il y aura toujours quelque chose à améliorer. Phrase qui lui avait longtemps fait comprendre qu’il ne deviendrait jamais totalement ce qu’on voulait qu’il soit.

« Je... Je dois vous laisser Miss Rowle, Monsieur Hulbrey. Mais... Taisons cette affaire voulez-vous ? Je ne prends pas vos noms, et en contrepartie, vous ne parlez de ça à personne. »

Sans aucune surprise, Henry manifesta l’envie de partir. Octave aussi serait parti. Il aurait fui aussi vite et loin que possible à sa place. Campant son rôle à la perfection, il regarda Henry avec une mine déconfite sans lâcher sa main. Il fit une pause dramatique, le regard plongé dans les yeux étriqués de King Kong, l’air de lui demander de bien réfléchir à tout ça, était-il sûr de vouloir partir ? De refuser l’amour profond qu’Octave lui portait ? Bon, il semblait que oui. Alors le brun poussa un soupir en baissant les yeux dans un geste d’une lenteur mélancolique avant de se pencher vers l’avant en fixant le prétendant qui venait tout juste de l’éconduire sans ménagements. C’était le moment parfait pour concrétiser la raison pour laquelle il avait daigné bien vouloir jouer le jeu de Cassidy – en plus du fait que ça l’avait franchement amusé, toute cette histoire. Il arbora soudain une figure très grave et particulièrement sérieux, sans entrer dans l’excès ce qui lui donna un air d’une troublante sincérité.

« Henry… Si c’est ce que vous désirez, je ne vous retiens pas, ne pouvant pas lutter contre le destin. En revanche, si votre décision est prise… il renifla avec tristesse, Je vous demanderai de ménager mes sentiments et de ne plus vous rendre à la bibliothèque… Je crains que si je vous revois, mon cœur s’en brisera en mille morceaux. Par pitié, ayez grâce de mon chagrin et ne me procurez pas d’avantage de peine. Ignorez-moi. Oubliez-moi pour toujours, mon nom et l’endroit où je travaille. Ainsi, la prochaine fois que nous nous verrons, si nous nous revoyons un jour, bien entendu, nous pourrons poliment prétendre que l’un n’existe pas pour l’autre… nouveau sanglot. Je pense que ce sera beaucoup plus simple pour chacun d’entre nous ».

King Kong semblait horriblement gêné, mais cette longue tirade suintant le chagrin ne lui avait manifestement pas été étrangère puisqu’il acquiesça d’un lent mouvement de la tête. Voilà, avec un peu de chances, Octave s’en était débarrassé pour l’éternité. Sinon, il pouvait toujours lui faire un clin d’œil coquin pour lui rappeler ce qu’il aurait tant voulu oublier. Henry ne reviendrait plus jamais dans sa bibliothèque, ni ne le regarderai droit dans les yeux. S’ils venaient à se rencontrer dans les couloirs du château, Octave prendrait un air mélancolique, ce qui pousserait ce géant à longer les murs jusqu’à ne plus être dans son champ de vision. Magnifique. C’était incroyable les choses que pouvaient faire les gens, mus par une honte ou une gêne pas toujours très justifiés. Mais bon, Henry semblait être parfaitement incapable de gérer des sentiments aussi complexes et se comporter en véritable adulte, et ce n’était qu’en son avantage.

Achevé par la dernière réplique d’Octave, l’inspecteur se leva d’un bond pour fuir la source de son embarras, mais à force de vouloir aller trop vite, la catastrophe n’était pas loin. Il était un éléphant coincé dans une petite cave sans fenêtre, alors forcément, quand il voulut courir vers la sortie, il ne manqua pas d’accrocher tout ce qu’il y avait sur son passage. Etant vif et toujours prêt à tout, Octave bondit au moment même où il vit le bord de la nappe se tendre, accrochée à un bouton du manteau de l’inspecteur. C’était plus un réflexe de bon goût qu’un réflexe d’agilité. Il était tellement habitué de porter des vêtements qui coutaient cher et qu’il fallait protéger coûte que coûte, qu’Octave s’était levé de sa chaise surtout pour protéger son pantalon. Il se souvint trop tard, mais avec joie, que ce qu’il portait n’était pas à lui. La sauce dégoulinait de ses genoux, incapable qu’il avait été de convenablement éviter le missile. Il jeta un regard vers Cassidy, puis vers Henry, livide et figé dans une honte ineffable.

« Fuyez Henry, on vous couvre ! »

Dit-il tout en décrochant la pauvre nappe du manteau de l’homme le plus embarrassé sur cette terre en ce moment même. Il voulait qu’Henry garde un bon souvenir de lui, comme quelqu’un de gentil en toute circonstance, comme ça, la prochaine fois qu’ils se croisent, il s’empresserait d’accéder à la demande du bibliothécaire en l’évitant. Libéré, King Kong traversa le restaurant d’un pas de course, se prit à nouveau l’encadrement de la porte, mais parvint finalement à quitter cet endroit de malheur sans même se retourner pour un dernier adieu à son amoureux éconduit. De la porte de sortie, tous les regards se tournèrent à nouveau vers Octave et Cassidy. Ayant l’habitude qu’on lui porte massivement de l’attention, Octave s’approcha de sa donzelle pour la prendre par les coudes et l’aider à se relever tout en chuchotant à son oreille d’un ton malicieux et complice :

« Heureusement que tu as des vêtements de rechange dans les toilettes.

Puis il se retourna vers le bar et dit d’une voix autoritaire mais enjouée :

« Sortez-moi votre meilleur champagne à emporter ! »

Il fallait indéniablement fêter ça. Cette soirée était une véritable réussite. Un sourire béat flottait sur ses lèvres alors qu’il aidait, en gentleman qu’il lui arrivait d’être, sa partenaire à rejoindre les toilettes des dames. Et comme c’était un acte tout à fait naturel après un tel évènement, personne ne posa aucune question quant au fait que deux jeunes gens de sexe opposé se rendaient tous deux dans les mêmes toilettes. Après tout, ils ne pouvaient que se repoudrer le nez. Les brouhahas caractéristiques de ce genre d’endroit reprirent alors qu’Octave laissait passer Cassidy en première avant de refermer la porte derrière eux.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Sam 23 Juil 2016 - 12:51

« Je... Je dois vous laisser Miss Rowle, Monsieur Hulbrey. Mais... Taisons cette affaire voulez-vous ? Je ne prends pas vos noms, et en contrepartie, vous ne parlez de ça à personne. »

Tandis que la sorcière blonde, soulagée de ce départ précipité qui venait atténuer son lot d'horreurs de la journée, rassurait Henry sur leur discrétion future, Octavius, lui, parfit son rôle à la perfection. Étonnement, cette fois il semblait être parvenu à trouver le bon dosage dans son jeu, tout comme un maître des potions usant d'une subtilité et d'une précision extrêmes afin de réussir son mélange diabolique. Il était donc capable de trouver un juste milieu lorsqu'il le voulait réellement. Hum... intéressant. Mentalement, Cassidy nota cette information tandis qu'elle ne lâchait pas le charmant couple atypique de ses yeux clairs. Lentement, Octavius laissa échapper de ses lèvres fines un long soupir désespéré, à faire damner tous les soupirants déprimés les plus expérimentés. Il venait effectivement de se prendre un râteau, et un beau. Un râteau de compétition, de la puissance d'une gifle administrée par la truelle démesurée de l'inspecteur ; plus grande que le visage de Cassidy. Le visage du bibliothécaire s'assombrit et son regard s'alluma d'une lueur de désespoir si intense que l'on aurait aisément pu croire qu'elle était réelle, et qu'on venait lui annoncer le décès de son chat nommé Gustave. Oui, la jeune femme venait de décider cela. Octavius le poulpe, renommé Bistouquet pour les besoins de la mise en scène, aurait un chat avec un nom immonde. Il ouvrit la bouche pour prononcer son discours solennel d'un ton grave et emprunt de chagrin :

« Henry… Si c’est ce que vous désirez, je ne vous retiens pas, ne pouvant pas lutter contre le destin. En revanche, si votre décision est prise… - il renifla avec tristesse - Je vous demanderai de ménager mes sentiments et de ne plus vous rendre à la bibliothèque… Je crains que si je vous revois, mon cœur s’en brisera en mille morceaux. Par pitié, ayez grâce de mon chagrin et ne me procurez pas d’avantage de peine. Ignorez-moi. Oubliez-moi pour toujours, mon nom et l’endroit où je travaille. Ainsi, la prochaine fois que nous nous verrons, si nous nous revoyons un jour, bien entendu, nous pourrons poliment prétendre que l’un n’existe pas pour l’autre… - nouveau sanglot. Je pense que ce sera beaucoup plus simple pour chacun d’entre nous ».

Olalala mais quel sacrifice déchirant. Faire passer les besoins des autres avant les siens. Que c'était beau et profond ! Elle en était presque émue tiens... Non c'était faux. C'était simplement complètement dingue. Octavien. Il jouait à merveille. Fascinée malgré elle, la jeune femme l'observait attentivement, scrutant la moindre émotion pouvant transparaître de son visage, notant le moindre battement de paupière, la crispation nette de sa mâchoire carrée. Même ses poils de barbe semblaient jouer le jeu et paraissaient soudain plus ternes. Ses yeux paraissaient plus brillants, remplis de larmes difficilement contenues. Vraiment époustouflant.

« Je suis désolée Octavius... J'ai vraiment essayé de vous réunir, je te le jure. On trouvera quelqu'un d'autre pour toi, ne t'inquiète pas. Je sais que tu auras du mal à l'oublier mais avec le temps, ça passera tu verras. »., compléta-t-elle en posant sa main fine sur son épaule.

Travailler ses expressions faciales ; son visage s'ouvrit. Relâcher la tension et laisser parler ses yeux pour elle ; ses prunelles turquoises s'adoucirent, regardant pour la première fois le bibliothécaire avec une compassion dosée avec précision, que n'importe qui aurait jugée réelle. Le visage restait tout aussi beau, mais ce qui s'en dégageait était totalement différent. De la beauté froide, à la beauté solaire. De la Lune, au Soleil. Mais... Les émotions étaient factices et n'étaient en réalité que superficielles même si elles paraissaient on ne peut plus réelles. La jeune femme n'y avait pas accès et restait bel et bien incapable de les ressentir, se contentant de revêtir une fois de plus un masque constitué à partir de bribes de souvenirs plus ou moins douloureux, et d'observations assidues relevant davantage d'obligations que d'un réel intérêt. La pensée l'intéressait, les émotions, sentiments, affects, appelez cela comme vous voulez, et les dangers qu'elles représentaient, l'effrayaient.
Avec les années, elle avait appris à penser à la perfection comme les Mangemorts et à agir comme la pro-sang-pur qu'elle était censée être. Depuis l'enfance - et cela s'était perfectionné au fil des années - elle avait réussi à adopter leurs croyances et leurs modes de vie si... caractéristiques. Son répertoire était plein, débordant d'expressions travaillées à la perfection. Haine démesurée, dégoût, fierté, impassibilité... même la cruauté avait su se faire adopter par la Rowle, bien qu'elle avait eu beaucoup de mal à apprivoiser cet affect qui était tellement éloigné de ce qu'elle avait été autrefois.

Qu'avait-elle été ? A vrai dire, elle ne s'en souvenait même pas. Cela faisait depuis tellement longtemps qu'elle jouait le même rôle, au sein de la même pièce de théâtre sordide, qu'elle avait complètement oublié qui elle était. Enfermée dans une spirale d'apparence et de mise en scène depuis tant d'années qu'il lui arrivait parfois d'en avoir le tournis. Dès son plus jeune âge sa mère lui avait appris à manipuler et à camoufler ses sentiments et les idées qu'elle lui avait inculqué. Enfant calme, observatrice et très intelligente... Enfant parfaite. Ce côté rigoureux avait été renforcé chez elle par sa mère qui lui avait en plus appris à camoufler ce qu'elle pensait réellement. Très vite la petite fille n'avait pas eu l'occasion de laisser exploser ses idées à la vue de tous. La graine avait été étouffée alors qu'elle était encore en terre. Toutefois, Nila n'était pas à blâmer puisqu'elle avait agit de cette façon dans le seul et unique but que son enfant puisse survivre aux Rowle. En de rares occasions, il était arrivé à la fillette d'exploser. Trop. Trop de tensions, de règles absurdes, de contradictions, de manières, trop de solitude, d'absence du père, un manque d'amour évident. Les explosions étaient violentes, destructrices ; une perte totale de contrôle de sa magie qui finissait souvent par des accidents plus ou moins graves. Alors Nila, danseuse professionnelle, l'avait initiée au Bollywood pour lui permettre de libérer ce trop-plein d'énergie et permettre à son enfant de se canaliser.

Cassidy fut tirée de ses pensées de manière plutôt brutale. Une gerbe d'eau, que dis-je ? Un tsunami vint arroser la plante afin de permettre au bourgeon encore verdoyant, d'éclore. Merci Henry. Décidément, il état bien trop attentionné cet inspecteur. De minuscules gouttes d'eau coincées telles des billes de cristal entre ses cils, elle porta une main hésitante à sa crinière, avant de constater avec soulagement que celle-ci avait miraculeusement été hors de portée de la carafe qui gisait à présent à ses pieds, complètement vide. Tandis qu' Octavius s'était levé afin de décoincer la cape du géant - mais c'est qu'il deviendrait presque attentionné dites-moi - , la Rowle fusillait le géant de ses iris clairs si bien qu'il n'aurait pas été surprenant de le voir s'effondrer sur place, avadakédavrisé.
Malheureusement pour elle et heureusement pour l'inspecteur, ses yeux ne possédant pas encore cette capacité, il demeura debout sur ses grands pieds, mais mortifié, figé dans une honte au delà de toute imagination. De livide, son visage avait à présent revêtit la couleur vive d'une tomate bien mûre sous le soleil brûlant d'un mois de Juillet. Gracieusement libéré par son sauveur, Henry fila des Trois-Balais comme s'il avait des centaines de détraqueurs à ses trousses, ne manquant pas de se prendre, avec toute la délicatesse du monde, l'encadrement de la porte principale. Boum. Le sol trembla.

Le géant disparu dans la nuit qui était à présent bel et bien tombée, et les regards se tournèrent vers les survivants. Octavius et Cassidy, lui épicé au piment de Cayenne - encore appelé " piment enragé " - le pantalon dégoulinant de sauce orangée, et elle, le corps ruisselant d'eau, telle une nymphe sortant de son lac à la nuit tombée. Bien qu'elle fut très étonnée que l'homme vienne l'aider à se lever, avec toute la galanterie du monde qu'il avait jusqu'à présent conservé cachée, le visage ne laissa cette fois, rien transparaître. Délicatement, il l'invita à le suivre en soulevant légèrement ses coudes, ses mains masculines sèches contre sa peau mouillée. Un murmure amusé et quelque peu complice lui fut glissé à l'oreille d'une voix suave ayant retrouvé toute sa virilité :

« Heureusement que tu as des vêtements de rechange dans les toilettes... Sortez-moi votre meilleur champagne à emporter ! »

Tandis qu' Octavius s'effaçait afin de la laisser entrer la première, Cassidy prit conscience de la situation. Retour au point de départ, les compteurs étaient remis à zéro. Ils étaient de retour au sein des mêmes toilettes, sauf que cette fois, il possédait une nouvelle corde à son arc. Il était de nouveau dans son propre corps.

« Une bouteille de champagne... Je pense que l'on peut dire que tu ne fais pas les choses à moitié. Je peux donc en déduire que j'ai rempli ma part du marché et que la mise en scène que je t'ai proposé ne t'as pas ennuyé ? »

La robe au tissu léger, si aérien quelques heures auparavant, était collée à sa peau en mode ventouse si bien qu'elle ne dissimulait plus vraiment grand chose. Le tissu bleuté, à présent transparent, épousait à la perfection ses courbes, si bien que la salle entière avait eu l'occasion unique de connaître la couleur de ses dessous. La jeune femme frissonna et s'éloigna de l'homme afin de fermer la fenêtre dont le courant d'air lui transperçait la peau. Retour de la chair de poule.

« En revanche... Tu n'as pas été capable de respecter ce qui avait été convenu Octavius. »

Elle se frictionna les bras tout en penchant légèrement sa tête sur le côté, une moue dubitative se dessinant sur ses lèvres.

« Es-tu comme cela ? A ne pas tenir tes engagements ? »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Sam 23 Juil 2016 - 18:12

L’adrénaline était encore en train de parcourir ses veines lorsqu’Octave pénétra dans les toilettes, faisant bourdonner son cœur à ses oreilles, manquant de casser quelques côtes tant les battements étaient vibrants. Il souriait, pleinement heureux du déroulement de la soirée, grâce aux péripéties et imprévus qui avaient justement contribués à rendre cette aventure captivante. Mais cette intrigue-là était maintenant belle et bien terminée, le départ d’Henry en ayant sonné la fin. Maintenant, ils n’étaient plus que deux acteurs en coulisses. Le bibliothécaire souriait sans pouvoir s’en empêcher, alors que la pression sanguine de ses yeux le picotait quelque peu. Avec amertume, il présageait déjà la brusque baisse de tension qui allait suivre ce quelques heures d’exaltation, c’était inévitable, et ça le rendait légèrement triste de savoir que cette descente-là allait être la dernière avant un bon moment. Voilà, il commençait déjà à se calmer, son pouls retrouvait un rythme normal et ses lèvres se détendirent pour esquisser un sourire un peu moins détraqué, plus naturel et posé. Ce même sourire qu’Octave arborait en quasiment toutes circonstances, de la même manière que certains portaient du maquillage. Cela faisait partie de son style, comme dirait l’autre. Lorsqu’en revanche il ne souriait pas, son visage détendu et véritablement spontané était d’une gravité lugubre et sévère. C’était un faciès auquel personne ne voulait faire confiance et qui n’inspirait aucune sympathie, alors il y rajouta un petit sourire en coin, tantôt sincère, tantôt purement mécanique. Lui-même ne savait plus faire la différence, du coup tous ses sourires étaient louches, tant on ne savait pas s’il faisait semblant ou non.

Alors que son visage perdait en intensité, Octave vint en face du lavabo, sans même un petit coup d’œil vers le miroir, et, s’étant saisi d’une dizaine de serviettes en papier, il commença à se nettoyer les genoux. Heureusement, que le tissu était épais et que le jus n’avait pas encore eu le temps de pleinement imbiber son pantalon. Il détestait être sale par accident. Faire une bataille dans la boue, ça ne le dérangeait pas, mais recevoir une tâche de sauce imprévue sur ses vêtements alors que la situation ne s’y prêtait pas était inexcusable. Enfin, il avait toujours eu plus de chance que sa pauvre partenaire qui était mouillée du front aux bouts des pieds. Quoi que, après réflexion, ce n’était que de l’eau, après tout, alors que le gras, c’était franchement plus difficile à enlever. Toutefois, ça ne l’avait pas fait regretter d’avoir pris autant de nourriture pour le repas parce que tout avait été délicieux ; il était même désolé qu’une si bonne cuisine finisse sa vie non dans son estomac, mais sur ses cuisses. Ce n’était pas une mort très digne et c’était surtout un gros gâchis.

Jetant une première cartouche de serviettes à la poubelle, il laissa son regard glisser, à la dérobée et avec pudeur, sur Cassidy. Elle était là, presque nue tant sa robe rendue translucide par l’eau, lovait à merveille son corps fin et fuselé. Cette nudité suggérée laissait émaner quelque chose d’extrêmement sauvage et sensuel, bien plus que si elle eut été complètement dénudée. L’évocation de l’intimité avait toujours eu bien plus de force sur lui que l’intimité elle-même. Cela devait être son côté joueur qui lui faisait aborder les choses sensuelles de la sorte. De ce fait, il était de ceux qui appréciaient l’anticipation d’avantage que l’action elle-même. C’était peut-être dur à croire, mais Octave n’était pas quelqu’un de charnellement pervers. Son regard posé sur Cassidy ne poussait pas à la pudeur tant il était parfaitement dénué d’une quelconque avide lascivité. Il ne la regardait pas pour lui rappeler qu’elle était dans une position peu vertueuse, mais juste pour la regarder, sans arrière-pensée salace. C’était là l’adage des gens courtois, qui par politesse faisaient mine de ne pas remarquer le désagrément de leur interlocuteur. Alors il regardait simplement son visage avec la complicité qu’on avait pour son partenaire de jeu.

« Une bouteille de champagne... Je pense que l'on peut dire que tu ne fais pas les choses à moitié. Je peux donc en déduire que j'ai rempli ma part du marché et que la mise en scène que je t'ai proposée ne t'as pas ennuyé ? En revanche... Tu n'as pas été capable de respecter ce qui avait été convenu Octavius. »

Sur ses mots, il roula des yeux avec tellement d’exaspération qu’il aurait été presque en mesure d’apercevoir son cerveau si l’intérieur de son crane n’avait pas été plongé dans le noir. Parfois, elle était relou la blonde. Ils avaient passés un moment tellement agréable, tendu certes, mais exquis à sa manière quand même. Et maintenant elle le ramenait durement à la réalité, rugueuse et pénible, de leur relation conflictuelle avec des remontrances barbantes. Bon sang, que quelqu’un lui retire le cactus qu’elle avait entre les fesses. Qu’est-ce qu’on s’en moquait de qui était censé avoir fait quoi, ils avaient passé une chouette soirée et c’était le principal ! Non ? Ils ne venaient pas de mettre fin à trois heures de négociations des conditions d’un divorce, non, ils s’étaient éclatés. Lui en tout cas, mais si pour elle tout se ramenait à des conventions respectées par les deux partis, tant pis. Peut-être que c’était comme ça qu’elle prenait son pied, à savoir que les obligations de chacun avaient été respectés à la lettre ? La jeune femme le fit sortir de sa réflexion en allant fermer la fenêtre.

« Es-tu comme cela ? A ne pas tenir tes engagements ? »

C’était sérieux comme accusation ça ! Toutefois, au lieu de le contrarier, cela le fit sourire à pleines dents. En réalité il pensait déjà à autre chose. D’un pas léger, il s’approcha de Cassidy tout en attrapant sa robe rouge carmin du bout des doigts, restée sur le sol depuis sa fuite imprévue. Passant cette dernière par-dessus son avant-bras – elle avait déjà assez trainé par terre comme ça- Octave entreprit de déshabiller la jolie blonde. Oui, encore une fois. Il avait vu qu’elle avait froid, mais comme elle ne faisait rien pour améliorer la situation, et puisqu’il n’était pas homme à laisser une douce donzelle en détresse, il prit la peine de s’en occuper, nature peinture. Le brun avait ce côté sans gêne extrêmement exaspérant pour certains esprits pudiques, mais tout ça lui importait peu, et c’était justement pour cette raison qu’il n’éprouvait jamais aucun embarras devant rien ni personne. D’abord il empoigna la massa de cheveux blonds pour les faire passer dans le dos de Cassidy, afin de libérer son buste mouillé. Puis, d’une main –pour ne pas dire d’un doigt- expert, il fit glisser les bretelles de la jeune femme sur ses épaules, tout en l’hypnotisant du regard, comme il savait si bien le faire. Les rôles avaient quelque peu changés depuis la dernière fois, cela dit ; ils n’étaient plus deux femmes à se changer dans une même salle de bain. Non, maintenant il y avait clairement la barrière du genre entre eux, et surtout du physique. Maintenant, non seulement il était plus grand et plus large en tout rapport, mais surtout beaucoup plus viril. Du coup, pour détourner l’attention et ne pas faire rougir ou fuir la gazelle, il en profita pour lui répondre d’une voix douce et mesurée, sans oublier cette pointe d’amusement qui lui était propre.

« D’une part, je tiens à spécifier que je suis un homme de parole quoi qu’il arrive. Mais là, je ne vois pas en quoi j’ai faillis dans mes engagements ? Je t’ai dit que j’interviendrais dans ton corps si jamais tu faisais des choses qui m’ennuies. Et effectivement, tu m’as beaucoup amusé. Seulement, je suis intervenu dans mon propre corps, ce qui ne t’as compromis en aucune façon. Pire, tu as même profité de ma présence pour me corrompre. »

Il n’y avait aucune animosité dans sa voix, malgré les paroles au sens grave qu’il prononçait avec le ton précautionneux qu’il adoptait pour faire comprendre sa vision des choses aux gens. Aucun énervement, ni exaspération, juste des paroles rythmées par la sérénité de sa voix. Et de toute manière, Octave ne savait pas s’énerver de façon retenue. Il passait rarement par un stade de rage contenue, chez lui c’était directement l’explosion incontrôlée et destructrice d’une fureur douloureuse. Soit le calme, soit la tempête, pas d’entre deux.

Alors qu’il n’avait même pas fini sa tirade, il se rapprocha habillement de Cassidy et lui passa une main dans le dos afin d’ouvrir la tirette à l’arrière de la robe. Cela allait rendre l’exercice de l’effeuillage beaucoup plus simple. Son regard surplomba alors l’espace de quelques instants celui de la gazelle. La tête penchée vers l’avant, il avait l’impression de se tenir au-dessus du vide qu’étaient ses pupilles noires et profondes, sur le point d’y plonger dans une chute sans fin. Cette sensation lui fit accentuer son sourire amusé, alors qu’il enlaçait la jeune femme d’une main solide dont les doigts ouvraient avec une lenteur toute exagérée son habit turquoise. Arrivé au bout, il s’arrêta de bouger, de quoi mettre un peu de panacha aux nerfs de la sorcière.

« Profites de la soirée plutôt. Regardes comme elle fut fructueuse, puisqu’on s’est débarrassées de ce cher Henry. On est sales et mouillés, mais c’était cool. Et en plus il y a une bouteille de champagne qui nous attend au bar, si ce n’est pas merveilleux ça ? Savoure ce qui vient de nous arriver, ça ne se produit pas souvent… C’est bon, tu sais ? »

Et là on ne savait plus trop de quoi il parlait exactement. Mais c’était fait exprès, puisqu’il ne cessait jamais vraiment d’être espiègle. Et pour accentuer le malaise, il fit planer un silence, sans toutefois changer les traits de son visage pour ne pas donner d’indices sur l’ambiguïté de ce qu’il venait de dire. Et comme il était vil et vicieux d’esprit, il tira un petit coup discret sur un pan de la robe pour la voir tomber d’elle-même aux chevilles de la belle. Un cliché, vous me direz, mais les clichés ont du bon. Et puis il éprouvait un plaisir particulier à la déshabiller, ou l’habiller, à s’occuper d’elle tout court, en fait ; c’était une manière douce de la dominer. Il l’obligeait à se laisser faire, et de la sorte, elle relâchait un peu la pression, voyant que quelqu’un était là pour faire les choses à sa place, qu’elle n’était pas la seule qui s’occupait d’elle. Prendre soin de quelqu’un comme Cassidy, était la seule manière que connaissait Octave pour l’obliger à baisser sa garde, à retirer la première couche de sa carapace. Un geste dominant et protecteur, en somme, mais sans violence ni pression, tout en délicatesse et élégance… Et à juste titre, puisque pour une fois, il ne faisait pas ça pour l’intimider, la faire plier ou la mettre mal à l’aise dans le but de la vaincre. Il le faisait parce que ça lui procurait du plaisir de l’avoir proche de soi, comme un petit animal sauvage sorti de la forêt qu’on était parvenu à apprivoiser par miracle. Elle était sauvage, et il prenait un malin plaisir à ne pas la lâcher, à la voir lâcher prise un tout petit peu. C’était un jeu, et c’était très sérieux en même temps. Du coup, pas toujours évident de savoir comment réagir avec Octave, lui qui était là sans être là, conscient des limites tout en agissant comme s’il n‘y en avait aucune nulle part. Et là c’était pire, parce qu’il était très proche. Proche, intime et sérieux, malgré son sourire en coin. De quoi sérieusement troubler n’importe qui.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 24 Juil 2016 - 14:28

Bas les masques. La représentation, ou plutôt l'improvisation était achevée désormais. Rideau et retour dans les loges, enfin aux toilettes. Pourtant, il souriait encore. Un sourire des plus étranges, malgré le fait qu'il lui semblait un peu plus naturel et spontané que les précédents, lui donnant une expression énigmatique des plus intéressantes. Cassidy se maudit. Pourquoi fallait-elle toujours qu'elle soit attirée par les personnes compliquées et les relations ambiguës ? Il lui arrivait parfois de songer que sa vie revêtirait un caractère beaucoup plus simple si elle se contentait de fréquenter des personnes qu'elle appréciait, et celles qu'elle détestait. Mais non. Il fallait qu'elle-même possède une personnalité des plus complexes. La complexité appelait la complexité après tout, et que serait la vie sans nuances, sans entre-deux ? Terne. Terne, vide et monotone.

Devant sa remontrance tout à fait justifiée, le bibliothécaire roula des yeux avec une telle force que la jeune femme cru l'espace d'un instant qu'ils allaient rester coincés, renversés sur l'envers. Cela aurait été drôle tiens, il aurait fallu l'envoyer en urgence à Sainte Mangouste. Toujours ce fameux théâtralisme extrême n'est-ce pas ? Était-il capable de faire preuve de retenue parfois, en dehors d'une mise en scène ? Elle se posait réellement la question et commençait à en douter sincèrement. Il avait véritablement l'air exaspéré, voire frustré par sa remarque, tel un enfant pourri gâté à qui la mère venait pour la toute première fois, de refuser un paquet de chocogrenouilles... Ou un ours mal léché ne parvenant pas à pêcher un saumon dodu et bien rosé, dans la rivière. Les mains sur les hanches, la jeune femme le regardait, attendant une réponse concrète, autre que ce comportement puéril. Qu'il soit exaspéré s'il le voulait, ses états d'âme lui importaient peu. Contrairement à lui, la blonde ne se contentait pas de vivre sur un petit nuage rose à paillettes, à vrai dire elle n'y grimpait jamais, restant campée sur les pieds sur la terre ferme et pénible, bloquée dans cette réalité dure et froide. Mettre temporairement la réalité de côté était déjà un exercice suffisamment difficile en soi, notamment lorsqu'elle n'y était pas préparée, alors se permettre de rester dans l'insouciance, certainement pas. Lui laissant le temps de préparer sa réponse, elle en profita pour aller fermer la fenêtre. Mi-provocante, mi-intéressée par sa future - du moins l'espérait-elle - réponse, elle choisi alors d'en remettre une couche, lui demandant si il était toujours ainsi dans la vie. Hum... Comment allait-il réagir ?

Le sourire de prédateur du sorcier s'accentua, lui donnant l'air d'une hyène affamée, ayant jeûné depuis une semaine... Non, un mois. D'un pas aérien, avec cette fluidité qu'elle avait déjà noté chez lui, il se rapprocha d'elle tout en prenant le soin de ramasser au passage sa robe carmin qu'elle avait hâte de retrouver. Alerte, il se rapprochait une fois de plus. Cassidy eu un mouvement de recul qu'elle entrava bien vite, stoppant sa cheville fine qui s’apprêtait à se dérober vers l'arrière. Cette posture lui donna l'air d'une équilibriste. Telle une danseuse de corde, un pied devant, l'autre légèrement reculé, elle semblait en équilibre, sur le qui-vive, prête à fuir, ou à tomber dans le vide. Elle savait ce qui allait se passer mais elle n'était pas décidée à lui faire accorder le plaisir de lui montrer son trouble en reculant. Hors de question. Maîtrise de soi Cassidy. Avec cette fierté qui la caractérisait si bien, la jolie blonde ramena son pied à la hauteur de l'autre, avant de lever son regard insolent vers lui.
Verts. Il possédait de grands yeux verts allongés en forme d' amande. Pas vert gazon, ni vert poireau non. Une teinte bien plus nuancée dont les reflets tiraient sur le vert profond et mystérieux de l' émeraude. Ils brillaient. Non, ils scintillaient, des petites paillettes dorées venant donner un aspect hypnotique à son regard intense. Lorsqu'on y regardait de plus près, ses iris pouvaient également paraître bleus. Pas la teinte azur du ciel, ni celle marine de la mer. Un bleu indéfinissable, changeant. Tout comme lui ; lui et ses facettes à faire perdre la raison à n'importe qui.

Tandis qu'elle l'observait, scrutant attentivement son visage avec toute la concentration et l'intensité dont elle était capable, Octavius souleva sa crinière aux mille reflets afin de la repousser dans son dos, la laissant cascader librement le long de celui-ci. La jeune femme frissonna ensuite lorsque d'un doigt habile, il fit lentement glisser les fines bretelles, dénudant ainsi ses épaules. Une impression de déjà-vu, comme si sa peau avait mémorisé la spécificité de son toucher. Comment appelait-on cela déjà ? Une mémoire sensorielle. Son corps semblait déjà avoir retenu le contact " Octavius " quand bien même celui-ci n'avait pas été dans son propre corps la première fois qu'il l'avait touchée. Un contact léger, ayant la capacité singulière de parvenir à l'électriser en la frôlant à peine. Une sorte de signature tactile. Les yeux levés afin de supporter son regard, elle pris d'un seul coup conscience de sa taille. Grand, il était grand, même si pour le petit bout de femme qu'était Cassidy, il n'était pas bien difficile de trouver une personne dont la taille était supérieure à son mètre cinquante-trois. Oh bien entendu, elle avait déjà croisé des gens dont la taille dépassait celle d' Octavius, mais le bibliothécaire demeurait plus impressionnant puisque sa carrure masculine ainsi que son caractère complexe et sa malice venaient accentuer sa taille réelle. Néanmoins, en dépit de ce sentiment de déjà-vu, la situation était quand même bien différente de la précédente.

Cette fois, elle était presque nue face à un homme dans toute sa splendeur, avec une masculinité et une virilité des plus incontestables. Il n'était plus coincé dans un corps de femme et les mains qui prenaient ce malin plaisir à l'effeuiller étaient on ne peut plus masculines. Tout en sachant pertinemment qu'il avait déjà fait connaissance avec son corps de manière la plus... intime qui soit, la situation avait quelque chose de nouveau et de toute aussi gênant. Le visage de la Rowle commençait à se réchauffer lorsqu'il daigna enfin lui répondre d'une voix suave et amusée :

« D’ une part, je tiens à spécifier que je suis un homme de parole quoi qu’il arrive. Mais là, je ne vois pas en quoi j’ai faillis dans mes engagements ? Je t’ai dit que j’interviendrais dans ton corps si jamais tu faisais des choses qui m’ennuies. Et effectivement, tu m’as beaucoup amusé. Seulement, je suis intervenu dans mon propre corps, ce qui ne t’as compromis en aucune façon. Pire, tu as même profité de ma présence pour me corrompre. »

Alors qu'il prononçait les derniers mots, plus furtif qu'un serpent, il se rapprocha d'elle et passant dans l'espace entre son bras et sa taille, l'enlaça d'une main qui ne tolérait aucune résistance. Lovée contre son torse, le visage caressé par le tissu noir de sa chemise, la jeune femme retint sa respiration. Apnée. Ses yeux, restés grand ouverts, ne cillèrent pas. Proches. Ils étaient proches. Et encore une fois beaucoup trop. Jamais quelqu'un n'était parvenu à l'approcher de si près sans qu'elle ne l'envoie valser sur les roses, non, sur les épines de rosiers. Elle le sentait respirer au dessus d'elle, et pouvait presque entendre les battements réguliers de son cœur palpitant sous sa peau. C'était trop. Toujours maintenue prisonnière par le bras solide de son bourreau, la jeune femme s'écarta de quelques millimètres de manière à décoller son visage des pectoraux du sorcier, alors que la fermeture de sa robe coulissait vers le bas. La bataille faisait rage dans son esprit compliqué accro à l' analyse et au contrôle. Un côté d'elle souhaitait reculer, mettre une distance entre eux afin de ne pas le laisser empiéter sur son intimité, tandis qu'un autre lui disait que si elle reculait, cela démontrerait une faiblesse hors du commun. Tiraillée entre ces deux pensées, Cassidy resta campée sur place.

« Si tu ne voulais pas y être mêlé, il ne fallait pas venir me rejoindre. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. C'est ta présence qui m'a donné cette idée des plus fabuleuses, et puis tu en avais bien besoin... d'être corrompu. »

Son travail accompli, il baissa de nouveau les yeux vers elle, semblant chercher à capter de nouveau cette route sinueuse menant à son âme, mais cette fois la faille qui s'était ouverte quelques minutes auparavant, était close. La tête légèrement penchée vers le bas, il la dominait entièrement de par sa taille, son étrange sourire amusé et son regard inquisiteur, mais pourtant doux. C'était troublant la façon qu'avaient ses yeux de communiquer tant de choses pourtant contradictoires au premier abord. Les doigts entrèrent en contact avec la peau de son dos, écartant lentement, bien trop lentement, les pans du vêtement. Puis, il ne bougea plus pendant quelques instants.

« Tu joues sur les mots pour te défiler. Cela ne te donnait pas le droit d'intervenir dans ton corps pour autant... D'ailleurs, je pense avoir compris ce qu'il s'était passé pour que tu retrouves ton apparence plus vite que prévu. »

Parler, il fallait qu'elle parle pour maintenir le clivage, la barrière entre son esprit et son corps. Mécanisme de défense. S'oublier par les mots. Ne pas ressentir ce que son corps avait à lui dire. Pourquoi son cœur s'était-il accéléré ? Il ne s'était pas accéléré. Pourquoi était-elle si troublée, tiraillée entre des affects contradictoires ? Elle ne faisait que le haïr ce mollusque de mes deux. Non, il ne la fascinait pas avec ses réparties douteuses et sa ténacité incroyablement irritante. Il ne l'amusait pas non plus avec son sourire Colgate atypique et son air sûr de lui datant du dix-huitième siècle. Ses yeux étaient ceux d'un crapaud et sa voix celle d'une Goule enrouée. Cassidy luttait contre elle-même, refusant net de reconnaître tout ce que le sorcier venait de réveiller, ou d'éveiller, en elle.
Jamais quelqu'un n'avait créé une telle ambivalence en elle. Jamais. Par Merlin, pourquoi ne l'envoyait-elle pas au diable, avec cette force qui la caractérisait tellement bien depuis toujours ? Parce qu'il la fascinait. Parce qu'il était complexe et que cela lui plaisait bien qu'elle refusait de se l'avouer. Il n'était pas fade, mais débordant d'une vitalité presque hors normes et passablement dérangeante.

« Profites de la soirée plutôt. Regardes comme elle fut fructueuse, puisqu’on s’est débarrassées de ce cher Henry. On est sales et mouillés, mais c’était cool. Et en plus il y a une bouteille de champagne qui nous attend au bar, si ce n’est pas merveilleux ça ? Savoure ce qui vient de nous arriver, ça ne se produit pas souvent… C’est bon, tu sais ? »

Les sourcils de l'apprentie se froncèrent de plus belle, lui donnant un air des plus sceptiques. De quoi parlait-il au juste ? Son air espiègle la dérangeait outre mesure, coincée qu'elle était entre ses bras. La situation aurait pu avoir quelque chose de romantique si les acteurs avaient été différents. Le silence planait, étrangement bruyant aux oreilles de la jeune femme, venant l'agresser, la perforant de par ses non-dits. Rien n'était aussi subtil qu'un non-dit, pourtant suggéré. C'était purement et simplement démoniaque. Inspirer, expirer, inspirer, expirer. Un petit coup sec, mais emprunt d'une certaine délicatesse, et la robe mouillée glissa le long de son corps fuselé, finissant à terre, lui liant les chevilles par la même occasion. Contrainte de se laisser faire, la jeune femme ne le lâchait pas de son regard turquoise dans lequel des vagues semblaient se déchaîner, en proie à une violente tempête.

« Tu sembles vivre dans le moment présent, sans jamais penser aux conséquences futures. Tu n'anticipes donc jamais ? », lui demanda-t-elle d'une voix neutre.

Et pourtant... Elle n'en avait absolument pas conscience, mais être maintenue ainsi lui apportait quelque chose qu'elle n'avait jamais eu avec personne. Une proximité physique, un maintien et une complémentarité psychique. Une certaine douceur et de la maîtrise physique. Il la forçait à décrocher, certes partiellement et temporairement, d'une partie de ce contrôle qui rythmait ses jours depuis la nuit des temps. Il venait lui apporter une nouvelle souplesse, à laquelle elle n'était pas habituée. Il était son rival ; celui qu'elle haïssait de tout son être pour l'avoir mise dans de tels draps, pour jouer impunément avec ses nerfs et s'amuser à repousser ses limites, mais aussi celui qui avait réussi à la maîtriser partiellement.

« Tu as du mal avec les limites n'est-ce pas ? », murmura-t-elle d'une voix parfaitement posée mais dissimulant en réalité une tension évidente.

Il souriait. Toujours ce sourire en coin qu'elle mourrait littéralement d'envie de lui faire avaler. Prendre ses distances, vite. Reculer ? Certainement pas. Se tortiller telle une anguille en manque d'eau dans un filet ? Et puis quoi encore ? De toute façon, même avec ses talons, elle n'était clairement pas de taille à se mesurer à lui. Alors, elle le fixa de nouveau, l’œil allumé par une nouvelle lueur provocatrice. Prendre le contre-pied, en entrant dans son jeu.

« Que vas-tu faire maintenant ? Peut-être me laisseras-tu l'occasion de te démontrer que je suis capable de m'habiller seule ?... Ou alors vas-tu rhabiller la gentille fille que je suis ? »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 24 Juil 2016 - 18:46

Elle ne s’en doutait pas encore, ou peut-être juste un peu, mais il avait gagné une bataille silencieuse. Ces mêmes luttes dont il nous était bien plus agréable d’en sortir vainqueur, car la victoire n’entrainait pas le déclin d’un ennemi, mais son évolution vers quelque chose de meilleur. Il était bien plus appréciable pour Octave de pousser les gens à changer par leur défaite que de simplement les écraser, en les envoyant dans le néant des déchus. Il s’arrangeait toujours pour que son triomphe soit porteur d’une leçon ou d’un message cachés. Il ne gagnait que très rarement pour gagner par esprit de compétition. Bien sûr, c’était une motivation, et non des moindres, mais ce n’était jamais une finalité en soi. Il voulait bien perdre en apparence si cela représentait une victoire pour lui en définitive. Cette fois-ci néanmoins, il n’avait nullement eu le besoin de se sacrifier, sinon il aurait d’ailleurs probablement perdu tout respect de la part de Cassidy, ou, pour ne pas aller aussi loin, son intérêt. Le seul moyen de l’intéresser pour le moment, c’était de maintenir une tension permanente, parce que c’était la seule chose qui l’obligeait à ne pas faiblir dans le désir de garder la main, à défaut d’avoir la victoire elle-même. Honorable, même dans la mort, en somme.

Leur tandem n’allait clairement pas être de tout repos, mais Octave était sûr qu’à un moment où à un autre, il parviendrait à l’assagir dans sa méfiance. Il allait lui montrer que les choses pouvaient se faire autrement que par la force, qu’il n’était pas nécessaire qu’il y ait un gagnant ou un perdant. Et plus difficile encore, qu’elle n’avait aucune crainte à s’ouvrir à lui si elle le désirait, car à défaut de ce qu’il avait montré jusqu’à maintenant, il était bel et bien capable au dévouement inconditionnel envers l’âme qui voulait se confier. Il ne la connaissait pas et avait réagi en conséquence, comme son instinct et son amour-propre le lui avaient dicté dès le début. Mais alors ce qui n’avait été qu’un doute, s’était mu en conviction lorsqu’il aperçut le cœur battant de la jeune femme par la fissure qu’il avait lui-même provoqué. Il lui advint clairement alors qu’elle était une fleur fragile, qui avait laissé pousser autour d’elle tout en enchevêtrement sinueux d’herbes épineuses. Ainsi, on ne pouvait qu’observer la beauté de loin, sans la toucher, si on ne voulait pas s’empaler sur des épines. Si, par le jeu du hasard, il avait su voir cela plus tôt en elle, il aurait certainement agi plus en douceur dès le départ. Mais il s’était laissé emporter par son orgueil et l’esprit de compétition qu’elle avait pris un malin plaisir à nourrir. Maintenant, elle était comme une locomotive qui avait atteint son allure maximale, avec l’aide d’Octave qui avait aveuglement continué à balancer du charbon dans le foyer. C’était de sa faute, après tout il savait parfaitement que très peu de gens en vérité connaissaient réellement leurs limites, sans se transformer en tête brûlées à la moindre occasion.

Entre eux deux, c’était bel et bien Cassidy qui jouait au jeu qu’elle ne maîtrisait pas très bien, sans se soucier d’en percevoir le bout, agissant comme la situation venait, mais avec une seule règle maîtresse : ne pas perdre la face. Et tout bon joueur savait que ce n’était pas ça qui importait le plus. Pour Octave, la vie était un amusement dont il sortait vainqueur, à savoir que la victoire était pour lui d’avoir ce qu’il voulait sans se confondre lui-même. S’il ne gagnait pas en apparences, cela lui importait peu, tant que tout se passait comme bon lui semblait ou qu’il s’abreuvait allégrement de tous les jus. Cassidy, elle, devait gagner surtout en apparences, parce qu’il n’y avait que ça qui comptait, elle qui avait tout misé sur ce que les autres voyaient d’elle, sur le superficiel et surtout le superflu. Pour cette raison précise, elle était capable d’aller à l’encontre de ce qu’elle était véritablement pour sauver les apparences. Mais savait-elle précisément ce qu’elle était, en fait ? Ou avait-elle tellement de fois remodelé son être pour satisfaire quelques caprices d’autrui qu’elle en avait perdu la notion de ce qu’elle était fondamentalement ? Et même si c’était le cas, Octave savait que ce n’était jamais perdu, qu’il y avait toujours de l’espoir à repêcher quelqu’un qui s’était oublié comme Cassidy. Désormais, il lui fallait ralentir la cadence en douceur pour calmer les nerfs et les esprits, même si cela promettait d’être compliqué. Toutefois, pour le moment, elle se laissait gracieusement faire, ce qui était le signe qu’elle était encore en train de lutter intérieurement. Ce n’était que temporaire, et petit à petit, elle ne verrait plus la différence entre la résistance passive et le calme apaisé, puisque lentement, l’un allait se muer en l’autre sans préavis ni frémissement. Peut-être même que la fatigue allait prendre le dessus pour affaiblir sa barrière. Mais ça aussi, Octave le savait, que ce n’était pas le travail d’une seule soirée. Parfois, l’effort s’étendait sur toute une vie. Mais il avait de l’espoir, elle était vive et jeune. Mon dieu, elle était jeune, et il était beaucoup plus vieux qu’elle. Qu’est-ce qu’il était en train de faire ?

« Si tu ne voulais pas y être mêlé, il ne fallait pas venir me rejoindre. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. C'est ta présence qui m'a donné cette idée des plus fabuleuses, et puis tu en avais bien besoin... d'être corrompu.
- Ah oui ? J’avais vraiment besoin d’être corrompu ? Et puis, j’ai dit que tu en avais profité, pas que j’étais contre. »

Avait-il répondu du tac au tac. C’était vraiment plus fort que lui. Il ne pouvait pas s’empêcher de faire le malin. Mais il y avait quelque chose d’indéniablement satisfaisant à saisir des perches, à profiter d’une faille béante, un peu comme la blague qu’on ressort sans arrêt parce qu’elle est facile, et même usée jusqu’à la corde, elle faisait quand même rire. Franchement, lui, il avait besoin d’être corrompu ? C’était une blague ? Elle ne devait pas avoir la pleine mesure de ce qu’elle disait.  A parler en termes de métaphores, il n’y avait pas plus corrompu que lui et il n’avait besoin de personne pour que tout son entourage professionnel s’en rende compte. Par contre, en ce qui concerne sa dépravation spirituelle… Impossible. Personne ne pouvait le débaucher à part lui-même.

Etrangement, il s’abstint de relever la deuxième tirade de la jeune femme. Ce n’était encore qu’une réplique de plus pour essayer de le rendre coupable. Ahlala. Il était bien sûr personnage à jouer sur les mots, mais jamais au point de déformer leur signification. Octave était quelqu’un de particulièrement scrupuleux quant aux termes qu’il employait. Depuis son plus jeune âge, il avait été une personne dont le fonctionnement particulier l’avait rendu peu accessible à la compréhension commune. Pour bien se faire comprendre, il avait toujours eu besoin de tout expliquer en détails ; cela lui avait inculqué d’utiliser les mots à bons escient et selon leurs lexicographies propres. Donc on pouvait largement dire savait toujours précisément ce qu’il disait. Alors non, il ne « jouait » pas sur les mots dans ce cas particulier. Mais bon, quand on devait expliquer pourquoi on avait choisi cette formulation plutôt qu’une autre, c’était le signe du début d’un débat stérile. Donc il l’ignora tout bonnement.  

Pressée contre lui, il la sentait figée dans le béton, incapable de se défaire de son emprise, mais également de se laisser complètement aller. Patience, patience. Pourtant il allait bien y avoir un moment où il lui faudrait choisir. Mais c’était bien connu, il n’y avait rien de plus compliqué au monde que de savoir ce qu’on voulait dans la vie. Alors il allait devoir attendre très longtemps avant que Cassidy ne daigne prendre une véritable décision. De toute manière, elle semblait être justement encline à se laisser faire tout en bouillonnant de contradictions intérieurement. Oui, c’était indéniablement plus facile de se laisser aller quand on ne savait pas quoi faire, comment réagir à la situation, surtout quand on ne savait même pas quelle réaction était la plus adaptée. Et puis c’était plus facile aussi de rejet la faute sur l’autre par la suite.  

« Tu sembles vivre dans le moment présent, sans jamais penser aux conséquences futures. Tu n'anticipes donc jamais ?
- Si, je passe même mon temps à anticiper, mais ça ne m’empêche pas non plus de vivre strictement l’instant présent. L’un n’empêche pas l’autre à ce que je sache ? Regarde comme j’anticipe bien puisque tu finis dans mes bras sans broncher. »

Et il n’allait surtout pas la lâcher. Ce n’était certainement pas le bon moment, il était encore trop tôt et elle n’était pas suffisamment détendue pour que l’exercice ait véritablement un effet. Son corps était en cet instant beaucoup trop rigide, reflet d’un esprit tourmenté en permanence entre ce que lui dictait son désir de gagner et sa fatigue, à toujours tenir une attitude défensive. Elle devait être un peu exténuée de toujours aborder la vie comme un perpétuel combat de faux-semblants. Il n’y avait rien de plus épuisant dans l’existence que de se faire passer pour ce qu’on n’est pas ; aller à l’encontre de sa personnalité était destructeur et avait le don d’absorber tous les sucs de la vie. Toutefois Octave avait bien conscience que le travail qu’il avait entrepris était de longue haleine, et qu’il allait devoir être patient avant que la jolie gazelle ne daigne, si ce n’est se fissurer, au moins se détendre entre ses bras qu’il savait rendre confortables. Plus dure encore allait être la tache de lui faire comprendre que les circonstances qui avaient nourri leur rivalité étaient maintenant révolues, qu’il était temps de faire une pause bien méritée après une longue bataille sans scrupules. Il allait devoir habillement doser les éléments, faire attention à ne pas aller trop loin, ni trop tôt, sans toutefois non plus rester en retrait. Finalement, il était encore en train de jouer à un jeu dont lui seul connaissait l’existence, une danse, un pas en avant, deux pas en arrière. Quoi que, pour le moment, il semblait marcher bien droit sans avoir à rebrousser chemin.

« Tu as du mal avec les limites n'est-ce pas ? »

Ne lui avait-elle pas déjà posé la question ? Ah, si, sauf qu’il n’avait pas daigné y répondre sur le moment. Peut-être était-ce justement la bonne occasion ?

« Non, je les vois, elles sont là, mais je m’en fous, avec la pleine conscience de ce que je fais. »

Ce qui était franchement plus facile que d’avoir à tout considérer sans arrêt. Certes, il y avait des limites qu’il respectait, celles émises par les autres pour protéger à juste titre la pudeur, l’honneur, ou d’autres éléments qui entraient dans la sacro-sainte vie privée, et qu’il respectait par courtoisie. Et puis il y en avait d’autres, qu’il jugeait stupides car le fruit irréfléchi d’un cerveau malade et prétentieux. Celles-là, il prenait un plaisir particulier à les dépasser pour voir l’air prodigieusement outré du propriétaire. Avec Cassidy, c’était encore un peu différent. D’abord, il l’avait fait pour la taquiner, et parce qu’elle en faisait de même, et puis parce qu’ils jouaient. Puis, cela s’était mué en désir de la voir se rompre sous le poids de son armure.

« Que vas-tu faire maintenant ? Peut-être me laisseras-tu l'occasion de te démontrer que je suis capable de m'habiller seule ?... Ou alors vas-tu rhabiller la gentille fille que je suis ? »

Et voilà qu’elle s’allumait comme une brindille. Malheureusement pour elle, Octave savait bien que ce n’était pas par coquetterie, mais par désir de faire le même mouvement que lui, au même rythme, que Cassidy avait entreprit de le fixer avec ce regard de braise ardente. Elle n’en avait peut-être pas réellement envie, mais elle le faisait quand même pour ne pas rester au bord de la route, tant il était important pour elle de se montrer à la hauteur. Accentuant son sourire à cette idée, tout en faisant croire que c’était en réponse à son regard provocateur, Octave ricana doucement, pour ne pas dire mielleusement.

« Je suis sûr que tu en es parfaitement capable. Quant à moi, je vais t’aider à t’habiller, parce que j’aime bien le faire et puis on va aller savourer la bonne bouteille que j’ai commandé pour clore cette palpitante aventure en beauté. Ca nous permettra de nous détendre un peu, moi j’en ai besoin de tout cas. »

Sur ces mots, il retira sa main du dos de la sorcière et attrapa la robe rouge qui reposait encore sur son avant-bras, attendant sagement son heure. Cette fois-ci, il évita soigneusement de regarder la jeune femme plus bas que son cou, bien que du bout des doigts, il avait dû la frôler sans à priori faire exprès une bonne dizaine de fois. Et c’était ça le secret ultime, ne pas faire exprès. Du coup, ses caresses inopinées étaient douces et subtiles, comme une brise qui vous frôle et vous fait frémir par sa moelleuse chaleur. Lentement, le temps de retrouver le sens de la robe, Octave entreprit de l’enfiler par-dessus la tête de Cassidy. Avec précaution, il lui fit passer les bras dans les manches, avant d’en choyer le bas pour qu’elle se déplisse et coule le long de hanches de la blonde aux jambes sans fin. Voilà, elle était sèche et propre maintenant, joliment habillée. Ah non, encore quelque chose. Une fois de plus, le sourire discret inchangé aux lèvres, il passa une main derrière la nuque de la jeune femme avant de pousser sa lourde chevelure pour qu’elle sorte de l’emprise du vêtement. Maintenant c’était parfait. Mais Octave avait fini sa tâche, et à priori, il n’avait plus de raison de se tenir aussi proche, au point que leurs deux souffles s’entremêlent. Et pourtant, il avait décidé de rester. Il voulait voir si elle finirait par partir d’elle-même ou non. Ses bras pendaient maintenant de chaque côté de son corps, et c’était peut-être ce qui rendit l’atmosphère encore plus tendue. Son sourire bizarre, et puis leurs deux corps maintenant habillées qui se touchaient à peine que par frôlements discontinus et maladroits.  

« Tu veux aller où ? »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 25 Juil 2016 - 18:56

Cassidy Nehal Rowle, s’essouffler ? Mouahahah... Vraiment, il y avait cru ? Mais c'est qu'il était naïf ce petit poulpe... Certes, il arrivait parfois à la jeune femme de ressentir une légère fatigue, comme un petit étourdissement passager l'envahissant brusquement, le plus souvent après une grosse tension, mais ça s'arrêtait là. Depuis toujours Cassidy avait appris à repousser ses limites, qu'elles soient psychiques ou physiques, aussi lorsque l'asthénie la prenait, elle trouvait toujours un moyen de la surmonter, ne tolérant aucune faiblesse de sa part. Elle maîtrisait son corps tout comme elle maîtrisait son esprit. Aussi toute affaiblissement qu'il soit physique ou mental était inlassablement repoussé. Elle n'avait jamais appris et ne savait pas écouter ce que son corps tentait parfois de lui exprimer, avec tous les risques que cela pouvait comporter. Ne pas écouter son corps, emmurer ses sentiments dérangeants et ses émotions perturbantes, se forcer à avancer la tête droite avec ce sourire plaqué mais pourtant ô combien naturel, être forte, insensible, distante, se méfier, anticiper, calculer... Comment pouvait-elle encore ne serait-ce que respirer ? Figée dans cette position d'ascétisme qui lui avait été imposée depuis l'enfance, la jeune femme était bien incapable, ne serait-ce que d'envisager fonctionner autrement.

Telle une danseuse de corde aveugle, elle avançait sur le fil tracé de sa vie, droite et sûre d'elle, sans prêter attention aux éléments extérieurs risquant de venir la perturber au point de la faire tomber, ne laissant personne l'approcher de trop près ayant trop peur de se retrouver dans l'obligation de bifurquer de son chemin. Eviter les obstacles risquant de la corrompre, contourner habilement les pièges laissés sur sa route. Etre droite, ne jamais faillir au risque d'y laisser la vie. Depuis l'assassinat de sa mère par son père, Cassidy avait réussi à s'en tirer de justesse. Si elle était encore en vie aujourd'hui, elle le devait à son aptitude infaillible à manipuler et à dissimuler ses idéaux, pourtant bien différents de ceux de son paternel. Alors, pourquoi tenter le diable à changer ? Si elle voulait survivre, elle n'avait pas le loisir de choisir. Mais voilà qu'aujourd'hui son destin - Peeves - l'avait conduite dans les bras audacieux d' Octavius Holbrey. Celui-ci était apparu comme une fleur en travers de son chemin, et s'il avait commencé à s'en écarter à la sortie de la bibliothèque, il semblait désormais avoir changé d'avis et demeurait posé en plein milieu de son fil, tel un éléphant têtu qui n'avait visiblement aucunement l' intention de bouger.

Aussi, si la jeune femme ne bougeait pas elle non plus, demeurant prisonnière dans les bras lu bibliothécaire, ce n'était pas par fatigue, non. Une abdication ? Non plus. Bien qu'il pouvait être aisé de penser cela au premier coup d’œil, l'éclat rageur qui faisait scintiller son regard turquoise venait à coup sûr rectifier le tir ; la demoiselle était bien loin de renoncer à son combat plus ou moins silencieux. Il s'agissait bel et bien d'une résistance. Passive ou active ? Hum... La question était intéressante et il n'y avait pas vraiment de réponse adéquate à vrai dire. De part le fait qu'elle ne bougeait pas, son attitude pouvait être répertoriée dans une sorte de passivité, mais n'importe quel legilimens qui aurait l'audace de s'aventurer dans ses pensées s'en serait mordu les doigts et en serait à coup sûr, ressorti aussi vite devant l'étendue et l'intensité de son conflit interne. Le combat faisait rage avec une violence digne d' un orage de grêles lors de chaudes nuits d'été. Une barrière mentale, un mur de briques de mots, de pensées rationnelles, de défenses plus ou moins élaborées faisait barrage à un torrent d'émotions incontrôlées et d'affects repoussés depuis plus de dix ans, prêt à tout emporter sur son passage. De l'activité, ça il y en a avait, et pas qu'un peu... Qui aurait pu penser qu'un petit corps comme celui de Cassidy était capable de supporter un tel degré, une telle intensité de destructivité ?

« Ah oui ? J’avais vraiment besoin d’être corrompu ? Et puis, j’ai dit que tu en avais profité, pas que j’étais contre. », répondit-il vivement.

La jeune femme, bien que figée, laissa échapper un petit sourire amusé devant sa surprise, tandis que sa tête reposait encore contre le buste de l'homme.

« Bien entendu que tu avais besoin d'être légèrement débauché... Après tout ce que tu avais laissé entendre à Henry sur mon compte, j'ai pensé qu'il serait plus juste de rétablir l'équilibre entre nous deux en noircissant un peu ton image du parfait bibliothécaire. », ricana-t-elle.

En revanche, lorsque ses doigts masculins frôlèrent sa peau en écartant lentement les pans de sa robe mouillée, et qu'elle le provoqua dans une tentative d'obtenir de sa part un rejet, un mouvement brusque venant rompre ce rythme d'une lenteur infernale, il ne réagit pas plus qu'un enfant étant appelé pour faire ses devoirs de vacances, ne prenant même pas la peine de lui répondre, continuant son effeuillage avec une concentration hors paire. Il ne daigna pas non plus entrer sur le terrain de l'intellect qu'elle lui avait proposé, toujours dans cette même tentative de mise à distance. Rien à faire, borné qu'il était, il avait non seulement choisi de ne pas rétorquer, mais également de rester sur un terrain plus sensoriel qu'intellectuel.

« Tu sembles vivre dans le moment présent, sans jamais penser aux conséquences futures. Tu n'anticipes donc jamais ?
- Si, je passe même mon temps à anticiper, mais ça ne m’empêche pas non plus de vivre strictement l’instant présent. L’un n’empêche pas l’autre à ce que je sache ? Regarde comme j’anticipe bien puisque tu finis dans mes bras sans broncher. »

Devant sa réponse insolente, Cassidy se raidit davantage, comme si elle venait d'être frappée par un sortilège de pétrification. Foudroyée sur place. Un instant, elle cru que ses jambes allaient céder, avant qu'elle ne se reprenne et ne leur ordonne de continuer à la soutenir. Ce n'était pas le moment de craquer. Les battements de son cœur se mirent à accélérer tandis que ses mains qui avaient été jusqu'à présent sans vie de chaque côté de son corps, se posèrent avec force sur le torse de son bourreau, tentant vainement de le repousser. Comment osait-il ce poulpe de malheur ? Toujours maintenue fermement par ce bras dominateur, elle releva vivement ses yeux vert d'eau bouillonnant d'une rage sans pareille :

« Tu plaisantes j'espère Octavius ? - il n'avait aucune idée du massacre qui se déroulait dans sa tête - Je ne " finis pas dans tes bras sans broncher ", loin de là ! Les apparences sont parfois trompeuses, crois-moi ! », répondit-elle d'une voix tremblante de rage.

Elle allait exploser. Boum. Disparu Octavius Holbrey, en sushi le poulpe au sourire Colgate. Cette fois, elle ne manquerait pas son coup. Il était agile, vif et souple, ce qu'elle ignorait lors de son premier essai, mais désormais elle le savait. En une fraction de seconde, sa main droite se porta à sa hanche, mais au lieu de plonger dans la lourde poche de sa cape noire, elle ne rencontra que sa peau nue. Un instant, ses yeux s'agrandirent. Où était sa baguette ? Pas sur elle, ça c'était sûr... Par la barbe de Merlin... était-ce possible ? Elle l'avait oubliée dans la bibliothèque suite à leur départ précipité. Il allait falloir qu'elle remette les pieds là-bas si elle voulait la récupérer... Si les iris de la jeune femme avait eu la capacité de tuer, le poulpe serait déjà à terre, gisant dans une marre d'encre, tel le misérable mollusque pas frais qu'il était. Par Merlin, comment avait-il osé lui sortir qu'il avait anticipé de l'avoir dans ses bras, sans qu'elle ne bronche ?! Les poings de la blonde se serrèrent avec une telle violence que ses ongles s'incrustèrent dans la peau fine de ses paumes. Bien sûr qu'elle " bronchait " comme il s'amusait à dire d'une voix mielleuse à rendre malade les abeilles, seulement cela ne se voyait pas tout simplement parce que c'était interne ! D'ailleurs... Non... En fait, il avait raison. Elle ne bronchait pas. Non, elle hurlait de rage, se démenait comme une tigresse devant des braconniers, attaquait avec un désespoir certain cet homme qui osait transgresser toutes les limites avec cette audace si singulière qui le définissait.

« Non, je les vois, elles sont là, mais je m’en fous, avec la pleine conscience de ce que je fais. »

Sans blague ? Non il devait mentir, ce n'était pas possible autrement. Les percevait-il vraiment ou avait-il besoin qu'elle lui paie une paire de lunettes... ou de lentilles ? Parce que là, ça devenait dramatique. S'il les voyait réellement, comment pouvait-il s'en moquer à ce point ? C'était à la limite de d'indécence et du non respect des autres.

« C'est bien ce que je disais, tu as du mal avec les limites, d'autant plus que tu prétends les voir, ce qui rend la chose encore plus... inq... étrange. »

Elle devait faire attention aux mots qu'elle employait. Jamais personne n'était parvenu à la mettre dans un tel état. Façade calme, maison aux portes closes et aux volets fermés. Maisonnette dans la campagne paisible, sous un beau soleil de printemps. Octavius avait été le visiteur curieux, intrusif, ayant tenté de pousser la porte de la charmante maison ; chose que plusieurs avaient tenté de faire, en vain. Il y avait mis une telle force de personnalité, une telle provocation qu'il avait réussi à entrouvrir celle-ci, créant un interstice laissant deviner un intérieur beaucoup plus sombre. Maintenant, il était en train d'en payer le prix, tel Pandore ayant succombé à la tentation d'ouvrir la boite interdite contenant les maux de l'humanité. Elle devait l'aider à refermer la boîte, le libérer de la tentation d'y fourrer son nez un peu plus profondément, c'est pourquoi le feu recommença à se répandre.

« Que vas-tu faire maintenant ? Peut-être me laisseras-tu l'occasion de te démontrer que je suis capable de m'habiller seule ?... Ou alors vas-tu rhabiller la gentille fille que je suis ? »

Allez, fuis au loin. Cours, vole. Peu importe la façon tant que tu t'éloignes. ça brûle par ici, pourquoi n'es-tu pas en mesure de le voir ? Il ricana, oui oui, une fois de plus il lui ricana au nez avec ce sourire mielleux des plus irritants.

« Je suis sûr que tu en es parfaitement capable. Quant à moi, je vais t’aider à t’habiller, parce que j’aime bien le faire et puis on va aller savourer la bonne bouteille que j’ai commandé pour clore cette palpitante aventure en beauté. Ça nous permettra de nous détendre un peu, moi j’en ai besoin de tout cas. »

Pourquoi aimes-tu le faire ? Pourquoi ce calme soudain ? Pourquoi ne réponds-tu plus à mes attaques, à mes griffes pourtant bien aiguisées ? La soudaine obscurité dans laquelle elle se retrouva brusquement plongée, vint couper court à toute réflexion. Il venait de commencer son travail d'habillage qui lui était si cher en lui faisant enfiler la robe par la tête cette fois. Les yeux grands ouverts mais la respiration contrôlée, Cassidy prit sur elle. Inspire, expire, inspire, expire. Ne pas le laisser entrevoir à quel point l'incendie s'était de nouveau propagé en elle. Ses gestes étaient délicats, et ses frôlements par inadvertance, plus légers que la brise elle-même. L'ensemble de ce tableau l'électrisait au possible. Perdue, Cassidy se laissa faire, le cerveau à l'envers. Tandis que ses pensées s'emmêlaient dans son esprit tout autant que ses cheveux dans le tissu de la robe, Octavius l'habillait souplement, avec des mouvements des plus délicats, comme s'il avait peur de la briser. Mais n'était-ce pas là ce qu'il s'évertuait à faire d'une certaine façon ? Briser ses défenses, empiéter sur son territoire, essayer de couper le fil sur lequel elle marchait, démolir pierre par pierre cet équilibre qu'elle s'était tant donné de mal à construire. Pourquoi restait-il près d'elle, à s'occuper d'elle alors qu'elle ne faisait que le repousser de toutes ses forces ? Qu'attendait-il pour fuir et retrouver sa vie paisible ? Peut-être était-il masochiste... Quoiqu'il en soit, ces deux-là n'auraient jamais dû se rencontrer..
Il était fatigué et avait besoin de se détendre ? Grand bien lui fasse, elle ne l'était absolument pas. Chez elle, la tension était permanente et les moments de ce qu'il appelait " détente " lui étaient inconnus. Sauf lorsqu'elle dansait, mais ça c'était une toute autre histoire. Pour le plus grand malheur du sorcier, il venait de réveiller une nouvelle vague d'énergie en elle. L'habitude ou la jeunesse ? Qu'importe au final, elle redoublait d'énergie, tel un volcan en éruption.

Dans un mouvement souple, la robe glissa le long de son corps, épousant gracieusement ses courbes féminines. The end. Le supplice était enfin terminé, elle était désormais libre de tout mouvement. Un léger soupir qui commençait à naître sur ses lèvres avorta lorsqu'elle vit la main du brun se rapprocher de nouveau de son visage, avec toujours ce foutu sourire affiché inlassablement sur le sien. Était-ce sa marque de fabrique ? Les doigts se faufilèrent de nouveau dans sa nuque et d'un geste expert, il libéra son épaisse chevelure avant de laisser retomber son bras le long de son corps. Bon cette fois, c'était la bonne. Tout était fini : elle était rhabillée, et ses cheveux cascadaient librement sur ses épaules. Mais alors, pourquoi restait-il là, si proche qu'elle pouvait entendre le rythme de sa respiration, n'esquissant aucun mouvement, les bras pendant le long du corps tel un pantin désarticulé ?

« Tu veux aller où ? »

Loin de toi. Loin de toute cette tension. Sombrer dans un sommeil éternel et oublier tout ce qui s'était passé ce soir. Elle l'aurait bien laissé en plan avec sa bouteille d'alcool, mais elle ne pouvait pas prendre le risque de rentrer seule ce soir. Qui sait comment Henry se serait remis de leur mise en scène ? Elle ne tenait pas à le croiser en rentrant au château.

« Tu sens l’échalote Octavius. », répliqua-t-elle d'un ton neutre.

Pan, prends-toi ça en pleine face. ça fait du bien à l'Ego, n'est-ce pas ? C'était totalement faux, son odeur était tout simplement masculine, mais elle voulait juste qu'il s'écarte, qu'il prenne ses distances alors tous les coups étaient permis, quitte à le vexer. Il lui laissait le choix... C'était dangereux ça. Faire un choix revenait à livrer une partie de nous, de nos habitudes, ou encore nos préférences secrètes. Il était décidément rusé. Après un moment de silence, elle haussa les épaules, signe qu'elle n'avait pas vraiment de préférence :

« Peu m'importe, choisi juste un endroit peu fréquenté mais évitons la Tête de Sanglier, c'est glauque. »

Rohan O'Quinn y travaillait et elle ne tenait pas particulièrement à le croiser.

« Qu'as-tu fait de ma cape ? »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 25 Juil 2016 - 22:09

« Bien entendu que tu avais besoin d'être légèrement débauché... Après tout ce que tu avais laissé entendre à Henry sur mon compte, j'ai pensé qu'il serait plus juste de rétablir l'équilibre entre nous deux en noircissant un peu ton image du parfait bibliothécaire.
- Moi, parfait ? C’est trop d’honneur. »

Elle était d’une violence viscérale, ce qui avait le don de ternir sa beauté naturelle, comme tout mauvais caractère pouvait altérer un charmant visage. Tant de prosaïsme et de vulgarité ne rendaient jamais service à personne, transformant une belle âme en laideur et flétrissure. Malgré tout, elle l’avait intrigué par sa véhémence perpétuelle, comme un cheval qui ne se laissait jamais dompter par rien ni personne, parfois au péril de sa vie. Mais il l’avait vue, au travers de cette minuscule et tortueuse fracture, la chaleur d’une sensibilité incommensurable. Et ça la rendait encore plus séduisante aux yeux d’Octave, qui cherchait sans relâche les personnalités en mesure de lui donneraient un certain frisson. Il avait fait en sorte que la vie lui soit facile, ou plutôt, son caractère embrassait le monde avec la simplicité d’un esprit qui avait enfin atteint l’harmonieuse félicité et ne voulait pas la lâcher. Cela avait pris du temps, mais il était habillement parvenu à trouver un équilibre entre lui-même et la nature qui l’entourait. En revanche, facile ne voulait pas dire sans intérêt. Il abordait -en tout cas il essayait-la vie avec dépouillement, sans se laisser prendre dans la confusion de l’existence, ce qui lui valait cette sérénité quasi constante. A partir du moment où il avait déterminé ce qu’il ne voulait pas -à défaut de pouvoir se décider précisément sur ce qu’il voulait-, les choses s’étaient grandement simplifiées pour lui. Son sang-froid et son pragmatisme maladif lui avaient permis d’agir de la sorte, dans l’absence de considération pour les schémas complexes, l’ignorance de l’indécision. Le monde était simple. Il y avait ce qu’il voulait, et ce qu’il ne voulait pas. Le reste n’était que de la contrainte, fruit d’esprit pour lesquels il ne portait pas d’intérêt. Alors il était en permanence serein, à défaut d’être heureux -car le bonheur ne pouvait être un état continu. Et ce qu’il ne voulait surtout pas, s’était s’ennuyer. Aussi, sa fascination pour les énigmes l’avait amené dans ces toilettes, à considérer cette jeune femme.

Elle avait voulu le maudire, mais l’absence de baguette magique l’avait freinée dans son geste, ce qui ne manqua pas d’amuser Octave. Au moins, ils étaient à égalité, tous deux dans l’incapacité d’utiliser la violence. Enfin, surtout elle. Pour sa part, il ne faisait appel à la force physique qu’en de très rares cas, éventuellement lorsqu’il y était véritablement contraint. Pourtant, il en était parfaitement capable, et pas qu’un peu, étant doté d’une force que peu lui soupçonnaient. En même temps, rares étaient ceux qui avaient eu le loisir de constater à quel point son corps était sec et finement musclé, signe d’un entrainement explosif. Autant il maitrisait son corps, autant il préférait nettement les jeux de l’esprit. Peut-être même que l’un découlait logiquement de l’autre. Ainsi, même s’il savait parfaitement se défendre en cas de besoin, il optait souvent pour le discours, surtout quand on le frappait, sa parole ayant toujours le don d’arrêter les coups, lui donnant alors plus de satisfaction que s’il l’eut arrêté de ses mains. Fort heureusement, la baguette n’était pas là, et il n’avait pas eu à subir quelque douloureux sort. Si elle voulait l’user, ce n’était certainement pas par la force qu’elle allait y arriver ; cela avait d’ailleurs tendance à affermir sa détermination plus qu’à le briser. S’il y avait bien une manière de le faire faiblir, c’était par la parole, mais la jeune femme avait beau tirer dans le tas, ce n’était jamais dans le mille. En même temps, elle ne savait pas trop où viser… Eh non, l’orgueil n’était pas sa véritable faiblesse. Enfin, elle ne l’était pas assez pour véritablement le toucher autrement que de manière superficielle.

Et puis, pourquoi est-ce que ça la faisait autant rager, hein ? Question rhétorique, bien entendu, mais elle devrait se la poser à un moment où à un autre, tout de même. Ou peut-être que son inconscient l’avait déjà fait à sa place, et qu’il en avait conclu qu’elle réagissait de la sorte car ses sentiments rentraient en contradiction avec ses principes. Un peu comme un mormon qui sort pour la première fois du cercle familial pour voir le monde. Le monde est beau, grand, viril et irrésistible, mais Dieu a dit que c’était mal. Ou pareillement à un elfe de maison qui désobéissait à son maître pour se châtier la minute qui suivait sa soudaine rébellion. Octave avait l’habitude de cette réaction d’esclave charmé par la tentation, ne se débattant hargneusement pas tant contre le désir, mais contre lui-même et la contradiction insoutenable dans laquelle le plongeait ce même désir. Octave semblait libre et parfaitement en paix avec sa manière de faire, ce qui avait le don de frustrer certains, outrer, rendre colérique, voir même jaloux parfois. Et puis, soit on essayait de l’imiter, soit on le considérait comme un paria pour sa désobéissance aux règles, ce qui était encore plus insupportable et scandalisant, puisqu’il ne faisait jamais rien comme personne et en tirait de la satisfaction quand même. Et définitive, une bonne partie finissait par le détester car peu nombreux étaient ceux qui parvenaient l’imiter, rejoignant les rangs des frustrés. Il était troublant, il le savait et en profitait allègrement. Ca lui donnait de la force plus que le reste. Même si c’était tout de même fatiguant d’être étrange…

« Tu sens l’échalote Octavius. »

Cette remarque était comme le geste qu’elle avait eu plus tôt, lorsqu’elle avait tenté de s’écarter de lui, mais pas de manière très persuasive. Cette faible et peu convaincue tentative de le pousser était légèrement pitoyable. Tout comme cette réplique. Il ne savait pas si c’était vrai, ou si c’était faux, mais il était sûr qu’elle l’avait fait exprès dans le but de le blesser d’une manière ou d’une autre. Et comme il en avait pleinement conscience, Octave ne put qu’accentuer son sourire, le rendant quelque peu amusé, mais surtout charmé, montrant ainsi qu’il ne lui tenait pas rigueur pour cette remarque d’une impolitesse considérable et d’une petitesse certaine. Si elle n’avait rien trouvé de mieux, c’est qu’elle n’avait pas vraiment envie d’essayer. Cette pensée attendrit son regard qui devint presque affectueux, tant il était sensible à tous ses gestes de résistance qui étaient là plus pour le tester, pour voir si lui aussi allait fuir. Elle, ne s’était pas enfuie en tout cas, et ça le rendait heureux. Et satisfait d’avoir su viser avec autant de justesse. Parce qu’il était sûr d’une chose, c’est que si elle avait voulu partir, elle ne se serait pas gênée pour le faire. Mais quelque chose visiblement la retenait. Et ça ne pouvait être que lui. Il en était de même pour ce qu’elle lui avait répondu : « Je ne finis pas dans tes bras sans broncher, loin de là ! Les apparences sont parfois trompeuses, crois-moi ! ». Elle avait fait exprès, par esprit de contradiction, de prendre la remarque d’Octave au sens réduit, alors qu’il voyait large. Elle avait du répondant, c’était sûr, mais globalement, elle ne bronchait pas, se laissant gracieusement faire. Mais elle n’avait pas caractère à l’avouer avec un sourire de débauche en coin des lèvres, contrairement à lui. Pour elle, se laisser aller était une faiblesse, pour lui, un plaisir.

« Ah oui ? J’en suis navré. »

Il ne cessait de sourire toute en douceur, du bout des lèvres, avec le regard illuminé comme un sapin de Noël. Eh non, pas de coup d’œil outré, ni de veine frustrée, palpitante sur son front, ni de croisement de bras sur la poitrine dans un geste défensif. Il n’avait, lui non plus, pas bronché d’un pouce, ou juste un peu, se contentant d’incliner la tête sur le côté dans un geste complaisant.

« Qu'as-tu fait de ma cape ? »

Ses yeux se dirigèrent au plafond, alors même qu’il tentait de s'en souvenir. Pendant quelques instants, l’air sérieux, il réfléchissait, la cape ayant été le dernier de ses soucis lorsque la transformation avait commencé dans les toilettes. Ah, oui… Son regard revint vers Cassidy, comme s’il venait d’explorer une carte qui était fixée au plafond et qu’il avait été le seul à voir.

« Je sais où on va aller ! A la recherche de ta cape ! Mais attends-moi ici. »

Clin d’œil complice. D’un geste tout en élégance et fluidité, il se décolla de la blonde gazelle ; enfin, il l’effleura doucement tout en la contournant, comme l’eau qui épouse le rocher pour poursuivre sa route. Doucement, il entrouvrit la porte des toilettes et chercha leur table du regard. Les serveuses avaient nettoyé le massacre et maintenant, une belle bouteille de bulles trônait sur une nappe immaculée comme un trophée. S’assurant que personne ne le regardait et que tous les employés étaient occupés à leur tâche, il s’engouffra dans l’entrebâillement, qu’il prit soin de refermer derrière soi. Une fois dans la salle, il se dirigea d’un air naturel, mais discret, vers la table en ondulant entre les clients. Moins on essayait de paraître normal, plus on arrivait à ne pas se faire remarquer ; il ne fallait juste pas se forcer ni stresser. Un exercice compliqué à première vue pour quelqu’un qui voguait entre les extrêmes. Mais Octave savait faire les choses comme il le fallait quand il le fallait. Saisissant la bouteille comme si c’était dans le cours logique des événements, il fit prestement demi-tour, sa pirouette ressemblant davantage à un pas de danse qu’à une fuite précipitée. Il revint dans les toilettes comme il était parti : furtivement, mais avec la prestance des gens qui n’ont rien à cacher.

Le sourire aux lèvres, satisfait qu’il était de sa réussite, Octave se dirigea directement vers la fenêtre, qu’il ouvrit. Une brise légère, mais fraîche, s’infiltra dans la salle, messagère d’un automne en devenir et d’un été sur le déclin. De quoi frissonner sensiblement sans avoir froid. Aspirant une grande bouffée, il s’assit sur le rebord, faisant dos à la rue. Ca allait, la fenêtre n’était pas plus étroite que ses épaules, mais il se trouvait tout de même dans l’obligation de les rentrer pour passer. Les bras serrés contre son corps, il jeta un regard enjoué à Cassidy :

« Je pense qu’Henry sera plus qu’enchanté de payer l’addition. Mais pour le moment, il faut fuir ! »

Et sur ses mots, il se laissa tanguer vers la rue, en exécutant une souplesse arrière sur une main, tandis que l’autre tenait encore le champagne. Heureusement, la fenêtre était assez haute pour qu’il ne se prenne pas les pieds dans l’encadrement. En se redressant, il sentit que le sang lui était monté à la tête, rougissant légèrement ses joues. Il jeta un regard vers Cassidy avant de vérifier s’il y avait du monde à sa droite ou à sa gauche. A droite, des gens circulaient par la route principale sans un regard dans leur direction, à gauche, personne, juste la même ruelle sinueuse qu’il avait emprunté dans la quête de vêtements. Esquissa un son sourire légendairement louche et provocateur, il déclara :

« Par contre, il faut que tu me suives, sinon je ne te rendrai jamais ta cape, même si je la retrouve. Et puis, tu n'as pas le choix, si tu ne veux pas être obligée de payer une facture avec de l'argent que tu n'as même pas sur toi. »

Elle était fière, et lui était gentil, alors il prit le soin de lui faciliter la tâche. Peut-être qu’elle ne l’aurait pas suivi d’elle-même, la curiosité ou l’entêtement n’étant pas toujours assez forts pour surpasser la vanité avec laquelle elle faisait mine de le détester. Du coup, il avait bien voulu être courtois et lui donner une raison. Un ultimatum. Probablement d’ailleurs que ce dernier allait la faire encore plus pester contre lui, qui osait la menacer alors que c’était entièrement sa faute si elle n’avait plus sa cape. Mais comme dit, Octave savait rendre la vie difficile, tout comme il savait la rendre simple. Avec sa tendance à la théâtralisation, il accentua son sourire tout en regardant la jeune femme, avant de disparaître du cadre de la fenêtre, comme un personnage de tableau magique, se dirigeant d’un pas tranquille et relax vers le jardin où la cape devait encore paisiblement traînait sur la pelouse.  

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mar 26 Juil 2016 - 23:48

Pouf. Juste un lamentable pouf. Voire un léger pffffit. Elle avait tout tenté mais l'incendie qu'elle avait voulu déclencher ne démarrait pas, alors qu'elle avait tout fait pour raviver le brasier. Souffler, tempêter... Elle-même s'était de nouveau enflammée, des étincelles de rage émanant de tout son corps. Pourquoi refusait-il le combat, pourquoi ce soudain revirement de situation, que recherchait-il ? N'avait-elle pas assez appuyé là où ça faisait mal ? L'orgueil, l'ego... Il semblait pourtant en avoir à revendre et y tenir à en juger par ses vêtements paraissant à première vue coûteux, son style vestimentaire travaillé lui donnant une apparence soignée et propre sur lui. Il possédait également une éloquence paraissant des plus naturelles, et un vocabulaire plutôt travaillé, peut-être là le résultat d'une éducation rigide ? Alors pourquoi ses tentatives diverses visant à venir titiller son égo semblaient-elles condamnées à échouer les unes après les autres ? Les étincelles s'envolaient dans les airs, ne semblant pas parvenir à l'atteindre en profondeur, se contentant de l'effleurer telle une brise un peu fraîche. Il souriait, étrangement, vicieusement, malicieusement... Et même avec une certaine tendresse. Un regard amusé et doux... Trop doux encore une fois. Par Merlin, ce n'était pas ce qu'elle recherchait ! Que fallait-il qu'elle fasse pour qu'il daigne enfin s'éloigner ? Peut-être ne visait-elle pas au bon endroit ? Il y avait bien cette autre faiblesse qu'elle avait réussi à déceler chez lui... L'amour, cette... chose dont elle avait pu abuser outrageusement sur lui à la bibliothèque, en manipulant le plus fidèle représentant de ce concept abstrait : un baiser. Néanmoins, même si elle était capable d'en jouer, Cassidy ne s'était autorisée cet écart que parce qu'il était à ce moment-là enfermé dans son propre corps. Elle ne l'avait pas directement embrassé, non, elle s'était embrassée. Aussi, maintenant qu'il avait récupéré toute sa virilité et sa masculinité, elle n'était pas certaine de vouloir retenter l'expérience.

« Ah oui ? J’en suis navré. »

Rien, elle n'obtint rien de plus ; ni le mouvement de recul gêné qu'elle avait espéré voir naître chez lui, ni la mimique à peine esquissée d'un froncement de sourcils, même des plus légères. Rien, niet, nada. L'air outré qu'il lui été arrivé d'adopter ? Disparu. Il restait là, campé devant elle comme si ses pieds nus étaient coincés dans du béton. Un visage lisse des plus sereins, un sourire étrangement doux ornant ses lèvres, paraissant presque... attendri ? Cassidy ne put retenir un mordillement nerveux de sa lèvre inférieure déjà fissurée, déclenchant de nouveau le léger saignement de cette dernière - décidément elle ne parvenait pas à se défaire de cette manie. Mais par le slip de Merlin, qu'avait-elle fait pour obtenir une telle réaction ? La tête légèrement inclinée, son regard scintillait de plus belle, mais il ne s'agissait en aucun cas de rage et ni même simplement de colère. Il était des plus calmes, tandis que son état à elle pouvait parfaitement tenir la comparaison avec une tempête... Non, un ouragan ; un ouragan associé à un ciel orageux rempli de lourds nuages noirs. Bien épais.

« Qu'as-tu fait de ma cape ? »

Visiblement, ce détail lui avait échappé. Tandis que son regard se perdait dans des nuages imaginaires dont lui seul semblait connaître l'existence, Cassidy observa ses traits changer, son expression se modifier au point de rendre son visage totalement différent. Merlin, combien de facettes possédait-il au juste ? Au delà du nombre de visages qu'il était capable de revêtir avec une aisance particulièrement inquiétante, un autre détail aurait sauté aux yeux de n'importe qui : même emprunt d'un air sérieux, à la limite de la gravité, Octavius possédait un charme naturel évident, certes différent de lorsqu'il arborait un faciès insolent, ou attendri, mais tout aussi indéniable. Bien évidemment, ce détail échappa comme par magie à la jolie blonde qui n'était pas vraiment d'humeur à se laisser charmer par qui que ce soit.

« Je sais où on va aller ! A la recherche de ta cape ! Mais attends-moi ici. »

Un clin d’œil audacieux se perdit dans l'air ambiant tandis qu'il la contournait tout en prenant soin de la frôler au passage. Bon sang, elle allait lui apprendre les limites, foi de Cassidy ! Elle l'observa, interdite. Un gamin. Il possédait la joie de vivre et la vitalité d'un enfant encore pur et innocent. Pourtant, la vie d'un adulte était logiquement beaucoup plus complexe que celle de ces chérubins aux joues roses et aux visages ronds incapables de voir plus loin que leur biberon, leur tétine, ou encore pour les plus âgés, que le moment présent. Enfin, il avait finit par se décoller d'elle et la jeune femme en ressentit un vif soulagement tandis qu'elle s'autorisait enfin à reprendre un rythme de respiration normal.

« Tu l' as perdue ? »

Tandis qu'il se dirigeait vers la porte des toilettes sans daigner une fois de plus lui répondre, la Rowle se pencha afin de ramasser la robe cyan trempée qui gisait désormais sur le carrelage froid, le maudissant de tout son être. Il avait osé perdre sa cape et par la même occasion, un nombre étonnant de potions se trouvant dissimulées dans les diverses poches de cette dernière. S'il ne la retrouvait pas, il allait falloir qu'elle recommence toutes ses préparations... Il lui bouffait son temps et son énergie, même sans le vouloir, c'était tout simplement incroyable. Lentement, presque sournoisement, le traître ouvrit la porte et se faufila dans l'interstice, disparaissant de son champ de vision, fidèle au poulpe qu'il était.
Une fois seule, la jeune femme s'approcha d'un pas léger de son reflet que lui renvoyait les miroirs surplombant les lavabos. Une, deux, trois, quatre Cassidy. Laquelle était la vraie ? Y-en avait-il une réelle au final ? Il lui arrivait parfois d' en douter, tel un imitateur ayant oublié sa propre voix après être monté sur scène en proposant un spectacle grandiose pendant plus de dix ans. La jeune femme porta un doigt à sa bouche. Sa lèvre était vraiment abîmée, profondément entaillée laissant entrevoir la chair à vif... Comment avait-elle pu se mettre dans un tel état ? Même son oncle paternel Thorfinn, n'y était jamais parvenu et pourtant il était véritablement doué en matière de provocation. Néanmoins, face à lui Cassidy avait appris à conserver son calme et désormais il s'agissait plus d'une habitude que d'un réel combat interne. Avec Octavius, le problème semblait différent tout simplement parce que leur relation était des plus ambiguës, et qu'elle ne se contentait pas de lui vouer une haine viscérale comme elle pouvait le faire avec son oncle.

La porte s'ouvrit et le bibliothécaire reparu,armé de son éternel sourire Colgate à deux mornilles, avec une bouteille de champagne à la main. Que comptait-il faire au juste ? Il ne pensait quand même pas la boire dans les toilettes ? Ou peut-être voulait-il être plus proche de la cuvette s'il devait être amené à vomir après tout ce qu'il avait mangé... Interloquée, Cassidy le dévisagea sans comprendre.

« Qu'est-ce que tu fais avec... », demanda-t-elle.

Il s'approchait désormais de la haute fenêtre sous le regard incrédule de la jeune femme. Par Merlin, qu'avait-il en tête cette fois ?

« - Je pense qu’Henry sera plus qu’enchanté de payer l’addition. Mais pour le moment, il faut fuir !
- T'es pas sérieux ? Non, reviens ici ! - elle se précipita vers lui, tandis qu'il enjambait souplement la haute fenêtre - Octavius Holbrey ! On ne peut pas se sauver comme... »

Il n'allait pas oser ce sale mollusque... Sa main faucha l'air, ne faisant que frôler le bras musclé du sorcier. Trop tard, c'était trop tard, il avait déjà sauté afin d'en sortir d'une manière on ne peut plus originale. Sérieusement ? Une souplesse arrière ? A une main ? Non mais vraiment... Loin d'être impressionnée, du moins consciemment, Cassidy lâcha un grognement. Connaissait-il la simplicité ? Non, définitivement non... Les extrêmes, encore et toujours les extrêmes. Les joues légèrement rosies par l'effort, il se redressa victorieusement. La jeune femme quant à elle, l'observait sur la pointe des pieds depuis la fenêtre qui ne laissait dépasser que ses yeux.

« Reviens ici ! Tu ne peux pas faire ça ! Ils vont se souvenir de ma tête ici, surtout avec tout ce que tu as commandé ! Je vais avoir des problèmes si on ne paye pas ! »

Pour toute réponse, il se contenta d'esquisser de nouveau son fameux sourire provocateur tout en lui rétorquant :

« Par contre, il faut que tu me suives, sinon je ne te rendrai jamais ta cape, même si je la retrouve. Et puis, tu n'as pas le choix, si tu ne veux pas être obligée de payer une facture avec de l'argent que tu n'as même pas sur toi. »

Certes, elle n'avait pas d'argent, enfin, plus puisqu'il avait égaré sa cape dans laquelle elle conservait toujours quelques espèces. Le sale troll !

« Je te déteste Octavius Holbrey, je te déteste vraiment, tu n'imagines même pas à quel point ! », maugréa-t-elle du haut de la fenêtre.

Malgré ses talons, seuls ses yeux dépassaient de la fenêtre. Comment allait-elle faire pour le rejoindre ? Elle ne pouvait décemment pas transplaner. Déjà qu'en temps normal elle se ratait lamentablement neuf fois sur dix, alors là vu son état d'énervement, ce n'était même pas la peine d'y penser.

« J'te le ferai payer au centuple sale poulpe... », pesta-t-elle en enlevant ses talons noirs, disparaissant cette fois totalement de la vue du bibliothécaire.

Pieds nus sur le carrelage glacé, ayant retrouvé son pathétique mètre cinquante-trois, la jeune femme leva de nouveau ses prunelles turquoises vers la fenêtre. Celle-ci lui paraissait définitivement hors de portée. Trop haute, beaucoup trop haute. Bon sang, comment je vais me sortir de là ? Réfléchis Cass', réfléchis et vite. Hum... Son regard scruta attentivement son environnement, balayant tout sur son passage tel un raz-de-marée. Oui... Il n'y avait que celle possibilité. Elle s'approcha alors du lavabo avant de se hisser dessus non sans difficultés à cause de sa robe remontée à mi-cuisses, tenant ses chaussures et son autre robe bleutée à la main. Elle n'imaginait même pas la scène si quelqu'un venait à entrer. Par Merlin, qu'est-ce qu'elle était en train de faire ? Était-elle réellement en train de filer en douce par la fenêtre des toilettes des Trois-Balais pour éviter de payer ? Heureusement pour elle, le lavabo ne céda pas sous son poids plume et à la seule force de ses bras, elle réussi, non sans peine, à se hisser sur le rebord de la fenêtre.
Assise, les jambes pendant dans le vide, la blonde reprit son souffle. Le plus dur était fait. Enfin... Ses yeux se rivèrent sur la distance qui la séparait à présent du sol. C'était... haut, malgré le fait qu'elle ne soit qu'au rez-de-chaussée puisque les toilettes avaient été construites légèrement en contrebas de la salle.

« Tu te fous de moi ! T'as vu la hauteur ? On dirait que suis perchée sur une gigantesque armoire ! Reviens ici, on n'a qu'à dire à Mme Rosmerta qu'on paiera la prochaine fois. Je ne l'ai pas vue ce soir, mais elle n'est peut-être pas loin et je suis sûre qu'elle comprendra ! »

Il se contenta d'accentuer son sourire vicieux avant de la laisser perchée sur sa fenêtre de bois, elle et son mètre cinquante-trois. Sans remords, il se détourna d'elle et se dirigea tranquillement vers l'autre bout de la rue. Quel goujat ! Cassidy grinça des dents et finit par balancer les chaussures et la robe dans le vide afin de ne pas s'en encombrer. Alors qu'elle réfléchissait à la manière la plus correcte et la moins dangereuse de retrouver la terre ferme, elle entendit la porte s'ouvrir. Quelqu'un était en train d'entrer, il n'y avait pas de temps à perdre, le temps n'était plus à la réflexion, il fallait agir et vite. Se tirer d'ici. Cassidy s'élança dans le vide.
Aïe ! A la réception, ses chevilles craquèrent violemment tandis qu'une douleur électrique remontait le long de ses jambes. Elle grimaça sans toutefois prendre la peine de s'arrêter en si bon chemin. Vivement, elle récupéra sa robe ainsi que ses chaussures sans prendre le temps de les remettre, et s'élança à la poursuite d'Octavius.

Ses chevilles la lançaient mais elle courrait. Ses pieds nus foulaient le sol à une vitesse dont elle ne se serait jamais cru capable. Elle filait, le vent venant s'amuser en s'engouffrant dans ses longs cheveux blonds, tandis que le voile rouge de sa robe s'agitait tel le drapeau d'un bateau en pleine mer. Elle fuyait, mais cette fois elle allait dans la bonne direction : elle s’échappait vers la vie, une esquisse de sourire se dessinant sur son visage sans qu'elle ne parvienne à le réprimer.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mer 27 Juil 2016 - 13:02

« Reviens ici ! Tu ne peux pas faire ça ! Ils vont se souvenir de ma tête ici, surtout avec tout ce que tu as commandé ! Je vais avoir des problèmes si on ne paye pas ! »

Sourire détraqué. Ce n’était pas dans ses habitudes que de ne pas payer pour les services qu’on lui rendait. Vraiment pas. Il avait toujours été généreux avec les gens qui faisaient bien leur travail, et même plus, le professionnalisme et le travail de qualité étant d’une rareté considérable en ces temps. Le seigneur des ténèbres avait insufflé la peur dans les cœurs des gens au point d’en déloger les valeurs universelles d’une tâche bien accomplie. Il s’en retrouvait quelque peu agité de fuir comme un voleur alors qu’il avait si bien mangé, mais c’était pour la bonne cause. C’était pour le Spectacle ! Une fois celui-ci terminé, il irait se répandre en excuses et payer l’addition, voir même un peu plus, pour le désagrément procuré. Mais ça, Cassidy ne le savait pas, et leur fuite n’en était que plus réaliste. Tout ça, ce n’était que du cinéma pour la pousser à être téméraire, à éprouver le sentiment de liberté qui allait de pair avec l’audace. Si elle n’avait pas été persuadée de son parfait sérieux, elle ne l’aurait pas suivi. Heureusement pour Octave, il était d’un tempérament aventureux par nature, ce qui rendait sa mascarade encore plus réaliste. De plus, tout ça n’était pas vraiment prévu et il avait réfléchi sur le tas, selon les éléments qui se présentaient à lui, ce qui imputa à la scène une spontanéité toute à fait sincère. De quoi faire douter les esprits les plus circonspects sur ce qui était vrai et ce qui était faux dans ce spectacle. Et était-ce vraiment un spectacle… ? Octave était le seul à le savoir, le seul à connaître la vérité, et ce pouvoir ultime lui procurait un plaisir incommensurable. Construire d’authentiques émotions et sensations sur une base d’artifice était un bien plus grand prodige que la résurrection du Christ ou que le meurtre de Dumbledore.

En revanche, il ne savait franchement pas s’il allait révéler cette vérité à Cassidy, si cette information allait la rassurer sur l’honnêteté du bibliothécaire, ou si cela allait la pousser à se renfermer complètement, avec la prise de conscience que la seule bouffée d’air qu’elle s’était accordé ne tenait que sur un coup de bluff. Certains ne pouvaient profiter de leur existence que si leur vie était la plus tangible possible. D’autres s’accommodaient très bien d’artifices si cela pouvait rendre leur existence plus belle et Octave n’était pas vraiment sûr de quel bord faisait finalement parti Cassidy. Elle était terre-à-terre et en même temps toute sa vie semblait n’être qu’un mensonge qu’elle s’était tellement répété à elle-même qu’il avait finir par devenir vérité. Une vérité qu’elle devait néanmoins voir flancher de temps en temps, comme une eau dans laquelle elle observait son reflet et qui soudain, se mettait à frissonner, déformant l’illusion, pourtant si parfaitement ancrée. Cela devait avoir le même effet qu’une personne atteinte d’Alzheimer qui retrouvait, l’espace de quelques heures, sa pleine lucidité. Cependant, Cassidy n’était pas malade, et ces instants, où son inconscient profitait d’une faille pour venir fissurer l’apparence qu’elle se donnait, devaient être extrêmement fugaces, comme une illusion migraineuse.

« Tu te fous de moi ! T'as vu la hauteur ? On dirait que suis perchée sur une gigantesque armoire ! Reviens ici, on n'a qu'à dire à Mme Rosmerta qu'on paiera la prochaine fois. Je ne l'ai pas vue ce soir, mais elle n'est peut-être pas loin et je suis sûre qu'elle comprendra ! »

Elle était vraiment comme un petit chien, un minuscule rat, fait à moitié de haine, à moitié de tremblements, et qui passait son temps à aboyer sur tout et sans raison. Un chihuahua, avec des yeux globuleux qui manquaient de sortir de leurs orbites sous l’énervement. Qu’elle aboie, ce n’était pas grave, tant qu’elle ne l’attaquait pas en substance. Octave ne revint pas sur ses pas pour l’aider à descendre, non, il ne devait pas lui faciliter la tâche. Elle avait un chemin à parcourir et il n’allait pas l’aider, parce que s’il le faisait, l’entreprise n’aurait plus de sens ; pire, elle finirait par se débattre dans le désir de ne pas être traitée comme une princesse par un goujat détestable comme lui. Alors il ne l’aidait pas. Octave n’avait pas besoin qu’il y ait une complicité entre eux pour continuer à jouer, elle pouvait bien le détester qu’il ne tanguerait pas d’un pouce. Mais en réalité, et malgré les signes qu’elle donnait, elle s’était laissée prendre à cette aventure qui revêtait les formes d’une plaisanterie hasardeuse. Octave avait déjà rencontré des gens, qui étaient si profondément ancrés dans le monde qu’ils s’étaient eux-mêmes créés, qu’ils faisaient tout leur possible pour ne pas en sortir. Et c’était pire si ces gens connaissaient Octave car ils n’hésitaient pas à viser là où ça lui faisait réellement mal, rendant sa tâche des plus ardues. Mais il était tenace et réussissait à les faire fléchir en premiers, leur faiblesse étant bien plus grand que la sienne. Avec Cassidy, c’était plus simple. Au plus profond d’elle-même, elle voulait que quelqu’un vienne l’aide à s’en sortir, que quelqu’un lui dise qu’à partir de maintenant, elle n’avait plus besoin de faire semblant parce qu’il n’y avait plus de raison à cela. Mais comme cette envie n’était encore qu’à un stade embryonnaire, elle se débattait farouchement des mains qui avaient dû lui être tendues. Il n’y avait que le bibliothécaire qui avait eu assez de patience pour voir que ses gesticulations de noyée étaient superficielles. Comme dit, si elle avait vraiment voulu le repousser, elle l’aurait fait. Elle aurait pu lui faire croire qu’elle l’aimait, avant le jeter avec dédain dans le caniveau. Elle aurait pu tellement de choses… Tellement plus que des grognements haineux.

Il entendit un bruit sourd derrière soi, signe qu’elle avait fini par sauter, maladroitement cela dit. Quel progrès. Une si jolie fille, distinguée, perchée avec dignité sur ses talons hauts et revêtant sensuellement une jolie robe ; la voilà qui sautait de la fenêtre des toilettes, donnant sur une petite ruelle mal famée. Et pieds nus qui plus est ! Une vraie sauvageonne. Sans se retourner, Octave accéléra son pas alors qu’il entendait la blonde le poursuivre au galop. Même si elle le rattrapait, elle devait continuer à marcher au pas de course pour ne pas perdre l’adrénaline relâché lors de sa fuite. Ca allait aider à la garder vive et excitée.

« Alors, cette chute, pas trop dure ? »

C’était ironique. Mais en même temps, il jouait sur les mots, alors encore une fois, il n’était pas évident de savoir comment prendre cette phrase.

Maintenant que la situation était différente, Octave redécouvrait la rue. Pendant sa première sortie, le temps et l’espace furent distordus et contorsionnés par le stress, lui laissant un souvenir pas tout à fait en accord avec la réalité qui se présentait maintenant à son esprit calme, et en pleine possession de ses moyens. Le jardin n’était plus là où il avait l’impression qu’il fut, les maisons ne semblaient plus les mêmes. Cassidy finit par le rattraper alors qu’il écartait une haie pour mieux voir la propriété. Non, toujours pas la bonne. Au moins il était sûr qu’elle était à sa droite. Heureusement pour lui, il reconnut la prochaine maison instantanément. Maintenant qu’il avait le loisir de l’inspecter, il put constater avec contentement que c’était une très jolie bâtisse avec un haut toit en ardoise. De là où ils étaient, on ne voyait pas le rez-de-chaussée à cause d’une épaisse haie, faite entièrement de rosiers. Il s’approcha de cette forteresse feuillue en essayant de retrouver l’endroit par lequel il était passé, ne croyant pas être capable de passer au travers aussi facilement que la première fois, tant il y avait d’épines. D’ailleurs, comment avait-il exactement fait la première fois ? Comment avait-il fini sans aucune égratignure ? De capiteux boutons ouverts, de différentes couleurs et espèces, ornaient la vingtaine de buissons qui séparait la maison de la rue. Une odeur lourde et enivrante flottait dans les airs comme un filtre d’amour renversé par inadvertance ; de quoi rendre soûl. Octave aspira une bonne bouffée du parfum ambiant, fermant les yeux pour mieux profiter de l’effet que cela avait sur ses sens. Son odorat fut instantanément saturé par la senteur grisante de la plante alors que son cerveau se retrouva à flotter dans une brume dense et généreuse d’essence de rose.

« I hate you, I love you, I hate that I love you, don’t want to, but I can’t put nobody else above you »

Pleinement concentré, il se mit à fredonner quelques paroles d’une chanson qui lui était venue tout naturellement en tête… Enfin, « naturellement ». Parce que le rapport qu’elle avait avec la réalité était franchement louche. Inconsciemment, son esprit avait du sortir le refrain en ricanant avec malveillance. Bref, Octave longea les rosiers vers l’avant, puis revint sur ses pas en remarquant une toute petite entrée, un vieux portillon qui n’avait pas dû être utilisé depuis la scission des maisons de Poudlard. Ce-dernier creusait une entrée dans les rosiers comme un passage magique vers un monde merveilleux. Sans un regard vers Cassidy et chantonnant toujours le même bout de chanson, il s’engouffra, légèrement accroupi, dans la végétation. Etonnement, le portail s’ouvrit sans faire de bruit ni opposer de résistance. Ressortant de l’autre côté, il constata avec satisfaction que la corde à linge était la bonne et qu’à ses pieds trainait la fameuse cape. Sans hésitations, il s’avance néanmoins sur la pointe des pieds vers le tas de tissus, alors que son corps était tantôt enveloppé par la lune, tantôt par la lumière que donnaient les fenêtres allumées. Ramassant la cape, il se retourna vers Cassidy avec un sourire triomphant, comme s’il venait d’accomplir l’impossible.

A ce moment précis, la porte de la maison s’ouvrit, alors qu’une vive lumière en sortit pour éclairer Octave comme un spot de scène. Avec la rapidité d’un ninja, il bondit vers l’arrière, s’engouffrant dans une nouvelle fourrée de buissons, la cape et la bouteille de bulles toujours dans les mains. Dans sa chute, il se prit un bon paquet de branches dans le visage et ne manqua pas de se salir les coudes alors qu’il était en train d’essayer de ne pas se retrouver complètement par terre. Vivement, il se redressa et regarda à travers le feuillage, abandonnant son bagage derrière soi. Une mémère sortit par la porte arrière avec un bac à linge, dont elle s’empressa d’accrocher le contenu sur le fil précédemment évoqué, comme si de rien n’était. Fronçant les sourcils dans une mine déconfite en observant la vieille peau, il se demanda qui était capable de sortir à une heure pareille pour pendre son linge. Qu’une vieille peau qui n’avait rien d’autre à faire, assurément. Ayant suffisamment pesté contre la pauvre femme en âge qui n’avait rien demandée, Octave retrouva Cassidy du regard et se dit que c’était une bonne occasion de poursuivre le jeu. Lentement, il écarta légèrement une branche histoire que la blonde puisse le voir aussi et mit toute l’intensité dont il était capable dans son regard pour mentalement capter l’attention de cette dernière. Une fois que cela fut fait, il fit un geste pour la sommer de venir le rejoindre. Et comme la persuasion seule n’allait peut-être pas suffire, il tendit la cape à côté de sa tête, tout en fixant la jeune femme, pointa de son autre main dessus avant de passer un doigt sur sa gorge. Si tu ne viens pas, je te la crame, ta cape de malheur. Puis il chuchota, tout en exagérant le mouvement de ses lèvres pour qu’elle puisse lire dessus :

« Viens ! »


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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mer 27 Juil 2016 - 23:22

Elle courait. Elle fuyait et s'envolait sans se retourner. Loin de tout, proche de lui. La nuit était noire mais le ciel était dégagé, dépourvu du moindre nuage pouvant venir " noircir " le tableau, et parsemé de mille étoiles plus brillantes les unes que les autres. La jeune femme leva la tête pour mieux les observer sans pour autant ralentir le rythme de sa course effrénée. Il ne le fallait pas. Surtout pas. C'était bel et bien parce qu'elle fuyait, emportée par l'adrénaline qu'elle pouvait se permettre ce moment de répit. Depuis combien de temps n'avait-elle plus prêté attention aux étoiles ? Elle risquait de se prendre les rares lampadaires et les poubelles sorties sur les trottoirs ? Peu importe, rien ne pouvait la ralentir. Le scintillement des astres n'était rien en réalité comparé à son regard. Pour la première fois, alors que personne n'était là pour le voir, pour le lui reprocher, ou le lui faire constater, il luisait d'une nouvelle force, d'une nouvelle lumière. A cet instant précis, il était vivant, et il le faisait savoir, les poussières d'étoiles venant se refléter dans les eaux turquoises de ses iris.  

Elle courait. Elle fuyait et s'envolait sans se retourner. Proche de lui, loin de tout. Le brise était fraîche, hérissant les poils translucides de ses bras et venait emmêler sa chevelure blonde tandis que la pleine lune lui accordait avec générosité une nouvelle palette de reflets argentés. Les cheveux auparavant soyeux et bien coiffés, volaient à présent autour de son visage, certaines mèches audacieuses allant même jusqu'à se coincer dans ses longs cils. Mais pour le moment, elle s'en moquait bien, rien ne pouvait la perturber. Sa robe cramoisie en voile flottait, gonflant autour de son corps fuselé comme un parachute près à se déployer en prévision d'un atterrissage plutôt difficile. L'une des manches longues translucides s'était déchirée au cours de sa chute ; sans doute s'était-elle prise dans le clou qu'elle avait cru sentir l'effleurer. Un simple clou dans un mur de vieilles briques rougeâtres et poussiéreuses donnant sur l'arrière cour délabrée de l'établissement... Peut-être pouvait-il être assimilé symboliquement à cet ancrage rigide par lequel elle vivait constamment ? Tel le clou qui avait longuement accroché le tissu fragile et délicat, créant par la même occasion une longue entaille superficielle le long de son bras gauche, sa rigidité l'abîmait bien plus qu'elle n'en avait conscience, la coupant des moments de plaisirs qu'il était possible de trouver dans la vie, même dans les heures les plus sombres.

Son sourire n'était qu'une esquisse mais pourtant il resplendissait. Rien d'anormal me direz-vous, et pourtant... Le sourire qu'arborait constamment Cassidy, qu'elle soit triste, anxieuse, en colère, fatiguée, heureuse, n'était qu'un sourire de façade. Tout le monde s'y était toujours laissé prendre tant il paraissait des plus naturels et spontanés. Miss Sourire, Fossettes, tels avaient était les surnoms que lui avaient donné ses amis ou ses professeurs en Inde, ou au Centre de Formation, lorsqu'elle n'avait pas le droit à des pseudos en rapport avec sa petite taille. Pour certains, le sourire était une arme à user à bon escient, tandis que d'autres préféraient lutter avec des armes blanches ou des baguettes. Style indirect ou direct ? Implicite ou explicite ? A vrai dire, la Rowle était capable d'user des deux, sans gêne aucune. Henry, elle l'avait achevé à la bibliothèque à l'aide d'une alternance de sourires : " Il faut sourire face à l'adversité jusqu'à ce qu'elle capitule. " Octavius, elle avait tenté de l'assassiner par les mots, avant d'en venir à la baguette tant il l'avait exaspérée.

L'ensemble du tableau vivant donnait un aspect dynamique des plus sauvages, brisant l'image épurée, lisse et glacée qu'elle s' efforçait de dégager au quotidien afin de maintenir les gens à distance. A distance de son corps, à distance de son esprit et de son âme. Le tableau se salissait mais la demi-obscurité de la nuit le masquait : son sourire à peine esquissé mais ayant pourtant la puissance d'un volcan en éruption n'existant que pour elle et n'étant destiné à personne, ses cheveux décoiffés volant avec insolence derrière elle, sa robe désormais déchirée flottant autour de ses cuisses nues. Ses chevilles la lançaient mais elle ne s'arrêtait pas et puis, il fallait avouer, aussi étrange que cela puisse paraître au premier abord, que la douleur la faisait se sentir vivante. Vivre, c'est un peu souffrir au final  non ? En tout cas c'était toujours mieux que de ne rien ressentir. Et là... Elle sentait. Elle sentait la fraîcheur et la dureté du macadam tout comme ses irrégularités sous ses pieds nus. L'air était frais la grisant au possible lui apportant cette sensation de liberté qu'elle ne ressentait que lorsqu'elle dansait. Le froid - oui pour elle il faisait froid, dois-je vous rappeler qu'elle était pour moitié indienne et qu'elle avait vécu à Mangalore durant près de vingt ans ? - était là pour lui rappeler que l'été s'effaçait faisant place à l'automne qui comptait bien s'installer rapidement. Elle inspira profondément, laissant l'oxygène pénétrer par ses narines jusqu'à venir emplir ses poumons semblant manquer d'air. Ce dernier avait une odeur bien particulière qu'elle décela sans difficulté aucune tant ses sens avaient été sollicités et développés par les Potions. Cette nuit, il transportait une subtile odeur d'herbe fraîchement coupée, de terre humide et de poussière.

A force de courir, elle avait fini par le rejoindre. Arrivée sur sa droite, elle ralenti souplement la cadence.

« Alors, cette chute, pas trop dure ? », lui demanda-t-il en se tournant vers elle pour mieux l'observer.

Sa voix transpirait l'ironie qu'il n'avait même pas chercher à dissimuler. Sale poulpe. Elle ne daigna même pas le regarder, et encore moins lui répondre, relevant légèrement le menton dans un charmant mouvement emprunt de fierté. Légèrement essoufflée, les joues rosies par l'effort physique - et psychique -, elle se contenta de retrouver un rythme de respiration normal, calmant la cadence de son cœur qui battait. Oui, il battait et plutôt deux fois qu'une puisqu'elle en ressentait les palpitations jusque dans le bout hypersensible de chacun de ses doigts. Boum boum, boum boum. Et puis de quelle chute parlait-il d'abord ? Elle n'avait pas chuté, elle avait pris la décision de sauter. Nuance importante. Passif... Actif. Était-il aveugle pour ne pas l'avoir perçu ? On ne l'avait pas poussée, non. Elle seule avait maîtrisé la situation, enfin... Son regard se tourna vers son bras gauche qui saignait légèrement. Plus ou moins... La manche déchirée pendait lamentablement en deux pans de voile rouges entourant son bras fin.

« Je te dispense de tout commentaire. », rétorqua-t-elle en prenant les devants.

Les maisons défilaient les unes après les autres sur leur passage tandis que le sorcier tournait la tête dans tous les sens à un tel point que la jeune femme se demanda qu'il la faisait marcher en faisant exprès de ne pas retrouver la route dans le but de prolonger la soirée. Finalement, après avoir parcouru plusieurs ruelles sombres, il finit par s'arrêter devant une haute maison au toit d'ardoises dont une roseraie épaisse les séparait du jardin. Était-ce véritablement là-dedans qu'il avait trouvé ses vêtements et abandonné sa cape ? L'odeur de fleurs était lourde, étrangement pesante dans l'air pourtant frais de la nuit. Entêtante, c'était le bon mot ; elle était entêtante, tout comme pouvait l'être le bibliothécaire sur un autre plan que celui de l'odeur.

« I hate you, I love you, I hate that I love you, don’t want to, but I can’t put nobody else above you »

Sa voix suave et capiteuse s'éleva en un léger murmure dans le silence de la nuit, tandis qu'elle fermait ses oreilles au sens des paroles, se contentant de n'en percevoir que la mélodie. Était-ce délibéré de sa part dans une nouvelle tentative de la mettre mal à l'aise ? Quoiqu'il en soit, il continuait à fredonner cette mélodie tout en longeant les rosiers avant de remarquer un petit portail rouillé permettant d'accéder au jardin. Sans se retourner pour voir si elle allait spontanément le suivre - ce qu'elle ne fit pas, préférant garder soigneusement ses distances - , il s'y engouffra en se baissant, tel un lapin fonçant tête baissée dans un terrier. Restée sur le trottoir, avec la ferme intention de ne pas bouger, la jeune femme observait sa silhouette, les bras croisés, attendant qu'il revienne rapidement. Les lumières dans la maison étaient encore allumées, signe que ses occupants ne dormaient pas encore. Il fallait qu'il agisse vite, pourquoi prenait-il tout son temps ? Ce n'était pas un pique-nique !

« Dépêche-toi ! Qu'est-ce que tu fabriques ? » , chuchota-t-elle à défaut de pouvoir crier.

La porte de la maison s'ouvrit brusquement.

« Tire-toi ! » , lui lança-t-elle profitant du grincement de la porte qui couvrit partiellement le son de sa voix.

La lumière vive éclaira un instant les contours de la silhouette fine de la jeune femme, mais le temps que la grand-mère au tablier à fleurs ne relève la tête, Cassidy avait déjà plongé sur le sol avec une souplesse et une agilité qui n'étaient pas vraiment surprenantes si l'on connaissait son talent caché de danseuse. Tapie derrière le bosquet, elle chercha Octavius des yeux tout en priant pour que personne ne passe dans la rue à ce moment-là. Heureusement pour elle - était-ce là un signe du destin ? -, cette dernière resta vide, avec pour seul bruit le crépitement d'une vieille ampoule d'un lampadaire qui ne tarderait certainement pas à rendre l'âme. Par Merlin, où était-il passé ? Soudain, un mouvement venant des fourrés de l'autre côté de la pelouse attira son attention. C'était bien lui, elle devinait son visage orné d'un air moqueur tandis qu'il lui faisait signe de la rejoindre. Elle le dévisagea silencieusement les yeux ronds comme des soucoupes. Il était taré ? D'un geste tout à fait maîtrisé, son index vint tapoter sa tempe pour lui communiquer ce que son invitation lui inspirait. Pour que ce soit plus clair, elle accompagna son message non verbal d'une dénégation on ne peut plus claire. Pas question qu'elle mette un pied dans ce jardin, d'autant plus que la bonne femme était encore occupée à étirer son linge.

Il devait s'attendre à cette réaction puisqu'il s'arrangea pour qu'elle aperçoive sa cape et tout ce qu'elle contenait, et... il osa lui faire comprendre qu'il comptait la détruire si jamais elle ne pliait pas.

« - Viens ! , lui ordonna-t-il en chuchotant.
- Va au diable ! »  , articula-t-elle silencieusement, en lui lançant un regard plus noir que la semi-pénombre qui les entourait.

Clac, clac, clac. Des chaussures. Elle tourna vivement la tête et l'horreur se dessina sur son visage. La silhouette de Jugson, un Mangemort qu'elle avait croisé début Août aux Trois-Balais, se profila à l'angle de la rue et lui fit rapidement changer d'avis. Sans réfléchir, elle s'élança à quatre pattes sur le portail qu'elle franchit en rampant tel un soldat effectuant le parcours du combattant. Les pas de l'homme se rapprochaient, aussi la jeune femme s'immobilisa quelques secondes dans l'herbe fraîche, le cœur battant et en apnée. Sa robe rouge foncé se fondait parfaitement dans le décor, en revanche, ce n'était pas vraiment le cas de sa chevelure blonde qui tranchait avec l'obscurité, tel un Soleil derrière la Lune lors d'une éclipse solaire. Une fois de plus, le destin en avait contre elle : elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle avance avant qu'il ne s'arrête et ne la découvre à plat ventre dans un jardin en pleine nuit. Avec mille précautions et dans un silence le plus total, la jeune femme recommença à ramper sur le sol, son corps épousant la moindre irrégularité avec une facilité étonnante. La vieille dame ne prêtait pas attention à elle, trop occupée à étirer son linge, et ce ne fut que de justesse que la Rowle parvint à atteindre les buissons où était planqué Octavius. Elle plongea souplement dans les branchages sans prêter attention aux nouvelles griffures que son corps récoltait, alors que Jugson arrivait devant le portail. Son atterrissage en revanche, fut plus délicat lorsqu'elle se retrouva à moitié affalée sur Octavius qu'elle avait entraîné dans son élan.

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Jeu 28 Juil 2016 - 17:07

Pour quelle raison s’était-elle élancée, tel un rongeur fuyant l’aigle, à travers la pelouse d’un vers parfait de ce petit jardin de retraité ? Etait-ce réellement pour récupérer sa cape, ou pour continuer le jeu qu’Octave prenait un plaisir tout particulier à entretenir ? Il y avait quelque chose de divinement libérateur à se comporter avec autant d’insouciance, sans prêter attention à l’image qu’on renvoyait aux autres. Se laisser aller à un sincère amusement sans qu’il ne soit noirci par une quelconque retenue. En la soulevant, le bibliothécaire avait bien senti que la cape refermait dans ses poches une sacrée quantité d’effets personnels. Selon le tintement, il devina même qu’il devait s’agir de petites fioles, comme celle qui avait refermé la potion de métamorphose. Sans aucun doute, Cassidy devait beaucoup tenir à tous ces multiples flacon et babioles, représentant une certaine quantité d’argent ou du temps et des efforts considérables. Sa menace ne devait en être encore que plus effrayante. Mais ce n’était que du spectacle. Pas facile de savoir quand Octave était vraiment sérieux ou non. Ou plutôt, lui arrivait-il de ne pas jouer la comédie ? Un peu des deux, un peu des deux… C’était un savant mélange. Il distillait sa sincérité tout au travers du spectacle. Mais il n’aurait jamais osé abîmer quelque chose qui ne lui appartenait pas, surtout si la chose en question avait une valeur particulière aux yeux de son propriétaire, et encore moins si c’était le fruit d’un long travail. Voilà, Octave payait toujours ses dettes et ne s’attaquait pas aux affaires des autres, même pour faire du chantage. Par contre, pour faire semblant, là, il n’y avait aucun souci.

Sans surprises, elle avait d’abord résisté, lui faisant les gros yeux coléreux, comme deux billes luisantes dans le noir. Mais elle protestait déjà beaucoup moins, preuve que les fondations de sa façade étaient en train de perdre consistance. Personne ne pouvait résister à l’appel de la liberté, ou du bonheur. Ca faisait beaucoup trop de bien pour s’en lasser ou désirer s’en défaire. Pour le moment tout ceci se trouvait à un stade bien trop inconscient pour que Cassidy se l’avoue ouvertement, mais cela allait advenir, avec le temps, comme une révélation divine qui faisait tomber toutes les chaînes d’un seul coup. Et alors, elle se demanderait avec stupéfaction comment elle avait bien pu vivre sa vie comme elle le faisait avant, à se cacher de tout et de tout le monde. L’existence n’avait de goût que si elle était embrassée à pleine bouche… Mais pour cela, il fallait déjà avoir le courage de le faire.

Soudain, la blonde tourna la tête vers sa droite et ses yeux s’emplirent d’horreur, au point d’en inquiéter Octave, qui se figea à son tour, habillement planqué derrière le feuillage touffu de la haie, le cœur battant et le corps tendu. Puis, comme si le Lord lui-même était à ses trousses, elle s’élança dans sa direction avec la fureur du désespoir. Si bien qu’Octave ne put s’empêcher de ricaner en silence, les yeux écarquillés et pétillants, suivant les débattements hystériques de la sorcière qui traversait le jardin tel un lézard en fuite. Essayant de rester silencieux, il pouffa de rire sans quitter la chevelure ensoleillée du regard, comme s’il regardait une comédie, ce qui était un peu le cas quand même. Ca ne lui ressemblait tellement pas ! Ce n’était tellement pas elle, tout ça ! Enfin, si ? Peut-être que si, justement, dans les tréfonds d’elle-même, Cassidy était comme ça : cocasse, charmante et folâtre. Dans une pose improbable, elle s’immobilisa dans l’herbe, et Octave en fit de même, le sourire aux lèvres et la larme à l’œil, impatient de voir ce qu’elle allait encore inventer pour se sortir de cette situation des plus improbables.

C’était juste trop. C’était trop drôle. Et comme tout ça n’était absolument pas sérieux aux yeux d’Octave, il n’avait aucun scrupule à se gausser discrètement dans l’ombre de la verdure à l’idée de ce que cette pauvre créature, mi-femme, mi-serpent, était en train de subir, cette tension palpable qui habitait tout son corps. Alors qu’il rigolait de plus en plus franchement, sans parvenir à se retenir complètement, Cassidy prit l’initiative de reprendre sa route, en rampant sur le ventre. D’une voix étouffée, il s’esclaffa de plus belle en passant une main sur son visage tellement ses muscles commençaient à lui faire mal à force d’être tendus. Impossible de se calmer, c’était irréaliste. Il l’avait imaginée autrement, trottinant accroupie sur la pointe des pieds jusqu’aux buissons, mais pas ça, là. Pas cette prostration invraisemblable, comme s’ils étaient en train de faire une mission d’infiltration chez les Malfoy. Elle avait fait fort la demoiselle. A tel point qu’Octave ne prêtait plus aucune attention à la vieille, se marrant spasmodiquement, à l’étouffée, tentant quand même de se contenir pour ne pas mettre à mal tant de prodigieux efforts ! Elle méritait largement le champagne, et même quelques applaudissements de sa part pour cette merveilleuse prestation toute en suspens. Même pas un instant, le brun n’avait détourné son regard, tant il avait envie que chaque instant se grave dans sa tête pour qu’il puisse se le rejouer encore dans dix ans. Il était tellement occupé à rire qu’il n’eut pas la présence d’esprit de s’écarter pour laisser passer Cassidy qui lui sauta littéralement dessus. Par réflexe, il écarta ses deux mains pour protéger la cape, la bouteille se trouvant quelques centimètres plus loin. Souplement, il se laissa faire, basculant sur le dos alors que la blonde avait déjà le visage serré contre son poitrail. L’atterrissage lui coupa légèrement le souffle, au vu de l’élan qu’avait pris la jeune femme pour sauter. Du coup, son rire fut entrecoupé par quelques toussotements, mais ne s’en arrêta pas pour autant. Pire, maintenant qu’elle était sur lui, il redoubla de plus belles, se gondolant de tout son cœur, les yeux fermés et la bouche grande ouverte dans une sorte de miaulement sourd et aiguë, tant il ne pouvait s’empêcher de rire, s’étouffant, succombant d’une joie ineffable comme il n’en avait pas ressentie depuis longtemps. C’était un fou rire, un véritable, de pure souche.

Malheureusement, elle avait sauté trop tard. Jugson était passé devant le portail pile poil au moment où son corps s’était engouffré dans la fourrée, brisant le silence de la nuit avec quelques craquements sourds de branche et le bruissement des feuilles. Le Mangemort était passé d’une marche soutenue devant le portail, du coup il ne vit rien ; en revanche, le bruit le fit revenir sur ses pas. S’il n’y avait eu que le bruit, cela aurait été suspect, mais pas de quoi engager une investigation. Seulement, l’œil expert de Jurgen repéra bien assez vite le frissonnement étrange des feuilles qu’avait provoqué le passage de Cassidy entre les branches. D’un air suspect, et sans quitter les buissons des yeux, il s’engagea sans ménagement dans le jardin, comme si c’eut été sa propriété personnelle. Et c’était peut-être un peu le cas. A tel point que la vieille dame, le voyant entrer, sembla d’abord outré de sa présence, avant de se rendre compte de qui il était, sur quoi elle se précipita de rentrer dans la maison, fermant la porte derrière soi à double tour.

Octave, en l’entendant pousser le portail, s’arrêta immédiatement de rire, aussi spontanément que si on avait changé de chaîne radio, passant de « Rire et Chansons » à « Enregistrement des discours de l’assemblée ». Changement radical, donc. Dans un geste inconsciemment protecteur, il serra Cassidy très fort entre ses bras, alors qu’il observait du coin de l’œil les chaussures du Mangemort s’approcher non sans hésitation de l’endroit où ils se trouvaient. Cassidy aurait pu se débattre autant qu’elle le voulait, Octave l’étreignait d’une force vigoureuse et intraitable, les bras pétrifiés et le cœur en alerte. Collée contre son torse, elle devait probablement l’entendre battre à l’en rendre sourde. Il avait les sens éveillés, vigilants et en feu, prêts à réagir au moindre danger, contrastant singulièrement avec son visage, froid et impassible, à l’air aussi imperturbable qu’un rocher balayé par les vagues en plein milieu de l’océan. Quand il n’y eut plus aucun doute que le Mangemort allait venir balayer la verdure de sa main pour voir ce que cette dernière cachait, Octave réagit aussi subitement qu’un claquement de fouet. Enserrant d’avantage le corps gracile de Cassidy contre le sien avec un bras, il en profita pour saisir le champagne et la cape de l’autre sans ménagement, avant de rouler sur elle sans l’écraser. S’appuyant sur son unique coude libre et sur ses genoux, alors qu’il gardait fermement la blonde contre lui, il jeta un dernier coup d’œil vers le Mangemort pour s’assurer qu’ils avaient le temps de fuir. Puis il dirigea un regard déterminé devant soi avant de bondir de toutes ses forces vers l’avant, à l’opposé du jardin aux roses. Et comme il était toujours prévenant, éducation oblige, il donna un élan à son bond de sorte à ce qu’il retombe sur le dos et que Cassidy atterris sur lui, encore une fois. Il était hors de question que ce soit l’inverse, vu sa constitution, la petite gazelle risquerait de mourir écrasée sous son poids.

Il avait su donné une impulsion juste à son saut, si bien que l’atterrissage fut un peu plus doux que précédemment, bien qu’il dût glisser vingt bons centimètres sur le dos. Dans le feu de l’action, il avait posé sa main sur la tête de Cassidy et l’avait serrée avec ardeur contre son torse, afin qu’elle ne se fasse pas mal à la nuque ou ne se cogne. Avec l’élan, la cape noire les recouvrait maintenant à moitié, alors qu’ils étaient allongés tous deux, lui sur le dos et elle sur lui, sur la pelouse de la maison voisine, qui elle, était idéalement vide. Aucune lumière, à part celle de la lune qui venait les éclairer. Aucun bruit ne parvenait à leurs oreilles, à part le bruissement des feuilles que le Mangemort était en train de brasser avec vigueur, mais sans succès, les fautifs étant déjà hors de son champ de vision, avantageusement cachées par l’épais feuillage. Octave resta immobile et aussi tendu qu’une corde de guitare, sans laisser une seule chance à Cassidy de bouger, tant il l’enlaçait puissamment de ses bras. Sa tête était légèrement relevée et son regardé scrutait la haie où ils s’étaient cachées il y a quelques secondes. Enfin, le Mangemort laissa tomber et le chuchotement végétal prit fin. Ils entendirent même Jugson maugréer quelques jurons avant de rebrousser chemin d’un pas lourd de déceptions.

Une fois le calme complètement revenu, si bien qu’ils entendirent le brouhaha qui s’élevait de la rue principale, Octave relâcha sa prise en douceur avant de complètement écarter les bras, les laissant tomber de chaque côté de son corps, tel le Christ crucifié sur sa croix. Sa tête tomba sur la pelouse et un sourire revint flotter sur ses lèvres, signe que les choses avaient repris leurs cours, que le spectacle pouvait continuer.

« Tu les attire, ma parole. C’est parce que tu continues à m’appeler Octavius que tu as la poisse comme ça, ça ne sert à rien de lutter contre le destin. Et le destin veut que tu m’appelles Octave. Essaye, et tu verras que plus aucun Mangemort de viendra te poursuivre. »

S’il avait le cœur à plaisanter, c’est que tout allait bien. Tant qu’Octave plaisantait, cela voulait dire que l’univers était en paix.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Ven 29 Juil 2016 - 0:21

Les paupières closes et légèrement tremblotantes à cause du stress, l'aventurière insoupçonnée reprenait son souffle, sortant enfin de l'apnée prolongée à laquelle elle s'était elle-même soumise s'en vraiment s'en rendre compte. Le réflexe avait été des plus naturels, tout en spontanéité, afin de ne pas se faire repérer par le Mangemort qui s'avérait également être un des collègues les plus douteux du répertoire de son paternel. Le plongeon effectué avec souplesse et agilité avait été des plus spectaculaires mais également des plus rudes tant il lui avait demandé une concentration maximale. Toutefois, en ce qui concernait la seconde partie, à savoir l’atterrissage, celui-ci s'était à sa grande surprise révélé moins pénible qu'elle ne l'avait prévu initialement. Pas de cailloux durs et tranchants venant lui perforer les genoux, ni de longue estafilade récoltée le long de ses jambes nues. Rien, nada. Allongée entre les branchages des buissons drus et néanmoins piquée par les quelques ronces résistantes que la propriétaire des lieux n'avait pas été en mesure d'enlever afin d'entretenir parfaitement son jardin, la jeune femme tenta de retrouver un rythme de respiration normal. Ses longs cheveux blonds étaient étalés autour de son visage, formant une auréole des plus réalistes mais également de plus contestables au vu de son intrusion dans une propriété qui ne lui appartenait guère. Son visage quant à lui, reposait sur le côté droit, gisant sur quelque chose d' étrange... A la fois dur comme du granit brut et moelleux comme un gâteau fumant sortant du four. Étrange... pour de la terre. La terre telle qu'elle la connaissait, avait pour habitude d'être sèche et quelque peu poreuse selon la qualité du sol, ou alors plus ou moins humide, dégageant alors une odeur caractéristique libérée après une pluie légère sur un sol sec ; phénomène couramment appelé le petrichor.

La partie inférieure du visage de la jeune femme reposait pour moitié sur un tissu doux et soyeux à la légère odeur de lessive bon marché, tandis que sa pommette reposait quant à elle sur quelque chose d' à la fois doux et chaud paraissant étrangement vivant. La chose... bougeait, paraissant respirer. Une douce effluve de musc blanc accompagnée d'une nuance légèrement poivrée et d'une essence quelque peu boisée, vint lui chatouiller doucement les narines  Un parfum ? Hum... Non. L'odeur était trop subtile et pas assez prononcée, ni suffisament artificielle pour cela. Il s'agissait d'odeur masculine des plus naturelles, légèrement corsée tout en étant agréablement douce que la peau du sorcier dégageait. La peau... Sa peau ?! Brusquement, Cassidy ouvrit les grands les prunelles qui s'étaient automatiquement refermées lors de son saut audacieux dans les branchages, afin d'éviter de se percer un œil. Oui, c'était toujours mieux pour ne pas finir borgne. Mais que faisait-elle dans cette posture ? Et lui ? Il ne lui était donc pas venu à l'esprit de se décaler, même de quelques centimètres lorsqu'il l'avait vue arriver comme une tigresse ? Pourtant, la jeune femme était persuadée qu'il ne l'avait pas quittée un seul instant du regard pendant tout le long de sa traversée périlleuse. Elle commençait à suffisamment bien le connaître pour être prête à parier qu'il avait du se délecter du spectacle gratuit qu'elle lui avait offert bien malgré elle. Une fois de plus, il riait, mais cette fois, à la grande satisfaction de la blonde, il toussait en même temps. Bien, étouffe-toi.

« Tais-toi, je te jure, tais-toi. », maugréa-t-elle les dents serrées.

Alors qu'elle était en train de tenter de se redresser sur ses coudes afin d'éloigner leurs corps respectifs, elle sentit son rire redoubler de plus belle bien que celui-ci était des plus silencieux. Son buste tressautait, entraînant dans sa danse impertinente, quelques mèches de cheveux blonds.

« Arrête de rire, ça n'a rien de... », commença-t-elle avant qu'un bras puissant ne la re-plaque contre son torsei, lui coupant la parole et par la même occasion, le souffle.

Ovtavius s'était soudain immobilisé, l'air grave. Spontanément, pour ne pas dire naturellement, ses bras puissants s'étaient refermés autour du corps de la jeune femme, l'enserrant au possible au point de lui couper la respiration et au risque de lui broyer les cotes. Le geste n'avait rien de volontaire et de violent, aussi Cassidy s'immobilisa à son tour en alerte. La température semblait avoir brutalement chuté de plusieurs degrés, tandis que la nuit paraissait s'être épaissie. Lentement, la jeune femme pivota sa tête vers le jardin et ce qu'elle distingua au travers de la barrière de cheveux qui s'était imposée à elle, lui glaça le sang. Ses mains se crispèrent tandis que tous ses muscles se contractaient venant ainsi raidir son corps pourtant si souple habituellement. Figée elle une statue de marbre, tendue au possible, la jolie blonde observa la scène cauchemardesque qui était en train de se dérouler sous ses yeux, ne lui laissant comme possibilité que d'être entièrement passive de son destin, d'autant plus que le bibliothécaire l'empêchait clairement d'esquisser tout mouvement. Son impression d'être dans un étau destiné à broyer des métaux se confirma lorsque ses bras pétrifiés se resserrent autour de sa taille et de son dos, comme s'il désirait la faire rentrer au sein de sa peau afin de mieux la protéger.

Le silence était lourd, les engloutissant dans une atmosphère des plus pesantes. Jugson était entré dans le jardin et avançait droit sûr eux malgré une certaine hésitation dans ses pas. Menaçant. Les branches sèches craquaient sous son poids alors qu'il s' approchait du buisson dans lequel le couple improbable était dissimulé, tandis que les brins d' herbe semblaient se flétrir avant même qu'il ne les écrase. Merlin, elle avait dû faire du bruit en sautant dans les buissons et si celui-ci était passé inaperçu aux oreilles de la vieille femme, il ne semblait pas avoir échappé à l'ouïe fine du collègue de son père. Un air suspicieux ornant son visage, il se rapprochait, plissant ses yeux porcins d'une façon grotesque, transperçant les buissons.
Boum boum boum boum.... Le cœur du brun - il en possédait donc un lui aussi - battait de façon irrégulière mais également à une rapidité anormale, venant contraster violemment avec sa sérénité habituelle. Il était donc capable d'être sérieux et d'éprouver autre chose que de l'amusement... Le silence régnait en maître mais pourtant le rythme effréné de son cœur retentissait dans les oreilles de la jeune femme, l'assourdissant comme s'il avait été en train de lui déblatérer des horreurs obscènes dans le creux des oreilles. Collée de force contre son torse, ses côtes presque broyées, la jeune femme éprouvait de réelles difficultés à faire entrer l'air dans ses poumons, d'autant plus que sa propre respiration s'était accélérée malgré elle. Le Mangemort se rapprochait. Et sa dernière heure aussi.

Cassidy ne craignait pas Jugson en tant que tel non, elle le connaissait pour l'avoir croisé plusieurs fois et leurs échanges superficiels s'étaient déroulés sans accrochages. Son nom et la réputation de sa famille la protégeaient certes, mais elle n'imaginait pas comment lui expliquer ce qu'elle fabriquait dans un buisson en pleine nuit, allongée sur le bibliothécaire de Poudlard qui, pour couronner le tout, avait en plus la malchance de n'être qu'un vulgaire sang-mêlé insolent. A coup sûr il se ferait un devoir et une mission personnelle de tout reporter à son père, ne loupant aucun détail croustillant. Ta fille était à califourchon sur lui dans les fourrés... La tête posée sur son torse d'infâme sang-mêlé et la robe remontée à mi-cuisses tandis qu'il la maintenait serrée comme jamais dans ses bras... Par la barbe Merlin, elle imaginait déjà la catastrophe. Alors que les scénarii plus mortels les uns que les autres défilaient dans son esprit paralysé par l'angoisse, elle sentit le bras d' Octavius se resserrer autour de sa taille - si, si il fallait croire que c'était possible - tandis que son corps se mettait rapidement en action. Ses jambes bougèrent, et dans un mouvement de balancier, en une fraction de seconde, sans savoir comment, ni pourquoi, elle se retrouva sous lui, prisonnière entre ses jambes, son visage à quelques millimètres du sien. Leurs souffles courts se mêlaient de la façon la plus naturelle au monde. Il était au dessus, elle était au dessous. Bien qu'elle haïssait tout simplement la situation affreusement gênante, la jeune femme ne pipa un mot, laissant son regard se noyer dans celui du sorcier. Que communiquait-il ? Elle n'en savait strictement rien. Elle n'eut pas vraiment de se poser réellement la question à vrai dire puisqu'en seulement quelques millièmes de secondes, le poulpe avait agit.

Les muscles du sorcier se tendirent comme jamais tandis qu'il se projetait avec force de l'autre côté des buissons, se créant un passage improvisé au travers des branchages qui ne manquèrent pas d'arracher sa chemise noire au passage. Comme si elle n' avait été qu' une simple plume, il ne manqua pas de l'emmener avec elle, la faisant tournoyer dans les airs, tel un marionnettiste habile, de manière à ce qu'elle se retrouve de nouveau au dessus de lui. Leurs corps emmêlés semblèrent un instant danser dans les airs, tournoyant ensemble dans une danse folle, unique en son genre et une fois de plus, totalement improvisée, faisant virevolter ses longs cheveux et le voile rougeâtre de sa robe dans l'obscurité. L'instant sembla passer au ralenti. Le choc de l’atterrissage fut rude, surtout pour lui qui ne pût stopper leur dérapage incontrôlé dans le jardin voisin qui heureusement était pour le coup totalement désert, sans aucune lumière en vue. Lorsque leur vol plané s'arrêta enfin, la jeune femme ouvrit les yeux, quelque peu sonnée. Il lui fallut quelques secondes avant de réaliser qu' Octavius avait volontairement protégé sa tête et son corps au péril du sien. Sa cape noire, récupérée au gré de bien des efforts, les recouvraient en partie, donnant la vague impression qu'ils étaient un couple parti faire du camping sauvage. Le brun ne baissa pas sa garde, l'enlaçant avec une telle force comme s'il ne craignait qu'on ne la lui arrache de force. Elle aurait des hématomes, c'était inévitable. Elle été prête à parier que l'on pourrait aisément distinguer dix empreintes digitales ornant ses côtes. Le silence était presque revenu. Déjà, le Mangemort s'éloignait, ses pas furieux disparaissant dans la nuit, comme s'il n'avait jamais existé. Cassidy ferma les yeux, expulsant l'air retenu dans ses poumons, libérant son corps de toute la tension accumulée en quelques secondes. Un instant, leurs deux corps s'épousèrent, détendus. Les doigts de l'homme jusque là profondément emmêlés dans ses boucles blondes se détendirent lentement tandis qu'il relâchait son étau centimètre par centimètre, comme 'il ne craignait qu'elle ne se désintègre entre ses mains.

« Tu les attire, ma parole. C’est parce que tu continues à m’appeler Octavius que tu as la poisse comme ça, ça ne sert à rien de lutter contre le destin. Et le destin veut que tu m’appelles Octave. Essaye, et tu verras que plus aucun Mangemort de viendra te poursuivre. »

Comment pouvait-il encore trouver la force de plaisanter ? Cassidy rouvrit les yeux, avant de rouler sur le côté rejoignant doucement l'herbe fraîche, déchargeant ainsi le sorcier du poids de son corps. Elle grimaça. Bon sang, ses côtes n'avaient pas menti... Entre sa lèvre fendue, son bras éraflé sur toute la longueur, ses chevilles explosées et maintenant les hématomes très probables le long de ses côtes, on ne pouvait décemment pas affirmer que fréquenter Octavius Holbrey était de tout repos. Allongée sur le sol à côté de lui, la jeune femme tentait de calmer les battements sourds de son cœur, ses yeux se perdant dans la pleine lune.

« Ma famille fait partie des partisans du Seigneur des Ténèbres Octavius, ne l'oublie jamais. Si j'ai fuis Jugson ce soir, ce n'était pas parce que je craignais le Mangemort, mais parce que j'aurais été dans l'incapacité de lui expliquer la situation. »

Son regard se perdit dans les étoiles tandis que son cœur commençait enfin à retrouver une cadence acceptable.

« Tu m'as broyé les côtes. »

Elle était tout simplement dans l'incapacité de le remercier. Aurait-elle aimé être en mesure de le faire ? Qui sait ?

« Ton cœur bat vite quand tu es angoissé. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 1 Aoû 2016 - 21:32

Cassidy roula sur le côté et il eut la même sensation que tout à l’heure, lorsqu’ils s’étaient nargués dans les toilettes, se frottant furtivement l’un contre l’autre sans qu’aucun d’eux n’avoue à haute voix l’intrigue qui était en train de se jouer entre eux. Elle était partie et maintenant, par contraste, il ressentit de manière beaucoup plus tangible le vent de l’automne s’engouffrer sous sa chemise et dans ses cheveux. Un frisson glacial que seule la séparation pouvait faire naître sur le corps d’un homme. Ce qu’il éprouva n’était pas tant un froid charnel qu’un déracinement affectif, qui se répandit comme de l’azote liquide à travers ses veines. Il resta complètement immobile quelques instants, sans chercher à comprendre ce qu’était ce vide intersidéral qui s’était creusé dans sa poitrine, tant il en avait l’habitude. Octave avait parfaitement conscience de son manque affectif, qu’il avait appris à gérer, non sans mal. Ce trait de caractère, inconsciemment mais cruellement encouragé par sa famille, mélangé aux autres particularités de sa personnalité, l’avait rendu quelque peu extrême. Quand il n’était pas à fleur de peau, réagissant au monde comme un écorché vif, Octave était d’un flegme sans égal, voire d’une apathie totale. Il avait passé sa vie à osciller entre les deux, avec l’intensité d’un électrocardiogramme. L’éloignement de Cassidy l’avait, l’espace de quelques douloureuses secondes, plongé dans un abattement maussade. Et comme pendant un rêve éveillé, il avait parfaitement conscience que cette réaction était beaucoup trop disproportionné par rapport au geste sans arrière-pensée de la jeune femme, alors il attendait. Il attendait que cette faiblesse passe, comme on attendait que la prise de sang soit finie. Le pire, c’est que son comportement n’avait aucun rapport avec Cassidy ; cela aurait pu être n’importe qui d’autre qu’Octave se serait senti aspiré dans un gouffre sans fond.

En voyant cela, il n’y avait rien d’étonnant à ce que le bibliothécaire prenne autant au sérieux les affaires relatives à son cœur. Il était beaucoup trop sensible pour supporter qu’on se joue de lui et de ses sentiments. Cette prudence si particulière lui avait épargné la douleur d’une blessure faite par méchanceté et ignorance, bien qu’il lui fût déjà arrivé de souffrir par amour, mais jamais de trahison. Il se protégeait constamment et avec ardeur, au point que personne le connaisse vraiment. Alors il regardait le ciel sans vraiment le regarder, ses yeux se perdant dans l’immensité stellaire, en attendant que le malaise se dissipe.

« Ma famille fait partie des partisans du Seigneur des Ténèbres Octavius, ne l'oublie jamais. Si j'ai fuis Jugson ce soir, ce n'était pas parce que je craignais le Mangemort, mais parce que j'aurais été dans l'incapacité de lui expliquer la situation. »

Octave feula de mécontentement, tel un chat. Octavius… Décidemment. Enfin bref, peu importe, qui ne tente rien n’a rien, et ce n’était certainement pas sa dernière tentative. Ou peut-être que cela resterait leur dernier et seul sujet de discorde, celui qui serait le propre de leur relation si particulière. Un jour, ils allaient être d’accord sur tout, sauf sur ça, et se disputeraient jusqu’à la mort à propos de ce maudit suffixe, auquel elle ne renoncerait jamais et qu’Octave continuerait à détester par principe, plus pour continuer à alimenter la dispute que par réelle animosité. Cette idée le détourna de son soudain abattement et ramena un léger sourire sur son visage.

« C’est toujours ce qu’on dit. Mais la crainte de s’expliquer devant quelqu’un équivaut à craindre la personne elle-même. Tu auras beau les connaître, les Mangemorts, par définition, ne sont pas des gens à qui on peut faire confiance. Ils ne se battent qu’au nom de la turpitude, ce qui les rends instables et imprévisibles, même quand on n’a rien à se reprocher. Ils se caractérisent par une cruelle absence de morale et de principes quelconques, pour eux, la fin justifie clairement les moyens. Ce qui les unit, ce n’est pas leur loyauté les uns envers les autres, mais le sadisme d’un but unique : le pouvoir. Et le pouvoir n’est guère connu pour unifier les gens entre eux, mais plutôt au contraire, de semer la discorde. Il n’y a pas de compassion dans leurs cœurs, ni dans leurs règlements, ce qui les rend imprévisibles avec leurs ennemis et impitoyables avec leurs victimes. Pire encore, un Mangemort peut aisément, d’un claquement de doigt, passer du trône à la boue, devenant lui-même la bête noire à persécuter du groupe. Si tu t’étais faite surprendre, tu te serais probablement faite malmener, d’une façon ou d’un autre, tous les Mangemorts n’étant pas aussi serviles que ce pauvre Henry.

Assurément, la fuite de la jeune femme révélait un trait de son caractère qu’Octave ne pouvait qu’apprécier. Cela voulait simplement dire que malgré l’image qu’elle se donnait et des liens familiaux qu’elle invoquait, Cassidy redoutait le cercle dans lequel elle avait été condamnée à rester. Elle était saine d’esprit.

Je parie que malgré toi, tu te méfies de ta famille, comme tu te méfies des autres Mangemorts. Si vraiment tu ne les craignais pas, tu n’aurais eu aucune hésitation à tout dire à ce Jugson. Mais tu as préféré ne pas le faire, et c’est normal. Il vaut mieux pour toi que tu les craignes, plutôt que tu les suives aveuglement. Cela montre que tu es quelqu’un de réaliste et sensé. Déjà qu’ils ne se font pas confiance entre eux… Ils ne sont clairement pas une grande famille aimante en soudée… »

Et alors que le froid spirituel quittait peu à peu son âme, le froid charnel en prenait doucement la place, si bien qu’Octave frissonna légèrement. Il était habillé mais sentait les courants d’air comme s’il avait été torse nu. Il remonta ses mains le long de son corps, pour constater qu’il était en fait toujours habillé. En revanche, ses doigts tombèrent sur des fentes dans le tissu. Du bout des doigts, il tâta celle qui lui sembla être la plus longue. Elle était juste au-dessous de ses côtes, à gauche, et faisait au moins dix centimètres de long, si ce n’était davantage. Il passa un doigt au travers et releva qu’effectivement, c’était bien des trous qui traversaient sa chemise de part et d’autre à plusieurs endroits. Au travers, il étudia sa peau, dans la logique que si quelque chose avait pu faire des trous dans ses vêtements, il pouvait largement en être de même pour son corps. Et effectivement, dès qu’il frôla la déchirure, un picotement se fit sentir. Soupirant lourdement, il releva la tête tout en écartant l’un des trous pour voir l’étendue des dégâts. Heureusement, les ronces et autres branches n’avaient laissées que quelques fentes rosâtres sur sa peau, mais pas de quoi se faire recoudre, comme diraient les moldus. Lourdement, comme pour illustrer le poids de son désarroi, Octave laissa retomber sa tête sur la pelouse. Il n’avait vraiment pas de chances avec les vêtements aujourd’hui. Heureusement, les siens étaient restés au chaud dans le château, mais cela contrecarrait sérieusement ses plans de remettre en temps voulu le butin volé sur la corde à ligne. Maintenant, il se retrouvait avec des torchons bons à essuyer la poussière. Et avec son pantalon recouvert de sauce piquante, il y avait de quoi le mettre de mauvaise humeur. Il n’aimait pas porter des vêtements sales ou en trop mauvais état, question de confort, avant celui du style.

« Je ne t’ai rien broyé, sinon tu aurais bien plus mal que ce que tu veux bien laisser croire. Et oui, mon cœur bat vite, c’est un peu le principe de l’angoisse. »

D’un geste vif, il se releva, pour sentir que son dos était recouvert de terre et de saletés. Il fallait clairement remédier à cette scandaleuse situation. Il n’allait certainement pas boire du champagne dans des haillons pareils. Sans un mot, et avec la détermination de ceux qui avaient un but précis, il traversa promptement la haie dans laquelle ils s’étaient cachés pour rejoindre la maison de la mémé. Là, il tenta de trouver de quoi se refaire une beauté, mais malheureusement, à part des draps de lit et des vêtements de femme, il n’y avait qu’une chemise blanche. Tel le voleur qu’il était, Octave s’empara du vêtement avant de fuir vers l’endroit d’où il était venu. Après avoir rejoint Cassidy, il tendit sa prise devant soi et l’observa avec plus de minutie.

« Désolé, mais à part des vêtements de vieille, il n’y avait rien pour toi. »

Sur ces mots, il retira la chemise noire qu’il portait et, avant d’enfiler l’autre, en profita pour regarder les dégâts. Au fil du temps et à cause de son précédent métier, son corps n’avait pas été épargné et portait sur lui les marques d’une vie tumultueuse. Selon son goût, Octave avait atteint le nombre limite de cicatrices qu’il pouvait avoir sur lui sans que cela ne soit trop disgracieux. En effet, il en avait déjà pour tous les appétits, de toutes les formes et de toutes les tailles. Mais elles s’organisaient de manière assez harmonieuse sur son corps, se répandant partout, tant on l’avait visé en de différents endroits à chaque fois, sans jamais le tuer complètement. Il y avait quelques marques de coup de couteau, dont une particulièrement grande sur son flanc gauche, deux entailles de balle sur son ventre qui n’étaient jamais ressorties de l’autre côté, ainsi qu’une multitude de cicatrices réparties dans son dos et sur son torse, aux origines impossibles à définir tant leur forme était singulière. Encore un de ces mystères qui lui étaient propres du fait de sa personnalité ; il n’avait pas l’air d’un loubard, mais rien de surprenant non plus, vu comme il se comportait. En voyant ça, les gens se disaient que c’était probablement les stigmates de castagnes mérités qu’il avait reçues pour s’être conduit avec l’insolence dont il savait si bien faire preuve. En réalité, et avec une méchante ironie, la plupart du temps on l’avait attaqué pour son savoir, et non son impertinence, les informations qu’il détenait étant d’une importance bien plus cruciale que son manque de savoir-vivre. Au contraire, ce trait de caractère était même plutôt apprécié, alors que ces connaissances, souvent jugées trop grandes, moins.

En voyant que son torse, déjà pas mal amoché, était strié d’une demi-douzaine de rainures roses, il lâcha un cri d’effroi caricatural mais sérieux en même temps. Ca n’allait pas du tout, c’était moche, et mal positionné. On aurait dit qu’il s’était battu avec un chat. Tout de suite après, il regarda Cassidy pour inspecter son corps d’un œil scrutateur. Elle aussi, n’avait pas été épargnée. Il lâcha un second cri d’effroi. Mais bon, tout ça n’était que très superficiel et n’allait entraver en rien leur beauté commune dans un futur lointain. En revanche, la jeune femme avait une grande entaille, différente des autres, qui sillonnait son bras en longueur et saignait abondamment encore maintenant. Fronçant les sourcils, Octave s’agenouilla à côté d’elle tout en formant une boule avec la chemise noire qu’il posa contre la plaie béante. La chemise blanche reposait calmement sur son bras, le temps que ses propres écorchures cessent de lâcher de fines perles de sang. Manquerait plus qu’il se balade avec des vêtements ensanglantés.

« Tu n’as pas l’air à ta place parmi les Mangemorts, qu’est-ce que tu fous avec eux ? Un geste stratégique ? Ou tu aimes bien ta position de reine des démons dans les tréfonds de l’enfer ? »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 7 Aoû 2016 - 12:21

« Ma famille fait partie des partisans du Seigneur des Ténèbres Octavius, ne l'oublie jamais. Si j'ai fuis Jugson ce soir, ce n'était pas parce que je craignais le Mangemort, mais parce que j'aurais été dans l'incapacité de lui expliquer la situation. »

A peine avait-elle terminé sa phrase que le bibliothécaire laissa échapper une sorte de grognement assez particulier. Entre le chaton en colère devant le refus d'un bol de lait, et le chiot mécontent qu'on l'empêche de sortir faire ses besoins dans le jardin. Frustré. C'était cela, il ne semblait pas bien résistant à la frustration qu'engendrait le refus de la Rowle d'accéder à sa requête. Intolérant à la frustration.
Octavius. Pourquoi semblait-il tant redouter son prénom apparemment officiel puisqu'il était celui qu'il avait donné à l'inspecteur ? Il paraissait tellement détester, voire même dénier ce dernier qu'il en était venu à se vendre en trahissant par sa demande - formulée plusieurs fois sous diverses formes -, une certaine faiblesse qu'il n'était pas parvenu à dissimuler et qui n'était en rien passée inaperçue aux yeux de la sorcière.

Allongée sur le dos dans l'herbe fraîche, le cœur battant à tout rompre, Cassidy s'humecta légèrement les lèvres tout en réfléchissant, le regard perdu dans l'immensité de la voie lactée. Pourquoi tenait-il à ce point à ce que ses lèvres insolentes et obstinées s'ouvrent enfin daignant prononcer le nom " Octave " ? Était-ce juste une question de style ? Hum... La question était intéressante puisque le brun prenait incontestablement soin de son apparence et de l'image qu'il renvoyait qu'il s'agisse de son style plus ou moins pompeux dans sa manière de s'exprimer, ou de sa façon de s'habiller bien qu'en cet instant, vêtu d'un pantalon au piment et d'une chemise noire déchirée, cette définition ne lui corresponde absolument pas. Octavius ou Octave ? Personnellement, la jeune femme ne comprenait pas sa demande - du moins s'il s'agissait d'un caprice dû à une question de style. Octavius, même si ce n'était pas forcément un prénom banal allant à n'importe qui, lui convenait beaucoup mieux qu' Octave, ce dernier étant associé à une image poulpaire dénuée de toute crédibilité. Ou à une image de pantin... Un pantin grossièrement maquillé, désarticulé, aux ficelles jaunies emmêlées, abandonné depuis trois siècles et demi au fond d'un carton poussiéreux dans le grenier oublié d'un manoir hanté. Ou la cave. La cave ce n' était pas mal non plus. Octavius, même si cela restait particulier et qu'elle était tout bonnement incapable de savoir si elle appréciait ou non ce prénom, possédait une tonalité de grandeur romaine incontestable. Tel l' Octavius, ce vaisseau fantôme n'ayant probablement jamais existé mais qui était devenu envers et contre tout, une légende à lui seul, le brun par son charisme particulier pouvait prétendre au titre de légende humaine... Ou poulpaire. D'après l'histoire qui lui avait été racontée lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant, ce bateau aurait quitté l'Angleterre en direction des Indes en 1770 mais n'en serait jamais revenu, resté piégé par la glace au nord de l'Alaska sur le chemin du retour. Ce n'est qu'en 1775 qu'il aurait été retrouvé proche du Groenland avec l'entièreté de son équipage mort gelé, dans un parfait état de conservation.

Tel le capitaine dont le corps aurait été retrouvé en parfait état, tenant une plume à la main avec le livre de bord face à lui, Octavius était le genre de personnage pouvant paraître par certains de ses aspects, d'une autre époque, tel un guerrier romain resté figé dans son temps en défiant les limites envers et contre tout. Le capitaine avait tenté d'atteindre l' Inde, et y était arrivé avec succès, mais il n'en était jamais revenu resté glacé dans les eaux polaires. Le parallèle avec Octavius tentant d'accéder au cœur glacé de la blonde à demi-indienne était saisissant.

Elle tourna légèrement la tête vers lui, laissant son regard turquoise l'observer à la dérobée. Voilà qu'un léger sourire s'esquissait sur le visage de l'homme. A quoi pouvait-il bien penser ? Renonçant à entrer dans son esprit si tortueux, l'apprentie potionniste releva les yeux vers l'immensité du ciel. Si ce n'était pas une question de style... Hum... Cassidy se mordilla la lèvre inférieure, concentrée, ne manquant pas de la refaire une fois de plus saigner par la même occasion. Autant ce réflexe pouvait traduire un quelconque stress, autant il pouvait être relié à une intense concentration tel que c'était le cas actuellement. Un prénom pouvait être détesté par son porteur s'il était relié à de mauvais souvenirs. Un parent autoritaire et détesté au plus profond de son coeur, ou tout simplement craint au delà de toute imagination. En fin de compte il pouvait très bien s'agir d' une sorte de tentative de rébellion, tout comme ce tutoiement spontané dont il semblait faire usage assez couramment. Dans un monde rigide et fermé, il était parfois nécessaire de se faire ses propres armes, aussi insignifiantes pouvaient-elles sembler au premier abord. Changer de prénom afin de se constituer sa propre identité, user du tutoiement afin de sortir d'un panier de gens fades et identiques... Toute stratégie était la bienvenue et Cassidy en savait quelque chose. Néanmoins, il lui avait fourni une arme qu'elle n'était pas prête de lâcher. Il pouvait faire tout ce qu'il voulait ; hurler de rage avant de lui exploser au visage, geindre avant de se liquéfier en une pathétique flaque d'eau salée, la menacer de sa baguette ou de ses poings. Ou à l'opposé la flatter, tenter lamentablement de la séduire, ou même prétendre que cela ne lui déplaisait finalement pas. Toutes ces hypothétiques tentatives plus pitoyables les unes que les autres ne la feraient guère changer d'avis. Elle tenait les rênes, et ne les lâcherait pour rien au monde. Il apprendrait à supporter son prénom, foi de Cassidy.

D'ailleurs, quitte à songer aux prénoms... La jeune femme remarqua alors qu'il ne l'avait pas appelée une seule fois par le sien, heureusement pour elle. Elle n'avait aucunement envie d'entendre sa voix suave prononcer la musicalité de ce qui renfermait son identité si complexe, ni d'assister au spectacle de ses lèvres se mouvant dans de délicats mouvements de prononciation. Non. Qu'elle reste à ses yeux la Rowle, la fille de la bibliothèque, ou encore la Mangemort blonde. Cela lui suffisait amplement.

« ... Tu auras beau les connaître, les Mangemorts, par définition, ne sont pas des gens à qui on peut faire confiance... »

Hum. Plaît-il ? La jeune femme s'appuya sur ses coudes et se redressa en position assise afin de surplomber le bibliothécaire, chose qui ne lui arriverait plus désormais étant donné qu'il avait retrouvé sa taille initiale. Assise en tailleur sur l'herbe, elle baissa ses iris vert d'eau vers son visage et l'écouta attentivement tandis que le vent commençait à s'intensifier et s'amusait à s'engouffrer dans ses cheveux blonds.

« ... Ils ne se battent qu’au nom de la turpitude, ce qui les rends instables et imprévisibles, même quand on n’a rien à se reprocher. Ils se caractérisent par une cruelle absence de morale et de principes quelconques, pour eux, la fin justifie clairement les moyens. Ce qui les unit, ce n’est pas leur loyauté les uns envers les autres, mais le sadisme d’un but unique : le pouvoir. Et le pouvoir n’est guère connu pour unifier les gens entre eux, mais plutôt au contraire, de semer la discorde. Il n’y a pas de compassion dans leurs cœurs, ni dans leurs règlements, ce qui les rend imprévisibles avec leurs ennemis et impitoyables avec leurs victimes. Pire encore, un Mangemort peut aisément, d’un claquement de doigt, passer du trône à la boue, devenant lui-même la bête noire à persécuter du groupe. Si tu t’étais faite surprendre, tu te serais probablement faite malmener, d’une façon ou d’un autre, tous les Mangemorts n’étant pas aussi serviles que ce pauvre Henry. »

Culotté. Il avait vraiment un sacré toupet pour oser énoncer à haute voix ses idéaux sensés rester secrets en ces temps sombres, devant elle, Cassidy Rowle, fille de Mangemorts qu'il ne connaissait que depuis quelques heures. Ou sacrément abruti par moments. Peut-être avait-il un quota d'actions profondément insensées à réaliser dans la journée suite à une ancienne malédiction dont il était la victime ? Elle hésitait encore. Instinctivement, elle se redressa dardant sur lui un regard sombre. Cette pièce de théâtre qu'elle s’apprêtait à jouer, elle ne la connaissait que trop bien puisqu' elle y avait le rôle principal depuis l'enfance. Fervente partisane du Seigneur des Ténèbres défendant les idéaux pro-purs. Elle connaissait tellement le scénario par cœur, sur le bout des doigts, qu'elle avait fini par l' intégrer à la perfection comme une partie gangrenée d'elle-même, progressant lentement, venant entacher et contaminer tout le reste. La mise en scène ne possédait aucune faille. Le mensonge était rodé à merveille, ni pas assez, ni exagéré, parfaitement dosé et équilibré afin d'obtenir un ajustement au réel parfait. Indétectable.

« Je ne saurai que trop te conseiller de mesurer tes propos face à moi Octavius Holbrey. Tu as tendance à oublier un peu trop vite qui je suis. Je pourrais t'obtenir un aller simple pour Azkaban sans trop de difficultés pour ce que tu viens de dire et je peux te garantir qu'il n'y a pas de place pour le confort là-bas. »

Sa voix était d'un calme douteux, basse comme certaines sonorités du tonnerre et menaçante. Il fallait qu'il s'arrête. Qu'il prenne ses distances quitte à l'effrayer. Pourquoi donc lui avouait-il sa vision des choses sans aucune retenue ? Qu'est-ce qui lui permettait de placer suffisamment de confiance en elle, fille de Mangemort ? Comment pouvait-il croire qu'elle resterait de marbre face à de telles déclarations ? Ce faisant, il venait de lui livrer une partie profonde de lui-même, cette même partie qu'elle dissimulait aux yeux de tous : il venait de lui permettre d'accéder à une parcelle de son âme. Ce présent - volontaire ou non - se révélait être un cadeau empoisonné pour la jeune femme qui ne savait quoi en faire. Une rose aux épines empreintes d'un poison mortel.

« - Je parie que malgré toi, tu te méfies de ta famille, comme tu te méfies des autres Mangemorts. Si vraiment tu ne les craignais pas, tu n’aurais eu aucune hésitation à tout dire à ce Jugson. Mais tu as préféré ne pas le faire, et c’est normal. Il vaut mieux pour toi que tu les craignes, plutôt que tu les suives aveuglement. Cela montre que tu es quelqu’un de réaliste et sensé. Déjà qu’ils ne se font pas confiance entre eux… Ils ne sont clairement pas une grande famille aimante en soudée…

- Ton raisonnement est totalement faux, je ne me méfie pas d'eux parce qu'ils sont des Mangemorts puisque c'est ce que je suis amenée à devenir et c'est déjà ce que je suis pour la plupart des gens. Je me méfie d'eux parce que c'est dans ma nature de me méfier des gens, Mangemorts ou non. », répondit-elle d'une voix glacée.

Par Merlin, ce n'était pas bon. Pas bon du tout. C'était même relativement catastrophique. Il fallait inverser les rôles et l'obliger à perdre sa superbe. Tester les cordes, tout comme ses limites. Bien qu'elle en avait déjà identifié certaines comme le prénom et l'amour, la jeune femme ne se voyait clairement pas retenter l'expérience de l'embrasser maintenant qu'il était redevenu lui-même. Aussi, Cassidy se rapprocha dangereusement de lui et se pencha au dessus de son visage, plongeant ses iris clairs dans les siens, inversant les rôles, le dominant entièrement. Passif... Actif. L'air sembla crépiter à nouveau autour d'eux tant son regard si expressif qui la servait ou la trahissait selon les moments, se chargeait de colère si bien que la pauvre ampoule de l'unique lampadaire fini par rendre l'âme, grésillant une toute dernière fois avant de s'éteindre définitivement. Simple hasard ou phénomène magique incontrôlé ? Difficile à dire. Proches, ils étaient de nouveau d'une proximité relevant clairement de l'intimité physique, mais elle s'en servait bel et bien pour tenter de redevenir lointaine. Une sorte d'échappatoire indirecte dans laquelle la fuite de l'autre lui permettrait de s'éloigner à son tour sans qu'elle n'ait à faire le premier pas et la préservant de toute faiblesse. Penchée qu'elle était sur lui, de longues mèches de cheveux d'un blond presque argenté à la lumière de la pleine lune, venaient frôler le visage du bibliothécaire en des caresses aussi langoureuses et venimeuses que l'était la chevelure de serpents de Méduse.

« Je fermerai les yeux pour cette fois puisque tu m'as... aidée - déclara-t-elle enchaînant leurs souffles et en calquant sa respiration sur la sienne de manière à ne faire plus qu'un avec lui - mais ne t'avise plus à parler ainsi des Mangemorts... Octavius. »

Le prénom raisonna comme le cliquètement d'une arme entre ses lèvres piquantes. Tandis qu'elle parlait, elle observait du coin de l’œil ses doigts se déplaçant entre leurs deux corps, découvrant que sa chemise était trouée. Alors qu'elle était toujours penchée au dessus de lui, ses mains fines encadrant sa tête de chaque côté, Octavius releva la tête venant cogner légèrement le haut de son crâne contre son menton afin d'observer ses blessures, avant de laisser sa tête retomber dans l'herbe.

« Je ne t’ai rien broyé, sinon tu aurais bien plus mal que ce que tu veux bien laisser croire. Et oui, mon cœur bat vite, c’est un peu le principe de l’angoisse. »

La jeune femme laissa échapper un ricanement tandis que le soulagement l'envahissait, diffusant une nouvelle chaleur dans chacun de ses muscles. Lentement, elle s'écarta de lui, se défaisant par la même occasion de son odeur qu'elle avait identifié quelques minutes auparavant. La discussion reprenait une tournure moins dangereuse, il s'éloignait du sujet délicat à la fragilité d'une porcelaine. Rapidement, avec cette souplesse qui le caractérisait si bien, il se releva d'un bond. A la lueur de la lune, il s'examina d'un coup d’œil expert avant de juger que sa tenue n'était décemment pas convenable pour le poulpe qu'il était. Interdite, elle le regarda s'élancer dans la haie qu'ils venaient de traverser à grand peine... avant de revenir quelques secondes plus tard tenant à la main une chemise blanche en lui affirmant qu'il n'avait rien trouvé pour elle. Hum... Était-ce la réalité ou s'agissait-il d'une de ces manigances afin de pouvoir la contempler dans sa robe déchirée ? Peu importait au final, elle n'avait plus grand chose à lui cacher si ce n'est son esprit.

Il retira alors sa chemise noire dévoilant son torse sec et musclé. Les pintades qu'étaient la plupart des adolescentes se seraient pâmées devant lui en gloussant des " huhuhu " caractéristiques de la niaiserie à l'état pure mais Cassidy elle, resta de marbre, se contenant d'observer minutieusement chaque cicatrice ornant la peau du bibliothécaire. Un simple bibliothécaire hum... ? Comment un sorcier sensé vivre jour et nuit au contact des pages de papier des livres - bien que certains d'entre eux étaient réputés pour leur agressivité - pouvait-il posséder autant de cicatrices ? Quelque chose n'était pas clair là-dedans. Imperturbable, le regard clair de la Rowle balayait chaque parcelle de peau nue, poursuivant avec précision les courbures plus ou moins rosées et régulières de chaque stigmate ornant son torse et son dos. Une fois de plus, la jeune femme prit conscience qu'il lui confiait - volontairement ou inconsciemment - un bout de son histoire, chaque taillade étant intimement reliée à un souvenir plus ou moins brumeux. Étrangement, ces cicatrices de taille et de forme diverses, étaient belles et se mêlaient entre elles de manière harmonieuse, venant apporter un charme incontestable au personnage du bibliothécaire. Tout comme chaque coups de pinceau constituait un chef-d'oeuvre, chaque lézarde venait fabriquer le personnage complexe qu'était Octavius. La beauté... qu'était-ce réellement ? Un concept tout aussi subjectif et abstrait que celui de l'amour, mais pourtant tout aussi réel, sensé prodiguer une sensation de plaisir ou un sentiment de profonde satisfaction. Pour certains elle se mesurait, se quantifiait avec l'aide d'une simple référence aux canons de beauté de la culture et du siècle choisi. Pour d'autres, elle ne se mesurait pas mais s'appréciait au delà de toute rationalité, brisant les cadres rigides des standards typiques de beauté. C'était le cas d' Octavius qui ne rentrerait jamais dans les lignes des canons à cause de ces marques traversant sa peau.

Le regard de Cassidy s'attarda un peu plus longuement sur l'entaille de grande taille ornant son flanc gauche que sur les autres. Mentalement, elle était prête à parier que cette blessure lui avait été infligée à l'aide non pas de la magie mais d'une arme blanche telle un couteau ou un poignard. Instinctivement, elle porta la main à son omoplate gauche. Elle ne connaissait que trop bien la particularité d'une trace laissée par une arme de ce type. Un tracé direct, régulier, profond ; signe que l'agresseur n'avait pas hésité avant d’entamer profondément la chair. Le cri théâtral qu'il lança ne la tira pas de son inspection minutieuse et elle ne détourna le regard de son torse seulement lorsqu'elle sentit son regard inquisiteur se fixer sur elle, comme s'il voulait la transpercer. Second cri hautement exagéré. La blonde leva les yeux au ciel et alors qu'il s'agenouillait auprès d'elle afin de tenter de faire stopper le saignement de la longue entaille qui ornerait désormais son bras à l'avenir, la jeune femme ne frémit guère au contact du tissu pressé contre sa blessure, trop habituée à la véritable sensation de douleur pour prêter une réelle attention à cette simple estafilade.

« Tu n’as pas l’air à ta place parmi les Mangemorts, qu’est-ce que tu fous avec eux ? Un geste stratégique ? Ou tu aimes bien ta position de reine des démons dans les tréfonds de l’enfer ? », relança-t-il d'un ton aussi détaché qu'un vendeur de glaces sur le sable fin d'une plage de la Méditerranée en plein mois d' Août.

Elle le fixa, le visage lisse et impénétrable. Ce n'était pas possible, n'avait-il rien écouté de ce qu'elle avait pu lui dire quelques instants auparavant ou les informations n'étaient-elle pas parvenues à entrer dans son cerveau aux capacités restreintes ? Bien qu'elle n'était pas officiellement une Mangemort, la jeune femme était considérée par sa famille paternelle et les autres partisans du Seigneur des Ténèbres comme l'une des leurs ; ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne se retrouve dans l'obligation de revêtir la marque hideuse si caractéristique qu'elle haïssait au plus profond de son être, sur la peau pâle et fragile de l'intérieur de son avant-bras gauche. Afin de retarder le plus ce moment, elle avait trouvé l'échappatoire des études, mais celles-ci toucheraient bientôt à leur fin, et même si elle avait envisagé de tenter un redoublement de son année, celui-ci ne serait pas infini. Comment y échapper ? Elle n'en avait aucune idée, son stock arrivait à épuisement et elle ne trouvait rien pour le renouveler. Une Rowle. Elle n'était qu'une Rowle et n'avait pas la liberté de pouvoir prétendre à devenir autre chose. D'après ce qu'elle savait, tous les membres de sa famille étaient avaient juré allégeance au Seigneur des Ténèbres et à ses idéaux ; ses grands parents ainsi que leurs propres parents, son oncle Thorfinn, son père Andreas, quant à son demi-frère Aloïs, s' il n' était pas encore des leurs, il n' attendait que cela avec une impatience des plus inquiétantes. Elle, Cassidy Rowle était condamnée. Son destin avait été bouclé avant même sa naissance et elle avait été surprise que son père ait renoncé à la marier tel que cela aurait dû être le cas à la fin de sa scolarité en Inde, au profit de ses études.

« Tous les Mangemorts ne sont pas identiques, tu as une vision très étriquée des choses pour un érudit. Nous ne partageons que les mêmes idéaux et nous ne servons que la même cause. Mon père est très distingué et patient, tandis que mon oncle l'est beaucoup moins et est très impulsif. J'y serai parfaitement à ma place en reine des démons dans les tréfonds de l'enfer, avec mes singularités, le moment voulu. »

Elle mentait comme elle respirait, aussi naturellement qu'il était possible de le faire. Les mots s'écoulaient de sa bouche un à un reliés entre eux dans un rythme parfaitement authentique, sans qu'elle n'en pense réellement aucun. Elle vomissait sur les Mangemorts et leurs idéaux arriérés autant qu'elle se haïssait à devoir prétendre penser comme eux afin de survivre. Il fallait changer de sujet. Dévier la conversation sur lui.

« Et toi Octavius Holbrey ? Comment un simple et innocent bibliothécaire au sang-mêlé a-t-il pu récolter autant de cicatrices ? Es-tu à ce point épris des aventures contées par les romans que tu lis ou est-ce là le résultat de ta langue trop impétueuse ? »

Sa voix doucereuse flottait dans l'air tandis qu'elle rapprochait un doigt fin de son flanc gauche ; doigt qui vint se poser délicatement sur l' entaille qui l'avait interpellée quelques secondes auparavant. Lentement, elle en suivi le tracé avant de relever les yeux vers lui, plongeant dans son regard si agaçant.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Dim 7 Aoû 2016 - 21:59

Inconsciemment, ayant toujours l’esprit à l’affut, quoi qu’il se passe, et même si son attention semblait planter très haut dans d’autres cieux, Octave avait pris note du regard qu’avait eu Cassidy à son égard. Cela avait le don de toujours faire invariablement le même effet : intriguer. C’était comme dévoiler la fin d’une histoire inconnue, poussant les gens à se questionner « mais qu’est-ce ? D’où cela vient-il ? Comment est-ce arrivé là ? ». Il aurait probablement la même curiosité, s’il lui arrivait un jour de découvrir un tel tableau, donc il laissa le regard inquisiteur de la sorcière glisser nonchalamment sur son corps, déformé par les actes qu’il avait commis jadis. A dire vrai, il n’avait pas fait cela dans un quelconque but précis, ce geste n’ayant pas été calculé pour servir un dessein autre que de constater l’état des choses. Et si la jeune femme avait l’impression qu’on lui dévoilait des indices, grand bien lui fasse, si cela pouvait l’aider à se sentir plus intéressée. Car, chez le bibliothécaire, son corps n’était qu’un détail, un indice fumeux et abstrait, comme l’était sa gestuelle et sa stature, qui n’indiquait que de manière très indirecte sur ce qu’il refermait en lui. C’était comme voir un mur criblé de balles encore fumantes : on devinait ce que cela voulait dire, sans vraiment avoir conscience des causes et des motifs qui avaient abouti à ce geste, et rien n’était là pour indiquer ce qu’il s’était déroulé devant ce mur. Il n’y avait là que le constat d’une difformité tragique, d’une violence froide et décidée. Car c’était dans son cerveau, et son cerveau seul que se produisaient les plus grands évènements, étaient renfermés d’innombrables secrets et d’incroyables savoirs, et personne n’était encore parvenu à les lui soutirer par la fourberie ou la force sans qu’il ne le veuille lui-même. Alors elle pouvait le regarder autant qu’elle le voulait, ce n’était qu’un corps, qui lui révélait une part ridiculement infime du grand tableau de son monde.

« Tous les Mangemorts ne sont pas identiques, tu as une vision très étriquée des choses pour un érudit. Nous ne partageons que les mêmes idéaux et nous ne servons que la même cause. Mon père est très distingué et patient, tandis que mon oncle l'est beaucoup moins et est très impulsif. J'y serai parfaitement à ma place en reine des démons dans les tréfonds de l'enfer, avec mes singularités, le moment voulu. »

Lui rétorqua-t-elle sans siller alors qu’il pressait l’ex chemise sur sa blessure sanguinolente. Il s’épargna la peine de préciser que ce n’était qu’une blague, ayant formulé sa question de la sorte pour ralléger le ton général de la discussion, mais elle avait toute de même souhaité prendre sa réplique au pied de la lettre, comme si, effectivement, il avait une vision extrêmement étriquée de la réalité. Bien évidemment, ils n’étaient pas tous pareils, mais c’était du moins l’image qu’ils se donnaient. Et si les motivations étaient différentes, les points communs restaient les mêmes malgré les disparités de chacun des membres de cette grande famille de suppôts de Satan. Cependant, il nota tout de même avec une satisfaction non dissimulée derrière un sourire narquois qu’elle le prenait pour un érudit. Et même si ce n’était qu’ironie, il tenait à la prendre de manière positive, pour l’embêter un peu, et parce que c’était plus agréable que de se vexer d’avoir été pris pour un simplet. Malgré les paroles rudes de la jeune femme, son sourire satisfait se mua en sourire malicieux, tandis qu’il se remémorait ce qu’elle lui avait dit tout à l’heure. Son discours et ses menaces l’avaient presque convaincu de son honnêteté. Sérieuse, elle l’était indéniablement, mais probablement parce qu’il avait sorti des propos beaucoup trop personnels pour la situation et le degré de leur intimité. Il avait été excessivement sincère, et il avait dû par-là, la gêner quelque peu. La perturber, aussi, au point que la première chose qui lui était sortie de la bouche fut une menace des plus glacée. « Tu as tendance à oublier un peu trop vite qui je suis… ». Bien sûr que non. Elle ne l’avait pas encore remarqué, mais tout ce qu’il faisait, était toujours à propos et savamment réfléchi malgré l’insouciance apparente de ses actes. En réalité, spontané, il l’était, mais toujours dans la mesure des limites qu’il s’était imposé.

Cela avait été dur à comprendre, mais le discours de Cassidy, en de telles circonstances, sonnait à une huitaine trop basse. C’était là le soucis d’un laïus répété toujours sous la même forme, quelle que soit la situation. Pourtant, tout tenait droit, la voix était là, le ton et la juste mesure du propos, les mots sonnaient comme ils le devaient, menaçants et froids. Et c’était peut-être ça qui lui manquait : la passion d’une opinion convaincue. Elle avait été si exalté dans ses protestations, ses manifestations de force pour ne surtout pas lui laisser le dernier mot, que ses sommations semblaient soudain sortir de la bouche d’une toute autre personne. Elle avait oublié d’être véhémente, galvanisée par la colère qu’aurait pu lui inspirer les paroles d’Octave si seulement elle pensait entièrement ce qu’elle lui avait alors raconté. Le mensonge avait été convaincant au point de lui soulever in frisson d’indignation à l’écoute de ses paroles, mais après une introspection minutieuse, le ton de l’imposture ne collait pas au contexte. Elle avait été tumultueuse tout au long de la soirée, malgré le sérieux de la situation, et puis, elle avait été extraordinairement calme et maître de soi. Elle aurait dû lui crier dessus, si elle avait voulu vraiment le pousser à se remettre en question. Mais elle avait choisi un chemin qu’elle savait être efficace et convaincant, au lieu d’adapter sa réaction à la situation. Cassidy était une excellente menteuse, mais Octave en avait vu, des imposteurs de toute trempe, et les meilleurs savaient toujours changer la forme de leur mensonge pour l’apprêter au moment présent, et non à l’instant où ce mensonge avait été inventé et répété. Et puis, Octave avait un avantage par rapport aux autres, son statut ne lui faisait pas peur, il avait donc tout le loisir de scruter les moult détails de son monologue. Son ouïe avait été entraînée à en détecter les moindres ondulations inhabituelles, les fausses notes et les trémolos tremblants.

« Et toi Octavius Holbrey ? Comment un simple et innocent bibliothécaire au sang-mêlé a-t-il pu récolter autant de cicatrices ? Es-tu à ce point épris des aventures contées par les romans que tu lis ou est-ce là le résultat de ta langue trop impétueuse ? »

Cette question lui arracha un léger rire alors qu’il regardait le bras de Cassidy, qu’il continuait à tamponner délicatement. Comment répondre à cette question ? Bizarrement, il avait envie de lui un révéler un peu plus qu’il ne l’aurait fait avec quelqu’un d’autre, malgré le fait qu’elle refusait toujours d’être un tant soit peu honnête avec lui dans ses paroles. Elle agissait d’une manière, tranchant singulièrement avec ce qu’elle disait. C’était comme regarder un film avec une mauvaise doublure. Il accentua son sourire, tout en soupirant. Elle déviait la conversation, profitant des irrégularités de son corps pour détourner le sujet, ce qui n’était pas étonnant et renforça sa suspicion. Elle aurait clairement du le trainer par les cheveux jusqu’à Henry et l’obliger à l’envoyer à Askaban si elle voulait avoir la paix. Octave ne croyait pas aux menaces, auxquels il n’accordait aucune valeur, préférant leur exécution directe. Après tout, les gens passaient beaucoup de temps à parler et peu à agir. De plus, le bibliothécaire était convaincu que dans ce monde où personne ne savait clairement exprimer son opinion, les actes faisaient les hommes, et non leurs paroles. Donc Cassidy pouvait dire ce qu’elle voulait tant que son corps n’était pas là pour suivre le mouvement. Il releva la tête, le visage tout sourire, l’œil vibrant de malice et la bouche badine :

« C’est que je ne suis pas si simple, manifestement… »

Et alors qu’il avait l’intention de s’arrêter à cette déclaration mystérieuse, il se dit soudain qu’il valait peut-être mieux achever cette suite d’intimidations qui n’avaient aucun effet sur lui pour des raisons qui lui étaient propres.

« Justement, je ne sais pas qui tu es, mais ça ne m’empêchera pas de répéter ce que je t’ai dit tout à l’heure parce que c’est ce que je considère être vrai, et il n’y a que les abrutis pour s’offusquer d’une vérité qui ne leur plait pas. Je ne suis certainement pas celui qui se plie face à des abrutis pour leur bon plaisir. En revanche, si tu veux discuter mon point de vue, il n’y a pas de soucis… »

Puis, brusquement, ses traits changèrent, comme si un voile était tombé pour montrer un visage qui était là depuis le début, caché derrière des manières théâtrales. Octave avait le regard grave, et arborait une expression extrêmement sombre, alors que sa bouche se décontractait doucement pour parfaire un air sévère. Etrangement, malgré le contraste avec son caractère généralement enjoué, ce ton mauvais lui allait peut-être encore mieux. En même temps, c’était la seule expression pour laquelle il n’avait pas besoin de se forcer, elle lui venait naturellement, comme si, fondamentalement, il avait été fait pour être en permanence figé dans une austérité imperturbable. Il s’était même redressé quelque peu, pour surplomber sa jeune interlocutrice de toute sa hauteur. Cependant, aucun de ses muscles ne s’était contracté ; il était clairement furieux mais parfaitement calme. Ce qui eut le don de rajouter du naturel à sa posture déjà spontanée. Il s’était même arrêté de tapoter la blessure de la jeune femme.

« Ne t’avise pas de me menacer. Ca ne marche pas avec moi et ça a le don de m’agacer de surcroît. Sache que je n’accorde aucune considération à tes intimidations. Tu peux m’envoyer à Azkaban ? Parfait, j’y ai déjà séjourné. Tu as des contacts ? Moi aussi, et ils me feront sortir plus vite que ton père ne sera parvenu à me préparer une cellule. Je n’ai pas peur de toi Cassidy, ni de ton rang, ni de ta famille, alors laisse ce ton dédaigneux de côté, veux-tu ? Ca ne m’impressionne pas. »

Il n’avait pas choisi de prononcer son prénom au hasard. C’était une technique simple, mais qui marchait à tous les coups, donnant une surcouche de gravité à ce qu’il était en train de dire. Sur ces mots, qu’il avait prononcés d’une voix parfaitement mesurée et profonde, il se retourna, s’emparant de la bouteille de champagne :

« Regarde mes cicatrices et tires-en la bonne conclusion : j’ai rencontré des gens beaucoup plus déterminés que toi à me tuer. Mais si tu veux te hisser à leur rang, il n’y a pas de soucis, on peut facilement se faire un tesson de bouteille et j’ai encore le flanc droit qui est libre. Sous les côtes, il n’y a que des intestins, alors tu auras la joie de me voir me vider de mon corps très longtemps, les blessures en ces endroits étant celles qui mettent le plus de temps à faire mourir. En plus, le verre, ça coupe très bien la chair, crois-moi, tu n’auras aucun mal à faire une belle entaille… si tu y arrives. Mais un conseil, n’hésites pas. »

Il se tut, laissant le silence reprendre ses droits, alors que tout du long, son visage n’avait pas bougé d’un pouce, comme figé dans le marbre pour l’éternité. Sa respiration était calme, les battements de son cœur n’avaient pas changés. A nouveau, au loin, on entendit le brouhaha de la rue principale. Et puis, aussi prestement qu’il était parti, son sourire revint illuminer sa figure alors que ses yeux se plissèrent jovialement. Il releva la bouteille de champagne à la hauteur de sa tête et chantonna :

« Alors, on se la fait, cette bouteille, ou pas ? »

Là encore, de quoi parlait-il réellement… ?

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Lun 8 Aoû 2016 - 19:07

« Et toi Octavius Holbrey ? Comment un simple et innocent bibliothécaire au sang-mêlé a-t-il pu récolter autant de cicatrices ? Es-tu à ce point épris des aventures contées par les romans que tu lis ou est-ce là le résultat de ta langue trop impétueuse ? »

Il ne sembla pas réagir au frôlement des doigts féminins qui parcouraient sa blessure avec la délicatesse d'une aile de papillon, comme si elle craignait de lui faire mal, contrastant ainsi avec la dureté de ses propos précédents et surtout, avec le ton glacé à faire fuir un détraqueur qu'elle avait choisi d'employer. Un contraste saisissant, une dualité toute en noir et blanc. Comment pouvait-on posséder une telle coexistence en soi ? Sa vraie nature ne pouvait être entièrement effacée, ni totalement reniée. Une apparence aussi glaciale que les eaux polaires, un vocabulaire et une élocution plus durs encore que le marbre, une attitude hautaine, destructrice et parfois cruelle non pas par la violence physique dont elle faisait preuve puisqu'elle n'utilisait celle-ci que très rarement, mais par la violence verbale qu'elle avait pris l'habitude d'user... Elle avait beau s'être forgé une carapace impénétrable dans du diamant brut en prenant soin de combler chaque faille peu importe le prix que cela lui coûtait, certains signes des plus discrets provenant de son comportement non verbal échappant à la grande majorité des gens et même parfois à elle-même, venaient adoucir et détromper l'image de poupée de glace qu'elle dégageait. Des gestes d'une douceur inouïe, une tendance instinctive à faire passer les intérêts des autres avant les siens, une fragilité à peine suggérée et n'étant accessible qu'en de rares et infimes instants tel que cela avait pu être le cas aux Trois-Balais, une passion et une humilité face aux potions qui la rattachaient à la vie. Pour être passionnée, ne fallait-il pas posséder en soi un cœur battant ? Les moments où il était plus aisé de déceler sa véritable nature était lorsque la jeune femme était prise dans son élément. Les potions. Jamais ses gestes n'étaient aussi doux malgré une précision méticuleuse. Jamais son regard n'était aussi apaisé que lorsqu'elle contemplait les volutes de fumée tournoyant au dessus d'un chaudron en ébullition. Même ses mots paraissaient plus spontanés et vivants lorsqu'elle était prise dans la spirale infernale des couleurs chatoyantes, et des odeurs si subtiles et délicates. Les potions étaient belles. Les potions étaient vivantes. Et les possibilités de combinaison, infinies, tout comme l'immensité du ciel.

Le bibliothécaire laissa échapper un petit rire face à sa question virulente, tout en continuant de tapoter sa blessure à l'aide du résidu de sa chemise noire. Ses gestes étaient doux, tout comme pouvait l'être le tissu du vêtement, en résonance au frôlement délicat des doigts de Cassidy.
Un léger soupir s'échappa des lèvres fines du sorcier ; soupir qu'elle ne prit pas la peine de tenter d'interpréter. Bon sang qu'il l'agaçait. Quelle heure pouvait-il bien être ? Depuis le début d'après-midi où Peeves l'avait poussée de force jusqu'à lui, la Rowle n'avait pas eu le loisir de souffler. L'impression de courir un marathon, en tentant d'esquiver chaque piège qu'il s'amusait à semer devant elle. Il était plus éprouvant de tenir une après-midi en sa délicieuse compagnie, qu'une soirée entière à un dîner entourée de Mangemorts qui eux, avaient l'avantage de se contenter d'apprécier sa présence et qu'elle arrivait généralement sans problème à balader avec ses mensonges subtils et délicats. Le mimétisme était une arme comme une autre. Octavius lui, était complexe et inquisiteur. Impossible à imiter tant il possédait de visages et tant son comportement théâtralisé dissimulait sa véritable nature. Il prenait un malin plaisir à essayer de creuser plus profond en elle, l'obligeant à danser sur des chardons ardents. Désagréable, pour ne pas dire insupportable. Bien qu'il appréciait indéniablement sa présence - pour ne pas dire son apparence - il ne s'en contentait pas. Non. Ni l'enveloppe charnelle, ni même les mots qu'elle prononçait en surface ne paraissaient pouvoir le satisfaire. Il grattait le haut et solide mur en béton qu'elle avait construit avec mille précautions, tentant d'en entamer le ciment, afin de tenter de se frayer un chemin jusqu'à Nehal, que personne n'avait rencontrée et qu'elle-même ne connaissait plus vraiment.

Souriant, il détourna son attention de son bras pour la rediriger vers son visage.

« C’est que je ne suis pas si simple, manifestement…

- Oh, vraiment ? ça alors, je ne m'en étais pas rendue compte. Tu m'apprends décidément bien des choses ce soir.  »

La blonde haussa les sourcils, une moue volontairement exagérée se dessinant sur son visage aux traits fins. Mimétisme ; tel un caméléon, elle tentait de se fondre dans son environnement. Le fonctionnement en miroir était bien souvent la clé pour de nombreuses choses, après le fond n'était pas à négliger, bien entendu. Bien sûr qu'il n'était pas simple. Il avait choisi de rebondir sur ce mot, plutôt que de répondre à la question posée. Il esquivait. Tout comme elle avait choisi son sujet de mémoire en raison d'un intérêt personnel mais également à cause des rumeurs chuchotant que les rares personnes s'étant aventurées sur le terrain de l’élixir de longue vie avaient été retrouvées mortes, le fait que le brun esquive sa question démontrait qu'il y avait à creuser. Ce qu'elle aussi adorait faire. Ce n'était pas pour rien que les personnalités complexes l'attiraient depuis toujours.

« Justement, je ne sais pas qui tu es, mais ça ne m’empêchera pas de répéter ce que je t’ai dit tout à l’heure parce que c’est ce que je considère être vrai, et il n’y a que les abrutis pour s’offusquer d’une vérité qui ne leur plait pas. Je ne suis certainement pas celui qui se plie face à des abrutis pour leur bon plaisir. En revanche, si tu veux discuter mon point de vue, il n’y a pas de soucis… »

Mieux même. Voilà qu'il se servait de son interrogation pour parfaire ses armes, retournant la situation à son avantage. Hum... Ce n'était pas tout à fait honnête. C'était même bas. Cassidy sourcilla. Était-il en train de l'insulter sous son nez, comme l'un de ces étudiants du Centre de Formation qu'elle se plaisait à remettre à leur place ? Il manquait décidément de tact et de manières. Pourtant, ce n'était pas faute d'en posséder un rayon.
Contrairement à elle, il ne parvenait pas, ou en tout cas n'avait pas fait le choix de masquer ce qu'il pensait réellement afin de survivre. Pour le coup, il n'y avait pas de manipulation : il était vrai et avait choisi d'assumer ses idées au grand jour, en dépit des risques importants que cela lui faisait prendre. Il était comme l'adolescente qu'elle avait été autrefois, avant de prendre la décision de s'enterrer pour survivre. Avant qu'elle n'apprenne l'art terrible de la manipulation, afin de survivre au sein des Rowle. Sans cela, il ne faisait aucun doute qu'elle ne serait plus là aujourd'hui.

« Il s'agit de ta vérité, pas de la mienne. »

Soudainement, en une fraction de seconde, les traits du bibliothécaire se modifièrent du tout au tout, rendant son visage quasiment méconnaissable. C'était toujours lui, mais ce n'était plus vraiment lui. Où était donc passé le sale poulpe, celui qu'elle se plaisait à tenter de dominer, cet abruti au visage goguenard et au sourire si particulier ? Celui qui avait réussi à allumer cette petite étincelle de vie en elle ? L'un des nombreux masques de l'acteur semblait être tombé, se brisant sur le sol en un craquement sinistre et déchirant. Crrrrrac. Le bois poli avec soin se fissurait enfin et un démon caché en sortait. Le visage grave et austère, les traits tendus. Un air sévère, froid. Distant. Tout comme ceux qui finissaient par s'éloigner. Il pouvait concurrencer le nouveau directeur de Poudlard, et ce aisément. Peut-être même avait-il quelque chose de son père en cet instant...
L'air frais vint semer quelques poussières sur la blessure qu'il s'était arrêté de tapoter, abandonnant le rôle du chevalier servant protecteur pour celui du bourreau. Redressé afin de la surplomber, il la transperçait d'un regard noir.

« Ne t’avise pas de me menacer. Ça ne marche pas avec moi et ça a le don de m’agacer de surcroît. Sache que je n’accorde aucune considération à tes intimidations. Tu peux m’envoyer à Azkaban ? Parfait, j’y ai déjà séjourné. Tu as des contacts ? Moi aussi, et ils me feront sortir plus vite que ton père ne sera parvenu à me préparer une cellule. Je n’ai pas peur de toi Cassidy, ni de ton rang, ni de ta famille, alors laisse ce ton dédaigneux de côté, veux-tu ? Ça ne m’impressionne pas. »

Figée, la jeune femme ne réagit tout d'abord pas, laissant le temps à son cerveau d'assimiler la brusque transformation qui s'était effectuée trois heures après la réplique qui semblait l'avoir déclenchée. Peut-être était-il schizophrène ? Puis, le visage totalement lisse, dépourvu de toute expression, elle dégagea son bras encore légèrement saignant de la poigne de son interlocuteur, sans pour autant s'écarter de lui. Délicatement, avec une lenteur mesurée, elle écarta un à un les doigts masculins de sa peau avec sa main droite restée libre. Enfin. Enfin la relation s'éclaircissait. Elle l'agaçait et avait fait tomber son masque jovial. Ô joie infinie. Plus d'entre-deux, une absence de sous-entendus gênants. Il était froid, attaquant avec des mots d'une brutalité sans nom. Au lieu de la gêner, cette soudaine froideur déchirante venant perforer sa peau légèrement hâlée du soleil de l'été, la réconforta. En effet, Cassidy était sans aucun doute l'une des rares personnes beaucoup plus à l'aise pour échanger des joutes verbales à la puissance dévastatrice, quitte à se brûler les ailes, plutôt que de tenter inlassablement de réduire l'intérêt d'une personne qui ne voulait pas entrer réellement en confrontation, se contentant d'osciller entre une certaine séduction et une haine incommensurable mais relativement dosée. La confrontation brutale la menait en terrain connu, tandis que l'ambivalence des gens à son égard, voire même la simple douceur, la plaçaient dans une zone d'inconfort qui lui était insupportable car inconnue et effrayante. Au final, la blonde préférait qu'on la haïsse, purement et simplement. La haine à l'état pur ne risquait pas de permettre à l'attaquant d'avoir accès à son âme, tandis que l'ambivalence ou la douceur, la mettaient en danger car les deux étaient indéniablement reliées à l'intérêt.

Politesse obligée, elle n'interrompit pas l'étalon lancé au grand galop qu'elle avait enfin réussi à faire exploser - du moins partiellement. Patiente, la jolie blonde se contentait de l'observer, étudiant avec soin ce nouveau visage qu'elle n'avait encore jamais rencontré. La machine se remettait lentement à chauffer. Le craignait-elle ? Non. L'impressionnait-il ? Absolument pas. Au contraire, elle n'avait jamais autant été rassurée. Cassidy... Par contre, il était désormais clair qu' elle avait pensé trop vite. Voilà qu'il venait pour la première fois de prononcer son prénom ; non pas pour la charmer comme elle aurait pensé qu'il le ferait, mais pour la déstabiliser ; ce qui ne fonctionna pas tant elle avait l'impression d'avoir affaire à  l' un de ses homologues masculins du Centre de Formation qui s'évertuaient parfois à la provoquer.

« Regarde mes cicatrices et tires-en la bonne conclusion : j’ai rencontré des gens beaucoup plus déterminés que toi à me tuer. Mais si tu veux te hisser à leur rang, il n’y a pas de soucis, on peut facilement se faire un tesson de bouteille et j’ai encore le flanc droit qui est libre. Sous les côtes, il n’y a que des intestins, alors tu auras la joie de me voir me vider de mon corps très longtemps, les blessures en ces endroits étant celles qui mettent le plus de temps à faire mourir. En plus, le verre, ça coupe très bien la chair, crois-moi, tu n’auras aucun mal à faire une belle entaille… si tu y arrives. Mais un conseil, n’hésites pas. »

" Comment te dire comment je t'aime,
Comment te dire, tout simplement
Que tes cicatrices sont les plus belles,
Que la vie ne glisse plus comme avant.
Jamais cicatrices, ne furent plus belles,
Que tes cicatrices soient miennes. "

Il se tut, enfin. Le silence de la nuit avec au loin les quelques bruits provenant des ruelles voisines. Les battements de leurs deux cœurs. Leurs respirations respectives. Le démon s'était rendormi, mais maintenant qu'elle avait perçu cette facette de lui, Cassidy ne pouvait s'empêcher de se demander jusqu'à quand. Un parfum capiteux de roses fut porté jusqu'à eux par une soudaine bourrasque, toutefois, celle-ci ne suffit pas pour entraîner au loin la tension qui régnait de nouveau entre eux. Le yin, et le yang. Antagonistes, mais complémentaires. Indissociables.

« Alors, on se la fait, cette bouteille, ou pas ? », chantonna-t-il en la levant à la hauteur de sa tête.

Aussi soudainement qu'il avait disparu, son sourire reparu et le bibliothécaire jovial et mystérieux qu'elle commençait à connaître refit surface devant elle, tel un fantôme resurgissant des abysses. Toutefois, la jeune femme ne se laissa pas berner par ce qu'elle jugea être une piètre tentative de passer à autre chose. Il avait ravivé le feu en elle. L'incendie était de retour. Ou l'orage de grêles. Sortez les doudounes, le blizzard n'allait pas tarder.

« Je ne suis pas partisane de la violence physique. Je préfère de loin la torture psychique qui a tendance à faire beaucoup plus de dégâts au long terme. Et puis, je ne tiens pas à laisser ma marque sur ta peau. J'ai une préférence pour les cicatrices invisibles. »

Je préfère graver mon empreinte à jamais dans ton esprit afin que tu ne m'oublies pas. Cassidy connaissait la douleur physique tout comme la psychique, et elle préférait mille fois avoir à subir la première que la seconde. Lorsque sa mère avait été tuée sous ses yeux par son père, elle avait cru que sa vie s'était écroulée. Lorsque son père l'avait forcée à boire le sang de celle-ci, le traumatisme avait été tel qu'elle ne s'en était jamais remise. Aussi pour la jeune femme, les sortilèges ou les coups portés à mains nues ou à l'arme blanche faisaient mal, oui, mais la douleur n'était qu'éphémère et ne valait en rien la souffrance psychique qu'elle devait endurer chaque jour.

« Les menaces ne fonctionnent pas avec toi ? C'est dommage, tu aurais du en profiter. En général, elles fonctionnent comme une alarme. Tu sais ? Ce signal cherchant à t'avertir que tu franchis des limites. Oh mais bien sûr, tu as des problèmes avec ces dernières. Je l'avais presque oublié. »

La voix était froide et piquante, son ton mordant mais posé, tandis que les iris turquoises menaçaient d'engloutir le brun dans leur sillage, ne laissant aucune trace de lui après leur confrontation.

« Je t'agace ? Tant mieux. Au moins nous sommes quittes. Assure-toi simplement de bien t'habituer à ce sentiment qui semble te sortir de ton quotidien monotone de bibliothécaire puisque tu auras le loisir de me croiser pendant toute l'année dans le château... sauf si tu décides de t'enfuir comme un lâche, mais quelque chose me dit que tu ne le feras pas. »

Elle laissa le silence planer quelques secondes avant d'ajouter dans un souffle à peine audible pour le commun des mortels.

« Et remercie-moi, car si tu es encore capable de ressentir de l'agacement... c'est que tu es encore en vie pour être capable d'éprouver quelque chose qui te permette de sortir tes tripes. »

Qu'en était-il d'elle ? Cassidy réfléchit un instant tandis que son regard turquoise dévia du visage d' Octavius pour se fixer sur un point imaginaire qu'elle était la seule à percevoir. Il lui était tout simplement impossible d'accéder à certaines de ses émotions. L'agacement, oui il lui arrivait de le ressentir, tout comme la peur ou la joie - et encore cette dernière était relativement difficile à identifier - mais elle n'explosait que très rarement. Elle emmagasinait beaucoup trop. Elle répondait certes, et avec tact et raison, parfois violente et empreinte d'une certaine cruauté, mais cela n'était pas suffisant. Jamais elle ne criait à pleins poumons sa rage, ou sa haine. Jamais elle n'explosait de rire aux éclats à en avoir mal aux côtes. Octavius était le premier à avoir réussi, notamment grâce à l'ambivalence dont il avait fait preuve envers elle à la bibliothèque, de la faire exploser au point qu'elle ne lui lance un sortilège. Jolie poupée de glace agaçante, perturbante, mais qui ne s'énervait que très rarement.

« Tu es... extrême, comme je l'avais deviné. Je n'allais pas jusqu'à souhaiter réellement te tuer, d'autant plus que tu m'as aidée, mais maintenant je commence à changer d'avis. Dans tous les cas, si je voulais le faire je m'y prendrais autrement, sois-en sûr. Si j'avais déjà voulu ta mort, tu serais au fond d'un caniveau après avoir accepté de boire une potion que j'avais en ma possession, sans être certain de son contenu. J'aurais très bien pu te faire avaler du poison. »

Et c'était tout à fait vrai. Quant à sa bouteille, qu'il en fasse ce qu'il voulait quitte à la boire d'une traite à lui seul, comme un trou. Dans tous les cas, elle ne lui tournerait pas le dos afin de s'écarter de lui, trop fière pour renoncer à se battre. Ces échanges la faisaient vibrer. Avait-elle enfin réussi à le libérer de ses sentiments contradictoires à son égard ? S'éloignerait-il enfin ? Tenterait-il de l'apprivoiser de nouveau ? Les paris étaient ouverts, et la nuit ne faisait que commencer.

« On dit que les cicatrices forgent le caractère et ont chacune leur lot de souvenirs. Que racontent-elles comme histoire, les tiennes ? »

Nouvelle tentative. Nouveau coup de vent. Cette fois, plus violent puisqu'il emmena au loin la chemise noire déchirée, l'arrachant des doigts du sorcier, sans lui demander son avis, amenant à la place quelques pétales carmins arrachés aux fleurs de la roseraie voisine. Roseraie qui les avait plus ou moins subtilement rapprochés quelques minutes auparavant. Le regard de la jeune femme dévia sur les cheveux bruns du sorcier. Au sommet de son crâne reposait un pétale insolent, ce qui lui arracha un sourire. Lentement, elle se rapprocha de lui et avança sa main pour le lui retirer. Ses cheveux étaient plus doux qu'elle ne l'aurait imaginé.

« C'est étrange comme situation ne trouves-tu pas ? - demanda-t-elle en observant la pétale reposant au creux de sa main - d'après ce qu'on m'en a raconté, dans les livres c'est toujours la femme qui se retrouve avec des pétales dans les cheveux, et l'homme qui les lui enlève. Pourquoi faisons-nous tout de travers ? »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Mer 17 Aoû 2016 - 23:43

Il y avait quelque chose de terriblement voluptueux et parfaitement irrépressible à pincer une corde pour constater que quoi qu’il arrive, quelle que soit la situation, elle vibrait toujours avec la même intensité. Cette constance était rassurante. De ce côté-là, Cassidy était on ne peut plus invariable, ce qui avait le don de rendre le titillement encore plus drôle et satisfaisant. Octave, en joueur invétéré qu’il était, ne put se résoudre à ne pas en profiter, une fois de plus. Surtout parce qu’elle ne semblait pas s’en rendre compte, ce qui était cocasse au possible. C’était cruel venant de lui, que de tirer parti d’une faiblesse apparente pour s’en jouer sans scrupules. Mais, comme dirait l’autre, elle tendait continuellement le bâton, sans jamais se rendre complètement compte que le bibliothécaire s’en saisissait à chaque fois pour lui asséner un coup en retour. Non, au lieu de ça, elle lui en retendait un autre, un peu comme maintenant. Continuellement et avec une fidélité infaillible, elle commettait inlassablement la même erreur sans jamais fatiguer, avec l’assidue régularité d’une horloge mécanique. Décidément, elle n’avait que l’apparence du contrôle, comme tant savaient donner l’illusion de l’intelligence. Elle se donnait des airs de reine des glaces pour se prévenir de tomber dans l’excès inverse, alors même que tout son être bouillonnait en permanence. Elle faisait partie de ceux qui, n’arrivant pas à trouver un équilibre au milieu, préféraient sombrer dans l’impassibilité la plus parfaite, ou une joie aussi démesurée qu’exagérée. Cassidy semblait d’une nature ardente et impétueuse, mais des événements l’avaient visiblement obligés à abandonner ces traits de caractère au profit de leur parfait opposé. Néanmoins, à force de privations, le naturel finissait toujours par réapparaître, sous une forme ou une autre, tel un poisson mort à la surface d’un lac sans vagues.

Sur le moment, il avait tenté une autre approche, pour voir ce que cela donnerait, histoire de mieux la connaître, une fois de plus, à ses dépens. Tout ce qu’il avait dit était aussi sérieux qu’une crise cardiaque, mais en même temps, c’était une taquinerie ; à croire qu’il était incapable d’être pondéré et que rien, en définitive, n’avait jamais aucune espèce d’importance. Alors qu’il était devenu froid comme une tombe, et qu’il prononçait toutes ses paroles empruntes d’une gravité sépulcrale, Cassidy s’était-elle aussi éteinte, le visage soudainement aussi lustré qu’un ballon bien gonflé. Et à mesure qu’il parlait, il prenait parfaitement conscience qu’elle s’emplissait d’une fureur crépitante, habillement soulignée par une silence hargneux. Elle avait le même visage que tous ces gens qui se sentaient mis au défi, et se trouvaient sur le point de défendre leur noblesse bafouée, par pur principe, parce qu’ils avaient le sentiment que leur honneur avait été diminué. Qu’il soit bon ou mauvais avec elle, Cassidy se débattait inlassablement, toujours d’avantage contre elle-même que contre le bibliothécaire, raison pour laquelle ses mots ne lui aspiraient aucune antipathie. Et même si cela avait été le cas… si Cassidy avait réellement été comme ça, froide et aussi insipide qu’un verre de vinaigre rempli d’épines ? Octave aurait alors été parfaitement indifférent à un esprit aussi étroit et prosaïque. Mais quand il la regardait, il avait la nette impression de ne voir qu’une ombre de ce qu’elle aurait dû être, le vestige d’une gloire oubliée et qui avait perdu toutes ses couleurs, pareil à un temple grec qui, au fil du temps, perdait de sa magnifique splendeur. Ce simulacre de vie provoquait en lui une doucereuse compassion, comme pour un oiseau qui se serait tant débattu dans sa cage qu’il en aurait perdu toutes ses plumes, ne pouvant maintenant plus que s’accrocher à son socle pour rester debout. Son esprit convulsait péniblement à la vue d’une telle tourmente, méprisée par sa propre détentrice, dont le regard était leurré, aveuglé par le cachot qu’elle avait érigé autour de son cœur. En même temps, elle était incapable de changer quoi que ce soit d’elle-même, à cause des chaînes qui enserraient ses membres et du carcan qui l’empêchait de respirer à pleins poumons. La liberté était-elle effrayante et si dure à porter en comparaison à une rassurante captivité.

Octave scruta son regard impassible, se croyant presque voir dans un miroir, tant ils avaient eu la même expression. Pourtant, il aurait pu parfaitement être à sa place. Maintes fois dans sa jeunesse, il avait eu l’occasion de prendre exactement le même chemin, semé de feintes et de fausseté, que la blonde qui se tenait devant lui avec cette effrayante insensibilité au fond des yeux. Pourtant, le plus indifférent des deux, c’était bien Octave. C’était une qualité qu’il avait développée et perfectionnée avec le temps, un peu comme une patine de bronze. C’était une espèce de vernis protecteur qui signifiait qu’il ne nourrissait aucun doute quant à sa place dans le monde ni aucun souci quant à la façon dont les autres le percevaient. Cassidy était capable de produire une bonne imitation de l’impassibilité, mais son flegme était loin d’avoir l’authenticité de celui de ce grossier bibliothécaire, qui se tenait tranquille et superbe au centre de son univers, regardant le monde avec un détachement dont seuls les gens en paix avec eux-mêmes pouvaient avoir. Octave vivait sa vie de sorte à avoir le luxe de n’avoir strictement aucun regret. Il était là où il voulait être, et faisait exactement ce que son appétit lui dictait. Il s’évertuait simplement à être lui-même, quoi que cela lui en coûte, ce qui lui valait la délectable sensation de n’avoir aucune incertitude vis-à-vis de lui-même. Chose dont Cassidy ne pouvait clairement pas se vanter, et qui faisait sonner faux sa froideur apparente. Et alors qu’elle passait son temps et mettait tous ses efforts à se renier en jouant une hypocrite pièce de théâtre pas tant destinée à convaincre les autres qu’elle-même, Octave réalisait à la perfection sa propre nature. Cassidy avait peur d’elle-même et oubliait le plus important de tous les devoirs : le devoir envers soi.  

« Je ne suis pas partisane de la violence physique. Je préfère de loin la torture psychique qui a tendance à faire beaucoup plus de dégâts au long terme. Et puis, je ne tiens pas à laisser ma marque sur ta peau. J'ai une préférence pour les cicatrices invisibles.  Les menaces ne fonctionnent pas avec toi ? C'est dommage, tu aurais dû en profiter. En général, elles fonctionnent comme une alarme. Tu sais ? Ce signal cherchant à t'avertir que tu franchis des limites. Oh mais bien sûr, tu as des problèmes avec ces dernières. Je l'avais presque oublié. Je t'agace ? Tant mieux. Au moins nous sommes quittes. Assure-toi simplement de bien t'habituer à ce sentiment qui semble te sortir de ton quotidien monotone de bibliothécaire puisque tu auras le loisir de me croiser pendant toute l'année dans le château... sauf si tu décides de t'enfuir comme un lâche, mais quelque chose me dit que tu ne le feras pas. »

Cette déclaration fit sourire Octave de plus belle d’un sourire en tranche d’orange. A croire qu’elle n’avait pas écouté. Chose qui arrivait assez souvent aux personnes qui étaient tellement préoccupées par le bourdonnement de leur égo fissurant, qu’elles en oubliaient de prêter une oreille attentive aux propos tenus. L’ironie ne lui échappa pas toutefois, et il ricana ouvertement d’un rire des plus folâtre. Il était clair qu’effectivement, elle préférait la torture psychique, au vu de ce qu’elle se faisait subir à soi-même. Il y avait de quoi craindre ce qu’elle pouvait imposer à ses ennemis. Quoi que, nous avons toujours tendance à être beaucoup plus durs envers soi qu’envers les autres. M’enfin, ce qu’il en retenait, c’est qu’elle tournait autour du pot, essayant manifestement à son tour d’être sinistre et sérieuse. Elle tentait de mettre en doute ses affirmations, soulignant que ce n’était pas prudent pour lui que de ne pas écouter l’alarme qui sonnait l’arrivée d’un orage, le tout si peu délicatement enroulé dans un ruban de sarcasme au goût d’insulte. Une fois de plus, elle lui prouvait qu’elle ne le comprenait tout simplement pas, en plus de ne pas prêter attention à ses paroles, pourtant choisies avec le plus grand soin pour que l’idée soit la plus exacte possible. Mais comment lui en vouloir, elle qui ne se connaissait pas elle-même, comment pouvait-elle décemment prétendre comprendre quelqu’un d’autre ? Surtout quelqu’un comme Octave. Autant cela lui arrivait suffisamment souvent pour devenir une habitude sans surprise, autant il lui était toujours quelque peu pénible de constater que, malgré les efforts qu’il faisait constamment pour garder ses propos intelligibles, sa pensée demeurait bien souvent confuse et abscons.

Alors, bien que son sourire persistât, aussi inébranlable qu’un diamant, son regard, qui fixait toujours Cassidy avec un intérêt constant, se teinta d’un soupçon à peine perceptible de tristesse. Affliction qui, finalement n’avait pas tant avoir avec ce qu’elle disait ; davantage ce qu’elle ne disait pas. Elle ne l’agaçait pas, elle le désolait d’être si obstinée pour des raisons qui n’en étaient pas. Enfin, devait-elle y trouver un certain réconfort, peut-être, un sens chimérique qui satisfaisait son esprit et justifiait le mensonge. Avec ses propos d’une gravité aride, elle avait cessé de le faire rire, comme s’il avait fini par se rendre compte que le fauve, qui avait passé la soirée à lui faire des tours, était en fait en captivité, se contentant de reproduire un numéro pour une poignée de nourriture sèche et sans goût. Alors maintenant, il souriait avec le dépit que lui inspirait cette scène.

Une alarme, qu’elle disait. Une alarme pour qui ? Ne disait-on pas que les gens qui donnaient des conseils, se parlaient en fait à eux-mêmes ? Raisonnablement, qui avait quelque chose à craindre à voir cette conversation prendre une telle tournure, aux allures d’interrogatoire intimement personnel ? Il n’y avait que Cassidy qui avait quelque chose à cacher et donc, cette alarme dont elle parlait, elle sonnait belle et bien pour elle. C’était un carillon qui tintait au loin, réveillant ses instincts protecteurs, la poussant à spécifier qu’Octave allait trop loin dans son inquisition, posant des questions et faisant des remarques qu’elle ne voulait pas entendre ni y répondre, sous peine de se confondre. Cette limite était donc imaginaire, destinée à ne laisser personne soulever le couvercle de son pot hermétiquement clos, plutôt qu’à protéger sa pudeur. Et puis, entre eux deux, c’était Cassidy qui sortait clairement de sa zone de confort, alors qu’Octave avait le pouvoir d’être à l’aise dans n’importe quelle situation, tant il savait s’adapter vite et bien à l’environnement qui l’entourait. Elle l’avait quelque peu contrarié, certes, par ses menaces outrageusement concrètes et s’appuyant sur des valeurs auxquelles il ne prêtait aucun intérêt, mais son mécontentement s’était envolé aussi vite qu’il était venu.

« Et remercie-moi, car si tu es encore capable de ressentir de l'agacement... c'est que tu es encore en vie pour être capable d'éprouver quelque chose qui te permette de sortir tes tripes. Tu es... extrême, comme je l'avais deviné. Je n'allais pas jusqu'à souhaiter réellement te tuer, d'autant plus que tu m'as aidée, mais maintenant je commence à changer d'avis. Dans tous les cas, si je voulais le faire je m'y prendrais autrement, sois-en sûr. Si j'avais déjà voulu ta mort, tu serais au fond d'un caniveau après avoir accepté de boire une potion que j'avais en ma possession, sans être certain de son contenu. J'aurais très bien pu te faire avaler du poison. On dit que les cicatrices forgent le caractère et ont chacune leur lot de souvenirs. Que racontent-elles comme histoire, les tiennes ? »

Octave baissa les yeux, lui aussi, vers un point sur le sol, quelque part au-dessus de son mollet gauche. Elle aurait pu, c’est certain. Elle aurait pu tellement de choses en même temps, mais aucune n’avait été faite, alors à quoi bon en parler ? Elle avait avoué ne pas vouloir le tuer pour le moment, alors quel était le but de tout ce touffu monologue ? Question rhétorique à une réponse déjà connue. Il n’y avait pas de mystère ici, tout semblait confus, mais clair comme un ciel d’été en même temps. Il n’était pas sûr d’avoir envie de répondre à tout ça, il n’en voyait décidemment pas le but. A part l’énerver encore un peu. Un sourire dépravé étira ses fines lèvres, alors qu’il relevait doucement la tête pour toiser Cassidy d’un regard empli d’une malice gélatineuse. Il n’avait pas à avoir pitié d’elle, elle ne le méritait pas. Octave allait lui rentrer dans le lard, avec douceur, mais d’une persistance à rendre fou. Elle allait déguster. Il allait la faire sortir de son confortable chapiteau avant de passer ce-dernier au bulldozer pour qu’elle n’ait plus rien à quoi s’accrocher. Et alors, elle n’aurait d’autre choix que de tomber dans les abysses du laisser-aller. Il n’allait certainement pas lui laisser le plaisir d’abandonner un terrain miné, même s’il y avait un risque de ne pas se faire entendre ou comprendre, une fois de plus. M’enfin, quelque chose lui disait qu’elle le comprenait parfaitement, mais rechignait à le lui montrer, de peur qu’il n’en tire les bonnes conclusions.

Soudain, une forte bourrasque de vent emporta le morceau de tissus sanguinolent qu’il avait gardé entre ses mains, faisant par la même occasion vivement onduler la chemise blanche qui reposait toujours sur son avant-bras. Par reflexe, la sentant bouger, il sera son bras contre soi, sans essayer de retenir la fuite de l’autre. Manifestement, le vent avait apporté quelque chose, puisque Cassidy s’était mise à sourire d’une manière étonnamment sincère, qui ne lui ressemblait tellement pas qu’Octave cligna des yeux plusieurs fois pour s’assurer que ce n’était pas une illusion. Mais visiblement, non. Pire, maintenant, elle se penchait sur lui, le bras tendu quelque part vers le sommet de son crâne. Il ne bougea pas, étrangement persuadé qu’elle ne cachait pas quelques mauvaises intentions dans ce geste. Et effectivement, la blonde se redressa, un pétale de rose dormant au sein de sa petite main blanche. Octave observait sa main, une expression étrangement ingénue flottant sur son visage aux mille facettes.

« C'est étrange comme situation ne trouves-tu pas ? D’après ce qu'on m'en a raconté, dans les livres c'est toujours la femme qui se retrouve avec des pétales dans les cheveux, et l'homme qui les lui enlève. Pourquoi faisons-nous tout de travers ?
- Il te faut lire plus de livres dans ce cas-là, parce que notre situation est d’une banalité affligeante, avait-il répondu du tac au tac dans un soupir lourd de consternation. D’un côté, nous avons une jeune femme, aussi terriblement charmante qu’exaspérante, qui se trouve être sous la servitude d’un rang dont elle ne veut pas, car au fond d’elle, tout ce à quoi elle aspire, ce n’est pas au pouvoir conféré par sa position, mais la liberté. Toutefois la pression sociale qui l’entoure est telle, que cette jeune femme n’ose même en rêver, tant ce désir est rendu honteux et en contradictions avec ce qu’on attend d’elle. Alors, à défaut de pouvoir s’en accommoder, elle préfère s’oublier afin de mieux supporter sa condition. Jusqu’à ne plus être que l’ombre de ce qu’elle fut jadis, avec néanmoins, toujours la crainte de voir sa fougue innée ressortir. Si bien que plus le temps passe, plus son cœur s’érode, répandant une trainée de poussière aride dans ses veines aussi sèches que son esprit, malmené et tourmenté en permanence par une volonté de fer qui l’empêche de s’accomplir. Et tout ça parce qu’elle se trouve être incapable de se contrôler parfaitement et préfère se réfugier dans les extrêmes. Elle croit que son aspect de femme au regard d’acier, semblant être capable d’abattre de sang-froid un quelconque loubard parce qu’il a osé lui poser la mauvaise question, lui donne l’air forte et solide. Mais tout ça, c’est du flan. Elle dit des menaces, mais pas tant pour intimider les autres que les écarter de soi, de peur que quelqu’un n’en découvre un peu trop à son sujet au point de compromettre le rôle qu’elle s’applique à jouer. Peut-être qu’elle n’en est pas consciente, mais cette charge, qui distord si durement sa personnalité, la rend malheureuse et la détruit. Cette position l’a domestiquée, passant un carcan autour de son cou dont elle porte une trace en permanence au fond des yeux.

Au fur et à mesure qu’il racontait son histoire -car c’était dit sur un ton de narrateur-, Octave avait petit à petit penché sa tête vers l’avant, de telle sorte que maintenant, alors qu’il mettait un point à son monologue, son visage n’était qu’à quelques malheureux centimètres de la jolie et fougueuse Cassidy.

« Et puis de l’autre, nous avons un jeune homme plutôt charmant, si on s’accorde sur ce que les gens disent de lui, même si extrêmement désinvolte. Contrairement à la jeune femme, il se trouve être libre, non pas parce que cela se trouve être un état naturel des choses, mais parce que c’est ce qu’il a décidé pour soi. Vivre sa vie comme il l’entend. Et alors que la jeune femme fait un nombre incalculable de sacrifices afin de ne surtout pas paraitre telle qu’elle est en réalité, le jeune homme paye lui le prix pour garder son intégrité intacte. Lorsque le jeune homme rencontre la jeune femme, il est d’abord séduit par la flamme qui l’anime, toute cette énergie qu’elle met inlassablement à lutter contre le monde extérieur dès qu’il a le malheur de l’effleurer du bout des doigts, comme si elle se sait être une fleur fragile et rare qui fanerait au moindre toucher. Et elle l’est, très probablement, un Lys oriental qui met des années pour atteindre sa taille de floraison tout en demeurant extrêmement fragile. Cependant, lorsqu’une légère brise fait frémir ses cheveux, il s’en dégage une lourde et enivrant odeur qui trouble l’esprit et possède l’âme, faisant de cette fleur un objet aussi frêle que délicieux. Mais cette fleur, cette jeune femme, se comporte avec une froide exaltation, comme si son corps est fait d’un matériau plus solide que le graphite. Elle est un Lys plissant sous le poids de sa propre splendeur dont elle ignore parfaitement l’étendue, tant elle est en permanence occupée à maîtriser les éléments de son petit monde. De curieux événements ont permis au jeune homme de mieux connaître cette fleur, mais elle en demeure si troublée, qu’à chaque fois qu’il tente de l’approcher à nouveau, elle le repousse avec violence, espérant qu’il ne finisse pas se décourager et s’enfuisse ennuyer une autre dame. »

Acheva-t-il cette partie de l’histoire avec un air mystérieux et d’un ton empli de suspens qui n’en était pas un, manifestement. Avant de poursuivre, il entreprit d’ouvrir la bouteille de champagne qui lui faisait de l’œil depuis un bon moment. Il jugea que le moment était on ne peut plus opportun, pour accompagner ce beau conte, qu’une bonne lampée de bulles.

« Mais le jeune homme a eu le temps d’entrevoir les barreaux de la prison qu’elle s’était érigée se refléter dans les grands yeux de la jeune femme, alors qu’elle lui offre un regard menant tout droit à la fissure de son âme. Il a le temps de percevoir qu’elle est bien plus que ce qu’elle prétend être. Et alors qu’il aperçoit la surface de son être déchiré par les années d’une douloureuse séquestration, tout s’éclaircit dans son esprit, tout s’explique soudain, et devient amèrement limpide. Ils sont deux opposés qui, en se rencontrant, font face à la rude réalité de ce qu’ils pourraient être. Mais tandis que le jeune homme se sent envahir d’une commisération compréhensive à son égard, la jeune femme s’effraye de voir un univers si contraire au sien. Elle ne peut pas se résoudre à épouser ses principes sous peine de devoir abandonner la seule prison qu’elle n’a jamais connue. Comment peut-elle quitter un cocon inaltérable où tout est si familier même si méprisable ? Rien n’est plus effrayant que d’accéder à un monde dont on ne connait rien pour laisser derrière soi son foyer rassérénant par sa constance. Mais avec le jeune homme, elle a eu le temps d’apercevoir ce que pourrait être sa vie si elle daigne enfin ouvrir les yeux, au lieu de les laisser grand fermés. D’abord, elle se laisse aller sans s’en rendre compte, appréciant la doucereuse caresse de la désinvolture que lui offre le jeune homme, avant d’immanquablement se reprendre en percevant avec effroi la facilité avec laquelle elle peut faire fi de ses principes pourtant si profondément ancrés. Là se trouve être la grâce de l’insouciance qui nous fait inconsciemment oublier tout ce qui nous n’est pas indispensable, tout en amenant l’essentiel à nous réchauffer le cœur… Mais le goût mielleux des choses qui nous exaltent l’âme ne sont pas toujours de taille à combattre une habitude enracinée à coup de violence et de privation. C’est comme se réveiller en plein soleil, lorsque la lumière vous brûle les yeux et que la tentation de ne pas les ouvrir du tout s'empare de nous. Il serait tellement plus simple de cesser la douleur pour retourner à un long sommeil sans fond ni formes. Mais en entrouvrant les paupières, on a eu le loisir d’apercevoir la beauté flamboyante de l’horizon et de ses multiples couleurs, même si floues à cause de la confusion. Et alors, il faut se forcer, lutter contre la souffrance et le vertige pour pouvoir apprécier autre chose que de reposant ténèbres. »

Sur ces mots, il retira la plaque de muselet du champagne et, d’un mouvement assuré de la main, envoya valser le bouchon sous pression dans une explosion retentissante. Grace à son savoir-faire, le mousseux n’avait pas débordé et pétillait dans le goulot, envoyant quelques gouttelettes dans les airs. Se taisant à nouveau, Octave s’écarta de Cassidy pour écoute le bruissement joyeux des bulles qui se jetaient passionnément dans les airs où elles éclataient en un bruissement piquant. Des fumerolles blanches coulèrent de la bouteille, encore plus épaisses que des volutes de fumée à tabac. Enfin, il s’attarda pour regarder l’étiquette et constater qu’effectivement, on lui avait sorti l’un des meilleurs champagnes. C’était un Louis Roederer, un brut cristal rosé de 1995, une année qu’Octave adorait pour le goût dense des pinots noirs bien nés. Ce n’était pas vraiment un champagne à boire au goulot pour avoir l’occasion d’apprécier toute la splendeur de ce millésime, mais le boire en un si prodigieux moment avait de quoi rehausser le goût bien particulier d’un bon cru. Aussi, faisant basculer la bouteille, il en but une lampée, prenant soin à ne pas subir un retour de mousse. Puis, il s’humecta les lèvres, savourant les picotements dans sa gorge et les effluves parfumés remontant à l’intérieur de sa bouche vers ses narines. Octave rigola et but une seconde gorgée. A le voir, c’était comme si leur légère altercation n’avait jamais existé. Avec cette histoire, il avait finalement pris le temps de répondre quasiment à toutes les questions soulevées par Cassidy, ainsi qu'aux affirmations avec lesquelles il n'était pas d'accord et ce de manière détournée. Il contourna toutefois les menaces qu'elle lui avait formulés une seconde fois, ne souhaitant pas leur accorder plus d’importance qu'elles n'en méritaient. Maintenant, il lui suffisait de lire entre les lignes.

« Mais le jeune homme est déterminé à se battre pour libérer sa princesse des griffes de ses propres démons ! Tu vois, notre histoire n’est pas si originale que ça. »

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MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Une soirée de rêve. Ven 19 Aoû 2016 - 19:59

Des flammes vivantes et langoureuses, léchant avec une passion rare tout ce qui se trouvait sur leur passage, possédant le pouvoir de détruire, tout comme celui de réchauffer un cœur meurtri. La glace. Pure, piquante, voire brûlante à sa manière. Une brûlure intense par le froid vif et cruel, pouvant donner des engelures des plus douloureuses. Le jour et la nuit. La vie et la mort. Qu'était-ce réellement ? De simples antagonistes dont la rencontre était défendue par les lois de l'univers depuis la nuit des temps, telles des droites parallèles ne se croisant jamais ? Non. Clairement non. Plus que de simplistes opposés, ces notions plus ou moins abstraites étaient purement indissociables. Des équations symboliques. Pour avoir besoin de chaleur, il était en effet nécessaire d' être en mesure d'éprouver la transcendante sensation d'être transpercé par mille aiguilles lors d'une tempête de neige. Afin de pouvoir vivre correctement et sainement le jour, il fallait accepter de dormir la nuit. Enfin, pour pouvoir savourer la vie et toutes ses surprises ainsi que ses mystères, chacun devait être en mesure d'accepter l'idée de l'existence de la mort, mais surtout que si un être humain était capable de donner la vie, il était tout aussi apte à la prendre, et ce de diverses manières plus ou moins cruelles. Une chose était égale à son contraire.

La jeune femme était comme une balance mal équilibrée, une danseuse de corde sans balancier tiraillée entre le vide et la corde, entre la chute et l'envol.
D'un côté, se dissimulait chez elle une nature flamboyante qu'elle n'avait jamais vraiment été en mesure de découvrir entièrement et de doser puisque depuis toute petite, elle avait appris à l'enterrer au plus profond d'elle même, même si parfois, en dépit de ses efforts, Nehal la passionnée resurgissait des abysses desquels elle se trouvait. Nehal l'impétueuse, la rebelle qu'elle n'avait pas vraiment eu l'occasion d'être, se contentant de n'en revêtir que les faibles contours tracés en pointillés, d'en tracer juste l'esquisse, d'en deviner l'ombre presque insaisissable lors de son adolescence avant que celle-ci ne meure, enterrée sous les gravats d'angoisses face aux obligations familiales. Nehal le feu, l'indienne passionnée au sang chaud. Aussi, lorsque cette facette resurgissait, celle-ci n'était bien souvent pas dosée, et il lui était difficile de la contrôler. Aussi, à chaque résurgence, elle ne faisait que l'enterrer un peu plus profondément, refusant de voir qu'elle enterrait ainsi sa faible flamme de vie.
Toutefois, Cassidy la poupée de glace n'était pas qu'une coquille vide. Non. Elle faisait bel et bien partie de la jeune femme, mais cette fois cette dernière avait elle été longtemps travaillée et développée excessivement devant le miroir, si bien que la blonde qui n'était encore qu'une enfant à ce moment-là, avait fini par s'y perdre elle-même. Etre ainsi devant son père, se permettre d'être autrement face à sa mère selon les moments... Rien de plus perturbant lorsque l'on tente de se construire soi-même. Plus calme, extrêmement réfléchie et calculatrice, cette partie d'elle-même aurait pu être elle aussi fascinante si elle n'avait pas été poussée à l'extrême par la jeune femme. Seulement, ces parties antagonistes mais complémentaires qui constituaient la complexe personnalité de la jeune femme, n'étaient pas équilibrées. Cassidy la rigide, la calculatrice, la glaciale, dominait et tuait à petit feu Nehal la fougueuse, l'ardente et la passionnée. La tempête de neige éteignait l'incendie jugé criminel, comme la nuit brumeuse et glacée remplaçait la chaude journée d'été, et la mort impitoyable, la vie.

Des équations symboliques. Tout comme la blonde possédait une cruelle dominante de glace et de rigidité la privant des fragiles instants de vie d'une beauté pourtant simple, le brun possédait quant à lui une dominante de vie et de souplesse à toute épreuve.
Une apparence de reine de glace figée dans une beauté blanche et pure, presque effrayante de perfection. Perfection à la fois délicate et irréelle. D'une beauté légèrement inquiétante. Il manquait quelque chose... Des fissures. Des failles causées par le feu, pour qu'elle ne soit considérée comme réelle. La vraie beauté, la plus pure, n'était pas la perfection rigide et inébranlable, mais elle résidait au contraire dans de subtiles petites choses pouvant être jugées par certains comme étant des imperfections. Une spontanéité. De la souplesse, un lâcher-prise. De légères maladresses attendrissantes. Ou encore une innocence quelque peu naïve. Un sourire candide. Toutes ces choses que Cassidy rejetait avec force et dégoût, masquant ainsi une peur abominable et insupportable au possible. Octavius et elle étaient à la fois semblables de par leur passion pour le répondant, leur goût pour la complexité infernale à se taper la tête contre les murs tel un vulgaire elfe de maison, et les défis, mais également différents au plus haut point par leurs traits de personnalité dominants. Elle était de glace, il savourait la vie à pleine dents. Elle calculait, anticipait. Il était vrai et ne masquait pas ses idées. Qui se ressemble s'assemble, mais les contraires s'attiraient-ils pas ? Yin et Yang. Blanc et noir. Complémentaires. Indissociables. Différents, antagonistes, mais ô combien semblables ?

Son regard clair de détacha enfin du pétale carmin qui reposait dans sa paume. Elle avait sourit. Spontanéité. Fichue spontanéité. Merlin, pourquoi lui faisait-il cet effet ? Il souriait toujours, ne semblant aucunement affecté par ses paroles choisies avec un soin tout particulier, qu'elle avait voulu crues et blessantes. Elle avait tout dosé, avec subtilité, concentration, hargne et mesure, mais pourtant le mélange avait échoué puisqu'il n'avait visiblement pas eu l'effet escompté. Elle n'avait pas visé le sourire, mais les crispations de mâchoire et pourquoi pas un haussement de ton. Pourquoi sa colère était-elle retombée aussi brusquement qu'elle ne s'était déclenchée ? La jeune femme fronça imperceptiblement les sourcils. Et si.... Et si cette colère n'en avait pas été une finalement ? Après tout, il était tout à fait capable de revêtir une palette d'expressions on ne pouvait plus réalistes, en un temps record. Mais dans ce cas, pourquoi la feindre ? Sa tête dodelina sans qu'elle n'en prenne réellement conscience tandis que ses dents supérieures revirent se loger dans sa lèvre inférieure fendue, accentuant une nouvelle fois le saignement de cette dernière. Les yeux perdus dans le vague, elle ne vit pas l'étincelle de tristesse venir voiler le regard du bibliothécaire. Elle avait recherché la colère, la haine, la fuite, pour ne récolter au final qu'un semblant de colère, l'intérêt, l'ambivalence et le sourire. Son sourire si particulier à faire pâmer les demoiselles. Qu'est-ce qui n'avait pas été ? Une seule chose était possible. Elle releva la tête. Tout ceci n'était qu'une mascarade destinée à la tromper et à la tester. Il avait voulu trouver ses limites, tester son caractère et la droiture de son esprit tortueux. La haine des autres envers sa personne était son carburant. Ou du moins, la colère à défaut de la haine qui était quand même un affect bien extrême. Un cadre rassurant, contenant, venant renforcer le mur de briques, ou plutôt en béton, qui la séparait du monde extérieur. Elle en avait besoin, c'était comme une drogue pour elle. Une addiction. Une véritable dépendance s'était installée à l'égard de cet affect. Certains recherchaient l'amour pour avancer, elle, jolie blonde, recherchait la haine destructrice pour survivre et se sentir en sécurité. Se stimuler. Il s'agissait là de son seul moyen de se sentir encore en vie, à défaut de pouvoir s'autoriser à écouter les petites étincelles qui ne demandaient qu'à sortir de son cœur qui n'était plus qu'un volcan presque éteint. Jardin secret préservé. Secrets monstrueux dissimulés. Au fond... Il était comme elle. Inquisiteur. Curieux. Avide d'informations personnelles et il avait décidé de faire d'elle sa victime préférée. Il avait su faire sortir les étincelles, et elle le détestait pour cela.

Il ne se gênait pas pour bousculer les limites dressées autour d'elle. Barrières en bois, clôtures électriques, muraille bétonnée, rien ne semblait pour l'impressionner, ni l'arrêter. Il avait une telle détermination à la percer à jour... Pourquoi ? Pourquoi cherchait-il à la connaître ? Qu'est-ce que cela pouvait-il bien lui apporter ? Comptait-il la dénoncer après ? Impossible, on ne le croirait jamais. Alors... Pourquoi se donnait-il tout ce mal ? Cassidy n'était pas agréable et ne faisait aucun effort pour l'être. Ce devait être pénible pour lui, alors pourquoi s'obstinait-il à rester près auprès d'elle, autant physiquement que psychiquement ? " Ce qui m'intéresse, c'est toi. " L'écho de cette phrase prononcée plusieurs minutes auparavant, retenti dans ses oreilles et lui colla de longs frissons dans le dos qui n'avaient rien à voir avec le vent.

A sa dernière question, le brun sembla trouver un intérêt digne de ce nom puisqu'il décida d'y répondre à sa manière.

« Il te faut lire plus de livres dans ce cas-là, parce que notre situation est d’une banalité affligeante.
- Ah vraiment ? Tu m'excuseras, mais je ne m'y connais pas vraiment puisque les romans à l'eau de rose, ce n'est pas vraiment ce qui m'intéresse. »

Rien n'était plus vrai, et l'histoire commença. Il était une fois... Les contes l'avaient toujours fascinée depuis qu'elle était enfant, tant pour leur magie que pour l'intégration d'une part de la réalité. S'il décidait d'user de ce format pour lui transmettre un message, c'est que cela devait avoir une certaine importance, autrement il n'aurait pas pris cette précaution et lui aurait balancé l'information dans la face, brutalement. Aussi, tenant compte de cette délicatesse, elle décida de l'écouter, attentive. Toujours assise dans l'herbe, Cassidy cala sa main sous son menton et le fixa de son regard turquoise, presque apaisée.

Il lui conta alors l'histoire de deux personnes. Il était une fois une jeune femme... La suite se compliqua. Légèrement. Non, ai-je vraiment osé employer ce mot ? Énormément. Complètement. Le sol paru trembler sous le corps de l'apprentie potionniste tant l'effondrement interne qu'elle ressenti au plus profond d'elle même, nouant ses entrailles entre elles, fut intense. Il lui sembla que le sol se déchirait lentement, progressivement, dans une complainte silencieuse, de même que sa peau ivoire se fissurait, laissant apparaître la chair à vif. Elle saignait. Son sang si pur, s'écoulait, invisible aux yeux de tous. La Rowle se liquéfia sur place mais cette fois, elle s'appliqua à garder le contrôle de son expression et son visage dont toute trace rosée avait désormais disparu, resta de marbre, ne reflétant en rien son trouble pourtant énorme, si ce n'est que sa paupière droite se remit à tressauter, signe d'une nervosité et d'un contrôle maladif pour ne pas s'effondrer et exploser en mille morceaux. Pâle comme la glace, pâle comme la mort. L'impression d'être mise à nu tant les mots qu'il employait étaient justes et reflétaient à merveille ce qu'elle pouvait ressentir. L'inquisiteur infernal était parvenu à se faufiler sournoisement en elle tel un serpent venimeux, et à se frayer un chemin sinueux jusqu'à son cœur. Jusqu'à son âme. Il paraissait s'être approprié sa vie et une partie de ses ressentis. Peut-être était-il légilimens ? Merlin... Elle avait mis plus de vingt ans à parfaire cette carapace de glace aux couches épaisses et d'une dureté impressionnante étouffant toute vie. Vingt longues années d'entrainement exigeants, de larmes brûlantes, d'épuisement et de découragement. De terreur aussi. L'angoisse d'être percée à jour et d'y laisser la vie. Elle avait toujours pensé que son jeu de rôle était satisfaisant puisque tout le monde était toujours tombé dans le panneau, mais voilà que lui, Octavius Holbrey, un simple jeune bibliothécaire sorti de nulle part, parvenait à la percer à jour en une demie-journée. La nausée l'envahi tant la tension et le stress qui l'envahissaient étaient intenses. Pour la première fois depuis le début de leur rencontre, Cassidy fut envahie par la peur. Figée, emprisonnée dans une temporalité n'existant pas. Une statue de glace.

Voilà que le conteur démoniaque approchait à son tour son visage du sien, tout en ne cessant de parfaire la précision de sa langue aiguisée et venimeuse. Le pouvoir des mots. Isolés, ces derniers ne possédaient aucune force. En revanche, un mot utilisé habilement et placé avec précision, avec le bon ton et le bon rythme, mêlé à d'autres au sein d'une phrase, puis cette phrase au sein d'un récit, pouvait avoir un pouvoir destructeur. Octavius Holbrey était tout simplement en train de couper la corde sur laquelle elle évoluait depuis qu'elle était enfant.

« ... Elle croit que son aspect de femme au regard d’acier, semblant être capable d’abattre de sang-froid un quelconque loubard parce qu’il a osé lui poser la mauvaise question, lui donne l’air forte et solide. Mais tout ça, c’est du flan...
- Ne me sous-estime pas Octavius. Je suis tout à fait capable de passer à l'acte. »

Si les mots pouvaient tuer, l'homme serait déjà réduit à l'état de poussière. Un ton glacé et d'une dureté à rendre un diamant brut mou et insignifiant. Les menaces proférées par la jeune femme n'avaient rien de léger, ni d'une tirade toute faite tirée d'une miteuse pièce de théâtre moldue. Elles étaient au contraire d'une réalité effrayante, limpides comme pouvaient l'être ses prunelles turquoises. Aucun mensonge, aucune tentative de manipulation. Contrairement à ceux qui s'évertuaient à refuser toute part d'ombre chez eux, préférant se rassurer en se tournant vers la lumière douceâtre dans une pathétique tentative de sauver leur pauvre âme, Cassidy elle, l'avait acceptée. Mieux, elle avait plongé sans retenue dans les abysses glacés et obscurs de la mort et ne s'était pas débattue lorsque les bras fumeux de cette dernière s'étaient refermés sur elle, abandonnant son cœur au stade de volcan presque éteint. Octavius se trompait lourdement. La jeune femme était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution, qu'il s'agisse de tuer ou non. En réalité, la mort faisait partie prenante de son but ultime. La vengeance, froide et libératrice. Tuer son père. Ôter toute trace de vie de cette ordure qui lui avait permis de vivre, mais qui s'était ensuite appliqué à tout détruire autour d'elle et qui l'avait obligée à pervertir son âme. La jeune femme n'était plus pure depuis longtemps. Sa beauté avait été entachée par la noirceur du quotidien dans lequel elle évoluait depuis toujours, son innocence lui avait été arrachée et son existence, volée.

« ... Elle dit des menaces, mais pas tant pour intimider les autres que les écarter de soi, de peur que quelqu’un n’en découvre un peu trop à son sujet au point de compromettre le rôle qu’elle s’applique à jouer. Peut-être qu’elle n’en est pas consciente, mais cette charge, qui distord si durement sa personnalité, la rend malheureuse et la détruit. Cette position l’a domestiquée, passant un carcan autour de son cou dont elle porte une trace en permanence au fond des yeux. »

A ces mots, Cassidy cligna des paupières, ses longs cils allant presque jusqu'à frôler ceux du bibliothécaire tant celui-ci s'était rapproché. Ses yeux... finissaient toujours par la trahir, d'une manière ou d'une autre. Maudits soient-ils. Écarter les gens, oui. De peur qu'on en découvre davantage sur elle, également. Une sorte de protection, mais pas que. Il s'agissait là de se protéger certes, mais également de protéger les autres d'elle-même et de son entourage.
Que cherchait-il en lui racontant cette histoire ? A quoi cela lui servait-il ? La blonde se redressa, abandonnant la posture décontractée qu'elle avait prise au début du conte. Le regard impassible, elle le sonda. Il semblait tenter de la faire lâcher prise, comme s'il souhaitait libérer les étincelles de vie qui étaient enterrées en elle. La faire exploser, la faire ressentir des choses. La faire vivre. Ne se rendait-il pas compte de la torture qu'il lui infligeait en lui signalant qu'il avait vu clair dans son jeu ? La jeune femme prit une grande inspiration. Eh bien, elle ne lui ferait pas ce plaisir. Il fallait qu'elle le perde, qu'elle l’entraîne au sein d'un grand jeu de rôle incompréhensible. Mode caméléon on. L'imiter pour le perdre. L'imiter sans - ou pour - se perdre.

Il était une fois un jeune homme... L'autre partie l'odyssée commença. Le conteur semblait perdu dans son récit aux allures de monologue. Certains, comme Aloïs son demi-frère, auraient pu s'endormir devant un tel récit, mais ce n'était absolument pas le cas de la jeune femme qui en plus d'écouter ce qui lui été conté, prit une précaution particulière. Celle de lire entre les lignes. Il lui racontait sa vie, du moins en partie. Il avait perçu une partie de son jeu, il lui confiait maintenant une petite partie de son existence, comme si cela pouvait compenser. Echange de bons procédés. Attentivement, Cassidy buvait ses paroles et en retirait le surplus pour tenter d'en dégager le cœur, tout comme un jardinier prenait soin de tailler sa roseraie en dégageant les branchages superflus pour que l'on puisse admirer la beauté de la fleur. Octavius se disait libre, mais il n'avait apparemment pas toujours été ainsi. Cette capacité à la désinvolture et à vivre comme il l'entendait relevait d'un choix. Une intégrité intacte... Qui pouvait prétendre la posséder ? Personne, sinon lui. C'était prétentieux. Personne ne pouvait être intact des événements de la vie, surtout en ces temps-ci.

« ... Lorsque le jeune homme rencontre la jeune femme, il est d’abord séduit par la flamme qui l’anime, toute cette énergie qu’elle met inlassablement à lutter contre le monde extérieur dès qu’il a le malheur de l’effleurer du bout des doigts, comme si elle se sait être une fleur fragile et rare qui fanerait au moindre toucher. Et elle l’est, très probablement, un Lys oriental qui met des années pour atteindre sa taille de floraison tout en demeurant extrêmement fragile [...]
- Oriental... »

Comment le savait-il ? Personne n'était au courant hormis ceux qui avaient été en possession de son dossier scolaire, et ce n'était pas son apparence qui le laissait deviner.
Le pire c'était produit. Il avait été séduit par l'esquisse de Nehal. La jeune femme serra les dents. Elle ne connaissait pas Nehal et ne voulait pas la connaître. Mais... il avait été également séduit par Cassidy qui luttait envers et contre tout. Charmé par la coexistence du feu et de la glace. Tourmenté par le mélange de la lumière et de l'ombre. Un jeu de lumière complexe. Il ne s'était pas contenté d'une partie de sa personnalité. Oh non. Octavius était ambitieux et visait le plus haut possible. Se contenter d'une partie ? Plutôt rêver. Le bibliothécaire avide de complexité visait l'ensemble. Il ne voulait pas de Nehal, ni de Cassidy prises individuellement. Il la voulait, elle. L' Inde et l'Angleterre. Ses pensées, ses idéaux, son cœur, son âme. Ses longs cheveux blonds et ses yeux turquoises. Sa langue acérée et ses lèvres brûlantes. Sa douceur profondément enfouie.

« Une intégrité intacte, tu m'en diras tant... Alors à quoi te servent tes facettes et tes sourires plus artificiels les uns que les autres ? Au final tes comportements excessifs dans un sens comme dans l'autre et tes représentations théâtrales exagérées ne servent-elles pas à dissimuler le vrai Octavius Holbrey ? Tu sais, celui qui porte réellement ce prénom que tu sembles détester... Celui qui s'offusque d'un simple baiser. »

Il grattait le ciment autour de son âme ? Elle accorderait le même traitement à ses couches d'oignon pas frais. Imperturbable, il poursuivait son récit des plus brûlants. Il savait, il avait compris. Grâce à ses yeux et à ce maudit instant de faiblesse aux Trois-Balais. La proximité dans ce contexte la rendait malade. Elle se leva. Le corps glacé et brûlant. Elle ne vacilla pas, maigre consolation. Ses yeux vert d'eau demeuraient inlassablement secs, bien qu'elle n'avait qu'une seule envie : laisser exploser le mélange de tristesse et de terreur qu'il venait de réveiller en elle. S'effondrer. Mais elle restait là, se tenant bien droite le surplombant désormais, un air hautain masquant son trouble. Sa fierté, son arme bien rodée masquant ainsi la rage qu'il réveillait en elle. C'était ce qu'il voulait, la voir exploser pour qu'elle baisse ses gardes et lui donne les clés de son âme. C'était ce qu'elle ne lui donnerait pas. Ce serait à lui de les lui dérober. Les yeux pour la première fois baissés sur le visage de l'homme, elle croisa les bras sans cesser de l'écouter. Enfin, le récit qui la torturait toucha à sa fin. Octavius entreprit alors d'ouvrir la bouteille de champagne, ne pouvant résister à la tentation de l'alcool.

« Mais le jeune homme est déterminé à se battre pour libérer sa princesse des griffes de ses propres démons ! Tu vois, notre histoire n’est pas si originale que ça. »

Le conte était beau, bien écrit et raconté à la perfection. Se faire sauver par un prince charmant... Le rêve de chaque petite fille innocente et pure. Sauf que le monde n'était pas rose et plein de paillettes en cœur et de poneys arc-en-ciel. Il était sombre, emplis de terreur et de pièges à éviter. Ce n'était plus la vie, mais la survie.

« Quel magnifique conte, quoique légèrement trop à l'eau de rose à mon goût. Tu es particulièrement doué pour faire virevolter les mots, je dois le reconnaître. Un poète hors paire, un orateur éloquent et se voulant charmant. Malheureusement pour toi, je ne suis pas de celles qui se laissent envoûter par de simples histoires. »

Elle pris soin de ne pas relever quoique ce soit au sujet de la jeune femme qu'il lui avait dépeinte, le laissant volontairement dans le flou artistique quant à savoir ce qu'elle en pensait réellement. Pas de cris, pas de provocation, une absence totale d'énervement. De quoi le faire tourner comme un soleil. Satisfaite, elle lui tourna le dos et s'éloigna de quelques pas, l'herbe fraîche venant chatouiller la plante de ses pieds nus. Le voile de sa robe cramoisie dansait autour de ses jambes fuselées, dessinant subtilement la courbe de ses hanches lorsque le vent en avait décidé ainsi. C'est seulement une fois dos à lui que Cassidy s'autorisa à fermer les yeux et inspira profondément. Elle ouvrit ses paupières closes et se retourna face à lui et sa bouteille à la main.

« Tu parles d'intégrité mais tu ne tiendra pas deux semaines au château si tu ne contrôles pas un minimum tes paroles et tes actes. Le Seigneur des Ténèbres a pris le contrôle, le temps des rêveries est terminé Octavius. L'intégrité est un concept honorable, je ne dis pas le contraire, mais il faut savoir faire la part des choses, ou alors... peut-être es-tu suicidaire ? Cela expliquerait que tu oses te permettre de dire toutes ces choses devant une fille de Mangemorts. Porter sa résistance comme un drapeau ne te mènera pas vers un avenir, mais te précipitera dans ta tombe. C'est ridicule. Ton conte féerique est pour les enfants innocents et comme toutes les histoires merveilleuses, il ne reflète pas la réalité en oubliant des variables pourtant capitales. »

Elle avança de nouveau vers lui et s'arrêta devant ses jambes. Le surplomber lui faisait du bien. Cela lui permettait de reprendre un certain contrôle. Savourer l'instant éphémère avant de reprendre le combat.

« Puis-je ? », lui demanda-t-elle en désignant la bouteille.

Sans attendre sa réponse, elle se pencha sur la bouteille et s'en empara si vite qu'il n'eu pas le temps de cligner des yeux. D'un geste vif mais précis, elle arracha l'étiquette sans la lire afin de ne pas biaiser son jugement et approcha prudemment son nez du goulot. Les petites bulles virent crépiter doucement sous ses narines, lui donnant l'envie d'éternuer mais elle se concentra au delà de l'écran de bulles. La potionniste et ses sens entrèrent en action. Les yeux fermés, elle en huma les différentes effluves. Hum... Finement aromatique, typique d'un vin de Champagne français. Notes boisées. Arôme racé. Pas d'odeur suspecte. Juste celle de l'alcool. Prudemment, elle effleura le goulot humide de la pulpe de ses doigts fins, avant de les frotter doucement entre eux. Le toucher paraissait normal. Elle en approcha ensuite ses lèvres rosées et en recueilli prudemment quelques gouttes, tout en sachant qu'elle possédait plusieurs antidotes dans sa cape noire qui reposait à côté du sorcier. Les perles cristallines explosèrent, exaltant ainsi toutes leurs saveurs. Lentement, elle les fit rouler sur son palais et tournoyer sous sa langue. Breuvage impertinent et fort, à l'accent particulier de sous-bois exotiques. Pinot noir... Chardonnay blanc, et... Meunier noir. Un sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle conservait les yeux fermés.

« Champagne Louis Roederer, brut cristal rosé provenant de France. Paraissant intact de tout poison détectable. Bon choix de la part de la tenancière. »

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Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.

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[Septembre 1997] - Une soirée de rêve.

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