AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez|

[Septembre 1997] - Quand tout part en fumée.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Mar 12 Juil 2016 - 9:01

Il était allongé sur le large rebord de fenêtre dont bénéficiaient certaines salles de classe privilégiées, mais vides. Et celle-là l’était tout particulièrement. D’une part, mélancoliquement vide, certains cours ayant été supprimées par le nouveau régime. Et ces pièces là, éventrées, ressemblaient à des endroits abandonnées par les êtres d’un seul coup, dans la précipitation, en laissant leurs biens sur place, comme ces villes délaissées car proches d’une catastrophe. Et c’était un peu le cas ici. Du papier trainait sur la table avec des débuts de demi-phrases inscrites dessus il y a plus de deux mois, par des élèves peut-être morts à l’heure qu’il est. Des plumes à écrire, de l’encre et des pages de livre jonchaient tantôt le sol, tantôt les meubles, s’agitant au rythme du courant d’air qui allait et venait par une porte ouverte. Il y régnait un sentiment étrange, comme dans un cimetière, où on pouvait observer à œil nu des souvenirs pour le moment immuables, figés dans le temps comme dans l’espace, tant que la décrépitude n’en rongerait pas le dernier morceau. Et alors ce tombeau, dernier vestige d’un temps révolu, deviendrait silencieux. C’est pour cela qu’Octave aimait bien cet endroit, la sensation qu’on y éprouvait d’être suspendu dans un instant, catapultés dans une autre dimension. A chaque fois, en rentrant dans cette salle vide, il éprouvait une légère agitation couplée à un sentiment de stagnation. Cela devait s’approcher de ce qu’on pouvait ressentir en buvant un élixir de longue vie, lorsque le déclin de la vie n’a plus aucune influence sur vous.

Et d’autre part, cette salle était prodigieuse. Elle était large et haute, son plafond se perdant quelque part dans les sommets, loin du sol. Sol qui était lui fait de pierres rugueuses et sombres, soulignant le style gothique du décor de la pièce. Comme tout le reste du château, la mise en scène de cette salle ne se distinguait pas par sa légèreté, au contraire, il en émanait une grandeur saturée et prodigieuse. L’élan vertical était couplé à une architecture uniforme, ou tout se fondait en arabesques difformes et semblables à des flammes. Des piliers formaient un squelette en pierre, le reste étant en verre, laissant pénétrer une lumière abondante par des fenêtres aux remplissages d’une grande finesse, qui ne faisaient pas obstacle au soleil. Le décor évoluait tout en ornements exubérants, caractérisés par une grande virtuosité et un savoir-faire indéniable. Cet endroit avait tout pour attirer Octave : un calme imposant, tout en lourdeur et luxure. Il avait toujours été plus à l’aise dans des endroits comme ceux-là, où l’art était total, opulent et plantureux pour mieux diminuer la présence humaine elle-même. Qu’on se sentait insignifiant en de lieux pareils ! On ne pouvait que se laisser écraser par la fabuleuse noblesse  qui émanait de cette architecture, vous ramenant à votre place de point dans l’univers, d’existence futile et courte dans cette immensité impossible à étreindre dans un seul souffle. Empli d’une pieuse dévotion, Octave venait ici se ressourcer des vibrations cosmiques.

Ainsi, allongé sur le dos, avec la maitrise de l’expérience, il se roulait un joint. Officiellement, il ne fumait pas, n’ayant jamais réellement aimé cette tendance bien qu’elle donnait un certain style glamour à celui qui arborait cette habitude –encore une relique d’une époque se voulant révolue. Octave pouvait faire beaucoup de choses pour avoir un surplus de classe, mais fumer n’en faisant pas parti. Il n’appréciait guère les effets de la drogue sur son esprit déjà assez fantasque, l’emprise que ces substances pouvaient exercer sur lui et les choses qu’elles pouvaient lui faire faire. Et puis, il n’avait pas besoin de ça pour planer. Mais aujourd’hui était un jour spécial –bien que vous l’auriez compris, tous les jours sont spéciaux avec lui. C’était l’un de ces jours inhabituel, à l’atmosphère surréaliste qui poussait Octave à vouloir se détendre, lâcher prise, le rendant aussi sombre et lugubre qu’un arbre mort en plein milieu d’un champ, sans vie lui-aussi. Il ne se ressemblait plus vraiment, ou peut-être était-il vraiment lui-même en ces moments ? Le désœuvrement le possédait alors, et avec, la sensation de ne plus rien maîtriser du tout. C’était précisément à ce moment-là qu’il se permettait de fumer, non pas pour se distraire, mais pour au contraire, mieux saisir les nuances d’un jour sans relief. Il ne craignait aucun des aspects de sa personnalité et accentuer cette torpeur spirituelle ne l’aidait qu’à mieux s’enfoncer dans les méandres d’une douce et lancinante psychose.

Tranquillement, il roulait donc son joint sans filtre et dans une feuille de tabac brut, comme le lui avait montré une connaissance  brésilienne, tassant quelques grammes de tabac au bout pour ne pas gaspiller les psychotropes pendant l’allumage. Il lui restait une petite quantité de Marijuana, qu’il avait mélangé à de l’opium, trouvé dans les tréfonds des caves du château. Peut-être même dans les stocks de potion de Rogue, va savoir. Qu’est-ce qu’elle puait cette cochonnerie. Coinçant son œuvre entre ses lèvres, il en alluma le bout avec sa baguette magique avant de tirer un bon coup, aspirant autant que le permettaient ses poumons. Comme il n’avait plus l’habitude, Octave toussa légèrement, sentant ses cordes vocales s’engluer, le rendant incapable de parler. C’était si âpre… -si bon, comme dirait l’autre. Et la morosité qui pèse dans l’air, elle l’enveloppait, comme ses poumons qui étaient en train de baigner dans une exquise chaleur. Les souvenirs affluaient à son cerveau comme le sang à son cœur. Pendant que celui-là battait, ceux-ci palpitaient. Et pourtant tout ce qu’il avait c’était un goût amer dans la bouche, le goût du tabac, bien sûr, mais aussi celui de la consternation, et dans l’air flottait les effluves de cette lancinante lassitude. Octave recracha la fumée, avant de tirer une seconde fois, plus doucement cette fois-ci, goûtant à la drogue qui avait enfin entamé sa combustion. C’était tout ce à quoi il avait le droit aujourd’hui : l’amertume et cette pression, cette impression de manque.

Il soupira, regardant le plafond alors que de la fumée lourde et épaisse coulait de ses narines avant de se dissiper dans les airs, formant presque un brouillard au sol tant elle était dense. Le plafond était loin, loin en haut, et Octave tendit la main au-dessus de lui pour essayer de l’atteindre, et à défaut, voir à quel point il en était éloigné par rapport à son bras. Et là, c’était encore plus impressionnant et plus vaste. Une vraie leçon d’humilité. De la pierre, de la pierre et beaucoup de noir, qui avait tôt fait de se confondre avec la structure. Son regard finit par se porter vers la fenêtre à sa droite. Il aimait quand le ciel était gris comme ça. Enfin, gris, ou bleu, on n’arrivait pas trop à déterminer. C’était un peu comme une colère froide, un état de mauvaise humeur qu’on essaie plus ou moins de cacher. La lumière transperçait les nuages et venait s’échouer sur le verre coloré, flottant en brillants éclats à la surface du sol de la pièce, parsemant une luminosité diffuse. Au moins, il ne pleuvait pas.




Ce poste est sponsorisé par les dealers et fabricants de cordes.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
SERPENTARD6ème année
    SERPENTARD
    6ème année
AVATAR : Emily Rudd
MESSAGES : 109

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire / Bi
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: Londres, 01 Novembre 1980
SANG SANG: inconnu
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Ven 5 Aoû 2016 - 23:33


Ô douleur ! Ô douleur ! Le temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
Charles Baudelaire

Tic. Tac. Tic. Tac.

L'horloge ne cessait de la narguer depuis plus de dix minutes. L'aiguille des heures n'avançant qu'à peine, les secondes défilant avec une incroyable lenteur. Les minutes s'étirèrent, alors qu'Abigail semblait sur le point de s'endormir. Elle qui s'était promis de travailler un peu, tout au moins pour rédiger son devoir de potion, venait de voir son projet aboutir à un échec cuisant. À l'évidence, la théorie avait eu raison de son cerveau, qui semblait bouillir dans sa boîte crânienne, lui donnant une affreuse migraine. Le silence de la bibliothèque l'entourant, l'orpheline leva ses prunelles vertes en direction de son camarade, dont les mains allaient rencontrer l'encrier sur le rebord de la table, d'ici quelques minutes à peine. Bien. D'un mouvement brusque, la brune referma son carnet relié de cuir dans un bruit sourd, faisant sursauter le Serpentard, qui darda sur elle, un regard mécontent, mêlé d'une pointe d’interrogation. Idiot. Et dire qu'il était le moins dénué d'intérêt à ses yeux. Abigail jeta un regard au bordel sur leur table. Feuilles en désordres, griffonnées à la va-vite, raturaient. Un manuel de potion, dont la couverture était déchirée, brûlée sur le l'un des coins, ou bien encore, deux plumes tachaient d'encre, qui imbibée maintenant la table en bois. Ses doigts malingres allèrent à la rencontre de ses affaires, qu'elle ramassa avec des gestes presque mécaniques, comme si c'était une routine. Une routine douloureuse.

« Je vais faire un tour. », lui dit-elle, sans prendre la peine de baisser le ton, laissant sa voix atone résonner aux oreilles de ses voisins, qui lui lancèrent un regard en coin, auquel, elle ne prêta pas la moindre attention.

Des idiots. Des fourmis, au beau milieu d'une organisation, une machine bien huilée. Alexandre, arqua un sourcil, la regarda se lever, pour mettre son sac en bandoulière sur son épaule. Il pendait, arrivant presque à ses genoux. Sa chemise, bien trop grande pour sa silhouette, pendait sur ses épaules, les manches, bien que boutonnées, descendaient jusqu'au bout de ses doigts, laissant tout de même voir, quelques tâches noirâtres, et des ongles rongés. Sans un regard supplémentaire, elle partit en direction de la sortie, se faufilant habillement entre les tables, ses pieds cognant quelques fois contre une chaise, faisant grogner son occupant. Pas une excuse ne franchit ses lèvres vermeilles. Pas une fois. L'endroit était grand. Dominant. Écrasant de magnificence. Elle n'était pas une grande lectrice. Mais savait reconnaître la beauté où elle se trouvait. En l’occurrence, en ce lieu, emprunt d'une histoire, à peine entachée par l'ambiance sombre qui régnait en maître dans le château, depuis la rentrée. Ça date depuis plus longtemps. Les étagères, hautes, semblaient monter jusqu'au plafond. Chargées de livres, d'histoires. Aventures, ou bien drames. Péripéties en mer, chasse aux trésors, ou bien meurtres sanglants. De pleurs, de rires. Un abandon, le rêve au profit du réel. Elle se rappelait encore, de journée de pluie, où la voix de la matrone résonnait. Elle se souvenait de contes, de légendes, que l'on oublie avec le temps. Avec l'âge. Ses prunelles émeraude se perdirent dans la contemplation des ouvrages, devant lesquels, elle passait. Les titres défilant avec rapidité, la couleur du cuir s'incrustant dans sa rétine. Sa hanche heurta une table, faisant tomber l'encrier qui s'y trouvait, rependant le liquide visqueux et noir, sur le sol, tâchant le parquet.

« Tu pourrais pas faire attention ? », l'on cracha à sa droite. Mais elle en fit de nouveau abstraction. Alors qu'à sa suite, restaient des traces de pas. Ce n'est que lorsqu'elle arriva au bout de la rangée, qu'elle tourna les yeux vers la porte, qui était restée ouverte. Sans hésitations, elle la franchit, en remettant en place le cuir sur son épaule. Quand l'air du couloir fouetta son visage blafard, elle lâcha un soupir. Pas d'ennui. Plutôt d'apaisement. Voilà une chose à laquelle, elle était plus familière. La verte et argent resta figée, droite, la main posait sur la bandoulière, les yeux presque clos. La douleur, qui irradiait dans ses tempes, semblait s'estomper, alors que le silence l'enveloppait. Elle reprit sa marche, tournant à gauche, en direction des escaliers. Elle les descendit avec lenteur, se laissant tomber de tout son poids, à chaque pas, s'amusant à faire retentir un bruit sourd. Elle était seule. Pas un élève à l'horizon, bien que l'heure y soit propice. Si son but avait été de prime abord, l'extérieur, son choix fut changé, quand une odeur vient titillait ses narines. Familière. Lointaine. Avec un froncement de sourcils, la Hook tourna son minois vers le couloir, qui s'étendait devant elle. Sombre.

Nouveau soupir. Elle fit pivoter son corps, de la même façon que s'il s'agissait d'une marionnette, et fit quelques pas, son nez mutin dirigé vers les airs. Une mèche ondulée glissa devant ses yeux, qui s'étaient fermés, alors qu'elle se concentrait. Cette odeur. Entêtante. Tentatrice même. Un appel. Elle la sentait toujours ces jours de pluie, de mauvais temps, assise sur le rebord d'une fenêtre, les jambes dans le vide. La fumée épaisse, le second souffle dans ses poumons. Ces jours, où elle avait l'impression de se noyer, de sentir l'eau remplir son être entier, et où la douleur la consumait, jusqu'à ne laissait d'elle qu'un corps, sans vie, désarticulé, aux mains d'un marionnettiste. Elle l'a suivie, se guidant uniquement, avec ses doigts frôlant le mur humide et froid. Les effluves se firent plus fortes, quand elle arriva devant l'une des salles. Vide depuis quelques mois déjà. Abigail rouvrit les yeux, les tournant, en même temps que le reste de son corps, vers la porte close. Sans prendre la peine de frapper, elle l'ouvrit avec son pied, les gonds métalliques grinçant. Pas le moins du monde gênée d'être remarquée, par une entrée si remarquée, la sixième année s'engouffra dans la pièce, en prenant tout de même le soin de refermer derrière elle.

Quand elle se retourna, faisant craquer le parquet, sous le poids qu'elle mettait volontairement, elle posa ses émeraudes sur l'homme présent à la fenêtre. Un adulte, un joint aux coins des lèvres. Les yeux légèrement plissés, elle le fixa durant plusieurs minutes, qui s'étirèrent, alors que le silence était toujours présent. L'atmosphère de la pièce, lui était étrangement familière. Un souvenir fugace, mais paradoxalement si frais. Si vif dans sa mémoire. Tout à changé. Tout. Elle s'avança, alors qu'il lui semblait encore entendre le brouhaha du cours qui était dispensé ici même. L'odeur du parchemin usé, ne surpassa pas celle qui l'avait attiré jusque dans ce lieu, à l'histoire encore si marqué. Elle sentait encore dans ses veines, la magie qui y était maîtresse, mais aussi, le poids sur ses épaules. Celui de quelque chose de plus grand qu'elle. De plus fort. Quand elle arriva près du bibliothécaire, elle lui vola ce qu'il tenait entre ses lèvres, du bout des doigts, pour portait le joint à sa propre bouche, y inspirant une grande bouffée. Elle la savoura. Comme si c'était la dernière. Une fois qu'elle le retira, pour le retendre à Octave, une épaisse fumée s'échappa, encadrant son visage maladif. Le regard détaché, Abigail haussa les épaules nonchalamment, avant de s'appuyer contre le mur, ses doigts sortant un paquet de cigarettes, non roulées. Avec des gestes calculés, elle en extirpa une, qu'elle déposa aux coins de sa bouche légèrement gercée par le froid. Le zippo trouva vite sa main, et le bout rougeoya, mêlant les deux odeurs, comme les volutes blanches qui dansaient autour d'eux.

« Abigail. », dit-elle simplement, en prenant une longue lampée de tabac brun écossait, le regard fixé sur le ciel grisâtre.

_________________
Wake me up, wake me up inside I can't wake up,
Wake me up inside, save me
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Sam 6 Aoû 2016 - 21:14

Il avait l’habitude de ne jamais être seul. Pourtant, cet état des choses n’était que très rarement le fruit de sa volonté. Comme tout sociopathe, il aimait être seul, détestait les foules, en particulier lorsqu’il en faisait partie, et exécrait tout particulièrement les gens qui étaient bavards quand il n’y avait aucune utilité à cela, comme la mémé qui était venue lui taper la discute dans le train, alors que la seule chose qu’il voulait, c’était finir son roman, « Aline et Valcour ». Mais comme il s’efforçait de toujours être poli et gentil avec les gens qui l’étaient en retours envers lui, Octave lui prêta une oreille courtoise. Sa naturelle mais parfois contraignante galanterie le poussait parfois à avoir un comportement qu’il ne souhaitait pas, ce qui le faisait maudire les accumulations d’individus, surtout de ceux qui ne respectaient pas les espaces vitaux. Mais ce trait particulier de son caractère passait largement inaperçu, puisqu’il s’efforçait de le garder terré dans les tréfonds de son âme, pour ne pas dire dans l’ombre de celle-ci. Principalement parce que cela aurait définitivement mis un caniveau entre lui et les autres êtres vivants, ce qu’il ne souhaitait pas, et aussi parce que cela ne l’aurait pas aidé dans son métier. Et puis, il aimait bien observer les gens. Mais malgré cela, les forces de l’univers n’écoutaient pas ses désirs cachés et continuaient à lui envoyer d’innombrables victimes sur son chemin.

Alors, lorsque la porte s’ouvrit avec éclat, il n’y eut même pas un tressaillement pour venir soulever les poils de ses sourcils -dotés d’une vie indépendante du reste de son corps, comme le stipulait la légende. Octave ne s’y attendait pas, certes, mais les sieurs et dames qui faisaient une irruption tonitruante dans sa vie ne le surprenaient plus depuis longtemps. Et puis, l’étonnement n’était pas vraiment dans son genre ; il se contentait d’un léger haussement de sourcils pour manifester son intérêt. Du coup, là, rien. Il ne tourna même pas la tête, ni n’essaya d’observer l’intrus du coin de l’œil. Il adoptait là une attitude qui n’avait jamais eu de succès mais qu’il continuait employer quand même : ignorer son ennemi dans l’espoir qu’il ne le remarque pas, ou disparaisse carrément. Après tout, tant qu’il ne le regarderait pas, il n’existerait pas concrètement. La chose n’était pas facile à exécuter, au vu du boucan produit par le nuisible. Il regardait d’un œil absent le plafond, se concentrant sur les bruits, qui avaient soudain disparus, l’obligeant à arrêter sa respiration en réponse. Il resta là, en apnée, à écouter son cœur battre comme un métronome à ses oreilles. Et alors qu’il commençait à s’emplir d’une pitié profonde envers soi-même pour un tel comportement enfantin, une fine main, si blanche qu’elle lui parut fantomatique sous les rayons blafards du ciel, surgit dans son champ de vision. Telle une soucoupe volante, elle s’approcha de son visage pour se saisir de son joint avant de disparaître. Il cligna des yeux, pareil à un Texan venant de voir passer un OVNI au-dessus de son champ de vaches. Il hésita à lever les yeux, pour voir à qui appartenait cette main, de peur de découvrir qu’elle n’appartenait en réalité à personne. Mais avant qu’il ne puisse se décider à agir, la main réapparût pour remettre le joint à sa place, entre ses lèvres restées entrouvertes.

« Abigail »

Enfin, il leva les yeux vers elle. Elle était toute en contrastes. Sa peau était diaphane, presque translucide, ses cheveux d’un noir à absorber la lumière ; sa chemise semblait pendre sur ses épaules comme sur un cintre, laissant deviner une maigreur à jouer du xylophone sur ses côtes. Malgré cela, elle avait un visage agréable à regarder, du moins, c’est ce qu’il crut voir, à travers la fumée de leurs cigarettes respectives. La voir à l’envers ne l’aidait pas non plus. Alors, d’un mouvement d’une fluidité dont seul lui connaissait le secret, Octave se releva pour faire face à la donzelle, qui, sous ce nouvel angle, lui sembla tout droit sortie d’un roman d’Edgar Poe. Il y avait quelque chose de sinistre en elle, et de terriblement irrésistible en même temps. Elle était tellement pâle et sombre qu’on aurait dit une photo monochrome. A son tour, il s’appuya d’une épaule contre le mur devant Abigail, laissant sa bouche se tordre d’un léger sourire en coin. Elle était bizarre, et ça lui plaisait. Mais surtout, son apparence fragile lui prêtait un charme particulier auquel il ne savait résister, tel un moustique inévitablement attiré par la lumière qui allait lui cramer les ailes. Penchant la tête sur le côté en une moue contemplative, Octave l’observa, en attendant qu’elle n’approche une seconde fois sa close de sa bouche. Lorsqu’elle le fit, il saisit la sienne entre l’index et le majeur de sa main gauche, tandis que sa main droite alla chercher la cigarette de la jeune femme, de la même manière qu’elle l’avait fait avec lui. Continuant à la fixer de son regard vert hypnotique, tant il ne clignait pas des yeux, le bibliothécaire coinça lentement la cigarette entre ses lèvres et aspira profondément, presque langoureusement. Un spectacle de plus, dont il était le metteur en scène, venait de lever son rideau. Le goût était étonnement âpre pour une si jeune dame, il s’était attendu à sentir un goût chocolat et à recracher une fumée de couleur arc-en-ciel. Mais non, c’était comme avaler un paquet de clous. Une sacrée inadéquation se présentait là, entre la fumeuse et la cigarette.

« T’as fumé ma clope, j’ai fumé ta clope… C’est presque comme si on s’était embrassés. »

Il avait trente-trois ans, elle devait en avoir deux fois moins, mais ce n’était pas grave, parce que rien ne valait de gâcher la beauté d’une réplique. Celle pour laquelle on attendait une éternité pour avoir l’occasion de la placer convenablement et sans que cela ne semble forcé. Après avoir lâché la fumée par ses narines, il finit par répondre convenablement :

« Octave, nouveau bibliothécaire. On est d’accord, je ne t’ai pas vu fumer, et tu ne m’as pas vue fumer. On a autre chose à faire que découdre avec l'autorité. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
SERPENTARD6ème année
    SERPENTARD
    6ème année
AVATAR : Emily Rudd
MESSAGES : 109

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire / Bi
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: Londres, 01 Novembre 1980
SANG SANG: inconnu
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Dim 7 Aoû 2016 - 17:23


L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes,
Remplit l'âme au-delà de sa capacité.


Le poison.


Le poison. Il s'infiltrait dans ses poumons, dans son être entier, ne rendant sa peau que plus pâle. Un poison tentateur, un souffle mortel et libérateur. La lumière morne ne fit qu'accentuer cet effet, les volutes de fumée, semblant l'entourer tel un halo. Une aura enivrante et dangereuse. Aussi fragile qu'une fleur aux prémices de son éclosion. Si ailleurs son apparence fantomatique pouvait se détacher, en ce lieu, il semblait qu'elle était en totale adéquation. En une harmonie presque dérangeante, elle semblait prendre l'espace, se fondre dans ce décor si surnaturel. Ses mèches sombres se dispersèrent sur ses épaules osseuses, caressant ses joues creuses, et cachant momentanément ses prunelles si particulières. Un autre vent froid, les dégagea, révélant son regard détaché, qui semblait se perdre vers l'extérieur. Les nuages gris, semblèrent s'entrecroiser, alors qu'une lumière timide les traversaient. Fascinant. Elle en oublia où elle était. Avec qui. Cela n'avait pas la moindre importance. Son esprit vogua au travers des cotons chargés de pluie. Elle se perdit quelques secondes dans leur contemplation, ses doigts fins jouant avec les rainures du mur glacial, en retraçant les contours du bout de ses ongles striés. Sa cigarette, glissait nonchalamment entre son index et son majeur, pendait contre sa hanche, menaçant de toucher le tissu de sa chemise, qui se détacher de sa silhouette squelettique. Sa main remonta, alors que son regard déviait. Descendait avec lenteur vers le visage de l'homme à la fenêtre. Les verts se croisèrent, pour ne plus se lâcher. Hypnotisant, sorti d'un autre temps. Son bras remonta, comme si une ficelle venait de s'actionner, le bougeant d'une manière désarticulée, alors que le tube approchait de ses lèvres légèrement entrouvertes. Elle le laissa faire quand il lui arracha son sésame, son point de repère.

Sa tête se pencha sur le côté, sa tempe sur collant contre la pierre, alors qu'elle observait le tube toucher la bouche délicate de son vis-à-vis. Ses lèvres se plissèrent, alors qu'elle observait avec un intérêt à peine perceptible la scène qui se jouait. Premier acte, le rideau se lève. Il était étrange. Sorti tout droit d'une époque révolue, d'un film en noir et blanc, où tout n'était fait que de gestes. Où la parole se révélait être superflue. Langoureux, charmant, une danse faite de sensualité. Intéressant. Quand il eut fini, l'orpheline laissa le tube revenir à sa place, et en prit une longue bouffée, fermant les yeux pour en apprécier la descente. Sa bouche, sa gorge, ses poumons, devenus encrassés de noir par le temps, et les excès. Les paupières closes, elle entrouvrit ses lèvres, laissant la fumée rouler sous sa langue, s'y enroulant comme le ferait un serpent autour de sa proie. Voluptueux. Délicieux. La fumée toxique s'échappa, formant un nuage blanchâtre, nuancé, enlaçant comme une amante, celle qui s'échappait du joint.

« T’as fumé ma clope, j’ai fumé ta clope… C’est presque comme si on s’était embrassés. »

Presque. Une nuance. À cela, elle se contenta de pencher sa tête, ses mèches suivant ce mouvement presque mécanique. Si bon nombre de jeunes filles de son âge seraient tombées en pâmoison face au nouveau bibliothécaire, ce ne fut pas son cas. Une réplique qui semblait tout droit sorti d'un roman. Pas un roman à l'eau de rose, où tout fini bien. Où les familles finissent réunies et heureuses. Non. Un drame. Où tout se termine dans une salle vide, au milieu de la fumée, au cœur d'une torpeur, qui vous aspire comme un tourbillon. Un vide, un gouffre vertigineux. Une descente presque effrayante, mais si exaltante.

« Presque. », répéta la jeune femme, d'une voix atone, son bras tombant le long de son corps. Le fil. Une fois de plus. Son intonation, était à son image. Lointaine. L'odeur lui monta à la tête. Forte, enivrante. Un savant mélange. Divin. Au sol, la fumée s'étendait, les entourant dans un halo, un brouillard, comme on en trouve en mer. Dense, il remonta avec le vent, caressant leurs jambes, s'alimentant de la cendre grise, qui tombait sur la pierre brute. Pas de phare à l'horizon pour les éclairer.

« Octave, nouveau bibliothécaire. On est d’accord, je ne t’ai pas vu fumer, et tu ne m’as pas vue fumer. On a autre chose à faire que découdre avec l'autorité. »

Abigail pencha de nouveau la tête sur le côté, ses yeux clignant doucement. L'autorité ? Elle n'était pas une mauvaise élève, pas excellente pour autant. Toujours dans la moyenne. Un fantôme. Un visage que l'on préfère oublier après l'avoir croisé. Une ombre glacial durant l'été. Si elle était rarement au cœur des ennuis, la foule l'ennuyant horriblement, ce n'était pas pour autant qu'elle restait immobile, en attendant que l'on lui donne des ordres. Elle les regardait tous toujours de loin. Ces filles à papa, qui restaient bien gentiment à leurs places. Cloîtrées dans une salle commune, entourées par une nuée d'insectes nuisibles. D'incapables, sans le moindre intérêt. Les murs, les couloirs, le vent, le ciel. Une compagnie préférable à celle dont elle bénéficiait quelques fois.

« On est d'accord. », lui répondit-elle en tendant de nouveau sa main vers son visage, avec une lenteur presque calculée. Des mouvements saccadés. Les fils reliés à son bras bougèrent une nouvelle fois, actionnant ses doigts, qui se saisir du joint qui était de nouveau entre les lèvres d'Octave. Avec agilité, sa main gauche bougea, faisant tourner la cigarette remplie de tabac brun dans sa direction. Le joint rejoint ses lèvres, où il se posa délicatement.

« On est plus à un baiser près. » ,dit-elle, en haussant les épaules,comme s'il s'agissait d'une évidence, en reprenant une lampée, inspirant la drogue, la laissant se répandre dans son organisme. Son cerveau déjà bien embrumé, ne le devenant que d'avantage. La fumée encadra bien vite son visage, ses yeux verts semblant brillaient. Le phare au milieu de la tempête. « Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu fuis quelque chose ?»

_________________
Wake me up, wake me up inside I can't wake up,
Wake me up inside, save me
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Sam 13 Aoû 2016 - 21:06

« Presque. »

Avait-elle acquiescé d’une voix aussi creuse et vide qu’un caveau qui attendait solennellement son cercueil. Quoi que, à contempler cette branche anguleuse, sa réplique ne semblait être qu’un vague écho amoindri de la voix d’Octave, comme quand on hulule dans un puits pour s’entendre en retour. Elle avait l’air quelque peu ailleurs, ce qui pardonna cette stérile répétition. Imperturbable, le brun tira longuement sur son joint, autant que le lui permettait la superficie de ses poumons, laissant l’écolière mener sa pensée à terme, alors même que son regard semblait aussi trouble que la fumée qui sortait de sa petite bouche de poupée. La volupté de la brume rendait ses traits fins d’autant plus saillants, tels d’immuables rochers baignés par une mer houleuse et grisâtre. Et puis, il y avait le ciel, d’un teint cendreux, qui parachevait le tableau, accentuant le visage d’Abigail, qui sembla alors comme figé dans le marbre, aussi infrangible qu’une statue. Cet air particulièrement étranger lui prêtait un charme mystérieux, quoi qu’un peu superficiel. Car toute l’énigme reposait jusqu’à présent que sur un une tiède désinvolture, s’affichant aux yeux de tous, comme une fleur foulée aux pieds d’Octave. Il n’y avait nulle subtilité à être ostensiblement détachée. Peut-être même qu’il n’y avait là aucun charme en fait, juste une donzelle flegmatique et des yeux avec du vide derrière. Et cela serait une incommensurable déception pour notre cher bibliothécaire, qui s’attendait toujours à ce que les gens tiennent la promesse donnée par leur apparence.

Enfin, de la même voix monocorde, elle lui dit qu’elle était d’accord avec l’ironique condition qu’il avait émise un peu plus tôt, tout en se saisissant avec paresse de la cigarette qui pendait aux lèvres du bibliothécaire, déjà à moitié consumée par l’apnée fumeuse qu’il s’était habitué à pratiquer.  En même temps qu’elle lui retirait son plaisir d’une main, elle lui en tendait un autre, d’un goût bien particulier, qu’il appréciait déjà moins, mais qu’il accepta avec grâce, ému par ce geste de partage millénaire. Et puis, on ne refuse pas une offrande, ce n’est pas poli. Du bout des doigts, il se saisit donc de cette chose qui ressemblait davantage à un cigarillo qu’à une cigarette, et la coinça mécaniquement dans un coin de sa bouche. Il avait l’impression qu’encore un peu, et Abigail allait se dissoudre dans le brouillard de tabac qui l’entourait, comme la petite sirène qui s’était-elle faite emporter par l’écume. Ca ne lui allait vraiment pas, de fumer autant. L’impureté se faisait sentir dans sa voix de rogomme et se reflétait sur son corps beaucoup trop décharné pour un si jeune âge ; sa carcasse revêtant malgré soi les traits d’une vieillesse prématurée, stigmates d’une addiction peu maîtrisée, voire pas du tout.

« On est plus à un baiser près. »

Octave ne manqua pas de ricaner doucement, friand qu’il était des esprits ayant le sens de la réplique bien placée, du mot subtil, de la saillie astucieuse et pénétrante. Le voilà donc charmé à nouveau, tant il lui était impossible de résister à la douce impudence dont trop peu savaient faire preuve à juste mesure. Soufflant le tabac par ses narines, il laissa le brouillard s’élever dans les airs, avant de s’évanouir à la lumière morose d’un ciel on ne peut plus anglais.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu fuis quelque chose ? »

Tu… C’était fou à quel point personne n’en avait rien à faire de son statut. Il était bibliothécaire tout de même, employé à Poudlard, s’il-vous-plaît, approuvé par le directeur en personne -l’ancien et le nouveau-, gardien du savoir, de la partie la plus importante du château pour toutes ses pauvres âmes en quêtes d’éducation. Et pourtant… et pourtant, pas un seul élève jusqu’à maintenant ne l’avait abordé avec la politesse incombant à priori à son rang. Cela ne le dérangeait pas outre mesure, seulement cela lui donnait l’impression qu’avant lui, le bibliothécaire n’était qu’un espace vide, qu’il y ait quelqu’un pour l’occuper ou non. Cela avait quelque chose de profondément affligeant. Par principe, il aurait préféré avoir en réponse un regard fuyant, des excuses désordonnées prononcés d’une voix tremblante et une porte qui claque après la fuite d’un intrus ayant perturbé le repos paisible du noble employé de cette prestigieuse école. Au lieu de ça, il avait le sentiment d’être l’assistant de Rusard : même pas la main droite du concierge, ni son secrétaire général, mais plutôt le stagiaire balayeur. Soupirant, il répondit :

« Rends-moi mon baiser, je préfère le goût de ces lèvres-ci, les tiennes sont trop âpres pour moi. »

Dit-il d’une voix rendue rauque par un baiser trop mordant tout en tendant la cigarette à la jeune femme. Et comme il n’aimait pas rester debout, il s’assit sur le rebord de la fenêtre, dos aux carreaux, face à l’adolescente.

« Pourquoi penses-tu que je fuis nécessairement quelque chose ? Qu’est-ce que je pourrais bien fuir ici ? »

Finit-il par répondre d’un ton toujours aussi involontairement guttural, mais qui avait le don de mettre en avant sa masculinité, comme si la barbe de deux jours n’était pas suffisante. Répondre à une question par une autre était sa spécialité, qui ne desservait même pas un quelconque maléfique dessein. Non, parfois, il valait mieux d’abord savoir ce que l’autre avait en tête avant de répondre. Et Octave était franchement curieux de savoir ce que ce corbeau avait à l'esprit et pas au bec. Allait-elle aussi ne pas se donner la peine de répondre ? Ou bien ferait-elle référence aux mangemorts dans le château ? A Rogue lui-même ? A la foule trop nombreuse, composée d’individus les uns plus médiocres que les autres ?  Parce que après tout, il y avait tant de choses à fuir ici… Et la deuxième question, d’une pertinence certaine, serait alors pourquoi juste fuir dans une salle vide, et pas le château lui-même ? Un léger sourire aux lèvres, il enchaîna avec une doucereuse ironie, plus une affirmation qu'une question sous-jacente :

« Toi, par contre, tu sembles avoir été attirée pour l’odeur de quelques… baisers. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
SERPENTARD6ème année
    SERPENTARD
    6ème année
AVATAR : Emily Rudd
MESSAGES : 109

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire / Bi
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: Londres, 01 Novembre 1980
SANG SANG: inconnu
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Mer 17 Aoû 2016 - 13:33


Il est doux de se croire malheureux, quand on n’est que vide et ennuyé.”

Alfred de Musset.


Un rire suivit sa première phrase. Un rire grave, alors qu'elle laissait tant son esprit, que son corps, se perdre dans le brouillard de fumée. Un fantôme. Tout renforçait cette étrange impression. Peut-être n'était-elle qu'un songe, un mirage, qui apparaissait dans l'esprit tourmenté du bibliothécaire ? Une oasis au beau milieu du désert, un phare en pleine tempête, chargé de le protéger des falaises vertigineuses. Une sirène au milieu de l'océan, qui allait l'engloutir tout entier, pour que comme elle, il ne fasse plus qu'un avec l'eau sombre. Le noyer dans la morosité britannique, au centre d'une pièce lugubre, et brumeuse. La fumée s'échappa de ses lèvres entrouvertes, serpentant le long de son corps, caressant son corps désarticulé et osseux, pour finalement rejoindre le nuage stagnant autour d'eux, les entourant dans une étreinte à la fois protectrice et terrifiante.

Son cerveau s'engourdit un peu plus, alors qu'elle sentait la drogue remontait le long de ses veines, s'engouffrait soigneusement dans chaque recoin de son être si fragile. Sa perception s'altéra, alors qu'elle regardait la danse hypnotisante. Le vent secoua la pièce, et la nymphe voluptueuse entama son spectacle. Ses courbes féminines se déhanchèrent à un rythme lent, alors qu'elle tournait autour d'eux. Des seconds rôles. Elle les enlaça, les imprégnant de son emprunte, de son odeur âpre et sucrée. Tentatrice, séduisante. Étrange. La Londonienne cligna des yeux, alors qu'elle sentait ce délicat mélange descendre le long de sa gorge, pour emplir ses poumons. Elle coulait. La sirène entamait sa descente vers les profondeurs. Longue. Mélancolique.

Le tutoiement sortit de sa bouche sèche, comme s'il en avait toujours été ainsi. La douce insolence des gens qui n'ont peur que des ombres qui dansent la nuit. Abigail n'y vit aucun manque de respect, aucun écart de conduite majeur, qui lui aurait valu des représailles dignes de ce nom. Une chose naturelle, presque mécanique. La hiérarchie lui était souvent inconnue, se dessinant devant elle en un gribouillage d'enfant. Elle n'y prêtait le plus souvent, que l'attention que l'on pouvait avoir envers un moucheron collé au fond d'un verre de sirop. Pas la moindre. Il fut pourtant un temps, ou malgré elle, elle inclinait la tête devant un homme. Aujourd'hui décédé, elle avait la délicate impression que l'époque qu'elle avait tant appréciée pour son insouciance, venait de toucher à sa fin. Une nouvelle ère, une nouvelle page venait de s'ouvrir. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle perdait ses habitudes. Un rang, qu'était-ce ? Un simple ornement pour se détacher les uns des autres, s'aligner en file indienne, l'échine courbée. Des moutons. Des fourmis. Les ouvrières, les nourricières, la reine.. Qu'était-il lui ? Une grimace déforma légèrement sa bouche, qui se relevait un rictus. Un sourire, alors qu'elle plantait de nouveau son regard dans le siens.

« Rends-moi mon baiser, je préfère le goût de ces lèvres-ci, les tiennes sont trop âpres pour moi. »

La grimace s'accentua, alors qu'elle lui tendait le baiser tant désiré du bout de ses doigts, coincé entre son index et son majeur. Récupérant sa cigarette, qu'elle coinça machinalement à son tour entre ses lèvres légèrement entrouvertes.

« Il est vrai que les tiennes sont plus... Douces. »

Le ton avait changé, rendant presque sa voix rendue grave par la consommation de ses baisers, amusée. Le vide avait été remplacé par autre chose, alors qu'elle emplissait ses poumons une nouvelle fois, brûlant ses bronches, incendiant sa gorge.

« Pourquoi penses-tu que je fuis nécessairement quelque chose ? Qu’est-ce que je pourrais bien fuir ici ? »

Fuir. S'isoler le plus loin possible. Oublier peut-être. Il y avait tant à fuir ici. Maintenant, tout était un prétexte pour une course folle. Les mangemorts qui rôdaient, se trouvant à présent dans un endroit, qui auparavant les tenait à l'écart de tout. De cette guerre qui les étouffait, qui les étranglait tous. La peur, l'angoisse était palpable, détruisant le peu de calme que certains avaient réussi à trouver. Elle avait entendu que des élèves partaient. Fuyaient à toute jambe. Pourquoi n'en faisait-elle pas autant ?

« Tout le monde fuit quelque chose. Surtout en ce moment. », lui répondit-elle, d'une voix neutre, en haussant de nouveau les épaules, laissant bouger son vêtement, comme s'il s'agissait d'une voile de navire. Une évidence même qu'elle venait d'énoncer. Une triste et banale vérité.

« Toi, par contre, tu sembles avoir été attirée pour l’odeur de quelques… baisers. »

L'ironie dans ses paroles était visible. Douce, et agréable. Un nouveau rictus souleva ses lèvres, alors qu'elle faisait quelques pas, s'aventurant dans la pièce. Ses pas retentirent sourdement, résonnant dans l'immensité, troublant le silence qui s'installait à la suite de ces quelques paroles.

« Des baisers agréables. », répondit-elle au bout de quelques minutes, en revenant lentement, mécaniquement face à lui, son corps se mouvant avec la grâce d'une illusion, d'une marionnette.

« Alors.. », elle s'approcha un peu plus, si bien qu'il pouvait sentir un parfum, mélange de tabac, et de menthe. Ses doigts le frôlèrent, ses cheveux le touchèrent, volant près de lui. Elle s'attarda, laissant le moment flotter, suspendu dans l'air. Sa silhouette trouva sa place à ses côtés, sur le rebord de la fenêtre, les jambes se balançant avec lenteur. « Qu'est-ce-qu'un charmant bibliothécaire recherche dans une pièce aussi morne et vide que celle-ci ? »

_________________
Wake me up, wake me up inside I can't wake up,
Wake me up inside, save me
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Jeu 18 Aoû 2016 - 1:11

« Il est vrai que les tiennes sont plus... Douces. »

Fufufufu, mon dieu qu’il était susceptible aux métaphores filées. Octave papillonna des cils d’un air flatté et presque pantois, tant il appréciait les gens qui jouaient son jeu avec une spontanéité élégante et naturelle. Et puis, non seulement s’était-elle laissée entremêler dans les symboliques que le bibliothécaire affectionnait tant, mas en plus elle le gratifiait généreusement d’un ton presque -oui, presque- amusé. Octave sentait qu’il était en présence d’un fait rare et non répertorié, appréciant ce geste singulier dans toute sa magnifique splendeur. Les événements uniques avaient au premier abord toujours plus de valeur à ses yeux que les triviales péripéties du quotidien, aussi il arbora un air satisfait alors que le noir corbeau lui rendait sa cigarette presque entièrement consumée. Tirant une dernière fois dessus, il l’éteignit contre le rebord de la fenêtre avant de faire disparaître le mégot d’un coup de baguette magique. Cela dit, son nez pouvait se friser de plaisir sous quelques flatteries sous-entendues autant qu’il le voulait, Octave était d’un naturel si soupçonneux que décidemment rien ne pouvait lui faire oublier son pragmatisme, surtout pas une jolie fille. Une jolie adolescente… M’enfin, la beauté n’avait pas besoin d’âge pour être appréciée convenablement, ni même pour charmer innocemment.

« Tout le monde fuit quelque chose. Surtout en ce moment. »

Elle esquivait quelque peu la question, tout en lui donnant quelques indices à demi-mot, d’une voix redevenue tristement monocorde, accompagnée d’un haussement détaché des épaules. Sa chemise ondula légèrement, ne rencontrant aucune surface sur laquelle venir se poser dans sa course, ce qui dénota une fois de plus la maigreur de cette perle noire. Octave avait remarqué qu’en effet, c’était une tendance générale des habitants de cette école que de se comporter comme si le château était un hôpital accueillant des pestiférés. Tout le monde s’évitait, le regard tantôt troublé et effrayé jusqu’au bout du colon, tantôt fuyant avec le désir de disparaître dans un mur. Même ceux qui n’avaient rien à craindre à priori, de par leur statut de sang ou rang social, avaient soudain senti le lourd poids que pesait une dictature sur les épaules de ses serviteurs. Les gens s’évanouissaient dans tous les recoins du château, comme une poignée de protons et d’électrons aux charges identiques.  

« Des baisers agréables. »

Bien évidemment qu’ils étaient agréables… vu ce que cela lui avait coûté… Comme une chimère nébuleuse, entourée de ses nuages brumeux, Abigail papillonnait autour de lui avec l’aisance d’un chat sauvage, semblant parfaitement consciente de sa voluptueuse féminité dont elle n’hésitait pas à tirer profit. De tout son être, elle le caressa avec le délice d’un frisson, et derrière elle, la suivait une odeur particulière qu’il n’eut même pas besoin d’humeur pour la sentir emplir ses narines, tant elle était persistante. Il ne s’attendait point à ce qu’elle sente telle une fleur exotique, aussi le parfum aigre du tabac ne le surprit guère, ni celui d’une fraîcheur mentholée, qui poursuivait si souvent les fumeurs invétérés. Il la regarda s’asseoir à ses côtés, aussi près que le lui permettait leur récente rencontre, un sourire badin aux lèvres alors que tout son visage exprimait un détachement tout calculé.

« Alors… Qu'est-ce qu'un charmant bibliothécaire recherche dans une pièce aussi morne et vide que celle-ci ?
- Il y cherche une Ancolie noire comme toi. »

Avait-il répondu d’un ton énigmatique. Les compliments manifestes le rendaient beaucoup plus prudent que quelques coquettes allusions, trop habitué qu’il était à ce qu’on le flatte pour avoir quelque chose en retour. Mais plutôt que de dresser un épais mur glacial, il préférait toujours ne rien en laisser paraître jusqu’à suffisamment connaître la personnalité en face pour être en mesure de juger le danger qu’elle pouvait potentiellement représenter. Cette défiance pouvait peut-être paraître ridicule, mais Octave préférait considérer que tout le monde était capable de tout, comme lui, qui était prêt à beaucoup pour atteindre un but, même péter des tarins de gamins, bien que la situation ne se fût jamais présentée jusqu’alors. Au travers de sa chemise d’un blanc immaculé et éclatant malgré le temps, Octave sentait le frôlement des cheveux de la jeune femme, dont certaines mèches épaisses reposaient lourdement sur les quelques plis de son vêtement. Il aimait se contact ingénu qui ne cessait de serpenter alors qu’Abigail bougeait la tête ou ses bras. Aussi, sans même la regarder, il savait exactement quand elle remontait sa clope vers sa bouche.

« Plus sérieusement, malgré le fait que ma remarque précédente soit-elle aussi parfaitement sincère, bien qu’improvisée, je fuyais les regards inquisiteurs que m’aurait valu un joint. C’est comme le sexe. S’il le faut absolument, je pourrais le faire en public, mais c’est un acte que je préfère pratiquer sans auditoire réprobateur. Question de tranquillité d’esprit. »

Bon, c’était la seule comparaison qui lui était venue à l’esprit sur le moment, alors qu’après réflexion, il aurait pu parler de lecture, dont l’usage demandait peut-être même plus de sérénité que le sexe. Mais, ma foi, il n’avait pas un esprit mal tourné pour rien, aussi les références qui sortaient à sa bouche ne pouvaient être manifestement que du même registre. Avec dignité, il ne silla même pas, comme s’il avait été à la hauteur de ses propres espérances. Puis, il tourna légèrement la tête vers Abigail, tout en la penchant légèrement vers l’avant, de sorte à ce que leurs cheveux à l’épaisseur luxuriante ne s’entremêlent.

« Et toi ? Je pense savoir pourquoi tu es venue. Maintenant, pourquoi restes-tu ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
SERPENTARD6ème année
    SERPENTARD
    6ème année
AVATAR : Emily Rudd
MESSAGES : 109

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire / Bi
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: Londres, 01 Novembre 1980
SANG SANG: inconnu
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Sam 20 Aoû 2016 - 16:58


Il n'y a pas de fatalité extérieure.
Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l'on se découvre vulnérable ;
alors les fautes vous attirent comme un vertige.

Antoine de Saint-Exupéry.


« Il y cherche une Ancolie noire comme toi. »

La phrase resta en suspens, volant jusqu'aux oreilles d'Abigail, flottant dans l'air rendu toxique. Une fleur, voilà bien, une comparaison à laquelle elle n'avait jamais songé. La botanique avait beau, ne pas être sa matière favorite, il en restait, qu'elle connaissait tout de même quelques notions, quand bien même, elle n'avait pas la prétention de s'orner d'un titre superflu. La reine des plantes, ce n'était pas elle. Et cela ne le serait jamais. Ses lèvres se relevèrent en un mince sourire, alors qu'elle reportait sa cigarette à sa bouche, pour en apprécier le divin nectar. L'Ancolie, la fleur de l'ombre, s'épanouissant dans l'obscurité, et la fraîcheur. Les ténèbres. Ses yeux se fermèrent, alors qu'elle expirait un nuage blanc, qui se dissipa rapidement dans la pièce, le vent le chassant loin d'eux. La méfiance. Sans le savoir, ils partageaient tout deux un trait commun, que l'on pouvait ajouter à une mélancolie latente, et un penchant prononcé pour les baisers fumeux. Il était rare de voir la jeune femme prononcée plus de quelques mots. Elle se murait dans le silence, observait le monde autour d'elle, d'un œil plus ou moins critique. En ces temps sombres, la confiance, et la naïveté, étaient des luxes, qu'elle ne voulait pas s'offrir. Qu'elle ne s'était jamais offert finalement. Je préfère mentir, et vivre la tête basse, que mourir la tête haute. Les héros, et les preux chevaliers, n'existaient que dans les romans. Dans le monde qu'elle connaissait, le seul qu'elle ne connaîtrait jamais, ils finissaient la tête accrochait au bout d'une pique, à côté d'un étendard, sacrifié au nom d'une idéologie quelconque.

« Et maintenant qu'il l'a trouvé, que va-t-il faire ? », lui demanda-t-elle en écrasant le mégot de sa cigarette sur le mur en pierre, avant le faire disparaître d'un coup de baguette, à l’instar de son voisin de fenêtre.

Ses jambes se balancèrent à un rythme lent, presque aérien, alors qu'elle se penchait en arrière, ses bras lui servant d'appuis pour ne pas tomber. Une chute serait assurément mortelle. Ses cheveux volèrent légèrement, se mélangeant aux mèches d'Octave, pour finalement retomber lourdement sur le blanc immaculé de sa chemise, cueillant la caresse terrifiante du vide. Ses prunelles émeraude se posèrent sur le bibliothécaire, détaillant son profil sans aucune gêne. Pourquoi s'encombrer avec une qualité aussi futile en cet instant. Charmant. Sa méfiance redoubla, alors qu'elle tournait son visage vers le ciel, en appréciant les nuances des gris, et de noirs. La beauté plaît aux yeux, la douceur plaît à l'âme. Stupide proverbe. Peu savait savourer le climat monochrome de l'Angleterre. Du blanc, et du gris. L'humidité était persistante, imprégnant les vêtements, et quand les cotons sombres se décider enfin a relâcher toute cette pluie, elle se déversait avec tristesse en de fines gouttes, qui serpentaient sur les carreaux.

« Plus sérieusement, malgré le fait que ma remarque précédente soit-elle aussi parfaitement sincère, bien qu’improvisée, je fuyais les regards inquisiteurs que m’aurait valus un joint. C’est comme le sexe. S’il le faut absolument, je pourrai le faire en public, mais c’est un acte que je préfère pratiquer sans auditoire réprobateur. Question de tranquillité d’esprit. »

Un sifflement s'échappa des lèvres de la verte et argent, qui se redressa lentement, tournant son visage blafard en direction d'Octave, ses doigts remontant doucement pour jouer avec sa cravate nouée rapidement. Abigail haussa nonchalamment les épaules, en cessant de torturer le tissu doux vert et argent. Le dos courbé, elle remonta sa jambe, pour poser son menton sur son genou, pas le moins du monde choqué par la comparaison qui venait d'être effectuée. Assurément, il en fallait plus pour espérer la surprendre. Les termes pudeur, et timidité, ne faisant pas partie de son vocabulaire, et encore moins de ses traits de caractère.

« Il est vrai que l'intimité est bienvenue dans les deux cas. », rétorqua-t-elle d'une voix neutre, faisant de nouveau un simple constat. Leurs regards se croisèrent de nouveau. Indifférence contre quelque chose de plus.. Profond, de différent. Ses yeux étaient à l'image du ton qu'il s'évertuait à employer. Détaché, énigmatique, semblant voir au-delà de la perception commune. Étrange.

« Et toi ? Je pense savoir pourquoi tu es venue. Maintenant, pourquoi restes-tu ? »

Rester ? Les sourcils de la brune se froncèrent imperceptiblement, alors que son visage se détournait, pour se plonger partiellement dans l'obscurité. Son regard se fixa loin. Bien trop loin. Ses dents virent jouer avec sa lèvre inférieure, alors que ses doigts se crispaient, ses ongles rongés râpant la pierre fraîche. Le tout ne dura que quelques secondes, avant qu'elle ne rejette sa tête en arrière. On pouvait presque entendre les vis de son corps désarticulé grincer. Les yeux tournaient vers le lointain, son teint blafard, semblant se fondre dans la lumière grisâtre. Un jeu. Un jeu prenant commençait.

« Pourquoi partirai-je ? Ai-je une raison de le faire ?»

_________________
Wake me up, wake me up inside I can't wake up,
Wake me up inside, save me
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Lun 22 Aoû 2016 - 14:16

Encore un sourire. C’était un bon signe, auquel Octave continuait à prêter une grande attention par déformation professionnelle. Quoi que ce fut une grossière excuse, car il avait toujours été comme ça, aussi loin que remontait sa mémoire, à observer les gens avec une attention méticuleuse et à prendre en compte chaque crispation du visage, aussi imperceptible fut-il. Alors, aucune mimique d’Abigail ne lui échappa, le conduisant même à examiner la manière avec laquelle sa bouche soufflait la fumée. Il y avait quelque chose dans sa manière de fumer qui lui plaisait. Beaucoup de gens exagéraient leurs mouvements pour se donner un style, arquant un peu trop les doigts, ou tenant la cigarette d’une manière peu naturelle, mais la jeune écolière se mouvait avec détachement, s’adonnant à cet exercice avec une volupté langoureuse. Puis sa bouche se rétrécit en un « o » paresseux avant d’exhaler un nuage opaque. Qu’y avait-il donc de plus oisif et intriguant que de regarder une femme fumer, faisant tous ses gestes involontairement lascifs ? Pas étonnant que des messieurs offusqués aient vu d’un mauvais œil, jusqu’à la fin du XIXème siècle, que des dames de toutes classes confondues fument en public. Tant de luxure était indéniablement trop pour leurs cœurs fragiles. Mais voilà que le spectacle était fini, et le mégot écrasé contre le mur.

« Et maintenant, qu’il l’a trouvée, que va-t-il faire ? »

Octave tourna cette fois-ci concrètement son visage vers elle, l’observant avec la même contemplation qu’il aurait eu si une véritable fleur se trouvait à ses côtés. Elle ballotait ses fines jambes dans le vide avec insouciance, comme la jeune fille qu’elle était, tout en laissant son corps aller vers l’arrière, ce qui obligea Octave à s’asseoir en biais pour la voir complètement.

« Il  va la laisser fleurir, je suppose. Ou, dans un excès sauvage de passion, il l’arracherait pour l’accrocher à sa boutonnière. Il parait que l’Ancolie tient très bien en bouquet. Mais on dit que ce serait lui retirer tout son charme. »

Il lui adressa un sourire entendu, alors qu’elle triturait sa pauvre cravate déjà plissée par le mauvais traitement que lui accordait sa maîtresse. Que les uniformes étaient quelconques ici… Il était bien heureux de ne pas avoir dû porter une telle misère durant son enfance. Son bon goût, soigneusement inculqué par sa mère dès son plus jeune âge, n’aurait su souffrir une telle humiliation. Ne t’inquiètes pas, lui aurait susurré sa mère pour le réconforter, tu pourras porter tes pulls de chez Prada tous les soirs ! Elle aurait été tellement fière de le voir à Poudlard… Par mimétisme, Octave resserra sa propre cravate en twill de soie bleu cobalt ; c’est ce que sa génitrice aurait fait, en tout cas, pour l’obliger à relever le menton. Aussi, releva-t-il le sien dans un geste qui lui était maintenant habituel, même si ce n’était pas toujours agréable. Abigail en avait profité pour relever le genou, relevant sensiblement sa jupe, laissant entrevoir la courbe de sa cuisse fluette et aussi blanche qu’un drap la veille d’une nuit de noces. Octave contempla longuement cette courbe d’une suavité suggestive, qui tranchait sur le fond noir de son vêtement. Il eut l’envie d’en tracer le contour du bout du doigt, mais préféra relever les yeux vers son menton, comprimé sous le poids de sa tête, puis vers ses prunelles cernées par un rayonnement vert. A peine avait-il eu le temps de le faire qu’elle changea nonchalamment de position, cachant en partie son visage. Puis, tel un cheval, Abigail releva la tête, envoyant valser sa crinière noire alors que son corps chétif peinait sous l’effort. Enfin, pour un effet de surprise, elle répondit à sa question par une autre question, pour ne pas changer. Il esquissa un sourire malicieux.

« D’une part, le joint pour lequel tu es venue n’existe plus, donc voilà déjà une raison de partir. »

Ce disant, Octave faufila une main dans la poche interne de son gilet noir d’où il sortir une petite boite sobre, en aluminium brossé. Précautionneusement, il l’ouvrit. L’intérieur était séparé en trois habitacles hermétiquement clos les uns des autres lorsque le couvercle était clos ; à droite il y a avait des feuilles séchées et découpées de tabac, au centre du papier à rouler et tout à gauche, un tas de cannabis. Avec application, l’étui sur les genoux, il entreprit de rouler une autre cigarette. Puisqu’il avait le droit à un compagnon de débauche, autant en profiter pour se permettre un excès.

« Et d’autre part, pour être banal, je ne suis clairement pas quelqu’un de fréquentable, vu qu’un bibliothécaire ne devrait certainement pas être en train de rouler un joint pour une des élèves de l’école pour laquelle il travaille. »

Dit-il d’un ton ironique tout en tassant le tabac au sein de la feuille, répartissant au mieux le scaferlati avec la drogue. Il n’avait plus d’opium sur lui et c’était tant mieux, car il sentait encore ses pupilles réduites à un tout petit point au milieu de son iris, symptôme indiquant qu’il se trouvait encore sous les effets de l’opiacé. Chose qui n’était pas bien étonnante, vu la quantité qu’il avait disséminé dans son premier joint, et risquait de se prolonger un bon moment.  Mais plus il essayait de se concentrer sur sa tâche, plus il se rendait compte à quel point un alanguissement général s’était emparé de lui, gênant sa coordination. Néanmoins, cela ne l’empêcha pas de finir son ouvrage.

« Et je suis sûr que, à défaut de me le dire, tu dois penser que tu ne l’es pas moins. Sauf que dans ce cas-là, deux personnes qui ne sont pas fréquentables ne devraient pas êtres dans la même pièce, sinon elles vont avoir tendance à se tirer vers le bas, comme des crabes dans un sot. »

Commenta-t-il en tendant la cigarette à la jeune femme. Pour sa part, il ne refumerait plus avant un long moment.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
SERPENTARD6ème année
    SERPENTARD
    6ème année
AVATAR : Emily Rudd
MESSAGES : 109

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire / Bi
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: Londres, 01 Novembre 1980
SANG SANG: inconnu
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Mar 23 Aoû 2016 - 14:52

"Et, en réalité, par les nuits d'encre comme celle-ci, jamais coupe-gorge n'avait déroulé un décor plus tragique.
Pas une âme, pas un passant un silence, une ombre, un vide, qui s'étendaient à droite, à gauche, en face."

Emile Zola.



Le visage tourné vers l'horizon, les yeux verts d'Abigail ne cessaient de scruter les nuages. Entrelacement incertain de cotons filandreux. Laissant passer une lumière diaphane, qui peinait à éclairer le paysage en contrebas, le jardin ressemblant alors à un gigantesque terrain vague, entouré d'un halo presque hivernal. Elle n'était pas une rêveuse, encore moins une utopiste. L'espoir est le pouvoir du faible. Jamais, elle ne penserait, comme beaucoup de ses camarades, que les choses allaient changer miraculeusement du jour au lendemain. Il fut un temps, où peut-être, elle aurait souhaité auprès d'un quelconque dieu, si tant est, que l'un l'aurait écouté, que la paix reprenne sa place. Au lieu de cela, la guerre s'était étendue, déployant une ombre terrifiante. Elle pouvait presque cette main titanesque, qui se resserrait comme un étau, autour de son corps fragile.

« Il va la laisser fleurir, je suppose. Ou, dans un excès sauvage de passion, il l’arracherait pour l’accrocher à sa boutonnière. Il parait que l’Ancolie tient très bien en bouquet. Mais on dit que ce serait lui retirer tout son charme. »

Ceci entendu, elle se redressa, forçant sur ses rouages, pour ne pas perdre l'équilibre. Durant un bref instant, qui ne semblant durer que quelques secondes à peine, elle analysa le fugace sourire qui avait étiré ses lèvres. Ce n'était ni joyeux, ni triste. Quelque chose de plus neutre ? Étant de nature solitaire, voir, asocial, la Londonienne, avait toujours eu un mal fou à décrypter les expressions des gens. Et, ce n'était pas faute d'essayer. Elle pouvait passer des heures à les admirer, les scruter. Ils étaient fascinants. Il était en effet, impressionnant le nombre de choses, que l'on pouvait faire passer au travers d'un regard. Tristesse, déception, amour... Ou bien encore le bonheur. Le sourire, au-delà de son emploi habituel, qui était d'extérioriser sa joie, pouvait servir à camoufler le malheur. Un moyen de défense qu'elle avait déjà eu l'opportunité d'apercevoir chez bon nombre de ses camarades. Un mode de fonctionnement que la verte et argent, avait encore du mal à comprendre. Pourtant, ses lèvres se relevèrent légèrement, formant la même grimace que le bibliothécaire. Un sourire, en tout cas, une ébauche.

« Il serait dommage de l'arracher aux ténèbres dans lesquelles, elle s’épanouit. Mais quel serait le charme d'une fleur que l'on ne peut pas montrer ? », lui répondit-elle presque songeuse, en replaçant une mèche derrière son oreille.

Elle s’interrogeait véritablement. Dans le monde où elle avait grandi, au beau milieu d'une foule de gens ignorants que la magie existait bel et bien, elle avait eu souvent l'occasion de passer devant des boutiques, aux vitrines impeccables, remplies de bouquets incroyables, aux compositions, qui l'étaient finalement tout autant. De ceci, elle retenait les vases brillants sous la lumière criarde, aux étoiles qui semblaient se reflétaient dans le verre, les tiges verdoyantes, qui paraissaient tellement hautes, qu'elles frôlaient délicatement le plafond. La vendeuse répétait d'ailleurs souvent, à qui voulait bien l'écouter, et supporter sa voix haut perchée, que la véritable essence d'une fleur, sa raison d'exister, résidait en le fait d'être admirée, regarder, de près comme de loin. C'est absurde. Ainsi, chaque jour, elle présentait une nouvelle amie, Miss Camélia, pour ne citer qu'elle, et la laissait au milieu d'une table en bois, bien au frais, dans un bain d'eau glaciale, pour que tous, puisse poser son regard sur elle. La beauté ne réside pas en ce qui est éternel, mais en ce qui a une fin. Une chose qu'elle avait longtemps entendue, en passant près de chez la fleuriste, en allant acheter du vin pour le compte de la tenancière de l'orphelinat.

« On dit que la beauté ne réside pas en ce qui est éternel, mais en ce qui a une fin. », répéta-t-elle cette fois-ci à voix haute, alors que ses prunelles se perdaient dans le vide, retraçant les contours du mur face à elle, son menton reposant à ce moment sur son genoux droit. Une jupe. Pour une fois, l'anglaise avait décidé de faire un semblant d'effort pour se fondre dans la masse. Raser les murs était sa spécialité, quand bien même, elle n'y adhère pas. Une journée, et après, elle roulerait en boule ce vêtement qui mettait en avant une féminité évidente, dont elle ne souhaitait nullement profiter. Et il était certain, que London, son cher chat des rues, adorerait se rouler en boule à l'intérieur sous son lit, à l’abri des regards, et des caresses intempestives, des camarades de dortoir de sa propriétaire. À choisir, elle préférait de loin, le confort d'un pantalon, même si elle n'avait pas pu se résoudre à se séparer de ses Doc Martens, pas même pour faire semblant le temps d'une journée.

Le visage dorénavant tourné en direction de son interlocuteur, ayant grandement préféré délaisser l'analyse poussée des briques, elle se concentra sur les traits d'Octave. Encore un sourire. Et une énième fois, différent.

« D’une part, le joint pour lequel tu es venue n’existe plus, donc voilà déjà une raison de partir. »

Il est vrai qu'elle aurait pu, une fois la combustion du joint terminée, reprendre son sac, qui devait sans doute traîné contre l'un des coins, ou un pied de table, et partir d'un pas presque silencieux, en direction de sa destination première. L'extérieur. Pourtant, ses jambes ne bougèrent que pour mieux se balancer, d'un mouvement frôlant l'innocence. Douce ingénue, au visage angélique, et la luxure évidente. Avec intérêt, elle le regarda sortir une boîte métallique de sa veste. Abigail en avait déjà vu. Tant dans les Pub dans lesquels elle s'exilait à toute heure de la journée, dispersés sur les tables sales, au milieu des bouteilles entamées, d'un brandi, ou d'un alcool venant d'un pays plus exotique. Elle n'en avait jamais possédé, elle laissait cela aux hommes, aux expérimentés, qui en faisait sans nul doute un meilleur usage. Ses yeux glissèrent sur les feuilles brunes, découpées grossièrement, puis, sur les doigts fins et longs du brun. Des doigts de pianiste aurait-on dit. Une chose, qu'il avait dû entendre un nombre incalculable de fois. Ses mouvements étaient lents, autant que devait l'être les rouages organisés de son cerveau, depuis l'ingestion de la drogue. Ses pupilles, qu'elle pouvait tout de même observer, malgré la pénombre, n'étaient réduits qu'à un simple point, se perdant dans l'immensité d'une couleur uniforme, et plaisante.

« Et d’autre part, pour être banal, je ne suis clairement pas quelqu’un de fréquentable, vu qu’un bibliothécaire ne devrait certainement pas être en train de rouler un joint pour une des élèves de l’école pour laquelle il travaille. »

Qu'est-ce qu'une personne fréquentable finalement ? Quelqu'un qui rentre dans les rangs bien gentiment, et qui suit le groupe, en ne faisant pas le moindre faux pas ? En toute réponse, elle cligna des yeux, en remontant ses jambes contre sa poitrine, les entourant de ses bras, pour ne pas, une fois de plus, prendre le risque d'une quelconque chute, qui serait plus que malvenue. Ce château avait perdu de sa superbe, et la liberté qui y était établie depuis plusieurs années, s'était perdue au profit d'une fourmilière organisée, où tous devaient emboîter le pas, pour ne pas finir pointé du doigt, au milieu des parias.

« Quelle est ta définition de fréquentable ? Une personne, qui reste bien sagement assise derrière un bureau, et qui obéit aveuglement aux règlements établis, par un système gangrené ? Ou bien, une personne qui ne se permet aucun plaisir, au point de ne plus voir où se trouvent les moments éphémères qu'il ne faut pas rater ? », elle pencha la tête sur le côté, pour mieux l'observer, alors que ses paroles sortaient d'une voix rauque, cassée, mais néanmoins féminine, un peu, comme l'était celle des chanteuses de Jazz, qu'elle prenait plaisir à écouter, enfermé à double tour dans son grenier, faisant grincer le vieux tourne disque, qu'elle avait récupéré dans une décharge publique. Laissé à l'abandon, comme elle autrefois.

« Et je suis sûr que, à défaut de me le dire, tu dois penser que tu ne l’es pas moins. Sauf que dans ce cas-là, deux personnes qui ne sont pas fréquentables ne devraient pas êtres dans la même pièce, sinon elles vont avoir tendance à se tirer vers le bas, comme des crabes dans un sot. »

Avec patience, elle l'admira terminer son œuvre, avant de se saisir de la cigarette, chargée de toxine, la déposant avec nonchalance sur ses lèvres, laissant le joint pendre, sans pour autant l'allumer pour l'instant. Elle prit quelques minutes pour réfléchir, changeant une fois de plus de position, remontant ses jambes, en pivotant avec une agilité surprenante. Maintenant en biais, le dos contre la pierre, et les jambes dans le vide le plus absolu. Ses talons tapèrent contre le mur extérieur, alors que sa main droite se saisissait du zippo gravé depuis peu d'un « A » enroulé d'un dragon de commodo. Fière de sa maison ? Elle se retrouvait en ce reptile, à la fois sournois, et meurtrier. Son patronus.

« Je me vois plutôt comme quelqu'un qui ne souhaite pas mourir, sans avoir profité des petits plaisirs que cette vie, bien que clairement merdique sur beaucoup de points, peut m'offrir. Et puis, tu m'as donné une raison de rester. », elle alluma le bout du filtre, en inspirant une longue lampée, qui glissa le long de sa gorge. Le nuage se forma devant son visage quelques secondes à peine plus tard, alors que ses yeux étincelants, étaient entourés de rouge. « Et toi, je sais pourquoi tu es venu, maintenant pourquoi restes-tu ? »

_________________
Wake me up, wake me up inside I can't wake up,
Wake me up inside, save me
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Mer 24 Aoû 2016 - 15:22

« Il serait dommage de l'arracher aux ténèbres dans lesquelles, elle s’épanouit. Mais quel serait le charme d'une fleur que l'on ne peut pas montrer ? »

Rangeant son écrin brossé, Octave hausa les sourcils d’un air intéressé et quelque peu étonné, un sourire poli toujours là pour orner ses fines lèvres. Bien que l’opium ait cette particularité propre à assoupir et apaiser l’esprit comme le corps, il avait également, de façon tout à fait paradoxale, un fort pouvoir stimulant sur Octave, qui se retrouvait alors totalement incapable de lutter contre les envolées lyriques et romanesques dont était capable sa personnalité. Il devenait éventuellement plus bavard, pas nécessairement de manière intime, d’ailleurs, au grand dédain de ceux qui avaient essayé de l’adoucir par la drogue pour lui soutirer quelques informations exploitables. La présence d’Abigail, en cet instant de… faiblesse, dirons-nous, n’était en réalité pas spécialement accommodante, et il s’en rendait bien compte. Véritablement, il aimait à fumer ou boire seul car il commençait à devenir joyeux et loquace sur tout et n’importe quoi, si on savait suffisamment bien s’y prendre. Pas qu’il ait peur de révéler quelque chose de compromettant, loin de là, mais il perdait un peu de sa splendeur et devenait lascif. Mais elle était là, avec sa jupe d’écolière relevée, sa peau divinement opaline et ses cheveux noirs et lourds, promesse d’une débordante luxure. Non seulement avait-elle de quoi le séduire, mais en plus s’était-elle lancée dans un discours d’une profondeur insoupçonnée. Et il n’y avait rien de plus irrésistible pour Octave qu’une discussion philosophique dans les vapes. Voilà de quoi satisfaire son attrait pour les bijoux et de l’irrésistible envie de gaiment bavasser. Alors, d’une voix mielleuse, il répondit :

« Aux ténèbres ? Quelle idée. Aucune fleur ne pousse dans les ténèbres. Même une comme toi. Je suis certain qu’aussi sombre que puisse être ta vie, tes pétales ont su capter quelque part de fins rayons de lumière pour grandir. »

Zut, il n’avait plus de clopes à fumer pour avoir l’air cool, ni de lunettes à redresser sur son nez pour un effet mystérieusement intelligent. Que la vie se prêtait mal à la mise en scène parfois… Il y avait des moments où il valait mieux n’avoir que le son, comme à la radio, pour ne pas voir les yeux embués des présentateurs, ou leurs mains chiffonnant nerveusement des emballages de bonbon. Heureusement pour lui, Octave savait se tenir, et se contenta de passer les doigts dans ses cheveux à la manière d’un peigne. Au moins, il était certain que ce geste calculé lui donnerait immanquablement un air sauvage, infailliblement souligné par sa barbe aux reflets cuivrés. Il adorait faire ça, parce qu’il se savait avoir une vague ressemblance avec un mannequin qu’il avait vu dans un journal de Vogue quand il avait douze ans. Après l’avoir découvert en photo, il avait attendu avec impatience sa puberté pour pouvoir se faire pousser les poils du visage, mais la vie était cruelle et il n’avait atteint sa pilosité idéale qu’à l’âge de vingt-quatre ans.

« Je pense qu’il y des beautés qui se suffisent à elles-mêmes, et qui n’ont nulle besoin de spectateurs pour être belles. Même qu’elles s’épanouissement encore mieux quand il n’y a personne pour les contempler. Sans admirateurs, c’est une beauté qui s’ignore. Il n’y a rien de plus émouvant que cela. »

Il commençait à peiner, et s’avachit très légèrement contre les carreaux, suffisamment pour donner du répit à ses muscles, mais pas assez pour lui prêter une posture disgracieuse. Il avait l’air d’un descendant de poète, ou artiste en tout cas, perpétuant la tradition centenaire de perfectionner l’art de ne strictement rien faire. Décidemment, l’oisiveté à la plage et ici n’avait rien de semblable. Ici, il ne se sentait pas aussi coupable d’être paresseux.

« On dit que la beauté ne réside pas en ce qui est éternel, mais en ce qui a une fin. »

Qui ça, on ? Octave la regarda soutenir candidement sa tête sur son genou avant de migrer vers le bas. Il y avait un grain de beauté qui ne lui était pas sorti de l’esprit. Aussi glissa-t-il les yeux le long de la courbe de sa cuisse avant de tomber sur le point noir, à la lisière de l’inconnu de sa jupe, manquant de disparaître sous un pli. Il y était seul et unique, aussi sombre sur cette toile blanche qu’était lumineuse une étoile dans un ciel noir. Bizarrement, fixer ce défaut l’aidait à se concentrer. Peut-être était-ce la régularité de la tâche qui le réconfortait, où sa proximité saisissante avec la pudeur, mais il ne le quittait pas des yeux.

« Cela voudrait-il dire que le tableau « Le Péché » de Franz Von Stuck est laid parce qu’il est éternel ? Dans ce cas-là, aucune œuvre d’art n’est belle, dès lors qu’elles sont toutes vouées à l’immortalité. En revanche, on peut effectivement dire que seules les choses qui ont une fin nous apportent véritablement du bonheur, ou du moins, de l’intérêt. C’est parce qu’on sait qu’elles ont une finalité qu’on en profite au possible. Après, l’ennui ou l’habitude s’installent vite. Mais la beauté, la nature… tout cela subsistera au-delà de notre mort à tous. Enfin, si on considère que la beauté n’a pas besoin de public, bien entendu. »


S’empressa-t-il de rajouter avec un sourire entendu de circonstance. Ca y est, s’il avait cité Stuck, c’est que c’était le début de la fin. En plus, il y avait ce grain de beauté qui l’hypnotisait littéralement… Heureusement, Abigail s’était lancée dans un questionnement spéculatif sur le sens du mot fréquentable, ce qui ne manqua pas d’arracher un léger ricanement au bibliothécaire. Bienheureux était celui qui n’était pas sûr du sens de ce mot. Soudain, elle changea de position et Octave perdit de vue le point, enseveli sous des épaisseurs de plis de tissus. Il soupira et constata que la jeune fille… femme était en train d’allumer le joint avec un Zippo à la gravure pour le moins originale. En ayant déjà vu un en vrai, il crut reconnaître un varan de Komodo s’enrouler autour d’une lettre. Il ne put s’empêcher de faire un lien entre la couleur de la cravate et le reptile illustré, connaissant parfaitement le patriotisme dont certain Serpentards pouvaient faire preuve. Cela lui paraissait même quelque peu exagéré, parfois, mais n’était-ce donc pas l’adage des jeunes que d’être dans l’outrance ? Bref, il y avait là quelque chose de révélateur sur cette maison, quoi qu’un peu réducteur pour ses membres. Ici, dès lors qu’on connaissait l’appartenance de quelqu’un à un blason, l’on ne pouvait s’empêcher de calquer son jugement sur les préjugés acquis de la maison. Fait confirmé par les désirs de vie exprimés par Abigail. Il y avait là un aspect terriblement malsain dans la justesse avec laquelle ses élèves étaient répartis en groupes selon leurs points communs. Alors, se ressemblaient-ils tous parce que c’était là leur caractère, ou finissaient-ils par courber l’échine sous le poids imposé par leur écusson ? Que dire, que dire… Il rectifia, d’un air malicieux :

« Non. Quelqu’un de peu fréquentable est une personne qui va avoir, par son comportement ou ses paroles, une influence. Alors, bien sûr, l’influence ne revêt pas nécessairement un caractère mauvais. Certaines personnes vont te rendre meilleure, vont te pousser à te surpasser, à t’accomplir dans toute ta splendeur, car ils auront satisfaction à te voir te réaliser et devenir ce que tu veux être en ce monde. Mais il y a des individus qui prennent plaisir à imposer leur âme aux autres, leurs propres pensées, leurs péchés et leurs passions, de sorte à transformer leurs victimes en une copie conforme d’eux-mêmes. Ils s’en gargarisent et trouvent une réelle satisfaction à pervertir les gens, à les transformer en quelque chose qu’ils ne sont pas censés être, mais qu’ils deviennent malgré tout à force de charmantes suggestions. Ces gens peu fréquentables sont des vaniteux de haut voltige qui ne trouvent rien de plus plaisant qu’à transmettre leur caractère aux autres, comme une peste. Et ça leur est d’autant plus simple quand une personne avide d’expériences se présente à eux… »

Conclut-il avec un regard perfide en biais. C’était fait connu que les jeunes esprits étaient parfois simples à embrigader, raison pour laquelle Octave se sentait partiellement mal à l’aise avec de jeunes gens en face de soi, qu’il sentait instables dans leur personnalité et leurs envies. Il savait à quel point s’était simple de pervertir quelqu’un de faible ou de perdu, et craignait d’être un mauvais exemple à suivre pour quelques âmes en détresse. Peut-être était-ce sa forte individualité, ou son assurance, qui l’entouraient systématiquement d’ennemis comme de flatteurs, mais tout le monde finissait déçu, ne comprenant pas toujours que le meilleur chemin à suivre était le sien, et non celui d’un autre.

« Et toi, je sais pourquoi tu es venu, maintenant pourquoi restes-tu ?
-Parce qu’il y a un grain de beauté sur ta cuisse qui m’hypnotise depuis tout à l’heure. »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
SERPENTARD6ème année
    SERPENTARD
    6ème année
AVATAR : Emily Rudd
MESSAGES : 109

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Célibataire / Bi
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: Londres, 01 Novembre 1980
SANG SANG: inconnu
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Lun 17 Oct 2016 - 14:46

« Aux ténèbres ? Quelle idée. Aucune fleur ne pousse dans les ténèbres. Même une comme toi. Je suis certain qu’aussi sombre que puisse être ta vie, tes pétales ont su capter quelque part de fins rayons de lumière pour grandir. »

La phrase, dit d'un ton presque lascif, sonna aux oreilles d'Abigail comme une mélodie. Une divine mélodie. Peu avait l'honneur de l’apercevoir dans ses moments de détentes. Perché sur le rebord d'une fenêtre comme le corbeau de mauvais augure qu'elle semblait être, depuis des années. Rien ne valait quelques heures, le cerveau embrumé par des volutes de fumée, l'esprit se laissant aller à une délicieuse dérive, qu'ils semblaient dorénavant partager. Une comme moi ? Elle était parfaitement consciente que les fleurs, aussi sombres qu'elles soient, avaient toujours besoin d'un rayon de soleil, pour laisser leurs pétales s'étendre, enlacer la lumière chatoyante du jour. Un bonheur, porté par le vent, qui avait réussi, à certains moments de sa vie, à la faire grandir. S'épanouir, pour devenir une Ancolie robuste. Un roseau, qui plie, mais ne rompt pas.

« Des rayons si fins, qu'ils peuvent être imperceptibles à l’œil nu », murmura-t-elle, en laissant ses doigts glisser jusqu'à sa cravate, que la verte et argent, finit par défaire. Le premier bouton de sa chemise sauta, et ses ongles rongés, touchèrent le métal froid de son pendentif. Une lumière. Un éclat argenté, qui capta le faible rayon gris qui traversa la pièce, faisant ressortir de délicats reflets bleutés, dans la chevelure corbeau de la jeune sorcière. Une famille, qu'elle n'avait pas connue. Un espoir, qu'ils ne l'avaient pas abandonné. Qu'elle avait été désirée. Une amie, une seule, qui avait réussi à réfléchir à l'aide d'un miroir, le faible soleil, qui réussissait à traverser le brouillard opaque de son esprit. « C'est dans l'obscurité, à l’abri des regards inquisiteurs, bercé par des rayons si rares, qu'ils paraissent inexistants, que grandissent les fleurs les plus robustes. Les plus.. », elle hésita, ses dents blanches mordant sa lèvre inférieure, alors que la londonienne semblait chercher ses mots. Les discours, ce n'était décidément pas son fort. Manque de pratique, ou bien, trait de caractère ? Les secondes s'écoulèrent, longues, lourdes, et le silence qui s'en suivit, devient pesant. Les doigts maigres de la Serpentard se crispèrent sur son collier, alors que sa lèvre cessait d'être malmenée, par sa gêne. « Les plus.. Belles, peut-être. », sa voix baissa sur les derniers mots, et son regard émeraude se perdit dans le vague. Un prénom s’immisça dans son esprit. Unique, se détachant des autres. Elle tourna son visage blafard dans la direction du bibliothécaire, ses prunelles semblant luire, pétiller peut-être..

« Je pense qu’il y a des beautés qui se suffisent à elles-mêmes, et qui n’ont nulle besoin de spectateurs pour être belles. Même qu’elles s’épanouissent encore mieux quand il n’y a personne pour les contempler. Sans admirateurs, c’est une beauté qui s’ignore. Il n’y a rien de plus émouvant que cela. »

Étrange. Cet homme ne cessait de l'être depuis le début de leur conversation. Une philosophie, était remise en question. Une phrase, si joliment formée. Si douce à l'oreille. La voix de crécelle de la fleuriste, et l'odeur entêtante des camélias, disparues. Plus de beauté éphémère. Plus de roses sanglantes, promettant un amour éternel, acheté par des maris, à l'allure passée. Plus de promesses jetées devant la boutique, ou de bouquet jaune envoyé dans le caniveau. Plus de larmes, de femmes brisées, abandonnées au profit d'une plus jeune. Plus de vases de cristal, ou de vitrines impeccables. Le décor changea. Se mouvant avec la délicatesse de la fumée qui s'échappait des lèvres entrouvertes d'Abigail. La rue laissa sa place à un musée. J'ai déjà été là-dedans ? Elle le voyait. Ce tableau grandeur nature. Ses yeux se perdirent sur les courbes envoûtantes, de la jeune femme, qui semblait la regarder de ses grands yeux noirs. Sa chevelure, pesait sur ses épaules, alourdissait sa silhouette gracile, frêle. Faible. Elle n'était pas une passionnée d'art. À vrai dire, elle ne s'était jamais attardée sur les quelques tableaux, qu'elle avait eu l'occasion de contempler. Ils étaient bien trop peu, pour qu'elle s'offre le luxe de les bannir de sa mémoire. Le Péché.

                                                    _____________________________

Le décor changea une nouvelle fois, et le mur contre lequel elle était adossée, revêtit la douceur du velours ancien, à la couleur bordeaux dépassée. Sur la table basse, faîtes d'un bois presque noir, trônait un vase, recouvert d'une mosaïque écaillée par le temps. Du rouge. Du bleu. Une touche de vert, et de jaune. Les fleurs fanées, pendaient presque négligemment, alors que les doigts fins d'Abigail tournaient les pages d'un magasine quelconque. Elle n'en avait jamais raffolé. La mode. Les faux sourires. Et soudain, elle se stoppa.

« Elle est jolie. » murmura une voix enfantine à sa gauche, suivit de la tignasse blonde comme les blés de Thomas, qui posa ses petits doigts boudinés sur le papier plastifié. « Ouais. », répondit-elle en retour, en s’apprêtant à tourner la page prestement. Mais la petite main l'en empêcha. « Elle te ressemble Abby, tu ne trouves pas ? » Quelle idée d'avoir acheté un magasine sur les dernières œuvres d'art ? La surprise passa dans les yeux de la plus âgée, qui secoua lentement la tête de droite à gauche, répandant ses longues mèches brunes sur ses épaules, les dégageant enfin de son visage. « Le Péché. », lut le gamin avec difficulté, en brandissant le livre, pour le comparer au visage, maintenant blasé de sa « sœur ». « Si. On dirait toi. »

                                                       ______________________________

Le souvenir s'estompa, la laissant immobile, le bras suspendu dans sa course. Une nymphe à la peau d’albâtre, et aux cheveux noirs.

« Quel péché représentait-elle à tes yeux ? La paresse ? Ou bien, la luxure ? Peut-être la colère ? Tout à la fois ? La beauté d'un moment, est saisie au vol, du bout des doigts. Il a la délicatesse d'un flocon, et il peut nous infliger la douleur d'une entaille. Il en est de même pour une œuvre d'art. Le tableau perdurera assurément. Mais l'émotion qu'il nous provoque la première fois que nos yeux se posent sur lui, n'est jamais véritablement la même. Cette beauté, que l'on a touchée, qui nous a touché plutôt, était éphémère. Bien sûr, elle subsistera, puisque d'autres seront là pour l'admirer, la contempler... », ses yeux se perdirent de nouveau, et la passion qui avait animé sa voix quelques secondes auparavant, sembla la vider de ses forces. Ses épaules fléchirent légèrement sous le poids. Lascivement, elle rejeta la tête en arrière, pour aspirer un grand goulet d'air, puisque ses poumons venaient d'en être vidés, par un discours enflammé, et inattendu, tant par elle, que par son interlocuteur. Je ne m'y connais pas en art, mais je sais reconnaître quand une chose est belle. Quand elle sort de l'ordinaire. « C'était elle, l'Ancolie noire, que tu cherchais tant. Une fleur, qui a eut sa dose de lumière, et qui s'est épanouis, si sûrement, qu'elle brille plus que n'importe quelle fleur. Le public, en devient bien superflu. », un sourire secoua ses lèvres fines, alors que le joint s'y déposait. Ce n'était pas une grimace, et l'éclat dans le vert des yeux, ne pouvait pas être confondu avec la lumière timide du ciel écossais. Elle s'était laissé aller à une discussion philosophique, épanchant brièvement sa soif de Spleen. Le zippo fermement serré dans la main, c'est avec une certaine douceur qu'elle alluma le bout du roulé, laissant la fumée descendre le long de ses lèvres, pour se dissoudre dans l'air. Son pouce s'attarda sur le dessin du varan, qui se laissait deviner aisément sur le métal. Catalogué dans une maison, rangée bien sagement dans les rangs. C'est avec une justesse presque terrifiante, que le choixpeau les répartissait depuis des années, des siècles même. L'humain pouvait-être placé dans quatre catégories bien distinctes. Le courage, la ruse, la bonté, et l'érudition. Aucun n'y échappait. Une fatalité à laquelle, elle n'avait finalement pas échappé.

« Non. Quelqu’un de peu fréquentable est une personne qui va avoir, par son comportement ou ses paroles, une influence. Alors, bien sûr, l’influence ne revêt pas nécessairement un caractère mauvais. Certaines personnes vont te rendre meilleure, vont te pousser à te surpasser, à t’accomplir dans toute ta splendeur, car ils auront satisfaction à te voir te réaliser et devenir ce que tu veux être en ce monde. Mais il y a des individus qui prennent plaisir à imposer leur âme aux autres, leurs propres pensées, leurs péchés et leurs passions, de sorte à transformer leurs victimes en une copie conforme d’eux-mêmes. Ils s’en gargarisent et trouvent une réelle satisfaction à pervertir les gens, à les transformer en quelque chose qu’ils ne sont pas censés être, mais qu’ils deviennent malgré tout à force de charmantes suggestions. Ces gens peu fréquentables sont des vaniteux de haute voltige qui ne trouvent rien de plus plaisant qu’à transmettre leur caractère aux autres, comme une peste. Et ça leur est d’autant plus simple quand une personne avide d’expériences se présente à eux… »

Ils avaient chacun leur définition. Pour peu, elle aurait presque envie de lui citer celle que l'on pourrait trouver dans n'importe quel dictionnaire, mais le discours d'Octave aurait perdu de sa superbe. Les mots coulèrent une fois de plus dans son cerveau, passant d'un neurone à l'autre. La comparaison avec le régime mit en place depuis le début de l'année, suit au destin tragique de l'ancien directeur, la fit cligner des yeux, à exactement trois reprises. Certains étaient des leaders. Des loups, cachés dans un troupeau de brebis innocentes, ignorant le sort qui les attendait. Et l'idée que l'homme face à elle, puisse être l'un des loups sanguinaires, qui attendaient dans l'ombre, s'imposa à elle. « Ils sont comme des prédateurs au milieu d'un troupeau de moutons. Ils attendent, et mordent quand une faille leur apparaît. Un désir de vengeance, un besoin d'être reconnu, apprécier peut-être, un mal-être latent, ou une colère contenue. Et dès que les dents du loup entrent dans leur chaire -nouvelle bouffée de tabac- le mal se répand comme un poison dans leurs veines. La corruption est facile quand un esprit faible, et malléable tombe entre leurs mains. Entre ses mains. Te penses-tu si peu fréquentable Octave ? Te hisses-tu sur ce piédestal malsain ? ». Ses yeux verts se posèrent sur le bibliothécaire. « Parce que moi, non. », le ton était clair, sa voix grave se répercuta dans le silence, comme le ferait dramatiquement le gong d'une horloge à minuit. S'il sentait mal à l'aise auprès d'un jeune esprit impétueux, aussi inviolé que certaines tombes égyptiennes, il n'en était pas de même pour Abigail. Si certains suivaient son exemple déplorable, ils ne pouvaient s'en prendre qu'à eux. Elle ne cherchait pas la gloire, ou la satisfaction morbide, de corrompre une brebis aussi blanche que la neige, pour qu'elle devienne un loup à son tour. Le monde était suffisamment rempli de mégalomanes, pour qu'elle rejoigne cette tribune à part.

« Et toi, je sais pourquoi tu es venu, maintenant pourquoi restes-tu ?
-Parce qu’il y a un grain de beauté sur ta cuisse qui m’hypnotise depuis tout à l’heure. »

What the.. ? Abigail cligna une nouvelle fois des yeux, alors qu'elle posait son regard sur ses jambes, qui paraissaient aussi fines que des baguettes. Trop maigre. D'une blancheur immaculée sous la lumière blafarde. D'un mouvement lent, elle remonta le pli de sa jupe, dans le but de dégager sa cuisse, le joint fermement serré entre ses lèvres. Son pouce frôla le grain de beauté présent sur sa cuisse. Unique point noir sur l'ensemble de son corps. « Celui-ci ? », demanda-t-elle d'une voix rauque, en croisant les jambes d'une manière typiquement féminine. Une première minute passa, et le silence s'étira. Aussi nonchalamment que précédemment, elle rabaissa le tissu, cachant en partie sa peau d'albâtre, avec un sourire en coin à peine perceptible. Un haussement d'épaule suivit son geste, secouant sa chevelure. Des éclats de voix retentirent, provenant du couloir, annonçant la fin de la matinée, et le déjeuner, qui devait les attendre sur les longues tables de la grande salle. Misère. Et fatalement, elle n'avait toujours pas fait son devoir de potions, à rendre pour l'après-midi même, elle en connaissait un, qui allait s'énerver, et lui coller une punition pour la prochaine fois. Au diable ce fou. « Tu as quelque chose de prévu ce midi ? Je n'ai pas envie de rester dans l'enceinte du château. Je parle à Octave, pas au représentant de l'autorité bien entendu... » C'était évident.

_________________
Wake me up, wake me up inside I can't wake up,
Wake me up inside, save me
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
PERSONNEL DE POUDLARDBibliothécaire
    PERSONNEL DE POUDLARD
    Bibliothécaire
AVATAR : James McAvoy
MESSAGES : 185

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: Seul...
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 10 Août 1964
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Mar 18 Oct 2016 - 15:50

La raison qui l’avait amené présentement ici, dans ce château, était qu’il avait senti que son existence avait besoin d’un coup de fouet ; des trous de mite étaient apparus dans la peluche de son confort oisif de retraité précoce. Jusqu’au bout n’avait-il pas été certain quant à la convenance de sa décision, mais son esprit aventurier, couplé à un relativisme tout en flegme, l’avaient poussé à penser que c’était là une affaire intrigante aux moult possibilités. Il s’était imaginé atteindre ainsi plus facilement le cœur de la trame principale, et en son sein au mieux la sonder. Il n’avait pas eu tort. Pré-au-Lard n’était pas loin, miroir de la société sorcière, et juste à côté, Poudlard, centre névralgique à part entière dans cette guerre de pouvoir où tout était déjà misé sur la jeunesse. Par pure circonstance, les plus farouches opposants du Lord s’étaient murés au fil des années dans l’enceinte du château, faisant ainsi de lui une conquête de premier choix pour assouvir une autorité renaissante. Il s’était amplement préparé à cette ambiance on ne peut plus austère et crue qui régnait dans le château, pour ne pas dire qu’il y était habitué par sa vie d’avant, mais il y avait bien une chose à laquelle il n’avait pas spécialement songé. La révélation ne lui était d’ailleurs pas advenue dans l’immédiat, enivrant son esprit comme un parfum entêtant. Et pourtant le contraste aurait dû le frapper. Il en était baigné de tout part, comme un rocher en plein océan, s’adonnant une cure de jouvence qui lui prêtait la fougue qu’il avait vaguement abandonnée au profit de la tranquillité d’une plage de sable fin et d’un soleil brûlant. Elle était là, la merveilleuse et revigorante jeunesse, ardeur infatigable et souvent espiègle, grande donnée de ce monde, comme la lumière du soleil. Voilà qu’Octave, jamais enfant, toujours adulte, pénétrait dans l’antre de ce qui faisait écho au grand manquement de son existence : la candeur. Innocente ou exagérée, pas toujours consciente, parfois provocante mais très souvent diablement mutine.

A longueur de journée, des visages lisses et purs l’entouraient, l’existence n’ayant pas encore laissé sa trace sur ces peaux de pêche, de brûlure sur la commissure de lèvres aussi tendres qu’une étoffe de soie, un sillage à la naissance des yeux ou sur le front… Leur insouciance toute relative et la perfection de leurs corps sveltes et élancés avait quelque chose de profondément rassurant. Comme un baume, cette ingénuité venait imprégner le cœur du bibliothécaire d’un apaisement doucereux, semblable au plaisir passif que l’on ressentait lorsque les premiers rayons d’un soleil d’été venaient réchauffer une peau blêmie par l’hiver. Il s’était abandonné au plaisir confortable d’être entouré par de jeunes gens aux épaules graciles, à la peau aux reflets de miel, aux dos souples et soyeux. La jeunesse avait ce pouvoir immortel de combler le regard tout autant que l’esprit par son achèvement aussi éphémère qu’éblouissant. Bientôt, la pensée et les préoccupations dégraderont leur immaculée fraîcheur. Mais d’ici là, ils caracolaient, insouciants et radieux, sous le regard troublé d’un Octave déjà mûri, éternellement ébahi devant ce dont on l’avait privé et qui était maintenant irrécupérable. Vaguement meurtri, la nature lui avait laissé sa collection de stigmates, lui retirant par la même occasion les derniers vestiges de la rêverie adolescente. L’on lui avait toujours appris à scrupuleusement voir de manière pragmatique toutes les possibilités de l’existence, ne lui laissant aucune place à l’imagination. Folâtre, mais toujours cruellement lucide, il se nourrissait chez les autres des lacunes qu’il possédait.

Cassidy en avait été la première fleur à égayer son existence par son tumultueux mais doux éclat. Chaque mouvement qu’elle faisait, accompagné du rayonnement tavelé de ses yeux, pinçait une corde secrète en Octave, réchauffant son être par la beauté inspiratrice d’un visage joliment renfrogné, mais toujours voluptueusement chatoyant. Belle et aussi tiède qu’une étreinte. Simplement charmante, alors même que son passé accaparait avec ténacité son esprit, elle gardait en son sein une flamme dévorante d’ardeur qu’il admirait tant. Et doucement, il fondait d’une affection naissante. Aujourd’hui, Octave s’était réfugié pour fumer, mais voilà qu’une autre Naïade lui accordait son attention, l’apostrophant d’une voix aussi profonde que son caractère était sibyllin. Au travers de quelques phrases mystérieuses, elle lui laissait entrevoir doucement son esprit, lui révélant tantôt le velouté de son dos incurvé, la noirceur désordonnées de ses longs cheveux noirs ou la courbe d’une cuisse laiteuse. Il ne devait pas autant s’absorber du tableau qu’elle lui offrait, mais cette créature l’aveuglait aussi sûrement qu’une œuvre d’art inachevée. Elle battait des jambes fluettes, et lui se laissait aller à la philosophie de bas étage, incapable de se décider s’il voulait être aussi mâture que son expérience acquise ou de nouveau avoir quinze ans pour rattraper le temps d'une jeunesse irrévocablement perdue… Son évocation florale sembla réveiller l’intérêt de la jeune femme, qui lui parla alors des imperceptibles rayons de lumière qui l’avaient nourrie. Avec une hésitation palpable, elle se tut sans terminer sa phrase, semblant réfléchir à la bonne fin, pinçant de ses dents blanches sa lèvres charnue. Finalement, elle fut prononcée, baignée d’incertitudes :

« Les plus.. Belles, peut-être. »
Octave eut un léger sourire affable et ne put se retenir d’y répondre.
« Pas toujours. Peu de fleurs survivent à une privation de soleil. Certaines subsistent, rachitiques, desséchées, sur le point tomber en poussière. D’autres, en revanche, parviennent à puiser une force de la rareté de l’astre lumineux. Mais détrompes-toi, personne n’est ni fort, ni beau, complètement dans les ténèbres. La force, comme la beauté, est une question de juste mesure, d’harmonie, l’art, comme la nature, n’aimant pas la monstrueuse démesure. »

Il lui sembla important, par principe, et parce qu’il était dans sa nature de tendre à la vérité -ou en tout cas celle qui lui apparaissait être juste, de spécifier cette nuance qu’il estimait être cruciale. L’adolescente se perdait en poésie mélancolique, si chère aux cœurs de ces jeunes gens souffrant éternellement du spleen sans jamais s’en défaire tant la souffrance complaisait à leur âme, prêtant un sens à leur existence. Jeunes gens, que dis-je… Malheureusement c’était un trait commun qui se retrouvait chez les originaux en peine et qui ne connaissait pas la limite de l’âge, ni des genres. Le chagrin avait son charme indéniable, tout comme les personnes qui y étaient sujettes de manière sporadique, mais jamais définitive, se contentant de teinter leur personnalité d’un caractéristique abattement lascif. C’était un genre, si goulument nourri par des courants artistiques suffisamment lyriques pour pousser un Lexomil au suicide. Tandis qu’à certain, cela leur prêtait un attrait mesuré, d’autres finissaient par ressembler à des invertébrés se flattant d’une tristesse inexistante. Alors autant qu’il le pouvait, Octave, qui suivait inconsciemment les préceptes inculqués durant son enfance, tâchait de nuancer la fascination pour les ténèbres. Et puis, tout cela était décidemment trop tragique.

« Mais pour continuer la métaphore… Admettons une plante dans le désert. Privée de ses élémentaires besoins, elle se contente de développant des résistances à l’agression. Elle se fortifie, se protège jusqu’à parfaitement survivre dans la détresse qui l’entoure, supportant l’aridité et un soleil infatigablement brûlant. Et pourquoi ? Dans le seul but d’atteindre la félicité d’une pluie à venir. On est tous comme ça, à se rembourrer, dans l’attente de l’allégresse. »

Il n’avait pas eu encore de rajouter la dernière phrase, mais elle était sortie toute seule, l’opiacé qui courrait ses veines n’aidant pas à garder l’esprit clair. Ah, voilà pourquoi il préférait méditer seul, mais maintenant il était trop tard, et il ne restait plus qu’à faire semblant que la fin de sa réplique ne s’adressait pas à ces « tous » qu’il avait maladroitement évoqué. Non pas qu’il cachait quelque chose, mais les révélations engendraient des questions. Et puis, il ne la connaissait que trop peu, l’heure des sincérités intimes n’ayant pas encore sonné. D’ailleurs, ne sonneront-elles peut-être jamais, qui sait. D’un léger froncement des sourcils, il regretta cette sincérité si vite emportée. Bah, tant pis. Pour la peine, tête penchée vers l’avant, il peigna un de ses sourcils d’un majeur tendu, manie qui lui venait d’on ne sait où, l’aidant vaguement à réfléchir. Du bout du doigt, il traça plusieurs fois la courbe de son arcade, le regard pour une fois perdu dans le vide, et non sur Abigail. Dans sa rêverie, il l’entendit souffler une bouffée de tabac dans les airs. Elle aussi réfléchissait, et c'était tout en son honneur. Pour sa part, il finit par contempler le silence, déjà vaguement fatigué par un opium le plaquant petit à petit sur les omoplates.

Elle finit par évoquer le tableau dont il avait parlé, surprenant sensiblement le concerné par sa connaissance d'une pareille œuvre d'art. Sans parler du fait qu'elle était parfaitement moldue. Elle s'envola passionnément, prêtant des caractéristiques au tableau qui allaient dans le sens de leur discussion sans vraiment correspondre à la peinture elle-même. Enfin, n'était-ce donc pas l'adage de l'art que de l'interpréter aussi loin que notre subjectivité nous le permettait ? Ou était-ce encore un dogme dadaïste ? Mais Octave ne répondit rien, même lorsque la jeune fille eut fini son analyse ardente, voulant d'abord voir où son soudain emportement la mènerait, ne souhaitant surtout pas couper dans son élan une passion soudaine qu'il devinait être rare. Elle-même ne s'y attendait tellement pas qu'un halètement la prit, et Octave détourna son regard de jade, voulant l'abandonner à la rougeur qui était venue pigmenter ses joues, mais elle en profita pour repartir sur un autre sujet. Sa conception de l'influence s'avéra être bien plus imagée que celle du bibliothécaire, et une ombre étrange passa sur son visage alors que la jeune femme lui posa directement la question. Elle le troubla vaguement, mais il finit par la considérer comme rhétorique et n'y répondit pas. Te penses-tu si peu fréquentable Octave ? Te hisses-tu sur ce piédestal malsain ? Parce que moi, non. Le concerné eut un rire de gorge rendu rauque par la récente fumerie. Il se demandait quel genre d'influence pouvait bien exercer cette tête de corbeau pour s'en vanter autant. Ou peut-être était-ce l'orgueil qui parlait, le plaisir de se faire suivre malgré un comportement désinvolte. Eventuellement, il allait laisser cette jeune femme déteindre sur lui, pour voir, par curiosité...

La dernière remarque du bibliothécaire sembla la déstabiliser, si bien que ses grands yeux aux longs cils papillonnèrent avec vigueur. Elle se troubla légèrement avant de lentement soulever sa jupe, pour voir quel était bien le sujet de l'attention masculine. Et elle le trouva, ce point halé et à la circularité rendue quasi-parfaite par contraste avec sa peau blême. Octave ne put s'empêcher d'y reporter son attention et y sourire lascivement. D'ailleurs, bien vite, elle cacha l'imperfection, un sourire en coin que le bibliothécaire ne put voir, car c'était à son tour de battre l'air de ses lourdes paupières, avec la vague impression de se faire tenter. Le silence fut interrompu par des voix provenant des couloirs, la première moitié des cours étant finie. Cet appel à l'entracte lui permit de dissiper son attention devenue un tantinet gênante. Il pensa à partir, abandonner cette jeune fille, oublier ce grain de beauté et ces deux joints dont le premier lui avait passablement secoué le cerveau. Après tout n'avait-elle pas sous-entendu qu'il était un loup dans la bergerie, motivé par des intentions douteuses, un pied sur un socle peu enviable ? Quoi qu’elle semblât également vouloir s'apparenter à cette catégorie, mais influencer et être influencé étaient deux choses bien différentes.

« Tu as quelque chose de prévu ce midi ? Je n'ai pas envie de rester dans l'enceinte du château. Je parle à Octave, pas au représentant de l'autorité bien entendu... »

Il se releva enfin, et la rougeur monta à ses joues en deux plaques diffuses, comme s'il venait de courir. Elle l'invitait donc ? Enfin, quelle question, elle l'invitait, mais c'est lui qui avait par définition les moyens et donc la palette de possibilités. Il aspira bruyamment l'air par ses fines narines, balayant la salle déserte du regard, alors qu'un brouhaha abondant raisonnait derrière la porte mi-close. Il était tenté, il est vrai, tout autant qu'il avait envie de dormir pour que la descente passe inaperçue. Sans se retourner, d'une voix grave et paresseuse, il répondit :

« Et si je te dis que l'autorité est par définition indissociable d'Octave ? » La phrase était faite pour forcer la cogitation, laissant à Abigail le soin de tirer les conclusions qu'elle voulait. Mais véritablement, cela voulait simplement dire que le bibliothécaire ne faisait pas de disparités entre les fonctions qu'il avait pu endosser dans la vie. Il était toujours lui, dans les limites imposées par les situations. Et puis, comme le moment s'y prêtait bien, il revint au sujet du tableau, toujours sans se retourner vers l'écolière à qui il offrait, par-dessus son épaule, un demi-profil souriant malicieusement.

« Stuck était le représentant du symbolisme, mouvement qui se concentrait sur le monde interne de l’homme. L’un des thèmes récurent du symbolisme en peinture était la femme fatale. C’est elle que Stuck a peint, personnification du péché dans le corps d’Eve. Les anneaux du serpent étreignent les épaules d’Eve et enveloppent le bas de son ventre, se perdant dans l’ombre qui les entoure. La composition est particulièrement malsaine, car la femme est complice du serpent et tous deux regardent le spectateur, alors qu’en général, c’est le serpent qui tente, et Eve qui fait preuve de faiblesse. Mais chez Stuck, c’est Eve qui est le mal lui-même. Et elle est représentée de manière extrêmement sensuelle, pour que le spectateur tombe dans ce piège de beauté. C’était un contemporain de Freud, alors il explore le péché et la tentation non pas comme des concepts religieux, mais comme une propriété de la psyché humaine. C’était la fin du XIXeme siècle, la religion cessait peu à peu d’être une force régissant le monde, elle n’était plus là pour expliquer les travers de l’esprit, abandonnant ce rôle à la science qui dût éclairer sur ce qui jadis fut de l’ordre du culte. Ce tableau montre comment l’art perd de son aspect religieux, alors que le problème moral du péché et du vice subsiste. Comment nous, hommes modernes, allons-nous nous en sortir face à cette tentation sans l’aide de la spiritualité morale ? »

Sur ces mots, il s'était retourné, arborant le même visage languissant qui, un jour, l'avait terriblement marqué par l'expression fascinante de ces traits féminins. Il fixait Abigail dans les yeux, une lueur étrange au fond d'un regard assombri, promettant néanmoins quelques prodigieux plaisirs. Tout comme Eve, sa tête était légèrement penchée vers l'avant pour, par effet de perspective, alourdir ses sourcils et ses paupières, alors que ses yeux s'ouvraient plus grand pour continuer à sonder l'écolière, dégageant ainsi parfaitement le contour de ses prunelles d'émeraude, cerclées d'un noir marqué. Il espérait l'allusion claire, mais encore une fois, il était à Abigail de décider ce qu'elle voulait en comprendre.

« Je n'ai rien de prévu, et je veux bien sortir. A condition que tu saches ce que tu veux exactement. Je sais ce dont je suis capable, mais toi, le sais-tu ? »

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [Septembre 1997] - Quand tout part en fumée. Aujourd'hui à 21:57

Revenir en haut Aller en bas

[Septembre 1997] - Quand tout part en fumée.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» [PV] Quand tout part en fumée. {Lyrad}» Quand tout devient noir et flouté... On se laisse tomber dans le vide. [En cours.]» Dean Davis - C'est quand tout semble parfait que tout part en vrille» Quand tout semble perdue, une lueur d'espoir apparaît soudainement» Elément perturbateur détecté ! [privé]
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: ECOSSE; Poudlard & Pré-au-lard :: Salles Diverses :: Salles vides-