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Part of your world [août 1997]

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AuteurMessage
SERDAIGLE6ème annéePréfetMODO
    SERDAIGLE
    6ème année
    Préfet
    MODO
AVATAR : Kai (exo)
MESSAGES : 2287

INFOS PERSONNAGE
SITUATION AMOUREUSE SITUATION AMOUREUSE: En état d'ivresse
DATE & LIEU DE NAISSANCE DATE & LIEU DE NAISSANCE: 01/01/1981-Bristol
SANG SANG: mêlé
MessageSujet: Part of your world [août 1997] Dim 1 Mai 2016 - 22:23


27/08/1997 - 10 : 53

Elwyn s’étira dans son lit défaisant ses draps. Il bailla à s’en décrocher la mâchoire, encore enlisé dans la brume de ses songes. Il n’avait aucune envie de sortir de ce cocon moite, mais sa mère venait de l’appeler pour la troisième fois. Pour couronner le tout, sa sœur venait d'ouvrir la porte en grand, d'allumer la lumière brutalement et de beugler :
-Ho ! Debout ! Tu sais bien qu’on va chez nos cousins ! Bouge-toi !

Il grommela en se débattant dans ses draps. Il n’avait aucune envie de rendre visite à sa tante et à ses cousins. Non pas qu’ils sont désagréables, simplement à choisir, il aurait préféré faire la grasse matinée. Le Serdaigle n’avait pas grand-chose à dire à ses cousins et très souvent, il se sentait exclu de leurs conversations. Ils parlaient des dernières nouveautés musicales, du self, des pions, des cours, du collège, du lycée, des trajets en bus, de certains enseignants. Un monde dans lequel il n'avait pas sa place. Lorsque sa tante le questionnait sur ses études, un blanc suivi d’un grand malaise s’emparait de l’atmosphère. Son père était probablement le plus gêné de tous. Le Serdaigle restait le plus évasif possible et sa mère venait souvent à son secours pour dévier le sujet de conversation. Est-ce qu’il méritait de vivre dans cette famille sachant que tout ce qui le concernait n’était qu’un mensonge ? N’était-il pas déjà exclu de leur monde et de leur cœur ? Pourquoi continuait à souffrir de la sorte ? À se sentir étranger dans sa propre maison ? Étranger dans les yeux de ceux qu’il aime ? Cette souffrance s’arrêtera-t-elle enfin un jour ?

Il se redressa dans son lit en soupirant. Peut-être que si je demande à ma mère en insistant, elle m’autorisera à rester seul ici… Mais mon père ne voudra jamais, pensait le jeune homme en fixant ses draps défaits. Le mois d’août touchait à sa fin, la rentrée à Poudlard approchait. Il n’avait pas acheté ses fournitures comme ses autres camarades. La raison d’un tel oubli venait de sa détermination à ne pas retourner à Poudlard l’an prochain. Il y avait longuement réfléchi, avait hésité : un jour pour, l’autre contre, mais finalement la balance avait penché pour le contre. Il ne retournerait pas à Poudlard et bien évidemment, il n’avait mis ni ses amis ni ses parents au courant. Il ne savait pas comment le formuler, avec quels mots, par où commencer et surtout il n’était pas sûr de son choix. Elwyn s’habilla, hanté par ces pensées tout en se mordant l’intérieure des lèvres jusqu’au sang. Il devait en parler et vite. S’il ne comptait pas retourner à Poudlard, il allait falloir qu’il s’inscrive dans une école moldue. C’était certainement déjà trop tard pour le faire. Il irait au collège avec sa sœur et ses cousins, il apprendrait l’arithmétique, il étudierait les grands classiques de la littérature anglaise, apprendrait les tableaux périodiques des éléments… Était-ce ce qu’il voulait vraiment ? Il essayait de s’en persuader, en tout cas.

Il descendit prendre son petit déjeuner en quatrième vitesse.  Il avait dormi plus tard que ce qu’il croyait. Il entendait sa sœur se plaindre auprès de leur mère : « Moi tu m’aurais pas laissé dormir autant ! », « Helena, les adolescents de son âge ont besoin de beaucoup de sommeil, c’est normal avec la poussée de croissance. Et puis, je le trouve fatigué ces temps-ci…», « ça, c’est juste des excuses, parce que c’est le chouchou ! ». Elwyn claqua la porte du frigo suffisamment fort pour être entendu par les deux femmes qui se turent. L’heure du départ approchait, Elwyn était en train de se brosser les cheveux (SANS GEL) lorsque l'on sonna à la porte.

-ça doit être le facteur. Son père alla ouvrir.

Elwyn, encore assoupi, se fit héler par son père : - Elwyn… c’est… pour toi. Le Serdaigle fronça les sourcils, encore un colis ? Il n’avait rien commandé. Était-ce encore l’inconnu aux messages codés ? Cela commençait à bien faire ce cirque !

Il se dirigea vers la porte d’entrée en trainant les pieds. Ce n’était pas un colis qui l’attendait, mais Yong shik en chair et en os. Il se tenait là sur le pas de la porte, sous l’œil méfiant et surpris de son père. Il était tout sourire :

-hello !

-Euh…. Bonjour ? Son père dévisageait tour à tour Yong shik et Elwyn.

-Vous vous connaissez ? Cet homme m'a dit être un oublitator du Ministère de la magie venu pour toi.

Elwyn ne savait absolument pas quoi répondre, il était aussi surpris de son père de découvrir Yong shik sur la pas de  sa porte.

-Ouais, un "OUBLIATOR", mais on peut dire ça comme ça, il se désintéressa du moldu et s’adressa au Serdaigle : J’peux te parler en privé ?

Elwyn regardait son père qui ne répliqua rien et Yong shik pénétra dans la demeure, sans même attendre son autorisation. Joli appartement ! Madame Miller et Helena dévisagèrent l'étrange inconnu comme elles auraient pu le faire avec le messie. Elle se rapprocha alors de son mari et lui empoigna le bras : Qui c’est… Il…  Tu crois que ça pourrait être… ? J'en sais RIEN !

Yong shik la dévisagea en souriant : - Bonjour Mesdames. Sa mère ne lui rendit pas son sourire, elle semblait tétanisée. Quant à sa soeur, ses yeux faisaient des aller-retours rapide d'Elwyn à Yong shik. Je vous l’emprunte et je ne suis pas certain qu’il puisse participer à votre petit repas de « famille ». Ordre du Ministère, rien de bien grave, ne vous en faites pas Il accentua sur le mot famille, mais Elwyn ne comprit pas pourquoi dans sa bouche ce mot semblait ironique. Il allait protester, mais Yong shik le tira à l’étage jusque dans sa chambre. Il semblait connaître le chemin. Une fois seul, il prit la parole : que me veut le Ministère ?

L'adulte ignora sa question : -Dis-moi, tu vas vraiment fuir ?

-Quoi ?

-Poudlard, tu ne vas pas y retourner ?  Le Serdaigle était complètement perdu, d'abord il lui parle du Ministère et voilà que maintenant il parle de Poudlard.

-Non, dit-il avec fierté, j’ai pris ma décision. Je peux savoir comment vous le sav…

- Tu fuis, donc, coupa  le trentenaire.

-Ce n’est pas ça ! Mêlez-vous de ce qui vous regarde ! Je préfère cette autre vie !

-menteur.

Elwyn allait partir, mais se retourna : - pas du tout ! Et ça vous arrive de répondre  aux question qu'on vous pose ?? Comment saviez-vous où j’habite ?!

Yong shik soupira, le visage sombre, il ne souriait plus du tout et était effrayant ainsi. Ouais, quand je juge la question pertinente. Tête à claque, pensa le gamin. Il darda ses prunelles dans celles du garçon. Ta baguette ? Tu l’as cassée ?

-Ma baguette ? Je… Non, sa baguette était sur son bureau, il la fixa et Yong suivit son regard.

Silence.

-Écoute gamin, je n’ai pas de temps à perdre avec des perdants. Je vais faire simple et concis pour que ça s’imprime bien dans ta petite tête vide. Si tu  ne veux pas que la vie de tes moldus bien aimés ne soit pas raccourcie de plusieurs années, je te conseille de bien écouter.

Elwyn détestait cet homme en cet instant. Qui était-il pour s’imposer chez lui, dans sa vie et contre ses choix ? Ne pouvait-il pas tout simplement disparaître, tout comme cette petite voix qui lui disait qu'il avait tort.

Ta tête, je l'ai vu parmi les paperasses de sorciers  à vérifier le sang. Autrement dit, tu es sur la liste noire. Elwyn s'en doutait, mais l'apprendre de vive voix, le cloua sur place.

-Tu crois que Celui-dont-blablabla va traiter comment les déserteurs dans ton genre ? Tu penses que le Ministère ne va pas partir à ta recherche et quand ils te trouveront, c'est avec un petit thé et des biscuits qu'ils t'accueilleront ? Tu vas intégrer comment une école moldue en n’ayant pas été scolarisé depuis tes 11 ans ? Tu as réfléchi à tout ça, comme un adulte ? Avant de prendre « ta décision ». Comment pouvait-il  se moquer aussi ouvertement du surnom du sorcier qui terrorise même les plus grands ?

Elwyn déglutit : - non, pas vraiment.

-Si tu veux les protéger, tu as intérêt à faire les bons choix !

- Donc vous me demandez de retourner à Poudlard sachant que je suis sur cette fameuse liste noire ? Il ricana, je vais être SUUUUUuuper bien accueilli  à Poudlard cette année !

Yong shik leva les yeux au plafond, un sourire en coin : les papelards  ça se falsifie et pour ça tu as fait de très bons choix niveau ami. Pourquoi est-ce que cet homme agissait comme s’il savait tout de lui, c'était d'un agaçant !

Elwyn ne comprit pas immédiatement de qui il parlait et alors qu’il allait ouvrir la bouche Yong shik le coupa.

-Je te laisse exactement 20 secondes pour choisir la direction que tu veux suivre. Si tu veux retourner à Poudlard, le monde qui t’appartient, il tendit son bras, attrape mon bras, sinon je transplanerai sans toi.

- 20 secondes, mais19… Je peux… 18… pas me … 17… décider sur… 16… ma vie… 15 en si peu…14… de temps… 13…Attendez !...1211mais je sais pas10 moi, je… 9… que faire ? 8… Le prendre ? 7 … Ne rien faire ? 6… Retourner à Poudlard ? 5 … un moldu… 4 … fuir ? 3… Elwyn agrippa le bras de l’adulte et disparut de sa chambre. Lorsqu’il les rouvrit, il était au milieu de la campagne tout proche d’un immense mur blanc auquel il s’accouda pour reprendre son souffle. Il se sentait nauséeux et avait la tête qui tournait, mais heureusement il ne vomit pas.

-Allez gamin, en route direction la demeure Wang pour falsifier tes papiers. Elwyn se redressa pour analyser un peu mieux les alentours. Ils avaient transplané devant un immense mur en pierres grises si haut qu’on ne distinguait pas ce qu’il y avait de l’autre côté. L’adulte se mit en route en longeant le mur, il y avait là un chemin de terre et des arbres. Le reste du paysage se constituait de plaine à perte de vue. Il n’était jamais venu ici et ne savait absolument pas où il se trouvait. Elwyn trottina derrière le trentenaire en regardant autour de lui.
- Je ne vois aucune demeure par ici !

Pour toute réponse, l’adulte accéléra le pas. Elwyn était habitué aux vents, ce n’est pas pour cela qu’il les appréciait. Grincheux, il se jura de ne rien ajouter jusqu’à ce que Yong shik se décide à parler de lui-même. Il fusilla du regard la nuque et le dos du trentenaire, mais ce dernier continua de marcher en silence. Après une vingtaine de minutes, voire plus, n’en pouvant plus, le Serdaigle reprit la parole :

- Vous pouvez m’expliquer pourquoi vous surgissez toujours dans ma vie sans crier gare et puis on est pas encore arrivé ???

- Bien sûr que si ! ça fait trente minutes qu’on longe leur demeure !

- On longe leur demeure ? Elwyn déglutit et leva ses prunelles en haut du mur, il se sentit défaillir. Si grand, si haut. Il n’en croyait pas ses yeux, Stanley habitait dans un lieu de la taille d’un village de campagne ? Le Serdaigle accélérera le pas pour se retrouver à hauteur de l’adulte. Il avait complètement oublié sa promesse de se taire jusqu’à ce que l’adulte daigne s’occuper de lui.

-On ne peut pas transplaner devant les entrées principales, la demeure est protégée par d’innombrables sortilèges.

Il se stoppa face à un mur tout à fait identique au reste et y posa sa baguette. Un gigantesque portail noir naquit d’entre les pierres à l'image d'un monstre des ténèbres. Il était surplombé de deux statues : l’une représentant un oiseau entre l’aigle et le corbeau aux ailes déployées et l’autre un serpent prêt à mordre. Wouha, s’exclama le Serdaigle estomaqué. Les deux statues semblaient avoir leurs yeux grenat rivés sur eux. Derrière le portail portant la lettre capitale « W » se trouvait un somptueux jardin ensoleillé. Yong shik ne bougea pas, Elwyn était caché dans son dos. Le portail grinça et s’ouvrit sans que l’adulte fasse quoi que ce soit.

-Allez ! ça doit être l’heure de leur promenade !

Il souhaitait demander « à qui ? », mais se sentait trop stupide et petit. Le Serdaigle pénétra l’immense parc des Wang, il semblait y avoir comme des hameaux au loin entourés de palissades. Le chemin fait de petites dalles blanches comme la neige n’avait qu’une direction, tout droit. Au loin, il semblait y avoir comme un gigantesque château ou temple. Après quelques minutes de marche, ils approchèrent de deux autres statues de lion, moitié chien, moitié dragon, posées de part et d’autre du chemin pavé. Elles faisaient plus de sept mètres d’envergure. Cette fois Elwyn eut la preuve que les statues les suivaient du regard, car lorsqu’ils les dépassèrent, leur tête bougea pour les suivre. Il remarqua que la statue de droite avait sa patte posée sur une grosse boule, celui de gauche avait sa patte sur un bébé monstre.

Yong shik commenta : - Les lions gardiens Shi de la famille Wang. Le mâle, à droite, a sa patte sur un globe représentant le monde ce qui indique la suprématie, la femelle, elle, symbolise l’éducation.  Ils scrutent du regard tous les visiteurs et pétrifient les intrus d’un simple regard… voire pire. Il éclata de rire devant la mine déconfite du Serdaigle.

-On craint rien gamin, relax. Ils reconnaissent automatiquement les membres de la famille Wang et les visiteurs qui sont les bienvenus, comme nous.

- Si vous le dites. Elwyn n’était pas rassuré pour autant et n’osa pas se retourner, certain que le couple de créatures de pierres continuait de les observer dans leur dos.

Yong shik fit craquer sa nuque : - c’est l’arrière grand-père qui les a ensorcelées à ce qu’on m’a dit. Un sortilège très ancien et surtout puissant. Je serais incapable de faire ça. C’est fascinant, hein ? Il pivota son visage vers l’adolescent.

-Moui. Elwyn se sentait minuscule au milieu de l’étendue sans fin du parc, le temple-château au loin semblait ne jamais se rapprocher. Il avait tant de questions à poser, mais ne savait pas par quoi commencer. Au fond, la famille Wang était comme une sorte de microsociété dirigée par ses propres règles, au sein du monde sorcier. T’es pas au bout de tes surprises, bienvenue dans un autre monde, en enfer ou au paradis selon où l'on se place.plaisanta-t-il.

Ils avaient dépassé les deux statues depuis un moment lorsqu’Elwyn se retrouva face à face avec une fontaine en ivoire et or. Cette fois, le chemin partait dans plusieurs directions. Cette fontaine lui rappelait le ministère et Yong shik qui était venu à son secours, il dévisagea le profil du trentenaire et un poids invisible s’abattit sur son cœur.  Yong shik se sentant observé pivota vers le Serdaigle qui fit mine d’observer la fontaine. À la différence de celle du ministère, ce n’était pas des hommes représentés sur celle-ci, mais des créatures magiques : un oiseau, un serpent, un tigre blanc et un dragon. Ils semblaient se battre. Au centre de cette bataille se dressait une créature d’une beauté à couper le souffle : une sorte de cerf cabré sur ses pattes arrière, ses cornes dressées vers le ciel dans un éclat multicolore. Il avait beau en connaître un rayon sur le sujet, il n’avait jamais vu cette créature auparavant. Son pelage était constitué d’écailles et de poils mélangés, c’était plus qu’étrange. Elle était majestueuse et il se promit de faire plus de recherche.

-Comment font-ils pour ne pas se perdre ?

-Haha, bonne question ! C’est un labyrinthe.

- Pardon ?

- Il y a pas de mur, mais ces chemins-là, c’est comme un labyrinthe. Sans un Wang  ou serviteur pour te guider, tu tournes infiniment en rond sans même t’en rendre compte. La demeure là-bas reste toujours à la même distance et tu finis par crever de soif. Et l’eau de cette fontaine te tend les bras.

Elwyn fixa la demeure qui n’avait en effet pas bougé depuis leur longue marche, puis l'eau limpide de la fontaine : - Mhmm, pourquoi y –a-t-il autant de sortilèges de protection ?

- On est jamais trop prudent. Les sorciers parlent de Gringotts et Poudlard niveau lieu imprenable, mais la demeure des Wang doit bien faire partie du top 5 des lieux les plus protégés du Royaume-Uni.

Pour le jeune homme avoir autant de protection signifiaient qu'une chose : ils ont des choses à cacher et des choses pas très nettes.

Elwyn dévisagea l’adulte qui avait les yeux perdus dans le vague : -C’est quoi le nom de cette créature ? Tant pis s'il posait trop de questions, de toute façon l'adulte ne répondait qu'à ce qu'il voulait.

-Laquelle ? Elwyn pointa du doigt, l’espèce de cerf, ah ça… Un sourire se dessina sur les lèvres du trentenaire, mais il semblait soucieux ou pensif. C’est une créature très ancienne qu…Voilà nos sauveurs !

Elwyn suivit son regard et aperçut Stanley et une dame qui marchait en tenant son bras. Ils venaient d’un chemin sur la gauche. Elwyn avait déjà vu cette femme lors de l’enterrement, c’était certainement la mère de Stanley. Ils étaient vêtus de vêtement traditionnel chinois, ce qui choqua Elwyn qui n’avait jamais vu Stanley autrement qu’en uniforme ou tenue « décontractée ». Stanley et sa mère étaient suivis par plusieurs femmes qui leur faisaient de l’ombre avec une étrange ombrelle qui ressemblait à une feuille géante. Il y avait aussi deux hommes visiblement garde du corps, mais le plus étrange était qu’ils avaient tous les deux les yeux bandés par un ruban de taffetas rouge. Elwyn les fixa abasourdi, pourquoi Merlin avaient-ils les yeux bandés ? Dès que le cortège fut à quelques mètres, ils se stoppèrent.

Yong shik s’inclina : -excusez notre tenue. Ils étaient tous deux en jeans et en t-shirt. Elwyn dévisageait Stanley comme si ce dernier pouvait lui apporter des réponses à ses questions. Il avait l’air tellement adulte et mature ainsi, que cela en était frustrant. Elwyn se sentait comme un enfant qui vient à peine d’apprendre à marcher et ne connait rien à la vie. Stanley a toujours eu cette longueur d'avance sur lui et d'autant plus  en ce jour.  Le trentenaire le força à baisser la tête. La femme prit la parole en premier d’une voix douce et mélodieuse, on aurait dit le chant d’un rossignol. Chaque mot était sagement réfléchi : - Vous pouvez vous relever. Elle prit la direction du temple. Ils la suivirent et Yong shik murmura à Elwyn : baisse la tête si tu veux pas qu’on te la raccourcisse ! Stanley ne ferait jamais ça ! L’adulte eut un rire moqueur, mais n’ajouta rien. Il était bien gentil avec ses conseils, mais Elwyn ne pouvait pas deviner tout seul les mœurs et bonnes coutumes des Wang.


Ils passèrent sur un pont au-dessus d’un lac à l’eau verdâtre dans laquelle nageaient d’énormes carpes Koi de toutes les couleurs. Le lac faisait le tour de l’immense temple qui était jugé en haut d’une colline renforcée par des pierres. Il y avait un joli jardin à traverser avant d’arriver enfin dans la demeure principale des Wang. Stanley et sa mère s’arrêtèrent devant les portes coulissantes, deux femmes s’aplatirent sur le sol (du point de vue d’Elwyn, elles ne pouvaient pas s’aplatir plus bas) et ouvrirent les portes pour qu’ils pénètrent à l’intérieur. Les gardes aux yeux bandés restèrent à l’extérieur et Yong shik et Elwyn entrèrent à leur tour. Il y avait tant de choses à voir, il ne savait plus où donner de la tête. Tout était magnifique : les paravents en or représentant des hérons et autres créatures, les vases immenses contenant des plantes exotiques et le bois soutenant la demeure gravés de nombreux dessins. Il y avait trop à voir, trop à sentir. Le Serdaigle était complètement déboussolé. Son ami et sa mère s’intéressèrent enfin aux deux intrus. La femme ne quittait pas Elwyn du regard, il baissa les yeux ne sachant pas ce qu’il devait faire ou non. Il avait peur de se faire raccourcir.

-Le motif de votre visite, demanda Stanley.

Yong shik prit la parole : - Le garçon ici présent, votre ami fils Wang, souhaite vous demander quelque chose d’important. D’autres femmes étaient venues faire du vent  à la mère de Stanley qui prit la parole : - emmène ton ami à l’aile est pour discuter. Elle avait un très fort accent.

-Bien mère. Stanley s’exclama : -Suis-moi. Elwyn s’exécuta sous le regard de la mère de Stanley. Il distingua aussi une petite fille cachée derrière un immense vase de porcelaine, elle disparut derrière dès qu’il croisa son regard.

-Je vais disposer, Madame.

-Non. Restez. J’ai deux/trois choses à vous dire. Elwyn se retourna et malgré la tête inclinée de l’adulte, il crut voir un sourire se dessiner sur ses lèvres, pourtant le ton de la femme était sec, voire irrité. Il pensa qu’elle ne devait pas être contente que Yong shik invite un inconnu ici, peut-être même qu’il s’était mis dans de beaux draps à cause de lui et il ne l’avait même pas remercié correctement. La mère de Stanley se mit à lui parler en chinois, tous les serviteurs s’étaient éloignés, elle leur avait visiblement donné l’ordre.

Elwyn rattrapa son ami :- Stanley, je…

-Appelle-moi par mon nom de famille entre ces murs et ne marche pas à ma hauteur !, répondit-il sèchement alors qu’ils passaient devant plusieurs femmes et enfants qui se couchèrent à plat ventre sur le sol sur leur passage.

Elwyn était vexé par la réaction de son ami. Pour qui se prenait-il ? Pour l’héritier d’une immense fortune qui accueille un orphelin dans sa demeure ! Autrement dit, le prince et le pauvre. Pour qui te prends-tu Elwyn ? Pour ce que tu n'es pas ! Ils traversèrent un autre pont de bambous et s’installèrent dans le pavillon Est encerclé d’eau où s’abreuvaient les branches d’un très vieux saule cogneur. Le pavillon rouge permettait de s’installer en plein été à l’abri de la chaleur tout en profitant du soleil. Stanley s’accouda sur le rebord, gêné par les immenses manches de son vêtement. Il se pencha au-dessus de l’eau et redevient l’ami qu’Elwyn avait toujours connu, l’adolescent de 16 ans.


- Il se passe quoi Elwyn pour que tu fasses le trajet jusqu’ici ?

Elwyn s’installa à côté de lui et l’imita : Bah, en fait, c’est Yong shik qui… m’a suggéré de… enfin… Il se mordit la lèvre inférieure, il avait tellement honte, il n’avait jamais parlé de son sang avec ses amis… mon sang est pas très…disons pas très…clair…et je me demandais si mes papiers… enfin…

Il ne savait pas du tout comment lui demander et il détestait être redevable envers quiconque. Il releva vivement la tête et regarda à droite à gauche au son d'une mélopée : - C’est quoi cette mélodie ?

Stanley le fixa en arquant un sourcil : quelle mélodie ? Je n’entends rien. Le Serdaigle tendit l’oreille,  mais aucune note ne lui parvint, il avait rêvé : non rien. Je disais donc mes documents, enfin tu vois. C’est Yong shik qui…Je..

Même pas foutu d'assumer... Toujours la faute des autres.

- Stop, stop ! Stanely secoua la tête, irrité et se redressa. Il prononça quelques mots en chinois et une créature surgit dans un nuage blanchâtre. Il crut d’abord à un elfe de maison, mais la créature était plus grande et tirait du singe. Elwyn l’observa abasourdi, elle avait un bâton de bambou et était habillée de pailles tressées. Stanley s’adressa à lui en chinois et la créature disparut aussitôt. Il était bouche bée, il y avait tant de choses qu’il ne soupçonnait même pas. Quelques secondes plus tard, la créature-singe réapparut accompagnée de Yong shik qui s’inclina derechef au pied de Stanley.

-Vous m’avez demandé ? Il semblait beaucoup s’amuser, pas Stanley.

-Qu’est-ce que ça signifie ? Ce n’est pas parce que mon père est en Chine que vous devez faire comme bon vous semble ! Un oiseau s’envola de la branche sur laquelle il était posé. Et comment saviez-vous pour Elwyn !

-Je ne comprends pas où vous voulez en venir, mon prince.

- Que c’est mon ami !

-Ah ! Son sourire disparut. Monsieur Votre Père m’a demandé de surveiller vos fréquentations de près, vous savez avec le contexte actuel…Yong shik était toujours à genou, Stanley ne semblait pas vouloir lui faire redresser la tête. En voyant le sang de votre ami, j’ai pensé que vous seriez content de le revoir l’année prochaine ET en un seul morceau. Il sourit et baissa plus bas la tête. Si j’ai fait une erreur, je suis prêt à en prendre l’entière responsabilité. Votre ami n’y est pour rien.

Elwyn était incapable de dire ou faire quoi que ce soit, il avait l’impression d’être revenu au moyen-âge. Stanley avait le droit de vie ou de mort, mais c’était interdit depuis longtemps ce genre de chose ! Où était-il tombé ? Il fixa Stanley dans l’attente de la suite. Le Serpentard se redressa et dévisagea Elwyn, puis l’adulte.

-En somme, si j’ai bien compris, tu me demandes de falsifier ses papiers ?

Sa tête toujours basse Yong shik continua : Je ne pense pas que cela puisse être un problème pour vous, Monsieur. Mon humble personne a pensé que vous pourriez dire que ce garçon vient d’une branche pourrie de votre famille, un cousin éloigné.

Une branche pourrie, Elwyn sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Voilà ce qu'il était : une branche pourrie.

Stanley sembla réfléchir, puis il dévisagea Elwyn : - Je m’en chargerai Elwyn, ça va prendre un certain temps.

-Merci Stan…,mais !, mais ?

Stanley plongea ses yeux sombres et éteints de toute lueur dans ceux d’Elwyn, tu as une dette envers ma famille. Elwyn éclata de rire : une dette ? Stanley ne plaisantait visiblement pas et comme pour laisser ses mots s’imprimer en Elwyn il répliqua lentement : oui, une dette. Et un jour viendra où, il te faudra la rembourser.

Elwyn écarquilla de grands yeux et déglutit. Ses parents ne sont pas pauvres – quoique depuis qu’il a découvert la demeure Wang, il a quelques doutes-, mais il doutait qu’ils puissent être capables de payer une dette envers cette famille. Il n’osa pas demander à combien s’élevait la dette. Le Serdaigle n’avait pas conscience qu’il existe de nombreuses dettes et que son ami ne parlait pas d’une dette matérielle, bien au contraire. Les Wang ne traitent pas avec l’argent, mais avec l’âme.

-Bien, Stanley se remit debout, je dois assister à mon cours de sortilèges. On se voit à la rentrée. Il disparut sans un mot et regard pour Yong shik, ce dernier se redressa qu’une fois Stanley hors de vue.

-Une bonne chose de faite. Suis–moi, Yong shik entraîna Elwyn avec lui. De sortilèges ? Mais on a pas le droit de pratiquer de la magie en dehors de l’école quand on est mineur… non ?

Yong shik éclata de rire : - ce que tu peux être naïf. Les familles comme celles des Wang créent les lois que nous, misérables cafards, devons suivre. Mais eux, ils sont au-dessus des lois. Ils traversèrent le pont, l’entrée de la demeure des Wang et se retrouvèrent bientôt non loin de la fontaine. Elwyn se rendit compte qu'il n'avait pas vu les 1/5 de la demeure complète. Yong shik continua sur sa lancée : le pouvoir. Ses yeux s’allumèrent d’une lueur mauvaise qui fit froid dans le dos à Elwyn. Tu sais, il existe grossièrement deux types de personnes : ceux qui ont le pouvoir et ceux qui le cherchent désespérément. Ceux qui le prennent et ceux qui l’héritent, en somme on se doit de le mériter.

Elwyn fit la moue, il n’était pas d’accord. Il existe de nombreuses personnes qui ne recherchent pas le pouvoir. Yong shik semblait lire dans ses pensées : la troisième catégorie est constituée de gens qui se laissent vivre et ont la capacité intellectuelle d’une plante verte. Bref, ils ne valent même pas la peine que j’en parle.

Il s’arrêta à hauteur de la fontaine et fixa les créatures se livrant bataille. Elwyn avait atrocement soif et l’eau de la fontaine semblait si succulente et fraîche. Yong shik le stoppa : je ne la boirais pas si j’étais toi, elle a été ensorcelée, la personne qui boit cette eau devient fou et finit par s’y noyer. L'eau de la fontaine du pouvoir Il se pencha et prit dans le creux de sa paume l’eau de la fontaine : le pouvoir c’est comme cette eau envoûtée, une fois qu’on la goutte on ne peut plus s’en passer. On sacrifierait tout pour le garder, on le savoure, on s’y cramponne, on le dorlote, on l’aime, c’est une douceur sucrée, c’est le plus doux des amants, la plus tendre des mères, mieux que l’or.  Avoir autant de pouvoir entre les mains ou le rechercher ça peut rendre fou. Il laissa tomber l’eau dans la fontaine et se rapprocha d’Elwyn.

-Tu veux que je te dise un petit secret ? Les ingrédients mystères pour gagner du pouvoir ? dit-il d'une voix espiègle, comme un enfant racontant un secret à un autre enfant.

Elwyn baissa la tête, gêné et ne répondit rien. Il se sentait très mal à l’aise et absolument pas dans son élément. Deux choses ! Il mit sous le nez d’Elwyn sa main en levant deux doigts.
-Charme dont le sexe ou avilissement.

Elwyn rougit légèrement tandis que le trentenaire le décoiffait d’une main. Je vois que ça te laisse sceptique.

-Oui, un peu… Mais crois-moi, l’orgueil, l’estime de soi, les belles valeurs ou la laideur ne sont pas compatibles avec gain de pouvoir lorsqu’on part en étant un rat d’égout. Tu es encore un diamant brut qui a besoin d’être travaillé, façonné... Père !

-Ah Andy… Yong shik retira immédiatement sa main des cheveux d’Elwyn et la passa dans les siens en regardant son fils.

Elwyn n’avait même pas vu le garçon approcher d’un oeil sinistre.

-Bonjour. Il ne lui répondit rien.

-Tu connais le chemin de retour gamin

Elwyn n’avait aucune envie de repasser tout seul devant les statues. Il avait l'impression que Yong shik essayait de se débarrasser de lui.

-Je ne sais pas encore transplaner…

-Ah oui, citrouille ! Il mordilla l’ongle de son pouce, pensif. Andy regardait Elwyn de haut en bas. Andy allait murmurer quelque chose à Elwyn, mais Yong shik le stoppa dans son élan. Visiblement cela l’ennuyait beaucoup de refaire le chemin inverse ce qui vexa Elwyn sans qu’il puisse comprendre les raisons. Cet homme était un gamin, il venait le chercher et ensuite s'en débarrassait quand ça le gênait.

- Bon bon bon…. Pas le choix je te raccompagne, soupira-t-il. Andy, tu n’as qu’à m’attendre là.

- Mais, p… Je serais pas long !

-Je veux vous accompagner.

-Ne fais pas l’enfant Andy !

Les propos semblèrent blesser Andy qui baissa la tête un voile de tristesse embruma ses yeux. Elwyn eut mal au cœur pour lui. Yong shik pivota vers Elwyn : -Allez en route

Le Serdaigle regarda Andy et finalement suivit l’adulte sans un mot vers celui qui gardait la tête basse. Yong shik se stoppa, hésita et finalement se retourna vers Andy et lui parla en coréen. Le visage de l'enfant sembla se radoucir, mais une certaine dureté brillait dans ses prunelles. L'adulte se remit ensuite en route.

Le silence s’était installé entre eux et Elwyn le brisa :

-Euh, Monsieur..

-Gamin je t’ai pas déjà dit de ne pas m’appeler ainsi..

-Oui, euh pardon Yong shik… Je voulais vous remercier.

-Pourquoi ? répondit-il froidement. Il avait changé d’humeur en si peu de temps, passant d'une douce chaleur à un froid hivernal.

- Pour votre aide et pour vous être occupé de moi.

Ils passèrent devant le couple de statues qui les suivirent du regard.

Le trentenaire se stoppa net sous l'oeil des félins de pierres : - m’être occupé de toi ? Il pivota vers le Serdaigle et un sourire charmeur se dessina sur ses lèvres. Elwyn hocha la tête et Yong shik éclata de rire.
-Mais de rien, gamin.

-Arrêtez de m'appeler comme ça ! Pour toute réponse, l'adulte éclata de rire de plus belle.

Il y avait tant de questions à lui poser sur sa mère, sur les souvenirs, sur Andy qui semblait le détester sans raison apparente, sur les Wang et le portail approchait à vitesse grand V. Par quoi commencer ?

-Dites, vous pensez que je vais pouvoir rembourser cette dette… Je n’ai pas beaucoup d’argent.
Yong shik se stoppa devant le portail attendant qu’il s’ouvre.

-Mhm, t’as tout le temps d’y penser non ?

Ils sortirent à l’extérieur et voyant qu’Elwyn semblait angoissé, il continua : - Les Wang n’ont pas besoin de ton argent. Et je n’ai pas la moindre idée de comment ton ami compte te faire rembourser, mais tu peux être sûr que ce sera cher. Le sourire de Yong shik disparut.

Il ne comprenait pas bien de quelle façon il pouvait rembourser autrement qu’avec de l’argent, mais il trouva cela rassurant de savoir que cela n’allait pas être une somme considérable à verser. Il s’était imaginé travaillant d’arrache-pied pendant des années entières pour essayer de rembourser cette dette.

Ils marchaient depuis plusieurs minutes durant lesquels Elwyn se répétait en boucle « allez demande-lui par rapport à ta mère » !

-Euh…

- Oui ?

- Vous êtes bien oubliator ou vous avez menti tout à l'heure à mes parents ?

-C'est mon job.

-Je me demandais… Est-ce que c’est possible de retrouver les souvenirs effacés par un sortilège d’oubliette.

Yong shik réfléchit en fixant l'horizon : - Mhm, fait par un pro comme moi, y a aucune chance de les retrouver. Bien sûr, il peut arriver de merder et alors la mémoire sera atrocement instable et capricieuse. Il dévisagea Elwyn : toutefois, un sort lancé par une personne non spécialisée dans ce domaine est très imparfait. On n’efface pas la mémoire de quelqu’un aussi facilement, c’est un art complexe et dangereux. Elwyn buvait littéralement ses paroles. Un sort qui date lancée par un non-initié, peut, au fil du temps, perdre de sa puissance et se désagréger pour laisser entrevoir des pans de souvenirs de plus en plus importants. Un peu comme une mauvaise couture, tu vois l’genre. Si tu tires sur le fil, tout le pull se découd. Le trentenaire se gratta derrière la nuque : ce qui est amusant c’est que l’effet inverse va se produire, un souvenir qui aurait du être effacé, s’il revient, il sera gravé dans la mémoire de la victime à  vie. Sans compter que la personne a pu effacer certains souvenirs alors que d’autres sont restés intactes.

Il sourit à Elwyn : - Je dirais simplement qu’un sort lancé par un oubliator du Ministère a peu de chance, sinon aucune, de se détériorer un jour et ta mère, en l’occurrence, n’était pas oubliator, bien qu’excellente sorcière. Si c'est ce que tu veux savoir.

Elwyn triturait ses doigts avec angoisse, on en venait enfin à ce sujet et Yong shik l’avait fait de lui-même. Ma mère…

-Ouais, ta « mère ». Il cracha le mot comme il aurait pu le faire d’un gros mollard. Te faire ça aussi jeune, aurait pu te tuer ou même te rendre complètement fou. Le choc a dû être d’une brutalité sans pareil et a certainement laissé de graves séquelles. On efface pas la mémoire des gosses généralement, ça sert à rien surtout si jeune, le temps fait son job mieux que nous.

Quoi ? il était en train de lui dire qu’il avait des séquelles psychologiques ou mentales ? Qu'il pouvait perdre la boule du jour au lendemain ? On est arrivé. Yong shik lui tendit son bras et Elwyn l’attrapa fermement. En moins de temps pour le dire, ils atterrirent dans la chambre du Serdaigle.

-Vous semblez en savoir beaucoup sur ma mère… dit-il en se tenant la tête, toujours aussi nauséeux.

-Comme je l’ai dit plus tôt, papa Wang m’a ordonné de faire des recherches sur les amis de son fils. Quand on cherche, on trouve, sinon on ne trouve rien.

Une petite voix lui dit pourtant : il en sait bien plus qu’il veut bien le dire. Son discours a changé depuis les funérailles. Il te cache quelque chose. Mais Elwyn était fatigué et se sentait mal.

-T’as fait le bon choix , Haneul. Il lui sourit. Elwyn n’avait même pas la force de protester, il acceptait presque ce nouveau nom comme une fatalité. Tu viens d’ouvrir une porte sur un nouveau monde, pour cela il fallait en fermer une autre. C’est toujours triste. Il posa sa main sur son épaule et riva ses prunelles fuligineuses sur le Serdaigle qui se sentit perdre pied : il vaut mieux se courber que se briser, comme le roseau. On peut croire qu’être le chêne droit et fier est la meilleure solution, mais crois-moi, face au plus terrible des vents, le roseau  plie, mais ne rompt pas, le chêne, en revanche peut se déraciner. Le Serdaigle le dévisagea, buvant ses propos, les digérant. Qu'essayait-il de lui dire ? Que tous ses beaux principes sont justes bons à être jetés à la poubelle ? Une célèbre fable de La fontaine. J’ai l’air cool hein ? L'adulte éclata de rire.

Toujours souriant il ajouta :- Je dois y aller. À la prochaine. Le Serdaigle aurait voulu lui crier de rester, mais c’était un caprice stupide. Il transplana sans demander son reste, laissant Elwyn seul face à ses questions et peurs. À la fois hanté et envoûté, sous le charme et apeuré par la demeure et le jardin des Wang. Peut-être même que ces lieux allaient enfin lui redonner son envie de dessiner perdue depuis plusieurs mois.

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Dernière édition par Elwyn H. Miller le Sam 28 Mai 2016 - 16:56, édité 2 fois
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01/09/1997 - 03 : 15

Lune, douce et belle amante qui toujours veille sur nous. Haute dans le ciel, elle nous enveloppe de son bienveillant manteau de cendre. Astre désolé qui se fane lorsque le jour émerge à l’horizon. Confidente de tous nos secrets, elle connait parfaitement la noirceur de notre âme, la profondeur de nos peurs, la puissance de nos désirs, la mélopée de notre tristesse. Elle qui nous guide jusqu’à notre dernier souffle. Symbole insatiable pour tous les poètes, mère de tous les amours, sœur de tous les mystères. Magnifique et étrange à la fois. La lune éclairait fièrement cette douce soirée de fin d’été. Majestueuse et envoûtante, elle faisait lever de nombreuses têtes au-dessus des toits de Londres et rêvait de nombreux Hommes.

Elwyn, assis face à son bureau dans le silence de la mezzanine, ne regardait pas la feuille et les pages du livre ouvertes devant lui. Il offrait son visage à la clarté de la lune comme une bénédiction. Tout le monde dormait dans ce doux foyer, tous, sauf lui qui ne trouvait pas le sommeil. Il était tard pourtant, mais le jeune homme n’arrivait pas à fermer l’œil. Il avait trop de questions, trop d’interdits, trop de silences, trop de doutes. La lune éclairait les nombreux chiffres qui défiguraient le papier et les pages raturées du livre. On aurait presque cru qu’elle essayait de comprendre l’énigme. Le jeune homme ne bougeait pas, dans ses prunelles plus noires que la nuit se reflétait la lune comme si, ici était son ciel. Il avait lâché son crayon et détournait son regard de la solution sans appel qui figurait sur son papier froissé. La phrase qu’il venait de former prônait sagement entre les ratures et bavures, elle attendait son heure. Elwyn dévisageait la lune comme il aurait pu le faire de celle qu’il aime : avec amour, désir et détresse. La lune, pour toute réponse, l’enlaçait de sa faible lueur.

Deux chemins s’offraient  à lui. Il s’était décidé. Il n’y avait plus de retour possible. Il ne voulait plus reculer. Il était à la fois exalté et apeuré. Des sentiments totalement contradictoires livraient bataille dans son âme le maintenant parfaitement éveillé à une heure où il aurait dû être profondément endormi.

"T’as fait le bon choix, Haneul. "

-Haneul, murmura-t-il sans ciller, les yeux toujours rivés sur la demoiselle blanche.

"Tu viens d’ouvrir une porte sur un nouveau monde, pour cela il fallait en fermer une autre. C’est toujours triste. Il vaut mieux se courber que se briser, comme le roseau. On peut croire qu’être le chêne droit et fier est la meilleure solution, mais crois-moi, face au plus terrible des vents, le roseau  plie, mais ne rompt pas, le chêne, en revanche peut se déraciner. "

-Être le roseau ?

Lentement, il ramena son visage face à son bureau et fixa les mots écrits sur son papier. Bizarrement, ce que ces mots lui disaient ne le surprenait pas outre mesure. Quelque chose au fond de lui savait qu’il devrait revenir sur ses pas pour trouver des réponses. Qu’il devrait déterrer les fantômes du passé pour les exorciser. Exactement comme la mer revient au rivage, il ne pouvait empêcher ses pensées de s’interroger sur son passé. Avant de pouvoir aller de l’avant, il faut abandonner ce qui est derrière soi. Il était préparé à tout ça. Elwyn ouvrit un tiroir sur sa droite et en sortit une petite boite noire qu’il ouvrit d’un coup de pouce. Là, dormait paisiblement un minuscule bracelet en or gravé de ses initiales en coréen et de sa date de naissance. Il ne quittait pas des yeux le vestige de celui qu’il avait été avant son abandon, la preuve de son existence, de sa naissance. Le petit bracelet scintillait timidement, il ferma les yeux, revoyant un ballon rouge s’envoler par la fenêtre, entendant des rires d’enfants, une mélodie oubliée chantonnée à demi-mot comme un écho lointain. Combattre des ombres n’est pas chose aisée, il n’est pas facile de les prendre à la gorge pour les éradiquer.

Il devait se coucher, demain c’était la rentrée. Sa petite valise était prête et Squeamish ronronnait sagement sur le lit défait du Serdaigle. Mais rien n’y faisait, il y avait trop d’inconnu concernant la rentrée. Quelque part à l’autre bout de Londres, une demoiselle ne dormait pas non plus. Elle tirait les cartes de tarot magique pour son ami. On pourrait croire qu’elle s’inquiétait pour lui, qu’elle le trouvait différent, que ses lettres étaient plus froides, plus espacées, mais la réalité était bien différente. La demoiselle n’avait pas remarqué cette infime différence et elle tirait les cartes simplement pour se distraire et tester son nouveau paquet de tarots magiques fraîchement reçu.

Tandis que le jeune homme se levait et s’avançait vers le bord de la mezzanine, la demoiselle tirait la carte des amoureux à l’envers et se figeait sur place. Elle avait du mal à respirer, les trois cartes qu’elle venait de tirer semblaient la dévisager avec une froideur sans appel : la mort, la lune et les amoureux inversés. Elle mit sa main devant ses lèvres, mordillant ses ongles devant l’inéluctabilité du présage des cartes, elle aussi espionnée par la lune. Un papillon de nuit volait dans sa chambre, il semblait déboussolé et cherchait la sortie. Elle le fixa du regard, perdue dans ses pensées. Avait-elle mal tiré les cartes ? Brusquement, la danse du petit insecte se stoppa. Le papillon de nuit venait de se prendre dans une toile d’araignée tapie dans un coin de sa chambre. Tétanisée, elle assistait au spectacle. Plus le papillon se débattait plus la toile  emprisonnait ses magnifiques ailes. L’araignée se rapprochait de lui.

-Elwyn… murmura-t-elle en se redressant sur sa chaise.

Le brun ferma ses prunelles et prit une profonde inspiration. Lorsqu’il les rouvrit, un gros nuage venait de cacher la lune. Il y avait une silhouette tapie dans l’ombre derrière lui. Il sursauta lorsqu’il aperçut cette présence dans son dos, prêt à attraper sa baguette. Toutefois, il ne fit rien et s’exclama : - qu’est-ce que vous faites là ?

Une main se tendit vers lui avec plusieurs papiers.  Voilà, chose promise, chose due. Elwyn ne quittait pas des yeux les documents, ses lèvres étaient étroitement closes. Une voix rauque, mais aux intonations doucereuses murmura :

-Il n’y aura pas de retour possible.

Elwyn eut un petit rire : - Il n’y a jamais eu de retour possible pour moi.

Jour après jour, je n’ai fait que mentir à mes amis, à mes camarades, à mes enseignants. Qui suis-je ? Qui m’apportera la réponse ? Qui brisera le rempart de mes incertitudes ? Il n’y a que toi qui en a le pouvoir. Alors, je veux bien tomber dans les filets que tu as tendus pour moi, mais il se peut que le piège se referme sur le vide...Ou sur toi-même. Prends mon âme, je prendrai ta vie en échange.

-Tu ne dis pas au revoir à tes moldus ?

-Non.

La silhouette sourit dans l’ombre. Elwyn attrapa le document. L’heure n’était pas encore aux adieux, il avait besoin d’eux. Il n’était pas encore prêt à dire ce mot cruel : adieu. L’heure de la séparation approchait, il le savait. Tic-tac, le temps était compté. Tic-tac, les aiguilles avançaient vers sa destinée.

Yong shik sortit de l’ombre : - moi qui pensais te trouver endormi.

Elwyn ne répondit pas et feuilleta les documents. Il y avait la photo d’un homme et d’une femme asiatiques qu’Elwyn ne connaissait ni d’Adam ni d’Ève.  Madame et Monsieur Xing ?  C’est donc eux, mes « nouveaux parents » ?

Yong shik hocha la tête :- Ton ami a pas fait les choses à moitié. Du beau boulot, y a quasi aucune faille dans le dossier : père décédé écrasé par un géant en Asie, mère malade. Enfant qui a été placé dans un orphelinat, faute de mieux. Perdu de vue et enfin retrouvé par sa chère et tendre maman, cousine éloignée des Wang. On pourrait presque croire que c’est ton histoire, ricana l’adulte. Elwyn lui lança un regard sombre que Yong shik ignora : même si je doute que le Ministère s’intéresse à ton cas à présent, essaye au moins de mémoriser les noms de tes parents, histoire de pas cracher sur les efforts du « Prince Wang ». Yonh shik sortit un livre de la bibliothèque d’Elwyn et le feuilleta en passant sa langue sur sa lèvre inférieure. Profite en tant que t’es bien dans ses papiers.  Tout le monde n’a pas un Wang dans sa poche !

-Stanley est mon ami, pas mon chien ! s’emporta le Serdaigle qui arracha le livre des mains de l’adulte et le replaça dans la bibliothèque. Elwyn ne s’était jamais vraiment séparé de son animosité physique à l’égard de ce pseudo adulte. Quand il le regardait, il était partagé entre méfiance et une certaine forme de douceur. Il avait envie de ne jamais le revoir et d’en apprendre plus à la fois. Quelque chose chez cet homme l’agaçait, l’effrayait, le rebutait au plus haut point tout en le fascinant, comme un insecte attiré par la lumière au point de s’y brûler les ailes. Ce qu’il détestait par-dessus tout c’était cette impression qu’il se moquait éperdument de sa vie. Yong shik récita mi-figue mi-raisin : quoi qu’il en soit, tu viens d’hériter d’une nouvelle vie, fais en bon usage… Elwyn. C’était la première fois que l’adulte l’appelait autrement que par « gamin » ou « Haneul ». Il insistait ainsi sur l’importance de tourner la page de cette ancienne vie, fermer le livre de l’histoire d’Elwyn.

Mais Elwyn le dévisageait interloqué pour une tout autre raison. On lui avait déjà dit ces propos mot pour mot à l’orphelinat. Yong shik se pencha au-dessus du bureau et regarda le livre, Les contemplations, d’un air mutin. Puis, il se redressa brusquement. Qui était cet homme à la fin ?

- Dis l’orphelin, je ne suis PAS un ORPHE…tu aimerais voir à quoi ressemble ta mère ? Elwyn se pétrifia sur place. Sa mère ? Mettre un visage sur son absence, ne plus avoir des traits brouillés, mais du concret. Être en mesure de dire : c’est ma mère. Elle ressemble à ça. Elle a vécu, elle a respiré. Être en mesure de la reconnaître dans la rue s’il venait à la croiser. J’ai pris son nez, j’ai pris ses yeux, mais le reste ce n’est pas d’elle. Il s’était souvent demandé à quoi elle pouvait ressembler. Était-elle jolie ? Quelconque ? Sinistre ? Souriante ? Grande ? Petite ? Ronde ? Mince ? Comment se tenait-elle ? Avec quelle voix, quelles intonations parlait-elle ? Depuis toujours ce besoin de se sentir exister, de connaître ses racines l’habite. Retrouver un bout manquant de sa mémoire, base de l’architecture de son identité. Pouvoir mettre un visage sur l’être qu’il hait le plus sur terre.

-Qu’est-ce que tu sais d’elle ? Yong shik faisait tourner entre ses doigts un polaroid en mouvement.

- Rien hormis son prénom et qu’elle était douée en sortilège… Flitwick m’en a fait la réflexion.

-mhm, fit l’adulte en hochant la tête. Et pendant cinq ans tu ne t’es pas posé plus de question ?

-Ma mère m’a abandonné ! Elle n’a pas voulu de moi, je me fiche de savoir qui elle est.

-Hoo, je vois.  Le monde est forcément tout blanc ou tout noir, séparé très nettement entre les gentils très gentils et les méchants trop méchants. Il n’y a pas de nuance. Yong shik ricana en fixant Elwyn avec un profond mépris. Elwyn avait presque honte, ce n’était pas ce qu’il avait voulu dire. Yong shik fixait la photo jaunie entre ses doigts. Eh bien soit, tant pis. Il haussa les épaules et alors qu’il allait replacer la photo dans une de ses poches, Elwyn l’interpella : - Attendez !
Yong shik arqua un sourcil :- Oui ?

Le Serdaigle baissa la tête : est-ce que je peux… voir la photo ?

-Nope.

-Pardon ?

- J’ai changé d’avis, te prémâcher le travail est bien trop dommage. C’est ce qu’on fait jusqu'à présent tes moldus de parents, on voit le résultat. Il n’exprima pas le fond de sa pensée, mais Elwyn comprit parfaitement le message : un faible. Sur ce, gamin, demain je bosse donc je vais pioncer un peu. Le trentenaire bailla à s’en décrocher la mâchoire. On risque de pas se revoir avant un certain temps, mais nos chemins finiront par se retrouver, si tu fais les bons choix.

-Attendez !

Yong shik transplana sans plus de procès. Maintenant qu'il avait été si proche de découvrir le visage de sa mère, plus que jamais il désirait le voir. Contempler son sourire, la lueur dans ses yeux, la forme de son visage. Tout, il voulait tout savoir. Elwyn soupira et se réinstalla à son bureau lisant en diagonale les documents faits par Stanley ou tout du moins dirigeait par lui dans l’ombre. Son faux prénom était : Dong. Il ne savait même pas comment le prononcer. Yong Shik n'avait pas menti, le dossier était très bien construit et incroyablement fourni. Cependant, le serdaigle avait des difficultés à se concentrer sur ce qu'il lisait. Une question continuait de le hanter : pourquoi diable Yong shik se baladait-il avec une photo de sa mère ? Une petite voix lui souffla la réponse, mais il fit le choix de l’ignorer. Tout du moins pour le moment. Il aurait tout le temps de briser le masque de cet adulte, d’obtenir des réponses à ses questions, de lui faire cracher le morceau. Il avait la vie devant lui. Une vie toute neuve.

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Part of your world [août 1997]

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